DICTIONNAIRE DE CONTEN A NT L’EXPOSÉ DES DOCTRINES DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQIE LEURS PREUVES ET LEUR HISTOIRE COMMENCÉ SOUS 1-A DIRECTION DE E. MANGENOT A. VACANT PROFESSEUR A I/INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS PROFESSEUR AU GRAND SÉMINAIRE DE NANCY CONTINUI. SOUS CELLE DK É. AMANN PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE DE L*UNIVERSITÉ DE STRASBOURG AVEC LE CONCOURS D’UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS TOME DOUZIÈME PB EM 1ÈRE PARTIE PAUL Ier - PHILOPALD PA K IS-VI LIBRAIRIE LETOUZEY 87, Boule va hd ET Rasp ail, 87 1933 tous uitoirs réservés ANÉ Iiiipriiiuiiur J .u tel hr Parisiorum, déc. 21 · nudi 1933. V. Dupin, vic. gén. e % DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE (Suite) 2. PAUL ltr (Saint), pape d'avril-mai 757 au 28 juin 767. — Frère du pape Etienne H (ou III), sou* lequel il avait, connue diacre, exercé une grosse in­ fluence, il fut élu au siège pontifical à la mort de celui-ci, 26 avril 757. Mais son élection ne rallia pas de suite l’unanimité des suffrages et, pendant un mois, l’archidiacre Ί héophylacte tenta de s’opposer à Paul. Celui-ci finit par l’emporter et, le 29 mai, fut consacré évêque de Home. 11 s’était empressé de signifier son élection au roi des Francs, Pépin le Bref, patrice des Romains depuis les événements de 754. Jaffé, Regesta, n. 2336. Chose curieuse à signaler, la formule employée dans la circonstance par Paul est ù peu près celle qui était utilisée pendant la domination byzantine pour prévenir l’exarque de Havenne de l'élection d’un nou­ veau pape. Mais Paul ne demanda pas ù Pépin l’êutorlsation de se faire consacrer, comme il avait été de règle sous ladite domination. Il insista d'ailleurs pour que le missus du roi franc demeurât à Rome jusqu’après la cérémonie de la consécration; 11 y représenterait son maître, auquel il pourrait, d’autre part, faire un rap­ port ultérieur constatant que tout s’était passé dans l'ordre. Aussi bien c’était la première fols que sc faisait la transmission des pouvoirs pontificaux dans la situa­ tion nouvelle qui était faite au titulaire du Siège apos­ tolique. Depuis la donation de 754, le pape est devenu souverain d’un état, qui comprend, outre le duché de Home, l’exarchat de Havenne et la Pentapole, allant sur la côte de l’Adriatique des embouchures du Pô jusqu’aux environs d’Ancône. Ce territoire pontifical, à la vérité, n’est pas absolument continu; les duchés lombards de Spolètc et de Bénévent s’intercalent entre la partie qui borde la mer Tyirhénicnnc (duché de Home) et celle qui court le long de l’Adriatique. Cette souveraineté temporelle, Étienne 11, dans les dernières années de son pontificat avait eu quelque peine à la défendre contre les tentatives du roi lombard Astolphe, désireux de récupérer ce qu'il avait dû abandon­ ner ù Pépin. Astolphe meurt à la lin de 756, et son successeur Didier, dont l’avènement (mars 757) coïn­ cide sensiblement avec celui de Paul, parait d’abord animé des mêmes dispositions. La politique de Paul sera donc très exactement la même qu’avait suivie son frère : fortifier l’État pontifical, le rendre viable en DICT. DE THÉOL. CATHOL. établissant, si possible, la communication entre ses deux tronçons, le défendre tout au moins contre les entreprises renouvelées de Didier et, pour cela, invo­ quer l’aide toute-puissante du roi des Francs, avec lequel le pape entre dans les rapports les plus amicaux. (En 758, il veut être le parrain de la princesse Gisèle, fille de Pépin; désormais il traitera toujours le roi de comparer.) De tout cela témoignent la plupart des lettres de Paul que nous a conservées le codez Caroli· nus, mais dont la chronologie n’est pas absolument établie. Voir sur ce point Kehr, dans Xachrichten oon der Geseltsdia/t der W issenschaflen zu Gottingen, 1896, p. 103 sq., qui apporte quelques précisions aux don­ nées fournies par l’éditeur du codez Carolinas dans les Mon, Germ. hist. Cette politique, somme toute séculière, Intéresse davantage l’histoire que la théologie. Notons-en seule­ ment les grands traits. Au début, les menaces contre l’État pontifical viennent surtout du roi lombard, à qui d’ailleurs Paul semble bien avoir fourni des pré­ textes, en cherchant à soustraire à l’obédience de Didier les ducs de Spolète et de Bénévent, pour les rattacher au roi des Francs. Refusant de s’engager dans cette politique. Pépin Unit par amener en 760 une réconciliation telle quelle entre Paul et Didier. Aussi bien sont-ils menacés l’un cl l’autre par un commun ennemi, le basilcus, qui supporte mal les disgrâces successives qui ont réduit presque à néant les posses­ sions byzantines d’Italie. Après avoir, au début, tenté de lier partie avec lui, contre le pape, Didier, plus averti de scs vrais intérêts et sans doute aussi docile aux conseils de Pépin, se décide à faire front avec le pape contre Constantin Copronyme. Il ne semble pas d'ailleurs que les desseins belliqueux de Byzance aient reçu même un commencement d’exécution. Une offensive plus grave était, au reste, menée par le baslleus, toujours attardé dans la lutte iconoclaste. Depuis le concile de lliéria, en 753. celle-ci avait pris un caractère de plus en plus aigu; nombreux étaient les moines orthodoxes qui furent alors amenés à cher­ cher un refuge en Italie et spécialement à Rome. Le biographe de Paul nous montre le pape faisant bon accueil à ces réfugiés et leur donnant toute facilité pour célébrer la liturgie selon leur rite et dans leur langue. Il ajoute, sans donner de précisions, que · déT. — XII — 1 3 PAUL 1er _ PAUL II 4 neveu par sa mère du pape Eugène IV, il avait été fcnscur très courageux de la fui orthodoxe, Paul dirigé par celui-ci vers la carrière ecclésiastique; dès envoya à plusieurs reprises des légats aux basileis Constantin et Léon, pro restituendis confirmandisque in 1440, il était cardinal du litre de Sainlc-Marle-Iapristino venerationis statu sacratissimis imaginibus Ncuve, qu’il échangea plus tard contre le titre de Domini et Salinatoris nostri Jesu Christi, sanct&que ejus | Saint-Marc. Son influence avait naturellement été grande à la curie sous Eugène IV et aussi sous les Genetricis, Liber poni., cd. Duchesne, t. i, p. 464. deux successeurs de colul-cl, Nicolas V et Calixtc III; Plusieurs lettres du Codex Carolinas font allusion à elle avait quelque peu baissé, paraît-il, sous le ponti­ l’une de ces légations. Jaffé, n. 2355, 2356. Or, dans ficat de Pic II. Mais la popularité de Pierre Barbo, le sa lutte contre le Siège apostolique, qui s’était posé cardinal de Venise, comme on l’appelait d’ordinaire, dès le début comme le défendeur des saintes images, le était demeurée considérable. Biche et généreux, basilcus essayait de s’appuyer sur la cour franque, où amateur et collectionneur plutôt que vraiment huma­ il savill bien que l’on n’avait pas pour le culte des niste, il attirait l’attention tant par son extérieur Images une particulière tendresse. Plus ou moins majestueux que par le luxe de sa vie. averti de tout ceci, Paul s'elïorça à diverses reprises de Son couronnement qui eut lieu le 16 septembre mettre le roi Pépin en garde contre ces tentatives. Voir en particulier Jaffé, n. 2364, 2370. Pépin eut la sagesse correspondit, ù ce point de vue, à ce que l'on attendait de lui. Mais ses relations avec le Sacré-Collège se d’écouter le pape; c’est toujours de concert avec lui tendirent presque aussitôt après. Comme les autres qu’il négocia soit A Constantinople, où se transportè­ cardinaux, il avait juré au conclave un pacte électoral, rent ensemble les envoyés de Paul et les siens, soit en aux termes duquel le nouvel élu se conformerait aux France, quand les débats y refluèrent. Les Annales de Lorsch signalent, à Pâques 767, le synode de Gcntilly : désirs relatifs à la « réforme de l'Églisc dans son chef Tunc habuit domnus Pippmus rex in supradicta villa et dans ses membres ». Texte dans Raynaldi, Annales, an. 1464, n. 55. L'article le plus important était le synodum magnum (sic) inter Romanos el Griecos de sancta Trinitate vel de sanctorum imaginibus. P. L., troisième, prescrivant la prompte réunion du concile t αν, col. 336. Nous n’avons pas d’autre précision sur général : Concilium generale Christianorum intra trien­ nium cogeret, in quo et principes surculi ad tuendam celte assemblée. .Mais L. Duchesne souligne, avec rai­ religionis causam accenderentur, ægrœque partes son, la mention des Romains. « La présence de ceux-ci Ecclesiæ communi medicamento sanitatem reciperent. montre, dit-il, que Pépin persévérait toujours dans son système de n'admettre aucune discussion religieuse en Les autres articles renforçaient le rôle des cardinaux dehors du pape. »Les premiers temps de lÊlat pontifical. dans le gouvernement de l’Églisc, bien qu'il soit Le pape Paul mourut peu après, le 28 juin 767, dans exagéré de dire, avec L. von Pastor, qu'à exécuter ce le monastère attenant à la basilique de Saint-Paulpacte, ■ le pape aurait été réduit au rôle de simple horvlcs-Murs, où il s’était transporté pour se mettre président du collège des cardinaux ». Ce pacte, Paul II à l'abri des chaleurs de l’été. Il fut provisoirement l'avait juré ù nouveau sitôt après son élection, et il enterré dans cette église; c’est seulement trois mois aurait dû publier, le troisième jour après son couron­ plus tard que son corps fut transféré ù Saint-Pierre, nement, une bulle le confirmant. Il n'en fut rien; le dans l’oratoire que, de son vivant, Paul s’y était pré­ pape se lit donner par divers canonistes des consulta­ paré. La notice du Liber pontificalis, tout en célébrant tions sur le point de savoir s'il était lié par le serment scs vertus, ne peut s’empêcher de signaler les vexa­ prêté en conclave. Les réponses furent négatives. tions exercées par ses · iniques satellites », loc. cil., Voir dans Pastor, p. 308, n. 2, l’énumération des p. 463; le coup d’État militaire, qui, au lendemain de réponses favorables au droit pontifical et aussi de sa mort, mit sur la chaire pontificale un membre de celles qui leur furent opposées. Paul 11 présenta dès l'aristocratie laïque, Constantin, allégua ultérieure­ lors aux cardinaux un nouvel acte qui modifiait consi­ ment, pour se justifier, la dureté qu’avait montrée dérablement le pacte électoral, et il obtint, non sans Paul 1*, propter gravamina ac priejudicia illa quæ Ro- t peine, leur adhésion plus ou moins volontaire. mano populo ingesserat domnus Paulus papa. 1 bid., Souverain temporel, Paul II eut à cœur d'admi­ p. 475. « Avec le prestige du pouvoir, la papauté en nistrer convenablement les États de l'Églisc. Borne lui avait maintenant les inconvénients. · (Duchesne.) dut quelques heureuses transformations; on essaya aussi de mettre ù la raison divers féodaux remuants. L Sources. — I-a notice du Liber pont i ficatis, Du­ chesne, t. i p. 403-467, est surtout consacrée aux tra­ Une campagne rapide, en juin 1465, en finit avec vaux ou embellissements exécutés à Home (signale en par­ l'insolence des Anguillara; mais avec Robert Malatcsta, ticulier la construction du monastère de Saint-Sylvestre, ΐ qui prétendait disposer en souverain de Bimini (1469), fondé par le pape, dans sa propriété personnelle).—Beaucoup i il fallut venir à des accommodements. Aussi bien celuiplus importantes les lettres groupées dans le codex Caroli­ ci trouva-t-il un appui dans les petites cours italiennes nas, l’édition de P. L., I. xcvni, col. 134-228, reproduit 1 de Naples, de Milan, de Florence. Paul II, qui, au celle de G. Cenni, Monii/nrnta dominationis pontificia, t. i, cours des années précédentes, avait épuisé toute sa Koine, 1760, se reporter de préférence à des éditions plus diplomatie ù maintenir la paix entre ces puissances, récente-, : Jaffé, Hlbllothrca rerum Germanicarum, t. iv, lors de l’ouverture de la succession du duc de Milan, Berlin, t861; édit. Grundlacb, dans Mon. Germ, hist., Epist, François Sforza (8 mars 1466), dut finalement accepter t. ni, Hanovre. 1892. Autre série de lettres de Paul, reprodonant <-n partie les précédentes, dans P. L., t. LXXXIX, un compromis. Robert Malatcsta conserva, comme col. 1135-1198. Analyse dans Jaffé, Kegeifa ponlif. rom., vassal du pape, non seulement Rimint mais un terri­ 2· Mit., 1.1, p. 277-283. toire très agrandi (1470). H. Travaux.— Gregorovius, Geschtchtc der Sladl Rom, Des préoccupations beaucoup plus graves, en effet, 5* édit , t. u, p, 298; Baxmann, Polltlk der POpslt, t. i, p. 259 *q.; L. Duchesne, Les premiers temps de PÈtal ponti­ I assiégeaient le pape en tant que chef de In chrétienté. Le péril turc se faisait de jour en jour plus grand; la fient, Paris, 1898; Hauck, Kirchengcschtchte Deutschlands, côte orientale de l’Adriatique meme allait bientôt être 3M· édit., t. Il, p. 29 r Ponti fi­ cum mmanorum et S. /<. B. cardinalium... ab A Oldolno S. .1. rccogidl*, t. ni. Home, 1677; Piliai lui, Gesta romanorum pontificum, t. fv, Venbe, 1688; Conelaol de* pontifici romani, L i. Cologne, 1691 ; J M. Giberti, Opera, éd P. BnlImnl, Vérone, 1733; J. Sadolet, Opera omnia, 4 vol., Vérone, 1737-1738; O. Raynaldi, Annales ecclesiastici, t xm et xiv, Lucquet, 1751-1755; T. Bini, Leltere inedite dl G. Gu id 1er (ont, Lucques 1855; II. Læmnier, Monumenta ntdlcana hhloriam rcrln last icam sittull XVI Illustrantia, Fribmirg-en-B., 1861; F, Dillrich, Rrgrsten und Rrtefe des Kardinals G. Conlarini, Bnuintbcrg. 1881 ; I·’. Gori. 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PAUL IV, pape du 23 mai 1555au 18 août 1559. — Le conclave qui s’ouvrit le 15 mai 1555, ù la suite de la mort de Marcel 11, s'ellcclun sans incident fàchcux. Les cardinaux comprirent dès l’abord que l’élection ne pourrait pas revêtir un caractère poli­ tique, puisqu’ils étalent divisés en deux factions con­ traires. Le parti impérial, bien que le plus fort numéri­ quement, ne réussirait pas a imposer son candidat au parti français qui comptait pour alliés les Farnèse. Malgré son peu de chances de réussite, le cardinal Hippolyte d’Este désirait ardemment la tiare : son ambition démesurée cl ses intrigues maladroites lui aliénèrent la faction française à laquelle le roi de France l’avait recommandé et par surcroit les Far- 21 PAUL IV ncsc. Voilà pourquoi In candidature do l’anglais Pole cl celle d'autres cardinaux italiens furent mises en avant, sans effet. On s’accorda finalemc ni sur le choix i d'un personnage renommé par la sainteté de sa vie, sîi vaste culture littéraire, su supériorité intellectuelle, qui avait aidé puissamment saint Gaétan a fonder, en 1524, l'ordre des théntins. Jean-Pierre Carafa, évêque d'Ostic (depuis le 11 décembre 1553), recueillit les sulTragcs des membres du conclave le 23 mai 1555; son couronnement eut lieu le 26. H avait soixante-dixneuf ans; ci. G. Coggiola, 1 Farnesl cd il conclave di Paolo IV, dans Studi storta, t. ïX, 1900, p. 61-01, 203-227, 449-479. Paul IV inaugura son court pontificat par une faute qu'il racheta d'ailleurs. Faisant trêve à ses désirs de rénovation religieuse, il se laissa fléchir par les prières instantes du Sacré-Collège et octroya la pourpre, le 7 juin 1555, à son neveu Carlo, qui ne méritait pas une telle faveur, car il avait été jusque-là un condottiere et un débauché, à telles enseignes qu'il dut recevoir l’absolution générale de tous ses méfaits, voire de scs crimes. Le nouveau cardinal nourrissait le dessein de se créer un apanage à Sienne cl de travailler à grandir sa maison. 11 entraîna son oncle, qui ne possédait pas l'intelligence des choses politiques, dans une guerre contre les Espagnols et une alliance avec la France. Paul IV détestait l'Espagne et voulait affranchir l'Ita­ lie de son joug : les hasards de la guerre le forcèrent à capituler et à assurer l’hégémonie espagnole en sous­ crivant le traité de Cavi (14 septembre 1557). Dès lors, le pape s'adonna à Pauvre de la réforme catholique dont jusque-là il n’avait pu que tracer le programme. A la vérité, il semblait donner le mauvais exemple en continuant sa confiance à son intrigant neveu. En 1558, Carlo Carafa dirigeait les administra­ tions, les finances, les institutions judiciaires et la poli­ tique du Saint-Siège en maître absolu. Paul IV ne contrôlait pas ses actes; il se réfugiait dans la vie mo­ nacale et s'effaçait volontairement. Carlo Carafa don­ nait libre cours à scs instincts; il menait une vie licen­ cieuse, cédait à sa passion du jeu et se livrait à des chasses fastueuses. Un théatin eut le courage d'avertir le pape; sommé de justifier sa conduite, Carlo Carafa nia tout et acquit un plus grand crédit près de son oncle qui ne le crut pas coupable (août 1558). La vérité apparut bientôt: Paul IV,dans le consistoire du 27 jan­ vier 1559, déclara scs neveux déchus de toutes les dignités et avantages qui leur avaient été jusqu'ici accordés et les condamna à quitter Home dans les douze jours. R. Ancel, La disgrâce et le procès des Carafa, dans Bévue bénédictine, t. xxiv, 1907, p. 227 sq. La sentence ne fut pas inspirée par la politique, mais par le désir de punir avec sévérité les abus de confiance qui avaient été commis à son detriment et une vie licencieuse. Elle fut bénigne en comparaison du châti­ ment qu’édicta Ple IV : on sait que Carlo Carafa fut étranglé en 1561 cl son frère, le duc de Pallano, déca­ pité. Paul IV tint à honneur de ne nommer comme car­ dinaux que des ecclésiastiques vertueux et versés dans lex connaissances théologiques. 11 ne tint aucun compte des désirs de l’Autriche et de la France qui, chacune, tendaient à peupler le Sacré-Collège de leurs créatures. Bien plus, certains de ses choix purent être considérés comme la négation des intérêts politiques du SaintSiège. En tous cas,la constitution Cum secundum Apos­ tolum (16 décembre 1558) édicta des peines sévères contre les cardinaux qui, du vivant d'un pape, intri­ gueraient en vue de s'assurer la tiare. Bullarum, diplo­ matum, t. vi, p. 515. Elle coupait court à la simonie qui pouvait s’introduire dans les élections pontificales et visait les agissements du cardinal d’Estc. Paul IV se plut à dire : « Il ne sera jamais vrai qu'un simonla- 22 que m'ait succédé sur ce siège. > B. Ancel, L'activité réformatrice de Paul IV. Le choix des cardinaux, dans llcuue des questions historiques, t. lxxxvi, 1909, p. 95. Un pape aussi épris de la réforme catholique eût dû réunir le concile, toujours suspendu depuis avril 1552. 11 n’en fut rien. Le concile n'avait point produit les effets qu'on en attendait; les abus jxrsistaicnt comme par le passé. Paul IV se rendit compte qu’une législa­ tion ne valait que dans la mesure où elle était appli­ quée. D’autre part, il se défiait du concile, craignait un séjour à Trente et eût préféré le voir se tenir à Home à sa proximité, afin de parer aux dangers d'in­ subordination et d’éviter l'ingérence des princes dans les affaires spirituelles D’ailleurs, les guerres qu'il dut soutenir contre l’Espagne rendirent impossible une assemblée conciliaire dans les Etats pontificaux. Paul IV se résolut à employer des moyens plus eilicaccs. 11 établit des commissions ou congrégations, embryons des futures congrégations romaines, qui tra­ vailleraient à élaborer des mesures de réforme. Le 20 janvier 1556, se réunit une congrégation générale, composée de soixante-deux membres (cardinaux, pré­ lats, généraux d'ordre, théologiens). Le 29 et le 30, une organisation nouvelle fut instituée : il y eut trois classes différentes,présidées par un cardinal et compre­ nant chacune quarante-quatre personnes; les conclu­ sions qui ressortaient des discussions étaient soumises au pape, lors d’une réunion plénière. Mais ce système, sage en lui-même, comportait des inconvénients : les séances spéciales se passaient en discussions qui tour­ naient en longueur; Paul Ιλ estima plus pratique de produire des actes et d'édicter des mesures salutaires de refonne. 11 s'attaqua à la simonie (constitution Inter crieras curas, 27 novembre 1557), élargit les attri­ butions du tribunal de l’inquisition, supprima les reve­ nus de la Daterie, diminua les redevances qui échéaient aux cardinaux à l’occasion des collations bénéficiâtes. Pullarum, t. vj, p. 528 et 532. Les choix épiscopaux furent davantage contrôlés : un laps de temps s'établit entre la présentation des candidats et leur nomination effective. Constitution Sanctissimus dominus noster, 3 décembre 1557, Pullarum, t. xi, p. 531. Le pape se montra intransigeant sur l’âge des élus et leurs méri­ tes : Il prolongea meme, outre mesure, la vacance des évêchés; 11 exigea l'observation stricte de la résidence et renforça l’autorité épiscopale. Contre le concubinage et les mauvaises mœurs des lois furent promulguées. Bullarum, t. vi, p. 537; les hérétiques et les schisma­ tiques furent frappes de graves peines et de censures. J bld,, p. 551. Quant aux religieux qui vivaient hors de leurs couvents, des règlements les obligèrent à re­ prendre la x ie commune. Constitution Postquam divina ! bonitas, du 20 juillet 1558, ibidem, p. 538. Paul IV légiféra aussi en matière de fol contre les hérétiques qui niaient le dogme de la Trinité, la divinité du Christ, ' sa conception par l’œuvre du Saint-Esprit, la virgi­ nité de Marie. Constitution Cum quorumdam hominum, Ί août 1555. ibid,, t. vt, p. 500. C’est lui qui publia le premier Index des livres condamnés par le tribunal de l’inquisition. Il réforma le bréviaire cl supprima celui de Quinonez. Légiférer ne lui suffit pas; il appliqua durement tes lois promulguées : le cardinal Morone, suspect d’héré­ sie, fut enfermé nu château Saint-Ange et 1e cardinal d'Este,coupable d'intrigues,chasse de Home. Là même la police rechercha les moines sortis indûment de leurs monastères et en mit une centaine en état d’arresta­ tion. Les prisons et les galères « se remplirent » de ces vagabonds. Un familier des Farnèse* prétendait qu'en 1559 « Home était devenue un monastère de SaintFrançois ·. Ainsi, tout en dépassant parfois la mesure, Paul IV imprima une impulsion décisive à la réforme catholique et prépara le succès futur du concile. 23 PAUL IV — PAUL V R. Ancel, Pau/ IV d le concile, dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. vni, 1907, p. 716-711. Paul IV expédia, â l'occasion de la réconciliation de l’Angleterre avec l’Êglise catholique, certaines bulles qui ne furent pas toutes heureuses. Si l’érection de 1 Irlande en royaume était habile (7 juin 1555), Bulla­ rum, t. VJ, p. 489, la déclaration que les biens ecclé­ siastiques vendus ou donnés sous Henri VIII cl Édouard VI demeuraient inaliénables, mécontenta les possesseurs; il fallut rassurer les sujets de la reine Marie en leur signifiant que cela ne s’appliquait pas a eux. J. Trésal, Les origines du schisme anglican, p. 323-325. Le pape se montra dur à l’égard du cardi­ nal Pole, qui remplissait le rôle de légat en Angle­ terre; n’ayant aucun égard pour lui et ne tenant pas compte de la prudente conduite qu’il observa, il le destitua et lui substitua le vieux cardinal Peto, peu capable de le remplacer. L'effet produit par cette me­ sure tmpohtique et injusti liée causa un tort considé­ rable au catholicisme en Angleterre. Trésal. op. cil., p. 311-315. Paul IV mourut le 18 août 1559 et fut enterré à l’église de In Minerve. I. Sources. — O ullarum, diplomatum et privilegiorum sanctorum romanorum pontificum Taurinensis editio, t. vi, Turin. 1860; B. Ancel, Nonciatures de France, Nonciatures de Paul IV avec la dernière année de Jules II! et Marcel II, Paris, 1000-1911. 2 vol. II. Travaux.— Le P. K. Ancel, O. S. B., u publié une série de travaux remarquables qui renouvellent complètement l'histoire du pont I Heat, ce sont : La question de Sienne et la politique du cardinal Carlo Carafa (1556-1557}, dans la Revue bénédictine, t. xxn, 1905, p. 15-19, 206-231, 398-128; La disgrdee et le procès des Carafa, ibid., t. xxn, 1905, p. 525533; t. xxiv, 1007, p. 224-253,470-509; t. xxv, 1908, p. 194221; t. xxvi, 1909, p. 52-80, 189-220, 301-324; Le Vatican tous Paul IV. Contribution ά Γhistoire du palais pontifical, ibid., t. xxv. 1908, p. 48-71 ; Paul IV et le concile, dans Re­ vue d'histoire ecclésiastique, t. vin, 1907, p. 716-711; La secrétairtrie pontificale sous Paul IV, dans Revue des ques­ tions historiques, t. LXXIX, 1906, p. 108-170; L'activité réfor­ matrice de Paul IV. Le choix des cardinaux, ibid., t. lxxxvi, 1909, p. 07-103; G. Duruy, Le cardinal Carlo Carafa (15191561). Élude sur le pontifical de Paul IV, Paris, 1882 (les travaux du P. Ancel ont rendu inutile ce livre brillant, mais insuHlsamincnt documenté); Bromato, Storla di Paolo IV, Ravenue. 1748,2 vol. (partiale; utile ù consulter à cause des renseignements qui y sont accumulés); G. B. Castaldo, Vita del tantissimo ponte fice Paolo IV, fondatorc della reli­ gione de'Chier lei Re gotar i, Borne, 1015 (même remarque que ci-dessus); G. Cogglola, / Earnest cd il conclave di Paolo IV, dans Sludi storici, t. ix, 1900, p. 61-91, 203-227, 449-479; Paolo IV c la capitolazionc scgrrta di Cam, Pistole, 1900; / Earnest ed it ducatu di Parma e Piacenza durante il ponti ficato di Paolo IV, Parme, 1905; M.Bmch, Paul IV. gegen Karl V.und Philipp l.Miltheilungcn des Insti­ tuts für as terre ichische Geschichlsforschung, t. xxv, 1904, p. 470-189; A. Panel!», L* introduzionc a Firenze dell* Indice di Paolo IV, dans Rivis (a storica dcgli archivi toscan!, t. i, 1929, p 11-25; F. Rodriguez Pomnr, En torno a la contienda entre Paulo IV y Felipe II, dans Razan y Fc, t. xcn, 1930, p 231-243 (pamphlet d‘un théologien écrit pour justifier l'expédition du duc d’Albc contre Paul IV); L. von Pastor, Crtchichle der Pdpsle im Zeitallerder Renaissance, t. vu, Fribourg-en-B., 1917; J. Trésal, Les origines du schisme angli­ can (1509-1371), Paris, 1908; R. Biron et .J, Baronnes, Re­ ginald Pole. Un prince anglais, cardinal légat du XVp siècle, Paris, ». d.; P. Richard, l* concile de Trente, a» KcfeloI rdercq. Histoire des conciles, t. ix a, p. 514-527. G. Moll\T. 6. PAUL Vf pape du 10 mai 1605 au 28 jan­ vier 1621.— I. Élection. H. Gouvernement de Borne et des États de l’Êglise. III. Gouvernement général de l’Êglise. IV. Relations avec les états. V. Mort de Paul V. L Élection. — Ie Le conclave du 8-16 mai 1605. — Le conclave qui devait élire le cardinal Camille Bor­ ghèsc s’ouvrit le 8 mai 1605, moins de six semaines 24 après celui qui avait abouti au choix de Léon XL Les cardinaux étaient aussi divisés qu’à la mort de Clé­ ment VIII. Le neveu de ce dernier, Pierre Aldobrandini était & la tète du parti le plus nombreux; mais les Espagnols, joints au groupe de Montalto, comptaient un nombre de voix suffisant pour empêcher toute élec­ tion qui leur déplairait. Les cardinaux français regar­ daient comme inacceptables, ou peu acceptables, Galli, Montclparo, Bianchelti, Bernario. Zacchia et Blandrata; les cardinaux espagnols opposaient une exclusive absolué contre Baronius et Bellarmin. Ils avaient pour candidat Sauli, accepte également par les Français, mais combattu par Aldobrandini. La veille du conclave, Sauli pouvait compter sur 35 voix; mais l’opposition du neveu de Clément VIII rendait impos­ sible son élection. On prévoyait un conclave difficile, par suite de la divergence entre Aldobrandini et les Espagnols. Mise en avant, la candidature de Bellarmin est rapidement écartée. Il en est de même de celles de Pierbenedetti et de Saull. Le nom de Baronius soulève un tumulte que l’on entend de l’extérieur : l'oratoricn demande que l’on abandonne sa candidature. Le 16 mai, la situation paraissait inextricable. C'est alors qu’au cours de pourparlers le nom de Camille Borghèsc est prononcé : n’ayant pas d’ennemi, patronné par Aldo­ brandini et Montalto, il est élu le soir même. Agé de 52 ans, il était le plus jeune et le mieux portant de tous les cardinaux. Par reconnaissance pour le pape Paul III, protecteur de son père, il prit le nom de Paul V. Le nouveau pape n’avait été le candidat d'au­ cun parti. Les Français furent satisfaits de l’élection. Cf. Lettre de Henri IV, 3 juin 1G05, au cardinal de Givnj, bibliothèque municipale de Metz, ms. 2/ÿ,p.63; Philippson, Heinrich IV. und Philipp III., 1.1, p. 357. Les Espagnols, au contraire, furent déçus. < Ils n'avaient trouvé auprès de la majorité des cardinaux aucune bienveillance pour leurs candidats. Leur dépit de cette défaite, dans un domaine où ils avaient été si longtemps les maîtres, fut d’autant plus grand que leur échec était la victoire des Français. » L. Pastor, Gcschichte der Pôpste, t. xiî, p. 30. 2° Le nouveau pape. — Né à Rome, le 17 septembre 1552, le cardinal Camille Borghèsc appartenait à une famille originaire de Sienne, connue depuis le xin· siècle. La fortune de la maison Borghèsc commença au xvi· siècle avec le père de Paul V, le juriste MarcAntoine, qui s'installa à Rome, servit sous huit papes et devint doyen des avocats de la Consistoriale. Camille Borghèsc tenait de son père le goût des études de droit. Après avoir étudié à Pérouse et à Padoue, il revint à Borne docteur en droit : il succéda à son père comme avocat de la Consistoriale. En 1588, il est vice-légat de Bologne; deux ans après, il entre en possession d’une charge d’auditeur de la Chambre apostolique. Il devient un des prélats les plus en vue de la curie : en 1593, il remplit avec succès une mis­ sion extraordinaire auprès de Philippe II; le 15 juin 1596, il reçoit le chapeau de cardinal et, l'année sui­ vante, l’évêché de Jésl. En Juin 1603, il remplace le cardinal Rusticucci, comme vicaire du pape. Ses contemporains ne le tenaient pas pour un esprit supérieur; mais ils louaient scs connaissances cano­ niques, sa vie sans tache, son humeur douce. Cf. A. Ratti, Un opusculo inedito del card. Ilaronio con dodict sue Ictlere inedite cd ultri documenti che lo riguardano, Pérouse, 1910, p. 44. Certains diplomates doutaient « qu’il cut les qualités nécessaires pour gouverner. On croyait, écrivait l'ambassadeur du duc d’Urbln, qu’il serait plutôt un bon qu’un grand pape ». L. Pastor op. cit., t. xiî, p. 34. S’il avait en effet une connais sauce approfondie de la curie romaine, il avait été peu mêlé au monde extérieur et était étranger ù la grande 25 PAUL V politique. Malgré celte lacune. Il voudra toujours traiter lul-rnômc directement les affaires qui, par le fait, traîneront souvent en longueur. Jaloux de son autorité, il ne laisse personne exercer d'influence sur lui; son neveu lui-même, Sciplon Caffarelli, qu’il nomme dès 1605 secrétaire d’État, sera tenu à l'écart de la direction des affaires. La seule faiblesse que l’on puisse lui reprocher est son népotisme : son ambition était d’élever la famille des Borgheses, de l’égaler aux Colonnas et aux Orsinis. Son neveu, Sciplon Caffarelli fut nommé cardinal à vingt-sept ans, 18 juillet 1605, avec le droit de porter le nom et les armes des Borghèscs, et secrétaire d’Etat, quelques mois après. Il est comblé d’honneurs et de bénéfices. Scs revenus annuels, de 80 000 écus en 1609, étaient montés à I 10 000 en 1612. Cf. G. Moccnlgo, Betazione, p. 98. Les largesses du pape s’éten­ dent à ses frères, Jean-Baptiste et François, à son neveu Marc-Antoine. Le cardinal Bellarmin osa lui reprocher cette prodigalité. Il reçut de Paul V cette réponse qu’il n’enrichissait sa famille qu’avec modé­ ration et sans puiser dans les revenus de l’Êglise! Cf. Le Bachelet, A actuarium Bellarrninum, p. 535. IL Gouvernement de Rome et des États de l’Êglise. — Dans le gouvernement des États de l’Êglise, les préoccupations du nouveau pape portent sur la répression du banditisme, l’approvisionnement et les finances. Dans la répression du banditisme, il commence par un acte de rigueur : il fait décapiter Piccinardi, cou­ pable de lèse-majesté, pour avoir fait circuler un libelle diffamatoire contre Clément VIII. Il fait pour­ suivre énergiquement ceux qui donnent asile aux ban­ dits. ou les soutiennent en quelque manière. Une ré­ forme des tribunaux s’imposait. En mars 160*8, il crée une congrégation spéciale, sous la présidence du car­ dinal-neveu. Cf. Resolutiones faclæ in Congregatione super reformatione tribunalium romarue curiic sub Paulo V a die // mardi 1608 manu Franc. Penioe rotæ auditoris, aux archives vaticanes, XI, 901. Le 1«' mars 1612, était publiée la bulle Cum sicut accepi­ mus, Cherubini, Magnum Pullarium, t. îh. p. 312315. Grâce à l’énergie des mesures prises, â l’activité des légats, à un contrôle sévère des fonctionnaires, cf. Istruzionc per un gooernatore di provinzia nello Stato ecclesiastico, arch, vat., Borgh., IV, 171, l’ordre fut complètement rétabli. Une meilleure situation économique avait contribué· à ce résultat. Dès 1605, des mesures sont prises pour assurer un ravitaillement régulier en grains : maintien avec pouvoirs étendus de la Congregazione del buon gonerno, instituée par Clément VIII, défense d’ex­ porter hors des États de l’Êglise (constitution du 23 déc. 1605, Cherubini, op. cit., t. ni, p. 216-218), peines contre les spéculateurs et les accapareurs, création d’un magasin de blé pour les pauvres de Rome, érec­ tion, le 19 octobre 1611, d’une nouvelle congrégation pour le rassemblement des vivres, travaux sur le Tibre, amélioration des roules et établissement de nouvelles voies, construction du port de Fano, devenu le port Borghèsc, pour faciliter l’importation. Des travaux considérables sont entrepris pour l'ali­ mentation de la ville en eau. En 1607, commence la restauration de l’aqueduc construit par Trajan pour amener au Transtévèrc les eaux rassemblées au lac de Bracciano : le nouvel aqueduc, VAcqua Paola, avec toutes scs fontaines luxueusement décorées, était ter­ miné en 1611. On doit également Λ Paul V la restau­ ration de VAcqua acetosa et des bains de VAcqua santa. Rome est embellie par le pape Borghèsc. Ce fut d’abord l’achèvement de l’église Saint-Pierre. Malgré l’opposition de Baronius, cf. H 1st, Pauli V ÆmilH Sari­ torii, 1. XIV, bibl. vat., F. Barberini, 2380, p. 2, 26 Paul V commence par faire abattre l’ancienne basi­ lique vatlcane, élevée par Constantin et si précieuse par son histoire, par les tombeaux des papes, par ses richesses et scs reliques, ainsi que le palais d’inno­ cent III, qui abritait fa rote. Commencés en 1607, les travaux durèrent Jusqu’en 1617, sous 1a direction de Maderno, qui, sous l'influence de la congrégation des cardinaux et de Paul V, modifia les plans de Bra­ mante et de Michel-Ange. Saintc-Marie-Majcure, il fit construire la chapelle Pauline, pour y transférer le tableau de 1a Vierge, attribué à saint Luc, et y élever le tombeau de Clément VIII et le sien. Pour son usage personnel, il flt agrandir le palais du Quirina), édifier trois chapelles et dessiner des jardins, ériger des fon­ taines. Il embellit de même Je Vatican. La bibliothèque vaticane lui doit deux nouvelles salles, construites en 1611. Il y flt transporter, afin d’en mieux assurer la conservation, les archives du Saint-Siège, 1611-1611 ; il enrichit la bibliothèque d’un grand nombre de volumes et de manuscrits. Cf. E. Tisseront et E. W. Koch, The Vatican library, Rome, 1929. p. 33. De son côté, le cardinal-neveu entreprenait des constructions qui pouvaient rivaliser avec celles du pape : le palais Borghèse, un autre palais près du Vatican, une villa avec jardins au Quirinal, la villa Borghèse, etc., sans compter l’aménagement d’autres palais, où s’accumulent les œuvres d’art antiques et modernes. · Les largesses de Paul V envers son neveu, ses dé­ penses somptueuses, ses aumônes qui. selon le chiffre donné par Costaguti, atteignent fa somme de 1 300 000 écus. cf. Comptes de Costaguti, dans L. Pastor, op. cil., t. xiî, p. 663 sq., les frais exigés par le conflit avec Venise, les subsides de toutes sortes, tout cela fut désas­ treux pour le trésor pontifical. Au début de son règne, Paul V se plaignait déjà à l’archiduc Ferdinand d’Au­ triche que la caisse était vide et les dettes considéra­ bles. Une grande partie des revenus était épuisée par le sendee des dettes; les revenus eux-mêmes étaient diminués par fa vente des charges. Ses financiers cherchèrent des remèdes. En 1606. le Bolonais Malvasiu avait étudié les divers moyens de relexcr les finances, insistant sur une diminution du taux de l'intérêt cl sur un prélèvement sur le trésor du château Saint-Ange. Cf. Per sollcvarc la camera apostolica. Dis­ corso di nions. Maloasia, 1606, bibL Corsini, cod. 39, B 13, p. 122-127. Le pape s’en tint au moyen le plus facile et le plus mauvais : à l’emprunt. Aussi la dette qui, en 1606, était de 12 242 620 écus, était-elle mon­ tée, en 1619, à 18 000 000, pour des revenus attei­ gnant à peine 2 000 000 d’écus. Ce n’est que trop tard, à la veille de sa mort, qu’il songea ù mettre un peu d’ordre dans ses finances. III. Gouvernement général de l’église. — P La reforme de TÉglise. — La profonde piété de Paul \ et son zèle ardent pour les âmes devaient l'exci­ ter à promouvoir la réforme élaborée par le concile de Trente. Il commence par la Ville éternelle et les États pontificaux. Le 19 octobre 1605, il publie une ordon­ nance qui renforce les décrets du concile sur fa rési­ dence. Au consistoire du 7 novembre, il annonce qu il a donné l’ordre à son vicaire, le cardinal Pamphili, de faire rentrer dans leurs diocèses tous les évêques pre­ sents â la curie, sans excepter les cardinaux, qui doi­ vent rendre leur évêché, s’ils ne veulent pas résider. Aucune dispense n’est accordée, sauf pour ceux qui exercent une légation dans les États de l’Êglise. S’il échoue dans scs projets de réformer le conclave et de donner une nouvelle collection des Dtcrttales, il réalise la publication du nouveau rituel romain : étudié en 1612 par une congrégation de cardinaux et de savants, qui prirent pour base l'œuvre de San tori, 27 PAUL V faite sous Gregoire XI11 et Grégoire XIV, il est imposé A l’Église universelle, par la bulle Aposloticæ Sedis, du 20 juin loi I. Cherubini, op. cil., t. ht, p. 335. Pour développer la piété populaire, Il propage les prières des Quaran te-heures, introduites par Clé­ ment VHÎ, et encourage VOralorio della communione generale, fondé par le jésuite Pierre Gravita. Il pro­ cede à la canonisation de sainte Françoise Romaine et de saint Charles Borromée; A la béatification de Tho­ mas de Villeneuve, de l’évêque Albert de Liège, de Pascal Bayion. de Joachim Piccolomini, de Silvestre Gozzollni, de Louis Bel tram, d’Ignace de Loyola, de François Xavier, de Philippe de Néri, de Thérèse de Jésus. D’autres procès sont introduits, ceux de Pie V, de François de Borgia, etc... 2· Les ordres religieux. — Les ordres religieux pou­ vaient apporter un appoint considérable à l’œuvre de réforme. Les nombreuses interventions de Paul V ont pour but de maintenir la discipline monastique et de favoriser les congrégations nouvelles, destinées aux soins des malades et A la formation de la jeunesse. Une ordonnance du I décembre 1605, Cherubini, op. cil., t. ni, p. '212-213, rappelle les prescriptions du concile de Trente et celles de Clément VIII; le ltr septembre 1608, il insiste sur la clôture; la bulle du 23 mai 1608, Cherubini, op. cil., t. ni, p. 229-231, révoque les an­ ciennes indulgences et en concède de nouvelles. Les capucins lui doivent d’être reconnus comme corigrégation indépendante du général des conventuels, 23 janvier 1619, et les cisterciens d'Espagne sont réu­ nis en une congrégation soumise au général de l’ordre, 19 avril 1616. Plusieurs congrégitions nouvelles sont approuvées : l'Oraloire de Jésus du P. de Bérulle, les clercs des écoles pies de Joseph Calasanz. les doctri­ naires de César de Bus, qu'il unit aux somasques, les Filles de Notre-Dame de Jeanne de Lcstomiac, les religieuses de Notre-Dame de Pierre Fourier. 3° Les missions. — Si l’on excepte la Chine et le Japon, où commence une ère de persécution, la plu­ part des missions marquèrent des progrès, sous l’im­ pulsion de Paul V. Elles se développent ou font concevoir des espérances dans le royaume du Grand Mongol, avec la conversion de ses trois neveux, en 1610, en Perse, après la réception d’une ambassade A Rome, le 27 août 1609, et la création d’un évêché, en 1611, cf. arch, vat., Epist., xiv, 197, au Congo, par l’envoi de douze capucins sur la demande d’AIvarus III, en Abyssinie, par la conversion du frère du négus. Dans le nouveau monde, commence l’évangélisation du Canada par les jésuites, 1611, les récollets, 1615, les franciscains, 1619, cf. Jouve, Les franciscains et le Canada. I. i, Québec, 1915, et se fondent les réduc­ tions du Paraguay ù partir de 1610; cf. Rastoul, Les jésalles du Paraguay, Paris, 1907. ■I· Questions doctrinales. — Paul V fut mêlé à plu­ sieurs controverses. En ce qui concerne l’immaculée conception, il garde la même attitude que ses prédé­ cesseurs. La bulle Regis pacifici, du 6 juillet 1611, Cherubini, op. cil., t. ni, p. 391-392, ne fait que renou­ veler les décisions de Sixte IV et de Pie V. Sur la controverso De auxiliis et la condamnation de Galilée, voir aux articles Mounïsme et Galilée. IV. Relations avec les états. — 1° La politique de Paul V. — La grande idée de Paul V est de main­ tenir La paix entre les puissances catholiques, afin de diriger leurs forces contre les progrès inquiétants des Turcs. Dans ce but, il écarte tout projet d’alliance soit avec l’Espagne, soit avec la France, il demeure im­ partial dans les conflits qui divisent les deux grandes nations. Il veut plus : substituer Λ l’état d'hostilité une alliance par des unions matrimoniales entre les familles régnantes des deux pays. Il reprend à cet eflet, en 1605, un projet de Clément VIII. Ce fut sans 28 i succès. Cf. Perrons, Les mariages espagnols sous Henri IV, Paris, 1869. Ne pouvant réaliser l’union des deux nations, du moins propose-t-il sa médiation dans les moments de grande tension diplomatique. Lorsque l’opposition des intérêts français et espagnols menace d’aboutir A une guerre, A propos de la succession des duchés de ClèveJulicrs, il envoie un bref A Henri IV, le 28 janvier 1610; le 21 avril, il décide de faire partir deux nonces extraordinaires pour les cours de Paris et de Madrid. Démarches inutiles : le roi de France se prépare h entrer en campagne, lorsqu'il tombe sous le fer de Ravaillac, I l mai 1610. Paul V garde la même neutra­ lité lors de l’affaire de la Valtcline, 1620, qui allait mettre aux prises Français et Espagnols : il refuse de prendre parti et cherche l’occasion de se poser en médiateur. La mort ne lui en laissa pas le temps. A l’égal des guerres politiques, il redoute les guerres de religion. S’il n’approuve pas plus que scs prédéces­ seurs la paix d’Augsbourg de 1555, il la considère comme un moindre mal. 11 ne veut pas que les catho­ liques fassent quoi quo ce soit pour la rompre. Aussi n'approuvc-t-il qu’avec crainte la Ligue catholique des princes allemands, laissant nettement entendre qu'il ne lui accordera aucun subside, si elle entreprend de mettre la paix en péril. Cf. Chroust, Hricfc und Aklen zur Geschichle der Drcizigjâhrigen Krieges, t. ix, p. 79. 2° Le conflit avec Venise. — 1. Causes du conflit. — Elles se trouvent dans l'atteinte portée par la Répu­ blique aux immunités ecclésiastiques. Avant l’élection de Paul V, deux lois avaient été promulguées, lésant les droits de l’Églisc : la première, du 10 janvier 1604, défendait de construire des couvents, des églises, des hôpitaux, sans la permission du Sénat, sous peine de bannissement et de prison perpétuelle, en cas de reci­ dive; la seconde, du 26 mars 1605, interdisait la dona­ tion et la vente aux ecclésiastiques de biens possédés par des laïques, sous peine de saisie des biens. De plus, le Sénat avait fait arrêter deux clercs, un chanoine de Vicence, Sciplon Sarrasin, et l’abbé de Nervèze, Brandolino Valdemario, accusés, le premier d’avoir souillé de nuit, par vengeance, la porte d’une dame, le second, d’avoir commis un meurtre. Cf. Moratori, Annali d’Italia, t. xi, Milan, 1719, p. 17. C’était aller contre les prescriptions du concile de Trente, sess. xxv, De rcf., c. xx, qui avait rappelé aux princes le respect dû < aux libertés, immunités et juri­ dictions propres au clergé ». Le pape jugea de son devoir d’intervenir. Il défendra la juridiction ecclésiastique • avec zèle, de toutes ses forces, jusqu’à verser son sang ». Comet, Paolo V e la Rcpublica Veneta, Vienne, 1859, p. 3, note. Il rejette toute explication de l’am­ bassadeur vénitien, Ag. Nanl cl exige la suppression des deux lois, ainsi que la remise des deux clercs coupables à la juridiction ecclésiastique. Le nonce Horace Mattéi se heurte sur ces deux points à un refus formel de la Seigneurie. 2. L'interdit. — Devant la ferme attitude du pape qui, dans deux brefs du 10 décembre 1605, avait condamné les deux lois, exigé la remise des deux ecclé­ siastiques cl menacé de graves censures s'il n’obtenait pas satisfaction, la Seigneurie, décidée ù ne pas céder, cherche A gagner du temps, utilisant tous les prétextes. On arrive ainsi au printemps de 1606. Voyant qu'au­ cune concession n'était A altcndrc de la République, le pape, dans le consistoire du 17 avril, déclare qu’il frappera d'excommunication le Sénat et d'interdit tout le territoire de Venise si, dans les 24 jours, les lois ne sont pas rapportées et les prisonniers livrés. Les envoyés vénitiens quittèrent Rome et le nonce, Venise. A Venise, on s’était préparé A la lutte. La Seigneurie 29 PAUL V 30 aval! nettement déclaré, dès le début du conllit, qu'il veut Justifier sa résistance : elle fait appel a des serait pour le pape contre tous sans exception, pour Juristes de Milan et de Padouc, surtout elle s’attache le servite Paolo Sarpi, né à Venise en 1552, un des plus i Venise contre tous, sauf le pape. Rome prévoyait la guerre et s’y préparait. L'Espagne mil scs forces à la grands agitateurs que l'fcglhc ait jamais connus. Sûr de l'appui de la République, qui en fait son théolo­ disposition du pape; l’empereur Rodolphe II, crai­ gnant de voir Venise devenir une nouvelle Genève, gien consuiteur aux appointements annuels de 200 leva également des troupes. ducats, Sarpi place lu querelle sur le terrain doctrinal, 3. Négociations et fin du conflit. — La situation en fait une lutte de principes sur les rapports de l'Égllsc et de l’Êtat. Il refuse au pape tout pouvoir | devenait critique pour la République. Elle se rend compte qu’un accord lui sera plus profitable que la temporel et au clergé toute situation privilégiée dans guerre. N’ayant pu conclure une alliance avec la l’Etat. Suivant ses conseils, le Sénat soutient que le France, elle accepte sa médiation. Déjà, au cours de gouvernement temporel reçoit immédiatement de l'année 1606, bien des pourparlers avaient eu lieu : Dieu pouvoir sur les affaires ecclésiastiques, que les les gouvernements de Henri IV et de Philippe III censures portées par Paul V doivent être considérées s’étaient entremis auprès de Rome cl de Venise. Ces comme non existantes. Il n'est donc pas nécessaire interventions n’avaient fait que mieux ressortir i’opd’en appeler à un concile général. Le Sénat, considé­ position des deux partis en présence. A Rome, on rant que les censures sont milles, n’a qu’à en empêcher exigeait de Venise l’envoi d'un ambassadeur pour de­ la publication. mander la levée des censures, la suppression des deux De fait, tout est mis en œuvre pour que les censures lois, la livraison des deux ecclésiastiques, Je retour de ponti ileales ne viennent pas à la connaissance du tous les religieux, y compris les jésuites. Venise accep­ public : défense, sous peine de mort, de les publier, tait de remettre les prisonniers entre les mains de ordre donné aux curés de livrer sans les ouvrir les l’autorité ecclésiastique, de laisser rentrer les religieux, écrits venant du Saint-Siège. Le 6 mai, le doge adresse sauf les jésuites; elle refusait de supprimer les lois et une instruction à tout le clergé, Cornet, op. cit., p. 71 sq . protestant contre les censures et affirmant que I exigeait la levée des censures avant l’envoi d’un am­ dans les choses temporelles il ne reconnaît d’autre 1 bassadeur. A la fin de janvier 1607, Henri IV proposa à l’am­ supérieur que Dieu. Il ordonne de continuer l’exercice bassadeur de Venise de se porter lui-même garant de du culte, sous peine d’exil. la suspension des lois en litige, ù condition que la Malgré les précautions prises, les censures sont République lui donnât quelque signe que sa parole connues : elles eurent peu d’effet. Les évêques excu­ ne serait pas sans effet. Le cardinal de Joyeuse qui se sent leur désobéissance par la menace de mort. Le bas clergé, très relâché, ne pouvait offrir aucune résis­ I rendait en Italie reçut ordre de se tenir prêt à agir comme médiateur. De fait, au début de février, il se tance. Le clergé régulier n'était pas meilleur : les reli­ rend à Rome, où Paul V lui donne scs instructions : gieux vénitiens sont dépeints, au temps de Paul V, observation de l'interdit jusqu'à la levée des censures, comme « la honte et la lie de tous les ordres >. promesse de modifier les lois dans un temps déter­ L. Pastor, op. c/7., t. xii, p. 100. il y eut cependant des miné, acceptation nette de la caution du roi de France. exceptions. Les jésuites reçurent de leur général Les négociations furent laborieuses. Le 14 mars le Acquaviva l'ordre d'obéir à la bulle ou de quitter Sénat donne aux rois de France et d'Espagne l’assu­ Venise. Cf. Juvencius, Histories societatis Jesu pars rance qu’il ne se départira pas, dans l'application des quinta, t. n, Rome 1710, p. 101. Le Sénat, par une loi deux lois, de son ancienne piété et religion. Mais Ü du 14 juin 1606, les exclut pour toujours du territoire demeure Intransigeant sur le rappel des jésuites. Le de la République. Les capucins et les théatins, qui se pape, de son côté, ne veut pas les abandonner. Le soumirent à l’interdit, demandèrent et obtinrent la général Acquaviva lui conseilla de conclure la paix permission de partir. sans considération pour son ordre. De plus, en accep­ Pour empêcher l’observation de l’interdit, les écrits tant de livrer les deux ecclésiastique'», la Seigneurie justifiant la Seigneurie se multiplient. L’université de prétendait réserver ses droits de juridiction. Padouc publie trois rapports de juristes, voir Goldast, Enfin, le 1er avril, le cardinal de Joyeuse et l'am­ Monarchia romani imperii, p. 310-367; Sarpi édite bassadeur français d’Allncourt, présentent au pape deux écrits de Gerson sur la résistance aux abus de la deux documents. Dans le premier, l’ambassadeur puissance pontificale et à l’excommunication, pûis il demande au nom de son mi cl de Venise la levée des publie scs Observations sur tes censures de Paul V contre la République de Venise, réfutant la bulle du I censures : la République regrette le passé, désire ren­ trer en grâces auprès du pape et est prête à donner 17 avril, son Traité sur Γ interdit, publié nu nom de satisfaction. Dans le second. Joyeuse et d’zMincourt six autres théologiens de la République. Bcllannln promettent au nom de Henri IV que les prisonniers répond à un pamphlet de l’ex-jésuite Marslglio et aux seront livrés, que les lois ne seront pas appliquées, que écrits de Sarpi. Sommervogel, Bibliothèque de la la protestation contre l’interdit et l'écrit du doge Compagnie de Jésus, t. i, p. 1208 sq. Le cardinal Gaétan!, Baronius entrent dans la lice. Grclscr compte, I seront retires en même temps que les censures seront levées, que les religieux qui ont fui à cause de l’interdit en 1607, 28 écrits en faveur de Venise et 38 pour le pourront rentrer. Le 9 avril. Joyeuse arrive à Venise, pape. Cf. Considerationum ad theologos Venetos libri muni d’instructions et de brefs, datés du 4 avril, pour III, Ingolstadt, 1607, Opera omnia, t. vu, p..425-427. la réconciliation. Le résulta! cherché était atteint. Le peuple prenait Elle a lieu le 21 avril : jusqu'à la dernière minute, la parti pour la République. On continuait l’exercice du République s'est refusée ù observer l’interdit; les culte, sans tenir compte de l’interdit, les offices étalent prisonniers furent livrés, avec réserve relative à la plus suivis que par le passé. compétence de la Seigneurie sur les ecclésiastiques, ù L'excitation des esprits était d’autant plus dange­ l’ambassadeur français, qui les remit au cardinal, sans reuse que le gouvernement cherchait des appuis ù mention de la réserve; communication fut alors faite l’extérieur. On arme des deux côtés. Le 16 mai 1606, au doge et nu Sénat de la levée des censures. Le car­ l’ambassadeur anglais à Venise donne l’espérance dinal célébra une messe solennelle après l'absolution. d’une alliance secrète avec les puissances protes­ Il n’y cul aucun acte explicite de retrait de la protesta­ tantes. Cf. Nürnberger, Papst Paul V. und das veneziation du doge contre l’interdit : elle n’avait plus sa nische Interdlkt, dans Histor. Jahrb., t iv, 1883, p. 476 raison d'être, disait le Sénat, par le fait même de la sq. On comptait aussi sur la France, mais Henri IV 31 PAUL V levée des censures. Il fut impossible d'obtenir quoi que ce soit en faveur des jésuites, qui demeureront encore pendant cinquante ans exclus de la République de Venise. Aucun acte enfin ne fut dressé de l’accord, qui n’eut que la garantie des rois de France et d’Es­ pagne. Le résultat si péniblement obtenu fut commu­ niqué au consistoire du 30 avril, sans que les cardinaux fussent autorisés à donner leur avis. Paul V n’avait pu obtenir complète satisfaction. Il n'osa pas dans la suite, par crainte d’une nouvelle rupture, exiger la comparution de Sarpi et de Mnrsiglio devant le tribunal de l'inquisition. Le Sénat de Venise avait également échoué : en donnant à ce con­ flit une portée plus grande, en en faisant une affaire qui intéressait les rapports de l’Église et de l'État, il avait compté sur l’appui des princes, dont il défendait les droits, il ne le trouva point et fut oblige de se rendre sous la pression de la France et de l'Espagne. 3° La publication en France du concile de Trente, — Un meilleur choix des évêques sous Henri IV, l’acti­ vité de curés zélés, fondateurs d'ordres, tels que François de Sales, Vincent de Paul, Pierre Fourier cl Pierre de Bérullc, la création de congrégations desti­ nées à l’instruction de la jeunesse, avaient déjà fait réaliser de sérieux progrès à la réforme catholique en · France Mals.poui que ces efforts portassent tous leurs fruits, il était nécessaire que le concile de Trente fût appliqué et, pour cela, promulgué dans le royaume. Les prédécesseurs de Pau! V, de Pie IV & Clément VIII, n’avaient jamais perdu de vue cette promulga­ tion. Clément VIII, lors de l’absolution de Henri IV, 17 septembre 1595, avait exigé du roi, comme péni­ tence, « que le concile de Trente fût publié cl observé par tous, exceptant cependant (ce que nous accordons a votre très instante supplication et prière) les points, s’il y en a, qui vraiment ne pourraient être observés sans que la tranquillité du royaume en fût troublée ». V. Martin, Le gallicanisme et la réforme catholique, i Paris, 1919, p. 284. Henri IV accepta cette pénitence et, durant tout son règne, chercha sincèrement Λ obtenir des parlements la publication demandée. Paul V d'ailleurs, lui rappelait cet engagement et les nonces, Barbcrinl et Ubaldinl, multiplièrent leurs Interventions, sans obtenir de résultat. Le roi se heurta à l’opposition irréductible des parlements. Les décrets disciplinaires du concile de Trente apparaissaient, aux yeux des légistes, comme la mani­ festation la plus accentuée de l'ultramontanisme, comme une menace de l'intervention de l’étranger dans les affaires françaises, comme une atteinte portée a l'autorité suprême du pouvoir temporel. Les trou­ bles de la Ligue avaient déjà fait apparaître l’opposi­ tion entre deux thèses sur l’origine du pouvoir : celle des légistes et la thèse démocratique. Les légistes, pui­ sant leurs théories dans le droit romain, faisaient dé­ couler l'autorité des princes directement de Dieu; ils l’opposaient à celle du pape, à qui ils n’accordaient aucun droit sur le temporel des princes. Les partisans de la thèse démocratique faisaient découler l’autorité « de Dieu, mais par l’intermédiaire raisonné des hommes, comme tout ce qui concerne le droit des gens ». V. Martin, op. cil., p. 321. La première devait trouver sa plus forte expression dans le Basilicon doron de Jacques Ier, répandu en France par G. Barclay, Bardai ( (GulielmiJ de potestate papæ in principes sæculares liber posthumus, Pont-à-Mousson, 1609, et la seconde être défendue par Bellarmin, en réponse a Barclay, De potestate summi pontificis in tempora­ libus, Opera, éd. Vlvès, t. xn. Les plus ardents à défendre les droits du Parlement étaient les deux présidents, Ach. de Harlay et Aug. de Thou, et l’avocat général L. Servin. Sous leur in­ fluence, le parlement de Paris décida de faire brûler 32 le décret de l’index du 1 1 nov. 1609, condamnant THistoire universelle de de Thou, avec un discours d'Ant. Arnauld, prononcé ù la suite de l'attentat de ChAtcl contre Henri IV, et le décret du Parlement prononçant les peines de mort contre ChAtcl et d’exil contre les jésuites, accusés de complicité. Le Parle­ ment prononce une sentence identique contre l’ou­ vrage du jésuite Mariana, De rege et regis institutione, Tolède, 1599, qui légitimait le régicide. La réponse de Bellarmin A l'ouvrage de Barclay, l'écrit de Suarez, Defensio fidei catholica et apostolicie aduersus angli­ cane sector errores, Coimbre, 1613, cf. A. J. Rance. L9arrêt contre Suarez, dans Revue des questions histo­ riques, t. xxxvii, 1885, p. 594-601, sont condamnes. En même temps se répandent les écrits opposés A la papauté, tels que la Chronologie septennaire, Paris, 1605, de Cayet, le Mystère (Tiniquité ou histoire de la papau­ té, 1607, de du Plcssis-Momay, le Théâtre de Tantechrist, 1610, de Vigner, le Libellus de ecclesiastica et politica potestate, 1611, d'Edm. Richer. L'accueil fait ù ce dernier ouvrage montre que le clergé était alors fort éloigné de partager les idées gallicanes des parlementaires. Sur l’initia1 ive du car­ dinal du Perron, quinze évêques se réunirent pour examiner le Libellus et le jugèrent digne de censure : 11 fut condamné comme hérétique par les conciles provinciaux de Sens et d’Aix. La Sorbonne elle-même intervint, blâma le livre et priva l’auteur de sa charge de syndic, 1er sept. 1612. L’application des décrets du concile dans certains diocèses et les bienfaits qui en résultaient, la gravité des abus provenant de l’inter­ vention du pouvoir séculier, l’attrait qu’exerçait le calvinisme sur les clercs douteux, tout cela prouvait la nécessité urgente d’une réforme complète. L’union se créait dans ce but parmi les membres du premier des ordres de l'État. « 11 restait encore, certes, quel­ ques dissidents, et farouches, mais rares. Et, comme pouvait l'affirmer à la reine, vers la fin de ces démêlés, le cardinal de Joyeuse, moralement l’unanimité de l'Église de France s'était déclarée contre Richer, contre le Parlement, pour Rome. » V. Martin, op, cil., p. 364. Cela explique les événements de 1614 et de 1615, l'attitude du clergé aux États généraux et sa décision à l'Asscmbléc générale du clergé. Aux États généraux, réunis à Paris en octobre 1614, la première préoccupation du clergé fut de demander au roi « qu’il lui plaise que le concile soit reçu et public dans le royaume, et scs constitutions gardées et ob­ servées, sans préjudice des droits de Sa Majesté, libertés de l'Église gallicane, privilèges et exemptions des chapitres, monastères et communautés, pour les­ quels privilèges, libertés et exemptions, Sa Sainteté sera suppliée à ce qu'elles soient réservées et demeu­ rent en leur entier, sans que ladite publication y puisse préjudicier ». A cette proposition, le Tiers, prenant l'offensive, opposa, comme loi fondamentale du royaume, une déclaration, affirmant que le roi de France était « absolument indépendant de toute puissance étran­ gère, spirituelle ou temporelle, et ne tenant sa cou­ ronne que de Dieu seul; que le pape n'avalt pas le droit dele déposer,ni de relever ses sujets du serment d'obéissance, sous aucun prétexte ». V. Martin, op. ciL, p. 368. Soutenir la doctrine opposée était se rendre coupable du crime de lèse-majesté. Le cardinal du Perron, assisté d’une suite imposante de prélats, se rendit, le 23 décembre, à la réunion de la Noblesse et, le 2 janvier 1615, à celle du Tiers, pour combattre cette proposition et réussit à la faire retirer. Mais, pour la publication du concile, seule la Noblesse put être gagnée; le Tiers resta irréductible. Le prési­ dent Miron refusa de s'intéresser a une question pure­ ment religieuse : ■ Ce n’est pas à nous, qui sommes PAUL V 33 laïcs, d’entrer en cognoissancc de cause pour ce sujet, nous contentons d’en apprendre les résolutions par la bouche rie nos pasteurs, auxquels nous adhérons très régulièrement. » V. Martin, op. cil., p. 371. Les cahiers furent remis au roi, qui se réserva d’y répondre plus ! tard. I Le clergé n’avait guère à espérer une publication du concile par le roi, malgré les bonnes dispositions de la régente, Marie de Médicis, encouragées par Ubaldini et par Paul V. Il ne pouvait compter que sur lui-mèm.·. C'est ce qu’il fit à l’assemblée qui se réunit I en mai 1615, présidée par du Perron, avec de La Roche­ foucauld comme suppléant. La publication du concile par le clergé seul n’était pas sans inconvénients. I L’opposition ne désarmerait pas; on pouvait crain­ dre la désapprobation royale et se demander com­ ment les tribunaux jugeraient les infractions aux décrets conciliaires. Mais il apparut bientôt que la reine-mère se réjouissait plutôt de ce mode de publi- | cation : ne pouvant la réaliser elle-même, elle accep­ tait de la voir accomplie, même en dehors d’elle. Le clergé prenait conscience de la distinction du spirituel et du temporel; le premier étant du ressort exclusif de l’Église, il se sentait une autorité suffisante pour régler lui-même cette question, sans aucun recours au pouvoir temporel. Ainsi tombaient les scrupules et, le 7 juillet 1615, l'assemblée recevait unanimement le concile : elle décidait que, dans six mois au plus tard, dans chaque province ecclésiastique, seraient tenus des conciles provinciaux et, dans chaque diocèse, des synodes, dans lesquels les décrets de Trente se­ raient reçus < suivant la déclaration des États géné­ raux de ce royaume dont l’article est inséré au pié du présent acte ». Odespun, Concilia novissima Gal· lue. Conventus cleri Francia Parisiis congregati anno 1615. L'attitude de la reine empêcha les ministres de se plaindre. Malgré la réserve insérée dans l’acte de l'assemblée, Rome se montra satisfaite. Paul V envoya des brefs de louange et de remerciement aux cardi­ naux du Perron et de La Rochefoucauld, ainsi qu’au roi et à la reine-mère. Cf. arch, vat., arm. XLV, vol. 11, n. hi, 17. 10 et 50. 4° La persécution en Angleterre. — La conjuration, traînée par Catesby et quelques catholiques anglais, las des mesures vcxaloires dont souffraient leurs core­ ligionnaires, fut découverte le 5 novembre. 1605. Elle servit au gouvernement de Jacques Ier de prétexte pour intensi lier la persécution contre ceux qui étaient fidèles ù l’ancienne religion. CL 1). Jardine, A narra­ tive oj the gunpowder plot, Londres 1857, Gerard, What was the gunpowder plot? Londres, 1897 ; Gardiner, IV/iaf gunpowder plot was? Londres, 1897; Gerard, The gun­ powder plot and (he gunpowder plotters, in reply to the prof. Gardiner, Londres, 1897; E. Prampain, La con­ juration des poudres, dans Revue des questions histori­ ques, t. xi., 1886, p. 403-463. Une loi du 27 mai 1606 s’ajouta, malgré l’interven­ tion d’Henri IV, à l'ancienne législation. Elle contient plus de 70 articles, infligeant diverses peines aux catholiques, suivant leur condition, incapacités, dé­ chéances, amendes» confiscation des biens, etc... Cf. Lingard, Histoire dfAngleterre, t. ni, Paris, 1840, p. 137-138. Un nouveau serment d’allégeance — dont le refus comportait la prison perpétuelle et la coalis­ ent ion des biens — était imposé aux catholiques. Ce nouveau serment devait susciter de vives con­ troverses, et jeter la division parmi les catholiques anglais. Il engageait à reconnaître que Jacques Ier était roi légitime, que le pape n'avait aucun pouvoir de le déposer et de délier scs sujets du serment de fidélité, à garder nu roi fidélité et obéissance, malgré les excommunications pontificales, ù le protéger contre les conjurations et les attaques, à dénoncer les DICT. DE THI-OL. CATIIOL. 3'ι conjurés, à rejeter comme impie et hérétique cette doctrine condamnable, suivant laquelle les princes excommuniés ou privés de leur royaume par le pape peuvent être déposés et mis ô mort par leurs sujets, a considérer comme de foi et obligatoire en conscient» que ni le pape ni qui que ce soit n'a le pouvoir de délit r de ce serment, justement imposé par la puissance légitime, ni d'en dispenser. Il devait être prêté suivant le sens des mots et sans équivoque. Aussitôt se posa, pour les catholiques anglais, la question de la légitimité du serment. La suprématie du roi dans les affaires spirituelles n'était pas cxplh i tement affirmée. La doctrine de l'autorité du pape dans la déposition des rois, si elle était enseignée par les théologiens, n'était pas de fol. Les qualification^ < impie et hérétique » pouvaient ne s’appliquer qu’a la théorie du régicide cl non à la simple déposition. Celui qui prêtait serment ne pouvait-il l’entendre dan* ce sens modéré? C'est ce que pensèrent l'archlprêtrc Black wall et plusieurs prêtres séculiers, à l’encontre des bénédictins et des jésuites. La controverse fut portée à Rome. L’ambassadeur français à Rome, de Brèves, invita le pape à céder pour éviter de la part du roi d’Angleterre de nouvelles rigueurs. Malgré cette int en ent ion, Paul V, par un bref du 22 septembre 1606, condamna le serment, comme contenant des choses contraires à la foi et au salut des âmes. Cette condamnation s’explique par les idées de l’époque sur le pouvoir du pape de déposer les rois. De Brèves rapporte que, au plus fort de la controverse qui suivit, ayant rapporté au pape, en 1609, que le roi d’Angle­ terre « voulait le reconnaître pour le premier évêque et chef de l'Église en ce qui concerne le spirituel, pourvu qu’il se départe de la prétention qu’il a de pouvoir déposer les rois », il reçut pour réponse que Sa Sainteté ne pouvait < faire ceste déclaration qu’elle ne fust au mesme temps Elle-même tenue pour hérétique ». De Brèves à Pulsleux, 18 août 1609, dans J. de la Serviere. De Jacobo I Anglia rege cum cardinali R. Beltannino S. J. super potestate cum regia tum pontificia dispu­ tante (1607-1609), Paris, 1900, p. 115. Le bref est com­ muniqué par le nouveau supérieur des jésuites» Holtby, à Blackwall, qui le publie en le présentant comme le dictum particulier de Paul V et refuse d’en tenir compte. Dans une circulaire du 7 juillet 1607, l'archlprêtre invite le clergé à suivre son exemple et à prêter le serment. Beaucoup sont indécis; on croit le pape mal informé, renseigné seulement par les jésuites. Paul V. dans une lettre du 22 août, dit avoir étudie lui-même la question; il fait réfuter Blackwall par Persons et Bellarmin. Blackwall répond à Bellarmin, le 13 novembre. Cf. de la Servtère» op. cit., p. 27. Déposé par le pape. Blackwall est remplacé, le Ie* fé­ vrier 1608, par G. Birkhead. Ce dernier déclare, le 16 août 1611, que son prédécesseur et tous les prêtres qui ont prêté serment sont soumis aux censures ecclésiastiques. Le roi veut justifier le serment. 11 publie, sans nom d'auteur. Triplici nodo triplex cuneus, sive apologia pro juramento fidelitatis adversus duo brevia Pauli \ tl epistulam card. Rellarmini ad G. Rlackwellum archipresbyterum nuper scriptam, Londres. 1607. 11 s’ef­ force de démontrer (pic le serment n’exige que l'obéis­ sance civile et de prouver par l’Écriture et la tradition qu’aucune puissance humaine ne peut dégager les sujets de l’obéissance due aux rois, même s’ils sont indignes. Sous le nom de son chapelain, M. Tortus. Bellarmin donne la réplique, en exposant la thèse romaine et en montrant les erreurs scripturaires <1 patristlques de l’auteur. Responsio M. Torti ad librum 1 scriptum Triplici nodo... Jacques l" ne se tint pas pour battu et publia, sous son nom cette fois, une 2· édition, revue et coiiiT. — XII — 2 35 P \UL V géc du Triplici nodo, 1609, « l'ouvrage le plus fou... et le plus pernicieux qui se soit jamais fait sur tel sujet », dit la Bodcrie, ambassadeur français A Londres. J. de la Servièrc, op. cil., p. 89. La publication est envoyée aux souverains qui la reçoivent froidement. Henri IV intendent auprès du pape pour qu'il n'y soit pas ré­ pondu. Paul V laisse cependant Bellarmin publier son Apologia R. Bellarmini pro responsione sua ad librum inscriptum Triplici nodo..,, Rome, 1609, mais renonce à l’envoyer aux princes, pour ne pas irriter le roi d’Angleterre. Malheureusement, on ne s'en tint pas à ces contro­ verses. L'application de la loi entraîna une violente persécution, aggravée encore après l'assassinat de Henri IV : seize prêtres et deux laïques furent mis à mort. En 1616, quatre mille catholiques sc trouvaient dans les prisons royales. Cf. Lingard, op. cil., t. ni, p. 178. 5e Russie et Pologne. — Égaré par le nonce de Polo­ gne, Rangoni, Paul V rêva un instant de réaliser le retour de la Russie au catholicisme. Il mit sa confiance dans le prétendu fils d’Ivan IV, l’aventurier Dimitri. I qui faisait profession de catholicisme : il crut que la victoire de Dimitri sur Fédor, fils du tzar Boris, et son entrée à Moscou. 20 juin 1605, devaient être le prélude de la réunion de la Russie à l’unité catholique et apporteraient une aide puissante à ses projets contre les Turcs. Moins d’un an après, le 27 mal 1606, l’usurpateur était renversé. Cf. P. Pierling, Rome et | Démrtrlus, Paris, 1878; La Russie et le Saint-Siège, 5 vol., Paris, 1896; Le manuscrit du Vatican sur le tsar Dimitri de Moscou, dans Revue des questions his­ toriques, t. Lvi, 1894, p. 540-548. | L'union des Ruthèncs avec l'Églisc romaine, com­ mencée à Brest en 1595 par les jésuites Skarga et Posscvin, avec le concours du roi de Pologne, promet les plus belles espérances, mais est fortement compro­ mise, à la fin du règne de Paul V. Les schismatiques demeuraient les maîtres à Kiev, et le métropolitain catholique, Pocicj, devait résider à Vilna. Les évêques latins s’écartaient des unlatcs. Paul V, le 29 mai 1605, 1 confirme, les pouvoirs donnés pur Clément VIII au métropolitain de Kiev, pour sacrer les évêques unlatcs. Afin de faire tomber l'opposition schismatique, il déclare, par une bulle du 10 décembre 1615, qu'il n’a l’intention de modifier en rien le rite uniate, encore moins de le supprimer et de lui substituer le rite latin. Rut ski, successeur de Pocicj sur le siège de Kiev, orga­ nise Γ Église ruthène, se fondant sur les moines basllicns, dont il avait été archimandrite à Vilna, et pour lesquels, au chapitre général de 1617, il promulgua de nouvelles règles. Ce travail d’organisation allait sc heurter à une grande épreuve, en 1620, lorsque l'évêque de Jérusalem, Théophanc, agissant au nom du patriarche de Constantinople, Cyrille Lukaris, nomma, avec l'appui des cosaques de l'Ukraine, un métropo­ litain et six suflragants schismatiques, auxquels il donna les sièges des évêques catholiques. A la diète de Varsovie, 1621, Slgismond n'osa montrer vis-à-vis des schismatiques une attitude aussi énergique qu’au début de son règne et ajourna toute décision. Ce fut un malheur pour l'Églisc uniate, dont plusieurs mem­ bres se laissèrent gagner par les schismatiques. Cf. Brian Chaninov, L‘Église russe, Paris, 1928, p. 98 sq. 6« L'empire germanique : les débuts de la guerre de Trente ans — L'incapacité des empereurs Rodolphe 11 (1576-1611) et Mathias (1612-1619) entrave les progrès de la réforme catholique et la défense contre le protes­ tantisme Les reformés en prennent avantage pour enfreindre les dispositions de la paix d'Augsbourg de 1555. Par une Lettre de Majesté du 9 juillet 1609, Rodolphe II accordait aux protestants de Bohême les mêmes droits qu’aux catholique*. Pour défendre les 3G intérêts catholiques, aussi bien que pour répondre à V Union évangélique, fondée par les princes luthériens, le 16 mai 1608, sous la direction de l'électeur palatin Frédéric, les princes catholiques créèrent la Ligue de Wurlzbourg, 30 août 1609, sous la conduite du duc de Bavière et du prince électeur de Mayence. Une tentative de l'archevêque de Prague et de l’em­ pereur Mathias, pour réagir contre l'abus de la Lettre de Majesté de 1609, la démolition du temple de Hrob (Kiostcrgrab), 13 décembre 1617, provoqua une Insur­ rection de la Bohême, qui débuta par la Défenestra­ tion de Prague, 23 mai 1618. La guerre de Trente ans commençait. La Silésie, la Moravie, la Basse-Autriche et les protestants de la Haute-Autriche s’unirent aux Tchèques. Vienne fut menacée en 1619. Avec Ferdinand 11, qui succéda à Mathias le 28 août 1619, s'accentua le caractère religieux de la lutte. La Ligue de Wurtzbourg, brisée en 1616, sc reforme. Paul V proclame, en 1620, un jubilé, pour obtenir le secours divin contre les ennemis de la foi en Allemagne; mais le mauvais état de ses finances le contraint à marchander ses subsides. Cf. Charvcriat, Hist. de la guerre de Trente ans, t. i, Paris, 1878, p. 110. Des secours viennent également de Pologne et d'Espagne. La division des protestants d'Allemagne et leur isole­ ment permettent aux troupes de l'empire et de la Ligue de remporter la victoire de la Montagne Blan­ che, 8 novembre 1620, qui eut pour résultat le réta­ blissement du culte catholique en Bohême, en Moravie, en Autriche et en Hongrie, et la proscription du pro­ testantisme. Paul V célébra cette victoire par une procession solennelle, au cours de laquelle il fut frappé d’une attaque d'apoplexie, 21 janvier 1621. V. Mort de Paul V. — Frappé d'attaques d'apo­ plexie, le 21 et le 24 janvier 1621, Paul V mourut le 28 du même mois. Il fut enterré provisoirement à Saint-Pierre et, l'année suivante, son corps fut trans­ féré à Saintc-Maric-Majcurc, dans la chapelle Pauline. Les Romains rendirent hommage au zèle du pape Borghèse pour la réforme religieuse, à sa vie sans tache, à l'activité qu'il déploya pour l’approvisionnement et l'embellissement de Rome. « Mais ce long pontificat de 15 ans et 8 mois avait suscité dans les sphères les plus éloignées le désir d’un changement. Ce désir était d'autant plus vivace que les faveurs et les libéralités du pape n’avaient profité qu’à sa propre famille. Tout le monde, disait le cardinal Orsini, était fatigué des promesses aimables, mais vaincs, du cardinal-neveu Borghèse. L'antipathie contre lui s’était encore accrue depuis la dernière promotion de cardinaux. > L. Pastor, op. cil., t. xii. i». 582-583. I. Gênliiautïs. — Cherubini, Magnum bul larium roma· num, t. ut, Luxembourg. 1712; MuratOri, Annali d'Italia, t. xi. Milan» 1749; H. d*AVrigny, Mémoires chronologiques et dogmatiques pour servir à Γhistoire ecclésiastique depuis 1600 jusqu'à 1716, 4 vol., Paris, 1725; Barozzi et Berchet, Relationi di Runui. t. j, Venise, 1877; Palatins, Gesta i>ont. rom., I. iv, Venise, 1688; Pctruccelli délia Gattina, Histoire diplomatique des conclaves, 2 vol., Paris, 1861; A. Ciaconius, "Vila et res gesta pont. rom. et S. R. E. cardinalium... ab A.Oldtno, S.J., rrcognitn, t. m et iv, Rome, 1677; A.Bzovius, Vita Pauli V, Rome, 1626; Cl. P. Goujct, Histoire du pontifical de Paul V, 2 vol., Amsterdam, 1765; F. J. Sentis, i De monarchia Sicula, Fribourg, 1869; L. Rnnke, Die rûmischen Papste inden letzten vier Jahrhundcrtcn, t.i et 1X1, Leipzig, 1885; ZôpITel-Bcnralh, Paul V., dans la Protest. RealencgklopÜdte, 3· édit., t. xv, Leipzig, 1905; E. Rodocannchl, La Réforme en Italie, 2 vol., Paris, 1920-1921; L. vnn Pastor. Gcschichte drr Papslr, t. xil, (Léo XL und Paul V). Fribourg, 1927. IL Rai’IoiuS avec Venise.— P. Sarpi, Historia parties lare délit case passale Irai S. P. Paolo V e la Serenissima Republica di Venezia gll anni 1606-1607, Venise, 1624; E, Cornel, Paolo V c la Republica veneta. Giornalc dal 22 oUobrt 1605-giugno 1607, Vienne, 1859; S. Romanin, 37 PAUL V — PAUL BKIT1US Gloria documentata di Venezia, 10 vol.. Venise, 1833-1861; 1 B. (uicchi'lti, Lit Rcpubltai di Venezia e la corte di Homa net rapport! della religione, Venise, 1871; G. Cnpasso, Fra Paolo Sarpi e Tintcrdrlto di Venezia, Florence· 1880; Λ. Numberger, Papst Paul V. and das venrziantsehr Interdikt, (Inns Hhl. Jahrb., t. iv, 1883, p. 189-2(19, 473-515; du môme, Dokunicnte sum Ausglcich iivischrn Paul V. and der Ilepubilk Vrnedlg, dun* Romischc Quartabchrtfl, L n, 1888, p. 64-80,248-280, 35-1-367. Ill IAappohts avec la France.— Berger de Xivrey, Lettres missives de Henri IV, t.iv-vn et ix, 1813-1833; M. de lui combe, Henri IV et ta politique, Paris, 1861; F. Perrens, Les mariages espagnols sous Henri IV, Paris, 1869; du même, L'Église ci TÉtal en France sans Henri IV, 2 vol., Paris, 1872; vicomte de Meaux, Les luîtes religieuses en France au XV/· siècle, Paris, 1879; M. Phlllppson, Hein­ rich /V. and Philipp III., 3 vol., Berlin, 1870-1876 ; | E. H. Pugol, Élude sur la rénovation du gallicanisme, au commencement du XV11· siècle, 2 vol., Paris, 1876; Foret. Henri IV et ΓÉglise, 1875; L. Sortait, Les assemblées du clergé de France, Paris, 1906; V. Martin, le gallicanisme cl la réforme catholique, Paris, 1919; du même, le gallicanisme politique et le clergé de France, Paris, 1929. IV. Rapports avec l’Angleti RRE. — Jacques 1er, Sere­ nissimi cl potentissimi principia Jacobi..., opera edita a J. Montacucio, Francfort, 1689; 1). Jardine, A narrative of the gunpowder plot, Londres, 1857; Gerard, What was the gun­ powder plot ? Londres, 1897; Gardiner, What the gunpowder plot was? Londres. 1897; Gerard, The gunpowder plot and the gunpowder plotters, in reply ta prof. Gardiner, Londres, 1857; E. Prampain, La conjuration des poudres, dans Prune des quest, hist., t. XL, 1886, p. 103 sq.; .1. de Iji Scrviêre, De Jacobo 1 Anglim rege cum cardinali R. Bcllarmino... disputante (1607-1609), Paris, 1900; J. Spillmann, Gcschichtc der Katholikerverfolgung in England, 1635-1681, t. iv, Fribourg, 1905; J. IJngard, Histoire d'Angleterre, trad. Roujoux Baxton, t. in, Paris, 1860. V. La question russe. — Pierllng, Rome cl Démétrius, Paris, 1878; du même, La Russie et le Saint-Siège, 5 vol., Paris, 1896; du même, /> manuscrit du Vatican sur le tzar Dimitri de Moscou, dans Rev. des questions hist., t. lvi, 1894; Skribanowitz, Pseudo-Demetri us L, Berlin, 1913. 1 VL L’Allemagne. — Ritter-Chroust, Dric/e und Akten zur Gcschichtc des Drcizigjuhrigcn Kricges, 11 vol., Munich, 1870-1908; XV. Burger, Die Ligapolitik des Mainzcr Kurfûrslcn J. Schwcikart von Kronberg, 160-1-1613, Leipzig, 1908; A. Glndciy, Gcschichtc des Drcizitjjahrigcn Krieges, t. ι-iv, Prague, 1869 sq. ; Charvcriat, //istoirc de ta guerre de Trente uns, 1.1, Paris, 1878; E. Denis, Fin de l'indépendance bohème. IL Les premiers Habsbourg*, Im Défenestration de Prague, 1890. L. Marcha L. 7. PAUL ARGOLIj frère mineur conventuel et irère du célèbre astronome et mathématicien André Argoli (xvi· siècle). Né ù Tagliacozzo, dans les Ahruzzes, il entra très jeune dans l’ordre des frères mineurs conventuels, et y acquit le doctorat en théologie et la permission de prêcher avant d’avoir été ordonné prê­ tre. Malheureusement, il mourut en 1591, à Rutigllano près de Bari, où il prêchait le carême. 11 a rassemblé et rédigé une collection de propositions parallèles entre S. Thomas et Duns Scot, les a examinées et critiquées : Propositiones parallèles S. Thomic Aquinatis et Scoti comparata, examinata, cribrata. 11 est l’auteur aussi d’un sennonnaire : Sermoni quaresiinati. J. IL S band ea, Supplementum et castigatio ad scriptores trium ordinum S. Francisci, 2* édit., I. Π, Home, 1921, p. 309. Am. Teetaert. 8. PAUL D’ASTIG I, frère mineur capucin de la province d’Andalousie (xviir siècle), occupa les charges importantes de théologien et consul teur A la nonciature d’Espagne, d’examinateur synodal aux diocèses de Cadix et de Grenade, de prédicateur de la cour royale, de qualificateur du conseil suprême de l’inquisition et, dans sa province, celles de lecteur de théologie, de gardien, d’archiviste et de custode. Il s’est rendu surtout célèbre par sa défense opiniâtre de la vénérable .Mère Marie d’Agréda contre les attaques 38 répétées de ses nombreux adversaires. Dans ce do­ maine, il a écrit : 1. Escudo apologetico, contra innomi­ natum pro tuenda doctrina ven. Marier a Jesu de Agreda, Christi Domini conceptionem in Immaculatæ Virginis utero exponente, Grenade, 1732, .Madrid, 1732; 2. Sacer inexpugnabilis murus « Mystici? civitatis Dei » seu Epitome historicum, theologicum, panegyricum et apologeticum pro tuendis libris ven. M. Mariae a Jesu de Agreda, dédié Λ la reine d’Espagne, .Madrid, 1735; 3. Horologium sacrum, seu vita panegyrica ven. Maria a Jesu de Agreda, quam manuscriptam reliquit R. P. Antonius Arbiot; ornata pluribus citationibus et sup­ plemento auctorum, qui pro libris dictu ven. Matris calculum dedere; et tandem relatione inventionis filius scrtptaree multo tempore ignota, Grenade et Madrid, 1738; 4. Catalogus elogiorum B. virginis Moriar a ven. Maria a Jesu de Agreda sapientia caelesti elabora­ tu*, Grenade, 1739. 11 publia aussi quelques discours : 1. Deux allocu­ tions dogmatiques prononcées devant le tribunal de l’inquisition, dont l’une est intitulée : Spiritus chris­ tianismi, Grenade, 1731, et l’autre : Defensio Cathe­ dra· S. Petri, Grenade, 1734; 2. Oratio panegyrica in solemni translatione corporis S. Joann is de Den, Madrid, 1731; 3. Oratio panegyrica de S. Raphaële Archangelo, Grenade, 1736. Le P. Paul d’Astigi est encore l’auteur des ouvrages suivants : 1. Dictamen historicum panegyricum in honorem archiepiscopi Granalensis Petri de Castro et Quihones, reliquiarum sacri montis Hlipulitani inventoris, el illius sanctuarii fun­ datoris, Grenade, 1741; 2. Relatio originis et miracu­ lorum imaginis B. V. Mariir, valgo de los Milagros y Misericordias, quæ colitur in conventu monialium ex­ calceatarum Immacul. Conceptionis Villar de Agreda, quem fundavit et rexit ven. Maria a Jesu, Madrid. 1743; 3. La nueva fenlz de lus obras de Dios Maria SS. N. SeAora, Madrid, 1745. Bernard de Bologne, Bibi, scriptorum O. M. cap., Venise, 1717, p. 206. Am. Teetaert. 9. PAUL DE BITONTO, frère mineur de la régulière observance, doit s’identifier avec Antoine de Βγγοντο, t. i, col. 1444. Le surnom de Paul lui fut donné à cause de la célébrité qu’il avait acquise comme prédicateur. Am. Teetaert. 10. PAUL BRI Tl US, frère mineur de la stricte observance (xvir siècle), exerça les charges les plus élevées dans sa province de Saint-Thomas et fut élu défini leur général. Le duc de Savoie, Victor-Aniédée, le chargea de missions difficiles auprès de Philippe IV, roi d’Espagne; Christine de Bourbon, duchesse de Savoie le prit comme confesseur. En 1642, il fui élevé au siège épiscopal d’Alba,dans le Piémont,et y mourut en 1665. Il composa un important ouvrage sur les progrès réalisés par l’Églisc occidentale pendant les seize premiers siècles de son existence : Progressi della Chtesa occidentale in scdici secoli distinti c due libri proetniali. Le premier volume, qui s’étend aux sept premiers siècles, a été publié ù Carmngnola, en 1648 (dédié Λ Christine de Bourbon); en 1650 (dédié au pape Innocent X); à Turin, en 1652 (dédié Λ Christine de Bourbon). Le texte du t. rr est aussi conservé dans un ms. de la bibliothèque nationale de Turin, ainsi que le texte du t. ir qui s’étend aux vin·, ix€ et x« siècles. On lui doit aussi Seraphica subalpina D. Thoma provincite monumenta, regio subalpinorum principi sacra, in quibus urbium, oppidorum ac conventuum initia describuntur, procerum ac familiarum pietas et nobilitas commendatur, insigniumque doctrina, honoribus ct sanctitate virorum gesta recensentur, Turin, 1617. Brithis publia aussi les rapports, décrets el conclu­ sions des quatre synodes qu’il célébra h Albn en 1615, 39 PAUL BRITIUS 1619, 1652 et 1658. Les actes du premier synode furent édités à Turin en 1646; ceux des trois derniers, à Carmagnola, en 1649 et en 1658. L. Wadding, Scriptores ordinis minorum. Home, 1906, p. 182; J. H. Sbaralca, Supplementum, 2* édit., t. n, p. 310311 ; A. Manno. Bibliografla storicadegli Stati della monarchia di Sarnia, t. i. Turin, 1884, η. 858. 859, 7273-7276, 7401, 19167 et 19278. Am. Teetaeht. 11. PAUL CALDERON, frère mineur de Ia régulière observance (xvr siècle). — Il appartenait Λ la province de Castille et fut professeur Λ l'université d'Alcala. Il aurait composé, vers 1570, un Commen­ tarium in libros Sententiarum Duns Scoti et un Trac­ tatus de domo et genealogia de Manriquez de Lara, J, H. Sbaralca, Supplementum, 2· édit., t. n, p. 311. Am. Teetaeht. 12. PAUL CALLARIUS ou CALDERARI US, frère mineur conventuel de la province de Rome (xv· s.). — Originaire de Vcllctri, il fut maître en théologie et précepteur de Gilles Amerini, qui fut plus lard ministre général, et dont il fut peut-être un des assistants. Il doit être mort avant le 5 août 1495. Il est i'auteur d’un Commentarium in quatuor Senten­ tiarum libros, J, H. Sbaralca, Supplementum, 2· édit., t. n, p. 311; B. Theuhis, Theatrum historliu Velitcrnensls, t. n. Am. Teetaeht. 13. PAUL DE LA CONCEPTION, théologicn canne déchaussé espagnol des xvn· et xvni· siècles. — Paul Ximcnez Navarro de Xaso, tel était son nom, frère de deux autres carmes déchaussés, les P. P. Jean de Saint-Joseph et Diego de Saint-Joseph, naquit A Peralta en Navarre, le 15 janvier 1666. Dès sa Jeunesse il brilla par sa science et sa sainteté. Aussi remplit-il plusieurs charges importantes en son ordre; notamment, il fut professeur de philosophie au couvent de Palencia (1691-1694), premier professeur de théologie à Burgos (1691-1715), vicaire de l’hospice (petit cou­ vent) de Sorin, déllniteur général de la congrégation d’Espagne (1715-1718), prieur de Tudcla (1718-1721), recteur du collège de théologie morale de Burgo de Osina (1721-1724) et enfin général de la congrégation d’Espagne (1724-1730). Vers la fin de son généralat, il fut consulté par le roi d’Espagne Philippe IV sur une question très importante. Après avoir d'abord refusé de répondre, le religieux donna enfin par écrit sa réponse. Malheureusement, elle déplut au roi. Son généralat terminé, l’humble religieux se retira au saint-désert de son ordre près de Bilbao (30 sep­ tembre 1730). Peu de temps après, il fut pris par les émissaires du roi au couvent de Bilbao. Traîné à Gre­ nade, il y fut enfermé dans une étroite prison de ΓAlhambra, où il mourut le 2 décembre 1734 (et non en 1726, comme le dit Hurter), après avoir souffert avec une patience de martyr les privations et les mau­ vais traitements. Paul de la Conception écrivit une excellente lettre pastorale à scs religieux, Madrid, 1726 ; et, sur l'ordre du définitoire général, il résuma pour les étudiants de son ordre, le grand cours théologique des cannes déchaussés de Salamanque (Sal manti censés) : Tractatus theologici juxta D. Thomæ et Cursus Salman· Hcensis FF. Discalceatorum B. Mariæ de Monte Car­ meli primitùue obseroantix doctrinam, 5 ln-fol. Cet excellent ouvrage eut plusieurs éditions, Madrid, 17221729, Parme, 1725, Augsbourg, 1726. Ces deux der­ nières, en 4 in-fol., sont incomplètes, il y manque le t. v publié seulement à Madrid en 1729 et conte­ nant les trois traités des sacrements en général, de l'eucharistie et de la pénitence (vertu et sacrement). La fidélité que Paul de la Conception met à résumer l’œuvre des théologiens carmes de Salamanque ne l'empêche point de proposer quelques opinions person- PAUL DIACRE 40 nellcs. De plus,l'ouvrage présente l’avantage de former un cours plus complet de théologie : on y trouve trai­ tées certaines questions que le Cursus theologicus n’aborda point. Signalons ici une excellente étude introductive sur la nature de la théologie. Martial de S. J.-B., Bibliotheca scriptorum utrlusque con­ gregationis et sexus carrnel. extale,, Bordeaux, 1730, p. 312313, n. 4; Cosme de Villiers, Bibliotheca carmclitana, t. n, Orléans, 1752, col. 530, η. 17; Barthélemy de Saint-AngeHenri du Saint-Sacrement, Collectio scriptorum ord. carm. excalc., t. il, Savone, 188-1, p.75-76, n.6;Îûlouard de SainteThérèse, Prelados o superiores de la congregaciôn de Espafla, dans le El Monte Carmelo, t. x, Burgos, 1909, p. 87-93, 247-253, 327-334, 407-415; Hurler, Nomenclator, 3· éd., t. iv, col. 1017, n. 428; P. Anastase de Saint-Paul dans son édition du Cursus théologie: mustico-scholastlcm de Joseph du Saint-Esprit, 1.i,Bruges, 1924, p. x, note 8. Axastase du Saint-Paul. 14. PAUL DIACRE, polygraphe du début de la renaissance carolingienne (vin· siècle). — Descendant d’une famille lombarde du Frioul, Paul, au nom de qui on ajoute souvent celui de son père, Warnefricd, est né entre 720 et 730, sans que l’on puisse dire avec cer­ titude que Cividalc del Friul est sa patrie. II a été élevé à Pavie, a la cour du roi Katchis (744-749), et semble être resté en bons termes avec son deuxième successeur Didier. On ignore les raisons qui l’ont déter­ miné à se faire moine et à recevoir les ordres. Selon toute vraisemblance il a séjourné d’abord au couvent de Saint-Pierre, près de Civitate, non loin du lac de Corne. Voir K. Ncff, Die Gedichle des Paulus Diaconus, p. 1. Cette retraite ne suspend pas d’ailleurs scs rapports avec la cour lombarde. En 763, il adresse à Adelpcrgc, fille de Didier, mariée à Arichis, duc lombard de Bénévent, une réponse en vers à des questions de chrono­ logie que cette princesse érudite lui a posées. Ncff, ibid., p. 6 sq. Un peu plus tard, et sûrement avant 774 (sur les dates extrêmes voir A. Crivelluccl, édit, citée plus loin, p. xxxv), il dédie à la même personne son Histoire romaine, NetT, p. 11 sq.; à la fin du 1. X, il se donne la qualité de diacre, édit. A. Crivelluccl, p. 149. On le trouve ensuite au Mont-Cassln, qui n'est pas loin de Bénévcnt, sans que l’on puisse préciser les raisons qui l’y ont amené. Toujours est-il qu’après l'annexion du royaume lombard de Didier à l'empire franc (775), une révolte avait eu lieu dans le Frioul contre l'auto­ rité de Charlemagne (776). Le frère de Paul, Arichis, y avait été compromis; fait prisonnier, il avait été expédié en France. Le départ de Paul pour l'Italie méridionale serait peut-être en relation avec cet évé­ nement. En tout cas, c'est celui-ci qui va mettre Paul en rapport avec Charlemagne. Pour intercéder en faveur de son frère, Paul se rend û la cour du roi en 782; il y reçoit un accueil des plus flatteurs, ù cause de sa haute culture littéraire; de vives instances sont faites pour le retenir. Charlemagne, en effet, préoccupé de donner à son empire la formation intellectuelle qui lui fait si grandement défaut, cherche à attirer et à retenir à la cour franque les plus illustres savants des divers pays. Ainsi trouve-t-on Paul, entre 782 et 786, sur les bords de la Moselle, soit à l'abbaye de SaintMartin de Metz, soit à la cour même qui réside assez souvent à Thionvllle. Les honneurs et la considération dont il est entouré ne lui font pas oublier son couvent du Mont-Cassin. 11 finira par y rentrer, sans doute après 787, mais l’amitié de Charlemagne l'y suit encore et lui demande divers services. On ne saurait dire l'époque exacte de sa mort. Volumineuse et variée, l’œuvre littéraire de Paul Diacre, si elle intéresse grandement Γhistoire générale de la civilisation, n'a que des rapports assez éloignés avec la théologie. Du moins faut-il noter que Paul fut l’un des artisans de la renaissance littéraire de la fin du vni· siècle qui a permis l’essor de la littérature théo­ 41 PAUL DIACRE logique à l'âge suivant. Nous ne dirons qu’un mot de scs travaux de grammairien : 1. Abrégé du traité De verborum significatione de Sextus Pompeius Festus (lui-même abréviateur d’un grammairien de l'époque d’Auguste, Verrius Flaccus), édité par C. O. Mffller, Pompei Festi de verborum significatione quæ super· sunt cum Pauli epitome, Leipzig, 1839. — 2. Ars Donati quam Paulus diaconus exposuit, qui n'est qu'une gram­ maire latine à l’usage des écoles, édit. Ambr. AmeÜL De même inspiration, bien qu'écrit en vers, le De speciebus pricteriti perfecti, texte dans DÛmmler, Mon. Germ. hist., Poet. lat., 1.1, p. 625-628. — 3. Les poèmes de Paul sont pour la plupart d’ordre profane, si l’on excepte deux pièces en l’honneur de saint Benoit : Ordiar unde tuos et Fratres alacri pedore, quelques vers sur le Christ, dont l’attribution à Paul n’est pas certaine : Filius ille Del. L’hymne si fameuse en l’hon­ neur de saint Jean-Baptiste : Ut queant taxis resonare fibris, et celle qui célèbre l’assomption de .Marie, bien qu’elles aient été attribuées à Paul, doivent être rayées de son recueil authentique. Texte des poèmes dans P. L., t. xcv, col. 1591-1601; E. Dûmmlcr, dans Mon. Germ, hist., Poet, lai., t. i, p. 27-86; K. Ncff, Die Gedichte des Paulus Diaconus, .Munich, 1908, dans Qucllcn und Unices, zur lut. Philologie des M.-A., t. ni, fasc. 4. Historien, Paul a composé deux œuvres importantes et qui curent un grand succès : 4. L'Histoire romaine, édit. Droysen, dans Mon. Germ, hist., Auct. antiq., t. n, et petite édition des Scriptores rerum german, in usum scholarum; édit. Am. Crivelluccl, Borne, 1914, par les soins de Vlstiluto storico itatiano; l’édition de P. L., t. xcv, col. 739-1144, risque de donner une idée fausse de l’ouvrage. Pour instruire Adelpcrge de l’his­ toire romaine, Paul lui avait mis en main le Bréviaire d'Eu trope; la princesse, s’étant plainte que ce travail fût trop concis et surtout trop peu chrétien, pria son maître de le compléter. C’est ce que lit Paul dans cette Historia romana; les dix premiers livres, jusqu’au règne de Valens, prennent comme base le texte d’Eutropc, complété par de courtes additions empruntées à la Chronique de saint Jérôme, à Paul Orosc, à Jordanès, à VEpitome d’Aurélius Victor et à quelques autres travaux anciens : les livres XI-XVI ont été composés par Paul lui-même à l’aide d’abord des auteurs ci-dessus, puis avec des matériaux qu’il n’est pas toujours possible d’identifier, mais qui sont en général de bon aloi; le récit de Paul s’arrête au milieu du règne de Justinien. Deux siècles plus lard Landolfus Sagax l’a continué jusqu’au début du ix· siècle, donnant ainsi naissance à la compilation qui est ordi­ nairement appelée Historia miscella. — 5. L'Histoire des Lombards, éd. de Muratorl reproduite dans P. L., t. xcv, col. 433-672; vd. Waitz, dans Mon. Germ, hist., Script, rer. tangobard., et petite édit, des Script, rer. germ. Cette œuvre, beaucoup plus personnelle que la précédente, a une tout autre portée et constitue une source extrêmement précieuse pour l’histoire civile et religieuse des Lombards, depuis les origines jusqu’en 74 L — 6. Durant son séjour à Metz, Paul avait été prié, par l’archevêque Angilramne, de composer un Libel­ lus de ordine episcoporum Metensium, texte dans Mon. Germ, hist., Script., t. ni, p. 261-268, reproduit dans P. L., t. xcv, col. 699 710; les premières pages relatent les origines · apostoliques · de Γ Église de Metz, la seconde partie s’étend avec complaisance sur saint Arnoul, l'un des ancêtres de la dynastie carolingienne. Le poème sur les évêques de Metz, Qui sacra vivaci, P /.., col 721, est regardé par K. Ncff, comme l’œuvre d’Angilramne, toc. cil., p. 186 sq. — 7. Dans VHistoire des Lombards, 1. III, c. x.xiv, Paul fait allusion ù une Vie de Grégoire le Grand, composée par lui antérieure­ ment. Le texte qui figure d’ordinaire en tête des édi­ 42 tions de saint Grégoire, cf. P. L., t. uxv, col. 41-59, est certainement interpolé. Le P. H. Grisar en a donné un texte critique, notablement plus court, dans Zeib schr fûr fathot. Theol., t. xi, 1887, p. 162-173. Ici encore Paul Diacre se montre très dépendant de sa source, le vénérable Bède. — Joignons, a ces œuvres historiques, un commentaire de la règle de saint Benoit, qui a été publié dans la Bibliotheca Casinensts, t. IV, 2· partie ( — Florilegium Casinenze), p. 1-173, et qu’il y aurait lieu d’étudier au point de vue des doctrines ascétiques. De meme conviendrait-il de se faire une idée de la théologie de Paul Diacre par son Homihartum, com­ posé au Mont-Cassin, après que l'auteur était revenu de France. 11 en entreprit la compilation sur l’ordre même de Charlemagne. 11 s'agissait de fournir pour les lectures de 1'ofllce de nuit un choix de textes em­ pruntés aux Pères de l’Église. Comme l’a montré Ach. Batti (aujourd'hui S.S. Pie XI) l’idée n'était pas nouvelle : au milieu du vin· siècle, le moine Alain de Farfa avait déjà compilé une collection d'homélies. Voir L'ometiano detto di Carlo Magno, e iomeliario di Alano di Farfa, dans Bendiconti del reale istituto lombardo di scienze c lettere, sér. II, t. χχχπτ, Milan, 1900, p. 481-489. La collection faite par Paul est d’ailleurs Indépendante de celle-ci. On s’est demandé si l’homiliaire de Paul était seulement destiné û fournir les leçons de matines ou s’il n’avait pas été composé pour être une sorte de manuel de prédication, auquel pour­ rait recourir le clergé paroissial. Voir sur ce point Hauck. Kirchengesch. Deutschlands, 3· édit., L n, p. 258 sq.; et aussi F. Wiegand, Das Homiliarium Karls des Grossen, dans Studien zur Gesch. der TheoL und Kirche, t. i, fasc. 2, Leipzig. 1897. Ce dernier au­ teur a essayé de restituer le texte de l’homiliaire tel qu'il était sorti de la plume de Paul. Il faut, en atten­ dant une édition critique, se référer à ces indications avant d'utiliser le texte publié dans P. L·, t. xcv, col. 1159-1566. L’usage de l’homiliaire compilé par Paul fut prescrit par Charlemagne dans un capitulaire rendu entre 786 et 800. En dehors de ce recueil, il s’est conservé quelques homélies de Paul lui-même, P. L., ibuL, col. 1565-1580; la première, sur ΓAssomp­ tion de Marie, présente quelque intérêt au point de vue théologique. L Textes. — Nous avons indiqué, en énonçant les dif­ férentes œuvres, l'état actuel des éditions. Chacune d’elle donnera l'histoire des éditions antérieures. Dan* l’ensemble la réimpression de Mlgne ne peut être utilisée qu’avec pré­ caution. IL Travaux. — Ils sont extrêmement nombreux; voir l’aperçu que donne V. Chcvnher, Béperioirc, Bio-bibhographic, t. il, col.3548-3350.— En ce qui concerne la vie de Paul, on peut négliger entièrement les notices antérieures à Mabillon. Celui-ci a. le premier, écarte les sources légen­ daires et donné une idee exacte de la vie de notre auteur : Annalis O.S B.,\. NNTV.73; XXV.65. 67. 72; XXVI.6263. 86; Vef. Analecta, édit, de 1675» 1.1. p. 319. Les Idées de Mabillon sont reprises par Oudin, Script, ted., t. i, 1722, col. 1923-1933; par VHistoirc litt. de la France, t. n, 1738. passim; par doin Celllicr. t. xvm. 1752. p. 239-249; Fabri­ cius BibL lat. Media .Flatis, t. v. 1736, p. 620-634. 645. classe d’une manière diligente les matériaux connus û son époque; Le Bœuf, Dissertât, sur l’histoire de Paris. 1.1,1739, p. 370, apporte »ic* textes nouveaux qui confirment les sues émises par Mabillon. Mais le tri des différentes pièces con­ nues n'est fait que par Bethinnnn. Paulus Diaconus Le beη und Schriften. dans Archiu der Gescll. fûr âltere deulsche Gcschicl.tskunde, t. x, 1849. p. 246-334 ; F. Dahn. Langobardisclu Studien. t I, Paulus Diaconus, Leipzig, 1876, fail preuve de trop de scepticisme à l’endroit des résultats éta­ blis par Bethinnnn. Voir aussi les préfaces aux éditions des différents textes dans les Monumenta Germanim historica et nilleurs; Hauck, Kirchcngesch. Deutschlands, 3· édit., t. n. 1912, p. 163-169; Tniube. dans les Abhandlungen de ΓAcadémie de Munich, t. xxi. lui celebration à Cividale en 53 PAUL DIACRE — PAUL DE PÉROUSE re 1899 du 9· centenaire de Paul Diacre a ranunô l’ait eut ion des Italiens hurleur compatriote; voir A ce sujet la Ctvilla callaiica, sér. XVI, L vin, p. 270 sq. A peu prés tous ces renseignements sont utilisés par la notice de Manillas, Gesch. der lai. I.Iteratur des .W.-.4., MuBfch, 19! 1, $ 41, p. 257-272. É. AMANN. 15. PAUL DE LYON, frère mineur capucin de la province de Lyon (xvni·siècle). — II exerça les charges de lecteur de philosophie et de théologie, de gardien et de déftniteur; mais se distingua particulièrement par ses luttes et scs attaques contre les jansénistes, contre Quesnel et ses adhérents. Il écrivit contre eux : {.Let­ tres instructives sur les erreurs du temps, Lyon, 1716. Cet ouvrage comprend quatre lettres intitulées : a) Mire où l'on explique les vérités que V Église nous oblige de croire; b) Lettre où se /ait sur trois colonnes le parallèle de la doctrine de Jansénius avec celle de S. Augustin ei de Calvin; c) Lettre où l'on explique les passages de S. Augustin, qui paraissent opposés aux décisions de V Église; d) Lettre où Von répond ù toutes les objections que l'on peut /aire contre la Constitution « Unigenitus ». — 2. Antl-hexaples, ou analyse des cent H une propositions condamnées par notre S. P. le pape Clément XI pour servir de réponse aux Hexaplcs, ou écrit ù six colonnes sur la constitution « Unigenitus », 2 tomes in-12, Lyon, 1721. Ces deux ouvrages furent traduits en latin par le P. Martin de Lucerne, O. M. cap. Cette version qui est intitulée : Jansénius exar­ matus in epistolis instructions et anti-hexaplis seu scrip­ tis sex columnarum contra modernos jansenismi errores, ct praesertim contra centum et unam propositiones Patris Quenelll damnatos a S. D. N. papa Clemente XI, com­ prend trois parties en un vol., dont la première fut imprimée à Solcurc, en 1720, et les deux autres à Baden en Suisse, également en 1720. — 3. Les ennemis | déclarés de la constitution < Uniinenitus » privés de toute jurisdiction spirituelle dans Γ Eglise, in-12, Nancy, 1719. Ce livre fut sujet à plusieurs attaques et contro- I verses. Pour calmer ct tranquilliser les Ames des fidèles, Collet écrivit : Lettres d'un théologien au R P. A. de G., c'est-à-dire André de Grazac, O. M. cap., qui, avant 1726, défendit son confrère, Paul de Lyon, contre tes attaques de scs adversaires. Dans ce volume. Collet examine si les hérétiques sont ex­ communiés de droit divin (Paris, 1737» 1738; Bruxelles, 1 1763). — L Difficulté proposée ù IL l'évêque de Sois- I sons sur la lettre à M, etc. ; réponse a ta dissertation de Γauteur des Mémoires de Trévoux, in-12, 172.3. Il composa aussi un manuel de théologie dogmati­ que et morale : Totius tbeologiie specimen ad usant Ilteolagite candidatorum, scholastica methodo delinealum, 6 vol. in-12, Lyon, 1721, 1729-1731, 173t. Le même I ouvrage fut édité ù Venise en 2 vol. in-4·, dont le premier est intitulé : Positiva.· ac speculative theologiæ specimen (1743); le second : Moratis theologiæ specimen (1733). Notons que le P. Paul de Lyon soutient le probabiliorisme en morale ct enseigne que l’essence du péché originel consiste dans la privation de la Jus­ tice originelle : ce en quoi il concorde avec plusieurs auteurs modernes. Bernard de Bologne, Bibliotheca scriptorum, O. M. rap.. Ven be, 1747, p. 207-3Λ; H. Hurter, Nomenclator, 3· édit.» U iv, col. 1001-1002; Vbald d’Alençon, Leçons d'histoire /rrrncbcatnc, IHirh, 1918, p. 262. Am. Teetaert. 16. PAUL DE MERCATELLO, frère mineur conventuel de la province des Marches (xv· siècle). — Originaire de Mcrcatello, bourg du diocèse d’Lrbania et S Angelo in Vado, dans les Marches, le P. Paul fut créé maître en théologie cl. en 1488, élu provincial. C’est donc à tort que L. Wadding, op. cil., le fait naître en 1484. Il assista, en 1500, au chapitre général de son ordre à Terni ct il donna sa collaboration à la rédaction des Constitutiones Alexandri me, approuvées dans ce chapitre. Il composa des Commentaria in primum et secundum Sententiarum .Scoti. D’après les continuateurs de J. IL Sbaralea, op. cit., ces commen­ taires n’auraient Jamais été publiés; tandis que H. Hurler, op. cit., ù la suite de tous les auteurs anté­ rieurs, L. Wadding, Possevin, Hodulphe etc., soutient qu'ils ont été imprimés à Venise en 1484. Il est encore routeur de deux lettres, écrites au frère François de Cingulo, l’une le 17 mai 1489 ct l’autre le 1er mai 1491, qui sont conservées dans le cod. L» de la bibliothèque de Classe à Havenne. L. Wadding, Scriptores ordinis minarum, Borne, 1906, p. 183; J. IL Sbaralea, Supplementum, 2· édit., t. n, p. 313; IL Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. n, coi. 996; G. Mazzatini, Inventuri det msi. dette biblioteche iV Italia, Forll, 1894, t. iv, p. 154. Am. Teetaert. 17. PAUL DOFFIDA (Pkleoallo), frère mi­ neur capucin (xvir siècle). — Né le 4 février 1594 à Oiîlda, Il entra dans l'ordre des capucins à Camerino, le 30 octobre 1611, ct émit ses vœux l'année suivante à Clngoli. Il fut élevé dans sa province des Marches aux hautes charges de lecteur, de définiteur ct de provin­ cial. Les supérieurs généraux le députèrent plusieurs fois comme commissaire dans différentes provinces. Il mourut à Jesi, le 30 octobre 1665. Malgré scs nom­ breuses occupations, il réussit à trouver encore les loisirs nécessaires pour composer des ouvrages théo­ logiques, philosophiques ct homilétiques : 1. Dispu­ tationes theologicæ complectentes totum cursum theo­ logicum secundum mentem Scoti, 3 vol. in-4°; 2. Dis­ putationes de auxiliis divinic gratiie, in-4°; 3. Dispu­ tationes logicic complectentes libros prredteamenlorum ct universalium Porphirii, analyticorum Aristotelis, ac etiam librum jormalilatum juxta mentem Scoti, in-4°; 4. Disputationes physiac complectentes libros de gene­ ratione et corruptione, de atlo ct mundo et de clementis, in-4°; 5. Disputationes in libros Aristotelis de anima et de ejus potentiis, in-4·; 6. Disputationes de ente metaphysico et de ejus proprietatibus, in-4·; 7. Dispu­ tationes mctaphysicre ad mentem subtilissimi Doctoris Scoti, mss. d'environ 100 feuilles à la bibi, municipale de Fcrmo; 8. Quaresimale, 2 vol. d’environ 400 p. chacun; 9. Prcdiche dominicale, G00 p.; 10. Prediche annuali e sermoni, 400 p. environ; 11. Prediche e sermoni, 500 p.; 12. Prediche dei santi, environ 900 p.; ccs cinq derniers ouvrages inédits sont conservés à la bill, municipale de Jcsî; 13. Sermoni in occasione di visita, capitoli, etc., ms. à la bibL municipale d'Ascoll Piceno. Bernard do Bologne, Bibliotheca scriptorum O. M. Cap., p. 209; Joseph de Fcrmo, GU meritiori cappuccinl dette Marche, p. 82-84, Jesi, 1928. Am. Teetaebt. 18. PAUL DE PÉROUSE, frère mineur de la régulière observance (xv* siècle), docteur in utroque jure de l’université de Pérouse, composa : 1. Tractatus in jure canonico, praesertim in dejensionem montis pietatis; 2. Tractatus de societatibus mercatorum, en trois parties, dont la première est intitulée : De sociis in negotio pecuniarum ; 1? seconde : De pecudibus; la troisième : De agricultura. Comme les monts-de-piété ont été fondés par le P. Bamabé de Terni ct le P Fortunat de Pérouse, vers l’année 1460, Paul de Pé­ rouse doit donc avoir vécu après 1460 ct non vers 1400, comme le soutiennent un grand nombre d’au­ teurs. L. Wadding, Scriptorci ordinis minorum. Home, 1906, p. 183; J. H. Sbaralea, Supplementum,2· édit., t. n, p, 314· Am. Teetaebt. PAUL DE PÉROUSE 19. PAUL DEPÉROUSEf théologien carme du PAUL DE SAMOSATE 46 20. PAUL DE LA PORTIONCULE, frère xiv· siècle, ht ses études à Paris, où il acquit le bacca­ mineur de la régulière observance (xvr-xvir siècle), Portugais de naissance ct auteur des ouvrages sui­ lauréat, car le chapitre général de Limoges, en 1339, vants : 1. Tractatus de Trinitate, de incarnatione divint le désigna comme troisième remplaçant pour la lecture Verbi et de peccatis; 2. Concio de S. Joanne Evangelista, des Sentences â Paris dans le cas ou Bernard de Pctra Colmbrc, 1632. ne pourrait le (aire; puis le chapitre général de Lyon, 1342, le désigna pour la troisième année. Il mourut en J. IL Sbaralea, Supplementum, 2· édit., t. n, p. 314; 1344, au témoignage de Jean Grossi ct de Bostius, D. Barbota Machado, Bibliotheca Lusitana, t.tn, Lisbonne, après avoir lu les Sentences, mais avant «l'avoir acquis 1732, p. 530. Am. Teetaert. le doctorat. Par la suite, il y eut nombre «le confusions 21. PAUL DE SAMOSATE, évêque d'Antio­ au sujet de Paul de Pérouse. D’abord il faut le distin­ che et hérétique, au in· siècle. — Les faits essentiels de guer de son homonyme, Paul de Pérouse, humaniste et bibliothécaire du roi de Sicile, mort en 1348. Cer­ l’histoire de Paul de Samosatc nous sont assez bien connus, grâce au soin qu’a pris Eusèbc d'insérer dans tains auteurs, tels Blscarcti, Lezana, etc., le disent son Histoire ecclésiastique la partie la plus intéressante de la noble famille Buontempl (Bontcmps), parce que de la lettre synodale rédigée par les évêques assemblés le nom de « Bontcmps » sc trouve sur le ms. de sa Lec­ à Antioche pour le juger. ture sur les Sentences, conservé d’abord â la biblio­ I. Vie. — Né à Samosatc, Paul devint évêque d’An­ thèque des carmes de Sain te-Marie-Transpontine ct tioche en 260; il succédait ainsi à Démétrianus, qui actuellement ù la bibliothèque Chlgi, au Vatican, avait été fait prisonnier et emmené en captisite parles B. P/, 97. Or, ce nom fut ajouté au ms. tout nu plus ù la lin du xvi· siècle. Par le fait même, il faut rejeter Perses. Nous ne savons rien de son éducation ni de sa l'hypothèse de J.-B. Archctti, d’après laquelle notre vie antérieurement à son épiscopat. Le fait que son auteur serait du côté paternel parent du cardinal élection coïncide avec la défaite de Valérien et l'agran­ dissement de l'empire palmyrénicn, les témoignages André-Martin Buonlcmpi, évêque de Pérouse, mort en 1390. Cosme de Villiers le désigne sous le nom de anciens qui le mettent en rapports avec la souveraine Paul de Ubaldis, d’où certains auteurs modernes con­ de Palmyre, Zénobie, rendent vraisemblable l’hypo­ fondent Paul de Pérouse avec Baldo de Ubaldis et thèse que les raisons politiques ne furent pas entière­ ment étrangères à son accession au siège épiscopal Pierre de Ubaldis, deux frères célèbres de Pérouse. Doué d’une intelligence claire ct pénétrante. Paul d'Antioche; il est en tout cas remarquable que, meme de Pérouse écrivit une Lectura in quatuor libros Sen­ évêque, il ait continué (ou commencé?) à exercer des fonctions civiles; il portait le titre de ducénaire ct en tentiarum. Deux mss. du xiv· siècle en sont conservés de nos jours, à la bibliothèque communale archlremplissait l'emploi. gymnasiale de Bologne, ms. A. 9 et à la biblio­ La lettre synodale, citée par Eusèbe, nous trace de Paul un portrait peu flatteur : · Il est arrivé, disent les thèque Chigi, au Vatican (ci-dessus). Il est ù noter que évêques, à une fortune excessive par des injustices ct le ms. Chigl contient outre cette Lecture : 1. des des vols sacrilèges, réclamant ct sollicitant des frères; conclusions sur ces mêmes Sentences, c'est-à-dire un pratiquant la concussion à l’égard de ceux qui ont exposé du texte; 2. une table alphabétique des Sen­ tences; 3. une liste d’une vingtaine «l’opinions de commis des injustices et promettant, moyennant sa­ laire, de les secourir; puis les trompant eux aussi; Pierre Lombard qui sont rejetées communément par tirant de vains profits de la facilité avec laquelle don­ les docteurs; cette liste est plus brève et plus concise nent ceux qui ont des afTaircs pour être délivrés de que celle de Duplessis d’Argentré; 4. une liste de cita­ ceux qui les tracassent. H est orgueilleux ct superbe; tions erronées des Sentences : 13 au 1. I, 5 au I. II, il sc revêt de dignités séculières et préfère être appelé 10 au 1. Ill et 2 au 1. IV. Le chapitre général de 1620 ducénaire plutôt qu’évèque; il s’avance fièrement sur décréta la publication de celte Lecture; mais l'ordre les places publiques, y lisant ses lettres cl y répondant; ne fut point exécuté. Certains auteurs, après Jean Triil marche, escorté de gardes qui le précèdent et qui le thème, attribuent à Paul de Pérouse un livre de Quodsuivent en grand nombre, si bien que la foi devient un libeta, que d’autres, tel Pierre Lucius, désignent sous objet de haine et d'envie â cause de son faste ct de la le nom de Quæstioncs varia. Il semble qu’il faille com­ morgue de son cœur. » Eusèbc, H. E., VII, xxx, 7-8, prendre par ceci les Quæstiones pro principiis, qui ser­ P. G., I. xx, col. 712. On peut croire qu’il y a ici quel­ vent de préface Λ la Lecture sur les Sentences. Jacques ques exagérations; mais, dans l'ensemble, la descrip­ Lelong, se basant sur un témoignage de Louis Jacob, tion doit être exacte : les fautes reprochées â Paul sont attribue en outre ù Paul de Pérouse des Commentarii de l’ordre public; elles ne sauraient avoir été inventées in totam sacram Scripturam. Ceci ne parait guère pro­ bable, vu la mort prématurée de l'auteur. de toutes pièces. Ce ne fut pourtant pas sa conduite qui attira sur Jean Grossi, Viridarium, part. II, dans Daniel de la Paul l’attention des évêques voisins, mais bien son V. M., Speculum, t. i, Anvers, 1680, p. 143, n. 626; Arnold enseignement. Celui-ci, nous le verrons, était franche­ Bostius, De illustribus viris 0..., Corm., ibtil., t. Il, p. 890, ment hérétique. Dès 264. l’épiscopat fut alerté; un n. 3018; Jean Tri thème, De scriptoribus ecclesiasticis, Opera historien, t. i, Francfort, 1601, p. 318; Jean Posscvin, Ap­ concile s'assembla ù Antioche, dont les membres les paratus saccr, t. ni, Venise, 1006, p.27; A.Blscarcti, Palmites plus distingués étaient, au dire d’Eusèbc, Finnilicn de vinciu Carmeli. ms. de 1638 conservé nu collège Saint-Albert Césaréc en Cappadoce, Grégoire de Néoccsarve et h Home, fol. 185 v·; J.-B. «le Lezana, Annales, t. iv, Home, Athénodorc son frère, Hélénus de Tarse, Nicomas 1645-1656, p. 579, n. 4; A. Oldolnus, Athcniuum Augustum d'iconium, Hyménéc de Jérusalem, Thcolecnc de CéIn quo Perusinorum scripta publice exponuntur, Pérouse, 1678, ρ. 268-269; Daniel «le la V. Marie, Speculum carmelt­ sarée, Maxime de Bostra. Eusèbc, H. E., VII, xxvm, 1, P. G., t. xx, col. 705. Deny s d'Alexandrie, qui avait tanurn, t. π, Anvers, 1680, p. 1069, η. 3717; J. Lelong, Bi­ bliotheca sacra, t. n, Paris, 1723, p. 645 b; Cosme do Villiers, été invité, s’excusa vu son grand ûgc, mais écrivit à Bibliotheca carmcl liana, t. il, Orléans, 1752, col. 536, n. 25; PÉgllse d’Antioche une lettre dans laquelle il donnait J.-B. VcnnigUoll, Biogra/la degli scrlttorl Pcrugint, t. il, son avis sur la question. Pérouse, 1828-1829, p. 215 h-216 h; Benedict Zimmerman, Ce premier concile n’aboutit à aucun résultat. Pressé Monumenta historica rarmelltana, Lérins. 1907, p. 396-397; de questions sur sa doctrine, Paul discuta, louvoya, et Acta Capitulorum gener, ord. Carm., Rome, 1912, p. 36-37; finit par donner le change Λ scs juges; tout au moins Barthélemy F. M. Xibcrtn, De Paulo Perugino, dans Ana­ promit-il qu’il sc corrigerait. Les évêques durent se lecta ont. Carm., t. v, p. 425-179. séparer sans conclure. P. Anastase de Saint-Paul. PAUL DE SAMOSATE Peut-être, après cette première assemblée, quelquesuns des évêques qui y avaient pris part, Ilyméncc, Théophile, Théoteene, Maxime, Proclus et Bolanus, adressèrent-ils une lettre à Paul pour lui exposer la fol orthodoxe et lui demander de souscrire à leur formulire. Du moins, sous le nom de ces six évêques, possé­ dons-nous une lettre, que de très sérieuses raisons nous invitent, semble-t-il, à regarder comme authentique, malgré les objections soulevées encore récemment par IL Devreesse, Les premières années du monophysisme : une collection anlichatcédonienne, dans Revue des scien­ ces philosophiques et théologiques, t. xix, 1930, p. 251 sq. Texte de cette lettre dans Loofs, Paulus non Samosata, p. 324-330, et dans Bardy, Paul de Samosate, p. 13-19. En tout cas, comme Paul continuait à scandaliser ses fidèles par sa vie séculière et par scs innovations liturgique» : il interdisait en eflet les chants en l’hon­ neur du Christ et les faisait remplacer, dit-on, par des hymnes qui célébraient sa propre louange; comme sur­ tout il ne cessait pas d’enseigner l’hérésie, les évêques “ inquiétèrent â nouveau. Pour la seconde fois, au nombre de soixante-dix ou quatre-vingts, ils reprirent en 268 le chemin d'Antioche. Le concile examina soi­ gneusement les griefs articulés contre Paul. Afin de le convaincre, il fit appel à la science d’un prêtre nommé Maldüon : entre celui-ci et le Samosatéen s'engagea une longue discussion qui fut sténographiée. Finale­ ment, Paul fut convaincu d’erreur : le concile le déposa et le remplaça par Domnus, qui était le fils du précé­ dent évêque Démétrianus. Avant de se séparer, il rédigea une longue lettre encyclique adressée à Denys de Borne, à Maxime d’Alexandrie et à tous les évêques de Γ οικουμένη, avec leurs prêtres et leurs diacres. A 11 lettre furent annexés les procès-verbaux de la dis­ cussion conciliaire, de telle sorte qu’on pût voir par­ tout le sérieux avec lequel avait été menée toute l'affaire. Canoniquement, après sa déposition, Paul n'était plus évêque d’Antioche. En fait, il parvint cependant t se maintenir dans la maison de l’Église, grâce sans doute ii la bienveillante protection de Zénobie. Ce fut culement après la chute de l'empire pahnyrénicn et Centrée d’Aurélicn à Antioche que l’affaire trouva son dénouement : · Comme Paul, écrit Eusèbe, ne voulait absolument pas sortir de la maison de l’Église, l’empe­ reur Aurélicn auquel on eut recours, rendit une sen­ tence très heureuse sur ce qui devait être fait : il or­ donna que la maison fût attribuée à ceux à qui les évêques d'Italie et de la ville de Rome l'auraient adju­ gée. Ce fut ainsi que l’homme sus-mentionné fut chassé de l’Église avec la dernière honte par le pouvoir sécu­ lier. » Eusèbe, IL E., VII, xxx, 19, P. G., t. xx, col. 717-720. II. Doctrine. — Pendant longtemps, le souvenir du Samosatéen fut conservé dans l’Église : la plupart des ccnvalns ecclésiastiques du n· siècle curent l’occasion de parler de lui, et ils ne se privèrent pas de citer son nom en compagnie de celui des plus fameux hérétiques. Cette célébrité même ne (ut pas sans danger pour la précision des formules employées. A force d'être cité, Paul devint en quelque sorte le type de l’hérésiarque; il avait enseigné, disait-on, que le Christ était un pur homme, φίλος άνθρωπος; en cette formule, très simple, se résumait sou erreur. 1· Sources. — Quelques-uns, cependant, en savent davantage sur son compte. En 358, une lettre adressée lux évêques, à Ursace et a Valens par Basile d'Ancyrc et ses partisans, puis l’année suivante la lettre circu­ laire rédigée par le même Basile d’Ancyre fournissent des renseignements très importants sur certains aspects de la doctrine de Paul et des discussions conciliaires. L*Oratio IV contra arianos et les deux livres Contre Apollinaire, qui figurent parmi les œuvres de saint 48 Athanase donnent à leur tour quelques précisions nouvelles. Enfin saint Épiphanc consacre dans le Panarion un chapitre entier à l’hérésie de Paul, Hares., Lxv, P. G., t. xiji, col. 12-29. Mais il est à remarquer que nul, au ιν· siècle, ne cite textuellement les documents écrits de la controverse. Il faut attendre jusqu'au v· siècle et au début de l'héré­ sie nestorienne pour retrouver les textes de la lettre du concile d’Antioche et des actes synodaux. On ne saurait manquer d’être surpris par une si longue inter­ ruption, et plus encore peut-être par les circonstances dans lesquelles reparaissent les documents. La pre­ mière mention qui en est faite est la Contestatio, dans laquelle Eusèbe de Doryléc dénonce l'erreur de Ncstorius : pour mieux montrer cette erreur, l’avocat fait suivre chaque citation de Nestorius par une citation correspondante de Paul. Voir t. xi, col. 93. Le paral­ lélisme n'est-il pas trop exact pour n'avoir pas été créé intentionnellement, et les documents utilisés par Eusèbe sont-ils authentiques? On a d'autant plus le droit de poser cette question que les apocryphes abon­ dent alors et que les faux apollinaristes sont utilisés par saint Cyrille lui-même, en toute bonne foi, il est vrai, contre Nestorius et ses partisans. Peut-être serait-il difficile de répondre si nous n'a­ vions à notre disposition que la Contestatio. Mais, dès le lendemain du concile de Chalcédoinc, nous retrou­ vons les documents conciliaires cités par Timothée Ælure dans son ouvrage Contre ceux qui disent deux natures. Un peu plus tard, d’autres citations sont faites par Sévère d'Antioche dans le florilège patristique qui figure au livre III du Contra Grammaticum. Plusieurs florilèges monophysites du νι· siècle, rédigés en syria­ que, font encore appel à nos documents. Les catholiques, de leur côté, utilisent les textes de la synodale et des actes : Pierre Diacre, De incarna­ tione el gratia, 3, P. L., t. lxii, col. 85, Jean Maxencc, Dialog, contra Nestor., ir, 19 et 23, P. G., t. lxxxvi, col. 151 et 155, Léonce de Byzance, Advers. Nestor, et Eutych., nr, P. G., t. lxxxvi, col. 1389-1393, Justinien, Tractat, contra nionophys., P. G., t. lxxxvi, col. 11171120, en apportent des fragments assez importants. Il est remarquable que de nombreux recoupements per­ mettent d’affirmer l’identité des documents signalés par tous ces auteurs. Ce dernier fait, à lui seul, ne permettrait d’ailleurs pas d'en affirmer l’authenticité; et il est quelque peu inquiétant de voir Paul de Samosate présenté cons­ tamment sous la forme de précurseur de Nestorius, comme aussi de constater que les fragments de la lettre et des actes sont toujours employés pour faire pièce au nestorianisme. Pourtant l’examen intrinsèque des textes semble ici décisif. Il est déjà peu vraisem­ blable que l’on ait eu l'idée de forger des documents aussi caractéristiques qu'une lettre synodale et des actes conciliaires; il l'est moins encore que des apocry­ phes aient su garder assez de réserve pour en imposer à tous pendant plus d'un siècle et que les nestoriens ne se soient pas avisés de contester la valeur des argu­ ments apportes contre eux, si réellement ces argu­ ments étaient sans autorité. L’élude des fragments est encore plus convaincante, et nous n'y trouvons rien qui nous oblige à en contester l'authenticité. Ce sont bien, suivant nous, les actes et la lettre du concile d'Antioche qu'ont cités, les uns après les autres, les écrivains dont nous venons de parler. Ce n’est pas à dire que la littérature samosaléenne ne se soit pas enrichie au cours des siècles, de pièces apocryphes. Parmi celles-ci, il faut citer en premier lieu une soi-disant lettre de Denys d’Alexandrie à Paul de Samosate, suivie de dix questions qu’accompagnent autant de réponses, un symbole d’Antioche (ou de Nicée) contre Paul et une lettre de Félix à Maxime 69 50 PALI, DE SAMOSATE d’Alexandrie. II faut citer ensuite six fragments de Discours à Sabinus, signalés dans la Doctrina Patrum. La première série de pièces doit dater de la première partie du v· siècle et fait partie de l’importante collec­ tion des faux npollinarlstcs. Les Discours à Sabinus semblent plus récents encore et peuvent être rapportés au vu· siècle : il faut remarquer cependant que leur authenticité a etc, jusqu'à ces temps derniers, défen­ due par des historiens comme Harnack et que F. Loots croit pouvoir seulement discerner des interpolations dans des textes substantiellement authentiques. 2° L'hérésie de Paul. — Ce que nous venons de dire suffit à montrer la difficulté que nous éprouvons â connaître la véritable doctrine du Samosatéen. Sui­ vant F. Loots, cette doctrine ne serait pas autre chose que* le christianisme primitif. La croyance des pre­ miers chrétiens pourrait en effet s’exprimer dans la formule suivante : « Un Dieu que la foi reconnaît comme le créateur du monde, et qui, par Jésus-Christ, a parlé aux hommes d’une manière définitive, dépas­ sant toutes les révélations passées, car il s’est rappro­ ché de l’humanité (ce qui permet de ne pas exclure l’estime religieuse pour la passion de Jésus) et qui, par son Esprit — l’esprit de Jésus-Christ — a versé scs dons sur la communauté chrétienne. » Ce christianisme, poursuit Loofs, n’a pas tardé à s’altérer de bonne heure, la pensée philosophique s’est ctïorcée de le com­ prendre, de le développer : déjà chez Tertullicn. la foi simple est surchargée de métaphysique, et Paul de Samosate s’est laissé pénétrer d’influences stoïciennes, qui ternissent l’éclat de sa gloire. Celle-ci cependant reste grande, car < Paul s’est opposé au courant néo­ platonicien qui, depuis Origène, envahissait l’Église et engloutissait les vieilles traditions. Tel est son titre d’honneur, ce pourquoi il apparaît comme un des théo­ logiens les plus intéressants de l’époque anténicéennc; il appartient à une tradition qui plonge ses racines dans un temps antérieur à l’inondation hellénique. » Malgré l'érudition consommée et l’art subtil avec lesquels Loofs a conduit la démonstration de ces hypo­ thèses, on ne saurait attribuer à Paul de Samosate cette rigoureuse fidélité à la tradition. L’évêque d’An· tloche fait, de son temps, dans son milieu, figure de novateur. Au contraire, les évêques Il parait bien que ce canon est surtout destiné à régler des situations particulières, comme le canon 8 relatif aux ordinations des novations. Il ne laisse pas l’impression que les paullnlens aient été largement répandus dans le inonde, mais plutôt celle qu’ils formaient, sans doute 1 Antioche et dans les environs, un groupe en voie d’extinction. Avant la fin du iv* siècle, il n’y avait sûrement plus de paullnlens; on ne parlait d’eux que pour évoquer des souvenirs. Ixs ouvrages essentiels sur Paul de Samointc sont ceux dr E. I.ooh, Paulus oon Samosata. Eine Untersuchung zur allklrchllthen Literal ur und Dogmrngcschlrhte (— Texte und Unlers., t. XUV, (asc. 5), Leipzig, 1924 (très systéma­ tique), et de G. Bn rd y, Paul de Samosate, élude historique, nouvelle édition, Louvain, 1029. On peut voir encore J. W. FcUCrloin, Hissertalio historlco-ecclesiiulica de hatred Pauli $amosalenl, Gœttlnguc, 1741 ; P. Gall ter, Δ’ύμοοΰσιος de Paul de Samosate, dans Recherches de science religieuse, t. ΧΙΠ, 1922, p. 30-45; A. Harnack, Die Heden Pauls von Samosata an Sabinus (Zenobia 7) und seine Christologie, dans Sitzungsbertchte der preus. Akad. der Wissenseh., Ber­ lin. 1921. j». 130-151. G. Bardy. 22. PAUL SAMSON, frère mineur conven­ tuel (xvr-XVII· siècle). - - Originaire de Milan, il fut inquisiteur à Trévise, en 1397, et plus tard à Padoue, où II fut agrégé au collège des théologiens. En 1604, scs confrères l'élevèrent a In dignité de provincial. On lui doit des Commentaria in totam theologiam, des Com­ mentaria (n Aristotelem et Dr trium animas graduum perfectione, Padoue, 1581. Il mourut à Padoue en 1627, d’après J. IL Sbaralca; en 1622, d’après Ph. ArgclatL J. IL Sbaralca, Supplementum, 2* édit., t. n, p. 314-315; Ph. Argetatl· Bibliotheca scriptarum Mediolanensium, L u, Milan, 1743, cul. 1283-1286. Am. Teetaeut. 23. PAUL SCRIPTORIS, frère mineur de la régulière observance (xv* siècle), un des disciples les plu* célèbre* d’Étienne Brûlefer, du même ordre et un des principaux commentateurs du blenheur. Jean I »un» Scot. — Né a Well en Souabe (d’où les noms de Suevus. Wilensis, qu’on lui donne), il étudia à Paris PAUL SCRIPTORIS 52 et devint, vers la lin du xv* siècle, professeur de théo­ logie au Studium generale des frères mineurs de Tu· binguc, qui était agrégé à l’université. Il y exposa avec succès les commentaires de Duns Scot sur les Sentences et s’y acquit le surnom de Scriptoris. A côté de scs leçons de théologie, il enseigna aussi les arts libéraux et les mathématiques. Il compta parmi ses auditeurs non seulement des étudiants de l’uni­ versité, mais aussi des professeurs et des prêtres éminents tant du clergé séculier que régulier, princi­ palement du monastère des augustins. En 1497, il exposa les livres d'Euclide et la cosmographie de Ptoléméc. Le P. Paul a été considéré à tort comme un des précurseurs de Luther et les protestants l’ont inscrit sans aucune raison parmi les protagonistes de leur réforme. 11 est vrai qu’il a attaqué avec véhé­ mence certains abus qui s’étalent introduits dans l’Église et qu’il les a flagellés et condamnes du haut de la chaire, mais il est resté toujours en union étroite avec Rome, comme l'a prouvé abondamment N. Paubus dans Paul Scriptoris, ein angeblicher deformator oor der deformation, dans Tûbinger theol. Quartalschrift, t. i.xxv, 1893, p. 289-311. N'ayant pu gagner, en sa qualité de gardien doTubin· gue, la sympathie de ses subordonnés, il fut envoyé, en 1501, à Bûle, avec défense de se livrer à la prédication et à renseignement. L'année suivante il fut convoqué à Savemc pour s’y justifier devant scs supérieurs de sa façon trop libre de condamner et d’atlaquer cer­ tains abus. Craignant d'ètrc incarcéré, il se rendit à Vienne et, de là, à Rome, pour s'y justifier devant l'autorité la plus élevée. 11 y réussit parfaitement et put retourner tranquillement dans sa province de Strasbourg. Peu après, il fut appelé en France par le vicaire général de l’ordre, le P. Martial Boulier, pour enseigner In théologie h Toulouse, ('hemin faisant, il fut surpris par la maladie et mourut, le 21 octobre 1505, nu couvent de Knisersberg, en Alsace. De ces données biographiques, il résulte que L. Wadding et plusieurs autres écrivains ont eu tort de distinguer Paul Scriptoris de Paul de Weil ou de Souabe; c’est le même personnage, désigné une fois par son surnom, et l’autre fois par le nom de son lieu natal. Ils se trompent encore quand iis considèrent Paul Scriptoris comme un membre de la province de Bologne, alors qu’il a appartenu à la province de Strasbourg. L'exposé du P. Paul sur les commentaires de Duns Scot du premier livre des Sentences parut à Tubingue, le 24 mars 1498, sous ce titre : Ledura fratris Pauli Scriptoris... quam edidit declarando subtilissimas doc· toris subtilis sententias circa .Magistrum in primo libro. De Pexplicil de cet ouvrage il ne résulte point que le P. Paul avait terminé sa I.ectura in primum Senten­ tiarum Scoti en 1498, comme l’ont cru J. IL Sbaralca et nombre d'autres écrivains, mais qu’il a publié cet ouvrage en 1498. Voici d’ailleurs cet explicit : Ex­ plicit... lectura ordinarie facta in conventu fratrum mi­ norum in alma universitate Tuivingensi, ubi et im­ pressa est per luifus artis gnarum magistrum Johannem Ottmar. Anno salutis MCCCCXGVIH, XXI III die martii. Cf. L. llain, Repertorium bibliographicum, t. ii a, p. 42, n. 12493. Une autre édition parut à Carpi, en 1506, par les soins de Jean de Montesdoca. théologien espagnol. D'après L. Wadding, le P. Paul aurait encore écrit une Summula logica et plusieurs autres écrits qui sont perdus. Il était un partisan I convaincu de la tendance réaliste, la via antiqua, en opposition au nominalisme d’Occam, accepté par la plupart de scs confrères. L. Wadding, Scriptores ordinis minorum, Rome, 1906, p. 183; J. H. Sbaralca, Supplementum, 2· éditI. n, p. 315; j Allgcmdne dculsche Biographie, t. xxxm, p. 488-189, 53 PAUL SCRIPTORIS P A U L - A N’ T ΟI N E FOSCARINI lanp/ig, 1891; Klrehenlt rikon, t. x, col. 2141 ; Hurter. Somcnclalor, 2· ôdit., t. if. col. 1101-1103 ; art. Scriptoris, dam Protest. Realeneyklopddir, I, xvm, 1906. p. 100-102; IL Hcnnclink, Die thcologi.iche Fakulbit In Tubingen vor der Reformation, 4477-1634, Tublngue, 1906, p. 163-166; Fl. 1 jindnuinn, Zuzn Predi gtiocscn tier Strass bur ger FranxUkimerprovlni in der letztm Zell des MiMalters, dam Fran· sUkantsche Studim, t. xv, 1928, p. 319-333. Am. Teetaeht. 24. PAUL DE TOUS LES SAINTS t camic déchaussé allemand, né à Cologne le 25 janvier 1611. Il remplit plusieurs charges en son ordre : fut sousprieur du couvent de Cologne, socius au chapitre géné­ ral, délinilcur provincial, prieur des couvents de Vienne et de Graz, vicaire, puis prieur à Coblentz. Homme de science et de travail, il publia non seule­ ment plusieurs œuvres qu'il avait composées lui-même, mais il en édita encore plusieurs de ses confrères; telles, en latin, les œuvres complètes du vén. Jean de Jésus-Marie, Cologne, 4 in-iol. ; et celles de Thomas de Jésus, ib., 1684, 2 in-iol.; le troisième, malheureuse­ ment, ne parut pas par suite de la mort de Paul de Tous les Saints, qui advint à Cologne le 17 décem­ bre 1683. Louis de Sainto-Thérèse, Annales des carmes déchaussés, Paris, 1665, c.Xî.vn, p. 121; Daniel delà V. Marie, Spéculum carnirlitanum, t. I, Anvers, 1680, p. 321, n. 1334, cl p. 594595. n. 2299; t. n, p. 787. n. 2696, et p. 1132, n. 3966;.Mar­ tial do S. J.-13., Bibliotheca scriptorum utriusque congrega­ tionis et sexus carmel. create., Bordeaux, 1730, p. 313, n. 6; Cosine de Villiers, Bibliotheca carrnelitana, t. n, Orléans, 1752, col. 531-535, n. 24; Barthélemy de Saint-Ange-Henri du S. Suer., Collectio scriptorum ord. carmel. exe., I. n, Savone, 188-1, p. 77-79, n. 8. P. Anastase de Saint-Paul. 25. PAUL-ANTOINE FOSCARINI, carme chaussé, théologien, mathématicien cl cosmographe Italien des xvt· et xvu· siècles. — Certains, tels le canne chaussé Élie de Ainalo, Ange Zavarroni et Antoine Favaro, prétendent que le véritable nom de Paul-Anloino serait Scarini et que ce fut par gloriole qu'il se lit passer pour membre de la noble famille vénitienne des Foscarini. Ceci ne semble guère admis­ sible, car, outre que l'auteur signe ses œuvres et ses lettres du nom de Foscarcni cl plus souvent de Foscarinl, ce nom se retrouve dans les documents oiliciels, tels les actes des chapitres généraux, les actes et les lettres du général de son ordre, cl en plus il y a encore de nos jours, en l'église du couvent des carmes de Montalto UiTugo, en Calabre, la pierre commémorative (1·Γ juillet 1609) de la fondation de ce couvent par la munificence de son frère Polybe Foscarini, tils du médecin vénitien François Foscarini. Au commencement de la seconde moitié du xvi· siècle, ce noble venitien François Foscarini vint se fixer à Montalto Ullugo, province de Cosenza en Calabre et y eut trois fils : Polybe (t 21 sept. 1610), Vincent et notre PaulAntoine. Ce dernier, d’après Riccardi, serait né en 1580; ce qui ne semble guère possible, vu la chrono­ logie des charges qu'il remplit en son ordre. Il serait plus vraisemblable de dire qu’il naquit vers 1565. Jeune encore il embrassa l'état religieux chez les car­ mes chaussés. Aprèsd’cxcellenlcs études cl après avoir acquis le doctorat en théologie, il fut pendant six ans régent des études au grand couvent des cannes chaussés de Naples, puis deux ans professeur de théo­ logie au gymnase public de Messine ; rentré en Calabre, il lut, durant deux ans. supérieur du couvent de Tropeti; au commencement de 1607, il fut nomméi vicaire provincial de la province de Calabre par son général Henri Sylvius; au chapitre général de 1608i (6 juin) il fut élu provincial de la même province et reélu à celui de 1612. S'il faut en croire Antoine Franco, il aurait gouverné en outre les couvents de■ 54 San-Biasc cl de Montalto UfTugO. D'après Daniel de la Vierge-Marie et Elle de Amato, il mourut à Montalto UiTugo, le 10 juin 1616; d'après d’autres en 1615. Nonobstant scs nombreuses prédications et les de­ voirs multiples de scs charges, Paul-Antoine Foscarini s’adonnait avec ardeur à l'élude, surtout aux mathé­ matiques cl à la cosmographie. Aussi lui doit-on plu­ sieurs ouvrages ; 1. Meditationes, preces, et exercitia quotidiana super orationem dominicam, per hebdoma­ dam disposita ad vita: spiritualis perfectionem et habi­ tuum virtutum comparationem, Cosenza, 1611, in-8”; 2. Institutionum omnis generis doctrinarum torn, vu comprehensarum syntaxis. Qua methodus et ordo, in tradendis omnibus disciplinis servandus explicatur, ut demum ad perfectam solidamque sapientiam perveniri possit, Cosenza, 1613, in-4·. C'est une brève méthodo­ logie des diverses sciences; 3. Traltato della divinatione naturale cosmologica ovvero Dei pronostici e presagi naturali delle mutazione de' tempi, Naples, 1615, in-8°; 4. Lettera sopra 1'opinionede' Pittagorici,cdel Copernieo della mobilité della terra, e stabilita det Sole, e dei nuovo Pittagorico ststema del mondo. Al lleverendiss. P. M Sebastiano Fantone generale dell9 ordine rarmelitano, Naples, 1615, in-89, 64 p. Cette lettre, parue avec l'approbation ecclésiastique, fut écrite Λ Naples le 6 janvier 1615 ά la demande du napolitain Vincent Carafa, chevalier de l'ordre de Jérusalem. L’auteur y défend hardiment le système de Copernic et démontre que ce système est rationnel cl vraisemblable et n'est contraire ni Λ l'Écrilure sainte, ni à la théologie. Il eut cependant la prudence de défendre le système comme hypothèse et non d'une manière absolue. Vu le bruit que fit celte lettre, Foscarini écrivit une lettre latine au cardinal Bellarmin, De/ensio Epislotx... super mobi­ litate terne. Elle fut publiée d'abord par Dominique Berti, dans Antecedenti al processo Galilelano e alla condamna della doltrina copernicana l Memor le della Classe di scicnzc morali, storiche e fdologiche della R. Accadenda dei Lineet, série 111·, t. x, séance du 19 juin 1881), Borne, 1882, p. 26-32 du tiré-à-part, i et puis par Antoine Franco dans les Analecta ord. carnv, t. it, p. 496-504. L’auteur y démontre que l'opi­ nion de la mobilité de la terre ne peut être jugée témé­ raire et proteste à la lin de son entière soumission au jugement de l'Église. Bellarmin répondit par une lettre italienne datée du 12 avril 1615, dans laquelle, | tout en louant la prudence de Foscarini, il fait des réserves au sujet de la possibilité de concilier celle opi­ nion avec l’Écriturc sainte cl les saints Pères et au sujet de la possibilité d’une vraie démonstration du système copcrniclen. Celle lettre de Bellarmin parut | dans le discours de Dominique Berti : Copernieo e le · vicendc de! si sterna copernieo in Italia nella seconda | metà del secolo xv/ e nella prima del xvu con docu­ menti inediti intorno a Giordano Bruno e Galileo Gali­ lei, Home, 1876, p. 121 sq.; puis elle fut publiée par ( Antoine Favaro et parut en tin dans les Analecta ord. carni., t. n, p. 525-527, suivant l'autographe consent aux archives du collège Saint-Albert à Borne. Alors que l’ouvrage de Copernic ne fut condamné que donec corrigatur, la Lellera de Foscarini publiée à Naples en 1615 fut condamnée par décret du Sainl-Otllce (5 mars 1616) d’une manière absolue : omnino prohibendum atque damnandum. Cette condamnation fut mainte­ nue dans Vindex librorum prohibitorum jusqu’au 25 septembre 1822 (décret de Pic \ II). Nonobstant cette condamnation, la lettre fut traduite en latin par Mat thias Bcnicggcrus et publiée d’abord à Augusta Treba (Trevi) en 1635, avec le Systema cosmicum de Galilée, puis à Lcyde en 1636, â Lyon en 1641 cl à Londres en 1663. Thomas Salisbury la traduisit en anglais et lu publia dans le t. i de scs Mathematical collections and j translations. Londres, 1661. Enfin elle parut à nou- 00 PAUL-ANTOINË FOSCARINI — PAULICIENS veau en italien dans les Opere di Galileo Galilei (éd. d’AIberi), Florence, 1842-1856, t. v, p. 455-494. Outre ces ouvrages édités, Paul-Antoine Foscarini en compos.! encore plusieurs autres ; dont quelques-uns ne furent point complètement achevés. 1. Liber de oraculis; 2. Traltalo della divinatione artificiosa; 3. Compendio dell' arti liberali; tous trois achevés avan t le 6 janvier 1615 (cf. Lettcra); 4. Istilulione di tutti le dottrine, cet ouvrage, distinct de la syntaxis sus­ mentionnée, devait comprendre 7 tomes; seuls les deux premiers, comprenant les arts libéraux, étaient achevés à la date du 6 janvier 1615; 5. Trattato della cosmografla, en cours de composition à la date men­ tionnée. On lui attribue, en outre, De voluptate abdi­ canda, des traités philosophiques et théologiques, ainsi que des sermons. Outre les auteurs cités dans le texte, voir P. Chrysostomc Marini, canne, Λ la lin de Γ Institutionum omnis generis doctrinarum.,, syntaxis de i'oscarinl, Coscnza, 1613; Daniel de la V. Mario, Spéculum earmelitanum, t. il, Anvers, 1680, p. 1073, n. 3747; Élic de Amato, carme. Muscum literartunx, in quo pene omnium scriptorum dubia, supposita,., monumenta, eruditorum criteria, strictim expenduntur, Naples, 1730, p. 350; Cosme de Villiers, Bibliotheca carmclitana, t. n, Orléans, 1752, col. 526, η. 11 ; Ange Zavarroni. Bibliotheca calabra, Naples, 1753, p. 117-118; Giornale del eruditi e curiosi, an. Ill, t. V, n. 74, p. 298-300; Giornale dl eruditione, an. I, n. 1, p. 10; n. 4, p. 51-55; Jérôme Doc­ cardo, Nuooa cneiclopedia italiana, 6· éd., t. ix, Turin, 1880, p. 782; Antoine Fitvaro, Serie nona di scampoli Galiletant, § 63, dans Atti e memorie della B. Accademia di sciente, let­ ters ed aril in Padova, nouvelle série, t. x, 1894, p. 33-36; Le opere di Galileo Galilei, éd. nation., t. v, Florence, 1895, p. 277 «q.; I. xn, p. 171-172; Antoine Franco, P. Paulus Antonius Foscarini, dans Analecta ord. carm., t. π, p. 461468,493-504,524-527; art. Galilée, ici, t. vi,col. 1061-1063. P. Anastase de Saint-Paul. 26. PAUL-MARIE DE BOLOGNE (Filippini), frère mineur capucin de |a province de Bologne (xvu· siècle).— Docteur en théologie et en l'un et l’autre droit, il est l’auteur des deux ouvrages sui­ vants : 1 Disputationes in quatuor libros Sententia­ rum, 3 I. in-4°; 2. Annotationes in jus civile cl crimi­ nale, in-4® et in-8°. Il mourut à Bologne en 1676. Bernard de Bologne, Bibliotheca scriptorum, O. M. cap., Venise, 1747, p. 210. Am, Teetaert, 27. PAUL-MARIE DE CHIAVARI (RivaR0la), frère mineur capucin (xvn® siècle). — Né à Chiavari, en Ligurie, le 2o juin 1612, il entra dans l’ordre des capucins, à Gènes, le 25 mars 1628, et y émit ses vœux en 1629. Envoyé à Taggia pour y poursuivre ses études, il y fut frappé de surdité cl dut les inter­ rompre. Empêché d’accéder aux ordres majeurs par son infirmité, il s’adonna à l’étude de l'Écriturc sainte d des saints Pères et rédigea les ouvrages suivants : 1 Amalthea mariana, aureis undique trudibus, floribusque ex hesperidis sacræ. Scriptura, cathoUcæ Ecclesiæ, sacrorumque doctorum excerptis ajjatim repleta, 7 vol. de 13000 p.; 2. Alphabetum marianu/n, 3 vol. dont les pages ne sont pas numérotées; 3. Virgo dei­ para sub multiplici figurarum, similitudinum et elogio­ rum a Patribus repræsentata, ouvrage alphabétique composé en 1661, en 9 vol. de 15000 p.; 4. Index auc­ torum qui in sacra Biblla, vel universe vd singulatim etiam in versiculos, data opera scripserunt juxta corum­ dem bibliorum ordinem dispositus, deux vol. de 500 feuillets chacun, dont le premier donne la liste des auteurs qui ont commenté l’Ancien Testament et le second, la liste de ceux qui ont commenté le Nouveau Testament. Ces quatre ouvrages, restés inédits, sont conservés dans la bibliothèque du couvent de SaintBernardin, à Gênes. Le P. Paul-Marie mourut à Gênes, en septembre 1692, au couvent de la SS®A Concezione, dans lequel il fut bibliothécaire. 56 Bernard de Bologne, Bibliotheca scriptorum O. M. cap.g Venise, 1747, p. 210; Francesco-Xaverlo, I cappucctnl Genoocsi, t. i, Note biogra fiche, p. 69-70, Gênes, 1912; Umile «la Gcnova, Il chicrico perpetuo. Fra Paolo Marla Bivarola da Chiavari ed una sua prcgcoolc opera di palristica scritt urate, dans Collectanea /ranciscana, t. 1,1931, p. 221-238, Am. Teetaert. PA ULICI ENS, secte hérétique dualiste. — Elle sc répandit principalement dans la Haute-Syrie et l’Arménie, passa en Phrygie, puis en Bulgarie et sc répandit jusqu’en Occident sous des noms divers. 1° Le nom. — On n’a pas encore établi de façon cer­ taine l'origine du mot politicien. Gibbon le fait venir de saint Paul. La vénération particulière de ces héré­ tiques pour le grand apôtre, comme aussi l’habitude que leurs chefs avaient de prendre les noms de scs disciples, semblent en apparence justifier cette hypo­ thèse. Mais alors on ne s’explique pas la forme pauliciens, quand il eût fallu dire pauliens. Du reste, ce terme n’est employé que par les adversaires de la secte et ceux-ci la tiennent généralement pour l'héritière des doctrines de Paul de Samosatc. D’après les ren­ seignements que fournissent les œuvres attribuées à Photius et à Pierre de Sicile, les pauliciens tireraient leur nom de leurs fondateurs, Paul et Jean, fils de la manichéenne Calliniké. Παυλικιάνοι serait donc une corruption du mot Παυλοιωάννοι. Ter-Mkrttschian a peut-être donné la véritable étymologie du mot en disant que Παυλίχιάνοι vient de l'arménien Polikeank, Polikeanz (disciples du petit Paul). 2° Sources. — Les sources qui nous renseignent sur les pauliciens sont de deux sortes, les unes grecques, les autres arméniennes. Les premières ont entre elles une étroite parenté, mais il est difficile de déterminer leur dépendance mutuelle. Ce sont : le Chronicon de Geor­ ges le Moine ; le Contra manichæos attribué ù Photius; VHistoria manichæorum de Pierre de Sicile; le De paulicianls et manichæjs de Pierre l'Higoumènc; la Panoplia d'Euthyme Zigabènc, et divers chroniqueurs. La relation d'Euthyme Zigabènc semble une simple réédition de l'œuvre attribuée û Photius. Elle reproduit notamment le Contra manichæos, i, 1-10, qui est con­ sidéré comme rédigé par Photius, tandis que la suite est certainement d'un écrivain postérieur, peut-être de la fin du xi· ou du début du xn· siècle. Photius et le pscudo-Photius sont regardés comme les sources de Pierre de Sicile, dont l'existence est d’ailleurs contes tée. L'œuvre mise sous son nom ne serait que du com­ mencement du xn® siècle, d’après plusieurs critiques modernes, entre autres K. Krumbacher, Gcschichtc der byzantinischen Lileratur, 2e éd., Munich, 1897, p. 78. En 1849, Gicscler édita comme appartenant ù Pierre de Sicile un écrit de Pierre l’Higoumènc contre les pauliciens. Ce document sc présente comme une copie presque textuelle du Chronicon de Georges le Moine. Tcr-Mkrttschian a cherché à démontrer que non seule­ ment Georges le Moine a copié Pierre i’HIgoumène, mais que ce dernier est la source de toutes les relations grecques sur les pauliciens. Friedrich estime au con­ traire que le Chronicon de Georges le Moine, tel qu’il est renfermé dans le ccd. Scorial., 1 Φ 1 est la source la plus ancienne de l'histoire de la secte. D’après lui, la filiation des textes grecs serait celle-ci : le ccd. Scorial., Photius, Contra manichæos, i, 1-10, Pierre l’Higoumène, Euthymc Zigabènc, le pseudo-I’hotius, Contra manichæos, i, 11-iv, et enfin Pierre de Sicile. — On trouve déjà des renseignements précieux sur les pauliclcns dans la Chronique de Théophanc; Généslus en donne de plus abondants qui ont été reproduits par les chroniqueurs postérieurs. — Les sources arméniennes sont : les œuvres du catholicos Jean d’Otzoun (vin· siècle), de Grégoire de Narek, de Grégoire Magistros, . d'Arlstarquc de Lastivcrt et l’œuvre intitulée Cfé de la 57 PAULICIENS vérité. Celle-ci renferme une partie très ancienne, qui ne peut pas être attribuée ù Smbat (x· siècle). Telle est du moins l'opinion de Conybeare. 3° Doctrine. — Le point essentiel de la doctrine des pauliciens était la distinction entre le Dieu bon, sei­ gneur du ciel, créateur des âmes, qui doit seul être adoré, et le Dieu mauvais, le démiurge, créateur et seigneur du monde sensible. Pour eux, toute matière était mauvaise. Ce dualisme est nettement mnrcionltc, mais 11 se pourrait bien qu'il n'en fut pas ainsi & l'ori­ gine, malgré l'opinion de Dlcselcr, de Ter-Mkrttschian, de Conybeare et de 11 irnack. 11 est possible, en effet, que le dualisme paulicien, d’origine manichéenne, ait évolué dans la suite sous des influences marcionltes. C’est du moins la conclusion que Ton peut tirer des ouvrages grecs qui exposent la doctrine de la secte. Les pauliciens admettaient la chute originelle, mais ils lui attribuaient un heureux résultat, puisque, d'après eux, la situation lamentable de l'homme tombé dans le péché avait ému de compassion le Dieu bon. Ils niaient la rédemption. Suivant les uns, le Christ avait apporté son corps du ciel, parce qu’il ne pouvait le prendre sur la terre, qui est l'apanage du Dieu mauvais, et sa naissance de la Vierge n’avait été que le moyen de se manifester au monde. Pour d’autres, le Christ était un ange envoyé par le Dieu bon et sa vraie mère était la Jérusalem céleste. L'œuvre du Christ avait consisté essentiellement pour eux dans son enseignement; aussi la croyance en lui sauve les hommes du jugement, Tout ce qu’il a dit des sacrements de baptême et d'eucharistie doit sc prendre au sens figuré; ils sc basent sur ces deux paroles de lui : < Je suis l’eau vivante ·, · Je suis le pain de vie ». Le baptême et l'eu­ charistie consistent donc uniquement dans l’audition de sa parole. Cependant, des pauliciens faisaient baptiser leurs enfants par les prêtres catholiques, moins sans doute par conviction que pour éviter d’être inquiétés par les pouvoirs publics. Ils n’honoralcnt pas la croix, mais seulement le livre de l'Évangilc. Ils pros­ crivaient le culte des saints de l'Église catholique, qui ne sont que les serviteurs du démiurge et qui seront rejetés au jour du jugement. Les pauliciens étaient iconoclastes et proscrivaient toute sorte d'image. Ils ne retenaient aucun livre de Γ Ancien Testament qui était à leurs yeux l’œuvre du démiurge. Du Nouveau, ils avaient Γ < évangile », sans doute celui de saint Luc, et les épltrcs de saint Paul. Celles de saint Pierre étaient pour eux un objet d’exécration parce cju’ll a renié son maître. Toutefois, dans leurs controverses avec les catholiques, ils faisaient appel aux épltrcs qui ne sont pas de saint Paul. Pierre de Sicile affirme même qu’un petit nombre d’entre eux admettaient les Actes des apôtres et les épltres de saint Jacques, de saint Jean et de saint Jude. Mais on peut dire que d’une façon générale leurs livres sacrés étaient Γ « Évangile » et 1* · z\pôtre ». Comparer l’attitude des marcionltes. A leurs yeux, toute la hiérarchie ecclésiastique était mauvaise, comme aussi les sacrements et le rituel, œuvre du démiurge et de scs serviteurs. Ils avaient une aversion particulière pour les moines. Leur propre organisation comprenait tout d’abord les chefs qui avaient établi la secte en divers lieux. C’étaient les « apôtres » et les « prophètes », qui sc donnaient des noms nouveaux, empruntés aux disciples de saint Paul. On connaît Constantin-Sylvain, Syméon-Tite, Gégnéslus-Timothée, Joseph-Épaphrodite, Scrgius-Tychique. De même leurs communautés étaient désignées par le nom des provinces qu’avaient évangélisées saint Paul. On eut ainsi la Macédoine (Kibossa), l'Achaïc (Mananalls), Laodlcéc (Mopsuestc), Colosses (Kynochoritcs), etc. Au-dessous des < apôtres » et des « prophètes » il y avait les compagnons de voyage, συνέκδημοι, qui for­ maient le concile, et les notaires, νοτάριοι, qui veillaient 58 sur les livres saints, les transcrivaient et maintenaient l'ordre dans les réunions. Les lieux où se tenaient leurs assemblées ne s'appelaient pas églises, mais maisons de prière, προσευχαί. Ixîs mœurs des pauliciens pas­ saient pour être des plus fâcheuses. La distinction entre les deux principes bon et mauvais et la con­ damnation de la matière les entraînaient naturelle­ ment dans les plus grands désordres : ivrognerie, débauches, inceste, vices contre nature. Ne fallait-il pas punir cette matière corrompue, sous prétexte de libérer l'esprit ? Même si les auteurs grecs et armé­ niens ont quelque peu exagéré les couleurs du Lableau par suite des préoccupations de la polémique, on ne peut laver les pauliciens de tout reproche, et Glcsclcr, l'écrivain qui leur est le plus favorable, est contraint de l'avouer. •I* Histoire,— l.Les pauliciens d'Asie.— On est encore mal renseigné sur les origines des pauliciens. Leur nom apparaît pour la première fols dans les œuvres du catholicos arménien Jean d'Otzoun (vjii· s.). Le ca­ non 32 de son synode de Dvin (719) Interdit formelle­ ment de passer la nuit dans les lieux habités par les . « méchants hérétiques Mzléouthioun qui s’appellent Pohklan ». Ter-Mkrttschian,DiePaulikiannerim byzantinischen Kaiserretche, p. 62-63. Dans son traité contre les pauliciens, il les appelle des < restes des anciens Mzléouthioun Pailakenouthioun », ibid., p. 49. TerMkrttschian explique le mot de Polikian par « disciples i du petit Paul · et croit que ce nom leur a été donné par leurs adversaires. Conybeare, The key o/ truth, p. cv, fait un rapprochement entre les pauliciens et Paul de Sainosatc et considère le paulicianismc comme une forme de l'ancienne Église chrétienne. En fait, certains textes, comme le Chronicon de Georges le Moine, éd. de Door, t. π, p. 718. et celui de Grégoire Magistros, dans Ter-Mkrttschian, op. cit.. p. 148, montrent les pauliciens comme les disciples de Paul de Samosale. Une femme de cette ville, nommée Caliiniké, aurait I envoyé scs deux fils, Paul et Jean, prêcher le mani­ chéisme dans le thème des Arméniuques; ils se seraient fixés à Phanaréa, dont le nom fut changé en celui d’Épisparis. Cette indication est sujette à caution et pourrait bien n’êtrc qu’un mythe. Les pauliciens posté­ rieurs répudiaient toute parenté avec les manichéens et anathématisolent Manès, mais cela ne prouve nulle­ ment qu’au début la secte ait été complètement indé­ pendante de ces hérétiques. On s’accorde généralement à retrouver l’in fluence des marcionltes et même des archonliques, Dôllinger, Beitrùgc zur Sektcngeschichte des Mittelalters, t. i, p. 2, dans la doctrine des pauli­ ciens, telle que nous la connaissons par les sources «arméniennes et grecques. Cependant, comme le mani­ chéisme était aussi répandu que le marcionismc dans les régions où apparaissent les pauliciens, il est pro­ bable qu'au début, il exerça quelque influence sur la secte. Le principal personnage qui donna à celle-ci sa véri­ table forme et son existence particulière semble bien avoir clé ce Constantin, qui se faisait appeler Sylvain. Au dire de Georges le Moine, il était originaire de Mananalis, village manichéen situé près de Samosale. Selon le pseudo-Photius, il reçut 1’ « Évangile » et Γ « Apôtre » d’un diacre syrien prisonnier et épura les idées manichéennes de scs compatriotes en leur don­ nant une apparence plus chrétienne. Toutefois, le dua­ lisme resta Λ la base du système. Cet enseignement de Constantin fut surtout oral, car il est à peu près cer­ tain qu’il n’a rien écrit. Il sc contentait de recomman­ der à scs disciples la lecture de 1’ « Évangile » et de Γ » Apôtre » et de leur prêcher sa doctrine. Il créa la communauté de Kibossa en Arménie. Ces faits sc pas­ saient sous l’empereur Constant II (641-668). Cons­ tantin Pogonnt (668-685) finit par s'inquiéter des 59 P VLUCIENS agissements de l’hérésiarque et envoya pour le com­ battre un de scs courtisans, nommé Simeon. Condamné à la lapidation. In première pierre que reçut Constantin lui vint de son fils adoptif Justus (vers 684). Photius, Centra manichros, î, 17. Siméon, le fonctionnaire impérial envoyé contre lui, tomba à son tour dans les mêmes erreurs, quitta la capitale vers 687, et vint se mettre Λ la tête du mouvement sous le nom de Tito. Dénoncé par Justus, qui s’était posé en compétiteur, il fut brûlé avec un grand nombre d'autres sectaires (690). Photius, op. d/., i, 18. L’Arménien Paul gagna, avec scs ills Gégnésius et Théodore, la bourgade d’Épisparis, où ils substituèrent la paulicianismc au manichéisme. Après sa mort, Gégnésius et Théodore se disputèrent la direction de la secte et revendi­ quèrent tous deux la possession de ΓEsprit-Saint. Herre de Sicile, Historia manichæorum, n. 28. Gégné­ sius, mandé devant le patriarche de Constantinople pour y subir un interrogatoire sur sa foi, répondit par des phrases adroitement ambiguës qui firent croire à sa parfaite orthodoxie. Il regagna Episparis avec un sauf-conduit impérial, mais jugea prudent de se fixer à Mananalis avec scs disciples. Son fils légitime Zacha­ rie se disputa la succession avec son autre fils, adoptif ou naturel, Joseph, qui se faisait appeler Epaphrodite. Zacharie s’enfuit devant une invasion des Sarrasins et l>crdil ainsi tout prestige, tandis que Joseph réussit à gagner Antioche de Pisidlc avec scs partisans. Photius, op. cil., î, 20; Pierre de Sicile, op. cit., n. 29-31. Après la mort de Joseph-Épaphrodite, il y eut une nouvelle compétition entre Baanès, surnommé le Crapuleux à cause de ses désordres, et Sergius, qui se faisait appeler Tychiquc. Ce dernier fut un ardent et habile propaga­ teur des doctrines pauliciennes. 11 faisait d’ailleurs étalage d'une grande austérité, mais aussi d’un grand orgueil, puisqu'il ne craignait pas de s'intituler le Paraclct, le gardien vigilant, le bon pasteur, le chef du corps du Christ, la lampe du sanctuaire. La secte se divisa en Sergiotes et en Bannîtes, niais la rupture ne fut com­ plète qu’après la mort de Baanès. Photius, op. cit., i, 21-22. Cependant, le gouvernement Impérial prenait de nouvelles mesures contre les pauliciens. L'évêque de Néocésarée, Thomas, et le gouverneur du thème des Amiéniaques, Paracondakès, furent chargés par Léon Γ Arménien (813-820) de faire une enquête sévère. Les pauliciens, alors divisés en Kynochorites, Κυνοχωρϊται, ou partisans de Sergius, et en Astati, "Αστατοι, s'en­ tendirent entre eux pour assassiner les inquisiteurs. Leur coup fait, les Kynochorites s’enfuirent ù Mélitène, où l’émir sarrasin Monocharérès les accueillit favorablement. Ils s’établirent à Argaon et de là firent de fréquentes incursions en territoire byzantin. Pho­ tius, op. cit., î, 21; Pierre de Sicile, op. cit., n. 41. Sergius mourut en 835. A partir de ce moment, la secte ne choisit plus de chef proprement dit; elle fut dirigée par des supérieurs nommés compagnons de voyage, συνέκδημοι. L'impératrice Théodore, mère de Mi­ chel III (842-867), persécuta durement les pauliciens et en fit périr plus de cent mille, s’il faut en croire les auteurs grecs. Le fils de l’un d’eux, nommé Garbéas, officier au service de l'empire, s’enfuit à Argaon, bâtit plusieurs forteresses, entre autres Téphrik, où il éta­ blit son quartier général, et fit une guerre implacable aux années envoyées contre lui. Il fut tué en 863. Son gendre, Chry, c’est-à-dire au pape Leon III, condamnation portée contre Elipand, sous réserve de rappelant à la fols la nécessité de maintenir la péni­ ratification par le souverain pontife. — 2°L' Epistola ad tence et le devoir d’agir avec miséricorde envers les âmes blessées par le péché. — 8° Des Avis salutaires, Heislul/um, écrite également à Francfort, à la même exhortation à la pénitence découverte par dom Mardate que l'ouvrage précédent. Paulin y admoneste le tène, qui en a seulement publié l'cxordc et la préface : comte lombard Hcistulfc, coupable d’avoir tué sa c'est une chaîne tirée de saint Ambroise, saint Jérôme, femme, accusée d’adultère, sur témoignage unique, et ordonne au meurtrier de choisir entre la pénitence saint Augustin, saint Grégoire le Grand, saint Chryperpétuelle et l’entrée dans un monastère. Cette lettre, J sostomc, saint Éphrem et saint Isidore de Séville.— 9® Enfin, un ouvrage intitulé Paulinus magister in très qu’Hincmar communiqua plus tard à Wulfadc de Bourges, qui l'avait consulté, semble avoir fait autorité ! epistolas Pauli ad Hebraos (ms. de Constance, IL 15, Λ l’époque. — 3° læ Liber exhortationis (ou De saluta- i fol. 199), qui peut être attribué à notre auteur anté­ rieurement à son élévation au patriarcat. rtèusdocumenffs),sortcde, p. 158, et le traité /n très Epistolas Pauli ad Ilebrxos, resté ms. Par contre, Madrid us donne, outre une multitude de notes, une Vita Paul in i écrite par lui-même, une seconde Vila plus brève due A Nicoletti, les Actes du concite de Cividalc de Fnouî» six dissertations et deux appendices contenant, en particulier, des diplômes et des documents relatifs au culte rendu à Paulin. Mlgnc reproduit l'édition de Madnsius, dans P. L., t. xeix, col. 9-683. L’ordre dans lequel sont donnes les ouvrages de Paulin est le suivant : Libellus Sacrnatjllabus, col. 151-166; Ep. ad Heistulf., col. 181-186; Lib. exhort., col. 197-282; Concit, Forojul., col. 283-302; Contra Felicem, précédé d’une Epist. ad Carol, rtg. cl suivi d’un fragment d’envoi au même souverain, col. 313-168; Regula fidet, suivie de V Apologia adressée A Alcuin, col. 467-472; Hymni et Rhglmi (De calh. rom. S. Petri. In natale sanctorum Petri et Pauli, De resurr. Dom., De sanelo Simeone, De sancta Marco, De dedicat. eccl., De nativ. Dom.), col. 479504; trois fragments d'épîtres à Charles (Ad Carol, reg.. De rectoribus, -Id Carol, imper.), col. 503-509; le fragment d'épttre Ad Lconcm, col. 509-510; VEpistola ad Carol, reg. relative nu prétendu concile d’Altino, col. 511-516; Ζλ Hericv duce, col. 683, 6S4 (A la fin du 2* appendice). Les poèmes de Paulin ont été édites plus récemment et nu complet, y compris les pièces douteuses, par Dtimmler, Mon. Germ, hist., Poet· latin, αιν. karoL, t. 1, 1881, p. 126' 148. Le même éditeur a donné également, ibid., EpisL karol. au\, t. n, 1S95, p. 516 sq., ce qui reste des lettres de Paulin A Charlemagne et au pape Léon, ainsi que la lettre ù Uclstulfe. Les Actes du concile de Cividalc de Frioul sont donnés dans les collections conciliaires, entre autres dans Mansi, t. xxiî, col. 830-856, et dans les Mon. Germ. b.isL, Conc. a.o. Karol., éd. NVirininghoÎT, p. 177-95. Le Liber exhortalioms a ôté traduit en français par Sigismond Hopartz sous le titre : Le livre des salutaires doctrines, Paris, 1844. Cette traduction est accompagnée d’une étude inspirée de Mndrisius. IL Notices kttravaux. —Boronius, Annales,nn. 791. n. 3-6 ; an. 802, n. 7,11-13 ; Bollandus, AclasancL, jnnv. t. î··, 1643, col. 713-718; du Boulay, Il 1st. u/iio. Paris, L i, 1665, col. 628; Fabricius, Eibl. graica, t. vm, 1718, p. 409-410; Leyser, Port. Mcd.^Ev., 1721, p. 214; J. F. Madrisius, Vila, dans S. Paulini Opera, Venise. 1737, ouvrage reproduit dans Z...t.xcix.coL17-130;/ZhLlïlf.(/c la France, t. iv, 1738, p. 284-295; Celllicr, H ht. g/n. des aul. ceci., t. xvin, 1752, p. 157-164; Glov. Petr, della Stun, La vitadi S. Pool (no, patriarc. d'Aquilrj.,con la storla dclsuo culto, Venise, 1782 ; Baehr. T. — X11 — 3 67 PAULIN D’AQUILÉE — PAULIN DE NOLE «8 Gr«cà. der rom. Lit., Suppl., 1840, t. ni, p. 88-90, 305-369; patriarcharum, dédié par Rufin d’Aquiléc ad Paulinum A. Col lova U, Inno a S. Paolino, palriarc. d'AquiL, l'dine, presbyterum. P. L., t. xxi, col. 295-336. Pour chacune 1851 ; Dummler,.\>n«.4rrMn, t. îv, 1878,p. 113-118; M. Bu· des prophéties, le texte de Rufin distingue nettement dingcr,Oilrrrtich. Gf f i, Leipzig, LSÛS.j». 1 11-1 l7;Glos. le sens littéral, le sens mystique, le sens moral (triplex Can lu ecl, Ddl'innn La Rrsurrtzione di Altu. Manson l e di intelligentia), alors que le texte attribué à Paulin ne S. Paolinn d'Aquileja, Home, 1884; Ebert, Gesch. der Liter, parle que du sensus litterarius et du sensus allcgoricus. det Miltelallers, 1880, trail, française. Hist, qln.de la lilt, du Map. Age cn Oceld., par Aymeric ct Condamin, Paris, 1884, t. », p. 98-105; Giov. Foschia, S. Paolino, palriarc. d'Aqull. 1« Textes, — Ixs meilleur texte du Libellus adv. Calesed il mo sreolo, Udine, 1884; G. Glannonl, Paulinas IL turn est ù chercher dans l'édition de la Collectio Avellana de patriarch iron AquiL, Vienne, 1896, ouvrage capital; Günther, Corpus de Vienne, t. xxxva, p. 108 sq. — Ιλ Vita G. Ellcro, S. Paolino d'AquiL, Clvidale. 1901 ; M. Manillas, Ambrosii est donnée par ù peu près toutes les éditions des Gesch. derlateln. Liter, des Mtttelalters, I. 1,191I, p. 368-370, œuvres de saint Ambroise, cf. P. L., t. xiv (éd. de 1845), notice littéraire intéressante, mais sans grand intérêt au col. 27-46, et l'édit. plus récente de A. Bal lcrini, t. vi, p.885point de vue thôologtquc. Quelques autres références dans 906; A. Papadopoulos-Kéramcus, cn n publié une traduc­ U. Chevalier, Réprrt. des sources hist, du M. .4., Ilio-biblio­ tion grecque (vnMx· siècle), ’ Ιιρ',σο/.υμιτιχής graphie. t. il, 1907, col. 3552-3553. σταχυολογίας, 1.1, Saint-Pétersbourg, 1891, p. 27-88. 2· Notices et travaux. — Parmi les notices littéraires, J. Reviron. les plus récentes sont celles de : M. Schanz, Gesch. der rom. 2. PAULIN DE ΜI LAN.—Clerc de l’Église de Literatur, t. îv b, 1920, $ 1185, n. 6, qui renverra aux plus Milan, Paulin devint le familier ct le secrétaire de saint anciennes; O. Bardenhewer, Allkirchliche Literatur, t. iv, Ambroise. On ne peut dire exactement quand il fut 1921, p. 513-545. Voir aussi E. Bouvy, Paulin de Milan, élevé au diaconat. Quelques années après la mort dans Revue augustinienne, t. î. 1902, p. 497-514. d’Ambroise (397). il fut envoyé cn Afrique pour gérer Sur la Vita Ambrosii : Fr. Kemper, De vitarum Cypriani, Martini Turonensis, Ambrosii, Augustini rationibus, les propriétés de l’Égliscde Milan. En 111, c'est lui qui Greifswald, 1904, thèse (rapide ct superficielle); G. Grützdépose contre Célestius, compagnon de Pelage, l'accu­ macher, dans Geschichtl. Studicn A. llauckzum 70. Geburtssation qui amena la première sentence du concile de tag dargebrachl, Leipzig, 1916, p. 77-84; J.-R. Palanque, Carthage contre la doctrine pélagienne. On le voit dès Zxi 'Vita Ambrosii» de Paulin, dans Revue des sciences reli­ lors dans l’entourage de saint Augustin. Cité à compa­ gieuses. t. IV, 1924» p. 26-12, 401-420. raître à Rome en novembre 117, par le pape Zosime, Sur le De benedictionibus : A. Wilmart, Le commentaire d’abord favorable à la personne de Célestius, il s’excuse des bénédictions de Jacob attribué à Paulin de Milan, dans de ne pas obtempérer à la citation dans un Libellus Revue bénédictine, t. xxxn, 1920, p. 57-63. É. AmaNN. adversus Caelestium.«Des procès-verbaux de l’audience 3. PAULIN DE NOLE (Saint) ainsi nommé de de Saint-Clément (où la cause de Célestius avait été la ville de Noie cn Campanie dont il fut vingt-deux ans une première fois ventilée), il lui semblait résulter que évêque (353-431). — Né à Bordeaux, cn 353, Pontius le pape éL'iil absolument du même avis que lui, ct que, Méropius Paulinus appartenait à une des familles les Célestius ayant laissé passer tant de temps depuis son plus riches et les plus distinguées de la Gaule romaine. appel, le procès ne regardait plus son contradicteur Sous la direction d'Ausonc, le plus brillant des rhé­ de 411. » L. Duchesne, Hist. anc. de Γ Église, t. ni, teurs de Bordeaux, il fit en cette ville d’excellentes p. 235. Texte du Libellus, dans la Collectio Avellana, études et se lia avec son maître d’une étroite amitié. η. 47, et dans P. L., t. xx, col. 711-716. Cette amitié, au moment où Ausonc exerce ù la cour de Entre temps, Paulin recueillait, à la demande d’Au­ Valentinien II une grande in fluence, vaudra à Paulin de gustin, les matériaux pour une vie d'Ambroise. Cette Vita Ambrosii, qui parut sans doute en 122 (date pré­ faire dans le cursus honorum de rapides progrès. Dès 378, il est consulaire (c'est-à-dire gouverneur) de Cam­ férable à celle de 412 que l’on voit ordinairement panie (il n'y a pas de preuve certaine qu’il ait été signalée), est un récit hagiographique, conforme aux « consul subrogé · pour la fin de cette année 378). Pau­ règles du genre, telles qu’elles avalent déjà été appli­ lin renonça bientôt, d’ailleurs, à la vie publique et quées par saint Athanase et saint Jérôme dans leurs mena quelque temps une vie de luxueuse oisiveté. vies des ermites Antoine et Paul ct surtout par SulpiccMais,vers 389, il est touché par la grâce,ct le baptême Sévère dans la Vie de saint Martin ct les Dialogues. qu’il reçoit cn 390 est pour lui le point de départ d’une Mais, s’il écrit d’abord un panégyrique, cela ne veut pas totale conversion. D’accord avec sa femme Thcrasia, dire que Paulin ne rédige pas en même temps une il se retire complètement du monde ct commence la œuvre d’histoire. Documenté de première main, tout liquidation, au profit des églises et des pauvres, de son au moins sur la carrière épiscopale d’Ambroise, il livre immense fortune. C’est à cc moment que se place la sur son héros une somme importante de renseigne­ célèbre correspondance avec Ausonc, qui unira désor­ ments exacts ct ne sacrifie pas trop au désir d’éblouir le lecteur par l’accumulation du merveilleux. Au témoi- i mais le souvenir de ces deux poètes, Ausonc s'efforçant, au nom de considérations qui n'étaient pas toutes sans gnage de son plus récent critique, «la Vita Ambrosii se classe hors de pair parmi les biographies chrétiennes | valeur, de retenir son ancien élève dans le monde, où il pouvait jouer à tous égards un rôle considérable et qui l’ont précédée ct, même imparfaite, elle peut bienfaisant, Paulin se retranchant derrière les impé­ compter comme une des sources valables de la vie du rieuses consignes qu'il lisait dans l'Évanglle. Les trois grand évêque de Milan · ( J. R. Palanque). Un mot d’Isidore de Séville, Paulinus presbyter lettres d'Ausonc, xxn, xxm, xxiv, dans P. L., t. xix, esplicuit in benedictionibus patriarcharum triplici col. 931, 932, 934 ; réponses de Paulin, Carm., x et xi, infellcgtntiælibrum satis succincta brevitatecompositum, P. L., t. lxi, col. 453, 461. En 393 (ou peut-être 395), Devir ili., 17. P. L.A· lxxxhi, c<>1. 1092, niait attribuer lors d’un séjour que, pour des raisons d'aflaircs, il fait à notre Paulin un Libellusde benedictionibus patriarcha­ en Espagne, Paulin est ordonné prêtre à Barcelone, sur les instances de la population qui pense conserver rum que Mingarelli avait publié en 1751. Texte dans par là quelque droit à l’héritage du nouvel élu. Mais P. L., t. xx. col. 715-732. Il s’agit d’une explication celui-ci, cn recevant, bien malgré lui, l'imposition des de la prophétie de Jacob mourant. Gen., xux. Mais, à mains a spécifié qu’il n'entendait pas être attaché par l'estimation de dom Wihnart, Paulin de Milan n’aurait cette cérémonie à l’Églisc de Barcelone. Aussi bien rien à voir avec ce texte qui se révélerait comme étant Thcrasia et lui avalent décidé, depuis quelque temps, de l’œuvre du moine Adrevald de Flcury-sur-Loirc (fb78). Isidore, qui n’en est pas à une confusion près, sc retirer à Noie cn Campanie, auprès du tombeau de saint Félix, un prêtre qui avait édifié cette ville, au a dû attribuer à l’auteur de la Vita Ambrosii, qui n’a cours du in· siècle. La renommée naissante du saint sans doute pas été prêtre, le traité DI benedictionibus 69 PAULIN DE NOLE 70 avail attiré l'attention de Paulin, alors qu'il était ù un carrefour où se rencontrent les illustrations de gouverneur de la province; depuis, il avait cru pou­ l'époque. Voir les excellentes tables, rédigées par voir rapporter A son intervention bienfaisante une Muratori, qui permettent de retrouver tous ces noms, faveur temporelle signalée. Il voulait maintenant se dans P. L., t. lxi, col. 1093 sq. Cette correspondance consacrer définitivement à son service. Ainsi fut fait. est non moins intéressante par son contenu ct donne Peu après l'ordination de P.'.ulin, lui ct Thcrasla, qui sur la vie religieuse, les préoccupations d'ordre divers, vivaient désormais comme frère ct sœur, viennent cl même sur quelques questions dogmatiques de pré­ s’installer à Noie, observant la vie la plus frugale ct la cieux aperçus. Voir cn particulier In lettre xn, où plus austère, se consacrant au soin des pauvres ct des Paulin développe â Amand de Bordeaux l’économie pèlerins, développant par tous moyens le culte du bon générale du salut. On remarquera que l'évêque de saint Félix. En 409, Paulin deviendra évêque de la Noie, bien qu'il croie à la faute originelle, est loin de petite ville. Mais sa retraite n’a pas coupé toute com­ partager le pessimisme d'Augustin. C'est si vrai, que munication avec le reste de la chrétienté; nombreuses l'évêque d'Hipponc, lors du revirement du pape sont les personnes qui viennent s’édifier ù Noie tout Zosime cn 117. préoccupé des relations que Paulin autant des miracles qui s'accomplissent au tombeau de avait eues jadis avec Pélage et de celles qu'il gardait Félix, que du spectacle que donnent Paulin ct Theraavec ses partisans, crut nécessaire de retenir de son sia. Une correspondance* dont il subsiste des restes pré­ côté, par un pressant appel. Paulin cl le groupe de ses cieux, met en rapport le nouveau saint de Noie avec amis. Voir suint Augustin, Epist., clxxxvi, P. L., tout ce que l’Églisc occidentale compte d’illustres per­ t. xxxiii, col. 815-832. Cette lettre accompagnait sonnages Les invasions barbares qui, depuis 101, défer­ l’envol d’un certain nombre de textes et documents, lent sur l’Italie, troubleront à peine la tranquillité de qui devaient faire éclater aux yeux de Paulin l'hétéro­ la petite cité campanlcnnc, où Paulin mourra dans doxie de Pélage ct de Célestius. un âge avancé, le 22 juin 431. Ce sont les compositions poétiques de Paulin qui ont L’œuvre littéraire laissée par Paulin est relative­ surtout attiré l’attention des littérateurs cl des philo­ ment considérable, un volume presque entier de P. £., logues. Avec Prudence, son presque compatriote et son t. lxi (deux volumes du Corpus de Vienne, t. xxix contemporain, Paulin est cn diet le grand poète chré­ cl xxx). Encore ceci ne représente-t-il pas la totalité tien de l'âge patrislique, dépassant de très loin les nom­ de ce qu’il a écrit, s'il faut se fier â la notice littéraire breux versificateurs qui, dès ce moment, s’efforçaient de Gennade, De uirl ill., n. 48 (49), P. L., I. lvhi, d’habiller à la mode de Virgile ct d’Horace les idées col. 1086. religieuses nouvelles. Sans doute tout n’est pas d’égale Pour éliminer d’abord les œuvres perdues, disons valeur dans les 33 ou 34 poèmes, de longueur très qu'il ne reste pas de traces d’un Panégyrique de Théo­ variable, qui sont conservés sous le nom de Paulin. Les dose, attesté par Gennade, par saint Jérôme, Epist., premiers, antérieurs à la < conversion » de Paulin, ct Lvin, 8, ct par Paulin lui-même, Epist., xxvin, 6. Pas parmi lesquels figure un fragment d’une traduction en davantage d’un Liber de pœnitentia, attesté par le seul vers du De regibus de Sallustc (Carm., ni), ne nous Gennade et qualifié par lui de pracipuus omnium retiendront pas, encore qu’il y ait quelque intérêt à opusculorum ejus. Pas davantage d’un Liber de laude comparer les deux prières des poèmes îv ct v. La para­ generali omnium martyrum, attesté lui aussi par le seul phrase poétique des psaumes i, n, cxxxvi (Vulg.) Gennade. O. Bardenhewer, il est vrai, émet l’hypothèse = Carm., vu, vin, ix, témoigne d’une réelle habileté à que ce double titre (De pivn. ; De laude) désignerait pasticher le style biblique ct tout autant le poème vi un seul ct même ouvrage; celui-ci ne serait autre que cn l'honneur de Jean-Baptiste qui serre de près les le Poème xix, longue composition sur saint Félix, récits évangéliques relatifs au précurseur. Les longues «qui, dans sa première partie, célèbre les saints en épilrcs versifiées contenues dans les poèmes xxii et général, ct les considère comme les médecins préposés xxxv (P. L., col. 691 = Corp. Vind., n. 32, p. 329), par Dieu pour guérir le monde impur et pécheur ». font figure d’une apologie sommaire du christianisme. Altkirch. Lit., I. m, p. 580. Muratori, au contraire, Trois autres pièces. VEpithalame de Julien (le futur croyait avoir découvert des fragments cn prose d’un Julien d'Éclanc) ct de Titia (Carm., xxv), le Propem­ De pœnitentia. Voir P. L., t. lxi, col. 833-836. Tout pticon (Carm., xvn)dédié ù Nicélas de Bemesiana, qui, ceci demeure dans le domaine de la conjecture. après son pèlerinage â Noie, retourne cn son lointain L’ensemble de l’œuvre conservée de Paulin se par­ pays, la Consolatio(Carm., xxxv, col. 676 - Corp. Vind., tage à peu près également entre la prose ct les vers. La n. 31, p. 307) adressée aux parents du jeune Celsus, prose est représentée par la correspondance, au milieu mort cn bas âge, sont de remarquables transpositions de laquelle s'est glissée une homélie, intitulée De gazodans le mode chrétien des divers genres poétiques de phylacto, assez bien caractérisée par le sous-titre d’un l’antiquité classique. Mais la grande masse des poèmes des mss. : de avaritia fugienda et de elemosinis erogan­ de Paulin est constituée par les compositions cn l'hon­ dis. Epist . xxxiv, P. L., t. lxi, col, 344-350 (Corp. neur de saint Félix. Chaque année, au 14 janvier, jour Vind., t. XXIX» p. 303-312). Les lettres (une cinquan­ de la fête du saint, Paulin aimait â lui consacrer une taine) sont adressées â des personnages bien connus pièce de vers. D’abord assez courtes, ces compositions de l’époque cl font connaître les relations de l’auteur ne tardèrent pas â prendre une ampleur considérable avec nombre d'autres. Citons, parmi les évêques gaulois, (le n. xxvn dépasse 600 vers). Paulin a su éviter les Delphin ct Amnnd de Bordeaux, Exupère de Toulouse, répétitions que pouvait amener la reprise annuelle du Simplicius de Vienne, Alilhlus de Cahors, Diogénicn même sujet. La vie du saint est racontée cn deux d’Albi, Dynamius d’Angoulême. Vénérand de Cler­ poèmes, xv ct xvi, mais aussi la manière dont l’honore mont, Pégase de Périgueux, Victrice de Rouen. Par toute ΓItalic : Carm., xiv, description de la fêtequise Sulplce-Sévèrc, avec qui Paulin est cn relations régu­ déroule â Noie le 14 janvier de chaque année; Carm., lières (13 lettres lui sont adressées). Paulin conserve le xxvîi cl xxvin, description de la basilique élevée cn contact avec cette Gaule dont il est originaire ct où le son honneur; Carm., xix, sur lecultc dcssainlscngéné­ souvenir de saint Martin de Tours commence a s’au­ ral et sur les merveilles opérées par Félix; cette acti­ réoler de légendes. Alype de Thagastc, Augustin d’1Hpvité posthume du saint fait aussi l’objet des poèmes pono (à qui sont adressées I lettres) le tiennent nu cou­ xv i, xxiii, etc. Il y a dans ces diverses pièces une abon­ rant de ce qui se passe en Afrique. Pammachfus, dance extraordinaire de renseignements, tant sur le l'illustre ami de Jérôme, maintient la communication culte de saint Félix, que sur les honneurs rendus cn entre Noie et Bethléem. Bref, nous sommes ici comme ; général aux saints, cn même temps que des détails 71 PAULIN DE NOLE — PAULIN DE VENISE 72 gieuses variations de fortune mérite de retenir l’atten­ archéologiques du plus puissant Intérêt. Sur cc dcmicf tion de l’historien des mœurs chrétiennes. aspect de l'œuvre de Paulin on trouvera également â prendre dans la lettre xxxn, P. L., col. 330 sq. ; Corp. Le texte n été publié d’abord par Margarln de la Blgiie, Vind., t. xxfx, p. 275sq. Paulin y rassemble, à l'usage dans Γ Appendix Λ la Bibliotheca Patrum, Hiris, 1579; M igne de Sulplcc-Sévère, un certain nombre d’inscriptions ne l'a pas recueilli dans In P. L.; édition critique de W. Brandos dans le Corpus de Vienne, t. xvi, 1888, Poeltr chrbtiunt métriques, destinées à expliquer les peintures qui minores, pars 1, p. 263-334; trad, franç. de Corpct dans les ornent les murs d’une basilique. La poésie de Paulin est du meilleur aloi; âme déli­ œuvres d'Ausono (coll. Panckoucko), t. i, p. 348 sq, Notices dans les histoires littéraires : Kroger dans Scbanz, cate et tendre, le bon évêque de Noie, formé à l’école Grsch. der Him. Llteratur, t. iv b, 1920, § 1150; P. de Lad’Ausone. a su trouver d ms le double trésor de l’anti­ brlolle. Hist, de la lilt. lat. chrct., 1920, p. 026-629; O. Barquité classique cl de la nouvelle religion, l’expression denhewer, Altkirchl. Llteratur, t. iv, 1921, p. 647-649; très souvent adéquate des sentiments qui ranimaient, J. Bocafort. De Paulini Pellmt vita el carminé, Bordeaux, 1890 (thèse); du même, Un tupc gallo-romain, Paulin de il n'a pas la fougue de Prudence, mais il a plus que Pella (avec trad, franç. du poème), Paris, 1896. celui-ci la douceur et la pénétration. L'ensemble de É. Amann. son œuvre, si elle n’enrichit pas l'histoire de la théolo­ 5. PAULIN DE PÉRIQUEUX (v· siècle), gie de remarquables découvertes, ne laisserait pas de est, au témoignage des mss., l'auteur d’une Viede saint présenter à qui voudrait l’étudier l’intérêt le plus vif Martin en vers, dont les cinq premiers livres sont une et le plus soutenu paraphrase poétique do la Vita Martini de Sulpice1· Texte. — Sur le* diverses éditions, voir la préface de Sévère (I. I-III) et des Dialogues du même auteur l’édition liarlcl, Corp. Vfnd., t. xxix, p. xxn; t. xxx, (L IV-V). Le livre VI raconte les miracles qui s’opèrent p. xxxviL L'édition princeps est celle de Jomc Badius, sur le tombeau du grand thaumaturge; il est, lui aussi, Paris, 1516; en 1622. Fronton du Duc et Roswcydc, S. J., une transcription métrique d’un récit qui avait été font paraître, à Anvers, une édition qui réalise de sensibles envoyé à l’auteur par Perpetuus, évêque de Tours prognS (reproduite dans In Max, bibl. Patrum île Lyon, t. vi. p. 163); Chifllet, Dijon, 1662. donne un Paulinas illus­ entre 461 et 191. Λ cc même Perpetuus, Paulin a dédié tratus qui complète, sur divers points, le travail de ses con­ deux autres pièces de vers, beaucoup plus courtes. La frères. L'édition de J.-B. Le Brun, Paris, 1685» 2 vol., première. De orantibus, est une inscription pour la basi­ apporte peu de nouveau (voir la préface dans P. L., t. lxi, lique de saint Martin; In seconde, De visitatione nepo­ col. 13-16). ( n progrès considérable est réalisé par l'édition tuli sui, raconte comment le petit-fils de Paulin a été de Muratori, Vérone, 1736 (reproduite avec dos coupures guéri par l’imposition de la lettre même adressée dans P. L.J.i.xi); I fart cl n publié dans le Corpus de Vienne, â l’auteur par Perpétuus et contenant le récit t. xxix (1891) et xxx (1895) l'édition qu'avait entreprise des miracles de Martin. On a conjecture que notre J. Zcchmeister. Paulin (qui a été d’ailleurs confondu de bonne heure 2* Travaux. — Voir d'abord les diverses histoires litté­ raires; parmi les anciennes ; Tillcmont, Mémoires, t. xiv, avec l’évêque de Noie) était lui-même évêque; il parle 1709, p. 1-146,720, 737 : dom Ceil lier, Htsl. des auteurs eccl., de «son diacre» Doinnissimus. P. L.,l. lxi,col. 1074.1. t. x, 1712. p. 313-631 (2· édit., t. vin, col. 50-100), très com­ Bien n’csl moins certain. Cf. Duchesne, Pastes épisco­ plet et accordant une importance particulière aux doc­ paux de l'ancienne Gaule, l. n. 2e cd., 1910, p. 87 sq. trines; Histoire littéraire de la Prance, t. Il, 1735, p. 179La date de composition se situe au mieux vers l’an­ 199; parmi 1rs plus récentes : B. Pichon. HÜL de (a lift, lat., née 470. j Paris, 1903 p. 889-896; O. Bardcnhewer, Allkircht. Lilrratur.t. in, 1912, p. 569-582. M Scbanz, G'rsc/i. der rom. Lit., 1· Texte. — loi P. L., t. lxi, col. 1009-1076, reproduit t. iv d, 1914, § 876-885; P. de Labriolle, Hist. de la Bit. lat. l’éditinn do Fr. Juret, Paris, 1585 (laquelle reparut en 1589 chrll., Paris. 1920. p. 431-111. dans la Hibl. Patrum de Margarin de la Bigne); l'édition Les études de détail sont nombreuses, en voir l'énumé­ XL Petschenig du Corpus de Vienne, t. xvi, 1888, Porta, ration dans Bardenhewer, Scbanz et dans L’. Chevalier, christluni minores, pars I, donne le prologue du L VI qui Répertoire, Bto-btbllo Annales du Midi, t. xx. 1908, p. 18 sq. ; du même, Paulin de Noie et PrhctlUen, dans lieu, d'htst. et de Utt. r?L, franciscain. Il s’est distingué surtout comme historien de l’Êglise et comme un diplomate, auquel furent nouv. sér., t. i, 1910, p. 37 sq.. 232 sq. É. Amann. confiées les missions les plus délicates. En 1315-1316, 4. PAULIN DE PELLA (ν· siècle) est l'auteur il fut envoyé par la république do Venise comme am­ d une autobiographie en 616 hexamètres, précédée | bassadeur près du roi Bobert de Naples pour aplanir d'une courte préface en prose, et qui est intitulée Eu* des difficultés, l n accord fut signé en 1316. Vers chanstiens Deo sub ephemeridis meæ texta. Arrivé ù sa 1320 ou peut-être même déjà avant celle date, Paulin 84· année (cc devait être en 459), l’auteur jette un re­ remplissait â Avignon la charge de pénitencier apos­ gard sur l’ensemble de su vie qui fut très mouvementée tolique près du pape Jean XX H. La république de et exprime à Dieu sa reconnaissance pour les bienfaits Venise le chargea, vers cette époque, d’une autre qui lui ont été accordés et spécialement pour la grâce mission auprès du roi Bobert, qui se trouvait alors ù Aix en Provence Le frère mineur devait amener le roi d’une véritable conversion. Tableau intéressant d'une époque troublée, ce poème nlde aussi à mieux com­ Robert à insister auprès de la commune do Gênes pour prendre ce qu’était la société chrétienne au déclin de qu’elle payât les dommages infligés Λ quelques Vénitiens l'empire d'Occident A ce titre, celte composition poé­ par des Génois près de Corfou. Jean XXII députa le tique d'un petit-fils d’Ausone qui a connu de prodi­ P Paulin a \ cnisc comme nonce. Il retourna cependant 73 PAULIN (DE VENISE promptement ft Avignon, où il fut charge d'examiner avec (l'outres confrères le fameux ouvrage historlcoslratéglque de Marin Sanudo : Secreta fidelium Crucis. C’est donc à tort que quelques auteurs attribuent cct ouvrage nu P. Paulin. En 1322. il retourna à Venise comme ambassadeur et nonce du souverain pontife avec la mission d’incllcr Venise ft cesser les hostilités contre Rimini et ft se constituer la médiatrice entre le Saint-Siège et la rebelle Ferraro, sur laquelle le pape avait jeté l’interdit. Le P. Paulin doit avoir accompli avec succès toutes ces missions, car en 1321 il fut nommé évêque de Pouzzolcs. Retenu ή Venise par les négociations menées avec la république de Fcrrare, il no put prendre possession de son siège épiscopal qu’on 132G. Le roi Robert, qui avait déjà pu appré­ cier les hautes qualités du nouvel évêque le reçut avec enthousiasme et en ht son conseiller. Il mourut à Pouzzolcs en 1344. Le P. Paulin est l’auteur de deux importants ou­ vrages historiques qui, de l’avis d’historiens compé­ tents, constituent une des principales sources de l'histoire de l’Êglise au xiv· siècle. Ces deux ouvra­ ges, dont l’un est Intitulé : Chronologia magna, et l’autre : Salyrica gestarum rerum regum atque regno­ rum et summorum pontificum historia ou Speculum ou Polgchronicon, et qui furent composés entre 1316 et 1322, ont été confondus, nu cours des siècles, et attri­ bués à un certain Jordan par un grand nombre d’his­ toriens, même des plus compétents. La Salyrica qui énumère les principaux faits accom­ plis par les rois, les royaumes et les souverains pontifes depuis la création du monde jusqu’à Henri VII (13081313), est conservée à la Bibl. nationale de Paris, cod. lat. 1910; ù la bibl. départ, de Toulouse, cod. /5/; à la bibl. vatlcanc, cod. lat. I960: ft la bibl. capitulaire d'Olmütz, cod. 200; ft la bibl. de Dresde, cod. L, 7; à la bibl. de l’université de Cracovie, cod. /éé; ft la bibl. laurenticnne de Florence, cod. Plut. XXI, sin. I ; à la bibl. de Bamberg, cod. E. 111. io cl E. III. Il (G. Golubovich, op. cil., p. 78). D’après les continua­ teurs de Sbaralea, il faut y ajouter les mss. Plut, ΛΆ7, sin. l et Plut. XX/, sin. 9 de la Laurenticnne de Flo­ rence, bien que Golubovich, op. cit., p. 100 les consi­ dère comme perdus avec le ms. Plut. x/.\, sin, 10 qui, de l’avis de tous, est resté introuvable. Des fragments plus ou moins étendus de la Salyrica historica ont été publiés. Ainsi, L. Muratori en a édité la partie depuis le c. ccxvm jusqu’à la fln, d’après le Vatic. lat. I960, dans Antiquitates italien: Medii Ævi9 t. iv. Mi­ lan, 1741, col. 949-1034, sous le titre inexact : Excerpta ex Chronico Jordani, en omettant toutefois les vies des saints et tout cc qui ne se rapporte pas à l’Italie. M. Falocl Pullgnani en a publié la vie de saint Fran­ çois, toujours d’après le Vatic, lat. i960, dans Miscella­ nea /ranciscana, 1901, t. vin» p. 10-75. Des fragments du ms. lat. i9/o de la BibL nat. de Paris ont été édités dans le Hecueil des historiens des Gaules et de la France, t. xxn, 1805»à savoir les c. ccxxxi-ccxxxni, ccxxxvccxxxvî et ccxxxvin. La Chronologla magna est conservée dans le cod. lat. 1939 de la Bibl. nat. de Paris, dans le cod. lat. 399 de la bibl. Saint-Marc ft Venise et dans un manus­ crit de la bibl. de Césène d’après les continuateurs de Sbaralea, contre Golubovich, op. cit., p. 99-100, qui donne une description minutieuse des mss. de Paris et de Venise et tâche de prouver la priorité du ms. de Paris (p. 83-91). Une partie de la Chronologla magna a été publiée à Venise, en 1879, par G. Mart. Thomas Onoldlnus sous le titre : De passagiis in Terram sanciam. Excerpta ex « Chronologia magna · cod. lut. 399 biblioth. ad I). Marci Venetiorum, auspice Societate illustrandis Orientis latini monumentis. Quel­ ques fragments se rapportant ft l’histoire de l’ordre 7'» franciscain ont été publiés par G. Golubovich, op. cit. p. 92-98. Cc dernier, par la comparaison des mss., est arrivé à la conclusion que le P. Paulin doit avoir retouché plusieurs fols l’une et l’autre chronique. Il n’a cependant pas réussi à déterminer les rapports des divers mss. ni la priorité de l’un sur l’autre, ai l’on excepte les deux mss. de la Chronologia magna. Le P. Paulin composa aussi entre 1313 et 1315 un traité De regimine rectoris en langue vénitienne vulgaire. Il comprend trois parties dont la première traite du gouvernement de soi-même, la seconde traite du gouvernement de la famille et la troisième du gouvernement de la république. Il le dédia ft son noble concitoyen Marin Badocr, duc de Crète, depuis juillet 1313 jusqu’en septembre 1315. La seconde partie fut publiée d’abord, en 1856, à Venise, par César Foucard : Del gooerno della /amigtia. Seconda parte delT opera inedita de recto regimine scritta in volgare Vene­ ziano da /ea Paolino Minorita nelT anno I'll; et ensuite, en 1860, ft Pérouse, par Adam Rossi : Del reggimento delta casa. Seconda parte delT opéra mtitolata Liber lhesaurcti de regimine rectoris scritta in dialelto veneziano da /ra Paolino Minorita nelT anno /311 ridotta a volgarc romane sopra una membrana manoscritta délia comunate di Perugia. Le traité entier, intitulé : Tratlato de regimine recloris di fra Paolino Minorita, a été édité en 1868, ft Vienne ct Florence,par les soins d’Adolphe Mussatio. Le P. Paulin est encore l’auteur d’nn Provinciale ordinis /rutrum minorum conserve en manuscrit à la bibl. vatlcanc, cod. lat., I960, fol. 23-25, cl à la bibl. de Bamberg, cod. E. 111. 11. C’est un catalogue des provinces, custodies et couvents de l’ordre des frères mineurs. Il fut terminé vers 1343 d après C. Eubel, 1 op. cil.; en 1331, d’après G. Golubovich, op. cit., p. 101. Une première édition du Provinciale fut faite par L. Wadding, dans Annales minorum, t. iv, ad un. 1399 i et 1400, pour Illustrer un catalogue semblable com­ posé par Barthélemy de Pise dans De con/ormitate vitæ L·. Francisci ad vitam Domini Jesu, II· partie, a I la conformité xt. Cette édition, faite d’après le ms. du Vatican» n’a pas seulement interverti l’ordre suivi par le P. Paulin; elle est remplie d’inexactitudes, de fautes i et d’erreurs. Une autre édition, depoursue egalement de sens critique, a été fournie par le P. Fr. A. Hlghlni, O. M. conv., et imprimée ft Rome, en 1765. Enlln, le P. C. Eubel, O. M. conv., en n fourni une édition critique» imprimée d’abord à Quaracchi, en 1892, cl ensuite dans l’appendice I du Pullarium franciscanum, t. v, Rome, 1898, p. 579-602. sous le litre : Provinciale ordinis /rutrum minorum vetustissimum secundum cod. vatie. I960, Le Liber de Terra sancta que Oudin, Commentarium de script, eccl., t. m, p. 599, le P. Rignon, O. F. M.» et Rohricht, Bibliotheca geographica Paluslinn', p. 71, attribuent à François Glorgii, O. F. M., que Sbaralea, op. cit., revendique pour le P. Paulin, cl que Golubo­ vich, op. cil., p. 101, considère plutôt comme l’itiné­ raire de Marco Polo, devrait s’identiller, d’après les continuateurs de Sbaralea, op. cit., avec le troisième livre de l’ouvrage : Liber secretorum fidelium crucis de Mann Sanudo, (tue quelques auteurs ont attribué, également à tort, au P. Paulin de Venise. J. H. Sbamlcn, Supplemmlum, 2· édit., I. il, p. 307-308; 11.1 turter, Nomenclator, 2· édit., t. il, col. 57 t ; L. Wadding Annales minorum, t. ni, nd nn. 1322. n. 09; ud an. 1324, n. 29; nd nn. 1325, n. 26; G. Golubovich, mbliotrca blobibliografica delta Terra Santa e delTOricnte /rancescano, t. n, Qunmcchi, 1913. p. 71-1O2; G. Agostini.Nof/zir btorlcocrlliche dcgli srrHtorl Venrziani, t. n, Venise, 1754, p. 294302; IL Stmonsfcld. Handschripitches tur Chronlk dr\ sogrnannlcti Jordantis, dans Forschungen zur dcutschen Geschlchte, t. xv, 1875, p. 115-156; du même, Bemerkungen :u der Wellchronik des Fr. Paullnus von Vencttlg, Blscho/s 75 PAULIN DE VENISE — PAVIE DE FOURQUEVAUX 76 non Porruo/i, dan* Zkuhcàe Zeitschrift fur geschichll. PAUWELS Nicolae, ecclésiastique belge (1655Wtnensehafl, t. xt 1893, p. 120-127; C. Eubel, Handschrift1713). — Né à Louvain en juillet 1655, il passa à peu Itches zur Chronik des sogenannten Jordanus, dans Histor. près toute sa vie dans celte cité. Élève du Collège du Jahrbuch, t. xiv, 1893, p. 603-608; P. Fabre, Note sur un Château, où il étudia la philosophie, puis du Collège ms. de la chronique de Jordamu, dans Mélanges d'archéolod’Arras, où il sc forma à la théologie, il fut, à la fin de gic et d'hiitoirc, t. v, 1.885, p. 295-302; Lettres inédites et mémoires de Marin San udo l'ancien, 1334*1337,dans Biblio­ scs études, nommé vicaire à Beyghem, près de Bruxelles, où il se fit une grande réputation d’orateur. thèque de ΓÉcole des Chartes, t. lvi, 1895, p. 21-11; Archiva Veneto, t. xiii, 1877, p. 120-130; t. xiv, 1878, p. 130-131; Ceci le désigna pour la cure de Saint-Pierre de Louvain t. xvn, 1881, p. 252-253; Fr. Zarnbrini. /-e opéré volgari a qu’il obtint le 2 janvier 1685; la même année, en dé­ slampa dei serait XIII e XIV, Bologne, 1881, col. 7-15-717; cembre, Il prenait la licence en théologie; en 1691, Il F. Caval) I, Di due scrittori politici del secolo XIII, dans Atti devient archiprôtre de Louvain, et le 24 février 1703, del reale instituto Veneto di scienze, lettereed arti, 1885-1886, professeur royal de catéchisme. Il mourut dix ans plus %cr. VI, t. iv, dfsp. VII, p. 921-925; A. M. Bandinl, Catalogus rod. lal. blblioth. Medicem Laurentlanm, t. iv, Florence, . tard le 22 avril 1713. II a laissé en ms. un grand ou­ vrage qui ne fut publié qu’après sa mort (Louvain, 1777. col. 731-732; Ughelli, Italia sacra, t. v, Venise, 1720, p. 279; C. Eubel, Ilicrarchia catholica Medii Ævl, t. i, 1715-1717) et qui renferme sous le nom de Theologia Munstcr-cn-W., 1913, p. 409. praclica la matière de son cours de catéchisme : 1.1. Am. Teetaert. De fide et symbolo; t. u. De sacramentis in genere et tri­ PAULY Andrôj frère mineur récollct de la bus primis in specie; t. ni. De sacramentis pœnitentiœ, province belge (xvn· siècle). Scs supérieurs lui con­ extremœ unctionis, ordinis el matrimonii; t. iv. De acti­ fièrent la charge de lecteur et ses confrères l’élevèrent bus humanis, peccatis, legibus et præceptis decalogicis deux fois à la dignité de ministre provincial. Il com­ prinuc tabules; t. v. De praeceptis secunda: tabula, posa pour les étudiants des Prolegomena bipartita in chaque vol. comportant une moyenne de 500 à 600 p, S. Scripturam, avec un appendice : De vindiciis libro­ in-12; l’ouvrage eut du succès et eut plusieurs réim­ rum deutero-canonlcorum Veteris et Novi Testamenti, pressions. Il était commode, en effet, un peu trop som· Louvain, s. d. (1759). Il est aussi l’auteur d’un maire au dire de Paquol, pas assez préoccupé, dans la Epitome itinerarii Filii Dei, ordine harmonico ex qua­ partie dogmatique, de donner à chaque thèse sa note tuor evangelistis contexta, commentariis illustrata, théologique précise, meilleur pour la partie morale, variis appendicibus locupletata, Anvers, s. d. (1765). parce que plus vivant et plus près de la réalité, à égale 11 mourut en 1764. , distance d’ailleurs du laxisme et du rigorisme. H. 1 lurter, Nomenclator, 3· édit., t. v, coi. 86-87. Paquet, Mémoires pour servir à l'histoire littéraire.,, des Am. Teetaert. Pays-Bas, Louvain, t. x, 1767. p. 75-8! ; Biographie natio­ nale de Belgique, t. XVII, 1901, col. 766-767. PAUSULA (Bornardin de) OU de MONTE É. A MANN. ULM I, frère mineur capucin delà province des Marches PAVIE DE FOURQUEVAUX (Joan-Bnp(xvi· siècle). — Né vers 1492, Il entra d’abord dans l’or­ tleto Raymond do Boccarle de) (1693-1/67), naquit dre des frères mineurs conventuels. Ennemi acharné à Fourquevaux, près de Toulouse, le 31 août 1693, des nombreux abus qui s'étalent introduits dans d'une famille noble; il fit scs études chez les Pères de l’ordre et aspirant à réaliser le plus parfaitement pos­ la doctrine chrétienne à Toulouse. Il fut d’abord sol­ sible l’idéal primitif de saint François, H passa à la dat et s'abandonna aux plaisirs. Il sc convertit durant réforme, fondée au sein de l’ordre des conventuels par une mission et voulut se retirer à la Trappe. En fait, le P. François de Polizzl. Ne pouvant satisfaire ses il vint au séminaire Saint-Magloire. où il ne voulut nobles aspirations chez les conventuels, il s’enrôla jamais recevoir le sous-diaconat. A Paris, il se lia dans la jeune reforme des capucins qui fut officielle· avec les théologiens jansénistes, en particulier, avec ment approuvée en 1528. Il s’y distingua bientôt par Duguct. Il mourut le 2 août 1767. sa vertu et sa science et, en 1535, il fut élu déflnitcur Pavic de Fourquevaux a composé de très nombreux général. Autant il s’était adonné chez les conventuels écrits, mais beaucoup sont restés manuscrits. La com­ à l'étude, principalement des œuvres de Jean Duns tesse d'Aurelle de Paladincs, nièce du célèbre général, Scot, dont il fut un des disciples les plus fidèles et un en possède un grand nombre; il y a treize volumes de des défenseurs les plus acharnés, ce qui lui a mérité notices des grands jansénistes, avec de nombreuses le surnom de oculus Scoti, autant, chez les capucins, Il avait l’étude en horreur et en mépris et ne s’adon­ lettres de Soancn. en particulier. Parmi les imprimés, il faut citer : Lettre d'un prieur à un de ses amis, au nait qu'à la prédication. Les leçons du P. Bernardin nous sont conservées dans ses Commentarii super qua­ sujet de la réfutation du livre des Règles pour rintelligence des Écritures (de Duguct), ln-12, Paris, 1727, tuor libros Sententiarum juxta mentem Scoti. Il mourut suivie de deux autres Lettres pour soutenir les thèses à Macerata en 1565. que Duguct avait exposées en 1716, dans l'ouvrage De ce bref aperçu bio-bibliographique, il résulte Intitulé Livre des Règles (Mémoires de Trévoux de jan­ que Boverius et de nombreux autres écrivains, à sa suite, parmi lesquels récemment le P. Hilarin Felder vier 1728, p. 5-39). — Nouvelles lettres, in-12, 1729. — de Lucerne, op. cit., sc sont trompés, quand ils affir­ Réflexions sur la captivité de Babylone, où l'on montre mèrent que le P. Bernardin n’entra chez les capucins l'origine et les progrès des disputes présentes, cl où l'on fait des réflexions, qui mettent en état de discer­ qu’en 1538, alors qu’il est dûment prouvé qu’il fut ner de quel côté est la vérité. — Catéchisme historique déjà déflnitcur général en 1535. et dogmatique sur les contestations qui agitent maintenant Z. Boverius, Annales minorum capuctnorum, t. i, Lyon, 1632, p. 625-635; Bernard de Bologne. Bibliotheca scripto­ VÉglise, 2 vol. in-12,1729-1730. Cet ouvrage eut beau­ rum O. M. cap., p. 45; J. H. Sbarâlea, Supplementum. coup de succès et plusieurs éditions, dont les plus com­ 2· édit., t. I, p. 135; Giuseppe da Ferino, GU scrittori plètes sont celles de Nancy, en 1736 et 1750. L'histoire eappuctinl delle Marche, Jesl, 1928, p. 15-16; Hilarin de des contestations, dans un sens tout à fait janséniste, Lucerne, Die Studlcn (ni I. Jahrhunderl des Kapuzincrorest racontée jusqu’au 20 mal 1729, mais les éditions dens, dans Liber memorialis ord. fr. min. capuccinorum, Home, 1928, p. 93; Édouard d’Alençon, Primigenia legisla­ postérieures contiennent des additions pour les événe­ tionis ord. fr. min. capuccinorum textus originales seu con­ ments qui se sont passés depuis la mort du cardinal de Noallles jusqu'au 20 avril 1736. L’auteur poursuivit stitutiones anno 1533 ordinalm el anno 1532 rccognttni, duns cette histoire jusqu’en 1760, et. après sa mort, parut Uber memorialis, p. 341. Am. Teetaert. I le nouvel ouvrage, en 3 ln-8°, 1768. où l’on raconte «Ici I progrès de la bulle après la mort de Noallles, la décaPAUVRETÉ. Voir Religion (Vœux de). 77 PAVIE DE FOURQUEVAUX — PAVILLON dencc tie la Sorbonne et des études ecclésiastiques, abandonnées aux jésuites cl aux sulplcicns », les con­ vulsions... (Nouvelles ecclésiastiques du 7 février 1769, p. 21-22); A. Gazier fait un grand éloge de cet écrit de Fourquevaux (Histoire du mouvement janséniste, t. u, p. 38-39). — Introduction abrégée à l'histoire des pro­ phètes, par l'épttre de saint Paul aux Romains, in-12, 1731. — Traité de la confiance chrétienne et de Γusage des vérités de la grâce, in-8®, 1728; cet écrit souleva de vives polémiques, même parmi les jansénistes, et Petitpied publia neuf lettres à cc sujet; Fourquevaux dut intervenir pour préciser sa pensée, dans Exposition de la doctrine du Traité de la confiance. L’ouvrage fut traduit en italien, Vienne, 1751. — Principes propres à affermir dans les épreuves présentes. — Éclaircissements sur les difficultés qu'on oppose aux appelants. — Lettres (deux) à un ami sur les difficultés. — Essai sur la vérité cl la sincérité, par rapport aux affaires présentes de P Église. — Λ cette liste d’ouvrages, dont beaucoup sont anonymes, il faudrait ajouter de nombreux manuscrits. Michaud, Biographie universelle, art, i'ourquevaux, t. xiv. p. 558 : Fcllcr-Weiss, Biographie universelle t. v, p. 212; Nouvelles ecclésiastiques des 27 septembre et 4 oc­ tobre 1768, p. 153-157, et du 7 février 1769, p. 21-22; /Ac­ tionnaire des hérésies, dans V Encyclopédie théologique de Migne, t. xii, p. 501-501; Gazier, Histoire générale du mou­ vement janséniste depuis ses origines jusqu'à nos jours, t. n, p. 38-39. J. Cabbeybe. PAVILLON Nicolas, prélat français (15971677). — Il naquit à Paris , le 17 novembre 1597 ; il fit scs humanités au Collège de Navarre et son cours de théologie à la Sorbonne. 11 suivit les conférences du mardi à Saint-Lazare et saint Vincent de Paul l’em­ ploya à l’œuvre alors naissante des missions. 11 sc donna tout entier à cette œuvre et c’est saint Vincent qui le désigna au choix du cardinal de Richelieu pour le diocèse d’Alct, en Languedoc. Pavillon, qui ne vou­ lut recevoir le sacerdoce qu’à 30 ans. résista d’abord, mais il céda aux instances de son ami. Il arriva dans son pauvre diocèse, le 3 novembre 1639. 11 entreprit aussitôt de le réformer par des mesures sévères, qui lui attirèrent une vive opposition. Il était déjà lié avec Arnauld et avec Port-Royal, mais il ne sc déclara vrai­ ment en faveur du jansénisme qu’après la mort de X in­ cent de Paul. 11 fut un des quatre évêques qui refu­ sèrent de signer le formulaire, et cc ne fui qu’avec peine qu’il se résigna à signer la lettre des quatre évê­ ques, qui amena la paix de Clément IX. Voir art. Jan­ sénisme, t. vin. col. 518 sq. 11 mourut dans sa ville épiscopale, le 8 décembre 1677. Tous les ouvrages de Pavillon furent composés au temps où il était plus ou moins favorable aux idées jansénistes, et aux doctrines sévères opposées à celles que défendaient les jésuites. Il faut citer : Censure de l'apologie des casuistes, 1658. — Lettres sur le formu­ laire, à M. de Châlons, à P Assemblée du clergé, au roi et au curé de Saint- N icolas-du-Chardonnet, 1661. — Ré­ ponse à la lettre du roi et lettre ù M. de Pt réfixe, évêque de Rodez, 1662. — Avis sur le formulaire, 1663. — Lettre au roi, 1661. dont le but est de combattre la signature du formulaire. La lettre de Pavillon (ut condamnée par un arrêt du Parlement du 12 décembre 1661, après un long et sévère réquisitoire de Talon, avocat général (Dictionnaire des livres jansénistes, t. u, p. 492-195, et Sainte-Beuve, Port-Royal, édit, in-12, t. iv, p. 360362). — Mandement de M. l'évêque d'Alet, au sujet du nouveau formulaire, 1er juin 1665, où il enseigne que • la soumission aux décisions de l’Églisc se renferme dans les vérités révélées, car, lorsqu’il s’agit de propositionsou de sens hérétique, l'Églisc n’agit que par une lumière humaine, et, en cela, elle peut être surprise; 78 par suite, dans ce cas, il suffit de lui témoigner son res­ pect par le silence. » mandement de Pavillon fut adopté par l'évêque de Beauvais, Nicolas deBuzenval, 23 Juin,par l’évêque d'Angers, Henri Arnauld,8juillet, et par l'évêque de Panders, Caulet, 31 juillet. Tous ces mandements furent condamnés parle pape,le 18 janvier 1667, et supprimés par un arrêt du conseil du 20 juillet 1665 (Dictionnaire des livres jansénistes, t. ni, p. 1-6, et Sainte-Beuve, Port-Royal, t. rv, p. 362-364). Pavillon signa la lettre qui amena la paix de Clément IX (Sainte-Beuve, ibid., t. iv, p. 389-390). — Lettre à M. l'archevêque de Sens, avec un Mémoire au sujet de son mandement, 1665. — Résolution de plusieurs cas de conscience et autres espèces touchant le procès de M. Ra­ got, 1665 et 1666. — Rituel romain du pape Paul V, à Γusage du diocèse d'Alet, avec les instructions et les ru­ briques en français, in-4®, Paris, 1667, plus connu, sous le titre de Rituel d'Alet ou Instructions du Rituel d'Alet, 2· édit., Paris, 1670. Dupin attribue cet ouvrage à Antoine Arnauld. Le Rituel d'Alet fut condamné, le 9 août 1668, par un décret de Clément IX, comme con­ tenant « des sentiments singuliers, des propositions fausses, erronées, dangereuses dans la pratique, con­ traires à la coutumcrcçuccommunémentdans l’Égllse, capables de conduire insensiblement les fidèles à des erreurs déjà condamnées ». Malgré une lettre de sou­ mission, qui est plutôt une apologie de son Rituel, Pavillon continua de le faire observer dans son dio­ cèse. Le Rituel fut aussi condamne par une ordonnance I de l'évêque de Toulon. 19 février 1678, cl cette ordon­ nance fut l’occasion d'une polémique assez vive entre l’évêque de Toulon et l’évêque de Saint-Pons, M. de Montgaillard. Les pièces de cette controverse ont été réunies dans un écrit intitulé Recueil de ce qui s'est fait entre MM. les évêques de Saint-Pons et de Tou­ lon, au sujet du Rituel d A let. Plus tard, cc Rituel fut approuvé par 29 archevêques et évêques (dom Guéranger. Institutions liturgiques, t. n. p. 61-66; Dubrucl, dans Recherches de science religieuse de janvier-mars 1918, t. vin, p. 65-74). Pavillon a laissé de nombreux manuscrits dispersés dans diverses bibliothèques, cl particulièrement à la Bibliothèque nationale. Citons: jonds français n. 17 091 : Petit traité de la grâce, en forme de demandes et de réponses; n. 17 112 : Théologie morale, qui a passé presque tout entière dans les Instructions du Rituel d'Alet (se trouve aussi à la bibliothèque municipale de Grenoble, ms. JS5); n. 17 664 : Mélanges de jansénisme; pièces diverses relatives à M. Pavillon, avec son testa­ ment imprimé: n. 19 412-19 413 : Théologie morale, dictée dans le séminaire d’Alet, du temps de M. Pa­ villon ;n. 19 733: Mandements, ordonnances imprimées, lettres de M. Pavillon; lettres et diverses pièces le con­ cernant (1640-1683); n. 19 734 : Lettres originales et copies, extraits de lettres de M. Pavillon, de la Mère Agnès...; n. 22 917 : Traité de la science ecclésiastique, par demandes et par réponses, pour le diocèse d’Alet; n. 22 964 : Conférences ecclésiastiques des diocèses d'Alet et de Ramiers, pièces imprimées et manuscrites relatives à ces diocèses et au jansénisme. Ajoutons que dans les Œuvres d'Arnauld, t. xxxm et XXXVII. on trouve de nombreux documents relatifs à Pavillon ; cc sont les plaidoyers d’Arnauld et d'autres jansénistes en faveur de l’évêque d’Alet et spéciale­ ment du Rituel d'Alet (t. xxxvi, préface, p. π·χνι et xxi-xxix, p. 1-174, 283-473, 475-496; t. xxxvn. p. 1-32). Michaud, Biograjdüt universelle, t. xxn, p. 323; lloefcr, Noui*elle biographie universelle, t. xli, col. 431; Nécrologe de Port-Royal, 8 juillet, et Supplément au Nécrologe de PortRoyal, p. 464-167 ; Nécrologe des plus célèbres défenseurs et confesseurs de la vérité du XVU· siècle,ÇjA^l-Hÿd*,<3. Kucine, Abrégé de l'histoire de Port-Royal, éd. Gazier, p. 1 12, 185 sq.. 7 il PAVILLON — PAYS-BAS 198, 2*D; Mncclol, Relation d’un voyage d'A let,contenant de* Mémoires pouvant servir A l'histoire (c’est là son nom, choisi en mémoire de Charle­ magne), ce quine laissera pas de faire rattraper l’arriéré dans la culture de l’esprit chez nos frères dans la fol. Cf. Gerard Brom, llcrleving Dan de ivetenschap in KalhoUck Ncderbmd, 1930. XL Conclusion. - Ce qu’il y a de mystérieux dans le développement du catholicisme en Hollande, c’est 90 moins ce réveil après un sommeil de plusieurs siècles que son caractère de parfaite solidarité. C'est l'en­ semble des catholiques ou plutôt c’est l’Église qui y grandit, et cela sans heurts, sans moyens artificiels. SI ce progrès uniforme n'ofîrc aucun côté brillant, il évite au moins le danger d'aveuglement. On n’y a point vu de personnages épuiser capricieusement leurs talents à sc combattre les uns les autres, il n’y a eu ni partis, ni extrémistes, et partant ni surprlsesni déceptions, La communauté catholique a progressé régulièrement, parce que les chefs sc sont toujours astreints à conti­ nuer le travail qu’ils trouvaient dans l'héritage/le leurs précurseurs et qu'ils recueillaient presque comme une tradition apostolique. Bien qu’à lire leurs noms : Lesage, Brocre, Albcrdmgk Thym, Schacpman, Ariens, on apprend l'histoire suivie de cette Eglise; et si quelqu’un voulait les remplacer par d’autres noms cela ne pourrait prouver que la solidarité qui règne entre les chefs sortis du peuple et le peuple lui-même. Sans douje, l'élan uniforme de la masse a dù gêner quelquefois leur activité, mais il restait toujours assez de tension dans le mouvement de la foule pour qu'ils pussent lui faire continuer sa marche vers le progrès sans jamais occasionner de schisme. La Hollande catholique ressemble à une maison ou l’on se trouve peut-être un peu à l’étroit, mais ou règne en tout cas l'esprit de famille. Comme les chefs, dans ce petit pays, sc connaissent tous individuellement, ils se doivent souvent certains égards; cela a pu retarder plus d’une fois le progrès, mais ç’a été au profil de la sûreté d’allure. Les différents groupes sympathisent et leurs travaux s'engrènent; des politiques ont fondé la pre­ mière maison de retraites, des savants ont pris l’initia­ tive de l’apostolat parmi les hétérodoxes, des ouvriers ont propagé la dévotion du « Stille Omgang », des mar­ chands ont fait rétablir d’anciens sanctuaires. Lecentre de gravité de l'influence catholique est dans la tran­ quille bourgeoisie qui, grâce au concours de nombreux Allemands immigrés et entreprenants, a vu passer quantité de boutiques et de magasins entre ses mains. La haute finance, le commerce de gros, la colonisation échappent en grande partie à l’influence des catho­ liques, de sorte qu’ils n’ont ni la direction économique, ni la direction scientifique du pays. Mais l’émancipa­ tion politique a amené un relèvement social qui pré­ sage une culture prospère. Excepté pour l’architec­ ture, la musique et la peinture monumentale, nées directement du culte divin, comme le prouvent les noms célèbres de Cuypers, Dicpcnbrock, Dcrkinderen et Toorop, les catholiques n'ont pu contribuer que peu à la gloire nationale, Le génie créateur et original ne se rencontre guère dans les contrées où la Meuse et le Ithln mêlent si paisiblement leurs eaux, symbole d’une réceptivité harmonieuse, mais où les sources d’idées ou d’initiatives sont bien rares, l ue surabondance de charismata n’est point à redouter tant que tous les pro­ jets sont immédiatement canalisés dans la voie tracée par la hiérarchie. Si. dans une société, tout était en règle à force d’avoir été réglementé, la 1 lollande serait un paradis. Les manifestations de la \ ie catholique y sont d'ordinaire empruntées à des compatriotes noncatholiques (non sans que leurs procédés se soient préalablement révélés de toute sûreté) ou bien à des coreligionnaires de l’étranger, qui sc sont d'abord con­ sumes dans leur feu sacre. On n’y fenne lè cœur à aucun bon exemple venant du dehors, si long que soit le temps qui s’écoule avant qu’on l’agrée. Les Français avaient pensé faire tenir ie premier congrès eucharis­ tique à Amsterdam, mais, pour en célébrer un dans cette ville, il a fallu attendre l’an 1921; toute la Hol­ lande catholique, cela va de soi, y participa, et le suc­ cès fut grand. Tandis que la spiritualité hollandaise, dont Thomas à Kcmpis a sondé si profondément le 95 PAYS-BAS — PAZ caractère recueilli, a imprégné jadis l'Europe de sa force créatrice, elle sc laisse maintenant conduire visiblement par d’autres peuples. Cependant, avec scs qualités moins prononcées ou, si l’on veut, plutôt négatives, le Hollandais se dispose â remplir un rôle mondial. Cosmopolite et polyglotte, il semble si propre à servir Punlvcrsalité du catholicisme (pic non seule­ ment plusieurs généralats d’ordres religieux à Borne, mais encore de nombreuses organisations internatio­ nales profitent de son dévouement. A coup sûr, la Hollande catholique ne fait pas la même impression que telle ville espagnole où quel­ qu'un < s’attendait â rencontrer d’un moment à l'autre un lion ou un saint». Pour ce qui est des saints, le peuple paraît trop discret pour aider à faire canoniser scs propres héros; s’il en a jamais le courage, il revendi­ quera cet honneur plutôt pour les missionnaires des réglons lointaines, tel le rédemptoristc Pierre Bonders, que pour un apôtre social, un Alphonse Ariens, qui a passé sa vie au milieu des villes de Hollande ù lutter contre l'alcoolisme, à servir de guide dans le mouve­ ment ouvrier, à suggérer toutes sortes d’idées nou­ velles. Et quant ά rencontrer des lions, on peut être assuré de ne pas encore y courir ce danger. Heureusement, les louanges que chantèrent diffé­ rents pays, secourus après la grande guerre par la charité de la Hollande, ne lui ont pas ôté le don de critique salutaire de soi-même, qui a fait consacrer tout le congrès catholique de 1928 à un examen de conscience sur plusieurs points où l’on était tou­ jours en défaut. Il s’ouvre certes devant nos yeux des perspectives bien larges, telles que la restauration de l’abbaye d’Egmond, entreprise qui, en rattachant l’époque contemporaine aux débuts de l’histoire natio­ nale, promet de lier entre eux le x· et le xx· siècle. La fidélité à la foi sc manifeste dans les forces de réserve existantes, d’une manière tellement féconde, que vrai­ ment sc réalise la parole de J.-K, Huysmans (à la fin de son livre Sainte Lydivinc de Schiedam) : «un catho­ licisme simple, un catholicisme mftlc. » XII. Ouvrages de théologie. — Principaux ouvrages écrits par des Hollandais : J. Aertnys : Theo­ logia moralis secundum doctrinam S. Alphonsi (11e éd., 1928); J. Beysens, Logica; Criteriologie; Algcmeene Zlelkunde; Thcodicee; Cosmologie; Ethiek (1902-1913); J. V. de Groot, O. P., Summa apologetica (3· éd., 1906); G. Van Noort, De ocra religione; De Ecclesia Christi; De fontibus revelationis; De Deo uno et trino; De Deo creatore; De Deo redemptore; De gratia Christi; De sacramentis (1901-1926); P. Potters, Verklaring van den Katechismus (1913-1918); Th. \ laming, Prxlectiones de jure matrimonii (3e cd., 1919); B. Lydsman, Introductio in Jus canonicum cum uberiori fon­ tium studio (en cours de publication; 2 tomes ont paru). Parmi les thèses de l’université de Louvain, les sui­ vantes ont été écrites par des Hollandais ; H. J. Feye, De matrimoniis mixtis (1817); H. J. Brouwer, De fide divina (1880); C. Lucas, De naturali nostra cognitione Dei (1883); P. Mannons. Disquisitio in doctrinam S. Thomas de voluntate Dei salvifica et pnrdeslinatione (1883); J. Bauduin. De consuetudine in jure ecclesias­ tico (1888); H. A. Pools, Examen critique de Vhistoire du sanctuaire de l'Arche (1897); Th. Van Oppenraay, La doctrine de la prédestination dans Γ Église réformée des Pays-Bas (1906). De même, parmi les thèses de Fribourg : L. Houtepen, De partibus gratin in actu fldei dlvinœ (1922); Jos. Kculcrs, Die eschatologische Lehre des vierten Eidrasbuches (1922); J. Kors, La justice primitive et te péché originel d'après saint Thomas (1922); Alph. Mul­ ders, La vocation au sacerdoce (1925); H. Van Lieshout, La théorie plotinienne de ta vertu (1926). 90 Devant l’institut biblique à Rome ont été soute­ nues par des Hollandais deux thèses : J. Sinit, De dirmoniacis in historia euangelica (1913); M. A. Van Den Oudenryn, De prophetiæ charismate in populo israelitico. Bientôt on verra apparaître les première thèses théologiques de l’université catholique de Niinèguc. G. Buo.m. PAZ (Ange del), frère mineur réformé (xvi· siècle). — Né à Perpignan en 1540, il émit ses vœux de religion au couvent des frères mineurs de l’observance de Barcelone. Religieux zélé, il fut bientôt un des chefs du mouvement de réforme qui, vers cette époque, avait envahi l’ordre entier des frères mineurs. En 1570, il fut mis à la tête de la nouvelle custodle des reformés de Catalogne, mais sous la juridiction du provincial des observants. En 1581, les réformés parvinrent à se séparer complètement des observants et à constituer la nouvelle province de Tarragonc, dont le P. Ange fut le premier supérieur provincial. La vie de la jeune province fut toutefois de courte durée; elle fut abolie l’année même de sa naissance par le nonce apostolique d’Espagne. Le P. Ange se rendit immédia­ tement à Rome pour y prendre la défense des réformés de l’Espagne devant Grégoire XIII. L’opposition acharnée du roi d’Espagne ne lui permit cependant pas d’obtenir la continuation de la constitution, qui permettait aux réformés de constituer la province de Tarragonc. Le P. Ange ne retourna plus dans son pays, mais s’établit à Rome au couvent de Saint-Picrre-in-Montorio, où il s’adonna ù la prédication et à l’élude de Γ Écriture sainte, des saints Pères, des conciles, de l’histoire de Γ Église et de la théologie scolastique. Malgré scs nombreuses occupations, soit comme prédi­ cateur, soit comme conseiller des papes Grégoire XIII. Sixte-Quint, Grégoire XIV et Clément VIII, qui tous l’avaient en grande estime, il trouva encore le temps de composer d'innombrables ouvrages, sc rattachant à toutes les branches de la théologie. 1° Ouvrages scripturaires. — 1. In Matthæi, Marci, Lucæ Evangelia et in tria priora capita Joannis copio­ sissima commentaria. L. Wadding a publié le commen­ taire de saint Marc, en un tome, à Rome, en 1G23, et celui de saint Luc, en deux tomes, en 1625. Celui-ci fut réédité en 1642. Les deux autres commentaires sont restés inédits. Le P. Ange composa ces différents commentaires sur la demande et les instances de SixteQuint. — 2. Commentarium super « Missus est » et super · Magnificat », Madrid, 1648. — 3. Commentaria in Abdiam prophetam. — 4. In omnia evangelia de tempore et de sanctis breves annotationes. 2° Ouvrages théologiques. — 1. In symbolum aposto­ lorum libri XIV en deux tomes, dont le premier, qui comprend les neuf premiers livres, fut publié à Rome, en 1596; le second, qui contient les cinq autres livres, en 1614. Cet ouvrage très rare constitue un exposé de toute la théologie, en prenant comme point de départ le texte du symbole des apôtres. — 2. Enchiridion divinic scholasticaque theologia, distributum in duas partes, speculativam cl practicam, Gênes, 1582. — 3. Enchiridii expositio seu commentarius, divisé en six livres. — 4. De fabrica mundi, sive de rerum omnium prima creatione en deux livres débutant par les mots : Summa Dei bonitas fecit. — 5. De cultu sanctorum, oratione ad eosdem, eorumque pro nobis intercessione et de reliquiarum reverentia. Cet ouvrage qui commence : Assertio prima lucrelicorum, fut composé en 1581 au couvent de Sainte-Marie ù Gênes. — 6. De parentum et filiorum amore reciproco, en six livres dont le début est : Artifex rerum omnium. 3° Ouvrages ascétiques. — 1. De divino amore cap­ tando. — 2. De confidentia hominis in Deum. — f 97 PAZ (ANGE DEL; — PAZMANY 98 siège. Très bien vu par le roi Ferdinand, dont il avait 3. Tractatus de restituenda disciplina vetusta religionis préparé l'élection en 1618, il ne larda pas à prendre, S. Francise! en quatre traités différents dont le dernier est intitulé : Tractatus quartus dr reformatione reli­ dans les grandes a flaires de l’État, une considérable influence. Tout cela n'alla pas sans des luttes fort giosorum in genere, composé à Gènes, en 1583. — 1. Opusculum instructionis seu admonitionum. — 5. De vives contre l'élément protestant et contre Gabriel Bcthlcn, son chef. En 1620, Pâzmâny dut même s'exi­ instructione et educatione religiosorum. 6. De authoritate cardinalis protectoris. - 7. Discursos espiriluales ler ù Vienne. La paix de Nicolsbourg, 1622, ramena o commentarios sobre la regia de san Francisco, Barce­ l'archevêque en Hongrie, et la mort de Bcthlen (15 no­ lone, 1579. — 8. Oratio funebris in obitu /rutris Ciesaris vembre 1629) lui laissa les coudées franches. A ce Pergamensis, ejus socii. — 9. De digna et necessaria moment, d'ailleurs, Pâzmâny était nommé cardinal, pneparatione ad suscipiendum sanctissimum eucha­ 19 novembre 1629. En 1632, il fut envoyé a Rome par ristiis sacramentum, Rome, 1596. — 10. De cama eucha­ Ferdinand en qualité d’ambassadeur extraordinaire ristica, Horne, 1596. — 11. De oratione jaculatoria, pour conlrcbattre la politique de Richelieu et deman­ Home, 1596. — 12. De cognitione et amore Dei, composé der au Saint-Siège son appui dans la lutte de la maison en 1586 et publié Λ Home en 1596. - - 13. De /unda· d'Autriche contre l’hérétique et le Turc. Mais, s'il mentis boni spiritus cl ornnis perfectionis spiritualis, obtint de Rome quelques subsides matériels, le cardi­ compose en 1582. — 14. Admonitiones vitæ spiritualis, nal ne parvint pas à faire sortir le pape de la neutralité en deux pailles dont la première traite des choses qu’il avait décidé de garder dans les luttes européennes. temporelles, la seconde des choses spirituelles, com­ Cet échec n'atteignit pas la position de Pâzmâny à la posées en 1581. — 15. De pro/eciu et splendore hominis cour de Ferdinand, qui lui conserva toujours sa con­ spiritualis. — 16. De Christi amorc, quo pro nobis pali | fiance. Parallèlement à son action politique, qui ten­ dignatus est. Les neuf derniers ouvrages sont composés dait à rabaisser la situation des protestants en Hon­ grie, Pâzmâny travaillait énergiquement à la réforme en italien. religieuse du catholicisme hongrois. Tout manquait, en Le P. Ange mourut en odeur de sainteté à Home, ce début du xvn· siècle, à la Hongrie catholique: res­ au couvent de Salnt-Picrre-in-Montorio, le 23 août 1596, et y fut enterré près de l’autel majeur. Après sources matérielles et prestige moral; le nombre des sa mort, on entama son procès de béatification. ecclésiastiques était insuffisant et leur valeur médiocre. Le premier soin de Pâzmâny fut de pourvoir la Hon­ L. Wadding, Annales minorum, t. XXI, Ancône, 1811, grie d’un clergé; en 1623, H fonde, à cette intention, â p. 187, n. 23, cl p. 229, n. 29; du môme. Scriptores O. M., Vienne, un séminaire qui, sous le nom de Pazmaneum, Homo, 1906, p. 20-21;.!. IL Sbaralca, Supplementum, s’est perpétué jusqu’à nos jours; il envoie à Rome au 2e édit., t. I. p. 46; II. Hurler, Nomenclator, 3· édit., t. m, Collegium germanico-hungaricum les meilleurs de scs col. 216-217; Enciclopcdla universal ilustrada etirapco-ameclercs; il donne une impulsion nouvelle au collège de ricana, t. xlii, p. 1097; L. Moréri, 1^ grand dictionnaire, Tirnau, dirigé par les jésuites et le transforme finale­ édit, de 1751, t. vu, p. 52. Am. Tsetaert. ment en université (1635). Son action s’exerce égale­ ment à Presbourg, où le luthéranisme était prédomi­ PAZMANY Pierre, prélat hongrois (1570-1637). nant; il y établit un collège de jésuites; de même à — Né à Varadin (Grosswardcîn), en Transylvanie, Oedenbourg et à Szathmâr. Les fondations francis­ d’une famille noble, le I octobre 1570, Pierre Pâzmâny caines furent, elles aussi, favorisées. Cette persévé­ fut d’abord élevé dans la religion calviniste, qui était rance de Pâzmâny fut récompensée; plusieurs des celle de scs parents. Converti au catholicisme à l’âge grandes familles hongroises passèrent du protestan­ de treize ans, par l'influence de la seconde femme de tisme au catholicisme et leur influence contribua son père, laquelle était catholique, il fut envoyé au puissamment à rendre à l'ancienne religion sa vieille collège de Clauscnbourg, tenu par les jésuites, et entra splendeur. En meme temps, des synodes provinciaux en 1587 au noviciat de la Compagnie dans cette même et nationaux pressaient activement la réforme du ville. Étudiant de philosophie à Vienne de 1589 à 1592, clergé, tandis que d’importantes mesures légales per­ de théologie à Home de 1592 à 1596, Il revint â Gratz mettaient a celui-ci d’accroître considérablement sa comme professeur en 1597, et enseigna successivement fortune et par le fait même son action. Le cardinal la philosophie et la théologie jusqu’en 1607, sauf une Pâzmâny mourut le 19 mars 1637; il avait été l’agent courte interruption. Envoyé en Hongrie comme mis­ le plus efficace de la contre-réforme en Hongrie. sionnaire, il s'y Ht bientôt remarquer tant par la Comme Pont dit plusieurs historiens « il avait trouvé vigueur de son éloquence que par l’ardeur qu’il dé­ la Hongrie protestante, il la laissait catholique ». ployait dans les polémiques littéraires. Son action con­ L’activité littéraire de Pâzmâny s'est surtout dé­ tribua beaucoup, dès cette époque, Λ relever en Hon­ ployée à l’époque où, simple jésuite, il enseignait à grie la situation du catholicisme qui était fort com­ Graz et commençait son existence de missionnaire. promise dans les dernières années du xvi* siècle. Son œuvre est considérable cl important*, tant pour L'évêque de Nyitra, François Forgées, transféré l’histoire de la théologie au xvn· siècle que pour celle en 1607 sur le siège primatial de Gran, s’attacha le de la littérature générale. Pâzmâny, en diet, est le P. Pâzmâny comme théologien et confesseur et s’ins­ créateur de la langue philosophique et théologique pira souvent de ses conseils pour la réforme religieuse hongroise, un pou comme Calvin, saint François de de sa province ecclésiastique. C’est ainsi que le jésuite Sales et Pascal le furent de la langue française. Jus­ prit une part importante au synode réuni à Tirnau qu’à son époque, ni protestants ni catholiques ne (résidence provisoire de l'archevêque de Gran) en 1611. s’étaient guère préoccupés de la langue nationale. En 1613, Pâzmâny fut envoyé à Home pour régler les Pâzmâny comprit tout le succès que la propagande affaires du collège des jésuites de Tirnau, mais, à son protestante, en Allemagne cl en France, avait retire de retour, lient des difficultés avec scs supérieurs; finale­ l’usage des idiomes populaires, et il se décida à écrire ment, sa situation fut réglée par un bref de Paul V en en hongrois. date du 21 avril 1616 lui permettant de se retirer chez En dehors d’une traduction de 1 Imitation de Jésusles somasepics. Celle mesure avait été prise pour faci­ Christ (\icnnv, 1601, et très fréquentes réimpressions) liter l’élévation du P. Pâzmâny au siège primatial de et d’un Formulaire de prières (Graz, 1606, cl très fré­ Gran, rendu vacant par la mort du cardinal Forgées quentes réimpressions), la plus grande partie de son (16 octobre 1615). Des difficultés diverses retardèrent œuvre en hongrois est constituée par des travaux de la nomination jusqu'en septembre 1616; le 29 no­ vembre suivant, Pâzmâny prenait possession de son I polémiqué antiprolcstantc. 11 débute par une Réponse DICT. DE THlvOL. CATHOI., T. — ΧΠ. — 4 99 PAZMANY — PECHAM à Étienne .Magyari, predicant de Sârvdr sur les causes de la ruine de la Hongrie (1'elelet a: Magyan Islvanac), Timau, 1603, Œuvres, B, t. i, le premier écrit catho­ lique en hongrois. — Deux ans plus tard, il fait pa­ raître : Dix preuves patentes de la fausseté de la science moderne (A z mostan tamat vy tudomaniok hamissâgânak tûz nilvan oalo bizonisâga), Graz. 1605. — Ces deux premiers ouvrages, où l’auteur attaquait vivement la personne et la doctrine de Luther et de Calvin, firent une vive impression. Enhardi. Pâzmâny continua scs répliques aux protestants : De la vénération des saints et de leur invocation (Ameghdûcsoiïll szentek tiszteletirtU). Graz, 1607. — Le credo du grand Jean Calvin (A: Nagi Calvinus lanosnac hiszeg-cgy), sans nom d’auteur. Timau, 1609; le sous-titre en explique le sens : Credo in unum Deum, Joanni Calvino, explicatio hujus credo secundum mentem Calvini ex ipsis libris Calvini vere et fideliter collecta et ad erdificationem et solamen anima­ rum calvinistarum lutheranarum. — Cinq belles lettres (Eot szep level), Prcsbourg (Pozsony), 1609; ces lettres, adressées au prédicant calviniste Alvinczi de Caschau, traitent, respectivement des sujets suivants : 1. De l’idolâtrie des papistes; 2. Quelle liberté les papistes doivent-ils donner pour supprimer un vœu ? 3. Cornment les papistes peuvent-ils enseigner qu’il vaut mieux pour un prêtre paillarder hors mariage que de se lier ? 4. Réponses â diverses questions frivoles. Cet ouvrage amena une réponse du ministre attaqué, à laquelle Pâzmâny dut naturellement répliquer : Exa­ men des argumentations erronées de Pierre Alvinczi (Alvinczi Peternek... megh rostdlâsa), Prcsbourg, 1609. Ces quatre essais dans Œuvres, B. t. n. — Mais le plus Important des ouvrages de controverse de Pâzmâny rédigés en hongrois, celui aussi qui provoqua, du côté protestant, les plus vives protestations, ce fut le gros traite intitulé : Le guide conduisant à la divine vérité (Islcni igazsagra vezerleo kalauz), Prcsbourg, 1613, plusieurs fois réédité avec divers appendices. Œuvres, B. I. m et iv. Cet ouvrage en quinze livres qui rappelle les Controverses de Bellarmin (que Pâzmâny avait pu connaître à Rome), a sur l’œuvre du grand théologien, l’avantage d'être écrit en une langue extrêmement vivante; il ne touche pas seulement aux points essen­ tiels sur lesquels il y a discussion entre catholiques et protestants, mais forme une apologie presque com­ plète du christianisme catholique. Il a été l'occasion, dans les milieux protestants, tant de Hongrie que d'Allemagne d’un regain d'activité théologique; voir dans Sommervogel, col. 410-111, l'énumération des principales réponses qui furent opposées à VHodégus, comme on ne tarda pas à appeler le livre, et aussi de quelques brèves répliques que dut rédiger Pâzmâny et qu’on trouvera dans Œuvres, B. t. v. Cette contro­ verse qui dura plusieurs années est résumée, du point de vue protestant, dans l’art, de la Protest. Healcncijklopüdic, p. 97 sq. — Il faut enfin signaler, parmi les ; œuvres hongroises de notre auteur, un volumineux recueil de Sermons pour les dimanches et les fates (Predikàcziôk), qu’il publia â Prcsbourg, en 1636, et qui contient 105 sermons, plusieurs fols réimprimé, ce recueil est encore aujourd’hui en circulation. Œuvres, B, t. vi et vu. La production latine de Pâzmâny est d’abord repré­ sentée par ses cours de philosophie et de théologie de Graz qui, longtemps conservés en manuscrit, viennent seulement de voir le jour. Œuvres, A. t. i-v, et le début du t. vi. Mais la polémique n’en est pas absente. — Le plus curieux de ces traités est intitulé : Peniculus papporum apologia Solnensis conctliabuli et hyperaspistes légitima antilogix ill*1 card. Franciscî Forgaèsde Chimes, archiep. Strigoniensis, Prcsbourg, 1610, Œuvres, A, t. vi, paru sous le pseudonyme de Joannes Jemicius, parochus Senqutcensis. En 1610, grâce à la 100 protection du palatin Georges Thurzô, les luthériens avaient pu réunir un synode à Si Hein et donner à leurs Églises l’organisation ecclésiastique qui leur manquait encore. L’archevêque de Gran protesta contre ces décisions synodales dans une antilogia, à laquelle les luthériens opposèrent une apologia. Ce sont les «pous­ sières » soulevées par col écrit que veut < balayer » le P. Pâzmâny dans l’écrit en question. — Le Peniculus attira, comme de juste, la réplique d’un ministre luthérien : .Malleus peniculi papistici, Caschau, 1612, à laquelle Pâzmâny opposa une réponse : Logi alogi, quibus baptæ calamosphactir Peniculum papporum.,, vellicant veritatis radiis adobruti, Prcsbourg, 1612. Ce pamphlet a été réimprimé Λ la suite de VHodégus, Œuvres, A, t. vi. — Les Vindiciic ccclesiasticœ. Vienne, 1620, sont relatives aux querelles de l'archevêque de Gran avec Bcthlcn, comme l'indique le sous-titre ; quibus decreta principis Bctlen in clerum Hungariæ edita divinis humanisque legibus contraria ipso /ure nulla esse demonstrantur. — Il y a aussi un travail d’ordre plus théologique, Dissertatio an unum aliquod ex omnibus lutheranis dogmatibus romanæ Ecclesia: adversantibus Scriptura sacra contineat, Prcsbourg, 1631. Ces deux traités dans Œuvres, A, t. vi. — L’archevêque a publié d’autre part les Acta et decreta synodi diaccsanœ Strigoniensis auctoritate Petri Paxmany celebratu: octobri 1629, Timau, 1629, et un Ri­ tuale Strigonicnsc. Plusieurs de ses consultations canoniques relatives au droit de patronage et aux nominations ecclésiastiques ont été publiées en divers recueils. Enfin il s’est conservé de Pâzmâny un bon nombre de Lettres dont la publication n’a été entre­ prise qu’au xix· siècle. Il y a une biographie très complète de Pâzmâny : W. Fruknôi, Pâzmâny Péter ès kora (Pierre Pâzmâny et son temps), 3 vol., Buda-Pcst, 1868-1872; édition abrégée en 1886. C’est de là que dérivent : J. H. Schwicker, Peter Pûzmâny und seine /.cil, Cologne, 1888, et par intermédiaire les deux art. du Kirchenlexikon, 2* édit., t. ix, 1893, col. 17371713, et de la Prot. Hctdcncyklopadic, t. x v, 19’ >4. p. 96-101. — Notices bibliographiques, dans Sommervogel, Riblioth. de la Comp. de Jésus, t. m, 1895, col. 404-412, qui ne dispense pas de recourir à De Backer, Itibl. des écrivains de la Comp. de Jésus, IV· série, Liège, 1858, p. 528-529. Cf. aussi Hurler. Nomenclator, 3· édit., t. m, col. 756-757. 11 y a une brève Vita cardinalis Pâzmâny en tête de l’édit ion des Œuvres A, 1.1. Le xîx· siècle a vu la publication «les lettres de Pâzmâny, J. F. de Miller, Epistola: qua: haberi poterant card. P. Ράζmâny, 2 vol., Buda-Pcsl, 1822; l’académie de Budapest en n repris lu publication en 1873. Enfin la faculté de théologie de Budapest a commencé en 1891 une édition complète des œuvres, sous les auspices de i’Académic hongroise. L’ensemble a paru de 1894 â 1911 en trois séries : .4. Série latine, 6 volumes; B. Série hongroise, 7 volumes; C. Lettres, 2 volumes, le t. rr contient 514 lettres de Pâzmâny datées de 1601-1628, cl 21 lettres à lui adressées; le t. n. 1108 let­ tres, des années 1629-1637, avec 5 lettres d’nutrcs personnes. Les œuvres philosophiques et théologiques de Pazmany sont aussi réparties : A. t. I, Logique; t. Il, Physique (commen­ taire de la Physique d’Aristote); t. ni. Physique (comment, du De ciclo, De generatione et corruptione. De nictroris); t. iv, Théologie, In l^-lln. De ultimo fine, de actibus humants, de pcccalis, de peccato originali, de proprietatibus peccato­ rum: In I1^-1D\ De fide, spe et curitate; l. v. Théologie, De justitia el jure, de religione, de incarnatione Verbi, de sa· cramentis in genere, de baptismo; t. vi, De confirmatione, de materia eucharistia:. É. Amann. PECHAM Jean, frère mineur (f 1292), célèbre docteur parisien, maître du Sacré-Palais, premier franciscain élevé au siège archiépiscopal de Cantorbéry et à la primntie de l'Angleterre. Il a non seule­ ment inaugure une époque glorieuse de l'histoire de l’Église en Grande-Bretagne, mais a aussi joué un rôle prépondérant dans les luttes algues qui, pendant la seconde moitié du xni· siècle, divisaient le clergé 101 PECHAM. VIE 102 rem pnrcipuum. Saint Thomas Cantilupe fut donc séculier et régulier a l’université de Purls. Il s’est l'élève cl le principal bienfaiteur de Pecham â Paris constitué, en effet, un des défenseurs les plus acharnés où il étudia plus d'une fois : d'abord scion un témoin de l'augustinisme néoplatonicien contre les tendances au procès de sa canonisation, in studio Parisiens! aristotéliciennes qui, grâce surtout à saint Thomas fuerat in adolescentia sua, et inceperat ibi m artibus. d'Aquin et à scs disciples, commençaient à gagner un Acta sanctorum, oct., t. i, p. 54 I; ensuite, après 1245. terrain considérable et à s’établir définitivement dans il y étudia le droit canonique, dont il prit la licence; les écoles et les universités. Malgré d’importantes enfin entre 1266 et 1273 la théologie. D'après le études qui lui ont été consacrées pendant ces dernières P. Lampen, saint Thomas Cantilupe fut l'élève et le années par les savants médiévistes J. Spettmann, bienfaiteur de Pecham pendant son premier séjour a O. F. M., A. G. Little, F. Tocco, L. Oliger, O. F. M., Paris. Comme,d’un côté, il est né en 1219, dit-i!,et que. A. Callcbnut, O. F. M., le card. Fr. Ehrle, F. Delorme, O. F. M., A. van den Wijngaerl, O. F. M., W. Lampen, ! d’un nuire côté il devait avoir eu au moins 12 ans quand il commença scs études, il doit avoir débuté à O. F. M., D. E. Sharp, etc., le célèbre franciscain est Paris vers 1231. Si l’on entend inceperat ibi in artibus resté encore très peu connu et très peu estime. Nous de son baccalauréat ou de sa maîtrise, il ne put avoir lâcherons d’en retracer la biographie et l'activité moins de 21 ans; ce qui nous porte à 1240. Puisque littéraire et de déterminer la place qui lui revient dans Thomas était magister in artibus en 1240, conclut-il, les luttes entre le clergé séculier cl le clergé régulier, et que Pecham a été son maître et ne put avoir moins ainsi que dans le mouvement des Idées de la lin du de 21 ans quand il commença â enseigner, il faut donc xnr siècle. L Vie. H. Œuvres (col. 107). III. Posi­ placer la date de naissance de Pecham entre 1210 et tion doctrinale (col. 120). IV Position dans le conflit 1220. W. Lampen prouve ensuite que Thomas Canti­ entre séculiers et réguliers (col. 134). lupe ne peut avoir été le disciple et le bienfaiteur de I. Vie. - Malgré les nombreux travaux récents, Pecham que pendant son premier séjour a Paris. Le dans lesquels on s'est efforcé de jeter une lumière deuxième séjour doit être exclu parce que la connais­ plus vive sur la vie de Pecham, on n’a cependant pas sance du droit canonique de Pecham n’était pas réussi à percer définitivement les épaisses ténèbres grande. Le troisième séjour doit aussi être exclu, qui entourent l'existence du célèbre franciscain ni à résoudre tous les doutes qui planent sur plusieurs parce qu’à cette date Pecham était déjà franciscain. épisodes de sa vie. Sur de nombreux points les Or. il est plus probable que Cantilupe fut le bienfaiteur opinions des auteurs restent divisées. Nous nous con­ de Pecham. quand celui-ci était encore dans le siècle. De plus il est difficile d’admettre, dit-il, que Thomas, tenterons de les résumer. séculier, fréquentait ordinairement l'école du frère L'orthographe du nom de Pecham montre la variété mineur. Les appellations : scholaris noster et benefactor la plus grande. Les anciens documents, les mss. et les éditions nous donnent tour â tour Peccanus, Pccanus, prœcipuus peuvent cependant pleinement se justifier si l’on admet que Thomas Cantilupe fut l’élève de Pcchanus, Peachamus, Peezanus, Petsan, Bctsan, Pecham, pendant son troisième séjour à Pans, entre Pccranus, Pcch. Pescli, Picciano, Piccionus, Pizanus, 126G et 1273, quand il y était venu pour se consacrer Pisanus, Clieccano. Adam de Mars ch, O. F. M., pro­ fesseur de Pecham à Oxford, écrit Pescham. Aujour­ aux éludes théologiques. Les raisons alléguées contre cette assertion par Lampen ne sont certainement pas d’hui, on écrit généralement Pcckam ou Peckham décisives. •— forme inconnue aux anciens documents — ou encore Pecham. Celte dernière forme paraît devoir être D'après le témoignage cité plus haut, l’abbaye de Lewis paraît avoir abrité l’enfance de Jean Pecham adoptée de préférence â la première, lout d’abord Tout en n'excluant point la possibilité des éludes de parce qu’elle est fondée sur les anciens témoignages Pecham à Paris et même de son admission au grade et ensuite parce qu’il faut voir très probablement la de maître ou au moins de bachelier ès arts de cette patrie du célèbre franciscain dans le moderne Patcham, université, comme le soutient le P. W. Lampen. il de la province de Sussex, plutôt que dans Peckham, faut cependant aussi admettre qu’avant son entrée de la province de Kent et de Surrey. Les historiens dans l’ordre franciscain i) fut étudiant à l’université adoptent généralement Patcham de Sussex, comme d’Oxford. Le témoignage d’Adam de Marsh est trop lieu natif de Pecham, parce que, dans les environs, se explicite. Voir J Spettmann, Quellenkritisches zur trouve l’abbaye de Lcwcs, dont notre franciscain Riographie des J. Pecham, dans Franzisk. Studien, écrit : Inter cetera regni Anglia monasteria Leivensc coenobium idcirco cordi nostro est priecordlatius com­ t n, 1915. p. 180-181. Dans une lettre qu’il écrivit mendatum, quo in ipsius ricinio coaluimus a parvo et nu maître I L d’Angers ou d’Anjou, il propose un autre ab ejusdem professoribus solatia recepimus et honores. instructeur privé pour son neveu, à la place de domi­ nus Johannes de Pcscham scholaris qui, cælesti succen­ Registrum epistolarum fr. Joh. Peckham, éd. Ch. Trice sus desiderio, nuper fratrum minorum religiosam insti­ Martin, t. i, p. lvii. Comme il n’y dit point qu’il est né dans celte contrée, d’autres auteurs en concluent tutionem intrarent. Il y suivit probablement les leçons qu’il n’est pas impossible que Pecham soit né â d’Adam de Marsh. Qu'Il y ait été aussi l’élève de Roger Bacon, c’est douteux et même invraisemblable, Peckham, non loin de Cantorbéry, dans le comté de puisque Pecham devait déjà avoir quitté Oxford Kent. Bientôt Pecham ou Pekhain devint nom de quand Bacon fut rappelé de Paris pour y enseigner. famille, bien qu’il ne soit pas établi qu’il le fût déjà du temps de Jean Pecham. Dans ce dernier cas, en D’après le témoignage de Pecham lui-même dans le effet, il ne serait pas nécessaire de le faire naître dans Canticum pauperis, il aurait étudié aussi la logique, la l’une ou l’autre des deux localités susdites. physique, la médecine, les mathématiques, l'astro­ logie, la magie, la métaphysique, l’éthique, le droit La même incertitude plane sur l’année de la nais­ sance de Pecham. Tandis que jusqu’ici les auteurs l'ont civil et canonique. Mais ces sciences ne pouvant le fait naître généralement vers 1210, le P. W, Lampen satisfaire, il les abandonna bientôt pour ne plus (Jean Pecham, O. F. M. et son office de la Sainte Trinité, s’en préoccuper. dans France franciscaine, l. xi, 1928, p. 212-211) Pecham entretint probablement de chaudes rela­ propose les années entre 1210 et 1220, s’appuyant sur tions avec les frères mineurs d’Oxford, principalement une lettre adressée par Jean Pecham à l'évêque de avec Adam de Marsh, qui paraît lui avoir confié l'édu­ Londres, dans laquelle il appelle saint Thomas Canti­ cation privée du neveu du maître H. d’Angers, qu’il lupe, évêque de Herford, qu’il avait excommunié à avait amené peut-être de France lors de son retour contre-cœur, scholarem nostrum Parisius et benefacto­ du concile de Lyon (1245). De la sorte, Pecham aurait 103 PEC HAM. VIE 104 1276 et, vers la même époque, succéda de nouveau ù déjà cté étudiant à Oxford avant 1250; ce qui confir­ Thomas Bungay comme provincial d’Angleterre. merait singulièrement la thèse du P. Lampcn au sujet Pecham fut appelé ensuite à Home au Sacré-Palais, de l'année de la naissance de notre franciscain. comme lecteur ou maître, d'après les uns par il entra dans l’ordre des frères mineurs certaine­ Jean ΧΧΓ, au début de 1277, A. G. Little, op. cil., ment avant 1258. date de la mort d’Adam de Marsh, p. 854; d'après d’autres, durant la vacance du Saintconfme cela résulte de la lettre, mentionnée plus haut. Siège, entre les mois de mai et de novembre 1277, Ensuite II est non seulement probable, mais presque Déni fie, ChartuL univ. Paris., t. i, p. 626, n. 7; d'après certain, que Jean commença sa vie religieuse à d'autres encore, par Nicolas ΠΙ, vers la (In do 1277 ou Oxford. En elTct, dans une lettre qu’il écrivit au prieur en 1278. A. Callcbaut, op. cil., p. 25-26. Toutefois, du monastère de Sainte-Frcdeswitha, il exprime toute selon le témoignage de Jean Josse, il résulterait que la bienveillance qu’il éprouve pour le couvent des Jean Pecham était déjà lecteur au Sacré-Palais en frères mineurs d’Oxford : il l’appelle sa mère, l’arbre 1276. Josse aflirme, cn ellet, qu'au moment où il sc dont il est la pomme, la maison où il a appris la vie trouvait à la cour romaine comme jeune clerc, Jean surnaturelle. W, Lampon, art. cit.^ p. 215. Pecham était lecteur au Sacré-Palais et composa en D’Oxford, Pecham partit pour Paris, à une date 1276, lors de son séjour à la curie, les deux hymnes : encore inconnue. Le Canthum pauperis aflirme qu’il y Apc vivens hostia et Salve sancta Mater Dei, dont nous vint sous l’influence de saint Bonaventure. Little. The parlerons plus loin. Gf. Antoine de Sérent, O. F. M., franciscan school al Oxford in the thirteenth century, Livres d’heures franciscaines, dans Jtrvuc d’histoire dans Archiv. franc, hist., t. xix, 1926, p. 853, cn franciscaine, t. vi, 1929, p. 19-20. Il parait aussi avoir conclut qu'il doit y être arrivé avant 1257, date à laquelle le Docteur séraphique y termina son enseigne­ continué à exercer la charge de provincial, pendant qu’il était lecteur ou maître au Sacré-Palais. Il s'y ment. Cependant, tout en admettant que le Canticum serait distingué principalement parses disputes contre pauperis, aussi bien que les autres écrits de Pecham, les hérétiques. montrent une connaissance plus qu’ordinaire des Après que Nicolas III eut créé l'archevêque de Gain· œuvres de saint Bonaventure, il nous semble qu’il ne lorbéry, Robert Kilwardby, cardinal-évêque de Porto, faut pas nécessairement cn conclure que Pecham il éleva, le 28 janvier 1279, motu proprio, Jean Pecham aurait été l’élève immédiat de celui-ci, ni admettre au siège archiépiscopal et primatial de Gantorbéry. qu’il aurait déjà été à Paris avant 1257. Il existe, cn Gcttc nomination n’alla toutefois pas sans difficultés. eiTct, de nombreuses autres occasions, dans lesquelles Après la résignation de Robert Kllwardby, le 5 juin Pecham put être en rapports avec le Docteur séra­ 1278, le roi d'Angleterre, Édouard Ier, donna, le 1 I juin phique et subir son influence. D’après les calculs de suivant, au prieur et au chapitre de Gantorbéry, li­ P. Glorieux, La littérature quodlibetique de 1260 à 1320, cence d'élire un successeur. Ceux-ci choisirent Robert Kain, 1925, p. 147 sq., Bonaventure vint deux fois à Burnell, évêque de Bath et Wells, mais le pape cassa Paris cn 1257, puis cn 1260 et 1266, à l’occasion du cette élection et promut Jean Pecham qu’il recom­ chapitre général. En 1267 et 1268, il y prêcha le manda aussi affectueusement que chaleureusement au carême. Par conséquent, tout cn ne voulant pas exclure roi et au clergé d'Angleterre. Refusant d'abord d’ac­ la possibilité que Pccliam ait suivi les leçons de ce cepter cette dignité, il y fut contraint par le souverain maître, il n’est cependant pas prouvé qu’il cn fut pontife, qui le sacra personnellement, sans doute le l’élève Immédiat, ni qu’il vint à Paris avant 1257. 12 mars 1279. Il n'arriva que le 4 juin en Angleterre, Après y avoir pris la maîtrise cn théologie, il aurait s'étant arrêté quelque temps à Amiens, où il rencontra été magister regens des frères mineurs pendant la Édouard Irr et Philippe le Hardi. Gc fut un pontificat seconde régence de saint Thomas d’Aquin (1269-1271), bien rempli. avec lequel il aurait disputé sur l’unité de la forme Dans les derniers jours de juillet 1279, donc encore substantielle dans l’homme. L'histoire de cette dis­ avant son intronisation solennelle qui n'eut lieu que le pute, déformée au cours des siècles, à la suite de Bar­ 8 octobre suivant, en présence du roi et de quatre thélemy de Capoue, par les historiens, a été exposée notables, Jean Pecham réunit un synode provincial sous son véritable Jour par le P. A. Callcbaut, Jean à Reading. Ce concile renouvela, contre le cumul des Pecham et l’augustinisme, dans Arch, franc, hist., bénéfices et l’abus de posséder à la fols plusieurs t. xvm, 1925, p. 141-151. Ce critique met lin aux accusations, encore généralement admises, d'après ■ bénéfices à charge d’âmes, les anciennes ordonnances, restées lettre morte cn Angleterre. D'autres règle­ lesquelles Pecham aurait été l'âme de la scandaleuse ments y étalent portés en ce qui concerne la défense cabale contre le Docteur angélique, qu’il aurait exas­ péré. à Paris, vers 1270, par scs paroles emphatiques I de mettre les cures cn commenda, l'ordre de publier et orgueilleuses. Le P. Callcbaut prouve, au contraire, 1 dans les églises certains cas d’excommunication de plein droit. Dans ce même synode, l'archevêque que Pecham seul tendit une main amicale à saint confirma les libertés et les droits de l’université d'Oxrhomus, contre les maîtres de l’université, l’évêque de ford. On ne sait cependant si ce fut là encore qu’il Parti et même scs propres confrères dominicains. Pecham prit a Paris une part active, et même prépon­ publia un édit pour la réforme des religieuses. A la lin de 1281, l’archevêque de Gantorbéry réunit dérante, aux luttes qui divisaient, à cette époque, , un second synode à Lambeth. Par le statut de Gloccsséculiers et réguliers, et commenta probablement les ter, le roi Edouard I,r avait obligé la noblesse et le livres des Sentences. Il faudrait aussi faire, remonter clergé à soumettre par écrit aux commissaires royaux a cette époque la plupart des Quaestiones disputahe et quodtibelicic qui lui sont attribuées. i leurs titres de propriété; cn conséquence, nombre d'églises et de monastères s’étalent vus privés des Vers 1272, Pecham succéda à Oxford au maître donations (pii leur avalent été faites. En 1279, un franciscain Thomas Bungay, élevé au provinclalat autre statut royal, dit de mainmorte , défendait d'Angleterre, et y fut admis au même grade qu’il avait aux corporations ecclésiastiques d'acquérir de nou­ à Paris. U aurait introduit à ('université d’Oxford veaux biens-fonds; ce qui augmenta le mécontente­ la dispute de quolibet. Ce fut là probablement qu’il ment causé par le premier statut. Aussi Jean Pecham écrivit son traité contre Robert Kllwardby, O. P. Le jugea-t-ll un grand synode nécessaire. Il convoqua 2 mal 1275, il fut chargé par le roi, avec le prieur des donc tous les évêques de sa province, les abbés et un dominicains d’Oxford,de terminer à l’université de cette ville un procès <|ui pendait déjà depuis de nombreuses grand nombre de clercs, pour le 7 octobre 1281, à années au tribunal du chancelier. Il s’en acquitta cn Lambeth. A celte nouvelle, le roi envoya a l’arche 105 PECHAM. VIE 106 des mœurs du peuple. Les monastères surtout avaient vêquc et au synode. prêt à sc tenir, une lettre datée du besoin de réformes, el il leur cn imposa de salutaires. 27 septembre, aussi couche que brutale : > Si vous Son zèle pour l'application des lois disciplinaires sc tenez à vos baronnies, ne vous mêlez pas de ce qui ne montrait partout et en tout. S’aglssait-il de défendre regarde que lu couronne, le roi et l’Etat. » Nonobstant les prérogatives de son siège archiépiscopal et prima ces menaces, le synode s’assembla el, cn confirmant tial, il savait le faire avec la plus grande fermeté. C’est de nouveau le décret du concile de Londres do 1268, ce dont s’aperçurent le monastère de Saint-Augustin rappela les statuts de celui île Lambeth de 1261 et Λ Gantorbéry el l'archevêque d'York qui se faisait ordonna l’exécution, d'ailleurs gravement obliga­ précéder de la croix dans la province de Gantorbéry. toire, des constitutions du dernier concile général de fl s'opposa a l'évêque de Winton. Richard de la Mare, Lyon. Ce fut précisément cette remise en vigueur des parce qu’il jouissait de deux bénéfices à charge décrets du synode de Lambeth de l’année de 1261, qui d’âmes. Il lutta pour la liberté de l’Église d’Hereford fut désagréable nu roi. On y établit d'autre part 27 nouveaux capitula, sur d’autres points de disci­ contre l'évêque Thomas de Cantalupe, élevé plus tard au rang des saints, auquel il créa beaucoup de diffi­ pline. Le concile sc termina le 10 octobre 1281 et, le cultés et que même il excommunia. L’archevêque se 19 du même mois, l'archevêque punit les abbés et les prieurs, en particulier les exempts, qui. ayant été montra-t-il trop autoritaire dans scs rapports avec les autres prélats cl poussa-t-il trop loin son zèle pour convoqués au concile, avaient refusé de s’y rendre sous prétexte, d’exemption. Le 2 novembre suivant, il les réformes? Il est permis de le penser, puisque ces (lenders en ont appelé plusieurs fois â Rome et qu'en adressa au roi une lettre courageuse en réponse ά 1282 déjà, ils avalent rédigé contre lui trente et un celle que ce dernier lui avait écrite. Il exhortait son chefs d’accusation. Pecham, dans une pensée de paix, souverain à abroger les lois injustes et oppressives sut faire cependant de légitimes concessions. Néan­ pour l’Eglisc, parce que toutes les lois doivent être moins, la cause fut déférée a Rome. Mais il paraît que en harmonie avec les décrets des papes, les statuts les explications du primat furent jugées satisfaisantes. des conciles et les sanctions des Pères. Le 15 février de l’année suivante, 1282, Pecham I Du moins on ne voit pas que l'affaire ait eu d’autres suites. Peut-être v aurait-il lieu de croire que c’est à tint à Londres un autre concile, auquel les évêques de cette époque que Pecham composa son Apologetieon et Londres et de Rochester assistèrent seuls. Tous les V Apologie des statuts synodaux. autres étaient représentés par des procureurs. Cette L'archevêque de Gantorbéry n’avait pas non plus assemblée fut convoquée sur l’ordre donné par Mar­ d’hésitation dans la procédure à entreprendre. Les tin IV aux évêques anglais de s’employer à faire juifs de Londres avaient violé les règlements cn délivrer le chapelain du pape, le comte Amaury do faisant élever chez eux des synagogues: il écrivit à Montfort, prisonnier des Anglais depuis 1276, avec sa l’Ordinairc de leur intimer l’ordre de les détruire, avec sœur Eléonore, qu’il conduisait au prince Llewellyn défense d’en construire d'autres; ils devaient so conde Galles, son fiancé, cn guerre alors avec l’Angleterre. tenter de Punique synagogue commune a tous. Sur le Dès le mois de janvier, le roi Edouard, ayant vaincu désir d'Edouard l r, un concile célébré à Westminster Llewellyn, lui renvoya sa fiancée. Quant au comte cn 1290, décréta l’expulsion de tous les juifs indistinc­ Amaury, le roi ne lui rendit la liberté qu'après de tement. Ce ne fut que sous Charles II qu’on leur rou­ nouvelles instances des papes Nicolas III et Martin IV vrit l’Angleterre. et sur l'avis du synode de Londres de 1282. D’autres difllcultés. non moins graves, furent créées L’archevêque de Gantorbéry tâchait de s’assurer de à l’archevêque de Gantorbéry par les dominicains l’application et de l’observation des statuts portés anglais qui, cn 128 I 1285, l’attaquèrent publiquement. dans les différents conciles par la visite des diocèses cl Le 18 mars 1277 (onze jours apres les condamnations des monastères d’une grande partie de l’Angleterre, parisiennes du 7 mars), Robert Kilwardby. O. P., alors Ainsi, en 1279, on le trouve dans les diocèses de archevêque de Gantorbéry, avait condamne 30 propo­ Coventre et Lichfield; cn 1280, en celui de Norfolk; sitions ( I in grammaticalibus, 10 in logicalibus et en 1281, â Chester cl Wales; en 1281 1285. à Lincoln 16 in naturalibus), dont plusieurs atteignaient l’ensei­ et Ély. gnement do Thomas d’Aquin sur l'unité des formes La plus importante visite fut celle que le primat substantielles, ou mieux sur la composition des corps effectua, en 1282, dans le Pays de Galles, (pii était en en general. En 1284, Jean Pecham renouvela les cen­ lutte année avec l’Angleterre et fort éprouve maté­ sures de Robert Kilwardby touchant certaines propo­ riellement et moralement. Cette visite tint lieu de sitions qui paraissaient malsonnantes. Il cita égale­ synode provincial alors impraticable. En s’occupant ment devant son tribunal Richard Knapwcll. O. P., du bien spirituel de ce peuple, il travailla ardemment à qui, soutenu par son provincial, refusa d’y compa­ rétablir la paix. On possède les recommandations rut tre. écrites <|ti'iI adressa au peuple de Galles el Zi son prince Après la visite de l’archevêque à Oxford, en 1284. Llcwellvn. Nous avons aussi deux autres lettres du le prieur provincial des dominicains d'Angleterre, primat à l’évêque de Londres contre les Gallois cl une Guillaume de I lotham,attaqua publiquement Pecham commission donnée au doyen d’Ilereford pour les à propos des intentions et des consultations du primat. excommunier. Après la déroule des révoltés du pays Ce dernier mil la question au point dans diverses de Galles, Pecham rappela fortement au vainqueur, lettres adressées au chancelier et aux maîtres d’OxEdouard I‘f, l’obligation de réparer les maux causés ford (7 décembre 1281). aux cardinaux Mathieu Orsini. par la guerre et de respecter les droits de l’Eglisc Ordonius el Jérôme d’Ascoli (lrr janvier 1285) et a galloise. Il promulgua aussi des ordonnances qui, l’évêque de Lincoln (1er juin 1285). Ces lettres, dans encore qu'elles ne puissent être considérées comme des lesquelles il est principalement question de l’opinion décisions d’un concile provincial, s’en rapprochent de l’unité des tonnes, l'archevêque les écrivit · non par leur contenu et sont très importantes pour l’his­ pour reprocher à l'ordre des prêcheurs les jactances de toire de l’Eglisc en question. Elles se trouvent dans certains particuliers, mais pour repousser l’opprobre deux lettres d’information adressées par l’archevêque des mensonges que son innocence ne méritait pas ». aux évêques suffragants de Saint Asaph (28 Juin Au dominicain anonyme qui lui reprochait d'atta­ 1281) et de Saint-David (5 août 1281). Dans scs nom­ quer !'Aquinate après sa mort cn combattant l’unité breuses visites pastorales. Pecham voulait sc rendre des formes soutenue par tout son ordre, Pecham compte de l'état des cathédrales, des monastères, des riposte qu’à Paris lui. franciscain, était seul à lui tendre autres églises, ainsi que de la régularité du clergé et · 107 PECHAM. ŒUVRES PHILOSOPHIQUES 108 précédée d’une lettre adressée par le même auteur ù une main amicale contre les maîtres de l’université, Jean Frellon. Cette table manque dans l’édition de l’évêque de Paris et même ses propres confrères domi­ Cologne de 15IL nicains. Et au reproche de ne défendre la pluralité des 2. Postilla in Cantica Canticorum, mentionnée dans formes que depuis peu, il répond qu’il l’avait défendue Firmamenta trium ordinum beatissimi Patris nostri a Paris, à Oxford et comme lecteur à la curie romaine. Francisci, fol. xuv r°, Paris. 1512, et dans le Com­ Et il ajouta qu’il n'avait fait que renouveler les con­ pendium chronicorum ordinis minorum de Marianus de damnations de son prédécesseur, qui était lui-même Florence, édité dans Arch, franc. hist., t. ri, 1909, dominicain, fl y défendit aussi l’école d’Alexandre de Halés et de saint Bonaventure, dont la doctrine est p. 162. Cette Postilla, restée inédite, est conservée aussi solide et aussi saine théologiquement et philoso­ dans le cod. 59 de la bibl. Saint-Fortunat de Todi, où elle commence par les mots : In funiculis adaml phiquement que la nouvelle quasi Iota contraria. Enfin, l’archevêque de Cantorbéry réunit Λ Lon­ traham eos... Rationalis animir perfectio, Sbaralca, op. cil., cite encore un ms. de la bibl. du couvent des dres, le 30 avril 1286, un concile auquel assistaient frères mineurs de Sienne et un autre delà bibl.Ambroles évêques de Lincoln, de Worcester, de Hereford, sienne de Milan (Montfaucon, Catalogus, t. i, p. 318). l’ofllcial de Cantorbéry, le chancelier de l’université 3. Postilla in Thrcnos seu Lamentationes Jcremür, d’Oxford et un certain nombre de ses docteurs. Cette attribuée communément ù saint Bonaventure. Impri­ assemblée se réunit pour examiner certaines proposi­ tions répandues en Angleterre, principalement par mée pour la première fois ù Venise, en 1574, elle fut reprise dans toutes les éditions suivantes des œuvres Richard Knapwcll, O. P. Elle censura et condamna du Docteur séraphique et, dans la dernière édition des huit articles comme hérétiques. D’après J. Koch, Philosophische und lheologische Irrtumslisten von 127Ο­ Opera omnia S. Ronavcnluriv de Quaracchi, au t. vu, Ι 329, dans Mélanges Mandonnet, t. n, Paris, 1930, p. 605-651. Dans les Prolegomena de ce volume, p. xi-xtv, les savants éditeurs allèguent des raisons p. 313, Jean Pecham fut le premier évêque qui désigna solides pour dénier la paternité de cette Postilla à les propositions condamnées du nom d'artica li. Cette saint Bonaventure et l’attribuer à .Jean Pecham. Cet appellation devint commune sous Jean XXIL Ce ne furent pas assurément les seules propositions qui ouvrage est contenu dans le cod. lut. 14 260, fol. 205 r°furent condamnées sous le pontificat de Jean Pecham 233 v° de la Bibl. nationale de Paris, et dans le cod. A, On cite comme son œuvre un Livre ou Catalogue inédit 108 de la bibl. du chapitre métropolitain de Prague. Inc. : Tempus plangendi et tempus saltandi. Eccl. 3. des hérésies par lui-même condamnées, L. Wadding, op. cZf., p. 148. In verbo isto ostenditur. En 1290, sur les instances de Nicolas IV, l’arche­ I. Lectura super Johannem, contenue dans le même ms. de Prague et dans le cod. 83 de la bibl. de Saintvêque de Cantorbéry, prêcha la croisade et engagea plusieurs nobles anglais à prendre la croix et à pro­ Gall, en Suisse. Inc. : Faciès aquitæ desuper ipsorum quatuor. téger les dernières possessions des chrétiens cn Terre 5. Lectura super epistolam ad llebræos, conservé sainte, qui couraient les plus grands dangers. Le 13 février 1291, il convoqua tous les prélats de sa pro­ dans le même ms. de Prague. Inc. : Loquimur sapien­ vince, les exempts comme les non exempts, à une tiam Dei in mysterio. 6. Postilla in Ezechielem dont un ms., d’après assemblée ad novum templum à Londres pour y dis­ cuter les meilleurs moyens de porter secours à la J. Le Long (Ribl. sacra, p. 896) appartenait ù la bibl. Terre sainte et sauver les derniers restes, si compro­ de Clairvaux. mis, du royaume de Jérusalem. 7. Explicatio metaphorice euangelii S. Joannis, Inc.: Ego sum lux mundi, qui sequitur me..., dont, d’après Jean Pecham termina sa grande et laborieuse exis­ Sbaralca, un ms. aurait été conservé dans la bibl. du tence le 8 décembre 1292. C’est la date communément admise. J. Spcttmann, art. cit., p. 276-277 et 281, ' couvent de Santa-Crocc ù Florence. 8. Explicatio parabolarum. Inc. : Simile est regnum assigne toutefois le 7 décembre comme la date de la aelorum homini, qui seminat bonum semen in agro suo, mort de Pecham. Il fut enterré dans la cathédrale de Cantorbéry, tandis que son cœur fut conservé derrière Matth., Xlii, alléguée dans Sbaralca. le maître-autel dans l’église des frères mineurs, à , 9. Verba dicta de Christo dont, d’après Sbaralca et Londres. Dans une liste de docteurs franciscains du Férct, un ms. serait à la bibl. vaticanc. 10. Tractatus de misteriatione numerorum in sacra milieu du xv* siècle, publiée par J. Spcttmann art. cit., p. 196-198, Jean Pecham est dénommé Scriptura ou De mystica inlerpçetatione numerorum in Doctor ingeniosus. sacra Scriptura, conservée dans le cod. Arundel 200, IL Œuvres. — Malgré les nombreuses occupations fol. 1-1 I, , c’est-à-dire des dominicains du couvent de la rue Saint-Jacques, Spcttmann cn conclut que son origine doit être parisienne et dater de l’époque où Pecham enseignait à Paris, probablement des environs de 1260. Los arguments, invoqués par Spettmann pour expliquer pourquoi, a cette date ralativement tar­ dive, Pecham n’aurait commenté que les trois pre­ miers livres, quoique Ingénieux, n’en laissent pas moins subsister bien des difllcultés {ibid., p. 228-229). Dans ce traité, les questions proprement théologiques sont rares et les deux domaines, philosophique et théolo­ gique. sont nettement divises. L’œuvre est constituée par un mélange de commentaires proprement dits et de questions qui portent sur des problèmes non seulement moraux, mais encore philosophiques, au sens le plus général du mot Si. d’après Spettmann, rien dans le contenu ne s’oppose A son attribution à Jean Pecham, Él. Gilson, au contraire, a avancé quelques doutes sérieux et fondés à ce sujet. Rev. d’hist. francise., t. i, 1921, p. 381-382. Les faits sui­ vants lui semblent inquiétants pour l’attribution de ce commentaire à l’archevêque de Cantorbéry : d’abord les dominicains y sont mentionnés à plusieurs reprises; ensuite l’on y rencontre un texte curieux, d’après lequel l'idéal franciscain subordonnerait la vie contemplative à la sic active; enfin, l’auteur du com­ mentaire souligne d’une façon remarquablement nette, au moment de résoudre les difficultés, qu’il parle en philosophe et que le théologien aurait peut-être A décider autrement. D’après Ét. Gilson, cette remarque est aussi peu franciscaine, aussi peu vraisemblable que possible chez les frères mineurs de Paris en 1260, inconciliable avec tout ce que nous savons par ail­ leurs du tMologisme de Pecham. Lu difficulté supplé­ mentaire que soulève le petit nombre des citations théologiques relevées dans cette œuvre achève, conclut Gilson, d’en rendre assez douteuse l’attribu­ tion au champion déclaré de la théologie contre le péripatétisme dominicain. 9. Summa de esse et essentia, inédite, conservée dans le cod. 560, fol. Il l r°-115 v« de la bibl. Angelica de Borne. Inc. : Sensus mei penuria, temporis angustia et fratris instantia cogit, ut de sublimibus humilia, de grandibus exilia, de difficilibus questionibus brevia inseram, (’.cite somme est de peu d’étendue. L’auteur s’adresse à un jeune disciple qui l’a fortement pressé de questions métaphysiques, sans lui donner le temps de mûrir un traité de longue haleine. De la une obscu­ rité forcée. Le ms. unique qui contient ce traité se présente, au point de vue paléogniphique. comme très défectueux. En note sont signalés des passages de Roger Bacon qui prouvent des points de contact évi­ dents entre les deux maîtres anglais et une affinité de doctrine sur la matière première, la forme, le principe d’individuation, les universaux, l’intellect agent et l’illumination divine. Cette somme a été récemment éditée par le P. Ferdinand Delorme, O. K M., dans Studi /rancescani, t. xxv, 1928, p. 61-71, sous huit Ill PECHAM. ŒUVRES THÉOLOGIQUES rubriques particulières; l’éditeur a cru pouvoir par­ tager en nutant de chapitres l'opuscule, afin d’en rendre la lecture plus aisée. Les titres : 1. De materia et forma; 2. De esse Dei; 3. de unitate materia prinuc; L De causa individuatlonis; 5. De ratione seminali; 6. De universalibus : quid sint; 7. De universalibus : ubi sunt; 8. De duplici genere : logico et naturali, lui ont pani suffisamment répondre au contenu et l'en­ cadrer. 10. Commentarium in quatuor libros Sententiarum resté inédit. De cc commentaire deux livres seulement nous sont connus : le premier, conservé dans le ms. cono. soppr. G, /V, 851 de la bibl. nat. de Florence, débute : in medio et in circuitu sedis quatuor animalia plena oculis ante et retro, Apoc., iv; le quatrième, contenu dans le cod. Bodley 859, fol. 332-379, de la bibl. Bodlélenne d'Oxford et commençant : Quæstio est de sacrificiis circa qua quæruntur octo. Ce dernier est intitulé : Disputationes de quolibet fr. Joannis Pecham. Le commentaire sur le I. I des Sentences aurait été conservé aussi dans la bibl. du couvent de SaintFrançois à Assise. Sbaralea, op. cit. D’après le témoi­ gnage d’un catalogue de la bibliothèque des frères mineurs à Sienne, rédigé en 1481, dans lequel on lit : Opus Joannis de Checcano (Peccano) super quatuor libros Sententiarum in pergam, bona littera, il faudrait admettre, selon L. Oliger, Arch, franc, hist., t. iv, 1911, p. 147, que Jean Pecham a écrit un commen­ taire sur les quatre livres des Sentences. Cf. Papini, 1:Etruria francescana. Sienne, 1797, p. 137. .L Spett­ mann, Der Sentcnzenkommcntur des Franziskanerbischo/s Johannes Pecham (+ 1292), dans Divus Tho­ mas (Fribourg), t. v, 1927, p. 327-345, a décrit le ms. qui contient le 1. I de Pecham sur les Sentenceset en n énuméré les questions. Le même auteur, Péchants Kommentar zum vierten Bûche der Sentenzen, dans /.eltschr. fûrkath. Theol., I. lu, 1928, p. 64-74, a donné une description détaillée du ms. qui contient le I. IV. A. Daniels, O. S. B., a édité la q. i de la dist. II, du 1 I, An Deus sit, dans Quellenbeitruge und Untersuch. zur Gesch. der Gottesbeiveisc im A///. Jahrhunderl, p 41-50, dans les BeilrQge zur Gesch. der Phil, des M. A., t. vin, fasc. 1-2, 1912; J. Spettmann a publié des Quaestiones selectæ, dans Johann is Péchant i quœstlones tractantes de anima, ibid., t. xix, fasc. 5-6. 1918, p. 183-221. 11. QiuesUones disputalæ. Jean Pecham est l'auteur de nombreuses Quaestiones disputata·, sc rapportant à la philosophie, à la théologie, à la vie religieuse, a l’astronomie, etc. Ainsi douze Qinrstiones de anima sont conservées dans le cod. J, /. 3 de la bibl. natio­ nale de Florence. L'ordre logique des questions, qui est interverti dans le ms.» a été restitué par J. Spett­ mann, op. cil., p. ix, XX!, 1-104. Il y a édité pour la première fois ces questions, ’composées, selon lui, à Paris vers 1269; p. xxxin-xxxiv. Une de ces douze Quaestiones de anima, à savoir : I trum est unus intellec­ tus in omnibus hominibus est contenue aussi dans le cod. Plut. XXVII, sin. 8, foL 167 r°, de la bibl. Laurentienne de Florence. Le même ms. J, /, 3 de Florence contient aussi : Quæstiones de Verbo, au nombre de cinq, énumérées par Spettmann, op. cit., p. xxn; Qtuesllones de eucha­ ristia, au nombre de onze, Ibid.; Quœstiones de stellis, au nombre de quatre, op. cit., p. xxii-xxin; Quœs Hones de vita religiosa, au nombre de deux. op. cit . p χχνι-χχνπ; Questiones varia·, au nombre de sept, u savoir : 1 ) Quaritur utrum aliquid factum sit vet fieri potuit (creatione) ord mailler ; 2) Quuritur hoc supposito, si mundus potuit ab a terno creari; 3) Quaritur utrum concupiscentia ct mortalitas cum aliis defectibus insint homini a tua creatione; I) Quaritur an defectus vemens in nos per originem possit habere rationem culpa- ; 112 5) Qua ritur de pra-ceptis, quibus homo obligatur, utrum regula· et leges hujusmodi sint Hem quod Deus; 6) Qua ­ ritur utrum omnis poena sit a Deo imperante; 7) Qutvrilur utrum aliquis puniatur aeternaliter pro peccato tem­ porali, op. cit,, p. xxvii. Les deux Quastiones de vita religiosa, à savoir : Quœsilum est, utrum liceat inducere pueros doli capaces ad obligandum se religioni voto vel juramento aut etiam adolescentes (cod. cit., fol. 45 r° - 49 v°) et : Qua ritur utrum perfectio ecclesiastica consistit in renuntiando vel carendo divitiis propriis et communibus (cod. cit., fol. 56 r° - 59 v°) ont été éditées par L. Oliger, O. F. .M.. la première : De pueris oblatis in ordine minorum, dans Arch, franc, hist., t. vin, 1915, p. 389-139; la seconde : Die thcologische Qunstion des Johannes Pecham ûber die indlkommene Arm ut, dans Franztsk. Studicn, t. iv, 1917, p. 127-176. Les deux questions ont été compo­ sées pendant les querelles littéraires entre le clergé séculier et régulier au sujet de l'essence de la perfection évangélique (1260-1272). Cependant, tandis que la seconde question est dirigée contre le Contra adver­ sarium perfectionis Christiana* de Gérard d'Abbeville et fut composée vers 1266-1269 (op. cil., p. 136-138), la première aurait été dirigée surtout contre Nicolas de Lisieux, qui se montra l'ennemi acharné des oblats dans scs différents écrits. Elle aurait été composée vers la fin du débat universitaire, entre 1271-1722. Op. cit., p. 104 100. Jean Pecham est encore l’auteur de Quœstiones de beutiludine corporis et anima:, conservées dans le cod. Plut. XV il, sin. 7, fol. 27 r°-37 v°, delà bibl. Laurentienne de Florence. Ce sont douze questions dont la première est intitulée : Qua ritur tilrum corpus hominis corruptibile possit induere incorruptionein manens in specie hominis. J. Spettmann (pii les a éditées dans J. Pechami quaestiones tractantes de anima, p. 107180, pense qu'elles ont été probablement composées quand Pecham était lecteur à la curie romaine, c'està-dire entre 1277 et 1279. Op. cit., p. xxiv. Il y affirme aussi que Pecham fut le premier frère mineur auquel fut confiée cette haute charge. Selon Férct, op. cit., p. 327, n. 2, ct C. L. Kingsford et A. G. Little, op. cit., p. 3, le cod. lut. 3183 de la Bibl. nationale de Paris contient également deux Qiurstiones de Pecham, l’une : Utrum theologia sit pra* caderis scient iis necessaria pnctalis Ecclesia·; l’autre : ( trum theologia ex duobus componi debuerit testamentis. Les éditeurs du De humana· cognitionis ratione anccdota quadam, p. xvi, citent encore un autre ms. <(ui con­ tiendrait des Quastiones disputata* de Jean Pecham : le rod. I. ('.oil. Salana, fol. 42, de la bibl. d’Iéna. Enfin, C. L. Kingsford ct A. G. Little, op. cit., p. 3, citent encore des Qiurstiones contenues dans le cod. 15 805 de la Bibl. nat. de Paris, le cod. 203 de la bibl. d’Angers, le cod. J, 111, 158 de la bibl. nation, de Florence, le cod. lut. 15 980, fol. 238, de la Bibl. nationale de Paris, dans lequel on trouve une Desponsio ad quastionem J. de Pèsehum. 12 Quastiones quodlibelales. Nous possédons encore quelques Quodlibela attribues à Jean Pecham. Ainsi le cod. conv. soppr. J, I, J de la bibl. nat. de Florence en contient deux ; l’un qui commence par la <|ucstion : Quasi ta sunt quadam circa Deum, quadam circa crea­ turam. fol. 39 r°-11 v°; l’autre (pii débute : Quasita sunt de Deo plura quantum ad essentialia ct quantum ad personalia, fol. 19 ν·-5Ι Le premier quodlibet comprend 35 questions; le 2 en a 32, dont on peut trouver la table et les titres chez J. Spettmann, op. cit., p. xxni-xxvi. Le second, qui se termine : Explicit quod­ libet de natali, serait reproduit dans 29 mss. dont 9 por­ tent le nom de l’auteur et aurait été composé en 1270. Cf. \V. Lainpcn, O. 1·. M., Jean Pecham. O. 1·. M.t et son office de la S. Trinité, dans la France franciscaine. 1 13 PECHAM. ŒUVRES THÉOLOGIQUES 114 beatus Johannes canonica: suit primo capitulo... Idcirco t. xi, 1928, p. 216. Ce même Quodlibrlum est contenu / dims le cod. Ud. Ottob. 196, fol. 29 r°-32 v°, do la bibl. /fili, postulasti a me fratre Johanne, ordinis fratrum vatlcane. Dix-neuf questions de ce même Quodltbetum /minorum indigno et necnon omnino inutili panitentiasont contenues dans le cod. 90 de Merton College ή /rio domini pape, ut dem tibi aliquam formulam in Oxford. Cf. F. Tocco, Tractatus contra fratrem Kobersscriptis redactam, rx cujus inspectione peccata tua possis plenius confiteri. D’après le témoignage de l'auteur lui- . tain Ki hoard by, O. P., dans Fratris Johan nis Pecham / tractatus tres de paupertate, p. 99-108. I /après J. SpettImême, le traité comprend six parties. Dans la pre­ mière, il est question de ce qui doit procéder la con­ maim, Die Psychologie des Johannes Pecham, Münsterj cn-W., 1919, p. x, le Quodlibet de natali serait conserve Ifession; dans la seconde, de ce qui doit accompagner la aussi dans des mss. des bibliothèques d'Angers, d'Ar. quivdam, Quaraedii, 1883, p. 179-182, a savoir: Quirde Florence même ne l'attribue point a l’archevêque situm est demum de ipsa Dei sapientia vel luce arterna, de (.antorberx·, mais porte la rubrique rouge ; Incipit utrum sit ratio cognoscendi quidquid intellectiialitrr summa compilata per fratrem Joannem. Ensuite, l’au­ cognoscitur in via (cod. cit., fol. 38 v·). teur s’appelle dans le prologue pénitencier du souverain Selon les mêmes éditeurs (op. cil., p. xvi), un Quodpontife. Or, si nous savons que Jean Pecham a été hbetum qui commence : Quasitum est de rebus divinis cl humanis, serait contenu dans le cod. 3926 de la bibl. ; lecteur à la cour romaine entre 1276 ou 1277 ct 1279. nous ne possédons aucune notice qu'il ait exercé la palatine de Vienne et des Questions quodlibétiques charge de pénitencier. Les historiens attestent d’autre seraient conservées aussi dans le cod. 203 de la bibl. part que Jean Bigaud a été pénitencier du pape d’Angers et dans le cod. lui. 16 80S de la Bibl. nat. de Clément V (1305-1311) et de Jean XNll (1316-1331), Paris. Cf. aussi P. Feret, La (acuité de théologie de qui l’éleva, en 1317. au siège épiscopal de Tréguier. Paris, t. n, p. 327, n. 2. De plus, dans quelques mss. la Formula confessionis 13. Tractatus de Trinitate, conservé dans le cod. est dédiée à Bérenger, évêque de Tusculum ou de Heg. 10 K. IX, fol. 61, du British Museum à Londres Frascati. Nous savons que Bérenger Fredoli C 1323). et publié à Londres en 1510 sous le titre : lie summa fut créé cardinal en 1305 et ne devint évêque de Fra­ Trinitate et fide catholica. Cf. \V. Lampen, op. cit., scati qu’en 1309;cf.I I.Chevalier, Kepcrtoirc,Bio-biblio­ p. 217. graphie, t. r. col. 1608. 11 faut en conclure que la For­ 11. Tractatus de virtutibus et vitiis. Inc. : Note quad mula confessionis doit avoir été composée apres 1399, caritas habet mullos effectus qui, d’après Sbaralea, date de l’élévation de Bérenger au siège épiscopal de op. cit., p. 113, aurait été conservé dans le cod. 587 de Frascati. Or, Jean Pecham mourut en 1292. Enfin, la bibl. du couvent de Santa-Croce à Florence. Ce Jean Bigaud cite lui-même la Formula confessionis traité est anonyme; il est inséré dans ce ms. avec qu’il avait composée antérieurement, dans son Com­ d'autres écrits, également anonymes, mais qui doi­ pendium theologiir pauperis, I. V, nibr. 35, et 1. VL vent certainement être considérés comme l’œuvre de Jean Pecham. D'où l’on conclut qu'il faut attribuer , rubr. 23 ct 21. Il s'ensuit que la Formula confessionis, probablement aussi ce traité à l'archevêque de Cnn- j commençant ; Sicut dicit bratus Johannes canvntcte sua· ne peut point être considérée comme l’œuvre de torbéry. Jean Pecham. mais doit être attribuée au franciscain 15. Formula confessionis ou Formula confessionum, Jean Bigaud. La Formula confessionis aurait été im­ ou Formula de modo confitendi, inédite, conservée dans de nombreux manuscrits. Cilons-en : Vatic lut. 116!; ■ primée à Mayence, en 1673, avec \ Drdinurium vilte lut. 6622 et 3725 de la bibl. nat. de Paris; Ar. 379 du | rcligiosar de Jean Bigaud. Féret. op. cit., t. n, p. 37-1. British Museum; X, 12 de la bibl. du chapitre métro­ n. 2. 16. Liber de oculo moruli. C’est un recueil d’exem­ politain de Prague; 175 de la bibl. Bipoll a Barcelone; ples empruntés à l’optique pour illustrer la doctrine hit. 11 625 de la bibl. de Munich; Conv. soppr. F, VI, et la morale chrétiennes. Inc. : Si diligenter voluerimus 885 de la bibl. nationale de Florence; cod. S. Crocc, in lege Domini meditari, facillime perpendemus ea quit· Plut. IV, sin. Il (disparu) de la bibl. Laurentienne pertinent ad visionem et oculum. I) comprend 15 cha­ de Florence; theol. .1, 55 de la bibl. de Dresde; D, 278 pitres, dont les titres ont été énumérés par J. Spett­ de la bibl. Fort aguerri de Pistoie en Toscane; ^«5 de mann, Das Schriftchcn < De oculo morali » und sein la bibl. de Parme; toi de la bibl. de Tours; 381 de Verfassrr, dans Arch, franc, hist., t. xvj. 1923, p. 310. la bibl. univ. de Toulouse. Dans quelques manus­ La grande vogue qu’a eue cet écrit au Moyen Age est crits, comme ceux de Prague ct de la Vaticane, le attestée par les nombreux mss. que l’on rencontre dans traité est précédé d'une dédicace qui commence : presque toutes les bibliothèques. J. Spettmann, op. cit., Eminentis devotionis, excellentis discretionis scientia­ p. 314-316, en énumère jusqu’à 83. Ce traité a aussi rum ct. pietatis rev. pries, ac dom. licrcngario divina été publié à plusieurs reprises; ce qui atteste encore providentia episcopo Tusculentii... suus humillimus l’importance que l’on y attachait à cette époque. filius et indignus servus frater Johannes ord. fratrum L. ilain, Kepcrtorium, t. lia, p. 162, cite deux éditions minorum sub umbra alarum suarum ejusdem summi dillérentes s. d. η. I. (mais à Augsbourg à la fin du pontificis pænilenliarius. D’autres omettent cette xv* siècle), dans lesquelles le Liber de oculo morali est dédicace ct commencent par le prologue : Sicut dicit 115 PECHAM. OUVRAGES DE SPIRITUALITE 116 .ittribiic .1 Jean Pecham. En 1 196, l’ouvrage parut à Humana· sapienciie prima utilitas est, conservée dans Venise sous le litre De oculo moruli et spirituali ct le cod. 292, fol. 6, de Trinity College de Cambridge; comme l'œuvre d’un théologien du nom de Pierre La Jerarchie, une traduction française d’un résumé Laccpiera, c'est-à-dire Pierre de Limoges. Sur la de­ latin de la Hierarchiacivtestis de pseudo-Denis, faite par mande du célèbre prédicateur franciscain, Dominique frère Johan de Pecham a la rcquestc de la reine de de Ponzo, qui procura la précédente édition, Théo­ Englcterc Alicnore, femme le roy Edward , contenue phile Romanus de l'ordre des ermites de Saint-Augus­ dans le cod. 2899, fol. 171-175, de la bibl. Sainte-Gene­ tin traduisit cet opuscule en italien, le publia la même viève de Paris. Ces trois derniers écrits sont mention­ année et dans la même ville, et l’attribua au même nés par C. L. Kingsford et A. G. Little, op. cit., p. 5. auteur. En 1611, Théophile Raynaud, S. J.» le publia 3° Ouvrages de spiritualité.— L Tractatus pauperis .1 Lyon avec le titre : De oculo mystico et l'attribua à ou De perfectione euangelica, ou encore Apologia contra Raymond Jordan Idiota. L. Wadding lui fit immédia­ obloquentes mendicitati de perfectione euangelica. Inc. : tement remarquer que cc traité devait être considéré Quis dabit capiti meo aquam et oculis meis fontem lacri­ comme une œuvre du franciscain Jean de Galles marum, conservé dans de nombreux mss., dont les (t 1303). Vaincu par les misons alléguées par l’illustre principaux sont : Add. 36 984 du British Museum à historien de l'ordre franciscain, Raynaud lui promit Londres; 182 du Corpus Christi College à Oxford; de restituer, dans une nouvelle ct meilleure édition, Val. lat. 1013 et 1914; Borgh. 161 et 271 de la bibl. Va­ l’œuvre a son véritable auteur. Il la réédita à Paris, ticane; Plut. XXXI, sin. Jet Plut. XXVI, dextr. 12, en 1651, parmi les Opera omnia de Raymond Jordan. de la bibl. Lauren tienne à Florence; Wide la bibl. ClasLuc Wadding a donné successivement deux éditions sense à Ravenne; V, D. 10 de la bibl. de l’université du De oculo morali, l’une, Λ Rome, cn 1655, l’autre, à de Prague; 550 de la bibl. de Wolfenbüttcl; lat. theot. Vitcrbe, en 1656, dans lesquelles il l’attribue à Jean fol. 225, de la bibl. de Berlin; lat. 23 445 ct 23 446 de Galles. Cf. Sbaralea, op. cil., p. 86, et béret, op. cil., de la bibl. de Munich; 140 de la bibl. de Brunswick; t n. p. 371-475. 1677 de la bibl. royale de Bruxelles; 897 de la bibl Au cours des siècles, cc traité a été attribué ά diffé­ Mazarine à Paris. Cf. A. Van den Wyngaert, O. F. M„ rents auteurs : Jean Pecham, Robert Grosseteste, Tractatus pauperis de fratre Johanne de Pecham, Pierre de Limoges (Lacepiera), Jean de Galles, I lugucs conscriptus, Paris, 1925, p. 1, n. 2; De humanie cogni­ de Saint-Victor, Thomas Bradvvardin, Duns Scot, tionis ratione anecdota qua'dam, p. xvn; Féret, op. cit., Raymond Jordan. Alphonse de Spina, Pic de la 1.1, p. 327, n. 6. — Diverses parties du Tractatus pauperis Mirandolc, Roger Trochert. De tous les chroniqueurs ont été éditées. A. G. Little cn a publié des fragments ct historiens de l’ordre franciscain, nous ne connais­ importants dans Fratris Johannis Pecham, quondam archiepiscopi Cantuariensis tractatus tres de paupertate sons que Nicolas Glassberger qui, dans sa Chronique, cum bibliographie! dans British Society of /ranciscan composée cn 1508, attribue le De oculo morali à Jean Pecham. Cf. Analecta franciscana, t. n, Quaracchi, studies, t. π, Aberdeen, 1910, p. 21-90. Le prologue, le c. x ou l'exposé de la règle des frères mineurs ct le 1887, p. 182. Bien qu'un plus grand nombre de mss. c. xv! (le dernier) y sont édités en entier, avec des attribuent ce traité à Jean Pecham qu’à Jean de extraits des autres chapitres. Le prologue et les six Galles ct que, de cc point de vue. l’archevêque de Cantorbéry l'emporte sur Jean de Galles, pour cn premiers chapitres ont été publiés par A. Van den Wyngaert, O. F. M., op. cit., p. 5-86. Le c. xv a été revendiquer la paternité, il semble, d’après l’étude citée plus haut de J. Spcttmann, p. 317-322, que le édité par F. M. Delorme, O. F. M., dans Fr. Hichardi Liber de oculo morali ne peut être attribué ni à l’un, de Mediavilla quœslio disputata De privilegio Martini ni à l’autre, mais doit être considéré comme l’œuvre papœ IV, Quaracchi, 1925, p. 79-88. Le P. l·’. Delorme, O. F. M.,a commencé la publication dose, vu, vin ct ix de Pierre de Sepcria de Limoges (f 1306). L’auteur de dans les Sludi franccscani, t. xxix, 1932, p. 51-62. Le cet écrit ne peut pas être un franciscain, parce qu’il n’y parle jamais ni de saint François, ni de la pauvreté c. x, qui contient l’explication de la règle des frères mineurs, ct que l’on rencontre souvent signalé par les franciscaine, alors que dans plusieurs cas il aurait dû cn parler. Le plus grand nombre des mss. sont favo­ auteurs et dans les mss. comme un traité spécial, inti­ rables à Pierre de Sepcria. Nous avouons cependant que tulé : Expositio ou declaratio ou explicatio regulæ frales raisons alléguées par Spcttmann ne nous paraissent tiun minorum, débutant : Sed quia regula fratrum mino­ point décisives pour attribuer définitivement cc traité rum... a quibusdam temere perucrlitur, a été publié a Pierre de Sepcria. d’abord dans les Firmamenta trium ordinum beatissimi 17. Signalons encore un Speculum anima· en quinze Patris nostri Francisci, part. IV, fol. exii sq., Paris, chapitres, Inc. : Mirabilis est sibi anima mea ct miror 1512; ensuite dans Firmamentum trium ordinum, se mirantem cetera nonnulla sine admiratione decer­ part. Ill, fol. 72 r°-76 v°, Venise, 1513; enfin par A. G nentem, signalé par Wadding, op. cit., p 117, ct par Little, op. cit., p. 27-55. Le Tractatus pauperis a été Sbaralea, op. cil., p. lit ; — De decem prœceplls, Inc. : cité et loué par Pierre Jean Olivi (cf. Arch, franc, Duo sunt mandata Dci, signalé par Wadding, ibid., hist., t. I, 1908, p. 622), par Ubertino de Casale (cf. ct p »r b’éret, op. cit., p. 327 : — un traité qui commence : J. Spcttmann, Qucllenkritischcs zur Biographie des Cum scienttic quodam sint de rebus, contenu dans le J. Pecham, dans Franzisk. Studicn, t. n, 1915, p. 182 cod. G, / V, 55 J de la bibl. nat. de Florence ct mention­ par Alvare Pélage, De planctu Ecclesia·, fol. 300, Ulm, née par les éditeurs du De humana· cognitionis ratione ! (1171], (ibid.), et très probablement par Ange de (3aanccdota quudam, p. xvi; — Speculum Ecclesia· de I reno. Ibid., p. 182 18 1. missa. Inc. : Dicit apostolus, et contenu dans le cod. L. Oliger, Die thcologische Question des Johannes 255 du Corpus Christi College d'Oxiord. qui, d'après Pecham über die uollkommene Annul, dans Franzisk. les continuateurs de Sbaralea, op. cit., p. 11 I, doit être I Sludien, t. îv, 1917, p. 131-136, a dûment prouvé que attribué à Hugues de Saint-Cher, O. P. (cf. Quétifle Tractatus pauperis fut écrit contre le Contra adver­ E chard, Scriptores ord. praedicatorum, t. 1, p. 202); — sarium perfectionis chrlslianic de Gérard d’Abbeville, De ratione diei dominica, Inc. : Ecce, char iss ime, singu­ qui y prend à partie l'auteur franciscain du Manus lis /estis, signalé par Wadding, op. cit., p. 1 17 et par quæ contra Omnipotentem, et non contre le De perfec­ Ft ret, op. cit., p. 327; — une Dtf/lnicio theologia·, com­ tione et excellentia clericorum de Nicolas de Lisieux, mençant par : Pauca theologia: rudimenta, et conservée comme quelques-uns le soutiennent. Le c. xvi cepen­ dans cod. Gg. IV, 32, fol. 10, de la bibl. univ. de Cam­ dant est dirigé contre les Collationes Scriptura· sacnc bridge; - Roboratio quirdam ad articulos fidet, Inc.: de Guillaume de Saint-Amour et a probablement été 1 I7 PECHAM. OUVRAGES DE SPIRITUALITÉ ! 18 ajouté nu Tractatus pauperis primitif, qui n'aurait faisaient m peu de cas (ProL, n. 3; c. i, n. 11 ). les trois compris que 15 chapitres. De la sorte, ce traité pri vœux du frère mineur, cn particulier celui de pauvreté mit if aurait etc composé à Pans entre la date de la absolue (c. ï, n. 4-10; c il, n. 7-9), les transfuges de publication de l'ouvrage cité de Gérard d'Abbeville l’ordre (c. ij, n. 13-15), la nudité des pieds (c. il, n. 17(vers 1266) et l'apparition des Collationes de Guillaume 23), la défense de recevoir de l’argent (c. iv, n. 3-21), de Saint-Amour. Le dernier chapitre toutefois aurait le travail manuel non obligatoire (c. v, n. 3), l’expro­ été ajouté après la publication des Collationes. priation en commun (c. vir n. 2-21), le droit de prêcher D’après C. L. Kingsford et A. G. Little, op. c//., p. G, : et de confesser (c. ix, n. 3-9), la distinction des pré­ le cod. lat. 3119 de la bibl. de Munich contiendrait ceptes et des conseils (c. i, n. 3; concl. 1-3). » C’est a une réponse de Nicolas de Lisieux à une question tort que Sbaralea, op. cit., p. 112, observe que VExde Jean Pecham, dans laquelle il expose l'essence de positio regula· fratrum minorum, qui commence : Sed la pauvreté évangélique : Responsio ad quicstionem qua quia regula fratrum minorum beato Francisco divinitus quieritur in quo consistit perfectio paupertatis eoangeinspirata, est mutilée. Il s’agit en effet de deux expli­ licit. cations différentes de Pecham, dont l'une constitue le 2. Quiesttones de vita religiosa citées plus haut, c. x du Tractatus pauperis ct l’autre un traité spécial, col. 112, dont l’une se rapporte à la perfection évangé­ compose après 1273. lique et l’autre à l’acceptation des oblats. 5. Defensio fratrum mendicantium ou Disputatio 3. Tractatus contra Kihiiardbg, qui dénote beaucoup mundi et religionis. C’est une composition poétique, se d’analogie avec les précédents. Cc traité qui débute : rapportant aux disputes entre le clergé séculier et Super tribus ct super quatuor sceleribus non faciliter régulier. Ce poème constitue un exemplaire typique convertitur fraternæ innocentia: impugnator, est con­ de la littérature satirique, a laquelle les membres de servé dans le cod. Plut. XX'X V/, dext. 12, et Plut. X V, j l’un ct de l’autre clergé avalent recours cn France au dext. 12 de la bibl. Laurentlcnnc de Florence, ainsi que xnr siècle ct en Angleterre au xiv·, dont de nombreux dans le cod. 3417 de la bibl. palatine de Vienne. Voir poèmes ont été rassemblés par Wright dans Political L. Oligcr, dans Arch, franc, histor., t. iv, 1911, p. 151. poems and songs, 2 vol., Londres, 1859-1861. Notre Il a été publié récemment par F. Tocco, dans La ques­ écrit constitue une défense des ordres mendiants en tione delta pooertà net secolo jnr, secondo nuovi docu­ forme d'une dispute tenue entre le monde ct la reli­ menti, Naples, 1910, p. 219-275, et dans Fratris | gion devant la curie romaine : d’où le litre de Dispu­ Pecham, quondam archiepiscopi Cantuariensis trac­ tatio mundi et religionis. Ge poème qui commence : tatus tres de paupertate, p. 121-117. Cc traité constitue (1 Christi vicane, monureha terrarum, est conservé dans une réponse de Jean Pecham à une lettre écrite le cod. XIV, 20, fol. 291-297, de la bibl. universitaire par Robert Kihvardby, son prédécesseur sur le siège de Cambridge; le cod. Digby 166, fol. 68-71, de la bibl. archiépiscopal de Cantorbery ct ensuite cardinal Bodléienne d’Oxford; les cod. nouv. acquis. 409, 1573 et 1742, ainsi que le cod. lat. 7906 de la Bibl. nat. de (t 1279), à des novices de l’ordre des prêcheurs, dans Paris. Cf. Fratris J. Pecham tractatus tres de pauper­ laquelle il exalte fortement sa propre famille religieuse et fait des allusions pleines de malice ct d’ironie à l’or- . tate, p. 8 ct 1 18-151. Cet écrit a été publié parmi les dre des frères mineurs. Cette lettre provoqua le traité œuvres de saint Bernardin de Sienne (t 1 150). auquel on l'a attribué (Opera S. Bernardini Senensis.cd.de La de Jean Pecham, dans lequel il reprend les affirmations 1 lave, t. m, Venise, 1715, p. 115-1 IS); par B. 1 iauréau, de Kihvardby, les examine et les réfute l’une après dans Bibliothèque de ΓÉcole des Chartes, t. xlv, 188 L l’autre, bien souvent non sans une note d’indignation p. 1-30, qui le considère comme une œuvre de Guy de ou d’ironie à l’égard de l’illustre dominicain ct de son la Marche, O. F. M. (t C. 1315); par C. L. Kingsford, ordre. Ce traité, qui constitue un des plus anciens dans Fratris Johannis Pecham tractatus tres de pau­ documents sur les controverses entre prêcheurs ct pertate, p. 159-198. mineurs, fut probablement composé pendant les Kingsford dénie la paternité de ccttc Defensio à années que Pecham enseignait à Oxford,ou lors de son Bernardin de Sienne et a Guy de Marche pour l’attri­ provincialat, c'est-à-dire entre 1272 et 1276. buer à Jean Pecham. L. Oligcr, Arch, franc, hist., I. Expositio regu lie fratrum minorum. Inc. : Qui I. îv, 1911, ρ. 119-150, est d accord avec Kingsford cumque hanc regulam secuti fuerint, pax super illos et pour refuser à Bernardin la composition de cc traite; misericordia. Elio est conservée dans le cod. Santail lui dénie même la paternité «le la rédaction plus Croce, Plut. XV, dext. 12, fol. 116 v°-lll r°, qui est longue que Kingsford revendique pour celui-ci. Quant panni les plus anciens que l’on connaisse. Ce ms. à Guy de Marche, L. Oliger soutient que la critique l’attribue explicitement a Jean Pecham : incipit externe et le témoignage des mss. lui est plus favorable expositio venerabilis patris et magistri fratris Johannisde qu’à Jean Pecham et que les arguments de critique Pechiano super regulam fratrum minorum. Contraire­ intente· allégués par Kingsford, ne sont point décisifs ment aux éditeurs des œuvres de saint Bonaventure à pour attribuer cc traite a l’archevêque de C.antorbéiy. Quaracchi, qui attribuent cet écrit au Docteur séra­ L'attribution de la Defensio reste donc toujours dou­ phique (Opera omma S. Ronaventuriv, t. vin, 1898, teuse. Tous les auteurs s’accordent cependant pour p. Lxxi-Lxxii, et 391, note 1) cl l’ont édité parmi ses l’attribuer à un membre de l'ordre des frères mineurs, ««•livres (op. cit., p. 391-137), le P. Ferdinand Delorme. O.F.M., soutient que ΓExpositio regulir doit être consi­ qui y défend son ordre contre les attaques du clergé séculier. Quant à la date de composition, tandis que dérée sans conteste comme l’œuvre de Pecham. Trois Kingsford soutient que la Defensio a été composée chapitres de Jean Pecham pour la défense des ordres après 1252, date de la mort de Pierre Martyr. Oliger mendiants, dans Studi francescant, t. xxix, 1932, p. 19. relègue le terminus post quem après le 2 février 1255, Postérieure à 1273, d’après le même auteur, elle aurait date de la lettre échangée entre Jean de Parme. été écrite par Pecham, alors «ju’il était provincial O. F. M., et Humbert de Romans, O. P., pour rappro­ d'\ngleterre. Quant au contenu, le P. Delorme écrit : cher leurs deux ordres. Dès le principe on peut y lire qu’elle sera un récon­ 6. Canticum pauperis pro dilecto. Inc. : Confitebor fort pour les amis, qu’elle veut servir aussi de guide tibi Domine rex, et collaudabo te, Deum salvatorem aux égares (pii, jetant sur la règle de saint François meum, quoniam non sustinuisti (n morte animam meam des regards mauvais, cherchent à obscurcir de leurs miseram obdormire. Il est conservé dons de nombreux ténèbres la clarté même. Le fait est que tous les points mss., énumérés dans la preface de l'édition de ce traité, a l’ordre du jour y sont abordés franchement et sans p. xix-xx, qu’ont fournie les frères mineurs de Quapeur, tels la soumission au Saint-Siège, dont certains 119 B j j I • e ί PECHAM. OUVRAGES DE SPIRITUALITÉ nacchi, avec colle du Stimulus amoris de Jacques de Milan, sous le titre : Stimulus amoris Fr. Jacobi Medio­ lanensis. Canticum pauperis I'r. Johnunis Perham sec. codices mss. edita, dans Bibliotheca franciscana ascelica Medii .Evi, t. r, Quana chi, 1905. Le texte du CanUrum pauperis y occupe les p. 133-205. Notons toute fois que la dernière partie, commençant : Vita' tandem formam (ed. cil., p. 197-205), se rencontre quelquefois seule avec le titre : Forma vitir fratrum minorum, comme dans le cod. du collège de Saint-Antoine et le cod. J/73 du collège Saint-Isidore à Rome. Venu aussitôt après ΓExpositio regulœ, le Canticum pauperis doit procéder de peu, d'après le P. F. Deforme, O. F. M., Trois chapitres etc., dans Studi francescani, t. xxix, 1932, p. 49, la nomination de Pccham a la charge de lecteur du Sacré-Palais (1276). Cet opuscule constitue une explication, une défense et une recommandation de la règle et de la vie des frères mineurs; il conduit l'âme à la recherche du vrai bonheur et le lui montre à l’école de saint François. • L’opuscule a ceci de singulier, écrit le P. F. Delorme, p. 50, que l’auteur, usant d’un artifice littéraire, con­ duit son jeune disciple â travers les objections tant ressassées par les adversaires de la vie franciscaine et leur oppose â chacune, comme sorties de la bouche d’un vieillard expérimenté, probatissimum seniorem, autant de réponses rappelant de très près celles du Tractatus pauperis, de la lettre à Kihvardby et de VEx­ positio regular. Ces trois traités sont bien de Pccham et par conséquent il n’y a pas de raison suffisante de reconnaître saint Bonaventure dans le vénérable vieil­ lard de la bouche de qui sortent de si mirifiques ora­ cles, le Canticum eût-il des traits de ressemblance plus ou moins lointains avec ΓΑρυ/οι/ια pauperum du Doc­ teur séraphique. · Seule une grosse illusion d’optique aurait amené, d’après le meme auteur, le P. L. Lammens. l’éditeur du Canticum pauperis, â identifier le senior avec saint Bonaventure et à voir dans 1'Apolo­ gia pauperum la source principale du Canticum. (Cf. éd. cit. du Canticum, préface, p. xvn-xix.) < Tout autre est la réalité, conclut le P. F. Delorme. D’ailleurs, saint Bonaventure, mort en 1271 et avant d’avoir atteint 55 ans d'âge, ne saurait être que très impropre­ ment appelé · vieillard > dans un récit paru quelque deux ans après son décès. · La dernière partie du Can­ ticum, la Forma vitir retrace l’esprit franciscain et résume les préceptes qu’eut raine la vie des frères mineurs. 7. Spéculum disciplina. Inc. : Ad honesta tendentes imprimis necessarium habent. Il est attribué générale­ ment, par les mss. et les auteurs, à saint Bonaventure et fut imprimé très souvent parmi les œuvres et les opuscules de celui-ci, comme récemment encore dans les Opera omnia S. Bonavcnluric, t. vm, Quaracchi. 1898, p. 583-622. (.et avis est soutenu entre autres par Sedulius, dans la préface de l’édition de ce traité qu’il publia à Anvers, en 1591, et Bonelli, Prodrom., col. 619 sq. Ils ajoutent toutefois que Bernard de Besse y aurait mis la dernière main. D’autres, comme Oudin, Comment., I. ni, col. 131, et les éditeurs vénitiens des ouvres de saint Bonaventure l’attribuent à David d’Augsbourg, O. F. M.; Sbaralea, op. cit., 1.1, p. 167, et l. n. p. 113, le revendique pour Jean Pccham, parce que le Memoriale ordinis, dans Firmamenta trium ordinum beatissimi Patris nostri Francisci, fol. 21 vu (Paris, 1512) et Firmamentum trium ordinum, part. L fol. 336 (Venise, 1513) l'attribuent â l’archevêque de Cantorbéry. Les éditeurs de Quaracchi l’ont restitué â son véritable auteur. Bernard de Bcsse, O. F. M., compagnon et secrétaire de saint Bonaventure, de la custodie de Cahors dans la province d’Aquitaine. Opera omnia S. Bonaventurir, t. vm, p. xcv-xcvi, et p. 583. η. 1 ; F, Delorme, A propos de Bernard de liesse. 120 I dans Studi francescani, 1925, p. 120-128 et 1927, 1 p. 216-228. Les éditeurs de Quaracchi opposent au témoignage de Firmamenta et de Firmamentum celui de la Chronica XXIV Generalium qui est bien plus ancien et plus important. Cf. Analecta franciscana, t. m, p. 377. Ils donnent aussi de nombreux mss. I qui contiennent ce traité et dont un seulement l’at­ tribue à Bernard de Bcsse, à savoir le cod. noun, acquis. 216 de la Bibl. nat. de Paris (op. cil., p. xcvn-xcvni). Pour les multiples éditions et les versions du Speculum disciplina, nous renvoyons â Sbaralea, op. cil., t. i, p. 167, cl t. n, p. 113-11 L Une traduction italienne : Specchio di disciplina, vient d’en être fournie récem­ ment par G. Palazzolo, O. 1·’. M., VIcencc, 1930, in-16, 368 p. Il l’attribue également à Bernard de Bcsse. Cependant, ce n’est point la première traduction ita­ lienne qui ail été faite de cet ouvrage, comme semble le dire l’auteur dans le titre de son édition, puisque des traductions italiennes ont été publiées en 1581, à Naples, sur l’ordre du ministre général François Gon­ zaga; en 1602, â Brescia, par Bernardin Obicini; en 1606, à Venise, par Hippolyte de Montemaio; en 1621, a Venise, par Augustin Gai lucii; cf. Sbaralea, op. cit., t. n, p. 113-11 L Comme Bernard de Bcsse a été le secrétaire et le compagnon de saint Bonaventure, on peut croire que l’opuscule a été composé sous son inspiration. — C’est un recueil d’avis et de conseils pour l’éducation exté­ rieure des jeunes religieux, empruntés â diflérents Pères de l'Église, tels que saint Augustin, saint Jérôme, saint Benoit, mais surtout saint Bernard et Hugues de Saint-Victor. D’après Sbaralea, op. cil., t. π, p. Ill, le P. Jacques Polius, frère mineur alle­ mand, aurait composé un Compendium de. ce Spécu­ lum disciplina: et l’aurait publié à Cologne, en 1617. 8. Philomena. C’est un cantique pieux, dans lequel l'âme contemple et médite la vie du Christ. Il débute : Philomena, pneuia temporis amœni, et fut édité dans les Opera omnia S. llonanentunc, éd. de Quaracchi, t. vin, p. 669-674. Au cours des siècles, il a été attribué à différents auteurs. Tandis que quelques-uns le con­ sidèrent comme une œuvre de l’Anglais Jean Hovedcn, contemporain de saint Bonaventure, cf. Sbaralea, op. cit., I. i, p. 163, et Fabricius, Bibl. med. et inf. atatis, t. iv, p. 85, d’autres l'attribuent â Jean Pccham et la plupart des critiques le revendiquent pour saint Bonaventure, parmi les œuvres duquel il est géné­ ralement publié. Parmi les nombreux mss. qui le contiennent et dont les éditeurs de Quaracchi ont publié la liste, op. cit., t. vm, p. cv-cvi, dix-sept sont anonymes, deux portent le nom de Bernard; un celui d’Alain, deux celui de Pccham et quatre celui de saint Bonaventure. Les memes éditeurs refusent de revendiquer la paternité de Philomena soit pour Ber­ nard, soit pour Alain, soit pour Jean 1 loveden, auquel ils attribuent cependant un cantique semblable, mais distinct, qui commencerait : Ave, Verbum, ens in principio. A choisirentre saint Bonaventure et Pccham, ils préfèrent l’attribuer â l’archevêque de Cantorbéry, parce que le style de Philomena ne s’accorde point avec celui du Docteur séraphique; cf. op. cil., p. cix cv, et 669, n. 3. Après eux, les auteurs considèrent généralement ce cantique comme l’o uvre de Jean ! Pccham. Il a été traduit, au cours des siècles, en alle­ mand, cf. Opera omnia S. Bonauenturw, t. vm, p. ex, en espagnol, en français cl en Italien; cf. Sbaralea, op. cit., t. i, p. 163-164 et L. Ollger, dans Arch, franc. Inst., t. iv, 1911, p. 1 18. Ce dernier cite trois versions italiennes qui ont été faites pendant la même année 1874, l’une, à Home, par G. Rè. O. F. M.; les deux autres, à Gênes, respectivement par A. Campanella et François-Marie de Salenies, O. M., dans Delia poesia I nel serapco dottore S. Bonavenlura, p. 128-171. 12! PECHA M. (EU VUES PASTO HALES 0. Dialogus de statu sw.culi, attribué à différents | auteurs par les mss, qui le contiennent, dont deux cependant le revendiquent pour .lean Pccham : le cod. lut. fol. /29 de la bibl. nationale de Berlin, et le cod. //, 333 do Carlsruhc. Il débute : Magister quid faciendo vitam asternam possidebo (cl. De hum anie cognitionis ratione anccdota qmrdam, p. XVII), lu. Meditatio de corpore ChrlstL Inc. : Ad mensam magnam sedisti, quia talia oportet te. præparare. (Sontenue jadis dans le cod. 587 de la bibl. du couvent San ta-Croce Λ Florence (ci. Sbaralea, op. cil., t. n, p. 113). I I. Meditatio de sacramento altaris et ejus utilitati­ bus, conservée dans le cod. lut. 2735 de Ia Bibl. nat. de Paris, b’éret, op. cit., t. n, p. 327, η. I. Cette médi­ tation doit probablement être identifiée avec la pré­ cédente. 12. De passione Domini. Inc. : Pullus aquila san­ guinem. Cité par Wadding, op. cit., p. 1 17 ct par .John Boston (I 110) dans son Catalogus virorum illustrium, publié par D. Wilkins, dans Bibliotheca britannicohibrrnica auctore Thoma Tannero, p. χχχιιι, Londres, 1718. Cf. J. Spcttmann, Qucllcnkritisches zur Biogra­ phie des J. Pecham, dans Franzisk. Studien, t. n, 1915, p. 280. 13. Citons enfin un Specchio de9 /ratie dette suore qui serait conservé dans le cod. K. IV de la bibl. Riccardienne à Florence. Cf. Sbaralea, op. cit.. t. n, p. 111. 1° Ouvrages homiléliques ct pastoraux. - - 1. Colla­ tiones de omnibus dominicis per annum. Inc. : Honeste ambuletis, mentionnées par Pau gust in anglais J. Boston (1 110), op. cit., p. XXXIII, et par Wadding, op. cit., p. 117, cf. .J. Spcttmann, op. cit., p. 280. Cet ouvrage est contenu dans le cod. Rawlinson C. 116, fol. 30-39 (incomplet), et dans le cod. Laud. Mise. 85, fol. 1-31, de la bibl. Bodléienne d’Oxford.— A.Lecoy de la Marche, La chaire française au Moyen Age, p. 517, Paris, 1866, cite un sermon de Jean Pccham, qui serait contenu dans le cod. 211 de la bibl. d’Angers ct un autre qu'il aurait · prêché aux écoliers de Paris ». D’après C. L. Kingsford ct A. G. Little, Fratris Johannis Pecham tractatus tres de paupertate, p. 12, le cod. A. 11 de la bibl. ainbrosicnne de Milan contiendrait aussi des ser­ mons do Jean Pecham. 2. Constitutiones provinciales, publiées par G. Lyndwood, dans Provinciale, à Oxford, en 1 181; ensuite à Londres, en 1496 el I 199; ù Paris, en 1501 ct 1506; ù Londres, en 1510; ù Anvers, en 1525; ù Londres, en 1557; à Oxford, en 1663 et 1679. Elles furent publiées aussi dans toutes les collections des conciles : Labbe, t. XIG, col. 1062 sq. cl 1156 sq.; Ilardouin. t. vu, col. 779 sq. et 859 sq,; Cold, t. xiv, col. 633 sq. ct 735 sq.; Mansi, t, xxiv, col. 257-270, 103-128, 159166. Les Constitutiones provinciales comprennent les Constitutiones promulguées et les Statuta ou capitula décrétés au concile de Reading, en 1279, Mansi, col. 257-261, et au concile de Lambeth, en 1281. Ibid., col. 103-120. Dans les Additiones ad concilium Redingense, Pecham confirma les libertés et les droits de l’université d’Oxford, Mansi, col. 267-269, et dans Revocationes provisionum concilii Reading, il révoqua l’abolition prononcée nu concile de Reading de quelques droits ct privilèges du roi en matière spiri­ tuelle. Mansi, col. 270. On ne sait si ce fut dans ce même synode de Reading que l’archevêque de Cantor­ béry publia un édit pour la réforme des religieuses : Ordinationes in domibus religiosis. Mansi, col. 261-268. Au concile de Lambeth, en 1281, Jean Pccham pro­ mulgua un exposé sur les constitutions d'Othon et Ottobonl, cardinaux-légats en Angleterre : Exposi­ tiones in constitutiones Othonis et Othoboni. Il y décrète l'exécution de ces constitutions, en ajoute quelques nouvelles et quelques mesures devenues nécessaires. 122 Mansl, col. 363-36L Dans les Littera? contra exemptos. adressées h l’évêque de Londres, Pccham déclare suspens les abbés ct prieurs opiniâtres qui avaient refusé de venir au concile de Lambeth ct ordonne de mettre sous séquestre les revenus des églises annexées à leurs monastères. Mansi, col. 123-124. On lit encore, col. 423-428, la lettre courageuse adressée, le 2 no­ vembre 1281, par l’archevêque de Cantorbéry, au roi Édouard, en réponse à celle du roi, dans laquelle il s’opposait à la célébration du concile, Littera Êduardo ejus nominis regi Anglia post conquestum primo, de libertate Ecclesia, col. 121-122. Il V défend l’autorité et la liberté de l’Église que le roi ne respectait pas scrupuleusement. Jean Pccham publia encore, en 1282, une Lettre synodale, adressée au pape Martin ΓΑ , au sujet de la mise en liberté d’Amaury de Monfort, chapelain du souverain pontife : Littera synodalis directa domino papa· super liberatione Amalrici de Montefortl. Mansi, col. 464-466. En 1281, l'archevêque de Cantorbéry promulgua des ordonnances très impor­ tantes pour l’Église du pays de Galles. A. Had dan et W. Stubbs, Councils and ecclesiastical documents, t. r, Oxford, 1869, p. 562 sq. et 571 sq. Aux trente et un chefs d'accusation, rédigés contre lui par les prélats, dans lesquels 11 s’agissait surtout d’empiètements sur leur juridiction ct d’appels trop facilement admis à l’ollicialité métropolitaine, Jean Pccham, dans un esprit de paix, faisait de légitimes concessions dans : Responsiones ad articulos episcopo­ rum contra dominum archicpiscopum Cantuariensem, ct dans : Ordinatio super querelis officiali Cantuariensi per subditos fratres sufjraganeos illatis. Peut-être écri­ vit-il aussi contre scs accusateurs : Apologeticon ct Apologia synodalium statutorum. Toutes les lettres synodales ct pastorales de Jean Pccham ont été ras­ semblées ct éditées par D. Wilkins, dans Concilia Magnæ Rrilanniir. et H i berniæ ab anno MCCLXVI11 ad annum MCCCXLIX, t. ir, Londres, 1737. Quant aux mss. qui contiennent ces constitutions, on peut voir Pr. Johannis Pecham tractatus très de pauper­ tate, p. t0-ll. 3. Hæreticæ quiedam opiniones declarator et condem­ nata* ou Errores damnati, conservés dans plusieurs mss. : le cod. 24 (2) de Corpus Christi College, le cod. 214 du Pembroke College, le cod. 303 du Gonville and Cains College, Λ Cambridge, le cod. 141 de la bibl. commu­ nale de Todi (L. Leonil, Inventario dei codici delta biblioteca communale de Todi, n. cxli, p. 50, Todi, 1878). le cod. Horgh. 361 de la bibl. vaticane (ci. Pr. Johannis Pccham tractatus très de paupertate, p. 7). L’ancienne bibliothèque du couvent de Saint-Fran­ çois, a Assise, en aurait possédé aussi un ms., selon L. Alcssandri, Inventario dclT antica biblioteca del S. Convento di S. Francesco in Assisi, compilato net 1381. n. L!v, η. 13, Assise. 1906. Ces Errores damnati furent publiés par I). Wilkins, Concilia Magnae Bri­ tannia·, t. ii, p. 123-124, ct dans Ch. Trice Martin. Re gistrum epistolarum fratris Johannis Peckham, t. m, p. 221-223, Londres, 1882. Ayant renouvelé, en 1281, In condamnation des 30 articles faite en 1277 par Robert Kihvardby, alors archevêque de Cantorbéry, Pccham s’attira les invectives des dominicains, prinI clpalcment de Richard Knapuell. Il y répondit par des lettres qu’il écrivit tour â tour au chancelier ct aux maîtres d’Oxford. aux cardinaux Mathieu Orsini, Ordonius ct Jérôme d’Ascoli ct à l’évêque de Lincoln. Comme les dominicains ne désarmaient pas, Jean Pccham réunit ù Londres, le 30 avril 1286. un synode pour examiner certaines propositions hérétiques répandues en Angleterre, contenues dans Annales de Dunstaplia, publiées par H.-R. Luard, dans Rer. Bril. Médit .Evi scrtploresA. xxxvi c, Londres. 1866, p. 323. Huit de ces propositions furent censurées et con- 123 PECHAM. OUVRAGES LITURGIQUES damnées comme hérétiques. On peut retrouver ces articles dans toutes les collections des conciles. Cf. M uhi. t xxt\. < ol. 618-650. 5® Ouvrages liturgiques. — L Officium SS. Trinita­ tis. — Disciple fidèle de saint François d’Assise, qui sc distingua par sa grande dévotion à la Sainte-Tri­ nité (ci. W. Lampen. O. F. M.. S. Francisais, cultor Trinitatis, dans Arch, franc, hist., t. xxi, 1928, p. 149167), Jean Pecham composa un office de la SainteITinitc en vers rimés. Bien qu’il se distingua, pendant son épiscopat, par sa grande dévotion et son amour pour la liturgie, la raison extérieure qui le poussa à composer cet office, fut pourtant tout autre. D’après W. Lampen, O. F. M., Jean Pecham, O. F. M., et son office de la S. Trinité, dans la France franciscaine, t. xî, 1928, p. 221, c'était une dévotion spéciale que l'archldiocèsc de Cantorbéry avait héritée de saint Thomas Becket, au xir siècle, qui célébra la fête de la Sainte-Trinité le premier dimanche après la Pente­ côte. L’Église de Borne fut cependant plutôt contraire i cette solennité. En 1260, les frères mineurs accep­ tèrent la fête au chapitre de Narbonne; mais, dès 1279. elle était supprimée au chapitre d’Assise. Ce ne fut qu’en 1334 que Jean XXII Institua la fête de la Sainte-Trinité pour toute l’Églisc et imposa l’office, composé par Jean Pecham. Cet office resta en vigueur jusqu’à la réforme du bréviaire par saint Pic V, en 1568, qui le remplaça par celui que nous avons encore aujourd'hui. Il existe de cet office, qui débute : Sedenti super solium, de nombreux mss., comme on peut le voir dans Ulysse Chevalier, Repertorium hymnologlcum, n. 18779, et plusieurs éditions dans de vieux bréviaires ou des collections d’hymnes; ci. I’. Chevalier, op. cil, et Brèves, Analecta hymnica Medii /Evi, t. v, p. 19-21, et t. L, p. 593-597. Le P. François Titclmans, O. M. cap., publia, à Anvers, en 1530, l’office de la SainteTrinité, composé par Pecham, avec un commentaire, suivi d’une biographie de l’archevêque de Cantorbéry : Liber de sacrosancta et super benedicta Trinitate, in quo ecclesiasticum officium, quod in illius solemnitale legit romana Ecclesia, clare lucidcquc explanatur. Le même office a été édité récemment par \V. Lampen, O. F. M., op. cil., dans La France franciscaine, t. xi, 1928, p. 223229. Les leçons du 1er et 2” nocturnes ainsi que l’ho­ mélie du 3* nocturne sont empruntées à saint Augus­ tin. I 2. Psalterium bealir Maria virginis de Psalmis sacris sumptum, ou Psalterium meditationum beatœ Maria, Inc. : Mente concipio laudes conscribere (ou depromere). est conservé dans les cod. Dd. XV, 21, foL 1-15, Ff. VI, 14, fol. 8-22, et Mm. V, 36, rapport sur les erreurs averrolstcs enseignées à Paris, C’est d’ailleurs ce que confirme pleinement l’atti­ chargea l’évêque de Paris, Étienne Tcmpicr, de procé­ tude prise par l’archevêque de Cantorbéry dans la der a une enquête. Celui-ci convoqua une assemblée suite de ce pénible débat. Le renouvellement des de maîtres en théologie et d’hommes prudents qui dressèrent une liste de 219 propositions que Tcmpicr mesures de Kilwardb}’ excita une vive émotion chez les dominicains, qui sc répandirent en invectives et en condamna comme erreurs, le 7 mars 1277. calomnies contre Pecham, lequel semble avoir eu Dirigé principalement contre l’a verrais me. cet acte jusqu’alors les meilleures relations avec eux. Informé frappait aussi certaines doctrines de Roger Bacon, de des bruits répandus sur son compte, Pecham écrivit, Gillcsde Rome et de Thomas d'Aquin. Le 18 mars 1277, le 17 décembre 1281 une lettre au chancelier et aux quelques Jours à peine après le décret d’Étienne Tcm­ maîtres d’Oxford, pour mettre les choses au point. Il picr, l’archevêque de Gantorbéry, le dominicain y rappelle le but qu’il s’est proposé en renouvelant les Robert Kilwardbv, fit prohiber à son tour, non comme hérétiques, mais comme dangereuses, une série de ordonnances de Kihvardby, à savoir d’enrayer les troubles qui ont surgi à l’université. Il s’y défend de thèses grammaticales, logiques ct physiques. Parmi ces demiores, les principales sc rapportent aux théo­ l’accusation d’avoir procédé avec trop d’animosité contre l’ordre des prêcheurs, vu qu’il n’a fait que renou­ dos thomistes de la génération, de la passivité de la veler ce que l'un d’eux avait déjà décrété avant lui. matière, de l’unité de l’âme dans l’homme ct de l’in­ Il n’a d’ailleurs point visé les doctrines olllciellcs de troduction de formes nouvelles dans le corps humain l’ordre. Quant aux opinions propres à frère Tliomas après la mort. De tout cela, il résulte abondamment d’Aquin, leur valeur est étudiée actuellement en cour que Jean Pecham ne fut point l'initiateur ni l’âme du de Rome. D’ailleurs, ajoute-t-il, frère Thomas les a débat qui se déroula à Paris de 1268 à 1277 entre soumises au jugement des maîtres en théologie de Paris l’augustinisme traditionnel cl l’aristotélisme, mais et lui, Pecham, le sait bien, puisqu’il était présent. bien saint Bonaventure, dont la doctrine augustinienne triompha des théories aristotéliciennes. Mais là n’est pas la question, dit-il. A Rome, on non visage pas l’affaire comme à Oxford. Autre est le pro­ 2 Péchant continue cette action. - Cela n’empêche blème soumis par Paris à la cour romaine, autres les toutefois point que Pecham. dans son enseignement à règlements déterminés par la sagesse de Kilwardby Paris et à Rome, ait combattu le mouvement aristo­ pour les discussions des tout jeunes étudiants à télicien ct thomiste, comme cela résulte de scs nom­ Oxford breux ouvrages. Loin de se calmer, le trouble dut aller en s’aggra­ Les dominicains, défenseurs des théories de saint vant. Le 1er janvier 1285, Pecham écrivit une longue Thomas, ne s’étaient pas considérés comme battus, ct continuaient In lutte pour la suprématie de la doctrine lettre au cardinal protecteur, Mathieu Orsini, au car­ thomiste. Ils travaillèrent dans ce sens principalement dinal Ordonius, évêque de Tusculum, au général des frères mineurs et au pape. Le. P. Jules d’AIbi l’analyse à Oxford, où ils s’efforcèrent de supplanter l’augusti­ ainsi, op. cit., p. 129-133 : Parlant d'abord de nisme traditionnel au profit de l’aristotélisme mitigé l’unité de la forme substantielle, il note que c’est là de saint Thomas. C’est ici que Jean Pecham entre en scène pour maintenir la défense de l’augustinisme une opinion défendue par le frère Thomas d’Aquin, de sainte mémoire. Mais, ajoute-t-il. ce docteur prouva sur le terrain fixé par saint Bonaventure. pleinement sa bonne foi, tant dans la défense de cette En sa qualité d’archevêque de Gantorbéry ct de primat d’Angleterre depuis 1279, Pecham avait le opinion que dans celle de plusieurs autres, la soumet­ tant humblement au jugement des maîtres parisiens. pouvoir et le devoir de visiter l’université d’Oxford et de veillera renseignement qui s’y donnait. Ses convic­ De cela il se porte garant par la certitude même de ce qu’il a personnellement entendu dans l'assemblée des tions philosophiques, son devoir pastoral et l’attitude du Saint-Siège, depuis Jean XXI jusqu’à Hono­ maîtres à Paris. Les dominicains ont provoqué Par rin'· IV, lui imposaient de suivre les traces de son pré­ chevêquc et se sont vantés de défendre ces opinions décesseur sur le siège de Cantorbéry, Robert Kllenvers et contre tous; ils ont eu même l’audace de ssardbs, O. P., comme le remarque justement le répandre contre l’archevêque des bruits qui ont gra P. E. Longpré, art cit., p. H. Ce même auteur conti­ veinent porté atteinte à sa réputation. Cependant, nue : · Ennemi des nouveautés, comme il l’écrivait l'archevêque a confiance dans la vérité. Mais afin de aux franciscains de Cambridge, le 5 septembre 1279, couper court aux calomnies, il s’adresse directement mais nullement opposé aux recherches philosophiques au pape afin de tout remettre au point. Il écrit a Rome utiles à la théologie, il comprit rapidement le danger ( parce qu’il a l’expérience du milieu pontifical et qu’il n’ignore pas ce qui s’est passé lors du changement de qu'impliquait l'oristotélisation à outrance de la philo­ sophie et de la théologie » les excès de Siger de Rrason prédécesseur. Il se demande même s’il n’est pas bant en fournissaient la preuve décisive - et le un peu tard et si le pape n’est déjà prévenu par la délaissement de saint Augustin et des Pères. Ce qu’il partie adverse. Il explique pleinement, dans cette avait combattu dans son enseignement à Paris, à lettre, son attitude et sa décision et observe avec un Oxford et a Rome, il le poursuivit encore après son sens admirable l’écart total qui sépare les deux grands élévation û l’épiscopat avec une dignité qui t’ho­ courants doctrinaux du xm® siècle, comme l’observe nore C’est pourquoi, en vue d’apaiser le conflit qui le P. E. Longpré, art. cit., p. 4'2-13 : < Nous vous écridéchirait a Oxford les dominicains, défenseurs des I vous ccs choses, dit-il, pour que, si par hasard votre doctrine* de saint Thomas, cl les protagonistes de sagesse en entend parier, vous connaissiez la situa­ l'augustinisme traditionnel, il ne trouva rien de mieux tion de fait dans son absolue vérité. Que la sainte que de rt nouvclcr et de confirmer, le 29 octobre 128*1, Église romaine daigne considerer que la doctrine des les ordonnances portées par Robert Kilwardby en deux ordres est actuellement en opposition presque 1277 contre le* théories aristotéliciennes. L’unique ! complète sur toutes les questions dont il est permis de tnobiir qui engagea Pecham a prendre ces décisions disputer; la doctrine de l’un de ces ordres, délaissant importantes fut, comme le remarque le 1*. E. Longct, jusqu’à un certain point, méprisant les enseigne- 133 PECHAM. CONFLIT ENTEE S ÉC U LIEES ET E É G U LI E E S mcnts des Pères, sc fonde presque exclusivement sur les opinions des philosophes, de telle sorte que la mai­ son du Seigneur s’est remplie d’idoles ct de la langueur qu’engendrent les disputes; qu'elle considère enfin quel péril une telle doctrine constitue pour l’avenir de l’Églisc! N’cst-il pas absolument inévitable que l’édi­ fice s'écroule si l’on en brise les colonnes? Si l’on méprise les docteurs authentiques, tels qu’Augustln ct les autres, ne faut-il pas que le prince des ténèbres l’emporte ct que la venté succombe à l’erreur? » Les dominicains anglais ne désarmèrent point. Mais, même s’ils l’avaient voulu, cela leur deve­ nait impossible après les décisions prises aux cha­ pitres de Milan (1278) ct de Paris (1279) pour enrayer l’opposition qu’on faisait au thomisme. Cf. A. Calle­ bant. art. cit., p. 465-166. · De guerre lasse, explique Jules d'Albl, op. ci/., p. 133, Pecham retourne contre les dominicains l’argument de leur propre conduite. On l’accuse de s’acharner contre un mort (à savoir Thomas d’Aquin)! Eh bien! non seulement c’est là chose fausse, mais au jour où frère Thomas était dis­ cuté à Paris en présence de l’évéquc et des maîtres de l’université, où étaient-ils donc ces défenseurs intré­ pides? En face de frère Thomas qu’ils accablaient de leurs arguments vigoureux,c'est lui, Pecham,lui qu’on accuse de s’en prendre à un mort, c’est lui qui, seul, a essayé de prendre la défense de frère Thomas. > Telle est l’idée centrale de la célèbre lettre que Pecham adressa, le 1er juin 1285, à Olivier Sutton, évêque de Lincoln. L’écart profond entre la pensée franciscaine et augustinienne et le courant aristotélicien s’ctail tellement accentué que Pecham affirme dans cette lettre que les deux écoles de saint Bonaventure et de saint Thomas étaient en lutte ouverte dans presque toutes les questions qui n’étaient pas matière de foi. Pecham y écrit, à l’adresse d’un de ses détracteurs, ces lignes historiques : « Vous savez que nous ne réprouvons aucunement les éludes philosophiques pour autant qu'elles servent aux dogmes théolo­ giques; mais nous réprouvons ces nouveautés pro­ fanes qui, contre la vérité philosophique et au detri­ ment des Pères, se sont introduites, il y a environ vingt ans, dans les profondeurs de la théologie, entraî­ nant le rejet et le mépris manifeste de la doctrine des Pères. Quelle est donc la doctrine la plus solide et la plus saine, celle des Ills de saint François, c'est-à-dire de frère Alexandre de llalès de sainte mémoire, de frère Bonaventure et de leurs pareils, dont les œuvres, a l’abri de tout soupçon, se fondent à la fois sur les Pères cl les philosophes; ou bien cette doctrine nou­ velle qui lui est presque totalement contraire, qui consacre ses forces à détruire ou à ébranler tout ce qu’enseigne Augustin sur les règles étemelles et la lumière immuable, les puissances de l’âme, les raisons séminales Innées dans la matière ct sur d’innombra­ bles autres questions, propageant ainsi la dispute à travers le monde entier? Que nos anciens le voient, eux en qui réside la sagesse, que le Dieu du ciel le voie et le corrige... Nous vous prions donc instam­ ment. nu nom de la sollicitude vigilante que vous ieu et le prochain. Dans les c. 11 et in. il montre comment la perfection évangélique a été enseignée cl pratiquée par le Christ, et les apôtres qui ne possédaient rien, ni en commun ni en privé Les c. iv cl v sont consacrés à réfuter les objections de Gérard d’Abbeville et a confirmer sa propre thèse. Dans le c. vi, Jean Pecham étudie les relations entre celte pauvreté absolue et les vertus et fait ressortir les avantages de la pauvreté volontaire pour la vie spirituelle el religieuse. Os six premiers chapitres ont été édités par le P. Anastase Van den Wyngaert, comme on l’a dit ci-dessus, col. lit». Ensuite, Pecham prouve, dans le c. vu. que les religieux ayant fait vœu de pauvreté évangélique peuvent; sans le moindre détriment de leur étal» vivre d'aumônes soit libéralement offertes, soit reçues par la quête. Au c. vm, il réfute les objections que Gérard d’Abbeville faisait contre celle conception de la vie pauvre et au c. ix il reprend à fond la question du travail manuel, traitée auparavant par saint Bona­ venture dans la question De perfectione evangel ica, Opera, l. v, ρ. 156 sq., et répond aux objections faites par les opposants contre la façon de vivre des frères mineurs qui ne se croient pas obligés au travail manuel. Ces trois dernières questions, inédites jus­ qu'ici, seront éditées par le P. Ferdinand Delorme, O. F. M., qui en a commencé la publication dans les Studi francescani, l. xxix, 1932, p. 51-62. Le c x four­ nit une explication détaillée de la règle des frères mineurs. Il a été publié par A. G. Little, voir col. 116. Dans le c. xi, Jean Pecham soutient la supériorité des réguliers sur le clergé séculier contre Gérard d’Abbe­ ville, qui avait essayé de démontrer le contraire, en alléguant que, n’étant tenu par aucun lien, le clergé séculier pouvait sc mouvoir plus librement d’après la nécessité des Ames. Pecham reprend, dans le c. xii, les arguments du dernier livre de Gérard qui traite du jeûne et «les austérités, el démontre la vérité des sen­ tences opposées. Au c. mii, l’archevêque de Cantorbéry expose la théorie de la perfection qu’il nomme de sullisanee el qui est propre à tous les chrétiens. Elle consiste dans l’observance des préceptes el dans l'expiation continue des nombreux péchés véniels que l'homme commet. Le c. xiv est consacré A l’exposé de la perfection des prélats qui, avant d'être élus, doivent exceller dans la pratique des vertus et. après leur élection, posséder la sainteté A un degré plus élevé «nie les fidèles qui leur sont soumis. Les trois derniers chapitres sont encore inédits. A.-G. Little en a publié quelques fragments, op. cit., p. 55-60. Le c. xv montre que les prédicateurs et les confesseurs du clergé régulier font un grand bien, parce qu’ils tra­ vaillent non comme des ennemis, mais comme les ser­ viteurs et les aides des évêques et des curés. 11 a été édité par le P. F. Delorme (voir col. 116). Enfin Jean Pecham réfute, dans le c. xvi, cinquante objections puisées dans les Collationes Seriphinrsacnv attribuées A Guillaume de Saint Amour de sorte que ce dernier cha­ pitre semble avoir été ajouté après coup et que l’œuvre primitive du Tractatus pauperis parait avoir été com­ plète en quinze chapitres. Des mss. semblent d’ail­ leurs confirmer celle thèse. Ainsi, le P. L. Oliger, O. F. M., Die thcolugische Question des J. Pecham fiber die vollkonunene Armai, dans Franz. Studien, t. iv, 1917, p. 136, affirme que les cod. lut. Monac. 23 //3 et 21 ltd ne contiennent que les quinze premiers cha­ pitres et que le premier de ces manuscrits, <|ui ne contient que le Tradatus pauperis,se termine: Explicit libellas de paupertalc. Ce chapitre a été publié par 1 A. G. Little , op. cit. , p. 63-9(1. 138 Outre ces deux ouvrages, Jean Pecham a laissé, sur la lutte entre les clergés séculier et régulier, quatre autres écrits qui révèlent l’étendue a bibliolrca di leltcratura, sforla ed artr, p 211-229; F. Delonne, O. F. M., Lu Summa de esse et t, v, Naples, 1910. toenlhi · de Jran Prcham, archevêque de Cantorbêry, dans A. Te et a eut. Studi froncescanl, t. xxv, 1928, p. 56-71; du même, Trois PÉCHÉ.- I. Introduction à la théologie du péché. chapitres de Jeun Pecham pour ht défense des ordres men­ diants. dans Studi franerstani, t. xxtx. 1932. p. 17-62; · II. La nature du péché (col. 1 15). III. La distinction l*npim. L'Etruria fnuicescanu. Sienne. 1797, p. 137; F. De­ des péchés (col. 159). I\ Les péchés comparés entre lon»*, O. F. M., A propos de Bernard de Hesse, dans Studi eux (col. 165). V. Du sujet du péché (col. 177). VL Les frutices tant. I. xxil, 1925, p. 120-128; t, XXIV, 1927. p. 216causes du péché (col. 191). \ IL Les cflets du péché 228; A. Ixxos de la Marché, Lu chaire française au Moyen (col. 212). \ 11L Péché mortel et péché véniel (coi. 225). Age. l*ari>, 1866, p. 517. IX. Le péché philosophique (col. 255). - Il ne sera t I t. Ehrle, Der Augustinlsmns und der Aristotelismus in question ici (pie du péché · actuel ·. Sur le péché orldrr Seholasttk gegen Ende des XIII, Jahrhunderts, dnns trehli» /ür iJtrrutur· und Kirchrngcschichtr des M. .1., ; ginel, voir l’article suivant. t. v, 1889, p. frf0-635; du même, l.*agodlnismo c Taristo· L Introduction λ i-a théologie du péché. iellsmo nrlla so>(a; ou l'infraction • •m dtr l/hrr de^ hriltff Thomo» ιμ»π Again in dm rr»tm ultime que dans le premier quart du xiv* siècle. De ce que nous avons dit. il résulté abondamment que Jean Pcchain occupe une place à part dans les querelles littéraires qui.au xni* siècle, déchiraient le clergé sécu­ lier et le clergé régulier Son Tractatus pauperis est un traite de grand style, un superbe plaidoyer en faveur de la vie religieuse qui, avec les apologies de Bertrand de Bayonne (Thomas d’York?) cl de saint Bonusenlurc, constitue un triptyque de premiere beauté tout à l'honneur des Ills de saint François. PECHE. INTHODUCTlüN ù quelque règle : pécher contre la langue ». La phi­ losophie sanctionne l’usage et abandonne ce mot volontiers à la théologie. I n moraliste contemporain, toutefois, le retiendrait comme signi liant la perver­ sion de la volonté même de l’agent moral, que ne marquent aussi nettement m le mot de faute ni le mot de crime. Cf. Lalande. Vocabulaire technique et critique de la philosophie, 1928. au mot Péché. Si l'on néglige celte acception rare, notre mol français traduit heureusement celui de peccatum, tel que l’ont employé les théologiens. Ceux-ci ont pris leur vocable de la langue latine. Il y signi Ile, et chez maints auteurs, une faute morale, ce qui ne comporte point nécessairement une transgression de la loi divine. Mais il avait dans la langue classique une slgnilication plus étendue et débordant la morale; dont il y a une trace dans certains usages du verbe français. Par ailleurs, la langue latine disposait d’autres mots pour exprimer de quelque façon la faute morale, comme culpa, crimen, delictum; de la même famille que peccatum : peccatio cl peccatus, -ds, (pii sont d'un usage rare. Cf. Forcellini. Totius latinitatis lexicon, Prato, 1858-1860, aux mots cités. Il faut particulière­ ment relever dans la langue philosophique de Cicéron le mot de peccatum, qui traduit I'αμάρτημα des stoï­ ciens : ci. Marin O. Liscu, Élude sur la langue de la philosophie morale chez Cicéron, Paris, 1930, p. 213; il s’entend donc, avec le sens moral qui est alors le sien, en fonction du système entier (cf. in/ra), Un texte typique de la langue latine sur le sens moral attaché au mot dont nous parlons, chez Cicéron, Epist. ad jam., I. V, c. xxi sub / : Tu, si me diligis, /ruere isto otio, t i bique persuade, porter culpam et peccatum, qua semper curuisti et curebis, homini acci­ dere nihil posse quod sit horribile aut pertimescendum. I! est remarquable qu’en matière de péché les auteurs chrétiens ont renchéri sur le vocabulaire classique et créé notamment peccator et peccatrix (on trouve peccans chez Sénèque et peccatus, de peccor, chez Térence; cf. Lexicon cité). Sous le mot de péché -, nous traitons ici du pec­ catum considéré en sa seule acception théologique. Sur le mot signifiant le péché dans les langues anglosaxonnes (anglais. Sin; allemand. Stlnde), voir une intéressante dissertation de ,1. Grimm. Abstammung des Mortes « Stlnde », dans Theoloyische Studien und Kritikcn, l. n, 1839, p. 717 sq; l'article Sin (teutonic), dans J. Hastings, Encyclopaedia of religion and ethics, t. n, p. 576. 2° Notion générale du péché en dehors de la révéla­ tion. La théologie catholique du péché dérive pro­ prement de la révélation chrétienne. Mais il peut ii’ètre pas indifférent au théologien de connaître quelle idée ont eue du péché les religions et les philosophies Il appartient à des disciplines spéciales de l'en infor­ mer. Sur le péché dans les religions des non-civilisés, on peut consulter, mais en surveillant les interprétations de l'auteur : E. Westcrmarck. L'origine et le dévelop­ pement des idées morales, trad, franç., Paris, 1928, 2 vol., t. n. c. xijx-i.ii et passim, voir l'index au mol Péché; dans les diverses religions, on lira les mono­ graphies groupées sous l’article Sin dans I’Encyclo­ paedia de .1. I Listings citée supra. Le sens du péché, accusé dans la plupart des religions, s’y accompagne n peut avoir la disposition bonne, et néanmoins pécher. L’élude des causes du péché nous découvrira d’où procède le péché dans les cas où il n’est pas l’acte d’un vice (voir col. 194 sq.). Le péché, qui est un acte mauvais, est pire que le vice, Ear une disposition, comme est le vice, tient le milieu entre la puissance et l'acte. Or. l’acte, en bien comme en mal, l’emporte sur la puissance : il est meilleur de bien agir que de pouvoir bien agir, il est pire de mal agir que de pouvoir mal agir. Et la raison en est (cf. Aristote, Mefaph., I. IX, c. ix, 1051a, 1-33; saint Thomas, leç. 10) que lu puissance est apte aux contraires tandis que l’acte est exclusif de son contraire. Dès 1ers, la disposition, meilleure ou pire que la puis­ sance, est moins bonne ou moins mauvaise que l’acte : elle est plus déterminée que ht puissance, mais elle ne possède point la détermination exclusive de l’acte. Le péché est donc pire que le vice. On démontre la même conclusion en considérant que V habitus est dit bon ou mauvais à cause de l’acte bon ou mauvais au­ quel il s’ordonne; c’est l’acte qui vétille au premier chef la raison de bien ou de mal. Le bien, en effet, dit fin ou perfection; mais la lin ou perfection d’une nature est son opération. Or, propter quod unumquodque et illud magis. l’acte est meilleur ou pire que V habitus puisque celui-ci n’est bon ou mauvais qu’en vertu ;> PÉCH É. GRANDEUR disent-ils. il dort à l’heure des mutines pour avoir bu trop de vin; il est sans bréviaire a l’heure de l’office parce qu’il l’a jeté à la mer), soit proprement un péché, ceux-là mêmes n’excusent pas le sujet de toute faute, car ils entendent bien qu’il a péché nu moment où il a librement posé la cause de l’omission. C’est l’appré­ ciation du pouvoir que l’on a <îe connaître l'effet de l'acte posé où il faut mettre du discernement et juger selon la complexité des cas particuliers : il sera quel­ I quefois patent; d’autres fois, il fera manifestement défaut; il sera assez souvent incertain. Cc (pie nous devons dire ci-dessous sur l'ignorance comme cause du péché contribuera à décider ces cas. Mais il demeure assuré que le volontaire n’est pas toujours l’objet d’un acte de volonté, il suffit qu’un acte n’ait pas été ac­ compli que l’on pouvait ct devait accomplir. Voir I Aristote, Eth. Nicom., I. Ill, c. v; S. Thomas, Sum. theol., l*-llro, q. vi, a. 3; q. lxxi, a. 5, ad 2um. ' Quelques théologiens ont étendu l’analyse que nous venons de rapporter ct apprécié la qualité morale de | la cause même de l’omission. Selon Capréolus notam­ ment. Il Sent., dist. XXXV, a. 3, ad 2e®, Durandi contra 2. concl., et les Sahnanticcnscs. disp. V, dub. m, n. 11, auxquels peut être opposé entre autres Durand de Saint-Pourçain. Il Sent., dist. XXXV. q. n. n. G. i l’acte qui est la cause de l’omission, qu’il soit par ail­ leurs bon. mauvais ou indifférent, prend raison de péché cn tant qu'ordonné à une omission coupable. Et ils cn donnent celte preuve que, poser la cause d’une omission coupable, c'est vouloir l’omission même dans sa cause au moins virtuellement ou de manière Interprétative, etc.; or. la volonté d’un péché est toujours un péché. (Les théologiens entendent bien que leur thèse se vérifie dans les cas mêmes où, posant volontairement la cause, on n’a pas cependant visé l’omission, car alors même il y a une influence réelle de Pacte volontaire sur l'omission, faute de quoi celle-ci ne serait pas coupable, (’.et acte, qui possède une malice réellement et physiquement distincte de celle qui est dans l’omission, est coupable dès le mo­ ment où il est posé. Aussi dcmeure-l-il péché, quand même l’omission, cn suite de quelque cause ultérieure, n’aurait pas lieu, car il peut arriver qu’un événement imprévu empêche l’effet normal de ce premier acte ct que l’on soit conduit à faire cela dont on avait librement préparé l’omission. On ne saurait, cn ce cas, parler de péché d’omission, lequel est encouru au moment même où l’on était tenu d’agir, Sum theol., !*-!!·, q. lxxi, a. 5. ad 3β·; 11*-II®, q. i.xxix. a. 3. ad 3·»; mais la thèse que nous rapportons signale opportunément que ce hasard n’ôte pas le péché déjà commis, cl dès le temps où la cause de l’omission a été posée. Dans le cas. en revanche, où l’omission advient, l’acte qui l’a causée ne fait numériquement avec elle qu’un seul péché, ct pour celle raison qu’il est tout entier ordonné à l'omission. Les cas ne manquent pas où des actes élémentaires, possédant chacun sa malice propre ct intrinsèque, se composent en un seul péché Xjoutons que les actes accompagnant l’omission ou la cause de l’omission, mais qui n’ont pas d'influence sur elle (comme si, ayant décidé de ne jMimt aller a la messe pour en éviter la fatigue, l’on passait le temps de la messe en quelque divertisse­ ment), ne sont pas viciés par l’omission et conservent leur propre valeur morale. Quant à l’omission elle-même, nous avons fait allusion déjà aux théologiens qui voient en elle l’effet d’un péché, et non pas proprement un péché, si elle a lieu quand il n’était plus au pouvoir du sujet de l'éviter. Mais ceux-là mêmes qui, à juste raison croyons-nous, estiment qu'une telle omission est encore cn elle-même un pêché, lui dénient cc caractère dans Je ras particulier où la cause de l’omission, d’ailleurs 1) U PÉCHÉ 156 librement posée, a pour effet de soustraire le sujet â la loi par rapport à laquelle se dit l’omission : soit un homme qui se rend volontairement malade pour échapper à certaines obligations qu'il redoute, mais auxquelles tout malade échappe. Il peut être utile de rapporter ici la formule de ce cas, telle (pie l’énon­ cent les Sahnanticcnscs, disp. V, dub. vj, n. 105 : Ubi causa impediens alicujus legis adimpletionem extrahit omittendum ab ipsa tege, sive tatis causa alias peceaminosa sit, sive non, et sive huc sive illa intentione apponatur, sequentes omissiones, etiam si sint prirvisa* aut intenta', non imputantur ut peccata neque in causa neque in seipsis. ( 'bi vero pried icta causa omitten­ tem non extrahit a legis obligatione, et voluntarie uppo sita est, omissiones sequentes in ea pra visa vel pravi deri debita. omnes imputantur, et sunt formaliler pec­ cata tam in causa quam in seipsis. Billuart semble ne pas reconnaître le cas où l'on échappe à l’obligation de la loi. Diss. J, a. I. Par ailleurs, ce théologien signale que le péché d’omission n’est pas encouru si, avant le temps où il doit avoir lieu, on s’est repenti d’en avoir posé la cause cl que, cependant, l’on ne soit plus cn état d’éviter l’omission. Ibid. On peut juger maintenant de la constitution du péché d’omission. Il est affecté en tous les cas d’une malice privative, mais qui consiste celte fois cn la privation non de la rectitude requise à Pacte, mais de Pacte requis lui-même. Quand il comporte un acte, il possède en outre, avec cet acte, la malice dont celuici est grevé, et qui est privative et positive, scion l’analyse que nous avons faite au paragraphe précé­ dent : car cet acte est privé de la rectitude qui lui revient, et du fait qu’il constitue une tendance sur un objet contraire à la règle de raison. Dans le cas où le péché d’omission a été dit ne comporter aucun acte, il consiste cn une pure privation, mais possé­ dant comme un accident la double malice de Pacte qui l’a causée. Si l’omission n’avait pas lieu. Pacte propre à la causer conserve celte double malice, comme nous avons dit qu’il conserve sa culpabilité. 8° La grandeur du pet hé. La règle de raison s’est introduite en toutes nos analyses. Il n’y a de péché qu’en vertu de celle règle, qui a été contrariée, dont Pacte accompli ne porte point l’empreinte. Elle donne lieu au péché, comme elle commande, cn général, l’ordre des mœurs. Le sens du péché dépend donc, premièrement, du sens que l’on a de la requête de raison. Tenir qu'il y a une règle des actions humaines: qu’elles ne sont ‘point livrées à la fantaisie; que (l'aucune l'on ne peut jouer â sa guise : c’est avoir le sens moral, partant, le sens du péché. On ne saurait trop recommander aux hommes, s’ils doivent détester le péché, d’éveiller lout d'abord et d'entretenir cn eux la pensée de In règle de raison s’imposant à leurs actes. Que l’on prenne garde cependant de n’entendre point celte règle comme un précepte impérieux, tirant sa vigueur de l’autorité qui l’impose. Celle règle est une mesure. La reconnaître, c’est comprendre I qu’à Pacte humain convient une forme, où il trouve sa beauté. Par la vertu de celte règle. Parte humain I retire des objets où il s’applique cette qualité singu­ lière et cette dignité, que nous appelons la bonté mo­ rale. Que l'idée de règle évoque celle d’obligation, il ne faut point s’y méprendre mais voir cn celle obli­ gation l’exacte rigueur avec quoi s’impose la boute morale à notre nature. Il est requis que nous mesurions sur la raison notre action en tant que le vœu de notre nature est d’obtenir la plénitude de sa perfection. Le péché s’entend bien dans une morale de la béatitude : I il n’est rien de plus opposé que cet accomplissement de l’homme à la démesure, à la difformité, au mal du I péché. 1 Saint Thomas estime qu'il y a une notion philoso- phlquc isp. \ IL n. 23. nous. Où l'on saisit, dans la théologie catholique du On a recherché ce qui répond en Dieu à l’offense du péché, ce sentiment de l’humain engagé dans l'étemel, péché, quelle offense passive entraîne en lui l'offense contact de deux mondes d’où vient nu péché toute sa active,qui est de la nature même du péché. 11 faut dire misère, comme à l’action bonne toute sa grandeur prête fort bien. Saint Thomas l’eut end proprement comme une définition du pêché, ayant d’une parfaite définition toutes les qualités. Elle s applique à tout le défini. Car elle exprime les deux éléments du péché qui est d’etre un acte humain, ct désordonné. Disons même, pour notre compte, qu’elle exprime le désordre d'une manière qui convient bien à la constitution que nous usons reconnue au péché. Elle contient le péché d’omission en tant que la négation se réduit au même genre que l’afllrmation : dictum emporte non dictum, etc. Par ailleurs, il n’y a. dans cette définition, rien de superflu; elle a l’avantage de manifester que le péché, conçu dans la volonté, se réalise aussi en actes extérieurs. Elic est une définition morale, se réfé­ rant à cette hd, antérieurement à laquelle il n’y a pas de mal; non une définition juridique, qui laisserait échapper le mal non prohibé par la loi positive. Elle est enfin une définition digne de la théologie puis­ qu’elle oppose le péché non à la règle dérivée de l’ac­ tion humaine, mais à sa règle absolue et éternelle. Il n’est donc que de méditer sur la formule de saint Augustin pour découvrir, en sa concision, l’intégrale analyse (pic nous avons laborieusement conduite et dont Je terme enfin est ici touché. 111. La distinction des péchés. - 1° la distinc­ tion spécifique des péchés; 2e la distinction numéri­ que des péchés. 1° Distinction spécifique, — 1. Il y a des espèces de péchés; ta distinction spécifique se prend de l'objet voulu, - Comme nous avons dit que la malice d’un acte humain, comme aussi sa bonté, a pour cet acte valeur formelle, ainsi les espèces de péchés signalentelles autant d’espèces d’actes humains. La question présente est seulement de découvrir selon quel prin­ cipe de discernement opérer en espèces le partage des actes humains mauvais. On ne peut guère hésiter qu’entre la privation dont ils souffrent et le bien où ils adhèrent. Pour nous, notre choix est fait, car, ayant reconnu (pie le péché, non moins (pie l’acte moral en général, est constitué dans l’adhésion même à ses objets, nous devons aussi le diviser spécifiquement selon celte tendance positive (pii le constitue. Maints théologiens le spécifient selon la privation. Soit, par exemple, Scot, In //Ufn Sent., dist. XXXV 11, qr i : le pécheur, dit-il. pèche du fait qu’il accomplit un acte volontaire en désaccord avec la loi, ct cet acte volontaire n’est péché (pie parce qu’il peut être d’accord avec la loi; donc la raison precise du péché est la privation de la conformité de l'acte a la loi; le péché est donc spécifié selon la priva­ tion. Mais Cujélun a répondu (pie celte analyse est incomplète, P-ID*. q. lxxîî, a. 1 : car elle considère dans le péché son caractère d’acte volontaire, abstrac­ tion faite de sa qualité morale, ct la privation dont cet acte souffre; mais, entre les deux, n’y a-t-il pas la tendance vers un objet positif, où l’acte volontaire trouve déjà sa qualité morale et se constitue comme péché? Nous croyons que l’objet de l’acte est le prin­ cipe de spécification qui convient à la nature du péché. Pour saint Thomas, dont l’enseignement exprès rencontre celte conclusion, il énonce le présent pro­ blème â partir de cette donnée que deux éléments concourent a la raison même du péché, savoir l’acte volontaire et son désordre, (’.cite dualité intrinsèque du péché est ce qui crée l'embarras. Car. s’il faut dis­ tribuer les péchés en espèces (et saint Thomas n’en doute pas un instant), il faut d’abord décider selon lequel des deux éléments on v procédera : lrailer.i-t-on le péché, dans le cas. en tant qu'il est acte volontaire, ou bien en tant qu’il est désordre? On voit l’origina­ lité du problème que pose à saint Thomas la spécifi­ cation du péché. Pour le résoudre, il invoque l’inten­ 1 GO tion du pécheur. Elle porte directement sur l’acte du péché; ce qu’il veut, c’est exercer tel acte en telle matière; pour le désordre, il n’est voulu (pie par acci dent, en ce qu’il ne peut pas ne pas accompagner Pacte directement voulu. Donc, décide saint Thomas, il faut spécifier le péché en tant (pi’il est acte volontaire, non pas en tant (pi’il est désordre. Le recours à l’intention du pêcheur, (pii est le principe de ce raisonnement, s’inspire de cette pensée (pie le péché est essentielle­ ment volontaire;il en faut juger selon ce (pie le pécheur a voulu. En le spécifiant selon son aversion, on trahi­ rait, peut-on dire, l’intention du pécheur: on saisirait le péché par l’endroit où il ne l’a pas commis : c’est dire que le pécheur ne ferait plus ce (pi’il a voulu faire. Or. achève saint Thomas, c’est une règle commune (pie les actes volontaires soient spécifiés selon leurs objets; ainsi donc, selon leurs objets seront spécifiquement distingués les péchés. Celte conclusion rencontre la nôtre. On prendra garde (pi‘elle n’engage pas, telle que saint Thomas l’obtient, la question de la const it u lion du péché. On nous dit bien que le mal reçoit ici son espèce de l’objet voulu, mais où est le mal? Est-il dans la tendance positive vers l’objet? est-il seulement dans la privation concomitante? A supposer (pi’il ne fût qu’en celle-ci, on comprendrait encore (pi’il reçût sa détermination de l’objet même d’où il dérive. Nous faisons cette remarque en faveur de l’in­ telligence exacte de l’article de saint Thomas. Les privations distinctes dont souffrent les divers péchés ne peuvent être que consécutives aux espèces diverses où, d’ores et déjà, ils se sont établis. A ce litre d'ailleurs, elles ne sont pas sans intérêt pour la spécification des péchés. Dire (pie le péché d’intem­ pérance est spécifie comme privé du bien de la tempé­ rance, c’est rencontrer la vérité : aussi bien est-ce encore, en définitive, recourir à un objet, celui de la vertu, selon lequel celle-ci est spécifiée. Mais celle façon de parler n’est point formelle et ne touche pas l’espèce du péché par l’endroit précis qui la fait telle. De plus (encore que saint Thomas ne l’exprime point en son article), on ne peut déterminer sur la seule privation l’espèce dernière du péché : il advient en effet qu'à une seule cl même vertu s’opposent des péchés reconnus spécifiquement distincts, voire contraires entre eux. comme l’insensibilité ct l’intem­ pérance s’opposant à la tempérance. Ces deux péchés privent l’un et l’autre du même bien; et. puisque les privations sont spécifiées selon la chose dont elles privent, ces deux péchés seraient de même espèce. Le cas s’en retrouve à propos de toute vertu comportant deux extrêmes contraires, c’est-à-dire à travers toute l’étendue de la vie proprement morale. Notre principe de spécification.l’objet voulu, permet seul d'introduire en celle matière du péché les derniers discernements, cl avec la plus formelle rigueur. A l’inférieur même d’une seule espèce (te péché, comme l’orgueil cl In luxure, on n’appliquera pas un autre principe en vue de partager en espèces secondaires celle espèce prin­ cipale. L’objet spécifie le péché comme il spécifie l’acte humain. Or, on sait que la raison d’objet en cet ordre est applicable aux éléments intéressant la constitution de l’acte volontaire, à savoir la lin, et de certaines cir­ constances. La lin, poursuivie par le moyen de l’action immédiate, est objet d'intention volontaire comme cette action est objet d’élection : ce qui donne lieu a deux espèces morales, à chaque fols que l’objet de l’acte extércur n’est pas de soi et selon sa nature propre contenue sous la lin poursuivie par la volonté : par exemple, voler en vue de forniquer. En ce cas, ces deux principes de spécification s’organisent en élé­ ment formel cl en élément materiel : la lin. qui est principalement volontaire, ayant valeur formelle. 162 161 l’objet valeur matérielle D’où l’adage de saint Tho­ mas que celui qui vole en vue de forniquer est davan­ tage fornicateur que voleur. IMI·, q. xvm, a. 6, 7. Les circonstances de l'uctc tantôt sont spécifiantes et tantôt ne le sont pas. Le concile de Trente a consa­ cré, sur ce point, un enseignement traditionnel de la théologie, en même temps qu’il en signalait l’impor­ tance, quand il inscrivit, comme matière nécessaire de la confession, dans le sacrement de pénitence, les circonstances qui changent l’espèce du péché : eus circumstantias in con/essione explicandas esse qua speciem peccati mutant. Scss. xiv, c. v; cf, can. 7. Or. sont spécifiantes les circonstances qui passent en condition de l’objet voulu, c’est-à-dire celles-là qui, relatives à l’objet ou à la fin voulus, disent convenance ou répugnance spéciales à la raison, en sorte qu’elles possèdent un intérêt moral propre cl que la volonté, inclinant à son objet ou à sa fin, ne les peut accepter sans en recevoir une bonté ou une malice spéciales. Bien n’empêche, en effet, que cela même qui ne cons­ titue pus la substance de l’acte humain, possède un spécial rapport avec la raison. La circonstance ainsi spécifiante demeure une circonstance, n’étant voulue ni comme objet ni comme fin; néanmoins, elle est spé­ cifiante, constituant, comme dit saint Thomas, une condition de l’objet ou de la fin entendus dans leur sens moral. 1MI·, q. xvm, a. 10; q. lxxii. a. 9. Soit prendre le bien d’autrui, qui se trouve être un vase consacré au culte : de simple vol, le péché devient vol sacrilège. Dans le cas. cependant, où la circonstance intéressant la raison se trouve n’être point relative à l'objet ni à la fin voulus, elle n’introduit pas une espèce nouvelle de péché, si elle est mauvaise, mais mul­ tiplie seulement la raison de péché dans la même espèce. Soit le prodigue qui, dépensant inconsidéré­ ment son argent, en donne à qui il ne faut pas : cette circonstance du bénéficiaire non convenable, qui dit spéciale répugnance à la raison, cependant, ne déter­ mine point en une nouvelle espèce le péché de prodi­ galité, car elle n’en intéresse point l’objet même, qui est de donner plus qu’il ne faut, mais se trouve seu­ lement accompagner l’acte meme de la prodigalité. Inc étude détaillée de la spécification opérée par les circonstances, comme aussi bien par la fin ou l’objet, appartient à la doctrine de l’acte humain, dont le péché n’est qu’une espèce. Voir l’art. Aggravantes (Circonstances). Il apparaît assez que l’objet dont nous avons parlé concerne le terme de l’appétit volontaire; il se rencontre donc identique en des matières qui seraient en elles-mêmes spécifiquement distinctes; l’orgueil, par exemple, trouve son objet dans les plus mesquins avantages, comme une gra­ cieuse démarche, et dans les plus nobles perfections, comme une science consommée. 2. Distinction d’après les préceptes. On a proposé de distinguer spécifiquement les péchés selon les pré­ ceptes auxquels ils s’opposent. Vasquez représente celte opinion, op. cit., disp. X(’\ III. c. n. A la suite de saint Thomas, qui s’en déclare expressément l’ennemi (unde secundum diversa pnccepta legis non diversi fleantur peccata secundum speciem. Sum theol.. IMI*, q. lxxii, a. 6, ad 2um), les thomistes la réprouvent communément. La loi, en effet, donne lieu à l’aversion dans le péché, étant cela de quoi le péché détourne, et la spécification «les péchés sc prend de la conversion. A cette explica­ tion. il est vrai, on peut opposer que l’objet même où se porte la volonté du pécheur, et duquel, selon nous, le péché reçoit son espèce, n’est point l’objet brut» si I on peut dire, mais un objet prohibé : d’où la qualité morale de celle tendance; dès lors, la prohibition, donc le précepte, intéresse la conversion même de l’acte et non seulement son aversion. A quoi les Sai­ ni CT. DK TIIÉOL. CA Tl! OU man licenses répondent, disp. Vlll, dub. π, n 27. que la condition d’être prohibé ne dit pas dans l'objet quelque chose qui se tienne du côté de l’objet, et vers quoi, dès lors, tendrait le pécheur; mais bien plutôt un extreme à quoi cet objet s’oppose : le pécheur ne *c porte point vers la prohibition ni vers l’objet comme prohibé, mais vers l’objet, lequel est affecté de prohi­ bition, ou plutôt s’oppose à la prohibition. L’objet est dénommé prohibé extrinsèquement. Le précepte intéresse bien l’aversion du péché. Dans la mesure où les préceptes se distinguent selon les matières qu’ils concernent, leur distinction se trouvera rencontrer celle des péchés : coïncidence pareille à celle que nous signalions au sujet de l’opposition des péchés à la vertu, mais dont l’objet même, ici comme là, rend en dernier lieu raison. Les préceptes, par ailleurs, se divisent comme tels en maintes manières qui ne concernent en rien la division spécifique des péchés. Ils se divisent en néga­ tifs et positifs, lesquels donnent lieu respectivement aux péchés de transgression et sécs la théologie, au grc des occasions. Nous xenons d’opérer celle critique sur la division du péché en transgression et en omission, qui est des plus traditionnelles; nous l’avions opérée plus haut sur la division du péché en excès ct défaut qui s’ins­ pire de la morale aristotélicienne. Iteste que nous l’appliquions à quelques-unes des autres categories en cours. Il en est parmi celles-là qui intéressent l'objet du péché et donc possèdent une certaine valeur spéci­ fique. Ainsi, la distinction des péchés charnels et des péchés spirituels. On lu doit à saint Grégoire qui par­ tageait les péchés capitaux en ces deux grandes caté­ gories? Moralia. \X\L xr. 88, / ... t ivxm. col. 621 : septem capitalium mtionim quinque sunt spiritualia et duo carnalia. Saint Thomas, qui connaît deux espèces de délectations, précisément dénommées T. 163 PÉCHÉ. DISTINCTION NUMÉRIQUE spirituelle et charnelle, a l’idée d’entendre les deux catégories de péchés selon In délectation à quoi les péchés sont ordonnés, laquelle intéresse essentielle­ ment la conversion du péché : car elle signale la pos­ session du bien que le pécheur convoite; ainsi peut-il attribuer une valeur spécifique, selon les lois de la plus rigoureuse philosophie, à l'antique et commune divi­ sion des péchés en charnels et spirituels. Sum. theol., lM-II·, q. lxxii, a. 2. Il fait de même en faveur de la distinction des péchés selon que i on pèche contre Dieu, contre soi-même ou contre le prochain. Pierre Lombard lui avait transmis cette distinction usuelle, // Sent., (list. XLII, dont Isidore de Séville, au gré de saint Thomas, Sum. theol., IMI·, q. lxxii, a. L est un témoin lointain. On en justifie la valeur spécifique en signalant que les trois termes du partage représentent des objets divers de l'action humaine. L'action mauvaise comme l’action bonne tend vers Dieu, vers soi ou vers le prochain. Et, comme il est des actions qui concernent proprement Dieu, en tant que cet objet dépasse ce que l’on doit cl à sol-mêmc et au prochain, comme il en est d’autres qui concernent celui qui les fait, à l’exclusion de quel­ que devoir relatif au prochain, nous obtenons là, ces trois termes étant entendus comme débordant suc­ cessivement l’un sur l’autre, un triple objet de l’action humaine; donc, le cas échéant, trois espèces de péchés, ('.elle distinction a l’avantage de circonscrire, si l’on peut dire, l’univers hiérarchisé de l’action humaine: aussi, la distinction des vertus en théologales et mo­ rales, et de ccs dernières en personnelles et sociales, rencontre-t-elle la même hiérarchie. D’autres distinctions ne signifient point des espèces véritables de péchés. Telle celle-là. qui se prend des causes, comme lorsque l’on dit : pécher par crainte, péchcr par cupidité, pécher par amour. Car, à chacune de ces causes, peuvent correspondre des objets divers, la crainte, par exemple, poussant à voler, à tuer ou à abandonner son poste Sum. theol.. IMI®. q. i.xxii, a 3. Inversement, un péché conserve son espèce quelle que soit la cause d'où il procède. Les causes du péché n’entraîneraient une spécification propre que si elles suggéraient une fin spéciale à laquelle on soumit l’action; dans la crainte de perdre son amant sacri­ lège, une femme consent à un laïque : de simple forni­ cation ou d’adultère qu'eût etc cet acte, il passe à l’espèce sacrilège, vu la tin enveloppée dans le sen­ timent qui l'inspire. Cajetan, D-llæ, q. i.xxii, a. 3. Selon saint Thomas, Sum. theol. 9 Ia-I læ. q. lxxii, a. 5, la distinction des péchés en mortels et véniels n'a point davantage valeur spécifique. Elle se prend en effet du reatus et du désordre, lesquels intéressent l’aversion du péché. Aussi trouve-t-on du véniel et du mortel dans la même espece de péché. Et si l'on dit exactement que des péchés sont mortels ou véniels ex genere suo, c’est que certains péchés, de leur nature, entraînent normalement des suites d’où leur vient cette qualité. On donnera ci-dessous. VIII, Péché mortel et péché véniel, les compléments et précisions néces­ saires sur cette matière. Les théologiens modernes dénomment volontiers cette distinction du péché \etundum species theologicas, expression insolite en théologie classique et dont l’apparente commodité ne rachète pas le double artifice. De saint Jérôme vient à la théologie une autre division des péchés : de pensée, de parole, . J. Chaîne, l.'épitre de saint Thomas, peut traiter ce point comme il suit. Mitre est l'intention du vertueux, autre celle du pé­ saint Jacques, Paris, 1927, p. 52. On retiendra de ccs explications que le texte inspiré ne saurait autoriser cheur, par rapport à la raison. Le premier entend se ce qu’on appelle une connexion des péchés; mais qu’il conformer ù la raison, et le souci de mesurer son action sur cette règle lui dicte sa conduite. D’où la connexion se prête à signaler les conditions privatives dont est ■ 167 PÉCHÉ. GRAVITÉ INÉGALE DES FAUTES affecté le péché, ct qui touchent à cela même qui est le principe de notre rectitude morale : la raison, la charité, la loi. Dieu. Par là, il y a un certain retentis­ sement universel de tout péché dans Pâme humaine. Là-dessus, voir VII, Les effets du péché. Ce n’csl qu’un bien particulier où l’on tend; mais c’est la majesté de la loi, etc., d’où l’on se détourne. On pense bien que cette dispersion, où sc répand le péché, ne fait guère l’affaire de la science morale, singulièrement de la théologie. Aussi, depuis long­ temps, et ne fût-ce que pour contenter un besoin de l'intelligence, a-t-on essayé quelque organisation de celte matière décevante. La théorie des péchés capi­ taux est l'un des meilleurs bénéfices de cette recherche, La théologie en doit l’héritage à saint Grégoire le Grand, qui le reçut d’une tradition déjà formée. Entendue à la manière de saint Thomas, comme nous verrons, cette classification possède une valeur objec­ tive ct dénonce une certaine connexion des péchés. L’amour de soi, qui porte le pécheur dans tous les sens, peut faire prévoir qu’il s’attachera à quelqu'un de ces biens que signalent les péchés capitaux. De plus, chacun des péchés capitaux est propre à susciter quelques péchés déterminés, le plus souvent associés à l’appétit déréglé de ce bien principal. Voir ci-des­ sous, VI : Les causes du péché. Par ailleurs, saint Thomas ne s’interdit pas à l’oc­ casion de relever quelque enchaînement de péchés quand il dit, par exemple, que des péchés moraux conduisent quelquefois à la perle de la foi, que des péchés plus légers conduisent à l’orgueil. Sum. thcol.. Il·-II·, q. clxii, a. V, ad 3uœ, ad luœ. Dr même, ne peut-on concevoir des hommes organisant systé­ matiquement leur vie de péché, en ce sens qu'une fin étant par eux préférée, l’excellence propre par exem­ ple, ils ordonnent ingénieusement à la servir les actes qui y sont le mieux adaptés? On serait donc tenté de reconnaître, en ce monde du péché, quelques lignes constantes ct quelques connexions partielles: gràce à quoi se trouve quelque peu dirigée, jusqu'au sein du mal, l’intention vagabonde du pécheur. 2° Inégale gravité des péchés. — Nous avons reconnu aux péchés une certaine communauté du côté de l’aver­ sion. Par là, ne sont-ils pas tous égaux? Et si l’aver­ sion fait la gravite du péché, par là ne sont-ils pas tous également graves? L Preuve de cette inégalité. — Une école philoso­ phique a jadis enseigné l'égalité dans le mal de tous les péchés, comme elle enseignait l’égalité de toutes les vertus. Saint Augustin a connu cette opinion stoïcienne qu’il rapporte dans la lettre à saint Jérôme déjà citée. Epist., clxvii, p. L., t. xxxiii, col. 733. Il eut même à la combattre chez des contemporains qui, sous l’in­ fluence de Jovinien, renouvelaient en plein christia­ nisme ces dogmes stoïciens. Et cette circonstance nous a valu de la part de saint Augustin des distinctions expresses où sc trouve définie ce qu’Harnack a appelé l’échelle de la vertu ct du vice. Voir art. Augustin, t. I. col. 2440-2111. Il n’est d’ailleurs pas impossible que l’on puisse relever, chez certains auteurs ecclésias­ tiques, comme saint Basile ct saint Isidore, des traces d’un sentiment suspect selon lequel les moindres péchés seraient déjà de grands péchés. On comprend le louable souci d’où proviennent ces pensées : mais elles sont en toute rigueur inacceptables (voir une pieuse inter­ prétation de ces auteurs dans Billuarl, op. cit., tr. De peccatis, diss. Ill) Saint Thomas a connu l’opinion stoïcienne, que Cicéron expose ct approuve dans scs Paradoxa ad M. Prutum, par. m (en deux autres ouvrages, le même Cicéron réfute l’opinion stoïcienne : Pro Murena, c. xxix-xxx;Dr finibus..., 1. IV, c. xxvii, n. 71 sq.). Tout indique que l’auteur de la Somme théolo­ 168 gique a vérifié scs informations par une lecture directe de l'écrivain latin. Contre l’opinion stoïcienne, le sens commun sc rebelle; le sens chrétien aussi, en ce qu'il a de plus constant, que confirment soil des textes inspirés (Qui tradidit me tibi majus peccatum habet, Joa., xix, 11; etc.), soit l’enseignement ordinaire ct les usages uni vends de l’Église. La nécessité de justifier l’inégalité des péchés contre la philosophie stoïcienne et ses adeptes renaissants conduira donc le théologien catho­ lique à préciser très exactement ce qu’il a d’abord avancé sur la commune aversion des différents péchés. Pour nous, la connaissance que nous avons acquise de la nature du péché doit Ici assurer notre étude, mais recevoir à son tour de celle-ci un surcroît de garantie et de discernement. Les arguments des stoïciens étaient nombreux : voir Cicéron, toc. cit. Saint Thomas semble avoir dé­ gagé justement leur pensée foncière quand il dit que ces philosophes considéraient le péché du côté de la privation; or, croyant que toute privation est absolue, ils concluaient que tous les péchés sont égaux (le mol de privation est étranger au texte de Cicéron; cf. ce­ pendant pour la pensée, quum, quidquid peccatur, perturbatione peccetur rationis atque ordinis, perturbata autem ratione et ordine, nihil possit addi quo magis peccari posse videatur...). Puisqu'il s’agit de l’aversion du péché, montrons que toute privation n’est pas absolue; que celle dont souffre le péché est susceptible de plus ct de moins. Un peu d’attention découvre (pi’il y a les deux genres de privations : celles qui ne laissent dans le sujet absolument rien de la disposition contraire, comme la mort qui ôte complètement la vie. Ges privations-là ne souffrent ni plus ni moins, et il serait ridicule de dire que des morts sont plus ou moins morts. Mais il est des privations qui laissent dans le sujet quelque chose de la disposition contraire, comme la maladie qui ôte plus ou moins de santé. A celles-ci, on applique justement le plus cl le moins, et tout le monde comprend qu’un homme soit plus ou moins malade. En ce cas, il est d’un grand intérêt que la privation soit petite ou grande, que la maladie soit légère ou grave: s'il fallait être malade, on préfé­ rerait l'être peu que l’être extrêmement; tandis que lorsqu’il faut mourir, ces différences perdent leur sens. Or, la privation dont souffrent les péchés est dans le genre des privations variables; jamais, elle n’est une privation absolue. Ils sont privés en effet de la juste convenance à la raison: or. ils ne peuvent l'être au point d’ôler complètement l’ordre de la raison, Bar le mal, s’il n’y a que du mal, se détruit lui-même. En l’espèce, il ne resterait rien de la substance de l’acte ni de l’affection de l’agent,s’il ne restait rien de l'ordre de la raison. Aussi importe-t-il beaucoup à la gravité des péchés (pie l’on s’écarte plus ou moins de la recti­ tude raisonnable. Sum. thcol., 1MI·, q. r.xxni, a. 2. On prendra garde que ce raisonnement concerne la privation dont souffre l’acte même du péché, non ces privations qui sont l'effet du péché. Quant à cellesci, elles sont absolues dans le péché mortel, qui ne laisse rien subsister dans l’àme de son rapport avec la vraie lin dernière, voir, η. VIII. Pour celte raison, beaucoup de chrétiens ne font plus guère entre les péchés d’autres différences que celles du mortel et du véniel : mais, si ce discernement est pratique ct vrai, il est loin de représenter toute la variété cl l’iné­ galité dont les péchés, même mortels, sont suceplibles; sans doute serait-il avantageux pour l’éducation des consciences qu’on divulguât davantage l’enseigne­ ment de la théologie que nous reproduisons ici. On y considère la privation dont souffre le péché en luimême. celle en quoi consiste ce que nous avons appelé plus haut, col. 117, la malice privative du péché, et 169 PÉCHÉ. GRAVITÉ INÉGALE DES FAUTES qui est l'accompagnement nécessaire de celte malice positive qui constitue le péché. Elle est faite du défaut de cela qu'eût mis dans Pacte la droite raison, mais nous en avons ci-dessus suffisamment débattu la nature. Sur le plan meim où il faut l’entendre, des théolo­ giens oïd néanmoins contesté la validité du raisonne­ ment que nous venons de rapporter. Vasquez a dirigé contre lui une objection célèbre. Op. cit., disp. XCIX, e. m; cf. Salin., op. rit , disp. IX. dub. i, n. 3. La pri­ vation dont souffre l’acte mauvais ne laisse rien dans le sujet de la forme contraire. Il le prouve, car la forme opposée â la privation dont nous parions est la recti­ tude cl la bonté morale; or, celle-ci est complètement détruite en quelque péché (pie ce soit, faute de quoi, cet acte serait à la fois bon cl mauvais. El. contre la démonstration de saint Thomas, ce théologien observe (pie ce reste de raison (pii subsiste plus ou moins, mais nécessairement en tout péché, faute de quoi le péché sc détruirait lui-meme, n’est point la forme opposée A la privation dont on parle, mais son sujet, à savoir la substance de l’acte libre; dès lors, qu’il y en ait plus, qu’il y en ait moins, cela ne fait rien A l’alhiire et ne touche pas A la privation dont nous parlons. Les thomistes ont tenté en plusieurs maniérés de justifier leur maître. Il fallait d’autant plus le faire «pie la propre position de Vasquez ne semble point satisfaisante. Selon ce théologien, l’on pourrait encore affirmer l’inégale gravité des péchés (et aucun théolo­ gien ne peut éviter de le faire), quand même la priva­ llon dont chacun est affecté serait absolue, car ces privations, égales en la raison de privation, seraient variables en la raison de mal.cn tant qu'elles prive­ raient d une perfection plus grande; ainsi la privation de la vue est un plus grand mal (pic la privation de l’odorat, encore (pie l’une et l’autre soient des priva­ tions absolues. Mais on voit aussitôt que cette expli­ cation ne rend point compte des gravités inégales en la même espèce de péchés. Salmenlic., op. cit., disp. IX, n. 19. La confirmation que tire Vasquez des péchés d’omission tombe, si l’on avoue que dans une même espèce l’omission prise en elle-même n’est point susceptible d’inégalité. Ibid., n. 21. Mais comment défendre le raisonnement de saint Thomas contre l’objection de Vasquez? Cajétan l’a tenté avant la lettre, quand il a expliqué ce raisonnement. On peut comprendre, dit-il, que le mal moral n’ôte point tout le bien opposé, en ce sens que tout acte, si mauvais qu’il soit, laisse subsister le rapport A la béatitude, donc au moins cette bonté morale commune. 1B-1I®. q. xvm, a. 6. Maison peut contester (pie ce rapport à la béatitude, qui subsiste en effet en tout acte libre, constitue une bonté morale et non pas seulement une bonté physique; de fait, certains thomistes n’accordent pas cette thèse A Cajétan. (Cf. Salin., op. cit., Oc bon. ct mal. hum. uct., disp. V, n. 46-17, cd. cit., t. VI, p. 1L8-119.) Négligeant quelques autres tentatives (voir ibid., tr. De vitiis cl pecca/is, disp. IX. n. 6-8). nous rapporterons les deux solutions qu’ont élaborées les Salmanticenses, et qui nous semblent sauver de la difficulté de Vasquez la validité du raisonnement de saint Thomas. Selon ces théologiens (dont la subtilité n’est pas superline en ce difficile débat), la malice privative du péché s’oppose immédiatement non pas A la bonté formelle de l’acte humain, mais A ce qu'ils appellent sa bonté fondamentale. Tandis (pie la bonté formelle consiste en la tendance formelle de l’acte vers un objet actuellement réglé par la raison, la bonté fonda­ mentale consiste dans le concours et la convenance de ces différents éléments: l’objet, la fin, les circonstances (pii, étant atteints librement et physiquement, fon­ 170 dent la bonté formelle; plus brièvement, clic est In tendance physique de l'acte vers l’objet, etc., d’où va résulter la bonté formelle. Que ce mot de tendance physique ne fasse pas ici illusion : nous entendons bien que celle tendance physique a une valeur morale, car clic s’adresse A des termes en tant qu’ils sont réglés par la raison : elle est la tendance tombant sous la loi morale. On ne la confondra point avec la substance de l’acte libre, qui fait abstraction du bien ct du mal. qui peut sc vérifier plus parfaitement dans un acte mau­ vais que dans un acte bon. Nos auteurs prouvent leur proposition, savoir (pic la malice privative s’oppose immédiatement A la bonté fondamentale, non â la bonté formelle, par plusieurs raisons, dont la première est cellc-d : la malice privative doit consister immé­ diatement en la privation de cela que l’homme est tenu de mettre immédiatement en son acte; or.il n’csl tenu d’y mettre que la bonté fondamentale. La bonté formelle, en effet, n’est qu’un mode ad venant A la substance de l’acte bon. résultant de cctlc bonté fon­ damentale que seule l’homme n le pouvoir de poser immédiatement. Disp. VI, n. 21-27. Celte distinction établie cl cette proposition prou­ vée. on réfute Vasquez en niant sa mineure, selon quoi la privation de rectitude dont souffre l’acte mauvais est une privation absolue. Car si. dans l’acte du péché, il ne demeure rien de la bonté formelle, il demeure et demeurera toujours quelque chose de la bonté fonda­ mentale. Ce dernier point s’établit facilement. Il n’est point d’acte mauvais en effet dont soient cor­ rompus tous les principes moraux concourant à le constituer : l’objet, la fin. les diverses circonstances: il y faudrait un hasard si peu probable ou une habileté si consommée que l’on peut tenir le cas pour chimé­ rique. Mais concédons que l’événement n’en soit pas métaphysiquement Impossible, ct qu’il ne répugne pas absolument qu’un acte humain se rencontre qui soit corrompu universellement par tous ces endroits. Il en restera du moins un autre, qui sauve notre thèse. Car en cet acte demeure sa relation avec la raison : or. nous pouvons dire que le fait même de procéder de la raison, et avec un regard A la raison, constitue une bonté fondamentale, celle-ci indestructible; bien plus, sur ce rapport A la raison est fondée toute la bonté morale de l’acte, et A cause de ce rapport sont dus à l’acte objet, circonstances et fin bons: car. du fait que l’homme agit comme raisonnable, la loi de raison lui dicte d’agir avec un objet bon, etc., c’est-A-dire avec toute la rectitude raisonnable que demande la matière où il agit. Cf. disp. \ I, n. 7. Ainsi subsistera-t-il. en tout acte humain.au moins celte bonté fondamen­ tale. laquelle, au demeurant, est variable en sa raison de fondement de la bonté morale, selon qu elle est conjointe A une plus ou moins grande malice. El. comme nous avons dit que la malice privative du péché s’oppose immédiatement A la bonté fondamen­ tale. on doit avouer que celte privation ne peut être absolue. Par IA est réfutée la mineure de Vasquez et maintenu le raisonnement de saint Thomas. Disp. IX. η. 8-12. On dira peut-être contre cette solution qu’elle se détruit elle-même, car. ayant reconnu que la bonté formelle résulte de la bonté fondamentale, nos théo­ logiens ne doivent-ils pus avouer que tout péché relient quelque bonté formelle, selon ce qu’il retient justement de bonté fondamentale? Mais la consé­ quence qu’on leur demande ainsi est vicieuse : dès que sc trouve corrompu l’un des principes d’où vient A l’acte sa moralité, les autres fussent-ils bons, l’acte ne doit pas avoir lieu; s’il a lieu, il est formellement mauvais. Il répugne A la droite raison (tue l’on fasse un acte qui lui soit contraire par quelque point. Nos théo­ logiens ont démontré ailleurs que le même acte humain 171 PÉCHÉ. GRAVITÉ INÉGALE DES FAUTES n<· peut à In fois être formellement bon et formelle­ ment mauvais. Op. cit., tr. De bon. et mat. hum. act., disp. VI, dub. i Nous croyons que ces analyses ne font que répondre à l’extrême complexité de cette matière et que l’on comprend malaisément saint Thomas au prix d’un moindre discernement. Les mêmes théolo­ giens ont proposé de l’objection de Vasquez une se­ conde réfutation, qui tient en ccd : que. du fait qu’un acte est raisonnable, il peut lui être dû une rectitude toujours plus grande; et donc la privation dont il est affecté n’csl point la plus grande dont il soit suscep­ tible. op cit., tr. De Ditiis et peccatis, disp. IX. η. 13-1 .x : il ne silfllt point, pour qu’une privation soit absolue, qu’il ne reste rien dans le sujet de la forme contraire. Λ l’occasion d’une opinion divergente, les carmes de Salamanque ont pris la peine d’étendre expressément la thèse de l’inégale gravité des péchés aux péchés contraires au seul droit positif. Il est seulement exact que certains de ces péchés ne croissent pas en gravité selon la quantité de l'acte prohibé; que l'on ait plus ou moins mangé avant de célébrer la messe, le péché est égal. Celte singularité tient à l’intention du légis­ lateur, qui a pu légiférer sur la substance de l’acte, non sur sa quantité. Ibid., disp. IX. dub. n. Quant aux péchés d’omission, où la privation ne se mesure point selon ce qui reste de droite raison dans l’acte qu’elle affecte, puisqu’ils peuvent être dépourvus de tout acte, la gravité en est inégale selon les préceptes affirmatifs dont ils sont l'omission. Voir Quœst. disp, de malo, q. ri, a. 9. 2. D'où se prend Γinégalité. — Les péchés sont donc inégaux entre eux. On l’a établi contre uiie école adverse cl par un argument valide. Du même coup, nous nous sommes imposé une tâche que les stoïciens évitaient, et qui est d’évaluer la gravité des divers péchés. Leur inégalité consiste en ce que ces actes humains sont privés plus ou moins de la rectitude raisonnable. Nous pouvons désigner par le mol de gravité une telle privation; de même qu’une maladie est dite grave à proportion que l’organisme est privé de sa santé natu­ relle. de même un péché est grave à proportion que l’acte humain est privé de la rectitude raisonnable. La gravité désignera donc ce que saint Thomas appelle l’aversion du péché, consécutive à su conversion. Nous avons bien établi ci-dessus que le péché consiste for­ mellement dans la conversion, c'est-à-dire dans celle tendance delà volonté vers un bien déréglé, qui est un mal moral positif; mais nous avons dit aussi qu’une telle conversion entraîne dans l’acte humain la priva­ tion de ce qui lui revient, privai ion où le mal moral sc trouve rejoindre la raison de mal. absolument parlant, où le péché reçoit le complément qui achève de le faire mauvais : aversio, dit saint Thomas, in qua perficitur ratio mati. Sum. theot., IMI·’, q. ι.χχιιι, a. 3, ad 2··. Evaluer la privation sera donc révéler le mal dont souffre le péché. Mais l’analyse que nous avons d’abord accomplie nous avertit que le mal ainsi déclaré et consommé est d'abord et principalement chose positive; 11 en va comme de la maladie, où la privation de la santé dénonce quelque foyer d’infec­ tion qui est la maladie même. A qui serait surpris en outre que l’on désignât la privation d’un mot évoquant poids et lourdeur, on répondrait Justement (saint Thomas, par une omission inattendue, emploie sans avertir le mol de · gravité ■) en signalant de la priva­ tion celte origine positive et déjà mauvaise que nous venons de rappeler. a) Premièrement et principalement, la gravité d'un péché se (ire de l'objet de ce péché. — On établit celte conclusion comme suit : La gravité du péché signale ce désordre ou celte disproportion de l’acte humain privé de sa rectitude. 172 laquelle se prend de la raison; comme la gravité d'une maladie consiste dans ce trouble d’un organisme dérangé de son ordre naturel. Or, il est manifeste qu’une maladie est d'autant plus grave qu’elle atteint un principe plus fondamental du bon ordre de !’< rganisme. soit le ccdtir ou les poumons, etc.; de même un péché est d’autant plus grave que son désordre con­ cerne un principe plus fondamental de l’ordre raison­ nable. La raison â son lour tire son ordre des objets auxquels adapter l’action, lesquels, â cc litre, ne sont pas seulement la matière, mais aussi les fins de l'action, d’où celle-ci, par conséquent, reçoit sa forme. Or. il y n entre ces objets, sur lesquels se forme l'ac­ tion humaine, diversité et hiérarchie. Λ s’en tenir aux catégories les plus saillantes, on signalera Dieu, l'homme, les biens extérieurs. L’objet le plus élevé est celui qui constitue le principe radical de l’ordre rai­ sonnable, c’est-à-dire la fin dernière : Dieu. On appré­ ciera les autres selon la proximité où ils sont de Dieu. Pratiquement, l’ordre de hi charité, que la théologie enseigne, donne la mesure exacte et concrète de la dignité des différents objets qui sont les fins de nos actions. On remarquera cette définition de l’ordre raisonnable et comme il mérite d’être appelé objectif. Qu’un acte humain se dérègle, il est maintenant manifeste que son désordre est d’autant plus grave qu’il concerne un objet plus élevé. Le péché d’homi­ cide, par exemple, qui trouble le bon ordre d’un acte par rapport â l'homme, est plus grave que le vol, qui le trouble par rapport aux biens extérieurs, moins grave que l’infidélité, qui le trouble par rapport à Dieu. On graduera les péchés selon la même règle à l’intérieur de chacune de ces catégories. Ce que nous venons de dire de l’objet des actes s’entend aussi des fins ultérieures à quoi ces objets peuvent être ordonnés, des circonstances qui en spéci­ fient la condition, puisqu’elles concourent avec ces objets à donner aux actes leur forme (voir ci-dessus, col. 159. la distinction spécifique des péchés). Il apparaît que tous les péchés, selon celle doctrine, en dépit de leurs différences spécifiques, sont compara­ bles entre eux sur le point de la gravité, car tous 1rs objets de l'action humaine, comme toutes les fins ou circonstances qui les peuvent modifier, se distri­ buent selon une seule hiérarchie et pour ainsi dire un seul genre, à quoi préside Punique fin dernière. Que la gravité ainsi déterminée soit la première cl la principale dont souffre un péché, comme nous di­ sions dans l’énoncé de celle conclusion, cela ressort qü'clle est prise i circonstances du péché. — Nous voulons dire, bien entendu, celles qui demeurent circonstances et ne deviennent pas spécifiantes. De meme qu’il est en toute chose une perfection essentielle, due aux principes spécifiques, a quoi s’ud; joint une perfection accidentelle, tirée des propriétés et des accidents; de même, dans le péché, outre celte gravité principale, prise de l’objet, que nous venons de considérer, il est une gravite accidentelle que déter­ minent les circonstances. Comme une seule circons­ tance défectueuse peut donner heu à péché, on conçoit aisément (pie la multiplication de telles circonstances cause dans le péché une gravité plus grande. L'aggravation du pèche par les circonstances a lieu de deux manières. Ou bien la circonstance est ellemême mauvaise, représentant pour sa part une cer­ taine corruption de l’ordre raisonnable. En ce cas. sa propre malice s’ajoute à celle qui vient au poché de son objet. Soit le prodigue qui, non content de dépenser trop, dissipe sa fortune en folles largesses : celte dernière circonstance aggrave, dans le cas, son péché de prodigalité. Il en va comme d’une maladie déterminée qui gagnerait de nouvelles parties du corps. Ou bien la circonstance n’est pas de soi mau­ vaise; mais, adjointe à ce qui fait le pêché, elle se trouve augmenter le désordre de l’acte, donc aggrave le péché. Avoir beaucoup ou peu d’argent de soi ne dit ni bien ni mal; mais si c’est l’argent d’autrui que l’on détient de la sorte, i) n’est pas indifférent que l’on en ait beau­ coup ou peu : la circonstance de la quantité, jointe à la possession Indue, contribue à la gravité du péché. Sum. theot., D II*, q. ι.χχιιι. a. 7; De main. q. il. a. 7. t n classement des circonstances se’on leur ordre d’aggravation, une fois les circonstances spécifiantes 175 PÉCHÉ. GRAVITÉ INÉGALE DES FAUTES mises à part, ne peut prétendre à une valeur constante, /η /V**· Sen/., dist. N\ I. q. ni, a. 2, q. n; cf. Sum. thcol., I®-!!4'. q. vu, a. I. On dira dans l’étude du péché véniel, voir infra, que .seule la circonstance spéci­ fiante peut aggraver le péché à l’infini, c’est-à-dire de véniel qu’il était Je rendre mortel. L’une des circonstances les plus remarquables, quant à la gravité du péché, est la personne du pécheur. Il faut tenir, en effet, qu’un péché délibéré est d’autant plus grave qu’il procède d’une personne plus considé­ rable. Saint Thomas en a découvert quatre raisons. De telles personnes peuvent résister davantage au péché, grâce à leur science ou à leur vertu. Elles témoignent en péchant d’une plus grande ingratitude, ayant reçu de Dieu des biens plus grands : on voit que celte raison est applicable même à ceux qui n’abon­ dent qu’en biens temporels (saint Thomas enseigne ailleurs que tout péché contient une ingratitude maté­ rielle envers Dieu : Sum. thcol., II<*-11», q. cvn, a. 2, ad 1··). Leur péché peut répugner plus spécia­ lement à la grandeur où elles sont établies, comme un prince qui violerait la justice ou un prêtre la chasteté. Elles donnent un exemple plus illustre et donc plus fâcheux. Chaque cas particulier retiendra plus ou moins des raisons ici invoquées; mais l’on voit qu’en aucun cas la condition de la personne n’est indiffé­ rente a la gravité du péché. Nous avons dit expressé­ ment : le péché délibéré. Car, pour les autres, qu'on peut appeler de surprise et qui échappent inévitable­ ment à l’infirmité humaine, il faut tenir qu’ils sont moins imputables à mesure qu’ils procèdent de per­ sonnes plus vertueuses : on est assuré en effet qu’ils sont alors moins attribuables ή la négligence et davan­ tage â la nature. Sum. thcol.. 1MI*. q. i.xxin, a. 10. d) La gravité des péchés est en tous les cas varia­ ble selon le volontaire. - La gravité jusqu’ici définie est celle qui vient au péché de ce qui le constitue dans son espèce ou le complète en ses accidents. Mais, comme le péché est tel dans la mesure très précise où il est un acte volontaire, on conçoit aisément que cette gravité objective (où nous employons l’adjectif dans son sens le plus général) varie a son tour selon ta quantité du volontaire introduit dans racle. Plus on a voulu cet acte, plus grave est le péché. En revanche, tout ce qui concourt à affaiblir le volontaire, contribue également à diminuer le péché. Le soin des moralistes fut de tout temps de déter­ miner quelles causes affaiblissent le volontaire. On peut dire en général que tout ce (pii meut la volonté en dehors de l’ordre et de la nature de cette puissance, qui est appelée a se mouvoir soi-même librement selon le jugement de la raison, porte atteinte à l’intégrité du volontaire. Et donc, plus précisément. L’ignorance, qui diminue le jugement de la raison. Puis la passion, qui diminue le libre mouvement de la volonté : sous quoi se rangent la violence, la crainte ct tout ce qu’on invoque d'ordinaire comme amoindrissant le volon­ taire. On trouvera ci-dessous, dans l'étude des causes du péché, une évaluation plus précise de ccs influences sur hi gravité du péché. L’étude des sujets du péché aura du reste déjà introduit en cette matière quelques déterminations, qui tiennent nu même principe du volontaire. Il importait seulement ici d’énoncer ce principe dont on voit aussitôt l’universalité. Sum. thcol.. I*·II», q. Lxxin, n. G. La considération de la difficulté dans l’objet de I acte intéresse ce principe pour autant que la diffi­ culté demande une volonté plus grande, dans le mal comme dans le bien. Et c’est pourquoi un péché plus difficile est plus grave, comme est meilleur un acte vertueux plus difficile, ceteris paribus. Où nous retrousons cette opposition de la vertu et du péché dont nous avions plus haut tiré déjà un premier parti. 176 Ibid., a. I, ad 2um. La gravité plus grande des péchés spirituels, que nous avions déduite de leur objet, se confirme avec le présent principe : puisque le volon­ taire n'y est point diminué par la concupiscence, comme il advient dans les péchés charnels. Ibid., a. 5. e) Suffisance des mesures de gravité définies cidessus. - Aux règles que nous venons d’énoncer se réduisent les différentes mesures que l’on peut pro­ poser de la gravité des péchés. L’une d’elles est le dommage causé par le péché. Voici comment en juge saint Thomas, où Ton verra mis en œuvre les principes établis. Ou bien le dommage qui provient du péché est prévu et voulu d’intention, comme lorsqu’on fait quelque chose nuisant de soi au prochain, un homicide par exemple ou un vol; en ce cas, la quantité du dommage augmente directement la gravité du péché, puisque le dommage alors n’est pas autre chose que l’objet propre du péché. Ou bien le dommage est prévu quoique non voulu d’intention, comme lorsqu'un homme traverse un champ qu’il sait ensemencé afin de forniquer plus vite; en ce cas, la quantité du dommage aggrave le péché, d’une manière qu’on peut appeler indirecte, en ce sens qu’il procède d’une volonté fortement inclinée au mal de causer un dommage que l’on eût préféré éviter. Ou bien le dom­ mage n’est ni prévu, ni voulu d’intention. Alors il peut suivre le péché, soit accidentellement : en ce cas, il n’aggrave pas le péché; mais, pour avoir négligé de prendre en considération les dommages qui pouvaient s’ensuivre, le pécheur sera puni pour ces dommages étrangers à son intention. Soit nécessairement : en ce cas, quoique ni prévu, ni \oulu, le dommage aggrave directement le péché; car tout ce qui est consécutif nécessairement au péché appartient de quelque façon à l’espèce du péché. On peut ranger sous celle caté­ gorie tous les péchés entraînant de leur nature un scandale, encore que le pécheur ne l’ait ni prévu ni voulu. Quant nu dommage de la peine duc au péché qui affligera le pécheur lui-même, il aggrave indirecte­ ment le péché s’il a été prévu, car il trahit alors une volonté plus résolue de pécher. Quant à l’aggravation qqe peut introduire dans un péché le dommage spiri­ tuel causé au complice, on tiendra compte première­ ment, pour en juger, de l'intention du pécheur, voir Scandale. On retiendra que ce n’est pas le dommage causé qui fait la gravité du péché, mais le désordre de l’acte; cl le dommage n’aggrave qu'en tant qu’il fait l’acte plus désordonné. On s'explique ainsi (pie les péchés contraires au prochain, où se rencontrent les plus grands dommages, demeurent moins graves que les péchés directement contraires ù Dieu, qui n’entraî­ nent guère de dommage. Sum. theol., Ia-IIa», q. lxxiiï, a. 8. I) Conclusion. — En présence d’un péché déter­ miné, on ne jugera parfaitement de sa gravité qu’en recourant aux trois principes ci-dessus invoqués. Et l’on ne comparera plusieurs péchés réels entre eux qu’en tenant conhpte aussi de toutes ces mesures. La comparaison est, dans ces conditions, chose complexe. L’objet fournira bien» nous l’avons dit, la gravité prin­ cipale. Mais ne se peut-il pas que les circonstances ct le volontaire fassent d’un péché spécifiquement moins grave un péché plus grave au total? Les théologiens n’ont pas manqué de sc le demander. Il faut dire qu’un péché spécifiquement moins grave conservera toujours cette infériorité foncière d’où les circonstances les plus aggravantes comme le volontaire le plus éner­ gique ne le peuvent retirer. Un vol, par exemple, si aggravé qu’on l’imagine, n’atteindra jamais à la gra­ vité de l’homicide. Néanmoins, il demeure malaisé ù la science morale d’évaluer exactement l’aggrava­ tion due aux circonstances et notamment au volon­ taire; il n détourne d’agir. Où il apparait assez que celle-ci, qui n’est point le seul sujet du péché, en demeure néanmoins le sujet universel ct principal. Ibid., n. 2; Cajélan, in toc., a. L Les théologiens ont énoncé, sur la participation des puissances au péché, telle que nous venons de lu rapporter, de grandes précisions. Ils disent que l’acte mauvais de certaines puissances possède une malice intrinsèque, et distincte réellement de la malice qui est dans l’acte de la volonté; il ajoute donc à la malice de celui-ci : mais parce que cette malice de surcroît dérive initialement de la volonté, on n’a pas deux péchés mais un seul. Cette doctrine revient a celle-là que les vertus et les vices ont pour sujet non la seule volonté mais aussi d’autres puissances. El l’on declare par là qu'il y a dans les puissances dont il s'agit une participation du volontaire qui consiste en ceci : que ces puissances, étant mobiles à la volonté, pos­ sèdent une opération propre. De leur opération, elles sont vraiment le principe; celle opération, cependant, est en liaison avec la volonté : on trouve les deux conditions conjointes d’une opération qui n’appar­ tient pas comme à son principe à la volonté mais qui n’est pas soustraite à l’influence de la volonté. Agunt quodam modo et aguntur, dit saint Thomas de ccs puissances. Mais il est de plus requis à la participation dont nous parlons que l’acte de ces puissances soit immanent : faute de quoi sa liaison avec la volonté ne le rendrait pas intrinsèquement volontaire; car. dans le sujet où il se trouverait, il ne serait pas ab intrinseco, ce qui est l’une des conditions du volontaire. I ne telle participation se vérifie pour des puissances comme l’appétit sensible et l’intelligence; mais aussi pour les «sens internes» : l’imaginative, la cogitative, la réminiscence. Il est vrai (pic saint Thomas ne nomme pas ccs dernières, mais on peut dire qu’il a seulement nommé les puissances où le péché s'achève ct non celles où il commence; or, les péchés qui se trouvent dans les « sens internes » ne se consomment pas en eux. mais dans l’intelligence : puisque leur désordre consiste en ce qu’ils induisent en Ignorance ou en erreur, lesquelles, comme la vérité, ne sont complètes a Heu d’entendre la causalité de Dieu sur Saint Thomas se donne la peine d’écarter un texte l’acte du péché avec celle plénitude et celte étendue de la Sagesse qui semblait gêner cette conclusion : (pic saint Thomas revendique universellement en Sap., xiv, 2; mais In Vulgate est seule responsable faveur de la cause première. de cette apparence. Il interprète aussi un texte de Reste sans doute à concilier avec la précédente celle saint Augustin, où l’action de Dieu sur les volontés humaines, dans le bien et dans le mal, est exprimée I conclusion : comment Dieu ne cause-t-il pas le péché 203 PÉCHÉ. CAUSES EXTÉRIEURES, DIEU? s’il est la cause première de Pacte du péché? Saint Thomas, pour son compte, opère aisément cet accord. Il a mis au principe du péché un défaut. En ce défaut, le libre arbitre s’est soustrait a l’influence du premier agent; ou plutôt n est-il pas autre chose que la sous­ traction même du libre arbitre à la motion divine? On ne peut donc attribuer à Dieu la privation qui frappe le péché, mais au libre arbitre, auteur de sa propre défaillance. Dans l'explication causale du péché, on remonte, pour autant qu'il est un acte, jusqu'à Dieu; pour autant qu’il est une privation, jusqu’à la volonté. Rendre compte de l’acte requiert qu’on le mette en rapport avec Dieu; mais on a complètement rendu compte de la privation, si l’on a Invoqué le libre arbitre. Seul le défaut échappe à l'in fluence de la cause première; ct un défaut précisément explique le péché. Selon cette analyse, on ne peut même pas dire que Dieu soit cause accidentelle de la privation du péché : nullo mode Deus est causa defectus conconùtan (is actum. 1Λ-ΙΙ®, q. ι.χχιχ, a. 2. ad 2U®. Il le serait, si la privation accompagnait l’acte tel qu’il est causé par Dieu (comme elle l’accompagne tel qu’il est causé par la volonté); mais elle ne l’accompagne qu'en vertu du défaut qui est au principe de l’acte, où s’introduit la rupture entre la privation et la cause première. Si, maintenant, l’on demandait : pourquoi Dieu prête-t-il son influence quand l’acte, qui n’eût point été posé sans elle, doit être, d’ailleurs par la faute de la créa­ ture, frappé de privation? Nous avons répondu cidessus : il ne faut invoquer rien d’autre que noire condition fragile, la sagesse et la justice mystérieuses des secours divins. I·- II®, q. ι.χχιχ, a. 2. Cette analyse disjoint donc, d’une part, l’acte du péché, d’autre part, la privation où se vérifie la raison commune de mal. Cette même disjonction permet à saint Thomas d’accepter que Dieu, causant l’acte du péché, cause son espèce, sans que, néanmoins, on doive attribuer à Dieu le mal du péché : car, si l’acte du péché est mauvais en son espèce, ce n’est point que le mal consiste dans la spécification même que l'acte reçoit de son objet, mais dans la privation qui ne peut manquer d’affecter l’acte ainsi spécifié. Pour nous, qui avons agréé une malice positive s'introduisant dans la constitution même de l'espèce du péché, pouvonsnous, celte fois, accepter celle conséquence? Mais si Dieu ne cause point l’espèce de l’acte, il ne cause point l’acte lui-même : et donc ne sommes-nous point réduits cette fois ou bien à abandonner la thèse de saint Tho­ mas et de la saine métaphysique, ou bien à renoncer enfin à cette malice positive dont nous avons jusqu’ici chargé nos analyses? Nous avons, dès notre étude de la nature du péché, prévu cette dilllculté. Elle n’est pas invincible. L’affirmation d’une malice positive dans le péché s'introduit aisément, comme nous avons déjà vu, à l’intérieur de l’analyse de saint Thomas, loin de la contredire. Il est vrai que Pacte du péché est constitué comme mauvais dans son adhésion positive à l’objet, et il est vrai que Dieu causant l’espèce du péché qui lui vient de son objet, ne le cause pas cependant comme mauvais. Le secret «le In conciliation de ces «leux vérités est dans la distinction de l'espèce physique et de l'espèce morale. Dieu cause le péché en son espèce physique; le péché est mauvais en son espèce morale. La première lient a l'objet en ce «pi’il est: la seconde a l’objet discordant d’avec la règle de raison. Que Pacte du péché soit posi­ tivement constitué en son espèce physique. Dieu en est la première cause; mais qu’il soit positivement constitué en son espèce murale, il le doit nu défaut de la volonté. La privation de la règle raisonnable eu la volonté n’a pas empêché qu'elle n’agisse et n’exprime son énergie en une tendance positive et spécifiquement constituée; mais, à cause du défaut initlnl.il se trouve 204 i «pie celle tendance représente une contrariété à la règle de raison. Il y a, dès lors, un mal positif, mais dont l’origine première est un défaut où s'introduit la rupture entre l’influence divine et l’effet obtenu. Il ne faut point renier saint Thomas, mais discerner seule­ ment qu’à partir du défaut de la volonté procède, outre la privation et antérieurement à elle, une ten­ dance positive moralement qualifiée et que le mal du péché, dont Dieu n’est point la cause, se vérifie déjà, avant toute privation, dans une contrariété où le péché trouve son espèce proprement morale. Les plus grands commentateurs de saint Thomas l’ont ainsi compris. Cajélan, In q. lxxix, a. 2, distingue pour sa part l’acte moral ut sumptus absolute, comme procédant de l’agent muni, si l’on peut dire, de son defaut: en ce cas, il s’accompagne d’une difformité et n’est pas de Dieu; ut est a b agente ut sic : dans ce cas il est parfait et procède de Dieu. Pour Jean de Saint-Thomas, Il énonce expressément, I·-1læ. disp. IN. n. 2, n. 76, que l’ordre positif moral à l’objet désordonné, en tant qu'il est quelque chose, est de Dieu; en tant qu'il touche un objet désordonné ct privé des règles de la raison, d’où procède dans Pacte la privation de la rectitude, il est fondement défcctible et n’est pas de Dieu. \ oici deux exemples des proposi­ tions des Saimanticenses : Dieu fait que cette forma­ lité de la malice ct la tendance à l’objet discordant soit tout entière cire, ou plutôt· pour parler mieux, il fait tout cet être qu’est la susdite tendance; il ne fait pas cependant qu'un tel être soit en outre ceci, savoir ten­ dance vers un objet discordant : donc il ne fait pas qu'il soit malice. » Disp. VI, n. 90. < Bien que Dieu atteigne l'entité entière de la formalité malice, il n'at­ teint pas cependant la malice même en sa raison de malice, car il n’atteint pas la susdite entité totale­ ment cl quant à tout son mode, mais seulement de façon inadéquate, en tant qu'elle dit la fonction propre d’entité, c’est-à-dire le fait d’avoir l’être, en faisant abstraction de la manière de l’avoir, par mode de tendance vers un objet discordant, et de la fonc­ tion et expression de cette tendance. · Ibid., n. 89. La puissance positive de pécher, que ces derniers commen­ tateurs ont insérée, on s’en souvient, entre le défaut de la volonté et son acte mauvais, comme la cause immédiate de la malice positive, est l'objet d'une dis­ tinction pareille : attribuée à Dieu pour l’être qu’elle a, elle ne l’est pas,si on la considère formellement comme puissance de pécher. Ibid., disp. XII, dub. n. Nous sommes ainsi conduits à penser qu'il y a des formalités qui, dans leur expression positive même, ne sont pas de Dieu. Jean de Saint-Thomas en con­ vient sans difficulté : bien que tout positif, dit-il. sous la raison d’effet et d'existence soit de Dieu, cependant sous la raison de déficient II n’est pas de Dieu, lac. cit., n. 75. Et il ne faut pas, en effet, s’en émouvoir, puisque, selon cette expression positive, une telle for­ malité n’a pas de cause, elle résulte dans la créature raisonnable de son origine, qui est d’avoir été faite de rien, cl trahit celle condition de la créature capable de demeurer, si l’on peut dire, sous l’impression du néant. Ainsi parlent les carmes de Salamanque : «La puissance de pécher formellement considérée, c’est-àdire comme puissance défcctible et principe de malice, ne possède aucune cause effective de soi : sed consequi et vetuti resultarc in creatura rationali et in ejus volun­ tate eo quod ex nihilo vel capax manendi sub nihilo est, absque influxu aliquo qui ad genus eausiv efficientis pertineat... Posée par Dieu l’entité de la créature, celte puissance résulte immédiatement, et sans aucune causalité, de celle condition de la créature d’être chose de rien, ex nihiUtatis conditione · /bid., η. 29. Nous croyons que saint Thomas se fût reconnu en celle I suprême pensée de ses disciples. 205 PECHE. CAUSES EXTERIEURES, DIEU? En celte recherche de la causalité (h· Dieu sur le péché, nous avons touché à des problèmes qui ont donné lieu à divergences célèbres entre écoles théologiques : voir I’ιιιίηιμ ινλί ion. Mais une hérésie même s’est élevée là-dessus, celle de Calvin qui attribue à Dieu la causalité du péché, au sens formel de ce mot. Voir Calvinismi . t. n. col. 1 106 I 112. On consultera aussi, sur celle question, une publication plus récente (où la doctrine de Calvin est confrontée avec celle de saint Thomas) : C. Friethoff, Die Prudcshnationslehrc bei Thomas von Aquin und Catuin, Fribourg, Suisse, 1926, p. 36-51. Le concile de Trente a condamné celte hérésie en une formule (pii conclut heureusement tout ce l jamais que de l’extérieur qu’il peut la séduire. Qu int à l’ob­ jet, en effet, on peut représenter selon trois modes I l’action exercée par cet endroit sur la volonté. Agit sur elle, l’objet proposé lui-même, comme un mets appétissant excite de soi le désir d’en manger. Agit sur elle, la personne qui olTre cet objet. Agit sur elle, la personne qui signale la bonté de l’objet. Selon les deux dernières manières, le diable agit sur la volonté. El parce que, du côté de l’objet, seul le bien absolu meut nécessairement la volonté, nous savons déjà que le diable ne sera jam iis la cause sullhante d’un mou­ vement de la volonté. IM1®, q. lxxx, a. 1. b) Comment te diable peut agir. — Mais, cn cc> limites ct de cette m inière, le diable dispose de moyens propres ct redoutables. Il persuade par le dedans. 11 n’en est pas réduit à des apparitions ou à de pseudo-miracles. Non certes qu’il agisse cn nos facultés spirituelle·» : nous venons de dire que la volonté lui échappe; pour l’intelligence, il se garde bien de l’éclairer, n’ayant souci ((ne de l’obscurcir. H y parvient, grâce à l’action qu’il exerce sur l’imagina­ tion ct les facultés sensibles. La théologie médiévale a considéré attentivement cette action des purs esprits sur la nature corporelle, dont nous touchons ici un cas particulier. Le diable donc excite des images dans l’im igination. Saint Thomas justifie ceci cn disant que la formation des images est due au mouvement de certains éléments corporels; or, le mouvement local est l’un des assu­ jettissements de la nature corporelle aux purs esprits. S ms retenir ccttc théorie mécanique de l’imagination, on peut agréer la même conclusion, dès qu’on admet une action du diable sur le corporel et un r.ipport du corporel à cette faculté. De même, dit saint Thomas, le diable excite des pissions dans l’appétit sensible: voire il peut disposer habituellement à quelque pas­ sion. Et l’on comprend que les deux actions que nous venons de dire puissent se combiner et s’aider mutuel­ lement. Nos sens extérieurs sont, à leur tour, sujets aux artifices du diable, rendus par lui plus subtils ou plus obtus. En cet ordre de choses, la limite du pouvoir diabolique, outre la permission de Dieu, tient cn cc que les pur·» esprits ne peuvent former aucune ma­ tière : ils ont bewin d’éléments à partir desquels agir. La commotion due aux agissements du (liable sur cette partie sensible de nous-mêmes peut être si grande que la raison en devienne liée ct que l’on com­ mette des actes qui sont des actes de péchés. Mais ils ne sont plus alor* de·» actes humains, et notre pre­ mière conclusion demeure, que le diable ne peut nous contraindre de pécher. L’homme est coupable qui suc­ combe à la tentation diabolique : il faut seulement 208 reconnaître que sa faute est amoindrie à proportion que sa volonté fut pressée de la commetire : comme nous avons dit du péché de passion. Mais qui ne se rend pas aux suggestions du diable, et sa sensibilité fût-elle horriblement agitée, ne commet pas la moindre faute : la théologie scolastique distingue couramment entre la tentation de la chair, (pii est le péché de la sensualité dont nous avons parlé, et la tentation du diable qui ne comporte de soi aucun péché. la-Uœ, q. lxxx. a. 2. 3. c) Opinions sur le rôle du diable. — Certaines opi­ nions chrétiennes imputeraient volontiers au diable l’origine de la multitude de nos péchés. Origène, par exemple, qui tantôt incrimine le diable, tantôt nos seules passions déréglées, semblerait s’arrêter plus fréquemment sur l’intervention diabolique, d’où vien­ nent tous nos péchés, non d’ailleurs sans la complicité de notre liberté. En d’innombrables passages, il décrit les ruses et les attaques de l’ennemi. Tertullien, De pienitenlia, 5, saint Cyprien, De dornin. oral., 25. sont aussi très attentifs à cette hostilité dont pâtit la vie chrétienne. Cf. Cavallcra, art. cil., p. 35. Il appartient à la théologie de traduire sagement tant d’invectives ct d’émois. Occasionnellement et indirectement, con­ cède saint Thomas, le diable est la cause de tous les péchés, car il a fait pécher nos premiers parents, de qui nous avons hérité notre inclination au mal. Mais que tout péché soit dû à une persuasion particulière du diable, on ne peut l’accorder. Il n’est pas besoin que le diable, à tout instant, s’en mêle : et du dehors et du dedans nous sommes assez pressés d'offenser Dieu! D’autant que Dieu ct les saints anges le retiennent d’entreprendre tout cc qu’il voudrait : le diable nous tente moins qu’il n’en a l’envie. On voit que, pour cette théologie, la lutte de l’homme contre le péché ne consistera pas seulement à se mettre à l’abri du diable. q. lxxx. a. L Sur le propos du diable el de la tentation, il faut signaler l’erreur de Jovinicn, combattue par saint Jérôme, Ado. Joinnianum, 1. II, P. L., t. x.xnt, col. 281 sq., selon qui le démon ne tente point ceux qui ont été baptisés dans l’eau ct l’Esprit, mais seulement les infidèles ct les pécheurs; voir l’art. Jovinien; celle d’Abélard, (pii intéresse seulement le mode de la ten­ tation, ct qu’a combattue saint Bernard, Epist., clxxxix-cxci, qu’a condamnée le concile de Sens, cn 1140, I)enz.,n. 383, voir Auélahd, t. i.col. 43-48; enfin, les opinions (pii ôtent la responsabilité aux péchés issus d’une tentation ou qui préconisent la passivité sou·» les suggestions du diable, dont un exemple est la doctrine de Molinos (voir ce mot). Le sujet de ce paragraphe nous donne l’occasion d’évoquer ici une doctrine qu’ont tenue bon nombre de Pères latins et particulièrement saint Augustin, et qui reconnaît au démon précisément un droit sur les pécheurs, remis de par Dieu à son empire, d’où les retire la rédemption du Christ : on étudiera cette question dans les travaux de J. Rivière sur l'histoire du dogme de la rédemption. 3. L’homme comme cause du péché. — L’homme induit son semblable à pécher. Il le fait soit en propo­ sant l’objet, soit en signalant sa bonté. S’il n’a pas tous les moyens du diable, il en a d’autres, el (pii peuvent être très persuasifs, mais non jamais irrésistibles. Leur étude donnerait lieu à abondante description. On la trouve pour l’essentiel dans la question du scandale (voir cc mot), qui est justement le péché de ceux (pii font pécher les autres. Mais l’homme se trouve être cause du péché d’une manière singulière, à savoir par la voie de la généra­ tion. C’est à cet endroit de son traité ct par cette tran­ sition que saint Thomas, dans la Somme théologique, introduit l’étude complète du péché originel. la-ll®, q. I.xxxi-Lxxxin. Voir l’art, suivant. 209 PÉCHÉ. LES PÉCHÉS CAPITAUX 3® Les ptrchés causant d'autres pt{cht(s. - ( )n ne relève pas ici, outre celles que l’on vient d’exposer, une nou­ velle catégorie de causes du péché. Mais on signale, à l’origine des actions qui nous mettent en la disposi­ tion de pécher, la présence possible de péchés anté­ rieurs. Une théologie systématique assume de celte façon maintes données de la tradition chrétienne où sont dénoncés les rapports de certains péchés entre eux; cn même temps qu'elle introduit dans cc royaume du désordre certaines lois qui le réduisent mieux à notre connaissance. Sont retenues ici, comme objet d’examen, la connexion établie par la sainte Écriture entre la cupidité et tous les péchés, entre l’orgueil ct tous les péchés, et la théorie des péchés capitaux. 1. La cupidité. — Saint Paul a dénoncé la cupidité comme la racine de tous les péchés. 1 Tim., vr, 10. Comment le comprendre? Le mot de cupidité de soi souffrirait plusieurs sens. Par une méthode remar­ quable, saint Thomas l'interprète selon le contexte; ct il l’entend comme l'amour désordonné des richesses. Le grec φιλαργυρία lui donne nettement raison. Cette cupidité est la racine de tous les péchés en ce sens que les richesses, qu'elle convoite, permettent l’assouvisse­ ment de tous les appétits, et non seulement en choses matérielles; qu’est-ce qui ne s’achète pas en ce monde? Peeuniæ obediunt omnia, disait l’Ecclésiastc, x, 19. La causalité, ici considérée, est bien exprimée par cc mot de racine : de la richesse, toute sorte de péchés tireront leur substance, comme de la racine toutes les parties de l’arbre tirent leur aliment. On n’entend d’ailleurs avancer ainsi qu’une loi morale, ct (pii sc vérifiera souvent, mais non infailliblement. Notre théologie ren­ contre exactement la pensée de l’auteur inspiré : Nam qui volunt divites fieri, dit le |. 9, incidunt in tentatione:n et in laqueum diaboli et desideria multa inutilia ct nociva qua: mergunt homines in interitum et perditio­ nem. A la faveur de cette formule, la théologie a ainsi retenu l’un des avertissements les plus constants du christianisme, qui redoute les richesses comme l’un des dangers du royaume des cieux. Le vœu de pau­ vreté, essentiel à l’état religieux, n'est pas étranger à ce sentiment. On distinguera le cas allégué ici de celui de l’avarice tenue pour péché capital. IM 1·'°. q. i.xxxiv, a. I; cf. HMI», q. exix, a. 2, ad lum. Pour l’exégèse du texte de saint Paul, on peut voir M. Mcinert, Die Pastoral brie/e des hl. Paulus, Bonn, 1931, p. 73-71, la note Irrlchrc und Habsucht; sur la pensée ici enga­ gée : L. Rohr, Die sozialc Fraye und dus Neue Testa­ ment, Munster. 1930. Il n’y a pas de rapport, on le voit, entre la considé­ ration La Somme théûlogique y procède d'une manière qui est nouvelle par rapport aux essais anté­ rieurs de saint Thomas lui-même. In //am S’en/., dist. NUL q. il, a. 3; De malo, q. vin, a. L L’origine d’un péché issu d’un autre selon la raison de cause finale peut se vérifier chez un pécheur, de qui elle trahirait la disposition particulière et l’ordre singu­ lier de ses amours. Mais de l’individuel il n’est pas de science, et trop d’humeurs et de fantaisies font varier ces cas. Quelque connaissance, toutefois, n’en est pas impossible, et nous sommes aujourd’hui plus curieux de leur secret original, mieux munis pour le découvrir. On peut entendre la même causalité selon les allini lés naturelles des biens entre eux. En ce sens, tel péché le plus souvent procédera de tel autre. Quels que soient les cas particuliers, il y a des fins ordinairement régnantes cl des fins ordinairement soumises. On découvre ainsi, parmi les péchés, quelques directions maîtresses, qui se prêtent à une connaissance relative­ ment universelle et nécessaire. Et voici comment on les dégage. Disons (pic cer­ tains péchés capitaux répondent à l’appétit du bien, d’autres à l'éloignement du mal. Pour les premiers, on peut Invoquer la division commune des biens de Pâme, que poursuit la vaine gloire; des biens corporels, que convoitent la gourmandise et la luxure; des biens extérieurs, que retient l’avarice. Mais on peut trouver de ces quatre péchés une justification plus radicale, selon qu’ils adhèrent à des biens vérifiant les condi­ tions mêmes de la béatitude, laquelle est l’objet du plus naturel des désirs. De la raison de béatitude, est d’abord la perfection : l’on peut dire que c’est l’appétit de la perfection dont la vaine gloire est le désordre. Puis la suffisance : c’est le soin de l'avarice. Puis le plaisir : c’est où se portent sans mesure la gourman­ dise et la luxure. Quant à l’éloignement du mal, on craint la difficulté sensible, et c’est pourquoi l’on abandonne les biens spirituels : d’où l’acédie. On répugne à la gêne que peut causer à son bien celui du prochain : d’où l’envie; mais si l’on va jusqu’à pour­ suivre la vengeance, on pèche par colère (saint Tho­ mas notera ailleurs que la colère, appétit de la ven­ geance, se trouve renforcée de tout notre appétit de justice et d’honnêteté, dont la dignité donne un pres­ tige à l’objet de la colère : I Ia-1 læ. q. CLvm, a. 6). Les mêmes péchés s’attachent au mal qui évince le bien <1 où l’on se détourne. Ainsi est rattachée aux mouve­ ments primordiaux de l’appétit humain l'énumérai ion traditionnelle des péchés capitaux; ils représentent, en ce système, les grandes réductions dont le cœur de l'homme est menacé. Il reste sans doute que la donnée originale se montre rebelle par quelques endroits à cette organisation rationnelle; mais si l’on veut bien ne point forcer la signification de ces péchés, y en­ tendre île l’implicite, accepter entre eux des inégalités, nous en avons rendu compte au mieux. Et notre inter­ prétation possède la vérité que l’on peut demander d'une classification morale, spécialement en matière PÉCII É 212 de péché. On notera que saint Grégoire opposait les sept péchés capitaux aux sept dons du Saint Esprit : ni la théologie des péchés, ni celle des dons ne le retiennent. Et saint Thomas déclare qu'il ne doit pas y avoir une opposition entre les sept principaux péchés cl les sept principales vertus, car on ne pèche pas en se détournant de la vertu, mais en aimant quelque bien périssable. Saint Thomas ne relient pas davantage l’ordre de ces péchés entre eux : pour saint Grégoire, ils s’engendraient l’un l’autre, et c’est pour­ quoi il attachait de l’importance à l’ordre de l’énu­ mération. Mais les péchés subordonnés sont naturelle­ ment retenus. Saint Grégoire estimait présenter ainsi un catalogue complet des péchés; saint Thomas I adopte, mais il a d’autres matériaux. Dans la ques­ tion disputée Dr malo. (pu est un traité du mal. la matière morale se trouve distribuée selon l’ordre des péchés capitaux; celte distribution ne peut être, bien entendu, celle de la Son nie IhMogique. On voit com­ ment la théologie à la fois réduit l'importance et approfondit la signification de l'antique théorie des péchés capitaux. IM1®‘, q. lxxxiv, a. I. On ne cherchera donc point dans le classement des péchés capitaux, tel (pie nous venons de le rapporter, un tableau des péchés graves : la considération de la gravité n'a nullement commandé celle élaboration; et il y a des péchés capitaux qui, de leur nature, n’excè­ dent pas le véniel. Dans les morales modernes, la matière est volontiers distribuée selon les péchés capi­ taux et les préceptes; on juxtapose deux méthodes, sans prendre garde peut-être à cc paradoxe, que l’élude des principaux péchés se trouve détachée de celle des préceptes, dont on pouvait croire qu'ils pro­ hibaient ces péchés principaux. Le septénaire y a aussi subi quelques altérations. Pour saint Thomas, l’orgueil, dont on a dit plus haut qu'il est le commen­ cement de tous les péchés, à cause précisément de celle universalité, est plus qu’un péché capital, mais le prince des péchés. La cupidité, dont nous avons aussi parlé, comme elle cause le péché ù la manière d'une cause matérielle, ne prend point rang de péché capi­ tal; mais, si on la considère proprement comme l’amour désordonné des richesses, elle suscite alors comme une lin souveraine un grand nombre d’autres péchés, on la nomme avarice, et il faut voir en elle l'un des sept péchés capitaux. Sur toute celte question, voir l’art. Capital (péché). VIL Les effets du péché. — L’ordre de la doc­ trine requiert ici cette étude. De toute réalité, on considère les effets, qui en complètent la connaissance. II y a lieu spécialement de le faire en matière de péché, car cet acte, qui est désordonné, ne peut manquer d’introduire dans la vie humaine des troubles origi­ naux. La théologie a compris sous trois chefs les effets, à la vérité multiples, du péché. Nous justifierons cette distribution à mesure. Au troisième groupe d'effets, saint Thomas a rattaché la considération du péché comme mortel et comme véniel ; gardons-nous de la retirer de cc contexte d'où elle reçoit déjà son sens. /. LA CORRUPTION DU 11! ΕΝΏΝΑΤΕ REL. — Sous ce chef, sont groupés des effets du péché que déduit V analyse philosophique, mais qui se trouvent aussi rendre compte de certaines données positives. Le titre qu’on leur attribue convient à de certains effets du péché originel, et peut-être I entendrait-on de pré­ férence à son sujet; niais il recouvre aussi des effets propres au péché actuel. 1° Existence et nature. - l ne philosophie du mal recherche si le mal corrompt le bien et dans quelle j mesure. Cf. Sum. theot.. I*. q. xi.vm. a. I. Du mal qu'est le péché.nous demandons s’il corrompt le bien naturel. 1. Diminution de l inclination à la vertu. Sous le i nom de bien naturel, il s’agit du bien de 1 homme que 213 PÉCHÉ. EFFETS: DÉCHÉANCE. sont d’abord scs princ ipes const it nt lis, le corps cl l’àme, avec leurs propriétés, telles les puissances de l’àme, etc.; mais aussi son inclination n la vertu, laquelle lui est naturelle : car il est homme pur sa raison, cl la forme spécifique détermine en tout être une inclination qui lui est éminemment naturelle; or, l'inclination raisonnable n’csl pas différente de l’incli­ nation à la vertu. On signale expressément ici ce bien naturel, puisque sur lui le péché doit exercer ses dommages. Le péché laisse intacts, en effet, les principes con­ stitutifs de l'homme et les puissances de son ùinc, en tant (pie mesurées par leurs objets spécifiques, (’.cite conclusion se lire de ce que ce bicn-là est le sujet du péché; or, le mal ne détruit pas son sujet : il se détrui­ rait alors lui-même; cl cc sujet non détruit conserve son intégrité : ni la nature, en effet, ni ses puissances n'augmentent ni ne diminuent. Mais l'inclination natu­ relle A la vertu soutire du péché. Car le péché est un acte. El tout acte dispose A ses pareils. Mais, dès qu’on incline vers un extrême, se trouve diminuée d’autant l'inclination portant à l’extrême contraire. Et l'on sait qu’il y a entre vice et vertu ce rapport de contra­ riété. Ce raisonnement est de nature métaphysique. Il engage la doctrine de la formation des habitua pur les actes du sujet, laquelle invoque chez le sujet agissant une passivité sans quoi son action n’aurait pas en lui cet effet. 11 ne méconnaît pas qu’un accident (l'acte) n’agit pas comme une cause efficiente sur son sujet (la puissance de l’àme); car, en vérité, l’objet ici agit sur la puissance, ou cette puissance sur une autre. On ne fait donc en tout ceci qu’invoquer des nécessités natu­ relles. Bien ne serait plus éloigné de notre théologie que d’imaginer, à la manière d’une sanction extrin­ sèque, celte atteinte au bien naturel de l'homme que nous venons de dire. Nous disons qu’il est impossible que l’homme faisant un péché ne se diminue en son inclination vertueuse,c’est-à-dire en ce bien qu’il lient de cc qu’il est; comme il est impossible, en général, -//*, q. lxxxvi, a. 2, n. 10 sq. ; en plus bref, Bilhiart, diss. VH. a. 2. Sous ce terme de tache du péché, les anciens théolo­ giens reconnaissaient la chose même qu’on désigne aujourd’hui sous le nom de péché habituel. Dans les deux cas. on entend dénoncer l’état du pécheur et l'on satisfait à cette pensée que le péché commis demeure en quelque façon chez son auteur. Le mot de « péché habituel » évoque seulement de préférence cette dis­ grâce où se maintient l’homme qui a offensé Dieu; celui de tache » la souillure de son âme. Mais l’état du pécheur dans les deux cas ne peut se prendre autre­ ment que de la privation que nous avons dite. Nous dirons ci-dessous en quel sens le péché véniel cause une tache. On prendra garde à la corrélation de la présente notion avec celle de la grâce guérissante, qratia sanans. ni. l'ohlication .4 la PRINE. — Par cette for­ mule, nous traduisons le reatus pamæ de la théologie. Le mot de reatus appartient à la doctrine du péché originel, duquel on dit que chez le baptisé transit realu, manet actu : il est alors synonyme de culpabilité. Mais on désigne aussi par lui l’un des effets du péché actuel, à savoir cette condition où le péché établit son auteur d’être en dette d’une peine : reatus panée. En vertu du péché, une obligation est contractée de la part du pécheur dont il n’est acquitté que par une peine subie. Il est passible de peine. I n texte de saint Tho­ mas définit à souhait le sens du vocable ainsi que son extension, qu’il serait intéressant de comparer avec l’usage qu’en faisait la langue juridique des Romains: Beatus dicitur secundum quod aliquis est reus pœnir; i et ideo proprie reatus nihil est aliud quam obligatio ad I poenam; et quia luvc obligatio quodammodo est media 217 PÉCHÉ. EFFETS: LA PEINE inter culpam et poenam, ex eo quod propter culpam ali­ quis ad panam obligatur, ideo nomen medii transumitur ad extrema, ut interdum ipsa culpa vel etiam perna rea­ tus dicitur. In I1Sent., (list. XU I, q. i, a. 2. Que le péché entraîne un châtiment, la pensée chrétienne, en sa forme la plus élaborée comme en son expression la plus commune, le tient pour indubitable. Le théo­ logien tente ici de donner une exacte notion de cette vérité reconnue, et que des dogmes solennels ont au surplus, par bien des points, consacrée. 1° Existence. — On justi lie d'abord (pie le péché ait cet effet. Saint Thomas y procède de la manière la plus convaincante et découvre dans cette réalité morale la vérification d’une loi universelle. Car nous observons dans l’ordre de la nature que l'intervention d'un contraire détermine de la part de l'autre une action plus énergique : Aristote disait que le froid gèle davantage une eau chauffée (/ Meteor., 318 b, 30-319 a, 9); mais on signale par là le phénomène uni­ versel de la réaction, où s’exprime la tendance de tout être à se conserver dans son être. Par une dérivation de cette loi, nous observons en outre que les hommes sont naturellement enclins à riposter aux attaques, jusqu'à abattre leurs adversaires. Il n’y a pas lieu de limiter cette loi aux individus : tout ordre lésé exerce pour son compte une répression. El, comme le péché est un acte désordonné, il faut attendre (pie l’ordre atteint par lui le réprime. La peine n’est pas autre chose que celte répression même. On déterminera en quoi elle consiste si l’on connaît l’ordre lésé. Or, le péché lèse l'ordre de la raison, direc­ trice naturelle des acÎes humains : la répression de la raison consiste dans le remords de la conscience. 11 lèse l’ordre du gouvernement divin, dont la répression s’exprime en la peine infligée par Dieu. Il lèse l'ordre de la société humaine, Civile, domestique, ecclésias­ tique, professionnelle, etc..., non que tout péché lèse cet ordre-là, et la société civile elle-même comme la société ecclésiastique qui sont, chacune en son ordre, des sociétés parfaites, ne châtient point absolument tous les péchés; mais, quand un péché commet cette atteinte, la répression joue et la peine correspondante est encourue. De ce raisonnement ressort la notion essentielle de la peine du péché. Elle ne se réfère en rien à la répara­ tion du péché; mais elle est du péché la contre-partie. Le péché étant posé, une peine y répond. Au désordre accompli est infligé une réplique par quoi le désordre est équilibré, mais non pas réparé. La réparation du désordre - nous voulons dire sa destruction — relève de la pénitence et de la satisfaction : par elles, le péché est anéanti, et il appartient au théologien d’en définir les voies (voir Justification, Pénitence). Mais cette fonction n’est en rien celle de la peine pro­ prement dite. Telle que nous l’avons présentée, elle répond à cette préoccupation de maintenir, à ren­ contre de la perturbation du péché, le triomphe de l’ordre. Sans hi peine, le pécheur a raison de l’ordre des choses; il ne se peut que l’on concède cette victoire à son caprice; la peine y pourvoit. Elle est la forme que prend l’ordre, définitivement inviolable, une fois posé le péché. Ne disons même point la peine, car il se peut qu'elle tarde et il ne faut pas que le péché sc flatte (l’un triomphe même éphémère; disons précisément l’obligation à la peine, laquelle est seule, aussi bien, l’effet propre et direct du péché. Aussitôt le péché commis, est encourue de la part du pécheur cette nécessité où se marque la permanence non compro­ mise de l’ordre. Il suit du péché même quelque chose où s’avoue la défaite du péché. Grâce au reatus panic, l’ordre du monde est sauf, que le péché n’a pu rompre. Il y a plus qu'une parenté entre cette notion essen­ tielle de la peine (pie propose saint Thomas et les 218 belles considérations ou saint Augustin annonce le châtiment nécessaire et imminent du pécheur : ne vel puncto (emporis universalis pulchritudo turpetur, ut sil in ea peccati dedecus sine decore vindicte. De lib. arb., III. xv, 41, /'. L., t. xxxii, coi. 1293; sur celle conception d’Augustin, voir .Mausbach, op. cil., I. i, p. 119-122. Dès lors, il apparaît que la peine essentiellement est contraire à la volonté. Saint Thomas revendique com­ munément pour elle ce caractère : en quoi il ne pro­ pose pas une description psychologique, mais définit la nature même de la peine en rapport avec sa fonc­ tion spécifique. On ne nie point pour autant que la peine ne puisse devenir médicinale, ordonnée à la cor­ rection du délinquant ou des autres hommes, ou satisfactolre, concourant à la totale réparation du péché : mais ces caractères sont ultérieurs à celui-là où s'ex­ prime son essence, où sc révèle, si l’on peut dire, sa pure beauté. la-I læ, q. i.xxxvn, a. 1. Les commentateurs ont poursuivi la formule exacte de cette réalité du reatus. Tenons, avec les Salmanticcnscs, disp. XVII, dist. r, spécialement n. 6, qu’il n’est ni une relation réelle ni de raison, ni quoi que ce soit que l’on puisse réellement distinguer du péché habituel, ni le péché habituel lui-même en son concept essentiel et primaire, mais comme un concept secon­ daire du péché habituel, virtuellement distinct et dérivé. Qu’il demeure quand la faute est remise, cette condition ne porte point préjudice à la correction de leur formule. Ibid., n. 14-20. 2° Le péché est-il peine du péché? — Avant de consi­ dérer quelques conditions remarquables de la peine due au péché, informons-nous si cette peine peut con­ sister dans le péché même. Une certaine tradition semble le soutenir. Ainsi saint Augustin dans les Confessions, I, xn, 19. P. L.. I. xxxiî, col. 670 : Jussisti, Domine, et sic est, ut pana sua sibi sit omnis inordinatus animus; ainsi saint Gré­ goire, Zn Ezech., 1. I, hom. n. n. 23-24, P. L., t. lxxvi, col. 914-916; Moralia, I. XXV, c. ix, P. L., t. lxxvi. col. 331-336 : Omne quippe peccatum, quod tamen citius pernitendo non tergitur. aut peccatum est et causa pec­ cati, aut peccatum ct perna peccati... Plerumque vero unum atque idem peccatum et peccatum est ut et perna et causa peccati. Ces textes et d'autres avaient été retenus par Pierre Lombard, qui a consacré à cette ques­ tion une distinction entière. II Sent., dist. XXXVL Saint Thomas, comme tous les théologiens scolasti­ ques. l’a débattue. Sa théologie introduit en ceci des distinctions qui. faisant droit aux données tradition­ nelles. sauvegarde cependant les exigences de la raison. 1. De soi, le péché d'aucune façon ne peut être la peine du péché, car il procède de la volonté. La peine est. de sa nature, contraire à la volonté. La distinction du mal de faute et du mal de peine est irrécusable. D’au­ cune façon, le péché en sa nature même n’est la peine du péché. Ainsi raisonne saint Thomas dans la Somme théolo­ gique; cl nous avons à dessein traduit le nullo modo qu’il écrit deux fois dans ces quelques lignes. La démonstration semble décisive. Néanmoins, s’il csl vrai que le péché, en sa conversion, procède de la volonté et à ce titre contredit la peine, le désordre accompagnant cette conversion, et d'où le péché reçoit sa raison de mal, n’est pas également voulu. Le pécheur s’en passerait ; il le subit comme une nécessité. Saint Bonaventure, par exemple, tenait que le péc hé, en ce qu’il a d’essentiel, est peine du péché : In //·· Sent., disl. XXXVI. a. 1, q. i. Saint Thomas luimême, dans son premier ouvrage. In //“■ Sent., dist. XXXVI, a. 3, semble admettre que le péché, ratione ipsius actus deformis, possède un caractère pénal; il le dit expressément dans la question dispu­ tée De malo, q. i, a. I, ad 2·“ : Ipse actus non est votitus 21!) PÉCHÉ. EFFETS: LA PEINE inquantum est inordinatus, sed secundum aliquid aliud; quod, dum voluntas quierit, in praedictam inordinatio· nem incurrit quam non vult; ct sic, ex eo quod est voli· tum habet rationem culpte, er eo vero quod inordinatio­ nem invite quis quodammodo patitur, immiscetur rationi panic; ct. ibid., ad l“e. Mais hi Somme n'offre point trace d'une telle doctrine, et l’on peut penser que le double nul'o modo en est un désaveu. De fait, on ne peut dire (pie le désordre du péché ait raison de peine. Cajétan en donne plusieurs raisons : toute juste peine est de Dieu; le désordre du péché serait donc de Dieu. Et il n’y a point lieu de distinguer en ce désordre, comme fail Scot, l'agi, qui sérail du pécheur, ct le subi, qui serait de Dieu, car ce désordre est un accident, cujus esse est inesse; causer son inhé­ rence dans le sujet, c’est causer son être, c’est donc cau­ ser le mal du péché. Cajétan, ln /·“-//“ , q. lxxxvii, a. 2; cf. Salm an licenses, disp. XV11, n. 29-30. De plus, bien qu’involontaire d’une certaine façon, ce désordre ne l’est pas absolument : le pécheur y consent (pii fait l’acte d’un péché. On ne nie point qu’il soit préjudi­ ciable à l’homme, mais le mal de peine n’est point seul à faire tort à qui l’endure, le mal de faute fait tort aussi à qui le commet. 2. Par accident, un péché peut avoir raison de peine, soit par rapport a soi-même, soit par rapport à quel­ que autre péché. Il cause, en effet, la soustraction de la grâce, et comme la grâce soustraite laisse l’àine diminuée ct prompte à pécher de nouveau, ces péchés suivants peuvent être tenus comme une peine du pre­ mier; on ne les aurait pas commis, si l’on n’avait encouru le châtiment de celui-là. Où nous rejoignons nos considérations précédentes sur l'aveuglement et l’endurcissement dont Dieu punit l’iniquité. L'acte même du péché peut comporter de l’affiiction. On le veut, assurément, ct avec la difficulté qui l’accom­ pagne : celle-ci fera même qu’on le veuille avec plus d’énergie et qu’on s’y applique avec plus d’obstina­ tion A ce titre, l’affiiction est volontaire ct malicieuse. Mais, en tant que ccs difficultés sont d’abord imposées à la volonté, soit par la nature même de l'acte, dont on n’est pas le maître (ainsi dans la colère ou l'envie), soit par les circonstances extérieures, la volonté subit une contrariété, laquelle a de ce chef raison de peine. Le cas ne s’en vérifie d’ailleurs, comme le remarquent les carmes de Salamanque, disp. XVII. n. 31, que pour les péchés consistant en des actes hnpércs, non en des actes élicilcs de la volonté. En tin, un péché comportant des suites pénibles peut être tenu à ce litre comme se punissant soi-même. Dans tous les cas, on le voit, le péché ne prend raison de peine que par accident et non selon son essence, où il est exclusive­ ment mal de faute. Saint Thomas estime (pie de telles peines sont médicinales, c'est-à-dire qu’elles possèdent celte propriété de concourir au bien de la vertu, j)n le volt nettement dans les deux derniers cas. puisque la fatigue ct les ennuis du péché sont propres à en détour­ ner le pêcheur lui-même. Mais, jusque dans le pre­ mier cas, s’il faut dire, comme nous avons fait, (pie l’aveuglement et l'endurcissement sont de leur nature ordonnés a la perle de qui les subit, on peut signaler en outre qu’ils sont propres à détourner les autres du péché; car. voyant ce malheureux tomber de péché en péché, ne redoutera-t-on pas pour soi un pareil sort? Pour l’intéressé lui-même, s’il advient (pie Dieu lui fasse miséricorde, tant de maux éprouvés ne le ren­ dront-ils pas plus humble et plus prudent? C’est en ces termes, ct à la faveur d'un discernement capital, que notre théologie peut agréer une pensée où se sont incontestablement plu d’anciens docteurs chrétiens. Sur toute celte question du pêché comme peine du péché: Salmanticenses, disp. XVII, dub. n; I*-II*, q. Lxxxvii, a. 2. 220 . 3° Durée et gravité du · reatus panic ». — On peut signaler maintenant conditions remarquables de la peine duc au péché. Elles Intéressent sa durée ct sa gravité. Nous distinguons ces deux considérations, dont chacune invoque des arguments indépendants. L l.'éternité de la peine infligée au péché mortel est une doctrine de foi. Voir art. Enfeu, l. v, spécia­ lement col. 91-95. 11 suffit ici que nous exposions la théologie de ce dogme, et scion (pie l’éternité de la peine est un effet du péché. Elle se déduit de la notion essentielle de la peine, telle que nous l’avons d'abord présentée. Héplique de l’ordre troublé, la peine persiste aussi longtemps (pie le trouble de l’ordre. Or, il est un péché qui trouble l’ordre d’une manière irréparable. Car il ôte le prin­ cipe même de l’ordre raisonnable, c’est-à-dire l’adhé­ sion à la lin dernière. En possession de ce principe, il n’est point de désordre (pie l’homme ne puisse répa­ rer; mais s’il en est privé, le voilà désormais incapable de restaurer le désordre commis, et il ne peut (pie sc perpétuer dans son péché. Où l'on suppose que l’homme ne peut se restituer à soi-même ce principe dont il s’est privé : la chose s’entend, puisqu’il tient dans la charité, laquelle est un don de Dieu, puisque l’ordre troublé intéresse Dieu, lequel est donc aussi mêlé à sa réparation; ce n'est pas une chose que l’homme puisse opérer seul, comme si son péché ne concernait aussi (pie lui. Cf. Sum, thcol,, la-11», q. cix, a. 7. Un tel péché est de soi éternel. Qu’il soit réparé, comme la chose advient en effet, une initia­ tive divine en est la cause. Mais elle n'nppartient pas au développement naturel des effets du péché. A celuici. tel qu’il est, ne peut répondre qu’une peine égale­ ment éternelle. Aussitôt commis, il grève son auteur de cette dette qu’est le reatus panic icierme. Quelque issue qu’il doive en effet connaître, il établit infaillible­ ment le pécheur en celle condition. Un temps du reste doit venir où la volonté coupable sera soustraite même aux effets de la miséricorde de Dieu; où la dette du péché n'aura donc plus de rémission. Il n’est que l’éternité de la peine pour faire équilibre à l’éternité du trouble et de la perversion qu’introduit le péché dans l’ordre. Cet argument est le principal qu’invoque en celte matière saint Thomas. 11 en a proposé d’autres : ln l Sent., dist. XLV1, q. i, a. 3; Cont. Gent.. 1. Ill, c. cxi.iv. Nous ne les reproduisons pas, puisque celui-là est formel ct décisif. Les carmes de Salamanque éta­ blissent pour leur compte que le péché est digne de peine éternelle indépendamment même de sa perma­ nence, sur la seule considération de sa gravité. Disp. XVH, dub. m, $ 3. En cela, ils sont peut-être de leur temps. 11 semble que l’argument de saint Tho­ mas ne se soit pas imposé sans amoindrissement aux théologiens postérieurs. Un exemple manifeste de cette histoire, c’est Lessius, De perfectionibus moribusque divinis libri XIV, 1. XIII, c. xxv, où l’éternité de la peine est justifiée, non par la permanence du péché, qui est une position dont on avoue qu’ello est difficile (en vertu d’un argument qui trahit la méconnaissance de la notion thomiste de peine), mais par l'infinité du péché considéré en lui-même (éd. Lcthielleux, Opuscula, t. i, p. 165-169). Ainsi, pense-l-on, communément | aujourd’hui; la perfection de la théologie n’y a pas gagné. IMI®, q. lxxxvîi, a. 3. 2. La gravité de la peine se déduit pour son compte de la gravité du péché. La persistance de la faute appelle l'éternité de la peine; son énormité mesure sa rigueur. L’idée de celte proportion entre la faute et la peine est élémentaire, et la sainte Écriture l’a plu­ sieurs fois exprimé : Pro mensura peccati erit ct plaga­ rum modus, Deut., xxv, 2; Quantum glori fioavlt se ct in deliciis fuit, tantum date illi tormentum ct locum. 221 l’ÉC 11É. EPF ETS : LA P EIN E Apoc., xvm, 7. Elle permet aux théologiens d'énoncer que» pour certains péchés, lu rigueur de la peine a quel­ que chose d'in Uni. Car il est en ccs péchés-là une ccrt aine infinité: par l’endroit. nous lavons dit. col. 156sq., où ils s'opposent à Dieu. On nomme peine du dam celle qui, répondant à celle in linite du péché, com­ porte elle-même quelque in Unite: elle consiste dans la privation de Dieu. Dans les deux cas, l'InOnlté sc considère de la part du bien, auquel le péché s’oppose, dont la peine est privation. Il n’y a point ici d'infi­ nité intrinsèque. Et, comme les péchés mortels qui sont tous infinis, cependant sont inégalement graves, ainsi est-il reçu que la peine du dam est à son tour variable en son infinité :(voir Dam.L iv.col. 16-17). Par ailleurs, les péchés mêmes dont nous venons de parler sont linis en leur adhésion au bien périssable, et par la limite de ce bien et par celle de l’acte volontaire. De ce chef, il leur correspond une peine finie, qui est la peine du sens. Cette conception de la peine nous empêche de songer à l’anéantissement du pécheur. L'idée en serait peut-être séduisante : car il n’est rien, semble-t-il, comme l'anéantissement pour répondre à l’infinité du péché. Ne soyons pas dupes de ces anti­ thèses. Il ne convient pas à la justice divine d’anéan­ tir le pécheur; la peine en etTct serait alors détruite, dont l’éternité est appelée par le péché commis. On voit quelle force reconnaît saint Thomas au reatus. Si l’on tenait au mot, qu’on entende l’anéantissement de la perle absolue des biens spirituels. On comparera sur ce point la Somme, IMl», q. lxxxvii, a. I. ad I um, avec In 1 V·»® Sent., dist. XLVI, q. n, a. 2, q. I. ad 4·®, où saint Thomas voulait qu’en rigueur de justice le péché originel fût puni de l’anéantissement de la nature. La peine du dam ct la peine du sens intègrent donc la rigueur de la peine, comme la conversion et l’aver­ sion concourent au mal du péché. Cette distribution de la peine est consacrée par maints enseignements, ofllciels du magistère. Et donc, quant à la rigueur, la peine a en même temps quelque chose de Uni et quel­ que chose d'infini. Quant à son éternité, elle concerne ces deux éléments, comme la tache du péché emporte la permanence de la volonté en son aversion de Dieu aussi bien qu’en son attachement au bien périssable; la peine du sens comme la peine du dam est éternelle : et par là, quant à la durée, l’une et l’autre sont infinies. IMI», q. lxxxvii, a. 4. On n’a parlé en tout ceci que de la peine du péché mortel. Ni sa durée ni sa gravité ne s’appliquent éga­ lement au péché véniel. Celui-ci, de soi, ne cause pas l'obligation d'une peine éternelle, car il est réparable par le pécheur, le principe de l'ordre raisonnable y demeurant sauf. Voir les documents ecclésiastiques où l’éternité des peines est réservée au seul péché mortel : profession de fol de Michel Paléologue, au 11· concile de Lyon (1271), Denz., n. 4G4 ; decret pour les Grecs au concile de Florence (1 138-1115), Denz., n. 693. Il n’entraîne pas de soi la peine du dam, absolument par­ lant, car il n'est pas une opposition à Dieu. Mais il est puni d’une peine du sens, laquelle est au surplus incompatible avec la vision actuelle de Dieu. Voir Dam. col. 17-21. Il advient (pie le péché véniel accom­ pagne dans une âme un péché mortel; il est alors puni d’une peine éternelle, puisqu’il est rendu irréparable. On le <111 contre Scot. In I V·® Sent., dist. XXI, q. i. selon qui la peine du péché véniel chez le damné trouve un terme cl n’est donc que temporelle. Sur quoi Cajétan explique que la faute du péché véniel de soi n’est remissible que négativement, en ce sens qu’elle n'ôte pas la grâce, seul principe de rémission, mais non pas du tout positivement; qu’elle sc trouve accompagnée d’un péché mortel, par quoi la grâce est nive, elle devient irrémissible par accident. Et il n’y ·>·>·> * Λ* a en cela aucun inconvénient : comme si le péché véniel s’opposait de sa nature a être puni d une peine éternelle; ainsi serait-ce s’il était remissible positive­ ment : mais aucun péché ne l’est, aucun ne conférant la grâce. Cajétan, ln 7*™-//■’, q, lxxxvii, a. 5; son opinion est adoptée parles Salmanlicenscs, disp. XVII, n. 73-75. — Mais il se peut qu’il reste à un damné à acquitter la peine temporelle duc Λ ses anciens péchés pardonné*, mortels ou véniels : saint I bornas, qui a d’abord hésité, ln ! V«® Sent ,, dist. XXI, q. i, a. 2. q. m, distingue nettement ce cas du précédent, où la peine est due a un péché non pardonné, ct il estime que celle peine trouve un terme même en enfer : elle y demeure une peine temporelle : Ibid., dist. XXII, q. i, a. I, ad 5®“. Cf. Billuart, foc. cit., diss. Vil. a. 1; 1*-H®, q. lxxxvii, a. 5. La théologie s’est plu â signaler l’i ni enent ion de la miséricorde de Dieu jusque dans le juste châtiment des pécheurs cl des réprouvés : non quidem totaliter relaxans, dit saint Thomas, sed aliqualiter allerians dum punit dira condignum, l\q. xxi. a. 4, ad lum; cf. In IV Sent., dist. XL\ I. q. n, a. 2. q. i. La célèbre histoire de Trajan, (pic saint Thomas n’a pu sc dis­ penser d'examiner et sur quoi les carmes de Sala­ manque ont doctement disputé (disp. XVII, n. 60-66), est une illustration curieuse de celle bienveillante pensée. 4® « Reatus ptrnæ » et rémission. — Nous avons jus­ qu'ici considéré le reatus chez le pécheur en qui demeure le péché, c’est-à-dire, comme nous savons, la tache du péché. Qu’en advient-il. une /ois le péché remis? Il esL aussitôt manifeste qu’est abolie avec le péché l’obligation de la peine éternelle. Car la rémission de la faute ne s’opère point sans la restauration de ce principe de l’ordre raisonnable qu’avait détruit le péché. L’irréparable, par la grâce de Dieu, a été réparé. Le péché a perdu son caractère étemel à quci la peine éternelle devait répondre. Reste que l’on recherche si ne subsiste plus même l’obligation d’une peine temporelle. La rémission du péché emporte l'abolition de la tache et la conjonction nouvelle de l’homme avec Dieu. Le désordre de l’aversion est par là réparé; il n'y a plus lieu désormais qu’une peine y fasse échec. Mais saint Thomas estime, 111®. q. lxxxvi, a. 4. qu’il subsiste alors ce qu’il appelle la · conversion désordonnée ·, à laquelle dès lors s'applique dans toute sa force, comme a tout désordre, la loi de justice : c’est dire qu’une peine y correspond, que le pécheur réconcilié avec Dieu ne laisse pas d être sous le coup d'un certain « reatus ». Il n’en sera quille qu’une fois la peine subie qui aura réduit à l’ordre de la justice la conversion désordonnée. Mais qu'est celle-ci? Les commentateurs se le sont justement demandé, et Cajétan en propose une expli­ cation, à quoi les carmes de Salamanque substituent la leur, que nous adoptons. 11 ne peut certes s’agir, sous ces mots, de l’inclination engendrée par l’acte du péché et dont nous avons dit qu’elle est le premier effet du pêché (col.212 sq ),car il n'y a point de coïnci­ dence nécessaire entre elle et l’obligation de la peine. 11 ne s'agit point davantage de quelque attachement de l'homme au bien (pii fut l’objet de son péché : comment, en effet. l’aversion connexe à ce désordre ne sérail-elle pas aussi maintenue? Saint l’homas entend par ces mots que l’acte d’adhésion déréglée, en quoi fut commis le péché, n'a pas été rétracte par la pénitence. Celle-ci opère essentiellement le retour du pécheur à Dieu. Mais elle peut ne pas comprendre la correction de ce dérèglement d’avoir trop aimé un bien périssable. On entend bien qu’il s'agit ainsi de la conversion désordonnée indépendamment de l’oppo­ sition à Dieu qu’elle comportait ; dont le désordre, par 223 PÉCHÉ. EFFETS: LA PEINE conséquent, (ut celui d’une volonté excessivement répandue sur son objet; il lui fut trop accordé, dit ordinairement saint Thomas, on lui fut trop indulgent. Contre ce dérèglement, la peine s'applique. Aussi longtemps qu'il n’est point rétracté, il fait encourir à *»on auteur un reatus. Il n’est d'ailleurs pas impossible qu’un repentir véhément opère équivalemment celte rétractation et absolve le pécheur de toute peine en même temps que de sa faute. Mais il semble que le cas en soit exceptionnel. A la peine méritée, dès lors, il appartient de rétablir en sa parfaite intégrité l’ordre une fois violé de la justice. Ainsi justifie-t-on la nécessité communément reconnue d’acquitter une peine temporelle, le péché pardonné. Satinanticenses, disp. XVII, n. 18-20. 11 est loisible d’adjoindre à celle-là d’autres raisons, prises des caractères ultérieurs de la peine : edi lier par le châtiment ceux qu’a scandalisés la faute; corriger le délinquant, en ses puissances diverses, par un remède énergique; prévenir de nou­ veaux péchés, etc. Dans le cas des péchés remis par le baptême, il ne subsiste plus la moindre obligation à quelque peine que ce soit; la cause en tient à la nature propre du baptême, lequel opère l’application totale au baptisé de la passion du Christ, sulllsanlc de soi à ôter tout reatus. Mais la justice a été contentée quel­ que part ; dans le corps et l’àme affligés du Sauveur. La peine due au pécheur pardonné obtient chez lui un caractère distinctif. Cet homme, désormais, s’ac­ corde à la volonté de Dieu. Il est donc soumis au bon ordre de la justice divine. Mais celle-ci demande qu’il soit remédié strictement à l’entier désordre du péché. Cet homme agrée donc la juste peine, soit qu'il aille jusqu’à assumer spontanément quelque affliction, et la peine alors est salisfactoire, soit qu’il accepte de bon cœur les tribulations que Dieu lui envoie, et la peine est alors purgative. Dans les deux cas, la peine ainsi endurée opère la réparation du desordre qu’elle réprime Mais en ce qu’elle est agréée par la volonté, elle n’obtient plus parfaite raison de peine. Elle la conserve, en ce que, même agréée, elle s’oppose à l’in­ clination naturelle de la volonté. IB-IIM, q. lxxxvh, .1 <». I Contre les doctrines de Luther spécialement, le concile de Trente a promulgué une doctrine de la satisfaction qui consacre cette persistance d’une peine après le péché remis. Sess. xiv, c. vm, et can. 1215, Dcnz., n. 901-906. 922-925. Deux études sur la question. Ch. Journet. La peine temporelle due au péché, dans Revue thomiste, 1927, p. 20-39, 89-103; B Augier, Le sacrifice du pécheur, ibid., 1929, p. 476ixs 5· Toute peine a-t-elle le péché pour cause? — En complement de celte élude, qui assigne la peine pour effet nu péché, on peut rechercher si toute peine a le péché pour cause : n’eston malheureux que pour avoir été méchant? Le problème en est complexe, mais très humain, et il se situe bien à cet endroit de la théologie. 1. Il le faut distribuer aussitôt en deux questions, dont la première est celle-ci : toute peine est-elle infligée a cause de quelque péché? A quoi l’on répond comme il suit : La peine proprement dite est toujours encourue par le pécheur pour son propre péché, soit actuel, soit originel. Celte doctrine est théologique et seule la rend certaine la foi nu péché originel. On ne pourrait philosopher avec cette assurance : combien de maux dont on dirait seulement qu'ils sont des suites de la nature et sans qu’ils eussent d’autre mystèreI 11 est seulement vrai qu*indépendamment de In foi le spec­ tacle des peines et de leur répartition fournit un argu­ ment probable en faveur du péché originel. Gont Gent., 1. IV, c. lu. Mais il faut prendre garde que tout ce qui semble 224 être une peine ne l’est pas véritablement. Par où, sans préjudice de notre première affirmation, nous rendons compte, pour une part, de celle expérience, si souvent relevée dans l'Ancien Testament, de la prospérité des méchants et de l'infortune des* justes : voir ce thème notamment dans le livre de Job; son étude dans P. Dhormc, Le livre de Job, introduction, p. ci-cxx et tout le c. ix. La peine n’en est une qu’étant un mal; mais certaines afflictions ne sont pas des maux. Elles nous frappent dans un moindre bien, en vue de nous mieux assurer quelque bien supérieur. Ainsi, la Provi­ dence divine distribue-t-elle aux justes les biens et les maux de ce monde au bénéfice de leur vertu; tandis que l’abondance temporelle qu’elle concède aux mé­ chants tourne à leur dommage spirituel. Ceux-ci ne sont donc point véritablement récompensés, comme ceux-là ne sont point véritablement punis. Plutôt que de les nommer «peines»,qu’on appelle «médecines» ces tribulations des justes, caries médecins font malùlcurs clients en vue de leur donner le bien souverain de la santé. Comme elles ne sont pas de vraies peines, elles ne répondent non plus à aucune faute, sauf que celle nécessité où nous sommes d’être ainsi traités tient à la corruption de la nature qu’a opérée le péché originel : cù c’est la foi qui dhcerne un rapport entre ces méde­ cines et le péché. On ne confondra point celles-là avec la peine considérée comme médicinale, (fui est une peine véritable. 1»-Ilæ, q. lxxxvh, a. 7. 2. La seconde question est de savoir si quelqu'un ne peut subir une peine pour le péché d'un autre. Les exemples, en effet, ne manquent pas dans la sainte Écriture où Dieu semble punir sur des innocents les crimes des pécheurs. On peut dire d’abord qu’en vertu de l’amour qui l’unit à celui qu'il aime, un homme peut prendre sur soi la peine qui revient à celui-là pour son péché, mais la peine devient alors salisfactoire. Le Christ a fait ainsi pour nous. Dans quelle mesure et avec quelle eff’cacité un homme peut satisfaire pour un autre, voir l'art. Communion des saints. On doit dire ensuite que la peine proprement dite, infligée en répression du péché, n’atteint que le coupable et ne peut atteindre que lui, car le péché est un acte personnel et incommunicable. Le péché origi­ nel lui-même, en tant qu’il est volontaire, doit être puni chez le sujet. Cf. Sum. theol., IIa-Hæ, q. cvin, a. I. Mais les médecines dont nous avons parlé, cl (pic rend nécessaires pour chacun son péché originel, on peut concevoir en outre quelles soient infligées à l’un pour les péchés de l’autre. Car elles ne causent pas, à qui en est atteint, un dommage véritable. C’est ainsi que les péchés du père peuvent être punis dans son enfant. En ce cas l’affliction de l’enfant prend rai­ son «le peine véritable pour le père qui a péché et qui, atteint dans son enfant, est tourmenté dans son bien le plus cher; raison de pure médecine pour l’enfant innocent du péché de son père. Saint Thomas s’est plu à signaler quelques raisons de celle économie des peines : elle recommande, dit-il, l’unité de la société humaine, en vertu de laquelle cha­ cun doit être soucieux pour les autres qu'ils ne pêchent pas; elle rend ie péché plus délest aide puis­ que le châtiment de l’un rejaillit sur tous, comme si tous ne taisaient qu'un seul corps. Ibid., ad lom. Il arrive néanmoins que le châtiment reçu pour le péché d’un autre atteigne chez celui qu’il frappe quelque participation à ce péché : l eniant a pu imiter la faute de son père, le peuple imiter les fautes de son prince, les bons tolérer à l’excès les crimes des mé­ chants; il prend alors chez celui-là même raison de peine véritable. Pour les peines spirituelles, on voit assez qu’elles ne peuvent en aucun cas être des méde­ cines : car il n’est point de bien supérieur auquel soit ordonné le détriment qu’elles causent. Elles n’altei- 225 22G PÉCHÉ MOBTEL ET PÉCHÉ VÉNIEL gnent donc jamais que le coupable pour son propre péché. Il semble que ces discernements de la théolo­ gie rendent heureusement compte des différents textes de lu suinte Écriture relatifs à cette matière. IB-11*, q. lxxxvh, a. K. VU 1. Pêché Μοητι L et i'i.ché véxii !.. Ici se situe, dans la théologie de saint Thomas, l’étude expresse de celte distinction célébré, dont il estime qu'elle sc prend du beatus pœnæ causé pur le péché. Mortel et véniel quali lient le péché par rapport à cet effet dont nous savons qu’il oblige tantôt à la peine éternelle, tantôt à une peine temporelle. I) est important de n’en point déplacer l’élude, quitte, bien entendu, à donner à celle-ci plein développement. Dans les livres modernes de théologie, celle distinction a obtenu un relief privilégié, mais qui menace l’exactitude des notions ici engagées; dans l'appréciation commune, on borne volontiers à ces deux termes le discernement de la conscience morale. Bemetlre cette étude en son lieu véritable, est une réparation commencée de l’un et l’autre dommage. La division des péchés en mortels et véniels est dans la théologie un héritage de la tradition. L’an­ cienne littérature chrétienne emploie ces mots, mais dont le sens n’est pas aussitôt fixé. Celui de péché mortel, mortale, ad mortem, ττρύς Οχνατον, dépend directement du texte, d'ailleurs très obscur, de saint Jean : e Si quelqu'un voit son frère commettant un péché qui n’est pas pour la mort, il priera et il lui donnera la vie, à ceux qui ne pèchent point pour la mort; il y a un péché pour la mort, ce n’est point pour celui-là que je dis de prier. » I Joa., v, 16. Celui de véniel évoque le pardon que mérite un péché, soit qu’il ail été commis sous une forte tentation, soit qu’on le veuille signaler domine remissible de sa nature, soit que l’auteur en ait fait pénitence. Dans l’ancien régime pénitentiel, sont dits mortels les péchés qui privent de la vie du Christ et de la communion des fidèles; on ne s’en délivre que dans la pénitence publique et par l’intervention du pouvoir des clés; mais le catalogue en diffère comme celui des péchés capitaux, dont ils sont alors synonymes. Voir art. Pénitence. Chez Tcrlullien, De pudicitia, la diffé­ rence des fautes plus graves et moins graves se consi­ dère selon que Dieu seul ou l’Église les peut remettre; c’est donc une théologie de la rémission des péchés qui est engagée là. Cf. Cavnllcra, art. cil., mars 1930, p. 51-58. Origène abonde en distinctions i elativos à l’inégale gravité des péchés. Sa théorie des péchés incurables est d'interprétation difficile; mais elle con­ cerne certainement le mode de rémission des péchés et la pénitence laborieuse requise pour quelques-uns d’entre eux. Saint Augustin, entre tous, a élaboré la distinction des péchés mortels et véniels en un sens qui commande la théologie postérieure. A la différence des péchés mortels (letalia, mortifera crimina), les péchés véniels (venialia, levia, quotidiana) n'ôtent point la vie de l’âme, qui consiste dans l’amour el dans l’union avec Dieu; on y aime la créature non à l’encontre de Dieu mais en dehors de lui; ils n'entraînent pas une séparation éternelle d’avec Dieu; ils sont remis par la prière, le jeûne, l’aumône (tandis que les péchés mor­ tels sont soumis au pouvoir des clés : où celte théorie révèle son attache à la tradition); on les expie dans cette vie, et s’ils ne l’ont pas été, l’autre vie y pourvoit. Cf. .Mausbach, Die Ethikdes ht. Augustinus, t. i, p. 235239; art. Augustin, ci-dessus, t. i, col. 2110-2111. Par ailleurs, un texte de saint Paul, remarqué par les Pères latins et la tradition scolastique, devait être mis en rapport avc3 la théologie du péché véniel : I Cor., m, 10-15, notamment : Si quis autem superaedi­ ficat super fundamentum hoc, aurum, argentum, lapides pretiosos, ligna, farnum, stipulam, uniuscujusque opus DICT. DE THÉOL. CATIIOU manifestum erit... Si cujus opus arserit, detrimentum patietur : ipse autem salons erit, sic tamen quasi per ignem. Dans la Somme théologique. 1B-Ila‘, q. i.xxxix, a. 2, saint Thomas entend par le bols, le foin, le chaume les péchés véniels eux-mêmes, cl qui s’at­ tachent aux personnes occupées des choses terrestres; Ils seront brûlés soit en celle vie, soit en l’autre, mais l'édifice spirituel n’en sera pas détruit, comme ces matériaux peuvent être consumés sans qu’en pâtisse la substance de l'edi lice. Pour les personnes retirées des soins de ce monde, elles commettent assurément des péchés véniels, mais elles ne les accumulent pas, car ils sont purges très fréquemment par leurs actes de charité. En réalité, saint Paul entendait symboliser l'enseignement frivole de certains prédicateurs, mais qui d’ailleurs édifiaient sur le fondement authentique, savoir le Christ Jésus. De ce qu*il dit néanmoins de leur châtiment, il ressort qu’il y a des fautes, qui en sont de véritables, que ne punit point le feu étemel de l’enfer : · Le dogme catholique des péchés véniels et celui du purgatoire trouvent ainsi dans notre texte un très solide appui. » Prat, La théologie de saint Paul, 9e éd., 1.1, p. 112. Sur l’exégèse traditionnelle de ce texte, où se découvre l’origine de l'interprétation de saint Thomas : Landgraf, / Cor., /11, 10-17, bei den lateinisehen Vtitern und in der Frûhscholastik, dans Diblica, 1921, p. I 10-172. Des interventions du magistère ont sanctionné en cette matière, et à l'occasion de certaines erreurs, quel­ ques-uns des enseignements communs de la théologie catholique. Le concile de Trente invoque, à l’encontre de Luther, la distinction «les pêchés véniels et des péchés mortels. Sess. vi, c. il et can. 23, 25, 27, Denz., n. 801, 833, 835, 837. De Luther, Léon X déjà avait condamné cette proposition que nul n’est sûr de ne point toujours pécher mortellement, à cause du vice caché de l’orgueil. Bulle Exsurge Domine, 15 juin 1520, Denz., n. 775. Calvin dirigea un écrit contre le concile de Trente, Acta synodi Tridentinic (cum antidoto), en 1517, où, sur le can. 27 ci-dessus allégué, il enseigne que tous les péchés en fait sont mortels à cause de la loi de Dieu, bien que tous de soi fussent véniels. L’une des propositions de Bains con­ damnées par Pic V est la suivante : Nullum est pecca­ tum ex natura sua veniale sed omne peccatum meretur pamam «ternam, prop. 20, Denz., η. 1020. Celle déci­ sion rend difficilement soutenable une doctrine autre­ fois défendue par Gerson que tout péché est de sa nature mortel, et qu’il n’en est de véniels que par la bienveillance de la miséricorde de Dieu. De vita spiri­ tuali, dans Opera omnia, Anvers, 1706, t. ni; cf. t. i, Introd., p. cxlix-cl. La théologie de saint Thomas, que nous devons exposer, conclut en ceci un long effort. A partir des données que nous avons dites, et conformément au sentiment commun de deux ordres de péchés, les sco­ lastiques ont poursuivi la différence essentielle du péché mortel d’avec le péché véniel : ils se sont répan­ dus en des opinions variées. L’objet de saint Thomas fut de signaler de telle sorte cette différence que l’on pût accueillir sous elle ce qu’il y avait d’irrécusable à ce sujet dans la pensée théologique et dans la tradition chrétienne. Ce souci d’une organisation explicative est très visible dans la rédaction du De malo, q. vu, a. 1 ; un bref commentaire historique de cet article dans F. Bhiton, De peccato veniali. Doctrina scholasticorum ante .S'. Thomas, dans Collutiones Gandavenses, 1928, p. 131-1 12. Nous répartirons selon ces trois membres l’exposé qui suit : 1° la division du péché en mortel et véniel; 2° l’ordre du péché véniel au péché mortel et récipro­ quement (col. 244); 3° le péché véniel en lui-même (col. 217). T. - XII - 8 227 PÉCHÉ MORTEL ET PECHE VENIEL. DIFFERENCE z. la z>zfz.szo,v ntr p£cn£ ex mortel et vExiel.— 1 · Le point de discernement. — Le péché est mortel qui fait contracter au coupable la dette d’une peine éter­ nelle, véniel qui n'emporte l'obligation que d'une l>clnc temporelle. De là part, nous l’avons dit, la présente recherche. Mais il est clair que cette différence dans le reatus consécutif au péché dépend elle-même d'une différence antérieure. Elle tient, on le sait déjà, au caractère irré­ parable on non du péché, lequel dépend a son tour du principe ôté ou sauvé de l'ordre moral, savoir l’adhé­ sion de la volonté à la vraie hn dernière. De même que ne peut corriger son erreur l'intelligence qui se trompe sur les principes mêmes de scs connaissances; de même que ne peut se guérir l’organisme corrompu dans le principe même de la santé et de la vie; ainsi la volonté privée d’adhérer à la vraie lin dernière est vouée à un éternel désordre. L’image de la mort con­ vient bien à cette condition; comme celle du pardon et de la rémission au cas d’une volonté déréglée en quel­ qu’un de ses amours, mais non pas dans le principal. Entendus ainsi, mortel et véniel, on le voit, s’opposent comme péchés, encore que ces mots, pris en leur sens propre, ne disent point entre eux opposition. Mais il est commun que des mots, non opposés selon leur sens propre.le soient et rigoureusement selon leur sens méta­ phorique : ainsi riant et desséché dits de la prairie. 2" L'origine de la différence. — Reste (pie du péché mortel et du péché véniel, on poursuive l’origine. Ils signifient quelque chose dans Pacte du péché. Car ôter le principe de l ’ordre moral ou le respecter, d’où vient au péché sa qualité de mortel ou de véniel, dépend d une différence en cela même qui obtient ces divers effets. Il la faut découvrir, et déclarer en vertu de quoi certains actes mauvais vont jusqu’à exclure l’adhé­ sion de la volonté à la vraie lin dernière, cependant que d’autres ne le font pas. 1. L'objet. — Il est certains objets de l’action humaine de telle nature qu’ils emportent une oppo­ sition à la lin dernière, et que la volonté ne s'y peut porter sans rompre avec ce principe du bon ordre rai­ sonnable. Et parce qu'il est une vertu dont l’objet est précisément la lin dernière, savoir la charité, nous disons avec assurance (pie tout acte contraire à la charité est un péché mortel. Saint 'Diomas recourt invariablement à ce critère de l'opposition à la charité quand il veut déterminer si quelque acte mauvais est ou non un péché mortel. Voyons-cn les conditions principales et nous aurons acquis en celte matière les principaux discernements. Il faut tout d'abord prendre garde que l’objet de la charité est Dieu, mais aussi le prochain aimé selon Dieu. Il est impossible de ne pas aimer le prochain et cependant d’aimer Dieu; c’est ici (lue la théologie rejoint le mot célèbre de saint Jean : * Celui qui dit limer Dieu et n’aime pas son frère est un menteur. » ItonqH’nt donc le bon ordre de la volonté a la lin der­ nière les péchés contraires directement à l’amour de Dieu, mais aussi les péchés contraires à l’amour du prochain. Les deux amours n’en sont qu'un seul et nos frères sont à notre premier amour un objet insé­ parable de Dieu. Dans la Somme, on trouvera la liste et l'étude des péchés contraires à l’amour du prochain au traité de la chanté. Il·-II*. q. xxxiv-xliv. Il faut ensuite remarquer qu'il n’en va pas de lu charité comme d une vertu particulière, à laquelle sont con­ traires seulement les vices regardant le meme objet. L'amour institue entre ceux qu’il unit un régime de relations que l’on ne méconnaît qu’au mépris de 1 imour mùnc : le parjure, par exemple, et l’adultère s< nt des péchés mortels, car il n’est pas possible de prendre Dieu à témoin d'une fausseté et de l’aimer, d’a mer son prochain et de lui faire cet outrage. Ces 228 actes proprement contraires à la religion ou â la jus­ tice sont en même temps contraires à la charité. En outre, l'amour de Dieu emporte l’adhésion aux volon­ tés divines, quelque matière qu'elles concernent : Est igitur de ratione curitatis ut sic diligat Deum quod in omnibus velit se ei subjicere et pnveeptorum ejus regulum in omnibus sequi. Ibid . q. xxxiv, a. 12. Sont donc contraires à la charité les actes contraires aux pré­ ceptes exprimant les volontés divines. On reconnaîtra celte contrariété selon la nature même de l’acte com­ mandé : car il y a certainement une proportion entre la bonté de cet acte et l'imposition (pic Dieu nous en fait : Quia cum voluntas Dei per se jeralur ail bonum, quanto aliquid est melius, tanto Deus vult illud magis impleri. Ibid., q. cv, a. 2. Il faut enfin considérer que Dieu a établi entre les hommes la hiérarchie des supé­ rieurs et des sujets : on enfreint donc la volonté de Dieu si l’on transgresse les préceptes de ceux qui le représentent auprès de nous; sans compter que l’on contrarie du même coup l’amour que l’on doit à ce prochain. Le discernement du péché mortel est ici moins assure : car on jugera de ces préceptes selon la volonté des législateurs, et ceux-ci ne mesurent pas nécessairement leur volonté sur la bonté de ce qu’ils commandent : Et ideo ubi obligamur ex solo hominis prœcepto non est grain us peccatum ex eo quod majus bonum priricritur. sed cx eo quod prœteritur quod est magis de intentione praecipientis. Ibid. On appréciera cette intention selon les paroles mêmes du législateur, ou les peines dont il menace la transgression de la loi, ou même, dans une mesure, selon l’importance de la matière en cause. Car de bons théologiens estiment que le législateur, astreint aux règles de la prudence, ne peut arbitrairement attacher une obligation rigou­ reuse à une matière insignifiante (Salmantuenses, disp. XIX, n. 27) : scs lois alors ne seraient plus de vraies lois. Sur tout ce paragraphe : Salin., disp. XIX. n. 25-32. 11 n’y a rien ici qui ne soit rigoureusement consé­ quent avec l’idée d’abord proposée du péché mortel. Il serait important, pour l’éducation des consciences, qu’on ne s’en tint pas à enseigner des catalogues fixés de péchés mortels, mais que l’on découvrit le rapport de ces actes avec la fin dernière, qu’ils con­ trarient. Un acte n’est pas tenu pour péché mortel arbitrairement : il porte en lui cette opposition funeste avec le principe même de la vie morale, auquel il fau­ drait (pie nous fussions par-dessus tout attachés. Pour les théologiens, il leur appartient d’apprécier le rap­ port de tel acte humain avec la lin dernière et de déceler en lui, s’il y a lieu, et par des voies peut-être complexes, celle opposition. Mais il semble qu'on leur puisse recommander en celle entreprise la sobriété. A partir d’un certain point du moins, les détermina­ tions sont difficiles et ne s’autorisent plus guère que de la quantité des opinions. On peut se demander dans quelle mesure cette poursuite audacieuse du mortel et du véniel parmi 1'inllni détail des actions humaines représente un progrès de la science morale. Et l’on songe à cette parole, redoutable à la fois et apaisante, de saint Augustin : Quic sint levia, quæ gravia peccata* non humano sed divino sunt pensanda judicio. Enchiri­ dion, f.xxvin, P. L.. t. XL. coi. 269. L’objet de l’acte humain est donc propre à conférer â celui-ci celte efficacité de briser le rapport de la volonté humaine avec la vralc lin dernière. De tels péchés mortels le sont ex genere. Mais si l’objet mau­ vais de l’acte ne l’est pas à ce point, il donne lieu à un péché véniel ex genere. 2. L'acte. — Mais il se peut qu'un même objet mauvais donne lieu tantôt à péché mortel, tantôt à péché véniel, selon des conditions relatives à l’acte lui-même. 22!) PECHE MORTEL ET PÉCHÉ VENIEL. DIFFÉRENCE Soit d'abord un objet de péché véniel, connue une parole oiseuse ou le soin démesuré de son bon renom. La manière de l’adopter peut convertir cet acte en péché mortel. Saint Thomas signale deux voies de cette conversion : ou bien l’on ordonne cet acte à quelque objet mortel, dire une parole oiseuse à des lins d’adultère; ou bien I on fait de cet acte même sa lin dernière, vivre pour la vanité au point que l’on ferait tout, même offenser Dieu, pour la contenter. Dans les deux cas, Pacte humain, nonobstant sa matière immédiate et propre, s est donné un objet exclusif de la charité. On rejoint la règle précédente. Soit ensuite un objet de péché mortel, comme l'adul­ tère ou l'infidélité. La manière de l’ndopter peut faire de cet acte un péché véniel, en ce sens, explique saint Thomas, que l’acte humain reste imparfait, c’est-àdire non délibéré en raison, celle-ci étant le principe propre de l’acte mauvais. Et l’on appelle un tel péché véniel ex irnperfecttone actus. Les actes non délibérés, quel qu’en soit l'objet, ne sont donc jamais que des péchés véniels. En cet endroit de la doctrine systématique du pêché véniel est assumée, on l’aura reconnu, une categorie de péchés (pi’avait obtenue pour son compte la distribu­ tion traditionnelle des péchés selon les parties de l’âme. Nous avons traité plus haut (col. 179 sq.) de la culpabilité assignable à l'acte non délibéré. Mais des actes humains, quoique délibérés en quelque mesure, peuvent n’êlre encore qu’imparfaitement des actes humains : il y a lieu de rechercher ici quelles condi­ tions de perfection sont requises en I acte humain endeçà desquelles, quel que soit son objet, il ne sera jamais (pie péché véniel. Saint Thomas, là-dessus, n’abonde point. Nous reproduirons l’enseignement des Sahnanticenses (non sans signaler les opinions discor­ dantes) (pii, en ceci, sont plutôt des auteurs que des commentateurs. Disp. X, dub. iv-v. Ils le proposent au sujet des mouvements déréglés de l’appétit sen­ sible, où ces imperfections de lacté humain sont les plus fréquentes, mais leurs règles ont une valeur géné­ rale. Elles intéressent distinctement l’imparfaite adverlance et l'imparfait consentement. Quand on véri­ fie celle-là, le consentement est lui-mème imparfait; mais elle peut-être parfaite, sans que le consentement le devienne à son tour. (Le mot (l’advertance manque fâcheusement à notre vocabulaire : nous nous excu­ sons d’y recourir, et sur la nécessité que nous en avons, et sur l’exemple d’un théologien du xvn· siècle dont les écrits sont un modèle de la meilleure langue française; cf. Ant. Arnauld, Cinquième dénonciation du philosophismc... Avertissement, dans les Œuvres, t. xx . xï, Paris-Lausanne, 1780, p. 298-299.) a) Qualité de l'adverlance. — Voici les conclusions relatives à l’advertance de l'intelligence : a. — < A ucun mouvement de l'appétit ne peut atteindre au degré du péché mortel s'il n'y a de la part de Γintelli­ gence pleine advertance et pleine délibération relative à ce mouvement. Et c’est pourquoi à chaque fois que l’advertance n’est qu'à demi-entière, fût-ce en une matière* très grave, le mouvement susdit ne dépassera point la malice du péché véniel », η. 1 10. Comme ils l’ont expliqué, ils entendent par · advertance impar­ faite » celle d’une raison en possession imparfaite de scs moyens, comme il advient dans l'état de demiivresse ou de demi-sommeil. Tandis (pic la connais­ sance pleinement délibérée est celle où l'on juge d’un jugement ferme et sain les mérites de l’objet et son indifférence, la connaissance à demi-délibérée est pri­ vée de cette attention et de cette fermeté du jugement, alors même qu'il s'introduit en elle quelque discours. On peut donner de la conclusion énoncée plusieurs preuves. Celle-ci semble la plus décisive : tout péché mortel ôte à Dieu la raison de lin dernière pour la 230 reporter sur quelque bien créé; or. une délibération imparfaite ne peut procéder à l'appréciation qu'un tel déplacement suppose. On remarquera que cette conclusion n’atteint en rien la doctrine des péchés d ignorance, et que l’im­ parfaite considération actuelle, non plus que le défaut de toute considération actuelle, n’emporte point infail­ liblement l'impuissance de pécher, et mortellement; qu’elle laisse entière la responsabilité de la délibéra­ tion interprétative : car si l’advertance et la délibéra­ tion imparfaites dont nous parlons ont été précédées d’une parfaite advertance. grâce a quot 1 on pouvait parfaitement délibérer de l’objet en cause, et qu'on ait négligé de le faire, on ne tombe point sous le bénéfice de la conclusion énoncée, laquelle s’entend des cas où, sur l'objet en cause, aucune advertance plénière n’a eu lieu non plus qu'aucune délibération parfaite n’n été possible. Cette première conclusion est commune chez les théologiens. On ne cite contre elle que l’opinion dOccam et des nominalistes, pour qui ne sont point requises au péché mortel une connaissance m une liberté plus grande qu’au péché véniel; il n’y a donc point pour eux de péché véniel ex imperfectione actus, mais seulement ex genere (ci-dessus) ou ex parvitate materia* (ci-dessous). Les auteurs réfutent aisément cette opinion singulière. Salmenticenses. n. 166-169. b. — Pour qu’il y ait péché mortel, il ne sullit pas que l’intelligence connaisse expressément et délibéré­ ment l'entité ou l'agrément physique de l’objet ou de l’acte coupable; s'il n’y a aussi une certaine advertance actuelle et expresse de la malice morale ou d’un péril d’ordre moral, soit qu'on les connaisse avec certitude ou probabilité, soit au moins qu'on en ait dente, scru­ pule ou soupçon; et c’est pourquoi ou, dans le cours entier du mouvement de l’intelligence ou dans l'une de ses parties, aucune mention de la malice ne se serait présentée, le mouvement de l'appétit n’aurait point la culpabilité mortelle. » N. 1-18. La première partie de cette conclusion s’impose dès qu'on admet N. 180. La raison en est celle-ci. L’obligation de résister aux mouvements de l’appétit sensible, tout autre péril écarté, ne peut être de soi (car elle peut l’être cn vertu d’une considération étrangère) plus grande que le désordre de ces mouvements; or, ce désordre est véniel. 11 est bien entendu que la permission dont il s'agit ici diffère du tout au tout du consentement; elle est plutôt l'absence d’une opposition, et ne com­ porte aucune complaisance envers le désordre toléré. 11 est entendu aussi qu’on ne peut dire que le consen­ tement soit véniel qui porte sur un désordre formelle­ ment véniel en sa nature, car le consentement reçoit sa malice de l’objet même qui le termine, tandis que la permission reçoit la sienne de la malice formelle de ce qu’on permet. Les mouvements gravement déréglés 232 de l'appétit sensible constituent un objet gravement mauvais, mais d'eux-mêmes ils ne sont formellement mauvais que de malice vénielle : y consentir est un péché mortel, les permettre ne l’est pas. On ne con­ fondra pas cette permission avec le consentement interprétatif : elle ne le serait que s’il y avait obliga­ tion de repousser positivement ces mouvements (làdessus, n. 199-210, avec la réfutation de Vasquez cl de Suarez). Pour bien se remire compte de l’étal d'àmc ici allégué, lire cette description qu’en donne Cajétnn, Summa de peccatis, à delectatio morosa, η. 1; rapporté par Salm., n. ISO : « Si la négligence provient non d'une complaisance mais de ce qu'on n’attache point d’importance ù la pensée et au plaisir excités (parce que l’on sait, par exemple, que l'on a une volonté ferme et que l’on ne redoute point de verser dans un consentement mauvais ù cause de ces commotions de l’imagination ou de la concupiscence), on pèche, car on peut et on doit s’efforcer de repousser ces guerres Intestines et ces très grands périls et, autant qu’il est en soi, accomplir celte parole : « .le poursuivrai • mes ennemis et n’aurai decesse qu'ils ne succombent », mais on ne pèche pas mortellement, etc. » Qu’on ne se méprenne donc point sur cette première conclusion comme si elle consacrait un art subtil de séparer la jouissance mauvaise d’avec la culpabilité du péché; et qu’on ne manque pas au surplus de la joindre aux suivantes. b. — « A chaque fois qu’il y a danger imminent de consentement du fait que dure un mouvement illicite, la volonté est tenue sub mortali d’y résister efficace­ ment », n. 192. Quand y a-t-il péril imminent de con­ sentement? cette circonstance est variable selon la volonté de chacun, et selon que le mouvement Cou­ pable est propre à plaire ou à déplaire. En général, il faut avouer (pic c’est ici chose périlleuse, et que per­ sonne ne doit croire facilement être en sécurité si, le sachant et le pouvant, on ne résiste pas. Nos auteurs concluent comme il suit une série de sages réflexions : A tous convient ce conseil (il est au moins cela) très salutaire : qu’ils s’efforcent, dès qu'ils auront remarqué la naissance d’un mouvement désordonné dans leur appétit, de l’écarter sans retard, qu’ils soient fermes ou non dans la vertu. Ces derniers à cause du péril de consentement, ceux-là parce que l’état de parfaite vertu le demande. c. — < Même écarté le péril du consentement, il y aura quelquefois obligation sub mortali de résister au mou­ vement de l’appétit sensible : à savoir quand, du fait de la non-résistance, il y a imminence d’un grave dom­ mage; par exemple quand, voyant s’élever cn soi un mouvement de colère, on constate qu'il peut à ce point grandir qu’il (Me, si l’on n’y résiste, le jugement de la raison, lequel étant ôté on commettra un homi­ cide; en ce cas, on sera tenu sub mortali de résister à un tel mouvement de peur qu’en s’accroissant il ne conduise jusqu’à un tel dommage, el cela même s’il n’y a pas danger de consentir soit à ce mouvement soit à ce dommage. De même lorsqu'on sc rend compte qu’une délectation vénérienne entraîne le péril de pol­ lution, même s'il n’y a pas Imminence de consentir ni à cette délectation ni à la pollution, on est tenu de résister sub mortali, pour écarter ce péril ». N. 195. La raison de cette conclusion est claire : comme on est tenu, sous peine de péché mortel, de ne nuire à per­ sonne cn matière grave, on est tenu, sous la même obligation, de réprimer cn soi ces mouvements d’où l’on voit qu’il proviendra à quelqu'un un grave dom­ mage. Il est bien vrai que le mouvement déréglé de la sensibilité a en lui-même une malice formelle que n’a point l’acte extérieur, par exemple la pollution ou l’homicide; cependant, on est tenu plus strictement d’éviter cet acte que le mouvement intérieur : car 233 l’obligation de l’éviter ne tient pas à sa malice for­ melle, mais au dommage qu’il comporte. C'est Ici que nos auteurs expriment celle réserve Importante, qu’il n’est pas improbable (pie la doctrine de leur première conclusion doive être restreinte aux mouvements illi­ cites en toute matière, sauf les délectations véné­ riennes : à cause de la liaison de celles-ci, au moins lorsqu'elles déterminent une grave commotion, et à partir d’un objet peut-être léger, avec l’acte de la pollution. Ils n’en dérident pas absolument, parce que le cas peut aussi sc rencontrer où une délectation qui serait propre à exercer celte influence, cn fait ne l’exerce pas. N. 197-198. Ainsi peut être décrit l’acte humain imparfait, qui ne saurait dès lors, quel que soil son objet, prendre raison de péché mortel. En ccs conditions, il ne peut constituer cn effet une opposition à la vraie fin der­ nière : il ne traduit pas une résolution suffisante de la volonté. Par ailleurs, que l’on se garde d’exiger pour le péché mortel la plénitude de la perfection dont est susceptible un acte humain; nous avons appris déjà de saint Thomas que des péchés d’ignorance et de passion, où le volontaire cependant est diminué, peuvent être mortels. Les règles que nous avons repro­ duites délimitent, autant qu’il sc peut, la perfection cn deçà de laquelle un acte humain ne peut être que péché véniel; mais elles laissent place à bien des péchés mortels qui ne seraient point des actes humains de tout point intègres el parfaits. 3. La « parvitas materne ». — Il se peut qu’un objet donne lieu de sa nature à un péché mortel, qu’on exerce à son endroit un acte humain suffisamment parfait, et cependant que l’on ne commette qu’un péché véniel. La cause en est dans les limites très restreintes selon lesquelles cet acte atteint cet objet. Et l’on a affaire au péché véniel que les théologiens ont dénommé ex parvitate materia·. En son étude spéciale du péché véniel, saint Tho­ mas ne mentionne pas cette catégorie; mais il la rencontre à propos du vol el de l’avarice. En ce der­ nier texte, Sum. theol., Ila-II®, q. cxvni, a. I, il appelle un tel péché véniel ex imperfectione actus; mais l'imperfection s’y prend cette fois, non de la délibération ou du consentement, mais de la quantité de l’objet, comme s’en est expliqué notre auteur sur le cas du vol, ibid., q. i.xvi, a. G, ad 3um, dans les termes que voici : « Ce qui n’est que peu de chose, la raison le tient pour rien : illud guod modicum est, ratio apprehendit quasi nihil. C’est pourquoi, dans les choses insignifiantes, on n'estime pas avoir subi un dommage; et celui (pii prend peut présumer que cet acte n’est pas contraire à la volonté du propriétaire de hi chose. El pour autant, si quelqu'un dérobe de tels menus objets, il peut être excusé de péché mortel. SI cepen­ dant il avait l’intention de voler et de causer un dom­ mage au prochain, même en ces petites choses peut se rencontrer le péché mortel : comme du reste dans la seule pensée si l’on y consent. » Le cas se présente donc excellemment en matière de justice, et l’on voit cn quel sens il le faut traiter : le péché n’est point mor­ tel parce (pie cet acte ne cause pas au prochain vrai­ ment dommage, et donc il ne contrarie pas la charité. Les théologiens admettent universellement le péché véniel ex parvitate materiie. Les carmes de Salamanque cn justifient g’une façon générale le caractère véniel dans les termes suivants, qui sc réfèrent, on le verra ci-dessous, à la définition même du péché véniel : · Si ce (pie l’acte coupable atteint dans la chose défen­ due n’est pas d’une telle importance qu’on le puisse tenir pour partie notable, ni ne contribue beaucoup à sa substance et à la fin voulue, de ce chef la loi n’est pas violée absolument» mais relativement : parce (pie cela en quoi elle est violée n’est (pie relativement 234 défendu par cette loi, et cela qui est absolument appelé chose défendue demeure entier, cette partie même étant ôtée. » Disp. XIX, n. 23. Le soin des théo­ logiens, on h· devine, a été de mesurer aussi exacte­ ment que possible quand il y a insuffisance de matière, t ne détermination mathématique serait ici entreprise vaine et viciée dès le principe. Il appartient à la prudence de chacun de juger des cas particuliers. On s’inspirera avantageusement de ces deux lois géné­ rales, que rapportent les Salmanticenses : considérer si la matière en cause importe beaucoup a la fin pour­ suivie par la loi, et non seulement la quantité brute; considérer les circonstances qui ont conduit le supé­ rieur à imposer un précepte en < cite matière. Disp. XIX, n. 21. On s’est aussi demandé si l’insuffisance de matière s’entend universellement, et s’il n’y a point lieu de faire une exception, notamment en matière de chasteté. Mais comme celte rcchtrche n'intéresse pas le péché comme tel, il nous suffit de la signaler et de renvoyer au judicieux exposé qu’en font les carmes de Salamanque. Disp. X, dub. vi, appendice Voir aussi ait. I.uxurb, l. ix, col. 13-10 sq. 3° La définition du péché mortel et du péché véniel. — L’effet différent des péchés a l’endroit du principe de l’ordre moral tient donc dans le péché lui-même à quelqu’une des conditions que l’on vient de dire. On réduit celles-ci à l'unité en meme temps qu’on exprime formellement la nature des péchés mortel el véniel cn disant que, dans tous les cas, le premier est simpliciter contra legem, tandis que le second est prater legem. En invoquant ici la loi ou la règle, on dénonce dans cette qualité de mortel et de véniel, cn quelque sorte qu’elle se vérifie, une différence relative à la moralité même de l’acte du péché. Comme l’acte humain est formellement bon en tant qu’il est conforme u la règle, sa malice est une discordance d’avec la règle : c’est pourquoi l’on a allégué la loi dans la définition même du péché; en l’alléguant de nouveau ici, on déclare l’intérêt formellement moral de cette division. El, en répartissent ces péchés selon une discordance de contrariété ou de prétention, on signale dans cette division les deux catégories les plus communes de l’action mauvaise, car il n’y a rien qui divise plus immédiatement la discordance d'avec la loi que la manière meme dont elle se vérifie, et que traduisent les prépositions contra el pnvtcr. 1. Mien-fondé de la définition. — Pour la justifier, il suffit de montrer d’une part que le caractère d’abord reconnu à ces deux péchés, ôter ou respecter le prin­ cipe de l’ordre moral, dénonce proprement, dans l’acte du péché, soit la contrariété soit la prétérit ion par rappoit à la loi. Or, la loi est, de sa nature, au service de la fin dernière de la vie humaine : ces deux termes sont conélatifs, et le bien, c’est-à-dire la fin, est com­ pris en la définition même de la loi. De ce chef, méritent principalement le nom de lois les préceptes nécessaires à l’ordre de la fin dernière; ceux qui n’ont pas celle nécessité n’obtiennent ce nom que secondairement. Le pêché mortel contrarie les pre­ miers; le péché véniel y passe outre puisque ne les contrariant pas; cependant il n’est point réductible cn son acte à l’ordre de la fin, qu’ils assurent. Et ainsi s’entend exactement la prétéiition alléguée, pnvtcr, à savoir par rapport à une loi proprement dite (cf. cn ce sens 1IMI», q. cv, a. t, ad lttm). On peut dire aussi que le péché véniel ne contrarie que les seconds pré­ ceptes, cl la prétérilion, dans ce cas, signifie une con­ trariété relative, savoir celle qui allecte des lois non nécessaires à l’ordre de la fin dernière, auquel du reste elles concourent. 11 faut montrer d’autre part que ce rapport de contrariété ou de prétérition dont on parle convient aux trois catégories de péchés mor­ tels ou véniels, mais celle convenance ressort de 235 PÉCHÉ MORTEL ET PÉCHÉ VÉNIEL. DÉFINITION l'exposé que nous avons fait de ces trois catégories, où nous avons signalé que le mortel et le véniel s’obte­ naient invariablement selon la fin dernière ôtée ou conservée. Nous ne retenons donc pas, comme expri­ mant la différence formelle du péché mortel et du péché véniel, la contrariété de celui-là aux préceptes, de celui-ci aux conseils; cette opinion fut celle de Scot, mais clic est communément rejetée. \ oir Sal- j mantlccnses, disp. NIX. n. 6-7. 2- Analogie de la notion du péché. — On aura déjà remarqué la coincidence de la présente définition du péché mortel avec la définition plus haut énoncée ilu péché comme tel. Seul le péché mortel vérifie pleinement la notion de péché. Par rapport à celui-là, le péché véniel est un analogue inférieur, il est bien I un péché, mais il ne l’est qu’imparfaitement. Nous entendons donc la division du péché en mortel et véniel comme une division analogique et non point du tout, on le voit, comme celle d’un genre en ses espèces, où péché mortel et péché véniel vérifieraient également la définition du péché, quitte à la déter­ miner chacun à sa manière selon une différence spécifique. 1.'analogie dont il s’agit est celle qu’on appelle de proportionnalité, où les divers analogues possèdent intrinsèquement, quoique inégalement, la raison commune, ainsi la substance et l’accident à l’égard de l'être. Mais au surplus, les commentateurs, relevant un mol de saint Thomas, estiment que se vérifie dans le cas même une analogie d’attribution, en ce sens que le péché véniel serait dénommé péché extrinsèquement, à cause de son ordre el de sa dépen­ dance à l’endroit du péché mortel: ainsi, du leste, l’accident csl-il dit être, vu son ordre à la substance, et non seulement parce qu'il possède intrinsèquement l’être. Voir Cajétan, In 1^*11^, q. i.xxxvni, a. 1, n. 7; Sahnanticenses, disp. XIX. n. 15. Sur l'intérêt de ce cas pour la doctrine générale de l’analogie. F. Blanche, l'ne théorie de l'analogie, dans Revue de philosophie, janv. 1932, spécialement p. 52. Nous devons dire préci­ sément ci-dessous en quel sens le péché véniel est ordonné au péché mortel. 3. Valeur spécifique des deux catégories considérées. - On a dit ci-dessus (col. 163) que mortel cl véniel ne représentent pas une distinction spécifique des péchés. Ils tiennent en effet à l’aversion, au lieu que l’espèce des pêchés se définit selon l’objet ou tend l’acte de la volonté. 11 advient donc qu’un péché de même espèce tantôt sc vérifie comme mortel, tantôt comme véniel; et dans le cas même ou les péchés sont mortels ou véniels selon l’objet, il est aisé de voir que cette qualité est relative aux accompagnements aversifs d’une telle conversion, non à la conversion même. Avec cela, et dépassant la considération de l’objet immédiat du péché, on peut dire que la division du péché en mortel et véniel a valeur essentielle. On y signale en effet un rapport différent à la lin dernière de la vie humaine, selon que I on rompt ou non avec elle. Or, par-dessus toute autre considération, la fin dernière, en matière d’action morale, fait, peut-on dire, la limite de deux momies. L’acte mauvais qui la sauve­ garde ne peut cn ce sens être de même espèce que I acte mauvais qui la détruit. On n’invoque pas ici autre chose, à propos du péché, que la meme preuve où s'établit la distinction spécifique des vertus infuses et des vertus acquises, eussent-elles la même matière : l’ordre différent de leur objet à la fin dernière emporte celte distinction. Disons d’un mot que la tin dernière règne souverainement sur toute la vie morale; et que, pour la concerner, le péché mortel cl le péché véniel prennent une valeur spécifique, sur laquelle du reste l'objet immédiat du péché introduira la dernière détermination : et il sc peut, encore une fois, que celle-ci soit semblable en l’un et 1 autre pèche. Les 23G Sahnanticenses ont expressément défendu la présente thèse, disp. XIX, n. 35-10, 16 -51 ; mais Gojétnn déjà y est favorable, In /um-//··’, <|. i.xxxvm, a. 6, n. 2; saint Thomas lui-même déchire que, dans le cas où un péché, mortel de sa nature, devient véniel par imperfection de l'acte, solvitur species. IM K, q. i.xxwm, a. 6. I. Rapport de cette division avec la doctrine générale du péché. — En cette élaboration d’une division tradi­ tionnelle, la théologie de saint Thomas accueille, comme nous l’annoncions, les diverses données de la pensée chrétienne, en meme temps qu’elle en dégage la signification la plus exacte. Entendus comme nous venons de dire, il faut bien voir quelle place déterminée occupent le péché mortel et le péché véniel dans le traité systématique du pêché, et reconnaître notam­ ment qu'ils ne se confondent pas avec la gravité du péché, déjà considérée ci-dessus. Ils intéressent la défi­ nition même du pêché, seul le péché mortel vérifiant pleinement celle que nous avons énoncée au terme de notre recherche sur la nature du péché; le péché véniel n'est qu'imparfaitciiient péché. Mais, comme nous avons dit alors que le péché offense Dieu, il faut préci­ ser ici que le péché véniel, pour son compte, n’a pas proprement raison d’offense de Dieu, cf. Dcmalo, q. vu, a. 2, ad 10um; disons néanmoins qu’il est de quelque façon offense de Dieu, comme il est de quelque façon contraire à sa loi. Cette offense-là n’est pas infinie, car elle ne prive pas Dieu absolument de sa raison de fin, de la part du pécheur, mais elle exclut de cette pri­ mauté divine le seul acte du péché, en sa limite rigou­ reuse d’acte, le pécheur conservant Dieu comme sa fin dernière : sur ce point, voir ci-dessous, col. 237 sq. L’offense du péché véniel ne demande donc qu'une satisfaction finie et limitée. Cf. Sahnanticenses, in /-en.[p* , q. I XXXIX, a. 1, n. 8-10. Mortel et véniel représentent une division essentielle du pêché, et jamais un péché mortel, de quelque caté­ gorie qu’il soit, n’est en définitive de même espèce qu'un péché véniel; on signale ainsi la fonction pré­ pondérante de la fin dernière en matière morale, et qui laisse entier par ailleurs le rôle immédiatement spéci­ ficateur de l’objet de l’action. Ils comportent d’euxmêmes, le pêché mortel une gravité plus grande, le péché véniel une gravité moindre, car la gravité s’évalue d’une part sur la proximité de l’objet désor­ donné à la fin dernière, et il est un point de proximité à partir duquel le désordre ne peut être que contra­ riété; d’autre part sur le degré volontaire de l’action, et il est une quantité de volontaire en deçà de laquelle le péché ne peut être (pie véniel. Mais il faut bien voir (pic ces notions diffèrent : on désigne par gravité la malice intrinsèque du péché, dont nous savons qu'elle ne va jamais jusqu’à ôter l’entière bonté fondamen­ tale de cette action humaine; par les péchés mortel cl véniel, le rapport du péché avec la tin dernière qui tantôt s’en trouve totalement détruite, tantôt est sauvegardée. Aussi la gravité des péchés, prise de l’objet comme du volontaire, se distribue-t-elle en des graduations infinies, au lieu que moi tel et véniel épuisent la raison qu’ils divisent, tous les péchés mor­ tels d’ailleurs l'étant egalement, tous les péchés véniels également, l’ne consultation récemment adressée à L'Ami du clergé (3 janvier 1929, p. 6-8) nous persuade qu’il n’est pas superflu de rappeler cet enseignement, (pic nous avions allégué déjà ci-dessus, au chapitre de la gravité des péchés. Par rapport aux origines et histo­ riquement, cette distinction entre la gravité d’une part, el les qualités de mortel cl véniel d’autre part, repré­ sente le dédoublement d’une pensée d’abord confuse, où mortel et véniel exprimaient les deux grands ordres de gravité; on voit quel avantage en résulte et com­ bien est plus souple notre notion de gravité. Lu dissociation du mortel el du véniel d’avec la 237 PÉCHÉ VÉNIEL ET FIN DERNIÈRE théorie traditionnelle des sujets du péché représente un bénéfice pareil : nous le disions déjà ci-dessus, à propos des sujets du péché. Il reste en notre théologie qu'un cer­ tain sujet de péché, savoir la sensualité, est invariable­ ment sujet de péché véniel; par ailleurs, c’est le rapport du péché à la fin dernière selon quoi on obtient cette répartition Quant aux causes du péché, il y a lieu de rappeler ici seulement (pie les causes qui de soi dimi­ nuent la gravité, comme l’ignorance et la passion, peu­ vent laisser le péché mortel; et de noter (pie le péché de malice peut être véniel, (encore qu'il soit plus correct de ne parler point de malice â propos d’un tel péché, qui laisse sauf le bien spirituel, cf. q. lxxviii, a. 2, ad lutn), dans le cas où son objet, léger de sa nature, n’est pas érigé par le pécheur cn fin dernière; ainsi des mensonges Joyeux procédant de l'habitus qu’on en a acquis, ainsi peut-être chez les personnes peu ferventes beaucoup de péchés vé­ niels : on se les permet, sans ignorance, sans passion, sous prétexte qu'ils ne sont que de petits péchés. Quant aux effets du péché, nous avons dit déjà com­ ment se distingue le reatus du péché véniel d’avec celui du péché mortel. Pour la corruption du bien de nature, le péché véniel la cause certainement pour son compte et de lui-même; mais, comme il dispose au péché mortel, ainsi que nous le dirons, par là il la cause cn outre indirectement. Pour la tache, il faut dire d’abord (pic le péché véniel n’en cause point dans l’âme, à proprement parler, car une fois passé Pacte de ce péché, la grâce et la charité demeurent entière, illuminant Pâme de leur éclat : ainsi saint Thomas, Sum. thcol., P-lb· , q. ι.χχχιχ, a. 1 Mais, par ailleurs, il faut rendre compte de la persistance du péché véniel dans Pâme jusqu’à l’instant de sa rémission. Elle y consiste dans une adhesion non révoquée de la volonté à quelque bien déréglé, cn quoi est gênée, comme par un obstacle, l’extension de la charité jus­ qu’à ce gvnre d’actions. En ce suis, le péché véniel laisserait une tache, et qui serait la privation de la ferveur de la charité. Ou même, si l’on entend la tache plus librement, non point comme un éclat perdu mais comme une souillure positive adhérant à quelque sujet, celle du péché véniel consistera, à l’instar d’une poussière, cn cet amour persistant pour le bien déréglé où le pécheur s’est attaché; ainsi pense saint Thomas, 111% q. ι,χχχνιι, a. 2. ad 3um; cf. a. 1. Voir Salmanticcnses, lu /Λΐη-//ιυ, q. lxxxix, a. 1. 1° Pêché véniel cl fin dernière. La notion du péché mortel el du péché véniel (pic nous venons de présen­ ter apparaît jusqu’ici des plus satisfaisantes. Celle considération de la fin dernière, d’où nous avons fait tout dépendre, en même temps qu'elle permet d’assu­ mer les données traditionnelles, introduit dans le traité systématique du péché un légitime et heureux principe de discernement. Mais n’esl-ce pas au détri­ ment de la doctrine même de la fin dernière? Il se pose à ce sujet deux questions: La première lient à cette affirmation établie ailleurs, <|ue le meme homme ne peut avoir en même temps qu’une seule fin dernière. Or si, par un péché mortel, renonçant à Dieu, on a mis sa fin dernière dans une créature, et que, demeurant attaché à ce premier pêché, on vienne à commettre un second pêché mortel sur un autre objet, n’aura-t-on point deux fins der­ nières à la fois? Cette question a conduit les théolo­ giens à déterminer avec exactitude de quelle manière, par le péché mortel, on met sa fin dernière dans la créature, cn sorte (pie la multiplicité spécifique de tels péchés en un pécheur ne porte pas atteinte à l’imité de la fin dernière (pii est la sienne. Leur doctrine concerne davantage le traité de la fin dernière que celui du péché. 11 nous suffit ici de l’avoir mentionnée. Voir les théologiens à ce sujet, par exemple : 238 Jean de Saint-Thomas, Dr fine ultimo, disp. L a. 7, J I. n. 1-32; Salrnanticcnses, ibid., disp. IVt dub. ni; Billuart. ibid., diss. La. I; par ailleurs : Suarez, ibid., disp. III. n. H; Vasqucz, ibid., disp. V. c. î. La seconde question doit nous retenir davantage. Elle concerne proprement le péché véniel. Elle lient à cette doctrine, d’essence métaphysique, que tout acte volontaire, a moins qu’il n’ait pout objet la fin der­ nière elle-même, est nécessairement ordonné à une fin dernière. Or, d’une part, le péché véniel n’est ni appliqué ni ordonné à une fin dernière mauvaise : il serait un péché mortel; d’autre part, il ne semble pas réductible à la fin dernière bonne : il ne serait alors plus un péché. Le péché véniel n'aurnit-il donc aucune fin dernière? La difficulté ne concerne point tant les péchés véniels par imperfection de l’acte, dont on peut dire cn effet qu'ils n’ont point parfaitement de fin dernière (cf. Jean de Saint-Thomas, De ultimo fine, disp. L a. 7. n. Il et 50), que les péchés véniels dus à l'objet ou â l’insuffisante matière· lesquels sont, cependant, de parfaits actes humains. L Position de saint Thomas. — On pense bien qu'elle n’a pas échappé a saint Thomas d’Aquin. Aussi bien, la question de la nature du péché véniel avait-elle déjà fait dans la scolastique, depuis saint Anselme et Abélard, l’objet d’un notable débat; et non sans toutes sortes de vicissitudes, l’opinion sem­ blait s'être imposée que le péché véniel n'est pas ordonné à Dieu, sans qu’il soit cependant détourné de cette fin. Sur cette histoire, voir lutndgraf. Dus Wesen der lasslichen Sùndc in der Scholastik bis Thomas von Aquin. Eine dogmenyeschichthche Vntersuchung, nach den gedruckten nnd den ungedruckten Quellen, Bam­ berg, 1923. a) Ias textes. — Saint Thomas sc range à cette opinion, qui est celle des grands théologiens antérieurs. Niais il dorme de celte sorte de dualité que l’on recon­ naît au poché véniel une formule précise, qui préserve de la contradiction (comparer cependant avec S. Bona­ venture, II Sent., dist. XLII. a. 2. q. t. ad I··). â savoir que le péché véniel, qui ne peut avoir Dieu pour fin actuelle, cependant ne Inisse pas chez le Juste d’être ordonné à Dieu habituellement. Au premier litre, il est un péché, au second il n’est pas un péché mortel. Saint Thomas ne dit point seulement que le pêche véniel n’exclut pas la charité qui nous ordonne habi­ tuellement à Dieu (IMl®· q. i xxxvut, a. 1. ad 2··), mais, avec plus de force, que le péché véniel se réfère habituellement à Dieu : illequi peccat veniatiter inhumet bono temporali non ut /ruens, quia non constituit tn co finem: sed ut utens, referens in Deum, non actu, sed habitu. Ibid., ad 3·". Les arguments 2 à I du pre­ mier article des questions de la Somme consacrées au péché véniel. Ie-II», q. i xxxvm. a. L ont pour objet la difficulté même que nous avons dite, et ils la résolvent par la formule que nous venons de rappor­ ter. L’enseignement en est constant de la part de saint Thomas. Cf. De malo, q. vu. a. 1. ad t®· : Illequi peccat venialitcr non /ruitur creatura sed utitur ea : re/erl enim ea habitu in Deum, licet non actu; In l*r' Sent., dist. L q. ni,a. unie., ad I·· : Quamvis ille qui peccat venialitcr non referat actu in Drum suam operationem nihilominus tamen Deum habttualilcr pro fine habet. Et Γοη retrouve plus bas, dans la Somme, la même pensée sous une forme saisissante : Quod enim amatur in peccato veniali, propter Deum amatur habitu etsi non actu. 1 la- ! 1®, q. xxiv. a. 10. nd 2··. b) Leur interpretation.— La difficulté est done réso­ lue de la part de saint Thomas par un discernement introduit dans la psychologie de l’acte humain, où l’in­ fluence de la fin dernière. qui peut n’être pas actuelle, demeure habituelle. Il nous suffit de le bien entendre. Saint Thomas a toujours reconnu que la fin dernière 239 PÉCHÉ VÉNIEL ET FIN DEKNIÉKE voulue en tous nos actes ne signifiait point que chacun d’eux fût actuellement référé à la lin dernière : la vertu de la première intention, dit-il, Sum. theol., IMI*, q. i, a. 6, ad 3e®, demeure dans la multitude des actes consécutifs. Telle la bonne action du juste, accomplie hors la pensée actuelle de Dieu. On appelle virtuelle une telle in fluence. Mais, dans le cas du péché véniel, le rapport de l’action présente avec la lin dernière est dilièrent et, pour ainsi dire, plus relâché. On en exprime le cas singulier en ccs mots d'influence habituelle. Cette fois, l’action voulue non seulement n’est pas actuellement référée à la lin dernière, mais elle échappe à cette in fluence que pos­ sède la lin une fois voulue sur tout cc qui lui est conforme; et, néanmoins, cette action, non seulement n a pas la vertu de substituer une fin dernière nouvelle a la precedente, mais elle demeure référée de quelque manière à celle-ci, à savoir habituellement. Pour comprendre exactement celte relation, il peut être utile d’observer que le cas ne s’en rencontre que chez I homme et qu’il est impossible à l’ange, /bid., q i.xxxix, a. 4; cf. De malo, q. vu, a. 9. Comme l’ange ne considère pas séparément les principes et les conclusions mais que, â chaque fois qu’il considère les conclusions, il le fait selon qu’elles sont dans les prin­ cipes (cc qu’on signifie d’un mot en disant qu’il n’y a pas en lui de < discours »), ainsi, dans l’ordre du bien, l ange n’est jamais porté vers des moyens sinon en tant qu'ils se tiennent sous l’ordre de la fin : mens angeli mm fertur in ea qua sunt ad finem nisi secun­ dum quod constant sub ordine finis. Sum. theol., toe. cit. A cause de quoi, un désordre des moyens ne peut signifier en ceux-ci qu’un désordre relatif à la lin. En tout cc qu’il veut, l’ange veut sa lin, comme en tout ce qu’il connaît il voit les principes; il le veut parce qu’il veut cette fin, il le connaît parce qu’il connaît ccs principes. L’ange bon, dont la fln est Dieu, est incapable de rien aimer qui ne soit aimé en vertu de l’attachement qu’il a pour Dieu, c’est pourquoi il ne commet aucun péché véniel. L’ange déchu, en re­ vanche, est Incapable de rien poursuivre qu’il ne le fasse en vertu de l’attachement qu’il a pour sa propre excellence, c’est-à-dire son orgueil; c’est pourquoi il ne commet que des péchés mortels. En nous disant pourquoi l’ange ne peut vénicllement pécher, cette analyse nous découvre pourquoi l’homme en est capable. Sauf le privilège de la justice originelle, où était infailliblement garanti en lui le règne universel des principes de l’ordre tant spéculatif que pratique (ibid., IMI*, q. i.xxxix, a. 3), l’homme peut sc por­ ter vers les moyens sans les tenir sous l’ordre de la fln, À quoi il demeure attaché. Et le fondement en est dans la nature discursive de son intelligence. De même que, ne sc trompant pas sur les principes, il se trompe cependant sur une conclusion, parce qu’il ne voit pas cette conclusion dans les principes, de même, adhérant à Dieu comme à sa lin dernière, il consent à une action irréductible à cette lin, parce qu’il ne la veut pas en tant qu’il adhère à Dieu. En l’ordre pratique comme en l’ordre spéculatif, l’erreur s’introduit en l’homme par une autre voie que la cor­ ruption des principes. 11 est séduit par des intelligibles dérivés* il est abusé par des biens imparfaits. Dans le cas de l’erreur pratique, sa défaillance intéresse pre­ mièrement non l'intelligence, car il sait que cette action est un péché véniel, mais l’appétit : et celui-ci dévie sur le point particulier de cette action, sans lais­ ser d’être attaché à la fln dernière bonne. L’homme, d’un mot. a la faculté de ne point engager scs principes en tout ce qu’il pense ou fait ; mais cette faculté est en cflet une infériorité et signale l’humble rang qu’il occupe dans la hiérarchie des natures intellectuelles : disons qu’il est raisonnable, mais non pas absolument 240 intelligent. Avec cela, il commettrait, bien entendu, non plus un péché véniel mais un péché mortel, s’il entendait exprimer la volonté d’une fln dernière en quelque acte désordonné, soit qu'il érigeât celui-ci en fln dernière, soit qu’il poursuivit, par son moyen, une mauvaise fln dernière. 11 rejoindrait en ces deux cas i.i psychologie angélique. Cette analyse respecte la loi métaphysique au nom de laquelle s’est posée la présente question; en même temps qu’elle donne son sens exact à la distinction de l’actuel et de l’habituel ici invoquée par saint Tho­ mas. L’ordre nécessaire de tout acte de volonté â la fln dernière se fonde sur deux arguments. Sum. theol., IMI®. q. ï, a. 6. Selon le premier, la volonté n’adhère au bien imparfait connu comme tel que pour autant qu’il est ordonné au bien parfait : de lui-même* il n’aurait pas de quoi attirer la volonté puisque l’objet propre de celle-ci, qui est le bien, ne s’y trouve qu'imparfaitement vérifié; l’acte de le vouloir ne peut être tenu que pour le début d’un mouvement dont l’achèvement est dans le bien absolu, objet de la volonté. Or. dans le cas du péché véniel tel que nous l’avons représenté, n’a-t-on pas un bien imparfait qui, de lui-même, attire la volonté? n’a-t-on pas un acte qui puisse passer déjà pour consommation? Le bien imparfait n’y attire pas la volonté par sa vertu propre; si je le veux, désordonné comme il est, son imperfection même de bien en est la cause, en ce sens que je n’y adhère qu’à cette condition, savoir qu’il me laisse en la possession du bien parfait. La volonté marque son adhésion au bien parfait dans l’appétit de ce bien imparfait. De même, cet acte est un com­ mencement en ce sens que je lui refuse d’etre le con­ tentement de mon appétit que j’entends bien conten­ ter ailleurs. L’ordre du péché véniel à la tin dernière n’est pas absent; mais à cause du dérèglement de l’acte, il prend un tour négatif. On le commet, d’un mot, parce qu’il ne compromet pas la fln dernière. Ni on ne le fait pour lui-même, ni on ne le fait positive­ ment pour la fln dernière. — Le second argument est également respecté. 11 s’autorise d’un premier moteur de la volonté sous la motion souveraine duquel il est nécessaire (pie la volonté veuille tout ce qu’elle veut. Or, commettant un péché véniel* on subit la motion de la fln dernière bonne : cet acte ne tient pas tout entier dans l’attachement à l’objet légèrement déréglé, mais il signi lie le refus de la part de la volonté de ne point se détacher du bien véritable où elle a mis sa fin der­ nière, cc qu’elle ferait si elle ordonnait à un objet gravement déréglé celui-ci ou si elle l’érigeait luimême en fln dernière. On voit que nous entendons dans toute sa force cette référence habituelle du péché véniel à la fln dernière qu’allèguent les formules de saint Thomas. Nous la signalons en l'acte même du péché. 11 est vrai qu’elle prend une forme négative. Mais, sous cette forme, il persiste sur l’acte du péché véniel une influence véritable de la part de la fln der­ nière, laquelle, de cc chef, fait partie intégrante de la constitution psychologique de cet acte, comme de tout autre. Dans le respect de l’ordre de l’acte volon­ taire à la fln dernière* nous obtenons ici un cas signi­ ficatif d’humanité : une certaine dissociation de l’ac­ tion d’avec sa fln, une dérive de la volonté par rap­ port à son principe; on ne se passe point de fln ni de principe, mais on s’abandonne à quelque bien irréduc­ tible à celui-là. L’art de saint Thomas fut de découvrir la formule exacte de l’écart Au terme de l’explication que nous en avons tentée, il apparaît que la diffé­ rence de l’ange et de l’homme, sur le point dont il s’agit, n’est pas que l’homme puisse agir en dehors de toute influence de sa fln dernière sur l’action, mais en dehors de toute influence actuelle ou virtuelle, sous la seule influence habituelle, laquelle s’exprime 24 J PÉCHÉ VÉNIEL ET FIN DE B NIÉ BE par mode négatif. Ou verra ci-dessous que cette inter­ pretation a de qui sc réclamer. Nous avons dans cette analyse adopté le cas du péché véniel commis par le juste, comme étant le plus net. Mais nos discernements sont applicables au péché véniel du pécheur, qui déjà n'a plus la charité. Avec sa lin dernière, son péché véniel n’a point de référence actuelle ni virtuelle : il deviendrait autrement péché mortel; mais il possède une référence habituelle, encore qu’elle s’exprime, peut-on dire, à l’inverse de la même référence chez le juste : chez celui-ci, la fin bonne empêche que le péché commis ne soit mortel; chez celui-là, la fin mauvaise tolère que le péché com­ mis ne soit que véniel; dans les deux cas, on demeure de quelque façon sous l’influence de la fln dernière. Quand même le pécheur fait des actes bons, il faut dire qu’il est sous l’in fluence négative de sa fln der­ nière mauvaise, en ce sens qu'il ne va point jusqu’à adopter une fln dernière bonne qui ruinerait celle-là. 2. Autres théologiens. — Il peut être avantageux de confronter les explications (pic l’on vient delire avec les opinions connues d’un choix de théologiens. Pour un Scot, la difficulté que nous nous sommes proposée n’existe pas. Car il n’est pas nécessaire que l’appétit de la béatitude agisse en tous nos actes, et il advient que l’on s'attache à quelque bien pour la bonté qu’il a en lui-même, indépendamment de toute lin voulue : on ne l’aime ni propter se, ni propter aliud, mais absolute. In 1 Vtt» Sent., dist. XL1N, q. x: cf. In luxa Sent., dist. I. q. ni. La métaphysique entière de saint Thomas proteste contre cette dénégation. Mais la distinction de celui-ci entre l’actuel et l’habi­ tuel ne s’est pas imposée d’emblée ni uniformément aux théologiens postérieurs. 11 est remarquable que Cajétan n’en essaie point Γéclaircissement dans son commentaire de P-Il·1’, q. i.xxxvni, a. 1-2, qui est le lieu de cette doctrine. 11 y vient seulement HMl·’, q. xxiv, a. 10, ad 2um, où il entend la formule de saint Thomas, que nous avons ci-dessus rapportée, en ce sens (pie le juste possède un habitus capable de lui faire aimer cet objet pour Dieu, mais la nature de l’objet meme s'y oppose, (pii n’est pas susceptible d’une ordination vers Dieu. Cajétan a raison en ce qu’il écarte, et il est vrai qu'il ne faut point ici songer à quelque ordination actuelle ni virtuelle vers Dieu de l'objet du péché; mais la formule de saint Thomas emporte certainement davantage que la simple con­ comitance de l’/mài/us de charité chez le juste com­ mettant un péché véniel. Sinon, Vasquez a raison (op. cit., q. i, disp. V, c. n). Sur la distinction de saint Thomas, qui lui parait admodum difficilis, Cajétan, estime-t-il, a dit ce que l’on peut dire de mieux : mais ne parlons plus en ce cas d'une référence du péché véniel à Dieu. Par ail­ leurs, certains thomistes ont interprété leur maître comme ceci : savoir (pie le péché véniel peut être référé au bien de celui (pii le commet, et celui-ci. qui est Juste, sc réfère à son tour à Dieu; ainsi, par la voie de Vhabitus de charité en son auteur le péché véniel est référé à Dieu. Vasquez, pour son compte, n’agrée pas cette opinion, et on ne peut que l’en louer. Mais il propose ainsi la sienne. Dans le péché véniel, la créature, objet du péché, est constituée la fln der­ nière de l’ouvre, n'étant référée à rien d’autre ni actuellement, ni virtuellement, ni habituellement; mais à une telle fln dernière, on ne réfère rien d’autre, car elle ne l’est point de l’opérant. En ces conditions, elle s'oppose non à la charité, mais à la seule ferveur de la charité. On voit sans peine que cette position, (pii soustrait l’acte du péché véniel à l’influence de la fin dernière de l’opérant, rejoint le scotisme, et nous ne pouvons l’agréer. Pour Suarez, de qui l’opinion rencontre en ceci celle de Vasquez, op. rit.. IB-I l·1’, tr. î. 242 disp. Ill, sect, iv, il ne répugne en rien que l'on soit en même temps attaché à la fln absolument dernière par rapport à l'opérant, et que cependant, dans une œuvre déterminée, on s’en tienne à une fln qui soit la dernière négativement, c'est-à-dire relativement à celte œuvre seule; il en donne cette preuve, où l’exi­ gence métaphysique est méconnue avec toute la clarté désirable : (plia in hoc nulla est repugnantia a parte ipsorum objectorum seu /Inium, et alioquin volun­ tas est libera ad operandum prout voluerit. Du reste. Suarez démontre expressément, ibid., sect, v, qu’il n'est pas nécessaire pour que l’homme fasse quelque chose volontairement qu’il ait d’abord l’intention d’une fln dernière pour laquelle il agisse; et que, dans le cas même où il a une telle intention, il n’est pas nécessaire que toutes ses actions y soient ordonnées et en soient dépendantes. Entre les disciples de saint Thomas, Jean de SaintThomas nous paraît en ceci avoir au mieux pénétré la pensée du maître : op, cit., 1e-II®, disp. I, a. 7. n. 33 sq. L'influence de la tin dernière sur tout acte volontaire est pour lui, bien entendu, comme pour tout thomiste, une doctrine inamovible* Mais il estime qu’elle sc distribue en deux manières bien différentes selon que l'objet de l’acte volontaire est ou non sus­ ceptible d’être ordonné à cette fln. Dans le premier cas, l’influence est positive et la fln dernière commu­ nique à l’objet son motif de bonté. Dans le second, elle est négative ou permissive : si l’objet est attrayant, cc n’est point que la fln dernière lui ait communiqué sa bonté; néanmoins, le péché véniel respecte la pré­ éminence de la fln dernière, et l’un des motifs inter­ venant dans la délibération du péché véniel est que, dans cc péché. Γοη n’offense pas Dieu gravement. Nous avons donc affaire ici, non à une simple conco­ mitance de Vhabitus de charité avec le péché véniel, non à cette référence curieuse et irréelle qu’avaient imaginée certains thomistes, mais à une intervention véritable de la fln dernière dans l’élaboration et la structure de l’acte du péché véniel. Et notre commen­ tateur en signale cette Justification : Hoc autem est peculiare in fine quia, cum operetur in quantum bonum, etiam ipsa· negationes et carentia mali et ipsum non destruere finem habitualiter, aliquo modo ad bonum per­ tinent, et sic non tollere totaliter finem aliquale bonum est (n. 54). On voit de qui peut se reclamer l’explica­ tion que nous avons ci-dessus avancée. On retrouve très exactement les pensées de Jean de Saint-Thomas dans le commentaire des carmes de Salamanque, de qui tout le soin, en bons thomistes, est d'élucider cette référence habituelle du péché véniel à Dieu qu'énonce saint Thomas. Voir le tr. De ultimo fine, disp. IV, dub. iv. Ils ajoutent pour leur part que le juste se trouve disposé par sa charité à référer le péché véniel à Dieu, car il est disposé à l’omettre, ce qui représente une certaine information du péché véniel par la charité. Une façon nouvelle et intéressante de circonscrire la réalité, assurément sub­ tile, mais si proprement humaine, que nos analyses tentent de rejoindre. Mais ces commentateurs ont enrichi leur élude d’autres considérations dont l’ori­ gine est en une opinion historique, que nous devons d’abord rapporter. Elle procède de moindres théologiens, mais elle a connu, cl de nos jours mêmes, une certaine fortune qui fera pardonner à notre insistance. Curiel (* 1609), Lecture in d. Thomæ Aquin. /*m-11*, q. î, a. 5, dub. unie., §6; et Martinez (t 1637), Commentaria super jcan.jj^ tjt Thonuc, q. i.xxxvin, a. 1, dub. iv circa finem, semblent en être les auteurs responsables. Ils se fondent sur cette considération que le péché véniel, sous peine que l’on remonte à l’infini dans l’ordre des Ans, doit être actuellement référé, soit explicitement 243 PÉCHÉ MORTEL ET PÉCHÉ VÉNIEL. RAPPORTS soit virtuellement, a une fin ultime, laquelle ne peut assurément être Dieu, tout au plus terme de la réfé­ rence habituelle. Et ils disent que cette lin ultime, où est actuellement référé le péché véniel, est le bien en général, bon uni in communi, comme rassasiant l'ap­ pétit. On satisfait ainsi ; la nécessité posée, mais on évite de donner au péché véniel deux lins, attendu que le bien en général ne fait pas nombre avec une lin particulière. Nous croyons que cette opinion est répréhensible cl dans sa teneur et dans son fondement. Car le bien en général ne meut la volonté et n’en ter­ mine les actes qu'appliqué à un certain objet particu­ lier répondant à 1 appétit de la volonté, lequel incline précisément vers ce qui convient à la nature, non vers le bien en général comme tel. De tout acte volontaire, il y a une Un dernière concrète à quoi il est de quelque façon référé. Une façon de I vire est celle que nous avons dite : el c’est ici que pèche en son fondement même l’opinion de nos théologiens. Car il n’est point nécessaire de retrouver l’influence positive de la lin dernière en lout acte volontaire, el le recours de la part de saint Thomas à l’inlluence habituelle signi lie précisément le refus d’une telle nécessité. Tel qu’il est, l’acte du péché véniel est sous Fin fluence de la lin dernière de lu manière que nous avons dite: il n’y a point lieu d’y rechercher quelque autre fin. Sans doute ne le fait-on que pour entendre l’influence habituelle en un sens qui soustrait à l’clllcacilé de la lin dernière l'acte môme du péché. Les Salmanticenses. qui expri­ ment pour leur part le premier des deux griefs que nous venons de dire, foui une concession à celle opi­ nion quand ils posent outre Dieu une fin particulière où s'arrête la référence actuelle du péché véniel en tant qu'actuelle, el qui est le bien propre el naturel du pécheur; mais celui-ci est à son lour référé habituelle­ ment à Dieu et soumis à la charité. Disons qu’ils introduisent ainsi un intermédiaire psychologique dans l’analyse que nous avons adoptée, cl (pie Fin fluence négative de la lin absolument dernière prend volon­ tiers celte forme d’une influence positive du bien natu­ rellement aimé; mais le titre décerné à celui-ci de fin dernière actuelle du péché véniel ne nous parait pas recommandable puisqu'il dissimulerait l’inlluence que détient la fin habituellement voulue sur l’acte même du péché. Gonct,.reproduisant avec une grande fidélité les carmes de Salamanque, tient à son tour le bien du pécheur comme la lin dernière actuelle du péché véniel. Op. cil., tr. v, disp. IX, art. L n. 83 sq. L’opinion propre de Curiel el de Martinez, est davantage connue par l’adoption qu'en a faite BIIlunrt, op. cit., tr. De ultimo fine, diss. L a. 1-5: tr. De peccatis, diss. \ J II. a. L Comme il entend la référence habituelle d’une pure concomitance (comme on dirait que la prière du juste dormant est référée habituelle­ ment à Dieu), il recherche la lin dernière actuelle du péché véniel, et il la trouve en la béatitude comme telle; en définitive, cet homme veut être heureux. Par là, on n’exclut pas la charité, car cette lin est en soi indifférente. D’ailleurs, il n’est point nécessaire que l’on agisse toujours en vue d’une tin dernière particu­ lière. Car la cause finale meut moralement, au lieu que la cause efficiente le fait physiquement et. de ce chef, est inévitablement particulière. De nos jours, le P Billot s’C't prononcé pour la même opinion, op. cit., p. 121 122. 125; après lui, le P. Garrlgou-Lagrange : Ui fin ultime du péché véniel..., dans Revue thomiste, 1921. p. 313-317; voir aussi Blaton. De peccato veniali, dans Collât tones Gandavenses, mars 1928, p. 31-12. On volt assez qu’elle ne peut s’autoriser sans de graves réserves de la tradition thomiste et qu’elle souffre d’une difficulté. Pour la différence de l’ange el de l’homme, qu’invoque le P. Garrigou-Lagrangc, nous croyons qu’elle consiste, non en ce «lue l’homme puisse 244 ne pas agir sous l’inlluence d’une fin dernière con­ crète. mais en ce que son action est susceptible, de la part de la lin dernière concrète, d’une influence originale, celle que saint Thomas nomme « habituelle». En définitive, le juste qui pèche véniellvment en cet acte même veut Dieu; saint Thomas le déclare avec trop de fermeté pour que nous cherchions ailleurs le secret du péché véniel. Dans son ouvrage cité, le docteur Landgraf entend la doctrine thomiste du péché véniel comme s’il con­ sistait dans un acte non ordonné à I >icu, quel qu’en soit l'objet prochain, bon peut-être ou indifférent. Entre plusieurs inexactitudes, c’est méconnaître que l'objet du péché véniel est de sa nature déréglé. Le P. Schultes a heureusement critiqué, dans le Bulletin thomiste, 1924, p. 136-142, cette interprétation inat­ tendue à laquelle s’est rallié chaleureusement le K. P. de la Taille dans Gregorianum, 1926, p. 28-13. 5° Péché et imperfection. — La division des péchés en mortels et véniels épuise le mal moral. Ce qu'on a appelé « imperfection > est un acte bon en lui-même. La question de savoir si des imperfections se rencon­ trent en effet ou si elles ne sont pas des péchés véniels relève d’une élude des exigences , point encore constitué dans l’espèce morale par défaut q. Lxxxvm, a. 3. de sa raison; ou, considérant les choses comme nous 247 PÉCHÉ VÉNIEL CONSIDÉRÉ EN LUI-MÊME faisions d-dessus, que le rapport avec la lin dernière, dont est seul susceptible Pacte parfait, donne lieu à ce qu’on peut appeler, dans l’ordre mural, une espèce nouvelle. On exprime la même doctrine en disant qu’aucune circonstance n’aggrave le péché in Uniment sinon celle-là qui en change l'espèce. Sum. thcol., II**II·, q. ex, a. I, ad 5e®. On écarte ainsi cette pensée que des circonstances — comme la durée de Pacte, sa fréquence, la dignité de la personne qui pèche- fassent passer le péché du véniel au mortel. Saint Thomas lui-même a fait une excellente critique de ces cas et montré de la colère durable ct de l’ivresse renouvelée que leur qualité mortelle n’est point duc proprement aux circonstances du renouvellement ou de la continuité. IMI·, q. lxxxviii, a. 5, ad 1υ“. Cf. sur cette question : In I\um Sent., dist. XVI, q. in, a. 2, q. 4; De malo, q. it, a. X, tir. fin. corp. 2° Ordre du péché mortel au péché véniel. — Sous ce titre de l’ordre du péché mortel au péché véniel, on entend demander si un péché peut, de mortel, devenir véniel. On n’en peut raisonner exactement comme de l'ordre Inverse, car on ne passe pas du parfait à Pimparfait comme de l’imparfait au parfait. Nous avons dit que le péché véniel devient mortel quand il s’y ajoute une difformité mortelle; on ne peut dire que le péché mortel devienne véniel quand il s’y ajoute une difformité vénielle. Dire une parole oiseuse en vue de la fornication passe du véniel au mortel; mais com­ mettre une fornication pour dire une parole oiseuse reste mortel : il s’ajoute plutôt à la malice de la forni­ cation celle de la parole oiseuse. On ne peut parler de péché mortel devenant véniel que pour signaler qu’un acte mortel de sa nature n’atteint cependant pas à cette qualité par le défaut de la délibération; ou bien même, ajoutent les carmes de Salamanque, par l’in­ suffisance de la matière (ci-dessus, col. 233). Mais, en ce cas, se perd l’espèce de Pacte : ce n’est qu’à ce prix, peut-on dire, que l’on obtient le passage ici allégué. ///. LE PÈQHÈ VÈS1EL ES LUI-MfiME— Nous groupous sous ce titre deux questions qu’a débattues la théologie, dont la première intéresse le sujet du péché véniel. 1° Le sujet du péché véniel. — Nous avons dit déjà que ce péché ne se trouvait ni chez l’ange ni chez l’homme dans l’état d’innocence. Saint Thomas tenait cette opinion pour commune; contre elle on peut citer Guillaume d’Auxerre, Summa aurea, 1. Il, tr. X, c. m. q. iv (éd. Paris, 1500, fol. 62 d). Scot, à son tour, devait admettre le péché véniel possible chez Adam : In 11·* Sent., (list. XXI, q. i. De meme Suarez, tr. De peccatis, disp. II, sect, vu, qui veut,en outre, que l’ange lui-même puisse, de sa nature, pécher vénlellement, ibid. Mais la pensée de saint Thomas est demeurée commune. Plus spécialement, sur le sujet du péché véniel, le Moyen Age a demandé, nous avons eu l’occasion déjà d’y faire allusion, si les premiers mouvements déré­ glés de la sensualité ne sont pas chez les infidèles des péchés mortels. La réponse affirmative de certains théo­ logiens n’a pu procéder que d’une confusion entre la concupiscence habituelle ct la concupiscence actuelle. Dès qu'on les distingue, la question elle-même s'éva­ nouit, puisqu’il est manifeste que la sensualité, chez les infidèles comme chez les autres, ne donne pas lieu de soi à un acte humain proprement dit. Bien plus, il faudrait dire que, toutes cho&s égales, le péché dont ou parle est plus grave chez les fidèles qui n’ont pai l’excuse de l’ignorance, qui ont l’avantage de la grâce. 2” Le péché véniel peut-il exister seul avec le péché originel ?— La seconde question Ici débattue est plus considerable. Saint Thomas achève son traité du 248 péché dans la Somme théologique sur cet article : ülrum peccatum veniale possit esse in aliquo simul cum solo peccato originali. IMI·, q. ι.χχχιχ, a. 6. 1. Les déclarations de saint Thomas. Sous cette forme ct en cet énoncé distinct, la question est nou­ velle chez saint Thomas. Il l'a dégagée de discussions où nous voyons d’abord intéressée la doctrine <|ui doit être mise en relief ici. On les trouve en deux endroits de la théologie. Les unes sont relatives à la nécessité de la grâce, et saint Thomas y est conduit à déclarer que l'homme, arrivant à l’âge légitime, se met ou dans la grâce ou dans le péché mortel : il n’y a pas d’état neutre. Cette pensée est exprimée pour la première fois, In //um Sent., dist. XXVIII, q. i, a. 3, ad 5°®, sous celle forme : ...ct etiam ad legitimam irtutem deve­ niens in hoc ipso peccaret quod se ad gratiam non pnepararet : unde etiam pro tali negligentia puniretur. Si autem privpararel sc, faciendo quod in se est, procul dubio gratiam consequeretur, per quam vitam ir ternam mereri posset. Dans un contexte doctrinal apparenté, où il s'agit encore du bien dont l’homme est capable sans la grâce, on ht exactement la même pensée : De veritate, q. xxiv, a. 12, ad 2um : Non est possibile aliquem adultum esse in solo peccato originali absque gratia : quia statim cum usum liberi arbitrii acceperit, si se ad gratiam pneparaveril, gratiam habebit: alias ipsa negligent ia ei imputabitur ad peccatum mortale. Au sujet de la grâce nécessaire à la Justification du pécheur, la même opinion un peu plus bas, q. xxvni, a. 3, ad 4e». (’elle fois, saint Thomas la présente comme tenue par certains théologiens; il ne prétend point en être l’auteur ct ce péché qu’il attribue à l’adulte négligeant de faire ce qui est en soi, il le nomme un péché d’omission : ce qui n'est du reste qu’une différence de mot par rapport aux deux textes déjà cités. Surtout, il justifie expressément la culpa­ bilité de celte omission, qu’il avait seulement repré­ sentée jusqu'ici comme la négligence de sc préparer à la grâce, où l’on ne faisait pas ce qui est en soi : Cum enim quilibet teneatur peccatum vitare ct hoc fleri non possit nisi prastituto sibi debito fine, tenetur quilibet cum primo smr mentis est compos, ad Deum sc conver­ tere et in eo finem constituere; et per hoc ad gratiam dispo­ nitur. Le danger de livrer sa vie morale à tous les vents, et qu'on n'évite qu’en se fixant à sa fin der­ nière, justifie donc que l’homme soit tenu de sc tour­ ner vers Dieu dès le temps où il dispose de son âme; et il se prépare ainsi à la grâce. Ne pas le faire est un péché d’omission. Le péché originel, s’il n’est point effacé, s’accompagne donc d’un péché mortel actuel; sans compter qu’indépendamment de cette omission coupable, la concupiscence du péché originel deman­ dera des satisfactions auxquelles il est difficile à l'homme de sc soustraire. Nous dirons donc, résumant cette première série d'informations, que saint Thomas est conduit à penser que, des le temps où l’homme a l’usage de la raison et de la liberté, le péché originel, s’il n’est pas effacé, ne peut que coexister chez lui avec un péché mortel actuel, conformement d’ailleurs à une opinion déjà connue, en vertu de la nécessité de sc préparer à la grâce que néglige celte omission, ct par où l’on eût assuré à sa vie morale, dès l’origine, l’indispensable direction de la vraie fin dernière. On trouve la même pensée engagée d’abord en celte autre doctrine théologique qu'il n’y a point de réceptacle où seraient rassemblées, après la mort, les âmes qui, au péché originel, n’auraient ajouté que des péchés véniels. Ainsi In 1 lum Sent., dist. XLII, q. î, a. 5, ad 7um, où nous retrouvons l’affirmation qu’aussltôt en possession de l’usage de sa raison l’homme ou bien reçoit la grâce ou bien pèche mortellement, selon qu'il a fait ou non ce qui était en lui, quia tune est tempus ut de salute sua cogitet et ei operam det. Si, toute- 249 PÉCHÉ VÉNIEL CONS1DÉHÉ EN LUI-MÉME fois, le cas sc présentait, par impossible, ajoute saint Thomas, cette Ame irait en enfer où elle subirait la peine sensible duc au péché véniel, et éternellement en tant que ce péché véniel, par accident, sc trouve chez un sujet privé de la grâce. Mais ce texte introduit au débat un élément nouveau : il considère le temps qui précède l’usage de la raison; l'homme n’y est capable, estime saint Thomas, ni de péché mortel ni, â plus forte raison, de péché véniel: puisque son âge excuse d’être un péché l’acte qui serait celui d’un péché mor­ tel, il excuse davantage l’acte (pii serait celui d’un péché véniel. A propos du réceptacle des âmes, In /Ve® Sent., dist. XLV, q. I, a. 3, ad 6em, renvoie au passage (pie nous venons de relever. Le De malo touche à deux reprises le point (pie nous considérons, et en liaison avec la théorie des peines du péché. Le texte, q, v, a. 2, ad 8e®, réédite, et pour Je temps (pii précède l’usage de la raison ct pour le temps où l’on y accède, la pensée de // Sent., dist. XLII, cidessus. Saint Thomas signale cette fois qu'il n’est que peu de théologiens pour admettre que l’on meure avec le péché originel et quelque péché véniel seulement : hire opinio non videtur muttis esse possibilis quod aliquis decedat curn peccato originali cl veniali tantum. Et il définit en ces termes l’obligation (pie nous savons : Postquam vero usum rationis habent, tenentur salutis suic curam agere, répétant que ne point le faire est une omission mortelle. Dans la q. vu, a. 10, ad 8““, il réédite, dans un contexte apparenté, la même opi­ nion, et le péché dont nous parlons est ainsi présenté : Postquam habet usum rationis, peccat mortaliter si non facit quod in se est ad quicrendum suam salutem. Mais une instance faite sur cette réponse permet à saint Thomas d’accuser l’obligation d’opérer sans délai la conversion â Dieu, ad 9°® : Licet præcepta affirmativa communiter loquendo non obligent ad semper, tamen ad hoc est homo naturali lege obligatus ut primo sit sollicitus de sua salute, secundum illud Matth. : « Primum qua*· rite regnum Dei. · Ultimus enim finis naturaliter cadit in appetitu, sicut prima principia naturaliter primo cadunt in apprehensione : sic enim omnia desideria præsupponunt desiderium ultimi finis, sicut omnes spe­ culationes prœsupponunl speculationem primorum prin­ cipiorum. Avec le De veritate, q. χχνιιι, a. 3, ad I·®, cité ci-dessus, ce texte est le seul (pii nous exprime Jusqu’Ici la Justification de l’obligation souvent allé­ guée. Elle sc tire de ce que tous nos désirs supposent celui de la fin dernière, lequel sc lève naturelle­ ment dans l’appétit, comme les premiers principes spéculatifs inaugurent naturellement la vie de l’intel­ ligence. Nous avons donc affaire à une opinion ferme de la part de saint Thomas; on notera (pic la clause expri­ mée en trois textes (//·· Sent., dist. XLII; / V·· Sent., dist. XLV; De malo, q. v) : si tamen esset possibile, est invoquée pour la plénitude de la doctrine et non pas parce (pie l'impossibilité qu'on a d’abord dite appa­ raît quelque peu douteuse. Saint Thomas estime du reste ne sc rallier en ceci qu'à une opinion accré­ ditée. L’histoire manque encore, â notre connaissance, de celte doctrine de la théologie médiévale. On l'entre­ prendrait avantageusement. Nous n’y pouvons songer ici. Qu’il nous suffise d’interroger quelques témoins. Dans la question de la peine dur au péché véniel, In //”® Sent., dist. XLII, a. 2, q. n, saint Bonaventure en arrive au cas de quelqu'un qui mourrait en état de péché véniel, sans la grâce ni aucun péché mortel, ct qui serait, dit-on, puni de peine éternelle; sur quoi il déclare (ad Ie®, éd. Quaracchi» t. n, p. 969) : llæc positio est impossibilis. Primum quia nunquam fuit nec est nec erit quoit aliquis in solo peccato veniali fuerit, ita quod non habeat gratiam. Nihil enim est medium 250 nunc quin horno habeat gratiam aut sit in mortali pec­ cato. Et in primo statu, rtc...; et ideo positio illa vana est. Edo tamen quod aliquis puer esset in veniali, dico quod Deus nunquam educeret eum de statu meriti quin vel ipse peccaret mortaliter, vel ipse daret el gratiam. Où nous trouvons l'affirmation que le péché véniel ne se rencontre qu’avec la grâce ou avec un péché mortel. Mais la raison en est qu’il n’y a pas d’état intermé­ diaire connu. Du reste, l’auteur ne semble pas répu­ gner A l’idée qu’un enfant puisse n’avoir sur la con­ science que des péchés véniels, sans la grâce ni aucun péché mortel : il tient seulement que cet enfant ne mourra pas en cet état. De la nécessité d’émettre un acte de conversion vers Dieu lors de l’accès de l’en­ fant à la raison, saint Bonaventure ne dit mot. Pour Alexandre de Halès, il ne met même pas en doute l’hypothèse que le péché véniel coexiste dans une âme avec le seul péché originel ; Sum. theot., Il· p. Il1 lit)., éd. Quaracchi, t. in, p. 299. Mais un texte de saint Albert le Grand, In H·* Sent., dist. XLII, a. I, au sujet de la peine du péché véniel, témoigne que l’idée du devoir de conferre de suo statu pour l’adolescent était dans les esprits; ct lui-même déclare laconiquement mais nettement : In tempore in quo est adolescens, potest ct tenetur conferre : et si omittit percat formaliter, éd. BorgneL t xxvii. p. 659. De même Guillaume d’Auxerre admet cette obligation, encore qu’il conçoive le cas où le péché originel soit accompagné du seul péché véniel. Sum. aur., 1. H, tr. xxviiî, c. nr, q. iv, éd. Paris, 1500, fol, 91c. Il semble donc que l’on dût trouver dans la tradition des théologiens antérieurs à saint Thomas même les éléments les plus significatifs de la doctrine dont nous avons rapporté ci-dessus les formules. Sans doute cette doctrine parut-elle â saint Tho­ mas assez consistante puisque, de sa propre initiative, il l’érige, dans la Somme, en question distincte ct introduit au terme de son traité du péché un article exprès sur ce sujet. 11 la dégage des discussions rela­ tives à la nécessité de la grâce ou aux peines du péché. El, en ces conditions nouvelles, il reprend les affir­ mations (pie nous avons déjà relevées, mais proposées plus vivement cette fois à notre attention. · Il est impossible, écrit-il, que le péché véniel sc trouve chez un homme avec le péché originel, sans péché mortel. La raison en est qu’avant les années de discrétion le défaut d’âge, interdisant l’usage de la raison, l’excuse du péché mortel; il l’excuse donc bien davantage du péché véniel s’il commet un acte qui, de son genre, soit véniel. Quand il commence d’avoir l’usage de la rai­ son, il n’est plus tout à fait excusé de la faute du péché véniel ni du péché mortel. Mais la première chose qui vient alors à la pensée de l’homme est de délibérer de soi-même. El s’il s’ordonne alors à la fin requise, il obtiendra par la grâce la rémission du péché originel. S’il ne s’ordonne pas à la lin requise, selon la discrétion dont est capable cet âge, il péchera mor­ tellement, ne faisant pas ce qui est en soi. Et. dès lors, il n’y aura pas en lui péché véniel sans péché mortel, Jusqu'à ce que tout lui ait été remis par la grâce, i IB-Il®, <|. ι.χχχιχ, a. 6. C’est ce que nous savions déjà, soit pour le temps <|ui précède l’usage de la raison, soit pour le temps où l’on y accède; et. (piant à ce dernier cas notamment, c’est la même raison que saint Thomas naguère avait déjà énoncée. Sur cet le raison, il revient ct insiste : < L’enfant qui commence d’avoir l’usage de la raison peut s’abstenir pendant un certain temps des autres péchés mortels, mais il n’échappe point au péché de l’omission susdite à moins qu’il ne sc convertisse à Dieu le plus tôt qu'il peut. Car ce qui sc présente d’abord à l’homme possédant sa discré­ tion. c’est qu’il réfléchisse à soi-même, à (pii il ordonne le reste comme à sa fin, car la fin est première dans 251 PÉCHÉ VÉNIEL CONSIDÉRÉ EN LUI-MÊME l’intention. Et c’est pourquoi ce temps est celui pour lequel il est oblige par le précepte affirmatif de Dieu où le Seigneur dit : Convertissez-vous à moi et je me convertirai à vous, Zac., 1, 3. Ibid., ad 3e®. 2. Eclaircissement de sa doctrine.- Telle est la docu­ mentation thomiste sur la doctrine dont il s’agit. Deux points sont à comprendre : a) Le premier est qu'avant l'âge de discrétion on ne serait capable ni de pêche mortel ni, à plus forte raison, dit saint Thomas, de pêche véniel. Où notre théologien semble méconnaître cette période de transition où, la discrétion n’étant pas encore atteinte, la raison cepen­ dant commence de se produire; n’est-ce point alors le temps par excellence des péchés véniels, s’il en est un, dans la vie humaine*? L'argument de saint Thomas s’entend fort bien pour le cas où, la discrétion man­ quant totalement, I enfant commet des actes qui, de leur nature, seraient chez un adulte des péchés mor­ tels ou des péchés véniels. .Mais n’y a-t-il point place chez l’enfant pour des discernements imparfaits et pour des premiers mouvements indélibérés (pii, por­ tant sur quelque matière déréglée, constitueraient autant de péchés véniels? Là-dessus, la lettre de saint Thomas est muette. 11 faut tâcher de pénétrer sa pen­ sée Et l’on peut estimer qu’en nous déclarant pour cet âge l’impossibilité d’un péché véniel selon son genre, saint Thomas a entendu signaler l’impossibilité de tout péché véniel, cl de celui-là même qui serait dû à l’imperfection de l’acte. En effet · - et Cajétan interprète ainsi son maître bien qu'une moindre liberté soit requise à de tels actes, ils doivent supposer une égale faculté libre, et telle que la demande aussi Je péché mortel : peccatum veniale ex parte actus priesupponit libertatem sufficientem ad peccatum mortale : (plia pmsupponil quod possit a libera ratione impediri... Licet ad peccandum venialiter minus libertatis sufficiat in exercitio quam in mortali, quia absque deliberatione peccatur venialiter, non tamen minus sufficit in facul- ! tale. Cajétan, In /um-//æ, q. lxxxix, a. 6, n. 1-5. ! L’enfant n’a pas de quoi critiquer ses discernements imparfaits ni retenir ses mouvements indélibérés : il en va comme d’un homme à demi-endormi; mais, tandis que chez ce dernier une responsabilité peut se retrouver dans leur cause, chez l’enfant tout tient au défaut de l’âge, et done demeure sans culpabilité. Il n’y a donc point de péché véniel chez l’enfant aussi longtemps qu’il n’est pas en état de commettre un péché mortel. Par là, on ne méconnaît point chez lui un lent développement psychologique; maison marque une condition de la valeur morale des actions parties d une raison Imparfaitement dégagée, et ce rôle appar­ tient aux moralistes. On ne renonce point davantage à toute discipline de l’enfant en cet état car il faut son­ ger à I avenir, et nous dirons ci-dessous combien ce temps préparatoire est précieux. Pour les cannes de Salamanque, ils préfèrent dire que l’enfant, avant l'usage plénier de la raison, ne connaît pas la raison du bien honnête et la règle de la moralité; donc, il ne peut percevoir la disconvenance ou la convenance d’un objet par rapport à la règle de raison; donc, il ne peut pécher véniellemenl. Tandis (pie l’homme à demiendormi, par exemple, qui a connu la règle morale, sen souvient assez en son étal pour commettre un péché véniel. Disp. XX, n. 50-59, spécialement 51. On voit du reste qu'ils s'accordent avec Cajétan pour refuser la possibilité du péché véniel au cours de ce temps où l’enfant n’a pas encore atteint à la vie pro­ prement raisonnable. 11 est vrai (pie cette pensée n’est guère commune, mais elle n’est pas négligeable, et elle attire opportunément l'attention sur la différence des actes imparfaits de l’enfant d’avec ceux de l’homme accompli Le moraliste n'en peut Juger pareil­ lement. . 252 bj Le second point litigieux en la doctrine de saint Thomas que nous avons rapportée est cette obligation de se tourner tiers Dieu dès l instant où l on possède sa raison, sous peine d'un péché mortel d’omission. Il est bien assuré (pie saint Thomas ne conçoit pas cet ins­ tant de la discrétion comme un événement soudain et inattendu; il achève un travail psychologique, et nous conservons toute la liberté de concevoir celui-ci en sa mobile multiplicité. .Mais un moment vient, il faut aussi en convenir, - où l'enfant se trouve capable de bien délibérer, où il assume la responsabilité de son action, ou commence enfin sa vie morale. Là se joue, si l’on peut dire, la partie dont nous parlons. Voici comment les Salmanticenses analysent ce moment et y introduisent la responsabilité dont sc réclame saint Thomas. Disp. XX. n. 7. Il n’est pas un Instant physique et indivisible, mais un temps, ordi­ nairement très bref, (pie l’on peut tenir pour un ins­ tant moral. Le premier acte (pii se présente alors a l’enfant est un jugement de l’intelligence sur le bien en général, considéré comme convenant au sujet, abs­ traction faite de la raison d’honnête ou de délectable, de conforme ou de contraire à la règle raisonnable. Cet acte de l’intelligence est suivi dans la volonté d’un acte d’amour du même bien en général, selon ladite raison de bien physique. Ces actes sont naturels et ne comportent point de discours; ils ont lieu dans le pre­ mier instant physique de l’instant moral dont nous parlons ; par eux s'inaugure l’usage de la raison. Un autre acte de l’intelligence les suit, où l'enfant dis­ cerne entre le bien et le mal moral, c’est-à-dire entre ce (pii convient à la droite raison et a la nature de l’homme, en tant qu’il est homme et raisonnable; et ce (pii ne convient pas à cette raison ni à cette nature, mais ne plaît qu’à l’appétit sensible ou n’appartient qu'à la défectibililé de la nature. Et c’est en cet acte que nous disons ordinairement que consiste le premier usage de la raison; car là brille, pour la première fois, le discernement du bien et du mal moral, qui est l’of­ fice de la raison pratique. Cet acte existant dans l’in­ telligence, l’homme aussitôt est touché de la sollici­ tude intérieure de délibérer et de déterminer au sujet de sol-même vers lequel de ces biens il s’ordonne, ou lequel de ceux-là il choisit et adopte. Cette délibéra­ tion achevée, ou le temps écoulé où elle devait s’ache­ ver, se termine l’instant moral dont nous parlons, qui aura été plus long ou plus bref, plus précoce ou plus tardif, selon les cas. On n’invoque en cette analyse que des événements naturels; et c’est une telle psychologie sur quoi se fonde l'obligation que nous a dite saint Thomas. La première chose, déclarait-il, dont l’enfant alors a le souci est l’ordre de sa propre personne; il est naturelle­ ment touché de la sollicitude de soi-même. Cajétan, pour son compte, a justifié, et en termes excellents, cet élément de l’analyse du premier moment de la vie rai­ sonnable. In lnm-IlM, q. lxxxix, a. 6, n. 7. Dans le bien qui se propose pour la première fois au sujet, il y a deux éléments : ce qui est désiré, celui à qui on le désire. L’un est aimé d’amour de concupiscence, l’autre d'amour d’amitié. El parce que l’amour de soi est le principe de tout autre amour, ce que l’on aime d’abord d’amitié est soi-même. Or, le bien convoité est j ordonné au bien aimé d’amitié, et non inversement. La première lin (pii se présente ainsi au sujet n’est pas autre (pie lui-même. Et parce (pie la lin est pre­ mière dans l’intention, le premier objet dont soit solli­ citée la volonté de l’enfant est sa propre personne. Quel bien se voudra-t-il à soi-même? Et il ne peut s’agir que du bien convenant à tout ce qu'il est, car il s’aime tout entier avant d’aimer quelqu'une des parties de soi-meme. Quelle lin donc adoptera-t-il? Il fallait accuser d’abord cette sollicitude naturelle 254 de délibérer de soi, qui nail au premier instant de la Entre ces biens-ΐή. Il est sollicité d’opter pour luivie raisonnable· D’elle, saint Thomas lire l'obligation même. Il aura bien agi, s’il a choisi le premier : unde qu’a l’enfant alors de se tourner vers Dieu, sous peine si sibi appetendum censuerit bonum honestum in con­ (le pécher mortellement par omission. Sollicite comme fuso. ut irtas itIa consuevit, bene deliberavit de seipso, il l’est, l’enfant peut négliger de délibérer sur soifinem suum in vera beatitudine collocans, quamvis même : il remet à plus lard de le faire, il n’opte main­ imperfecte et inchoative : non plus enim exigitur a tenant pour rien, il diItère de sc prononcer. En cela, puero. Cajétan, loc. eit, n. 7. L'opinion en est com­ il pèche. Il n’évite pas d’entrer en l’ordre moral : s’il mune et les Salmanticenses s’y rallient Ces derniers ne le fait par une adhésion délibérée nu bien, 11 le fait estiment toutefois que le précepte alors en cause est par un péché. Mais pourquoi ne tolérer aucun delai? celui de l’amour formel et surnaturel de Dieu; mais Il est bien clair (pie le recours au précepte divin n’est beaucoup sont excusés de l'accomplissement de ce pas ici décisif : parce qu’il estime que ce moment est précepte en un acte explicite dès l’âge de raison, plus celui oïi le choix s’impose ;j I enfant, saint Thomas encore de l’amour de Dieu comme fin surnaturelle. détermine pour lors le temps de l'obligation du pré­ De son accomplissement dans l’arnour naturel du bien cepte affirmatif de la conversion à Dieu; et non pas honnête en général, personne en revanche n'est excusé, inversement : il est inutile de suivre en leur exégèse vu l’analyse qu’on a faite de cc premier instant, n. 17. forcée les carmes de Salamanque. Disp. XX, n. 2-3. Λ cc point de la thèse, se situe la difficulté de com­ Or, saint Thomas juge ainsi de ce moment, parce prendre qu’un tel acte entraîne toujours la rémission qu’il y voit le temps marqué par la nature. De la sol­ du péché originel et l'infusion de la grâce sanctifiante ; licitude que nous avons dite, dont est naturellement voir Salmanticenses. n 23-39, 63-69, avec leur for­ touché l’enfant, il tire immédiatement que ne pas mule : (him efficax conversio in Drum finem ultimum opter alors a raison de négligence, où l’enfant ne fait naturalem (sive elicienda sit natura· viribus sive auxilio pas ce qui est en soi. Il appartient à la nature de fixer supernatandis ordinis) sit incom/xissi bilis cum aver­ à quel moment l'homme entre dans la vie morale; nous sione ab ipso Deo ut fine supernatural!, fieri nequit ut n’avons point la faculté d’y changer quelque chose; puer infectus originali culpa, quo est aversio ab isto nous sommes engages. fine, exerceat pnrdictam conversionem, ntst simul aut Ne découvrons-nous point ici, en cette thèse au per prius ab ipsa originali culpa mundetur : atque adeo premier abord surprenante de saint Thomas, un sen­ nisi gratia et justificatio ibi concurrat, saltem ut remo­ timent saisissant de la vocation morale de l’homme : vens illam aversionem et conversionem istam prohiben­ cela ne soulTre point délai, le candidat, si l’on peut tem, n. 65; mais ce point Intéresse proprement la jus­ dire, est aux ordres de la nature. Sans compter (pie, tification vt la rémission du péché: il n’appartient pas privé d une règle de sa conduite, l’homme (pii n’a à notre sujet. point opté sc trouve livré à toutes les séductions et Saint Thomas a posé la présente question en des n'évitera guère de pécher, sous peu de temps. Les termes tels qu’elle concerne l’infidèle. Mais il n’est pas cannes de Salamanque ont abondamment développé douteux que l’obligation de se convertir à Dieu, dès le cette considération de saint Thomas. Disp. XX. η. Ipremier instant de la vie raisonnable, atteigne I enfant 15. Il n’y a dans l’obligation ainsi entendue aucune baptisé comme les autres, puisqu’elle se fonde, nous rigueur, comme on aurait peut-être pensé, mais justice l’avons dit, sur une donnée naturelle. Cajétan estime et équité. Les commentateurs que nous venons de citer (pic les habitus infus concourent chez l'enfant baptisé l’expriment d'un tour pittoresque : l’invitation de à l’accomplissement du précepte, lequel a lieu chez lui choisir, disent-ils, est si pressante, et taliter pro ea le plus souvent. Il n’a pas lieu infailliblement néan­ clamat et reclamat, prolixaque rt importuna existit, ut moins. non seulement, dit ce commentateur. à cause rabie dissone! rationi his impulsibus non acquiescere. de la liberté, mais à cause de la complexion et des Ibid., n. 21. Il n’y a point de disproportion entre ce mauvaises habitudes qui ont pu précéder cc moment, que nous demandons et ce que veut l’enfant : nous ne en sorte que la sensibilité meuve davantage vers ses faisons qu'invoquer la donnée de la nature, et l’obli­ objets déréglés que la foi et la chante vers le bien gation dont nous parlons s'accorde à l’événement honnête. Pour cette raison, ajoute-t-il, il n’est pas de décisif (pii se produit en cet instant moral. Davantage, peu d’importance que l'enfant soit habitué, dès le plus «lisons (pie le moment est miséricordieusement choisi jeune âge, â entendre des paroles spirituelles et hon­ pour cette obligation : Facilius enim tunc fertur volun­ nêtes, car Vhabitus de foi infus se détermine selon ce tas in bonum honestum quando nullum adhuc personale qui est entendu, et la charité y fait suite. Loc. cil.. peccatum aut vilium incurrit, quam postea cum per n. 12. Notre thèse aboutit donc à la nécessité d’une vitiorum affectiones fuerit in contrarium malum incli­ éducation attentive du petit enfant, en prévision de ce nata. Ibid., η. II. En vertu de la même donnée natu­ moment solennel de son entrée dans la vie raisonnable. relle, on rejette l’objection selon laquelle reniant, au La conclusion n’est que plus urgente au sujet de l’en­ cours de sa délibération, pourrait être distrait, cu­ fant infidèle, auquel doit manquer le secours des habi­ rieux, etc., et donc aurait commis un péché véniel tus infus. Mais est-on jamais sûr d’avoir satisfait ù ce avant d’avoir pu encourir l’omission grave (pic l'on précepte et ne doit-on pas se confesser de cette omis­ dit : la sollicitation de choisir est à ce point pressante sion? Il faut, dit Cajétan, s’en repentir et s’en con­ que vel nullo modo, vel nonnisi ex industria et data opera fesser comme de tous les péchés incertains. Toutefois, valeat puer ad aliud coq itandum diverti : et ideo si qua· il suffirait peut-être pour celui-ci de se confesser en tune diversio fleret vel ad dicendum mendacium vel ad général des pêchés cachés, le comprenant de tous : car aliud aliquid, per quod deliberatio illa retardaretur, non cette incertitude est commune â tout le genre humain quasi ex surreptionc aut semiplena tantum advertentia cl, pour cette raison, personne ne sait s’il est digne incidens damnaretur ad solam culpam venialem, sed ut d’amour ou de haine. Ibid. habita ex animo et data opera imputanda esset ad mor­ L’usage (pie nous venons de faire des commenta­ talem. Ibid., n. 61; cf. Cajétan, loc. cit., n. 9. teurs de saint Thomas annonce déjà la fortune de Hesle (pie l'on dise de quelle conversion à Dieu il cette doctrine dans la tradition théologique. La pensée s’agit alors. Saint Thomas énonce expressément : du maître était trop ferme pour (pie les disciples ne secundum quod in· illa ertate est capax discretionis, ou tentassent point de la justifier, loin d’en douter bien : faciens quod in sc est. Or, ce (pii se présente au jamais. Si toutes leurs interprétations ne concordent choix de !'enfant c’est, d’une part, le bien raisonnable point, leur fidélité du moins est unanime. Par là, on ou honnête, de l’autre, le bien sensible ou naturel. attire notre attention sur cette phase mystérieuse du 255 PÉCHÉ PHILOSOPHIQUE commencement de la vie raisonnable et l’on y intro­ duit une grande responsabilité. La thèse se réclame d’une analyse du moment même où l’enfant devient un petit homme et sur le sentiment de l’urgence d’une décision morale. Elle ne porte rien que de grave et de beau. En dehors de l’école thomiste, elle est loin, bien entendu, d’avoir gagné tous les suffrages. Parmi les opposants, Vasquez, op. cil., disp. CXLIX, c. n, éd. cit., p. 792 : Mihi vero (salva pace et reverentia tanto doctori debita) temper visa est probabilior opposita sen­ tentia... nempe posse esse veniale peccatum solum simul eum originali; mais à la première partie de la thèse, savoir qu’avant l’usage de la raison l’enfant ne com­ met ni péché véniel ni péché mortel, cc théologien a déclaré se rallier, c. i. Suarez, De peccatis, disp. Il, sect. vin. éd. cit., p. 539 sq. On trouvera un ample exposé historique et un exa­ men critique des opinions relatives a cette < théorie de l'enfant dans l’article Infidèles (Salutdes), t. vu, col. 1863-1894; l’expose est commandé par le dessein propre de l'article. Sur la doctrine de saint Thomas lui nicme, une étude à la fois théologique et psycholo­ gique de Ihigueny, L'éveil du sens moral, dans Revue thomiste, 1905, p. 509-529. 646-668. .Sur une relectio de Fr. de Victoria consacrée à cc sujet, qu’elle ne traite d’ailleurs formellement qu’en une de scs parties, et tenue par la tradition postérieure comme un des documents notoires du débat, une récente analyse, fournie de copieuses citations, par de Blic, Vie morale et connaissance de Dieu d'après Fr, de Victoria, dans Revue de philosophie, 1931, p. 581-610. L’effort des historiens et des théologiens s’appliquerait opportu­ nément au problème dont nous venons de marquer les lignes essentielles. IX. Le pîciiè philosophique. — On espère avoir représenté jusqu’ici le système doctrinal où l’idée de péché a reçu, par les soins de la théologie catholique, son développement et son organisation. Données chré­ tiennes, pensées traditionnelles et matériaux philoso­ phiques y ont été portés & leur point de perfection intelligible. Mais, depuis l’âge où ce système fut formé, il serait surprenant que les esprits n'eussent plus rien conçu sur le sujet du péché. La nature du mal moral et les problèmes que cette réalité entraîne ont retenu l’attention de maints philosophes; il serait avanta­ geux aux théologiens de s’en informer cl d’en retirer fùt-cc un modeste amendement pour leur système. L’entreprise déborde les limites d’un article où il suf­ fit d’enregistrer l’état des doctrines, tout au plus de proposer quelque suggestion pour leur avancement. Nous croyons que la communion avec les efforts de la pensée philosophique est l’un des devoirs du théolo­ gien, étant l’une des conditions qui sauvent de l’iner­ tie les systèmes (pie scs ancêtres ont construits. Dans le cercle même de la pensée théologique, l'épi­ sode le plus notable qui concerne l’histoire de la doc­ trine du péché, telle que nous la connaissons, tient dans la notion qu’énonce le litre de cc paragraphe. 11 est Important de remarquer dès l’abord que le péché philosophique est une notion tardive; elle n’est point une pièce organique du système que nous avons repré­ senté. Et cette observation justifie que nous en pla­ çons l’étude à cet endroit, dégagée de l’exposition du système. Par ailleurs, elle n’csl point sans loucher à plusieurs des éléments doctrinaux relatifs au péché; et. pour celte seconde raison, il Importait que nous la considérions ici. La critique que doit appeler de notre part la notion de péché philosophique historiquement établie, achèvera, nous l’espérons, de nous faire enten­ dre la doctrine ci-dessus représentée. 1λ· péché philosophique est communément signalé à l attention des théologiens par la condamnation qu’en 256 a portée Alexandre \ III, par décret du 21 août 1690, et qui définit bien, au demeurant, le sujet de la pré­ sente élude : Peccatum philosophicum seu morale est actus huma­ nus disconveniens natura· rationali Cl rectu» rationi ; theologicum vero et mortale est transgressio libera divina» legis. Philosophicum, quan­ tumvis grave, in illo (pii Deum vel ignorat vel de Deo actu non cogitat, est grave peccatum sed non est offensa Dei neque peccatum mortale dissolvens amici­ tiam Det neque æterna pœna dignum. I.r péché philosophique ou simplement moral est un acte humain en désaccord avec la nature raisonnable et la droite raison; par oppo­ sition. le péché théologiqur et mortel est une transgres­ sion libre de la loi divine. Le péché philosophique, si grave qu’il soit, est (bien), chez celui qui ignore Dieu ou ne pense pas actuelle­ ment h Dieu, un péché gra­ ve, mais il n’est point offense de Dieu, ni un péché mortel détruisant l’amitié de Dieu, ni (une faute) digne de la peine éternelle. Telle est la proposition que le pape déclare : scnndalosam. temerariam» plurum aurium ofTeiisivain cl erroneam, et uti talem damnandam et prohibendam esse, slcuti damnat et prohibet ita ut qulcumque illam docuerit, defenderit, ediderit aut de ea etiam disputaverit publice seu privatnn tractaverit nisi forsan impugnando, ipso facto incidat in excommunicationem, a qua non possit (prrctcrquam in articulo mortis) ab alio, quacumque etiam digni­ tate fulgente, nisi a pro tempore existente romano ponti­ fice absolvi. Insuper districte in virtuti» sancire obedientia· et sub intennlnationcwdivini Judicii prohibet omnibus diristifldclilnis ctijuscumque conditionis, dignitatis ac status, etiam speciali et specialissima nota dignis, ne prodictam thesi in seu propositionem ad praxim deducant. Du Plesshd’Argcntré, Collectio, judiciorum, t. m b, p. 365 sq·; Viva, Damnatarum thesium..., pars IIP, p. 3. Le même décret condamnait comme hérétique une proposition relative aux actes d’amour de Dieu non nécessaires; cf. Don/., n. rjsti, 1290. Z. LA CONDAMNATION ROMAINE. — 1° Circonstances qui l'ont provoquée. — La proposition condamnée évoque une thèse qu'avait soutenue publiquement, au collège de la Société de Jésus à Dijon, le P. F. Musnier, en juin 1686. Tous en conviennent. Mais certains ont prétendu qu’elle ne reproduit pas de la thèse le texte exact : l’histoire que nous devons raconter per­ mettra d’en juger. Comment une thèse de collège attei­ gnit-elle à la célébrité d’une condamnation en cour de Home, à plus de quatre années d’intervalle? L’écla­ tante intervention d’Antoine Arnauld en fut la cause prépondérante. La thèse de Dijon connue à Louvain y avait d’abord suscité des débats : ils portaient notamment sur les conditions de culpabilité du péché d’ignorance. Ce n’est qu’a la suite de cc premier engagement, où il lui semblait que les jésuites, dont le P. de Deux était le protagoniste, méprisaient, comme il dit, les avis des docteurs de Louvain. qu’Antolnc Arnauld, pour lors réfugié à Bruxelles, se décida â faire usage des écrits de Dijon qu’on lui avait communiqués et composa, en juillet 1689, une dénonciation du péché philosophique, qui parut en septembre de la même année sous cc litre : Nouvelle hérésie dans la morale dénoncée au pape et aux évéques, aux princes et aux magistrats. Dans les Œuvres d’A. Arnauld, t. xxxi;on trouve un historique des interventions d'Arnauld dans la Préface historique et critique de cc volume, art. 1. Dans cet écrit, et sous l’impression des débats de Louvain, Arnauld signale, au principe de celle opinion d’un péché philosophique, la fausse doctrine qui requiert Λ la culpabilité du péché l'advertancr actuelle du mal que l’on commet : en quoi l’on confond des états de l'esprit que les théologiens ont de tout temps soigneu­ sement discernés» l’ignorance vincible et l’ignorance invincible, l’ignorance actuelle et l’ignorance dans la 257 PfcCHÉ PHILOSOPHIQUE. CONDAMNATION 258 cause. En tête de lu dénonciation, on trouve rcpro- | l’offense de Dieu échappe a l’intention du pécheur et clic sc tient du côté de Γ « aversion »; · il suffît que, par «luit, d'après la copie qu’Arnauld en avait reçue, le texte de lu thèse de Dijon ; Il coïncide exactement avec un dérèglement volontaire. Il fasse un Dieu de la créa­ la proposition dont nous avons ci-dessus emprunté la ture en y mettant sa dernière fin », et il n’est pas lettre au décret d'Alexandre VIII. Le dénonciateur ne malaisé à notre théologien d'invoquer, en faveur de doute pas un seul instant qu'il attaque une nouveauté, cette analyse, l’autorité cl des textes exprès de saint et il avouait plus tard ( J· dénonciation) qu'il n’avait Thomas. Sum. theot., I*-11·, q. lxxvh, a. 6, ad 1°»; jusqu'alors jamais entendu parler du péché philoso­ 11*-11*, q. xxxix, a. 1, ad lü®. Répondant plus spé­ phique distingué du péché· théologique; la dispute de cialement aux distinctions du P. de Beux, Arnauld Dijon fut vraiment l’occasion qui ht sortir cette thèse expose longuement qu'un grand nombre d'homme^ des livres et des écoles des théologiens pour la livrer ont de fait ignoré Dieu et donc, selon les principes de â un débat public où l’opinion devait se passionner, ; l'adversaire, n’ont commis que des péchés philoso­ comme au temps des Provinciale*. Les lettres d'Ar­ phiques. Sous tous les raisonnements d’/Kmauld, on nauld révèlent qu'il ne comptait guère, en publiant I sent, les animant, celle indignation conçue spontané­ son écrit, sur une condamnation en cour de Home; ment ù la pensée que tant de crimes énormes des mais il ne laisse pas de stimuler le zèle de son corres­ païens et des infidèles auraient pu n’être que des pondant romain, M. de Vauccl, théologal d'Alct. j péchés philosophiques. Un grand émoi parmi les Jésuites cl un grand bruit Comme était publiée la Seconde dénonciation d'Ardans le monde furent l’effet de cette première publica­ uauld, paraissait à Paris sur la Première dénonciation tion : il n’était plus question alors, dit-on, jusque dans la réplique de la Compagnie de Jésus : Sentiment des les conversations des femmes, à la cour comme à la jésuites touchant le péché philosophique, ou lettre à ville, que du péché philosophique. Une riposte ù hauteur du libelle intitulé : Nouvelle hérésie dans la l’adresse d’Arnauld parut bientôt sous cc titre : Le morale, etc. (L'approbation du provincial est du 15 fé­ janséniste dénonciateur de nouvelles hérésies convaincu vrier, le prix liège du roi du 25 mars 1690. Rééditée de calomnie et dr falsification (imprimé dans les Œuvres avec les Ici tics suivantes de la même origine, en 1694. d’Arnauld, t. xxxi, p. 160-171). Pour ne parler point 1 a Paris, chez Pierre Badlard.) On y condamne la thèse de la partie polémique de cet écrit, du ton le plus vio­ de Dijon telle qu’Arnauld l’a rapportée comme · une lent, l’auteur y réduit l'importance de l’affaire de hérésie cl une impiété exécrable dans tous ses prinDijon, « une petite thèse, soutenue aux extrémités de ! dpes cl dans toutes scs conséquences »; on se réserve la France, avec laquelle la guerre a rompu tout com­ seulement de vérifier si les écrits du professeur de merce », et renvoie à des thèses défendues à Louvain Dijon sont, en effet, dans le sens de sa thèse. Celle par le P. de Beux (lequel, au demeurant, est l’auteur lettre, qui est plus spirituellement écrite, contient du présent écrit) au mois de décembre 1688 et au moins de théologie que la riposte de Louvain; on l’at­ mois d'août 1689. 11 est vrai que ces thèses réduisent tribue, ainsi que les suivantes, au P. Bouhours. Le ton a des cas limités la possibilité du péché philosophique : en est plutôt déconcertant, et l’auteur va jusqu’à pour le temps très court où quelqu’un peut ignorer, prendre des engagements qui trahissent en effet un sans qu'il y ait de sa faute, l’existence de Dieu. Elles homme assez étranger à la théologie : · Mais afin que marquent un affaiblissement par rapport à la proposi­ vous n’ayez plus rien à nous reprocher là-dessus, nous tion de Dijon (dont le P. de Beux ne dit pas qu’elle nous engageons solennellement à vous faire voir, dans diffère du texte qu’en a livré Arnauld), mais elles un écrit plus ample que celui-ci : 1. qu’au moins avant maintiennent le principe du péché philosophique et sa la thèse de Dijon nul de nos écrivains n'a jamais possibilité absolue. D’après Arnauld (lettres du 22 sep­ enseigné cette doctrine; et qu’au contraire ils l'ont tembre 1689, Œuvres, t. m, p. 246; du 6 octobre 1689, 1 expressément rejetée s'ils ont eu à s’expliquer sur ce ibid., p. 251), le P. de Beux partit aussitôt pour Borne. sujet; 2. que nous n’admettons aucun principe d'où Pour se défendre des accusations dont il venait elle sc puisse inférer par une légitime conséquence; d’être ainsi l’objet, Arnauld compose la Seconde dénon­ 3. que les principes reçus dans toute la Compagnie y ciation de la nouvelle hérésie du péché philosophique, sont directement opposés; 4. qu’il n’y a que dans ces enseignée par les jésuites de Dijon, défendue avec quelque principes que vous reprochez aux jésuites qu’on puisse changement par ceux de Louvain dans leur écrit contre trouver de quoi la réfuter solidement cl sans erreur. » la première dénonciation cl soutenue auparavant en Sans doute a-l-on rarement poussé à cc point le para­ quinze de leurs thèses de différentes années depuis J66&. doxe. Daté du 29 octobre 1689, cet écrit, par suite de retards · Une seconde lettre suivit bientôt, adressée celte divers, parut en février 1690. Comme le titre l’annonce, fois « à un homme de la cour », où se confirme le parti Arnauld, qui a reçu des informations nouvelles sur adopté, qui est de distinguer entre la thèse incriminée, l'opinion qu’il combat, donne le relevé précis de laquelle est condamnable, et les écrits du professeur de quinze thèses relatives au péché philosophique, Dijon, qui n'ont point le sens absolu que l’on a dit : qu’avaient défendues, à Anvers et Λ Louvain, dans « On voit dans les écrits du professeur de Dijon que, l’espace des vingt dernières années, divers théologiens selon lui, il ne sc commet effectivement aucun péché de la Compagnie de Jésus. Les Pays-Bas furent certai­ philosophique qui ne soit en même temps théologique nement en ce temps l’un des foyers de cette opinion. et vraiment mortel, et que le contraire est une fausse Outre ces thèses, Arnauld dénonce un ouvrage du supposition, une chose moralement impossible, qui P. Platcllc, théologien jésuite de Douai, où est soute­ n'est jamais arrivée cl qui n’arrivera jamais. » Ces nue la même doctrine : JL P. Jacobi Ptalclli e Societate deux lettres fournirent à Arnauld la matière de sa Jesu, sacra' theologia: in universitate Duaccna professo­ Troisième dénonciation, où il critique notamment la ris, Synopsis cursus theologici diligenter recognita cl distinction dont scs adversaires tâchent de sc préva­ variis in locis locupletata, Douai, 1679; le passage loir. Il insère à la fin de sa publication le texte d’un incriminé se trouve: 11 part., c. ni, § 3, n. 189, mandement de l’évêque de Langrcs, de qui relevait la p. 116. La critique doctrinale insiste celte fois sur ce ville de Dijon, en date du 19 mars 1690 (toc, cil., p. 243-244), où il est pris acte de la rétractation des que les partisans du péché philosophique semblent thèses par le professeur qui les avait soutenues et de la traiter l’offense de Dieu comprise dans le péché mortel comme un objet de < conversion » : ils exigeraient, condamnation que les jésuites en portaient. pour qu’il y ait péché mortel, que l’on voulût direc­ Les lettres des jésuites cependant, cl notamment les tement offenser Dieu; mais non, proteste Arnauld, ] engagements qu'ils avaient pris dans la première, PICT. DE TIII'OL. CATII T. — XII — 9 259 PÉCHÉ PHILOSOPHIQUE. CON D \ M N ATI O N 260 suscitaient l'intervention d’un anonyme, qui fait pa­ Sorbonne au même seigneur de la cour, datée du 29 avril 1690. Il y disculpe le dénonciateur du grief raître, en avril 1690, la Lettre d'un docteur de Sorbonne qu’on lui impute de nier les grâces suffisantes : il a à un seigneur de la cour pour servir de réponse aux deux lettres des jésuites touchant leur sentiment sur le seulement refusé qu'elles fussent accordées à tous les péché philosophique. L’objet est de montrer dans le hommes indistinctement. « Je dis bien plus, monsieur : le dénonciateur n’a pas même prétendu que l’erreur du péché philosophique, tenu non point pour une hypo­ péché philosophique fût une suite nécessaire du senti­ thèse métaphysique, mais pour un péché effectiveinent ment de ceux qui admettent que la grâce suffisante est commis, renseignement constant de la Compagnie; et I on y procède par manière de textes cités et commen­ indifféremment accordée à tous les hommes. Il aurait en celte cause bien des théologiens qui sont en ce tés. A la suite de la réimpression à Louvain des trois premières lettres des jésuites de Paris, et par les soins ( point de même avis que les jésuites, mais il a seulement d'Amauld qui la fit précéder d’un avertissement el y » prétendu qu’elle fût une suite nécessaire de ce senti­ ment dans le sens particulier dans lequel les jésuites le introduisit quelques corrections, celte lettre parut en soutiennent. Sur quoi je vous prie de remarquer qu’il 2· édition a Cologne sous ce litre : Les véritables senti­ y a cette différence entre eux cl les autres théologiens, ments des jésuites touchant le péché philosophique. Le 1*. Serry, dominicain, l’historien fameux des congréga­ que ces autres théologiens soutiennent que la grâce suffisante n’est refusée à qui que ce soit parce qu’il tions De auxiliis, passait pour être l’auteur de cette plaît ainsi à Dieu de ne la refuser à personne, quelque lettre. Échard avouait n’en être pas certain. Scriptores crime qu’il ait commis, à cause qu’il est toujours beau­ ord. præd., I. n, p. 801 : sed an suum agnoverit mihi coup plus miséricordieux que juste. Au lieu que les incompertum; mais le P. Coulon a pu signaler que jésuites soutiennent qu’elle n'est refusée à personne Serry lui-même s’est reconnu comme l’auteur île parce que celui qui cn serait privé ne serait aucune­ l’opuscule, dans l’index qu’il a mis a la lin de son ment coupable des péchés qu'il commettrait dans cet écrit : Vindicia: vindiciarum Ambrosii Catharini; aussi bien l’a-t-on imprimé dans le t. vi des œuvres corn- , état, quand même il se serait attiré celle privation par ses péchés précédents. Voilà, monsieur, le principe piétés de Serry, éditées à Venise en 1670. Voir Scrip­ lores ord. prxd., t. ni, 1910, p. 633. Nous pouvons | d’où suit naturellement le péché philosophique, selon la pensée du dénonciateur, et qui le rend propre cl ajouter que Serry sc fait la même attribution dans singulier aux jésuites. Car dès lors, dit-il, qu’on vient un autre endroit : Historia congregationum De auxiliis a prouver aux jésuites qu’ciïectivcnicnt plusieurs sont divime gratix..., I. III, c. XLVlii, lin (cc chapitre ct le privés de ces grâces (ainsi que l’expérience le montre précédent ont été ajoutés dans la deuxième édition de assez), il s’ensuit nécessairement que plusieurs ne sont l’ouvrage, Anvers, 1709), où on lit ces mots : ...ut alias sileam longe multas in libello ante annos duo­ pas coupables en péchant ou que leurs péchés ne sont que philosophiques. » L’auteur de la lettre se réfère ici decim a nobis edito ■ De vera jesuitarum sententia circa a des passages de la Deuxième dénonciation : Amauld y precatum philosophicum » recensitas. marquait que le péché philosophique signifiait, de la Uno troisième lettre des jésuites parut sans retard. part des jésuites, une limitation reconnue à l'universa­ Elle prétendait celte fois que le dénonciateur faisait lité des grâces suffisantes; Serry signale quelle concep­ ilcriver le péché philosophique de la doctrine de la tion des grâces suffisantes, celles-ci étant limitées, grâce suffisante; et comme celte doctrine, disait-on, entraîne la conséquence du péché philosophique. Mais est commune à tous les théologiens catholiques, on Amauld a préféré ne point engager la lutte sur ce ter­ voit dans quelle position singulière sc met ce vengeur rain, ct il attribue le péché philosophique aux doc­ de la fol; s’il y a quelque part une hérésie, n'cst-cc pas trines de l’advertance nécessaire nu péché. de son côté qu’il la faut chercher? En même temps, Une Cinquième dénonciation a pour matière la thèse ct reprenant la défense déjà adoptée, la lettre distin­ soutenue par le jésuite Pugean à Clermont d’Au­ guait cl l’hypothèse spéculative du péché philoso­ vergne, en 1688; mais surtout la thèse soutenue â phique ct son impossibilité réelle. Contre cet écrit, qui Anvers par un théologien jésuite au commencement étendait le débat cl en faisait une affaire de jansé­ nisme, il fut répondu d’une part par un opuscule inti­ d’août 1690. La thèse d’Anvers, à l’instar des Lettres de Paris, présente le péché philosophique comme une tulé : Récrimination des jésuites, contenue dans leur notion métaphysique, mais où rien n’est avancé de sa rétractation de la nouvelle hérésie du péché philosophique, vérification pratique. Amauld ruine, par des argu­ convaincue de calomnie par ta nouvelle déclaration des ments historiques, celte allégation. Il proteste qu’il a disciples de saint Augustin, Cologne, 1690. L’auteur en dénoncé, à l’origine du péché philosophique, non la < tait le P. Qucsncl. qui l’avait composé de concert avec doctrine des jésuites sur l’ignorance invincible mais Amauld. Il y montrait quccc théologien n’avait point celle maxime de leurs auteurs : que l’on ne pèche i Ht dériver le péché philosophique du dogme de la grâce suffisante. Amauld, de son côté, dans une Qua­ point d’un péché proprement dit et imputable par soimême si l’on n’a point la pensée (pie l’on fasse mal. On trième dénonciation, reprenait le principe où il affirme voit avec quelle insistance Arnauld revient sur celle qu'il a toujours vu l’origine du péché philosophique, explication. Une liste nouvelle des partisans du · phi­ s avoir qu’une méchante action n’est point un péché, losophisme · (le mot est avancé ici pour la première si on la commet ignorant qu’elle est un péché. El il fois ct l’Avertissement nous en a prévenus) figure cn montre cn outre que, selon les principes des jésuites, cet écrit. La Cinquième dénonciation était composée le péché philosophique, loin d'être une hypothèse, est un événement assez commun : ce pour quoi il renvoie j quand parvint à Arnauld la nouvelle de la condamna­ tion, à Rome, de la thèse de Dijon; il résolut néan­ a la Lettre du docteur de Sorbonne dont nous avons moins de livrer son travail a l’impression. On compte parlé, adjoignant, aux auteurs qu'elle relève, le P. Térille. jésuite anglais, professeur a Liège, qui, dans . plus de quarante auteurs jésuites cités dans les écrits dont nous venons de parler, ct qui enseignent soit un gros livre intitulé Régula morum, avançait une expressément, soit dans cc (pii est considéré comme doctrine de l’ignorance involontaire où Amauld voit un principe d’où sort inévitablement le péché philo­ son principe, le péché philosophique. Les textes de ces auteurs el de plusieurs autres de la même Compagnie sophique. ont été réunis dans une publication faiteen 1691 parles Pour son compte, le même docteur de Sorbonne théologiens de Louvain : P/u/osop/u's/zr, sive excerpta qui avait déjà répondu aux deux premières lettres pauca ex mullis libris, thesibus, dictatis theologicis, in des jésuites, ne se retint pas de réfuter aussi la troisiême et il publia une Seconde lettre du même docteur de | quibus scandalosa ct erronea philosophismi doctrina 261 PECHE PHILOSOPHIQUE nuper damnata, per centum et amplius annos a theologis Societatis Jesu tradita ac per omnes /rre Europa pro­ vincias longe latcque disseminata. 2° Circonstances de la condamnation même, — On connaît par les lettres de M. du Vaucel a l’archevêque d’I’lrechl (cf. Préface historique., citée, p. xn sq.) quel­ ques circonstances de la condamnation romaine. Elle fut résolue le 3 août. On évita la note d’hérésie grâce à la nouveauté de la proposition. Entre autres tenta lives, les jésuites avaient adressé, dès 1689, une requête au Saint-Office (le texte cn est rapporté cn français, loc. cil., p. xni, en note); les auteurs incri­ minés, disaient-ils, ont parlé conditionnellement du péché philosophique el dans l’hypothèse d’une igno­ rance invincible de Dieu; cet enseignement est très commun dans la théologie .scolastique; Lugo, cardinal de l’Églisc romaine, l’a naguère approuvé. Et la requête sc termine sur la dénonciation d’un libelle dif­ famatoire, qui n'est pas autre chose que le premier écrit d’Arnauld. Mais quatorze thèses soutenues el imprimées à Borne en ce temps-là par des jésuites, où le péché philosophique était clairement enseigné, furent défavorables à leur cause. La condamnation passa · presque tout d’une voix ». Elle fut publiée sans difficulté à Paris» Viva, op. cit., part, ill, p. 8, prétend que la proposi­ tion condamnée n’a été obtenue qu’en changeant le texte de la thèse originale de Dijon (...in quibus licet hire thesis prout jacet non reperiretur, nihilominus pau­ cis per invidiam mutatis in hanc pinsentem thesim una ex iis concinnata fuit). De même, dans l’édition de 1854 · de son Enchiridion, Benzinger attribuait à Arnauld Ia rédaction calomnieuse de celle proposition. Mais on ne trouve plus ce jugement dans les éditions plus récentes. De fait, il est difficile de charger Arnauld d’une telle déformation; il cite le texte de la thèse en tète de sa Première dénonciation (nous avons dit déjà qu’il coïncide exactement avec la proposition con­ damnée): or, il eût donné à ses adversaires des armes trop faciles en falsifiant ce fondement de ses accusa­ tions; el, par ailleurs, jamais dans la controverse il ne lui fut reproché d’avoir rien changé au texte de la thèse. Cf. aussi Heusch, Der Index der verbotenen Hücher, t. il, Bonn, 1886, p. 537. 11 n’est pas douteux que la campagne d’Arnauld a contribué à la condamnation du péché philosophique et que scs publications, comme scs leltrès privées, ont agi sur les milieux romains. Nous ne pouvons dire plus. Heusch pour son compte, loc. cit., estime que les écrits de cc théologien ont donné occasion à la condamna­ tion ». On avait attribué à un religieux bénédictin, dom Étlcnnot, procureur général de la congrégation de Saint-Maur, la paternité des quatre premières Dénonciations el d’avoir déféré au Saint-Siège la thèse du péché philosophique : une lettre du cardinal d’Aguirre au général des bénédictins, 10 septembre 1690. l’en détrompe; mais quand le fait serait vrai, ajoute le cardinal, ce religieux < mériterait plutôt d'ètre loué que blâmé, et on devrait lui avoir obliga­ tion d’avoir fait cc que chacun aurait dû faire cn par­ ticulier ». Histoire littéraire de la congrégation de Saint-Maur, p. 178. D’après Dollinger el Heusch, Gcschichte der Moralstrcitigkeiten in der rômisch-katholischen Kirche sell dem ΛΙ7. Jahrhundert, t. i, p. 79, n. 1, c’est par Mabillon qu’on aurait eu connaissance à Home de la thèse du péché philosophique, comme il avait dénoncé celle des actes d’amour de Dieu non nécessaires condamnée en même temps; mais ces auteurs n’en donnent point de preuve, et la joie que témoigne Mabillon de celle condamnation n’en est point une. A la condamnation romaine il y a lieu d’adjoindre le mandement de l'évêque de Lan grès déjà cité; la lettre TS 262 pastorale de 1 évêque d'Agde, datée d'issoudun, ! 1 no­ vembre 1639; une lettre contre la nouvelle hérésie du vicaire capitulaire de Panders, le 2 janvier 1690. //. HISTOIRE CRITIQUE DE //0/7Λ70Λ. — Les événe­ ments que nous venons de raconter annoncent d'euxmêmes que le péché philosophique n'était point une nouveauté en 1686. La thèse de Dijon, devenue célèbre, s inscrit dans un vaste mouvement théologique; nous avons pu voir qu’en France, aux Pays-Bas, a Borne même, le < péché philosophique » était une opinion depuis longtemps répandue et enseignée. Arnauld et scs émules ont tenté de découvrir les principes d'ou cette opinion dérive: la recherche s’en impose en effet et nous voudrions à notre tour contribuer à son heureux succès. 1° Ses origines historiques. — L’expansion mission­ naire du catholicisme au xvn· siècle semble avoir déterminé pour une part celle direction de la pensée théologique. Dès 1674, la congrégation romaine de l’inquisition répondait à une consultation où il était demandé si les péchés des païens ignorant Dieu méri­ taient bien la peine étemelle. Le doute proposé ct la réponse romaine dans les œuvres du P. dont Navar­ rette. O. P., I. i, Madrid. 1676, tr. VU; cf. Scriptores ord. pried., t. n, p. 721. Ce dogme de l’éternité des peines paraissait, si l’on peut dire, d’exportation difficile ct l’on aurait aimé pouvoir dire aux Chinois qu’avant la predication cn leur pays de la vraie reli­ gion leurs ancêtres n’avaient point mérité pareil châti­ ment. Dans la violente controverse de la Compagnie de Jésus ct des Missions étrangères au' début du xvm* siècle, il était naturel que celte question reparût, liée comme elle l’était a celle des méthodes de l’apos­ tolat auprès des païens. Qu’il nous suffise d’avoir indiqué ici la connexion d'une notion thcologiquc avec un ordre d’événements relatifs à l’apostolat catholique. 2° Ses origines théologiques.— Nous voudrions rele­ ver chez les théologiens eux-mêmes les origines doc­ trinales de celle notion. 1. La Jtelectio, de Fr. de Victoria, O. P., dont nous parlions, col. 255, témoigne d’une préoccupation d’es­ prit à quoi se lie naturellement l’idée du péché philo­ sophique. Elle est intitulée : De eo ad quod tenetur veniens ad usum rationis, ct fut tenue cn juin 1535. Le thème cn est, nous l’avons dit. le cas de 1 enfant accé­ dant À la vie raisonnable; mais la question s’y trouve debattue des rapports de l’action morale avec la con­ naissance de Dieu. Victoria ne répugnerait pus â celte pensée que l’ignorance de Dieu est de nature à suppri­ mer la vie morale, mais en ce sens que, de celui qui ne connaît pas Dieu, on peut dire qu’il n u pas l'usage de la raison : ainsi maintiendrait-il la coïncidence de la vie morale cl de l’usage de la raison; l’opinion, dil-il, n’en aurait pas de graves inconvénients puisqu’une telle ignorance, par la providence de Dieu, ne sc véri­ fie jamais que pour un temps très court. Il se garde toutefois de se ranger à cet avis paradoxal ct dont la nouveauté ne plairait pas â toutes les oreilles, ct il énonce : antequam aliquis aut cognoscat aut possit cognoscere Deum, potest peccare. El \ let oria invoque entre autres eel argument qu’il n’esl pas nécessaire, pour que la loi oblige, qu’elle soit connue du pécheur comme émanant du souverain législateur. Un peut connaître le bien cl le mal ct ignorer Dieu, encore que bien et mal sc prennent en soi de la loi divine. Le P. de Bile, Jievue de philosophie, 1931. p. 581-610, a récemment attire l’attention sur ce document. Il a cet intérêt, cn effet, de signaler comme posée en théologie la question de la nécessité de connaître Dieu pour qu’il y ait vie morale : ct l’on voit qu’elle sc pose à propos du cas des enfants étudié par saint Thomas: l'on y assiste à la genèse d’une dissociation opérée non 263 PÉCHÉ PHILOSOPHIQUE. LES ANTÉCÉDENTS pas entre la règle morale rationnelle cl la règle divine, niais entre l'usage commun de la raison ct son exercice moral» lequel serait Hé à la connaissance de Dieu. Mais Victoria ne retient pas cette dissociation, ct le P. de Blic signale à juste raison que telle est la position de I école thomiste en ce débat, ajoutant que les théolo­ giens postérieurs à celui-ci tiendront pour une conver­ sion implicite à Dieu la conversion au bien honnête, pour une reconnaissance implicite de la loi divine la connaissance de la loi naturelle. Ainsi Soto, Bancs, Jean de Saint-Thomas, Gonet, Billuart. Ce que nous disions col. 254 révèle que Cajétan et les Salmanticcnses l'entendent de même. Il n'est pas douteux que tel est le sentiment de saint Thomas chez qui cette question n'est pas dégagée, ou, plus exactement, pour I qui il n’y avait pas en ceci de question. En même temps que le problème, qui est l’un de ceux auxquels se rattache l'idée du péché philosophique, Victoria nous annonce donc la doctrine qui contient la réfutation radi­ cale de celte erreur. On notera que ce théologien prend position contre Grégoire de Bimini, In !I"m Sent., dist. XXXIV, n. 2 (texte dans de Blic, toc. cit., p. 598), pour qui il y aurait encore péché quand on ne s’oppo­ serait qu'à la raison droite, et si même, par impossible, il n’y avait pas de raison divine; pour Victoria, si Dieu n'était pas ou si Dieu ne commandait rien, il n'y aurait pas de mal moral. Assurément, Dieu est cause pre­ mière, ici comme partout; la proposition de Grégoire de Bimini ne serait recevable que comme une façon paradoxale de revendiquer l’autorité immediate de la raison sur la vie morale. En ce sens, il ne la faudrait point dédaigner, car c'est justement le souci de fonder en Dieu, en dernier ressort, l'ordre moral (de quoi l'on trouve la formule sagement équilibrée dans l’école tho- i miste citée), qui donnera lieu chez certains théologiens a une dissociation de l’ordre raisonnable ct de l'ordre divin, â la faveur de quoi doit naître fatalement l’er­ reur du péché philosophique. 2. Lessfas est l’un d’eux, et nous croyons que son influence ne fut pas étrangère à cette fortune du péché philosophique que nous avons observée dans les PaysBas au cours de la seconde moitié du xvn· siècle. Nous alléguons ici l’une des opinions défendues en son célèbre ouvrage De perfectionibus mori busqué divinis libri XIV (1" éd., Anvers, 1620; édition récente, ; Lessii opuscula, t. i, Paris, 1881). Sur la question de l'éternité de la peine duc au péché mortel, où il se sépare, nous l’avons dit, de saint Thomas, Lcssius en arrive, I. XIII, c. xxv, n. 181, à distinguer dans le péché mortel une double malice dont l’une est subor­ donnée à l’autre : selon que ce péché est un acte dis­ cordant d'avec la nature raisonnable, selon qu’il est un mépris de Dieu. Au premier titre. Pacte n’a pas rai­ son de péché mortel, mais seulement d'acte mauvais en général; il ne reçoit raison de péché mortel qu’au second titre. La dissociation esL nette, non pas entre l’usage non moral ct l’usage moral de la raison, mais entre un ordre moral défini par la raison et un ordre moral relatif à Dieu. On devine si saint Thomas ct Cajétan peuvent être invoqués, comme le fait Lcssius, en faveur d’une telle opération, qui ne peut que ruiner leurs positions les plus fondamentales. Lcssius lui-même tire de son principe quelques consé­ quences. La première, n. 185, est que, s’il n’y avait pas de Dieu, Il n'y aurait non plus aucun péché vraiment ct proprement mortel; tous les péchés sondent véniels. Gré­ goire de Bimini disait «ils auraient toute leur force de péché »; Victoria « ils ne seraient pas des péchés du tout >. Tous deux ont raison de quelque façon, mais certainement pas Lcssius. Il s’objecte opportunément « les infidèles qui ne connaissent pas Dieu ne pèchent non plus mortellement ». Et il répond « tous con­ naissent Dieu, au moins confusément, comme la divi­ 264 nité, comme le vengeur du bien oflensé », etc., cl c’est pourquoi ils éprouvent le remords; s'il y avait de tels peuples qu’ils n’eussent pas même celle connaissance de Dieu, ils pourraient cependant mortellement pécher car ils pourraient être à ce point inclinés au mal qu'ih ne fussent pas disposés ù s’en abstenir, connussent-ils le divin, ct par là ils mépriseraient virtuellement Dieu. Mais s'il n'y avait point ce mépris virtuel? s’il n’y avait point cette inclination résolue au mal? Lcssius n’en dit rien. La possibilité apparaît donc ici de péchés qui ne seraient point mortels chez qui Ignore absolument Dieu, conséquence de la dissociation opé­ rée d'abord, Une autre, n. 186, est qu’il n’y aurait aucun péché mortel si Dieu n'avait interdit le péché, au moins par la loi naturelle inscrite dans le cœur des hommes. Les péchés commis en cet état seraient seule­ ment contraires à la nature raisonnable. 11 est vrai que la loi éternelle est au principe de tout discernement du bien ct du mal; mais, pour cette raison, il faut dire, comme faisait Victoria, que sans clic il n'y a plus d'ordre moral, de même que sans la cause première il n'y a plus de causes secondes. La distinction où s’en tient Lcssius est Incompréhensible et dangereuse. La troisième conséquence, n. 187, ne concerne pas notre sujet. Le mot de péché philosophique n'est pas encore prononcé, mais la chose est en effet introduite. Et l’origine en est très exactement la dissociation opérée de deux ordres de moralité. L’idée chrétienne de l'énormité du péché mortel ct l’infinité de sa malice semblent avoir inspiré à Lcssius cette nouveauté. Et la manière dont il justifie l'éternité des peines n'a pas été étrangère à cette direction de sa pensée. Sans doute retrouverait-on la double malice de Lcs­ sius dans l'école des jésuites d'Anvers et de Louvain. Quelques-unes des thèses Incriminées par Amauld dans la Deuxième et la Cinquième dénonciation le confirment. Nous ne relèverons, à titre d’exemple, qu’un endroit de Coninck, successeur de Lcssius dans la chaire de théologie de Louvain : De moralitate, natura et effectibus actuum supcrnaturalium in gcncrc, et fide, spe ac caritate spcciatim libri IV (lr® éd., Anvers. 1623), disp. XXXII, dub. v, n. 39, où l'on retrouve équivalcmmcnt la distinction des deux malices, avec une pointe très accusée de volontarisme : ...Si cnim furtum, v. g., nullo modo a Dec prohiberetur eiue displi­ ceret, quantumvis pergeret non minus quam modo repu­ gnare justitiie, tamen nulto modo mereretur panam it ternam et consequenter non contraheret omnem malitiam quam modo contrahit. Item si Deus nollet propter furtum privare hominem vita spirituali, fur longe minus peccaret contra caritatem sui quam jam peccet. Éd. cit., p. 646. 3. De Lugo. — On a vu quel prix les défenseurs du péché philosophique attachaient à l'autorité de Jean de Lugo. D'origine espagnole, il est à Borne dès 1621 où il doit faire toute sa carrière de professeur; il reçoit la pourpre en 1613 ct meurt en 1660. Ses œuvres complètes ont été éditées à Lyon en 1652 (voir Hur­ ter, Nomenclator, t. in, 3· éd., col. 911-915). Bcusch a consigné, dans son Index..., une information attes­ tant qu’au temps où de Lugo arrivait ù Borne le péché philosophique y était connu ct, si l’on peut dire, essayé, mais non accrédité. Op. cil., t. n, p. 537, η. 1. On apprend en effet, par un document d’archive, qu’un théologien jésuite ayant enseigné, en 1619, qu'un homme ignorant invinciblement Dieu mais con­ naissant la malice morale de son acte ne commet pas un péché grave, de quelque matière qu’il s’agisse, quatre examinateurs de la Compagnie avaient décidé que ce théologien eût à retirer son opinion comme pernicieuse, bien que des auteurs catholiques l'eussent déjà avancée, et à dicter le contraire à ses élèves. Sem­ blable mesure fut prise, ajoute-t-on, en 1659; mais, avant cette date, sc place l'enseignement de de Lugo. 265 l'EC 1 I E 1’ 111 LOSO I’ll IQ U E. L ES A N T ÉCÉ D E NTS 266 Son texte est notoire : De mysterio incarnationis, la malice de la transgression déraisonnable, autre la disp. V, sect, v, éd. Vivès, t. n, p. 337 sep Mais l’auteur malice de l'offense divine. avertit qu*il a défendu déjà la mémo doctrine dans son Pour son excuse, de Lugo a prévenu qu’il entendait traité De bonitate et malitia humanorum actuum. 11 la considérer les choses absolument ct sans préjuger de reprend ici et la confirme contre un enseignement leur vérification expérimentale. Il avoue l’application adverse, en faveur duquel des théologiens récent s, dit-il, en effet très restreinte du cas qu'il a considéré. Chez invoquent l’autorité de J. de Salas : celui-ci, en effet les fidèles, un tel péché, un adultère philosophique par (théologien jésuite, 1553-1612; cf. Hurler, op. cil., exemple (on lit le mot chez cet auteur), n’arrive jamais I. ni, col. 589), au témoignage de de Lugo, a vivement ou très rarement. Chez les infidèles, l'ignorance invin­ combattu l’opinion selon laquelle les actes commis cible de Dieu ne peut cire que brève; ils ne mourront dans l'ignorance de la loi divine ne peuvent être des pas, selon l’ordre de la providence divine, avant péchés mortels. Disputationum in 1). Th., d'avoir pu ou pécher mortellement ou être justifiés. 11 I*· éd., I. U, Barcelone, 1607, tract. XIII, disp. XVI, reste que la possibilité du péché philosophique a etc sect. xxil. Voici comment de Lugo, pour son comple, reconnue ct la dissociation consommée d'une atteinte entend le problème. à la raison cl d'une offense de Dieu. Lcssius lui-même Il le rencontre dans l’élude de la nécessité de l’incar­ reste en deçà de son émule romain. nation pour la satisfaction des péchés. Ayant établi 4. Autres manifestations. — On peut relever en que l'homme est impuissant à satisfaire pour les péchés France, au cours du xvn· siècle, des opinions que mortels à cause de l’infinité de Dieu offensé, ce théolo­ devait s’annexer la notion du péché philosophique, et gien est conduit à rechercher s'il n’y a point des qui sont relatives à la nécessité de la pensée de Dieu péchés tels (pie l’homme pût les réparer, ct qui ne cl de l’advertancc actuelle du mal sans quoi il n'y seraient donc point des péchés mortels au sens où aurait point de péché. L’extension du volontaire était l'entendent les Pères et les théologiens. Cette question ainsi considérablement restreinte. Le Moine avait naît en lui de celte pensée que l'ignorance invincible de défendu ces théories qu’Amauld combattit dans Dieu, ou l’invincible sentiment que Dieu est indifférent 1’Apologie pour les saints Pères (1650), 1. VIII, e. ni, à la bonté ou à la malice des hommes, semble devoir sans qu'il eût encore le moindre soupçon du péché phi­ ôter nu péché sa raison d’offense de Dieu. L’acte mau­ losophique. Ces pages ont, pour une part, inspiré Pas­ vais commis en ccs conditions, un homicide par cal, de qui la /· Provinciale (25 février 1656) roule sur exemple ou un adultère, déplaît sans doute à Dieu cl les conditions d'advertance requises au péché selon fournit une juste cause à sa colère, mais sa malice les jésuites, ct sur la prétendue nécessité d'une grâce naturelle en est seule la cause ct non point l’offense de actuelle repoussée, faute de quoi l’on ne serait pas cou­ Dieu qu’un tel aclc, commis hors la prévision d’une pable : les Pères Bauny et Annat y sont principalement telle malice, ne saurait vérifier. Car autre est la malice accusés (Œuvres, éd. des Grands écrivains de la France, qu'un acte tient de son opposition à la raison, autre t. iv, p. 249 sq.). On reconnaît dans ce dernier thème celle qu’il tient de son opposition au précepte divan. l'opinion où Serry dénonçait l’origine du péché philo­ Celle-là csl antérieure à la prohibition divine et indé­ sophique. Voir aussi la dénonciation faite au P. Oliva pendante d’elle; celle-ci est duc à une intervention de par le P. de la Quintinye, art. Oliva, col. 992. Dieu et elle s'ajoute à la malice que de Lugo appelle 3. Conclusion critique. — Au terme de cet exposé, philosophique, d'ores ct déjà contractée. 11 est diffi­ où nous avons relevé non certes tous les témoignages, cile d’accuser plus fortement la dissociation des deux mais peut-être des témoignages significatifs, nous esti­ ordres de moralité, à laquelle nous assistions déjà chez mons que la notion du péché philosophique est due, Lcssius. En celle position, où de Lugo s'établit d'em­ dans l’histoire doctrinale, â une dissociation opérée blée, on requiert logiquement à l’offense de Dieu, élé­ entre deux ordres de moralité, l’un commandé par ment autonome dans le péché, une psychologie nou­ la raison ct l’autre par la loi divine. A quoi répond velle par rapport à celle qui joue dans l’acte purement logiquement une dissociation psychologique, cl l'exi­ déraisonnable : c’est pourquoi ce théologien estimait gence de conditions propres par lesquelles l’acte déréglé dès l’abord que l’ignorance de l’offense divine ôte en devient une offense de Dieu. Celles-là sont interprétées effet de l’acte commis son caractère offensant pour selon des théories relatives à 1’advert ance actuelle de la Dieu. N’en vient-il pas à declarer qu’un homme, igno­ malice, où Amauld n vu de préférence l'origine du rant que sa raison représente la loi de Dieu, peut à la péché philosophique. Par ailleurs, ccs théories relèvent fois agir contre sa raison ct faire un acte d'amour de il’unc conception plus générale sur la nécessité des Dieu? Ainsi portée dans le sujet, la dissociation des grâces net utiles suffisantes, où Serry, pour son compte, deux ordres de moralité découvre son defaut : on ne rattachait celte notion malheureuse. I y soutient qu'au prix d’une psychologie invraisem­ On peut dire que le péché philosophique représente blable et proprement monstrueuse. Comment un une issue inattendue et paradoxale de l'effort spéci­ homme, sachant qu'un acte répugne à sa raison, s'il fique de la théologie chrétienne, Celle-ci n’eut pas pense à Dieu, peut-il concevoir que Dieu l’approuve et de soin plus grand que de rattacher à la majesté de la se persuader qu'il aime Dieu, cedant à cet aclc? Nous Loi éternelle l’ordre de la raison humaine. Cet ordre ne renonçons à élucider pareille inversion. De Lugo pro­ détient son autorité qu’en vertu de cette dérivation nu fesse la même logique et verse dans les mêmes Invrai­ principe de laquelle se rencontre Dieu. Non point deux semblances quand il dit que le pécheur ignorant l'of­ règles superposées, mais entre elles le rapport de l'ab­ fense de Dieu ne peut ni formellement ni virtuellement solu au participé. Psychologiquement, un seul mou ve­ mettre sa fin dernière dans la créature ni aimer la inent intéresse à la fois l’une cl l'autre loi, et l'on créature plus que Dieu. Il avoue ingénument, quelque offense Dieu en cela meme que l’on transgresse la rai­ part, que les anciens théologiens n’ont point distinc­ son. Or, ce couronnement de l’ordre moral qu’est la tement posé le problème qu'il entreprend de résoudre. loi divine, voici qu'une théologie tardive, émue suns Mais il ne manque pas en chemin d'invoquer l'auto­ doute celles-ci, qui ne s'élevaient point jusqu’à une concep­ propres deductions! 1) traite notamment saint Tho­ tion de la Loi étemelle, ne professaient point cependant mas d'Aquin avec celle inconscience, l'interprétant la séparation de deux ordres cl leur indépendance. Par selon ce principe devenu pour lui évident qu'autre est ailleurs, cette dissociation semble signifier aussi une 267 PECHE PHILOSOPHIQUE. HISTOIRE ULTERIEURE 268 méconnaissance du caractère déraisonnable de l'of­ d’Arnauld, t. ni, p. 610; Heusch. Index..., t. u, p. 539. fense divine» comme si l’on offensait Dieu dans un Le 1er juillet de la meme année étaient mis à l'index : ordre étranger à la constitution naturelle des choses et 1. Le dénonciateur du péché philosophique convaincu de sans que la raison y fût intéressée. D’une part donc. méchants principes dans la morale, par M. du Pont, un péché positivement laïque; de l’autre, une offense de théologien, Cologne, 1690; 2. Diatriba theologica de Dieu surérogatoirc ; au total, la rupture navrante d’un peccato philosophico cum expositione decreti Inquis. accord qui avait été le chef-d’œuvre de la théologie Rom. ed. 21 uug. 1690, sans lieu ni date (l'auteur en chrétienne. Du même coup, plusieurs des points de la était le jésuite Robert Mansfeld, du collège anglais de synthèse élaborée étaient compromis : le péché d'igno­ Liège, Préf. hist., p. xiv; Heusch, Index..., t. u, p. 539) rance, le péché iVhabitus, l’endurcissement des pé­ C’est vers le même temps sans doute que le maître du cheurs, le péché mortel de la raison inférieure, le Sacré-Palais, Ferrari, composa son écrit : Disputatio péché des enfants; il n’est rien de tout cela que n’aladversus commentum probabilismi et ejus legitimum fa ­ tdgnc le péché philosophique. Il n’y a de vrai, dans tum peccatum philosophicum, que Γοη trouva dans scs les revendications comprises en cette notion, que la papiers, avec un écrit contre Tcrilhis, mais qui ne fut gravité plus grande du péché commis dans la connais­ pas imprimé. Concilia, Dr vita et gestis card. Ferrarii, sance expresse de l’offense de Dieu qu’il comporte : p. 109. Voir DoHinger-Beusch, op. cit., I. i, p. 196, car on trahit alors une volonté plus attachée à l’objet n. 3; Script, ord. pried., t. m, p. 217. déréglé. Mais, pour ce bénéfice que nous enregistrons, Panni l’abondance de la littérature de circonstance combien de ravages! La condamnation de 1690 les a engendrée en ces années par l’affaire du péché philo­ heureusement limites. sophique, il y a lieu de distinguer l’ouvrage doctrinal ///. UIST01RE ULTERIEURE. — 1° Premières réac­ du P. Norbert d’EIbccquc, O. P., intitulé Dissertatio tions. — Le décret d’Alexandre VIH n’a point cepen­ theologica de advertentia requisita ad peccandum forma­ dant arrêté d’un coup cette histoire. El le péché phi­ liter, Liège, 1695. Ce titre indique sous quel angle l’au­ losophique engageait trop de choses pour qu’il cédât teur aborde la critique du péché philosophique. Voir soudain. Préf. hist., p. xix: Script, ord. prird., t. m, p. 197. Beaucoup, et qui n'étaient point jansénistes, reçu­ 2° Interventions des évêques de France, — Un nouveau rent le décret avec joie. Nous avons dit déjà le senti­ débat s’éleva en 1696-1697 à l’occasion d'un mande­ ment du cardinal d'Aguirre. De Mabillon, on a une ment de l’archevêque de Rouen. On y recommandait lettre à Sergardi : Decretum de peccato philosophico ad au clergé du diocèse certains ouvrages de théologie nos maximo bonorum plausu perlatum est, frementibus morale, entre autres ceux du P. Noël Alexandre, O. P. licet illis quorum intererat (Lud. Sergardii orationes,... Sur quoi parut bientôt un écrit anonyme : Difficultés dans Dollingcr-Reusch, op. cit., t. i, p. 79. n. 1). Mais proposées ù M. l'archevêque de Rouen par un ecclésias­ une littérature polémique et des incidents divers se tique de son diocèse sur divers endroits des livres et sur­ produisent sans retard. Aux Véritables sentiments des tout de la théologie dogmatique du P. Alexandre dont il recommande la lecture à ses curés. Le P. Puffier, jésuite, jésuites... dont nous avons parlé, le P. le Tellier oppose des Ile flexions sur le libelle intitulé Véritables senti- I fut convaincu d'en être l’auteur. L'archevêque requit menU des jésuites touchant le péché philosophique . de lui l’adhésion à dix propositions, dont deux con­ adressées a l auteur même de ce libelle, La Haye, 1691. cernaient le péché philosophique : « 2. Au sujet Voir Scriptores ord. pnid., t. ni, p. 633. A la Récri· i du péché philosophique, je condamne ce qu Alexan­ mination des jésuites dont nous avons aussi parié, le dre VII1 a condamne le 24 août 1690 et reconnais ce P. Bouhours riposte en faisant paraître pour la troi que les jésuites ont déjà reconnu dans leurs Sentiments sième fois sa Lettre ù un seigneur de la cour, dont la sur le péché philosophique, savoir qu'il est faux de dire première édition est de 1668; il la fait précéder d’un qu’une advertance actuelle de la malice de l’action soit avertissement où la querelle est portée sur le plan des requise pour que l’action soit un péché. 3. Les pé­ disputes jansénistes; (piant au péché philosophique, cheurs aveuglés et endurcis qui commettent des meur­ l’auteur le présente en passant comme une < proposi­ tres, des adultères et autres crimes sans remords, ne pensant pas qùffls offensent Dieu en les commettant, tion métaphysique qui n’a rien de commun avec le tond de la religion ». Il s’attire aussitôt une réplique: ni que ces crimes sont contraires à la loi naturelle, ne Le Père Rouhours. convaincu de nouveau de ses an­ laissent pas de mériter les peines de l’enfer : leur inap­ ciennes impostures, faussetés ou calomnies... au sujet plication actuelle à la malice de Faction ne les excu­ du péché philosophique, Cologne, 1691. En butte h des sant pas de péché mortel. ■ On voit ù quels principes .dlaques, Arnauld avait conçu le dessein d’un écrit est ici liée la notion du péché philosophique. Après auquel il sc proposait de donner pour litre : La contra­ toute sorte de complications, l’affaire sc termina par vention des jésuites au décret du Saint-Siège qui a l’exil du P. Buhler ù Quimper-Corenlin. Entre temps, condamné la doctrine du péché philosophique dénoncée à une seconde lettre pastorale de l’archevêque répliquait I Église. Préf. hist., p. xv-xvi. Il n’y donna pas suite. aux Difficultés et mettait au point la question : Lettre Mais, comme il avait reproduit, à la lin de sa Cinquième pastorale de M. l'archevêque de Rouen au sujet d'une lettre publiée dans son diocèse, intitulée : Difficultés, etc., dénonciation, des propositions du P. Ikon, jésuite, tirées d'écrits dictes à Marseille en 1689, on publia à ce 1697. Le P. Alexandre, pris à partie comme on l’a vu, était intervenu par des Eclaircissements des prétendues sujet, en 1692, un écrit intitulé : Le philosophisme des jésuites de Marseille en deux parties, où l’on critiquait difficultés proposées à Mgr P archevêque de Rouen sur «elle allégation que les partisans du péché philoso­ plusieurs points importants de la morale de J.-C., 1697. phique ne voulaient défendre qu’une hypothèse sans Voir Script, ord. prird., t. m, p. 389. L’affaire de Rouen préjuger rien de sa vérification réelle. La même année, est racontée tout au long dans Dôllingcr-Reusch, t. i. p. 617-623; et t. n, p. 359-360. Cf. Préf. hist., p. nviiun théologien de Louvain fait paraître Triplex harexvni. in moralibus, Mater peccati philosophici denunri ata; dans le sens contraire, le P. Segers, jésuite Ha­ Dans une lettre collective du 23 février 1697, cinq mand, publie une Apologia pro jesuitis belgls. Voir évêques français, parmi lesquels Bossuet, dénonçaient au pape Innocent XII plusieurs des doctrines soute­ Préf. hist., p. xvî-xvii. nues dans l’ouvrage posthume du cardinal Sfondrali. A Borne même, la Première dénonciation d’Arnould, intitulé Ncdus prædestinationis... dissolutus. L’une pour la condamnation de laquelle le cardinal d’Estrées d’elles regarde le péché philosophique. Cet auteur .«sait agi, fut retournée sans jugement par l'înquisiestime, en effet, que l’ignorance de Dieu empêche que tion en avril 1693. Cf. Préf. hint., p. xni; Œuvres, 269 HISTOIRE U LT ARI ETRE 70 l’actc déréglé offense Dieu et mérite la peine éternelle, i pécher point : les nouveaux théologiens ont change cl qu’il faut tenir pour un grand bienfait du ciel que tout cela, et désormais c'est pour commettre le péché certains ignorent Dieu, si toutefois le cas s'en ren­ que la grâce est nécessaire. Contre ces funestes fan­ contre, car ils sont ainsi rendus Impeccables, eux qui, taisies, Sorry n'a point de peine à revendiquer les prin­ s’ils l’eussent connu, l’eussent certainement offensé. cipes de la théologie traditionnelle ou plutôt de la Les cinq évêques font une critique excellente de (cite morale chrétienne. conception : Neque, enim fieri potest ut innocens Deo Selon \iva, S. J., Damnatarum thesium theologica sit qui, exii neta licet cognitione Dei, rectic rationis et truttna, le décret de 1690 entraîne que la proposition conscientia' lucem a Deo exorientem spernit. Neque enim condamnée est fausse en l'ordre présent de la provi­ lier i potest ut non sit contumeliosus in Deum qui rectu dence, où ne se vérifie point l'ignorance invincible de rationi, cujus Deus auctor et vindex est, infert injurium. Dieu chez l’homme usant de la raison; s'il y avait Ils écrivent aussi une belle page de théologie sur le chez un homme l'ignorance invincible de Dieu, il ne fondement de l'éternité des peines, par mode de com­ pourrait non plus offerrer Dieu, et la condamnation mentaire du mot de saint Grégoire, avec celle for­ n’interdit pas de le penser; de Logo et d'autres, le mule : Inest ergo cuicumque mortali peccato qua dam professeur de Dijon lui-mîmc n’ont vu dans le péché concupiscentia: uternitas atque, ut ita dicam, immensi­ philosophique qu'une hypothèse et parlaient dans un tas, cui projecto Deum tota sua infinitate atque alcrnisens conditionnel; les anciens théologiens, partisans du tute ac sanctitate adversari necesse sit La suppliqm péché philosophique, ne sont pas atteints par le décret, n’eut pas de suile et le livre dénoncé ne fut pas con­ où cette opinion est prétentée comme nouvelle. Avec damné. Le texte de la lettre avec des notes historiques cela, et quoi qu’il en soit de ces gloses, Viva montre dans la Correspondance de Bossuet, cd. des Grands assez bien que le péché philosophique, conformément écrivains de la France, I. vm, p. 151-172; cf. ibid., â la sentence qu’il reconnaît être commune, est impos­ p. 148. sible même métaphysiquement, car la connaissance de Par ailleurs, l’une des 127 propositions censurées par la prohibition divine est implicitement comprise dans l’assemblée du clergé de France de 1700 regarde le la connaissance de la prohibition raisonnable. Que ne péché philosophique : .Si peccatores consummata· muti­ s’en est-il tenu à celte droite doctrincl li ie cum blasphemant et fiagitiis se immergunt non Son exégèse bénigne du decret a été prise vivement a habent conscientia· stimulos nec mali quod agunt noti­ partie par le dominicain D. Concina, dans son ouvrage : tiam, cum omnibus theologis propugno eos hisce actio­ Della storia del probabilismo e del rigorisme* disserta· nibus non peccare. La proposition est extraite de zioni thcologiche, morale c critiche, Lucques. 2 vol., V Apologia casuistarum, du P. Pirot. jésuite; elle est 17-1.3; diss. Ill, c. v, $ 1-1, t. j, p. 87-134. Entre les censurée, sous le numéro 112, avec cette note : 11 wc informations historiques dont ces pages abondent, propositio falsa est, temeraria, perniciosa, bonos mores celle-ci nous est encore inconnue. Un apologiste de la corrumpit, blasphemias aliaque peccata excusat et ut Compagnie de Jésus avait prétendu que d’illustres talis a clero gallicano jam damnata est : où l’on se thomistes s’étaient faits partisans du péché philoso­ réfère à la condamnation portée par l’assemblée géné­ phique, cl plus audacieusement, disait-il, que ne fil rale du 12 avril 1641. Collection des procès-verbaux des jamais aucun jésuite. Concilia ne convient pas que assemblées générales du clergé de France depuis 1660 Victoria, en sa célèbre Pelectio, soit de ce nombre, jusqu'il présent, Paris, 1767-1780. Beaucoup d’autre^ cl nous savons qu’il a raison. Il tient que, seul entre les censures particulières furent portées contre la même thomistes, le P. G. Marietta. O P., a défendu le philo­ erreur au cours du xvm· siècle (Préf. hist., p. xvmsophisme; mais il fut pour ce fait renie par un théolo­ xix). Elles ne furent pas absolument vaincs et certains gien comme Vincent Ferre (le texte de Mariella, ouvrages furent corrigés; par exemple, Archdekin, de p. 126, sur ce t héologien. Script, ord. prtrd., t. n, p. 676. (pii la Theologia tripartita, dans l’édition de 1718 (la Sur V. Ferre, ibid., p. 696). Et parmi les thomistes première est de 1678, l’auteur est mort en 1693 : illustres, je n'en ai pas trouvé un seul, déclare fière­ cf. Hurler, Nomenclator, l. iv, col. 107) omet ce qu’on ment Concilia» qui ail soutenu celle erreur. Il est trouvait dans les précédentes sur le péché philoso­ curieux que cet historien tente d'excuser du philoso­ phique. phisme de Lugo dont les textes, dit-il, peuvent s’en­ 3° Écrits ultérieurs. — Pour leur intérêt doctrinal, tendre dans un bon sens. Doctrinalement, Concina fait nous devons relever quelques écrits qui ne laissèrent du philosophisme un rejeton du probabilisme. Sous ce point de paraître sur ces questions. Le P. Serry, qui dernier terme, il entend le groupe des thèses chères à était intervenu comme docteur de Sorbonne dans la certains théologiens, et dont l’une intéresse l'adverquerelle, comme nous l’avons dit, introduisit dans la lance actuelle de la malice nécessaire au péché. A la 2· édition (Anvers, 1709) de son Historia congregatio­ faveur de cette doctrine» qui ruine le péché d’igno­ num Dr auxiliis divina· gratin* deux chapitres intéres­ rance, le philosophisme a commence de s'introduire sant le péché philosophique, I. III, c. xi.vn, xlviii. Il dans les écoles catholiques. 11 a progressé, lorsqu’on en y est déterminé par suite des thèses soutenues à Paris vint A penser qu’il peut y avoir une ignorance invin­ le 1 I décembre 1699 par le P. Bechefer, jésuite (un cible et innocente de Dieu, car certains sont de ce sen­ jésuite du même nom a été signalé par Amnuld, Cin timent. Mais, sur la nature même de cette erreur. Con­ qdième dénonciation, comme ayant enseigné le philo­ cina a écrit quelques lignes excellentes el qui décou­ sophisme â Beims vers 1660), dont la huitième nie vrent aussi bien, croyons-nous, l’origine historique du qu'on doive imputer le péché commis par l’homme Λ péché philosophique : « C’est dans la séparation de ces qui Dieu aurait soustrait toute sa grâce ensuite d'un deux concepts inséparables (acte contraire à la raison, premier péché; Serry signale un précédent el renvoie acte contraire à Dieu) que consiste proprement le phi­ au c. XXXI! de ce même livre 111. Ce théologien signa, losophisme. Le fondement premier de cette erreur est le 3 avril 1700, une déclaration Λ rnrehevêque de Paris, qu'en chaque péché sc trouvent deux malices, l’une dans laquelle du reste. Serry l’observe justement, il par rapport à la droite raison, l’autre par rapport à la évite d'affirincr que les péchés des endurcis, destitués transgression de la loi de Dieu Ces deux malices, selon de tout secours, soient Imputables, (.ornnie il le faisait les philosophistes, ne sont pas inséparables; mais, au déjà dans sa seconde Lettre. Serry rattache l’erreur contraire, l’une peut être sans l’autre dans l'esprit de du péché philosophique au principe molinistc des celui qui pèche. De sorte que celui qui, en péchant, grâces sullisanles. On croyait communément jusqu’à réfléchit à la première de ces deux malices c l ne consi­ ce Jour, dit-il, que la grâce ( tait né< essaire pour ne dère pas actuellement la seconde, ne m· rend pas cou· PÊCHE P111 LoSO 1’III n U E. HISTOIRE ULTÉRIEUR I problème du salut des infidèles. fui conduit â poser pable de celle-ci, mais de la première seulement; en comme condition de la vie morale ellemême une conséquence, d commet un péché philosophique » connaissance de Dieu relativement perfectionnée, par (p. 122). quoi il limitait considérablement chez les païens le t Les traces dr la querelle — Aujourd 'hui, et depuis nombre des adultes spirituels et la faculté de pécher. longtemps, le péché philosophique a perdu, grâce à Voir scs articles dans les Éludes, 1920 1921 ; ci-dcssus Dieu, de son actualité, il ne semble pas avoir ému les art. Infidèles (£a/u/des), col. 1891-1892, 1907-1911.11 Sftlmantlcenscs dans le copieux traité desquels nous ne versait pas ainsi dans lephilosophismc; mais, main­ n’avons pas trouvé la mention de cette erreur. A peine tenant la vraie nature du péché, il en soumettait l'ac­ y relève-t-on, â propos de l'offense comme essentielle complissement à des exigences insolites et démesurées. au péché, une objection qui nous rappelle les doctrines On observera que chez certains adversaires du péché ci-dessus rapportées : si quelqu'un, dit-elle, ignorant philosophique, la raison alléguée n’est point toujours invinciblement Dieu, commettait un péché, ce pèche pertinente: par exemple, Prüinmer, O. P., Manuale theo· serait contraire à la loi, faute de quoi il ne serait pas togiœ moralis, t. i, n. 25, déduit l’impossibilité du un péché; cl, cependant, il ne serait pas une offense péché philosophique de ce que l’homme, en fait, est de Dieu, car il est de la raison de l'offense qu elle soit appelé à une fin surnaturelle. 11 était peut-être utile volontaire; or, chez qui ignore Dieu, l'offense ne peut que l'on tentât de dégager ici les principes propres de être volontaire, puisque l'ignorance ôte le volontaire. cette erreur. La réponse est brève mais décisive : ■ On nie qu’un Hors le inonde des théologiens, qu’on lise sur notre homme puisse pécher sans connaître du même coup, nu moins in actu exercito, qu'il y a un supérieur com­ sujet la page badine de Sainte-Beuve : il trouve qu'Ar­ nould s'est donné beaucoup de mal à propos de cette mandant légitimement, auquel il est tenu d’obéir : en doctrine < ù laquelle il faudrait changer si peu de chose quoi virtuellement au moins et implicitement, il con pour la rendre agréable au sens commun ». Port-Hoyal, naît Dieu législateur et sait, ou peut savoir, qu'en l. v, p. 30t. Sainte-Beuve pour cette fois divertit, mais violant la loi il agit contre lui et l’offense. » Op. cil., n’enseigne pas. disp. VII, dub. n, n. 18. Chez Billuart, et donc chez Notre tâche fut de représenter et de défendre un un théologien français du milieu du xvm· siècle, le système doctrinal du péché. Autre chose est d'éprou­ péché philosophique laisse â peine plus de traces. On ver ce que l’on appelle communément le sens du péché, retrouve en son ouvrage, au traité du péché, la diffi­ où le péché originel du reste a pour le moins autant culté que se faisaient déjà les cannes de Salamanque. de part que le péché actuel. Autre chose même est de Il y est répondu d’une manière un peu différente. décrire la psychologie qu’engage ce sentiment ou d’en Tout d'abord, l'hypothèse est illusoire attendu qu’il ne suivre les traces panni Γhistoire humaine. Cette der­ peut y avoir ignorance invincible de l’existence de nière étude serait passionnante comme l'objet en est Dieu. Ensuite, admis qu'un homme pût ignorer, pour chose en elle-même enviable. Notre exposé théoloun temps très court, l’existence de Dieu, du fait même gique aurait trouvé sa récompense si, outre sa fin qu’il pécherait il connaîtrait qu’il y a un Dieu, car il propre, il favorisait chez plusieurs le sens du péché et connaîtrait qu'il pèche contre la loi naturelle, en con­ suscitait chez quelqu'un le goût d'en essayer l’étude. séquence contre l'auteur de la loi; et ainsi, dans la connaissance même de la loi, il connaîtrait au moins I. Introduction. — 1° Sur les mots, voir : E. Littré, Dic­ implicitement le législateur. Et Billuart conclut : d’où tionnaire de la langue française, Paris, 1873; A. Lalande, il ressort qu'il n’y a point de péché purement philo­ Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, sophique, c’est-à-dire qui ne soit que contraire à la 1928; A. Forcellini, Totius latinitatis lexicon, Prato, 1858raison, sans être contraire à Dieu ni l’offenser. De ( 1860; II. Étienne, Thesaurus gricciv linguic, Paris, Didot, peccatis, diss. I, art. 2, tin. 1831-1856; J. Grimm, Abstammung des Wortes Shade, dans Thcologlsche Studien und Kritiken, I. u, 1839, p. 747 sq. Dans l’enseignement contemporain, le péché philo­ 2° Sur le péché dans tes religions et la philosophie, voir sophique ne trouve plus guère refuge que chez quel­ J. Hastings, Encyclopedia of religion and ethics, art. Sin, ques auteurs. Lacroix, S. J., par exemple, dans sa t. xi, 1920 (avec bibliographie); E. XVcstcrmack, L'origine Theologia moralis, 1866, De peccatis, η. 52, en vient à et le développement des idées morales, trad, franç., 2 vol., avouer la possibilité absolue du péché philosophique t. n, Paris, 1928, c. XLXX-Lli cl passim (avec bibliographie); (on peut voir aussi chez cet auteur la manière curieuse G. Mensching, Die Idee der Sunde, Ixipzlg, 1931 (avec dont II accommode la proposition condamnée en vue bibliographie); W. Sesemann, Die Ethik Plato and das Pro­ de la rendre acceptable, n. 58). Équlvalcmmcnt, Niblem des RÔscn, dans Phil. Abhandl. Ilerm. Cohen dargebr., Berlin, 1912, p. 170-189; zVistotc, Éthique à Nicomaque, vard. S. J., Ethica, 1928, c. vi, art. 1, p. 169-170, tient passim; P. van Braam, Aristoteles use of χμχ'.τία, dans Clas­ que le péché philosophique ne peut qu’être exception­ sical Quarterly, 1912, p. 266 sq.; A.-M. l’estuglère, La notion nel, comme est exceptionnelle l’ignorance Invincible de de péché présentée par saint Thomas (I*-II®, q. 1.XX1) et sa Dieu; c’est assez dire qu'il n’est pas absolument exclu. relation ά la morale aristotélicienne, dans The neuf scolastlcism, En revanche, Cathrein, S. .J., Philosophia moralis, 1931, p. 332-3H; XV. D. Boss, Aristote, trnd. franç., Paris, part. I, c. vu, art. 1, bien qu’il restreigne la portée de I 1930, c. vu, Éthique; M.-D. Boland-Gosselin, Aristote, la condamnation et n'échappe pas à l’idée des deux Paris, 1928, c. vu, Le moraliste; E.-Xr, Arnold, Roman Stoi­ malices, refuse la notion du péché philosophique. L. Bil­ cism, Cambridge, 1911, c. xiv, Sin and weakness; Marin O. Liscu, Élude sur la langue de la philosophie morale chez lot, S. J., à son tour, qui professe que la condamnation Cicéron, Paris, 1930; Fr. Cumont, I^rs religions orientales laisse licite l’hypothèse de la possibilité absolue d'un dans le paganisme romain, 4· éd., Paris, 1929 (avec biblio­ péché philosophique, accuse fortement, au nom d'un graphie); V. Brochard, Éludes de philosophie ancienne et de argument rationnel, que celte notion répugne méta­ philosophie moderne, Paris, 1912, c. La morale ancienne et physiquement et il n'invoque rien d'autre que la con­ la morale moderne, cf. A.-D. Sertillange*, dans Revue philo­ sidération traditionnelle de la meilleure théologie sophique, t. I, 1901, p. 280 sq. . .QuPquh actus humani capax discernit inter bonum 3° Sur le péché dans VÉcrlture sainte et chez les Pères ou et malum morate, eo ipso scit se esse positum sub potes­ écrivains ecclésiastiques, voir F. Vigoureux, Dictionnaire de tate alicujus Entis supremi, cujus aqufssima voluntas | la Bible, art. Péché, t. v, 1912 (avec bibliographic); J. Has­ naturalem ordinem servari vult, perturbari vetat. Quin , tings, A Dictionary of the Rible, art. Sin (avec bibliogra­ phie); J. Hastings, Dictionary of Christ and the Gospels, imo, pro tanto apprehendit aliquid ut prohibitum in art. Sin, t. n, 1909 (avec bibliographie); P. Dhormc, lx conscientia, pro quanto invisibilis et indeclinabilis supe­ livre de Job, Paris, 1926; Hauck. Protest. Rcalencyklopddle, rioris legem agnoscit. Op. cit., part. I, c. t,$ 4. p. 27. Par art. Sùnde, t. xix, 1907 (avec bibliographic); Cnvnllcrn, Ixi ailleurs, k même théologien, appliqué plus tard nu I doctrine de la pénitence au UP siècle, dans Rullclin de littê- 273 PÉCHÉ rature ecclésiastique, Toulouse, 1929, p» 19-30; 1930, p. 4 Ο­ ι»!; J. Mausbach, Die Ethik des heiliycn Augustinus, 2· éd., 2 vol., 1.l, Friboiirg-cn-B., 1929, c. il, v. 11. Nature du pLchê.—1® Traités et ouvrages généraux.— Il est traité du péché chez tous Ici théologiens cl dans tou* lesmanuels de théologie. Nous ne relèverons ici que P. Lom­ bard, Libri IV Sententiarum, Quaracchl, 1916, pour «on influence sur ht théologie médiévale; Alex, de Hales, Summa theologica..., t. in (I. II. 2· part.), Qunrncchl, 1930 (avec Introduction), coniine un représentant soigneusement édité de l’étal de lu doctrine a l’approche de saint Thomas; saint Thomas d’Aquin, do qui nous avons suivi le traité du péché, Summa theologica, Ι**-Η®, q. lxxi-lxxx, lxxxiv-i.xxxix ; ci. : II Sent., dlst. XXXV, XXXVI, XXXVII, XXXIX, XLI, XLII, XLIII passim; question disputée De malo, q. n, m, vu. On trouvera, nu cours de l’article, maints autres endroits des œuvres de saint Thomas auxquels on s’est référé pour des points parllcullets. Entre les commentateurs, nous avons recouru ordinaire­ ment ù Cajétan, Commentaria in im-II**, loc. cit. cl passim; s d man licenses. Cursus theologicus, tr» XIII, De pitÜs et peccatis, Paris, 1877, t. vu, vin; Billuart, Summa sancti Thoma·..., tr. Dr precatis, l. iv, Paris. 1895, p. 271-413. Parmi les commentaires modernes : L. Billot, Dr personati et originali peccato, commentarius in Iam-II»t q. lxxilxxxix, 4· éd., Prato, 1910; R. Bernard, 5. Thomas d'A., Somme théologique. Le péché, rd. He vue des jeunes, Paris, I >30-1931, 2 vol. Comme théologiens d’une autre école, nous avons cité ordinairement Vasquez, Commentariorum ac disputationum in Juoï.jpv Sum. theol. S. Th. Aq., t. i, Venise, 1608, q. I.XXI-LXXXIX. p. 505-794; Suarez, Opera omnia, Paris, Vlvés, l. iv, tr. V, Dr vitiis et peccatis, p. 513-628. Comme type de manuel, on peut noter : Prümmcr, Manuale theologîte moralis, Fribourg-en-B., Ie et 5· éd., 1028. Exposés plus libres de la doctrine thomiste du péché, E. Janvier, Exposition de la morale catholique, t. v-vi, Le vice et le péché, Paris, 1907-1908; I L-D. Noble, La conscience morale, Paris, 1923, IIIe part., c. ix, La conscience péche­ resse; M.-D. Roland-Gosselin, L'amour a-t-il tous les droits? peut-il être un péché? Paris, 1929. Autres exposés : P. Gal­ ber, /-e péché et la pénitence, Paris, 1929, c. I, le péché, sa malice; c. n, le péché, scs conséquences; art. Sùnde, dans Kirchcnlcxikon,t. il, 1899,col. 946-971 (avec bibliographie). 2· Nature du péché. — S. Augustin, Contra Faustum, loc. rit., P. L., t.XLii, col. 118; cf. E. Ncvcut, Formules auguslinlennrs : la définition du péché, dans Divus Thomas (Plai­ sance), 1930, p. 617-622; Durand de Saint-Pourçain, In Hum Sent., dlst. XXXV, q. n, n.G, éd. Lyon. 1556, p. 165; Capréolus, lu Hum Sent., dlst. XXXV, q. i, n. 3, nd 2um Dur. contra 2 concl., t. iv. Tours, 1903, p. 118; Fr. de Sylvcstris Ferrer., In Summam contra gentiles, I. lll,c. vmix, éd. Rome, 1926, p. 22-25; Jean de Saint-Thomas. Cur­ vis theologicus. In 1*^-11&, disp. IX, n. 2-3, Paris, Vlvés, t. v, p. 691-739; Sylvius, Commentarii in totam lAm-Jp» S. Th. Aq., q. i.xxi, art. (5, quæritur n, Anvers, 1681,p. 313318; Gonct, Clgprus theologia· thomistica·, II· p., tr. V, disp. III, nrt. 1, Lyon, 1081, l. ni. p. 362-372; Conlenson, Theologia mentis cl cordis, lib. VI, dlss. n, c. Π, Paris, \ivés, t. it. i». 66-84; cf. t. in, p. 310-311. III. Distinction des ptciits. — D. Scot, Quast. in I Dmlib.Scnl.,disL· XXXVI I.q. i. Opera omnia, P.iris, Vlvés, I. xiii, 1893, p. 359; S. Jérôme, Sup. Ezech., P. L., t. xxv, coi,427; S. Grégoire, Moralia, P. L., t. i.xxvi, coi. 020-623. IV. Les pi.cuits COMPAiifts ενπικ EUX. — Cicéron, Para­ doxa ad M. Brutum, m; cf. Pro Murena, c. xxix-xxx; be finibus..., I. IV, c. χιι, χχνιι; J. Chaîne, L'èptlre de saint Jacques, in l. c., Paris, 1927; S. Augustin. Episloltr, rit . p. L., t. XXXIII. col. 7 i h V. Le sujet du péciîP.. — S. Augustin, De Trinitate, l«> . rit.. P. L., t. xr.ii, col. 1007-1009; I Icnri de Gand, Quodlibet, VI. q. xxxn; Durand de Sainl-Pourçain, op. cil., I. H, dut. XXIV, q. v. éd. cil., p. 1 19; Capréolus, op. clt., L II. dist. XL. a. 3, ad nrg. Dur. contra 1 concl., éd. cil., t. iv. p. 459; Cajétan, Summa Ca/ctana de peccatis, au mot Opinlo, Rome, 1525, p. 181-182; B. Medina, In I*m-ll*, q. lxxiv, a. 3. Venise, 1580, p. 388-390; Sylvius, op. ctL, q. lxxiv, a. 3, éd. clt., p. 338-344; Goncl, np. cil., I. c.. diip. V, a. 2 et 3. éd cil., p. 395-101; Contenson. op. cit., ad lib. A' append le de peccatis, diss. II, c. i. éd. cil., t. m. p. 339-342. Travaux modernes. — A. Landgraf, Partes anima· norma q-avitatis peccati Inquisitio dogmatico-historica, Léopold. 27 ί Die mrnscidiche Wtllcnsfretheit in ihrem X'erhdltnls zu dm I^eidrnscha/tm narh der JLehre des hl. Th. o. /1., Engelberg, 1925; Th. Pégucs, Comm. franç. tilt, de la Somme Mol., t. vm, 1913, p. 498-309; Th. Dcman. I^e. péché dr sensualité, dans Mélanges Mandonnct. t. i, Paris, 1930. p. 265-283; O. Lot lin, /xi doctrine morale des mouve­ ments premiers de l'appétit sensible aux XII· et XUI· siècles, 8; K. Landgmf, Diu Wcsen der lasslichcn Sùnde in der Scho­ lastlk bis Thomas v. Aquin. Eine dogmengcschichtliche Untcrsuchung nach den gedruckten und den ungedruckten Quellen. Bamberg, 1923 (cf. Bulletin thomiste, 1921, p. 136l 12); M. de lu Taille, Le péché véniel dans la théologie de saint Thomas d'après un livre récent, dans Gregorianum. 1926, p. 28-13; R. Gnrrigou-Lagrange, La fin ultime du péché véniel, dans Revue thomiste, 1921. p. 313-317; F. Bin- 275 PÉCHÉ — PÉCHÉ ORIGINEL ton, Dr pcccato Déniait. d.m* Collationes Gandavcnscs. 1928, p. 31-42,134-142; P. Gal Her, op. ull. cil., Icc. cil.; L*Ami du clergé, 3 janvier 1929, p. 6-8; F. Blanche, Une théorie de l'analogie, dans Revue de philosophie, 1932, p. 37-38; J. de Bile, Vie morale et connaissant* de Dieu d'après Fr. de Vic­ toria, dans Revue de philosophie. 1931, p. 581-610. Dcnzinger, n. 775. 804, 833, 835, 1020. IX. ITcnf: philosophique. — Aux ouvrage* cl aux docu­ ments cité* au cours de ce chapitre, on peut ajouter : Recueil historique des bulles... concernant les erreurs de ces deux derniers siècles. Mons, 1698, in-8°, p. 37 1-380; Histoire ecclésiastique du IF//· siècle, I vol., t. IV, Paris, 1711. p. 391; D’Avrigny, .Mémoires, t. ni. p. 336-342. Th. Deman. PÉCHÉ ORIGINEL. — L'Églisc enseigne que chaque homme, en vertu d’une solidarité mysté­ rieuse qui le relie au premier couple dont il descend, naît dans un état de déchéance cl de culpabilité,causé en lui par la faute du chef du genre humain. L'expres­ sion de « péché originel » exprime celte croyance : on l’emploie pour signifier, soit la faute même de nos premiers parents, soit l’état de déchéance et de pèche consecutif à cette faute et qui s’étend â la nature humaine tout entière. L'Églisc ne rattache ce dogme ni à l’expérience humaine, ni à la spéculation philosophique; en l'en­ seignant, elle a conscience d’être l’interprète de l’Écriture, de la tradition et des conciles. Aussi, le théologien doit-il tout d’abord établir les fondements révélés de cette doctrine, cn préciser la formule dog­ matique, en montrer en lin la cohérence rationnelle avec l’ensemble de nos connaissances religieuses, morales et historiques. C’est ce que l’on fera dans les grandes divi­ sions suivantes : I. Le péché originel dans l’Écriture. IL La tradition ecclésiastique avant la controverse pélagicnnc : Les Pères grecs (col. 317). III. La tradition ecclésiastique avant la controverse pélagicnnc: Les Pères latins (col. 363). IV La controverse pélagicnnc ' (col. 382). V. La doctrine entre le concile d'Éphèse et la fin du vin· siècle (col. 106). VL Les premières spéculations théologiques en Occident (col. 432). VIL Le développement de la théologie, de saint Thomas aux controverses doctrinales du x\T siècle (col. 162). VIII. Les réactions doctrinales de l’Églisc et des théologiens en face de l'erreur, du x\T au xvnr siècle (col. 510). IX. Les affirmations de l’Églisc et des théologiens cn face du naturalisme content porain (col. 556). fi. La théologie orientale (col. 606). I. LE PÉCHÉ ORIGINEL DANS L’ÉCRITURE.— JVr* La doctrine complète du péché originel ne sc trouve explicitement révélée que dans saint Paul, Boni., v, 12-21 C’est cc texte surtout que citent les conciles. Mais aucun doute que l’Apôtre. dans cc passage, ne sc réfère au texte de la Genèse. Aussi, pour une juste appréciation de sa pensée, ainsi que pour l'intelli­ gence du développement de la révélation, sera-t-il utile d’envisager successivement : 1° L’idée de la chute et de la corruption humaine dans la Genèse; — 2® Le silence relatif des documents révélés postérieurs jusqu’au ir siècle avant notre ère (col. 287); - 3° Le témoignage des livres canoniques et extra-canoniques à la lin du Judaïsme (col. 289); I’ La révélation de l’origine du péché dans l’Évangile et dans saint Paul (col. 305). L L'idée de la chute et de la cohhuption humaine dans la Geni-.se. — On étudiera d'abord le texte capital. Gen., n. 8-in. 24; puis d'autres textes accessoires. /. LE TEXTE capital (Genèse, n, 8-in, 24). L’idée de la chute se trouve inscrite dans l’une des pages les plus importantes, les plus poétiques el aussi les plus difficiles a interpréter de Γ \ncien Testament, a la seconde page de la Genèse· en un passage que les critiques rapportent a la source jahwistc. 27G 1° Le. texte el son explication obvie L'auteur inspiré poursuit un but bien précis dans cc récit : après avoir expliqué la création de l'homme, c’est l’explication de l’état actuel, malheureux et durable, de celui-ci, qu'il veut nous faire entendre. Elle est dans la chute morale du premier couple humain. L L'état d'innocence el d'immortalité. - Le premier homme avait été créé pour vivre heureux dans la familiarité de Jahweh. A cette lin, Dieu l’avait mis dans le · jardin d'Éden pour le cultiver et le garder, n, 16. ('.'était là un milieu favorable à son bonheur. Bien situé, le jardin « était planté d’arbres agréables et bons à manger, sans compter l’arbre de vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. · u, 9. L'homiüê s’y trouvait avec celle que Dieu venait de lui donner comme compagne; il y était en pleine conscience de sa supériorité sur les animaux, qu’il connaissait assez pour leur donner des noms conve­ nables, n, 18-20, en pleine connaissance de l’intimité originelle, de l’unité de nature qui l’unissait à "a compagne; aussi la nomme-t-il d’un nom qui l’iden­ tifie avec lui en quelque sorte : · Celle-ci, cette fols, dit-il, est os de mes os et chair de ma chair. Celle-ci sera appelée < femme » (ischah). parce qu’elle a été prise de l’homme (isch) ... n. 23. Il y était enfin dans une situation de naïve innocence : · Ils étaient mis tous deux, l’homme cl la femme, sans en avoir honte. * ü. 25. Car leurs yeux n’étaient point encore ouverts et « ils ne savaient point qu’ils étaient nus ». ni, 5-6. Ils sont, remarque J.-M. Lagrange (L'innocence d le péché, dans Hevue biblique, 1897, p. 350), comme des enfants qui n’ont pas éprouvé la concupiscence, et cependant ce ne sont pas des enfants, puisque l’homme et la femme qui est sa compagne jouissent d’une intelligence si sûre. » Cc bonheur de l’innocence dans l'amitié de Dieu était fait pour durer : la façon dont la menace de mort est formulée, n. 17, rappelée, ni. 17, sanctionnée, ni, 21, indique que l’homme était gratifié du privilège de ne pas mourir aussi longtemps qu'il mériterait d’être librement admis à se nourrir de l’arbre de vie. Son état d’innocence el d'immortalité était condi­ tionné par une épreuve. 2. L'épreuve. - En voici l’objet : · Tu peux man­ ger de tous les arbres du jardin; mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras lu mourras certaine­ ment. » n, 17. Ainsi, l’homme peut jouir cn paix de son bonheur, à condition qu'il se soumette au com­ mandement divin et renonce à cette connaissance du bien et du mal que peut lui procurer le fruit défendu. L’homme va être tente précisément dans son appé­ tit de connaître; il le sera du dehors par un être per­ vers. < Le serpent était le plus rusé des animaux des champs que .Jahweh ait faits, m, 1. Cet être mysté­ rieux, dont l’identité avec le démon nous apparaît mieux si nous lisons le texte à la lumière de la révéla­ tion postérieure, se conduit déjà nettement ici comme une puissance hostile à l’homme, consommée dans l’art de perdre la femme. Il lui dit : Est-ce que Dieu aurait dit : vous ne mangerez pas de cet arbre du jardin? * Et la femme de répondre, en rappelant l’ordre de Dieu : Vous n’en mangerez pas, vous n y loucherez pas sous peine de mort. > Mais le serpent continue : < Non, vous ne mourrez point, mais Dieu sait que le jour où vous cn mangerez, vos yeux s'ou­ vriront et vous serez comme Dira, connaissant le bien cl le mal. · m, 2-5. i Ainsi ébranle-t-il. remarque J.-M. Lagrange, lue. cit.. p. 355. à la fois la confiance en Dieu et la fol cn ses menaces. Dès lors, l’objet défendu exerce librement sa séduction. La femmeest déjà vaincue; elle achève de 277 PÉCHÉ ORIGINEL. L’ÉCRITURE sc perdre en considérant attentivement les propriétés du fruit : « Et In femme vit que l’arbre était bon à manger, et qu’il était agréable ù la vue cl désirable pour l'intelligence; cl elle prit de .son fruit cl elle cn donna aussi à son mari près d’elle, et il en mangea. in, 6, 3. La chute et ses conséquences. - Ainsi, la déso­ béissance suggérée par le serpunt, commencée par Èvc, est consommée par Adam qui succombe à l’in­ vitation de sa femme. Le péché du premier couple consiste dans la poursuite, malgré l’ordre de Dieu, de cette chose spirituelle qui est la connaissance du bien et du mal pour ressembler à Dieu. Les fruits cn sont amers : les yeux des coupables s’ouvrent non pour leur faire prendre connaissance d’un progrès vers lequel ils aspiraient, que leur pro mettait le serpent, mais pour leur faire douloureuse­ ment expérimenter ce qu’ils ont perdu : · Leurs yeux a tous deux s’ouvrirent, el ils reconnurent qu’ils étaient nus, et, ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en lirent des ceintures. » m, 17. Ainsi, le sentiment de la pudeur naît avec le péché: ils remarquent leur nudité, parce que la concupiscence s'est éveillée en eux: ils cn sentent désormais l’incon venance; voilà pourquoi ils se font des ceintures pour la couvrir cl se cachent pour ne point sc présenter en cet état devant le regard de Dieu. Ils cn arrivent ainsi a confesser involontairement leur faute, tout cn l’excu­ sant : < Alors ils entendirent la voix de Dieu passant dans le jardin à la brise du jour, cl l’homme et la femme se cachèrent du devant Jahweh au milieu des arbres du jardin. Mais Jahweh appela l’homme et lui dit : Où es-tu? Il répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin cl j’ai eu peur, car je suis nu: et je me suis caché. Et Jahweh lui dit : Qui t’a appris que tu es nu? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger? L’homme répondit : La femme epic vous avez mise avec moi m’a donné du fruit de l’arbre el j’en ai mangé. Jahweh dit à la femme : Pourquoi as-tu fais cela? La femme répondit : Le ser pent m’a trompée et j’en ai mangé. » m, 8-13. La cause ainsi instruite par l’aveu des coupables. Dieu, le juste juge, va répartir les punitions; il pro­ nonce la sentence. C’est la morale de l’histoire du pre­ mier péché : elle est à longue portée et explique un état de chose durable. Voici la punition du serpent tentateur : « Parce que tu as fait cela, tu es maudit parmi les animaux domes­ tiques et toutes les hèles des champs; tu marcheras sur ton ventre el tu mangeras la poussière tous les jours de la vie. Et je mettrai une inimitié entre loi et la femme, entre ta postérité ut sa postérité; celle-ci le meurtrira la tête el tu la meurtriras au talon, m, 1 il 5. A s’en tenir au sens obvie du V. LL la punition parait viser surtout le serpent, l’animal lu plus rusé des champs Elle le maudit entre tous lus animaux domestiques; elle l’atteint dans son corps qui parait subir une transformation dans sa nature. Cependant le t. 15 lui-même, envisagé dans le récit d’une haute portée morale auquel il appartient et dans la lumière de la révélation postérieure, nous invite ù penser que la punition s’adresse aussi au mystérieux tentateur qui se cache sous la forme du serpent. En punition de son altitude à l’égard de la femme. Jahweh va mettre une inimitié entre lui et Èvc, entre sa postérité cl celle de la femme: mais celle lutte morale se ter­ minera par la défaite du séducteur et de son lignage. Jahweh le laisse entendre en annonçant que la posté­ rité de la femme aura le dessus dans cette lutte inces­ santé, puisqu’elle écrasera la tête du serpent. La femme sera punie dans cc qui lui est le plus intime, dans sa qualité d’épouse et du mère : Je multiplierai 278 tes souffrances et spécialement celles de ta grossesse; tu enfanteras tes fils dans la douleur; ton désir te portera vers ton mari el il dominera sur toi. ni. 13-16. Enfin, c’est une vie du travail, d< souflrances I pénibles, avec, comme perspective finale, lu mort, qui est annoncée à l’homme : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé du fruit dont je t’avais dit : tu n’en mangeras point, maudit soit le sol a cause de toi. Tu cn mangeras dans la peine tous les jours de la vie. Il germera pour toi des ronces et des épines, et tu mangeras les plantes des chainps. Tu mangeras du pain à la sueur de ton front. jusqu’à cc que lu retournes au sol dont tu as été tiré, car tu es poussière ut tu retourneras en poussière, ni, 17-19. La mort, remarque J.-M. Lagrange, est représentée ici à In fois comme naturelle à l’homme à cause de son corps, et comme une pénalité qui ne l’aurait pas atteint s’il était resté dans l’amitié de Dieu. Art. cil., p. 356. Il cn est de même du travail qui était naturel a l'homme, el facile avant la chute, n. 15, et qui devient pénible. Dieu, malgré la malédiction qu’il fait peser sur Adam et Ève, ne les abandonne point cependant et les enveloppe de sa sollicitude paternelle; il pourvoit a leurs premières nécessités : ù celle du vêtement. « Et Jahweh fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et il les cn revêtit. » m, 23. Mais le paradis n’était plus le séjour qui convenait à l'homme coupable, il en est chassé, et avec lui tous les hommes sont écartés de l’arbre de vie qui fait les immortels. < Et Jahweh dit : « Voici que l’homme est < devenu comme l’un de nous par la connaissance du bien cl du mal. Maintenant, qu’il n’avance pas la main: qu’il ne prenne pas aussi de l’arbre de vie pour • en manger et vivre éternellement! · El Jahweh le ht sortir du paradis terrestre pour qu’il cultivât la terre d’où il avait été pris. Et il chassa l’homme, et il mit Λ l’orient du jardin de l’Êdcn les chérubins et la flamme de l’épée tournoyante, pour y garder le che­ min de l’arbre de vie. m, 22-24. Ces paroles font prendre â l’homme conscience de son aventure tragique. Loin d’être devenu semblable â Dieu par le péché, il a tout simplement senti sa nudité: loin de devenir immortel comme Dieu, il est chassé loin de l’arbre de vie. Passé le rêve d’orgueil que le serpent lui a fait faire, en lui disant : vous serez comme des dieux! La réalité c’est la vie pénible loin de Dieu cl la mort Le bonheur de l’Èdcn est perdu définitivement pour le premier couple el scs descendants. Ceux-ci portent la peine de la faute d’Adam et d Ève el naissent dans l’état inférieur qui a succédé à l’état d’innocence : pri­ vation de la familiarité divine, concupiscence, souf­ france et mort. La parole juste et puissante de Jahweh y est engagée. 2° Caractère spécial du récit Eaut-il nous cn tenir à la surface simple et populaire du récit, telle que nous venons de l’analyser, prendre tout à lu lettre, jus­ qu’aux derniers détails, ou n’y voir qu’une pure allé­ gorie, ou bien y reconnaître un noyau de faits reli­ gieux historiques, présentés d’une manière populaire el parfois symbolique? Cela dépend d’une part du caractère littéraire, d’autre part de la portée dogma­ tique qu’il faut reconnaître au récit de la chute. Sur le caractère spécial de ce récit on discute depuis longtemps. Philon déjà n’en n’acceptait point intégralement la valeur historique. 11 n’ignore pas l’opinion qui prend au pied de la lettre le récit génésiaque. mais, pour lui, il ne saurait y voir que des expressions figurées, qui invitent â chercher la signifi­ cation allégorique. Cf. b’rcy. L'êiat originel et ta chute de l'homme d’après les conceptions juives au temps 279 PÉCHÉ ORIGINEL. LE RÉCIT DE LA GENÈSE de Jésus-Christ, dans Rame des sciences philos, et théol., 1911, p. 527 et 515. Los alexandrins, surtout Origènc, le suivirent. Saint Augustin distingue trois modes d'interprétation cou rante, à son époque, de ce récit : Una eorum qui tan tnmmodo corporaliter paradisum intelli gi volunt; alia eorum qui spiritualiter tantum; tertia eorum qui utroque modo paradisum accipiunt, alias corporaliter, alias autem spiritualiter, Rreviter ego ut dicam, tertiam mihi fateor placere sententiam. De Genesi ad lilt., VÎII, i. 1, P. L., t xxxiv. coi. 371. Plus près de nous, dom Calmet, sur ce point, fait cette remarque : « La manière dont Moïse raconte cette histoire de la chute de nos premiers parents est tout a fait remarquable. Il sc sert d’expressions figurées et énigmatiques, et il cache sous une espèce de parabole le récit d’une chose très réelle, et d’une histoire la plus sérieuse et la plus importante qui fût jamais. » Com­ mentaire littéral, t. ï, 2· édit.. Pans, 1724, p. 34. Ce sera un des mérites de l’histoire et de l’exégèse contemporaine d’avoir précisé le genre si spécial de ce récit. Voir J.-M. Lagrange, art cité, et La méthode historique : L*histoire primitive, p. 182-220; J. Feld­ mann. Paradies und Sûndenfall : Der Sinn der bibli· schen Errâhlung nach der Auffassung der Excgcse und tinter Rerûckslchtigung der ausserbiblische.n Ueberlleferungen, Munster, 1913, p. 575-605; Nike!, Die biblische Urgeschichte, Munster, 1909; Gôttesberger, Adam und Eva, Munster, 1910. CL IL Lcsêtrc, La Commission biblique: (es trois premiers chapitres de la Genèse, dans Revue pratique d’apol., 1910, 1er mars, p. 831-811; l*r avril, p. 7-13; 15 avril, p. 110-115; Hugueny, Adam et le péché originel, dans Revue thomiste, janvier-février 1911, p. 64-88, etc. 1. C’csf une histoire d’un genre tout spécial, qui n’est pas semblable à celle des Rois, par exemple, écrite d'après des archives, — On peut le déduire déjà de la façon dont s’exprime l’auteur, cn particulier sur Dieu, sur le serpent, sur l’arbre de vie et sur l’arbre de la science du bien et du mal. Point n’est besoin d’insister sur les anthropomor­ phismes; ils ont été soulignés depuis longtemps. Tan­ dis que, dans le premier récit de la création. Gen.» î. l-ii I a, Dieu agit spirituellement par sa parole, ici il exerce physiquement son action n la façon d’un homme : il prend de la poussière pour modeler sa créature, comme un potier; il souille dans les narines de celle-ci le souille de vie; plante les arbres de l’Éden; prend une des côtes d'Adam, referme ensuite la plaie ainsi ouverte; sc promène à la brise du soir ... etc. Non moins énigmatique est la façon étrange dont le serpent est mis en scène : c’est l’animal le plus rusé des champs, et cependant il sc montre supérieur à l’homme ; il parle et cependant il est puni comme un animal, dans son corps, pour s’êtrc fait tentateur. Les deux arbres qui produisent, l’un la science du bien et du mal, l’autre l’immortalité, posent aussi des problèmes. < Il est dilllcilc de penser que l’auteur, intelligence si profonde, nous donne comme des faits historiques réels, des circonstances enveloppées par lui-même de mystère et d’impossibilité. > Lagrange, art. cité, p. 368. En agissant ainsi, ne nous met-il pas lui-même, par certaines expressions, sur la voie d’une interprétation symbolique? L’immensité du temps, qui sépare ne se trouve point dans le texte; le récit ne nous olfrc point une leçon théo­ rique sur ce point. .Mais il contient mieux que cela : I idée de la chute dans scs antécédents, son développement et ses conséquences durables y est décrite en termes irrécusables. Bien plus, Gunkel est obligé de le concéder : nous y trouvons l’histoire typique du péché. Théologiens et prédicateurs l’ont fait remarquer depuis longtemps : · On ne peut lire les premiers cha­ pitres de la Genèse sans y voir comme une histoire en raccourci de l’humanité... (Test l’homme avec scs ten­ dances fondamentales : Adam et Èvc, c’est le groupe conjugal; le péché d’Adam et d’Èvc. c’est l’histoire typique du péché; leur frayeur, leurs excuses, c’est la psychologie du pécheur. » J.-V. Bainvcl, Nature d surnaturel, p. 196. Ne point vouloir reconnaître celte vérité qui saute aux yeux, ne faire qu’une place secondaire à l’idée de chute dans cc récit, c’est en méconnaître le trait fonda­ mental qui est d’expliquer l’étal actuel de l'homme par un péché. (Test bien de péché, de déchéance, qu’il faut parler ici. Parler d’évolution et de progrès, c'est transposer une philosophie d’aujourd’hui dans un de ccs récits d’autrefois qui mettent au contraire l’âge d’or à l’origine. 2. // s'agit bien ici d'un péché, mais non d'un péché d'enfant. — L’homme, tel qu’il est décrit dans notre récit, n’est pas de tout point semblable aux enfants; loin de là. L’analyse du sens obvie l’a montré : Adam se sait distinct des animaux; il sait l’origine, la nature cl le but de la vie conjugale; il comprend la défense divine; il sait ce qu’est l’épreuve morale : il n’apparalt de cc fait nullement semblable à un enfant. L'in­ telligence sûre d'elle-même, adulte par conséquent, voilà cc que l’exégèse de Gunkel méconnaît en nos pre­ miers parents. A côté de ces dilTérenccs primordiales, reconnais­ sons certaines ressemblances entre l’état d’innocence du premier homme et l’état d’enfance spirituelle. Le premier couple, quelles que soient par ailleurs ses con­ naissances sur l’état du mariage, se révèle dans notre document comme inexpérimenté, avec des yeux fer­ més aux choses des sens, comme les enfants. En face de la première tentation, du premier péché, il est naïf, crédule, imprudent; il s’excuse comme l’enfant. Mais cette simplicité naïve n’implique aucune diminution de valeur spirituelle : ne la voyons-nous pas s’allier 1res bien chez des génies avec des conceptions pro fondes, et chez les peuples primitifs avec une grande pureté de mœurs? Enfin, le premier péché apporte au premier couple, comme à l’enfant, une connaissance, ou plutôt une expérience nouvelle, « une connaissance morale que Dieu avait interdite à l’homme. Pourtant, l'homme savait distinguer le bien et le mal, puisqu’il était placé dans une épreuve morale. Son innocence n'était pas celle de l’enfant qui ne sait rien, mais celle qui n’a pas goûté au mal. Il s’agit donc de la connaissance expérimentale qui fait éprouver, par une pénible constatation personnelle, la différence qu’il y a entre le bien et le mal. Connaître le mal expérimentalement, c’est l’avoir de quelque façon en sol-même. Celte con­ naissance, l’homme n’en n’avait pas besoin pour faire le bien, et Dieu souhaitait, en père très indulgent, qu’il ne l’acquit pas. La défense était donc une épreuve dans l’intérêt de l’homme. Lagrange, art. cité, p. 341 Une exégèse exhaustive doit donc reconnaître dans le texte et la supériorité morale et spirituelle de nos premiers parents avant la faute et. cependant, une expérience nouvelle du bien et du mal après la faute (Test une exagération do parler à cette occasion de 285 PÉCHÉ ORIGINEL. LE RÉCIT DE LA GENÈSE 286 a l'homme, qui voulait lui ressembler, sa vraie nature : • progrès »; loin d’y voir une ascension, le Jahwistc y voit une chute qui fait deiccndrc l'homme de i*étnt ! il est mortel; Dieu ne le destinait point à l'immortalité Sans doute l’immortalité n’est point affirmée aussi heureux où il se trouvait à un état misérable. Si directement et aussi nettement que l’innocence du pre­ l’homme est poussé, après la faute, à sc vêtir, ce n'est mier homme dans le récit de la Genèse; mais l'exégèse pas par souci de progrès, mais pour cacher sa nudité. la conclut très légitimement de cc récit : le contexte Encore le fait-il avec l'aide de Dieu. 3. Le · fruit défendu - n'est pas · Pauvre de chair . - - | nous montre que l’auteur veut ici expliquer l’état mal­ heureux non d’Adam seulement, mais de scs deseen «C'est l’exégèse de l’Opéra-Comlquc, écrit Lagrange, dants. A s’en tenir à la menace : * Le jour où tu en mais l’auteur (pii a exalté le mariage peut il considérer mangeras, tu mourras certainement », il, 17. on pour­ l’union des époux comme un crime, et surtout la rait hésiter et penser qu'il s’agit ici d’une menace présenter comme une science prohibée? Art. cité, individuelle de mort prématurée. Mais tel n’est pas le p. 359, note. Bien n’est dit d’une faute de la chair; cc point de vue de l’auteur inspiré; il sait bien qu'Adam que le texte affirme, c’est que le sentiment de la n’est point mort le jour où il a mangé du fruit défendu. pudeur naît avec le péché; l’exégèse catholique en conclut que l’innocence était le fruit de l’amitié de ; Il veut dire que, le jour où d désobéirait, pèserait sur lui et sur sa race une condamnation à cette mort qu’il Dieu, une résultante de la grâce divine : c’est le sens aurait pu éviter. 11 s’agit d'expliquer le sort non seule­ obvie. <)n ne peut non plus rien conclure de la puni­ ment du premier couple, mais celui de l'humanité tion de la femme en faveur de l’idée d’un péché des tout entière. L’expulsion du paradis a une portée sexes. Cette punition, pas plus que celle de l’homme durable : elle explique l’état malheureux et mortel de cl celle du serpent, n’éclaire sur la nature de la faute l'homme. Au paradis, le premier couple aurait trouvé, commise. L’auteur veut tout simplement montrer dans la malédiction de Dieu l’explication des faits mal­ près de l'arbre de vie, le moyen de durer éternelle­ ment: loin de lui, il est sur le chemin de la mort. Le heureux qu’il a sous les veux. jahwistc annonce saint Paul : pour lui comme pour 4. La /ante d'Adam est, d'après le sens obvie, un l’Apôtre.le péché, qui a définitivement écarté l'homme péché de l'esprit, par lequel, sous l’instigation d’une de l’arbre de vie, a introduit la mort dans le monde. puissance mauvaise, le premier couple humain a Le postulat d’une interprétation cohérente de recherché et poursuivi contre la volonté divine un Genèse, n, 17; ni. 2-1. et 22-24, est dans l’allirmation bien spirituel : la ressemblance avec Dieu. de l’immortalité conditionnelle d’Adam cl d’Èvc au C’est par l'appât d’un bien spirituel que le serpent paradis terrestre, et dans la condamnation de l’huma­ exerce sa séduction : Vos yeux s’ouvriront. ·; c’est nité à la mort en la personne de nos premiers parents. par là que se laisse eut rainer la femme : « elle vit que le ('.cite condamnation ne laisse point l'homme sans fruit était désirable pour acquérir l’intelligence. » El le espérance : il vient d’être défait par le serpent, mais résultat du péché est une connaissance : « Ils virent Dieu ne l’abandonne point : dans la lutte incessante qu’ils étaient nus. · Jahwch leur reproche ironique­ qu’il lui annonce entre le serpent et sa race, Il lui fait ment d’avoir poursuivi cette connaissance. Mais par entrevoir la victoire. Cf. J. l’rcundorfer, Erbsûnde und quel moyen font-ils atteinte? Est-ce par une mandu­ Erbtod beim Aposlel Paulus, Munstcr-en-W., 1927. cation réelle d’un fruit qui aurait produit automati­ p. 20-38. quement la connaissance du bien et du mal, ou par le 1° Conclusion. — On l'a dit justement. · la Genèse fuit de la désobéissance? Nous sommes ici en face d’un de ces détails où l’exégèse doit tenir compte spéciale- | est un genre d’histoire si spécial qu’il restera long temps des doutes sur la signification précise de cer­ ment du caractère général du récit. Il est évident que tains des détails qu’elle nous conserve. Mais un cer­ le péché du premier homme ne fut pas un péché de tain flottement des limites n’empêche pas le noyau gourmandise : la vue. du fruit n'entre pour rien dans révélé de sc dessiner avec certitude; on peut affirmer ce qui est l’acte du péché originel commis avant la sans hésitation de plusieurs vérités qu’elles nous sont manducation, et qui fut un péché d’orgueil. L’arbre garanties par la Bible. » P. Teilhard de Chardin, art de la science est un symbole très convenable du bien Homme, dans Dictionn. apol., t. n, col. 504. Or, dans ce spirituel qui a tenté l’homme; mais la déchéance ne nombre, on peut dégager les suivantes : dépend pas de la vertu intrinsèque du fruit. « Des lors, L Le récit de la Genèse n’est point un chant de l’arbre de la science peut avoir été réel; il peut n’êlre jubilation au progrès; c’est l’explication de l’origine qu’un symbole : cela dépendra du caractère général du du mal par la chute de nos premiers parents récit. » Lagrange, art. cité, p. 364. 2. Le premier couple avait été créé pour vivre dans Le péché fut commis sous l’instigation d’une puis­ l’innocence, la familiarité divine, le bonheur et l’im­ sance mauvaise : était-ce une puissance spirituelle? mortalité du corps. La chose n’est qu’insinuée dans le texte : il est parlé 3. A l’instigation d’un être mauvais mystérieux, en ici clairement du serpent, d’un animal rusé; mois cet qui la révélation postérieure nous montrera clairement animal est enveloppé de mystère; sous les apparences le démon, il a voulu, par une faute de l’esprit, atteindre d’une bête des champs, il sc révèle supérieur à l’homme. jusqu’à la ressemblance divine. Le texte, ainsi, en mettant en relief l’astuce du ser­ I. Cette faute lui fera encourir, ainsi qu’à scs descen­ pent et sa puissance séductrice sur la femme, nous met dants, le châtiment divin : perle de la familiarité en quelque sorte sur le chemin de l’interprétation divine, concupiscence, souffrance cl mort. authentique qu’eu donnera la révélation postérieure. 5. Dieu n’abandonne point cependant l’homme Voir Sap., π, 23-24; Joa., vin, 11; Apoc., xn, 9; XX, 2. « La dogmatique juive et chrétienne a seulement ' complètement; sa providence continue à le suivre; après la première faute, il l’encourage à de nouvelles conclu que ce personnage mystérieux ne pouvait être luttes et lui fait entrevoir le triomphe sur le serpent que le diable. » Lagrange, art. cité. p. 350. et sa postérité. 5. La /ante originelle, loin d'élre l'occasion d'une 6. Ainsi ne s’agit-il point encore dans cc récit, de la ascension, est une. déchéance en ce qu’elle entraîne, à côté de la concupiscence, pour l’homme et pour la ! transmission de la culpabilité d’Adam à tous ses des femme, une vie pénible et surtout la mort. L'homme, ! ccndants. Celui-ci n’y apparaît point comme source de péché, mais comme source d’un état malheureux, d’après l’exégèse radicale, n’aurait fait, par le péché, d’une ruine dans laquelle il entraîne toute sa famille. (pic prendre conscience de sa destinée mortelle, comme C’est que, avec le jahwistc, nous avons seulement la il avait pris conscience du bien et du mal. En lui rappe­ première page de la réélavtion du plan divin. C'csl lant qu’il est poussière. Jahwch ne ferait que rappeler 287 PÉCHÉ ORIGINEL. AUTRES TEXTES DE L’A. T. dans la lumière des pages suivantes que cc récit s’éclairera. C'est dans la lumière du Calvaire, en con­ templant la solidarité de tous dans le Christ, source de grâce, que saint Paul révélera aux chrétiens la soli­ darité morale de tous en Adam, source de péché pour sa race. //. TEXTES ACCESSOIRES tCiCUbiC, VI, 5: VIII, 21). — Deux petits textes, l’un nu commencement, l’autre à la fin du récit du déluge, font allusion à la corruption de l’homme et à son origine psychologique. « Jahwcli vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, ct que toutes les pensées de leur cœur sc portaient chaque jour uniquement vers le mal. » vi, 5. « Je ne maudirai plus désormais la terre à cause de l’homme, parce que les pensées du cœur de l’homme sont mauvaises dès sa jeunesse ct je ne frap­ perai plus tout être vivant comme je l'ai fait. > vin, 21. Les rabbins ont trouvé là l'idée du penchant mau­ vais qui pousse chaque homme au mal; de modernes exégètes y découvrent un péché inné, J. Skinner, A critical and exegetieal commentary on Genesis, Édimbourg, 1910, p. 150; et même l’idée d’un péché originel. Procksch, Die Genesis ûbersetzt und crkldrl, Leipzig, 1913, p. 67. Cette exégèse ne s’impose point. Dans le premier texte, il y a seulement un jugement empirique sur le fait de la méchanceté des hommes ct de leur tendance nu mal au moment du déluge; dans le second, il y a la même constatation qui pousse Jahwch à être miséricordieux à l’égard de ces êtres si faibles. Bien ne nous permet de rattacher la fai­ blesse morale constatée ici au péché d’origine comme à son explication. Il faut reconnaître seulement que l’auteur de la Genèse révèle déjà la conscience de la corruption ct du péché que l’on va retrouver chez les prophètes ct les psalrnistcs. IL Le silence relatif des documents révélés SUR LA CHUTE. JUSQU’AU II· SIÈCLE AVANT NOTRE ÈRE. — Entre l'époque de la Genèse cl celle de l’EcclésIasliquc, la conscience du péché se développe chez les prophètes, les psalmistes et les sages comme Job; ces auteurs insistent sur les sources individuelles ct sociales de la corruption humaine; aucun cependant ne parait sc préoccuper de chercher en Adam la raison dernière de cet état moral misérable. 1° Job (xtv, 1-1). — Le regard de Job souffrant sur l’humanité pécheresse est triste comme celui du jahwistc. Le sort de l'homme né de la femme est pénible : celui-ci, en effet, est caduc et faible dans son corps comme dans son âme. Dieu le voit sans cesse cou­ pable; cf. c. ix ct x. La raison, c’est sans doute que l’absolue perfection morale n'appartient qu’à Dieu. Le Très-Haut ne la trouve point dans ses saints, à fortiori, elle ne peut être l’apanage de l'humanité. L’homme devant Dieu peut-il être juste, Devant son créateur peut-il être pur? iv, 17. Les deux ne sont pas purs à ses yeux; Que dire de l’abominable, du dégénéré, Dcl’hommequi boit l’iniquité comme l'eau? xv, 15-16. Comment l’homme serait-il juste devant Dieu, Comment serait-il pur, l’être né de la femme. Quand la lune elle-même n’est pas claire Et que les astres ne sont pas purs ù scs yeux... xxv,4-5. La raison de la corruption de l’homme est donc d’abord dans l’imperfection de toute créature devant Dieu. Elle est aussi dans son origine immédiate : L’homme né d’une femme Vivant peu de jours ct ras^islê d’agitation. Comme une tlcur germe cl sc fane... Et c’est vers lui que tu ouvres ton œil... Qui tirera le pur de l'impur? Personne... xiv, 1-1. L’exégèse chrétienne a vu dans ce texte une allusion 28$ nu péché originel; mais, si l’on tient compte du cod texte, il semble difficile de reconnaître ici ccttc alloslon : Job ne remonte nulle part à la cause première du mal en Adam. Il constate un fait : « L’homme n'arrive pas à la pureté, c’est-à-dire à la justice, il est souillr dans son origine. » P. Dhorme, Le livre de Job, Paris 1926, p. 178. Les Septante, en reliant le ÿ. I au premier stiqur du suivant, insistent davantage sur l’innéité du mal dans l’homme. < Qui donc est pur? Personne, même si la vie est d’un jour sur la terre. » Peut-être la Vulgate révèle-t-elle, dans sa traduc tion, une conception plus pessimiste de la génération: Qui peut rendre pur cc qui a été conçu d'une semence impure? N'est-cc pas toi seul? · Même dans ces traductions il n'est question que d’une impureté native, sans que nulle part celle-ci soit rattachée explicitement à la faute d'Adam comme.! sa cause. L'auteur ne parait pas non plus, dans ses médita­ tions sur la triste condition physique de l’homme, remonter jusqu’à la faute originelle pour en expliquer le sens : sa pensée se meut dans un horizon plus immé­ diat : « Familles, nations sont dignes de la miséricorde de Jahwch ou passibles de sa colère, selon qu'cUes obéissent ou désobéissent à ses prescriptions. · P. Dhorme, op. cit., p. eu. Quant à la mort. Dieu en est l'auteur, comme il est l’auteur de la vie : S’il ramène fi lui son souille. Et retire à lui son esprit, Toute chair expire h la fois Et l’homme retourne en poussière, xxxiv, 14-15. Bref, la pensée de Job reste en dehors de la perspective de l'idée de la chute: son horizon ne s'étend pas si haut dans le passé; il sc contente d'interroger les faits immédiats pour y chercher l'explication du bonheur des bons ct du malheur des méchants. 2° Psaume L (Vulg.), 6-7. C’est contre loi seul que j’ai péché Et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux. De sorte que tu seras juste dans ta sentence. Sans reproche dans ton jugement. Voici, je suis né dans l’iniquité (ou, d’après les LXX ct la Vulgate : « j’ai été conçu... ·) Et ma mère m’a conçu dans le péché... • Dans cc passage, l’auteur s'accuse; il déclare que non seulement il est pécheur, mais ills de pé­ cheur; il appartient à une race pécheresse; il ne dit rien toutefois sur la cause lointaine de cet état de péché. Le t. 7 est particulièrement difficile et a été Inter­ prété diversement. Les Pères grecs ont vu dans les mots : bj άνομίαις une allusion à la souillure de la génération (Freundorfer, art. cité, p. 13). Saint Augus­ tin et les augustiniens trouvaient dans in iniquitate une allusion au péché originel transmis par la généra­ tion (ci. Freundorfer, ibid., p. I î 19). Cc n'est qu’à la lumière du Nouveau Testament et de la tradition qu’on peut trouver cette précision dans le texte. Au stade de la révélation où sc range le psalmiste, on ne connaît point encore l'idée de l’extension de la culpabilité originelle comme telle à l'humanité tout entière. En tenant compte du mode de penser de l’ancien Israël, on sera plus près de la vraisemblance en traduisant équivalemment : · Je viens d’hommes pécheurs; de pécheurs, il ne peut naître que de.*· pécheurs... » Ainsi Lagrange, L'épttre aux Romains. p. 114 ; « Le psalmistc a conscience d’appartenir à une génération de pécheurs Pécheur, il descend de pécheurs. Mais son intention n’est pas de regarder .1 UDA ISM E POSTÉRIEUR 289 290 comme coupable l’union de scs parents, ct, si l’on ne inscrite dans la Genèse, m, 19, touchant l’origine de presse pas sur ce point le sens littéral, il ne reste rien la mort : de clair sur l’origine de cette déchéance... » Toute chair vieillit comme un vêtement (mrnl. 3° Les prophètes. - Il faut reconnaître ceci : « Le Car c’eut une loi portée dès l'origine : lu mourras certaine· fait si important à tous égards de la désobéissance du Dans d'autres passages (xv, 11-20, surtout f. 11), le premier homme n’a servi de thème à aucun commen­ taire prophétique Scs conséquences, nu point de vue fils de Sirach s’occupe à établir que Dieu n’est pas l’auteur du péché : de la déchéance collective de l’humanité, n’ont jamais été envisagées dans ce qui nous reste de la littérature 1 Au commencement il a créé l’homme sacrée de la langue hébraïque... » .L Labourt, Le péché Et il i'n laissé dans la main de son conseil... originel dans la tradition juive» dans Revue du clergé (mieux : · de son penchant », si l’on admet que 8uxfrançais» t. xlvui, 1909, p. 32. 6ου7.ίου vient d’une mauvaise lecture de l’hébreu). Les prophètes ont eu surtout comme mission de Voir aussi : guider leurs peuples nu milieu des difficultés religieuses du présent et de les orienter vers l’avenir. C'étaient des Celui qui observe lu loi maîtrise scs pensées voyants, des hommes d’action, non des philosophes : Et le résultat linal de la crainte du Seigneur est la sa­ ils n’éprouvaient pas le besoin de spéculer sur la foi ti pensée perverse, d’oü es-tu sortie, | gesse, xxv, 11. Pour couvrir la terre de tromperie? xxxvn, 3. dont ils vivaient et faisaient vivre 1rs autres. 11 leur suffisait de regarder la mort comme le sort commun de En résumé: 1 L'Ecclésiastique enseigne que Dieu l’humanité, sans en chercher la cause lointaine, ou n’est point l’auteur du mal, que l’homme est libre de plutôt ils se contentaient de sc représenter l’entrée du suivre son penchant; il peut le maîtriser, grâce à la péché ct de la mort dans le monde d’apres le tableau pratique de la Lu qui lui sert de remède. qu’ils avaient lu aux premières pages de leur histoire 2. 11 ne met point en relation l’origine psycholo­ religieuse. Le principe que la mort est entrée dans le gique du mal avec le péché d’Adam; il ébauche peutmonde par le péché d’un seul n'est point pour eux, comme il le sera plus tard pour les écrivains posté­ être la doctrine du mauvais penchant que. plus tard, développera le /V* ture d’Esdras comme explication rieurs, l’objet explicite d’une méditation ct d’un psychologique du péché. thème à développer. 3. Il enseigne nettement que le péché a commencé Les réflexions d’Ézéchiel. comme celles de Jérémie, avec Ève, c’est-à-dire avec nos premiers parents et que tendent plutôt à faire prendre conscience à chaque ce premier péché a été la cause de la loi de mort portée Ame de sa responsabilité individuelle et à présenter contre le genre humain. la mort comme un fruit amer des fautes person­ 2° La Sagesse. — L’auteur grec du livre de la Sagesse nelles. (entre 150 et 80 avant J.-C.) est préoccupé particuliè­ En ces jours on ne dira plus : rement par le problème alors discuté de la corrup­ Les pères ont mangé des raisins verts tion (φθορά) ct de l’incorruptibilité, αφθαρσία. El les dents des Ills en sont agacées. 11 le résout à la lumière de la Genèse : Mais chacun mourra pour son iniquité : Tout homme qui mangera des raisins verts. ...Car Dieu n créé l’homme pour Γ incorruptibilité Scs dents en seront agacées. Jer., xxxi, 29-30. Même idée dans Ézcchlel, xvm, 1-32; voir surtout t. 4 : · L’Ame qui pèche sera celle qui mourra... » 111. L'ohigine du mal et de la moht dans les DEUNiEns siècles du judaïsme. — Aux environs de l’ère chrétienne, le problème de l’origine du mal et de la mort sollicite particulièrement la pensée des juifs de Palestine el delà Diaspora. Ce qui intéresse sur­ tout le théologien, c’est le témoignage des auteurs ins­ pirés sur ce point; il ne peut négliger cependant l’élude des autres témoignages non inspirés qui l’éclairent sur le milieu, dans lequel la pensée de l’apôtre saint Paul s’est formée. /. LES TE.\(O/GNAOES /SSP/EÊS. — Des indications intéressantes sont à relever dans 1* Ecclésiastique et la Sagesse. 1° L'Ecclésiastique (xxv, 23-21) est de grande impor­ tance pournous révéler une pensée,traditionnelle depuis longtemps déjà dans le milieu palestinien vers le com­ mencement du n· siècle. Il nous apporte un écho authentique du récit de la Genèse : « C’est par une femme que le péché a commencé, (‘.’est à cause d’elle que nous mourons tous. Le passage dans son ensemble (t. 12-23) donne un enseignement moral sur le mal causé par la méchanceté de la femme. Le rôle d’Ève est ici amené lout naturellement comme une illustra­ tion; aussi ne faut-il pas s’étonner qu’il ne soit pas question d’Adam. On voit clairement ici, comme dans la Genèse, que le péché a commencé dans le monde avec nos premiers parents et que la mort est la consé­ quence du premier péché. Cf. J.-B I rey, L'ctal originel et ta chute de l'homme d'après les conceptions Juives au temps de J.-C.» dans Revue des sciences philos, ct thèol.» 1911. p. 517. Ailleurs (xiv. 17). railleur enseigne la même vérité DICT. DE THÉOL. CATIIOL. Et il l’a fait A l'image de sa propre nu lure | le monde; C’est par l’envie du diable que la mort est entree dans Ils en feront l’expérience ceux qui lui appartiennent, n,23. Nous avons ici une allusion nette au rôle de tenta leur joue par le serpent de la Genèse. Cet être pervers, qui faisait preuve d’une intelligence ct d’une nature supérieure dans le récit énigmatique de la tentation, est désormais explicitement Identifié avec le diable. L’auteur inspiré de la Sagesse nous donne ici l’interpré­ tation authentique du texte obscur de la Genèse con­ cernant le tentateur. La mort n’était pas dans le plan primitif du CréaU>ur : (vie. Ne courez pas après la mort par les égarements de votre Et n'attirez pas la perdition par l'œuvre de vos mains. Car Dieu n’a pas fait la mort El il n’éprûtivc pas de joie de la perle des vivants. 11 a créé toutes choses pour l’être; Les créatures du monde sont salutaires Il n’y a en elles aucun principe de destruction. Et la mort n’a pas d’empire sur terre Car la justice est immortelle I, 12-15. Primitivement, l’homme était donc fait, parce que créé à l’image de Dieu, pour l’ineorruplibilité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde. Mais de quelle incorruptibilité ou immortalité, de quelle mort est-il question dans ce texte? Lu question vaut d’être posée : sans doute, pas de difficuité si un lit ces deux passages dans la lumière <»e la G cui se (m), que l’auteur a certainement présente a la pensée, ct dans la perspective qui doit lui être commune avec le milieu judaïque de l’époque, d’une mort bcrcuitaire, causée par le péché d Aaam. On en conclura facilement que la mort corporelle est la suite du péché 10 291 PÉCHÉ ORIGINEL. LE JUDAÏSME POSTÉRIEUR 292 quences de son péché : comme si par ίδίου l'auteur commis à l'instigation 3. Les testaments des douze patriarches ont un fond juif qui remonte au rr siècle avant J.-C., mais ont été interpolés dans le sens chrétien à partir du ir siècle de notre ère, Cf. Lagrange, Revue biblique, 1908, p. -145; ct surtout J.-B. Frey, Apocalypses apocryphes, dans le Supplément au Diction, de la Ri Me, t. i, col. 380383; J.-B. Colon, La conception du salut d'après tes évangiles synoptiques, dans Revue des sciences reli­ gieuses, t. x, 1930, p. 382 sq. Le testament de Lévi, particulièrement, nous offre une allusion directe, très substantielle, à la chute d’Adam ct a scs conséquences, qui seront effacées par la venue du Bol-Messie, xvni, 9-10 : Pendant son sacerdoce (du Messie) le péché prendra tin : les pécheurs (£νομοι) cesseront de faire le mal; il ouvrira les portes du paradis, il écartera le glaive tiré contre Adam; il donnera aux saints à manger de l’arbre de vie, cl l’esprit de sainteté reposera sur eux. Il enchaî­ nera Béliar, el le Seigneur se réjouira dans scs en­ fants... cl prendra plaisir dans ses bicn-aimés pour toujours. > B n’y n pas de doute : le rôle attribué ici au Messie est un rôle de réparateur par rapport aux conséquences funestes de la faute d’Adam. C'est l’esquisse de la conception chrétienne de la chute ct de sa réparation : | Adam avait fermé par son péché les portes du para­ dis; il avait dressé contre lui cl ses descendants le glaive des chérubins, barré le chemin de l’arbre de vie. perdu pour lui ct scs descendants l’innocence origi­ nelle ct la familiarité de Dieu. Le Messie lui ouvrira le paradis, fera tomber le glaive menaçant de l’ange, rendra aux hommes l’usage de l’arbre de vie, ct sur­ tout l’esprit de sainteté et la familiarité avec Dieu. « Mais, n’est-ce pas une théologie trop développée par rapport au judaïsme? On ne saurait l’ailinncr après avoir constaté, comme nous l’avons fait jus­ qu’ici, Je caractère judaïque du morceau dans son ensemble. J.-B. Colon, p. 38G. S’il en est ainsi, nous aurions en ce texte la pensée juive la plus proche de celle de saint Paul, Boni , v. L’auteur aurait entrevu dans le Messie le restaurateur de l’homme dans l’état d’où Adam l’avait fait déchoir. Si l’on maintient, malgré l’allure cependant bien juive de ce passage, l’i lée d’une interpolation chré­ tienne, on devra faire de l’intcrpolateur un témoin de la tradition chrétienne louchant la doctrine du péché originel a son époque Bcconnaissons d’ailleurs que, dans d’autres testa­ ments. Bubon. v. G; iv, 7; vi, 3; Nepht., ut, 5; Benj., m, 3; Sim., v, 3; Jud., xxv, 3. la diffusion du mal moral est mise en relation avec le péché des veilleurs ct avec l’action continuelle des esprits mauvais dont Béliar est le chef; l’emprise du démon y est ainsi forte­ ment accentuée. Dans les testaments nous apparaît l'idée rabblnique de la bonne inclination à côté du penchant mauvais déjà connu. Ainsi Ascr, i, 3 : < Dieu a donné aux (Ils des hommes deux voies et deux incli­ nations. » Si l’on suit la bonne inclination, tous les actes de l’homme s ml justes; si l’on prend plaisir à suivre l inclination mauvaise, tous les actes sont mau­ vais Dans Nepht . il, 1-3, l’inclination bonne ou mau­ vaise n'est pas mise en relation avec la faute d'Adam, mais avec la création elle-même de l’âme. · Car, comme le potier connaît le vase, sait combien il con­ tient, et apporte de l’argile en proportion, ainsi le Seigneur fait le corps selon la ressemblance de Γes­ 296 prit cl, selon la capacité du corps, il implante l’esprit (τήν δάνχμιν)..., ainsi le Seigneur connaît le corps jus­ qu’où il peut aller pour le bien, et où il commence pour le mal. Car il n’y a pas d’inclination ni de pensée que le Seigneur ne connaisse, car il a créé tout homme d’après sa propre image. » L'auteur reconnaît en fait l’universalité du péché ct le besoin universel du salut. Levi, n, 3 sq. Bref, les Testaments méritent une particulière atten­ tion de l’historien de la doctrine du péché originel, si le texte de Lévi n’est pas interpolé; de toutes façons, ils témoignent de l’universalité du péché, de sa rela­ tion intime avec les satans ct leur chef Béliar; enfin, de l’universel besoin du salut. L L’ « Apocalypse de Moïse ■ el la < Vie d'Adam fl d'Ève ». (Texte grec de la première dans Tischendorf. Apoc. apocryphe, Leipzig, 1866, p. 1-23; traduct. allemande de la seconde dans Kautzsch, op. cit., p. 512 sq. Les deux rédactions sont apparentées.) — Parmi les écrits légendaires qui se rapportent ù Adam, ceux-ci se recommandent à notre étude par leur ori­ gine juive. < L’état des doctrines sur les anges, sur la tentation et la chute de nos premiers parents et sur d’autres points indiqueraient une époque plutôt tar­ dive. D'autre part, l’acceptation de ces ouvrages dans l’Église chrétienne ferait penser que... le christia­ nisme a dù les recevoir de la Synagogue dès son ber­ ceau. J.-B. Frey, art. Adam (Livres apocryphes sous son nom), dans le Supplément au Diet, de la Rible, t. i, col. 105. D’après V Apocalypse de. Moïse, la mort ct le mal viennent du péché. C’est Èvc qui porte la responsabi­ lité de la souffrance et de la mort d’Adam, 7. Elle sc lamente en pensant aux malédictions dont l’accable­ ront les pécheurs au jour de la résurrection : « Malheur à moi quand viendra le jour de la résurrection; tous les pécheurs me maudiront, en disant : Èvc n’a pas gardé le commandement divin, » 10. Un peu plus loin, Adam la charge aussi ; « Quelle colère n’as-tu pas attirée sur nous en amenant la mort qui règne sur le genre humain , 14, ct dans le passage parallèle de la Vita : Quid fecisti? induxisti nobis plagam magnam, delictum et peccatum in omnem generationem nostram Omnia mala intulerunt nobis parentes nostri qui ab initio fuerunt. 4L On le remarquera, tandis que le triste héritage d’Èvc est ramené à la mort dans l’Apocalypse, il s’étend aussi au péché dans la Vita. Mais le mot pec­ catum in omnem generationem ne sc trouve pas dans un ms. latin de valeur. On peut en conclure qu’il est secondaire. Cf. Frcundorfcr, op. cit., p. 74-76. C’est dans les paragraphes 15-30 de l’Apocalypse qu’est racontée la chute, cause de tous maux, avec un luxe de détails légendaires. Le démon utilise le serpent comme réceptacle cl, pour séduire Èvc, « met sur le fruit qu’il lui donna à manger, le venin de sa méchan­ ceté, c’est-à-dire de sa concupiscence, car la concupis­ cence est le principe de tout péché. » Aussitôt qu’Evc eut mangé, scs yeux s’ouvrirent, ct elle reconnut qu’elle < était dépouillée de la justice dont elle avait été revêtue ». Adam lit comme elle et reconnut qu’il avait été « dépouillé de la gloire de Dieu », 16-21; cf. Frey, art. cité, p 533-53 L D’après le commentaire de cet auteur, la gloire dont il est ici question semble être une émanation de la gloire divine; elle enveloppe les corps d’Adam et d’Èvc et leur tient lieu de vête­ ments avant la chute. La gloire est aussi synonyme de justice, comme il ressort des paroles d’Èvc : « Aussitôt mes yeux s’ouvrirent el je reconnus que j’avais été dénuée de la justice dont j’avais été revêtue et je pleurai en disant: Pourquoi m as-tu fait cela? Voici que je suis dépouillée de la gloire dont j’avais été revêtue. » 20. 297 PECHE ORIGINEL. LE J U DA ISM E POSTÉRIEUR Il faut noter enfin deux passages qui insistent ici sur les conséquences de la faute. Le premier implique l’idée de l’entrée de la mort dans le monde par le péché. Il sc trouve dans V Apocalypse, 28. A la demande d’Adam, après son péché, de goûter encore à l’arbre de vie. Dieu répond par un refus : « Tu ne dois plus en goûter, afin que tu ne vives pas éternellement » L’éloignement dcl’arbredcvie signifie ici, comme dans Gen., ni, 22, la nécessité de mourir pour Adam et scs descendants. L’autre passage, 32, nous rapporte la prière d’Èvc à la mort d’Adam : < J'ai péché, et tous les péchés sont venus par moi dans la création. > (Πάσα αμαρτία 8ι* εμού γέγονευ έν tq χτίσει.) « Ève a donc une certaine part de responsabilité dans le fait de la perversité humaine. Comment et en quel sens? Son exemple est-il devenu contagieux pour scs descendants qui sc sont empressés de l’imiter? Ne leur a-t-elle pas légué i par transmission physique une tare héréditaire? ou le canal par lequel Eve a influé sur les péchés des hommes a-t-il été le « cœur mauvais »? (ή χαρδία ή πονηρά) qui exercera scs ravages jusqu’à la fin des temps? Le texte ne le précise pas », dit Frey, art. cité, p. 531. En tenant compte du fait que le texte est une version qui a pu être retouchée, de cette autre vérité aussi qu’il est plus conforme aux idées du temps de voir ici afllrmé, comme dans EcclL, i, 21-25, le commencement du péché dans le monde par Ève (άπύ γυναικός αρχή αμαρτίας), en lin de cette constatation que la version arménienne favorise cette idée d’un péché commencé dans le monde par Ève, on peut ajouter que, vraisem­ blablement, il n’est pas ici question d’Èvc comme cause active du péché dans ses descendants. Même si l’on admet que le texte implique une certaine part de responsabilité, pour Ève, dans le fait de la perversion humaine, il faudra reconnaître qu’il y a bien loin de cette vague affirmation, πάσα αμαρτία δι’έμού, à la formule précise de saint Paul qui déclare tous les hommes constitués pécheurs par la désobéissance d’un seul, δια τής παρακοής τού ένός ανθρώπου αμαρτωλοί οί πολλοί. En résumé : a) Les deux légendes d’Adam et d’Ève connaissent l’idée de mort héréditaire que nous avons rencontrée dans l’Ecclésiastique ct la Sagesse, b) C’est à Èvc surtout qu’est rattachée l’origine de la mort et du mal dans le monde, c) Si l’on accepte comme authentique le texte de V Apocalypse, 32, ct si on le traduit dans le sens causatif. on dira que l’auteur a reconnu un rapport de causalité entre le péché d’Ève ct la perversité morale de ses descendants, mais sans atteindre aucunement la précision de pensée de saint Paul sur ce point. 2° L'origine du mal, du péché et de la mort dans les écrits juifs contemporains de l'âge apostolique. Ces écrits du siècle de notre ère et du commencement du ne méritent toute notre attention, soit par les élé­ ments plus anciens qu’ils contiennent, soit par l’orien­ tation des problèmes et des solutions touchant la ques­ tion de l'origine de la perversion humaine qu’ils révèlent à l’époque de Notrc-Seigneur. L’origine de la J tendance mauvaise qui existe en l’homme est directe fl ment mise en relation avec la faute d’\dam dans trois! livres importants de la théologie juive de l’époque :( liénoch slave (avant 70 de 1ère chrétienne): Apoca­ lypse de liaruch (après 70) ; IV' livr* d'Esdras (x ers 90). Il n’en n’est pas de même avec Philon qui n’attache pas une grande importance à la faute d'Adam. 1. liénoch slave, ou Livre des secrets d'liénoch (éd W. H. MorflII, Oxford. 1896; trad. allcm. de Bonsvctsch, dans Abhandl. der Gesell, der Wisscn. :u Gottingen, 1896-1897). - Des rapports de cet ouvrage avec V liénoch éthiopien, on a conclu à l’existence d’un livre qui s’occupait spécialement d’Hénoch, cl qui 298 aurait été le point de départ de deux rédactions : l’une slave ct l’autre éthiopienne. lléncch slave nous est arrivé en deux recensions, A et B. Sur les rapports de ces deux recensions, cf. Frey, Apocryphes de ΓAncien Testament, dans Suppl, au Diction, de la Hible, l. i. col. 150; Charles, dans The apocrypha, etc., t. il. p. 123-169, donne la traduction de ces deux recensions sur colonnes distinctes. C’est dans le c. xxxt de A que sc trouve le récit de la chute. L’auteur attribue l'origine du mal à Satan cl â ses agents, mais aussi à Èvc ct à Adam, vu, 3; xxix, •1 sq.; xxxt, 1-3, 6; xviiî, 3 sq. C’est par jalousie que le démon séduisit Èvc, mais il ne toucha pas à Adam. A l'origine, Adam était placé sur terre comme « un second ange, comblé d’honneurs, grand ct glorieux: je (Jahwch) l’établis comme chef pour commander sur terre ct pour posséder ma sagesse; il n’y en avait point sur terre comme lui parmi mes créatures, xxxt, 11. 13. Et je lui dis: Ceci est bon. cela est mauvais, afin de savoir s’il avait de l’amour envers moi ou de la haine... » « Car j'ai vu sa nature, et il n'a pas connu sa propre nature; c’est pourquoi, parce qu’il ne voyait pas, il devait pécher; ct je dis : après le péché, il n’y a plus que la mort. » Ibid., 16. Ainsi Adam, tout en connaissant la distinction du bien ct du mal. ne connaissait pas sa propre nature : c’est-à-dire la tendance bonne ct la tendance mauvaise de son être. C’est de cette « mauvaise ignorance ». de sa faiblesse exploitée par le démon qu'est venu le pre­ mier péché. La transgression d'Adam et d’Ève a entraîné pour eux et pour leur race de graves conséquences : Dieu a maudit la mauvaise ignorance, mais il ne maudit pas ce qu’il avait béni; il ne maudit ni l’homme, ni la terre, ni d’autres créatures, mais le mauvais /ruit de l'homme ct ensuite ses travaux ·. xxxî. 3-8. La suite de cette malédiction, c’est la mort et l’exclusion du paradis terrestre, v, 1-16. · Après (e péché il n'y a plus que la mort. · Dieu a créé la femme, afin que par elle vint la mort. > Ibid. Nulle part l'auteur ne dit explicitement que cette mort s’étende a toute la race; mais des expressions aussi générales que celles que nous venons de citer rendent le même son que celles d’EcclI., xxv, 21. La faute d’Adam est bien la cause de la mort physique de tous les hommes. En dehors de la mort, la faute originelle entraîne de graves conséquences. 1 lénoch voit.cn ciîel, les descen­ dants d’Adam se lamenter sur ces conséquences dans le schéol : Et je vis tous les ancêtres de tous les temps avec \dam ct Èvc. et je sanglotai et je fondis en larmes, ct je dis sur la ruine occasionnée par leur déchéance : Malheur à moi à cause de ma faiblesse et de celle de mes pères, El je pensai dans mon cœur et je dis : Heureux l'homme qui n’est pas né, ou qui. après sa naissance, n'a pas péché, a lin qu’il ne vienne pas ici ct qu’il ne porte pas le joug île ces lieux, xi.t. 1 sq Fennant. The sources of (he doctrine of the l'ail and original Sin. Gumbridge. 1903. prétend trouver dans re texte la premiere attestation de la notion d’une infirmité innée, héritée d'Adam, ct une doctrine juive du péché originel, plus explicite et plus ancienne que I enseignement de saint Paul a ce sujet (p. 210). Son exégèse est tout a fait discutable. Ne reconnaît-il pas lui-même que le mot du texte primitif, que nous tra­ duisons par ruine », ne dit pas du tout s’il s’agit d’une ruine physique ou d’une ruine morale. Le contraste appelle plutôt l’idée de ruine physique 11 s’agit ici de tous les descendants d’Adam qui, par suite de la mort « aiiséc par un péché, sont descendus en enfer. Il n’y a certes point ici l’idée paulinicnnc que par \dani les hommes ont été constitués pécheurs. Boni . s. 19. Loin d’être aflirméc par liénoch slave, cette 299 PÉCHÉ OHIGIXEL. LE JUDAÏSME POSTEK IEUB vérité semble plutôt être virtuellement niée. » Frey. Revue des sciences phil. et Ihéol,, art. cité, p. 526. Car. d’après lui, ceux qui n’imitent pas, par leurs péchés personnels, Adam et Éve, ne porteront point le joug du lieu infernal; ce sont donc uniquement les péchés personnels qui, d’après Hénoch, font partager le sort des premiers parents. Nous sommes loin de la doctrine paulinicnnc de l'extension de la culpabilité d’Adam à tous scs descendants, indépendamment de toute faute personnelle. Reconnaissons d’ailleurs que la lamentation : « mal­ heur â moi à cause de ma faiblesse et de celle de mes frères», venant après l'affirmation de la ruine . nous invite Λ établir une certaine relation entre la faiblesse innée de l’homme ct la faute originelle. Dans cette perspective, le péché personnel de l’homme serait une conséquence de la faute d'Adam, en ce sens qu’Adain a transmis à ses descendants une faiblesse innée, cause de péchés. La ruine occasionnée par Adam implique rait, à côté de la mort physique, la mort morale consé­ cutive â l’infirmité innée, héritée d'Adam, et la des cente au lieu infernal. Ce qu’il faut surtout retenir comme certain, avec 1Toy, art. cité, p. 526, c’est que > ce livre attribue, au péché des premiers parents, une importance plus grande qu’à la chute des veilleurs et qu’il y voit la cause de la mort physique de tous les hommes. Henoch slave fait écho à la doctrine de I Ecclésiastique. » On peut ajouter qu’il rattache plus intimement qu'on ne l’avait fait avant lui les fautes des hommes à Adam et Ève comme à leur origine lointaine, dans la mesure où ccs fautes sont le fruit d'une infirmité innée, héritée du premier père. 2. L* Apocalypse syriaque de Baruch (Ch. Ocsterlcy, Th· Apocalypse o/ Baruch, 1917; Kautzsch, op. cit., p. 102 sq). - C’est un écrit juif mêlé sans doute d’in- i terpolations chrétiennes, qui remonterait vers 70 après J.-C.; il renferme des éléments contemporains des écrits du Nouveau Testament; on y saisit comme l'écho de traditions divergentes entre elles. L’auteur ne croit pas à la corruption totale de la nature humaine : ainsi le cœur de Jérémie a été trouvé exempt de tout péché, ix, 1. Tandis qu'Adam a apporté la mort et retranché les années de ses descen­ dants, Moïse a apporté la Loi aux descendants de Jacob et allumé un flambeau pour la nation d’Israël, xvn. 1 sq. < Celui qui a allume a pris à la lumière, et II y en a peu qui l’ont imité. Mais beaucoup de ceux qu'il a éclairés ont pris aux ténèbres d'Adam et ne se sont point réjouis à la lumière du flambeau . xvm, 1 sq. Un grand nombre, mais non pas tous, sont pécheurs. Sur les conséquences du péché d’Adam, en particu- I lier sur ce qui concerne la mort, les vues de l'auteur ne sont pas uniformes; le livre représente deux courants. Certains passages semblent bien indiquer que la mort n'aurait pas eu lieu sans la faute d'Adam : d’après xix, 8, et xxm, L lorsqu'Adam pécha, la mort fut décrétée contre ceux qui devaient naître, a ce moment, la multitude de ceux qui devaient naître fut comptée, ct pour ce nombre un lieu fut préparé là où les vivants doivent habiter ct les maris doivent être gardés C'est le péché d’Adam qui ouvre le schéol. D'autres passages semblent indiquer seulement que le péché d’Adam a été cause «l une mort prématurée chez ses descendants. D’après ijv. 15, Adam a péché et a apporté pour tous une mort prématurée, et sui­ vant lvi. 6, après son péché, la mort prématurée lit son entrée ». L'auteur sc serait ainsi fait l’écho de tra­ ditions diiîérentcs sans penser à leur conciliation. Là ne se bornent point les suites du péché d’Adam; l’au­ teur compare le premier péché à un courant d’eau noire qui se répand sur la terre, et voici les tristes con­ séquences de cette inondation : après la transgression 300 d’Adam, une mort prématurée vint Je deuil fut nommé et la tristesse fut préparée, et la douleur fut créée et le labeur accablant fut fait, et la Jactance commença à s'établir ct le schéol demanda à être renouvelé par le sang, ct la procréation des enfants vint, et l’ardeur des parents fut créée, ct la majesté de l’homme s’abaissa, et la bonté languit ■, lvi, 6-7.., Ces eaux noires en produisirent d’autres, ct le mal moral alla en aug­ mentant. Et de CCS eaux noires le noir est dérivé, cl les ténèbres des ténèbres ont été produites. L’homme est devenu un danger pour sa propre Ame; il est même devenu un danger pour les autres. * 10. Ainsi des modifications pénibles résultèrent de la chute pour la nature humaine; non seulement elle connut dans son corps les souffrances, la tristesse, la fatigue et la mort, mais elle fut troublée ctdéséquili­ brée moralement, dans son Ame, par des infirmités qui devenaient un obstacle à sa vie spirituelle : la tendance à l’orgueil ct la concupiscence devinrent des tares héré­ ditaires. des dangers permanents pour la vie indivi­ duelle et sociale de l’humanité. Cependant, s’il y a une faiblesse héréditaire dans l'homme, elle peut être vaincue : chacun a sa propre responsabilité. « Les hommes ne sont pécheurs que dans la mesure où ils imitent, par des actes personnels, le mauvais exemple d'Adam. Frey, art. cité, p. 539. Si Adam peut entraîner par son mauvais exemple. Moïse est là pour illuminer les Ames ct les arracher aux sug­ gestions d'Adam. Car si Adam pécha le premier et amena une mort prématurée pour tous, il faut dire cependant aussi que chacun de ceux (pii sont nés de lui s’est attiré la peine future et, d'autre part, chacun s’est choisi la gloire à venir. Adam n’est donc cause (de ruine) que pour lui seul, mais chacun de nous tous est devenu son propre Adam. » liv, H-19. Il n’y a point place ici pour une culpabilité originelle contrac­ tée en Adam ct transmise par lui à ses descendants. C'est à la lumière de ce texte qu'il faut interpréter un autre passage, xlvhi, 12-13. En voyant les impies s’exposer au feu dévorant, l’auteur s’écrie : · Oh' qu'as-tu fait, Adam, à tous ceux qui sont nés de loi ct tpie dira-t-on à la première Ève qui obéit au ser­ pent? Car toute cette multitude s’en va à la perdition ct sans nombre sont ceux (pie le feu dévore. » Ici l’au­ teur n’allirme pas l’extension, par transmission, d’une culpabilité morale à toute la race humaine; il rend sans doute responsable d’une certaine façon Adam et Ève de la perle des pécheurs; mais dans ce sens seule­ ment qu’ils ont induit dans leur race une nature expo­ sée à l’orgueil cl à la concupiscence. Les hommes peuvent résister au danger qu’ils portent en eux; cha­ cun devient son propre Adam. Nous avons peut-être dans cette doctrine une réaction juive contre la doc­ trine paulinicnnc. En résumé, « V Apocalypse de Baruch admet donc que le premier péché introduit dans le monde : la mort — ou du moins une mort prématurée et la concupis­ cence charnelle. Le mauvais exemple donne par Adam fut pernicieux aux hommes qui, pour la plupart, s’empressent d'obéir aux suggestions de leur nature corrompue. De cette manière, chaque pécheur devient Adam pour son propre compte, car la faute de celui-ci n’a entraîne que sa culpabilité personnelle. Frey, art. cité, p. 5 10. 3. Le IVe livre d*Esdras (G. IL Box. The Ezra-Apocatypsc, 1912). —Ce livre est l’un des plus beaux monu­ ments de la littérature juive apocryphe, au lendemain de la catastrophe qui a détruit le Temple et la nation Israélite. Il cherche une réponse au problème angoissantde la perversion de l’humanité et des misères de la vie. Pourquoi Dieu a-t-il permis au péché d’envahir le monde, ct pourquoi les méchants sont-ils si nombreux? Écrit vraisemblablement vers 90, peut être Influencé 301 l’RCIIi·: O li JG I NE I,. IJ, JUDAISM]. I’OST I·: H I E U Ji indirectement par I atmosphère ambiante des idée» chrétiennes, il reflète certainement les idées qui vivaient en Palestine au temps de saint Paul. Scs affinités aver les écrits de l’apôtre ont frappé les critiques · Tous deux, l’auteur de l’Apocalypse ct 1* Apôtre, sont persuades de la profonde corruption de la nature humaine ct désespèrent de pouvoir mériter le salut par les œuvres de la Loi; tous deux ont aussi des tendances universalistes. » Ci. Ircy, Apocryphe* de Γ Ancien Testament, toc. cit., col. 415. SI l’anonyme d'Esdras sc rapproche de saint Paul sur certains points, il s’en écarte sur d’autres, spéciale­ ment en ce qui concerne l’origine du péché d’Adam, ct sur scs conséquences. Le péché d’Adam n’est point expliqué par une sug­ gestion venue du dehors (l'influence des veilleurs ou celle du serpent de la Genèse), mais par un germe mau­ vais inné à l’homme. Ce germe préexistait â la faute d’Adam; loin d’en être la conséquence, il en est la cause; il est naturel cl congénital à Adam et à tous scs descendants. Adam portait en lui un cœur mauvais, aussi transgressa-t-il ct fut-il vaincu : cor enim mail· gnum bajulans primus Adam transgressus est e/ victu* est. m. 21-22. · Γη grain de semence mauvaise avait été semé des le commencement dans le cœur d’Adtïm. iv, 3(1. ('.e germe c’est la · pensée mauvaise % cogita­ mentum malum, vu. 92. I.c cœur mauvais explique non seulement le péché d’Adam. mais la corruption générale de l’humanité. Inné au premier homme, il montre la faiblesse de celui-ci dans la transgression et celle encore de ses des­ cendants. < Ainsi, l’infirmité devint habituelle (per­ manente). La Loi. il est vrai, était dans le cœur du peuple, mais en conflit avec le mauvais germe. Ainsi ce qui était bon disparut ct le mal demeura, in, 21-22. Voilà le secret de la perversité humaine. Dans les descendants d’Adam comme dans le premier père, le mauvais germe triomphe de la Loi. La Loi qui était au cœur du peuple, m, 22. aurait pu le conduire à la félicité éternelle, ix. 31, mais on ne garda pas ses préceptes, ix. 32. De même que le penchant au mal qui existait en Adam lui ht transgresser l’ordre divin, ainsi l'inclination mauvaise implantée dans les hommes. explique l'abandon quasi général de « la Loi de vie . xiv, 30. En succombant à la sollicitation du mal. les hommes ne font qu’imiter leurs ancêtres : < Ils agissent comme \dam. car eux aussi ont un cœur mauvais >, m. 26; c’est ce < cœur mauvais » qui leur « fait con­ naître les sentiers de la perdition >, qui « les éloigne de la vie . et c'est là le cas · non d’un petit nombre, mais de presque tous ceux qui ont été créés », vu, 18; ci. Ercy, art. cité, p. 536. Aussi faut-il concevoir la source du péché comme un germe mauvais qui est inné dès l’origine en Adam, qui fixe ses racines parmi les hommes, m, 22. qui grandit en eux, \ n, 18, qui ne cessera de produire de funestes conséquences jusqu'à la fin du monde, vin, 53; iv, 30. Ce n’est pas là une nécessité, car l’homme peut en triompher en s’appuyant sur la Loi. lin fait, presque toujours, il succombe. Mais le « cœur mauvais , le « germe mauvais tel qu'il préexistait à la faute d* \dain, explique-t-il à lui seul l’universalité du péché ' Quelles sont les consé­ quences de la faute <Γ \dam, son influence sur le péché de ses descendants? Il est certain que l’auteur d’Esdras, conformément à Gen., ni, attribue l’origine du mal physique et de la mort dans le monde à la faute d'Adam. (’.’est celle-ci qui attire sur Adam ct scs descendants la mort. ni. 6. C’est elle qui explique les misères actuelles ; . \insi en est-il de ln part d'Israël. Car c'est en là faveur que j'ai fait le monde, mais, quand \dam transgrcssa mes commandements, alors ce qui avait été fait J , | I | 302 fut jugé; cl alors les voies du monde, devinrent étroites, pleines de chagrins et de peines, remplies de dangers ct de fatigues, vu, 11-12. Ce monde n’est plus tel qu’il est sorti des mains de Dieu, cela par le fait ? vi. 12-13. U n’y a aucun doute : pour saint Paul la concupis­ cence, dans les baptisés qui y résistent.n’a aucun carac­ tère de péché Le concile de Trente I enseigne authen­ tiquement. Hanc concupiscentiam, quam aliquando apostolus peccatum appellat (Horn., vi, 12), sancta Synodus declarat. Ecclesiam catholicum numquam in­ tellexisse peccatum appellari, quod vere el proprie in renatis peccatum sit, sed quia ex peccato est et ad pecca­ tum inclinat.., Denz.-Bann., n. 702. Nous n’avons point à nous demander non plus quel degré de responsabilité, d'après l’Apôtre, demeure sous la pression de ccs violents mouvements qui nous entraînent au péché. Paul ne veut point ici le dis­ cuter théoriquement; nous savons par ailleurs que, dans sa doctrine, la volonté reste la cause prochaine et déterminante du péché. Il ne me pas le vouloir,nuûs 314 le pouvoir de l’homme déchu. Ce qu’il tend à établir, c’est que la faute jaillit du conflit de l’être moral avec les tendances de la chair, cl que, dans cette lutte, l'homme veut le bien et ne peut l’accomplir, s'il n’ob­ tient, en la demandant, la force qui fasse contrepoids à la loi de la chair, c'est-à-dire la grâce de l’EsprltSainl. 2. Dans la nature (Horn., vm, 19-22). — Le désordre causé par le péché d’Adam a de funestes retentisse monts Jusque dans la création matérielle. L’Apôtre prêle une voix à la créature : il nous fait entendre les gémissements de cette esclave qui. dans l étal violent où le péché l'a mise, aspire à l’aÎTrnnchissemcnl de la corruption et à la participation à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. « Car l’attente impatiente de la créature aspire à la manifestation des fils de Dieu. Car la création a été assujettie a la vanité, non de son gré, mais par égard pour celui qui l’a soumise, avec un certain espoir, parce que la créa­ tion elle-même sera délivrée de l'esclavage de la cor­ ruption pour participer à la gloire de la liberté des enfants de Dieu. Car nous savons que la création tout entière est unie dans les gémissements et les dou­ leurs de l'enfantement jusqu’à maintenant... » Ainsi, au regard de l’Apôlre, depuis la chute de l’homme, même dans l’ordre sensible, les choses ne vont pas comme elles devraient aller. < La création solidarisée avec Γhomme, comme toutes les généra­ tions avec Adam, est sous le signe de la corruption. · Lagrange, p. 20G. C’est un état de déchéance, de vanité, de violence que le sien; aussi aspire-t-elle ardemment à l’état d’épanouissement,où clic sera déli­ vrée de l'esclavage de la corruption et participera a la liberté, afférente à l’état de gloire où seront les en­ fants de Dieu. En quoi consistera cet état nouveau pour la créature inanimée? Paul ne fixe aucune pré­ cision à ce sujet. Ce qu’il sait, avec les fidèles, c’est que l’état de la nature n’est pas ce qu’il devrait être; c’est que les chrétiens sont fondés à attendre un état meilleur. 3° Contraste entre le premier Adam, « âme vivante ·. et le second Adam, · esprit vivifiant » (1 Cor., xv, 21-22; II-30). — Déjà les t. 21-22 opposent Adam source de mort, au Christ source de vie. « car, puisque, par un homme, est venue la mort, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. El. de même que tous meurent en Adam, de même aussi tous seront vivifiés dans le Christ. » Plus loin, dans un développement sur la transfor­ mation du corps ressuscité (« semé corps animal, il ressuscite corps spirituel ·, t. 11), pour montrer qu’un < corps psychique » appelle à un stade plus parfait un corps spirituel, l’Apôtre revient au parallélisme qui lui est cher : « S’il y a un corps psychique, il y a un corps spirituel. Aussi est-il écrit : Le premier homme Adam devint une âme vivante, le dernier .Adam devint un esprit vivifiant, · Mais ce n’est pas le spirituel qui passe d’abord : (’.’est le psychique, ensuite le spirituel. Le premier homme lire de la terre est terrestre... Tel le terrestre, tels aussi les terrestres; Tel le céleste et tels aussi les célestes. Et comme nous avons porté l’image du terrestre. Nous portons aussi l’image du céleste, î. il-19. Ce passage s’attache d’abord au récit de la Genèse : c’est dans ce récit que Paul a lu que le corps d’Adam fut pétri de terre; qu’ayant reçu le souille de vie, il devint âme vivante; qu'en fait Adam ne transmit à ses descendants que ce qu’il possédait par nature, un corps, fait de terre, donc psychique cl mortel. Puis, en vertu de la sagesse divine qui procède du moins parfait au plus parfait, il montre que ce n’est pas ce qui est spirituel qui vient d’abord, mills ce qui est 315 PÉCHÉ ORIGINEL. SAINT psychique. Donc priorité d'abord du corps terrestre, de l’imparfait, puis apparition ensuite seulement du corps céleste. Il est conforme à l’ordre que nous rece­ vions d’Adam d'abord le - psychique », el du Christ ensuite le spirituel ». On ne s’étonnera point qu’on parle ici seulement de ce que le premier homme tenait du fait de sa création du limon de la terre, cl non point de ses privilèges, d’ailleurs si vite perdus. C’est à juste litre, si l’on lient compte du but poursuivi, car Adam ne conserva pas, et ne transmit donc point à sa postérité les dons pré­ ternaturels dont Dieu l’avait orne. D’ailleurs ces dons n’empêchent pas son corps d’être · psychique », d’avoir besoin d’une antidote périodique contre la inorl. » Prat, t. n, p. 250. Cc passage, loin de contre­ dire l’idée de Hom., v, 12-21, cn est une nouvelle illusIration.il insiste de plus sur celte vérité déjà contenue dans la Genèse, que par nature nous sommes faits de terre, donc mortels. I·» Par nature nous sommes enfants de colère (Eph.. n, 31). Beaucoup d’exégètes ont vu dans ce verset la doctrine du péché originel exposée en termes tech­ niques. « Nous en faisions partie nous aussi (des hom­ mes désobéissants), alors que nous vivions autrefois comme eux dans les convoitises de notre chair, accom­ plissant les volontés de la chair et de nos pensées, et nous étions (nous, Juifs), par nature enfants de colère comme les autres. Il s’agit ici de l’universalité des péchés personnels : Juifs comme gentils péchaient. Nous sommes ici, comme A. Lemonnyer l a remarqué, sur le plan de Horn., i, 18; ni, 20, nullement de Horn., v, 12-19, ni même de Horn., vu, 7. Par nature », qui a comme contre-partie par grâce », signifie de nousmêmes » et non pas « de naissance ». Tout au plus peut-on dire que ce texte d’Eph., n. 3, évoque la situation décrite dans Horn., vu, 7 sq., laquelle s’ex­ plique par le péché originel, et souscrire à cette for­ mule du P. Prat : Si donc le péché originel n’est pas nommé ici. il est suflisamment indique comme la source commune des inclinations mauvaises dont notre nature est maintenant infectée. * Lemonnyer, Théolo­ gie du Nouveau Testament. Paris. 1928. p. 83. 5° Rôle du démon dans l'origine et l'évolution du règne du péché (Eph., π, I ; I (’.or., xn, 2; Joa., xn. 31 ; vin, II; 1 Joa., ni, 8; Apoc., xu,9; Eph., vi, 12).— D'après saint Paul, comme d’après saint Jean, ap­ puyés l'un el l’autre sur le récit de la Genèse et le livre de la Sagesse, le premier instigateur du péché fut le diable, le serpent infernal. < Ève fut séduite par l’as­ tuce du serpent. ■ 11 (’.or., xi. 3. Le diable n’agit sur Adam que par l’intermédiaire d’Eve. « Ce n’est pas Adam qui a été séduil, c’est la femme qui, séduite, est tombée dans la transgression. » 1 Tim., n, il. Le père dont sont issus les Juifs infidèles, dit Jésus, c’est le diable; Ils veulent accomplir scs désirs. « // a été homicide dès te commencement et n’est point demeuré dans la vérité, parce qu’il n’y a point de vérité en lui. · Joa., vin, 11 sq. Il est, d’après Apoc., xn, 9, « le grand dragon, le serpent ancien, celui qui est appelé le diable et Satan, le séducteur de toute la terre ». Celui qui a ainsi présidé à l’entrée du péché dans le monde continue à vire l'auxiliaire le plus actif pour le développement du règne de celle puissance tyran­ nique qu’est le péché d’origine. Il est le prince du royaume du péché, le prince de ce monde. Joa., xn. 31. C’est lui qui agit présentement chez les Ills de la désobéissance : « Vous êtes morts par vos otïcnses et vos péchés, dans lesquels vous marchiez autrefois, selon le prince de la puissance de l’air, de l’esprit qui agit moralement dans les h Is de la désobéissance. Eph., n, 1. Il a « lu puissance de la mort », lleb., π. Il; il est « k dieu de ce siècle ». C’est lui qui aveugle les esprits. PAUL 316 < Et si noire Evangile demeure voile, c’est pour ceux qui sc perdent qu’il le demeure, pour les incroyants dont le dieu de ce siècle a aveuglé l’esprit. » II Cor, iv, I. C’est contre sa domination qu’il faut lutter : Kcvêtez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux machinations du diable; car nous n'avons pas ,i lutter contre la chair el le sang, mais contre les prin­ cipautés, contre les puissances, contre les domina­ tions de ce monde des ténèbres, contre les esprits de 1 malice qui sont dans les régions célestes. Eph., vi, IL Ainsi, le péché issu d'Adam, qui domine le genre I humain et qui a son siège dans la chair, a derrière lui, pour activer le développement de sa puissance tyran­ nique, un être personnel, chef d’un grand nombre d’esprits. Pour saint Paul comme pour Jésus, le règne du péché, c’est le règne du diable. Conclusion. — Saint Paul, a la lumière de la rédemp­ tion, a découvert le sens profond du mystère du péché d’origine raconté dans les premiers chapitres de la Genèse. La solidarité de tous dans la rédemption du Christ l’a aidé à mieux comprendre la solidarité de tous dans la déchéance d’Adam. I. Ce qu'enseigne explicitement saint Paul. a) Le règne du péché et de la mort remonte à une cause his­ torique unique : la désobéissance d’Adam, notre pre­ mier père. C’est par la faute d’un seul, commise à l'ins­ tigation du démon, que le pêché est entré dans le monde, el. par le péché, la mort. Ainsi, de l’universa­ lité de la mort, l’Apôtre déduit-il l'universalité du péché. Et l’universalité du péché elle-même ne vient pas de ce (pie tous ont imité Adam, mais de ce que le péché d’Adam est, d’une façon mystérieuse, le péché de tous. Adam est source de péché et de mort, comme le Christ est source de sanctification et de vie. La puis­ sance de rédemption en Jésus l’emporte encore sur la puissance de perdition cn Adam. b) Le péché qui envahit le genre humain,par le fait d’Adam, cl qui veut régner sur toute la race, à la façon d’une puissance tyrannique, n'est point une pure domination extrinsèque, une faiblesse congénitale seu­ lement; non seulement il fait des mortels et des hommes enclins au péché; il constitue tous les hommes coupables et pécheurs. C'est un péché héréditaire. L’homme issu d’Adam, abandonné à lui-même, est charnel, psychique, asservi au péché, non pas que la chair soit essentiellement mauvaise, puisqu'elle est susceptible d’être purifiée et en quelque sorte spiritua­ lisée, mais parce que,· telle qu’elle est actuellement cn nous, elle implique une double relation avec le péché ; relation historique avec le chef coupable de notre race, relation psychologique avec l’acte coupable auquel elle incline. » Prat, t. n, p. 89 sq. J Le péché, à coté de la chair, a comme agent le plus actif pour travailler avec lui, le demon : son règne est celui du démon. Celui-ci continue l’œuvre commencée à l’Éden; il a la mort en son pouvoir. Ainsi l’homme déchu, en face de cet ensemble de forces hostiles, est infailliblement vaincu el devient charnel. Mais, par la grâce du Christ, le règne du péché est détruit, il n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ-Jésus. Sans doute, ils ne sont point impeccables : l’Apôtre invite les convertis à ne point laisser le péché régner dans leur corps mortel, à ne point livrer leurs membres pour être des instru­ ments d’iniquité. Ils le peuvent avec le secours de Γ Esprit-Saint. Le péché n’aura plus d’empire sur eux, car ils ne sont plus sous la Loi, mais sous la grâce, Horn., vi, 12-14. 2. Cc qui peut être légitimement déduit de. cet ensei­ gnement. - Saint Paul affirme nettement que par \dam découle dans Γhumanité entière la mort et la coulpe universelles, la servitude de la chair, le Ilot toujours croissant des péchés actuels. 11 affirme ainsi 317 PÉCHÉ ORIGINEL. LA TRADITION 318 le fait de la transmission du péché. Mais, répond il a préoccupations sc portent plutôt vers la réalisation la question comment se communique t-il ? dans l’avenir 1 l’objet d’aucune contestation; les Dieu. — Comme son maître Justin, Talien est dominé 319 PÉCHÉ ORIGINEL. AVANT LA GNOSE par celte thèse alors classique : seul l’être improduit, Dieu, est par nature incorruptible; tout être produit, même l’âme. par sa condition native, est corruptible et ténébreux. Dans cette perspective, l'âme ne peut devenir incorruptible et lumineuse que par une parti­ cipation au divin. Déjà Justin avait dit: l’intelligence humaine ne voit jamais Dieu, si elle n’est revêtue de ΓEsprit-Saint, DiaL, ιν. I, P. G., I. vi, col. 18 f, et il avait soutenu, ibid., v, que l'âme n’est point par nature immortelle. De même Tatien va expliquer l’intelligence et l’im­ mortalité en Adam par un don de l’Esprit commu­ nique au premier homme. C’est la possession de ce don qui constitua celui-ci · image de Dieu ». Nous savons, dit-il, qu’il y a deux espèces différentes d’esprits, dont l’une s’appelle l’âme (ψυχή) et l’autre est supérieure a l’âme. c’est l'image et la ressemblance de Dieu. L’une cl l’autre sc trouvaient dans les premiers hommes; ainsi par l’une ils étaient ύλικοί, hyliqiies, par l’autre ils étaient supérieurs â la matière. » Oral., 12, R G., i vi, col. 829 C. De même, ibid.. 13. col. 833 A : L’âme en soi n’est pas immortelle, mais mortelle... Par elle-même, elle n’est que ténèbres cl rien de lumineux n’est en elle... Demeure-t-elle solitaire? elle sc tourne vers la matière el meurt avec elle; est-elle unie à l’Esprit divin, elle n’a plus besoin d’autre secours, mais elle monte où l’entraîne l’Esprit. \insi, dans le principe, l’Esprit fut uni à l'âme, mais I Esprit l'abandonna quand elle ne voulut plus le suivre. · Privée de cet Esprit, l’âme de l’homme ne différerait guère de celle des animaux, sinon par la voix articulée. Ibid., 15, col. 810. Aussi Dieu ne l’a-t-il point laissée â sa vanité : en la créant à l’image de Dieu, il l’a dotée du principe de l'immortalité, de l’intelligence et de la liberté. · Ainsi le Logos céleste. Esprit, né du Père..., a fait l’homme image de Γimmortalité, a lin que, comme l'incorruptibi­ lité est cn Dieu, de même Γ homme participe à ce qui est le lot de Dieu et possède l'immortalité. Mais, avant de former l’homme, le Logos crée les anges. El ces deux espèces de créatures ont été faites libres, ne possédant pas par nature le bien qui n’appartient qu’à Dieu. » Ibid . 7. col. 820 B. L’homme ainsi constitué est l’homme véritable, car l’homme n’est point, comme le veulent les philo­ sophes, · un être raisonnable, capable de recevoir l'intelligence et la science; car, d’apres eux, les bêles elles mêmes seraient démontrées capables de telles qualités ». Ce (pii déduit l’homme, c'est < l’image et la ressemblance de Dieu ». J’appelle l’homme non pas celui qui fait des choses semblables à celles que font les bêtes, mais celui qui dépasse en quelque sorte son humanité pour s’avancer vers Dieu. 15, col. 837 B. Du fait de sa ressemblance à Dieu, I homme est ainsi constitué qu’il implique dans sa définition, non seulement l’union de l’âme cl du corps, mais encore l’habitation de l’Esprit dans l’âme comme dans un temple. 15, col. 810 A. < Nos premiers parents étaient ainsi, grâce à la possession de l’Esprit divin, des hom­ mes véritables et doués d’une haute perfection. Celte perfection n’était cependant pas inamissiule, ils n’étaient point bons par nature, car ce privilège n’ap­ partient qu’à Dieu. » A. Slomkowski. L'état primitif de Γ homme dans la tradition de TÊglise avant saint Augustin, Paris, 1928, p. 26. 2. Le pèche originel et ses conséquences. — Tatien enseigne nettement que le mal est entré dans le monde par la défaillance de la volonté humaine. · Nous n’avens pas été faits pour mourir, mais ι o is m jurons par notre faute; la volonté libre nous a perdis. Nous qui étions libres, nous sommes devenus esclaves : nous avons été vendus par le péché. Bien de mal n'a été fait par Dieu. C'est nous qui avons produit le mal, ceux-là 320 qui l’ont produit (jeuvent le répudier de nouveau. · II, col. 829 B. Le péché d’origine a pour cause I’cntrnYncmcnt du démon séducteur; il a pour conséquence la perte de l’Esprit divin et, par suite, celle de l’immortalité corporelle et spirituelle, celle de la connaissance reli­ gieuse. 7, col. 821 A, el 1.3, col. 833 C. < Dans le prin­ cipe, l’Esprit fut uni à l’âme; mais l’Esprit l'aban­ donna quand elle ne voulut pas le suivre. Elle avait encore comme une étincelle de sa puissance; mais, séparée de lui, elle ne pouvait pas voir les choses par­ faites; elle cherchait Dieu el se formait dans son erreur des dieux multiples... L’Esprit de Dieu n'est point cn tous, mais en quelques-uns (pii vivent justement il est descendu, s’est uni à l’âme, el, par scs prophéticst a enseigné aux autres âmes l’avenir caché; el celles qui ont obéi à la sagesse ont attiré en elles l’Esprit qui leur est apparenté; celles qui lui ont désobéi cl ont écarté le ministre de Dieu (pii a souffert se sont montrées les ennemies de Dieu plutôt (pie scs adora­ trices. · Ibid., col. 836 A. (les réflexions sur l'homme déchu nous invitent à ne pas prendre trop à la lettre les expressions où Tatien ne voit aucune différence entre l’homme privé de l’Esprit et l’animal, puisqu’il nous le montre ici cl ail­ leurs capable de recouvrer, par ses efforts, l’Esprit supérieur. D’après Tatien, l’homme déchu garde sa liberté; cette liberté qui a produit le péché peut le répudier, 11, col. 829 B; les âmes qui ont obéi â la Sagesse ont attiré en elles l’Esprit qui leur est appa­ renté. 13, col. 836 A. Les hommes, après la perte de l’immortalité, peuvent de nouveau, par la foi, vaincre la mort et, par la pénitence, recouvrer leur vocation première. Le vaincu peut de nouveau vaincre, s’il répudie les causes de mort. 15, col. 810 B. Nous pou­ vons de nouveau nous entourer de l’armure de l’Esprit pour vaincre le démon. 16, col. 811 A. Toute la lâche d’aujourd’hui est de trouver ce que nous avons perdu, d’unir notre âme à l’Esprit et de nous efforcer d’at­ teindre ainsi l’union à Dieu. 15, col. 837 A. Tatien nous offre donc une doctrine traditionnelle mêlée de commentaires philosophiques qui la défor­ ment. A travers ces commentaires, il esl facile de reconnaître le bien de la tradition : création de l ’homme à l’image de Dieu et, par le fait, communication à Adam d’un principe spirituel de vie qui le rend incor ruptiide, contemplateur des choses divines el heureux; perte de ce principe par le premier péché cl, par suite, perle de I ’incorrupt milité el de la connaissance reli­ gieuse; assurance cependant que l’homme retrouvera l'aide divine, l’Esprit divin, l’union â Dieu. Ces vérités sont en quelque sorte obscurcies par la spécu­ lation. L’erreur initiale est dans le principe, alors classique, que l’homme, parce que produit, ne peut être, laissé à lul-niêmefque mortel,condamné à l’igno­ rance absolue de Dieu De là l’idée que toute immorta­ lité, même celle de 1 âme, toute connaissance de Dieu, même la plus infime, est refusée en théorie à 1 homme privé de l’Esprit; de là l’identification affirmée entre l’homme véritable et l’homme fait à l'image de Dieu; de là l'inclusion, dans la définition de l’homme, de l’infusion de I Esprit divin, de l’impression de l'image en son âme; de là la conception, par certains côtés pessimiste, de l’homme ravalé par le dépari de l’Es· prit au rang de la bête. C'est par une inconséquence heureuse que Tatien le montre, dans la lumière de l’Evangile, capable de retrouver, par un bon usage de sa li.ierlé et de la foi. l’Esprit supérieur. 3° Théophile dfAntioche. Homme d’E^lisc beau[ coup plus que philosophe, dans le témoignage qu'il ■ apporte a la doctrine de la tentation, de la chute et de I ses consé lucnces, il serre de plus près l’Ecrilure que I Tatien et représente mieux que lui la pensée commune 321 PÉ( HÉ 0 BIGI N EL. A L'ÉPOQUE DE LA GNOSE de l'Églisc à son époque, C’est au 1. I! de V Autolycus, écrit vers 180, qu'il exprime son enseignement sur le péché d’origine. Pour réfuter les opinions des païens sur les origines du monde et de l’homme, il part des premiers chapitres de la Genèse qu’il cite largement et qu'il commente ensuite presque littéralement 1. L'humanité primitive. L’homme a été seul créé à l’image de bien; c’est une rouvre qui dépasse tout ce que l’homme en peu! dire; par ces paroles : < faisons l’homme à notre image , Dieu a d’abord voulu signi­ fier la dignité de l'homme. Ad Autolycum, I II, 18, /’. G., t. vi, col. 1081 B. L’évêque d'Antioche sait que l’homme ainsi créé est tenu par beaucoup comme immortel dans son âme puisque celle-ci est un souille de vie. 19, col. 108 1 A. Pour lui, il pense que l'homme n'a été créé ni immortel, ni mortel, mais soumis à la loi d’un certain devenir : il devait être l’un ou l’autre suivant qu'il désobéirait ou non à Dieu. 21, col. 1089 1). Dieu l’avait fait libre de devenir heureux ou malheureux. 2. L ( preuve. - Au paradis, Adam ne connaît d’autre labeur que celui de garder le précepte qui lui a été impose. 25, col. 1092 A Théophile interprète l’obligation de ne point manger du fruit de l’arbre de la science, comme un ordre donné a Adam de se soumettre â la loi du progrès el de ne point convoiter une science qui n’était point encore a sa mesure, car Adam était alors enfant d’esprit el de corps : Dans l’état où était Adam, écrit il, il n’était point encore capable de recevoir la science. L’enfant nouveau-né ne peut encore manger de pain; on le nourrit de lait, puis, avec l'âge, il prend une nourri­ ture solide. 11 cn fut ainsi pour Adam; car ce n’est pas par envie que Dieu lui défendit de goûter à la science : il voulait l’éprouver..., il voulait que l'homme demeu­ rât ainsi plus longtemps dans l’étal de simplicité cl de sincérilé.de l’enfant. Il est bon,en eflcl, non seulement «levant Dieu, mais devant les hommes, que les enfants soient soumis aux parents dans la simplicité cl l’in­ nocence. Il n’est pas convenable d’ailleurs que les enfants sachent plus que leur âge ne le demande. ■ 25, col. 1092 BG. Ainsi, l’épreuve tendait à écarter d’Adam le péril d’un développement prématuré; le devoir était pour lui de ne point convoiter une science qui n’était point encore à sa mesure, mais de se contenter de l’étal de simplicité, de naïveté sincère, de relative ignorance où il sc trouvait. Je dis < relative », car si notre auteur < se le (Adam) représente comme un enfant, c’cst un en­ fant qui a atteint l’âge de raison, capable d'observer le précepte divin et, par suite, responsable de scs actes. ■ A. Slomkowski, op. cit., p. 29. L’étal d'enfance que Théophile prèle à Adam appa­ raît ici comme une explication du précepte de ne pas goûter â l’arbre de la science. L’ignorance relative dont il parle esl l'explication qu’U trouve ù l’innocence pri­ mitive d’Adam. L'a-t-il inventée, représente-t-il une opinion déjà courante? On retrouve cette opinion chez, saint Irénée : peut-être l’évêque de Lyon a-t-il utilisé Théophile. Bien ne prouve la même dépendance chez. Clément d’Alexandrie. A. Slomkowski, p. 30. On peut conjecturer qu'il n’est pas le premier à avoir émis celle hypothèse. 3. La chute el ses ronsttyue/ices. - L'homme n’a pas voulu obéir au précepte divin; c'est de sa déso­ béissance que naissent les travaux, les douleurs, lus misères de la vie et en Un la mort. 25, col. 1092 C. Les souffrances de la femme dans l’enfantement sont un témoignage vivant de la vérité de la Genèse. 23, col. 1089 A. Par sa désobéissance, l’homme s’est surtout attiré la mort. 27, col. 1096. Il a clé chassé du paradis terrestre. 26, col. 1093. Le désordre causé par la faute d'Adam s’étend a la PICT. DE Tlll’-OUCAIHOL. 322 création tout entière; il s’étendrait même aux ani­ maux sauvages dont il aurait modifié la nature. « Bien de mauvais n’a été fait par Dieu. Toutes choses étaient parfaitement bonnes; mais le péché de 1 homme les a viciées. Comme le maître d'une maison, en agissant bien, entraîne nu bien par son exemple ses serviteurs, cl s’il pèche les entraîne dans son péché, ainsi arrivat-il que l’homme, qui était le maître (de la création), en péchant, associa scs serviteurs à sa faute. Mais, lorsque l'homme reviendra, en cessant de pécher, Λ l’idéal de la nature originelle, les animaux reviendront à leur douceur primitive. 17, col. 1080 G. L’homme n'est point, cependant, perdu d'une façon irrémédiable; l’éloignement «lu paradis n’est qu’un exil. 11 prendra fin après la résurrection cl le jugement. Gomme un vase qui a un vice de conformation est brisé, refondu, pour devenir un vase nouveau, parfait, ainsi cn advient-il de l’homme parla mort. Il est cn quelque sorte brisé pour tire trouvé sam â la résurrection, c’est-à-dire pur, juste cl immortel 26, col. 1093 AB. L’homme garde sa liberté : ce qu’il a perdu un Joui par sa négligence cl sa désobéissance. Dieu lui donne, dans sa miséricorde, de le recouvrer, par son obéis­ sance à la Loi, au Jour de la résurrection cn héritant de l’incorruptibilité. 27, col. 1096 A. Conclusion. Il n’y a pas de doute. Théophile est un témoin de la chute el de ses consequences malheu­ reuses pour la race humaine : mort, douleurs, travaux, misères. Le relèvement dépend de la miséricorde de Dieu el de la soumission à sa loi : la mort esl comme le creuset où l’homme brisé est refondu. Est-ce que la solidarité de tous dans la peine entraîne une solidarité de tous dans la faute? cela n’est pas dit expressé­ ment. On pourrail le déduire du fait que c’est de la miséricorde divine que l’on doit attendre désormais le salut, du fait aussi que toute la création est dite avoir péché avec son maître. Théophile, dans son commun taire, reste ordinairement tout près du sens littéral de la Genèse; mais, dans sa conception de l’immortalité comme privilège de la divinité, il est l’écho des idées philosophiques de l’époque. Par sa théorie de l’enfance spirituelle, il estime sans doute donner de l'état «l'in­ nocence el de l'épreuve, tel que la Genèse nous les révèle, la meilleure interprétation. Celle-ci, telle qu'elle est proposée ici, n’est point imposée nécessairement par le texte, ut ne sera point ratifiée par la tradition postérieure. L'a-t-il puisée dans son milieu comme opinion courante? C’est vraisemblable, mais il esl dilllcile de le dire cl de le prouver. Si l’on compare le témoignage de Théophile à celui de Justin et de Tatien, l’on pourra conclure avec A. Slomkowski : « Théophile incarne lu courant positif qui demande au seul récit biblique lu tableau de l’an­ thropologie primitive, comme Justin ut Tatien le cou­ rant philosophique, où lus données scripturaires ne sont guère qu’un thème à des réflexions ou des spécu­ lations d’ordre rationnel. C’est évidemment le premier qui exprime la pensée commune de l'Eglisc; mais un voit que de bonne heure le second n en fut pas exclu. Suivant cette double ligne, avec saint irénée d’une part el les Alexandrins de l’autre, allait respectivement se développer la théologie grecque de l’état primitif (et, pouvons-nous ajouter, particulièrement celle du la chute). » Op. cit., p. 32. H. Les pki mieks développements di la ί ka­ di γιον GRECQUE LN FACE DK IA GNOSE. 1° Irélléc. 2° Les premiers Alexandrins : Clément el Origènc. 3· Méthode d-Olympe /. SAfST ιιιΑχίΐΕ. — 11 n'est point nécessaire d'ana­ lyser ici en détail la doctrine de l'évêque de Lyon sur l’état primitif de l’homme, la chute cl scs consé­ quences pour I huiminilé. Voir l’art. Irénée, col. 24512161 On voudrait simplement caractériser celle T. — X11 — 11 323 PÉCHÉ ORIGINEL. SAINT IRÉNÉE doctrine en dégageant scs traits originaux et en mar­ quant sa place dans le développement de la tradition. En face du gnosticisme qui détruisait l'unité du plan divin et expliquait l’origine du mal par un certain déterminisme natif de l’homme, l’homme d'Église et de tradition que fut le grand évêque de Lyon sut pro­ poser avec clarté la doctrine révélée touchant l’unité de cc plan. Dès les origines, il montre l’action divine des trois personnes de la Ί rinilé s’exerçant à façonner l’homme d’une manière lente et progressive, à l’image de Dieu, cl le faisant ainsi participer aux biens divins, à l’incorruptibilité (αφθαρσία). Mais cette action est contrariée par l’abus de la liberté humaine. La faute d’Adam fait perdre à l’homme son privilège gracieux : l’image et la ressemblance divines. Dieu, cependant, n’abandonne point sa créature et se pré­ pare à la rénover dans l’incarnation, qui récapitule toutes choses et restaure l’homme selon l'image et la ressemblance primitives. Toute la théologie du plan divin du salut s’organise ainsi autour du schéma de la ressemblance divine im­ primée d’abord dans le premier homme, puis perdue par lui, puis retrouvée dans le Christ. Par là, Irénée donne désormais une place organique à la doctrine du péché originel au centre de la synthèse des vérités concernant le salut : les étapes successives de Γhis­ toire religieuse de l’humanité sont aussi nettement des­ sinées : la création de l’homme selon l’image et la res­ semblance divines, la dégradation de l’image par la chute, la rénovation de l’image par la rédemption. L’idée du péché originel va s’éclairer comme chez saint Paul par son contraste avec l’idée de l’état pri­ mitif d’Adam, et celle de la récapitulation dans le nouvel Adam. Ie Raison de la possibilité du péché originel : perfec­ tion relative d’Adam, créé à l'état d'enfance; sa liberté. — Aux gnostiques qui réclament pour les hommes une perfection inamissible par nature, Irénée oppose cet axiome que toute créature, en tant qu’être produit, est nécessairement imparfaite, inférieure et soumise au Créateur. Seul l'être improduit est parfait, incorrup­ tible, immuable. L’homme, s’il est laissé à sa condi­ tion native d’être produit, ne peut être qu’imparfait et mortel, ('ont. hier., Ill, xx, 1, P. G., col. 942-943. Saint Irénée développe avec profondeur cette thèse classique en philosophie, trouvée déjà chez Talien. Entre Dieu et l’homme, laisse-t-il entendre, IV, xxxvni, 1-3, col. 1105-1108, la distance est infinie; c'est toute la distance qui sépare l’être non produit des créatures : toute créature commence par un état d’enfance, d’inexpérience, d’inexcrcice à l’égard de la perfection. Malgré l’infinie distance qui le sépare de sa créature, le Père, cependant, a voulu communiquer gratuitement au premier homme, par son action com­ mune avec le Fils et l’Esprit-Saint. le don divin de I incorruptibilité. Mais il l’a fait en s'accommodant à la faiblesse d’un être qui vient d’etre produit : « Ainsi Dieu aurait pu, dès l’origine, donner à l'homme la per­ fection; mais l'homme nouvellement créé n’était pas de force n la recevoir. Et c’est pourquoi le Fils de Dieu qui était parfait, s’est fait petit enfant avec l’homme (au paradis); cette petitesse n’était point l’elTel de sa nature, mais de ce qu’il voulait être saisi par l’homme, selon que l’homme voulait le saisir... C’est donc par cette éducation que l’homme produit et créé se con­ forme peu a peu a l'image et à la ressemblance de Dieu non produit; le Père se complaît et ordonne, le Fils opère et crée, l’Esprit nourrit et accroît, et l'homme, doucement, progresse et monte vers la per­ fection, c’est-à-dire se rapproche du Dieu non pro­ duit; car celui qui n’est pas produit est parfait et celuilà c’est Dieu. Et il fallait que l’homme d’abord fût créé, puis qu’il grandit, puis qu’il devint homme, puis 324 qu’il sc multipliât, puis qu’il prit des forces, puisqu’il parvint à la gloire, et que, parvenu à la gloire, il vit son maître. Car c’est Dieu qu'il faut voir, et la vue de Dieu rend incorruptible et l’incorruptibilité fait qu'on est tout près de Dieu. » Col. 1108. A l’htfmmc, il appartenait de se prêter librement, par sa soumission au Créateur, à la loi de la transfor­ mation progressive de son être créé à la ressemblance avec Dieu. Dieu avait doté pour cela le premier homme d’une perfection relative, celle qui convenait à celui qui faisait les premiers pas dans la vie surna­ turelle où entrait l’humanité. Créé à l’image et à la ressemblance divines, il pusse dait · la sainteté qui provient de l’Esprit ». III, χχιπ,ό, col. 963. Il avait en lui la « vie », non seulement la vie du corps, mais la v ie de l'âme, le germe et les espéran­ ces d’une vie immortelle et incorruptible. Cf. art. Intxéi·., col. 2456; A. Slomkovvski, op. cit., p. 38. Créé dans un certain état d’enfance spirituelle cl corporelle, il avait les sentiments d’un enfant : aussi le Verbe, au paradis terrestre, s’accordait-il à sa faiblesse dans scs révélations : < Tandis que les cires qui de­ vaient le servir étaient dans toute leur force, le maître c’est-à-dire l’homme, était encore petit; c’était un enfant qui devait naturellement grandir pour atteindre sa perfection. Pour qu’il pût vivre et croître dans la joie. Dieu lui avait préparé la meilleure contrée du monde, le paradis. Le Verbe de Dieu s’y rendait tous les jours, s’entretenant avec l’homme des choses de l’avenir et s’appliquant avant tout à lui faire com­ prendre qu’il habiterait et s’entretiendrait avec lui cl qu’il demeurerait avec lui pour lui enseigner la justice. Mais l’homme était un enfant; il n’avait pas le parfait usage de scs facultés, aussi fut-il facilement trompé par le séducteur. » Démonstration de la prédication apostolique, 12, P. Ο., I. xn, p. 762. Adam et Èvc possédaient aussi l’innocence : « Étant nus, ils ne rougissaient pas et n’avaient que des pensées pures comme celles des enfants... C’est alors qu’ils gardaient l'intégrité de leur nature; car cc qui leur avait été insufflé au moment de la création était un souille de vie. Or, tant que ce souille conser­ vait son intensité et sa force, il mettait leur pensée et leur esprit à l’abri du mal. » Ibid., 14, p. 763. Ici, la cause de l’innocence semble être l’intensité encore puissante du souille de vie, tandis que dans le G’o/d. lurr., l’éveil de la concupiscence coïncide chez Adam avec la perte de scs sentiments d’enfant. « Quoi qu’il en soit de ces deux explications, entre lesquelles Irénée nous laisse le choix, il n’est pas douteux que, pour lui, l’innocence ne soit entrée, comme le rap­ porte la Genèse, dans les privilèges du premier homme. » Slomkovvski, p. 40. Ainsi Adam et Èvc participaient à une vie divine et humaine au paradis; mais, parce que créés, ils ne pou­ vaient prétendre posséder ccs biens par nature et donc définitivement. Dieu restait le maître de scs dons; il en remit la possession définitive entre les mains de ce libre arbitre dont il avait doté l’homme. A celui-ci, par sa soumission à la loi divine, de rendre définitive la possession de ces biens ou de les perdre par sa déso­ béissance. Il appartenait à l’être improduit d’alliriner ainsi sa maîtrise par un précepte; il cou venait à l’être créé de se souvenir de son infirmité native et de recon­ naître les limites de sa liberté pur son obéissance. Démons! , 15, p. 763 sq. 2 La faute originelle dans \darn. Elle est née de la tentation du séducteur Satan qui s’était blotti dans le serpent; l’homme succomba facilement en raison de son inexpérience. : Ce fut un égarement qui consista en une désobéissance. » Démons!., 16, p. 764. Celte faute entraîna pour Adam et pour Èvc de péni1 bb S conséquences. Cc sont les châtiments décrits par 325 PÉCHÉ ORIGINEL. SAINT IRÉNÉE la Genèse et par saint Paul; Irénée les rappelle, Démonst., 17, p. 764, cl Cent, hire., HI, xxin, 1-5, col. 960-965. H précise : Adam a perdu la robe de sainteté qu’il avait reçue de l'Espril. Ibid., col. 963 C. Après leur péché, Adam et ÊVe ne possèdent plus l’in­ nocence : serait-cc parce que, devenus grands, réveil de la concupiscence fut chez eux la conséquence de la perte de. leurs sentiments d’enfants, ou serait-ce parce que la vigueur du < souille de vie qui mettait leur pensée et leur esprit à l’abri du mal » avait perdu son intensité et sa force? Irénée propose tour à tour ccs deux explications. Il reste qu’Adam et Èvc perdirent et l’innocence et la « vie » du corps et de l’âme, qu'ils tenaient du souille de vie : Explosa est pristina vita, quoniam non per Spiritum sed per afflatum fuerat data. V, xn, I, col. 1152. Perdirent-ils, avec l’image et la ressemblance de Dieu, avec le bonheur ici-bas et l’incorruptibilité, le Saint-Esprit? On serait tenté de le conclure de cc fait qu’lrénéc met un rapport intime entre l’état du chré­ tien et celui d’Adam : nous recevons dans le Christ cc que nous avons perdu en Adam; or, le chrétien possède PEsprit; donc, pouvons-nous logiquement conclure : Adam possédait l’Esprit-Saint. Il y a de plus que, pour Irénée, le Père a créé l’homme à son image et à sa ressemblance par scs deux mains : le Verbe et l'Esprit; qu’Adam tenait aussi sa sainteté de PEsprit. L’Esprit-Saint n’a donc point été étranger au fait de la production de l’état privilégie du premier homme. Tatien, d’ailleurs, avant saint Irénée, avait ailirmé que le péché d’Adam avait mis en fuite l'Es­ prit-Saint. On comprend que, pour toutes ces raisons, A. d’Alès, La doctrine de ΓEsprit dans Irénée, dans Hecherches de science religieuse, 1921, p. 512-51 I, et F. Vernet, art. cit., col. 2157, comptent la perte de l’Esprit-Saint parmi les conséquences attachées par Irénée au péché originel. Mais il y a une objection : ce sont les passages où Irénée. malgré les ressemblances profondes qu’il re­ connaît entre la < vie > d’Adam et celle du chrétien, marque des différences. A. Slomkowski a relevé ccs différences : Irénée, dit-il, n’attribue pas à nos pre­ miers parents tous les dons spirituels du chrétien, et c'est â scs yeux Γ Écriture elle-même qui s’oppose à cette complète identification. Le contraste (pic saint Paul établit entre les deux Adams est pour lui décisif. Car la « vie » fut donnée au premier homme par le souille divin, tandis quaprès l’avènement du Christ, c’est PEsprit de Dieu qui la produit. Et c’est précisé­ ment cette différence d’origine qui fut la cause de sa perte : Explosa est pristina vita, quoniam non per Spiritum, sed per afflatum fuerat data. · Car, expliquet-il, autre chose est le souille de vie qui fait l’homme animal, autre est PEsprit vivifiant qui le fait spiri­ tuel. · Cont. hier.. \ . \n. 2. col. 1152. De celte distinction, Irénée trouve un confirmatur dans Isaïe (xi.ii, 5; lvii, 16) qu’il commente en ces termes : « Ainsi, le souille est temporel, PEsprit étemel. Et le souille, après avoir vite grandi et duré quelque temps, s’en va, laissant inanimé celui auquel il appar­ tenait; mais PEsprit, après avoir enveloppé l’homme par le dedans et par le dehors, persévère toujours et ne l’abandonne jamais. Seulement l’être spirituel n’ap­ paraît point d’abord, dit l’Apôtre, mais d’abord l’ani­ mal, et puis le spirituel. I Cor., xv, 15. C'est naturel, il fallait d’abord que le corps de l’homme fût formé et qu’une fois formé, il reçut une âme; après quoi il recevrait participation à PEsprit. C'est pourquoi le premier Adam fut fait par le Seigneur âme vivante, le second Adam, esprit vivifiant. I Cor., xv, 15. Celui donc qui avait été fait âme vivante, ayant incliné au mal, perdit la vie; mais, en faisant retour au bien, il .acquerra PEsprit vivifiant et obtiendra la vie. » Ibid., 326 col. 1152-1153. · Ces passages, conclut A. Slomkowski, marquent visiblement une difference entre l'état d’Adam et celui que l'homme possède grâce â la ré­ demption. Ici et là, l'homme possède la « vie »; elle est commune à Adam et au chrétien. Cc qui diffère, c’est le mode suivant lequel cette « vie » est donnée. Dans le premier cas, elle est duc au souille », et c'est pourquoi elle est si fragile; dans le second cas, c'est (’Esprit qui en est la source. » Op. cil., p. 42. <)n retrouvera le mime sens dans un passage déjà cité. Démorut., 1 I, p. 763, où il est question du souille de vie (fui, « tant qu'il conserve son intensité cl sa force, met la pensée d’Adam à l’abri du mal ». De même, dans le passage suivant : · Son plan sur l’humanité par rapport au Fils de Dieu, le Verbe Pavait préformé en lui-même, préformant d’abord l'homme animal pour qu’il fût sauvé par le spirituel. » Cont. her., Ill, χχπ, 3, col. 958. Dans cctlc perspective, il serait difficile d’accorder, d’après Irénée, aux premiers parents, toute la perfection du chrétien. Sans doute, comme nous ils avalent la · vie » du corps et celle de Pâme. « Mais cc qui les distingue de nous, c’est la manière dont celle vie leur fut donnée. Substantiellement identique au nôtre, leur état spirituel en reste loin par la moindre perfection de son origine et la fragilité de son exis­ tence. Cc qui sauvegarde tout à la fols la continuité de l’économie divine et la supreme excellence de la rédemption. » Slomkowski, p. 45. Si ces conclusions sont justes, on peut dire que, pour Irénée, Adam, par le fait de l’action commune aux trois personnes, possédait bien en lui la source du courant spirituel que le Christ a rouvert pour l'huma­ nité. 11 avait en lui le germe de la vie incorruptible, la sainteté qu’il tenait de PEsprit; il ne possédait pas encore à demeure 1 Esprit d’adoption, quoi qu'il fût formé à P image et à la ressemblance divine avec la coopération de cet Esprit. Il tenait sa < vie » du souille de vie De là le caractère précaire de celle-ci. Par sa faute, il a perdu cette vie divine; ri a échappé pour un temps aux mains de Dieu; mais ccs mains Font vite ressaisi. Irénée nous le montre, dès le lendemain de sa faute, dans l'esprit de pénitence et de crainte de Dieu avec le souci de réfréner les mouvements impétueux de la concupiscence. Dieu, dans sa miséricorde et sa puissance, a eu pitié de lui; il a maudit surtout la terre cl le serpent séducteur cl il lui a donné le salut. La mort n fait cesser pour Adam les misères terrestres et l’a fait vivre pour Dieu. Cont. hœr., III, xxni, 7, col. 964. Cc n’est donc pas dans Adam que l’action du SaintEsprit s'est manifestée avec le plus d’éclat, c’est dans l’incarnation. C'est alors que l’Esprit a enveloppé l’homme par le dedans et par le dehors pour ne l’aban­ donner plus ». Dieu a fait le second Adam esprit vivi­ fiant. créateur de l’homme parfait, spirituel. Ainsi « le premier édifice que le péché avait renversé est relevé plus noblement; l’humanité progresse et par degrés monte vers Dieu ». J. Lebreton, Histoire du dogme de la Trinité, 6· éd., t u, p. 604. 3° Le péché originel dans l'humanité. — Irénée affirme nettement que tous nous avons péché en Adam, que tous nous avons perdu l'image et la res­ semblance divine avec lui. Nous formons ainsi une unité mystique avec nos premiers parents dans la dé­ chéance, comme nous formons une unité mystique avec le Christ pour le salut. L .Vous avons tous péché en Adam. — Ce n’est pas sans raison que saint Augustin, Cont. Julian., 1. I, c. m, P. L., t. xi iv. col. 644, et Bossuet, Défense de la tradition et des saints Pères, II· part., I VIH, c. xxixxii, Œuvres, édit. Lâchât, t. iv, Paris, 1862, p. 307309, en ont appelé au témoignage d’Irénée pour dé­ fendre lu doctrine du péché originel; cf. art. ΙκέΝ'έκ, 327 PÉCHÉ ORIGINEL. SAINT I RÉNÉE col. 2158. Il est un parfait interprète de la doctrine paulinienne, d'après laquelle le péché d’Adam nous a tous constitués pécheurs. Sans donner un commentaire littéral du c. v de l’épître aux Humains, Irénée s’en inspire dans de nombreux textes où, par contraste, il parle de la restauration de l’humanité dans le Christ. C’est bien un écho de Horn., v, 19, que I on entend Cont. hier., V, xvi, 3, col. 1168 : « Nous avons offensé Dieu dans le premier Adam en transgressant son pré­ cepte; mais nous avons été réconciliés avec lui dans le second Adam, parce que nous avons obéi jusqu’à la mort. Nous n’étions débiteurs a l’égard d’aucun autre, sinon à l’égard de celui dont nous avons transgressé le précepte au commencement. » Meme idée exprimée d’une façon concise dans cette formule : Percussus est homo initio in Adam inobediens. V, xxxiv, 2, col. 1216. C’est presque mol à mol le texte de Horn., v. 19, que nous lisons, III, xvm, 7, col. 938. Ainsi, pour Irénée, formons nous une unité mystique en Adam comme en Jésus-Christ : en Adam elle nous fait solidaires de sa désobéissance, dans le Christ elle nous rend solidaires de sa Justice. Par là nous participons a la culpabilité et à la peine de notre premier père : < Le Verbe s’est fait chair, a tin de détruire la mort cl de rendre la vie à l’homme. Car (avant lui> nous étions dans tes tiens du péché, devant naître coupables et sujets à la mort. » Dém., 37, p. 775. Aussi l’humanité tout entière, qui est enveloppée dans la transgression primitive, a-t-elle besoin à tous les âges, même chez, les enfants, de la purification du baptême. Cont. hier., IL xxn, 1, col. 781; V. xv, 3, co). 1 IGG. Irénée affirme le fait de notre solidarité dans la faute originelle sans sc préoccuper de savoir comment nous sommes ainsi enveloppés en Adam pécheur. Il lui suffit de tenir de saint Paul le fait de notre unité mystique dans Adam et dans le Christ. 2. Tous nous avons perdu en Adam et avec lui ce que nous avons retrouvé surabondamment dans le Christ. — La solidarité dans la faute avec Adam entraîne pour tous les descendants de celui-ci la solidarité dans le châtiment. En écrivant : < Ce que nous avons perdu en Adam, à savoir l’image et la ressemblance de Dieu, nous l’avons recouvré dans le Christ-Jésus », III, xvm, 1, col. 932, l'évêque de Lyon nous laisse entendre que le bilan de nos perles s’établit d’après les biens que comportaient l’image et la ressemblance divines en Adam et qui nous ont été restitués dans le Christ. Le bilan de notre déchéance est le même que celui d’Adam : perle de la vie divine (αφθαρσία) de l’âme et du corps, perle de la sainteté, de l’innocence, incli­ nation à la concupiscence, captivité du démon, des- 1 truction de cette vie dont l’intensité et la force venaient du souille divin et mettait notre premier père à l'abri du mal, etc... L’homme faisait ainsi l'expérience de l'infirmité, de la misère native et de la mortalité de sa nature, et apprenait à regarder comme un don divin l'immorta­ lité qui lui avait été proposée à l’origine. Ill, xx, 1, col. 942-913. Mais là ne s’arrêtait point le plan divin. | Heureusement, les descendants d'Adam, comme leur premier père, ont gardé la liberté de choisir entre le bien et le mal. IV, xxxvii, 1-7, col. 1099 sq. Dieu a eu j pitié de l'humanité blessée, tombée entre les mains des voleurs, et lui a donné l'assistance du Fils et de ('Esprit pour l’aider à produire encore des fruits, ill, XVil, 3, col. 930. Ainsi sc révèle à l’égard de l'huma- l nité déchue, même avant le Christ, la patience, la bonté, la miséricorde, la puissance de salut du Père, comme sc révèle la valeur d’un médecin dans les soins qu’il donne à son malade. Ill, xx, col. 912-915. Les mains divines n’ont jamais totalement aban­ donné les descendants d’Adam. Par le Verbe qui 328 s’habituait à descendre vers l’homme, par l’Esprit prophétique, le Père préparait progressivement, à tra­ vers les siècles, l’achèvement de son œuvre. Cf. IV, xxxviii, 4, col. 1109. La bonté de Dieu triomphe C'est pourquoi, à la lin des temps, non par une volonté de la chair, non par une volonté de l’homme, mais par la bienveillance du Père, ccs mains ont amené à sa perfection l’homme vivant, afin qu’Adam fût bien à l’image et à la ressemblance de Dieu. > V. ï, 3, col. 1123. C’est là le triomphe du plan divin sur le péché d’Adam. Le Verbe rédempteur, en répandant l’Esprit dans les âmes, rouvre plus largement, plus profondé­ ment, d’une façon définitive et stable, le courant de vie divine dont il avait placé la source en Adam. .Malgré le retard du péché, le plan divin aboutit : « d’abord faire des hommes, puis les transformer lente­ ment à la ressemblance de Dieu pour en faire des dieux ». IV. xxxvm, 4, col. 1109. Conclusion. Saint Irénée a dit de la tradition vivante : Comme un dépôt excellent en un vase de prix, elle rajeunit sans cesse et elle renouvelle la jeu­ nesse du vase qui la contient. » III, xxiv, 1, col. 966. Ces paroles sont particulièrement vraies de sa doc­ trine du pèche originel 11 nous livre en celle-ci le dépôt excellent qu'il a reçu : le mal ne vient pas de Dieu,, mais de l’homme qui n’a pas su sc tenir à l’égard de son maître dans l’état de soumission convenable; aussi a-t-il été réduit à son infirmité native d’etre créé; le rejaillissement de la faute et de la peine d’Adam sur toute sa race s’éclaire du rejaillissement plus grand encore de la grâce et de la vie du second Adam sur ses frères. Mais, comme un dépôt excellent dans un vase de prix, cette doctrine ancienne rajeunit en passant par l’âme d'irénée. Vivante, elle s'assimile les vérités ambiantes sur la nécessaire distance du produit par rapport a l’improduit, sur l’état d’imper­ fection relative, d’inexpérience de la créature qui commence, sur la nécessité d’une communication gra­ cieuse du bien divin de ΡίφΟαρσΙα pour que l’homme s'achemine lentement vers la perfect ion. Féconde parco que vivante, elle rayonnera dans l’avenir, (’.elle admi­ rable synthèse, où l’évêque de Lyon nous montre Dieu mettant sa gloire à élever par degrés l’homme faible et imparfait, « éveillera dans toute la théologie grecque un écho prolongé: « du péché originel; il pense encore ici aux péchés personnels. Il précise le sens des «leux a) Sur l’origine de la déchéance humaine, Origène expressions multi ct peccatores. L’Apôtre dit : multi, et avait d’abord professé qu'elle s’était produite dans non pas omnes; il ne dit pas < tous » ont péché, mais le monde transcendant. C'est le péché commis par les seulement * beaucoup - ont été constitués pécheurs. esprits dans cc monde qui expliquerait leur chute dans des corps mortels. Les esprits «pii ont failli deviennent Autre chose, en clfet, est pécher quelquefois, autre des Ames et revêtent un corps misérable. De print.. Il, chose est être pécheur : Peccator dicitur is qui mulla delinquendo in consuetudinem, et ut ita dicam, in stu­ ix, 6, l. xt, col. 230. Ainsi, la lutte s'exerçant dans un dium peccandi jam venit. Ibid., v, 4, coi. 1030 C. On monde transcendant serait l'explication non seulement du mal moral, mais de toutes les vanités qu’on ren­ peut dire, eri un sens, que tous ont péché, même les saints, mais tous ne sont pas pécheurs. contre chez les hommes. On remarquera avec quelles précautions cette hypothèse est proposée dans le com­ En somme, l'exégèse d’Origène louchant le passage mentaire de l’épître aux Homains. Videsne ut a pec­ classique de l'épître aux Homains, v, 12-19, est loin cato nullum Paulus excuset? licet ubi, quando, aut quo­ d’etre exhaustive : il a bien rattaché l’universalité de modo ab unoquoque similitudo ista praevaricationis la mort à Adam; il a bien vu que tous sont morts en admissa sit, tutum non crediderit apertum proloqui. lui : il a moins nettement perçu que la solidarité de v, 2, t. xiv, coi. 1025 A. Nous avons cité plus haut le tous dans la peine du premier père entraînait une mot sur la manière inénarrable ct connue de Dieu seul solidarité dans la faute. dont chacun de nous a été banni du paradis. Ci-dessus, c. - Origène, appuyé sur P Écriture et sur l'usage col. 331. Comparer encore le suivant : Sed ct illud apud ecclésiastique de baptiser tes en/unis, enseigne que tous lemetipsum pertracta unde in hunc mundum introivit les hommes sont pécheurs, même Reniant d'un jour, et ont besoin du baptême. -Conséquemment à la déviation , peccatum, aut ubi erat priusquam huc introiret, aut si morale d’Adam, tous ceux qui vinrent après lui dé­ omnino erat. Ibid., v, 1, coi. 1011 A. b) Plus souvent il explique celte déchéance par vièrent à leur tour, declinaverunt, ct devinrent inutiles l’union de l'âme avec le corps. avec lui. In Rom., m, 3, col. 933. Il s'agit là sans Il remarque «pie le mot βύπος du livre de Job désigne doute d’une déviation par l'exemple suivi. Ibid., v, 1, non pas un péché proprement dit, mais généralement col. 1017. une souillure. In Luc., hom. xiv, l. xm, col. 1834. Comme preuve de celte déchéance morale univer­ selle, en dehors du texte : omnes declinaverunt, simul j Or. il est certain que toute âme, par le fait seul qu'elle inutiles facti sunt, Korn., ni, 12, cité col. 933. Origène . s’unit à un corps, ct dans cette union même contracte invoque souvent le texte de Job, xiv, 4-5, d’après les ' une souillure. Cf. In Lev., vin, 3, t. xn, col. 495; In Luc., loc cit.; dont. Cels., Vil, 50, t. xi, col. 1493. Tout Septante; celui du psaume i. : et in peccatis concepit me mater mea; la prescription du Lévilique, xti, 8, j enfant apporte donc cn naissant cette souillure et c’est cn elle qu’Origènc est disposé à voir le péché d’origine qui ordonne d'offrir un sacri lice pour le nouveau-né, Tixcront, Histoire des dogmes, t. i, p. 292. enfin l’usage du baptême des enfants. 11 veut par la On pourrait, dans le même sens d’une souillure établir clairement, cn dehors de l’existence d’une uni­ contractée par le seul contact de l’âme avec le corps, verselle déchéance volontaire, celle d’une souillure expliquer le sens de Horn., v, 1 I, donné par Origène : congénitale de l'enfant. On lit dans l’hom. vni,3,sur le Lévilique, «pie < seuls J habere in semetipsis similitudinem praevaricationis ejus (Adami) non solum ex semine, sed ex institutione sus­ les pécheurs se réjouissent au souvenir de leur nais­ ceptam. T xiv, col. 1018 B. sance..., qu'un saint comme David déclare qu’il a été c) Peut-être à celle raison platonicienne du contact conçu dans l'iniquité, montrant ainsi que toute âme qui naît dans la chair est souillée d’une tache d'ini­ de l’amc avec le corps, Origène veut-il en ajouter une plus scripturaire < quand il remarque «pi’Adam n’ayant quité et de péché. C'est pourquoi il est dit : personne commencé â engendrer qu’après son péché, notre corps n'est exempt «le souillure, pas même l’enfant d’un par lui-même est un corps de péché ». Tixcront, ibid., Jour. On peut ajouter ceci qui explique pourquoi p. 293. In Rom., v, 9, col. 1047. Si l’on rapproche I Église, qui donne le baptême pour la rémission des péchés, le donne aussi aux enfants. Car si les enfants , celte affirmation de celle où Origène déclare que tous les hommes se trouvent contenus dans les lianes n'avalent pas besoin de rémission, et d’indulgence, le d’Adam, ont tous été avec lui ct en lui expulsés du bienfait du baptême leur serait inutile. » T. xn.col. 494195. Voir aussi In Lev., hom. xii, 4, col. 539, où Ori­ paradis terrestre, et subissent par le fait toutes les gène explique à sa manière la nature de cette souil­ suites du péché d’Adam, on conclura que cette théolure : Hoc ipso quod in vulva matris est positus, ct quod I rie, qui explique la souillure congénitale à chaque 337 PÉCHÉ 0 H IG I NEL. ORIGÈNE homme par le fait que son Ame est unie à un corps souillé, reçu d'Adam pécheur, nous oriente dans le sens de l’explication augustinienne de la transmission de la faute originelle. On a pu dire, en fait, de ccs pas­ sages, qu'ils sont comme une anticipation de la théorie de saint Augustin. C. Vcrfaillic, La doctrine de la jus­ tification dans Origine, Strasbourg, 1926, p. 29. l£n envisageant surtout ces derniers textes, Tixc­ ront a justement apprécié la doctrine d’Origène en ccs ternies : - Origène nous présenterait dans ce cas une théorie bien près d’etre suffisante du péché originel : il en fournit en toute hypothèse les éléments, quoiqu'il ne les ail pas assez rapprochés, ni lies ensemble * Op cil., p. 293. 3. Les conséquences générales du péché d origine. En dehors de la loi de mort et de la souillure native, commune à tous, la prévarication d’Adam entraîne une culpabilité générale : celle-ci est le fruit du mau­ vais exemple, du démon el de la conctqiisccncc. Elle n’annihile point cependant la liberté ct l’intelligence, qui subsiste dans le monde déchu, cl ne détruit point complètement l’œuvre de la grâce divine. a) Influences mauvaises (pu ont envahi l'humanité. C’est d’abord l’exemple funeste d'Adam qui directe­ ment, par lui-même, ou indirectement, par les géné­ rations perverses qu'il constitue, cl qui deviennent à leur tour maîtresses de mal et d’erreur, entraîne l'humanité au péché. In Rom., v, 4 et 9. passim. C’est la suggestion du démon qui continue à séduire l’humanité et â étendre sa domination sur le corps dont il est la tête, sur l’humanité entière â mesure que s’y multiplicnt les péchés. Ibid., v, 8, col. 1042, et v, 9, col. 1045. Cf. .1. Rivière, Le dogme de la rédemp­ tion. Essai d'étude historique, Paris, 1905, p. 377-381. C’est la concupiscence qui a son siège dans la chair ct lutte contre la raison. Origène sait distinguer en elle ce par quoi elle est un appétit naturel,<|ui peut cire satisfait dans les limites permises, el ce par quoi elle devient un danger de pécher, pour ceux qui se laissent entraîner â la satisfaire au delà de ces bornes. Natu­ rales appetentias ha bel caro cibi ct potus, quœ intra certas mensuras su/pdentiœ continentur ; quas si quis excedat, persuasione peccati, jam non cibum caro sed luxuriam deposcit. Similimodo inest carni incitamentum natu­ rale, quo misceri /cminiv causa rcparandic successionis exposcat ; sed, si ex hac occasione, persuadente peccato, declinetur a lege, rt naturalis libidinis motus ad illicita concitentur, peccato vivit qui in his singulis non Dei lege sed peccati persuasionibus paret. In Rom., v, 7, CO1. 1035. Dans la lutte intérieure décrite en termes si tra­ giques par Γ Apôtre, Boni., vu. 1 1, Origène voit l’état de l'homme, habitué au péché (consuetudinem peccandi peccatum nominavit) au seuil de sa conversion. C’est l’infirmité de ceux qui, au début d’une conversion, veulent faire tout ce qui est bien, mais ne peuvent le réaliser tout de suite. Il y faut le travail, l’effort, les veilles, le savoir. Il y faut le temps. Ibid., vi, 9, col. 1088. C'est surtout de ces Ames encore fragiles que saint Paul décrit les combats douloureux, el les dé­ faites faciles devant la séduction de la concupiscence. C’est en pensant à ccs Ames faibles que saint Paul s’écrie : - Malheureux homme que je suis; qui me déli­ vrera île cc corps de mort? · Origène ne veut pas que saint Paul dise de lui même : Ego ipse mente servio legi Dei, carne autem legi peccati, comme si la tyrannie de la chair était telle que l'Apôtre ne puisse s’y soustraire. Il aime mieux penser que Paul tient ici la place de l’âme au commencement de sa conversion. En commentant la phrase: Nihil ergo nunc dam­ nationis ext his qui in Christo sunt Jesu, il insiste sur ce fait que le converti ne s’élève qu’avec une collaboration el un effort constant à l’état de 338 complète soumission de la chair à l’esprit. Ibid., vi, 11, col. 1092. 11 y a, dans toutes ccs pages, de fines remarques psychologiques, une pédagogie vraie, bien adaptée à l'éducation de la concupiscence, mais il faut avouer que cela ne cadre pas de tout point avec la description de la lutte tragique de l'homme «vendu au péché», tel que le voit saint Paul. Sous le coup de ces influences mauvaises Innées, l’homme commet jour­ nellement le mal; tous tombent sous le péché, même les saints, meme les justes, le Christ excepté. Cont. Cels., 111, 69, t. xi, col. 1009, et 62, col. 1001 ; in Rom., i, I. I. xiv. col. 840. b) Persévérance des forces du libre arbitre et de Γin­ telligence dans l'homme déchu. — Origène en avait affirmé le principe : < Les puissances ennemies peuvent chercher à nous accabler sons le péché, nous ne som­ mes jamais nécessités soit an bien soit au mal. Les puissances supérieures peuvent nous pousser les unes au vice, les autres à la vertu, mais elles ne sauraient nous contraindre. ■ De prine., 1, prœf.,5, t. xi, col. 118. Il le maintient el le démontre dans son commen­ taire de l’épllrc aux Romains. L homme déchu reste libre de résister aux convoitises du cœur et aux puis­ sances du démon. Si des influences mauvaises s’exer­ cent sur sa volonté, de bonnes influences aussi, celles de Dieu ct des anges, la pénètrent. Dans tous les cas, l’Ainc reste libre; ce n’est ni par force, ni par nécessité que l’âme agit. In Rom., i, 17. I. xiv, col. 866. C’est l’âme libre qui sc réduit cn servitude par le péché. Ibid., v, 3, col. 1026. Elle peut, même chez les païens, sc faire une vie honnête dans l’ensemble, ix, 21. col. 1225. · Il lui répugne souverainement d'admettre que. sous la loi naturelle ou mosaïque, personne n'ait jamais accompli une œuvre bonne. Il n'en est pas un qui fasse le bien, a dit I Apôtre (Rom., in, 12). Gravis sententia, re­ marque Origène; elle lui parait en effet tellement grave qu’il éprouve le besoin de l'interpréter dans un sens moins absolu. » C. Vcrfaillic, op. cit., p. 38. H admet meme que ces œuvres (des juifs ou des païens) qui seront portées au tribunal du Christ au­ ront, selon le cas, leur récompense aussi bien que leur châtiment, encore que la récompense ne puisse vire la vie éternelle réservée aux seuls croyants baptisés. In Rom., ni, 7, col. 888-889. En fait, nous l’avons vu, la volonté de celui qui sc convertit est faible,cl tous leshommes succombent plus ou moins au péché. Le païen, parles forces naturelles de son intelligence, peut savoir de Dieu cc qui peut en être connu par le moyen des créatures et. de ce fail, il peut être jugé d’après celte connaissance. Ibid., i. 16-17, col. 863-864. 11 reçoit par IA une règle de vie, ct des mouvements vers le bien, in, 6. col. 938. Tout en reconnaissant que certains hommes se sont élevés à la connaissance de la paternité ct de la souve­ raineté de Dieu, In Gen., hom. vu, 2, t. xn, col. 196197, il ne nie point les faiblesses et les erreurs des philosophes et déclare que la « nature humaine ne peut trouver Dieu sans mélange d’erreur, καΟαρώς ». Cont. Cels., VH, 12. I. xi. col. 1481. Les hommes ont besoin du magistère de celui qui a dit : · Je suis la vérité ». 7/1 Matth., torn, xn, 40, t. xm, col. 1077. c) L'aide divine à la nature déchue. — Les puissances d’oppression de l’humanité : démon, concupiscence, mauvais exemples du péché, n’ont été complètement brisées que par l’économie rédemptrice. Dieu, cepen­ dant. n a pas laissé sans secours les gentils ct les juifs. Aux premiers il a donné la loi naturelle, aux seconds la loi révélée. La loi naturelle, sans doute, ne donne qu’une justice humaine, In Rom., m, 7, t. xiv, col. 944; elle est sans valeur par rapport à la manifestation de la justice de Dieu, ibid , cependant, elle crée cn nous des aptitudes 339 PÉCHÉ ORIGINEL. MÉTHODE D’OLYMPE que le christianisme vient féconder». C. Verfall!ie,p. 45. Elle fait les gentils capables d’être jugés. Origine reconnaît à la loi mosaïque non seulement un rôle préparatoire à ΓÉvangile, mais une certaine valeur pour le salut des Juifs : Per legem enim purifi­ catio peccatorum carpit aperiri et ex aliqua parte tyrannidi ejus obsisti. In Horn., v, 1, col. 1017 C. Origine ne veut point certes nier par là que la grâce, départie â l’humanité déchue, dérive de la rédemption du Christ; cf. ibid., v, 10, col. 1053. La valeur de la Loi, a scs yeux, n’est que relative, imparfaite, provi­ soire. L'expérience l’a révélée impuissante â résister à la domination du péché; les prophètes n’ont pu qu’ap­ peler au secours le Rédempteur : Quoniam tanta ejus (peccati) erat dominatio quiv vires Legis excederet, mit­ tuntur tn auxilium Legis prophetic. Sed et ipsi pervi­ dentes supra vires suas esse tyranni potentiam, adventum ipsius regis exorant, v, I. coi. 1017. Seul le Christ a pu briser les puissances de mort qui pesaient sur l’humanité depuis le péché d’Adam : dé­ mon, péché, mort de l’âme et du corps; il a répandu dans les âmes les forces del’Esprit, capables de remé­ dier â la fragilité humaine ct de donner la véritable vie. lui puissance de rayonnement de la rédemption l’emporte sur celle du péché : dans les deux cas, la liberté humaine, loin d’être méconnue, intervient. /Ad/., v, 2, col l<»211026. En résume, la doctrine d’Origêne sur le péché d’ori­ gine oflre bien des cléments conformes à la doctrine paulinienne ct a la pensée commune de l’Église. Il enseigne clairement l’existence d’une souillure origi­ nelle ct la nécessité du baptême pour l’cflaccr. Si les explications qu’il donne de cette souillure ne sont pas toujours conformes à la tradition, c’est qu’a lors, sous prétexte d’approfondissement du dogme ct par ma­ nière d’hypothèse, il donne trop de confiance à Platon ou à Plolin, et confond leur théorie de la descente des âmes dans la nature corruptrice avec l’idée chrétienne de la solidarité de tous en Adam pécheur, ou du moins propose timidement d’expliquer celle-ci par celle-là. Ce qu’il veut surtout, c’est repousser l’erreur des hérétiques qui imputent l’iniquité au Très-Haut ct l’accusent d’injustice. Pour cela, il en appelle à toutes scs lumières : à celle de Platon qui admettait une chute universelle, aussi bien qu’à saint Paul ct à Moïse. Sans doute, il n’a pu réussir à les réduire à l’unité : < Ici, c'cst lu doctrine chrétienne que l’auteur prend comme base de son enseignement; là, la théorie philosophique dont il emprunte les éléments aux écoles grecques ct qu’il s'efforce de construire sur le fondement du dogme chrétien. > Frcppel, Origine, l. i, 1868, p. 111. N’ou­ blions pas que ce qu’il estimait le plus dans sa pensée c’était la doctrine chrétienne ». La tradition posté­ rieure saura garder ct développer cette doctrine, et laissera tomber les éléments caducs que le grand Alexandrin \ mêlait. tti. SAtxr mAthodb d'oltmpe (t 311-312). — Cet évêque eut a prendre deux fois, vers la lin du m· siècle, la défense de la doctrine traditionnelle de l’Église sur l’origine du mal moral : contre les spécu­ lations hasardeuses du gnosticisme Valentinien et contre celles d’Origêne. Contre Valentin, qui trouvait le principe du mal dans l’existence d’une matière éternelle,indépendante d< Dieu, le De uutexusio montre la source du mal moral dans le libre arbitre. L’homme est caractérisé par la liberté, soumise au précepte avant comme après le péché d'origine. De aut., xvi, 1-6, éd. Bonwctsch, p 186 sq.; cf. J Farges, .Méthode d'Olympe. Du libre arbitre, traduction, Paris. 1929, ct les Idées morales et religieuses de Méthode d'Olympe, Paris, 1929. L9 Aglaophon, ou De ta résurrection, ne contient pas seulement une large réfutation de l’hypothèse d’Ori- 340 gèno sur la chute dans des corps charnels des âmes préexistantes pour y expier une faute commise dans le momie des esprits; il lui oppose une interprétation cohérente de la doctrine courante du péché d’origine, qu’Épiphanc, un siècle plus tard, jugera digne d’etre transcrite el approuvée. Bonwctsch, ibid., p, 219-421; Épiphane, lisérés., lxiv, éd. Holl., I. n, p. 421-499. 1° Critique de l'interprétation origénistc d'une chute dans le monde des esprits. - Origène avait interprété ces « tuniques de peau » que Jahweh donna à Adam el à sa compagne après la faute, comme s’il s’agissait du corps matériel dont Dieu a revelu les âmes humaines en punition d’une faute antérieure à leur existence corporelle. L’évêque d’Olympe n’a pas de peine à montrer que l’Écrilurc ne favorise nullement cette conception pes­ simiste du corps humain, vraie prison de l’âme, ni dans la Genèse, m, 21-22, ni dans Jérémie, Lam., m, 31, ni dans le psaume cxlv, 7. Aglaophon, I, lvi, 4, p. 316. 11 établit d’ailleurs largement l’incohérence philosophi­ que d 'une Idle hypothèse : comment soutenir en meme temps que le corps est l’unique cause du péché, el allirmcr une faute des âmes non encore incarnées? D’ailleurs, saint Paul n’enseigne-t-il point que l’homme a le pouvoir de soumettre scs membres à la vertu ou de les abandonner au péché? C’est l’âme seule qui, librement, fait du corps un instrument de vice ou de vertu. Agi., I, lvh-i.x, p. 317-325. 2° Doctrine traditionnelle de la déchéance originelle. - A l’hypothèse d’une chute dans le monde des es­ prits, Méthode oppose l’idée traditionnelle d’un état primitif parfait d’où l’homme est déchu par suite d’un mauvais usage de sa liberté. 1. État primitif partait. — La raison aussi bien que Γ Écrit tire al lestent que l’homme est, dès son origine, non point un esprit déchu dans la matière, mais un composé naturel, bien fait, de corps el d’âme. Sorti immédiatement des mains de Dieu, seul entre toutes les créatures fait à l’image du Créateur, il ne peut être qu’immortel à son étal natif, exempt de toute corruption ou maladie. Ainsi le veut, selon Méthode, la logique du réel. Dieu, le vivant, l’incorruptible, ne peut avoir comme œuvre immédiate qu’un homme immortel. D’ailleurs, c tandis que le principe vital de l’ensemble de la création lui vient du souille de l’air, celui de l’homme lui vient d’une substance immortelle et excellente : c’est Dieu qui lui a institué un souille de vie ». Agi.. I, xxxv, 2. p. 273; xxxvi, 2, p. 276; xxxiv, 3, p. 272; i.ii, 3, p. 308. Ainsi créé, Adam n’a point clé rejeté du ciel, mais placé dans le jardin de î’Éden. avec un corps semblable au nôtre, même avant de pécher. Ibid., I, i.v, p. 313. 2. L'épreuve et la chute. — Créé libre comme les anges, l’homme, comme eux, fut soumis à une épreuve: il pouvait choisir entre l’obéissance cl, par suite, la confirmation de son état de bonheur cl de familiarité avec Dieu, ou la désobéissance ct la punition qu’elle entraîne. I, xxxvil, p. 277 sq. Méthode éclaire la psychologie de la chute par le texte de !’Apôtre : Ego vero sine lege vivebam ali­ quando, en l’appliquant à nos premiers parents. Avant de recevoir le précepte défensif, ils vivaient à l’abri de tout désir cl de tout élan déraisonnable vers le mal; In loi ne leur avait point encore révélé la concupis­ cence. Avec le précepte de ne point manger du fruit défendu, le désir commença. Le diable, par envie, l’attisa, ct amena le désir à produire un fruit mauvais. Ainsi, la loi, qui était faite par Dieu pour conduire I homme a un étal de Joie ct de bonheur étemel, amena le premier homme et en lui l’humanité à la mort et a la condamnation. De ce jour, le diable, artisan du i péché, (ut identifié au péché. Ibid., 11, i, u, p. 329-333. I 3. Conséquences de la chute. — C’est le péché qui ..«1 341 PÉCHÉ ORIGINEL. MÉTHODE D'OLYMPE 3\L s’implante dans l’homme par la concupiscence et qui péché, pour que l'homme, purifié par elle, reçût la ne peut être détruit que par la mort. Depuis le jour, en nourriture de vie. 1, xxxvm-xxxix, p. 280-28 L eflct, où l'homme séduit viola le commandement, le Les tuniques de peau dont Jahweh a revêtu l’hu­ péché prenant naissance dans la transgression s'éta­ manité déchue, signifiaient sa volonté de détruire jus­ blit à demeure en lui : < Ainsi disparut la stabilité de qu aux dernières racines le péché dans les descendants l’état primitif, ct nous commençâmes à être remplis d'Adam en les faisant mortels. Tel un figuier poussé d’agitations troublantes et de pensées étrangères. sur les murailles d’un temple ne cesse de propager scs Privés du souille divin, nous sommes depuis ce temps racines à travers les pierres, jusqu’à ce que l'édifice soit remplis de désirs charnels que le serpent a souillés en renversé ct les pierres assemblées de nouveau, tel nous... C’est pour éteindre le péché que Dieu a trouvé l’homme, temple de Dieu, enlacé ct disloqué par les comme remède à notre situation la mort, afin que le racines du péché, ne peut être restauré par l’immorta­ mal ne s’éternisât point par notre immortalité (cor­ lité,s'il n’csl renverse par la mort ct débarrassé a fond porelle). > H, vi, p. 339-310. des racines du péché. Car, aussi longtemps que le corps a) Le péché qui habite en nous, — Méthode s'efforce, vil, le péché vil avec lui el y pousse ses racines. Même en plusieurs endroits, d’analyser ce « péché qui habite après le baptême, nous sommes enlacés par le péché. en nous ». 11 le conçoit comme la source inépuisable Personne ne peut sc glorifier d’être à l abri de tout des pensées mauvaises. De ce péché, comme de jeunes péché de pensée : Γ Apôtre, Kom., vil, 18-20, 22-25, pousses, sortent les pensées voluptueuses: » il y a en affirme lui-même que la racine du péché n’est point nous deux sortes de pensées, celles qui naissent de la enlevée de l'humanité, qu'elle n’est point totalement détruite, mais qu'elle vit encore. C'est pourquoi Dieu, concupiscence..., celles qui naissent de la loi inté­ rieure. > Ibid., p. 310. Le malin vient du dehors attiser notre médecin, nous a apporté la mort comme remède, afin d'extirper le péché,qui sans cela s'éterniserait dans à travers les sens la concupiscence, ct faire couler une chair immortelle. Dieu, c’est encore l’artiste qui, jusqu'à l'Ame, comme une traînée de bitume, les pensées qui fortifient la loi de la chair. Ainsi l’homme déchu est voyant son chef-d’œuvre souillé ou défiguré par une main étrangère, le détruit, en refond le riche métal, divisé entre le bien et le mal. « Lorsque le meilleur est pour refaire une plus belle œuvre. plus fort que le pire, toute l’âme est entraînée vers le A l’homme le pouvoir, non pas d arracher jusqu’au bien; lorsque ce qui est mauvais opprime l’âme de son fond les dernières racines du mal, mais de les rendre poids, l'homme est livré aux mauvaises pensées. · stériles; à Dieu la puissance de détruire absolument le Ibid., p. 310. Mais il faut s’entendre ; Méthode, par là, péché jusqu’aux dernières racines par la mort. 1, xuin’est pas déterministe. Il sait que la lutte dure jusqu’à X! m, p. 289-29 1. la mort; mais que l'homme peut cl doit résister à ses On devine comment la doctrine de la résurrection penchants. Il, ni-iv, p. 333-336. vient couronner cette interprétation de la mort comme Lorsque l'Apôtrc parle de la sagesse de la chair qui remède du péché. Le Christ, en descendant parmi nous, ne peut être soumise à l’esprit, il faut entendre, dit-il, ne vient point changer la nature de l’homme, mais la propension à la volupté et aux plaisirs, el non Γir­ ramener celte nature à l’état d’immortalité incorrup­ réductibilité de la chair même. Autrement, il ne fau­ tible (du composé), dans lequel elle avait été créée au drait recommander ni la tempérance, ni la chasteté. début. I, xi.vin, L p. 303. Cela sc fera par la résurrec­ Ceux qui pratiquent ces vertus domptent leur corps. tion des corps. Paul ne recommande-t-il point de faire régner la jus­ En résumé, la doctrine de Méthode sur le péché ori­ tice sur nos membres? C’est donc qu’il sait que I esprit ginel mérite 1’uttcntion du théologien, non seulement peut résister aux penchants mauvais, tout en ne les comme réfutation solide de l’hypothèse origénistc, supprimant point. 1, lvhi, 8; ι.ιχ, p. 322-323. mais encore comme écho fidèle de l’enseignement cou­ L'Apôtre dit pourtant : quod facio, non cognosco; et rant â la fin du ni* siècle, dans le milieu de l’auteur. çuod odi lacio et ego vero carnalis sum et vcnumdatus Esprit traditionnel, l’évêque d’Olvmpc s’attache peccato. Oui, répond Méthode, mais il s'agit ici des surtout â interpréter correctement les passages classi­ pensées étrangères qui nous provoquent au mal; dans ques de l’Ancien Testament cl de saint Paul sur le ce sens, le mal habite en nous comme le frelon bour­ péché d’origine. 11 le fait dans Γesprit d Irénée (idée donnant autour du rayon de miel. 11 n’est point en du souille divin ct de la récapitulation). notre pouvoir de penser ou de ne pus penser le mal; Esprit grec, il partage avec ses prédécesseurs grecs mais nous pouvons admettre ou rejeter les pensées mauvaises. Il, n iv, p. 331-335. une tendance à l’optimisme ; celle-ci s’affirme chez lui cl dans la façon dont il déduit l’immortalité native du En raison du péché qui habite en nous, les pensées composé humain, du fait de la nature incorruptible excitées du dehors, comme des essaims de mouches, du Dieu créateur, et dans la manière dont il adoucit comme des chiens rendus enragés par le prince du mal, l'opposition rigoureuse établie par saint Paul, Kom., sont là pour éprouver la résistance des bons soldats; \il, 9-25, entre la chair concupiscente et l’esprit; elle mais celle-ci est possible : l'exemple de l’Apôtrc le se dégage aussi de son insistance à mettre en relief prouve. Ibid. Sans doute, avant la loi du Christ, lu la puissance de la liberté en face des tendances mau­ puissance de bien dans l’homme était faible et suc­ vaises, et de sa conception de la mort comme remède combait sous le poids des soucis terrestres, mais Dieu est venu continuer cl fortifier la force Η IG 1 NEL. LES ALEXA Mill INS 316 homme (Gen., ir, 10), ibid., 3, col. 101 ; elles sont aussi 2. La doctrine des « Discours contre les ariens ». h· fruit normal du dynamisme du péché. Détournés des ’fandis que les ouvrages de jeunesse mettent parlieu choses divines, inclinés vers la corruption, les hommes librement en relief les miseres ou peines qu’Adam nous ont été la cause de leur propre déchéance dans la a transmises, sans parler explicitement de la trans­ mort. Ils auraient échappé â leur sort naturel s’ils mission du péché originel lui-même, ïcs Discours contre étaient restés bons; car, par leur similitude avec les ariens, occasionnellement, laissent entendre que le l'être, grâce à la contemplation, ils auraient émoussé la péché d’Adam a passé lui-même a tous les hommes. corruption naturelle ct seraient restés incorruptibles. Comme le premier Adam a été changé lui-même (par Ibid., I. col. 101 C. son péché) et que la mort est entrée dans le monde par Si l'homme a perdu l'immortalité du corps, il garde le péché, il convenait que k second Adam, lui, fût im­ l’immortalité de l’âme, parce que Dieu l’a fait ainsi muable, afin de rendre vaincs les embûches du démon. par son Verbe. · Les pensées cl les idées sur l'immorta­ « Car de même que d'Adam pécheur le péché est passé lité ne l'abandonnent jamais: elles restent dans l’âme dans Ions les hommes, ainsi, après que le Seigneur s’est et y deviennent comme un foyer assurant l'immorta­ fait homme, et a vaincu le serpent, sa force s'est lité » Cont. gent.. 33. col 68 B. répandue dans tous les hommes.· Orat., I, 51, P. G., Le second fruit du péché d’origine, c’est l’oblitéra­ t. xxvi, col J17 C. c f. Oral., ni, 33, col. 393, ou il est tion progressive de l'image divine gravée dans l’âme plutôt question de notre mort en Adam. ct, par le fait, la genèse de l’ignorance et de l’idolâtrie En résume, saint Athanase, par certaines de ses for­ dans le monde. mules, anticipe déjà la terminologie de l’avenir tou­ l aite pour la contemplation, l'âme humaine a ferme chant les conséquences et la transmission du péché l’œil qui lui permet de voir Dieu; elle a oublié qu'elle originel. La théologie postérieure dira, comme lui, est a l'image du Dieu bon ; sa force intime ne lui a plus que. par la faute d’Adam, l’homme a etc privé de la servi à voir son modèle: elle s'occupe du néant, sc grâce de conformité à l’image, qu'il a été ramené à sa façonne des chiüières dans l’étreinte des passions cor­ condition naturelle, que, d’Adam pécheur, le péché a passé à tous les hommes; mais il semble bien que chez porelles; cachant le miroir intérieur où seulement elle peut voir l’image du Père, clic ne voit plus ce qu'elle saint Athanase les concepts de nature cl de grâce sont encore loin d'avoir les précisions que la théologie leur doit penser, elle ne voit plus que les choses sensibles: elle linit par sc représenter Dieu à la façon des Cires donnera plus lard. De même, le passage de saint Athanase, du premier sensibles. La malice fui donc la cause introductrice de Discours contre les ariens, 31, εις πόντος ανθρώπους 1 idolâtrie sous ses différentes formes, toujours plus εφΟασεν ή αμαρτία, ne peut être entendu dans le sens dégradées, ('.ont. gent., 8-10, coi. 16-21. On dirait tou­ d'Augustin, puisque l’évêque d’Alexandrie, un peu tefois que la force de contemplation dans l’homme plus loin. Oral., m, 33, col. 393 A, enseigne lui-même déchu est seulement paralysée, mise en sommeil : qu’avant le Christ beaucoup d'hommes ont clé saints Celte ressemblance avec Dieu, cette contemplation et exempts de tout péché. du Verbe, l’âme peut d’clle-memc la recouvrer en reje­ 2° Didymc P Aveugle (313-398). — Le maître du tant le péché et en s’affranchissant des liens de la I didascaléc d’Alexandrie sous l’épiscopat d Athanase sensualité. » fixeront, op. cit., t. n, p. 138. « Les idolâ­ est beaucoup plus précis que le saint docteur dans tres peuvent revenir à Dieu, s'ils déposent la souillure ses affirmations sur la doctrine du péché originel. des passions et sc purifient, de manière à ôter tout ce Comme scs prédécesseurs, plus qu’eux peut-être en­ qui s’était surajouté d’étranger à l'âme, ct la montrent core, par la nécessité où il était de lutter contre le seule, telle qu'elle a été créée pour y pouvoir content manichéisme. Didymc insiste sur la part de la liberté pler le Verbe du Père, selon lequel ils ont été crées au dans la vie humaine. Cf. G. Hardy, Didymc Γ Aveugle, début. Con/. gent., l. col. 67 CD. Paris. 1910, dont nous résumons l’exposé doctri­ Ailleurs, dans le De incarnatione, Athanase parle nal. Le pouvoir de la liberté csl cependant limité plus clairement de la grâce de conformité â l’image dans l’homme historique par plusieurs forces con­ perdue par le péché, de la nécessité de la présence de traires, particulièrement par l’héritage de « l’ancien l’image par excellence de Dieu. Jésus-Christ, pour péché » que nous avons reçu des notre naissance. En régénérer ct refaire l’âme selon l’image, souffrir pour plusieurs passages, Didymc oppose nos fautes person­ tous, intervenir dignement auprès de Dieu, ct faire nelles au pêché ancien, cf. De Tnn., Il, χιι, P. G., connaître le Père. < Quand une figure tracée sur le bois t. xxxîx, col. 684 A: III, χιι, col. 860 BC; xvn, est presque effacée par des souillures extérieures, il col. 876 A; xxi, col. 916 AB. Cf. Hardy, op. cit., fuut la présence de celui qui est figuré pour renouveler p 131. a image dans la même nature; à cause de la figure on ne Ce péché sans aucun doute. est la désobéissance rejette pas la matière, mais on I y renouvelle. Ainsi le d’Adam, en vertu de laquelle tous les hommes tombent l’ils du Père, étant son image, vient en ce monde pour sous le péché, ύπο αμαρτίαν rUrfv. ln II Cor., ibid., renouveler l’homme fait selon lui, le retrouver dans sa perdition, pour la rémission des péchés... 11 s’agissait col. 1692 D. non de génération charnelle, mais de la régénération Nous le contractons par succession héréditaire, et de la réfection de l’âme selon l'image. De incarnat.. κατά διαίο/ήν. en consécpiencc de l'union chamelle des parents ; » Si le Christ était né de I union de 1 1. coli 120 CD. Cette réfection de l’âme déchue, cette destruction l'homme et de la femme, il eût clé sous le coup du de l’idolâtrie ct de l’athéisme, le Verbe l'obtint surtout pèche que tous les mitres hommes tiennent d’Adam par la pédagogie de l’incarnation, si bien adaptée à par voie de succession. Contra man., vin. col. 1096 B. l’âme sensible. En inclinant les sens des hommes vers Comme Didymc émet, au même endroit, que le mariage sa personne, le Verbe, grâce â ses œuvres humaines, dans 1 \ncien Icslament n’allait pas sans faute, on va attester qu’il n’est pas seulement homme, mais peut supposer avec ’fixeront, op. cit., t n, p. i ll, qu’il l’ils du Père ct remplir aussi les âmes de la connais­ regardait, ainsi que le fera plus lard saint Augustin, la concupiscence comme étant de soi un péché chez les sance de Dieu. Le Sauveur manifeste doublement sa bonté dans païens. l'incarnation : en ramenant l’humanité déchue à son Dans un texte curieux, In Job, col. 11 15 B. il dis état primitif ; il écarte de nous le double effet de In lingue deux sortes de péchés : les uns volontaires, qui faute originelle : la mort cl l’ignorance des choses méritent un châtiment, χόλασις; les autres que nous divines. Ibid., 16, col. 124 CD. tenons de la transgression d’Adam, auxquels est ré- 347 PÉCHÉ OBIGINEL. LES CAPPADOCIENS sen ce une purification» κάΟχρσις. Le baptême a pour objet de nous rendre l'image et la ressemblance de Dieu que nous avons perdue par la faute d’Adam, et de nous faire redevenir tels que notre premier père avait été crée, sans péché et absolument libres, αναμάρτητοι, καί αυτεξούσιοι. De Trin., If, xn, col. 680 AB. D'après saint Jérôme, Apol. ado. hb. Rupni, ni. 28, P. L., t. xxin, col. 178 I), Didyme composa, à la de­ mande de Hulin un livre sur la question de la mort des petits enfants; il y proposait les solutions suivantes : non «w (infantes) multa peccasse, et ideo corporum carceres tantum eis tetigisse sufficere. Cc texte a, certes, une saveur origéniste et ferait penser â des fautes commises dans le monde des âmes préexistantes. Ailleurs, pensant sans doute aux fautes volontaires dont il ne peut être question quand il s’agit desenfants, puisqu’ils n’ont pas le libre arbitre, In psalm., col. 1116 1), il remarque que les petits enfants qui vien­ nent de naître sont en puissance capables de vertu et de méchanceté; mais ce n'est qu’après avoir acquis la connaissance du bien et du mal qu’ils prennent, réelle­ ment, l’une ou l’autre de ces habitudes, et il ajoute, In epist. I Joan., col. 1792 BC, que les petits enfants qui ne commettent pas encore de péchés ne peuvent être appelés enfants de Dieu : car c’est à cause de leur âge et non pas de leur vertu qu’ils sont empêchés de faire le mal. Il y a, d’ailleurs, à leur sujet, un impenetrable mystère, que seuls connaissent Dieu et ceux auxquels il l’a révélé. In Joa., col. 1648 A; G. Bardy, op. cil., p. 135. Il semble bien que, dans toute celte question du sort des petits enfants, la doctrine du péché originel n’csl point utilisée par Didyme pour faire la lumière; elle reste alors en dehors de sa perspective. Quoi qu’il en soit de cette question particulière, les conceptions de Didyme sont en progrès sur celles d' Athanase touchant le péché originel ; non seulement le chef du didascalée rattache à Adam la perte de la grâce pour tout le genre humain, mais il parle nette­ ment d une faute héréditaire transmise depuis Adam par l’union chamelle ; il ébauche la distinction que l’on élucidera plustard.cn l’approfondissant et en la précisant, entre les conséquences pénales des fautes volontaires qui méritent un châtiment, et celle de la faute héréditaire qui appelle une purification. //. les CAPPAbociEh’S. — Ils sc rattachent par leurs principes à l’École d’Alexandrie. 1® Etat primitif et chute. — Un même mysticisme intellectualiste les inspire dans leur conception de l étal primitif de l’homme et de sa chute; ils allirment une certaine participation de tous les hommes à la faute d \dam. Ainsi saint Basile, Homil., vm, 7, P. G., t. xxxi, col. 321 : · Payez pour le premier péché, dit-il aux riches, en faisant largesse de nourri­ ture; car de même qu’Adam, en mangeant â tort, a transmis le péché, ainsi nous abolissons les effets de la perfide nourriture en secourant la faim et la nécessité de notre frère. » De même, Grégoire de Nazianzc, Oral., xxn, 13, P. G., t. xxxv, col. Il45 B : < Moi qui suis tombé tout entier, et qui al été condamné à cause du péché du premier homme »; dans Oral., xix, 13, col. 1060 B, il parle aussi du châtiment de notre premier péché. Grégoire de Nysse s’exprime de même, In bapt. Christi, P. G., t. xlvi, col. 600 A : « Tu nous a chassés du paradis, et tu nous as rappelés (par la rédemption); tu nous a enlevé nos ceintures de feuilles pour nous donner un manteau brillant. > C’est le langage d'irénée. Est-ce une pensée de tout point identique à celle de l’évêque de Lyon? On discute depuis longtemps sur le sens précis de la pensée des deux Grégoire. Cf. Bossuet, Défense de la tradition et des saints Pères, 348 I Ie pari., 1. VIII, c. xxxii-xxxm, édit. Lâchât, t. iv, p. 318 sq. 2° Déchéance originelle. — Les Cappndocicns sont certainement des témoins de la déchéance originelle. Grégoire de Nysse est revenu plusieurs fois sur cette question et marque chaque fois le contraste entre l’homme primitif et l’homme actuel. D’un côté l'incorruptibilité, la béatitude, une maîtrise absolue de soi-même, sans dépendance d’aucune sorte, une vie sans misères, sans maladies, la faculté de contempler sans voile, dans une âme pure et limpide, le bien », bref, l’état de conformité â l’image...; de l’autre, la misère, la déchéance en un état terrestre, la servitude, la mort, la possibilité, la soumission à de multiples tyrans. De beat., or. ni, P. G., t. xliv, col. 1225 sq.; Or. catcch., v, t. xlv, col. 24. L’origine de cette déchéance, de cet état malheu­ reux, ne peut être en Dieu qui ne crée que le bien : de lui vient la vue, mais non la cécité qui est un mal, une privation. Ibid., vu, col. 32. C’est le démon qui, par envie, est venu mêler l’eau à l’huile, le mal au libre arbitre, pour éteindre la flamme originelle. Ibid., vi, col. 29. Et nous, êtres changeants parce que produits, nous avons attiré en nous le mal, et l’avons mêlé à notre nature originelle; ainsi tombés de cette béati­ tude que nous tenions de l’impassibilité, κατά το απαθές, < nous avons été transformés en mal », προς την κακίαν μετεμορφώΟημεν. ibid., vm, col. 33. C’est pourquoi Dieu fuit retourner en terre le vase d’argile qu'il avait fait, afin de le réformer, de le dé­ barrasser de scs défauts et de le restaurer pur la résur­ rection. Telle est la doctrine qu'expose historiquement mais en ligure Moïse. Ibid. Dans celle perspective, notre condition actuelle n’est pas l’expression de notre nature véritable, telle que Dieu la voulait à son image. Nous pouvons con­ naître cette nature idéale d’après l ’état de l’homme qui suivra la résurrection, puisque cet état n’est que la restitution des hommes déchus dans leur situation primitive. De honi. opif., xvn, t. xliv, col. 189. (’.'est ainsi que l’homme idéal, image de Dieu, selon · une hypothèse que Grégoire sc garde bien d’imposer, aurait eu un organisme élhéré, sans sexe, et se serait multiplié d’une façon inconnue. Les sexes n’ont été créés qu'en prévision de la chute. Ibid., col. 187-188. C'est ainsi que les peaux de bêtes, dont parle la Genèse, désignent le corps charnel : Dieu en a revêtu ; pour un temps, comme d’un manteau, notre nature, faite pour l'immortalité. < Le vêtement n’est pas quel­ que chose de naturel. Ainsi la mortalité prise â la nature des êtres sans raison a été jetée comme un vêle­ ment sur la nature faite pour l'immortalité; elle enve­ loppait ainsi ce qui est extrinsèque, et non point cc qui est Intrinsèque; clic séparait la partie sensible de l’homme, n’atteignant point la divine image ellemême. · Or. catech., vm, col. 33. Cette mortalité n’est que provisoire, médicinale. Pour Grégoire de Nysse comme pour Méthode, Dieu est le potier qui, voyant défiguré le vase qu’il a fait, le brise, en purifie la matière et le ramène, en le restau­ rant par la résurrection, à sa beauté originelle. Quant à l’âme souillée piir les péchés, le divin médecin lui réserve aussi, soit dès celte vie, soit dans l'autre, les remèdes purificateurs qui la ramèneront à la grâce de l’état primitif. Aussi Dieu, en voyant 1 abandon de sa créature, a pensé aussitôt à son retour au bien et l’a préparé. La vie qui suivra la résurrection sera pour nous la restauration dans l'état privilégié que le péché d’Adam nous a fait perdre. Ibid., vm, col. 33-39. Un optimisme exagéré semble bien caractériser la notion de l’état primitif id< al de la nature humaine, I ainsi que celle de sa r< .tourallon universelle chez l’évêque de Nysse. La théologie distinguera mieux 349 PÉCHÉ ORIGINEI entre nature et grâce, entre la nature humaine, telle que Dieu l’a faite à l’origine, et la nature humaine telle qu’il aurait pu la faire; avec l’évêque de Nysse et la tradition, elle maintiendra qu’Adam était exempt de la mort, mais, contrairement â sa pensée, elle dira que l'homme est naturellement mortel, qu’il ne pouvait être immortel dans son corps que par grâce. Elle n’admettra pas que les peines du corps cl de l’âme consécutives au péché ne soient nécessairement que médicinales. Elle rejettera la théorie origéniste de la restauration universelle qui imprègne la pensée de l’évêque de Nysse. Enfin, de cet optimisme exagéré touchant la nature idéale de l’homme, on ne s'éton­ nera pas que découle logiquement, pour notre auteur, un certain pessimisme touchant l'apparition de la condition actuelle de l’homme déchu. On trouverait chez Grégoire de Nazianzc â peu près les mêmes idées sur la déchéance que chez son ami, l'évêque de Nysse. Oral., xix, 13-14, P. G., t. xxxv, col. 1060; xiv, 25, col. 889-892; xxn, 13, col. 1115; xlv, 8-12, l. xxxvi, col. 031-640. 3° Transmission du péché. - Les Cappadociens ne paraissent pas avoir enseigné que notre âme ait été, au sens strict, souillée par le péché d'Adam. Dans son traité De infantibus qui pnrmature mo­ riuntur, Grégoire de Nysse compare le sort des adultes qui, par leur faute, se placent en dehors de ce qui est la nature, τού κατά φύσιν, et se privent ainsi de cette vie qui nous est adaptée, avec celui des enfants qui, eux, sont dans un état conforme à la nature : « L’en­ fant, dit-il, sans expérience du mal, sans maladie des yeux de l’âme, qui l’empêcherait de voir la lumière, se trouve dans ce qui est conforme à la nature, ίν τω κατά φύσιν γίνεται, il n’a pas besoin de la santé qui vient de la purification, μή δεόμενον της έκ του καΟαρΟήναι ύγιείας, car il n’a point admis la maladie dans son âme dès le principe. T. xlvi, col. 117 1). Aussi l’âme d’enfant ainsi disposée commencera-t-elle â jouir, dans la mesure de son pouvoir, de la connaissance et de la participation de Dieu, jusqu’à cc que, par l’usage pro­ gressif de sa liberté, elle devienne capable de connaître Dieu davantage, et d’en être participant dans une plus large mesure. Col. 180 D. Même doctrine chez saint Grégoire de Nazianzc : dans une longue instruction sur le baptême, il s’ex­ prime ainsi sur les enfants qui meurent non baptisés : « Puisqu’ils meurent sans le sceau du baptême, et sont cependant sans péché, άπονήρους. ils ne seront ni châtiés, ni récompensés par le juste juge. Celui qui n’est pas digne de supplice ne mérite pas de ce fait l’honneur; de même celui qui est indigne d’honneur, ne mérite pas aussitôt le châtiment Oral., xi., 23, P. G., t. xxxvi, col. 389 C. Ils sont donc exclus du ciel, mais ils n’ont pas de peine à subir (autre que l’exil du ciel), parce qu’ils sont sans péché. Les deux Grégoire sem­ blent bien réserver le mot de « péché · aux fautes actuelles. ni. l.Ex antiochie.vs. — Tandis que les Alexan­ drins, par le moyen de leur exégèse allégorique, mêlent souvent aux données scripturaires, pour les interpréter, les vues philosophiques de leur mysti­ cisme intellectualiste, les Anliochiens s’en tiennent plutôt, selon la méthode cxégétlquc de leur école, â l’explication littérale du texte : de lâ, chez eux, une présentation spéciale de la doctrine traditionnelle de la faute originelle et de ses conséquences. 1° Diodore de Tarse (t vers 390). — Il est extrême­ ment dillicile de reconstituer la doctrine du maître de saint Jean Chrysostome et de Théodore de Mopsueste d'après les quelques fragments connus de ses œuvres. fragment sur . 26, et n. 7. P. G., D’après t. XXXIII» col. 1561-1565, l’évêque de Tarse, comme plus tard son disciple, Jean Chrysostome, ne voit LES ANTIOCHIENS 350 l'image de Dieu que dans l'homme seul, non dans la femme. L'image consiste, selon lui, dans ce que l'homme a etc constitué maître de la création. D'après un autre fragment sur Gen., m, 8, col. 1568, la déso­ béissance d'Adam a entraîné un changement dans la nature de nos premiers parents, qui d'immortelle est devenue mortelle et, par le fait, .source de concupis­ cence. Dans un fragment du commentaire de l’épltre aux Domains, v, 15, i) entend le έφ'ώ πάντες ήμαρτον dans le sens : « parce que tous ont péché personnellement ». Dans Cramer, Calena, 18 et 11; et .J. Freundorfer, op. cit., p. 117. 2“ /,’auteur des Constitutions apostoliques ». — 11 semble considérer la mort comme voulue de Dieu et non pas comme un châtiment du péché d’origine : < Si Dieu avait voulu que tous les hommes fussent immor­ tels, il aurait pu le faire..., mais nous sommes persuadés que la mort n'est pas un châtiment, puisque les saints et meme le Seigneur des saints, Jésus-Christ, l’ont subie. Dieu envoie la mort, afin de pouvoir punir nu récompenser chacun de nous lors de la résurrection. » Const, apost., v, 78, éd. F.-X. Funk, t. î, p. 253. En tenant cc langage sur la mort, qui n'est pas un châti­ ment, cet auteur se rapproche de Théodore de Mop· sueste en son ouvrage - contre ceux qui disent que h s hommes sont pécheurs par nature et non par volonté «. P, G., I. i XVI, col. 1005-1012. 3° Saint Jean Chrysostome (311-407). — Le grand orateur de Constantinople a souvent parlé du péché d’origine dans scs homélies sur la Genèse et sur saint Paul. Il le fait selon ta méthode exegétique d’Antioche, en homme respectueux de la tradition, soucieux de rappeler à scs auditeurs les vérités doctrinales qui sc dégagent des passages de la Genèse et de saint Paul touchant l’état primitif, la chute et ses conséquences. Si, nulle part, il ne présente ex professo une théorie d’ensemble du péché originel, il nous livre, vraisem­ blablement, dans ses homélies, les points de la doc­ trine courante, qu’il estimait les plus utiles à connaître pour ses auditeurs sur ce sujet. I. État primitif de T homme. — Saint Jean y insiste beaucoup avec la tradition; tel qu’il est sorti des mains de Dieu, Γhomme a etc fait â l’image du Créa­ teur. Cela implique la domination du premier homme sur toute la création, mémo sur la femme. Cette royauté éclate dans ce fait qu’Adam pouvait donner des noms aux animaux, comme à des serviteurs soumis, et qu’Ève pouvait converser avec le serpent. In Gen., horn. vm. 3, /’. G., t. i.m, col. 72, et hom. ix> L col. 79. Dieu a non seulement dit : * Faisons l’homme à notre image »; il a ajouté: «et à notre ressemblance », montrant par là que, par nos forces humaines, nous pouvons parvenir â la ressemblance avec lui, et maî­ triser complètement, si nous le voulons, ces animaux intérieurs que sont les passions, aussi bien que ceux du dehors. In Gen., hom. ix, 3, col. 78. L’homme tel qu’il a été créé à l’origine, n’était ni corruptible, ni mortel, mais, comme une statue d’or qui vient d’arriver de la fonderie et brille de tout son éclat, i) était exempt de toute corruption dans son corps. Ad popul. A ni., hom. xi, 2, t. xi.ix, col. 121. Dieu le voulait immortel. In Gen., hom. xvm. <·. col. 1 17. Dans cet état heureux, placé au milieu du paradis. Adam et Èvc menaient une vie angélique sans douleur ni fatigue, sans souci de leur corps et de sa propaga­ tion, sans préoccupation du vêlement, inconscients qu’ils étaient de leur nudité, ou plutôt revêtus de cette • gloire d’en haut qui les couvrait plus que tout vête­ ment ·. In Gen., hom. xvi, 5. col. 131 ; xvi, 1, col. 126; hom. xvm, 4, col. 153. Enfin, dernier privilège de cet état primitif : la 351 PÉCHÉ ORIGINEL. LES ANTIOCHI ENS haute v.igcsse d’Adam qui savait donner des noms convenables aux animaux et prophétiser sur le sens profond du mariage; il savait, en outre, pleinement le sens et la portée morale du precept divin et aussi la signification de la peine de mort qu était la sanction de celui-ci : Xdiini agissait en plein. conscience et en picine liberte. L’arbre de la science du bien et du mal est ainsi appelé, non pour avoir donné la science du mal à l’homme, mais pour avoir été l’occasion de la transgression, avoir procuré à nos premiers parents I expérience du péché, cl donne naissance à la pudeur. In Gen., hom. \vi, 5 et 8, col. 132-133. Peu de Pères grecs ont insisté avec autant de force que l’archevêque de Constantinople sur la sagesse d’Adam. 2. Épreuve et chute. La bonté de Dieu éclate non moins que le souci de son souverain domaine sur sa créature dans ce fait que, tout en donnant à Adam la libre disposition de tout ce que contient le paradis, il se réserve le domaine absolu sur l’arbre de la science du bien et du mal. De là le précepte facile, posé à l’homme comme condition de la possession définitive de ses pré­ rogatives. Sous l 'in fluence perfide du démon qui se servit du serpent comme d’un instrument, tentés par l’appàt de l égalité avec Dieu, Adam cl Èvc désobéirent. In Gen., hom. xvi, col. 126-134. 3. Les conséquences de lu chute. — La faute origi­ nelle entraîne une déchéance profonde par rapport à 1 état du paradis, pour le couple primitif aussi bien que pour scs descendants; mais ces conséquences voulues de Dieu sont salutaires. Tonte la doctrine du grand docteur est dominée par ce principe que Dieu, même en punissant, manifeste sa providence bienfaisante à l'égard de l’homme. In Gen., hom. .win, 3, col. 151. a) Le sort visible fait au serpent après la chute rap­ pelle à l'homme ce que doit être la punition du diable, dont cet animal s était fait l'instrument et le détourne ainsi des peines étemelles. In Gen., hom. xvn, G, col. 1IL -- b) L'annonce des douleurs qui seront attachées à la maternité est adoucie pour la femme par celle de la joie qu’elle aura a donner nu monde des enfants. Ibid., 7-8, col. i 13-1 II. — c) Si l’homme s’entend condamner au travail pénible et aux douleurs de la vie, i) sait que son épreuve sera courte, et c’est une occasion pour lui d’être modeste et de mieux connaître sa nature. Ibid., 9, col. 1 17. S’il perd une partie de son domaine sur les bêtes sauvages, i) garde sa puistance sur les animaux qui lui seront le plus utiles et lui rendent moins pénible le travail. In Gen., hom. ix, 2, col. 79. d) Meme les deux conséquences les plus graves du péché d’origine : la mortalité et la perte de l'innocence, a côté de lent aspect pénal, ont un but médicinal. La mortalité, Certes, est le fruit amer de la faute ori­ ginelle; c’est la pensée qui domine le commentaire de In Rom., v, 12-19, hom. x, t. i.x, col 171-475 : ■ Que veulent dire les mots : έφ’ω πάντες ήμαρτον? lis signi lient que, par suite de la chute d’Adam, ceux memes qui n’avaient pas mangé du fruit de l’arbre sont devenus mortels... Comment Adam est-il le type du Christ? C’est que, comme Adam a été cause de la mort pour sa postérité, qui pourtant n'a pas mangé du fruit défendu, ainsi le Christ a été source de justice pour la tienne qui pourtant n’a pas pratiqué la justice. La suite de cette homélie explique même le peccatores du t. 19, non dans le sens de coupables, mais dans le sens d hommes condamnés aux supplices et à la mort. Cette parole * comme par la désobéissance d’un seul beau­ coup ont été constitués pécheurs », parait, observe-t-il, soulever une grande question... Que veut dire le mot • pécheurs >? Il me semble devoir être traduit par « condamnés aux supplices et à la mort ». Ibid., 2-3. col 177-478. Dieu,d’ailleurs,en portant ainsi cette condamnation | I | | 352 à mort contre Adam et sa postérité, et eu le chassant du paradis terrestre, fait plutôt un geste de bienveil­ lance que d’indignation. Il empêche que le péché s'éternise dans les hommes pêcheurs; il ollre à ceux-ci, dans la pensée de la mort prochaine, un moyen dé sanctification; la vie présente devient pour eux comme l’école de la vie éternelle In Gen., hom. xvm, 3, col. 151; In Rom., hom. x, 3, col. 178. Au moment même où il prononce la condamnation, Dieu ne l'adoucit-il point en y mêlant comme une perspective de résurrection dans la descendance <|ii’il promet à l’homme? In Gen., hom. xvm, I, col. 151 e) Avec la mortalité, le péché d’Adam engendre la concupiscence. « Prives, à cause de leur péché, du vête ment de gloire dont ils étaient couverts, ils prirent conscience de la nudité de leur corps, afin que, par la honte qui les envahissait, ils comprissent en quelle ruine les avait entraînés leur désobéissance. · lu Gen. hom. xvi, 5, col. 131 ; 6, col. 133. Mais Dieu, en leur pro curant un humble vêtement, leur témoigne encore sa providence paternelle. In Gen., hom. xvm. 1. col. 119. Ce fut. après la désobéissance et la sortie du paradis terrestre, le commencement des unions de la chair en vue de la propagation de l’espèce. Avec Γintroduction de la mortalité dans le monde. Dieu donnait la conso­ lation de la venue des tils. Ibid., I, col. 153-151. Meme doctrine dans l’homélie xm sur l’épilie aux Romains, 1, col. 508 : · Lorsque le corps devint mortel nécessairement, il reçut aussi In concupiscence, la pas sion, la tristesse cl toutes les autres faiblesses qui ré­ clament de notre part beaucoup de philosophie,si nous ne voulons pas qu’en nous la raison soit submergée dans les abîmes du péché. Mais tout cela n'était pas le péché même; seulement leur démesure le causait, d on ne le soumettait pas à un frein. Un exemple : In concupiscence n’est pas un péché; mais, lorsqu’elle perd sa mesure et ne se contient pas dans les limites du mariage, qu’elle recherche d’autres objets, alors la chose devient adultère, non par la concupiscence, mais par le désir immodéré de celle-ci. La concupiscence n’vnlraine pas dans l'âme qui y est soumise l’ignorance qui supprimerait le péché; elle y sème des troubles, des embûches, des dillicultés. » · Elle n’enlève pas le libre arbitre, n’induit point en nous une certaine nécessité ou violence. » Ibid., col. 509. L’âme déchue n’est point corrompue, mais garde va noblesse. Que si elle fait le mal elle le fait en le haïs saut. Ibid., 2, col. 509. Le grand docteur sait décrire la misérable servitude de l’âme qui s’abandonne au péché; mais, même dans ce cas, pour le pécheur, il revendique la liberté. Le Créateur a fait notre nature maîtresse d’clle-même; lui même, dans sa miséricorde, nous oITre toujours son secours et, conscient des choses cachée^ au fond des cœurs, il exhorte, conseille, réprime en les prévenant nos mouvements mauvais. Il n'impose jamais de nécessité, mais en nous proposant scs remèdes appropriés, il laisse le tout à la décision du malade. I ci fut le cas pour Caïn. · In Gen, hom. xix, 1, col. 158. Ce texte reflète bien le large optimisme du grand moraliste qui fait confiance à la liberté de l’homme déchu, tout en proclamant l’action universelle de la grâce au fond des cœurs. I) S’il reconnaît sans aucun doute une déchéance profonde de l'humanité tout entière en Adam, con­ clut-il nettement de la participation de tous à la peine du couple primitif, à une tgale participation la faille or minci le? La façon dont il commente le verset : Per obedien· (iam unius hominis peccatores constituti sunt multi, invite à poser la quest ion : < pie le premier homme, ditil, ayant péché el cla d devenu mortel, ses descen­ dants 1m soient d ml>lab!es (vu mortalité . rien que de naturel i cel i mais, si l'on dit <|ue, parla 353 désobéissance du premier, les seconds deviennent pé­ cheurs, où est In logique? Car il est clair (pie celui lù n’est pas digne de condamnation qui n’est pas devenu pécheur pur lui-même. Que sIg Hile donc ici le mol • pécheur >? A mon avis, il veut dire : soumis au sup­ plice et à la mort. · ht Hum., hom. x. 2 3, col. 177. A sen tenir a ce texte, on pourrait se demander si notre auteur a connu l’idée de péché héréditaire. Ci. .1. I reimdorier, op. ciL, p. 120, 11 est singulier, remarque fixeront, que lui. si littéral dans son exégèse, explique le peccatores du texte de saint Paul (Hom., v, 19) non dans le sens de coupables, mais dans le sens d'hommes condamnés au supplice et a la mort. · Op. dl., t. n. p. 1 18. Mais on peut faire valoir d’autres textes pour éclai­ rer la pensée du saint docteur. Voir l’art. Jean Cimvsostomi:, col 676-679. où sont rappelés, entre autres, les textes de Jean que déjà saint Augustin citait pour montrer que son autorité n’allait jx>int contre In doc­ trine catholique. Le P. Jugie, dans sa brochure Julien d'Halicarnasse et Sévère d'Antioche, La doctrine du péché originel chez tes /‘ères grecs, Paris, 1925, fait appel à un texte de la première homélie sur la pénitence, où Jean proclame la nécessité absolue du baptême pour avoir part à l'héritage céleste... (p. 27). L’orateur s’y exprime ainsi : « En dehors du baptême, personne n’est appelé du nom de fils.., avant le baptême, on ne peut recevoir les biens paternels, ni obtenir l’héritage. » De pwnit., hom. I, -I, I. xi.ix, col. 282-283. (’.e texte nous dit bien que les enfants morts sans baptême sont exclus de l'héritage céleste, mais il nous laisse sans explication claire sur la cause de cette exclusion et sur le sort de ces enfants. Dans une autre homélie sur la fête de Pâques, Jean déclare qu’Adam est mort d’une double mort, mort du corps et mort de l’âme; que, comme lui. nous mourons d’une double mort, et que nous avons besoin d’une double résurrection. La résurrection de l’âme, c’est la résurrection des péchés. Ici encore. Je texte nous laisse dans l'indécision sur le point de savoir s’il s'agit en nous d’une mort de l’âme héritée d'Adam, ou d’une mort due aux péchés personnels, à l’exemple d'Adam. Dr resurr., I. t i. col. 138-139. Heconnaissons le, il n’y a pas là de théorie bien pré­ cise du péché originel: le moraliste, soucieux de faire agir en instruisant, a décrit le dynamisme de la faute originelle dans le monde, plutôt par ses diets les plus visibles et les plus utiles à connaître pour scs audi­ teurs que par son aspect fondamental ; il l’a fait avec cet optimisme qui eut raine à Pact ion et qui est celui de son ιιιιΐκ u. •1° Théodore de .Mopsuestc (350-128). Comme l’nrchcvêque de Constantinople, l’évêque de Mopsuesle est disciple de Diodore de ’tarse; il applique à toute la Bible la méthode exégétique de l’Ecole d'Antioche. Mais il l’applique sans toujours tenir compte, autant (pic l’avait fait Jean Chrysostome, des données de la tradition, \ussi le verra-t-on, vers la lin de sa vie, donner des gages au pélagianisme dans un ouvrage Contre crut gui disent que les hommes sont pécheurs par nature et non par volonh. Il est intéressant de marquer tout à la fois ce que conserve de traditionnel cl ce qu'a d’original aussi sa conception sur le péché ori­ ginel, d’abord dans ses commentaires sur lu Genèse et l’épllre aux Homullis, ensuite dans son ouvrage sur le péché de nature. 1 .S’u doctrine d'après ses ouvrages exégéliques. — Déjà, dans ces ouvrages, Théodore est préoccupé de marquer la place du péché et de la mortalité qui en est la causé piciicc dans l'ensemble du plan divin ; il décrit ensuite, d’après la Genèse et l’épllre aux I ;.,|»| uns. comment s’est rc.ilisée < n Lut l'walution de ce plan. DI CT. de TIIÛOL. CATIIOL, a) Place du péché et de la mortalité dan* le plan divin. (’.c n’est pas sans raison que Dieu a permis I entrée du péché et de la mort dans le monde; c’est parce qu’il a jugé utile celle première expérience dou­ loureuse, comme introduction à un état meilleur, qu’il a divisé les étapes du plan divin en deux particsU’état présent et l’état futur, le présent, dans lequel il nous abandonnait a la mortalité et nu changement; le second, pnrlcquel il nous fixait dans l’immutabilité et l’immortalité : Car, s’il nous avait faits, dès l’origine, immortels et immuables rien ne nous séparerait des êtres sans raison qui ne savent pas ce qu'est leur pro­ pre bien. Ignorant le changement, nolis aurions ignore le bien de I immutabilité; ne connaissant pas la mort, nous n’aurions pas connu l’avantage de l’immortalité; ignorant la corruption, nous n’aurions pas estimé l’incorruplion; ne connaissant pas la lutte des passions, nous n'aurions pas admiré l’impassibilité Bref, n'ayant point l’expérience des maux, nous ne pouvions mériter la science de ces biens. » in Gen., P. G., t. l.xvi, col. 633; In Jonam, col 317. Pour la même raison d'utilité. Dieu a permis l’entrée du péché dans le monde : Il ne nous était pas pos­ sible autrement de connaître le péché cl lu gène des passions, et. chose encore pire, notre propre infir­ mité. Dieu ne pouvait nous montrer la grandeur de l'immutabilité, sinon en établissant ainsi les choses à l’origine pour qu’cnsuilc. par comparaison et expé riencc, nous puissions apprécier la grandeur de ces biens infinis. · In Gen., col. 631. Dans cette perspective, où l’étal d immutabilité et d’incorruptibilité du vouloir est tellement condi­ tionné par l’expérience douloureuse du péché et de lu mort, on se demandes! Dieu a pu vouloir sérieusement, dès l’origine, un étal où l’immortalité et l’innocence étaient promises conditionnellement a l’homme. Car ceux qui sont immortels pèchent éternellement. > al-il donc place dans ce plan pour un état privilégié d’où l'homme serait déchu? Dieu a-t-il eu des raisons de ne point donner tout de suite a l’homme ce qui lui était utile (la mortalité)? i’hvodore répond a l’objection dans le passage suivant : Dieu n’a pas donné à l’homme tout de suite ce qui lui était utile, afin (|u on m* blasphémât pas contre lui pour n'avoir pas donné l'immortalité à l’origine. Mai* il établit d’abord le précepte, sachant que les hommes ne l'observera^nt pas. Il voulut montrer aux hommes» en leur promettant I immortalité comme suite de leur obéissance et en les menaçant de mort dans le cas contraire, qu'ils man­ quaient de foi en leur Créateur et bienfaiteur, au point d’espérer que la désobéissance leur vaudrait non seule­ ment l’immortalité, mais la dignité dix me. Que si leur chair avait obtenu en fait I immortalité combien plus auraient ils escompte devenir Dieu par leur désobéis­ sance. Si la menace de mort n’a pu les pousser à otisorx cr le précepte, combien plus la confirmai ion dans l’immortalité aurait engendré plus sûrement leur ruine éternel le. · In Gen.. ni, 17, col. 610-611. Vins!, déjà d’après les écrits cxégéliipies de Théo­ dore, Dieu a surtout en vue notre étal actuel, et l’état primitif n’entre dans ses décrets qu’à litre d’exceplion. d’expérience. Ce n’est plus \dam avec ses privi­ lèges. c’est l'humanité présente «pu devient le centre de l’économie du salut, son élément principal et régu­ lateur. \. Slomkoxxski, op. cit., p. 128. L’écrit contre le pèche originel ne fera que pousser â bout les exi­ gences de ce principe. b) L'évolution historique du plan divin concernant te péché et tu mort. a. Dieu, dès l’origine, avait fait des créâtmes invisibles et visibles un tout harmonieux, un κόσμος. L’homme composé d’un corps et d’une Ame formait à l’origine un lien de sympathie entre le monde visible et le monde invisible. Il trouvait aide T — XII - 12 355 PÉCHÉ ORIGINEL. LES A NT IOC 11 IE NS auprès des esprits invisibles, comme auprès des êtres privés de raison. b. — Place dans le milieu favorable du paradis, il y puisait tout en abondance. Tout en étant constitué pour une vie mortelle, In Gen., m, 21. col. 611, il avait h promesse d'une vie immortelle, conditionnée par le précepte. Pour cette raison, Théodore ne craint pas de désigner cet étal précaire par le terme d’immortel ; « Si le premier homme était resté immortel, la vie présente n’existerait pas, mais il est devenu mortel par le péché. » In Galat., î, 3-5, col. 899, el ll.-B. Swele, Theodori in ep. R. Pauli comment., t. i, p. 7. A ce privilège d’immortalité conditionnelle s’ajou­ tait celui de l'innocence : ils n'avaient point cons­ cience de leur nudité et ils n’en rougissaient pas... Ainsi, les enfants n'ont pas honte de leur nudité non qu’ils ne la voient pas, mais parce qu elle n’éveille en eux aucun mauvais sentiment. Ainsi Adam el sa compagne, apparus depuis peu, sans péché, sans soupçon du mal, ne voyaient rien de honteux ni dans leur nudité, ni dans aucune partie de leur corps. » In Gen.t m, 7, col. 639. Et donc, au moins dans ses écrits exégetiques, l’évê­ que de Mopsuestc est, comme Jean Chrysoslome cl la tradition générale, un témoin de l’immortalité condi­ tionnelle du premier couple et de son innocence naive. Mais il l’est à sa façon. c. — Dieu, d’après lui, sachant que la mortalité serait utile à l’homme, a posé le précepte, · et a fourni ainsi à Adam l’occasion dele transgresser librement ». In Gen., ibid. Celui-ci, trop cou liant dans les paroles du démon, enflamme cl aveuglé par le désir du fruit défendu, désobéissant au précepte, a succombé à l’oc­ casion que lui fournissait la loi posée par Dieu. In Rom., vu, 8, col. 810. d — Ainsi sc réalise le plan divin : Dieu a d’abord montré par le fait du précepte et par la désobéissance d'Adam que la mortalité était utile. Ensuite, il nous l’a donnée .. Qu’il ait préparé l’homme pour la vie mortelle, nous en avons la preuve dans ce fait que, dès l'origine, le Créateur a établi les sexes en vue de la pro­ création des enfants. Les hommes étaient ainsi cons­ titues pour une vie mortelle; l'imposition du précepte les mil en face du choix libre et leur offrit l'occasion d’exercer leur volonté; elle leur révéla l’utilité delà mortalité.» In Gen., m, 17, col. 611. e. — La faute du premier couple entraîne un chan­ gement profond dans son état spirituel el corporel, soit pour lui-même, soit pour ses descendants, dans les rapports aussi de la créature avec le reste de l’univers. Adam et five, après la chute, acquièrent le sens de la pudeur qui doit les détourner du péché, λογισμός της αισχύνης ύπό Θεού είς την κατά της αμαρτίας βοήθειαν et arrêter les élans de la concupiscence. In Gen., m, 7, col. 610. C’est alors qu’Adam, sous I’inspi­ ration de Dieu, se fait de l’écorce des arbres un vêlet. Ibid . m. 22. C01 811. La faute originelle a été surtout source de mortalité cl de péché pour le premier couple et pour scs descen­ dants. - Quand Adam eut péché, il devint pour cela mortel : le péché lit son chemin parmi scs descendants, cl la mort régna justement sur tous les hommes. · In Rom., v. 13, col. 797. Le péché d’un seul amena la mort chez lous. » Le péché d’Adam amena le châti­ ment sur scs descendants et soumit lous les hommes ni joug commun de la mort. · Ce péché infecta la race, έξέλαμψε τούς έςής. v, 16. ibid. \ conclure de ces textes que, pour Théodore, le péché d’Adam cl d Èvc rsl source de péché el de mort nu m ns traditionnel du mol. on se méprendrait. Le mol lâcheur ». appliqué a l’état de l’homme déchu, n im­ plique p.»s un état de péché, mais l’inclination très vive ju cht : · Le péché d Adam n fait tous les hommes 356 mortels, et, pour cela, enclins au péché; voilà ce que signifie le mot αμαρτωλοί. · Ibid. Le lien est très étroit entre la mortalité de l'homme déchu cl son inclination au péché : « Le péché suit la condition des êtres mortels. · In Eph., iv, 22-24, dans Swele. t. i, p. 173. La raison en est que « nous suc­ combons au plaisir du boire et du manger, el à l’attrait du commerce avec les personnes de sexe différent... ce qui n’arriverait point à une nature immortelle. Puis­ que nous sommes devenus mortels et Je sommes par nature, nous sommes troublés violemment par de tels attraits et très souvent entraînes au péché. * In Rom., v, 21. col. 800. Théodore reconnaît donc, comme suite au péché d Adam, une certaine hérédité de la morta­ lité el de l'inclination au péché, , Cela n’empêche pas quo le dynamisme de la morta­ lité ne produise en chacun son triste effet par le seul intermédiaire des fautes personnelles. Il commente ainsi le t.A/ors regnavit etiam in eos qui non precvarlca· nerunt in similitudinem privvaricationis Adie : · Les autres hommes ne sont pas exempts de la mort du fait (pie leurs péchés sont d’une autre espèce que celui (l'Adam La mort a dominé sur ceux qui ont péché de n’importe quelle façon. La mort a été établie comme la peine non pas de tel ou tel péché, mais de tout péché. Voilà pourquoi il faut que.quelle que soit la malice (pii ait inspiré les hommes dans leur péché, la mort règne sur lous. » Ibid., v, 13, col. 796. Théodore parle ici des péchés personnels: il ne parait pas voir (pic la morta­ lité. chez les enfants, ne s’explique bien, dans sa per­ spective, que s’ils meurent pour avoir participé d’une certaine manière à un péché, celui d'Adam. En tin, par le fait de la chute et de la mortalité, a été rompu le lien (pii unissait le monde sensible au monde invisible. En voyant les hommes s’enfoncer de plus en plus dans la mortalité par leurs péchés, les anges les abandonnèrent. Dieu, cependant, par bienveillance pour nous, leur lit connaître son dessein de renouer un jour d’une façon infrangible le lien d’amour (pii relie toutes les parties de la création. Aussi se mirent-ils ά nous secourir, en encourageant en nous l’espérance de l’immortalité par leurs révélations. Ce ne sera qu’au jour de notre résurrection définitive que toute la création retrouvera l’harmonie et la liberté. En attendant, elle gémit el communie à nos malheurs. in Rom., vm, 19, col. 825-827. 2. La doctrine de Théodore d*après son ouvrage sur le péché originel. — Cet ouvrage ne nous est connu, malheureusement, (pic d’une manière fragmentaire par les propositions 57. 58, 59, 60 du Constitutum de Vigile I sur les Trols-Chapilres, par les extraits de la Collectio Palatina (Marius Mercator) et par ceux que I'holius founiit, Hibl., clxxvii. P. G., t. cm, col. 513. lissent rassemblés dans P. G.. I. lxvi, Col. 1005 sq., et dans 1 l.-B. Swele, éd. cil., t. n. p. 322. Prendre le texte de la Palatina dans E. Schwartz, Arta concit. arum., t. i, vol. v. pars prior, p. 173-176. Le titre même de l’ouvrage de Théodore, ΙΙρύς τούς λέγοντας φύσει καί ού γνώμη πταίειν τούς ανθρώ­ πους. indique bien sa tendance : réfuter ceux qui disent que les hommes pèchent par nature et non par volonté. Qui l’évêcpie de Mopsuestc veut-il atteindre? Saint Jérome, saint \ugustin*? Le collecteur de la Pala­ tina pensait que Théodore visait Augustin; mais c’est certainement une erreur, car les renseignements four­ nis par Phot lus montrent, sans doute possible, (pic c’était saint Jérôme (le Jérôme des Dialogues contre les pélagiens) qui était vise La composition de l’ouvrage doit se placer peu après le concile de Diospolis, décembre 115. Notre auteur le prend de très haut avec celui qu’il nppell· . u e ironie un peu lourde,· l adini I rablc défenseur du pet b· <> i incl ·. P. G., t lxvi, 357 l'ÉCHÉ OIUGINEL. LES ANTIOCHIENS 358 col. 1006. Il faut, à son gré, que l’auteur d'une telle nelle privilégiée, auraient afllrmé cependant la morta­ affirmation n’ait aucune familiarité avec l'Écrilure lité essentielle du premier homme, laissé a sa propre pour soutenir de pareilles inepties. (L’est de la der­ nature; il a en vue ceux qui affirmaient l’immortalité nière ineptie, par exemple, de croire que Dieu a créé essentielle du premier homme avant son péché. (Saint l’homme immortel, pour qu'il le restât tout juste Grégoire de Nvssc, Méthode d’Olympe?) Pour lui, six heures. Ibid., col, IO()6 et 1011, Théodore sacrifie l’état de mortalité est essentiel à l’homme dans son ici presque tout ce qu’il gardait de la tradition dans premier étal avant le Christ. On voit, dès lors, ce que ses ouvrages exégéliques. Il le fait dans la logique de peut devenir, dans cette perspective, ie parallélisme sa théorie des deux étals de l'humanité. entre Adam et le Christ, que Théodore reprend après Dés le commencement, l'homme a été lait mortel : saint Paul cl saint Irénée, mais à ta façon. Théodore veut établir celte affirmation sur l’Écriture Il n’y a pas pour Théodore, comme pour la tradi­ et sur la raison « Dieu n’a pas dit : vous serez mortels, tion, une triple étape de la réalisation du plan divin : mais vous mourrez. Dieu y menace les hommes, mor­ une élévation d’Adam à un état privilégié, une dé­ tels par nature, de leur faire subir l’expérience de la chéance et une restauration ; il n'y a que deux périodes mort,((ue, dans sa bonté, il avait dilïéré de mettre en dans Γhistoire religieuse de l'humanité : l’état de mor­ o uvre. Comme lorsqu'il dit : celui qui aura versé le talité qu'a inauguré Adam, et l’étal d’immortalité sang de l'homme, son sang sera versé, il ne dit pas cela qu’est venu inaugurer le Christ. En venant, le Sauveur parce que celui qui aura tué un homme sera mortel, a revêtu les propriétés naturelles de l'homme; il est mais parce qu’un tel homme (mortel) est digne de la né, il s’est développé; en dernier lieu il a pris sur lui peine de mort. · Ibid., i, 2, col. 1005. la mort qui est le" tribut de la nature. C'est ainsi qu’en D’ailleurs, ajoute-t-il. la sentence qui suit le pèche mourant selon la loi de la nature humaine, et en res­ est dans le meme sens ;(ien., m, 17-18. Il ne s'agit pas, suscitant par la divine vertu d'entre les morts, il est parces pandes, de faire passer l’homme «d'une nature devenu la tète de lous les hommes qui meurent scion la loi de leur nature pour ressusciter et être changés en immortelle à la mortalité »>, de le faire passer d’une vie une substance immortelle. non soumise aux nécessités de l’alimentation et du Après avoir participé a l’étal du premier Adam, travail à une vie qui connaîtrait ces nécessités. 11 nous sommes appelés à participer à l’clat du second s’agit, en punition du péché, de le priver de l’abon­ Adam; celui-ci, en subissant la mort naturelle a dance du paradis et de ses délices, de le faire échanger l’homme, mortem naturn*., el en ressuscitant des morts, la facilité qu’il avait en Éden à sustenter son coqis a libéré notre nature de la mort./hû/., n, 7-8, col. 1009, mortel par les fruits qu’il y trouvait, contre la néces­ 1010. Ce qui appartenait â la nature, c’est-à-dire la sité d’une recherche pénible et laborieuse des fruits de mort, il l’a pris; quant au péché, qui n’appartient pas la terre. Ibid., i,3, col. 1006. à la nature, mais à la volonté, il ne l’a pris en aucune Il ne veut pas que le défenseur du péché originel façon. Que si le péché avait été dans la nature, au dire traduise : Quia terra es. et reverteris in terram, comme de cet homme très sage (Jérôme), il aurait nécessaire­ s’il y avait, terra cris; il n’est point ici question de ment pris le péché inhérent à la nature. Ibid., 9, faire passer un immortel à la mortalité: c’est la morta­ col. 1010. Ainsi, le Christ n’est pas venu guérir une lité naturelle de l’homme qui est affirmée. Il faut, nature qui porterait en elle un péché héréditaire; en d’après lui, l’inexpérience de nuelqu’un qui n’a pas mourant cl ressuscitant pour nous, il est venu, par la vécu dans la familiarité de l’Ecriture pour avancer communication de Γ Esprit, transformer notre état de cette nouveauté dogmatique : l’attribution à la colère mortalité en état d’immortalité. Avec la mortalité, le de Dieu de la mortalité d’Adam et de la condamna­ Christ nous a enlevé les troubles du péché. In Rom.. tion du genre humain par le péché d’un seul : qua dice­ vm. 3. col. 820. ret quod in ira atque furore Deus Adam mortalem esse Théodore de Mopsuestc en arrive ainsi à mécon­ pnrceperit; et propter ejus unum delictum cunctos etiam naître, dans son livre contre le péché de nature, les necdum natos homines morte mulctaoerit. Ibid., ii, 1, deux vérités que saint Paul et la tradition chrétienne a coi. 1007. La mortalité universelle n’est pas un châti­ sa suite avaient enseignées : Adam a été â la fois, par ment du péché d’Adam, le contraire répugnerait à lu sa faute, source de mort et source de péché pour ses sagesse et à la justice de Dieu. descendants. Il y a été poussé moins par les exigences Penser autrement, c’est attribuer à Dieu des choses de sa formation anliochienne, qui n'aboutit nullement qu’on n’oserait attribuer Λ des hommes sages; c’est aux mêmes résultats chez Jean Chrysostome el même méconnaître la parole d’Ézéchiel, xvni, 23, qui veut chez Nestorius, que par scs préjugés rationalistes qui que chacun ne rende compte quo de ses propres fautes. l’amènent à tenir plus compte des exigences de sa (L'est aller contre saint Paul.suivant lequel Dieu rendra raison personnelle que de celles de la tradition. La à chacun suivant ses œuvres. Horn., n, 16. C’est s’ar­ comparaison de ses ouvrages montre d’ailleurs qu’il rêter à celte idée inadmissible que Noé. Abraham. n’a abandonné que successivement les données de la David. Moïse, et tant d’autres justes ont été soumis à tradition cl développé la logique de son rationalisme. la mort, parle péché d’un seul. Ibid., iî,2cl 3. col. 1007, Il n’est pas injuste de reconnaître, du moins dans son 1008. C’est admettre qu’Abcl, le premier juste, (ut le dernier livre, des vues tout à fait analogues à celles premier à mourir : · Si Dieu avait fait de la mort la de Pélagc. Cf. X. Puech. Histoire de la littérature grec­ peine du péché, comment n’y aurait-il pas eu une que chrétienne, l. m. p. 581-582. Voir une interprétation extrême impiété à ce qu’Adam, qui fut cause du plus bénigne, mais â notre avis inexacte, de la pensée péché, el Évc.qui fut la source de la malice, vécussent encore, el que le démon persistât dans son immortalité, de Théodore, dans Slomkowski, op. cit., p. 118-131. tandis que le premier juste avant tous serait frappé 5® .\tare l'Ermite (début du v< siècle.) — (Le per­ par la peine des pécheurs? » Ibid., n, 3 et 1, col. 1009. sonnage mal connu est probablement disciple de saint Bref. Théodore tient comme immoral de croire que Jean Chrysostome; d’abord supérieur d’un couvent à Dieu ait pu châtier tous les hommes pour la faute Ancyre, il termina sa vie dans la solitude au désert de originelle. Il est certain, pour lui, que, si Dieu avait Juda II est. dans ses opuscules, surtout préoccupe voulu l’homme immortel, le péché lui-même n aurait d’ascétisme. \oir son article. rien changé â la pensée divine; car le diable, après sa ( .'est de ce point de vue que, dans le De baptismo cl chute, n’est pas devenu mortel. Ibid., in, 1,2, col 1011. dans hi Consultatio intellectus, il envisage le rôle et Par lâ il apparaît que Théodore critique ici, non pas l'efficacité du baptême dans la \ ie chrétienne par rap­ ceux qui, en admettant une immortalité condition­ port au péché d’Xdani el à ses suites. Il réagit contre 359 PÉCHÉ ORIGINEL. DOCTRINE DES GRECS 360 une tendance à expliquer et à excuser les fautes com­ de la tradition que consacre l’Églisc touchant les rap­ ports de la concupiscence el du péché d’Adam. mises après le baptême par la corruption de la nature Du moins Marc reconnaît-il nettement que nous humaine.pari influence de Satan ou du péché d’Adam. avons hérité, de la transgression d’Adam, la mort qui \ ce pessimisme, d oppose une doctrine qui affirme à en découle nécessairement. Par là. il entend un état la fois la destruction totale du péché originel en nous d’hostilité avec Dieu, Θεού άλλοτρίωσις. Le premier par le baptême cl l’infusion cn notre Ame d’une force de I Esprit-Saint, par laquelle, avec la libre coopéra­ homme étant mort, c’est-à-dire séparé de Dieu, nous tion d< notre volonté, nous pouvons résister aux mau­ ne pouvions vivre en Dieu. C’est pourquoi le Seigneur est venu nous vivifier par le bain de la régénération et vaises tendances el vivre selon Dieu. 1. Le baptême détruit totalement en nous le péché nous réconcilier avec Dieu. » De bapt., col 1017 D. Par d'Adam. Il est faux de penser que le péché an­ sa mort, le Christ nous délivre de la mort paternelle et nous place dans le paradis de l’Églisc. Ibid., col. 1025. cien », que le < péché paternel » est détruit seulement En résumé, des trois choses qui arrivèrent à Adam, par les luttes postérieures au baptême, sous prétexte l’élan sers le mal, la transgression cl la mort, nous que nous trouvons encore en nous, après le baptême, n’avons reçu d’Adam que la mort; car des morts il ne • le dynamisme du péché ·, les restes du péché peut naître des vivants jusqu’à ce que le Seigneur d’Adam ·. Le baptême est parfait : il nous délivre ait rendu la vie à tous. Nous avons, comme Adam, la totalement du péché paternel. De bapt., P. G.. t. lxv, pensée première du mal. mais, comme lui, nous pou­ col. 9X8 C. ('.e ne sont point les commandements et les efforts que nous faisons qui nous délivrent du péché; vons résister ou céder. Ibid. 3. Situation présente des chrétiens. — Après la des­ c’est la croix; les commandements marquent seule­ truction totale du péché d’Adam et l’infusion dans ment les limites de la liberté qui nous est donnée dans nos âmes de la force parfaite que nous avons reçue au le Christ. Ce ne sont point les restes du péché originel qui agissent en nous après le baptême, c’est la concu­ baptême, il n’y a plus d’excuse valable, ni du cote d’Adam, ni du côté de Satan et des hommes. Ou bien, piscence, ή προσβολή τού λογισμού. Or, celle-ci n’est par la collaboration du libre arbitre à la grâce reçue, point le signe ou le reste du péché; c’est l’accueil libre nous accomplissons les préceptes et nous nous épa­ qu’on lui fait qui est un péché. Col. 992. Les mauvaises nouissons dans la vie divine, ou bien nous méprisons pensées ne viennent pas d’Adam, mais du cœur. Que si nous succombons â leur entrainement, ne l’impu­ par méchanceté ou volupté les germes de perfection que nous avons reçus au baptême el, librement, nous tons pas à Adam, mais à la négligence de notre volonté libre. Nous avons reçu au baptême la force pour lui I succombons. De bapt., col. 1028; Consult., iv, col. 11(19. résister victorieusement. Col. 1004. Bref, la vie du baptisé est un combat intérieur : il 2. Ce que nous a transmis Adam. — Adam ne nous trouve en lui les ennemis que trouvèrent nos premiers a transmis ni l’acte même de sa propre transgression, parents : la volupté el la vainc gloire; il a comme aide ni 1 clan qui l’a entraîné, et qui nous entraîne au mal: de sa liberté le Christ invisiblement présent; au terme il nous a légué l’héritage de la mort, c’est-à-dire l’éloi­ du combat, il se trouve ou dépouillé ou enrichi, selon gnement de Dieu qui est détruit par la croix et le qu’il a succombé ou a conquis la vie éternelle. Consult., 1 Ibid. baptême. Le péché n’est point en nous la transgression même C’est là une doctrine de confiance en la collabora­ d’Adam, mais le signe de notre propre mollesse. Si tion victorieuse de la grâce de Γ Esprit avec le libre nous recevions par hérédité cette transgression, nous arbitre humain. Elle ne méconnaît point le péché serions tous également pécheurs; il n’en est pas ainsi. d’origine; elle le définit heureusement dans sa consé­ Nous ne le sommes pas nécessairement. Adam a suc­ quence principale : l’état d’éloignement de Dieu pour combé volontairement: nous sommes de même nature les descendants d’Adam. Son déficit n’est point dans que lui, nous succombons volontairement. Ibid.. sa confiance aux forces du libre arbitre, ni dans l’atlirmation très nette que la concupiscence est naturelle i 1017CD. Adam subissait-il librement la concupiscence, προσ­ à l’homme, mais dans la méconnaissance de ces vérités βολή, ou la possédait-il nécessairement par nature? traditionnelles sur lesquelles insistera tant saint Au­ Marc pense qu’il la possédait naturellement el néces­ gustin : le premier homme, par un bienfait de Dieu, sairement. Car elle n’est ni péché, ni justice, mais était exempt de concupiscence désordonnée. La concu­ signe du libre arbitre de notre volonté. Col. 1020. La piscence, telle qu’elic existe dans l’humanité déchue, volupté qui lit voir à Adam comme à Èvc le fruit vient du péché cl est une force qui incline puissam­ défendu, comme beau à contempler et bon à manger, ment au péché. et la vaine gloire qui les poussa à désirer être comme IV. Conclusion sub la docthine des Pères des dieux, les séduisit comme ils nous séduisent GRECS TOUCHANT LE PÉCHÉ ORIGINEL. Jusqu’au encore. Consult. intelt., iv, col. 1109. * commencement du v· siècle, les Pères grecs n’ont Il n’est pas vrai,d’après Marc, que, si Adam n’avait point eu l’occasion d’aborder pour elle-même la ques­ pas péché, nous n aurions pas connu la tendance au tion du péché d’origine. Il ne s’ensuit point que la mat. Car le fait d’être exempt de la tendance au mal doctrine scripturaire de l’élévation et de la chute soit étrangère à leur pensée. Il leur arrive d’en traiter pour appartient a une nature immuable, non à la nature réfuter le dualisme gnostique et manichéen; aussi, hum ùne. Nous sommes de même nature qu'Adam; pour les comprendre, ne doit-on point oublier cb point celui-ci avait une nature changeante, pouvait passer de vue. au mal; il pouvait résister à Satan ; s’il a succombé, ce 1® Dans cette perspective, il leur /aut surtout insister n’est pas par nécessité de nature, mais librement. sur la bonté de la créature, telle qu’elle est sortie des Il en est de même pour nous. mains de Dieu; il leur faut surtout montrer que le mal Ne doit-on pas voir alors dans l’obsession des mau­ vaises pensées, même avec une vie de prière, le témoi­ n’a point sa source, même apres la chut v, dans le déter­ minisme des natures, mais dans la libre volonté de gna g·. irrécusable laissé en nous comme un héritage de la prévarication d’Adam? Non, pense Marc, car, si ces l’homme. Le mal par excellence c’est le péché indivi­ duel commis par la liberU Individuelle: ils lui réscrpensées venaient nécessairement d'Adam, nous en sérient tous dans la meme mesure troublés. Ce qui n’est I vent le nom de transgression, de péché, αμαρτία. Seuls pas. Elles wnt entre les mains de notre liberte, I en sont coupables les adultes, qui, de ce fait, sont πρ^αιρετχζαΐ cbnv α·» των λογισμών αίτίαι I ne sem- I pécheurs. Par rapport à cc péché x raiment personnel, fruit d’une liberti pci sonnrll··, les enfants peuvent être blabb doctrine s’éloigne beaucoup de saint Paul et 3<·1 PÉCHÉ ORIGINEL. DOCTRINE DES GRECS dits innocents; ils n’ont point de péché de cc genre pour les souiller; « la difficulté du péché originel est qu'étant d’une nature particulière, étant un péché que l’on contracte sans agir ou. ce qui est la même chose, un péché qui vient d'autrui et non pas de nous, il a dû arriver naturellement que ceux qui n’avaient que cc péché, comme les petits enfants, lussent ôtes, en un certain sens, (tu rang des pécheurs, parce qu’à l’égard des péchés que l’on commet par un acte propre de la volonté, ils sont absolument innocents. » Bossuet, Défense de la tradition, part. II, L IX, c. xiv, cd. cit., t. iv, p. 338. Le langage d’un Jean Chrysostomc ou d'un Gré­ goire de Nazianze s’explique bien de ce point de vue. Ces Pères peuvent tout à la fois exclure du ciel l’enfant mort sans baptême et dire qu’il n’y a pas de mal (personnel) en lui. Ce point de vue optimiste qui insiste sur le rôle de la liberté, même dans l’homme déchu, n’exclut pas nécessairement l'affirmation de la chute avec ses conséquences pénales et pcccamincuscs pour le genre humain. 2° Tous les Pères grecs enseignent la doctrine scrip­ turaire d'une déchéance originelle. — La faute d'Adam est pour eux la source de la mortalité, des misères phy­ siques et morales de l’humanité; elle a certainement amené dans l’homme une très grande facilité à pécher. Les Pères des époques et des milieux les plus divers l’attestent chacun à leur façon. (Marc (’Ermite recon­ naît cependant dans Adam la volupté et la vaine gloire qui expliquent son premier péché, comme elles expliquent les nôtres.) Tandis que les Alexandrins voient surtout dans l’homme déchu, comme consé­ quence de la faute originelle, l’ignorance des choses divines el la corruption physique qui en est la suite, les Antiochlens caractérisent d’abord cet état par la mor­ talité : celle-ci entraîne d’ailleurs la concupiscence et une certaine ignorance; elle apparaît à plusieurs (Irénée, Méthode d’OIympe, Jean Chrysostomc) tout au­ tant comme un remède cl un bienfait de Dieu, prépara­ toire à la résurrection, que comme une peine du péché d’origine. En exagérant ce point de vue médicinal de la mortalité, l’évêque de Mopsucste en arrive à ne plus reconnaître même son caractère pénal cl à donner des gages à l’erreur pélagicnnc. Cc faisant, il s'écarte de la double affirmation traditionnelle dont il s’ftait fait l’écho dans ses commentaires sur la Genèse et l’cpllrr aux Domains : l’homme, déchu par la faute d’Adam, a contracté la mortalité et l’inclination au péché. 3° Les Pères grecs a/Jlrnient-ils Que, descendant d'Adam, nous héritons non seulement des misères, peines de son péché, mais de son état de culpabilité lui-même? - Sur cette question on a beaucoup discuté au cours des siècles. Déjà Julien d’Édanc opposait à saint Au­ gustin le silence de ces Pères ou leur doctrine contraire sur ce point. Bossuet en discutait avec Richard Simon. Entre catholiques de nos jours, la question est conlrov ersée. D’après J. Tixeront, leur théologie. « si explicite pour affirmer que nous subissons la peine d'Adam, Post beaucoup moins pour affirmer que nous héritons de son péché même. L’École d'Antioche, toujours jalouse de sauvegarder les droits de l’intégrité de la nature humaine, devait éprouv er une difficulté particullère à entrer dans celle idée - O/>. r//., I. m, p. 209. Et It. Dragnet écrit dans le même sens : · On sait que la croyance au péché originel eut peine à se faire accep­ ter universellement dans I Eglise d’Oricnl; la crainte de l’origénisme semble lui avoir fait tort; si les écri­ vains ecclésiastiques orientaux s’accordaient à ratta­ cher à la faute d’Adam la nécessité de souffrir et de mourir qui pèse sur la nature humaine, il n’en man­ quait pas parmi eux qui répugnaient à admettre que l’homme mortel naît également coupable. Julien 3G2 d'Halicarnasse et sa controverse avec Sévère d'Antioche, Louvain, IM2 L ρ 221. En sens inverse, M. Jugic, dans une réponse à It. Dragnet, critique ainsi 1rs conclusions précédentes : • Ceux qui ne découvrent pas la doctrine du péché originel chez les Pères grecs ou se font de ce péché une idée spéciale, ou sacrifient a un verbalisme étroit qui ne reconnaît pas la substance du dogme sous la diver­ sité des formules qui la recouvrent. Il y a bien des manières, on effet. d’exprimer la même vérité : à côté de l’expression adéquate, définitive, scolastique — et les théologiens n’ont pas encore trouvé la formule définitive sur la nature du péché originel — il y a d’autres manières équivalentes de rendre la même idée. · Julien d'Italie. et Sévère d'A. La doctrine du péché originel chez les Pères grecs, Paris, 1925, p. 17. En tenant compte de ces différents points de vue. il semble que de notre enquête on peut dégager les con­ clusions suivantes : 1. Il est certain que les Pères grecs, avant le péla­ gianisme, n’ont pas distingué, avec la même netteté que saint Augustin el que les théologiens postérieurs, entre les conséquences pénales et les conséquences peccanüneuses du péché d’Adam. Ils ont affirmé claire­ ment le dynamisme pernicieux du péché d’origine cl l’ont décrit surtout par scs effets extérieurs les plus saillants : la mortalité, l’ignorance, la concupiscence, sans se poser tous expressément la question de savoir si une participation aux misères d’Adam ne trouvait point son explication dans une participation mystei rieuse à su faute. 2. 11 est non moins certain que,si tous reconnaissent que nous venons au monde déchus de nos droits au ciel et portant en nous une inclination au mal. il en est quelques-uns qui répugnent a admettre que l’homme malheureux naisse également coupable; ils ne mettent pas sur le même plan l’enfant innocent el l’adulte coupable d’un péché personnel. S’ensuit-il nécessairement qu’il y ait là une négation du péché originel? Cela serait si. par ailleurs, h s Pères ne recon­ naissaient pas dans 1 homme déchu un certain état peccamineux. Or. n'emploient-ils point certaines expressions qui impliquent la transmission de cet état peccamineux? : Tous les textes, ou â peu près, où certains critiques croient trouver une négation du péché originel, s'expliquent par le fait que les Pères enten­ dent par αμαρτία le péché actuel commis par la volonté individuelle. Mais n’expnment-ils pas suffisamment l’idée de la culpabilité originelle lorsqu ils disent que nous avons tous été maudits, condamnés en Adam ; que nous participons tous à la dette que doit notre premier père à la justice divine; qu’Adam a perdu pour lui et pour nous la grâce et l'amitié divines? » Jugic, up. cit., p. 18.Qu on se rappelle les expressions d’Irénée ; Nous avons offensé Dieu dans le premier Adam *; celles d'Origènc : Tous les hommes étaient dans les reins d’Adam, étant expulsés en lui et avec lui du paradis terrestre »; celles de Méthode sur le péché qui a son siège dans la chair »; celles des Cappadociens sur notre premier pèche »; de Didvine et de Marc l Er­ mite sur le vieux péché qui est détruit par le bap­ tême t; de Jean Ghrvsostomc sur le commencement de dette que nous aurions augmente par nos pêchés postérieurs »; d’Alhanasc sur < le péché qui s’est répandu dans les descendants d’Adam ». Gcs expressions peuvent être plus ou moins pré­ cises, traduire chez leurs auteurs des approximations plus ou moins réussies de la vérité traditionnelle; il n’en reste pas moins que, dans leur ensemble, elles favorisent logiquement I idée de transmission d’un état non seulement malheureux, mais aussi peccami­ neux, par suite du péché d’Adam. On n’en conclura pas nécessairement que tous les Pères grecs aient eu 363 PÉCHÉ ORIGINEL. LES PH EM IE RS Λ ER ICA I NS conscience avec la même netteté, avec la clarté d’un saint Augustin par exemple, de tout ce qu'impliquait leur affirmation d’une participation mystérieuse à la faute d’Adam chez, scs descendants. Le grand adversaire des pélagiens aurait sans doute souscrit à ce juste raisonnement : Est-ce que Dieu, par hasard, maudirait, condamnerait ceux qui ne seraient pas coupables? est-ce qu’il réclamerait une dette à ceux qui ne doivent rien? ou qu’il priverait de sa grâce et de son amitié ceux qui ne sont opposés en rien à sa volonté? · M. Jugie, ibid., p. 18. Il ne s’en­ suit pas cependant qu’un Jean Chry soslome ait vu, aussi nettement que l'évèquc d’Hippone, la légitimité d’une telle déduction, lui (pii répugnait â appeler < pécheurs » ceux qui étaient devenus mortels par la faute d’Adam. Il faut laisser Λ chacun des Pères grecs la nuance de sa pensée cl de sa logique suggestive et ne point les opposer cn bloc aux Pères latins. Si, très explicites pour affirmer que nous subissons tous la peine du péché d’Adam, ils l’ont été beaucoup moins pour affirmer que nous héritons de son péché même, c’est qu’ils concevaient moins clairement la transmission de la culpabilité que celle de la peine du premier péché. Il suffisait à la plupart de reconnaître un enveloppement mystérieux de ses descendants en la personne d’Adam pécheur. Il faut ajouter que des hommes, comme Irénée, Origènc, Didyme et Marc l’Ermile, ont de la culpabilité transmise par Adam à scs descendants une notion plus précise qui s’approche I de celle que consacrera l’Églisc cn face du pélagianisme. Seul dans l’Églisc d’Orient jusqu’à la controverse pélagienne, Théodore de .Mopsuestc fait figure de négateur du péché originel. III. LA TRADITION ECCLÉSIASTIQUE AVANT LA CONTROVERSE PÉLAGIENNE : LES PÈRES LATINS. - Les Pères latins ont moins écrit que les Pères grecs sur le péché d’origine: leurs affirmations occasionnelles sur ce point sont cependant utiles a relever, car non seulement elles établissent la conti­ nuité entre la foi de Paul et celle d’Augustin dans l’Éghse d’Occidenl, mais elles font connaître l’ébauche d’une théologie de la tache et de la souillure originelles qui se développera chez saint Augustin el ses succes­ seurs. - I Doctrine de l'Églisc d’Afrique au iiiesiècle. II. Doctrine du iv· siècle (col. 365). III. Saint Augustin avant la controverse pélagienne (col. 371). 1. Doctkisi. de l'Eglise n’Ai iikji i: au nr siècle. — 1® Tertullicn (t vers *240). — Comme l’évèquc de Lyon, il a devant lui le gnosticisme île Marcion; comme Irénée, il cherche l’explication du mal moral, avec la tradition, dans l'abus de la liberté el purlieu- j lièrement dans le péché d’Adam. Cf. A. d’Alès, La théologie de Tertullicn, Paris, 19(15, p. ‘261-268; Fixe­ ront, op. ci/., I. i, p. 310. I L L'homme primitif : double ressemblance avec ! Dieu. — Adam possédait une double ressemblance avec Dieu : ressemblance de nature et ressemblance de grâce. Le principe de cette grâce était dans l’Esprit de l|ieu qu’il tenait du souille divin el qu’il devait perdre par sa faute. Dr baptismo, v, P. L. (éd. 181 D, l. i, col. 1206. Ainsi était-il fait pour la vie. A Ibid., xl, col. 719 A. La chair n’est pécheresse d’ailleurs que comme instrument de l’âme qui commande. Une telle solidarité dans la corruption a pour raison une certaine participation à la transgression : Porta· vimus imaginem choici per collegium transgressionis per consortium mortis, per exitum paradisi. De resur., χι.ιχ, col. 866 A. Tertullicn n’a pas de peine à s’expliquer la transmis­ sion d’âme a âme de cette corruption. Par le fait qu’il admet que toutes les âmes étaient en Adam, que les parents sont auteurs de l’âme aussi bien que du corps de leurs enfants, il n’hésite pas à voir dans la généra­ tion la Source de contamination pour toute la race : Perquem (Sutanam) homo a primordiis circumventus... exinde totum genus a suo semine infectum, suæ etiam damnationis traducem fecit. De testim., ill, t. I, coi. 613 A. I. Solidarité dans le péché, ou la tendance au péché. - La façon dont Tertullicn parle des enfants non bapti­ sés qui ne sont pas saints, qui ont besoin du baptême pour avoir le royaume des deux, favorise l’idée d’une solidarité dans la culpabilité et non seulement dans la tendance au péché. Tertullicn a cependant écrit : Pourquoi l'âge inno­ cent courrait-il à la rémission des péchés? · Ici, sans aucun doute, d’après le contexte, l’auteur pense aux péchés actuels : Tertullicn veut qu’on ne contracte pas à la légère des obligations redoutables et que, l’ablution baptismale étant unique, on la réserve pour un âge où l’on aura besoin de pardon pour les fautes de sa jeunesse. A. d’Alès, op. cit., p. 266. Il estime des lors qu’il vaut mieux ditïérer le baptême des enfants Jusqu’à ce qu’ils aient l’instruction de la foi; et il ajoute celte seconde raison : Pourquoi l’âge innocent courrait-il à la rémission des péchés? \ eut-il allirmer par là que le baptême efface uniquement les péchés actuels? Non. pas nécessairement, car, dans cette hypothèse, il contredirait les texti s très vluirs où il dit dès enfants qu’ils ne sont pas saint v| qu’ils sont exclus du ciel tant qu’ils n’ont pas reçu h baptême. Pas plus qu’il n’estimait lebapt r o opportun après la 365 PÉCHÉ 0HIG1NEL. LES LATINS DU IV« SIÈCLE 366 première faute personnelle, il ne le jugeait désirable 1° Saint Ambroise. — L Solidarité de ta race hupour l'enfant souillé par la seule corruption originelle. mamr avec Adam. L’évêque de Milan, comme Iré­ Béservant sans doute, comme certains Pères grecs, le née, reconnaît la solidarité et l'enveloppement de toute titre de pêcheur, au sens plein du mol. à ceux qui kl race en Adam : huit Adam et in illo luimus omnes, étaient capables de fautes personnelles, il pouvait periit Adam et in illo omnes perierunt, tn Luc., 1. Vif, parler de l’innocence de I enfant relativement a l'état n. 234, t. xx, »ol, 17© B des adultes pécheurs. Ce langage. quoi qu’il cn soit, Plus explicite encore sur l’étendue de celte solida­ était équivoque. Cyprien l'a bien senti, cl il ne s’est rité est le texte suivant : Lapsus sum in Adam, de /x/· tenu ni au langage, ni a Γaltitude de son maître en ce radiso ejertus in Adam, mortuus in Adam ; quomodo ipii concerne la question du baptême des enfants. revocet, nisi me m Adam invenerit, ut in illo culpa* En résumé. Terlullicn esl un témoin de la coutume obnoxium, morti debitum, ita m Christo justificatum? de baptiser les enfants, quoiqu’il ml discuté de Pop. De excès. Satyri, ii, 6. t. xvi. coi. 1317 A Ici, remarque portunité de celle coutume. Dans leur ensemble, ses justement 'Fixeront, t. ιι, p. 279, la solidarité de tout homme avec Adam n'est plus seulement dans la affirmations ébauchent une théologie du péché originel peine; elle est dans la faute : lapsus sum, culpor que développera plus lard saint Augustin Celle-ci sc place au point de vue concret et historique pour envi­ obnoxium. 2. Conséquences de cette solidarité. - Jusqu’où va sager l’homme à l’état d’innocence cl l’homme déchu. cette solidarité dans le péché d’Adam? Elle implique De ce chef, la vraie nature est celle qui vient de Dieu; la transmission d’un péché héréditaire qui, lors des c'est celle d’Adam avant le péché. Celle que transmet cérémonies de l'initiation chrétienne, est détruit par Adam déchu est corrompue. Sans se préoccuper de le lavement des pieds ; « Pierre était pur. mais il devait distinguer nettement la coulpe et l'inclination pénale avoir néanmoins les pieds lavés : il tenait, cn cITct. par au péché, Tertullicn se contente d'affirmer que, par voie de succession du premier homme, le péché (pie le baptême, l’ûme qui a reçu l’Esprit passe de l’état celui-ci apporta au monde quand le serpent le blessa de souillure à l’état de sainteté. A la solidarité en au talon, supplantavit, en le persuadant par sa trom­ Adam pécheur, succède la solidarité dans le Christ, perie. Il faut donc que la plante de scs pieds soit lavée source de vie. La première entraînait la communica­ pour que les péchés héréditaires soient effacés; quant aux tion par génération de la tache originelle à toute la péchés propres, ils sont effarés par le baptême. · De race, la seconde introduit en celle-ci le principe de vie myst., vi. 32, t. xvi, col. 398 C. qui esl l’Esprit. Meme affirmation relative au mal héréditaire guéri 2° Saint Cypricn (210-258) a moins traité dans ses par le lavement des pieds. In psalm., xlvhi. 8 et 9, écrits de la faute originelle (pie Terl ullicn. Cependant, t, xiv, col. 1158 (’.D. Ambroise l'oppose plus nettement deux textes méritent d’être signalés. L’un emploie pour encore à nos fautes personnelles, au point de vue de désigner les suites du péché originel une métaphore son origine cl de scs conséquences. C'est là l’iniquité qui deviendra classique, celle de blessure, vulnera : d'Adam, non la mienne; elle ne pcul inc causer aucune le Sauveur est venu pour guérir les blessures reçues terreur; au jour du jugement, nos péchés personnels par Adam, et le venin de l'ancien serpent. De open et seuls, non ceux qui viennent d’autrui, seront punis elem.9 i. P. t. iv. col. 603 A; éd. Ilarlel, L ni, en nous. Aussi je pense que cette iniquitas calcanei est pars 1, p. 373. plutôt un entraînement à pécher, lubricum delinquendi, L’autre, d’accord avec un concile d’évêques, sou­ tien! l'opportunité du baptême des enfants immédia­ que quelque culpabilité proprement dite de notre délit, quam reatum aliquem nostri esse delieli. Aussi le tement après leur naissance. Personne ne doit vire Seigneur a-t-il dit : Laxons-nous donc les pieds·,pour écarlé de la grâce du salut : Si l’on n’écarte point enlever le glissant du talon , lubricum calcanei. ceux qui sont chargés de nombreux pêchés, â plus Dans le même sens, l'auteur du De sacramentis, forte raison ne faudrait-il pas écarter l’enfant qui n’a m. 5-7. t. xsl. col. 133 C, défend la légitimité du commis aucun pêché, nihil peccavit, si ce n’est qu’il a, lavement des pieds après le baptême en commentant comme descendant d'Adam, contracté la mort héré­ ainsi le texte : Qui se lavit non necessr habet iterum ditaire. Il peut d’autant plus facilement recevoir la lavare nisi ut solos pedes (avet. Pourquoi cela? parce rémission des péchés qu’il n’a point à se faire remettre que toute faute esl lavée dans le baptême. Toute de péchés propres, mais seulement des péchés étran­ faute esl donc écartée. Mais, parce qu’Adam a été gers, non propria sed aliena peccata. · Lplst., lxx. supplanté par le démon et que le venin du serpent a 1 lartel. p. 720. été répandu sur les pieds d’Adam, c’est pour cela que II. La doctrine des Pèiu.s latins sua le péciil tu laves les pieds, afin (pie. dans la partie à laquelle OHIGINEL AU IV· SIÈCLE, JUSQU’A IX CONTHOVEKSE le serpent s’est attaqué, tu possèdes un plus grand pélagienne. — Comme Tertullicn et Cyprien, les secours de sanctification pour qu’il ne puisse plus Pères latins du ιν· siècle enseignent l’existence en te supplanter. Tu laves les pieds, afin de laver le l'homme d’une tache héréditaire consécutive â la faute venin du serpent. > d’Adam. Cette faute, d’après Zenon de Vérone, aurait Si nous comprenons bien ce langage, (pii n’est plus été une faute de luxure, I I. tr. X11 L 5, P. /-·. t. xi, tout à fait le nôtre, les peccata lurrcditaria, ViniquD col. 318; selon saint Ambroise, elle cul pour cause tas calcanei Impliquent plutôt un entrainement au l’orgueil : maximum peccatum in homine superbia est : péché qu'une culpabilité assimilable à celle de nos quandoquidem inde manavit nostri urigo delicti. In pêches personnels. Entre la tendance au péché el la psalm.9 cxvm, serm. vn. 8, /’. !.. (éd. 1815). I. xv, culpabilité personnelle, saint Ambroise n’a point coi 1283 A. Epist , i \xm. 5. t xvi, coi. 1252 B Elie encore d’expression comme peccatum natura* pour entraîna pour l’homme la déchéance de son étal exprimer l’idée d’une culpabilité héréditaire. Quoi angélique. De paradiso, 12. L xiv. col. 291 CD. Tous qu’il en soit, il tend à distinguer nettement entre les les Pères enseignent alors noire decheance morale et physiqueen \dam. Cf .’fixeront, op. cit , t it. p 277 sq. conséquences des fautes personnelles et celles des pêchés héréditaires. La tache héréditaire n’enlralnv Mais, à celte déchéance, s’ajoute t-il une véritable nullement, pour les enfants, les mêmes conséquences faute? La souillure que tous s'entendent à proclamer inipliquc-t-ellc en l’homme déchu une véritable culpa­ «pie les péchés personnels. Ceux-ci appellent une puni­ bilité héréditaire? Et laquelle? Il est intéressant d’in­ tion positive: celle-là ne la comporte point. On n’en terroger, à ce point de vue, les principaux témoins de conclura pas que l’enfant mort sans baptême peut la doctrine courante a la veille de I hérésie pélagienne. aller au ciel; \mbroisc aflirme le contraire : Xcmo 3ft 7 PÉCHÉ 0IUG1NEL. LES LATINS DU IV" SIÈCLE ascendit in regnum extorum nlsl per nacramentuni bapfm De Abraham, n, 79. t xiv, col. 191 C. lut porte «lu ciel, fermée par Adam, n'est ouverte que pur le baptême II le dit plus explicitement encore en com­ mentant le texte : Vu/ quis renului fuerit : ...I tique nullum excipit, non Infantem, non aliqua pr/rvcnlum necrsiltate Habeant tamen illam opertam poenarum immunitatem, nesdo an habeant regni honorem. Ibid., xi. col. 197 \ Ambroise revendique ici. dons la pre iniôre phrase, la nécessité absolue du baptême pour le salut des enfants; dans la seconde, il leur reconnaît d'abord, s’ils meurent sans baptême, l'immunité mys­ térieuse des peines qui menacent le pécheur; puis il ajouterait : · Je ne sais s’ils auront l’honneur du royaume > Ceci ne cadre guère avec cc qu’Ambroisc a dit plus haut; aussi les bénédictins ont ils supposé la une Interpolation. S'il était permis de proposer, à titre simplement hypothétique, une correction dans l’esprit de l'évêque de Milan, on pourrait lire, semble t-il : « Qu’Ils aient cependant l'immunité mystérieuse des peines, s’ils n’ont point (n(sl) l’honneur du royaume. * Dans celte perspective, c’est bien le baptême qui ouvre la porte du ciel; le lavement des pieds apporte seulement la diminution ou lu purification de l'en· traînement au péché Encore, celte manière de corn e voir l’cHlcACitô du lavement des pieds, commune Λ Ambroise et A l’auteur du De sacramentis, est elle présentée, par cc dernier auteur, comme particulière à son Eglise et inconnue à Rome, où l’on n’ajoute rien au baptême De sacramentis, Rad., col, 133. 3. Râle de la génération. — La génération induit dans l’humanité une contagion, une tache héréditaire. Ambroise en trouve l'affirmation dans la parole du ps. h. 7 : Ecce in Iniquitatibus conceptus sum, d in délit lit peperit me mater mea. Il la commente abon­ damment.· Seul le Christ, continue t il. fut ά l’abri, par sa conception et sa naissance virginales, de la soull lure d’une origine mortelle. Il était juste, en effet, que celui qui ne devait point connaître dans son corps le péché d'entrainement, precatum prolapsionis, ne fût alleclé d'aucune contagion naturelle de lu lénerution. (L’est donc A bon droit que David déplo­ rait lui-même ces souillures de la nature qui font «pic la tache en l'homme précède la vie. · Apül de David, xt, t xiv,col. 873-871. Dans ce texte, qui, par endroit, annonce la doctrine de saint Augustin, l’auteur marque comment se transmet par la génération une contagion héréditaire, sans se soucier Ici de remonter u fa source de celle contagion, û Adam lui-même. En résumé, saint \mbroisr enseigne certainement une solidarité de tous en Adam. Cette solidarité existe non seul» mont dans lu peine, mais d’une certaine façon aussi dans la faute. Il ne faudrait cependant pas Identifier, ni en eux mêmes, ni dons leurs consé­ quences. les péchés /i/réd tta ire3 et les péchés person­ nels Ceux-ci sont remis par le baptême, sinon ils entraînent une punition positive dans l’autre vie. Crux l i Impliquent une souillure, une contagion, un cntr ilmm ni au péché, une participation mystérieuse lU péché d Vlum, ils Impliquent certainement l'exclu •ion du ciel, mils non point un châtiment positif. Le rviiitde tpi cHIquc en serait le lavement des pieds pour \mbruisc et l'auteur du Dr sacramentis; il enlèverait ainil le lubricum delinquendi. De toute façon, le bap ténu est requis pour entrer dans le royaume des deux 2 L‘ Ambrnstader (volt l’art. Isaac, l. vin, col. I). Cri auteur dont on Ignore encore la personnalité véritable vivait cl écrivait à Home au temps du p ipe Damisc Il a mérite une particulière attention au point de vue du péché originel: par l’exégèse qu'il donne du texte de In vieille version latine pour Hom.. v, 12 ; In quo omnes peccaverunt, il anticipe, au moins sur un point important, le langage et la doctrine de l'évêque d'HIp· pone. Saint Augustin lui même en fail fol; il elle ce passage de notre auteur, sons le nom de saint Hilaire, et le propose comme le modèle (h· la véritable exé­ gèse qu’il faut donner nu texte de l’Apôtre Cont. duas epist, Pe.lag,, iv, 1-7, P, L., t. χι.ιν, col. 61 L Dans la suite de son exégèse de l’épllre aux Bomains, l’Ambrosinstcr s’éloigne encore beaucoup cependant de cc que sera l’exégèse organique, proposée par Augustin, de l’ensemble Hom., v, 12 19; Il sc rap proche davantage de la manière d'Orlgène cl des autres Pères grecs. 1. L'idée du péché originel d'après te commentaire de l’épllre aux Romains, — a ) Le texte biblique qu'utilfoc notre auteur a toutes chances d’être la version com­ munément employée ù Home entre 370 et 380 (celle que saint Jérôme appelle la vulgutio editio). Pour ce qui concerne le péché originel, celle version traduit le έφ’ ώ par in quo nu v. 12. cl ne connaît point de negation au f. 11; l’Ambroslastcr lit ainsi cc f. : sed regnavit mors ab Adam usque ad Moysen et ix omxes Qt i i’BCCAVeiu nt in similitudinem pnvvaricationis Adir. Il sait sans doute que le grec porte : qui non peccaverunt ; mais il ne cache pas une grande défiance pour les manuscrits grecs qui ont, dit-il, 6. n. B ! b) Le commentaire dodrliial que l’Ambrosinstcr donne au texte biblique envisage plutôt le péché ori­ ginel dans scs tristes conséquences pour la race que dans l’acte meme d’Adam. Il laisse cependant entendre cc qu’il fut en notre premier père d quelle déchéance it amena en ta propre personne de celui-ci, a. Le péché d'Adam. · - 11 ressemble à un péché d’idolâtrie, puisqu'il consista, pour le premier homme, 1 a croire qu’il pourrait devenir Dieu. In Rom., v, 11, col 04 C. (L’est l’rtme surtout qui n péché; mais l’Ame a cor rompu ainsi le corps. Cette corruption du corps entraîne la mort corporelle Hit enim beneficium hei perdidit, dum privvarlcavll, indignus factus edere de arbore, vitir, ut moreretur, vn, 18, coi 113 \. Mors autem dissolutio corporis est, cum anima a corpore sepa­ ratur \. 12 01, 02 CD lai mettant, par su crédulité à l’égard du demon, celui-ci à la placf* même de Dieu et en se faisant l'es­ clave de la mort, Adam s’est soumis a l’empire de celui qui est le pêché; il u fait du démon le compagnon de son Ame : Xam ante pnrvadcationcm hominis, priusquam se manciparet morti, non erat his (aux esprits mauvais) potestas ad interiora hominis accedere d cogitationes adversas inserere... Postquam autem cir­ cumvenit eum d subjugavit, potestatem in eum accepti, ut interiorem hominem pultaret, copulans se menti ejus vu, 11. col, I12B Comment le démon, cpil est le péché, habile l-il comme chez lui aux portes de l’Ame, dans la chair? Ce n’est pas que la chair soit devenue mauvaise pur elle même, mais, par suite de la faute du premier homme, la corruption du péché, c'est à-dire, sans doute h > gernu de dissolution, demeure dans son corps < omme b signe de l’empire du démon sur lui en venant ain.M vers l i chair en qui habite le péché, le diable v trOUV*· comme chez lui; 369 l’ÈCHÈ (iBIGINEL. LES LATINS DU 1V<* SIÈCLE il y reconnaît non seulement son signe, mais sa loi , en quelque sorte : lui, le péché, il y demeure comme I dans le péché, car In chair est bien désormais une 1 chair de péché, faite pour tromper l’homme par scs mauvaise* suggestions : Per id ergo quod jacti cauta martel, Inhabitare dicitur peccatum in carne, ad quam t diabolus accedit quasi ad nuam legem, et manet quasi in peccato pereatum ; quia caro Ium peccati est ut decipiat hominem suggestionibus matis, vn. 18, <..1,113 A. Que le signe cl hi loi du demon immanents a hi chair déchue nient rapport A hi mori, cela résulte non I seulement du contexte, mais encore du fait que, par opposition, le signe de la croix est pour notre auteur le signe de la chute de l’empire du démon cl, par le fait, celui du triomphe du Christ sur la mort, vin, I. col. 118 C, cl Qiucst., i.xxxi, /'. /,., t. xxxv, col. 2275. I> L'extension du pichi d'Adam ù toute sa race cl ses consequences en cette vie et en l'autre. a) En cette vic I.’ \mbrosiaster enseigne, en un langage très net. la solidarité de tous en Adam pécheur par opposition a hi solidarité de tous dans le Christ Sau­ veur. (Juta Adam unus, id est, /ù»n et ipsa enim Adam est, peccavit in omnibus : ita unus Christus filius Dei peccatum vicit in omnibus, v, 12. col. 92 B. Tous les hommes ont péché en Adam comme dans une même substance qui, étant corrompue par le péché, a transmis sa corruption. Du fait que nous sommes tous d’Adam, nous sommes tous pécheurs : In quo », id est Adam, omnes peccaverunt . Ideo dicit in QUO, cum tie muliere loquatur, quia non ad speciem retulit, sed ad qenus. Mani/estum ilaqin est in Adam omnes peccasse quasi in mussa ; ipse enim per peccatum corruptus quos genuit, omnes nati sunt sub peccato. Er eo igitur cuncti peccatores, quia ex eo ipso sumus omnes, \, 12, coi. 92 CD; ix, 21, coi. 138 D. (’.elle interprétation de Vin quo peut être grammati calcinent incorrecte; il n’en reste pas moins qu’elle rend bien l’idée paulinicnnc (v, 12-19) d un Adam source de péché pour toute la race issue de lui; elle (ait écho a celte allhmallon d’Irénée : - Nous avons offensé Dieu dans le premier Adam »; elle Γéclaire à la manière d’Origène, par l’idée d’un enveloppement de toute la race dans l’unité physique de la substance du premier père. Là où ('Alexandrin avait dit erant in lumbis Ad:r, I' \mbroslaster dit : in {dam quasi in massa. En quoi consiste, pour l’homme déchu, ThcrMitJ de la prévarication? En ce que, d'abord, il est soumis au péché, c’est A-dlrc ù l'infirmité de la chair et aux ten talions du démon : Quid est rmm subjectum esst pre cato, nisi corpus habere vitio aninur corruptum, cui sc inserat peccatum et impellat hominem quasi laptivum delictis, ut /aciat voluntatem ejus? vif, 1 I. col. 112 A. Aux attaques du démon s'ajoute le poids des man valses habitudes 395. à la différence du De Genesi contra manu h cos qui éclairait surtout le problème du mal par le récit de la Genèse, se place, pour résoudre celui-ci. en face d’adversaires qui répudiaient l’An­ cien Testament, sur le terrain de la raison cl de l’expé­ rience. 1° L* problème. — Dès celle époque, «l’une part, la raison d’Augustin le met en face d un Dieu bon cl juste et. de l’autre, son expérience lui révèle la misère des créatures raisonnables condamnées à l'ignorance, à la difficulté de /aire le bien et à la mort. I H. x. 31 ; xîx. 51; XX, 55-58. I. xxxn, col. 1286, 1297-1298. Dr la ce problème : comment une créai lire bonne, au sortir des mains de Dieu, est-elle ainsi tombée en un étal si misérable? Augustin sait déjà par la révélation qu’un tel état a un caractère pénal, consécutif à la faute d’Adam, qu’il n’est point conforme au plan primitif du Créa­ teur, qu’il ne va pas sans une participation mysté­ rieuse de tous â la faute originelle. Le péché d’Adam a entraîné pour toute l'humanité de justes peines, in qua (natura) ex illius damnati perna, rt mortale* rt Ignari et carni subditi nascimur. 111, xïx. 54,1, xxxii. col. 1297. A la suite du premier homme, toute sa race est devenue pécheresse et. comme telle, elle est tombée légalement sous l’empire du démon : (Diabo­ lus) omnem prolem primi hominis tanquam peccatri­ cem legibus mortis... /ure irquissimo vindicabat. Ill, x, 31, col. 1286. Si d’ailleurs, remarque notre docteur. Dieu a créé une seule Ame dont sortent successivement toutes les autres, quel homme peut dire qu’il n’a pas péché en même temps que le premier père? HL xx, 56, col. 1298. Il ne suffit pas d’affirmer que la mort, l’ignorance et la difficulté ne sont pas conformes au plan primitif du Créateur et ont un caractère pénal; il faut justi­ fier Dieu rationnellement d’avoir requis cette puni­ tion; Augustin le fait en établissant que. même indé­ pendamment de toute pénalité originelle, un tel état est assez bon pour avoir pu être, si Dieu l’avait voulu, l'état primitif. Meme créé en cet état misérable, l’homme devrait encore louer Dieu et rejeter l’expli­ cation manichéenne de son origine. Augustin pose ainsi le problème : qu’avons-nous fait, nous malheureux, pour naître dans l'aveuglement de l’ignorance et dans le tourment de la difficulté, de sorte que nous nous égarions d’abord, ignorants de ce qu’il faut faire, et qu’ensmte. lorsque les préceptes de la justice commencent â nous être révélés, nous voulions les accomplir et que nous ne le puissions pas, â cause de je ne sais quelle résistance contraignante de la concupiscence charnelle? HL xix.33.col. 1296. 2° Les réponses. - 1. Voici d’abord la réponse générale qu’il propose : elle sulllt pour le croyant et ôte à l’incroyant le droit de triompher ou même de sourire du dogme catholique : « Il était juste que nos premiers parents, ayant péché, transmissent a leurs descendants la nature humaine dans l’état où ils l’avaient réduite...; il était convenable que ce qui était une peine méritée devint chose de nature chez les enfants.» III, xx. 55, col. 1297. Cf. C. Boyer, Dieu pou­ vait-il créer l'homme dans l'état d'ignorance et de diffi­ culté? Étude de quelques textes augustiniens. dans Gregorianum. t. xi. fasc. I (nous nous inspirons ici des conclusions III, xxm. 68. c >1. 1301. Toutes ces vues concernant les enfants qui meurent prématurément paraîtront, il est vrai, insuffisantes à l’évêque d'iiîppone. Dans une lettre écrite à saint Jérôme vers 115, il repoussera la justification des souffrances des enfants, telle qu’elle est donnée dans le De libero arbitrio, cl en appellera au péché originel pour justifier ces souffrances. Epis!, c.i.xvi. 18-20, t. xxxui, col. 728. De même, il écrira dans le De dono persev., xn, 30. t. xi.v. col. 1010 : C’est en vain qu’on veut me faire une loi de ce que j’ai enseigné, il y a si longtemps ...Parce que j’ai eu alors un certain doute sur le sort des enfants qui meurent avant le baptême, qui m’empêchera de progresser, el m’obli­ gera à rester dans le doute? ■ 2. Le D· libro arbitrio relève enfin la responsabilité que l'homme encourt quand le péché a perverti sa nature el a entraîné l’ignorance et la concupiscence Si ces deux misères étaient naturelles, elles excuse­ raient du péché, mais elles n’excusent pas, parce qu’elle sont, en fait, des peines du péché, cl même d'une certaine façon des péchés. Et tamen per igno­ rant ian /acta gu redam improbantur et corrigenda /udicantur... Sunt etiam necessitate facta improbanda, ubi vult Id no recte facere ct non potest /lire omnia sunt ex illa mortis damnatione venientium ; nam si non est ista poena hominis, sed natura, nulla ista peccata sunt. Ill, will, 51, roi. 1205 Et il ajoute, en distinguant le péché au sens absolu et qui suppose la libre volonté dans laquelle le pre­ mier homme a été créé — celui-là n’est que péché - et le péché qui est une conséquence pénale de ce pre­ mier pêche : · Ce qu'on accomplit par ignorance, d’une manière déréglée, ou ce qu’on ne peut accomplir avec la perfection requise, contrairement à la volonté qu'on en a, cela mérite le nom de · péché ·, parce que c’est une suite du premier pêche, accompli avec une entière liberté. Le premier péché a mérité ces conséquences. C’est ainsi, en effet, que nous donnons le nom de langue non seulement au membre auquel il convient en toute propriété, mais encore aux mots ou paroles, à la prononciation desquelles cc membre concourt De la même manière, nous appelons « péché » non seule­ ment celui qui provient d’une volonté éclairée cl libre, auquel seul ce terme convient en toute propriété, mais encore tout cc qui en découle comme nécessaire­ ment en vertu d’une punition. » III, xix, 5 I, col. 1297. \insi, les responsabilités de la nature déchue s’étendent d’une certaine façon à tout ce qui est fait 378 sous l’inlluence de l’ignorance pénale ct de la concu­ piscence désordonnée, produite dans l’âme par le péché originel; car tout cela est péché volontaire in causa par rapport au premier péché qui. lui, n’a pas été commis par ignorance ou sous l’inlluence de la concupiscence, mais accompli avec une entière liberté cl une pleine conscience. Bref, l’ignorance et la diffi­ culté n'excusent pas en tant qu’elles sont le fruit et le châtiment du péché; elles excuseraient, si elles étaient naturelles â l’homme. ///. .if or.sr/.V Λ.ν PQMfE&SlOb’ DE 5.1 DM 'ittSE. En 397, comme il appert du Livre des quatre-vingt· trois questions, et plus encore de la fameuse Consulta­ tion à Simplirianus, Augustin sc montre en possession de sa doctrine complète sur l'absolue gratuité de la grâce et l’impuissance totale de la nature déchue laissée à elle-même par rapport au salut. Il résume scs idées sur la chute dans la doctrine de la massa dam­ nata. Quinze ans avant l’hérésie pélagienne. l’évêque d’ilippone s’établit ainsi sur les positions doctrinales qu’il tiendra durant le reste de sa vie. Il a dit hiî-même l’importance de cc traité et attri­ bué à une révélation divine la doctrine qu’il contient. Dans les Rétractations, 11. i. 1, l. xxxil, col. 629, il dira que les recherches qu’il a faites sur la puissance du libre arbitre furent alors consacrées par le triomphe de la grâce : in cujus questionis solutione laboratum est quidem pro libero arbitrio voluntatis humanu ; sed vicit Dei gratia. (Ά. art Augustin, col. 2379. Ici. cemnie au jour de sa conversion, c’est la méditation de l'épltre aux Romains qui produisit l'illumination déci­ sive et l’éclaira non seulement sur sa douloureuse impuissance personnelle ct sur le rôle tout-puissant de la grâce dans sa transformation intérieure, mais aussi sur l’impuissance universelle par rapport au salut de la massa damnata, et sur la nécessité d’un secours absolument gratuit pour tirer les élus de celte masse. 1® /.'origine de la massa damnata - se trouve non en Dit U. mais dans la transgression du premier homme. Dans le Dr div. qufest. LXXX///, (j. Lxvm. 3, t. xi., col. 71. Augustin affirme déjà : Notre nature a pêché dans le paradis... cl c’est pourquoi nous sommes devenus une masse de boue qui est une masse dépêché, El dans VAd Simplicianum. I. I, q. i, IL col. 107 : · Cc n’est point là la première nature de l'homme, mais la conséquence de son délit. · Et plus loin : » Après la chute, tous les hommes ne formèrent plus qu’une masse infectée par le péché et condamnée à la mortalité, quoique Dieu n’eût créé que cc qui était bon. Ibid., q. n, 20, col. 125. 2° Résultats de l'appartenance a celte · massa dam­ nata ». L'appartenance à la massa damnata implique dans l'homme déchu non seulement un état de morta­ lité. L q. I, 10. col. 106, un alfaiblissemenl du libre arbitre. 11, col, 107. une lutte entre l’homme intérieur et la loi de péché. 13, col. 107, cl 1 I, col. 108, mais encore un état de péché. C’est le sens du rejet d’Ésaü naissant : Dieu le rejette non comme homme car toute créature humaine, en tant que telle, est borne mais comme pécheur : cc que Dieu hait en lui. c’est le péché. Le péché, c’est un désordre cl une perversité dans l’homme, un acte par lequel il se détourne de son sou­ verain bien, le Créateur, pour s’attacher â In créature. Homme par l’institution de Dieu, Ésaü est devenu pécheur par sa propre volonté (celle d'Adam partici­ pée). Sans doute Jacob naissant a été aimé de Dieu el pourtant il riait pécheur a cause du triste heritage commun; mais ce que Dieu aimait en lui ce n'était pas la faute, mais la grâce dont il l’avait doté. Bref, tout homme déchu comme Ésaù serait coupable, par son appartenance à la niasse de péché; la différence qui 379 PÉCHÉ ORIGINEL. S. AUG US! IN AVANT LE PELAGIANISME s’établit entre les hommes vient de cc que la faute commune est justement punie chez les uns par la damnation, enlevée chez les autres par la justificat ion. I. n, 18. col. 122-123, 3· Rôle de la concupiscence. - C’est par la concupis­ cence que le péché originel se transmet à toute la masse pour la pétrir en quelque façon dans le mal : Concupiscent(a carnalis de peccati poena jam regnans, unipersum genus humanum tanguam lotam ct unam conspersionem, originali reatu in omnia permanante, confuderat. I. u. 20, coi. 126. 1° Peines gui atteignent la · massa damnata ». — Englobée d’une certaine façon dans la personne d’Adam, la masse pécheresse, qui est solidaire avec lui, est débitrice cn tous scs membres, à l’égard de la suprême justice, de la peine temporelle et éternelle qu’cllv doit subir: Sunt igitur omnes homines (quando· quidem ut Apostolus ait : in Adam omnes moriuntur a quo in universum genus humanum origo ducitur o/Jcu­ sionis Dei) una quirdam massa peccati, supplicium de ii ex s divimr summieque juslilitr, quod sive exigatur, sive donetur, nulla est iniquitas. I, n, 16. col. 121. L’ensemble du contexte montre qu’il s’agit dans ce livre surtout du supplice étemel. Ainsi, tous ceux qui ne seront pas tirés de celte masse de péché par la grâce de la prédestination res­ teront condamnés à l’enfer. Saint Augustin ne dit rien ici des enfants morts sans baptême, mais il pose dès lors les principes dont il tirera les conséquences dans ses traités contre les pékigiens. < Il dira sans ambages que ccs enfants devront subir une peine éternelle dans l’enfer, bien que cette peine soit la plus légère des peines des damnés. » Cf. Tr. Salgueiro, La doctrine de saint Augustin sur la grâce d*après le traité à Simpliden, Strasbourg, 1925, p. 115. Chez les adultes, les péchés actuels ne feront qu’augmenter la peine déjà éternelle. Ainsi Dieu pourrait condamner justement toute la masse de péché : < Que Dieu remette ce supplice en justifiant le coupable, ou qu’il l’exige en l’abandon­ nant, nulle injustice n’est commise. Quant à savoir qui doit subir sa peine, qui doit cn être exempté, ce n’est pas à nous, débiteurs, qu’il appartient d’en déci­ der. Ainsi, le dernier mot d’Augustin sur cet obscur problème est un aveu d’ignorance : l’homme s’incline devant un mystère qu’il ne saurait scruter... On notera cependant en quels termes se trouve décrit le pouvoir mystérieux qui préside à notre destinée. Ce n'est pas une puissance aveugle ni une volonté arbi­ traire, c’est une justice et une vérité; ccs expressions ct d’autres semblables prouvent que le secret qui nous échappe ne recouvre, d’après Augustin, qu'une par­ faite équité. » (Les paroles d’Et. Gilson, op. cit., p. 197, résument parfaitement la pensée du grand docteur sur le mystère de la massa damnata. Cf. Ad SimpL, I, n, 16-22. <<»l. I2U-12X. 5· Le sort du libre arbitre. — L’homme déchu, qui appartient â la massa damnata et n’est point délivré de sa condamnation par la grâce, possède encore le libre arbitre, c’est-à-dire le pouvoir de vouloir et de choisir; mais cc pouvoir reste inefficace; il ne s’emploie pas de fait a vouloir le bien et. s’il le veut, il est inca­ pable de l’accomplir. Seul, Dieu, par la grâce, fait la bonne volonté. Saint Augustin l'affirme nettement dans le commentaire qu’il donne ici de Hom.. vu. 19-25. Ad Simpl., I, î, 6-17, col. 101-110. L’homme déchu qui est abandonné à ses propres forces « est entraîné au mal par la concupiscence qui le domine cl le séduit par l’attrait d'une chose défendue... C’est la passion qui le pousse et il cède â ses efforts victo­ rieux. Pour ne pas céder, et pour que l’esprit de l'homme soit armé contre la cupidité. Il faut la grâce. » I, I. 9, col. 106. 380 Où est la cause d’une telle faiblesse? Dans la nature déchue et dans l’habitude du péché, qui donnent à la concupiscence une force extraordinaire et insurmon­ table: Unde nisi ex traduce mortalitatis et assiduitate voluptatis? Illud est ex pana originalis peccati, hoc ed ex ptrna frequentati peccati. Cum illo in hanc tdtam nascimur; hoc vivendo addimus. Quic duo, tanquam natura et consuetudo, conjuncta, robustissimam faciunt et invictissimam cupiditatem, quod vocat peccatum d dicit habitare in carne sua, id est dominatum quem­ dam et quasi regnum oblinere. I. i, 10, coi. 106. Que devient alors, sous cet empire, le libre arbitre? Il subsiste sans doute, mais avec un pouvoir très rcs treint : Liberum voluntatis arbitrium plurimum void; imo vero est quidem, sed in venumdatis sub peccato quid valet? I, n, 21, coi. 126. 11 est incapable d’accomplir ce qu’il choisit de faire : Velle mini, inquit (Apostolus), adjacet mihi, perficere autem bonum non invenio. Ilii verbis videtur non recte intelligentibus, velut auferrt liberum arbitrium. Sed quomodo aufert, cum dicat ; Velle adjacet mihi? Certe enim ipsum velle in potestate est, quoniam adjacet nobis : sed quod perficere bonum non est in potestate, ad meritum perlinet originalis pec­ cati. I. i, 11, coi. 107. et I L coi. 108. La différence entre l’homme déchu et l’homme restauré par la grâce n’est aucunement dans la possession ou dans la nonpossession du libre arbitre, mais dans son efficacité, Ét. Gilson, op. cit., p. 202. L’incapacité à accomplir le bien qu’il connaît, veut et choisit, est dans l’homme déchu la peine du péché originel. C’est Dieu qui forme en nous la bonne volonté par sa grâce. I, n, 12, col. 118. En cette vie mortelle, il reste au libre arbitre < non le pouvoir d’accomplir lui-même la justice, lorsqu'il le voudra, mais de se tourner avec une confiance sup­ pliante vers celui qui pourra lui obtenir la grâce de l’accomplir ». I. î, IL col. 108. Encore, cc mouvement de prière est-il déjà une grâce. C’est cc qui résulte de l’argumentation de saint Augustin à la fin de son traité. I. n, 21, col. 126, 127. Dieu nous commande de demander pour recevoir; mais que constatonsnous souvent? que notre prière est souvent tiède, plu­ tôt froide,parfois même nulle. Qu’en conclure sinon que la qualité de celle-ci dépend de la grâce de Dieu : « Car celui-là nous donne la grâce de demander, de chercher, de frapper, qui nous commande de le faire; nous ne pouvons ni vouloir, ni courir, si Dieu ne nous pousse et ne nous excite. » La formule suivante que nous lisons dans cc pas­ sage : Quid ergo aliud ostenditur nobis nisi quia petere et qiuvrere et pulsare ille concedit, qui ut lurc faciamus jubet? fait déjà pressentir la prière des Confessions: lia quod jubes et jube quod vis. Conf., X, xxix, 10, t. xxxn, col. 796. Elle ne sera pas dépassée au moment de la controverse pélagienne par la formule du De gratia et libero arbitrio, xv. 31. t xuv, col. 899 : Adjuvat ut faciat cui jubet. Ainsi, dès 397, saint Augustin se trouve, avec sa doctrine de la massa damnata, en possession des thèses maîtresses qu’il opposera à l’hérésie pélagienne S’il a pu dire dans ses Retract , I, ix. 6, t xxxn, col. 598, cn faisant allusion au I. Ill du De libero arbitrio : Longe antequam pelagiana lurresis extitisset, sic dispu­ tavimus velut contra illos disputaremus, il aurait pu rafflrmer avec plus de raison encore de la consulta­ tion à Simplicien en faisant allusion à sa théorie de la masse pécheresse, (’.elle doctrine pourra devenir, dans les écrits anti-pélaglen- comme un lieu commun sans cesse mis en avant pour tfflrmcr I·* dogme de la chute, l’impuissance totale i rentrer dans l’ordre pour la volonté déchu· i ..lu· ·.· i;l grâce pour faire le bien, cl A -, tr » la damnation éternelle. ‘ (Voir dans O. HoHu· mner. Drr Augustinismus, 381 Munich. 1892. p. 8 et 9, In liste des passages de saint \ugustin qui se rapportent à In théorie de la masse.) Les alllrmations postérieures â H2 n’ajouteront rien d'essentiel aux thèses de In consultation Ad Simplicianum. Ces theses ne se sont point constituées sous In poussée de l’hérésie; elles ont jailli, cn 397, dans l’âme d'Augustin· d’une illumination décisive qui l’a éclai­ rée à l’occasion de la lecture de saint Paul, Hom., vu. 19-25; c’est alors qu’il a vu nettement la relation intime qui liait l’idée de la gratuité de In grâce et celle qui représentait le genre humain déchu comme une masse déchue, impuissante par elle-même à sc restau­ rer dans l’ordre et vouée à la damnation éternelle, si elle n’y était soustraite par la grâce. En conséquence, on pourra, avec Ivl. Gilson, op, cit., p. 201. être incliné par ccs constatations a juger vaines les discussions relatives à l’inlluence de Pélage sur la doctrine nugustinlcnne de la liberté : « Que le souci de s’opposer aux erreurs pélagiennes l’ail amené â exagérer les droits de la grâce et à compromettre le libre arbitre, com­ ment cela sc pourrait-il, s’il est vrai que le libre arbitre fut toujours hors‘de discussion et que, pour le reste, il donna tout à la grâce depuis le jour où il lut saint Paul cl le comprit. Jamais saint Augustin n’ira plus loin, parce qu'il est allé d’emblée jusqu’au terme : l'homme ne peut faire que ce que Dieu lui donne la force de faire : l)a guod jubcs et jube, quod ois, - donnemoi ce que tu exiges, cl exige cc que tu veux . voilà l’un des thèmes essentiels des Confessions (el déjà de l’épitre â Simplicicn. peut-on ajouter) ct si saint Augustin 1’écrivail en 100» on se demande ce qu’après 110 il pourrait avoir ajouté à celte formule pour la dépasser. « IV. Conclusion générale touchant l'état de LA TRADITION LATINE ET ORECQUB. — On a parfois opposé le témoignage des Pères latins à celui des Pères grecs touchant la doctrine du péché originel durant les quatre premiers siècles. I) est plus juste de comparer ces témoignages et de marquer objective­ ment ce en quoi ils s'accordent et cc par quoi ils sc différencient. 1° Leurs ressemblances. Pères latins el Pères grecs allinncnt a peu près unanimement (Théodore de Mopsueste excepté) que l'homme actuel n’est point dans l’étal où Adam se trouvait au sortir des mains de I)leu. Tous proclament qu’il naît dans un état de déchéance consécutif à la faute d’Adam : il encourt du fait de la chute, ici-bas, une condamnation aux misères de la vie présente : souffrance, inclination au mal, mortalité, et, dans l’autre vie, l'exclusion du droit au bonheur du ciel. Tcrtullicn, Ambroise, l’Ambrosinslcr chez les Latins, aussi bien que Grégoire de Nysse el Grégoire de Nazianze chez les Grecs, s’entendent d'ail­ leurs à établir une entière différence entre les peines réservées dans la géhenne aux fautes actuelles, et la peine de l’exclusion du ciel subie pour la faute origi­ nelle. Certains Latins (l’Ambrosiaster. Tcrtullicn), aussi bien que certains Grecs (Grégoire de Nysse. Clément d’Alexandrie· Jean Chrysostomc), frappés sans doute par la nature particulière du péché originel, qui, à la différence des péchés actuels, ne requiert pas un acte de volonté personnelle en celui qui est responsable, ont pu même appeler les petits enfants innocents ». 2“ Leurs différences. - Tandis que les Pères grecs ont décrit l’état de condamnation où sc trouve le genre humain beaucoup plus par les peines qui le manifestent, que par l’état de culpabilité commune qui l’explique, les Pères latins ont insisté davantage sur l’état de souillure dans lequel sc trouve l'homme déchu. Tandis quo les premiers aimaient à mettre cn relief, contre les manichéens, ce qui reste à l’homme de force libre pour le bien, les seconds étaient frap­ 382 pés plutôt de l’état de faiblesse induit cn nous par la concupiscence, el insistaient «lavantago sur la gratuité de la grâce. Plus qu’à personne, il fut donné au génie d’Augus­ tin de mettre l'accent non plus seulement sur le carac­ tère pénal de l’état de l’homme déchu, mais surtout sur l’aspect moral de la faute du genre humain en Adam, ct cela cn dégageant d’une vérité tradition­ nelle reçue de tous la conclusion qu’elle impliquait Les Pères avaient enseigné unanimement la pénalité commune imposée aux humains à la suite de la faute d’Adam, l'ne pénalité commune implique naturelle-I ment, conclut Augustin dans le lie libero arbitrio, IH,( xix, 51,1. xxxn, col. 1297. une culpabilité commune. I Par sa thèse de la massa damnata. Augustin ne se contente pas d’affirmer froidement cette vérité théo­ rique que l'humanité déchue se trouve dans un état malheureux cl coupable; il la présente cn un système cohérent; il lui donne une expression personnelle, forte, sévère, disons rigide et pessimiste, puisque la tradition postérieure se verra obligée de l’adoucir. Augustin a emprunté sans doute â saint Paul le terme de massa, mais il lui donne un sens qui lui est propre Tandis que ΓApôtre s’était servi de la comparaison de la masse d’argile que le potier façonne selon son bon plaisir pour expliquer la souveraine indépendance de Dieu dans l’appel à la foi, Augustin l’emploie pour désigner l'humanité solidaire d’Adam ct constituée dans un étal de péché. L’Ambrosiaster. qui sc rap­ proche le plus d’Augustin, et par la doctrine ct par le langage, a utilisé celte comparaison, mais, comme on l’a remarqué, il est beaucoup moins rigide que le doc­ teur d’Hipponc dans l’emploi qu’il cn fait. En effet, tout en voyant dans la masse d’argile l’humanité cor­ rompue par le péché originel, qui mérite la mort et l’exclusion du ciel, le commentateur ajoute que la mort seconde, c’est-à-dire les peines de la géhenne, ne nous seront infligées qu'en raison des péchés person­ nels. Salgueiro. op, cit., p. 113. Ainsi, dès avant le pélagianisme, la doctrine d’Au­ gustin, tout cn sc maintenant cn continuité avec la doctrine des Pères antérieurs, s'en distingue déjà par l’expression plus cohérente, plus forte, plus sévère, plus dramatique qu’elle donne à la vérité tradition­ nelle du dogme du péché originel. Dès 397. le génie de l’évêque d’Hipponc, fécondé par la méditation de saint Paul, de In tradition cl de sa douloureuse expé­ rience, se trouvait cn possession de l arme de choix dont il allait se servir dans le combat doctrinal contre Pélage. IV. LA CONTROVERSE PÉLAGIENNE. - Celte controverse va amener dans la doctrine du péché originel des précisions qui serviront de point de depart à un développement ultérieur. Elle a eu une particu­ lière importance cn Occident; ce n’est qu'indirectement qu'elle a touche l'Orienl (col. 102). L La controversi: i.n Occident. L influence immédiate d’Auoi stin. Après avoir montré les deux pensées aux prises, nous aurons à étudier plus en détail l’ensemble de la doctrine augustinienne, telle qu'elle s’exprime en face du rationalisme pélaglen. — 1° Le choc des doctrines. 2** Preuves el exposé de la doctrine catholique (col. 388). /. LE CHOC l>KS noCTH/.XES. - - 1° Opposition fonda· mentale entre tes thèses traditionnelles d'Augustin et le rationalisme pélagicu. Il ne peut être question d’exposer ici â nouveau le système pélagicu cl de don­ ner une vue d'ensemble complète sur les thèses défen­ dues par Augustin contre Pélage. Gf. art Augustin, col 2380-2381, ct art. Pélagie II sulllt de rappeler les points de vue antithétiques du docteur d’Hippone el de l'hérésiarque, dans la mesure stricte où cela est 3S3 PÉCHÉ ORIGINEL. LA CONTROVERSE PÉLAGIENNE 384 les enfants non régénérés par le baptême étaient exclus nécessaire pour éclairer le progrès du dogme ct de la du droit au bonheur du ciel, les pelagicus, avec leur théologie du péché originel. distinction nouvelle entre le royaume des deux cl la Avec Pelage et Augustin, s’avivent ct s’opposent vie éternelle, en arrivaient à dire que le baptême « ntre elles, au sein du christianisme, deux tendances fondamentales de l’esprit humain, en face de la révéla­ n’était pas nécessaire pour obtenir la seconde, mais seulement pour entrer dans le premier. De gestis Pel., tion : l’une, traditionnelle, profondément religieuse, celle de saint Augustin, qui s’appuie sur l’Ancien Tes­ xi, 23-21, t. .xî.rv. col. 333-331. tament, l’Evangile, saint Paul ct l’ensemble des Tandis qu’Augustin proclamait l’absolue nécessité Pères, qui insiste sur l’absolue souveraineté ), le livre de tion entre le démon et les enfants morts sans baptême : .Job (Serm., ci.xx. 2) ct le passage de l’épltre aux « Dès lors quel catholique hésiterait à dire cohéritier Ephésicns, n. 3 (ibid.), mais ses deux sources princi­ du démon celui qui n’a point mérité d’être cohéritier pales furent le texte de l’épltre aux Romains, v, 12, du Christ? Celui qui ne sera pas à la droite de celui-ci et celui de saint Jean, m, 5. sera inévitablement à la gauche. · En cela le concile est a) Le texte de saint Paul (Rom., v, 12), comme il sans doute d’abord l’écho de saint Augustin, mais aussi convient, tient la première place dans son argumen­ de la tradition antérieure qui place l’homme déchu tation. Il le lisait ainsi ; Per unum hominem peccatum sous l’empire du démon aussi longtemps qu’il n’est intravit in mundum, cl per peccatum mors, ct ita in omnes pas régénéré dans le Christ : n'est-ce point la tradition homines pcrtransiit, in quo omnes peccaverunt. Serm., de l’Ambrosiaslcr, qu’Augustin citait sous le nom ccxciv, 15, t. xxxviii, col. 1314. d’Hilairc, ct qui place les âmes coupables du seul péché De ce texte, il tire deux arguments: l’un fondé sur originel dans l’enfer supérieur (cl non dans la géhenne), l’exégèse du per hominem, l’autre sur le sens de in quo sous l’empire du démon aussi longtemps qu’elles ne omnes peccaverunt. Tandis que les pélagiens, appuyés sont pas marquées du signe de la croix? Ci-dessus, sur la première expression, faisaient d'Adam le simple col. 370. introducteur du péché dans le monde, par l’entraine­ Selon la vraisemblance historique· les Pères de ment (le son mauvais exemple, Augustin répliquait que Carthage se représentaient sans doute les enfants le premier entraîneur au mal, c’était le démon ct non morts sans baptême sous le même aspect que l’évêque pas Adam. < C'est d’un péché de propagation, ct non d'Hippone, et cet aspect était plus sévère que celui pas d’un péché d’imitation, que veut parler ('Apôtre; sous lequel 1'Ambrosiaster les voyait. Mais il faut car, s’il avait voulu parler d’un péché d'imitation, il remarquer aussi que, dans sa teneur objective, leur aurait dit que le péché est entré dans le monde par le texte ne parle ni de tourments, ni de flammes, ni de diable. > Serin. cité; De pecc. mer., I, ix, 9, 10, t. xliv, douleur. Aussi, la théologie postérieure ne croira pas col. 114 sq.; Op. imper/., Il, 47, t. xlv, col. 1161. aller contre ce texte et rééditer la fable pélagienne en Il tire son second argument de la formule in quo aflinnant l’existence des Limbes. Ceux qu’elle y place omnes peccaverunt, qu'il traduit, dit-il, à la façon ne sont exempts ni de coulpc, ni de peine : sans con­ d’HiJaire (Ambrosiaster). Durant toute la controverse, naître les peines sensibles de la géhenne, ils sont pour­ il accorde une importance exceptionnelle à celle tant exclus pour l’éternité de l’héritage du Christ, incise pour la démonstration du péché originel. Après associés, du moins en ce sens privatif, au malheur des avoir fait d’abord rapporter le relatif in quo au péché, damnés, et d’une certaine façon sous l’empire du pour une bonne raison grammaticale, il le fait ensuite démon. Cf. art. Limbes. t. ix. col. 761. s'accorder avec < homme >; ainsi ce terme désigne-t-il Les derniers canons, tout en traitant directement de Adam ct iinpllquc-t-il que tous les hommes ont péché la nature de la grâce ct de l’impossibilité d’être sans en lui. De pecc, mer.. I, x, 11, t. xliv, col. 115; Contra péché, précisent indirectement les limites des forces duas epist. pelag., iv, 7, t. xliv, col. 614. de la nature déchue. Le G* anathematise quiconque Julien objectait que la particule était causative cl • déclare que la grâce de justification nous est donnée devait être traduite : parce que tous ont péché. Cont. pour que nous puissions faire avec plus de facilité ce Jul., VI. xxiv, 75, t. xliv, col 868. Augustin repous­ que nous pouvons faire par notre libre arbitre, si bien sera toujours cette explication, sans doute parce qu’il que, sans la grâce, nous pourrions accomplir, quoila voyait liée chez scs adversaires à la négation du qu avec plus de difllcullé, les commandements divins >. | péché originel : il la trouvait nouvelle, défectueuse ct C’est l’affirmation de l’incapacité absolue, non relative, fausse ». Cf. ibid. du libre arbitre déchu a accomplir les commandements Cependant, l’exégèse catholique moderne traduit divins : ♦ Le Seigneur n’a pas (lit : sans moi vous n’agiaujourd'hui avec Julien : « la mort a passé dans tousles rez que ditîicilemcnl, mais : sans moi vous ne pouvez hommes, parce que tous ont péché. » Mais, si elle donne rien (aire. · raison à l’adversaire d’Augustin pour la grammaire, Les troll dernier* canons sont dirigés contre ceux elle lui donne tort pour le fond. Le péché originel est qui soutiennent que c’est par humilité seulement et bien contenu dans la traduction admise par Julien. non en vérité que chacun doit sc déclarer pécheur Ci-dessus, col. 308, Ainsi, dès 418. grâce à l’activité de saint Augustin. | Augustin montre ensuite que des ÿ. suivants (v, 12les péligiens étaient condamnés par l’autorité des 19) se dégage organiquement la même idée de propa­ conciles et de·» papes; par les canons de Carthage, de gation du péché Entn autres le t 16 attire son atten­ précieuses précisions doctrinales étaient acquises et, tion spéciale : il est que-tion du péché unique qui vers la fin de l’année· dans une lettre au prêtre Xyste, entraîne la condamnation d< tous Si la condamna­ futur pape, l’évêque d’Hippone pouvait dire sa joie tion n? venait p »sd'un p< ·> origine), mais seulement 389 PÉCHÉ 0 K IG IN EL. DOCTRINE DE S. AUGUSTIN 390 des péchés d'imitation. comment pourrait-on dire jour. » De pecc. mer., I, xxrv. 34. t xliv, col. 128. qu’cllo est portée pour un seul délit, tandis que nom­ D’ailleurs, même dans l’hypothèse pélagienne, les breux sont les péchés personnels? > /Je pecc. merit., enfants sont exclus du royaume des deux, donc sou­ l. χιι, 15, t. xliv, col. 117 sq. mis a une peine. Si toute peine suppose une faute, ils Ensuite, un dernier argument tin'· du contraste sont donc coupables. Ibid., I, xxx, 58, col. 142. d'Adam et du Christ; il résume tous les autres : < Si 2. tradition. — A la preuve scripturaire, Augus­ l’Apôtrc a maintenu l’antagonisme entre Adam et le tin ajoute le témoignage des Pères qui Pavaient précé­ Christ, de préférence à toute autre, c’est pour une rai­ dé. Il le fait au gré de scs lectures et suivant les néces­ son nécessairement différente de l'imitation de leur sités de la défense. conduite. Cette raison, il faut la chercher uniquement Des 112, il en appelait au témoignage de saint dans le fail que tous deux sont principes de généra­ Cypricn et de saint Jérôme. De pecc. mer., HL v-vn, 10, 12, 13, t. xLiv.col. 190-193. En 118, dans le De pecc. tions bien distinctes, celle des enfants de Dieu par la grâce qui régénère l’esprit, ct celle des hommes orig., xlt, 17, col. 409, il citait saint Ambroise. Il dut approfondir son enquête pour répondre à Julien. pécheurs au moyen de la génération naturelle. Pour Celui-ci prétendait avoir pour lui les Pères, Cont. Jut., cela également, saint Paul se sert de la même expres­ I, vit, 29, t. xliv, col. 661 ; il en appelait particulière­ sion pour les deux cas en écrivant : « De même que ment Λ ceux d’Oricnt, I, iv, 14, col. 649, surtout à par la faute d’un seul la condamnation atteint tous saint Jean Chrysostome. I, vi, 21. col. 654. C’est alors les hommes, de même par la justice d’un seul, la justi­ qu'Augustin, dans le Contra Julianum. 1. I, t. xliv. fication qui donne la vie s’étend â tous les hommes. · Non pas certes en ce sens que tous ceux qui sont engen­ col. 611-660, évoqua devant son adversaire le cortège des témoins de la tradition catholique : les Latins drés en Adam sont régénérés dans le Christ, mais d’abord : Irénéc, Cypricn. Béticius d’Autun, Olym­ parce que, de même qu’il n’existe aucun homme qui ne pius, évêque espagnol. Hilaire de Poitiers. Ambroise, descende d’Adam, ainsi il n’est aucun juste qui ne soit ■ son Père dans le Christ >; puis les Grecs : Grégoire de régénéré dans le Christ. De pecc. merit., I, xiv, 18, Nyssc, Basile, les quatorze évêques de Palestine qui, t. xliv, col. 119, cité dans Merlin, Saint Augustin, le sans doute, avaient absous Pélage. mais seulement dogme du péché originel ct la grace, Paris, 1931. p. 32. après lui avoir demandé une profession de foi; il en Mémo idée, Op. imper/., H, 116, t. xlv, col. 1202 : appela enfin au témoignage du grand évêque de Videtisne quæ mala nos consequantur, quando Adam ct Constantinople. Tous ccs textes opposés à Julien Christum Apostolo proponente, nos imitationem imita­ forment, dans leur ensemble, une belle preuve de la tioni, non regenerationem generationi vultis opponere? continuité, dans l’Églisc des premiers siècles, de la foi L’adversaire de Pelage ne peut qu’admirer la precision, a l'existence du péché originel. Il y a des nuances entre l’exactitude, la clarté de ce passage de l’Apôtrc : /Vr ces témoignages : ils sont plus ou moins explicites. unum hominem, per unius delictum, per (nobedientiam Tous proclament la chute, admettent un rejaillissement unius hominis. De nupt. et concup , II, xxvm, 18, de la faute d’Adam sur le genre humain et tiennent t. xliv, col. 161. pour héréditaires les peines du péché d’Adam. Mais Au fait, l’exégèse d’Augustin en inet en lumière admettre l’hérédité de la peine n’étnit-cc point sc l’idée cohérente. Aussi cette exégèse a-t-elle inspiré les mettre dans la nécessité logique d’admettre l’hérédité Pères et les conciles qui, à sa suite, ont vu, dans le de la faute? Mieux que personne, Augustin a vu cette t. 12 de l’épltre aux Domains, la preuve scripturaire nécessité de conclure de la peine commune a la faute la plus forte en faveur de l’existence du péché originel. commune; tous scs prédécesseurs sont loin de l’avoir A sc débarrasser avec l’exégèse moderne de l’inexacti­ vue avec une égale clarté. Nous avons établi qu’un tude grammaticale qu’elle contenait, l’explication certain nombre avalent eu conscience explicitement augustinienne n’a fait que rajeunir sa valeur dogma­ d’un état de péché héréditaire. Si d’autres n’ont pas tique et historique. dépassé une vue plus extérieure de la déchéance b) Augustin utilise aussi le texte .Vis/ quis renatus humaine, on ne saurait nier que cette sue contenait /uerit... non potest introire in regnum artorum, Joa , implicitement la notion du péché d’origine. Saint m. 5, qu’il rapproche do cet autre : Qui manducat Augustin n’avait donc pas tort de se référer à la meam carnem habet vitam mternam, Joa., vi, 55, pour tradition ancienne de l’Églisc pour affirmer l'existence rejeter la distinction imaginée par les pélagiens entre du péché originel. le royaume des deux et la vie éternelle. 3. La liturgie du baptême. — Les exorcismes em­ Il argumente ainsi dans le De pecc. mer., I. xx. 26, ployés au baptême pour soustraire l’enfant nu pou­ t. xliv, col. 123 : · Les pélagiens attribuent aux voir du démon fournissaient de l’existence du péché enfants non baptisés la vie éternelle ù cause de leur originel une nouvelle preuve. La soumission de ces innocence ct ils les excluent du royaume des deux enfants ù cet empire ne s’expliquait qu’en punition du parce qu’ils n’ont pas reçu le baptême. Écoutons le péché originel : « Qu’est-ce qui les tient enchaînés au Seigneur disant, non en parlant du baptême, mais en pouvoir du diable? Le péché; or. ces petits enfants parlant du sacrement de sa sainte table, que reçoivent seulement ceux qui sont baptisés : Si vous ne mangez n’ont commis aucun péché personnel 1 teste donc le ma chair, vous n’aurez pas la vie en vous. Que veutpéché originel qui les tient captifs sous la puissance du on de plus? » De fait, si l'eucharistie esl nécessaire pour I démon, tant qu’ils ne sont pas rachetés par le bain de la vie éternelle, le baptême l’est à plus forte raison ct. la régénération et par le sang du Christ. > De nupt., L par conséquent, la distinction entre le royaume des xx, 22, t. xliv, col. 126. Les pélagiens ne savaient que deux ct la vie éternelle est vainc. Et si les enfants non répondre; saint Augustin le leur rappelle. Cont. Jul., baptisés sont exclus de la vie, c’est qu’ils ne sont pas VI. v, 11, t. xli\. col. 829. innocents. < Puisque tant de témoignages divins s’ac­ 4. L'expérience, c'est-à-dire l'état actuel, physique et cordent à enseigner qu’il n’y a ni salut, ni vie éternelle moral, de l'homme, enfant ou adulte. — Tandis que en dehors du baptême ainsi que du corps et du sang du saint Augustin établissait les preuves précédentes sur Seigneur, c’est en vain qu’on promet cette vie éter­ les données de la foi, il tire la dernière des faits de nelle aux petits enfants. Or. le péché seul peut écarter l’expérience actuelle : souffrance des enfants, misère l'homme du salut ct de la vie éternelle. Il suit donc du genre humain, violence de la concupiscence. de lù que ccs sacrements enlèvent aux petits enfants Il y a d’abord les souffrances des enfants ; elles une souillure de péché, une souillure dont il est écrit dénotent chez eux un état malheureux qui ne peut que personne n’est pur. pas même celui qui n’a qu’un être que pénal, par conséquent coupable. Un juste 391 PÉCHÉ ORIGINEL. DOCTRINE DE S. AUGUSTIN Dieu ne peut puniret condamner que des coupables. Sans doute Augustin avait bien expliqué ces souffran­ ces, dans le De libero arbitrio en leur trouvant une compensation dans la vie future. Mais, fait à noter, dès 115, dans une lettre à saint Jérôme, il avait déclaré cette solution insuffisante, et dans VOpus imperfectum il ne trouvait point d’autre explication que dans la transmission de la faute originelle : < Où est donc l’équité de ce fardeau énorme qui leur est imposé? Vous ne voulez pas admettre que ces maux ont été introduits dans le genre humain par l’homme dans lequel nous étions tous renfermés. Vous ne pouvez cependant nier que, sous le gouvernement d’un Dieu infiniment juste, les enfants ne soient très malheu­ reux, car c’est là un fait qui vous crève les yeux. Ne remarquez-vous pas que vous rendez Dieu injuste, alors que, voyant les peines auxquelles les enfants sont soumis, vous les déclarez cependant innocents. > Opus imper/., V, 61, t. xlv, col. 1505; VI, 27, col. 1596; λ I, 36, col. 1590 sq. Il y a. dans le même sens, le joug des misères qui pèse sur les 111s d’Adam: voir surtout De doit. Dei, XXII, xxn. 1-3, t. xli col. 781. La justice proteste contre ce fait que les enfants d’Adam sont accablés de tant de maux, s’ils ne sont pas coupables. Opus imper/., II, 13. t. xlv, col. 1117. 11 y a en lin la concupiscence : c’est-à-dire ces mou­ vements honteux et déréglés qui ne sauraient, au moins dans le degré de violence où ils existent aujour­ d’hui, venir de Dieu : Si dixeris, qualis nunc est, tutem fuisse concupiscentiam carnis ante peccatum, vincet procul te dubio manichaus. Opus imper/., VI, 14, col. 1532. Sans doute il convient de tempérer ces affirmations par celles des Rétractations et du De dono perseveraritor, OÙ, même à la lin de sa vie, Augustin admet qu’une nature innocente, avec la difficulté et l’ignorance, ne serait point Indigne de Dieu. Il n’y a point là de con­ tradiction; en effet, dans le texte des Rétractations, « il n’est question que de l'ignorance et de la difficulté. Et surtout la présence du secours divin qui apporte la faculté de progresser, d’acquérir des vertus, d’aimer Dieu et de parvenir à l’heureuse destinée de l'homme y est constamment supposée et explicitement réclamée. Il resterait donc établi qu’Augustin a bien reconnu la possibilité d’une nature parfaitement innocente et, néanmoins, sujette à l’ignorance et à la concupiscence. Il aurait seulement nié que la condition misérable de l’humanité présente, avec l’ensemble de scs faiblesses et de ses douleurs, ait pu être sa condi­ tion primitive. » C. Boyer, art. cil., p. 55. Il y a là, semble-t-il, une exégèse qui lient compte de l'ensemble des textes augustiniens. L’auteur cité croit pouvoir aller plus loin et ajoute : « A dire cependant notre avis, on se convainc, quand on examine la question sous tous scs aspects, qu’il est malaisé de démontrer que saint Augustin ait jamais soutenu l’impossibilité absolue d'expliquer la misère de l’homme, telle qu’elle est saisie dans l’expérience, sans recourir au péché originel.· — Avouons que les textes cités et beaucoup d’autres, qu’on pourrait ajouter, nous semblent exiger davantage. Après avoir écarté d'autres interprétations, saint Augustin met bien en demeure son adversaire de choisir entre le fait d'attribuer à Dieu l’iniquité, et celui de reconnaître que l’état actuel ne s'explique point autrement que par le péché originel. Ainsi l’ont compris de nombreux augustiniens au cours des âges; ils ont pensé que la situation misérable de l’humanité actuelle ne peut être l'état normal et naturel de l’homme; avec saint Augustin, ils ont cru voir dans cette situation une preuve expérimentale du péché originel. C'est l’apolo­ gétique de Pascal Mais d’autres, saint Thomas, par 392 exemple, ont raisonné différemment : ils sc sont demandé si la possibilité des souffrances de l’huma­ nité ne pourrait s’expliquer, à la manière de l’igno­ rance et de la difficulté, comme des défauts inhérents à une nature humaine moins bien dotée que celle d’Adam, mais cependant innocente. Ce faisant, ils élargissaient simplement le principe pris dans le De libero arbitrio et maintenu dans les Rétractations. Dans cette perspective, l'argument augustinicn per­ dait sa valeur absolue, mais gardait cependant une valeur relative : < Sans être absolument incompatible avec la raison, l’état présent de l’humanité, dans un inonde que règle la Providence, suggère · assez proba­ blement », selon saint Thomas (Contra gentes, IV, 52), l’hypothèse d'un châtiment général qui permet luimême de remonter à une faute originelle. » J. Kivière, art. eit.. col. 413. Bref, l’argument tiré de l’expérience fait bien partie du système augustinicn dans sa démonstration du péché originel; il n’en est peut-être pas l’élément le plus solide. 2° La nature et le mode de transmission du péché originel. — Saint Augustin ne s’est pas contenté d’éta­ blir la preuve de l’existence du péché originel: il eut l’occasion d’en préciser la nature et le mode de pro­ pagation, particulièrement durant sa controverse avec Julien sur la concupiscence et l’ignorance. C’est sur­ tout en étudiant ces deux imperfections morales et leur relation avec le péclié d’Adam que saint Augustin fut amené â s’expliquer abondamment sur sa manière de concevoir le péché héréditaire. 1. Cause, nature et gravité du péché d'Adam. — a) Sa cause. - - Ce n’est pas de la nature humaine, telle qu elle est sortie des mains de Dieu, que vient néces­ sairement le péché d’origine; celui-ci, comme les autres péchés, ne s'explique que par un abus du libre arbitre, fait par la volonté maîtresse d’elle-même. C’est la volonté d'Adam qui en est la cause et l’agent. 11 n’eût pas été indigne de Dieu de créer des âmes avec la concupiscence et l’ignorance pour les aider ensuite à s'élever avec son secours à la béatitude; nous l’avons vu, Augustin l’a soutenu toute sa vie. Mais, en fait, telle n’a pas été l’institution première de notre nature. Dieu lui a donné, pour lui faciliter l’at­ teinte de la béatitude, avec magnificence, tous les moyens souhaitables. Voir Justice originelle, col. 2031-2032. L'homme possédait alors la rectitude qui tient subordonne Je corps a l’àme, la concupiscence à la volonté, la volonté à Dieu. De pecc. mer., II, xxn, 36, t. xliv, col. 172; De nupt. et concup., I, m, 3, et xxiii, 25, t. xliv, col. 415 et 428; De perfect, just, hom., vin. 19, (. xi.ix , col. 300. Dans cet état privilégié, sous l’action et la garde de Dieu, Adam était justifié, illuminé, béatifié : Eo quippe ipso cum a b il to (sc. Deo) non discedit, ejus ipse præseriifa Justificatur, et illuminatur, et beatificatur, operante et custodiente Deo, dum obedienti subjectoque dominatur. De Gcn. ad litt., VIII, xn, 25, t. xxxiv, coi. 383, ct De civ. Dei, XIV, xxvi, t. xli, coi. 434. C'était là la justice ct la sainteté dont parle saint Paul et qu’Adam a perdue par son péclié. De Gen. ad litt., Vf, xxvi ct xxvii, col. 354-355. Dans cet état l'homme méritait : Sic oportebat prius hominem fieri ut bene velle posset ct male; nec gratis si bene; nec impune, si male. Enchir., 105, t. xl, col. 281. Il possédait la bonne volonté, De civ. Dei, XIV, xi, 1, t. xli, col. 418; en d’autres termes, ta liberté qui consistait à pouvoir ne pas pécher : Prima ergo libertas voluntatis erat posse non peccare; novissima erit multo major : non posse peccare. De correpi. ct grat., xn, 33, t xliv, coi. 936. A ce secours s’ajoutait Je pouvoir de persévérer s'il voulait : Primo itaque homini, qui fn eo bono quo /actus 393 PÉCHÉ ORIGINEL. DOCTRINE DE S. AUGUSTIN /lierai reclus, acceperat posse non peccare..., datum est adjutorium perseverantiir, non quo fieret ut perseveraret, sed sine quo per liberum arbitrium perseverare, non posset. Ibid., xn. 3 1. col 1 7. Autre privilège de cet état : l'immortalité condition­ nelle. Adam pouvait ne pas mourir a condition qu’il ne fit rien pour sc séparer de l’arbre de vie nécessaire pour conserver son corps, animal et mortel par nature : Mortalis ergo erat conditione corporis animalis, immor­ talis autem bene/icioConditoris. Si enim corpus animale, utique mortale, quia et mori poterat, quamvis ct immor­ tale, ideo quia et non mori poterat. De Gen. ad litt., VI, xxv, 36, t. xxxiv, coi. 351; De civ. Dei, XIII, XX, t. xli, coi. 394. Enfin, la concupiscence, l’ignorance et l’erreur n’étaient point liées à l’institution première de notre nature. Opus imper/., V, 1, t. xlv, col. 1 132, ct ne venaient troubler, distraire ni égarer la volonté. Ainsi, loin d’être nécessitée à déchoir, notre nature avait tout reçu de Dieu pour l’aider à s'attacher à lui. Elle pouvait cependant s’en détacher : parce qu'elle était créée et n’avait point encore reçu la vraie • liberté » des élus qui consiste à ne pouvoir plus pécher. « Changeante, parce que créée de rien ct par consé­ quent imparfaite, notre volonté n’a eu qu’à sc laisser choir du Créateur aux créatures pour introduire, en elle et dans l’univers, le désordre initial du péché. » Ét. Gilson, op. cil., p. 183. Cf. De civ. Dei, XII, vin, t. xlî, col. 355. Ainsi la possibilité pratique du péché tient en somme à la condition même de créature tiréc du néant : par le fait de sa création Adam était changeant. 11 devait cependant ne pas s'abandonner au mal. ne pas se détourner du souverain bien : le Créateur avait le droit d'imposer à l’homme un précepte facile, et celui-ci lui devait en justice l’obéissance. La chute fut une injustice d’autant plus grande que le précepte était plus facile. De civ. Dei, XIV, xiî, t. xli. col. 420. Ainsi la cause du péché originel en Adam n'est point à chercher en Dieu auteur des natures: il avait été magnifique dans l’institution de la nature humaine; ni en Dieu législateur : son précepte était facile; ni dans une difficulté de la volonté : elle ne connaissait pas encore les résistances de la cupidité. De civit. Dei, ibid. La cause du péché se trouve seulement dans la volonté de l’homme et spécialement dans son orgueil : « La chute, puisque c'en fut une, n’a pas été la chute naturelle et fatale d’une pierre qui tombe, mais la chute libre d’une volonté qui s’abandonne. » Ét. Gil­ son, op. cit., p. 183 et 187; cf. De libero arb., Ill, i. 2, t. xxx!!, col. 1221 ; De divers, quæst. LXXXftl, q. l-iv, t. XL, col. 11-12. b) Nature et gravité de la chute. — A la base de la chute d’Adam, il y a l’orgueil. A l’extérieur, ce fut la transgression d'un précepte facile à éviter; à l’inté­ rieur, dans la source secrète de l’âme, ce fut un péché d’orgueil : l'appétit pervers d’un rang qui n'était pas le sien. L'homme commença à se complaire en luimême; n’étalt cette complaisance initiale, la promesse du démon, * vous serez semblables Λ Dieu » n’eût point réussi à le séduire. Semblable a Dieu, il voulut l'être en sc prenant comme principe et en ne s’atta­ chant point au souverain bien; il y eût mieux réussi en s’attachant à Dieu par l'obéissance qu’en devenant son propre principe par l’orgueil; car les dieux créés ne sont pas dieux par la pauvre vérité de leur nature, mais bien par la participation nu Dieu vrai. C'est dans le langage même d’Augustin qu’il faut lire cette inter­ prétation du péché d’origine que les meilleurs théolo­ giens postérieurs ne feront que reproduire : Quid est superbia, nisi perversa* celsitudinis appetitus? Perversa enim celsitudo est, deserto eo cui debet animus inhtvrere 390 principio, sibi quodammodo fieri atque esse principium. Hoc fit, cum sibi nimis placet. Sibi vero ita placet, cum ab it to bono immutabili deficit, quod ei magis placere debuit quum ipse sibi. De ctv. Dei, XIV, xni, xiv, t. xli, COl 420-122. Dc Ia nature de ce péché découle sa gravité : elle apparaît dans les dépravations qu'elle contient : orgueil, sacrilège, homicide, fornication spirituelle, vol ct avarice Enchir., 45, t. xl, col. 254. Elle s'explique par l'excellence île la nature d’Adam : Ipse primus Adam natunr tam excellentis fuit, ut peccatum ejus tam longe majus cxlerorum peccatis esset, quam longe melior certeris /uit. Opus imper/., VI, 22, t. xlv, coi. 1554. La volonté qui l’inspire dépasse toutes les autres en inten­ sité : Apostasia primi hominis, in quo summa erat et nullo impediabatur vitio libertas propria voluntatis, tam magnum peccatum /uit, ut ruina ejus natura hu­ mana esset tota collapsa. Opus imper/., III, 57, P. L., t. xlv, coi. 1275. Aussi, à la différence des péchés des autres parents, qui sc propagent aussi, pense saint Augustin, jusqu’à la troisième ou la quatrième généra­ tion, l’acte prévaricateur d’Adam est si grand, que non seulement il a fait déchoir la nature tout entière, mais il l’a fait pécheresse ct génératrice dc pécheurs. Opus imper/., ibid.; cf. De nupt.et concup., II, xxxiv, 57, t. xliv, col. 471 : Illo magno primi hominis peccato, natura ibi nostra in deterius commutata, non solum /acta est peccatrix, verum etiam generat peccatores. 2. Nature, gravité et transmission de la faute origi­ nelle dans les descendants d'Adam. — Cette question a été particulièrement discutée en ces derniers temps. Cf. art. Augustin·, col. 2305-2397; Fixeront. op. cit.9 t. n. p. 472-175; K ors, op. cit , p. 15-22. Des textes dc saint Augustin on peut tirer, par comparaison avec la doctrine des adversaires, les conclusions suivantes : a) Le péché originel dans les descendants d'Adam est essentiellement un état de culpabilité, consécutif à l’acte prévaricateur du premier homme, induit dans la nature déchue en raison de la participation de celle-ci à la volonté mauvaise qui a inspiré l’acte. Ceci découle déjà de la théorie générale d’Augustin, d'après laquelle le péché n’est point constitué par un mal dc la nature comme telle, mais par un mal dc la volonté. Puisqu’il ne peut être question, dans les enfants, dc volonté personnelle, leur péché ne peut s’expliquer que par rapport à une volonté dc nature dont ils sont solidaires. Saint Augustin l’a affirmé explicitement en plu­ sieurs fois : dans les Hétradations. 1, xv, 2, t. xxxn, col. G08, en défendant son principe : nusquam nisi in voluntate esse peccatum, Augustin maintient que le péché originel, dans lequel nous sommes tous impli­ qués et qui nous rend soumis à un châtiment, ne fuit pas exception, au contraire; non seulement 11 a été commis par la volonté d’Adam, mais c’est surtout dc cc péché d'origine qui est passe à la nature humaine, qu’il faut dire qu’il n’a dc réalité physique que dans la volonté du premier homme : Quasi vero peccatum quod cos ex Adam dicimus originaliter trahere, id est reatu ejus implicatos, cl ob hoc patnu* obnoxios detineri, usquam esse potuit nisi in voluntate, qua voluntate com­ missum est, quando divini pncccpti est /acta transgres­ sio... Peccatum autem quod nusquam est nisi in volun­ tate, illud prKcipue intclligcndum est, quod justa dam­ natio consecuta est. Hoc enim per unum hominem introi­ vit in mundum. Γη peu plus haut, 1, Xlli, 5, col. 604, il avait dit : Illud quod in parvulis dicitur originale pec­ catum, cum adhuc, non utantur arbitrio voluntatis, non absurde vocatur etiam voluntarium, quia ex prima homi­ nis mata voluntate contractum, /actum est quodammodo hereditarium. C'est la mauvaise volonté libre du premier homme I qui constitue la nature déchue dans son état de culpa- 395 PÉCHÉ ORIGINEL. DOCTRINE DE S. AUGUSTIN bilité : Non enim cl hoc esset peccatum quod originale traheretur xine. opere liberi arbitrii quo primus homo peccavit. Coat. Jul., VI, x, 28, t. xliv, col. 838. El encore : lllo magno primi hominis peccato, natura ibi nostra tn deterius commutata, non solum /acta est pecca­ trix, sed generat peccatores. Dr nupt., II, xxxiv, 57, t. xliv, coi. 471. b I Cette culpabilité dans laquelle la nature déchue est impliquée solidairement, avec Adam, n’est pas une. simple imputation du péché de notre premier père, qui pourrait pareillement être enlevée par une non-impu­ tation. Elle s'appuie, au contraire, sur notre unité réelle avec la personne d’Adam en vertu du semen générateur. Hors. op. cil., p. 16, n. 7. Un avec lui au moment de la prévarication, nous avons voulu m lui et avec lui le désordre moral de notre nature. Celle unité existait naturellement et virtuellement quand Adam a péché : /Vr unius illius malam volunta­ tem omnes in eo peccaverunt, quando omnes ille unus luerunt, de quo propterra singuli peccatum originale traxerunt. De nupt., II, v, 15, t. xliv, col. 111. Et encore : In Adam omnes tunc peccaverunt, quando in ejus natura, illa i ils ita vi qua eos gignere poterat, adhuc omnes ille unus fuerunt. De pecc. mcr., Ill, vn, 1 1, coi. 191. Et ailleurs : Omnes ex uno homine, tanquam in massa originis commune illud habent peccatum. Coni. Jul., IU, xvm, :coi. 72’ 721. Celte unité dans la solidarité coupable de la race s’actualise et s’étend par le vice de la génération, c'est-à-dire par la concupiscence qui l'accompagne. c) C’est, en effet, la génération,en tant que dominée par la concupiscence, qui établit comme par contagion le rapport qui nous unit au péché personnel d’Adam. En face de Julien qui l'accuse de méconnaître la sainteté de l'institution divine du mariage en vue de la propa­ gation de l'espèce, Augustin distingue entre la source de la génération qui est sainte et la concupiscence qui l'accompagne : celle-ci seule est mauvaise et produit le péché originel : Sic insinuantur hive duo, et bonum taudandw conjunctionis unde filii generentur et malum pudendte libidinis unde qui generantur regenerandi sunt, ne damnentur... Neque nunc agitur de natura seminis, ted de vitio. Illa quippe habet Deum auctorem, ex isto autem trahitur peccatum originale. De nupt., 11, xxi, 36, t. xliv, coi. 457. Plus tard, dans VOpus imper/., II, 42, t. xlv, coi. 1160. il dira de même en parlant de la concupis­ cence Voila la cause qui transmet le péché originel : voilà pourquoi celui qui est venu pour eilacer nos péchés n’a pas voulu naître de la concupiscence. Même les parents baptisés, bien qu'ils n’aient plus la faute héréditaire, procréent néanmoins des enfants coupables, parce qu’ils les engendrent dans la concu- ' pUcence. Dr pecc. mer., II, ix, 11, t. xliv, col, 158. | Ainsi engendrés dans la concupiscence, ces enfants en portent comme par contagion la souillure dans leur corps; mais il ne s'agit pas que d'expliquer la souillure de l'organisme, il faut expliquer l’implication de l’Amc dans l i Miuillurc de la nature. Nous avons vu quelles hypothèses proposait dans ce but l’auteur du De Ubero arbitrio; en face des pélagiens son esprit hésita jusqu’ i la tin entre deux hypothèses : ou l’Amc comme le corps vient des parents souillés; ou bien l’ûrne créée immédiatement par Dieu, en entrant dans le corps comme dans un vase impur, est souillée par son con­ tact: mais alors il faut expliquer pourquoi Dieu per­ met cette dégradation; et il faut admettre que l’arrêt distn contient une partie cachée. Cont. Jul., V, iv, 17, l xi iv. col. 791. Comme philosophe néo platonicien, Augustin sen­ tait la force des objections que l’on peut élever contre le traducianisrnc : · Se représenter, disait-il, l'Ainc de l'enfant sortant de l'âme du père, â la façon d'une 396 lumière allumée 5 une autre lumière, voilà ce qui parait impossible.» Epis!., cxc, 15, t. xxxm, col. 862. Comme théologien, il voyait les difficultés du créaliontane pour expliquer la transmission du péché originel : « Enseignez-moi, écrivait-il à saint Jérôme en <119, comment les Ames des petits enfants peuvent pécher en Adam, à supposer qu’elles soient créées au moment de leur entrée dans le corps, et. si elles ne pèchent pas, enseignez-moi comment le Créateur avec justice peut leur imposer une faute qui leur est étrangère.» Epis!., CLXVi. 10, l xxxm, col. 725. Mêmes hésitations, en 119, dans le De anima et ejus origine, 1. vi, t. xliv, col. 177, et encore dans Detract., I. i, 3, t. xxxn, col. 587. Ce qui lui importait d’ailleurs par-dessus tout, c’étaient les certitudes de la foi; la question phi­ losophique de la provenance de l'Ame lui apparaissait comme une de ces questions que l’on peut laisser en suspend : Ista fides non negetur, et hoc quod de anima palet, aut ex n'tio dicitur, aut sunt alia in hac vita, sine salutis labe nescitur. Cont. Jul., V, iv, 17, col. 794. Quoi qu’il en soil des hésitations d’Augustin sur la façon d'expliquer 1 infection de l’Ame dans la généra­ tion. le grand docteur a toujours tenu ferme ce prin­ cipe : c’est la nature propagée par la génération qui nous rattache au péché personnel d'Adam; c'est l'unité de cette nature qui fonde la solidarité de tous dans la culpabilité d’un seul. « (L'est en raison de celle solida­ rité que l’humanité est tout entière une « masse de perdition ». La personne d'Adam a fait la nature pécheresse, puis c'est la nature qui nous fait pécheurs; nous ne sommes coupables que par la culpabilité de la nature en nous, qui, à son lour, n’est coupable que par la volonté du premier homme dans lequel celte nature se trouvait tout entière. Nous portons donc notre propre péché pour autant que nous portons notre propre nature; d’autre pari, cependant, c’est le péché d’un autre que nous portons, puisque nous ne l’avions pas commis de notre propre volonté personnelle; le péché originel est donc un vrai péché de la nature, vilium natunv. > J.-B. Hors, op. cit., p. 20; cf. Cont. Jul., \ 1, x, 29, t. xliv, col. 839; Opus imper/., I, 57 et 85, t xlv, col. 1079, 1105. Cette doctrine, dans sa substance, sera reçue dans la tradition ecclésiastique postérieure. L’Église expli­ quera le fait de la transmission du péché de nature par le lien de la génération; elle ne suivra point cependant jusqu'au bout saint Augustin, en particulier dans sa thèse sur le rôle de la concupiscence touchant la trans­ mission du péché. Par leurs analyses approfondies, les grands scolastiques du xiir' siècle établiront que |e seul fait de naître fils d’Adam par la génération naturelle sullit A établir le rapport de solidarité avec la culpabilité du premier homme, et â fonder ainsi l’universalité du péché originel dans la nature humaine. A exagérer le rôle de la concupiscence dans la trans­ mission de la souillure originelle, il y avait d’ailleurs un péril : celui de déclarer souillée toute personne venue par la voie de la concupiscence et A n’excepter du sort commun de l’humanité que le (Jirist, né de la Vierge par l’action du Saint Esprit Lu logique de cette exagération a pu arrêter longtemps, 57, t. xliv, col. 1 12: Opus imper/.. Ill, 167, t. xlv, col 1317; Cont. Jul., Il, v, 12, t. xliv, col. 682 : ini­ quum est ut caro concupiscat adversus spiritum. Pourtant, ce mal, qui ne vient pas de Dieu dans la nature déchue, mais du péché, n’est pas nécessaire­ ment coupable. 11 faut distinguer entre ce ma) et sa culpabilité. Dans le baptême, la culpabilité est enle­ vée, le mal reste : Qui baptizatur... omni peccato caret, non omni malo.Cont. Jul.,\Ί. xvj. 19, L. xliv, col.850. Augustin proteste contre ceux qui lui font dire que le baptême ne fait que radere crimina et ne les détruit pas complètement ; il entend bien que, la concupiscence restant, il ne subsiste cependant aucun péché, car la concupiscence, telle qu’elle est dans le baptisé, n’est point un péché, mais elle s’appelle un péché parce qu’elle est effet et cause du péché. Coni, dans epist, L, xiii, 26, 27, t. xliv, col. 562. Voir aussi. De nupt, I, xxv, 28, col. 130 : « La concupiscence n’est plus impu­ tée à péché, il est vrai, dans ceux qui sont régénérés, mais elle n’existe en nous que par le péché. Aussi c’est cette concupiscence de la chair, fille du péché, et quand on la laisse agir, mère du péché, qui fait que l’enfant participe au péché originel. Que si l'on recherche comment cette concupiscence reste dans le régénéré dont tous les péchés ont été remis..., que si I on cherche pourquoi elle est un péché dans l’enfant, alors qu'elle ne l’est plus dans les parents baptisés, je réponds que, par le baptême, la concupiscence est remise, non en ce sens qu’elle cesse d’exister, mais en ce sens qu’elle n’est plus imputée à péché. Elle est comme une affection de mauvaise qualité et comme une langueur. Les autres péchés demeurent jusqu'à ce qu’ils aient été remis. Comment demeurent-ils alors qu’ils sont passés? Ce qui est passé, c’est l’acte; ce qui demeure, c’est la culpabilité, reatus. Ici. c’est le con­ traire: l’acte demeure, la culpabilité,reatus,est passée. Même langage dans les Rétractations : concupiscentur reatus in baptismo solvitur, infirmitas manet, I. xv, 2, t. xxxii, col. 609. C’est donc que la concupiscence. «Ions sa réalité physique, ne suffit point à constituer le péché originel; celui-ci consiste dans la culpabilité I qui s'ajoute a elle dans les non baptisés et qui est , détruite tout entière par le baptême. Dans les non baptisés, la concupiscence et l’igno­ rance sont non seulement un effet, mais une cause de I péché, mais un péché, un désordre volontaire (pii pro­ vient du libre arbitre d'Adam. C’est uniquement par ce rapport à la volonté d'Adam que ces imperfections revêtent un caractère de culpabilité : Concupiscentia... parvulos non baptizatos reos innectit, et tanquam tr.r (illos, ad condemnationem trahit Dr pecc. mer., Il, IV, I. col. 152. Sic est autem hoc peccatum ut stt et perna peccati. Ibid., xxn, 36, col. 173.(1'11) ut quidquid homi- ; num nasceretur per carnis concupiscentiam, liberum non /teret a reatu. Dp. imper/., IV, 95, coi 1391; cf. aussi 1 dans le même sens. Cont. Jul., VI, x, 29, col. 839; I enfin, même traite, V, in. 8, col. 787, où la concupis­ cence et l’ignorance sont désignées sous leur triple aspect de peccatum, pana et causa peccull. 398 Bref, c'est parce que la concupiscence et l’ignorance ne sont point en nous des résultantes de la nature, mais bien des désordres que nous avons causés soli­ dairement avec la volonté d'Adam, que ces désordres sont coupables aussi longtemps que nous ne sommes point régénérés par le baptême. Dr hb. arb., 111. xix, t ΧΧΧΠ, col. 1297. Le châtiment ne se sépare plus de la culpabilité dans la nature déchue, aussi longtemps qu'elle n'est pas restaurée : · La concupiscence porte donc avec soi une culpabilité qui contient toute la dépravation de l’acte libre qui la causa. Hors, o/>. ci/., p. 19. Les désordres introduits par la faute d’Adam dans la nature déchue < sont des péchés, comme le fut l'acte dont ils découlent; ils sont le péché originel même, se prolongeant dans les conséquences qu’il a engendrées cl qui, en ce sens, sont donc encore lui ». Et Gilson, Op. Clt . p. 189. Du fait que, selon saint Augustin, nous avons péché en Adam, et opté avec lui contre l'ordre pour le désordre, il s’ensuit que la culpabilité du péché originel en nous contient toutes les dépravations du péché d’Adam : orgueil, sacrilège, homicide, etc. Ench., 45, t, XL, col, 25 L L'évêque d'Hippone n’est point frappé de la différence profonde qui sépare la responsabilité d’Adam, issue d’une faute pleinement volontaire, et la responsabilité des membres de la famille unis seule­ ment à lui par la solidarité de nature. ( ne vue confuse de notre culpabilité entraîne chez lui une exagération de celle-ci, cl l’amène à exiger pour elle des peines positives dans*l’autre vie. 3. Les conséquences du péché originel pour la nature humaine. - La volonté d’Adam a opéré une transfor­ mation profonde dans la nature humaine qu’elle a viciée et rendue vicieuse tout entière. Opus imper/., IV. lu:. I \iv ro|. 1101. a) Des ici bas. l'homme déchu est changé en mal dans son corps comme dans son âme; à la possibilité de ne pas mourir a succédé, pour la nature, la nécessité de mourir: à l'inexistence de l’attrait du plaisir de la chair, ou du moins à la soumission de cet attrait à la volonté, a succédé l’insubordination de la concupis­ cence : Cette guerre qu’éprouvent les personnes chastes, soit qu’elles vivent dans la continence, soit qu elles vivent dans le mariage, voilà ce qui n’a pas existé dans le paradis avant le péché. » Cont. Jul., III, XXV, 57. I. XLIV, col. 732; voir aussi De civ. Dei, XIV, xxm, XXIV, l. XLi. col. 430îq. L’igiiorance présente est, elle aussi, une suite du péché. Opus imper/., VL 17. t. xlv. col. 1539. La nature déchue connaît non seulement les luttes inté­ rieures et les troubles de l’intelligence, mais la fai­ blesse de la volonté. Tandis qu’Adam possédait la libertas, c’est-à-dire le pouvoir de ne pas pêcher, la nature déchue par sa faute a perdu le bon usage de la liberté; elle ne possède en propre que le « pouvoir de mal faire, le mensonge et le pêché ·. In Joan., tr, V, 1. t. XXXV, col. LUI. Voir aussi Semi., c.lvi, 12, t. xxxviii, col. 856 : Cum dica tibi, sine adjutorio Dei nihil agis, nihil boni dico, nam ad male agendum habes sine adjutorio Dei Uberum voluntatem : quam­ quam non est libera. On remarquera l’opposition du liberam voluntatem a non est libera ; c’est toute la théorie de saint Augustin sur la mesure de la liberté appartenant à l’homme déchu qui est là exprimée en quelques mots; l'homme, laissé à lui-même, conserve intact son libre arbitre pour vouloir librement le mal. liberam voluntatem, et. cependant, il n’est plus libre au sens complet du mot ; il n'a plus la liberté que possé­ dait Adam de bien user du libre arbitre pour mériter; pour recouvrer cette liberté il lui faut la grâce qui confère au libre arbitre son efficacité en vue du salut : « Il y a une liberté qui a péri par le péché, mais c’est seulement celle qui, dans le paradis, niellait l’homme 399 PÉCHÉ ORIGINEL. DOCTRINE DE S. AUGUSTIN 400 En résumé, nécessite de mourir, ignorance, souf­ en possession de la justice cl de l'immortalité. > Contra duas epist. pclag., I. n. 5, l. xliv, col. 552. Sur l’objec­ frances de la vie, concupiscence, libre arbitre incapable de sc relever cl de mériter, telles sont les tristes consé­ tion d’après laquelle saint Augustin aurait enseigné quences que la faute d’Adam a introduites dans le dans scs derniers ouvrages que l’homme dans la chute monde présent et dont seule la miséricorde divine a perdu le libre arbitre, cf. art. Augustin, t. i, peut nous relever par sa grâce, tout en nous laissant col. 2(04. - Sur le caractère et la capacité du libre l’infirmité de la concupiscence et l’ignorance comme arbitre dans l’homme déchu, voir les pages lumineuses épreuve salutaire. d’Et. Gilson, op. cit.. p. 190, 191, 198-210. c) Dans l'autre vie : La faute originelle a poursuite Ainsi l’homme déchu est dans l’incapacité de recréer par ses seules forces les choses divines qu’il a per­ à elle seule, en principe, de faire du genre humain, une massa damnationis condamnée aux supplices de l’en­ dues : la justice et la sainteté. De lib. arb., II, xx, 54. I. ΧΧΧΠ, col. 1270; III. χνιι, 17-58, col. 1294fer; seuls sont sauvés ceux que la miséricorde divine 1295; De natura et gratia, xxm, 25, t. xliv, col. 259; sort de cette masse et qui sont baptisés. Enarr. in psal., xciv, 10, t. xxxvn, col. 1221 : Noli A affirmer la condamnation dans le sens de priva­ putare quia potes a te reflet. A te deficere potes, tu tion du ciel, pour lous ceux qui n’ont point été régéné­ rés, et ainsi soustraits aux conséquences du péché leipsum reficere non potes; ille reficit qui te fecit. d’origine, saint Augustin n’est qu’un écho de la tradi­ Pour rétablir l’ordre cl recréer la puissance du tion catholique; niais il lui appartient en propre mérite, il faut la grâce, el la foi elle-même est déjà le fruit de la grâce. Aussi, < sans la foi, les œuvres qui d’avoir inclus en cette damnation, à raison du seul paraissent bonnes sc changent en péché, attendu qu’il péché originel, des peines positives. Ceci apparaît dans est écrit : tout ce qui ne vient pas de la foi est péché >. I ce qu’il dit des enfants morts sans baptême. Par réac­ Cont. duas epist. pclag., Ill, v, 11, t. xliv, col. 598. tion contre Pélagc qui mettait ceux-ci dans un lieu de Est-ce à dire que les bons sentiments, les actions repos et de salut, il affirma que, puisqu’ils étaient vertueuses quelconques, même les sentiments héroï- ‘ exclus du ciel, et n’étaient point arrachés à la puis­ ques, sont absents de l’âme des infidèles? Non; mais sance des ténèbres, il fallait qu’ils allassent au feu éter­ ces vertus, d’ailleurs stériles, quoiqu’elles ne soient nel. Op. imperf., III. 199, t. xlv, col. 1333; de même, pas faites sous l’influence de la grâce « des fils >, sont Cont. Jul., VI. m, 6, 7, col. 821; Serm., ccxciv, 3; De encore un don de Dieu. Sur cette question, cf. art. pccc. mer., I, xxvni, 55. Déjà du fait de la privation du Augustin, t. i, col. 2386-2387, et Mausbach, op. cit., ciel, ces enfants souffriront une grande peine, car c’est t. n, p. 258-291. D’ailleurs, ces actions’qui paraissent une très grande souffrance à une image de Dieu que des vertus, à raison de leur objet matériellement bon, d’être exilée loin de lui. Contra dul., III, m. 9, t. xliv, deviennent autant de vices du fait que l'homme n’a col. 706. Relativement aux peines de ceux qui auront pas, en les faisant, l’intention qu’il devrait avoir et ne ajouté d’autres péchés au péché originel, leur peine les rapporte pas à Dieu. Cf. De cto. Dei, XIX. xxv, sera < la plus douce de toutes «. Ench., 93, t. xi„ col. 275. t. xli, col. 656 : quod non possint ibi venr esse vir­ Augustin n’oserait pas dire que ces enfants doivent tutes, ubi non est vera religio; ibid.. XXI. χνι, subir une peine telle qu’il serait préférable pour eux col. 730; De spiritu et litl., xxvni, 18, t. xliv, col. 230; qu'ils ne fussent pas nés, attendu (pie le Seigneur n’a De nupt., I. in et îv, col. 415; Cont. Jul., IV, iv, 33, dit cela que des grands pécheurs. Cont. dul., V, xi, 44, col. 75.5 : Omnia proinde aetera quæ videntur inter t. xliv, col. 809. homines habere aliquid laudis... scio quia non ca facit De cette théorie, on a dit justement qu'elle est vrai­ voluntas bona; voluntas quippe infidelis atque impia i ment trop dure. Elle est la conséquence logique d’une non est bona. conception encore confuse et exagérée de la nature et b) Cette transformation en mal de la nature déchue du degré de notre culpabilité originelle. Il faudra les n'implique point la complète destruction de celle-ci. — analyses de saint Thomas sur le caractère purement En condamnant la nature, Dieu ne lui enlève pas tout privatif du péché originel pour ramener les consé­ ce qu’il lui a donné, autrement elle cesserait d’être. quences de celui-ci dans l'autre vie à la privation de L’image imprimée dans l’âme du premier homme n’est la vision béatiflquc. Cf. art Limbes, col. 761 sq.; pas â restituer, mais à restaurer par la grâce. PuisJ.-B. Hors, op. cil., p. 22. qu effacée, viciée, déformée, infirme, elle n’est pas En attendant, si l’on veut un tableau synthétique détruite, mais à réparer : « Si grande nature soit-elle, des conséquences du péché d’origine, dans cette vie l’âme a pu être altérée, parce qu’elle n’est pas la nature comme dans l’autre, d’après saint Augustin il faut souveraine; mais, tout altérée qu’elle soit, parce la demander au passage classique de ΓEnchiridion qu elle est capable de la nature souveraine et peut en (421) : · Exilé à cause de son péché de ce lieu de devenir participante, c’est une grande nature. > De délices, le premier homme, par sa faute, a souillé en Trinit., XIV, îv, 6, l. xui. col. 1010; cf. A. Gardcil, La lui toute sa race comme dans sa racine et l’a entraînée structure de l'âme et l'expérience mystique, t. i, Paris, avec lui dans la mort et dans la damnation. Ainsi, tous 1927, p. 207-213. Voir l'éloge de cette grande et belle les hommes qui, par la voie de la concupiscence char­ nature toujours rationnelle, quoique entachée parce nelle, devaient naître de lui et de sa compagne, instru­ que déchue, De du. Dei, XXII, xxiv, 2, t. xli, i ment de son péché et compagne de sa condamnation, col. 789 : Non in eo tamen penitus extincta est quadam comme elle avait été complice de sa désobéissance, velut scintilla rationis, in qua factus est ad imaginem Dei, tous les hommes devaient contracter en naissant le et tout le développement qui suit, col. 789-792. Il faut péché originel par lequel, à travers des erreurs et des voir la comme autant de vestiges d’un ordre détruit, douleurs de toutes espèces, ils seraient entraînés au des ruines dont la subsistance rend une restauration dernier supplice sans lin, avec les anges déchus, leurs possible, et que Dieu conserve à cette fin. Ét. Gilson, corrupteurs, leurs maîtres el les compagnons de leur op cil., p. 190. Mais, pour accomplir cette restau­ malheureux sort. C’est ainsi, dit l’Apôlre, que, par un ration, il faut au libre arbitre déchu le secours de seul homme, le péché est entré dans le monde, et par Dieu : Ex qua miseria liberat Dei gratia quia sponte le péché, la mort, et que celle mort est passée à tous homo, id est libero arbitrio, cadere potuit, non etiam les hommes par celui par qui tous ont péché. » Ench., 26-27, t. XL, col. 245. turgere : ad quam miseriam justa damnationis pertinet ignorantia et difficultas,... nec ab isto malo, nisi Dei Conclusion. De cotte analy ><· du témoignage de saint Augustin louchant la doctrine dn p6 hc originel, gratia, quisquam liberatur. RetracL, 1, ix. 6, t. xxxn, il résulte que le rôle du gr md c e! r fut hors de pair coi. 598, άΟΙ PÉCHÉ ORIGINEL. LE PÉLAGIANISME ET LORIENT dans la formulai ion, la justification et l'interprétation de celle-ci. 1. Sous son influence, les conciles et les papes, dès •118, avaient défini l’existence du péché originel en face de l’erreur pélagh mu·. 2. Dans scs écrits sont rassemblées, pour la pre­ mière fois, une série de preuves qui sont encore utili­ sées aujourd'hui pour la défense de la doctrine tradi­ tionnelle. 3. Dans sa controverse avec les pélagiens, il déve­ loppe. au service de la vérité catholique, un système cohérent déjà arrêté dans sa pensée dès 397, pour expliquer le péché d'origine. Selon cette théologie, le péché originel en Adam consiste en un péché d’orgueil; envisagé dans scs des­ cendants, i) est l’état de culpabilité dérivé dans la nature déchue du fait de la participation de celle-ci à la volonté prévaricatrice d’Adam Cette solidarité du genre humain avec la culpabilité d’Adam s'explique par l’unité de nature; nous sommes solidairement responsables de la faute originelle en ce sens que, virtuellement et matériellement présents en la personne d’Adam, au moment de sa prévarica­ tion, nous l’avons commise avec lui. Toute la nature alors ramassée en lui a été pécheresse. La transmission du péché originel, son extension successive â de nouveaux membres de la famille humaine, se fait par la contagion de la concupiscence charnelle qui accompagne l’acte de la génération. La concupiscence et l’ignorance comme telles, dans leur réalité physique, n’ont point nécessairement le caractère d’un péché. Dans les non baptisés, elles sont le péché originel dans la mesure, autant et aussi long­ temps qu'elles sont en eux un désordre volontaire, issu du libre arbitre d'Adam. Elles sont alors non seule­ ment effets du péché originel cl cause des péchés actuels, mais la culpabilité même du péché d'origine sc prolongeant dans ses effets. Dans les baptisés, toute culpabilité disparaissant, elles ne sont plus péché que parce qu'elles sont tilles et cause du péché. •L Le péché originel entraîne une transformation en mal dans toute la race : il implique, pour la vie pré­ sente, outre l’ignorance, la concupiscence et l’affaiblis­ sement du libre arbitre, la nécessité de souffrir el de mourir, la damnation étemelle en compagnie des mau­ vais anges pour l’autre vie 5. Par la miséricorde divine qui s’affirme dans l’éco­ nomie rédemptrice el particulièrement dans le bap­ tême, la culpabilité en quoi consistait le péché originel est complètement effacée, mais le désordre, la misère de la nature consécutive au péché originel, lutte inté­ rieure, ténèbres, souffrances, etc., demeurent, dans une certaine mesure, comme une épreuve salutaire Le libre arbitre, fortifié cl exalté par la grâce, est en état de mériter la vie éternelle. Ainsi la libertas d’Adam, qui consistait à pouvoir ne pas pécher, perdue par la faute, est surabondamment récupérée par la grâce du Christ. Pour les élus, elle s'épanouit dans la béatitude où la volonté ne pourra plus pécher : Prima ergo liber· tas voluntatis erat posse non peccare; novissima ergo multo major, non posse peccare. De corrept. et gratia, xîî, 33, t. xliv, col. 930, G. 11 serait faux de prétendre que celte synthèse augustinienne s’identifie, dans tous ses éléments, avec la doctrine de l’Eglise sur le péché d’origine. Quand Augustin meurt, le développement du dogme et de la théologie du péché originel est loin d’être achevé. L’Eglise, par ses conciles et dans sa liturgie, conti­ nuera en fait à utiliser les formules d’Augustin pour exprimer sa fol; mais elle ne canonisera pas en bloc toute sa doctrine et en laissera certains éléments Λ la discussion de ses docteurs. Dans quelle large mesure la pensée et le langage du représentant de la doctrine 002 catholique contre l'hérésie pélagicnne ont-ils contribué aux précisions doctrinales postérieures de l’Église sur le dogme du péché originel, dans quelle mesure aussi sa théologie personnelle a-t-elle excité, orienté, ali­ menté les spéculations postérieures, l'étude de la tra­ dition ecclésiastique jusqu’à nos jours le dira. 7. Telle qu’elle est proposée par le docteur d'Hippone.avcc les spéculations qui l’accompagnent, la doc­ trine du péché originel offre certes quelque chose de rigide, et de pessimiste au premier abord: clic fait contraste avec les vues de certains Pères (Irénée. Jean Chrysostome) qui, même dans les ruines de l'humanité déchue, sc plaisaient surtout à montrer les pierres d'attente qui s'offrent aux reconstructions de la grâce. Par son expérience personnelle, Augustin fut amené de préférence à prendre une conscience très vive, dans la lumière de saint Paul, de l’incapacité absolue de la nature déchue a sc relever; il sc plut avant tout à décrire la faiblesse, qu’il avait éprouvée douloureusement en lui, avec une acuité de touche qu’on n'avait plus rencontrée depuis saint Paul. A la suite du grand apôtre, il dénonça la cause de cette corruption : le péché originel; mais il en proclama le remède : la grâce de Jésus-Christ : « En détendant cette doctrine contre Pelage avec son àmc tout entière, il contribua sans nul doute à lui donner un relief qu’elle n’avait pas auparavant, a la faire passer au rang de ces vérités centrales qui illuminent la pensée cl la vie. » J. Rivière, art. cité, col. 112. Au fait, chez saint Augustin la doc­ trine du péché originel, remise dans l’ensemble de sa pensée cl de sa vie, n’est point source de décourage­ ment. mais sc résout,en definitisc.en un appel confiant et optimiste au Dieu qui sauve : consciente de sa corrup­ tion. l’âme déchue s’humilie dans la prière pour solli­ citer le secours divin dont Pélage méconnaît la néces­ sité; mais, en possession de ce secours, elle se relève pour accomplir les actions méritoires de la vie éter­ nelle. Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, des vues personnelles qui donnent à sa synthèse doctrinale un aspect rigide, pessimiste, cl qui seront d’ailleurs abandonnées ou discutées dans la suite, il faut reconnaître que, sous ces apparences austères, c’était bien, nu fond, la révé­ lation de l’Écrilurc et la croyance traditionnelle de l’Église à l’incapacité de l’homme déchu et û la néces­ sité de l’initiative souveraine de Dieu dans l’œuvre du salut, qui arrivaient à leur pleine clarté dans le témoi­ gnage d’Augustin. 8. Par rapport à l’avenir, la doctrine d'Augustin est d’un dynamisme puissant. Sa complexité, la variété des éléments qu’elle synthétise, offrent aux esprits qui la scruteront la possibilité des développements les plus divers; suivant qu’ils méconnaîtront cette com­ plexité, exagéreront la valeur de tel ou tel élément de cette synthèse, en les isolant, ils s’exposeront à la déformer et à tomber dans l’erreur sur la notion du péché d’origine et de la grâce. Parce qu’Augustin a déjà soulevé autour du péché originel la plupart des questions que se poseront les théologiens dans la suite, parce qu’il en a proposé des solutions, on verra à chaque époque de controverse ou de crise revivre sa doctrine. IL La controverse en Orient (112-131). — La controverse pélagienne ne provoqua en Orient ni la même attention, ni des réactions aussi vives qu’en Occident. Cependant, ni â Jérusalem, ni ù Antioche, ni à Alexandrie, la doctrine ecclésiastique de la chute ne fut laissée sans témoignage; le concile d’Éphèse, en 431. devait lui-même confirmer les condamnations précédentes de Céleslius. 1° En Palestine. Dès juin 115, Paul Orose porta à la connaissance d’une assemblée, tenue sous la prési­ dence de l’évêque Jean de Jérusalem, ce qui avait été 403 PÉCHÉ ORIGINEL. LE PÉLAGIANISME ET LORIENT fait cn Afrique contre Célestius, Paul Orose, Liber apologetieus de arbitrii voluntate, 3-7, P. L., t. xxxi, col. 1176, et posa la question de l’orthodoxie de Pelage. Celte réunion, par suite de nombreuses mala­ dresses de l'accusation, ne dirima rien. Voir OnosE et Pélagianisme. \ la fin de cette même année, sur la dénonciation d’Héros d’Arles el de Lazare d’Aix, le pélagianisme amena la réunion d’un autre concile à Diospolis, On y lut toute une série de propositions empruntées au disciple de Pelage, Célestius, dans lesquelles celui-ci affirmait la mortalité d’Adam cn toute hypothèse, l’identité de la situation de notre premier père avant sa prévarication avec celle des enfants nouveau-nés, et niait ainsi cn fait les suites du péché originel, soit en Adam, soit dans scs descendants. C’est alors que le novateur Pelage répondit sur ces questions en aban­ donnant son disciple; après avoir expliqué quelquesunes de ses propositions propres, il ajouta : < Quant aux autres (celles de Célestius), comme, de l’aveu même de mes adversaires, elles n’ont pas été prises dans mes écrits, je ne suis pas obligé d’en donner satis­ faction Néanmoins, par déférence pour cc saint synode, j’anathématisc ceux qui soutiennent ces opi­ nions ou qui les ont soutenues dans le passé. » A quoi le synode répondit : Ad turc pradicta capitula sufficien­ ter el recte satisfecit prirsens Pelagius, anathematizans ea qutr non erant ejus. Voir saint Augustin, De gestis Pelagii, xi, 23-24, χχχιιι, 58, Ρ.Λ., t. xliv, col. 333 sq., 353, 355. C’est donc sur sa réprobation générale des erreurs de Célestius, de tout ce qu’elles avaient de contraire a la foi de l’Églisc, et sur son acceptation apparente des < pieuses doctrines » reçues, que Pelage fut absous. Ibid., xxxv, 60, col. 354. Les Pères de Diospolis l’ont admis à la communion ecclésiastique uniquement parccqu’ils l’ont entendu condamner ceux qui niaient la chute et ses conséquences. On peut ainsi voir, dans ce jugement, avec saint Augustin, la condam­ nation des thèses essentielles du pélagianisme par les quatorze évêques nt p«ché actuelle­ ment, que nous encourons une p» inc ·>» mblable à In sienne. · In Hom . >. f-, col 781 C Cyrille entend ici le έφ’ φ ποτ/τες ήμβφτον despfché .·· . xplique 405 PECHE ORIGINEL. L'OCCIDENT AUX V* ET Vie SIÈCLES ki peine de la mort par ces péchés. Il y a cependant » ceux qui n’ont pas péché à la façon d’Adam; leur | peine s’explique par l’uifité de nature; comme un arbre attaqué â sa racine ne peut qu’être flétri dans I ses rejets, ainsi la nature humaine corrompue dans sa I racine, ibid., col. 785 Λ, et 788 Λ, ne peut que cor­ rompre ceux qui sont issus d’elle. Ibid., col. 785 A et 788 A. · En vertu de sa désobéissance, Adam a été condamné à mort; dans cet état il a procréé, et ainsi nous qui sommes issus d’un mortel, nous sommes devenus mortels. Voilà comment nous sommes héri­ tiers de la condamnation en Adam. » Ado. anthrop., | VIII, P. G., t. i.xxsi. col. 1092 B. Mais il ne s’agit pas seulement d’expliquer l’cxtension de la peine de mort a toute l’humanité; le péché a corrompu toute la nature humaine et nous avons été constitues pécheurs : Sans doute Adam est tombé, et son mépris du commandement divin l’a fait condam­ ner à la corruption et à la mort; comment s'ensuit-il .cff.,t. u. p. 159. V.LA DOCTRINEENTRELE CONC ILE D’ÉPHÈSE ET LA FIN DU VIIIe SIÈCLE. Le développement dogmatique reste d’abord assez intense en Occident, puis toute l’activité théologique s’y éteint pour ne garder d’importance qu’en Orient. 1. En Occident. II. En Orient (col. 113). L En Occident : nouvelles précisions doctri­ nales, !>Γ\ELOPPFMI NT DE L’AUGUSTIN I8ME. - AU lendemain de la mort de l'évêque d’Hipponc, l'exis­ tence du péché originel n’est plus guère contestée et plus n’est besoin d’insister sur sa démonstration. Ce qui s’impose alors à l'Églisc,c’est de défendre l'auto­ rité d’Augustin contre ceux qui l'accusent d’avoir excédé, dans son enseignement sur le péché cl la nécessité de la grâce, ou qui cherchent à minimiser sa doctrine. L’Église va le faire cn plusieurs documents officiels: Lettre du pape Célestin (131); Capitula cités au vr siècle: Canons du concile d’Orange D’autre part, ses docteurs (saint Eulgence. saint Grégoire) présentent dans leurs écrits la doctrine traditionnelle sous la forme qu’elle a prise dans les ouvrages du grand docteur. 1“ La lettre du pape Célestin l·' et les capitula an* nexes (cf. art. Augustin, col. 2163, el AugUstinInaib, col. 2518; art. Célestin, col. 2052-2059). Texte de la lettre dans P. L., t. L, col. 528; les Capitula sont à la suite, cf. Denz.-Bannw., n. 129-1 12. — Sans revenir ici sur l'éloge d'Augustin par le pape Célestin, sur l’origine et l’autorité des Capitula, il suffira de marquer les précisions apportées dans ce dernier document louchant les suites du péché originel. Ce n’est point l’existence du péché originel que l'on a ici cn vue, mais la nature d’une de scs suites : l’affai­ blissement du libre arbitre. On y recommit la doctrine 407 PÉCHÉ OHIGINEL. LE CONCILE D’ORANGE /*08 augustinicnnc louchant l'impossibilité du libre arbitre ■ dcslinaticnnc de Lucidus, écrivit un traité théologique sur la question controversée, le De gratia, P. L, déchu à se relever seul, la nécessité absolue de la t. lviu, col. 783-836. grâce pour que celui-ci retrouve son efficacité. 11 y repousse fortement la doctrine de Pélagc. Tout C. i Que dans le péché d'Adam tous les hommes les hommes, déclarc-t-il, ont le péché originel qui leur aient perdu leur puissance naturelle (de mériter) avec est transmis ex generantis voluptate, et sont soumis à h l'innocence, ne puissent s’élever de cet abîme par les mort, I, i, col. 786; I, n. col. 788; ù la mort du corps cl seules forces du libre arbitre, si la grâce de Dieu ne non â celle de l’âme, précise-t-il dans sa lettre â Paulin, les cn retire, c'est le jugement d'innocent. Epist., iv, dans P. L., t. lviii, col. 818. Par ailleurs,il C iv. Personne ne peut bien user du libre arbitre si semble bien accorder ù la volonté l'initiative dans ce n’est par le Christ. Tel est renseignement du même docteur dans sa lettre au concile de Milèvc. l’œuvre du salut, tout cn reconnaissant un afTaiblissement des forces du libre arbitre. De gratia, I, ix, C. v. Tous les cfïorts, toutes les œuvres et tous les ibid., col. 795-796. mérites des saints doivent être rapportés â la gloire et Ces idées, tout d’abord, ne firent pas scandale, et â la louange de Dieu, puisque personne ne peut lui circulèrent, durant toute la fin du v· et au commence­ plaire sinon par ce qu’il a lui-même donné. Conclusion du pape Zosimc. ment du vi° siècle dans les milieux provençaux. C. vu. Ce qui fut établi par le concile de Carthage Cf. Gennadc de Marseille, De ecclesiasticis dogmatibus, nous le recevons comme la doctrine du Siège aposto­ P. L., t. lviu, col. 979 1000. lique, spécialement ce qui fut défini dans les 3·, 4- et Vers 520, à Constantinople, elles étonnèrent cepen­ 5* canons. dant les moines scythes qui lirent demander â Home C. vin. La règle des prières dépose dans le sens de la quelle était l'autorité de Fauste. La réponse du pape nécessité de la grâce. Hormisdas est claire : les écrits de Fauste ne sont pas C. ix. Les exorcismes pratiqués avant le baptême reçus, c'est-à-dire n’ont point d’autorité; la doctrine sur les enfants et les jeunes gens montrent que le de la grâce doit être cherchée dans les ouvrages de démon est chassé hors d’eux et qu’ils sont transférés saint Augustin, dans ceux d’I lilaire et de Prosper, plus cn propriété au Christ par le fait du sacrement de la sûrement encore dans ces capitula ecclésiastiques con­ régénération. servés dans les archives romaines, probablement les Enfin, scion la doctrine augustinicnne que la grâce, capitula cités plus haut. Epist., lxx, P. L., t. lxiii, loin d’abolir la volonté, la refait bonne et la libère, col. 191-193. voici la conclusion : tous les mérites sont précédés par 3. Saint Fulgence. — Consulté aussi avec scs col­ la grâce et certes ce secours ne nous enlève pas le libre lègues africains, par les représentants des moines arbitre, mais te libère. \ noter en lin les restrictions scythes, l’évêque de Huspc, saint Fulgcnce, répondit concernant les questions plus ardues et plus profondes en approuvant ces défenseurs d’Augustin, d’abord qui sont objet de controverses et dont il n’est pas dans une lettre, Epist., xvn, P. L., t. lxv, col. 451· nécessaire d’imposer la solution. 193; plus tard, après 523, dans une nouvelle lettre, 2° Élimination progressive de l'erreur des « Marseil­ Epist., xv, col. 435-142; puis, dans un traité perdu lais ». — Celte erreur, sur les forces du libre arbitre contre Fauste; enfin, dans le traité De veritate pritdéchu, sera progressivement éliminée grâce â l’acti­ destinationis et gratin·, ibid., col. 603-672. vité doctrinale de saint Prosper, de saint Fulgcnce de 11 est facile de dégager de ces documents les idées Kuspe, du pape Hormisdas, de saint Césaire. Ce der­ que saint Fulgcnce opposait à Fauste sur le péché ori­ nier cn provoqua la condamnation au concile d’Orangc. ginel et ses suites. Le péché originel, originale pecca­ 1. Action de Prosper d'Aquitain·. — Dès les der­ tum, parentatis macula, esl transmis par la concupis­ nières années de l’évêque d'IIippone, et durant cent cence dans l’acte de la génération, mundus homo non ans, dans certains milieux du sud de la Gaule, des nascitur, quia intervenient· libidine seminatur. De évêques et des m fines, cn relation plus ou moins verit. pnrd., I, iv, 10, col. 608. Ainsi, le genre humain étroites avec le monastère de Lérins, tout en rejetant soumis à cette génération est-il impliqué dans une l’erreur de Pélagc, critiquent cependant quelques universelle condamnation. Même les enfants sont con­ thèses augustiniennes sur l’incapacité absolue de la damnés gehennali incendio, interminalibus ignis icternl nature déchue par rapport au bien, et veulent faire pœnis. L xi, 31, col. 619; Epist., xvn, 28, col. 469. une place plus large a la liberté de l’homn · dans l’ac­ C’est par pure miséricorde, sans considération des quisition du salut. Saint Prosper et saint Hilaire œuvres futures, que Dieu prédestine les uns, laisse les décrivent ainsi leurs idées sur le péché originel et ses autres dans la massa damnata : ah illa igitur massa suites : Tout homme, il esl vrai, a péri en Adam, et damnata nemo futurorum pncscientia operum discerni­ personne ne saurait se racheter par son libre arbitre. tur; sed miserantis figuli ope atque opere segregatur. De Mais il n’est personne dont la volonté soit tellement verit. præd.9 L iu, 7, coi. 605. L’homme déchu demeure alanguie qu’elle ne doive et ne puisse vouloir être sans doute en possession du libre arbitre, mais il lui guérie. Le malade ne veut-il pas le médecin? il apporte faut la grâce pour l’utiliser pour le bien. De vent., sa confiance, le médecin donne le rem> < Ce dernier point est d'une importance capitale, a-t-on dit â l’art. \ugistix, t. i, col. 2527. Cela renferme à la fois la liberté, la grâce suffisante donnée à tous (les bapti­ sés), meme pour la persévérance finale. > Cette doctrine des Pères du concile est bien dans la ligne du docteur d’Hipponc, pour qui la volonté n’est jamais si libre que sous l’influence de la grâce du Christ. La signification dc ces textes est très importante : elle tient d’abord à leur origine. Cc ne sont point là seulement les définitions d’un concile provincial; c’est après en avoir référé à Borne et reçu la réponse de Félix IV, conservant huit capitula parmi ceux que Cesaire lui avait transmis et y ajoutant seize proposi­ tions extraites des Sententia' de Prosper, que l'évêque d’Arles lit approuver ce projet un peu remanié par les Pères du concile, (’ne fois accepté et signé par les Pères, le 3 juillet 529, le document fut dc nouveau sou­ mis a Rome et reçut, dc l’approbation doctrinale du Saint-Siège, une autorité definitive. Après avoir rappelé l’erreur des adversaires qui attribuent la foi à la nature cl non à la grâce, le pape Boniface 11 déclare que beaucoup dc Pères et de saints, surtout saint Augustin, beaucoup de papes aussi ont affirmé que la foi vient de la grâce ct n'est pas dans la puissance de la nature. Il se réjouit particulièrement que le concile ait eu le sens de la foi catholique, sur­ tout parce qu’il a confessé que la foi nous vient d’une grâce prévenante. Bref, il déclare la profession dc foi des Pères dOrange : consentaneam catholicis Patrum regulis. C’était ainsi, confirmée par l’autorité dc Rome, l’élimination définitive du pélagianisme jusque dans les formes adoucies qu’il avait chez les « Marseillais ·; c’était, par le fait, le triomphe de l’augustinisme dans scs thèses essentielles : transmission par suite du péché d’Adam, non seulement dc la mort corporelle, mais encore du péché ou mort de l’âme: incapacité radicale pour le bien du libre arbitre laissé à lui-même, absolue souveraineté de Dieu ct initiative de sa grâce dans l’œuvre du salut. Par ce triomphe, venait en sa pleine clarté, en des formules ct un langage dog­ matique précis. la doctrine paulinicnnc sur Adam, source de péché ct de mort, et sur le Christ source de justificat ion et de vie. Cependant, tout en acceptant l’essentiel des vues d Augustin sur les points controversés, l’Êglise ne fai­ sait pas siennes toutes scs spéculations. Elle se taisait prudemment sur les points les plus vulnérables dc son système. C’étaient, d’ailleurs, des points moins impor­ tants parce que plus personnels et moins tradition­ nels: malice de la concupiscence, transmission par elle du péché originel, masse pécheresse condamnée par le seul péché originel aux supplices éternels de la géhenne; par le fait, condamnation des enfants morts sans baptême a des peines sensibles. Cc qui était alors essentiel, c’était d’écarter la confu­ sion entre les forces dc la nature déchue ct celles dc la grAcc. Pélage avait voulu faire de l’homme, par l'éner­ gie de m seule volonté, le véritable auteur dc son salut; les Marseillais avaient prétendu que le libre arbitre déchu pouvait du moins encore quelque chose dans l'ordre divin, iu commencement dc la foi. En face de 412 ces erreurs, il fallait faire le bilan des incapacités dc la nature au regard du salut. Longtemps, l’Êglise se contentera des précisions acquises à Orange : le péché originel implique non seu­ lement la mort corporelle, mais la mort héréditaire de l’âme: il est plus qu'une vague déchéance, qu’un affai­ blissement de la volonté: c’est un véritable état de culpabilité qui sc transmet d’Adam à tous ses fils. Ces précisions seront reprises contre Abélard. Prop. 9, Dcnz.-Bann., n. 376. Le concile de Trente les repro­ duira encore, sess. v. can. 2, ibid., η. 789, mais il devra les compléter pour répondre aux exagérations protes­ tantes sur la corruption de la nature humaine. 11 le fera avec une conscience plus nette de la distinction entre nature ct surnature, avec un sentiment plus vit de cc qui reste encore, à côté des incapacités absolues du libre arbitre déchu pour le salut, de force à celui-ci pour accomplir quelque bien moral naturel. Au regard du bilan des pertes, incapacités, faiblesses dc l’homme déchu, il maintiendra celui de scs possibi­ lités et activités restantes. C’est dire qu’il ne faut demander au concile d’Orangc que cc qu’il a voulu définir touchant la situation actuelle dc l’humanité déchue, à savoir : l’impuissance radicale de celle-ci â retrouver par elle seule cc qu’elle a perdu en Adam. C’est là un aspect important dc la doctrine dc l’Êglise sur le péché originel, cc n’est pas toute sa doctrine. Les décisions d’Orangc appellent des compléments. 3° Saint Grégoire le Grand (590-601). — Disciple assidu de saint Augustin, saint Grégoire puise dans ses œuvres la connaissance traditionnelle de la nature déchue: du système augustinicn il retient beaucoup plus les éléments moraux et pratiques, que les aspects spéculatifs. .-Λ, C’est dans le vaste répertoire dc théologie morale ct ascétique que sont les Moralia, qu’il faut aller chercher, enchâssés dans sa doctrine générale, les éléments prin­ cipaux de son enseignement sur le péché originel; c’est la que le Moyen Age viendra puiser, pendant long­ temps. sa connaissance de l’homme déchu. L’accord du disciple et du maître sur les points prin­ cipaux de la doctrine traditionnelle du péché originel est indéniable. Le premier péché, dit-il avec saint Augustin, est une déchéance du libre arbitre dc l’homme qui s’explique par la faiblesse humaine. Λ/οΓ., IV. m. 8, P. L., t. lxxv, col. 612; I II, xiv, 26, col. 612. Adam abandonna l’amour dc Dieu pour sc replier sur lui-même cl se tourner vers la chair, Mor., VIII, x, 19, col 813; il tomba dans l’aveuglement et la mort spirituelle, A/or., VIII, xxx, 19. col, 832; XL XLîii, 59, col. 979; IX. xxxm, 50, col. 885. Cf. Λ/or., Xli, vi. 9. col. 990 : Homo peccator moritur in culpa, nuda­ tur a justitia, consumitur in poena. L’homme perd ainsi la justice ct tombe dans l’ignorance, la concupis­ cence et la mort. Par .Adam, tous les hommes sont devenus pécheurs. Λ/or., IV, xxvîi, 53, col. 661. C’est par la concupis­ cence que se transmet le péché : Ipsa quippe propter delectationem carnis ejus conceptio immunditia est. Mor., XL nu, 70, col. 986. Epist., ιχ. 52, t. lxxvii, coi. 990 : quia genus humanum m parente primo oelut in radice putruit, ariditatem traxit in ramis. Avec saint Augustin, entre le créatlanisme ct le traducianisme, Grégoire ne se prononcera pas. Ibid. Avec lui aussi il admet la condamnation des enfants morts sans baptême au feu de l’enfer · Perpctuaque tormenta percipiunt ct qui nihil ex propria voluntate peccaverunt. Mor., l\. χχι. 32, col 877; XV, ι.τ, 57, col. mo. Mais, ailleurs, il pose le principe dc justice qui implique l'affirmation des limbt > comme sanction du seul péché originel : le péché origin·' i i pi les mêmes consé­ quences que le pé· lu œlu< ’ Va t, le*. Justes dc l’an­ cienne Loi étaient n tenu- d m i )/ γ.ί/μ superior, en 413 PÉCHÉ O H IG I NEL. LORIENT AU V” SIÈCLE raison dc la faute originelle, mais n’y souffraient pas de supplices parce qu’ils n’avaient pas de fautes per­ sonnelles. Mor., XIII. xliv, 19. col. 1038. Le prin­ cipe est posé (que connaissait déjà d’ailleurs / Ambrosiasler) que la conséquence du péché originel est pri­ vative ct n’implique point la condamnation à une peine positive : la tradition postérieure en tirera les conséquences. Cf. art. Limbes, t. ix. col. 761. Saint Grégoire insiste beaucoup sur l’état dc fai­ blesse morale dc l’humanité déchue : inserto infirmi· tatis vitio nascimur. Mor., VIII, vi, 8. coi. 805, ct ailleurs : grandem hunc ct nimia infirmitatis trgrotum, id est per totum mundum jacens languidum genus humanum. Mor., XVIII. XLV, 73, t. lxxvi, coi. 81. Cependant, le libre arbitre demeure à l’homme déchu; pour le rendre efficace pour le bien, une grAcc préve­ nante est nécessaire : proveniens gratta liberum in en arbitrium fecerat in bonum. In Ezech.. I. ix. 2. ibid., col. 871; Mor., XXXIIL xxi. 38, col. 698. et XVI. xxv, 30. t. lxxv, col. 1131. Celle grAcc est nécessaire même pour le commence­ ment de la foi ct des bonnes œuvres. Ibid. Elle ne sup­ prime pas. d’ailleurs, l’indispensable collaboration dc la liberté humaine: l'œuvre méritoire est de Dieu et de l’homme. Mor., XXXIII, xxi, 10. col. 699. On pourrait relever les mêmes idées chez d’autres maîtres du Moyen Age : saint Isidore de Séville, Cassiodore, saint lldephonsc, cf. fixeront, op. cit., I m. p. 3 11-37 I. ct, plus lard, chez le vénérable Bède(t 735). Chez eux. comme chez saint Grégoire, on trouverait un même souci de conserver la doctrine traditionnelle dc l’Êglise sur la nature déchue ct la grAcc en la forme que lui a donnée saint Augustin. Si ces maîtres n’ont point cherché à progresser dans l’intelligence spécula­ tive de la doctrine, ils ont contribué grandement à faire vivre celle-ci dans les Ames : c’est par eux que le dogme du péché originel, défendu par saint Augustin contre Pelage, sanctionné par les conciles de Carthage ct d’Orangc, allait s’épanouir de plus en plus en une spiritualité originale qui devait imprégner les concep­ tions individuelles, familiales et artistiques du Moyen \gc. II. Ex Oiuext. - Les décisions d’Êphèse contre Célcslius et Pelage ne semblent avoir suscité en Orient aucune contradiction. Les discussions christ illogiques continuent, mais non celles qui concernent Pelage. On donne, en fait, aux questions du péché originel, moins d’attention qu’en Occident. Lorsque les écrivains chrétiens les abordent, ils sont unanimes â enseigner la chute avec son cortège dc peines physiques et morales pour la nature humaine: ils sont parfois moins explicites et moins précis lorsqu’il s’agit dc répondre à celte question : A côté de la transmission de la peine, y a-t-il aussi une transmission du péché d’Adam? Naissons-nous non seulement malheureux, mais cou­ pables? La réponse à cette question est plus ou moins nette suivant les milieux ou les individus qui l’ap­ portent. /. AfJ r· MftCLR. - 1° Saint Isidore de Péluse (t I 10) voit dans la chute primitive la cause des plus grands maux pour l’Ame comme pour le corps : Le corps a été soumis non seulement à la mort, mais à des souffrances variées...; il devint un cheval difficile à gouverner. Epist , iv, 204, P. G., t. lxxviii. col. 1292. La nature s’est mise à boiter, a perdu son intégrité; les caractères de la lut morale, inscrits dans le cœur, se sont oblitérés cl ont nécessité la loi écrite. IV, 53, col. 1101. L'homme déchu porte en lui une inclination au péché, m, 162, col. 857. A la question qui lui est posée par I lerminius : pour­ quoi haplise-t-on les enfants puisqu’ils sont sans péché, αναμάρτητοι? le saint répond : » Des gens minu­ tieux disent que ces enfants, dans le baptême, dépouil­ il'· lent la souillure transfusée A la nature a cause dc la transgression d’Adam, τόν διά την παράδασιν του Ά8άμ διαδοΟέντα rrt φύσει ρύπον άποπλύνανται. I t moi je suis persuadé aussi que cela sc fait.... mais d n’y a pas seulement cela : d’autres bienfaits, qui dépassent de beaucoup la nature, nous sont conférés au baptême. in, 195, col. 880. Ici. saint Isidore, tout en mettant surtout en relief les effets positifs du baptême, maintient comme une vérité que le sacre­ ment remet la souillure originelle. Il est donc un témoin dc la transmission de celte souillure. 2· Théodoret (t vers 158) est le dernier grand repré­ sentant dc l’ÊcoIc d’Antioche. Tout en affirmant la commune déchéance de l’humanité en Adam, il est plutôt hostile à I’ < idée du péclié héréditaire ». L H n’y a pas dc doute : le péché a, selon lui, des suites fâcheuses non seulement pour son auteur, mais pour scs descendants. In psalm. L, 7, P. G.. I. lxxx, col. 12H; Quxst. in Gen., interr, xxxvn, ibid., col. 137; inlrrr. xxviîi, col. 125, etc. Si Adam n avait pas péché, les hommes auraient gardé l’incorruptibilité cl l’impassibilité; devenus pécheurs, ils ont été livrés à la corruption; devenus mortels, ils ont engendré des Ills mortels comme eux, livrés à la concupiscence, a la crainte, à la volupté, A la colère ct à l’envie. In psalm. L, 7, ibid., col. 1215. Satan a fait son esclave du citoyen du paradis. Eranities, HL t. lxxxiii, col. 215. D’autre part, la nature mortelle, avec ses multiples besoins, engendre l’intempérance et pousse au péché. Aussi, l’Apôtre peut-il dire que, du fait de sa transgression, Adam est devenu source de péché cl dc mort pour ses descen­ dants : La mort, en effet, a passé A tous les hommes parce que tous ont péché (personnellement). Car ce n’csl pas pour le péché du premier père, mais pour son propre péché, que chacun subit la sentence dc mort, ού γάρ διά την τού προπάτορας αμαρτία'/, άλλα διά την οίκείαν. In Hom., V, 12, l. lxxxii, col. 100. 2. Théodoret ne conçoit donc pas la relation de la mort et du péché de l’homme déchu avec Adam à la façon d’Augustin. Ce n’est qu’indirectement que le péché d’\dam entraîne la mort des hommes Issus de lui. en tant qu’il cause en eux la concupiscence : celleci est la source des péchés personnels, lesquels nous méritent directement la mort Tel est le sens non seu­ lement dc Γέφ* ω πάντες ήμαρτον, t. 12. mais encore du t. 1 1 : * la mort a régné sur ceux qui n’ont pas péché à la ressemblance d’Adam. » \u lieu d’expliquer cc verset des enfants qui meurent, alors qu’ils n’ont pas péché actuellement, parce qu’ils ont le péché d’origine. Théodoret l’entend des pécheurs : « S’ils n’ont pas transgressé la même loi qu’Adam. ils ont commis d’autres délits, s Ibid., col. 100. Il ne traduit pas le t. 19 : · Beaucoup ont été consti­ tués pécheurs » par tous ont été constitués pêcheurs en \dam, mais beaucoup sont devenus pécheurs (ont été entraînés au péché) à cause du péché d’Adam, comme beaucoup sont devenus justes par l’obéissance de Jésus-Christ : il y en a. d’ailleurs, sous la Loi, qui furent étrangers aux grands péchés, et s’illustrèrent dans la pratique de la justice, comme il y en a qui mènent une vie injuste sous la grâce. Ibid., col. 104. Mais il faut expliquer la mort des justes : il ne meurent pas pour des péchés personnels? L’est qu’Adam n’a engendré qu’apres son péché cl. devenu mortel dans sa nature, il ne peut engendrer que des mortels, εικότως ί πάντες θνητήν είληφότες φύσιν, £ποντχι τώ προπάτορι. Eran., HI, t. lxxxiii. col. 218. Comment expliquer que Dieu ait inlligé un tel sup­ plice, non seulement A ceux qui ont commis le premier péché, mais A ceux qui sont issus d’eux? Théodoret répond d’abord par un acte de foi au Dieu juste en tous ses actes. In Gen., Ill, Intcrr., xxxvn, t. lxxx. 415 PÉCHÉ ORIGINEL. L’ORIENT AU VI* SIÈCLE col. 132; puis il montre, dans le supplice choisi, l'éco­ nomie de la divine sagesse. Par la sentence de mort, Dieu pousse l’homme à haïr le péché ct lui prépare aussi en meme temps le remède de la résurrection. Ibid., col. 137. Théodoret sc tait sur la transmission du péché héré­ ditaire : il met seulement Adam à la source de nos péchés personnels par l’inclination au mal qu'amène en nous la mortalité issue de lui; en parlant des effets du baptême, il remarque que celui-ci ne remet pas seulement les péchés passés; s’il en était ainsi, si l’on n’avait besoin du baptême que pour cela, pourquoi baptiserions-nous les enfants qui n'ont point encore goûté le péché? Mais le sacrement ne promet pas que cela (la rémission des péchés), il est aussi le gage des biens futurs, Hard. fab. comp., V, χνιιι, t. lxxxiiî, col. 512. En résumé, Théodore! ne connaît pas l’existence du péché héréditaire : il admet cependant que, d’une façon indirecte, Adam sc trouve à la source de notre mort ct de nos péchés actuels, parce qu’il induit en nous une nature mortelle et concupiscente. Par l’en­ semble de son enseignement, il s’éloigne, plus que saint Jean Chrysostome, son maître, de saint Augustin; il sc rapproche plutôt de Théodore de Mopsuestc. 3· Théodnte d’Ancyre (t vers 110), dans une homélie sur sainte Marie, Mère de Dieu, trace un large tableau de la calamité de la chute originelle : c’est la, dit-il, un mal commun, une souffrance commune à l’humanité tout entière, κοινόν γάρ τό πάθος, καί κοινόν τό πένθος. 11 évoque le contraste entre les privilèges dont était gratifié Adam ct les malheurs qui sont tombés sur lui à la suite de sa faute. · Le voici dans la honte celui qui était en honneur, dans quelle infirmité est tombé celui qui était puissant; comme il est dans le péché celui qui était juste! » L’humanité qui partage avec Adam sa déchéance se trouve donc, par suite de la faute originelle, dans le déshonneur, la faiblesse, la corruption et le péché. Oral, in sand. Mar., vin, P. Ο., I. xix, col. 327-328. 4· Basile de Sélcucie (+ 459), dans ses discours, Oral., xxxix, P. G., t. lxxxv, col. 132, fait allusion, a la souillure originelle : · Fait â l’image de cette gloire sublime (la gloire de la Trinité), l’homme était comme plongé dans un éclat divin. Mais la souillure du péché obscurcit cette beauté et nous transforma en une appa­ rence animale... Voila pourquoi le Père envoya l’au­ teur de l'image (le Verbe) pour restaurer les traits obli­ térés de celle-ci par les couleurs de sa bonté. » 5° Hésydiius, prêtre de Jérusalem (t après 151), est aussi net sur l’existence d’une souillure consécutive à la faute d’ Adam en différents passages de ses commen­ taires (rassemblés par M. Jugie, op. cit., p. 19). En commentant le t. 7 du psaume l : Eccc enim in iniquitatibus conceptus sum, il écrit : < Ces paroles ne font pas seulement allusion à la souillure qui vient d’Adam A cause de lui, en effet, nous sommes regar­ des comme souillés dès notre naissance et, avant que nous ayons atteint l’âge de discerner le bien cl le mal, nous avons besoin de purification, tenant de nos parents une souillure. C’est aussi le témoignage de Job. Ensuite. Γ Écriture appelle la concupiscence mère du péché. Et Jacques atteste (pie la mort est fille de l'un et de l’autre (du péché ct de la concupiscence). » Iragm. in psalm. L, 7, P. G., t. xcin, col. 1201. Dans le commentaire du ps. xxxvn. 19 : Et cogitabo pro peccato meo, le péché originel de notre race est représenté comme l’objet de l’activité rédemptrice : • Le Christ appelle son péché celui de notre race, parce qu’il est devenu les prémices de la race humaine, le nouvel Adam qui veut réformer en lui le vieil Adam. C’est au péché de celui-ci qu’il pense, réfléchissant au moyen de l’effacer », traduction de M. Jugie, texte cité 416 par B. Devressc, La chat ne sur les psaumes de Daniel Barbaro, dans Demie biblique. 192 I. p. 519. Et, dans le commentaire sur Isaïe publié par Faulhaber en 1900, Hésychius parle de la malédiction qu’impliquent le péché ct la mort ct qui, du fait d’Adam, a atteint le genre humain. In Is., xxv, 8. dans Faulhaber. Hesychit Hierosolymitani interpretatio Isalæ prophehr, Fri· bourg-cn-B., 1900, p. 75; et encore : « la terre sera délivrée du péché eL de la mort. Les deux, en effet, ont régné sur l’homme, que le prophète appelle · terre· après la faute d’Adam. > In Is., vu, 16, p. 22. 6° Gélase de Cyziquc, qui écrit vers la fin du v* siècle, dans son histoire du concile de Nicée, explique ainsi la raison de l’incarnation du Verbe : < La raison de l’avènement du Verbe parmi nous a été fixée par lui à cause de la chute des premiers hommes, Adam et Ève, dans le paradis, chute qui a atteint toute leur posté­ rité. Comme par la transgression du commandement ils avaient été privés de la grâce divine, c’est cette grâce que le Créateur a voulu leur rendre. C’est pour­ quoi il a véritablement pris un corps, afin que nous qui, â cause du déguisement d’une nature incorporelle (allusion au diable prenant la forme du serpent),étions déchus de la fraternité primitive, c’est-à-dire de la grâce du Saint-Esprit, que nous avons perdue parles premiers hommes, Adam et Ève, nous soyions rendus à la fraternité par l’incarnation (la prise du corps), ct nous recevions de nouveau la forme divine et incor­ porelle. · II, XXIV, I sq., P. (i., t. lxxxv, col. 1300 et 1301; éd. Lœschckc, p. 97; trad. Jugie, op. cit., p. 16. De ce texte, il résulte que nous avons perdu en Adam, par le fait de son péché, < la forme div inc ct incorporelle, la grâce de l’Esprit-Saint, la fraternité primitive ». Nous naissons dépouillés, comme fils d’Adam, des dons divins que notre premier père devait nous transmettre; le Christ vient nous les rendre. Il n’est point dit ici, explicitement, qu’à celle privation s’attache une culpabilité transmise. 7° Proclus (t 485) insiste sur ce fait que l’homme ne pouvait, sans l’incarnation, se libérer de son péché. < Par Adam nous avions tous souscrit au péché, le démon nous tenait comme ses esclaves et nous deman­ dait pour le supplice. Oral, de laud. S. Mar., P. G., t. lxv, col. 685. 8° Gennade, patriarche de Constantinople (458-171), rattache directement la mort universelle comme châti­ ment au péché d’Adam; il est le premier à commenter Horn., v, 13, Usque ad te gem peccatum erat in mundo, en expliquant nettement la mort des enfants par le péché originel. < Tous ceux qui viennent d’Adam par voie de génération meurent à bon droit, héritant la nature de leur premier père; de tous ces condamnés à mort, les uns sont précipités dans la mort par leurs propres péchés (actuels); les autres à cause de la seule condamnation d’Adam : ainsi les enfants. «Et mit. 16: < Le seul péché du premier père est cause de la con­ damnation de tous, et tous paient la peine de ce péché. In Rom., /*. G., t. lxxxv, col. 1672. //. a> F/· >!/ · i" !.·-s moine* scythes, au début du vr siècle, défendaient, particulièrement par la i plume de Jean Maxvncc, un augustinisme intégral touchant les questions de la grâce el du péché originel. Dans une profession de foi très claire, leur porteparole allirme la transmission non seulement de la peine, mais du péché, non seulement un changement dans le corps, mais un allaiblissement de la force de l’âme, une incapacité totale pour l’homme déchu dose relever seul De Christo prof., P G., I. lxxxvi a, coi. 85. Il déclare ensuite que les enfants ne sont pas seule­ ment baptises pour recevoir 1· bienfait de l’adoption divine, mais pour in rémission d» leur péché afin ( qu’ils ne périssent point clcrndknienl. 417 PÉCHÉ ORIGINEL. L’ORIENT AU VI» SIECLE lui volonté humaine, qui,par elle-même, s’est laissée déchoir, ne peut seule sc relever. Personne ne peut être sauvé par les seules forces de la nature; il l’est par la grâce du Christ. Le libre arbitre, laissé à luimême. ne peut que désirer carnalia ct siccularia; il se trouve impuissant â penser, à vouloir, à désirer, à accomplir, sans l’effusion du Saint-Esprit, quoi que ce soit se rapportant à la vie éternelle. Jean Maxenct» rejette a la lin les manichéens, qui naturale aut substantiam aliquam dicunt esse peccatum, et ceux cpii, contrairement à l’Apôlrc. osent dire : Nostrum est velle., Del vero perficere. Ibid., col. 86. Celle profession atteste qu’à l’époque où elle a été rédigée il y avait encore des ennemis de la grâce : disciples de Pélage. de Célestius. ou de Théodore de Mopsuestc. Dans sa réponse à la lettre d’I lormisdas. le même auteur s’inspire des mêmes principes pour établir que la doctrine de Fauste de liiez, non seulement manque d’autorité, comme le reconnaît le pape, mais est à condamner parce qu’hérélique et pélagienne. Par une comparaison serrée entre la doctrine de Eauste et celle de saint Augustin, avec une critique * pénétrante et vivement conduite », cf. 'fixeront, op. cit., t. m, p. *298, il montre (pie Fauste fait trop grande la part de la nature dans la préparation â la foi. La foi est un don de Dieu. Bref, ce n’est pas par les forces de la nature seule, mais avec l’aide de la grâce que les hoinnus se sauvent : Non ergo per legem naturir, sed per gradum omnes sancti ante adventum Domini pla­ cuerunt. Ad epist. Ilonnisd.v resp., P. G., t. lxxxvi a. col. 106-112. 2° Olijmpiodore, diacre d’Alexandrie (début du vi< siècle), dans un passage cité par Anastase le Simule, apporte un témoignage très net de sa foi en la transmission du péché d’origine. 11 déclare, en effet, que le baptême efface réellement et complète­ ment la sentence el le péché originel d’Adam, qui nous atteint nousmêmes, (’.’est pourquoi les enfants bapti­ sés étant absolument purs de toute iniquité et de tout péché, ayant reçu 1’Esprit et revêtu le Christ, meurent souvent au moment du baptême cl après, el sont immaculés et saints... Si, libérés du péché, ils meurent, c’est pour ne point éterniser le mal (qu’ils pourraient commettre), pour avoir accès à une vie meilleure el revêtir l'incorruptibilité. » In llexameron, I. \ I. P. G., t. ι.χχχιχ, col. 037 038 Même doctrine dans les fragments sur Job. P G.. t. xcin, col. 53, el sur Jérémie; voir spécialement col. 689. In Jerem.. v. 30: Mais chacun mourra pour son péché; le péché d’Adam, passant à toute sa race, est parvenu, comme dit l’Apôlrc, même à ceux qui n’avaient pas péché (personnellement). Mais, quand le Christ eut remis ce péché par le bain de la rémis­ sion, le péché originel fut détruit, mais chacun rendra compte de ses péchés personnels. · 3° Philoxène, évêque monophysile de Mabboug, de 185 à 518, mort en exil vers 523. comme ses contempo­ rains. Julien d’I lalicarnassc et Sévère d’Antioche, donne un enseignement sur le péché origine) qui a une grosse répercussion sur sa christologie. Chez Augustin déjà, l’influence de la doctrine théo­ logique louchant l’ignorance el la concupiscence, comme suites du péché origine), s’était fait sentir sur son enseignement chrÎSlotogique. Il n’avait pas accepté sans restriction ce principe général mis en avant par plusieurs Pères grecs du iv· siècle:· Le Fils de Dieu a pris sur lui toutes nos misères, sauf le péché, pour les guérir toutes. » Il avait, au contraire, distingué l’igno­ rance et la concupiscence de toutes nos autres infir­ mités : la faim, la soif, la mort même, et il avait écarté celles-là de l’âme du Christ, parce qu’elles ne sont point seulement la conséquence, mais la cause même du péché. D1CT. DE TIIÙOI.. CAÎIIOL. 418 De même, la christologie de Philoxènc est dominée par son anthropologie. On trouvera les principaux textes de l’écrivain syriaque, aussi bien que ceux de Julien d’Ilalicarnassc et de Sévère d’Antioche, con­ cernant le péché de nature, réunis, traduits et discutés dans H. Draguet. Julien d' Halicarnasee, Louvain. 192 L p. 232-250. Nous résumons ici cet auteur, tout en nous écartant de lui sur quelques points secon­ daires. L Tout mortel subit nécessairement la mort en vertu de la sentence portée par Dieu contre la préva­ rication d’Adam, non pas à cause de ses péchés per­ sonnels. On lit. dans la Lettre aux moines de Tell 'Adda, publiée par Guidi dans Atti della R. Academia dei Lined. sc. mor.,sér. 111.1 Xli, Home. 1886, p. 11, et surtout 15, col. 1-2 : « Si c’est le fait de ne point pécher qui explique qu’on ne meurt point, ct si c’est celui-là qui a péché qui est soumis à la mort, voici qu’il en est beaucoup qui.... lavés el purifiés de toute souillure, aussitôt qu’ils montent des eaux du baptême, meu­ rent à l’instant, alors qu’ils ne devaient pas mourir puisqu'ils sont purs de péché. Mais il n’en va pas comme tu penses. En effet, c’est à cause de la trans­ gression première que la mort a acquis de l’empire cl que la mort, ainsi que la concupiscence se sont mêlées à la nature ct, depuis lors, quiconque entre dans le monde par le mariage est naturellement engendré mortel; qu’il pèche ou non. il est de toutes façons sou­ mis à la mort, parce que la mort est mêlée à sa nature. 2. C’est, en effet, à la génération naturelle que sc rail ache la nécessité de mourir : · C’est parce que nous sommes naturellement engendres dans le mariage que notre mort est dite naturelle, car c’est à la suite de l’union des sexes ct du flux naturel, que la mort, elle aussi, prend cours, c’est-à-dire que la mort sc mêle a l’union charnelle. » De uno ex Trinitate, vu. British Museum, add. 12164. fol. 65 b, el Lettre aux moines, ibid. 3. Par la même voie de la génération naturelle se transmet, avec la mort, la concupiscence : * Quiconque entre en ce monde par la voie du mariage est naturelle­ ment mortel et la concupiscence sc mêle à la nature. Lettre aux moines, p. 17. col. 1; et De uno ex Trin., ms. cité, fol. 38 à-c. L Le pèche apparall aussi de ce fait mêlé à Ja nature : · Du fait de la transgression, le péché a été mêlé à la vie humaine. Lettre aux moines, p. 13. COl. 2. r On a l’impression que Philoxene ne distinguait pas de la concupiscence ce péché qu’il disait mêlé à la vie humaine depuis la transgression. En effet, il donne explicitement le nom de péché à la première, parce qu’elle excite au péché. Interprétant la parole de Jésus : * Qui de \ous m’accusera de péché? » Il remarque que le Christ entendait dire par là que sa personne était pure, ct du mouvement du péché, et de l'acte du péché... Dès lors, la concupiscence n’est pas seulement la propension physique à tels ou tels actes déposée dans la nature par le Créateur, elle a un carac­ tère moral bien déterminé... De l’idée de la concu­ piscence, souillure morale, péché transmis par voie de génération, à l’idée d’une culpabilité de nature à laquelle l’homme participe par le même moyen, il n’y a certes pas bien loin. » H. Draguet, op. eiL. p. 237-239. 5. Du fait que Dieu s’est fait corps d’une façon non corrompue, sans le mouvement de la concupiscence, tout ce qui le concerne fut hors de l’ordinaire, ct non pas naturel et ordinaire. Lettre aux moines de Senun, add. 14 697, fol. 71 a : c’est-à-dire que, les nécessités humaines n’ayant pas sur le Christ le pouvoir tyran­ nique qu’elles exercent sur nous, elles relevaient de sa volonté ct non d’une contrainte de la nature. Dr uno ex Trin., v, ms. cité. fol. 18 a; et, dans Ja Lettre T. — XII — 11 419 PÉCHÉ ORIGINEL. LORIENT AU V1« SIÈCLE aux moines de Tell *Adda : Du fait de la transgres­ sion originelle, la mort a régné, ct la mort et la concu­ piscence se sont mêlées à la nature; et, désormais, qui­ conque entre dans le monde par le manage nail mor­ tel naturellement Mais Dieu, lorsqu’il voulut devenir homme, de la Vierge, ne naquit pas du mariage à la façon ancienne, afin d’être supérieur à la mort dans son incorporation même, c’est-à-dire supérieur aussi a la concupiscence, parce que c’est par l’union des sexes que toutes deux prennent cours dans la nature. » Op. ci/., p. 16. Si Philoxêne disait plus nettement que, dans les non baptisés, une culpabilité s’attache à la concupis­ cence que nous recevons avec la nature, sa doctrine sur le péché de nature s'identifierait complètement avec celle de saint Augustin. I· Julien d'Halicarnasse. — Comme chez Philoxêne, chez l’êvêque d l lalicarnasse (t vers .727). la doctrine du péché de nature a son contre coup en christologie. Il y a certainement une parenté entre les doctrines et les formules de Julien et celles de Philoxêne. Faut-il reconnaître plus, à savoir une dépendance littéraire entre les deux auteurs? Si celle-ci a existe, on pensera a la mettre plutôt chez Julien... Somme toute, si rien ne prouve la dépendance littéraire de Julien vis-à-vis de Philoxêne. il n’est rien non plus qui s'y oppose absolument. It. Dragnet, op. cil., p. 218-219. Sur les idées anthropologiques de Julien d'Halicarnasse, voir, p. 7-10, 95-133» 151-157, 221-232: et Juliani fragmenta dogmatica, p. 10·-78·; M. Jugie, op. cil., p. 16 64. 1. Le point de vue de Julien, comme celui de saint Augustin, dans sa conception de la nature humaine, est concret et historique : il fait abstraction de la notion de nature philosophique. * La nature humaine est pour lui une réalité toujours existante dans son entièreté à travers la continuité du développement historique. Elle était présente tout entière en Adam: elle le reste à chaque moment du temps dans l’en­ semble des individus qui sont îles hommes; c’est comme telle qu’elle est dite affectée, d’une manière permanente, des propriétés (pii allectent tons ceux avec , φθορά : celle-ci domine l’homme tyranniquement de la con­ ception à la mort: elle implique pour lui une altération de la nature, άλλοίωσίς της φύσεως; elle est contraire à la nature, παρά φύσιν. Fragm. 7. 12. 23, 21.29, II, IL 100, 121. On peut cependant appeler naturelle la corruption, parce (pie la nature n’existe plus qu’à l’état corrompu. L La corruption implique : d’abord un péché » qui atteint quiconque est conçu dans les conditions ordinaires. Cc péché s’identifie probablement avec la concupiscence. Il y a en nous quelque chose d’infecte d’un péché : το £v ήμίν έν αμαρτία, Fragm. 55. La mortalité est inséparable normalement du pêché. Fragm. 81. 82. Nous recevons le péché en naissant au même litre que l’àme et le corps, bien qu’il ne fasse pas partie de l’àme à l’étal sain, bragm. 29. 12, 65. Notre corps, devenu φθαρτός, est particulièrement Ζί αμαρτία. Fragm. 17 im remplaçant les mots du LUI du péché d'Adam . dans son Tome, pur ceux ci du fall du péché du t nrpx lui-méme voh o Juih n nous laisse entendre que c’est un prrlu- installé dans le corps qui est devenu, pour l’âme «lu h < n incipe de sa sujé­ tion par rapport au démon. Cc péché a d< s rapports Ks t l 4Vcc la concu- 421 PECHE ORIGINEL. LORIENT AU VIe SIÈCLE plsccnce : c'est celle-ci qui la transmet : « Le genre humain a en lui la φθορά φυσική depuis In transgression d’Adam C’est que c'est la φθορά qui accomplit l’union des sexes, ct c’csl sous l’empire «le cette passion que tout homme vient a l’existence depuis la transgression d’Adam. » Fragm. II. Si l’on tient compte de ccs trois textes : . Si le corps du Christ était φθορά, qu’on le dise aussi cv αμαρτία; -— si tu dis le Seigneur φυσικώς θνητός, donne-lui aussi le péché: si le corps du Christ a éprouvé la corruption, «lisons qu’il était également soumis aux mouvements de la concupiscence ». fragm. 17. 20, 71. on sera frappé de l’association intime de ccs trois choses : péché, concupiscence ct corruption et l’on sera tenté de conclure que le péché-corruption se con­ fond au moins partiellement avec la concupiscence. On aboutirait à la même conclusion en partant du rapprochement de la doctrine de Philoxene avec celle de Julien : Dès lors, si l’on admet que l’évêquc ne distinguait pas cette souillure originelle de la concupis­ cence. on devra penser qu’il admettait, à l’exemple de saint Augustin, que celle-ci revêtait, dans les non baptisés, un caractère de faute. Mais les éléments nous manquent pour élucider complètement ces questions de fait. IL Dragnet, p. 123. La corruption implique, en second lieu, les souf­ frances et la mort qui survinrent dans la nature à titre de châtiment en vertu d’une nécessité physique inéluctable. En effet. l'homme infecté par le péché subit nécessairement la mort comme châtiment. < Les souffrances et la mort sont des châtiments dus aux pécheurs qui expient. Fragm. 1 13. « Ainsi, au péché qui souille la nature, répond un châtiment qui pèse sur la nature. · IL Draguet, p. 121. Par suite du péché d’Adam, la corruption est dans la nature, mêlée â elle, fragm. 29; elle l’altère, parce qu’elle est péché et amène comme châtiments la con­ cupiscence, les souffrances et la mort : sous tous ccs aspects elle est παρά φύσιν. 5. Puisque cet état constitue une véritable corrup­ tion de la nature humaine prise en elle-même, le Verbe n’a pu prendre un corps soumis ù un pareil étal. L’absolue sainteté de la φύσις divine appelait une nature humaine exemple de la souillure originelle eldc ses suites. Le péché se propageant par la voie de la génération naturelle. Dieu ne pouvait naître selon la chair sous le régime de la concupiscence. Aussi est-il né άφθχρτφ τρόπω, c’est-à-dire d’une vierge. Fragm. 29, 82. 85. (l’était pour lui non seulement de haute conve­ nance, mais d’absolue nécessité. Par la seule naissance virginale, il possédait la nature humaine dans son étal intègre el sain, préservée de toute altération, ΓάφΟχρσία. Cf. Draguet, op. cit., p. 155, el M. Jugic, p. 56. Par le fait, la φθυρά ne pouvait exercer sur lui aucun pouvoir d’initiative tyrannique; exempt de souillure, il n’y avait en lui aucune nécessité de souffrir el de mourir. S’il a souffert el s’il est mort, ce n'est point à la façon de l'homme sous la corruption », par une nécessité physique de sa nature, mais à la façon d’un άφθαρτος qui, spontanément, volontairement, consent à éprouver en lui des soullrances et une mort < non naturelles », « volontaires . (Sur In doctrine chrislologlque de Julien cl les critiques qu’elle appelle, cf. IL Draguet, p. 130-250. et M. Jugie, p. 10-61.) \près l’accomplissement du mystère*, dit Julien, c’est-à-dire après l’union de l’incarnation, la divinité enleva de la chair το παθητικόν (c’est-à-dire la passibilllv, l’état de possibilité) et, à partir de ce moment, il n’est plus possible de dire que la possibilité sc soit trouvée dans la chair unie a l’impassible et qu’elle sc suit imposée de force à la nature. » Fragm. 162. « Il ne faut pas dire que le corps du Seigneur ait clé corruptible en quelque 422 manière à un moment donné; mais il faut confesser qu’à partir de l’union ineffable ct véritable, il a été incorruptible, et saint, et vivifiant, à cause de son union au Verbe. » Fragm. 43, cf. 19. 6. Conclusion. — De l’analyse de la doctrine de Julien, il résulte qu’au début du vi· siècle, l’évêque d’I lalicarnassc nous apparaît comme un témoin de la croyance à l’existence d’un péché de nature, dans les milieux orientaux (dans l’espèce, monophysilcs) auxquels il appartient. Il se donne, cn effet, comme un écho de la tradition antérieure : · La croyance à I existence d’une souillure originelle était si vivante chez Julien qu’elle a conditionne la doctrine qu’il défendait cn christologie. · IL Draguet, p. 225. Telle qu'elle nous apparaît dans les fragments conservés, sa croyance sur le péché de nature se révèle à certains points de vue assez proche de l’enseigne­ ment de saint Augustin. L’évêque d’Ilalicarnassc comme l’évêque d’Hipponc — enseigne que la nature humaine, par le fait du péché d’Adam, est sous la corrupi ion. Celle corruption est d’abord une souil­ lure morale, un péché, c’esl aussi la concupiscence; c’est enfin la nécessité de subir les souffrances ct la mort. Pour l’un comme pour l’autre, celle corruption se transmet par la génération sous l’impulsion de la concupiscence. Pas plus qu'Augustin, Julien n’éprouve de difficulté à penser et a enseigner que nous recevons un péché (αμαρτία) avec la nature, ct que lout homme est pécheur dès sa naissance. H u tort cependant de ne pas distinguer nature et grâce, et de passer du fait de l’institution primitive à la notion absolue de la nature humaine normale qui. cn elle-même, impliquerait in­ corruptibilité cl impassibilité. En liant inséparable­ ment génération par concupiscence, péché de nature, souffrances et mortalité, il barrait la route au dogme de la conception immaculée de la Mère de Dieu », M. Jugie, p. 62; il faisait de la conception virginale du Christ non une haute convenance, mais une absolue nécessité; il méconnaissait aussi celte vérité, tradition­ nelle dans I Eglise, que le Christ a pris pour son corps la nécessité physique de souffrir ct de mourir qui est naturelle à l’homme. Quoi qu’il en soit de ccs réserves, tels qu’ils sont, les textes de l’évêquc d’I lalicarnassc < rendent un témoi­ gnage intéressant à la foi que professaient certains cercles orientaux au dogme du péché originel, au tour­ nant des v* el m· siècles . H. Draguet. op. cil., p. 226. Cf. Ê. Amann. Revue des sciences rclig., I. v. 1925, p. 316-352. 5° Sô’èrr d'Antioche (patriarche monophs site de celle ville de 512 à 518, mort cn 538). — Il mérite une attention toute particulière pour son enseignement sur l’état primitif d’Adam et sa chute, soit qu’il témoigne dans scs Homélies cathédrales (512-518) de la doctrine communément reçue alors dans son milieu sur le péché d’Xdain el ses suites dans l'humanité, soit qu’il analyse ensuite, durant la controverse julianislc. le système de l’évêquc d’Ilalicarnassc qui ensei­ gnait l’absolue αφθαρσία du Christ par opposition à la corruption morale de la nature humaine. Il a l’axall­ iage sur son adversaire d’avoir mieux saisi la distinc­ tion entre « nature » ct « grâce ■ et, par une analyse philosophique des éléments constitutifs de la nature humaine, d’avoir montré que l’incorruptibilité el l’im­ passibilité corporelles n appartenaient point à l’es­ sence de cette nature; mais, en revanche, il a moins vivement senti que Julien l’aspect moral qu'impli­ quait, aux yeux de la tradition, la corruption consécu­ tive au péché d’origine. 1. Avant ta controverse juliantsle. — Textes dans Homélies cathédrales, Pair. Orient., I. iv, p. 1-91; t. vm, p. 213-391; l. xu, p. 1-150; voir Mart. Jugie, op. cit., p. 36-40. 423 PÉCHÉ ORIGINEL. L’ORIENT AU VI* SIÈCLE a) La transgression du premier père n’a pas nui sou lenient â lui personnellement, mais à tous ses deseen dants; elle amena dans leur nature la mortalité, fruit de la condamnation ct de la malédiction divines. · Le Christ a été exaucé lorsqu'il a prié pour que nous fus­ sions par lui sauvés et délivrés de la malédiction de mort portée contre Adam, qu’il a détruite par sa pro­ pre mort. · Hom., ux, P. O., t. vin, p. 242. Dans Vhorn. ι.χνιπ, il développe le contraste entre Adam en possession des biens excellents et supérieurs de la création : « corps léger, très obéissant, porté aux choses d’en haut, avide d’aliments immatériels, volonté nullement inclinée vers les choses d’en bas, grâce de l’immortalité; et l’homme déchu, lourd dans son corps, appesanti dans son Ame, condamné aux peines et à la corruption de la mort. » Ibid., p. 373378. Ce que le sage a dit : < Le corps corruptible alourdit l’âme et cette demeure terrestre entraîne l’es­ prit aux pensées multiples » (Sap., ix, 15), n’a eu lieu qu’après la transgression du commandement, à l’oc­ casion de laquelle l’homme a été condamné à la chute du paradis, aux ennuis, aux misères, aux peines el à la corruption de la mort... Mais, avant d’avoir désobéi au commandement de Dieu, qui éprouvait sa liberté, il était honoré de la grâce de lfimmortalité ; car celui qui a dit: r*«pi’A Dr fide ortk. IV. xni, P. (!., t. x«.iv, col. 1137 BC. Ici. nous trouvons aitinnee notre assinnhition a Adam non sculcimnl dans la mort et la corruption, suites «lu péché, mais «tans le péché lui-meme dont Jésus delivre la nature. ('.‘est bien, en cfTct. «l’nprcs le Damascene, la nature humaine elle-même qui a été constituée pécheresse et corrompue en Adam cl qui est relevée «hms le Christ. L'Incarnation a eu pour but de permettre à la nature qui avait péché, άμαρτήσασα, qui était tombée et cor­ rompue. «le vaincre k· tyran corrupteur et d’etre ainsi délisrée «le la corruption. Ici encore, notre auteur distingue bien le péché d’Adam cl scs conséquences : pur suite «le ce péché, la nature n’est pas seulement tombée, corrompue, mais coupable. C’est bien de l’homme en général cl non pas seulement d'Adam tout seul qu'il faut entendre le pas sage suivant : L’homme trompé par la séduction du prince du mal. le démon, n’observa pas le précepte «lu Créateur, fut dépouillé delà grâce, perdit la confiance de I lieu rl fut enveloppé par I aspérité d’une s le péche­ resse; c’est roque signihaicnl les leuilhs de figuier. II fut aussi entouré de hi mortalité et de I épaisseur de la chair, ce que signifiaient 1« s vêtements de peau. Il fut chassé du paradis par lu justice de Dieu, condamné à ht mort el à la corruption. Cependant, Dieu qui lui avait donné l’être el le bien-être ne l’abandonna pas. cl le ramena, par différents moyens, a la vie bienheu­ reuse Dr pdt orihod,, 111. i, <··) 981 Jeon décrit alors les nombreux secours que Dieu apporta nu cours des siècles à I humanité déchue. C'est ici le même homme qui a péché, qui subit ks 431 PÉCHÉ ORIGINEL. L’OCCIDENT, JEAN SCOT conséquences de son péché ct que Dieu n'abandonna pas; dans le mémo sens, un peu plus loin, Ton oppose notre désobéissance en Adam à l'obéissance du Christ. Nous sommes englobés dans le péché d'Adam avec ses suites, comme nous le sommes dans la victoire du Christ. Notre solidarité morale en Adam comme dans le Christ csl ici impliquée. La volonté, celle de l'humanité, la nôtre, a été atteinte la première par le péché originel el a besoin d être restaurée dans le Christ. « Si c’est en voulant qu’Adam a fourni son consentement, si c’est en vou­ lant qu’il a mange, c’est donc que la volonté, la pre­ mière. a été atteinte en nous. Si la volonté a souffert la première, ct que le Christ ne l’ait pas prise, nous ne sommes pas libérés du péché. III, xiv,col. 1011. « Par le péché d'Adam, notre volonté est dans le péché. Dans notre volonté H y a un dérèglement ; elle a été faussée en quelque sorte; le désir de l'homme s’est détourné de Dieu et il le porte vers la matière.» H. xxx, col.977. Ainsi, la nature déchue est non seulement malheu­ reuse. mais pécheresse; clic a besoin d’être purifiée. C’est pour nous purifier de cette souillure que le Christ est venu. Seul. lui. le Seigneur, n’a pas besoin de celte purification ; S’il s’est fait baptiser, ce n’est pas qu’il ait besom du baptême pour se purifier, mais il s’ap­ propria en quelque sorte notre purification, afin d’écraser les têtes du dragon dans l’eau, afin de détruire le péché, et d'ensevelir le vieil Adam tout entier dans l’eau. Le baptême est ici nettement mis en relation avec le péché d’Adam. On peut sc demander si, selon le Damascène. la Merge comme les autres descendants d’Adam, n’eut pas besoin de purification. D’après lui, après le consen­ tement qu’elle donna à l’ange, elle dut être purifiée : • Après le consentement de la Vierge, dit le saint doc­ teur, le Saint-Esprit descendit sur elle pour la puri­ fier, la rendre capable de recevoir la divinité du Verbe ct lui donner la fécondité. · De fldtorlhod., 111,11, col. 985; cf. t. xcm, col. 701, où il est dit que l'Esprit la purifia, la sanctifia, la rendit féconde. Le sens de la purifica­ tion dont il est question ici n’est pas, il est vrai, pré­ cisé Quoi qu’il en soit, il reste de cet ensemble que la nature humaine maudite, pécheresse el malheureuse par le fait d’Adam, a besoin de purification. C’est par la croix seule que la mort a été vaincue, que le péché a été détruit. · Il csl vrai que, dans le commentaire de l’épltre aux Romains, .Jean ne parle pas de la transmission de la souillure là où l’on s’attendrait à l’en entendre parler. II traduit sans doute le έφ’ω de v, 12, en faisant rapporter le relatif ω à Adam, per quern ( Adanuim), mais il ne soit pas le péché originel dans ήμαρτον ; Il commente ainsi ce verset : ■ Par la chute d’Adam, dit il. tous sont devenus mortels, bien qu’ils n’aient pas tous mangé du fruit. » In Horn., v, 12, t. xcv. eut 177. De même, il entend le αμαρτωλοί du f. 19 dans le sens de sujets à la mort a cause du péché ·. lbid.tw\. 481. A s’en tenir â ces textes, nous devrions ainsi à Adam notre sujétion a la mort seulement. Celle exé­ gèse reproduit littéralement le commentaire de Jean Chrysostome sur ce point. Il ne faut point y chercher la pensée intégrale du Damascène sur la souillure ori­ ginelle; il n’est ici qu’un écho de l’exégèse du grand evêque de Constantinople. Il y a, d’ailleurs, dons ce commentaire des passages qui laissent entendre qu Xdarn nous a transmis un péché que vient détruire le Ghrht t n peu plus bas, parmi les bienfaits de la rédemption il compte non seulement l'exemption du supplice, mais la destruction du péché : * Nous avons été exemptés du supplice, nous avons dépouillé toute malice, κ χκίχν πάσαν, nous asonsétérégénéréset,ayant enseveli le vieil homme, nous sommes ressuscités. 439 I nous avons été rachetés, guéris, élevés à l'adoption. · En résumé, si le dernier des Pères grecs n’a point, sur l'ensemble de la question du péché originel,un lanI gage aussi précis que celui des Pères latins, si l'on sent, à le lire, qu'il reste en dehors des préoccupations I amenées en Occident par les luîtes antipélagiennes, il n'en est pas moins, dans l’Églisc grecque, un témoin de ces vérités qui lui sont commîmes avec l’Églisc I latine. Par le fait du péché d’Adam, la nature est non seulement corrompue, déchue, mais pécheresse, ή άμαρτήσασα καί πεσοϋσα καί φΟαρεισα φύσις. Tous les hommes héritent de celle nature coupable el déchue. Le Christ seul, n’ayant pas celte nature souillée, n’a pas besoin de purification, il s’est incarné pour purifier notre nature en détruisant, par son sacrifice sur la croix, non seulement la mort, mais encore le péché lui-même du premier Père, ainsi que tous les autres péchés qui sont issus de lui. VI. LA SPÉCULATION THÉOLOQIQUE EN OCCIDENT JUSQU’AU MILIEU DU XIII· SIÈCLE. L'œuvre de Jean Scot ou Jean l’Érigèite est le premier témoin, au début du Moyen Age, des préoccu­ pations spéculatives et dialectiques qui vont animer désormais les théologiens dans leur exposé de la doctrine traditionnelle. Saint Augustin cl les autres Pères s’employaient avant tout, dans leurs commentaires, leurs homélies, ou leurs écrits de controverse, à mettre en relief les fondements scripturaires et traditionnels de la doctrine; ils spéculaient et systématisaient dans la mesure seulement où cela leur était nécessaire pour défendre la foi reçue. Les théologiens qui vont désormais se succéder, de Jean Scot à saint Thomas ct de saint Thomas au concile de Trente, connaissent très certainement les données de la foi sur l’existence du péché originel ct ses suites; mais ils n’ont plus â les défendre; aussi, les présupposent-ils plus qu’ils ne les démontrent. Ils les prennent comme point de départ de leurs spécula­ tions. Ce qu’ils veulent, avant tout, c’est interpréter ct expliquer les données en développant leurs hautes convenances rationnelles, (’.c qu’ils cherchent, en ce qui concerne le péché originel, c’est à expliquer moins son existence que son essence, moins le fait <|uc la raison de sa transmission, moins le fait de ses consé­ quences fâcheuses que le caractère de celles-ci Suc­ cessivement, Jean Scot, saint Anselme, Guillaume de Champeaux, Pierre Abélard, Robert de Melun, saint Bernard, Hugues de Saint-Victor cl son école, Pierre Lombard et les sentent iaires. les sommistes avec Alexandre de llalès, vont scruter les différents apccls de ce mystère el préparer ainsi la synthèse magistrale de saint Thomas. Tout ce travail va se faire en des mesures différentes sous l'influence de saint Augustin. L Jean Scot. Il Saint Anselme (col. 135). III. La théologie dans l’École au xn· siècle (col. 111). IV. Les débuts du xiiP siècle (col. 158). L Ji-.ax Scot. I’n essai audacieux de systéma­ tisation tiiéolooiqve au ixe siècle. ·- Jean Scot ou l’Érigène, maître de l’École du palais sous Charles le Chauve, entre 8 17 el 867 (’?), fait naturellement une place centrale à I homme dans sa vaste synthèse du De divisione natura· où il décrit le double mouvement des êtres créés : la manière dont ils viennent de Dieu et celle dont ils y retournent. Voir l’art. Éiuoène. col. 117. Centre de la création, * n qui se rejoignent deux I mondes, le sensible et le spirituel.l'homme csl l’organené du retour des chose·, à Dieu. Cependant, par un abus de la liberté. I i nature humaine csl tombée en Adam : elle s’écarte ainsi à l’extrême de son premier principe el a besoin d’y être ramenée par le Verbe 433 PÉCHÉ Ο Η IG I NEL. JEAN SCOT incarne qui réunit à la tin tous les êtres les uns avec les autres ct avec Dieu. 1° La méthode de Jeun Scot. 11 l'expose fi la tin du L IV du De divisione n dune. En ce qui concerne la nature de l'homme primitif ct sa chute, il s'attache aux Pères, surtout aux Grecs (Grégoire de \az.ianze, Maxime) el aux Latins (Ambroise, Augustin) pour s’élever de là à des spéculations personnelles. IV, xxvi, D. L.. t. cxxn, col. 860. < La double nature de l’homme, son étal avant le péché el après le péché, l’homme microcosme,l’interprétation du paradis, tout cela provient du De paradiso d Ambroise, qui, lui· même, a beaucoup emprunté au De opificio mundi de Philon, au De imagine de (irégoirc de Nyssc, à VHéxamérou d'Augustin (lire sans doute Basile). » É. Bréhier, Histoire de la philosophie, l. i, p. 546. Scs raisonnements philosophiques sont inspirés d'un ultra-réalisme touchant la conception de la nature humaine. Plus encore que chez Julien d’I lalicarnasse, la nature est ici conçue comme une réalité toujours existante dans sa totalité à travers la continuité de son développement historique. Elle était présente tout en­ tière en Adam, elle est présente tout entière dans le Christ, toujours la même sous l’incessante variété des individus qui la réalisent à travers la durée. Gel ultraréalisme conditionne ses explications de la chute et de la rédemption. 2° Création ct chute collective de la nature humaine. — Tous les hommts ont été créés, en même temps el en une seule fois, avec leur corps spirituel ct immortel tel qu'il sera â la résurrection, en un seul homme : tous ont péché actuellement en lui avec leur volonté propre el tous par le fait ont été expulsés avec lui du paradis. Jean l'nfllrmc lu I. IV, c. xn. du De divisione natu­ ra·, col. 799 : Omnes homines semel ct simul facti sunt in illo uno hornin ·. Il l'avait expliqué clairement au De praedestinatione, c xvi, 3, col. 119 : Cum itaque om­ nium hominum universam naturam in primo homine Deus candident, « adhuc enim, ut ait Augustinus, ille unus omnes fuit »... rectissime creditur, quemadmodum in illo Deus generalem humani generis creare voluit sub­ stantiam. ita ct omnium hominum propriam substituit voluntatem. Si enim in uno communis omnium el corpo­ ralis et spiritualis nalunr humaine plenitudo sit consti­ tuta. necessario ei inerat singulorum voluntas propria... Non ille peccavit in omnibus, sed omnes in illo; sicut enim ille habebat propriam voluntatem, ita et proprium peccatum; ctquemadmodum in illo unusquisque voluntatis siuc individuum possederat numerum, ita in illo per seipsum singulus quisque potuit proprium committere delic­ tum. Avec un tel réalisme, il est trop facile de résoudre le problème de la déchéance de tous en un seul : au lieu de se tourner vers Dieu, la nature universelle s'est repliée sur elle-même en un péché* d’orgueil el a en­ traîné la chute de tous avec scs conséquences : appa­ rition des corps matériels qui deviennent les vêtements des corps spirituels immuables, distinction des sexes, génération charnelle, concupiscence et mort. De divis, nat ,1. 11, c. xxv, col. 582; 1. I\ . c. xn, col. 800; c. xx, col. 838; c. xxm, col. 818. 3° Définition du péché originel. Ainsi, le péché originel c’est le péché commun de la nature humaine, créée à l'image de Dieu : Est itaque originale peccatum illud, quo tota natura humana... leges divinus per inobed lentium transgressa est in paradiso... Non enim primus Adam solus peccavit, sed omnes peccaverunt, priusquam in mundum procederent. Hoc igitur generale peccatum originale dicitur. In Evang. sec. Joan., fragm. i, coi. 310 31L |° Conséquences du péché. Pour la nature ainsi déchue, c'est l’éloignement du premier principe, la chute dans l’instabilité des choses sensibles, l’attache­ 434 ment à l’animalité, à la concupiscence de la génération chamelle qui csl la peine du péché commun. De divis, nat., I. IV, c. xn, col. 801-802; In Εν. see. Joan., fragm. I, col. 310-314. (.’est pour elle, en résumé, un état de blessure dont elle ne peut guérir par ses propres moyens : Cadendo vulneratus est (homo) omni busqué naturalibus bonis, in quibus conditus erat spoliatus. De divis, nat., L I\\ c. xv, coi. 81 L Gapable de tomber par son libre arbitre, elle est im­ puissante avec lui seul à sc relever : Jdonea fuit per liberum arbitrium vulnerare se; jam vero vulnerata et sauciata, idonea non est per liberum arbitrium sanare se. Ibid., c. xxii, col. 84 1-815. Elle fait ainsi l’expérience de la destruction de l’unité, de la paix, de l’harmonie en elle; c’est le divorce de l’âme cl du corps jusqu’au jour du retour à l’ordre primitif ct à une union nou­ velle. Ibid., c. xxv, col. 855-856. 5° Sa destruction commencée au baptême, achevée à la fin des temps. - Comment est guérie la blessure du péché originel? Le Sauveur a été laissé seul dans la masse du genre humain pour guérir cette blessure : ut per ilium solum semper salvum totius naturo vulnus curaretur ac per hoc ad pristinum statum salutis totum, quod vulneratum est. restitueretur. In ev. sec. Joan.. fragm. i, col. 311. Le péché originel et tous les péchés, commis après le baptême, sont remis de telle sorte qu'ils n’existent plus : Ibid. Mais, cependant, celle purification cat­ elle totale ou en espérance seulement? Pourquoi, si la cause du péché originel est totalement extirpée, ses diets, la concupiscence entre autres, sont-ils encore là? Jean Scot répond en disant que la nature humaine n’est pas complètement débarrassée du péché d’ori­ gine; cela n arrivera qu'à la fin du monde où le péché originel, cause delà mort,sera détruit enfin avant elle. Ibid., COL 313. Mais alors que donne le baptême? — La culpabilité (reatus) est enlevée, mais le péché demeure : reatus solummodo originalis peccati per baptismum laxatur, manente adhuc originali peccato. Aliud enim est sagittam auferre de vulnere, aliud postea vulnus sanare. Hoc igitur totum est quint nobis gratia baptismatis confert. Ex reatu enim peccati nos liberat. Ibid., col. 313-314. Ici. un ultra-réalisme lui fait séparer l’entité péché originel du reatus de celui-ci. Au lieu de dire, avec saint Augus­ tin :· dans le baptisé la culpabilité de la concupiscence est enlevée, mais l’acte de la concupiscence demeure », il dit : « le péché originel demeure cl sera seulement détruit à la fin des temps. » 6° Influence dr Scot. Par rapport à la tradition antérieure, Jean Scot nous apparaît, dans sa doctrine du péché originel, beaucoup plus comme un écho, attardé au milieu du ix* siècle en Occident, des concep­ tions grecques des disciples d’Ongène, que comme un continuateur de la pensée d’Augustin. Il en a cons­ cience en ce qui concerne ses idées sur la première condition des corps spirituels avant le péché; s’il s’écarte de l’évêque d’ilippone. c’est que ses spécula­ tions personnelles s’accordent mieux de la pensée de saint (irégoirc de Nysse Sur ce point, il ne fera pas école. C’est surtout par sa traduction des Noms divins du pseudo-Den\s qu’il fera connaître en Occident l’idée que le mal originel est une défection et une pri­ vation de la rectitude primitive. Son ultra-réalisme, dans un sens adouci, ne sera pas sans influence toutefois sur les conceptions de saint Anselme louchant la justice el le péché originel. Cf. Kors, op. cil., p. 23, 30, 31-35. Le même point de vue sc retrouvera chez Odon de Cambrai, Honorius d’Aulun, etc... Anselme cl ses disciples ne donneront point évidemment dans l'idée fausse de la double condition de l’homme ct de la préexistence des volontés indivi- 435 PÉCHÉ ORIGINEL. SAINT ANSELME duelles en \dam;mais. avec Jean Scot, ils s'appuie­ ront sur I idée que tous les hommes participent à une même nature réelle pour expliquer la transmission du péché originel. II. Saint Anselme de Cantorbéry (t 1109). — (Voir les art. Assu me, col, 1348; Luther, col. 1210, et Justice originelle, col. 2033-2034.) D’une érudition moins vaste que l'Érigènc, surtout en ce qui concerne la tradition grecque, saint Anselme a, beaucoup plus que lui. le sens de la doctrine ecclé­ siastique. Il la connaît surtout à l’école d'Augustin. Disciple genial de l'évêque d'Hippone, il médite assi­ dûment scs livres, en approfondit le sens, développe certaines de scs idées, en corrige certaines autres; il l'interprète personnellement. En traitant de la chute, aussi bien qu’en se posant le pourquoi de la rédemp­ tion. il ouvre des voies nouvelles que suivront les grands scolastiques. C’est en métaphysicien désireux de comprendre la foi que, tour a tour, il se pose les questions de l’origine, du mal moral, de l’essence, de la transmission et des suites du poché originel. 1® L'origine de la situation misérable de l'homme déchu. Celle-ci ne peut tenir à la nature telle que Dieu l’a faite; elle vient d’un abus du libre arbitre de l'homme. Un ne peut douter de l'intention divine : Dieu a fait l’homme raisonnable, capable d’arriver au bonheur par la justice dans I amour parfait de Dieu, Car Deux horno. L 11. c. i, /*. t. clviii. col. 401. Comme Dieu a dû créer Adam juste, parce que rai­ sonnable. et écarter de lui toute dette aussi bien que toute incommodité, ainsi sc devrait il encore aujoiird hui, dans sa sagesse, s’il recréait directement un homme, de ne pas lui donner une moindre justice cl un moindre bonheur qu’à Adam. De conceptu virginali, c. Nili. col. I18 : necesae estel eum non minori pneditum esse justitia et beatitudine, quam fuit Adam, cum pri­ mum /actus est. 11 répugnerait à la sagesse de Dieu de faire mourir l’homme en dehors du cas d’un péché. Car Deux homo, 1. Il, e. n, col. 101. Si Anselme pense que la mortalité n’appartient pas a la nature pure, mais â la nature corrompue, ibid., c. xi. col. 110. son langage laisse aussi clairement entendre que la concu­ piscence n’a point de place dans une nature ration­ nelle normale : appetitus.., quia sunt in creatura ratio­ nali, ubi non debent esse, dicuntur injusti. De concord, priest Dei, c. χπι. col. 538-540; De cone, virgin., c. n. roi. KM ; De nuptiis consang., c. v, col. .">59. Saint Anselme, il faut bien le reconnaître, semble raisonner ici en dehors d’une conception nette de la distinction entre nature et surnature; il part de la contemplation de l’idée de la sagesse divine pour affir­ mer que lunature humaine, dans la situation misérable ou elle se trouve actuellement, ne peut être ainsi créée par Dieu : elle ne représente point l’idéal divin. Cf. KCDl^Op ( il . p. 28-29. L'est la faute de l'homme qui, seule, explique les misères et les souillures qui nous accablent. Dieu lui avait conféré, avec la rectitude de la volonté, un libre arbitre, assez fort et assez droit, pour garder la justice. Par %a faute, il a abandonné cette justice qu’il pouvait garder. De concordia, c. xm. col. 539, et c. xiv, vol. 510 : i/i/ culpa hominis qui justitiam deseruit, quam servare potuit. 2 L'mence du péché originel. Saint Augustin as ait aflinnc souvent que. dans les non baptisés, le péché originel c’était la concupiscence: mais il avait dit non moins catégoriquement qu'après le baptême lr péché originel était complètement détruit. Il savait que la concupiscence n’était péché que dans la mesure oo elk soutenait une relation morale avec la faute d \dain en qui tous ont péché; cette relation morale 436 supprimée par le baptême, la concupiscence restait, mais seulement comme une peine de la faute primi­ tive. Il y avait, dans ce langage, quelques obscurités : il prêtait à des simplifications, voire a des confusions, par exemple, à l’identification pure et simple de la concupiscence avec le péché originel. Des disciples de saint Augustin, soit avant, soit après saint Anselme, pensèrent que le maître avait enseigné cette identité et le suivirent. L’original mérite de saint Anselme fut de réagir contre cette identification en définissant le péché originel : la privation de la justice que chaque homme doit posséder · : Hoc peccatum quod originale dico. aliud intclligere nequeo in eisdem infantibus, nisi ipsam quam supra posui, factam per inobedientiam Adir justitia debitu· nuditatem per quam omnes filii sunt ira. De cone, virg., c. xxvn, coi. 461. Puisque tout péché est une injustice, et que le péché originel en est un au sens propre du mol, il s'ensuit que ce péché est vraiment une injustice. De conc. virg., c. m, ibid., col. 135. Or, l’injustice n’est rien d’autre que la privation, l’absence de la justice là où elle au­ rait dû se trouver. Étant donné que la justice primi­ tive. comme toute justice d ailleurs, est la rectitude de la volonté gardée pour elle-même et doit sc trouver dans la nature humaine raisonnable, le péché originel, ou injustice primitive, consistera dans l’absence ou privation de la justice dans Pâme d’Adam, où elle aurait dû se trouver. Ibid., c. m. Abandonner libre­ ment celte rectitude de la volonté, voilà la faute ori­ ginelle de la nature en Adam. De concept, virg., c. xxvn : Quoniam et naturam accusal spontanea quam fecit in Adam juxlitiic desertio, col. 461. Le n’est done point dans le domaine physiologique de la concupiscence qu’il faut aller chercher le consti­ tutif intime, essentiel du péché originel, c’est dans le domaine psychologique de la volonté. En effet, ce ne sont pas les appétits de la chair qui sont par eux-mêmes injustes. 11 ne suffit pas de les sentir pour pécher; tl faut y consentir : Son cnim hominem justum faciunt vel injustum sentientem ; sed injustum tantum voluntate, cum non debet, consentien­ tem... ; quare non eos sentire, sed cis consentire, peccatum est (Anselme, le contexte le montre, parle ici seulement des baptisés). De concept, virg., c. iv. col. 437. Par manière de preuve, il ajoute : Si ces mouve­ ments étaient injustes par eux-mêmes, chaque fois qu’on les sentirait, ils vous feraient injuste. D’ailleurs, quand les animaux sans raison les ressentent, on ne 1rs dit pas injustes. Si ccs mouvements étaient des péchés, ils disparaît raient dans le baptême où tout péché est enlevé. Or, il n’en n’est pas ainsi : cc n’est donc pas dans leur essence que se trouve une injustice, mais dans la volonté rationnel le qui les veut d’une façon désordonnée. Ibid., col. 137. L’est toujours à . Aussi dcllnit-il le péché originel comme le penchant aux mouvements déréglés, contracté par l’Amc par suite de la concupis­ cence de la chair, dès le premier instant de son union avec la chair Ibid., p. 723; fol. 219 r»; Peccatum origi­ nale est pronitas excedendi ex carnis vicio anima innata,ex ipsa prima conjunctione curn carne/acta. C’est équivalemment, mais mieux analysée, la notion que nous trouvons dans P. Lombard et tous les augusti- [ mens que nous venons de citer; c’est sans doute la plus répandue au xir siècle. Aussi, Pierre de Poitiers (t 1205) pourra-t-il donner ce concept de Vhabilualis concupiscentia comme celui qui est admis par presque tous pour désigner le péché originel : Quidam, immo /ere omnes, dicunt originale peccatum non esse nisi concupiscibititatem... Concupiseibilltas est originate pec­ catum guod in anima est, non in corpore. Sent., 1. 11, dlst, XIX. /< A . t. cr.xi. col. 1015. I i Surviendront Alexandre de I lalès, Albert le Grand, saint Thomas d’Aquin. L'habilualls concupiscentia, lout en n'étant plus regardée comme exprimant le concept plénier du péché originel, ni même l’élément formel de ce péché, sera toutefois maintenue comme élé nent matériel dans la notion du péché originel. » IL Martin, art. cité, p. 725. b) La transmission du péché originel. —· On se préoccupe beaucoup, au xir siècle, d’expliquer la rai- | son, le mode et l’agent de transmission du péché originel. Les augustiniens ne discutent pas l’opinion d’An­ selme et d’Odon de Tournai qui avaient voulu résoudre i'éiiigmj cn l’éclairant par leur distinction réaliste entre personne et nature. L’humanité étant considérée comine une réalité toujours identique à elle-même, présente tout entière en Adam et Ève, viciée par leur péché, il était facile de se lu représenter comme Indé­ finiment souillée dans les individualités qui revêtaient seulement de propriétés nouvelles cette grande et uni­ verselle nature tombée cn Adam. Les augustiniens, ou bien ont senti ce qu’il y avait d’exagéré dans le réa- i Usine qui était ù la base de cette explication, ou ils ne l’ont pas connue. Le fait est qu’ils vont chercher l’explication de la propagation du péché originel cn dehors d’elle. a. La raison qu’ils allèguent ordinairement cn faveur de la transmission du péché est celle-ci : le péché se transmet à tous les hommes parce que tous ont péché cn Adam, cn ce sens que tous sont formés d’une matière qui était contenue en lui. Déjà Anselm? de Laon propose celte explication : Merito ipse in omnibus punitur, gain ipse cum omnibus peccavit. Augustinus : Omnes in eo peccaverunt, guia omnes unus homo in eo fuerunt, non personaliter, sed materialiter, guia omnium materia in co /nil.., Substan­ tia ilia, id est semen Adie unde propagatio /acta est, tan­ tum simplices particulas habuit ; unaquœquc particula simplex crevit, non assumpta alia substantia, sed alia qualitate omnes ergo in Adam /ulmus, et omnes in eo peccavimus, et ideo merito omnes damnamur. Sent., p. 67-68. I Hugues de Saint-Victor, comme Anselme de Laon, expliquera aussi la transmission du péché par l’union intime, directe, matérielle avec noire premier père, a raison de la permanence a travers les dilTércnts indi- J vidus d’une particule d’Adam intrinsèquement accrue. In episl. ad Rom.,q. cxxxix, /< L., t. clxxv, col. 167, et aussi q. cxxxvm, col. 467 : Omnes in Adam anus homo /uimus, id est ex eo gui units homo /neral per propagationem descendimus. 450 On retrouve la même doctrine chez Bobert Pullus, Sent., 1. H, c. xxvm, P. L., t. clxxxvî, col. 756, l’au­ teur des Sententia· divinitatis, éd. Geyer, p. 44·-45·. Pierre Lombard, Sent., I. II, dlst. XXX, c. xiv. Boland Bandinclli la connaît, mais lui fait une objec­ tion : Quibus objicitur peccatum illud animabus minime debere Imputari cum a se non sint, ex eo traduclx. sed de nihilo creata·. Un peu plus loin, il semble se rallier â une autre explication : le péché d’Adam a été imputé à toute sa postérité à raison sans doute de sa gravité : guia nullam habuit causam peccandi. Gietl, p. 129130. Bobert de Melun, an contraire, partage l’opinion commune; scion lui on ne peut nier que toute la race humaine existait jadis matériellement dans Adam cn qui nous avons tous péché. Fol. 254 r.dans B. Martin. ibid., t. vin. p. 463. Mais elle n’y était que pour le corps. b. Le mode de propagation. — Le péché sc propage-t-il par l’âme ou par le corps? La question est liée à celle de l’origine de l’Amc. On sait qu’Augustin avait laissé ccttc dernière question non résolue; déjà, Anselme cl Abélard, à la suite d’autres, Jérôme, Gennade, Bède, K ah an Maur, avaient rejeté nettement la thèse traducianiste. Anselme de Laon, Sent., p. 76, et Guillaume de Champeaux, frag. xxxi, éd. Lefèvre, atllrment clairement que nos âmes sont directement créées par Dieu L’argumentation d’Odon de Cambrai est en faveur de cette thèse, Hugues de Saint-Victor va montrer que celte doctrine, sans être absolument prouvée par l’Écriture et par la raison, est plus con­ forme à la foi catholique. De sacram., I. Lp. vn.c. xxx. L’auteur de la Summa sententiarum, I. Ill, 2 fin, donnera la thèse créatianlstc comme plus vraisem­ blable. Pierre Lombard lui, sera plus alhrmatif encore : « La foi catholique rejette le traduclanismc el le con­ damne comme contraire à la vérité. » Sent., 1. II. disL XXXI, c. π. Gandulfe démontre la thèse créatianlstc par la sim­ plicité de l’âme. Sent., 1. II, § 229 : guod anima ex anima non propagatur, sicut caro ex carne traducitur. Op. cil., p. 275-276. A la même époque, Bobcrl de Melun déclare impossible le traduclanismc de l’âme. Fol. 253 v°, cité par IL Martin, loc. cit., p. 463. Dès la tin du xir siècle, la doctrine créatianlstc est com­ mune. Le péché originel se transmet donc par le corps : mais comment? par quel moyen? L'agent de propagation du péché originel c'est la con­ cupiscence gui accompagne la génération. — Telle est la doctrine que l’on peut dire commune dans l’école augustinienne. Anselme de Laon sait que certains la soutiennent. Sent., p. 73. Il fait allusion, sans doute, â Guillaume de Champeaux : selon ce maître, les parents baptisés, innocents, Jettent d’une main pure une semence mauvaise, ut si munda manus seminaret malum semen, frag, xxin, édit. Lefèvre; cf. Èt. Hurault, op.cit., p. 21 : < Par suite du sacrement de mariage leur concupiscence n’est, tout au plus, qu’un péché véniel; ils évitent donc également le pêché grave actuel. » Frag. xxxvi, éd. Lefèvre. Si la concupiscence des parents ne souille pas ceuxci gravement, il reste donc qu’elle infecte gravement la chair des enfants, puis, par l’intermédiaire de celle-ci, leur âme. C.e fui la pensée de l’École de Saint-Victor: Hugues de Saint-Victor. In episl. ad Rom., q. cxxxm, P. L., t. clxxv, col. 466; q. evi, ibid., col. 460 : quare pecca­ tum originale posteris imputatur? Responsio : quia parentum concubitus non /it sine libidine, nec filiorum conceptus sine peccato; cf. Summa de sacram., 1. I. p. v, c. xxxi, l. clxxvi, coi. 301. Même doctrine dans la Summa sent., L III, c. xn, ibid., col. 108, où, apres T. — XI L — 15 451 PÉCHÉ 0 H IG IX EL. LA SCOLASTIQUE IJ U X 11® SIÈCLE avoir rappelé l'axiome du /)r fide ad Petrum, attribué alors à saint Augustin : peccatum in parvulos non transmittit propagatio sed libido, l’auteur conclut que c'est uniquement par le fait «le la concupiscence qu’est transmis le péché originel. On sait comment saint Bernard, dans son Épitre aux chanoines de Lyon, Epist., ci.xxiv, n. 7, P. L., t. rixxxn, col. 335, au nom du principe : Peccatum quomodo non fuit ubi libido non de/uit? ne pouvait accepter pour Marie l’idée d’une conception immaculée là où il n’y avait pas eu concep­ tion virginale,à l’abri de la concupiscence, il était dans la logique du principe admis par l'école augustinienne de réserver exclusivement au Sauveur, à raison de sa conception virginale, le privilège d’une conception immaculée. Ce sera la pensée de Pierre Lombard, Sent., 1. IL dist XXX Le. vm,celle de Robert de Melun, fol. 253 v° (cité dans IL Martin, t. vm, p. 162), de Gandulphe «le Bologne, Sent., I. IL §218. p. 266-269: du com­ mentaire attribué nu pape Innocent III. in ps.t l, P. Λ.. t. ccxvn, col. 1059 : Ex seminibus ergo {ceda­ tis concipitur corpus corruptum pariter atque /adatum, cui anima tandem in/usa corrumpitur et {cedatur. CeluLcl résume la pensée dominante au xir siècle, dans l’École. sur la transmission du péché originel par la voie de la concupiscence par celte phrase de tour­ nure tout à fait augustinienne : De même qu’un vase corrompu corrompt la liqueur qui y est versée, de même l’àme est souillée par son contact avec le corps souillé. L’est donc bien par le moyen de la concupiscence qui accompagne chaque génération que le corps d'abord est souille, puis, par son intermédiaire, l’àme. Mais se pose la question : quel est l’auteur responsable de celte souillure à laquelle l’àme ne peut se sous­ traire? c) La cause responsable du péché originel. - La question ne peut se poser qu’au sujet du démon, d'Adam, des enfants et de Dieu A la question : pourquoi l’Apôtre n’imputait il pas plutôt le péché au diable qu’à l’homme? Guillaume de Champeaux avait répondu que le diable était absolu­ ment étranger à toute génération humaine. Éd. Lefevre, p. 58. Robert de Melun n’eut pas de peine lui non plus à montrer que le diable n'a pu avoir sur l’homme qu’une influence séductrice qui laissait à celui-ci toute sa liberté. Fol. 250, dans R. Martin, loc. cit., p. I l L 11 reste l’homme qui a commis le péché en Adam. Anselme , cité dans R Martin, lleo. des sc. phil. el théol., t. ix. p. 103. Comment Dieu peut-il créer des âmes pures pour les envoyer dans un corps corrompu? Presque tous les scntentalres ont essayé une réponse à ces questions. Les uns font confiance a la sainteté des vouloirs divins et s’inclinent «levant le mystère : ainsi Guillaume de 452 Champeaux : « Si vous me demandez pourquoi le contact d’un corps corruptible souille l’àme. je vous répondrai que celui-là le sait qui sait ce «pie sont les natures. » l’rag. vi, éd. Lefèvre; Hugues de SaintVictor, De sacram., I. I, p. vu, e. xxxv et xxxvi, /*. L., t. çi.xxvi, col. 303-301; l'auteur de la Summa sent., L HL c. xii. ibid., col. 109, et bien d’autres. D’autres, à la suite d’Odon de Cambrai, ont recours à la sagesse du plan divin qui doit demeurer immuable malgré le péché des hommes : Dieu a décrété, indé­ pendamment «le toute hypothèse, que la vie humaine se propagerait par voie «le génération, et qu'aux corps ainsi constitués il infuserait «les âmes pures. On ne peut taxer Dieu d injustice s’il continue à envoyer des âmes pures en «les corps viciés. Ainsi pensent \nselme de Laon (du moins dans une sentence. Car animir puerorum non baptizatorurn puniantur.,, Bri­ tish Museum, bibl. Harley. liber Pancrisis, fol. 30 v·, dans R. Martin, loc. cit., p. loi), plusieurs sent entia ires anonymes et P. Lombard. On remar­ quera cependant que le même Anselme de Laon, dans les Sentcntiic éditées par Blletnetzricder, L IL p. 77. rejette comme insuffisante celte explication en la fai­ sant suivre de cette critique : Contra quod dicimus quod Deus rem injustam non debet proponere. Et puis, après avoir rapporté trois autres opinions, il invite à l’humble soumission en face «les mystères impéné­ trables «le Dieu. Ibid., p. 78. D’autres recherchent dans la créature In source de sa culpabilité ; l’àme. à l’instant de son union avec le corps, étreindrait, avec une avidité consciente, le corps qu’elle vient animer el Dieu se verrait obligé de l’exclure de son intimité : c’est la solution d Honorius d’Autun reprise par l’auteur des Sentences : Eiliûs a patre gigni, par Hugues de Ribémont, Hugues d’Amiens, sainte I lildcgarde X oir R. Martin, loc. cit., p. 1UI-109. Robert de Melun esl peut-être l’auteur «lu xir siècle qui a scruté lopins à fond la question. Il commence par la délimiter et part des données «le la foi : l’enfant est en état de péché ; cela est acquis pour le catholique, quelle que soit la manière dont le corps ail pu souiller l’àme de cet enfant. L’Écriture enseigne que le corps est pour l’àme une cause de dépression et de mal. La raison de ce fait reste mystérieuse : En dehors de Dieu, personne ne peut avoir pareille connaissance des Aines. Et c’est pourquoi quiconque admet l'existence et la nature supérieure des esprits, ne doit pas poser la question : d'où vient que l’àme de l’enfant soit coupable «levant Dieu à cause «lu péché. · Eol. 255 r°, R. Martin, loc. cit., p. 115. Il ne faut point oublier, d’ailleurs, que nous étions tous en Adam au moment de son péché, que demeure, en tout enfant, l’ardeur d’une chair viciée el que, la contamination de l’àme ne venant pas «le Dieu, elle ne peut venir que du corps dans son action sur elle. El donc Robert de Melun, lui aussi, tout en faisant effort pour donner une réponse qui ne soit pas dénuée de probabilité, se sent accable par le mystère II faut avouer avec 1 fugues que la justice «le Dieu, si elle est irrépréhensible, est incompréhensible. · Cf. Desu­ eram., L 1. p. vu, c. xxxv, P. L., t. < lxxxvi. col. 303. Le mérite de Robert «le Melun est d'avoir nettement posé et fait elïort pour résoudre, dans la mesure du possible, une question «pii méritait de l’être et qül avait déjà tourmenté saint Augustin. On pouvait, certes, le faire de manière dilfércnte ; saint Anselme et Odon de Cambrai l’avaient posée autrement; la théologie du xn siècle aurait eu avantage à chercher dans leur direction. En fait, la question ne sera reprise qu’au xur siècle et encore sous une autre forme; - saint Thomas d’Aquin a changé les tenues du pro­ blème ; il l’a examiné non pas â l’égard de la justice de i 453 PECHE < » K I C. I NEE. LA SCOLASTIQUE DU Nil·' SIECLE 454 Dieu, mills par rapport ft la sagesse. Sum. theol., ment que toute culpabilité était remise au baptême; il IMlm. <(. lxxxiii, a. 1. ad 5U». Son émule et ami saint ne subsistait, dans le baptisé, qu’une certaine faiblesse Bonaventure avait par anticipation justifié son pro­ qui était la peine du péché pardonné. Robert de Melun cédé par ces paroles : dicendum quod in rerum condi­ connaît ces idées; il les expose clairement, foL 258 r», tione, plus pensatur ordo divinic sapientia- quum pense­ dans R. Martin, p. 107. Mais il les rejette. D’apres lui, tur ordo/astitiiv l*l misericordi*. R. Martin, toc cit.. le péché originel demeure péché après la rémission : р. 120. ainsi l’exige la notion même du péché originel, qui d) La mesure de c nipaid lite du péché originel. On est la loi des membres. Loi. 258 r*. dans R. Martin, peut se demander si la mesure de culpabilité du péché /oc. cit,. p. 108. « Le péché originel n’est donc pas remis originel sc caractérise par une mesure de culpabilité dans ce sens qu’il ne demeure pas péché; mais unique­ égale chez, tous les hommes. Saint Anselme de Cantorment «Inns ce sens que l’homme est absous de la peine bérv s’était posé la question et avait admis la même due pour ce péché : c’est-à-dire de la peine éternelle. · mesure de culpabilité chez tous. Cf. De cane. vlrg., ' R. Marlin, ibid. с. XXVII. P. L..t. ci.vm, col. 460-161. Il semble que Pour le prouver, il cn appelle a l’expérience de la Robert de Melun soit seul a la poser au xir siècle : il la concupiscence, a la parole de ΓApôtre qui appelle résout dans le même sens qu’Anschne de Gantorbéry. < péché la concupiscence dans les baptisés lorsqu’il La question était plus pressante pour des augustiniens dit : que le péché ne règne point dans votre corps mor­ qui définissaient le péché originel par l’habituelle con­ tel. Ainsi, pour cela, le péché originel ne subsiste pas cupiscence. Le fait est que cette concupiscence a des seulement comme prine mais comme faute dans les degrés divers chez différents individus. Kobert de baptisés. Melun a eu conscience de la difficulté el lui a donné une On se rappelle que Jean Scot avait déjà parlé ainsi, solution. Cf. B Martin, dans Pev. des sc. phil. cl (héol., on retrouve le même enseignement troublant chez t. xi. col. .390-391. Gandulphe de Bologne Sent., L 11. surtout 5 223, 221. c) Le péché originel d le péché des ascendants. — 226. Le péché originel esl remis, dit-il, en ce sens seu­ Augustin avait admis (pie les péchés des autres parents lement qu’il n’enlralm plus l'éternelle damnation : cn dehors d’Adam, se propagent aussi, non seulement Lex ista quæ est in membris, remissu est regeneratione quant aux effets pénaux, mais quant à la culpabilité spirituali cl mand in carne mortali; quia reatus solutus jusqu’ft la troisième cl la quatrième génération. Opus est sacramento id est icterna damnatio remissa est...; imper/, cont. Jul., Il, 177. P. L., t. xi.v, col. 1218; de manet autem quia lex. id est originale peccatum, opera­ même, III, 65, col. 1277; VI. 22, col. 1554, et aussi tur desideria contra qmr dimicant fideles. Patet ex his Ench., c. xlv! el χι.νιι, P. L., t. xl, col. 251-255. La pnrdictis originale peccatum manere post sacramentum question de mesure de celte transmission restait baptismatis... Ibid., § 223, p. 272 II ajoute : 11 est pour lui cependant mystérieuse. Op. imp., 111.57, remis cn tant que son empire est mitigé, il n’est pas roi. 1275. remis en ce sens qu’il est effacé. « t 226, p.27 L Le péché Au xii siècle, la grande majorité des auteurs, avec originel, après le baptême, devient véniel : Cum origi­ Robert de Melun, sont d’un avis différent; ils nient nale peccatum sit veniale post sacramentum baptisma­ qu'un péché quelconque, hors celui d’Adam, ail passé tis, potest deleri per contritionem cordis, quod quidem ou passe des propres parents ft leurs enfants. Robert de videtur, etsi numquam per contritionem cordis deleatur. Ibid. Melun s’emploie particulièrement ft l’établir. Voir les textes dans R. Martin, loc. cil., p. 391-101. Pierre Lombard affirme lui aussi que le péché origi­ A l’encontre, Gandulphe de Bologne soutient la nel demeure après le baptême; mais il-s’expliquera thèse de la transmission d’autres péchés. Sent., I. 11. aussitôt en un sens tout différent de Gandulphe de S 225 : Quod non solum primorum, sed etiam proximo­ Bologne et île Robert de Melun : le péché ne demeure rum parentum peccatis parvuli obligentur, lui. Walter, après le baptême qu’à litre de peine. Sent., I. II, p. 273. «list. XXXIL c. i < < Ί .iusm le SCUS <6 l’expression La conclusion de Robert de Melun et des partisans d’innocent III : Le péché originel transit reatu de sa doctrine va devenir classique : les maîtres du quoad labem, et remanet actu quantum ad fomitem. ■ xmesiècle.saint Thomas, In Il*a Sent., dist. XXXI IL In ps: L, P. L.. t. ccxvti. coi. 1059« q. L a. 1-2; Sum. theol., 1MI®, q. lxxxi, a. 2. et Garnier de Lungres, lui. s’exprime dans le sons de saint Bonaventure, In //»» Sent., dist XXXIII. n L Gandulphe dnns son sermon xxxi. in Satio. Mana : q. I, l'établiront solidement. Originale peccatum nec in aliquo homine deletur etiam / ) La rémission du péché originel. - a Les moyens de post baptismum. In baptismo non potest deleri ut non rémission. On enseignait alors dans l’école qu'il y sit, sed debilitatur ut non obsit. Inest post baptismum avait trois movens de rémission : le sacrement de actu, non reatu. P. L., t. ccv, coi. 766. baptême, l’effusion du sang et l’orientation du cœur Pour tous ces auteurs, remarque avec raison vers Dieu. Sur les deux premiers moyens, aucune diffi­ R Martin, saint \uguslin est la source ou ils préten­ culté. Cependant, certains théologiens niaient l’eflicadent puiser leur doctrine. Impossible cependant d’in­ clté du baptême de désir : ainsi Abélard. Robert In //«« Sent., (list. XXX. art. 3, éd. Vivès, t. xxvn, p. 505; voir aussi Sum. theot., part. H. tract. XVII, q. cvn, membr. il, ad 3U®, t. xxxm, р. 288, et membr. ni, ad lum, p. 290. Tous nos auteurs s'entendent â rattacher la culpa­ bilité du péché originel non a la volonté personnelle des enfants qui le contractent, mais à la volonté du premier homme en qui nous étions d’une certaine façon au moment de son péché. Guillaume d’Auxerre, Summa aurea, part. IL tract. XXVII. c. vi, fol. 89; \lexandrc de Halès. Sum. theot., tract. III, q. H, De peccato originali, membr. il. c. n, n. 222, p. 237238; Albert le Grand, In //«® Sent., dist. XXX, a. 1, ad 3Um viam, ad D®, p. 198; et Sum. theol., purl. H, tract. XVII, q. cvn, membr. n, ad Ie®, p. 289. 3° La transmission du péché originel. 1. Sa raison. - Selon Guillaume d’Auxerre, le péché originel nous est naturel du fait qu’il n'est autre chose que la nature corrompue transmise, par Adam à ses descendants. Aussi n’entraîne-t-il point une peine sensible; il nous rend seulement indignes de la contemplation im­ médiate dc Dieu Summa aurca, part. II.tract XXVII, с. i, fol. 88 r°, cité dans J. IL Hors, op cit,9 p. 72. Alexandre de 1 l.dès cherche plus avant, dans la voie tracée par saint Anselme, la raison de la transmission du péché originel : Adam, dtl-il. possédait non seule- 661 PÉCHÉ OKIGINEL. LES GKANDS SCOLASTIQUES 662 ment sa volonté propre, mais aussi la volonté de ta ffondément corrompue : toutes les forces de la nature, nature universelle; celle-ci succombant, par le (ail imais plus particulièrement celles de la génération, ont succombait la volonté individuelle de chacun dc scs (été corrompues par le péché. Membr. vit. c. m, n. descendants \ussi peut on dire que chaque enfant est j 237-210. p. 253 255. Ici-bas les forces de l’àme ont été diminuées : l’igno­ puni pour son propre péché ISrat in Adam non solummodo volunta* hujus singularis persona, sed volunla* irance ct la concupiscence engendrent une grande universalis naturw, quo cadente a justitia originali, ceciIfacilité pour le péché: de même celles du corps ont été dii etiam quiri ibet voluntas succedentium posterorum. 1atteintes : de là l’infirmité, la faim, la soif, le froid, la Ibid., q. ii, membr. I, ad 6“m, n 220, p. 233. 1 I lassitude, etc... On remarquera la façon correcte dont Alexandre répond a la question : rtrum peccandi ne­ t’n peu plus loin, il explique que la raison de la transmission du péché d’origine est â chercher dans .cessitas sit plena originalis peccati? Membr. x, c. π, n 251, p. 267 ce fait que le commandement fut donné ù Adam non Dans l’autre vic. la privation de la justice originelle pas seulement a titre personnel, mais comme au chef entraine pour l’enfant mort sans baptême celle dc la moral du genre humain. La prohibition s’étendait non vision de Dieu : aucune peine, cependant, ne répondra seulement a lui. mais à tous ceux qui étaient en lui en vertu du germe vital: par sa désobéissance, il démé­ à la concupiscence, l.e De fide ad Petrum qu’Alexandre attribue â saint Augustin, parle bien du supplice du ritait pour tous ceux qu’il représentait ct contenait, feu. mais les enfants connaîtront ce supplice non pas comme le Christ, par son obéissance, a mérité pour ratione ardoris, mais ratione tenebrositatis. Ibid., tous ceux dont il est le chef moral : Ratio transmittendi memb. x. c. i, n. 253, p. 267. originale videtur esse ex hoc quod prohibitio facta juit Ainsi. Alexandre de Halès, comme Guillaume ipsi Adæ in quantum erat h ibens naturam humanam d’Auxerre, à la suite d’Honorius d'Autun. d'Abélard, totam in sc ut per quam alii descenderent per propa­ de Pierre Lombard, d Innocent HL distinguent dc gationem. Ibid., meinbr. ni. c. in. n 228, p. 213. mieux en mieux la nature ct les conséquences du Alexandre de Halès semble bien, par ces idées, pré­ péché originel cl du péché actuel. Saint Albert le luder à la théorie dc l’inclusion des volontés dans Adam. Grand ne sera pas d’un autre avis. Les enfants ne D’une façon moins développée, Albert le Grand connaissent, selon lui, pour le péché originel, dans parlera, lui aussi, de la volonté d’Adam comme de la l’autre vie, (pie la peine de la privation de la vision dc volonté de toute la nature qui était en lui. Sum. theot., Dieu. Il explique ainsi le texte du De fide ad Petrum : part. IL tract. XVII, q. cvn. membr. n. ad lum. Augustinus improprie loquitur, vocans supplicium patp. 289. nam damni. In I V·· Sent., (list. IV. a. 8. ad 1*". Les 2. Son moyen dc propagation. - - C’est, d’après les maltrcsdu xnr siècle,commeceuxdu xir.au nomd’unc maîtres de l’époque, la concupiscence de l’acte con­ meilleure connaissance de la nature du péché originel, jugal. sentent le besoin d’adoucir la pensée augustinienne Il ne suilil pas, déclare Guillaume d'Auxerre, que touchant les conséquences de cc péché dans l’autre vie. nous ayons été inclus physiquement en Adam lors­ 5° La destruction du péché originel. Alexandre de qu’il a péché, mais il faut ajouter notre naissance par Halès consacre à cette question une partie de son la concupiscence pour expliquer la propagation du péché originel. Summa aurea, part. IL tract XXVII. I traité Membr. m. n. 233 231. p. 249 251. Il répond d’abord à la question traditionnelle : Qualiter originale fol. 87 v·, cité par J.-B. Kors. op. cil., p. 7G. transeat reatu ct remaneat actu? L’activité du péché Alexandre de Halès requiert de même pour que originel qui reste après le baptême, écrit-il. c’est bien nous soyons soumis à la loi du péché originel, que la la concupiscence, mais non pas dans son règne L’est la chair soit engendrée sous l'influence de la libido, Ibid., concupiscence diminuée, qui reste comme une épreuve membr. iv. c. n, n. 230, p. 217. L’âme est souillée dès pénale pour nous aider a conquérir la vie éternelle. son entrée dans la chair corrompue, comme le vin est souillé par le vase impur dans lequel il est versé. Ibid.. ■ Ibid., c. i. n. 233. p. 250· A celle autre question : utrum originale omnino membr. iv. c. i. n. 229. p. 216: voir aussi Albert le deleatur in baptismo? il fait aussi une réponse très Grand. In I Sent., (list. XXXI, a. 2. sol., p. 51 L précise qui résume l’enseignement traditionnel : (ir.atia Mais c.dte souillure de l’âme par une chair corrom­ baptismatis delet originale peccatum quantum ad culpam pue pose devant les maîtres du xur siècle la même et quantum ad panam suffocantem, ct non quantum question (pii préoccupait déjà leurs prédécesseurs : ad panam promoventem; ad idem tendunt gratia baptis­ Est-il juste d’imputer à l’âme quelque chose qu'elle matis ct pa na promovens : scilicet ad consecutionem n’a point reçu par création, ni commis par volonté vita' irtemic... Dimittitur ergo peccatum originale quan­ propre, mais qu'elle contracte par son union avec la tum ad culpam et quantum ad dominium concupiscen­ chair, union qu'elle n’a fait que réaliser par obéissance tia; qua' est poena in pntsenli, et quantum ad carentium au Créateur? Ils y répondent, avec les maîtres du visionis quir pœna est in futuro. Ibid., c. n, n. 231. xu' siècle, soit en disant que Dieu ne veut pas changer p. 250. l’ordre naturel des choses — ainsi Guillaumed’Auxcrrc cité dans J.-B Ivors, p. 77. et Albert le Grand. Sum. VIL LE DÉVELOPPEMENT DE LA THÉO­ lirai., p. 293 - soit en confessant (pie la justice divine LOGIE DU PÉCHÉ ORIGINEL DE SAINT THO­ est certainement irrépréhensible, bien qu’elle nous soit MAS AUX CONTROVERSES DOCTRINALES DU iinparlailcm.ml compréhensible. Alexandre dc Halès, XV· SIÈCLE. — Telle était, dans son ensemble, ibid., meaib. iv, c. II. n. 230, p. 217. l’étal de la doctrine théologique touchant le péché ori­ V» Conséquences du péché originel - Mexandre de ginel à la veille de l’apparition des deux grandes Haies en traite longuement, soil en parlant des synthèses qui vont commander le développement effets du péché dc nos premiers parents, Sum. th-ol., dc la théologie postérieure du xm· au xvt· siècle : la t m, tract I IL q. i. lit. u. n. 261 219, p. 215-230, soit puissante fermentation doctrinale qui se manifeste au en parlant r.t professo de la concupiscence, ibid., q. il, xir siècle et nu début du xur avec ses inlluences et meinbr. vu, n 235 218, p. 251-262, et de la peine du péché originel, membr. x, n 253-258. p. 265 272. Son ses courants divers, va nous aider à mieux saisir les perspectives plus ou moins larges selon lesquelles point de vue à ce sujet, comme celui de saint \nselmc. reste très augustinicn en cc sens qu’il s’en tient au les deux grands maîtres de la seconde moitié du point de vue concret de la nature telle qu'elle est sorxur siècle vont envisager la doctrine tradition­ t ic des m lins de IHeu. Il représente celle-ci comme pro­ nelle. Tandis que saint Bonaventure va s’attacher 563 PÉCHÉ ORIGINEL. SAINT BONAVENTURE plus strictement à la tradition nugustinlcnnc telle que Pierre Lombard ct Alexandre de Halés la présentent, saint Thomas, plus hardi et plus universel dans l’utili­ sation des ressources philosophiques ct théologiques du passé, va corriger cc qu’il y avait peut-être d’in­ complet jusqu’alors dans le point de vue augustinien des Latins : grâce à son génie synthétique, des points de vue nouveaux empruntés â la tradition grecque vont être mis en valeur, qui avaient été plus ou moins oubliés jusqu'alors ct qui, depuis, n’ont pas encore cessé d'être actuels et d ’apporter de la lumière dans la discussion des difficiles problèmes que soulève le mys­ tère du péché originel. Les disciples prendront vite conscience, dans les deux écoles, dominicaine cl fran­ ciscaine, de la différence d’aspect de la théologie des deux maîtres : de là les courants doctrinaux qui vont aller sc développant cl sc distinguant de plus en plus dans les siècles suivants, de là le renouveau de la con­ troverse séculaire sur la nature, le mode de transmis­ sion ct les conséquences du péché originel à la fin du xni· cl au xiv* siècle. — L La doctrine de saint Bona­ venture ct de saint Thomas. — II. La doctrine du péché originel de la fin du xni· siècle à la veille du concile de Trente (col, 190). L La doctbïxe de saint Bonavcnture et de saint Thomas. - · Les deux systèmes théologiques seront étudiés successivement. /. salvt nosAVENrutu: (t 1271), — «Saint Bona­ venture est, avec saint Thomas, le plus grand nom de l’Ècolc. Tandis que celui-ci a ouvert à la théologie des voies nouvelles, le Docteur séraphique s’est appliqué surtout à systématiser la théologie courante dite augustinienne, d’où le grand intérêt de son œuvre; il continue Alexandre de Halès cl prépare Duns Scot, qui achèvera de fixer l'augustinisme franciscain. » Cc jugement de F. Cayré, op. ciL, t. n, p. 193, porté sur l’ensemble de l’œuvre de saint Bonaventure, caracté­ rise bien son rôle doctrinal dans l’explication du péché originel. La pensée du Docteur séraphique sur cc point, large­ ment exposée dans son Commentaire sur le L II des Sentences, dist. XXX-XXXH, éd. de Quaracchi, t. n, р. 713 sq . se trouve condensée à la IIIe partie du Brtviloquium (vers 1257) en six chapitres, dont trois étudient la chute ou le péché dans les premiers parents, cl les trois autres le péché originel dans les descen­ dants. Ibid., t. v, p. 231-236. 1· Le péché d'Adam et d'Èoc. - - Saint Bonaventure distingue plus que ne le fera saint Thomas entre la nature des fautes respectives d’Adam et d’Ève. A la suite d'Hugues de Saint-Victor, de Pierre Lombard et d’Alexandre de Halès. il insiste surtout sur ce fait qu'Êve, en se laissant duper par le démon, rechercha orgueilleusement une science et une excellence sem­ blables à celles de Dieu. Le tort d’Adam fut particu­ lièrement, pour ne pas contrister son épouse, de se faire transgresseur du précepte ct, se croyant trop cher à Dieu, de compter sur un pardon que la justice de Dieu ne devait point lui donner. Zfreul/oç., part. III, с. ni. p 232 2’ Le fait de ta corruption morale et pénale de la nature humaine, en conséquence de la faute d'Adam. —L’existence de la faute originelle en nous n’est pas seulrment une vérité de foi; elle est aussi appuyée sur la raison in II** Sent., dist. XXX, a. I, q. I, l. n, p. 715 Le Docteur séraphique n’ignore pas que les philosophes, laissés à leur propre lumière, ne sont point parvenus à la connaissance de la chute et de scs consé­ quences; c’est que leurs regards, fixés sur notre consti­ tution et nos forces naturelles, ne se sont point portés vers l’auteur de la nature ct vers les attributs de jus­ tice. de sagesse et de bonté qui le guident dans sa < n ation Mats la raison des docteurs catholiques, illu- 464 minée par la fol, en tenant compte des attributs divins, a dû confesser que le Créateur, dès l’origine, n’a pu mettre l’homme dans la condition lamentable où il naît aujourd'hui; bien plus, que penser autre­ ment serait l’indice d'une grande impiété. Aussi ont-ils pu affirmer la chute originelle avec certitude non seulement nu nom de la foi, mais encore au nom de la raison, Ibid., p. 716. Et si l’on objecte le sort de l'ani­ mal qui n’a pas péché et qui, cependant, souffre et meurt comme nous, il est facile de montrer que la situation n’est pas la même ; il n'a pas d'âme faite pour le bonheur cl l’immortalité, il n'est pas suscep­ tible de faute ct de pénalité comme nous. On ne peut comparer sa condition à la nôtre. Ibid., ?d D», p. 716. Qu'on n’objecte pas non plus qu'il ne répugne en rien à la bonté divine de laisser chaque inclination à son essor naturel. La bonté divine est sage, aussi veut-elle que le coqis soit soumis à l’Ame cl la sensibilité à la raison. L’ordre c’est que l'appétit sensible tende vers son bien conformément a la raison; le contraire, ce qui arrive maintenant, la rébellion contre la raison, est inconvenant. Ibid., ad 3U®, p. 716. Bref, l’état de misère morale et matérielle dans lequel nous sommes actuellement, sous le gouverne­ ment d’un Dieu juste et bon, ne peut-être qu’un état pénal, qu’un état coupable. Breoiloq., part. Ill, c. v, l. v, p. 231. Saint Bonaventure, comme Alexandre de Halès, son maître, à la suite de saint Augustin, croit pouvoir en appeler à une preuve expérimentale de la corruption originelle. 3° La nature de cette corruption coupable et pénale. — Saint Bonaventure, pour expliquer la nature du péché originel, à la différence d’Alexandre de Halès, aime à l’éclairer par le double aspect du péché actuel : toute faute est essentiellement une aversion par rapport au bien incréé cl une conversion vers le bien créé. 11 dis­ tingue ainsi deux aspects dans le péché originel : l’un de caractère négatif, l'aversion de Dieu, qu'implique la privation de la justice originelle requise ; l’autre de caractère positif, la conversion vers les biens sensibles, c'est-à-dire la concupiscence, dans son état immodéré ct violent, qu'implique la domination de la chair sur l'esprit. Une telle concupiscence est inséparable de la privation de la justice originelle; elle constitue avec elle le péché originel. Aussi, en raison de cet aspect complexe du péché ori­ ginel, « à celui qui demande ce qu’est ce péché, on peut répondre justement que c’est la concupiscence immo­ dérée; on peut aussi répondre que c’est la privation de la justice que l'on devrait avoir; l’une de ces réponses implique l’autre, quoique l’une mette mieux en reliti l’aspect de conversion, et l’autre l'aspect de privation de cc péché. Il faut donc reconnaître, avec le Maître ties Sentences, que le péché originel est la concupis­ cence non en tant que telle (en tant que retenue cl réprimée elle n'est qu’une peine), mais en tant qu’im­ modérée et violente, au point qu’elle constitue la domination de la chair sur l’esprit, en tant qu'elle implique la privation de la justice que l’on devrait avoir. Elle s’appelle « péché originel > pour autant qu’elle est en nous par notre origine. C'est ce que dit la Glose quand elle affirme que le péché est le /ornes qui, avant le baptême, est à la fois une peine et une faute, ct qui, après ce sacrement, n’est plus qu’une peine. » In II** Sent., dist. XXX, art 2, q. i, t. n, p. 721-723. Ainsi, Bonaventure s’efforce de concilier le point de vue des augustlnlcns du xn· siècle avec celui de saint Anselme: Incurrit(anima) simul carentium debitor justi· . tlx et morbum concupiscent hr ; ex quibus duobus tan· quam ex aversione et conversione dicitur Integrari, sccun· dum Augustinum et Anselmum, peccatum originale, | lireviloq., p. III, c. vt, t. v, p. 235. 465 PÉCHÉ ORIGINEL SAINT BONAVENTURE La nature de la coulpc éclaire celle des peines qui sont attachées à celle-ci, soit dans la vie présente,soit dans la vie future. Ici-bas, en raison de la privation de la justice originelle, nous encourons déjà dans notre Aine une quadruple peine : infirmitatem, ignorantiam, malitiam, et concupiscentiam ; dans notre corps de multiples pénalités : multiplex delectus, multiplex labor, multiplex morbus, multiplex dolor. Et, par notre déser­ tion du bien Immuable, nous perdons le repos non seulement dans la vie présente, mais dans l’autre. La peine du péché originel dans les enfants, aussi bien que dans les adultes, est la privation de la vision de Dieu. Mais, parce que l'enfant n’a point perdu la justice requise par un mouvement de sa volonté, ni par une délectation actuelle, il n’a point encouru en justice la peine du sens. Qu’on n'objecte point le texte du De fide ad Petrum, car ici Augustin, par réaction contre les pélagiens, a excédé. Ilreviloq., part. Ill, c. v, t. v, p. 235. Le Docteur séraphique est ici d’accord avec l’École aux xir et χπι* siècles, pour reconnaître, au nom de la Justice, que les enfants ne sont pas soumis à la peine des sens. lu //·■ Sent,, dist. XXXIL a. 3, q. i, p. 770. Toutefois il montre bien la raison de l'im­ putation du péché à l’enfant : Non imputat (I)eus) ex hoc quod non facit (parvulus) quod /acere non potest, sed ex hoc quod non habet quod habere debet. Jusqu'où s'étend celte corruption morale et pénale dans la nature humaine? Elle s'étend à toutes les forces, mais diversement. Toutes les facultés ont été corrompues d’une certaine façon par la faute originelle. Mais, entre toutes les facultés sensibles, la puissance génératrice a été surtout atteinte par cette corruption ; tandis que les autres forces n'ont clé que * corrom­ pues » par le péché, celle-ci en a été « infectée ». In Z/ura Sent., dist. XXXI, a. 1, q. m. p. 715. \ cette théorie générale sur l’infection de la puis­ sance génératrice est liée, dans une certaine mesure, l’idée que l’on se fait au xnr siècle de l’imputabilité, du caractère pcccamineux, d’ailleurs très atténué, des premiers mouvements de la concupiscence, on recon­ naît alors communément une valeur morale jusque «Inns le premier essor de ces mouvements déréglés. On sait comment saint Anselme se posait ct avait résolu la question de tous les mouvements de sensualité chez les in fidèles. Il avait taxé de mortels tous les mouve­ ments de concupiscence dans l’Amc encore soumise au péché originel; car l’humanité, disait-il, s’était mise en Adam volontairement dans la nécessité de les subir. Au XIIIe siècle, on sc pose la question de l’imputabilité des premiers mouvements dans le baptisé. l’n auteur anonyme, dans un texte qui parait être l’une des sources de la Somme théologique dite d'Alexandre de Halès. la résout en rattachant étroitement le mouve­ ment premier à la faute originelle : « Le péché originel, écrit-il, est péché parce qu’il dépend de la volonté de nos premiers parents; de meme le mouvement premier est péché, parce qu’il dépend de cette même volonté se prolongeant en notre propre concupiscence. Le mou­ vement premier est d’ailleurs plus volontaire que le péché originel, puisqu'on lui c'est notre propre sensua­ lité qui est en cause en nous conformant à la volonté de nos premiers parents. El, à celui qui objecte que le mouvement de sensualité n’est pas faute morale chez les animaux, notre auteur répond, s’inspirant sans doute du chancelier Philippe, que la sensualité chez nous étant plus parfaite, a plus de contact avec notre raison Dom Odon Lot tin, dans Archives d‘ histoire doc­ trinale cl littéraire du Moyen Age, Paris, t. vi. 1931, p. 89, texte inédit publié ibid,, p. 159-160. Chez Prévost in de Crémone et chez Etienne Langton, c’est aussi la théorie générale du péché originel quicommandcla solution. Dom Lottin le remarque per­ 466 tinemment : < SI, dès le début, avec Pierre de Poitiers on innocenta les mouvements premiers vers le boire et le manger pour inculper ceux qui portent au plaisir charnel, c’est précisément parce que ces derniers mou­ vements relèvent des organes de transmission de la faute originelle. En dérivant de cette source non seule­ ment corrompue, mais infectée, le mouvement pre­ mier ne peut que nous porter au mal. Prévostin de Crémone avait tout dit en ces deux mots : peccatum est quia ex vitio surgit et ad illicitum tendit Les succes­ seurs ne feront que. remanier légèrement la formule, et même la plupart, depuis le chancelier Philippe, supposèrent la thèse plutôt qu'ils ne la prouvèrent. » Ibid., p. 56-59, 93, ct textes inédits publiés: Prévostin. p. 97-102; Etienne Langton, p. 103-115. C’est avec ces idées, communes dans la famille franciscaine, que Bonaventure aborde la question : peut-il y avoir péché dans la sensualité comme telle; plus précisément : utrum in sensualitate possit esse veniale peccatum? H y répond d’une façon générale en distinguant la sensualité elle-même, telle qu'elle nous est commune avec les animaux, telle qu elle existe meme dans ceux qui ont perdu la raison, el la sensualité en tant que faite pour obéir à la raison : ordinabilis ad rationem et sub ratione. La premiere ne peut certes cire sujette de péché; la seconde implique un mouvement désordonné coupable. Mais une difllculté surgit : qualiter in sensua­ litate possit esse peccatum et culpa, cum nullo ponatur in ea esse virtus et gratia? Voici la réponse de saint Bonaventure : il distingue dans le péché entre faute, culpa, ct vice, vilium, entre mauvaise disposition habi­ tuelle d’une faculté cl acte mauvais : Comme faute, le péché pas plus que la vertu, ne réside dans l'appétit sensitif, mais dans le libre arbitre. Mais, comme vice, le péché peut y résider.car, à cc point de vue, il désigne le désordre d’une faculté vis-à-vis de l'acte que, de sa nature, elle est appelée à produire; en ce sens, le péché réside dans celle faculté, désordonnée en son action. »Dom Lottin, op. cil., p. 77; voir Jn 11** Sent., «list. XXIV. part. 11, art. 3, q. i. p. 583-581 En vertu de celle doctrine générale, le mouvement premier de la sensualité est péché véniel: hi ne est quod lentalia car­ nis nunquam est in nobis quin sit in nobis aliqua inor­ dinatio, ct ita aliqua venialis culpa. Ibid., «list. XXI, dub. iv, p. 512. Mais peut-il y avoir faute proprement dite en ce mouvement de sensualité si la volonté n’a pu le préve­ nir ni le réprimer? En fait, ce mouvement n'est pas volontaire, simpliciter, comme dans le cas où la volonté provoque le mouvement désordonné, mais il est volon­ taire intcrprétativcrncnl, par quoi notre Docteur entend une négligence concomitante de la volonté qui a omis d’éviter un désordre qu'elle devait prévenir. Sans doute, il y n pour l'homme une nécessité générale à éprouver des mouvements désordonnés, mais il peut, avec de la vigilance, éviter chaque mouvement en particulier. In 7/ ra Sent., dist. XLL a. 2. q 1. ad 4um. p. 919. Cette façon de concevoir la valeur morale des pre­ miers mouvements de la concupiscence s’inspire du sentiment très vif que ces mouvements, selon le plan primitif, ne devaient pas exister en dehors du contrôle de la raison, qu’en fait. dans la nature déchue tou­ jours raisonnable, ils sont un désordre objectif par rapport à l’idéal divin el pourraient être prévenus par la vigilance de notre raison. Il faut reconnaître que cette extension des responsa­ bilités aux premiers mouvements n'était pas admise par tous. Les premiers maîtres dominicains, Boland de Crémone, et Hugues de Saint-Cher, pensaient que les mouvements premiers, · aussi longtemps qu’ils n intéressent pas la raison, sont purement naturels, et r que. si le mouvement de sensualité se déclenche indé- :L. SAINT THOMAS I donc en dehors de La moralité. · Dom Lottin, op. cil., p. 67-69, donne des textes par ailleurs inédits. De même, Albert le Grand, dans sa Somme, pensait I I coupable chez eux comme chez lui. » In I/um Sent., dist. XXX. art. L q. u. p. 719. Ainsi, pour notre docteur, l’unité physique ou matérielle du genre humain ne suffit pas à elle seule pour expliquer la transmission du péché originel: il faut, cn plus, que tous les hommes puissent être englo­ bés dans l'obligation imposée à Adam de ne pas violer le commaivlem *nt divin ct. par conséquent, dans le démérite de celui-ci après la faute : hoc exigitur quod in primo parente omnes posteri possent obligari. In //·· Sent,, (list. XXXIII. a. 1, q. i, ad 5”·, p. 781; et (list XXXIL art. 3. q. î. ad 2am, p 776 : In ipso dicimur peccasse et demeruisse et per ejus inobedienliam peccatores constituti esse. Comment se fait cette transmission? Par la concu­ piscence de l’acte conjugal. C’est par l’intermédiaire de la chair que l’âme contracte le péché originel. In II·* Sent,, (list. XXXLa. 2.q. ι,ρ.719. Il faut ajouter à cette raison principale, comme condition sine qua non de la transmission du péché originel, l’appétit naturel, non délibéré, de l’âme pour la chair à laquelle elle s'unit : nunquam caro posset animam inficere, nisi anima haberet naturalem colligantium ad ipsam. Naturalis autem colligantia non esi nisi per appetitum ipstti' animo ad corpus. Ibid,, dist. XXXI. a. 2. q n, p. 753. Not re-Seigneur ayant seul échappé à la corruption d’une génération concupiscente, saint Bonaventure cn conclut, avec la plupart de ses contemporains, que la bienheureuse vierge Marie n’a été sanctifiée, dans le NCin dt sa mère, qu’après avoir contracté la faute ori­ ginelle. Il expose d’ailleurs avec complaisance les rai­ sons des partisans d’une conception immaculée; mais, s’il ne s’y tient pas. c'est qu'il estime communior, rationabilior, securior l'opinion contraire; il craint, tout cn ayant en grand honneur la mère du Verbe, de diminuer I j gloire du rédempteur universel cn exaltant s i mère, et eu la soustrayant, pensait-il, en quelque 488 sorte, à l’activité rédemptrice In ///·*·» Sent., dist. Ill, part. I, a. L q. des Ages. Saint Anselme dira donc que « plu­ sieurs hommes sont, au regard de l’espèce, un seul r -· I 4 J PÉCHÉ ORIGINEL. SAINT THOMAS homme ». Cependant, l’ultra-réalismc des ixr et xr siè­ cle·' était discutable· \u fait, saint Thomas réfléchissant sur les systèmes imaginés pour expliquer la transmission du péché, les trouve Insuffisants parce que, assimilant trop la trans­ mission du péché à un cas d'hérédité quelconque, ils 1 ne sc préoccupent pas de montrer le caractère cou­ pable et volontaire de l’ctnt transmis : ■ Les uns consi­ dérant que le péché a son siège dans l’Ame raisonnable, ont soutenu que cette âme se transmet avec la semence, de manière que les âmes infectées semblent dériver d'une âme infectée; d'autres, au contraire, rejetant cela comme une erreur, se sont efforcés de démontrer qu’une faute des parents se transmet fort bien aux enfants... par cela seul que les défauts du corps sont transmis par les parents à leurs enfants... de même qu’un lépreux engendre un lépreux... à rai­ son de la proportion qu’il y a entre l’âme et le corps et de la répercussion des défauts de l’Ame sur le corps cl vice versa. » Tous ccs essais sont pourtant insuffisants : accordons qu’il y ait des défauts héréditaires du corps et même de l’Ame; il n’en reste pas moins que cc fait même d'avoir, de race, un défaut parait exclure toute idée de faute, puisqu'il est dr l'essence d'une faute d'être volontaire. Par conséquent, â supposer même qu’il y rut transmission de l’Ame raisonnable, la souillure, dès lors qu'elle ne serait pas dans la volonté de l’enfant, per­ drait le caractère spécifique d'une faute obligeant à une prine... Il faudrait donc essayer autre chose et expli­ quer ainsi qu’il suit. » IMI®, q. lxxxi, a. 1. b) Une vole nouvelle d'explication. Cf. R. Ber­ nard. op. cit., p. 332-310; .L-B. Kors, p. 110-111, 118151; L. Billot, dans Études, 20 janvier 1920, p. 129152; J V. Bainvel, Nature et surnaturel, Paris, 1920, p. 224-235. L'explication de saint Thomas prend son point de départ dans l’affirmation augustinienne omnes homines unus homo. Elle tend â montrer de quelle manière réelle et physique le genre humain fait corps avec Adam par le lien de la génération: comment, par le fait même de cette unité physique, le péché du chef devient le péché des membres par une communication de la volonté de celui-ci à ceux-là. Il est traité de cette question dans la Summa contra gentes, 1. IV. c. lu; be malo, q. iv, u. 1 ; IMI», q. lxxxi, a. 1. a. — La Somme contre les gentils rappelle d’abord la vérité révélée d’où dépend l’intelligence du mystère : La justice originelle avait été mise dans le premier homme non comme un don purement personnel, mais comme un apanage de la nature, presque comme une propriété spécifique, vetut accidens natunr speciei. I . q .. i 1 Si Adam avait été fidèle, elle devait passer de père en fils, a la façon des propriétés qui se communiquent dans la génération avec la nature; s’il péchait, non 1 seulement il perdait ln grAce pour lui-même, mais il perdait aussi h* bien commun attaché conditionnelle ment à sa nature et ne pouvait que transmettre la nature telle qu’il l’avait faite par son péché. Dans le péché d’Adam, il y a donc un acte personnel avec des conséquences personnelles, qu’il pouvait réparer avec le secours divin, et il y avait un étal malheureux et coupable dont il ne pouvait faire sortir la nature ni rn lui-même, ni en ses descendants, qu’il ne pouvait que transmettre. II ne s agit donc nullement, pour saint Thomas, de nous impliquer dans rade personnel d’Adam, dans les conséquences personnelles que cet acte entraîne pour lui, mais dans Vétat qu’il induit dans la nature déchue : *.iint Thomas, avec le dogme catholique ■ ne voit dans le pécht d’Adam que l acté d’un seul... Mais, en posant 1 x-tr du péché, Xdam induisait dans la commune 476 nature, encore contenue en lui comme dans sa source, une tache, une souillure... Nous avons donc tous péché en Adam en tant que, purement et simplement, nous avons tous contracté vn sa personne la nécessité de recevoir en naissant, avec la nature dérivée de lui, la souillure que, par son acte, il y a induite, la tache qu’il y a laissée. C’est ce que saint Thomas exprime brièvement par ccs paroles : « Un seul péchant, tous « ont péché en lui, non comme exerçant en lui un acte, < mais comme appartenant A la nature dérivée de lui. • corrompue par le péché. », non quasi aliquem actum exercentes, sed in quantum pertinent ad naturam ipsius quit per peccatum corrupta est. » L. Billot, art. cit., p. 1 16; Sum. cont. gent., 1. IV, c. lu; ln //«» Sent., dist. XXXI, q. î. a. 1 corp.; be potentia, q. in. a. 9. ad 3om; be malo, q. iv. a. 1 corp. b. — Mais il reste justement â montrer comment, sans que nous ayons participé de façon personnelle A l'acte personnel d’Adam, l’état consécutif à cet acte peut être coupable en nous. Saint Thomas s'y emploie dans le passage cité du Contra gentes : Les défauts de notre nature ont en nous raison de faute, en tant que tous les hommes sont considérés comme un seul homme, du fait de leur participation â une nature commune. Dans cc cas. le péché originel est volontaire en nous par une dérivation de la volonté du premier homme, comme l’action de la main est coupable en tant que mue par l’action du premier moteur en nous, la raison, » Ibid., c. lu; voir aussi be malo, q. iv, a. 1 corp. Il reprend cet argument dans la Somme. B y montre d’abord comment, par le fait de la génération, une communauté physique profonde est établie au sein de ce grand corps qu’est l’humanité. Pour illustrer cette unité organique, il en appelle â des exemples où des individualités variées font corps : commu­ nauté, famille, genre humain : « Tous les hommes qui naissent d’Adam, nous pouvons les tenir comme un seul homme, assortis qu’ils sont dans la commune nature reçue du premier père, de même (pie, dans la cité, tous les membres d’une même communauté sont considérés comme un seul corps et leur communauté tout entière comme un seul homme. Porphyre luimême dit qu'en raison de leur participation à l’espèce, plusieurs hommes ne font qu’un; eh bien! de la même façon, les multiples humains dérivés d’Adam sont comme autant de membres d'un seul et unique corps. » Mais, dans cet organisme Immense où. en vertu de la motion primitive, qui vient de la source de la vie. il y a toujours une poussée dynamique vers h· développe­ ment de nouveaux membres dans le temps et dans l’es­ pace, saint Thomas se plaît à voir la moralité issue de la volonté du chef dériver et s’inscrire d’une cer­ taine façon dans scs membres. La communauté de xie physique est A la base de la communauté morale dans le péché : Dans le corps, si Pacte d’un membre, met­ tons de la main, est volontaire, ce n’est pas par la volonté de la main ellemême, mais par celle de l’Ame. (pii est la première à donner au membre le mouvement. L’est pourquoi l'homicide que commet une main ne lui serait pas imputé â péché, si on ne regardait qu’elle et si on la tenait pour séparée du corps; tandis qu’il lui est imputé en tant qu’elle est quelque chose de l’homme cl qu’elle reçoit le mouvement de ce qui est dans l’homme le premier principe moteur. ■ C’est donc ainsi que le désordre qui se trouve dans cel individu engendré par Xdam. est volontaire non par sa volonté A lui, Ilis d’Xdam. mais par celle de son premier père, lequel imprime le mouvement dans l’ordre de la génération, a tous ceux de sa race, comme fait ln volonté de l’Ame à tous les membres du corps dans l’ordre de l’action. Aussi appelle-t-on originel ce péché qui rejaillit du premier père sur la | ostérité, coniine on appelle actuel, le péché qui rejaillit de l’Ame sur les membres du corps... Le péché originel n’est le péché de telle personnecii particulier, qu’autnnt qu'elle reçoit sa nature du premier père et il est appelé â cause de cela péché de la nature, nu sens ou l’Apôtre dit que nous étions par nature fils de colère. D-H”, q. lxxxi, a. 1. Ainsi donc, de même que dans l’unité organique d’un homme, le péché qui jaillit de la volonté inscrit son empreint<· dans ses membres, du fait de la liaison vitale (pii unit ceux-ci â celui-là; ainsi, dans cette mut titude de membres humains qui (ont corps avec Adam par le lien de la génération, la volonté mauvaise du chef s’inscrit comme une empreinte coupable : Pour saint Thomas le parallélisme est rigoureux : il sc figure que tout membre de l’humanité est réellement coupable par son origine et dans sa nature de la même manière que la main d’un individu peut incarner en son acte la culpabilité de la personne... Dans les deux cas, c’est un péché par dérivation, par écoulement Aussi, de même que le péché actuel est un seul péché dans la tête (pii l’a voulu et dans les membres qui l’accomplissent, de même le péché originel est un seul péché dans le chef qui a fondé l’humanité et dans les membres qui en font partie; seulement, dans le prin­ cipe. c’est la personne qui a compromis la nature, tan­ dis . />r gratia ct libero arb., c. vu. Saint Thomas fait remarquer juste ment que Dieu ne fait pas acception des personnes. Pas plus aux infidèles qu’aux fidèles Dieu n'impute leurs premiers mouvements à damnation. La sensualité elle-même ne peut être le siège du péché mortel. Or, la nature de la sensualité est la même dans les infidèles et dans les fidèles. Il ne se peut donc qu’un mouve­ ment de sensualité tout seul soit péché mortel chez un infidèle. Q. lxxxix, a. 5. La question de la valeur morale des mouvements de sensualité (pii précèdent la raison se pose donc de la même façon pour le fidèle et pour l’infidèle. Saint Thomas la résout conformé­ ment à l’opinion commune de l'époque, à la différence d’Albert le Grand ct des premiers maîtres dominicains; il reconnaît une valeur morale jusque dans la pre­ mière apparition du mouvement déréglé de l’appétit sensible. Voir, ci-dessus, art. PrèciiÉ, col. 179 sq. Tandis que, pour son maître, Albert le Grand, le péché n’est point en la sensualité comme dans son sujet, mais comme en son origine, pour saint Thomas, le péché se trouve, d’une façon dérivée, dans la sensua­ lité en tant que celle-ci participe de la raison : - Γη acte de sensualité peut être volontaire, puisque la sen­ sualité — l’appétit sensible autrement dit -est faite pour se laisser mouvoir par la volonté. Il reste que le péché puisse avoir lieu dans la sensualité. · D-ll·”, q. i.xxiv, a 3, corp, et ad l“m. (L’est là l'excellence de la sensualité humaine et sa difference par rapport à la sensualité animale, d’être en quelque manière sou­ mise à l’empire de la raison, aliqualiter subjecta rationi. De writ, q. xxv, a. 5, concl., sol. 3, t. 12; De malo, q. vu. a. (>, concl., sol. 3. Cependant, cet empire de la raison et de la volonté ne s’exerce qu’imparfaitemenl au sujet des premiers · mouvements de la sensualité, car. si la volonté peut prévenir chacun d’eux en particulier, elle est toutefois impuissante à les empêcher tous ; « Le foyer persistant du mal n’empêche pas que l’homme puisse, par sa volonté raisonnable, réprimer un à un, s’il les sent venir, les mouvements désordonnés de la sensualité; par exemple, en tournant sa pensée vers autre chose. Seulement, il peut sc faire, pendant qu’on détourne ainsi sa pensée vers autre chose, qu’un mouvement désordonné s’élève aussi sur ce point-là... Voilà pour­ quoi ces mouvements désordonnés qui procèdent du foyer que nous avons dit. l’homme ne peut les éviter tous, mais c’est assez pour qu’il y ait vraiment faute volontaire, qu’il puisse les éviter un à un. Q. lxxiv, a 3. ad 2urn. Susceptibles d’un volontaire très atténué, ces mou­ vements ne peuvent être que péchés véniels : · Ce que l'homme fait sans délibération de la raison, ce n’est pas parfaitement lut qui le fait, parce que rien n'agit alors dr ce qui est le principal en lui; aussi n’est-ce pas parfaitement un acte humain, et par là même ce ne peut être un acte achevé de vertu ou de vice, mais quelque chose d'inachevé dans le genre. Tel est le mouvement de la sensualité lorsqu’il devance la rai­ son, ct c’est pourquoi il est péché véniel, c’est-à-dire ce quelque chose d’inachevé dans le genre péché. » Ibid., ad 3“. I Saint Thomas n'a aucune peine à montrer que In raison seule, ct non lu sensualité, a le pouvoir de nous ordonner à In fin dernière ou de nous en détourner, donc de pécher mortellement. lbtd.9 a. L 08-i La difficulté est plutôt de montrer comment ces actes de sensualité qui préviennent la raison peuvent avoir un volontaire, si al ténue soit-il, pour être péché: Ils ne sont pas péché parmi mouvement posi­ tif de la volonté. Dr verit., q. xxv, a. 5, ad 5e®. Ils sont péché du fait d’une négligence des facultés supé­ rieures (|ui auraient pu les empêcher de naître. Quodl., IV. a. 21 corp . ad 2u,n; a 22. Mais, puisque les premiers mouvements de la sen­ sualité sont péché du fait qu’ils pourraient être empê­ chés par la raison, il s’impose que les limites de cette sujétion (à la raison) marquent du même coup les limites du péché de sensualité. S’il y a des mouve­ ments de l’appétit sensible qui. par nature, échap­ pent à l’autorité de la raison, ils n'appartiennent pas à l'ordre moral et ne peuvent d’aucune manière consti­ tuer des péchés. La règle en a été énoncée par saint Thomas lui-même. * Th. Deman. op. cit., p. 278. Et, cependant, saint Thomas le sait, ces mouve­ ments désordonnés de la sensualité ne peuvent tous être évités; il y a là le mystère du péché originel qui laisse l’homme abandonné dans son appétit sensible, à la loi naturelle de cet appétit : la lutte contre l’es­ prit. « Par cette perpétuelle dépravation de la sensibi­ lité, il ne faut pas entendre autre chose que ce foyer de corruption qui nous vient du péché originel et, en effet, ne disparaît jamais complètement pendant cette vie. car. de ce pèche originel, la culpabilité passe, l’ac­ tivité demeure. Mais ce foyer persistant du mal n’empèche pas que l’homme ne puisse, par sa volonté rai­ sonnable, réprimer un à un, s’il les sent venir, les mouvements de la sensualité, par exemple en détour­ nant sa pensée vers autre chose. Q. lxxiv. a. 3, ad 2um. Le chrétien sait que, dans celte lutte quotidienne de la chair contre l'esprit, il peut, avec la grâce et le progrès des vertus, discipliner petit à petit les mou­ vements désordonnés de la sensualité, et rétablir labo­ rieusement quelque chose du facile empire de la volonté sur les sens qui existait dans la justice primi­ tive. De uerit., q. xxv. a. 5, sol. 6; a. 7, concl., sol. 1. 5; a. 5. sol. 7. 6° Les suites du pêché originel. Étant donné que le péché originel n’est pas un acte commis, mais un état contracté du fait que nous recevons d’Adam notre nature corrompue, que, par là, il diffère profondément du péché actuel, dans sa nature, il faut conclure qu'il en diffère quant à ses suites et ses conséquences. I. Déchéance de ta nature. — Du fait que le péché originel est d’abord le péché de la nature et secondai­ rement le péché de la personne, en tant que celle-ci a reçu d’Adam, son chef, communication de la nature corrompue, les peines ou conséquences attachées à ce péché doivent être cherchées dans la privation qui affecte d’abord cette nature en la jaisunt déchoir de son institution : le péché originel diminue le bien de cette nature. a) Soustraction des biens surnaturels. Mais, de quel bien s’agil-il? Il s’agit de ce bien qui a clé donné par surcroît à la nature en sa constitution puisqifen fait le péché laisse intactes les forces constitutives de cette nature; il prive la nature de ces biens de la jus­ tice originelle qui la perfectionnaient et lui offraient des développements inespérés en lui conférant, dans la volonté, la facilité d’orientation vers la lin surna­ turelle; dans les puissances sensibles, une soumission complète à l'empire despotique de la raison; dans les forces végétatives, une vigueur qui les mettaient à l’abri de la souffrance cl de la mort Dans ce nom de bien de la nature, on peut comprendre trois sortes de choses : 1° Les principes constitutifs de hi nature ellemême avec les propriétés qui en découlent, comme les puissances de l’àme et autres réalités du même genre; 2° puisque la nature donne à l’homme de l’inclination à 485 PÉCHÉ ORIGINEL. SAINT THOMAS la vertu, dans le sens que nous avons dit plus haut, | cette Inclination ù la vertu est encore un bien de ! nature; 3® on peut infime appeler bien de nature ce don de la justice originelle qui fut, en la personne du pre­ mier homme, accordé a l’humanité tout entière. Ainsi donc, de ces biens de nature, le premier n’est ni enlevé, ni diminué par le péché; tr troisième a été enlevé totale nient par la faute du premier père; c’est celui du milieu, I savoir l’inclination A la vertu qui est diminué parle péché. » Le péché originel, (pii est une privation de la justice originelle, entraîne donc par le fait la soustrac­ tion de tous les privilèges gratuits que Dieu avait accordés à la nature en Adam, Ce faisant, le péché ori­ ginel a diminué en nous l’inclination A la vertu en tant qu’elle provenait de Injustice originelle; il n'a pas diminué l'inclination qui résulte de hi nature pure, puisque les forces naturelles demeurent les mêmes après le péché. Saint Thomas s’en explique, q. lxxxv, a. 3 : < Par la Justice originelle la raison contenait dans la perfection les facultés inférieures de l’Ame, et ellemême, la raison, trouvait sa perfection dans la sou­ mission A Dieu. Or, cette justice originelle a été sous­ traite par le péché du premier père. Et c’est pourquoi toutes les facultés de l’Ame demeurent en quelque manière destituées de l’ordre respectif qui les porte naturellement A la vertu. b) Hetour de l'humanité à sa condition naturelle. C’est par cette soustraction seule que la nature est déchue de sa grandeur d’institution pour être ramenée à sa grandeur naturelle. Cet abandon de la nature à ses propres forces et A ses propres défauts, d’une nature que Dieu destinait ct destine encore A la vie éternelle, résume toute la peine du péché originel ici-bas ct dans l’autre vie : « Prises en soi, les peines du péché originel sont purement naturelles ct ne nous auraient été épar gnées, dans l’état d’innocence, qu’en vertu des dons entièrement gratuits qui devaient en prévenir les causes, ou en empêcher le cours. D’où il suit, qu’à proprement parler la peine du péché originel consiste, même ici-bas, dans la seule soustraction de ces dons : soustraction qui fait que la nature est désormais laissée A elle-même pour engendrer d’clle-même, mère en cela trop féconde, les maux qui, présentement, nous aflligcnl. · L. Billot, art. cité, p. 151. Bien n’est plus fréquent on saint Thomas que celte formule : natura sibi relicta, pour (pialilier ct résumer les suites du péché d’origine. Cf. In //ura Sent., (list. XXXII, q. n, a. 2, ad 2em; IMI», q. xvn, a. 9, ad 3wm; q. lxxxv. a. 5, concl. et ad lum, et a. 6; q. i.xxxvn, a. 7. Ainsi, la mortalité, la lutte de la chair contre l’es­ prit, l'impuissance A l'égard du surnaturel, l’ignorance sont des défauts résultant des éléments constitutifs de la nature laissée à elle-même, (pii auraient eu leur place dans la nature pure comme ils l’ont dans la nature déchue. In I/«"» Sent., (list. XXXI, q. l. a 2. ad 3um; Cont. gent., I. IV, c. i n. (’•ramie, malgré cela, est la différence entre la nature pure et la nature déchue. Dans la nature pure, l’absence des dons surnaturels, de ce perfectionnement ajouté A la nature, n’aurait été qu'un défaut et non le mal d’une privation; dans la nature déchue, c'est le détournement de celte nature par rapport A la lin magnifique (pic Dieu lui destinait, c’est l'impossibilité de l'atteindre. Dans la nature pure, les défauts inhé­ rents A sa constitution sont naturels , ne sont nulle­ ment un appauvrissement, une déchéance, par rap­ port A un étal supérieur. Dans la nature déchue, ils sont une ruine partielle, ils ont surtout un caractère de faute cl de peine du fait qu'ils ont clé induits dans le corps de la nature par la volonté du chef. Et, dès lors, en pensant A la nature dans l'intégrité de sa première condition, saint Thomas considère cet étal de déchéance comme une blessure infligée à la i Î86 nature; c’est la conclusion normale du raisonnement de la q. lxxxv, a. 3 : < Par la soustraction de la justice originelle, toutes les facultés de l’Ame demeurent en quelque sorte destituées de l’ordre respectif qui les por­ tail naturellement A la vertu. · Et l’on peut considérer celle destitution même comme une blessure infligée a la nature. ■ En tant qui· la raison est frustrée de son adaptation au vrai, il y a blessure d’ignorance; en tant que la volonté est frustrée de son adaptation au bien, il y a blessure de malice; en tant qu’on a l’iras­ cible frustre de son adaptation A ce qui est ardu, on a une blessure de faiblesse, en tant qu’on a le roncupiscible frustré de son adaptation â des plaisirs modérés, on a une blessure de la concupiscence. O sont bien là les quatre blessures infligées a la nature par le péchc du premier père. » Saint Thomas sait bien que l’ignorance de l'intelli­ gence, la malice ct la faiblesse de la xolonté, la concu­ piscence déréglée de la chair auraient été l’apanage de la nature pure: mais, sans incohérence, en pensant a la perfection privilégiée do la nature en son institution primitive, il peut considérer nos facultés naturelles avec leurs défauts, comme des blessures, comme des infirmités relativement à la nature integre. Sans nier d’aucune sorte, que la subordination complète de la partie sensible A la volonté soit surnaturelle, il peut, en se plaçant au point de vue de l’idéal de la nature telle que Dieu l’a voulue, et au point de vue des conve­ nances de celle nature en sa partie supérieure, déclarer naturelle la soumission de l'appétit sensible a la rai­ son, ct contre nature la lutte entre cet appétit et l'es­ prit : - Ce qui est naturel, dira-t-il. c’est que le concupiscible soit régi par la raison; c’est pourquoi les actes de concupiscence ne sont vraiment naturels chez nous (pic dans la mesure où ils sont subordonnés à la raison: s’ils sortent des limites de la raison, c’est pour I homme contre nature. Telle est précisément la concupiscence dans le péché originel. · Q. lxxxiî, a. 3. ad t··; q. lxxxv. a. 3. ad 3wm; el III*, q. xv. a. 2. ad 2«*. Ainsi le texte célèbre : vulneratus in naturalibus, spoliatus in gratuitis, chez saint Thomas, implique d’abord le dépouillement des biens surnaturels accor­ dés A la nature en son institution, et par conséquent la réduel ion de la nature de son état florissant a son état de pauvreté constitutionnelle. Le péché originel entraîne une grande privation : celle des biens divins dans une nature qui était faite pour les posséder, l’im­ puissance à atteindre sa lin; et. dès lors, l'apparition en l'homme des défauts de sa nature laissée à elle-même, la lutte de la chair contre la volonté, bref, une souillure qui nous met en état d’opposition avec Dieu. Ce détournement de l'homme de sa fin surnaturelle, la soustraction des moyens dont il avait besoin pour l’atteindre ne vicient pas cependant tout mouvement des puissances morales dans sa nature : il peut encore connaître Dieu par sa raison, l’aimer dans son cœur; quel que soit l’élan naturel de son Ame, il reste tou­ jours ralenti par la concupiscence ou l’erreur, qui rendent possible et facile le mal. il est toujours audessous de la fin surnaturelle pour laquelle il a etc créé. 2. Conséquences dans l'au-delà. Conformément A la logique de sa delinit ion privative du péchc originel, saint Thomas, d’accord avec les précisions doctrinales déjà consacrées jmqu'A un certain point par Inno­ cent III, distingue entre la peine du péché originel ct celle du pêché actuel, cl ne reconnaît d’autre peine du péché originel que celle de la perle de la béatitude sur­ naturelle à laquelle était destinée la nature en Adam. Le péchc originel ne mérite pas une peine éternelle en raison de sa gravité; il est. en effet, le moindre des péchés (car il n'est volontaire que par la volonté d'Adam, chef de la nature. In Ilum Sent., dlst. XXXII L q n. a. L ad 2**; De malo, q. vt a. 1, ad 9ue); mais en PÉCHÉ ORIGINEL. SAINT THOMAS raison delà condition du sujet : ce sujet, c’est l’homme et il sc trouve sans la grâce, alors que c’est seule­ ment par la grâce que sc fait la rémission de la peine. » Q. lxxxvh, a. 5. ad 2«·. <> pêché entraîne donc la perte de cette vision intui­ tive qui donne un couronnement el un épanouissement inespéré à notre nature telle que Dieu l’avait faite en sa constitution. Toutefois, cette privation, peine con­ sécutive à la faute du chef J.-B. Kors, op. cit., p. IGG. | 2. Le péché originel est une privation comme faute et comme peine. Notre faute, dans une nature qui était faite pour le surnaturel et tenait de la justice originelle son orientation facile vers la vision de Dieu, consiste dans un état de détournement de cette tin, d'impuissance à l’atteindre qui est liée à la privation des biens surnaturels, cela par le fait de notre relation essentielle â la prévarication du chef de la race. Notre peine, elle aussi, est une privation, la destitution du secours de la justice originelle, l'abandon de notre nature à scs propres forces, l’apparition de ce fait de toutes les misères qu’engendre, en vertu de sa constitu­ tion même, la nature humaine. Voir q. lxxxvh, a. 7. Ce n’est point, certes, une corruption de toutes les énergies de notre nature, natura nec tollitur nec minuitur per peccatum, ce n’est point que tous les mouvements de notre intelligence ou de notre volonté déchues soient des erreurs ou des vices : loin de la. Saint Thomas estime trop les idées et les élans de la raison naturelle chez le philosophe pour le penser; mais il sait que ces élans, s'ils ne sont portés sur les ailes des forces surnaturelles, orientes par elles, n'aboutissent pas et sont toujours au-dessous de la lin béatifiante de l’homme. Si le péché originel est la privation de biens de sur­ croît, un appauvrissement . Mattluei ab Aquasparta, O. E. M. Quiestioncs disputatie selecta:, t. il, QuirsHones de Christo, édit, de Quaracchi, 1911. Il le fil à Home, entre 1281 et 1287, au moment où, ù Paris et cn Angleterre, s’avivaient les discussions entre tho­ mistes et augustiniens. En disciple de saint Bonaventure, Matthieu déve­ loppe surtout la preuve expérimentale de l’existence d'une chute et de la transmission du péché origine) : Hoc... ratio neccessaria manifestat el potest sumi ratio ex quatuor : ex parte Dei t fjlcicnlis, ex parte humanie dignitatis, ex parte ordinis naturalis et ex parte finis; iste enim statas sive isti defectus repugnant Deo auc­ tori, repugnant humana· dignitati, repugnant ordini naturali, et repugnant fini. Quæst. de ineam , i, p. 7. Personne n’a dit plus nettement que lui que Dieu n’aurait pu créer l’homme avec les imperfections et 493 PÉCHÉ ORIGINEL. LE DÉBUT 1rs souffrances auxquelles nous sommes en butte, et que la lutte de la chair contre l’esprit répugne à l’ordre naturel. Had., q n. p. 29 33 Il parait bien s’opposer à l'explication de saint Thomas, dans les Sentence.*, sur le mode de propaga tion du péché originel. Selon le Docteur angélique. In //um Sent.. dist. XXXI. q. I, a. 1, la simple privation de la justice originelle qui était un frein surnaturel, explique la propagation du péché originel : L’infec­ tion de l’âme n’est pas l'effet d’une action du corps sur elle; elle consiste dans la seule privation de la justice originelle, â raison des dispositions du corps corrompu; car la forme doit être proportionnée au sujet récepteur. J.-B. Hors, op. cit., p. 113. Matthieu d’Aquasparta connaît cette opinion et la décrit exactement, ibid., q. ni, p. 17-19; il sait qu’elle parait faire écho a celle de saint Anselme, De conceptu virginali. c. v et xxm; mais il la trouve moins con­ forme à la vérité; s’il en était ainsi, le péché originel ne serait que la privation de la justice originelle, alors qu’il est la concupiscence : nam est concupiscentia, secundum Augustinum, cum debito non concupiscendi, et potius carentia justitia esset causa concupiscentur in carne quam concupiscentia causa carentia justitia in anima. quod /alsum est. La cause immédiate de la transmission du péché serait la génération naturelle et non la libido qui l’accompagne. Ibid., q. ni. p. 50. Notre auteur requiert, pour expliquer la transmission du péché, que la chair infectée par la concupiscence fasse rejaillir, par son contact sur l’âme. une souillure positive : necessario oportet ponere quod aliquo modo in/ectio vel corruptio carnis vel corporis in animam redundet Ibid., p. 51. Il développe longuement cette théorie qu’il sait plus conforme à la pensée d’Augustin : la chair d’Adam fut entachée d’une double corruption : cor­ ruptione scilicet pœnalitatis et /aditalis, quoniam mor­ talis est et rebellis. Ibid., p. 53. Cette corruption, par voie de contact, fait l’ûme passible et concupiscente; incapable donc de conserver la justice originelle qui est contradictoire avec une telle souillure : elle la met en état de péché originel. Et, comme Adam avait perdu les biens de nature qui lui avaient été confiés par Dieu pour lui et scs descendants, en vertu de la loi même de la propagation de l’espèce, à raison de la proportion qu’il y a entre le corps et l’âme, et de la répercussion des défauts de l’âme sur le corps, propter naturalem colligantium et mutuam transmutationem. p. 5 I. ce défaut coupable de l’âme d’\dain rejaillit sur la race par le moyen des transmissions séminales souillées par la concupiscence. Encore que le semen générateur ne soit pas de façon actuelle le siège de la faute, cependant, il dispose l’âme, par son contact, â la recevoir : le péché originel consiste donc dans la concupiscence, là où il y a obligation de ne pas la connaître, el dans la privation de la Justice originelle là où on devrait la posséder. Ibid., p. 55. et toute la q. m. p. 41-·» L Par cette doctrine de l’essence du péché originel, aussi bien que par son explication de la transmission de ce péché, Matthieu d’Aquasparta peut être regardé comme un des tenants du plus pur augustinisme à la lin du xn!· siècle. La critique qu’il fait de la doctrine thomiste antérieure à la Somme souligne l’originalité foncière de celle doctrine. Tandis que le disciple de saint Bonaventure s’attar­ dait à critiquer encore en 1282 la pensée défendue par saint Thomas dans les Sentences, le Docteur angélique depuis longtemps déjà avait montré dans la Somme le danger qu’il y avait à résoudre comme un cas d’hérédité maladive le problème de la transmission du péché ori­ ginel: il avait cherché, nous l’avons vu, une autre voie et expliqué la culpabilité héréditaire des membres de DU XIV* SIÈCLE 494 l’humanité par l’incorporation de ceux-ci cn Adam. IMIæ, q. lxxxi. a. L 3. Les franciscains d’Oxford. A Oxford, les maîtres franciscains continuent â enseigner sur le péché origi­ nel les thèses augustinicnnes de saint Bonaventure, mais, dès la lin du xm* siècle, à la difference du saint docteur, ils acceptent et défendent la pieuse croyance de l’exemption du péché originel pour la vierge Marie. B&chard de Mcdiavilla (♦ 1307), sans doute, fait encore, comme son maître, opposition a celle doctrine (sur l’ensemble des dépendances doctrinales touchant la théologie du péché originel de Bichard par rapport à saint Bonaventure, consulter les nombreuses réfé­ rences établies par les éditeurs de Quaracchi, dans Opera omnia de S, Bonaventure, I. it, a la suite des disk XXVIII-XXXIII du I. II des Sent). Mais déjà Guillaume de Ware (t après 1267), dans une Quxstio que l’on trouvera parmi les Quast disput. de immacu­ lata conceptione, rd. de Quaracchi. 1901, p. 1-11, Duns Scot ensuite, au début du χιν* siècle, dans le Commen­ taire des Sentences, L HL dist. III. q. i : Utrum beata Virgo fuerit concepta in originali peccato, même édition, p. 12-22, travaillent avec succès a la faire triompher autour d’eux dans l’ordre franciscain. Voir art. Imma­ culé κ coNCKPTiox, col. 1060-1078. L Pierre Auriol. — Parmi les défenseurs de marque du privilège marial chez les frères mineurs, il faut compter Pierre Auriol qui composa a Toulouse, vers 1311. un traité De conceptione immaculatir Virginis. puis, pour répondre à une attaque, un Repercussorium, tous deux édités dans les Quaestiones disputatae qui viennent d’être signalées. Ces deux ouvrages, le dernier surtout. contiennent une doctrine complète, dans le sens augustinien, sur la nature du péché originel et de la concupiscence. I* conclusion. — L’appétit sensitif abandonné à sa nature n’est pas ce qui explique la rébellion actuelle de la chair; celle-ci vient de quelque qualité vicieuse et positive ajoutée à la substance de notre chair et à la puissance naturelle de notre appétit : celte qualité voilà cc qui constitue l’élément matériel du péché originel. · Édition citée, p. 96. Auriol en appelle surtout à Augustin pour repousser l’idée thomiste d’un frein surnaturel mis par la justice originelle à l’impé­ tuosité de l’appétit sensible. D’après le grand doc­ teur. De nuptiis et concupiscentia, 1. I, xxv, 28, la concupiscence est une affection morbide, affectus mor­ bidus. donc, conclut P. Auriol, quelque chose de posi­ tif : aliqua qualitas positiva addita appetitui, prarsertim. cum ipsa potentia appetitus non possit morbida affectio appellari. Ibid., p. 99. 2“ conclusion. — La privation de la justice originelle n’est pas l’élément formel dans le péché originel, mais constitue, avec la rébellion des sens, l’élément matériel de ce péché : < Car, remarque-t-il. cela ne peut être le formel du péché originel qui existe dans l’etal de péché aussi bien que chez le baptisé. > Ibid., p. 107. 3* conclusion. - Dans le péché originel l’aspect for­ mel c’est l’offense de Dieu, ce qui objectivement dans cet étal est odieux à Dieu, quod in originali peccato offensa formale estel Dei odiumobjectivum. · Ibid., p. 110. Pierre Auriol définit le péché, quel qu’il soit, comme un désordre, exorbitatio ab ordine et regula ; il y a le péché dans la nature au sens des monstres; le péché dans les mœurs; le péché dans nos relations positives avec Dieu. Ce dentier, c’est le péché théologique qui consiste formellement â être dan* un état de nonconformité à la volonté divine, par conséquent à être odieux» «b-t.-stable à Dieu. Ibid., p. 113. Il faut s’entendre sur le mot odium objeclivum Dei. Il signifie un état désagréable à Dieu. Ibid., p. 112. Ainsi, pour Dieu, haïr l’enfant non baptisé à cause de son étal habituel de rébellion dans l’appctit sensible, Î95 PÉCHÉ ORIGINEL. LE DÉBUT DU XIV* SIÈCLE '•96 concupiscence, le fomes, cause de chaque péché actuel. n’est pas autre chose que de le tenir comme indigne Ibid., dist. XXXV-XXXVI, a. 2. d'entrer dans cette familiarité surnaturelle que pos­ C’est la même doctrine que l’on retrouve chez son sèdent ceux qui le voient. Ainsi. Pierre Auriol donne-t-il cette notion descrip­ successeur comme maître de l'ordre, Grégoire de Rimini : par réaction contre les < modernes », qui font, tive du péché originel : habitualis rebellio appetitus sensitivi universaliter ad redam rationem, privativa selon lui, la part trop large aux forces de la nature lusti(te el obedientte ejusdem appetitus a Deo primis décline, dans la poursuite de la moralité et du salut, parentibus generose collate, offensiva, displicens et il prône le retour à saint Augustin ct tient que le péla­ odibilis divina· majestati. Tractatus Petri Aureoli, gianisme est toujours l’erreur fondamentale â redou­ c. Π, ibid., p. 45. ter. dont il faut attentivement se garder. t conclusion. — La cause du péché originel ce n’est Le péché héréditaire est plus qu’un reatus, plus p is la génération naturelle comme telle, c’est la concu­ qu’un dommage ou une peine, c’est une mauvaise habi­ piscence qui accompagne cette génération. Reperc., tude positive de l’âme qui naît en celle-ci, non de p. US Dieu, mais par le fait de la concupiscence qui accom­ ? conclusion. — La justice originelle avait son siège pagne la génération. G’est la carnalitas, le vitium conla où est maintenant la rébellion, dans l’appétit sen­ cupiscibililalis per quod homo inclinatur ad actualiter sible La raison en est que la justice originelle ce concupiscendum. In II·* Sent., dist. XXX-XXXIII, n’était pas la grâce sanctifiante qui soumettait la q. I, a. 2. Elle a son siège dans l’âme. s'y manifeste volonté à bleu, mais un habitus qui produisait l’obéis­ par de multiples désirs ou actes mauvais, mais elle ne sance d’un appétit inférieur à la volonté : elle ne vient pas de l’âme : causatur in ea ex carne. Telle est pouvait donc résider que dans cet appétit. Ibid.,p. 125. l’essence du péché originel : libido, est vitium illud, 6' conclusion. - - Le péché originel est imputé Λ tous quod dicitur peccatum originale. Ibid., q. n, a. 3. Gré­ ceux qui descendent «l’Adam par voie de concupis­ goire en appelle â Paul et à Augustin pour le prouver. cence. parce que toute la nature existant en lui. au Sous le règne de ce péché héréditaire, personne, moment où il a péché, a en quelque sorte consenti au selon lui, ne peut, par ses propres forces, faire un péché avec lui. Après avoir défini, dans la 7· conclusion, acte moralement bon. Thomas de Strasbourg l’avait ce qu’est la conception, noire auteur déclare intactes déjà redit. In //»« Sent., dist. XXVI-XXVII, a. 3; et raisonnables les conclusions de son premier livre. dist. XXVIII-XXIX. a. 1. Avec lui, contre les Il y affirmait que Dieu, de potentia ordinata, a pu < modernes », Grégoire affirme que, pour un acte bon, il préserver la vierge Marie de la contagion du péché ori­ faut plus que l’influence générale de Dieu, le pécheur ginel. qu’il y avait une très haute convenance à ce ne peut mériter ni de congruo, ni, â plus forte raison, qu’il le fit, qu'en fait, sans péril pour la foi, on pouvait de condigno, ni la grâce sanctifiante, ni une grâce tenir qu’il l’a préservée; mais qu’à croire cela il n’y actuelle. C’est l’enseignement des Pères. Ibid., dist. avait aucune nécessité de foi, jusqu’à ce que l’Église XXVI-XXVIII, q. r. a. 1; l’affirmation du contraire ait défini ce qu’il fallait tenir. Tractatus, c. ni, iv serait du pélagianisme Ibid., a. 2. Avec Augustin on ct v. p. 35-78. doit dire : Talia opera infidelium, opera, quæ virtuoso On remarquera la sagesse de la note théologiquc ct laudabilia videntur, vere, esse peccata el punienda, qu’il donne à la pieuse croyance au moment où il la ...esse viciosa et mala moraliter. Voir Scebcrg, I.chrbuch défend de toute son Ame. der Dogmengeschichte, t. m, Γ éd., Leipzig, 1930, Par l’ensemble de sa doctrine sur le péché originel. p. 771-771 et 73I-73G. Avec le docteur d’Hippone, Pierre Auriol est un continuateur de la théologie aussi, Grégoire de Bimini maintient que le péché origi­ augustinicnne dans la forme qu’elle avait prise alors nel entraîne un supplice sensible pour l’enfant dans la avec Henri de Gand. Encore va-t-il plus loin que le géhenne. On le dira pour cela sans doute tortor parvu­ Docteur solennel dans la façon exclusive dont il définit lorum. Voir Noris, Vindicte augusliniami·, in, 5, le péché originel par un état de l’appétit sensible. P. L., t. xi.vn, col. 630, 652. 11 n’admet point, en Celui-ci avait mis le siège de cc péché dans In volonté; vertu de la théorie de la propagation du péché par la Pierre Auriol ne veut le voir que dans la partie sensible libido, l’immaculée conception. Ibid., dist. XXXde la nature déchue où il retentit davantage par ses XXXIII, q. n, a. 1. Enfin, avec le Maître, il déclare mouvements contraires a la raison ; aussi ne définit-il que la grâce, loin de nuire ù la liberté, lui donne son l’état d’opposition à la volonté divine, en quoi il place efficacité : In qua tamen actione ipsa (voluntas) non l’essence de ce péché, que par la souillure positive de nccessitatur, sed instrumentum liberum existens, in la concupiscence. .Malgré ce caractère positif, le péché cujus potestate est sequi motionem primi agentis, juva­ originel n’entraîne pourtant, a ses yeux, qu’une peine tur, ita ut agat quod non sic adjuta nequaquam agere privative : la perte de la vision béatitique. Tract., I potuisset. Ibid., (list. XXIX, q. i, a. 3. G’est ainsi c n. p. 15 qu’au milieu du χιν siècle, en face des modernes », 5. Les ermites de Saint-Augustin. — Plus encore que qui faisaient très large la part des forces de la nature (f 13 W· qui reçoit son impulsion de Durand de Saint Pourçain Pour Thomas de Strasbourg, dans son Commentaire j (t 1331) : < L’énorme écart entre la théorie de Durand des Sentences, le péché originel est bien une culpa natu­ et celle de saint Thomas d’Aquin a suffi aux admira­ ralis et non simplement un reatus paenir ; la privation teurs ct fidèles disciples de ce dernier pour s'opposer de la justice originelle n’en constitue pas l’essence, de toutes leurs forces aux doctrines du novateur dans ma»* plutôt une conséquence. L. IL dist XXXIlle but de maintenir ct de faire présaloir renseigne­ XXXIII. a 1. Le péché naturel, transmis par les ment de Thomas 11 a surgi de cette manière dans loam* de la vie a tout enfant d’Adam, c’est la l’ordre dominicain, en matière de doctrine sur le 497 PÉCHÉ OIUGINEL. LE DÉBUT DU XIVc SIÈCLE péché originel» deux écoles : l’école dominicaine ct l’école durandlemic. » IL Martin, op. c/L, p. 101. Maître dominicain, Durand professa les Sentences â Paris en 1307-1308, (ut reçu à la maîtrise en 1312 ct quitta Paris pour enseigner à la cour papale d'Avi­ gnon en 1313, avant d'être évêque de Limoux (1317), du Puy(I3l8), de Meaux (1326). Il mourut en 1331. On peut sc faire une idée nette de sa doctrine en consultant : 1. le Commentaire sur les Sentences : trois rédactions successives, la première en 1307, la deuxième vers 1312-1313, la troisième en 1327. 2. La première dispute quodlfbéllque d’Avignon, 131 L — 3. Les Excusationes, même date. - - 4. Les deux Listes (Perceurs dressées par Jean de Naples. Voir tous ccs textes, dans IL Martin, op. cit., ct J. Koch, Durandus de S. Porciano, Munster, 1927. J. Koch, dans les Xenia thmiistica, t. m, p. 355 : Die Verteidigung des heil. Thomas von Aquin durch den Doininicaner Orden gegenûber Durandus de Por· clano, pense que Durand aurait rétracté ses théories de la première heure. Mais une lecture attentive de scs textes nous a montré la justesse des conclusions de IL Martin : ■ Durand, dans la seconde aussi bien <[ue dans la troisième rédaction de son commentaire, a laissé subsister des expressions, des formules, des conclusions identiques à celles qui furent sujet à répro­ bation dans le premier commentaire. » Ibid., p. 101. On peut donc présenter ici un résumé synthétique de sa doctrine sans insister sur les nuances qui en mar­ quent les différentes manifestations. Le problème qui a toujours préoccupé Durand, c’est celui de l’existence d’une tare originelle qui constitue­ rait un péché proprement dit. 1. Il n’a jamais méconnu la lettre des données de la foi sur cc point; ainsi, In IPm Sent., dist. XXX, <[. n, éd. cit., p. 159 : Supposito secundum fldem omnes in peccato originali concipi et nasci ; ct QuodL, I, q, ix, p. 351 : Tenendum est indubitanter quod in nobis est per originem aliquod peccatum seu aliqua culpa. 2. .Mais dans quel sens doit-on comprendre ce péché? au sens d’un reatus pœnæ, d’une obligation à la peine seulement? ou bien au sens d’un péché proprement dit, en cc sens, quod aliquid sit in nobis per vlciatam origi­ nem, quod directe habeat rationem culpa? In 1 /um Sent., dist. XXX, q. II, p. 159. Il n’y a pas de doute, Durand ne varie pas sur la réponse : Verum est quod non est culpa proprie, vel pœna, sed reatus pœnic ex culpa proveniens. Ibid., p. 163, Le péché originel pour lui c’est la juste obliga­ tion à la peine. Dist. XXXII, q. n, p. 177 En Adam, il y a eu l’acte du péché, en nous la dette de la peine : Culpa est malum quod facimus, pœna malum quod patimur. P. 16L II ne voit pas comment il peut y avoir en l’enfant un vrai péché. 11 ne prétend d’ailleurs que reprendre une opinion mise en avant par Pierre Lom­ bard (dist. xxx, <·. vi). Quodi., i.q x, p 358; n sait pourtant que le Maître des Sentences argumente contre clic (voir ibid., p. 361) : cette opinion est bien celle d’Abélard, qui fut condamnée en 11 10. 3. Il connaît cependant l’opinion commune, qui définit le péché originel comme la privation de la jus­ tice originelle : carentia justitias originalis débiter haberi cum indignitate habendi eam vel cum dignitate vel debito carendi ea. Ibid., p. 363, 1. 18-20. Àlnis, pour qu’une telle privation mérite le nom de péché, il faut qu’elle soit volontaire dans l’enfant : or, elle ne l’est certes pas par la volonté personnelle de celui-ci; elle l’est donc par la volonté étrangère du chef de la race qui marque de son empreinte mauvaise les membres qu'il incline vers un état désordonné. Mais les raisons mises en avant (par saint Thomas) pour établir une dépendance si intime entre Adam cl scs descendants, au point que le péché du chef Soit le péché des membres, 498 ne s’imposent pas â l’esprit de Durand, non satisfa­ ciunt intellectui. In //·· Sent., dist. XXX, q. n, 2· réel., p. 331. Entre la nature qui était en Adam ct celle, qui est en nous, remarque-t-il, il y a identité simplement spécifique el non numérique; c’est dire que nous ne sommes point, par rapport à Adam, comme des membres au soin d’un organisme individuel. Ibid., p. 331, 1. 16-20. Il nr peut être question, d’autre part, d’une translation ct d’une inclusion de volontés inexistantes en Adam pour coopérer a sa faute : ceci est contradictoire. QuodL, I. ix. p. 352-356. On ne peut penser ici qu’à un cas de volontaire interpretati/ : celui d’un chef militaire qui, par sa conduite morale, engage sa famille en cc qui concerne la possession définitive ou la perte d’un camp qui lui avait été remis conditionnellement. Après cette analyse cri­ tique, il laisse nu lecteur le soin de conclure lui-même s’il y a un volontaire ct un péché proprement dit. Il conclut enfin que les deux définitions examinées expriment, dans des tenues divers, le même fond de doctrine : c’est-à-dire qu’il ramène la signification de la définition commune : privatio justitiir originalis à sa propre pensée. L’obligation pour l’enfant d’être privé de la justice originelle n’est autre chose que la dette de la peine consécutive à la faute d’Adam. Il n’y aurait là qu’une querelle de mots : Communior opimo est quod peccatum originali est carentia justitier origi­ nalis cum debito habendi eam et dignitate carendi ea QuodL, I, x, p. 365, 1. 13-19. 4. Il distingue deux opinions au sujet de la transmis­ sion du péché originel, celle des théologiens qui admet­ tent que le péché originel implique une culpabilité, et qui expliquent la transmission de ccttc culpabilité par la voie du contact d’une chair infectée avec l’àme, il la repousse, In //·»« Sent., dist. XXXI, q. 1. p. 165 sq., et l’opinion qui identifie le péché de nature avec la dette de la privation originelle. Dans ce cas. l’explica­ tion est facile, il s’agit de la transmission d’une juste peine attachée à la nature. Ibid., q. m, p. 169-170. 5. Là où le péché originel n’a pas le caractère de faute, il ne peut être question de la rémission de sa cul­ pabilité au baptême : il s’agira tout simplement d’une non-imputation de la peine. Dist. XXXII, q. i, p 172, 1. 1-5. Mais il y a deux sortes de peines dues au péché originel : d'abord la perte de la grâce et de la gloire. Celle-là regarde la personne; elle est remise. Les autres regardent plutôt In nature : possibilité, mortalité, lutte de la chair contre l’esprit, elles sont laissées à l’homme comme épreuve ct seront remises à la résurrection. Les sacrements nous restituent ce qui est de nécessité de salut, non ce qui appartenait à la dignité de l’état primitif. Ibid., p. 172-175. Telle est la doctrine cohérente, mais déficiente de Durand : elle renouvelle l’erreur d’Abélard. Les domi­ nicains. dans l’ensemble, s‘y opposèrent immédiate­ ment avec vigueur. Au nom d’une commission chargée de relever les erreurs du maître, Jean de Naples, dans une première liste de textes, taxe d’hérésie pélaglenne les passages suivants : dist. XXX, a. 2 : in suo antiquo dicit quod nihil quod transfunditur a parente in prolem est proprie culpa vel pana, sed solum reatus panic, et aussi dist. XXXII, n. 2 : si peccatum originale est culpa proprie, non video qualiter in nobis possit esse, ab homine vel a Deo. Éd. cit., p. 341. La seconde liste, plus longue, fut composée sans doute dans le but de démontrer à Durand ses erreurs, mais, de plus, avec l’idée de mettre entre les mains des étudiants de l’ordre des prêcheurs un moyen très sûr de rester fidèles au Docteur angélique ». IL Martin. op. cit 'X, et texte p 399 101. Cependant. Durand gagna un certain nombre de ses confrères à ses idées, ainsi Jacques de Metz; texte 499 PÉCHÉ ORIGINEL. LE DÉBUT DU XIV« SIÈCLE 500 a Existence d'une faute transmise par la génération, dans K Martin, p. 191-208. Son influence ne devait — C’cst une vérité de foi appuyée sur l’autorité de la point pourtant être de longue duree. L'opposition vigoureuse faite â ses idées par Hervé île Nédellcc nouvelle Loi el de la Genèse, et fondée sur des proba bilités rationnelles. In //«« Sent., dist. XXX, p. 27-29; d'abord, par d'autres dominicains ensuite, finira assez Quasi, de peer, ori g., p. 55 sq. Le péché originel est rapidement par triompher. proprement une faute ; Alia est opinio, guir mugis 3' Lt courant anselmo-thimiste. - Dès la fin du dicenda esl sentent ia fidei catholica* quam opinio, quod xrri siècle, la doctrine de saint Thomas sur le péché peccatum originale est proprie culpa, Quodl., IV, q. xiv. originel trouve de bons interprètes et des défenseurs p. 223. avisés dans l'ordre dominicain. On peut citer, parmi eux. Guillaume Godin qui Il n’est point seulement une peine ou une obligation à la peine mais une faute proprement dite. Hervé aborde et interprète, dans l’esprit de saint Thomas, les problèmes classiques en matière de péché originel. montre, dans les Reprobationes excusationum, que ce Déjà, à cette époque, il sc réfère â la .S’ommr de pré­ n’est point là seulement une thèse traditionnelle, mais férence au Commentaire sur les Sentences pour expli­ bien l'affirmation même de Pierre Lombard, bien que quer la culpabilité et le mode de transmission Durand paraisse dire le contraire. Voir p. 379. Il y du péché héréditaire. H. Martin. Les questions sur insiste dans les Correctiones super dicta Durandi en le péch* originel dans la · Lectura thomasina » de redressant encore la fausse interprétation donnée au Cf. Godin, dans Mélanges Mandonnet, L L Kaln, 19.30, Maître des Sentences par Durand et en citant l'auto­ p. I11-I2L I rité de frère Thomas dicentem quod ponentes peccatum A la même époque. Kobert de Colletorto s'applique, originale esse reatum, ponunt peccatum originale solum nomine tenus, sed re hoc negant, p. 396. cn s aid mt particulièrement de saint Thomas, dont d cite la Somme, à réfuter la thèse de ! lenri de Garni selon b. Caractère de culpabilité de ce péché. - Toute la laquelle l’homme formé par un miracle du membre réponse d’Hervé à Durand est dominée par cette idée d’un autre homme, souillé du péché originel, contracte thomiste : la moralité issue d’un acte de volonté ne le vice héréditaire. Voir texte dans R. Martin, p. 15-19. s’étend pas seulement à cet acte même en tant qu’il L’interprète le plus brillant de la pensée thomiste â jaillit de la volonté, actus elicitus, mais se fait sentir celle époque, son défenseur le plus solide, contre l’au­ jusque dans tous les mouvements, effets lointains que gustinisme de Henri de Gand, et le criticisme aventu­ la volonté s’associe comme instruments en les mar­ reux du Dicior modernus, c’est Hervé de Xédcllcc. cl. quant de son empreinte, actus imperatus. Quœst. de avec lui. des auteurs de second ordre, comme Pierre pecc. orig.. p. 58-59 de la Palu et Jacques de Lausanne. Pas plus pour le démérite d’Adam que pour les 1. Hervé de Nédellcc (t 1323). — a) Sa réplique â mérites du Christ, il ne peut être question de la trans­ Henri de Gand. - Il réfute les thèses du maître mission de l’acte qui est propre à Adam et au Christ, gantois dans son Commentaire des Sentences, I. IL mais de l’effet ultérieur. Quodl.. IV, q. xiv, p. 231. En dist. XXX. dans Martin, op. cit., p. 25-12, particu­ Adam, il faut distinguer le péché commis et le péché lièrement 29-31; et dans la Quiestio de peccato origi­ transmis. Le péché commis c’cst un acte désordonné nali. Ibid . p 50-13 i el p irliculièremcnl p. 96-102. d’orgueil, personnel, intransmissible comme tel. cause L’affection corporelle morbide, dans la nature dé­ cependant d’un mouvement désordonné qui s’incarne chue. ne pourrait être le péché originel qu’à deux dans toute la race. Le péché transmis jaillit d’Adam titres, soit parce que la souillure de la chair, /(editas comme de son principe; mais il s’étend, par son carnis, aurait, comme telle, caractère de péché, .soit effet, à tous ceux qui participent à sa nature. Dr parce qu’elle serait la cause de l'inclination désordon­ pecc. orig., p. 69. née des forces inférieures à la rébellion. Or. aucune de Comment alors un défaut hérité peut-il avoir ces deux hypothèses n’est admissible. caractère de faute? C’est qu’il y a là un état désor­ H.’rvé insiste particulièrement sur ce fait que la donné du fait de la volonté libre du chef de la race qui rébellion de la chair contre l’esprit ne dnil point s'attri­ l’a créé dans la nature humaine. Il n’y a pas à être buer à une disposition morbide positive, mais simple­ fautifs que les ados immédiats de la volonté, mais ment â un défaut naturel, conséquence de la constitu­ aussi les effets les plus lointains impérés par celle-ci : tion même de la nature humaine laissée à elle-même; Dieu ne reproche pas à l’enfant son étal, comme si dans l’homme créé in puris naturalibus, celte rébellion celui-ci avait pu l’éviter, mais le voyant dans cet état n’aurait point caractère de faute; ce défaut apparaît désordonné par le fait de la volonté d’Adam auquel il dès que Dieu enlève le frein surnaturel de la justice avait confié le bien de la nature, il ne peut l’agréer. originelle. Querst. de peer, orig., p. 98. Sicut si aliquis moveat gladium ad percutiendum indebite, O n’est pas la disposition mauvaise de la chair qui motus gladii est malus motus imputabitis et gladius explique, par voie de contact avec l’àme, la transmis­ redditur detestabilis ex hoc quod fuit instrumentum et sub­ jectum talis motus. In I D^Scnt., dist. XXX. p. 35. sion du péché; il n’y a pas propagation de celui-ci en dehors de la communication de la nature par voie ordi- | On devine qu'il y a. de ce fait, des degrés dans le naire. secundum rationem seminalem. In //u® Sent., caractère de culpabilité d’un mal. Ainsi y a-t-il une large marge entre la façon dont le péché est imputé à dis! XXX. p 17 18 Adam el celle dont il l’est à ses descendants. L'enfant b) Wpliqu' â Durand de Saint-Pourçain - Hervé est objectivement en faute, quoique, activement, il de Xédcllcc. par sa connaissance des œuvres de saint n’all pas été cause de sa faute. Hesp. ad duc. Metens., Thomas et par ses premiers travaux où il réfutait Henri de Gand. était préparé a mener à bien la discus­ p. 213. C'est une culpabilité dérivée, secondaire, instrumen­ sion des thèses de Durand. Déjà, dans ses premières tale, cependant réelle : c’est celle de l’empreinte désor­ œuvres. on trouve tous les principes qu’il va faire donnée laissée par la volonté du chef de la race dans valoir contre le Doctor modernus. Sa réponse se précise scs membres. Quodl., IV. q. xiv. p. 230. Ce n’est pas de plus en plus dans les ouvrages suivants : Responsio seulement une culpabilité interprétative, juridique, ad fac M Ml (vers 1310)» éd cil . p. 211 211 fictive, ce ne serait plus là une véritable culpabilité, Quodl.. IV. q. xiv (vers 1311), éd. cit.. p. 220-233; Correctiones, p 391. Ce n’est pas une culpabilité non Reprobatione* excusationum Durandi (vers 1315), plus métaphorique, mais quelque chose de réel, de p. 375-390; Correctiones supra dicta Durandi in commun au péché originel el au péché actuel. Ibid.. Quodl. I Am. (vers 1315), p. 393-391. Il élucide sur­ p. 393. tout les points suivants : 501 OBIGINEL. LE DÉBUT DU XIV® SIÈC LE Bref, pour Hervé comme pour saint Thomas, h* péché originel· c’est le mouvement désordonné qui a jailli d'abord de la volonté d'Adam, chef de la race, et (pii. par dérivation, par écoulement, marque d’une déviation fautive les facultés morales de scs descen­ dants. t . L'essence du pMi* originel Cette empreinte désordonnée, marquée dans une nature qui ne devait pas la connaître par la volonté d’Adam, consiste for­ mellement dans la privation de cette disposition régu­ latrice de la volonté qu'était la justice originelle et, matériellement, dans la concupiscence ou désordre de l'appétit sensible qui naît de l’absence de cette force régulatrice. Quo H. Martin, que comme la privation de la justice que nous p. 286. Voir scs textes sur le péché originel, p. 287-306. • devrions avoir, privation causée par la désobéissance En résumé, la controverse des premiers maîtres * d’Adam. » Je dis donc que le péché originel n’est rien thomistes avec Henri de Gand et Durand, sur la déplus que l’absence de la justice que nous devrions notion du péché originel, marque une date importante avoir ct, si l’on objecte que certains saints paraissent dans l'histoire de la théologie. Non seulement grâce a dire que la concupiscence est le péché originel, je ré­ l’opposition des premiers maîtres dominicains. « la ponds que la concupiscence peut être entendue en plu­ doctrine d’Henri de Gand louchant la transmission du sieurs sens; mais qu’en aucun sens elle n’est un péché, péché originel est battue en brèche par tous les auteurs attendu qu’il n'y a pas de péché dans la partie sensi­ cl peut être considérée comme abandonnée, à Paris, tive. » Et, un peu plus loin, ibid., n. 15 : « La privation vingt ans après la mort du Docteur solennel » (H. Mar­ de la justice primitive est le formel du péché originel, tin, op. cit., p. 401); non seulement les doctrines du l’obligation de l’avoir en est le matériel. · Par là est novateur Durand sont assez vite éliminées; mais la précisée cette vérité que la privation de la justice doctrine de saint Thomas, éprouvée par la critique originelle, dans la nature pure, n’eût pas été un péché; aiguë du novateur, se montre capable d’éclairer la elle est telle, dans la nature déchue, simplement parce difficile question du caractère de la culpabilité origi­ qu’elle manque là ou il y a une obligation de la nelle, el d'en marquer, autant qu’il est possible, la posséder. Par l’ensemble de cc passage aussi est éli­ singularité propre. Les progrès alors acquis touchant minée, de la définition du péché originel, l’élément de la notion du volontaire dans le péché originel seront la concupiscence. C’est l’application du principe intégrés â la théologie; ct c’est bien dans l’esprit de anselmien selon lequel le péché n’est pas dans la partie ces progrès qu’un récent interprète de saint Thomas sensible, fie cône. virg., c. vu, P. L., t. cbvin, col. I ll, écrivait : « Il va de soi qu’entre ces deux sortes de cl Scot, Op. Ox., II. dist. XXXII, n. 5. Par là, Duns péchés (actuel ct originel), il ne pourra y avoir qu'une Scot s’oppose à l’opinion soutenue par 1 lenrl de Gand communauté d'analogie el que vouloir mettre l’un <(ui fait du péché originel une qualité morbide (voir dans le genre de l’autre serait vouloir tout confondre... ibid., η. I ·’·). On voit déjà que la singularité caractéristique du 3. La transmission du péché originel ne s’explique péché originel consiste en ceci : premièrement en ce pas par la propagatio libidinosa parentum, mais seule­ que l’acte du péché a été commis par Adam, ct par ment par le fait de la formation de nouveaux Ills \darn tout seul, sans aucune participation de notre d’Adam, débiteurs de la justice originelle, en vertu de part, ct, secondement, en ce que, néanmoins, il s’en la génération naturelle. Op. Ox., H, dist. XXXII, est suivi une souillure qui est passée ct qui passe à n. 17-18 ; voir Duns Scoi col. 1887 La sainte Vierge, tous scs descendants. · L. Billot, art. cit.. Études, par conséquent, aurait dû être, comme fille d’Adam, 20 janvier 1920, p. 136. Cc n'est point là, certes, abolir issue de lui par la voie ordinaire, soumise à ce péché, ou déformer le péché originel, c’est simplement en mais, par une grâce toute spéciale, elle en a été exemp­ préciser lu notion, comme déjà le faisaient, au début tée. En proclamant cette doctrine, Duns Scot trouve du xiv* siècle, les premiers défenseurs de la théologie le moyen de concilier l’universalité de la rédemption avec la toute sainteté d< Marie : le doc teur franciscain, de saint Thomas. P Rélargitsement du courant anselmien thomiste : de ce fait, est en progrès sur les grands scolastiques Duns Scot, Occam et leurs disciples. - - 1. Admission antérieurs et se trouve être probablement, à l’univer­ des principes généraux du thomisme. - Les principes sité de Pari- un initialem. Voir Drss Scot. col. 1896- 505 P ECU É ORIGINEL. LA 506 1898; Immaculé»; concepi ion, col. 1073 sq. Sa doc­ doute Gabriel Blel (t 1195), le théologien de Tubingur trine de Γimiiiuciilée conception va être accueillie dans en son (loitectorium circa quatuor sententiarum libros. les écoles scollstc et nominaliste. Par sa fidélité aux «léchions de l’Église, par son éclec­ L Les conséquences. - Le péché originel entraîne de tisme aussi qui, tout en réservant une place de choix graves conséquences, soit dans cette vie, soit dans à Occam, reste cependant très attentif à la pensée des l’autre. Pour Duns Scot el Occam, nomme pour saint grands théologiens, saint Anselme, Alexandre de Thomas, les blessures de la nature déchue n’impliquent Haies, saint Thomas, saint Bonaventure, Duns Scot. nullement une corruption de celle nature dans scs ; Gerson, par son souci enfin de situer les solutions moyennes qu’il propose parmi l’ensemble des doctrines énergies constitutives, mais une soustraction de la perfection surnaturelle qui lui venait du fait de la jus­ vraies qui les expliquent, s’en distinguent ou s’y opposent. Biel sc trouve, dans son exposé, nous faire· tice originelle. Si in peccando vulneratur in naturalibus, lune, si iterum peccaret, corrumperet substantiam volun­ entendre non seulement ses propres pensées sur la question du péché originel, mais celle des principaux tatis. /tepor!, Ii, dist. XXIX, q. n, n. 3. Occam dit de représentants des tendances variées de l’École. cl son côte : Per peccatum mortale, nihil corrumpitur nec enfin la doctrine reçue alors dans l’Église au xv· siècle, tollitur in anima, quia non substantia, nec accidens, telle que la connaîtra Luther en lisant, quelques vingt certum est. In / Ve· Sent., q. vin et ix D. De ce fait, la nature déchue, ainsi privée de la jus­ ans après, le Correctorium. Altcnstaig (t 1523), en son Lexicon theologicum, éd tice originelle cl de la grâce qui l’accompagne, est tota­ d’Anvers. 1576, donne, lui aussi, en s’inspirant sur­ lement impuissante à récupérer par elle-même la vie tout de Bid. un résumé de la doctrine alors courante; surnaturelle; mais elle garde intactes les forces libres on trouvera un exposé brillant de la doctrine thomiste de son intelligence el de sa volonté, cc qui la rend à cette époque dans le grand commentaire de la capable d'une certaine moralité naturelle. Elle peut Somme t/pologique de Cajétan (vers 1510), édition accomplir des actions droites, observer suffisamment léonine de la Somme. la loi naturelle morale, el même être capable d’un 1° Défini lion du péché originel. — Bid la construit amour naturel de Dieu par-dessus toutes choses. Voir en fonction de l’idée de nature pure, et du caractère Duns Scot, col. 1898-1905, Nominalisme, col. 769776, et Justification· col. 2127-2129. I surnaturel de la justice originelle. L’homme, dans l’état de nature pure, aurait connu Bref, pour Scot et Occam, comme pour saint Tho­ la rébellion de la chair contre l’esprit; par conséquent, mas, la nature déchue ne diffère de la nature pure que la difficulté de la vie morale. Pour connaître la tran­ par la privation d’une perfection surajoutée ct par la quillité ct l’harmonie avec la facilité de la vertu, souillure de la culpabilité. l’homme avait besoin d’un secours qui l’arrachât à Dans l’autre vie, il en est de même que dans la vie l’empire des sens et l’entraînât vers les biens spirituels présente : la peine consécutive au péché originel est par une délectation supérieure. Ce secours était surna­ purement privative : les enfants morts sans bap­ turel : c’était la justice originelle. In II™ Sent., tême ne jouissent pas de la vision de Dieu; mais, en • list. XXX, q. i. a. 3. revanche, ils ne connaîtront pas la peine des sens ct Avec l’École, Blel distingue entre grâce sanctifiante ils goûteront une certaine béatitude naturelle dans et justice originelle. La première seule est principe du l’exercice normal de leur intelligence. Op. Or., il, mérite, la seconde facilite plus que la première l’union dist. XXXI H. n. 2-1. \ oir Duns Scot, col. 1939. Tel â la fin dernière. On conçoit une justice originelle, est le sentiment général dans l’École au χιν· siècle et c’est-à-dire l’harmonie des facultés, sans la grâce, cl la dans les suivants. grâce sanctifiante existant dans l’âme sans la justice 5. Rémission du péché. — Au baptême, l’enfant ne originelle. Les baptisés ont celle-là sans posséder récupère pas la justice perdue qu’il devrait avoir : celle ci îbid.9 dist XXX, q. i. a 3, dub. n. mais il « n’a plus cependant le péché originel. Sans Ainsi la possession de la grâce sanctifiante n’est-cllc doute, il ne possède pas la justice primitive, mais, pas le formel de la justice originelle : elle en est le cou­ grâce au baptême, il n’est plus obligé de l’avoir Sa ronnement. dette est commuée en une dette équivalente, il n’est De cette définition de la justice primitive découle la tenu que d’avoir la grâce sanctifiante. Op. Or., IL notion du péché originel : Biel, avec l’École, la définit dist. XXXII, n. 16, ad 3··. La grâce sanctifiante, en comme une privation de l’harmonie première là où effet, lui communique et la capacité de meriter, cl la elle devrait exister : carentia justitio: originalis cum remise de la peine éternelle, el les forces nécessaires pour vaincre la concupiscence et reconquérir l’har­ debito habendi. Entre la nature pure et la nature déchue, il n’y a d’autre différence que l’obligation monie de l’âme. contractée en celle-ci de posséder l’harmonie origi­ Les écoles scoliste el nominaliste vont développer, nelle et l’impossibilité de la récupérer; elle est, de ce à la suite de leurs maîtres, dans la considération du fait, en étal de péché, et la mort, l’ignorance, la rébel­ péché originel, un sage optimisme, â égale distance du lion de la chair ne sont plus seulement des défauts pélagianisme et du pessimisme futur de Luther el naturels, mais des peines. Ibid., dist. XXX. q. i, de Bains. Jusque dans la nature déchue, â côté du a. 3, dub. iv. vide fait par la perte immense des biens salutaires, ils Biel ne s’en tient pas là : il sait la variété des défini­ reconnaissent la réalité et la bonté propre qui reste à tions mises en avant pour expliquer la nature du cette nature dans ses éléments constitutifs. Ils peu­ péché originel ; il les rappelle, les classe el les discute. vent, les uns et les autres, excéder dans la confiance Il y a, d’abord, celle du Maître des Sentences qui qu’ils donnent â ces forces pour accomplir le bien; mais décrit le péché de nature comme une qualitas morbida il reste qu’ils veulent respecter cl qu’ils respectent, de fait, les données traditionnelles de la foi. Ils font écho, in mente Dis! XXX. q il. a. 1. Il 1. Il V a aussi celle en en dégageant les conséquences, au vieux principe de saint Anselme, qu’il attribue justement à Occam, dyonisien mis en valeur par saint Thomas et reproduit et à tort à Grégoire de Bimini, ibid., q. n, a. t B. et par Scot et Occam : Naturalia manent intégra in pec­ d’après laquelle le péché originel constitue la volonté catore, justitia originalis non manet. comme debitrix justitia·. Une troisième, intermédiaire, II. LA TUÉOLOOIE CATHOLIQUE DU PÈCHE ORIGINEL établit enfin une concordance entre les deux pre­ A LA VEILLE DE LA RÉFORME. - Oïl des meil­ mières. C’est celle d’Alexandre, de Bonaventure, du leurs guides pour faire connaître la théologie de bienheureux Thomas : elle distingue un double élé­ presque toute l’École à la veille de la Bétonne est sans ment, l’un matériel, la concupiscence, l'autre formel 507 PÉCHÉ OBIGINEL. LA FIN DU XV® SIÈCLE 508 la privatio» de la justice dans le péché originel. Biel de saint Bonaventure; il les adopte en partir, mais, ή tient ccs trois définit Ions comme substantiellement i la suite d’Occam ct de Scot, il fait plus confiance identiques, différentes seulement d’expression. Ibid., I encore que ccs deux docteurs aux forces morales de la nature déchue. Ibid., C I). q. îî. a. 1. D E. Cc qu’il y a de certain et d’admis par tous les doc­ c) Il oppose les principes optimistes d’Occam nu teurs. c'est l’existence du /ornes ou concupiscence, qui ! pessimisme de Grégoire de Bimini. Dist. XXVIII. est lié, de fait, à celle du péché originel; toute la a. 2-3; cf. art. Nomîxalîsme, col. 770-772, et C. Fcckes, question est de savoir s’il est la partie matérielle de Die Rechtferligungslehrc des Gabriel Diet, Munster, cc péché ou s’il en est seulement la suite : l’une et i 1925, p. 30-39. l’autre alternative sont également probables. Ibid., Selon ces principes, la connaissance religieuse •dist* XXX, q. n. concl. 5. naturelle est relativement facile cf universelle. Dist. Comme Biel, Allcnstaig ne voit, dans les divergences XXVIIL q. un., a. 2, coud. f. La connaissance sur­ d’opinion de saint Anselme et du Maître des Sentences, naturelle des vérités de la foi est nécessaire pour le touchant la définition du péché originel, qu’une diffé­ salut, mais Dieu, en dehors des voies ordinaires de la rence verbale et non fondamentale : magis disputatio révélation, sait, par des moyens extraordinaires, dr nomine quam de re. Op. cit., art. Peccatum originate, atteindre les âmes de bonne volonté. ln ///u® Sent, fol. 235 v·. Pour ces deux Interprètes de la théologie (list. XXV, q. un., a. 2, concl. 1-2; ln //««, dist. XXII, commune, à la veille de la Béforme. le péché originel q. il, a. 3, dub. i. consiste essentiellement, dans les fils d’Adam, en la En face des difficultés morales de la vie et des privation de la justice, c’est-à-dire de l’harmonie lut é- i tentations, l’homme déchu n’est pas totalement ricure qu’ils devraient posséder, ct dans la condamna­ désarmé. Expositio canonis inissie, Icct. 78. Il peut tion, de cc chef, aux peines de la vie cl â la privation accomplir quelque œuvre moralement bonne, ln //·» de la xrion béatiflque. Sent., dist. XXVIII, q. un., a 2, concl. 1; il peut 2e Les forces et les faiblesses de la nature déchue. - même, après une chute, écarter un péché nouveau, 1. Dans la vie présente. — Ici comme ailleurs, le théo­ concl. 2; il peut aussi accomplir la substance des pré­ logien de Tubinguc, soucieux de rester fidèle aux ceptes divins, mais d’une manière stérile pour le décisions de l’Églisc, a soin de marquer ce qui est salut. Concl. 3. défini ct ce qui est objet de libre discussion. 11 sait A ne retenir (pie cet aspect de l’enseignement de que l’erreur à éviter sur cc point est le pélagianisme Biel. on méconnaîtrait toute la complexité de sa pen­ qui negavit gratta neccessitatem ct libem arbitrio tribuit sée. Il a dit jusqu’alors les possibilités de la nature en gratiam ct vitam «ternam merendi facultatem, in général, il a marqué les limites maxima jusqu’où elle /Pm Sent., dist. XXVIII, q. un., A. peut aller. Mais il sait que, dans le concret de la vie Mais, en dehors de cet écueil, que tous dans l’Églisc individuelle, bien des obstacles et des difficultés l’em­ doivent éviter, il sait qu’entre docteurs il y a diffé­ pêchent souvent, en fait, d’aller jusqu’au bout de son rentes opinions libres sur la question des forces morales pouvoir. du libre arbitre dans la nature déchue. Il en distingue Les prières ne sont donc pas vaines et inutiles ; trois : l’augustinisme de Grégoire de Bimini, la doc­ elles sont d’abord utiles pour donner une efficacité trine de saint Thomas, et de saint Bonaventure, enfin salutaire â des actes qui ne l’auraient pas par euxcelle d’Occam à laquelle il se rallie. mêmes. Dist. XXVIII, q. un., a. 3, dub. lî. Elles al L’augustinisme de Grégoire de Bimini, dont Biel servent aussi à nous obtenir la grâce d’accomplir avec fait un résumé substantiel, est bien caractérisé par ccs facilité ce que nous aurions pu, à la rigueur, â nous mots ; parum tribuit libem arbitrio. Dist., XXVIII, seuls, accomplir avec de grandes difficultés. Bid décrit q. un.. A. Notre auteur sait que certains attribuent alors, avec finesse, toutes les difficultés de la vie les mêmes idées à Gerson : De vita spirituali anirnir. morale dans l’âme déchue : erreurs de l’intelligence, Mais il se tait sur l’importance et la diffusion de cette jouissances de la sensualité, difficultés provenant de opinion â cette époque. l’entourage. Quoi qu’on en ail, la volonté est blessée, Nous savons aujourd’hui que les idées de Grégoire inclinée au mal dès l'adolescence, d’où l’utilité de de Bimini se perpétuaient au sein de son ordre ou chez secours divins habituels ou actuels pour la volonté. des théologiens similaires disciples des augustius. Sur Autrement, elle retomberait sur elle-même dans un l’école augustinicnne des xv* et xvr siècles, voir égoïsme impuissant Aussi, conclut il, il ne faut jamais art. Luther, t. îx, col. 1198-1203. cesser de prier. Ce qui justifie la prière, ce n’est pas b) Beaucoup plus sage, plus mesurée dans l’appré­ seulement l’incapacité absolue de notre nature déchue ciation des puissances morales de la nature déchue, par rapport au bien surnaturel, c’est aussi la faiblesse apparaît à Biel l’opinion de saint Thomas, I*-!!»*, | réelle de cette nature par rapport au bien moral; c’est q. Cix, ct celle de saint Bonaventure, ln //·» Sent., surtout la liberté miséricordieuse de Dieu qui dispose dist. XXVIII ; Beatus Thomas videtur temperatius de notre vie éternelle. loqui. Le Docteur angélique atteste que l’âme déchue 2. Dans l'autre vie. — Biel reconnaît avec la tradi­ a besoin doublement de la grâce pour lui donner la tion que l'état des enfants morts sans baptême est faculté de mériter et pour remédier à ses faiblesses un état de culpabilité et de penal il é. Mais, comme il naturelles. Laissée a elle-même, elle peut toutefois n’y a pas d'enseignement exprès de l’Écriture ct de la faire beaucoup de bien moral, mais non point tout cc tradition sur le caractère de la peine éternelle attachée qu'aurait fait la nature intègre; en particulier, elle ne au péché originel, on discute, dans l’Ecole, sur la peut aimer Dieu par-dessus toutes choses. Elle peut modalité de cette peine. éviter les péchés mortels, mais non pendant longtemps. Selon une opinion, attentive surtout aux exigences Ibid., dist. XXVIH, q. un., B. sévères de la justice divine, les enfants non baptises Biel résume ainsi fidèlement la position de saint seront condamnés au feu éternel, moins durement Thomas, sauf en cc qui concerne la préparation â la cependant que ceux qui ont péché actuellement. Selon grâce; il n y a pas de doute : saint Thomas requiert une autre opinion plus douce, celle de Scot cl de Bona­ pour cela non seulement le concours général de Dieu, venture qui se présente encore sous des nuances mais aliquod auxilium gratuitum Dei, interius animam variées chez, ses défenseurs, ou bien les enfants seront moventis sive inspirantis bonum propositum. En ccs dénués de toute connaissance el n'éprouveront aucune questions délicates Biel ne veut pas, avec raison, douleur, ou bien ils auront conscience de leur état cl qu'on ignore les positions légitimes de saint Tliomas et en souffriront, ou bien, enfin, ils seront exempts de 309 PÉCHÉ OBIGINEL. LAKÉFOK.ME PROTESTANTE .310 toute affliction cl de toute douleur, mais non de cou- i q. i, mais il tient celle qui csl favorable au privilège naiss.incc. I comme la plus vraie, la plus commune, la plus pro­ Biel se rallie â l'opinion plus douce cl lire bable ct il la défend comme Gerson : Sermo de concep­ quelques conclusions probables : les enfants ne con­ tione. .Mario nirglnis, pars II; de même, Altcnstaig, naîtront pas la peine des sens : la justice le réclame» art. Conceptio, pense que les anciens docteurs s’y le péché originel n'ayant rien de positif : Injustum rallieraient s’il leur avait été donné de vivre a son r\t plus exigere, in pirna quam commissum est in cul pu. époque. Fol. 37 r® On sait qu’alors les thomistes s'en Dist. XXXIII, q. un.» a. 2, concl. I: en eux, il n’y tenaient encore a la lettre du Maître. aura ni peine du ver, ni tristesse, intérieure, mais 1° La remission du péché originel par le baptême. — seulement privation de la vision béatiflque : c’est Dieu pourrait, selon Biel. de potentia absoluta, remettre relativement une peine légère, divinir visionis el le péché originel par une simple non imputation per fruitionis carentia et detentio m loco vlll..., in limbo solam non imputationem verbi. En fait, d’après sa puerorum, qui est locus proximus Inferno damnatorum, volonté positive, de potentia sua ordinata, il ne remet ibid., concl, I. le péché qu’en nous rendant ce dont le péché nous A l’objection tirée de saint Augustin, Biel répond. I prive, au moins d’une façon équivalente : non remittit comme saint Bonaventure el Duns Scot, que le lan­ nisi restituendo justitiam originalem aut gratiam gratum lacientem qmr excellentior est justitia originali. Infun­ gage du grand docteur s’explique par la polémique antlpélagienne. dendo autem gratiam, tollit debitum habendi justitiam C’est bien là l’enseignement reçu dans l’École. originalem ct ipsam commutat in debitum habendi gra­ tiam. In //··, dist. XXX ILq. un , \. Ainsi, la grâce Altenslaig le résume à l’article Limbus puerorum : In sanctifiante, qui est un bien plus excellent que la hunc locum (limbum) descendunt parvuli qui decedunt in peccalo originali, quibus nulla pirna debetur eo quod justice originelle, nous est donnée par le baptême; notre obligation, qui consistait, avant la régénération, nullum commiserunt peccatum actuale, debetur eis tamen à devoir la justice originelle, est commuée en une pasna damni quœ esi carentia divinir visionis en quod perpetuo originali maneant maculati et iste limbus dici­ dette équivalente : nous devons toujours garder la grâce sancti liante. tur conjunctus inferno. quamvis in eo sit nulla puna Conclusion ·— Telle était, à la veille de ln Béforme, sensus. Op. cit., fol. 176 r°. l’idée cohérente, mesurée, sur le péché originel, à Nos auteurs ont conscience, pour le fond, d'être laquelle avait abouti, dans l’École, six siècles d’intense d’accord avec l’Églisc et, pour le reste, de se mouvoir réflexion théologique. Ce travail de mise au point sur le terrain des opinions libres. s’était opéré dans le respect de la tradition dogmatique La croyance officielle de l’Églisc, en effet, ne les mais aussi avec une large liberté dans les interpré­ contredit point. Innocent III excluait déjà expressé­ tations théologiques. La synthèse, qui en ressortait, ment les tourments de la géhenne de la peine du péché n’était pas certes la pure reproduction de toutes les originel : Jean XXII, plus lard, dans une lettre aux thèses d’Augustin; vile était mieux que cela : elle en Arméniens, 1321, Denz.-Ban., n. 3019, reconnaît, lui était l’interprétation autorisée par l’Églisc. aussi, que les peines du péché originel ne sont point Celle-ci avait sans doute canonisé cc qu’il y avait pareilles à celles du péché actuel, ct que les enfants de traditionnel dans les thèses d’Augustin, mais elle morts sans baptême sont dans les régions inférieures, ne s’était jamais liée au système thcologiquc du grand en un séjour spécial : Docet (romana Ecclesia) illorum docteur. Elle reconnaissait aussi des échos de sa animas quir in mortali peccato vel rum solo originali propre voix chez les Pères de l’Églisc d’Oricnt Les discedunt, mox in infernum descendere, pomis tamen ac théologiens du Moyen Age ont su prêter l’oreille a locis disparibus puniendas. quelques-unes des voix des Pères grecs : a les écouler, La définition de Florence (1139). qui ne veut rien ils ont appris a regarder avec plus de confiance cc qui innover, cl qui répète exactement le formulaire de restait encore de bonté el de force dans la nature Michel Paléologuc (1267) et celui de Jean XXII (elle même après l’appauvrissement de la chute; avec le laisse cependant tomber le mol locis de celui-ci) ne pseudo-Denys. ils ont compris le caractère purement peut avoir un sens différent. Le commentaire histo­ privatif du péché originel el de ses suites. Des idées el rique de ces définitions est à rechercher dans rensei­ du langage d’Augustin, ils ont laisse tomber sciemment gnement commun de l’École depuis le xir siècle : la ce qu’ils estimaient commandé par les seules préoccu­ peine du péché originel est purement privative, et le pations anlipélagiennes du moment : Et sic sirpe séjour des enfants morts sans baptême est différent de sancti extinguentes h:rrests pullulantes excessive locuti la géhenne. En dehors de cela, on discute librement sunt el multum ideo ponderandum est contra quos hirredans l’École sur la modalité de celle peine. Les uns la ticos sancti locuti sunt. Biel. In II**, dist. XXXIΠ. veulent afflictive, les autres déclarent qu’elle peut être q. un., a. 2, dut), i. réelle sans être sentie. L’Églisc, comme l’École. ne fait Les con Iliis doctrinaux qui vont se succéder à partir nullement un dogme de l’opinion de saint Augustin | sur le sort des enfants morts sans baptême. Si l’on i du wr siècle autour de la notion du péché originel, consulte les docteurs du Moyen Age. cl particulière | vont naître dans une certaine mesure d’une mécon­ naissance de la valeur catholique de celte interpréta­ ment Biel el \ltenstaig qui en sont les échos à la veille de la Béforme, il ne peut être question d’une | tion progressive qu’ont donnée, durant six siècles, objection redoutable, à tirer de l’enseignement officiel i avec des nuances diverses, de la pensée august mienne, les maîtres de l’École el particulièrement saint de l’Églisc à Florence, contre la doctrine alors commu­ nément reçue sur les suites du péché originel dans l Thomas d’Aquin. l’autre vie. C'est, au contraire, d’un accord sur le fond qu'il faut parler. VIII. LES RÉACTIONS DOCTRINALES DE L’ÉQLISE ET DES THÉOLOGIENS CATHO­ 3° L'extension universelle du pêche originel. Le privi­ lège de la vierge .Marie. - L’extension de la dette de la LIQUES EN FACE DE L’ERREUR, DU XVI· AU XVIII· SIÈCLE. — On étudiera successivement : culpabilité ct de la peine du péché originel à tous les Ills d'Adam, par voie de génération naturelle, est une L La défense el la précision de la doctrine en face de vérité indiscutée dans l’Églisc. la Béforme. — IL Les précisions amenées par la Sur l’extension de celte loi à la vierge Marie, on controverse baïaniste (col. 531). - III. Les réactions discute dans l’École. Biel expose longuement les deux diverses de la théologie du xvr au xvnr siècle opinions opposées sur cc point ln ///«« Sent., dist. Ill, (col. 519). 511 PÉCHÉ ORIGINEL. LA RÉFORME PROTESTANTE 512 les baptisés, les mouvements de la nature sont tou­ jours mortels, mais Dieu ne les regarde plus que comme véniels. » Weimar, t. îv, p. 343, 1. 22 (Ps. cxvm, 75). Dans le Commentaire sur l'éptlre aux Homains, la théorie de la corruption intégrale de l’homme déchu est pleinement énoncée : « Qu’est-ce donc que le péché originel? D’après les subtilités des théologiens scolastiques, c’est la privation ou le manque de la jus­ tice originelle... Mais, d’après l’Apôlrc ct la simplicité du sens chrétien, c’est la privation entière cl univer­ selle de rectitude ct de pouvoir (pour le bien) dans toutes les énergies tant du corps que de l’âme, dans l’homme tout entier, homme intérieur et homme extérieur. · J. Picker, Luthers Vorlesung liber den Hômerbric/, t. n, p. 143-144. Dès là que la concupiscence a tout envahi dans l’homme déchu, qu’elle est une force invincible, il faut nier le libre arbitre : de là, sa théorie du serf arbitre : « Être déchu, l’homme n’a pas de liberté pour le bien; être fini, il n’a aucune liberté. » Dans sa dispute de Jleildclberg (1518), il soutenait déjà que la liberté pour le bien n’était qu’un litre sans réalité. W., t. i, p. 35 L xm· thèse. C’est surtout dans son écrit sur le serf arbitre contre Érasme, cn 1525, qu’il affirme la corruption irrémédiable de la nature déchue et la mort du libre arbitre. Ce dernier est un vain litre, comparable à ceux dont sc parent les rois déchus. W., t. xvm, p. 637, I. 20. « Sans doute, dans le /. LES IDEES DES /tf. EORMA TEUES SUR LE PECHE ORI­ domaine naturel, le libre arbitre est encore une réalité, GINEL.— La Réforme, dès ses débuts, s’est divisée sur nous pouvons nous décider à manger, à boire, à engen­ la question du péché originel. Tandis que Luther et drer, à commander. » Mais, dans le domaine de la Calvin prêchent la corruption totale de la nature grâce, il n’en n’est rien. P. 752, 1. 6. La volonté c’est humaine, même dans le baptisé, Zwingle ne veut voir la mort, l’aversion de Dieu, l’insubordination inguéris­ dans le péché originel qu’une maladie ct non une sable... Pour tout dire cn un mol, « la volonté de culpabilité de cette nature. l’homme n’est pas libre; elle ne s’appartient pas; elle 1° Luther el Calvin, — La doctrine de ces deux réfor­ est l’esclave du péché ct de Satan ». P. 750, 1. 34. mateurs a été largement exposée à l’art. Luther < Signification ct réalité d’un mot si glorieux, nous (influence de l’augustinisme, col. 1188-1209 ; la avons tout perdu. » P. 637, 1. 17. déchéance originelle, col. 1209-1221; le serf arbitre : Calvin n’est pas moins formel que Luther dans sa controverse d’Érasme ct de Luther, col. 1283-1295), négation du « franc arbitre ». < L’homme, remarque-t-il ct à l’art. Calvinisme (cc que Calvin a emprunté à dans V Institution chrétienne, 1. 11, c. 11, est moralement Luther : la théorie de l’ordre surnaturel, du péché dépouillé du franc arbitre et misérablement assujetti à tout mal. > originel et de scs conséquences, notamment quant au libre arbitre, col. 1400-1406). I Pour les deux chefs de la Réforme, la déchéance ori11 suffit d’en résumer les principaux points, ceux ncllc entraîne donc une corruption radicale, irrémé­ surtout par lesquels elle s’oppose aux définitions du diable. Elle consiste dans le déchaînement de cette concile de Trente, ct, par contraste, aide â en saisir force indomptable par le libre arbitre qu’est la concule sens et la portée. piscence. Cette concupiscence en elle-même, indépen­ Luther, dès 1518, est en opposition de pensée avec , damment de toute relation morale avec la faute la théologie scolastique : < Il y a bientôt trois cents d’Adam, demeure, même dans le baptisé, comme un ans, écrit-il. contre le dominicain Priérias, que l’Églisc péché qui n’est plus imputé. Tel est le fond du débat souffre de celle passion malsaine, de cette véritable entre les premiers luthériens et les tenants de la doc­ luxure qui vous pousse à corrompre la doctrine, dom­ trine traditionnelle. Dominique Soto le remarquait mage sans pareil qui lui vient des docteurs scolas­ déjà. De natura et gratia, Anvers, 1550,1. 1, c. xi, p. 32. tiques. > Éd. de Weimar, t. î, p. 677, L 9. Aussi peut-on dire avec Bellarmin : « Toute la controverse entre catholiques ct luthériens est de savoir si Deux mois après, il précisait : < Assurément saint la corruption de la nature el surtout la concupiscence Thomas, le bienheureux Bonaventure, Alexandre de Haies sont des hommes remarquables; il n’est pour­ en soi, telle qu’elle demeure dans les baptisés ct les tant que juste de leur préférer la vérité, puis l’autorité justes, est proprement le péché originel. » De amissione du pape ct de l’Églisc... Depuis plus de trois cents ans gratiæ et statu peccati, 1. V, c. v, Opera, éd. Vivès, t. v, P· 40L les universités, tant d’esprits remarquables n’ont su que peiner sur Aristote, répandant scs erreurs plus 2° Zivingle, — A l’opposé de Luther qui exagérait la encore que le vrai qu’il avait pu enseigner. » Weimar, corruption de la nature humaine, el proclamait l’in­ capacité absolue de la nature déchue pour le bien, t î. p 611, 1. 21. Par contre, il subit l’influence de l’école augustiZwingle, cn humaniste, acceptait ct enseignait la pos­ nienne qui s'autorise du Maître des Sentences. Plus | sibilité pour l’homme de connaître Dieu, quamvis par­ encore que les influences d’école, ses expériences per­ cius et obeurius, en dehors de la révélation. Après avoir sonnelles l’amènent a des vues pessimistes sur la con­ d’abord confessé la culpabilité de la nature déchue, il dition de l'homme déchu, et le conduisent ainsi au en vint à regarder le péché originel seulement comme delà des vues des plus sombres augustiniens. Il iden­ un défaut de cette nature, une dette de mort ct de pénalités contractée t l’occasion de la faute d’Adam. tifie le péché originel avec la concupiscence comme Diximus originalem contagionem morbum esse, non telle, et enseigne la permanence de cc péché dans le peccatum; servum nasei misera conditione, non culpa baptisé Dès ses Dictées sur le psautier, il écrit : · Dans ! Défense et précision de la doctrine en face de i-A Réforme. — Depuis les controverses pélapicnncs, l'Église n’avait point eu â intervenir solen­ nellement pour préciser la doctrine définie aux conciles de Carthage, de Milève ct d’Orange. Durant plus de mille ans, elle s’était contentée de maintenir cette doc­ trine par la vole ordinaire de renseignement de scs évêques ct de scs docteurs; scs théologiens l’avaient approfondie dans de sérieuses discussions d’école : une Intervention du concile provincial deSoissons.cn 11 10, appuyée par la réaction de l’Écolc, avait eu vite raison de la théorie d’Abélard, ct l’opinion minimistc, sem­ blable à celle-ci, de Durand de Saint-Pourçain avait été repoussée non moins rapidement au χιν· siècle. L’Églisc était donc en possession tranquille de sa foi quand surgirent, cn des sens divers, les idées révo­ lutionnaires des réformateurs. Cc fut pour elle l’occa­ sion, au concile de Trente, d'affirmer et de préciser solennellement la foi traditionnelle cn face de l’erreur; cc fut l’occasion, pour ses théologiens, d'opposer, d’une part, à l’idée pessimiste de Luther et de Calvin, d’autre part, à l’idée trop optimiste de Zwingle sur la nature humaine, l’interprétation catholique plus mesu­ rée du péché originel ct de ses suites. — 1° Idées des réformateurs sur le péché originel. — 2° Condamna­ tion des doctrines de Luther (col. 513). — 3® Opposi­ tion des théologiens catholiques aux premiers réfor­ mateurs (col. 527). j · I | ί | | I | I 3 I I DE r/us qui \ii nascitur, neque crimen. De precato originali. Opera, éd. M. Schuler et J. Schulthcss. X vol , Zurich, 1822 1812. t. in. p. 629. Selon lui, la simple inclination a pécher par amour de sol, en quoi consiste le péché héréditaire, n’entraine pas la damnation, ct les païens eux-mêmes peuvent être sauvés Ibid., p. 633-631. C’est contre ccs tendances pélagienncs que le concile de Trente va rappeler l’existence d’une culpabilité véritable transmise, par suite de sa faute, par Adam a scs descendants. //. ro.v/>.ijr,v.4 77/>.v m:s erreur# rh LU Tu EH. CONSTITUTION nu CONCILE DE TRENTE SUR LE PECUE ORIGINEL.—-Déjà parmi les II propositions de Luther, condamnées par Léon X, dans la bulle Exsurge D|. En ce qui concerne la recherche de la nature du pêché originel, on devra laisser de côté les discussions d'école sur la définition de cc péché; on suivra la méthode des anciens conciles qui ont plutôt décrit celui-ci par ses cfïcts que par une définition abstraite. Ibid., p. 163 Dès le 25 mal, les théologiens mineurs avaient donné leurs réponses : voir Summa responsionis theologorum ad suprascriptos articulos, Ibid., p. 161165. Le 26, leurs notes étaient soumises au concile; le président, de! Monte, y joignit un recueil des anciennes décisions des papes ct des conciles concernant le péché originel, ct proposa de les utiliser pour le pré­ sent decret, soit cn les incorporant telles quelles, soit cn y faisant les modifications nécessitées par les cir­ constances. P. 166, 170-172. L'évêque de Jacn, Pachcco.exprima le souhait qu’on s’occupât, à l'occasion du péché originel, de la con­ ception de la Vierge et que l’on définit la question sur ce point; le général des augustins ct celui des servîtes, au contraire, étaient d’avis de sc taire sur l’imma­ culée conception. Il y avait péril à ce que la discussion s’éternisât sur cc point entre les écoles, dominicaine cl augustinicnnc d’une part, et franciscaine d'autre part. L’évêquc d'Aquino proposa de suite l'idée à laquelle devait se rallier partiellement le concile : pro­ mulguer la bulle de Sixte IV. P. 168. Enfin, le cardinal de Sainte-Croix ramena les Espa­ gnols. qui faisaient dévier In question sur un objet diffé­ rent (la résidence), au programme dicté par les lettres apostoliques : il s'agissait présentement d’examiner les anciennes décisions qui venaient d’être soumises aux Pères ct qui expliquaient la connaissance, la pro­ pagation ct la malice du péché originel, de les accepter telles qu’elles, s’il y avait heu. ou d’y ajouter quelque chose selon les nécessités du temps. P. 169. Cc programme fut réalisé le 31 mai. On voit, en cette scène, s’affirmer la dilTcrvnce des points de vue thomiste el augustinicn, surtout cn ce qui concerne la nature du péché originel. Les évêques de Molola et de Dosa, dominicains, s’attachent particulièrement â reproduire non seulement les pensées, mais même les expressions de saint Thomas sur les questions posées. P. 178-181; cf. Pallavicini. op. cit., p. 175-177. En résume, quelques-uns étaient d’avis de sen tenir aux textes anciens de Milève ct d’Orange, sur l'existence du pèche originel, et de s’abstenir de dis­ cuter sur sa nature. Ceux qui répondirent plus longuement le tirent dès lors dans le sens où sera rédige le décret; ils dirent cn somme : quod Adam post ejus pr.roaricationem amisit justitiam et sanctitatem in qua constitutus juerat ; ac proplerea incurrit iram Dei et mortem.,.; quse Adtr pnrvaricatio non solum sibi, sed toti generi humano nocuit pœnasque corporis et animi meruit. Quod pec­ catum unicuique inest proprium, truns/unditurque in nos, per propagationem, non per imitationem. P. 18L Sur la peine des enfants morts sans baptême, tous sont d'accord à reconnaître qu’ils n’ont â subir que la peine de la privation de la vision béatillque. — La majorité de l'assemblée s’accorde à exclure la Vierge de la souillure originelle. Quelques-uns demandent (pi’on définisse le privilège de l'immaculée conception. Le ir chapitre. De remediis, fut abordé le I juin et discuté pendant deux jours. Tous furent d’avis que le remède du péché originel, c'est le baptême. Le général des august ms. cependant, ù la suite de Jérôme de Bologne, évêque de Syracuse, exprima le désir qu’on T. — XII — 17 515 PÉCHÉ ÜHIGINEL. LE CONCILE DE THEM E 516 mil en premier lieu la foi comme cause dc la destruc­ dum communem legem, Pacheco demanda qu’on y tion du péché originel. P. 191. Il y avait surtout â dis­ ajouta quelques mots, pour sauvegarder le privilège de Marie. Quelques-uns même voulaient qu’on définît cuter le degré d’efficacité du baptême et à réfuter les arguments des luthériens selon lesquels la concupis­ ledit privilège; la majorité, cependant, tout en recon­ naissant qu’il fallait réserver le cas de la vierge Marie, cence s identifie avec le péché originel et demeure décida dc s’en tenir au décret de Sixte i V. Au lieu de apres le baptême. maintenir la phrase peccatum cui pro perna debetur C’est cc que firent les Pères en dc nombreux dis­ cours : p 185-193» où ils démontrèrent, par l’Écrilurc, I utraque mors corporis ct ariiniœ..., le général des augus­ tius avait proposé : mors corporis cl peccati, p. 203; la tradition» particulièrement par des textes de saint Augustin, que la concupiscence comme telle, surtout plus généralement, on demanda la correction suivante: dans les baptisés, n’est pas proprement le péché peccatum quod est mors animic. Au c. ni, à la place de l’incise : (si quis) negat ipsum originel. Le général des augustins. celui des seniles, avec meritum nobis per fidem et fidei sacramentum applicari San l’elice, évêque de Cnva, tout en convenant que le anathema sit. Huic enim omnes prophetic testimonium baptême ne fait pas que couvrir le péché, mais qu'il perhibent, remissionem peccatorum accipere per nomen éteint ce qui fait le fond du péché, tout en condam­ ejus omnes qui credunt ineum...,p. 197 ct 208, les Pères nant l’erreur luthérienne, voulaient cependant qu’on proposèrent de supprimer per fidem, â cause des ne condamnât pas l’école augustinicnnc : ils parais­ petits enfants qui ne font pas d’acte dc foi, et aussi saient admettre q ic la concupiscence elle-même, con­ les mots : Huic enim...; on ajouterait, pour mieux pré­ ciser le moyen de rémission du péclié originel : bap­ sidérée isolément, a quelque chose qui tient du péché, qui ne s’impute plus d’ailleurs après le baptême; ils tismi sacramentum, in forma Ecclesiic rite collatum, admettaient qu’on l’appelât d’une certaine façon tam adultis quam parvulis. « péché ». Tel est le sens exact des déclarations dc Le dernier chapitre, particulièrement, fut l’objet de St-ripandi P. 195. discussion. On y lisait : Synodus fatetur in baptismate Le général des servîtes, qui avait été traité de fau­ non modo remitti reatum originalis peccati, sed totum teur d'hérésie luthérienne par l’évêque de Majorque, id auferri, quod veram et propriam peccati rationem demanda, dc son côté, aux Pères du concile que l’on sc habet, auferri scilicet non radi neque tantum non impu­ gardât bien de paraître condamner une école en con­ tari, p. 197. Certains pensèrent que les mots quod damnant des hérétiques; il réclama l'indulgence pour veram et propriam peccati rationem habet étaient super­ certains théologiens qui qualifiaient dc « péché · la flus, d’autant plus qu'un peu plus bas il était parlé concupiscence sursi vaut au baptême, ct affirma enfin dc reliquiæ peccati dans le baptisé. Ainsi, Scripandi la thèse reçue dc tous : la concupiscence n’est pas pensait qu’il était mieux de dire simplement tollit vraiment un péché, mais peut être dite en quelque omne quod peccatum est. Mais la majorité maintint façon un péché. l'expression plus précise : · Tout cc qui a vraiment et Bref, comme il appert du résumé officiel des idées proprement caractère de péché cl. proposa de rem­ proposées dans les séances des I et 5 juin, p. 195. on placer l’expression équivoque reliquias peccati par Aoe ^’accordait complètement sur le remède du péché ori­ vitium, has passiones, ou hanc concupiscentiam, de ginel. sur son efficacité, cl sur la condamnation de la façon à écarter toute idée, dans le baptisé, d’un reste’ thèse dc Luther d’après laquelle lu concupiscence dans de péché; la concupiscence en lui n’a nullement le les baptisés resterait coupable tout en n’étant pas caractère de péché, p. 207. La discussion fut vive à Imputée. l’occasion d’un passage où le décret affirmait qu’il ne 3. Proposition et discussion du décret (8 juin). - reste rien d’odieux â Dieu dans ceux qui renaissent. Lorsqu’on fut d’accord sur le fond, on chargea une Scripandi ct d’autres augustiniens s’y opposaient, car. commission dc formuler le décret, conformément ù ce disaient-ils, la concupiscence reste dans les baptisés; que l’on avait adopté. Le texte fut envoyé à tous les or, elle y est source du péché que Dieu hait. Par le fait, Pères le 7 juin cl. dès le lendemain, on procéda a son il y a donc, dans le baptisé, quelque chose d’odieux a examen. Dieu du fait dc la concupiscence, p. 203 et 209. · Selon a) L'exposé de ta doctrine. - Cet exposé, dans la Augustin, disait Scripandi, la concupiscence n’est pas première rédaction, comprenait un prologue et quatre une propriété de la nature, comme plusieurs le sup­ chapitres. Presque tous les Pères furent d’accord pour posent, mais une corruption ct une révolte de la que I on modifiât quelques expressions du prologue, nature; il lui semblait donc qu’il fallait retrancher comme celle-ci : oportet hirreses esse; ce qui laissait ces expressions et y substituer les autres, prises de daiilcurs intact le sens de ce morceau. saint Augustin lui-même : que, dans ceux qui renais­ Dans le c. rr, où l'on disait qu’Adam avait perdu sent. il ne reste aucune iniquité, mais seulement une sanctitatem et justitiam, in qua creatus fuit, certains grande faiblesse; que. comme elle déplaît ù Dieu, il Pères réclamaient l’expression rectitudinem à la place faut travailler toute sa vie â s’en défaire, jusqu'à ce de sanctitatem, car il \ avait discussion dans l’école que lui-même guérisse toutes nos langueurs cl rachète noire vie dc la corruption. Dans Pallavicini, t. n. sur la question de savoir si Adam avait été créé dans l’étal de grâce ou de sainteté. De même à l’expression I. VIL c. IX. p. 182. Il fut répondu à ces objections « Adam avait perdu la grâce dans laquelle il fut créé dans les discours dc la séance du 8 juin. Voir Concit. (creatui) ·, on substitua celle-ci : « dans laquelle il fut Trid.. p. 20 1-208. constitué (constitutus) ». car on discutait aussi, dans On remarquera que la phrase proposée à la discus­ I École, la question de savoir si Adam avait joui de la sion : Has reliquias peccati, quas Ii. Paulus aliquando sainteté des le moment même do sa création. peccatum vocat. Ecclesia n catholicam numquam intelOn disait aussi, dans ce projet, qu’Adam était tout texisse quod vere peccata sint, sed quia ex peccato sunt, et entier dégénéré, dans son corps et dans son âme, et ad peccatum inclinant, p. 197. ne comprend point qu'aucune partie de celle-ci n’était demeurée intacte encore l’incise quod vere et proprit in renatis peccatum tnulla etiam animer parte ilhrsa durante), beaucoup sit. Celte incise laisse ouverte la question de savoir si demandèrent le retranchement de ces dernières exprès la concupiscence n’a pas caractère de péché in non renatis. duns, parce qu’elles paraissaient s’étendre jusqu’aux Enfin, on fut d’accord pour enlever du décret la sen*. Au c u, la proposition générale affirmait la trans­ dernière phrase Ad hanc dicendi rationem non impro­ mission du péché originel a tous les hommes : secun­ bat, quod in scholis compendio dici solet, manere in 517 PÉCHÉ ORIGINEL. LE CONCILE DE TRENTE baptizatis peccati originalis materiale, formali sublato, p. 197. La maintenir, c’eût été se conformer, sur un point, au langage des scolastiques, d’après lesquels c’est la partie matérielle ct non formelle du péché ori­ ginel qui reste après le baptême. Or, on ne voulait point, pas plus ici qu'alllcurs, faire intervenir l’Êglise en une question d'opinion; on préférait formuler les décisions nouvelles avec les expressions mêmes des anciens Pères, p. 205, et l’on pensait que c’était plutôt aux scolastiques a sc conformer à l’esprit et au langage dc l’Êglise catholique qu’aux Pères du concile Λ enfer­ mer la vérité traditionnelle dans un langage d’école. b) La condamnation des erreurs. - Le 9 juin, l’as­ semblée abordait la dernière partie dc sa tâche Immé­ diate : les erreurs sur le péché originel. On y lut un catalogue de tixj^e. erreurs tant an­ ciennes que nouvelles : Pelage, comme dc juste, venait en tête, puis Valentin, les manichéens et les prisclllianistes. En 3 lieu, on signalait les pélaglens, | quem etiam secutus est Erasmus, Paulum ad Rom., r, hujus peccati originalis nullam prorsus /acere mentionem i (dicentes). La Qy erreur, que parait suivre Piffhius, affirme que le péché originel n’est rien en nous, mais consiste dans la prévarication même d’Adam, aux res ocra nobis non insit, sed soli Adx. Lambet la^b) con- · sistent â dire, avec Martin Luther, que la concupis­ cence qui reste dans le EaptisiTcsVîe péclié originel. La ^rïst de Pj^agc qui ne voit, dans le péché origmel, que i TÎinitalion’TÎc la prévarication d’Adam. La@ est de , l *é 1 age qinrs uit^lartin Luflier : elle consiste à dire que le^ baptême li^st pas^Tiéccssmre aux enfants pour | expier le péché d’origine. La® est encore du même: Martin Luther s'en approche; d’après elle, les enfants inocL· sans b â ptême ne sont pas damnés, mais sauvés. LaUOja été proposée par les psalliani, les euchiles, les messaliens (ces trois noms désignent les mêmes s^ClaijKsl^ej^les manichéens lorsqu’ils disaient que le j baptêmenesert dé ricnTaux enfants. Les anabap- ; listes la renouvellent. La £î*)cst celle des mêmes arn^Irnpt isles qiüprétcndcnt que l’on doit rebaptiser les cnfants7XaQ2^rétcnd que les actes des entants sont des péchés, qïTC c'est là le péché originel et qu’ils n’ont besoin du baptême que pour expier ces péchés. La J3*/consiste à dire qu’il y a plusieurs péchés originels. I chacune dc ces erreurs, disait-on, trouve des défen­ seurs aujourd’hui. 1‘. 212 21.’’» I Cc catalogue d’erreurs fut distribué aux trente-deux théologiens mineurs, ainsi que le décret qui avait été discuté en congrégation générale le 8 juin. Ceux-ci discutèrent ces documents les 10 et 11 juin. Les conclusions proposées par eux sont, dans l’en­ semble, les mêmes que celles des Pères, et celles qui en diffèrent ne sont point importantes. P. 217-218. I. Adoption des projets, — Le 11 juin, lundi dc la , Pentecôte, une dernière rédaction du décret, avec les corrections demandées, était communiquée en congré­ gation générale. Après avoir donné connaissance de cette rédaction, le cardinal Pole y ajouta lecture des changements qui avait été apportés au premier texte présenté le 8 juin. Puis il exhorta les Pères « à considé­ rer attentivement l’importance du décret, Λ ne pas sc confier en leurs propres lumières, mais à prier Dieu d’éclairer les âmes pour connaître la vérité, car il s’agit d’un mystère révélé dont nous ne pouvons autre­ ment avoir l'intelligence parfaite, puis il essaya de faire ressortir les effets et les remèdes du péché originel pour l'insl ruction de Γ Enlise P. 229. j Après celte exhortation, les Pères passèrent â l’exa­ men du nouveau décret; les discussions portèrent sur­ tout sur la question de l’immaculée conception et sur le sens à donner au texte : in renatis nihil odit Drus. Pacheco proposa, au lieu de l’article inséré au décret sur la conception de la Vierge, une phrase qui affir­ 518 mait une exception en faveur rie Marie. P. 220. 11 entraîna vingt quatre Pères qui votèrent dans cc sens; par contre, le dominicain Casella apporta, en faveur dc la thèse négative, chère à son ordre, une série d’autorités, s’échelonnant dc saint Augustin au concile de Florence. P. 221-220. Mais on n’était pas réuni pour définir une question qui n’était pas mûre. Cervini exhorta les Pères dans cc sens. « Aussi, quand vinrent les placet. Pacheco n’eut que neuf voix pour sa requête : trente-sept Pères sc prononçaient pour le maintien du texte présenté. » P. Richard, op. cit , p. 290; Conc. Trid., p. 223. Le mercredi 16 juin, le décret fut confirmé par 38 Pères sur 63 votants. Il y avait en plus 8 placet avec quelques modifications; 17 suivaient le cardinal Pacheco^ qui tenait toujours à présenter son décret sur l’immaculée conception. Celui-ci, malgré la demande du premier légat, maintint son instance. P. 236. Le jeudi après la Pentecôte, 17 juin, le concile dc Trente tint sa v· session où fut donnée lecture du décret sur le péché originel. Ce décret contenait un prologue, cinq canons touchant la chute originelle ct ses suites, les conséquences dc cette chute pour les des­ cendants d’Adam, la transmission du péché, la néces­ sité du baptême, le degré d’efficacité dc cc sacrement qui produit la régénération cl enlève tout péché sans détruire la concupiscence; enfin, une conclusion lou­ chant le cas privilégié de la vierge Marie. Douze Pères seulement,surlcs soixante-trois présents, lirent des réserves avec Pacheco, parce qu’ils trou­ vaient insuffisante la conclusion louchant l’exemption dc la sainte Vierge par rapport nu péché originel. 2° Texte ct analyse théologiqur du décret (texte dans Dcnz.-Bannw., n. 787-792). - 1. Prologue : l’t fides nostra catholica, sine qua impossibile est pla­ cere Dco (Hcb., xi, 6) pur­ gata erroribus in sua since­ ritate integra cl illibata per­ maneat, cl ne populus Chris­ tianus omni vento doctrin e circumferatur (Eph., iv, 1 li, cum serpens ille antiquus, humani generis perpetuus hostis, inter plurima mala, quibus Ecclesia Dei ids nos­ tris temporibus perturba­ tur, etiam de peccato origi­ nali cjusque remedio non so­ lum nova, sed vetera dissidia excitaverit : Sacrosancta œcum enica ct genendis Trldentina Synodus in Spiritu Sancto legitime congregata, praesidentibus in ea eisdem tribus apostolicæ Sedis lega­ tis, jam ad revocando* erran­ tes et nutantes confirman­ dos accedere volens, sacra­ rum Scripturarum ct Mincto­ rum Patrum ac probatissi­ morum concillonnn testimo­ nia ct ipsius Ecclesia· judi­ cium et consensum secuta, lure de ipso peccato originali statuit, fatetur ct declarat : A reflet de maintenir notre foi catholique, sans la­ quelle il est impossible de plaire ù Dieu, intègre et im­ maculée dans sa pureté, dèbnrassée de toute erreur» ct pour «pie le peuple chrétien ne soit point emporté à tout vent dc doctrine au moment ou le serpent antique, per­ pétuel ennemi du genre hu­ main, nu milieu de tant dc maux qui troublent l'Êglite en notre temps, vient encore susciter, même au sujet du pêché originel et dc son re­ mède, non seulement dc nouvelles, mais dc vieille* dissensions, le Micro-saint concile œcuménique et géné­ ral dc Trente, légitimement réuni dan* Γ Esprit-Saint, sou* la présidence des trois légats du Siège apostolique, voulant travailler désormais à ramener ceux qui errent, ct a confirmer ceux qui hési­ tent. ce saint concile, s’ap­ puyant sur le témoignage des sainte* Écritures, des saints Pères, des conciles très approuvés, sur le jugement et le consentement de l’Êglise elle-même, decide, con­ fesse et proclame les choses suivante* au sujet du pêché originel : Ce prologue rappelle, en une période majestueuse, chargée, dc sens» l'occasion, le but ct l’objet de cc décret. I.’occasion, ce sont ces dissentiments nouveaux et anciens ù la fois, qui viennent d’éclater au sujet du péché originel et dc son remède. 519 PÉCHÉ OH κ; IX EL. LE CONCILE DE THENTE Ce sont ces erreurs des réformateurs que le concile a étudiées minutieusement et dont il n dressé le tableau. Elks renouvellent l'antique erreur pélagicnne et y ajoutent des exagérations touchant les effets du pèche originel dans le baptisé. L’objet précis en est le péché originel et son remède. Le but poursuivi cc n’est point — les Pères l’ont répété souvent au cours des discussions — de décider les questions libres, abandonnées mix controverses de l’École, c’est, comme le proclame le prologue, de redresser les erreurs, de confirmer les hésitants, en rappelant la foi catholique, en s’appuyant pour cela sur les organes et interprètes authentiques de la révéla­ tion : les Écritures, les Pères, les conciles approuvés, le jugement el le consentement de l’Églisc elle-même qui s’exprime en un concile œcuménique, réuni dans l’Esprit-Sdlnt, sous la direction du pape, présent par ses légats. C’est dans ce but que le concile a défini les points qui suivent : 2. Chapitre î. - - Le pêche originel et ses suites pertonnelles dans Adam, Si qui* non confitetur, primum hominem Adam, cum mandatum Dei in para­ diso fuisset transgressus, statirn sanctitatem et justitiam, m qua constitutus fuerat, amisisse incurlsscquc per ofTcnsam prévarication!» hu­ jusmodi iram et indignatio­ nem Dei atque ideo mortem, quam antea illi comminatus fuerat Deus, et cum morte captivitatem sub ejus potes­ tate, qui mortis deinde habuit imperium (Ilcbr., II, I I), hoc est diaboli, totumque \dam per illam pnevarlcationis ofTcnsam secundum corpus vt animam in deterius commutatum fuisse, \. S. Si quelqu’un refuse de re­ connaître qu’Adnin le pre­ mier homme, ayant trans­ gressé, dnns le paradis, le commandement divin, per­ dit aussitôt la sainteté et la justice dans laquelle il avait été établi, et encourut, par roiTensc de cette prévarica­ tion, la colère et l’indigna­ tion de Dieu et. par suite, la mort dont Dieu Pavait au­ paravant menacé, et avec elle la servitude sous le pou­ voir de celui qui, dès lors, eut l’empire de la mort, c’est-h-dlre du démon, et que, par cc péché, Adam tout entier, selon l’âme et selon le corps, fut changé en un pire état, qu’il soit ana­ thème. A la base de la doctrine du péché originel se trouve l’existence de la faute qui bouleversa les destinées de nus premiers parents et conséquemment celles de toute leur descendance : cette chute personnelle du premier homme est ici affirmée et décrite surtout par les effets qu’elle comporte pour le coupable : un état de détério­ ration qui l’affcctc, corps et âme, dans tout son être. Le concile de Trente en effet déllnit ici, contre les néopclagiens du moment, celte vérité traditionnelle qui était déjà impliquée dans les deux premiers canons d’Orange (voir art. Ohaxoe, col. 1093), à savoir : le bouleversement de la situation d’Adam el d'Ève par suite de leur prévarication coupable. 1) ne fait que rappeler le fait du précepte divin cl de la désobéissance formelle d’Adam et aussi le carac­ tère supérieur de l’état dans lequel il avait été établi : c’était un état - de justice et de sainteté ». Selon la loi qu’il s’était faite de ne point dirimer les controverses d’école, mais de condamner les erreurs, le concile emploie le mot « établi » el non le mot « créé », pour éviter de définir ce qui faisait l’objet d’une discussion entre disciples de saint Bonaventure et disciples de saint Thomas. Les premiers pensaient qu'Adâm, créé d’abord in naturalibus, avait été ensuite élevé a la vio de la grâce; les seconds croyaient que le premier homme avait été élevé à l’état surnaturel en même temps que créé. C'est non moins sciemment que le concile consacre et maintient, après discussion, la distinction et l’em­ ploi des deux mots Justice et sainteté > pour décrire l’état dans lequel Adam avait été établi, cela malgré quelques Pères qui eussent désiré un mol plus vague. 520 rectitudo, pour laisser indécise la question de savoir si le premier homme avait été établi dans l’état de grâce. Par le maintien fin mol · sainteté ». le concile fait entendre qu'Adain a reçu lu grâce sanctifiante et son cortège de dons â côté de la droiture de la justice originelle. Le décret énonce directement les suites personnelles de la prévarication d’Adam : elle entraîne pour lui la perle de l’étal de justice et de sainteté dans lequel il a été établi, la colère et l’indignation de Dieu, lu mort et l'esclavage du démon, bref un état de détérioration qui l’affcctc dans tout son être Ce sont les effets attachés par la tradition commune â la faute d'Adam, avec quelques précisions cependant par rapport aux formules du concile d’Orangc, Tandis que celui-ci parlait « d’intégrité dans laquelle la nature a été constituée », le concile de Trente, par un progrès dans l’analyse de l’ctat primitif, parle < de sainteté et de justice ». Le concile d’Orange ajoutait à la formule totum, id est secundum corpus et animam, in deterius hominem commutatum, l’incise suivante sed anima libertate illiesa durante. Celle-ci avait un écho dans le décret primitif de Trente : nulla etiam anima parte illœsa durante. Notre décret ollicicl ne contient pas cette incise. C'est que, par l’introduction de celle-ci, les Pères craignaient de favoriser les exagé­ rations touchant la corruption intégrale de In nature humaine et sc réservaient de parler ailleurs de l’amoindrissement de la liberté consecutif à la faute originelle. 3. Chapitre n. — Le pêche originel et ses suites géné­ rales dans la postérité d'Adam. — Le premier homme avait reçu de la libéralité divine les dons de la justice et de la sainteté originelle non comme un bien per­ sonnel, mais comme un apanage de nature qu'il devait conserver, qu’il pouvait perdre aussi, pour lui el toute sa race. En fait, par sa prévarication, il a entraîné ses descendants avec lui dans un état non seulement mal­ heureux, mais fautif. Telle est la doctrine exprimée dans le 2e canon : Si <|tiis Ada· prievaricationem sibi soli et non ejus pro­ pagini asserit nocuisse, et ac­ ceptam a Deo sanctitatem et justitiam, (piam perdidit, si­ bi soli et non nobis etiam eum perdidisse, aut inquinatum illum per inobedienthe pec­ catum mortem et pœnns cor­ poris tantum in omne genus humanum transfudisse, non autem et peccatum quod mors est anima· ; A. S., cum contradicat Apostolo dicen­ ti : Per unum hominem pecca­ tum intravit in mundum, rt per precatum mors, rt ita in omnes homine.s mors pertran· siit in quo omnes peccaverunt (Bom., v, 12). Si quelqu'un soutient que la prévarication d’Adam ne fut nuisible qu’A lui et non A sa postérité, (pi*il a perdu pour lui seul, et non pas pour nous aussi, la justice et la sainteté qu’il avait reçues, ou qu'étant souillé lui-même par le péché de désobéissance il n’a transmis au genre hu­ main (pie la mort cl les au­ tres peines du corps, mais non le péché qui est la mort du Pâme ; qu’il soit anathème, car il contredit Γ Apôtre di­ sant (pie le péché est entre dans le inonde par un seul homme et la mort par le péché et qu'alnsi la mort est passée dans tous les hommes, tous ayant péché dans un seul. Le concile de Trente reproduit â peu près litté­ ralement le canon 2 du concile d’Orange. En celle assemblée on avait rappelé, contre toute tendance péla­ gicnne, que le péché d’Adam a été préjudiciable non seulement à lui-même, mais â tous scs descendants; on avait précisé, contre Pnuste de liiez, que le mal originel ne consiste pas seulement dans la transmission de la mort du corps qui est la peine du péché, mais aussi dans la transmission du péché qui est la mort de l’âme; ici l’on est amené à reproduire la même doc­ trine traditionnelle contre le pélagianisme nouveau de Zwingle. Celui-ci ramenait les conséquences de la chute à n’ètre que la transmission d’un état misérable. 521 PÉCHÉ OllIGINEL. LE 'CONCILE DE TKENTE des défauts de la nature humaine. Le concile rappelle qu’il ne peut être question seulement d’une vague déchéance physique, mats de la perte de la justice et de la sainteté, d’une mort de l’âme, d’un véritable péché transmis avec la peine de la mort et les autres peines du corps: cl. de cette doctrine, il montre, comme le concile d’Orange, l’indiscutable garantie dims le texte classique de saint Paul, Horn., v, 12. Il le cite naturellement d’après la Vulgate, et entend sans doute le relatif in quo < d’Adam en qui tous ont péché ». La formule ainsi comprise est, de fait, plus explicite que ne l’est le texte original en faveur de la transmission du péché originel. Mais l’argument garde sa valeur. Voir, ci-dessus, col. 308 sq. Ce que les Pères de Trente, dans leur catalogue d’erreurs, qui n’a pas eu d'ailleurs de consécration officielle, reprochaient à Érasme, c’était non pas précisément d’abandonner le sens relatif de in quo, mais de ne pas reconnaître, dans le passage de saint Paul, la mention que l’Apôtre fait du péché originel. Sur l’exégèse d’Érasme, voir J. Freundorfcr, op, rit. p. 159-160. Pour avoir une idée complète des suites générales qu'entraîne la faute originelle pour toute la race, d’après le concile de Trente, il faut rappeler encore le c. i du décret de la justification qui traite de l’im­ puissance de la nature déchue et de la loi à recouvrer la justice, c. î, Dcnz., n. 793, et le canon 5, n. 815, où il est question du libre arbitre. Dans le premier chapitre du décret sur la justifica­ tion, on déclare que. dans la prévarication d’Adam, tous les hommes ont perdu l'innocence, naissent impurs el enfants de colère, qu’ils sont esclaves du péché et sous la puissance du diable, au point que ni les gentils ne pouvaient s’en délivrer par les forces de la nature, ni les Juifs par la lettre de la Loi, et l’on ajoute que le libre arbitre n’est pas éteint en eux. bien qu’il soit diminué dans scs forces et incliné (vers le mal). » Le canon 5 de la même session vi complète cc qui est dit â la session v : « Si quelqu’un déclare que le libre arbitre, après le péché d’Adam, est perdu ou éteint, ou une chose d’apparence seulement, rem r.w de solo titulo, bien plus, un titre sans réalité, titulum sine re, une invention de Satan dans l’Églisc. figmentum a Satana invectum in Ecclesiam, qu’il soit anathème. On condamne ici les expressions mêmes où Luther affirme l’irrémédiable corruption de la nature déchue et par liculièrcmeqt de son libre arbitre. En revanche, on écarte, au c. i, l’expression · gravement blessé » et l’incise · par la soustraction des dons gratuits ». voir donc. Tnd.A.v,p. 115, pour y substituerdétinitivemeni 1rs mots « diminué de force et incliné *,afln de ne favo­ riser l’opinion d’aucune école. Les expressions choisies, en effet, suivant la volonté constante du concile, tout en répudiant l’erreur, s’adaptent indifféremment aux deux opinions alors reçues. Les thomistes et les scotistcs réduisaient cette diminution de force et cette inclina­ tion du libre arbitre ù la seule perte des dons de la grâce, les augustiniens voulaient qu’outre cette perle des dons de la grâce on entendit encore par là une certaine dégénérescence des forces auxquelles l’homme n droit par sa nature. En résumé, d’après le concile, le péché originel a fait perdre certainement à Adam et à toute sa descendance la possession de la grâce, sanctitatem, celle des dons préternaturels, justitiam (exemption de la concupis­ cence, de la douleur et delà mort),qui perfectionnaient l.i nature et donnaient particulièrement au libre arbitre une facilité de soumission à Dieu. 11 entraîne, de cc chef, un affaiblissement du libre arbitre, tout au moins par comparaison avec la perfection que celui-ci tenait des dons préternaturels. 522 Cet affaiblissement doit-il s'entendre seulement par comparaison de l'état actuel avec l’état de justice originelle, ou de plus par rapport aux forces que l’homme devrait tenir de sa nature normale, le concile ne veut pas répondre a cette question et la laisse a la discussion de l’École. 11 reste qu’en reprenant dans l’ensemble la doctrine du concile d’Orange sur l'affaiblissement du libre arbitre (infirmatum, Insum, c. vin, xin, et inclinatum, attenuatum, c. xxv) le concile de Trente ajoute que celui-ci n’est pourtant pas supprimé par la chute minime, exstinctum. Par la s’affirme une précision et un élargissement de point de vue qui est nécessité par l’erreur luthérienne. Tandis qu’en face du rationa­ lisme pélagicn, l’Églisc, a la suite de saint Augustin, était attentive surtout â proclamer l'insuffisance radi­ cale de la nature et à marquer, en fait, ce qui manque à celle-ci pour atteindre sa tin historique, elle sc devait, en face du pessimisme luthérien, sans rien renier de son passé, d’affirmer cc qui reste de force a la volonté dans l’ordre moral pour coopérer â la grâce. Tout en affirmant la transmission, par suite de la faute d’Adam, d’un état non seulement malheu­ reux. mais coupable, tout en reconnaissant que le péché originel a eu pour effet de modifier profondé­ ment l’état de l’humanité, elle a désavoué, dans les canons de Trente, les exagérations d’un pessimisme spirituel que Luther voulait imposer au nom d'un augustinisme exagéré. I. Chapitre ni. — Caractères propres du pe'chè origi­ nel. — C’est un péché transmis par voie de propaga­ tion héréditaire, cl non point commis par un acte d’imitation: c’est un péché immanent et propre à chacun, qui ne peut être enlevé par d’autre remède que par celui des mérites du Christ. Le 3·canon anathémalisc ceux qui le nient : Si quis hoc Ad:»· pecca­ tum, quod origine unum est, et propagatione, non imita­ tione. transfusum omnibus inest unicuique proprium, vel per huiniina· vires, vet per nllud remedium asserit tolli, quam per meritum unius mediatoris Domini nos­ tri Jesu Christi, qui nos Deo reconciliavit in sanguine suo, jactus nobis justitia, sanctificatlo rt redemptio 11 Cor., i, 30); aut negat ipsum Christi Jesu meritum per baptismi Micnimcntum, in forma Ec­ clesia· rite collatum, tam adultis quam parvulis appli­ cari. S. quia non est aliud nomen sub nrlo datum homi­ nibus, in quo oporteat nos salvos fieri (Act., iv, 12). Inde illa vox : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit precata mundi (Jan , i, 29), et illa : Quicumque baptixatl estis, Christum induistis (Gid., in. 27). Si quelqu’un déchire que ce péché d’Adam, qui est un dans sa source cl transmis non par imitation mais par propagation, qui est en nous, ou il devient propre ù cha­ cun, s’efface soit par les forces de la nature, soit par un autre remède que par le mérite de l’unique médiateur Notre-Seigneur Jesu^-Christ, qui nous a reconcilies avec Dieu dans wn sang, devenu pour nous justice, sanctifica­ tion et redemption; ou si quelqu’un nie que ce mérite s’applique tant aux adultes qu’aux enfants par le bap­ tême confère selon la (orme de l’Églisc, qu’il soit ana­ thème. Car il n’est pas d’autre nom sous le ciel, donne aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. De la cette parole : < Voici l’Agneau de Dieu; voici celui qui efface les péchés du monde . et cette autre : » Qui que von* soyez qui avez été baptisés, vous avez revêtu le Christ. · Le 9 juin, dans le tableau des erreurs sur le péché ori­ ginel. on avait signalé au η. I la doctrine quem Pighius se(pii videtur, peccatum originale nihil esse in unoquoque nostrum, sed esse dumtaxat ipsam Ada· pnrvaricationem qtuv revera nobis non insit, sed soli Adir. Par oppo­ sition ù cette erreur, sans doute, est affirmée ici l’iinrnanence du péché originel â chaque individu, non que ce péché jaillisse de chaque volonté par un acte per­ sonnel. qui imiterait la prévarication d’Adam. mais parce qu’il est transmis par propagation héréditaire. 523 PÉCHÉ ORIGINEL. LE CONCILE DE TRENTE Seuls 1rs mérites du Christ peuvent remetire ce péché : c'est une vérité que le concile d’Orange avait présenter déjà sous ses aspects variés, et qui est appuyée, ici. sur des textes scripturaires choisis. 5. Chapitre iv. — *Véc«s//é du baptême comme remède du pêché originel. Si quis parvulus recentes Si quelqu'un dit qu'il n'est ab uteris matrum Imptizan- pus nécessaire de baptiser les do« negat, etiamsi fuerint n nouveau-nés, même s'ils sont baptizatis parentibus orti, de parents fidèles, ou dit aut dicit in remissionem qu'on les baptise sans doute quidem peccatorum eos bap­ pour la rémission des péchés, tizari, sed nihil ex Adam tra­ mais que du péché originel here originalis peccati, quod d'Adam ils n'apportent rien regenerationis lavacro ne- qui doive être expié par le cessc sit expiari ad vitam bain de la régénération, pour ictcmam consequendam, un­ obtenir la vie éternelle; en de fit consequens, ut in cis sorte que, pour eux, la for­ forma baptismatis in remis­ mule du baptême in remis­ sionem peccatorum non ve­ sionem peccatorum n'a qu'un ra, sed falsa intclligatiir : A. sens Impropre, qu'il soit ana­ S. Quoniam non aliter intelll- thème. Car les paroles de gendum est id, quod dicit l’Apôtre :· Par un seul homme Apostolus : Per unum homi­ le péché est entré dans le nem peccatum intravit in monde rt par le péché la mort, mundum et per peccatum et ainsi est-il passé dans tous mors, et ita in omnes homine i les hommes, qui ont tons pé­ pcrtransill, in qun omnes pec­ ché or. lui ·, ccs paroles ne caverunt (Hom., v, 12). nisi peuvent s'entendre que de la quemadmodum Ecclesia ca­ manière dont les a toujours tholici ubique di(Tu*a sem­ entendues l’Églisc catholi­ per intellexit. Propter hanc que partout répandue. C'est enim regulam fidei, c.x tradi­ bien ù cause do cette règle de tione apostolorum etiam fol que les petits enfants mê­ parvuli, qui nihil peccatorum mes, lesquels n'ont pu com­ In wmetipsis adhuc commit­ mettre aucune faute person­ tere potuerunt, Ideo in remis­ nelle, sont en toute vérité sionem peccatorum veraciter baptisés pour la rémission des baptizantur, ut in cis rege­ péchés, afin que la régénéra­ neratione mundetur quod tion purifie en eux ce que la generatione contraxerunt. génération leur a fait con­ Nisi mini quis renatus fuerit tracter. « En ellet, si quel­ ex aqua et Spiritu San:to, non qu’un ne renaît de l'eau et île potest introire (n regnum Dei. l'Esprit-Salnt. il ne peut en­ (Joa., m. 5.) trer dans le royaume des deux. · propriain peccati rationem habet, sed illud dicit tantum radi aut non Imputari. A. S. In renatis enim nihil odit Deus quia nihil est damna­ tionis iis gui vere conseputti sunt cum Christo ptr baptis­ ma in mortem (Roin„ vi. •D, qui non secundum carnem ambulant (Hom., vm, 1) sed vettrem hominem exuentes et novum qui secundum Deum creatus est, induentes (Eph., iv, 22 sq.; Coi., m, 9 sq.), in­ nocentes, Immaculati, puri, innoxii, ac Deo dilecti filii effecti sunt, heredes quidem Dei, coheredes autem Christi (Hom., vm, 17), ita ut nihil prorsus cos ab ingressu cæli remoretur. Manere autem in baptizatis concupiscentiam vol fomitem hire sancta Sy­ nodus fatetur et sentit, qua· cum ad agonem relicta sit, nocere non consentientibus sed viriliter per Christi Jesu gratiam repugnantibus non valet. Quinimo qui legitime certaverit coronabitur (UTim., n,5). Hanc concupiscentium, quam aliquando Apostolus peccatum (Hom., vi, 12 sq.) appellat, sancta Synodus de­ clarat Ecclesiam catholicam numquam Intellexisse pec­ catum appellari, quod vere et proprie in renatis pecca­ tum sit, sed quin ex peccato est el ad peccatum inclinat. Si quis autem contrarium senserit. A. S. 524 blement cl proprement ca­ ractère de péché; «i quel­ qu'un dit, au contraire, que le péché est seulement com­ me raté . i u..u Imputé, quMI soit anathème. Car Dieu ne hait rien dans ceux qui sont véritablement régénères cl il n'y a point de condamnation pour ceux qui sont ensevelis véritablement avec le Christ par le baptême, qui ne mar­ chent pas selon la chair, mais qui, dépouillant le vieil homme et rovêtant le nou­ veau qui n été crée selon Dieu, sont devenus inno­ cents. purs, fils chers à Dieu, héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, de telle sorte «pic rien m· s'oppose à leur entrée dans le ciel. Mais le saint concile confesse el pense que la concupiscence ou le foyer du péché reste dans les per­ sonnes baptisées; il sait que, nous étant laissée pour nous exercer, elle ne peut nuire â ceux qui, loin do consentir, résistent courageusement, ai­ des de la grâce de JésusChrist, qu'au contraire celui qui aura mené le bon com­ bat sera couronné. Cette concupiscence appelée quel­ quefois · péché · par l'Apôtre, le saint concile le décla­ re, l'Églisc n'a jamais com­ pris qu'elle soit véritable­ ment et proprement péché dans les personnes baptisées, mais on la nomme ainsi par­ ce qu'elle vient du péché et qu'elle porte au péché. Si quelqu'un pense le contraire, (pi’il soit anathème. (/est ici que le concile oppose à l’erreur luthérienne fondamentale sur l’identification de la concupiscence C’est à peu près littéralement la reproduction du 2* canon du concile de Carthagû(Milèvo). Dcnz.,n. 102. [ comme telle avec le péché originel, et conséquemment sur la permanence de ce péché dans le baptisé, la Il était opportun, dans cc décret, de rappeler la vérité catholique sur la destruction complète du péché nécessité du baptême contre la grande erreur pélaglcnnc, renouvelée par Luther, en cc qui concerne · originel par le baptême, et sur la permanence de la concupiscence comme épreuve salutaire dans le bap­ l’inutilité du baptême des enfants pour l'acquisition tisé. Tandis que la bulle Exsurge, dès 1520, sc conten­ de la vie éternelle On lit. en ellet. dans le tableau des tait de condamner l’erreur : ht puero post baptismum erreurs qu’avaient en vue Içs Pères : .Vo/iu.% ejusdem negare remanens peccatum est Paulum et Christum etiam Pelagii, ad quem errorem Murtinus Lutherus simul conculcare, Dcn/., n. 712, ici, la vraie doctrine accedere videtur, puellos non baplEatos morientes non est clairement allirmée. Pour l’exprimer, le concile damnari, sed salvari el vita' irlrrnir fieri possessores, emploie les termes mêmes de Paul el d’Augustin quê Ucet ad regnum Dei non perii neant. Cone. Trid., p. 212Luther voudrait accaparer en faveur de son erreur. 213. De là, sans doute, l’addition de l’incise ad vitam Il fonde son axiome : In renatis nihil odit Drus sur de >ternum consequendam au canon de Carthage. multiples passages de l’Apôtre et, pour exprimer la totale Ici comme à Carthage, on alllrmeen passant que la génération est le moyen de propagation du péché ori­ destruction du péché par le baptême, et préciser le sens authentique que l’Églisc attache a la concupiscence, ginel. Ce que l’on doit entendre d’une génération dans les baptisés, il utilise 1rs expressions mêmes dont humaine normale, selon l’explication suivante donnée \ugustin se servait contre les erreurs de son temps. ii la tess. vi. c m. Dcnz., n. 795 : · Les hommes ne \vcc lui, il enseigne que le baptême fait complète­ n diraient pas injustes, s’ils ne naissaient pas d'Adam ment disparaître tous les péchés : auferre crimina, non par voie de propagation séminale, car c’est en vertu radere; nce ut omnium peccatorum radices in mala de cette propagation qu’ils lui doivent de contracler, carne teneantur quasi rasorum in capite capiHorum, au moment où ils sont conçus, leur propre injustice. · 6. Chapitre v. L'efficacité du baptême; la persis­ unde crescant iterum resecanda peccata. Contra duas tance de ta concupiscence après le baptême. ep. pelag., I, xm, 26, P. L», t. xi.iv, coi. 562. \vec lui, il précise le sens de la concupiscence dans St qui* per Jesu Christi Si quelqu'un nie que. pur les baptisés : elle ne peut s’appeler « péché que dans Domini nostri grid in in, quo· la grâce de Jésus-Christ N«>un sens métaphorique, parce qu'elle vient du péché In baptismate confertur, rea­ tre-Scignour, qui est conférée rt incline au péché; elle est une épreuve salutaire. tum originali * percaU remitti dans le baptême, soit remise Comparer les termes du décret avec ceux d'Augustin, neuat. aut etiam a*serit, non l'offense du péché originel, et op. rit., n 27. col. 563, tolli totum hl quod vrnim t1 ôte tout ce qui n vérltn- 525 Pl'lCII K ORIGINEL. LE CONCILE LE TRENTE 526 (le faisant, le concile *e lien! sur le plan de la tradi­ perfection qu'elles tenaient de la justice originelle dans tion dogmatique cl légifère contre Terreur. S'il écurie laquelle l’homme avait été établi. la confusion faite par Luther entre la concupiscence Ce qui est rejeté, c'est surtout l’identification du comme telle cl le péché originel, il ne veut nullement mal humain avec la concupiscence, l'idée que la concu­ statuer sur ce qui constitue l'essence de cc péché. piscence, jusque dans ses mouvements spontanés, est C'est pour maintenir la liberté des écoles que Ton le centre du mal moral, que le baptême est impuissant a ajouté sans doute, en dernier lieu, au décret primitif à effacer le péché originel; que la corruption de la petite incise, in renatis: «quod verc et proprie in l’homme déchu est radicale, inguérissable Cc qui est renatis peccatum sit >. Par cette restriction les Pères affirmé â la suite de saint Paul, c’est que rien n'est ne définissent pas que la concupiscence est un péché désagréable a Dieu dans l'âme du baptisé qui connaît avant le baptême, mais Us laissent la liberté de le encore les mouvements spontanés de la concupiscence, penser. pourvu que sa volonté consciente et libre ne cède pas Plus tard, les august iniens orthodoxes pourront aux impulsions de ccs mouvements; cc qui est affirmé s'autoriser légitimement de cette liberté pour main­ avec saint Augustin, c'est que le libre arbitre déchu, tenir l'interprétation de l'évèquc d'Hlpponc touchant impuissant ù récupérer, par ses seules forces, ce qu'il a Tcsscmcc du péché originel, mais ils exagéreront en perdu, recouvre en fait, lorsqu’il est aide de la grâce invoquant pour leur sentiment le patronage positif du du baptême, la liberté efficace, celle de mériter, de Concile de Trente. Estius, In //UBt Sent., dist. XXX, 9, ' lutter contre la concupiscence, de remporter la vic­ écrit : « Bien que les Pères du concile de Trente n'aient toire, d'être couronné.C'est,en face de la thèse qui sou­ tient la corruption radicale de la nature, l'affirmation point voulu définir où est l’élément constitutif du péché originel el s’il faut le mettre dans la privation de la sainteté véritable» de la véritable liberté morale dans l’âme du baptisé qui veut coopérer ù la grâce. de la justice on dans la concupiscence, pourtant, pn enseignant que la concupiscence n’est pas un péché En lin, cc qui est ici désavoué» même dans la nature dans les baptises, ils semblent bien avoir voulu nous déchue laissée ù elle-même, c’est l'impuissance absolue laisser entendre qu’elle est un péché dans les non du libre arbitre; il n'est pas supprimé par la chute, il baptisés. » Bossuet, de son coté, écrit dans la Défense est seulement affaibli, dit le concile de Trente. Idles formules sont en progrès sur celle de saint Augustin : de la tradition, 1. VIH, c. xxvn, éd. cil., p 311 : · Le Nemo habet de suo nisi mendacium atque peccatum. In concile de Trente, en expliquant en quel sens elle Joan., tract, v, 1, t. xxxv, col. 1414; sur le concile peut être appelée péché, décide ù la vérité qu’elle ne d'Orange, can. 27, Dcnz.. n. 195. C'est évident. Mais les l’est pas véritablement et proprement, non vert rt formules du xxi siècle ne sont pas en contradiction proprie, mais c’est, dit-il, « dans les baptisés », in avec les formules antérieures, clics les éclaircissent et renatis; cc qui semble indiquer que, dans les autres les complètent. La tradition intégrale de l’Églisc, telle et avant cc sacrement, c'est un péché véritable et pro­ qu’elle s’est affirmée de plus en plus au Moyen Age, a prement dit, tant à cause qu'elle domine dans les âmes mieux distingué entre les forces naturelles et les forces où la grâce n'est pas encore et qu’elle y met un désor­ surnaturelles, entre la liberté laissée à elle-même, dre radical, qu’ft cause qu’elle est le sujet où s’attache la faute d'Adam el le péché d’origine. · , capable d’actes moraux stériles pour le ciel, et lu liberté aidée de la grâce, capable d’actes salutaires. Tout en 7. - - L*intention du concile relative à Γ immaculée ne reniant rien de l'incapacité absolue de la nature conception. déchue par rapport au surnaturel, elle n reconnu que Cependant, ce saint con­ Declarat tninen turc Ipsa l’homme déchu gardait les facultés qui lui sont dues sancta synodus, non esse cile déclare qu’il n’entre substantiellement intactes. avec leurs défauts et leurs suœ intentionis, comprehen­ point dans son intention de faiblesses sans doute, mais aussi avec kur réelle puis­ dere in hoc decreto, ubl de comprendre dans cc décret, peccato originali agitur, bea­ relatif au pêché originel, la sance. On ne peut nullement opposer ici lu conception tam et immaculatam virgi­ bienheureux* et immaculée semipclagienne du concile de Trente comme le fait nem Mariam, Del Genitricem, vierge Marie, Mère de Dieu, Loofs. Leit/aden :um Studium der DOgn engeschichte. sed observandas esse consti­ mais qu’il faut observer les Péd.»p. 667, ù celles de l’augustinisme ; il est plus juste tutiones felicis recordationis constitutions du pape Six­ de ne voir en ce système » qu'un moment de l'évolution Sixti papa* IV sub pomis in te IV, d’heureuse mémoire, théologique, tandis que la pensée chrétienne sc révèle eis constitutionibus conten­ el cela sous les peines édic­ tées dans ces constitutions adéquatement dans l’ensemble du courant tradition­ tis, Cf. De virt. imp., c. îv, p. 65; c. vm. p. 70. Dans cette perspective non seulement pas de morale purement rationnelle, mais, en dehors de la grâce du Christ,pas la moindre possibilité d’acte mora­ lement bon non salutaire : « C’esl pour l’adulte non baptisé le péché forcé, c’est le mal devenant pour ainsi dire l’essence même de l’acte volontaire. » Jansen. op. cit., p. 52. Et, dans le baptisé, la concupiscence demeure ce 1 qu’elle est par nature : la transgression d’un précepte divin, un mal moral. Comment en serait-il autrement dès lors que les dispositions mauvaises sont défendues par la lui. tout autant que les actes? Dans les saints, la loi des membres, qui ol la concu­ piscence de la chair, n’est pas seulement mauvaise parce qu’elle est une peine, mais parce qu'elle est une désobéissance à la loi. C’est le titre du c. xv du Dr peccato originis : peccandi delectatione moveri legi Dei reluctari est, p. 17; ou encore : concupiscentia qua in baptizatis remanet displicet Deo. est contra \ Μ X A T IO N avail emprunté les principes et les expressions a saint \uguslln lui-même. Baïus aurait pu invoquer, il est vrai, bien des textes «les august miens «lu Moyen Age ou l’on soutenait que tous les mouvements «le la concupiscence sont des péchés, les plus spontanés aussi bien que les plus volontaires. Voir art. Lutiikk, col. 1210 1212. ç'a été précisément 1«· bénéfice «les décisions du concile de Trente et de Pie V d’avoir écarté les idées imprécises ou fausses sur ce point, d’avoir marqué les vrais rap­ ports de la concupiscence au péché originel, et d’avoir jugé irrecevable, du point de vue catholique, l’idenli· lient ion de la concupiscence comme telle avec cc péché. 3° Un troisième progrès consiste dans tr désaveu du pessimisme outré de Baïus touchant tes suites fâcheuses du péché originel soit dans tes infidèles, soit dans les baptisés. Tandis «pic Luther déclarait «pie la liberté apres la chute n’est qu’un vain mol ■. que Calvin montrait l’âme déchue « abysmée en ce gouffre d’ini­ quité, non seulement vicieuse mais aussi vuide de tout bien », le concile de Trente, tout en affirmant bien haut que les hommes déchus sont dans l’incapacité absolue, laissés à leurs seules forces, de sc sauver euxmêmes, avait maintenu une certaine force au libre arbitre : le péché d’Adam n’a pas détruit en l’homme déchu le. libre arbitre; il l’a seulement atténué et incliné; celui-ci peut encore et doit coopérera la grâce; s’il ne peut rien pour la justification, il doit y disposer en consentant librement à celle grâce cl en y coopérant. Le théologien de Louvain, pourtant, avait méconnu cet enseignement; Pic V, en condamnant les proposi­ tions tirées de ses livres, relatives au libre arbitre et à scs forces dans l’état de nature tombée, ne fait que développer et préciser l’enseignement donné a Trente. Prop. 39. 11, GG. Ce qui est rejeté, par voie de conséquence, c’est l’idée «pi’il n’y a pas d’honnêteté en dehors du motif reli­ gieux de la fol et de la charité. <|ue toutes les actions des infidèles sont nécessairement des péchés propre­ ment dits, et que les prétendues vertus des philosophes sont des vices, que le libre arbitre laissé â scs seules forces ne peut «pie pécher. Ce «pii est cquivalemmenl affirmé, c’est celte doctrine que résument les docteurs de Louvain dans la déclaration suivante : Le péché du premier homme, en alïaiblissant les forces du libre arbitre, n’en a pas tellement énervé tout principe du bien, «pic sans le secours de la grâce il ne puisse que pécher; car il sort encore de cc fond endommagé des actions utiles nu bien de la société, «les actions louables propres à former les mœurs et des traits de sagesse pour le gouvernement des états. Des actions de ce caractère ni' peuvent, en aucune manière, être regar­ dées comme autant de péchés; par conséquent, on a tort d’enseigner «pie le libre arbitre, soit dans les Infidèles, soit dans les fidèles, n’a de force «pie pour pécher. » G. v, Baïana, p. 167 sq. En commentant les propositions 25, 29, 30, 37. les mêmes docteurs dégagent ainsi la doctrine opposée à Baïus : Il reste dans la nature tombée un jugement sain sur plusieurs devoirs de la vie. et un amour natu­ rel du bien honnête dont la source se trouve «lans les forces de celte naturi' qui n’est pas totalement dépravée. Aussi, reconnaître quelque bien naturel, c’esl-â-dire un bien qui ait pour principe les seules forces «le la nature, sans le secours spécial «1«' la grâce de Jésus-Christ. ce n’est nullement penser comme l’éloge ou donner «lans son hérésie, c’est, au c«»ntraire, acquiescer â une vérité manifeste ■ Halana. c. v, p. 168. Enfin, par la condamnation des propositions 31. 36 et 38, tirées du Dr curitate. Pic V refuse d’enserrer l’ordre «le la moralité dans ce dilemme : ou cupidité vicieuse ou charité. Baïus écrivait : · Non délivrée, la DE BAIL’S 538 volonté esL toute cupidité : c’est là le vrai nom de la volonté et ccttc cupidité n’est pas l’addition d’une nature étrangère, c’est le vice de la nôtre; or. si la volonté, non encore délivrée, est tout entière cupidité laquelle est un vice — c’est donc pur celte cupidité vicieuse qu’elle fait tout cc qu’elle, fait et, de la sorte, elle n'est déterminée qu'à pécher. » Dr virtutibus impio· rum, c. vm, p. 70. En condamnant la proposition 38 : « Tout amour «le la créature raisonnable est ou bien cupidité vicieuse par laquelle on aime le monde, ou celle louable charité par laquelle on aime Dieu et que 1«· Saint-Esprit répand dans nos cœurs Pie V recon­ naît un moyen terme entre cette cupidité vicieuse ct la charité. Par la position prise en cette circonstance. l'Eglise opposait au pessimisme moral de Baïus le sage opti­ misme de l’Ecole : la chose est de grande conséquence. F.-X. Jansen le met bien en relief. — Mais l’Eglise, en canonisant l’optimisme modéré ct sage de la scolas­ tique dans son jugement sur les suites du péché origi­ nel, n’n-t-ellc point faussé compagnie à l’évêque d’J lippone, et, en condamnant Baïus, rejeté renseigne­ ment du docteur de la grâce? 1° La bulle de Pie V n'accuse pas une rupture de continuité dans renseignement de l'Église, c’est plutôt un élargissement de point de vue: elle consacre les développements de la réflexion théologique de l'Ecole sur la vérité traditionnelle; clic révèle, de ce fait, une conscience plus nette de la complexité des aspects de la vérité dogmatique tout entière et de scs rapports avec la vérité philosophique en ce qui concerne le pêche originel ct scs suites. En évoluant ainsi, clic n’a point changé substantiellement. Il est certain que la pensée de Pie V est en conti­ nuité avec l'interprétation traditionnelle, adoucie, élargie, mise au point, que l'Ecole. en gardant contact avec la tradition intégrale de l’Eglise, avait donnée I depuis longtemps de la pensée de saint Augustin. Nous avons vu saint Anselme pratiquer cette interpré­ tation large et critique de certains aspects de l’augus­ tinisme, de même, Pierre Lombard, le grand disciple «le saint Augustin au xir siècle, dans sa conception du sort des enfants morts sans baptême. Saint Thomas avait fait la synthèse de saint Augustin, du pseudoDenys et d’Aristote. Saint Bonaventure, commentant la parole «lu maître Omnis vita infidelium peccatum est n’ajoutait-il pas cette glose qui la dénature quelque peu id est, non sine peccato est? « cela ne veut pas dire, continuait il. que toute leur vie soit faite de démérite, mais qu’aucune «le leurs actions ne peut les délivrer du péché, tant qu’ils persistent dans leur infi­ délité». In //«· .S’r/iL.disl. XLl.dub. n, éd. Quaraccbi. p. 956. Cette exégèse est. certes, influencée par des considérations qui étaient hors de l’horizon d’Augus­ tin. mais saint Bonaventure sait qu’il faut, dans l’interprétation du maître, tenir compte «les contin­ gences de son point de vue antipélagicn. Un autre august mien. Grégoire de Bimini, qui pourtant suit de près le grand docteur, objecte : Hic locutus est excessive, ut se maxime elongaret a sententia ha-retins rum. In /7ttm Sent, dist. \\\ \\\l. φ III, Q L éd Venise, 1518. fol. 104. Par sa bulle, le pape Pic V consacrait ainsi ccttc interpretation «1«' l’augustinisme, mitigée, élargie. Ira ditionnelle dans l’Ecole depuis cinq siècles; il écartait, par le fait, une exégèse littérale, inadéquate à la pensée «le l’Église, faussée parfois par les omissions ou les exagérations de son commentateur. Il rejetait, comme non conforme à la doctrine vivante de l’Eglise· les idées que le professeur de Louvain croyait devoir mettre sous le patronage de saint Augustin. Mais h' saint Augustin «le Baïus n’est-il point le vén table docteur «le la grâce ct du péché originel? Le fait 539 PÉCHÉ OIUGINEL. LA THÉOLOGIE DES JÉSUITES est que certains axiomes, condamnés par Pic V, sc retrouvent presque littéralement, parfois même identi­ quement, dans saint Augustin et le concile d’Orange, C’est Augustin qui a dit, avant Baïus, que les vertus des païens ne sont que des vices déguisés, que le libre arbitre n’a de pouxolr que pour le mal. L’Église, cn condamnant Baïus, aurait elle condamné saint Augus­ tin? Baïus le prétendait dans son Apologie, et certains historiens du dogme inscrivent ce fait au chapitre de l'histoire des « variations de la doctrine catholique ·. La question vaut la peine qu’on essaie ici d’y trouver quelques principes de solution. 1. — Les propositions de Baïus, n’ont été condam­ née^ que dans le sens propre qu’elles axaient dans ses lixTes. ' Il esl naturel de conclure que la proposition condamnée diffère de sens avec celle que l’on trouve chez des auteurs orthodoxes. C’est leur sens systéma­ tique, intérieur à la doctrine de Baïus, qui, des proposi­ tions bafanistes, fait des erreurs. Selon nous, c’est sa rigueur même... qui fait de l'augustinisme, tel que l'interprète Bains, une doctrine hétérodoxe. > F.-X. Jansen, p. 198. 2. - Les axiomes sur l’impuissance du libre arbitre, et les vertus des infidèles ne rendent pas tout ;i fait le même son chez saint Augustin et chez Baïus. La rai son cn est que, chez le professeur de Louvain, ils sont posés dans l'absolu. Au lieu de corriger certains traits vraiment rigides de la pensée augustinienne par d’autres traits également augustiniens, mais de sens différent, au lieu d'être sensible à la contingence histo­ rique du point de vue antipclagien qui poussa \ugustin à réagir tellement contre le naturalisme de Pélagc qu’il semble proclamer l’inaptitude radicale de la nature au bien moral. Baïus n’a d’attention qu'aux affirmations sévères de l'évêque d'Hipponc, il en développe toutes 1rs conséquences et, de ce fait, ne nous donne, de sa doctrine, qu'une image inadéquate, au moins par les aspects qu’elle néglige. Qu’on lise par exemple dans l’opuscule de Baïus, De virtutibus impiorum, le c. v, qui a pour titre : « Si Augustin nie que les vertus des impies, vertus qu’ils ne rapportent pas à Dieu, soient de véritables vertus, ce n'est pas pour la raison que ces vertus ne les con­ duisent pas au salut, c’est parce qu'elles sont des vices, cl qu*eltés les damnent », et qu’on le compare avec les passages d’Augustin où il est question des vertus naturelles de l’homme déchu (voir les multiples réfé­ rences dans J. Mausbach, Die Ethlk des hcil. Augusti­ nus, t n, p. 258-291, et Ét. Gilson, op. cil.,p, 190-191), particulièrement avec le De spiritu et littera, c. x.xvuxxviii' P. t. xliv, col. 230. L’on verra combien. ] sur ce point, la pensée d’Augustin diffère par ses nuances de celle de Baïus : in numero impiorum quæ· dam facta vel legimus, quic secundum justitia? regulam non solum vituperare non possumus, verum etiam mente laudamus, quamquam si discutiantur quo fine pani, vix inveniuntur qua: justitia· debitam laudem defensionemque mereantur. 11 continue en reconnaissant que les gentils, au milieu de leur impiété, ne laissent pas de faire et de penser quelquefois des choses conformes à l#*loi de Dieu. C’est qu’ils sont hommes et peuvent faire quelque chose de bien sans avoir pourtant la vraie piété qui ouvre le ciel : Nam et ipsi homines erant el vis illa inerat eis qua legitimum aliquid anima ratio· natis et sentit d facit, mais non pas pietas quic in aliam vitam transfert beatam d «ternam. Ces bonnes actions, parce qu’elles ne peuvent trouver leur valeur surnalu- | relie que dans lu foi, ne leur épargneront pas le chàtiment, mais l'adouciront : nisi forte ut mitius puni­ antur. Ce n’est pas la these de Baïus qui ne voit, dans toutes ers actions des impies que des vices et des péchés méritant le supplice >. Il est vrai qu'allleurs saint Xuaustin affirme que toute action, même matérielle­ 540 ment louable, qui sc rapporte à l’homme et non à Dieu, sa lin véritable, cesse d’être vertu et devient vicieuse par le fait même. Il a écrit souvent : · Tout amour que nous éprouvons est ou mauvais, et alors il s’appelle cupidité; ou droit, et alors il s’appelle cha­ rité ou dilection. · In psalm., ix, n. 15, />, L.,t. xxxvi, col. 121; Contra Julianum, IV, tv, 35, l. xliv, col. 756-757; De gratia Christi, c. xxvi, 27. t. xliv, col. 371. Tandis que Baïus. dans son De libero arbitrio, c. vi, x, a affirme que le pécheur, dans tous scs actes, sert le péché qui le domine, commet par le fait même des péchés formels qui damnent, saint Augustin affirme, en même temps, le libre arbitre et sa faiblesse extrême, c'est-à-dire la nécessité morale relative du péché : Pour ne point faire le mal, écrit-il à Innocent, bien que le libre arbitre ne nous fasse point défaut, son pouvoir toutefois ne suffit pas, à moins (pie sa faiblesse ne soit secourue, tamen ejus potestas non suffi­ cit nisi adjuvetur infirmitas. Epist., clvii, t. xxxm, coi. 570. 3. - Si les formules d’Augustin ne rendent pas un son aussi déterministe que celles de Baïus, il reste qu'elles n’affirment à la fois le libre arbitre et la nécessité relative du péché que d’une manière insuffisamment distincte, il faut reconnaître le caractère inachevé, complexe,* énigmatique», do la théologie augustinienne touchant la question de la faiblesse de la nature déchue et particulièrement du libre arbitre. La faute de Baïus. comme celle de Luther, est de s’être attaché trop au côté dur et sombre de cette doctrine, « de n’avoir pas discerné chez le maître des vérités ad­ mises, mais développées moins complaisamment, des convictions présentes, mais restant dans la pénombre, ou exprimées â peine, comme cn passant ». F.-X. Jan­ sen, op. cit., p. 139. 11 faut dire de la conception baïaniste et janséniste du péché originel ce que le P. J. de Guibert, Demie d'ascétique et de mystique, jan­ vier 1922, p. 84, dit de la conception de la grâce : Ce n’est pas impunément qu'au xvir siècle précisé­ ment des théologiens ont cru pouvoir étudier le dogme de la grâce, en s’adressant uniquement au grand docteur d’i lippone el en négligeant, comme trop barbares, les suites de la tradition scolastique qu’ils séparaient de lui. » Ce faisant, Baïus et Jansénius ont refusé l’achèvement, la « mise au point » de la doctrine qui s’élail affirmée à cette époque si importante. Leur système est, de fait, archaïque en naissant. Le progrès dans l’élargissement des points de vue s’est fait et va se continuer par la consécration de la doctrine de l’École. L’Église, en écartant les pessimismes hétéro do.xcs va être amenée à ne pas mettre seulement en relief l'incapacité absolue de la nature déchue, mais à dresser le bilan de ce qui reste â celle-ci de force intel­ lectuelle, morale el religieuse pour faire le bien, pro­ gresser et accueillir la grâce qui sauve. Par la bulle de Pie V, l’Églisc signifie qu’elle n’accepte pas le saint Augustin de Baïus comme conforme à sa tradition intégrale; cet augustinisme rigide el pessimiste est rejeté comme inassimilable à sa doctrine. Elle se recon­ naît, au contraire, dans l’augustinisme transformé de l’École, celui de saint Anselme et de saint Thomas, el celui de Duns Scot. 111. Réactions diverses de la théologie, du xvi· au xvnr siècle. — La pensée théologique oscille entre deux pôles opposés : celui d’un opti misme modéré cn continuité avec la doctrine des maîtres de l’Ecole : saint Thomas, Duns Scot, Occam et Biel, et celui d’un pessimisme spirituel issu d’un augustinisme parfois exagéré el simplifié qui a sa manifestation extrême dans le jansénisme. Celui-ci est éliminé, dans la mesure ou il est inconciliable avec la tradition générale, par la condamnation «les erreurs de oil PECHE OIUGINEL. LA THEOLOGIE DES JESUITES Juiisénius, «le Quesncl et du synode de Pistole. /. //o/tz4//8.va; m )bf:nf:. - C'est celui de la théolo­ gie des Jésuites (Bcllarmin. Lcssiut, Suarez, Molina, Ripalda) et de l'humanisme dévot (saint François de Sales). I 1° La théologie des Jésuites. — Les théologiens tradi­ tionnels ne pouvaient demeurer indifférents on face de l'erreur baïanlste et des efforts que ses tenants fai­ saient pour méconnaître ou minimiser les actes du magistère ecclésiastique. Grégoire XIII, dans la bulle Provisionis nostra*. 2‘.» janvier 1579, devait d'ailleurs con firmer la condamnation précédemment portée. Dès 1570. Bellarmin avait entrepris, à Louvain, la réfutation des opinions condamnées, sans toutefois nommer Baïus, mais a l’occasion d’autres erreurs anciennes et nouvelles II utilisera de nouveau large­ ment les leçons de Louvain dans scs Controverses, Voir, pour la réfutation de Louvain. I· X. Le Bachelet, Auc­ tarium ReUarminianum. Paris, 1913, p. '201, 323-325, 328-331, 331-337. Cf. Controverses dans Rellarnilni opera omnia, éd. Vives, t. v, 1873: De gratia primi hominis, p. 169-207; De amissione gratiœ, p. 218181.—Suarez, d’autre part, de 1580 à 1609, enseignait une doctrine semblable, soit dans son traité De vitiis et peccatis, et son De gratia, sait dans ses leçons à Home, â Vlcala cl à Coïmbre. — Lesslus. élève de Bellarmin et de Suarez, devait, lui aussi, dès le début de son enseignement, vers 1586, prendre position contre Baïus; l’on trouvera scs idées sur le péché originel cl scs suites dans son ouvrage : De per/ectianibus mortbusqué divinis, c. xm. — En 1588, paraissait la fameuse Concordia de Molina où l’on retrouve, sur la nature du péché originel et de scs suites, la doctrine reçue, depuis longtemps, dans l’École. Voir Molinisme, col. 21032101. — Enfin, Martinez de Bipalda (t 1618) donnait, en appendice à son grand ouvrage De ente supernaturali, son Adversus Datum et balanos où il défendait la notion classique du surnaturel et de l étal de nature déchue. Sans vouloir exposer la théologie de chacun de ces auteurs, il suffira de dégager ici leurs positions moyennes en ce qui concerne la notion du péché origi­ nel et de ses suites. L Caractère surnaturel de Pétai primiti/. - - Ils sont préoccupés d’abord de bien marquer, cn face des refor­ mateurs et des baîanislcs, la position catholique sur l’état du premier homme avant son péché. Voir J. de la Scrvière, La théologie de Rellarmin, 1909, c. xm. p. 511-523. 'fous soutiennent équivalemmenl les thèses suivantes du grand controversistc : « L’homme ne fut pas créé tel qu’il naît maintenant, porté au mal. faible, Ignorant; mais droit, juste, sage, sans la concupiscence et sans ces difficultés que nous éprou­ vons continuellement en nous-mêmes. De gratia primi hominis. I. Le. π. Opera. I. v, p. 171. « Il ne reçut pas, lors de sa création, n’importe quelle rectitude d’âme, mais la grâce sanctifiante elle-même, qui le rendait agréable â Dieu. » G. ni, p. 173. Cette rectitude était un don surnaturel cn ce sens qu elle n’est ni une partie de la nature humaine, ni une conséquence de cette nature, si bien qu’en la perdant l’homme n’a rien perdu de ses facultés naturelles. C. v. p. 178. En effet, notre nature, de même (pie celle des démons, quand on la compare ù l’état dans lequel elle aurait pu être si elle avait été créée sans aucun don surnaturel, doit être dite intacte... Quand on la com­ pare â l’étal auquel la bonté du créateur l’avait élevée, elle doit être dite blessée et corrompue. C. vt, p. 182. Mais, remarquent les adversaires, la béatitude éter­ nelle est la lin naturelle de l’homme. Sans vouloir dis­ cuter au fond la question, Bcllarmin. en parlant de celle hypothèse, raisonne ainsi : « On peut répondre qu’elle (la béatitude) l’est (la fin naturelle de l’homme) 542 en tant que souhaitée, non cn tant qu’obtenue; H n’est pas indigne C. xvn. p. 116. En effet, remarque-t-il un peu plus loin, c. xtx. p. 150, < de tout cc qui reste dans l'âme du pécheur, après que l’acte du péché est passé, il n’y a rien qui puisse, â proprement parler, s’appeler péché, si ce n’est la privation de la justice, l’aversion habituelle de Dieu, la souillure de l’âme, qui ne sont qu’une seule et même chose. Cette aversion habituelle est une obli­ quité persistante et habituelle de la volonté. De même, cn effet, qu'un homme quis’csl volontairement détourné du soleil cn reste détourné jusqu’à cc qu’il se retourne vers le soleil, de même qu’un doigt volon­ tairement courbe garde sa courbure jusqu’à ce qu’il soit redressé par un acte contraire, de même la volonté . qui s’est éloignée de Dieu par l’acte du péché, reste éloignée jusqu’à cc que, par la pénitence, elle revienne à lui. · Cette aversion habituelle est certainement liée avec la privation de la grâce. S'idcntilie-t-ellc avec elle? Dans sa réfutation de Baïus, Bellarmin reconnaît la difficulté de la question. Auctarium Beliarmlnia num. p. 331 sq. Dans les Controverses, il identifie la priva­ tion de la grâce et la souillure laissée dans l’huma­ nité déchue avec l’aversion habituelle de Dieu, el, à ce titre, il ne veut pas que cette privation du don infus soit étrangère à la notion du péché originel. C. xfx, p. 150-451. En effet, conclut-il, la grâce de | Dieu existant habituellement dans la volonté la rend formellement tournée vers Dieu, juste, droite, belle: la privation de cette grâce rend cette volonté habituel­ lement détournée de Dieu, injuste, oblique, hideuse, et il renvoie à saint Ί homas el à Cujétan : 1HI», q. lxxxvî, a. 2. Snare/, dira de même : Peccatum origi­ nale privat justitia quod idem est caritate et gratia Dr vit. et pecc., IX, n, n. 18. L Conséquences du péché originel. - a) Dans ta vie présente. — Il importait surtout de préciser, contre les réformateurs, les rapacités qui restaient à la nature déchue touchant la connaissance et les actions natu­ relles, la connaissance et les actions morales, la con­ naissance et les actions surnaturelles. Bcllarmin, De qratia et lib. arb., 1. 1V. c. i, dans Opéra, t. vi, p. 7. Celui-ci affirme, avec l’École, que nous pouvons con­ naître l’existence et l’unité de Dieu et d’autres vérités du même genre parles seules forces naturelles. < Par les seules forces de la nature, l’homme ne peut accomplir aucune œuvre qui soit méritoire de la grâce; cela contre les pélagiens. 'roules les œuvres qui précèdent la justification m· sont pas des péchés, cela contre les luthériens. » Ibid.. 1. V, c. iv, p. 13. Entre ces limites, les uns accordent plus, les autres moins aux forces naturelles du libre arbitre. Bellarnun résume cn quelques propositions sa doctrine Le* seules forces naturelles ne suffisent pas à accom­ plir tous les préceptes de la loi morale même dans leur substance. Ibid..p. 1L -L’hoinmepcut, sans la foi jus- 544 ! titiante, avec un secours spécial de Dieu el même sans ce secours, accomplir quelques œuvres moralement ! bonnes, lorsque aucune tentation ne le presse. L. V.c.ix, p. 52. — En face des propositions de saint Augustin sur les œuvres des infidèles el sur notre incapacité â avoir autre chose de nous mêmes que nlcnsonge cl péché, notre docteur s’efforce «l’éclairer ces passages par d’autres de l’évêque d’Ilippone : · On peut dire, remarque-t-il, que, de nous-mêmes, nous n’avons que mensonge et péché, mais que nous pouvons avoir vérité et bonnes œuvres lorsque I lieu nous aide, par un secours général ou spécial, selon que le réclament la qualité el la variété de ces œuvres. I.. V, c. xî, p. 61. II n'a pas de peine à montrer, par la tradition et l’Écriture, qu’un secours spécial de Dieu est nécessaire à l’homme déchu pour qu'il puisse croire comme il faut. Voir J. de la Servière, op. cit., p. 612-665. b) Dans l'autre nie. — La question est fort discutée au lendemain du concile de l’rente. Zwingle et Calvin mettaient les enfants des fidèles, même s’ils n’étaient pas baptisés, au ciel; Cntbarin et Pighius, tout en déclarant exclus du ciel les non baptisés, prétendaient qu’ils goûteraient une béatitude naturelle dans un paradis terrestre. Bellarmin écarte la première opinion comme ouverte­ ment contraire à l’Évangilc. De amissione gratin·, 1. VI, c. it, t. v, p. 155 sq. ; la seconde lui parait aussi dange­ reuse car la foi cat holique nous oblige à tenir que les enfants morts sans baptême sont purement et simple­ ment damnés et doivent être privés éternellement non seulement de la béatitude surnaturelle, mais de la béa­ titude naturelle ». Ibid., p. 155. Il pense que les paroles de saint Augustin, des conciles et des Pères, ne peuvent s'accorder avec l’idée d’un bonheur natu­ rel. Ibid., ρ. 156-160. Va-t-il maintenir avec Dricdo, Grégoire de Bimini et d’autres théologiens qui en appelaient à saint Augustin, l’opinion selon laquelle les enfants morts sans baptême seraient éternellement punis, dans le corps comme dans l’âme, de la peine du sens comme de celle du dam? Non pas. Sans doute, celte opinion n’a pas été ouvertement réprouvée par l'Églisc, mais elle est généralement rejetée par les écoles el lui parait improbable. Ibid., c. iv, p. 165. L’Écriture, en effet, n’attribue la peine du feu qu'aux péchés actuels; Innocent 111 la réserve de même à ces péchés; et les Pères distinguent. au point de vue du sort d’outre-tombe, entre les enfants morts sans bap­ tême et les pécheurs adultes. Bellarmin tient 1L Bremond, op. ci/., p. 12. Cet esprit de l’humanisme chrétien inspire des théo­ logiens tels que Sndolct, Réglnald Pole, Salmeron; mais il trouve sa plus haute et sa plus bienfaisante expression dans la théologie et la spiritualité de saint François de Sales. Tout en reconnaissant la misère de l’homme déchu, l’évêque de Genève pense que, même après la chute, celui-ci n’arrive jamais à étouffer complètement cn lui · l'inclination naturelle à aimer Dieu sur toutes DICT. DE T1IÉOU CATJIOL. 1 . ! i 546 choses ». « Or, bien que l’état de notre nature humaine ne soit pas maintenant doué de la sainteté et de la droiture originelle, el qu’au contraire nous soyons grandement dépravés par le péché, est-ce toutefois que la sainte inclination d’aimer Dieu sur toutes choses nous est demeurée, comme au*>l la lumière naturelle par laquelle nous connaissons que la souveraine bonté est aimable en toutes choses... Cette Inclination ne demeure point pour néant dans nos caun, car, quant ù Dieu, il s'en sert comme d’une anse pour nous pouvoir plus suavement prendre et retirer à soi... » Sur celle théologie de l’optimisme chrétien et la spiritualité qu'elle inspire, voir H. Bremond, op. cit., p. 116 sq.; F. Vincent, Saint François de Sales, directeur d'âmes. L'éducation de la volonté, Paris, 1922: P. Pourrai, La spiritualité chrétienne, t. in, p. 106-181. //. LE PEMtUIHMB LE LA THEOLOGIE JâXSEBISTE CONCEli\A.\ T LE PECHE ORIGIHBL. — I· L'idée jansé­ niste du péché originel. — En face de la réforme pro­ testante, au sein de l’Églisc catholique, à l’opposé de l’école des jésuites et de l’humanisme chrétien, une école, en réaction contre la théologie du Moyen Age, prétendit retrouver l’orthodoxie compromise par six siècles de scolastique, cn revenant à la pure doctrine de saint Augustin et cn concevant de la façon la plus dure les droits de la souveraineté divine, les préceptes de la morale et la misère de l’homme déchu. Elle sc rattachait, par l'intermédiaire de J. Janson, professeur à Louvain, aux doctrines de Baïus. Avec Janson, elle était cn réaction sourde contre « les déci­ sions arrachées â Rome, disait-on, par les menées des scolastiques el surtout des jésuites; ceux-ci, cn faisant condamner les doctrines de saint Augustin, avaient voulu indirectement justifier leur molinisme, nouveauné. puisque l'ouvrage de Molina, De liberi arbitrii cum gratia donis concordia, n’avait paru qu’en 1588 ». Voir art. Jansénius. col. 320. G'cst dans cette atmosphère de lutte contre le molinisme que Jansénius se mit à l’étude de saint Augustin. La vérité catholique allait lui apparaître de plus en plus comme s’identifiant de tout point avec la doctrine de saint Augustin, telle qu’il la comprenait. Elle tenait, à scs yeux, le juste milieu entre l’erreur des protestants et celle des molinistes qui ressuscitaient Pelage ou tout au moins le semi-pélagianisme. Jansé­ nius mourait le 16 mai 1638; mais scs partisans retrouvaient son esprit dans VAugustinus Imprimé à Louvain, cn 1610. et à Paris, cn 1611. Ce livre allait être < l’épine dorsale · du Jansénisme. Sur l’analyse de V Augustinus : méthode de la théologie; la grâce d’Adam; le péché originel; ses suites; œuvres des infi­ dèles; nécessité et liberté; état de pure nature, voir art. Jansénius, col. 341-376. A la base du jansénisme comme à la base du baïanisme. se retrouve la même erreur Initiale : la négation de la possibilité de la pure nature. « une conception optimiste île l’étal normal de la créature raisonnable ». Voir J. Paquicr. Le jansénisme, Paris, 1909, p. 130. Pour Jansénius comme pour Baïus, cet état normal s’identifie avec l’état d’Adam avant son péché. Dès lors, < cet optimisme supra-lapsairc a déterminé son pessimisme pratique et il a pris ù la lettre le mol de saint Paul : · Avant été affranchis du péché, vous êtes • devenus les esclaves de la justice », sans noter, comme l’avait fait saint Augustin, le correctif qui suit aussitôt. Enchiridion, xxx : < Je parle â la manière des hommes « â cause de la faiblesse de votre chair. » C’est sur les ruines de la nature, autrefois maîtresse d’clle-même, que règne aujourd’hui la grâce de Dieu. » 11. de Lubac, Deux augustiniens fourvoyés : Halus cl Jansénius, IL Jansénius, dans Hecherches de science religieuse, décembre, 1931, p. 533. T. — xn _ is 547 PÉCHÉ ORIGINEL. LE JANSÉNISME Ce pessimisme consiste â affirmer que, du fait du péché originel, qui s'identifie en l’homme déchu avec In concupiscence, la nature est corrompue jusque dans ses racines les plus profondes, â tel point que sa volonté est toujours sous l’empire de l’une ou l’autre délecta­ tion victorieuse, ou bien la délectation charnelle qui impose â l’homme le péché, ou bien la délectation céleste qui lui assure le triomphe sur le mal. La liberté actuelle ne peut consister que dans l'exemption de toute enaction. 2e élimination sueeessine des éléments hétérodoxes de l’augustinisme janséniste. — I. Condamnation des cinq propositions. Home, en condamnant les cinq propo­ sitions en 1653, ne vise point en elle-même la doctrine de Jansénius sur le péché originel, mais l’atteint cepen­ dant dans ses conséquences exagérées touchant l’in­ firmité de notre nature déchue. Baïus avait prétendu qu’on ne peut, à l'exemple de Pélage, expliquer l’axiome : « Dieu ne commande Λ l’homme rien d’impossible », à moins qu’on n’eût égard au secours divin, par lequel Dieu rend possible à scs saints ce qui, depuis la chute, est devenu impossible aux forces humaines. Cette proposition est équivalent ment condamnée. Denzinger. n. 1051. En conséquence, la première proposition de Jansénius : « Certains com­ mandements de Dieu sont impossibles à des hommes justes, selon les forces qu’ils ont présentement, bien qu’ils aient la volonté et qu’ils s'efforcent de les accom­ plir; il leur manque aussi la grâce qui les rendrait possibles », devait être rejetée comme téméraire, impie, blasphématoire.digne d’anathème ct hérétique. Baïus avait affirmé que la « violence seule répugnait à la liberté naturelle de l’homme ». Denz., n. 1066. il préludait ainsi â la 3e proposition de Jansénius : Pour mériter ct démériter dans l’état de nature déchue, l’homme n’a pas besoin de la liberté qui exclut la nécessité, mais il suffit qu’il ait celle qui exclut la contrainte. » Celte proposition fut condamnée comme hérétique. De même la 3' proposition : * Dans l’état de nature déchue, on ne résiste jamais à la grâce intérieure », était déclarée hérétique et condamnée comme telle. L’Église voulait sauvegarder, par là, dans la nature déchue, une véritable liberté. Voir art. Jansénius, col. 179-191. L’on atteignait ainsi les principales erreurs contenues dans V Augustinus sur ce point. Cependant V Augustinus renferme encore des exagé­ rations que le jansénisme va développer avec Quesnel ct scs disciples, aux xvir ct xvnr siècles, et qui sont signalées dans l’art. Jansénius, col. 196-500. On peut reprochera Jansénius de s’être attaché trop exclusive­ ment à l'autorité de saint Augustin, d’avoir ainsi méconnu les progrès accomplis par la théologie ct le dogme depuis le v siècle. < Il s’est trouvé amené à défendre, sans aucune réserve, des thèses avancées par­ fois un peu rapidement par l’évêque d’Hlpponc, soit dans l’enthousiasme de certaines découvertes faites par lui (Quastioncs ad Simplicianum, I. I), soit dans le feu des discussions avec les pélagiens. Alignées par Jansénius suivant toute la rigueur de la méthode sco­ lastique, ces thèses font parfois, en théologie moderne, l’effet d’erreurs formelles »; elles ont pour objet soit l’identification du péché originel avec la concupis­ cence, soit l’ignorance Invincible, soit l’état de nature pure et de nature intègre, soit le salut des infidèles, soit le péché originel comme cause de la réprobation posi­ tive. soit, enfin, le sort des enfants morts sans bap­ tême. Bref, le jansénisme apparaît, dans l’ensemble de s.i doctrine, comme l’achèvement du bnTanismc; il se présente toutefois avec plus de prudence dans l’expres­ sion que celui-ci, surtout en cc qui concerne les points traités par le concile de Trente; il s’inspire cependant du même esprit, et mérite, du point de vue de 1’ortho 548 doxlc, le même jugement; son rigorisme ne devait point seulement être soutenu, comme celui de Baïus, dans des thèses scolaires : il allait inspirer la piété chré­ tienne. C'est ainsi que la conception janséniste de l’homme déchu allait pénétrer bien des âmes, dépré­ cier â leurs yeux la mystique, généraliser une spiritua­ lité rigoriste, maintenir les esprits fervents dans les austérités d’un ascétisme pur qui ne fait peut-être pas toujours droit aux légitimes exigences de la nature. Sur la réaction de l’augustinisme janséniste contre le molinisme et l’humanisme dévot, voir Pourrai, op. cit., t. iv. p. U-2St 319-333. 2. Condamnation des propositions de Paschase Qucsnet (1713). C’est une spiritualité imbue de l’esprit janséniste que l’on retrouve dans les ltéflexions morales de Quesnel, publiées en 1691. La doctrine de Baïus, condamnée par Pic V, sur le péché originel cl scs suites, sur la liberté dans l’état de nature tombée y est équivalemment renouvelée. Aussi, la constitution Unige­ nitus du pape Clément XI, du 8 septembre 1713, allaitelle de nouveau la condamner. t’ne vingtaine d’années auparavant, le pape Alexan­ dre VIII avait opportunément rappelé, en condam­ nant des propositions jansénistes, l’attitude de l’Église dans la question de l’autorité de saint Augustin, foujours mise en avant par les hérétiques; il avait rejeté cette proposition : Si quelqu’un trouve qu'une doc­ trine est clairement fondée dans Augustin. Il peut la défendre et l’enseigner absolument, sans égard à aucune bulle du souverain pontife. » Denz.. n. 132(1. C’est donc l’Église qui juge les doctrines d'Augustin; jamais l'évêque d'Hippone n’a pu prétendre imposer toutes ses opinions à l’Église. l ue fois de plus. Clément XI usait de l’autorité de l’Église pour rejeter certaines propositions qûe l’au­ teur pensait, sans doute, abriter sous le patronage de saint Augustin. C’est ainsi qu’y était condamnée l’idée balaniste selon laquelle la grâce d’Adam rentrait dans les exigences de sa nature. Prop. n. 35, Denz., n. 1385 : < La grâce d’Adam était la conséquence de la création et était due â une nature saine et intègre. On y écartait de nouveau les thèses rigoristes sur la corruption totale de la nature humaine par le péché et sur l’impuissance absolue du libre arbitre dans l’ordre moral; Prop. n. 38 : · Le pécheur n’est pas libre, sinon pour le mal, sans la grâce du Sauveur »; n. 39 : La volonté que la grâce n’a pas prévenue n’a aucune lumière, sinon pour errer, aucune ardeur, sinon pour se précipiter dans le mal, aucune force, sinon pour sc blesser; elle est capable de tout mal. incapable de tout bien ·; η. Il : · Nulle connaissance de Dieu même natu­ relle, même chez les philosophes païens, ne peut venir de nul autre sinon de Dieu lui-même, el sans la grâce elle ne produit que présomption, vanité, opposition à Dieu, au lieu de sentiments d’adoration, de gratitude ct d’amour ·; n. Il ; < Il n'y a que deux amours d’où naissent toutes nos volontés et tous nos amours : l’amour de Dieu qui fait tout pour Dieu, el que Dieu rémunéré, et l’amour que nous avons pour nous-mêmes et pour le monde, qui ne rapporte pas à Dieu ce qui doit lui être rapporté et qui, pour cela, est mauvais ; n. 59 : « La prière des impies est un nouveau péché cl ce que Dieu leur concède est un nouveau jugement porté contre eux. · 3. Dernière condamnation du pessimisme janséniste par la bulle i Auctorem fidei (28 août 1791). Les doctrines jansénistes s’étaient infiltrées en Italie et particulièrement à l université de Pavie. Elles reçurent, en quelque sorte, une promulgation en I78G. nu fameux synode de Pisloie, présidé par l’évêque de cette ville, Sc.ipion Biccl Le synode renouvelait les erreurs de Baïus, Jansénius cl Quesnel sur le caractère naturel et normal de l étal d’innocence, sur la corrup­ 549 PÉCHÉ ORIGINEL. I/Λ VGUSTINISME DU tion radicale de la nature déchue, sur son impuissance en face du mal. sur sa condamnation A la géhenne dans l’autre vie. Aussi le pape Pie VI condamna t-il. entre autres, dans sa bulle Auctorem fidei, toutes les propo­ sitions qui s'inspiraient du pessimisme bninnistc. Il rejeta d’abord le fondement de l’erreur : cet opti mismo qui considère l’état d'innocence comme une conséquence de la création et non un bienfait gratuit de Dieu : La doctrine du synode qui sc représente l’état heureux d'Ilinoccnce où se trouvait Adam comme comprenant, outre l’intégrité, la justice intérieure avec l’union â Dieu par l’amour de charité, ct la sainteté primitive en partie restituée après la chute, ct qui insinue que cct étal de choses, dans son ensemble, est une conséquence de la création, duc en vertu d’une exigence naturelle ct de l’institution de la nature humaine, debitum ex naturali exigentia et conditione humatur natural ct qu’il ne constitue pas un bienfait gratuit de Dieu, cette doctrine est qualifiée de fausse, déjà condamnée dans Baïus ct dans Quesnel. erronée et favorisant l’hérésie pélagienne. N. 16, Denz., n. 1516. Dans le même sens, on rejette l’idée d’une immortalité du corps qui serait la condition naturelle de l’homme. Ibid., n. 17. Apres avoir écarté l’idée semi-pélagicnne d’un désir naturel de la grâce salutaire, desiderio adjutorii supe­ rioris liminis in ordine ad salutem, η. 18. Pie \ i rejette non moins l’idée pessimiste de l’homme déchu inféodé nécessairement à la loi du péché. « La doctrine du synode au sujet du double amour dominant (cupi­ dité ou charité), selon laquelle l'homme, sans la grâce, est sous le règne du péché â ce point qu’il corrompt et infecte toutes ses actions du fait qu’il est sous l’Inilu.Mice de la cupidité dominante; celte doctrine en tant qu'elle insinue que, dans l’homme, aussi long­ temps qu’il est sous la servitude ct dans l’étal de péché, destitué de cette grâce qui le libère de la servi­ tude du péché et le constitue Ills de Dieu, la cupidité domine à lel point que. par celle influence générale toutes scs actions sont corrompues cl infectées en elles-inhnes. que tous ses actes faits avant la justifi­ cation. de quelque façon qu’ils soient accomplis, sont des péchés, comme si. dans tous ses actes, le pécheur était I esclave de la cupidité dominante, cette doctrine est fausse, pernicieuse, induisant dans une erreur déclarée hérétique par le concile de Trente et condam­ née. une seconde fois, dans la proposition 10’ de Baïus. · N 23. Le pape ne se contente pas d’écarter l’idée de péché inévitable. « comme si le pécheur obéissait dans toutes ses actions h la cupidité dominante . il fonde sur le témoignage de saint Augustin lui-même, l’existence de sentiments informé Haires entre le péché et la vertu salutaire dans l’âme du pécheur : En tant que la doc­ trine de Pisloie ne reconnaît pas entre la cupidité dominante el la charité victorieuse l’existence de sen­ timents intermédiaires, issus de la nature et louables en eux-mêmes qui. en même temps que l’amour de la béatitude et l'inclination au bien, sont demeurés comme des vestiges et des restes de l’image de Dieu. remanserunt velat extrema lineamenta et reliquia* imagi­ nis Dei (S \ugustin. Dr spiritu et littera, c. χχνιιι), comme si, entre l’amour divin qui nous conduit au royaume, el l'amour humain illicite qui est condamné, il n’y avait pas un amour humain licite qui ne soit pas digne d’être blâmé, cette doctrine est fausse et, par ailleurs, déjà condamnée. N. 21. Enfin, le synode ayant traité de fable pélagienne » la croyance qui attribue aux enfants morts sans bap­ tême un séjour intermédiaire entre le ciel ct l’enfer, ct qui les exemptait de la peine du feu. tout en leur lais­ sant la peine du dam. le pape en prend occasion pour laisser entendre la vraie pensée P. 171. Cc système, est-il besoin de le dire, ne laisse rien subsister de la doctrine traditionnelle sur l’élévation à l’état surnaturel et sur le péché originel. Elle iden­ tifie le péché originel avec l’hérédité mauvaise qui peut s’exercer plus ou moins, suivant les cas. de génération en génération: ce péché n'est ainsi rien d’autre que les dispositions héréditaires, la pcccabilité innée laissée en nous par l’influence des générations antérieures ct qu’exploite notre volonté pour en tirer ses résolutions ct ses actes peccamineux. Le pêché d’Adam n a pas plus d’intlucncc sur scs descendants que les autres péchés. ///. LES isfiltratioss du ratios alisme xatuRALISTE CHEZ QUELQUES TIlEuLOOIESS CATHO­ LIQUES : HERMES (1775-1831) ET GVSTHER (1783- 1863).- Ces deux théologiens, sous prétexte de donner une meilleure intelligence du dogme, minimisent les données de la foi ou les déforment, pour mieux les concilier avec les exigences de la raison moderne. Parmi les erreurs d’Hermès, Grégoire XVI a signalé ses vues particulières «sur la condition de no» premiers parents, le péché originel et les forces dc l’homme déchu ». Dcnz.-Dan.. n 1620· Au fait, en identifiant de lout point l’état dc justice et de sainteté du premier homme avec le parfait équi­ libre dc tou les ses facul lés, et en ne faisant point à la grâce sanctifiante, en cet état, toute la place qui lui revient, Hermès était logiquement amené à négliger la perte de la grâce sanctifiante dans la description du péché originel, ct à dénier, plus ou moins expressé­ ment, à cc péché le caractère de faute formelle. Le I 563 PÉCHÉ OllIGINEL. LA RÉACTION ECCLÉSIASTIQUE forme] de cette corruption, prétend en effet Hennés, est tout entier dans la concupiscence désordonnée. Voir art. Heiimès, col. 2298. C'était revenir, dans une certaine mesure, à l’idée luthérienne condamnée, d’après laquelle la concupis­ cence est essentiellement coupable, ou â l'idée bota­ niste que toute qualité interne du pécheur héréditaire peut avoir le caractère d’un péché réel indépendam­ ment de sa relation avec la faute d’Adam, ('.’était méconnaître les définitions du concile de Trente qui, en allirmant en Adam la perle de la justice et de la sainteté, par suite de la chute, entendaient la perte d’une rectitude surnaturelle. On retrouverait les mêmes allures rationalisantes touchant l'anthropologie, chez GOnther. Aussi Pie IX le 18 juin 1857, devait-il souligner l’opposition de sa doctrine à la tradition catholique. Denz.-Ban., n. 1655 sq. IV. LA RÊPOAAE CATHOLIQUE AUX ATTAQUES bU NATIONALISME. t’ne réaction s’imposait en face de toutes ces attaques; elle est venue tant des théo­ logiens, que de l’autorité ecclésiastique. Ie La réplique des théologiens. — La grande objec­ tion de Voltaire et de Bousscau contre lu religion révélée, c’étaient les terribles conséquences que dédui­ saient 1rs jansénistes du péché originel louchant la damnation des masses infidèles qui étaient dans l ’igno­ rance invincible du nom du Christ. On reprochait aux catholiques, dont on identifiait la doctrine avec celle des jansénistes, d’aimermieux représenter Dieu injuste el lui faire punir des innocents, a cause du péché de leur père, que de renoncer à leur dogme barbare. Le devoir des théologiens était clair : mettre hors de doute que la doctrine catholique n’avait rien de com­ mun avec la traduction choquante qu’en donnaient les jansénistes; reprendre aux philosophes les vérités authentiquement chrétiennes qu'ils déformaient cl confisquaient, ainsi défigurées, au profit de l’erreur. L Réponse immédiate à Rousseau rt aux encyclopé­ diste*. Ils le comprirent. .M, Legrand, sulpicicn. dans la censure de Γlimite : Censure de la Faculté de théo­ logie de Paris contre un livre qui a pour titre : Émile ou l'éducation. Paris, 1776, l’archevêque de Paris. Chris­ tophe de Beaumont, dans son mandement contre l'Emile (dans les Œuvres de Bousscau, t. n. éd. l'urne. Paris. 1850, p. 750 sq.), Nicolas Bergier dans le Déisme réfuté par lui-même, 3· éd., Paris, 1766, cl le Traité de lu vraie religion. Besançon. 1820. opposèrent aux philo­ sophes la réponse pertinente de la doctrine tradition­ nelle. Jamais, faisait remarquer la Censure. théologien n’avait enseigné qu’un infidèle méritât d’être damné simplement pour n’avoir rien su de (’Évangile; cette damnation était le résultat et le châtiment d'autres péchés. Nul. sans doute, n’est sauvé sans la foi; mais • autre chose est d’être puni pour avoir abusé des lumières de la raison et des secours qui étaient donnes pour suivre la loi naturelle, autre chose est d’etre condamné pour n'avoir pas cru ce qu’on ignorait invinciblement et qu’il était par conséquent impossible de croire. · Censure, dans Mlgnc, Cursus theoL. t. n, col. 1150. 1179, 1180, 1223. 1221. Il est vrai que le péché originel, à lui seul, exclut l'infidèle du ciel, mais la vision intuitive de Dieu est un bien gratuit cl sur­ naturel. quand même les infidèles n'auraient jamais commis de péchés actuels, sans aucune injustice, ils seraient privés de la vision intuitive de Dieu. · Ibid., col 1180. B ailleurs, nous pouvons penser avec saint Thomas que le péché originel n’est puni d’aucune peine positive. Dans le même sens, Κ.-X. de Keller, dans son opus­ cule, Entretien de XL de Voltaire et XI. P***. docteur en Sorbonne, sur la nécessité de la religion chrétienne et 564 catholique par rapport au salut, Strasbourg, 1772, fai­ sait remarquer justement que la foi expresse en la Trinité n’est pas encore, selon un très grand nombre de théologiens, d’une nécessité absolue, de sorte qu’une impossibilité entière de s’en instruire n'entraîne pas In perte du ciel. J’. 16 el 17. Les éditions successives du Dictionnaire de théologie de Bergier contribuèrent aussi par la suite À vulgariser les vraies thèses catholiques sur le péché originel et scs conséquences, à les distinguer des thèses jansénistes, et à répondre ainsi aux calomnies ou ignorances des incrédules. Voir, par exemple, l’édition de Toulouse 1823 ; aux art. Adam, Foi, Église, Péché originel. Cc dernier article, l. vi, p. 99-101, est assez sommaire. Il résume d’abord rapidement la doctrine du concile de Trente sur le péché originel, en montre les fondements dans Job, le psaume L, 7, et saint Paul, sans faire allusion à la Genèse, puis, dans la tradition, surtout chez saint Augustin; il tient les objections îles incré­ dules comme un renouvellement des objections pélagiennes. et y répond en insistant, comme saint Thomas, sur le caractère purement privatif des consé­ quences du péché originel. On remarquera sa discré­ tion trop grande en face de certains problèmes, par exemple, celui de la nature du péché originel : Si l’on nous demande en quoi consiste formellement la tache du péché originel, comment el par quelle voie elle se communique à notre âme, nous répondrons humble­ ment que nous n’en savons rien. » De même il hésite devant la doctrine d'Augustin : · Cc Père, dit-il, n’a pas voulu décider positivement quel est le sort éternel des enfants morts sans baptême. > Art. Originel (Péché), p. 103 et loi. 2. Le traditionalisme. — Pour un certain nombre de théologiens, la meilleure façon de justifier la Provi­ dence en face des attaques rationalistes, ce fut de reconnaître que Dieu a mis à la disposition des païens les vérités de la révélation primitive, toujours vivantes au milieu de l’erreur. La tradition primitive est le véhicule convenable de la révélation necessaire à tous les hommes pour atteindre leur fin. Le traditionalisme de Lamennais, de Ventura, de Bonnell y, par une réac­ tion excessive contre le rationalisme du xvm· siècle, méconnaissait les forces de la raison individuelle, même déchue. Aussi fut-il contesté et finalement condamné. D’ailleurs, la période d’engouement une fois passée, la préhistoire établissant que la date de l'antiquité de l'homme remontait beaucoup plus haut qu'on ne le pensait, el la science des religions se développant, les théologiens se montrèrent de plus en plus réservés louchant l’hypothèse de la conservation universelle des vérités primitivement révélées. \ oir Capéran. Le problème du salut des infidèles. Essai historique, Paris, 1Ή2. p. 115 178. De plus en plus, au xix· siècle, les théologiens vont se souvenir de l’axiome scolastique : Facienti quod in se est Drus non denegat gratiam suam, el de la thèse des grands maîtres du xvr siècle sur la sutlisancc de la foi implicite aux ms stères du christianisme pour ceux qui sont dans l’ignorance invincible; aussi reconnaî­ tront-ils généralement aux païens les plus étrangers au christianisme la possibilité pratique de se sauver. Capéran. p. 159 et sq. 3. Trois théologiens marquants : Perrone, Mcrhler, Scheeben Trois théologiens, vers le milieu du xîxp siècle, se distinguent particulièrement dans l'expose de la doctrine du péché originel et de scs conséquences; Perrone, \dain Mœhlcr el Scheeben. Avec eux, par un retour de plus en plus prononcé aux i thèses de la scolastique.lv progrès théologique, retardé par le jansénisme, va reprendre son cours. a) Perrone, dans son traité. De Dca creatore, Prttlec- 5G5 PÉCHÉ ORIGINEL. LA RÉACTION ECCLÉSIASTIQUE 5GG Hones théologien·, t. iv, Koine. 18 11, aborde, dan* un teurs catholiques, est la perle des dons surnaturels et esprit sagement critique, l’expose de la situation de une profonde blessure Infligée aux qualités naturelles. nos premiers parents, et celui de la preuve scripturaire Si les facultés naturelles ont été affaiblies, néanmoins, et patriotique du pêché originel. l’image divine a survécu au naufrage; les dons natu­ Touchant la science d’Adam et (l’feve, il fuit remar­ rels. l’esprit humain n’ont pas péri; l’aptitude à quer judicieusement : Cujusmodi autem luerit hier s’élever vers le Seigneur sommeille, mais elle subsiste scientia, qua Adam donatus fuit. quanta ejus amplitudo, a l’état de virtualité pour la vie pieuse susceptible qui limites, ardua res est determinare; /irx unum diei «l’entendre la voix du Rédempteur, de ressusciter au potest, eam /uissc pristina* illius conditioni omnino con­ contact de sa main divine et de parvenir, fortifiée, sentaneam. Op. cit., p. 163. jusqu’à son plein épanouissement. Tandis qu’au point de vue luthérien on ne peut pas 11 appuie, avec raison, sa preuve de la transmission même concevoir l’homme acceptant une ofirc divine, du pêché originel avant tout sur le Nouveau Testament. dans le système catholique, l’aptitude religieuse, la P. *207. Il croit néanmoins devoir traduire le texte de faculté de s’élever à la connaissance et à l'amour de l épltrc aux Komains, v, 12, έφ’ω par in quo. Comme Dieu, est accordée, a l’homme; elle a besoin toute­ 1). Solo, il met l’essence du péché originel dans la pri­ fois d’être réveillée par l’opération du Seigneur, par vation de la grâce sanctifiante et réfute I lcrmès qui la la participation à la vie divine. Voir Neue L’ntersuplace dans la concupiscence : in inordinata sensual itate. chungen, p. 60 cl 66-68; Symbolik, p. 57-91, traduction P. ’211. A la suite de saint Thomas, il insiste sur le résumée dans G. (Joyau. Maehler, Paris, 1904, p. 161caractère purement privatif des conséquences du 17 1 rl 51. péché originel. Celui-ci a fait perdre seulement a En disant aux rationalistes qu’une part doit être l’homme la condition privilégiée que Dieu lui avait faite à Dieu, aux plétistes, qu’une part doit être laissée faite gratuitement, mais ne lui a causé aucun dommage à l’initiative humaine. Mœhlcr relevait opportuné­ en ses droits. Le genre humain aurait pu être créé dans ment l’âme de vérité qui se trouve dans chaque sys­ l’état où il est aujourd’hui. Il ressemble â un riche, tème. et en montrait dans le catholicisme la synthèse dépouillé de ses biens, qui (litière simplement du vivante. Sa critique portait surtout, rcconnaissons-le, pauvre parce que, jadis, il a été dans une situation sur le vieux luthéranisme, mais sc préoccupait moins meilleure : sicut spoliatus a nudo. I*. 19*2. 238. du rationalisme de Schlcicrmacher. En rappelant cc caractère purement privatif des c) Scheeben H835-1888). — La synthèse de la doc­ suites du poché originel, dans l’autre vie, pour les trine du péché originel qu’expose Scheeben. soit dans enfants morts sans baptême, il dit opportunément aux sa Dogmatique (trad. Belct, L tv, p. 216-400), soit dans incrédules qu’ils n’ont pas à faire grief à l’Églisc d’une ses Mystères chrétiens publicsen 1865, édit, de Mayence opinion de théologie. P. 108 sq. (’.’est aussi comme une en 19’25 : Die Mysterien des Christcnthuins, p. 221-288. opinion de théologien tout à fait discutable qu'il s’inspire de principes analogues : mais offre une spécu­ rejette l’inclusion de nos volontés dans celle d’Adam. lation plus organique et plus approfondie. Touchant la Perrone est aussi un témoin de celle évolution psy­ théologie de l’essence du pêché originel, il sait que la chologique qui amène les esprits à interpréter les faits doctrine catholique laisse place â une assez grande davantage en fonction du principe de l’universalité de divergence d’opinions; personnellement, il incline â la vocation au salut, et à songer que Dieu, comme concevoir la constitution spécifique de cette essence, dirait Leibnitz, est plus philanthrope que les hommes, comme saint Thomas, en faisant une place à la concu­ même a l’égard de l’humanité déchue. C’est ainsi que. piscence dans la definition du péché d’origine. lorsqu’il traite des conditions de salut, il fait remar­ 2° Les décisions du magistère ecclésiastique. — quer «pie la promulgation suffisante de l’Évangile est 1. Les papes. — En face des erreurs diverses du chose relative, continuellement progressive, régionale. XIXe siècle, les papes eurent l’occasion de rappeler ou Dès lors, ■ les nations, et même les individus qui sont de préciser plusieurs fois la doctrine traditionnelle sur dans une ignorance invincible, ne sont pas tenus par le péché originel. un précepte positif de croire explicitement les mys­ Grégoire XVI. dans son bref Dum acerbissimas. tères de la sainte Trinité et de l’incarnation ». De 1835, en condamnant les œuvres d’I lermès. y signalait l'irt. fidei, c. vi. J 3, n. 323. p. 113. des erreurs ; circa protoparentum statum, peccatum />> Madder, trouve, en face de lui, un protestanoriginale, ac hominis lapsi vires. Denz.-Ban., n. 1620. llsme divisé : d’un côté, le protestantisme rationaliste l’ie IX. en son allocution Singulari quadam. 1854. supprimait la grâce de Dieu et exaltait l'homme dénonce la confiance excessive des rationalistes dans comme le seul artisan du bien: de l'autre,le protestait· les forces de la raison, el la méconnaissance dont ils Usine pieliste niait la liberté humaine et exaltait Dieu témoignent par là relativement à la doctrine sur les comme l’ouvrier unique el capricieux du salut de suites du pêché originel. Denz.-Ban., n. 1613.16 I L Dans l’âme. En face de ces deux (raclions du christianisme le même discours, après avoir rappelé le principe que. réformé, le docteur de Tubingue. en possession d’une en dehors de l’Églisc apostolique romaine, personne ne connaissance vraie de kt I radii ion catholique, dont il peut être sauve, il ajoute cependant : < Il faut tenir avait retrouvé le sens profond au contact des Pères et des grands théologiens du Moyen Age, avec une expé­ egalement pour certain «pie les hommes qui ignorent la vraie religion d une ignorance invincible n’en por­ rience du protestantisme qu’il avait puisée dans les tent point la faute aux yeux du Seigneur. · Denz., facultés du nord de l’Allemagne, a conscience, dans sa n 1617. En 1863. dans l’encyclique Quanto conficia­ Symbolique (183*2), d’npporler aux deux fractions divi­ mur nurrorc, il s’exprimait dans le même sens. Dcnz., sées la vérité synthétique el pacificatrice, ('.’est la doc­ trine formulée par le concile de I ronie sur le péché n. 1677. Le même pape, en proclamant le dogme de l’imma­ originel el la justification. L’Eglise est appelée â con­ server intacte la doctrine du Christ el des apôtres, non culée conception, en déclarant ainsi Marie seule a décider des questions libres. Aussi, le concile a-t-il exempte de la contagion universelle du pêché originel, été surtout préoccupé de définir ce que le péché ori­ en vue des mérites du Sauveur du genre humain, attes­ ginel n’est pas, c'est-à-dire de nier que le péché ori­ tait. une fois de plus, en face d’un siècle naturaliste, en ginel supprimât le libre arbitre cl de nier que toutes même temps que I’liniversalite de la rédemption, l’uni· les actions de l’homme déchu fussent nécessairement vénalité de la propagation du péché originel dans la famille d’Adam. Cf. J.-\. Bainvel, Sature et surna­ des péchés. La tache originelle, telle que la décrivent les doc­ turel, p. 3 10. 567 PÉCHÉ ORIGINEL. LA RÉACTION ECCLÉSIASTIQUE Enfin. Pie IX, en 1870, pour obvier plus complète­ ment aux excès du rationalisme absolu, et redresser certains catholiques qui faisaient écho à cette erreur en confondant plus ou moins la foi et la raison, convo­ quait le concile du \alican pour opposer un remède suprême à ccs altérations variées de ln foi. Voir le prologue de la constitution Del Filius. 2. Le concile du Vatican. — Le progrès dogmatique, au cours des siècles, s’est fait ordinairement par réac­ tion de l'Églisc en face des affirmations de l’erreur : les thèses erronées nécessitaient la formulation précise de la vérité traditionnelle opposée. En face du natura­ lisme pélagicn, l’Églisc avait dû surtout proclamer Pinsufllsance absolue de la nature déchue laissée à ellemême pour faire son salut; plus lard, en face du surna­ turalisme outré de Luther el de Jansénius, el de leur erreur sur la corruption foncière de la nature humaine, elle était amenée, au contraire, à préciser les forces qui restent encore à la volonté de l’homme déchu pour accueillir la grâce qui sauve et y collaborer. Depuis toujours, elle faisait confiance â la raison pour exposer et défendre les mystères révélés, sans jamais avoir eu à formuler son enseignement sur la valeur de scs prin­ cipes; cl voici que la double erreur rationaliste et tra­ ditionaliste amène l’Églisc à promulguer solennelle­ ment sa doctrine sur la valeur de la raison dans l’état présent de l’humanité. Le concile du Vatican a fait progresser la doctrine du péché originel non seulement en définissant la capacité des forces rationnelles de la nature déchue, mais en rappelant el précisant certains points de doctrine méconnus ou obscurcis par les contemporains. a) Les définitions promulguées. — Le concile a défini : L La possibilité pour l’homme, qu’on le prenne dans l’étal de nature pure ou dans l’état de nature déchue, d’une connaissance naturelle de Dieu par les principes de la raison; voir const. Dei Filius, c. n : « Dieu principe et tin de toutes choses, peut être connu avec certitude au moyen des choses créées. » 2. La nécessité morale de la révélation dans la condition présente de l’humanité, pour mettre les vérités naturelles, accessibles en droit à l’intelligence humaine, < à la portée de tous, d’une manière aisée, avec une ferme certitude, sans mélange d’erreur, et la nécessité absolue d’une révélation dans le cas histo­ rique d’une élévation de l’homme à une fin surnatu­ relle, c’est-à-dire à la participation des dons qui dépas­ sent tout-à-fail l’intelligence de l’esprit humain ». C’était, en d’autres termes, enseigner l’impuissance morale de l’homme déchu à parvenir universellemenl, facilement, avec une ferme certitude cl sans erreur, â la connaissance naturelle suffisante de Dieu sans un secours d’en-haut. el son impuissance absolue, en toute hypothèse, à parvenir à la connaissance des mystères de la religion surnaturelle. En conséquence, le concile disait anathème, can. 2. à qui dirait qu’il ne peut sc faire ou qu’il n’est pas expédient que l’homme soit instruit par la révélation divine sur Dieu cl le culte à lui rendre »; et can. 3 : « à qui dirait que l’homme ne peut être élevé divinement à une connais­ sance et à une perfection qui surpasse celle qui lui est naturelle; mais que, de lui-même, il peut et doit, par un progrès perpétuel, parvenir enfin à la possession dr tout vrai et de tout bien ». b) Les définitions préparées. — Le concile du Vatican sc proposait de rappeler ou de préciser en outre quelques points de doctrine concernant le péché d’origine, <|ul étaient contestés ou obscurcis par les erreurs contemporaines. Il est utile de connaître ces points examinés par les Pères, quoique le concile ne les ait pas promulgués. Leur élude nous révèle la doc­ trine commune à celte époque, mais non point une doctrine définie. 568 On dénonce d’abord le principe des erreurs contem­ poraines concernant l'anthropologie révélée : c’est le dogme de l’indépendance de la raison. Schéma De doctrina Christiana, c. xv, dans MansLPctit, Concit., t. L, p. 70. On énonce ensuite, nu nom de la révéla­ tion, le fondement de celte anthropologie : la com­ mune descendance ù partir d’Adam el d’Èvc de la famille humaine. C. xv. Lee. xvi rappelle la doctrine traditionnelle de ordine supernatural! et statu orlgimdis justitia*. Le c. xvn résume d’abord la doctrine définie au concile de Trente sur le péché originel, son existence et sa propagation, el le dogme de PÉgllse sur le privi­ lège de l’immaculée conception, puis condamne comme hérétique la doctrine des semi-rationalistes selon laquelle le péché d’origine ne deviendrait un véritable el propre péché pour chacun que pur le consentement personnel â l'entraînement de ce péché, et ne devrait nullement être défini en tenant compte de la privation de la grâce sanctifiante : reprobamus sub anathemate eorum doctrinam hmreticam (pii dicere ausi fuerint in Λ dm posteris non esse verum ac proprium peccatum, nisi ab ipsis per suum actualem consensum peccando comprobetur, vel qui negaverint ad rationem peccati originalis pertinere privationem sanctificantis gratiic quam primus parens libere peccando pro sc suisque posteris perdidit. P. 72. Les notes ajoutées au schéma précisent encore le sens que les Pères attribuent à ces propositions. La com­ mune origine de toute la famille humaine, par rap­ port à un couple unique, y est proposée comme fondée dogmatiquement non seulement sur le sens exprès de ΓEcriture, mais encore sur l’implication profonde de cette doctrine dans le dogme de la déchéance univer­ selle du genre humain et dans celui de son universelle restauration. P. 108. C’est une erreur sur la constitu­ tion de l’état de justice originelle qui entraîne l’erreur touchant la nature du péché originel. C’est, en effet, parce qu’ils négligent la grâce sanctifiante dans la description de l’état primitif, pour ne voir en lui que la subordination de la sensualité à la raison, que cer­ tains auteurs récents (Hermès par exemple) mettent toute la définition du péché originel dans la concupis­ cence désordonnée et ne veulent point faire une place à la privation de la grâce sanctifiante dans celte défi­ nition. En résumé, les Pères entendent surtout proposer la définition de deux points: 1. la déchéance originelle a un véritable caractère de péché avant toute adhésion positive et personnelle à la concupiscence. 2. Il faut faire place, dans la définition du péché originel, ù cette grâce sanctifiante que le premier homme, en péchant librement, a perdu pour lui el pour scs descendants. Il est à remarquer, enfin, que» si la privation de la grâce sanctifiante est en connexion intime avec le péché originel, il n’est pas enseigné qu'elle en soit l’essence : les Pères savent bien, el ils le disent, qu’il y a entre les théologiens catholiques diverses manières de s’ex­ primer qui laissent le dogme intact. Celui-ci, en effet, reste sauf aussi longtemps que l’on allirme une néces­ saire connexion de la privation de la grâce el du péché originel. P. 115. Bref, le projet du concile du Vatican ne prétend nullement identifier la privation de la grâce sancti­ fiante avec la définition adéquate du péché d’origine; H sait la divergence des opinions des théologiens tou­ chant la description de l’essence de ce péché. Pour écarter les erreurs du semi-rationalisme, il prétend seulement que le péché originel est un véritable péché, el que la privation de la grâce n’est point étrangère â cc péché : lâ où il y a état de péché originel, il y a nécessairement privation de la grâce sanctifiante. Le concile a fait surtout ciïcctivcmcnl progresser la doctrine du péché originel, en définissant la doctrine 569 PÉCHÉ ORIGINEL. LE RATIONALISME CONTEMPORAIN de l’Eglisc sur les forces et les faiblesses de la nature déchue. II. Les difficultés faites fah le nationalisme CONTEMPORAIN A LA DOCTRINE DU PÉCHÉ ORIGINEL. — Durant les soixante dernières années, les principes d’un rationalisme indépendant qui refuse de se sou­ mettre au donné révélé, ont continué à Inspirer plus ou moins les altitudes d’une bonne partie de nos contem­ porains dans l'interprétation des faits qu'étudient les sciences nouvelles (paléontologie, ethnologie, préhis­ toire, exégèse critique el histoire des dogmes) cl dans leurs vues philosophiques. Tandis que l’ancien rationalisme rejetait le dogme cruel au nom des exigences du cœur et de la raison s’exerçant sur l’idée de la bonté et de la Justice divines, le rationalisme récent repousse la conception chré­ tienne de la perfection et de la déchéance primitives surtout au nom de la science de l'évolution et du progrès Indéfini de l'humanité. Le problème capital des origines de l’homme, remarque M. Boule, a quitté depuis un siècle et demi à peine les domaines du rêve et de la fiction pour pénétrer dans le domaine de la science ». Les hommes fossiles. Paris, 1923, p. vu. < Sur la question suprême de nos origines, l’enfance de l'humanité n’a eu d'abord d’autres sources d'informa­ tion que des contes bleus, des légendes, des histoires merveilleuses. Puis Γ intelligence humaine s’est déve­ loppée. Quelques esprits de qualité supérieure ont émis des vues de génie. L’observation froide, dégagée de tous préjugés, a ensuite joué son rôle. Enfin, c’est seulement en ces derniers siècles, au début du règne de la science, que s’est fait jour un peu de vérité. » Op. cit.9 p. 1. /. LES DIFFICULTÉS TIRÉES DE L'ΛΧΤ11R0P0L0G/E PRÉHISTORIQUE. — 1° Exposé. M. Boule, après avoir dressé l’inventaire des principales acquisitions de la paléontologie, d’après l’observation des osse­ ments fossiles et des premiers témoignages de l’acti­ vité humaine, laissés sous forme d'instruments, de sépultures ou de peintures, dans les couches géolo­ giques, croit pouvoir conclure : < que la paléontologie humaine et la paléontologie générale se montrent seules capables de nous faire bien comprendre la vraie place de l’homme dans la nature. » P. 177. A la lumière de ccs sciences et de la psychologie comparée, ce savant conclut A une différence de degré seulement entre les facultés mentales de l’homme cl celles de l’animal. « De même que le cerveau est beau­ coup plus volumineux que le cerveau de l’anthro­ poïde le plus élevé, de même l’intelligence humaine est très supérieure à l'intelligence du singe, mais toutes les manifestations de la première se retrouvent, ù un degré moindre simplement, chez la seconde.» P. 151. Cf. p. 152: L’homme est très supérieur aux singes les plus élevés par le volume et l'organisation de son cerveau. Il en résulte que la production physiologique la plus noble «le ce cerveau, c’est-à-dire l'intelligence, est ici égale­ ment supérieure. Mais il n’y a qu’une différence de degré el non d’essence. · Au sujet de l’unité de l’espèce humaine, au nom de cette loi paléontologique, d’après laquelle le dévelop­ pement des êtres ne s'est pas accompli selon des séries linéaires, mais ù la façon d'un arbre plus ou moins touffu, M. Boule tend vers le polygénisme : Le groupe humain n’a pas fait exception. Il a dû sc diviser de bonne heure en plusieurs branches, celles-ci en rameaux, et ces derniers en minuscules. Si nous parlons en polygénistes. nous dirons que certains de ces rameaux sont arrivés jusqu'à l'époque actuelle; si nous parlons en monogénisles. nous dirons que le bloc de Vhomo sapiens, avec scs diverses branches, ne forme qu’un seul rameau. Mais ce (pie nous ne savions pas, c’est que, à côté de ccs rameaux encore vigoureux, la 570 branche humaine a émis autrefois des rameaux aujour­ d’hui desséchés. » P. 459. < Nous savons qu’il y a eu plusieurs espèces, et probablement plusieurs genres d’hominiens... il v a eu une branche humaine et cette branche a été beaucoup plus touffue qu’on ne le sup­ posait. » P. 465. M. Boule confesse d’ailleurs le caractère rudimen­ taire de nos connaissances sur l’évolution des homi­ niens. Il faut recueillir ccl aveu : · Si les naturalistes donnaient la prééminence aux caractères intellectuels, il n’y aurait pas lieu de séparer a titre spécifique, l'/iomo Xeanderthalensls des hommes actuels... Certes, l’invention des premiers instrument^· la production du feu. sont le résultat de phénomènes intellectuels aussi merveilleux que les plus grandes inventions modernes, qu'elles ont permis d accomplir. El. à cet égard, on ne peut se refuser d’admettre la loi de constance intel­ lectuelle de Kcmy de Gourmonl ni. Jusqu’à un certain point, la doctrine d’unité psychique · de certains anthropologistes philosophes. P. 173. « Il serait très important, pour fixer le point capital de l’évolution de l’humanité, de pouvoir saisir le moment ou l'anthro­ poïde préhumain, arrivant d'un seul coup à la dignité humaine, à laquelle son évolution physique et céré­ brale l’avait préparée, a su, d une part, allumer le feu. el, d’autre part, a su passer de l’acte consistant a sc servir d’un caillou brut, à la fabrication d’un instru­ ment. » Sur ccs différents points, nous n'avons que des notions vagues. P. 474. Comment concevoir l’évolution de l’humanité à partir de son étal primitif? Comme un perfectionne­ ment progressif quoiqu’il un certain point de vue dis­ continu : « Le phénomène de continuité du perfection­ nement graduel de l’humanité, depuis l'utilisation du premier silex et du premier foyer, ne saurait donc être représenté par une ligne droite ascensionnelle, mais par une succession de lignes brisées, dont les divers éléments s’articulent à la manière des ramifications de certains végétaux. Celte continuité n'est ainsi que la résultante apparente de progrès partiels et discon­ tinus qui sc prolongent en la branche terminale la plus élevée. » P. 476. 2° Observations. — 11 n’est pas difficile de voir en quoi ccs vues générales blessent la doctrine catholique louchant la perfection et la déchéance originelles. 1. Elles éliminent par prétéritlon, en les tenant pour des légendes, les données de la révélation : pour le théologien catholique, la paléontologie humaine n’est pas seule capable de nous faire bien comprendre la place de l’homme dans la nature. 2. Elles s’inspirent de conceptions extra-scienti­ fiques, d’une philosophie à tendance naturaliste, en ce qu'elles jugent qu’il n’y a qu'une différence de degré entre l’homme cl l’animal. D’autres savants comme Cuénol, P. Tcrmier, Teilhard de Chardin, tenant compte non seulement des lumières de la paléontologie, mais de celles de la philosophie ou de la révélation, maintiennent la doc­ trine de * l’unité psychique ·. reconnaissent les mêmes caractères intellectuels chez les premiers hommes qu’atteint la science et chez les civilisés actuels; ils peuvent ainsi admettre la vraisemblance de l’éléva­ tion de la nature intellectuelle des premiers hommes à un perfectionnement surnaturel que leur enseigne la révélation, et reconnaître aussi la déchéance. Con­ fiants dans la conciliation définitive entre la science cl la foi, ils travaillent, en reconnaissant les limites des domaines respectifs de celle-ci cl de celle-là, à montrer que les données assurées de la science ne compromettent nullement les données de la foi bien comprise touchant l’unité de l’espèce humaine, le perfectionnement de celle-ci el sa déchéance. 571 PÉCHÉ ORIGINEL. LE RATIONALISME CONTEMPORAIN //. Z£.S OHJECTtONS DE L*ETtl.XOEüGt E ÊVOLÜTiO.Ksiste, I" Exposé. — Les ossements fossiles cl les traces laissées par I activité intelligente des premiers hommes ne suffisent pas à nous faire pénétrer bien avant dans le psychisme de ceux-ci. Pour mieux comprendre leur mentalité, les savant s en appellent à l’ethnologie des peuples actuels, dits primitifs. Les religions de ces peuples, étant donné que ceux-ci sont des attardés, reflètent avec plus de fidélité les idées cl les sentiments qui furent ceux de l'humanité à l’ori­ gine. C’est â travers l’âme de ces primitifs que l’on peut saisir quelque chose de la mentalité originelle. Or, celle mentalité, d’après l'ancienne ethnologie, loin d’avoir élé parfaite à l’origine et d'avoir connu ensuite la déchéance, aurait d’abord été grossière et barbare cl aurait émergé petit à petit de l’animalité. Un postulat philosophique, agnostique, évolutionniste a domine el commandé l’interprétation donnée par un grand nombre de savants aux faits ethnologiques. Λ les en croire, l’humanité s’est dégagée lentement de l’animalité au point de vue spirituel comme au point de vue corporel : il y a eu évolution du plus bas au plus parfait el uniformité dans cet te. évolution. Les formes les plus élémentaires de la vie religieuse que l’on découvre chez les sauvages doivent repré­ senter le plus exactement la vie religieuse à ses ori­ gines. Sous l’influence de ces présupposés, on établit les phases successives du développement de la reli­ gion; on peut varier sur l’élément prépondérant du sentiment religieux aux origines (fétichisme, monisme, animisme, mythologie astrale, totémisme, magisme) sur la manière d’établir les formes successives des séries évolutives de la religion; c’est toujours pour aboutir, au meme résultat nihiliste sur la valeur de celle-ci Ainsi par exemple, selon E. B. Tylor, Primitive culture, 2 vol., Londres, 1X72; Anthropology : An introduc­ tion to the study o/ man and civilisation, Londres. 1XX1, l’homme s’est élevé petit à petit, porté, comme le sau­ vage, par la tendance à tout animer autour de lui. de la croyance rudiment aire aux esprit s. jusqu ’aux croyances supérieures. L’évolution de la tendance fondamentale cl primitive de l’animisme a suscité progressivement i’idcc d'âme, d’esprit, la personnification des forces de Ja nature, l'idée des dieux multiples (polythéisme), enfin, par voie de concentration, l’idée d’un Dieu suprême. Ainsi le monothéisme ne présente qu’un .moment tardif de Dévolution. Voir Dictionn. apol., art. Keligion, col. 876-881; Pinard de la Boullaye, L’élude comparée des religions, 2 vol., Paris. 1922 et 1925, l. i, p. 357-370; l. n, p. 1X3-219; \V. Schmidt. Origine et -évolution de la religion, Paris, 1931. p. 105-124. Lévy-Brùhl, dans ses quatre ouvrages : Les /onc­ tions mentales dans les sociétés intérieures, Paris. 1910; La mentalité primitive, Paris, 1922; L'âme primitive, Paris, 1927 ; Le surnaturel et la nature dans la mentalité primitive, Paris, 1930, explique la mentalité primitive par une théorie volontariste et sociologique de la magie : Le primitif ignore la pensée logique régie par le principe de causalité. Sa pensée est foncièrement prélogique cl prcconcepluelle, c’est-à-dire qu'elle ignore les idées générales et le vrai raisonnement... Les primitifs rattachent tout à des causes mystiques; lu maladie el la mort ne sont jamais naturelles pour eux...etc. · Voir Schmidt.op. cit., p. 17 1-175. Bref, chez les peuples sauvages, le vaste domaine de la pensée et de l'action rationnelle est négligé. (Ce système du prélogisme a été justement critiqué; voir O. I^croy. La raison primitive, Paris. 1927: Kaoul Allier. Lr non civilisé et nous. Pans. 1927; A. Goldenwclscr. Early civilisation, Nevi York» 1922.> | 2e Observations. il est évident que l’ethnologie ainsi conçue est en opposition complète avec In docitrine catholique touchant la perfection primitive de 572 l’homme et sa déchéance originelle. Mais nous assis­ tons depuis trente ans, semble-t-il, au déclin de cet évolutionnisme ethnologique rigide, et à la progres­ sive reconnaissance par certains ethnologues et histo­ riens récents de la religion du · grand Dieu » des primi­ tifs. Voir \V. Schmidt, op, cit., p. 219-275. La science ethnologique, revenue des Illusions de résolutionnisine doctrinal, parait s’orienter d’une façon décisive dans un autre sens avec Fr. Gracbner, Methode der Ethnologic, 1 leidelberg. 1911 ; Pinard de la Boullaye, dans V/iisioire comparée des religions, Paris. 2 vol.*. 1922-1925; 3· éd.. 1929; \V. Schmidt. Der Ursprung der (iottesidee, Munstcr-cn-W., 1912; 2* éd., 1926; Die Steltung der Pygmoenvôlker in der Enhvfck· lungsgcschichie der Mcnschcn, Stuttgart, 1910, cl Origine et évolution de la religion, Paris. 1931. La méthode d'histoire culturelle tend à fixer l'ordre d’apparition des grandes civilisations; elle étudie l’in­ terdépendance des cycles culturels dans l’espace et dans le temps et, après avoir dressé le tableau synop­ tique des civilisations, elle se pose la question de leur origine. Les savants qui s'inspirent de cette méthode se croient ainsi amenés à reconnaître, dans les couches ethnologiques les plus anciennes, la croyance à un grand Dieu suprême. (Sur l’ancienneté et la diffusion du grand Dieu de lu civilisation primitive, sur sa nature, ses attributs et son culte, voir \V. Schmidt, Origine cl évolution, p. 312-3 ML » De cette constatation se déduisent des résultats importants pour l'étude de la perfection religieuse de l’humanité à ses origines. L Nous sommes fondés à exclure toute une série d’hypothèses qui faisaient partir l’humanité des Idées les plus grossières pour l’amener lentement â l’idée d’un Dieu suprême. Cette idée ne saurait venir ni de la mythologie de la nature, ni du fétichisme, ni du manisme, ni de l'animisme, ni du totémisme, ni de la magie. « Deux ordres de raisons s’y opposent : de l’aveu même des partisans de ces hypothèses, l’on devrait concevoir la genèse de la notion d’Êlrcsuprême sous forme d’une lente élaboration el placer son appa­ rition au terme d’une longue évolution. Or, c’est tout au contraire chez les peuples les plus anciens que nous la rencontrons. D’autre part, chez ces peuples antiques, les éléments qui, par leur évolution, auraient, dans l’hypothèse, donné naissance à la notion de Dieu suprême, ou manquent tout à fait (totémisme, féti­ chisme. animisme), ou sont fort peu développés (magie et manisme), tandis (pie les civilisations plus récentes les offrent en plein épanouissement. Pour la notion d’Etre suprême, c’est précisément l’inverse. · W. Schmidt, op. cil., p. 351. 2. On ne peut méconnaître l’importance métho­ dologique de la religion des primitifs pour nous mon­ trer la vraisemblance de la perfection (perfection toute relative) de la religion à ses origines, mais il faut dire que la reconnaissance du grand Dieu dans les civilisa­ tions primitives ne résoudrait point à elle seule l’énigme des origines de la civilisation et de la religion. Sans doute, les religions que l'Écriture sc lait, il faut juger selon les lois natu­ relles... Il est manifeste de fait que, dans la question de la justice primitive cl du péché originel, la préoccu­ pation de saint Thomas, en dehors de l’élément dogma­ tique, est de rapprocher et de réduire à un minimum la distance entre la condition de l’homme dans l’étal de nature pure et de grâce primitive, ct celle de son état présent. Ici ct là, en effet, c’est le même sujet, de qui, à travers les vicissitudes des états différents, la nature el les facultés sont définies par la science anthropologique que s’en est formée saint Thomas. Ainsi, les vicissitudes ct les variations dans leur amplitude ne doivent pas dépasser ce qui est stricte­ ment requis par les données révélées. > J.-B. Kors, op. cil., p. 115 et 170. On devine quelles applications nouvelles de ccs principes s’imposent au théologien moderne : par exemple, l'utilisation des sciences anthropologiques actuelles, pour mieux saisir dans son origine ct dans scs évolutions la nature concrète de l’homme. Voir, dans ce sens, A. D. Sert illanges, Catéchisme des incroyants, t. i, Paris 1931, p. 171-221; J.-B. Paquier, La création ct révolution, Paris, 1932, p. 77 sq., 217-359. 2° Élargissement des perspectives. — On ne peut, lorsqu’il s’agit des grandes transformations spiri­ tuelles, qui, à travers les siècles, renouvellent les perspectives humaines, se hâter de n’y voir que dévia­ tions, témérités, et périls d’erreur. 11 faut savoir, a cette occasion, discerner, construire, progresser, s’il y a lieu. Telle fut l'attitude de saint Thomas en face de l'afflux de vérités philosophiques au Moyen Age; telle fut aussi l’attitude des théologiens touchant le problème, du salut des infidèles en face de la décou­ verte du Nouveau Monde, qui posait à nouveau la question de la sollicitude universelle de la Providence; telle doit être l’attitude du théologien, disciple de saint Thomas, en face des perspectives nouvelles que lui ouvrent sur l’homme primitif les données de la préhistoire, de l'anthropologie, de la science des reli­ gions. 11 y a là une possibilité d’intelligence plus pro­ fonde de la doctrine catholique sur l’élévation et la chute par l’élargissement des horizons humains. Voir, sur l'utilisation heureuse de ces perspectives élargies, P. 'Fermier, La joie de connaître, Paris, 1926, p. 269-333. 3° Approfondissement de l'étude de l'expérience humaine dans ses rapports avec le dogme du péché originel. Les théologiens sont à peu près unanimes aujourd’hui à reconnaître que la doctrine du péché originel ne peut être déduite apodicliquement des données morales d'ordre experimental. Il reste cependant que l’état de misère morale ct physique dans lequel se trouve l'humanité, s’il n’im­ plique pas nécessairement un caractère pénal, cl, par conséquent, une lare morale qui l'explique, possède, sous le gouvernement d’un Dieu sage, juste et bon, quelque chose d’énigmatique cl de troublant. L’expé­ rience concrète de la misère humaine pose un problème dont le philosophe cherche en tâtonnant la solution, mais auquel le théologien, seul, peut trouver une réponse précise cl certaine. Sur l'approfondissement de ce problème, à notre époque, voir surtout M. Blondel, Le problème de la philosophie catholique, Paris, 1931. 1° .Méthode concrète ct synthétique. Discrimination des compétences scientifiques. philosophiques ct théotoqiques. — La théologie contemporaine tend de plus en plus â résoudre les problèmes posés par la doctrine du péché originel d’une façon synthétique, en consi­ 582 dérant celle-ci dans l’unité du plan divin, tel que saint Paul l'a révélé, par le contraste de la double solida­ rité morale de la famille humaine en Adam ct dans le Christ. Elle distingue de mieux en mieux entre le plan dogmatique ct le plan théologique, entre le triple apport de la science, du raisonnement ct de la foi touchant la question des origines; elle établi l la cohé­ rence des diverses affirmations rationnelles et révélées, louchant la doctrine catholique du péché héréditaire. //. EXPOSE 8TXTO6T/QUE EE L'EXSr./aSF.MENT ACTUEL. — On envisagera successivement : 1. Le péché originel dans Adam : sa possibilité, son existence, sa gravité, scs conséquences; 2. Le péché originel dans scs descendants : propagation, nature, effets de cc péché. Sur ccs différents points, on résumera rensei­ gnement de l’Églisc, les fondements de la doctrine, ses rapports avec les données de la raison. 1° Le péché originel considéré dans Adam. — Au point de départ du péché originel sc trouve la faute qui bouleversa l’état el la destinée de nos premiers parents. Mais cette faute, avec la déchéance qu'elle implique, pour eux ct leurs descendants, n’est conce­ vable et possible que par rapport à l’état de perfec­ tion surnaturelle dans lequel Dieu avait placé le premier homme. 1. Doctrine de Γ Église.— a) Possibilité d'une déché· ance : perfection et peccabiüté originelles de l'homme. — La perfection originelle de l’homme était surnaturelle, omissible, relative. a. Elle était surnaturelle. — Au regard du théologien, la nature humaine, comme toute nature, est bonne, en tant qu'elle vient de Dieu. Non seulement l’homme considéré dans scs préparations lointaines, dans scs antécédents corporels (si l’on se place dans la pers­ pective évolutionniste), ne peut s’expliquer, comme tout être, que par une dépendance radicale à l’égard de la source créatrice qui fait les natures cl les dirige par des lois communes vers leur fin, mais, considéré dans cc qui le constitue essentiellement, la raison, il exige un emprunt nouveau au monde de l'esprit. Le théologien catholique enseigne la création particulière de l’homme, spécialement la création immédiate de l'âme. Du fait de sa création comme nature Intellectuelle» orientée vers Dieu, capable de trouver sa béatitude en lui, l’homme possède déjà une perfection unique par rapport au reste de l’univers visible. Mais, en raison de la riche souplesse de sa nature, de sa capacité «le devenir toute chose el de son affinité avec Dieu, la perfection de l’homme peut être réalisée sur deux plans différents : le plan naturel el le plan surnaturel. Dieu aurait pu créer l'homme dans l’état • de nature pure », c’est-à-dire avec les seules propriétés qui résultent de son essence. Dans cet état, l’homme aurait connu l’ignorance, la mortalité, la souffrance» la lutte de la choir contre l’esprit, toutes infirmités qui résultent de la structure même de sa nature. Maigre de multiples difficultés, il aurait pu, avec le concours nécessaire de Dieu, s’élever à une connais­ sance de plus en plus parfaite du vrai, réaliser une conformité toujours plus complète au bien moral, atteindre Dieu ici-bas à t ni vers le miroir du monde et de l’âme, le servir par un culte rationnel, en jouir dans l’autre vie par la connaissance ct l'amour sans toutefois être admis à l'intimité de la vision béatiflque. Ajoutons qu'en vertu du dynamisme même de l’es­ prit concevant Dieu comme la cause première, la source unique de la bonté et de la perfection infini­ ment souhaitable, l’homme aurait été porté vers lui par un désir vague, inefficace, de le voir cl le posséder tel qu’il est en lui-même. C’est là le terme suprême que l’esprit · désire congénitalement par le dévelop­ pement même de la raison el à partir de l’ordre créé,. 583 PÉCHÉ ORIGINEL. LA CHUTE PRIMITIVE 584 détourner de sa lin, do refuser de réaliser sa destinée. mais qu’il ne saurait raisonnablement vouloir ou Elle n’avait qu'à se laisser aller pour défaillir. exiger ». Ai. Blondel, Le problème de la philosophie c. La per/edion surnaturelle d'Adarn ne comportait catholique, p. 26. d'ailleurs qu'une plénitude relative. — Tout en plaçant Créé dans cet état de nature pure, l'homme n'aurait en dehors de la loi de l’évolution les privilèges dont pas eu lieu de se plaindre; une telle création n'eût Dieu avait orné la nature de l'homme, nous ne sommes pas été indigne de la bonté et de la sagesse divines. Dans cette hypothèse, il n’y aurait pas eu de déché­ point obligés de reconnaître en Adam toute la plénltude des dons dont était susceptible la nature humaine. ance originelle possible, car tout ce qui appartient Γη individu, quelque grand qu’on le suppose, ne constitutionnellement à la nature ne peut Cire ni saurait épuiser Je travail de l’espèce au point de rendre détruit, ni diminué même par le péché; la sagesse inutile son progrès. Le théologien catholique, a la suite divine en respecte la constitution cl, partant, les lois de saint Paul, distingue, dans l’histoire de l’humanité, essentielles qu’elle a fixées pour cette nature; il n’y aurait eu, dans cc sens, rien à perdre. une période d’enfance et une période de plénitude. C’est dans Pâme du Christ, le second Adam spirituel, Méconnaissons que cet étal, purement hypothé­ tique, eût été. pour Dieu, moins glorieux et moins qu’il place la plénitude féconde de la vérité el de la libéral; pour l’homme, moins béatifiant que celui qui, vie. La perfection qui convenait au premier homme de fait, a été réalisé. dans son institution n’était point celle d’un individu En fait. Dieu, dans sa libéralité, a appelé l'homme arrivé au terme de la vie surnaturelle; il n’était pas â la perfection la plus haute à laquelle, en l'aidant, il confirmé en grâce et n’avait pas la vision immédiate pourrait conduire une nature intellectuelle. Par la de Dieu. Ce n’était point celle de l’espèce arrivée à grâce sanctifiante qu’il lui a communiquée, il a voulu l’époque de sa pleine maturité; c'était celle qui conve­ développer sa nature sur un plan qui dépasse toutes nait â l’individu, créé immédiatement par Dieu les exigences humaines; il l’a haussée jusqu'à la parti­ comme chef de l’humanité et orné par lui des privi­ cipation à la nature divine; il l’a habilitée à contem­ lèges de la sainteté ct de la justice, nécessaires pour pler celle-ci non plus seulement dans le miroir de sa lui permettre de faire lui-même les premiers pas dans création, mais face à face. la voie du développement surnaturel ct y faire pro­ A cc premier don fondamental, il en a ajouté un gresser l'espèce. Scs descendants devaient s’y engager autre; pour compléter la perfection de l'état d’inno­ plus avant. cence ct faciliter l’ascension humaine vers la vision C’était déjà le sens du témoignage de saint Irénéc; béatlflque, il a corrigé les défauts qui résultent néces­ nous l’avons vu. L'homme, à scs origines, était inapte sairement de la nature composée de l’homme. Par la à recevoir une discipline de tout point accomplie. grâce sanctifiante ou sainteté primitive, il avait soumis Il a reçu, sans doute, dès sa première institution, les l'esprit et la volonté à Dieu, par la grâce d’intégrité forces ct les illuminations en rapport avec sa qualité ou de justice originelle, il va l'établir dans une merveil­ de chef du genre humain, mais cette première insti­ leuse unité intérieure. Telle est la per/edion surnatu­ tution ne rendait point inutile l’intervention cons­ relle dans laquelle Dieu a établi l’humanité primitive tante de la Providence surnaturelle qui devait, en en la constituant dans l’étal de sainteté ct de justice utilisant le jeu des causes secondes ct de l’expérience originelle. grandissante de l’humanité, faire progresser celle-ci b. Elle pouvait être perdue. — Cette perfection, parce vers une réalisation toujours plus complète de la qu’elle dépassait les exigences de la nature, et qu'elle ressemblance divine. Saint Thomas qui pose si nette­ n'était point dans l'homme par un épanouissement ment le principe de la perfectibilité humaine. Sum. nécessaire de scs propriétés essentielles, mais comme theol., IMlæ, q. xcvii, a. 1, ne contredirait sans doute un privilège gratuit, pouvait, â la différence de ses pas cette idée. facultés naturelles, être perdue; elle n'était point Les théologiens modernes, avertis par les sciences automatiquement incorporée à la nature humaine, du anthropologiques, ne peuvent qu’accentuer les déduc­ fait qu’elle lui était communiquée, mais requérait, tions qui s’en dégagent : voir art. Justice obiginelle, selon le plan divin, une épreuve pour lui être assi­ col. 2029; Chr. Pesch, Goll und Gôtter, op. cit., milée de façon définitive. p. 63 sq.; Hugucny. dans Revue thomiste, t. xix, 1911, Dieu ne la donnait point sans doute â la façon d’un p. 82 sq. don purement personnel, mais à la façon d’un bien A la lumière de la science de la religion des primitifs, commun, d’une propriété spécifique, velut accidens ils conçoivent mieux la compatibilité entre l’existence naturæ speciei, destiné à devenir l’apanage de toute la d’une perfection relative de la vie religieuse ct morale ct le fait d'une culture matérielle embryonnaire au race; il y mettait toutefois une condition. Adam remplissait-il la condition posée, il transmettait â début de l’humanité. « Nous pouvons ainsi nous repré­ senter le premier homme comme un grand enfant toute sa postérité le bien de famille dont il avait la intelligent, d’une intelligence à vues directes ct con­ garde; devenait-il infidèle, il le perdait tel qu'il l’avait crètes, artiste peut-être, mais n’ayant rien de cc que reçu, comme un bien de l’espèce, qu’il dissipait sans donne l’héritage d'un long passé scientifique et indus­ pouvoir plus le récupérer. triel. Au point de vue matériel, son état n’était pas Mais, comment une nature ornée de telles préro­ évidemment celui d’une civilisation raffinée. » J. Pagatives, établie dans un tel état de bonté et de rccti(plier, op. cit., p. 271. tude qu’il lui suffisait de suivre l’élan reçu pour at­ En résumé, l’homme n’a pas été créé dans un état teindre la parfaite béatitude, a-t-elle pu défaillir et de « pure nature ·; il a été constitué dans un état de se mettre ainsi dans l’état de perdre les privilèges perfection surnaturelle relative, dont II pouvait déchoir qu'elle aurait pu ct dû conserver? C’est qu’elle restait tout en gardant la structure même de sa nature; une nature créée, une nature libre. La possibilité de même dans cet état surnaturel, rinllrmité congénitale défection dans la nature intellectuelle créée s'inscrit au sein même du don le plus magnifique, mais le | de la créature spirituelle, capable de défaillir ct d’ar­ rêter son évolution morale, restait sous-jacente â plus redoutable aussi, de cette nature : dans le libre arbitre humain. I l’ordre de la grâce : la chute était possible. b) Le /ait de la chute, a. Au point de vue doqmaCette liberté, dans l’homme primitif, avait beau tique. - La doctrine de la chute ou du premier péché impliquer non seulement la possibilité, mais la facilité d’atteindre le plus grand des biens, la béatitude , actuel du premier couple humain, telle que l'a définie éternelle; elle comportait aussi la possibilité de sc ' le concile de Trente ct précisée la décision récente de 585 PÊCHE ORIGINEL. LA< CHUTE PRIMITIVE hi Commission biblique, comporte, nu point de départ, un étui privilégié : la félicité originelle de nos premiers parents, puis une épreuve : un précepte facile donné ■ par Dieu en vue d'éprouver leur obéissance; ensuite la transgression de cc précepte â l'instigation du diable, enfin la perle de cet étal de justice cl de sainteté pour le premier couple et ses descendants. En quoi matériel­ lement a bien pu consister le drame, de la chute en ses diiTércnts actes? Faut-il prendre â la lettre l’histoire du ’ fruit défendu »? Les exégètes sc sont divisés dans le passé sur ccttc question. Un bon nombre n’ont pas vu de difficulté à prendre le récit de la Genèse tout à la lettre. Cepen­ dant, dès l'antiquité ct au cours des siècles, les anthro­ pomorphismes, le caractère énigmatique de certaines expressions du récit, ont fait hésiter les interprètes sur le sens précis Λ donner à ce récit. De nos jours, l’étude comparée des genres littéraires, une meil­ leure connaissance des hésitations de la tradition, amènent de plus en plus les théologiens catholiques à considérer le récit de la Genèse comme une narration populaire dont il faudrait seulement retenir le fond. Dans le discernement du fond et de la forme, le théo­ logien n’est pas livré à son arbitraire personnel ; Il sc fonde sur l’idée du développement organique de la révélation. Pour saisir la signification profonde de renseignement divin, il ne s’en tiendra pas aux récits primitifs qui donnent l’ébauche de la révélation, mais il cherchera celte signification dans les livres qui sont au terme du développement de celle-ci. C’est ainsi que, pour Je fait meme de la chute, il retiendra ce que cette doctrine est devenue chez saint Paul cl dam l'enseignement de l'Église: il sc contentera d’affirmer le fait moral de l'existence d’un précepte, de la trans­ gression ct de la perte des privilèges surnaturels en suite du premier péché. On peut ainsi sc tenir dans une réserve dogmatique prudente louchant la nature précise du fait moral de la chute : Si les textes de ΓAncien et du Nouveau Testament ne permettent pas de dire en quoi a bien pu consister le précepte imposé par Dieu ù Adam, ils n'autorisent pas davantage â dire en quoi a bien pu consister la faute du premier homme, car la faute est spécifiée par le précepte dont elle est la transgression. » Labauche, Leçons de theol., l. m, p. 58. La Commission biblique, elle-même, autorise expressément à prendre, touchant certaines expressions du récit, impropres, métaphoriques ou anthropomorphiques, les libertés «pic la raison demande et dont les Pères ont pris l’ini­ tiative. Dcnz.-Ban.. n. 2121 ct 2125. b. Au point de vue thc'ologiquc. - Cependant, la théologie rationnelle, en parlant des suggestions du texte de la Genèse » Vous serez comme des dieux », cl du texte de l’Ecclésiaslique : « Le commencement de tout péché, c'est l’orgueil »,x, 15 (cf. Tobie, iv, tl), ncsc tient point à celte réserve el pousse plus avant l’inves­ tigation de la nature précise du fait de la chute. En restant dans la ligne des suggestions révélées, elle voit, dans celle défaillance, ù la suite de saint Augustin ct de saint Thomas, un péché d'orgueil. L’homme, pris entre l’interdiction légère qui lui rappelait sa radicale dépendance â l’égard de Dieu et l’instigation du démon le poussant â s'élever ù une dignité qui n'était point la sienne, s'est complu en lui-même; il a eu l’orgueil de vouloir être soi par lui· même, d'être ù soi-même sa propre lumière; il a refusé de rester tourné vers ht vraie lumière : le dieu créé qu’il était, selon la forte expression d'Augustin, n’a pas compris qu’il ne pouvait être dieu par la vérité de sa propre nature, (pi’il pouvait le devenir seulement par ht participation au vrai Dieu. Ayant â choisir entre Dieu cl lui-même, il s’est préféré â Dieu; il s’est révolté contre lui; il a voulu l’égaler en 586 agissant à sa guise, en sc posant dans l’indépendance la plus absolue : sibi inniti voluit, dit saint Thomas. Bref, il a commis, dirions-nous aujourd'hui, le premier péché de · naturalisme »; en ne voulant pas recevoir de Dieu la loi de sa propre vie, il a cru pousoir «e suffire ii lui-même, vivre librement et heureusement sa vie. Cc péché était grave non seulement en raison des circonstances dans lesquelles II fut commis, car l’homme avait été comblé par Dieu de privilèges, mais encore en raison de la nature du péché commis : cc n’était point un péché de faiblesse, mais une résolte de l’esprit ; cette révolte, par laquelle l’homme a voulu se faire centre de lui-même, ct par laquelle, en fait, il se séparait de Dieu, se révélait grave surtout dans les conséquences qu’elle entraînait. Cet acte mettait dans un état de péché habituel et d’endettement pénal non seulement Adam ct Ève, personnellement, mais toute la famille issue de leur union. Parce qu’ils refusaient de sc soumettre à la condition de la conservation ct de la transmission des privilèges reçus, ils acceptaient sciemment de s'en voir frustrés eux-mêmes ainsi que leur race; ils se mettaient dans l’impossibilité de récupérer jamais ces dons que leur nature était impuissante à recréer, comme elle l avait été à les produire elle-même. L’homme sc condamnait ainsi, lui ct scs descendants, â la misère et au désordre. Désaxé dans son âme révol­ tée contre Dieu, faisant prédominer l'inférieur sur le supérieur dans l'ordre de l'esprit, l'homme déréglait du même coup le corps que l’âme anime. Cc corps, dépouillé du frein qu’il recevait par le prisilège gratuit d’intégrité, était rendu à la fougue natisc de scs ins­ tincts; celte liberté perdait toute capacité de mériter la vie surnaturelle, cette intelligence, cnlénébréc par l’ignorance congénitale à l’homme, marchait comme à tâtons désormais sur le chemin de la vérité; elle était exposée ù perdre rapidement ces vérités surnaturelles qui lui avaient été données gratuitement, qui auraient pu ne pas être connues cl qui, par conséquent, pouvaient facilement s’oublier : celte volonté était entravée dans la poursuite du bien moral; bref, l’homme encourait l’indignation de Dieu, était con­ damné â mort ct. par le fait, placé sous la captivité du démon qui a puissance sur la mort; Adam tout entier, dans son corps comme dans son âme, était changé en pis. in deterius commutatus. Ce n’était point cependant la ruine. Adam restait avec sa nature, faible sans doute, mais doué du senti­ ment religieux inné en lui, fondamental, indestruc­ tible; il conservait la capacité de trouver le reflet de la divinité dans le monde comme dans son âme,capable de moralité, par conséquent de justice, d’amour, de remords, de repentir, capable d’ouvrir son âme à la grâce divine. Dieu a eu pitié de sa misère. Dès le len­ demain de la chute, sa providence l’entoure; il ne revient pas sur sa promesse de le faire participer à sa vie, il lui assigne toujours la même destinée glo­ rieuse; mais l’homme n’y pourra atteindre désormais que par la médiation du Sauveur : celle-ci est promise au premier homme et exerce déjà, par anticipation, son influence â son endroit. Adam reçut pour lui personnellement la grâce du relèvement, mais il ne l’a point reçu, comme la justice originelle, pour la transmettre. La raison de tout cela ? C'est ù la fois la disposition du plan divin et la nature des choses qui veulent qu’un privilège gratuit puisse être conservé ou perdu au gré des conditions du bienfaiteur, et que seule la structure de la nature soit immuable. 2. Fondement de cette doctrine. — Celle doctrine dépasse de beaucoup, sans les contredire, mais en les complétant, les affirmations de la raison. 587 PÉCHÉ OHIGINEL. TRANSMISSION a) Souvenirs possibles. —On le conçoit facilement : ni les sciences naturelles, ni l’histoire ne peuvent atteindre une réalité morale, métaphysique en son fond, qui n’a pu laisser aucune trace dans les entrailles de la terre, ni dans les archives des peuples. On a fait valoir cependant, comme preuve d’his­ toire, les vieilles traditions d’un Age d’or perdu qu’on rencontre chez beaucoup de peuples. Les traditio­ nalistes se sont trop pressés d’y voir des vestiges des traditions primitives sur la perfection originelle de l’homme ct sa déchéance. Bien ne nous oblige à solli­ citer ces traditions ou encore les croyances religieuses du sauvage ou de l’homme préhistorique, pour y trouver des traces de Ja révélation de ces vérités. La tendance des théologiens modernes ct des ethno­ logues catholiques est dans le sens d’une prudente réserve : « S’ils se prononcent en faveur d’une révé­ lation primitive, cc n’csl pas que la science — ils le reconnaissent — soit d’orcs ct déjà en mesure d’en démontrer l’existence, niais en cc sens qu’elle la tolère ou même la suggère comme une hypothèse plausible. Comparée avec renseignement commun du xvi® au xix* siècle, la distinction ainsi faite, entre la certitude dogmatique de la révélation originelle et sa probabi­ lité scientifique, marque une réduction notable ct, somme toute, un progrès critique évident. » H. Pinard de la Boullayc, op. cil., I. i. p. 471. On peut faire la même distinction au point de vue du fait de la chute : si nous professons le dogme de la chute comme celui de l’élévation primitive, cc n'est pas que nous prétendions pouvoir remonter scienti­ fiquement, par une série de témoignages datés, depuis l’époque où l’écrivain sacré la consignait dans un texte jusqu'au fait lui-même. Sans doute il n’y a en soi rien d’impossible à la transmission de souvenirs relatifs â une déchéance primordiale. Cf. Lagrange, La méthode historique, p. 218. Que si, dogmatiquement certain, le fait de la chute fut encore susceptible de se conserver et de se transmettre, l’historien pourra trouver dans les récits profanes comme une confirma­ tion de la tradition biblique, l’indication d’une source commune, respectée ici. altérée là. En ces récits, le philosophe catholique pourra découvrir comme une indication des réactions profondes de l’humanité en face du mystère de sa nature; le théologien, en défini­ tive, reconnaîtra que les éléments font défaut Qui permettraient une solution certaine de l’interprétation de ces vieux souvenirs. b) On a /ait valoir aussi tes données de. l'expérience humaine touchant les contradictions de notre nature — grandeur ct misère - pour en déduire, A la suite de saint Augustin, avec Pascal el Bossuet, la preuve d'une chute aux origines de l’humanité. On a prétendu qu’en face de l’expérience, la raison avail a opter entre innocenter Dieu en accusant la liberté humaine, ou accuser cette liberté en innocen­ tant Dieu; la nature, telle que nous l’avons sous nos yeux, serait tellement mauvaise qu’elle serait un scandale insupportable aux yeux d’une raison qui admet un Dieu juste, sage ct bon. Pour croire en Dieu, il faudrait admettre l’explication du mal par la chute. L'Église, en déclarant que Dieu aurait pu créer l’hom­ me tel qu’il naît aujourd’hui, saint Thomas en cons­ tatant que les infirmités physiques de l’homme (souf­ frances, mortalité) n’ont pas nécessairement un carac­ tère pénal cl s’expliquent par sa constitution, que sa faiblesse morale el scs luttes intérieures dérivent en somme de la structure de sa nature, chair et esprit, empêchent la théologie contemporaine de voir une preuve apodictique de la chute dans les constatations de l'expérience humaine. Cc n'est pas qu'elle dénie toute valeur à ces consta­ tations. bille est frappée du contraste qui existe entre 588 notre pouvoir indéfini d’aspiration et notre capacité infime de réalisation morale. Elle s’étonne de la faillite du grand nombre au regard des fins spirituelles. Toutes ces constatations amènent la raison à soup­ çonner qu'il y a lA-dessous quelque mystère; elle sent l’insullisance des solutions anciennes : celle du gnosti­ cisme ct du manichéisme, qui reportaient sur un démiurge inférieur la responsabilité d’une création mauvaise; celle de Platon, qui mettait le principe du mal dans la matière; celle d’Origêne, qui le cherchait dans une chute des Ames préexistantes; l’hypothèse la plus naturelle, pour expliquer le mystère, lui apparaît être celle d’une défaillance de la liberté à l’origine. Des philosophes indépendants, comme Rcnouvler. ne voient d’autre explication aux misères de la nature humaine que celle d’une déchéance collective de la liberté. De plus en plus, elle s’impose à renseignement commun de la théologie l'affirmation quo nous avons trouvée sous la plume de saint Thomas. Col. 173. c) (Vest donc la révélation seule, interprétée par l’Église. qui apporte aux problèmes que pose l’expé­ rience humaine la réponse précise, certaine, divi­ nement autorisée, que pouvait à peine conjecturer cl soupçonner Ja raison. 3. Cohérence de celte doctrine avec la raison. A défaut de preuve proprement dite, celle doctrine est susceptible d'une défense rationnelle contre les objec­ tions du rationalisme. Une de ces objections les plus spécieuses consiste â présenter comme un mythe le récit de la chute dans la Genèse, et A prouver par là que cc récit n’est, comme les mythes babyloniens, qu’une fable puérile, sans valeur objective, donc un fondement ruineux pour le dogme. Il n’y a pas de doute : la Commission biblique écarte le mot el l’idée de mythe, d’allégorie pure, de légende, pour cc qui concerne les trois premiers chapitres de la Genèse; elle affirme l’objectivité substantielle des récits de l’innocence primitive ct du péché. Le théologien ct l'exégète catholique se soumet lent à ces directives ct estiment avoir de bonnes raisons critiques pour le faire : de ce récit ils mettent en relief le caractère sobre, sérieux, supérieur à ce qu’on trouve partout ailleurs, et conforme A ce qu’exige la dignité de l'Écriture inspirée. Ils pensent avec raison qu’entre le mythe ct l’histoire stricte basée sur des documents datés il y a de nombreux genres littéraires intermédiaires; ils travaillent, par la méthode compa­ rative, A établir le caractère propre du récit discuté; ils croient ainsi en avoir, par la distinction du fond ct de la forme, une intelligence plus profonde, plus conforme au sens religieux el A la méthode critique que les rationalistes. Sous un langage imagé, naïf, anthro­ pomorphique, ils sauvegardent de ce fait l’existence cl donc la vérité religieuse de la chute. 2° Le péché originel dans la postérité d'Adam. Le mystère de sa propagation. I. Doctrine de Γ Église. La raison accepte assez facilement l’idée de priva­ tion par solidarité familiale des biens absolument gratuits qui avaient été donnés conditionnellement au chef de la race. Elle trouve plus de difficulté A reconnaître cette solidarité morale, qui fait de tous les membres de la famille des pécheurs par le fait «le la propagation du péché d'Adam. Ici, plus que jamais, il importe de rappeler nettement le fait dogmatique qui lie notre foi, cl l'interprétation la plus plausible qu’en donne la théologie. a) Définitions dogmatiques. - Le. fait de la propa­ gation est défini par le concile de Trente; il peut se résumer ainsi : Adam a perdu non pas seulement pour lui, mais pour nous, la justice ct la sainteté de son premier état; il nous a transmis sa nature en l'étal malheureux et coupable où il l’avait placée, 589 PÉCHÉ ORIGINEL. TRANSMISSION non seulement condamnée aux peines de la vie ct de la mort du corps, mais souillée du péché qui est la I mort de l’âme (can. 2). Ce péché, unique par son origine, transfusé en tous par propagation héréditaire, non par imitation, existe en propre dans chacun des fils d’Adam et n’a d'autre remède que le mérite de l’unique médiateur, Jésus-Christ. mérite dont le baptême fait une application tant aux adultes qu’aux enfants (can. 3). — Dans cette transfusion, la géné­ ration a un rôle décisif : c’est bien par ce moyen que | tous les enfants contractent le péché originel, même ceux qui sont nés de parents chrétiens, ct c’est bien pour ce péché contracté par la génération qu’ils sont purifies dans la régénération du baptême (can. 4). On remarquera. d’une pari, que le concile n’a pas defini de quelle manière précise nous sommes telle­ ment solidaires avec Adam qu’il y ail transmission d’une faute de lui à nous; mais, d’autre part, en nous disant que le péché nous est transmis par la géné­ ration qui nous relie à la vie du chef de famille, et que, normalement, ce péché s’étend à tous les hommes, son enseignement semble bien entraîner comme con­ séquence nécessaire l’unité d’origine de la famille humaine. La solidarité morale en Adam qu’enseigne saint Paul suppose comme fondement la solidarité physique de race. Aussi ne faut-il point s’étonner que les Pères du concile du Vatican aient vu l’unité de descendance impliquée soit dans le dogme catholique du péché originel, soit dans le dogme de la restauration universelle en J.-C., ct aient pensé à définir cette vérité. Voir col. 568. Ainsi, cette double solidarité de race, attestée par l’enseignement dogmatique. « ne laisse pas de place à l’hypothèse d’une humanité préadamitc ayant coexisté avec la postérité d’Adam. Moins évidemment contraire au dogme serait l’hypothèse d’après laquelle Dieu aurait préludé à la création de notre race par la création d’autres races plus ou moins semblables, mais n’ayant avec celle-ci aucune connexion, non plus que si elles avaient existé sur d’autres planètes et d’ailleurs éteintes avant l’apparition d’Adam. Mais la Genèse ne nous met nullement sur la voie de cette idée. » A. d’Alès, art. Homme, dans Diction, apol., t. π. col. 460. b) Précisions théologiques. De cc fait dogmatique de la propagation du premier péché d’Adam, les théo­ logiens se sont efforcés de pénétrer le mystère. Saint Augustin en demandait l’explication à la concupis­ cence actuelle, c’est-à-dire à la passion qui acconv pagne l’acte générateur. Ou bien, en se plaçant dans l’hypothèse traducianiste. i) disait que. souillés dans le corpset l’âme. les parents transmettaient à l’enfant, avec le corps ct l’âme, leur souillure. Ou bien, du point de vue créalianisle. il admettait que le corps, souillé dans l’acte même de la génération par la concupiscence, transmettait à l’âme sa souillure au moment de l’infusion de celle-ci dans le corps. Depuis saint Thomas, on n vu l’insufllsancc de ces conceptions physiologiques (pii impliquent une idée pessimiste de la génération. Avec lui, les théologiens reconnaissent que, dans le plan actuel de la Provi­ dence, la génération demeure, comme elle l'aurait été avant la chute, le véhicule de la vie corporelle el la condition préalable de la transmission de la vie spiri­ tuelle, Il est convenable que 1a nature sc propage telle qu’elle est au moment de la génération. Avant la chute, la génération servait de condition préalable pour la transmission de la nature, telle que Dieu l’avait instituée, avec ses privilèges gratuits; après la chute, par la faute d’Adam, qui avait privé In nature de ces privilèges, elle la transmet telle qu’elle es!, malheu­ reuse et pécheresse. Mais nous ne tenons par là que la cause Instrumen­ 590 tale de la transmission du péché originel. Il reste à expliquer sa cause profonde, a dire comment ce qui parait le plus incommunicable, le péché, peut passer de père en fils; cc cas, c'est l’unité physique, la soli­ darité de la race qui, avec l’institution primitive de l’étal surnaturel, explique la solidarité morale de tous dans le péché d’Adam. Voir surtout col. 175 sq. 2. Fondement de cette doctrine. - Il ne peut être dans la raison : il sc trouve dans le texte classique de saint Paul. L’exégèse moderne en approfondit le sens. L’Apôtre y aflirme nettement qu’Adam fut source non seulement de mort, mais de péché pour sa race. L'histoire des dogmes ne permet pas de douter que tous les Pères aient tenu pour héréditaires les peines du péché d’Adam. Ils ont pu être plus ou moins nets louchant l’affirmation de l’hérédité de la faute. Mais s’ils n’ont pas toujours vu clairement cette vérité, ils ont posé nettement les prémisses qui l’impliquaient logiquement. Saint Augustin n’csl pas le père du péché originel. Avant lui. dans l’Eglise grecque comme dans l’Église latine, les docteurs ont enseigné l’existence de cc péché. Le grand évêque n'avait donc pas tort d’en appeler à la tradition ancienne patriotique ct liturgique pour affirmer le fait du péché héréditaire. 3. Ses rapports avec la raison. — Si la raison ne peut fournir du fait de la propagation du péché originel une preuve intrinsèque, elle peut défendre celte doc­ trine révélée contre les attaques rationalistes cl l’illus­ trer par des analogies. a) L’une des difficultés les plus sérieuses pour un savant moderne est d’accorder avec le transformisme supposé vrai le monogénisme strict, c’est-à-dire notre descendance commune à partir d’un couple unique. D’une part, pour les raisons indiquées plus haut. l’Église tient à cette descendance d'un couple unique, d’autre part, · pour des raisons de probabilité et aussi d’anatomie comparée, la science laissée à elle-même ne songerait jamais (c’est le moins qu’on puisse dire) a attribuer une base aussi cl mile que deux individus à l’énorme édifice du genre humain ». Teilhard de Chardin, Que faut-il penser du trans/ormisme ? dans Revue des questions scient.. 1930* p. 95. Voilà le problème nettement posé; dans quel sens faut-il en chercher la solution? — Pour aller au devant de celte solution, le théologien se rappellera d'abord avec confiance qu’il ne peut y avoir, selon le concile du Vatican, de véritable opposition entre la raison et la foi. mais que toute apparence de contradiction provient ou bien de ce que nos dogmes ne sont ni compris, ni exposes au sens où ils sont entendus par l’Église, ou bien de ce que de purs fantômes d'opinion sont faussement tenus pour des données de la raison. Il sc dira, avec le spécialiste des origines qui vient d’être cite, qu’en matière d’origines humaines la science a encore beaucoup à trouver et les catholiques beaucoup à penser ·. Il cherchera avec confiance el patience des deux côtés. Il ne s’étonnera pas que le savant dise les faits qu’il constate el les Interprète suivant la méthode qui lui est propre, qu’eu consé­ quence ses recherches el scs méthodes ne le mènent sûrement ni à la solution monogénisle, ni à la solution polygéniste; le savant peut se tenir en deçà des conclu­ sions du théologien, car celui-ci, en partant des prin­ cipes el des lumières qu'il tient de sa fol. peut aller légitimement au delà des alllrmations scientifiques. L'allirmation de l’unité physique de l’humanité déchue par descendance d’un couple unique peut n’apparallrc que possible, ou vraisemblable, ou probable, aux yeux du savant, d’après scs principes el ses méthodes strictement scientifiques. et être dogmatiquement certaine pour le théologien. L’essentiel, c’est que les terrains soient bien délimités, que le théologien ne puisse mériter le reproche d’aller à l’encontre des 591 PÉCHÉ OBIGINEL. NATURE résultats scientifiques positivement établis, et que le savant n’avance point comme vérités certaines et faits authentiques de pures hypothèses. S'il cn est ainsi, la foi nous garantit qu’entre notre credo et la connaissance humaine il n’y aura pas de contradiction. Voir l’art, /tares humaines, dans Diet. prat. des conn, rel . t. v, col. 989 sq. b) Le théologien peut éclairer beaucoup le mystère de la propagation du péché originel, c’cst-à-dirc le mystère de notre solidarité morale avec le chef de la race, en rattachant celte libre disposition divine d’un plan surnaturel à la grande loi de la solidarité naturelle reconnue de plus cn plus par la science. Celle-ci affirme non seulement la solidarité des mouvements des mondes cn un cosmos unique, plus encore elle affirme, au sein de l’individu vivant, la solidarité organique des cellules et des membres, au sein d’une même espèce, la solidarité des corps par l’hérédité avec tous ceux de la lignée et de toute la race, entre les diffé­ rentes espèces, une connexion réelle, une distribution organique des vivants à travers l’espace et le temps, au sein de l’humanité, la solidarité familiale par héré­ dité physiologique et sur certains points psycholo­ gique, la solidarité sociale par la coutume, la tradi­ tion, le langage, les liens juridiques. Bref, la loi de i solidarité et d’interdépendance parait bien être la loi principale par laquelle la Providence gouverne l’univers. Ces constatations expérimentales n’aident-elles pas le croyant, certain par sa foi de la propagation du péché originel, à comprendre que Dieu ait fait dépendre la possession ou la perle même des biens religieux el moraux gratuits d’un bon ou d’un mauvais usage de la liberté du chef de la famille humaine el de la solida­ rité morale, de scs descendants avec lui? Il a voulu, dans sa sagesse, (pie les lois de la solidarité morale dominent le monde surnaturel comme le inonde de la nature, que ces lois de solidarité puissent travailler pour ou contre nous, selon le bon ou le mauvais usage du chef de famille. En fait, ces lois qui auraient pu toujours travailler pour nous ont tourné d’abord en Adam contre nous. Mais, par la libéralité divine, elles travaillent de nouveau dans le second Adam, notre chef, en faveur de la famille humaine tout entière. Rachetés du triste privilège d’Adam, nous devenons les héritiers de la grâce du Christ, Le théologien ne s’étonne pas que, malgré tout, celle loi profonde de la solidarité humaine, déjà si mystérieuse au point de vue naturel, le devienne plus encore au point de vue surnaturel. 3U Le péché originel dans la postérité d'Adam. Nature de ce péché. - Au terme de chaque génération humaine sc trouve un membre de l’humanité, dans l’état mal­ heureux et coupable où Adam se trouvait après son péché : c’est-à-dire une nature non seulement ina­ chevée par rapport au perfectionnement que Dieu rêvait pour elle, non seulement appauvrie par rapport aux enrichissements dont il l’avait comblée, mais une nature déséquilibrée, désordonnée moralement par rapport à l’ordre merveilleux dans lequel il l’avait établie. Celte situation misérable sc présente à la fois comme une faute et comme une peine. Où est préci­ sément la faute? En quoi consiste-t-elle? En quoi se distingue-t-elle de la peine qu'elle entraîne? C’est le problème de l’essence du péché originel que les conciles n'ont pas entièrement résolue, que la théo­ logie essaie de résoudre à la lumière des principes de Ja sagesse divine. 1. Doctrine de l'Église. — a) Indications dogmatigués. — Sur ce point, il n'g a pas encore de définition précise. Le concile de Trente n’a pas voulu résoudre cette 592 question et a déclaré plusieurs fois, dans ses séances préparatoires, s'en tenir à la m inière des anciens qui définissaient le péché originel non pas tant cn luimême que d'après ses conséquences; il n dit nette­ ment son intention de laisser s’affirmer librement les opinions théologiques. Les Pères du concile du Vatican, lorsqu’ils ont déclaré que la privation de Ja grâce n’était point étrangère au péché originel, mais dans un lien nécessaire avec lui, ont dit non moins nette­ ment qu’il ne s’agissait point pour eux de définir l’essence du péché originel, et reconnu la légitimité des diverses opinions. Voir col. 568. Les définitions conciliaires contiennent cependant des indications partielles précieuses à recueillir pour qui veut éclairer ce problème. a. Elles aident d'abord à écarter des notions exagérées ou insuffisantes du péché originel. — D’après les prin­ cipes du concile de Trente, d’après la condamnation de Baïus par Pie V, le péché originel ne peut consister en une corruption intrinsèque de la nature humaine: si cette nature a été dépouillée par le péché originel des privilèges gratuits dont elle avait été ornée, dété­ riorée de ce chef dans son âme el dans son corps, elle n’a point été atteinte dans ses éléments constitutifs strictement naturels, comme le libre arbitre et la capacité de faire quelque bien d’ordre moral. C’est ce qui résulte particulièrement de Ja condamnation de la prop. 55 de Baïus. Le péché originel ne consiste pas dans la concupis­ cence prise en elle-même ; puisque, d’après le concile de Trente, le baptême efface tout ce qui constitue véri­ tablement et proprement le péché originel, et que, d’autre part, le foyer de la concupiscence subsiste dans le baptisé. C’est donc que la concupiscence, comme telle, ne peut s’appeler péché qu’improprement, cn tant qu’elle est effet du péché originel et cause du péché actuel. On ne peut dès lors l’identifier de tout point avec le péché originel, qu’en faisant disparaître en celui-ci le caractère de péché proprement dit ou qu'en niant la rémission de ce qui est véritablement péché par le baptême. Aussi, les Pères du concile du Vatican proposaient-ils de définir expressément que la tache originelle ne consiste ni dans la concupiscence comme telle, ni dans une maladie ou corruption phy­ sique ou substantielle de la nature hum line. Depuis le concile de Trente et la censure de Durand de Saint-Pourçain, il est clairement établi (pie définir le péché originel comme une pure condamnation à une peine est notoirement insuffisant; il faut y recon­ naître un péché véritable. Qui dit péché, dit volontaire, d’après la tradition et la raison. Aussi serait-il insuffisant de définir le péché originel comme un désordre objectif indépendant de toute relation morale â une volonté. Condamnation des propositions 46. 17, IX de Baïus. Si l’on ne doit point faire abstraction d’une volonté dans la définition du péché originel, l’on doit penser seulement à la volonté pécheresse d’Adam el non pas à une volonté strictement personnelle comme source de péché. L’enseignement authentique de l’Églisc n’identifie nullement péché originel et péché actuel : l’un est contracté sans consentement, tandis (pie l’autre est commis avec consentement. Voir la décré­ tale d'innocent HL citée col. 457. De ces indications il résulte que le péché originel est un péché véritable, mais tout différent d’un péché actuel ou habituel ordinaire, car il n’est dans celui (pii n’est pas baptise ni une faute actuelle, ni une relation à un péché actuel antérieurement commis j par l’âme non baptisée, mais simplement un état de désordre moral, qui dit relation seulement au premier péché actuel qu’Adam chef de la race n commis; cc péché véritable fait perdre à la nature humaine sa 593 PÉCHÉ ORIGINEL. NATURE 594 rectitude surnaturelle, suns cn être la corruption i rentre pas dans la même catégorie que le péché essentielle ou la perversion originelle. actuel. b. Les mimes indications officielles nous laissent SI l’on veut trouver entre eux une analogie, on la entendre en quel sens il faut chercher la définition post· concevra, â la suite de saint Thomas, en songeant au live du péché originel. Ce péché Implique, d’après rapport qui existe, dans un individu, entre l’acte du les expressions conciliaires, « la mort de l’âme », une péché et la responsabilité jaillissante à la source de la souillure ou une tache morale, contractée d’abord par liberté, d une part, et, d’autre part,l’empreinte laissée notre premier père, puis transmise à tous scs descen­ par cet acte dans les membres placés sous la motion dants, comme une injustice inhérente à chacun de de celle liberté individuelle. Le péché originel ne sera pas autre chose dans les membres pensants de l’huma­ nous. Nulle part l’Églisc n'identifle l’acte de préva­ rication commis par Adam et le péché transmis. L'acte nité déchue, qui font corps avec la volonté du chef et sont reliés à sa volonté par la génération, que l’impression était un péché actuel de désobéissance; l’état consé­ de cc mouvement désordonné qui part de la volonté cutif à cet acte cn Adam et transmis à ses descendants d’Adam cl arrive par la génération à s’inscrire en eux. est un étal d’inimitié de Dieu conçu comme lin béatlTel est, d’apres le sentiment commun actuel, le flantc de l’homme. péché originel, non pas un acte, mais un état, ■ qui C’est, dans les descendants du premier père, par suite de leur relation morale à la volonté mauvaise du I implique une responsabilité collective, en raison du chef de la race, mais non pas une responsabilité indi­ chef, qui les a marqués de son empreinte, comme un viduelle. Aussi, ne punissons-nous pas, à proprement état de mort ou d'injustice spirituelle, constitué en eux parler, celui qui cn est affecté, mais, puisqu’il appar­ par la privation de la justice et de la sainteté qu’ils tient à une race pécheresse, il ne sera pas traité comme devaient posséder, conformément à leur institution celui qui appartient à une race fidèle, et cette inéga­ primitive. Dans les limites de ces affirmations ou sug­ lité ne sera pas plus injuste que ne le sont les inégalités gestions doctrinales, les théologiens ont toute liberté sociales sous un régime d’égalité devant la loi, ou de construire leur synthèse sur l i véritable essence encore les inégalités naturelles. Les enfants sont des du péché originel. innocents cn cc qui les concerne personnellement: ils b) Précisions théologiques. — a. Les théologiens ont. d’autre part, sur eux, une culpabilité de race, et, modernes insistent avec force et unanimité sur cc fait pour cette raison, ne jouissent pas du bénétlcc gratuit que le péché originel n’est pus un acte. Le péché, cn attaché â l’intégrité de celte race. » Ces paroles d’un général, évoque d’abord l’idée d’acte moral transitif, théologien moderne (Scrtillanges, op. cit., p. 216) font contraire à la loi de Dieu, mais aussi l’état désordonné, simplement écho à une formule d’un disciple de saint Ja tache ou souillure morale, la responsabilité qu’il Thomas au xiv* siècle, appliquée aux enfants : non entraîne après lui et qui dure jusqu’à cc que la rémis­ actu culpabiles, sed tamen in culpa. sion ait été accordée. Un assassin, par exemple, b. — Unanimes à définir le péché originel comme un peut être dans le péché d'homicide de deux façons : état de privation de la justice et de la sainteté origi­ transitoirement, au moment où il accomplit l’acte; nelks, les théologiens modernes discutent sur la façon d’une façon permanente, aussi longtemps que le dont il faut concevoir celte privation. péché d’homicide ne lui est pas remis. a) L'explication thomiste. — Elle part de la privation La raison laissée à elle-même conçoit fort bien l’état de la justice originelle considérée dans son ensemble. / the /all and original sin, Gambridgr, 1903; GBECQI E 606 J. iurmel, Histoire du dogme du j»échr originel, Mâcon» 1901; du même. Histoire des dogmes. I. Ix péché originel, lu rédemption, Pari*, 1931, tou» deux h l'index. III. La scolastique. - II. Martin, Ln controverse sur le l>éehé originel au début du Λ/F* siècle. Textes înhiitx, dans 'spinlrgium Ijivanicnse, fasc. 10, Louvain, 1930; J. N. LspcnlMTgrr, Die Elemenledrr Erbsünde nnch Augustin und der Frùhscholtutik, dan* Forxchungm zur christlichen Litrralur- und ÎJogmengexehichte, t. i, Mayence, 1905; J.-B. Kor», Im justice primitive et le pèche originel d'apres saint / humas, dans Ribliotheque thomiste, t. il, K a in, 1922; Êt. Iluniult, Îm Ihfvlogiede Guillaume de Cham/teaux, 1908; Êt, Gilson, h'espril de la philosophie médiévale, Paris, 1932. Parmi les non catholiques, voir surtout R. Seeberg, /xhrbuch drr D<>gmengcu~hichtr, t. in, I· éd., Ix'ipzig, 1930, qui donnera de très nombreuses références. IV. La T1I&OLOQMI MODERNE. I· .Sur la conlrmrerse bulanistr. — Voir l’art. Baîus rt dc plus F. X. Jansen, Ralus ct le balanlsme, dans Muséum Ixxxianum, LouvainParis, 1927. 2° Théologiens de l'éf^tqut classique. Outre les auteurs cités et étudie* dans l’article, Bellarmin. Suarez, Pctau, Noris, Billunrt. (innet, Contcnson. le* Salman licenses, voir aussi DcRubcisiB. M.de Rossi), Ik peccato originali, Venise, 1757, réimpression ά Wurzbourg, 1857. 3° Théologiens de l'époque contemporaine. — Aperçu géné­ rai i théologie catholique au JT/J· siècle, Paris. 1901. J. A. Môhlrr, Synibolik odrr Darstellung der dogmatischen (iegrnsalze drr Katholiken und Prolestantrn, Mayence, 1832, 8· cl 9· éd.» Ratlsbonne, 1913; Schrebrn, Handbuch der katholischen Dogmatlk, 3 vol., l’ribourg-cn-B., 1873-1887, trad franç. dans la Ribliothéqiie de théologie du Λ/X· siècle. 1881; IL llurtcr. Theologia- dogmatics compendium, 1nspruck, 1876-1878; I). Palmieri, De Dco errante et elevante, Rome, 1878; du même, Dc peccata originali ct dr immaculato R. V. Deipara: concepta, Rome, 1901; Chr. Pcsch, Pnrlec­ tiones dogmatica:, t. m, Fribourg-cn-B., 1891; X. Ia» Ba­ chelet, /.r péché originel, dans Adam et ses descendants, dans la collect. Science ct religion, Paris, 1909; L· Billot, De pec­ cato originali, Rome. 1910; J.-V. Bainvcl, Nature et sur­ naturel, Pari*, 1903, 5* éd., 1920; L. 14» l mu die, Ix^ons dc théologie dogmatique, t. il. L'homme, Paris, 1908, I· cd., 1921; Ad. Tnnqucrey, Synopsis thrutogiar dogmatiar, 3 vol., Paris, 1896 sq., nombreuses éditions ultérieures; l£d. Ilugon. O. P.. Tractatus dogmatici, 3 vol., Ihiris, 5· éd., 1927, ατα; φύσιι κ*:νειν προς τό καλόν κα*. αΙριΙσΟαι καί έργάζεσύα: τό ηθικόν καλόν ’ ΚναγίννηΟίίς οί, Γνα πωή τό πνευματικόν κα/^/.. , άναγκη προηγ<ΐσ0α< καί προρΟά/ην τη/ χάρι*. Kimmel, 1.1, ρ. ·116-118. Des paroles de la Confession de Dosithée se laisse facilement déduire la conséquence que le péché ori­ ginel, dans la postérité d’Adam, n’a pas entamé la nature humaine prise en élle-inèmc ou considérée philosophiquement, m ds l’a seulement dépouillée des dons gratuits dont Dieu l'avait ornée en Adam. La même conclusion ressort des expressions met en relief celte idée que nous ne faisons avec Adam qu’un seul homme, que nous étions tous virtuellement en lui, aussi bien quand il était innocent que lorsqu’il a péché, de sorte «pic son péché est devenu aussi le nôtre : I par!., q XXIV. Kimmel, p. 87 : άφ’ ou έσφαλεν. όλοι έσφαλαν εις αύτόν καί έμειναν εις την κατάστασιν της αμαρ­ τίας; cf. aussi 111 part., q. xx : όλο: ήμεσΟαν τότε εις τόν ’ \δάμ, καί ούτω 3ι* ενός Ά3άμ οιήλθευ εις όλους ημάς ή αμαρτία ; de même· dans Eugène Bulgaris. qui a écrit sur le péché originel une dissertation sous forme de lettre, imprimer dans son Ηεολογικόν, p. 395-433; dans N. Koursoulas qui pose et résout la question en termes ton! à fait scolastiques : ■ I) faut affirmer, dit-il. que le péché originel des enfants est la trans­ gression mime d’Adam persévérant moralement, tant (pic cc péché ne leur est pas remis... Le péché originel est l’acte d’Adam déjà passé, qui est considéré comme l’acte présent des enfants... Le péché originel de Pierre est l’iniquité d’Adam déjà passée el persévérant moralement en Pierre : Οετέου ότι τό προγονικόν αμάρ­ τημα των νηπίων αύτή έστιν ή παράόασις του ’Αόάμ ηθικώς διαμενουσα, έφ* όσον αύτοίς ούκ άφίεται τοίς 615 PÉCHÉ ORIGINEL. LA THÉOLOGIE RUSSE νηπίοις. > Σύνοψις της ιερός θεολογίας, Zante, 1862, p. 360-363. Les autres théologiens considèrent le péché originel du point de vue subjectif et le présentent connue une corruption pcccamincusc, un état peccamincux affec­ tant la nature humaine en chacun des descendants d’Adam, corruption dont la cause est le péché per­ sonnel du premier père. Mais, quand il s’agit de définir en quoi consiste cette corruption, ils ne s'entendent pas entre eux. La plupart disent que cette corruption n’est autre que la concupiscence mauvaise, c’est-à-dire cette inclination positive au mal plus grande que l'inclination au bien, celle perversion des facultés supérieures ct de la sensibilité qui constitue un véri- j table déséquilibre, une blessure de la nature considérée en elle-même. C’est la doctrine de Mélècc Syrigos, qui écrit : « Le péché originel consiste dans la seule ten­ dance ct inclination au mal, à cause de laquelle les ; enfants nouveau-nés sont dits être impurs : τό προπα­ τορικό'? αμάρτημα στέκεται εις μόνην την ροπήν καί κλίσιν πρός τδ κακόν, δ*.ά την οποίαν καί τα νεογέννητα βρέφη διαβάλλονται πώς είναι ακάθαρτα. Κατά των Καλβινικών κεφαλαίων, éd. cit., p. 81 ; cf. p. 31, 81-85. I. Mésoloras ct C. Androutsos adoptent aussi ce point de vue, mais complètent la définition en disant que Je péché originel consiste â la fois et dans la priva- ί tion de la justice originelle et dans l’inclination positive au mal, ou la concupiscence. Androutsos fait judicieusement remarquer que la concupiscence ne présente un caractère peccamincux que dans les nonbaptlsés. Συμβολική, 2· éd., p. 180-187; Δογματική, p. 152-162. Cette distinction, déjà faite par saint Augustin, s’impose nécessairement à quiconque place l'essence du péché originel dans la concupiscence et veut rester dans l’orthodoxie. D’autres théologiens, comme Dosithéc, Confession de foi, c. vi, Kimmel, t. i, p. 432-133, comparent le péché originel à un poids qui pèse sur chacun de nous : ce poids, c’est l'ensemble des suites du péché d’Adam, que supportent tous ses descendants. D’autres, comme Damalas, Περί αρχών, p. 70, disent que c'est une souillure qui s'attache à l’âme ct que Dieu seul peut faire disparaître : ούτος ύ μολυσμΟς είναι τι, υπέρ μένει εις την ψυχήν κα^ δπερ μόνος ό θεάς δύναται νά άφαιρέση. Tous ces théolo­ giens, quelque critiquables que puissent être leurs explications, se maintiennent dans la doctrine définie par l’Église catholique, parce qu’ils affirment contre les protestants : 1. que la nature humaine, quoique blessée par le péché originel, n’a pas été totalement corrompue ct reste capable de bien moral; 2. que le baptême fait disparaître, efface le péché originel pro­ prement dit ct nous rend agréables à Dieu en nous donnant sa grâce. HL Doctuine des théologiens busses. — Les Busses ne commencent à avoir une théologie à eux qu’à partir du xvn· siècle, sous l'influence manifeste de la théologie latine. Cette théologie a son berceau â 1’1-j-oie de Kiev. 1° /κι théologie russe du XF7/· siècle. — Dès l’origine, les théologiens de Kiev se font les disciples de saint Thomas ct ne s’écartent de sa doctrine que sur les deux points principaux de la primauté romaine ct de la procession du Saint-Esprit, objets de controverses passionnées depuis le schisme. Pour ce qui regarde j’Immaculée conception, ils restent fidèles à la tradi­ tion de l’Église byzantine, et enseignent comme un dogme de foi le privilège de la Mère de Dieu. Voir l'article Immaculée conception, loc. cil., col. 960971. Sur les effets ct la nature du péché originel, ils professent la doctrine irréprochable de la Confession orthodoxe de Pierre Moghila, que nous avons exposée cl dessus. Cf. D, Vichncvskll, Kievskaiia Akademiia v pervol polooinie xvm siotirtHa (L*Académie de Kiev 616 dans la première moitié du AVt/1· siècle), Kiev, 1903, p. 232. L’un d’eux, le célèbre Étienne Javorskli (t 1722), dans son grand ouvrage polémique contre les protestants intitulé : Kamen viery (La pierre de la foi), réfute la doctrine luthérienne sur le péché en général ct le péché originel en particulier. Il enseigne que la concupiscence, considérée en elle-même, n'est pas un péché mais quelque chose de naturel. Dans l’homme déchu, c’est une suite du péché originel, qui ne pré­ sente aucun caractère peccamincux, nu moins dans l’homme régénéré par le baptême. L’homme déchu n'a pas perdu le libre arbitre et demeure capable de pro­ duire des actes moralement honnêtes. Kamen viery, éd. de Kiev, 1730, p. 891-1016. De Kiev, cette doctrine orthodoxe pénétra aussi dans le reste de la Russie. Elle s’y maintint pendant la première moitié du xvn· siècle. 2° Infiltrations luthériennes. — A partir de 1763, l’in fluence de Théophanc Procopovitch (t 1736), qui avait professé la dogmatique à l’Académie de Kiev de 1711 à 1716, devint prépondérante. Procopovitch. dès le temps de son professorat, avait adopté la plu­ part des thèses de la théologie luthérienne sur les sources de la révélation, l'état primitif de l’homme, le péché originel, la grâce et la justification. Accusé d’hérésie, il échappa à toute condamnation et obtint même l’évéché de Pskof, grâce à la protection de Pierre le Grand, dont il était le théologien favori. L'influence de scs leçons, restées manuscrites ct n’em­ brassant qu’une partie des traités de la théologie dogmatique, fut neutralisée, pendant toute la pre­ mière moitié du xvm· siècle, par celle de son rival. Étienne Javorskii, dont la Pierre de la foi fut éditée officiellement dès 1728. Mais, dans la seconde moitié du xvm· siècle, on commença à s’inspirer d’abord de son plan, puis de ses doctrines. Scs leçons, éditées en traités séparés, de 1773 à 1779, furent publiées à Leipzig de 1782 à 1781 par Samuel Mislavskii, devenu métropolite de Kiev (t 1796), de manière à former un cours complet de dogmatique suivant le plan qu’il avait tracé lui-même dans scs Prolégomènes. Et, comme des traités étaient incomplets, quo d’autres man­ quaient entièrement, Samuel Mislavskii, qui était pour son compte tout dévoué aux doctrines du luthé­ ranisme allemand, ne trouva rien de mieux que de suppléer à ce qui manquait par des emprunts directs faits aux Loci theologici de .Jean Gerhard (Francfort, 1657) ct à la Theologia didactico-polemica de JeanAndré Quenstedt (Wittenberg 1685). Pour ce qui regarde la doctrine du péché originel, Procopovitch n’avait laissé que quatre chapitres d'un Tractatus de statu hominis corrupti, que Semenov Dcnlciev avait publiés pour la première fols à Moscou en 1776. Ils reparurent dans le t. H de la Christiana orthodoxa theologia de l’édition de Mislavskii, augmentés de dix nouveaux chapitres, tirés presque littéralement de Gerhard et de Quenstedt. On devine, dès lors, la doc­ trine qui y était contenue. Gc n’était ni plus ni moins que la théologie classique des luthériens allemands du xvn· siècle. Le péché originel y est ainsi défini : Peccatum originale nihil aliud est quam n peccato Adami in omnes ejus p >steros derivata ct propagata justitia; originalis privatio et habitus quidam infusus conti· nuo transgrediendi legem divinam, totum hominem et omnes vires ejus occupans. Itaque, non in solo reatu seu obliga­ tione ad pernam propter Actinium nobis imputata, sed etiam in qualitate villosa positiva ratio originalis peccati consistit. Christiana orthodoca theologia, t. n, Leipzig, 1783, p. 466. Cei habitus intus n’est pas autre chose que la concupiscence mauvaise, (pii constitue un vrai péché, digne de la mort temporelle ct éternelle, aussi bien dans tes baptisés que dans les infidèles, sous quoique G! 7 PÉCHÉ ORIGINEL. LA THÉOLOGIE RUSSE G18 aspect qu’on la considère, soit comme disposition j ispirituelle, qui consiste dans la privation de ta grâce habituelle, soit dans scs manifestations actuelles Indé· <.de. Dieu, principe de vie spirituelle supérieure pour libérées (motus prlmo-primi ), soit dans scs fruits lPâme humaine. Dans le dernier remaniement, opéré produits avec le consentement de la volonté (péchés i en 1838, sur la demande du procureur du Synode. Protasov, il compare le péché originel à une sorte de actuels), Op. cil., p. 265, 291. Le tout est appuyé sur contagion transmise par la génération : < Comme d'une le c. vu de l’épltre aux Boinains. 11 suit de là : 1. que source souillée coule une eau souillée, ainsi du chef du le volontaire n’est pas un élément essentiel de tout genre humain, contaminé par le péché et pour cela péché; 2. (pi'll n’y a aucune dlilércncc essentielle devenu mortel, provient naturellement une progé­ entre les péchés du point de vue de l’objet ct de la niture contaminée par le péché ct, par le fait, sujette matière, ct qu’ils sont tous mortels, entraînant avec à la mort, suivant le mot de l’Écriturc : Per unum eux la damnation; 3. que les péchés, en général, cl le hominem peccatum in mundum intravit et per peccatum péché originel, en particulier, ne sont pas réellement mors, et ita in omnes homines mors pertransiit, in quo cflacés par le baptême ct la grâce de la justification, (ou bien quia : le texte slave du catéchisme permet qu’ils sont seulement couverts, non imputés â cause l’une et l’autre traduction) omnes peccaverunt. » des mérites de Jésus-Christ; 1. que le péché mortel 3° Réaction dans le sens augustinien. — A partir de se trouve à l’état permanent, même chez les saints, 1810, le procureur du Synode» Protasov, qui avait eu, Procopovitch et Mislavskii admettent expressément paraît-il, pour précepteur un jésuite, obligea les toutes ces conséquences et en dissertent longuement : théologiens russes à revenir à la doctrine des Confes­ Peccatum quodvis, licet ratione matcriir suie videatur sions de fol du xvn· siècle. De nouveaux manuels de esse minimum et non proprie voluntarium, tale ac théologie furent composés, qui s’inspirèrent de ces tantum est, ut hominem irternir damnationis reum documents, dans une mesure plus ou moins grande, faceret, si Deus contra ipsum ageret rigore sua? justitia... tout en conservant des traces visibles de l'influence Omnia universum peccata damnant hominem in crier­ protestante. Les nouveaux théologiens cherchèrent, num. Ibid., p. 291. Ils ajoutent aussi, à la suite des en général, ù garder une position moyenne entre le théologiens luthériens, que le péché originel a détruit catholicisme cl le protestantisme, ct iis appelèrent totalement dans l’homme déchu le libre arbitre pour cela la voie royale de l’orthodoxie. Pour ce qui regarde ce qui regarde les actes salutaires. La liberté n’est le péché originel, ils combattent à la fois l’opinion de restée que pour les actions terrestres, charnelles et se rapportant à la vie sociale. Ibid., p. 3GG-3G8. I Bellarmin cl de Suarez faisant consister le péché originel dans la seule privation de la grâce sanctifiante Presque tous les théologiens russes de la seconde ou justice originelle, ct la théorie protestante de la moitié du xvm· siècle et du début du xix· jusqu’en corruption totale de la nature et du péché-concu­ 1840 dépendent de Procopovitch. Leurs manuels de théologie dogmatique à l’usage des académies ecclé­ piscence persistant dans les baptisés. D’après eux, la nature humaine, considérée en elle-même, a été réel­ siastiques et des séminaires résument les thèses lement blessée par le péché originel et pas seulement luthériennes et quelquefois les transcrivent mot ù privée de dons gratuits. Ils tiennent à peu près la mot, ct cela avec l’approbation du Synode dirigeant. position de nos augustiniens, tout comme les théolo­ C’est le cas du manuel de Théophylacte Gorskil giens grecs contemporains dont nous avons parlé plus (t 1788) : Orthodoxie orientalis Ecclesia·. dogmata seu haut et qui paraissent avoir subi leur influence. Comme doctrina de credendis, lre éd., Pétersbourg, 1783; der­ ces derniers, ils enseignent que, par suite du péché nière éd., Moscou, 1831 : voir p. 141-173 de l’édition originel, la volonté de l’homme est plus encline au de Pétersbourg, 1818, que nous avons eue entre les mains; de celui de Sylvestre Lebedinski!, Compen- | mal qu'au bien; que celle inclination au mal est comme un principe positif qui nous entraîne violem­ dium theologia· classicum, 2· éd.. Moscou, 1805, qui a ment vers le péché; que les autres facultés ont été l’habitude de reproduire littéralement les définitions également atteintes; en un mot, que le péché originel de Theophane, voir p. 227-261 ; de celui d’Irénée a amené une corruption générale de la nature, bien que Falkovskii (t 1827), dont le titre est assez suggestif celle-ci n’ait pas été complètement viciée, qu’elle ait par lui-même : Christiana? orthodoxa? dogmatico-poleconservé le libre arbitre et soit encore capable de mien? theologia·, olim a clarissimo viro Theophane quelque bien. Cf. Antoine Amphitcalrov. Théologie Procopovitch ejusque continuatoribus adornata· compen­ de l'Eglise catholique orthodoxe, Kiev, 1818, § 143, 117; dium. 2 vol., ouvrage recommandé par le Saintdans la traduction grecque de Vallianos, Athènes, Synode en 1809, dernière édition â Pétersbourg. 1827. 1858. p. 113, 147.188-190, 193-191; Macaire Bulgakov, Le célèbre métropolite de Moscou, Platon Lcvkhinc Théologie dogmatique orthodoxe, t· éd., t. i, Péters­ (t 1812) est aussi sous l’in fluence de la théologie bourg, 1883, p. 488-494; Philarète Goumilcvskli, luthérienne, lorsqu’il écrit sa Doctrine abrégée ou Théologie dogmatique orthodoxe, 3· éd., t. i, PélersRésumé de théologie chrétienne (P· éd.. Pétersbourg, bourg, 1882. p. 217-218; Sylvestre Malevanskil, Essai 1765) pour son impérial élève Paul Pélrovilch, qui de théologie dogmatique orthodoxe avec une exposition sera le tsar Paul 1er. bien qu’il se garde de certaines historique des dogmes, t. ni, 2* éd., Kiev, 1889, p. 427thèses extrêmes, devant lesquelles Procopovitch 433, 464-465, 483-485; N. Malinovskii. Esquisse de n’avait pas reculé. Voir p. 15. 38-10 de l’édition de théologie dogmatique orthodoxe. 1.1, p. 3G1-371 ; A. BurMoscou, P· part., § 15-16; 11· part., § 16-18. C’est le gov, Enseignement dogmatique orthodoxe sur le péché pur luthéranisme qu'enseigne Philarète Drozdov originel, Kiev. 1904» p. lli dans sa jeunesse, comme en témoigne son opuscule Chez plusieurs des théologiens que nous venons de Sur les différences entre l'Église orientale cl l'Église nommer et chez d'autres, qui dépendent d'eux, celte occidentale, composé en 1811 (Mnienie o raznosti opinion sur les suites du péché originel s'explique par Tscrkvei), publié dans les Tchtenia ou Lectures de la leur doctrine sur l'état primitif de l’homme. Celle Société impériale d'histoire ct d'archéologie dr l'univer­ doctrine avoisine le baïanisme. L’état d’Adam Innosité de Moscou, t. i, 1870. p. 38-39. Cependant, dans les premières éditions de son Grand catéchisme, (pii est ‘ cent est présenté comme un étal naturel, non comme un état surnaturel constitué par un ensemble de dons considéré comme une sorte de livre symbolique de gratuits, ce que nos théologiens appellent le surnaturel l’Église russe (1823, 1827), ce qui est dit du péché et le préternaturel. L'exemption de la concupiscence, originel n’a rien de spécifiquement protestant et se en particulier, est considérée comme quelque chose de rapproche plutôt de la doctrine catholique. On y lit, en effet, qu’un des effets du péché originel est la mort j naturel, non comme un privilège. On refuse â Adam la 619 PÉCHÉ ORIGINEL. LA THÉOLOGIE RI SSE 620 195, l'appelle une dette ; Macaire, op. cit, p. 195, un grâce sanctifiante infuse et les vertus infuses. La jus­ péché habituel, qui n'est pas autre chose que le péché tice originelle est conçue non comme un terminus a même d'Adam, mais considéré comme persévérant quo fourni par Dieu, mais comme un terminus ad en chacun de nous à l’état habituel. Le baptême quem, auquel l'homme devait arriver par Γexercice enlève cette culpabilité sans détruire les suites du des facultés naturelles avec le concours de la grâce péché, parmi lesquelles se trouve la concupiscence. de Dieu. L'idée de justice infuse, de vertus infuses leur Pour essayer d'expliquer cette mystérieuse trans­ parait répugner, la vertu supposant nécessairement mission du péché, Burgov, op. cit., p. 112-113, 205 sq., l’exercice de la liberté. De lâ. des attaques réitérées en appelle à la loi de la solidarité. contre la doctrine catholique de l'état primitif el du D’autres théologiens, à la suite de Philarèle péché originel. L'Église catholique est accusée de s être éloignée de la vraie doctrine des Pères et, en Goumilevskii, op. cit., 1.1, p. 217,224-227, distinguent» peine le péché lui-même, le reatus culpiv, de ses suites particulier» de saint Augustin, et de manifester des tendances pélngienncs, parce que beaucoup de ses el spécialement de lu concupiscence, c’est-à-dire de théologiens enseignent, après saint Anselme, saint l'inclination positive au mal. Pour eux, l’héritage Thomas, Scot, saint Bcllarmin, que la justice origi­ pcccamineux que nous recevons d’Adam est plutôt nelle a été surajoutée à la nature de l’homme comme une maladie, une altération de la nature, qu’un péché par le dehors et d'une manière mécanique, et que le proprement dit. Voulant essayer d'expliquer comment péché originel n’est autre chose que la soustraction nous sommes pécheurs de par la faute du premier de cet élément surnaturel sans que la nature ait été père, ils en arrivent à dire qu'en /ait, nous ne devenons viciée ou atteinte en elle-même. La plupart des théo­ vraiment pécheurs devant Dieu que lorsque nous conscnlogiens russes récents, pur une singulière méprise sur Ions librement aux mouvements désordonnés de la la signification des mots : nature pure, nature intègre, concupiscence, suite du péché d’Adam. C'est alors que justice originelle, attribuent â Scot et à scs disciples le péché originel nous est vraiment transmis. Il suit de l’opinion qu’Adam aurait d’abord été créé dans l'état là que celle transmission a des degrés. Elle est plus ou de nature pure et n'aurait reçu qu’après un certain moins grande, plus ou moins intense el envahissante temps les dons de la justice originelle. Le péché ori­ suivant la mesure de nos péchés actuels, c'est-à-dire de ginel aurait eu simplement pour effet de ramener notre consentement à la concupiscence mauvaise. A les l’homme à cet état primitif de nature pure. Ces accu­ en croire, le mot péché, αμαρτία, non seulement dans sations, après avoir clé formulées par les théologiens le c. vil de l'épltrc aux Humains, mais aussi dans tout privés, avaient fini par trouver place dans le pro­ le c. v, ne désigne pas le péché proprement dit, mais gramme officiel de théologie polémique élaboré par la concupiscence, suite du péché. Pour établir le le Synode dirigeant, en 1884, contre la confession bien-fondé de cette explication, ils établissent une romaine. On les trouve signalées dans les manuels comparaison entre la manière dont nous est transmis récents de théologie polémique à l'usage îles séminaires le péché originel et la manière dont nous nous appro­ et des Académies. \ oir, par exemple, I. Pérov, prions les fruits de la rédemption opérée par .JésusManuel de théologie polémique. G· éd., Toula, 1905, Christ. De même, disent-ils. que notre coopération p. 11-15. 11 faut reconnaître, du reste, que la termino­ libre est requise pour que nous profitions de la rédemp­ logie des théologiens dont nous parlons ne cadre pas, tion et (pie les fruits nous en soient appliqués, de sur plusieurs points, avec la terminologie de la théolo­ même le péché d'Adam ne nous est transmis que gie catholique. L’équivoque n’existe pas seulement sur lorsque nous consentons positivement à la concu­ le sens précis de nature pure, mais aussi sur les tenues piscence mauvaise héritée d'Adam, et le degré de de nature tout court, de justice originelle, de grâce cette transmission se mesure sur le degré de notre divine, de vertu injuse, de concupiscence. Nous croyons consentement. que, du côté des théologiens dissidents, la part du Qui ne voit que. par cette explication malheureuse, malentendu est plus grande que celle de l'erreur et les théologiens russes dont nous parlons — et ils que des explications nettes feraient cesser tout désac­ sont assez nombreux dans le groupe des plus récents — cord. C’est un fait que les meilleurs théologiens russes en arrivent, en fait, à supprimer le dogme du péché du xix· siècle, comme Antoine et Macaire Bulgakov, originel, tel qu'il est admis dans l’Église chrétienne? s’abstiennent de toute attaque contre l’Église catho­ Il découle logiquement de cette conception que les lique sur l’état primitif de l’homme el le péché ori­ petits enfants, qui sont encore incapables d’actes ginel. Il est vrai que ce sont ceux-là aussi qui se rap­ libres, n’ont pas réellement le péché originel. 11 est prochent le plus de l'enseignement des Confessions , en même temps qu’un intéressant chapitre de droit criminel. On complétera donc, à l’aide de ces données claires et précises. les exposés contenus sous les mots Chime, t. m, col. 2325, et Délit, t. iv. col. 258. 1° Le délit. - La nouvelle législation canonique du Code a maintenu la double appellation de délit et de crime pour désigner la violation d’une loi pénale. Entre ces deux vocables, il n’y a pourtant pas de distinction spécifique : le Code les emploie indllïéremment; et, si le législateur contemporain a cru devoir se servir, une fois cn particulier, du mot crime (tit. xv. De crimine /alsi, can. 2360-2363), c’est moins, semble-t-il, pour lui donner une signilication tech­ nique, que pour ne pas modifier une terminologie usitée dans le droit ancien. Decretales Greg. IX, I. V, til. xx, cap. 5, 7. Qu’cst-ce donc, â proprement parler, qu’un délit? Les définitions sont rares dans le Code : lex prxcipit et non definit; omnis definitio in jure periculosa cd. Il est clair, cependant, que nous avons au can. 2195 une définition · officielle * qui s’impose désormais, et met fin aux hésitations aussi bien qu'aux contro­ verses des juristes ou des moralistes. Dans le droit ecclésiastique actuel, on appelle délit · la violation extérieure et moralement imputable d’une loi munie d’une sanction canonique nu moins indéterminée ». De cette définition, il résulte que trois éléments doivent nécessairement concourir pour constituer un PEINES ECCLÉSIASTIQUES. 62F> PEINES ECCLÉSIASTIQUES. NOTION 626 délit ; 1. D’abord un élément matériel, ou objectif, avec Je péché, ou que le juge chargé de constater et de c’est le dommage, la violation même de la loi. ou le punir le crime n’aura pas à remplir un rôle dînèrent de celui du confesseur. En réalité, le champ d'action corps du délit; 2. puis un élément formel ou subjectif, c’est le dol ou intention perverse, d’où sortira l’impu- ’ de l’un et de l'autre reste parfaitement distinct: ils ne travaillent pas sur le meme plan, bien que tous deux tabilité; 3. enfin, un élément juridique : la loi pénale, fassent souvent appel aux mêmes principes. Le juge à laquelle est assimilé, de droit, le précepte également n’aura à connaître que du délit, c’cst-à-dirc de la sanctionné par une peine Canonique. violation de la loi au for externe, dans l’ordre juridique, En représentant le délit par D, le dommage par condition. — L'absence de causes excusantes. du scandale causés. Le juge ou le supérieur a même Cette condition a une particulière importance lorsqu’il la faculté, s’il l'estime opportun, de lui accorder un s’agit de peines encourues ipso facto (tatæ sententiæ ) délai, alla qu’il vienne à résipiscence. Si la contumace car alors le délinquant aura à Juger s’il se trouve sous persiste, on peut alors Infliger la censure. Can. 2233, le coup de la peine; de même, le confesseur devra sc rendre compte si la peine a été réellement encourue. . § 2. Toutefois, lorsqu'un précepte particulier a été C’est pourquoi il est necessaire de détailler les préci­ accompagné d une menace de censure ferendæ senten· sions du Code sur ce sujet. liæ, le délinquant peut être frappé immédiatement de Les causes excusantes te ramènent toutes à un cette peine, car il a été sulllsammcnl et personnel­ défaut de connaissance du côté de Γintelligence et a un défaut de délibération du côté de la volonté | lement « averti par le précepte; ainsi en n décidé la 602 GU commission d’Intcrprétiition le 1 I juillet 1922, Acta ap. Scdis, t. xiv, p. 530. Toutes ces règles concernant la monition laissent j intactes les dispositions du fameux canon 2222, dont ! nous avons déjà parlé à propos de Vêlement juridique i du délit, à savoir : dans les cas de scandale ou de gravité spéciale de transgression de la loi, le supérieur peut frapper le délinquant de justes peines, sans aucune menace préalable, même si la loi ne prévoyait aucune sanction pénale. A fortiori, si une sanction quelconque (soit latæ, soit ferendæ sententiæ) était prévue. 2. Les suites de la peine. - a) Toute peine, une fois infligée, accompagne le coupable partout, meme si le droit du supérieur vient à cesser, Λ moins que le contraire ne soit expressément indiqué. Can 2220,§ L b) Si la peine est latæ sententiæ (qu’elle soit médi­ cinale ou vindicative), le coupable, conscient de son délit, est atteint par elle ipso facto, tant au for interne qu’au for externe. Can. 2232, § 1. Toutefois, le délinquant peut, jusqu’à cc qu’une sentence décla­ ratoire soit intervenue, ne pas tenir compte de la peine toutes les fois qu’il ne le pourrait sans se diffamer; cn outre, au for externe, personne ne peut exiger de lui qu'il observe sa peine, à moins que le délit ne soit notoire. Can. 2232, § 1. Cette disposition très favorable du nouveau droit, supprime les anciennes distinctions que faisaient les auteurs entre peines positives, négatives ou mixtes. CL (V Nnn\Ua\c, Summula, t. i, n. 309; Wcrnz, Jus decretalium, t. vi, n. G3. La règle posée par le Code est générale cn même temps que très claire : nul n’est obligé de sc trahir; cn conséquence, le délinquant est excusé de l’obser­ vation de la peine toutes les fois qu’il ne peut le faire sans infamie. C’est ainsi qu’un curé ayant encouru une excommunication pour un délit occulte, peut, cn attendant de pouvoir être absous, célébrer la messe cl administrer les sacrements; de même, un bénéficier suspens a beneficio n’est pas obligé de refuser les revenus de son bénéfice qu’on lui offre ou la nomi­ nation à un autre bénéfice qu’on lui propose, si, par ce refus, il devait sc trahir. Mais il va de soi qu'apràs une sentence (déclaratoire ou condamnatoirc), tout droit à la réputation étant perdu, la peine devra être strictement observée. c) A noter, de plus, que la sentence déclaratoire, prononcée par le supérieur à la suite d’une peine encourue ipso facto, a un effet rétroactif jusqu’au moment où le délit a été commis. Can. 2232, § 2. 1° Hernise des peines. —· C'est le mode le plus habi­ tuel de faire cesser la peine. Pourtant celle-ci peut prendre fin également : par l’accomplissement intégral ou expiation; par la mort du coupable, si la peine est personnelle (sauf s’il s'agit de la privation des suffrages ou de la sépulture de l’Églisc); mais une peine réelle reste à la charge des héritiers lorsqu’une sentence a été prononcée; par la prescription, chaque fois que l’action pénale ne sera pas Intentée dans les délais prévus au canon 1703; ces délais sont variables selon les différents crimes ou délits. Voir Prescription. La remise de la peine est l’acte par lequel le supé­ rieur légitime la supprime ou l'éteint. Cette remise se fait par absolution s’il s’agit de censures, et par dispense, s’il s’agit de peines vindicatives. On notera que l'absolution est un acte de justice, et que, par conséquent, elle doit être accordée à tout délinquant qui revient à résipiscence, la dispense, au contraire, est un acte de grâce, qui dépend du bon vouloir du supérieur; cette dispense peut donc être révoquée par lui, ou même cesser d'cllc-même, si le motif cesse. Contre un refus d’absolution on peut faire appel; contre un refus de dispense il n’y a lieu qu’à un recours. PICT. DE TIlÉOL. CATHOL. 1. La remise de la peine ne peut être faite que par l’autorité compétente. Cette autorité appartient : a) à celui qui a porté la loi ou la peine, mais non au juge qui n’a fait que l’appliquer; b) à son successeur ou à son supérieur; c) â celui qui a reçu le pouvoir soit par le droit, soit par délégation spéciale; ) Dans les cas occultes, l’Ordinalre peut remettre, par lui-même ou son délégué, toutes les peines latæ sententiæ établies par le droit commun, sauf les censures spécialement ou très spécialement résenées au Saint-Siège. Can. 2237, f 2. 3. De plus, les confesseurs peuvent absoudre de toutes les censures non résenées, can. 2253, § 1 ; cn outre, ils reçoivent du droit des pouvoirs spéciaux pour absoudre des censures réservées, can. 2254, ou dis­ penser des peines vindicatives, can. 2290, dans les cas urgents. La remise d une peine est nulle de plein droit si elle a été extorquée par la violence ou la crainte grave. Can. 2238. Celte remise peut être accordée validement à une personne présente ou absente, absolument ou sous condition, au for interne ou au for externe, de vive voix ou par écrit; ce dernier mode est préférable lorsque la peine a été, elle aussi, infligée par écrit, afin qu’il soit possible d’opposer au premier document un autre de même force. IV. Des peines médicinales ου censures. — 1. Généralités sur les censures. — 2. Des censures cn particulier. 1° Généralités. — - Les censures sont des peines qui. dans l’esprit de l’Églisc. sont destinées A ramener les coupables à résipiscence. On trouvera l’essentiel de cette matière dans l’exposé qui a été fait à l’article Censures ecclé­ siastiques. Nous ne toucherons ici que les points sur lesquels le Code a apporté des modifications ou des précisions. 1. Notion. — Le canon 2241 définit la censure : « l ne peine dont reflet est de priver un homme baptisé, délinquant et contumace, de certains biens spirituels ou annexés aux spirituels, jusqu’à cc que. sa contumace ayant cessé, il cn reçoive l’absolution. > En tant que peine, la censure ne peut frapper qu’un délit externe (ce qui ne veut pas dire public), grave et consommé. En tant que peine médicinale, la censure présuppose la contumace, qu'elle a pour but de briser; dès que cette contumace a cessé, le coupable a droit à l’absolution. Donc, de par leur nature même, les censures ne peuvent pas être infligées pour un temps déterminé ou pour toujours, sinon la peine serait vindicative. Pourtant, il n’est pas nécessaire que» dans chaque cas particulier, on prévoie l’amendement du coupable à une échéance plus ou moins proche; la loi se pré­ occupe de ce qui arrive ordinairement; si, par excep­ tion, le coupable ne s'amendait pas, il resterait 643 P E I N E S EC C L É S1A S T IO U E S. C E N S U K E S sous le coup de In peine, et les tins secondaires de la lot n'en seraient pas moins atteintes, à défaut de la fin principale. C'est pourquoi, la censure peut être portée même contre des délinquants inconnus cl frapper des fautes qui resteront peut-être toujours occultes. Can. 22 12. Mais que faut-il entendre exactement par contu­ mace? Le Code l'a précisé, cn distinguant deux signi­ fications de ce mot, selon qu’il s’agit de censures ferenda ou lata sententia. Dans les deux cas, il exprime un certain mépris, contemnere, de la loi pénale ou de 1 avert ifsement donné par le supérieur. o) S’il s’ngil de censure ferenda sententia, on appelle contumace celui qui, ayant reçu la ou les monitions canoniques, conformément au canon 2233, § 2, ne cesse pas néanmoins ses actes délictueux ou refuse d’en faire pénitence et de réparer le dommage ct le scandale. C'est ce qu'on appelle la contumace formelle; elle n’existe pas dans le cas d'un crime complètement passé ct dont l’auteur s’est amendé; d’où il suit que celui-ci ne peut être frappé de censures. Le nombre des monitions à faire au délinquant est laissé au libre choix du supérieur; à la rigueur, une seule sulfit, si, à la suite de cet avertissement, la contumace paraît certaine. Quant au mode des monitions, rien n'est prescrit dans le Code au sujet des censures; mais, si l’on veut en faire état au for externe, les monitions devront être faites par écrit ou devant deux témoins. b) Lorsqu’il s’agit de censure lata sententia, est dit contumace celui qui transgresse une loi ou un précepte sanctionné par la peine susdite, à moins qu'il n’ait un légitime motif d’excuse, par exemple l’ignorance, la crainte ou tout autre cause dont parle le canon 2229. Ainsi, la menace contenue dans la loi elle-même tient lieu de monition; celle-ci, au Heu d’être explicite, comme dans le cas d’une censure ferendæ sententia, est seulement virtuelle ou interprétative. Γη même sujet peut être frappé de plusieurs censures, de même espèce et d'espèce différente. Can. 2211. Si quelqu'un se trouve frappé injustement par une censure, il peut interjeter un appel ou intenter un recours, mais seulement in devolutivo, c'est-à-dire que la peine devra être observée jusqu’à décision de l’autorité supérieure. Pour une censure encourue ; ipso facto, il ne peut être question d'appel ou de recours; elle saisit le délinquant aussitôt ct doit cire observée cn rigueur jusqu’à l'absolution. Can. 2243. 2. Division et réserve des censures. — a) Les censures ont été maintenues par le Code au nombre de trois : {'excommunication, Vinterdit ct la suspense. L'excom­ munication est toujours une censure; I interdit ct la suspense peuvent être parfois peines vindicatives; mais, dans le doute, on les considérera comme cen­ sures. L’excommunication ne peut affecter que des personnes physiques; si elle est portée contre un corps moral, elle atteindra individuellement les membres délinquants. L'Interdit et la suspense peuvent atteindre une personne morale. La suspense est réservée aux clercs; l'excommunication ct l'interdit . peuvent frapper les laïcs. Toutes ces peines étant graves en ellc-mêmes, le législateur recommande de ne les infliger que sobre­ ment et avec une sage circonspection, surtout l'excom­ munication. Can. 2211. b) Les censures peuvent être, comme toutes les peines, a jure ou ab homine, lata ou ferenda sententia; mais la division principale est celle qui les distingue en censures réservées ou non réservées, selon que leur absolution appartient exclusivement au supérieur ct à ceux qu’il délègue spécialement, ou bien à tous ceux qui ont le pouvoir d’absoudre. 644 La réserve est donc avant tout une limitation de la juridiction; sans être proprement une peine, elle a un caractère · odieux », car elle aggrave singulièrement la peine. C’est pourquoi elle doit s'interpréter stric­ tement; il est interdit de l’étendre d’un cas à un autre; ct, dans le doute de droit ou de fait, la réserve ne se soutient pas. De plus, le législateur recommande expressément de ne réserver les censures que si cette mesure est exigée par la gravité particulière des transgressions de la loi, ou dictée par In nécessité de mieux pourvoir à la discipline ou d’extirper quelque vice préjudiciable au bien spirituel des fidèles; il est spécifié que lOrdinaire ne peut frapper d’une censure, à lui réservée, un délit déjà muni d une censure réservée au Saint-Siège. Can. 2245, 2246. c) Lorsqu'une censure qui empêche la réception des sacrements — c’est le cas de l'excommunication ct de l'interdit personnel, can. 2260, § I, et 2275, § 2 — se trouve réservée, celte reserve entraîne avec elle la réserve du péché auquel la censure est annexée. Mais il faut noter que celle réserve, qu'elle soit pontificale ou de droit diocésain, porte directement et immédia­ tement sur la censure ct non sur le péché, de sorte que, si, pour une cause quelconque, la censure n'est pas encourue, ou si la censure ou sa réserve cesse (par l’absolution, la sortie du territoire), la réserve du péché cesse complètement. Can. 2246. Si la censure encourue n'est pas de celles qui empêchent la réception des sacrements, sa réserve n’entraîne pas la réserve du péché qui a motivé la censure. d) La réserve d’une censure dans un territoire particulier n’a aucun effet cn dehors de ce territoire, même si l’individu censuré a quitté le territoire pour se faire absoudre de cette censure. Can. 2247, § 2. La réserve particulière est donc territoriale, et la sortie du territoire in fraudem legis, afin de sc libérer de la réserve, n’empêche pas la cessation de celle-ci. e) L’ignorance de la réserve par le délinquant n'empêche pas celui-ci d’être lié par cette réserve, celle-ci étant moins une peine proprement dite, qu’une limitation de la juridiction de celui qui absout. Si I ignorance de la réserve est le fait du confesseur, l’absolution de la censure et du péché est valide, sauf s’il s’agit d'une censure ab homine ou très spécialement réservée au Saint-Siège. Can. 2247, § 3. Cette dispo­ sition du droit, absolument nouvelle, est tout à fait favorable au pénitent. Le Code ne distinguant pas, l’absolution vaudra même si l’ignorance du confesseur est gravement coupable, fût-elle crassa et supina. L'absolution serait-elle encore valide si le pénitent choisissait à dessein un confesseur qu'il sait ignorer la réserve? De la part du confesseur, aucun défaut de pouvoir n'est à relever; mais la validité de I absolution dépendra des dispositions du pénitent : est-il de bonne foi, repentant, a-t-il cessé d’être contumace? Autant de questions qui devront être résolues dans chaque cas particulier. /1 La censure ab homine est réservée partout, en quelque territoire «pic l’on sc trouve. Elle ne peut être absoute que par celui qui l’a infligée par sentence (ferenda sententia ) ou qui l’a déclarée (si elle était lata sententia), par son supérieur compétent, son successeur, ou celui qui a reçu une délégation régulière. Les censures a jure peuvent être réservées les mus à IOrdinaire, les autres au Saint-Siège; ces dernières le sont à trois degrés, soit simpliciter, soit speciali modo, soit specialissimo modo. Malsla réserve, qu’elle soit contenue dans le droit commun ou le droit particulier, doit être formulée expressément dans la loi ou le précepte général; lorsqu’il y a doute de droit ou de fait, on n’est pas obligé de tenir compte de cette réserve. Can. 2245. 645 PEINES ECCLÉSIASTIQUES. CENSURES 646 3. Absolution des censures. a) La censure, une ou tout au moins promesse sérieuse de réparation; fois contractée, ne disparaît jamais d’ellc-rnêmc, imposition, si cela est nécessaire, d une pénitence mais ne cesse que par Vabsolulion légitimement salutaire (distincte de la pénitence sacramentelle), donnée, (’.elle absolution est irrévocable, en ce sens selon la gravité du délit et les capacités du pénitent. que la censure ne revit plus lorsqu'elle a été réguliè­ Voir l’énumération de quelques-unes de ces péni­ rement levée, sauf si l’absolution a été accompagnée tences au can. 2313. Peut-être y aura-t-il lieu éga­ d’une obligation â remplir sous peine de réincidence. lement d’appliquer quelques-uns de ces remèdes Can. 22 is. d’ordre penal, can. 2306, 2311, dont il sera question A la différence des péchés, les censures peuvent être plus loin, col. 652 sq. remises les unes sans les autres. On peut ainsi absoudre c) Pour l’absolution des censures réservées, trois des censures sans absoudre des péchés qui les ont catégories de cas sont à distinguer : fait encourir; cc mode est courant el même nécessaire a. Les tas ordinaires, où il n’y a ni urgence, ni péril lorsqu'on remet les censures au for externe ou for de mort. Dans ces cas, celui qui absout doit être «qua­ interne non sacramentel. De même, il est possible lifié », c’est-à-dire muni de pouvoirs qui le rendent d’absoudre des péchés, cn laissant subsister la ou 1rs compétent dans les diverses espèces de réserve. S’il censures qui y étaient attachées, pourvu qu’il ne s’agit d’une censure ab homine, ce sera : celui qui l’a s'agisse pas «le celles qui empêchent (c'est-à-dire ren­ portée, son supérieur ou son successeur, ou bien leur dent illicite) la réception des sacrements, comme sont délégué, can. 2215, $ 2, même si le coupable a transféré ailleurs son domicile ou quasi-domicile. — S’il s’agit l'excommunication et l’interdit personnel. Can. 2250. Celui qui, par lui-même ou par un autre, demande d’une censure a jure, cc sera celui qui a établi la censure, celui à qui clic est réservée, ou bien leurs l'absolution des censures doit faire connaître toutes celles qu’il a encourues. Si l’absolution est particulière, successeurs, supérieurs et délégués; d une façon plus précise : pour une censure réservée à V Ordinaire ou c’est-à-dire ne porte que sur les cas exposés, clic vaut à l’évéque, n'importe quel Ordinaire est compétent toujours pour ces cas, même si d’autres étaient cachés vis-à-vis de scs sujets; de plus, 1 Ordinaire du heu de mauvaise foi. Si l’absolution est générale, bien que peut exercer ses pouvoirs à l’égard des étrangers, la demande ail été particulière, elle ne vaut ni pour peregrini. les cas omis de mauvaise foi. ni pour les censures Pour les censures réservées au Saint-Siège, c’est réservées specialissimo modo au Saint-Siège, mais elle au Saint-Siège qu’il faut avoir recours, ou Lien à celui est valable pour tous les autres cas que l’on aurait qu’il aura doté de pouvoirs suflisants : pouvoir général, omis de bonne foi. Can. 2219. spécial ou très spécial, selon qu’il s’agit de censures b) Quant au mode d’absolution, aucune forme simplement, spécialement ou très spécialement réservées. spéciale n’est requise pour la validité; il suflit que la β. En péril de mort (c’est-à-dire quand la vie est volonté du supérieur qui absout (souverain pontife, en danger de façon sérieusement probable), tout Ordinaire, confesseur...) soit manifestée de manière prêtre, même non approuve pour les confessions, ou certaine, soit par écrit, soit oralement ou par signes. dépourvu de pouvoirs spéciaux, peut (cn vertu du L'absolution peut même être donnée à un absent can. 882) absoudre validcmcnl ct licitement de tous par lettre, téléphone, etc. les péchés ct aussi de toutes les censures, quelle que Pour la licéité, il est requis : que l’absolution soit soit leur notoriété cl leur réserve. Mais, s’ils ont absous donnée au délinquant en sa présence el sursa demande, un délinquant frappé d’une censure ab homine ou sauf si une cause juste cn empêche, que soit employée réservée au Saint-Siège specialissimo modo, le pénitent la formule prescrite par le Rituel romain (til. m, devra, une fols revenu à la santé (pratiquement, dans c. n, n. 2) au for interne sacramentel, (’.cite formule est celle de l’absolution des péchés. En cas d’urgence, on i le mois qui suivra sa guérison», recourir au supérieur compétent, et cela sous peine de retomber dans la dit : Ego te absolvo ab omnibus censuris et peccatis, in même censure. Cc supérieur sera : celui qui a porté la nomine Patris t ct l'ilii, et Spiritus Sancti. Amen. Au censure s’il s’agit d’une censure ab homme ; la S. Pêni« for non sacramentel (interne ou externe) il convient lenccrie, l’évêquc ou un autre personnage, pourvu d’employer régulièrement les formules contenues dans qu’ils aient les pouvoirs nécessaires, dans le cas d une les livres liturgiques, spécialement s’il s’agit de censure a jure. Cf. Commission d'interprétation du l’excommunication. Ponti/, rom., tit. Ordo suspen­ Code. 22 nov. 1922, Acta ap. Sed., t. xiv, p. 663. Dans sionis, reconciliationis, etc., et Ordo excommunicandi ce second cas, le recours sc fera par lettre, ou par et absolvendi ; Rit. rom., lit. m, c. m, v. l’intermédiaire du confesseur, si cela peut se faire sans c) L'absolution donnée au /or externe produit ses inconvénient, et sous un nom fictif. Mais, toujours, le effets également nu for interne, can. 2251, de sorte que censuré devra se conformer aux ordres cl injonctions celui qui a été absous de la sorte est complètement qu il recevra. Can. 2252. libéré de sa peine. SI I absolution n’a été donnée C'est un devoir pour le confesseur d’avertir le qu’au /or interne, celui qui l’a reçue peut se considérer cn conscience comme délivré de la censure; pourtant, I pénitent de celte obligation de recourir. Toutefois, cette monition pourra être omise dans certains cas; si celle-ci était publique ou notoire, il faudrait, au for par exemple, si le penitent sc trouve m extremis; de externe, éviter de scandaliser ceux qui ignoreraient même si le confesseur prévoit ou craint que celle que l’absolution a été donnée D’ailleurs, le supérieur monition soit nuisible, ct même s’il doute prudemment du for externe pourra exiger l'observation de la qu’elle puisse être utile. Capello. De censuris, n. 116. censure au (or exlcrue, chaque fois que la concession γ. Les cas urgents. — Ces cas. expressément déter­ de l’absolution ne pourra être prouvée, ou du moins légitimement présumée, par ex. par un changement mines dans le code, sont au nombre de deux, à savoir : de vie, I usage des sacrements, etc. Cnn. 2251. lorsqu’une censure lotir sententiir ne peut être observée d) Les censures non réservées peuvent être absoutes : sans danger certain ou sérieusement probable de au for sacramentel, par tout confesseur; nu for non scandale grave ou de grave difl ι/nation, ct lorsqu’il sacramentel (interne ou externe) seulement par un est vraiment dur, st durum sit, au pénitent de rester supérieur ayant juridiction au /or externe ou par son dans I état du péché grave durant le temps nécessaire délégué. Can. 2253, § I. Dans tous les cas, il y a Heu à I intervention du supérieur compétent. I) suflit que d’imposer nu pénitent cc qui est requis par le droit «’vite répugnance à rester dans le péché mortel soit (naturel ou positif), à savoir: réparation convenable réelle cl plausiole, bien que non extraordinaire; de l’injustice et du scandale, s’il y a eu l’un ou l’autre, certains pénitents peuvent trouver dure une attente PEINES ECCLÉSIASTIQUES. CENSURES d’un jour, des àmcs délicates· comme celles d’un prêtre, d’un religieux, d’un clerc, peuvent souffrir d’une attente meme plus courte, par exemple de plu­ sieurs heures, dit Capello, De censuris, n. 121. Dans les cas susdits, tout prêtre approuvé pour les confessions, confessarius, peut absoudre au for sacra­ mentel de toutes les censures encourues ipso /acto, quelle que soit la réserve qui les frappe. Cette abso­ lution est directe, en ce sens que, si le pénitent est bien disposé, la censure est véritablement levée. Mais le confesseur a le devoir grave d’imposer à ce meme pénitent l’obligation, sous peine de retomber dans la même censure, de recourir dans le mois à la S. Pénitcnccrie ou à l’évêque, s’il a des pouvoirs spéciaux, ou encore à un autre supérieur ayant les pouvoirs nécessaires, et de s’en tenir à leurs ordres. Can. 2251. Le devoir de recourir incombe en principe el direc­ tement au pénitent, et cela, même si le confesseur avait omis de I ’avertir ; celui-ci, cependant, outre l'obli­ gation grave qu’il a d’avertir son pénitent, peut être tenu, au moins en charité, à s’interposer pour faire le recours, à moins de grave inconvénient. Bien n’empêche le pénitent, qui aurait été ainsi absous et aurait déjà fait son recours, de s’adresser à un autre confesseur muni de pouvoirs; après lui avoir accusé au moins le délit et la censure, le coupable pourra en recevoir l’absolution, avec les injonctions spéciales qui lui seront faites; après quoi, il ne sera pas obligé de sc conformer aux ordres qui lui viendront du supérieur auquel il s’était adressé tout d’abord. Si, dans un cas tout à fait extraordinaire, le recours était moralement impossible, le confesseur, après avoir absous le pénitent, devrait lui prescrire les remèdes de droit, et lui imposer une pénitence et une satisfaction convenables; toutes ces prescriptions devront être accomplies dans les temps déterminés par le confesseur, sous peine de reviviscence de la censure. Celte dispense du recours ne vaut cependant pas pour la censure encourue ob absolutionem com­ plicis ; dans ce cas, le recours est toujours nécessaire (can. 2367 et 2251); les risques d’impossibilité sont d’ailleurs diminués par le fait que le pénitent est un prêtre, donc capable normalement de recourir par luimême. /) Notons enfin, que les cardinaux, en vertu d’un privilège spécial, peuvent absoudre ubique terrarum, mais au for sacramentel seulement, tous les péchés et censures réservés, à l’exception des censures réservées très spécialement au souverain pontife, et de celles qui seraient encourues pour révélation du secret du Saint­ oilice. Can. 239. 2° Des censures en particulier. — 1. L9excommu­ nication. — Des modifications ou précisions ayant été apportées par le Code sur cc point de droit pénal, nous en donnons ici l’essentiel, tout en renvoyant pour la doctrine à l’art. Excommunication, mutatis mutandis. a) Notion. — L’excommunication est, de toutes les peines, la plus grave, puisque, selon la définition qu’en donne le can. 2257, < elle exclut celui qui en est frappé, de la communion des fidèles ■. Aussi est-elle toujours une censure, jamais une peine vindicative; et, si cette censure était portée contre un corps moral ou collectivité, il faudrait l’entendre comme atteignant tous et chacun des membres coupables. Can. 2255, § 2. Elle est aussi appelée anathème, sur­ tout si elle est infligée avec les solennités décrites dans le Pontifical romain. Dans l’état actuel du droit, qui confirme la cons­ titution Aposlolicte Sedis, il n’y a plus de distinction entre excommunication majeure et excommunication mineure comme dans le droit décrétalicn (cf. Decretales G68 Greg. IN, I. V, tit. xxxix, can. 59; 1. 11, tit. xxv, can. 2; I. V, tit. xxvn, can. 10), mais une seule espèce, dont les effets, tous exprimés dans le Code, sont inséparables. En conséquence, quiconque sc trouve sous le coup de cette censure, est totalement privé de la communion ecclésiastique et des biens qui en dérivent : ce sont là les effets essentiels el Immédiats de l’excommunication. D’autres effets, extraordinaires cl médiats, concernent surtout la facilité plus ou moins grande laissée à l'excommunié d’entretenir des relations avec les autres fidèles. De ce point de vue accidentel, le Code distingue expressément deux catégories d’excommuniés : ceux qui sont dits tolérés, tolerati, et ceux qui sont à éviter, vitandi. Ne sont vitandi, aux termes du can. 2258, § 2, que ceux qui, ayant été nommément excommuniés par le SaintSiège, ont été publiquement dénoncés comme tels dans une sentence ou un décret, avec déclaration expresse qu’on doit les éviter. Il n’y a, dans le droit qu’une exception mentionnée au can. 2313 : est déclaré ipso facto vitandus, celui qui aurait exercé des violences sur la personne du souverain pontife. Outre ces deux classes, le Code en Indique impli­ citement une troisième qui tient le milieu entre les premières : ce sont les excommuniés notoires, notorii, soit à la suite d’une sentence, soit de toute autre manière. Can. 2259, § 2. 11 est nécessaire de faire connaître, en premier lieu, les effets essentiels et communs de l’excommunication, effets inséparables, avons-nous dit, qui s’appliquent sans restriction à toutes les classes d’excommuniés. On notera ensuite les effets spéciaux et extra­ ordinaires que produit la sentence du supérieur qui déclare ou inflige la peine, en particulier la sentence du souverain pontife dénonçant l’excommunié comme vitandus. b) Effets communs et essentiels. — Tout excommunie est privé du droit d’assister aux offices divins, tels qu’ils sont définis par le canon 2256, mais il ne perd pas le droit d’assister à la prédication de la parole de Dieu; on peut même tolérer son assistance passive aux offices divins; de recevoir les sacrements; de faire ou administrer les sacrements et les sacramentaux; d’accomplir les actes légitimes ecclésiastiques, c’est-à-dire, aux termes du canon 2256, d’exercer les fonctions d’administrateur des biens d*Église, de juge, d’auditeur et de rapporteur, de défenseur du lien, de promoteur de la justice et de la foi. de notaire et de chancelier, d’huissier et d’appariteur, d’avocat cl de procureur dans les causes ecclésiastiques, de parrain dans les sacrements de baptême cl de confir­ mation; il est privé du droit de vote dans les élec­ tions et du droit de patronage; du droit d'exercer des fonctions ou de jouir de privilèges ecclésiastiques; d’accomplir des actes de juridiction, que ce soit du for interne, ou du for externe; d’élire, de présenter, de nommer, non plus (pie d’obtenir des dignités, offices, bénéfices, pensions ecclésiastiques, ou quclqu’autrc emploi dans l’Églisc; d’être promu aux ordres; enfin, de participer aux indulgences, suffrages et prières publiques de l’Églisc. 'Vous les actes ci-dessus énumérés seraient illicites s’ils étaient accomplis par un excommunié, à moins que celui-ci ne sc trouve dans la nécessité de ne pas se trahir ou sc diffamer en les omettant. Voir ci-dessus, can. 2232, § 1. Leur validité ne serait pas en cause, avant que soit intervenue une sentence, ainsi qu’il sera dit plus loin. Les fidèles peuvent se comporter à l’égard d’un excommunié toléré, ante sententiam, comme s’il n’avait aucune censure. Ainsi, il n’est pas nécessaire de l ’expulser des offices divins, s’il y assiste passivement. I Can. 2259, § 2. Les fidèles peuvent, pour une juste 649 PEINES ECCLÉSIASTIQUES. PEINES VINDICATIVES 650 cause, lui demander les sacrements cl les sacra un motif raisonnable d’excuse. Can. 2267. Enfin, il mentaux, surtout s'il n'y a pas d’autres ministres, est interdit d’appliquer les fruits du saint sacrifice â eau. 2261, § 2; ils peuvent, de même, solliciter de lui un vitandus après sa mort; s'il est vivant, on ne peut des actes de juridiction aux deux fors. Et celte offrir la sainte messe, de façon privée cl sans scandale, seule demande rend licites les actes de l'excommunié, que pour sa conversion. Can. 2262, 5 2. sans que celui ci ait a s'inquiéter de la suffisance du Ainsi, Je (Lode a précisé, et, sur certains points, motif. Can. 2261. Bien que l’excommunié ne puisse adouci la discipline de la constitution Apostolicœ jouir des indulgences cl des suffrages de l’Églisc. Sedis. On peut conserver, à litre d’indication et d’in­ même apres sa mort, il n’est pas interdit de prier terprétation, les divers modes de communication pour lui de façon privée, et même d'offrir le saint civile prohibés parla glose ;cf. 1. V, lit. xi. cap. 3, Aliis, sacri lice, tout en évitant le scandale, in VI c) Effets particuliers et extraordinaires. - Ils sont Ch, orare, vale, communio, mensa negatur. ü deux degrés, scion que l’excommunié est simplement Quant aux motifs qui pouvaient légitimer cette notoire, après une sentence ou de quclqu’autrc communication, et qui étaient contenus dans cc vers, manière; ou bien dénoncé comme Ditandus. a. — Lorsque est intervenue une sentence (décla­ Decr., 1. V, tit. xxxix, can. 15. t tile, lex, humile, re» ignorati», necesse ratoire ou condamnatoire) d’excommunication, le coupable sc trouve publiquement désigné : notorias; il faudra les interpréter largement, puisque le législa­ il y a lieu de se comporter à son égard avec plus de teur admet aujourd’hui comme excuse toute cause sévérité : il faut l’écarter de toute participation active raisonnable, rationabilis causa. Voir au mots : Excom­ aux offices divins; il ne peut recevoir les sacra- . munication, t. v,col. 1713; Interdit, t. vu, col. 2280; mentaux; il est privé de sépulture ecclésiastique, s’il Suspense. n’a donné, avant sa mort, quelque signe de repentir. V. Des peines vindicatives. — 1· Notion et Son cadavre violerait l’Églisc ou le cimetière où il division. — Bien que la censure soit un châtiment aurait été déposé, can. 1172 et 1207. et il faudrait assez dur, le caractère pénal est plus accmtuc encore d’abord enlever le cadavre avant de procéder â la dans la peine vindicative dont le « but propre cl réconciliation, can. 1275; seuls les fidèles en danger direct est l’expiation du délit, de sorte que la remise de mort peuvent lui demander l’absolution, cl aussi, de cette peine ne dépend pas de l'amendement du dans le cas où il n’y aurait pas d’autre ministre, les coupable ·. Can. 2286. Il résulte de cette définition autres sacrements ou sacrament aux, can. 2259-2261; que la peine vindicative s’attaque plus encore au délit il ne peut, par lui-même, engager une action devant qu'au délinquant et qu'elle vise, avant toul, à restaurer un tribunal de l’Églisc, si cc n’est dans le but d'atta­ aussi bien qu’à venger l’ordre social lésé; la censure, quer son excommunication comme injuste ou illé­ au contraire, a pour fin principale l'amendement du gitime; il ne peut engager une action par mandataire, coupable; cel amendement étant obtenu, elle n’a plus que pour écarter un préjudice spirituel: dans tous les de raison d’ètre et doit vire supprimée par l’absolution. autres cas, on pourra toujours cxciper contre lui de La peine vindicative, comme la censure, consiste en l’excommunication, et le repousser. Can. 1654 et 1658. une privation de quelque bien, soit spirituel, soit tem­ Devant un tribunal ecclésiastique, son témoignage porel. Elle peut être ferendie ou latx senlentix, a jure est considere comme suspect, can. 1757; scs actes sont ou ab homine. frappés de nullité dans tous les cas suivants : arbitrage, 2° Execution, appel, sursis.— 1. Toute peine vin­ can. 1931, parrainage, can. 765 el 795, élection, dicative, une fois infligée ou encourue, doit cire présentation, nomination aux bénéfices; obtention de observée tant au for interne qu’au for externe ; dignités, ollices, bénéfices, charges ecclésiastiques. Il toutefois, si le délit est occulte et qu’aucune sentence ne peut validement recevoir de faveur du souverain ne soit intervenue, le délinquant pourra suspendre pontife, à moins que, dans le reserit, ne soit faite l'exécution de In peine lorsqu’il y aura pour lui danger la mention expresse de l’excommunication. Can. 2265. d'infamie, nul n’étant obligé de sc trahir soi-même. Les actes de juridiction posés par lui sont invalides Can. 2232. tant pour le for externe que pour le for interne, sauf 2. Si le coupable sc trouve injustement ou trop si l’absolution sacramentelle des péchés ou des sévèrement puni, il peut faire appel de la sentence censures lui est demandée par des fidèles en danger judiciaire qui l’a frappé, ou avoir recours au supé­ de mort; dans ce cas, il pourra absoudre validement rieur compétent, lorsque la peine a été infligée par et licitement; dans ces mêmes circonstances, il un précepte particulier. A moins que le droit ne s y pourrait aussi, en l'absence d’autres minisires, admi­ oppose expressément, par raison d’utilité publique nistrer les sacrements ou les sacrament aux s’il en ou une autre cause très grave, appel et recours sont était requis. Can. 2261 cl 2261, § 3. Enfin, il ne peut suspensifs (et non plus seulement dévolutifs, comme faire siens les fruits de son office, bénéfice, dignité, pour les censures), c’est-à-dire que les effets de la sen­ pension, charge, s’il en est pourvu, et cela depuis le tence ou du précepte sont suspendus jusqu’à ce que le moment où il a encouru la censure, la sentence décla­ supérieur ou le tribunal d’appel ail statué sur le cas. ratoire ayant effet rétroactif. Can. 2266 el 2232, § 2. Can. 2287. β - L’excommunié vitandus, non seulement se 3. A l'instar des codes civils, le Code canonique, trouve privé des mêmes biens que celui qui est toléré a adopté, pour la première fois, à propos des peines ou notoire, mais il soit encore sa peine s’augmenter des vindicatives, le système du sursis. Celte institution effets suivants : toute assistance, même passive, aux juridique consiste dans la faculté laissée nu juge ollices divins lui est interdite, cl si on ne pouvait de suspendre, sous certaines réserves, l’exécution de l’expulser, il faudrait cesser l'office, pourvu qu’on la sentence pénale, spécialement lorsqu’il s’agit de la puisse le faire sans grave inconvénient, can. 2259, première condamnation encourue par le délinquant ; 12; il est privé ipso facto de toute dignité, office, . mais, si celui-ci récidive dans un laps de temps déter­ bénéfice, pension ou charge, qu'il pourrait avoir miné. il devra purger toute la peine due aux deux dans l’Églisc. cnn. 2266; les fidèles doivent éviter de délits. Cnn. 2288. communiquer avec les vitandi, mémo dans les choses Les conditions mises par le législateur ecclésiastique profanes, à moins qu’il ne s’agisse de leur conjoint, à l'octroi du sursis, sont les suivantes : de leurs enfants, de leurs serviteurs, de leurs sujets, a) Sont formellement exclues de celte faveur du ou. d’une manière générale, à moins qu’il n’y ait droit les peines très graves telles que la dégradation 65 f P EIN E S ECC L ESI A ST 1Q U E S. REMÈDES D’ORDRE PÉNAL 652 1 [‘interdit soit local, soit prohibant l’entrée de l’églhc, voir Intendit, t. vu, col. 2280 sq.; la translation ou suppression pénale d’un siège épiscopal ou parois­ sial; la privation de la sépulture ecclésiastique et des sacrament aux; la privation ou suspension lemporaln d'une pension ecclésiastique, d’une charge, d’un pou voir ou d'une faveur accordée;la prohibition d’exernr les < actes légitimes » (voir can. 2256, § 2); la privation du droit de préséance, de la voix active et passive, ou du droit de porter des titres ou insignes conférés par 1 Église; l’amende pécuniaire; l’infamie de droit. Le législateur a jugé utile de donner des préci­ sions au sujet de cette dernière peine; il dislingue l'infamie de droit et l’infamie de fait; la première n’est produite que dans les cas expressément spé­ cifiés par le Code. Voir can. 2320, 2328, 2343, 5 1 cl 2, 2351, f 2, 2356, 2314. § 1. 2357, § 1. l’ne fois, cependant, le législateur la fait dériver d’une sentence même civile, sanctionnée d’ailleurs par le droit de l’Église. Can. 2357, § 1. L*infamie de fait résulte de la perte de la réputation auprès des fidèles honnêtes el sérieux, à cause d’un délit ou de mœurs mauvaises; c'est à 1 Ordinaire qu’il appartient de juger si celle infamie existe ou non. Notons qu'elle peut résulter d’une sentence du for civil, mais pas nécessairement, car c'est uniquement sur l’opinion des fidèles qu’elle est fondée. L'infamie, comme l'honneur, est chose personnelle qui n’aiTccte que le délinquant et non scs parents ou alliés. Can. 2293. Ses effets sont différents, selon qu’il s’agit de l’infamie de fait ou de l'infamie de droit; cette dernière est de beaucoup la plus grave, puisque celui qui en est atteint est non seulement irré­ gulier, can. 984, n. 5, mais encore ne peut ni obtenir validement des bénéfices, pensions, offices ou dignités ecclésiastiques, ni accomplir validement les actes légi­ times, ni exercer un droit ou emploi ecclésiastique quelconque; il doit, de plus, être écarté tie l’exercice des fonctions du ministère sacré. Can. 2294. L’infamie de droit est, de sa nature, perpétuel le, et ne peut cesser que par une dispense du Saint-Siège. L’infamie de fait cesse lorsque, au jugement prudent de 1 Ordinaire, toutes circonstances étant pesées, surtout apres un amendement durable du délinquant, la bonne réputa­ tion est rétablie auprès des fidèles probes cl sérieux. Can. 2295. 2. Le Code énumère, eau. 2298, douze peines vin­ dicatives applicables aux clercs seulement; notons en particulier : la suspense, partielle ou totale, portée pour toujours ou pour un certain temps; la privation d’un bénéfice, d’un office ou d’une pension; l’ordre ou la défense de demeurer dans un lieu déterminé, d’exerccr le ministère sacré dans une église déterminée; la déposition; la privation perpétuelle du droit de porter l’habit ecclésiastique; enfin, la plus grave de toutes, la dégradation. Ces pénalités, revêt an I un caractère particulièrement Libéré dur, surtout les dernières, ne devront être employées 4° Principales peines vindicatives. — Il n’est pas qu’avec une sage discrétion, qui n’exclut pas la fer­ dans notre plan de donner la liste el le commentaire meté. Cf. can. 221 I, § 2. Lorsqu’il est question spécia­ des peines vindicatives contenues dans le Code cano­ lement de la relégation, can. 2298, n. 7-8, du séjour nique D’ailleurs, l’énumération qu’en fait le législa­ dans une maison de pénitence ou dans un monastère, teur n’est pas limitative; le juge ou le supérieur reste can. 2302, le législateur précise que ces peines, surtout toujours libre d'appliquer dans tel cas particulier la si elles doivent être longues, ne doivent être Infligées peine qu’il juge la plus convenable. Pourtant, la qùc pour des cas graves, et seulement quand l’Ordidouble série de peines vindicatives que nous lisons naire les juge nécessaires pour l’amendement du cou­ pable ou la réparation du scandale. Quant à la déposi­ dans le Code est au moins une indication : ce sont tion ou à la dégradation· can. 2303, elles ne doivent celles-là surtout (praesertim) qui sont en usage cl être infligées que dans les cas expressément spécifies qui conviennent de nos jours; celles que l’on devra par le droit; de plus, la privation perpétuelle du le plus ordinairement employer cl dont il n’y a droit de porter I habit ecclésiastique doit toujours pus lieu, en règle générale, de s’écarter sans raison. être précédée de la déposition. Can. 2304, $ 1. Cun. 22M. VI. Des hem i’: des d’ohdiu: pésal et ni.s 1. Parmi les peines qui peuvent atteindre lous les piSiti sers. - Cette troisième et dernière catégorie fidèles, clercs ou laïcs, nous relevons en particulier : la déposition· la pris at ion d’office ou de bénéfice; ces peines, supposant des crimes énormes, exigent une exécution Immédiate; b) il ne doit pas y avoir urgence de réparer le scandale; c) cc doit être la pre­ miere condamnation encourue, après une vie jusque-là sans reproche; d) enfin, la suspension de la peine est telle que, si, dans les trois ans qui suivent la condam­ nation, le coupable commet un délit semblable ou de genre différent, il subira les peines dues aux deux délits. Si, au contraire, il s’abstient de nouvelle faute pendant cc laps de temps, la peine encourue sc trouve prescrite et ne revit plus. 3° Cessation. — La peine vindicative cesse norma­ lement par son accomplissement intégral. Elle peut cependant être remise auparavant par une dispense du supérieur compétent. Celte dispense n’est pas, comme l’absolution des censures, un acte nécessaire de la puissance judiciaire, mais un acte libre du pou­ voir législatif, en un mol une faveur, une grâce que le coupable ne peut revendiquer comme un droit. Can. 2289. Nous avons dit, à propos de la remise des peines, quel était le supérieur compétent pour accorder la dispense dans les cas ordinaires. bans les cas occultes cl en même temps urgents, c’est-à-dire lorsque de l’accomplissement de la peine doit résulter, pour le coupable, Vinfamie cl, pour autrui, le scandale, tout confesseur, donc tout prêtre approuvé, peut, au for sacramentel, suspendre l’obli­ gation d'accomplir la peine. Ce pouvoir doit s’in­ terpréter de même façon que celui d'absoudre des censures. Mais notons bien que la peine n’est que suspendue. Pour s'en libérer définitivement, le ; coupable devra, dans le mois, recourir sous un nom fictif, soit à la S. Pénitcncerie, soit à l'évêque qui 1 serait muni de pouvoirs, et s’en tenir à leurs instruc­ tions. Ce recours sc fera, aux termes du canon 2290, par lettre el par le confesseur, si cela peut se faire sans inconvénient ; c’est-à-dire que le prêtre sera I tenu, au moins en charité, de prêter son aide au pénitent. En tous cas, le confesseur a le devoir d’imposer ce recours; si, dans un cas extraordinaire, il était impossible, le même confesseur pourrait accorder la dispense des peines vindicatives aux mêmes condi­ tions que s’il donnait l’absolution d’une censure réservée, can. 2251, § 3, c’est-à-dire en donnant ses i instructions et en imposant une pénitence convenable. Instructions et pénitence devront être accomplies ponctuellement par le pénitent, sinon il retombera ipso facto sous le coup delà peine vindicative. Il va de soi que celle dispense accordée par le confesseur ne vaut que pour le for interne; mais, comme il s’agit de cas occultes, il n’y a pas à craindre que l’accomplissement de la peine soit exigée par le supé­ rieur du for externe; le pénitent sera donc totalement 653 PEINES ECCL. TABLEAU DES PEINES de pénalités est aussi la moins considérable. Ce n’est d'ailleurs que dans un sens très large qu’on peut lui donner le nom de · peines ·, car le carac­ tère de punition y est peu accentué. Néanmoins, parce que ces remèdes ou pénitences trouvent leur application à propos d’un délit (soit déjà consommé, soit prudemment redouté), parce qu’aussl ils com portent en eux-mêmes une certaine contrainte ou humiliation, le législateur lis a rangés sous un titre nouveau, à la suite des censures el des peines s indi­ catives. L’importance de ces remèdes » n’est pourtant pas médiocre; ils trouvent leur emploi, au for interne comme au for externe, soit qu’il s’agisse de prévenir la perpétration d’un délit ou d’éviter l’ap­ plication d’une peine, soit qu’il s’agisse d’absoudre ou de dispenser d’une peine déjà encourue. Le Code a donné, à cc sujet, des précisions qu'il n’est pas per­ mis d’ignorer. 1° Remèdes d'ordre pénal. — Ce sont des moyens mis par le droit à la disposition du supérieur compe­ tent, soit pour écarter les occasions de délit, soit pour réprimer des fautes graves qui, par elles-mêmes, ne constituent pas des délits canoniques. Ces re­ mèdes revelent donc un caractère plutôt préventif que curatif; parfois, cependant, ils peuvent servir à remplacer une peine qu’on n’a pas juge à propos d’infliger, can. 2223, § 3, n. 3, ou bien à aggraver une peine déjà prononcée, surtout si on est en face de récidivistes. Can. 2309, § 4, et 2311, § 2. Si de telles poursuites paraissaient injustes, les intéressés ont la faculté d’interjeter un appel suspensif, ou d'instituer un simple recours (dévolutif), selon que la pénalité a été imposée par sentence judiciaire ou administrativement. Les remèdes pénaux, prévus par le droit actuel, sont au nombre de quatre : L La monition. — C’est l'avertissement que I Or­ dinaire a l’obligation de donner ou de faire donner à celui qui se trouve dans l’occasion prochaine de commetire un délit, ou que l’on soupçonne sérieu­ sement, après enquête, d’avoir déjà commis cc dciit. Can. 2307. 2. La réprimande (correptio) est un blâme, appro prié aux conditions de la personne et du fait en question, que l’Ordinaire doit adresser ou faire adres­ ser, de vive voix ou par lettre, à celui qui, par sa conduite, occasionne un scandale ou un grave dé­ sordre. Can. 2308. La réprimande el la monition peuvent être secrètes ou publiques, selon qu’il est opportun; le premier mode est « paternel ». le second est · légal ». Si elles sont publiques, elles doivent se faire selon les formes requises, c’est-à-dire devant notaire, ou deux témoins, ou par lettre dont la réception et la teneur puissent être prouvées. Mouillons cl répri­ mandes peuvent être renouvelées au gré et selon la prudence du supérieur; mais, qu elles soient publiques ou secrètes, on devra en conserver la preuve écrite dans les archives secrètes de la curie. Can. 2309. 3. Le précepte. — Il marque un degré de plus dans la voie de la sévérité. On y a recours lorsque moni­ tions et réprimandes n’ont pas obtenu le résultat cherché, ou lorsqu’on ne peut espérer qu’elles l’ob­ tiendront. Dans ce cas, le supérieur donne un pré­ cepte, c’est-à-dire un ordre formel et précis, indiquant exactement tout cc que le prévenu doit faire ou éviter, le menaçant de peines en cas de transgression. Can. 2310. L Enfin, si la gravité du cas le comporte et, en particulier, s’il s’agit de quelqu’un qui est en danger prochain de récidive, l’Ordinaire le .soumettra à une surveillance, vigilantia, dont il précisera les condi­ LAKE SENTENT LE » 656 tions. La mise en surveillance peut être également un moyen d'augmenter la peine, surtout vis-à-vis des récidivistes. Can. 2311. Comme ce remède pénal revêt un caractère odieux et humiliant, on n’en usera qu’avec modération. 2° Les pénitences. — il ne s'agit pas ici de péni­ tence sacramentelle, mais de pénitence canonique : la première est imposée au for interne, par le confesseur; la seconde regarde le supérieur ayant juridiction au for externe; le confesseur, pourtant, pourra imposer des pénitences canoniques dans les cas où, de par le droit, il supplée le supérieur compétent. Can. 2254, § 3, cl 2290,5 2. M recursus sit moraliter impossibilis. L Les pénitences sont imposées au for externe, soit pour éviter aux délinquants l’imposition «l une peine canonique proprement dite, soit pour qu’ils reçoivent l'absolution ou la dispense d’une peine déjà encourue. 2. Bien qu’elles soient du for externe, ces pénitences ne sont pas nécessairement publiques; il est même formellement interdit d'imposer une pénitence pu­ blique pour un délit ou une faute occulte. Can. 2312, § 2. 3. La pénitence sera proportionnée plutôt au repentir du coupable qu’à la gravité du délit, compte tenu dis qualités du délinquant et des circonstances du délit. Can. 2312, § 3. I. Les pénitences ne sont pas chose nouvelle dans le droit et la discipline de l’Eglise. Sans vouloir en donner une énumération limitative, le Code en recom­ mande particulièrement cinq, qui seront imposées par mode de précepte :la récitation de prières déterminées, quelque pèlerinage ou autre œuvre de piété;un ou plu­ sieurs jours de jeûne volontaire;! aumône en faveur de bonnes œuvres; une retraite spirituelle durant quelques jours dans une maison pieuse ou un monastère. A noter en lin, que l Ordinaire peut, s'il le juge sage, ajouter des pénitences au remède pénal de la monition et de la réprimande. Can. 2313. \ il. T\U! I \Γ DES PJ 1VI s Ι.ΛΤ » Le cadre de cet article ne permet pas de faire une étude détaillée des peines portées par le Code in singula delicta. Pour les peines terenda: sententiis, les supérieurs ayant à en faire usage devront sc reporter aux différents titres de la 111· partie du livre V, où sont groupés, par espèces, les divers délits, avec les peines dont il convient de les frapper; les délinquants, avertis par la monition, n’auront qu’à subir la peine imposée, s’ils ne se sont point amendés. Mais, il a paru indispensable de donner ici un tableau complet des peines lata· sententix, qui frappent le coupable surle-champ et sans avertissement préalable. Ces peines sont surtout des censures. Le Code en a ordonné à nouveau toute la matière, régie avant lui par la constitution lpostalicx Sedis, publiée par Pic IX,le 12 octobre 1869. \ oir art. Apostoli CÆ St ois. t. i. Dans le droit actuel, les censures sont, comme jadis, réservées ou non réservées, et celles qui sont réservées, le saut à l’Ordinaire ou au pape. Mais tandis qu'aulrefois la réserve au Saint-Siège ne com­ portait que deux degrés, simpliciter el speciali modo, le nouveau Code a établi une troisième catégorie de réserves très spéciales, specialissimo modo, pour quatre excommunications. Nous donnons ci-dessous le tableau méthodique des peines latæ sententia?, d’abord des censures, puis des peines vindicatives. Le classement est fait d’après leurs espèces cl leur gravité, el non, comme dans le Code, selon les genres de délits qu’elles sanctionnent. 1° Censures « latx sententix ». L Excommunications. a) Réservées au Saint-Siège. a. Specialissimo modo : La profanation des saintes espèces, en les jetant, 655 PEI X ES ECC L. T Λ B L E AI ’ 1) ES PEINES « LAT.E SENTENTIE » • en les dérobant, ou en les gardant dans un mauvais dessein. Can. 2320. La violence exercée sur la personne du souverain pontife. Can. 23 13, § I. L’absolution réelle ou feinte du complice in pec­ cato turpi. Can. 2367. La violation directe et gravement coupable du sigillum sacramentale. Can. 2369. b. Speciali modo : L’apostasie, l’hérésie ct le schisme. Can. 2311. La suspicion d’hérésie, après une durée de six mois. Can. 2315. La publication, la lecture ct la conservation, sans autorisation régulière, des livres des apostats, héré­ tiques, schismatiques, ou autres livres nommément condamnés par lettres apostoliques. Can. 2318. La simulation du sacerdoce, soit à l’autel, soit au confessionnal, par quelqu'un qui ne serait pas prêtre. Can. 2322, § L L’appel au futur concile général des lois ou décrets du souverain pontife régnant. Can. 2332. Le recours au pouvoir civil ou l’opposition directe pour empêcher la promulgation ou l’exécution des actes du Saint-Siège. Can. 2333. Les entraves à la liberté et à la juridiction dc l’Êglise. Can. 2331. La violation du privilège du for, s’il s'agit d’un cardinal, d’un légat, d’un officier majeur dc la curie romaine, ou de son propre Ordinaire. Can. 2341. La violence exercée sur la personne des hauts dignitaires de l’Êglise, cardinaux, légats, patriarches, archevêques et évêques, même titulaires. Can. 2243. L’usurpation des biens ou des droits de l’Êglise romaine. Can. 2315. La falsification dc documents apostoliques. Can. 2360. La dénonciation calomnieuse d’un prêtre non coupable de sollicitation. Can. 2263. c. Simpliciter : Le trafic des indulgences. Can. 2327. L'affiliation ù une secte maçonnique, ou autre du même genre. Can. 2335. L'absolution, sans pouvoirs, d’excommunications réservées au Saint-Siège speciali ou specialissimo modo. Can. 2338. L’aide ou la faveur accordée à un excommunié otiandus, ou la communication avec lui in divinis. Can. 2338, § 2. La violation du privilège du for à l’égard d’un évêque (autre que l’ordinaire), d’un prélat nullius, d’un supérieur majeur de religion de droit pontifical. Can. 2311. La violation de la clôture des réguliers à vœux solen­ nels. et la sortie illégitime des moniales. Can. 2312. L’usurpation des biens ecclésiastiques. Can. 2346. Le duel ou le concours donné au duel. Can. 2351. La violation du célibat clérical ou religieux par une tentative de mariage, même civil. Can. 2388. La simonie. Cap 2393. Le détournement, la destruction, la falsification ou le recel de documents de la chancellerie épis­ copale. Can. 2405. b} Réservées à l'Ordlnalre. Le renouvellement du consentement devant un ministre non catholique, dans un mariage mixte contracté avec dispense. Can. 2319. La convention explicite ou implicite d’élever même un seul enfant hors de l’Êglise catholique, ibid. La présentation d’un enfant au baptême administré par un ministre non catholique. Ibid. Le fait d’élever volontairement ses enfants hors de l’Êglise catholique. Ibid. Le trafic de fausses reliques. Can. 2326. 656 La violence exercée sur la personne de clercs inférieurs. Can. 2313. L’avortement effectif. Cnn. 2350. L’abandon définitif dc sa communauté par un reli­ gieux apostat. Cnn. 2385 (excommunication réservée au supérieur majeur ou à l'Ordlnalre). La violation du célibat par des profès à vœux simples perpétuels. Can. 2388. c) Non réservées. La publication non autorisée de livres touchant la sainte Écriture. Can. 2318. La contrainte physique ou morale pour imposer indûment la sépulture ecclésiastique. Can. 2339. L'aliénation illégitime de biens ecclésiastiques! Can. 2317. La pression exercée pour forcer l’entrée en reli­ gion ou dans la clericature. Can. 2352. L'omission consciente de la dénonciation du prêtre coupable de sollicitation. Can. 2368. 2. Interdits. L’appel au futur concile par les universités, cha­ pitres, collèges et autres personnes morales : inter­ dit général réservé speciali modo au Saint-Siège. Can. 2332. La célébration des offices divins dans un lieu inter­ dit : interdit personnel ab ingressu ecclcsiœ, réservé nu supérieur du lieu. Can. 2338, § 3. L’action qui a fait jeter l'interdit sur un lieu ou une communauté : interdit personnel, non réservé, Can. 2338, § I. La sépulture ecclésiastique donnée spontanément aux infidèles, apostats, hérétiques, schismatiques, excommuniés : interdit personnel, ab ingressu eccle­ siae, réservé à I Ordinaire. Can. 2339. 3. Suspenses. a) Réservées au Saint-Siège. La simonie pratiquée par les clercs dans la récep­ tion des ordres ou l’administration des sacrements : suspense totale. Can. 2371. La réception des ordres des mains d’un évêque excommunié, suspens ou interdit : suspense a divinis. Can. 2372. Le cas du religieux proies cl engagé dans les ordres majeurs, chassé pour délits qualifiés : suspense totale. Can. 671, § 1. b) Réservées à l'Ordinairc. La citation, par un clerc, devant une juridiction laïque d’une personne jouissant du privilège du for : suspense ab ofjlcio. Can. 2311. L’abandon de son couvent par un religieux dans les ordres sacrés, même avec l’intention d’y revenir: suspense totale, réservée au propre supérieur. Can. 2386. c) Non réservées. L’audition des confessions sacramentelles sans la juridiction nécessaire : suspense a divinis. Can. 2366. L’absolution, sans pouvoirs spéciaux, des péchés réservés : suspense ab audiendis confessionibus. Can. 2366. La réception frauduleuse des saints ordres : sus­ pense a recepto ordine. Can. 2374. La résignation, parmi clerc, dc son office, bénéfice ou dignité entre les mains d’un laïc : suspense a divinis. Can. 2100. La négligence d’un abbé ou prélat nullius ù rece­ voir, dans le délai prescrit, la bénédiction dc l'évêque: suspense a jurisdictione. Can. 2402. La délivrance, par le vicaire capitulaire, dc lettres dimissorialcs, avant un an de vacance du siège : suspense a divinis. Can. 2109. Outre ces censures statuées dans le droit général, des peines spéciales sont prévues pour les délits ’qui seraient commis dans l'élection du souverain pontife. 657 PEINES ECCL. TABLEAU DES PEINES Le canon 2330 renvoie expressément pour leur deter­ mination à la constitution de Pic X Vacante Sede apostolica, qui a été ajouter en appendice au Code Ccs peines sont pour la plupart des censures, i) y a cependant des peines vindicatives ; comme elles sont des plus graves et latte senlcntioc, nous donnons au moins la référence des différents articles dc la consti­ tution où elles sont formulées : n. 37, 19-52, 79-82, 88. j 2° Peines vindicatives ■ latte sententiæ ». 1. in lamie de droit : ' Inscription ou adhésion publique à une secte non catholique· Can. 2314, § 1, n. 3. i Contre les profanateurs des saintes espèces. Can. 2320. Contre les violateurs de cadavres ou dc tombeaux. Can. 2328. Violences exercées sur la personne du souverain pontife. Can. 23 13, § 1. Violences exercées sur la personne d’un cardinal ou d’un légat pontifical. Can. 23 LL î 2. ('.outre les duellistes ct leurs parrains. Can. 2851, 5 2. Contre les bigames. Can. 235G. Contre les condamnés pour crimes d’impudicité. Can. 2357, § 1. 2. Privation de privilèges : Le prêtre qui, ayant reçu le privilège d’administrer la confirmation, outrepasse scs pouvoirs, en est privé ipso /acto. Can. 2365. Le religieux <|ui a abandonné sa communauté est privé de tous les privilèges dont celle-ci peut jouir. Can. 2385. 3. Exclusion des actes légitimes ecclésiastiques : Les ravisseurs de femmes, ou de mineurs contre le gré de leurs parents. Can. 2353. Les homicides, ravisseurs d’impubères, trafi­ quants d’esclaves, usuriers, voleurs qualifiés, incen­ diaires, etc., après une condamnation légitime. Can. 2351, § 1. Les adultères ou concubinaires publics, ainsi que ceux qui ont été condamnés pour délit contra sextum. Cm. 2357, § 2. I.es catholiques qui contractent un mariage mixte sans la dispense requise. Can. 2375. Les religieux apostats et en fuite. Can. 2385. t. Inhabileté aux offices, bénéfices, dignités ecclé­ siastiques : Celui qui accepte sciemment une élection faite en sa faveur, avec immixtion illégitime des puis­ sances séculières. Can. 2390, § 2. Celui qui occupe une charge ou dignité ecclésias­ tique avant d’y avoir été canoniquement promu ou confirmé. Can. 2394, n. 12. Celui qui, prématurément, accepte ou entre en pos­ session d’une charge non vacante. Can. 2395. 5. Privation de charge, office, dignité, etc. Le laïc condamné légitimement pour homicide, rapt d'impubères, vente d’esclave, usure, vol qualifié, etc., est privé de toute charge ecclésiastique,s’il était revêtu de quelqu'une. Can 235 1. | 1. Celui qui s’absente illégitimement d’un office, béné­ fice, dignité avec charge de résidence est privé ipso /acto des fruits qui y sont attachés, tant que dure celte absence. Can. 2381, n. 1. Le religieux fugitif est privé de l’office qu’il occu­ pait dans sa religion. Can. 2386. Le clerc qui, indûment, prend possession d’un second office ou bénéfice, incompatible avec celui qu’il occupait déjà, est privé, par le /ait meme, de tous les deux. Can. 2396. Celui qui, élevé au cardinalat, refuse de prêter le serment exigé par celle fonction est privé pour tou­ jours dc cette dignité. Can. 2397. LAT/E SENTENTÎÆ 658 Celui qui, élevé à l’épiscopat, ne reçoit pas la consé­ cration dans les six mois est privé ipso facto de ccttc dignité. Can. 2398. 6. Suspense · ad tempus Consécration d’un évêque sans mandat : suspense totale jusqu’à dispense réservée au Saint-Siège (donec dispensaverit), frappant le consécrateur, le consacré ct les évêques ou prêtres assistants. Can. 2370. Réception, dans la bonne foi, des ordres dc la main d’un excommunié, interdit, suspens, après sentence : suspense ab ordine recepto, jusqu’a dispense. Can. 2372. Ordination illégitime: a) d’un sujet étranger sans lettres dimissoircs; b) d’un sujet qui a habité ailleurs assez longtemps pour contracter un empêchement canonique; c) d’un sujet dans les ordres majeurs sans titre canonique; d) d’un religieux qui n’habite pas le territoire du prélat. Pour chacun de ccs délits, est encourue, par l’évêque consécrateur, une suspense per annum ab ordinum collatione, réservée au SaintSiège. Can. 2373. Contre le religieux dans les ordres majeurs dont la profession a été déclarée nulle pour vice de fraude : suspense ipso facto des ordres reçus, jusqu’à dispense du Saint-Sage. Can. 2387. Contre les supérieurs religieux qui envoient leurs sujets à un évêque étranger pour les faire ordonner : suspense a missæ celebratione durant un mois. Can. 2 HO. 7. Privation du droit d’élection, de présentation, etc. Le religieux fugitif, s’il rentre ensuite en religion, est privé pour toujours du droit d’élire et d’etre élu. Can. 2385 Les électeurs qui ont sollicité ou accepté l’immixtion dc l'autorité séculière dans une élection ecclésiastique sont privés pour cette fois dc leur droit électif. Can. 2390, § 2. Le college qui, sciemment, a élu un indigne, est privé pour cette lois du droit de procéder a une nou­ velle élection. Can. 2391, § 1. Les clercs ou les laïcs qui, sciemment, ont présenté ou nommé un indigne, sont privés pour cette fois du droit de présentation ou de nomination. Can.2391, J 3. Tous les coupables de simonie sont privés pour tou­ jours du droit d’élire, de présenter, de nommer qu’ils pouvaient avoir. Can. 2392, n. 2. Ceux qui auraient l’audace de conférer un office, bénéfice ou dignité, alors qu'ils n’avaient que le droit d’élire, présenter ou nommer, sont privés de leur droit pour celle /ois. Can. 2393. Les chapitres ou collèges qui auraient admis un candidat à un office, bénéfice ou dignité, avant qu’il fût muni de lettres d'institution ou de confirmation, sont suspens de leur droit d’élire, de presenter ou de nommer, jusqu’à ce qu’il plaise au Saint-Siège de le leur restituer. Can. 2391, n. 3. 8. Amende pécuniaire. — Sous cc titre, il ne faut pas entendre les revenus ou fruits provenant des bénéfices ecclésiastiques, que les titulaires ne peuvent s’approprier par suite d’une pénalité prevue par le droit. Par exemple, l'évêque nommé qui néglige de recevoir la consécration ne peut percevoir, au bout de trois mois, les fruits de son bénéfice, can. 2398. Ccs revenus non perçus restent acquis à la personne morale (bénéfice) dont ils dépendent. Afin d’éviter des abus, le législateur a prévu l'usage qui doit être fait du produit des amendes proprement dites, c'est-à-dire des sommes que les délinquants ont à verser, etiam de propriis bonis,à titre de pénalité. Chaque fois, dit le (’ode, que l’emploi de ces sommes ne sera pas déterminé par le droit, les Ordinaires des lieux devront les faire servir à des usages pieux, et non au profit de la mense épiscopale ou capitulaire. Can. 2297. 659 ΙΈ I λ ES ECC L ÉSI AST IQ U ES Le recours à l'amende comme peine vindicative est recommandé aux canons 2106, §2, et 2108; les supérieurs ont la faculté del infliger dans d’autres cas selon leur prudence ct l'opportunité; mais ce ne sont là que des peines ferenda: sententia·. Un seul cas nous semble revêtir le caractère de peine latæ sententiæ, c’est l’amende qui frappe obli­ gatoirement l’ordinaire ou les clercs qui auraient aliéné indûment un bien (l'Église d’une valeur supé­ rieure â 1 000 francs et inférieure â 30 000 francs (il s’agit de francs-or). Celte peine n’est pas facultative, mais necessaire (solvant); elle n’a pas besoin d’être infligée par le supérieur, maïs elle est la conséquence du délit; tout au plus, le supérieur devra-t-il la faire connaître aux intéressés, la « déclarer ». C'est pourquoi nous la mentionnons, malgré son caractère particulier, parmi les peines latæ sententiæ. Le montant de cette amende est déterminé par le droit; il doit representer en valeur te double du tort qui a été causé à l’Église ou À la cause pie, can. 2347, ct lui être versé à titre de dommages-intérêts. Pour les ouvrages anciens, ou 1rs traites parus sur la question, avant la publication du Code, on se référera a l’nlwndante documentation qui termine l’article Cknsuhf.s ecclesiastiques (t. u). Nous nous bornons ù citer Ici les ouvrages plus récents, spécialement les commentaires des canons concernant les peines. Comm ntalrc\ d'ensemble du Code. Blat, O. P., Com­ mentarium textus Codicis, I. V, De delictis cl pernis, Home, 1924; Glaycs-Boûûacrt-Slmcnon, Manuale juris canonici, t. m, (hind, 1931; De Brabandire-Dc Mccstcr, Juris cano­ nici et juris canonico-civilis compendium, Bruges, 1923-1925; Prummer, Manuale juris ecclesiastici, Fribourg-cn-Brisgmi, 1920; Hau*, Institutiones canonica, Paris, 1921 ; VenneerschCreusen, Epitome juris canonici, t. in, Malines, 1925; Cunee, Le Code de droit canonique, t. in, Paris, 1932; Uiurcnt, Directoire pratique, Paris, 1923. 2° Commentaires spéciaux du Livre des peines. Capello, Tractatus canonlco-moralix de censuris, 2e éd., Turin, 1925; Cbelodi, Jus panaie. Trente, 1925; Cerato, Censuras vigentes ipso jacto a Codice juris can., Padoue, 1918; Cenito, De delicto sollicitationis, ibid., 1922; Cnvlglloli, De censuris lata sententia, Turin, 1918; Clpollinl, De censuris latte sen­ tentia·, Turin, 1925; Falco, ll · Codex juris canonici » c il dirittoanteriore, Modênc, 1923; Buibnl, Derecho penal de la Iglcsla cat. segiin cl Codigo canonico vigente, 1922; Furrugla, De casuum conscientia· reservatione juxta Codicem j. c„ Turin, 1922; Plstocchi, l canoni penall del Codice ecclesias­ tico csposli e commentati, Turin, 1925; Sole, De delictis el fxmis. Home, 1920; Ayrlnhac, Penal legislation, New-York, 1926; Hoberti, De delictis et pomis, t. i, Home, 1929. 3® Ouvrages généraux de doctrine. — Arregui, Summarium theol. moralis, Bilbao, 1920; Billot. Tractatus de Ecclesia Christi, Prati, 1909; Cavagnh, Institutiones juris publici ecclesiastici, 3 vol., Home, 1906; Ferreres, Compendium theol. morulis, 2 vol., Barcelone, 1921 ; id.. Institutiones cano­ nical, 2 vol., B ircclonc, 1920; Genicot-Solsmans, Institu­ tiones theol. moralis, 2 vol., Bruxelles, 1922; Otlavlnnl, Instllutlon es juris publici reel., 2 vol.. Home, 1925; Rivet, fjuirstloncs jur. pubi, reel., Home, 1912. 1° Publications ou revues. — S. d’Angclo, Retroaltloità della legge in mabriii penale ecclesiastica, dans 11 dir illo ecclesiastico, 1922, p. 143; L'Ami du clergé, Les nouveautés du Codex, année 1923. p. 150 sq.; S. d’Angelo, /><· impor­ tante questioni dl diritto canonica vigente, Home; Theodori, Sur 1rs cmsures, dani Apollinaris, année 1929, p. 78, 218, 322. 339; ClmeUer, Peint s ecclésiastiques, dans Dictionnaire pratique des connaissances religieuses. A. Bill DK. PEJACEVICH ( Piatwih) François-Xavier, jésuite autrichien. Né â Eszek en Croatie le 15 juillet 1713. de la famille des comtes de Pejàccvich, admis dans I j Compagnie de Jésus en 1728, il enseigna la philosophie et la théologie dans divers collèges dont ceux de Zagreb, Vienne et Gratz, et fut recteur de Zagreb, Fûnf Kirchen et Possega. Après la suppres­ sion de la Compagnie, il devint abbé mitre et mourut à Possega en 1781. Il a publié plusieurs traités de PELAGE 1er GGO théologie : Controversia Ecclesia· orientalis et occiden­ talis de primatu ct additione ad Symbolum, dialogo inter Gritcum et Latinum proposita, Gratz, 1752 (reproduit dans le Cursus theologia· de Aligne, t. v, col. 711-921): Tractatus de sacramentis in genere cl de baptismo et confirmatione in specie, ibid, 1754; De SS, eucharistiæ sacramento, ibid., 1754; De fontibus theo­ logicis et Deo uno et trino, ibid., 1756; De Deo incar­ nato, ibid., 1757; De gratia et merito, ibid., 1757. On lui doit aussi une Historia Servin·, ouvrage posthume, Col o csa. 1797. J.-N. Stôger, Scriptores proa. Austr. S. J., p. 259; C. von Wurzbach, Diograph. Lexikon des Katsertums Oesterrclch, t. XXI, p. 134-136; Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vi, col. 438-140; I lurter, Nomenclator,3e éd., t. v, col. 426. J. P. Gbausbm, PÉLAQE Icr consacré pape le 16 avril 556, mort le 3 mars 561. On ne s’occupe, dans la notice présente, que de l’activité personnelle de Pelage; tout ce qui regarde Vigile ou les Trois-Chapitres sera traité â l'article Tkois-Chapitres (Querelle des). — L Pelage diacre. 1 L La < défense » des Trois chapitres (col. 663). HL Pelage pape (col. 667). L Pélage diacre. · - Pelagius natione Romanus, ex patre Iohanne vicariano: c'est en ces termes que le Liber pontificalis présente les origines de Pélage. Tout coque nous savons de sa vie, de son activité contribue à démontrer que ce Ills de l'aristocratie romaine tint un rôle de premier plan, dans l’histoire religieuse du vie siècle. Durant vingt-cinq années, de 536 A 560, il n'est pas un événement notable où Pélage ne se ren­ contre. Apocrisialrc du pape Agapet a Constantinople (Libe­ ratus, Breviarium, c. xxn), Pélage représente, avec le diacre Théophane, le Siège apostolique au synode de l'été 536. .Mansi, Concit., t. vm, col. 879, 937, 950, 970, 978, 1143. L'année suivante. Silvèro ayant été déposé ct remplacé par Vigile (ordonné le 29 mars 537), nous voyons Pélage faire effort auprès de Jus­ tinien pour (pie Silvère demeure éloigné de Home. A Constantinople, il ne restait pas inactif. En février 538, vers l'époque de la mort de Sévère d’Antioche, le patriarche d’Alexandrie, Théodose, condamné comme sévérien, fut obligé de quitter son siège; il gagna Constantinople, d'où il fut envoyé en exil. Un moine de Tabennes, du nom de Paul, recommandé par Pélage, fut désigné pour occuper le siège d’Alexan­ drie; il fut ordonné en présence de Pélage. Llbératus, c. xxni. Arrivé en Égypte, le nouveau patriarche réussit fort mal dans la mission de pacification qui lui avait été confiée et l'autorité se vit obligée de l’exiler ;i Gaza: de nouveaux détails étant parvenus è Justinien sur Paul, Pélage fut désigné, avec Éphreni d’Antioche, Pierre de Jérusalem et 1 lypatius d’Ephèse pour se rendre ù Gaza et y prononcer la déchéance de Paul. Ceci fait, l’apocrisiaire reprit la route du Nord ct s'arrêta â Jérusalem. C’est alors que les moines de Mar-Saba, ayant à leur tête l’abbé Gélase, lui remirent une série de capitula tirés des livres d’Orlgenc, en le suppliant d’agir auprès de Justinien pour faire con­ damner ces capitula ct leur auteur. Pelage accepta l’offre : en 513. un véritable traité contre Origènc était adressé par Justinien aux cinq patriarches qui ne manquèrent pas d’y souscrire. Liberatus, c. xxm. I Voir art. Orioénisme, col. 1575 sq. Les origénistes, ct à leur tête Théodore Askidas, ennemi juré de Pélage, n’allaient pas larder à se venger. I.eur terrain fut bientôt choisi : Théodore de Mopsucste ayant écrit contre Origènc, son nom était honni par les origénistes! De plus, le concile de Chaiccdoinc avait entendu, sans en marquer aucun déplaisir, la louange de Théodore. Faire échec à I Pélage, ù la mémoire de Théodore, au concile embar- 6G1 PÉLAGE Ier fi 62 rassanl, tel fut Je programme qu*Askidas résolut de Vigile, toujours à Constantinople. est revenu au faire triompher, avec l'appui de Théodore, toujours palais de Placidic d’où il Vêtait enfui: il est espionne, bien disposée pour la faction monophysilc. Liberatus, soumis à des vexations, son appartement est entoure c. xxiv. Askidas suggéra donc â l'empereur que, pour par une soldatesque qui vocifère; les issues sont ramener à l’unité la masse des acéphales, il y avait gardées. N’y tenant plus, résigné A tout. Il s'enfuit un moyen pratique, c’était d'amender le concile de le 23 décembre *551 ct gagne la basilique de SaintcChalcédoine. Et de quelle façon? Ce qui offense les Euphéinie, à Chalcédoine ; Pélage l'accompagnait. acéphales, insinuait-il, c’est que les Pères ont laissé Mansi, t. ix, col. 58. Le 5 février 552, le pape rentrait prononcer devant eux l’éloge de Théodore et subi, à Constantinople. sans protester, la lecture de la lettre d’Ibas, laquelle Un an plus tard, on décida dr convoquer un concile est d’inspiration nestorienne; qu’on anathematise pour mettre tin a la querelle des Trots-Chapitres. Où Théodore et ses écrits, qu'on anathematise la lettre sc réunirait-il? Le pape eût désiré que ce fût en d’Ibas et, de celte façon, le concile sera reçu par tous, Italie ou en Sicile : il dut sc contenter de remettre à l’empereur aura, par un acte libérateur, rétabli la l’empereur une liste d’évêques à convoquer Des paix religieuse. Facundus, Pro defensione trium capi­ avant Pâques (20 avril 553) un certain nombre de prélats avaient gagné Constantinople. Désireux tulorum, I, n; IV, iv, /*. £., t. ι,χνιι, coi. 532, 627: de faire vite, Justinien prescrivit à Vigile de s’en­ cf. II, vi, coi. 578 D. Bientôt, en effet, un nouveau tendre avec les évêques présents ct d’entamer les décret fut prépare qui dut paraître en 513-511, le débats. Il avait, d'ailleurs, fait connaître au pape type de Justinien. P. t i.xix, col. 267-273; repris dix ans plus tard : col. 30-37. Les patriarches mani­ son avis personnel ct l’avait prié d'envoyer rapide ment sa réponse. Aux instances réitérées qu’on fai festèrent quelque difficulté à souscrire au manifeste sait auprès de lui pour qu’il rendit son Jugement sans impérial contre Théodore, Théodorct et Ibas. Comme délai, Vigile demandait, eu égard à ses infirmités bien Vigile tardait à se décider, semble-t-il, Justinien connues et â la gravité de la question, un délai de résolut de l’amener près de lui. L'Occident était hostile vingt jours; quoique le jour où devait s’ouvrir ras­ à toute mesure qui paraissait entamer le concile de semblée fût déjà fixé, il réclamait ce laps de temps Chalcédoine et demandait â Vigile de s’opposer aux et rappelait qu’on devait, avant d’aller plus loin, prescriptions envoyées de Constantinople. Pélage ct attendre la sentence du Siège apostolique. Pélage son collègue, le diacre romain Anatole, avaient, de leur fut chargé de porter à l’empereur cette ferme requête côté, demandé à un Xfricain réputé, le diacre Ferrand, du pape. /*. L., t. i.xix. col. 70 D, 71 BC, 71 CD. quelle altitude on devait prendre. Facundus, Pro De la réponse de Vigile, Justinien se souciait assez defensione, IV, ni, col. 523-621. Ferrand leur lit savoir peu. Au jour fixé par lui, cent-cinquante évêques, que, pour lui, le concile était un tout inséparable dont tout dévoués â scs ordres, s’assemblaient à Sainteaucune partie ne devait être soumise ù révision. P. Sophie. Le 1-1 mai, alors que ce concile avait déjà t. ι,χνιι. col. 921-928. tenu cinq séances, le pape signait le document qu’il Quand Vigile atteignit Constantinople (25 janvier avait promis : c’est le Constitutum. Jaffé. Regesta, 517), Pélage n’y était plus. Rentré à Borne depuis un certain temps, il y occupait une situation fort im­ n. 935. Su signature était suivie de celle de dix-sept évêques ct de trois diacres, dont Pélage, le rédacteur portante qu’allaient encore renforcer des circonstances du mémoire. L’empereur refusa de recevoir le Consti­ douloureuses. L'année des Goths assiégeait la ville; tutum. Bien mieux, son concile accepta que Vigile, la détresse des Bomains se faisait plus profonde de coupable d’avoir, dans le Constitutum, suivi les doc­ jour en jour. Pélage qui avait acquis, durant son trines de Neslorius cl de Théodore, fût rayé des séjour à Constantinople, une fortune considérable, diptyques. l’employait à secourir la misère de ses concitoyens. Bientôt après, on instrumenta contre les oppo­ Procope, De bello gothico, ill, xvi. Réduits aux sants, à commencer par les Africains: on s’en prit dernières extrémités, les Bomains obtinrent de également à l'entourage du pape: ses deux diacres. Pélage qu'il allât trouver Totila; ce fut sans aucun Pelage et Sarpalus. furent arrêtés et mis en prison. succès. Procope, 111. xvn. Quand la trahison de Scs conseillers n'étant plus là; épuisé par une affreuse quatre soldats (sauriens eut mis la ville aux mains maladie. Vigile se trouva en butte à de nouvelles du chef goth (17 décembre 516), celui-ci se rendit à instances pour qu’il condamnât les Truis Chapitres; Saint Pierre. Il y trouva Pélage; tenant entre ses il céda. Le 8 décembre 553 il adhérait aux mesures mains les saints évangiles, le diacre implora le pardon prises par le concile de l’été précédent. Jaffé, n. 936. pour scs concitoyens. Totila défendit ù ses bandes Le 23 février 551. il continuait sa decision, analhcd’attenter A la vie d’aucun Romain; par contre, mntisait la lettre d’Ibas. Théodore et ses ouvrages, toute liberté fut donnée pour le pillage. Peu de temps les écrits impies de Théodorct. Jaffé, n. 937. Pour après. Totila convoqua ce qui restait de sénateurs, lui faciliter la besogne. Vigile avait reçu du palais les humilia de toute façon; A la prière de Pélage. il impérial une documentation de circonstance; scs n’alla pas au delà des insultes. Procope, III, xxi. conseillers intimes, Pierre et Tullianus, l’avaient Après avoir fait de Borne un désert où ne parut, largement exploitée. pendant plus de quarante jours, aucun visage humain, Quant à Pelage, nous ne pouvons que difficilement Totila envoya à Justinien Pélage cl un avocat romain reconstituer le détail de son séjour à Constantinople, avec mission d’obtenir de l’empereur d’honorables à partir de l’été 553. Voici ce qui parait le plus vrai conditions de paix; faute de quoi, Borne serait rasée, parce que celui-ci. les sénateurs mis à mort, la guerre portée en Illy­ semblable : s’écartant du pape pensons-nous, inclinait à reconnaître le concile · il ricum. Par mesure de précaution, le Goth avait fait se vit obligé de Justifier sa conduite devant son jurer à Pélage ct A son compagnon d’ambassade de maître qui menaçait de le condamner, Jaffé, n. 972; défendre scs intérêts et de rentrer bientôt. La réponse à la demande de Justinien, le mémoire lui fut remis. de Justinien lui parvint sans retard : Bélisaire était Après quoi, pour répondre au désir de son ami. le nommé commandant des armées byzantines en diacre Sarpalus, il entreprit l’examen des passages Italie et c’est avec lui que ToLila aurait à s’entendre. Au printemps 517, Borne était reconquise par Béli­ incriminés de la lettre d’Ibas. C'est alors, croyonsnous. que Jeté en prison, gardé à vue dans différent> saire. monastères, il utilisa les loisirs de sa détention à Pendant quelques années, nous perdons la trace composer une défense des Trols-Cb api très en six livres. de Pélage: nous la retrouvons à la fin de l'année 551. 663 PÉLAGE Ier Pour cj faire, il puisait abondamment au Consti­ tutum (appelé par lui Judicatum de la première indic­ tion) sur lequel il avait des droits évidents de pater­ nité; il empruntait plus d’un passage - ainsi qu’il l’avoue explicitement - - aux livres de Facundus d’Hermiane: enfin, pour compléter sa documentation, il consultait, à la dérobée, quelques écrits pat ristiques. Donnons une analyse de cette plaidoirie. II. La déhxsü des Thois-Ciiapitkbs. — C’est Mgr Duchesne qui reconnut le traité de Pelage dans la description du manuscrit 73 (70) de la bibliothèque d’Orléans par Léopold Delisle. Notices cl extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. xxxî, 7 (1881). p. 363-361. Il le copia et sc proposa de le publier, mais l’édition qu’il projetait ne parut point. Néanmoins, l'illustre historien conserva, jusqu’à la fin de scs jours, le texte qu’il avait transcrit: à plus d’une reprise, il s’y référa et le dernier volume signé par lui en contient une analyse, L'Église au »7* siècle, p. 221-222. Le ms. d’Orléans est dû Λ une main du IXe siècle; cette même main définissait de la façon suivante, dès le début, la matière qui nous occupe (p. 78-189) : Pelagii diaconi Ecclesia· romanie in defen­ sione trium capitulorum libri VI. Le Irf livre, le début du IF, la fin du VI* ont disparu. La < défense · commence, dans l’état où nous la possédons, par donner le texte, mutilé de son début, d’une lettre de moines arméniens qui s’en prennent à Cyrille de ses bonnes relations avec les Orientaux, lui reprochent de s'être laisse tromper par Jean d’An­ tioche et Paul d’Émèsc. Aussitôt après, Pélage examine le témoignage d’I lésychius de Jérusalem sur Théodore de Mopsueste, conteste l’autorité de cet accusateur, réduit singulièrement ses invectives contre la vie privée de Théodore, son exégèse des psaumes et le symbole de foi qui lui a été attribué; après quoi, il oppose à 1 lésychius le récit de Sozomène. H rappelle l’usage ecclésiastique qui défend d’accuser les morts, cite l’exemple de Denys d’Alexandrie dans l'affaire de Népos, en rapproche l’attitude de Théophile dans le · différend qui s’était élevé vis-à-vis du siège de Bostra. Le livre s’achève par trois citations de saint Jean Chrysostome (de non anathematizandis uiuis vel de­ functis). Le livre 111 est tout entier consacré à l’apologie de Théodore de Mopsueste. Tout d’abord, Pélage s’étonne qu’un libelle d'accusation venu du palais ait fait mention d'une loi de Théodose le .Jeune et de Valentinien contre Théodore: il démontre que cette loi n’existe pas dans le Code Justinien, licite ensuite des extraits de lettres de saint Léon et de Gélasc dont le Constitutum avait déjà fait état. Les pages qui suivent disent l’émoi causé chez les Orientaux — en 138, vraisemblablement — par l’attaque brusquée des moines arméniens contre Théodore; a cet endroit. Pélage insère dans son texte les lettres adressées par Jean d’Antioche à Proclus, à Théodose, à Cyrille. De ces lettres, il ressort (pie les évêques de ce temps n’avaient pas de soupçons sur l’orthodoxie de Théodore et ne lui connaissaient pas ces doctrines perverses qu’on lui découvre aujourd’hui. Les héré­ tiques n’étaient-ils point plutôt à chercher parmi les moines arméniens? Et puis, il ne faut pas oublier que le concile de Chalcédoine a reçu les lettres adressées par les Orientaux à Proclus et à Théodore. Pélage transcrit ensuite la réponse de Proclus à Jean d'Antioche, sa réprimande au diacre Maxime. Et l’on prétend savoir, aujourd'hui, s’écrie Pélage, que Théodore est le maître de Ncstorius, alors que Pro­ clus désignait cc dernier comme le seul maître d’im­ piété. Suit la réponse de Cyrille à Jean d’Antioche. Mais, objecte-t-on, Cyrille a changé d’avis au sujet de Théodore. A quoi Pélage répond qu’il ne manquait «64 pas d’évêques, au concile de Chalcédoine, pour savoir à quoi s’en tenir sur l’attitude de Cyrille; quelle que fût leur opinion personnelle, ils n’ont pas voulu contredire à la sentence qu’avalent portée, en sa faveur, les vénérables devanciers, ni rallumer une controverse. Le livre IV est consacré à Théodoret. On s’en prend, dans le libelle venu du palais, à quatre réponses de l’évêque de Cyr aux anathématismes de saint Cyrille. Remarquons, note Pélage, qu’on remue une histoire vieille de cent vingt ans et liquidée par les deux adversaires : Cyrille accepta la riposte de Théodoret, répliqua, mais ne condamna pas. Et, si nous nous reportons aux séances de Chalcédoine, que lisonsnous? Ceci seulement, que les Pères demandèrent à Théodoret d’anathématiscr Ncstorius et Eutychès, mais non point sa réfutation de Cyrille. C’est bien en vain qu’on prétend venger Cyrille : on ne cherche que des prétextes pour dénigrer Chalcédoine. Si l’on veut venger Cyrille, pourquoi ne pas s’en prendre â ceux qui l’attaquèrent sans ménagement, à Acace de Bérée qui lui reprochait de favoriser Papollinarisrnc, à André de Samosate, à Isidore de Péluse, à Gennade? La raison en est fort simple : c’est que le nom de ccs quatre Pères n’a pas été prononce à Chalccdoinc. Qu’on n’aille pas répliquer que Gennade est excusable parce qu’il n’avait pas assez bien saisi la pensée de Cyrille, ou qu’on peut, sans risquer de provoquer de scandale, remettre ses paroles en ques­ tion: car, alors, on devrait accorder le même traite­ ment à Théodoret, lequel, au surplus, reçut de Chalcédoinc un témoignage d’orthodoxie. Qu’on imite donc Cyrille, qui ne demanda rien d’autre aux évêques orientaux qu’une confession de foi et la condamna­ tion de Ncstorius. A coup sûr, entre les Orientaux d’une part, les apollinaristcs et eutychicns de l’autre, Cyrille n’eût pas hésité; il savait, de même que saint Augustin, distinguer entre l'interprétation du dogme et la fausseté des doctrines. C’est cela égale­ ment que reconnut le concile de Chalcédoine, quand il entendit la lecture de la lettre d’Ibas : il lui parut qu’Ibas avait pu sc tromper sur les sentiments per­ sonnels de Cyrille, mais il jugea que sa lettre était orthodoxe. Le livre V est réservé à la lettre d’Ibas. Pélage commence par donner le texte de la lettre; après quoi, il note que tout le bruit qui se fait à son sujet pro­ vient du dessein qu’onL formé les hérétiques d’amoin­ drir, par tous les moyens, l’autorité de Chalcédoine, dessein que n’ont pas médiocrement encouragé l’in­ constance et la vénalité de Vigile. On veut qu’il y ait, dans la lettre, des propositions anticatholiques. Ibas, dit-on, rapporte qu’on se demandait si Ncstorius ne renouvelait pas l’hérésie de Paul de Samosate, par contre il affirme que Cyrillic était tombé dans l’apollinarisme. A cette objection. Pélage réplique qu’il a déjà été répondu, dans la mesure du possible, par le < Judicatum de la première indiction »; on devrait bien davantage s’étonner, ajoute-t-il, en voyant Ibas charger Ncstorius d’un soupçon aussi lourd que celui d’une comparaison aver Paul de Samosate: qu’on voie, en effet, quelle difference essentielle l'Églisc a marquée entre partisans de Paul cl partisans de Ncslorius, puisque, pour les premiers, elle avait imposé un second baptême. D’autre part, pourquoi ergoter ainsi sur des mots? Ibas n’a pas douté de l’hérésie de Ncstorius; il a seulement raconté que certains doutaient de sa parenté avec celle de Paul de Samosate. Le second reproche fait à Ibas concerne ce qu’il dit du texte Minuisti cum paulo minus ab , angelis. Pelage répond qu’Ibas était persuadé que Cyrille avait enseigné, dans ses capitula, l'unique nature de la divinité et de (humanité. La manière de 665 parler d’Ibas n’est d’ailleurs guère différente de celle . d’Amphlloque, ni même de celle de Cyrille dans sa lettre aux Orientaux. C’est donc bien à tort qu’on veut accuser Ibas de nestorianisme, ou encore qu’on lui reproche d’avoir parlé d’ · une vertu » (cc qui devrait l’innocenter totalement) : saint Epiphane ne s’est pas exprimé différemment. Mais, poursuivent les détracteurs de la lettre, Ibas a prononcé contre l’attitude de Cyrille à Ephese des paroles injurieuses, il a déclaré que la haine avait poussé Cyrille à agir contre Ncslorius et que Cyrille l’avait fait déposer avant l’arrivée de l’épiscopat d'Orient el sans enquête préalable; d’où l’on conclut qu’Ibas a excusé Ncs­ lorius. Bien à tort, réplique Pélage. Ibas a dit tout simplement que Cyrille, qui voulait faire approuver ses capitula, a brusqué le cours ordinaire des assem­ blées synodales; il a déclaré que c’est pour cette raison que les Orientaux, une fois arrivés à Éphèse, le retranchèrent, lui et les siens, de leur communion. Autre accusation contre Ibas : il a écrit que Ncstorius ne put rentrer à Constantinople parce qu’il y était détesté, en particulier, par les principaux de la ville. Mais, répond Pélage, ne doit-on pas comprendre, d’après la lettre elle-même, que la cause de celle haine, c’était précisément l’attaque du dogme par Ncstorius? Nouveau chef d’accusation : la lettre d’Ibas contient l’éloge de Théodore de Mopsueste et de ses écrits. Qu'on s’en prenne donc, riposte Pélage, aux lettres de Jean d’Antioche et au concile de Chal­ cédoine et à Cyrille. On lui reproche encore d’avoir écrit sed confitentur in templo et in eo qui in hoc inha­ bitat, qui est unus Jesus Christus. Pareille phrase, explique Pélage, peut s’entendre dans un sens excel­ lent : on en trouverait d’équivalentes dans saint Jean Chrysostomc et dans saint Augustin. Ibas, qu’on veuille bien s’en convaincre, écrivait à un ami, il ne composait pas un précis de théologie; de plus, à Chalcédoine, aucune protestation ne s’éleva contre sa lettre; nul n’incrimina scs opinions dogmatiques, nul ne protesta contre l’éloge qu’il faisait de Théo­ dore. D’où il résulte, conclut notre auteur, que l’ad­ versaire visé derrière Ibas. c’est le concile, c’est le pape saint Léon, tacitement anathématisé par Vigile. A partir de cet endroit, cl jusqu’à la fin, Pélage s’en prend violemment à Vigile, dont il n’avait pro­ noncé le nom, jusque-là, que tout à fait incidemment. Pour jeter le discrédit sur la lettre d’Ibas, on a imaginé une nouvelle argumentation, assez sin­ gulière, d’ailleurs, puisque dans un endroit, on expose qu’Ibas aurait promis d'anathématiscr sa lettre parce qu’injurieusc envers Cyrille et ses capitula et que, dans ccs conditions, le concile ne pouvait la recevoir; dans un autre endroit, par contre, on sou­ tient que la lettre n’est pas de lui. Qu'on relise donc, reprend Pélage, les actes du procès d’Ibas : on y verra clairement que le premier chef d’accusation relevé contre lui regardait non point Cyrille, mais la foi; que les juges sc déclarèrent satisfaits de son serment d’anathématiscr Ncstorius, le maître d’im­ piété; que, plus tard, il confirma, devant les Pères de Chalcédoine, sa condamnation de Ncstorius. Où donc trouve-t-on, dans tout cela, trace d’une condam­ nation de la lettre d’Ibas ou d’une rétractation de ce qu’il avait dit contre l’altitude de Cyrille? El pour­ tant voilà quelles arguties ont développées Vigile et ses satellites, les dictatores Pierre et Tullianus. II résulte de là que c’est à Juste titre que l’on prend la défense des Trois-Chapitres el que le «troisième judicatum · de Vigile s’avère totalement inopérant. Le livre VI débute par un bref rappel de l’histoire de l’Eglisc d’Alexandrie depuis la mort de Marcien (février 157) Jusqu'à la consultation «les évêques prescrite par l’empereur Léon. A l’empereur qui I er 666 sondait leurs dispositions, les évêques répondirent qu'on devait s'en tenir au verdict prononcé à Chal­ cédoine sur les condamnés et les réhabilités; au pre­ mier rang de ccs derniers étaient Eusèbe de Dorylée, Ibas et Théodoret, victimes de Dioscore : le concile les vengea de l'injustice qui leur avait été faite par le pseudo-concile d'Ephèse; d'autres, au contraire, durent présenter des marques de repentir. Cette parenthèse achevée, Pélage reprend son plaidoyer. Condamner Ibas et Théodoret, c’est approuver le concile de bioscore, qui jugea Ibas sans l’entendre. C'est bien en vain que les satellites de Vigile veulent tourner la difficulté et prétendent, dans le « judi­ catum de la troisième indiction , que l’évêque d’Édetse a renié sa lettre. Par suite de son inconstance. Vigile nous ramène au temps de Dioscore; qu’on accepte son · troisième judicatum el les décisions de Chalcédoinc se trouvent annulées. Enfin, Pélage revient sur la prétention qu’ont les hérétiques de s’abriter derrière Cyrille cl de se poser en vengeurs de sa mémoire. Il répète l’argument dont il s'était déjà servi plus haut, â savoir que les Pères du concile étaient mieux au courant que qui que cc fût des opinions et de la conduite de Cyrille. De plus, ajoutet-il, le fait de louer un orthodoxe ne confère pas un brevet d'orthodoxie el l'opposition à Cyrille ne parut pas aux Pères constituer, à elle seule, un crime d’hérésie. Dans cc cas-là, il faudrait donner a Eutychès, à Dioscore, à Sévère, qui se réclamaient haute­ ment de Cyrille, un brevet de catholicité. Mais, d’un autre côté, si on est hérétique parce qu’on s'en prend â Cyrille, quelle place devra-t-on assigner aux évêques orientaux qui le séparèrent de leur com­ munion, quelle place à Isidore de Péluse et à Gennade? Mais aussi quelle place réserver à Cyrille qui refusa de nommer saint Jean Chrysostomc dans les diptyques, à son oncle, Théophile, qui déversa sur le saint évêque des torrents d’injures. Sur une phrase de Théophile, notre mémoire s’arrête brusquement. Dans une lettre, postérieure de quelques années aux événements que nous avons relatés. Pélage apportait, sur la composition de son mémoire en faveur des Trois-Chapitres. ce témoignage précis : .. .et sex libras in dejensionem capitulorum clausos per dioersa monasteria et exilia non habens codicem, sed quae mihi scripto diversi haeretici... secreto mitte­ bant. Xeues Archio, t. v. 1879, p. 651. La détention, lu difficulté de se procurer des livres, voilà bien les deux plaintes qui reviennent le plus souvent dans lu < défense ». D’autre part, et à diverses reprises. Pelage nomme trois actes de Vigile relatifs aux Trois-Chapitres. Le titre qu’il leur donne, les cita­ tions qu’il en fait, permettent de dater, avec assez de précision, notre plaidoyer; le premier de ces actes, appelé par lui · premier judicatum », sc laisse iden­ tifier avec cc que nous appelons le judicatum de Vigile (11 avril 518); le second est désigné sous l’ex­ pression de « judicatum de la première indiction > : c’est notre Constitutum (1 I mai 553); le troisième, contre lequel va toute sa colère et la violence de son argumentation, désigné par lui comme « troisième judicatum » ou « papier de la seconde indiction », doit être identifié avec l’acte du pape Vigile portant confirmation de ce qui s’était fait, durant l’été 553, contre les Trois-Chapitres. Sans doute possible,Pélage avait devant les yeux cette ratification du concile donnée par \ igile le 23 février 551. D’où il suit qu’on ne risque guère d’errer en datant le mémoire du diacre Pelage des premiers mois de l’année 55-1; on ne peut guère préciser davantage. Bientôt après, Pélage s’aperçut que la prison el la colere sont mau­ vaises conseillères; nous allons le voir, maintenant, regretter sa défense des Trois-Chapitres. 667 PÉLAGE Ier III. Ρ/ιλοε pape. - Pelage était peut-être encore en prison quand Vigile, recouvrant enfin sa pleine liberté, put s'éloigner de Constantinople pour rentrer en Italie d’où il était parti depuis bientôt dix ans; il mourut, sur le chemin du retour, à Syracuse, le 7 juin 555 Quel serait son successeur? Justinien s’en préoc­ cupa; il envoya à Borne l'homme de son choix : c'était Pélage. Cf. Victor de Tonnenna, ad a. 558, Pelagius Romanus archidiaconus, trium pnefatorum capitulorum olim defensor, Justiniani principis per­ suasione de exitio redit. P. L., t. lxvih, col. 961. On pourrait croire que le respect des Komains pour leur compatriote ct pour scs nobles origines, que leur reconnaissance pour l’homme qui les avait, quelques années auparavant, sauvés du carnage, aient valu â Pélage un accueil enthousiaste. Il n'en fut rien : non seulement on ne sc rappela point le rôle qu’avait joué Pélage, mais encore on le reçut mal. Pour les Komains. si nous en croyons le Liber pontificalis, Vigile était un martyr ct Pélage son bourreau. On eût imaginé que le diacre pût être regardé comme le défenseur incorruptible de saint Léon ct de Chalcédoinc; c’est le contraire qui se produisit : Pélage fut considéré comme un renégat. Son ordination dut être retardée jusqu’au 16 avril 556; de plus, on sc vit obligé d’aller assez loin pour trouver les consécrateurs du nouveau pontife. Liber pontificalis, éd. Duchesne, t. î, p. 303 : Et dum non essent episcopi qui eum ordinarent, inuent i sunt duo episcopi, Johannis de Perusia ct Bonus de Ferentino cl Andreas presbiter de Hostis et ordinaverunt eum pon­ tificem. Tunc non erat in clero (pii poterant promoveri : monasteria ct multitudo religiosorum, sapientium et nobilium subduxerunt se a communione ejus, dicentes quia in morte Vigilii papa· se inmiscuit ut tantis panis adfiigerctur... Heureusement. Pélage avait pour lui le monde officiel ct, tout d’abord, Narsès. Il s’entendit avec lui, pour une rencontre ù SaintPancrace; de lii, on sc rendit en procession, au chant des litanies, ù Saint-Pierre. Devant la foule, Pélage monta à l’ambon et s’expliqua. JalTé, n. 938. Bien au courant des propos qui circulaient, décidé à mettre en déroute tous les soupçons, Pélage déclara que non seulement il n’avait rien fait contre les quatre conciles, mais qu’il avait lutté ct souffert pour les défendre; il poursuivit par une profession de fol où s’exprimait sa volonté de les maintenir tous et. en particulier, celui de Chalcédoinc; de même, il déclara faire siennes les lettres de scs prédécesseurs, depuis Lclcstin jusqu’il Agapet, condamner ceux qu’ils avaient condamnés, vénérer ceux qu’ils avaient reçus cl. spécialement, les vénérables évêques Théo­ dore! ct Ibas. JalTé, n. 939. Cc n’était pas Home seulement qui s’inquiétait des dispositions du nouveau pape; la Gaule avait les mêmes préoccupations. Le séjour prolongé de Vigile a Constantinople avait, naguère, suscité de mauvaises rumeurs. Cf. P. L., t. lxix, col. 41. Depuis lors, les rapports des Francs avec le gouvernement de Justi­ nien ne s’étalent guère améliorés et la désignation de Pelage était venue donner un regain de vigueur â des bruits fort tendancieux. Bref, Childebert sc crut obligé d’adresser un légat au pape, afin d’obtenir des éclair­ cissements. La réponse de Pélage date du 11 décembre 556. Jaffé, n. 942. Depuis la mort de Theodora (juin 548), expliquait-il. la foi n’a pas été en péril; on a seulement discuté certains · chapitres »; le credo du pape, c’est celui de Léon ct de Chalcédoinc ct de cc credo il n’est pas permis de s’écarter; qu’on n’ajoute pas foi û certaines rumeurs dont les responsables sont ki nestortens de Constantinople : moi-même, j’ai été mis en cause par ccs factieux. Ni ces explica­ tions, ni les honneurs qu’il décernait à Sapaudus G68 d’Arles, Jaffé, n 911, 915. ne câlinèrent les appréhen­ sions des Francs. I ne seconde fois, Childebert envoya au pape son homme de confiance, Rufin, pour obtenir de lui soil une déclaration expresse d’attachement au tome de Léon, soit une profession de foi personnelle. Sans hésiter, Pélage répondit qu’il s’engageait ù suivre, en tout, le tome de Léon; bien plus, il donna ù Hufln une profession de foi. /< t. lxix. col. 407-110: cf. JalTé, n. 946,917. Childebert mourut en 558; l’agitation n'était pas calmée dans ses états. I Ailleurs, dans les provinces imparfaitement sou­ mises Λ l’empire, en Afrique, en Illyricum, en Italie, centrale, les esprits étaient échauffés. Quand l’Afrique eut connu la défection de Pélage dans la défense des Trois-Chapitrcs, ce fut une explosion de colère. Facundus reprit la plume en faveur des condamnes, victimes des prévaricateurs romains, Vigile el Pélage: Epistola fidei catholics, P. L., t. L.xvir, col. 867-878 Mais lâ, comme en Illyricum, le gouvernement impérial sut obtenir, sans trop tarder, la soumission de tous ct l’acceptation du concile. En Italie, la tâche était pénible. Dès le début de son pontificat, Pélage avait été averti qu’on ne le nommait pas dans les diptyques; il s’était cru obligé d’affirmer son attachement aux quatre conciles et nu tome de Léon. JalTé, n. 939. Dans les provinces du Nord, le schisme menaçait; pour en arrêter la menace ou le développement. Pélage dut faire appel à Narsès, cf. Jaffé, n. 983, ct à d’autres officiers supérieurs de l’armée byzantine. Cf. Jaffé n. 1012, 1019, 1024, 1028, 1029, 1038. Peu â peu, Pélage se voyait obligé d'expliquer son attitude dans l’affaire des Trois-Chapitrcs. Au début de son pontificat, il avait déclaré recevoir Ibas ct Theodorei. Depuis lors, il n’avait fait que sc rap­ procher des vues de Justinien: insensiblement, le défenseur des Trois-Chapitrcs s’acheminait vers In reconnaissance officielle de ce qui s'était fait à Cons­ tantinople durant l’été de l’année 553. Dans une lettre à Sapaudus d’Arles, Pélage se justifie tout au long. Jaffé, n. 978. Le temps n’est plus aux contro­ verses, dit-il, mais â l'unité; el, pour bien marquer que lu paix religieuse a scs exigences, il regrette ce qu’il a fait, jadis, à Constantinople, renie sa défense des Trois-Chapitrcs; il demande excuse pour son attitude apres le * concile général >, prétexte son ignorance, rappelle scs malheurs. C’est ccttc même ignorance, ajoute-t-il, qui, durant un certain temps, a poussé des évêques à résister à la lumière. Allals-jc donc m’enraciner dans mes erreurs de diacre? M’ac­ cuse (pii voudra; une seule chose est certaine, c’est que ceux qui me reprochent d’avoir fait volte-face ignorent la tradition ct i’Écriture, selon lesquelles l’erreur doit être corrigée et, en cas d’obstination, punie. Ce ne sont pas mes écrits qui doivent servir d’exemple, mais la sentence du < concile général ». désormais reçue dans tout l’univers. La controverse se poursuivant en Istrie cl en Vénétie et les évêques de ccs provinces songeant ù remettre la solution au jugement d’un concile, Pélage sc cabrait devant semblable prétention. Avait-on jamais vu le patriarche d’Istrie envoyer des légats? Et que les opposants, continuait il. n’aillent pas se flatter d'être l’Église universelle; ils n’en font même pas partie, car la première condition, c’est l’union avec le fondement des sièges apostoliques. Si quelque doute subsiste, parmi eux, sur la condamnation des Trois-Chapitrcs, une seule vole reste ouverte : qu'une délégation vienne auprès du pape, qu’elle l’entre­ tienne des hésitations que l’on garde encore. Mais qu’on ne songe pas Λ un nouveau concile; apres un • concile universel », ratifié par près de quatre mille G69 PÉLAGE Ier évêques, il est impossible do revenir en arrière .. .istud canones nulli permittunt post universalem synodum et post judicium, quod tamquam uno ore prope quattuor mitia episcopi tum in metropolitan^ suis, quam sin­ gulares Constantinopoli protulerunt, iterum conten­ tiones ad medium revocare. JalTé, n. 1018, Le 3 mars 561, Pelage rendait son Ame à Dieu. Son épitaphe redit ce que lut son pontifical, quels soucis l'animèrent : rattachement à la tradition, la préoccupation de ramener les égarés au sein de l’Église, la charité pour les infortunes de la guerre, la pitié pour les pauvres. Liber pontificalis, p. 301 ...Hector npostollav field veneranda retexit dogmata qua? clari constituere patres. Eloquio curans errorum sclsmntc lapsos ut vera teneant corda pacata fidem. ...captivos redimens, miseris succurrere promptus pauperibus nunquam parte negare sibi. BintJOORAPHiB. — Les lignes qu’on vient de lire sont le résumé d’un travail, paru récemment dans les Studi e testi de la bibliothèque vatlcanc, fasc. 57, Pelagii diaconi Eccles lie Honumiu in defensione Tri tan Capitulorum. Qu’il suffise d’indiquer, ici, les sources principales auxquelles on a eu recours. En première ligne vient le mémoire de Pélage dont on a présenté une analyse; il faut nommer ensuite les lettres du même (Jaffé, n. 938-1038), puis la notice du Liber pontifi­ calis, édit. Duchesne, t. i, p. 303. Le mémoire de Duchesne, Vigile et Pélage. Étude sur l'hisloire de T Église romaine au milieu du ΓΡ siècle, dans la Iteinic des guestions historiques, t. XXXVI, 1881, p. 369-410 cl sa réplique aux objections de D.Chamard, ibid., t. xxxvn, 1885, p. 579-593, ont conservé leur valeur; on lira, du même auteur, le c. vi de son Église au VP siècle, Paris, 1925, p. 225-238, consacré nu pontificat de Pélage. Bonne chro­ nique des événements dans Grisar, Histoire de Home ct des papes au Moyen Age, Paris, 1906, n. 322. 327-330, 371-379. K. Devheksse. PÉLAGE II, pape du 26 novembre 579 à fin janvier 590. ·— Pelage, sur les antécédents de qui nous n'avons point de renseignements, a dû être élu au mois d'août 579, pour remplacer Benoît I,r, mort le 31 juillet. Le Liber pontificalis signale qu’il fut consacré avant que le basileus eût donné l'autorisa­ tion de procéder ù la cérémonie, « parce que les Lom­ bards tenaient Home assiégée ». Il y eut pourtant quelque intervalle entre la mort de Benoît et l’ordi­ nation de Pélage laquelle dut avoir lieu le dimanche 26 novembre 579 (selon la conjecture de L. Duchesne). La situation de plus en plus précaire de ΓItalie byzantine devait durer pendant tout le pontificat Aux progrès continus des Lombards, maîtres du nord de la péninsule depuis 572. et qui continuaient, vers le Sud, leur marche conquérante. Constanti­ nople ne pouvait opposer qu’une faible résistance. A Byzance comme à Home, on songea à faire appel aux Francs, et il reste une lettre de Pélage 11, datée du 5 octobre 580, adressée a Aunarius, évêque d'Auxerre, pour lui demander d’intervenir en ce sens auprès des rois orthodoxes des Francs »,’qul étaient pour lors Gontran en Bourgogne, Chilpérlc Ier en .Xeustric, Childebert II en Austraslc. JalTé, Hcgcsta, n. 1018. Quatre ans plus tard. Pélage écrit encore a son apocrisialre de Constantinople, le diacre Gré­ goire (son futur successeur), pour le presser de demander du secours nu basileus, · faute de quoi les derniers territoires de la République risquent d’être emportés par l’année de la nation maudite ». JalTé, n. 1052. Pourtant, une accalmie semble s’être produite dans les années 585-589. L'exarque Smaragde conclut avec les Lombards une paix telle quelle, cl il fut possible au pape d’entrer en rapport avec le nord de l’Italie dont l’accès était Jusque-là Interdit à son action. Il en profila pour essayer de mettre lin au PÉLAGE II 670 schisme qui, depuis trente ans déjà, séparait de Borne les ressortissants d’Aquilée : évêques de In Vénétie, du Trentin, de ΓIstrie cl de tout l'arrière pays. Voir art. Pî’laoe Ier, col. 668. Bien que l'auto­ rité du basileus s'exerçât encore dans une partie de ccs régions, il avait été Impossible de contraindre les « patriarches » d'Aquilée â reconnaître les papes (pii s'étalent succédé depuis Pélage Pf, » ct qui avaient prévariqué en abandonnant Chalcédoinc ». Milan était revenue, depuis 572, à la communion romaine mais Aquilée, ou plutôt Grado, demeurait intrai­ table. Le 3 novembre 579, à l'occasion de la consé­ cration de la cathédrale de Grado, bâtie en l’hon­ neur de sainte Euphémie, la sainte de Chalcédoinc, le patriarche Élic avait réuni en synode une vingtaine de scs suffragants ct maintenu la position intran­ sigeante adoptée dès l’origine. Voir les noms des évéques présents dans le Chronicon Gradense, P. L., t. cxxxix, col. 950. Ce fut Pélage II qui, avec une douceur méritoire ct une humilité que rien ne pourra rebuter, fit les premières avances dans une lettre adressée à Élle ct aux autres évêques d'Istric. Jaflé, n. 1054. (Voir le texte de celte lettre et des deux suivantes, dans P. L.. t. lxxii, col. 706-738, ct mieux dans l'édition cri­ tique de Ed. Schwartz, Acta conciliorum cecumenicorum, t. iv, vol. 2, p. 105-132.) Fort de la mission confiée à Pierre par le Christ, le pape faisait appel au sens chrétien des schismatiques ct leur demandait de ne pas rester plus longtemps en dehors de l’unité. En toute simplicité, il leur exposait sa profession de foi : il recevait les quatre conciles de Nicée, de Con­ stantinople, d'Éphèse et de Chalcédoine. celui-ci dans le sens même où son prédécesseur, saint Leon, l'avait reçu; il prenait comme règle d'orthodoxie le tome de ce même Léon (le Ve concile est prudemment passé sous silence). Il ne voyait donc pas quelles raisons de doctrine pouvaient séparer du Siège apostolique des gens qui n'a\ aient à la bouche que le concile de Chalcédoinc. Les schismatiques ne se laissèrent pas loucher. Sans doute, ils expédièrent à Borne une mission; mais leurs envoyés avaient pour consigne de se dérober à toute tentative de discussion. Ils signifie­ raient tout simplement au pape que ΓEglise d'Aquilée restait sur ses positions; un mémorandum qu'ils remirent en même temps contenait un certain nombre de documents qui justifiaient Γintransigeance où l’on entendait bien se cantonner. Les délégués d’Aquilée ne purent néanmoins se soustraire à un échange d’idées. Les archives de la chancellerie pontificale avaient été mises à contribution; on leur lut diverses pièces qui montraient à l’évidence que les textes allégués par eux n’avalent pas la portée qu’on leur donnait A Aquilée. C'est l’idée que développe Pelage dans une seconde lettre adressée aux mêmes desti­ nataires que la précédente. JalTé, n. 1055. En meme temps, il leur soumettait un certain nombre de textes empruntés à saint Augustin et surtout au De unitate Ecclcsiu de saint Cyprien, bien propres à leur faire abandonner leur intransigeante attitude. S'il leur restait encore, après lecture du procès-verbal de la conférence tenue avec leurs légats, des explications complémentaires ù demander, le pape se prêterait volontiers à un nouvel échange de vues. Et meme, si Borne leur paraissait trop éloignée, qui empêcherait de faire sc rencontrer à Baxcnne les représentants d'Aquilée et ceux du Siège apostolique? Tout cela était dit sur le ton de la plus grande douceur, avec une condescendance de bon aloi et une simplicité évangélique, dignes d'un meilleur succès. Cette fuis encore, le pape en fut pour ses frais. Des envoyés d’Aquilée revinrent à Borne; mais l'écrit 671 PÉLAGE II qu’il· apportaient témoignait que Ιά-bas les cœurs ne s’amollissaient pas. Xulla in rescriptis flamma caritatis aspicitur, nullam vel post exemplum dulce­ dinem redolent in cunctis suis sermonibus, pourra dire le pape dans sa réponse. Document qui voulait être juridique, la lettre d’Aquiléc sc contentait d’aligner, une fois de plus, les textes relatifs à l’intangible auto­ rité de Chalcédoinc, auxquels sc cramponnaient les schismatiques. Dans leurs communications verbales, les légats d’Aquiléc en apportèrent encore quelques autres. Celle fois, le pape crut le moment venu de s’expliquer clairement. Depuis les variations de Vigile cl de Pelage Irr dans l’épineuse question des Trois-Chapitres. Home avait été amenée à réfléchir sur ces événements à tout le moins déconcertants. La lettre, ou plutôt le long mémoire que remit Pélagc II aux envoyés d’Aquiléc, tire tout son intérêt du fait qu'elle présente, de l’attitude du Saint-Siège dans l'affaire des Trois-Chapilrcs, une explication qu’on a pu considérer comme définitive. Jaffé, n. 1056. ; Paul Diacre s’est fait l’écho d’un on-dit qui attri­ buait au diacre Grégoire (tout récemment revenu de Constantinople) la rédaction de cette pièce. Rien n’est moins certain, selon Ed. Schwartz, op. cit., p. xxin: les trois lettres sortent de la même plume. Mais il va sans dire que la chancellerie pontificale a dû aider le pape dans la préparation de ce document. Deux grandes parties, en somme: la première d'ordre général, la seconde étudiant séparément chacun des Trois-Chapilrcs. L’ensemble des actes de Chalcédoinc, déclarait-on, depuis le début, à Aquilcc, constituait un bloc intangible. Toucher à la moindre des décisions qui avaient été prises au , concile, c’était risquer d’en compromettre l’ensemble, c’était faire le jeu du monophysisme. On avait donc réuni toute une série de textes destinés à appuyer cette interprétation, lettres diverses du pape saint Léon, documents aussi empruntés & cc Codex encyclius, où l’empereur Léon avait fait consigner les réponses adressées à la cour de Constantinople par tout l'épis­ copat de l’Orient après les premières difficultés : qu'avait soulevées l’application des décrets conci­ liaires. Ce dossier, la chancellerie de Pélagc II le soumit à un examen minutieux. Elle en conclut, après un tri des différentes pièces, que les déclarations, si absolues d’apparence, qui proclamaient le carac­ tère intangible du concile, ne visaient que l'œuvre proprement dogmatique de l’assemblée, cela seulement qui y a été fait pro custodia illibata* fidei non autem pro causis episcoporum specialibus qua: apud Chalcedonam geshv sunt. Actaeone, aecum., p. 11 I, llg. 25. Remar­ quable exemple, pour le dire en passant, de la distinc­ tion qui deviendra classique de l’autorité diverse qui s’attache aux décisions ecclésiastiques, suivant qu’elles visent les questions dogmatiques ou les faits discipli- I noires. S’engageant plus avant dans cette voie, et fai­ sant remarquer l’insistance avec laquelle le pape Léon, en approuvant le concile, entendait bien ne canoniser que les définitions relatives à la foi, la lettre de Pelage émettait même cette idée que · les decisions que le pape Léon n’avait pas approuvées il les avait rejetées » : postquam nihil aliud synodi nisi defini­ tionem fidei recepit, quid est aliud nisi quod cetera qua illic specialiter mota sunt refutavit. Ibid., p. 115. llg. 25. Exagération évidente d’une pensée trop systématique! Il est bien certain que saint Léon avait expressément désapprouvé quelques décisions du concile, mais il s’agissait exclusivement de celles qui étaient relatives ù la primauté que Constantinoplc s’était fait reconnaître sur les Églises d’Orlcnt. Le pape Pélagc semble bien s’être rendu compte de cette objection qui lui pouvait être faite ct il s'efforce d’y répondre, tant bien que mal, dans la section de 672 son mémoire relative au ras de la lettre d'Ibai, Ibid., p. 128, lig. 7-27. Cette exagération de polé­ miste mise à part, il faut reconnaître que la thèse sou­ tenue par Pélagc ne manquait pas d'à-propos. Tous les défenseurs des Trois-Chapilrcs poussaient jusqu’à l’idolâtrie, pourrait-on dire. le respect à l’endroit des actes du synode. Pour un peu. ils les eussent consi dérés comme des Écrit lires inspirées, dont les moindres paroles, fussent-elles des obiter dicta, avaient force contraignante. La lettre du pape Pélagc ramenait .t ses justes proportions l’estime qu’il convenait d'avoir pour les décisions conciliaires. La liberté relative que l’on peut sc permettre à l’égard de ces mesures, continue Pélagc, explique dès lors (pie le Saint-Siège ait pu prendre, à l’endroit des Trois-Chapitres, des altitudes diverses el mêmes contradictoires. En défendant les condamnés dr Justinien, disait-on à Aquiléc, nous ne faisons que nous conformer aux premières décisions du pape Vigile, qu’adopter les vues si énergiquement sou­ tenues par le diacre Pélagc avant qu'il ne devint le pape Pélagc Irf. Vaines excuses, répond notre docu­ ment. Vigile et les évêques latins étaient mal ren­ seignés, au début, sur l'état vrai de la question; peu au courant de la langue grecque, ils ne pouvaient juger de l’hétérodoxie des pièces qu’on leur deman­ dait de condamner. Plus tard, ils reconnurent leur erreur, errorem tarde cognoverunt ; de longues re­ cherches les amenèrent â condamner cc qu’ils avaient d’abord défendu. On aurait aussi mauvaise grâce a leur objecter ces variations que de reprocher à Paul sa conversion, à Pierre son changement de doctrine relativement à la nécessité de la loi mosaïque, à Au­ gustin scs rétractations. Et ne voyons-nous pas. dans l’Écriture, Dieu lui-même exprimer en quelque sorte son changement d’avis : de ipso quoque auctore omnium Deo, Scriptura adlestante, cognoscimus quia dum concilium non mutet sæpe sententiam mutai. Ibid., p. 119, llg. 23. Ainsi donc la cause des Trois-Chapitres pouvait être examinée sans qu’une atteinte fût portée à l’autorité dogmatique de Chalcédoinc. Dans sa seconde partie, le mémoire de Pélagc II étudie cha­ cun des cas d’espèce. 11 a beau jeu à démontrer — cl le premier Constitutum du pape Vigile (Il mai 553) lui fournissait ici une abondante documentation que la doctrine de Théodore de Mopsuestc était indé­ fendable. Cette partie de la lettre de Pélagc II n’ap­ porte aucun texte qui n’ait été cité soit par Vigile, soit par le Ve concile. La condamnation des doctrines ct des œuvres de Théodore entraîne logiquement celle de sa personne; les gens d’Aquiléc peuvent-ils hésiter un instant à condamner, fût-il mort depuis long­ temps, un blasphémateur de celle trempe. Neque enim /ides vestra patitur ut qui tot blasphemiis Redemp­ tori nostro hostis exstitit a vobis ulterius defendatur? Ibid., p. 120, llg. 9. Vainement, on cxcipcrait de l’inauthenticité des ouvrages d’où sont tirées ces citations. La provenance de ces écrits est incontes­ table, comme il ressort de la < lettre aux Arméniens de Pro dus, des dépositions si nettes de saint Cyrille, de Rabboulas d'Edesse, d’IIésychius de Jérusalem. Il n’est pas jusqu'à Jean d'Antioche dont le témoi­ gnage ne soit accablant pour Théodore (cf. p. 123, lig. 23-27), et jusqu’aux explications embarrassées de Théodorct qui ne l’accusent. P. 125, lig. 34 sq. Le cas d’ibas, on le sait, soulevait de plus délicats problèmes. S'il était vrai que l’évêque d’Édesse 1 avait été réhabilité à Chalcédoinc et déclaré ortho­ doxe par les légats pontificaux, après lecture de la lettre fameuse qui l’avait fait antérieurement sus­ pecter, il était assez difficile de faire admettre que, I cent ans plus tard, cette même lettre pût être l’objet G73 PÉLAGE Π 67 d'une condamnation. Sans doute, le jugement des que Théodore était lavé par une lettre de Jean d’An­ légats romains avait porté essentiellement sur la tioche qui prononçait son éloge. Nous n'en croyons personne d’Ibas, mais celte reconnaissance de l'or­ rien, déclare Pelage. Admcttons-Je pourtant. Qu'y thodoxie de l’inculpé, après lecture même de la pièce a-t-il d’étonnant que Théodore ait été loué sur quel­ sur laquelle les adversaires d’Ibas l’accusaient, ne que point à une date où son impiété n'était pas encore laissait pas de couvrir, jusqu'à un certain point, la découverte? N'avons-nous pas un cas parallèle dans lettre elle-même. Le pape Vigile, dans son deuxième celui d'Eusèbc, « le plus honorable des historiogra­ Constitutum (23 février 554), s’était avisé d'un biais phes ·, louant presque sans réserve Origène, « le pire assez étrange. Il avait soutenu, dans les intermi­ des hérésiarques »? Grégoire de N'yssc ct Jérôme n'ontnables développements qui constituent la majeure il pas loué cc même Origène? Sed quia plus causa partie de cette pièce, que la lettre lue à Chalcédoinc quam verba pensanda sunt, nec istis (Eusèbc, Grégoire, el dont la lecture avait fait reconnaître l’orthodoxie , Jérôme) sua benignitas nocuit, nec illum (Origène) a d’Ibas, n'était pas le document dont Justinien près- 1 reatu proprio favor aliena· adtestationis excusavit. P. 131, sait la condamnation, mais une pièce toute diffé­ lig. 36. Tel est ce document, un des plus curieux ct des rente de celle-ci. Quoi qu’il en soit de la vraisem­ blance de cette échappatoire, la chancellerie ponti­ plus importants qui soient émanés du Siège aposto­ ficale ne semble pas s’y être tenue. Il en subsiste a lique, en cette fin du vr siècle. Il témoigne à sa manière des préoccupations que laissaient à Home les peine une trace dans le mémoire de Pelage IL Au contraire, on fait état dans celui-ci d’un moyen juri­ séquelles du V· concile et de la crise à laquelle il avait donné lieu. Les invitations à l’unité que prodiguait dique que l’on pensait plus efficace, La réintégration Pélagc II aux schismatiques d'Aquilée restèrent, cette d’Ibas avait eu lieu à la x· session de Chalcédoinc. fois encore, sans effet. Ne pouvant réussir par la dou­ Or, dit Pélagc II, l’œuvre dogmatique du concile était terminée avec la vr session; à partir de la vir, | ceur. on essaya de la manière forte. L'exarque Sma­ ragde Intervint ct molesta Éllc d'Aquilée. Celui-ci il ne s’agit plus que de canons disciplinaires ou de porta plainte au basilcus, qui ordonna à l'exarque de causes personnelles, rien de tout cela n’est couvert ne plus inquiéter les évêques dissidents. Elle mourut par l’approbation qu’avait donnée le pape Léon aux peu après (587), et fut remplacé par Sévère. Ces dé­ définitions du concile. Pas plus que d’autres questions tails nous sont donnés par une pétition adressée ulté­ qui furent alors réglées, l’affaire d’Ibas ne peut être rieurement à l’empereur Maurice par les évêques considérée comme engageant la responsabilité du d’Istrie. Acta conc. acum., t iv, vol. 2, p. 132-136. Ce Siège apostolique. La lettre incriminée peut cire même document nous renseigne aussi sur les tribula­ aujourd’hui déclarée hétérodoxe, sans que l'on com­ tions qu'eut à endurer, de la part du même Smaragde, promette par là l’autorité de Chalcédoinc ct de le nouveau titulaire de Grado. Toute une procédure Léon. Elle peut l’être, elle doit l’être; scs affirmations capitales, celles particulièrement qui visent l’ortho­ fut entamée contre lui. Voir Chronicon Venetum, P. L., t. cxxxix, col. 884; on réussit même, l’ayant doxie ct l’honorabilité de Cyrille sont en contradic­ emmené à Bavenne, à lui faire accepter la commu­ tion essentielle avec les décisions d’ensemble du nion de l’archevêque de cette ville (indirectement concile. donc la communion du Saint-Siège), ce qui lui attira Le cas de Théodoret sc résout de manière encore d'assez sérieux ennuis quand il rentra en Istric. Nous plus simple. Car ni Pélagc, ni scs prédécesseurs, ne ignorons la part que prit à tout ceci le pape Pelage II; condamnent tous les écrits de l’évêque de Cyr, mais l’affaire n'était pas terminée quand il mourut, ct son seulement cc qu’il a écrit contre les anathémalismcs successeur, saint Grégoire, aura encore à s’en occuper. cyrilliens et cc qu’il a pu écrire contre la foi. Ici Voir Jaffé, n. 1085. Celui-ci fut d’ailleurs invité par Pélagc II reprend sensiblement les expressions du l’empereur Maurice à laisser en paix les schismatiques. deuxième Constitutum de Vigile. Cf. Acta conc. acum., Texte de cc reserit dans Acta conc. acum., ibid., p. 136; vol. cit., p. 167, lig. 32 sq. Mais Vigile n’avait motivé Mon. Germ, hist., Epist., t. i, p. 21 sq. Il s’y résigna que d’une façon très générale sa condamnation, du difficilement ct profita l’année suivante, 592, d'une moins daps le texte tel qu’il nous est conservé; Pélagc, lui, apporte une série de citations de Théodoret des­ conjoncture favorable pour présenter à nouveau aux Istricns la lettre de Pelage IL Jaffé, n. 1203. Scs argu­ tinées à montrer l’hétérodoxie des écrits réprouvés. C.*s ments réussirent, peu à peu, à désagréger le bloc des textes sont les mêmes qui figurent dans le recueil schismatiques. attribué jadis à Marius Mercator ct qu’il convient de Sur un autre point encore, Grégoire continuera une désigner aujourd’hui sous le nom de Collectio Palatina. action engagée par son prédécesseur. II s’agit du titre Voir art. Marius Mercator, t. IX, col. 2182 sq. Quoi de patriarche œcuménique qu’avait pris l’archevêque qu’il en soit de la signification réelle de ces propos qui de Constantinople Jean le Jeûneur. Sur l’incident luine manifestent guère, en somme, qu’un dyophysisme même, nous ne sommes renseignés que par la lettre un peu trop poussé, le pape conclut son énumération même de Grégoire adressée à ce prélat. Jaffé, n. 1357; par ces mots: Quts turc, fratres carissimi, plena omni texte dans P. L., t. lxxvii, col. 738 sq. La lettre de impietate non videat? Il veut bien, cependant, enre­ Pelage à Jean de Constantinople, Jaffé, n. 1051. gistrer, à l’éloge de Théodoret, qu’il a condamné à P. L., t. Lxxn, col. 738-74 I, est un faux isidorien. Le Chalcédoinc scs erreurs passées, et que plusieurs de successeur de Pélagc s’exprime en ces termes : J lac ses écrits, ne scrait-ce que le commentaire sur le Can­ de re (sur l’usurpation de cc titre) sancta* memoria' tique, peuvent rendre sendee à l’orthodoxie dans la decessoris mei Pelagii gravia ad sanctitatem vestram lutte contre Théodore de Mopsuestc. En définitive, scripta transmissa sunt. In quibus synodi, qua apud dit le pape : Dum efus et personam recipimus et ea quir vos de fratris quondam ct cocpiscopi nostri Gregarii dudu.m latuerunt prave scriptu reprobamus, in nullo a causa congregata est. propter nefandum elationis voca­ sanctie synodi actione deviamus, quia sola ejus htrrclica bulum, acta dissolvit, et archidiaconum, quem juxta scripta respuentes et cum synodo adhuc Nestorium inse­ morem ad vestigia dominorum transmiserat, missarum quimur ct cum synodo Theodoritum profitenteni recta vobiscum solemnia celebrare prohibuit. En définitive, veneramur. Ibid., p. 131, lig. 4. les pièces de la procédure entamée à Constantinople Les derniers paragraphes du mémoire pontifical sont destinés à répondre à des objections que les légats contre un évêque oriental avaient été envoyées à Home, sans doute à la suite d’un appel régulier de d’Aquiléc avaient soulevées de vive voix. Sans apporter d’autres preuves, ceux-ci avaient affirmé l’intéressé. Comme l’archevêque de Constantinople y DICT. DE THÙOL. CATHOL T. — XII — 22. 675 P É LAG E II — prenait, dans sa titulature, le qualificatif d’œcumé­ nique, Pélagc II cassa les décisions prises sur les rives du Bosphore, et enjoignit à son apocrisiaire de ne plus sc montrer aux messes solennelles du patriarche. Sur cct incident, qui devait se renouveler huit ans plus tard, à l’époque de Grégoire, voir les très judi­ cieuses remarques de P. Batiffol, Saint Grégoire le Grand, Paris, 1928, p. 205 sq., et surtout la note de la p. 205. D’autres mesures, soit de portée générale, soit d'in­ térêt particulier, qui furent prises par le pape Pélagc 11, ne nous sont connues que par les allusions qui y sont faites dans le registre de saint Grégoire. Si la corres­ pondance de Pélagc s’était conservée, comme l’a été celle de son glorieux successeur, il n’est pas douteux que son pontificat nous apparaîtrait de tous points comparable â celui de Grégoire le Grand. Ni la guerre, ni les calamités naturelles n’avaient été épargnées sous son règne à la malheureuse Italie. En novembre 589, une inondation plus terrible que jamais ravagea la campagne romaine; elle dut amener à sa suite une épidémie de peste bubonique dont le pape fut une des premières victimes, â la mi-janvier 590. Ιλ» Liber pontificalis, edit. Duchesne, t. i, p. 309-311, ne mentionne guère que les divers tnivaux entrepris par Pelage a Home; retenir ceux qui furent exécutés à SaintI jiurcnt-hors-les-Murs. Renseignements sur les lettres dans .Jaffé, Hryesta lumtlf. rom., 2e édit., t. i. p. 137-110; texte «les lettres dans J*. L., t. i.xxii, col. 703-760, qui reproduit Mansi, t. tx; tenir compte des notes de Labbe pour la dis­ tinction entre pièces fausses et pièces authentiques. Sur l'origine des trois lettres aux évêques d'Istrie, voir Ed. Schwartz, Acfti conciliorum cecumenicorum, t. iv, Concil. univers. Constantinopolit. V, vol. 2, Strasbourg, 191 I, p. XXII sq. Ces trois pièces proviennent du Paris, lut. 1692, où elles voisinent avec d’autres pièces relatives au schisme d’Kquiléc. Baronius, à qui avait été envoyé une copie de ce ms., les a publiées le premier, Annales, an. 586, n. 29 sq., c’cst de là qu’elles sont passées dans les collections conci­ liaires; L. Hartmann les a publiées d’après le ms. dans Mon. Germ. hist., Epist., t. il, p. 142 sq. F. Gregorovlus, Geschichlc der Stadt Korn ini M. A., 5· édit., t. U, p. 20-30; H. Grisar, Histoire de Home et des papes au M. A., trad. Ledos, t. i b, p. 237 sq., 211 sq.; Th. Hodgkin, Italy and her invaders, t. v, p. 239 sq., 162169; L. Duchesne, L*Église au VI· siècle, Paris, 1925, sur­ tout p. 244 sq. É. Aman.n. PÉLAGIANISME, grande hérésie qui vit le jour cn Occident au début du v siècle et qui, parlant d’une exagération des forces du libre arbitre, abou­ tissait ù nier la nécessité de la grâce divine, la trans­ mission du péché originel, la distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel. Pendant vingt ans, l’Églisc semble oublier les périls causés par les inva­ sions barbares pour concentrer son activité à la dé­ fense des droits de la vérité menacée. Pelage, Célestius et Julien d’Éclune rencontreront des adeptes dans toutes les provinces de l’empire cl même â la cour romaine, mais ils se briseront contre la polémique incessante et victorieuse de saint Augustin. Grâce au saillant champion de la tradition catholique, la lutte sera brève cl la victoire définitive, mais elle est des plus suggestives par le nombre des traités qu’elle sus­ cite, 4*HUΓ». 11 l’accuse d’aduler la veuve Juliana, quand il lui écrit : O te felicem nimium, o beatam, si justitia qurr esse jam non nisi in crrlo creditur, apud te solam inveniatur in terris! et le saint docteur ajoute : « Ceci cst-cc ins­ truire ou assassiner? Est-ce soulever de terre ou pré­ cipiter du ciel, que d'attribuer à une femme ce que les anges n’osent usurper? · 11 conclut : < SI la piété, la vérité ct la justice ne résident sur terre que dans cette seule femme, où sc trouvent donc tes justes que tu dé­ clares être sans péché? » Dial., 1. III, n. 16, col. 586. Jérôme termine cn disant : « Il y a longtemps que le saint ct éloquent pontife Augustin a écrit contre ton erreur plusieurs livres... On dit qu’il en compose d’autres encore. Je ne veux pas qu’on me rappelle le vers d’Horace « Ne portez pas le bois â la forêt. » Ce que je pourrais ajouter, ce brillant génie l'a dit mieux que moi. » Dial., I. III, n. 19, col. 589. Cette réflexion était beaucoup plus vraie que ne le pensait sans doute Jérôme. Comme cn d’autres ou­ vrages polémiques sortis de sa plume, il s’est ici mon­ tré inhabile à saisir exactement la pensée de l'advcr* saire, a foncé droit devant lui sans aucune précaution, et n’a fait aucune des distinctions que le sujet com­ portait. La nécessité d’un secours divin, même pour des actes de l’ordre strictement naturel (il confond ce que nous appelons le « concours divin » avec la grâce surnaturelle) n’est pas commandée chez lui par la no­ tion du péché d’origine; c'est de raisons toutes psy­ chologiques (multitude des préceptes, lassitude, im­ possibilité de continuer longtcmpsl*clïort).ct nonpomt de la déchéance primitive qu’il déduit l’impossibilité de Γάναμαρτησία. Celle-ci est, cn définitive, affaire de nature. Quelques-uns de scs développements frisent le paradoxe ct il y a sur l’impeccabilité de la sainte humanité du Christ des remarques au moins inatten­ dues. Voir 1. II. I l, col. 550 AB; 17, col. 552-553. cl surtout III, 2, col. 570, où l’on aimerait trouver autre chose que la simple citation de V Évangile des Nazaréens. En définitive, cet opus tumultuosum fait contraste avec le l. H du De peccatorum meritis el remissione. Son allure polémique ct son érudition un peu brouil­ lonne n’étaient pas faites pour clarifier les questions. 2e Synode de Jérusalem (juillet 415). — Les esprits étaient troublés par ces discussions. Jean dut sou­ mettre la doctrine de Pélagc à une réunion de prêtres, ('.ette réunion nous est connue â peu près exclusive­ ment par Orosc, Liber apologet., n. 3-8. Quelques ren­ seignements aussi dans le De gestis Pelagii d’ Augustin, n. 37. Jérôme ne fut pas convoqué. Il n’y eut pas d’ailleurs de procédure régulière; cn particulier, il n’y eut pas d’acte d’accusation déposé contre Pélage. Prié de fournir des renseignements sur cc qui s’était passé en Afrique. Orose, avant l’entrée en séance de Pélage» communiqua la lettre de saint Augustin Λ Hilaire de Syracuse, contenant un résumé des doc­ trines incriminées, ainsi que la condamnation de Célestius par le concile de Carthage. 11 mit aussi l’assemblée au courant de la composition par Augustin du De natura, écrit en réponse au livre de Pélage que Timasius et Jacques avaient remis À celui-ci. Pélage introduit ensuite cl interrogé sur ces divers points soutint que l'homme peut vivre sans péché el observer facilement les préceptes divins. Mais il ajouta prudemment : « non pas toutefois sans le secours divin ». Orosc manquait d’habileté dans l’attaque On se comprenait mal. la discussion sc faisant par interprètes. Alors, croyant remarquer lu mauvaise volonté de Jean. Orosc demanda, puisque Pélage était Latin ainsi que scs adversaires, qu’on 691 PÉLAGIANISME. LE CONCILE DE DIOSPOLIS laissât aux Latins le soin de décider de cette hérésie. Quelques membres delà réunion ayant appuyé cette proposition, Jean conclut, avec beaucoup de sagesse, que l’on enverrait au pape Innocent des lettres et des députés, avec l’assurance que sa décision serait reçue partout.En at tendant, Pélage devrait garderie silence. On peut regretter cc non-lieu, mais il serait faux d’en conclure que l’Église de Jérusalem fût gagnée aux erreurs pélagiennes. La doctrine opposée par Jean à Pélage est incontestablement orthodoxe. Voir cc qu’en dit saint Augustin, De gestis Pelagii, χιν, 37, t. XL1V, col. 3-12 sq. 3e Le concile de Diospolis. — 1. Nouvelle accusa­ tion L’engagement d’attendre la décision du pon­ tife romain ne fut pas respecté. Les accusations de Jean de Jérusalem contre Orose, l’apologie de cc dernier dans laquelle l'évêque est durement traité, le refus d'Orosc de communiquer avec Pélage, tout cela excitait les esprits. Alors survinrent en Palestine deux évêques chassés de leurs sièges à la suite de révolutions politiques, Héros d’Arles et Lazare d’Aix. Ceux-ci, on ne sait pour quelles raisons, déposèrent une plainte en règle devant le métropolitain Eulogius, évêque de Césarée; ils composèrent tout un dossier : propositions de Célestius condamnées à Carthage et accusations qu'l II· lairc avait envoyées de Sicile à saint Augustin; ils y ajoutèrent une liste de douze propositions : 1. Adam serait mort, même s’il n’eût pas péché. 2. Le péché d’Adam n’a nui qu’à son auteur et non pas à l’huma­ nité. 3. Les enfants nouveau-nés sont dans le même état qu’Adam avant sa chute. L 11 n’est pas exact que toute l’humanité soit soumise à la mort à cause de la mort et de la chute d’Adam, et il n’est pas plus exact que toute l’humanité ressuscite à cause de la résur­ rection du Christ. 5. Les enfants morts sans baptême peuvent obtenir la vie éternelle. 6. Les riches baptisés, qui ne renoncent pas â leur fortune, même s’ils parais­ sent faire quelque bien, n’en ont pas le mérite et ne peuvent obtenir le royaume de Dieu. 7. La grâce et le secours de Dieu ne sont pas donnés pour chaque acte à accomplir, ils résident dans le libre arbitre, ou hi loi ou la doctrine. X. La grâce de Dieu nous est donnée selon nos mérites. 9. On ne peut être appelé Ills de Dieu que si l’on est exempt de tout péché. 10. Il n’y a pas de libre arbitre si l’on a besoin du secours de Dieu, car chacun trouve dans sa propre volonté le pouvoir de faire ou de ne pas faire. 1 L Notre victoire ne peut provenir du secours de Dieu, mais du libre arbitre. 12. Les pénitents obtiennent leur pardon non de la grâce et de la miséricorde de Dieu, mais de leur mérite et de leur labeur qui leur obtient miséricorde. H est à remarquer que les sept dernières accusa­ tions sont nouvelles, les cinq premières coïncident avec les propositions 1, 2, 3, I et 7 dénoncées par le diacre Paulin devant Aurèle. Ci-dessus, col. 686. 2. Concile de Diospolis (115), Mansi, t. iv, col. 312320. Les renseignements sur cc concile nous sont prin­ cipalement fournis par saint Augustin, qui s’est procuré les actes et les a dépouillés systématiquement dans le De gestis Pelagii.— Quatorze évêques se réunirent en décembre 115 à Diospolis (Lydda des Actes des apôtres, jx, 32). Pélage se présenta, assisté de son ami. le diacre Anianus de Celeda. Héros et Lazare, retenus par une grave maladie de l’un d’eux, ne purent s’y rendre. Orose était également absent. Il n’y avait donc personne pour soutenir l’accusation en dévoilant les équivoques de Pélage cl en déjouant ses ruses. Jean, prié de raconter ce qui s’était passé au synode de Jérusalem, déclara que Pélage admet tait la grâce de Jésus-Christ et traita sévèrement ses accusateurs. De son côté, Pélage tenta de capter 692 la faveur de scs juges en montrant plusieurs lettres d’évêques qui faisaient son éloge; il ne manqua pai de lire celle d’Augustin. On procéda alors à la lecture du mémoire accusa­ teur; mais, comme il était rédigé en latin, un inter­ prète dut le traduire en grec. C’est en grec que Pélage répondit aux objections. Les premières étaient tirées d’ouvrages composés par lui-même. Nous allons en citer quelques-unes ; On lui reprochait d’avoir dit : « 1) n’y a que celui qui possède la science de la loi qui peut être sans péché. » Il répondit qu'il ne prétendait pas que celui qui connaissait la loi ne pouvait pas pécher », mais il soutenait que « la connaissance de la loi aidait à ne pas pécher, comme il est écrit : ■ Il leur a donné « la loi pour les aider ». Is., vin, 20. On lui reprochait d’avoir écrit : « Tous sont régis par leur volonté propre. » 11 répondit : « Ceci a été dit à cause du libre arbitre, que Dieu aide lorsqu’il choisit le bien; mais l’homme qui pèche est lui-même coupable, parce que sa faute vient de son libre ar­ bitre. » On lui reprochait d’avoir dit : · L’homme peut, s’il le veut, être sans péché. · Il répondit : » J'ai bien dit que l’homme pouvait être sans péché et observer les commandements de Dieu, s’il le voulait; Dieu, en effet, lui donne cette possibilité; mais je n’ai pas dit qu’il ait existé quelqu’un qui. depuis son enfance jus­ qu’à sa vieillesse, n’eût jamais péché; j’ai dit que, con­ verti de l’état du péché, il pouvait, par scs propres efforts et la grâce de Dieu, ne plus tomber, sans pré­ tendre néanmoins qu’il soit impeccable. Quant à ce que l’on ajoute, cela n’est point dans mes livres et jamais je n’ai tenu ce langage. » Les Pères lui ayant dit : ■ Puisque vous niez avoir écrit ces choses, anathématisez-vous ceux qui pensent ainsi? » Pelage répondit : < Je les anathématise comme des insensés et non comme des hérétiques, car il ne s'agit pas ici d’un dogme. » On lui objecta qu’il avait dit : * L'Église, ici-bas, est sans tache et sans ride. » Il répondit : « Je l'ai dit en ce sens que l’Église, par le baptême, est purifiée de toute tache et de toute ride, et que le Seigneur veut qu’elle demeure ainsi. » On lui reprocha cette parole : · Nous faisons plus que la Loi et l’Évangile ne nous ordonnent. » Il répondit : · Je l’ai dit d’après l'Apôtrc. en parlant de la virginité, au sujet de laquelle saint Paul a dit : « Je n’ai pas de précepte du Seigneur. I Cor., vu, 25. Le concile aborda ensuite l’examen des textes tirés soit des livres, soit de l'enseignement oral de Célestius. Certains se confondaient avec ceux qui avaient été antérieurement discutés, et Pélage sc référa aux ré­ ponses qu’il avait déjà faites. Pour les autres, il répon­ dit : * Ces affirmations sont-elles de Célestius? à ceux qui le disent d’en juger: quant à moi, je ne les ai jamais tenues, et j’anathématise quiconque les pro­ fesse. Ad satisfactionem synodi, anathematizo itlos qui sic tenent aut aliquando tenuerunt. » Le concile déclara que, dans ces conditions, Pélage, ayant répondu d’une manière satisfaisante à toutes les questions, était digne de la communion ecclésias­ tique, communionis ecclesiastica' eum esse et catholica· confitemur. 3. Appréciation de ta décision du concile. — Saint Jérôme traite avec dédain ce · misérable synode·, Epist., cxLiii, P. L., t. xxii, col. 1181; ccpendant.il déclare : Iweresis Ca-lestiana jugulata est, et il ajoute qu’il est désormais inutile de réfuter htvresim emor­ tuam Saint Augustin au contraire, parle avec estime de ces juges pieux el catholiques qui n’auraient jamais déclaré Pélage innocent s’il n’eût lui-même condamné scs erreurs Ce (ut en tromppnt qu’il vola G93 PELAGI ANISM E son absolution, ou plutôt Pélage ne fut point absous, niais la doctrine qu’il professait de bouche. Augustin va même Jusqu’à dire que « lui-même, s’il eût siégé au concile, n’eût pas agi autrement De gestis Pelagii, .WH, 11, P. /.., t xliv, col. 345. Le pape Innocent, lui, déclara qu’il ne pouvait ni condamner, ni approuver le jugement de ce concile. Saint Prosper en parle comme saint Augustin; il reconnaît cependant que l’indulgence témoignée à Pélage lui parait avoir quel­ que peu dépassé les justes limites. Si l’on veut analyser les résultats de l’assemblée de j Diospolis il faut distinguer la question de droit et la question de personne. Pour ce qui concerne la pre­ mière, un certain nombre de points de doctrine avaient été condamnés, et Pélage lui-même, avec plus d'habileté que de sincérité, avait souscrit à leur condamnation. Saint Augustin les a rassemblés dans sa lettre à Paulin. Epist., clxxxvi, n. 35, P. L„ I t. xxxiîi, col. 827. Ils touchent 1. A la doctrine du péché originel : Adam a été créé mortel, et serait mort, qu’il eût péché ou non; — sa faute n’a nui qu’à lui-même et non au genre humain; — les enfants naissent dans l’état d’innocence, où se trouvait Adam avant sa faute; ils n’ont donc pas besoin du bap­ tême pour avoir la vie éternelle. — 2. A la nécessité de la grâce: La grâce n’est pas nécessaire ad singulos actus; - la grâce c’est le libre arbitre, la loi, l’ensei­ gnement ; - la grâce nous est donnée selon nos mérites. — 3. A la puissance du libre arbitre : Le bien que nous faisons est le fruit du libre arbitre; - - ce libre arbitre est le maître absolu de nos décisions; — il ne serait pas, s’il avait besoin du secours divin. — L A la perfection : La perfection absolue est possible; - il n’y a pas à tenir compte des péchés d’ignorance et d’oubli; — le renoncement absolu à toutes les richesses est une condition indispensable de salut. Il est donc facile de voir que le concile avait été. somme toute, beaucoup plus complet dans sa condam­ nation des doctrines pélagiennes que ne l’avait etc le solitaire de Bethléem. La question de droit était résolue conformément à ce que l’on peut déjà appeler renseignement classique. C’est surtout pour ses décisions relatives aux ques­ tions de personnes que le concile a été critiqué et qu’il a excité un émoi plus ou moins justifié. Que faut-il penser de cette émotion? Le concile a condamné Célestius, déclaré seul responsable de toutes les erreurs ci-dessus énoncées. Il a innocenté Pélage sur ses protestations et ses déclarations. Cette issue lient, de toute évidence, à ce que les auteurs de l’accusation n’ont pas pris la peine de faire, sur les travaux déjà parus de Pélage, le travail qu’ils avaient fait sur les écrits de Célestius. Les critiques adressées aux litres des Eclogiv sont dans l’ensemble assez futiles; nul n’a songé à étudier le Commentaire sur saint Paul qui contenait très exactement les doctrines condamnées dans Célestius. Chose plus extraordinaire encore, nul n’a fait étal du De natura, qui. pourtant, avait été signalé par Orose à la réunion de Jérusalem. Si on avait pris la peine de s’en occuper on y aurait trouvé une définition très explicite de la grâce au sens pélagien : Dixi quidem proprio labore et Dei gratia posse hominem esse sine peccato, sed quam dicam gratiam optime nostis (il s’adresse à ses deux disciples Timase et Jacques) et legendo recolere potestis quod ea sit in qua erecti sumus a Deo cum libero arbitrio. Saint Augustin. De gestis Pelagii, n. 22, /*. L., t. xliv, coi. 333. La charité de saint Augustin lui fait ajouter qu’il ne voudrait pas affirmer que Pélage a menti en reniant ces doctrines. C’est pourtant la conclusion qui s’impose. Pélage n’a pu être absous par le concile de Diospolis que grâce à des réticences qui ressemblent étrangement à des mensonges. G94 Mais, un peu par la faute de saint Jérôme et de ses amis, qui ont vu dans l’affaire pélagicnne un nouveau grief contre Jean de Jérusalem, la décision de Diospolis, relative à l’innocence de Pélage, devait avoir pour effet d’ameuter l’opinion africaine, surtout dans les premiers moments. Quant à la · vengeance des pelagicns » contre saint Jérôme, l’on a dit, à l'art. Innocent Ier, col. 19491950, ce qu’il fallait en penser. Toute précision chro­ nologique nous manque pour cette affaire. Saint Jérôme continuera d’ailleurs à suivre l'affaire pélagicnne. Voir scs lettres à saint Augustin sur la question. Epist . < xi.i < xi.in, P. 1.., t. xxn, col. 1179 sq.; sa lettre au pape Boniface, Epist., Inter Augustini episL, CCîi, P. L., t. xxxiîi. col. 928. Pour indiquer la diffusion des erreurs nouvelles, suint Augustin raconte dans un sermon que l'évêque de Sicca, l’rbain. disputant un jour avec un pélagien. s’appuyait sur la demande de l’oraison dominicale : * ne nous induisez pas en tentation »; le pélagien répon­ dit : Nous prions Dieu de ne point nous induire en tentation, c'est-à-dire de nous préserver des maux qui sont hors de notre pouvoir : de ne pas tomber de cheval, de ne pas nous briser un pied, de ne pas être tué par les voleurs, et autres choses du même genre. Tout ceci est hors de ma puissance; mais vaincre la tentation qui me porte au péché, si je le veux, je le puis, et je n’ai pas besoin du secours de Dieu. * A cette époque. Théodore de Mopsueste vint au secours de Pelage contre saint Jérôme en écrivant cinq livres. Contre ceux qui affirment le péché originel. Nous en trouvons des fragments dans M. Mercator. Voir Péché oiUGiNEL. col. 356. ZZZ. ΛΛ.Κ·77Ο.ν bK CUSTKE L'ORIEST. — Orose revint en Afrique apportant les écrits de saint Jérôme, le mémoire de I léros et Lazare contre l’hérésie pélagicnne et l’annonce de l’absolution de Pélage par les évêques de Palestine. Ces nouvelles amenèrent la tenue de deux conciles importants qui vont préciser la doctrine de l’Églisc d’Afrique, doctrine dont on demandera l’approbation nu pape Innocent. 1° Nouveau concile de Carthage.— Soixante-huit évêques étaient alors réunis à Carthage (été 116). Ils I! 695 PÉLAGIANISME. INTERVENTION Ι>Γ ΡλΡΕ ZOSIMI·. renouvelèrent la condamnation de 111 en y adjoi­ gnant le nom de Pelage. Pour donner plus de poids à leur sentence, ils résolurent de porter l’affaire devant Innocent. Mansi, Condi., t. iv, col. 321-321. Possidius, Vita Augustini, c. xviti, P. L·., t. xxxit, col. 48, nous apprend que les pelagicus s’efforçaient dc gagner le Siège apostolique ù leur doctrine. Il fallait les devancer. On adressa au pape le mémoire dc Héros ct Lazare, les actes du concile dc Carthage ct une lettre signée de tous les Pères, se terminant ainsi ; « Quand même Pélage et Celestins se seraient corrigés, quand même ils diraient que telle n’a jamais été leur opinion ct renieraient tous les écrits qu’on leur impute, sans qu’on pût prouver avec évidence qu’lis ont menti; cependant, que tout homme ensei­ gnant ct soutenant que la nature humaine sc suflit Λ elle-même pour éviter le péché ct accomplir les com­ mandements de Dieu, que tout homme sc déclarant ennemi de la grâce dc Dieu Λ laquelle les prières des saints ont rendu un si éclatant témoignage, soit anathème. Qu’il le soit également, celui qui nie que les enfants sont délivrés de la perdition par le bap­ tême dc Jésus-Christ ct soutient que, sans cc bap­ tême, ils obtiennent le salut éternel. » Int. August, epist., clxxv, 6, P. L., t. x.xxin, col. 762. 2n Concile de Mitèoe (116). Voir Mansi, t. iv, col. 325-334. — En cc même temps, sc réunissaient â Milèvc les 61 évêques dc la province de Numidic, sous la présidence du primat, Sylvain, doyen d’âge. Nous ne possédons dc cc concile que la lettre syno­ dale écrite au pape Innocent ct signée des 61 évêques, parmi lesquels Augustin. On demandait au pape. « puisque Dieu l’avait honoré d'une si haute dignité ct l’avait fait asseoir sur le Siège apostolique, de montrer sa fidélité dans le grand danger (pie courait l’Êglise ct dc s’opposer â l’expansion des erreurs pélaglcnncs ·. On y exposait combien dangereuse appa­ raissait une hérésie qui prétend que la prière n’est pas nécessaire aux adultes, ni le baptême aux enfants Int. Aug. epist., clxxvi, P. L., t. xxxtir, col. 762. Les 9 canons attribués par Baronius au concile de Milèvc sont postérieurs ct appartiennent au concile de Carthage (118), voir art. Milève (Concile de), col. 1753. L’évêque Jules fut chargé de porter en plus, a Borne, une lettre signée de cinq évêques, Aurèlc. Alypc. Augustin, Évodect Possidius. Ils y exposent longuement ct clairement toute l’affaire dc Pélagc. montrant que c’est nu souverain pontife â porter remède â un si grand mal qui commence à s’insinuer même dans la ville dc Borne. On y joignait le livre que Jacques ct Timasc avaient remis à saint Augustin, ainsi que la réfutation qu’il en avait faite; on avait annoté dans le livre dc Pélagc les passages les plus dangereux, afin que le pontife pût mieux les examiner. | On lui communiquait aussi une lettre de saint Au- I gustin à Pélagc dans laquelle le grand docteur répon­ dait â ΓApologie que cet hérésiarque lui avait envoyée après le concile dc Diospolis. Les évêques ajoutaient qu’ils n’avaient pas voulu prononcer quoi que cc soit, au sujet dc savoir si la perfection consommée peut avoir lieu dans la vie présente, ou seulement dans l’autre, bien que, toutefois, il soit absolument certain que, n’importe où cette perfection puisse être atteinte, on ne peut l'acquérir sans un bienfait dc la grâce de Dieu Epist., cLxxvn, P. L.. t. xxxm. col. 761-772. Ven le même temps, saint Augustin charge Lue. qui allait en Palestine, dc porter une lettre ù Jean de Jérusalem. Epist... clxxix, P. L., t xxxm, col. 771 Il le met en garde contre Pélage, lui transmet le livre que ce dernier a écrit sur les forces de la nature, aver la réfutation qu’il en a faite (De natura et gratia), montrant la différence entre les assertions dc Pelage, dans son livre, et 1rs réponses qu’il prétend avoir faites 696 nu concile dc Diospolis. Il lui demande communica­ tion des actes authentiques du concile de Jérusalem. 3° Sentence du pape Innocent !rr. - Aux lettres africaines, le pape répondit par trois lettres datées du 27 janvier H7 et adressées au concile de Carthage, au concile de Milèvc et aux cinq évêques, elles nous sont conservées dans In correspondance dc saint Augustin. Epist., clxxxi-clxxxiii, P. L., t. xxxm. col. 779-787, Jaffé, n. 321-323. Innocent Pr loue la science, le zèle et la vigilance des évêques d’Afrique, qui non seulement ont soin des Églises qui leur sont confiées, mais étendent mèmesurles autres leur pieuse sollicitude. II parle des deux conciles en termes très honorables, surtout pour avoir consulté le Siège apostolique dont il relève la dignité et l'autorité. Il refuse de tenir compte du concile de Diospolis. et parce qu’il doute de la sincérité des réponses dc Pélage, et parce que les actes du concile n’étaient accompagnés d’aucune lettre soit dc Pélage, soit de ses juges. En conséquence, adoptant la relation des évêques d’Afrique, il déclare Pélagc et Célestlui séparés de la communion de l’Êglise. Semblable peine est prononcée contre ceux qui entreprendront dc défendre avec opiniâtreté leurs erreurs. Puisse cette condamnation dc Pélage ramener â la saine doctrine ceux qui l’auraient suivi soit ù Home, soit à Jéru­ salem, soit ailleurs! On devine la joie d’Augustin. Dans un sermon au peuple de Carthage, il s’écrie : < Déjà deux conciles ont envoyé leurs décisions au Siège apostolique, dc là sont venus des rescrits favorables, la cause est finie, plaise A Dieu que l’erreur finisse de même! » Serin., cxxxî, n. 10, P. L., t. xxxviii, col. 729. C’est cette parole d'Augustin qui est devenue, par une simplifi­ cation qui n’en change pas le sens essentiel : Roma locuta est, causa finita est. Augustin, pourtant, n’était pas encore, il s’en fallait, au bout dc ses peines. Ayant enfin reçu les actes du concile de Diospolis, il put constater que Pélagc n’avait été absous que pour avoir fait extérieurement profession de foi catholique· Il se mit aussitôt â écrire ct à dédier a Aurèlc le De gestis Pelagii (417). Il y discute avec soin chacune des erreurs reprochées à Pélage comme aussi ses réponses. Il prouve que, si Pélage fut absous par le concile, son hérésie y fut indubitablement condamnée. Il blâme les violences exercées contre saint Jérôme par les partisans de Pélage. Dc gestis Pelagii in synodo Diospol., P. I.., t xliv, coi. 319-360 L’orthodoxie semblait triompher, elle va subir encore de rudes assauts. III. Bepiuse de la contkoveuse sous le pape Zosime. - 1° La revanche des novateurs. 2° Le grand concile de Carthage 3° La Tractoria du pape Zosime. /. LA REVANCHE DES NOVATEURS. — 1° Appels Ù Rome de Pelage et Célestius. — Le pape Innocent mourut le 12 mars 117 ct fut remplacé six jours plus tard par le pape Zosime. Pélage avait tenté dc se jus­ tifier en envoyant à Innocent, dont il ne connaissait pas la mort, une lettre ct une profession dc foi. Voir saint Augustin. De gratia Christi, I, χχχι, 33, t. xliv, col. 376, cf. col. 391 Lettre et profession dc foi vinrent aux mains d’Augustin; dc la lettre personnelle, des extraits sont cités par Augustin dans le traité ci-dessus; ils ont été rassemblés, un peu capricieusement, par Garnier. Voir P. L·., t. xlviii, col. 610 Le libellus fidei s’est conservé en entier, parce qu’il a été mis sous le nom de saint Jérôme ct de saint Augustin. Voir un texte critique dans 1 Inhn, Ribllothek der Sym­ bole, 3· édit., p. 288-289; cf. Garnier, dans P. L., t. xlviii, col. 488-191. —Célestius, plus audacieux, se rendit â Borne. Il y avait des partisans; ne préten­ dait on pas que le prêtre romain Sixte (le futur pape) 69/ I NT EH VENTIO N DE so montrait favorable aux ennemis de In grâce? Saint Augustin, Epist., cxci, P. L., t. xxxm, col.8C>7. Julien, évêque d’Êclanc en Campanie, favorisait déjà leurs sentiments. Après sa condamnation au concile de III, Célcstius s’elait retiré ù Êphèsc, s’était fait promouvoir au sacerdoce, puis, dénoncé par les évêques d'Afrique, s’était rendu ù Constantinople où il répandait scs idées. Il fut donc chassé par l’évêque Atticus, qui écrivit contre lui aux évêques d’Asie, deThessalonlque et de Carthage. C’est alors qu’apprenant la mort d’innocent, Célcstius paie d’audace et va trouver le nouveau pape, Zosime, pour sc laver des soupçons qu’on avait inspirés contre lui au Siège apostolique. Prenant l’offensive, il dénonçait son accusateur Paulin. Dans la longue profession de foi. cf. ci-dessus, col. 683, qu’il soumettait au Saint-Siège, on ignore comment il exposait son sentiment sur le secours dc la grâce; relativement au péché originel, il avouait que les enfants devaient être baptisés « pour la rémis­ sion des péchés ·. Essai dc reconstitution, dans Garnier, P. L., t. xlviii, col. 197 sq.: cf. t. xlv, col. 1718. On peut soupçonner aussi l’influence en sa faveur de Patrocle, le nouvel évêque d’Artcs. Celui-ci, en qui le pape avait trop de confiance, dut indisposer Zosime contre l'ancien évêque d’Arles, Héros, ct contre Lazare d’Aix, les deux adversaires du pélagianisme. L. Duchesne, Fastes épiscopaux de Γ ancienne Gaule, t. i, p. 95. 2° Synode de Rome : Justification partielle de Célcstius. — Dans le courant dc l’été 117, Zosime réunit une assemblée solennelle dans la basilique Saint-Clément. Nous n’en avons pas les procèsverbaux. On la connaît par ce qu’en dit le pape dans la lettre qu’il envoya aussitôt a Aurèlc ct aux évêques d’Afrique, Jallé, n. 329, P. L., t. xlv, col. 1719-1721, par le libellus du diacre Paulin. P. L., t. xlv, col. 1724, et par divers écrits de saint Augustin (surtout le De peccato orig., 5-8, P. L„ t. xliv, col. 388). Hequls de condamner les assertions que lui avait reprochées Paulin au concile de 111, Célcstius s’y refusa. Cependant, il accepta la doctrine exprimée dans les lettres du pape Innocent, ct l’on trouva irréprochable sa profession de foi, ainsi que la déclara­ tion par laquelle, ù Carthage, en 11 1, il avait reconnu la nécessité du baptême pour les enfants. Toutefois, ccttc concession était de pure forme étant donnée l’explication (pic Célcstius fournissait dc la pratique de l’Êglise. Saint Augustin, qui a eu les procès-ver­ baux en main, la rapporte en ces termes : In remissio­ nem precatorum baptizandos infantes non idcirco diximus ut peccatum ex tkaduch firmare videamur, guod tonge a catholico sensu alienum est; quia pecca­ tum non cum homine nascitur quod postmodum exer­ cetur ab homine, quia non natunv delictum sed volun­ tatis esse monstratur. Et illud (le baptême des enfants avec la formule en question) ergo confiteri congruum, ne diversa baptismatis genera facere videamur, ct hoc (la négation du péché ex traduce) pnvmunire necessa­ rium est, ne per mysterii (le sacrement) occasionem ad Creatoris iniuriam malum, antequam fiat ab homine, tradi dicatur homini per naturam. Saint Augustin ajoute (pie, sur la mauvaise impression qu’avalent faite ces paroles, le pape, dans son immense bonté, avait cherché à faire abandonner par Célcstius ce point de vue trop absolu. Des questions adroitement posées permirent à l’accusé dc ne pas se mettre en contra­ diction trop évidente avec le sentiment dc l’Êglise, Salut Augustin, Dc pecc. orig., 6-7, t. xi.n, col. 388. Interrogé au sujet des reproches (pii lui étaient adressés par Héros cl Lazare, il répondit qu'il ne con­ naissait pas l’un d’eux, ne l'ayant vu qu’en passant, ct (pic I léros lui-même lui avait fait,depuis, des excuses. PAPE ZOSIME G98 Maigre la soumission affectée par Célcstius a l’égard du Saint-Siège. Zosime. quoique incliné à l'indulgence, ne crut pas devoir l’absoudre dc l’excommunication. Il déclara qu’il fallait s’abstenir < dc ces disputes qui, provenant d’une contagieuse curiosité, n’édifient pas. mais plutôt causent des ruines» et remit à deux mois sa sentence, pour donner Λ Céleslius l’occasion dc revenir a dc meilleurs sentiments et pour prendre le temps d’écrire aux évêques d’Afrique qui connaissaient mieux cette affaire. Par contre, il excommunia Héros et Lazare, poussé par Patrocle qui tenait a défendre son siège d’Arles où il avait été placé par Constance. Dans sa lettre aux évêques d’Afrique, le pape les blâme d’avoir agi avec trop de précipitation; il les invite ù venir poursuivre devant son tribunal l’accusation intentée contre Célcstius. Paulin est per­ sonnellement sommé devenir soutenir les accusations par lui formulées. Voir art. Paulin de Milan*. 3° Justification de Pélage. — Sur les entrefaites, Zosime recevait une lettre de Praïlc, successeur dc Jean de Jérusalem, lui recommandant la cause dc Pélage. Le pape, d’autre part, avait en main la lettre dc Pélage et la profession dc foi adressée ù Innocent par Pelage ; ci-dessus, col. 696. Pélagc faisait des décla­ rai ions très explicites de soumission, mais esquivait les affirmations orthodoxes que scs adversaires exigeaient dc lui. sc contentant de termes volontaire­ ment équivoques. Il semble que la bonne foi du pontife sc laissa surprendre, car, réunissant un nouveau synode, il lit lire les écrits dc Pélage, leur donna une entière approbation, estimant que l’auteur se justifiait ainsi parfaitement ct désarmait les interprétations mal­ veillantes. Dès le 21 septembre, il le mandait à Aurèlc et aux évêques d’Afrique, leur disant la joie qu’avaient éprouvée « les hommes saints qui étaient présents » : -Quelques-uns pouvaient â peine contenir leurs gémis­ sements ct leurs larmes dc cc que des hommes d’une foi si parfaite avaient pu être ainsi calomniés. > II parlait avec irritation de 1 léros ct Lazare, se plaignant que les évêques d’Afrique aient pu ajoutir foi aux lettres de ces calomniateurs, ainsi qu’au témoignage de Timasc et de Jacques. Jatîé, n. 330, P. L.,1. xlv, col. 1719. A cette lettre, Zosime joignait un certain nombre dc textes de Pélage. < Leur lecture, disait-il, vous causera vraisemblablement la mcmc joie qu’a nous. » //. CO.VC/Z.A’ DE CAETUAGE. — La riposte des Africains ne sc lit pas attendre. 1° La lettre d'Aurèle. — Au reçu de la lettre du pape, Aurèlc, primat de Carthage, prit l’initiative. dans une assemblée assez restreinte, d'écrire A Home pour prier le pape de surseoir avant d’avoir reçu des renseignements complémentaires. On lui reprochait de s’être laissé tromper par les hérétiques, d’avoir accepté sans restriction le formulaire de Célcstius ct d’avoir cru qu’une vague adhésion aux lettres d’in­ nocent suffisait à mettre hors de cause des inculpés trop subtils. La lettre est perdue, mais un résumé en a été conservé par saint Augustin. Contra duos epist. pelagian., IL ni, 5, P. L., t. xliv. col. 571. Dans sa réponse (Jallé, n. 312, P. L., t. xlv. col. 1725-1726), le pape rassure ses correspondants. Tout en affirmant avec insistance son autorité, il déclare n’avoir rien voulu dirimer sans consulter les évêques d’Afrique. Il remarque, néanmoins, qu’il ne pouvait repousser sans l’entendre un accusé qui implorait sa justice, mais qu’aucune sentence définitive n’avait été prononcée, 21 mars IIS. C’était une invitation à l’Êglise de Carthage ù préciser sa position. C’est ce qu elle lit dans un grand concile réuni ù Carthage» mais . dont les canons, par une singulière fortune, ont porté I le nom de canons du 11* concile de Milèvc. 699 PÉLAGIANISME. INTERVENTION DU PAPE ZOSIME 2· Les 9 canons du concile. — Le concile, réuni le î" mai, comprenait 214 évêques; toutes les provinces africaines et même l'Espagne (Mauritanie Tingitane) avaient envoyé des représentants. 11 formula 9 canons relatifs au péché originel et Λ la nécessité de la grâce. Cf. P, L., t. lvi, col. 186 sq.; Mansi, t. ni, col. 810-823. Sc reporter à l’art. Mn.fcve (Concile de/ pour ce qui est en particulier de l'authenticité du 3· canon, et à l'art. Péché originel, col. 386 sq. pour ce qui est de l’interprétation théologique. Les canons se divisent naturellement en trois groupes de trois : 1. Péché d'origine et sa transmission. — Le 1" canon affirme le don préternaturel d’immor­ talité accordé ά Adam avant sa chute. — Le 2e canon affirme la transmission du péché d’Adam à sa posté­ rité. de telle sorte que, même pour les nouveau-nés. la formule du baptême « pour la rémission des péchés doit s'entendre dans le sens propre; seule doctrine qui s’accorde avec le texte de Rom., v, 12. Cf. Aug.. Serin., vu. - Le 3e canon nie la possibilité, pour les enfants morts sans baptême, d'entrer dans le royaume des cieux ou même de jouir ailleurs d’une véritable béatitude, en sc fondant sur la parole de notre Seigneur, Nisi quis renatus /uerit... Joan., m, 5: cf. S. Augustin, De anima et ejus orig., II. xn, 17. P L . i \li\ , col. 505. 2. Hole et nécessité de la grâce. — Le 1” canon affirme que la grâce justifiante est non seulement le pardon des péchés passés, mais aussi un secours pour éviter les fautes â venir. — Le 5· canon affirme que celte grâce est non seulement une lumière qui révèle la Loi. mais une force pour aimer et pratiquer le bien. La charité vient de Dieu. Eph., vi, 23. — Le 6' canon affirme que la grâce nous est donnée pour accomplir les commandements et non pas seulement pour les remplir avec plus de facilité. CL S. Augustin. Serin., CLXVin, De verbis apost. Eph., vi, 23. P. L., t. xxxvni, col. 911. 3. Possibilité d'éviter le péché. — La sainte Écriture est contraire à l’impeccance prônée par les pélagiens. — Le 7* canon interprète dans leur sens strict les paroles de I Joan., i, 8, de sorte que celui qui se pré­ tendrait sans péché dirait véritablement un mensonge. Cf. saint Augustin, Serm., clxxxi, n. 2, P. L., ibid., col. 979. — Le 8' canon défend de prétendre que les saints prient pour les autres, et non pour eux-mêmes, quand ils prononcent ces paroles du Pater « pardonneznous nos offenses ·. C’est aussi le sens de l'épitre de saint Jacques, m, 2 : « Tous, nous offensons Dieu en bien des choses et / .î ma m. col 298-3 De son coté, Julien écrit au clergé de Home; xoici quelques extraits capables de faire apprécier sa sin­ cérité dans les accusations qu'il lance contre ses adver­ saires : · Ces manichéens disent que le libre arbitre a péri par le péché d’Adam et que personne n'a plus le pouvoir de bien vivre; mais que tous sont contraints au péché par la nécessité de la chair. Ils disent aussi que le mariage, tel qu’il sc fait aujourd'hui, n’a pas été institué par Dieu et c’est cc qu'enseigne Augustin dans son livre auquel j'ai répondu par quatre livres; et nos ennemis se sont servis de ces paroles d’Augustin pour rendre la vérité odieuse. Ils disent encore que les mouvements charnels et l’usage du mariage ont été inventes par le diable; que, pour cette raison, les innocents naissent coupables cl que ceux qui naissent de cet accouplement diabolique ne sont pas les créa­ tures de Dieu, mais celles du diable, cc qui est évidem­ ment manichéen. Ils prétendent que les saints de (’Ancien Testament n’ont pas été sans péché, c’est-àdire que leurs offenses n’ont pas été effacées par la pénitence cl qu'ils ont été surpris par la mort dans ces péchés; que l’apôtre saint Paul, ou même les autres apôtres, ont continuellement été souillés par une concupiscence effrénée, que Jésus-Christ n’a pas été exempt de péché, qu'il a menti ct a été souillé d'autres fautes par la nécessité de la chair. Ils enseignent aussi que le baptême ne donne pas la rémission des péchés el n’efface pas les crimes; qu’il ne fait, pour ainsi dire, que les racler, en sorte que les racines de tous les péchés demeurent dans la chair qui est maux aise. Conservée par fragments dans le traité Ad Roni/acium papam, I. I. P. L., t xliv, col. 552 iq. Quand saint Augustin reprochera à Julien sa lettre au clergé de Home, celui-ci essaiera de la désavouer. Il osera répondre : < Il (Augustin) fait mention d’une lettre qu’il dit que j’ai envoyée à Home. Mais nous n’avons pu deviner de quel écrit il veut parler. Op, imper/,, I, 18, t. xlv, col. 1057. On a voulu attribuer la lettre à Célcstius, mais l’au­ teur de cette lettre parle de quatre livres qu'il a com­ posés contrôle livre De nuptiis de saint Augustin. Or. ceci ne peut convenir qu’à Julien pris en flagrant délit de fausseté. 5U Réplique d’Augustin Sensiblement à la même date, c’est-à-dire vers la lin de 118, Julien avait écrit au comte Valère, gouverneur de Ravenne, conseiller 1res écouté de l’empereur. Il s'y présentait comme persécuté parce qu'il résistait aux doctrines mani­ chéennes. Mis au courant, l’évêque d’Hippone dut se défendre auprès du conseiller d’Ilonorius et écrivit le premier livre de son ouvrage De nuptiis et concupis­ centia, P. L., t. xliv, col. 111171. Julien y répondit aussitôt par ses quatre livres Ad Turbantium, fragments fournis par le Cont. Julianum, recueillis par A. Bruckner. Die ider Pitcher Julians non .Eclanum an Turbantius. Ein Rcilrag :ur Charak* teristik Julians und Augustins, dans Xeue Studien ztir Gesch. der Theol und Kirchc de Bonwetsch cl Svbcrg, t vin, Berlin. 1910. Saint Augustin ne reçut d’abord du comte Valère qu’un résumé de cet ouvrage el y répondit par le II· livre du De nuptiis et concupiscentia (120). mais quand il put sc procurer le texte complet de son adver­ saire, il constata que l'extrait qui lui avait été com­ muniqué n’était pas tout à fait conforme à l'original cl il se hâta de le réfuter plus complètement dans scs six livres Contra Julianum (121), P. λ., I. xliv, col. 641-874. Comme Julien traitait de manichéens ceux qui souDICT. DE TliÉOL. CAT11OL D’ÉLLA NE 7OG tenaient le péché originel, saint Augustin lui fait voir d’abord que ce reproche atteint les plus illustres Pères grecs ct latins; il les cite et montre que leur doctrine est conforme à la sienne, puis il démontre que c'est Julien qui favorise le manichéisme. El, comme il voyait bien que Julien récuserait ccs autorités, il réfute ensuite chaque livre de Julien par un des siens, mon­ trant que la foi catholique est véritable et que les principes des pélaglcns mènent au manichéisme. Julien aimait à exalter les belles actions des héros de la Rome païenne, tout en reconnaissant que ccs actions sont stériles pour le ciel. Toutefois, il ajoutait : Est-ce à dire qu'ils soient dans l'éternelle damna­ tion ceux en qui était une vraie justice? ♦ cité par saint Augustin, Contra J ut., IV. m, 26, col. 751. Le grand docteur précise ainsi la doctrine : I. Pour pro­ clamer un acte ■ moralement bon », il faut regarder non seulement son objet, mais aussi la fin (intrin­ sèque), visée par l'agent; 2. Les actions héroïques des païens furent souvent gâtées par une fin mauvaise (recherche de la vainc gloire), qui les rendait cou­ pables; ?. Julien concédant que l'homme a été élevé par Dieu à une fin surnaturelle, il conviendra de n’ap­ peler bonnes que les actions qui conduisent à celte fln dernière. A ce point de sue, les actions cl vertus sim­ plement honnêtes des infidèles sont défectueuses; elles manquent la lin concrète de l'homme cl saint Augus­ tin les appelle des péchés; I. Ces actions simplement honnêtes des païens sont un don de Dieu, une faveur de la Providence, il est illégitime de les attribuer au seul libre arbitre. Ibid., IV, îii, 16, 22, 33, col. 744. I 749, 755. Entre temps, le pape saint Boniface 1er lui ayant transmis les deux lettres de Julien, l’une adressée a Rome, l'autre à Rufus de Thcssaloniquc, saint Au­ gustin y avait répondu par scs quatre livres. Contra duas epistolas pelagianorum (420), P. L., t. xliv, col. 519-638. Augustin se défend d’être manichéen, de nier la liberté el de condamner le mariage. Dans les trois derniers livres il répond à la n* lettre et précise la doctrine des pélaglcns. Il adresse l’ouvrage à Boniface, en le priant de l’examiner ct de le corriger au besoin, s’il y trouve quelque chose de répréhen­ sible. Julien, dans son dernier ouvrage, cite quelques passages de ccs livres, mais n'entreprend pas d'y répondre. Julien ayant longuement réplique au De nuptiis ct concupiscentia par un ouvrage en huit livres adressé à Horus. un de ses compagnons d’exil, saint Augustin, quoique alors occupé à rex oirscs propres écrits ( Retrac tationes), sc remit courageusement à l’œuvre, pour ten 1er une réfutation définitive. Il dut partager son temps entre ces deux travaux menés parallèlement, donnant le jour à l'un ct la nuit à l’autre. 11 répondit à Julien en citant d’abord son texte, puis en ajoutant les réfu­ tations nécessaires. Cette méthode l’obligeait a répéter souvent les mêmes réponses, mais il aimait mieux que les forts pussent lui reprocher sa trop grande exac­ titude que si les faibles axaient pu se plaindre qu’il manquât à soulager leur faiblesse ». Le saint travailla ainsi jusqu'au soir de sa vie, et alors même que les Vandales l'assiégeaient dans Hippone. Il fut surpris par la mort ( 130) alors qu’il avait réfuté six livres sur huit. Opus impcr/ectum, ou mieux Contra secundam Juliani responsionem libri V/. /’. L·., t. xlv, coi. 10491608. 6° Interventions gouvernementales. - Cependant, après quelques hésitations, l'cmpeieur s’était décidé à reconnaître le pape Boniface (avril 419) et à condamner une seconde fois l’hérésie au civil, Une lettre fut adres* éc ;.u\ principal X évêques, au nom des deux souve­ rains I lonorlusct Théodose;elle est datée du9 juin 419. En voici quelques passages; » Depuis longtemps, il T. — XII — 23 707 PÉLAGIANISME. EN BRETAGNE 708 leur accordons pour délibérer, ils ne renoncent pas a Célestius, inventeurs d’une doctrine exécrable ct corrupteurs de la vérité catho­ leurs erreurs pour rentrer dans la foi de l’unité catho lique, seraient expulsés de Borne.,, Leur criminelle opi­ lique, qu’ils soient chassés des Gaules. » Texte dam P. L., t. xlviii, col. 409. niâtreté dans l’erreur nous oblige à renouveler notre 1° Le moine Léporius. I) faut rapprocher de ce prescription, nous venons de décider que ceux qui, décret, du moins Garnier l’a conjecturé, cf. P. /.. sachant en quel endroit de l’empire se trouvent Pelage ct Célestius, auront négligé de les chasser ou de les si­ t. xlviii, col. 112, l’étrange cas du moine Léporius (Voir son article.) Cc moine, originaire de Gaule (de gnaler, seront punis comme complices. Il importerait Bellay ou de Trêves), dépassa les erreurs de Pelage en que vous puissiez opposer votre autorité à l’attitude les combinant avec des erreurs christologlqucs. D’après de certains évêques qui. persistant dans l’erreur, viennent en aide aux deux novateurs par un consente­ Cassien, il disait que Jésus-Christ n’était en naissant qu’un pur homme, qu’il avait acquis la divinité par ment tacite, ou refusent de les attaquer publiquement. le mérite de scs travaux el en récompense de ses souf­ Il faudrait que le dévouement de tous les chrétiens frances; qu’il avait vécu sans aucun péché non par proscrivit cette hérésie jusqu’à cc qu’il n’en restât plus l’union de la divinité, mais par la force du libre aucune trace. C’est pourquoi, vous vous adresserez à arbitre; qu’il avait été fait Christ à son baptême el tous les évêques leur enjoignant de rendre, à cet égard, Dieu après sa résurrection; qu’il n’était point venu témoignage de leur foi : ceux d’entre eux qui néglige­ pour donner aux hommes la grâce de la rédemption, raient de souscrire la condamnation de Pélagc ct de mais pour leur montrer seulement l’exemple d’une vie Célestius seront dépouillés de la dignité épiscopale, chassés pour toujours de leurs cités et retranchés de la sainte; qu’il ne fallait pas l’honorcr pour lui-même comme étant Dieu, mais comme ayant mérité, parses communion de l’Église. » Inter August, epist., ccï, vertus, d’avoir Dieu en lui. Il concluait que les autres t xxxrn, col. 926. hommes pouvaient, eux aussi, par eux-mêmes, ct Julien osa déclarer que le reserit impérial était en sa faveur parce que les erreurs des manichéens avaient sans le secours de Dieu, vivre sans aucun péché el été proscrites. C’est alors qu’il composa son livre De obtenir tous les autres avantages auxquels Jésus constantiæ bono contra perfidiam Maniduci. Christ était parvenu. Sur l’exactitude de cc signale Boniface fit appliquer l’édit impérial : Turbancc ment doctrinal, voir I.i point s, col. 135«q. se soumit, les autres furent déposés, Julien ne le sera De telles erreurs le firent chasser de Gaule; arrivé en qu’en 121. Afrique, il fut reçu charitablement, instruit cl con­ Cependant, le préfet de Borne, Volusicn, oncle de verti par Aurèle et quelques autres évêques, Augustin Melanie la Jeune (P.iotius.cod.iJiî)étail païen et favo­ surtout. Ce trait éclaire le cœur el les procédés de ces risait les pélagiens, ce qui permettait à Célestius de rudes Africains, que l’on serait parfois tenté de trouver demeurer secrètement à Borne. Constance, associé à âpres dans la polémique, mais qui joignaient à une l’empire comme beau-frère d’Honorius. écrivit à Vo­ ardente haine de l’erreur un amour profond pour les âmes et ceci nous fait conjecturer que, s’ils n’ont pu lusicn, sans doute a l’instigation de Boniface, pour le forcer â exécuter les édits déjà portés (121). ramener à la foi catholique des adversaires comme Pc Julien et ses compagnons allèrent se réfugier en lage, Célestius el Julien, c’est que ceux-ci unissaient à Cilicie auprès de Théodore de Mopsuestc. Ce dernier un grand orgueil un al lâchement excessif ct coupable jouissait d’une grande réputation en Orient, il écrivit à leurs propres idées. un ouvrage en cinq livres. Contre ceux qui soutiennent Léporius,une foisconverti,envoya sa rétractation aux que Γhomme pèche par nature ct non par volonté, voir évêques des Gaules, Gennade, De vir., 59, dit qu’ayant cc quicitdit art. Péciii’: ORïOlXEL. col. 356 sq. C’est d’abord suivi le dogme des pélagiens, il demanda par à Mopsuestc que Julien aurait composé le Commen­ don de son erreur par celle lettre, rendit grâces à Dieu taire sur le Cantique (ci-dessus, col. 703). de l’en avoir tiré, corrigeant en même temps les mau­ Garnier n conjecturé qu’apprenant la mort de l’em­ vais sentiments qu’il avait eus sur l’incarnation. Il pereur Honorius (août 123) ct du pape Boniface semblerait donc qu’une grande partie de la lettre (septembre 422), Julien serait rentré en Italie à la lin devait être contre les pélagiens. Or, la lettre publiée de 123, P /.., t. XLViii, col. 291. Mais les preuves qu’il par Sirmond ne concerne que l’incarnation, à moins de apporte à l’appui sont extrêmement faibles; il n’y a voir un désaveu du pélagianisme dans celte humble guère plus de fond à faire sur un concile tenu en finale ; « Voilà quelle est notre foi. Voilà le changement Cilicie, apres le départ de Julien, où celui-ci aurait été ct la conversion qu’il a plu au Très Haut d’opérer en condamné par les évêques de la province, y compris nous. C’est là ce que nous croyons C’est là ce que nous Théodore, (’.elle affirmation ne repose que sur une suivons par la miséricorde de Dieu, et non par le phrase peu claire de Mercator, ct personne que lui ne mérite de notre propre sagesse, afin que nous ne nous connaît ce concile. Hc/ut. Theodori, 3. P. L., t. xlviii, glorifiions point en nous-même. Cette lettre dont on a col. 216. Quoi qu’il en soit, on retrouve le groupe pélaattribue la composition à Augustin lui-même ce qui gicn à Constantinople où il parait bien qu’Atticus est loin d’être évident fut signée aussi par Domnin (t octobre 123) a sévi contre lui. C’est ce qui ressort cl Bon, sans doute les deux compagnons de Léporius. Les quatre évêques. Aurèle, Augustin, FL.rcntius ct d’une lettre du pape Celestin à Nestorius, sans q le l'on puisse rien dire sur les suites de cette action, car Secundinas adjoignirent une lettre pour recommander peu de temps après on entendra parler d’un nouveau le pénitent à Proculus cl à Cyllenius. Ils n’attendirent séjour, dans In ville impériale, de Julien et de son pas leur réponse pour l’admettre à la communion. Il semble que Léporius demeura en Afrique cl fut même groupe (Florus, Oriontius, Fabius); cl Célestius luipromu au sacerdoce. même s y trouve sans doute en 129. Voir ci-dessous 2· Le pélagianisme dans la liretagne insulaire. Il //. LE PP.LA&AXlXXiE P AXS les uaui.es et ex DEETAGXB. —NOUS en constatons les traces par cc faut mentionner la mission de Germain d’Auxerre, envoyé par le pape Célestin en Bretagne pour lutter décret de I empereur Valentinien adressé a Amacius. contre certains restes des erreurs pélagicnnes. Un préfet des Gaules, et daté du 9 juillet 125 : « Pour ce évêque nomme Fastldlus avait etc initié, au cours d’un qui regarde les divers évêques qui suivent les erreurs voyage en Sicile, a la doctrine de Pelage Aidé d’un de Pelage ct de Célestius, comme nous avons lieu de certain Xgricola. lil* de l’évêque Sévéricn, il se mit à la croire qu’ih se corrigeront, nous ordonnons qu’ils répandre. Le diacre romain Palladius informa Celes­ soient sommes de le faire par l’évêque Patrocle; ct si. tin du Conc. Ephes., vol. i, ça tor. Dans le courant de 129, il rédigea contre les pars 3, p. 12; cf. Mansi, t, iv. col. 1125. Même idée pélagiens un acte d'accusation en règle, c’est la dans une lettre adressée au clergé de Constantinople: pièce qui a pris place dans la Collectio Palatina sous « les évêques de Jean sont des partisans de Nestorius le titre : Commonitorium quod super nomine Civleslii ct de Célcstius -. Et la lettre ajoutait : < Si quelqu'un graeco sermone a Mercatore datum est. I.a petite préface pense comme Neslorius ou Célcstius, il est condamné de ce document indique qu’il a été adressé ù l’Église par le concile. » Ibid., p. 27. Accusation correspondante de Constantinople ct à plusieurs personnages très reli­ des· Orientaux » dans une lettre adressée à Hufusdc gieux, ct offert aussi au très pieux empereur Théo­ Thcssaloniquc : · Les cyrilliens ont reçu dans leurs dose; qu’il a été traduit du grec en latin par ce même rangs des gens accusés d’hérésie ct qui ont les opinions Marius Mercator, serviteur du Christ, sous le consulat de Célcstius ct de Pélage (ce sont des cuchitcs et des de Florentius ct Denys (129); que cette pièce ayant enthousiastes »). » Ibid., p. 42; Mansi, col. 1416 fait connaître une erreur très funeste, par décret im­ Les légats romains arrivent à la mi-juillet. On a un périal, Julien, son défenseur et fauteur avec ses autres procès-verbal très sommaire de la séance qui fut tenue adhérents, ct, plus tard, Célcstius avaient été chassés en leur présence le 17 juillet ct où saint Cyrille fit l’his­ de la ville, en attendant qu’ils fussent condamnés torique de ce qui s’était passé tout spécialement depuis par le concile d’Éphèsc. Texte de l’éd. Garnier, dans l’arrivée A Éphèsc de Jean d’Antioche. Visiblemenl.il P. L., t. XLViir, col. 63-108; et mieux dans Schwartz, est exaspéré par les accusations d’hétérodoxie portées contre lui par les Orientaux. · Pour nous, dit-il, nous op. cit., vol. v, p. 65-70. Ce court travail énumère n’avons jamais suivi d’opinions hétérodoxes; nous anasuccessivement les condamnations qui ont frappé la thémalisons Apollinaire, Arius, Eunomius et Macédodoctrine pélagienne : concile de Carthage de 111; nius, Sabellius, Photin, Paul (de Samosate) ct les ma­ action d’Atticus de Constantinople; procès à Borne nichéens et toutes les autres hérésies ct, en outre, l’in­ sous le pape Zosime; Tractoria de ce meme pape; venteur des nouveaux blasphèmes, Neslorius, ct ceux lettres d'innocent Ier aux conciles de Carthage ct de qui pensent comme lui et ceux aussi qui partagent les Mi lève (on voit que Marius ne respecte pas l’ordre idées de Célcstius ct de Pélage. · Ibid., p. 22; Mansi, chronologique); lettre de Thcodotc, évêque d’An­ col. 1317. tioche. ct de Praïle, évêque de Jérusalem. I.a pièce se C’est sans doute A cette séance tenue en présence des termine sur une sommation, adressée A Julien, de con­ légats romains que se rapporte le long compte rendu damner Pélage ct Célcstius cl d’imiter les nombreux adressé au pape Céleslin par saint Cyrille au nom eu personnages qui, après s’être laissé séduire par de telles erreurs, ont fait leur soumission au Siège aposto­ concile cl qui donne un résumé des événements. L'es le début, on y représente les partisans de Jean connue lique ct ont été juges dignes de miséricorde. comptant dans leurs rangs des célesticns et dis péla­ Nous n’avons, sur l’action impériale qui aurait suivi, giens, puis, vers la fin. on ajoute ceci : « Après h dure aucun autre renseignement que celui de Mercator. On a remarqué que celui-ci met une certaine sépara­ des mémoires (sans doute apportés par les légats) sur la condamnation (en Occident) des impies pélagiens tion dans le temps entre la sentence qui frappe Julien ct célesticns, de Célcstius, Pélage, Julien, Pcrsidius, et scs compagnons et celle qui atteignit Célcstius. Florus, Marcellin, Oronlius cl de leurs adhérents, nous Est-ce dans cette inters aile que se situerait une lettre avons jugé, nous aussi, que devait subsister ferme de Nestorius à Célcstius qui est donnée par la Palatina et inébranlable ce qui a été décidé A leur sujet par immédiatement avant le Commonitorium, Schwartz, ibtd., p. 65, ci. éd. Garnier, P. L., t. xlvih, col. 181- i votre piélé cl nous joignons notre suffrage au vôtre pour les condamner. Ibid., p. 9; Mansi, col. 1337. 181? C’est possible, bien que non démontré. Si nous Voilà tout ce que permettent d’assurer les pièces entendons bien le texte, l’archevêque veut consoler conservées. L’on pourra en tirer ceci : que, dès les Célcstius des persécutions qui. pour lui, semblent débuts, au milieu me me des complications créées par le imminentes. Elles tiennent, ces persécutions, â ce que cas de Nestorius, on n’ax ait pas perdu entièrement de l’on a confondu Célcstius avec le groupe de Julien. Ce v uc la quest ion pélagienne, puisque, de part et d’autre, n’est pas une raison pour ne pas rester fidèle à ses cyrilliens et Orientaux s’accusent mutuellement de convictions (nntimanichéennes). Il est question, à la tin, d’un concile dont Nestorius a fait parvenir les déli­ compter dans leurs rangs des pélagiens. L’arrivée dis légats romains, dans les conditions que l’on sait, amena bérations aux évêques d’Occident ct d’Alexandrie. Ce saint Cyrille A prendre plus exactement conscience pourrait être ce synode permanent dont il a été que de l’importance que le Siège apostolique attachait à ce tion ci-dessus et où le prêtre Philippe aurait dû êtie problème. Bien que la lettre du pape au concile ne fit accusé de manichéisme par Célcstius. pas mention explicitèrent de l’affaire de Pélage cl tM Le pélagianisme au concile d'fcphése ( 131 ). On consorts, cf. art. Ni sionit s, col. lit) les instructions sait combien il est difficile de tirer des textes act ut lh transmises oralement aux légats dolv< i avoir visé ce ment existant une représentation exacte de ce qui point auquel le pape t.ékstin tenait bc lUvoup II ncus est passé à Éphèsc. Voir art. Nestohius. col. 86 sq. 713 PÉLAGIANISME. DESTINÉES U LT E K I EU KES parait extrêmement probable que les légats appor­ point de péché originel, que les enfants morts sans taient les différentes pièces relatives aux condamna­ baptême ne pouvaient être condamnés ct que l’homme, par le seul usage de son libre arbitre, pouvait devenir tions doctrinales ou personnelles émanées du Siège heureux. Gélasc ayant vraiment essayé de le con­ romain dans l'affaire. C’est à ces υπομνήματα, lus en vaincre rl de le ramener à l’orthodoxie, écrivit aux séance, en présence des légats, que le concile déclara évêques de la Marche d’Ancône, réfutant les erreurs souscrire pleinement. de ce vieillard obstiné ct réprimandant ces évêques de C’est à cela que semble se réduire l’intervention du ne pas les avoir combattues (lrr nov. 493). Jaffé, n. 621, concile d'Éphùse dans la question pélagienne. Les deux P. L , t. lix, col. 34-41. canons 1 et t, fournis par Mansi, t. iv, col. 1171, sous On sait, d'autre part, que Gélasc a composé, soit la rubrique vit· session, et reproduits dans Denzinger, avant, soit durant son pontificat, un certain nombre n. 126 et 127. ne sont pas des canons au sens technique de dissertations théologiques. L’une d’entre elles est du mot. mais des membres de phrases extraits après une longue réfutation du pélagianisme ; Dicta adversus coup des textes que nous avons signalés. pelagtanarn lurrcsim, P. I.., ibid., col. 116-137. Ces Ultérieurement, le pape Célestin, dans une lettre du diverses manifestations montrent qu’au jugement du 15 mars 132 adressée au concile, recommandait de Siège apostolique la vieille hérésie avait encore con­ recevoir charitablement les célesticns qui viendraient â servé quelques partisans. Ils durent se raréfier de plus résipiscence. Jaffé, n. 385; même idée dans la lettre adressée à Maximien élu pour remplacer Nestorius à' en plus, car l’on ne trouve plus, au cours du vi* siècle, Constantinople. JalTé, n. 387. I d’interventions pontificales analogues à celles de 5° Julien après le concile d'Éphèse. - Julien tâcha Gélasc. Ce que l’on a assez malencontreusement appelé le de rentrer dans les bonnes grâces du pape Sixte III semi·pélagianisme est quelque chose de tout à fait diffé­ (132-140) et de recouvrer la dignité épiscopale. Le pape, rent, et doit être considéré comme une réaction plus fort inépar les exhortations du diacre Léon (qui devait ou moins vive contre l’augustinisme intégral. Il con­ lui succéder), sut résister à ses ruses. Certains disent (pie Julien, chassé d’Italie, aurait résidé à Lérins pen­ vient donc d'étudier cette doctrine des · Marseillais > clagianorum et massiliensium contra fidem erroribus disser­ informés des ravages du pélagianisme en Dalmatic, tatio IV, in-S°, Bruxelles, 1709; L Patouillct, S. J., l.a vie de Pelage, s. L, 1751, Histoire du pélagianisme, 2 vol., nous avons immédiatement ouvert une enquête, ct Avignon. 1763 et 1767. nous vous avons écrit pour savoir la vérité... Loin de Du côte protestant, il faut nu moins signaler : J. G. Walch, vous indigner de ma parole, il vous faut redoubler de Dissertatio de pclagianismo ante Pelagium, léna, 1738, ct vigilance, m’informer des mesures que vous avez l’étmle consacrée au pélagianisme dans Ch. \V. E. Walch, prises pour arrêter la propagation des mauvaises doc­ Entunirl einer voltstandigcn Historié der Kclzercicn, t. iv, trines et associer dans ce but vos efforts aux nôtres. Je Leipzig, 17G8. vous envoie une série de propositions que devront 2° I ravatix récents. — G. 1·’. Wiggers, X'ersuch einer prugmalischcn DarUellung des Augustinismus und Pelagiam*· souscrire ceux qui voudront abjurer l'hérésie. Je l’ai mus, 2 vol., Hambourg, 1821-1833; F. Klascn, Die innerf dressée avec le plus grand soin, en reproduisant les Entudekelung des Pelagtanismus, l'ribourg-cn-B., 1SS2; paroles mêmes (les pontifes, mes prédécesseurs, et des docteurs de l’Église. JalTé, n. 626, P. !... t. lix. , II. von Schubert, Der sogenanntc Pn i d» sfinatus. Ein Heilrag zur Gesch. des Pclagianismus, dans Texte und col. 33. l-ntrrsiich., t. xxiv, fasc. I. Leipzig, 1903. Voir aussi L’hérésie pélagienne s’était encore répandue dans F. Loots, Pelagius und der pelagianlschc Streit, dans Prol. le Picénum. autrement dit la Marche d'Ancône. Un Healcncgclopddie, t. xv, 190-1, p. 747-771 Duchesne \icillnr01 et 1513. Enlin, il faut remar­ p. 21 quer encore qu’OaW.dd m fut point h second nom de R. Hedde ct E. Amann. PELBART LADISLAI DE TEMESVAR, frère mineur de l’observance (χν· siècle). — Origi­ naire de Temesvar, en Hongrie (qui fut arrachée à Pclbart,comme I aflirme V adding.op. cit. Ccttc confu­ sion sera venue d. c qu’Oswaid de Lasko a complété ct achevé Γ \itrcum ur. i l'oologiiv rosaria n de Pclbart. 717 PELBART DE TEMESVAR Wadding, Scriptores ordinis minorum, Home, 1900* I». 181, 183-181 ; J.-ll. Sbarnlea, Supplementum ct cmtigatlo ad scriptores trium ordinum .S. Franclsci, t. n,2· id., Rome* 1021, p. 301,316-317; II. Hurler, Nomenclator, 3· id., t. n, coi. 1002-1003; t’. Chevalier, Répertoire des sources histo­ riques du Moyen Aye, Bio-bibliographie, t. Il, col 35653566; Λ. Ziiunrt, The history of franciscan preaching and o/ franciscan preachers ( FJ09-J927 ). A bio~bi bito graphical studg (Franciscan studies, t. V11), New-York, 1928, p. 333331; N. Paulus, Geschichte des Aidasses in MUtckiltcr, I. Ill, Geschichte der Ablasses am Ausgange des Mittrlalters, Pader­ born, 1923, p. 123-124; L. I Inin, Repertorium bibliographtcum, t. n b, Berlin, 1925, p. 50-54, n. 12548-12560; W.-A. (’opinger, Supplement to Hain's Repertorium bibliographt· cum, Berlin, 1926, p. I, p. 369, n. 12551-12564; p. II, vol. n, p. 9-10, n. 4665; G.-W. Panzer, Annales typographic!, t. vi, 132, 9, io. 12; t. vn, 43, 972; 66, 1-4; 67, 8; 10; 69. 19;20; 72, 40; 74, 58; 76, 73; 77, 80; 79, 102; 80, 110; 291, 131-132; 292, 133-134 ; 307.259-260; t. ix, 167, 73 b-c; 165. 2 b; t. xi. 416, 5; 22; 356, 56 b; 417, 22 b; 27; 29; 418, 11-42; 419, 45 c; 120,73 b; 422, 108; 424. 172; 446, 129 c-d; 357, 65 c; E. Stevenson, inventario dei libri stampati Pala· lino-Vaticani, t. î, Borne, 1889, p. il, n. 2392 a, 1889 a, 2391,2393 b, 1890 b; Maittaire, Annales typographic!, t. î, Amsterdam, 1733, p. 488; A. Szilâdy, Temrsvari Pclbârt. Elete és numbdi.Budapest, 1880; C. I lorvûth, Tcmesvàri Pel· Mrt és bcszédci, Budapest, 1889; J .-Ch. Brunet, Manuel du libraire, 5* id., t. iv, Berlin, 1922, col. 470; Idem, Supplé· ment, t. n, Paris, 1880, col. 190. Am. Teetaeht. PELECYUS Jean, jésuite allemand, né â L’hn P E LL ICA N US (CONRAD) 718 qu’il avait quelque ouvrage en tète, il prenait un pain, quelques bouteilles de vin ct une cruche d’eau, et mettait une couverture sur un mauvais fauteuil de paille, fermait les fenêtres pour ne point voir le jour, s’enveloppait de sa couverture et travaillait ainsi jour ct nuit, sans interruption. Pelhestre fit une critique amère de la Rtbliolhèqur des auteurs ecclesiastiques d’E. du Pin. Cet ouvrage est resté inédit. Il remplit de notes la Bibliothèque des auteurs ecclésiastique* de Cave. Il publia en 1697. a Paris, la seconde édition, revue ct considérablement augmentée du Traité de la lecture des Pères de ΓÉglise. composé avec discernement et avec goût par dom Bonaventure d’Argonne, O. S. B., mort chartreux a Gaillon, en 1704. Il revit el corrigea la traduction française des Lettres de suint Paulin. H composa aussi des Remarques contre les Essais de littérature * de l'abbé Tricaut, Paris, 1703; ct, vers 1704, un article sur l’Indulgence de la Portioncule, dans les Mémoires de Trévoux. Glnirc-Walsh, Encyclopédie catholique, t. xv, p. 323524; L. Moteri, Le grand dictionnaire, t. vu, éd. de 1751, p. 81 ; Bichurd ct Giraud, Bibliothèque sacrée, 2* éd., t. xix, p. 174; Feller, Dictionnaire bistoriquf, 25 édit., t. vî. p. 419; Encyclopedia universal ilustrada eumpeo-amcricana, t. xi.iu, p. 50. Am. Tebtaert. PÉLICAN Pierre (159Î Dominicain en 1545,admis au noviciat à Home en 1567. Il enseigna originaire de Blois qui, après avoir été missionnaire neuf ans la philosophie ct seize ans la théologie A Ingol- î aux Antilles, écrivit divers ouvrages théologiques, stadlcl A Dillingen ; il fut prédicateur pendant plusieurs dont beaucoup restèrent manuscrits. Hurter cite sa années, quatre ans supérieur A Altoel ting, quatorze ans publication d’un Canticorum cantica commentarium, instructeur de la » troisième probation » à Ebersberg in-fol., Paris, 1656. Pélican a aussi composé un ou­ et mourut à .Munich le 31 décembre 1623. — Outre vrage sur le rosaire, L'honneur de la très sainte Mère de nombreuses thèses défendues par ses élèves dans de Dieu..., Tulle, 1640. in-4°; ct un essai de théologie les disputationes publiques (Sommervogel en énumère morale biblique intéressant sur la notion de perfec­ I pour la philosophie, Ingolstadt 1574-1579, et 18 tion : La morale évangélique..., Paris, 1657, in-4·. pour la théologie, Dillingen, 1582-1597), le P. Pelccyus Mais il est surtout connu pour son édition des opus a laissé plusicuis ouvrages de théologie ascétique com­ cules de saint Thomas : S. Thomn Aquinatis opuscula posés dans ses dernières années : Malum summi mali omnia theologica et moralia ac considerationes, Paris. sive de infinita gravitate peccati mortalis libri quinque, 1656. in-fol , 970 p., où il fut fort embarrassé par Munich, 1615, 2· éd., ibid., 1617, traduit en allemand des questions de textes ct d’authenticité. par le chanoine Marlin Hueber, Munich, 1617; De humanorum affectuum morborumque cura libri duo, Hurter, Nomenclator, 3e édit., t. iv, p. 43; QuchlMunich, 1617, réédité A Strasbourg en 1715, traduit Eclutrd. Scriptorc* ord. prtrdic., t. h, p. 650. en allemand en 1618 par le P. Conr. Vetter, S. J.; M.-M. Gonct. Turris Rabet universitas iniquitatis sive de mort i fero PELLENS Jean, frère mineur (xvi· siècle). lingun· humana· veneno ejusque pnvscnti remedio libri Né A Liège, il fut gardien A Deventer et professeur duo, Munich, 1620, traduit en allemand, Munich, 1622; de théologie A Louvain. H mourut A Anvers, le 2 I sep­ De afficio religiosi libri très, Munich, 1622. La biblio­ tembre 1604. H est l’auteur d’un ouvrage intitule thèque du lyctjc de Dillingen conserve de lui deux De virtutibus theologicis fide, spe et charitate en 3 livres traites manuscrits de 1595, l’un sur l’Apocalypse, L. Wadding, Scriptoris ordinis minorun. Borne. 1906, l’autre sur lu Genèse. p. 148. \gricola, Hist, prou. Germania super., t. n (par le P. It.-X. Kropf, 1746), p. 347-318; Sommervogel* Bibl. de la Comp, de Jésus, t. vi, col. 140-4 15; Hurter. Nomcncl., 3· éd., I. m, col. 636. J. P. G HAL’S! M. Plorro, théologien français (xvn· siècle). - Né à Rouen vers 1635, il vint en 1653 A Paris pour y terminer scs études. 11 y embrassa l’état ecclésiastique cl ht partie des missions quo l'on lit en Languedoc pour les nouveaux convertis. Se croyant indigne de remplir les fonctions du sacerdoce, il quitta l’habit ecclésiastique en revenant A Paris, ct consacra sa vie A l’étude d’ouvrages religieux. Son désir de s’instruire était tel qu’il sollicita ct obtint la place de sous-bibliothécaire chez les cordeliers au grand couvent de Paris, afin d’avoir des livres A sa disposition 11 y demeura jusqu’à sa mort, d’après les uns en séculier, d’après les autres en membre de l’ordre des cordeliers. Il y mourut subitement le 10 avril 1710 H passa toute sa vie dans l’étude. LorsPELHESTRE Am. Teetaeht. PELLICANUS ou KURSCHNER Conrad, ex franciscain (χ\«-χνι· siècle). —Né A HoutTnch (Al­ sace), en 1478; il étudia en 1491-1492 A Heidelberg aux frais de son oncle maternel, Jodocus Gallus, qui lui fit changer son nom de Kùrschncr (pelletier) en celui de Pellicanus. Cependant.cn septembre 1192 déjà, son oncle ne voulant plus supporter les frais de son éducation. Pellicanus sc vil obligé de retourner dans sa ville natale. Privé de moyens pour parfaire scs études qu’il désirait ardemment continuer, il entra en 1493 dans l’ordre des frères mineurs A Rouffach. Après sa profession, il fut envoyé A Tubingue pour y continuer scs études. Il y eut comme professeur el gardien le célèbre Paul Scriptoris qui y exposa le commentaire de Duns Scot sur les livres des Sentence*, les livres d’Euclide cl la cosmographie de l’toléméc. Ayant appris un jour qu’un théologien catholique n’avait pu l’emporter dans une discussion sur un Juif. A cause de son ignorance de l’hébreu. Pellicanus sc 719 PELLICANUS (CONK AD) M-ntil enflammé du désir d’apprendre cctlc langue à fond pour éviter un cas semblable. Cc désir s’accrut encore lors de l’étude des saintes Écritures. Le moyen de le réaliser lui fut donne pendant un des voyages, dans lesquels il eut l’honneur d’accompagner son profes­ seur, Paul Scriptoris, et où il lit la connaissance de son confrère Paul Pfcdersheimer (Jean Pauli). Lui ayant manifesté son ardent désir d’étudier l’hébreu, il en obtint un manuscrit hébraïque qui contenait le texte des douze petits prophètes, d’Isaïe el d’Ézéchiel. De Summcnharl il reçut le Stella Messin· publié en I 177 par le dominicain Pierre Schwarz ou Pierre Nigri. Armé de ces deux seuls livres, il entama l’élude de l’hébreu, aidé toutefois parle professeur Keuchlin. En 1500,11 acquit une Bible hébraïque, imprimée à Pesaro en 119 let deux fragments d’une grammaire hébraïque. Voyant les progrès rapides de Pelllcanus dans celte langue, Keuchlin l’invita à le seconder dans la composition de son dictionnaire hébraïque. En 1501, il termina sa grammaire hébraïque : De modo legendi et intelligendi hebræum. De l’avis de plusieurs auteurs ce fut la première grammaire hébraïque, composée par un catholique et certainement la toute première qui fut rédigée en allemand. Elle ne fut publiée cependant qu’en 1501, â Strasbourg, a la suite de la .Margarita philosophica de Grégoire Reisch, éditée par J. Grûningcr. Elle fut rééditée à Strasbourg cn 1508 el 1515 avec le titre : Institutio he bra ica. Nestle en a donné une nouvelle édition en 1877. à Tubinguc. En 1501, Pelllcanus fut ordonné prêtre el envoyé à Koufïach. En 1502, ses supérieurs lui confièrent la charge de lecteur cn théologie au couvent de Bâle, où l’éditeur Amerbach obtint sa collaboration pour l’édition des ouvres de saint Augustin. Il s’y perfec­ tionna encore dans l’hébreu, cn prenant des leçons du juif Matthieu Adrianus, converti au christianisme. Sur les instances de l'évêque de Bâle, il composa une somme de la doctrine chrétienne : Inbegriffderchristlichen Lehre, qui contenait déjà plusieurs erreuis, que le clergé critiqua et attaqua. En 1508, il devint lecteur à Koulïach et. en 1511. gardien à Pforzheim, ou il reçut la visite de Wolfgang Capiton, auquel il avait manifesté des doutes au sujet de la transsubstantia­ tion. En 1511, il fut désigné comme secrétaire pro­ vincial et. en celte qualité, il accompagna le pro­ vincial Gaspar Schatzgeyer à Home pour le chapitre général. En 1517, il devint gardien à Koulïach, puis, en 1519.à Bâle. Il imposa alors aux religieux la lecture des ouvrages de Luther et permit d’accepter la Ré­ forme. En 1523, Il fut destitué de son gardianal. Mais le conseil de la ville de BAle le nomma, la même année, avec (Ecolampade, professeur de théologie à l’univer­ sité. Dans une dispute en 1521. il sc prononça cn faveur du mariage du clergé. Sur la demande de Zwingle, il devint, au début de 1526, professeur «le langue hébraïque à l’université de Zurich. En mars de la même année, il quitta l’habit religieux cl. en août, il sc maria. Il sc remaria en 1537, apres la mort de sa première femme. Il assista, en 1528, à la dis­ pute de Berne et, en 1536, il prit une part active a la rédaction de la première ■ confession helvétique ·. Il mourut à Zurich le 6 avril 1556. Outre les ouvrages déjà cités. Pelllcanus composa plusieurs commentaires sur la sainte Ecriture, dont un grand nombre Inédits, conservés à la biblio­ thèque de Zurich. Les principaux sont : Scrutinium scripturarum, Tubinguc, 1522 et 1527, et Commen­ taria btbliorum en 7 vol. in-fol.» Zurich, 1532-1539. Il composa aussi une autobiographie, intitulée : Chronïcon, publiée par B. Riggenbach. Bâle, 1877 el, ensuite, par Th. Vulpinus (Renaud), à Strasbourg, 1892, sous le titre : Konrad Pellikans von Rufach Hauichrontk. PELLISSON-EO NTA NIER 720 J.-IL Sbnmlcn, Supplementum cl castigatio ad scriptore* trium ordinum S. Erancisci, t. i, 2* éd., p. 213; L. Ijivatcr, Conradi Pelllcani vita, Zurich, 1582; Hclvctisches I exikon, t. xiv, Zurich, 1758, p. 123; 7. üricher Tatchenbuch, Zurich, 1858, p. 137; Hot linger. Ailes und Xcucs ans der (jelrhrten Welt, t. I, Zurich, 1717, p. 52; Encijktupadic von Each und Gratter, sect, lit, t. xv. Leipzig, 1811. p. 226-237 (ce> deux derniers ouvrages donnent un aperçu détaillé sur la produc­ tion littéraire de Pelllcanus); K. Rouas, Konrad Pclticaïun, dans Schriftcn des prot. liber. Vereins in IJ^ass-Lothringen, t. XXXVIII, Strasbourg, 1892; E. Silbcrstcln, Conrad Pelli· kanus. Ein Reitrag zur Grschichle des Stadiums der hebr. Sproche in der ersten Halftr des .VI/. Jahrhunderts, Berlin, 1900; N. Paulus, Kaspar Schatzgegcr, ein Vorktiïnp/cr der kathol. Ishr.' gegen Luther in Su tdeulschland, dans Strassburger theol. Studien, l. m, 1898, fasc. 1; Kirchenlcxlkon. t. ix, col. 1771-1772; Prot. Realcncgklapâdic, t. xv, p. 108111; PI. I.nndin ιηη, Ζιιηι Predtgtmesen der Slrassburger Franzlskanerprovinz ici der letzlen ’/.rit des Mitlelallcr»,dans l'ranzisk. Studien, t. xv, 1923, p. 335-339. Am. Trktaert. PELLISSON FONTANIER Paul (1621’ 1693), naquit à Castres (et non point à Béziers, comme le disent beaucoup de biographes), le 30 octobre 1621, de Jean-Jacques Pcllisson, conseiller cn la Chambre de l’Étal de Castres; il fit des éludes de philosophie el de droit et devint secrétaire du roi en 1652. Très attaché à Eouquct, auquel il resta fidèle dans sa dis­ grâce, il fut enfermé à la Bastille, le 3 septembre 1661. Remis cn liberté cn 1666, il revint cn faveur auprès de Louis XIV. Le 8 octobre 1670, il abjura le protes­ tantisme et travailla activement è la conversion des protestants, lorsque le roi lui confia l’administration de la caisse des économats; il organisa des bureaux de prosélytisme et encouragea, par des indemnités pécuniaires, des conversions, qui ne furent peut-être pas toujours sincères. Il mourut à Paris, le 7 février 1693. Pcllisson a écrit la célèbre Histoire de Γ Académie française jusqu’en 1652, in-8°, Paris, 1653, continuée par l'abbé d’Olivet; l’abbé Lemascricr publia, cn 1719, une Histoire de Louis XIV, 3 vol., In-12, Paris, 1719, où Pcllisson raconte les campagnes du roi depuis la paix des Pyrénées jusqu’en 1672. Les écrits les plus intéressants pour nous sont les suivants : Courtes prières pendant (a sainte messe, in-12, Paris, 1677, ouvrage qui eut un très grand succès. Reflexions sur les différends de la religion, avec tes preuves de la ira· dition ecclesiastique, par diverses traductions des saints Pères sur chaque point conteste, I vol. in-12, Paris, 1686. Une seconde édition est augmentée d’une partie intitulée : Réponse aux objections d1 Angleterre et de Hollande, ou de l’autorité du grand nombre dans la religion chrétienne; traité qui peut tenir lieu de celui de Γ Église, in-12, Paris, 1687. Les autres volumes étudient Les chimères de M. Jurieu. Réponse générale à ses lettres pastorales de lu seconde année contre le • Livre des réflexions », cl Examen abrégé de ses pro­ phéties, in-12, Paris. 1689; De la tolérance des religions; Lettres de M. Leibnitz cl réponses de M. Pcllisson, in-12. Paris, 1692. Tous ces écrits sont solidement construits et expriment des Idées très nettes; on en trouve l’analyse et l’éloge dans les Nouvelles de la république des lettres de juillet 1686. article 1. p. 7-13753, cl dans le Journal des savants du 29 avril 1686, p. 160-163 de l'édition in-12, et du 12 avril 1688, p. 510-513. Ils ont été réimprimés cn Hollande (Journal de Leipzig de novembre 1689, p. 561 et Supplément, t I, p 609). Traité de l’eucharistie, in-12, Paris, 1691, ouvrage posthume, ainsi que les deux suivants, qui ne furent publiés qu’en 1731 ; Prières au saint sacrement de l’autel, pour chaque semaine de l’année, avec des méditations sur divers psaumes, in-8°, Paris, 173 L et Prières sur les épltres et les évangiles de l’année, in-8°, Paris, 1731. On a imprimé les tEuvres 721 1* ELL I SS» ) N -E ONT Λ NIER — diverses de Pcllisson, 3 vol. In-12, Paris, 1739, et Desessuris a édité les Œuvres choisies de Pcllisson, 2 vol. in 12. paris. 1805. • Michnud, Biographie universelle, t. xxxn, p. 413-416; Hoefer, NouivHc biographic universelle, t. xxxrx.cob 512511; Morcri, Le grand dictionnaire historiqur, édit, de 1759, t. vm, p. 172-171; Feller-Welts, IHographie universelle, t. vi, p. 422-123; Perrault, Le* hommes illuslrt % qui ont paru en l'rancr pendant le Λ17/· dêc/r, t. il, p. 108-112; Journal des taoanls du 1 mai 1693, p. 282-298; Niccron, Mémoires pour servir d Γhistoire des hommes illustres, t. u, p. 381-399, cl l. x, p. 118-120; Bayle, Dictionnaire historique cl critique, t. iv, p. 519-553; Fénelon, Eloge de Pcllisson; Anclllon, Vir de Conrarl; Voltaire, Le siècle de Louis XIV; Mnrturé, His­ toire du pays castrais, 2 vol. ln-8°, t. n, Castres, 1822, p 25I266; Nayral, IHographie et chroniques castraises, I vol. ln-8°, t. Ill, 1835, p. 55-115; Dclort, Histoire de la détention des philosophes et des gens de lettres d la Bastille et à Vincennes, 3 vol. in-8°, t. I. Paris, 1829, p. 3-12, 17-20, 56-82, 113-128, 111-151, 231-238; Hang, La France protestante, t. vm. p. 172-180; Encyclopédie des sciences religieuses, t. x, p. 123125; Mnrcou, Étude sur la vie et les oeuvres de Pcllisson, in-8n. Paris, 1859; Élle Benoit, Histoire de l’édit de Nantes, t. n, p. 351 ; Camille Habaud. Histoire du protestantisme dan* l*Albigeois, in-8°, Paris, 1873; Bulletin de Γhistoire du pro­ testantisme français, t. vi, p. 71; t. vu, p. 27-29; t. xn, p. 131. Ccs derniers écrits, d’inspimtlon protestante, sont, cn général, très sévères pour Pcllisson. J. Caiireyhe. Théodore (1511-1584), tire son nom de son lieu d’origine : Ovcrpclt, canton d’Achcl, dans le Limbourg belge. Entré dans la Compagnie de Jésus en 1550, il enseigne les langues et la théologie deux ans a Home, deux à Munich, douze à l'université (Γ Ingolstadt. On peut se faire une idée de son ensei­ gnement par les nombreuses thèses imprimées dont il dirigea la soutenance. Lui-mèmc, en 1570, à Cologne cl en 1580, à Ingolstadt, publia un De nostra satis· factione cl purgatorio libri duo. m-4°, el un De tribus bonorum operum generibus libri tres, in-4®. On cite encore de lui une Theologia naturalis et une Theologia mystica; les bibliothèques de Vienne el rie Munich possèdent, en outre, plusieurs de ses cours manuscrits. Mais il esl surtout connu pour ses traductions latines des Actes du concile d’Éphèse. des comment aires de saint Jean Chrysoslome sur les épitres de saint Paul, de Victor d’Antioche sur saint Marc, de Titus de Bostra sur saint Luc, d’André de Césarée sur saint Jean et sur l'Apocalypse, des chaînes grecques sur le livre des Proverbes. Plusieurs de ces traductions ont passé et se lisent encore dans les éditions plus récentes. PELTANUS P ft N IT EN CE- R E P E NT 1 R 722 rails de Dei natura, proprietatibus, attributis, entium naturalium proprietatibus. Le P. Léonard y ajouta deux autres tomes. L’ouvrage cn deux volumes a paru /i Lyon cn 1678. Sonuncrvogcl, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vi, col. 170; Hurter, Nomenclator, 3· éd., t. m. col. 925; E. de Guilhrnny, Ménnloge de l’assistance d*Espagne, l. ru, p. 367. H. Brouillard. PENALOSA (Ambroise de) de In Compagnie de Jésus, né à Mondejar en Espagne cn 1588 cl mort a Madrid cn 1656. Entre dans la Compagnie en 1605. il enseigna la théologie a l’université de Vienne. Il \ publia, en 1636, un Dr Christi et Spiritu* Sancti divi­ nitate neenon SS. Trinitatis mysterio, spécialement dirigé contre les socimcns, qui sc répandaient alors cn Hongrie et cn Pologne Plus lard, parut de lui, à Anvers, une longue étude sur le privilège de l’imma­ culée conception : Vindiciir Dripanr Virginis dr peccato originali et debito illius contrahendi, rigore theologico priestructir... in quibus quæstiones parier tum ad scholasticam tum al expositivam disciplinam spectantes noviter agitantur (1650). I lurter, XomrncL, 3· édit., t. IU, coi. 1004-1005; Sommer· vogel, Bibl. dr lu Comp, de Jésus, t. vi, col. 470. P. GALTIF.R. innocent, dominicain vénitien. Il devint, cn 1611. professeur de métaphysique thomiste A l'université de Padoue, et, en 1649, recteur de cette université. Il mourut en 1690. Son œuvre écrite com­ prend des tiavaux de droit canonique, une théologie biblique du Pentatcuquc : Xova veteris legis mystico sacra galaxia Scriptura; in cado Angelici pnreeptoris.. . Venise, in-foL, 1670; un précis de théologie apologé­ tique, Il para gone dogmatico, in-8®, Venise. 1682. PENCINI Hurter, Xomtnclalor, 3e édit., t. iv, p. 162; Quêtiflichard. Scriptores ord. praedic., t. il, 1721, p. 726. M. M. Gorce. PÉN ITE N CE. — Lapcnilcnce.cn théologie, peut PENAFIEL Léonard, jésuite péruvien, d’ori­ être envisagée A un double point de vue. C'est d’abord la disposition d’une Ame qui. affligée d’une faute com­ mise, s’efforce, autant qu’il est en elle,d’en réparer les conséquences. Peut-être le mot · repentir » exprime­ rait-il assez bien la nuance spéciale de celle disposi­ tion. Ainsi entendu, le repentir a sa place, sous une forme ou sous une autre, dans toutes les religions. Dans le christianisme, tout particulièrement dans le catholicisme, cette disposition de l’Ame fait partie intégrante d’un des rites ayant pour objet la rémis­ sion des péchés, rite auquel elle a finalement donné son nom : ce rite s’appelle, depuis la plus haute anti­ quité, la pénitence tout court, ou. beaucoup plus tard, le sacrement de pénitence. gine espagnole, né A lUo-lhimba vu 1597, admis dans la Compagnie en 161 I. enseigna la philosophie h Lima, la théologie dogmatique et morale à Cuzco, fut rec­ teur et maître des novices a Lima el provincial du Pérou. Il mourut A la Plata, le 10 novembre 1657. On lui doit : 1° Theologia de Dec une, Lyon. 1663; Theologia dr Deo uno cl trino, Lyon, 1666; 2” Dis­ putatione* scholastica' cl morale* de virtute fidei divinir deque infidelitate, hirrcH cl pani* lurrcticnrum, Lyon, 1671; 3“ Tractatus de incarnatione Verbi Donum, Lyon, 1678. Le dernier ouvrage n’a été publié qu’après la mort de l'auteur. Les deux .mlres ont paru, croyonsnous, de son vivant, mais nous n’avons pas la date des premières éditions. De plus, le P. Léonard a achevé une des (ouvres philosophiques de son frère aîné, également jésuite, le P lldcfonse Penallel, (lui fut aussi professeur de philosophie et de théologie A Cuzco et à Lima el avait composé, outre quatre tomes d’un Cursus integer philosophicus (1653-16551670), deux tomes d’une Theologia scholastica nàtu· 1. PÉNITENCE-REPENTIR. -. |. Le mot cl la chose. · Il Lu pénitence dans la sainte Écriture (col. 72II HL La pénitence d’après les Pères de l’Églisc (col. 729). IV. La pénitence chez les théo­ logiens du Moyen Age (col 731). - V. Doctrine de l’Églisc sur la pénitence: le concile de Trente (col. 738). - VL rhéologie de la pénitence (col. 7 I3). I Li moi i.r la chose. - l° Le mot. - - Le mol français penitence est la transcription du mol latin pernitentia, dont l’étymologie et la signification exacte ne sont pas entièrement tirées au clair. La similitude apparente entre pana el pirnitcntia a longtemps invité a rapprocher les deux vocables : pernitere (ainsi écris ait-on) c’était pa nam tenere. Les progrès de la lexicographie ont fait abandonner cc rappro­ chement. H semble bien (pie la graphie pirnilrntia soit la plus ancienne, qu’il faille rejeter la forme panttentia, et rapprocher notre mot des adverbes ptrne. pirnitus. Ce rapprochement même n’éclaircit Sommrrvogcl, Bibliothèque de la Camp, de Jésus, t. vi, col. 158; Hurter, Nomenclator, 3· éd.. t. m. p. 190-192. P. Galtikh. 723 I»É NIT E NC E- K El’E N TIR. L’ÉCRITURE 724 pas beaucoup le sens étymologique. Faut-il évoquer pablc est susceptible d’être punie; le péché, outre mhi caractère anormal «l’infraction à l’ordre, emporte ridée de quelque chose d’intérieur (pwnitus), ou de quelque chose de plus ou moins manqué (pirne)? donc avec soi la nécessité d’une peine à subir par Quoi qu’il cn soit, une définition d’Aulu-Gellc indique celui qui l’a commis. Qu’il réfléchisse à ces diven aspects du péché, et l’homme religieux ne pourra.au bien ce que les anciens mettaient sous ce vocable : souvenir d’un passé coupable, qu’éprouver un sentiPtntitre tune dicere udemus, cum qua· ipsi fecimus ment de repentir. Begret d’avoir manqué au respect aut quit dr nostra voluntate nostroque consilio facta Tous nos péchés accu­ mulés ne peuvent avoir raison de la multitude des miséricordes divines. Dans la bouche de l'orateur» les exemples scripturaires se multiplient qui laissent entrevoir au pécheur l’espérance du pardon.— Même note, mais combien plus éloquente, dans la série des neuf homélies consacrées à la pénitence par saint Jean Chrysostome. P. G., t xlix . . col. 277-318. Voir surtout, aux homélies n el m. les diverses voies qui s'offrent au pécheur pour obtenir le pardon : aveu de culpabilité cn présence de Dieu, larmes du repentir, humilité sincère, aumône, prière. De ces divers moyens que l’on fasse usage après chaque chute (col. 297 bas. 337); Jean ne se lasse pas de revenir sur la facilité avec laquelle s’obtient le pardon divin, ce qui ne rempêche pas de faire remarquer qu’il serait dangereux de lasser par nos retards la patience divine. Voir sur­ tout col. 302. A ces homélies authentiques, on pourra joindre une exhortation à la pénitence, t. i.ix, col. 757766, d’origine douteuse, mais dont la pointe est cer­ tainement dirigée contre le novatianlsme. C’est le cas I 731 PÉNITENCE-REPENTIR. LES PÈRES egalement d’une Adhortatio ad p&nitentiam d’Astérius d’Amasée, P. G., t. XL, col. 352-370; l’auteur, après avoir, contre les rigoristes, revendiqué la possibilité du pardon, insiste avec force, dans sa seconde partie, sur la nécessité, pour les pénitents, de changer radica­ lement de vie. Voir col. 365 D sq. Pour s’exprimer de manière moins oratoire, les Conferences de Casslen exposent, elles aussi, d’une manière très complète, les aspects divers du repentir. Toute la Collât, xx est consacrée â la pénitence ct â la satisfaction. P. L., t. xi.ix, col. 11 19 sq. Aussi bien, dans la vie spirituelle que Cassicn veut promouvoir en ses communautés, le regret du passé, l'amende­ ment cn vue de l’avenir jouent-ils un rôle des plus considérables. Le but ù atteindre, c’est la rupture si complète avec le péché que le souvenir de celui-ci ne vienne même plus troubler l’âme du converti; tant que cc souvenir revient encore, semble dire Casslen, c’est un signe que toute attache à la faute n’a pas encore disparue. Fort intéressants aussi les dévelop­ pements consacrés aux moyens qui s’ordonnent â celte fin : Per chart tatis a/J'cetum peccatorum motes obruitur, dit l’auteur cn une phrase qui deviendra classique, col. 1160; ù quoi l’on ajoutera l’aumône, les larmes, l’humble aveu des fautes soit Λ Dieu, soit aux hommes, la mortification du cœur ct du corps, l’amendement des mœurs, l’intercession des saints ct, il vaut la peine de le faire remarquer, le souci que prend le pécheur du salut des autres. Notons enfin cette phrase d’une si juste psychologie : < La componction s’obtient plutôt par l’appétit ct le désir des biens éternels, que par In nuisible rcssouvcnancc de nos vices. » Col. 1167. Pour rester panni les écrivains < spirituels », signalons, dans le De vita contemplativa de Julien Panière, le c. xr, du I. III : De utilitate timoris cl quod efficaciter peccatis nbsistat. P. L., t. lix, coi. 490. Terminons par une pièce curieuse insérée parmi les œuvres de saint Isidore de Séville, encore que son authenticité soit loin d’être universellement reconnue. Il s’agit d’une Exhortatio pivnitcndi cum consolatione et misericordia Dei ad animam futura judicia formi­ dantem, qui résumé, cn 171 vers « politiques ■, toute la doctrine de la pénitence. P. Λ., t. lxxx ni, col. 12511256; sur l’auteur voir l. lxxxi, col. 582 sq. 2. Autres ouvrages. — Pour nombreuses que soient les pages ainsi consacrées ex professo à décrire la péni­ tence, elles ne représentent qu’un faible volume, à côté de celles que l'on extrairait de la littérature ecclésiastique du passé. Les exhortations au repentir abondent dans les œuvres parénétiques. Signalons, â cause de leur anti­ quité, les passages principaux de la littérature apos­ tolique: Didachè, x, 6; xv, 3; Barnabe, xvi, 8; Ignace. Phil., vin. I (que nous retrouverons); Smyrn., iv, 1. La II* partie , cet adulte va-t-il passer â celui de justice, tence-repentir et pénitence-sacrement. En dehors de à l’étal de grâce? toute institution sacramentelle, dit-il, * le repentir a Le c. v commence par déclarer que, dans ce mou­ été nécessaire à tout homme souillé par le péché vement, c'est la grâce prévenante qui joue le grand mortel pour obtenir la grâce justifiante ». Il l’est pour rôle, et qu’il n'y a pas à tenir compte de mérites au qui demande le baptême; il lui fait rejeter et amender sens strict du mot. La conversion est d’abord œuvre de Dieu, Denz.-Bnn., n. 797; ceci pour couper court défi­ sa perversité et détester l’offense énorme commise envers Dieu, cc qui Implique la haine du péché et nitivement aux calomnies des réformateurs contre la une pieuse douleur de l'âme. Tout est à relever dans doctrine catholique. Le c. vt (voir le texte et la traduc­ celle définition si courte et si pleine de l'acte du tion, t. vm, col. 2178) décrit ensuite la série des actes repentir : ut perversitate abjecta et emendata tantam Dei qui sc déroule chez celui qui se convertit. Visiblement, offensionem cum peccati odio el pio animi dolore detes­ la description s’inspire de saint Thomas, cf. cl dessus, tarentur. Au point de départ, le rejet du péché et le col. 736. Au point de départ la foi, qui fait adhérer tant à la révélation en général, qu’aux divines pro­ désir d’amendement : la conduite antérieure n’a pas été raisonnable et doit être rectifiée; ceci nous main­ messes qui assurent à l’impie sa justification; cette foi tient encore dans le domaine philosophique. Mais cette ne peut manquer de faire pénétrer dans les âmes une conduite a été une offense considérable contre Dieu, crainte salutaire : dum peccatores se esse intelligentes d’où un sentiment nouveau : le péché, on ne le a divinæ justitiæ timore quo utiliter concutiuntur, regrette plus simplement, on le hait; au souvenir du crainte que la considération des promesses divines Dieu très bon qu’il a offensé, on en conçoit une pieuse vient aussitôt tempérer de quelque espoir : ad conside­ randam Dei misericordiam sc convertendo in spem eri­ douleur; pourquoi pieuse, sinon parce qu’elle implique, comme le disait déjà le c. v de la session vi, un corn guntur. Conflantes en Dieu, qui, en vue des mérites mcncement d’amour de Dieu? On remarquera que du Christ, leur sera propice, elles éprouvent un com­ notre texte ne fait pas d'allusion à la crainte qui, dans mencement d’amour de Dieu, source de toute justice : le texte précédent, est mise au point de départ du illum tanquam omnis justitiæ fontem diligere incipiunt ; mouvement de l'âme contre elle-même. Mais le concile ceci les anime contre le péché de quelque haine et n’avait pas pour objet de décrire ici, au complet, ce détestation; telle est la pénitence qu’il faut faire avant mouvement qui avait été analysé déjà à la session vt. le baptême (selon le conseil de Pierre dans les Actes, 11 lui sufht de marquer que celte pénitence est l’in­ n, 38); cc propos de recevoir le baptême s’accompagne dispensable remède au péché mortel et que, pour être de celui de commencer une vie nouvelle en observant diversement envisagée dans le cas de l’adulte qui sc les commandements divins. prépare au baptême et dans le cas du chrétien pécheur Voilà donc le processus qui amène à la justification et repentant, elle ne laisse pas d’être l’apport néces­ première. Le c. xiv, De lapsorum reparatione, prenant saire de 1 homme dans l’un et l’autre sacrements. C’est les choses d’un point de vue plus courant, traite de la cc que développent les chapitres suivants, parmi les­ seconde justification, qui restaure dans le baptisé la quels nous ne retiendrons plus que le c. iv, De con­ grâce perdue par la faute mortelle; anticipant sur ce tritione, la contrition n’étant rien d’autre que le qui sera dit ultérieurement au sujet du sacrement de repentir considéré en tant qu’il fait partie du sacre­ pénitence, le chapitre enseigne que cette restauration ment. Le concile ne fait guère qu’y expliciter ce qu’il dans la grâce est possible,mais qu'elle ne s’obtient, de avait sommairement indiqué au c. irr. façon normale, que dans et par le sacrement. Parmi les canons de la même session qui appuient Ιλ contrition qui tient h Contritio, quæ primum lo­ sur la doctrine de la pénitence, citons seulement les cum inter dictos pænitentls première place parmi les suivants : netus habet, nnimi dolor «c actes du pénitent est une Can. 8. SI quis dixerit gcSi quelqu’un dit que la hennæ mctum, per queni nd crainte de l'enfer qui nous misericordiam Del de pecca­ fait recourir avec douleur à tis dolendo confugimus vol a la miséricorde divine ou nous peccando abstinemus, pecca­ abstenir du péché est un tum esse aut peccatores pe­ péché ou nous rend pécheurs jores facere, Λ. S. pis qu'auparavant, qu’il soit anathème. Can. 9. Si quis dixerit, Si quelqu'un dit que la sola tide impium justificari, fol seule justille l’impie, en ita ut inteiligat nihil aliud entendant par là que rien requiri, quod ad justificatio­ d’autre n’est requis, qui coo­ nis gratiam consequendam père à l’acquisition de la Cboperctiir, et nulla ex parte grâce justificatrice, et qu’il ncccsse esse eum surc volun­ n’est nullement obligatoire tatis motu pne parari atque , q. i.xxxv, a. 4. A première vue, on pourrait être tenté de la ranger dans la catégorie des émotions et, dès lors, de la rattacher au double appetitus sensible. Douleur du péché com­ mis, elle apparaît comme une des formes de la tristesse (passion du concupiscible); armant le pécheur contre lui-même, elle fait figure de vengeance et, dès lors, apparaît comme une des réactions de appetitus irascibilis. Tout compte fait, néanmoins, c’est la volonté qui est le propre sujet de la vertu en question. · De la pénitence, dit saint Thomas, nous pouvons parler de deux façons : premièrement en tant qu’elle est une passion et, ainsi considérée, puisqu’elle est une espèce de tristesse, elle est dans le concupiscible comme dans son sujet : deuxièmement, en tant qu’elle est une vertu et, à ce titre, elle est une espèce de justice. Mais la justice a pour sujet l’appétit rationnel qui est la volonté... Et l’acte propre de cette vertu est le ferme propos de corriger pour Dieu cc qui a été fait contre lui. » Trad. Hugueny, loc. cit., p. 89-90. Cc n’est pas à dire qu’il n’y ait jamais irradiation de la partie supé­ rieure de l’âme dans scs parties inférieures; c’est l’dme tout entière qui so repent, l’ébranlement parti de la volonté sc transmet parfois très avant dans la sensibi­ lité même : « Cc n’est donc pas une chose anormale, dit saint Thomas, que la pénitence étant dans la volonté ait quelque opération dans chacune des facultés de l’âme. » Ibid., ad 4ea. Cc serait une bien pauvre psychologie que celle qui ferait fi de ccs manifesta­ tions extérieures et sensibles du regret d’avoir offensé Dieu. L’Église en juge bien autrement, qui insère au missel des oraisons spéciales pour demander le · don des larmes » : educ de cordis nostri duritia lacrymas compunctionis. 2. En quelles âmes se trouve la vertu de pénitence? — La réponse est donnée par cc qui a été dit plus haut de la matière de la pénitence. Au sens strict, la pénitence ne pouvant porter que sur des péchés personnels ne peut se trouver qu’en ceux qui ont péché ou qui sont susceptibles de le faire: qui est impeccable ne peut avoir lieu de sc repentir, (’.’est le cas de la sainte humanité du Christ absolument et intrinsèquement impeccable; il n’y a point de place chez elle pour la pénitence au sens strict. Quant à la très sainte Vierge, la réponse dépend de celle que l’on fait à la question de son impeccability Voir art. Maris, col. 2414-2421. S’il est vrai, comme l’enseignent la plupart des théologiens, que cette impeccability ne rentre point dans les constituants de son être moral, mais est un don surajouté, on ne voit pas la raison qui empêche de mettre en Marie le germe de la vertu personnelle de pénitence. Si l’on considère, au contraire, la pénitence dans le sens large, d’après lequel elle peut s'étendre â toute offense faite â Dieu, d’où qu’elle vienne, elle peut se trouver en toute créature intelligente et libre. Laissant 747 PÉNITENCE-REPENTIR — PÉNITENCE SACREMENT de côté les anges, considérons seulement l'âme très sainte de Jésus; il va de soi qu’elle n ressenti, plus profondément qu’aucune autre, la douleur causée par la pensée des offenses faites à la divine majesté. · Le Christ, dit saint Thomas, a été l’admirable modèle des j pénitents : Christus dedit maximum exemplum pie n i tentibus, dum non pro peccato proprio sed pro peccatis aliorum voluit panam subire. » III·, q. xv, a. 1, ad 5°®. Et s’il n’est question, ici, que des conséquences exté­ rieures de la pénitence, voici qui touche davantage à scs constitutifs internes. Analysant les souffrances du Christ en sa passion, saint Thomas distingue les tortures physiques et les douleurs morales; au premier rang de ces dernières, il met « la douleur que lui cause la pensée de tous les péchés du genre humain, pour lesquels il devait satisfaire, en sa passion ·, J II», q. xlvî, a. 6, coq).; ct, dit-il, ibid, ad 2e», une telle tristesse n’a rien que de louable, quand elle provient du saint amour, comme c'est le cas de celui qui s’attriste de scs péchés personnels ou de ceux des autres; au contraire, clic apparaît fort utile, étant une des formes de la satisfaction pour le péché. Cette douleur continuc-t-i), ibid., ad 4U», le Christ la concevait pour les péchés de tous les autres; elle dépassa chez lui la douleur de n’importe quel pénitent (cujuscumque con­ triti), elle procédait, en effet, ct d'une sagesse plus grande (lui permettant de mieux comprendre l’horreur du péché) cl d’une charité plus parfaite, toutes choses qui augmentent la douleur dans la contrition. Cf. art. Jésus-Christ, col. 1286. Sur la prohibition par le Saint-Office de la formule : Ccrur pénitent de Jésus, voir cc qui est dit ici, t. m, col. 315. 4· Vertu acquise ct vertu infuse de pénitence. — Tout cc que nous venons de dire s’applique à l’acte de repentir surnaturel et à la vertu surnaturelle de péni­ tence. On a dit, à l’article Contrition, ct c'est une vérité de foi, que seul le repentir surnaturel peut ame­ ner, dans les conditions déterminées, la rémission des péchés. Quant à Vhabitus surnaturel qu’est la vertu de pénitence (la disposition ordinaire au repentir), il débute par ccs actes de repentir, sans avoir encore sa perfection dernière. Il n’obtiendra celle-ci que par suite de la justitlcation qui fait entrer dans l'âme, en même temps que la grâce sanctifiante, l'ensemble des organes de la vie spirituelle qu’on appelle les ver­ tus infuses. Il en serait un peu comme de la foi qui est en dernière analyse « Informée ■ par la charité. Ainsi, la vertu de pénitence, encore « informe » avant la Jus­ tification, recevrait de la grâce sanctifiante son ultime complément. Si un nouveau péché grave détruit dans l’âme la grâce justifiante ct fait disparaître les habitus infus, il ne s'ensuit pas que disparaisse, par le fait même, la disposition acquise antérieurement par la répétition des actes de repentir. Cette disposi­ tion est plus nécessaire que jamais; c’est elle qui pro­ voque, chez les âmes qui sc laissent aller trop fréquem­ ment au péché, les sentiments de regret qui préparent le pardon. Voir, à Γarticle suivant, les détails que donnent sur ces transformations diverses les théolo­ giens scolastiques. Y a-t-il lieu, pour établir un parallélisme avec les vertus morales ordinaires, de distinguer, à côté de tout ceci, une vertu naturelle de pénitence? Certes, rien n’est plus admissible que l’existence de senti­ ments naturels de repentir, en entendant par lu des sentiments engendrés par des considérations étran­ gères aux motifs de la fol. La répétition de ces actes de repentir crée dans les âmes une vertu naturelle de pénitence, qui peut inspirer et des manifestations de repentir ct des actes d'expiation ou d'ascétisme. Quant â la valeur de ccs actes ct de ccs dispositions générales pour l’obtention de la fin surnaturelle, ce n'est pas le lieu d’en discuter ici : la question ressortit au traité 748 général de la foi et se rattache aussi au problème spé­ cial du salut des Infidèles. Voir les deux articles : Foi ct Infidèles (Salut des). Les diverses idées énoncées dans cet article, selon un pbn un peu nouveau, sc retrouvent toutes dans les traités sur la pénitence qui comportent d’ordinaire une partie plus ou moins longue traitant de la vertu de pénitence. Voir l’indi­ cation de ccs traités Λ la fin de l’art. Pîinitence-sacriment. On a particulièrement utilisé P. Galticr, De pirnitentia, Paris, 1923 ; 2· éd., 1931. Pour le classement des textes patriotiques, on s’est ins­ piré surtout des diverses tables de l’une ct l’autre Patrolo­ gies; pour P. L., voir t. ccxrx, col. 883-888; t. ccxxi, col. 1244 ; pour P. G., voir les Indices de F. Cavaliers, p. 123. On regrette vivement de n’avoir pu consulter le recueil constitué au xvn· siècle par le luthérien Gottlieb Spllxrl (Theophilus Spizcllus), Selecta doctorum veterum scripto· punique ecclesiasticorum de vera slnceraque ad Deum conivr· sione monumenta et documenta, Augsbourg, 1685. É. Amann. Dès l’anti­ quité ecclésiastique, le vocable de « pénitence · a désigné, chez les Latins, le rite ou, plus exactement, l’ensemble des rites qui, présupposant chez le baptisé coupable de quelque faute grave le repentir interne, devaient faire rentrer celui-ci en grâce avec Dieu, par l’intermédiaire de l’Églisc. Concurremment avec ce mot latin, le terme greed'· exomologèse » que l’on pour­ rait rendre, tant bien que mal, par celui de « confes­ sion », a été de bonne heure en usage, antérieurement même à celui de pénitence. C’est ce rite ecclésiastique de la pénitence, de la confession, qui fait l’objet du présent article. Cc rite comporte diverses parties ct, comme l’on dit encore, divers actes : d'une part, l’aveu des fautes ou confession et la réparation des fautes ou satisfaction, l’un ct l'autre inefllcaccs s’ils ne sont point animés d’une véritable repentance ou contrition; d’autre part, la remise des fautes, au nom de Dieu, parle pouvoir ecclé­ siastique ou absolution. Chacune de ccs parties a fait ou fera ici l'objet d’articles spéciaux : Absolution, Attrition, Confession, Contrition, Satisfaction; le lecteur y est renvoyé d’oflicc. Ce que l’on voudrait mettre en lumière, dans le présent article, c’est surtout le rapport entre ccs diverses parties du sacrement de pénitence. Une histoire, même fort sommaire, de la pratique pénltcntlcllc ct de la théorie qui prenait son point de départ en la pratique montre, en ellet, que l’attention, tant des fidèles que des docteurs, ne s’est pas portée toujours d'égale manière sur chacune de ccs parties. Le mot de confession employé couramment au­ jourd'hui pour désigner le sacrement (on dit : « je vais me confesser », comme on dit « je vais communier »), montre que les fidèles songent surtout â l’aveu des fautes; c'est sur les qualités de cet aveu que les ma­ nuels de théologie pratique attirent l'attention des « confesseurs ». L'antiquité la plus reculée, elle, met­ tait, sous le mot , ÿt. 9-18. Il faut rapprocher le I rait final de DcuL, xm, 5 (Sept, ct Vulg. : άφανιεΐς τόν πονηρόν έξ ύμών αύτών : ααferes malum de medio tui); χνιι, 7; .χχιι. 24. Ainsi. l’Apôtrc prononce lui meme la sentence que la com­ munauté aurait dû rendre spontanément. L’inces­ tueux sera écarté de l’assemblée chrétienne,sans doute, mais privé même des rapports ordinaires avec scs frères. C’était la peine de mort que le Deutéronome prévoyait, aux passages cl-dcssus, contre les cou­ pables : c’est d’une sorte de mort civile que Paul en­ tend frapper le Corinthien scandaleux. On remarquera la portée générale du verdict de l’Apôtrc. il est destiné A faire en quelque sorte jurisprudence. La sentence portée contre l’incestueux pourrait cl devrait l’être également, par les autorités responsables, contre les personnes coupables des autres fautes signalées con­ curremment avec ce crime. (Comparer avec ccttc énu­ mération de fautes ce qui est dit, ibid.t vi, 9-11.) Quoi qu’il en soit, nous avons Ici une application tout à fait explicite du pouvoir de lier que l’Evangile avait confié aux apôtres, à l’Église. Dans le cas présent. Paul a-t-il fait usage du pou­ voir corrélatif de délier ? On devrait l’accepter s’il fal­ lait reconnaître, de toute évidence, dans 1 homme à qui l’Apôtrc recommande de pardonner, dans 11 ('.or., n, 5-11, le meme qu’il avait condamné dans la lettre précédente. Tcrtulllen monlanistc contestait déjà dans le De pudicitia cette identification que les catholiques acceptaient. Les polémiques qui se sont élevées, au cours des âges, autour de la question du pouvoir des clefs, ont ressassé les mêmes arguments pour et contre 754 l'identification sans apporter, nous semble-t-il, de clartés décisives. Kcslons-cn sur un non liquet. Aussi bien, cl ceci n'est pas vrai seulement du cas particulier, nous sommes très loin d’être au clair, tant sur la possibilité qui restait aux pécheurs que les communautés primitives excluaient de leur sein, de rentrer en grâce avec elles et avec Dieu, que sur les moyens mis en œuvre pour accomplir cette réintégra­ tion, si elle avait lieu, ct sur les effets produits par ccttc rentrée dans la communauté. On a dit ù l’art. Con­ fession, col. 833, cc qu’il fallait penser du texte Act., xix, 18, relatif aux gens d’Éphèse, qui, se repentant d’avoir cru à la magic, viennent s’accuser de leur faute ct font un autodafé des livres incriminés; des textes de Jac., v, 16, ct de I Joa., i, 9. A leur défaut, certains critiques ont pensé que l’imposition des mains dont il est question I Tim., v, 22, n’était rien d’autre que le geste de réconciliation des pénitents. Voir l’art. Imposition des mains, t. vu, col. 1306-1313, où l'hy­ pothèse est défendue avec beaucoup de pénétration. Mais la preuve de ccttc assertion nous semble très loin d'être faite, cf. art. Ordre, col. 1211 ; cl il vaut mieux, dans l’étal actuel du problème, ne pas trop urger cc texte. 11 y a toutes chances, pensons-nous, que l’Église apostolique ail eu l’occasion d'excrccr le pouvoir de lier et de délier qui lui avait été remis par le Sauveur, de faire usage du droit de remettre les péchés posté­ rieurs au baptême; mais les documents ne nous per­ mettent guère de dire quelles ont été, dans cc passé très éloigné, les conditions de l’cxcrcicc de cc pouvoir. C’est en vertu surtout du principe de continuité que nous concluons «pie les choses sc sont passées de la sorte; nous ne le constatons pas. 3° A la vérité, il conviendrait d’être plus réservé en­ core en ces affirmations si Ton devait prendre à la lettre certains développements néo-tcslamentaircs sur la quasi-impossibilité, pour une âme d’abord convertie cl qui retombe en ses anciens errements, de revenir par­ faitement à résipiscence. • Il est impossible, dit l’auteur de l’épttre aux 1 lébreux, pour ceux qui ont clé une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit, qui ont goûté la douceur de la parole de Dieu ct les merveilles du monde à venir, ct qui, pourtant, sont tombés, de les renouveler (ou d’être renouvelés) une seconde fois en les amenant à la pénitence, eux qui, pour leur part, crucifient de nouveau le Fils de Dieu et le livrent à l’ignominie. » Heb., vî, 4-7. Plus caté­ gorique encore le passage suivant : · Si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés; il n’y a plus qu’à attendre un jugement terrible el le feu jaloux qui dévorera les rebelles. Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposi­ tion de deux ou trois témoins; de quel châtiment plus sévère pensez.-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l’alliance par lequel il avait été sanc­ tifié cl qui aura outragé Γ Esprit de la grâce? Car nous le connaissons, celui qui a dit : « A moi la vengeance! c’est moi qui la tirerai! » El encore : · Le Seigneur jugera son peuple. · Il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. · Ibid, x, 2G-31. De quoi l’on rapprochera, encore que la pensée s’y exprime avec moins de net télé, le texte relatif à la situation critique où s’est mis Ésaû : « Veillez â ce que personne ne manque â la grâce de Dieu; à cc qu’aucune racine d'amertume, venant à pousser des rejetons, ne cause du trouble ct que la masse n’en soit infectée. Qu’il n'\ ait parmi vous ni impudique, ni profanateur, πόρνος ή βέβηλος» comme Ésaû, qui pour un seul mets vendit son droit d'aînesse. Vous savez, que plus tard, voulant obtenir la bénédiction, il fut repoussé, quoiqu'il la 755 PÉNITENCE. LA PE RIODE ARCHAÏQUE sollicitât avec larmes, car il ne trouva pas le moyen (de faire) pénitence, μετανοίας γάρ τόπον ούχ cupcv (la trad, de Crampon : · car il ne put amener [son père) à changer de sentiment · est plutôt un commentaire). » Heb.,xnv 15-17. A ccs textes de l’épîtrc aux Hébreux on peut joindre celui de I Joa., v, 16, sur le péché ad mortem, πρός θάνατον, pour lequel Jean déclare qu'il ne faut pas prier (sans doute parce que toute prière est inutile), ct le texte de Mallh., xn, 31-33 (cf. Marc., ni, 28-30) sur · le blasphème contre le Saint-Esprit, qui ne peut être remis ni cn cc monde ni dans l’autre ». La difficulté que créent ccs divers textes a été vive­ ment sentie par les Pères qui ont eu à discuter avec les novations. Ce n’est pas ici le lieu de faire l'histoire de leur exégèse. Sauf erreur, saint Ambroise, est le premier qui se soit ciïorcé d’en donner une explication d’ensemble. Cf. De panitentia, I. I, c. x; 1. Il, c. ii-iv. Pour cc qui concerne le texte de Mallh., et partielle­ ment aussi celui de la 1* Joann is, on a dit ici, à Part. Blasphème contre le Saint-Esprit, t. n, col. 910916, ct cc qu’en ont pensé les Pères ct les exégètes, ct le principe de solution qu’ont proposé les théologiens Pour cc qui est de l’épltre aux Hébreux, se référer à l'art. Paul (Saint), col. 2187. L’étude du genre litté­ raire cl des circonstances de composition de l’épltre permet, nous semble-t-il, de ramener à de justes limites la portée des textes allégués Éloquente disser­ tation destinée à empêcher une communauté menacée par la propagande juive de retourner aux vieux erre­ ments, l’épltre use de tous les moyens oratoires, notamment de l’hyperbole. A quel prédicateur n'est-il pas arrivé de laisser passer sur l’urgence de la conver­ sion, les dangers de la rechute, l’abus des grâces, des expressions analogues à celles-ci? On remarquera que dans les deux premiers passages cités, tout au moins, il csl question non pas tant de péché au sens propre du mot. que de l’espèce « d’aveuglement » dont témoi­ gnerait, pour ces · Hébreux », un retour en arrière. A qui a vu une fois la lumière, combien il est difficile, s’il y ferme plus lard volontairement les yeux, de retrou­ ver, par la suite, les clartés qui l’avaient d’abord illu­ miné. Quelle faute, pratiquement irréparable, ce serait pour des Juifs convertis de revenir, par une invraisem­ blable palinodie,âleur premier état! Quels arguments pourraient alors faire impression sur eux? C’est dans cette direction, nous semble-t-il, qu’il faut chercher une solution â une difficulté très réelle. Cette réponse, d’ailleurs, ne doit pas faire oublier l’impression d’ensemble qui se dégage de ces textes. L'Évangile, certes, fait un large appel à la confiance des pécheurs. Pour accueillir ceux qui viennent lui demander la première rémission de leurs fautes, l’Églisc apostolique, comme le Sauveur, ouvre largement ses bras. Elle attend, cn revanche, de ceux qui sont ainsi régénérés qu’ils persévèrent cn la grâce reçue. Le Christ ressuscité ne meurt plus, la mort n’a plus d’em­ prise sur lui. · Ensevelis avec lui dans le baptême et ressuscités parla foi »(cf. art. Paul (Saint), col. 2117), les nouveaux chrétiens ne doivent plus mourir de la murt du péché. Col., n, 12; m, 1-11. A coup sûr, l’Églisc n’ignore pas la fragilité inhérente à la nature humaine. Cf. I Joa.. i, 8; ιι. 1; v, 16*, etc. Pour ccs fautes, les remèdes ne manquent pas, dont la prière est l'essentiel. Voir ccs mêmes textes. Les fautes graves cl scandaleuses, les péchés ad mortem, l’Églisc apostolique semble vouloir sc défendre d’en envisager l'hypothèse, au moins de façon courante. Ce sont là des cas particuliers relevant d’un traitement spécial. Les textes de Paul relatifs à l'incestueux de Corinthe nous en font entrevoir une partie, mais une partie seule­ ment- Alors que les allusions aux sacrements de baptême (y compris la confirmation), d’eucharistie, 756 d’ordre, sont relativement fréquentes dans le Nouveau Testament, celles qui sont relatives à l’expiation des péchés postérieurs au baptême sont rares et fugitives; leur petit nombre ne tiendrait-il pas à la rareté des circonstances où l’Églisc apostolique fil usage du pouvoir qu'incontcstablcment elle savait posséder de remettre les péchés? IL La période archaïque. - Nous désignons par cette expression la période qui suit immédiatement l’âge apostolique et qui s’étend de la fin du i" siècle, au dernier tiers du n· — Mais nous devons faire pré­ céder son étude de quelques observations prélimi­ naires qui valent également pour les sections sui­ vantes. — 1° Observations préliminaires. — 2· Les textes. — 3° Conclusions que l’on peut en tirer. /. OBSBR l'A TIONS PRÜLl J/ / SAl /IBS. — 1° Le stallU quæstionis a été correctement exposé au mot Aiisoluti ον , XIV. Théoric des protestants modernes et des rationa­ listes, col. 229-210. 11 s’agit de savoir si, dès les origines de l’Églisc, on voit fonctionner une institution propre à assurer à ceux qui, après le baptême, sc sont rendus coupables de fautes graves le pardon de celles-ci. On répondrait insuffisamment à la question en montrant seulement l’existence d’une discipline pénitcnticllc, condamnant le pécheur à des peines diverses dont la principale serait l’exclusion et donnant finalement qui­ tus au condamné après qu’il a purgé sa peine. 11 faut encore montrer que cette discipline s’ordonne à un effet intérieur ct surnaturel, la réconciliation de l’âme coupable avec Dieu par la rémission du péché. En d’autres termes, il ne suffit pas de décrire des obser­ vances pénilcnliclles, il faut encore montrer la signifi­ cation qui y est attachée. 2° Pour rendre celte double démonstration inatta­ quable, il faut sc garder des généralisations lidtioes. Ce qui est vrai d’une époque peut ne 1 être pas d’une autre; cc qui csl vrai à une époque déterminée dans une région peut ne l’être pas d’une région toute voi­ sine. Les exemples abondent de ces variations dans l’espace ct dans le temps. Ces diversités tiennent à cc que l’administration de la pénitence a toujours affecté, plus ou moins, la forme que prend l'exercice d’un pou­ voir judiciaire. Or, un tel exercice présente, cn règle générale, quelque chose de discrétionnaire, nous ne disons pas de capricieux. Aujourd’hui même, malgré la forme toute sacramentelle qu’a prise l’adminis­ tration de la pénitence, bien des choses doivent être abandonnées à la discrétion du confesseur, à son appréciation personnelle, dont nul ne peut lui demander compte. Ceci est bien plus vrai encore d’époques où il n'existait ni rituel fixe, ni canons déterminés, ni règles universellement acceptées. Les chefs des communau­ tés chrétiennes se savaient dépositaires d’un pouvoir considérable sur les péchés commis; ils cn usaient dans la mesure où ils croyaient la chose nécessaire, compte tenu tant des intérêts particuliers que des intérêts majeurs des Églises dont ils avaient la responsabilité. 11 a fallu des crises de caractère général, tels le monta­ nisme, les grandes persécutions, ou le schisme nova­ tion, pour amener les Églises à prendre quelques mesures uniformes. Encore celte uniformité est-elle demeurée toute relative, comme nous le constaterons. Il serait souverainement imprudent, par exemple, de généraliser la portée des canons d’Elvire, voir ci-des­ sous, col. 782; non moins hasardeux, par contre­ partie, de considérer comme ayant valeur pour toute l’Églisc telhs pratiques qui s’autorisent, avec plus ou moins de raison, du nom de Jean Chrysostome. C’est cc caractère discrétionnaire du pouvoir de remettre les péchés qui rend si difficile l’histoire de la pénitence primitive, et qui frappe de suspicion torn les travaux, anciens ou récents, qui, dans un sens ou dans l’autre, généralisent trop vite, au risque de tomber dans le 757 PÉNITENCE. LA PÉRIODE ARCHAÏQUE ichcmatismc et, par le fait même, dans l’inexactitude 3· Pour essayer de rendre toute la complexité du réel, l'histoire en question ne doit pas non plus perdre de vue les conditions générales de la vie chrétienne à la période considérée. Nous raisonnons trop, quand nous étudions le passé, d’après les pratiques que nous avons sous les yeux. Dans nos pays de vieille civilisa­ tion chrétienne, le baptême des adultes n’est qu’une in lime exception, ct la pratique du sacrement de péni­ tence est tout naturellement déterminée par cet état de choses. Nous avons quelque peine à nous repré­ senter des communautés primitives où la très grande niasse des baptisés (et ces baptisés ne sont pas la très grande masse des chrétiens) n’a reçu le sacrement de l'initiation qu’à l’âge adulte, parfois très avancé, ct, pour les périodes anciennes tout au moins, dans des conditions qui supposent une véritable ct profonde conversion. Que si l’on « réalise » la situation morale de ccscommunautés, de celles-là surtout qui sont petites, tenues bien cn main par les autorités, on sc rend compte que les nécessités de la pénitence s’y faisaient moins sentir qu’à des époques postérieures. 11 y a entre l’admission tardive au baptême et la pratique de la pénitence une corrélation qui n’a pas toujours été suffisamment aperçue, encore que saint Augus­ tin la fasse expressément remarquer. Cf. Confess., 1. I, c. xi, 17. L’essentiel n’est donc pas de montrer que, dans l’Églisc, la fréquentation de la pénitence a tou­ jours été cc que nous la voyons aujourd’hui, mais de faire voir, cc qui est l’évidence, que, dans les divers cas où l’Églisc agissait cn cc sens, elle pensait, comme l’Églisc d’aujourd’hui, remettre réellement le péché au nom de Dieu. //. LES TEXTES RELATIFS A LA PEXITEXCE DAXS LA PÉRIODE archaïque. — L’observation que nous avons faite ci-dessus, concernant les textes du Nou­ veau Testament, est également à sa place ici. Les allu­ sions. même fugitives, à l’exercice du pouvoir de remettre les péchés commis après le baptême, sont rares, presque toujours contestables. Cela tient en partie, d’ailleurs, au fait que les documents littéraires de cette période sont peu nombreux. Nous grouperons d’abord les différents textes qui ont été allégués, puis nous ferons une place spéciale au Pasteur d’I fermas. 1° Allusions que l'on a pensé trouver à la pénitence ecclésiastique. — 1. La Didaché, xiv, 1-2, décrit som­ mairement la réunion eucharistique du dimanche : • Le jour dominical, réunissez-vous, rompez le pain ct rendez grâces, après avoir, au préalable, confessé vos transgressions, προεξομολογησάμενοι τά παρα­ πτώματα ύμών. afin que votre sacrifice soit pur. Qui­ conque a contestation avec son compagnon, qu’il ne sc joigne pas à vous avant réconciliation, afin que votre sacri flee ne soit pas souillé. » Il y a évidemment ici application du précepte de saint Paul sur la « proba­ tion » qui s’impose avant toute participation au repas sacré, 1 Cor., xi, 28, en même temps qu’une claire allu­ sion au précepte du Sauveur, Matth., v, 23-24. La pureté de cœur est indispensable à qui veut prendre place à la table du Seigneur. Si cette pureté est ternie par quelque discussion entre frères, la réconciliation s’impose. En tout état de cause, il y a lieu de rentrer pleinement cn grâce axée Dieu par la confession des fautes. Bien n'indique qu’il s’agisse ici de confession détaillée, effectuée privément par chacun de ceux qui sc sentiraient coupables. Ce sont tous les membres de la communauté qui, tous ensemble, se reconnaissent pécheurs devant Dieu. Encore moins est-il question d’un rite de pardon. La récitation de notre Confiteor, soit au début de la messe, soit avant la communion, serait, en somme, cc qui correspondrait le mieux à la pratique ici décrite. Une confession de même genre, mais celle-ci indivi- 758 duelle, est mentionnée ιν. 1 t : ’Εν έκκληοία έζομολογήση τά παραπτώματά σου καί ού πρ&σελεύση έπΐ προ­ σευχήν σου έν συνειδήσει πονηρά: « Dans l'assemblée, tu confesseras tes péchés ct tu n’iras pas ù la prière avec une mauvaise conscience. » La reconnaissance de la culpabilité, reconnaissance qui peut être générale, est la condition préalable de la prière. Aujourd’hui encore, cn bien des communautés, on récite le Confiteor avant l'oraison. Peut-être y a-t-il une allusion plus certaine à la pénitence canonique dans xv, 3. Après avoir parlé de l’élection des évêques ct des diacres, ct du respect qui est dû à ccs dignitaires, l’auteur continue : « Reprenezsous les uns les autres,non avec colère» mais pacifique­ ment, comme vous le trouvez marqué dans l’Évangile; ct si un homme offense son prochain, que personne ne converse avec lui, qu’il n’entende mol de personne avant qu’il ait fait pénitence. > Sans doute, les paroles ne s’adressent pas spécialement aux chefs de la communauté; mais, venant après les prescriptions relatives à ceux-ci, elles veulent, semble-t-il, attirer l’attention sur un de leurs devoirs: la réprimande des délinquants ct les sanctions â prendre contre les récal­ citrants. Cela rappelle assez ce que dit saint Paul. I Cor., v, 9-13; cf. ci-dessus, col. 753. La mise en qua­ rantaine du coupable est, à l'époque suivante, le pre­ mier acte de la pénitence canonique; nous cn aurions peut-être ici un premier exemple. 2. On sait le but que vise la Clementis : faire ren­ trer cn eux-mêmes les révoltes de Corinthe, les amener à reconnaître leur faute d’insubordination. Le début du c. Lvii passe à l’application pratique : « Vous donc qui avez causé le principe de la discorde, soumettezvous aux prcsbytrvs, soumettez-vous filialement à la pénitence, παιδεύΟητε εις μετάνοιαν, fléchissez les genoux de vos caurs. Apprenez à obéir, déposez votre superbe cl orgueilleuse arrogance de langage, etc. ·. Quoi qu’on en ail dit, il est difficile de voir ici une allu­ sion à la pénitence canonique. Les révoltés doivent abandonner leur précédente attitude à l’égard des prcsbylres qu’ils avaient malmenés. Le recours à une pratique sacramentelle pour rentrer par le fait en grâce avec Dieu n’est pas exclu, sans aucun doute; il n’est pas indiqué non plus. Texte Λ ne pas retenir. 3. Autant faut-il en dire d’un texte de saint Ignace qui a sensiblement le même sens. Lors de son passage à Philadelphie, Ignace a pu constater» sinon des divi­ sions très accusées, du moins des germes de discus­ sions. Phi lad., ni, 1,2. Déjà, durant son séjour, il a crié très haut : < Tenez-vous étroitement unis à votre évêque, au presbyterium, aux diacres. » vu, 1. A dis­ tance, il fait de nouveau appel ù ceux qui seraient tentés de sc révolter: «Où il y a division et colère, écritil. Dieu n’habite pas. Cependant, à tous ceux qui se repentent, le Seigneur pardonne, pourvu que ce repen­ tir ramène les rebelles à l’union avec Dieu et à la com­ munion avec l’évêque, εάν μετανοήσωσιν είς ένότητα Θεού καί συνέδριου του έπισκόπου. » νιιι, I. C’est pour n’avoir pas fait étal du contexte ct pour avoir traduit comme si on lisait έν τψ συνεδρίω τού επισκόπου, que l’on a donné à ce texte un sens général qui semblerait impliquer que : « A tout pénitent, le Seigneur pardonne, s’il fait pénitence en présence de l’évêque ct de son conseil. · C’est forcer le sens du texte. 4. Parmi les devoirs sur lesquels saint Polycarpe attire l’attention des presbx 1res de Philippes, Philipp., vi, 1, est mentionné le soin qu’ils doivent avoir de redresser les erreurs et les faute, έπιστρέφοντες τά άποπεπλανημένα; mais qu’ils le fassent sans colère, évi­ tant la partialité, les jugements injustes..., ne croyant pas trop facilement au mal, ne tranchant pas cn leurs jugements, car nous avons tous contracté la dette du péché : άπε/όμενοι πάσης οργής, προσωποληψίας, κρί- M' . 759 PÉNITENCE. LA PÉRIODE ARCHAÏQUE σ€ως άδικου... μή ταχέως πιστεύοντες κατά τίνος. μή απότομοι έν χρίσει, είδότες οτι πάντες όφειλέται έσμέυ αμαρτίας. L’allusion est évidente aux fonctions de juge que remplissent les presbytres. En rapprochant cc texte de ceux de la Didachè ct de saint Paul, on entre­ voit, nous semble t-il. quelque chose de la discipline pénitcntfelle qui commence par exclure les coupables de la communauté. 5. Une charmante anecdote relative à saint Jean, bien qu’elle ne nous soit rapportée que par Clément d'Alexandrie, Quis dives salvetur, 42, P. G., t. ix, col. 649, pourrait être signalée ici, car Clément la donne comme une histoire religieusement transmise ct confiée à la mémoire des fidèles. Quoi qu'il cn soit de scs rapports avec la réalité, le récit existait depuis quelque temps quand le prêtre alexandrin l'a consi­ gné. ct ceci nous fait remonter dès lors jusque dans la période que nous étudions. Tout le monde connaît cette délicieuse historiette. Lors d'une visite Λ une Église voisine d’Éphèsc, l’apôtre Jean remarque parmi les catéchumènes un beau jeune homme, qu’il confie plus spécialement aux soins de l’évêque du lieu. Le catéchumène baptisé, l’évêque s’en désintéresse quelque peu; finalement, le protégé de Jean tourne fort mal ct devient un chef de brigands. Venue inopinée de l’apôtre dans la ville cn question. Il demande à l’évêque des nouvelles du jeune homme. Force est bien à cclui-ci de confesser la triste vérité. Et Jean de partir incontinent à la recherche de la brebis perdue. 11 la découvre enfin ct la ramène au bercail. Quelques expressions sont à noter : le jeune homme « expie autant qu’il le peut scs crimes par scs sanglots; scs péchés, il les lave dans l'eau de scs larmes comme dans les eaux d’un second baptême ». C’cst le premier début, la pénitence personnelle, la rentrée du coupable cn lui-même. Et voici maintenant la péni­ tence canonique, si l’on peut déjà s’exprimer ainsi: ayant ramené son converti à l’Églisc, Jean « par des prières ardentes ct continuelles, par des jeûnes aus­ tères qu’il partage tous avec le coupable, com­ battant le courroux de Dieu et implorant sa miséri­ corde, rassure cette âme effrayée, la persuade, la console par mille discours tendres et touchants ct ne la laisse point qu’il ne l’ait réconciliée avec elle-même, rendue à PÉglise, pleine de force ct de confiance ». On voudrait être tout à fait assuré de l’authenticité de l’anecdote. Elle fournirait un exemple tout à fait topique de réconciliation ecclésiastique. La difficulté est de discerner, dans le récit, la part personnelle du narrateur: et c'est pourquoi il convient de ne pas trop en urger la portée, du moins a-t-elle quelque valeur pour renseigner sur l’état des choses à l’époque de Clé­ ment et à Alexandrie. 2· La pénitence dans le < Pasteur · d9Hermas. - Ce livre curieux, rédigé à Home vers le milieu du n· siècle, roule tout entier autour de la question de la pénitence. Qu’elles soient dictées par l’Églisc elle-même, dans les Visions, qu’elles soient faites par l’ange de la péni­ tence dans les Commandements ou les Paraboles, les communications célestes dont Hermas est favorisé n’ont pas d’autre raison que d’amener la communauté romaine, disons mieux. l’Églisc tout entière (cf. V7s., II, iv, 3 : Clément adressera le livre aux autres villes) a un renouvellement complet par le repentir. Aussi bien, des souillures nombreuses déparent rÊglise. Croissant cn nombre, elle n’a pas également grandi cn qualité. Hermas n’a pas besoin d aller loin pour rencontrer le mal; c’cst dans sa propre maison qu’il le trouve : scs enfants, élevés dans la foi chrétienne,ont fort mal tourné Vis., IL n.2,3. Jusque dans les rangs de ceux qui, étant les chefs de la com­ munauté devraient en être les modèles, il y a des défaillances regrettables. Il est plus que temps que 760 ccs scandales cessent. Peut-être le tableau est-il poussé un peu au noir et les misères morales sont-elles quelque peu exagérées. La parabole du saule laisse l’impression que, malgré le nombre des défaillants, la plus grande partie des fidèles « a conservé le sceau de son baptême ». Ceux qui rapportent verdoyants les rameaux â eux confiés forment la majorité, τό δέ πλείον μέρος του όχλου τοιαύτας ράβδους έπέδιδουν. Simii., VIIL i, 16. Il n’en reste pas moins qu’une sérieuse rénovation s’impose. Ne tenons pas compte des fautes légères et de pure fragilité, cf. Simit., VIH, x, I, 2, pour lesquelles il ne sc pose pas de questions. La repentance intérieure, accompagnée du jeûne ct des œuvres de miséricorde, a toujours été considérée dans l’Églisc comme en assurant le pardon. La grosse affaire, c’est le sort réservé à ceux qui ont péché gravement ; < apostats ct traîtres à l’Églisc qui ont rougi du Seigneur », ibid., vi, 4, « imposteurs qui introduisent des doctrines étrangères et pervertissent les serviteurs de Dieu ». vi, 5, · dispulcurs ct querelleurs, qui ne peuvent vivre cn paix avec les autres », vu, 1, < hommes d'affaires qui vivent â l’écart des fidèles », vin. I, et sc sont prêtés â des compromissions plus ou moins graves, ix. I, demi-chrétiens. « qui sc sont contentés d’em­ brasser la foi, mais sans tenir compte de la loi dans leur conduite ct ont commis les œuvres d’iniquité », x, 3. A lire cette longue description, on a l'impression d’une masse assez considérable de gens vivant plus ou moins cn marge de l’Églisc, qu’ils s'en soient séparés d'eux-mêmes, ou qu’ils en aient été officiellement exclus. Toute cette masse, dont il semble, â première vue, que personne ne s’occupe, est-il possible d'en refaire de vrais chrétiens? Et, parmi ceux-là mêmes qui vivent extérieurement cn accord avec l’Églisc, des fautes n'cxlstcnt-cllcs pas qui doivent leur donner les plus légitimes inquiétudes? Voir Mand., IV, i, 1-3; rapprocher Vis., I. i, 2, 8. Pour aucun de ccs coupables, s'ils sc décident à venir à résipiscence, il ne saurait être question de recommencer les rites de l’initiation chrétienne, qui jadis les avaient purifiés de leurs souillures passées. Le baptême in remissionem peccatorum ne sc reçoit qu’une fois. Mais n*cxlstc-t-il pas, au moment où écrit Hermas, un succédané de cette première ct unique purification? A lire le Pasteur il ne semblerait pas que ce soit là un point admis de tous. « Seigneur, dit Hermas, s’adressant à l ange de la pénitence, j’ai entendu dire par certains docteurs qu’il n’y a pas d’autre pénitence que celle que nous avons faite le jour où nous sommes descendus dans l’eau ct où nous avons reçu le pardon de nos péchés antérieurs. » Mand., IV. m. 1 sq. La question est aussi clairement posée que possible ct la réponse de l’ange est non moins claire : < Tu as bien entendu, car il cn est réelle­ ment ainsi, καλώς ήκουσας’ ούτω γάρ έχει. Il fau­ drait, cn effet, que celui qui a reçu la rémission de scs péchés ne péchât plus, mais persévérât dans la pureté. · Ainsi l’ange de la pénitence fait siens, dans la théorie, renseignement des docteurs en question cl la raison qui le justifie. Seulement, la pratique révèle tout aussitôt les difficultés de l’application. A s’en tenir à la lettre de cct enseignement, les chrétiens qui ont fauté après leur baptême n’auraient plus de rémis­ sion à attendre. C’cst bien dur. Aussi l’ange fait-il entrevoir à Hermas qu’il existe pour ccs âmes un espoir de salut : · Mais, continue-t-il, pour répondre à tes minutieuses questions, je vais encore te révéler ceci : toutefois je ne veux fournir par là aucun pré­ texte à ceux qui, dans l’avenir, passeront au christia­ nisme ou qui viennent tout récemment d’y passer, τοΐς μέλλουσι πιστεύειν ή τοϊς νυν πιστεύσασιν είς του Κύριον Ces deux catégories de personnes < n’ont 7G1 PÉNITENCE. LA PÉRIODE ARCHAÏQUE point (à leur disposition) lu pénitence des péchés, elles n’ont que le pardon de leurs fautes anterieures (au baptême) ». En d’autres ternies, pour ces deux catégories, croyants de demain ou d’hier,il n'y a pas lieu de chercher un remède à leurs transgressions possibles, il faut s’en tenir à la doctrine rigide énoncée par les docteurs : elles reçoivent, dans ct par le baptême, la rémission totale de leurs fautes, après quoi elles doivent vivre dans la pureté parfaite. Leur faire entrevoir maintenant, au lendemain cl à plus forte raison à la veille de leur baptême, que des facilités de pardon ultérieur peuvent leur être accor­ dées, c’cst proprement donner une prime à la lâcheté. Mais il reste une troisième catégorie de fidèles, ceux qui ont été appelés au christianisme, au baptême, à la rémission des péchés voici longtemps déjà. » Pour ceux-ci, τοΐς κληΟεΐσι πρό τούτων των ήμερων. Dieu a institué une penitence. » Il connaît l'humaine faiblesse ct les attaques dont elle est l’objet, ct, dans son infinie miséricorde, «il a institué cette pénitence; c’cst à moi qu’il en a confié l’administration. Ainsi donc, je te le déclare, si quelqu'un après cc grand ct solennel appel (κλήσις) a cédé aux tentations du diable ct est tombé dans le péché, il a à sa disposition une pénitence, mais une seule, μίαν μετάνοιαν έχει; mais s’il retombe aussitôt après pour sc repentir ensuite, c’est bien dangereux pour un tel homme, il arrivera difficilement à la vie. » Cf. la même idée dans Simii., IX, xxvi, G, qui est tout aussi nette : · Ce que je dis ne s’applique pas aux jours à venir; qu’on n’aille donc plus renier le Seigneur ct recourir ensuite à la pénitence. Car il n’y a plus de salut pour quiconque, désormais, reniera son Maître. Mais ceux qui l’ont renie, dans le passé, semblent avoir encore la res­ source de la pénitence. » Il nous paraît bien que tout le développement que l’on vient de lire s'applique exclusivement aux chré­ tiens de vieille date, appelés jadis à la foi ct au bap­ tême; si, après cet appel auquel ils ont répondu, il leur est arrivé de pécher, il leur reste aujourd’hui une chance de salut, mais une seule : accepter le message de pénitence que l’ange vient leur apporter. C’est ainsi que le comprend 1 Fermas, qui est précisément dans le cas,car, sitôt entendues les paroles de l’ange, il s’écrie tout joyeux : « Je reviens à la vie après les explications si claires que vous me donnez : je sais maintenant que, si je ne commets pas de nouveaux péchés, je serai sauvé. — Tu le seras, reprend l’ange, toi et tous ceux qui agiront de même. » Ainsi, laissant de côté la considération des chré­ tiens de demain et d’hier, l ange de la pénitence pro­ pose aux chrétiens de vieille date qui ont péché un moyen de salut qui leur est spécialement réservé. Ce moyen de salut est extraordinaire. On a parlé, non sans quelque emphase, d’une sorte de jubilé annoncé par l’ange; à coup sûr, le sens obvie de ses paroles c’est bien qu’il y a pour les vieux pécheurs une occa­ sion à saisir qui ne s’est pas encore présentée et qui ne se représentera plus. Même en faisant la part de cc qui revient, dans les paroles de l’ange, au souci de ne pas donner une prime à l’infidélité des néophytes, il est difficile de lui faire dire que, la rémission des péchés ayant été obtenue dans le baptême, il a tou­ jours été el il sera toujours loisible à ceux qui péche­ ront ensuite de recourir à la pénitence. Et, d’ailleurs, reste-t-il encore tant de temps à vivre à l’humanité? Le perspective de la pnrousle prochaine, du jugement qui va bientôt venir, fait le fond de tableau de plu­ sieurs des paraboles et particulièrement de celle de la tour. Vis., III, n, 3 sq., voir surtout vin. 9 : la tour ne tardera pas à être terminée »; Simil., IX tout entière ct en particulier, xxxm. 1 : Remediate ergo vos dum adhuc turris nd i fleatur. Alors à quoi bon 7G2 légiférer pour l’avenir? C’est vers le passé que sc porte exclusivement le souci de l’ange de la pénitence. (.es anciens fidèles, qui ont < perdu le sceau de leur baptême », soit par des fautes secrètes, soit par des péchés scandaleux qui les ont fait exclure de l'Églisc. avaient-ils, jusqu’à présent, ά l'estimation d'Hermas. un moyen assuré de rentrer en grâce avec Dieu et. au besoin, avec l’Églisc? L’exclamation de joie poussée par Hermas, après les paroles de l’ange annoncia­ trices du jubilé, semble bien faire penser que non Sans doute, depuis longtemps déjà. Hennas regrette personnellement ses fautes, il ne manque pas l’occa­ sion de les confesser devant Dieu. Vis., 1, i, 3; II1. i, 5. Cc qu'il ne peut obtenir, jusqu’au moment du message de l’ange, c’cst l’assurance que scs fautes lui sont remises. Après la joyeuse nouvelle que le pardon peut lui être accordé, il sc sent revenir à la vie, έζωοποιήθην. A plus forte raison, ceux-là ont-ils occasion de reprendre espoir qui. ayant etc exclus do l'Églisc, obtiennent l'assurance qu’ils pourront y reprendre leur place. Moellons cariés ct avariés, arra­ chés de la tour dont ils déparaient l’ordonnance, ils ont espoir de former à nouveau les assises du mystique édifice. Nous ne pouvons dire si les suggestions d’Hermas adressées aux autorités compétentes ont été suivies d'effet, si le < jubilé » a été proclamé par qui de droit. 11 reste que le message du Pasteur a pu faire· renaître la confiance cn bien des âmes. Mais cc que l’on aimerait surtout à connaître, c’cst le moyen dont Hermas suppose la mise en œuvre pour opérer la réconciliation des coupables avec Dieu ct avec l’Églisc. Considérons d’abord les pécheurs officiellement exclus de la communauté, on ne voit pas bien comment ils pourraient être réconciliés avec l’Églisc sans un acte positif de celle-ci. De même encore pour ceux qui, sans avoir été judiciairement écartés, sc sont fait justice eux-mêmes cn sc ségrégeant de la communauté. On ne les voit pas, eux non plus, reprenant leur place dans l’assemblée chré­ tienne sans quelque intervention ecclésiastique. Hcrmas reçoit l’ordre de transmettre à deux personnes qui semblent avoir autorité dans l’Églisc, Clément ct Graptè, le premier message qu’il a reçu Vis., H, iv. 3. Ceci constitue au moins une indication qu’il faut relever. Reste la masse considérable de ceux dont les fautes demeurées secrètes n’ont point modifié, nous sommes en droit de le supposer, leurs relations exté­ rieures avec la communauté. Le Pasteur laisse-t-il entrevoir une intervention de l’Églisc dans leur récon­ ciliation avec Dieu? Quelques critiques l’ont pensé, ils se sont efforcés d’interpréter en ce sens les indu calions du livre relatives aux pierres qui. ayant été enlevées de la tour, y reprennent finalement place après un traitement approprié, ce traitement serait la désignation métaphorique des exercices pénilcntiels au terme desquels le chrétien coupable pourrait être de nouveau admis à la participation intégrale aux biens spirituels. Tout ceci nous parait bien aléatoire, quand H s’agit du cas spécial que nous envisageons maintenant. Si une idée de cc genre avait pris corps chez notre auteur, on ne comprend! ait pas qu’elle ne s’exprimât jamais clairement : « Quant à tes fautes passées, lui dit l’ange, elles te seront remises si tu observes mes commandements cl tous obtiendront ce même pardon, pourvu qu’ils suivent ccs préceptes cl marchent dans la voie de la chasteté, telle que je viens de la tracer. * Mand., IV, iv, L Ne faut-il pas tenir compte d affirmai ions aussi catégoriques que celles-ci? En définitive, le Pasteur csl loin de satisfaire toute notre curiosité. S’il est précieux cn ce qu’il affirme la vertu du repentir, son efficacité pour réconcilier les âmes avec Dieu, il ne nous renseigne guère sur le 763 PÉNITENCE. LE III” SIÈCLE, LES DOCUMENTS rôle qui revient à l'Église dans celte réconciliation. Et quant â la vertu universelle de ce repentir même, il convient de ne pas l’exagérer. A première vue, I auteur semble ouvrir à tous les pécheurs l’espoir de la réconciliation cl l’on a pu soutenir qu’il n’y a pas trace chez lui de « péchés réservés ». Outre que l’ex­ pression est impropre, car elle est fonction d’une doctrine de la réconciliation ecclésiastique qui n’ap­ paraît pas Ici, elle dépasse la portée des textes. A plusieurs reprise*, l’nngc de la pénitence déclare que, pour une catégorie au moins de pécheurs, il n’y a pas de pénitence. Sa pensée, qui est parfois un peu hési­ tante, SimiL, IX, xxvi, 5; Vü., Il, 2 ct 3, est très nette dans Simii., IX, χιχ, 1. Il s’agit de ceux qui ont apostasié du fond du cœur : άποστάται και βλάσφημοι είς τόν Κύριον, cl qui ont trahi leurs frères. < Pour ces gens-là, pas de pénitence; c’est la mort. C’est une race de scélérats. » Cf. ibid., n. 2. On a voulu chercher ici une Influence des textes de l’épllrc aux Hébreux ci-dessus mentionnés, col. 751. Ce n’est pas Impossible; mais, avant d’admettre celle hypothèse, il convient de se rappeler que la canonicilé de Pépltrc n’a été reconnue qu'assez lard en Occident; on ne trouve pas, dans le Pasteur, de traces incontestables de son emploi. zzz. ce que l'ox peut dire de la pExitexce canonique .4 l’époque archaïque — 1° Les textes que nous venons de passer en revue ne permettent pas de donner une description de la discipline pénitcntiellc de l’époque; à plus forte raison n'autorisentils, à eux seuls, aucune théorie générale sur le rôle de l’Église dans la rémission des péchés postérieurs au baptême. Voici, néanmoins, ce qu’ils laissent entre­ voir : 1. L'existence, en marge de la communauté, d’un certain nombre de gens coupables de diverses fautes (Dldachè, Polycarpe, Pasteur) ct dont l'assistance à la synaxe eucharistique est particulièrement indési­ rable (Didachè). Plusieurs semblent se trouver dans cette situation en vertu d’une sorte de jugement des autorités ecclésiastiques (Potycarpe). Plus nombreux peut-être apparaissent ceux qui se sont séparés d’euxmêmes par suite de leurs fautes morales, de leur atti­ tude en cas de persécution (Pasteur). A côté de ces « croyants · plus ou moins définitivement perdus pour l'Église, il existe, au sein de la communauté, parta­ geant sa vie, des fidèles dont la conscience demeure inquiète (Pasteur). 2. L’existence d’un moyen de réconciliation pour ces diverses catégories nous apparaît moins. Le texte de l épftre de Polycarpe nous invite à voir dans les • presbyties » des juges, qui, s’ils ont pouvoir pour condamner, ont aussi, selon toute vraisemblance, pouvoir pour absoudre. Hermas transmet le message céleste qu’il a reçu aux autorités ecclésiastiques. C'est une Indication. Mais il faut ajouter aussi que l’idée de remettre les péchés post-baptismaux se heurte, au moins dans certains cercles, à une vive opposition. La rémission d« s péchés s'effectue dans le baptême, le baptême ne se réitère pas. Bien n’indique pourtant que cette doctrine rigide soit celle des autorités ecclésiastiques, en tant que telles. L’exemple de Jean l’apôtre a-t-il été Invoqué comme un précédent? On ne saurait le dire. Aucune précision ne peut être donnée sur 11 remis­ sion des fautes secrètes qui ne changent pas exté­ rieurement les rapports avec 1 Église. Mais il n’y a pas de lignes de démarcation tranchée entre ceux qui en sont coupables et qui, Inquiets de leur situation de conscience, peuvent être tentés de renoncer aux synaxes liturgiques, ct les pécheurs de la seconde caté­ gorie qui, ayant définitivement accepté leur indignité, u sont eux-mêmes excommuniés. C’est par des tran­ 764 sitions insensibles que l’on passe de l’une à l’autre catégorie. 2° Ce manque de détails autorise-t-il l’historien a conclure que, durant cette période, il n’existe, dant l’ensemble de l’Église, aucune institution proprement pénitentielle? — La conclusion, à coup sûr, dépasse­ rait de beaucoup les prémisses. L Elle supposerait d’abord que l’on accorde au texte du Pasteur sur l'unique pardon au baptême une valeur tout à fait générale et tout à fait absolue. Or, ce qu’il rapporte, c'est l’opinion de » certains doc­ teurs ». opinion que l ange de la pénitence fait sienne à la vérité. Le texte insinue tout au moins que, sur la question de principe, il y a des discussions. Il faudrait donc se garder d’en tirer cette négation absolue : · Λ l’époque d’I fermas il n'y avait aucune institution pénitentielle, ni à Home, ni en aucune partie de l'Église. » D’autre pari, les conditions de la commu­ nauté romaine, déjà considérable, ne sont pas les mêmes que celles de petites Églises de la même époque. Dans ces dernières, il pouvait y avoir des interven­ tions plus personnelles des autorités auprès de cer­ tains pécheurs, des recours aussi de ces pécheurs auprès des autorités. Voir l’histoire de saint Jean. A Home même, il pouvait y avoir de ces démarches qui, par leur discrétion même, disons aussi par leur rareté, échappaient à la connaissance du public. Qu’on ne dise pas qu’Hermas, frère du pape Pie, était en situa­ tion d'être au courant de tout; sur bien des points sa théologie ne témoigne pas qu'il ait beaucoup fré­ quenté les milieux ecclésiastiques. 2. Surtout une conclusion négative ne tiendrait aucun compte du principe de continuité (le mot étant pris ici dans toute sa plénitude dogmatique) que nous avons déjà invoqué. Or, les textes qui s’accu­ mulent dès la fin du n· siècle et jusqu'au milieu du m· nous montrent une discipline pénitentielle fonc­ tionnant de façon régulière. Que cette discipline ait fait éclosion soudain, par voie de génération spon­ tanée, vers les années 180, c’est ce qui apparaît tout à fait Invraisemblable aux yeux de l’historien, aussi bien qu’à ceux du théologien. Sans doute, il n’y a pas lieu de conclure de l’existence de cette discipline postérieure à l’existence d’une réglementation abso­ lument analogue à l’âge précédent. Mais il faut bien qu’il y ait eu pour lors l’embryon d'une organisation pénitentielle dont certaines circonstances ont favorisé le développement. 111. L’OHOANISATION PÉNITEXTIBLLE AU 111· SIÈCLE. — 1° Les documents. — 2° La pratl pie. - 3· Les théories. /. LES documents. - Autant étaient parcimo­ nieux les textes relatifs à la pénitence à l’époque archaïque, autant ils sont nombreux ct quelquefois explicites dans celle période que nous ferons com­ mencer à saint Irénée pour la terminer au moment de la paix de l’Église. Nous les énumérerons, tout au moins les principaux, dans l’ordre de date; voir ce qui a été dit plus haut sur cette question de date, col. 756. Quand la question aura été touchée dans des articles antérieurs, nous nous contenterons d’y ren­ voyer. 1° Saint Irénée nous apporte, au seuil même de celte période, un renseignement assez mystérieux sur les victimes qu’avait faites, dans la vallée du Bhône, la propagande des disciples de Marc le Gnostique; ces victimes étaient surtout des femmes; quelques-unes, peut-être coupables des désordres que la secte encou­ rageait, seraient revenues à résipiscence. Conf, lucres., I, xvn. 5,7, P. G., t. vu, col. 588-592. \ olrarl. ΙπΛνι’.ε, t. vu, col. 2197. Peut-être le texte est il moins clair qu’on ne l’a dit. Les mots al μέν καί εις φανερήν (ξομο­ λογούνται ont été rendus par la vieilli version latine : 765 PÉNITENCE. LE 111« SIÈCLE, LES DOCUMENTS 766 par son titre seulement, a pu être restituée. Dans la exomologesin /udun/, commo s'il s’agissait de l’exo/noprière de l’ordination de l’évêque qu’elle nous trans­ laghe liturgique, de l’acte par lequel on se soumettait met, le pouvoir de remettre les péchés est clairement A In pénitence. Les auteurs qui, à la suite du latin, mentionné, après celui de paître le troupeau du Christ traduisent ainsi ont négligé les mots qui précèdent. et d’offrir le sacrifice : « O Dieu, dit cette prière, Ces femmes avaient, pour employer le terme de 1 Tlm., accordez-1ni (au nouvel élu) d’avoir, par l'Esprit iv, 2, · la conscience cautérisée ·. ce qui fait · que les inspirateur de la hiérarchie, le pouvoir de remettre unes affichaient même publiquement leur situation, tandis (pie d’autres, plus ou moins honteuses, se rcli- ] les péchés selon votre commandement, d’attribuer à chacun son lot selon votre précepte, et de délier toute raient, sans rien dire, de la vie de Dieu, quelques-unes entrave selon le pouvoir que vous avez donné aux de ces dernières allant jusqu’à l’apostasie complète, apôtres »:(8ύς αύτω) καί τω Πνεύματι τώ άρχιερατ.κφ tandis que d’autres restaient dans l’incertitude. » Cette dernière partie de la phrase est intéressante en 1 ίχειν εξουσίαν άφιέναι αμαρτίας κατά την εντολήν σου, ce qu’elle décrit assez bien les deux categories des i διδύναε κλήρους κατά τό πρόσταγμά σου, λύειν τε πάντα σύνδεσμον κατά την εξουσίαν ήν έδωκας τοις pécheurs que nous avons déjà rencontres dans le Pasteur: ceux qui abandonnent brusquement l’Église, . άποστύλοις. A part l’expression διδόναι κλήρους qui cl ceux qui, lentement, mais sûrement, par une j demeure mystérieuse, on voit que la prière fait une allusion évidente, tant au pouvoir de remettre les progressive désertion, aboutissent au même résultat. Quant à la première partie de la phrase, έζομο- i péchés mentionné par Joa., xx, 22-23, ct cela par la vertu du Saint-Esprit, qu’au pouvoir de lier ct de λογουνται, etc., nous pensons qu’il vaut mieux ne pas délier promis par .Jésus dans Malth., xvm, 18 (ct xvi, In verser aux débats. 19). Et comme c’est aussi en vertu d’un ordre du Sei­ 2° Denys de Corinthe doit être sensiblement de la gneur que l’évêque doit διδόναι κλήρους, serait-il par même époque. Eusèbc, //. E.t IV, xxi, P. G., t. xx, col. 385. Ce dernier a eu entre les mains une collec­ trop hasardé de comprendre sous ce mot l’attribution tion de lettres dont il donne, c. xxm, un dépouil­ de la pénitence à chacun proportionnellement à sa faute? Nous ne présentons l’hypothèse qu’avec les plus lement sommaire. On serait heureux d’avoir celle qui extrêmes réserves. Il reste que la prière d’ordination était adressée à l’Église d’Amastris ct à celles du Pont; Dcnys y donnait c plusieurs avis sur le mariage * de l’évêque, telle que la rapporte la παράδνσις, met au nombre des attributions essentielles de I évêque ct la continence ct il engageait scs correspondants à le pouvoir de remettre les péchés, ct ceci d’une recevoir ceux qui se convertissaient, de quelque faute manière très générale. Texte dans Duchesne, Origines que ce fût, faute ordinaire ou même égarement héré­ tique, τούς έξ οίας δ’ούν άποπτώσεως, είτε πλημμε- du culte chrétien, 5· édition, appendice. Il est vraisemblable que la Tradition apostolique a λείας είτε μην αίρετικής πλάνης έπιστρέφοντας δεςιουété rédigée à l’époque où Hippolyte avait déjà fait σΟαι προστάττει ·. sécession. Si donc on rencontre dans les Philoso· 3° Tertullien touche de près saint Irénéc. Prêtre phoumena des protestations contre la manière dont catholique, il compose entre 200 ct 20G une catéchèse le pape Callisto remet certains péchés, il faut penser sur la pénitence, ses caractères généraux, sa nécessité que ce n’est pas en vertu d’un principe général qu’I lipavant le baptême, la possibilité de recourir, après le polytc récrimine contre les agissements de son rival. baptême, à Vexonwlogtse, mais une fois seulement. Ce qu’il conteste, ce n’est pas le droit de la hiérarchie Le De pivnitentfa donne d’ailleurs, sur l’intervention à remettre les fautes, mais l’application qu’en fait de l’Église dans la pénitence post-baptismale, moins Callisto en des cas particuliers. Voir Philosophy IX. de renseignements qu’on pourrait l’attendre. C’est xn, 20-26, édit. Wendland, p. 249-251 : · Callisle plutôt · une sorte de sermon, qui met en lumière le déclare qu’à tous ceux qui viennent à lui il leur remet bienfait de la réconciliation avec Dieu, soit avant, leurs péchés, c’est là une prime qui fait accourir à sa soit après le baptême, sans se préoccuper de décrire les formes connues de tous par où elle se réalise dans ’ secte les gens en délicatesse avec les autorités reli­ gieuses. Il déclare aussi que, si un évêque commet les communautés contemporaines ·. P. de Labriollc, édit, du De pnnitentia, p. xv. Les traités De specta­ une faute, même mortelle, ci καί πρός θάνατον, il n’encourt pas de ce chef la déposition. 11 est indulgent culis, De idololatria, De cultu /eminarum qui peuvent aux clercs bigames ou trigamos, tolère que des gens être sensiblement de la même époque, s’ils ne donnent déjà engagés dans la cléricalurc se marient, déclarant point de renseignements directs sur la pénitence, per­ mettraient de reconstituer une bonne partie de « l’exa­ qu’il n y a point en cela de péché. Et il Justifie ces concessions par le mot de l’Apôlre : · Qui es-tu donc men de conscience » dont s’inspirait le prêtre de < pour juger le serviteur d’autrui? · et encore par la Carthage. parabole de l’ivraie semée par l’ennemi dans les cmLe De pudicitia semble être un des tout derniers blavures, et qu’il faut laisser croître avec le froment: ouvrages de Tertullien. Devenu montaniste fougueux, Laissons donc, dit-il, dans l’Égliseceux qui ont péché; il s’v élève avec violence contre la déclaration émanée I Église, dit-il encore, est comme l'arche de Noé où d’un évêque très haut placé dans l’Église (Callisto de il y avait toutes sortes d’animaux, des purs et des Home? Agripplnus de Carthage?), qui promettait, impurs; et il cherche partout des raisons de ce genre. · après pénitence accomplie, le pardon de certaines II y a là, on le voit, des indications intéressantes ct fautes de la chair. Toute I argumentation de ce pam­ dont il conviendra de faire étal phlet repose sur cette Idée que, si I Église pardonne 5° Clément d*Alexandrie est contemporain des pre­ ce genre de fautes, il n’y a pas de raison pour qu’elle miers temps de Tertullien. Outre le texte intéressant ne remette pus aussi I idolâtrie cl Γhomicide, crimes qui sont considérés par tout le monde comme irrémis­ du Qu is dives salvetur, ci-dessus, col. 759. q ui témoigne qu’à l’époque de Clément tout au moins la réconcilia­ sibles. Outre celle thèse générale sur les péchés irrémissh>les, l’ouvrage abonde en traits qui Jettent le tion ecclésiastique d’un très grand coupai le ne parais­ Jour le plus vif sur certains aspects de la discipline sait pas chose inouïe, il faut citer d’assez nombreuses pénitentielle et même des doctrines théoriques qui s’y [ allusions à la μετάνοια, à Γάφεσις των αμαρτιών, à rapportaient. Comparer ce qui est dit par A. d’Alès, j la συγγνώμη. Cette dernière expression paraît bien La théologie de Tertullien, p. 178 sq dont nous sommes désigner, au moins en certains endroits, le pardon obligé de nous ·<ρ inr. ecclésiastique. Voir les références à l’art. Clément 4° //ippolyte de Dame est de peu postérieur à Ter­ d’Alexammue, col. 185. Comme le prêtre d’Alvxantullien Lu Tradition apostolique, connue autrefois iI drie cite Hermas et s’en inspire, il y aurait intérêt à 767 PÉNITENCE. LE IIIe SIÈCLE, LES DOCUMENTS rechercher quelles précisions il a apportées à la doctrine encore si floue de son modèle. 6e Origine, successeur de Clément au didascaléc, se trouve être le contemporain de Tcrtullicn en ses dernières années ct d’Hippolylc de Home. Les prin­ cipaux textes que l’on peut recueillir dans ses œuvres et qui sont relatifs à la pénitence ont été rassemblés à l'art. OnioÊNE, col. 1555-1558. On a dit, à cet endroit, qu’il n’est pas facile de ramener à l'unité toutes les affirmations du docteur alexandrin. Pour faire ressortir toute la signification du pas­ sage célèbre emprunté au De oratione, il est nécessaire de le citer en entier. Le livre en question, composé avant 210 ct sans doute vers 233-231, est un commen­ taire de l’oraison dominicale: c’est à propos de la 3· demande : Dimitte nobis debita nostra, qu’Origène est amené à écrire le passage sur la rémission des péchés. S’inspirant du Pater, il a d’abord insisté sur le fait · que nous avons tous le pouvoir de pardonner les fautes que le prochain a commises contre nous · Quant aux fautes commises contre Dieu, qui donc pourra cn donner le pardon? Cc ne peut être que « celui qui est inspiré par Jésus, connue les apôtres, ct que l’on peut reconnaître ù scs fruits comme ayant reçu le Saint-Esprit ». L’allusion est transparente au texte de Joa., xx, 22-23. Pour pouvoir remettre les péchés, il faut, comme les apôtres, avoir reçu l’Esprit, et être devenu < spirituel ». Quoi qu’il cn soit de la manière dont cet Esprit est communiqué (Origène n’écrit pas ici un traité de l’ordination), voyons ce • spirituel » à l’œuvre dans le traitement du péché : • Par le fait qu’il est conduit par l’Esprit. comme un fils de Dieu pour se conduire cn tout selon la raison, il pardonne cc que Dieu pardonnerait, άφίησιν ά έάν αφή 6 Θεός, et retient les péchés incurables, τά ανίατα των αμαρτημάτων, agissant au service de Dieu comme les prophètes qui disent, non point cc qui leur plaît, mais cc qui est conforme à la volonté divine. De même, lui est au service de Dieu, qui seul a le pouvoir de remettre les péchés. · Le pouvoir du « spirituel » étant un pouvoir délégué ne peut s’exercer que dans les limites des con­ cessions f rites par Dieu. L'ensemble indique que le • spirituel ■ est le dépositaire des pouvoirs sacerdotaux. Cependant, une objection sc présente : tel qu’il est formulé par la charte constitutive de Joa., xx. 22-23, le pouvoir des apôtres et donc des · spirituels » ne semble soumis à aucune restriction. Ayant rappelé ce texte, Origène continue : · Si on le prenait sans examen, on pourrait reprocher aux apôtres (ajoutons « aux spirituels ») le fait qu’ils ne pardonnent pas à tous, afin que tous soient pardonnés, mais qu’ils retiennent les péchés à certains, cn sorte que, par eux, les péchés soient aussi retenus auprès de Dieu. » L’al­ lusion semble claire à une pratique courante ct qu’Origène considère comme d’origine apostolique : il y a des fautes que l’on ne remet pas. Or. ceci parait ne pas tenir compte du pouvoir très général concédé par Jésus. Écoutons la réponse d’Origène : « On trouvera à cc sujet un utile exemple dans la Loi (mosaïque), pour comprendre le pardon que les hommes donnent â des hommes au nom de Dieu. Dans la Loi. les prêtres ne doivent pas offrir le sacrifice pour certains péchés, sacrifice qui remet le péché à ceux pour qui il est offert. Le prêtre (Israélite) qui a pouvoir sur certains péchés, qui peut offrir pour les fautes invo­ lontaires ou les transgressions, n’offre holocaustes ou sacrifices expiatoires, ni pour l’adultère, ni pour le meurtre volontaire, ni pour quelque autre péché plus grave. De même, les apôtres ct ceux qui leur sont assimilés, prêtres suivant le grand prêtre, ceux qui ont reçu la science de la divine thérapeutique savent, enseignés qu’ils sont par l'Esprit, pour quels péchés il faut offrir les victimes, quand, de quelle manière, et 768 ils savent pour lesquels il ne faut pas le faire. Le prêtre Iléli sachant les fautes de scs fils, Oplml cl Phinéès, et voyant que rien ne pouvait leur être utile pour la rémission de leurs péchés, confesse que leur cas est desespéré, τό άπογινώσκειν τούτ’ ίσεσΟχι. quand il dit : « Si un homme pèche contre un homme, on priera pour lui, mais, s’il pèche contre Dieu, qui priera pour lui? » (I Beg., n, 25, texte classique dès cette époque, lorsqu’il est question de la rémisslbilité des fautes; ci. S. Cyprien, Testimonia, in, 28.) C’est après cc développement si clair ct qui tend à justifier une pratique ayant force de loi qu’Origène blâme certains de ses contemporains qui agissent à l’encontre de celle-ci : · .Je ne sais donc pus comment certains (prêtres) s’attribuant à eux-mêmes des pou­ voirs qui dépassent l’ordre sacerdotal, peut-être parce qu'ils n'ont pas suffisamment pénétré la science sacer­ dotale, sc vantent de pouvoir remettre les péchés d’idolâtrie cl de pouvoir pardonner les adultères ct les fornications, comme si, par la prière qu’ils prononcent sur ceux qui ont osé ces crimes, le péché ad mortem lui-même pouvait être délié. Ils n’ont donc pas lu le mot de l’Écriture : « il y a un péché qui est ad • mortem, cc n’est pas pour celui-là que je dis que l'on » prie. » (I Joa., v, IG.) Ne passons pas non plus sous silence Job, cet homme si courageux; il offre des vic­ times pour scs fils : · de crainte, dit-il, que mes fils, « en pensée, n’aient commis des fautes contre Dieu ». (Job, î, 5.) C’est donc pour des péchés douteux, ct encore pour des péchés intérieurs et qui ne seraient pas montés du cœur aux lèvres, qu’il offre le sacri­ fice. » Il nous parait que le très bref commentaire que nous avons donné, cn soulignant l’enchaînement de diverses parties de cc texte capital,suflit à en montrer clairement le sens. Voir, à l’art. ObioLne, col. 15571558. l’exégèse assez différente qui cn a été proposée. On retiendra, tout au moins, de la critique d’Origène, l’existence, chez certains, de la pratique qu’il réprouve de remettre toute espèce de péchés. Il faut évidemment rapprocher le texte du De oratione de ceux qui sont empruntés aux commen­ taires sur saint Matthieu, P. G., t. xm, col. 1763, cl sur saint Jean, t. xiv, col. 713, mentionnés à l’art, cité, col. 1556, el auxquels il faut ajouter un passage du commentaire sur Jérémie. P. G., t. xm, col. 385. Celui-ci déclare qu’en certain cas, s’agissant de cer­ tains pécheurs, l’évêquc doit être inaccessible à la pillé. Sans doute, on trouve dans le Contra Celsum, III. 71, un texte qui semble étendre la vertu du repentir à toutes sortes de fautes; ct ibld., IIÎ, 50, un texte relatif à des fautes de luxure, qui peuvent être remises après une pénitence plus ou moins longue. Mais il faut remarquer que le passage très général. III, 71, ne parle pas expressément de la réconciliation des pécheurs par l’Églisc. Pour le second passage, il envi­ sage la rémission ecclesiastique de péchés de luxure, rémission qui semblait exclue par le De oratione, cidessus. Mais on n’oubliera pas que le Contra Celtum est des dernières années de la vie d’Origène, posté­ rieur de quinze ans peut-être au De oratione, (‘.’est plus qu’il n'en faut, nous le verrons à propos de saint Cyprien, pour que des variations importantes sc soient introduites dans la discipline pénilentlclle Voir ci-dessous, col 78 L Les homélies sur le Lévitique sont aussi postérieures au De oratione d’au moins dix ans: c’est pourquoi il ne faut pas sc hâter d’expliquer le texte de celui-ci par celles-là. Le texte capital des homélies est !n Lev., hom. xv, 2, P, G., t. xn, col 561 A. En définitive, il nous paraît que le travail qui s’impose en ce qui concerne la pensée d’Origène sur la pénitence, c’est d’abord de sérier chronologique­ ment les textes, pour autant que la chose soit pos- 769 PÉNITENCE. LE III® SIÈCLE, LES DOCUMENTS siblc, de faire, ensuite, le départ entre lot textes relatifs à la pénitence cn général et ceux qui con­ cernent la rémission ecclésiastique. Un verrait alors, pensons-nous, que les données fournies par lui se raccordent assez bien à ce que nous apprenons par ailleurs. Voir sur cc point, encore que nous n’accep­ tions pas toutes ases conclusions, l’essai proposé par A d’Alc», L'édit de CaUisle, p. 252-283. 7° Saint Cyprien fournil, sur la pénitence ecclésias­ tique, des renseignements extrêmement précieux. Voir art. Cypiuen, col. 2466-2467, cl surtout art. Novation, col. 829,832-835, 838-839. Ici, plus qu’ailleurs, une chronologie rigoureuse est nécessaire, parce que l’époque où écrit l’évêquc de Carthage voit s’accomplir dans la discipline pénilcntielle une sorte de révolution Il faut mettre en tête les Testimonia, certainement antérieurs à la persécution de Dècc. Sous la rubrique : Non posse m Ecclesia remitti ci qui in Deum deliquerit, T. Ill, n. 28, éd. Harlel, p. 142, Cyprien groupe les textes scripturaires alors classiques, d’après lesquels on ne peut pas pardonner dans l’Églisc aux pécheurs coupables de fautes directes contre Dieu (par opposi­ tion aux fautes contre le prochain); l’absence dans ce groupe des textes de l'épltre aux Hébreux, cidessus, col. 751, ne doit pas surprendre; la canonicité de cette lettre n’était pas encore reconnue cn Occident. Le traité De lapsis, Harlel, p. 237-264, qui décrit d’une manière si vivante la crise intérieure de l’Eglisc de Carthage au début de la persécution de Dèce, a été certainement rédigé au printemps de 251, un peu avant le concile qui devait être consacré à régler ces questions. Outre les renseignements que le traité fournit sur les conditions où s’exerçait, avant la crise cl depuis, le pouvoir de remettre les péchés, outre l’indication qu'il donne sur les tendances plutôt rigo­ ristes de Cyprien, il renferme, aux chapitres v et vi, un véritable · examen de conscience · analogue à celui que fournit le Pasteur d’Hermas. Le De unitate Ecclesiæ, qui est sensiblement contemporain, a aussi de l’importance; l’idée qu’il met cn relief sur la néces­ sité d’appartenir à l’Églisc pour être sauvé va exercer une grande influence sur la théorie du pouvoir des clefs. Le De opere ct eleemosynis, compose pendant la peste de 252, est intéressant à raison de son insis­ tance sur celle idée que l’aumône efface le péché léger, comme le baptême fait du péché grave. Plus précieuse encore est la correspondance de Cyprien, puisqu'elle nous renseigne, quelquefois semaine par semaine, sur les actes el les pensées du grand évêque durant la periode 250-258. Le classe­ ment des pièces qui sc rapportent à la persécution de Dieu est ainsi établi par Bayard, éd. Les Belles· Lettres, Paris, 1925 (numérotation de Harlel en chiffres romains, celle de la P. L. en chiffres arabes) : Année 250 : début : lettres v (4), vi (81), vu (36), (vm (2), lettre de l’Eglisc romaine], ix (3); printemps : x (8), xn (37), xiv (5), xm (6), xi (7), xvi (9), xv (10), xvn (11); été : xvm (12), xix (13), xx (14) (ré­ ponse à vm); automne : [xxiv (18), consultation adressée à Cyprien par un évê<|ue|, le groupe xxv-xi. [dont il faut retrancher xxx (31) et xxxvi (30), rédi­ gées par Novat icn au nom du presbyterium romain |. — Année 251 : début : lettres xli (38) ct xlhi (10) [xlii (39) est d’un évêque qui représente provisoire­ ment Cyprien à Carthage]; à Pâques, un concile examine la question des lapsi [renseignements impor­ tants dans lv (52) el aussi dans lvii (51) qui est la synodale du concile de l’année suivante]; après Pâques: lettres xliv-liv [xlix(I6)cI l (48) du pape Corneille, lui (50) des confesseurs romains], toutes relatives au schisme de Novation.— Année 252 : début : lettre lv (52) ù Antonianus, capitale; résume les idées DI CT. DK THÉOU CAT11OL. 770 cl les ^altitudes qui ont été imposées à Cyprien par l'explosion de la crise novaticnnc; printemps : réunion du concile, lettre synodale « lettreLvn (54). — A partir de cc moment, lu correspondance sc raréfie (Cyprien est rentré à Carthage), elle est d'ailleurs relative à d’autres objets; relever quelques faits ou allusions dans les lettres lxiv (59), lxv (64), lxvii (68), lxviii (67). A partir de lxix (76), la correspondance est sur­ tout relative a la question baptismale; très intéres­ sante pour l'étude du concept sacramentel de Cyprien, elle fournit moins de renseignements sur la péni­ tence; signaler au moins lxxiu (73), n. 7 (rémission des péchés dans le baptême), lxxv (75), il 4, de Firrnilicn de Césarée (manière dont la discipline pénilenLiellc procure la rémission des péchés). — Plusieurs lettres ne peuvent être datées; la lettre îv (62), très importante au point de vue de la discipline pénitenliclle cn cc qui concerne les fautes chamelles, nous paraît être chronologiquement postérieure à la persé­ cution de 250. 8* Les documents relati/s a la crise novaticnnc sont importants en ce sens qu’ils permettent de préciser soit les positions prises par Novation, soit les ripostes des catholiques Voir art. Novatien, col. 829-83U, 839-841. Pour cc qui est du novatiamsme, il faut bien distinguer entre les opinions soutenues au début dans la secte et celles qui deviendront courantes au iv· siècle. 9° Denys d'Alexandrie a joué en Orient un rôle comparable a celui de saint Cyprien. On ne peut donc que regretter la perte de sa correspondance dont Eusebe, qui l'a eue en main, ne nous donne que des fragments. 11 faut relever au moins ce que raconte Denys sur I intervention des martyrs dans la récon­ ciliation des lapsi, H. E., \ 1, xui, 5-6; ce qu'il dit de la réconciliation d'un vieillard nommé Sérapion, ibid., xliv, 2-6, noter en particulier l’ordre donné par Denys â scs prêtres de remettre les péchés aux moribonds s'ils le réclamaient et surtout s’ils l’avaient demandé auparavant : εντολής ύπ’ έμού δεδομένης τούς άπαλλατομένους τού βίου, cl δέοιντο, καί μάλιστα εί καί πρότερον ίκεττύσαντες τύχοιεν, άφίεσΟας. Denys avait également rédigé une lettre (encyclique) à ceux d’Égypte (évidemment aux évêques de son ressort) sur la pénitence, dans laquelle il exposait cc qu’il avait décidé au sujet des lapst, selon les degrés de leur culpa­ bilité, εν ή τά δόξαντα αύτώ περί των ύποπεπτωκότων παρατέΟειται, τάξεις παραπτωμάτων διαγραψχς. De cette lettre, dont nous retrouverons plus loin l'équi­ valent dans les lettres canoniques des îv· cl v· siècles, col. 790, il faut distinguer un écrit spécial sur la péni­ tence, Ιδία τις περί μετανοίας γραφή, adressé ù l’évêque d Ήermopo lis, un de ses sullragants; sans compter une épltre destinée à des gens de l’Arménie, qui étaient donc en dehors de sa juridiction, ct une lettre qu’il fait tenir à l’Eglisc de Home sur le même sujet. Ibid., xlvi, n. I, 2, 5. Celte correspondance se révèle comme parallèle a celle de saint Cyprien; on serait curieux de pouvoir comparer l’une à l’autre. Les textes sont commodément rassemblés dans 1 edit. Eel toc des Cambridge patristic texts. 10° Méthode d Olympe, dans les dernières années du ni· siècle, est le représentant le plus remarquable de la théologie orientale. Le gros de la crise novaticnnc est passé, l'institution pénilcntielle fonctionne régu· lièrciiHiil ct, semble-t-il. sans à-coups. Le petit traité De lepra lui donne l’occasion d’exposer les moyens par lesquels sc traite et sc guérit la lèpre de l’âme, le péché. Abstention volontaire de l'offrande eucha­ ristique, recours à l’évêquc ou au prêtre, séparation du coupable pour l’exomologèsc, puis réconciliation; ces divers actes de la pénitence canonique sont assez bien séparés les uns des autres. De lepra, vi, 7-9; I T — XII —25 /i/. 771 PÉNITENCE. LE IIIe SIÈCLE, LES DOCUMENTS 772 demeurés innocents persévèrent en cet état (afin vn, 4, 5-7, 8; x, 2-3. édit. Bonwelsch du Corpus de qu’ils n’aient pas besoin des pleurs, des gémissements, Berlin. p 158» 160, 464. et des angoisses de la remission, βπως μή δέωντιι Il" Littérature populaire : Actes apocryphes des όδύνης, λύπης καί κλαυθμών άφέσζως, Constit. apos­ apôtres — C’est de la période que nous étudions, et plutôt du début que de la lin, que datent les premières tol.]. > II. xii-xtii, I. p. 18. Les textes laissent même entrevoir quelques-unes editions des Actes apocryphes primitifs de lean, de des cérémonies de la pénitence. Le coupable est Paul, de Pierre, de Thomas, d'André. Leur origine expulsé de l’Églisc, il devra ainsi demeurer au dehors, gnos tique est de plus cn plus contestée et c'est bien où l’on ira prier sur lui. Puis l’évêque (sans doute plutôt dans les milieux populaires de la grande Eglise qu’il faut leur chercher ties attaches. Or, il est remar­ après un certain temps) le fait introduire el examine s’il a fait correctement pénitence et s'il est digne d'être quable que» dans les quelques conversions de pécheurs reçu dans l’Églisc: il lui impose des jours de jeûne cn déjà baptisés qui y sont rapportées, il ne semble pas proportion de sa faute pendant 2, 3, 5. 7 semaines et que la réadmission des coupables dans la communauté le renvoie cn lui recommandant de joindre la prière souffre la moindre difUculté. Dans les Actes de Jean, nu Jeûne, afin de se rendre digne de la rémission de c. XLvni-X.iv, est racontée l'histoire d'un jeune ses péchés. Il, xvt,p. GO. Quand le coupable a accompli homme, adultère el meurtrier de son père (que Jean sa pénitence, il est reçu dans l’Églisc: pendant que ressuscite, d’ailleurs). Jean le ramène à résipiscence : toute la communauté prie pour lui. on lui impose les « Et le jeune homme reprit courage, s’étant repenti mains; il a dès lors permission de demeurer avec ses de scs péchés afin d’en obtenir rémission de In bonté frères. Il, xvnr, 7, p. GG. de Dieu, et il ne sc séparait plus de .Jean », c. i.iv, édit. L’auteur de la DidascaUe insiste vivement sur le Bonnet, p. 178 (à la vérité, une des recensions spécifie soin que l’évêque doit prendre des coupables, com­ que le héros de l’histoire n’était pas encore baptisé mentant avec beaucoup de détail un long passage et ne reçut le baptême qu’après sa conversion). Dans les Actes de Pierre, il ne semble pas qu'aucune caté­ d’Ézéchiel, xxxiv, 1-31. Sans doute, la miséricorde, chez le pasteur, doit s'accompagner de fermeté, mais, gorie de pécheurs soit exceptée du pardon, et ce pardon est obtenu sans délai, quand le repentir véri­ cn définitive, c’est la mansuétude qui doit prévaloir et il ne semble pas que l'on ait le droit de refuser table sc manifeste : épisodes de Butine, c. n, édit. le pardon à un pécheur, si coupable soit-il, pourvu Vouaux, p. 231 sq.; de Marcellus, c. x, p. 290-299; que scs dispositions soient convenables. « Celui qui la prière prononcée sur Marcellus, à l’occasion de sa expulse définitivement un pécheur de l’Églisc, il le lue réintégration dans l’Églisc ne pourrait-elle être un pour l’éternité, le livre cn pâture au feu éternel, sans décalque de celles qui étaient réellement prononcées prendre égard à la miséricorde de Dieu. » IL xxi, 8, en de telles circonstances? la comparer avec cc que p. 80. L'Écriture ne fournit-elle pas l’exemple du dit Tertullicn, De pudic., xm, 7 : in parabola ouïs pardon accordé à «leux fautes très graves, V idolâtrie capras tuas quæris. de Manassé, Il Par., xxxm, 1-13, I adultère de la 12° La DidascaUe des apôtres, composée en Syrie au cours du m· siècle, fournit, sur la pénitence cano­ femme accusée devant le Sauveur? Joa., vin, 1-11. L’insistance que met l’auteur à réagir contre le rigo­ nique. des renseignements précieux. On sait que les Constitutions apostoliques n’en sont qu’un remanie­ risme qui sc rencontre dans certains milieux laïques montre que la thèse de la miséricorde est encore, ment postérieur, du milieu du ιν· siècle. Il y a parfois intérêt à comparer les deux rédactions. Les références semble-t-il, de fraîche date et doit lutter pour s’im­ sont données d’après 1 *éd. Funk, Didascalia et Consti­ poser. C. Schmidt, Studien zu den Pseudo-Clemerltinen, tutiones apostolorum, t. i, Paderborn, 1995. p. 279 sq. 13° Les Pseudo-Clémentines, sous leur forme primi­ Décrivant les qualités du vrai pasteur, la DidascaUe tive d* Écrit fondamental, sont issues, à l’estimation de insiste sur le fait que l’évêque doit être irréprochable, Cari Schmidt, d’un milieu «pii s’apparente assez étroi­ cc qui lui permet d’exercer sur les fidèles une véritable tement à celui pour lequel a été rédigée la DidascaUe autorité et de traiter les pécheurs comme il convient. < A la vérité, nous ne pensons pas qu’un baptisé puisse syriaque Mais, contrairement à cette dernière, VÉcrit fondamental ne cherche pas à réagir contre les ten­ encore commettre les exécrables Iniquités des gentils; tout le monde sait que celui qui pèche après son bap­ dances plus ou moins rigoristes de son entourage. On ne peut tirer de lui que des renseignements assez tême est condamné À la géhenne [s’il ne se repent et vagues sur la discipline pénitenticlle. Au baptême, ne cesse de pécher. Constit. apostol.]. · II, vu. p. 12. qui remet tous les péchés antérieurs, le chrétien reçoit Mats, enfin, il peut arriver qu’un baptisé tombe; s’il le vestimentum mundum cum quo ei ingrediendum est sait à quel évêque il a affaire, «il n’ose prendre sur lui ad cænam regis. Il doit prendre grand soin de ne pas d’entrer dans l’assemblée, déjà repris qu*il est par sa le souiller, ce qui le ferait exclure comme indigne et conscience; s'il y pénètre effrontément, il est repris et réprouvé. Recogn., IV, xxxv, P. G , t. i, col. 1330. Le réprimandé par l’évêque; voyant alors que tous, dans chapitre qui suit indique quelles sont les fautes qui I assemblée, sont sans reproche, il est couvert de confusion et sort avec respect et larmes; ainsi le trou­ exposent à celte sentence d’exclusion : Si quis recedat a Pâtre et conditore omnium Deo, alium recipiens doc· peau demeure sans souillure et lui, sortant, pleurera torem præter Christum... et si quis de substantia divi· devant Dieu, se repentira de scs fautes et aura espoir: el tout le troupeau, voyant scs larmes, cela lui servira I nilatis quæ cuncta præcellit aliter quam dignum esl sentiat, haze sunt quæ usque ad mohtem baptismi d'exemple, car celui qui pèche périt [parce que le pécheur, par la pénitence, ne périt pas, Constit. apos­ polluunt indumentum. 11 s’agit beaucoup moins de l’hé­ résie que de la rechute (ou de la chute) dans le paga­ tol J.» II, x, 3-5. p. 16. Néanmoins, l’espoir reste aux nisme; c’est la faute la plus grave. Ensuite, viennent pécheurs : « Évêque, juge-lcs avec puissance, comme Dieu, mais ceux qui sc repentent, reçois les avec, les fautes d’actions, quæ in actibus polluunt : homicide, charité, comme Dieu, en courage-les, objurguc-les, adultère, haine, avarice, cupidité. En troisième Heu, enseigne-leur que le Seigneur Dieu a promis avec I les péchés qui souillent le corps et l’àme, manducation serment qu’il ferait grâce au repentir. (Citation d’Ezédes idolothytos, du sang, des viandes étouffées, ou de ce qui a été offert au démon. Ibid., col. 1331. Comparer chiel, xxxiii. 11.) Il leur a donné l’espoir; il ne faut Hom., VIII, xxur, P G.,l. n, col. 210. Malheureuse­ donc pas que les pécheurs désespèrent et, demeurant ment, notre texte ne dit pas si les fautes signalées dans leurs péchés, en accroissent le nombre, mais qu’ils fassent pénitence. Que, d’autre part, les chrétiens excluent soit temporairement, soit définitivement de 773 l’Églisc. L'idée, pourtant, est exprimée que la pré­ sence d’un pécheur risque de souiller la communauté. • Par-dessus tout, l'impiété de l’adultère est haie par Dieu, car elle ne fait pas seulement périr le pécheur lui-même, mais encore ceux qui vivent el conversent avec lui; elle ressemble à la rage qui se transmet. » Hom., Ill, i.xviii, P. G., t. n, col. 153. Aussi bien l’adultère est-il, après l’infidélité, le plus grave des péchés. Epist. Clem., vu. 7, P. G., t. il, col. IL .Mais, connue l'évêque est investi du droit de lier el de délier, σύ δέ δήσεις ά δει δεΟηναι καί λύσεις ά δει λυΟήναι, ibid.. G, col. Il, cf. 2, col. 35, comme il doit faire ligure de médecin, αύτάν δει τύν προκαθεζόμενον Ιατρού τόπον έπέχειν, ibtd., il faut bien conclure qu’il a quelque pouvoir sur la réconciliation des pécheurs. G’esl donc exagérer la portée des textes que de dire, comme Cari Schmidt, quo l’auteur de VEpis­ tola (dementis, tout comme celui des Homélies (111, Lxvm) (c’est le même personnage) ne connaît pas de rémission des péchés mortels par le pouvoir des clefs de l’évêque. //. LA PRATIQUE. — C’est de l’ensemble de ccs documents qu’il faut essayer de dégager la pratique pénitent ici le du m® siècle. Leur simple revue a déjà fait entrevoir que cette pratique n'est uniforme ni dans le temps, ni dans l’espace. Nous essaierons de décrire les choses telles qu'elles se passaient à Car­ thage, vers '250. en signalant à l’occasion les diver­ gences que nous avons pu noter. Mais, auparavant, nous devons attirer l’attention sur quelques événe­ ments qui ont eu une répercussion sensible sur la vie morale des communautés et, dès lors, sur l’usage de la pénitence. 1. La vie religieuse et morale à l’époque considérée. - '2. La pratique de la pénitence à Car­ thage vers le milieu du ni® siècle. 1° La vie religieuse et morale à Γ époque considérée. — L Circonstances extérieures. — Inévitablement la vie des communautés chrétiennes déptnd jusqu’à un cer­ tain point de la situation légale qui est faite au chris­ tianisme; celle-ci influe tant sur le recrutement que sur les manifestations de la vie religieuse. Or. vue d’ensemble, la période considérée est, pour la nouvelle religion, une période de tolérance relative, coupée au milieu par les deux paroxysmes persécuteurs de 250 el de 258 cl clôturée par la grande persécution du début du IV* siècle. Pour ce qui est de la seconde moitié du m· siècle, tous les témoignages s’accordent à cn faire une période de tranquillité presque absolue, pendant laquelle le christianisme a recruté un très grand nombre d’adhérents, achevé la conversion des régions orientales de l'empire, entamé résolument celle de ('Occident. A une moindre échelle, les mêmes résultats avaient commencé à être obtenus dans la première moitié, el même un peu auparavant. Malgré des oppositions lentes encore à désarmer, le christia­ nisme sc faisait sa place au soleil. S’il ne faut pas prendre à la lettre le fameux mot de Tertullicn : • Nous ne sommes que d’hier, cl déjà nous remplis­ sons tout », on doit en retenir que, vers l’année 200, la propagande chrétienne s’est intensifiée el a commencé à atteindre une fraction appréciable de la population de l’empire. 2. Conséquences. - Cct afflux de prosélytes n’a pas toujours été favorable au sérieux de la vie chrétienne, surtout dans les villes importantes. Ne tenons pas compte, plus qu’il ne convient, des déclamations de Tertullicn, même avant son passage au montanisme; un homme de sens aussi rassis que saint Cyprion nous est un témoin de la situation morale de Carthage en 250, cf. De lapsis, c. v, vi ; elle n’est rien moins qu'édi­ fiante. A plus forte raison, les quelques renseignements que nous avons sur la fin du siècle, dans les canons d'EIvire, par exemple, témoignent-ils que la monda- LA PRATIQUE 774 ni té gagne de plus cn plus et que les compromissions avec lu vie païenne ne sont pas rares? H a dû y avoir la môme différence entre les grandes cl riches Églises de la lin du ni· siècle cl les pelites communautés du milieu du ιι·, qu'entre le groupement formé autour de saint François d’Attise et les ordres religieux de la Renaissance. Λ la vérité, l'Églisc a senti le danger que fait courir à la ferveur primitive un trop large recrutement. A l'entrée Irop rapide des nouveaux convertis, elle a opposé la barrière du catéchuménat dont la discipline s'organise, d'une manière qui sera durable, vers la lin du 11· siècle : l’on ne devient pas du premier coup chrétien de plein exercice. Nous sommes malheureuse­ ment assez mal renseignés sur la proportion respec­ tive, dans les communautés» des baptisés et des simples catéchumènes. Toujours est-il qu'en revelant le néophyte de la robe blanche, au sortir de la piscine baptismale, l’Églisc, qui avait apporté à la formation de celui-ci un soin jaloux, pouvait, a\ec quelque con­ fiance, lui dire les paroles que la liturgie a gardées : « Reçois cette robe blanche et rapporlc-la sans tache au tribunal du Christ, » Cf ci-dessus, col. 772 Hélas! cc souhait, ou plutôt cet ordre, a dû plus d’une fois ne pas être suivi d'effet. Que de chrétiens auraient été empêchés de rapporter cette robe sans tache, s’il n’y avait pas eu quelque moyen d'en effacer les souillures! 3. Les crises morales. — Toutefois, dès le dernier quart du n· siècle, une crise morale a débuté en Orient, auquel l'Occidenl a dû finir par s’intéresser, la crise monlaniste. Quoi qu’il en soit de scs origines et de scs caractères premiers, il esl incontestable qu'elle a été, de la part de certains éléments de l'Églisc, une pro­ testa! ion contre le relâchement qui déjà se constatait. De là vient la faveur avec laquelle elle a été accueillie dans les milieux surtout où l’on était mal renseigné sur son point de départ. Pour donner quelque idée de cc qu’elle fut el des résultats qu'elle a amenés, on la comparerait assez volontiers, toutes proportions gar­ dées, au jansénisme à scs débuts. Que le montanisme ait produit quelque effet sur beaucoup de gens d'Église et qu'il ail amené, en bien des lieux, les autorités ecclésiastiques à renforcer les mesures disciplinaires contre les baptisés en faute, c’est ce qu’il semble per­ mis de supposer; ce dut être dans les dernières années du n· siècle. On comprendrait assez bien, admise cette hypothèse, comment une vague de rigorisme aurait passé à ce moment sur l’Églisc. Sur l'existence de ce rigorisme, voir ci-dessous, col. 779. Violentum non durai. Les circonstances extérieures qui, sous les empereurs syriens, favorisèrent le recru­ tement intensif de l’Églisc devaient amener quelque relâchement. La persécution de Dèce fut la pierre de touche, qui, au dire même de Gyprien, lit la discrimina­ tion entre les éléments sains cl ceux qui étaient conta­ minés. Elle montra, hélas! que les premiers n’étaient pas la majorité. Le De lapsis, et Ton cn dirait autant des témoignages venus de Rome cl d’Alexan­ drie, nous montre que, dans l'ensemble, la tenue de la masse chrétienne fut lamentable. Les défaillances ne sc comptèrent pas. Bon gré, mal gré, il fallut bien que l’Églisc sc résignât à la rentrée cn masse des lapsi. C’était là une concession nécessaire, où Ton s'efforça de sauver au moins les principes. Mais celle attitude, qui était d’ailleurs celle du lion sens cl meme du sens chrétien, ne pouvait man­ quer de susciter les protestations de certains membres de l’Églisc. Quoi qu’il cn soit des origines de la crise novat terme, son succès ne s’expliquerait pas, si les principes défendus par les premiers schismatiques n avaient correspondu aux idées d'un certain nombre des meilleurs chrétiens. Voir art. Novation, t. ni, col. 8-11 sq. Pour éloignées qu'elles soient du centre de U 775 PÉNITENCE. LE IIIe SIÈCLE, LA PRATIQUE dispersion du novattanisme, les Pseudo-Clémentines, d’une part, la Didascalfc syriaque, de l’autre, repré­ sentent assez bien deux tendances qui se combattent dans l'Églisc vers le milieu du ni· siècle. Voir cidessus, col. 771 qs. Telles sont les conditions generales qu’il ne faut jamais perdre de vue quand on cherche à se repré­ senter ce qu’était la pratique pénitcntielle au cours du m· siècle. 2° La pratique de la pénitence à Carthage vers le milieu du Ht9 siècle. — 1. Existence d’une institution pénitcntielle. — Les textes émanés de saint Cyprien nous font assez clairement apercevoir le fonctionne­ ment d’une institution pénitcntielle, destinée ù récon­ cilier à l’Églisc (ct par là meme à Dieu) le pénitent qu'une faute (même secrète) a fait bannir provisoire­ ment de la participation intégrale à la vie de la com­ munauté ct exclure spécialement de la liturgie eucha­ ristique. Ccttc institution est régie, à Carthage, par un droit coutumier, qui, pour n’élre pas absolument iden­ tique à celui des Eglises voisines, ne laisse pas d'avoir quelque ressemblance avec le leur : quand il s’agira d’y toucher, on ne jugera pas inutile de s’entendre avec celles-ci. Par exemple, Carthage entre en relation à ce sujet avec l'Églisc de Home; dans un synode local, Cyprien s'efforce d’arriver à l'uniformité au moins en Afrique, ct l’idéal serait, à son avis, que, dans les diverses régions, les évêques agissent de même. 11 est malaisé de dire quand a débuté cet embryon de codification et ce qu’il fut à l’origine. Cinquante , ans plus tôt, Tertuilien en connaissait déjà les grandes lignes; si Hippolyte s’insurge, vers 235, contre certaines pratiques du pape Calliste, c’est qu’elles lui apparaissent aller à l’encontre du droit traditionnel; autant en dira-t-on dOrigène à Alexandrie, puis à Césaréc. En définitive, si, au cours du n· siècle, nous n’avons pu trouver d’indications certaines sur la réconciliation des baptisés coupables de fautes graves, si, à l’époque d'I fermas, les « docteurs » peuvent encore discuter sur l’existence d’une < rémission des péchés > pos­ térieure au baptême, au moment où nous sommes arrivés la question ne se pose plus. 11 y a une institu­ tion pénitcntielle, dont le fonctionnement rappelle un peu celui d’un tribunal, dont les diets, dès lors, sont d’abord extérieurs, quoi qu’il en soit des répercus­ sions intérieures que ceux-ci peuvent avoir. — De ce tribunal, considérons successivement les justiciables et la procédure, après quoi sc posera la question des péchés irrémissibles 2. Les justiciables. — Ce sont exclusivement les I chrétiens baptisés : les catéchumènes ressortissent à une autre juridiction. Ce sont les baptisés coupables de fautes graves : les fautes légères n’entrent pas en ligne de compte, elles sont affaire exclusive entre le pécheur ct Dieu; elles s’expient par la prière, le jeûne, l’au­ mône. A ccttc dernière surtout, on attribue une valeur toute spéciale. La difficulté commence quand il s’agit de dresser le catalogue de cc qui est réputé péché grave cl de ce qui est considéré comme faute légère. Il n’y a pas d’hésitation sur certains péchés : idolâtrie caractérisée, attentat à la vie du prochain (y compris l’avortement), fautes de la chair, voici un premier groupe. Viennent ensuite les attentats à la propriété d’autrui, qu’il s’agisse de vol proprement dit ou simplement de fraude, d’usure ou d injustice, les haines permanentes, surtout quand clics s’accompagnent de colère ou de malédictions, les serments téméraires, a plus forte raison les faux serments. Voir le De lapsis, c. vi Et puis des fautes qui sont plus ou moins sur la limite des premières : sur les frontières de I idolâtrie, Tertuilien signalait toutes ccs compromissions que rendaient 776 parfois inévitables la vie commune avec les païens et 1 la participation aux divertissements publics, cf. Ûi spectaculis; sur les frontières de l'adultère, ces désin de plaire, de sc faire aimer <|ui amènent hommes ou femmes à des manèges de coquetterie; Cyprien n’ol pas tendre non plus pour tout cela, ibid ; sur les fron­ tières du vol et de l’injustice, l’âpre désir du gain κ traduisant, même chez des évêques, par l’empresse­ ment aux marchés et aux foires. Nous n’entendons pas dire que chacune de ces dernières fautes fût considérée comme justiciable de la pénitence canonique. Du moins, avons-nous ici des indications qui ne sauraient être méprisées. Qui commet ces diverses fautes, sur­ tout de façon habituelle, ne peut plus être considéré comme un bon chrétien. Or, de deux choses l une : ces fautes sont publiques ou elles sont secrètes. De leur nature, la plupart de celles que nous avons signalées ne peuvent guère échapper à l’attention, surtout dans des conimunaulà assez restreintes, où tout le monde se connaît et ou l’on vit un peu les uns sur les autres. (Que l’on songe à un couvent d’aujourd’hui et à la pratique de h coulpe. A la vérité, cette dernière sc restreint mainte­ nant aux manquements extérieurs Λ la règle religieuse, mais il n’en a pas toujours été ainsi.) En dénonçant à l’autorité ecclésiastique ceux des frères qu’ils savaient coupables des fautes ci-dessus énoncées, les membres de la communauté ne faisaient, somme toute, que mettre en pratique le Dic Ecclesia: de l’Évangile. (Ccs manières de procéder se rencontraient encore dans des communautés quelque peu restreintes de dissenten anglais au début du siècle dernier. Que l’on se rappelle Silas Marner de George Elliott.) N’en jugeons point d’après nos habitudes d’aujourd’hui; en esquissant un peu plus loin les théories sous-jacentes à la pratique que nous décrivons, nous ferons remarquer l’impor­ tance de l'idée que la participation d’un pécheur aux mystères souille la communauté. Tout membre de l’Eglisc est intéressé à ce que « son sacrillcc soit pur », comme disait déjà la Diduchè. Mais il importe peu aux yeux de Dieu que la faute de l’indigne communiant soit secrète ou publique. Les fidèles entendaient assez fréquemment rappeler le probet scipsum horno de !'Apôtre, pour se rendre compte du crime commis par eux quand ils partici­ paient, souillés d’une faute grave, même secrète, à la synaxe eucharistique. Voir l’épisode de Rullne, dans les Actes de Pierre, ci-dessus, col. 771 De là l ’idée qu’ils devaient sc ségréger d’eux-mêmes. Celte ségrégation pouvait attirer l’attention; le plus court el le plus ras­ surant aussi, c’était encore, pour les coupables, d’aller sc dénoncer eux-mêmes à l’autorité ecclésiastique. Sur cet aveu de fautes secrètes, nous avons le témoi gnage très explicite de saint Cyprien. Aux lapsi orgueilleux et impatients, il oppose l’attitude d’autres chrétiens qui, pour avoir simplement entretenu la pen­ sée de l’apostasie, sont venus s accuser : Quanto et fide majores et timore meliores sunt qui, quamvis nullo sacri­ ficii aut libelli facinore constricti, quoniam tamen de hoc uct cogitaverunt, hoc ipsum apud sacerdotes Dei dolenter et simpliciter con fi tentes, exomologesim conscienti* laciunt, animi sui pondus exponunt, salutarem medelam parvis licet et modicis vulneribus exquirunt, scientes scriptum esse : Deus non irridetur. De lapsis, c. xxviu. Dans le même traité, Cyprien raconte avec complai­ sance un certain nombre d’accidents arrivés à des chrétiens qui, croyant leur faute ignorée des hommes, s’étalent approchés en mauvais état de conscience de la table eucharistique. Ibid , c. xxvi. Illustration des mots de saint Paul sur le danger même corporel à quoi s'expose l indigne communiant, les récits de Cyprien sont en même temps un avertissement, aux coupables I demeurés cachés, de metire en règle leur conscience ; 777 PÉNITENCE. LE IIIe SIÈCLE, LA PRATIQUE Deus non irridetur. Ainsi, pour Cypilcn, il ne saurait faire de doute que toute faute grave, même secrète, même purement interne, ne soit justiciable de l’insli tution pénitcntielle. 3. La procédure. — a) La confession. — Dans ces conditions, l'aveu provoqué ou spontané constitue la première démarche de la procedure pénitcntielle. Ainsi, la confession, pour parler le langage d’aujour­ d'hui, occupe-t-elle hi premiere place, au point de vue chronologique, dans les démarches du pénitent. C’est évidemment l'évêque, chef de la communauté, qui est désigné pour la recevoir. Toutefois, le fait que, pendant la persécution de Dècc, Cyprien s’est réfugié dans une retraite Inaccessible ct que, néanmoins, des admissions à la pénitence (suivies ou non de réconcilia­ tion), ont eu lieu en son absence, ce fait montre bien qu'à défaut de l’évêque les simples prêtres usaient été habilités A recevoir ces aveux. Même Idée dans plu­ sieurs textes d’Origcne signales plus haut Qu'en plu­ sieurs cas, surtout quand la faute avait été publique, la reconnaissance par l’ayant cause de sa culpabilité ail eu lieu devant l'évêque entouré de son conseil presbyferai. il n’y aurait pas lieu de s'en étonner. Ne nous embarrassons pas trop ici de l’idée plus moderne du secret sacramentel, idée corrélative à une autre forme de la discipline. De certains textes d'Origène, on pourrait conclure que certains fidèles, coupables de fautes secrètes, commençaient par s’adresser, en toute confidence, à un prêtre, qu’ils mettaient au courant de l’état de leur Ame; A lui de voir comment il con­ viendrait de procéder ultérieurement. La Didascalie syriaque, au contraire, nous fait assister A l'entrée d’un indigne dans l’assemblée et A son expulsion. Modalités variées d’une même procédure. b) La satisfaction. — Aussi bien, qu’il ait été secret, semi-public ou public, l’aveu aboutit régulièrement à l’exclusion du coupable, exclusion d’une durée plus ou moins longue. Dans le De lapsis et dans plusieurs des lettres, Cyprien considère comme une énormité la conduite de certains de scs prêtres qui, sur la recom­ mandation des confesseurs de la foi. ont admis d’ur­ gence A l'offrande ct A la communion eucharistique des fidèles tombés dans l’apostasie. Loc. cit, c. xv sq. ; Epist., xv (10), xvi (9). Il n’est pas dit que ccs malheu­ reux n'avaient pas confessé leur faute, ne s'en étaient pas humiliés; la démarche faite par eux auprès des confesseurs de la foi, le billet qu’ils rapportaient, tout cela était un aveu. Ce qui parait inouï .A l’évêque de Carthage, c’est que ante offensam placatam Domini, Ils aient osé communier. Ils ont fait par IA violence au corps et nu sang du Seigneur. Car, précisément, l’exclusion du coupable n’a pas seulement pour effet de lui imposer un sérieux retour sur lui-même : elle l’oblige A se soumettre, tant en public qu’en particulier, A des exercices de pénitence et d’humiliation qui sont la condition même de sa rentrée en grâce. Ln satisfaction, que la pratique moderne a reléguée après le pardon, se situe ici avant lui. Celte satisfaction comprend, d’une part, les macérations que s’impose le pénitent dans la vie courante. Cf. Tertui­ lien, De punit., c. ix, 3-5. Elle comporte aussi des humiliations publiques. Tertuilien. ibid., n. 4, ct De pudic., xm, 7 < Tu introduis, dit celui-ci, s’adressant A l’évêque d’une communauté catholique, lu Introduis lans l’église, pour supplier scs frères, l’adultère pénll*nt, lu l’agenouilles en public couvert d’un cillcc, souillé de cendres, dans une attitude humiliée et propre A inspirer l’épouvante, devant les veuves ct les prêtres. H cherche A attirer sur soi les larmes de tous, il lèche la trace de leurs pas, il embrasse leurs genoux... Ainsi, tu remplis les autres de crainte au moment où lu es le plus indulgent. » Faisons la part de la rhétorique dans ccttc description. I.c pénitent est tout au moins 778 humilié par sa relégation, soit en dehors même de l’église, soit dans un endroit particulier, qu’il devra quitter d’ailleurs au moment où commence proprement la célébration eucharistique. A l’époque suivante, on constatera une assimilation A peu prés complète du pénitent au catéchurnêne, et la lit urgie aura pour l’une et l'autre classes deccsdemi-chrétiens des oraisons spé­ ciales, des cérémonies particulières, consistant surtout en impositions des mains. Ne préjugeons rien encore pour la période qui nous occupe De toute façon, le pénitent est condamné A des humiliations publiques, qui peuvent être pénibles. Ici encore, songeons aux pratiques Imposées aujourd’hui même dans nombre d'instituts religieux. c) La réconciliation. — La satisfaction a pour effet de préparer le coupable à la réconciliation, à la rentrée dans la jouissance complète de scs droits de chrétien, y compris la participation au corps et au sang du Seigneur. S’écoule-t-il un temps considérable entre l’exclusion ct la réconciliation? Il est difficile, pour ne pas dire Impossible, de donner une réponse géné­ rale. Morin, qui ne connaissait pas tous les documents qui ont été versés depuis aux débats, avait eu néan­ moins une intuition fort juste; il s'était rendu compte que les délais entre les deux actes avaient été beau­ coup moins longs dans l’ancienne discipline qu’A une époque plus récente, au iv* siècle par exemple. Il avait rendu le montanisme ct le novalianisme responsables de cet allongement de la durée de la satisfaction. L’Idée est exacte, A condition qu’on la complète par celte autre, qu après la paix de l’Eglise il a été néces­ saire de renforcer les barrières pvmtentielles (celles aussi du caléchuménat). La lettre iv (62) de saint Cyprien nous donne une description assez précise de ces diverses phases de la pénitence, et permet de sc faire quelque idée des délais en question. Il s’agit ici d’un scandale qui vient d’éclater dans une Église du voisinage el au sujet duquel Cyprien est consulté. Des vierges consacrées A Dieu par vœu perpétuel ont eu avec des jeunes gens, dont l’un était diacre, de telles intimités que l’on peut, A juste titre, se demander si elles ont gardé leur hon­ neur. Réponse de Cyprien : la faute d'une vierge con­ sacrée A Dieu est assimilable A l’adultère. Or, A celte époque, en Afrique, l’adultère n’enlraînc pas l’exclu­ sion definitive; cf. Epist., lv (52), n. 20-21. Il y a donc lieu de faire passer les coupables, garçons ct tilles, par les diverses étapes de la pénitence. Laissons le cas des garçons, qui n’est pas autrement précisé. Celui des vierges est bien discuté. Ou bien l’une ou l'autre a laissé sa virginité dans l’aventure: alors elle fera péni­ tence pleine (selon toutes les règles), el c’est seulement après le temps qui sera jugé convenable, qu’elle ren­ trera dans l’église par la cérémonie de l’exomologèsc, agat pœnilenliam plenam... et ivstimato justo (empore postea exomologesi facta ad ecclesiam redeat Quant à celles pour qui l’examen medical aura démontré qu'elles n’ont pas été matériellement déflorées, on pourra les admettre A l’église, étant bien entendu que, si elles s’exposaient ultérieurement A de nouvelles occasions du même genre, le pardon leur serait moins facilement accordé : si virgines inventae fuerint, accepta communicatione ad ecclesiam admittantur, hac tamen interminatione ut, si ad eosdem masculos postmodum reversa fuerint, ...graviore censura ejiciantur nec in ecclesiam postmodum tales facile recipiantur. Ainsi, dans un cas, il y a entre l’exclusion ct la réconciliation un délai assez considérable, qui n’est d’ailleurs pas précisé; dans l’autre, sitôt l’affaire éclaircie, on pourra procéder, sans autre retard, A l’admission des coupables Les termes de Cyprien indi­ quent d’ailleurs assez que, en attendant les résultats de l’enquête, toutes nos imprudentes ont été mises ΦΊ 779 PÉNITENCE. LE 11Ιθ SIÈCLE, en quarantaine, — La Didascalie, nous l’avons vu, parle d'un certain nombre de semaines «le pénitence. Nous sommes très loin des longues durées dc pénitence des lettres canoniques grecques. Ci-dessous, col. 790. Depuis longtemps, ilest admis,à l’époque de Cyprien, que I intercession des confesseurs de la foi peut abré­ ger ces délais, lui pratique est déjà signalée dans Ter· tullien. Ad marttjras, c. i ; De pudic., c. xxn. Cyprion ne conteste pas cc droit, mais il entend bien que les auto­ rités ecclésiastiques seront juges en dernier ressort, ct il n’admet l’intervention des « martyrs » que sous forme de demande ct non d’injonction. Cf. Epist., xv (10), n. 3; De lapsis, c. xvii, xvm. Autant que nous avons pu le constater, c’est plus particulièrement la cérémonie de la réconciliation qui porte chez Cyprien le nom d'cxomologise (encore que le nom ail parfois chez lui une signification plus générale);il la désigne aussi par les expressions pacem dare, communicationem ct même communionem dare. Régulièrement, la cérémonie comporte une imposition des mains de l’évêque cl de scs prêtres, ou de ceux-ci tout seuls, en l’absence de l’évêque. Voir aussi la Didascatle. Mais on exagérerait la portée des textes en faisant de cc geste un rite et comme une condition sine qua non du pardon. La réconciliation est avant tout une sentence, dont le rite extérieur est la mani­ festation. On comprend dès lors assez bien que Cyprien ait cru pouvoir déléguer Λ des diacres, en cas d’urgente nécessité, le pouvoir d’exécuter une sentence que luimême, en somme, avait portée. C’est l’explication, la moins inadéquate que nous puissions proposer du fameux texte dc l’épîtrc xvm (12) sur lequel on est revenu plusieurs fois ici. Voir Absolution, col. 155; Confession, col. 816. Ajoutons que dans l’Êglise dc Carthage, au m· siècle on ne voit pas que les clercs aient été soumis à une autre discipline que les simples fidèles, contrairement â cc qui sc passera dans la période suivante. Le diacre dont il est question dans VEpist., iv (62) est mis sur le même pied que les autres jeunes gens : tous sont exclus pour un temps qui n’est pas déterminé, après lequel, selon toute vraisemblance, ils pourront être réconciliés : Consulte fecisti abstinendo (lilt, en excom­ muniant) diaconum qui cum virgine sœpc mansit, sed et ceteros qui cum virginibus dormire consueverant. I.oc. cit., η. I Ainsi sc trouverait sullisamment décrite, pour la periode qui nous occupe, la procédure pénitentiellc, s’il ne restait à ventiler une question qui a été débat­ tue naguère avec quelque peu de passion : celle des péchés irrémissibles. L La question des péchés irrémissibles avant le schisme de Xovaticn. — a) Comment sc pose la ques­ tion. — Étant entendu que toute faute grave exclut le coupable de la communion ecclésiastique comprise dans son sens le plus large, étant entendu que la réin­ tégration ne peut sc faire que par un acte judiciaire (réduit, si on le veut, à sa plus simple expression), cxislet-il à l’époque considérée des fautes telles que ceux qui s’en sont rendus coupables doivent renoncer à tout espoir d’être réconciliés avec l’Êglise? Existet-il même des fautes tellement graves ct tellement répugnantes qu’elles ne permettent pas d’accepter leurs auteurs aux exercices de la pénitence ecclésias­ tique? lui question est d’abord une question de fait. Nous examinerons dans le paragraphe sur les théories pénltcnticlles a l’époque considérée si les docteurs ont essayé de répondre a la question de droit. b) En /ait, le pardon ecclésiastique a été, à certains moments, re/usé à diverses /aides, Dans les commu­ nautés montanistes ou touchées du même esprit, il parait bien que certaines fautes n’étaient même pas LA PBATIQUE 780 admises à bénéficier des avantages dc In pénitence ecclésiastique, (‘.’est du moins ce (pii nous semble ressortir d’un passage de Tertulllcn, Dc pudic., iv, 5, \prts avoir énoncé l’idée que h· mot d’adultère, chez les montanistes. est très large ct que l’on y peut faire entrer plusieurs fautes dc la chair, y compris les secondes noces, Tertulllcn continue : < Quant aux antres fureurs impies des passions, qui, contre les lois de la nature attentent aux corps et aux sexes, nous (les montanistes) les excluons non pas seulement du seuil, mais de tout l’cdiflce de l’Êglise, parce que ce ne sont pas des péchés, mais des monstruosités. · Entendons que les fautes contre nature ne sont pas même admises à la pénitence ecclésiastique. Plus tard, les adversaires du novatianisme feront courir le bruit que c’est aussi la pratique des communautés novalieunes. Sauf erreur, nous n’avons pas rencontré de textes d’auteurs catho­ liques qui parlent d’une telle sévérité, à moins qu’il ne faille traduire en ce sens un texte de saint Cyprien disant (pic certains évêques catholiques in totum pani· tentiie locum contra adulteria eluserunt. Epist., lv, (52), n. 2l, cf. ci-dessous, col. 782. Mais nous pensons qu’en général tout coupable, quelle qu’eût été l’énor­ mité de sa faute, pouvait avoir recours à la pénitence canonique, être admis au nombre de ceux qui, séparés de la participation complète aux rites de l’Êglise, ne laissaient pas de lui rester unis, profitant jusqu’à un certain point de scs prières et dc ses suffrages. Le fait (pic leur satisfaction était réglée ct bénie par l’autorité ecclésiastique lui communiquait un caractère spécial, qui pouvait être, pour les coupables, de quelque conso­ lation, au cas même où la réconciliation finale leur eût été refusée. Celte réconciliation, en fait, a été longtemps refusée aux récidivistes, entendons ceux (pii, étant tombés dans quelque faute grave, ont été admis à la pénitence complète (pirnitentia plena, disait saint Cyprien), sont passés par les diverses étapes (pie nous avons précé­ demment décrites jusques ct y compris la réconcilia­ tion et, finalement, sont retombes à nouveau. Le prin­ cipe : « il n’y a qu’une pénitence, comme il n’y a qu’un seul baptême » est admis, implicitement ou explicite­ ment, par tout le monde, et ceci n’est pas vrai seule ment de la période considérée. On le trouve déjà exprimé dans le Pasteur d’Ilermas, quoi qu’il en soit des rapports entre la pénitence (pie l’on y préconise cl la rémission ecclésiastique. Tertullien, encore catho­ lique, le développe avec son éloquence coutumière. De picnit., v; vit, 10 : < Dieu a permis qu'une fois fer­ mée la porte du pardon (baptismal), une fois tiré le verrou du baptême, il y eût encore un refuge d’ouvert. Il a placé dans le vestibule une seconde pénitence pour qu’elle ouvre à ceux (pii frapperaient; mais une /ois seulement, puisque c'est déjà la seconde /ois, cl jamais plus désormais, puisque le pardon précédent est demeuré inutile. · Le même principe sera clairement exprimé par saint Augustin dans l’Age suivant cl s’inscrira en fin de compte dans les collections cano­ niques. N’insistons pas; le fait est reconnu par toutes les compétences, quoi qu’il en soit des échappatoires (pic certains critiques ont tenté de chercher. En dehors de ce cas très fréquent et (pii soulève, on le voit, une grave question dc principe, y avait-il des fautes qui étaient exclues du bénéfice d’une pre­ mière et unique réconciliation? Pour montrer qtt’il en a été ainsi, tout au moins dans certains milieux et à certaines dates, on a fait particulièrement état du De I pudicitia de Tertullien. Voir, pour l’idée générale, cidessus, col. 765. Le plus ordinairement, on considère « l’évêque des évêques, le pontife suprême », à «l’édit péremptoire » duquel Tertullien s’en prend dans le pro­ logue, comme étant le pape Callisto, ct l’on raisonne ainsi: Jusqu’à l’époque dc ce pape (vers 220), l’Êglise 781 PÉNITENCE. LE IIIe SIÈCLE, LA PRATIQUE dans son ensemble, ne réconciliait pas (du moins pendant leur vie) les pécheurs coupables de l’une des trois fautes capitales : Idolâtrie, homicide, adultère. Dans une déclaration, plus ou moins solennelle ct plus ou moins générale, le pape en question aurait promis la réconciliation â certaines fautes de la chair . < Moi, • aurait-il dit, Je remets les péchés d'adultère et de • fornication â ceux qui ont fait pénitence. » Malgré les protestations des milieux rigoristes dont Tertullien se fait l’écho et dont il semble bien que l’on retrouve des traces dans les Philosophoumena d'ilippolyte, cf. ici col. 7GG, la pratique indulgente préconisée par Calllste aurait fait assez rapidement son chemin. En 250, la coutume est, dans l’Êglise africaine, de remettre les fautes dc la chair. Cf. S. Cyprien, Epist., lv (62), n. 20. Bcstaicnt les deux autres fautes capitales : l’idolâtrie cl l’homicide. On ignore la date â laquelle la réserve qui frappait cc dernier crime fut levée. Quant à l'ido­ lâtrie (ou si l’on veut â l’apostasie, manifestée par un acte d’idolâtrie) ce fut la persécution dc Dèce qui, ayant multiplié les défaillances, donna l’occasion d'exa­ miner plus attentivement le cas des lapsi et dc proposer une solution plus indulgente. » Telle est, sommairement exposée, la thèse qui tend à devenir classique sur les péchés irrémissibles ct dont nous pensons qu'elle a résisté aux critiques que, pour des raisons diverses, on a dirigées contre clic. Nous croyons, néanmoins, que, pour la rendre tout à fait inattaquable, il faut la dégager dc toutes les considé­ rations relatives â « l’édit de Cal liste », ct même ne pas la rendre solidaire dc l’argumentation développée par Tertullien dans le Dc. pudicitia. D’abord Tertullien ne prononce même pas le nom dc Calllste; c'est par des considérations d'exégèse du tcxtccl dc chronologie, et encore par comparaison avec les attaques des Philosophoumena contre le pape en question, que l’on a songé à celui-ci. Les critiques qui veulent voir dans l’auteur dc «l’édit» un évêque dc Carthage, ct parti­ culièrement Agripplnus, un prédécesseur dc saint Cyprien, ont donné de bonnes raisons â l ’appui de leurs dires. D'autre part, l’argumentation de Tertullien est tellement passionnée que l’on peut toujours soutenir que son indignation, son désir d’avoir raison, ses méthodes de polémique lui ont fait perdre dc vue des réalités évidentes pour tout autre que pour lui. Son argumentation, certes, est très claire : · Si l’on par­ donne aux adultères, que l ’on ose donc pardonner aussi aux Idolâtres ct aux homicides. » De quoi l’on conclura que tout le monde est d’accord, à son époque, pour refuser le pardon aux deux derniers péchés, tandis que l’absolution des fautes de la chair constitue une inno­ vation. Mais, avec cc terrible polémiste, on ne sait jamais. Laissons-le donc cl, bien que son témoignage doive être cité, renonçons à en faire la base d’une théorie. Autrement serein ct tout aussi expressif est le témoi­ gnage d’Origène, dans le De oratione. Le texte, quand l'on prend soin dc le citer dans son intégralité, est d’une clarté qu'aucun commentaire ne réussit â obscurcir. Cf. ci-dessus, col. 7G7. C’est l’évidence même qu’à l’époque où Orlgène écrit ccs lignes une tendance misé­ ricordieuse se fait jour chez certains membres dc la hiérarchie, tendance contre laquelle le docteur alexan­ drin proteste au nom d'une tradition qu’il considère comme apostolique. Or, ceci est écrit sensiblement à la même date où Tertullien et Hippolyte font entendre leurs véhémentes protestations, au nom des mêmes principes, contre une tendance analogue, pour ne pas dire identique. On échappe difficilement â celte con­ clusion, que, dans le premier quart du ni· siècle, on en est venu, en certaines Églises, â considérer comme impraticable, ou même comme contraire â l’esprit évangélique, une discipline plus rigide sur les débuts 782 de laquelle nous sommes d’ailleurs fort mal renseignés. La Didascalie syriaque ne polémiquerait pas avec tant d'insistance en faveur d'un traitement relative­ ment doux appliqué aux pécheurs ct contre les tenants du rigorisme si, dans les milieux où elle a pris naissance, il était allé de sol que le fait dc se soumettre à la pénitence emportait, pour toutes les sortes dc fautes, un droit absolu à la réconciliation. Saint Cyprien nous est d’ailleurs un témoin tout aussi précieux qu'Origéne ct que la Didascalie. A la vérité, on ne rencontre pas chez lui, sauf erreur, d'al­ lusion au caractère irrémissible dc l’homicide. Pour ce qui est de l'adultère (en prenant le mot dans un sens assez large), Cyprien est extrêmement net : cc péché est de ceux que l’on remet : · Et machis a nobis pirniten· tiiv tempus conceditur ct pax datur : on détermine, pour les coupables, un temps de pénitence, au bout duquel ils sont réconciliés. · Epist., lv (52), n. 20; cf. iv (62), n. 4, citée plus haut. Mais il y avait eu, à une date récente, des discussions à cc sujet, et la pratique n’a­ vait pas été uniforme dans la prosince meme : Et qui­ dem apud antecessores nostros quidam de episcopis istic in provincia nostra dandam pacem machis non puta­ verunt et in lotum pirnitentia* locum contra adulteria eluserunt. .\on tamen a coepiscoporunt suorum collegio recesserunt, aut catholica- Ecclesiir unitatem vel duritiie vel censunc suir obstinatione ruperunt, ut, quia apud alios adulteris pax dabatur, qui non dabat de Ecclesia separaretur. .Manente concordia: vinculo et perseverante Ecclesia: individuo sacramento, actum suum disponit et dirigit unusquisque episcopus rationem propositi sui Domino redditurus. Epist., lv (52), n. 21. Dans cer­ taines Églises d'Afrique, à l’époque qui a précédé celle de saint Cyprien, l’adultère avait été traité comme faute irrémissible. Discipline nouvelle, ou persistance d’un usage ancien, nous ne pouvons le dire. Et (piant à ce qui concerne l’idolâtrie, l'histoire dc la persécution de Dèce montre bien et le point d'où l’on est parti (l'idolâtrie ne sc remet pas dans l’Êglise) et le point où l’on est arrivé, la rémission ecclésiastique dc cette faute. Voir, pour le détail, l’art. Novatien, col. 832-836. D'ailleurs, les canons d'Elvirc, à la tin du ni· siècle, sur lesquels nous aurons à revenir, ne se compren­ draient pas s’ils témoignaient d’une discipline absolu­ ment nouvelle. Bien au contraire, ils sont, peut-on dire, de ces « organes témoins » dont parlent les bio­ logistes et qui attestent un stade antérieur de révo­ lution d’un être vivant De ccs canons, 35 au moins s’occupent de la discipline pénitentiellc. Or, une dou­ zaine stipulent expressément que, pour telle faute, la réconciliation, la communion comme dit le texte, sera refusée, même â l’article dc la mort. Voir canons t, 2, 3 (idolâtrie), G (meurtre par maléfice), 7 (adultère réi­ téré), 8 et 9 (divorce), 12 (métier de proxénète), 13 (violation, par une vierge consacrée, de son vœu dc virginité). 17 (mariage d’une chrétienne avec un prêtre païen), LS (adultère des évêques, prêtres ou diacres), G3 (adultère compliqué d’avortement), 66 (unions incestueuses), 71 (pédérastie); il y en a d’autres dont le sens est plus douteux. Mais le canon 63 est très révéla­ teur : Si qua per adulterium absente marito suo conce­ perit, idqtie post /acinus occiderit, placuit nec in finem dandam esse communionum i:o quod oeminavehit scelus. Ce que le concile frappe de réserve perpétuelle, c'est le double crime, étant évident, d’après le reste des canons, que m l’adultère ordinaire, ni l’avortement (ou l'infanticide?) simple n’était puni de cette peine. En définitive, une chose parait claire, c’est qu’une discipline rigide sc manifeste au cours du ut· siècle, au moins dans certaines Églises, selon laquelle diverses fautes constituaient des cas réservés dont l’autorité ecclésiastique n’accordait pas la rémission (même à 783 PÉNITENCE. LE IIIe SIÈCLE, LES THÉORIES 784 paraît qu’elles sc heurtent aux théories générales sur l'art Idc de la mort). Nous ne voulons pas dire que cette la signification de la pénitence ecclésiastique que nom discipline est primitive, ni qu’elle fut absolument allons esquisser. générale, et cela permet d’écarter du débat un certain La seule chose que l’on puisse admettre, c'est que, nombre de textes qui y ont été versés : citation de dans des cas particuliers dont on peut dire, si l’on veut, Denys de Corinthe, ci-dessus, col. 765, exemples tires qu’ils n’étaient pas absolument rares, les chefs ecclé­ des Actes de Pierre, silence du De pænitentia de siastiques ou leurs représentants ont pu abréger, à Tertullien. Mais, ces textes ne peuvent supprimer ceux, l’endroit de certains pécheurs, les formalités de la fort clairs, que nous avons signalés et qui témoignent pénitence canonique, donner à celles-ci le minimum de l’existence, pour certaines fautes, d’une réserve de publicité, réconcilier les délinquants sine strepitu dont la sévérité d’ailleurs est allée s’atténuant au et forma judicii, comme diraient les juristes modernes cours du siècle (sauf l’exception des canons d’Elvire). De leur nature même, de semblables interventions ne Un scrupule nous reste pourtant sur le point de pouvaient laisser de trace et cela expliquerait la rareté savoir si la réserve était maintenue jusqu’à l’article de de nos informations à ce sujet. Encore une fois, il faut la mort. Les canons d’Elvire le disent expressément et il n’y a pns lieu d’épilogucr sur l’expression qu’ils em­ tenir compte du pouvoir discrétionnaire des évêques dont nous avons entendu saint Cyprien exprimer si ploient : communionem non dure, non reddere, etc., comme s’il ne s’agissait que de la privation de l'eucha­ nettement la théorie. Mais nous ne pensons pas, pour notre compte, que ces interventions aient été fré­ ristie. A l’époque de la persécution de Déco, il nous quentes: elles ont été des exceptions. Elles portaient, paraît bien qu’en plusieurs communautés on accepta, en effet, une atteinte grave à des idées reçues et à une dès l’abord, l’idée qu’il était loisible de réconcilier les tapsi ά l’article de la mort. C’est ce qui ressort des pratique communément admise. Quand l’on songe aux lettres du presbylérium romain à saint Cyprien. longues délibérations du concile de Carthage de 251 Cypriani epist., vm (2), xxx (31), et plus encore de la sur la réconciliation des simples libcllatiques (qui n’a­ consigne donnée par Denys d’Alexandrie à ses prêtres. vaient fait, en somme, aucun acte formel d’idolàtric), Ci-dessus, col. 770. Cette consigne, d’ailleurs, semble on se rend compte de la quasi-impossibilité qu’il ail Indiquer, tout au moins, que les prêtres d’Alexandrie fonctionné à l’époque un moyen très facile de remettre n'auraient pas eu d’eux-mêmes l’idée de réconcilier | les péchés. Dans la discussion de cc problème, il s’agit des lapsi moribonds. D'autre part, quand on étudie moins de soupeser les textes que de reconstituer une les attitudes successives prises par saint Cyprien dans ambiance C’est cc que nous allons maintenant la réconciliation des lapsi, on e.»t bien obligé de consta­ essayer de faire. nt. les théories. — Sous cette rubrique, nous étu­ ter qu'au début de la crise la permission donnée par l’évêque de Carthage aux prêtres de réconcilier les dierons, surtout d’après les œuvres de saint Cyprien, tapsi moribonds est une concession gracieuse, qui n’est les idées générales sous-jacentes à la pratique, ou qui pas accordée à tous, mais à ceux là seulement qui ont prétendaient, après coup, justifier celle-ci Celle pra­ reçu un libellus pacis d’un martyr. C'est dire que la tique, nous l’avons dit, comporte normalement trois réconciliation d’un failli en danger de mort ne paraît actes : l’exclusion, l’accomplissement des œuvres de pas, à l’évêque de Carthage, aller nécessairement de pénitence, la réconciliation. soi. Epist., xvm (12), n. 1. Si les deux conciles de 251 1° L'exclusion des coupables. — Elle est en dépen­ cl de 252 ont pris des mesures beaucoup plus miséri­ dance directe de l’idée formulée par saint Paul à propos cordieuses, cela tient à l'évolution de la pratique cl des de l’incestueux de Corinthe : · un peu de levain fait idées que nous avons décrites à l’art. Novatif.n. lever toute la pâte », I Cor., v, G, de l’ordre donné ** 5. Pénitence publique et pénitence privée. — En par lui : « pas de relations avec les impudiques ·, < re­ dehors de cette pénitence canonique dont nous venons tranchez le méchant du milieu de vous », ibid., 9, 13; d'ébaucher une esquisse, existait-il une rémission des cf. Apoc. xxti, 15; enfin de la consigne que l’on trouve péchés dont toutes les parties seraient demeurées un peu plus loin : Probet scipsum homo. I Cor., xi, 28. secrètes et qui nous représenterait, en somme,la forme La Didachl· précise que « le sacri lice des chrétiens ne ancienne de notre confession auriculaire? — A une doit pas être souillé », xiv, 2, qu’il faut donc prendre époque qui n'est pas très éloignée, des théologiens ont soin d’en écarter les pécheurs. Ci-dessus, col. 757. Nous recouru à celte hypothèse: ils ont cru qu’aux moments avons remarqué que, pour la période archaïque, c’cst dont nous parlons, il y avait eu. comme cela sc véri­ particulièrement sur l’exclusion des pécheurs el les fiera à une date postérieure, deux formes de la péni­ raisons qui la motivent que nous sommes renseignés. tence : la pénitence privée qui ressemblait d’assez près Les mêmes idées se retrouvent dans le De lapsis, voir à notre manière actuelle: la pénitence canonique, dont surtout c. xv et xvi. Trop empressés à sc faire réconci­ le Pontifical d’aujourd'hui a conservé les grandes lier, les lapsi qui ont surpris la bonne foi des prêtres lignes. Sur la signification de celle-ci, ils se divisaient se sont procuré une paix qui n’en est pas une : irrita encore. Pour les uns, la pénitence canonique produisait et falsa pax, periculosa dantibus, ct nihil accipien­ au for interne les mêmes clfcts que la pénitence privée, tibus profutura. Suit une description très réaliste de dont elle n’était, pour ainsi dire, qu’une doublure. leur comportement : A diaboli aris revertentes, ad sanc­ Pour d’autres, au contraire, la pénitence canonique tum Domini sordidis cl infectis nidore manibus acce­ était exclusivement une discipline du for externe, cor­ dunt. Mortiferos idolorum cibos adhuc pene ructantes, exhalantibus etiam nunc scelus suum faucibus et con­ respondant, jusqu’à un certain point, à cc que serait aujourd’hui l’excommunication des pécheurs scanda­ tagia funesta redolentibus. Domini corpus invadunt, quando occurrat Scriptura divina rt clamet et dicat : leux et leur absolution. C'est d'une conception de ce genre que dépend la théorie qui a été esquissée ici à ‘ » Omnis mundus manducabit carnem et anima quæl’article Aiisolutîon, col. 155, et dont nous ne pen­ cunque manducaverit ex carne sacri fleti salutaris,.,, sons pas que personne In maintienne encore aujour­ et immunditia ipsius super ipsum est peribit anima illa de populo suo.· Lev., vit. 20. Les prêtres qui, à la d’hui. De Pavis de la plupart des critiques el historiens, ces requête des martyrs, ont eu trop d’mdulgcncc pour ces supposition* ne correspondent pas à la réalité, elles pécheurs et les ont admis à l’offrande et à l’eucharistie, témoignent plot At du désir de retrouver dans l’anti­ cc n’est pas la paix qu’ils ont donnée. mais la guerre; quité la plus éloignée les /ormes extérieures de la qu’ils n’appellent pas bienfait, ce qui est en réalité une pratique actuelle Non seulement, on ne peut apporter, injustice : Quid injuriam beneficium vocant? Et l’injusen leur faveur, aucun texte probant, mais il nous I lice est commise par ces prêtres, tout autant à l'en- 785 I* EN IT E NC E. IIIe SIÈCLE. LES THÈOHIES droit des tapsi, privés par là des avantages inappré­ ciables de la pénitence canonique, qu’à l'endroit de In communauté chrétienne. Celle ci risque, par de tels procédés, d'être déshonorée aux yeux mêmes des païens : ne, si çuM abrupte et indigne Del a nobis promissum vel a nobis lactum fuerit, apud gentiles quoque ipsos, Ecclesia nostra erubescere incipiat. Epist., xv (10), n 3, cette épître est parallèle au De lapsis, qui en a repris certaines expressions. C’est une duperie pour toute l’Églisc de Carthage que de semblables manières de faire : Decipitur fraternitas nostra a qui­ busdam vestrum, qui, dum sine ratione restituendi? salu­ tis plausibiles esse cupiunt, magis lapsis obsunt. Epist., XVI (9), n 2. En définitive, c’est dans l’intérêt du pécheur, pour l’empêcher de se condamner davantage par une indigne communion, mais c’est aussi dans l’intérêt de l’Eglisc, dont une présence indésirable souille l'obla­ tion, qu’il faut séparer, pendant quelque temps, les criminels de la pleine vie ecclésiastique. Cela n’est pas vrai seulement de ceux qui se sont rendus cou­ pables de fautes énormes. La même lettre de saint Cyprien signale que cette discipline a son application pour des péchés de moindre importance. Nam cum in minoribus peccatis agant peccatores pirnitentiam justo tempore, et secundum discipline ordinem ad exomologesim veniant et per manus impositionem episcopi et cleri jus communicationis accipiant... Ibid., n. 2, ad finem. Quelque chose de cette pratique est demeurée dans les prescriptions modernes de l’Églisc. Aujourd’hui encore, à s’en tenir aux règles canoniques, la présence dans l’assemblée chrétienne d’un excommunié notoire cl vitandus empêcherait la célébration ou la continua­ tion des rites eucharistiques : persistance d’une idée où saint Cyprien se serait reconnu. A la vérité, la controverse novatlcnnc, qui éclate au printemps de 251, amènera sinon à atténuer la rigueur de la pratique, du moins à retoucher la théorie. \ olr art. Novatien, col. 810 au bas. Déjà I lippolyte avait, bien irrévérencieusement, comparé l’Eglise de son rival Callistc ù une arche de Noé où voisinaient animaux purs et impurs. Les catholiques, à des objections ana­ logues faites par le parti novation, répondront en citant la parabole de l'ivraie dans les cmblavurcs. Matth., xni, 24-30· Mais cette citation et d’autres analogues que l’on trouvera dans Cyprien, Epist., lv (52), n. 25-27, ne doivent pas faire oublier que la rigueur de la pratique se maintint partiellement. La méditation de ces textes influera plutôt sur la pratique de la réconciliation. Dans son intérêt et dans celui de l’Eglise, Il faut que, pendant un juste temps, le pécheur soit séparé de la participation intégrale A la vie litur­ gique. Ne parlons pas néanmoins d'excommunication au sens moderne du mot. Celle-ci prive le condamné de toute participation aux biens spirituels et aux suf­ frages et prières de l’Eglise. 11 n’en était pas ainsi pour le pécheur mis en pénitence. Il avait sa place dans une partie spéciale de l’édifice ecclésiastique; on priait officiellement pour lui, des gestes liturgiques spéciaux étaient prescrits qui devaient sanctifier sa pénitence. Il était, en somme, dans la situation où il s’était trouvé durant le catéchumenat, A cette différence près que son second apprentissage de la vie chrétienne était plus difficile que le premier. 2° L'accomplissement des oeuvres satisfactoircs. — Ces œuvres du deuxième catéchuménat, sanctifiées par l’Eglise, jouent dans l’expiation de la faute un rôle extrêmement considérable. A telles enseignes que ce sont elles surtout qui attirent l’attention, aussi bien dans la pratique que dans la théorie. On peut dire que tout le thème du De lapsis, c'est la nécessité de ces œuvres satisfactolrcs. Diverses 786 images sont destinées A la mettre en évidence. Bien entendu, la métaphore des larmes de la pénitence qui lavent la souillure du péché se rencontre: mais la plus courante, celle qui reviendra souvent dans les dcscriptions ultérieures de la pénitence, compare le péché A une plaie envenimée et qui a causé de l'œdème. Le premier soin du médecin est de la débrider, afin d’en faire écouler la sanie; mais, le débridement opéré, que de cataplasmes il faut mettre sur la plaie pour obtenir la pleine guérison, la résolution de l’enflure, le libre jeu des articulations! Cc n'est pas une petite affaire que de traiter une blessure qui intéresse aussi profondément les tissus! Alto vulneri diligens et longa medicina non desit. De lapsis, c. x.xxv. Procéder comme ont fait 1rs prêtres dont Cyprien blâme l’empressement à réconcilier les lapsi, c’est agir comme le médecin ignorant, qui met un appareil hermétique sur une plaie tout envenimée : Imperitus est medicus qui tumentes vulnerum sinus manu parcente contrectat et in altis recessibus visc Qu’on lise également les passages où saint Jérôme parle de son baptême, et l’on remarquera que pour )u| — et c’est le cas pour bien d'autres, nés de familles chrétiennes — le baptême signifie, après une jeunesse orageuse, une véritable conversion. Saint Augustin, intellectuellement rallié à la vérité catholique, n’est arrêté devant le baptême, qu’à cause du changement de vie complet que suppose celui-ci. Il va trop loin à la vérité (et il le reconnaît d’ailleurs lui-même) en faisant de la pratique, non seulement des préceptes, mais des conseils évangéliques la forme de la vie nou­ velle où l’introduira le baptême. Prêtre, évêque, il se gardera bien de prêcher cet idéal sous cette forme absolue. Scs pensées, néanmoins, au moment où il se convertit, doivent être celles des meilleurs parmi ses contemporains. Mais, ù côté des fervents, il y a aussi la masse des tlèdes. Amenés pour des raisons diverses à recevoir l’initiation chrétienne, ils traînent, après, la même vie mediocre qui avait été la leur auparavant. Cc ne sont pas ceux-là que les scrupules retiendront quand il s’agira de s’approcher de la table eucharistique, d’autant que cette participation, quand l’on prend part aux synaxes liturgiques, est pratiquement obli­ gatoire. Ainsi, tandis que les personnes très ferventes n’avaient que faire de l’institution pénitcntielle, celles qui en auraient eu le plus besoin ne se pres­ saient pas d’y recourir. Certains y recouraient le plus lard possible, à l'article de In mort, cn tout semblables â d’autres (pii ne recevaient le baptême qu’au tout dernier instant. Ne nous hâtons donc pas de juger des choses de cette époque par ce que nous voyons sous nos yeux. La médiocrité, pour ne pas dire l’insuffisance com­ plète de trop de chrétiens aurait dû, nous semble-t-il, rendre plus fréquent l’usage de la pénitence. Nous venons de voir les raisons pour lesquelles il faut en rabattre. Enregistrons, d’ailleurs, les nombreuses cl éloquentes protestations des êvêques contre ces erre­ ments. Notons aussi le mouvement qui, dès le début de cette époque, précipite les âmes les plus ferventes vers la vie monastique, laquelle, en ses origines, s’éloigne complètement du monde. Signalons enfin les réactions assez vives que crée, dans des cercles d’orthodoxie plus ou moins douteuse, comme le milieu priscillianistc cn Occident, le milieu cuchile en Orient, la considération de la médiocrité d’un trop grand nombre de chrétiens. Est-Il besoin d’ajouter que les conditions nouvelles créées à la vie chrétienne par l’invasion des barbares ne pouvaient qu'accentuer le désarroi dans les pays submergés par ceux-ci. 2° La pratique de la pénitence dans ΓEglise latine vers la fin du /r· et le début du F· siècle. - En nous aidant des renseignements fournis par saint Ambroise, saint Pacien, saint Augustin, nous allons tenter de décrire comment fonctionne à ce moment l'institution pénitent telle. A l’occasion, nous ferons à celle esquisse les retouches que nécessite la considération d’autres documents, (‘.’est Augustin surtout qui nous fournira notre cadre. Au risque de tomber dans quelque sché­ matisme, nous exposerons comment les choses de­ vraient sc passer en droit, quitte à faire observer les atténuations que la discipline pouvait recevoir dans la pratique. 1. Comment devrait fonctionner, en droit, Γinstitu­ tion pénitent tel te. - a) Les fautes qui en relèvent. — Tout comme la théologie moderne, la discipline ancienne reconnaît l’existence de deux catégories de péchés : les péchés qui ne peuvent manquer d’échap­ per à l’humaine fragilité, peccata quotidiana el. d’autre part, les scelera, les peccata mortalia. Les premiers PICT. DE THÉO!.. CATIIOI.. PRATIQUE 802 se retrouvent chez tous, même chez les meilleurs et les évêques n’en sont pas exempts. Scrm., Lvr, 11. Ils sont remis par la prière (insistance particulière sur le Dimitte nobis debita nostra), l'aumône (insistance particulière sur le texte scripturaire : « L'aumône couvre la multitude des péchés »), le jeûne ct les antres mortifications corporelles; prière, aumône, jeûne étant employés soit seuls, soit associés. Les peccata mortalia sont évitables et doivent être évités. On prévient les catéchumènes de leur gravité ct des conséquences qu’entraîne le fait de les com­ metire : retranchement des coupables de Γ Eglise, humiliations qui leur sont imposées dans la pénitence publique, La difficulté est, comme toujours, d’établir le cata­ logue de ces peccata mortalia. On obtient cependant d’intéressantes indications cn recoupant les divers témoignages. C'est autour des trois péchés capitaux de l’ancienne discipline que Pacien groupe son énuméra­ tion (voir aussi Grégoire de Nysse, ci-dessus, coL 791), après s'être, au préalable, retranché derrière le texte (occidental) du concile de Jérusalem, Act., xv, 20, 29. On trouverait encore dans Augustin des traces de cette vieille distinction, Srrm., ccclii, 8, ct surtout De fide et oper.t 31 : Qui autem opinantur calera eleemosynis Iaci te compensari, tria tamen mortifera esse non dubitant ct excommunicationi bus punienda donec ptrnitentia humi­ liore sanentur, impudicitiam, idololatriam, homicidium. Ce n'est pas ici le lieu, continue Augustin, de recher­ cher si celte idée est à approuver ou â corriger. En fait, Augustin la corrige ct prend comme critérium de sa distinction d’une part le décaloguc. d’autre part les listes des péchés qui. d'après saint Paul, excluent du royaume des cicux. Voir Scrm., cccti, 7. Le sermon i.vi, 12, fournit une liste intéressante : Idolâtrie, astro­ logie, magie, hérésie, schisme, homicide, adultère, fornication, vols, rapines ct si qua forte alia unde neccsse sit pnreidi ab altari ct ligari in terra ut ligetur in cielo. Parmi ces quadam alia signalons Γivrognerie, mentionnée Scrm., xvn. 3, et dans saint Ambroise, la commatio (coups cl blessures). De pœn., Il, vnt, 71. Par contraste avec ccs fautes capitales, relevons dans le même Scrm. i.vi d’Augustin les multiples péchés de la vie quotidienne qui se commettent par la vue, l’ouïe, la parole (parmi ceux-ci il en est de plus graves cl qui séparent de l’autel, le blasphème, par exemple). Et même si l’on gouverne bien tous scs sens, il reste les péchés de pensée, sous lequel terme d’ailleurs il ne faudrait pas se hâter d’englober tous les péchés inté­ rieurs. Augustin ne pouvait pas oublier le mol du Sauveur sur la pensée adultère, Mat th., v. 28. Pacien est un peu plus explicite sur ces fautes qui ne sont pas des fautes d’action : Addo non solas manus in homicidio plecti, sed ct omne consilium quod alterius animam impegit in mortem, nec eas tantum qui thura mensis ado­ levere profanis, sed omm m prorsus libidinem extra uxorium thornm ct complexus licitas evagantem reatu mortis astringi. Param., v. Notons qu’aucun de nos auteurs ne distingue.quand il s'agit de ccs peccata mortalia, entre fautes secrètes ct fautes publiques. Ce qui, en droit, est soumis à la péni­ tence ecclésiastique, ce sont les fautes qui excluent du royaume de Dieu. Saint Ambroise mentionne expressé­ ment les occulta crimina. De pan., I, xvi, 90. On voit qu’en définitive 1 ■ examen de conscience > de saint Augustin est sensiblement le même que celui de saint Cyprlen. b) La procédure suivie. — Ici encore, nous pouvons distinguer les mêmes phases qu’à l’époque antérieure. a. L'exclusion ou rentrée dans l'ordre des pénitents. - Elle est la conséquence d’un acte judiciaire, que nous pouvons appeler une excommunication. .Vus vero a communione prohibere quemque non possumus, dit T. — XII — 26 803 PÉNITENCE. LES IVe ET Ve SIECLES, LA PHATIQUE Augustin, nisi aut sponte confessum, aut in aliquo Λ/ΡΓ .wultiri sivc ecclesiastico judicio nominatum atque conoidum. Serai,, CCCtl, 10. Il est clair qu’un chrétien qui avait encouru une condamnation devant une juridiction séculière pour quelque faute de droit commun (magie, homicide, adultère, vol, etc.) était, par le fait même, désigné à l’attention des chefs ecclé­ siastiques qui devaient sévir contre lui. A defaut de cette indication provenant des tribunaux séculiers, l’évêque pouvait être renseigné sur les fautes de tel ou tel, soit par la renommée, soit par une accusation en règle. Dans un passage d’un tour extrêmement vif, Augustin engage les épouses délaissées par des maris volages à venir se plaindre à l’évêque» f|ui procédera contre les coupables. (On sait que la loi romaine ne punissait pastes infidélités du mari, alors qu’elle était fort sévère pour celles de la femme mariée et de son complice.) Serai,, cccxcii, L En dehors de cette pro­ cédure, il y avait aussi l’aveu plus ou moins spontané, plus ou moins provoqué des coupables. Les prédica­ teurs ne sc faisaient pas faute d’objurgucr les pécheurs, de leur dépeindre sous les traits les plus vifs le crime horrible qu’ils commettaient par une communion indigne. La parenèse de Pacien nous est un bon exemple de ces exhortations; Augustin, pour son compte, les multipliait. Nous aurons l’occasion de dire un peu plus loin que, souvent, ccs paroles demeuraient sans efflcacité, que, parfois, l’évêque se trouvait désarmé devant tel pécheur dont il savait la faute et dont il devait, néanmoins, tolérer la présence. Mais les avertissements donnés n’étaient pas toujours sans efficacité, bien que nous n’ayons aucun moyen de dire si la proportion des pécheurs courageux était considérable. Noter ici que les textes soit occidentaux, soit orien­ taux prévoient que les membres du clergé ne sont pas admis dans Vordo pamitcntiunu Ceux qui sc sont ren­ dus coupables d’une faute grave relevant de la péni­ tence canonique sont simplement déposés et réduits à l’état laïque. Ce châtiment parait sufllsanl, el il y a Heu d’appliquer l’adage juridique: Non bis in idem. On entre dans l’ordre des pénitents, comme dans celui des catéchumènes par une cérémonie liturgique, dont l’essentiel est une imposition des mains. Il n’y a pas lieu d’accorder à cc geste une autre importance qu’à tant d’autres semblables qui se renouvellent au cours du catéchuménat cl de l’accomplissement de la pénitence. Il attire les bénédictions de Dieu sur les exercices pénitenticls que doit faire désormais le cou­ pable, cn même temps qu’il est le signe extérieur de l'admission dans la catégorie spéciale de chrétiens que forment les penitents. Il y a. cn effet, trois gradus, trois catégories de fidèles, Pacien le fait très bien remarquer: les catéchumènes, les pénitents ct les chrétiens de plein exercice. Pur., in. On aimerait avoir quelques préci­ sions sur la proportion respective de chacune de ccs catégories Cela nous parait, malheureusement, Im­ possible â déterminer. Dans des communautés importantes cc n’était pas le cas à Hippone - l’évêque était-il aidé dans la surveillance de scs ouailles par un prêtre pénitencier, remplissant en quelque sorte la fonction du ministère public, recevant les accusations, provoquant les aveux, déterminant pour les délinquants la quotité ct la qua­ lité des peines? Cc n’est pas impossible. Pour Borne el Constantinople, on a quelques indications; voir article Confession, col. 842sq.,ct ici col. 796 sq. Mais la situation des grandes capitales était assez particu­ lière; il ne faudrait pas s’empresser de généraliser. Nous avons entendu Ambroise, évêque d’une grande cité, parler de ses expériences de ■ confesseur >, si l’on ose déjà dire, ct la donnée est continuée par son bio­ graphe Paulin. Vita Ambrosii, n. 39. Quoi qu'il cn soit, c’était cn définitive l’évêque, qui, par lui-même 804 ou par ses délégués, était mis au courant de la situa­ tion el était le véritable ministre de la pénitence. b. Les exercices pénilentiels. - On peut distinguit les œuvres salisfactoires que |e pénitent accomplit en son particulier: aumônes, jeûnes, macérations (11 est souvent question de I abstention des bains; sc rappe 1er la place que les thermes · tiennent dans la vie des anciens), retranchement des plaisirs même permis (la défense d’user du mariage n’est pas mentionnée dans saint Augustin, elle l’est par saint Ambroise)»ct d’autre part, les humiliat ions publiques devant la communauté. Pacien, qui semble encore très dépendant de Tcrlullien, décrit en termes pathétiques l'attitude humiliée des pénitents, le sac. la cendre, les proslerncmcnts, ln gémissements; l’impression que laisse saint Augustin est moins pénible. On y voit surtout les pénitents m· présenter en longues files â l’imposition des mains de l'évêque avant d’être renvoyés. Quelle que fût, cn tout ceci, la part de convenu, de rituel, tout cet ensemble de cérémonies ne laissait pas de désigner comme pécheurs à l’assemblée ceux qui y étaient sou­ mis. \Oir ci-dessus, col. 797, la description donnée par Sozomène de la façon dont les choses se passaient a Borne el les rapprochements que fait Valois dans ses notes sur cc passage avec les cérémonies d’une époque postérieure. Nous n’avons, pour l’Occidcnl, aucune indication précise sur l’existence des catégories diverses établies parmi les pénitents et, comme disaient les Grecs, de stations (στάσεις) pénilenlielles. Divers documents, tous originaires de l’Asie antérieure el plus spéciale­ ment de la Galatie, de la Cappadoce ct du Pont, témoignent de celte pratique ancienne. Grégoire le Thaumaturge établit ainsi quatre classes de pénitents : ceux qui pleurent en dehors des portes de l église (/lentes); ceux qui sont admis dans le narthex à écou­ ler les lectures liturgiques et sont renvoyés aussitôt après (audientes); ceux qui sont admis dans l’église meme, y demeurent prosternés el sortent avec les caté­ chumènes (substrati ) ; ceux enfin qui restent debout pendant que s’accomplit la synaxe eucharistique, mais qui ne peuvent participer aux dons consacrés (stantes). Nous avons relevé ci-dessus, col. 789 sq., les documents qui font allusion ù cet état de choses. Il a pu d’ailleurs n’être pas toujours exactement le meme, ct il parait assez étroitement localisé, même cn Orient Aucune trace dans les nombreux textes de saint Augustin qui décrivent la pénitence. Nous avons relevé, dans saint Ambroise, l’indication suivante : C.oinparant la résurrection spirituelle du pécheur â la résur­ rection corporelle de Lazare, Ambroise traduit les mots du Christ : Ubi posuistis rum? prononcés au sujet du frère de Marthe cl Marie par ceux-ci, que Jésus pro­ nonce au sujet du pécheur : In quo poenitentiam ordine? Dr pten,, II, vu, 51. N’y cherchons pas trop de précision. Aux indications relatives aux stations pénilcntidles s’ajoutent, dans les documents orientaux, des chiffres qui fixent le temps (pie, suivant la gravite de la faute, le pénitent doit passer dans chacune de ccs catégories. Seuls, bien entendu, les grands cou­ pables passent successivement par chacune de ces stationset y séjournent un temps déterminé (il s’agit d’ordinaire de plusieurs années); mais la durée totale de la mise cn pénitence, à ne consulter que ces textes, semble avoir clé considérable. A la vérité encore, il est expressément question, dans les mêmes textes, du pouvoir discrétionnaire concédé aux autorités eccle­ siastiques d’abréger cette durée. L’impression qui reste néanmoins, c’est que l'exclusion des sacrements pouvait, pour beaucoup de penitents, se prolonger pendant un laps de temps sc comptant par années. Nous n avons aucune indication de cc genre pour la 805 PÉNITENCE. LES IV« ET Ve SIÈCLES, LA PRATIQUE 806 discipline occidentale, en ce qui concerne la période gorie de chrétiens, assez répandue de nos jours, qui, considérée. On a lieu de penser toutefois que l'exclu­ n’ayant guère pratiqué » durant leur vie, seraient sion de l’église était notablement moins longue; un néanmoins bien fâchés de partir dans l'autre monde jour viendra où elle sc réduira au temps du carême, sans l’assistance du prêtre. Augustin qui connaît cette entre le caput jejunii ct le jeudi saint. Mais nous réconciliation in extremis parle à leur sujet exacte­ n’avons pas le droit d’étendre rétrospectivement celle ment comme les prédicateurs d'aujourd’hui : Agens donnée à la période que nous étudions. Ajoutons pirnitentiam ad ultimum et reconciliatus, si securus d’ailleurs que, malgré celte dlllérencc apparente entre hinc, exit, ego non sum securus. Serm., exexeni, les , c. vu-χι, P. L·., t. exxxiii, col. 606613, entendons par lâ, d’une part, l’ensemble de sen­ timents ct d’idées que cc mol éveille chez nous, mais encore la démarche qui amène les fidèles ù se retirer plus ou moins complètement du monde. Cf. ci-dessous col 831. O qui est décrit au c. XII, De compunctione cordis, c’est proprement la contrition avec les diffé­ rents motifs qui la peuvent inspirer. Cette contrition conduit nécessairement a la confession, c. xm, De confessione peccatorum et pirnitentia, sous lequel mot il ne faut pas sc hâter d’entendre notre confession sacramentelle. il est surtout question de l’aveu devant Dieu des fautes commises, aussi Isidore conseille-t-il de s< haler dc le faire, n. 13 : Festinare debet ad Deum pdemiendo unusquisque dum potest. L’ellicacité de cc retour» a Dieu est longuement exposée dans les numéros suivants; cette idée introduit les c. xiv-xvi : de desperatione peccantium, de his qui a Deo deseruntur, dc his qui ad delictum post lacrymas revertuntur, oit l autrur vc montre particulièrement sévère pour les récidiviste!. En suite dc quoi vient l’étude du péché, considéré d’abord en lui-même, c. xvii; puis selon DOCUMENTS 82 i qu’il est léger ou grave, c. xsm et xix; public ou secret, c. xx; aimé par le pécheur ou simplement commis par une sorte de nécessité ou d’entrainement, c. xxi-xxm. Après voir fait remarquer que rien n’est plus salutaire que de penser souvent à scs fautes, c. xxiv, Isidore étudie les différentes façons dont sc commet le péché, par pensée, par parole, par action, opposant de temps à autre la considération des vertus à celle des vices qui leur sont contrain s, c. xxv-xiav. Mais, si intéressantes que soient toutes ccs analyses, elles ne traitent guère ou même pas du tout dc la pénitence ccclésiastiqué. Relevons, Sentent., 1. I, xxn, 7, col. 589, la réfutation de l’opinion selon laquelle la communion eucharistique suffirait À purifier ceux qui vivent dans le crime ; Qui scelerate vivunt in Ecclesia et communicare non desinunt, putantes se tali commu­ nione mundari, discant nihil ad emundationem pro­ ficere sibi. Des précisions sont apportées dans le De ecclesiasticis ο/fici is à l’idée ci-dessus exprimée. Au 1. I, c. xvm, 7 ct 8, col. 756, Isidore, traitant de l’eu­ charistie, se demande s’il faut communier tous les jours; certains le pensent et préconisent cette récep­ tion â condition que l’on y apporte une intention droite. Mais, continue notre auteur : Si talia sunt pec­ cata qua* quasi mortuum ab altari removeant, prius agenda pirnitentia est. Cnderum si non sunt tanta pec­ cata ut excommunicandus quisque judicetur non se debet a medicina dominici corporis separare. Seulement, il faut, pour sentir toute la portée du texte, aller jus­ qu’au bout du développement : Qui enim jam peccare quievit, communicare non desinat. On a fait remarquer qu’en la circonstance Isidore ne faisait que repro­ duire une consultation d’Augustin sur la meme ques­ tion. Aug. epist., liv, 3, L P. L., t. xxxm, col. 201. Mais, tandis que l’évêque d'HIpponc, parlant des fautes qui doivent faire exclure de la sainte table, mentionnait l’action dc l’autorité ecclésiastique écar­ tant d’abord le coupable, puis l’admettant après réconciliation, l’évêque de Séville évite à dessein, dans sa réponse, tout ce qui pourrait rappeler l’inter­ vention de celte autorité. Le coupable, semble-t-il au premier abord, pourrait régler de lui-même scs affaires avec Dieu. Ainsi conviendrait-il de ne verser ccs textes au dossier de la pénitence ecclésiastique que sous bénéfice d’inventaire. Il est bien certain, néanmoins, qu’ Isidore, meme s’il n’est pas le collecteur dc ΓHispana, connaît l'ins­ titution de la pénitence canonique. Le même traite. De officiis, au L II, après avoir énuméré les diverses catégories de clercs, puis de moines, ct avant dc parler des vierges, des veuves, des personnes mariées et enfin des catéchumènes, consacre un chapitre, le xvii«, col. 801-801, aux pénitents qui forment ainsi dans l’Eglise une classe déterminée. On y décrit sur­ tout leur aspect extérieur (cheveux ct barbe en désordre, cilice, cendre), mais aussi les effets dc cette discipline : après le baptême qui ne saurait se réitérer. l’Eglise medicinali remedio pimitentiir subrogat adju­ mentum, η. 5, col. 802. Toutefois, le développement qui suit est quelque peu surprenant; nous y apprenons que c’est là un remède nécessaire aux simples fidèles, même pour ccs péchés quotidiens que nul ne peut se flatter «l’éviter complètement : Cujus remedii egere se cuncti agnoscere debent pro quotidianis humana fragilitatis excessibus, les prêtres ct les lévites seuls en sont exemptés ct ne font leur pénitence que devant Dieu; les autres ont besoin de l’intercession solennelle du prêtre : a arteris (pirnitentia fiat) antestante coram Deo sotemniter sacerdote, ut hoc tegat fructuosa con­ fessio quod temerarius appetitus aut ignorantia* notatur contraxisse neglectus. La bn du chapitre nous donne les idées de l’évêque de Séville sur la valeur de la pénitence reçue au dernier moment. Incontestable- _ 826 ment, cet acte peut être salutaire, mais on risque gros à le retarder : Etsi bona est ad extremum conversio, tamen multo melior est qua· longe ante finem agitur ut ab hac tilia sueuriUS transcatur, n 9, coi. 804. Kclevons enfin les conseils donnés aux prêtres par Isidore pour le traitement des délinquants. Sent., I. III, c. xlvi. col. 714-717; plusieurs des traits sont particulière­ ment caractéristiques : souri que les prêtres doivent avoir de connaître les péchés de leur peuple, n. 2, 3; manière dc reprendre cl d’amender les coupables, n. 5. 6, 10-15; on noiera qu’en certaines circonstances les pasteurs sont amenés à excommunier des pécheurs : nonnulli pnrsules gregis quosdam pro peccato a com­ munione ejiciunt ut pæniteant. mais il doivent, après cela, sous peine de manquer à leur devoir, sc rendre compte de la façon dont vivent ccs pénitents. I. En Italie. — La péninsule, aux v et νι· siècles, garde encore quelque chose de la culture théologiqur dc l’âge précédent. Arnobe le Jeune, qui est encore contemporain de saint Léon, est certainement railleur d’un commen­ taire sur les psaumes, ou l’on peut relever, sur la péni­ tence, les indications suivantes : In ps. c.VXâr///, P. i.., t. lui, col. 515, une réfutation rapide dc la doctrine novat tenue; In ps. ex XX/, col. 534 I), une allusion au pouvoir des clefs, (pie possèdent les évêques .successeurs des apôtres; In ps. LXX/i’, col. 431 C, des allusions très claires aux rites extérieurs de la péni­ tence publique, à l'imposition dc la cendre, du sac, à l’appareil lugubre de la cérémonie; mêmes indications In ps. LXXt col. 12 1 I). Au même Arnobe on attribue le Pnrdestinatus, traité d’inspiration scmipélagicnne. Dans la polémique menée contre d’imaginaires hérétiques prédestinations, l’auteur utilise le fait que les sacrements dc l’Êglise ne sont donnés qu’à ceux (pii veulent les recevoir cl jamais contre leur gré. Le parallélisme mis entre baptême et pénitence est intéressant. Avec les caté­ chumènes et les pénitents de votre opinion, allez donc trouver les évêques de n’importe quelle Église, et si videritis eos nolentibus gratiam baptismatis tra­ dere, aut nolentibus pxvitevtie imponehe mavvm. sciatis vos esse catholicos. Mais ces évêques réclameront des candidats au baptême une allirmation dc leur volonté, ils n’imposeront la main à un pénitent que s’il fait une confession volontaire, nisi confessionem voluntariam ostendenti. Prœd., III. vm, P. t. lui, col. ni I D. Pierre Chrysologue, évêque de Kavenne vers 150), orateur abondant dont il reste un volumineux recueil de sermons, ne fournit guère de renseigne­ ments sur la pénitence canonique. Il faut signaler pourtant le sermon lxxxiv où est commentée la scène de l’apparition du Christ, conférant aux apôtres le pouvoir de remettre les péchés. P. L·., t. lu, col. 138. L’allusion est évidente aux novations, auxquels l’ora­ teur songe encore dans les sermons sur la pécheresse pardonnéc. Serm., xc.iv, col. 464, ct xcv, col. 467. Mais les différentes manifestations de repentir dont il est quest ion en ces deux endroits ne sont pas nécessaire­ ment liées ù l’exercice de la pénitence ecclésiastique. \utant en dira-t-on d’un autre contemporain. Maxime, évêque dc Turin (t 465). Pour intéressantes qu'elles soient elles Jettent, en effet, une assez vive lumière sur la vie religieuse et morale dc l'époque — scs homélies ne fournissent, sur la pratique et la théorie de la pénitence, que dc très maigres renseigne­ ments. On a relevé dans l'homélie c.xv une compa­ raison entre le chrétien qui redoute dc manifester ses fautes ct le renard (pii sc cache h· plus possible. P. I.., t. lvii, col. 523 B; dans l’homélie civ, une allusion aux pratiques cupides de certains hérétiques qui vendent le pardon aux coupables. Col. 491-495. Eugippius, un abbé d’origine africaine, mail in­ stallé en Italie où il est mort après 533. n'a fait que rassembler sur les diverses questions théologiques les sentences d'Augustin, ('/est donc l'évêque d'Htppone que Ton entend dans son Thésaurus. Le problème posé par la parole du Christ sur le péché contre le SaintEsprit y revient â plusieurs reprises. Voir surtout c. cxxtv* P. L., t. lxii, col. 742-751. Voir aussi le c. exxv, col. 751, qui reprend la doctrine d'Augustin sur le péché, obstacle a la communion. Le recueil d’Eugippius a joui, semble-t-il, d’une assez grande diffusion, ct a donc pu avoir quelque influence sur la pratique. Saint Benoît (t 543), dans sa règle, légifère seule­ ment pour des moines; il n’y a donc pas à y chercher d'indications sur la pénitence canonique. Le c. iv. gu/r sint instrumenta bonorum operum, est considéré h bon droit comme le directoire delà perfection monas­ tique. 1/ · ouverture de conscience y ligure, n. 5051. comme l’un des moyens d’arriver à la perfection : Cogitationes malas cordi suo advenientes mar ad Chris­ tum allidere ct seniori spirituali pale/acere. P. L.. t. hxvi, coi. 296 D. C’est la même doctrine que nous avons lue dans Cassien. Saint Grégoire le Grand (t 601) termine dignement la lignée des écrivains italiens de celte époque. C’est dans toute son œuvre - et l’on sait si elle est consi­ dérable — que se retrouvent des indications tant sur le péché, sa nature, ses effets, que sur les moyens de l’expier. Le grand commentaire sur Job intitule Moralia est peut-être le plus riche en aperçu sur le péché lui-même. Voici les passages qui méritent dc retenir l’attention : IV, xxvn. P L., t. i.xxv, col. 663. cf. XXV. xi, t. Lxxvi, col. 339 (les degrés d enfonce­ ment dans le péché : péché secret, péché connu, pèche d’habitude; différence entre les péchés commis par ignorance, par infirmité ou de propos délibéré); IX. i.iv, ibid., col. 889 (peine que mérite le péché, cette peine est infligée par Dieu, à moins que le pécheur ne se l’inflige à lui-même); XI, xxxm. ct xxxix. ibid., col. 971, 977; cf. XVI L xv, t. i.xxvi, col. 21 (impos­ sibilité, même pour un bon chrétien, d’éviter toutes les fautes, surtout les intérieures); XI11, v, l. lxxx, col. 1020 (les diverses manières dont l’Êglise réagit contre le péché); XXI1, xv, 30-34, t. lxxvi, col. 23C233 (de la confession considérée d’une manière géné­ rale; son elfet essentiel : elle fait revenir le pécheur a la vie; ses qualités); WIX. wi. 29, ibid.. cul. 19 (la confession â Dieu); XXXI, xlvi, 93, iênf.col. 624 (la confession nécessaire pour le renouvellement de l’âme). Kiches en anecdotes de tout genre, les Dialogues ne donnent, sur la pénitence, aucun renseignement; le récit concernant le moine Justus, L IV, c. lv. /*. L i.xxvn, col. 420, est digne de remarque; notons aussi, I, 11 L c. xvn, col. 265, l’idée que la résurrection d’une âme à laquelle coopère le prêtre est un miracle plus grand que le rappel d’un mort à la vie. La Regula pastoralis insiste sur les principaux devoirs des pasteurs : I, x, t. lxxvu, col. 23 (les qualités du bon pasteur, et comment il peut venir en aide au pécheur); 11, v, col. 33 C (les pasteurs doivent vivre de telle façon (pie leurs sujets n’aient pas crainte de leur découvrir leur intérieur). Tout le livre 111 est à citer, puisqu’il y est question de la manière dont les pasteurs doivent sc comporter avec les diverses catégories de leurs ouailles. Aliter admo­ nendi sunt tales cl tales. L’admonition dont il est parlé ne s’adresse pas toujours à des pécheurs; néanmoins une bonne partie des remarques dc Grégoire se rap­ porte au traitement des âmes coupables. On rap prochera de ces observations, dont beaucoup sont d’une psychologie très avertie, les indications que 827 PÉNITENCE. FIN DE L’AGE ANTIQUE, l’on trouve, sur le soin que le prêtre doit prendre des pécheurs, dans les Homélies sur Èzéchlel, voir en par­ ticulier î, xi, 28, I. i.xxvi, col. 318; IL ix, 19-22, ibof. col· 1056. Plusieurs des Homélies sur les Avan files com­ mentent des textes évangéliques capitaux en In ques­ tion de la remission des péchés : Hom., Il, xxvi, tout entière, t. lxxvî, col. 1197 sq. (sur la collation aux apôtres du pouvoir de remettre les péchés); II, xxxiîi, col. 1238 sq. (sur In pécheresse de Luc., vu, 36-50, que Grégoire, on le sait, Identifie avec Marie-Made­ leine); II. xxxiv, col. 1216 sq. (sur Luc., xv, 1-10; accueil bienveillant réservé par Jésus au pécheur repentant). Il y a aussi bien des indications isolées en d'autres homélies : I, xx, 8, ibid., col. 1161 (expli­ cation des mots de Jean-Baptiste qu’il faut faire de dignes fruits de pénitence, c’est-à-dire que la péni­ tence doit être proportionnée au nombre et à la gran­ deur des fautes); II, xxxvii, 10, col. 1281 (valeur expiatoire des larmes, des aumônes et de la messe, quotidiana· hostiæ). Par ailleurs, la correspondance de Grégoire contient un assez grand nombre d’indications sur le traitement administratif, si l'on peut dire, inlligé à certaines fautes plus particulièrement graves et scandaleuses. A bien des reprises, le pape ordonne la réclusion des coupables dans des monastères : III, xli et xliii, P. ί.., t. i.xxvn, col. 637 et 639 (un jeune homme coupable de viol devra épouser sa victime, s’il s’y refuse, corporaliter castigatum in monasterium eum privatum communione ubi pandendam peragat, tra­ dere festinabis); III, t, coi. 615 (évêque à enfermer dans un monastère); cf. VIII, vm, îx, col. 912. 913; X, iv, col. 1069 (il s’agit d’un prêtre idolorum vene­ rator); XII. vm. col. 1221; IV, ix, col. 675 (il s’agit | de moniales suspectes de fautes de la chair). — D’autres fols l'excommunication ou la déposition sullit : IV, xxvi, col. 695 (il s’agit d’un clerc : gui post acceptum sacrum ordinem lapsus in peccatum carnis fuerit : I sacro ordinc ita carcat, ut ad alturis ministerium idle- ' rius non accedat); XIV, χνιι. col. 1326 (il s’agit du châtiment des incestueux : ils doivent être écartés a liminibus sancta Ecclesiiv quousque per satisfactio­ nem pkecibvs sacerdotum canonice reconcilientur: ceci amène le pape à poser un principe plus général : I manifesta peccata non sunt occulta correctione pur­ ganda, sed palam sunt arguendi qui palam nocent). — Remarquer aussi XI, lxiv, col. H 83 1200, adressée à saint Augustin de Cantorbéry, et «pii répond à un certain nombre de questions posées par cet évêque. — Enfin, on a, depuis longtemps, signalé la pièce IV, xxv, col. 877, réponse faite par Grégoire â une dame qui lui a envoyé la liste de ses fautes, en menaçant genti­ ment le pape de l’importuner par scs lettres jusqu’à ce que celui-ci lui réponde qu’il a reçu une révélation céleste du pardon de la coupable; à quoi Grégoire répond que c’est là chose difficile et d’ailleurs inutile. Ces indications rapides n’épuisent pas, il s’en faut, le contenu de l’œuvre de Grégoire au point de vue du problème qui nous occupe; elles montrent au moins quel genre de réponses on peut attendre de lui. V Textes historiques. - Nous nous contenterons d’attirer l’attention sur quelques faits qui ont été, en ces derniers temps, versés au dossier. Dans {‘Histoire de la persécution vandale de Victor de Vite (fin du v· siècle), il est raconté que, voyant passer la troupe des évêques et des clercs, que les persécuteurs emmènent en exil, les populations catho­ liques se lamentent : · qui donc maintenant baptisera nos enfants, qui nous donnera la pénitence ·, qui nobis pirnitentiir munus colluturi sunt et reconciliationis indulgentia obstrictos peccatorum vinculis soluturi7 De pen. vand., Il, XI, P. t. lviii, coi. 212. LES DOCUMENTS 828 Dans la vie de l'éuégue Hilaire d'Arles (f entre 150 et 155), écrite peut-être par l’évêque de Marseille Honoré, son disciple, il est question du succès obtenu par Hilaire, quand il donnait la pénitence. » Quo­ tiescumque pirnifentiam dedit, sirpe die dominico ad eum turba varia con/luebat; volabat ad ejus castiga­ tionem quicungiic adesse volebat, lacrgmarum se im­ bribus eluebat, cutesti bus judiciis territus, pronusstiapie succensus; tanti gemitus, tanti fletus astantibus nasce­ bantur, ul vita- praesentis horreret habitaculum. Quis ita futuri judicii monstravit examen? Quis ita tene­ brosum terribiliter intimavit incendium?.,. Quis ita vulnera conscientur ante, oculos inspicienda reduxit? Admonitione completa cum lacrymis supplicationum sumebat exordia, ut pirnitentia· fructum, quem monendo contulerat, orando firmaret. Dans une de ces séances, une femme aveugle retrouva la vue par l’imposition des mains de l’évêque, signe extérieur, dit le bio­ graphe, de la lumière intérieure qui avait lui en son âme. Vitu Hilarii, xm, P. 1.., t. L,col. 1233. Il faut beau­ coup d’ingéniosité pour découvrir dans ce texte la preuve qu’il existait, à l'époque d’Hilaire (ou de son biographe), quelque chose qui ressemblât même de loin à notre confession privée. Tout s’explique au mieux dans la perspective de l’administration de la péni­ tence publique. Bien ne dit, dans le texte, qu’il s’agisse de la cérémonie d’entrée en pénitence, et d’ailleurs c’est à une époque postérieure que l’admission â la pénitence a été réservée au mercredi des cendres Il est intéressant de rechercher dans la seule grande œuvre historique qu’ait produit le vr siècle, 1’Histoire des Francs de saint Grégoire de Tours, les traces qu’a pu laisser l’administration de la pénitence. A la vérité, elles sont très peu nombreuses. Nous pouvons relever quelques indications sur la pénitence in extre­ mis. Hist. Franc., VI, xxvm, P. L., t. lxxî, col. 395 (un « référendaire », qui s’était enrichi par des procédés injustes, meurt quasi subitement : subito lateris dolore detentus caput totondit atque picnitentiam accipiens spiritum exhalavit); Hist. Franc., V, xxvi, col. 313 (un condamne à mort trouve le moyen de faire venir, à l’insu du roi. un prêtre, qui lui donne la pénitence); l’idéal des bons chrétiens est de pouvoir faire, au moment de la mort, une confession de leurs fautes, voir Historia septem dormientium, vu, col. 1116. — A quelque moment qu’elle soit conférée, la pénitence constitue celui qui l’a reçue dans une sorte d’état reli­ gieux, Hist. Franc., IX, xxxiîi, col. 511 (pour se soustraire à son mari, une femme prend l’habit de pénitente, erat enim in veste religiosa, asserens se acce­ pisse pivnitentiam). — De ces pénitents» consacrés par une sorte de vœu, il faut distinguer ceux que l’on appelle les conversi. De mirac. S. Martini, 111, xvi, col. 975; Hist. Franc., VI, vi. col. 377; pourtant on dit aussi des conversi qu’ils ont reçu la pénitence. Vihe Patrum, X (vie de saint Friard le Reclus), c. n, col. 1056 C. — A divers endroits, il est fait allusion a une sorte de direction ou d’ouverture de conscience. A Nizler, évêque de Trêves, Arédius demande d’être en quelque sorte son directeur : a beato sacerdote se corrigi, ab eo doceri. Hist. Franc., X, xxix, col. 660 (remarquer que dins une vie de s dut Arédius, attri­ buée à Grégoire, mais qui lui est certainement posté­ rieure, la phrase en question est transformée en celle-ci : il confessa tous les péchés de sa jeunesse en présence du bienheureux Nizicr .) (Le même Nizier de Trêves exerçait, vis-à-vis du roi 'Thierry lrr (511531) un ministère analogue, encore que la conscience royale fût plus noire que celle du jeune Arédius : Venerabatur eum rex Theodoricus co quod sirpius vitia ejus nudaret ac crimina, castigatus emendatior redde­ retur. Vitre Pair., XVII. i, col. IU79 Mais ce n’était pas seulement dans le secret que Nizicr reprenait les 829 PÉNITENCE. FIN DE L’AGE ANTIQUE, LA PBAT1QUE coupables, il le faisait parfois en public, même quand Il s’agissait des grands, denudans crimina singulorum d pro remissione deprecaris assidue con/itenlium. Au besoin, il faisait usage de l’excommunication, comme cela arriva au roi Clotaire. Ibid., col. 1080. — L’his­ torien des b’rancs rapporte d’assez frequents exemples d’excommunication, sans qu’il soit possible de discerner toujours s’il s’agit de la simple exclusion de la table sainte ou d’une peine plus grave : cf. Hist. Franc., V, xxxiîi, roi. 348; V, xxxvn, col. 352; VIII, xl. col. 176; X, vm. col. 535; X. xvi, col. 547 (procès . t. i.xxvir, col. 77. goire de Tours. C’est à ce dernier qu’il faudrait em­ prunter les traits d’un tableau des mœurs dans la Mais diverses remarques s’imposent ici : d’une part, on estime— Césaire par exemple, ct aussi saint Gré­ période mérovingienne, et ce tableau ne serait pas flatté. Il aurait d’autant plus de chances de corres­ goire el saint Isidore - que l'accumulation des fautes légères aboutit pratiquement â la même insécurité pondre à la réalité que la sereine bonhomie de l’évêque de Tours semble avoir pris son parti d’une foule pour le salut éternel que l’admission de fautes graves; d’abus qu’il est impossible de supprimer. Bien rare­ il pourra donc y avoir intérêt à soumettre ccs fautes à In médiation ecclésiastique. D’autre part, il n’est ment, il lui vient à l’idée de dresser un réquisitoire pas interdit à une personne exempte de fautes graves, contre la société de son temps et cette société, pour­ exemple même de fautes légères accumulées, de sc tant, n’est pas belle. Pour les rois ct les lendes. les crimes de sang sont des bagatelles; la rapine, la présenter à la pénitence. Ces deux remarques auront fraude, des péchés mignons; ct quant à la règle des leur importance dans la pratique. La première ex­ plique comment, au lit de mort, tout chrétien tient mœurs on sait ce qu’elle était dans les palatia de l’époque mérovingienne. Les quelques figures fémi­ énormément à recevoir la pénitence (voir ci-dessous, col. 835). La seconde permet de concevoir comment nines dont la pureté illumine ccs époques, une Clotilde, une Kadegonde, ne font que mieux ressortir la dépra­ la pénitence canonique peut être acceptée comme exercice de perfection par des personnes qui, théori­ vation générale, ct il suflil de lire dans Grégoire de Tours le long récit de la sédition de Basine ct de Chroquement. n’auraient aucun besoin de s’y soumettre, dildc au monastère de Sainte-Croix de Poitiers, pour comment, en fin de compte, l’ordre des pénitents com­ comprendre qu’en prenant le voile les filles de la prendra surtout, sinon exclusivement, d’excellents chrétiens, alors que les mécréants convertis y seront noblesse ne déposaient pas toujours les défauts de leur race. Quant au clergé, et particulièrement à l’épis­ la toute petite exception. copat de l’époque, Grégoire lire d’ordinaire un voile Dernière remarque enfin, les fautes graves des pudique sur son comportement. Peut-être les mé­ clercs ne sont pas, régulièrement, soumises à la péni­ créants y sont-ils encore l’exception, mais exception tence canonique. Le vieil axiome, non bis in idem continue théoriquement à s’appliquer à leur cas. très apparente cl dont l’exemple, â l’âge suivant, deviendra de plus en plus pernicieux. Nous n’avons, Coupables de fautes graves, ils doivent être déposés sur les autres nations barbares installées dans l’empire et réduits à la communion laïque. romain, aucun document de celte valeur; mais il n’est b) La procédure. - - Elle a pris, de plus en plus, pas interdit de penser que. si les Goths, les Burgondcs, un caractère liturgique, cc qui lui fait perdre un peu les Lombards avaient eu des historiens, au lieu de de l'aspect plutôt judiciaire qu'elle avait antérieure­ ment. Les textes des sacrament aires cités plus haut, simples annalistes, le spectacle que ces nations nous col. 816 sq., permettent de se faire une idée assez donneraient ne serait guère plus édifiant. 2* La pratiqua de la pénitence dans Γfiglise latine exacte de l’ensemble des cérémonies : L’entrée en entre sainl Léon et saint Gregoire. C’est une telle pénitence a Heu d’ordinaire in capite jejunii, par l’im­ position du cilice et des cendres, que nous voyons société qu’il faut avoir devant les yeux, si l’on veut se mentionnés presque partout, par la tonsure (très représenter ce qu’y put devenir l’institution pénisouvent mentionnée, mais il y a des exceptions). La tenticlle que nous avons vu fonctionner, non sans pénitence proprement dite ne dure d’ordinaire que le à-coups, aux âges précédents. Déjà, à l’époque de temps du carême. Qu'elle s’accomplisse, en certaines saint Augustin, nous avions pu constater une certaine réglons, sans que le pénitent quitte son train de vie différence entre le droit et le fait, entre ce qui devrait habituel, c’est bien possible. On a remarqué pourtant, sc passer ct cc qui se fait en réalité. Ici. le hiatus ci dessus, col. 816 au Las, que la rubrique du gélasicn éclate. 1. Ce que devrait tire, la pratique. - Au point de vue (mais n’est elle pas d’âge postérieur?) indique que le pénitent est « renfermé . pour la durée du carême» du droit, nous n’avons rien d'essentiel à changer a ce inclaudis eum usque, ad Canam Domini; il doit s’agir qui a été décrit cl-dcssus, col. 801-806; il convient seulement de faire remarquer que les collections cano­ d’internement dans un monastère, ou dans quelque dépendance de l’église, correspondant un peu à une niques nous fournissent un guide plus sûr dans la • retraite fermée » d’aujourd’hui. mais de plus longue description de cc qui devrait être. al Matière de la penitence. - Pour ce qui est des duree. Jusqu’à quel point faut-il assimiler à cette péchés que le seul repentir personnel ct les exercices réclusion ces internements dans des monastères de privés de pénitence ne suffisent point a racheter ct durée apparemment plus longue (pie signale la corres­ pondance île saint Grégoire? C'est ce qu’il ne nous qui doivent être soumis à la pénitence canonique, les VI- SIECLES, PRATIQUE 833 parait pas possible de dire. La réconciliation a lieu régulièrement le jeudi sainl ; c’est la coutume romaine; les livres liturgiques mozarabes (d’une époque pos­ térieure à celle que nous étudions) connaissent une réconciliation le samedi saint, il est possible que cet usage ait été d’origine plus ancienne. Comme à l’époque précédente, le fait d’avoir été admis à la pénitence entraîne avec lui des séquelles qui aggravent singulièrement la lourdeur de la disci­ pline canonique. Nous ne voyons pas que la législa­ tion sc mette en souci d’alléger cc fardeau; elle insis­ terait plutôt sur la nécessité de s’en tenir aux antiques prescriptions. Des cas de conscience, pourtant, ont élé résolus dans un sens plus libéral, quand il s’csl agi de personnes ayant reçu la pénitence dans une maladie grave, cl revenue ultérieurement à la santé. Mais ces adoucissements seront étudiés plus loin, quand nous parlerons de la pénitence des malades, col. 835. Le principe posé par le droit canonique, c’esl que l’entrée en pénitence équivaut à un véritable V(eu qu’il n’est pas plus permis de rompre que celui qui est créé par l’entrée en un monastère. Le fait d’avoir reçu la pénitence continue à être considéré comme une irrégularité qui empêche la ré­ ception ultérieure des ordres, au moins des ordres supérieurs. Du jour pourtant où des personnes entre­ ront dans l’ordre des pénitents qui n’en auraient nul besoin el qui ne font ce geste que par désir d’une vie plus parfaite, la législation canonique est amenée à tirer les conséquences du fait : rien de plus désirable que l’accession aux ordres de telles personnes; mais (les précautions sont prises pour que, seuls, béné­ ficient de celle mesure ceux dont la confession n’a pas révélé de peccata capitalia. c) Non-réitération de la pénitence canonique. — Le vieux principe formulé par Hennas, par Terlullicn, par saint Augustin, n’a encore subi aucune atteinte. Il n’y a qu’une seule pénitence, comme il n’y a qu’un seul baptême. Les textes canoniques répètent, usque ad nauseam (c’est bien le cas de le dire), les mots de l’Écrilure sur le chien qui rev lent à son vomissement ou le pourceau nettoyé qui retourne à sa fange ». A les prendre à la rigueur, il semblerait bien que l’on considère que le pénitent, tout comme le baptisé, est marqué d’un caractère ineffaçable el prohibitif de toute réitération. Les prescriptions relatives au trai­ tement in extremis des relaps, qui permettent de donner à ceux-ci le viatique. mais n’autorisent pus â leur conférer l’imposition des mains pénitentlelle, sont particulièrement caractéristiques. Le texte essentiel est In décrétale du pape Sirice (t 399); qui est passé dans les collections canoniques : De quibus, quia jam srn iiAGiru non iiadent p.eniîi ndi id duximus decernendum ut... a dominicir mentir convivio segre­ gentur... quos tamen viatico munere, cum ad Dominum cœperinl prn/lcisçi. per communionis gratiam volumus sublevari. Texte de I’Hispana. P. L.. t. i.xxxiv, col. (»32. Les relaps dont il s’agit ici ne sont d’ailleurs pas ceux qui sont retombés dans des fautes déjà pardonnées. mais ceux qui, réconciliés, ont manqué à leurs obligations de pénitents. La concession qui leur est faite s’étendait-elle aux relaps proprement dits? Était-on plus sévère pour eux? Aucun texte cano­ nique ne permet d’en décider. 2. Cc qu'est la réalité. La conséquence de la sévé­ rité des canons, ce ne pouvait être que la fuite devant la pénitence durant la vie, lu remise au plus tard pos­ sible de ce moyen d’expiation, Finalement, la vraie pénitence canonique ne sera plus guère le lot que d’une catégorie d’mettes vivant dans le monde; pour la très grande majorité des chrétiens, elle n’est plus qu’un sa­ crement qui se reçoit comme préparation au grand passage. Examinons successivement ces deux cas, nous D!CT. DE TIIÉOU CATK. 83 i nous demanderons ensuite comment procèdent les clercs pour l'expiât ion de leurs fautes. a) Pénitents et converti. C’est surtout, nous paraîtil, en Gaule ct en Espagne que l’on voit sc développer cette institution. Par humilité, par désir d’une vie plus parfaite, par regret aussi des fautes légères dont elles sentent le poids, un certain nombre de personnes des deux sexes viennent demander la pénitence que l’étal de leur conscience ne les contraindrait pas a embrasser. Cc peut être en la cérémonie solennelle du début du carême, cc pourrait cire aussi, semblet-il, â lire le Liber ordinum de l’Église w 1st gotbique, en dehors même de cette cérémonie. Soumises aux exercices publics de la sainte quarantaine, ces per­ sonnes sont réconciliées le jeudi saint. Elles continue­ ront à porter ensuite, dans In vie courante, un costume de couleur sombre; elles sont astreintes à toutes les obligations des pénitents, que nous avons signalées : continence, renoncement aux affaires profanes trop absorbantes, au commerce, au service militaire sur­ tout. Bref, ce sont de véritables religieux vivant dans le monde: la meilleure idée que l’on pourrait s’en faire, c’est dans les modernes béguinages qu’il faudrait la chercher. 11 va de soi que, pour les personnes mariées, cette démarche, comme nous l’avons dit plus haut, ne peut se faire sans l'assentiment du conjoint. A cette catégorie de personnes ressemble fort une autre, que l’on voit également apparaître en Gaule el en Espagne, mais qui ne se confond point entière­ ment avec la précédente, celle des conversi. Ges pieuses personnes veulent bénéficier du traitement de fa­ veur qui est fait à la profession monastique. Assimilée jusqu’à un certain point au baptême, celle-ci est consi­ dérée, au point de vue de la remission des péchés, comme un succédané de la pénitence ecclesiastique. Le texte de Gennade mentionné col. 821 est d'une clarté qui ne laisse rien à désirer, ct celui de Fauste de liiez, mentionné aussitôt après, est tout aussi con­ vaincant. Ainsi, l’entrée en religion a fini par repré­ senter un moyen d'expiation plus facile que la pénitence canonique. Par ailleurs, il semble bien que beaucoup de ceux qui se convertissaient ainsi n’entraient pas forcé­ ment en un monastère. Comme les pénitents de tout a l’heure, ils continuaient à vivre dans le monde, voués à la même vie d’humilité, d’abnégation, de prière, de mortification que ceux-ci, en telle sorte qu il est par­ fois difficile de distinguer, dans les textes, si l’on a affaire avec un pénitent » ou avec un · convcrs ». Au point de vue canonique il reste néanmoins cette diffé­ rence que, de droit, le pénitent est irrégulier pour la réception des ordres, tandis que le » corners » ne l’est pas. Au contraire, c’est dans les rangs des corners qu’à de certaines périodes l’on recrute le clergé, tant et si bien que certains conciles de l’époque mérovin­ gienne font de la conversio une condition préalable à la réception des ordres majeurs. \ oir dans \ Hispana, le II· concile d’Orléans, can. 6, P. L.. t. l.xxxiv, col. 280 \; IIIe conc. d’Arles, can. 2, col. 215 A. Pour en revenir d'ailleurs aux pénitents » propre­ ment dits, il ne faut pas perdre de vue qu’aux hono­ rables personnes dont on vient de parler pouvaient s’en joindre d’autres dont la vie passée était moins recoin mandable. Le sermon cci.xi de Césaire» à propos d une entrée en pénitence, semble bien viser un homme coupable de fautes graves : considerans multitudinem peccatorum suorum videt sc contra tum gravia mala solum noti posse sufllcere. P. L.. t. xxxix, coi. 2227. La scène décrite par le biographe d'ililaire d’Arles, ici, col. 828, suppose qu’il y a parmi les auditeurs du saint évêque un certain nombre de consciences bourrelées de remords. 'ioulc précision statistique nous fait défaut en cette 835 PÉNITENCE. LES Ve ET VIe SIÈCLES, PH \ TIQUE 83« nut (ère. A parcourir les tcx h'sihTépoquc, on.ί l’inipresmais pour faire pénitence. En attendant ce moment, que les pécheurs s'efforcent, par leur travail personnel,* sfon — mais cette impression peut être trompeuse — que lu réception de la pénitence publique, pour les cou­ par le changement de vie, et par les autres moyens pables en bonne santé, va de plus en plus se raréfiant. d’expiation, de se mettre en règle avec Dieu. Il ne On n’en voit guère d'exemple dans l’œuvre littéraire, semble pas indiqué d’interdire à ces fidèles l’accès de pourtant si volumineuse, de saint Grégoire le Grand. la table eucharistique cl de les contraindre, par U, A Voir pourtant Epist., XIV. \mi. t. lxxviî. col. 132·». • recevoir ■ la pénit ence. Comme Augustin déjà l'avait b) Malades.— Par contre, il n’est guère de chrétiens remarqué, ils sont trop ! Alors, à l’approche des grandes qui ne souhaitent recevoir la pénitence au moment de fetes, qui vont amener un concours plus grand de la mort. Le sacramentairc gélasien connaît, à côte communiants, les évêques pieux s’évertuent â faire de la cérémonie solennelle du jeudi saint, la forme passer dans les âmes un peu de componction, a les plus brève de la réconciliation in articula mortis, cl le amener, dirions-nous, à la contrition parfaite, â rituel décrit par le Liber ordinum wisigothique ne les disposer au regret sincère de leurs fautes, à exci­ s’applique qu’à des malades. Il est remarquable que ter en elles un ferme propos, à leur faire pratiquer les livres liturgiques (mal conservés à la vérité) ne ces grands moyens de rémission que sont la prière, fassent état que de ces deux réconciliations. le jeûne, l’aumône. Ainsi comprises, les homélies quaOn a pu discuter, à l’époque précédente, sur la va­ dragésimales de cette époque prennent une sonorité leur de cette pénitence in extremis; voir col. 806 ce inattendue. Qu’on relise avec cette idée directrice tels qu’en dit saint Augustin. On entend encore, à l’âge sermons de saint Léon, de saint Césaire, de saint Gré­ où nous sommes arrives, des échos de cet enseigne­ goire le Grand! ment; il semble à quelques esprits, tant soit peu cha­ c) Clercs. - Le traitement des clercs coupables ren­ grins, que c’est une manière trop commode de sc tirer contre dans la pratique les mêmes difficultés. Les clercs à bon compte des exigences de la justice divine. Il supérieurs (à partir du diaconat), avons-nous dit, ne sont pas régulièrement soumis â la pénitence, telle est faut pourtant que l'Églisc s’adapte à ccl état de choses et sa législation se fait de plus en plus libérale. La du moins la discipline qui s'est généralisée au début du iv’ siècle. Le texte de saint Léon est formel : Alienum discipline romaine ne refuse jamais la pénitence à un est a consuetudine ecclesiastica ut qui in presbylerah malade qui la demande (il ne s’agit pas, bien entendu, d’un relaps dans l’un ou l’autre des sens indiqués cihonore aul in diaconii gradu fuerint consecrati, ii mo culmine aliquo sui per manus impositionem reme­ dessus). Eût-il perdu connaissance, on devra prati­ dium accipiant pienitentuc... I 'nde hujusmodi lapsis, ad quer, à son endroit. les rites liturgiques, surtout si son promerendam misericordiam Dei, privata est expetenda entourage se porte garant de ses sentiments. Sur ce secessio. Ad Rusticum, n. 2, transmis par \ llispana, point, le principe posé par le pape saint Léon a fait loi : H is qui In tempore necessitatis et in periculi urgentis P l... t. i.xxxix. coi. 765 I). Si la faute du clerc est de telle nature qu’elle puisse instantia presidium pernitentia ct mox reconciliationis implorant nec satisfactio interdicenda est nec reconcilia­ être juridiquement poursuivie, on comprend que la déposition s’ensuive. Si elle est secrète, le clerc est-il tio deneganda. Texte inséré dans \'Hispana, P. L., tenu de la faire connaître à qui de droit el de deman­ t. lxxxiv, coi. 781 B. L’Église gauloise, qui a d’abord hésité sur le procédé à employer (elle donnait seule­ der lui-même sa punition? Le mol de saint Léon, ex­ ment le viatique, sine reconcilialoria manus imposi­ petenda secessio, semble l'indiquer: el c’est bien ainsi que l’entend .Julien Poinère : illi (il s'agit de prêtres) tione, 1er cone. d’Orange. can. 3. dans V Hispana, toc. cit., col. 255) semble s’être finalement rangée à la pra- , se vane decipiunt, si eis videtur propterea communicare tique romaine, comme il résulte des Statuta Eccles iœ et officium suum implere debere gum! homines occulta­ antiqua, n. 76, donnes par ΓHispana comme IV· con­ tione sui criminis fallunt. De vita cont., 11, vn, P. L., t. lix. col. 151-152, tout le passage serait à transcrire. cile de Carthage, ibid., col. 206 : Si continuo creditur moriturus, reconcilietur per manus impositionem et Mais c’était demander aux coupables de l’héroïsme'. Eurent-ils nombreux les clercs qui le pratiquèrent? Infundatur ori ejus eucharistia, La seule question que Il est permis d’en douter. Par le fait même, bien des posait cette réconciliation in extremis était de savoir si, en cas de convalescence, le pénitent devrait repas­ consciences pouvaient être vn désarroi, et l’idée dut ser, ou non, par les exercices extérieurs de la péni­ se présenter, à plusieurs de ceux qui se sentaient in­ quiets, de recourir, au moins in extremis à la pénitence tence publique. canonique. C'est en ce sens, pensons-nous, d’accord Mais, pour cc qui est des effets canoniques de cette avec B. Poschmann, qui se réclame de Sirmond, qu’il administration in extremis, les textes, quelle que soit leur origine, ne laissent aucune hésitation : elle pro­ convient d’interpréter le canon I du 1er concile d’Orange(repris par le canon 29 du 1 Ie concile d’Arles): duit absolument toutes les conséquences, entraîne Pienilentiam desiderantibus clericis non negandam. avec elle les mêmes séquelles que la pénitence solen­ Dans \ Hispana, P. L., t. ι.χχχιν, col. 255. Nous avons nelle. Si l’on ne se montre pas absolument inflexible pour des jeunes gens qui, réconciliés durant une mala­ signalé, à une époque plus tardive, il est vrai, la façon dont Isidore de Séville demande, sur son lit de mort, la die. et revenus â la santé, usent encore du mariage, pénitence. Col. 829. La chose pouvait être courante à on spécifie bien que c’est là une simple tolérance qui cc moment: cc que le biographe montre, c’est la ma­ n’a pas valeur de loi. El c’est pourquoi, s’il s’agit d’un malade encore jeune, on évite de lui donner la réconci­ nière un peu inusitée dont se déroule la cérémonie. En définitive, ce qui avait fini par devenir le « droit com­ liation, tant qu’il reste une chance de survie. Kcmarquez à cc point de vue la rubrique du Liber ordi­ mun des laïques devenait aussi, peu a peu, le droit commun » des clercs. num wisigothique, ci-dessus, col. 818; rien ne saurait Les autres questions que soulève la discipline des être plus révélateur. Quelle sera donc l’attitude des pasteurs zélés? Ils clercs, excommunication ou déposition temporaire, devront, quoi qu’ils en aient, sc plier aux habitudes, pénitence temporaire dans un monastère etc., re­ gardent plus spécialement, le droit canonique. Nous admettre que le rejet de la pénitence à la fin de la vie n’avons pas à y insister. Notons au moins qu’lci encore est la normale. Ce à quoi ils visent d’abord, c’est à ce que leurs ouailles ne renvoient pas au tout dernier mo­ ! se retrouve une certaine uniformisation de la pratique ment une opération aussi nécessaire; que les chrétiens pour les laïques ct les clercs. U n’est pas Inouï de ren­ contrer dans les textes postérieurs des excommunica­ moyens se réservent, dans leurs vieux jours, le temps nécessaire non seulement pour recevoir la pénitence. tions ou dépositions non suivies de pénitence, levées 837 après un certain temps, cc (pii permettait au coupable de reprendre ses fonctions. C'est, en somme, l’appli­ cation aux clercs d’une pratique employée quelquefois a l’endroit des laïques. Ci-dessous, col. 839. d) Y a t-il, ù cette époque, une pénitence privée? Toutes les constatations que nous venons de faire nous permet lent de répondre à celle question assez vive nient agitée, en ccs derniers temps, entre savants ca­ tholiques. -niênies, soit dans leurs diverses eirconstanecs, El une lecture attentive du tarif permet trait au théologien moderne de sc rendre un compte assez exact de la gravité que les ecclesiastiques du vu· siècle reconnaissaient aux divers péchés. Certaines appré­ ciations paraissent, A première vue, assez surprenantes. Il convient de rappeler, d’ailleurs, que les textes publies sont loin d'offrir toute garantie, surtout au point de vue des chiffres qu’ils contiennent: qu’en plusieurs canons le choix est laissé au confesseur entre telle ou telle quotité de la peine. Les fautes sont rangées dans l’ordre suivant, qui se rattache, au moins en son principe, A la théorie des octo capitalia cilia: gourmandise et ivresse, impureté (désignée par le terme général de fornication), avarice (dont le \ol est une conséquence), homicide, hérésie, parjure, mépris des lois ecclésiastiques sur tr dimanche et le jeûne, idolâtrie ct superstition. Ces divers para­ graphes sont interrompus par quelques dispositifs spéciaux, c. vm, sur les fautes commises par les servi­ teurs de Dieu (prêtres ou moines) ;c. xiv, sur les fautes des personnes mariées. Tout informe que nous paraisse l’ouvrage, il ne laissait pas de donner, a qui en avait quelque pratique, le moyen de trouver rapidement le tarif à appliquer dans un cas déterminé. \ussi bien, c’est en cela d’abord que consiste le rôle du prêtre : fournir au pécheur qui vient le consulter, le moyen elllcarc, cl en quelque sorte mathématique, d’expier ses fautes. Maison voit immédiatement quelle conséquence ceci entraîne : la confession explicite et détaillée. Voici. de ce chef, une précision qui s’ajoute à la vieille discipline. Le texte que nous étudions ne nous donne point de clarté sur la conclusion de cet en­ tretien entre le coupable et le prêtre auquel celui-ci vient s’accuser. Retenons cependant que, tout au moins pour les fautes graves soumises â de longues pé­ nitences, il était question, dans le texte signalé cidessus, col. 819, de reconciliation, intervenant après un certain temps d’accomplissement de la pénitence. l ue autre constatation se dégage de notre texte. Iticn, absolument rien n’y indique que cette pénitence ne puisse être accordée qu’une fois. Puisqu'il n’y a pas d’ori/o pienitcntium dans lequel on entre, puisqu'il n’y a pas «le réconciliation publique désignant le pénitent à Pat lent ion de la communauté, puisqu'en définitive toutes choses se règlent entre lui et le prêtre auquel il a ouvert sa conscience, on ne voit pas pourquoi le processus employé une première fois ne pourrait l'être une seconde. Qu'on examine, en particulier, le c. i, relatif aux fautes de gloutonnerie; pourquoi ces fautes, dont quelques-unes sont relativement légères, ne pourraient elles pas être soumises â diverses reprises à Parbit rage du confesseur? Autant en dira-t-on de lu pollution volontaire de l'homme, mentionnée, n 3 : Si qui* seipsum coinquinat, A/. dies picniteul ; â plus forte raison, des désirs impurs signalés aussitôt après : Qui concupiscit fornicare sed non potest, \ι. dies vcl xx puuii· teal, ct d’une muniere générale d’un très grand nombre des fautes signalées. A la vérité, il n’est pas facile de dire quelle pouvait être la fréquence de ces recours A la médiation du prêtre. Nous dirons tout à l’heure qu’en somme celle discipline, partie des couvents, s’est étendue aux iniques, qui ont été amenés a se rapprocher plus ou moins des habitudes monastiques. Or, il ne saurait faire de doute que, dans les couvents, le recours A la confession, accompagnée ou non de réconciliation, ait été fréquent On ne sc tromperait donc guère, pensonsnous, en sc représentant qu’en certaines provinces tout au moins, a l’époque dont nous parlons, les laïques m présentaient assez souvent au prêtre qui avait charge dr leur Ame. C*c$t bien dans le même sens que nous oriente le canon dr Tolède dr 5X9. 852 t n dernier trait achève de caractériser la pratique; il est, lui aussi, une conséquence de la disparition de Vordo pernitentium. La pénitence est accessible aux 1 clercs, même de l’ordre le plus élevé, l out un chapitre du pénitent ici de Théodore vise les fautes des > servi· leurs de Dieu », L. i. c. vm, Wasserschlebcn, op. cit., p. 192 sq. (’.es fautes sont expiées par des pénitences analogues à celles que Pon impose aux laïques; les plus graves, cependant, sont punies de la dégradation ou de la déposition. Ibid., c. ix p. 191. Quant A la ques­ tion 7 sq. L’existence d’un ordo pa nitentiurn y paraît bien supposée, quoi qu’il cn soit de la manière assez singulière dont est rédigée la seconde partie du canon, (pii semble ne plus songer, pour les fauteurs d’hérésie les plus gravement cou­ pables, à cette institution. Mais, l’autlicntlcité colornbanienne de ce canon est-elle au-dessus de tout soup­ çon? Malnory, op. cit , p. 71, a pensé à une addition postérieure destinée à harmoniser jusqu’à un certain point la nouvelle pratique ct l’ancienne discipline. Quoi qu’il cn soit, d’ailleurs, la mention de Vordo pirnllentium et de la réconciliation per impositionem manus episcopi ne permet pas de douter de la persistance, si atténuée qu’on le voudra, des formes de l’ancienne discipline a l’époque ct dans le pays où ce canon a été rédigé. Que s’il l’a été par Colomban lui-même, cela prouverait simplement, chez lui, une certaine facilité a s adapter (au moins sur ce point) aux usages de la province où il s’ctalt établi. B rst bien digne de remarque, cn tout état de cause, que des prescriptions analogues sc rencontrent dans ce même pénitent Ici de Théodore» qui déclarait inexistante en Angleterre la pénitence publique, ct ceci à propos d hérétiques, tout comme dans le texte coloinbanien. \ oir le c. v du 1. I de Théodore : De his qui per lucrcsim decipiuntur, ct tout spécialement les canons 10 cl 1 I : ι 10 : SI (qui*) recesserit nb Ecclesia catholica in congrrgjlionrm hxreUcorum cl nilo» persuaserit et postra pa*nilenitam egerit, XII unn<»s ptenltmt, IV horum extra eccle­ siam «t VI inlrr auditores et II adhuc exim comimmlnnrm. De his in synodo dicitur» declino mino communionem sive oblationem recipiant.· ('.II: Si quis a tide discesserit sine ulla necessitate ct postea ex toto animn pænitentiani accipit, inter audiente» juxta Niccnar concilium, III annos extra ecclesiam rt \ II annos pnmiteat in ecclesia inter pænitcntcs el II annos adhuc extra communionem. Wnssrrschleben,op,r//.,p. |K<), 190. Mnis il saute aux yeux que les dispositions ci-dessus, si tant est qu'elles aient été jamais appliquées, nous transportent dans un momie tout différent de celui de la discipline canonique occidentale avec son onto pirni* lentium. Nous voici revenus aux stations pénitentielles de l’Églisc d'Orient du tv« siècle» telles que les font apparaître les prescriptions synodales et les let 1res canoniques. Ci-dessus, col. 801. Théodore, Grec d’ori­ gine, a-t-il cherché à introduire cn Angleterre une dis­ cipline qui était peut-être encore en usage dans sa patrie? S’est-il contenté de rappeler, par ccs textes, des souvenirs arcluuques, auquel cas la mention des stations pénitentielles n’aurait pas d’autre sens en son livre que la mention des jours, quarantaines, et années >· de pénitence en nos actuelles formules d'indiligence? L’une et l’autre hypothèses peuvent se défendre. Concluons du moins, de ccs quelques constatations, qu’il serait exagéré de prétendre que la vieille disci­ pline canonique a complètement disparu dans l'Eu­ rope occidentale du vit· siècle. Maintenue tellement quellenient cn Espagne, peut-être en Italie (nous n’avons guère de renseignements sur celte région), elle devait encore jouer, au moins en certains cas, dans les autres pays. Mais l’on voit combien il est difficile de rien affirmer. ///. la TllÊORU:. 1° D'après les textes contempo­ rains. Dans les sections précédentes, il nous avait été relativement facile de faire ressortir, â l’aide de textes contemporains, l’idée que l’on sc faisait des pra­ tiques pénitentielles de l’époque, de leur nécessité, de leur efficacité. Ici, au contraire, nous sommes à peu près à court de documents. Les pénitcntiels, souvent bien mutilés, sont 1res brefs. Relevons au moins, dans celui de Colomban, l’indication liminaire : Paiiitentia vent rst pænltcnda non admittere, sed admissa deflere. Sed quin hanc inultorum fragilitas, ut non dicam omnium rumpit, mensura· noscenda· sunt pæ niten­ tia·, quarum sic ordo a sanctis traditur patribus ut juxta magnitudinem culparum etiam longitudo statuatur pirnl· tcntlnrum. Wasscrschlcben, op. cit., p. 353. Deux éléments essentiels de la pénitence y sont énoncés : le regret (accompagné de bon propos) et la satisfaction dont on énonce avec beaucoup de preci­ sion qu'elle doit être très exactement proportionnée à la grandeur des fautes, (‘.elle idée est reprise avec plus de vigueur cn tète de la section suivante, p. 355 : Diversitas culparum diversitatem lacii pirnitentiarum. Il faut mentionner aussi le développement final, can. 30 (12) sur la nécessité de la confession, mais sans oublier <|ue la dernière partie du pénitentiel se rap­ porte exclusivement aux habitants des monastères. Toutefois, positis ponendis, une partie des idées qui y sont contenues ont une application plus générale. Confcstlonc* nutem dari diligentius pnecipitur, maxime de commotionibus animi, nntequnm nd missam cat nr, no forte quis nccednt indignus nd altare, id est si cor mundum mm habuerit. Melius est cnlm exspectare, donec cor sanum fuerit et alienum a scandalo ac invidia fuerit, qunm ncccderc audacter nd judicium tribunalis; tribunal enim Christi altare et corpus suum inibi cum sanguine judicat Indignos accedentes. Sicut i ergo a peccatis capitalibus cavendum est. antequam communicandum sit, ita ellam ab Incertioribus vitiis et morbis languentis anima· abstinendum est ac abstergendum ante vera· pacis conjunctionem el a-lernæ salutis compaginem. I’. 3(VO. 857 PÉNITENCE. 0B1G1NES DE 1. \ Le pénitentiel de Théodore est précédé d’une petite preface où le Discipulus l mbrensium essaie de déga­ ger quelques idées générales relatives à la pénitence. Wasscrschlcbcn, p. 182 183. Son intention, dit-il, est de mettre un peu d’ordre dans les dis erses prescrip­ tions cn cours et de faciliter ainsi l’accomplisscmenl de la grande loi de la pénitence que Jésus a proclamée au début de son ministère. Cette pénitence, il va dire comment voulait la faire pratiquer le grand évêque (Théodore) envoyé cn Angleterre par le Saint-Siège, a brûla ejus sede ad quem dicitur « Quacumque solveris super terram erunt soluta ct in cu lis », On le voit, l'au­ teur de la preface tient à établir l’autorité canonique des dispositions pénitentielles qu’il a recueillies. Au­ tant dire que, dans son idée, la pénitence doit être réglée par l’autorité de l’Églisc ct par la plus haute, par celle qui a reçu pouvoir de lier cl de délier. Quelle que soit la manière dont elle s’accomplit, la pénitence, en somme, n’est pas simple entreprise privée. 2° D'après les déductions que permettent les faits cons­ tatés. A défaut de textes explicites, il est possible, en interrogeant les faits, de sc faire quelque idée des conceptions qui guidaient les personnes chargées d’ad­ ministrer la pénitence ct qui inspiraient les fidèles qui v avalent recours. I. Continuité de la pratique nouvelle avec l'ancienne discipline. — La première chose qu’il convienne de mettre en évidence, c’est que la nouvelle pratique ne constitue point, au regard de l’ancienne discipline, une innovation absolue. Celte mise au point est néces­ saire; aulrement on pourrait donner à croire que notre pratique moderne, Hile très authentique de la forme tarifée que nous venons de décrire est, en défi­ nitive, sans lien avec la primitive observance, et qu’en somme la confession a été inventée », sinon par le IVe concile du Lat ran, comme le disait la vieille polé­ mique protestante, du moins par les moines irlandais et bretons. A première vue, sans doute, ce qui frappe, c’est lu différence qu’il y a entre les deux modes d’expiation du péché, tels qu’ils sont organisés par les décisions cano­ niques, d’une pari, par les pénitcntiels, de l’autre. C’est toute la différence de la pénitence publique et de la pénitence privée : d’un coté, une action judiciaire apparente, amenant la constitution du coupable dans une catégorie spéciale de fidèles, d’où il ne sortira que par une réconciliation solennelle, laquelle même, si elle lui rend le droit de participer au culte complet, ne le remet pas, si l’on peut dire, cn l’intégrité de sa pre­ mière situation. Comme conséquence quasi inéluc­ table de cette entrée dans Vordo pivnitentium, l’impos­ sibilité, en cas de récidive, de recourir une seconde fois à cette pratique, l’impossibilité, enfin, pour les mem­ bres du clergé, d’y avoir recours. De l’autre côté, une affaire qui se traite exclusivement entre le coupable cl le représentant de Dieu; séparation peut-être, pendant quelque temps, de la fréquentation sacramentelle, mais sans entrée dans une catégorie spéciale; réconci­ liation effectuée sans solennité extérieure; aucune des séquelles qui alourdissaient si gravement la situation des pénitents, même réconciliés. El, dès lors, possibi­ lité de recourir Λ plusieurs reprises au remède qui s’est montré une première fois efficace; possibilité d’y recourir non plus seulement pour les fautes graves, qui, dans le système canonique, impliquaient l’exclusion, l’excommunication, mais encore pour des fautes plus légères; accès, enfin, de la pénitence à tous, même aux clercs, dans les ordres majeurs. On ne nous reprochera pas d’avoir essayé d’atté­ nuer les contrastes entre ccs deux formes de pénitence. A regarder les choses de plus près, ccs contrastes ne sont guère plus graves, néanmoins, que ceux qui appa­ raissent entre la liturgie eucharistique telle que lu PÉNITENCE PB1VÉE 85« montrent en vigueur les documents du v* ou du vi· siècle cl notre » messe privée ·; cl nous ne songeons pas seulement, dans le cas visé, ù la simplification cl au raccourcissement des cérémonies, mais encore cl surtout ù la disparition, cn un grand nombre de cas, d’un élément d’importance : la participation du peuple fidèle ù Γ oblation cl à la communion. De même pourtant que l'analyse liturgique permet de retrou­ ver, dans les cérémonies cl les prières de la messe privée ·, les éléments constitutifs des liturgies, du passé, de même que l’analyse théologique montre cn l’une cl cn l’autre de ccs actions, les mêmes idées essentielles, de meme, enfin, que l’histoire fait appa­ raître, au moins cn certains cas, la continuité entre la forme abrégée du sacrifice eucharistique ct scs formes les plus développées, de même, cn la question qui nous occupe présentement, l’analyse des cléments de la pénitence permet de retrouver, de part ct d’autre, les mêmes constituants, l’analyse théologique révèle, sous des formules parfois fort différentes, les mêmes idées essentielles, l’histoire; enfin, met cn évidence les formes de passage » qui établissent la liaison entre l’une ct l’autre de ces organisations pénitentielles, si diflércnlcs en apparence. Commençons par cc dernier point. La pénitence pri­ vée, a-t-on prétendu, c’est purement el simplement l'ouverture de conscience monastique imposée aux laïques. C’est bien vite dit. Qu’il n’y ail. dans la pra­ tique monastique, un des points de départ île la péni­ tence privée, c’est cc que nous avons reconnu, col. 853. Mais, indépendamment de toute influence monacale, l’Églisc ancienne avait connu quelque chose d’ana­ logue; nous l’avons signale, col. 781 cl col. 808. El quant à cette forme relativement abrégée el secrète de la pénitence, où tout sc passe, en définitive, entre le prêtre et le coupable, il y avait longtemps déjà qu elle était en usage dans I Église d’Occidcnl (pour ne point citer l’Églisc d’Oricnt); nous avons meme dit qu elle tendait de plus en plus à être la seule forme usitée. C’est proprement la penitence des malades à l’article de la mort. Malgré les artifices par lesquels les rituels essaient de lui donner l’apparence de la pénitence publique, voir surtout col. 818 sq., il est trop évident qu’elle ressemble, à s’y méprendre, à une pénitence privée cl justement à celle pénitence privée que pra­ tiquent nos moines celles. Elle est administrée par le simple prêtre; elle comporte, sans doute, l’introduc­ tion du malade en l’ordre des pénitents, mais cette introduction n’est que pour la forme, dans le cas. du moins, où le malade ne larde pas à mourir; l’aveu sommaire de culpabilité est suivi presque immédiate­ ment de la réconciliation. Bref, tout l’ensemble de la cérémonie sc déroule en un laps de temps fort court cl les rituels même prescrivent, en cas d’urgence, <1 abré­ ger les délais nu minimum. Quelle différence y a-t-il entre celte pénitence des malades et celle que nous pouvons imaginer en usage, pour les bien portants, dans les Églises celtiques du vt* siècle? I ne seule; qui est grave, il est vrai : la première, dans 1 état de la discipline continentale ne sc peut réitérer; la seconde, nous l’avons dit, parait bien avoir été, dès l’origine, susceptible de réitération. Mais, pour Importante qu’elle soit, la différence ne suffit pas pour faire de la pénitence privée quelque chose d’absolument nou­ veau par rapport à la pénitence des malades ». Et. quant â l’absence des séquelles dans la pratique insu­ laire, il est bon de faire remarquer (pic la discipline qrccque ne les connaît pas non plus ct que la plus gncicnne discipline occident ale. nous l'avons fait reniarauer, les a peut-être ignorées. <)n a attiré l’attention sur diverses particularités de détail qui montrent que les pénitcntiels, surtout les plus anciens, sont cn continuité avec les prescriptions S59 PÉNITENCE. ORIGINES DE LA PÉNITENCE PRIVÉE 860 ran«>mphv Certaines de leurs prohibitions, celles du moins de penser que nos pères mil mis à trop haul prix commerce conjugal ou du port d’armes pendant la la rémission du pêche. Ne jugeons pus du passé d’après durée même de la pénitence, ne peuvent s’expliquer, nos habitudes modernes. D’ailleurs. à des populationi a-t-on dit, qu’en fonction des anciennes lois cano­ habituées par la pratique de la vie à régler par des niques. B. Poschmann,op. cit., p. 28. Il nous paraît, en compensations tarifées les divers dommages causés effet, et nous l'avons déjà fait remarquer, qu’il ne au prochain, cc système de taxes pénitcntlelks ne serait pas impossible de constituer, cn partant des devait point paraître surprenant. On a parlé, à cc plus anciens textes, des séries continues qui feraient propos, el non sans raison, de l’introduction. dans passer aux formes les plus récentes par des transitions le domaine religieux, du Wenjelii germanique. Il y a graduées. L’on verrait alors que les habitudes insu­ bien quelque chose de cela dans les tarifs de nos laires ont, avec les pratiques de la discipline grecque, vieux auteurs. Mais il ne faut pas oublier que les plus d’un point de contact non seulement â l’époque moines celtes trouvaient ailleurs des points d’appui. de Théodore, où l’influence grecque s’explique sans L'Ancien Testament, en particulier (qui. pour le dire peine, mais à l’époque même de saint Patrice. en passant, inspire aux péniteiiliels tant de prescrip­ 1 ne dernière considération, enfin, est bien propre à tions sur les aliments purs cl impurs), avec tout son faire entendre que le hiatus ne paraissait pas si grand système d’expiations, minutieusement réglées, a pu qu'on l’imagine entre la discipline canonique et la inspirer l’idée générale de tarif qui est à la base de la pratique insulaire; c’est la simplicité avec laquelle les discipline insulaire. Mais, pour important que soit missionnaires romains du début du vu· siècle ont l’écart entre celle idée, qui introduit dans les rap­ accepté lesdites pratiques. Alors que, sur d’autres ports de l’àme avec Dieu les complications du calcul, points (et qui nous paraissent bien secondaires), l’an­ et l’idée fondamentale de la discipline canonique, tagonisme a été violent entre chrétientés celtiques et qui ne connaît, pour les fautes les plus diverses prédicateurs romains, il n’est jamais question, à notre qu’une seule peine, il n’en reste pas moins que, de connaissance, qu’un conflit se soit produit sur la pra­ part et d’autre, on se rencontre dans cette pensée, tique pénitcntielle. L’opposition contre les habitudes (pic la remise de la peine due au péché ne va pas insulaires cn la matière ne s’est pas manifestée davan­ sans une peine volontaire que s’inflige à lui-même tage dans l’est de la Gaule à la suite de l’apostolat de le coupable. saint Colomban. On ne voit que l’Espagne où l’atten­ c) Par ailleurs, l’introduction de l’idée de tarif tion soit attirée sur les graves divergences qui séparent devait avoir sur le concept de la confession une in­ les pratiques récemment importées et la discipline fluence considérable. On n’oubliera pas que toute canonique. Tout cela tient évidemment au fait que la discipline ancienne esl fondée sur la nécessité de l’Espagne avait conservé plus fidèlement les vieilles l’aveu des fautes. C’est l’aveu, spontané ou provoqué, réglementations, tombées plus ou moins en désuétude qui est le point de départ de toute l’action pénilcnen Gaule et même à Rome. Du moins, le fait que la tielle; en l’absence d’aveu, il peut y avoir excom­ pratique insulaire n'a pas, en général, rencontré d’op­ munication pénale, H n’y a pas introduction dans position témoigne à sa manière que la discipline péni­ Vordo pirnitentium. Seulement, la signification de tent telle celtique ne constituait pas, aux yeux de qui cet aveu se ramène à ceci : donner à l’administrateur lu voyait fonctionner pour la première fois, une nova­ de la pénitence le moyen de juger si les fautes com­ tion au sens propre du mot. mises sont de celles (pii doivent être expiées par la 2Identité foncière des divers éléments dans l'une pénitence canonique ou, au contraire, de celles qui et l'autre disciplines. — Aussi bien, l’analyse attentive se rachètent par l’expiation personnelle. A l’époque des elements constitutifs de l’une et l’autre disciplines surtout où l’exclusion du pénitent sc réduit à un révcle-t-elle une frappante identité. petit nombre de semaines ou de jours, où celte durée u> De toute évidence, la contrition, est commune n’est plus proportionnelle à la grandeur el au nom­ a l’une et à l’autre ; pn nitenda non admittere, admissa bre des fautes commises, on comprend (pie l’aveu deflere, c’cst en ccs deux maximes que le pénitenliel ne soit pas entré en de très grandes précisions. Dans de Colomban définit le repentir. Sur la prédication le système de la tarification pénitentielle. l’aveu est de la pénitence, telle que la réalisaient nos mission­ tout aussi nécessaire, cn principe, (pic dans le sys­ naires celles, nous n’avons que de maigres rensei­ tème canonique, mais il prendra forcément un carac­ gnements; l’action profonde qu’ils ont tous exercée tère beaucoup plus détaillé. Car le confesseur est doit au moins nous être une preuve de l’émotion (pie celui (pii doit proportionner, cl dans une mesure leurs paroles faisaient passer dans l’àme de leurs au­ très exacte, les expiations aux fautes commises, cn diteurs. Cette émotion, pour ne pas s’exprimer peuttenant compte non seulement des fautes cn ellesêtre dans les manifestations extérieures que décri· mêmes et de leur nombre (de leur distinction spéci­ fique et numérique, comme diront les théologiens \aient un Pacicn ou un Tertullicn, ne devait pas être ultérieurs), mais encore de toutes les circonstances moindre que celle qui amenait aux pieds d’un Césaire de personne, d’àgc, de sexe, de temps, de lieu, etc. d'Arles ou d’un Hilaire les pécheurs repentants. Il Le pénitenliel. nous l’avons déjà dit. pose, en défi­ fallait d’ailleurs (pie ce brisement de cour fut bien nitive. les principes de la casuistique, cn mime temps grand pour amener les coupables à accepter les dures qu’il popularise l’idée de la confession détaillée. El, obligations salisfactoircs de celte pénitence privée. par ailleurs, cet entretien du pécheur avec le confes­ b) La satisfaction. dont nous avons dit à maintes reprises qu elle est. dans la discipline canonique, Télé­ seur fournit ù ce dernier l’occasion de donner des conseils appropriés. L’ouverture de conscience mo­ ment le plus voyant de la pénitence, est encore cc nastique, à laquelle ressemble par tant de points qui· dans le nouveau régime, attire plus particulière­ l’entretien en question, nous oriente dans le sens ment le regard. Cette satisfaction est-elle plus facile? de la direction spirituelle et de la confession des I est-elle moins que dans la pénitence canonique? fautes légères. Ces dernières ne relevaient cn aucune {. est affaire d’appréciation Les tarifs de nos premiers manière de l’ancienne discipline canonique; la place pénitent tels, même mitigés par les arrea. représentent «si considérable (pie leur accordent les pénitent tels. de* mortifications qui risquent de passer, aux yeux d) Mais cet aspect «le la confession ne doit pas d’ob'rrx itcurs superficiels. pour tout aussi impranous faire prendre le change La confession n’est tic ibles que 1rs prescriptions de l’ancienne discipline. pas seulement un entretien du pécheur avec la X en lire les sévérités, nn serait tenté de croire que ccs personne capable de lui indiquer les moyens d’expier dures observance* n’étalent point appliquées, ou «lu MM SG! PÉNITENCE. I. \ HÉ personnellement ses fautes. Elle est ordonnée, au moins s'il s’agit de fautes graves, à une intervention du prêtre qui, nu nom de Dieu, exerce sur l’état du pénitent une action certaine, encore que mal définie. La confession est ordonnée à la rémission des pfcNs. Vous avons dit que l'ancienne Eglise était persuadée de cette médiation qu’exerçaient scs représentants, encore qu’elle arrivât difficilement à lixer, dans la rémission du péché, la part qui revenait aux efforts du penitent et celle qui était due à son intervention à elle. \ plus forte raison, les textes de la période actuel­ lement étudiée ne permet lent-ils pas de donner, sur cette matière, de bien grandes précisions. Nous avons noté, dans le pénitenliel de Ί hédore, cc qu’il dit de la réconciliation, de la manière dont elle sc fait, de la date où elle prend place, avant que soit achevée l’expiation prescrite. Tout ceci suppose, évidemment, des idées analogues, pour l'essentiel, à celles de l’ancienne Église. Voici, dans le péni­ tent ici de Gumméan, qui est un peu plus ancien (milieu du vu* siècle), comment l’épilogue décrit le rôle du confesseur. Discant igitur sacerdotes Domini qiii in ecclesiis pnvsunt quia pars cl data est cum his, quorum delicta repropitia se­ nnit. Quid est autem repropitiare delictum, nisi cum assumpseris peccatorem ad p;vnilenliam admonendo, hor­ tando, docendo, instruendo adduxeris cum nd p enitendam, ali errore correxeris, a vitiis emendaveris ct efficieris cum talem, ul ri converso propitius fiat Deus, pro delicto repro­ pitiare diceris. Texte de Zetlinger, dans Archio /dr hath. Kirchenrccht, t. i.xxxii, 1902, p. 523. On dira sans doute que le texte met surtout l’ac­ cent sur les sentiments personnels du pénitent, que le confesseur esl chargé de porter ft leur maximum d’intensité. Mais cc rôle, que le confesseur d’aujour­ d’hui doit également remplir, n’exclut pas une in­ tervention d’un autre genre qu’exprime, dans d’autres pénilentiels contemporains, les mots de reconciliare altario, recipere ad communionem. L’emploi par le I" synode de saint Patrice de l’expression a sacerdote resolvi, can. 1 L Mansi, Concil., I. vi. col. 516 sq.. est plus expressif encore, puisqu’il s’y trouve une claire allusion au pouvoir des clefs, (‘.e n’est point par hasard non plus que le texte de Matth., xvi, 19. sc rencontre dans la préface mise par le discipulus I mbrensium cn tète du pénitenliel de Théodore. Somme toute, ct quelle que soit l'indigence de nos renseignements, les pénltcnliels ne nous transportent pas dans une autre atmosphère que celle où nous avait mis les textes de saint Cypricn, de saint Am­ broise, de saint Augustin ou de saint Grégoire le (irand. La rémission du péché s’obtient dans et par l’Églisc. Quant ft la (piaillé des ministres qui interviennent en celle action, tout le nécessaire a été dit ft l’art. Absolution, col. 166 et surtout ù l’art. Confes­ sion. col. 875. On remarquera que les moines, admi­ nistrateurs ordinaires de la pénitence, étaient prêtres, souvent évêques. L’intervention des diacres dans cette administration, qui se retrouvera ù la période ultérieure, n'apparatt point dans nos textes. El ipiant ft cc (pii est dit, dans la vie de sainte Burgondofora sur la manière dont celle abbesse recevait les aveux de ses lilies, rien dans le texte n'indique que nous ayons affaire ici ft une action sacramentelle. Voir col 819 En définitive, quelles (pie soient les obscurités (pii s'étendent encore sur celle période, nous voyons assez clairement s’y former ct s’y répandre un type de discipline pénilentiellc d’où notre type actuel procède en droite ligne. Mais, pour différent qu’il nous apparaisse d’abord de l’ancienne pratique. 862 ce mode de donner la pénitence ne laisse pas d’être cn continuité avec la vieille discipline fixée par les canons, cl d’incorporer les pratiques el les idées essentielles qui avaient présidé dans l’ancienne Église ft la rémission des péchés. 11. PÉNITENCE PUHL1QUE ET PÉNITENCE PRIVÉE A l’ÉPOQÜR DE LA RÉFORME CAROLINGIENNE. Sous le nom de réforme carolingienne, nous n’en­ tendons pas seulement le puissant mouvement dont Charlemagne a été le grand inspirateur dans le dernier quart du vm siècle. Cc mouvement a été précédé par des tentatives plus modestes que l’on voit sc produire aussitôt après la mort de CharlesMartel (711). Saint Boniface, directement encouragé par le Saint-Siège, cn a été le promoteur; les conciles de la région rhénane (Concilium gcrmanieum de 713). de Leptines (741), de Soissons (716), le concile général de la Ncustrie el de 1 Austrasie (717) en sont les premières manifestations. Inc fois déclenché, cc mouvement qui porte l’Églisc franque a se réfor­ mer elle-même ne s’arrêtera plus jusqu’au milieu du ix" siècle. Sans doute, la main puissante de Charle­ magne lui imprime, ft un moment donné, un carac­ tère assez particulier, conforme aux vues tout autant politiques qu'ecclésiastiques du souverain. Mais, sous Louis le Pieux (81 1-810). l’Églisc lente de se débarrasser du protectorat par trop lourd de l’Élal, cl demande seulement à celui-ci de faire respecter les mesures qu’cllc-mème entend édicter Le dévelop­ pement d’une culture théologique plus intense, cl puisée aux sources mêmes de la tradition, écrits des Pères et canons ecclésiastiques, permet aux protagonistes de la réforme d’orienter dans un sens bien détermine les efforts de tous. En même temps, l’unification de la chrétienté occidentale permet d’étendre rapidement aux diverses régions les mesures décrétées au centre Ge besoin d’unité sc fait sentir dans tous les domaines : liturgie, droit canonique, vie monastique. La pratique pénilentiellc devait profiter elle aussi de ccs multiples efforts. Instrument très efficace de moralisation, la pénitence ne pouvait être négligée par ceux qui voulaient restaurer dans l’Églisc la vie chrétienne Cc qui les frappa d’abord, ce fut le caractère chaotique qu’au cours des siècles précé dents avait pris la vieille institution. Hommes de doctrine, les réformateurs entendaient, sur cc point comme sur tant d’autres, s’inspirer du passé, retrou­ ver dans les collections canoniques les règles ancien­ nes que l’on remettrait cn vigueur. Mais il était désormais impossible de déraciner la » pénitence privée ·. dont, cn somme, on pouvait attendre de notables avantages. Canonisée elle-même jusqu’à un certain point, elle se présentera comme une des formes de la discipline pénitent idle, dont la péni­ tence publique constituera le pendant. I n principe que l’on pouvait croire inébranlable, départagera le domaine des deux institutions : \ péché occulte, pénitence occulte; ft péché public, pénitence pu­ blique. · Il est ft peine besoin de dire que rcflondremvnt. au dernier tiers du ix* siècle, de l’organisation caro­ lingienne emportera une grande partie des résultats acquis. Il conviendra donc de sc demander, au début de la période suivante cc qui est resté de tous ces efforts. - 1° Les documents. 2“ La pratique, (col. 872). 3° La doctrine (col. 886). /. /./;.s noeCM/.xrs. Il ne saurait être question, ici. d’une énumération exhaustive. Autant ils étaient parcimonieux a l’âge précédent, autant les textes sont nombreux ft présent. L'essentiel est seulement d’indiquer les principes de la classification ct de signaler les documents capitaux. 863 Ρ Γ: MT I. X <: I.. LA RÉFORME CAROLINGIENNE. LES !><>( I ME NTS 1· t.es penitentieh. Nous n’insisterons pas ici Mir leur histoire Ht I enure, voir Part. IT.xni.x rn ls. La seule chose qui importe est de marquer la courbe générale anciennes décisions de la discipline canonique. Plus rien des tarifs auxquels nous étions jusqu’ici habi­ tués, on se trouve transporté dans le monde du v** siècle, où la seule pénalité connue est l’exclusion de la communion pendant un temps plus ou moins long. Nous aurons l’occasion d’expliquer plus loin comment pouvait se faire, dans la pratique, la tram position des sanctions antiques à l’usage moderne 2° Documents canoniques. — On peut les répartir en deux catégories : 1rs décisions pontificales ou conci lia ires et les collections. L Décrétâtes pontificales et decisions conciliaires, a) Le réveil de l’activité missionnaire en Germanie amène les papes du milieu du vm* siècle à répondre à diverses consultations qui leur sont adressées ; ainsi paraissent un certain nombre de lettres ponti­ ficales qui correspondent très exactement aux décrétales des siècles antérieurs. On retiendra les suivantes : Grégoire II (715-731), Epist., xix, ad Hpnifacium, P. E., t. lxxxix. col. 524. où se relèvent aux n. 2. 3, 6. quelques décisions lou­ chant, d’assez loin, à la question pcnitenticlle: du même, le Capitulare datum Martiniano episcopo., in Panarium ablegato, ibid., col. 531, dans lequel i) faut relever les n.G, 8,9; quant au n. 12: I l pirnitentia remediis nemo se non egere putet, pro quotidianis humana fragilitatis excessibus, sine quibus in hac vita esse non possumus, il ne se réfère pas, quoi qu’on ait dit,à la pénitence ecclésiastique. (Les canones pniiitcnliâtes attribuées à Gregoire 11. ibid., sont apocryphes.) Grégoire 111 (731-7 11 ), Epist.,}, ad Itonifacium, ibid., col. 575, où l’on relèvera les n. 7 ct 8 : pour certains crimes plus particulièrement graves, le pape prescrit l’exclusion dc la communion jusqu’à l’article de la mort; en même temps, il indique la façon très rigou­ reuse dont les coupables doivent faire pénitence. — Zacharie (711-752), en réponse aux demandes qui lui avaient été adressées par Pépin le Bref, envoie â celui-ci un Capitulare, ibid., col. 930, dont plusieurs prescriptions renouvellent les anciens canons pénilenlicls; voir surtout les n. 20-26. Les diverses réponses pontificales semblent indiquer que Home, à ce mo­ ment-là, ne connaît pas d’autre discipline pénitentiellc que la discipline canonique. l'n siècle plus lard, le pape Nicolas Ier (858-867). dans une lettre adressée à un évêque, précise le* conditions dans lesquelles un homme, meurtrier dc ses trois Ills, ct qui est venu demander son pardon â Borne, devra accomplir sa pénitence. Ces conditions sont particulièrement sévères. Epist., cxxxvi, /’. J... t. cxîx, col. 1130. C’est à côté dc ccs reserit s pontificaux qu’il faut placer, toutes proportions gardées, une réponse adressée par Paulin, archevêque d’Aquilée, à son diocésain Haistolfc. qui s était rendu coupable dc très graves forfaits Paulin lui donne le choix entre la retraite perpétuelle dans un monastère ou la péni­ tence publique dont il lui décrit les sévères prescrip­ tions. P. L„ t. xeix. col. 181 sq. ('.c texte est passé au Décret de Gratlen, cans. XXXIII, q. n, c. 8 : Adnunere.wus le nom du pape Etienne V. Burchard dc Worms qui l’avait introduit dans son Decret en avait donné, au contraire, l’origine exacte. b) Deux groupes de conciles se détachent nette­ ment dans la période étudiéi : les conciles réforma­ teurs des années 741 et suivant' dont saint Boniface est l’àme; les conciles du début du 1.x* siècle (flll du règne de Charlemagne cl commencement dc celui de Louis le Pieux). 865 a.— Tout importants qu’ils aient etc, les conciles du premier groupe «ml peu «le choses sur la pénl tcnce. Relevons dans le Conci Hum germanlcum pri­ mum. le can. 2, qui, tout en interdisant aux clercs dc porter les armes, prévoit qu'il v aura, à la suite des troupes, «les ecclésiastiques faisant fonction d'aumôniers : unum vel duos episcopos cum capel lanis presbyteris princeps sccum habeat, et unusquisque pra/ectus unum presbyterum, (pii hominibus peccata confitenlibus judicare et indicare pirnitentiam possit. Mansi, Concit., t. xn. coi. 366. Lc can. 6. prévoyant les peines à infliger aux moines, religieuses ou prêtres, coupables dc fautes charnelles, nous parait sc ratta­ cher davantage au droit pénal qu’à la discipline pénitentiellc. A ccs conciles francs, i) convient de rattacher le concile anglais de Clovcshoc, tenu en 717, dont Boniface fut également l’inspirateur. Les deux ca­ nons 26 ct 27, Mansi, t. xn, col. 103 sq., sont purlieuIl ère ment intéressants. Ils protestent vigoureusement contre les abus des rémissions * ou commutations dc peines (ce que les anciens pénitcnticls nomment les arrea), contre celles, en particulier, qui rempla­ cent le jeûne par des aumônes, ou par la récitation des psaumes. Bien ne saurait remplacer intégrale­ ment. dit le concile, les jeûnes imposés suivant la règle ecclésiastique. A plus forte raison, n’est-il pas admissible que «les coupables chargent d'autres per­ sonnes, moyennant rétribution, de prier ou même dc jeûner à leur place. Ccs deux canons jettent un jour extrêmement curieux sur les inconvénients qu’entraînait le système des rémissions. Voir ci-des­ sous. col. 87 I. b. — L’an 813 vil se tenir, par ordre de Charle~ magne, des conciles super statu ecclesiarum corrigendo. à Arles, Reims. Mayence, Chalon-sur-Saône, Tours. Il est remarquable que chacun dc ces conciles pres­ crive le retour à la pénitence publique. Arles, can. 26 : < Qui s’est rendu coupable d’une faute publique doit être soumis à une pénitence publique. » Mansi, t. xlv, col. 62. — Reims, can. 16 : · Les évêques et les prêlres doivent examiner la pénitence donnée pour les diverses fautes et le temps qui doit y être assigné » (discrète invitation à une révision des pénitenliels en cours); can. 31 : « On doit discerner entre les cas qui demandent une pénitence publique et ceux qui peuvent relever de la pénitence secrète. Mansi, col. 78, 80,- (.halon, can. 25 : · La pénitence publique ct la réconciliation sont, en beaucoup d'en­ droits, tombées en désuétude; on devra, avec le con­ sentement dc l’empereur, les remettre en vigueur. Les canons 31-38 élèvent «le vives protestations contre le laxisme qui s’est introduit soit dans Pindi cation, soit dans l’accomplissement des pénitences, cl déclarent que celles-ci «loivent être imposées d’après les anciens canons, et non selon des pénitcnticls sans autorité, repudiatis ac penitus eliminatis libellis quos pic nite nti ales vocant, quorum sunt certi errores, incerti auctores. Il n’est pas sans intérêt de relater le can. 33, qui jouera par la suite un rôle considérable; cc canon met en parallèle la confession faite à Dieu, dont certaines personnes prétendent qu’elle suffit, et la confession faite aux prêtres, que d’autres estiment nécessaire. Le concile laisse, semble-t-il, la question en suspens ; Con/cssio quir Dca fil purgat peccata ; ea vero, quie sacerdoti /it, docet qualiter ipsa purgentur peccata. Deus namque salutis et sanitatis auctor ct largitor plerumque (traduire ; tantôt) hanc pnrbet sua potentur invisibili administrations, plerumque (tantôt) medica­ rum operatione. Mansi, coi. 98 sq. Tours, can. 22 : qui vise expressément les pénitcnticls en usage, dont il regrette la diversité; il exprime le souhait que, dans une assemblée générale, les évêques se met- tent d'accord sur le texte qui devra être suivi : cujus antiquorum liber pirnitentialis potissimum sil sequendut. Mansi, col. 86. Plus décide encore dans sa protestation contre les pénitcnticls, le concile de Paris dc 829. Chaque évêque, prescrit le canon 32. fera rechercher dans son diocèse ces petits livres qu'on appelle pénitenticls et les fera brûler. Voir, dans le même sons, le can. 31. Mansi, col. 559, 560 Ce qui préoccupe les réformateurs «lu ix* siècle, cc n'est pas tant la diversité, l’incohérence des pénl· tcntiels, que le laxisme qui s'est introduit, de ce chef, dans la détermination des peines. Aussi divers canons conciliaires renforcent-ils les peines alors en usage, dans l'idée qu'ils reviennent par là à la sévérité des anciennes règles canoniques. Lc concile dc Thionvillc dc 821 porte ainsi de lourdes pénalités contre ceux qui maltraitent ou blessent les ecclésiastiques. Mansi, t. xiv, col. 389. Celui de Mayence, en 8-17, prescrit aux évêques, dans son canon 28. dc recher­ cher et dc punir les incestueux. Mansi, col. 911. Bref, les très nombreuses décisions conciliaires dc l'époque — nous ne pouvons songer à les rapporter toutes — s’orientent dans le sens de la sévérité. 2. Les collections canoniques. — Il nous suffira de renvoyer pour cette question à l’article Pêmtentiels où l’on trouvera sur les principales collec­ tions de l'époque les renseignements nécessaires. On notera particulièrement l’importance de la Dacheriana dont la préface ct le L I ont pour sujet la pénitence, qui fait dc cette partie un véritable péni­ tent ici rédigé d’ailleurs dans le même esprit que ceux de Itaban Maur ou d’llalitgairc. Tout à fait â la fin dc la période que nous étudions se situe les Libri duo de synodatibus causis de Réginon, abbé de Prtïm (t 915), ., 1. evi, col. 138 sq. Bien qu’il ne le dise pas expressément, louas laisse supposer, dans tout cc chapitre, que les pécheurs scandaleux dont il est question se sont mis en règle, tellement quellcmcnt, avec Dieu, par le recours au prêtre. Ils a très loin de* abus qu’il signale ici a ceux dont se plaignait un Césaire d’Arles II reste, néan­ moins, que les grands évêques de l'époque souhai­ taient ardemment In reconnaissance du principe dont ce chapitre de Jonas est la très claire expression : · A faute publique, pénitence publique », ce qui import nil In contre-partir · â faute privée, pénitence prisée *. Cette dernière idée, A défaut du terme, est clairement exprimée par le mol de Jouas que nous avons cité en dernier lieu. Le* réformateurs carolingiens eurent-ils conscience de l'innovation que leur principe constituait par rap­ port A l'ancienne discipline? On pourrait le soup­ çonner à voir la manière dont certains ont modifié, pour les faire cadrer avec la pratique nouvelle, de* textes patriotiques, et tout spécialement le fameux texte de Gennade sur le succédané de la pénitence publique que constitue l'entrée en religion Voir â ce sujet, Poschrnann, op. cit.t p. 98 sq. Bien de plus ins­ tructif que la mise en parallèle des deux textes sui­ vants de Gennade cl de Théodulfc. (Jucm mortalia crimina premunt, hortor pria* publi­ ca picnltrnlia satisfacere, rt ita sacerdoti* judicio recon­ ciliatum communioni socia­ ri... Sed ct secreta Mitisfactlonr solvi mortalia crimina non negamus, sed mulalo prius suculari habitu cl con­ fesso rtlighmis studio |ht vi­ ta· correct Ionem et jugi lino |mt|h tuo hictu miserant/ Deo vrnlnm consequatur, (icnnade, tie rccles, dogm., n. 53, P. L., t. t.viii, coi. 004. Capitalia et nwrhdixi cri­ mina deflenda sunt secun­ dum canonum ct sanctonim Pntnnn institutionem. Sed rt «ecrela satisfactione solvi mortalia crimina non nrgnmu», niahihi tamen prius ani­ mi Intentione el s.rrularl fur­ iantia simul de/msila, pl.r re­ ligioni* confctso studio, |μ*γ vitii* correctionem ct jugi Imo perpetuo luctu se sub­ mittente. Théodulfe, Capi­ tulare, P. t. cv, coi. 271. Le rédacteur de Ia Dachcriana s’était contenté de reproduire tel quel le texte de Gennade; la modifica­ tion que Théodulfc fuit subir à celui ci est bien carac­ téristique. Pour le lecteur peu au courant, il est bien dllllcilc de trouver, dans la réduction de l’évêque d’Orléans, mention de la profession monastique qu'ex­ primait si clairement l’auteur des Dogmes ecclétiastiqurs. Cc que Théodulfe demande pour la rémis­ sion des péchés occultes, ce n’csl plus l’entrée en religion, mais la confession secrète, et pourtant son 879 PÉNITENCE. LA RÉFORME CAROLINGIENNE, LA PRATIQUE texte est équilibré de telle sorte que l’idée de pro­ fession religieuse n’en est pas absolu nient exclue. Ainsi, le principe est posé (pu réglera désormais, et pour longtemps, le domaine des deux formes de péni­ tence. Il reste à voir le fonctionnement de l’une ct l’autre disciplines. I*1 La pénitence. publique. Ce ne dut pas être chose facile de remettre en mouvement les rouages de la vieille institution. El l’on serait bien aise d’avoir, pour juger de la manière dont les choses sc passèrent, d’autres documents que des textes législatifs, lesquels sont plus aptes à nous faire savoir cc que l’on enten­ dait faire que ce que l’on lit dans la réalité. Peut-être trouverait-on quelque enseignement dans les deux épisodes de la vie de Louis le Pieux où l’on voit cet empereur, amené par les proceres ecclésias­ tiques Λ faire pénitence des fautes qu’il a commises dans son gouvernement. Une première (ois, en 822, ù Attigny, le souverain est incité par les représentations des évêques Λ une démarche que PAstronome raconte ainsi : Palam sc errasse confessus cl imitatus Theodosii imperatoris exemplum, pirnitentiam spontaneam sus­ cepit, tam de his (sentences trop sévères portées contre des coupables) quam quæ in iiernardum nepotem proprium gesserat (Bernard, révolté, avait clé puni de l’aveuglement ct était mort des suites de cette mutilation). Vita Ludovic!, P. L., t. civ, col. 951. Il n’est pas très facile de voir ici ce à quoi les proceres ont moralement contraint l’empereur. Par contre, le récit des événements qui sc sont déroulés ά Soissons en 833 est particulièrement clair. Voir Episcoporum de exauctoralione llludomici imperatoris relatio. P. L., t. xcvn, col. 659-66G. Trahi par les siens, livré à son fils Lolhaire, le souverain est enfermé ù l’abbaye de Saint-Médard. Les meneurs de la révolte, ayant à leur tête Ébon de Reims, viennent de Compïègne, où ils tiennent concile, pour décider l’empereur ù se sou­ mettre ù la pénitence publique : Il a perdu son pou­ voir terrestre, qu’il ne perde pas encore son âme, el songe à son salut, en acceptant le remède que l’Eglisc réserve au repentir. Louis se laisse convaincre, de­ mande que l’on fasse venir à Soissons son fils Lothaire pour se réconcilier avec lui et lui demander pardon des torts qu’il lui a faits (î), puis, en présence de la multitude, il recevra, en pénitent, le jugement sacer­ dotal. Ainsi fut fait. Au jour dit, dans la basilique de Saint-Médard, devant un énorme concours de peuple, l’empereur prosterné sur un cilice devant l'autel confessa qu’il n’avait pas rempli complètement ses devoirs, qu’en bien des choses il avait gravement olfcnsé Dieu cl scandalisé l’Eglisc. < Et pour l’expia­ tion publique cl ecclésiastique de toutes ces fautes, il déclara demander la pénitence, afin que Dieu lui accordât l’absolution de tant de crimes par le minis­ tère el le secours de ceux à qui a été conféré le pouvoir de lier el de délier. > Les évêques l’engagent ù s’en remettre à la miséricorde divine, mais à ne point perdre de vue qu’il devait faire une confession inté­ grale ct sincère de toutes ses fautes. On lui met donc en main une liste des crimes dont il devait se recon­ naître coupable. Il la lut en présence de tous; Ebon déposa ensuite cette pièce sur l’autel, après quoi : cingulum militio deposuit (Ludonicus) et super altare collocavit et habitu sxculi se exuens, habitum pirnitcnlis per impositionem manuum episcoporum suscepit, ut post tantam lalemquc pœnitentiam nemo ultra ad militiam sicculurent redeat. La relation des évêques ne dit pas ce qu’il advint ensuite de Louis; mais ΓAstro­ nome nous assure qu’il fut enfermé : pultaque indutum veste, adhibita magna custodia, sub tectum quoddam retrudunt. P. L., t. civ, col. 964 C. Remarquer ce que dit cc dernier de l'illégalité de cette procédure; Il considere celle cérémonie comme un renouvellement 880 de la pénitence d'Attigny ct, au nom de l’axiome juri­ dique non bis in idem, proteste contre cette réitération de la pénitence publique. Nous n’entendons point ici porter un jugement sur l'opportunité ou la légitimité de cette double action épiscopale; la politique s’est étrangement mêlée ici à la religion, el les intérêts mêmes de l’Eglisc ont été plus compromis que servis en cette lamentable occur­ rence. Cc qu’il faut retenir de cette narration, c'est que les proceres ecclésiastiques du ix· siècle entendaient prendre au sérieux la discipline canonique dont ils prêchaient la résurrection. Quand ils le purent, là où ils le purent, ils ont tenté d’imposer — même aux puissants - les vieilles règles. S’ils n'ont pas reculé devant la majesté d’un souverain, vaincu à la vérité cl tombé aux mains de ses ennemis, on peut estimer que, «levant des pécheurs de moindre envergure, ils ont urgé, quand cela leur a été possible, l’exécution des canons. 11 faut donc se représenter que les statuts synodaux d’un Hincmar, par exemple, donnant à son clergé des instructions sur la pénitence publique, ne sont pas toujours demeurés lettre morte. Il est intéressant, en toute hypothèse, de signaler la tentative faite pour adapter à des conditions plus modernes l’antique dis­ cipline : les prêtres des diverses paroisses jouent ici un role considérable. Dès que vient ù la connaissance du curé quelque faute grave, homicide, adultère, parjure, ou quelque autre crime perpétré en public (l’inceste est visé en d’autres textes), le prêtre,s’il peut en atteindre l’auteur, cl que celui-ci soit de bonne volonté, doit l’exhorter à se présenter d’urgence au doyen cl â ses assistants, lesquels devront adresser un rapport à la curie épiscopale, de telle sorte que le pécheur public puisse, dans les quinio jours, être envoyé à l’évêque cl recevoir de lui la pénitence canonique publique avec l’imposition des mains. Il est sous-entendu que le pénitent rentre ensuite à son domicile habituel cl qu’il est placé sous la surveillance du curé; dans leurs conférences mensuelles, les curés devront rendre compte au doyen et, par lui, ù l’évêque de la manière dont sc comportent les pénitents, afin que l’évêque puisse apprécier la durée pendant la­ quelle il devra laisser ceux-ci attendre leur réconcilia­ tion : ut in actione pirnitcntiœ pensare valeamus quando quisque picnitens reconciliari debeat. Le statut prévoit le cas où le coupable sc montrerait récalcitrant ; il sera alors séparé de l’Eglisc jusqu'à ce qu’il vienne ù rési­ piscence. Des mesures sont également prévues contre les curés négligents qui n’appliqueraient pas exacte­ ment les prescriptions ci-dessus. Voir les Capitula anno XI1 episcopatus superaddita, c. î, P. L·., t. exxv, col. 793. Mêmes prescriptions, plus brièvement édictées, dans les Capitula d'Hérard de Tours, η. I l, P !... t. ( x.xi, col. 705 B. Comment se déroule l’action de la pénitence, c’est cc que les statuts synodaux d'iiincmar permettraient aussi de reconstituer. Mais, comme les textes y sont un peu dispersés, il est préférable, en dépit d’un très léger anachronisme, de s’adresser à Réginon de Prflm, qui s’est d’ailleurs très copieusement inspiré de scs prédécesseurs. Cet abbé distingue nettement l'impo­ sition de la pénitence, I, 290, P. /.., t. « xxxn, coi. 245, qui correspond de toute évidence Λ l’action judiciaire dont nous parlait tout à l'heure Hincmar cl l’ensemble des cérémonies pins proprement liturgiques qui constituent Pacf/o panitentiæ, I, 291. ln caplte quadragesima· omnes p:» nitentes «pii publicam suscipiunt (Il s’agit de ceux «pii se présentent pour la pre­ mière fois) nul susceperunt (ce sont les coupables qui, s’ctnnt présentés antérieurement, se sont déjà entendu imposer leur pénitence) prnitentiam, ante (ores ccclcsln sc représentent episcopo civitnt Is. sacco induti, nudis pedibus. 881 vultibus in terrain prostrati», rcot *c r**<· ipso hnbitu pour la rémission des péchés, ont été versés au débat par l’auteur de la Dacheriana, par llalilgalre, par Haban Maur. Les distinctions formulées par Augustin compensaient cc qu’il y avait de trop absolu dans la pensée et les expressions de Bèdc ct même d’Alcuin sur la nécessité de la confession.Cette nécessité n’est relative qu'aux fautes plus graves; les fautes « quoti­ diennes », en prenant le mot au sens august inien, voir col. 801. relevant exclusivement de la pénitence personnelle. Enfin, beaucoup de nos auteurs répondent à la dif­ ficulté, qui tout au long de la vie de l’Eglise sera faite à la confession obligatoire. Confier à un homme les fautes les plus secrètes n'est-ce point une trop grande humiliation imposée au coupable? Que l'onscconfesse à Dieu, à la bonne heure! Mais à un hommeî A cette objection. Alcuin, l’infatigable apôtre de la confes­ sion, ne sc lasse pas de répondre, et de même Habnn Maur, /Lmi., t,v, P L., I. ex, col. 102. Déjà un concile bavarois du milieu du vtir siècle s’exprimait sur cc point avec une franchise, toute populaire : Melius est hic in pnr senti erubescere in conspectu unius hominis, (piam in futuro judicio coram cunctis gentibus. Mansi, Concit., t. xtii, coi 1026 C, cité par B. Poschmann, op. ( it., p. 193. On voit qu'en somme nos auteurs ont esquissé les grandes lignes d’un traite sur la pénitence ecclésias­ tique, disons mieux, sur la confession obligatoire. A constater leur insistance, on s’est demande s’ils ne sc LA DOCTRINE 889 trouvaient pus en face de quelque hostilité qu’il s’agis­ sait de vaincre, Ce n'est pas impossible. Si tradition­ nelle que fût l’idée que le pardon des fautes ne s’ob­ tient, en définitive, que par l’Église, elle ne laissait pas de sc heurter aux vieux errements, qui avaient raréfié au maximum cette intervention du pouvoir des clefs. Sans aucun doute la discipline canonique mettait avec force l’accent sur la nécessaire intervention de l’Église. Mais comme, dans le fait, cette intervention s’était trouvée renvoyée aux derniers moments de la vie, du moins pour un très grand nombre de pécheurs, on comprend assez que certains aient perdu de vue les principes qui dominaient la question. Le préjugé con­ tre la pénitence privée qu'exprimait le concile de Tolède de 589 a pu se maintenir cri Espagne, ct dans les régions avoisinantes largement soumises à l’in­ fluence wisigothlquc. C’est contre les frères de Gothic qu’Alcuin entreprend de plaider la cause de la néces­ sité de la confession; à lire cette lettre, il semblerait bien que les frères en question, el non pas seulement les laïques, nourrissaient, à l'endroit de la confession, une sérieuse antipathie. Peut-être n'cst-il pas interdit de voir, dans le canon 33 du synode de Chalon-sur-Saône (813) cité ici, col. 865, une tracc de l’opposition que l’on faisait encore, en divers lieux, à la doctrine de la nécessité de la pénitence ecclésiastique Conciliateur, le texte semble vouloir éviter de prendre parti entre deux opinions, dont l'une préconisait l’exclusive con­ fession à Dieu, tandis que l’autre insistait sur le rôle des médecins spirituels, des prêtres, dans la guérison des pécheurs. Keste une dernière question (pie nos textes n’ont pas encore élucidée : celle du lien entre confession et com­ munion. Est-il permis de s'approcher de l’eucharistie sans s’être, au préalable, confessé? Le problème ne se pose évidemment (pie pour les personnes coupables de péchés autres que les fautes quotidiennes ·. Disons n ixmvi.s. Les d'abord la vie à Lazare; les a pâtres, dans l’occurrence, années «pii suivent l’écroulement définitif de l’empire n’avalent qu'un rôle secondaire : délier le ressuscité carolingien (déposition de Charles le Gros â Tribur des bandelettes «pii l’enserraient. Ainsi «Ions l’action en 887) sont, pour l’Églisc d'Occidcnt. une période de la pénitence : guérison Intérieure, résurrection de d'nnnrchic ct de trouble qui n’épargne aucun pays, l'âme sont le fait de l'opération tout intime de la divi­ mais tpii sévit plus particulièrement en Italie et à nité. Nos théologiens reprennent ces commentaires. Home, (’.ette horrible confusion amène le naufrage de Alcuin «pii marque clairement que le pécheur vient ce «pii pouvait encore survivre, a la tin du ix· siècle, de offrir à Dieu, par l’intermédiaire du prêtre, le sacrifier la culture carolingienne. C’est à partir «lu milieu du de sa confession, l’oblation «le sa pénitence, doit être x» siècle seulement que l'on voit poindre, çâ et là. l’es­ persuadé, tout comme les anciens, que la purification poir «l’un relèvement. Conservée en quelques monas­ intérieure est déjà accomplie quand commence le tères, en quelques évêchés, la flamme jaillit parfois, sacrifice. Même idée, plus nettement exprimée, dans dissipant les ténèbres en telle ou telle région tissez Christian Dnitmar. Quant aux homélies «le pseudolimitée. Il faudra du temps pour que le foyer lumineux Éloi, si tant est qu’elles se rapportent à notre période. «pii, dans la seconde moitié du xr siècle, trouve à 895 PÉNITENCE. SOLUTIONS DÉFINITIVES, TEXTES CANONIQUES Home enfin ses meilleures conditions de vie, devienne assez puissant pour éclairer lout 1 Occident latin. La réforme grégorienne, persévéramment continuée par les grands papes du xn· siècle, ne pouvait manquer d'avoir, pour les destinées de la vieille institution pénilenticllc, une bienfaisante influence. D’une pari, la pratique va se régulariser, s'uniformiser, s'imposer à l'observance de tous; par ailleurs, la science théolo­ gique, à la fin du xi* siècle, commence à renaître ct prend bien vite l'allure d'une spéculation sur les choses divines; elle va s'appliquer à l’étude de la pratique; elle veut en scruter les éléments; finalement, elle tente d’incorporer scs vues sur la pénitence ecclésiastique dans le système général des connaissances t héologiques. Aussi bien du côté de la théorie (pic de celui de la pra­ tique, on est en marche vers les solutions définitives. — 1° Les documents. - 2° La pratique. — 3° La théo­ logie. /, LES documents. — D’abord extrêmement raré­ fiés, réduits presque aux textes canoniques, les docu­ ments vont sc multiplier à partir de la seconde moitié du xr siècle. De l’abondante littérature du xir siècle il ne saurait être question de donner une revue exhaus­ tive; on sc contentera de fournir certains exemples plus caractéristiques. — 1° Textes canoniques. 2° Textes liturgiques. - 3° Textes théologiques. 1° Textes canoniques. — 1. Décrétales des papes. — Longtemps paralysée, l’action du Saint-Siège s'affirme de plus en plus nette a partir du xr siècle. Sur divers points de la pratique pénitentielle, et tout particulière­ ment sur les questions de juridiction et de réserve, elle finira par avoir une influence considérable. S’incorpo­ rant soit au /Àcrddc Graticn, soit aux divers recueils de Décréta 1rs, les textes pontificaux continueront indé­ finiment à inspirer la pratique et la théorie. Signalons : Une lettre de Jean XIX (1024-1033) accordant l’absolution à l’évêque Hugues d’Auxerre, avec cette remarque qu'il n’y a pas de crime que ne puisse dissolvere concessa Petro a Domino clavis. Epist., xvn, P. 1.., t exu, col, 1151, Jallé, n. 1102. — Une lettre d’Alexandre 11 (1061-1073) accordant à deux prêtres le droit · d’imposer des pénitences ù ceux qui sc confesseront à eux n sauf autorisation des évêques dans les diocèse s desquels lis se trouveraient. Texte dans Lôwcnfcld. Epistola /C/L PP. inedita, p. 51, Jaffé, n. 4585. Cf. aussi Jaffé, n. 4 ISO, 1551, tous deux relatifs a des adoucissements de pénitences; n. 4526, 1551. 1572, exemples de pénitences imposées par le pape et dont il communique le texte aux évêques des délin­ quants; ces pénitences sont extrêmement longues et sévères; n. 1623. appréciation portée par le pape sur une pénitence imposée par un évêque. —■ De Gré­ goire VII (1073-1085) : le décret du concile romain de 1075, c. 7, relatif à la juridiction des curés sur leurs paroissiens, in baptismo et absolutione, renouvelé au concile de 1078; voir aussi Jaffé, n. 4925 (le fratricide, cas réservé, crée un empêchement aux secondes noces, au moins tant que la pénitence n’est pas accomplie). — Le décret rendu par Urbain H (1088-1099) au c 16 du synode d’Amalfi, en 1089, a été repris au concile de Clermont de 1095, renouvelé au H* concile du Latran cn 1139; il est finalement passé au Décret, caus. XXXIH, q. ut, de pan., (list. V, c. 8 (el dans Pierre Lombard, /V Sent., dist. XV, c. vit); il main­ tient pour le pénitent l’obligation de renoncer à diverses charges : Falsa est pu nitentia cum panilcns ab ofjlclo vel curiali vel negotiati non recedit, quod sine pec­ catis nullatenus agi valet,aut sl odium in corde gesserit... aut si arma quis contra justitiam gerat. — Eugene 111 (1115-1153), dans la lettre Jaffé, η. 9656, vise le cas de ceux qui ravissent les biens d’Eglisc et des prêtres qui leur imposent la pénitence;insérée aux Décrétales, 1. V, lit. wii, c. 2. — C’est surtout Alexandre HI (1159- 896 1181 ) qui a fourni une riche contribution au droit pénitcntiel : nombre de scs réponses sont entrées dans la collection des Décrétales. On relèvera au moins les textes suivants : I. V, lit. x, c. I Jaffé, n. 10 707 (dis­ pense du pèlerinageù Jérusalem); lit. xn, c. 6 - Jaffé, n. 12 180 (diverses peines contre les complices de l’ho­ micide); même litre, c. 7, 8, 9, |U, 11 (cas analogues); lit xvi, c. 5 = Jaffé, n. 12 183 (relations adultères d’uu prêtre); tit.xvn, c. 5 — Jaffé, 13855(crime d'incendic); til. xix, c. 1-9 (répression de l’usure); lit. xxi, c. 2 Jaffé, η. 13 913 (sortilèges); lit. xxxvm, intitulé Dr pœnitentiis et remissionibus, c. 3, I, 6 (adoucissement de certaines peines); le c. 5, Jaifé, n. 13 772, a été souvent cité : < Certains viennent sc confesser, mais cn déclarant qu’ils ne peuvent renoncer à telle faute, que faire en ce cas? eorum confessionem recipere debes el eis de criminibus consilium exhibere, quia licet non sil vera hujusmodi pirnitentia, admittenda est tamen eorum con­ fessio et crebris ct salubribus monitis pænilenlia indi­ cenda. » Helever aussi, en dehors des Décrétales, la lettre Jaffé, η. 12 113, à l’archevêque d’Upsal répri­ mant un certain nombre de fautes courantes dans les pays du Nord. De Lucius H1 (1181-1185), une déci­ sion commuant cn une peine plus douce la pénitence imposée à une mère coupable d’infanticide : Decret., I . V,lil.x,c. 2 Jaffé, n. 15 188. —Clément 111(11871191), a été appelé à trancher nombre de cas de con­ science; retenons au moins les solutions données, Jaffé, n. 16 611 et 16 622. parce qu'elles ont été reprises dans la Compilatio ID, I. IV, tit. xin, c. 2, ct 1. V, til. xvm, c. 2; elles montrent dans quel détail entrait dès lors le souverain pontife cn matière de confession. - Cèlestin III (1151-1198) a un texte très important, adressé au doyen de Lille, ct lui permettant d’absoudre in arti­ culo mortis des clercs coupables de fautes réservées au pape : cum clerici tuiv jurisdictioni subjecti in tantum excesserint ut pro quantitate commissi ad Sedem sint apostolicam destinandi, ut injuncta eis pirnitentia, si in murtis fuerint articulo constituti, ipsis possis munus absolutionis impendere, Jaffé, n. 17 103 (texte dans Pllugk-I farltung, Acta PP. RR. inedita, t. i, p. 375).Innocent HI enfin (1198 1216) a déployé, dans ce domaine comme en tant d’autres, une extraordinaire activité; retenons seulement les quelques textes sui­ vants, tous insérés aux Décrétales : Pollhasl, Regesta (qui donne le renvoi aux Décrétales), n. 401 ct 1070 (pénitence des usuriers); 1158, 1167, 1328 (cas de l’homicide par imprudence); 2038 (peines diverses im­ posées aux clercs); 1323 (aux évêques de Livonie : ils peuvent tempérer quelque peu, en ce pays de nou­ veaux convertis, la rigueur des canons); 1752, 2653 (cas de ceux qui tombent sous le coup du canon lata sententia contre les percussores clericorum ; réguliè­ rement ils doivent être envoyés à Home pour être absous; on prévoit cependant des exceptions ct aussi une absolution provisoire et conditionnelle); 3101 (cas des clercs qui doivent se présenter à Home pour être absous, l’absolution provisoire est également prévue); 1113 (les abbesses des monastères de femmes n’ont pas le droit d'entendre les confessions de leurs religieuses in criminibus; le considérant est ù relever : quia licet beatissima virgo Maria dignior ct excellentior fuerit apostolis universis, non tamen illi sed istis Dominas claves regni calorum commisit). 2. Conciles — Il serait fastidieux de relever dans les conciles de la période considérée tous les textes où il est question des pénitences ou des pénitents. Bor­ nons-nous ù ceux qui mettent en évidence des prati­ ques ou des idées plus ou moins nouvelles ou bien en core qui expriment de façon heureuse la doctrine reçue à l’époque. C'est dans cette dernière catégorie qu’il faut placer 1 allocution finale tenue par Hervé, archevêque de 897 PÉNITENCE. SOLUTIONS DÉFINITIVES, TEXTES C\N<>NI<>UES Heinis, au synode provincial de Trosly (009). Happt tant les articles de foi dont la profession s’impose aux fidèles, il s’exprime ainsi : Credat et in Spiritum Sanc­ tum ct quod in baptismate per eum tribuatur omnium remissio peccatorum, ct quod ejus dono in Ecclesia Christi per pnmitentiam et per sacerdotii te ministerium incunctanter peccatorum detur indulgentia, C, xv, /*. L., I. < xwii, col. 711 C. Les autres textes que nous allons citer se rapportent plutôt a la juridiction necessaire pour imposer la pénitence », aux droits respectifs des prêtres, îles évêques, du pape, â la question du recours à Home pour certains cas. Le concile de Seligenstadt (1022), cn son canon 18, s’élève contre les pénitents qui refusent l’expiation qu’on leur a imposée et préfèrent aller a Home dans l’espoir que le pape leur pardonnera. Ils devront d’abord accomplir la pénitence imposée, ils iront ensuite à Home, s'ils le veulent, avec une lettre de leur évêque. Voir aussi le can. 19. On retrouve, dans le Décret de Burchard de Worms, une prescription analogue; rien d’é tonnant puisque Burchard assistait à cc concile. Mansi, t. xix, col. 398, et dans P. L., t cxl, col. 1062; cf. Burchard, Decret., Il, 80, ibid., col. 610. Idée analogue exprimée au concile de Limoges (1032), lequel estime blâmables les pénitents qui s’adressent A Home sans avoir prévenu leurs évêques; dans les cas graves, estime le concile, il appartient aux évêques eux-mêmes de soumettre la question â Home. Scss. n, Mansi, t. xix, col. 517-548. La question de la juridiction des simples prêtres est réglée au concile tenu à Plaisance en 1095 par le pape Urbain 11 : sine licentia episcopi nullus presbyter aliquos ad picnilen­ tium recipiat, règlement complété par le suivant : qui­ buslibet kite ad confessionem venientibus eucharistia non denegetur. Mansi, t. xx, coi. 803. Les disposi­ tions de Plaisance sont reprises au concile de Cler­ mont, tenu quelques mois plus lard (nov. 1095). Cette question de la juridiction des prêtres revient encore au concile de Nîmes (juillet 1096) également tenu sous la présidence d’Urbain IL On y précise le droit des prê­ tres ayant charge d’âme à recevoir Λ la pénitence leurs ayants cause, sauf une restriction qui est passée au Décret de G ration, cans. XXXI II, q. m, dist. V1, c. 3 : Multi sacerdotum liceat quemlibet commissum alteri sacerdoti ad pivnilcntiam suscipere sine ejus consensu, cui se prius commisit, nisi pro ignorantia illius cui picnitens prius confessus est. Le can. 28 du concile de Londres (1102), tenu â la diligence d’Anselme de Cantorbéry, fournirait le pre­ mier exemple d’une faute (demeurée secrète) réservée a l’évêque; il s’agit de la sodomie, qui aurait eu une extraordinaire dilfuslon; cf. Mansi, t. xx, col. 1152, et voir le commentaire qu’en donne saint Anselme. Epist., LXil, P. L., t. eux, col. 91 sq. - Le can. 10 du concile tenu à Clermont, cn novembre 1130, parle pape Innocent H serait, d’autre part, le premier exemple précis d’un cas réservé par le droit (later sententia.*) ù l’absolution pontificale; il s’agit de celui qui, suadente diabolo, porte la main sur un clerc ou un moine : ana­ thematis vinculo subjaceat ct nullus episcoporum illum prirsumat absolve re nisi mori is urgente periculo donec apostolico conspectui prrrsentctur et ejus mandatum sus­ cipiat; il a été repris par le IP concile général du Lalran (1139), can. 15. Ce dernier concile, tout cn frap­ pant sévèrement les incendiaires, ne fait pas cependant de leur crime un cas réserve. Peu à peu. au cours du xir siècle. les papes réclament une juridiction exclu­ sive sur le crime d’incendie, puis sur la spoliation des Églises, sur la violation de la clôture «les moniales. Un concile de Itoiicn de ! 189, can. 26, ajoute à cette liste le crime «le parjure. Dans le même ordre d’idées, signa­ lons le can. I du concile d’Vork (1196) qui a beaucoup exercé la sagacité «les critiques. Il déclare «pie c’est DÏCT. DE TllftOL. CATIÏOL. S9S seulement dans les cas «le grande nécessité qu un diacre peut baptiser ou donner la sainte eucharistie ou imposer la pénitence. Mansi, t x.xir, coL 652. Hetcnons enfin comme se rapportant A la doctrine «le la pénitence la condamnation générale portée au concile «le Sens, cn 11 10, contre l’esprit général de l.i théologie d’Abélard et contre plusieurs de scs doctrines. Le n. 1 I «les Capitula htrretum Pétri Abaelardi fait allu­ sion â une théorie «l’Abélard sur le pouvoir des clefs : Quod potestas ligandi atque solvendi apostolis data tan­ tum sit, non successoribus. Sur ccttc question très confuse, voir l’art. Abélahd, col. I L d aussi HefeleLeclercq, Histoire des conciles, t. v a, p. 750-790. 3. Constitutions synodales, — A côté «les textes conciliaires, il convient «le placer les statuts synodaux rédigés par les évêques ou 1rs métropolitains pour leurs diocèses ou leurs provinces. Nous cn choisirons des exemples au début ct a la fin «le la période étudiée. Le Capitulare d’Atton de Verceil (t 961 ) prescrit au can. 73 la communion pour tous les fidèles aux trois fêtes de Noel, PAques el Pentecôte; le can. 9 1. qua­ liter presbyteri erga pænitentcs agant, ct les can. 91-93, sur les pénitents, rappellent les prescriptions d'Hincmar sur la pénitence publique: il est digne «le remar­ que que la pénitence privée n’y est pas explicitement touchée. P. L., I. cxxxiv, col. 12. 15. La Synodica de Halhicr, évêque «le Vérone, a été rédigée cn 966; on y relèvera, au n. 10, 1 invitation «pie les curés doivent faire A leurs paroissiens de venir sc confesser au début «lu carême : Ferla / r unie qua­ dragesimam plebem ad confessionem invitate ct ei juxta qualitatem delicti pernitentium injungite... sicut in Psenitentiali scriptum est. Quater in anno, id est Natali Domini et Cima Domini, Pascha ct Pentecoste, omnes fideles ad communionem corporis et sanguinis Domini accedere admonete. P L., t cxxxvi, coL 562. La dis­ tinction est expressément faite, un peu plus loin, entre péchés occultes ct fautes publiques : De occultis pecca­ tis pirnitrntiam vos dare posse scitote, de publicis ad nos deferendum agnoscite. C’est vraisemblablement de gens coupables de ces fautes qu’il esl dit un peu plus haut : (Juin ta feria (le jeudi saint) ad ecclesiam matrem (la cathédrale) omnes reconciliandi venite. CoL 566, 567. Cf. le Sermo synodalis d’Ulrich d’Xugsbourg (t 973). P l... t. cxwv. col. 1072. X ces prescriptions synodales de la fin «lu x* siècle il y aurait intérêt A comparer minutieusement celles que rédige, deux siècles plus tard, Odon (Eudes) de Sully (t 1208) pour son Église de Paris. Les divers sacrements que les curês doivent conférer sont passés en revue les uns après les autres : baptême, confirmation, eucha­ ristie, confession, mariage, extrême onction. Les capi­ tula de confessione entrent dans des détails intéressants sur la manière dont on doit < entendre les confessions ·. sur l’endroit (ce doit être un Heu où l’on puisse être vu «le tous), sur l'attitude «lu confesseur, sur les cas «pii sont réservés soit Λ l'autorité supérieure du diocèse, soit au pape (en cas «le doute, que le confesseur con­ sulte l’évê«pie); sur les conseils A donner au pénitent ct sur les promesses â exiger «le lui. sur l'injonction, enfin, de la pénitence (in injungendis parvis pirnitentiis sibi caveant sacerdotes). P. L . t. ccxn, col. 60 sq. On voit, par ce texte, comment ct la pratique ct le vocabulaire même sc rapprochent «le nos habitudes modernes. 1. Collections canoniques. —A côté du droit en voie «l’élaboraiion, il faut tenir compte de celui qui se «lépose, cn sédiments plus ou moins puissants, dans les collections canoniques. Ici encore, la comparaison minutieuse des recueils projetterait une vive lumière sur les destinées «le la pénitence. Sans doute, c'est avant tout de la pénitence publique qu’il est question dans ces textes, mais l'on constaterait, A entrer dans le T. — ΧΠ — 29 899 PÉNITENCE. SOLUTIONS DÉFiNITIV ES, TENTES CANONIQUES détail, que la pénitence privée elle-même \ trouve son compte, et la plus célèbre des collections fait à la doc­ trine meme du sacrement de pénitence une place consi­ dérable. Pour l’histoire littéraire, nous renvoyons, une fois pour toutes, a P. Fournicr-G. Le Bras, Histoire des collecitons canoniques en Occident... jusqu'au décret de Gratien, t. i ct n, Paris, 1931. 1932. a) La période de transition entre Page carolingien ct l’dge ûttonien. X’ous avons signalé plus haut. col. 880, les Libri synodales (ou mieux Libri de synodalibus causis) de Kéginon. abbé de Prüm (t 915). P. L., l. cxxxn, col. 175 sq. Ils sont destinés a guider les dores appelés a siéger dans les assemblées judiciaires connues sous le nom de synodes, qui se transportent dans le diocèse pour examiner si tout y est conforme aux règles. Le 1. 11 est consacré aux questions qui se posent relativement aux laïques. L'évêque ou ses représentants s’informent, cn suivant un questionnaire établi â l’avance, des désordres les plus divers qui peu­ vent avoir lieu dans telle ou telle paroisse. A la suite de cc questionnaire, sont indiquées les peines qui expient ccs divers crimes ou délits. Bien (pie tout ceci semble, de prime abord, nous laisser dans le domaine du (or externe, l’ensemble du livre ne laisse pus de constituer un véritable pénltcnticl dont la plus grande partie esl inspirée par le pénitenliel dit de pseudo-Bède. Il est intéressant de signaler que certaines collec­ tions italiennes, sensiblement contemporaines, repro­ duisent,elles aussi, des textes du même genre, mais sur­ tout empruntés à la Dacheriana et excluant les canons insulaires. P. Fournier, t. i, p. 333 sq. et 311 sq. C’est la preuve que les textes pénitentiels carolingiens ont Uni par traverser les Alpes. b) Les tentatives de réforme au début du Λ’/* siècle. — La seconde moitié du x* siècle a amené des contacts plus prolongés entre la Germanie (tout spécialement la région rhénane) et Γ Italie; nous aurons a signaler plus loin des conséquences importantes de cet état de choses dans le domaine liturgique. Une étroite alliance s’établit dans le premier quart du xr siècle pour la réforme ecclésiastique entre la papauté, représentée par le pape Benoit VI11, et l’empire, qui est pour lors aux mains do 1 lenrl 11. De ces tentatives de réforme, le plus précieux témoin est la volumineuse compilation canonique de Burchard de Worms qui porte le nom de Décret el qui a été réalisée entre 1008 et 1012. P. /... t. cxl, col. 5371058. Le 1. XIX. qui sc rencontre souvent à l’état isole dans les mss. et qui porte le titre de Corrector, est, en vérité, un pénitent ici. qui est, comme le dit P. Four­ nier. dans le droit fil (les pénitentiels composites de l’époque carolingienne. Voir ci-dessous l’art. P&mtbniii.ls. Bien ne saurait donner une meilleure idée sur la pratique, au début du xr siècle, que ces pages où se rencontrent â la fois les rites de la pénitence, les ques­ tionnaires à adresser par le confesseur aux fidèles, les conseils donnés aux confesseurs. Le livre a joui d’une immense vogue, comme en témoigne le nombre des manuscrits. Contemporaine,ou â peu près.du Décret de Burchard est la Collection en 5 livres (inédite), originaire de Γ Ita­ lie méridionale entre les années 101 I et 1020 et qui fait une large place, en soi» I. IV, aux textes relatifs à la pénitence. Indépendante du Décret, elle se rattacherait plutôt à la seconde des collections italiennes mention­ nées ci-dessus. Voir P. Fournier, t. t, p. 121. Au contraire, c’est surtout au Décret de Burchard que sc rattache la Summa de judiciis omnium pecca­ torum. · recueil d’un caractère pratique, fait à l’usage des supérieurs ecclésiastiques, chargés d’administrer la pénitence, et des fidèles qui s’adressent à eux... Sous réserve d’exceptions peu nombreuses, la Summa peut être considérée comme un extrait pénitenliel !I(JO du Decret de Burchard. P. Fournier, t. i, p. |3() »q.· texte dans Schmitz. Die Hussbûchrr. t. n, p. 180 sq. Cette compilation esl certainement d'origine cisal­ pine, mais l’Italie, à partir du xr siècle, présente aussi des recueils, d’ailleurs médiocres en général, faits de matériaux empruntés iï des sources variées, mais surtout au Décret de l’évêque de Worms. Voir P. Fournier, l. π. p. Ill sq. Nous dirons, plus loin, ce qu’en pensait saint Pierre Damien. I ES par lu réforme grégorienne. Presque tonics font ft la pénitence une place plus ou moins large, mais, sauf peut être chez Anselme de Lacques, on a l'impres­ sion que la doctrine sur la pénitence, envisagée même du simple point de vue juridique, est encore à l'état chaotique. L'ellort considérable fourni par l’école de Bologne au milieu du xir siècle aboutira t-ll ft cia rilier les Idées? (‘.’est ce que l'on va se demander ft propos du Décret de Graticn. d) f.e Décret de (Indien. Eli cette énorme com­ pilation où la patience du moine bolonais s’est efforcée d’apporter un ordre systématique, vont se retrouver ft peu près tous les textes canoniques cl même patristiques que nous avons rencontrés depuis les toutes premières origines. Les tables dressées par Ericdberg en sa magistrale édition du Corpus juris canonici permettent de retrouver aisément les textes empruntés aux sources anciennes : canons conciliaires, lettres pontificales, citations patristiques. auxquelles on a joint les références provenant soit du Pontificale romanum, soit des divers pénitentiels. Voir éd. citée, t. t, col. xix-xi.i. D’autre part, il est relativement facile de voir, pour chacun des canons, en quelles collections antérieures il a d'abord figuré ct de rétablir ainsi la filière probable par laquelle il est arrivé jusqu’à Gralien. Bien ne serait plus instructif que de suivre, de la sorte, un texte canonique, depuis sa première apparition, jusqu’au moment où il vient se déposer, véritable alluvion, dans le Décret. I îne élude de ce genre mettrait cn bonne lumière les adaptations qui ont été nécessaires pour faire exprimer par les vieilles décisions cano­ niques les exigences de la discipline contemporaine de Graticn. Malgré ces adaptations, que le temps avait aménagées, il restait encore bien des heurts entre des prescriptions d’origine si diverse. Les réformateurs carolingiens, nous l’avons dit, n’en avaient eu que le sentiment obscur. L’esprit métho­ dique de la première scolastique se remarque au con­ traire dans Graticn, dont l’teuvre a précisément pour but d’établir, si possible, l’harmonie entre ccs autorités contradictoires : Concordia discordantium canonum. Nulle part cette discordia n’éclatait davantage que dans les dispositions relatives à la pénitence, et (iratien est loin «l’être arrivé partout â établir l'harmonie. Il y a des textes se rapportant a la pénitence un peu dans toutes les parties du Décret; il ne saurait être question d’en faire ici le relevé exact. Les nom­ breuses questions de la ln partie, relatives aux droits et devoirs des clercs, «levaient obligatoirement faire une place aux sanctions plus «m moins graves dont les anciens canons appuyaient leurs défenses. Ln distinction entre les peines «le for externe el les pénitences Imposées au for interne linit par s’énon­ cer avec une sulllsantc clarté. C’est surtout à propos de l’admission possible aux ordres ou «le la perma­ nence dans les ordres reçus «les personnes coupables «le diverses fautes quo (iratien sera amené à (aire la différence entre pénitence publique ct pénitence privée La «list. L (à compléter par «list. LXXXI el «list I.XXXII) Unit par poser, en somme, le prin clpe déjà émis par les réformateurs de l’époque caro­ lingienne, Dictum (irai., post c. 32, ct ft distinguer nettement les «leux formes de la pénitence : Est qutedam pienilentia quir solemnis appellatur, quir semel tantum in Ecclesia conceditur. Did. Grat., post c. 61. Do celte pénitence, les canons suivants retra­ cent les prescriptions les plus importantes; ccs règles, au contraire, ne s’appliquent pas aux autres pénitents. Ne «lisons pas pour autant que Graticn a toujours fait exactement le départ entre les deux institut ions que notre schématisme actuel nous per­ 902 met Statimque rieurement étudié. Die franziskanischen Sumnuc imponendum cilicium ct dicendum : * Contere cor confessorum und ihre Hcstimmungen Qber den Ablass, programme du gymnase de Dobeln, 1893. La pre­ tuum ct humilia animam tuam in cinere et cilicio. > Après une oraison, le pénitent est chassé de l’église, mière composition de cc genre est celle de Robert de Flamcsbury, un Anglais, mais qui a surtout tra­ et la signification de ce geste est expliqué par les mots : Eccc hodie, ejiceris a liminibus sancta? nïbtris vaillé en France ct qui a été pénitencier de SaintEccles lie propter peccata cl scelera tua; sicut Adam Victor de Paris au début du xir siècle. Son livre, primus homo ejectus est de paradiso propter trans­ encore inédit pour l’ensemble (Morin el Jacques Petit, au xvir siècle, en ont publié des fragments), gressionem suam. Tous ces textes sont passés dans le pontifical actuel, où ils ont été simplement renforcés de se dénomme encore un pénitent ici, mais il est l’an­ cêtre 1res authentique de la Somme des cas de cons­ quelques autres. cience que compilera un peu plus tard saint Haymond b) Cérémonie du jeudi saint (Hittorp, col. 56-61). - Les pénitents sont présentés â l'évêque devant de Penafort. En somme, recueil mi-canonique, la porte de l’église par l’archidiacre, qui utilise encore mi-lhéologiquc. fournissant au confesseur, sous un la vieille formule du gélasicn : Adest, venerabilis volume restreint, les notions qui lui permettent de pontifex, etc. Une longue cérémonie se déroule juger rapidement les cas d’espèce qui lui sont soumis. d'abord dans l’atrium; appels réitérés de l’évêque : Il s’agit moins d’appliquer mécaniquement aux Venite, venite, venite, filii, auxquels les penitent' fautes accusées les tarifs des anciens pénitenliels répondent en avançant progressivement vers le pon­ que d’apprécier la culpabilité du pénitent. L’ouvrage tife; après chaque avance, prostration. La troisième de Robert est divisé dans le meilleur ms. (Prague, bibl. Lobkowitzsch. n. 112) en dix livres : 1. Rap­ pros! ration terminée, et pendant <|ue le chœur chante ports entre confesseur ct penitent. 2. Notions som­ le psaume Benedicam Domino in omni tempore, les plebesani (prêtres chargés du soin des pénitents) maires sur le droit canonique matrimonial. 3. Ordre, remettent leurs clients ft l’archidiacre, celui-ci il irrégularités et empêchements. L Le péché; 1rs sept l’évêque, qui, les tenant par la main, les introduit péchés < mortels ·, les satisfactions à imposer. dans l’église où la cérémonie de la réconciliation va 5-10. Les diverses catégories de péché : meurtre, fautes sexuelles, parjure, sacrilège, incendie, atten­ désormais s’accomplir. On chante d'abord le Miserere, durant lequel l’évêque se prosterne en même temps tats A la propriété, ivresse. Les derniers chapitres du que les pénitents, puis, ceux ci demeurant étendus, dernier livre ont trait â l’application de la pénitence, l’évêquo sc lève et récite sur eux une longue série de aux commutations ct remissions. Le tout sc termine versets, puis d’oraisons Le texte transcrit dans P. L., par une petite dissertation sur la dispense : d’apres toc. cit.. ne donne, souvent que Vmcipit des oraisons : le nouveau droit, dit Robert, le pape seul peut dis­ on trouvera le texte intégral dans Hittorp; plusieurs penser des règles ecclésiastiques générales. 905 PÉNITENCE. SOLUTIONS DÉFINITIVES, TEXTES LITURGIQUES sont passées Intégralement nu pontifical actuel cl tout d'abord lu première, Adesto, Domine, supplica­ tionibus nostris, qui était déjà dans le gélaslen. Celle-ci proclame (et celte idée revient souvent dans les prières initiales des pénitenliels) l’indignité du ministre de la réconciliation, qui est lui même un pécheur, quand il s’agit d’opérer un si grand acte. Les oraisons sui­ vantes sont des supplications adressées â Dieu en faveur des pénitents; ces supplications ont leur point culminant dans l'oraison Drus humant generis qu\ était déjà au ÿc'/asien (transcrite ici col. 817) ct qui est passée, elle aussi, au pontifical actuel. Mais elle s’est surchar­ gée dans \c Pontifical romano-germanique d’un certain nombre de développements que l’on a heureusement abandonnés depuis pour revenir à la simplicité de lignes du gélasien. 11 y aurait intérêt à étudier, du point de vue théologique, chacune de ces très nombreuses oraisons, où s’expriment, dans des formules générale­ ment bien frappées, les effets mêmes que doit produire la réconciliation ecclésiastique : l’âme coupable était dans les ténèbres; qu'elle soit ramenée à la lumière* elle était blessée ct malade; qu’elle soit guérie! elle était souillée, dépouillée de la robe nuptiale; qu’elle recouvre celle-ci et puisse désormais se présenter au banquet royal! elle vivait dans la terreur des peines éternelles auxquelles le péché la condamnait; qu’elle en soit délivrée! -- Ces textes liturgiques modernes insistent d’ailleurs, plus que ne le faisaient les très anciens, sur le rôle que joue l’Église en toute celle transformation intérieure. Voici une formule qui se lit dans Hittorp (oraison Deux qui mundum in fovea pec­ cati jacentem), ct qui exprime, d’une manière heureuse, la collaboration de Dieu et de l’Église dans l’œuvre intérieure. Après avoir fait allusion nux lépreux renvoyés par Jésus aux prêtres, la prière continue : Deus qui per manus impositionem animarum ct conio­ rum valetudines effugasti, Idemquc opus discipulis luis corumqiiG successoribus agere præclpûti, exaudi preces nostras... et manum pietatis tun* manui nostro superpone ut, per manus nostra· impositionem, le coopérante Infundatur eis Spiritus Sancti gratia : descendat super cos adestis bene­ dictio; tribuatur cis peccatorum remissio, cunctorumquc scelerum piacula relaxentur ct tuorum charismatum munera alllucntius conferantur. Les oraisons qui suivent font une allusion très explicite au pouvoir des clefs; aussi bien elles intro­ duisent des formules que nos divers textes appellent Vabsolutio; il y en a plusieurs successives dont il n’csl pas facile de voir si elles sont toutes des formules de rechange ou si, au contraire, elles sc disaient ù la file. Voici l’ordre fourni par Hittorp (il est quelque peu interverti dans P. L·.). I. D’abord sous la rubrique : absolutio pluralis (dans P. L., absolutio presbyteri ), l’oraison Dominus Jesus Christus (pii dignatus est (reprise avec des modifications dans le pontifical actuel). 2. Puis, sous la rubrique : item absolutio pluralis, l’oraison Praesta quaesumus. 3. Enfin, sous la rubrique : absolutio singularis, l’oraison Sicut prin­ cipali sententia constat. Voici le texte de l’absolution n. 2, intéressant en ce qu’il bloque une formule déprécalive ct une for­ mule indicative : Præsta qiuesumus, Domine, hii famulis tuli secundum piisslnuiin misericordiam luam juxta libitum eorum absolu­ tionis />eccamlnum suorum fructum, ut sini libi dignum habitationis ture templum cl mereantur deinceps cum jus­ tis atque Minctis in conspectu tuo astantibus absoluti manere ab omni criminum labe. Per Christum Dominum nostrum. Nos etiam secundum auctoritatem nobis indi­ gnis a Deo commissam absolvimus υοχ ab omni vinculo delictorum vestrorum ut mereamini habere vitam æteniam. Per cmndcm. etc. 906 L’oraison η. 3, Sicut principali, a un intérêt d'un autre ordre : elle met l’accent sur le rôle de la confes­ sion cl sur le pouvoir de remettre les péchés qui a été confié à l’Eglise. En voici l’essentiel : Quapropter, frater N., conhtrnti tibi peccata tua. per ecclesiastice» auctoritatis potestatem quam Dominus Jesus Christus tradidit disciputis ct apostoli* suis dicens : « Acci­ pite Sp. S... », et per eosdem apostolos suos successoribus, quorum vices licet indigni tenemus... gratia rt potentia %ua, virtute Spiritus Sancti qui est remissio omnium pecca­ torum dimittat tibi omnia peccata tua et liberet te ab omni malo, conservet in omni operr bono rt ducat te in vitam æ ternam ct ac plus cn plus, en cllct. la persuasion s implantait qu’une faute ne peut être pardonnée si elle n’est confessée «le bouche, tout comme le péché originel cl les péchés personnels ne peuvent être remis à l’inliilèle que par le I aptCme. Sur ce der­ nier point, on était arrivé, depuis assez longtemps, à l'idée qu'en cas de nécessité toute personne peut el doit baptiser; parallèlement l’idée s'introduit au T. — X 11 _ 30 931 PÉNITENCE, SOLUTIONS 1) ÉEI N IT ! \ ES, xi® siècle qu’en cas de nécessité toute personne peut ct doit confesser. L’anecdote de Joinville, entendant en confession un de scs compagnons d’armes, est du milieu du χιιι· siècle, mais on lui trouverait des antécédents deux cents ans auparavant. L’obligation de celte pratique est déjà inscrite dans le De vera ct /aha pirnitentia de pscudo-Augustin. el son inser­ tion dans cc traite n’a pas dû être étrangère â son immense diffusion; sans parier de la fausse lettre d’Au­ gustin à Fortunat, ci-dessus, col. 912, qui a fini par forcer l’entrée des collections canoniques. A la vérité, il est assez difllcilc de dire, faute d’un rassemblement suffisant des textes historiques» jusqu’à quel point la pratique a pénétré dans les mœurs. Mais il serait bien étrange que tous les théologiens du xn· siècle, ou à peu près, aient enseigné, de manière plus ou moins expresse, l’obligation, en cas de nécessité, de confesser même à un laïque les fautes graves, si quelque chose n’avait correspondu à cet enseignement. La doctrine, comme il arrive d’ordinaire, a dû suivre la pratique, cc qui ne veut pas dire qu’il n’y ait eu aussi une réac­ tion inverse. En tout étal de cause, l’ensemble jette un jour curieux sur un des côtés de la vie religieuse du Moyen Age. Si l’on veut avoir quelque idée des questions pratiques que celle doctrine a soulevées, on s’adressera de préférence à Pierre le Chantre» en com­ plétant l’exposé un peu sommaire du Verbum abbre­ viation par les passages, jusqu’à présent inédits, qu’a donnés A. Tee Inert, op. n/., p. 161-176. b) Autres singularités. — Il faut au moins signaler celle que consiste à réitérer la confession, d’ailleurs faite en de bonnes dispositions el par conséquent valide. La chose était déjà visible dans certains textes de l’âge précédent. Les discussions autour de la sin­ gulière question de la reviviscence des péchés (loin­ tain écho, pensons-nous, de la vieille question des relaps), n’ont pu qu’encourager le développement de la pratique en question. S’il était vrai, comme le pré­ tendaient certains docteurs, qu'en cas de rechute dans le péché, les fautes antérieures pussent revivre, s’il était vrai, d’autre part,que la confession de bouche fût le seul moyen de rémission des péchés, on comprend que certains aient préconisé l’obligation, chaque fois que l’on se confessait de fautes graves, d’accuser éga­ lement les fautes du passé. Mais il s’en faut que cette obligation fût reconnue par tous. L’idée, cependant, n’a pas entièrement disparu; on en retrouverait encore des traces dans la pratique d’aujourd’hui. Une autre pratique est signalée par les auteurs de la fin du xn® siècle : elle consiste à diviser la confession entre plusieurs prêtres; à l’un d’eux on avoue telle faute, à l’autre telle autre, ce qui peut contribuer à diminuer les difficultés de l’aveu. Mais c’est là, en toute vérité, un abus contre lequel protestent les doc­ teurs bien informés, l ue telle pénitence, dit Alain de Lille, est une pénitence sophistique. Loc. ciL, col. 302. Cf. Bandin. dans P. L.,1. cxcti, col. 1099 B. 111. LA THfiOLOWE. - Avec les premières années du xn’ siècle commencent, dans tous les domaines, les spéculations de la théologie; elles devaient tout natu­ rellement concerner aussi la pénitence. Les esprits que la dialectique retrouvée commençait à inspirer, qui entrevoyaient comme l’un des devoirs de la science sacrée de mettre de l’ordre dans les concepts el de hiérarchiser les idées, ne pouvaient se soustraire à I ensemble des questions que soulevait la pratique pénitentielle La besogne, d’ailleurs, était plus ardue qu’en beaucoup d’autres domaines. On n’oubliera pas que la science théologique du xn· siècle est dominée, beaucoup plus que cc ne fut le cas à l’âge suivant, par les autorités · du passé De quelque manière quail eu lieu cc rassemblement des textes anciens des comme l’on va bientôt dire il est certain LA THÉOLOGIE 932 que les premiers scolastiques sont tout encombrés de leur richesse. Nulle part, sauf peut-être dans le droit matrimonial, l’encombrement ne se révélait plus grand que dans la question pénitentielle. Depuis le temps lointain de la Dionysiana, les collections cano­ niques avaient inséré, sur la matière, des textes d’ori­ gine, de valeur, d'antiquité fort diverses. Témoins de la pratique des époques où ils avaient été rédigés, ces textes, si l’on avait eu la possibilité ou l’idée de le* sérier dans le temps el dans l’espace, auraient raconté, de manière fort claire, l’histoire de la discipline péni­ tent ici le, celle aussi des idées théologiques sousjacentes à celte discipline. Sauf sur quelques points très apparents, le xn® siècle était incapable de pro­ céder à cc triage. Apparaissant les unes à côté des autres, avec une valeur égale et quasi absolue, ces • autorités ·, par leur nombre même, ne pouvaient (pie créer la confusion. Nous avons dit plus haut, col. 901 sq., les difficultés que Gralien avait éprouvées, dans sa tentative, pour faire cadrer, les uns avec les autres, dans la description de la pratique les « canons discordants ». Les difficultés devaient être plus grandes encore dans le domaine de la théorie, ct Gralien, qui, dans son traité de la pénitence, inséré au Décret, a fait davantage œuvre de théologien (pic de juriste, en est encore un exemple remarquable. On peut ordonner sous deux chefs les questions qui furent agitées durant le xn* siècle par rapport au sujet qui nous occupe : la valeur respective des diverses parties de la pénitence; l’élaboration de la théorie sacramentelle. 1° Valeur respective des diverses parties de ta péni­ tence. Gel te question a déjà été traitée sommaire­ ment à l’article Absolution, col. 171 sq.;on devra compléter les indications qui sont données à cet endroit par le livre de Polycarp Schmoll, Die Husslehre der FrûhscholastÎk, Munich, 1909. La question est celle-ci, et nous allons voir qu’elle n’est pas nouvelle: de toute antiquité, il sc pratique, dans l'Église, un rite extérieur qui est ordonné à la rémission des péchés. Ce rile extérieur comporte l'aveu,l'acceptation et l'accomplissement d’une peine, la réconciliation, tous gestes dont l'action d'ensemble est. dans l’intention finale de l’Eglise, d’opérer en l’âme de celui qui s’y soumet un invisible effet : sanc­ tification, justification, remise du péché. C’est seule­ ment quand le rite a reçu son plein achèvement que l’âme coupable est assurée de sa rentrée en grâce avec le Créateur. Mais il va de soi que le rite, à lui tout seul, ne saurait produire cet effet intérieur; dans l’ensemble du rite, le pénétrant, l’animant, agissent les senti­ ments. les dispositions de celui-là même qui s’y sou­ met. Le plus simple est de dire que la rémission du péché est acquise pur tout cet ensemble de rites exté­ rieurs informés par la contrition. Mais la curiosité des théologiens est plus difficile à satisfaire et les premiers maîtres du xn· siècle vont épuiser leur sagacité à sou­ peser la part respective qui revient à chacun des élé­ ments qui se sont finalement distingués : confession, satisfaction, absolut ion, d’un côté, contrit ion,de l’autre. Il n’est que de relire ce que nous avons écrit plus haut sur la doctrine pénitentielle aux diverses époques, pour sc convaincre que le problème n’était pas nou­ veau. Seulement, il affectera davantage, au xn· siècle, l’allure d’une mise en équation. Il reste commandé toutefois par les textes memes qui sont nés à des époques bien antérieures cl ont été véhiculés par les collections canoniques. 1. La satisfaction. Il est indiqué de commencer par elle, parce qu’icl le problème a été définitivement résolu et que la solution engage plus ou moins les réponses aux autres questions. a) Sa nécessité. - Nous avons dit toute l’impnr- 933 O SOLUTIONS DÉFINITIVES, LA THÉOLOGIE tance qu’elle avait eue dans l’ancienne discipline cano­ nique, importance que le régime des pénitent Ici s n'était pas fait, du moins â première vue, pour atté- | nuor. El, pourtant, cc sont les pénltcntlels eux-mêmes qui ont contribué pour une bonne part à changer la signification de cet élément dans la rémission du péché. Du jour où il a été possible d'être réconcilié avant d’avoir accompli toute la pénitence, pénétrait dans la théorie une idée toute nouvelle. A en juger par la pratique de l’ancienne Église, on agissait autrefois comme si les expiations entreprises par le coupable étaient la condition sine qua non (ne disons pas la cause) de la remise du péché (par l’Église ct) par Dieu. Un saint Augustin n’avait pas une confiance illimitée dans la pénitence in extremis, qui ne laissait point, à son gré, au coupable le temps nécessaire pour accom­ plir les œuvres salisfactoircs. Ci-dessus, col. 806. Mais les Ages suivants avaient vu se multiplier, au contraire, ces cas de pénitence imposée à la dernière minute. Se conjuguant avec cette influence de la pratique continentale, l’action des pcnltenticls insulaires devait conduire peu à peu à l’idée que l’ellicacité de la satis­ faction n'est pas du même ordre que celle des autres éléments de la pénitence, l’n jour viendra où certains ordines panitentiie mettront l’imposition, même de la pénitence après l'absolution, témoignant ainsi que la satisfaction n’est plus qu'acccssolrc. Cette donnée est définitivement acquise à la fin du Xil· siècle, à telles enseignes que certains auteurs prétendent qu’il n’est pas indispensable qu'une satisfaction soit imposée par le prêtre. Ils font valoir l’exemple de la Madeleine à qui Jésus remet ses péchés sans lui imposer de péni­ tence : la contrition de la pécheresse était assez forte pour suppléer toute satisfaction. Tout le monde ne va pas à ce laxisme. Alain de Lille exprime au mieux cc qu'était la pratique des gens sages ct il explique congrument que trois éléments concourent à la vraie péni­ tence : la contrition (avec le ferme propos), la confes­ sion ct la satisfaction. P. L., t. ccx, col. 302 B.Et,si le prêtre n'imposait pas de pénitence au pécheur, soit par manque de discernement (quia indiscretus), soit par bonté naturelle, soit parce qu’il suppose dans celui qui sc confesse une contrition surabondante, le pénitent n’en devrait pas moins racheter scs péchés par l’au­ mône, le jeûne, les veilles, les oraisons. Que si le parois­ sien s’aperçoit que son curé manque de discernement, qu’il s’en aille ensuite consulter quelque confesseur plus savant. Ibid., col. 301 B. Il y avait donc, à l’époque, chez certains confesseurs, une tendance à négliger cette partie de la pénitence. Alain de Lille est, à coup sûr, d’avis que la rémission des péchés ne laisse pas d'être acquise en ces conditions; mais, si elle n’est pas absolument indispensable, la satisfaction n’en garde pas moins, à ses yeux, une très grande impor­ tance. En quoi consiste donc son efficacité, d’après les théologiens de l'époque? b) Son efficacité. - Cette question est touchée par Pierre Lombard, /V Sent., (list. XX et XXI, où se mêlent d’ailleurs quelques questions accessoires; le Maître des Sentences est ici. comme bien souvent, l’écho de lu doctrine et de la pratique courante. C’est beaucoup plus dans ces deux distinctions qu’il faut chercher son idée personnelle que dans la dis! XVI, c. n, m, v, où il ne fait guère qu’aligner les textes pntristlqucs sur la nécessité de satisfaire pour le péché. Encore, dans les deux distinctions XX et XXI. la question n'cst-ellc résolue que par rapport ù des cas d’espèce. Il s'agit, en définitive, de personnes qui. pour une raison ou pour l’autre, n’ont pu accomplir la pénitence prévue par les textes (des mourants par exemple), ou qui. ayant eu affaire avec un confesseur sans discernement (indiscretus), n’ont pas reçu une pénitence proportionnée à leur faute, (’.cite satisfac­ 934 tion pour le péché, si elle n’est pas fournie ici-bas, devra l’être dans l’au-delà, ct cette considération amène le Maître â développer la doctrine du purgatoire. En somme, ct bien qu’il ne le dise pas très explicite­ ment, scs explications supposent Icsdonncessuivantcs; le péché grave n’est pas seulement une privation de l’amitié divine; il expose le coupable au châtiment divin ct tout spécialement au châtiment éternel de l’enfer. Le péché remis (par quel moyen? nous nous le demanderons plus loin), cc châtiment est commué en des peines temporelles; ces peines temporelles, ou bien le pécheur les purge ici-bas, tout spécialement, mais pas exclusivement, par les satisfactions pénitenticllcs, ou bien il les purge dans l’au-delà, le purgatoire étant ordonné par Dieu à la rémission totale des peines ducs au péché pardonné. Sauf le vocabulaire, qui n’est pas encore parfaitement établi (il l'est peut-être mieux dans 1’Epitome theologia! christianæ attribué à Abélard, c. xxxvn), c’est la doctrine même qu'élabore­ ront les grands scolastiques ct c’est peut-être le point où les docteurs du xir siècle ont apporté le plus de clarté. Nous avons dit, ci-dcssus, col. 926, comment les pénitentiels ou les Summa· confessorum font usage de cet te doctrine dans la pratique : au pécheur qui renâcle aux pénitences qu’il lui propose, le confesseur repré­ sentera vivement que ce qu’il n’expiera pas ici-bas, il devra, bon gré mal gré, l’expier en purgatoire. Cette conclusion, le pscudo-Augustin l’avait déjà très claire­ ment exprimée : prius purgandus est igne purgationis qui in aliud saxulum distulit frudum conversionis... Studeat ergo sic quisque delicta corrigere ut post mortem non oporteat panam tolerare. De vera et falsa pa*nit., xviii, 31, P. L.. t. xi., coi. 1128. Or. c'est incontesta­ blement à cc texte que sc rattachent, par voie directe ou indirecte, tous les docteurs du xn* siècle. 2. Jxi confession. — Et c’est encore à ce même texte qu’il faut faire remonter les précisions relatives au rôle de l’aveu dans la rémission du péché. a) Sa nécessité. — Sur cc point, la pratique a de­ vancé, dans scs précisions, toutes les théories, cl c’cst elle, finalement, qui a eu raison des opinions diver­ gentes qui tendaient à sc produire. Il y avait au moins deux siècles que les textes canoniques locaux urgeaient pour les fidèles l’obligation de la confession, quand parut le traité pseudo-augustinien. Loin donc qu’il ait engendré la pratique. Il n’en est que le relict, prenant seulement à tâche de défendre la nécessité de la con­ fession contre les difficultés que certains théoriciens y pouvaient faire. A la vérité, les textes canoniques, ordonnances synodales ou décrets conciliaires expri­ ment, avant tout, un précepte ecclésiastique. Leurs Injonctions ne lient pas d’ordinaire d’une manière expresse la nécessité de la confession avec l’accès au sacrement d’eucharistie. En d’autres termes, elles ne font pas de la confession (entendue nu sens de la partie pour le tout) le moyen indispensable pour remettre le pécheur dans l'amitié divine. Le fait, néan­ moins. que c’est surtout à l’époque du carême et aux approches de la communion de Pâques que l’Église urge l’obligation de recourir à la pénitence, dont la confession est désormais l’une des parties très en vue. ce fait était gros de signification. Ce serait presser les textes que de leur faire dire que, d’ores et déjà. l’Église considérait l’aveu des fautes comme le seul moyen normal d’en obtenir le pardon; c’est seulement quand cette discipline de la confession obligatoire aura été imposée à l’ensemble de la chrétienté (nu moins latine) par le décret du Latran qu’il sera loisible de tirer cette conclusion. Bonaventure ct Thomas d'Aquin le feront avec beaucoup de force. Mais ils reconnaissent, en même temps, que la décrétale du pape Innocent III n fait, sur cc point, la lumière; ils n’ignorent pas les discussions qui ont eu lieu à l’âge précédent sur la 935 PÉNITENCE, SOLUTIONS DÉFINITIVES, nécessité, pour être pardonné, de soumettre scs fautes, par la confession.au pouvoir de ('Église. Donc, tout ce que Ton peut tirer des règles pratiques en faveur du caractère indispensable de l’aveu, ct, comme diront les théologiens ultérieurs, de sa nécessité de droit divin (dans les conditions normales), tout cela est encore implicite et demandera quelques discussions pour se clarifier. (’.es discussions ont rempli tout le xn· siècle, el c’est le traité de la pénitence inséré par (iraticn dans le Décret, ci-dessus, col. 902, qui nous montre au mieux avec quelle vivacité elles ont été conduites. On a dit avec quelle netteté (iraticn pose la question. Utrum sola cordis contritione, absque oris confessione, quisque possit Deo satisfacere? Ce serait, a notre avis, énerver le sens de toute cette question tu de la cause XXXIII, que île la présenter simplement comme un débat théo­ rique sur l'action respective, dans la rémission du péché, du repentir, d’une part, de l'intervention ecclé­ siastique, d’autre part.(Sur cc problème littéraire, voir .1. de Ghcllinck, /z mouvement théologique du .XI/9 siècle, p. 307, note I. où l’on trouvera la liste des auteurs qui en ont traité cn des sens divers.) Il nous parait bien que le maître bolonais entend résumer un débat plus profond; ce n’est pas seulement la question de théologie susénoncée qu'il discute; à côté de celle-ci, qui est cer­ tainement visée, une question de dogme se pose : l’aveu des fautes est-il de droit divin ordonné à la rémission des péchés? Le fait qu'il conclut par un non liquet, en déclarant que. des deux opinions cn présence, l’une cl l’autre a pour elle des auteurs de valeur, De punit., dist. I, c. 89, Did. Grat., ne doit pas nous émouvoir. Saint Thomas ne s’en scandalisait pas; il déclarait seulement que l’opinion qui ne fait pas de l’aveu des fautes un moyen indispensable de pardon serait, à son époque, une hérésie, mais qu'au térieurcment aux défi­ nitions de l’Églisc (il compte pour telle la décrétale Omnts utriusquesexus) elle a pu être soutenue de bonne foi. Pour apprécier d’ailleurs la nature de la question débattue par (iraticn, il n'est que de se reporter au canon 91) qui termine la discussion. Le texte est donné par notre auteur comme de Théodore de Cantorbéry; cn réalité, il est emprunté par des intermédiaires au can. 33 du concile de Chalon (813); voir ci-dessus, col. 865. En voici le texte intégral (nous mettons entre crochets les mots qui ne sont pas dans le texte conci­ liaire; ils étaient déjà dans Burchard, I. XIX, n. 1 15, où Gralien a pris sa citation) : Quidam Deo solummodo confiteri debere peccata dicunt |ut Gnrcl J. Quidum vero sacerdotibus confitenda esse per­ censent [ut free fol«i Mincta Ecclesia J. Quod iitnimqiie non sine nuigno fructu intra Minctam fit Ecclesiam, ita dum­ taxat ut Deo qui remissor est peccatorum peccata nostra confiteamur |el hoc perfectorum est |, el cum David dica­ mus ; · Delictum meum cognitum tibi feci et injustitiam meam non idiscomli. Dixi : confitebor adversum me injusti­ tiam meam Domino rt tu remisisti impietatem peccati mei. · Sed tamen Apostoli institutio nobis sequenda csl, ut confi­ teamur alterutrum peccata nostra ct oremus pro invicem ut Milvcmur. (St rappeler que, dès l'époque carolingienne, ce texte était Inuoqiir panr appuyer ta nécessité de précepte développements, il semblerait que, si la confession ne rencontre pas une oreille humaine pour la recevoir, les chances du pardon divin sont infiniment diminuées. Des précisions ultérieures seront données sur la façon dont opère cette confession à «les laïques; elles seront, les unes plus, les autres moins, dans la ligne des idées de pseudo-Augustin. Mais on ne sc tromperait guère, pensons-nous, en «lisant que celui-ci mettait un lien quasi nécessaire entre rémission el aveu. C’est une idée très analogue qui se retrouve dans Godefroy de Ven­ dôme, col. 911. dans I fugues «le Saint-Victor, col. 915. cl les traités qui sont apparentés, de près ou de loin, à la Summa de sacramentis. — En s’en faisant l'écho, Pierre Lombard lui assurera un succès éclatant. Bien «pie son idée de fond ne soit pas absolument claire, il tranche le débat sur la nécessité de la confession avec une netteté qui contraste avec les hésitations de Gra­ lien. Voir IV Sent., dist. XVII. c. i, n, m. iv. Celte décision, (pic le Lombard n’a pas toujours, est d'autant plus significative qu'il a certainement lu Gralien avant de rédiger lui-même son exposé; du moine bolonais, il reproduit les textes les phis caractéristiques, mais il conclut par ce prononcé très ferme que l’on opposera à celui de (iraticn donné à la col. 902 ; De tous ccs textes, cl d’autres encore, il ressort avec évidence «pic la confession doit être faite a Dieu d’abord et ensuite au prêtre, et qu’il n’y a pas possibilité d’entrer sans cela en paradis, si on a la possibilité de recourir au prêtre. > Dist. X\ IL c. m, conclusion. Quant à la cou e fession aux laïques des péchés graves en l’absence de prêtre, le Lombard semble la considérer comme néces­ saire : Sed rt graviora coirqualibus pandendo sunt, cum deest sacerdos d urget periculum. Ibid., c. iv, concl De celte nécessité d’un aveu extérieur pour la remis sion du péché, les remarques «pie nous avons faites cidessus sur les textes liturgiques et spécialement sur la confession générale, voir col. 921 *q., constituent un abondant témoignage. Mais, en face de cc groupe, (pii csl incontestable­ ment le plus nombreux, il y avait certainement des opposants.au moins théoriques ; l’argumentation d’An­ selme de Laon. Sen/., p. 121, l’insistance de pseudoAugustin ne se comprendraient pas. s’il n’y avait pas eu. dans cette alTnirc, une résistance à vaincre. Et c’est pourquoi il est regrettable (pie nous soyons si mil renseignes sur ce maître Guillaume à (pii en a Gode froy de Vendôme, col 911 Abélard csl fréquemment cité comme un «le ccs opposants. Que dans le Siée/n m, c. cia, il oppose les unes aux autres les autorités *sur cette question : Le péché peut il être remis sans con- 937 PÉNITENCE. SOLUTIONS DÉFINITIVES. LA THÉOLOGIE fois ion? cela fie saurait préjuger de sa pensée de fond. Mais les deux chapitres xxiv cl xxv du Scito te ipsum laissent ii coup sûr, une impression un peu mêlée. Tout en montrant les avantages de la confes­ sion, Abélard semblerait, de prime abord, la considérer plutôt comme très utile que comme indispensable et il appuie avec quelque lourdeur sur les Inconvénients inévitables de l’institution, inconvénients qui, cn cer­ tains cas, seraient assez grands pour que le pécheur sc dispensât de l’aveu aux hommes. L’exemple de Pierre, dont on ne lit point dans l’Écriturc qu’il ait confessé sa faute, est allègue pour justifier ceux qui, cn certains cas. voudraient différer ou même laisser de côté la confession. L’essentiel est qu'il n’y ait pas chez eux mépris pour l’institution. Et Abélard d’énumérer quel­ ques cas où l’on pourrait, cn somme, sc dispenser de l’aveu. Bien, cependant, d’une these en tout ceci ct plusieurs des cas qu’il examine seront résolus comme lui par les moralistes de l’avenir. De l’ensemble, néan­ moins. se dégage une impression fort différente de celle qu’on éprouve en lisant I fugues de Saint-Victor : pour Abélard, à coup sûr. la confession, si elle est comman­ dée ou tout au moins fortement conseillée, n’est pas considérée comme de nécessité de moyen. Le lien si ferme établi par d’autres contemporains entre l’aveu cl le pardon se relâche beaucoup ici. Les développe­ ments de Boland Bandmelli sur le même sujet, loc. cil., p. 213-219, sont plus nets, el la discussion roule plutôt, chez lui, sur la manière dont confession et con­ trition concourent à l’elTct total. On ne trouve pas chez lui, néanmoins, les déclarations tranchantes que l’on découvre chez les victorius. Voici sa conclusion : Bien que le péché soil remis par la contrition du co ur, la confession sibililé de disso­ cier la macula et le debitum ptenæ œlernte est désormais chose acquise. Mais la clarté ainsi obtenue ne l’a clé que par une simplification dangereuse : quelle que soit l'importance attachée par tous nos auteurs à l’inter­ vention ecclésiastique dans la remise des fautes, il n’en reste pas moins que le lien n’apparaît pas entre l’elîet intérieur cl le rite extérieur. A la verite, quelques auteurs entrevoient dans quelle direction il faudrait s’orienter. Prévost in (t vers 1200) remarque, avec exactitude, que, si le pardon est accordé par la contri­ tion, c'est sub conditione confessionis peragenda:: voir le* textes dans Schmoll. op. cit., p. 83-87. Par quoi * affirme déjà l’idée que les grands scolastiques allaient mettre cn lumière, celle de V unité des diverses parties du sacrement. C’cst pour s'être appliqués trop exclu­ sivement à la considération des actes isolés du péni­ tent ct du prêtre que les auteurs du xn* siècle ont abouti à l’impasse où nous voyons le Maître des Sen­ tences acculé; c’est cn considérant le sacrement » dans son ensemble que les docteurs du xtir siècle arri­ veront a de meilleures solutions. Encore fallait-il, pour cela, que le concept sacramentaire ait été lui-même amenuisé. Or, à cc travail, la scolastique du xn· siècle s’était déjà très heureusement employée. 944 2° /.a pénitence et la théologie sacramentaire. — Au cours du xn* siècle, on voit sc constituer, en effet, ct la doctrine relative à la définition et au nombre des sacrements, et. d’autre part, les premières spécula­ tions sur la nature intime de ces signes extérieurs de la grâce. 1. La pénitence comptée parmi les sacrements. Ce n'est pas du premier coup (pie l’on est arrivé à cc résultat. Le mot de sacramentum avait été légué par l’antiquité chrétienne à la préscolastiqué lourd de significations très diverses. Bien d’élonnant (pie les premiers docteurs aient mis quelque temps avant d’aboutir aux déterminations actuelles. Voir les im­ précisions de Pierre Damien, pour qui le sacramentum confessionis est le septième des douze sacrements, col. 909; de Lan franc de Gantorbéry, avec ses quatuor ecclesiastica sacramenta, col. 910, et même d’I fugues de Saint-Victor, (pii insère, au milieu de ce (pie nous appe­ lons < sacrements ». un certain nombre des rites secon­ daires que la théologie ultérieure appellera des sacra mentaux »: aspersion de l’eau bénite, réception des cendres etc. C'est seulement quand la doctrine du sep­ ténaire sacramentel a décidément cause gagnée que l’on peut tabler ferme sur l’appellation de sacramen­ tum, donnée soit à la rémission (sacramentum remissio­ nis). soit à l’absolution (sacramentum absolutionis), soit à la confession (sacramentum confessionis). Quant à l’expression toute faite sacramentum p:rnitcntiir.e\\e apparait dans Anselme de Laon, cf. Bliemelzriedcr. p. 120. mais elle ne devient courante qu’un peu plus tard, alors (pie la théorie des sacrements a fait sc% plus grands progrès. Nous l'avons relevée dans le Dialogue d’Anselme de I lavclberg (+ 1158), en un pas­ sage d’ailleurs (pii ne se présente pas comme une des­ cription techniquedes sacrements, I. II, c. xxni. P. L., t. CLXXXVHI, col. 1201 D. Mais, à l’extrême limite de la période considérée, oa entend encore certains then logions prétendre, au dire de Pierre de Poitiers, que • la confession n’est pas un sacrement, mais un sacra­ mental, comme l’eau bénite ou le pain bénit ». A quoi Pierre répond simplement : · Il nous parait plus vrai de dire (pie la confession est un sacrement. · Sent.. L Ill,c. xm. P. L·., t. ccxi, col. 1070 D. Pour Pierre, d’ailleurs, si elle est sacrement, la confession n’est pas, selon toute probabilité, un sacrement du Nou­ veau Testament : verum videtur quod confessio... non est sacramentum Novi Testamenti. Ibid., col. 1071 A. La même idée dans Césaire d’I leisterbach (t 1223), voir les références dans Schmoll, op. cit.. p. 81-82. Ajoutons immédiatement que l’époque tardive à laquelle se produisent ces m inlfeslations invite tout aussitôt à la prudence. Aussi bien serait-il invraisem­ blable qu’il y ait eu discussion à la fin du xir ct dans les premières années du xnr siècle sur la place à donner à la pénitence dans le septénaire sacramentel. Ce qui esl en question, chez ces auteurs, cc n’est pas de savoir si la pénitence est l’un des sept sacrements - ceci est chose réglée depuis Pierre Lombard — mais d'expli­ quer comment elle opère ses elTets, ce qui nous ramène au problem · posé dans le paragraphe précédent. Ce vocabulaire toutefois, qui nous parait à bon droit sin­ gulier. montre que ni la terminologie, ni les concepts mêmes n’ont encore atteint leur ultime précision. Mais, tout compte fait, il ne faudrait pas y voir un retour en arrière sur l’affirmation du Maître des Sen­ tences : Arrivons maintenant aux sacrements de la Nouvelle Loi qui sont: le baptême, la confirmai ion, le pain île bénédiction, c’est à-dire l’eucharistie, la péni­ tence. l’onction dernière, l'ordre ct le mariage. · IV Sent., dist. II, c. i. j| Tout au plus faudrait-il signaler une tendance assez curieuse qui sc remarque chez certains canonistes, les­ quels ne voudraient considérer comme sacramentelle 946 que lu pénitence solennelle. (Par un singulier revire­ ment, certains théologiens modernes ont abouti au résultat inverse.cn quoi ils contredisent ouvertement l'enseignement classique, voir /V Sent., (list. XIV, c. m.) Il vaudrait la peine d’étudier d’un peu près cette singularité théologique; voici du moins quelques indications. On la voit paraître dans les Sententiic divi­ nitatis (milieu du xir siècle) signalées ci-dessus,col.915. Cad. Vindob. 1^01, fol. 76 d, cité par Schmoll. op. cil., p. 81, n. 1. Mais, précisément, celle remarque nous met sur la voie de l’explication. Ne cherchons pas, cn cette singu­ larité théologique, une préoccupation de canonistes archéologues, qui auraient constaté (pic la pénitence solennelle a été jadis l'unique forme de pénitence connue dans l'Eglisc. Personne n’en est arrivé là. à celle époque. Nous avons bien plutôt affaire avec des théologiens férus de dialectique et qui raisonnent sur le schéma de sacrement, (pii commence à devenir clas­ sique el (pii prend son point de dépari dans l’élude du baptême, l’n sacrement comporte un élément exté­ rieur (l’eau, l’huile) dont l'application est le signe eilicace de l’elTet intérieur. S’il réussit bien pour quelquesuns des sacrements, le schéma ne s'applique qu’avec une extrême dllïlcullé à d’autres : tel le mariage. La pénitence privée laissait également les théologiens per­ plexes : le rite extérieur, l’imposition des mains, avait peut-être disparu, ou n’était guère mis en évidence; en tout cas, c’était un rite banal, usité en d’autres sacre­ ments : continuat ion, ordre; où était donc ici le signe? La pénitence solennelle, au contraire, montrait au mieux ces éléments extérieurs : le cilice, la cendre, l’eau bénite, dont I application au pécheur était le signe du repentir intérieur. De là. pensons-nous, l’opinion dont nous venons de donner quelque idée. 2. Comment la pénitence est elle un sacrement? Aussi bien, tout ceci ne montre-t-il pas (pie la question posée dès le milieu du xir siècle n'est point la question dogmatique, mais la question théologique? Tous no, auteurs seraient unanimes, pensons-nous, à déclarer que la pénitence, prise dans son ensemble, est un rite extérieur, elllcace de la grâce; qu'elle doit être rangée, dès lors, à côté d’autres rites du même ordre, tels (pie le baptême, la confirmât ion ou l'eucharistie ; qu'elle est. en somme, un sacrement. Deux diillcullés seules demeuraient. a) Comment la pénitence est elle un signe? L’n mol de saint Augustin : Sacramentum est sacra* rei signum, avait fait introduire dans la définition de sacrement l’idée de signe, \ <»ir Pierre Lombard, /V Sent., (list, I, c. ii-iv, qui reprend l’ensemble de l'argumentation d’Hugues de Saint-Victor. Pour le baptême ou l’eucharistie. la définition convenait à merveille. Au sens littéral du mot. la cérémonie exté­ rieure de l'ablution, de la manducation était le signe de la purification intérieure ou de la nutrition de l’âme. D’autres rites sc prêtaient moins bien à celte mise cn équation si satisfaisante pour la logique; c'était le cas, cn particulier, tant du mariage que de la pénitence, ct l’on sait de reste que ccs deux sacre­ ments ne pourront jamais être assimilés de tout point, et pour cause, aux autres termes du septénaire. On comprend dès lors les hésitations des théologiens, dont nous avons tout à l’heure signalé l’opinion sur le carai tere proprement sacramentel, disons signi ficati/, de la seule pénitence publique. Mais il ne parait pas que cc problème ait été particulièrement agité. On a admis assez vite, semble-t-il, que le mol de signe · se devait prendre de manière assez large. La scolastique du xnr siècle, dominée par le vocabulaire ct partiellement par les idées du péripaté­ tisme. opérera principalement sur les concepts de ma­ tière el de forme, quand elle spéculera sur les consti­ tuants des < signes sacrés ·. C’est dans une autre direc­ tion que s'étalent orientés les prédécesseurs. Ils avaient considéré surtout, d’une part, le sacramentum. le signe extérieur pris cn bloc, d’autre part, la res sacra­ menti, c'est-à-dire la réalité intérieure produite par la mise en œuvre du sacramentum,cl ils avaient cherche à voir jusqu'à quel point la réalité visible pouvait être dite le signe de la réalité invisible. Ici encore, c’est Pierre Lombard qui a donné la solution. Voir / V Sent., dist XXII. c n. Après avoir discuté le sentiment de ceux qui voient le sacramentum dans les actes exté­ rieurs du pénitent, qui sont le signe de la pénitence intérieure, c’est-à-dire de la contrition du cœur cl de l’humiliation ·. il propose une autre opinion, à laquelle il semble se rallier : · Le sacrement, dit-il (entendons le mot ici par opposition à res sacramenti}, est constitué â la fois par la pénitence extérieure el par l'intérieure (disons par les manifestations extérieures du repentir intérieur) el cela ne fait pas deux sacrements, mais un seul, de meme que l’espèce du pain et celle du vin ne constituent pas deux sacrements, mais un seul. Et. de même que dans l’eucharistie (in sacramento corporis). de même ici l’on peut distinguer ce qui est signe (sacramentum ) seulement, c’est à savoir les manifesta­ tions extérieures du repentir, ce qui est signe et réalité (sacramentum et res), le repentir intérieur, en lin ce qui est réalité seulement (res et non sacramentum h à savoir la rémission des péchés. Le repentir intérieur, en effet, est à la fois la res sacramenti de la pénitence extérieure (c’est la réalité intérieure dont les manifes­ tations extérieures constituent le signe) el c’est, cn même temps, le signe de la rémission des péchés, qu’elle représente et qu’elle opère : sacramentum remis­ sionis peccati guam et signal et /acit. » Toute verbale que paraisse de prime abord l'explication, elle ne laisse pas de contenir le point de départ des spéculations du xm· siècle. En la traduisant cn clair, on obtient sensi­ blement le résultat suivant : Le sacrement de péni­ tence est constitué par un certain nombre d'actes extérieurs qui, pour avoir valeur, doivent être animés par le repentir intime. C'est cct ensemble qui est le moyen auquel Dieu a attaché la collation de la grâce. Pour que la théorie du Lombard fût complète, il ne lui manquait (|ue d’attacher plus d’importance à l’ab­ solution. Mais nous avons dit que c’est là. précisé ment, que gll l'insuffisance de sa doctrine b) Comment la penitence est-elle un signe efficace de la grâce? C’est ici que revient, sous une autre forme, le problème antérieurement signalé. Car la res sacra­ menti. la rémission des péchés, peut avoir été obtenue 947 PÉNITENCE, xnr AU χνιθ SIÈCLE antérieurement a la réception du sacrement. Comme le dit Prévostin (texte cité dans Schmoll, op. cit., p. 8*1, note 1) res prcreedit sacramentum, cc qui est propre­ ment l'inverse de ce qui devrait sc passer. Le mérite de Pierre Lombard a été, sinon de résoudre définitive­ ment le problème, du moins de montrer que cc n’était pas exclusivement ici qu’il sc posait. Il sc posait, somme toute, de la meme manière dans le cas d’un adulte admis au baptême et qui, de toute nécessité, devait avoir, soit avant la réception du sacrement, soit au moment même où il le recevait, une contrition de ses fautes informée par la charité. Il ne viendrait de ce chef A personne l’idée de proclamer l’inutilité du rite baptismal. De même convient-il de donner au rite pénitent ici toute son importance, en dépit des actes intérieurs qui l’ont précédé ou qui doivent l’accompa­ gner. Prévostin, qui allègue le même principe de solu­ tion, ajoute une considération que les théologiens de l’avenir développeront, quami iis parleront de la • grâce sacramentelle ». I.’objection que l’on fait, écrit-il, que la réalité (rts) précède le signe (sacramentum/ n’csl point un inconvénient; en réalité, le signe produit bien ce qu’il figure : bien que le pécheur, en effet, soit déjà purifié par la contrition, il l’est de plus en plus dans la satisfaction (pour lui la confession est une partie de In satisfaction) et bien que le péché ail été déjà remis quant à la peine tout entière (enten­ dons la peine éternelle), la grâce ne laisse pas d’etre augmentée dans la satisfaction ; c’est comme dans le cas du baptême de l’adulte, à qui le péché a été remis dans la contrition, ct pourtant, dans le baptême, il est davantage remis, en d’autres termes, la grâce est aug­ mentée : magis dimittitur vel gratia augetur, s Loc. cit. Conclusion générale. — En définitive, à l'époque où le IV» concile du Latran impose définitivement le pré­ cepte de la confession annuelle, l’ensemble des solu­ tions théoriques et pratiques auxquelles nous sommes présentement accoutumés est véritablement acquis. La liaison s’est faite de plus en plus nette entre l’idée de rémission des péchés et celle de l’intervention ecclé­ siastique. Sans méconnaître le moins du monde la part énorme que jouent, dans le grand œuvre de la rémis­ sion des péchés, les dispositions intérieures du pécheur repentant, on déclare à Tenvi que, pour obtenir un résultat certain et complet, ces dispositions doivent s’accompagner de cc que le pape saint Léon appelait déjà •l'intercession sacerdotale». Certes, tout n’est pas encore absolument définitif dans les solutions propo­ sées par les premiers scolastiques, mais, dans leurs constructions trop souvent incomplètes, sc discernent néanmoins les points d’attache ou leurs successeurs viendront insérer leurs additions ultérieures. Ce faisant nos auteurs se raccordent, il faut l’ajouter, à la plus authentique tradition de 1 Église. Car. si l'on compare aux idées du passé les concepts ainsi aménagts par eux, on ne peut que constater la continuité qui règne entre ceux-ci ct celles-là. A coup sûr. un saint Cyprien eût été, de prime abord, un peu étonné, en voyant Hobert de l lamcsbury recevoir, au monastère de Saint-Victor, les confessions des étudiant s parisiens. Mais il n’eût pas été besoin de bien longues argumen­ tations théologiques pour lui faire entendre que la pratique, dont il avait été jadis l’exécuteur (et par­ tiellement le promoteur), se retrouvait, en dernière analyse, dans cc qui se passait maintenant à Saint,Victor Peut-être même cùl-ll plus aisément compris la chose que des gens d’une époque Intermédiaire, un Césalrr d’Arles ou un Grégoire de Tours; tant il est vrai que la disciplined la pratique pénitenticlles du xu* siècle retrouvaient, jusqu’à un certain point, les formules et les gestes du m* siècle. En définitive, c’était toujours dans ct par l’Église que s’obtenait, normalement la rémission des péchés. 948 Ixs sources ont été signalées cl classées uu cours de l’ar­ ticle. L'histoire des sources proprement canoniques est fuite nu mieux dims P. Fournicr-G. læ Bras, Histoire des collec­ tions canoniques en Occident depuis les Fausses Décrétales /iisqu’ati Décret de Gratirn, 2 vol., Paris, 1931, 1932.— Pour les travaux, sc référer à la bibliographie des articles anté­ rieurs. Tenir compte, en outre, des ouvrages suivants : L Études gî-.nîhales. — Aux travaux de Sinnond. Morin, ajouter .L Petit, Theodori Cantiiaricnsis pmltrnHaie, 2 vol., Paris, 1677, dont la thèse générale est fausse, mnis où sc trouvent rassemblées quelques pièces intéres­ santes. — Boudinhon, Watkins, voir col. 844; B. Poschmnnn. Die abendlandische Kirt henbusse im fruhen Millet· alter, Breslau, 1930; A. Tcetncrl, La confession aux talques dans ΓÉglise latine depuis le VHP jusqu’au Λ7Γ» siècle, Bruges-Paris, 1926, dépasse de beaucoup les limites que le tilrc semblerait assigner. IL Questions pauticulilhes. — I6 Les origines de la pénitence privée. — Pour les Pénitenliels voir l'article spé­ cial. — Sur le rôle des moines celtes ; L. Gougaud, Les chré­ tientés celtiques, Paris, 1911; A. Malnory, Quid Luxouicnsci monachi discipuli sancti Columbani ad regulam monasterio­ rum atque ad communem Ecclesia' profrztum contulerint, Paris. 1891. 2· Im réforme carolingienne. P. Fournier. Études sur les pénitenliels, série d’articles extrêmement remarquables qui débordent le domaine de l’histoire littéraire, parus dans Rev. d’hisl. et litt. rel., 1901, p. 289-317; 1902, p. 59-70, ct 121127; 1903, p. 528-553; 1901, p. 97-103, voir particuliére­ ment la conclusion, p. 100 sq.; M. Fayard, Im pénitence d’après Alcuin (thèse de la faculté de thcol. de Lyon). 1914: quelques renseignements curieux fournis par Alpli. Michel (J. Tunnel), Confessions el absolutions données par écrit, dans Itev. d’hist. et litt. rel., 1921, p. 58-75. 3e Vers les solutions définitives. — K. Muller, Der L'mschtoung in der Eehre von der liasse touhrenddes XII. Jahrhunderts, dans les Theologische Abhandlungen C. von U’ci:sdcker geioidmcl, 1892 ; 1 *. Schmoll, Die Busslehreder Frûhscholastik, Munich. 1909; J. de Ghellinck, le mouvement t/iéofogique du XII* siècle, Paris, 1911; N. Paulus, Geschichtc des Ablasscs im Miltclaller vom Ursprunge bis sur Mille des XIV. Jahrhunderts, t. i, Paderborn, 1922; A. Landgrnf, Grundlagcn fur tin Verstandniss der Husslehrc der Fruhund llochscholastik, dans /.eitschr. fur kathol. Théologie, t. Li, 1927. p. 161 sq.; du même, Sünde und Trennung von der Kirche in der Fridischolastik, dans Scholastik, t. il, 1930, p. 210-218; du même. Das Sacramentum in voto in der Fridischolastik, dans Mélanges Mandonnet, t. H, Paris, 1930. p. 97-143. Pour les Summae confessorum, nous donnons une fols pour toutes la nomenclature des articles que leur a consacre .1. Dicttcrle· cette nomenclature devant servir aussi pour l'article suivant : .1. Dicttcrle, Die franziskanischcn Sum­ ina» confessorum and Hire Beslimmungen iïber den Abtass (progr.), Dûbeln, 1893; du même. Die Summa» confessorum (sive de casibus conscientiæ) von ihren Anfangen an bis zu Silvester Pricrias, dans Zeilsehr. fur Kirchengeschichte; la série est répartie en trois sections : i. Fin du xu» ct xm* siècle : t. xxiv, 1903, p. 353-371, 520-518; t. xxv, 1901. p. 218-272; t. XXVI, 1905. p. 59-81; il. Les xiv* cl xv* siècles, jusqu’à Nicolas d’Aushno; t. xxvi, 1905, p. 349-362; t. xxvn, 1906, p. 70-79, p. 166-188; m. Seconde moitié du xv* siècle, xvi· siècle : t. xxvu, 1906, p. 296-310. 131-112; t. xxvni, 1907, p. 101-131. É. Amann. III. — PÉNITENCE, DU LATRAN A LA RÉFORME. IV' CONCILE DU Cet article embrasse toute la période qui va de 1215 aux premières manifes tâtions de la Béforme. Le concile du Latran rappelle l’obligation de la con­ fession au prêtre et inet ainsi en relief la valeur de l’absolution sacramentelle. La doctrine dominante qui se dégagera pour lors des discussions lhéologiqucs est l’ellicacité ex opere operata du sacrement de péni­ tence. Avant saint Thomas, de sérieuses tentatives sont déjà faites pour dégager la théologie du sacre­ ment d’une conception trop subjective en cc qui con­ cerne la rémission du péché Les explications ne sont pas parfaites ; mais la tendance est bonne. Les théo­ logiens. même les plus fidèles à Pierre Lombard, sentent que la contrition n’est pas, ne peut pas être la seule cause de celle rémission. Ainsi, peu à peu, la théologie s’achemine vers la double conception, d’une pari, de la suffisance de la simple ail rit ion pour la justification sacramentelle, d’autre pari, de l'effica­ cité de l’absolut ion quant à la remission de la coutpe cl de la peine éternelle. Sainl Thomas a beaucoup contribué a ce dégage­ ment de la doctrine catholique. Scs disciples ne pa­ raissent pas avoir lotis compris la richesse ct la fécon­ dité des changements survenus dans la pensée du maître entre le Commentaire sur les Sentences ct la Somme théologique. Cajétan a saisi cette salutaire évo­ lution d’une façon plus complète. Quant aux écoles divergentes, leur influence a été bonne, parce qu'elles ont accentué le double progrès déjà marqué par sainl Thomas. Mais d’autres posi­ tions prises par leurs représentants les plus avancés, notamment chez les nominalistes, risquent déjà de compromettre le dogme. Pour retracer ces évolutions convergentes ct diver­ gentes, quelques redites étaient indispensables, con­ cernant les sujets déjà étudiés de l’absolution, de la contrition ct de la confession. Mais, par contre, on a délibérément laissé de côté certaines questions péri­ mées (par ex. la reviviscence des péchés) ou simple­ ment connexes ct déjà étudiées ailleurs, par exemple : secret de la confession, juridiction, etc. On aura du moins un tableau assez complet de l'histoire de la théologie catholique de la pénitence, depuis le concile du Latran Jusqu'au concile de Trente. I. Le décret du concile ct la pratique au début du xiîi· siècle. IL La doctrine avant saint Thomas, col. 953. HL Saint Thomas d'Aquin, col. 973. IV. Les thomistes, col. 994. V. L’école franciscaine et scotiste, col. 1022. VI. L’école nominaliste, col. 1032. VII. Indépendants el augustiniens,col. 1011. VIII· Discipline ct enseigne­ ment de Γ Eglise, col. 1044. L Le déchet du concile et la pratique au dé­ but du xm® siècle. — 1° Le décret du concile. - Sur le concile lui-même, voir t. vm. col. 2652 sq. Le IV· concile du Latran a publié, sur l’usage des sacre­ ments de pénitence ct d’eucharistie, un canon célèbre (le 21e), dont l'in fluence s’exerce sur toute la théologie postérieure. En voici le texte : Omnis utriusque sexus fidelis, postqunm ad annos discretionis pervenerit, om­ nia sun solus peccata saltem semel in anno fideliter confi­ teatur proprio sacerdoti, et injunctam sibi pænilrntiam pro viribus student adim­ plere, suciplcns reverenter ad minus in Pascha eucharis­ tia* sacramentum, nisi forte dr consilio proprii sacerdotis ob aliquam rationabilem causam ad tempus ab ejus perceptione duxerit absti­ nendum : nlloquin et vivens ab ingressu Ecclesia* arcea­ tur. el morions Christiana ea real sepultura. I nde hoc salutare statu­ tum frequenter in ecclesiis publicetur, ne qutsqunm ignoranthe circitato velamen excusationis assumat. Si quis nutem alieno sacerdoti vo­ luerit justii de causa confi­ teri peccata, licentiam prius postulet ct obtinent a pro­ prio sacerdote, cum aliter ille ipsum non possit absol­ vero vel ligare. Sacerdos autem sit discre­ v* Tout fidèle de l’un ou de l’autrescxe.quin atteint l’âge de discrétion devra confes­ ser scs fautes à son propre prêtre nu moins une fols par an, accomplir dans In mesure de ses moyens la pénitence qui lui n été imposée et rece­ voir dévotement, nu moins ft Pâques, le sacrement de l’eucharistie; sauf si, pour de bons motifs, sur le conseil du prêtre, il diffère â plus tant la réception de cc sacrement. Celui qui ne sc conformera pas ft ccttc prescription sera exclu do l'Eglise cl, s’il vient à mourir, ne recevra pas In sépulture ecclésiastique. Cette ordonnance devra être souvent publiée dans les églises, afin que nul ne puisse alléguer l’ignorance pour ex­ cuse. Si quelqu’un, pour des motifs valables, désire sc confesser ft un prêtre étran­ ger. il devra demander et ob­ tenir In permission de son propre prêtre, sans laquelle Γηυtre ne peut le délier ni le lier. Le prêtre (confesseur) île- tus et cautus, ut more periti modici superinfundat vinum ct oleum vulneribus sauciati; diligenter inquirens et pec­ catoris circumstantias et peccati, per qua* prudenter inteltigat quale illi consi­ lium debeat exhibere ct cujusinodi remedium adhibere, diversis experimentis utendo nd sonandum iogrotum. Caveat autem omnino ne verbo, vel signo, vel alio quo­ vis modo prodat aliquate­ nus peccatorem; sed sl prudentiori consilio indiguerit, illud abtquc ulla expressione pcriomr caute requirat : quo­ niam qui peccatum in p:vnitent inii judicio siti detectum pr.esiimpscril revelare, non solum n sacerdotali officio deponendum decernimus, verum etiam nd agendam perpetuam pirnitenlinm in n re tum monasterium detru­ dendum. Denz. - Bannw., n. 437-438. vrn être prudent ct sage, ta voir verser le vin et l’huile sur le* blessures, discerner le*» circonstances du péché ct l’é tnt d’âme du pécheur, afin de pouvoir trouver les conseils ù donner, le remède â appliquer ct 1rs moyens ft employer pour guérir le ma Inde. 11 prendra bien garde de ne pas trahir le pécheur par quelque parole ou quelque signe imprudent; s'il a be­ soin de solliciter les conseil*» d'une personne plus instruite, qu’il le fasse prudemment, sans indication de nom. Le prêtre qui dévoilera une faute confiée en confession sera non seulement dépose de son office sacerdotal, mais encore enfermé dans un monastère rigoureux, pour y faire pénitence jusqu'il la fin de sa vie. Ce décret, on le voit, est essentiellement discipli­ naire: il a surtout pour but de fournir aux curés la pos sibillté de connaître, parmi leurs paroissiens, quels sont les véritables catholiques. Le moyen n’était pas a dédaigner, au moment où sévissait l’hérésie albigeoise ct il était digne du pape Innocent III. Néanmoins, le canon Omnis utriusque aura une répercussion impor­ tante sur la théologie delà pénitence Nous le consta ferons bientôt. En appuyant sur la nécessité de se confesser au propre curé, il fait ressortir l’importance el la nécessité de la confession sacramentelle; par là, il met en relief le caractère sacramentel de la péni­ tence : l'absolution du prêtre prend une signification qui, jusque-là, était encore imprécise. La grande influence exercée par ce canon sur les auteurs du xili· siècle ressort du fait que tous les théologiens el canonistes de celle époque se sont appliqués à inter­ préter chaque phrase et même chaque mot de ce texte ct d’en faire une application rigoureuse. 2° La pratique. - - L Permanence de la pénitence publique après le concile du Latran. Du décret du con­ cile du Latran, il serait inexact de déduire que seule· au xm· siècle, existait la pénitence privée que ce décret impose indistinctement à tous. Saint Thomas, en effet. distingue encore dans le Commentaire sur les Sentences, dist. XIV, q i. a. 5 (cf Suppl., q. xxvni. a. 3), trois sortes de pénitences, encore en pratique dans I Eglise à son époque : pénitence solennelle, pénitence publique non solennelle, pénitence privée. Même division chez Henri de Suse ( + 1271). Summa aurea. De pœnit., \. xxxvm, n. 55. a) Penitence solennelle. - · Au début du carême, ces sortes de pénitents se présentent avec leurs prêtres aux évêques des cités, devant les portes de l’église, revêtus d’un sac, nu-pieds, les yeux baissés cl les cheveux coupes. Quand ils sont introduits duns l'église, l'évêque, avec tout le clergé, dit pour eux les sept psaumes de la pénitence. Ensuite, il leur impose les mains en les aspergeant d’eau bénite, répand la cendre sur leurs têtes, leur met un cilice autour du cou. et leur déclare, les larmes dans la voix, que comme Adam a été chassé du paradis, de même eux sont chassés de l’église. El il ordonne aux ministres de les expulser de l’église, le clergé les poursuivant avec ce répons : .1 la sueur de ton Iront, etc. Chaque année, le jour du jeudi sainl ils sont ramenés par leurs prêtres, dans l’égliie ; cl ils y demeureront jusqu’à l’octave de Pâques, de telle sorte qu’ils ne seront pas cominu- PEN IT ENCE, DU XIIIe Al·’ XV P SIÈCLE. L A nié* el qu'ih ne recevront pas la paix. Il en sera ainsi, chaque année, tant que l’entrée de l’église leur est interdite. La réconciliation dernière est réservée à l'évêque, à qui seul il appartient d'imposer la péni­ tence solennelle. Celte pénitence peul être imposée aux hommes et aux femmes; mais non pas aux clercs, en raison du scandale. D’ailleurs une telle pénitence ne doit être imposée que pour un péché qui a remué toute la ville. » Suppl., q. xxvm. a. 3. ' H est clair que cette pénitence publique cl solen­ nelle n’est pas une simple satisfaction extérieure, mais qu’elle constitue une forme spéciale du sacrement même de pénitence. Quand saint Thomas la veut jus­ ti fier (n. 1 l,il déclare, en effet, dans le premier argument *ed contra, que · la pénitence est un sacrement. Or. dans tout sacrement, il est usé d’une certaine solen­ nité ». Dans le second argument : Le remède doit correspondre au mal. Or, le péché est quelquefois pu­ blic. el provoque par l’exemple à de nombreux péchés. Donc, la pénitence, qui en est le remède, doit être publique el solennelle, pour l'édification d’un grand nombre. On trouve également un confirmatur dans le fait que, d’après saint Thomas, une telle pénitence n’est pas contraire au secret delà confession. Id.,ad lum. Enfin, dans l’article 2. saint Thomas, tout en décla­ rant que cette pénitence ne peut être réitérée (el il en donne trois raisons), ajoute que, si le pécheur retombe dans le péché, l ’accès à la pénitence (une autre *ortc de pénitence) ne lui est pas fermé. b) pénitence publique non solennelle. · La péni­ tence publique, et (pii n’est pas solennelle, est celle qui *c fait à la face de l’église, mais sans la solennité dont nous venons de parler : ainsi, un pèlerinage qu’on fait A travers le monde un bâton à la main. Celte pénitence peut être réitérée el imposée par un simple prêtre On peut aussi l'enjoindre â un clerc. » Ibid. Cf. ci-dessus, col. 919, Ici, il semble bien que celle pénitence ne soit publique que parla forme extérieure de la satisfaction. Puisqu· l'évêque n’intervient pas, il semble bien que v’est à cette forme de pénitence publique qu’il convient «le rapporter la réponse ad lun‘ de la q. xxvm, a. 1 : Le prêtre ne révèle pas le secret de la confession en imposant une pareille pénitence, quoiqu'il en résulte qu'on soupçonne le pénitent d’avoir commis quelque faute énorme. Car on ne connaît pas avec certitude la faute d’après la peine. · Si le péché est public, pas de diniculté, la satisfaction Imposée en démontre la péni­ tence et répare le scandale. c) Penitence privée. (L’est celle qui a lieu dans le secret, entre confesseur el pécheur ; celle qui fait l’ob­ jet principal· pour ne pas dire exclusif, de toutes les discussions théologiques. 2. Kite de la réconciliation dans la pénitence. a) Publique et solennelle. Le rite de la réconciliation publique et solennelle des pécheurs était assez sem­ blable A celui qui existe encore aujourd’hui dans le pontifical. De reconciliatione publice picnitentium (au jeudi saint). Celte formule nous vient d’ailleurs du pontifical de Durand de Mende (t 1296). Mais les formules devaient aussi varier selon les régions el les coutumes. b) Privée. a. Du côté du pénitent. — - Le role du pénitent est d’accuser scs péchés. Mais les pénitenticls du Moyen Age prévoient que les pécheurs sont par eux-mêmes, la plupart du temps, incapables de s’ac­ cuser. Aussi mettent-ils, à la disposition du confcsM-ur, avec un abrégé doctrinal du sacrement de péni­ tence» la liste des interrogations commune* et spé­ ciales à poser On trouvera, résumées par Schmitz, It* indications formulées par les différentes somme* pénilentirlles. Die Hussbûchcr und die Httssdisziplin der Kirche. t II, Dusseldorf, 1898. p. 720 sq. PHATIQU E 952 b. Du côte du confesseur. Le rôle du confesseur apparaît, tout d’abord, dans les interrogations qu’il doit poser au pénitent, mais encore dans la formule de l’absolution. Il n’est pas aisé de préciser le moment où la < for­ mule de l'absolution · s'est dég igée des nombreuses prières qui accompagnaient el suivaient l’aveu. Voir col. 929. .Mais il est très certain qu'au début du xme siècle il y a vu, quant A celle formule même, dans l’Eglisc latine, une évolution marquée, de la forme déprécatolre â la forme indicative. Voir Absolution, col. 189. Il n’est pas téméraire de penser que le canon du IV· concile du Latran n’a pas été étranger à ce chan­ gement. Ladiscussion delà validité de la formuledéprecaloire a été examinée ailleurs. Voir l. i. col. 211 sq. Le seul point qui nous intéresse ici est de marquer la transit ion, dans l’Eglise latine, de la forme déprécatolre â la forme indicative. Un terminus a quo peul être marqué avec Guillaume d’Auvergne (t 1218) qui affirme encore que le prêtre n’absout pas par une formule déclaratoire, comme les sentences judiciaires, absolvimus, condemnamus, mais par une formule déprécaloire. De psvnitentia, c. xix, dans le Dr sacramentis. Opera omnia, Venise, 1591, ρ. 172 b. Un terminus ad quem pourrait être pris dans I‘opuscule De forma absolutionis de saint Thomas, écrit composé vers 1270. Nous y apprenons qu’à celte époque les maîtres qui enseignaient à Paris étaient unanimes à penser qu’il n’y a point d’absolution par la seule formule déprécatolre el que les paroles indi­ catives Ego te absolvo sont requises pour la validité de l’absolution. Gf. Sum. thiol., IIla, ([. lxxxiv, a. 3. De l'affirmation de Guillaume d’Auvergne, nous trou­ vons une confirmation implicite dans l'opuscule même de saint Thomas. Celui-ci rapporte l’assertion de l’au­ teur qu’il réfute : V/x triginta anni sunt, quod omnes hac sola forma utebantur : Absolutionem et remissionem... ►. c. v. Et saint Thomas, sans contredire celle assertion, y répond en faisant appel au texte évangé­ lique : Quodcumque solveris... Le même adversaire, réfuté par saint Thomas, avait fait appel à l’autorité non seulement de Guillaume d’Auvergne, mais de Guillaume d'Auxerre et d’Hugues de Saint-Cher, c. π. Saint Thomas ne récuse pas ces autorités, cl se contente d’en diminuer la valeur. Voici le texte de Guillaume d’Auvergne : Neque more judiciorum forenslcorum pronuntiat confes­ sor : Absolvimus te, non condemnamus , sed magis ora­ tionem facit super cum ut Deu* absolutioneni et remissio­ nem atque gratiam sanctificationi* tribuat. Et hemo dubi­ tat, quin possit el debeat confessor orare Patrem misericor­ diarum, ut etiam remittat peccanti peccata, qu® nec ipse pænitcn* in sc cngnosc.it et eidem confessori recognoscit. Unde in absolutione cbnfl t entium non consueverunt dicere sacerdotes : Dimittat Deu* peccata quæ confessus cs mihi , sed potins omnia. Entre Guillaume d’Auvergne et saint Thomas nous trouvons en Alexandre de lialès el saint Bonaventure deux témoin* précieux de la transition. Déjà, ils con­ naissent la formule indicative s’insérant dans la formule déprécatolre. El ils s’efforcent de donner à chacune sa valeur respective. Voir plus loin. col. 957. Albert le Grand représente le dernier chaînon de l’évo­ lution el chez lui lu formule déprécatolre semble prendre sa valeur dans la formule indicative. Voir col. 958. Avec saint Thomas, nous possédons la for­ mule actuelle, dont toute la valeur sacramentelle est attachée aux paroles indicatives : Ego te absolvo. Cf. Morin.Commentarius,\ \ Ill.c xxiv :domChardon, Histoire des sacrements. Pénitence, sect, iv, c. i; Schanz, Die l.ehrc von den hciligcn Sakramenten, § 3(1. Fribourg-cn-B.» 1893, p, 530 sq. Le prêtre impose également la pénitence salisfac- 053 PÉNITENCE. LA DOCTRIM·: loin·. Les Summit confessorum des xin· et xivr siècles font bien voir que, dans l’administration de la péni­ tence privée, le confesseur restait maître, en définitive, d’imposer la satisfaction qu’il jugeait convenable pour libérer le pénitent de sa dette. Qüod pwnitrntiir aunt arbitrarily, lit-on dans le prologue du pénitentiel de maître Alain. Cf. Schmitz, t. n, Paderborn. 1898, p.72l, n. 3. Cela ressort également de la Somme de Jean de Fribourg et de celle de Burchard de Strasbourg; cf. J. Dietterle, Die Summit- confessorum, dans Zn7schrift /ur Kirchcngeschichte, t. xxv (1901), p. 266, η. 1, p. 270-271. Cependant, il était recommandé au confesseur de s’en tenir aux pénitences prévues par les canons. L’un des buts des Summit confessorum était précisément de rappeler au prêtre quelles péni­ tences convenaient, d’après les canons, pour toute sorte de péchés. Les canons pénitenticls du francis­ cain Astesan en sont un exemple frappant. Cod. Vatic, regin. 7J/, fol. 78. Cf. Schmitz, op. c/7., t. i. p. 800 sq. Toutefois, même ici. la durée de la pénitence est laissée arbitrio sacerdotis. Cf. Modus confitendi, ms. de Prague, c. xxi, dans Schmitz, op r/7., t. n. p. 721. C’est, en définitive, l’usage qui a été constaté au xne siècle. Ci-dessus, col. 926. IL La doctrine avant saint Thomas d* Aquin*. 1° Les éléments du sacrement. - 2° Le ministre. 3° Appréciation des doctrines. Z. Ζ.Λ’5 Z?Z,£jZA.VTN PV SACHE ME.XT bE P^NtTESCE. Il convient d’étudier â part les théologiens et les canonistes. 1° Enseignement des théologiens. On a vu que la théologie du xn® siècle considérait la contrition comme l’élément principal du sacrement de pénitence. Tandis qu’Hugues de Saint-Victor avait enseigné que la contrition remettait le péché, et l’absolution la peine éternelle, Pierre Lombard attribuait à la contri­ tion seule la rémission du péché et celle de la peine éternelle due à ce péché. L’efllcacllé «le l'absolution consistait avant tout â promulguer ofliciellement le pardon accordé par Dieu. Plusieurs sententiaires y ajouteront quelques effets particuliers, comme la rémission des peines temporelles, des peines canoniques, des peines du purgatoire. Mais, dans les grandes lignes, la doctrine du Lombard est unanimement acceptée au moment où le concile du Lut ran promulgue son décret. 1. Avant Guillaume d'Auvergne. — Vers l'époque du concile, et dans les années (fui suivent immédiate­ ment. un nombre considérable d'auteurs s’en tiennent à l’exposé de Pierre Lombard : valeur remissive de la contrition, valeur déclarative de l’absolution. Voici quelques textes : Robert de Courçon (t 1218) : (Sacerdos) approbat m suo /oro et judicio, quod Deus prius fecit, et quasi pncconis voce ostendit dimissa peccata ipsius, quit ostensio hic dicitur remissio. Summa, biblioth. de Ia ville de Bruges, cod. -K, fol. 21 γ·. Innocent III (t 1216). ou plutôt l’auteur du ('om­ mentat rc sur tes psaumes pénitentiaux. publié sous son nom, admet que la rémission des péchés précède fréquemment la confession el l’absolution. In ps. n (Ps w\n, P. I., I. <<\\n. col. 1016 Étienne Langton (i 1225) : Auctoritate sua sacerdos tamen dimittit ostensione rt ministerio quare ostendit ea dimissa quantum in se est apud Dominum sicut sacer­ dos legalis mundabat. Summa theologia*. biblioth. royale de Bamberg, cod. (Z. 17. .50, fol. 91 v°. Adam de Perselgne (t début du xin* siècle) : Solvant (sacerdotes) denique a meta pcrnir, quos absolvit caritas a macula culpir, hoc est enim sacerdotem ostendere, quos per se designatio divintr pietatis absolvit. Epist., xxvi. P. !... t. eexi, coi. 681. Guillaume d’Auxerre (t 1232) admet. Iui aussi. WANT SAINT THOMAS 9.3', que Dieu commence à effacer le péché en remettant la faute et la peine éternelle : pour lui, comme pour Adam de Perse igné, l’absolution remet seulement les peines temporelles. Summa aurea, Paris, 1500, p. 280 v·. Mais cette remise des peines temporelles est faite ex opere operato. Ibid. Gésaired’II .·! st crunch (* 12 10) estime quele sacrement de pénitence a pour but de fairr declarer extérieure ment le pardon déjà Intérieurement accordé par Dieu. Dialogi miraculorum; disl. Il, c. i; dist. Ill, c. 1. édit. Strange, t. i. Cologne. 1851, p. 110.111. — Même dort nne chez Jacques de Vilnj(V2W). Sermones, Anvers. 1575, Dominica in Passione, p. 306; In capite jejunii. р. 232; Dominica tv in quadragesima, p. 297-298. Ainsi, pour ces auteurs, la contrition est la partie principale du sacrement de pénitence; elle remet les péchés quant à la coulpc et quant â la peine étemelle. Mais, par ailleurs, tous admettent la nécessité de la confession pour obtenir de Dieu le pardon des péchés. Déjà, au xne siècle, l'opinion était à peu près unanime sur ce point, quoi qu’il p. 594, 665; il le relève de l'obligation de se confesser Alexandre, q. xvm, memb. 2. a. 1, p. 517. Sur la Dist. WH. a. 1; dist. XVIII, a. 9, p. 661, 781. doctrine pénitentiellc d'Alexandre de Halès, voir Tout en demeurant fidèle à la pensée fondamentale Ainédéc de Zedelghem (Tcctacrl), Doctrine du maître de Pierre Lombard. Albert le Grand fait faire à la franciscain, Alexandre de Halès, au sujet du sacrement théologie dc la pénitence un réel progrès vers la con­ de pénitence ct dc la confession aux laïques, dans Éludes ception (pii prévaudra definiti veinent. 11 enseigne, en franciscaines, t. xxxvn, 1925, p. 337-351. effet, (pie la contrition tient son efficacité non seule­ Sur le point de la confession, saint Bonaventure ne ment de la grâce, mais encore du désir ou vœu dc la reproduit pas servilement la doctrine dc son maître, confession et dc la satisfaction Dist. WHI, a. L Ce le Docteur irréfragable. Il est d’accord avec lui dans ootum produit dans le pénitent les dispositions néces­ les grandes lignes. La confession sacramentelle est d’abord souverainement utile, et. sur ce sujet, Bona­ saires pour obtenir de Dieu la véritable contrition, dis­ positions qui sont en soi exigitives de l’infusion de la venture apporte très exactement les mêmes raisons grâce. Mais ces dispositions sont-elles produites ex qu’Alcxandre. In Z Ve" Sent., dist. XVII, part. H,a 1, opere operato, ou simplement ex opere operantis? A q. i. Elle est nécessaire en raison du précepte des apôtres et dc l’Êglise, et ici Bonaventure spécifie qu’il l’encontre des théologiens qui l'ont précédé. Albert enseigne qu'elles sont produites en vertu du pouvoir s’agit du précepte porté par Jacques. v, 12. et par le des clefs, donc ex opere operato ; rien ne s’oppose d’ail­ IV· concile du Latran. promulgue par Innocent Ill, leurs à cc \l A S 900 sur la personne de cc Thomas, voir Teclaeft» op. cil, un progrès très réel, encore qu’assez timide, en faveur p. 318; N. Paulus. Gcsrhichtr des Ablasses im Millrlde l’éfllcacité dè l’absolüUon* Quant â l’obligation de la confession. Albert en- | altcr, t. î, Paderborn, 1922, p. 229-230; art. Thomas de Chabham, dans Dictionary of national biography, l. m. soigne que cette obligation résulte d’un précepte divin Londres. 1908, p. 1338. Cet auteur enseigne que les ct d’une ordonnance ecclésiastique. Il distingue trois péchés sont remis par la contrition; que le prêtre ne éléments dans la confession : manifestat ion du péché avec sa détestation; récit détaillé du péché; accusa­ délie le pénitent que de l’obligation de la confession et déllv re le pécheur de la puissance du démon. L’absolu­ tion par le pécheur de sa propre culpabilité. De ces trois parties, seule la première constitue l’objet du pré­ tion n’a même pas pour lui une valeur indicative; elle n’a pour effet que de libérer le pécheur du for pcnilen cepte divin; les deux autres ont été déterminées el tiei et de la puissance diabolique. Et pourtant la con­ imposées par l’Églisc, d’abord par les apôtres, ensuite fession est nécessaire, parce qu'elle purifie l’âme de par leurs successeurs. Dist. XVI, a. 2, p. 567-568. restes du péché et parce que, par la confusion qu’elle L’obligation de la confession ne porte évidemment excite, elle constitue une part considérable de la satis­ que sur les péchés mortels. Dist. X\ 11. a. G L p. 758. faction. Bibl. de Bruxelles, cod. 8621-8622, fol. 62 r»; 2· Enseignement des canonistes. Les canonistes : 13 r°; 11 v°; bibl. Vat., cod. palat, lut. 3 II, fol. 106 r. glossateurs du décret de Gralien, décréta list es, auteurs de Sommes destinées aux confesseurs, n’apportent, 81 v«. I nc autre Summa confessorum, composée peu après dans la première moitié du xm· siècle, aucun élément le IVe concile du Latran. est celle de Maître Paul. Sur nouveau à la théologie du sacrement de pénitence. Mais leur témoignage doit être précieusement re­ celle attribution, voir Teetaerl, op. cit., p. 352; Mirla personnalité mystérieuse de l’auteur, voir N. Paulus, cueilli : il continue, en effet, pleinement les théories qu’on vient de relater louchant les éléments constitu­ op. cit., p. 217 et le Florilcgium Casincnsc, dans Hibliutheca Casinensis, t. iv, p. 191. Comme ses contempo­ tifs de la pénitence et la part prépondérante accordée rains, l’auteur enseigne que la faute el la peine éter­ â la contrition. nelle sont remises dans la seule contrition. Mais le Nous nous bornerons aux auteurs qui ont expressé­ prêtre opère la rémission des peines temporelles par ment signalé ccs thèses théologiques. l'absolution. Voir les textes dans B. Duellius, Miscel­ Dans la Glossa ordinaria, .Jean le Teuton que laneorum. I. 1, Augsbourg. 1723, p. 68-69 el dans Bibl. (t 1210) soutient, comme Pierre Lombard, que la Casin., t. iv, p. 196. rémission de la faute ct de la peine éternelle est opérée Le plus célèbre canoniste de l’époque est saint Ray­ par la contrition, mais que le pardon complet du péché, quant à la peine et à une purificat ion plus par­ mond de Pcnaforl, O. P. (+ 1275). Sa Summa de pirm tendu a dû être rédigée vers 1231, cf. .J. Dietlcrle. Die faite de l’âme, exige la confession cl la satisfaction. Summit· confessorum, dans Zeitschrift ffïr KirfhenDecretum Gratiani, Lyon, 1572, col. 1631; cf. part. II. geschichte, t. xxiv(1903). p. 531-532; vers 1235, cf. I;r. cans. XXXIII. q. m, De pænitentia, (list. I. can. Alii Gilhnann, Zur Lrhrc der Scholaslik nom Spender der e contrario.,., col. 1616. De la nécessité de la confession, Eirmung und des Weihrsakramcntcs, Paderborn, 1920, il apporte une triple raison : l’aveu des péchés excite p. 80; ou vers 1237, cf. N. Paulus, op. cit., p. 212. Pour l’humilité, il donne satisfaction à l'Églisc lésée, il rend les pécheurs plus déliants d'eux-mêmes. Ibid., can. saint Raymond, la partie principale du sacrement de pénitence est toujours la contrition. Toutefois, il Utrum sola, col. 1631. D’ailleurs, la confession cons­ déclare que la contrition ne remet pas. â proprement titue l’objet d’un précepte évangélique. Ibid., can. Agite pænitentiam, op. cit., col. 1618. Il s’appuie sur parler, le péché; c’est Dieu Qui remet le péché dans la Jac., v, 16. Cf. can. E contra, col. 1678. Dans leur contrition. L. 111. tit. xxxis. Borne. 1603, p. 116-117. exposé de la nécessité de la confession, les canonistes de Pour prouver son assertion, il reprend l'exemple de cette époque marquent bien qu’ils la conçoivent prin­ Lazare et celui des dix lépreux. Ibid., p. 117. L’absolu­ cipalement comme la manifestation extérieure de la tion du prêtre sert néanmoins â délier. Les prêtres contrition intérieure qui, elle, obtient le pardon des lient el délient de trois façons ; p» en manifestant (ou péchés. Ainsi Barthélemy de Brescia ( + 1258). Deere- ' non) extérieurement la rémission faite par Dieu; tum Gratiani ram glossis Joh. Teutonici ct Darth. 2° en imposant des satisfactions ou en les remettant en Hrixiensis, Lyon. 1572. De picnitentia, dist. I. can. partie; 3° en portant des excommunications dont est Quern pajnilet, col. 1680; dist. \ 1. can. Qui oult, relevé par eux le pénitent. Id., p. 192-193. Partant, la col. 1772; Summa (anonyme) in Decretum Gratiani confession demeure nécessaire. L'aveu des fautes est alphabetic : < Videtur quod confessio sil ad ostensionem prescrit par .lac., v, 16, mais aussi par différents textes pamitcnliir non ad impetrationem veniir. Q. vi, si ali­ de l’Ancien Testament. Joël, n. 13; Thren., n. 19; Ps., i.xt. 9. Le tout est résumé dans la prescription quis ·, Bologne, bibl. universitaire, cod. 1038 (non paginé». générale du Sauveur. Pirnitentiam agite, Matth.. iv. 17. Dans son commentaire sur les Decretales, le pape Les théories de saint Bavmond sur la contrilion. la Innocent IV attribue la rémission des péchés à la confession cl l’absolution se retrouvent presque litté­ contrition, mais admet la nécessité de la confession ralement chez les comment al cnrs de sa Summa. Voir pour obtenir le pardon complet el définitif des fautes. surtout Guillaume de Bennes, cf. t. vi. col. 1989-1981. Sans la confession, la contrition demeurerait stérile. 3° Synthèse. Une brève synthèse est ici indispen De plus, la confession est nécessaire au prêtre pour sable, pour nous faire mieux comprendre la doctrine porter un jugement équitable et imposer des satisfac­ qui sera examinée au paragraphe suivant, sur le tions proportionnées aux fautes commises. Par elle, le ministre du sacrement. prêtre consomme la rémission commencée par Dieu. I. Nous pouvons dire que, dans la première moitié Un pécheur ne sera définitivement justifié par du xnte siècle, les auteurs atllrment unanimement que Dieu que s’il est absous par le prêtre, puisque c’est au la contrition est la partie la plus importante du sacre prêtre que Jésus-Christ a dit : tout cc que vous lierez, ment C’est la contrition qui est l’élément essentiel, cl etc Apparatus in quinque libros Decretalium, I. \ . c'est elle qui obtient de Dieu le pardon et opère In lit. XXXVIII. c. xn, Lyon. 1578, fol. 355 v°, 35G r°. rémission du péché quant a la coulpc et quant à la Parmi les auteurs des Summie confessorum, I’Anglais peine éternelle. L absolution n’a <|u’un rôle secon­ Thom is de Chabham a composé» peu après le concile daire. Elle remet les peines temporelles et canoniques, du Latran, une Summa de picnitentia. qu’on a souvent déclare le pécheur absous par Dieu, el le délie de l’obli­ attribuée à d autres auteurs. Sur celle attribution cl gation Id., can. Qui vult, cl dist. I, can. Quem picnitct, col. 1772, 1680. - Au milieu du χιιι· siècle, le diacre Jean d'Espagne, dans sa Bios decreti (imprimée sans pagination à la fin du Decretum Gratiani, una cum glossis Joann is Theu ton ici et Bartholomæi Brixicnsis) enseigne également que l’aveu des fautes doit régu­ lièrement se faire A un prêtre, proprio sacerdoti ct ex justa causa atii cuicumguc sed cum licentia proprii sacerdotis. Parmi les décrétaiistes, citons Geoffroy de Trani (t 1215). Le Christ a communiqué aux seuls prêtres le pouvoir d’imposer des pénitences, le pécheur est donc obligé de se confesser A eux pour obtenir la rémission de ses fautes. Summa super titulis Decretalium, I. V, lit. Dr picnitentiis ct remissionibus, Bruges, bibl. munie, cod. J53, fol. 177 r°, et cod. 358, fol. 287 r°. D’après Jean de Dieu, il est défendu aux religieuses de prêcher ct d’entendre les confessions, parce que le Christ n’a pas donné le pouvoir de lier el de délier A la sainte Vierge, mais bien aux apôtres, quoique la première surpassât de loin les derniers en sainteté cl en dignité. L. V, lit. xxxvm. De picnitentiis ct remis­ sionibus, bibl. Vatic., cod. Borghes. 04, fol. 208. Le pape Innocent IV affirme très nettement que • jamais un pécheur ne sera définitivement justifié par Dieu, s’il n’a été préalablement absous par un prêtre A qui il a été dit : tout cc que vous lierez, etc. » Dp. cit., p. 356 r°. Les péchés mortels doivent donc être accusés A un prêtre. Thomas de Chabham exige que les péchés mortels soient accusés au prêtre, parce que la guérison de l'âme ne peut être assurée que par celui (pii a reçu pouvoir de lier et de délier. Et ccs deux clefs sont con­ férées par le supérieur, quand quelqu’un est ordonné prêtre; c’est alors que l’inférieur reçoit le pouvoir de lier ct de délier. Op. cit., bibl. royale de Bruxelles, ms. 8621-8622, fol. 10 v°. De même, maître Paul exige qu’on fasse l’aveu des fautes au prêtre, parce que seul le prêtre a reçu de Dieu le pouvoir de lier cl de délier. Bibl. Casin., t. iv, p. 192 b; cf. Duellius, op. cit., p. 61. Sur la nécessité de confesser les péchés mortels â un prêtre, saint Raymond de Pefiafort tient exac­ tement la même doctrine. Debet regulariter quilibet confiteri sacerdoti, nam sacerdotibus dedit Dominus potestatem ligandi et solvendi cum dixit (Joan., XX) : • quorum remiseritis, etc. · Op. cit., p. 118. Guillaume de Bennes ajoute celle précision : il faut confesser ses fautes coram sacerdote, habente usum clavium quoad illum qui ei confitetur. Summa S. Raymundi, p. 151. 2. Péchés véniels. — La doctrine des théologiens el canonistes, en ce <(ul concerne la rémission des péchés véniels par la confession, est nécessairement plus variée, par rapport au ministre de cette confession. Nous ne recenserons ici que les auteurs ayant expli­ citement parlé de la confession des péchés véniels, comme tels. Guillaume d’Auxerre pose d’abord le principe que 964 • simplement et absolument, nous ne sommes pas obligés de confesser les péchés véniels, sauf exception; mais il est bon et plus parfait de les confesser ·. Mali il ne s’agit pas, pour cet auteur, d’une confession faite au prêtre : il suffit de confesser ces imperfections quo­ tidiennes les uns aux autres, comme cela sc pratique dans certaines Églises A la confession générale de ; prime ou de complies. Op. cit., p. 272. Cette doctrine est textuellement reproduite dans le manuscrit de Renaud de Pouzzoles (commentaire sur les III* ct IV· livres des Sentences), bibl. munie, de Bruges, cod. 190. Elle sc retrouve également dans une Somme anonyme Super Sententiis magistri Guilt. Altissiodorensis, Assise, bibl. municipale, cod. 195, fol. 119 r, el dans une autre Somme, dont l’auteur n’est connu que par les initiales G. G., cod. vatic, lut. 2671, fol. 115 v°. Cf. Teetaert, op. cit., p. 279, note l. Guillaume d’Auvergne admet que le prêtre tout d’abord est le ministre de l’absolution des péchés véniels. Mais, en cas de nécessité, d’autres que les prêtres et même des laïques peuvent les absoudre. Op. dt., p. 173. Comme Guillaume d’Auxerre, le cardinal Hugues de Saint-Cher rappelle que l’obligation de la confession ne porte que sur les péchés mortels, non sur les péchés véniels. H est toutefois permis d’accuser ces fautes quotidiennes cl légères : c’est même chose bonne el louable. Mais la confession peut être ici un simple aveu mutuel, comme dans la confession générale qui sc fait A prime et à compiles. Dans quelques Églises, tous la font au prêtre, tandis que, dans d’au­ tres, on se confesse deux A deux. Bruxelles, bibl. royale, cod. 11422-11423, fol. 95 v°. Si de venialibus, tunc est consilium ct secundum hoc, dicit interlinearis : coiequalibus levia et cotidiana. Et tunc loquitur de gene­ rali confessione quie fit in prima el completorio; ubi tamen consuetudo Ecclcsiic vel institutio ligat ad illam generalem confessionem, non potest omitti nec. debet sine offensa. Opera omnia. In universum Vetus el Novum Testamentum, t. vn, Cologne, 1631, p. 323. Selon Jacques de Vi try, il est permis aux fidèles de confesser leurs péchés véniels les uns aux autres, bien qu’il soit plus sûr cl plus salutaire de les avouer à un prêtre. Mais la confession des péchés véniels, soit au prêtre, soit au simple fidèle, ne constitue pas une obligation, car il existe bien d’autres moyens de rémis­ sion : réception de l'eucharistie, récitation de l’oraison dominicale, confession générale. Op. cil., p. 508. Albert le Grand distingue nettement la confession des péchés véniels de la confession des péchés mor­ tels. La première a lieu A prime ou à compiles, ct peut se faire en tout temps ct à n’ importe qui, bien qu’il soit préférable de la faire à un prêtre. Dist. XVII, a. 39, op. cil., p. 719. Même doctrine chez les canonistes. Pour Jean le TcutOJlique, les péchés véniels peuvent être révélés Indifféremment A un prêtre ou à un lafqttc el rien ne s’oppose A ce qu’on les confesse au prochain, même si on peut avoir un prêtre. Decretum..., Home, 1582, col. 162. Innocent IV semble admettre, en principe, qu'il faut accuser en confession tous les péchés, même les péchés véniels; mais l’accusation des véniels peut être faite à un laï Sent., dist. XVI, q. n, a. 2, qu. 2. De plus, il faut que la contrition porte sur tous les péchés mortels sans exception, sans toutefois qu’il soit nécessaire que, dans son terme, elle porte sur chaque péché cn particulier. Considérée dans son principe, c'est-à-dire dans la pensée surnaturelle que le pécheur donne à son péché pour le regretter, le mouvement de pénitence — contrition ou simple attri­ tion doit porter sur chacun des péchés dont on a le souvenir. Suppl., q. n. a. 6. Quant aux péchés dont on n'a plus le souvenir ou dont on n'a qu’un souvenir imparfait, il faut chercher à préciser notre souvenir ct nous repentir de ce péché comme on le connaît. Ibid., a. 3, ad 2B®. La contrition ayant pour objet les péchés passés et personnels, il ne saurait être question d’avoir la contrition des fautes futures, a. 4, ou des péchés d’autrui, a. 5. Toutefois, la contrition prévoit les péchés à venir, pour n’y point retomber : · vile se met en garde, cc qui est une partie de la prudence, s’ajoutant à l’acte propre de la contrition», a. 4; cf. IIP, q. Lxxxtv, a. 8, ad 1·“. 3. Durée. — La vraie contrition doit durer autant que la vie présente : douleur de raison qui est la détes­ tation du péché, douleur de sensibilité, qui est la conséquence de la première, la contrition doit nous faire regretter les obstacles qui empêchent ou re­ tardent notre arrivée au terme. Or. tant que nous sommes en vie, il nous est Impossible de retrouver le temps perdu par le péché. De plus, la douleur sensible nous sert de peine temporelle expiatrlcc. Suppl., q. iv. 980 a. 1 ; cf. 111% q. lxxxiv, n. 8. Même si la satisfaction était terminée, il y aurait encore Heu à contrition Suppl., ld., ad 5U«*. D’ailleurs, la parole du Seigneur: < Bienheureux ceux qui pleurent », montre bien qu’il est bon d’entretenir notre douleur autant que possible. Mais la douleur sensible doit être modérée dans la durée, comme elle doit l’être dans son inten­ sité, Ibid., a. 2. Dans l’autre vie, plus de contrition possible, au sens strict du mot. Les âmes des élus ont une plénitude de joie qui exclut toute douleur ; les damnés souffrent, mais leur douleur n’a pas la grâce, qui lui donne sa forme de contrition ; les âmes du purgatoire n'ont pas une douleur méritoire, n'étant plus dans l’état où Je mérite est possible. Ibid., a. 3. Voir aussi, q. xvi. a 2 ct 3. 4° Attrition. 1. Attrition, acte imparfait de péni­ tence. — Saint Thomas emploie rarement le mot · at­ trition ·. Il connaît cependant le mouvement psycho­ logique désigné par ce terme ; mais la signification qu’il lui accorde, avec tous scs contemporains, ne coïncide pas avec celle de la théologie moderne. Pour saint Thomas, contrition ct attrition sont toujours des actes et non des habitus. Est contrition, au sens strict, toute douleur du péché qui procède de la péni­ tence infuse, par conséquent informée par la charité: est attrition, toute douleur du péché conçue par l’âme destituée de la grâce. Et souvent saint Thomas em­ ploie le mol « contrition « pour désigner la simple attrition; ainsi à propos de la préparation au baptême. In /Vu® Sent., dist. IV, q. n, a. 1. qu. l,ad lum;q.ni. a. 2. qu. 1, sed contra; qu. 2. etc.; du repentir nais­ sant, qui porte sur chaque péché à mesure que l’exa­ men de conscience le remet cn mémoire, In /Vu® Sent., dist. XVII. q. n, a. 2, qu. 6; Suppl., q. xi. a. (» et ad 3um ;dc la sincérité sans laquelle on ne peut,même par l’action d’un sacrement, obtenir son pardon. In /Vum Sent., dist. IV, q. ni, a. 2, qu. 2. Cf. Périnclle, op. cil., p. 111-112. On chercherait d’ailleurs en vain, dans saint Thomas, mention de cc qu’on appelle aujourd'hui le motif de la contrition parfaite ct de l’ait rit ion. Tout au plus lit-on : - Le principe de l’attri tion est la crainte servile; celui de la contrition est la crainte filiale. » Suppl., q. î, a. 3, sed contra. Quelle que soit la signification à donner ici au mot · prin­ cipe », voir Hugueny, La pénitence, t. il, p. 436, il résulte de différents textes que le sens moderne de motif ne saurait être retenu. La crainte du jugement cl de l’enfer est indiquée comme le principe de contri­ tion, Suppl., q. î, a. 1, et de toute pénitence. In Sent,, dist. XIV, q. î, a. 2, qu. 1; car n’importe quel déplaisir du péché est contrition, quand il est informé par la grâce. In I Vum Sent., dist. XVI. q. n. a. 2, sol. 2. La contrition diffère donc de l’atlrilion < non seulement par l’intensité de la douleur, mais par le fait qu’elle est infusée par la grâce; ce que n’a pas l’attrition . De verit., q. xxvin, a. 8, ad 3um. Cf. Suppl., q. î, a. 2. ad 2um; a. 3, ct ad 2um. C’est là d’ail­ leurs la position des anciens scolastiques cn la matière, cf. P. Schmoll. Ο. I·’. M., Die Husslchre der Frùhscholastik, Munich, 1909 ; voir les textes principaux dans A. d’Alès, De pivnitentia, p. 64 65. C'est certainement la position de saint Thomas; cf. Güttler, op. cit., p. 38-39. Voir, en sens contraire. B. Schultes, lieue und Husssakramcnt, p. 12, 16-17. Pour saint l’homas. l’atlrilion est donc un acte im­ parfait (ou informe) de penitence, qui prépare le par­ don des fautes (dicit accessum ad perfectam contri­ tionem, Suppl., q. î, a. 2. ad 2«m), et qui, dans le sacre­ ment de pénitence, sullit. sous l’influence du pouvoir des clefs, à y disposer immédiatement l’âme. Acte de pénitence, l’attrition doit produire les mouvements de douleur à l’égard du péché, comme 981 PÉNITENCE. SAINT THOMAS, LA CONFESSION 982 tel, et de réparation de l’injure fuite à bleu, mouve­ ajoute·, dans l’art, cité du Suppl. ; < La honte de la ments qui procèdent de la vertu de pénitence. Mais confession, la vertu du pouvoir des clefs auquel le péni­ elle les produit sans la charité, sous l’influence de la tent sc soumet, la pénitence qui lui est imposée par seule grâce actuelle, d’une manière imparfaite ct tran­ le prêtre cn proportion de la gravité des péchés con­ sitoire. fessés, concourent à l’expiation de la peine temporelle. 2. Cet acte imparfait de pénitence xtifjit toutefois pour Ce réest cependant pas en tant que moyen de rémission la justification sacramentelle. ·— C’est, chez saint Tho­ pour la peine du péché que la confession est de néces­ mas, une loi générale, ct qui n’est pas particulière au sité de salut. Cette peine, à laquelle le pénitent reste sacrement de pénitence. - Voir, pour la pénitence : obligé après le pardon de sa faute, n’est qu'une peine In /pun Sent» dist Will, q i, a 3. sol 1 (Suppl., temporelle. On peut donc, sans la payer en la vie q. xvm, a. l);dlst. XXII, q. n, a. I.sol 3 Quodlib., d‘ici-bas, rester dans la voie du salut, parce qu’elle IV. q. vn, a. 10; — pour le baptême, In I//um Sent., concourt, de la façon que nous avons dite, â la rémis­ dist. VI, q. î, a. 3, qu 1. ad 5om; Suppl., q. x, a. 1 ; sion de la faute clic-même. » Ad lu». pour la confirmation, III*, q. i.xxit, a. 7; — pour 3. Institution divine. — Les sacrements, étant des l’eucharistie, 111% q. i.xxix, a. 3; q, lxxx» a. 1, protestations de fol, ne peuvent être de droit naturel. ad 5um; ·- pour l’cxtrêmc-onction. In I V**m Sent., Puisque la confession est de nécessité sacramentelle, dist. XXI11, q. î, a. 2, sol. 1 (Suppl., q. xxx. a. I ), cl elle est non de droit naturel» mais de droit divin. Sans ad 2om. Toute la doctrine est résumée dans un beau doute, on pourrait dire que la raison naturelle nous commentaire sur l'évangile de saint Jean, c. xi, leç. 6. incline cn général â confesser nos fautes, lorsque cela n. G. Cf. Périnclle, op, cit., p. 106-107. Saint 'l’homas est nécessaire : c'est le cas du coupable, interrogé par le juge. Suppl., q. vi. n. 2. ct ad lum. Mais ici, · In applique la même loi au martyre. Ill*, q. lxvi, a 12; détermination des circonstances, du quand et du cf. q. lxxxviî, a. 1. ad 2·®. 5” Confession. — 1. Matière. — La confession est comment, de ce qu'il faut confesser ct de la personne à qui l’aveu doit être fait, tout cela est d’institution l’aveu des péchés, fait au prêtre, dans l’espoir du cl de droit divin, dans la confession ». Q. vn. a. 2. pardon, pour en recevoir l'absolution ct l’imposition d’une satisfaction. Cf. Suppl., q. vu, a. 1. ad Ie*. · On ne lit pas, il est vrai, dans Γ Écriture, une mention expresse de cette Institution, mais elle y est La confession a pour matière les péchés : non le annoncée en figure, dans la confession que fai­ péché originel qui est remis par le baptême, mais les saient. de leurs péchés, à saint Jean-Baptiste, ceux péchés actuels commis après le baptême, mortels ou qui sc préparaient, par son baptême, à la grâce du véniels. Le péché mortel est l’objet propre et principal Christ, et aussi dans le fait que Notrc-Seigncur a de la pénitence : propre, car c’est au sens propre que le pécheur est dit sc repentir des péchés commis par envoyé les lépreux se montrer aux prêtres. > Q. m, sa propre volonté; principal, car effacer le péché mor­ a. 6, ad 2··. L Obligation. — Cf. Suppl., q. \i, a. 3-6. - De tel est la lin principale de l’institution du sacrement l’obligat ion de se confesser, saint Thomas apporte deux de pénitence. Les péchés véniels sont bien l’objet raisons, l’une tirée de la nature même du sacrement propre d’une certaine pénitence, mais leur rémission de pénitence : « la confession est, au même titre que n'est cependant pas la fin principale de l'institution la contrition ct la satisfaction, une des parties de la du sacrement. Seuls, les péchés mortels sont donc la pénitence. Or, tous sont tenus à la contrition ct à la matière obligatoire de la confession. 111·, q. i.xxxiv, satisfaction; donc aussi ù la confession »: l’autre a. 2: cf. q. xc, a. 4; /n / Vum Sent., dist. XVI, q. î, fondée sur le décret de 1215, Omnis utri usque. Donc, a. 2, qu. 1, ad 5«». Les péchés douteux doivent être double obligation, l’une de droit divin, l’autre de droit accusés, en exposant le doute au confesseur. Suppl., positif. Cf. In IV™ Sent., dist. XVII. q. in, a. 1. q. vi, a. I, ad 3am. qu. 3, sol. 3. 2. Nécessité. — La nécessité de la confession est en Dans scs précisions sur le caractère obligatoire de connexion avec la nécessité du sacrement de pénitence la confession, saint Thomas enseigne : a; que la décré­ que saint Thomas expose, 111·, q. lxxxiv, a. 5. Après tale d’innocent III oblige à la confession les seuls le concile du Latran, révoquer en doute celte nécessite pécheurs coupables de fautes mortelles. « Celui qui n’a serait une hérésie. In I Sent., dist. XVII. expos, pas de péché mortel n’est pas tenu ù la confession des text. Le sacrement de pénitence est nécessaire, d’une véniels : il lui suffit, pour accomplir le précepte de nécessité simplement conditionnelle, pour les baptisés l’Églisc, de se présenter au prêtre et de déclarer qu’il cpii sont sous le joug du péché Aussi « la pénitence n’a conscience d’aucun péché mortel, cc qui lui tient n’est ordonnée au salut de l’homme qu’en conséquence lieu de confession », a. 3, ad 3um; b} qu’il n’est d’un accident, et conditionnellement, c’csi-ù-dire dans l’hypothèse du péché ». III·, q. cit., a. G. Mais jamais permis au pécheur de s’accuser d’une faute qu’il n’a pas commise, a. I; cl que l’obligation de se la confession est nécessaire pour que le sacrement de confesser n’urge qu’une fois par an, en vertu même pénitence puisse être appliqué au pécheur. Il faut que de la décrétale; ù moins qu’une raison tirée d’une le ministre acquière par elle connaissance du remède autre obligation n’intervienne, par exemple, la com­ approprié. Suppl., q. vi, a. L Le mol ■ remède est munion pascale, ou bien qu’il ne s’agisse de l’article de équivoque. Dans le Contra gent., I. IV, c. lxxii, saint Thomas s’explique plus nettement, reprenant l’argu­ la mort. Le précepte de la confession étant un précepte affirmatif n’oblige pas immédiatement, même s’il y a ment de Guillaume d’Auvergne. évidemment fondé sur Joa., xx, 23 : « Subir une peine pour une faute sup­ quelque péril è différer la confession, a. 5, cf. Quodl., i, pose un jugement préalable: Il faut donc que le péni­ a. 11; d) qu'il n’y a aucune dispense possible de l’obligation de se confesser, puisque cette obligation tent qui sc confie au Christ pour être guéri attende est de droit divin positif. a ·· le jugement du Christ quant Λ la taxation de la peine 5. Ministre de la confession. - C’est aux prêtres Et c’est par ses ministres que le Christ manifeste son que Jésus-Christ a conféré le pouvoir de remettre les jugement, tout comme c’est par eux qu’il confère les autres sacrements. Il a donc clé nécessaire d'instituer péchés. Joa., xx, 22-23. Il faut donc pareillement entendre d’une confession à faire aux prêtres l’aver­ la confession, comme partie de ce sacrement, afin de tissement de saint Jacques. Confitemini alterutrum. manifester les fautes au ministre du Christ. » Et, pour Suppl., q. vm. a. 1 el ad lurn. Ailleurs, saint Thomas bien montrer qu'il entend réformer en une certaine reprend une raison que nous avons déjà trouvée chez mesure la position de ses contemporains touchant la raison de la nécessité de la confession, saint Thomas son maître Albert le Grand, (col. 962) « La grâce, qui 9S3 PÉNITENCE. SAINT THOMAS, LA SATISFACTION est donnée dans le sacrement dérive du chef dans les membres. Celui-là seul est donc ministre des sacre­ ments, qui exerce son ministère sur le corps réel du Christ. C'est le fait des seuls prêtres qui peuvent con­ sacrer l'eucharistie. Aussi, puisque dans le sacrement de pénitence la grâce est conférée, le prêtre est seul ministre de cc sacrement ct c’est à lui seul que doit être faite la confession sacramentelle. » In I Vum Sent., dist. XVII, q. ni, a. 3, sol. 1. Et ce prêtre doit avoir autorité sur le penitent pour le confesser : < les actes du pénitent étant la matière du sacrement ne peuvent dépendre d’un autre (et devenir ainsi sacramentels), que si ccl autre nous les commande. Il faut donc qu’il soit qualifié pour commander. » D’où la nécessité, dans le ministre du sacrement de pénitence, du pou­ voir de juridiction en même temps que du pouvoir d’ordre. Suppl., q. vin, a. t: cf. Cont. gent., I. IV, C. I.XXII. En cas de nécessité, la confession peut-elle être faite à un autre qu’à un prêtre? Suppl., q. vin. a. 2. Si saint Thomas était resté fidèle) à ses principes, il aurait dû, sur ce point, abandonner l'opinion du Lombard ct de ses contemporains. Tout au contraire, s’appuyant sur l’autorité du Maître des Sentences, il affirme que, comme le baptême a un ministre extra­ ordinaire, de même la pénitence : ■ Le ministre offi­ ciel auquel on doit faire la confession est le prêtre. Mais, en cas de nécessité, un laïque peut remplacer le prêtre ct entendre la confession. » Distinguant dans le sacrement un double élément, savoir, celui qui regarde le prêtre : l'absolution, et celui qui concerne le pénitent : contrition, confession ct satisfaction, saint Thomas enseigne que l’un ct l’autre éléments appartiennent à l’essence du sacrement. Il cn conclut qu’il < faut · toujours poser l’élément qu’il est pos­ sible de réaliser : · Quand il y a pressante nécessité, le pénitent doit poser les actes qui lui appartiennent, c’est-à-dire un acte de contrition, ct sc confesser à qui il peut. Si cc confesseur ne peut pas parfaire le sacrement en donnant l’absolution, acte réservé au prêtre, le souverain prêtre supplée, et cette confession faite à un laïque, à défaut du prêtre, est encore d’une certaine façon sacramentelle, bien qu’elle ne soit pas un sacrement complet, parce qu’il lui manque cc qui doit venir du prêtre. » Voir aussi sur ce caractère obliga­ toire de la confession aux laïques cn cas de nécessite, a. I, ad 5utn; q. ix, a. 3, ad 3um. Cc n’est donc pas assez de dire qu’« aux yeux de saint Thomas, c’est chose bonne, excellente, souverainement opportune, de recourir à un laïque... quand aucun prêtre ne se trouve là ct que cependant le précepte divin de la con­ fession sacramentelle s’impose ». Pègucs, Commentaire littéral, t. xtx, p. 269. Cc caractère obligatoire de la confession aux laïques Introduit dans la théologie thomiste un principe nouveau, savoir qu’il est néces­ saire de poser les parties du sacrement actuellement réalisables : concession fort discutable aux idées de l'époque et contradictoire du reste de la théologie sacrarncntairc de saint Thomas. Sur cette contradic­ tion, voir Teetaert, op. cil., p. 325-329. Saint Thomas admet d’ailleurs que cette confession doit être recommencée près d’un prêtre, si le pénitent veut assurer sa réconciliation avec l’Églisc, Q. ix, a. 2, ad 3um. D’ailleurs, on aurait tort d’insister sur l’épi­ thète < sacramentelle », donnée à la confession faite a un laïque cn cas de nécessité; cc mot désigne bien plutôt un » sacramental », comme semble le préciser l’art, suivant Cf. Hugueny, op. cit., p. 106. 6. Qualités. — Parmi les qualités de la confession, saint Thomas note spécialement l’intégrité, Suppl.. q. îx, a. 2. Il enseigne que la confession doit se faire oralement, les autres manières ne venant qu’en sup­ plément de la parole a. 3. Il indique enfin, a. L seize 984 conditions généralement assignées à la confession par les docteurs, énumérées dans les quatre vers sui­ vants : Sit simplex, humilis confessio, pura, Udells : Atque frequens, nuda, discreta, libens, verecunda; Integra, secreta, lacrimabilis, accelerata; Fortis et accusans, et sit parere parata. La q. xi est consacrée au secret sacramentel, dont la discipline est exposée par saint Thomas, conformé­ ment aux lois ecclésiastiques. Voir Confession (Science acquise en L t. m. col. 960 sq. 6° Satisfaction. 1 Nature. Ln satisfaction est, pour saint Thomas, formellement un acte de vertu, parce que, de sa nature, elle implique une compensa­ tion, volontairement rendue à Dieu par le coupable, en raison de l’ofïcnsc commise par le péché. Elle est un acte de la vertu de pénitence ct relève, par consé­ quent, de la justice. Suppl., q. xn, a. 1-2; cf. IIP, q. lxxxv, a. 3; q. xc, a. 2. Il cn accepte deux défini­ tions. celle que le Maître des Sentences (IV, dist. XV) emprunte au pseudo-Augustin, De ecclesiasticis dog­ matibus, c. xxiv, P. L., t. xLir, col. 1218 : « extirper les causes du péché et ne plus donner entrée à leurs suggestions »; celle de saint Anselme, Cur Deus homo, 1. I, c. xi, P. L·., t. ci.viii, col. 377 : « rendre à Dieu son dû d’honneur. » La satisfaction étant une méde­ cine qui guérit les fautes passées et préserve des futures, la définition anselmiennc fait ressortir son action par rapport au passé; l’autre met cn relief son caractère médicinal pour l’avenir. Suppl., q. xn, a. 3, ct ad 4«*®. 2. Nécessité. · - Saint Thomas cn traite à propos île la pénitence. III®, q. i.xxxvi, a. 4. La pénitence fait disparaître l’état d’aversion de l'âme à l’égard de Dieu par l’infusion de la grâce, ct la peine éternelle disparaît cn même temps; mais il peut rester quelque dette de peine temporelle. D’où la nécessité d’une satisfaction pour l’acquittement de cette dette. Il est vrai que la passion de Notrc-Scigncur est de soi suffi­ sante pour ôter toute obligation de satisfaire à l’homme pécheur. Mais, cn fait, ■ l’homme obtient, dans la pénitence. le bénéfice de la vertu de la pas­ sion du Christ selon la mesure de scs actes propres qui sont la matière de la pénitence... Aussi toute la dette de peine n’est pas remise de suite par le premier acte de pénitence, qui obtient la remise de la faute, mais seulement quand tous les actes de pénitence sont complets. » III®, loc. cit., ct ad 3um; cf. 1®-II"', q. lxxxvii. a. I, 5, 6. Gottler. Der hl. Thomas... Qber die Wlrkungen de.s llusssakramentcs, c. 11, § 2, p. 74; A. d’Alès, De pœnitentla, p. 133-136. 3. Efficacité. - La satisfaction, accomplie avant l’absolution,concourt, avec les autres parties du sacre­ ment de pénitence,;» la justification ex opere operato de l’âme. Voir plus loin, col.990 Accomplie après l’abso­ lution. elle ajoute à la grâce déjà reçue. Ill®, q. xc, a. 2, ad 2um. Mais son efficacité propre concerne la remise de la peine temporelle; et elle l’exerce ex opere operato. Suppl., q. xm, a. 1-2. 4. Possibilité. - Étant donnée la dépendance ab­ solue de l’homme vis-à-vis de Dieu, il semble que la satisfaction, telle qu'elle a été définie, lui soit impos­ sible. Mais celte possibilité vient de cc que la satisfac­ tion ollerte à Dieu par l'homme doit être conçue non comme une véritable équivalence, mais comme une simple proportionnalité. Suppl , q. xm, a. 1. Informée par la grâce, la satisfaction · acquiert une certaine in­ finité de l’infini de la miséricorde divine », id., ad lum; si elle ne peut jamais être équivalente, elle sera du moins suffisante, ad 3U®. Cf. Ill*, q. 1, a. 2, ad 2om; q. lxxxv, a 3. ad 2t,ra. En tant que remède au péché, la satisfaction ne 985 PÉNITENCE. SA IN I THOMAS LES ACTES DU PÉNITENT 986 lion de l’âme du pécheur, les obstacles a l'action du peut servir qu’au pécheur justifie qui l’offre n Dieu; nuils.cn tant qu’ûcquittemcnt de dette, la satisfaction sacrement. Ibid , ad 1°®. Ainsi sc trouvent réduites a peut être offerte pour autrui. La charité, dont elle un sens acceptable les assertions d’Alexandre de 1 lalès procede, peut même alors lui donner une valeur supé­ et de saint Bonaventure sur la double partie, dépréca­ rieure. Suppl., (|. xm, a. 2, cf. ad luro ct ad 3üm; tivc ct indicative de l’absolution. Voir col. 957. 111«, q. χιλιιι, a. 2, ad lurn; Con/. gent., L III, 2. Sens de lu formule. - On a vu que les théologiens c. clviii; I. IV, c i.v, n. 20; De veritate,q. xxix, a 7. I de l'école du Maître des Sentences s’en tenaient, par 5. Qualités. a) Comme la contrition ct la confes­ rapport à la rémission de la faute et de la peine éter­ sion, la satisfaction doit concerner tous les péchés nelle. à un sens purement déclaratif d’une rémission mortels sans exception. Tout péché mettant obstacle accordée directement par Dieu ; le sens rémissif était a l’amitié de la charité, qui unit l’homme â Dieu, il est restreint aux peines temporelles et canoniques. De plus, cn certains cas, la formule d’absolution peut être impossible que l’homme satisfasse pour un seul péché validement proférée, sans que le pénitent, cn raison en cn retenant un autre. » Suppl., q. xiv, a. 1. b) Elle doit être informée par la charité sous peine de ses dispositions défectueuses, reçoive cependant la rémission de scs péchés avec l’infusion de la grâce. de perdre sa valeur, car, sans la charité, les œuvres Ces difficultés sont résolues par saint Thomas, qui satisfactoires ne peuvent être agréées de Dieu. Ibid., a. 2. D’où il semble bien que, pour saint Thomas, l’ac­ accorde â la formule le sens suivant : ■ Je t’administre le sacrement de l’absolution. > Ibid., ad 5nm. complissement de la satisfaction sacramentelle par un 3. Formule indicative et formule déprécalive. · La pénitent, déjà retombé cn étal de péché mortel, serait formule indicative exprime ce qui se fait par le sans valeur. I’audrail-11 restreindre l’affirmation de ministre ; la formule déprécativc est une prière adressée saint Thomas â la satisfaction ex opere operantis? Cf à Dieu pour que l’effet soit par lui produit. Saint Tho­ Galticr, op. cit., n. 496. On trouve celle opinion chez mas rejette avec une certaine véhémence la validité les anciens thomistes cl l’on verra plus loin comment Cajétan interprète la pensée du maître. Cf. ln /V'um même de la formule deprecative. C’est, toutefois, semble-t-il. beaucoup moins la formule que le sens Sent., dist. XV, q. i, a. 2, ad lum, a. 3, sol. 1 ct sol. 2; IIP, q. lxxxix, a. 6, ad 3uxn. Aux œuvres satis­ déprécatif qu’il combat : par delà cc sens.cn effet, il voit factoires faites sans charité, saint Thomas refuse la doctrine qui restreint le pouxoir des clefs à'n’axoir, sur le pénitent, qu’une valeur déclarative. Voir ciencore toute valeur qu’on leur voudrait attribuer en raison d’une charité â venir, Suppl., q. xiv, a. 3; mais dessus, col. 975. Cf. Opusculum XVIII, De forma absolutionis; P. Galticr, De parmtentia, tb. xxxv. Sur il leur concède une valeur de mérite de congruité, la validité de la formule déprécativc dans l’antiquité, a. 4; cf. ln //»» Sent., dist. XXVII, a. I; De potentia, voir Absolution, l. i, col. 244. q. vi, a. 9; De malo, q. n, a. 5, ad 7uro. Ces œuvres ne Pendant la récitation de la formule, l’imposition serviront même pas à rendre moins dure la peine éter­ des mains n’est pas requise. 111*. q. lxxxiv. a. 4. nelle du pécheur tombé, après sa mort, en l’état de 4. Xotion générale du pouvoir des clefs. — La clef damnation, Suppl., q. xiv, a. 5. 6. Œuvres satisfactoires. L’œuvre satisfacloire est une métaphore désignant le pouvoir communique doit être pénale au double litre de compensation pour par Jésus-Christ aux ministres de l’Églisc pour écarter l’obstacle du péché, non pas par leur propre vertu, les fautes passées et de préservation pour les péchés mais par la vertu de Dieu et de la passion du Christ. futurs possibles. La peine est nécessaire pour marquer cette compensation el pour éloigner l’âme du désir Comme il s’agit ici d’un pouvoir sacramentel, il est utile de rappeler la doctrine thomiste sur la hiérar­ de pécher à nouveau. Suppl., q. xv, a. L A condition que le pénitent les fasse siennes, par sa libre accep­ chie des pouvoirs cn matière de sacrements. A Dieu tation, les peines de la vie présente, quoique imposées appartient le pouvoir d'autorité, qui institue les sacre­ ments ; à Jésus-Christ, comme homme, appartient le de l’extérieur, peuvent devenir ainsi satisfactoires el pouxoir d'excellence, par lequel, en raison des mérites méritoires. A. 2. Même aux innocents, ces peines sont utiles : « pour leur donner le mérite de la vertu el les de sa passion, il a le ministère principal dans l'insti­ tution des sacrements. L’Églisc ct scs ministres n’ont garder du péché futur. » Ad 3ura. Les œuvres satisfactoires sont bien énumérées qu’un pouvoir ministériel de dispensation, 111*, q. lxiv, a. 14; cf. Cont. gent., L IV. c. lxxxi, cl. par quand on les ramène â l’aumône, au Jeûne et à la rapport au sacrement de pénitence, cc pouxoir minis­ prière : « Nous n’avons que trois genres de biens, ceux tériel n'est autre que le pouvoir des clefs. Suppl. de l’âme, ceux du corps, ceux de la fortune ou biens extérieurs. Nous nous enlevons quelque chose des q. xvn, a. I. Ce pouvoir des clefs csl inhérent au carac­ tère sacerdotal, mats son exercice est conditionné par biens de la fortune par l’aumône, cl des biens du corps par le jeûne. Quant aux biens de l’âme, nous les sou­ la juridiction. Id., ad lu“; ad 2··. Enfin, l’exercice de ce pouvoir par l’absolution, uni aux actes du péni­ mettons totalement â Dieu par la prière. » Ibid., a. 3. tent, forme l’ensemble du sacrement de pénitence. 7° l.a forme du sacrement, l'absolution ct le pouvoir des S* L'absolution elles actes du pénitent unis dans l'action clefs. — 1. Formule de l'absolution, — La forme est du sacrement. - 1. Les actes du pénitent. — Ccs actes, l’achèvement du sacrement. · Puisque les sacrements que saint Thomas appelle qua dam materia, q. lxxxix , de la Loi nouvelle produisent l’effet qu’ils signifient.... a. 3, ou quasi materia, Suppl., q. xvm, a. 1, du sacre­ il faut que la forme signifie ce que fait le sacrement ment de pénitence, doivent, pour justifier leur parti­ en correspondance avec la matière sacramentelle. Mais cipation essentielle â la constitution du sacrement, le sacrement de pénitence consiste... dans le rejet de atteindre, chacun à sa manière, l’objet de la vertu de celle sorte de matière qu’est le péché. Or, cc rejet est pénitence, douleur souveraine du péché et réparation signifié par le prêtre quand il dit : Je t'absous (je le do l’offense faite à Dieu Cf. col. 976. délie), car les péchés sont une sorte de lien. » llla, Pourvu qu’elle soit faite intégralement ct loyale­ ment, la confession, parce qu’elle soumet les péchés â Saint Thomas distingue ce qui est essentiel, je t'ab­ sous, qui dérive directement des paroles du Christ à l'absolution cl à la satisfaction, remplit ces conditions. saint Pierre : tout cc que tu délieras..., des prières qui se Au moment où l'absolution du prêtre s’empare de la récitent avant l’absolution, analogues aux prières matière de la confession pour en délier le pénitent, lu qui accompagnent certaines absolutions non sacra­ confession devient nécessairement un acte de la vertu mentelles. Mais ces prières demandent simplement à de penitence. Suppl., q. s u. a. 2 el 3. Quant â la Dieu d’écarter de l'âme du pécheur les obstacles a l’acsatisfaction, envisagée comme partie essentielle du 98 7 PÉNITENCE. SAINT THOMAS, LES ACTES sacrement, il faut l’entendre du propos d’accomplir l’œuvre imposée par le confesseur. III·, q. xc, a. 2, ad 2··. Elle est aussi, à sa manière, un acte de la vertu de pénitence: cf. col. 9.81, Quant â la contrition, saint Thomas expose qu'elle fait partie du sacrement extérieur, parce qu’< elle appartient virtuellement à la penitence extérieure, en tant qu’elle implique le vouloir de la confession et de la satisfaction ». 11I*, q. xc, a. 2. ad lIHn. Voir col. 978. Mais il est nécessaire, pour qu’elle devienne acte de la vertu de pénitence, qu’elle implique douleur souveraine du péché ct désir de réparation de l’offense faite à Dieu. Voir col. 976. C’cst ici la principale difficulté que saint Thomas s’applique à résoudre cn retraçant la genèse psychologique du mouvement de contrition ct en montrant son aboutissement dans la contrition parfaite, dans l’attrilion souveraine ct dans l’attrilion sincère, mais non universelle ou, surtout, non sou­ veraine. a) Genèse psychologique du mouvement de contrition, — Des actes qui préparent la contrition, le premier principe (début) est la grâce divine excitant le cœur de l’homme (non pas une grâce improprement dite, comme sembleraient l’indiquer quelques textes de saint Thomas dans les œuvres de jeunesse). Voir Justification, t. vm, col. 2120, ct, pour concilier les deux points de vue, Périnelle, op, cil,, p. 121, note L Succède un mouvement de la foi encore informe; puis, un mouvement de crainte servile, qui retire le coupable 11 Itt, q. i.xxxvî, a. 6, ad lum. Tout se passe simultanément : du côté de l’homme, la rémission de la faute possède priorité de nature par rapport à l’obtention de la grâce; du côté de Dieu, c’est l’infusion de la grâce qui possède la priorité. Is-II·, q. cxm, a. 8. ad 2um, surtout ad 1um. Le mouvement du libre arbitre est absolument simultané, quoique provoqué par la grâce opérante, ibid., a. 3; < c’est l’acte de charité, qui, sous un autre aspect, sc révèle comme un mouvement de haine contre le péché cl constitue ainsi l’acte de contrition parfaite. C’cst alors seulement qu’on affirme du pécheur qu’il fait sienne la grâce qui le rend formellement juste cl ami de Dieu. IMI®, q. cxm, a. 8. Ainsi, le mouvement de la volonté vers Dieu, par la charité, et contre le péché, par la contrition, est conçu comme la disposition dernière coadaptant la grâce habituelle â l’activité sur­ naturelle de l’âme. bien qu’ils soient les (fiels de l’in­ fusion de cette même grâce, considérée comme simple­ ment opérante. Par celle coadaptation, la grâce devient coopérante et principe de mérite, même déjà de la première gloire. Appliquant la philosophie des causes au cas parti­ culier de la justification par la contrition parfaite, saint Thomas déclare que, par rapport à l’infusion de la grâce, la contrition joue le rôle de simple cause dis­ positive ; par rapport â la destruction du péché, elle est cause efficiente ; par rapport à la satisfaction ct à la destruction des restes du péché, elle opère également comme cause efficiente. In I \11 ® Sent., (list. XIV. q. n, a. L qu. 1 : Dr veritate, q. xxvm, a. 5; III*. q. i.xxxv, a. 2, ad 3um. Gf. Billot, De sacramentis, l. n, th. ix, el les deux corollaires; th. xm: be gratia, th. xvi el xvn. La * vraie contrition, c’est-à-dire la contrition parfaite remet le péché même avant l’absolution. Suppl., q. xvm. a. 1 ; Il 1*. q. lxxxiv, a. 8. Même avec une douleur faible, la contrition vraie produit cet effet. Suppl., q. v. a. 3. Mais il est entendu que cette contrition renferme le désir de la confession cl de l’absolution. Id., q. xvm, a. 1. Sur la fréquence de cette justification ex opere operantis, saint 'Il.omas ne se prononce pas nettement. Certains passages sont vagucs:/n / V*“ Sent., dist. XXII, q. n. a. I, sol. 3; ConL gent., I. IV, c i.xxn (fin) ; Quodl., iv, a. 10, ad 3um. En d’autres, B affirme que c’cst le cas ordi­ naire : Quodl.. IV. a. 10; In Joan., c. xi, leç. 6, n. 6. Gf. Périnelle, p 115. c) Son aboutissement dans Γattrition souveraine. Sur cc point, la doctrine thomiste est conçue sur le même plan : grâce excitante, foi, crainte, espérance, amour de Dieu, contrition Gf. Périnelle, op. cil., p. 121 sq. Mais, conformément au principe rappelé plus haut. col. 97.8, c’est une grâce actuelle opérante qui supplée ici la grâce habituelle, pour provoquer Æ "* 989 l’ÉN ITENCE. I.’ABSOLU! ION 990 dans l'âme un mouvement de contrition encore appliqué, partir essentielle de la matière du sacrement informe, mais déjà universelle cl souveraine. On sait, et, à ce titre, elle agit, avec les autres parties, ct par en effet, que saint Thomas distingue l’attrition de la la vertu de la forme, efficienter sur la production de la contrition parfaite, parce (pic son acte est produit grâce. Voir plus loin. sans la vertu de charité ; la question du motif, mise d) Son aboutissement dans Γattrition sincère, mais en lumière pur la théologie postérieure, est laissée par non universelle ou non souveraine, - On pourrait lui dans l’ombre. envisager le cas où l’attrition, bien que sincère, ne Ln difficulté réside donc dans la façon de concevoir serait pas universelle, certains péchés mortels ayant la nature de cct acte d’amour, provoqué dans l’âme été oubliés ct l’attrition ne portant que sur les par la grâce opérante actuelle. C’cst tout le problème péchés remémorés : ce cas est pratiquement peu con­ du contritionisme el de l’allrit ionisme, repris de nos cevable. ct il ne semble pas que saint Thomas l’ait jours, précisément à propos de la pensée de saint envisagé dans le texte qu’on va citer. Il s’agit bien Thomas, par le P. Périnelle, op, cit., 2* partie. Cet plutôt du cas ou l’attrition est sincère, mais non sou­ auteur estime que, pour saint Thomas, l’amour qui ins­ veraine : le pénitent gémit sur scs fautes passées, mais pire l’attrition esl déjà un amour de bienveillance son regret ne s’élève pas jusqu’à les haïr comme un mal qui nous fait aimer Dieu par-dessus toutes choses, haïssable plus que tout autre mal. D’après notre doc­ sans cependant l’aimer encore d’un amour d’amitié teur, l’attrition serait alors, comme matière du sacre­ qui est le propre de la charité parfaite. C. v, p. 132 ment, suffisante pour assurer sa validité; mais comme I IX. Son exposé est une exégèse, plutôt qu’un com­ disposition supprimant l’attachement au péché, elle mentaire de la pensée de saint Thomas, exégèse que serait insuffisante ct rendrait le sacrement · informe ». l’on trouve déjà dans Bilhiart, De pirnitentia, diss. IV, Le texte mérite d’être cité : La confession..., cn tant a. 7, § 3-1; cf. Λττπιτιον, 1.1, col. 2253. Il semble plus que partie du sacrement, présente le pénitent au conforme à la pensée du maître de s’en tenir a un prêtre..., et cct acte sacramentel peut être posé par amour de concupiscence, dont l’acte se relie à l’espé­ celui qui n’a pas la contrition (suffisante), puisqu'il rance qui précède, hi ///u® Sent., dist. XXVI, q. n, peut découvrir scs péchés au prêtre cl sc soumettre a. 3, qu. 2, ad 3um; II·-H®, q. xvn, a. X, ct ad 2um; aux clefs de l’Églisc. Bien qu’en pareil cas il ne q XIX, a. 10; De spe, a. 3. Sur la distinction des deux reçoive pas le fruit de l’absolution, il pourra commencer amours voir IMI», q. xxvi, a. L Par l’espérance, de le recevoir, dès que cessera l’obstacle de ses mau­ explique nettement saint Thomas, on aime non seule­ vaises dispositions, comme il cn arrive des autres ment l’objet convoité, mais aussi le bienfaiteur de qui sacrements... ( II) n’est pas tenu, dans la suite, de renou ct par qui on espère l’obtenir. Cf. 1MI·, q. XL. a. 7; veler sa confession, mais seulement de confesser scs q. XLti, a. I. ad 3Ufn. Cet amour se retrouve, tout mauvaises dispositions. · Suppl., q. ix, a. 1 ;cf. ln /V»® au moins implicitement, dans le motif de crainte, Sent., dist. XVII, q. nr, a. L qu. 1. D’après tous dont saint Thomas condamne cependant la servilité les commentateurs de saint Thomas, il ne saurait être II®-II®, q. xix, a. I. La fuite du mal qu’est la damna­ question ici du pénitent qui connaîtrait formelle­ tion éternelle procède du désir de jouir éternellement ment sa fiction », c’est-à-dire sa disposition insuffi­ de Dieu, car < la crainte provient de l’éloignement sante; on suppose, de sa part, sincérité el bonne foi. éprouvé pour un mal ct cct éloignement lui-même vient el sa fiction ne saurait être coupable que vénicllemcnt du désir du bien ». IMI», q. xli, a. 2, ad 3um; ou dans la cause. L'opinion de saint Thomas est nette : cf.q. xliii, a. 1 ; q. cxm, a. 5, ad lum; I lA-l l®, q. cxxin, comme partie du sacrement, cette attrition, insuffi­ a. I. ad 2um. Et celte crainte, même servile, tout cn sante pour éloigner l'obstacle à la justification, est sc distinguant de la crainte filiale, 11®-11®. q. xix, cependant suffisante pour assurer l’action du pouvoir a. 5, peut néanin >ins subsister avec la charité, pourvu des clefs. Et celle action atteindra son but de sanctifi­ qu’elle ne soit pas exclusive de ce mouvement supé­ cation. dès que disparaîtra la fiction, soit par l’abso­ rieur vers Dieu. Ibid., a. 6. Nonobstant I imperfect ion lution donnée à celte fiction enfin connue, soit par de cet amour, saint Thomas semble lui attribuer l’exe­ l'infusion de la grâce sanctifiante,exlrasacramentellccution de certains actes, où apparaît un amour de mcnl ou sacramenlcllement. L’hypothèse pose le cas Dieu super omnia, sans que ccs actes procèdent de la de la reviviscence du sacrement de pénitence. Voir, vertu «le charité. In II"™ Sent., (list. XXV111. q. î. a. 3. pour l’explication de la pensée de saint Thomas. Billot, sol. un., ad 2,,m. De sacramentis, I. ir, th. χνι; Hugucny, La penitence, Bien ne servirait, pour justifier chez saint Thomas t. n. p. 161 sq. un concept d’altrit ion-amour, d’insister sur la plus 2. Action du sacrement complete par l'absolution. — grande facilité qu’il y a de réaliser l’amour de bien­ La matière du sacrement étant complète, intervient veillance plutôt que la souveraineté de la contrition la forme, qui donne au sacrement sa réalilé totale. imparfaite. La charité inspire une contrition souveraine Tout le sacrement alors, agissant sous l’influence de simpliciter; l’attrition vraie se contente d’une souve­ la vertu disine qui lui est communiquée par I huniaraineté secundum quid. Sur l’explication de ccs termes, nité du Christ, agit effectivement dans la production de voir Billot, De sacramentis, t. n, Home. 1922, p. 133, i la grâce, comme cause instrumentale mue divinement. note, ct 111, ad lum. Les textes de la Somme sont formels : ■ Tout sacrement Le rôle de l’attrition dans la justification par le produit son effet non seulement en vertu de sa forme, sacrement de pénitence (et il faut cn dire autant des mais aussi cn vertu de sa matière, les deux éléments autres sacrements, où l’altrition suffit à la Justification ne formant qu’une seule réalilé sacramentelle. C’est du pécheur, voir col. 981) est simplement de supprimer ainsi que..., dans le sacrement de pénitence, la rémis­ l’obstacle à l’action du sacrement. Suppl., q. xvm, sion de la faute esl principalement causée par la vertu a. I. Aussi, dès que l’acte (l’attrition a opéré celle du pouvoir des clefs qu’ont les ministres. Ce sont eux suppression, l’âme esl disposée à la justification (pii posent le principe formel du sacrement. Secondaire sacramentelle; il n’est pas nécessaire que celte dispo­ est la causalité des actes du pénitent, qui relèvent de sition du libre arbitre subsiste actuellement au moment la vertu de pénitence .. La rémission de la faute, tout de l’application du sacrement; une persistance vir­ en étant l’effet de la pénitence-vertu, l’est principale­ tuelle suffit. Cf. ln / Sent., dist. XVII, q. i. a. 3. ment plus encore de la pénitence-sacrement. » 111®, (pi. 2, ad 3um. Toutefois, il faut également considérer q. I.XXXVI, a. 6. Dans le sacrement de pénitence. Dieu que celte attrition (actuelle ou virtuelle) devient, dans agit per auctoritatem; les prêtres, per ministerium, le sacrement de pénitence, lorsque le sacrement est leurs paroles agissant comme instrument, dans ce sacre- 991 PÉNITENCE. SAINT THOMAS, EFFETS DU SACK EMENT ment comme dans les autres sacrements. III·, q. Lxxxiv.a. 3. ad 3um. Cf. ad5um, déjà cité, col. 975. On peut d’ailleurs appliquer au sacrement dc pénitence l’efficacité que saint Thomas attribue en general à tout sacrement par rapport à la grâce. Cf. 11 Ia, q. i.xn, a. 1. 1; De veritate, q. xxvn, a. 4. D’une manière générale, saint Thomas parle de même dans scs œuvres de jeunesse. · La contrition..., en tant que partie du sacrement, opère la rémission des péchés, par manière de cause instrumentale », ct il souligne que la disposition de l’agent à l’action se ramène à la cause efficiente. Suppl., q. v. a. 1. Ayant ainsi distingué la cause matérielle dispositive qu'est la vertu dc pénitence ct, d’autre part, la cause efficiente sacramentelle, il ajoute: « Dieu seul est cause efficiente principale dc la rémission du péché; mais, de notre part, il peut y avoir une cause dispositive. Et, de même, une cause sacramentelle, car les formes des sacrements sont les paroles par nous prononcées, qui ont la vertu instrumentale d’introduire la grâce, par laquelle sont remis les péchés. » Ibid., ad lüm. Voir, pour la confes­ sion, partie du sacrement, q. ix, a. 1 et 3; mais surtout q. x, η. 1 et 5 : « la confession générale sacra­ mentelle opère, en vertu du pouvoir des clefs, pour la rémission des péchés. » Dans d’autres textes, saint Thomas semble dire que l’efficacité du sacrement n’atteint pas directe­ ment la grâce, mais une disposition préalable à la grâce cl exigilive de la grâce, lorsqu’il n’y a pas, de la part du sujet, un obstacle. Pour les sacrements en général. In Sent., dist. I, a. 1, qu. I; pour le sacrement dc pénitence en particulier, Suppl., q. xvin, a. 1 : · Lc pouvoir des clefs a, d’une certaine façon, pour objet la rémission dc la faute non pas en la cau­ sant, mais en y disposant », voir aussi ad lum ct ad 2U®, cl cf. a. 3. Les commentateurs sont embarrassés devant ccs divergences. La plupart des thomistes pensent que saint Thomas a parlé, dans le commentaire, avec trop d’indulgence pour les idées en cours ct, pour les ména­ ger, a enseigné, sur la causalité des sacrements, une opinion que plus tard il a rétractée. Quelques auteurs soutiennent cependant que saint Thomas est resté fidèle à l’enseignement d’une causalité simplement dis­ positive. Pour le sacrement de pénitence, voir tout par­ ticulièrement De Nooght, O. S. B., La justification dans le sacrement de penitence d'après saint Thomas d'Aquin, dans les Ephcm. theol. Lovan.A. v, 1928, p. 226256 ; A propos de la causalité du sacrement de pénitence, id., t. vu, 1930, p. 663-675; (iôttlcr, op. cit. Toutefois, il faut observer ici que la plupart des partisans de la causalité perfective affirment l’impossibilité dc main­ tenir, dans cette opinion, l'hypothèse de la confession valide et informe. 11 semble cependant difficile d’ad­ mettre que saint Thomas ait rétracte Suppl., q. ιχ, a. 1, par Suppl., q. xxix, a. 8, comme l’insinue Hugon. Tractatus dogmatici, t. in, Paris, 1931. p. 525. 9· Effets du sacrement de pénitence. — 1. Effet prin­ cipal, rémission du péché mortel par l'infusion de la grâce habituelle, et rémission de la peine éternelle. - La vertu du pouvoir des clefs opère ici instrumentale ment ex opere operato le même effet que Dieu produit direc­ tement dans la justification ex opere operantis. C’est donc en réalité la grâce opérante habituelle qui accom­ pagne l’application valide ct fructueuse du sacrement. On retrouvera ici les distinctions déjà marquées à propos de l’aboutissement de la contrition parfaite : infusion dc la grâce cl rémission dc la faute, mais aussi mouvement du libre arbitre, acte de foi et acte de péni­ tence intérieure Informés par la charité. Cc n’est pas une transformation (l’attrition en contrition, cf. Supp L, q. i, a. 3; c’est la substitution à un acte passager, émis sous l’influence de la grâce actuelle, d’un 992 état habituel dc charité, où tout acte de pénitence intérieure sera acte de la vertu dc pénitence, parce qu’informé par la charité. Tel nous semble être le res et sacramentum envisagé par saint Thomas. IIP, q. i.xxxiv, a. 1. ad 3um. Sans cette pénitence intérieure, devenue vertu habituelle par l'effet du sacrement, te pécheur ne pourrait faire sienne la grâce, res sacramenti, qui lui est infusée ct qui expulse le péché. Mais, par clic, le pécheur qui, précédemment, était simplement attritus, est désormais contritus, parce que — quel que soit le motif de sa contrition - la douleur ct la haine qu’il voue au péché sont en lui sous l’influence dc la charité. Cet exposé dc la pensée de saint Thomas appellerait un complément relatif à la production dc la grâce dans l’âme. La grâce n’est pas créée, mais · concrééc » ; en tant que, par sa toute-puissance, Dieu élève l’âne, douée d’une potentialité obéd lent telle, à un état ou un acte supérieur. C’est cc qu’on pourrait appeler l’adap­ tation dc l’âme à l’ordre surnaturel. Cf. Le veritete, q. xxvii, a. 3, ad 9um; Sum. theol.. Ill·, q. xi, a. L Lc res et sacramentum, pénitence intérieure, est donc cette adaptation dc l’âme à un état supérieur à celui qu’elle avait auparavant, par rapport au péché; on comprend que l’cfTct du sacrement doive passer d’abord par la pénitence intérieure · formée ». avant dc sc manifester dans l’état dc grâce récupérée. Et, comme l’affirme saint Thomas, cette pénitence inté· rieurc tire toute sa valeur ct son efficacité du sacre­ ment extérieur reçu soit effectivement, soit en désir. In / V’nm sent., dist. XXII, q. n, a. 1, ad 2um. Serait il permis de voir, dans l'adaptation dc l’âme à la réception de la grace, l’explication des mysté­ rieuses « causalités dispositives », dont on a voulu — bien à tort, semble-t-il faire un système spécial de causalité sacramentelle chez saint Thomas? Sur cc système, appliqué à la pénitence, on lira Billot, l e sacramentis, t. n,th.iv; Buchbcrgcr et Gûttler, dans leurs ouvrages déjà cités; Schultes, lieue und Busssakrament, Paderborn, 1907 ; I lugueny, La pénitence, 1.1, note 3 ; t. n, note 63, sans compter les disciples de Billot. Par delà l’effet dénomme res et sacramentum, l’effet principal auquel s’arrête la vertu du sacrement est donc la rémission du péché mortel par l'infusion dc la grâce habituelle ct dc la charité, (.’est précisément parce que l’infusion dépend dc la rémission, qu’il est nécessaire que tous les péchés mortels soient remis ensemble. III·, q. i.xxxvi, a. 3 ct ad 4um. Déplus, «la faute étant remise, l’état d’aversion de l’âme à l’égard de Dieu disparaît, en tant que, par la grâce, l’âme est unie à Dieu cl, par conséquent, la dette dc peine éternelle disparaît en même temps ». Λ. 4 et nd lun. Mais la conversion désordonnée au bien créé n’est pas nécessairement détruite dans sa totalité; aussi, mime après la rémission dc la peine éternelle, peut-il encore rester quelque dette de peine temporelle. Ibid., cl (.ont. gent.,\. IV, c i.xxn; cf. In I Vum Sent., dist XIV, q. n. a. 1. sol. 2. Dc plus, le péché, même pardonné, laisse après lui des habitudes dangereuses, reliquia peccati, dispositions mauvaises plutôt qu’hnbitudcs, mais qui, tout affaiblies et diminuées que les laisse | l’absolution, devront néanmoins être combattues ct vaincues. Ibid., a. 5. 2. Effets secondaires. - a) /(émission des péchés véniels. Le péché véniel peut être remis dans la pénitence sacrement; mais il peut être remis sans la pénitence-sacrement. Toutefois, il ne peut être par­ donné sans une pénitence au moins virtuelle ct, par I conséquent, il ne peut l’être au pécheur en étalée 1 péc hé mortel T out cc qui est capable d’exciter en nolle âme la ferveur de la charité ou d’y infuser la grâce inclinante, concourt à la rémission des péchés vé- PENITENCE. LES THOMISTES 993 nids (sacramcntaux et sacrements). Ibid., q. lxxxvii; Dc malo, q. vu, η. 11 et 12. b) Reviviscence des vertus (111*, q. lxxxix, a. I -2). La grâce recouvrée dans le sacrement de penitence est proportionnée aux dispositions actuelles du péni­ tent. Il s’ensuit que le pénitent sc relève quelquefois avec une grAcc plus grande et d'autres fois avec une grâce égale ou même inférieure, ct il en va de même des vertus qui suivent la grâce. Cf. I Ia-I q. ci.ir, a. 3, ad 3°«; In I Vum Sent., dist. XIV, q. n, a. 2, comparé avec In I1 /um, (list. XXXI, q. i, a. L L’homme retrouve donc sa dignité première considérée dans son essence, c’est-à-dire dans l'amitié de Dieu : mais certaines dignités (par exemple les dignités ecclésiastiques) ne sont pas nécessairement rendues; certaines prérogatives (par exemple la virginité, l'inno­ cence) sont â jamais perdues, mais ce ne sont que dignités secondaires au regard de Dieu. Id., a. 3, ct ad 1“®. c) Reviviscence des merites (111», q. i.xxxix, a. 4-5). — Les œuvres faites en état de charité avalent été • mortifiées» par le péché mortel subséquent, a. L Mais elles sont revivifiées par la pénitence ultérieure, a. 5. Cf. Jn lli^m Sent., dist. XXXVI, a. 5, ad lum; In 1 Vum, dist. XIV, q. n, qu. 2 et qu. 3 ; dist. XX I, q. î, a. 1, qu. 1, ad 3um ; dist. XX 11. q. i, a. 1, ad f>um; In epist. ad Thess., c. ni, leç. 1 ; Ad Heb., c. vi, leç. 1 ct 3. Elles ont droit â la récompense essentielle propor­ tionnée au degré de charité et à leur récompense acci­ dentelle entière. 111», q. lxxxix, a. 5, ad 3um. On consultera. avant tout, les grands commentai eu n, spécia’cmcnt Cajétnn, Sylvestre dc Ferraro, Jean dc SairtThoir.as, Gone’, Billunrt et, parmi les contemporains, dans leurs tni·tés de la pénitence, tout spécialement Billot, A. d’Alès, Ht gon ct Lêpicicr. Un certain nombre dc monographies intéressant direc­ tement la doctrine de saint Thomas ont été publiées récemment. I. Contrition et attrition; effets du sacrement. — G. von Holtum, O.S.IL, Die · contritio· in ihrtm Verhaltniss sum Euxssakrament nach der Lchrc des ht. Thomas von Aquin, dans Jahrbuch fur Philosophie und spekulalive Théo­ logie, t. xx (1905), p. 15-55; id., Zur thcologischen Reuelchrc. I. Der Ifiomlstischc sakramentalische Rcchtfertigungsbegriff, même revue, t. xxv (1908), p. 129-149; B. Schultes, O. P., Reue und liusssakramenl. Die Lchrc des ht. Thomas uber dos Vcrhaltniss von Reue und Russsakramenl, Paderborn, 1907, ct Circa doctrinam S.l honur de justificatione, dans Angeli­ cum, t. m (1026), p. 166-175, 345-354 ; M. Bueh berger, Die Wirkungen des Ilusssakramcntes nach der Lchrc des ht. Thomas von Aquin, Frlbourg-cn-B., 1901 ; J. GÔttlcr, Der ht. Thomas non Aquin und die vortrldcntinischen Thomistcn ubrr die Wirkungen des Russsakramentes, Frib.-cn-B., 1901 (In P· partie); A. I-andgnift, Grundlagrn fur ein Verslândniss der Dusstehre der Iruh-und llochskolaslik, dans Zcftschrlft fur kathol. Theol., t. i.i (1927), p. 161-191. J. Périnellc, O. P., L'attrition d'après le concile de Trente et d'après saint Thomas d'Aquin, dans bibliothèque thomiste, t x, Le Saulchoir, 1927 (la II* partie); P. Gallicr, S. .L, Amour de Dieu ct attrition, dans Gregorianum, t. ix, (1928), p. 375-116 (le début dc l’article); P. dc Vooght, O. S. B., 1m justification dans le sacrement dc pénitence d'après saint Thomas d'Aquin, dans Ephcm· theol. Lovanicnscs, t. v (1928), p. 225-256; id., .4 propos de ta causalité du sacrement de pénitence. Théologie thomiste et théologie tout court, même revue, t. vu (1930), p. 663-675; E. Neveu t, C. M., Valeur du repentir du pécheur ou efficacité de la contri­ tion, dans le Divus Thomas, Plaisance, t. xxx (1’327), p. 261297; id.. Du mnlif et de l'efficacité de la contritiori parfaite, ibid., p. 725-734; i(L, Est-il possible au pécheur, tant qu'il demeure dans son péché, d'avoir /tour Dieu un simple amour de bienveillance? même revue, t. xxxii (1929), p. 162-166; L'absolution change-t-elle les dispositions psychologiques du pénitent? ibid., p. 160-162; De lu justification, dans Revue aitologéllque, t. tiv (1932), p. 25-48. IL Comission et ι·(.νιγιν<ι r.N <.f ni ral. \ Tcelacrt, O. M C.. 1-a confession aux laïques dans T Église latine depuis le VIII· jusqu'au Λ/l’· siècle, Wetcrcn-Parl», 1920, ntCT DE 71IÊDI . CAT1IOI . 994 spécialement, p. 321-331, 363-360; Amédée de Zedclghrm (Tcclnerl), O. M. C., Doctrine de saint Thomas d'Aquin au sujet du sacrement de pénitence et de la confession aux laïques, dans Estudis françiscans, t. xxxiv, Barcelone (1924), p. 302· 325; Ét. I lugucny, O. P., La pénitence (édit, de In Revue des jeunes), t. I et π, Paris, 1931, spécialement, t. li; note doc­ trinale ni; R. Mulard, O. P., 1m grâce, même édition, note doctrinale iv. (A ccs deux auteurs, nous avons souvent emprunté la traduction des textes de saint Thomas.) IV. Les thomistes de saint Thomas a i.a Réforme.— Saint Thomas doit être considéré comme le fondateur dc la théologie moderne du traité de la pénitence. Ses idées constituent un tel progrès sur les doctrines enseignées jusqu’à lui, que le concile dc Trente n’aura qu'à consacrer Γ ensemble du système, pour affirmer la vérité catholique en face des erreurs protestantes. L'œuvre fait donc époque : aussi fallaitil s’y arrêter. Cc n’csl pas à dire qu’une tradition thomiste s'ins­ talle immédiatement après saint Thomas, même chez les frères prêcheurs. Les plus fidèles disciples du maître ne sc sentent pas enchaînés par toutes ses affir­ mations. Et, surtout, il y a, un certain temps encore, des disciples fidèles dc Pierre Lombard ct même d’Hugues dc Saint-Victor. C’est ainsi qu’on relève l'influence de ces deux auteurs chez Romain dc Rome (t 1273), O. P., qui aurait succédé à saint Thomas comme professeur â l'université dc Paris; cf. card. Ehrlc, S. J., L'agostinismo c Taristolelismo nella scolastica del secolo PU, dans les Senta thomislica, Rome, 1925, p. 55 sq. Cet auteur a laissé un commentaire sur les quatre livres des Sentences, bibl. Vatic., cod. Ottob. lat. léJO, fol. 84119. 11 y enseigne que Dieu seul remet le péché: le prêtre, la peine éternelle, selon l’opinion d’Hugues; mais il rappelle aussi l’opinion du Lombard, qui réserve à Dieu cette double rémission. Les prêtres ont néanmoins le pouvoir dc lier ct dc délier, c’est-à-dire de manifester la rémission déjà faite, dc remettre une partie des peines, d’imposer des satisfactions et, au besoin, dc prononcer l’excommunication. Fol. 115 r*. La confession des péchés doit être faite au prêtre, qui a juridiction ct qui détient le pouvoir des clefs; en cas de nécessite, il semble admettre l'obligation de la confession aux laïques. Dans une confession dc cc genre, le pécheur obtient son pardon, en raison du désir qu’il manifeste ainsi de se confesser à un prêtre et dc l’humilité qui accompagne la confession. Fol. 114 v<>, 115 r. Mêmes traces dans Ia Summa de casibus de Burchard de Strasbourg, O. P., qui a dû composer cet ouvrage entre 1280 et 1290. Cf. J. Dicttcrlc, Die Sumn-ir con­ fessorum, dans Zeitschrift für Kirchengeschichtc, t. xxv (1904), p. 268-270. Pour cet auteur, d’après l'opinion la plus répandue. Dieu remet directement les péchés dans la contrition. Bibl. nationale de Florence, A. 211 (sans pagination). Le pouvoir des clefs est réduit au triple mode exposé pour Romain dc Rome. Chose étrange, nous retrouvons cette explication, même chez les théologiens ct canonistes qui. comme Jean de Fri­ bourg, enseignent que le sacrement agit ex opere ope rato. Voir col. 1000. L’enseignement de Pierre Lombard se retrouve encore chez Henri de Susc, cardinal d'Ostic (llosttensis) (f 1271), qui déclare explicitement que la faute ct la peine éternelle ne peuvent être remises que par Dieu dans la contrition cl que toute l’etfieacité sacra­ mentelle de l'al solution sc réduit à diminuer ou à remettre les peines temporelles. Même explication que chez les deux auteurs précédents pour le pouvoir de lier et de délier. Cc sont aussi les mêmes renseigne­ ments touchant la confession des péchés mortels, (pii normalement doit être faite au curé; la remission des \ll 32 995 PÉNITENCE. LES THOMISTES, XIII® ET XIV® SIÈCLES péchés véniels (dont Henri, se référant au mot de saint Paul, I Cor., m, 12, distingue trois espèces : ligna, les fautes invétérées; /ornum. les fautes moindres; stipula. les imperfections légères), obtenue soit par la confes­ sion pour ceux de la première espèce, soit par d'autres œuvres pour les autres; enfin, la confession des péchés mortels aux laïques, cn cas de nécessité. Summa aurai. Lyon, 1568, p. 407, 110. Cf. Appar. super libros Decretal.. I. V, Strasbourg. 1512, p. 341. Un grand nombre de commentaires anonymes se rattachent également aux théories de Pierre Lombard. Citons, d’après Teetaert, Concord. super I V /. Sentent.. bibl. munie, de Bruges, cod. /44; Commentar, super IV L Sentent., bibl. Vatic., Dorylies. 350; Compendium theologiae. bibl. Vatic. Barber, lut. 484; Abbrev. in /V /. Sent., cod. Vatic, lut. 1174; Liber Sent, abbrevia­ te, bibl. munie, de Bruges, cod. 80; Lectura super Sen­ tentias. Vatic, tat. 4289. où on retrouve, touchant les différentes absolutions, les idées d’Albert le Grand, voir col. 967, ct de plusieurs de scs devanciers; le petit traité De absolutionibus, qui a été édité par F. Gillmann, dans Der Katholik, t. i.xxxix (1909), p. 117, où l'on trouve également mention de ces absolutions. Dieu absout principaliter; le prêtre, ex commissione; le laïque, cn cas de nécessité, ex unitate fidei; cette dernière absolution n'étant pas sacramentelle, quoi qu’en ail écrit Gillmann, loc. cit., cl G. Gromer, Die hiienbeichte im Mittclaltcr, Munich, 1909, p. 65, note 2. ('.’est surtout dans l’ordre des dominicains que s'exerce tout d'abord l’influence de frère Thomas. Nous suivrons cette influence tout d’abord jusqu’au seuil du xv* siècle, puis dans le siècle qui précède immédiatement la Réforme (xv* siècle) cl enfin à la veille de la Béforme (début du xvi· siècle). C’est l’ordre suivi par GOttlcr, dont on s’inspire cn cet exposé. f. Λ.1 /7.V nu XUI· ET LE XIV9 SIECLE. — 1° Pierre de Tarentaise. — Ce théologien (le futur pape Inno­ cent V) doit, ct par la date de sa mort (f 1276), et par ses relations étroites avec saint Thomas, être cité cn premier lieu. Son œuvre principale est un Commentaire sur les Sentences, Toulouse, 1652. La doctrine de Pierre de Tarentaise est fort appa­ rentée à celle de saint Thomas jeune, commentateur lui-même du Maître des Sentences. Sur certains points, Pierre est moins précis que Thomas; sur d’autres, il apporte, au contraire, une nuance de fermeté. Le sacrement de pénitence est nécessaire pour obte­ nir la rémission des péchés el quant à la coulpe ct quant â la peine éternelle; aussi, la contrition parfaite ne remet les péchés avant l’absolution que si elle contient le désir du sacrement; le pardon, cn cc cas, est donc déjà une sorte de rémission sacramentelle. Mais, en l’absence de contrition parfaite, l’ait rit ion, jointe â l’absolution du prêtre, suffit à remettre le péché. In IV»® Sent.. dist. XXII, q. i. a. 2. Comment le sacrement remet-il le péché? Pierre énumère cinq opinions, dont aucune ne le satisfait. Il fait voir scs préférences pour celle que Thomas enseigne. In /V»® Sent., dist. XVI11, q. L a. I, sol. 1 {Suppl., q. xvm. a. 1), voir col. 991 : le pouvoir des clefs concourt instrumentalemcnt à la production de la grâce, cn tant qu’il dépose dans l’âme du pénitent les dispositions nécessaires à I infusion de la grâce justifiante, mais il n’est pas cause efficiente princi­ pale ct immédiate : valet (virtus clavium) Instrument taliter ad gratiam et justificationem, disponendo, non... immediate efllciendo. Dist. XVHL q. n, a. 1; cf. q. L a. 6. Mais, quand il s’agit d’expliquer comment la contrition appelle lu grâce el comment la grâce est requise pour que la contrition elïace le péché, la dis­ tinction thomiste assez vague de grâce opérante et conjurante. s’aflirme chez Pierre avec une terminolo­ »96 gie expressive : cet auteur distingue tritio cum gratta cl tritio ex gratia. Dist XVII, q, iv. Les actes du péni­ tent sont requis comme l’absolution du prêtre, ad per/ectioneni sacramenti, dist. XVI, ct2um. L’effet du sacrement, appelé res sacramenti, est tout Palu : la validité d’une absolution prononcée, en cas de nécessité, sur une personne absente. Dist. XVII, d’abord la rémission de la faute, ensuite la rémission de la peine. De la rémission de la faute, il est traité à q, if. a. 1. Sur certaines particularités relatives à l’obligation la dist. XVII. q. vn. C’est la doctrine même de saint concernant l’intégrité formelle de la confession, voir Thomas, ct de l’Église : < La pénitence efface tous les péchés personnels, aussi bien les mortels que les t. m. col. 917-918. Pierre de la Palu est le représentant le plus qualifié véniels, auxquels on l’applique spécialement, de telle sorte que les mortels peuvent être remis sans les du thomisme au début du xiv· siècle; aussi convenaitvéniels; un véniel sans les autres véniels; mais non pas il d’exposer sa doctrine avec quelque ampleur. 9° Quelques « Summæ confessorum ». On retrouve un mortel séparément des autres. » Concl. L Traitant de l’effet de la contrition parfaite, notre auteur affirme la même tradition thomiste dans un certain nombre de Sommes pénitentielles de la fin du xni· siècle ct de que la dette du péché est remise par toute contrition parfaite, même d’une faible intensité; car le péché la première moitié du xiv·. mortel ne peut coexister avec elle; autrement, elle ne L Déjà avant la fin du xin· siècle, le dominicain allemand Berthold Iluenlcn composa une Somme en serait pas vraiment contrition. Dist. XVI1, q. î, a. L concl. 3. Et cependant demeure pour le pénitent jus­ allemand, véritable adaptation de la Somme de Jean tifié l’obligation subséquente d’accuser son péché par­ de Fribourg. Cf. J. Dletterle, op. cit., Zeitschr. /Or donné par la contrition, qui n’est telle que par son Kirchengesch., t. xxvi (1905), p. 67-69. Sur la date rapport intime avec la confession ct l’absolution dési­ approximative de la composition de celle Somme, rée. Si la contrition n’est pas telle qu’elle remette par I cf. N. Paulus, Geschichte des Ablasses, t. î, p. 331elle-même la faute, c’est l’absolution qui, opérant ce 332. Elle est éditée à /Xugsbourg. 1195, ct Ulm. 1481. sous le titre Summa Joannis Deutsch non Bruder qu’elle signifie, produira cette rémission. Au cas où la Berthold. rémission serait déjà opérée, l'absolution aura pour 2. lîne abréviation de la Somme de Jean de Fribourg effet de fortifier celte rémission en remettant les peines n été faite, également vers la fin du xin· siècle, par Ir cl les suites du péché. Dist. XIX, q. t. a. 2. dominicain Guillaume de Cayeux, Summa con/essoSur la rémission de la peine due au péché, voici com­ rum abbreviato, qui sc trouve en trois mss., cod. 2 IM ment s’exprime Pierre : « La pénitence change toutes les peines éternelles en peines temporelles; elle dimi­ de la bibl. royale de Bruxelles; cod. Vatic, lot. 2306: cod. //. 207 in/, de la bibl. Ambroslennc. Cf. J. Dlctnue les peines temporelles cl même, dans le cas d’une lerlc, loc. cit., p. 59-61. On y trouve encore lu contrition parfaite, elle peut les enlever toutes. · Dist XIV, q. vn, concl. 2. On trouve ces idées déve­ causalité dispositive avec la doctrine de l'efficacité ex loppées dans les dist. XVII (contrition), XIX (pou­ opere operato : absolutio sacerdotalis instrumentaliter voir des clefs). XV (satisfaction). A noter que le pou­ operatur, animam ad gratiam disponendo, non ipsam gratiam infundendo. Cod. Vatie., fol. 157 v°. Et le pou­ voir des clefs s’exerce non seulement en déliant, mais voir de lier et de délier s’exerce comme l’explique encore en liant, par l’imposition de la satisfaction, Jean de Fribourg, voir col. 998. Sur la confession cl laquelle n’est pas laissée à l’arbitraire du prêtre, mais les ministres de la confession, pas de différence avec doit être judicieusement proportionnée à la gravité Jean de Fribourg. dr> fautes et au repentir exprimé. Dist. XIX, q. î. 3. Nous avons déjà rencontré plus haut, col. 994. a 3. tertio Trois articles de la q. fi. dans la dist. XX. sont consacres aux considérations utiles pour la taxa­ Burchard di Strasbourg, à cause de ses affinités avec Pierre Lombard Sur la confession, même doctrine que tion exacte des satisfactions sacramentelles. En prin­ Guillaume de Cayeux. cipe, ces pénitences bien proportionnées devraient 1005 PENITENCE. LES THOMISTES, 4. Albert de Brescia (t 1311) a composé, tout au début du xiv· siècle, une Summa de affleto sacerdoti», qui se fonde principalement sur les ouvrages de saint Thomas. Cf. Dicltcrlc. loc. rit., p 03*64. (kite Summa se trouve dans cod. Vatic, lut. 960. La doctrine y lient une assez large part, Le sacrement de pénitence, avec la confession, a été institué par .Jésus-Christ : en accordant aux prêtres le pouvoir des clefs, Joa., xx, 22. .Jésus-Christ a obligé implicitement les fidèles â confesser leurs péchés, cl les apôtres ont promulgué ensuite celle institution implicite du Christ. D’où l’obllgalion, pour le pécheur, de soumettre scs fautes au pouvoir des clefs. De plus, la grâce perdue par le péché ne peut être récupérée que par les sacrements, qui sont les sources de la grâce descendant du Christ dans les membres de l’Églisc. Op. cil., fol. 13« v·139 r° ct v°. Sur un point, Albert sc sépare nettement de saint Thomas. Il affirme que le baptême est d'une plus grande nécessité que la pénitence, considérée dans la confession ct l’absolution; donc, en cas de néces­ sité, un non-prêtre peut baptiser, mais non pasconfcs ser, tout au moins d’une confession sacramentelle. Ibid., fol. 139 v·. 5. lue Somme anonyme, la Summa rudium, compo­ sée vers 1331. voir J. Diet I eric, ibid., t. xxvn (1906), p. 78-81, a très certainement comme auteur un domi­ nicain allemand. L’auteur sc réfère â saint Augustin ct saint Grégoire, â saint Thomas d’Aquin, â Γ Ecriture (Ancien ct Nouveau Testament), aux commentaires d’Albert le Grand el de Pierre de Tarentaise, aux Decretales, à la Summa copiosa d’Henri de Suse et enfin â la Summa de .Jean de Fribourg, tant louée par le pape .Jean (XXII?). Celte Somme est éditée à Reut­ lingen, 1187. Toute la doctrine y est exposée succincte­ ment conformément aux principes de saint Thomas : mais l’influence de Jean de Fribourg est manifeste. Voir Gottler, op. cil., p. 170*174. 6. Barthélemy de Pise (t 1317), dominicain italien, est l’auteur de la Summa Pisana, ainsi appelée en raison de son auteur, ou encore Summa de casibus conscientia*, composée vers 1338. Sur l’auteur cl les éditions de son œuvre, voir ici l. n, col. 135. Cf. Dicllerle, loc. cit., p. 166-171. De toutes les Sommes, c’est peut-être l’une de celles qui suivent de plus près saint Thomas. On y retrouve la division du sacramentum tantum, res ct sacramentum, res tantum, au mot Pirni­ tentia, 1®, § 14. Causalité instrumentale ct ornatus, au mot Clavis, § 6. La traditionnelle description en quatre temps de la justification, au mol Justificatio. Sur la contrition : définition empruntée au Maître des Sen­ tences, au mol Contritio, § 1; division en attrition el contrition, $ 2, sans allusion à une différence de motifs; causes de la contrition, d’après Raymond de Pcnaforl ct .Jean de Fribourg, § 7, avec indication de la dépendance de la contrition habituelle par rapport à la charité. Efficacité de la contrition pour la rémission de la coulpc et de la peine, } 11 ct 12, comme partie du sacrement, el comme disposition du sujet, d’après la distinction connue de saint Thomas. Validité de la confession ficta, dans des conditions plus larges que celles que nous avons trouvées chez les autres domini­ cains, au mot Confessio, § 3. Le pouvoir des clefs concourt, disponendo, â la rémission de la coulpc et de la peine étemelle qui est l’effet propre de la contrition, au mol Clavis, § 6; probablement s’agit-ll Ici du pouvoir des clefs agissant avec la simple attrition. Cf (initier, p. 176. Sur la satisfaction ct les œuvres satisfactoires. même doctrine que chez Thomas d’Aquin, au mot Satisfactio. § 3. I et 10. Sur le complément de la Pisana par Nicolas «I Osimo, voir plus loin, col. 1032. ! 7. Très similaire â la précédente est la Somme de Raynicr de Phc (t 1351), plusieurs fois imprimée, et X11 Ie ET XIVe SIÈCLES HhHi dont la dernière édition fut faite par les soins et avec les annotations de J. Nicolai, Rainerii de Pisis, O. P . Pantheologia sive universa theologia, ordine alpha hr tico..., notis et additionibus Nicolai illustrata, 3 vol , Lyon, 1670. L'auteur, ayant voulu écrire une pantheo logia sc réfère non seulement aux maîtres dominicains. Thomas et Pierre de Tarentaise, mais encore aux autres docteurs célèbres, notamment Pierre Lombard. Hugues de Saint-Victor, Alexandre de Haies. Dr 1Λ. un certain éclectisme dans scs solutions. Le problème de la justification est abordé sous deux rubriques, Justificatio el liberatio a peccato : distine t ion, comme chez saint Thomas, des différents moments de la justification, infusio gratiir, prieparatio et ascensio animir, compunctio vel contritio cordis, remis­ sio culpir, le tout simultanément, avec des priorités simplement de nature. Justificatio, c. iî, m, iv. si; Liberatio a peccato, c. vn. Mouvement necessaire de la volonté, avec le secours de la grâce divine. Gratia, c. ni. Distinction entre attrition et contrition, avec impossibilité de transformer la première en la seconde. I ’attrition étant une grâce gratis data, la contrition, une grâce, gratum faciens; I’attrition ayant comme principe la crainte servile, la contrition, la crainte filiale; l’atlrition n’étant pas en opposition avec le péché, tandis que la contrition le contredit. Contri­ tio, c. î. Raynicr est naturellement un défenseur de la causa­ lité dispositive, soit en général, pour les sacrements, soit en particulier pour la pénitence. Sacramenta. c. m; cf. Gratia, c. i. L’absolution produit dans l’âme une disposition à la grâce; la grâce elle-même ne peut être causée immédiatement par aucun agent créé, puisque c’est Dieu seul qui la cause. Absolutio, c. i, § 2; c. n; Claris, c. vi. L’expression effective est employée, mais réservée à l’action divine; dispositive marque l’action du prêtre. Ibid. Aussi le pouvoir de lier el de délier est-il simplement un pouvoir décla­ ratif : c’est Dieu qui délie et le prêtre ne fait que compléter l’œuvre divine, quoad ostensionem, quoad satisfactionem, quoad præcisionem (réconciliation avec l’Églisc). Ici. l’influence d’Hugues de Saint-Victor cl de Pierre Lombard est particulièrement manifeste. Clavis, c. xvii-xvm. Comme Pierre de la Palu. Ray­ nicr admet, en cas de nécessité, la validité de l’absolu­ tion â distance. Les effets de la pénitence sont indiqués aux mots Absolutio, Clavis, Contritio, Confessio, Pirnitentia. En ce qui concerne la rémission de la coulpc. Rés­ ilier est thomiste. Il estime qu’en règle générale cette rémission est l’effet de la contrition, el qu’il en est souvent ainsi. Contritio, c. ni. iv, xvi; Clavis, c. su. xvn. win; Confessio, c. χχχνι. Cependant, il ajoute si ante absolutionem aliquis non fuisset perfecte disposi­ tus ad gratiam suscipiendam, in ipsa tamen confessione et absolutione sacramcntati gratiam consequeretur, si obi cem non poneret. Absolutio, c. i. §2; cf. Clavis, v vi: Confessio, c vm. D’ailleurs, la contrition n’obtient pas son effet de manière indépendante; pour être véri­ table, elle inclut le désir de la confession; la vertu de la passion du Christ ne s’exerce que par les sacrements. En tant que partie sacramentelle, la contrition dis­ pose sans doute l’âme â la grâce, mais elle produit encore Inst ruinent alcmcnt la rémission du péché. Pirnitentia. c. ix. xxxvi; Contritio, c. xvi; Confessio, c. vu. Reynier distingue une double rémission du péché, au for divin ct au for ecclésiastique, puisque le péché offense â la fois Dieu ct l’Eglisc; de lâ, le double moyen de rémission, contrition ct confession. C’est la raison pour laquelle la confession est exigée par l'Églisc pour le pécheur qui veut être admis à l’eucharistie el qui ne peut se contenter de la contrition. Contritio, c. xvi. Semblables preuves sont apportées de 1a néces- 1007 PÉNITENCE. LES THOMISTES, XVe SIÈCLE slté de la confession. Confessio, c. vm; Picnitentia, c. ix. L'aspect moral de la justification est mis en relief, même dans la justification sacramentelle, par le fait que les actes extérieurs du sacrement tirent leur valeur de la contrition intérieure; el ccttc contrition est accordée (in ipsa confessione datur) â celui qui s’approche du sacrement de pénitence sans l’avoir encore. La contrition intérieure peut d'ailleurs, avec le secours des actes extérieurs du sacrement, obtenir la rémission totale du péché et des peines dues au péché. Contritio, c. xvn; Confessio, c. vm. En ce qui concerne la rémission des peines, l'auteur suit pas à pas saint Thomas. Cf. Absolutio, c. m; Claris, c. vu; Confessio, c. xxxvn. Signalons cepen­ dant la discussion relative & la rémission de la peine étemelle et la solution apportée au problème, en fonc­ tion de l'absolution sacramentelle. Reynier admet que la peine éternelle est changée en peine temporelle, par la seule contrition; que cette peine temporelle est diminuée par la vertu de l’absolution; qu’cnfln, les restes de peines encore ducs à la complète réparation sont clïacés par la satisfaction. Claris, c. vn; Poeni­ tentia, c. xxiv. Sur la satisfaction offerto pour autrui, on relève les points suivants, conformes à la doctrine de saint Thomas : pas de substitution possible en ce qui concerne la satisfaction médicinale; mais substitu­ tion possible dans la satisfaction expiatoire; celui qui satisfait pour les péchés d’autrui le fait avec des «ouvres moindres, en raison du principe de charité qui l'anime; cette substitution est toujours possible, même si le pécheur est en état d’expier; mais une telle substi­ tution n’est pas â conseiller hors le cas de nécessité, caria satisfaction doit toujours avoir, immédiatement du moins, un caractère médicinal; enfin, satisfaire pour soi-même est œuvre de nécessité; satisfaire pour autrui est œuvre de charité. Liberatio a peccato, c. xv. La restitution des vertus, d’après Kaynier, se fait simultanément avec l’infusion de la grâce, dont les vertus sont inséparables; mais les mauvaises habitudes contractées dans le péché peuvent, même après la jus­ tification, gêner l’exercice des vertus. Picnitentia, c. xv. La reviviscence des bonnes œuvres (mérites) est exposée d’après les principes de saint Thomas. Id., c. xvi ; xvn ; Charitas, c. xiv; xvm. Voir, ici, col. 993. On le voit, si Kaynicr tient, dans les lignes essen­ tielles de sa doctrine, les positions de saint Thomas, tout au moins celles du Commentaire sur les Sentences, sur certains points cependant il s’en écarte assez, sen­ siblement. Son œuvre est de valeur, excellent produit de la pensée thomiste, mais en même temps très per­ sonnelle. La deuxième moitié du xiv* siècle ne nous a pas livré d’œuvre importante. ZZ. LE THOMISME AU XP· st fie LE. — Deux noms émergent à celle époque dans l’école thomiste, ceux de Capréolus ct de saint Antonin. Nous y joindrons une brève mention relative au dominicain allemand Jean Nydcr el à Denys le Chartreux, cl quelques Indi­ cations sur les Sommes pénitent le lies de l'époque. 1· Capréolus. — L’appellation de princeps thorn ista­ rum est méritée par cet auteur. C’est lui qui a donné au thomisme son véritable aspect; non qu’il ait cher­ ché à déduire un système des aillnnations de saint Thomas, mais parce qu’il s’est efforcé de découvrir la pensée authentique du maître el de la mettre en relief. Notons aussi que Capréolus cherche la pensée authentique de saint Thomas d une façon critique; il estime que la Somme théotogique, son dernier ouvrage, marque l aboutissemcnt de sa doctrine; qu’en consé­ quence, il peut s'y rencontrer modification, progrès, rétractation même. In P·, dist. XXVII, q. n, a. 3; rf In IV'·, dist X\ll, q. ti, a. 3. La causalité sacramentelle est étudiée à propos du 1008 res et sacramentum ou plus exactement de la res proxima du sacrement de pénitence. Capréolus sc réfère à plusieurs passages de saint Thomas sur l’or natus (res el sacramentum), en relation avec le disposi­ tive operari, In / Vu« Sent., dist. I; sur la grâce sacra­ mentelle, dist. II; sur les deux dans leur rapport avec le sacrement de pénitence, dist. XXIL D’où Capréo­ lus conclut : sacramenta nooæ legis sunt causa gratix non solum per modum causic sine qua non, immo per modum causic per quam. Dans le Commentaire sur les Sentences, saint Thomas parle à coup sùr de causalité dispositive; mais la Somme, 111% q. lxii, a. 1, est muette sur ce genre de causalité. Là, en effet, ainsi que dans le De veritate, q. xxvn, a. I, saint Thomas semble enseigner une causalité effective Instrumen­ tale. Pour tout concilier, Capréolus, reprenant ici renseignement de Pierre de la Palu, voir col. 1002, déclare que le sacrement produit effective la grâce sacramentelle, dispositive la grâce sanctifiante, la grâce sacramentelle étant un habitus distinct de la grâce sanctifiante. In I Ve® Sent., dist. I, a. I, concl. 3. Capréolus tente d’appuyer cette distinction entre grâce sanctifiante et grâce sacramentelle sur la doc­ trine même de saint Thomas. Les effets propres aux sacrements ne peuvent provenir de la grâce commune; donc, ils viennent d’un habitus spécial, appelé grâce, pour indiquer son origine, et sacramentelle, pour mar­ quer son particularisme. Ibid., dist. II, q. m, a. 1 ct concl. 1. Il invoque l’autorité de saint Thomas, In dist. I, q. î, a. 4, sol. 5, et Sum. theol., IIIa, q. lxii, a. 2. L'effet prochain du sacrement de pénitence, res et sacramentum, placé par saint Thomas dans la péni­ tence intérieure, est étudié dist. XXII, q. i, a. 1-2. Capréolus rejette l’idée d’un ornatus, analogue au caractère du baptême. S’appuyant sur quelques textes de saint Thomas, notamment De verit., q. xxvn, a. 7. il opine que l’effet immédiat du sacrement extérieur est tout d'abord la grâce sacramentelle, sanatio pec­ cati, qui est, en réalité, elle-même le principe immédiat de la pénitence intérieure. Quand ce dernier effet est simultanément produit, on peut parler ycnnc : ceux-ci revivent avec une valeur cor­ respondant au degré de la grâce perdue par le péché antérieur, si les dispositions nouvelles du pénitent atteignent cc degré de grâce. Si ccs dispositions sont inférieures, leur valeur est proportionnée au degré de grâce répondant à ces dispositions. Dist. XVI. q. il, a. 2. /F. conclusion. — On l'a pu constater, tout l’ef­ fort de l'école thomiste a été, cn suivant la voie tracée par le Docteur angélique, de chercher la conciliation entre l’efficacité de la contrition el celle du sacrement. Lu thèse de la valeur simplement déclarative de l’ab­ solution est définitivement abandonnée : le sacrement est cause de la grâce et l'effet ultime du sacrement c’est la rémission des péchés. C'est la doctrine de !Vx opère operato. Voir t. xi. col. 1084. Mais la plupart des tho­ mistes admettent encore un intermédiaire entre le sacrement ct la grâce, le rcs et sacramentum, dans lequel, en plus de la pivnitentia interior, bon nombre veulent trouver un ornatus anima*, qui explique â la fois la cau­ salité dispositive du sacrement, cl la possibilité d’un sacrement valide cl informe, capable de reviviscence. Sylvestre de b’errare. le premier, réagit contre Γexis­ tence de cet ornatus cl s’en lient â la pirnitcntia inte­ rior, tout cn maintenant la causalité dispositive. Cajé­ tan rejette à la fois Vornatus et la causalité dispositive; il inaugure, dans l’interprétation de saint Thomas, la causalité physique atteignant la grâce elle-même. Déjà saint Thomas reconnaissait la différence entre la simple attrition cl la contrition parfaite : mais il ne s’appuie, pour les distinguer entre elles, sur aucun «les motifs que nous invoquons aujourd’hui. Scs disciples demeurent encore dans le même vague, esti­ mant contrition tout regret du péché émis en état de grâce. L’attrition. qui est suffisante pour constituer le sacrement de pénitence, n'est qu'une contrition sans l’information de la grâce : d’où il suit qu’au sens où plus tard ce mot sera pris tous les thomistes d’avant le concile de Trente sont cont rit ionisles. Vitoria seul 1022 semble parfois réagir contre cette tendance. Le pas­ sage de l’attrition a la contrition s’explique, chez la plupart, par un acte explicite et nouveau de la volonté, provoqué dans le sacrement par Dieu et par l'absolution. Quelques auteurs, surtout les partisans «le Vornatus, acceptent l’élévation de l’attrition par la simple information de la grâce, sans acte nouveau. Pour la plupart également, la justification opérée par la contrition parfaite est déjà une justification sacra­ mentelle, cn tant que ccttc contrition contient le désir du sacrement ct reçoit du sacrement désiré son effica­ cité. Peut-être sc rapproche-t-on davantage de la véri­ table pensée de saint Thomas cn distinguant, avec Vitoria, plus expressément, la justification cxtrasacramcntclle «le la justification sacramentelle, tout en maintenant pour la contrition parfaite la nécessité du désir du sacrement. Tous, à l’exception de Soto. admettent la possibilité d’une reviviscence du sacre­ ment, reçu validement quoique d’une manière informe. Les partisans de la causalité dispositive ct de Vornatus n’y trouvent pas de difficulté spéciale. Cajé­ lan, avec son système de la causalité physique, admet la chose sans pouvoir cn donner de raison bien satis­ faisante. Melchior Cano, protagoniste de la causalité morale, pense trouver en son système une nouvelle explication. Les problèmes sont donc posés ; un certain nombre déjà sont résolus. Les solutions apportées par d’autres écoles, sur des points particuliers, permettront d’élu­ cider certains aspects de la théologie du sacrement de pénitence. El, quand les négations des novateurs s’op­ poseront. au xvr siècle, ù la doctrine reçue, le concile de Trente saura faire le partage entre les opinions ct le dogme : son enseignement sera l’aboutissement de l'évolution doctrinale inaugurée par saint Thomas ct poursuivie par scs disciples. V. L’école fhanciscaise et scotïste. — L’école franciscaine, surtout avec son principal docteur. Duns Scot, a beaucoup fait, de son côté, pour dégager la doctrine sacramentelle de la pénitence des difficultés inhérentes à l'ancien concept de Pierre Lombard. Scs réactions sur l'enseignement dominicain n’ont pas été sans influencer l’évolution doctrinale dans le sens que devait plus tard consacrer le concile de Trente. /. .tra.vr DUNS SCOT. — Entre saint Bonaven­ ture ct Duns Scot, il faut citer Hichard de Médiavilla. Guillaume de Ware. Alexandre d’Alexandrie, ct quelques auteurs de Summir confessorum. Le plus important est. sans contredit, maître Hichard. 1° Richard de Médiavilla. Sur cet auteur, dont la vie est fort peu connue, voir E. Hocedcz, S. J . Richard de Middleton, Louvain. 1925; J. Lechner, Die Sakramentenlehre des Richard l'on Médiavilla, Munich, 1925; W. Lampcn, O. M., De patria Richardi de Médiavilla, dans Archivum /ranciscanum historicum, I. xviit (1925), p. 298-300 (établit qu’il faut dire : Médiavilla et non Middleton ou Middletown). Hichard fait son apparition dans l’histoire, quand, sorti des écoles d’Oxford, il se distingue dans celles de Paris, vers 1280. Il serait mort vers 1307 ou 1308. 11 a écrit son Commentaire sur les Sentences vers 1277-1283. Cf. Lechner, op. cit., p. 11-13; N. Paulus, Geschichte des A blasses im Mittdalter, t. i, p. 301. L’ordre des matières dans le Commentaire est le suivant : dist. XIV, delà pénitence comme vertu; dist. XV, de la satisfac­ tion et des œuvres satisfactoires: dist. XVI, des par­ ties du sacrement de pénitence et de la rémission des péchés véniels; (list. XVII, de la confession el de la justification; dist XVIII, de l'excommunication; dist. XIX, pouvoir des clefs et correction fraternelle; défense du prochain opprimé; dist. XX. confession au lit de mort, purgatoire el indulgences; dist. XXI, encore du purgatoire; de la confession générale et du 1023 PÉNITENCE. LES FRANCISCAINS AVANT DUNS SCOT 1024 q. m. Comme sacrement, la pénitence se distingue de secret de h confession; dist. XXII. du retour des la pénitence naturelle, par l’aveu fait au prêtre ct par péchés ct de la sacramental!té de la confession. l’absolution. Dist. XXII, a. 2, q. îv. Le pouvoir d’ab­ D’une manière generale, ct tout spécialement dans l’analyse des mouvements qui accompagnent la justi­ soudre a été conféré aux prêtres par le Christ après sa résurrection, Joa., xx, 23. en relation avec la juridic­ fication, Richard ne s’éloigne généralement pas des tion préalablement concédée, Matth., xvi, 18. Richard données de saint Thomas ct de Pierre de Tarcntalse : s’en tient sur l’efficacité du sacrement aux concep­ avec eux, il reconnaît les quatre actes nécessaires (col. 987). Pour lui, l’infusion de la grâce ct la purifica- i tions reçues. La pénitence extérieure est le signe, la rémission des péchés est la res sacramenti, ct la péni­ tion du péché ne sc distinguent que logiquement, la tence intérieure est res d sacramentum, c’est-à-dirv priorité étant cependant accordée à l’infusion de la grâce. Dist. XVII, a. I, q. îv. La grâce est la cause for- [ un ornatus aninuv par lequel le prêtre, grâce au signe extérieur, produit dispositive, dans l’âme, la grâce et la melle de la justification, id., q. n, ad lura. Dieu sou­ rémission des fautes; a. 2, q. i, n, m, in quantum suo tient d’ailleurs de sa grâce le pécheur sc disposant à la justification, q. i, ad lDm; mais tout sc passe in ins· | ministerio assistit virtus divina, quœ peccatum ren il· tit. Nous avons déjà dit que Richard considère toute tanti, q. vi. L’existence du pouvoir des clefs dans l’Église résulte rémission du péché, même antérieure à la réception effective du sacrement, comme res sacramenti. II suit des paroles du Christ, Matth., xvi, 18. Richard l’explique comme saint Thomas, distinguant le pou­ en cela l’opinion de ses contemporains ct prédéces­ seurs immédiats. voir d'excellence du Christ du pouvoir ministériel de l’Église. Dist. XVI 11, a. l,q.i, Il s’agit ici de clef, non Le sacrement est un, nonobstant la multiplicité de scs éléments, unum unitate integrata ex pluribus relatis de la science, mais du pouvoir, davis potentiae, pour ad aliquid significandum cl aliquo modo efficiendum, ouvrir et fermer, délier ct lier. Cc pouvoir, les prêtres quod est remissio actualium peccatorum, et donc d’unité du Nouveau Testament le possèdent par leur caractère relative. A. 2, q. m. Pour Richard, la forme du sacre­ sacerdotal, même s’il leur manque la davis scientiir, ment réside dans l’ordre des parties en vue de signifier Dist. XIX, a. 1, q. n, même si leur mauvais état d’âme leur en interdit l’usage, q. ni. Sur cette dernière consi­ la rémission des péchés et d’y disposer l’âme; la dération sc greffe d’édifiantes ct utiles vues de théolo­ matière, ce sont ccs parties, contrition du cœur, confes­ sion, satisfaction et absolution. Dist. XVI, a. 1, q. n, gie pastorale. Cf. Lechner, op. c//., p. 219-250. La distinction de la pénitence-vertu ct de la péni­ ad lum. Ainsi, dans le sacrement, la pénitence demeure emendatio voluntaria, mais per viam judicii voluntarie tence-sacrement trouve sa place dans le traité de suscepti. Ibid. Richard. Dist. XIV, a. I, q. i. L’objet formel de cette L'absolution est l’élément qui coopère le plus effica­ vertu est le péché, non pas tant comme offense de Dieu cement â la rémission des péchés ct de la peine éter­ que comme transgression coupable de la loi divine. Id., nelle; l’acte du prêtre, qui tient la place du Christ, q. π. Quand Richard parle ici de péché actuel, il faut doit être plus efficace que les actes du pénitent. Ibid. l'entendre par opposition au péché originel. La vertu Mais cette cflicacité ne s’étend à la rémission de la de pénitence est une vertu morale, sc rattachant â la faute et de la peine éternelle que ministcricllcmcnl justice, a. 2, q. n, avec cette note distinctive que le ct insirumentalcment ; la vertu divine assiste le prêtre pécheur s’impose â lui-même librement la réparation du droit lésé. A. 3, q. i. L’espérance du pardon y est conférant l’absolution. C’est elle, et elle seule, qui remet directement faute ct peine; l’absolution produit incluse, a. 3, q. n,ct ad 3um;ct cette pénitence salutaire simplement, mais ex opere operato, la disposition â celte fait elle meme partie du plan de la prédestination. rémission. Dist. XVIII, a. 2, q. i. Nous sommes donc L’habitus naturel de la pénitence dispose certainement â Vhabitus surnaturel : Richard ne décide pas si la ici encore en face du système de la causalité disposi­ pénitence surnaturelle résulte en nous de l’action des tive. Si Richard s’en tient â cet enseignement, c’est que principes surnaturels, ou si elle est totalement infuse. \ I. q. I. sur la contrition elle-même il professe la même doctrine que la plupart de scs contemporains. H y a deux con­ L’existence de Vattrition est démontrée, sans que ce mot soit prononcé, â propos de la question de l’origine tritions, le mouvement de pénitence informé par In du mouvement de pénitence : utrum poenitentia concipi grâce; le mouvement encore informe. Dist. NVII.n. L potest in nobis ex timore? Dist. XIV, a. t, q. n. La q. n et m. La contrition informe, pourvu qu’elle pro­ cède d’un commencement d’amour de Dieu, devient réponse est affirmative, â condition d’entendre que la crainte est un simple point de départ Divers motifs • formée » par l’absolution dans le sacrement de péni­ peuvent influer sur cc mouvement : foi, espérance, tence; ct ainsi. à'attrttus le pénitent devient contritus crainte ct même commencement d’amour. Ordinaire­ Nous rejoignons ici la doctrine précédemment énon­ cée â propos de l'absolution ; c’est Dieu qtü demeure la ment, c’est à la crainte qu’il faut rapporter le principe cause unique el directe de la rémission du péché et de de la pénitence. Λ. I, q. n; a. 10, q. i. Mais l’auteur la peine éternelle; la contrition joue avant tout le distingue nettement la crainte servile ct la crainte filiale, celle-ci pouvant seule conduire à la vraie péni­ rôle de disposition. Pour plus de détails, voir Lechner. tence A. L q π, ad 3um. La contrition informe (attri­ op. cit., p. 271-288. La confession, faite oralement au prêtre, est un pré tion) ne mérite la justification que de congruo. A. 7, ceplc du Christ. Dist. XV II. a. 2, q. i. in. Le précepte n q. i. Quoi qu’il en soit, la justification par la contrition été donné soit implicitement, en figure, Matth., Mil, I: est en dépendance directe du sacrement, puisque soit explicitement. Mais il se déduit également du aucune contrition n’est véritable si elle ne contient pas le désir du sacrement : elle est. en toute hypothèse, caractère judiciaire de la pénitence. Rien ne sert de dire que sans la confession le pécheur peut réparer : la res sacramenti. A. 7, q. n, ad 2um. S’il faut mettre un ordre dans les sentiments dont sc compose le mouve­ il s’agit, en effet, avant tout, de remettre les fautes. ment de pénitence, la fol doit passer en premier lieu; Le précepte du Christ a été promulgué par Jacques, c’est elle qui montre cc que l’on doit craindre, aimer, v, 13-15, 16. Et enfin l’Église l’a sanctionné au concile du Latran, dans le canon O/7 /Hs utriusque sexus, La con­ espérer. /X 10, q.i. Comme sacrement, la pénitence peut être publique fession est d’ailleurs nécessaire d’une nécessité de salut Q. i. Ainsi l’aveu doit toujours être réalisé, soit in ou privée. Dist. XIX’, a. 11, q. t. Richard ne s’occupe que de la pénitence privée. Le sacrement a été immé­ adu, du moins in veto, quand le pénitent ne peut diatement institué par Jésus-Christ Dist. II, a. 1. s'acquitter de cette grave obligation. Q. i. Richard 1025 PÉNITENCE. LES FHANC1SCA1NS AVANT DUNS SCOT n'cxigc In confession que pour les pêchés mortels, les péchés véniels pouvant être remis sans l'intervention du pouvoir des clefs. Q. iv, et ad lu,n Le précepte de sc confesser ne s’impose pas fi ceux qui sont dans l’impossibilité de s’adresser Λ un prêtre; la confession aux laïques, en cas de nécessité, n’est donc pas obli­ gatoire. Q. iv. Le prêtre seul possède le pouvoir d’ab­ soudre; donc, aucune obligation pour les fidèles de recourir à quelqu'un qui n’est pas prêtre. Λ. 2. q. t. Bichnrd traite la question de la réitération de la con­ fession, plus en juriste qu’en moraliste. 11 semble sup­ poser qu'une confession faite sans attrition et même avec attachement au péché a une valeur sacramentelle dispositive. Dist XVH. a.2,q. vm,ad 5um. H ne s’agi­ rait donc plus de la confession valide et informe, au sens où l’admettent saint Thomas et ses disciples. Les cas de réitération obligatoire de la confession sont énu­ mérés d'après des défauts de science ou de juridiction constatés chez le confesseur, ad lnm, ad 2um; cf. a. 3, q. m. Voir Lechner, op. cit., p. 302 sq. Richard insiste beaucoup sur les devoirs du confesseur et l’obli­ gation du secret de la confession. Dist. XVIII, a. 2. q. m. et dist. XXI, passim. Sur la satisfaction en général, dist. XV, et la satis­ faction sacramentelle en particulier, dist. XVIII, l’auteur sc guide d’après la nécessité d’olïrir à Dieu des œuvres vraiment expiatoires du péché (cl, sur ce point, il maintient l’opinion de sainl Thomas de l’elHcacité des seules œuvres faites en état de grâce, dist. XV, a. 1, q. v), et d’après la nécessité de propor Donner ces œuvres â la possibilité humaine. On trouve ici des considérations fort utiles pour le ministère des âmes. Lechner, op. cit., p. 317-325. Les effets du sacrement sont, en première ligne, mais d’une manière simplement dispositive, comme il a été dit. la rémission des péchés et de la peine éternelle, et la restitution de la grâce sanctifiante. La rémission des reliquia peccati lui semble devoir être attribuée plutôt aux autres sacrements. Dist. II.a. l,q. îv. Mais la restitution et même l’accroissement des vertus appartient à la pénitence. Dist. XIV, a. 8, q.i. Grâce et vertus sont rendues en proportion des dispositions. Il est fait aussi mention, dans le même sens que chez sainl Thomas, de la reviviscence des mérites mortifiés par le péché mortel. Dist. XIV, a. 8, q. π. Sur l’indul­ gence, voir Lechner, op. cit., p. 333-341. 2° Deux noms doivent être ici signalés : Alexandre d’Alexandrie(t 131 I), disciple très fidèle de sainl Bona­ venture et même de Duns Scot, auteur d’une Summa quastionum S. Ronavcntiiræ super IV libros Sententia­ rum el d’une Lectura super I \ libros Sententiarum, et Guillaume de Ware, généralement considéré comme le maître de Duns Scot, auteur des Quasliones in IV libros Sententiarum, composées entre 1290 el 130(1. Cf. E. Longpré, O. M., Maîtres franciscains de Paris. Guillaume de Ware, dans La France franciscaine. t. v. 1922. p. 71-77; L. Vcuthey, O. M. < . Alexandre d'Ab randrir, Paris. 1932. Il suffit de relever quelques points dans ces œuvres restées d’ailleurs inédites. D’après Alexandre, le sacrement de pénitence a élé institué par le Christ dans sa partie formelle, mais non pas la confession. Pour celle-ci, Jésus l’a simplement insinuée; les apôtres l’ont instituée, cl Jacques Γη promulguée. C'est en vertu de l’institution apostolique que tous les chrétiens coupables d’un péché mortel sont tenus de le confes­ ser, et le IV* concile du Latran a imposé de droit ecclé­ siastique la confession annuelle. On doit distinguer la confession-sacrement cl la confession, acte de vertu. La première doit être faite nu prêtre; lu seconde à n’importe qui en communion avec l’Église. Bibl. Ambroslcnnc, cod. IL 4 Sup., fol. 212, Dans la Lectura, on trouve une remarque intéressante concernant la coinDICT. DF. THÉOU CATIIOU 1026 paraison du baptême ct de la pénitence. Dans le baptême, tout est opus operatum; chaque fols que Γο/ms operatum est posé, il y a sacrement ; dans la péni­ tence, l’opuf operatum suppose l’acte du prêtre confé­ rant l’absolution ; seul, le prêtre peut donc entendre sacramcnlcllement la confession. Bibl. Laurcnliennc, cod. Plut. xxix. Dext. 7 (non paginé). Quant â Guillaume de Ware, son système prélude aux conceptions de Duns Scot. Cet auteur insiste par­ ticulièrement sur l’efficacité de l’absolution, en vertu du pouvoir des clefs. Contrairement â l’opinion pro­ fessée par nombre de thomistes, il déclare que la con­ fession des mêmes péchés, en vertu du sacrement, ne saurait avoir d’efficacité qu’une seule fols, l'nc conclu­ sion immédiate de cc principe est que la confession aux laïques est sans utilité. C’est peut-être la première fois qu’un auteur se prononce si nettement sur ce point. Milan, bibl. Ambros., cod. C. 75. Inf., fol. 195 3° Quelques somm isles. — Sur les Sommes francis­ caines, Dicttcrlc, Die franziskanischcn Summa con­ fessorum », und Hire Bestimmungen (ïber den Abtass. Dobcln, 1893, dont les éléments sc retrouvent dans les articles déjà cités du même auteur, Zeitschrift fflr Kirchengcschichte. La première en date est la Summa Monaldina, pro­ bablement de Monald de Capo d’Istria (f 1285). La Somme a dû être composée vers 1271. Cf. J. Dietterlc, op.cit.. dans Zeitschr. für Kirchengesch . t xx\. 1901, p. 248 sq. ; H Kepiè, De IL Monaldo de Justinopoli, dans Arch, franc, hist.. t. i. 1908, p. 231-234 ; Er. Schulte. Die Geschichte der Quellen und Literatur des canonischen Hechts. t n, Stuttgart. 1877. p. lit sq. Comme les autres Sommes de cc genre. la Monaldina a un caractère avant tout pratique. On peut cependant en détacher quelques considérations spéculatives con­ cernant la théologie pénitentlellc. Le sacrement sc compose «les trois éléments, contri­ tion du cœur, confession de la bouche, satisfaction des œuvres. Ces trois éléments tombent sous le précepte divin rappelé parle Sauveur, Matth., iv, 17, promul­ gué par Jacques, v. 16. Le droit ecclésiastique oblige le pénitent à se confesser à son propre curé, à moins de raison suffisante qui l’en excuse, par exemple en cas de nécessité, en l’absence du curé. Mais à défaut de prêtre, on peut sc confesser à un laïque en communion avec l’Église. En réalité, d’ailleurs, seule la confession faite au prêtre est sacramentelle; dans le cas de néces­ sité. il suffit, pour obtenir de Dieu le pardon de scs fautes, de les lui accuser dans le secret de son cœur et d’en avoir un sincère repentir. Les Instructiones circa divinum o/flcium de saint Gauthier de Bruges, évêque de Poitiers (t 1307), sont un manuel rédigé à l’usage des confesseurs. Elles ont été éditées par A. De Poorler. l’n traite de théologie inédit de Gautier de Bruges, dans les .Mélanges de la Société d’émulation de Bruges, l. v, 1911. A noter l’im­ portance particulière que Gautier accorde à l’absolu­ tion sacerdotale, en raison du pouvoir des clefs possédé par les seuls prêtres, (’.elle importance ressort de la I comparaison instituée entre l’absolution indicative prononcée par le prêtre et l’absolution déprécatlve que peuvent prononcer les laïques en priant Dieu pour le penitent. Edit, cit., p. 37-38 De Jean de Galles (t vers 1300). nous avons un Trac­ tatus ou Summa de panitentia, Mayence, 1673. L’au­ teur sc rattache étroitement au traité De vera et falsa panilentia du pseudo-Augustin. Il s’inspire aussi de Guillaume d \uxerre. Il inet surtout en relief la con­ fession cl son efficacité. Liions également la Summa collectionum pro confes­ sionibus audiendis, cod. Vatic, tat. 2107, de Durand de Campania (♦ vers 1330). Cf. Hurter, Komenclator, t. il, Insbruck, 1906, p. 53L et J. Dietlcrle, op. cit., dans T. — XII — 33 1027 PÉNITENCE. DUNS SCOT Ztilsrhr. /Or K. G., t. xxvii, 1900, p. 70 sq. La Summa .1 été rédigée vers 1310. Elle étudie les cas les plus fréquents, circa confessores, circa confessionem et circa confitenda. C'est la troisième partie, qui s’occupe des ras concrets, qui est la plus développée (cn deux livres). La confession sacramentelle est celle qui est faite au prêtre, lequel, seul, peut donner l’absolution ct. par elle, remettre une partie de la satisfaction. Comme toutes les Sommes de l'époque, celle de Durand expose la doctrine des indulgences tanquam relaxationes satisfactionis. Elle reflète l’in fluence de Jean de Fribourg. Sc rattache aussi Λ l’influence de Jean de Fribourg et d’Henri de Suse la Somme de Pierre Qucsvel, fran­ ciscain de la première moitié du xiv* siècle. Sur cet auteur, voir Fr. Schulte, op. cit., I. n. p. 262. A I lenri de Suse. il emprunte la distinction des péchés véniels en trois catégories, ligna, farnum, stipula; cf. col. 995. Il Indique les huit manières d’en obtenir rémission en dehors du sacrement de pénitence. Quant aux fautes mortelles, la rémission s’en obtient par l’absolution sacerdotale dans la confession sacramentelle. Avec Henri de Suse, Pierre Qucsvel refuse au laïque ce pou­ voir d’absoudre. Si, par nécessité, un pécheur sc con­ fesse ii un laïque, ce sera uniquement pour manifester son désir de se réconcilier avec Dieu et avec ΓEglise : celle-ci pourra, en conséquence, l’absoudre même après la mort. Turin, bibl. nationale, cod. I). L /X, fol. 20 ve, 22 v°. La Summa de casibus du franciscain Astesan (t 1330), parue vers 1317 el imprimée une première fois à Venise. 1 168, ne présente aucun caractère parti­ culier. //. nuss SCOT, — La théologie pénitentielle de Duns Scot porte le cachet très personnel qui s'attache â tout son enseignement. Nous l’exposerons d’une façon plus didactique. 1° Causalité des sacrements cn général. Pour Scot, la causalité physique des sacrements, soit perfective, soit simplement dispositive, est inadmissible, in / Ve® Sent., dist. I, q. îv, v. La raison en est (pic la production de la grâce est une création proprement dite, à laquelle aucune cause créée, même simple­ ment instrumentale, ne saurait être adaptée. Et pour­ tant, le sacrement est un signe cfllcace. Dist. I, q. v. n. 12-18. La causalité des sacrements en fait non de pures dispositions, grâce auxquelles l’action divine serait possible; non de simples signes infaillibles de cette action; non des causes occasionnelles ou acciden­ telles de la grâce; mais de véritables causes instru­ mentales, ordonnées per se à la production des effets du sacrement, contenant même ces cfTets, non physi­ quement» mais moralement, en vertu d’un engagement très libre, certifié par l’Eglisc, par lequel Dieu est spé­ cialement présent et agissant dans le rite sacramentel. D’un mol, l'efficacité sacramentelle s'explique par l'assistance divine. Cf. Duns Scot, col. 1910. 2° L'essence du sacrement de pénitence. -· Scot marque une orientation nouvelle de la doctrine théo­ logique. Pour lui, l’essence, au sens strict du mol, réside dans la seule absolution. Il définit, eu effet. la pénitence : l’absolution de l’homme pénitent, pro­ noncée par un prêtre ayant juridiction, signifiant efficacement l’absolution du péché opérée dans l’âme en vertu de l’institution divine Dist. XIV, q. iv, n. 2. Sa penser s'exprime plus nettement encore dans les Reportata Cc sacrement n’a qu’un signe sensible dans les paroles prononcées ; il n’a donc qu’une forme ct, a proprement parlor, pas de matière. L. IV, dist. XVI. q. vi, n. ·>. On a indiqué. I îv, col. 1021, comment Scot n’excluait pas pour autant une quasimatière du sacrement, composée des actes du penitent, qui sont la contrition ct la confession, actes préalables 1028 nécessairement requis à l’absolution, enfin la satisfac­ tion, complément obligé du jugement. Les actes du pénitent, contrition, confession, satis­ faction, sont parties non essentielles, mais intégrantes de la pénitence sacramentelle ; on peut les considérer comme la matière prochaine sur laquelle s'exerce la forme, puisque l’absolution porte sur les péchés, dont ces actes sont la manifestation douloureuse. Ainsi s’explique la définition : absolutio hominis pœnitentis. Dist. XVI, q. î, n. 7. La forme du sacrement n’est pas strictement déter­ minée par le caractère judiciaire du jugement : la for­ mule ego te absolvo est convenablement choisie. Tout ce qui précède ou suit est affaire de coutume dans les différentes Eglises. Dist. XIV, q. ιν, η. L Dans leur sens naturel, ces paroles signifient la purification (ablutionem t de l’âme par rapport au pèche, id., n. 2 ; mais elles la signifient d’une manière cfllcace. sc ter­ minant en réalité â la purification du pécheur, id., n. 3. et elles doivent être prononcées par le prêtre en présence du pénitent. Dist. XVII, n. 31. Conformément à sa doctrine générale sur l’clllcacité sacramentelle, Scot enseigne que l’absolution n’opère pas immédiatement et principalement le pardon des péchés, mais s’étend médiateinent ct inslrumcnlalement à la rémission de la faute et de la peine éternelle. Dist. XIX, q. il, n. 32. Son efficacité, relevant d’une causalité morale, se termine donc â la production d’uni· disposition objective, laquelle, en vertu du pacte divin, exige nécessairement le pardon. Ibid. (ne conclusion s’impose que nous empruntons au P. Teclaert. ■ Continuant le mouvement qui s’était produit durant le xm· siècle en faveur de l'absolution, le Docteur subtil fait de cet acte du prêtre le seul élément essentiel ct constitutif du sacrement de péni­ tence et considère les trois actes subjectifs (la contri­ tion, la confession et la satisfaction) comme des parties intégrantes du sacrement, requises non pas pour la validité, mais seulement pour la réception fructueuse de la pénitence. De la sorte, la contrition, a laquelle les auteurs du xir et de la première moitié du xnr siècle réservaient la place la plus importante dans la rémission du péché et que saint Thomas avait maintenue comme un élément essentiel de la péni­ tence, fut rejetée par le Docteur subtil comme partie constitutive du sacrement el n’y fut gardée que connue partie intégrante. » Op. cit., p. 395. 3° Caractère général des actes pénitcntiels. Faire pénitence » comporte des sens divers, énumérés par Scot, dist. XIV. q. ι, η. 1 1-16, mais le sens primordial, dont dépendent tous les autres, est la punition du péché: peccatum vindicabite. Par lâ, nous avons la spé­ cification de la vertu de pénitence, qui se rattache à la vertu de justice et. en dernière analyse, â la justice vindicative. Q. il, n. 8. Elle a son siège dans la volonté, ld., n. 5. Mais, de ce caractère général, il est possible de déduire que, de puissance absolue. Dieu pourrait ne pas ordonner le pécheur à cette vindicte ct. par lâ, sans mouvement de pénitence de sa part, lui pardon­ ner ses fautes, q. î, n. IH. Cette opinion singulière répond a la conception générale de Scot sur la justi­ fication, voir ce mot, t. vin, col. 2127, ct a trouvé un écho surtout chez les nominalistes. Voir plus loin, col. 1035, 1039. Dans l’ordre naturel, la vertu de pénitence s’ins­ pire d’un motif indépendant de la révélation : il faut punir le péché, mal et offense de Dieu. A ce point de vue, un acte unique de justice vindicative semble exigé : une douleur, une peine, un regret intérieur en raison de l'offense faite à Dieu. Report., I. IV. dist. XIV, q. tu. η. I. \u point de vue surnaturel, le péché doit être puni, en tant que détournant l’âme de Dieu cl l’empêchant d'acquérir la béatitude surna- 1029 PENITENCE. DUNS SCOT turclle. hi I ν««» Sent.. dist. XIV. q. in, n. 2. Et. ici, hi vertu de penitence, éclairée pur In fol, réclame plu sieurs actes distincts de réparation ; intérieurement un acte «le regret, extériorisé par la confession, cn soi si pénible à la nature et accompagnée d'une honte salu­ taire. ct divers actes extérieurs de réparation, qui se réduisent aux trois categories d'œuvres satisfactoircs, prière, jeûne, aumône. Dist. XV. q. i, n. 7, 12. I· /.es actes de la phiitênce surnaturelle considéras en particulier. - 1. Contrition. Scot est d’accord avec les théologiens des autres écoles pour définir la contri­ tion par le regret du péché commis, accompagné du propos de ne le plus commettre. Dist. XIV, q. n et iv. n. 9. Sur cette contrition, voir t iv, col. 1922. Mais le Docteur subtil réalise un progrès considérable dans hi distinction de la contrition et de Vallritinn. Sans doute, les mots n’ont pas encore la signification précise qu'on leur accorde après le concile de Trente. Scot cn est encore à la conception courante a son époque : le regret du péché, quel qu’en soit le motif, est attrition, tant qu'il n'est pas informé par la grâce ; la seule présence de la grâce donne â cc regret d'être contrition proprement dite. Ibid,, q. i, n. I9;q. il, η. I I15: q. îv. n. 6 sq. ; dist. XVI, q. v, n. 7. Mais le mérite de Scot est d’avoir distingue nettement deux sortes de regrets, attrition, ou contrition : l’un, aboutissant â la Justification du pécheur, indépendamment de la réception réelle du sacrement ; ce mouvement consti­ tue un mérite de congruo relativement Λ la rémission du péché, voir Justification, t. vm, col. 2127 ; l’autre, insuffisant pour mériter la grâce pénitentielle. suffisant cependant pour la rémission du péché dans le sacrement ex facto Dei assistentis. Dist. XIV, q. n, η. 1 t ; q. îv. n. 6. 7 ; dist. XVI. q. i. n. 7 : Report, dist. XIV, q. îv. n. 12. Le mot attrition est employé dans ces deux passages; mais on reconnaît sans ditllculté ce que nous appelons la contrition parfaite ct l’attrition. Il manque encore au Docteur subtil d’avoir indiqué avec clarté le caractère distinctif de l'une ct «le l'autre. Voirt. iy, col 1'293. Scot, le premier peut-être, enseigne donc explicite­ ment qu’il existe deux voies de justification. Dist. XX. n. 13. Cf. Minges. Die angeb lielie laxe Rcuetehre des Dans Scotus, dans Zeitschr. /Ür kathol. Theol.,1. xxv. 1901. p. 230 257, L’attrition supérieure (contrition parfaite) justifie par elle-même le pécheur : cause morale dispositive, elle agit per mod uni meriti de congruo, «list. XIV. q. π. η. 1 t. 15, et produit ainsi simultanément la rémission de la faute ct la grâce* sanctifiante, n. Hi. Entendons la rémission de la faute quant à la coulpc et quant â la peine éternelle, «list. XL III. q. 1, n. 6; dist. XX. n.3, ct parfois, «piant à la peine temporelle. Ibid., n. 2. Le péché véniel peut être remis sans la contrit ion parfaite : l’attrition et les bonnes œuvres suffisent. Dist. XXI, q. î. n. 8 Due autre précision intéressante de la doctrine scolislc est la double affirmation : «pic l'attrition inspirée par la crainte des peines ducs au péché est honnête, utile, salutaire, «list. XIV, q. i. n. 15 ; qu’elle suffit pour recevoir fructueusement le sacrement de péni­ tence. Q. îv. n. 6-10. Scot ne saurait, pour autant, être accusé de laxisme. D'ailleurs, cn maints endroits, il affirme la nécessité, même à l’article de la mort, d une attrition excluant toute volonté de pécher. (7. Minges, Compendium theol. dogm. specialis. Hallsbonne. 1922. n 521 2. Confession. L'obligation de la confession est non pas de droit naturel, dist. XVII, n. 3-8, mais de droit positif, divin, exprimé dans f Evangile, Joa.. xx, 23. cl dans la tradition apostolique sans formule écrite, n. 9, 17. Contrairement â la doctrine admise avant lui, Duns Scot n'admet pas «pic Jacques, v, 16. ait promul­ 1030 gué le précepte «le la confession. Dist. XVII, n. 18. Le précepte de la confession oblige tous les pécheurs (baptisés) parvenus à l’âge de discernement, quando lia bel usum rationis el est doli rapax. Report.. L IV, «list. XVII. n, 25. Le temps de la confession n'est pas fixé par le précepte divin, mais parle précepte ecclesias­ tique ; le précepte divin n'oblige par lui-même qu’en (Linger de mort ct quand il faut accomplir des devoirs exigeant la pureté de l’âme. Ibid., n. 27. Les péchés véniels ne tombent pas sous l'obligation, n. 30. Il est fort utile de confesser les circonstances aggravantes, In I V^Sent.. «list. XVII, n 20. sans «pi’il y ait obligation de le faire, sauf pour les « circonstances essentielles -, c'est-à-dire vraisemblablement pour les circonstances qui changent l’espèce du péché Report., 1 l\ . dist w il n 21 Scot considère que la confession doit être faite ver­ balement ; en certains cas. il accepte ct meme impose un interprète, pourvu que soit garde le secret La confession par signes est valable, si le confesseur les comprend. En lin. la confession par lettre, a un prêtre absent, ne peut êtrr admise : d'ailleurs, la lettre, cn cours de roule ou a l’arrivée, risquerait d'être ouverte, cc qui violerait le secret. ( J. In / V°® .Sen/.,drt. XVII, n. 31; Report.. L IV. dist. XVII n. 33. 31. 3. Satisfaction. - Pour être suffisante, la confession doit être faite < avec le propos de se soumettre à l’Eglisc pour sat isfaire pour le péché In I Ve® Sent.. dist. XVII. n 22 Scot envisage, d’une manière géné­ rale, la satisfaction comme une ouvre laborieuse ct pénale, volontairement entreprise, en vue de punir le péché qu'on a commis et de réparer ainsi l'offense faite à Dieu . Dist. XV. q. i. n. 11. La satisfaction sacra­ mentelle est celle qui est imposée par le confesseur. Cette imposition d’une pénitence répond à la pratique de l’Eglisc et â l’enseignement de la tradition : le prêtre absout de la peine éternelle, mais lie le pénitent quant à la solution des peines temporelles, si celte solution n’est pas suffisamment acquise. Dist. XVI. q. 1. n. 7. La nécessité d’achever ainsi l’œuvre du sacrement oblige, d’une part, le prêtre à imposer la satisfaction, d’autre part, le pénitent â l'accepter. Dist. XIX. n. 27. Sur la prudence «pu doit présider a l’imposition de la pénitence, voir t. i\. col. 1925. Scot admet que la satisfaction opère ex opere operato; en conséquence. il est probable que, même accomplie par le pénitent retombé en état de péché, elle possède une réelle valeur satisfacloirc. Dist. XV. n. 15. 16. Scot admet que le confesseur peut imposer comme pénitence des nllliclions naturelles ou des ouvres déjà obliga­ toires à un autre titre. Ibid., q. i. n. 13. 5· Ministre. - - Le prêtre seul est ministre du sacre­ ment de pénitence, parce que seul celui «pii possède un pouvoir sur le corps réel du Christ peut avoir autorité sur son corps mystique. Dist. XIV, q. tv, n. 2-3; dist. X\ II. n. 27. Dr plus, la nature même du sacre­ ment de pénitence suppose dans le ministre le pouvoir des clefs que Scot définit potestas sententiandi in /oro p:rnitentûr. Dist. XIX. n. 3. H reprend, avec des termes dillérents, l’enseignement de saint Thomas sur la subordination des pouvoirs : en Dieu, potestas sim· pliciterprincipalis; en Jésus-Christ, ρο/estas non princi­ palis, sed procellens; dans le prêtre, potestas non prin­ cipalis. nec pnvcellens, sed particularis. Ibid., n. 1-6. Le pouvoir de porter la sentence suppose le droit de connaître la cause, n. 7-8. Enfin, le pouvoir des clefs, bien qu’annexé au caractère sacerdotal, en est dis­ tinct. Dist XIX. n. 11. Dans le prêtre, il n’est qu'en puissance éloignée; pour passer cn puissance prochaine, il faut la Juridiction, n. 12. Le secret de la confession est traité dans la «list XXI, q. h. Les principes de Scot sur le r«*»lc de l’absolution, le 1031 PÉNITENCE. L’ÉCOLE NOMINALISTE pouvoir des clefs, ct ln distinction de l’attrition et de la contrition, devaient logiquement le conduire â nier non seulement l'utilité· mais la licéité de la confession aux laïques. Il l’a fait avec la prudence qu’exigeaient les idées en cours à son époque. Aucune obligation, en aucun cas. Dist. XVII. n. 27. En certains cas, cette confession peut n’être pas inutile, à titre de satisfac­ tion pour le péché, cn raison de la confusion qu'elle excite. Si l’on peut s'exciter à la confusion d’une autre manière, il est préférable de s’abstenir d’avouer ses fautes a un laïque. Scot va même jusqu'il sc demander si parfois cette confession ne constitue pas un péché. Cf. Tcclacrt, op. cit., p. 129-130. Il est le premier théo­ logien qui se soit oppose non plus seulement au carac­ tère sacramentel ct obligatoire de la confession aux laïques, mais même à la légitimité de cette pratique. Il est l’initiateur d’un mouvement qui la rejettera complètement. 6° Effets du sacrement de pénitence. — L'clTet pre­ mier ct principal est la rémission du péché et de la peine éternelle. Dist. XIX, q. n, n. 32. (’ne fois par­ donné, le péché ne revient pas, ni quant à la coulpc, ni quant â la peine. Report., I. Ill, dist. XX Π. η. L Mais, par le sacrement, revivent les œuvres méritoires précédemment accomplies cn état de grâce : elles revivent avec une valeur entière, la valeur qu'elles possédaient avant la chute ; de sorte que l’âme qui se relève a toujours plus de mérites qu'avant la chute. Ibid., n. 8. Cc qui ne veut pas dire que l’âme retrouve toute la grâce qu’elle avait perdue, au moins immédia­ tement. Scot semble dire que cette reviviscence ne se produira que plus tard, peut-être même seulement â l'heure de la mort, /η Sent., dist. XXII, n. 10; dist XXI, q. L n. 10. La réitération de la confession des mêmes péchés accroît les elïcts de la pénitence quant â la rémission des peines. C'est là l’opinion dernière professée par Duns Scot, Report., L IV. dist. XIX, n. 31, contrai­ rement à ce qu'il avait enseigné In I Vum Sent., dist. X IX. n. 31. R. Seeburg. Die Théologie des Johannes Duns Scot us, Leipzig, 1900; ct plus spécialement, P. Ramière, La doctrine franciscaine sur le sacrement de pénitence, dans Revue des sciences ecclésiastiques, 1873; P. Minges, Compendium theologite dogmaticæ specialis, t. n. Ralisbonne, 1922, p. 219 sq.; cf du môme auteur. Die angebliche luxe Reuelehre des Duns Scol us, dans Zcitschrift file hath. Theol., 1901. I Sur l'accusation de laxisme (pour Scot et les mineurs en général), voirE. Bralke, Luthers 95 Thesen und ihre dogmenhislor. Voraussetzungen, Gœttingue, 1884. ///. APRÈS liUA'à SCOT. — Les disciples immédiats de Duns Scot n’apportent guère de modifications à la théologie du maître sur le sacrement de péni­ tence. C’cst surtout avec les nominalistes et les auteurs a tendances nominalistes que certaines assertions prendront un relief un peu plus accentué. Les vérités I particulièrement soulignées par Scot, efficacité de l'absolution, sufïlsancede l’attrition, se rctrouvent chez ses successeurs et disciples. D’autre part, la préémi­ nence de la volonté divine dans l’ordre moral incite les moralistes franciscains à maintenir certaines asser­ tions touchant l’objet de la pénitence, la rémission du péché, avec des nuances que ne ratifient pas l'ensemble des théologiens. Deux noms doivent être particulièrement cités au XIV· siècle, ceux de François de Meyronnes (t 1325) et de Jean de Bassolis (t vers 1347), tous deux auteurs de Commentaires sur les quatre livres des Sentences. Meyronnes admet que la pénitence n’est pas une vertu particulière, mais résulte de l'activité de toutes les ver­ tus contre les péchés opposés à ccs vertus, ln / Vuni, 1032 dist. XIV, q. n. On ret rouse aussi chez lui l'opinion de Scot sur la validité de l’absolution conférée sous la forme déprécative. (list. XIV, q. n. opinion plus accen­ tuée encore au siècle suivant par un disciple éloigné de Scot, Jean Gerson. Cf. I. I, col. 190. Sur l'origine divine du précepte de la confession, Jean de Bassolis a une doctrine plus ferme que les théologiens antérieurs. Voit t. m, col. 903. Trois sommistes méritent également mention : Nicolas d’Osimo (f 1 153), voir t. xi, col. 628, est célèbre par son Supplementum Surnmæ Magistrulitr seu Pisanetlæ, qui est un supplément alphabétique a la Summa de Barthélemy de Plse (voir col. 1005), Son Interrogatorium confessorum est perdu. Cf. Dletterle, op. cil., dans Zeitschr., t. xxvn, 1906, p. 183. Ange Carletli. de Chivasco (t 1195), voir t. i, col. 1271, est l’auteur de la Somme dite « angélique , citée maintes fois par Suarez dans son traité De pænitentia, et qui se présente, elle aussi, comme un complément de la Pisanclla. Elle sc recommande par sa clarté, sa doctrine sûre. Luther l’appelait Sununa diabolica. Sa doctrine sur la nécessité d’une attri­ tion suffisante, qui exclut toute volonté de pécher, apparaît, quoi qu’en aient dit certains critiques, dans plusieurs articles, not animent Contritio, § 2, et (Con­ fessio, a, J I. Cf. Minges. Compendium theol. dogm. spec., I n, p. 212. n. 525. Relevons une particula­ rité intéressante : l’auteur s’inscrit contre l'opinion qui prétend que les bonnes œuvres, faites en état de péché mortel, serviront au moins à mitiger la peine de l'enfer. Cc lui est l'occasion de rappeler que la peine éternelle ne peut être remise que par la contri­ tion personnelle de celui qui a pêché. lndulgentia,u,6. La confession auriculaire lui parait de l’essence du sacrement. Confessio, i. 29, 30. Les circonstances aggravantes doivent être accusées. Il admet que les péchés commis avant le baptême puissent être matière à absolution. Confessio, n, 2. Sur plusieurs points, il se réclame de l’autorité de François de Meyronnes. Cf. Dietterlc, op. cit., p. 206-310. Vue dernière Somme, la Rosetta casuum, a pour auteur Baptiste de Salis (f vers 1 195) et fut publiée une première fois sous le nom de Summa casuum utilissi­ ma... quæ Baptistiniana nuncupatur. Novi, 1484. Voir t. n, col. 378-379. Les mal ivres y sont étudiées en ordre alphabétique. Au cours de son exposé de la doctrine des indulgences, l’auteur rappelle quo le meilleur moyen d’obtenir une pleine rémission des péchés esl de se soumettre au pouvoir des clefs, en renouvelant régulièrement scs confessions, parce qu’on peut être assuré, en additionnant pour ainsi dire les remises par­ tielles (de la peine), d’arriver finalement à une remise totale. Q. xxx. Cf. Dietlerle, loc. cil., p. 442. VI. L'École nominaliste. - - Sous celle désigna­ tion générale, nous rangerons tous les auteurs qui, sans peut-être appartenir à l’école nominaliste, lui ont frayé la voie ou se sont rapprochés de ses conccplions. 1° Avant Occam. · — Trois noms doivent être cites: parmi les dominicains. Durand de Saint-Pourçain cl Robert Ilolkot ; parmi les franciscains, Pierre d'Auriol. Durand est de beaucoup le plus intéressant. 1. Durand de Saint-Pourçain (f 1334). — On ne saurait ranger Durand de Saint-Pourçain ni cn philo­ sophie. ni en théologie, parmi les nominalistes. Voir Occam, t. xi. col. 883. On ne peut nier cependant qu’en matière sacramentaire, il s’inspire de Scot pour accentuer ses opinions dans le sens où plus tard les alllrmera Occam. Sur Durand, voir l. iv. col. 1961, el J. Koch. Durandus de S. Porciano, O. P., 1, l.iterar· geschichtliche Grundlegung, dans Retirage :ur Gfschichteder Philosophie des M.-A,, t.xxi, fasc. 1,1927. Le point de départ de la théorie sacramentaire de < 1033 Durand est sa doctrine sur la justification, très appa­ rentée a celle de Scot, voir Justification, t. vin, col. 2127. //essence du péché mortel doit être uniquement placée dans la seule déviation de la volonté libre par rapport à l’ordre moral. De sorte que l’offense de Dieu n’existe à proprement parler que dans le désordre de hi volonté, et qu'il faut identifier absolument la faute, en tant qu'offense de Dieu et en tant que mal de l'homme, lui apportant nocivité cn raison de la peine dont Dieu la punit. In I Vun· Sent., dist. XVII, q. vu, n. 5. 10, 1 I. Cf. ln //«m, dist. XXXII, q. I, n. 5; in 1 Vum, dist. XX II, q. i, n. H; q. il, n. C; dist. XVIII, q. n, n. G. De sorte que la tache du péché, si tant est qu'on puisse parler de tache, ne peut être autre chose que la privation de la grâce sanctifiante, ornement de l’âme. In 1 /um, dist. XXXII, q. i, n. 5; In / V’u«n,dist. XVIII,q. ιι,η. 6. Cette privation consti­ tue la deordinatio de la volonté pécheresse. Ibid. Cette deordinatio est rectifiée par la contrition, à la suite de laquelle Dieu pardonne le péché, c'est-à-dire ne l’impute plus à peine au pécheur. Pardonner le péché quant à la coulpe. quant à l’offense ou quant à la peine, c'est tout un pour Durand. La réalité de la grâce sanctifiante n’est pas niée pour autant. Au moment de la justification, la peine éternelle est transformée en peine temporelle, le châtiment purement vengeur en une expiation médicinale. In I Vum Sent., dist. XVII, q. ni. En conséquence de ces principes, il faut dis­ tinguer dans la justification deux moments et deux mouvements : le mouvement du libre arbitre dans la contrition, et l’infusion de la grâce. Mais, alors que les mêmes principes devraient conduire Durand à iden­ tifier volonté divine justifiante et grâce sanctifiante, il maintient, selon les idées reçues, la rémission de la faute par l’infusion de la grâce. Ibid., q. 1, n. 7, 8. L’attrition commence la disposition de l’âme, laquelle s'achève dans la contrition, qui se produit simultané­ ment avec l’infusion de la grâce, quoique la précédant ordine nat une. Ibid., n. 8. Durand est le premier, semble-t-il. qui ait distingué attrition cl contrition d’après les motifs. La phipart du temps, le regret des fautes commence avec la crainte, laquelle ne suffit pas, et précède ordine tem­ poris la contrition. La disposition devient parfaite quand le pécheur regrette sa faute parce que contraire à l'amour de Dieu et à l’obéissance due â Dieu, et parce qu'elle le sépare de Dieu, qui doit être aimé par-dessus tout. C’est alors la contrition. In 1 VamSen/., «list. WH. n. In l Va» Sent.,dist. XV111, q. î. a.3. Cependant. Thomas lité qu’elles comportent, à la rémission des peines du purgatoire ; par la vertu avec laquelle nous les accep­ reconnaît que d’autres disent, au contraire, que les sacrements de la Loi nouvelle produisent ce qu’ils signi­ tons. elles constituent de véritables satisfactions. fient cl que. par conséquent, le pouvoir des clefs s’étend Medina, tract. 111, q. v, dub. i. à la rémission des péchés. Ibid. La satisfaction sacramentelle est celle qu’impose le Sur la vertu de pénitence, il faut noter une opinion confesseur dans le sacrement; bien proportionnée singulière de Thomas, attribuant cette vertu au Christ aux fautes, elle pourrait remettre toute la peine duo et à tout sujet capable de sentiments de justice, parce au péché. Major, (list. XX, q. î; Medina, tract. Il, qu’il leur est possible, tout au moins conditionnelle­ q. XLVit, he effectibus pœnitentix implctir. Elle ne ment, d’affirmer leur désir de réparer le pêche, s’ils peut être publique pour des péchés secret s. Zôid.,q.XLiv. venaient à le commettre. Dist. XIV, q. î. ad 5um. A Le pénitent n’est pas obligé d’accepter la pénitence, l’encontre des nominalistes, Thomas requiert un mou­ Medina, tract. IL q. v; mais le confesseur peut l’y obliger. Major, dist. XX, q.v; dist. XVIII, q. n l aite | vement de contrition formelle pour la rémission du péché véniel. Dist. XVI. η. I; dist. XXL a. I. ad lura. en état de péché, la satisfaction produit néanmoins L’obligation de faire pénitence pour le péché mortel qu?lque effet. Marsile. In l Vttn“Sen/.,q. xi.a 3; Medina. lui parait s’imposer aussitôt que possible apres la loc. cit.. De picnitentia injuncta ct in gratia implenda. faute commise : il est donc plus sévère que l’ensemble Cf. J. Gerson, Comp, theol., xxvn, L thfoldgiens. Dist. XVII. a. L ad L'onmiu· VIL Quelques ixih.pendaxts ou augustixii xs. divine de la confession est attestée par Thomas de — Notre galerie serait Incomplète si nous n’ajoutions Strasbourg non plus comme une opinion, mais comme pas quelques Indications touchant des théologiens une doctrine acquise. Dist. XVII, q. n. a. 2. Voir ici, indépendants ou à tendances augustiniennes. Quelques t. m. col. 903. notes suffiront. Au chapitre de la satisfaction. Thomas n'admet pas 1° Henri de Garni (vers 1293). — Sur la causalité que ΓEglise puisse imposer une pénitence publique sacramentelle, Henri de Gaud est un précurseur de pour un péché secret. Dist. XIV. a. 3. Sc >t cl des nominalistes; il enseigne la causalité I· Maître Adrien (t 1523). - Une place à part doit occasionnelle, le sacrement étant une condition sine être faite OU futur \drien VI Xous utilisons ici prin­ gua non de l’infusion de la grâce. Quodl., IV. q. xxxvu. cipalement les Quxstiones guodlibcticic, Louvain, 1515, En soi. rémission des péchés ct infusion de la grâce et les Quastioncs in I V™n Sententiarum. Louvain, sont choses distinctes, bien qu’en fait la première 1516. On sait que ce dernier ouvrage, public d’ailleurs soit réaliser par la seconde. Summa, 1. IV, c. xxx. à l’insu du maître, est une suite d’études sur les sacre­ L’absolution a pour effet immédiat l’accroissement ments plutôt qu’un commentaire proprement dit sur de grâce sanctifiante, cc qu’elle fait chaque fols les Sentences. (Nos références marqueront ici unique­ que des pêches, déjà pardonnes dans une confession ment la question.) précédente, sont soumis de mmveau au pouvoir des Sur la causalité des sacrements et, en particulier clefs. Quodl., \IL q-, xxn. x\iv. Et même l’auteur estime que l’Eglisc peut imposer l’obligation de l’objet du pouvoir des clefs. Adrien est hésitant. Il accepte comme probable l’opinion du Maître des Sen­ réitérer ces confessions. Quodl, X. q. t. tences el des nominalistes, que l’absolution ne remet Henri de Gand est un des premiers théologiens pas, à proprement parler, les péchés et la peine éter­ ayant explicitement défendu l’utilité et la suffisance, nelle, mais les déclare remis Quodl.. V, a. 3. Mais, dans le sacrement de penitence, de la simple attrition. ailleurs, il se rallierait facilement à l’opinion de saint Quodl., L q. xxxn. O'attritus, le pénitent devient contritus par l’efficacité de l’absolution. I Thomas assignant comme effet immédiat à l’absolution 1043 PÉNITENCE. MESURES DISCIPLINAIRES ET DOGMATIQUES la remission de la coulpe cl de la peine du péché. De clavibus, q. u. La pénitence est un mouvement de déplaisir ou de haine a l'égard du péché commis, De pienit., q. î. qui inclut le propos, au moins virtuel, de ne plus pécher â l’avenir, Id. La vraie contrit ion suppose un mouvement intense de penitence. /p rit., p 619. Enfin. en 1330, un concile de Lambeth rappelle les prescriptions connues sur l’administration du sacre­ ment «le pénitence, l’obligation, pour le confesseur, d'agir avec prudence, «le ne confesser «pie ses subor­ donnés, «le refuser l’absolution aux Impénitents, de ne pas s’enquérir des pêchés des autres et des noms des complices. Obligation pour le prêtre, en état «le péché mortel, «le sc confesser avant de célébrer. Dégradation prononcée contre les violateurs du secret de l:i confes­ sion Can. 2 et 3 Op. « il., p. 815. 2. Documents de l'Églisc romaine, Alexandre IV condamne, le 5 octobre 1256, la proposition suivante «le Guillaume de Saint-Amour : Celui qui se confesse aux frères (dominicains et franciscains), délégués cano­ niquement par l'évêquo ou le pape, ne satisfait pas au décret Omnis utriusqur sexus, Car 11 est commandé de faire cette confession aux supérieurs ayant charge d’âmes, précisément pour qu’ils connaissent le visage «le leurs brebis, c’est-à-dire la conscience «le leurs subordonnés. Or, il est certain que le supérieur ne peut connaître les sentiments et les actes de chacun qu'en entendant leurs confessions. » Dcnz.-Bnniiw., n. 459. 104G C’est la question du choix «lu confesseur déjà exposée, t. ut, col. 908 Celle querelle suscitée aux ordres mendiants par les séculiers se reproduit encore, au sujet de l’adminis(ration «lu sacrement «le pénitence, sous le pontificat de Jean XXI1. Jean de Pouilly, voir t. vm. col. 797, a soutenu les trois erreurs suivantes· Ie obligation.pour les fidèles, de recommencer 1rs confessions faites aux religieux ayant le pouvoir général d’entendre les con­ fessions; 2° le pape, cl même Dieu, ne pourraient faire «pic les paroissiens accomplissent leur devoir annuel en sc confessant â d’autres qu’à leur curé; 3· ni le pape, ni Dieu ne peuvent concéder le pouvoir générai d'en­ tendre les confessions «le telle sorte que les paroissiens soient exempts «le s’adressera leur propre curé. Drnz Bannw., η. 191-193. Au point de x ue doctrinal, la profession de foi «le Michel Paléologuc, au Hr concile de Vienne, atteste, «l’un mot, dans la nomenclature des sept sacrements. In croyance de l’Eglisc au sacrement de penitence. Denz.-Hannw.. n. 465. 2e Renott XII: Le Libellus ad Armenos ». Voir, sur la portée ct l’ensemble «lu document, t. îi, col. 696. Les accusations portées contre les Arméniens et surtout la réponse ofllcirlle des évêques arméniens au concile «le Sis fixent la croyance de l’Eglisc catholique au xtv< siècle. Voir les accusations, t. u, col. 698, n. 10 ct la réponse, col. 703. D’où il résulte «pie : 1. les prêtres sans exception ont le pouvoir de remettre les péchés. 2. «pie la formule d’absolution déprécativc u, d'après l'intention du ministre, valeur indicative: 3. que tous les péchés sont rémlssibles â condition d'être tous spé­ cifiquement soumis au pouvoir «les clefs; I. «pie la communion doit être normalement précédée de la confession; 5. que le pouvoir plus étendu «les évêques n’infirme pas la juridiction des prêtres au for sacra­ mentel. 3· Concile dr Florence (1 139). - Bien que les con damnations «le WlclefT el «te 1 lus appartiennent à une époque antérieure, elles doivent être étudiées plus loin, car elles sont la reprobat ion «l’un début de déforma­ tion doctrinale qui se prolonge dans le protestantisme Les déclarations du concile de Florence, décret pro Armenis, sont, au contraire, le prolongement doctri­ nal d’une croyance déjà antérieurement proposée et trouvent ici naturellement leur place Sur la valeur doctrinale «lu decret pro Armenis, voir Oiidîib, l. xi. col. 1315-1322. Le texte conciliaire est presque Identique à celui de saint Thomas, opusc. Dr fldei articutii et septem sacramentis, édit. Mandonnet, Opuscula omnia S. Thoma, t m, Paris. 1927. p. 16. 1 Texte i>u concile Novæ Legis septem sunt sacramenta î videlicet bap­ tismus, confirmatio, eucha­ ristia, pienilentla. extrema unctio, ordo et matrimo­ nium... Quod si per peccatum a gritudinem incurrimus animie, per pænitcntiani spiri­ tualitcr sanamur... Quartum sacramentum est pernitentia, cujus quasi imitorln sunt netus pirnitentis, qui in tres distinguuntur par­ tes, quarum prima est cordis contritio, ad quam pertinet ut dulcat de peccato com­ misso, cum proposito non peccandi de cetero. Secundi! est ori* confessio : ad n'y voyaient qu'une coutume ou une loi ecclésiastique d’introduction récente, imposée aux fidèles pour éviter les communions sacrilèges. Il semble bien que ç’ail été là la pensée des Pères dc Trente. Voir t. ni, col. 9<>9910. Plusieurs théologiens contemporains ont aban­ donné l'opinion dc saint Alphonse dc Liguori (lequel opinait en faveur du droit divin, Theol, moratis. L VL n. 256) et sc sont ralliés à la solution de Jean de Medina. Voir Noldin-Schmitt. De sacramentis, n. 140; (ienicot-Salsmans, Theol. moralis, t. n, n. 192 D'autres restent fidèles â la conception du précepte divin. Prûnimcr, Theol. moralis, t. ni. n. 192; Cappello, De sacramentis, t. î, n. 488. A. Michel. IV. LA PÉNITENCE DE LA RÉFORME A NOS JOURS. N<’ii vont dit a 1 article Ordre, l. xi. col. 1333, comment le principe protestant dc la jus­ tification supprime l'intermédiaire entre Dieu cl l’homme et ruine le sacerdoce par sa base même. Tous les sacrements, même le baptême rt la cène, ne sau­ raient plus être que des signes extérieurs attestant notre foi en la promesse de Dieu relativement au par­ don dc nos fautes en vue de Jésus-ChrisL Plus encore que le sacrement dc l’ordre, le sacrement de peni­ tence sc trouve ébranlé par cette doctrine. D’ailleurs, plus de caractère sacerdotal, plus de pouvoir des clefs agissant du prêtre sur le fidèle. Luther et ses émules devront changer toute la signification du vocabulaire théologique sur les points traditionnels dc la confes­ sion, de la contrition, du pouvoir des clefs, du pardon des fautes. Ils chercheront même à justifier leurs opi­ nions nouvelles par les assertions de I Écriture, el de la tradition, représentée surtout par les théologiens du xn· et du début du xur siècle. El. surtout, ils profi­ teront des troubles déjà apportés par certains esprits brouillons ou mal intentionnés dans la doctrine du pouvoir des clefs, pour répandre leurs idées subver­ sives et créer, pour ainsi dire de toutes pièces, une théologie inédite du sacrement de pénitence. Nous étudierons successivement : I Les précurseurs du protestantisme. IL Les doctrines des réformateurs (col. 1053). 11 L L’. Cf. a. 2, Dc lege, n. 3, p. 312. Les mêmes idées faction, pour en faire un objet de lucre. Ibid., p. 513se retrouvent dans la Captivité de liabylone, De sacra­ 511. Finalement, Luther n’accepte d’appeler sacre­ mento pnmitentiir. D’après Luther, les papistes ont ment que les promesses (de la grâce) attachées à des imaginé une contrition sans la foi au Christ, et qui mé­ signes : et. â ce compte, il n’y en a que deux, k riterait la grâce. Bien plus, ils ont inventé une certaine baptême cl le pain, dans lesquels on trouve un signe attrition qui. par le pouvoir des clefs (qu’ils mécon­ institué divinement auquel est jointe la promesse de naissent), deviendrait contrition : ils l’accordent aux la rémission des péchés. Mais la pénitence manque impies ct aux incrédules, et ainsi péril toute véritable d’un signe divinement institué; elle n’csl, en réalité, contrition! La douleur des péchés n’aurait pas la foi pour le pécheur, que la voie, le retour aux sentiment* comme principe, alors qu’au contraire c’est la foi seule du baptême. Ibid.., p. 572. cf. p. 528. qui lui donne sa valeur. Werke, t. vi, p. 511-515. Mélanchthon semble ad mettre la pénitence au Se reporter également au Sermo dc pienitentia, dans nombre des sacrements véritables. Si sacramenta voca­ Werke, t. i, p. 319. ct particulièrement à la prop. 6, mus rilus gui habent mandatum Dei et quibus addita ed condamnée par Léon X. qui en est textuellement promissio gratin·..., ocre... sunt sacramenta, baptismus, extraite. Voir col. 1055. C.f. prop. 7, 11, 12, I L Voir cœna Domini, absolutio, qtur est sacramentum pani* également le développement des prop. 6 et 11, dans j tcntiir. Apologia confessionis, art. 13 (7). dans Muller, Assertio omnium articulorum, Werke, t. vu. p. 113op. cit., p. 202. Mais tout l’article 12 (5), De picni11t.. 121-122. tentia, se réclame de la doctrine de Luther et montre L’effort dc Luther porte surtout contre l’attrition. clairement que le mol sacrement » ne saurait, en cc qu’il appelle dédaigneusement dimidia quasi contritio, qui concerne la pénitence, être compris pur Mélan­ ou initium contritionis. Art. de Smalkalde, part. HL chthon dans un sens catholique. Voir aussi Loci com­ a. 3. n. 16. p. 31 L El la description qu’il en fait, le rôle munes, dans Corpus reformatorum, t. xxi, col. 215 qu’il hn prête, n. 16-17, montre à quelle déformation et I7O. il la soumet. Ce n’est plus, en raison de la crainte <1° Confession. Sur la confession chez Luther cl qu’inspire le jugement divin, qu’une velléité de con­ chez Mélanchthon. voir ici l. m, col. 935-938. Dc trition. que le prêtre, pour accorder l’absolution, Luther, on consultera encore : Contra malignum J. Eccii décore du nom de contrition. judicium M. Lulhrri defensio, a. 7, Werke, l. il, p. 615; Mélanchthon. dans V Apologia confessionis, a. 12. Confitendi ratio, n. 7-9. t. vi. p. 161-161; Assertio engage une attaque virulente contre la conception omnium articulorum..., a. 8. I. vu, p. 117. Voir le* des sententiaires. Ils ne savent si c’est dans l’attritextes de la Confession d'Augsbourg, a. 11 et 25. dans tion ou la contrition que se fait la rémission des péchés. Müller, op. cil., p. 11. 53; de VApologia confessionis, Si c’est à cause de la contrition, â quoi bon l’absolu­ ibid., p. 161 sq., 185 sq.; des Loci communes, dans Cor­ tion. puisque le péché est déjà remis... D’autres rêvent pus reformatorum, t. xxi. col. 217-220. 193-195; Eraque. par le pouvoir des clefs, la faute n’est pas remise, men ordinandorum, t. xxm, col. 51-55. Mélanchthon mais la peine éternelle changée en temporelle. Ainsi , distingue deux sortes de confessions ; celle qui sc con­ donc ce très salutaire pouvoir serait un ministère non fond avec la pénitence elle-même et consiste dans la de la vie ct de l’Esprit. mais seulement de la colère et confiance exprimée â Dieu du pardon des fautes dont des peines. D’autres, plus prudents, enseignent que le nous sommes coupables ; et l’aveu qu’on peut faire pouvoir des clefs remet les péchés au for ecclésiastique, aux hommes, soit pour réparer une faute publique non au for divin. Erreur pernicieuse î On nous enseigne (comme cela se pratiquait dans la primitive Eglise aussi que la contrition mérite la grâce. Et cependant, dans la pénitence publique), soit pour la consolation Saul, Judas ont été terriblement contrits et cependant du pécheur. Celte dernière confession n’csl nullement n’ont pas obtenu la grâce. Pour répondre â cette dif­ nécessaire : aucun texte scripturaire ne l’impose; elle ficulté, il faudrait faire intervenir la foi cl l’Evangile. ' esl utile cependant, à cause du pardon qu'elle pro Parce que Judas n’a pas cru. il n’a pu s’élever jusqu’à voque dans l’Eglise, de la discipline qu’elle main­ l’Evangile cl la promesse du Christ. C'est donc la foi tient, de l’instruction dont elle esl, pour les ignorants, qui montre la différence entre la contrition de Judas et une salutaire occasion. Mélanchthon réfute l’argument celle de Pierre. El la conclusion est que < toute cette des papistes, que le juge doit avoir connaissance de In doctrine... est pleine d’erreurs, hypocrisie pure, ct cause. Cet argument provient d’un concept faux du qu’elle obscurcit le bienfait du Christ, le pouvoir des pouvoir des clefs, qu’on identifie avec un pouvoir dc clefs et la justice dc la foi ·. Müller, op. cil,, p. 168-169. juridiction, mais (pii. en réalité, esl un pouvoir dc Voir également Loci communes. De pirnitentia, dans simple ministère. La seule confession dont il soit fait Corp, reform., t. xxi. col. -190; Examen ordinandorum, mention dans l’Ecrilure est la contrition ou pénitence l. xxm. p. 17-5 L passim. par laquelle on se repent de ses fautes. 3° Sacrement de pénitence. - Nous ne devons pas 5° Pouvoir des clefs cl absolution. Voir l. i. col. 211nous illusionner sur la signification des litres : Du 222. Le pouvoir des clefs promis. Mal th., xvi cl sacrement de pénitence ·, qu'on lit assez souvent dons xvm, conféré. Joa., xx. a été complètement défigure par l’Eglise romaine. D’après Luther et scs disciples. les ouvrages de Luther cl dc Mélanchthon. En réalité, Luther et ses disciples nient que la pénitence puisse, l’Eglise romaine verrait clans le pouvoir des clefs un au sens véritable du mot. être appelée un sacrement. pouvoir de juridiction, alors que le Christ n’a conféré La Captivité de liabylone est significative à cet égard. â Pierre et aux apôtres qu’un pouvoir de ministère Au début, Luther allirmc qu’il n’accepte que trois (*.v ministère est la prédication de l’Evangile, qui sacrements : le baptême, la pénitence, le pain (eucharis­ rendra le pénitent certain sut terre de sa justilication ratifiée dans le ciel Le Christ n’a pas voulu autre tique); mais cc n’est que · provisoirement Werke, chose ; dans ses paroles, il n’y n rien qui louche au t. vi. p. 501. Arrivé â l’exposition de ce < sacrement », il constate combien l’Eglise romaine en a perverti la pouvoir il annonce, simplement le ministère du par- JOG I 1062 don. Lum il ici! : Quodcumque ligaveritis, etc. ». fidem provocat picnitenlis ut hoc promissionis verbo certus sit. si solveretur credens vere solutum se esse in calo; ubi plane nihil potestatis, sed ministerium tangitur absot nentis. Captivité de liabylone, Werke, t. vi, p. 513-511. Cf. Assertio omnium articulorum, a. 11. Werke, l. vn, p. 119 : L'absolution conférée par celui qui entend la confession ne peut donc avoir la prétention de remettre les péchés, (’.’est le Christ qui absout en raison dc la foi du pénitent. Ibid., a. 10, p. 119. L'absolution du ministre est simplement une consolation et un encouragement Articles de Smalkalde. part. 11 L a. 8. Dc confessione; cf. a. 7. De clam bus; a. 3. De pirnitentia, π 20. Müller, op cit.. p. 321. 313. et DreoU admonitio ad confessionem, appendice I au grand catéchisme Ibid., p. 773 sq. Dans la Confession d‘Augsbourg, cette doctrine est en évidence à l’art. 25. mais surtout a l’art 28. De potestate ecclesiastica : Le pouvoir des clefs, d’après l’Evangile, est le pouvoir de remettre et de retenir les péchés cl d’adminislrer les sacrements. Cf. Joa.. xx. 21 sq. Hier potestas tantum exercetur docendo seu pne lirando verbum cl porrigendo sacramenta vel multis vel singulis juxta vocationem, quia conceduntur non res corporales, sed res udernir, justicia ivterna. Spiritus sanctus, vita iidcrna. Müller, op. cit . p. 63. Cf. Apologia confessionis, a. II. n. 59. p. 16L cl surtout a. 12. n.39: Poleslas clavium administrat ct exhibet euangelium per absolutionem, qute est vera vox euangelii. Ita et absolu­ tionem compedimur, quum de fide dicimus, quia fides est ex auditu (Bom., x. 17). Xam audito evangdio, audita absolutione, erigitur et concipit consolationem conscientia, p. 172. Dans les Loci communes, edit. cit.. I. xxt. voir col. 5(iI. 876, 885. La thèse protestante a été résumée par Mélanchthon dans une proposition (31) des Disputationes theologiae proposées à la dis­ cussion des étudiants (même édition. I. xn. col. 192193) : Les clefs signifient le pouvoir, c’cst-â-dire l’oIDce dr lier et de remettre les péchés. Elles sont le ministère de l’Evnngile hii-iiiêine. car c’est l’Evangile qui lie ct remet les péchés... Or, il est certain que tous les hommes ont la mis­ sion de prêcher l’Ewingilc; donc, tous les hommes ont la mission de remettre les péchés... El, cependant, la rémis­ sion privée ou publique ne peut avoir d’cfïct (pic si la parole divine est reçue p ir In fol. ct, derechef, sans celle parole. In foi ne peut exister. Il ne faut donc pis abolir l’absolution privée dans l’Eglise... Toutefois, c’est une impiété de penser que les péchés sont remis r.r opéré operato par le sacrement sans In fol. ('.elle explication dc Mélanchthon fait mieux saisir pourquoi Luther ct scs disciples attachent si peu d'importance à la question du ministre de l’absolulion. Dans la justilication sacramentelle . comme dans l’autre, c’est hi foi qui fait tout Sans doute, l'absolution est nécessaire ·, comme le baptême, ou tout au moins utile; mais, dit Mélanchthon : rxf Dei. non hominum sententia. qua absolveris. modo absolu· tiont credas. Loci com., I. xxt. col. 220. Voir aussi, du même auteur, les Disputationes theologiae in schola propositu (32). t. xn. p. (93 19 i i » pensée de Luther est nettement exprimée dans les prop IL 12. 13 condamnées par Léon X. voir ci dessus, et dans la démonstration qu’en essaie Luther. Assertio omnium articulorum. Werke, t vu. p. 119-121. I ne autre conséquence est la négation de la réserve La vraie pénitence, c’est celle qu'ont enseignée les docteurs luthériens. « c’est assavoir mortification et vivification. Et inter­ prètent mortification une douleur et terreur de cœur, qui se conçoit par la cognoissance de péché el le senti­ ment du jugement de Dieu. Ils interprètent la vivifi­ cation estre une consolation produite de la foy. » La loi ne peut qu’inspirer la douleur ct la terreur du cœur cn face du péché; seul. l'Evangile peut élever plus haut le pécheur. D’où encore, appliquée â la pénitence, la double désignation de pénitence légale et de pénitence évangélique, la première « par laquelle le pécheur navré du cautère de son péché et comme brisé de ter­ reur de l’ire de Dieu, demeure lié en cesle perturba­ tion. sans s’en pouvoir despeslrer ; la seconde, par laquelle le pécheur étant grièvement affligé en soymesrne. s’cslève néantmoins plus haut, embrassant Jésus-Christ pour la médecine de sa playe. la consola­ tion de sa frayeur, le port de sa misère >. Institution chrétienne, I. III. c. ni. n. 1-1. Corpus reformatorum, t. xxxn. 1866. col. 67-71. La pénitence est donc une vrave conversion de noslre vie à suyvre Dieu et la voie qu’il nous montre, procédant d’une crainte de Dieu droite et non feinte ». ld„ c. m, n. 5, col. 72. Dans la distinction entre justice légale et justice évan­ gélique, Calvin se réfère certainement aux Articles de Smalkalde, part. 111, a. 3, De pœnilentia, n. 7-8. Muller. op. cit., p. 313. La pénitence n’est devenue, dans l’Églisc romaine. un sacrement que parce que celle Église a défiguré une - cérémonie ordonnée pour continuer notre foy de la rémission des péchez, el ayant promesse des clefs ». L. IV. c. κιχ. n. 16. ibid., col. 1095. C’est donc la foi qui agit dans la rémission des péchés; le sacre­ ment n’existe pas. et celle affirmation permet a Cnlv in 1064 d’exprimer, cn passant, son avis sur l’ex opere operato des sacrements de l’Églisc romaine : « Jusque» iiy, J< n’ay peu comprendre comment ils entendent que k» sacrements de la nouvelle loy ayent une opération si vertueuse. Ibid Calvin rejette la pénitence comme sacrement, premièrement, veil qu’il n’y a nulle pro­ messe de Dieu. qui est le fondement unique de sacre­ ment...; secondement, veu que toute cérémonie qui se pourra icy produire, est pure invention des hommes comme ainsi soit qu’il ait ia (déjà) été determine que les cérémonies des sacremens ne se peuvent ordonner sinon de Dieu. Ibid., n. 17. col. 1096-1097. Lu vraie pénitence est le baptême : la doctrine calviniste nt plus radicale que le luthéranisme. Le pouvoir des clefs, pour Calvin comme pour Luther, est non un pouvoir de juridiction, mais un ministère de la parole, l’enseignement de l’Évangile par lequel la foi est suscitée cn l’âme du pécheur. Calvin reconnaît qu’il s’exerce en trois sortes de · confes­ sions . assavoir quand l’Églisc (le texte latin porte: lota Ecclesia) demande pardon à Dieu avec recognohsance solennelle de ses péchez; ou bien quand un homme particulier, qui a commis une faute scanda leuse au détriment de l’Églisc. rend tesmoignage de sa penitence; ou bien quand celuy qui a mes tier de con­ seil et de la consolation de son ministre, d’autant qu’il est agité en sa conscience, luy descouvre son infirmité.· L. Ill, c. iv, η. I I, col. 121. Les théologiens papistes ont déformé l’idée du pouvoir des clefs el en ont fait un pouvoir de jugement, réservé au discernement du prêtre, il 15, col. 123, alors que le seul pouvoir conféré par le Christ est celui de la parole, c’est-à-dire de l’enseignement de l’Évangile. !.. IV, c. vin, col.718sq. (De la puissance de l’Églisc.) Et, encore, le Christ avait conféré le pouvoir à tous, indistinctement, ct les papistes en restreignent l’usage « à ceux qui sont en offices ecclésiastiques ». L. III, c. iv, n. 15, coi. 123. I/absolution, comme la comprennent les prêtres catholiques— sentence de rémission, faisant suite nu jugement prononcé par le confesseur — est donc tota­ lement en dehors de l’institution du Christ. · Cc qui est dit partie de la prédication de l’Évangile, partie de l'excommunication, csl mal ct sottement destourné à la confession secret te. Et par ainsique quand ils allèguent que l’nuthorllé de deslicr a esté donnée aux aposlres, afin que les p rest res pardonnent les pochez desquels ils seront informez : en cela ils prennent un faux principe el frivole. Car l’absolution, qui sert à la foy n’est autre chose qu’un lesinoignage prins des promesses gratuites de l’Évangile, pour annoncer aux pécheurs que Dieu leur a fait mercy. L’absolution, servant à la discipline de l’Églisc. ne concerne point les pochez secrets ; mais appartient n donner l’exemple, afin que le scandale soit réparé. > L. III. < . IV. n. 23. col. 136. La confession auriculaire faite au prêtre n’est pas obligatoire. Les anciens docteurs qui exhortent les pécheurs à alléger leur conscience près de Icurs pastcun n’en ont jamais fail une obligation : « le Maistre des Sentences et ses semblables ont esté si pervers, qu’il semble que du tout de propos délibéré ils se soyent addonnez à livres supposez el bastards pour en faire couverture â décevoir les simples ►, n. 23, col. 136. Calvin prétend que canonistes et théologiens scolas­ tiques sont en · grande controvcrsle touchant l’obli­ gation de hi confession. Les premiers enseignernicnl qu’elle n’est que de droit ecclésiasli<|uc; les seconds, pour prouver qu elle csl de droit divin. « ont autant dépravé cl corrompu de lieux de l’Escriture, qu’ils cn ciloyent à leur propos , η. I, col. 108. Et Calvin réfute cette prétention des théologiens, n. 6-8.col. Ht115. Il montre ensuite cn quel sens on peut admettre la confession. lin certains cas on peut se confesser i 1065 PROTESTA NTISME CONTEM PORAI\ devant l’Églisc ou prés d'un homme, - toutes fols ct (piantes qu'il est expedient de ce faire, ou pour s’hu­ milier. ou pour donner gloire à Dieu ·, n. 10, col. 117. • Mais il se faut toujours donner garde, que là où Dieu n’a point imposé de loy, les consciences ne soyent astreintes à certain joug. Dont il s’ensuit que telle forme de confession doit estre cn liberté, telle­ ment (pie nul n’y soit contraint : mais seulement qu'on remontre à ceux qui en auront besoin, qu'lis cn usent comme d’une aide utile ·, n. 12, col. 119-120. Mais hi vraie confession, la seule obligatoire, csl celle qu'on doit faire à Dieu, si. d’un cœur affligé et humilié nous nous prosternons devant luy : si en vraye sincérité nous accusans et condamnons devant sa face, nous demandons estre absous par sa bonté el miséricorde », n. 9, col. 116. 2° Zivingle. - Il est inutile d'insister sur la doctrine de Zwingle, qui est la meme (pie celle de Calvin. Déjà, dans ses thèses de 1523. il rejette la confession, n. 52; cf. 50. 51. el la réserve des cas. n. 56. Voir E. F. K. Millier, Die Hekenntnisschriften der reformierten Kirche, Leipzig. 1903, p. 6. Le pouvoir des clefs, promis aux apôtres. Mallh., xvi, el conféré. Joa., xx, doit être entendu de la simple mission qu’a l’Églisc de paître les lidèles. (’laves sunt pascere... Solvere nihil est aliud quam desperantem saluti mentem ad certam spem eri­ gere... Ligare est obstinatam mentem deserere. De vera et falsa religione, De clavibus. Opera, I. in, Zurich, 1832. p. 220, 221. Il est donc, comme tous les réfor­ més. d’accord avec les catholiques sur le fait que la rémission des péchés se fait par le pouvoir des clefs; mais, (piant à déterminer en quoi consiste ce pouvoir des clefs, nous sommes, dit-il, plus loin d’eux que le ciel de la terre ». Ibid., p. 221. Sur la confession, un mot marquera la position de Zwmgle : Hreviter, satis confitetur, qui Deo fidit. De confessione, ibid., p. 273. Il ne saurait être question de ranger la pénitence parmi les sacrements : cn dehors du baptême ct de la cène, les autres sacrements sont de pures cérémonies, instituées par l’Églisc. De sacramentis, ibid., p. 231. 3° Confessions de foi des reformés. - Nous ne don­ nerons (pie de simples indications, renvoyant pour leur développement à l’ouvrage de E. F. K. Millier, dont on consultera la table des matières, aux mots Absolutio. Dusse. Heichle, etc. 1. La Confession tétrapolitaine (1530) rappelle les principes luthériens de la justification par la foi. c. ni, iv. et les applique à la confession, c. xx. Müller, op. cil., p. 57-58. 71. Cf. synode de Berne (1532), c. xiv, /|>adir lue protest. Theol.: H. Sceberg, Rckchrnng, t. il, p. 511 ; Caspari, Reichtc, p. 533; .L Kôstlin, Russe, p. 581; O. Kim, Vrrsôhnung, t. x.x, p. 552; Karl Burger. Rcue, t. xvi, p. 688. Dans VEncyclo/^die do Lichtenberger: E. Pira ni, Pénitence, t. x, p. 128; I’. Lichtenberger, Rédemption, t. xt, p. 132 sq. Dans Die Religion in Geschichte und Gegenivart de Gunkel et Zscharnack : Kiilwclt, Russe, 1.1, col. 1383 sq.î Rechtfcrtigung (dogmatisch), t. tv. col. 1758; Sundmecrgchung, t. v, col. 908; X'ersôhnung, id., col. 1567. Dans |*Encyclopaedia of religion und ethics, Edimbotirg, 1917, «rt. Penance, t. ix, p. 715. ()i viiAOEs. L. IIahn,/)ie Lehre ix>n den Sakramenlen in ihrrr grschlchtlichrn Entmi^kclung, Breslau. 1861; Strltz, Dus romlsehe Russsakrainent nach scineni biblischcnGrande und seiner gesehichtlichen Entudrkctung, l-Tancfort, 1851; SlelTcrt, Dir nrucstrn theol. h'orschungrn uber Russe und Glatibr, Berlin, 1896; A. Hltschl, Die christUche l.chre wn der Rcue und Vrrsohnung, Bonn. 1895-1903; St. Horst, Gtaubenstchrc, 1927, M 1 concile du luitran, il n’en r*t pas fait mention: il n’est fait mention que de In pénitence publique. Lui hcr. Capita. babyl.. IV., t. \i, p. 5IG; cf. ccnsures de la faculté de Paris, titre m, n. 2. ci-dessus, col. 1057. Mélanchthon. Apologia. n. 6. De confcs- 1071 PÉNITENCE. LE CONCILE HE TBENTE, PBE.M1EBS TKAVAI X stone rt satisfactione, η. 13-15, dans Müller, p. 187; /.on. F,2* nias. C. R., t. xxi, col 219. 193 sq. Calvin, Institution, III. iv. sq., C. R., t. xxxn, col. 108 sq. V. — Enumerationem pec­ catorum in confessione non esse necessariam nd illorum remissionem, sed liberam; ct tiintiirn hnc ætate utilem nd erudiendum pernitentem ct consolandum; el olim fuisse ad satisfactionem canonicam imponendam; nec necessa­ rium esse confiteri omnia peccata mortalia, ut puta occulta, qiiæ sunt contra ultima duo decalogi pnecepta; sed neque ullas cir­ cumstantias peccatorum, quas homines otiosi excogi­ tarunt; vellcque omnia con­ fiteri esse nihil relinquere divina· misericordiæ igno­ scendum; imo neque licere confiteri venialia. Faire I’enu munition dc tous ses péchés cn confession est chose non nécessaire, mais libre. Autrefois imposée en vue dc lu satisfaction canonique, elle est aujour­ d’hui simplement utile pour la formation ct la consola­ tion du pénitent. De plus, il n’est pas nécessaire de con­ fesser tous les péchés mor­ tels, par exemple, les péchés occultes contraires aux deux derniers commandements, ni aucune des circonstances des péchés : des hommes désœu­ vrés seuls y ayant pu penser. Vouloir tout confesser, c’est ne rien laisser au pardon dc la divine miséricorde; cl même il n’est pas permis dc confesser les péchés véniels. Luther, Art, de Smalkaldc, p. III. § vm. De confes­ sione, n. 2: De ratione confitendi, η. 1 sq., dans Müller, p. 321. 773; Assertio, n. 9. IV., t. vn. p. ILS; n. 8, p. 117. - .Mélanehthon. Apologia, a. 11, Muller, p. 161-166; a. 6, p. 187; Loci, ictas, C. R., t. xxi. col. 893. — Calvin. Institution, III, iv, 7, C. R., t. xxxn, col. 112. VI. — Confessionem om­ nium peccatorum, quam Ec­ clesia faciendam pnecipit. esse impossibilem· traditio­ nemque humanam a piis abolendam; neque confi­ tendum esse tempore qua­ dragesima?. Iui confession de tous les péchés,dont l’itglisc ordonne l’accomplissement, est im­ possible; c’est une coutume d'origine humaine que les hommes pieux doivent dé­ truire; et il ne faut pas sc confesser au temps du ca­ rême. Voir n précédent. En plus, Luther, Sermo de picnitentia, IV.. 1.1, p. 322; Captio, babyt., IV., t. vi, p. 516. Calvin, Institution, III. îv, 15-16, C. R., t. xxxn, col. 122-121. VIL — Absolutionem sa­ cerdotalem non esse actum judicialem sed nudum minis­ terium pronuntiandi et de­ clarandi remissa ose peccata con 11 tent i, modo credat se esse absolutum, etiamsi non sit contritus, aut sacerdos non serio, sed joco absolvat. Imo etiam sine confessione peccatoris sacerdos cum ab­ solvere posse. L'absolution du prêtre n’est pas un acte judiciaire, mais une simple fonction consistant ù prononcer et déclarer les péchés remis h celui «pii s'en confesse, pourvu que celui-ci sc croie absous; et cela, même si le pécheur n'est pas contrit, ou si le prêtre absout par badi­ nage et non pas sérieuse­ ment. Bien plus, même sans confession, le prêtre peut absoudre le pécheur. Luther, Sermo dc picnitentia, IV.. 1.1. p. 32.3; Assrrtio, n. 11. 12. H'., t. vu. p. 119. 120. — Mélanehthon. Apologia, a. 6. n.8; a. 12 (5), n. 39, n. 61-62, dans Müller, p. 185. 172, 177; cf. Loci, 2α ictas, C. R., t. xxi. col. 191. - Calvin, Institution, 111, iv, 20-23 (coll. 9-1 I). C. R., t. xxxn, col. 129 sq., 115 sq. VIII. — Sacerdotes non habere potestatem ligandi et solvendi nisi Spiritus sancti gratia et chnritatc sint pnedili; et non cos solos esse ministro* absolu­ tionis, mmI omnibus el sin­ gulis christ lanis esse dic­ tum : Quircumque solueritis super terrant,erunt soluta rl in at lit,rtc. Quorum verborum virtute absolvere possunt Les prêtres n’ont le pou­ voir de lier rl de délier que s’ils sont ornés de In grâce de l’Esprit saint et de la cha­ rité. D’ailleurs, Ils ne sont pas les seuls ministres dc l'absolution, car c’est à tous les chrétiens cl h chacun d'eux qu’il a été dit : « Tout cc que vous lierez sur la terre, sera lié aussi dans le ciel ·, etc. En vertu de ccs 107» peccnt.i, publica quidem per paroles, ils peuvent remette correctionem, si correctus les pochés, les péchés public*, acquieverit ; secreta vero per par une correction, si le p6 spontaneam confessionem. cheur y consent; 1rs secrets, par une confession sponta­ née. Luther, Assertio, η. 10- I I, IV.. I. vu, p. 119-122; Cpptio. babyt., IV., t. vi, p . 5 lt> sq. Cf. Calvin, Indi* talion, III. iv, 21 sq., C. R . t. xxxn, coi. 133 sq. IX. — Absolutionis minis­ trum etiamsi contra prohi­ bitionem superioris absolvat, vere nihilominus absolvere a culpa, et coram Deo. Ideo casuum reservatIonem non impedire absolutionem. Nec episcopos habere jus cos sibi reservandi, nisi quoad externam politiam. Même en absolvant, malgré la defense du supérieur, k· ministre de l'absolution ab­ sout vraiment le pécheur de sa faute ct devant Dieu. Aussi la réserve des cas n’empêche pas l’absolution. Et les évêques n’ont pas le droit de se réserver des cas, sinon dans le gouvernement extérieur. Luther, Captio, bubyt.. H’., l. vi, p. 516-517; Asw tio, n. 13, t. vn. p. 120. Mélanehthon, Apologia. a. 6, n. 80, Müller, p. 201. X. - - Totam poenam et Toute la peine duc au culpam simul remitti semper péché est toujours remise a Deo, satisfactionemquc par Dieu en même temps que pænitentium non esse aliam la faute; la satisfaction des quam fidem, qua apprehen­ pénitents n’est pas autre dunt Christum pro cis satis­ chose que la foi avec la­ fecisse; ideoque satisfactio­ quelle ils comprennent que nes canonicas, quondam le Christ n satisfait pour eux. exempli gratin, vol discipli­ Aussi les satisfactions cano­ na·, vel probandi fideles cau­ niques ne furent instituée' sa,fuisse a patribus institutas autrefois par les Pères el el in concilio Nicæno exor­ imposées par le concile de tas; nunquam autem ad Nicée (pie dans un but remissionem pteiue. d'exemple, de discipline ou de probation des fidèle*. Jamais elles n’ont eu pour fin la rémission des péché». Luther, Captio, babyt., IV., I. vi. p. 518; cf. censuris dc la facultédc Paris, titre v, n. 1-2. ci-dessus, col. 1057. — Mélanehthon, Apologia, a. 6, n. 21 sq., dans Müller, p. 188 sq. — Calvin, Institution, III. iv, 29. C. /t, t. xxxn, col. 1 13. XL —- Optimam pænitentiam esse novam vitam, pœnisqiie temporalibus, a Deo inflictis, minime satis­ fieri, sed neque voluntarie susceptis, ut jejuniis, oratio­ nibus, eleemosynis, et aliis bonis operibus non prae­ ceptis u Deo. qu:c superero­ ga tIones vocantur. lui meilleure pénitence est une vie nouvelle, cl l'on ne saurait satisfaire par des peines temporelles. infligées par Dieu, ou même volon­ tairement acceptées, comme jeûnes, prières, aumône* ri autres œuvres non comman­ dées par Dieu et appelée* surérogatoires. Luther. Sernto de pænitenlia, IV., t. t. p. 329, Mélanehthon. Apologia, a. 6, n. 26, ct surtout 13-18. Müller, p. 189, 19.3 sq.; Loci, ·3Λ ictas, C. R., t. xxt. col. 876 sq. Calvin, Institution, 111. m, 8-10, C. IL, t. xxxn, col. 75 sq. XII. — Satisfactiones non esse cultus Dei, sed tradi­ tiones hominum, doctrinam de gratia et vero Dei cultu, atque ipsum beneficium mortis Christi obscurantes; et fictiones esse, quod vir­ tute clavium aderna sup­ plicia in pœnas temporales commutentur, cum llhinim non sit munus pamas Impo­ nere, sed absolvere. Les satisfactions n’nppnrtiennent pis nu culte divin; elles sont des coutumes humaines, obscurcissant lu doctrine de la grâce et du vrai culte de Dieu et le bien­ fait lui-même dc la mort du Christ, (’.'est mensonge d’af­ firmer que le pouvoir dis clefs peut changer les peines éternelles en peines tempo­ relles ; leur fonction, en effet, n’est pas d'imposer dc* peines, mais d’absoudre. Luther. Resolutiones disputationum de indulgen· Harum viriate (1518), Π t. ι, p. 532. — Mélanehthon, 107.3 PÉN ITENCE. LE CONCILE DE TRENTE, DISCI SSION 107'. Apologia, a. 6, η. 51 sq.. Millier, p. 195. Lori, p. 536 b. Groppcr cite meme le ministère de réconci­ aetas, C. /L, t. xm, col. 198. Calvin, Institution, liation . Il Cor., v. 18. comme impliquant le sacre­ III, IV. 25, (λ IL·, I. xxxn. col. 138 sq. ment dc pénitence, p. 5 IG a. A plusieurs reprises, l'im­ Ln plupart des references indiquées au bas des pro­ position des mains dc 1 Tim., v. 22. est interprétée, positions examinees sont tirées des actes du concile; d’après les Pères, comme un signe rémisslf des péchés : on les a complétées et mises en rapport avec les édi­ Patres per manus impositionem sacramentum pnrnitions récentes. Mais les indications des Acta nécessi­ tenliie intelligunt, Laynez, p. 531 a. Jean Drlphius teraient un travail critique de précision ct d'identifi­ I (de Delft) reprend celle idée, p. 550 a, et In complète cation qu’il a été impossible de faire Ici. par Marc., xvi. 18 ; Matlh., xix, 13; Luc , xvm, 15. //. Dl.wUMIOh' />/;# AHTtCLES, - - 1° Discussion par trouvant, dans l'imposition ct le contact des mains les théologiens, Il faut tout d'abord rappeler que les de Jésus, un signe cfllcace dc la grâce, quod aliquothéologiens cl les évêques du concile quittèrent Trente modo hanc absolutionem signipeat. par crainte de la peste (mars 1547), et. sauf les prélats Ln tradition vient cn confirmation dc I’flcriturc. originaires des pays soumis à Charles-Quint. vinrent L'enseignement dc I'flglisc touchant l’existence du à Bologne, pour y poursuivre l'examen des questions sacrement de pénitence peut être déjà antérieure­ relatives a la pénitence el h l'cxtrème-Onctlon. f.es ment relevé dans le concile de Florence, Decretum pro Aria de Bologne ne sont pas encore édités ct nous ne Armenis, Denzingcr-Bannwart. n 695. 699; Cavallera. connaissons le sommaire des discussions que par le Thésaurus, n. 958. 1201. voir col. 1016; le concile dc dialre iv de Massarelli. édité par S. Merkle, Concilium Constance, sess. xv. Interrogationes, n. 20, Dcnz., Tridentinum, t. i (Diariorum, pars I). En voir un bon n. 670. Cav., n. 1232 b, voir col. 1052; le concile dc résumé dans Cavallcra, Dull, dr Utt. red., 1923, p. 279- Trente lui-même, sess. vu. can. 1, Dcnz., n. 814; Cav., 283. L’assemblée de Bologne fut d'ailleurs bientôt pro­ n. 951; le concile dc Vérone cn 1184, cap. Ad abo­ rogée cl. quand on reprit les séances à Trente, en 1551. lendam, Dcnz., n. 402; Cav., n. 916; le I\ concile du on décida de recommencer toutes les discussions. Latran. cap. Firmiter, Dcnz.. n. 130, (lav.. n. 1202. C’est ainsi que fut faite, le 15 octobre, la distribution L'autorité de saint Augustin. Enar., in ps. cXLVt, des articles relatifs aux erreurs sur la pénitence et (n. 8, P. t. xxxv!, col. 1903-1904). est également rexlrémc-oncllon. Trente-six théologiens cn furent invoquée au titre dc la tradition catholique. Jean chargés: deux au nom du pape; quatre au nom de Arze, théologien mandaté par l'empereur, fera remar­ l’empereur; huit au nom de la reine Marie dc Hongrie quer que la position dc Luther avait déjà été conet de l'université dc Louvain; deux en qualité de théo­ damnéeparLéon X (bulle Exsurge Domine, prop. 5-14. logiens des cardinaux; quatre au nom des électeurs Ci-dessus. col. 1055 sq.). p. 538 b; Melchior de Bosmcdu Saint-Empire; six cn qualité dc théologiens des diano, théologien dc l’évêque dc Badajoz. rappellera le évêques; cinq dominicains, deux mineurs de l'obser­ canon 1 1 delà vr session du concile de Trente; Groppcr reprendra quelques-uns des arguments de Laynez. vance. trois august ins. un canne, un dc l'ordre des p. 517(1. Voir aussi Désiré de Païenne, carme, rappe­ hiéronymites. Theiner, t. î, p. 558-559. lant les condamnations portées par Sixte IV contre 1rs (’.es théologiens se partagèrent l’examen des erreurs de Pierre d’Osma. p. 557a, voir ci-dessus, articles. Mais, malgré la division du travail, on doit reconnaître que le résultat dc ces consultations théolo­ col. 1047. D'ailleurs, continue Laynez, les condamna­ giques est. dans l'ensemble, assez maigre. On cons­ tions autrefois portées* contre des hérésies similaires font voir que le dogme dc la pénitence n’est pas un tate beaucoup de répétitions; un certain nombre dc dogme nouveau. Les novaliens furent condamnés à ce preuves de simple convenance ou même absolument sujet ainsi que l’affirmcntfrcrtullien (*ir). saint Cyprien. insuffisantes; des observations superficielles et peu saint Ambroise. Theiner, p. 553 b. L’argument de la décisives. Néanmoins, plusieurs rapports tranchent condamnation des novaliens est repris par Buard sur les autres par la solidité et même l’érudition de leur argumentation ct par un certain nombre de ι Tapper et Jean dc Hasselt. p. 536 b, 539 b. Laynez parle aussi d'après Jean Damascene. Ihrr.. lxxx. remarques judicieuses, (’.’est à ces travaux que nous P. C., t. xciv, col. 729 sq., de l’hérésie des mcssalicns nous arrêterons plus volontiers. el cite celle des jacobites. p. 533 b, Si la théologie 1. Premier article, - Les observations portèrent patristique et historique est mise à contribution d'une sur les trois parties de cet article. — a) L'attention des façon assez abondante, les témoignages invoqués ne consulteurs est retenue spécialement sur le premier sont pas étudiés avec une critique suffisante : c’est point : ha pénitence n'est pas proprement un sacrement le point faible des consultations préliminaires. Les institué par te Christ pour la réconciliation de ceux qui auteurs le plus fréquemment invoques sont Augustin. soid tombés après le baptême, (l’est le théologien pontifical. Jacques Lay nez. S. J., qui. le mardi 20 oc­ Ambroise. Origène. Basile. Cyrille d'Alexandrie. Jean tobre, inaugure les discussions. Son rapport, vrai­ Chrysoslome et. une fois au moins, le pseudo-Cléinent (épltre ù Jacques). Dans l’étal actuel de la théologie ment solide, s’inspire d’une théologie sérieuse et documentée Aussi les autres consulteurs ne feront-ils positive, le détail dc ces citations ne présente plus aucun Intérêt. Voir, pour des indications plus détail­ guère que répéter, et souvent fort incomplètement, lées, Cavallcra. art, cit,, p. 61-62, ce que Laynez. aura dit avant eux. Plusieurs consulteurs ont tenu à justifier, au nom (letle première affirmation des novateurs parait à Laynez hérétique, car elle revient à nier que la péni­ de la raison théologique, la définition du sacrement appliqué à la pénitence. Ainsi. Buard Tapper, prenant tence soit un sacrement. Or. parce qu’elle est une comme point de départ Joa., xx. 22-23, montre que cérémonie sacrée, instituée par Jésus-Christ et à l'absolution contient les éléments nécessaires à la laquelle est jointe la collation de la grâce, la pénitence constitution du sacrement, p. 536 b, Jean Walther. vérifie la définition du sacrement. O. P.. s’clTorce de trouver dans ΓAncien Testament, L'Écriture atteste qu’il en est ainsi. Les textes Ez., xvm (27); Ps.. xxxi (5 b); Il Beg.. xn (13); invoqués sont Matth., xvm, 18. et Joa.. xx. 21-25. (les Jonas (dans l'histûirede la pénitence des Ninivitcs) des deux textes sont repris par la plupart des consulexemples de rémission des péchés attachée à la péni­ leurs; pour Mahusius. p. 512 a, le texte de Jean est seul pleinement démonstratif. Quelques uns y ajoutent tence. Donc, à plus forte raison, cette rémission doit Matlh., xvi. 19. Jean de Hassell, p. 539 b. Jean Gropexister dans la Loi nouvelle D’ailleurs, la pénitence per, p. 516 a, Hoard Tapper, ce dernier invoquant le instituée par Jésus-Christ. Joa.. xx. 22-23. renferme tous les éléments du sacrement El si Ton objecte (pie commentaire de saint Hilaire sur saint Matthieu, 1075 P it MT EN CE LE CONCILE DE TRENTE, la condition des fidèles est ainsi rendue plus dure sous > la nouvelle Loi que celle des Juifs sous l’ancienne, il faut convenir que celle assertion est en partie vraie, t int pour le baptême que pour la pénitence, p. 511 b. Gropper commente en cc sens l’art. 1. mais son déve­ loppement louche également â l’art. 2 : la rémission des péchés commis après le baptême, rémission acquise au moyen d’un sacrement. lui semble indiquée par Matth., xvm, 22; Il Cor., xn. 21, el par l’histoire du repentir de saint Pierre, p. 547 A. Les théologiens émettent aussi des considérations relatives aux difficultés. l’nc objection contre l’institution divine du sacre­ ment était tirée des récits de Socrates et de Sozomène, concernant la suppression du prêtre pénitencier sous • Nectaire ·. Plusieurs théologiens y répondent, et notamment Jean de Hassell, p. 539 A (le texte de Thciner porte Ncstorius au lieu de Nectaire). Celte suppression, répond notre théologien, visait simple­ ment l’existence de prêtres pénitenciers publics. Voir plus haut. col. 796. l ue remarque plus importante ct plus décisive, au point de vue de la définition du dogme, est due au théologien François Sonnius (Van den Velde, de Sonn. en Brabant) : cc consultcur fait observer sagement qu’il y a une pénitence non sacramentelle, celle dont parle saint Pierre. Act., n. 38. que prêche Jean-Bap­ tiste. Matth., m. 2; cf. Luc., m. 3. que recommande le Christ lui-mtme. Matth., tv, 17. ou les apôtres, Marc., vi. II. Aussi le consulteur demande-t-il qu'en parlant du sacrement de pénitence on spécifie qu’il esl question de la pénitence qui existe dans ΓEglise, pour dissiper toute équivoque. Les Pères tiendront compte de celle observation. A / Le second point, louché dans l’art, l.est plus rapi­ dement examiné. Il s’agit de savoir si les Pères de l’Eglisc ont appelé la pénitence la planche de salut, el si cette appellation esl justifiée. Laynez rappelle que cette expression se trouve dans Tertullicn, De pernitentia. c. iv el xn; Pacien. Epist.. t. 5. P. L.. t. xin. col. 1056; pseudo-Ambroise. De lapsu virginis consecratu·, c. vm; saint Jérôme, Epist.. exxx. Ad Demetriadem, n. 9. La figure est justifiée par l’Écriturc cllc-mcine : saint Pierre. I Pet., m. 20-21. compare le baptême à l’arche de Noé. Ainsi, la pénitence esl la planche du naufragé, le navire une fois brisé : La pénitence comporte des actes plus durs et plus difficiles que le baptême, soit quant aux ministres, soit quant à la préparation, soit quant aux cérémonies, soit quant â reflet. · Ainsi l’ont compris Tertullicn, loc. cit.. Jean Chrysostome. ln epist. ad lliebr.. hom. ix. η. I. P. G., t. i.xm. col.80sq., sa.nt Augustin. Serm.. (cci.i, Dr utilitate agenda· picnilentin·. c. iv. n. 9. P. /.., l. xxxix, col. 1512. Thciner. р. 536. Au point de vue de la raison, l’appellation se justifie parce que la pénitence remet les péchés commis après le baptême. En une longue dissertation, où il donne d’abondants détails sur l'argumentation des hérétiques, Everhard Billicus pense trouver h la for­ mule planche de salut un fondement scripturaire dans I Tim .i. 19. ct Apoc.. ii,5. D’ailleurs, le baptême concerne seulement les péchés passés; ceux commis après lui ont un pardon plus difficile, ct il cite à l’ap­ pui la guérison du paralytique que Jésus invite à ne plus pécher, nr quid deterius tibi contingat. Joa., v, l L (On retrouvera ce trait dans le texte primitif du с. ix de la doctrine. Theincr. p. 590 a.) Il ne suflll pas de sr reporter au baptême par la foi. comme le vou dmit Luther, pour obtenir le pardon de ses péchés; il faut encore une nouvelle pénitence. Thciner, p. 550 A. Il existe cependant entre les théologiens de Trente une certaine divergence relative à la secunda tabula. Lev scolastiques s’étalent empares de celle formule cl DISCI SSION 1070 deux opinions s’étaient fait jour relut Bernent a son interprétation. Pour saint Bonaventure, l’homme u fait naufrage en Adam. L'étal d'innocence primitive est donc le navire sur lequel il était en sécurité. Du naufrage, il est libéré tout d'abord par le baptême, qui est ainsi la prima tabula, puis, parla pénitence, quand la grâce du baptême esl elle-même perdue, ln I \ um Sent.. dist. XIV, part. I. dub. i. Pour saint Thomas, qui n traité la question ex professo dans la Somme. IIP. q. ι,χχχιν. a. 6, ci. In I V‘un Sent.. dist. XIV. q. i. a. 2. qu l.lc navire el la prima tabula sont identiques: c’cst que, vis-à-vis de l'étal d’intégrité, le baptême, la confirmation et l'eucharistie tiennent la première place : les trois sacrements précités le con­ fèrent pour ainsi dire et le conservent. La pénitence ne lient que le second rang, en conséquence d’un ac­ cident el conditionnellement, c’est-à-dire dans l’hy­ pothèse du péché. Les deux opinions se retrouvent au concile. L’opinion de saint Ί ’humas avait le plus grand nombre de partisans. Voir Cavallera. art. cil., dans Hull, de lilt. cccl.. 1921, p. 1 13. note 2. Vraisemblable· ment, celte divergence fut la raison pour laquelle, tout en maintenant au canon 2 l’expression secunda tabula. voir col. lH>5.on cn supprima complètement l’expli­ cation au c. n de la doctrine. c) Enfin, le troisième point : < C’est le baptême qui est le sacrement de pénitence , n’amène guère de considérations nouvelles. L’argument fondamental qu’on retrouve plus expressément chez. Laynez. p. 533 b531 a. Huard Tapper, p. 536-537. est que l’institu­ tion de la pénitence. Joa.. xx. 22-23. dillère de l’ins­ titution du baptême quant aux paroles cl quant à l’époque. Donc, il s’agit bien de deux sacrements dif­ férents. Si l’on peut appliquer Matth.. xvi el xvm à la pénitence, il est impossible de les appliquer au baptême. D’ailleurs, dans l’Écriturc. apparaît la dis­ tinction des sacrements : sous l ancienne Loi. la cir­ concision est distincte des expiations ; les disciples sont dits avoir baptise avant que n’ait été instituée la pénitence : saint Lierre distingue l’un el l’autre : pirnitentium agile et baptizetur unusquisque vestrum (Aci., ii, 38). p. 533 A. 53 1 a. Arze fait remarquer.cn faveur de la distinct ion. que le baptême ne se réitère pas. mais bien la pénitence, p. 538 u. Ortéga ajoute que le caractère de la pénitence est d’être un acte judiciaire, ce qu'on ne rencontre pas dans le baptême, p. 539 a. Voir, sur ce point, l’article suivant. Olave voudrait qu'on indiquât explicitement que le sacre­ ment de pénitence n’est pas la regeneratio . ut haretici dicunt, p. 515 A. La plupart des examinateurs concluent que les trois parties de l’article sont héré­ tiques. 2. Deuxieme article. Le deuxième article niait l’existence de trois parties dans le sacrement de péni­ tence : contrition, confession, satisfaction. On s’ac­ corde à déclarer hérét ique la proposit ion des novateurs, du fait qu’elle esl en opposition avec une décision pré­ cédente de Léon X. avec le concile de Trente, sess. vi, c xiv et eau. 29 el 30. et surtout avec le concile de Florence, décret pro Armenia On peut souligner ici l'importance accordée au décret pro Armenis. Cf. Caval· lera. dans Hull, dr Utt. reel.. 1932, p. 76, note II. A celle argumentation sommaire, plusieurs ajoutèrent les indications de quelques textes scripturaires allirmant la nécessité des divers actes du pénitent et leur rapport étroit avec la pénitence (vertu ou sacre­ ment). Quelques libins de Pères de l’Églisc sont égale­ ment cités ; saint Xuguslin, saint (.hrysoslome. saint Ambroise ct divers auteurs plus récents. Mais l’ar­ gument de raison occupe une place considérable : · Il prend volontiers la forme d'un développement serre de la comparaison tirée de l’organisation judiciaire. La pénitence est un tribunal où le prêtre doit remplir 1077 PÉNITENCE. LE CONCILE DE TH ENTE, DISCUSSION les fonctions de juge. Il prononce une sentence par l'absolution. Mais tout Juge doit s’éclairer. Le prores doit être plaidé. I) faut connaître les fautes : d’ou hi nécessité d'une accusation volontaire de la part du pécheur désireux d'obtenir le pardon. Volontaire, cette accusation suppose préalablement le regret de la faute commise ct la résolution non seulement de ne pas y retomber, mais aussi d’accepter, pour le passé, la peine qui pourrait rire imposée. Satisfaction, contrition, confession sont étroitement unies, se commandent mutuellement et sont également néces­ saires pour que la pénitence soit réelle cl fructueuse. Naturellement, les théologiens envisagent sépa­ rément chaque partie du sacrement el s’appliquent à en montrer la nécessité particulière Ainsi. Arze fait observer que la satisfaction requise de la part du pénitent n’est pas rendue inutile par la satisfaction du Christ, p. 538 b. Orléga rappelle que les actes sont la matière du sacrement, l’absolution du ministre cn est la forme, p. 539 b. Deux théologiens, surtout, entrent dans le vif de lu question. Board Tapper examine la position protes­ tante en se plaçant au point de vue scot isle, ou l’ab­ solution est la partie pour ainsi dire essentielle du sacrement. Le mot •parties . appliqué aux actes du pénitent, lui paraît discutable, car ces trois éléments ne peuvent être qualifiés parties essentielles. D’ail­ leurs. le concile de Florence ne parle pas de parties du sacrement, mais d’actes du pénitent, quasi-matière du sacrement, lesquels se divisent en trois parties. Le mot est pris ici dans le sens de parties potentielles. Aussi l apper demande-t-il que le mot parties soit omis dans les canons, p. 537. I n théologien impérial. \mbroise l’elargus (Storch), demandera plus loin, p. 519 b. que le mot parties soit remplacé par le mot actes ». Buard Tapper ajoute que les hérétiques n’ont pas dit reconnaître deux parties dans le sacre­ ment de pénitence : pour être exact, il faut dire qu’ils nient l'existence du sacrement, mais que. s’ils l’ad­ met lent. ils n’y envisagent que deux parties. Ce qui fait dire à Sonnius, p. 510 Us déclarent donc l’article hérétique. Ils invoquent ici l’Écriturc : Is., wxMii. 15: IX.. u 19 (Arzci. Joël. il. LL Il Cor., vu, 10; Ps.. !.. 5, cl l’histoire de reniant prodigue (Sonnius); Ambroise l’elargus attaque la position luthérienne comme fausse, en tant quelle affirme que la contrition est une douleur contrainte el qu’elle lui refuse toute efficacité a l'égard du péché. La vraie difficulté de la discussion théologique porte sur la notion même de contrition ct sur le contenu de celle notion. Le point de départ des discussions était la prop. 6 condamnée par la bulle de Léon X Luther y attaquait la contrition ». Le mot attrition n’était pas prononcé, cl l’imprécision même du mol contrition, lequel pouvait être pris soit au sens large (n’importe quel regret des fautes, même non informé par la charité) ou au sens strict (la contrition informée par la charité) entraîna plus d’une confusion. Déjà, à Bologne, dans la première préparation des déclara­ tions relatives au sacrement de pénitence, les théolo­ giens avaient eu l’occasion de constater leurs diver­ gences. Il s’agissait de définir la · vraie contrition, el l’on dut se contenter, vu l’impossibilité de préciser la signification du mol vraie >. de parler de la con­ trition requise dans le pénitent ». Massarclli. Dianum. iv. Co/ir. Trid.. I. i. p. 671-673. \ Trente, la discussion fut reprise. Tout en condamnant unanimement la proposition de Luther, les théologiens ne s’entendaient pas encore sur la signification du mot contrition . Leurs idées sur la contrition étaient assez divergentes. Voir J. Périnelle. //attrition d'après le concile de Trente. p. 61. notes 2 et 3;cf. P. Galtier. dans Gregorianum, 1928. p. 373-116. Le sens des mots contritio cl attritio, même après la définition qu'on en donnera dans le e. is, demeurera assez imprécis. Le meilleur exposé est certainement celui de Melchior Cî no. On doit à 1079 PÉNITENCE. LE < ON’CILE à cc théologien une mise au point sur le rôle de la con­ trition (parfaite) dans la justification exlrasacrameiiIdlc. Et c’cst vraisemblablement à son influence qu'est dû. dans le c. iv. le passage relatif A cet effet de la contrition. Voir plus loin, col. 1093. Sur la pensée des théologiens et des Pères de T rente relativement à l’inclusion d’un certain amour de complaisance dans l’ait rit ion, voir Périnellc, op. cit., p. 40 sq. Néanmoins, ces discussions aboutiront à quelques précisions utiles : distinction de deux contritions, la contrition proprement dite et l'nttrition; suffisance de l’attrition dans le sacrement de pénitence. Voir plus loin, col. 1093. f. Quatrième article. — Le quatrième article luthé­ rien affirmait que la confession sacramentelle secrète n’était pas de droit divin et qu’avant le IVf concile du Lut ran. les Pères n’en faisaient pas mention, mais par­ laient uniquement de pénitence publique. Layncz réfute assez longuement cet article. Il dé­ clare la confession de droit divin. Pourvu qu’elle soit sacramentelle, la confession — publique ou secrète, peu importe — doit être rapportée â l’institution du Christ. I He démontre a) par les figures de Γ Ancien Testament : confession d’Adam; aveu des fautes pres­ crit parle Lcvitiquc et les Nombres; confession des péchés faite à Jean-Baptiste;— b) le solvite illum de Lazare a été interprété en ce sens par quelques doc­ teurs; donc, à fortiori, on devra interpréter cn ce sens les textes du Nouveau Testament relatifs à la confes­ sion. Voici les principaux textes : Matlh., xvi ct xvm ; Joa., xx : le jugement pour lier ct délier, remettre ou retenir, suppose la connaissance des péchés ct donc on ne saurait entendre Joa.. xx, 22-23. de la prédication de la foi, ni d’une confession faite en termes généraux cl vagues, ni d’une confession restreinte à quelques péchés; Paul, absent, liait ou déliait. I Cor., v, 3, mais la connaissance du péché lui était nécessaire; Jac., v. 16; I Joa., î, 9; c} par la tradition des Pères contre les novaliens. D’ailleurs. l’Églisc n’aurait pu instituer la confession cn vue de la rémission des péchés; elle n’en a pas le pouvoir. Theincr. p. 531. Buard Tapper fait observer justement (pie le droit divin ne prescrit pas plus la confession publique que la confession secrète; il prescrit la confession en général. Cf. Désiré de Parme, p. 557 b. C'est l’autorité de l’Églisc qui la rend publique ou secrète. En notant l’ar­ ticle. il faut donc préciser: il est hérétique, s’il nie l'origine divine de la confession secrète, telle qu'elle se pratique aujourd’hui, mais seulement en tant que con­ fession sacramentelle, p. 537 b. Sur ce point. Antoine de I glioa apporte la double confirmation de la censure de la faculté de théologie de Paris et de la condamna­ tion. par Sixte IV, de Pierre d’Osma; en faveur de l’ori­ gine divine de la confession,Il invoque saint Jean CbrysOStome, p. 556 a. Jean Arze avait déjà interrogé la tradition sur ce point et fourni des précisions patristiques sur l'interprétation de Joa., xx. p. 538 u. Le οπής Alexandre Candide fuit appel à l'argument gé­ néral de la tradition romaine; il invoque I renée, Ihcr . HI, IV, 1 (P. G.. t vu. col 855). La plupart, pour éta­ blir le droit divin de la confession, invoquent Joa.. xx. Quelques-uns s’appuient également sur Jac.. v. Tous proclament la confession obligatoire de droit divin, mais accusent, eux aussi, les hésitations des théolo glens antérieurs sur la démonstration de ce droit. Le caractère historique de la seconde partie de l’ar­ ticle explique la diversité des qualifications émises à son sujet Un bon nombre la déclarent hérétique à l’égal de la première partie, mais d'autres théologiens ou Pères expliquent qu'elle est seulement fausse, cn désaccord avec les témoignages de la tradition qui permettent d’affirmer l’existence d'une confession secrete depuis les origines et non pus seulement depuis DE ΓΗΕΝΤΕ. DISCUSSION 1080 leconcllcdu Liitrnn (1215). Ici. A côté des affirmation» générales et absolues (tous lc$ Pères mentionnent celle confession), l’on trouve divers dossiers, les uns const!* tués pêle-mêle, au petit bonheur des souvenirs, les autres avec une certaine préoccupât ion de l’ordre chronologique, mettant en valeur toute la force démonstrative de la preuve. Une douzaine de textes sont ainsi expressément allégués ; le pseudo Clement des Hecognitiones; le pseudo-Denys l’Aréopngile. dans sa let t re à Démophi le; Tertullien, De baptismo; Origine, sur le psaume 37; saint Jean Chrysostomc, l(K homélie sur saint Matthieu; saint Augustin, 59e homélie De tempore et surtout l'apocryphe De visitatione infirmo­ rum ,· sai n t Léon. épi t re i.x x v 111. ad episcopos Campanin·. saint Grégoire en divers écrits, saint Jean Damascene, Je pénitentiel de Théodore, le commentaire de Bêde sur l’épltre de saint Jacques, une méditation de saint Bernard au chapitre ix. Divers textes allégués à l’occa­ sion de l’article I sur l’institution du sacrement de pénitence, pouvaient d’ailleurs être également Invo­ qués ct confirmaient l’ancienneté de la confession secrète proprement dite, cn tant que distincte de la pénitence publique. Cavallera, Hull, de tilt. ecd.t 1932, nov.-déc. 5. Cinquième article. L’art. 5 est très brièvement commenté par Lay nez. qui affirme simplement Γορposition de cet art idea la doctrine catholiqûc, p. 53-1 b. K nard Tapper déclare que la connaissance, en vue du jugement à prononcer, suppose la déclaration de chaque péché. L’incise : olim fieri ad satisfactionem canonicam imponendam n’est hérétique (pie si l’on ajoute la restriction tantum, pour la rendre exclusive, p. 537 b. Sonnius ajoute (pie, chaque fois que l'Églisc parle de l’aveu des péchés, elle entend un aveu distinct de chaque faute et, parmi les Pères qui confirment cette asscrtion.il cite Augustin. Jean Chrysostomc, Cyprien. Cyrille et leconcllcdu Latran. Les circonstances qui changent notablement l’espèce du péché doivent être accusées, p. 540 b. Dolphins estime que les circons­ tances doivent cire accusées, car elles n’aggravent pa^ seulement le péché, elles le font. p. 550 b. Enfin, Marianus de L’eltre, O. S. A., après avoir rappelé la nécessité d’accuser chaque péché mortel, en particulier, avec ses circonstances, estime qu’il est scandaleux, mais non hérétique, d’affirmer qu'il n’est pas permis d’accuser les péchés véniels, p. 556 Ô-557 a. 6. Sixième article. - Cet article, affirmant la préten­ due impossibilité d’accuser ses fautes ne retient pas longtemps l’attention des consulteurs. Layncz, p.53-1 b. ainsi (pie Sonnius, p. 510 ô. le qualifient d’hérétique, car l’Églisc n'oblige à confesser que des péchés dont on se souvient, et le Christ n'imposc pos de préceptes impossibles. Kuard Tapper semble plus exact en qualifiant sim­ plement de faux cet article. Il ajoute qu'il est inexact de parler d’obligation ecclésiastique concernant la confession au carême, p. 537 b. Melchior Cano fail observer, à propos de cet article 6, que la confession, étant de droit divin, a toujours existé dans l’Églisc. p. 511 b. et il en profite pour réfuter les objections relatives à la suppression de la confession par le patriarche Nectaire. 7. Septième article. Il appelle peu d’observations. L'assertion protestante que l’absolution n’est pas un acte judiciaire est jugée hérétique par Laynez.p.531 b. Hoard Tapper ajoute, p. 537 b, que Jean Chrxsostonic, Cyprien, Hilaire proclament que c’est un juge­ ment, et (pic le prêtre absout vraiment puisque le Christ a dit : f.’ei/x à qui vous remettrez 1rs péchés, etc. l r. Sonnius dit que l’interprétation exacte de ce texte implique un jugement, et que le prêtre doit for­ muler la sentence sérieusement el non par manière de plaisanterie, p. 510 b. Ambroise Pelargus fait une 1081 PÉNITENCE. LE CONCILE DE TRENTE, DISCUSSION allusion â saint Jérôme et nu Maître de> Sentences, selon qui le prêtre déclare absous et n'absout pas cn réalité le pécheur, p. 519 b. Er. de Viglialua rappelle que la rémission du péché parla contrition parfaite ne supprime pas l'acte judiciaire du prêtre, car elle cn comporte nécessairement le désir, p. 558 a. 8. Huitième article. Il est a peine louché par les consultcurs. Puisque le pouvoir de remettre les péchés appartient vraiment aux prêtres, cet article est néces­ sairement faux Layncz. p. 531 b. Pclargus démontre, el encore très brièvement, qu'il est hérétique, car le Christ a vraiment conféré ce pouvoir aux apôtres : Quorum remiseritis, etc. Joa., xx, 22-23, p. 550 a. On invoque aussi Matlh.» xvi, cf. Contreras, p. 555 b. Certains théologiens font observer que la doctrine de cet article a déjà été condamnée au concile de Cons­ tance, sess. xv, Melchior de Bosmcdiano. p. 552 b. 9. Neuvième article. - L’art. 9 sur les cas réservés ne retient l’attention de Layncz que pour lui faire déclarer que de la nature d’acte judiciaire de l’absolu­ tion découle la nécessité de la juridiction ct, partant, la possibilité, pour les évêques, de réserver certains < as. P. 535 a. 10. Les trois derniers articles. - - Ces articles ont pour objet la satisfaction et retiennent longuement (’attention de Salmeron, théologien pontifical, qui entre seulement cn scène à leur occasion ct leur con­ sacre un copieux rapport. Les hérétiques attaquent ici à faux les catholiques, comme si la satisfaction dépassait les exigences de la loi divine; comme si. par la satisfaction, les peines étalent complètement remises; comme si nous satis­ faisions pour nos péchés actuels, le Christ ayant satis­ fait pour le seul péché originel; comme si le mérite de nos œuvres satisfacloires nous procurait le ciel. Tout cela est contraire â la doctrine catholique. Tandis que les hérétiques déclarent qu’à la rémis­ sion de la faute est jointe la rémission de toute la peine, même temporelle, les catholiques confessent qu’il y a encore une peine temporelle à expier apres la remise de la faute. Pour justifier la position catholique. Salmeron établit une démonstration en règle, basée 1° sur l’Écriturc; 2° sur la tradition (conciles, papes. Pères); 3° sur la raison théologique. ai L*Écriture nous montre Adam expiant sa faute après le pardon reçu. cf. Sap.. x. 12; Moïse et \aron soumis à un châtiment pour leur manque de foi. Num., xx. 12; David adultère, expiant son péché. Il Reg., xn, 13 sq.; ci. Ps.. !.. I; Il Mac., vu. 32. Le Nouveau Testament est aussi riche en enseignements visant la pénitence encore nécessaire après le pardon du péché. Ainsi saint Jean-Baptiste : Pirnilcntiam agite...; facile dignos /ructus pirnilcnliic, Matth.. ni, 2. S; saint Paul : Digna pirnitentiir opera /acientes, Act., χχνι, 20; Adimpleo in corpore meo.... Col., i. 21; cf. 1 ('.or., vir, 1(1; ilcb.» x. 26; saint Pierre ; Qui passus est in carne, desiit a peccatis, I Pel., iv. 1; cl le Christ lui-même. Noli amplius peccare, ne deterius tibi aliquid contin­ gat. Joa., v, 1 L b) L'argument de tradition est exposé en ordre didactique. L'orateur fait appel tout d’abord aux conciles généraux : VI· concile (en réalité Quinisexte). eau. 102 (Mansi, l. xi, col. 987); VI11· concile, act. ix (en réalité, condamnation par le pape de la pénitence imposée ù certains partisans de Photius. révoltés contre Ignace, Mansi, t. xvi, col. 155); IVe concile du Lal ran, cap xxi : injunctam pirnitentiam (Denz.Bannw., n. 8 10); auxquels Salmeron ajoute le 11 P con­ cile (IV) de Carthage (cn réalité Statuta Ecclesia· ' antiqua), can. 76 (I lefele-Lcclercq. Hist, des cone., t. ιι, p 118) Salmeron invoque ensuite l’autorité des papes : 1 1082 (pscudo)-Clément, Episl. n (De virginitate, xir. 5. Punk, Paires apndoltci, t. n. p. 12); la (deuxième) décrétale du (pseudo)-Anaclet, P. L., I. exxx. coL 7! ; la décrétale du (pseudo) Callistc. Ad omnex Gatliarum episcopos, ibid., col. 136; Léon le Grand. Eptst., I xxxixr I (< Mil). /’ ! . » I I\ . ol. loti ; Innocent I Episl., xx(?) (xxv), c. vu, P. L.. t. xx. col. 559; \ igile, Eptst. ad Eutherium, n. 3, P. L.. I. ix. col. 18. etc. Il serait fastidieux de citer les autorités patrio­ tiques invoquées ct les conciles particuliers cités par Salmeron. Il est assez difficile d'ailleurs d’identifier toutes 1rs références. Espérons que l'édition des Acta Tridentina de la Gorrcsgcsrllschaft apportera toutes les précisions désirables. c) Enfin, notre théologien termine sa thèse par le développement de la raison Ihèologique. La justice divine, dit-il, exige que les pécheurs infidèles soient traités diversement des pécheurs baptises; les premiers ont péché par ignorance; le' seconds sciemment. Dieu ne veut pas d'abus de sa miséricorde. De plus. Dieu nous fait par le baptême semblables au Christ; la similitude du Christ exige des satisfactions. Par ailleurs, sans satisfaction, plus d’indulgence, plus de purgatoire,plus d’œuvres satisfacloires pour les péchés occultes. Autre motif : c'est une œuvre plus grande de mériter la vie éternelle que la rémission des péchés; or, le concile de Trente, sess. vi, enseigne que les œuvres faites dans l’état de charité méritent la vie éternelle; donc, à fortiori, elles méritent la rémission des peines. Salmeron réfute enfin quelques objections scripturaires. Theiner, p. 535-536. Les autres théologiens sont assez brefs sur la ques­ tion de la satisfaction. Sonnius insiste surtout sur la possibilité pour nous de satisfaire, nonobstant la satis­ faction déjà offerte par le Christ. Quelques exemples tirés de l’Ecriture indiquent le pouvoir qu'a le prêtre d’imposer des satisfactions, p. 540 b; Jos e Itavesteyn. p. 541 a. Ce dernier consulleur fait observer sur l’art. 12. qu’il n’est pas question d'affirmer que le pouvoir des clefs change la peine étemelle en peine temporelle : ce changement est consécutif à la conver­ sion même du pécheur. Ibid. Martin Olavc défend la possibilité de notre satisfaction en dépendance de celle du Christ, p. 545 b. Pclargus rappelle qu’avec la faute, toute la peine n’est pas nécessairement remise; la divine justice exige qu’une certaine peine reste encore à expier : d’où la nécessité de la satisfaction, p. 550 u. Delphius en appelle ù l’exemple de la péni­ tence de Théodore, p. 550 b. 2° Discussion par les Pères du concile. Le légat, dans l’assemblée du 5 novembre 1551. met aux voix la question de procé détails de celte procédure, voir Cavallera. art. cite. dans Dull, de lilt, ccd., 1923, p. 289 sq. Le 6 novembre, le légal fait connaître à rassemblée générale des Pères les conclusions des théologiens consultcurs sur les douze articles incriminés. I. Sur l'article /;La première partie est hérétique; pour la deuxième partie (le baptême n’est pas la secunda tabula), la note de témérité semble sullisanlc. La troisième partie (la pénitence n’est autre que le baptême) ne serait hérétique que dans le sens où l’admet lent les novateurs, car en un certain sens le baptême est une pénitence. — Dans la séance du 6 novembre et les séances suivantes, les discussions ne foui que consacrer ccs remarques des théologiens. L’archevêque d Agram, tout en se ralliant aux conclu­ sions de scs collègues, fait valoir les arguments des adversaires contre l'institut ion divine du sacrement de pénitence. Theiner, p. 563. Les évêques de C.alahora 1083 PÉNITENCE. LE CONCILE DE TRENTE, DISCUSSION ct de Bosa proposent que, dons l’art. I. on lise pro lapsis, au lieu de pro relapsis post baptismum. p. 573. 577. Hésitations chez l’évêque de Guadix à qualifier d'hérétique la première partie, p. 576. Quoi qu'il en soit de celte qualification. l'évêque de Bosa opine que le concile peut définir la vérité du sacrement de pénl- ( tener, chose déjà definie d'ailleurs dans In session vu. can. I. p. 577. On déclarera donc hérétique (conclusion générale du 15 novembre) la proposition qui nie que lu pénitence soit un sacrement ocre et proprie. Quant a l’expression lapsis pour rc/opsis, on devra trouver une formule appropriée. La doctrine des adversaires identifiant le baptême cl la pénitence sera condamnée cl l’on n’omettra pas de rappeler que la pénitence est appelée, à juste titre, la planche de salut après le nau­ frage. On a déjà, en effet, mentionné celle erreur dans le décret sur la Justification, et la légitimité de l’ex­ pression planche de salut «■ y a été affirmée (c. xiv, Den/ -Bannw., η. 807). De ces observations, on tiendra compte dans la rédaction définitive des can. 1. 2. 3; voir plus loin, col I HH 1105 2. Sur l'article 2. les observations des examinateurs portaient sur trois points : a) \u lieu de < parties de la pénitence, ne vaudrait-il pas mieux écrire actes » de la pénitence? Le concile île Florence a dit. en effet, que la matière du sacrement étaient les «actes du pénitent, b) De plus, les hérétiques n’ont guère parlé de · deux parties du sacrement : ou ils rejettent tout sacrement, ou ils acceptent la contri­ tion cf Γη théologien fait observer qu'en ce qui con­ cerne lu satisfaction, partie du sacrement, ce n'est pas hérésie que la nier, puisque, sans nuire â l'exis­ tence du sacrement, elle peut ne pas exister (le cas des mourants cl celui du pécheur animé d’un senti­ ment extraordinaire de repentir), p. 562 a. Les questions dogmatiques sont résolues par les Pères dans le même sens que les théologiens l’avaient fait. Ils s'attachent à montrer que les trois parties du sacrement de pénitence ont déjà été définies à Florence par le décret pro Armenis; qu'elles ressortent du texte de Joa., xx. 22 23, que le caractère judiciaire de la pénitence les exige, etc. Mais les préoccupations d’école se font jour également, to.it au moins dans le souci de trouver des formules qui ne blessent aucune opinion reçue. Ainsi.l’archevêque de Grenade demande qu’en condamnant l’art. 2. on évite d’atteindre les théologiens qui dénient aux actes du pénitent la qualité de * parties » du sacrement, p. 561 b L’évêque dr Cagliari, au contraire, réclam? une condamnation nette, quidquid dicint Scotus et Durandus, p. 565 b. L’évêque de Castellaniore veut sauvegarder la posi­ tion scotislcel demande qu’on distingue le sacrement, en tant qu'ubsolutlon, du sacrement en tant que péni­ tence totale, p. 567 a. L’évêque de Perpignan (Fine) déclare que les trois parties de la pénitence sont dr jure dirino. p. 573 b. Avec plus d'opportunité, l’évêque de Tuy se contente d’aflirmer que les trois parties sont des parlies intégrantes ou même potentielles du sacre­ ment. p. 575 a. L'évêque de Guadix observe que la deuxième assertion de l’article ne saurait être quali­ fiée d’hérétique, la satisfaction n’étant pas toujours requise : il faut trouver une formule qui tienne comple de ce fait. p. 576 a. Même observation chez l’évêque de Salamine : à proprement parler, la confession, la contrition, la satisfaction ne font pas trois parties du sacrement, mais trois actes requis nécessairement, p. 377 o. Opinion opposée chez l'évêque de Bosa : ccs trois artes doivent être dits parties du sacrement, a l’intégrité duquel ils appartiennent, p. 577 b. Quelles que salent d’ailleurs les divergences d’opi nions, la plupart des pères demandent qu'on s’en t icnne a la formule dr Florence. Le président Crcsccnzio. 1084 dans le discours de clôture de la discussion, declare qu’en effet on rédigera le texte ut in concilio Florem lino, en se contentant d’aflirmer que les trois actes du pénitent sont nécessaires pour que l’on reçoive dans son intégrité le sacrement, p 580 a. Les deux autres présidents ne font que résumer les arguments appor­ tés par les Pères. 3. /, article J avait appelé, de la part des théologiens, des remarques de détail portant sur quelques dif­ férences verbales avec les déclarations de Luther. L'archevêque de Mayence, prenant la parole après h· légat Grescenzio. veut donner des précisions; dire que la contrition, telle qu'elle est décrite, ne dispose pas à In grâce divine, est un sentiment erroné; qu'elle ne • remette pas les péchés, c’est une affirmation exacte; qu’elle rende l'homme hypocrite el plus pécheur, c’est une proposition erronée; qu’elle soit une douleur contrainte, c’est une allirmalion susceptible d’un sens vrai; donc il conviendrait de préciser, p. 563 a. L’ar­ chevêque de Grenade précise que la contrition dont parle Luther n’est que l’attrition. laquelle prépare cependant à la grâce, à la condition d'y ajouter l’amour ct le propos de sc confesser, p. 565 a. L’évêque de Castcllamare demande qu’on fasse ici mention de la crainte servile, pour éviter les équivoques, p. 574 b. Même remarque chez l’évêque de Léon. p. 571 b. Sous ces observations, nous retrouvons les mêmes hésita­ tions que chez les théologiens touchant les éléments de la vraie contrition. Sur le parti qu’on peut tirer de ces hésitations en faveur de la thèse d'une attri­ tion d’amour, voir Périnelle, op. cit., p. 65. La con­ damnation de l’incise nec remittere peccata soulevait toute la question de l’ellicacité de la contrition par rapport a la rémission des péchés. On la supprima purement ct simplement. Toutefois, peut-être à la suggestion de l’évêque de Modène (Thclncr, p. 578 a). faisant écho aux déclarations de Melchior Cano. voir col. 1079. les Pères avaient eu la pensée de completer la condamnation de Luther par un canon spécial, affirmant que la contrition, aidée de la grâce de Dieu el accompagnée du désir de se confesser el de satis­ faire. remettait les péchés : .S’i quis negaverit. per contri­ tionem. qua pirnitens. coopérante divina per Christum Jesum gratia, dolet de peccatis propter Deum, cum propo­ sito con/itcndi ct satisfaciendi, non remitti peccata. A.S. Thciner, p. 592 a. Mais l’évêque de Calahorra III remarquer que ce serait condamner des théologiens catholiques (il nomme : Cajétan et Adrien VI). p. 595 a. L’évêque de Verdun demande la même suppression, p. 595 b. Les Pères la leur accordèrent. Cajétan, on le sait, voir col. 1017. emploie le mot contrition, même en opposit ion avec attrition, dans un sens large qui désigne un repentir non informé par la grâce. L L'article I. sur l’origine divine de la confession, suggère aux examinateurs de ne point parler de con­ fession secrète : c’esl aussi, à leur sens, une proposi­ tion malséante, mais non pas hérétique, d’affirmer que la confession secrète était inconnue aux anciens, p. 562 o. — Beaucoup de Pères adoptent une attitude radicale : la confession est de droit divin, et elle a tou­ jours été en usage; ils ne paraissent pas se souder d’une distinction entre confession secrète et confession tout court. La confession est de droit divin et a tou­ jours été en usage dans I Eglise, même aux temps apostoliques, dit le cardinal de Trente, p. 562 b: l’évê­ que d'Agram le prouve par Act., xix (18) et I Joa., i,9, p. 56 t a Nombre de Pères recourent à Joa., xx. 22-23, pour justifier le droit divin L’archcvêquc de Sassari va même Jusqu’à déclarer que la confession secrète a été Instituée par le Christ pour les péchés secrets, ct la confession publique pour les péchés pu ailes, p. 565 b. L’évêquc «le (.agitari est tout aussi atllrmatif. p. 565 b566 a D'autres alllrmcnl l’origine divine de la contes- 1085 sion secrète, en raison du droit naturel qui s'attache au secret. L'évêque de Calahorra tient que la seule confession secrète est d'origine divine, la publique ne pouvant Hêtre, p. 573 b; le* évêques de Salamine ct de Bosa attribuant à l’une et â l’autre une origine divine, p. 577 LTK IN Λ I X tibus conscientia* pax ac scrrnlta* cum vehementi splritus consolatione consequi solct. H.rc de partibus ct cITectu hujus sacramenti sancta synodus tradens simul rorum sententias damnat, qui pænitentia* partes incussos conscientia terrores et fldemessecontcndunt.CavalL, n. 1191; Dcnz.-Bannw„ n. s··».. cl recevant avec dévotion ce sacrement, hi paix et la sérênité de la conscience, jointes à une grande consolation dc l’esprit. Telle est la doctrine du concile sur les parties ct I’ciTct dc ce sacrement; par là, il condamne le srntiment dr ceux qui prétendent placer les parties de la pénitence dans les terreurs delà conscience ct dans la fol. 1092 était une cérémonie remontant aux apôtres, digne d’être observée, mais ne concernant que l’ornement du sacrement et la signification élégante > de ce qui s'accomplit invisiblement. Mais on ajoutait qu'elle n’avait jamais été considérée comme la matière du sacrement ni comme une cérémonie nécessaire â son administration. Celte déclaration a complètement dis­ paru du texte final. Probablement, elle n’avait satis­ fait aucune des écoles adverses. Sur l'imposition des mains, comme rite normal de l’absolution à cette époque, voir Th. \ellcr (AValdensis). Antiquitatum fidei catholica* Ecclesia* doctrinale de sacramentis, Venise. 1758, /)r sacramento piv.nitentia·, c. 1 17, cite par Gavallera. art. cit., dans Hull, de till. eccl.t 1921. p. 90, note 11. l ue importante précision dogmatique est formulée quant à l’effet du sacrement, ce que les scolastiques appelaient la res sacramenti : c’est bien, dans la mesure où agit le sacrement, la réconciliation de l’Ame avec Dieu*, c'csl-ft-dlrc la rémission du péché lui-même. L’ancienne conception d’une simple déclaration au nom de l’Églisc dc la rémission déjà obtenue est impli­ citement, mais définitivement écartée. Enfin, l’exposé se termine par une déclaration rap­ pelant que, tout en proposant cette doctrine sur les parties et PefTel du sacrement, le concile entend réprouver la doctrine luthérienne plaçant les parties de la pénitence dans les terreurs de la conscience ct dans la foi au Christ La rédaction primitive de cette ultime déclaration était beaucoup plus longue : mais sans doute, au dernier moment, a-t-on estimé qu’une con­ damnation brève el tranchante, évitant les discussions subtiles, était suffisante. Cf. Gavallera, art. cit.. p. 9192. Le projet remis le 16 novembre a l ’examen des Pères contenait un très long développement où l’on distingue deux sections d’égale longueur : l’une exposait la doctrine catholique sur les parties ct les effets du sacrement dc pénitence, l’autre réfutait d’une façon motivée les erreurs sur la constitution dc la pénitence el rejetait le rôle prêté Λ la foi et aux terreurs » par les hérétiques. Au cours des discussions, l’une cl l’autre sections furent notablement abrégées, notam­ ment la seconde, qui n’est représentée dans le texte définitif que par la courte phrase de la fin. Comme modification importante dans la première partie, signalons, au lieu de la formule Absolue te a peccatis luis, indiquée primitivement comme la forme du sacrement, l’indication plus vague de la formule Ego te absoluo, etc. Ce qui laisse en suspens les diverses opinions théologiques sur l’essence dc la forme. Plu­ sieurs évêques avaient demandé la suppression des mots a peccatis tuis, absents de la formule de Florence. Mais il n’y a aucun doute touchant la pensée du concile sur la forme : c’est la forme indicative, qui, pour eux. est régulière; les prières (formules déprécatives), (pii C. iv. De la contrition (el de Tatthtionj. - On raccompagnent, ont été ajoutées laudabiliter par remarquera que le titre, dans les Actes ofliciels, est l’Églisc, mais n’appartiennent en rien ù l'essence de la simplement de la contrition : les mots · et de l'fttlriforme et ne sont pas indispensables à la validité du lion » ont été ajoutés après coup. sacrement. On noiera également l’incise relative à la Contritio qua* primum lo­ Iji contrition, qui, dans formule indicative : in qua præcipue vis sita est. (’.ette incise, qui correspond bien ft la pensée de saint Tho­ cum inter dictos pænitcnth ces actes du pénitent, vient netus habet, animi dolor ne en premier lieu, est une dou­ mas. voir col. 985, accueille néanmoins, dans la detestatio est de peccato com­ leur ct une détestation que mesure du possible, l’opinion des théologiens scotislcs. misso, cum proposito non l’âme conçoit du péché com­ Leur opinion préoccupe visiblement les rédacteurs de peccandi de cetero. Fuit au­ mis, avec le ferme propos dc la déclaration définitive : ils entendent bien, sans tem quovis tempore ad Impc- ne plus pécher â l’avenir. Ce trandam veniam peccatorum mouvement de contrition a l’approuver, ne la pas condamner. hic contritionis motus neces­ été de tout temps nécessaire De là, les formules si nuancées, employées pour sarius· el in homine post pour demander le pardon drs déterminer la matière du sacrement dc pénitence. On baptismum lapso ita demum péchés et, dans l'homme avait primitivement proposé un texte assez mal venu, prépara t ad remissionem tombé après le baptême, il voir Theiner, p. 583u; mais plusieurs demandèrent, à peccatorum, si cum fiducia est encore une préparation la séance du 23 novembre, que l’on revint purement cl divina* misericordia* el volo ft la rémission des péchés, s’il simplement au texte du concile dc Florence. On dira prostandi reliqua conjunctus s’accompagne r trouve manifestement ré­ futée la vaine calomnie de ceux qui ne rougissent pas de publier que c’est la une in­ vention humaine, étrangère au précepte divin, et qui aurait pris naissance au con­ cile du l-atran. Celui-ci, en effet, n’a pas établi que les fidèles devraient sc confes­ ser; car il savait que c’était là une institution nécessaire de droit divin. Mais il a imposé le précepte de se confesser une fois par an· a tous et à chacun, une fois jKin enus a l’âgr de discrélion. Et déjù. en suite de cette prescription, on cons­ tate dans l’Église universelle un fruit considérable apporté aux âmes par cet usage salu­ taire de sc confesser en ce temps sacré ct tout à fait propice du carême : usage que lr saint concile approuve fortement ct reçoit comme une pratique pieuse qu’à juste titre il faut conserver. Le texte de cc chapitre présente encore quelques modifications par rapport au texte proposé. L institu­ tion de droit divin est expressément affirmée. D une façon plus brève, on rappelle l'existence du pouvoir des clefs, qui doit s’exercer d’une façon judiciaire, et qui serait sans objet si la confession ne le lui fournis­ sait. En cc qui concerne la confession des péchés mor­ tels et celle des péchés véniels, les modifications sont, pour ainsi dire, purement verbales. Pour l’accusation des circonstances, le texte définitif ne retient que les circonstances qui changent l’espèce du péché: le texte primitif envisageait aussi la confession des circons­ tances çurr delictorum culpam vehementius vel augent vet extenuant. Sur la confession secrète, le texte primitif envisa­ geait une institution divine fondée sur la loi de la nature ct Ton déclarait inconcevable que le Christ ait pu instituer la confession d’une manière qui dérogerait à l’ordre du droit naturel. La formule n’a pas semblé heureuse à certains Pères, qui insistent pour que la confession soit déclarée obligatoire de droit divin, sans spécification de confession publique ou de confession secrète, le mode de la confession étant d’institution humaine. Thcincr· p. 598 a, 599 a. p. 600 <î. On dira donc simplement que la manière de sc confesser secrè­ tement au prêtre, pratiquée el recommandée dès le début, ne saurait être dite étrangère à Γ institution du Christ. Pour prouver Pantiduitc de la confession secrète, le texte primitif apportait l’exemple de saint Léon, condamnant la révélation des péchés accusés, comme contraire à la règle apostolique. La finale du chapitre, relative au rôle du concile du Latrnn, est également un résumé de la finale primitive; mais elle ne comporte pas de modification essentielle. route la doctrine exposée est claire : les applica­ tions morales du dogme y sont envisagées plutôt que le dogme lui-même. L’institution divine de la confes­ 1099 PÉNITENCE. CONCILE DE THENTE. TEXTES DOCTIUNAUX sion ct son obligation de droit divin sont les deux seuls points dogmatiques importants. C. vi. — Du ministre de ce sacrement ct de l’absolu­ tion. Circa ministrum autem hujus mi crament i declarat sancta synodus, falsas esse et u veritate Evangclil pe­ nitus alienas doctrinas om­ nes, qu» nd alios quosvis homines pneter episcopos ct sacerdotes clavium minis­ terium perniciose extendunt, putantes verba illa Domini : Qunrcumque alligaveritis su­ per terram· erunt ligata et in roJo, et quotcumque sol­ veritis super terram, erunt soluta et in cirlo (Mattii., xvm, 18) ct : Quorum remi­ seritis peccata, remittuntur ri.i, et quorum retinueritis, retenta sunt (Joa., xx, 23), ad omnes Christi fideles Indifferenter el promiscue contra institutionem hujus sacramenti ita fuisse dicta, ut quivis potestatem habeat remittendi peccata, publica quidem per correptionem, si correptus acquieverit, se­ creta vero per spontaneam confessionem cuicumque factam (cf. can. IO). Docet quoque, etiam sacerdotes qui precato mortali tenentur, per virtutem Spiritus Sancti in ordinatione collutam, tnnqiiam Christi ministros func­ tionem remittendi peccata exercere, cowpie prave sen­ tire, qui in malis sacerdoti­ bus hanc potestatem non esse contendunt. Quamvis autem absolutio sacerdotis alieni beneficii sit dispen­ satio, tamen non est solum nudum ministerium vel an­ nuntiandi Evangelium, vel declarandi remissa esse pec­ cata : sed ad instar actus judicialis, quo ab ipso vehit a judice sententia pronun­ tiatur (cf. can. 9). Atque ideo non debet pœnltcns adeo sibi de sua ipsius fide blandiri, ut, etiamsi nulla illi adsit contritio, aut sacer­ doti animus serio agendi et vere absolvendi desit, putet tamen se propter suam so­ lam fidem vere et connu Deo esse absolutum. Nec enim fides sine pienitentia remis­ sionem ullam peccatorum pnestaret, nec Is esset ni­ si salutis sute negligcntisslmus, qui sacerdotem jocose absolventem cognosceret, ct non alium serio agentem %edulo requireret. Cavali., n. 1196; Denz.-Bannw., n. 902. En ce qui concerne le mi­ nistre de ce sacrement, le saint concile déclare fausses cl tout à fait éloignées de la vérité évangélique, les doc­ trines qui pernicieusement étendent le ministère des clefs à tous les hommes, même non-évêques et non· prêtres. Leurs fauteurs pen­ sent en effet que ces paroles du Seigneur : · Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel; tout cc que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ·, et • A ceux à qui vous remet I rez les péchés, ils seront remis; à ceux h qui vous les retien­ drez. ils seront retenus ·, ont été adressées Indifférem­ ment et indistinctement ι'ι tous les fidèles, à l’encontre même de l’institution de ce sacrement, de sorte que chacun aurait le pouvoir de remettre les péchés, les péchés publics par une répri­ mande, si le pécheur s’y soumet ; les péchés secrets en suite d’une confession spon­ tanée faite ίι qui que ce soit. Le concile enseigne aussi que les prêtres, même en étal de péché mortel, par la vertu de l’Esprit-Saint reçue à l’ordi­ nation, exercent comme mi­ nistres du Christ la fonction de remettre 1rs pèches et que c’est soutenir une opinion fausse que refuser û ces mauvais prêtres ce pouvoir. Bien que l’absolution du prêtre soit la dispensation d’un bienfait d’autrui, ce­ pendant elle n’est pas seule­ ment un simple ministère annonçant ΓÉvangile ou dé­ clarant les péchés remis; mais, h l’instar d’un acte judiciaire, elle est une sen­ tence prononcée par le prêtre comme juge. Aussi le péni­ tent ne doit pas avoir en sa foi une telle confiance que, même en l’absence de contri­ tion, ou si le prêtre n’a pus l’intention d’agir sérieuse­ ment et d’absoudre vrai­ ment, il puisse se croire, h cause de su seule foi, vrai­ ment el devant Dieu absous. Iji fol sans la pénitence ne fournit aucune rémission des péchés; ct cehd-l/i serait le pire négligent nu sujet de son salut qui, connaissant un prêtre absolvant par déri­ sion, n’en irait point cher­ cher un autre agissjinl sérieu­ sement . Par lui-même, ce chapitre n'appelle pas grand com­ mentaire; il n'est que la condamnation des erreurs luthériennes touchant le pouvoir des clefs, le ministre de l'absolution, le caractère judiciaire de la sentence prononcée, la validité de l'absolution conférée par le prêtre indigne, mais ayant juridiction, I'insulllsancc de Uni) la foi pour la jusi i lirat ion dans le sacrement de pcn|fence, l’outes choses déjà exposées plus haut. Le seul intérêt nouveau de cc texte réside dans h comparaison qu'on peut établir avec le texte propose dans la séance du Hi novembre. Ici, encore, les Pères ont opéré des suppressions. Le texte primitif précisait que le pouvoir judiciaire conféré par le Christ avant son ascension avait été communiqué dans sa pléni­ tude à Pierre, mais aussi aux autres apôtres, afin qu’ils fussent les dispensateurs des sacrements sur lu terre. Que ce pouvoir n'ait pas été conféré indistincte­ ment Λ tous les fidèles, le contexte évangélique le démontre sutlisamment. De même, la comparaison avec le pouvoir judiciaire dans la synagogue avant Jésus-Christ : ce pouvoir était réservé â un petit nombre. Comment supposer que, sous la Loi nouvelle, il serait commun au Christ et â tous les fidèles sans dis t inet ion, etiam parvulis c/ mulierculis? A l’assertion que le prêtre, eu état de péché mortel, garde le pouvoir d’absoudre, le concile ajoutait une raison tirée de l'anxiété des fidèles, lesquels ne seraient jamais certains de la validité du sacrement, s’ils devaient en juger d’après l’état spirituel du ministre. De même, l’assertion relative à l’absolution, qui n’csl pas un simple ministère de la parole, est corroborée par le fait que les prédicateurs absoudraient, en prê­ chant. leurs auditeurs. L'expression : · L’absolution est la dispensation d'un bienfait d'autrui est appuya* sur I Cor., iv, I. C. vu. — De la reserve des cas. Quoniam igitur natura et ratio judicii illud exposcit, ut sententia in subditos dum­ taxat feratur, persuasum semper in Ecclesia Dei fuit ct verissimum esse synodus ha*c confirmat, nullius mo­ menti absolutionem eam esse debere, quam sacerdos in cum profert, in quem ordinal iam aut subdelegatam non habet jurisdictio­ nem. Magnopere vero ad Christiani populi disciplinam pertinere sanctissimis Patri­ bus nostris visum est, ut atroci ora qutednm ct gra­ viora crimina non a quibus­ vis, sed a summis dumtaxat sacerdotibus absolverentur, unde merito pontifices maxi­ mi, pro suprema potestate sibi in Ecclesia universa tradita, causas aliquas cri­ minum graviores suo potue­ runt pectdiari judicio reser­ vare (cf. can. II). Neque dubitandum esset, «piando omnia, qua? a Deo sunt, ordinata sunt, quin hoc Idem episcopis omnibus in sua cuique dhrcesl, in :r«lifleationem tamen, non in destructionem liceat pro illi·» in sulxlitos tradita supra reliquos Inferiores sacerdotes auctoritate, pnrserthn «pioad illa, quibus excommunica­ tionis censura annexa est. Hanc autem delictorum reservationem consonum est divina· auctoritati non tan­ tum in externa politia, sed etiam coram Deo vim ha­ bere. Venimtamrn ple ad­ modum, ne hac ipsa occa­ sione aliquis pereat, in eadem ICcclesIa Del cusio- Parce «pie In nature rt l’idée même d’un Jugement demande quo hi sentence soit portée seulement ù l'égard «les sujets. l’Église a toujours été dans la persua­ sion (dont le concile confirme aujourd’hui la vérité) que cette absolution sentit «le nulle valeur «pic le prêtre prononcerait en faveur de lldélcs non soumis â sa ju­ ridiction ordinaire ou dele­ guée. lia paru toutefois â nos très saints Pères «l’une Importance souveraine pour la discipline du peuple chré­ tien, de permet In· l’absolutlon de certains crimes plus atroces rt plus graves non û tous sans distinction, nuifo seulement aux prêtres les plus élevés. Aussi rst-Cr ù bon droit «pie 1rs souverains pontifes, en raison «le la supreme puissance «pu leur est dévolue sur Γ Église en­ tière, ont pu réserver h leur jugement particulier cer­ taines causes criminelles plu·* graves. Il n’y n aucun doute, puistpic toutes choses venant «le I)irn sont bien onlonnet*. «ju’en raison de l’autorité qu’ils ont reçue sur les autres prêtres inférieurs, 1rs évê­ ques, pour l’edi heation cl non pour la perle «les âmes, puis sent, chacun en son propre diocèse, en faire autant, sur­ tout par rapport aux crimes auxquels est attachée la cen­ sure de l’excommunication. Il est conforme Λ l’autorité divine «pie ccttc réserve «1rs «léllts ait force non seule* ment dans le gouvernement externe, mais encore «levans Hill PENITENCE. CONCILE DE TRENTE, TEXTES DOCTRINAUX «Htiini vcinprr fuit» ut nulln *il reserva lio in articulo mortis, nique Ideo «mine* sacerdotes «pioslibrl p;· ni­ tentes n quibusvis peccati* ct censuris absolvero pos­ sunt; extra quem nrticulum sacerdote* cum niliil pos­ sint in casibus rescrvalix, id unum pœnltcntibus persua­ dere nituntur, ut nd supe­ riores ct legitimos judices pro bencllcio absolutionis accedant. Dieu. Toutefois, pour éviter qu’Zi cette occasion ne périsse une Ame, l’Église n toujours pieusement stipulé qu’au­ cune réserve n’rxlstait ft l’nrticlr de In mort, rt qu’ninxl tou* les prêtre** pouvaient ab­ soudre tout 1rs pénitents dr quelques péché* rt de quel­ ques censures que ce soit. Mais, pulsqu'en dehors de cet article les prêtre* n’ont aucun pouvoir ft l’égard des cas ré­ servés, Ils devront s’efforcer dr persuader n leurs peni­ tents. d'aller aux juges supé­ rieurs ct légitimes, pour en recevoir le bienfait de l’abso­ lution. Ce chapitre est rédigé dans le même esprit que le précédent. Il s’agit uniquement de dénoncer une erreur de Luther et de lui opposer la doctrine et la pratique de l’Église catholique. La rédaction définitive a sup­ primé ici certaines considérations relatives à l’utilité des cas réserves. Par l’exemple de certaines juridic­ tions réservées dans la société civile, par l’exemple de Moïse se réservant le jugement de certains crimes, ct en rappelant que la difficulté du pardon à obtenir devait fatalement retenir les hommes sur la voie du crime, la première rédaction justifiait avec assez de détails cette réserve des cas. La rédaction delinitive indique d’un mot la légitimité de cette discipline : H a paru d’une importance souveraine pour la discipline du peuple chrétien... » Et c’est tout. L’incise : qtuc sunt a Dca, ordinata sunt, était primitivement en lin de chapitre. C. vin. - De la nécessité et du fruit de lu satisfaction. Dcmum quoad sat inflic­ tionem, qua* ex omnibus pænitcntlu· partibus, quem­ admodum a Patribus nos­ tris Christiano populo fuit perpetuo tempore commcn«latu, ita una maxime nostra irlate summo pietatis pra»texlu impugnatur ab iis, qui speciem pietatis habent, vir­ tutem autem ejus abnega­ runt. sancla synodus declanit, falsum omnino esse et a verbo Dei alienum, culpam n Deo nunquam remitti, quin universa etiam pœna condonetur (cf. can. 12 cl 15). Perspicua enim el illus­ tria in sacris litteris exempla reperiuntur. quibus pneter divinam traditionem hic er­ ror quam manifestissime re­ vincitur. Sane et divina* justitia* ratio exigere vide­ tur, ut aliter ah eo in gratiam recipiantur, qui ante baptis­ mum per Ignorantiam deli­ querint, aliter x’cro, qui semel a peccati ct dcrmonls servitute liberatI, et accepto Spiritus Sancti dono, scien­ tes templum Dei idotare <1 Cor., in, 17) ct Spiritum Sanctum contristare (Eph., iv, 30) non formidaverint. Et dixinnm clementiam de­ cet, ne ita nobis absque ulla satisfactione precata dimittantur, ut, occasione accepta, peccata leviora pu­ tantes, vehit injurii et rontumeliosl Spiritui Sancto (Hrb., \, 29), in graviora En ce <|in concerne la sa­ tisfaction, de tous temp* recommandée par les Pères au peuple chrétien, elle a été, à notre époque, attaquée avec ensemble sous prétexte de parfaite pieté, par ceuxIft mêmes qui, ayant retenu l’aspect de la piété, en ont rejeté In vertu. Aussi le saint concile déclare qu’il est (nux et contraire à rensei­ gnement divin (d’allirmer que) la faute n’est jamais remise par Dieu sans que soit remise également toute la peine dur nu péché. Les sainte* Ecritures fournissent en effet «l’illustres cl mani­ festes exemples, qui, même en dehors de toute tradition divine, réfutent péremptoi­ rement cette erreur. D’ail­ leurs le caractère même de In divine justice semble exiger que soient reçu* «lifféremment en grâce ceux qui ont pêché axant le baptême par ignorance et ceux «pii, délivrés une première fois du péché el de la servitude du démon, ct ayant reçu le don du Saint-Esprit, n’ont pas craint de · \ lolcr sciem­ ment h* temple de Dieu ct «le contrister l’EspritSaint ·. lui divine clémence sc doit de ne point nous par­ donner les jiéchés sam exiger de satisfaction, afin de nous éviter, l’occasion sc présen­ tant. «le considérer tou* pé­ chés comme légers ct dès lor*. 1102 labamur, thésaurisante < noht* * faisant injure ct outrage ft iram in die ira· (Boni., ai, 5; Γh*prit-Saint , «le tomber .lac., v, 3). Procul dubto dant «le* fautes plus graves, enim magnopere a peccato nous amassant ainsi un revocant, rt quasi frrno trésor île colère pour le jour quodam coercent hae sat is- de la colère . C’est qu’en fac torhr pœna*, cautiorrsqur cfTet, ces peine* *aîi*facct vigilantiore* in futurum toirr* éloignent l’homme effi­ pa-nitrntr* efficiunt; me­ cacement du péché; elle* dentur quoque precatorum sont un frein qui l’arrête; reliquiis ct vitioso* Itabit n* elle* rendent le* pénitent.* male vivendo comparatos plus prudent* et phi* vigi­ contrariis virtutum actio­ lant* pour l’avenir; elle* nibus tollunt. Neque vero portent remède aux rc*tes securior ulla via in Ecclesia «lu péché; elle* font dispa­ Dei unquam existimata fuit raître. i»r le* acte* contrai­ ad amovendam imminentem res «le* vertu*, les habitude* a Domino po*nnm, quam ut mauvaise* acquises par une luec pomitentix opera ho­ vie coupable. Pour éloigner mines cum vero animi dolore le* châtiments imminent* frequentent. Accedit ad ha*c de Dieu, l’Église λ toujour* quod, dum satisfaciendo pa­ estimé qu’il ne saurait y timur pro peccati*, Christo avoir «le voie plu* sûre, pour Jcsu, qui pro |>eccatis nos­ le* homme*, que de s'atta­ tri* satisfecit, ex quo omni* cher û ces œuvre* de péni­ not Ira xufjicientia est (11 Cor., tence avec une véritable ni. 5), conformo efficimur, douleur de l'âme. Dr plu*, certissimam quoque inde il faut considérer que. par arrham habentes, quod, n la souffrance offerte en sa­ compatimur, rt conglorifico· tisfaction pour no* péché*, bimur (Kom., \ m, 17). Ne­ nou* devenons conforme* au que vero ita nostra est satis­ Christ Jésus, qui a satis­ factio hxc, quam pro pecca­ fait pour nos péchés et tis nostri* exsolvimus, ut < de «pii vient toute notre non sil per Christum desum; suffisance ·; cl que nou* nam qui ex nobis tanquam avons un gage tré* certain, ex nobi* nihil possumus, eo qu’ · ayant souffert avec lui. coopérante, qui nos confortat, avec lui nou* serons glori­ omnia posumus (Phil., iv, fié* ». Et cette satisfaction, 13). Ha non habet homo, par laquelle nou* expions unde glorictur, sed omnis pour nos péchés, n'est pas gloriatio nostra in (Jiristo telle qu’elle ne soit pa* éga­ est, in quo mutmut, in quo lement par Jr*u*·Christ, (ùir moremur (Act., χνιι, 28), In nous, qui de nou*-mémc* ne «pio satisfacimus, faciente* pouvons rien comme venant fructus dignos pernitentia «ir nous-mêmes, avec *a coo­ nou* pouvons (Luc., m, 8), qui ex illo pération, vim habent, ab Illo offcnin- tout en celui qui nou* for­ tur Patri, et per illum accep­ tifie ·. Ainsi, l’homme n’u tantur a Patre (cf. can. 13 et rien ici dont il puisse *c glo­ II» ri lier; toute · notre glorifi­ cation est dnn* le Christ, • «lan* lequel nou* vivons, nou* nous mouvon* ·, nou* offran* no* satisfaction*. faisant dr digne* fruit* «le penitencequi de lui tirent toute leur vertu, par lui sont offertsau Père cl par lui sont acceptés par le IVre. Debent ergo sacerdotes Domini, quantum spiritus et prudentia suggesserit, pro qualitate criminum et perni­ tentium facultate, salutares et convenientes satisfactio­ nes injungere, ne. *i forte precati* conniseant cl indul­ gent iu* cum p.Tnitcntibii* agant, levissima u* Ir* yeux «pic la satis­ faction par eux imposer n’est )>4i* seulement en vue deconsen vr une vie nouvelle et «le guérir l’intirmité, mai* encore en vue «le châtier ct de venger le* péchés pu**«·*. 1103 PÉNITENCE. CONCILE DE T B EN TE, LES ( \N(»NS bgjindtim concessas etiam antiqui Patres ct crtxlunl et docent. Née prop t créa cxi*t i nuiront sacramentum prnitvntiir esse forum ira* vel pœntinini. slcut nemo tinquim catholicus sensit, ex hujusmodi nostris satis­ factionibus vini meriti et satisfactionis Domini nostri Jcsii Christi vel obscurari vel aliquaCX p.irte imminui; quod dum novatores intelliger»· volunt, ita optimam pirnitentiam noxam vitam esse docent, ut omnem satis­ factionis vim ct usum tollant (cf. can. 12 à 15). Cavali., η. I 198-1190; Dcn/.-Bannw., n. 901-905. Car les anciens Pères croient et enseignent que le pou­ voir des clefs a été confie aux prêtres, non seulement pour délier, mais encore pour lier. Ils n’ont jamais estimé pour autant que le sacre­ ment de pénitence fût un tribunal dr colère ou de peines (jamais un catholique n’a eu pareil sentiment) et que, par nos satisfactions, la vertu du mérite et de la satisfaction de N’otrc-ScÎgneiir Jésus-Christ fût obs­ curcie nu diminuée en quel­ que façon. Voulant retenir celte interprétation, les no­ vateurs enseignent que la meilleure penitence esl une vie nouvelle, supprimant ainsi tonte efficacité et tout usage dc la satisfaction. el. texte définitif dc ce chapitre résume succincte­ ment les développement s t héologiqties qui en revêtaient les affirmations essentielles. La comparaison entre le baptême et la pénitence, quant à la rémission de la peine, était poussée plus à fond, sans cependant appor­ ter d’idées nouvelles. Les exemples illustres et mani­ festes de la sainte Écriture étaient expressément rap­ pelés, (Jeu., m, 16 sq.; Num , xn, 1 I sq.; xx, 11 sq.; Il Kcg., xn. 13 sq. Celui de David pénitent surtout était exploité. Lc malade guéri à la piscine probalique était donné comme type du pécheur complètement guéri par le baptême. Mais, précisément, le Christ lui avait recommandé de ne plus pécher, ne deterius tibi aliquid contingat. L’argument tiré dc la nécessité de prévenir les rechutes par le frein de la satisfaction était aussi plus développé. Notre assimilation au Christ par la satisfaction pour le péché était corro­ borée par Col., i. 2 L Après avoir rappelé que l’obligation pour nous de satisfaire n’enlève rien à la satisfaction offerte par le Christ, le texte déclarait que l’origine divine île la satisfaction imposée dans le sacrement de pénitence tenait a la forme judiciaire de la sentence rendue au tribunal de la pénitence. Celte déclaration a été sup­ primée dans le texte définitif, ou l’on se tient dans des considérations d’ordre moral. On trouvait également dans le texte primitif une déclaration expliquant cer­ taines assertions relatives à la substitution des peines temporelles aux peines éternelles qu’opérerait le sacre­ ment de pénitence, Hac enim. aut simili loquendi ratione, quam frequentius theologi usurparunt, nihil aliud significare voluerunt. quam peccatorem ab ir tern is gchcnmr suppliciis per sacerdotis absolutionem libera­ tum ad temporarias luendas pernas pro peccatorum ratione, vel a sacerdote impositas, vel a Deo exigendas obligari. Theiner, p. 589 a. Réduite â celte significa­ tion precise, l’assert ion catholique n’a rien de fictif et de faux; elle fera l’objet du canon 15. C. ix. Des oeuvres satis/actoires. Docet pnclcrra, tantam «·**<· divina* muni licent he largitatem, ut non solum pomh sponte a nobis pro vindicando |>cccato suscep­ tis, aut sacerdoti* arbitrio pro mensura delicti impo­ sitis. sed etiam (quod maxi­ mum amoris argumentum est) temporalibus flagellis n Deo indicti* et a nobis pa­ tienter toleratis apud Deum Patrem per Christum Jrsum satisfacere valeamus (cf. la* concile enseigne en outre que si grande est la générosité dc la muni licence divine que non seulement par les peines par nous spon­ tanément recherchées pour réparer le péché, ou imposées par le prêtre en proportion dc la faute, niais encore (et ceci est la plus grande preuve d'amour) par les épreuves temporelles Infli­ gées par Dieu et patiem­ ment supportées p.ir nous. cnn. 13). Giivall., n. 1260; Denz.-Bannw., n. 906. 1104 nous pouvons satisfaire par Jésus-Christ près de Dieu le Père. La declaration affirme contre Luther que nous pou­ vons satisfaire à la justice divine pour nos péchés, d’abord par les peines spontanément recherchées, ou par les pénitences qu’impose le prêtre, et de plus par les épreuves de la vie, patiemment supportées Mais toutes ccs satisfactions n’ont de valeur que par la satisfaction du Christ. Dans le texte primitif, la pensée du concile revêtait une forme très prolixe. Du y discutait l’assertion luthérienne de la suffisance d’une · vie nouvelle «élimi­ nant toute satisfaction pour la vie coupable du passé. On justifiait les trois catégories d’œuvres satlsfactoires: prière, jeûne, aumône. Venait ensuite la décla­ ration concernant les épreuves envoyées par la Pro­ vidence, et dont la valeur satisfaclolre était appuyée sur lleb., xn. 5. On y marquait également que Dieu acceptait la satisfaction résultant non seulement d’œuvres surérogatoircs, mais encore du simple accom­ plissement des commandements. Et. parce qu’après l’accomplissement de la satisfaction sacramentelle, il ne semble pas que toute la peine temporelle soit remise,.le concile exhortait les chrétiens à continuer leurs satisfactions, rappelait la recommandation dc i’Ecclésiastique. v, 5. Il terminait en rappelant cl en condamnant les erreurs, bien à tort prêtées aux catholiques sur la manière de partager la satisfaction entre le. Christ et nous, comme si le Christ réparait pour la faute, nous, pour la peine; comme si le Christ avait enlevé le péché originel, et comme si nous devions enlever les péchés actuels, etc. Le concile con­ damnait, en outre, l’appréciation portée parles protes­ tants sur les peines infligées par la discipline de l’Eglise après le concile dc Nicée, comme si ces peines n’avaient eu qu’une valeur canonique, sans rapport avec la rémission des péchés au fur divin: et il terminait en Invoquant sur ce point l’autorité d* saint Augustin: Accedat peccator ad antistites Lcclesiir. et accipiat satis­ factionis modum, et id agat, quod non solum illi prosit ad recipiendam salutem, sed rliam ceteris ad exemplum. Voir ci-dessus, col. 807. 2° Les canons. Les canons sont au nombre de quinze. Cavallera, 't hesaurus, n. 1201; Dcnz.-Bannw., n. 911-925. On lira dans Theiner. p. 593 u-596 a. les vota des Pères en vue des modifications a imposer au texte primitif, distribué le 19 novembre, pour aboutir au texte suivant promulgué le 25 novembre. Si quelqu’un dit que, dins Can. 1. Si quis dixerit, in catholica Ecclesia pæni- l’Eglise catholique, la péni­ tentiam non esse vcrc cl tence n’csl pis vraiment et proprie sac rn men turn pro proprement un sacrement fidelibus, quoties post bap­ institué pir Noire-Seigneur tismum in peccatu labantur, Jésus-Christ, pour réconci­ ipsi Deo reconciliandis, n lier avec Dieu les fidèles, Christo Domino nostro ins­ chaque fois qu’ils tombent, après le baptême, dans le titutum, A. S. péché; qu’il soit anathème. Conformément aux vœux dc quelques théologiens, on spécifie ici, pour distinguer vertu et sacrement, qu’il s’agit dc la pénitence dans t’ÜgUse catholique. sacrement en toute vérité et propriété du terme. Insti­ tué par le Christ pour permettre aux fidèles, tombés dans le péché après le baptême, de se réconcilier avec Dieu.r/im/ue fois que besoin en sera. On trouve ici un écho de la doctrine du c. i. Cnn. 2. - SI quLs sacra­ menta confundens, ipsimi baptismum pamitentla* sa­ cramentum esse dixerit, quasi ha-c duo sacramenta distincta non sint, atque Ideo pamitentiam non recte SI quelqu'un, confondant les sacrements· dit que le sacrement dc pénitence est le sacrement même échés dans le sacrement . L'argument de tradition est indiqué d’un mol : comme l’Eglise. dès le commencement. l a tou­ jours compris. Pour mieux marquer l’opposition entre l’interprétalion protestante de Joa., xx. 23. et la doctrine de l'institution du sacrement de pénitence par le Christ, les Pères ont ajouté, à la rédaction primitive de cc canon, l’incise : contra institutionem hujus sacramenti, «le LES CANONS nos Syracuse et d’Oviedo demandent que l’expression : dès l’origine soit supprimée, p. 591 a. Ccs réclama· lions n'aboutirent pas : le texte fut conservé intégrale ment. Il représentait une formule assez, souple pour, d’une part, ne pas abandonner la doctrine de l’origln< divine de la confession el, d’autre part, permettre aux historiens d'affirmer les évolutions de celle pratique conformément aux faits. (jin. 7. Si qui* dixerit. In sacramento psenitentiæ ad remissionem peccatorum ne­ cessarium non esse jure divino confiteri omnia et singula peccata mortalia, quorum memoria cum debita ct diligenti pnemeditatione habeatur, etiam occulta et «pia* \i111t contra duo ultima decalogi pneccpta, el cir­ cumstantias, qua· peccati speciem mutant; sed eam confessionem tantum esse utilem ad erudiendum et consolandum psenitentem, et ollm observatam fuisse tan­ tum nd satisfactionem cano­ nicam imponendam; aut dixerit, eos. qui omnia pec­ cata confiteri student, nihil relinquere velle divina* mise­ ricordia· ignoscendum; aut demum non licere confiteri peccata venin la, X. S. Si quelqu'un dit que, dam le sacrement de pénitence, pour obtenir la rémission dr« péchés, il n'est pas licccsuilrr de droit dix in de confrier, tous et chacun cn particu­ lier. les péchés mortels dont on peut se souvenir après s’être examiné avec la dili­ gence requise, même 1rs péchés secrets et qui sont contre les deux derniers préceptes du decalogue, ninxi «pie les circonstances qui changent l’espèce du péché, mais qu'une telle confession est utile seulement pour l’instruction ct la consolation du pénitent cl «pi'ellc ne fut en usage autrefois qu’en vue de la pénitence canonique Λ imposer; ou si quelqu'un dit que s'appliquer h conférer tous ses péchés, c’est vouloir ne rien laisser nu pardon de la divine miséricorde; ou en fin qu'il n’est pas permis de confesser les pêchés véniels; qu'il soit anathème. Cc canon correspond à la deuxième partie du c. iv. On y définit contre les protestants la doctrine catho­ lique touchant la nécessité de droit divin de confesser les péchés mortels, tous et chacun en particulier, même les péchés secrets el purement Internes, comme les péchés de désir, el les circonstances qui changent l’es­ pèce du péché. On passe sous silence la question des circonstances simplement aggravantes. .Mais on spéci­ fie que seuls doivent être accusés les péchés dont, après un examen attentif, on a retrouvé le souvenir. Celle restriction prépare la doctrine du canon suivant sur la possibilité de la confession. Eidèles à la méthode déjà usitée dans les canons précédents, les Pères terminent en condamnant les idées de Luther : anathème à qui soutient que la con­ fession est seulement utile pour l'instruction el l’édi­ fication du pénitent: qu’elle n’a Jamais été en usage autrefois qu’en vue des pénitences canoniques à impo­ ser aux pécheurs; que vouloir confesser tous ses péchés, c’est soustraire à la miséricorde divine une partie de son objet; qu'il n’est pas permis (parce que présomp­ tueux 1 de confesser ses péchés véniels. Voir art. 5. çôl. 1071. Γη seul mol n été changé dans ce canon au texte primitivement proposé : il s'agit des circonstances «/mi peccata mutant, disait-on tout d'abord. Ln formule était ambigue: la formule définitive ne laisse prise a aucune échappatoire. \ la séance du 21 novembre, plusieurs évêques avaient fait observer l’insuffisance de mutant. Thelner. p. 595 ab. A la séance du 21. l’ar­ chevêque de Mayence propose : mutant ct aggravant speciem, p. 599 h. (’.’est l’indice qu’avant celte séance la modification axait été faite. Ι/évêque de Castella­ niore voudrait mie précision plus grande ; ad altum speciem peccati ducunt, p. 600 a. Inflexions analogues chez, d'autres. fin garda la formule, qun· peccati spe­ ciem mutant. 1 tin. X. Si qui* dixerit. Si quelqu'un dit que lu conf«*sdonern omnium pce- confession de tous tes péchés, 1109 PÉNITENCE. CONCILE 1)1·: TH ENTE catorum, qtinlcm Ecclohi serval, c*mj impoulbllcm. et traditionem huma nam 11 pib abolendam; nut ml rum non teneri oiinirx et singulos iitritis<|ιι«* sexus Christi fldeles juxtn magni concilii Ijiteninrnsls constitutionem semel in anno, el oh id sundendum esse Christi fidelibus ut non conlMenntur tempore qundnigesiimr, \. S. telle que In pratique l’Églisc, est impossible; qu'elle est urn* tradition humaine que les personnes pieuses doivent détruire; ou qu’ù cette con­ fession ne sont pas tenus, tous et chacun. 1rs fidèles de l’un ou l’nutrc *cxr. une fois par un. selon la constitution du grand concile du Latran, et qu'en conséquence il (nul dissuader les fidèles de se confesser nu temps (tu ca­ rême; qu’il soit anathème. Ce canon correspond â la tin du c. v et reprend quatre propositions erronées de Luther pour les ana­ thema! her. On remarquera qu’il a conservé l’indica­ tion du temps du carême pour la confession, sans tou­ tefois la rapporter à la prescription du concile du Latran. Ainsi sont conciliées les remarques divergentes des Pères. Can. 9. — Si quis dixerit, absolut lonem sacramentnIcm sacerdotis non esse ac­ tum judicialem, sed nudum ministerium pronuntiandi et declarandi remissa esse pec­ cata conlilentl, modo tan­ tum credat sc esse absolu­ tum, aut sacerdos non serio sed joco absolvat; aut dixe­ rit non requiri confessionem prcnitentls, ut sacerdos ip­ sum absolvere possit, A. S. St quelqu'un dii que l’ab­ solution sacramentelle dn prêtre n’est pas un acte judi­ ciaire, mais un simple minis­ tère consistant ù prononcer et déclarer que les péchés sont remisai) pénitent, pour­ vu simplement que celui-ci se croie absous, même si le prêtre l’absout par plnlsanterie et sans intention sé­ rieuse; ou s| quelqu'un dit (file la confession du pénitent n’est pas requise pour que le prêtre puisse l’absoudre; qu'il soit anathème. Pour comprendre le texte un peu gauche de ce canon, il faut en rappeler la rédaction primitive. Les deux textes sont identiques Jusqu’à mode; on poursui­ vait ainsi : modo credat se esse absolutum etiamsi conrniTt s non sit, aut sacerdos non serio, etc. L’incise : etiamsi contritus non sit n’a pas été conservée, mais bien ce (pii suit, et qui, dans la formule, est commandé par la conjonction etiamsi. De là, notre traduction, ('.e sens correspond d’ailleurs exactement aux erreurs luthériennes dont le concile s’était occupé dans le c. vi. deuxième partie, et qu’il réprouve ici. (jin. lu. Si quis dixerit, sacerdotes. qui in peccato mortali sunt, potestatem ligandi et solvendi non ha­ bere; aut non solos sacer­ dotes cs%e ministros absolu­ tionis, sed omnibus ct singu­ lis Christi fidelibus esse dictum : Qmrcunque liyavtri· fis super terram, erunt llyala rt in rirh». el (purcunqiic sol­ ueritis super ferrum, erunt soluta et in cirto (Mattii., XVIII. 18) e 1 Quorum remise­ ritis peccata, remittuntur eis, et quorum retinueritis, retenta sunt (.Ion., xx, 23), quorum verborum vlrluluquilibcl ab­ solvere possit peccata, pu­ blica quidem per correptio­ nem. dumtaxat s| correptus acquieverit, secreta vero per spontnnrnm confessionem. A. S. Si quelqu'un dit que les prêtres cn état de pêché mortel n’ont pas le pouvoir de lier et de délier; ou que d’autres (pic les prêtres sont ministres de l’absolution, les paroles du Christ ayant été adressées û tous 1rs fidèles et à chacun d’entre eux ; Tout ce que vous lierez sur la terre sera lie dans le ciel, ct tout ce que v ous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ; cl \ ceux Λ qui vous re­ mettrez les péchés, ils seront remis, a ceux fl qui vous les retiendrez, ils seront rete­ nus . de sorte qu’en vertu de ces paroles n’importe qui peut absoudre des péchés, des péchés publics simple­ ment par une réprimande, si le pécheur s’y soumet ; des péchés secrets, par une con­ fession spontanée; qu’il soit anathème. lintre le texte proposé à la séance du 19 novembre et ce texte définitif, aucune différence Les Pères, d’ailleurs, ne soulevèrent aucune objection sérieuse. L’évêque d’Oviedo estimait simplement que le texte LES CANONS 11 10 de Mallh., xvjji,pouvait favoriser l’opinion de Luther. Thelner, p. 595 b. Seripandi suggéra que saint Augus­ tin. (.outra donalistai, I, xxv, refusait aux prêtres indignes le pouvoir d’absoudre. Ihcincr. p. 596 a. .Mais ces deux uniques remarques furent sans effet. On peut constater que le texte du canon est calqué sur le texte du chapitre doctrinal. Can. 11. Si qui* dixerit, episcopoA non habere jus reservandi *ihi casus. nisi quoad externam politiam, atque idro casuum rrwne· tioncm non prohibere quo­ minus sacerdos a reservatis vere absolvat. A. S. Si quelqu’un dii, qur 1rs évêques n’ont le droit dr s< réserver des en* que pour 1« for externe, et qu’en conse­ quence la réserve do cas n’empêche point le prêtre (sans (xnivoir) d'absoudre vaudraient des ca* réservés, qu’il soit anathème. Le texte primitif portait : quominus sacerdos contra prohibitionem episcopi ocre absoloat coram I)eo. Thciner, p. 592 b. Le sens est substantiellement le même. La formule coram ben a été supprimée sur la demande de l’évêque de Castollamarc, le21 novembre : · Il y a. sur ce point, dit le prélat, différentes opinions, cl Dieu seul sait ce qui est vrai ·, p. 600 a. l^e même évêque avait déjà demandé une double restriction concernant le cas de l’article de la mort ct la réserve injustement faite par l’évêque, p. 591 a. L’évêque de Calaborra avait insisté également sur ce dernier point, p. 595 a. La formule du chapitre vu. voir col. 1100, tient compte, dans la juste mesure, de ccttc observation. Ce canon correspond au c. vu. Can. 12. - Si quis dixerit, totam pœnam simul cum culpa remitti temper a Deo, satisfnctionemquc pæmlen­ tium non esse aliam quam Udem, qua apprehendunt Christum pro cis satisfe­ cisse, A. S. Si quelqu'un dit que Dieu remet toujours toute lu peine en même temps que lu faute, ct que la satisfaction des pénitents n’est pas autre chose que la toi par laquelle ils connaissent la satisfac­ tion offerte pour eux par le Christ, qu’il soit anathème. Deux vérités sont affirmées en ce canon : le fonde­ ment cl la nécessité de la satisfaction. Le fondement : Dieu ne remet pas nécessairement toute la peine duc au péché lorsqu’il pardonne la faute; il peut donc reslcr, il reste fréquemment, une expiation à offrir à Dieu, ('.elle expiation n’est pas seulement la satisfaction offerte par le Christ, et la foi que le pécheur peut avoir cn cette satisfaction n’est pas suffisante : une satisfac­ tion personnelle est nécessaire. ('.e canon correspond à l’art. 10 ct au c. vin. 1" par­ tie. Can. 13. Si quis dixerit, pro pcccntts. quoad pœnnm temporalem, mimme Deo per ( luisti meritu satisfieri pernis ab eo inflictis ct pa­ tienter toleratis vel a sa­ cerdote injunctis, sed neque sponte susceptis, ut jejuniis, orationibus, eleemosynis vel ullis etiam pietatis operibus, atque ideo optimam pir ni­ tent tam esse tantum novum vitam, \. S. Si quelqu’un dit qu’on nr prut aucunement satisfaire ù Dieu, grâce aux mérites de Jèsus-dirtst. pour lu peine temporelle duc aux péchés, soit pur les peines Infligées par Dieu cl patiemment sup­ portées. soit par les péni­ tences imposées par le prê­ tre. soit même par des péni­ tences spontanément cher­ chées, jeûnes, prières. au­ mônes nu mitres œuvres de piété :ct qu’en consequence la meilleure penitence est simplement une vie nou­ velle; qu’il soit anathème. On reconnaît ici l’erreur relevée dans l’art. Il et déjà stigmatisée dans le dernier chapitre de la doctrine. Il est donc défini que, grâce aux mérites du Christ, nous pouvons satisfaire à la justice divine pour lu peine temporelle dur aux péchés pardonnes : soit par les peines que Dieu nous envoie, soit par lu satisfac­ tion sacramentelle, soit par des expiations volontaire- flit PÉNITENCE. CONCILE DE TRENTE, LES CANONS ment entreprises. La conception d une satisfaction réduite Λ une vie nouvelle n’est pas snflisanle: aussi est-elle anathématisée. Le texte primitivement proposé comportait, après pietatis operibus, une incise rappelant les expressions de Luther : quit supererogationes dicuntur. L’évêque de Constance en demande la suppression, p. 594 b. Par contre, apres ab eo inflictis, manquaient les mots : patienter toleratis. Leite addition fut faite à la demande de l'archevêque de Cologne. Thciner. p. 593 a. (fan.14. - Si qui* dixerit, satisfactione*, quibu* pænitenir* per Christum désuni precata redimunt. non esse cullu* Dei, sed traditione^ hominum, doctrinam de gnilia ct \rnmi Dei cultum atque ipsum beneficium morti* Christi obscurante*, A. S. Si quelqu'un dit que les satisfactions, par lesquelles les pénitents, par Jésii.*· Christ, rachètent leur* pérh«’*, ne sont pa* un culte de Dieu, mais des tradition* humaine*, qui obscurcissent la doctrine de la grâce, lr vrai culte de Dieu et le bienfait lui-même de la mort du Christ: qu'il soit ana­ thème. On remarquera l'insistance des Pères à affirmer que nos satisfactions ne valent que par Jésus-Christ. En condamnant la doctrine de Luther, le concile a ici en vue de marquer la valeur surnaturelle de toute satis­ faction. ct de montrer que. loin de diminuer la valeur satisfactoire de la passion du Christ, nos propres satis­ factions la mettent en meilleur relief. (fan. 15. — Si qui* dixerit, clave* Eeclcsiæ c**e data* tantum ad solvendum, non ctinni ad ligandum, ct profi­ terai sacerdotes, dum impo­ nunt pernas con litent ibus, agere contra finem eluvium ct contra institutionem Christi; ct fictionem esse, qtiod, virtute clavium ablata perns »· terna, pœna tempo­ rali* plerumque exsolvenda remaneat, A. S. Si quelqu'un dit que les clefs de l'Eglisc ont été don­ nées seulement pour délier, mai* non pour Hcr. et qu'alnsl les prêtres, cn im­ posant des pénitences à ceux qui *e confessent, agissent contre le but du pouvoir de* clef* et contre l'institution du Christ; et que c'est fiction d’nfilrmer que, la peine éternelle enlever p ir le pouvoir de* clef*, il reste encore la plup art du temp* une peine temporelle à ex­ pier; qu'il soit anathème. Ce dernier canon reprend, pour les analhématisvr. le* erreur* luthériennes déjà signalées, mais en les rapportant plus directement à la satisfaction sacra­ mentelle. On affirme ici : que le pouvoir des clefs doit aussi lier le pénitent cn l'obligeant à une satisfaction: que, ce faisant, le confesseur agit conformément au but du sacrement ct a l’institut ion du Christ, et que cc n’est pas fiction que d’affirmer, dans la plupart des ea*, plerumque, même après la rémission de la peine éternelle, la persistance d’une expiation temporelle â fournir â la justice divine. Ce canon donna lieu à plus d’une remarque, ou nous trouvons comme un écho de* doctrines du Moyen \gc *ur l’objet du pouvoir des clefs. L’évêque de Castellamare faisait, en effet, observer que beaucoup n’admettent pas que le prêtre remette la coulpe. Thelner. p. 591 a. Celui de Constance déclarait que la peine éternelle est remise, non par la vertu des clefs, mai* par la vertu du sacrement, p. 591 b. Seripandi fait la même remarque, p. 596 u. La modification importante fut l’addition de plerumque au texte primitif. Cette addition est due à l’évêque de Vienne, p. 593 b. Elle était opportune ct même nécessaire. 3° L'obligation spéciale de lu confession avant la communion, pour le prêtre ou le fidele en état de péché mortel. - Le concile s’élail expliqué là-dessus a la *c**ion xllî. cnn. 7 ct can 11 Denz.-Banw.. n. 880,893: (avail . n 1118. 1121. Le can. 7 ne semblait prévoir d exception, urqentf necessitate.que pour le prêtre dan* I obligation de célébrer cl n'ayant pas â sa disposition 1112 copia con/essoris. On a vu cependant. Comsiüniox, t. m. col. 505-506, que les théologiens envisageaient aussi la nécessité de la communion pour le simple lidèle. Le Code de droit canonique a mis au point ccs formules hésitantes du concile de Trente, dans les deux canons suivants : (fan. 856. Nemo (plein conscientia peccati morhili* gra­ vat, quantiiincurnque etiam se contritum existimet, tine pncmisMi sacramentali confcssiono ad sacram communio­ nem accedat; quods! urgeat necessitas ac copia confessarli illi desit, actum perfecta· contritioni* priu* eliciat. Can. 807. Sacerdos, *ibi consciii* peccati mortalis, quan­ tumvis *r contritum existimet, sine pra*mi**a sacramentali confessione missam celebrare ne audeat; quod *i, deliciente copia confessuri i et urgente necessitate, elicito tamen per­ fecta· contritionis actu, celebraverit, quamprimum confi­ teatur. 1. il y a. on le voit, assimilation partielle entre le simple fidèle el le prêtre, quant a l’obligation, urgente necessitate, de communier ou de célébrer. Mais, préci­ sément, cette assimilation partielle pose, vis-à-vis des théologien* commentateurs du (’.ode. la question de savoir dans quels cas se vérifie la nécessité, pour le simple fidèle, de faire la sainte communion. Dès avant la publication du (Iode, les théologien* avaient, à titre d’opinions probables, propose certains cas où la communion paraissait s’imposer au simple lidèle. manquant de prêtre pour confesser une faute grave. Ces opinions ont pris, depuis la publication du (’.ode. une force nouvelle el peuvent maintenant être acquises comme des certitudes. D’une manière générale, les circonstances créent la nécessité. Nécessité pressante, urgente; cl pas simple ment grande utilité. Trois cas doivent spécialement retenir l’attention : 1. l’obligation de communier a l’article ou même en simple péril de mort. Si un malade, pour une cause quelconque, ou ne peut faire sa confession, ou ne peut recevoir l’absolution (il n’y a pas de prêtre pour l’absoudre, mais un diacre pour le communier); 2. la nécessité d’éviter un scandale: un fidèle, déjà présent à la table sainte, se souvient d’une faute grave qui n’est remise ni directement, niindircclemenl; 3. la nécessité peut enfin résulter de l’obliga­ tion de consommer les saintes espèces pour les sau­ ver d’une profanation imminente, Certains auteur* ajoutent le cas où, vu le peu de temps dont dispose le pénitent ou le confesseur, la confession serait maté­ riellement impossible. Mais on fait observer que ccca* est chimérique, ce motif dispensant de la confession materialiter integra, mais non de la confession fornia· liter integra, (’.appello, De sacramentis. t. i, n. 491. Voir S. Alphonse. Theologia moralis, éd. Gaudé, t. m. n. 255 sq., avec les références aux auteurs qui ont écrit avant la publication du Code. Pour ces der­ niers. cf. Noldin-Schmill. De sacramentis, η. 1 10 sq.: Lchmkuhl, t. n, n. 151 ; Genicot-Salmans, t. n, n. 193; Cappello, t. l. n. 88. 191; l’rummer. I. m, n. 192. Les auteurs les plu* récents font observer (pic le précepte imposé par le concile de Trente est simple­ ment de droit ecclésiastique. Voir surtout Noldin el (iénicol. loc. cit. 2. il y a cependant, sur un point, dissemblance. filant donne que, vu la nécessite, on a pu commu­ nier après avoir émis un acte de contrition parfaite, la situation n'est pas la même, après la communion, pour le prêtre qui a célébré et pour le fidèle qui a reçu i’eucliaristie. Pour le prêtre, en vertu ans la préface du livre de La substance des divers travaux susmentionnés est passée finalement dans 1rs deux premières parties de Frank. 11 rgenrother écrivait : Depuis longtemps déjà le besoin d'une histoire approfondie de la disri* cet article. pline pénitent idle dans l’Eglise primitive sc faisait En dehors de la 1* rance ct de l'Allemagne, nous avons ù signaler en Italie. Pignutaro, De disciplina sentir. L’ouvrage de Frank, dominé par le souci de l'apologétique contre 1rs protestants, manquait encore pirnilentialt priorum Ecctesiie so culorum commentarius. Borne, 1901; Di Dario, il sacramento della penitenza des qualités d’objectivité nécessaire pour voir les faits sans parti pris. nei primi secoh. Naples, 1908 : la critique historique cède ici le pas aux préoccupations dogmatiques En C'est à ce point de vue plus objectif que se placent les auteurs postérieurs : Bickel, Die Russdisciplin, dans Espagne, le P. Z Garcia a donné deux bons articles dans Razon ij fe, mai cl juin 1909. Elperdôn de lospecaZeitschrift fiir kalholische Théologie, 1877, ct, dans la même revue. 1887, Blotzcr. Die geheime Siïnden in der dos m la primitiva iglesia, p. 35 «q., 195 sq. altchristlichen Russdisciplin; Kattenbusch, Lehrbuch ///. TUfotoGiESPECULATIVE. - Les théologiens de toute école, qui ont abordé, au point de vue principa­ der vergleichenden Confessionskunde, Fribourg-cn-B., lement spéculatif, l’étude de la pénitence, sont innom­ 1892; Schanz. Die Lehre des hl. Augustinus Uber das brables. On ne fera ici que citer les ouvrages princi­ hl. Sakrainent der Russe, dans Theologische Quarlalpaux qui. à l’heure actuelle, gardent encore une réelle schrift, 1895· valeur de consultation. 2. La publication, en 1896, du livre de H. C. Lea, On doit tout d’abord distinguer deux courants, le A history o/ auricular confession and indulgences in the latin Church, 3 vol.. Philadelphie et Londres, d'inspi­ courant dogmatique, qui est le principal et dans lequel sont agites les problèmes théologiques ct scolastiques ration nettement .anticatholique, a eu le très heureux relatifs au sacrement lui-même; puis, le courant moral, effet de réveiller l'attention, dans nos milieux, sur les accessoire, dans lequel les moralistes et casuistes ont problèmes que soulève l'histoire de la pénitence. La étudié surtout les conditions de l'administration et plupart des travaux qui ont vu le jour de ce chef ont de la réception du sacrement. Des moralistes ct été mentionnes aux bibliographies des art. Absolu­ casuistes. nous ne dirons rien : leurs innombrables tion, Confession, ct surtout ici, col. 813-815. On ne signalera donc à présent que les noms des auteurs ren­ traités se répètent fastidieusement et, en cc qui con­ cerne les théologiens antérieurs au xixr siècle, on voyant d’office le lecteur aux indications in extenso pourra sc référer, pour en trouver l'indication, a l'in­ données ailleurs. dex des auteurs cités par S. Alphonse, Theologia mora­ L’ Kinériquc n’a guère réagi contre les conclusions de Lea que par les Notes on a history of auricular confes­ tis, édit. Gaude, t. rv, Home, 1912. p. 785 sq. 1° Au ΧΓ/· siècle, - - 1. L’école jésuite a fourni d’il­ sion du P. il. Casey, S. .L, Philadelphie. 1899, ct divers lustres représentants de la théologie de la pénitence. articles de revue. 11 faut tout d'abord mentionner ceux de ses membres C’est la l'rance qui s’est d’abord le plus vivement qui ont pris une part effective au concile de Trente, intéressée à ces débats. A. Boudinhon donne le branle notamment Salmeron, qui a fixé sa doctrine dans scs par sa lumineuse esquisse de 1897; puis viennent les Commentaires sur les sacrements, Cologne. 1615; Tan­ recherches de E Vacandard dans la Revue du cierge ner. dans son Γinversa theologia, t. rv. Ingolstadt. français, qui aboutissent, apres les remaniements cl les retouches nécessaires, aux travaux mentionnés 1627. Outre ses commentaires sur la Somme, le cardinal col. 81 L celles de P. Batiffol et, un peu plus tard, de Tolet a laissé une Instructio sacerdotum et psrnitentium, L Tixcront. Plusieurs des conclusions de ccs derniers Komc. 1611, qui a vu de multiples éditions, avec des auteurs sont contestées, il est vrai, par des catho­ annotations et développements d’André Victorelli et liques. On s’en prend spécialement â leurs idées sur de Martin l-’oniari. Borne, 1667. les péché* irré nissibles. sur l’absence de la pénitence Mais trois noms doivent ètrr surtout retenus, dont privée ». D? ces critiques quelque chose demeure l’activité déborde sur le début du xvn siècle. Grégoire encore dans les travaux de A. d'Alès. L'on peut de Valencia. François Suarez cl Gabriel Vasquez. dire néanmoins (prune grande partie de ces résultats Gregoire de Valencia, dans ses Commentant in demeure acquise: on les volt passer dans l'art. Déni ///·■ part. Sum. theol. S. Thonur. a consacré la fence du Dictionnaire apologétique, où ils sont un peu disp. \ Il au sacrement de penitence. Cc traité, assez in isqués, à vrai dire, par l’allure schématique des complet, ne se coniine pas dans le dogme, mais il développements. Ils Unissent par trouver leur place aborde les questions morales rt, dans les quatre der­ dans le traité latin du P Gal tier, rt mieux encore nières questions (xvn-xx>, il étudie les manifestations dans son tout récent cuivrage français. canoniques du pouvoir des clefs (censures diverses ct D'abord distancée par la France, l'Allemagne calho indulgences). lique se remet avec* ardeur à l’étude de ces questions Le traité le plus complet de la pénitence est. a coup passionnantes. L'initiateur avait été F. X. Funk, dans sûr. celui de Fr. Suarez, qui comprend tout le t. xxn un article inséré dans les K irchcngcschichtlichc Abhand· des Œuvres complètes (édit. Vivès, Paris, 1856). Tou* tungen, I. i. 1897. Il est suivi par P. A. Kirsch. les aspect* dogmatiques, moraux, canoniques, sont G. Kaiischcîi. A côté de ces esquisses d'ensemble il étudiés avec ce souci de l'analyse el du détail, (jui faut citer des travaux de détail, comme ceux de caractérise la méthode du grand théologien jésuite On G. Esser, I·'. Hûiiennann. plus récemment E. (toiler. notera plusieurs particularités : la controverse de la Comme chez nous d'ailleurs, on remarque une certaine DICT. DE THÉOL. CATilOL. T. — Xll — 36 1123 P É S ITI : .X C E. T11 É O LO G II·: S P ÉC U L A T I V I. re\ i\isrciicc des mérites dnns le sacrement de penitcncc est renvoyée â un opuscule spécial; le sacrement d'extrême-onction. a titre de complément du sacre­ ment de pénitence, est étudié immédiatement apres la satisfaction el il est suivi du traité du purgatoire (qui est comme la satisfaction dans Γηιι-dclâ). L'ordre logique appelle ensuite le problème des suffrages des vivants pour les défunts cl enfin la question des indul­ gences Celte présentation méthodique méritait d'être signalée. Moins remarquable, mais encore très digne d'être relevé, le traité de (i. Vasqucz dans ses Commentarii ct disputationes in H Impart. S. Thomn·, I. iv, q. lxxxvxr.iv, Lyon, 1631. C’est, avec les précisions que com­ porte la théologie post-lridrntine et anllprotestuntc, le commentaire des questions de la Somme. 2. Une mention doit également être accordée à Syl­ vius ct à Estius, pour leurs commentaires In / Ve·Sen/., dist. XIV sq.; à Ponclus, O. M., Cursus theologicus, Lyon, 1571, disp. XLV-XLVI; au dominicain Dièguc Nuficz pour ses Commentarii el disputationes in ///·■ part, D. Thomn·, sur les sacrements (q. i.x-xc cl Suppl., q. i-χι), Venise, 1612. Chez ce dernier auteur, le traité de la pénitence se clôt par une Tracta­ tio insignis circa inteUigentiam bullarum pontificati urn, prrrsertim quas vocant cruciatu·, de/undorum et compo­ sitionis. 3. Les décisions du concile de Trente imposaient au clergé un souci pins grand d’une bonne administra­ tion des sacrements. La théologie pastorale du sacre­ ment de pénitence eut donc, dès la seconde moitié du xvi* siècle, ses représentants. Le plus éminent fut saint Charles Borromée, dont les enseignements, d’ail­ leurs sévères, sc retrouvent soit dans les Acta Ecclesiæ Mediolanensis, soit dans les Instructiones pro confes­ soriis, Acta, t. i, édit, de Lyon. 1683, p. 1-312, passim, 641-668. Il faut ajouter le Manuale sive Enchiridion confessoriorum et pauiitentium de Martin Aspilcueta (Navarrus), Borne, 1588. 2« .1« λ γ//* siècle. — 1. Théologiens jésuites.— Rodrigue Arriaga est aujourd’hui bien oublié. Son traité De sacramento pienitentiœ (extrema- unctionis ct ordinis), au t. vin du Cursus, Lyon, 1669. mériterait cependant qu’on le consultât encore quelquefois. Pro­ lixe â l’excès, i) renferme néanmoins plus d’un exposé suggestif. Le traité est en quatre parties : a) De pænittntia· virlute; b) De panitcnlia ut comparata cum remissione pamte; c) De indulgentiis; d) De sacramento ptr nitentia·. Gilles Conlnck a laissé un excellent ouvrage. Com­ mentarii ac disputationes in universam doctrinam S. Thoma· de sacramentis et censuris, Bonen. 1630. (’.e traité est reste célèbre pour les controverses et les repressions qu’il suscita. Voir t. m, col. 1152. Sous le litre de Controverses, Christophe Haunold a publié, en onze disputationes, tout le traité de la péni­ tence. conçu sans doute sur le plan de la Somme, mais adapte aux besoins de son époque cl rédigé d’après les données de la théologie lu plus fouillée. (Les contro­ verses sont au t. iv «lu grand ouvrage intitulé : Theolo­ gize ïpcculutiVir scholasticis prirlectionibus et exercitiis accommodatu? libri IV, Ingolstadt, 1678 Enfin. le plus illustre représentant des théologiens Jésuites de celte époque, le cardinal .Ivan de Lugo, a laisse un traité de la pénitence «pie l'on consulte encore aujourd hui avec profit : Disputationes scholastica· et moral·* de virtute et sacramento pienltentiœ; item de sufiragits ct indulgentiis, t. vi de l'édition de Venise, 1751 On sait que la caractéristique «le de Lugo est 1 étroite union de la théologie morale el de la théologie dogmatique· celle-ci servant de base à celle-là. 2 Chez les dominicains, le traité de Jean de SaintThomas est précieux. Il est dans la note originale de 1124 i l’auteur : sobre, s'en tenant aux principes, éliminant les questions subsidiaires pour s'appliquer aux points importants de la doctrine thomiste. Il comprend les disputationes X X X 111 - X X X VI, du Cursus theol· gicus, t. ix, Paris. 1886. p. 575-701. Dans la lf· par lie, il expose l’institution el les éléments constitutifs du sacrement; la question du res et sacramentum est particulièrement intéressante, a. 5. La IIe partie est consacrée â la vertu de penitence. La IIP s’attache a expliquer lu rémission, ex opere operato, des pèches mortels ct même véniels; elle est suivie d’un appen­ dice sur les sacramenlnux. La IV· partie, dirigée contre certains théologiens jésuites, expose le système thomiste sur la reviviscence de la grâce et des mérites. Plusieurs autres dominicains sont encore à signaler : Gonet. dans son Clypeus theologia· ihomislicœ, a consa­ cré tout un traité à la pénitence, sacrement et vertu : excellent commentaire de la Somme théologique avec les adaptations nécessaires à la théologie post-tridenline; Noël Alexandre, dont le traité De sacramento pænitentiœ, suivi d’un traité sur les censures, esl inséré au t. n de sa Theologia dogmatica ct moralis secundum ordinem catechismi Trideniini, Paris, 1703 Enfin, dans sa Theologia mentis et cordis, Cologne, 1687, Conlcnson a consacré d’excellentes pages â la pénitence (I. XL part. III); existence, essence, forme, parties, effets, absolution du péché. 3. Le grand Cursus des carmes de Salamanque ( Salmunticcnses) est ordinairement compté comme une œuvre théolpgique du xvn· siècle. Le traité de la péni­ tence, qui est le dernier el comprend une partie du t. xix et tout le t. xx de l’édition Palmé, Paris, 18701883, fut écrit au début du xvm· siècle, par trois auteurs : Antoine de Saint-Jean-Baptiste (t 1699). Alphonse des Anges (t 1721), François de SainteAnne (t 1707). Il faut également consulter le Cursus... moralis, en six tomes, trois vol., Venise, 1679-1721. I. L’école franciscaine a d’illustres représentants. Les deux Rciffenstuel (Anaclet et Albert) ont laissé un renom dans la théologie de la pénitence, le premier pour sa Théologie morale, le second pour sa Pratique du confessionnal. .Mais, au point de vue dogmatique, ce sont les commentateurs de Scot qui affirment la ten­ dance franciscaine dans l'exposé des doctrines : Mastrio de Meldola (t 1659), tant dans ses Disputationes theologica· in I Vum Sent, ad mentem Duns Scoli, Venise, 1655-1661, que dans son dernier grand ouvrage. Theo­ logia moralis ad mentem .S’. Honaoentiirn· et Scoti. Venise, 1671; Belluli, l’ami ct le collaborateur de Mastrio. dont le De sacramentis tum in genere tum in specie ne fui jamais publié; Bosco (t 1681), Theologia sacramentalis et spiritualis ad mentem Doctoris subtilis D. \ugustino conformem. Louvain. 1665-1678; Fran­ çois Notau, Tractatus de sacramento pirnitentia·. Mous. 1697, ct surtout le cardinal 1/aurent Brancatl «le Lanria (t 1693) avec ses (lommentaria in I V··» Sent. Docloris subtilis, Rome, 1653-16 »5. Missionnaires voués a la conversion des pécheurs, les frères mineurs n? pou­ vaient se désintéresser de l'aspect pastoral «le la théo­ logie de la pénitence. Voir l’aperçu «te leur œuvre au WH' si··! le, t. vi, vol 8 17 8 19 5. Il sullira. eu dernier lieu, de citer Aversa (* 1657), des clercs réguliers mineurs, pour son traité De pænitcntiir sai rumento et de extrema unctione, Bologne, 161 i ; le sorbonniste Ysamberl. ('.ommentariorum et disputa­ tionum in III'*1 part. S. Thomiv, t. iv, Lyon, 1631 (q. lxxxiv à xciv);el plusieurs bénédictins de Puniversité de Salzbourg, voir l. π, col. 618. 3· Au Λ i ///· siècle. - Gel le époque nous a transmis moins d’ouvrages susceptibles d'être encore utilisés. Toutefois les jésuites ont found la Theologia Wirceburgensis, dont le traité de la pénitence fut rédigé par le P. Neubauer (+ 1793). Les bénédictins, soit a Salz- bourg, soit ailleurs, ont laisse plusieurs theologies les parties essentielles de la forme. Voir t. f, col. 191. b) Le sens de la formule esl discuté. Voir t. 1, complètes, dogmatiques ou morales, où la pénitence col. 194. esl étudiée. Liions : Metzger, Babestubcr, Bottner, c) Quelle signification ct quelle valeur accorder a Hardtner (auteur d’un traité original. De e/flraciâ pænitenliir in peccata venialia}, Schnell, Schmitz, lu formule déprécatoire jadis s ulc employée dans Oberndorfer, Sparer, Mayr. etc. Voir 1. n, col. 619-623. l'Église latine et en usage encore aujourd'hui dans les Les dominicains ont â leur actif le cardinal Gotti, Églises orientales? Voir t. 1, col. 241 sq. Drouin et surtout Billuart. Chez les franciscains, Frasd) Quelle est la validité de l'absolution conférée sen tient à coup sûr le premier rang; son traité, inséré sous condition ct quand doit-elle être ainsi conférée? dans Sco/us Academicus, t. x, Borne, 1726, sc termine, Voir t. i, col. 252. comme celui de Billuart. par une dissertation sur l'an­ e) Sur les differentes questions de théologie morale cienne pénitence publique. Enfin, il suffira de faire agitées à propos de l'absolution, voir t. i, col. 240 sq. 3. Imposition des moins. — Tous les théologiens sont mémoire des sorbonnistes Toumély ct Collet, cc der­ d’accord pour déclarer que, dans l’administration du nier ayant écrit un traité qu’a accueilli le Cursus theo­ logicus de Mlgnc, t. xxii. sacrement de pénitence, l’imposition des mains du prêtre n’appartient ni à la forme, ni à la matière. Mais 1° Aux Λ/Λ· et Λ Λ· siècles. —Les traités dogmatiques on peut se demander si ce rite, aujourd’hui considéré sur la pénitence sont rares dans les deux premiers comme accessoire, n’a pas été autrefois regardé comme tiers du xix* siècle (nous ne parlons pas des traités matière nécessaire. Sur cc point, voir t. vu, col 1394insérés dans certains manuels aujourd’hui heureuse­ ment oubliés). En citant Perrone, dans Prnlcctiones 1 107. 2" Parties du sacrement. — 1. Contrition. — u) Con­ dogmatica·, l. n, Paris, 1852 (Migne, t. n), il semble trition parfaite. — Même après le concile de Trente* qu’on ait nommé l'auteur le plus acceptable. La péni­ des théologiens se sont demandé si toute contrition tence était alors étudiée de préférence chez les mora­ parfaite, même celle d’un degré inférieur d intensité listes. Une première réaction, pour faire face aux (contritio remissa), suffit pour la justification. Estius attaques protestantes sur le terrain historique autant s’est montré d’une sévérité que rien ne justifie. 11 quedogmatique, fut (bien timidement encore) esquissée n’admet la justification extrasacramcntelic par la par I). Palmieri, dont le De pænitentia, Home. 1879 contrition parfaite qu’à l’article de la mort ou quand (2· édit., Prato, 1896) est loin d'être périmé. On peut, le recours au prêtre est physiquement ou moralement dans le même genre, citer les Imités du P. Lahousse, impossible. In /V·· Sent., dist. XV H, $ 2. Certains Bruges, 1894; du P. de San, Bruges. 1900; du P. Chr. contrifionistes, distinguant entre contrition intensa ct Pesch, Prætectiones dogmaticæ, t. vu, Fribourg-cn-B., contrition remissa, n’accordent la justification extra­ 1920; et, plus récemment, de M. P. Dens, 1· édit., sacramentelle qu’à la première, en tant qu’elle est Malines, 1817; du P. Huarte, Home, 1913, et de vehemens et accensa, Bcrti. De theol. disciplinis, 1. LIV, MM. Van Noort-Verhaar, Ililversum. 1926. Les car­ c. vi. En rejetant ccs deux opinions, la première dinaux Billot, De Ecclesiæ sacramentis, t. n. 6e éd., comme erronée, la seconde comme exagérée, la plu­ Borne, 1922, et Lépicler, Tractatus de pænitentia, part des théologiens font observer qu'il ne faudrait Borne, 1924, ont minimisé la base positive et se sont pas tomber dans l’exagération contraire ct concéder astreints à un commentaire plus suivi de la Somme le pouvoir justifiant à toute contrition qui, rejetant thèologigue. Dans son esquisse théologique. De sacra­ formellement le péché, ne contiendrait cependant pas mento pivnitcntiæ, Paris, 1926, le P. d'Alès a scellé un acte formel d'amour de Dieu par-dessus toutes l’albance de la théologie positive et de In théologie choses. Voir Suarez, disp. IV, sect. n. n. 6. Pour la dis­ spéculative, et. dans le même ordre de réalisation, le cussion de ces opinions, voir Billot, De sacramentis, P. Gnltier a édité un excellent manuel. De pænitentia, t. n. th. xiii. et Ici. t. ni. coi. 1684-1686. tractatus dogmatico-historirus. Paris, 1923. b) Contrition imparfaite ou attrition. — Deux con­ />’. t.è:s Qt>è:sri(h\\s th&oi.ogiquks αόϊτΑκχ nAXs la troverses principales ont été agitées : a. L’attrition TlrtMQOlE CATHOLIQUE POST-TH! PEXT! NE. — Il ne inclut-elle un commencement d’amour de charité? s’agit pas ici du dogme. Le dogme précisé el promul­ (’.’est la controverse at tri Lioniste et contrition Etc. Voir gué a Trente est exposé conformément aux chapitres 1.1, col. 2252-2256.2258-2262. La question a été renou­ doctrinaux ct aux canons du concile. Il s’agit des ques­ velée récemment par le P. Périnelle. à propos de saint tions théologiqncs qui font suite à cette exposition. Thomas el du concile de Trente. Voir ci-dessus, Le sont donc les aspects assez secondaires cl les appli­ col. 980 cl 1092. cations morales de la question pénitentielle. Nous les b. - L’attrition peut-elle être suffisante comme Indiquerons très brièvement. partie constitutive du sacrement et cependant insuf­ 1® Essence du sacrement. L Matière. - I >es diver­ fisante comme disposition à la just i Head ion sacramen­ gences subsistent, même après le concile de Tronic, telle? ('.’est un aspect de la question plus générale du mire thomistes ct scolfstcs sur l’essence du sacrement. sacrement valide cl informe, question remise en hon­ Les premiers veulent que les actes du penitent soient neur par Billot, op. cit.. th. xvt. Voir Bevisim i m i . In matière prochaine du sacrement, les fléchés étant 2. Confession. Les questions relatives au ministre, considérés comme nuit 1ère éloignée. Les seconds ne à lu matière, ù l’intégrité, aux qualités de la confession voient dans les actes du pénitent que du sacrement. Ils informe. — On s’est demandé avant le concile de acceptent de les appeler « parties intégrales ». Au fond, comme le reconnaît un scotisle contempo­ Trente, et la question a été reprise de nos jours, si. rain de bonne marque, le P. Minges, la divergence est tous les cléments requis à la validité du sacrement plus verbale que réelle. Jamais les thomistes n’ont étant acquis, il peut néanmoins se faire que le sacre­ entendu le mot malien' » au sens strict de la théorie ment. tout en étant valide, demcun' encore informe, métaphysique de l’hylémorphlsmc. Cf Ilugon, O. c’est-à-dire n’atteigne pas immédiatement son effet Tractatas dogmatici, L m, p. 508 sq. ; Minges. O F. Μ. propre, la rémission des péchés. Au cours de notre Compendium theologiiv dogmaticæ specialis, t. π enquête historique, nous avons rencontré, surtout ]· 232 23 1. dans l’école thomiste, un certain nombre d’auteurs qui 2. Forme. a) Diffcrrnlrs questions se posent sur envisagent cette possibilité. La plupart des théolo- I 127 ΡΙ-.ΜΊΊ N'CE DANS L’EGLISE il K EE( »-K l’SS E 1128 dite de Michel Palêologue solennellement approuséc au concile unioniste de Lyon (1271). Denz.-Bannw., n. 165. Il y a eu cependant quelque flottement chez cer­ tains auteurs soit quant au nombre, soit quant à la désignation des rites sacrarnenlaux. G’est ainsi que h moine Job le Pécheur, dans sa curieuse implication el théorie des sept mystères de Γ Église (χιιι*-χιν· siècle) Των επτά μυστηρίων τής ’Εκκλησίας έςηγηματική θεωρία καί διασάφησές, «lans le cod. 61 du Supplé­ ment des ms. grecs de la Bibliothèque nationale de Paris, fol. 239 sq.. compte pour un seul sacrement Veuchelaion ou extrême-onction el la pénitence : καί εύχέλαιον, έβδομον, ήτοι ή μετάνοια, qu'il place au sep­ tième rang, alors qu'il accorde la sixième place au saint habit, το άγιον σχήμα, c’est-à-dire à l'habit monastique, dont il distingue comme trois degrés: l°le microschème ou rasophore, το μικρόσχημον ή ρασο­ φόρον; 2° le saint habit parfait de la tonsure monacale, το τής κουράς τέλειον άγιον σχήμα; 3° le mégaloschème ou habit angélique, τό άγγελικόν ή μέγα σχήμα. Antérieurement à la Confession de foi de Michel Paléologue, un théologien du xn· siècle, Michel Glykas, semble identifier la pénitence avec l'habit monas­ tique, qu’il qualifie de Ιερά τελετή. H donne, en effet, à son x/x·chapitre Ihèologique le titre suivant : Fautai ajouter foi à ceux qui disent que celui qui revêt le saint habit des moines reçoit la pleine rémission de ses péchés, même s'il fait cela à la /in de sa vie? Είς τας απορίας τής θείας Γραφής κεφάλαια, éd. S. Euslraliadès, t. ι, Athènes, 1906, p. 225-239. Dans sa réponse, il assimile le saint habit à la pénitence el l’appelle un second bap­ tême : Δεύτερον |ζέν άληΟώς ή μετάνοια βάπτισμα καί ανακαινιστικόν τού πρώτου; άλλα δακρύων χρεία πολ­ λών, ρ. 238. Il y a intérêt à rapprocher celte opinion de ce qui est dit par Gennade. Voir ci-dessus, col. 821. I n orateur grec du xvi® siècle, le moine Damascene le Studite (t 1577),retient encore comme sixième sacre­ ment le seul mégaloschème. την καλογερικήν ήγουν το μέγα σχήμα, tandis qu'il passe la pénitence complète­ ment sous silence : Θησαυρός, λόγος γ* είςτά άγια Οεοφάνεια, Venise, 1550, ρ. 13. Les éditions récentes du Θησαυρός ont corrigé ce passage, mettant à la place V. LA PÉNITENCE DANS L'ÉQLISE GRECQUE du mégaloschème la pénitence : εκτον, ή μετάνοια. APRÈS LE SCHISME. — Du sacrement de pénitence Cf. l’édition d’Athènes, 1910, p. 35. Au xv· siècle, un dans ΓÉglise grecque dissidente et l’Églisc russe, il a métropolite d’Éphèse du nom de Joasaph, probable­ déjà été dit quelque chose aux articles Absolution ment le prédécesseur immédiat de Marc d’Éphèse, chez les Gbecs, t. î, col. 201-203; Absolution chez donne une liste de dix sacrements. Le dixième est jus­ les Busses, ibid., col. 203; Confession dans L’ÉQLISE GRECQUE DU IV· AU XI II· SIÈCLE, t. Ill, tement la pénitence ou sacrement de la confession, v» col. 861-871, où il est surtout question du ministre έςομολογήσεως μυστήριον. Mais ce sont là des voix isolées. Les principaux théo­ du sacrement. Le présent article a pour but de com­ logiens grecs du xtv· el du xv siècle ne connaissent pléter ct de recti lier sur certains points les articles que sept sacrements, ceux du septénaire catholique. précédents et d’ajouter cc qui manque pour une étude Syméon de Thcssaloni([ue, en particulier (t 1129), d'ensemble, la question de la satisfaction étant exclue, qui parait bien avoir connu le traité du moine Job, puisqu'elle doit être traitée dans un article spécial. puisqu’il énumère le septénaire dans le même ordre que C'est justement sur la question de la satisfaction que lui, met comme sixième mystère, à la place du saint la théologie gréco-russe actuelle s’éloigne le plus de la habit, la pénitence, ή μετάνοια, et il concilie toutes doctrine catholique, comme il sera dit en son lieu. Sur le reste, il y a peu de chose à dire, la théologie dissi­ choses en rapportant le saint habit, dont il démontre dente ayant à peu près ignoré toute discussion scolas­ l’institution divine, P. (L, l. clv, col. 197 A, 189-503, au sacrement de pénitence. Les religieux, en effet, font tique sur le sujet et s’étant peu occupée de défendre le profession de pénitence, de sorte que le rapprochement dogme contre les négations protestantes du xvi· siècle. n’est pas sans fondement. Il y a aussi une affinité cer­ Les indications dignes d’être mentionnées, que nous taine entre la pénitence el l'extrême-onctlon, celle-ci avons recueillies, sc réfèrent aux points suivants : étant comme le complément de celle-là. Une autre rai­ L Existence du sacrement. IL Matière el forme (col 1129). III. Nécessité et fréquentation «lu sacre- | son explique la confusion du moine Job comptant ccs deux sacrements pour un seul : les confesseurs grecs ment chez les Gréco-Busses (col. 1132). IV. Du ministre avaient I habitude d’imposer comme satisfaction (col. 1133). V. De l'excommunication ct de ses effets sacramentelle à leurs pénitents la réception de Vcuche(col. 11311. VI Du secret de la confession (col. 1135). laion, dont l’administration longue et assez compli­ VH De la validité de l’absolution dans les Eglises quée ne pouvait guère être réservée qu’aux favoris de schisma tiques d’Oricnl (col. 1136). la fortune et devenait une source de revenus pour le I Existence du sacrement. — Dès le xm· siècle, clergé. De cet usage le pape Innocent IV fait explici­ l'Églisc byzantine a admis sans protestation le septé­ tement mention dans son Epistola ad Ottonem canti· naire sacramentel proposé dans la Confession de foi gicns post tridentins la nient. L autorité de Billot a fait rebondir le problème. Cct auteur et ceux qui sc rallient à son opinion admettent que l’effet du sacre­ ment de pénitence peut être cn quelque sorte suspendu et revivre ensuite· lors de la disparition de l’obstacle qui l’empêchait de se produire. 2. /Crrmrsrrnre des bonnes œuvres mortifiées par le péché et des mérites. — Tous les t héologiens 1 admettent, en raison de la définition du concile de Trente qui implique cette vérité. Sess vî. c. xvi, can. 32 el 26; Dcnz.-Bannw.» n. 809, 812, 836. Mais tous ne l'ad­ mettent pas de la même façon. Celte question, comme la précédente, sera traitée à Hlvivisci.xce (des sacrements, des bonnes œuvres, des mérites ). 1° Ministre du sacrement, — I. La question des ministres extraordinaires, non prêtres, diacres ou Mmplcs laïques, ne passionne personne et n'offre plus, aux théologiens modernes, qu'un intérêt rétrospectif. On s’en est occupé, t. I, col. 182-189; t. m, col. 898901, cl ici même, au cours de l’enquête historique chez les théologiens du Moyen Age. 2. Sur la juridiction requise et les problèmes que pose celte loi ecclésiastique, voir ce mot, t. vin, col. 1976 sq., cl, cn ce qui concerne plus particulière­ ment la confession, t. m, col. 896-898. Voir aussi l’article Réserve. Les moralistes agitent à ce sujet la question de la validité de l'absolution conférée par un prêtre sans juridiction sur les péchés véniels. Voir les auteurs de théologie morale. 3. Le secret de ta confession a fait ici l’objet d’un article spécial. Confession (Science acquise en), t. ut, col. 960 sq. A la bibliographic, il faut ajouter : B. Kurtscheid, O. F. .M., Das Beichtsiegel in seiner geschichtlichen Entwickelung, Fribourg-en-B., 1912; Léon Honoré, S. J., Le secret de la confession, étude historico-canonique, Bruges-Paris, 1924. 5° Sujet du sacrement. — Les questions controver­ sées se rapportent aux actes du pénitent ct ont donc été envisagées dans les paragraphes précédents. A. Michel. 1129 PÉNITENCE DANS L'ÉGLISE GBÉCO-BLSSE 1130 liaient Tusculanum (6 mars 1251) sur les coutumes des ύλη της μετάνοιας ή πορρωτάτη, κατά την τών πολλών Grecs de Chypre : Nulli autem per sacerdotes vet con· έννοιαν, έστί τά αμαρτήματα* ή δε πόρρω εστίν ό μετα/essores pro satisfactione punitentiic unctio aliqua solum­ νοών άμαρτωλός· ή δ'έγγύς, ή τε έξομολόγησις καί ή modo injungatur. Infirmis vero juxta verbum Jacobi σύντριψις της καρδίας καί ή Ικανοποίησις; Laurent apostoli, unctio exhibeatur extrema. Mansi, Concit., Zizanii dans son Grand catéchisme, éd. de Moscou. 1627, p. 389-390. Cf. Trudy de l’Académie de Kiev, t. xxin. coi. 578-582. Au xv· siècle, Syméon de Thést. n, 1898, p. 263-261; Pierre Moghila dans son Trebsalonique fait une claire allusion à cct usage, De nik ou Bilurl, Kiev, 1616, p. 337, mais non dans la sacramentis, c. i.vi, P. G., t. αν, col. 205 BC, qu’un Confession orthodoxe, ou les termes en question, Grec du xvi· siècle. Jean Nathanaël présente comme employés pour d’autres sacrements, n’apparaissent pas un abus dû à l’avarice de quelques confesseurs : κάν pour la pénitence; Grégoire de Chio, Σύνοψις τών τινες τών ψευδαββάτων καί αγραμμάτων Γραικών θείων καί Ιερών της 'Εκκλησίας δογμάτων, Venise, άνοηταίνοντες δι* αίσχροχέρδειαν συνεχώς τοις άμαρτά1635. Cf. D. E. Schelslrate, Acta orientalis Ecclesm· νουσι διά κανόνα καί δίκην αγιασμού ώς μετανοούμεcontra Luthen hirresim, Borne. 1739, p. 381; Nicolas νοις χορηγουσι. Lettre à Tarchevéquc d'Anagni. Cf. Bulgaris, ’Ιερά κατήχησις, Venise, 1681. p. 11 (cet 1·. Hichard, Ή τάργα της πίστεως f/.e bouclier de la auteur distingue même entre la contrition proprement foi), Paris. 1658. 2· partie, p. 87. dite el l’attrition : την συντριβήν καί την έπιτριβήν): Mais,dès que les Grecs commencent avec Jérémie 11, Chrysanthe, patriarche de Jérusalem, dans son édition patriarche de Constantinople (t 1595), à disputer sur interpolée du Traité des sacrements du moine Job, où les sacrements avec les protestants, ils admettent una­ il a ajouté le passage suivant : 'II μετάνοια έχει την nimement le septénaire catholique, et il faut attendre ύλην έν τοις άμαρτήμασι καί τω μετανοούντι αμαρτωλό le début du xx· siècle pour voir quelques théologiens καί τη έξομολογήσει καί καρδίας συντριβή και ικανο­ russes mettre la chose en discussion el la résoudre par la négative. Cf. M. Jugic, Theologia dogmatica Christia­ ποιήσει; Sylvestre Lvlidinskii, Compendium theolo­ gia· classicum, 2· éd.. Moscou, 1805. ρ. 513-511, etc. norum Orientalium, t. m. De sacramentis seu mysteriis, De nos jours, cependant, la plupart des théologiens Paris, 1930, ρ. 23-25. Le septénaire fut affirmé avec russes, ct à leur suite quelques théologiens grecs, ont une particulière netteté, lorsque le patriarche Cyrille Lucar cul publié à Genève sa Confession de foi calvi- I renoncé à l’hylémorphlsmc sacramentel. Ils préfèrent nisante, dans laquelle il ne retenait que deux sacre­ sc servir de l'expression vague de partie visible du sacrement, vidimala storona, τά αισθητά σημεία. ments : le baptême ct la cène du Seigneur : Credimus D’après la plupart, la partie visible de la pénitence est euangelica sacramenta esse in Ecclesia, quæ Dominus constituée par la confession orale ct les paroles de tradidit in Evangelio, ct ipsa esse duo. 'Tot enim nobis tradita sunt, ct eorum institutor non plura tradidit. Kim­ l’absolution. Cf. Antoine Amplnteatrov, Théologie de ΓÉglise catholique orthodoxe, traduction grecque de mel, Monumenta fidei Ecclesia: orientalis, t. i, lena, Théodore Vallianos. Athènes. 1858, p. 352; Macairc, 1851, p. 31. Metrophane Critopoulos qui, à propos des Théologie dogmatique orthodoxe, I· éd., t. il, Pétrograd. sacrements, manifeste une certaine tendance protes­ 1883, p. -137: Philarèle Gumilexskii. Théologie dogma­ tante, range la pénitence dans la catégorie des sacre­ tique orthodoxe, 3e éd., I. n. Pétrograd, 1882, p. 181; ments qu’il appelle nécessaires : baptême, eucharistie, N. Malinovskii,op. cit.. t n, p. 396; Mésoloras, Συμβο­ pénitence. Confession de foi, c. v, Kimmel, op. cit., λική, l. n b, Athènes, 1901. p. 302. Quelques-uns ne se t. n, p. 93. contentent pas d’abandonner le langage de l’Ecole : ils Dans la dogmatique gréco-russe, le sacrement de l’attaquent comme obscur, superflu, dénué de fonde­ pénitence n’occupe pas une place fixe. La Confession ment ct donnant lieu à une foule de discussions inu­ orthodoxe de Pierre Moghila ct le Catéchisme de Philatiles. Ainsi Ph. Gumilevskii, op. cit., t. n, p. 128, rète lui assignent la quatrième place, après les trois note 3; Ch. Androulsos. Δογματική της ορθοδόξου άναsacrements de l'initiation. Syméon de Thessaloniquc, Jérémie 1L Athanase de Paros el beaucoup d’autres le I τολικής ΈκκΔησίας, Athènes, 1907. ρ. 297. D’autres. oubliant l’histoire de leur propre théologie, en viennent donnent comme le sixième sacrement entre le mariage à dire que la terminologie en question est inconnue et Veuchelaion. Quelques auteurs, comme Gabriel dans l’Eglisc orientale. Cf. K.-J. Dyovouniotès, Τά Sévère, au xvi· siècle, Συνταγμάτιον περί των αγίων μυστήρια της ανατολικής δρΟοδόξου 'Εκκλησίας. καί Ιερών μυστηρίων, c. ix, Venise, 1600, le Busse Athènes. 1913. ρ. 13 : είνε άγνωστοι τη ανατολική Malinovskii, au xx·, Résumé de théologie dogmatique orthodoxe. I. n, Scrghief-Possad, 1908. p. 317. en trai­ ’ Ι'κκλησία. Nous venons de dire que la plupart des théologiens tent après la confirmation el avant l’eucharistie contemporains ne donnent comme matière cl forme ou IL MaïiLiu; et foiime. — Jusqu’au xvi· siècle, les partie visible du sacrement que la confession orale du théologiens grecs ignorent généralement les termes de pénitent et l’absolution sacerdotale. Quelques-uns matière et de forme appliqués aux sacrements. Le excluent la satisfaction ou έπιτίμιον non seulement de synode chypriote, tenu vers 1260 sons l’archevêque l’essence, mais aussi de l’intégrité du sacrement, se Germain Pesslmandros, fait exception : · Chaque basant sur la pratique de certains confesseurs, qui sacrement, dit-il, a une matière ct une forme détermi­ n’imposent de pénitence que pour certains péchés. nées : έκαστον 8έ των μυστηρίων... ώρισμένην ύλην καί Ainsi Mésoloras, op. cit., p. 302; Androulsos. op. cit.. ώρισμένον είδος έχει. » Cod. Harber, grtreus 390, p. 388. Dyovouniotès, op. cit.. p. 133, énumère trois fol. 250. Celle terminologie est un emprunt fait à la signes sensibles du sacrement : 1° la confession inspirée scolastique latine. On sait, en effet, qu’à celle époque par la contrition; 2° l’imposition des mains du confes­ les Latins dominaient dans Pile de Chypre. seur sur la tête du pénitent; 3° la prière de l’absoluA partir du xvi· siècle, les théologiens grecs et lion. On sait que quelques théologiens catholiques du russes ne font pas difficullé de parler comme le com­ Moyen Age.commeGuillaumed’Auvergncel Alexandre mun (1rs Latins, cl ils assignent comme matière éloi­ de 1 laids, ont considéré comme matière prochaine du gnée du sacrement de pénitence les péchés commis sacrement l'imposition de la main du prêtre, au après le baptême; comme matière prochaine, les trois actes du pénitent, à savoir la contrition, la confession moment où il absout.. Cf. col. 1091-1092. cl la satisfaction, qu'ils désignent par le nom technique De la formule d’absolution chez les Grecs el chez (Γίκανοποίησις déjà employe par quelques Byzantins les Busses il a été question a l’article ABSOLUTION du xv· siècle, tel Georges Scholarios Ainsi s’expriment déjà signalé. Qu’il suffise d’indiquer ici l’origine de la Gabriel Sévère, op. cit., éd. de \ mise, p. 109; Ή μεν formule dont se servent les Busses, les autres Slaves 11.31 i*É\iti:ncι·. dans l’église gréco-iu sse cl aussi 1rs Houmains. on sait qu’elle est indicative et diffère a peine de la forme latine actuellement en usage Elle est. en elle!, ainsi conçue : Dominus et Deus noster Jesus Christus, gratia rt benignitate sui erga homines amoris, remittat tibi, /iit mi Λ.. omnia delicta tua; et ego, sacerdos indignus, potestate ab eo mihi data, condono et absolvo te ab omnibus peccatis tuis in nomine Patris ct Filii rt Spiritus Sancti. Amen, (’.cite formule a pour auteur Pierre Moghila, qui l’inséra dans le Trebnik ou Rituel, publié b Kiev en 1646. D’abord en usage chez les Petils-Hussicns. elle fut adoptée par l'Églisc russe, en 1757.cn même temps que la plupart des autres particularités du Trebnik, el a passé ensuite aux autres Églises slaves ct à l’Églisc roumaine. Il est visible que Pierre Moghila, influencé par la scolastique latine dc l’époque, qui paraissait exiger la formule indicative pour la validité de l’absolution, abandonna les formules déprécatives de l’euchologc byzantin el opta pour la forme latine à peine modifiée. On remar­ quera pourtant que son texte ne parle pas de l’absolu­ tion des censures. Les Grecs modernes, s’il faut en croire leurs théolo­ giens les plus récents, se servent habituellement de la premiere oraison portée dans l’euchologc, qui com­ mence par les mots : Fili spiritualis, qui meir humilitati /leccata confiteris, humilis ego et peccator super terrain peccata remittere non valeo et sc termine ainsi : Qu/erumque tenuissinue meir humilitati enarrasti rt qua­ cumque non dixisti ex ignorantia vel oblivione, qualecumque sit, condonet tibi Deus in prwsenti sirculo et in futuro. Cf. l’euchologc édité par la S. C. de la Propagande. Home. 1X73. p. 206-207: Goar, Euchologium Grivcorum, éd. de Venise. 1730. p. 512. l’nc rubrique prescrit d’ajouter l'oraison suivante, que récitaient autrefois et récitent encore quelquefois certains Orientaux unis : Deus, qui Davidi propria peccata con fi tenti per Nathan pepercit; qui Petrum negationem lugentem el meretricem ad pedes flentem, ct publicanum et prodigum suscepit ; ipse Drus per me peccatorem in præsenti ct in futuro sirculo tibi parcat, ct indemnatum te in tremendo suo tribunali sistere faciat. De revelatis autem in hac confessione tuis criminibus nulla sit tibi sollicitudo. Vade in pace. Goar, ibid. Pierre Arcudius, qui prend beaucoup dc peine pour établir la validité de la formule déprécativc. après de longs raisonnements, en arrive à dire que la formule des Grecs n’est ni déprécativc, ni indicative, ni impé­ rative. mais simplement énonciativc ou déclarative. Elle serait constituée par les simples mots suivants, qu’on chercherait en vain dans les euchologcs grecs : "Εχω σε errr/x./o^ri\xhfn, c’est-à-dire : Συγχωρώ σοι -i αμαρτήματα. Arcudius affirme que plusieurs confes­ seurs grecs de son temps employaient cette formule, dont on ne parle plus aujourd'hui. Dr concordia EcrieGir orientalis et occidentalis in septem sacramentorum administratione libri Vit, 3· éd., Paris, 1672. p. 130. Son dire est confirmé par cc que rapporte Gabriel Sévère, pour qui la forme du sacrement est celle-ci : Ή χάρις ΐϊχναγίου Πνεύματος διά της έμής ταπει­ νότητας έχει σε συγκεχωρημενον καί λελυμένον. Gratia sanctissimi Spiritus per imam humilitatem habet leçon donatum el solutum. En réalité, ces paroles sont tirées de la formule citée plus haut : Deus. qui Davidi, mais Gabriel, soit pour plaire aux Latins, soit pour éviter d'être inquiété par l’inquisition, a changé vn déclara­ tive la forme déprécativc dc l’euchologc. \ propos des formes déprécatives et indicatives. C. Androulsos trouve le moyen d’exalter les premières au détriment des secondes : La forme déprécativc. dit-H, convient parfaitement tant à la nature du sacre­ ment qu’à son usage historique ct à l’esprit dc l’Eglisc orthodoxe en général. Le principal ministre du sacre­ ment dc péni cncc comme «les autres sacrements, est. 11.32 en effet, non le prêtre, qui ne joue que le rôle d’instru­ ment et de vicaire «lu Christ, mais le Seigneur luimême. auteur des sacrements. Par ailleurs, jusqu’au Xiti· siècle, la forme déprécativc fut seule en usage, ct demander à Dieu la rémission des péchés, nu lieu de la prononcer de sa propre autorité, répond bien à l’esprit d’humilité de l'Églisc orthodoxe, qui n’exalte pas k clergé au-dessus du peuple, mais le cache pour alml dire sous les sacrements dont la grâce est communi­ quée par une formule au passif (comme celle du bap­ tême : Ar serviteur de Dieu .V. est baptisé), ou dépend d’une invocation. · Δογματική, p. 3X3-3XI. Les théologiens russes protestantisants du xvm* siè­ cle, disciples de Théophanè Procopovîtch, avaient une tendance à nier le caractère judiciaire de l’absolution sacerdotale et employaient (les expressions rappelant les théories des réformés. C’est ainsi que Platon Levkhine, dans son catéchisme ou Doctrine orthodoxe abré­ ger, 1H partie, § 36, déclare que le prêtre annonce au pénitent la rémission des péchés au nom du Christ. Théophylactc Gorskii, Orientalis Ecclesiic orthodoxa dogmata, éd. de Moscou, 1831, p. 202, donne comme partie essentielle dc la pénitence lu vraie foi, par laquelle nous nous approprions les mérites du Christ. Sylvestre Lebedinski!, op. cit., p. 513, enseigne que l’absolution n’est pas un acte de juridiction autocra­ tique ou judiciaire (αύτοκρατωρικήν vcl δικαστικήν), mais ministerielle ct instrumentale (διακονικήν vel όργανικήν). Dc nos jours, les théologiens gréco-russe·* ne font pas difficulté de reconnaître (pic l’absolution sacramentelle est un acte judiciaire. Gf. C. Androutsos, op. cit., p. 382-3X3. III. Nécessité et fréquentation du sacrement. - Les théologiens gréco-russes, sans nier la nécessité du sacrement de pénitence pour obtenir la rémission des péchés commis après le baptême, insistent beau­ coup moins sur ce point que les théologlcnscatholique· Au xir siècle, Michel Glykas parait nier, dans un passage de son ΛΛΛ· chapitre théologique, éd. Eustratiadès, t. n, p. 235-237, la nécessité absolue de la con­ fession, cl recommande la confession à Dieu seul, au cas où l’on ne trouverait pas dc père spirituel capable dc porter remède aux maladies de notre Ame. Il pré­ tend appuyer, quoique a tort, son opinion sur l’auto­ rité d’Anastase le Simule, Quœsfio 17, G., t. i.xxxix, col. 372, ct apporte «les exemples pour prouver que la confession faite à Dieu seul peut remettre les péchés Dans un sens contraire, quelques théologiens contem­ porains ne veulent point admettre la distinction de nos théologiens entre la contrition cl I’attrition. cl repoussent la doctrine «pii dit que la contrition par­ faite avec, le désir du sacrement suffit à remettre le* péchés avant la réception effective de l’absolution sacerdotale. Avec celte théorie, disent-ils, le sacre­ ment devient superflu, cl nous tombons dans lu simple déclaration dc la théologie protestante. Ainsi parlent le Busse N Malinovskii, op. cit., t. n, p. 105, et le Grec Amiroulsos, op. cit., p. 3X7. En théorie, l’inlégrilé matérielle dc la confession est exigée, comme on le voit par les ouvrages intitulés ’ Εξομολογητήρια, correspondant à nos anciens pénitvntiels. où sont énumérées 1rs diverses catégories dc péchés avec leurs circonstances détaillées ainsi que les pénitences ou épitimies qu’il convient d’imposer pour chacun d eux Gf. I ’ Εξομολο^τάριον de Nicodèmc l llagloritc, Venise, 1794. l'n pratique, on attache beaucoup moins d’importance à cette intégrité maté­ rielle que chez nous, surtout lorsqu’il s’agit dc la con­ fession des impubères, et l'abus n’est pas inouï qui consistc dans la confession en commun des enfants dans les écoles, le père spirituel énumérant devant l’assistance une lisle de péchés rt les coupables don­ nant signe «le repentir; après quoi, une absolution 1 133 PENITENCE DANS L’EGLISE G KECO-R LSSE general·· est récitée sur tous les élèves. Ci. C. Korolevskli. L'administration du sacrement de pénitence dans terite byzantin, dans la revue Stoudion, 1925, p. 30· 15, 97-100. 129-l.UL Xu demeurant, l’usage de la confession fréquente est ignorée dans les Églises orientales dissidentes. On s’y confesse peu, surtout par manque de confesseurs suffi­ samment instruits ou inspirant estime cl confiance. . Le clergé marié est, sous ce rapport, dans une infério­ rité notoire par rapport au clergé célibataire de l’Églisc latine. La plupart du temps, du reste, le minis- ' 1ère de la confession est confié à des moines ou à des prêtres séculiers Agés, qu'on appelle pères spirituels, oi πνευματικοί πατέρες. Les fidèles pieux ont l'habitude s Grecs et les Russes; Confession dans l’Église grecque du iv· au xur su ci.r_.on trouvent des indications sur les points traités dans notre ouvrage : Theologia dogmatica Christianorum orientalium ab Ecclesia catholica dissidentium, t. Hi, 1930, p. 332-3-12, 362-369. Voir aussi les sources citées nu cours de l'article. M. JUGIB. I curie romaine, réorganisée complètement par la bulle Sapienti consilio de Pie X (29 juin 1908), se compose de congrégations, de tribunaux et d’offices. Des trois tribunaux, deux sont pour le for externe : ce sont la Rote et la Signature; le tribunal de for interne est la Pénitencerie apostolique. Ce n’est d’ailleurs que dans un sens tout à fait large que ce «service du pouvoir central ecclésiastique porte le nom de tribunal; il ne répond nullement à l’idée que Pon se fail habituellement d’une cour de jus­ tice. Son activité se cantonne dans ce qu’on appelle le for interne. On donne à la Pénitencerie le nom de tribunal dans le même sens que l’on parle « du saint tribunal de la pénitence et que l’on reconnaît au confesseur un rôle de juge. Et l’on voit qu’il ne peut y avoir au monde aucune juridiction analogue. Telle est le premier caractère de l’autorité de la Sacrée Pénitencerie dans la vie de l’Église : elle est juge de questions qui relèvent exclusivement du Îor interne, actes secrets échappant à la possibilité de preuves et dont la seule conscience du coupable est le témoin. Elle a un autre caractère qui lui vient de l’existence des réserves . D’une manière générale, on désigne sous ce nom un droit de juridiction dont le supérieur dans la hiérarchie ecclésiastique déclare expressé­ ment sc conserver le droit exclusif. L’ensemble de droits de juridiction que l’évêque relient ainsi dans son diocèse constitue ce qu’on a appelé · la réserve épiscopale » el peut avoir pour objet soit des actes d’administration ecclésiastique, des causes conten­ tieuses ou criminelles (for externe), soit des matières qui sont du domaine de la conscience (for interne). L’ensemble des droits de juridiction que le souverain pontife retient, non pas comme lui appartenant en propre, mais en vertu de son pouvoir souverain dans toute l’Église. constitue la · réserve pontificale », ct lorsque ces droils oui pour objet les actes qui sont du domaine de la conscience ou qui, sans être du domaine de la conscience, sont, de leur nature, occultes, c’est par l’intervention de la Sacrée Pénitcncerie apostolique que se manifeste, l’autorité du sou­ verain pontife. De la pénitencerie apostolique on étudiera : I. l’his­ toire; Il l'erganisatlon actuelle (col. 1116). PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE. 1139 PÉXITENCERIE APOSTOLIQUE. HISTOIRE L Histoire.— I· Les origines. - Si l’on sait que. dès le vir siècle, il y eut certainement auprès du sou­ verain pontife (comme il y avait aussi . (.’étaient des induits permettant à un fidèle de sc choisir un confesseur à son gré, en dehors de celui que lui imposait le droit commun, à une époque ou une sorte de féodalité paroissiale avait établi (pie seul le curé pouvait absoudre ses paroissiens : cette faculté de se choisir un confesseur était accompagnée de celle, pour celui-ci. d’absoudre le pénitent bénéficiaire de l’induit, d’une quantité considérable de cas réser­ vés tant a culpa qu*« pana, ce qui revenait à la faculté de donner l’absolution avec indulgence plénière, pie· na remissio omnium culparum et punarum (le mot • indulgence > n’étant pas employé à cette époque dans le sens où nous l’entendons aujourd’hui). Le grand pénitencier avait (piaillé pour accorder nu nom du pape de ces lettres de confession et d’indulgence. (’.elle organisation était si considérable au milieu du xtir siècle qu’au nom d'Hugues de Saint Cher, péni­ tencier pontifical de 1214 à 1261 est accolé, dans ks documents, le titre de panitenliarlus summus ou celui de Sertis apostolica panltcntiarius generalis. Brusquement, sous le ponti tirât de Clément V. nous apparaît l'importance de celte organisation du pou­ voir central ecclésiastique. Le 2 septembre 1311, parait la bulle Dignum est. adressée au grand péni­ tencier Bérenger Predol. Elle n’a d’ailleurs pas pour but d’augmenter le nombre des fonctionnaires de la Pénitenccric. mais de réduire relui de l’une des cate­ gories de ces fonctionnaires, les scriptores, qui sont au nombre de vingt cl un; ils sont insuffisamment rétribues, et il ne saurait être question d'augmenter le •T cbillrc our avoir un document faisant connaître exactement le fonctionne­ ment de la Pénitenccric apostolique telle nous apparaît alors comme une institution considérable parfaite­ ment organisée, dans la bulle In agro dominico, de Benoit X 11, en date du 7 avril 1338, ct adressée, d’Avi­ gnon, â Giovanni Pagnolla. religieux august in, évêque d’Anagni et vicaire du pape à Home, pour être évi­ demment communiquée à Jean Gamelln, qui avait succédé, en 1309, à Bérenger ITe.dol et resta grand pénitencier jusqu’en 1318. A la tête du dicastèrc. sc trouve un cardinal, le pénitencier majeur ou grand pénitencier. Sa besogne est lourde, car le pape juge nécessaire de lui donner deux collaborateurs immédiats, canonistes et moralistes experts, dont un lui servira de conseiller dans les cas les plus embrouillés, tandis que l’autre le secondera dans l’expédition des affaires courantes. A scs ordres obéissent des pénitenciers mineurs, des procureurs et un nombreux personnel de bureaux. Chaque matin, quand on sonne l’oflicc de prime â l’église principale de la ville où réside la curie, les pénitenciers mineurs sc rendent à l’église qui leur est assignée, et s’y tiennent, jusqu’à l’heure de tierce, à la disposition de qui requiert leur ministère. Ils ne doivent rien exiger, rien accepter. Ils ne. jouissent pas d’un pou­ voir illimité d’absoudre. Tel cas excède-t-il leurs facultés? ils recourent au cardinal, en taisant le nom du pénitent. A qui les leur demande, ils délivrent des lettres d'absolution, de pénitence, de dispense. Cepen­ dant, ils ne peuvent les rédiger eux-mêmes : cette lâche revient uux scriptores ; mais il leur appartient de les sceller. Pour cela, chacun d’eux possède un cachet qui ne sert qu'à cet usage. En cas de presse, et pour aller plus vile, ils peuvent le confier à deux clercs communs qui scellent à leur place Pour la corres­ pondance, le personnel se divise en procureurs, chargés d’introduire les instances, cl de les patronner, en receveurs des suppliques, en scriptores, préposés à la rédaction des réponses, en correcteurs, en sigillateurs. en distributeurs. Ces derniers ont une besogne mul­ tiple; ils répartissent les suppliques entre les scrip­ lores, reçoivent de ceux-ci les minutes des réponses, les passent aux correcteurs, qui. eux-mêmes, les sou­ mettent au grand pénitencier et. au besoin, les rc touchent: ils reprennent ces minutes ainsi approuvées ou modifiées et les donnent de nouveau aux scrip­ lores, pour rétablissement «les rcscrits définitifs. Enfin, ils remet lent les rcscrits aux procureurs inté­ ressés. pour qu’ils les acheminent à destination. · V. Martin, Les cardinaux et la curie, Paris, 1030» p. Û0. Dans la bulle In agro dominico, il est question, des pénitenciers mineurs, auxiliaires du grand péniten­ cier. qui recevaient les confessions des pèlerins cl donnaient l'absolution, en son nom. des cas réservés au pape. Leur institution se rapproche beaucoup plus de celle des premiers pénitenciers ou confesseurs auxi­ liaires des évêques, y compris de l’évêque de Home, que de celle de la Pénitcnccrie. La juridiction de ccs personnages ne pouvait s’exercer qu’en faveur de ceux qui se présent aient en personne pour recevoir l’absolution. Il ne peut donc être question de les consi­ dérer comme membres de cet organisme que l’on appelle déliés bonne heure la Pénitcnccrie apostolique, d'autant «pic. si leur pouvoir participait de celui du pénitencier majeur, ils ne dépendirent pas de lui tout d'abord ct constituerent un corps spécial, 11 n'en sera pas question ici. 11 semble que de 1352 a 1357, époque ou nous trou­ vons à la tête de la Pénitcnccrie le cardinal Albornoz, cc soit le souverain pontife lui-même qui ait eu la direction de cc tribunal. On s'expliquerait ainsi que ce tribunal de for interne soit petit à petit sorti de son domaine propre, ct en soit arrivé non seulement à absoudre de censures qui, fulminées solennellement, pour des crimes notoires, auraient dû relever unique­ ment du for externe, mais aussi a accorder des faveurs qui n’avaient rien à voir avec le but de l’insti­ tution, telles que des commutations de dispositions testamentaires, des suppressions ou des translations de bénéfices, des droits de patronat, des autorisations d'aliéner ou d'acquérir des biens ecclésiastiques, etc. En 1357, innocent VI investit le cardinal Albornoz. évêque de Sabine, qui fait alors un séjour à la cour pontificale d’Avignon, des fonctions de grand péni­ tencier : nous avons de ccttc époque un document significatif, un formulaire, destiné aux secrétaires du cardinal, qu’en 1358 le souverain pontife envoya pour la sccondcfois comme légal en Italie avec, selon l'usage courant, les pouvoirs les plus étendus, tant au for interne qu'au for externe. Le dispositif est toujours précédé de la formule suivante : .Vos igitur auctoritate domini papœ cujus pirnitentlame curam gerimus... et les pièces, reproduites comme modèles, indiquent bien les attributions les plus diverses. La même constatation ressort de l’examen d'un document plus décisif encore, et qui est la liste des concessions factæ domino Egidio tituli sancti Cie· mentis presbitero cardinali, majori pæn itentiario, liste datée du 20 janvier 1358 et signée du pape inno­ cent VL Certaines sont la preuve que «parfois les lettres de dispenses étaient adressées directement au demandeur », mais « plus ordinairement, et surtout lorsqu’il s’agissait d’absolution. la lettre était envoyée à l'évêque ou au vicaire général chargés de l'exécu­ tion ». On conçoit d’ailleurs qu’une organisation si im­ portante (ct que ceux qui étaient ses chefs tentaient de rendre plus importante encore, de par le consen­ tement évident des papes, d’ailleurs) dût avoir une méthode de travail précise et bien établie. Cette méthode nous est connue par le formulaire de Walter de Strasbourg, qui fut corrector pseniten· tiuriir sous le cardinal grand pénitencier Lue de Gentilibus, mort en 1389. et qui a réuni en un seul cahier la constitution In agro dominico. les Consti­ tutiones et statuta de Benoît XII. des Réguler et bona notabilia ct utilia pro commissoriis p&nilentiarur. la Summa, de Nicolas IX . les feuilles de pouvoirs accor­ dées aux grands pénitenciers par les souverains pon­ tifes depuis Clément XI jusqu’à Urbain X I (1388), une supplique de XX alter au cardinal pénitencier, ct le formulaire proprement dit. joint à quelques autres pièces. Si bien établie que fut la méthode de travail de la Pénitcnccrie. il arriva que celle-ci fut débordée au xiv* siècle, âge d’or des jubiles, par le nombre des recours à Home; on crut bien faire en compliquant la méthode ; on devint, à la Pénitcnccrie, aussi méti­ culeux. aussi administratif qu’a la Chancellerie; et le premier article de la convention de l'évêque de Winchester, rédigé au cours de la XI/ session générale du concile de Constance (30 oct. 1117). nous fait entendre un écho des protestations qui s'élevèrent alors contre la Pénitcnccrie. comme d’ailleurs contre tout ce qui touchait à la cour romaine. On lui reprochait l’énormité de scs prérogatives, le caractère par trop administratif de ses interventions, la lenteur de ses 1143 PÉMTEXCERIE A POST· U.K HJ I·'. H ISTO I R I. réponses, l’élévation progressive des taxes qu’elle percevait, la multiplicité des formalités qu’elle exi­ geait; on attaquait le principe même de la Réserve ponti Henle comme attentatoire aux droits des évêques. Il ne nous est pas possible d’entrer dans le détail des luttes qui aboutirent à l’une des premières chartes d’ensemble de l’ofllce. la bulle in apostoticœ du pape Eugène IV. Disons seulement que les membres de la commission de réforme instituée par le concile expri­ mèrent le vœu que les pouvoirs du grand pénitencier fussent réduits, qu’il ne ptU signer les suppliques qu’en présence d’au moins deux des plus anciens membres de la Pénitenccric et d’un docteur en droit canon; que les pénitenciers mineurs ne fussent dési­ gnés qu’après une enquête sur leurs vic et mœurs, et un examen permettant de penser qu’ils étaient aptes â devenir docteurs en droit ou en théologie, s’ils n’étaient encore que licenciés; que fussent punis de la privation de leur office ceux qui toucheraient des aumônes de leurs pénitents, que le nombre des scrip­ tores fût ramené â 21 et qu’une copie des taxes éta­ blies par Benoit XII fût affichée de façon apparente dans les locaux du tribunal. Eugène IV, qui, â la requête de son grand péniten­ cier, Jourdan des l’rsins, était déjà intervenu le 17 nov. 1131, pour punir de l’excommunication ipso /acto ceux des pénitenciers qui solliciteraient ou même accepteraient quelque offrande à l’occasion de leur ministère, public donc, le 16 octobre 1 135, la bulle In apostoliac; il y signalait que les pouvoirs accordés sans plan précis par les papes antérieurs l’avaient été selon que le temps cl les circonstances l’avaient exigé; qu’il en était résulté des répétitions, des contradictions ct des obscurités fâcheuses. Aussi voulait-il, en excluant tout cc qui était superflu, cl en ajoutant quelques nouvelles concessions, préciser clairement les pouvoirs du grand pénitencier, pouvoirs qu’on ne devait jamais outrepasser sans mandat spé­ cial el exprès de ses successeurs pour des cas déter- minés. Cf. VilHcn, La Pénilencerie, dans le Canoniste contemporain, 1915, p. 499. Les circonstances exigèrent, parait-il, les extensions de pouvoir auxquelles avait voulu s’opposer Eu­ gène IV: successivement Nicolas V,Calixle III, Pie II, Paul 11 les accordèrent ct Sixte IV les sanctionna toutes, par sa bulle Quoniam nonnulli, du 9 mai 1 181. Celle-ci témoigne, par son énergie, de la violence des juristes, qui s’en prenaient directement au grand pénitencier, d’ailleurs neveu du souverain pontife (c’était Julien de la Bovère), cl ne craignaient pas de déclarer milles les absolutions ct les dispenses, com­ mutations ct faveurs accordées par le pénitencier lorsque son chef ne faisait pas mention de la déléga­ tion pontificale. Le pape déclare solennellement que l’autorité de son grand pénitencier est une autorité ordinaire, nullement tenue de fournir scs litres, chaque fois qu’elle s’exerce. Et les pouvoirs de la Pénitenccric s’accrurent encore; la période qui va de Sixte IV à Clément VU est considérée comme celle où cette intervention acquit sa plus grande importance. La charge de grand pénitencier passa bientôt pour la première de toutes à la curie romaine, et les bulles In Corna Domini, aussi bien que les registres de taxes (ceux-ci plus encore que celles-là) montrent à quel point les neveux de Sixte IV, Julien ct Léonard de la Bovère. qui furent successivement grands pénitenciers, et les trois Pucci, avaient réussi a faire multiplier leurs attributions et accroître leur juridiction. Le personnel dont ils disposaient était encore plus considérable que celui de la Chancellerie : il y avait un régent, un auditeur, un canoniste, un distributeur, des scriplores au nombre de 27. des balult ou caissiers. 1144 des correcteurs, un sigillalcur ct 21 procureurs. Des règles diplomatiques très strictes devaient être suivies tant pour la rédaction des suppliques (ce que de­ vaient faire les procureurs) que pour celle des lettres de grâce. Voir P. Chouèt, La Sucrée Pénitenccric, p. 90 91; Les oppositions se ravivèrent au milieu du xvr siè­ cle, ct décidèrent Paul III â intervenir dans un motu proprio que la mort ne lui laissa pas le temps de publier, mais que son successeur immédiat, Jules III, fil sien dans la bulle Dationi congruit du 22 février 1550, donnant â scs prescriptions un ellet rétroactif. Les dites prescriptions marquaient une réaction très nette contre les tendances précédentes : tous les pouvoirs de for externe n’étaient pas supprimés sans doute, mais leur nombre en était sensiblement réduit, ct, entre autres, disparaissaient celui de commuer les dernières volontés des teslalaires. celui de faire Cunio perpetua, celui de supprimer et de transférer des béné­ fices, celui de concéder les dispenses matrimoniales in forma gratiosa..., etc. C’était un acheminement vers la réforme qui fut l'œuvre de Pie IV et surtout de Pie V. 3° La réforme de Pie V. — Le premier, dans ses bulles in sublimi, du 4 mai 1562, el In eligendis, du 9 octobre 1562, posa le principe : Pirnitcntiarius vero et ejus officiales ea tantum facere et expedire valeant, quæ ad forum conscientia* pertinent ; in reliquis offi­ cium conquiescat. Haque a quibuscumque matrimo­ nialibus ct aliis dispensationibus ac absolutionibus et declarationibus, nec non quibusvis aliis expeditionibus forum, quod aiunt /ori, mixtum vel separatum quomodolibet respicientibus omnibus abstineant. Alioquin,,., ea nulla et irrita sint ac nemini suffragentur. Suivait la liste de 21 faveurs qui échapperaient désormais â la juridiction de la Pénitenccric. Pic V alla plus loin encore. A l’instigation certaine du cardinal Charles Borroméc, son grand pénitencier, il publia le 18 mai 1569 les bulles Ùt bonus, In omni­ bus rebus ct In earum rerum. La première limitait encore les pouvoirs du grand pénitencier cl de ses ministres : dorénavant, seules étaient de sa compétence les affaires relevant du for interne; la seconde organisait sur de nouvelles bases les bureaux de la Pénitenccric; il ne devait plus sc trouver sous la direction du grand pénitencier que dix employés: un régent, un dalaire, un correcteur, un maître de théologie, un docteur en droit, deux pro­ cureurs, deux copistes, el un sigillalcur; et les fonc­ tions de chacun, ainsi que la méthode de travail qu’ils devaient suivre,étaient nettement expliquées. La troi­ sième disposait des fonctionnaires enlevés à la Péni­ tenccric en faveur de la Chancellerie ct de la Datcric, à qui revenait la charge d’expédier toutes les affaires relevant du for externe. La réforme était donc radi­ cale, amenant la Pénitenccric a n’êtrc plus qu’un tri­ bunal préposé aux affaires de conscience. Elle l’était peut-être trop, cl Sixte V la jugea sans doute telle, puisque, le 22 janvier 1588, par la bulle Immensa, ce pape réorganisa la curie romaine et lit quinze parts de la juridiction pontificale au for externe, ainsi répartie entre autant de commissions cardinalices, congrégations ou offices; le grand péni­ tencier fut désigné pour faire partie de la Signature de grâce, en raison de la circonspect ion qui s’imposait dans la distribution des faveurs, demandées «le par­ tout cl en grand nombre à ce bureau. Mais ce ne fut pas sans quelque inconvénient, puisque, en 163 I. I rbain V H I et, en 1692,1nnocenl X11, intervinrent pour enlever au grand pénitencier les pou­ voirs que celui-ci s’arrogeait de nouveau en matières de for externe sous couvert du bref obtenu, le 10 avril 1591, du pape Grégoire XIV. 1145 PEN IT ΕΝ C ΕΚ IE A POST Ο LIQUE. COMPOSITION L'intervention d'innocent XII est celle qui a le plus d’intérêt, puisque dans la constitution Romanus pon· tifex (3 sept. 1002), apres avoir rappelé le dispositif principal de son prédécesseur Pic V, dans la bulle In omnibus, ce pape spécifie bien qu’ils ne fassent pas partie de la S. Pénilencerie. C’est lui qui les nomme après un examen que les candidats subissent devant la Signature. Lcsdils pénitenciers constituent, sous sa juridiction, dans les trois basi­ liques romaines de Saint-Pierre. Saint-Jcan-dc-Latran et Sainte-Marie-Majeurc, autant de collèges, recrutés, au Latran. panni les frères mineurs, a SainteMarie-Majeurc, parmi les dominicains, à Sainl-Pierre, parmi les conventuels. Us reçoivent, pour l’absolution des cas réservés, la dispense des vieux, etc., des pou voirs plus ou moins étendus dont l’ampleur est laissée â la discrétion du grand pénitencier et qui varient avec les circonstances. En tout temps, on peut les voir, des confessionnaux qui leur sont réservés dans les basiliques précitées, abaisser la longue baguette, qui est le signe de leur juridiction, sur les fidèles qui s’age­ nouillent devant eux et qui reçoivent ainsi cent jours d’indulgence. A l'époque des jubilés, leur rôle est par­ ticulièrement chargé, d’autant qu’ils reçoivent alors des pouvoirs tout à fait exceptionnels. Le grand pénitencier jouit d’autres privilèges : celui par exemple de conférer 300 jours d'indulgence à quiconque sc fait loucher de sa baguette dorée, quand, durant la semaine sainte, il vient entendre les confessions aux trois basiliques susdites; celui d'im­ poser les cendres au pape au début du carême, d’as­ sister le pape, lors du jubilé, à la cérémonie d’ouver­ ture el de fermeture de la « porte sainte ». C’est enfin le grand pénitencier qui donne au pape, ù l’heure de la mort, le dernière absolution ct l’indulgence in arti­ culo mortis. Son installation se fait avec une solen- 1147 PÊ N ITE NC E K I E A POSTO LIQ U E. COM PET E X C E I fis grande Pénitenccrie; autour du sceau, la légende Sigil­ nité non exempte dc grandeur. Vu jour fixé, le car­ lum officit Sacra· Penitentiariœ aptien·. Grimaldi* Op. dinal grand pénitencier, venant du Vatican par la rit Actuellement, les lettres expédiées pur la Pénlporte de Constantin et franchissant le portique, entre lenceric sont le plus souvent pliées en deux avec le dans la basilique par la porte centrale. Reçu par sceau du tribunal sur les deux bonis du papier. l’économe secrétaire «le la Rév. l'abriquc de Saint · Le sigillateur avait jadis le soin des registres rt des Pierre et par trois chanoines, il se rend à la place archives de la Pénitenccrie. ce dont est aujourd’hui qui lui revient en vertu de sa charge et qui est ù charge un fonctionnaire spécial appelé l'archiviste. gauche de la confession, précédé des pénitenciers de De même, à l'époque où le tribunal accordait cer­ la basilique, du régent de la Sacrée Pénitenccrie. des taines faveurs minons gratia· au for externe, donc membres de la section des Indulgences et suivi dc taxables, le sigillateur avait l’administration des lecteurs du Collège angélique. Lecture est alors donnée par le procureur de la Pénitenccrie delà bulle de nomi- j recettes provenant de la perception des taxes, ce pour nation, après quoi tous les ecclésiastiques, ainsi que , quoi il prenait habituellement un aide que l'on appe­ lait le pro-sigillatcur : actuellement, la fonction ct 1rs fidèles présents, défilent pour être touchés par la l’employé n’auraient plus de raisons d’être, puisque la fende pénitent telle. Sacrée Pénitenccrie n’accorde plus de faveurs que 2. /.e régent. — C’est par lui que passent en fait pour le for interne, faveurs dont la dispense ne peut toutes les demandes, et c’est lui qui expédie direc­ donner lieu ù aucune recette. tement les affaires courantes, ou traite, soit avec le 7. Le secrétaire et son substitut, encore appelés pro­ grand pénitencier, soit, par son intermédiaire, avec le cureurs, sont chargés de la distribution des suppliques souverain pontife les cas les plus graves. 11 est comme qui arrivent a la Pénitenccrie : ils les examinent, en le vicaire général du grand pénitencier et remplit font le résume, pour en soumettre la teneur au régent donc l'une des charges les plus importantes dc la curie ou au cardinal, indiquent quelle sorte de formule les romaine. Il devait être autrefois auditeur de rote et traditions du tribunal exigent pour chaque réponse a Clément XII lui a accordé, comme signe distinctif donner et répartissent le travail a exécuter entre les dc sa charge, l’usage des glands verts au chapeau, écrivains. comme les évêques. 8. Le régistratcur lient note des suppliques reçues Sa signature diffère suivant le genre des affaires ct des réponses expédiées. traitées, suivant surtout les circonstances qui ont Telle est la composition actuelle de la Sacrée l’éniaccompagné leur règlement. S’il s’agit dc choses qui lencerie. dont les bureaux, situés récemment encore rentrent dans la pratique courantc.il écrit : fiat in for­ dans les locaux de la Chancellerie, se trouvent actuel­ ma. Si la question offrait des difficultés telles qu’il a lement au palais du Saint-Office. Nous avons dit que été nécessaire d’en conférer avec le cardinal grand ce tribunal ne cesse pas d’exercer sa mission pendant pénitencier, il met : fiat de speciali. Si. enfin, le cas est lu vacance du siège pontifical : nous ajouterons meme si grave qu’il a fallu le soumettre au pape.il signe : fiat de expresso. λ’. regens. qu’il ne chôme jamais et que, même le dimanche et 3. Le théologien qui, depuis Benoit \ 1\ . est toujours les jours de fête d’obligation, il est possible aux fidèles d’y rencontrer des fonctionnaires qui doivent rece­ un jésuite, est appelé à donner son avis dans les cas voir les suppliques et les acheminer le plus rapidement difficiles qui relèvent plutôt dc la théologie. Ainsi fait possible vers leur destination. Renseignements pra­ le canoniste, lorsque la difficulté relève plus du droit tiques: il faut, de Fronce, compter de quinze jours a que de la morale ou du dogme. trois semaines pour avoir les réponses sollicitées du •L Le dalaire est chargé d’apposer une date sur les tribunal de la Pénitenccrie; on peut, en s’adressant a rescrits dc la Pénitenccrie : il indique le jour, le mois, des intermédiaires qualifiés pour cela, diminuer sensi­ l’année de leur délivrance, ct c’est chose importante, surtout pour les rescrits accordés in forma gratiosa, blement la durée dc ccs délais. 2° Section des indulgences. - Il existait autrefois puisque leur validité court du moment où ils sont une « Congrégation dite des Indulgences et accordés (can. 38). Reliques». Lc pape Pic X la supprima ct chargea le 5. Le correcteur doit revoir les copies des rescrits. Saint-Office de tout cc qui concernait ce double objet. en surveiller le · style » ct l’écriture, et n’en point laisser expédier qui ne seraient pas parfaitement cor­ Au consistoire du 22 mars 1917, le pape Benoit XV. tout en laissant le Saint-Office compétent en tout rects. ne seraient pas rédigés conformément aux ce qui regarde cette matière sous le point dc vue usages du tribunal, présenteraient des ratures, des particulier de la doctrine, rattacha les fonctionnaires, omissions, des surcharges, des termes dont la signilldc l’ancienne · Congrégation des Indulgences ct ration serait discutable. Reliques ù la Sacrée Pénitenccrie apostolique où lis Λ Le sigillateur munit du sceau de la Pénitenccrie constituent une section spéciale que préside le cardinal les lettres qu’il reconnaît écrites en forme. Autrefois, grand pénitencier. Cette section esl composée de cinq celles-ci étaient scellées d’une façon toute particulière consulteurs, d’un substitut, de deux écrivains et d’un qui défiait toute indiscrétion; elles sc présentaient protocoliste-archiviste. sous la forme d’une feuille double dc papier, pliée sur //. COMPETENCE. — 1· Section principale. ·— Les elle-même, de façon â présenter un carré dc peu de attributions du tribunal de la Sacrée Pénitenccrie surface, mesurant â peu près 9 centimètres de coté: (ou. pour mieux dire, du cardinal grand pénitencier, par le moyen d’un poinçon, on traversait tous les plis, pulsqu'en ce personnage résident tous les pouvoirs dc rt on y faisait passer une bande de papier fort qui l'organisme qu’il préside, ct que tous les rescrits se venait sc réunir mous le cachet de la Pénitenccrie; ledit délivrent en son nom) sont particulièrement nom­ cachet n’était pas imprimé à la cire rouge, car il aurait breuses. bien que. nous l’avons dit. il ne soit plus pu être facile dc le violer ou de le reproduire. mais il compétent, dans l’état actuel des choses, qu’au for était constitué par un pain ù cacheter recouvert d’une interne, sacramentel ou non sacramentel. feuille dc papier mince sur laquelle on imprimait, au 1 hire générale de cette compétence. — a) (.'as moyen d'un timbre sec. le sceau dc la Pénitenccrie; le sceau avait une forme spéciale, un peu modi liée aujour­ Occultes. — Pour qu’il soit possible de s’adresser à la Sacrée Pénitenccrie. il faut d’abord que l’affaire dont d'hui, ct sc composait dc trois parties principales : Il s'agit soit occulte de sa nature ou de fait, et non en haut, dans un cartouche, la Vierge tenant dans scs publique. Notons qu’un cas, à quelque espèce qu’il bras l’enfant Jésus; au milieu, dans un encadrement appartienne, est occulte dc sa nature s’il ne peut être plus petit, les clefs croisées; au bas. les armes dc la 1119 PÉNITI · X C E K 1 E APOSTOLIQUE. C O \| P É T E X C E prouvé nu (or externo, s’il relevo uniquement de la conscience, si le fuit qui le constituo sc passe dans l'in­ telligence et dans la volonté, si aucun témoignage écrit ou oral ne peut être apporté pour ou contre. Notons aussi qu’un cas non occulte (public) de sa nature peut être occulte de fait, si, public matériellement, il est occulte formellement ; de même, un cas occulte de sa nature, peut devenir public de fait, s’il parvient a la connaissance de plusieurs (5 ou 0 personnes dans une petite localité), à plus forte raison, s’il devient notoire, d’une notoriété de fait consistant dans la connaissance qu'en a le grand public (les fidèles d’une paroisse, par exemple) ou d’une notoriété dc droit, apres une sentence du juge (can. 2197). Enfin, un cas public, en un lieu où il relève du for externe, peut être occulte dans un autre, où il ne relève que du for interne, sacramentel ou non. Il faut noter, toutefois, que certains actes peuvent relever à la fois du for externe et du for interne, en ce que, publics dc leur nature ou de fait par leur répercussion sur la vie sociale de la communauté chrétienne, ils ont pour point de départ une faute rele­ vant dc la conscience individuelle. Auquel cas. il appartlcndraà la Pénitenccrie, sous un certain rapport, de connaître dc cet acte. b) Cas réservés. — l’ne deuxième condition s’im­ pose pour que la Sacrée Pénitenccrie soit compé­ tente. Il faut, en principe, que le cas dont il s’agit, occulte de sa nature ou de fait, soit également un cas réservé au pape, c’est-à-dire un de ccs cas qui échappent à la juridiction des confesseurs ordinaires ou de l’Ordlnalre du lieu, parce que Borne s’est réservé d’en < connaître ». Car. si les confesseurs ordinaires ont juridiction, étant donnée la faculté qu’a tout fidèle de s’adresser au confesseur de son choix, on comprendrait mal l'em­ ploi, pour obtenir une faveur, une absolution, une dispense, etc., d’un moyen aussi extraordinaire que le recours à Home. El, si le cas n’est réservé qu’à l’Ordinalrc, ou si l’Ordinaire a reçu des pouvoirs spéciaux pour régler les questions réservées à Kome.il paraît, au premier abord, inutile de s’adresser à une juridic­ tion plus lointaine. D’autant que l’Ordinaire d’un Heu ne se réserve presque jamais, dans la pratique, d’une façon exclu­ sive, l’absolution des péchés ct des censures ou l’oc­ troi des faveurs qui lui sont réservées. Le droit parti­ culier d’un diocèse spécifie, à peu près toujours, qu’en dehors des pouvoirs généraux que le droit commun accorde à tout confesseur, dans des cas urgents et notamment en danger de mort, certains pouvoirs par­ ticuliers sont accordés à tous les confesseurs dans des circonstances déterminées, et même que des pouvoirs plus spéciaux sont accordés à certains d’entre eux (chanoines, archiprêtres. doyens, etc.). Et ainsi beaucoup de facilités sont données au pénitent pour libérer sa conscience, sans qu’il lui soit nécessaire dc s’adresser à l’Ordinaire du lieu Et. cependant, tant est grand le respect dc l’Eglise pour les droits dc la conscience, tant elle redoute que la crainte de voir communiquer à un tiers sa faute em­ pêche un pénitent de demander son pardon, tant elle tient à sauvegarder l’honneur des coupables dont les faiblesses ne sont pas encore divulguées, que si, pour des raisons spéciales, le recours à des inférieurs munis de pouvoirs reste difllcilc au pénitent, elle autorise à recourir à la Pénitenccrie, et sous la forme la plus capable dc rassurer les plus timorés, sous Informe de l'anonymat. De fait, le pénitent pourrait avoir une dilllculté particulière à confesser son crime à quelque prêtre que ce soit, même dans le secret du confessionnal à un prêtre inconnu et auquel il peut celer son identité; il 1150 pourrait alors s’adresser a la Pénitenccrie pour solli­ citer (sans être certain dc la recevoir) une absolution in forma yratiosa. Autre cas : un penitent pourrait redouter (pie la demande d’absolution d’une faute occulte, ou d’une censure encourue in foro conscienti#, faite par son confesseur a l’Ordinaire du lieu ou nu supérieur, ne le fasse découvrir, d’où révélation dc l’aveu, déconsidération peut-être, représailles, ou sim­ plement crainte, motivée ou non. de pareilles consé­ quences; en s’adressant à Borne, pour obtenir la fa­ veur demandée m forma commissoria, rien dc pareil ne serait à redouter : le recours à cette juridiction loin­ taine qu’est la Sacrée Pénitenccrie présente d’incon­ testables garanties dc discrétion. 2. Pratique courante. — Ceci dit. quelles sont les faveurs les plus couramment demandées à la Sacrée Pénitenccrie? O sont des absolutions, des dispenses, des commutations, des sanations, des réhabilitations ct des condonations. a) Les absolutions. Par là, nous entendons non seulement In remise des péchés, mais aussi celle des peines canoniques appelées censures, telles que excom­ munications. suspenses et interdits. a. Péchés réservés. — Il n’y a. d’après le Code (can. 891). qu’un seul péché réservé, ratione sui. au SaintSiège : c’est la dénonciation d’un prêtre faussement accusé, auprès des juges ecclésiastiques, du crime dc sollicitation ad turpia. (Il faut y ajouter, d’après un récent décret de la Pénitenccrie, la faute commise par un confesseur qui donnerait l’absolution â un parti­ san obstiné de l'Aclion française.) Mais il y a beau­ coup d'autres péchés réservés ratione censura·; car, lorsque l'absolution d'une censure est réservée, l'abso­ lution du péché qui en a été cause est également réservée, si cette censure empêche (comme l’excom­ munication ct certains interdits) la réception des sacrements (can. 2250). b. Censures réservées. — Ce n’csl pas le lieu d’énu­ mérer ici toutes les censures dont l'absolution est réservée nu Saint-Siège. Voir Pi unes ecclî mastiques, col. G54 sq. A moins d'induit particulier, l’aLsolulion de ces censures doit faire l’objet d’un recours à la Pénitenccric. Toutefois, des pouvoirs spéciaux sont accordés aux confesseurs dans les cas urgents (cnn. 2254) ct lorsque le pénitent est en danger dc mort (can. 882 ct 2252). Ces pouvoirs ont été expliques au même article. Rappelons aussi que, s’il s’agit d’une censure simp le­ nient réservée au Saint-Siège, l’Ordinaire peut en absoudre dans les cas occultes (can 2237, § 2). Enfin» même si l’absolution de la censure pouvait être donnée par l’Ordinaire, nous avons dit plus haut que» pour des motifs spéciaux rendant difficile le recours a l’Ordinaire. on pourrait s’adresser à la Pénitenccrie. b) Les dispenses. Elles sont de quatre sortes, suivant qu’elles portent sur des obligations indivi­ duelles, sur des empêchements dc mariage, sur des irrégularités ou sur des peines canoniques autres que les censures. La clause essentielle, pour que des faveurs de ce genre puissent faire l’objet d’un recours à la Sacrée Pénitenccrie est qu’obligalions. empêche­ ments cl irrégularités soient « occultes ►. c’est-à-dire ignorés du public, dc telle sorte que. les intéressés étant seuls à les connaître, le public ignorera, cl qu'elles existaient, et qu’il en a été obtenu dispense. Comme on le voit, il s’agit bien là du domaine propre de la Sacrée Pénitenccrie, qui est celui dc la conscience, le for interne. Malgré celte restriction importante, les pouvoirs dc dispense de ce tribunal trouvent de mul­ tiples occasions de s’exercer. a. Dispenses d'obligations. - Les obligations dont on peut avoir à sc faire dispenser peuvent être de trois sortes : il en est, en effet, qui sont le fait de In loi, d’autres qui sont le fait d’un engagement personnel. 1151 PÉ N ITENC E H I E A P<1ST0LIQI E. COM P ET EN C E d’autres qui proviennent de la volonté d’un tiers (d’un testateur, par exemple). Les obligations qui sont le fait de la loi peuvent viser tous 1rs membres de la communauté chrétienne (le jeûne ct l’abstinence par exemple) ou certaines personnes, en raison de leurs fonctions (Il y a des obli­ gations spéciales aux clercs, aux curés, aux béné­ ficiers, etc.). Les obligations qui sont le (ait d’un engagement personnel ont, en général, pour point de départ, un serment ou un vœu, parfois une simple promesse. Or. ne sont plus réservées, de jure, au souverain pontife, comme dispenses d’obligations relevant par leur nature du for interne, que les dispenses des vœux de religion (au moins dans les instituts de droit pontifical), du vœu de chasteté perpétuelle et parfaite, de l’obli­ gation du célibat el de la chasteté pour un clerc dans les ordres sacrés, et du vœu d’entrer dans un institut a vœux solennels, lorsqu’ils ont été émis après l’âge de LS ans (can. 1309), La dispense des autres obligations, qui relèvent habituellement du for externe, doit être sollicitée d’autres organismes romains (Cong. des Religieux, des Sacrements, du Concile) ou simplement de l’Ordinaire du lieu, parfois meme d’un simple confesseur approuvé (cf. canon 1313). En cas de refus, mais alors unique­ ment pour le for interne, on peut s’adresser â la Sacrée Pénitencerie. On conçoit que Home soit généralement difficile, lorsque la dispense risque de compromettre les inté­ rêts d’un tiers. b. Dispenses d'empêchements de mariage. - - Il peut arriver que l’un des futurs, assez instruit des lois de l’Eglisc, se rende parfaitement compte qu’un empê­ chement. plus ou moins grave et qu’il est seul à con­ naître, fait obstacle à ses projets. Plus fréquemment encore, il arrive que le curé de la paroisse, au cours de l'enquête qu’il est dans l’obligation de faire avant de célébrer le mariage, ou même que le confesseur, en entendant le pénitent, constate l’existence d’un empêchement. Peu importe que l’empêchement soit prohibant ou dirimant; dès lors qu’il est occulte et qu’il pourrait y avoir de graves inconvénients pour l’intéressé à ce qu’il soit divulgué, il faut s’adresser à la Sacrée Pénitencerie pour en obtenir la dispense. Et c’est avant la célébration du mariage que les démarches doivent être faites soit par l’intéressé, soit par le curé au courant de la situation de celui-ci. soit par le confesseur, sous peine de laisser â l’empêche­ ment tous ses effets soit prohibants, soit dirimants. Il ne pourrait en être autrement (pie dans deux cas : lorsque l’un des futurs est en danger de mort, et qu’il devient urgent de mettre ordre a la conscience du mourant, c’est-à-dire d’écarter les candale d’un con­ cubinage ou d’un mariage civil, ou de supprimer une occasion prochaine de péché, ou de légitimer des enfants, etc.; lorsque l’empêchement est découvert, alors (pic tout est prêt pour les noces, que le temps matériel nécessaire au recours fait defaut, el (pie, pour les intéressés, il pourrait y avoir, à retarder le ma­ riage, risque probable d’un mal grave (par exemple, un certain déshonneur, un scandale, une peine à subir, un danger de péché, etc.). En ces deux cas. le mariage pourrait être célébré, et il ne serait plus nécessaire de s’adresser à Rome. En effet, le Code a accordé des pouvoirs spéciaux à l’Ordinaire du lieu (can. 1013 ct 1015), et même, si on ne peut recourir à lui, au curé, parfois au prêtre assistant au mariage, et même (mais seulement pour le for interne, et dans l’acte de la confession) au confesseur (can. 10 I I el 1015). Les empêchements occultes de leur nature sont au nombre de trois : ce sont l’empêchement dirimant de consanguinité illégitime, l'empêchement dirimant de 1152 crime et l’empêchement prohibant provenant d'un vœu privé (ν<ι·ιι de virginité, vœu de chasteté par faite, vœu de ne pas se marier, vœu de recevoir h ordres ou d’embrasser la vie religieuse). Ccs empêchements donnent donc lieu, en pria I cipc, à une demande de dispense adressée à la Sacrée Pénitencerie : si nous disons, en principe, c’est queect empêchements, occultes de leur nature, peuvent devt nir publics de fait, et qu’il suffit plus probablement, pour qu’ils soient considérés comme tels, qu’ils soient publics matériellement, bien qu’ils soient occulit* formellement, ce (pii se produirait, par exemple, si h situation d’où résulte l’empêchement de crime était publique, les coupables ignorant qu’ils contractaient de ce chef un empêchement dirimant. CL Acta S. Stdb, l. xi \. 1875> p· 157. Nous ne citons (pie pour mémoire les autres empê­ chements de mariage, (pii sont, de leur nature, publics. Ce sont : a) Les empêchements prohibant' d’adoption légale, dans les pays où l’adoption légale rend le mariage illicite devant la loi civile (can. 1059), et de religion mixte (can. PH’.o l«iG |>. 3) Les empêchements dirimants d'âge (can. 1067), de lieu (can. 1069), de disparité de culte (can. 1070), d’ordre sacré (can. 1070), de vœux solennels ou de vœux simples, lorsque le Saint-Siège leur a donne la force de rendre nul le mariage (can. 1073), de rapt (cari. 1071), de consanguinité (can. 1076), d'affinité (can. 1077), d’honnêteté publique (can. 1078), de pa­ renté spirituelle (can. 1079) et de parenté légale, dans les pays où l’adoption légale rend le mariage nul devant la loi civile (can. 1080). Tous ces empêchements, étant publics de leur na­ ture, échappent à la compétence de la Sacrée Pcnitcnccrie, el dispense doit en être demandée, en prin­ cipe, soit au Saint-Office, pour la religion mixte et la disparité de culte, soit, pour les autres, à la Congre galion des Sacrements. Voir ce qui a été dit à l’art. Empêchements, t. iv, col. 2161. A noter, cependant, qu’on pourra demandera la Sacrée Pénitencerie la dis­ pense de ces empêchements publics de leur nature,si. de fait, ils étaient occultes, el que de leur divulgation puisse résulter un grave dommage pour la réputation du demandeur. Mais le can. 1017 spécifie que ces dispenses, accor­ dées pour les cas occultes au for non sacramentel, doivent être inscrites, par l’Ordinaire, sur un registre qu'il doit garder avec soin dans les archives secrètes, à moins (pic le rescrll de la Sacrée Pénitencerie ne porte une indication contraire, ceci en prévision du cas où l’empêchement, occulte de fait, deviendrait public : une nouvelle dispense serait nécessaire pour le for externe, si la première n’avait été donnée que pour le for interne sacramentel. Rappelons enlin qu’un empêchement public de sa nature et de fait dans un lieu, comme un empêchemais occulte de sa nature, mais public de fait dans uu lieu, peuvent être l’un et l'autre occultes dans un autre Heu. Auxquels cas la Sainte Pénitencerie est encore compétente, sous des réserves qu’il serait trop long d’énumérer ici. r. Dispenses d'irrégularités. On sait qu'elles ont un double effet : elles rendent inhabiles à la réception des ordres et elles empêchent l’exercice des ordres reçus. Elles ne sont pas précisément des peines ecclé­ siastiques. mais, dans bien des cas. elles ont une affi­ nité avec elles et parfois elles en proviennent. Car on cn distingue deux sortes : celles (pii proviennent d’un défaut, les irrégularité s ex de/ectu, et celles (pii sont consecutives à une faute, les irrégularités ex delicto, X'oir art. IimâGUEAiuTâs. Les principales irrégularités ex dejcclu sont celles qui proviennent de l’illégitimité de la naissance, de 1153 PÉMTENCEH1E M’OSTOLIQI E. COMPÉTENCE ΓΙηΠπηΙΙό psychologique (exemple : la démence), physique (exemple: une difformité grave) ou physio­ logique (exemple : l’épilepsie), de la bigamie succes­ sive, de l’infamie de droit, enfin do l’exercice de cer­ taines fonctions (comme celles de juge ayant prononcé la peine de mort, de bourreau ct de scs aides immédiats ct volontaires). Can. 981. Les principales irrégularités ex delicto sont celles qui proviennent de l’apostasie (comme des crimes de schisme el d’hérésie), du mariage civil d’un clerc dans les ordres sacrés ou d’une personne liée par les vœux de religion même simples ct temporaires, de l’homi­ cide ou de l'avortement, de la mutilation volontaire, d’une tentative de suicide, de l’exercice illégitime d’un ordre sacré, de l'infamie de fait. Can. 985. Home, seule, dispense des irrégularités, et l’on doit s’adresser, quand on veut obtenir dispense d’une irrégularité publique, à la Congrégation des Sacre­ ments (ou, pour les religieux, â la Congrégation des Heligieux). Mais il en est plusieurs qui peuvent n’clre connues que de l’intéressé, et qui sont occultes, soit de leur nature, soit de fait, par exemple la tentative de sui­ cide, l’exercice illégitime d’un ordre sacré, la coopé­ ration à l’avortement, etc. Sans doute, les Ordinaires ct les confesseurs ont certains pouvoirs. Les Ordinaires peuvent dispenser, par eux-mêmes ou par un autre, delà plupart des irré­ gularités provenant d’un délit occulte, mais ils ne peuvent dispenser ni de celles qui proviennent de l’homicide volontaire el de l’avortement, ni des irré­ gularités ex de/ectu. Les confesseurs ont les mêmes facultés dans les cas occultes urgents, mais seulement pour permettre l’exercice des ordres reçus. Can. 990. Même dans les cas où l’Ordinaire serait compétent, l'irrégulier, dont le cas serait secret, pourrait recourir à la Sacrée Pénitencerie. soit directement, soit par l'intermédiaire de son confesseur. . Cf. can. 1314. Pour demander ct obtenir commutation d’une obli­ gation, il faut évidemment une raison sérieuse el pro­ portionnée à l’importance de l’obligation elle-même; c’est au confesseur qu’il appartient d’apprécier si les raisons, pour lesquelles on lui demande de solliciter de la Pénitencerie la commutation d'un vœu, sont vrai­ ment suffisantes. c) Des n habilitations. — On entend par là des faveurs consistant dans le retour au droit d’accomplir certains actes juridiques dont on était privé. On sait, par exemple, que certaines fautes entraî­ nent. pour ceux qui les ont commises, l'exclusion de ce qu’on appelle les · actes légitimes ecclésias­ tiques ·. tels que : la charge d’administrateur des biens d’Église» la fonction de juge, d’auditeur, de rapporteur, de défenseur du lien, de promoteur de la justice ou de la foi. de notaire ou de chancelier, de courrier ou d'appariteur, d’avocat et de procureur dans les causes ecclésiastiques; la fonction de parrain au baptême ou à la continuation, le droit de suffrage dans les élections ecclésiastiques, l’exercice du droit de patronal, l’obtention d’un bénéfice, etc. Can. 2256. C’est le fait de redevenir « habile » à exercer les • actes légitimes ecclésiastiques » ct quantité d’autres droits, qui constitue la réhabilitation, cl c’est & la Sacrée Pénitencerie qu’on peut s’adresser à celte tin. pourvu toujours que la faute qui a entraîné l’exclusion soit occulte ct relève du for interne. Nous nous bornerons à indiquer ici ceux que le T. — Xll — 37 H 55 pÉNIT E NC ER 1E APOSTOLIQUE. COM PÉ T E N C E droit exclut des < actes légitimes ecclésiastiques », a savoir : tous ceux, qui sont infâmes dc droit (voir ci-dessus, col. 652); —les excommuniés (can. 2263); —· ceux qui sc sont rendus coupables du crime de rapt (can. 2353); — ceux qui ont été condamnés justement pour homicide, pour enlèvement d’impubère de l’un ou l’autre sexe, pour vente d’esclave, pour usure, rapine, vol qualifié ou non qualifié, mais d’importance..., pour crime d’incendie volontaire ou dc (lestruction d’un bien de valeur notable..., pour mutilation, pour coups et blessures graves (can. 2351);—ceux qui contractent un mariage mixte, bien que cependant valide, sans en avoir obtenu dispense (can. 2375); les religieux apostats (can. 2385); — les clercs déposés ct dégradés (can. 2303-2305); — ceux que l’évêquc ou quelque autre supérieur ecclésiastique a proclamés < infâmes de fait . D Des condonations. — Cc sont des faveurs consis­ tant dans la dispense dc l’obligation où peut être un fidèle ou un clerc de s’acquitter dc certaines charges, telles que serait l’obligation dc verser une somme pro­ mise par vœu par celui dont on a hérité, celle de rendre les fruits d’un bénéfice injustement perçus pour non exécution des charges du bénéfice, etc. Nous avons dit que la Pénitencerie n’accorde géné­ ralement pas condonation des droits des tiers. 3. Délégations, données par la Pénitencerie. - - Les pouvoirs dc la Sacrée Pénitencerie étant des pouvoirs ordinaires, elle peut les déléguer, et le fait largement pour la commodité des fidèles. Nous avons vu. col. 1116. quels sont à Home les pou­ voirs délégués des pénitenciers mineurs cn temps ordi­ naire ct dans des occasions exceptionnelles, comme, par exemple, au moment des jubilés. Les évêques, auxquels le droit donne le pouvoir de dispenser de certains empêchements et d’absoudre de certaines fautes, reçoivent cn outre de la Sacrée Pcnitencerie des feuilles dc pouvoirs valables ad quinquennium, et eux-mêmes subdélèguent fréquem­ ment certains de leurs prêtres pour l’absolution dc ces cas réservés et pour l’octroi des dispenses. Il arrive aussi que la Sacrée Pcnitencerie accorde directement, à dc simples prêtres, sur la recomman­ dation de l’ordinaire du lieu, des pouvoirs d’absolu­ tions, dc commutations et de dispenses parfois consi­ dérables dont la feuille dc concession suivante (d’ail­ leurs antérieure au Code, ct donc renfermant des dispositions périmées) est un exemple. Concession accordée a de simples prêtres SUR RECOMMANDATION DE L'ORDINAIRE Tibi dilecto In Christo confessario, ab Ordinario loci nd excipiendas fidelium utriusque sexus sacrnmcntalcs con­ fessiones legitime approbato, infrascrip tus concedimus facultates, quibus, non obstante constitutione AposloUac Sedis, pro (oro conscientia·, ct in sacramentali confessione. Auctoritate apostolica, uti valeas, et non aliter; ita tamen, ne debeat Illas cuilibet m ini (es taro, nisi necessitas aut utilitas id exigerit. I. Absolvendi ab excommunicatione ob manus violentas injectas in clericos, aut presbyteros sive s.eculares sive regu­ lares. In casibus tamen non deductis nec de facili ad (orum Ordinarii deducendis; dummodo non sit secula mors vel mutilatio seu Icthnlc vulnus aut ossium fractio, ct injuncta congrua poenitentia salutari cum obligatione caule el competenter satisfaciendi parti læsæ. II Absolvendi a censoris contra ducllantes inflictis, dummodo casus ad (orum Ordinarii non (uerlnl deducti; injuncta gravi prnitentia salutari, ct aliis injunctis qua· lurrint d<* jure injungenda. 111. Absolvendi quoscurnque p enitentes sive viros sive ruulirrcs (exceptis hærctlcls publicis, sive publice doxm itlzantibusi a quibusvis sententiis, censuris et pænis eccle­ siasticis· ob ha'resrs tam nemine audiente vel advcrlmle, qimm curam aliis externa tas, ob infidelitatem cl hærelic di.i etiam cum sociis pilrala....... pastqunm coram le htrrrses 11SG in singulis casibus abjuraverit., injuncta pro modo excès, suum gravi pænitentia salutari cum frequentia sacramen­ torum et obligatione sc prudenti Judicio tuo retractandi apud personas coram quibus lucrosos manifestavit ct repa­ randi illata scandala. IV. .Absolvendi n censuris incursis ob violationem clau­ sura· regularium utriusque sexus, dummodo non fuerit cum Intentione ad malum finem, etiam cfTcctu non secuto, ct dummodo casus non fuerint ad forum Ordinarii deducti, cum congrua pænitentia salutari... V. Absolvendi a censuris ob retentionem el lectionem librorum prohibitorum incursis, injuncta congrua prnitentia salutari, nec non firma obligatione tradendi Ordinario loci aut cui ile jure sive per se, sive per alium absque ulla mora el, quantum fieri potest, ante absolutionem libros prohibitos, si quos pænitvntes in sua potestate retineat. VI. Absolvendi a casu Sedi apostolica· reservato ob ac­ cepta munera a regularibus utriusque sexus injuncta pænitentia salutari, ct quando agitur de muneribus qua· valorem decem scutorum non excedunt... VII. Absolvendi a censuris et pœnis ecclesiasticis eos qui seclis velitis mnssonicls aut carbonariis aliisque similibus nomen dederunt aut favorem prostiterunt, ila tamen, ut a respect i va secta omnino sc separent, cainquc abjurent, libros, manuscripta ac signa sectam rcsplccntia, si qu« retineant, in tuas manus tradant ad Ordinarium quampri­ mum transmittenda, aut saltem comburenda... VIII. Commutandi, consideratis causis, omnia vota sim­ plicia, in alia p.cnitcnthe seu pietatis opera; exceptis quin­ que volis S. A. reservatis, scilicet castitatis el religionis... ac votis, in quibus agitur de præjudicio vel de jure tertii. IX. Dispensandi nd petendum debitum conjugale cum transgressore voti castitatis, qui matrimonium cum dicto voto contraxerit, monendo hujusmodi pamitentem, ad id servandum teneri tam extra licitum usum matrimonii, quam si marito seu uxori respective supervixerit. X. Dispensandi cum Incestuoso seu inccstuosa ad peten­ dum debitum conjugale, cujus Jus amisit ex superve­ niente occulta affinitate per copulam carnalem habitam cum consanguinea vel consanguineo, sive in primo, sive in primo ct secundo gradu sure uxoris, seu respective mariti, remota occasione peccandi et injuncta gravi pænitentia salutari ct confessione sacramentali semel quolibet mense per tempus arbitrio tuo statuendum. XI. Dispensandi super occulto impedimento primi necnon primi el secundi tantum gradus affinitatis provenientis ex illicita copula, quando ngatur dc matrimonio cum dicto impedimento jam contracto; ita tamen, ut, si hujusmodi affinitas proveniat ex copula cum matre desponsatæ, nati­ vitas desponsa tre copulam ipsam antecedat... XII. Dispensandi super impedimento occulto criminis, dummodo sit absque ulla machinatione ct agatur dc matri­ monio jam contracto, monitis putatis conjugibus dc neces­ saria secreta renovatione consensus, ac injuncta gravi pænitentia salutari ct confessione sacramentali semel quo­ libet mense per tempus arbitrio suo statuendum. XIII. Dispensandi super occulta irregularitate contracta ex violatione censurarum dumtaxat cum sacerdotibus vel in sacris ordinibus constitutis, tam sæcularibus quam regu­ laribus, dummodo tamen ipsi regulares habeant, ut supra, legitimam licentiam peragendi confessionem extra pro­ prium ordinem. Volumus autem ut supradictls facultatibus uti valeas tantummodo per (annum, ou biennium, ou triennium) a dato present Ium computandum; ct abstineas absolvere a casibus reservatis locorum Ordinariis, nisi facultatem ab eisdem obtinueris. Datum lionne ex sedibus nostris die N. L Résolutions de cas dr conscience. — Il appartient aussi a la Pénitencerie dc résoudre certaines questions «le morale qui ont sollicité son attention, ou certains cas dc conscience qui lui ont été soumis. Ces · déci­ sions ont pour objet les sujets les plus divers. En voici quelques exemples, dont plusieurs, antérieurs au Code, m· traduisent plus exactement, sans doute, la discipline actuelle, mais donnent du moins une idée de la variété des questions traitées par les théologiens cl canonistes dc la Pénitencerie ; Du 21 mai 1897. — Q Ceux qui achètent les biens des religieux que le gouvernement français fait vendre pour recouvrer la taxe dhibonnrmvnt. tombent-ils sous l'excom- s— Λ POST O LIQ U E. COM P ÉTÉ NC E inunication «pi’cncourcnt ceux qui achilcnt sans permission des biens ecclésiastiques? R. — Emptores de quibus agitur incidere in excommunica­ tionem it. I*. simpliciter reservatam vi cap. -Ï7, scis. ΛΛ7/, /k /fr/.. cone. Trid. Du 8 avril 1898. — A propos d’un incident arrivé cn Espagne, la Pénitencerie approuva la conduite de catho­ liques qui avaient refusé de faire partie d’une société dont la bibliothèque contenait des livres ct des revues condam* nés p.ir l’Kgiise. Du 7 février 1901.— Les religieuses qui vivent cn com­ munauté peuvent sc confesser Λ tout prêtre approuve quand dies sont cn dehors dc leur couvent, même si le prêtre cn question n’est pas spécialement approuvé pour confesser les religieuses. Du 16 novembre 1928. — Iji Pcnitencerie, sur instruc­ tion* expresses du saint-père, décrété qu’est réservé nu Saint-Siège le péché des confesseurs qui absolvent sacraincntcllcmcnt ceux que, dc quelque façon que cc soit, ils savent adhérer effectivement à l'Action /ninçaisc, ct qui, avertis, refusent de sc retirer : même dans les cas oü, d'ordinaire, cesse toute réserve (voir can. 900), les prêtres coupables doivent recourir A la Pénitencerie dans Je mois qui suit. Tout fidèle peut s’adresser directement a la Pénitcnccrie : il lui suffit d’exposer clairement et briève­ ment l’objet dc sa demande; il n’est obligé de donner ni son nom. ni son pays; il doit seulement prendre soin d’indiquer à qui la réponse doit être adressée. 2° Section des indulgences. — Les indulgences étant des faveurs de for interne, bien que non sacramentel, ont été rattachées, nous l’avons dit, ù la Sacrée Pénitcnceric : une section spéciale du tribunal s’occupe de tout cc qui a trait â cet objet, ct notamment dc l’enregistrement des indulgences accordées par le sou­ verain pontife. 1. Toute concession d’indulgence, en effet, donne lieu, sous peine dc nullité, à un enregistrement dc ces indulgences par la Sacrée Pénitencerie qui en donne le témoignage ct les authentifie par écrit (can. 920). 2. En dehors dc cette fonction de contrôle ct d’en­ registrement que remplit la Pénitencerie au sujet des indulgences, elle cn remplit une autre. Elle a qualité pour « accorder » des indulgences; ct voici quelques exemples entre quantité d’autres : Le 16 novembre 1917, une indulgence dc 100 Jours est accordée aux prêtres pour une invocation aux saints cn l’honneur desquels ils viennent de célébrer 1a messe. Le 15 décembre 1918, la pieuse union des missionnaires du clergé reçoit dc nombreuses indulgence* plénières ct partielles ct ses prêtres bénéficient quatre (ois par semaine de l'autel privilégié. Ix 1” juillet 1921, une indulgence plénière est accordée aux associés dc ('Apostolat dc la prière qui font la commu­ nion réparatrice, rtc. 3. La Pénitencerie a encore qualité pour concéder le pouvoir dc donner des indulgences. C’est ainsi que : Ix 23 mars 1918, elle concède h l’évêquc dc Digne le pouvoir d’accorder : a) une indulgence plénière lors dc chaque visite oilicicllc faite par lui dans les églises, oratoires et chapelles de son diocèse; b) une indulgence plénière aux fidèles qui auront suivi plus de la moitié des exercices - s. davantage le théologien par son Propugnaculum Tous ces progrès ont été inspirés par des catalogues hurpanæ libertatis seu controversia· pro humani arbitrii souvent médiocres el où il ne serait pas difficile de libertate contra philosophos, astrologos judiciarios ct relever des fragments étranges ou même absurdes. turret icos tuenda et cum certitudine divina· pnrscientur, Le bienfait était procuré par le principe de la péni­ immobilitate divini decreti et efficacia divinn· motionis tence, plutôt que par le génie des compilateurs! concilianda libri decem, in-fol., Lyon, 1624. Dirigé G. Li. Bras. surtout contre les calvinistes, l'ouvrage, eut, paraît-il, 1. PENNA (François Horace do), frère mineur beaucoup de succès dans les milieux arminiens. capucin de la province des Marches Né ù Macerata en 1680, il prit l’habit le 8 novembre 1700. Peu de temps Les bibliographies renvoient ù Janus Nicius Erythræul après avoir terminé ses études, il obtint la permission (J. V. Rossi), Pinacotheca imaginum illustrium virorum qui de partir comme missionnaire au Thibet. Il quitta sa auctore superstitr diem suum oblerunt, n. n. 55; voir aussi patrie en 1712 ct évangélisa le Thibet pendant plus de Ét. Drchnmp·», Dr h rreri jansenianu. Pari·*, 1651, I. II, disp. II, c. xv, n. 3,et disp. VIII. c. xi, n. 5; Hurler, trente ans. Il revint en Italie en 1735 pour y chercher Somcnclalor; 3· édit. t. m, col. 696. du renfort. En 1738, il repartit pour le Thibet. A son É. Αμλνν. retour, il rencontra l’hostilité la plus vive de la part PENO N François, dominicain né à Orléans en des princes, des bonzes cl du grand lama. En 17 15, les 1623; étudiant des universités de Toulouse cl de Paris; chrétiens furent persécutés et dispersés, l’église de érudit, philosopne ct théologien; mort en 1699 à Paris Lassa détruite et le P. François Horace dut s’enfuir où il avait dirigé la congrégation dominicaine de •en Népal, à Patau, où il mourut le 20 juillet 1715. Saint-Louis. 11 consacra quinze ans de sa vie ù un An Ce missionnaire illustre ne s'est pas seulement chronologica. Mais François Penon est surtout connu distingué par l’évangélisation du Thibet, il a compose pour avoir composé un résumé-aide-mémoire rythmé aussi de nombreux ouvrages, qui se rapportent non seulement à l’histoire des missions, mais aussi à l'his­ de la Somme de saint Thomas : Hymnus angelicus, sive Doctor is angelici Summic theologiae rhylhmica sy­ toire des religions el â la théologie. Ainsi nous avons nopsis. Duicstiones DCXll, articulos 3120 complectens, de lui : 1. Relailone del principio e statu présente delta Paris, 1651, in-12, 161 p., selon le procédé d’une vieille missione net regno del Tibet e regni con fi nanti raccopédagogie qui mettait en vers les résumés pour faciliter mandata ai cappueeini délia provincia della Marea, la mémoire. Le résultat obtenu par Penon est assez que la Congrégation de la Propagande publia a Home, curieux el déconcertant. Cependant, l’ouvrage eut un en 1738; 2. Breve ragguaglio dette operato dai cappuccertain succès puisqu’on en retrouve assez, facilement cini delta provincia della Marea nella missione del des exemplaires. L’auteur le réédita en 1676. Tibet, imprimé dans les Analecta ord. min. capuccinorum, t. xxxvii, 1921, p. 285-291; t. xxxvni, 1922, Quétif-ICchanl, Scriptores ord. pricdlc., t. n, 1721, p. 718. p. 57-63. 3. Istoria dette gesta di Sciachiatuba ristoM.-M. Goiice. ratore dell* islamismo, traduite du thibétain; I. Le tre PENTATEUQUE. Sous ce nom, transcrit grande vie che conduct) no alla perfezionc, traduit du du grec, on désigne le groupe de livres qu> le Judaïsme thibétain ; 5. Sopra le trasmigrazioni c Torazumc a Dio, appellait la Thora cl qu’il regardait comme jouissant, traduit du thibétain; 6. Tcsoro della dottrina crishana parmi les Livres saints, d’une autorité tout à fait del Turlotli, traduit en langue thibétano-népalicnne; exceptionnelle. Ces cinq livres sont, dans leur ordre, 7. Dottrina cristiana det cardinal Hellarmino, traduit la Gen -··. l'Bxode, le Ia 1 ique, les Nombres, le D(u tn langue thibétano-népalicnne; 8. Vocabulario ita· téronome. Chacun d’eux a fait l’objet dans cc diction­ liano-tibetano-nepalcsc d’environ 35 000 mots; 9. Degli j naire d’une étude détaillée. Si quelques-unes de ccs aiuti che debbonsi cercure, ossia a chi si debba ricorrcre, notices ont déjà quelques années d'Ago (1’art. DKirrÉtraduit du thibétain; 10. Libro del monda, traduit honome est de 1909. l'art. Exode de 1912, l’art. du thibétain; 11. Libro degli idoli librtani, traduit Genèse de 191 1), les deux dernières en date (l’art. du thibétain; 12. Della regola in osservanza presso LéviTlQUE de 1925, Part. Nomiihes réfu­ epist.. ccxxv, P. L., t. xxxm, col. 1002). Aussi, dans sa polémique contre l’hérésie ncstoricnnc (ct aussi taient. comme entachés d’apollinarismc, les anathécontre les thèses augustinicnnes), Vincent prend-il matismes cyrilliens. · L'union καθ’ ύπόστασιν, écri­ soin dc préciser le moyen qui permet dc faire éclater vait Théodoret, nous la rejetons comme étrangère aux saintes Écritures ct aux Pères qui les ont interpré­ l’hétérodoxie ou l'orthodoxie d’une doctrine. L’appel à l’antiquité ne suffit pas toujours. Des écrivains du tées. P. G., I. lxxvi, col. «100 A. Aussi, dans la célèbre passé ont pu se tromper; il faut s’attacher à cc qui, lettre Lictentur aeli, qui scelle l’accord dc 133 entre dans l’antiquité, a été cru universellement. Peut-être Alexandrie et Antioche, Cyrille prend-il bien soin de ne trouvera-t-on point sur la question en litige dc marquer qu’il est en tout d’accord avec les Pères, ct • décrets « dc l’Êglise universelle. 1) faut alors, ayant spécialement avec Athanase : δτι δέ ταϊς τώς άγίων rassemblé les textes des anciens, les comparer, les dis­ Πατέρων δόξαις έπόμεΟα παντχχού, μάλιστα δέ του cuter. Dc tous les anciens? Non; de ceux-là seulement μακαρίου καί πανευφήμου IΙατρός ημών ’Αθανασίου; qui. bien que séparés dans l’espace et le temps, furent il ne veut s’écarter en rien dc la doctrine proclamée (les « docteurs A approuver », parce qu’ils demeuraient parles Pères de Nicéc. Epist., xxxix, P. G., t. lxxviî, dans la communion et la foi de l’unique Église catho­ col. 180 D. Dans ccs divers textes, on remarquera que lique : Operam dabunt ut collutas inter sc majori μ le mot « Pères » intervient avec deux sens légèrement consulat interrogetque sententias, eorum dumtaxat qui, différents. Ou bien il s’agit du bloc constitué par tous diversis licet temporibus et locis, in unius tamen Eccle­ les évêques qui siégèrent à Nicéc et dont la profession sia' catholici? communione rt fide permanentes, magistri dc foi. parce qu’elle a été émise avec une assistance toute particulière dc l'Esprit-Saint, a une valeur capi- I proijaijilks exstiterunt. Commonitorium, m, P. L., t. L, coi. 641. Ces magistri probabiles , ce sont bien les talc. Ou bien il s’agit d'évêques isolés, séparés les uns beati Patres dont il est question ailleurs, c. xxvm, des autres dans le temps et l’espace, dont il est tout col. 676 A. et dont l’accord fournit la plus forte indiqué dc prendre l’avis, et dont l’accord donne A une garantie A une doctrine. Mais ce ne sont pas forcément doctrine de précieuses garanties. des évêques. Ccs deux sens se retrouveraient dorénavant dans Ainsi, dans le Commonitorium, sc trouve l’explica­ toutes les assemblées conciliaires. Ét icnne Wiest, O.&I3.» tion la plus complète dc ce que doit être un Père dc a réuni un nombre assez considérable dc ces textes l’Êglise. En même temps, l’on y distingue de ces écri­ empruntés aux conciles de Chalcédoine, de Constanti­ vains du passé, dont l’autorité est de premier ordre, nople (553 et 680)· Qutalsexte, NIcée (787), etc II n’y d’autres auteurs, Orlgène ou Tertullien par exemple, a pas d’utilité à les transcrire ici. On peut dire que. dont certains ouvrages contiennent des renseigne­ dès Chalcédoine, la terminologie est fixée. Voir Ét. ments précieux, mais dont l’œuvre, considérée dans Wiest, Institutiones patrologiic in usum academicum, son ensemble, ne laisse pas d’inspirer des inquiétudes Ingolstadt. 1795, p. 530-534, qui pourrait bien être Voir les c. xvn cl xvm, ou Vincent instruit le procès de la source d’où proviennent, directement ou non, les ces deux écrivains, col. 660-665. En somme, dès le références que l’on retrouve ailleurs. début du \* siècle, est marquée la distinction qui est On aura remarqué, sans doute, que, dans les textes signalés, il s’agit exclusivement d'Mques, soit assem- i encore aujourd’hui classique entre ■ Pères de l’Êglise » blés, soit isolés, et d’évêques qui ont quitté cc monde. | et « écrivains ecclésiastiques ». I n siècle plus tard, le pape I lormisdas marque avec \ la vérité, plusieurs des garants qu’allègue saint Cyrille sont morts depuis peu: Atticus, par exemple, plus de netteté encore que tout écrivain ecclésiastique ou Théophile. Mais pourquoi serait-il interdit de faire n’est pas A ranger parmi les Pères. L'évêque Possessor appel A des témoins qui, sans être évêques, ne laisse­ lui a demandé son avis sur les écrits de Fauste de raient pas dc jouir d’une grande autorité? pourquoi Riez. < Celui-ci. répond-il. n’est point reçu nu nombre serait-il interdit de faire appel A des vivants? des Pères et, dès lors, il n’y a pas lieu de chercher dans 1195 PÈRES DE L’ÉGLISE. NOTION ses ouvrages des prétextes à attaquer l’Églisc romaine, comme si clic le couvrait : Neque illum recipi, neque quemquam quos in auctoritale Patrum non recipit examen catholicæ fidei, aut ecclesiastica! disciplina! ambiguitatem posse gignere, aut religiosis praejudicium comparare. Epist., lxx (al. cxxiv), P. A., t. lxiii, coi. 492 B. Vers le même moment, le décret dit du pape Gélase De libris recipiendis et non recipiendis donne un pre­ mier essai de catalogue des auteurs approuvés ou désapprouvés. Après avoir établi le canon des deux Testaments, la liste des sièges apostoliques ct celle des | conciles, le texte entreprend l’énumération des « œu­ vres des saints Pères qui sont reçues dans l’Églisc catholique · : œuvres de Cypricn, de Grégoire de Xazianzc, de Basile, d'Athanase, de Jean de Constan­ tinople (Chrysostome), de Théophile ct de Cyrille d’Alexandrie, d’I Blaire de Poitiers, d’Ambroise, d’Au- ! gustin, de Jérôme, de Prosper · homme très religieux » (remarquer la présence de ce laïque); le tome de Léon a Flovien obtient une mention spéciale. Mais cette énumération n’a rien d’exhaustif, car le texte con­ tinue : · de même les œuvres et traités de tous les Pères orthodoxes qui n’ont jamais dévié de l’accord avec la sainte Église romaine, ne sc sont point séparés de sa foi ct de son enseignement, mais, par la grâce de Dieu, sont restés dans sa communion jusqu'au der­ nier jour de leur vie, ccs écrits, nous déclarons qu’on peut les lire. · Les développements qui suivent sont consacrés aux documents hagiographiques, sur les­ quels le texte s’exprime avec quelque précaution. Puis viennent des auteurs sur lesquels sont faites de for­ melles réserves : Hulin, Origènc, Eusèbc de Césarée, dont la Chronique et VHistoire ecclésiastique ne sont pas entièrement rejetées (usquequaque non dicimus j renuendos). Les œuvres d’Orosc, de Sédulius. de Juvencus obtiennent un témoignage d’estime, mais ne sont pas mises néanmoins sur le même pied que les Opuscula Patrum. Après quoi vient le premier Index des livres à rejeter : d’abord en bloc tous ceux qui ont été écrits par des hérétiques ou des schismatiques, puis un certain nombre dont il est fait une mention spéciale. Voir le texte dans P. L·., t. i.îx, col. 159 sq., ct mieux dans l'édition de E. von Dobschütz des Texte und Untersuch., t xxxvnr, fasc. I, 1912. Sur le problème que pose la présence, dans la liste de ccs apocrypha, d’auteurs vénérés, comme Cypricn ou Cassien, ou d’auteurs dont les œuvres avaient reçu antérieurement un transeat, voir E. von Dobschütz. to< cit. p 318. 2° Définition. - - Cet emploi du nom. dont on peut dire que son sens est fixé ne varietur dès le v· siècle, nous permet de poser la définition que nous avons inscrite ci-dessus. Les Pères de l’Églisc sont bien des écrivains ecclésiastiques de l’antiquité chrétienne qui doivent être considérés comme des témoins particu­ lièrement autorisés de la foi. Chacun des mots de cette définition est justifié par les considérations qui précèdent. Nous avons affaire avec des · écrivains ». Sans doute l'usage s’est gardé de donner aux évêques réunis en conciles, soit particuliers, soit généraux, le nom de « Pères ». On dit encore les Pères de Trente, les Pères du Vatican. Les « Pères · s’opposent alors aux autres personnages, qui jouent dans l’assemblée un rôle secon­ daire et n’ont pas voix délibérative : théologiens et | autres. Mais, quand l’on parle de < Pères de ΓEglise », l’usage actuel, conforme d’ailleurs â celui de Vincent de Lérins, entend des personnages dont l’écriture nous a gardé le témoignage. Ces écrivains sont ceux de l’antiquité chrétienne. Nous aurons à déterminer tout à l’heure quand finit cette antiquité. Remarquons ici qu’en faisant inter­ 1196 venir dans l’idée de < Pères » le concept d'antiquité, nous nous montrons plus exigeants que les ancien* Cyrille d’Alexandrie n’hésitait pas â citer Λ Éphèie des Pères dont la mort remontait â quelques année*; Augustin invoquait le témoignage de Jérôme, qui venait â peine de fermer les yeux. Vincent de Lérins ne semble pas attacher d'importance spéciale â l'anti quilé. C’est un peu plus tard, semble-t-il, que ce fac­ teur a pris quelque relief. Major c longinquo rerercntiu Il est certain que, sur un point du dogme qui est con­ testé par «les adversaires et traité par eux de nou­ veauté, telle déposition d’un écrivain très ancien cd d’une particulière gravité; elle montre que la vérité mise en doute était admise dès le berceau de l’Églisc Ces écrivains anciens sont considérés comme de» témoins de la croyance de l’Églisc. Si leurs affirma­ tions sont ex pro/esso, elles sont tout spécialement a retenir; si cc sont des obiter dicta, elles ne laissent pas de devoir être prises en considération. Ccs témoins sont particulièrement autorisés. Ccttc autorité spéciale leur vient de ce que, dans 1'cnscmbk de leurs œuvres, ct quoi qu’il cn puisse être de certains points de détail, ils sont d’accord avec l’Églisc. Celle ci non seulement ne trouve rien à redire à l’ensemble de leurs écrits, niais elle y perçoit comme dans un miroir, le reflet de sa propre doctrine. C’est par quoi les Pères sc distinguent des simples « écrivains ecclésiastiques », à qui manque proprement cette autorité particulière. La distinction, nous l’avons vu, était déjà dans Vincent de Lérins; elle est à la base des catégories faites par le Décret de Gélase. Que, dans la pratique, il ne soit pas toujours facile de dire si tel auteur doit être rangé parmi les Pères ou parmi les simples écrivains, c’est une autre question. En tout essai de classement, il y a des difficultés. 3° Votes auxquelles sc reconnaît un Père de Γ Église. - Les théologiens ont précisé les notes qui caractéri­ sent un Père de l’Églisc, ct il les ont ramenées à quatre: l’orthodoxie de la doctrine, la sainteté de la vie. l’approbation de l’Églisc, enfin l’ancienneté. Γη bref commentaire complétera l’explication de la définition ci-dessus. 1. Orthodoxie de la doctrine. - Cela ressort de ct qui a été dit : un écrivain ne peut être sans cela un témoin autorisé de la fol de l’Eglisc. Mais il n’est pas absolument indispensable que cette orthodoxie se marque dans tous les détails. Il est, dans la doctrine chrétienne, plusieurs points qui n’ont été définitive­ ment réglés qu’après un certain temps, souvent après des discussions assez vives. On ne fera pas grief à un Père de n'avoir pas observé toute l’exactitude voulue dans l’énoncé de doctrines qui n’ont été précisées qu’après lui, d'avoir adopté, dans une controverse, telle position qui s’est ultérieurement classée comme fausse. Saint 1 renée était millénariste; saint Augustin n’est pas arrivé à se faire une opinion sur l’origine de l’âme; saint Jérôme a rejeté les deutérocanonlqucs de l’Ancicn Testament. Bien de tout cela n’empêche de considérer ces personnages comme des Pères de l’Églisc, cl les deux derniers comme des docteurs, c’est-à-dire comme des Pères d’une autorité excep­ tionnelle. Voir Part. Doctevhs de l’Égijse. 2. Sainteté de la vie — Ce «pic les Pères enseignent, ce n'est pas une doctrine quelconque, c’est la « science du salut ■. Cette science ne s’acquiert pas seulement par la pure spéculation. Pour la pénétrer, il faut que l’âme, sc dépouillant de ses préjugés, s’ouvre large­ ment aux inspirations de la grâce. L’union à Dieu, la vie intérieure, la sainteté apparaissent ainsi comme la garantie d'une compréhension plus exacte des choses célestes. Mais il ne faut pas exagérer. Les exigences de l’antiquité chrétienne cn cette matière étaient d’un autre ordre «pic celles «pu se font jour dans nos 1197 pères de l’église, autorité 1198 modernes procès de canonisation. L' « avocat du des docteurs, au sens liturgique ct théologique du mot» diable » aurait beau jeu h relever dans telle vie de comprend aujourd’hui plusieurs noms des temps Père de l’Églisc, d'un saint Jérôme, d'un saint Cyrille, modernes. C’est peut-être un avertissement de ne pas des objections redoutables. L'Église ne laisse pas, pour trop insister, dans la définition du mot Père de l’Églisc, autant, de les compterparmi ses docteurs. I sur le fait de l’antiquité. 3. Approbation de ΓEglise. - Cette approbation cn IL Αυτοηιτέ doctrinale des Pères.*- Puisqu'ils certains cas s’est exprimée de manière expresse. Les sont les témoins de la foi de l’Églisc, les Pères ont été, réclamations des Massilienses contre saint Augustin dans le passé, invités â déposer au sujet de cette foi, amènent de la part du pape Celestin une intervention quand il s’est agi de savoir si tel ou tel point de doc­ spéciale cn faveur du docteur d’Hipponc, qui venait trine appartenait au domaine de l’enseignement ecclé­ à peine de mourir. «Augustin, écrit le pape, a toujours siastique officiel. Bien que le nombre des questions non été cn notre communion, et, contre son orthodoxie, il liquidées ait beaucoup diminué de nos jours, il reste n’est pas possible d’élever le moindre soupçon; sa encore des problèmes de dogme ou de morale ù résou­ science est telle que, par nos prédécesseurs déjà, il dre, sur lesquels on peut être appelé â demander l’avis était compté au nombre des meilleurs maîtres, inter des Pères. Quelle est donc l'autorité qui s’attache à telle magistros optimos etiam ante (et donc de son vivant) a ou telle assertion patristique? La question ne peut être mets semper decessoribus haberetur. » Voir Denz.-Bannw., traitée dans son ensemble qu’au mot Tradition; l’on n. 128. Comparer ce que dit le pape Hormisdas des ne trouvera donc Ici quedes indications fort sommaires. livres d’Augustin sur le libre arbitre ct la grâce: | 1° Autorité d'un Père pris isolément. — - Un Père, « c’est 1Λ que l’on pourra le mieux connaître la doc­ cn tant que tel, n’est pas infaillible. Un témoignage trine de l’Églisc romaine. » Epist., lxx, P. L., t. lxiii, isolé, provenant de tel ou tel Père, quelle que soit par col. 193. De telles approbations sont rares. On ran­ ailleurs son autorité générale, ne saurait être décisif. gera tout à côté celle qui est fournie par le Décret de L'approbation globale de l’Église, qui couvre ses écrits, Gélase, ci-dessus, col. 1195. n’en garantit pas toutes les aflirmations. Il peut se .Moins expresse est l’approbation (pic constitue le trouver, dans l’une ou l’autre de ses ouvres, telle fait, pour un écrivain, d'être cité avec honneur par un assertion qui va contre l’opinion générale: elle doit concile œcuménique ou tel autre document officiel. Il alors être considérée comme non avenue. On invoque­ serait intéressant de relever la liste des Pères qui furent rait vainement, par exemple, dans la question de la ainsi allégués aux divers conciles; le concile tenu au validité du baptême des hérétiques, le témoignage de Latran, cn 649, par le pape Martin Ier cn fournirait saint Cypricn. Saint Augustin, sur certains points fort une énumération fort longue, aussi bien que le 111· con­ délicats en matière de grâce ou de libre arbitre, a pu cile de Constantinople. le IP de Nicéc, le IV' de Con­ excéder. L’exagération des jansénistes, dans leur culte stantinople. C’est l’époque où la théologie se constitue pour Augustin, a donc été justement réprouvée parle surtout par les assertions des Pères. Une citation de pape Alexandre VIII. N oir la prop. 30 parmi les pro­ positions condamnées le 7 décembre 1690 : « Dès que cc genre couvre d’abord, cela va de soi, les affirmations contenues dans l’ouvrage auquel elle est empruntée. l’on trouve qu’une doctrine est clairement affirmée Mais elle est aussi une garantie, pour l’écrivain qui la dans Augustin, il est loisible de la tenir ct de l’ensei­ fournit, d’orthodoxie générale. 1 gner de manière absolue, sans s’occuper d’aucune bulle pontificale. » Dcnz.-Bannw., n. 1320. Pour n’avoir pas été expressément approuvés par Mais une assertion, même isolée, d’un Père, si elle des papes ou cités par des conciles, nombre d’écrivains ne va pas contre renseignement authentique ou contre méritent néanmoins le nom de Pères, qui réunissent le sentiment commun de l’Églisc. peut et doit être les autres conditions énoncées. De saints évêques, prise en consideration. Ce n’est pas impunément que comme Zénon de Vérone, Pacien de Barcelone. Césalre l’on rejette l’assertion d’un Père dont l’autorité est d’Arles, .Marlin de Braga ct tant d’autres, ont tout omni exceptione major. Il faut ajouter d’ailleurs qu’un droit Λ figurer parmi les Pères. Nous dirons que leur docteur de cette taille est rarement un isolé: son auto­ approbation par l’Églisc est implicite; cn d’autres rité lui a d’ordinaire rallié, de très bonne heure, des termes qu’il ne faut pas trop presser cette approbatio partisans. Ecclesia* dont nous venons de parler. Il va de soi que, si tel écrit d’un Père a reçu du 4. Ancienneté. - · C’est ici que se poserait la question magistère extraordinaire une approbation toute spé­ des limites Λ assigner à l’antiquité chrétienne. Sur cc ciale, ccttc pièce jouit de l’autorité qui s’attache aux point, les idées ont beaucoup varié. Les gens du xvr siècle appelaient couramment « Pères » les écri­ actes de ce magistère. C’est le cas. par exemple, de la ir lettre de saint Cyrille à Ncstorius, Κατσφλυαρουσι. vains du Moyen Age qui n’étaient pas des scolastiques. expressément approuvée par le concile d’Éphèse, cf.nrl. Les premières Patrologies (elles datent du xvn* siècle) Nestoriüs, col 113, ct que l’on peut considérer font place â des écrivains du xvr siècle. On entend comme la définition de foi du concile. appeler, aujourd’hui encore, saint Bernard · le dernier 2° Autorité d'un groupe de Pères, s'accordant sur une des Pères ». guestion de doctrine.- 11 n’est pas rare que l’on voie, Toutefois, l’accord semble s’être fait, depuis la fin lors de la discussion de certains problèmes dogma­ du xvnr siècle, pour réserver le nom de Pères aux tiques. se former, soit par accord tacite, soit même par écrivains de l’antiquité chrétienne, cn tant que celle-ci entente expresse, des groupes de Pères qui prennent s’oppose au Moyen Age. Que si l’on entend par cc parti en sens opposé. Nous avons signalé plus haut la dernier terme l’époque où achèvent de disparaître les séparation qui s’est faite, lors des luttes christologiderniers vestiges de la culture gréco-romaine, on peut, ques,entre « Orientaux ■ et · Alexandrins». Visiblement, sans trop d’hésitation, fixer au milieu du vii* siècle le concile de Chalcédoine a été amené ù reconnaître cc la coupure en Occident. Grégoire le Grand (t 604), Isi­ qu’il y avait d’exact dans la théologie des uns et dans dore de Séville (f 636) compteront encore parmi les celle des autres. Cette question n’a donc été liquidée Pères. En Orient, où les transitions furent plus ména­ que par la considération de la valeur que représentait gées, on convient d’arrêter l’âge pûtrlstlque à saint l’un ou l’autre groupe. Il eût été contraire aux lois Jean Damascènc (t vers 749). Ccs limites, de toute essentielles de l’Églisc de faire crédit uniquement Λ un évidence, n’ont rien d’absolu. parti sans s’inquiéter de ce que disait l’autre. On trou­ On sait que, dans la détermination du concept de verait aisément d’autres exemples de questions ainsi Docteur de l'Êgtise, le facteur ancienneté ne Joue plus, résolues par une cote mal taillée. depuis un certain temps déjà, le même rôle. Ln liste 1199 PÈRES DE L’ÉGLISE. D ISC 1 P LI N ES P A T H 1ST IQ U ES Parmi les questions encore pendantes, on pourrait signaler celle qui est relative â la nature du péché ori­ ginel. Consiste-t-il exclusivement dans une privation (pénale) de la grâce et des dons préternaturels? Faut-il y ajouter en plus une blessure positive de la nature? Il serait relativement facile de faire appel pour l’une ct l’autre de ccs solutions à des groupes plus ou moins importants de Pères. Il va de soi que le témoignage d’un dc ccs groupes ne saurait être absolument décisif, puisque l’on trouverait, cn face des témoins en ques­ tion, un nombre plus ou moins considérable d'oppo­ sants. Par où l’on voit combien il est facile de fausser, par le sophisme dc « l’énumération incomplète », les résultats dc la recherche, et quelle est l'importance d’une étude impartiale des témoins, dc tous les témoins de la tradition. 3·· Autorité qui s’attache au consentement unanime des Pères. - Si les Pères sont unanimes â enseigner un point de doctrine, leur enseignement doit être consi­ déré comme la doctrine même de l’Église. Un témoi­ gnage dc cette nature doit être regardé comme infail­ lible, puisque c’est cn définitive l’Église même qui s’exprime parla voix de scs représentants les plus auto­ risés. D'ailleurs, les définitions expresses du magistère extraordinaire s’appuient d’ordinaire sur cc consensus unanimis Patrum, comme il est facile dc le voir en étu­ diant les différentes définitions conciliaires ou les textes dogmatiques émanés directement du Siège apostolique. Parmi les questions qui n’ont point encore été absolu­ ment definies par le magistère ecclésiastique, on peut signaler le dogme dc la rédemption. Il y a toute oppor­ tunité â consulter sur lui les témoignages des Pères. Leur consensus unanime peut aider ù déterminer ce qui s'impose à la créance; tandis que la considération de leurs opinions diverses montre quel champ est encore laissé â la libre recherche. Cette unanimité exclut évidemment une opposition provenant d’un groupe d’une certaine importance, mais elle n’exclut pas un nombre relativement faible de voix divergentes. Quand il s’est agi de la validité de Berlin, tandis que la Patrologia syriaca de R. GrafTln commence, avec len­ teur. l’édition systématique des écrivains syriaques. Pour la contribution fournie par les mékhitarlstes ù l’ancienne littérature arménienne (textes originaux arméniens ou traductions arméniennes d'autres ou­ vrages) voir leur article, t. x, col. 497. Rien qu'elle soit exclusivement un travail de réimpression,l’énorme entreprise de l'abbé Mlgnc a puissamment contribué â faciliter ct même à vulgariser les études patristiques. Nous ne signalons Ici que les grandes entreprises générales d’édition; il va sans dire que nous n’igno­ rons pas les travaux de détail entrepris par des par­ ticuliers. De toutes manières, il est bien certain que nous lisons aujourd'hui les Pères de l'Eglise en des textes beaucoup plus corrects et souvent beaucoup plus intelligibles que ne le faisaient nos prédécesseurs. 2. Etudes de patrologie, de patristique, d’ancienne litté­ rature chrétienne. - Cc travail d'édition s’est accom­ pagné d études approfondies qui, surtout ù partir de la seconde moitié du xix· siècle, ont renouvelé bien des domaines de l'ancienne patrologie. Les mono­ graphies sont devenues légions et, si beaucoup d’entre 1209 PÈRES DE L’EGLISE. RENSEIGNEMENTS PRATIQUES elles sont des travaux hâtifs ct destinés à tomber dans l'oubli, l'ensemble ne laisse pas d'apporter une contribution ù la connaissance des Pères. Certaines de ces études émanent de maîtres incontestés. Citons seulement, sans vouloir établir aucun ordre de mérite, des Allemands : comme les protestants. E. von Dobschülz, F. Loots, <). von Gebhardt, Λ von Harnack. E. Preuschen. E. Schwartz, Th. Zahn, les catholiques F. -X. Funk ou Dickamp; des écrivains de langue française comme P. Batiffol, L. Duchesne, G. Morin. .1. 'Fixeront, A. d’Alès, .1. Lebreton, G. Hardy, P. Monceaux el le protestant E. de Faye; des Anglais comme J. B. Lightfoot, Turner ou dom Con­ nolly. L’Amérique elle-même s’est mise de la partie, et plusieurs savants appartenant aux Eglises orien­ tales ont contribué aussi pour leur part à une meil­ leure connaissance des témoins de la tradition. Les progrès que ces diverses éludes ont fait réaliser se marquent dans la rédaction des traités, plus ou moins volumineux, consacrés ù la patrologie, ou, comme l’on tend de plus en plus à dire, sans y voir malice, ù l’ancienne littérature chrétienne. Les catholiques, surtout ceux de langue allemande, ont fourni en ce domaine les manuels ou traités les plus utilisables ct les mieux compris. On peut sans doute négliger les œuvres de la première moitié du xix· siècle (Fr. W. Goldwitzer, J.-B. Busse, M. Permaneder), mais la Patrologie de J.-A. Mohler, œuvre posthume publiée par F. X. Rclthmayr (1810), mente encore une mention, tout comme les Institutiones patrologia', de J. Fessier (1850-1851), surtout dans la réédition de B. Jungmann (1890-1896). Les solides éludes de J. Alzog, Grundriss der Patrologie, 1866, 4· édit., 1888, de J. Nirschl, Lehrbuch der Patrologie undPatristik, de 11. Kihn, Patrologie, 2 vol., 1901-1908, surtout de O. Bardenhewer, Patrologie, 1891. 3· éd.. 1910, sont bien propres à faire progresser dans les milieux catholiques l’étude des Pères; à plus forte raison, le monumental ouvrage de cc dernier auteur, Geschichle der altkirchlichen Literatur, dont le itr vo­ lume a paru en 1902, le v· el dernier en 1932, ct qui est bien près de réaliser Pidéal du traité d’ancienne littérature chrétienne. L’ouvrage classique du protestant A. von Harnack, Gcschiehte der altchristlichcn Litteratur bis Eusebius, commencé en 1893 cl dont la IIIe partie n’a pas vu le jour, est conçu, sur un plan très différent, le t. î contenant l'inventaire de tous les textes des trois pre­ miers siècles, le t. n (en 2 volumes), un essai de chro­ nologie de ces diverses pièces (le t. m devait contenir l’étude littéraire des écrits en question). La brève élude de G. Krügcr, Gcschiehte der altchristlichcn Litteratur in den ersten drci Jahrhunderten, 1895, est un exposé rapide, qui prend un peu Failure d’un manifeste. La Gcschiehte der altchristlichcn Literatur de Hermann Jordan, 1911, qui s’étend ù l’ensemble de la littérature patrislique est un essai, assez malheu­ reux, nous semble-t-il, de transformation des anciens cadres. L’auteur y étudie l’évolution des divers genres littéraires dans le passé chrétien, il s’ensuit que les écrivains disparaissent un peu derrière leurs œuvres. Une telle méthode convient assez peu aux nécessités de la recherche et de renseignement. La France est restée, trop longtemps, dans le do­ maine de cette histoire littéraire Λ la remorque de l'Allemagne Les manuels de patrologie de la lin du xix* siècle sont des traductions de livres allemands, traduction de Mùhler, par J. Cohen, Louvain, 184 1, d'Alzog par Bélet, Paris, 1867, de la Patrologie de Bardenhewer par P. Godet et (’. Vcrschaffcl, 18981899. Mais la Bibliothèque de l’enseignement de l’his­ toire ecclésiastique a donné successivement, en 1898 ct en 1899, deux volumes consacrés aux Anciennes 1210 littératures chrétiennes, I. La littérature grecque par P. Batiffol, II. littérature syriaque par Bubons Duval (la littérature latine qui était prévue n’a pas paru). P. Ix’jay a publié dans la Beo. d’hist. et litt. rel.9 de 1896 ù 1906, sous le titre de Chronique de littérature chrétienne, puis . qui est un acte. — D’autres théologiens, qui ; font aussi consister la perfection chrétienne dans ! union intime avec Dieu produite par la charité, en ont t PERFECTION CHRÉTIENNE 1220 tiré cette conclusion que la contemplation mystique au sens strict, pour autant qu’elle n'est autre chose que l’exercice passif et éminent des vertus de foi et de charité, constitue la perfection par excellence; elle est le terme final auquel doit tendre toute vie chrétienne qui, par ailleurs, ne rencontre pas d’obstacles insur­ montables pour l’obtention de celle lin. » La vie spiri­ tuelle, août-sept. 1930, p. [26]. C’est l’opinion de dont J. I luijben, soutenue aussi par le P. Garrigou Lagrange, ibid , oct. 1930, p [35] [37]. Les théologiens ne s’entendent donc pas sur la défi· nition de la perfection chrétienne. Le concept de la sainteté ne paraît pas davantage éclairci; tantôt on la distingue de la perfection, tantôt on l’y ramène. « La sainteté actuelle d’une âme se mesure au degré de grâce sanctifiante qu’elle possède, el la perfection de la vie qu’elle mène à l’empire toujours plus complet d'une charité théologique toujours plus intense sur tous les actes de cette vie », dit le P. de Guibert, Rev. d’asc. et de myst., 1927, p. 229; un peu plus loin, il énonce que l’objet de la théologie spirituelle est < la perfection de la vie chrétienne comme voie à la sain­ teté la plus haute possible », p. 210. Par contre, essayant de dégager la conception que le peuple chrétien et l’Église se sont faite de la sainteté, le P. Delehaye aboutit à cette définition : « Le saint est le héros dans l’ordre moral el religieux; c'est le chrétien parfait. · Sanctus. Bruxelles, 1927, p. 235; cf. Rev. d’asc. ct de myst., 1927, p. 198-199. La question qui nous occupe étant envisagée comme une question d’ordre théologique, on ne s'étonnera pas que nous en demandions la solution à la plus grande autorité théologique de l’Église catholique, à saint Thomas d’Aquin. En quoi le Doctor communis fait-il donc consister la perfection chrétienne? 1° Les < parfaits », par opposition aux incipientes ct aux proficientes (Sum. Ihcol., 1 Ia-1 læ, q. xxiv,a. 9; q. clxxxiii, a. I; IMIæ.q. i,xi,a.5;/n /1I"™ Sent., dist. XXIX, q. i. a. 8). - La distinction de trois classes de chrétiens, par rapport au degré de leur vertu ou de leur charité, était traditionnelle dans l’Église : saint Thomas invoque à ce sujet l’autorité de saint Augustin et celle de saint Grégoire le Grand. Le texte de saint Augustin, cité en abrégé dans le Scd contra de l’a. 9 de la q. xxiv, se lisait in extenso dans P. Lom­ bard, 111 Sent., disl XXIX; il s’agit de la charité: Scd numquid mox ut nascitur, etiam prorsus perfectu est? Immo ut perficiatur, nascitur; cum fuerit nata, nutritur; cum fuerit nutrita, roboratur; cum fuerit robo­ rata perficitur. Sdirtt Grégoire le Grand, cite dans le Sed contra de l’a. I de la q. clxxxiii, avait dit : T/rs sunt modi conversorum : inchoatio, medietas, atque per­ fectio; et encore : aliud sunt virtutis exordia, aliud pro· /edus, aliud perfectio. Qu’cst-ce donc qui distingue l’une de l’autre ces trois classes de chrétiens? Ce sont les occupations, ou mieux les préoccupations auxquelles ils sont portés par le degré de leur charité : distinguuntur secundum diversa studia, ad gine homo perducitur per caritatis augmentum. Q. xxiv, a. 9. Les commençants s'appli­ quent principalement ad recedendum a peccato, et resistendum concupiscentiis ejus, quæ in contrarium caritatis movent. Les progressants se proposent prin­ cipalement d’avancer dans le bien. Enfin, les parfaits ad hoc principaliter intendunt ut Deo inhivrcant et eo /ruantur. — Les parfaits », selon ce texte de saint Thomas, ce sont donc ceux qui ont, pour ainsi dire, terminé les deux premières tâches assignées à I homme dans la vie présente, declina a malo ct fac bonum; il ne faut pas définir leur perfection par ce qui constitue leur occupation principale et dire : ils sont parfaits en tant que Deo inherent et eo fruunlïir; non, ils sont par­ faits, et c’est pourquoi il leur est loisible d’être unis à 1221 PERFECTION CHRÉTIENNE. Dieu ct de jouir de lui. La perfection est bien conçue connue une chose morale. — On peut considérer l'ar­ ticle du Commentaire in Sent, comme une pre­ mière ébauche de l'article de la Somme théologique que nous venons d’étudier : qu’on les compare el l’on verra cc que la pensée du Maître a gagné en précision. Les trois classes de chrétiens sont distinguées non plug secundum diversa studia... (voir plus haut ), mais secun­ dum aliquos notabiles effectus quos in habente caritatem caritas relinquit. Le premier effet, c’est d’éloigner l'homme du péché. Le second : ut jam fiduciam de libe­ ratione peccatorum habens ad bonum adipiscendum se extendat ; qu’on veuille bien remarquer la phrase sui­ vante ct l’on verra en quoi consiste, pour saint Thomas, la perfection : in hoc statu (dans l’état des pro­ gressants) proie ipua cura est de adipiscendis bonis, dum homo semper ad perfectionem anhelat. Enfin, le troi­ sième effet produit par la charité est ut homo jam ad Ipsa bona quasi connulritus, quodammodo sibi connaturalia habeat ipsa et in eis quiescat et delectetur : on voit qu’il n’est question, en tout cela, que du bien moral; le parfait est celui ù qui la pratique du bien est devenue comme naturelle. Γη peu plus loin, on nous dit (pie cette perfection de la charité comporte deux degrés : units est secundum quod in bonis communibus quasi jam secura conquiescit (perfecta caritas), et secundum hoc dicitur perfecta ; alius secundum quod ad quirii bel difficilia manum mittit, el secundum hoc dicitur perfectissima; vel perfecta quantum ad statum via*, perfectissima quantum ad statum patrice. Dans la la-ll®, q. ι,χι. a. 5, saint Thomas, â la suite de Plotin, distingue quatre manières dont peuvent être réalisées les quatre vertus morales : en Dieu, ces vertus existent cxemplariter ; dans l’homme, prout secundum bas virtutes recte se habet in rebus humanis gerendis, ces vertus s'appellent polilicœ, quia homo secundum suam naturam est animal politicum ; mais, parce que l’homme doit s’efforcer de ressembler à Dieu, comme le philo­ sophe le dit in 10. Ethicor., et comme il en a reçu le commandement dans l’Écriture, ces vertus vont se réa­ liser en lui d’une manière plus parfaite el porteront le nom de purgatoriœ en ceux qui tendent ù la ressem­ blance divine, et de jam purgati animi en ceux qui seront par venus Λ cette divine ressemblance: ces der­ nières vertus sont celles des bienheureux vel aliquorum in hac vita perfectissimorum : on pent donc penser que saint Thomas considère les précédentes comme celles des parfaits. Voici donc le portrait du parfait : sa pru­ dence le porte à mépriser omnia mundana divinorum contemplatione, el à diriger toute sa pensée vers les seules choses divines; sa tempérance à relinquere, in quantum natura patitur, quir corporis usus requirit; sa force fait (pie anima non terreatur propter recessum a corpore ct accessum ad superna; sa justice enfin ut tola anima consentiat ad hujusmodi propositi viam. De toute évidence, la perfection ici proposée n’est plus seule­ ment une perfection morale; on peul l’appeler une perfection religieuse, ou. si l’on veut, philosophique, puisqu’elle était déjà l’idéal du philosophe. Cf. \ an Licshout, La théorie plotinienne de la vertu. Essai sur la genèse d'un article de la < Somme théologique » de saint Thomas, PTihourg (Suisse), 1926. 2° Les « parfaits » secundum intellectum et secundum voluntatem (commentaire in / Cor., /t. Icç. Γ. in llebr., r. leç. 2). Deux passages du Nou­ veau Testament donnent à saint Thomas l’occasion de distinguer entre la perfection de l’intelligence ct celle de la volonté; c’est la parole de saint Paul aux Corin­ thiens : Sapientiam loquimur inter perfectos, I Cor., π, 6; el celle de l’épi tre aux Hébreux, v, 1 | : Perfec­ torum et solidus cibus, eorum qui pro consuetudine exer­ citatos habent sensus ad discretionem boni ac mali. Soni parfaits secundum intellectum ceux < dont l’esprit I I I I i I NATURE 1222 s’élève au-dessus des choses charnelles et sensibles et (pii peuvent donc saisir les choses spirituelles el intel­ ligibles »; sont parfaits secundum voluntatem ceux « dont la volonté, s’élevant au-dessus des choses tem­ porelles, adhère à Dieu seul el â scs commandements ·. In I Cor., loc. cit. Selon le commentaire de l’épîtrc aux I lébreux, · i) y a deux sortes de perfection, l’une selon l’intelligence : elle est le fait de qui est de bon juge­ ment et sait discerner et juger ce qu’on lui propose; l’autre est affaire d’amour (secundum affectum) : elle est le produit de la charité, c’est elle qui fait que l’on s’attache totalement à Dieu ». Pour saint Thomas, les · parfaits dont il est question dans ces deux épîlres, sont ceux qui possèdent l’une ct 1 autre perfections, quia qua' in sacra Scriptura traduntur, pertinent ad affectum et non tantum ad intellectum; pour posséder un jugement droit dans les choses religieuses, il faut éprouver de la sympathie à leur égard : unusquisque enim secundum quoti esi dispositus, sic judicat. — Comme on ne se propose pas ici d étudier historique­ ment le concept de perfection, particulièrement le rap­ port qui pourrait exister entre les « parfaits » et les « initiés », on sc contentera de renvoyer, sur cette der­ nière question, à la note du P. de Grandrnaison, dans Jésus-Christ, t. n, p. 625-63 L Paris, 1929. Cf. Guignebert, Quelques remarques sur la perfection el ses voies dans 1e mystère paulinien. dans Jlev. hist. phil. rtlig., t. vm. p. 412-129. 3° La perfection consiste-t-elle dans Γaccomplissement des préceptes ou dans celui des conseils? (Sum. theoL. H·-II*, q. clxxxiv, a. 3; q. clxxxvi, a. 2; Cont. gent.. L 111,c. cxxx-cxxxi; QuodL, 1, a. 1 I, ad 2um; Quits!. disp, de caritate, a. 11. ad 5am; Opusc., xvn, (Montra pestiferam doctrinam retrahentium homines a religionis ingressu, c. vi; Opusc., xvm, De perfectione oila' spiritualis, c. vi, vn, vm.) — Pour qui serait dési­ reux d’étudier ces textes de saint Thomas dans leur contexte historique, signalons l ’article de P. Glorieux, Pour qu'on lise le < De perfectione », dans la Mc spiri­ tuelle de juin 1930, p. [97] [12G), el le compte rendu de l’ouvrage du Dr M. Bierbaum. Bcttelorden und Welt· geistlichkeit an der Universilât Paris. Texte und L'ntersuchungcn zum literarischen Annuls- und Exemplionsstreite des xn/. Jahrhunderts ( 1255-12 72 ). dans la Hcv. d'ascél. ct de myst., 1921. p. 76-81. On y voit que le De perfectione, réponse au Contra adversarium perfectionis christianœ de Gérard d’Abbeville, aurait eu deux édilions, la seconde ajoutant cinq chapitres à la première (les c. xxi-xxv). la première ayant paru fin 1269 cl la seconde dans les premiers mois de 1270: que le Contra retrahentes serait d’octobre 1270 ct les articles de la 11^-11» de 1272-1273. La perfection chrétienne consiste-t-elle dans l’ac­ complissement parfait des commandements, ou dans les conseils, c’est-à-dire dans les renoncements recom­ mandés, non imposés, par l’Evangile, en un mot, dans les conseils dits évangéliques? En faveur de cette der­ nière opinion, ne peut-on apporter la parole du Sei­ gneur : .S’< vis perfectus esse, vade, vende... et veni? Le Christ ne met-il pas la perfection dans le fait de tout quitter et de le suivre? 11^-11®, q. clxxxiv, a. 3, première objection. D’autre part, si perfectio christiamv vihv consistit in pneceptis, sequitur quod perfectio sit de necessitate salutis, et quoti omnes ad eam tenentur, quod patet esse falsum. Ibid., seconde objection. Retenons d’ores el déjà ce quod patet esse falsum, qui nous livre la pensée foncière de saint Thomas relativement à l'obligation d’etre parfait. Mettre la perfection dans les conseils évangéliques, c’était l’erreur fondamentale de ceux que combat le Contra retrahentes; ils préten­ daient qu’on ne devait pas entrer en religion avant de s’être exercé dans la pratique des préceptes. C. xi. La tradition s’opposait à ce renversement des nip- 1223 PERFECTION CHRÉTIENNE. NATURE 1224 Dans la Question disputer de caritate, loc. cil., saint Thomas tire une Conséquence de la distinction établie entre ce qui constitue la perfection principaliter et per se el ce qui ne lui appartient «pie secundario et quasi per accidens ; c’est à savoir : m his quœ principaliter cl per se ad perfectionem pertinent, sequitur quod sit major perfectio ubi hire inveniuntur magis, sicut quod perfec­ tior est qui majoris est caritatis; in his autem qiuc ex consequenti el quasi per accidens ad perfectionem perti­ nent, non sequitur magis simpliciter (ce qui veut dire, sans doute, qu'il y ait plus de perfection) ubi magiï inveniuntur, unde non sequitur quod magis pauper sit Hcspondro dicendum quod perfectio dicitur in aliquo magis perfectus. consistere dupliciter : uno modo per sc et essentialiter, alio Mais les conseils évangéliques n’ont pas uniquement modo secundario et accidenta liter. JVr sc quidem ct essen­ tialiter consistit perfectio christ inna* vita* in caritate; avec la perfection le rapport de moyen à lin; condi­ principaliter quidem secundum dilectionem Dei, secundario tions plus ou moins indispensables de la perfection, ils autem secundum dilectionem proximi, de quibus dantur en sont aussi des ellcls et des marques.distinctives : pnrccpta principalia divino* legis... Secundario autem rt secundo pertinent ad perfectionem in quantum sunt instrumentallier perfectio consistit in consiliis, quœ omnia, quidam per/eclœ caritatis effectus; qui enim perfecte sicut et praecepta, ordinantur ad caritatem; sed aliter ct diligit Deum, ab his se retrahit quœ cum retrahere possunt aliter: nam pnveepta alia n pneccptis caritatis ordinantur ne Deo vacet. Dc carit., ibid. Cf. Cont. gent., I. Ill, ad removenda ea qua* sunt caritati contraria, cum quibus scilicet caritas esse non potest; consilia autem ordinantur c. cxxxi : possunt etiam (consilia) dici perfectionis ad removendum impedimenta actus caritatis, quœ tamen effectus et signa; cum enim mens vehementer amore et caritati non contniriantur, sicut est matrimonium, occu­ desiderio alicujus rei afficitur, consequens est quod alia patio negotiorum sæcularhim, et alia hujusmodi. II“-H*’, postponat. Remplaçons maintenant les substantifs par q. CLXXXIV, a. 3. des adverbes, nous aurons la triple distinction de lu Synthèse parfaite ct lumineuse, dont on ne peut ID-lIæ, q. clxxxvi, a. 2, qui va nous introduire dans retrancher un mot. La réponse aux deux objections, un nouveau domaine : Ad perfectionem aliquid pertinet avouons-lc, ne nous donne pas une aussi complète tripliciter : uno modo essentialiter... ; tertio modo [qu'on satisfaction. Dans la parole du Seigneur, saint Thomas nous permette cette transpositioni instrumentaliler et discerne quelque chose qui est quasi via ad perfectio­ dispositive... ; alio modo consequenter : sicut illa qux nem : c'est le vade, vende... et du pauperibus; et quelque consequuntur cx perfectione caritatis, pu la quod aliquis chose in quo perfectio consistit : c’est le sequere me, 1 maledicenti benedicat, ct alia hujusmodi impleat, quiv, qu'il entend métaphoriquement. Ibid., ad lum. Nous etsi secundum prœparalionem animi sint in pnecepto, parlerons de l’ad 2um lorsqu’il sera question de l’obli­ scilicet impleantur quando necessitas requirit, tamen cx gation d’etre parfait : notons seulement pour l’instant superabundantia caritatis procedit, quod etiam prater que la solution donnée ici à < cette difficile ct très necessitatem quandoque talia impleantur. On voit que importante question · laisse dans l’étonnement >quelce que saint Thomas avait dit tout à l’heure des ques-uns des commentateurs. A. Lemonnyer, Somme conseils évangéliques, il le dit maintenant dc cette théologique de saint Thomas, La vie humaine, ses autre espèce de conseils, constituée, en n’importe quel formes, ses étals, traduction française, Paris, 1926, domaine, par tout ce qui dépasse le devoir proprement p. 510. dit et, par conséquent, est objet de conseil et non plus Les deux termes (l'instrumenta et de via, qui mar­ de précepte. Or, chose remarquable, alors qu’il ne veut quent le rapport des conseils à la perfection, admet­ pas qu’on fasse rentrer les conseils évangéliques dans la tent de nombreux synonymes : prœambulum et prœpaperfection, il paraît parfois identifier la perfection avec ratorium, Quodl., L loco cit., et surtout dispositiones, cette autre espèce de conseils, si bien que « matière dc Cont. gent., I. ill, c. cxxxt; d’où l’on dira que les conseil » et matière de perfection · vont devenir syno­ conseils pertinent ad perfectionem instrumentaliler ct nymes. Cf. ln /7/u”‘ Sent., «list. XXIX, q. I, a. 8, dispositive. ID-II®, q. clxxxvi, a. 2. Mais aurait-on qu, 2, ad 2um : cum scimus fratrem posse liberari per beaucoup gagné ù ne point faire consister la perfection mortem corporis a morte aninue sine periculo anima dans les conseils, si l’on devait reconnaître qu’ils sont nostrœ, tunc tradere animam pro fratribus non est per­ «les moyens absolument nécessaires pour parvenir ù la fectionis, sed necessitatis ; alias autem est perfectionis. perfection*? Ur, ne semble-t-il pas que saint Thomas en Dans le commentaire sur la I Tim., à propos du texte 1 vienne là, en ce c. vi du Contra retrahentes, où il veut ut perfectus sit homo Dei ad omne opus bonum instruc­ préciser le rapport des conseils à la perfection? Après tus, saint Thomas déclare : Tunc ergo homo est perfec­ tus, quando est instructus, id est paratus ad omne opus avoir dit expressément : aliter (amen ad priccepta ca­ bonum, non solum ad ea quœ sunt dc necessitate salutis, ritatis ordinantur alia pnrccpta legis, aliter autem consi­ lia; ad finem enim aliquid ordinatur ut sine quo finis sed etiam ad ca quœ sunt siipererogationls. Dans le haberi non potest, sicut cibus ad vitam conservandam De caritate, a. Il, ad lum, ad 7un‘, ad 9um, reviennent les mêmes distinctions entre ce <|ui est de necessitate (et l’on comprend que ceci s’applique aux préceptes); cantatis et de perfectione ipsius, ou entre les choses aliquid vero ordinatur in finem sicut per quod ct facilius et securius et perfectius finis obtinetur (et ceci évidem­ quœ pertinent ad necessitatem salutis et celles quœ per­ tinent ad perfectionem vitœ, ou enfin entre ce qui est de ment s’applique aux conseils), ce ni; /n ///am Sent., (list. XXIX, q. î, a. 8, qu. 2; De carit., a. 11 ; In Eph., VI, leç. 1; tn Phil., ni, leç. 2; De perfectione, c. v). — La charité est parfaite ex parte diligentis, quando diligit tantum quantum potest ; cc principe, selon saint Thomas, peut recevoir trois applications ct légitimer la distinction dc trois espèces de perfection : celle des bienheureux, celle qui est de surérogation et enfin celle qui est d’obligation On lime dont Dieu autant qu'on le peut d’une troisième manière ita quod habitualilRR 1229 PE Hl ECTION GHB ÉTIENNE. POSSIBILITÉ aliquis talum cor suum ponat in Deo; ita scilicet quod nihil cogitet, vel velit, quod divinir dilectioni sil contra­ rium; ct line perfectio est communis omnibus cur Halem habentibus. Q. xxiv, a. 8. On pourrait ergoter el sc demander si celle perfection, en quelque sorte toute négative, répond vraiment a la definition posée au point de départ : aime-t-on vraiment Dieu autant qu'on le peut, quand on se contente dc ne rien penser ni vouloir qui soit contraire à l'amour de Dieu? Il semble bien que saint Thomas soit quelque peu embarrasse pour trouver là celle «totalité · de l’amour prescrite par le commandement divin. N’y a-t-il pas quelque subtilité à distinguer aliqua totatitas perfec­ tionis quir sine peccato pnvlcrmitti non potest, aliqua autem qua· sine peccato pratermitlitur, dum tamen desit contemptus? Q. clxxxvi, :i. 2, ad 2um. Quoi qu'il en soit, c’est un fait : saint Thomas enseigne que la totalité de l’amour peut s'entendre d’une manière pour ainsi dire atténuée, mais qu'ainsi entendue elle constitue encore une espèce dc perfection. Tcrlia nutern est perfectio, qua· neque attenditur secun­ dum totalitatem ex parte diligibilis, neque secundum totalitntein ex parte diligentis quantum ad hoc quod semper actu feratur in Deum, sed quantum ad hoc quod excludan­ tur ea qua· repugnant motui dilectionis in Deum; et hoc dupliciter : uno modo, in quantum ab affectu hominis exclu­ ditur omne illud quod contniriatur caritati, sicut est j»ccaitum mortale; ct sine tali perfectione caritas esso non potest; unde est dc necessitate salutis. Q. ct.xxxiv. a. 2. Celle espèce de perfection est dite perfectio suffi­ cientia', quam habet homo secundum quod habet quod sibi est necessarium ad salutem; et suint Thomas la trouve mentionnée dans l’épltre de saint .Jacques : ni silis per/eeti ct integri in nullo deficientes, in Eph., vi. leç. I. Elle est aussi appelée perfectio essentialis : Caritas habet perfectionem quantum ad esse suum, secundum quod est perfecta in specie sua; ct huc. est per/cclio sufficientia·, ct ad hanc omnes tenentur, sicut ad caritatem; quia caritas habet quantitatem determi­ natam citra quam non porrigitur; ct in hoc stat per­ fectio essentialis ipsius. In Sent., loc. cit. Cf. Dc carit., a. 11 ; el ΙΗ-Η1'·. q. c.i xxxiv, a. 3. ad 3am. En vérité, si l'on réfléchit à tout ce que comporte celle perfection sufficientia·, on ne sera pas trop étonné que saint Thomas la considère comme le plus bas degré de la perfeci ion chrétienne, mais enfin comme un degré déjà appréciable de perfection. Est autem in/imus divina· dilectionis gradus ut nihil supra eum. aut contra cum, aut aqualiter ci diligatur; a quo gradu perfectionis qui deficit, nullo modo implet pr«ceptum. Q. clxxxîv, a. 3, ad 2uni. Ne rien aimer contre Dieu, plus que Dieu, aillant que Dieu : n’csl-cv pas tout simplement le premier degré d’humilité dc saint Ignace? Ne suppose-t-il pas que quand on in’offrirait le domaine de l’univers, quand on me menacerait de m’ôler la vie. je ne mettrais pas même en délibération la possibilité de transgresser un com­ mandement de Dieu ou des hommes qui m'oblige sous peine dc péché mortel ? Qu’on Use le chapitre v du De perfectione cl Ton se rendra compte que ce n’est pas une petite affaire que de réaliser cc degré d'amour de Dieu qui constitue celle perlcctio sufficientia' néces­ saire nu salut. 5° Les degrés supérieurs de la perfection commune (II® 11», : <| clxxxîv, a. 2. ad 3um; a. 3, ad 2um; In ///«» Sent.. dist X.XIX, q. î, a. 8. qui 2 el 3; Dc perfectione, c. xnt-xvi). Nous venons de le voir, la perfection que nous pou­ vons appeler commune, par opposition à la perfection à laquelle nous avons accès par la voie des conseils évangéliques, comporte un degré inférieur d’amour de Dieu qui est de nécessité de salut. Ce qui laisse entendre que les autres degrés ne le sont pas. Ccs 1230 degrés supérieurs dc l'amour de Dieu cl de l’amour du prochain ne constitueraient-ils pas une autre espèce dc perfection, à laquelle saint Thomas n’a pas donné de nom particulier, mais que nous pourrions appeler la perfection proprement dite, selon la distinction établie par saint Ί humas lui-même entre cc qui est dc néces­ sité ct cc qui est de perfect ion? Cf. supra, col. 1224. Cum id quot! cadit sub preveepto, diversimode possit impleri, non efficitur transgressor prrecepi i aliquis ex hoc quod non optimo modo implet, sed sufficit quoti quocumque modo impleat illud; non est transgressor pnecepti, qui non attingit ad medios perfectionis grades, dum­ modo attingat ad infimum. Q. clxxxîv, a. 3, ad 2am. ( n commandement peut être accompli dc bien des manières, mais celui qui le donne n'entend pas néces­ sairement qu’il soit accompli de la meilleure manière possible : il y a de la marge laissée à la générosité du bon serviteur. Il y a là tout un domaine qui constitue la perfection dc la chanté, non plus quantum ad esse suum, mais quantum ad bene esse; cf. In ///om Sent., loc. cit., qu. 2; tout ce qui dépasse cette quantitatem determinatam citra quam non porrigitur (caritas) rentre dans cc domaine. Or, la grandeur de la charité peut être envisagée de dc ux points dc vue différents : secundum intensionem, scilicet ut perfecte diligat ; cl secundum objecta vel effec­ tus, ut perfectu faciat, ibid.; ou mieux : caritati non convenit quantitas dtmensiva, sed solum quantitas virlualis, qua· non solum attenditur secundum numerum objectorum, ut scilicet plura vel pauciora ditiganCur, sed etiam secundum intensionem actus, ut magis vel minus aliquid diligatur. Il®-ll*. q. xxiv, a. 4, ad lum. En deux mots, la charité peut croître en extension ou en intensité: du moins la charité envers le prochain, car il semble bien que la charité envers Dieu ne puisse croître qu’en intensité. C’est à propos de l’amour du prochain que saint Thomas portage le domaine de la perfection proprement dite, ou perfection quantum ad bene esse, en trois régions, si l’on peut dire : primo qui­ dem secundum extensionem dilectionis, ut scilicet aliquis non solum diligat amicos ct nolos. sed etiam extraneos, ct ulterius inimicos; secundo secundum intensionem, qua’ ostenditur cx his quer homo propter proximum con­ temnit; tertio quantum ad rficetum dilectionis, ut scilicet homo pro proximis impendat non solum temporalia, sed etiam spiritualia, et ulterius scipsum. Q. clxxxîv, a. 2, ad 3um. La dillérrncc des deux derniers points de vue paraît un peu subtile, mais cc n’est pas le lieu dc nous y al larder. Dans les trois chapitres xiv, xv et xvi du De perfectione, saint Thomas étudié cette perfection dc l’amour du prochain quii cadit sub consilio, précisé­ ment à ce triple point de vue : secundum extensionem, quantum ad intensionem ct quantum ad cfiectum. Il est bien évident que celte cinquième espèce île perfection si du moins on peut la distinguer de la troisième en cc qui concerne l’amour dc Dieu; le De perfectione, cf. c. vi el xm, ne semble connaître d’autre perfection de conseil, en ce qui concerne Dieu, que la perfection à laquelle on accède par la vole des conseils évangéliques admet une infinité de degrés, au moins quant à l'intensité : l’amour peut croître à l'intiiq. 11®-11»·’. q. xxiv, a. 7. III. La pr.nFECTiox est-elle possible ici-bas? (Il®-II·’*, q. xxiv, a 8; q. xi.îv, ii. I. ad 2UUI; a. 6; q. clxxxîv, a. 2; Dr cantate, a. 10; Cont. gent., I. Ill, c. exxx; Cont. retrahentes, c. vi; De perfect., c. iv). — ôn devine aisément la réponse que donnera saint Thomas à celte question : elle consistera à distinguer entre perfection et perfection et à conclure qu'une cer­ taine espèce ou un certain degré dc perfection est pos­ sible ici-bas. mais non toute espèce de perfection; cl que, notre charité étant susceptible dc croître à l’infini, la perfection absolue ne peut pas exister Du 1231 PERFECTION CH B ÉTIENNE. POSS IBI LITE reste. les différentes espèces de perfections reconnues par saint Thomas l’ont été précisément à l’occasion de cette question sur laquelle il est revenu plusieurs fols. A ce propos, qu’on nous permette de signaler une curiosité assez piquante : dans la Somme théologique, q. XXIV, a. 8, et q. clxxxiv, a. 2, les objections qui précèdent la thèse tendent à prouver (pie la perfection n’est pas possible ici-bas, les Sed contra ct la thèse sont donc orientés dans le sens de l’affirmative; dans la q. xliv, a. (>, et surtout dans la QuæsL disp, de caritote, a. 10, c’est le contraire : les objections pré­ cédentes deviennent des Sed contra et vice versa, et la thèse est orientée dans le sens de la négative; niais, chose plus curieuse, dans le De caritate, la réponse aux objections est suivie de la réponse aux Sed contra, c’est-à-dire aux raisons apportées en faveur de la tin ·μ·' 1° L'antinomie. — C’est que saint Thomas se trou­ vait cn présence de textes de !’Écriture et de la tradi­ tion qui pouvaient appuyer l’une ou l’autre thèse. L’Écriture affirme que nul homme ici-bas ne peut éviter le péché : 1 Joa., i» 8 : Si dixerimus, quoniam peccatum non habemus, ipsi nos seducimus; Jac., m, 2 : In muttis offendimus omnes; donc personne ne peut être parfait ici-bas; c’est la deuxième objection â la thèse affirmative dans la q. xxiv, a. 8, et dans la q. clxxxiv, a. 2; c’est, au contraire, la première raison apportée cn preuve de la thèse négative dans le De caritate. Saint Paul oppose quod perfectum est à quod ex parle est comme ce qui est de l’éternité à ce qui est du temps présent : Cum venerit quod perfectum est, evacuabitur quod ex parte est, I Cor., xm, 10; Non quod jam acce­ perim, aut jam perfectus sim, Phil., ni, 12; et son auto­ rité est invoquée en faveur de la thèse négative dans la q. clxxxiv, a. 2, obj. 1. ct dans le De perf., c. iv. — Un texte du De perfectione justitiæ de saint Augustin revient souvent à la mémoire de saint Tho­ mas lorsqu’il traite de la perfection : ln illa plenitudine caritatis quie erit in patria, caritatis præceptum illud implebitur : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo... Cur ergo non pncciperetur homini ista perfectio, quamvis cam in hac vita non habeat? Non enim recte curritur, si quo currendum est nesciatur. Quomodo autem sciretur si nullis praceptis ostenderetur? Cf. Cont. cetrati., c. vi;q. clxxxiv, a. 3, corp, et ad 2om; ce texte a fourni le Sed contra de la thèse négative de la q. xliv, a. G. Enfin, saint Grégoire est invoqué en faveur de la thèse négative dans la troisième objection de la q. clxxxiv, a. 2 : ut Gregorius dicit super Ezcch., horn. XIV : Amoris ignis qui hic ardere inchoat, cum ipsum quem amat viderit, amplius in amore ipsius ignescit. — Outre ces autorités, les principales raisons invoquées cn faveur de la thèse négative se ramènent à deux : d’abord la perfectibilité indéfinie de la charité, q. xxiv, a. 8. obj. 3, et De carit., a. 10, troisième Sed contra; ensuite, la proportion Inévitable de notre amour à notre connaissance, proportion affirmée par saint Augustin, ct le caractère évidemment fragmen­ taire de notre connaissance actuelle de Dieu; cf. De carit., second Sed contra. En faveur de la thèse affirmative, on pouvait appor­ ter les textes de l‘Écriture qui semblent faire de la per­ fection un devoir, soit V Estote perfecti de l’Evangile, q. clxxxiv, a. 2, Sed contra, soit le Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo du Deui., q. xliv, a. 6, obj. l,et De carit., a. 10, obj. 1 ; la perfection esi obllgatolre, donc clic est possible, car Dieu ne commande pas l’impossible. Et saint Augustin, dans le texte célèbre, où il énumère les étapes de la croissance de la charité, ne reconnaît-il pas qu'elle peut arriver à la perfection : cum fuerit roborata, perficitur; cum autem ad perfectionem venerit, dicit : Cupio dissolvi ct esse cum 1232 Christo? Cf. : Caritas in hac vita potest resistere omni peccato ct tentationi (obj. I); Voluntas est domina siit actus, sed diligere Deum est actus voluntatis, ergo volun­ tas humana potest totaliter ct perfecte ferri in Deum (obj. G); la bonté divine, objet de la charité, est ct qu’il y a de plus délectable; il ne parait donc pas difficile de s’y attacher continue et sine intermissione (obj. 7). Enfin, d’autres raisons sont prises de considé­ rations plus abstraites ; affectus noster in hac vita immediate fertur in Deum per dilectionem ; sed quando intellectus immediate feretur in Deum, perfecte ct tota­ liter ipsum cognoscemus ; ergo nunc perfecte et totaliter Deum diligimus (obj. 5); ce qui est simple et indivi­ sible, si aliquo modo habetur, totum habetur; or l’amour de charité est simple et indivisible; donc... (obj. 8). 2° La thèse négative. - La solution de l’antinomie doit être cherchée dans la distinction de plusieurs espèces de perfection, spécialement dans ce que saint Thomas appelle une perfection secundum naturam ct une perfection secundum tempus. Perfectum secundum naturam dicitur cui non deesl aliquid eorum quœ nata sunt haberi a natura illa, c’est-à-dire quand un cire possède tout ce que sa nature lui permet de posséder : l’intelligence del’homme sera parfaite de cette manière, quand elle connaîtra tout ce qu’une intelligence humaine est capable de connaître. Perfectum secundum tempus dicitur quando nihil deest alicui eorum quit natum est habere secundum tempus illud : sicut dicimus puerum perfectum quia habet ea quie requiruntur ad hominem secundum adulem illam. Or, la charité, en «quoi consiste la perfection de la vie chrétienne, pour être parfaite secundum naturam rationalis creature, exigerait que l’homme aimât Dieu secundum suum posse, c’est-à-dire dans toute la mesure où un cœur humain est capable d’aimer Dieu. Cette formule du De cantate va se préciser dans la lla-liæ : Γ homme aime Dieu autant qu’il le peut. quand tout son cœur sc porte toujours vers Dieu non seulement habitualitrr, mais actualiter, q. xxiv, a. 8; quand il est, peut-on dire, toujours et tout entier en acte d’amour de Dieu. - Or, c’est là une chose impossible dans la vie pré­ sente, in qua impossibile est, propter humante viln infirmitatem, semper actu cogitare de Deo, ct moveri dilec­ tione ad ipsum, ibid. Le De caritate décrit cette infir­ mité de la vie présente, qui ne nous permet pas de penser toujours a Dieu ct de l’aimer toujours actualiter : ce sont les nécessités de la vie: le dormir, le manger, el aha hujusmodi, sine quibus vita duci non potest ; et ulterius ex ipsa corporis gravitate anima depri­ mitur, ne divinam lucem in sua essentia videre possit, ut ex (ali visione caritas perficiatur ; par ccttc dernière proposition, on voit que saint Thomas fait rentrer la perfection de la charité produite par la vision intuitive dans le domaine de la perfection de l’homme secundum naturam rationalis creatura:. Le Cunt, gent., I. 111, c. exxx, contient aussi une des­ cription des impedimenta quibus (homo in hac vita) retrahitur, ne totaliter possit in Deum ferri; ccs impe­ dimenta proviennent soit du corps, cujus sustentationi et quieti curam impendere oportet, soit des facultés infé­ rieures de l’àmc : nam commotiones phantasmatum ct ! perturbationes passionum perturbant quietem mentis, quo est necessaria ad hoc quod mens libere feratur in Drum. Et ho c quidem impedimenta totaliter ab homine | tolli non possunt quanxdiu in mortali corpore vivit : ;( oportet enim quod ad ea quir sunt necessaria mortali | vitn intendat ; per quod impeditur ne actu in Deum sem|I per tendere possit. SI Ton ajoute à ccs impedimenta celle 1233 PEKEECTION CH B ÉTIENNE. POSSIBILITÉ autre faiblesse de la nature humaine, affirmée par l’Êcrilure, qu’elle ne peut pas, en celte vie, éviter tout péché, el celle autre vérité que notre charité in hac Vila semper potest proficere, l)c carit., a. 10, troisième Sed contra, on verra que la perfeci ion que I homme peut atteindre ici-bas est une perfection relative ct non une perfection absolue, la perfection simpliciter, cLq.xxiv, a. 8, ad 3um et q. clxxxiv, a. 2, ad 2um, ct que, par conséquent, à condition de la bien entendre, la thèse négative peut se soutenir. Mais alors que va-t-on répondre aux arguments de la thèse allirmativc? 1. Tu dois, donc tu peux; la perfection est obligatoire de par le commandement divin, donc elle est possible. Saint Thomas se débar­ rasse lestement de cette objection dans la q. xux, a. 6, ad lum : ratio illa probat quod aliquo modo (præceptum de dilectione Dei ) potest impleri in via, licet non perfecte. La réponse du De. caritate, ad lum, est plus subtile cl introduit une distinction sur laquelle nous reviendrons quand nous traiterons de l’obligation d’etre parfait : hoc quod dicitur : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, intelligitur esse pneceptum secundum quod Malitas excludit omne illud quod impedit perfectam Dei inhirsionem ; el hoc non est pnrceptum, srd finis præcepti; indicatur enim nobis per hoc non quid faciendum sit, sed potius quo tendendum sit, ut dicit Augustinus. Le texte de saint Augustin visé ici est celui du De perfectione justi tier, cité ci-dessus col. 1231. 2. Caritas in hac aita potest resistere omni peccato ct tentationi; ergo curitas in hac vita potest esse perfecta. De carit., obj. L Que la charité puisse résister à la tentation de telle sorte que l'homme ne puisse être entraîné par elle au péché mortel, saint Thomas le concède; mais il conteste qu’il soit au pouvoir de l’homme quod nullo modo tcntationc afficiatur: hoc enim pertinet ad perfectionem patriæ. 3. Voluntas est domina sut actus; ergo voluntas humana potest totaliter et perfecte ferri in Deum, obj. 6. Oui. la volonté est maîtresse de son acte, répond saint Thomas, mais seulement quantum ad hoc quod agat, non quantum ad hoc quod continue in uno acta perse· veret9 cum conditio hujus vitæ requirat ut actus et volun­ tas ferantur ad mulla. L La bonté divine, objet de la charité, est ce qu’il y a de plus délectable; il ne paraît donc pas qu’il soit difficile de s’y attacher continue et sine intermissione, obj. 7. C’est vrai, répond saint Thomas, si l’on ne tient compte que de l'objet, mais il faut aussi tenir compte du sujet : A ce point de vue in hac vita non potest esse talis delectatio continua, quia contemplatio mentis humanæ non est sine actione virtutis imagina­ tion’ ct aliarum virium corporalium, quas neecsse est laxari diuturnitate actionis profiter corporis infirmita­ tem, unde impeditur delectatio. Voilà bien ici. pour le dire en passant, la perfection chrétienne identifiée à la contemplation, sans que l’on distingue d’ailleurs entre contemplation active et passive, acquise cl infuse. 5. La cinquième objection partait de ce principe que affectus noster in hac vita immediate fertur in Dcum per dilectionem et qn’unc faculté, qui atteint immédiate­ ment son objet, l’atteint parfaitement el totalement. Dans sa réponse, saint Thomas ne résout pas directe­ ment celte objection : il se contente de redire qu’il n’est pas possible en celte vie ut absque intermissione affectus actualiter feratur in Deum. 6. Λ la huitième objection, qui parlait de l’indivisi­ bilité de la charité pour conclure que l’on ne pouvait l’avoir atiquo modo sans I avoir tout entière, saint Thomas répond que ce qui est simple et Indivisible admet cependant une mesure, des degrés, non secun­ dum augmentum quantitatis, sed secundum intensionem qualitatis. 123'» 3° J.a IhHe affirmative. La these négative parait avoir 1rs préférences de saint Thomas; il ne nous dit pas quels adversaires il combat, mais il semble viser des tendances analogues à celles des futurs (juié listes, tant il insiste sur l'impossibilité d’une contemplation ininterrompue, continue ct sine intermissione. Et pour­ tant, comme nous l'axons dit, c'est bien pari’affirma­ tive qu’il répond à la question : l'trum aliquis in hac vita possit esse, perfectus, dans la 11®-11er, q. clxxxiv, a. 2. qui représente sans doute la dernière étape de sa pensée a ce sujet. D’ailleurs, dans le De caritate, il accordait déjà que I homme peut ici-bas écarter les deux premiers impedimenta qui Γempêcheraient ne totaliter mens ejus in Deum feratur : à savoir le péché mortel ct le souci des affaires du monde, occupatio sæcularium rerum; et qu'il poux ait ainsi réaliser deux espèces ou degrés de perfection, la perfection com­ mune, qui csl d’obligation, et la perfection de suréro­ gation ou la vie contemplative, qui est une imitation de la perfection des bienheureux; ct, nous l’avons dit aussi, après avoir réfute les arguments de la thèse affirmative qu'il combattait dans cet article 10. il s’appliquait à répondre aux arguments apportés a l’appui de la thèse négative, c'est-à-dire de la thèse même qu'il venait de soutenir dans le corps de l article ct dans la réfutation des objections. Sans doute, on éprouve quelque répugnance à désigner encore par cc terme de perfection des étals ou des degrés de vie spirituelle qui ne sont pas la perfection simpliciter, mais l’Écriturc elle-même ne le fait-elle pas? à quel­ ques lignes d’intervalle, saint Paul ne nie-l-il pas qu’il soit parfait el ne sc range-t-il pas cependant au nombre des parfaits? Phil., m, 12-15 : non quod jam perfectus sim...; quicumque ergo perfecti sumus, hoc sen­ tiamus. Cf. q. xxiv, a. 8, ad l»m : d’une part. l’Apôtre negat de se perfectionem patrite, mais, d’autre part, il sc reconnaît comme un perfectus viator. Oui, il y a des parfaits cn ce monde, d’une perfection relative, c’est entendu, mais neanmoins d’une véritable perfection : ils aiment Dieu autant qu’ils le peuvent, étant données les conditions imparfaites el les imperfections inévi­ tables de la vie présente; ils ne réalisent pas la perfec­ tion secundum naturam rationalis creatura·, mais secun­ dum tempus. Le précepte de l’amour de Dieu plene et perfecte in patria implebitur; in via autem impletur imperfecte; et tamen in via tanto unus alio perfectius implet, quanto magis accedit per quamdam similitudinem ad patriæ perfectionem. Q. xlix, a. 6. On objecte : 1. Que perfectio caritatis requirit quoti homo sit omnino absque peccato, ce qui est impossible dans la vie présente. Dc carit., a. 10, premier Sed contra. Saint Thomas répond que l’homme peut exiler le péché mortel; quant au péché véniel, non repugnat perfectioni vue, sed perfectioni patriæ, parce que le péché véniel non tollit habitum caritatis, sed impedit actum ejus; or, la difference entre la perfection de la terre el celle du ciel est précisément que celle-ci con­ siste dans un amour de Dieu toujours cn acte, tandis que celle-là consiste dans une disposition « habituelle » d’amour ; quod habitualiter aliquis totum cor suum ponat in Deo. Q. xxiv, a. S. 2. Que l’amour est proportionné à la connaissance; or. notre connaissance actuelle de Dieu est imparfaite, donc notre amour actuel de Dieu ne peut être parfait, Dr carit., second Sed contra. Saint Thomas répond très subtilement que, cn effet, la perfection de notre amour de Dieu en cette vie est proportionnée à notre connais­ sance de Dieu : ici-bas, notre connaissance de Dieu est surtout négative, nous saxons ce qu’il n’est pas plutôt que cc qu’il est ; de même la perfection de notre amour ; elle est en quelque sorte négative cl consiste en ce que nunquam in contrarium ejus feratur mens, plutôt qu’en ce que semper actu in ipsum feramur. 1235 PERFECTION CHRÉTIENNE. OBLIGATION 3. Que cc qui est susceptible d'accroissements indc Unis ne peut être appelé parfait, ce qui veut dire achevé* termine, à quoi l’on ne peut rien ajouter; or, , telle est notre charité ici-bas, De carit, troisième Sed contra. Saint Thomas concède que la perfection à laquelle nous pouvons at teindre ici-bas n’est pas la per- | feci ion simpliciter, la perfection absolue, qui n’appar­ tient qu'à Dieu; ni la perfection secundum humanam naturam, qui ne sera réalisée qu'au ciel; c'est une per­ fection secundum tempus, c’est-à-dire essentiellement progressive : ea vero qua· sic perlecta sunt, habent quo crescant, ut de pueris patet; et ideo caritas in hac vita semper habet quo crescat. On trouvera dans la Vie spirituelle, l. i, p. 312-326, p. 109-117, ct t. iî, p. 50-58, une élude de dom B. Maréchaux sur La construction ascétique de saint Augustin, où l'on montre <(uclle est. d’après sainl Augustin, le principal guide de saint Thomas en celte question, « la perfection réalisable dans la vie pré­ sente ». IV. La perfection· est-ei.le ohuoatoire? — Faut-il distinguer entre tendre à la perfection ct la posséder? Saint Thomas le fait dans son commentaire de 111 Sent., dist. XXIX. q. i, a. 8, sol. 2, quoique, dans la première objection de la qu. 2, à laquelle cor­ respond précisément celte solutio 2. il semble bien n’y mettre aucune différence. La question à résoudre était celle-ci : Utrum omnes teneantur ad caritatem per­ lectam? sa réponse sera négative; or. à sa thèse néga­ tive, il oppose l’axiome de saint Bernard : ne pas avancer, c’est reculer; donc, conclut-il, omnes tenentur ad perfectionem caritatis tendere. Que peut bien être, en effet, l’obligation de tendre à la perfection, sinon l’obligation de dépasser la limite du devoir strict, l’obligation de progresser dans la perfection, l’obliga­ tion de sc rapprocher de plus en plus de la perfection absolue, qu’on ne peut d’ailleurs jamais atteindre en cette vie? En outre, l’obligation de tendre à la perfec­ tion se distingue-t-elle de l’obligation d’aimer Dieu autant qu’on le peut, de l’obligation d’accomplir tou­ jours le plus parfait, quand ce plus parfait est en notre pouvoir? Dans la quatrième et dernière des objections de la qu. 2 qui nous occupe, saint Thomas formule à peu près en ces termes la thèse opposée à sa thèse négative : Ergo quilibet debet pro Deo !acere totum quod potest. Potest autem ad opera perlectionis se extendere. Ergo (enetur ad ilia. H semblerait donc que, pour sainl Thomas, être tenu à la perfection, être tenu de tendre a la perfection ct être tenu d’accomplir toujours le plus parfait, soient des expressions à peu près synonymes. Enfin, la question de l’obligation d’être parfait a besoin d’etre encore précisée selon qu'il s’agit de l’en­ semble des chrétiens : Utrum omnes..., ou de la caté­ gorie spéciale des « parfaits », ou de ceux qui ont embrassé l’état de perfection 1® Tout le monde est-il oblige d'etre parfait? \. Le pour et le contre. L'article 11 du De caritate qui porte ce t lire ( l 'Irum omnes teneantur ad perfectam caritatem ) ne comprend pas moins de douze oidetur quod sic, de douze arguments qui permettraient de prouver la thèse affirmative. Signalons les principaux · ai Le plus important de tous, celui contre lequel saint Thomas déploiera tant d’ingéniosité, se lire du précepte de l’amour de Dieu, tel qu’il est formulé par l’Écriture : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde. \ plusieurs reprises, saint Thomas avouera que, en cc qui concerne l’amour de Dieu tout au moins, il n’y u pas à distinguer la zone de l’obligatoire au delà de laquelle s’étendrait In zone du surérogaloire : Sic igitur prirceptum dilectionis Dei... nullis terminis « oarctatur, ut possit dici quod tanta dilectio Dei cadat %ub praecepto, major autem dilectio limite* priccepti exce­ dens sub consilio cadat; sed unicuique pnccipitur ut 1236 Deum diligat quantum potest, quod ex ipsa forma pne· cepli apparet. Contra retrait., c. vi. La II* II·, q. ct.xxxiv, a. 3, assimile à ce point de vue le précepte de l’amour du prochain à celui de l’amour de Dieu. b) La perfection consiste à rapporter à Dieu lout ce qu’on fait non seulement habitualiter, mais actuahter; or. sainl Paul nous en fait une obligation, ICor.,x,31: Sine manducatis..., omnia in gloriam Dei ladle. Ik carit., obj. 2 ct 3. c) Les perfectionnements apportés à la Loi ancienne par !’Évangile s’imposent au chrétien de necessitate salutis; or. ces perfectionnements étendent l’obli­ gation jusqu’au domaine de la perfection : priedlda adimpletio ad perfectionem pertinet, et c’est pourquoi Jésus termine sa réforme de la Loi parcelle sentence: Estote perfecti, sicut Pater vester adestis perfectus est. De carit., obj. L d) C'est être parfait, selon saint Augustin, que d’être prêt â mourir pour ses frères; mais à cela nous sommes tenus, selon 1 Joa., in, 16 : Et nos debemus pro fratribus animas ponere. De carit., obj. 9; In 11/um Sent., loc. cit., obj. 2. e) C'est être parfait que d’aimer Dieu autant qu’on le peut : perfectio caritatis in hoc consistit ut aliquis facial pro Deo quod potest, quia nullus facit ultra posse; mais à cela nous sommes tenus par la justice; car, selon Aristote, Dco et parentibus non possumus redden iiquivalcns. sed sufficit ut quilibet eis reddat quod polest. De carit., obj. II; In I1/urn Sent., obj. L A l'appui de cette exigence, on peut encore invoquer le texte de l’Eccl., ix. 10 : Quodcumqtic facere potest manus tua, instanter operare. Cf. q. cr.xxxvi, a. 2, ad 2um. /) Mourir pour le Christ esl une œuvre de charité parfaite; mais mourir pour le Christ est obligatoire en certaines circonstances. Donc. In 11IUTn Sent., obj. 3. g) Xe pas avancer dans la vie spirituelle, c’est recu­ ler, dit saint Bernard, ce qui signifie sans doute pécher. Donc, il y a pour tous obligation d’avancer, de. pro­ gresser. Mais progresser, c'est tendre vers la perfection. Ergo omnes tenentur ad perfectionem caritatis tendere. Ibid., obj. 1. De quelles autorités, de quels arguments, sainl Thomas va-t-il pouvoir étayer sa thèse négative? a) Le Sed contra du De caritate n’aurait sans doute pas contenté saint Augustin : Nullus tenetur ad id quod non est in ipso; scd habere perlectam caritatem non est a nobis, scd a Deo; non ergo potest esse in pracepto. b) Celui du commentaire In ///u® Sent, ne satis­ ferait pas nos contemporains, qui demanderaient â distinguer entre péché mortel cl péché véniel : Quilibet peccat omittens id ad quod tenetur;si ergo omnes tenentur ad perfectam caritatem, omnes imperfecti damnarentur; quod falsum est. Quelle que soit la valeur de l’argument, une chose est certaine a priori pour saint Thomas, c’est qu'on n’est pas damné pour n'être pas parfait; la perfection n’csl pas de necessitate salutis, ('.’est sans doute tout ce qu’il prétend prouver, en sorte que sa question aurait eu besoin d’être précisée par l’addi­ tion : sub peccato mortali ou de necessitate salutis. S’il en était ainsi, il paraît mit difficile d’invoquer l’auto­ rité de saint Thomas dans la controverse récente : « pêché véniel ou imperfection? » c) Pour imposer l’obligation d’être parfait, on invo­ quait la teneur du précepte de l’amour de Dieu, la forma prucepti; or. en maintes circonstances, le Christ, ex ipso modo loquendi, a bien montré que cc qui est matière de perfection n'est pas imposé, mais laissé à notre bonne volonté : Undr ex ipso modo loquendi apparet hive (il s’agit de Vadium rt abnegatio sui ipsius) a Domina proposita esse quasi ad perfectionem perti­ neant (et, par définition, ce qui est matière de perfec­ tion s’oppose a ce qui est matière de précepte). Sicut (Ί'·πι dicti Si ris pcrfrrtus esse ... * non necessitatem 1237 PERFECTION CHRÉTIENNE. OBLIGATION imfHjncns, srd voluntati relinquens; Un du it: Si quis quit past me venire ...» quod Chrutoslomus exponit, dicens: < non coaclivum facit sermonem, non enim dicil : Si nolueritis, oportet hire vos pati, · De perfectione, c. χ. 2. La thèse négative. Elle s'établit par la distinc­ tion de deux sortes de perfection : celle quo* ipsam spe­ ciem caritatis consequitur, utpole qua· consistit in remo­ tione cujuslibet inclinationis in contrarium caritatis, et celle-là est obligatoire, puisque, sans elle, la charité ne peut exister; et celle sine qua caritas esse potest, qiiir pertinet ad bene esse caritatis, qua* scilicet consistit in remotione occupationum sœcularium quibus affectus humanus retardatur ne libere progrediatur in Deum, et celle-ci n’est pas obligatoire, cum qualibet caritas suffi­ ciat ad salutem, Dr carit., a. 11. Par ccttc réponse, on voit que saint Thomas sc place toujours au point de vue d’une obligation sub gravi, d’une obligation dont l’inobservance entraînerait la perte du salut. La réponse du commentaire In Z//um Sent., loc. cit., sol. 2, substantiellement la même, est cependant plus nuancée. Outre la distinction d'une perfection quir pertinet ad esse caritatis et d’une autre quo* per­ tinet ad bene esse caritatis, saint Thomas signale encore un double accroissement de la charité, une double perfection de la charité : una secundum intensionem, scilicet ut perfecte diligat ; alia secundum objecta vel effectus, ut perfecta faciat. Or, à l’un et l’autre de ces points de vue, il y a un minimum de perfection néces­ saire au salut, qui constitue la perfection qua- pertinet ad esse caritatis : quia caritas habet quantitatem deter­ minatam utroque modo, citra quam non porrigitur. II semblerait s’ensuivre que tout ce qui dépasse cc niveau, soit en intensité, soit en extension, serait facul­ tatif, puisqu’il est du domaine de la perfection qua pertinet ad bc.ne esse caritatis; cependant, saint Thomas n’est pas tout à fait de cet avis : pour ce qui est de la perfection quantum ad be ne esse, dit-il. distinguendum est; quia ad perfectionem qua est per intensionem tenetur tendere, quamvis non teneatur eam habere; scd ad per­ fectionem quœ est secundum objecta non tenetur quis neque tendere, neque eam habere, sed tenetur eam non contemnere, nec contra tam sc obfirmare. Et la raison de celte distinction, ajoute-t-il, c’est que priemium essentiale ad quod tendere tenemur, mensuratur secun­ dum intensionem caritatis, non secundum magnitudinem factorum, quia Deus magis pensat ex quanto quam quantum fiat. Nous reviendrons plus loin sur l’obli­ gation de ne pas mépriser la perfection qua· est secun­ dum objecta et de ne pas se raidir contre elle; quant A ce qui concerne l’obligation de tendre à la perfection quu est per intensionem, mais non de la posséder, nous croyons qu’il faut l’entendre comme suint Thomas entend l’obligation d’aimer Dieu de tout son cœur; ce précepte, en ciTct, selon sainl Augustin, nous indique­ rait plutôt quo tendendum sit que quid faciendum sit. De carit., a. W. ad lun‘. Il semble inutile d’insister : qui dit perfection dit nécessairement chose non obligatoire; perfection obli­ gatoire serait une contradiction dans les termes. Ea quit su ni perfectionis non cadunt sub privcepto, sed sub consilio. IIMI·, q« XLiv, a. 1, obj. 3. Seulement répétons que, pour saint Thomas, perfection s’oppose a obligation grave ct non A obligation légère, si bien qu’il a pu écrire cette proposition, qui parait bien renfermer aussi une contradiction : les parfaits ne sont pas obligés d’éviter les péchés véniels! Der/ectionis esl lingua non offendere ct peccata veniatu vitare; sed hoc nu tins facit, etiam apostoli ; ergo prefecti non obli­ gantur ad ca quit sunt perfectionis. In IHw Sent, loc. cit., qu. 3, deuxième Sed contra. 3. Ixi réponse aux arguments de ta thèse affirmative. a) Le précepte de l’amour de Dieu ne nous oblige-t-il pas à aimer Dieu autant que nous le pouvons et, par 1238 conséquent, À être parfaits? Certes, il parait difficile d’échapper à celle conclusion, ct pourtant saint Tho­ mas va s'y efforcer, ct cc de diverses manières. La plus célèbre, celle qui consiste A déclarer que la charité doit être envisagée comme fin cl non comme matière de précepte, lui a été fournie par sainl Augustin, dans le fameux texte du De perfectione justitia*, auquel saint Thomas se réfère si souvent : indicatur enim nobis per hoc non quid faciendum sit, sed potius quo tendendum sit, ut dicit Augustinus. De carit., a. 10, ad 1Q1°. Cf. ci-dessus, col. 1233. Le texte de I Tim., r.5: Finis praccpti caritas est, est aussi invoqué à l'appui de celte théorie. Q. clxxxîv, a. 3. Si l'amour de Dieu est la fin vers laquelle il nous faut tendre et non seule­ ment un moyen d'atteindre notre fin, on comprend, dit saint Thomas, que le précepte de l'amour de Dieu soit exprimé en des termes aussi absolus, aussi géné­ raux : in fine non adhibetur aliqua mensura, sed solum in his qua- sunt ad finem, sicut medicus non adhibet mensuram quantum sanat, sed quanta medicina vel dixta utatur ad sanandum; ibid. (cf. Contra retrait., c. vi); et c’est pourquoi totalitas quadam fuit designanda circa prneeptum de dilectione Dei. 11·· 11·, q. xuv, a. 4. Donc, si le précepte de 1’nmour de Dieu est formulé d’une manière aussi absolue, c'est parce qu’il indique non quid faciendum sit, sed potius quo tendendum sit. SI le précepte concerne la fin vers laquelle il nous faut tendre et non les divers moyens A prendre pour atteindre ccttc fin. il s’ensuit que celui qui n’atteint pas la fin, mais qui ne s’en détourne pas, n'enfreint pas le précepte, quoiqu’il ne l’accomplisse pas parfaltemen t. Perfecte quidem impletur parcept um. quando per­ venit ur ad finem quem intendit prxeipiens ; impletur autem scd imperfecte, quando, risi non pertingat ad finem pra*cipientis, non tamen receditur ab ordine ad finem. Q. xi rv, a. 6. — Sicut miles, qui legitime pugnat, licet non vincat, non Inde culpatur, nec panam meretur. Ha etiam qui in via hoc prxceplum non implet, nihil contra divinam dilectionem agens, non peccat mortaliter. Ibid., ad 2nm. Xinsl, ce précepte de l’amour de Dieu, si for­ mel. si absolu, se ramène à une altitude toute néga­ tive : ne rien faire qui soit contraire à la charité; donc ne rien aimer contre Dieu, plus (pie Dieu, autant que Dieu. On remarquera le non peccat mortaliter qui marque bien la position de saint Thomas relativement â l’obligation d’être parfait. Une autre manière de restreindre n un minimum l’obligation (pii naît du précepte de l’amour de Dieu nous est fournie par l’nd 2um de l’a. 3 de la q. clxxxiv; somme toute, elle repose sur un principe de théologie morale, dont saint Thomas refuse ailleurs, q. xliv. a. I. ad tum, de faire l’application au précepte de la charité, à savoir que modus virtuosi actus non est in prircepto. Voici le raisonnement : cum id quod cadit sub prarepto diversimode possit impleri, non efficitur transgressor pnvcepll aliquis ex hoc quod non optimo modo implet, scd sufficit quo. Voici donc encore un commandement divin aussi général, aussi absolu, que ceux de l’amour dc Dieu et dc l’amour du prochain. Saint Thomas va lui appliquer les mêmes procédés qu’ù ccs derniers. De même que, dit-Π, fd aliqua total itas perfectionis (ou dilectionis) qua* sine peccato prœtermitti non potest, aliqua autem qmc sine peccato prætermittitur, dum tamen desit contemptus; de même ici est aliquis modus hoc pnrccptum implendi, quo peccatum vitatur : sci licet si homo faciat quod poltsl secundum quod requirit conditio sui status, dummodo contemptus non adsit agendi meliora, per quem ani­ mus firmatur contra spiritualem profectum. Ibid. Le parallélisme nous fait entendre qu’il y a plusieurs manières de comprendre ce que veut dire « faire tout ce . 2° Qu'il g a deux états de peelection : celui des Socques et celui des religieux (IP-11®, q. clxxxiv, a. 5; De per­ fectione, c. xvm el xx; Quodl., I. a. I l, ad 2Qra; Quodl,, III. a. 17). Saint Thomas emprunte cette idée à l’Aréopagitc, qui, dit-il, attribuit perfectionem episcopis tanquam perfectioribus, et religiosis, quos vocat mona­ chos, vel therapeutas, id est Deo famulantes, tanquam perfectis, IIft-lllv, loc. cit., Sed contra. Pour prouver la thèse, il faut montrer que religieux el évêques s’obligent à perpétuité ad ea quæ sunt perfectionis cum aliqua solemnitate. Laissons dc côté la solennité de ccs engagements perpétuels, pour nous attacher a déterminer seulement à quelles œuvres de perfection s’obligent, selon saint Thomas, religieux et évêques. D’après la Somme théologique, toc. cit., religiosi se voto astringunt ad hoc quod a rebus sneularibus se abstineant, quibus licite uti poterant, ad hoc quod libe­ rius Deo vacent; la formule se précisera dans la suile : somme toute, le religieux s’oblige à observer les trois conseils dits évangéliques, de pauvreté, chasteté cl obéissance, qui constituent bien, en ellet. des œuvres de perfection. Similiter etiam episcopi obligant se ad ea quit sunt perfectionis pastorale assumentes officium, ad quod pertinet ut animam suam ponat (pastor) pro ovi­ bus suis; donner sa vie pour ses ouailles serait donc l’œuvre de perfection à laquelle l’évêquc s’engagerait ; cette formule va aussi se préciser dans le De perfec­ tione, c. xvm, et le Quodl., I. a. 1 1. ad 2um. qui vont nous présenter deux manières originales dc distinguer ou même, si l’on veut, d’opposer les deux genres d’œuvres de perfection auxquelles s’obligent respec­ tivement les religieux el les évêques. Dans le De perfectione, la symétrie est complète : d’une part, la triple voie par laquelle on s’avance vers la perfection de l’amour de Dieu, scilicet abrenuntiando exterioribus bonis, relinquendo uxorem d alias cogita­ tiones carnales, et abnegando seipsum (c’est-à-dire propriam voluntatem), voilà les œuvres de perfection auxquelles s’oblige à perpétuité le religieux; d’autre part, la perfection dc l’amour du prochain, qui (par une sym trie un peu artificielle!) comprend aussi trois choses, ut scilicet inimici diligantur risque servia­ tur, d ut aliquis animam suam pro fratribus ponat (et ceci sc réalise quand on se consacre entièrement et â perpétuité au service du prochain), cl quod proximis spiritualia impendantur, telles sont les œuvres dc perfection auxquelles s’oblige l’évêque. Dans le Quodl., 1, la distinction est prise d’un autre point dc vue : Sont dits posséder l étal dc perfection, y est-il déclaré, qui solemniter obligantur ad aliquid perfectioni annexum; mais quelque chose peut être annexum perfectioni caritatis, el il ne s’agit certaine­ ment que de l’amour de Dieu, de deux manières : uno modo sicut pnrambutum ct pricparatorium ad perfec- I tionem, ut paupertas, castitas d hujusmodi, quibus ' homo retrahitur a curis stvcularium rerum, ut liberius vacet his qiuv sunt Dei, et tel est le lol des religieux; | 1246 alio vero motio aliquid est annexum perfectioni cantatis ut effectus, ut scilicet aliquis curam animarum susci­ piat; est enim perfedæ caritatis ut aliquis propter Dei amorem pradermittal dulcedinem contemplative vibe, quam magis amaret, d accipiat activa· vitie occupationes ad procurandum proximorum salutem; et c’est cc que font les évêques. Mais comment peut-on assimiler l’état épiscopal à un état dc perfection, étant donné que les évêques ne renoncent pas aux biens dc ce monde et que le Seigneur a fait de cc renoncement une condition nécessaire de la perfection? Pûtes! aliquibus videri quod status pridationis non sit perlectas, quia divitias eis possidere licet, cum tamen Dominus dicat : Si vis perlec­ tus esse, vende... De perfect., c. xix. Il est longuement répondu à cette objection dans le chapitre suivant. Cf., q. clxxxiv, a. 7, ad larn - D’autre pari, si le fait d’as­ surer le ministère pastoral, d’avoir charge d'âmes, établit l’évêquc dans un étal de perfection, n’en doiton pas dire autant des prabgteri curati et dis archidiaconi? Il*-II®, q. clxxxiv, a. 6. Non, répond saint Thomas : l'autorité de l’Aréopaglte s’y oppose (Sed contra); et la raison, c’est que non obligantur vinculo perpetui voti ad hoc quod curam animarum retineant. tandis que l’évêque est lié à perpétuité à son diocèse; on en peut donner aussi celle raison que cura episco palis cum solemnitate consecrationis cummillitur, cura autem archidiaconatus vd ptebanatus cum simplici injunctione. Ibid., ad 2um. Cf. Quodl., 111. a. 17. Nous ne nous arrêterons pas a la question de la supériorité de l’état épiscopal sur l’état religieux, cf. q. clxxxiv. a. q. clxxxv, a. %; De perfect., c. xixxx ; ni, ù plus forte raison, à la question de la supério­ rité de l’état religieux sur l’état des presbyteri curati et des archidiaconi, cf. q. ciaxxiv, a. 8; De perfeci., e. xxn-xxvn; Qundl. III, a.. 17. Nous ne nous occu­ perons plus désormais que de l étal de perfection des religieux. 3° Dut de Pétât dc perfection des religieux. Les formules que nous avons déjà rencontrées : quad a rebus sivcularibus se abstineant, ad hoc quod liberius Deo vacent, q. clxxxiv, a. 5; quibus homo retrahitur a curis sivcularium rerum, ut liberius vacet his quie sunt Dei. Quodl., I. a. 1 I, ad 2um. indiquent clairement que, pour saint Thomas, le but de l’état religieux, c’csl d’établir l’homme dans ce troisième degré de perfection, qui n’est autre chose que la vie contemplative, imitation de la vie «les bienheureux. Il s’agit dc débarrasser l’homme de ces impedimenta qui l’empêchent d’êlrc tout entier et continuellement occupé de Dieu : reli­ gionis status principaliter est institutus ad perfectionem adipiscendum per quadam exercitia quibus tolluntur impedimenta per/eda· cantatis, q. clxxxvi, a. I. ad lu,n; cf. a. 2. ad 3um; Cont. gent., I. IU. c. cxxxi. La perfection que tend ù réaliser l’étal religieux, saint Thomas le rcmanpie lui-même, est donc une perfection d’un genre particulier; c’est une perfection qu’on peut appeler religieuse, comme nous l’avons dit au début decet article, cf. col. 1221. à propos de la théorie plotlnlcnne de la vertu, reprise par saint Tho­ mas : per/ediu ad quam pnedida (consilia) disponunt in vacatione mentis circa Deum consistit; unde d prodictorum professores religiosi dicuntur, quasi se Deo et sua m modum cujusdam sacrificii dedicantes, et quantum ad res per paupertatem, d quantum ad corpus per conti­ nentium. et quantum ad voluntatem per ubedientium. Cont. gent., ibid. L’état religieux n’a pas pour but de rendre l’homme parfait au sens moral du mot. mais dc le rendre parfaitement religieux, c’est-à-dire consacré tout entier au service de Dieu : religio est quudam virtus per quum aliquis ad Dei servitium et cultum ali­ quid exhibet; et ideo anlonomastice religiosi dicuntur illi qui se totaliter mancipant divino servitio, quasi hploeaus 1247 PERFECTION CHRETIENNE. LES RELIGIEUX turn Deo offerentes. Q. clxxxvi, η. I. Cette remarque nous parait de la plus haute importance pour bien comprendre la question qu’il nous reste à examiner : A savoir, si la pratique des conseils évangéliques est nécessaire pour parvenir A la perfection. 1° L'état de perfection religieuse requiert essentielle­ ment la pratique des conseils évangéliques. — Nous n'avons pas l’intention de reproduire icitoutccqucsaint Thomas enseigne A ce sujet, n’ayant pas A traiter de l'état religieux, mais de la perfection chrétienne; nous voudrions seulement, dans les nombreuses pages qu’il consacre A démontrer que la pauvreté, la chasteté el l’obéissance sont nécessaires ad perfectionem reli­ gionis, recueillir ce qu’il a pu dire relativement à la nécessité des conseils évangéliques ad perfectionem caritatis, pour la perfection chrétienne, pour la per­ fection tout court. 1. La pauvreté volontaire (Ila-II®, q. clxxxvi, a. 3; Cont. gent., I. III, c. cxxxii-cxxxvi ; De perfectione, c. vit el xx). Contrairement A ce que nous venons d’allirmer sur le but principal que saint Thomas paraît assigner à l’état religieux, l’article 3 de la q. clxxxvi débute par cette déclaration : status religionis est quoddam exercitium ct disciplina per quam pervenitur ad perfectionem caritatis; c’est qu’en effet, dit à son tour l’article 7 de la même question, l’état religieux peut être envisagé de trois manières : comme un moyen de tendre à la perfection de la charité, comme un abri contre les préoccupations extérieures, comme un holo­ causte enfin, par lequel le profès s’oITre, lui et ce qui lui appartient, totalement à Dieu; et. saint Thomas montre ensuite comment la pratique des conseils évan­ géliques permet de réaliser ccs trois fins de l’état reli­ gieux. lin cc qui concerne la première, dont seule nous voulons nous occuper ici, voici son raisonnement : « Pour s’exercer à la perfection, il est requis que l’on éloigne tout ce qui pourrait empêcher l’affection de tendre complètement A Dieu, en quoi consiste la perfection de la charité. Ccs empêchements sont au nombre de trois : le désir des biens extérieurs : il est supprime par le vœu de pauvreté; le désir des délec­ tations sensibles, parmi lesquelles les délectations charnelles occupent le premier rang : il est exclu par le vœu de continence; enfin, le désordre de la volonté : il est exclu par le vœu d’obéissance. > Le tout est de savoir si ces trois vœux sont des moyens absolument nécessaires, ou simplement des moyens très utiles, pour parvenir A la perfection de la charité. Or, nous avons déjà fait remarquer, cf. col. 1223, (pi'au c. vi du Contra retrahentes, saint Thomas paraissait bien allirmer qu’en dehors des conseils cl dans la vie du siècle l’observation parfaite des préceptes ne se rencontrait pas. En ce qui concerne la pauvreté volontaire, la thèse de l’a. 3 de la q. clxxxvi semblerait aussi, au premier abord, en faire une condition absolue de la perfection : inde est quod ad perfectionem curitatis acquirendam primum fundamentum est voluntaria paupertas, ut aliquis absque proprio viva/, dicente Domino : < Si vis per­ fectus esse, vende omnia qua: habes et da pauperibus. » Mais Tad 4utn lui apporte un tempérament : la posses­ sion des richesses, si elle la rend plus difficile, ne rend pas cependant la perfection impossible. Le c. vu du De perfectione sc maintient dans la même note : l'exemple d’Abraharn prouve qu’on peul être parfait tout cn possédant de grands biens; le Maître n’a pas donné ce conseil, parce qu'il serait impossible aux riches d’être parfaits, mais parce qu'ils ne le peuvent être facilement; mais ce n’est pas une raison pour taxer d’inutilité le conseil du Seigneur ; Abraham fut parfait au milieu des richesses, cela ne lire pas à conséquence : c’est là un de ccs faits extraordinaires plus admirables qu’imitables, pour la plupart des 1248 hommes; par conséquent, on peut allirmer que, s’ils veulent être parfaits, ils doivent suivre le conseil 1- 1HÉ0L. CMIIO1. 1250 pas pourquoi < la contemplation mystique au sens strict, pour autant qu’elle n’est autre chose que Vexercicc passif ct éminent des vertus de foi ct de charité, constituerait la perfection par excellence ». Dire que l’union produite par la grâce mystique sera plus forte, plus intense, plus continuelle, qu’elle aboutira à un accomplissement plu» parfait de la volonté divine, cela sc comprend aisément : l’amour ressenti, J’amourpastion est plu* obsédant, plus tyrannique, que l'amour commandé, que l'amour de volonté. Mais l’amour mystique ne dépend pas de nous, il est un don gratuit que Dieu accorde â qui il lui plaît ; ce n'est pas lui qui nous est commandé par le grand précepte : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo; vet amour ne se commande pas, ct l’on ne peut pas dire, par conséquent, qu’il soit < le terme final auquel doit tendre toute vie chrétienne Le terme final auquel doit tendre toute vie chrétienne, c’cst d'aimer Dieu activement, de toute notre âme, de toutes nos forces, cn attendant qu'il nous soit donné de l'aimer passive­ ment quand la vision intuitive fixera pour toujours notre cœur dans l'amour béatilique. Alvarez de Paz, De otia spirituali ejusque perfectione. Lyon, 1608; Arintcro, Escalas de amor q la verdadera perfeedùn cristiana, Salamanque, 1920; Barthicr. De la perfection chrétienne et de la perfection religieuse d'aprrt saint Thomas d'Aquin et saint L ranfois de Sales, Ihtris, 1901 ; Bcllarmin, Quinta controversia generalis, 1. Π, Dr monachis; Catherin, Cnvollkommrnhdt und lassliche Sundc, dan* Zeitschrift fur A'Zr it uti l Miptik, 1928, Ρ· 113-137. 221-23 ·. F. Chntcl, contemplation est-elle nécessaire pour parvenir a la perfection ? Arras. 1923; 11 I lelrhaye, Sanctus. Essai sur le culte des saints dans l'antiquité, Bruxelles, 1927; E. Eltcr, S Une m doctrina morati sancti Thonvr lorus pro imperfectio­ nibus positivis non pcccaminosis? dans Gregor ion um, 1929, p. 20-51; Garrigou-Lngrangr. Perfection chrétienne et con­ templation selon saint Thomas d'Aquin ct saint Jean de la Croix, Saint-Maxlmln: Pêché véniel et imperfection, dan·» Vie spir IL, t. v m, p. 583-592; La fin ultime du péché venir! ct celle de l'acte imparfait dit · imperfection », dans Jirr. thom., 1921. p. 311-317; Imperfection cl pechr Déniel, dans Vie spirit., I. XI, p |S3)-tS8|; D moindre bien (imperfec­ tion ) ct le moindre nuit. ibjÈ. t. xv, p. (1 ]-[l I ); Li trndanct a la perfection cl les aej^ de chante imparfaits, dans Hcv. thom.. 1928, p. 3S8-11I 'Irum perfectio caritatis ακίαΙ sut* pnrceplo an sub consdy »? dans Dinut Thomns, 1921, p. 162169; P. Glorieux, P. de l*anx. carême 1923; Keuscli, Die Aszclik des ht. Al/ons Maria non l.igori, ini Lichtc der Lehrr nom gcistlichm Lebcn in aller und nciter /.cil, Paderborn, 1926; Quelques nolo sur la spintualik de saint Alphonse de l.iguon, dans Vie spiT·· t. xm. p. [ IS9 pi210 ); Klinger, Thr Stand der christttchcn Vollkommtnhcil narh der I.chrc des hl. Thomas coil {quin, 1926; A. Iundgraf, Dax Wcscn der liisslichen Siindc in der Scholastik bis Thomas non .Aquin. Bainln*rg, 1923; Le Gnudler, Dr jterfeclionc vilit spiritualis, Paris, 1619; Lcmonnycr, /at nie humaine, ses formes, scs étals, traduction française tic la Sunune thcol. de saint Tho­ mas d*Aipiln, 11·-!!1’, q. ci\\ι\·<:ι\\\i\; Van Licshout, Lu théorie plotinicnnc de la vertu. Essai sur la genèse d'un urticlf un traité qui constitue un de Snissons, de Québec, dr Saintes, de Léon, d'Alet, de résume et un abrégé de l’ouvrage plus long el plus Saint-Pons, dr Bayonne rt dr Séez, au sujet des appro­ développé de Fortunat. bations qu'ils ont données à la seconde lettre de dom L. Wadding, Scriptores ordinis minorum. Home, 1006. Vincent Thuillier, dans laquelle ces quatorze prélats p. 76; J. H. Sbnralcn, Supplementum ad scriptores trium ont autorisé, par leurs suffrages, une acceptation feinte, ordinum S. Eranchd, t. t, Home, 1908, p. 25 I ; L. Alcssundri simulée et frauduleuse de la constitution < Unigenitus », et G. Mazzatintl. Inventario dei mss. della bibtloteca del con­ plusieurs erreurs contraires aux saintes Écritures et vento di S. ErtUlcesco di Assist, For 11. 1891. n. 629, p. 102 à ta tradition, des semences et des déclarations de schisme (leur indication sur In longueur du Compendium e»t inexacte; dans T Église de Eranee, des calomnies atroces contre 11 fluit fol. 339 v· cl non fol. 350). Am. Teetaeht. des évêques rt des personne^ les plus respectables, plu- 1253 PERREAI (ED.ME) — PERRIN (JEAN, 1254 s/eiiH absurdités cl contradit lions..., s. I , 1731; Traité 1. PERRIN Charles-Joseph, p suite (r inçai^ né philosophique ct (hcologique, in -12. L'trecllt, 1731. | a Pans le 11 octobre 1690, reçu dans la Compagnie cet écrit avait été composé par E. du Pin, niais h* I l octobre 1708, enseigna plusieurs années ta rhé­ Perreau l'acheva ct h· publia (Continuation de ta torique. Appliqué ensuite à la prédication, il parla bibliothèque de Dupin, t. t, p. 128); Histoire des der­ avec succès dans les villes les plus considérables de niers chapitres généraux de la congrégation de SaintFrance et surtout dans la capitale (1710-1763). 11 y .\taur, où Ton voit T irrégularité de ccs assemblées, fui !’émule des PP. Charles de Neuville, GrifTct, Le l’opposition de ce corps à la bulle t l nigenttus » et par Chapelain, des abbés Poulie, de Boismont, Clément. quelles intrigues on esl enfin parvenu à faire souscrire Après 1762, l’archevêque de Paris, Christophe de Beau* un décret favorable à cette, butte, dans le chapitre de 1733, mont, lui donna asile dans son palais; il aurait été mis pour servir de supplément à Γ Histoire de la constitution, à la Bastille comme accusé d’avoir aidé Mgr de Beau­ mont dans la composition de son Instruction pastorale in-P, s. 1., 1736. avec un recueil de pièces justificatives, de dillérenls formulaires et diverses lettres ct protes­ en faveur des jésuites (Sommervogel, d’après les tations de dom Jean Dard. On regarde Perreau comme Mrmonr stonrhe inédits du P. Laurent Ricci). le dénonciateur des Lettres théologiques de dom La Le P. Perrin sc relira ensuite à Liège où il mourut, Taste, au chapitre de 1736. le 3 novembre 1767, pendant l impression de ses sermons. · On y trouve, dit Feller, un style facile, Tassin. Histoire générale de la congrégation de Saint-Maur, mais quelquefois incorrect, des raisonnements pleins ln-l°, Bruxelles. 1770, p. 581-58-1; François, Bibliothèque de force el de solidité, un pathétique mêlé d’onction, générale des écrivains, t. n, p. 380-382; Barrai, Les appe­ lants célèbres, p. -137-161 ; Xéerologe des plus célèbres défen­ des images vives et touchantes. » M. A. Bernard deurs et confesseurs de lu vérité, du X 17//· siècle, t. i, p. -118(Le sermon au Λ )///· siècle, p. 211) juge ce grand 119; Nouvelles ecclésiastiques du 25 mars 17-12, p. 16-17; admirateur et imitateur de Bonrdaloue... plein de Louandrc, lliographic d'Abbeville et de scs environs, in-8°, zèle cl de talent médiocre > cl donne (p. 310) des Abbeville, 1829, p. 359-360. exemples <Γ < un mauvais goût d’autant plus curieux J. Cabreyhi . à signaler qu’il avait longtemps enseigné les bellesPERRETUS Félix « voir Sixte V. lettres en province cl qu’il fut même désigné pour la chaire de rhétorique à Louis-le-Grand ». En tout PERRIMEZZI Joseph-Marie, minime (1670cas, inférieur À certains de scs émules, il a des qualités 1710). Né ù Paola, en Calabre, il lit preuve, dès sa de clarté, de solidité ct de composition qui expliquent jeunesse, d’une intelligence vive rt d’une mémoire son succès. Les Sermons du R. P. Perrin, de la Compa­ complaisante; entré dans l’ordre des minimes, il y fut gnie de Jésus, sur la morale et les mystères ont paru signalé de bonne heure par sa science et sa vertu et y à Liège en 1768, I vol. in-12; ils ont été réimprimés remplit plusieurs charges importantes. De plus, il â Sainl-Bricur, 1826, et Lyon, 1831, I vol. Migne les se lit connaître, dans les milieux littéraires, comme a reproduits au t. i.v de sa Collection... des orateurs érudit, théologien et jurisconsulte de merite. Aussi, le sacrés, 1851 (col. 853-1-161. 10 sermons. 30 sur les 11 avril 1707, il était promu ù l’évêché de Seala et grandes vérités dogmatiques et morales, 10 sur des Havcllo, d’où il fut transféré, le 10 janvier 171 I, à fêtes.) Ils ont été traduits en allemand par le P. Ant. celui d'Oppido, dans les Calabres. Il administra cette Jiiger. S. J.. I vol., Augsbourg, 1771 et 1775. Église pendant vingt ans, y établit une académie, dite Mariana, en l'honneur de la sainte Vierge, et y tint un Sommervogel, Bibliolh. de la Comp. de Jésus, t. vi, col. 556; Hurter, Xomenclator, 3· éd·· t. v, col. 233; Fcllcr, synode diocésain. Benoit XIII. qui l’avait en haute Dictionnaire historique, art. Perrin (Ch.-Joseph); Notice en estime, le nomma prélat domestique ct assistant au tête des sermons; A, Bernard, 1^ sermon an XVHD siècle, trône pontifical. En 1731. Perrimezzi se démit de Paris, 1901. l’évêché d’Oppido, fut promu au siège archiépiscopal H. Bhouillard. de Bostra in partibus, et se retira â Home, où il mourut 2. PERRIN Jean, frère mineur (xv-xvr siècle) en 1710. Originaire de Neufchâtcau, il aurait appartenu Perrimezzi fut un écrivain très fécond, mais non d’abord à la custodie de Lorraine des frères mineurs toujours original. Il publia une quarantaine d’œuvres, et serait passé ensuite ù la province dr France de In de valeur inégale, sur des sujets divers : la vie reli­ réforme de sainte Colette. Il composa un Tractatus gieuse, l'ascétisme, la monde, la théologie; des pané­ per modum questionis theologalis super dispensatione gyriques. des sermons â ses religieux, à ses prêtres, â fratrum minorum, qui fut imprimé sans aucune indi­ son peuple, des biographies pieuses. \ oici les princi­ cation. mais.cn l'rancc.en 1505. D. Hcichling (Appen­ pales ; La scuola del btton governo aperta nei chiostro, dices, l. vi. p. Ill) donne une description détaillée de Venise. 1697; La vita dell* uomo renduta brieve dull* celte édition, ('.e même ouvrage fut public encore dans ozio, Venise, 1697: Ecelesiastiehe dissrrtaziom dette in Monumenta ordinis minorum, part II. Salamanque, Ronui nelT Accadentia dei concilii. Home. 1710; La 1511; dans le Speculum minorum, part. Ill, Rouen, tdrlit in trionfo net mezzo delle sur guerre. Home. 1699; 1509, fol. 135-116; dans Firmamentum trium ordinum, Vila di Ira Xiccolo dei Longobardi, Home, 1713; De part. III. Venise, 1513. Ilain, Repertorium bibliogranatione tortorum Christi, Home, 1727; Canonichc allephteum. I. n b, Berlin, 1925. p. 72. cite encore une ijazioni faite a pro delle ragioni dl sr s/esso, det suo clero, édition dr 1 195. sans nom de heu. avec le titre : Trac­ c delle sue chlrse. Home. 1725; Della immunitù del tatus de dispensatione ordinis minorum conventualium. sacri luoghi Ira i crisliani, 3 vol.. I rhino, 1731; in A peine paru, ce traité fut attaqué par le P. Ber sacrant de Deo scientiam dissertationes selectir, histo­ nardin Trivisanus du même ordre, surnommé le rien·, dogmatica·, scholastic;r, 8 vol., Naples. 1730-1739 Philosophe, cl inquisiteur dans la province de Saint(cours complet de théologie, où l’auteur se défend du Antoine des frères mineurs. H écrivit contre le P. Per­ reproche d’avoir écrit non nova, pour les avoir écrites rin l'opuscule : Qiurstio theologalis de paupertate fra­ none). trum minorum et dispensatione ejus legitima, publié Em de iipald<>, Il ingratia deglt Italiani illustri nette scienzc, letiret ni arll drl \rr. J17/7, t. Vlll, 1811; F. (’,. M. Robert), Dlsegnn slorico dell' online de' minimi, l. ni, 1922, p. 61 I6|(i; Hurler, Nomenclator, 3* éd., t. iv. col. 1039; Gams. Series episcoporum Ecclesia! ralholie.r, p. 909,916; Cap pci!Hli. Le ChlM d'Italia, t. w. p. 179 F. Bonnard, à Venise en 1505. Le même traité du P. Perrin fut attaque aussi par Pierre de la Croix à la fin de son ouvrage Anllminorlca. publié à Venise, le 25 juin 1505. D’après le ms. IIS de la bibliothèque publique de Metz. Jean Perrin serait aussi l’auteur d’un ouvrage, en français, intitulé ; Dicta salutis, el écrit 1255 PERRIN (JEAN) — PERSÉV ÉRA NCE-VE RTI · en I192. Il aurait composé ensuite Quadam motion' meditationes ex S. Scriptune ct sanctorum sen tend is compilatu·, contenues dans le meme ms. Enfin, toujours d’après le mémo ms., l’ouvrage de Hoderic de Zamora, intitulé Speculum humana* vitir, est dit scriptus per manus fratris Joh. Perrini domus S. Tri­ nitatis Metensis ministri. D'après cc dernier témoi­ gnage» il aurait été supérieur au couvent de la SainteTrinité de Metz, en 1196. D’après quelques auteurs, le P. Perrin serait fauteur du Speculum minorum ou du Firmamentum trium ordinum. J. L. Wadding, Scriptores ordinis minorum. Borne, 1906. p. 148; J. II. Sbaralca, Supplementum ad scriptores trium ordinum S. Fr., t. n, Home, 1921, p. 11 1-115; Catalogue general des manuscrits des bibliothèques publiques des dépar­ tements, t. v, Paris, 1879, p. 61-65. Am. Τεετλεπτ. PERRONE Jean (1791-1876), né à Chieri, près de Turin, le 11 mars 1794, embrassa l’état ecclésias­ tique et fit ses études au grand séminaire de Turin, où il obtint le grade de docteur en théologie. La Compagnie de Jésus n’était guère rétablie par Pie V 11 que depuis un an, quand le jeune docteur demanda et obtint d’y être admis (10 novembre 1815). Dès l’année suivante, il est envoyé à Orvieto pour y ensei­ gner la théologie. Lorsque Léon XII rappela les jésuites au Collège romain (17 mai 1821), le P. Jean Perrone fit partie du premier corps professoral et reçut la chaire de théologie dogmatique (2 novembre 1821). Sauf un court rectorat au collège de Ferrure (1830-1834), il conserva cet enseignement jusqu’en 1818. Il partit alors pour l’exil avec ses collègues ct alla enseigner au scolasticat anglais de Benarlh (Galles). En 1851, il put revenir au Collège romain. Il est fait recteur de celte maison île 1853 à 1855, cl il remplit ensuite, pendant vingt-deux ans, la charge de préfet des études (1855-1876). Consulteur de plu­ sieurs congrégations romaines, membre des commis­ sions qui préparèrent d’abord la définition de l’im­ maculée conception cl ensuite le concile du Vatican, il était très spécialement estimé de Pie IX, qui voulut meme le créer cardinal. L'humble religieux réussit à écarter celle dignité. 11 mourut à Borne, à SaintAndré du Quirinal, le 28 août 1876, figé de plus de quatre-vingt-deux ans. Le P. Perrone est tenu, à juste litre, pour l’un des principaux restaurateurs des éludes ecclésiastiques au xixr siècle. A lire les jugements portés sur lui par ses contemporains, on constate combien son œuvre théologique apparaissait à tous opportune el adaptée aux besoins nouveaux de la controverse religieuse. Au souci d’écrire pour son temps, le zélé professeur romain alliait un vif sentiment de Γimportance de la tradition. Moins brillant que Passaglia, moins solide que Franzclin, moins érudit que ces deux réno­ vateurs de la théologie positive, il prépara cependant les voies â l’un ct Λ l’autre. Clair, méthodique, concis, il fit pénétrer beaucoup de lumière dans l’enseigne­ ment ecclésiastique. I.a plupart de scs nombreux ouvrages (Sommervogel en énumère 41) connurent un grand succès. Scs manuels ont eu une diffusion extraordinaire. Son œuvre principale est constituée par les Prælectiones Iheologiciv qui parurent en 9 vo­ lumes de 1835 â 1842. Cet ouvrage a eu 34 éditions (la 31· est donnée par l’auteur comme emendatissima, aucta); il a élé en entier traduit en français ( I· éd. en 1871), ct pour certaines parties en diverses langues. Ces · leçons » sont complétées par divers traités : De virtutibus fidei, spei et caritatis, Batisbonne. 1865; De virtute religionis, Paris, 1866; De immaculata B.M.V. conceptione, Borne 1855; un Compendium en deux volumes de celte œuvre a atteint la 17· édition. Les traités de Perrone, au dire de 1 lurter, ont conserxr 1256 leur valeur à cause de l’immense érudition thcologique dont ils témoignent. De même nature sont les trois volumes De matrimonio Christiano, Home. 1858. Les écrits de controverse qui méritent le plus d’être signalés regardent d'abord Hermès dont Perroue fut un redoutable adversaire : L'erintsianlam, Home, 1838-1839, etc.; puis les protestants : Il prvtestantesimo e la régala di fede (1853), qui eut pluidc dix éditions en diverses langues; Catcchïsmo inlorno al proteslantesimo, 1851. etc., enfin des erreurs diverse* De D.N.J. Christi divinitate, 3 vol. in-8®, Turin, 18$; De romani pontificis in/allilulilate, Turin, 1871, etc. L'univcrsità gregoriana dei Collegio romano nrl priir. secolo dalla restituzionc (J5SJ-J824-1924), p. 177; Sommer vogel, Bibliothèque de la Compagnie de .lèstii, t. vi, col. 558 sq.; I flirter, Xoincnrlator, 3· édit., t. v b, col. I IWi; Annali délie scienze religiose, I sér., t. iv, v, vu. nui, m. XVI, etc.; I.e Correspondant, t. XX, p. 521-539 (G. Darboy). Ch. Boyer. PERSÉVÉRANCE. la mot de persest rance, dit sainl Thomas d'Aquin, s’emploie en tro·.» sens différents. Parfois, il désigne une disposition dt l’âme, par laquelle un homme demeure fermement attaché à la vertu, malgré les épreuves qui l'assaillent... Ou bien encore la persévérance est une disposition d’après laquelle quelqu'un a Vintention de persévérer jusqu'au bout dans le bien... Enfin, la persévérance, c’est la continuation effective du bien jusqu'au terror de la vie. > Sum. theol., Ι“-ΙΙ·υ. q. cix, a. 10. Les deux premiers sens se rapportent à la vertu de persévérance, partie de la vertu cardinale de force. Le dernier sens, exprimant l’exercice actuel de la vertu de perseve­ rance, pose le problème théologique de la grâce de la persévérance. D’où deux divisions dans cet article. L Persévérance-vertu. IL Persévérance-grâce. I. PERSÉVÉRANCE-VERTU. 1° La Vertu 2° les vices opposés. L La vektü (saint Thomas. ID-II·1, q. cxxxvn). — 1° La persévérance est une vertu. - Sans doute, b persévérance n’a pas pour objet un bien particulier; mais son objet formel est distinct de celui des autre* vertus. Il s’agit, en cITct, de persister dans le bien longtemps et Jusqu'au bout. Ainsi, la persévérance est une vertu spéciale qui a pour fonction de supporter, autant qu’il est nécessaire, la durée dans les œuvresdes vertus précédentes el de toutes les autres ». S.Thomm, loc. cit., a. 1 ; cf. In 11/ura .Sen/., dist. XXX111. q. ni, a. 3, qu. 1. ad l‘,n‘. 2° (Test une partie de la vertu de force. Elle pratlque une fermeté analogue à celle que comporte la vertu de force. Mais celte fermeté ne s'affirme pa\ comme dans la force, à l’égard même du danger de mort. Il s’agit, en effet, uniquement de supporter b difficulté qui vient de la durée de la vertu. La persévé­ rance est donc une vertu annexe de la force. Saint Thomas, id., a.2;cf. q. cxxvm. a. un.; /n ///uniSrnl., (list. XXXIIL q. III, a. 3. <μι. 1, 2. L 3° Elle ne doit pus être identifiée avec la constance. — Conslance et persévérance ont la même fin ; la fixité dans le bien. Mais la difficulté que chacune doit sur­ monter n’a pas la même, cause; celle qui fait l’objet de la persévérance vient de la durée même du bien; celle qui fait l’objet de la conslance vient de tout obstacle extérieur, quel qu'il soit. La persévérance v· rapproche davantage de la force, parce que la diffi­ culté provenant de la durée est plus essentielle ù l’acte bon que celle (pii vient du dehors. Saint Thomas, id„ a. 3. 1° En tant que vertu infuse, elle exige le don de la I grâce habituelle. Simple applicat ion particulière du principe générai de la connexité des vertus Infuses cl de la grâce. Saint Thomas, id., a. 4. 1257 1’ 1 ·. I i s ί. V É 11 Λ \ C E. I) O N N É E S SCRIPTURAIRES JL Lis vices opposés (suint Thomas, II® IP. q. cxxxvm)· - 1° mollesse. Cc μ·/ UÜST xHiPTVRAUiT. Nous i · digé­ rons de parti pris les enseignements de l’Ancien Testa­ ment relatifs ù la nécessité de la grâce pour le salut, pour nous en tenir au double fondement qu'on peut recueillir dans le Nouveau Testament : 1. L’impossibi­ lité pour l’homme d’observer la loi sans le secours de Dieu; 2. la nécessité, pour les justes eux-mêmes, de recourir à ce secours divin s’ils veulent surmonter les périls spirituels. 1° L·impossibilité pour l'homme d'observer la loi sans la grâce de Dieu trouve son fondement scripturaire dans saint Paul, Horn., vu, 12-21. L’intelligence de celte péricopc suppose une doctrine plus générale, dont l’énoncé se trouve reporté au c. v, 1-2 : Jus­ tifiés par la foi..., nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire des enfants de Dieu. » Mais a cette espé­ rance de la gloire s’opposent des obstacles énumérés aux c. v-vu, que d’un mot l’Apôtre résume dans le < règne du péché * qui, depuis Adam, s’étend sur le monde entier : c’est le péché, ή αμαρτία, avec ses satel­ lites. la mort, la chair, la loi (car le péché abuse de la loi mosaïque pour mettre à mort spirituellement les hommes). La grâce de Dieu doit triompher de tous ces obstacles, v-vi. passim. De l'influence néfaste de la chair el de la nocivité de la loi sans la grâce, saint Paul parle dans le c. v n. Voici le lexte important : 12. Ainsi donc la loi est sainte, cl le commandement saint ct juste et bon. 13. Cc qui est bon est-il donc devenu pour moi la mort? Loin de là. Mais le pêche, afin -23, P. L., t. xliv, col. 559*562, et Retractat., I. 1. c. xxin, xxiv, xxvi; I. Il, c. î, t. xxxn, col. 621.622,62 1,629; Contra Julianum,L \ I, η. 11-12, t. xliv, col. 829. ct De prædest. sanctorum, n. 8. id., col. 966. L'interprétation la plus littérale ct la plus communément admise est que Paul parle Ici au nom du juif harcelé par la Loi ct conscient de sa faiblesse. C’cst l'interprétation de saint Irenée, Cont. turres., L HL c. xx, n. 3. P. G., t. vu, col. 941; de Tcrtullien, De pudicitia, c. vu, P. L., t. n, col. 1015; de saint Ambroise. De Abraham, L IL c. vi; De Isaac, c. n; De Jacob, I. I, c. IV, P. L., t. xiv, col. 190, 529, 631; de saint Jérôme, In Danietem. c. m, v. 29, P. L.. t. xxv, col.532; Episl., cxxi, c. vin. P. L., t. xxu. col. 1022 sq., ct meme de saint Augustin dans ses premiers temps. Expositio quarumdam propos. ex episl.ad Rom., prop, xxxviii-xlvi; Comment, in epist. ad Galatas, n. 47. P. L., t. XXXV. col. 2070-2072, 2139; De Lxxx//i diversis quieslionibus, q. lxvi; De diversis quaestio­ nibus ad SimpUcianum, I. 1, q. il il 7 et 9. t. xl, col. 60 sq., 115-117. Dans son commentaire sur l’épître aux Romains, saint Thomas expose les deux manières, mais, cn raison de l’autorité de saint Augustin, à la fin de sa carrière, préfère la première. On ne doit citer que pour mémoire l’interprétai ion jadis soutenue par saint Méthode d’OIympe. De resurrectione. H, 1-8. édit. Bonwetsch, p. 189-201, et reprise par Cajétan, d’après laquelle le moi de ce chapitre vu désignerait l’huma­ nité enfermée dans le premier homme. Malgré le rajeu­ nissement qu’en a tenté le P. Lagrange, op. cit., p. 168, cette exégèse ne parait pas devoir être prise cn consi­ dération. Sur tous ccs points, voir !·’. Prat, La théologie de saint Paul, t. I (17· édit.), Paris, 1930, p. 272-275. La signification littérale du texte de saint Paul est claire : le juif, placé sous la loi mosaïque, mais aban­ donné à l’infirmité de sa chair sans la grâce du Christ, peut ressentir un attrait vers le bien, et le vouloir même d’une manière Inefficace; il ne peut l’accomplir cn réalité. Le mal lui est si intimement présent, comme une lot existant dans scs membres et s'opposant a la loi de Dieu (qu’il connaît cependant et qu’il approuve), il le tient tellement captif sous la loi du péché (pie. loin de faire le bien, il pèche plutôt contre la loi de Dieu (f. 21-23) d’une façon qui lui est imputable cl le voue a la mort spirituelle (t. II). Les expressions cc que je ne veux pas » du t. 16 cl < cc n’est plus moi qui le fais du t. 17 n’impliquent pas la négation de tout volontaire, mais désignent simplement un involon­ taire secundum quid. De cette triste condition, seule la grâce du Christ délivre. Cette affirmation n'est qu’implfcitemenl contenue dans la formule εύχζριστω τώ <->εώ du f. 25. mais sc retrouve explicitement plus loin, vin, 2. Sur cette Interprétation, voir Lagrange, Prat, lo'.cil.,et Hermann Lange. De gratia, l'nbourgrn-B., 1929, n. 141. 1260 De l’interprétation litterale du texte, il est facile de passer â la doctrine. Ce qui est vrai pour le juif soumit à la loi mosaïque est vrai pour le païen, qui ne connaît que la loi naturelle.et même, dans une certaine mesure, pour h* juste déjà sous l’influence de In grâce. Pour le païen, nous avons l’assertion explicite de saint Paul. Les païens connaissent une certaine loi divine, la loi naturelle : sans la loi (mosaïque), ils pèchent ct péris­ sent, Rom., il 12; car ils sont à eux-mêmes leur loi et ils portent, inscrit dans leur cœur, ce que la lx)icom­ mande. n, 15. Ce qui, au c. vu. est dit du juif sous b loi mosaïque peut donc être transposé au païen sous h loi naturelle. Quant aux chrétiens de la loi nouvelle, il est inadmissible que des docteurs comme Augustin et Thomas se soient égarés sur la doctrine elle-même. Il faut leur concéder que ce conflit est possible, même sous la grâce... L'argument de Paul prouve donc que toute loi divine est imparfaite, même dans l’ordre de h grâce? Oui. car. d’après saint Thomas, 1^-11®, q.xc.vm, a. 1, une loi divine atteint le fond de l'homme, c’est-à-dire les actes intérieurs de la volonté, qu'elle ne peut cependant assister pour les rendre meilleur*. De sorte que la grâce est toujours le recours nécessaire dans tous les états... L’opinion des saints docteur» a aussi cela de juste que les sentiments du moi, mis en scène par Paul, sont trop élevés, malgré leur imperfec­ tion. pour être ceux d’un gentil ou même d’un juif assujetti au péché dans le style des c. i et n on vi. Làbas on avait pris son parti du vice; on était affranchi vis-à-vis de la justice, vi. 20. Maintenant la pauvre âme, même quand elle se laisse entraîner au mal, sou­ pire. gémit, jette un regard vers la loi de Dieu, dont on l’éloigne comme malgré elle. Est-ce le langage d’un païen ancré dans le désordre? ■ Lagrange, op. cit., p. 172-173. Ainsi, d’une manière générale, la grâce, qui nous vient par le Christ, est le seul moyen d’éviter le péché, de vaincre la concupiscence, d’observer la Loi. Cf. ICor.. xv, 56, 57; 11 Cor., m, G; GaL, n, 16. 21; ni. 10. H; Rom., vin, 3-5. 2° La transposition doctrinale, opérée par saint Augustin ct saint Thomas, trouve une légitimation scripturaire dans l'affirmation, fréquemment répétée, que les justes eux-mêmes doivent recourir à la grâce pour sur­ monter les périls spirituels. — Le diable, lion rugissant, tourne autour d’eux pour les dévorer, I Pet., v, 8; il sc transforme en ange de lumière, 11 Cor., xi, LL et sème sous les pas des justes des embûches. Eph., vi, 11-12. De là, pour le juste lui-même, de multiples tentation·». Contre lesquelles Jésus-Christ lui-même met en garde ses disciples, Matth., xxvi. 11; et que les apôtres indiquent d’un mot. Eph., vi, 10 sq.; Rom., vn,23sq.; 1 Pet., v, 8-9; 1 Joa., n, 16; Jac., î, 2, 12-15. Delà aussi la nécessité d’un combat. Eph., vi, H» 13 sq.; cf. 1 Cor., IX, 26; II Tim., n, 3 sq.; cf. I Tim., i, 18: Jnc., iv, 7. Les armes dont le juste sc servira sont des armes divines. Eph., vi. 11, 13; cf. II Cor., x, 4. Saint Paul les énumère. Eph., vi, 1 1-18 : < Soyer fermes, ceignant vos reins de la vérité (cf. I Pet., L 13; Luc., xxu, 35) et revêtant la cuirasse de la justice, et chaussant vos pieds pour vous préparer a l’évangile de la paix : prenant surtout le bouclier de la foi (cf. 1 Pet., v, 9; Jac., î. 3-1; I Cor., χνι, II; I Thcss., v, 8; 1 Joa., v, I), dans lequel vous puissiez éteindre tous les traits enflammés du malin. Prenez aussi le casque du salut ct le glaive de l'Esprlt, qui est la parole de Dieu (cf. Heb., tv, 12); priant en esprit en tous temps (cf. Matth., vi, 13; Luc., xvm. 1; xxu, 1θ), par toute sorte de prière ct de supplication pour tous les saints. < La vigilance est aussi recommandée, I Cor.» χνι, H; cf. x, 12; Matth., xxv!. Il; 1 Pet., v, 8. Beaucoup de ces textes laissent entendre qu’avec le secours divin l’homme peut avoir l’espérance du salut. 1261 i*ι:i«sι':\ ι·:κ \x,«.κ. témoignage des premiers pères I Thess., v, 8, el triompher par la foi I Joa., v, I. Saini Paul dit expressément que ce qui était impos­ sible à la Lol seule devient possible par la loi de l’esprit de vie dans le Christ Jésus ·. Boni., vin, 2. La Loi était sans force à cause de la chair; mais Jésus, revelant noire chair, nous a donné le moyen d’accom­ plir la justice en nous. Id., 3-1. Cf. GaL. n,21. * Dieu, dil encore saint Paul, est fidèle et ne soullrira pas que vous soyez tentés par-dessus vos forces; mais il vous fera tirer prolit de la tentation elle-même, afin que vous puissiez persévérer. 1 (.or., x, 13; cf. IJ Pet., î, 10. Cette espérance n’est pas une certitude absolue, id., 12; cf. Phil., n. 13, puisqu'elle laisse subsister une appréhension. Néanmoins, la persévérance est possible et le salut est au bout. Matth., x, 22; xxiv, 13; Marc., xm, 13. Sur le sens très général de ccs der­ niers textes, voir Lagrange, Évangile selon saint Marc. Paris. 1920, p. 317. Enfin, la possibilité de la persévérance ne rend pas, même avec le secours de la grâce, l’homme juste impec­ cable. Des péchés, péchés de surprise et de, faiblesse, lui échappent encore : Πολλά γάρ πταίομεν αταντες. Jac., m, 2. L'expression ττταίειν dénote cotte sur­ prise, cette faiblesse dans le péché. Ct. Matth., vî, 12; Luc., xi, I; Marc., xi, 25; Ps., cxi.iï, 2; Il Par., vi, 36, et peut-être Eccl., vu, 21 ; sur les textes dont le sens est douteux ou forcé, voir Ch. Pesch, Praelectiones dogmatica, t. v, n. 177. Ces péchés sont ceux que nous nommons véniels. //. /./;ô’ pP.res jrj.vr la controverse pela· gienne. — l°Les Pères apostoliques n’envisagent pas directement le problème de la vie chrétienne sous l’aspect de l’impossibilité morale où sc trouve l’homme, infime justifié, d’accomplir tout son devoir sans le secours de Dieu. Leurs exhortations présupposent tou­ jours cc secours accordé : le souvenir du salut apporté par Jésus-Christ est encore très vivace et le retour du Sauveur est espéré si proche! Néanmoins, ils connais­ sent les obstacles à la vie chrétienne. Cc sont toutes les fautes de la voie de mort. Didachè, v, commises par ceux qui sont cn éveil non pour le bien, mais pour le mal ». v, 2. L’auteur de la Didachè ne met pas en doute que le chrétien puisse accomplir toute la loi de JésusChrist. préceptes et conseils, ou tout au moins ce qui est possible » à tous indistinctement, c’est-à-dire les préceptes, vi, 2. Les recommandations de vigilance qui terminent l’écrit concernent de toute évidence le prochain retour du Christ; mais, au point de vue moral, n’est-ce pas le même conseil qui convient à la persévérance dans le bien? La meme préoccupation, persévérer dans la voie du salut pour être prêt au jour du jugement, se fait jour chez l’auteur de VÉpItrc de Harnabé. CL tv, 1-1 1. Tout le c. v montre comment Dieu, par Jésus-Christ, nous cn a donné les moyens, de telle sorte que péril jus­ tement l’homme qui, ayant connaissance de la voie de la justice, se tourne vers la vole des ténèbres ». \. 1. Mêmes recommandations dans la / Cor. de Clément, xxvjn-xxix. L’a seule chose importante pour l’homme est d’être trouvé au nombre de ceux qui attendent le Seigneur ». xxxv, I. ('.cia sera réalisé par la fidélité à la voie de la vérité qui éloigne l’homme de tout ce qui est odieux à Dieu, xxxv, 5-6. En cela, Jésus-Christ est le protecteur el le soutien de notre faiblesse, xxxvi, 1. C’est lui qui ouvre |es yeux de notre cœur, qui donne la lumière à notre Intelligence privée de clarté et de sagesse hl.,2. Il faut donc combattre de toutes nos forces, cn nous maintenant, tels des soldats disci­ plinés, dans l’ordre voulu par Dieu, χχχνπ. I. L’im­ puissance de l’homme, laissé Λ lui-même, transparaît dans les citations de Job, iv, 16 sq. el xv, 15. faites par Clément, xxxix. La prière est le moyen d’obtenir à 1262 tous de sr conformer a la divine volonté, ι.νι, 1. cl c’cst l’obéissance aux préceptes divins qui nous pla­ cera au nombre de ceux qui sont sauvés par JésusChrist. lviîî, Dieu devant être, dans cette œuvre de salut, l’aide ct le soutien des élus, lix cn entier. On trouve quelques traits analogues dans Ignace d’Antioche. La persévérance dans la prière ct dans la fol est particulièrement recommandée aux Éphéslens, x. cn vue du Jugement prochain, xi. 1. Scion la forte expression de l’Épf/re aux Magnésiens, c’cst cn sc salant » cn Jésus-Christ (άλίσΟηττ έν αύτω) qu’on sera préservé de la corruption, x, 2. Ignace lui-même ne peut supporter scs souffrances que soutenu par JésusChrist. Smyrn., iv, 2. L’A’pf/rc à Polycarpe, décrivant les armes nécessaires au combat de la vie chrétienne, vi, 2, rappelle Eph., vî, 11-17. 2° Des Pères apologistes il est suffisant de citer le plus représentatif, saint Justin. Bien que le péché originel reste cn dehors des vues de l’apologiste, l'impossibilité pour l’homme d’accomplir, sans la grâce, les œuvres nécessaires au salut est clairement proclamée : < C’est près de Dieu seul qu’il faut chercher le salut cl le secours. » Dial., c. en, P. G., t. vî, col. 713, et Λ pol., I. c. lxv ; · Que les chrétiens prient, afin que ceux qui ont appris la vérité y ajoutent la pratique des bonnes œuvres et l’observation des pré­ ceptes ». Col. 128. \oir aussi les deux beaux textes cités ici. t. vm, col. 2268. 3e Parmi les controversistcs, saint Irénée mérite une mention spéciale. L’essentiel de la doctrine catholique sur la nécessité de la grâce pour faire le salut sc trouve dans renseignement de l’évêque de Lyon. Voir t. vu. col. 2187 sq. Par ailleurs. Irénée affirme la possibilité pour tous, avec l’aide de Dieu, de parvenir au salut ct. d’autre part, il enseigne explicitement que l’observa­ tion de l’économie providentielle, c’est-à-dire de la loi divine, justifie l’homme qui a foi en Dieu el cherche â lui plaire. CL col. 2191. Malgré leur vague et leur insuffisance relative, ccs indications montrent néan­ moins que la doctrine catholique, sur l’impossibilité d’observer la loi cl de ne pas pécher sans le secours de la grâce, sc trouve déjà tout au moins implicitement affirmée. I® Clément d*Alexandrie et Origine. — Le maître d’Origène enseigne déjà que, sans une grâce abon­ dante, l’âme ne reçoit pas d’ailes et ne peut s’élever vers les choses d’en-haut ». Strom., 1. V, c. xm, éd. Stâhlin, t. iî, p. 381 ; /*. G., t. ix. col. 121. Mais Origènc est plus explicite. Bien qu’exaltant le libre arbitre, il n’ignore pas que l’homme a besoin du secours de Dieu pour vaincre les obstacles au salut. La lutte que le chrétien doit soutenir contre les démons et les ten­ tations qu’ils suscitent est terrible. In lib. Jesu .Xaoc, homil., xiv. I, P. G., t. xn, col. 892; xv, 5. col. 902; éd. Bæhrens. t. n, p.376-377,3S9-390. Mais Dieu se sert de ces tentations el de ccs luttes nécessaires pour pro­ curer notre bien, c’est-à-dire notre triomphe sur le mal. In Numéros. homil. xiv, 2. ibid . p. 123, P. G., t. xn. col. 677. Car ce qui manquera pur suite ù l’humaine faiblesse, lorsque nous aurons fait ce qui est en notre pouvoir. Dieu l’achèvera, lui qui coopère en tout avec ceux qui l’aiment en vue du bien (cf. Boni., vm. 28l. avec ceux dont il connaît d’avance, selon son infail­ lible prescience, cc qu’ils seront ». De oratione, n. 29 (lin), édit. Kœtschau, t. n. p. 392; /*. G., t. xi. col. 515. La liberté humaine tôutc seule est impuissante à achever le bien (car elle est amenée à la perfection par un secours divin). Dieu lui donne des armes spirituelles, grâce auxquelles elle doit triompher des puissances adverses. Cc sont les armes énumérées dans Eph., vî. 11 sq. (J. De principiis, I. Ill, c. n, n. 2, P. G., t. xi. col,306; In Numéros, homil. vu, 5-6, édit. Bæhrens. I. n. p. H’»-18; P. G., t. xn. col. 618-620. Aussi devons- 1263 l’I.liSÉVÉK A N(.i: LA CONTKOVEKSE I' ela (i 11. \ X i; 1264 nous avoir confiance : le récit (h· la tempête apaisée i rclllcacilé de la grâce pm rapport à nos libres deci­ sions De anima, c. xi.t. P. L. (| 865). t. n, col. 761, mais nous y imite. In Mallh» commentarii. xi, 6, P, G., encore la possibilité de persévérer pour celui qui n reçu ( Xlii. col. 920 *q Sur ces textes d'Orlgcnc cl la lullè le baptême avec une vraie pénitence. De pwnilfnlin, do Idées, voir t». Biirdy, Origine (coll. /.rs moraliste* diraient), Paris, 1932, p. 11-77. I ne phrase typique j c. vi, P. L., t. i, col. 1319 1351». S’adressant aux niiii tyrs, il Insiste sur le dur combat qu'ils sont obligés dr résumé bien la pensée d’Orlgènc ; · Le vouloir cl h· livrer pour garder toujours l’Esprit saint en eux, ct sur courir de l’homme ne suffisent pas pour remporter le la nécessité de fortifier leur esprit coût le les trahisons prix. C’est Dieu qui achève la victoire par son secours. de la chair. Ad martyres, c. i, p. t. i, col. 691 sq. Votre perfection n’a pas son couronnement de nousGf. A. d’Alès, La Ihrolugn dr lerlullirn, Paris, 1905, mêmes : c’est Dieu qui en est le principal artisan. > De p. 270-272. principiis, I. Ill, c. i, n. 1«, P. G., t. xi. col. 289, Avec saint Cyprien. nous avons une doctrine plus 5° Les Pires grecs du IV' slide. Bien qu'ils s’alta complète et plus précise, (.oininentant les paroles de client surtout a venger la liberté humaine des attaques l’oraison dominicale : Pour que la volonté divine manichéennes et gnostiques, les Pères grecs du soit faite en nous, écrit il, Il est besoin de son secours iv* siècle ont cependant reconnu l’impossibilité pour el de sa protection, parce que personne n’est fort par l'homme, sans la grâce de Dieu, de se maintenir ferme ses propres forces. · Dr dominica oratione, c. χιν, P. L. dans l’accomplissement du devoir. ■ Chaque jour, écrit (édit. 1865). I. iv. col. 515. La grâce baptismale lui ;i saint Athamisc, le Christ nous entraîne a la piété, nous fait comprendre à lui-même que tout ce <|uc nous Incite a la vertu, nous enflamme du désir des choses célestes, nous révèle la connaissance du Père, nous pouvons vient de Dieu ». Epist. ad Donatum, I, édit, inspire la force contre la mort. - Oral, de incarnatione, llartcl, t. i. p. 6; cf. Testimoniorum. L III, c. tv, id., p. 116. Le baptême, en elle!, donne, par la grâce, le xxxi. P. G., t. xxv, col. 139. Saint Basile est plus pouvoir de faire cc qui, avant le baptême, était impos­ précis : Ceux qui auparavant étalent stériles et des­ sible. Ad Donatum, toc. cit. On sait d’ailleurs que saint tinés aux flammes (de l'enfer), dès qu'lis ont revêtu h· Augustin, dans la controverse pélagicnne, cite fré­ Christ, ont recouvert la stérilité de leur vie pur la grâce du Christ. Homil. in ps. X.\ t ///, n. 5, P. G. ( quemment saint Cyprien, tout particulièrement la lettre A(t Donatum, 5, 1 1, 15. Ces textes, dit a juste t. xxix, col. 296. · Personne ne peut combattre le titre A. In ps. cal///, lit. i, n. 12, P. L., t. tx, Pour vouloir le bien, dit saint Grégoire de Xazianze, col. 509. La miséricorde nous est donnée pour que se référant a Born., ix, 16 (plus exactement, pour von nous demeurions fidèles au service de Dieu. · Id., loir bien, βούλώΟχι ζα>ώς), l’homme a besoin du lit. xvi, n. H», col. 610* ecmirs de Dieu; le choix du bien est un don de la Saint Ambroise : \ oyez, partout cl toujours la divine miséricorde. · Oral., xxxvn. 13. P. G., t. xxxvi. force divine coopère aux efforts humains; personne ne col. 297. Saint Grégoire de Nyssc, d’une part, affirme peut édifier sans le Seigneur, personne ne peut sc pré­ l'insuffisance de notre nature, Dr prop· sec. Drum. server sans le Seigneur, personne ne peut commencer P. G., t. xlvi, col. 289 sq.; d’autre part, la possibilité quelque chose sans le Seigneur. · In Luc., I. Il, n. 81. avec la grâce d’accomplir intégralement h· devoir, car P. L., t. xv, col. 1583. Cf. pour la résistance aux ten­ la loi divine n’oblige pas l’homme à cc qui dépasse la tations. In ps. XLIII, 71, t. xiv, col. 1123. nature : Il ne nous demande pas de devenir oiseau, ne Voir d’autres autorités citées par Lange, l)c gratia, nous ayant pas donné des ailes. Dr beatltudlnibus, η. I··. 179 180. oral, vi, P. G., t. xi.iv, col. 1265. Cf. J.-B. Auihauser, En résumé, jusqu'à Pélage, les formules sont encore Die llrlhlehrr des Id. Gregorius von X/ssa, Munich, générales; elles affirment cependiint, «l’une manière P'1‘». p. 164 explicite, la nécessité de la grâce pour faire son salut, Même note < liez saint Jean Chi vsostome : Dix mille pour demeurer fidèle à Dieu au cours de lu vie, spécia­ efforts ne peuvent nous faire produire le bien, si nous lement par la victoire sur les tentations. Sans Dieu, n’avons pas le secours d'en haut.» In Gen., homil. i.vni, cette fidélité disons cette persévérance — est 5. P. G., I. Liv, col. 513. Impossibilité de vaincre Impossible. h s tentations. In I Cor., homil. xxiv, J, P. G.. ///. /-A.s rr.HEH /axn.ixt /.a conthovbrhh rfd.A· I f.xi, col. 198; Homil. In paralytic., 2, P. G’.. I. U, an. \ m:. - p* Saint Jérôme. I Jès le début de la con­ col. 51. Mais, par contre, avec la grâce, possibilité de troverse pélagicnne, saint Jérôme prit position d’une surmonter les tentations, lue. cil., et de parvenir à la façon très nette. Voir Pélagianisme, col. 689. Sa théo­ persévérance finale. In Gen., homil. xxv, 8, P. G., logie n’est pas toujours précise; dans certains passages t. un. col. 228. Cf. In Act., homil. xxiii, 3. P. G., du Dialogus adversus pelaytanoa, Il ne distinguc pas t. i x. col. 182; In Heb.. homil. χνι, I, P. G., t. î.xiii, assez h· secours .spécial de la grâce du concours géné­ col. 126; In Mutth., homil. i.xxvi (f.xxvn), I, ct ral requh pour tout m le q, i ct priez, mais levez vous et résistez, car vous avez votre libre arbitre cl... vous n'avez pas besoin d’autre 0· Les Pires latins antérieurs a la controverse pélasecours. Id.. |. II. n. 16, col. 552. Au I. Ill, n. 2, il glenrie exaltent encore, eux aussi, le libre arbitre, sans affirme que l’impeccance absolue ne peut être altrlnégliger toutefois In nécessité du secours divin pour buée qu’â Dieu rt au Verbe Incarné. Son raisonnement agir conformément aux exigences de la vertu. vaut pom la perses érance dans le bien : Ce que je Tertulllen enseigne non seulement la nécessite cl 1265 PEUSEVÉKA XCE. LA COM’KOX EHSE PELAGIENNE peux foire pendant quoique* InMnnts, lu ne me for­ ceras pas il le faire toujours; Je puis Jeûner, veiller, marcher, lire, chanter, m’asseoir, dormir, mais le puh-jc perpétuellement? · Col. 581. Voir la compa­ raison entre péhiglens et stoïciens. Epis/., cxxxilf, η. I, /> /., I. xxn. roi. 1 I IM. 2° Saint Augustin, Il est incontestable que la doc­ trine d’Augustin sur la persévérance des Justes a subi une certaine evolution. Il serait toutefois exagéré de rattacher celle évolution au changement d'attitude qu*on observe chez Augustin par rapport â la première bonne disposition de la volonté, changement décrit Ici, voir l. i. col. 2378. Elle n'est pas non plus en corré­ lation avec le concept de péché attribué par Augustin n toute œuvre, même bonne, des infidèles, concept repris ct déforme par Bains, voir cc mol, t. n, col. 86; cf. G HA CE, t. vi, col. 1578 sq. La question de la persévérance des justes, en effet, est posée par les péhiglens avec assez de netteté, pour nous permettre de saisir, au cours de la controverse, la pensée de saint Augustin sur ce point précis. Pour les pélaglens, l’homme tient de Dieu la possibilité du bien; mais il ne tient que de soi-même le bon usage de sa liberté, par conséquent, le pouvoir de ne pas pécher, «l’observer les préceptes cl «le persévérer Jusqu’à la mort dans cet état d’Imjaccnnce. Voir Péiaoîaxismi·:, col. 681. 1. Il semble que d’abord saint Augustin n’ait pas prêté une attention sullisanle à la nécessité d’un secours particulier de Dieu, en dehors de ce que nous appellerions aujourd'hui l’état «1«! grâce. « Persévérer en l’Esprit saint, ce qui est nu pouvoir du libre arbitre, entraîne le mérite de la vie éternelle. > Expo \it. quarumdam propositionum ex epist. ad Homanos, prop. 60, p, /... t. xxxv, col. 2079. Dans cette manière de s’exprimer, saint Augustin m· faisait que transférer â l'humanité régénérée par le Giirlsl ce qu’il enseignait de I humanilé encore Innocente en Adam, avant lu faute originelle. Gf. Opus imperfectum contra Julianum. I. Ill, c. ex; Dr natura ct gratia, c. χι.νιιι, n. 56; Dr (icncsi ad litteram, 1. \ HI, n. 25-26. /’. λ., I xi v. col. 1291; xmv, col. 271; xxxiv, col. 391, 2. Mais la controverse l'oblige bientôt à proclamer linipuissance de l'homme, même ami de Dieu, à éviter le péché sans h· secours divin. I.a doctrine générale d’Augustin est celle qui n été esquissée. Ici même, t. i, col. 2385-2386, à propos de Vimprccantia pélagicnne. Mais 11 n’est pas Inutile de montrer coin ment saint Vugustln propose déjà les arguments «pie la théologie moderne fera valoir en faveur de la néccs sité monde de la grâce pour le posse perseverare. Le Dr spiritu rt littrra est en grande partie consacré â montrer que le libre arbitre ne sulllt pas pour vivre selon la justice. Livré à lui seul, il ne saurait faire antre chose que trébucher et pêcher, s’il ne connaît pas la voie â suivre. Même celle-ci connue.il lui faut, en outre, la charité divine qui lui fera aimer celle voie et agir pour y progresser. Ainsi, le précepte donné de vivre selon la Justice, sans l’esprit «pii nous la fait aimer, c’est la lettre qui lue ·. (’air il est des choses qui, bien que théoriquement possibles en elles-mêmes, ne peuvent, pour dilTérents motifs, être réalisées en pratique. Et Augustin appuie son dire sur Boni., vn, Il 15. Gf. supra, col. 1259. Chrétiens, Juifs, gentils, tous ont un besoin indispensable de la grâce méritée par Jésus-Christ. Lire surtout, c. iv. n. 6; c. xîx. n. 32; c. \xx, n. 52, t. xi.IV, col. 293, 220, 233. D’autres textes peuvent être invoqués on faveur de la néccssite de In grâce divine pour soutenir rt diriger le libre arbitre. Voir surtout Dr gratia Christi, c. vm, t xi.iv, col. 361; Dr peccat, meritis rt remissione, I. II, c. v, n. 5, t. xliv, col. 153 (aux c vu, n. 7; xvn, n. 26. col. 155, 167, Augustin indique nettement qu'avec la 12b(i grâce, la persévérance qui empêche de tomber dans h· pé« hr est possible a l’homme); Dr grat. rl lib. arbilr c. vr, n. 13; c. x. n. 22; c. xi, n. 23, t. xliv. roi. 889. 891, 895; Epist., ci vil .c. il, n. 10; u.xxv (lettre coller live des évêques du concile de Carthage à Innocent)· n. 3; clxxxvi, c. ix, n. 32. t. xxxm, col. 677,760, 827 D autre part, dans le Dr correptione et gratia. Augustin montre que le secours sans lequel Adam Innocent n’aurnlt pu persévérer n’est plus sutïisant, dans l’état actuel de l’humanité déchue cl régénérer par le Christ, pour assurer la persévérance. Il faut un secours jKir lequel Dieu nous accorde ct le pouvoir de persévérer rt le fait de la persévérance. Ici-bas. au milieu de tant et de si fortes tentations Inconnues au paradis terrestre, pour pouvoir vaincre le monde aver tous scs attraits, ses frayeurs, nous avons besoin d'une liberté plus forte, qui soit protégée et affermie par une grâce spéciale. Cf. c. xn. n. 38, t. xiis, col. 939, Ici. Augustin touche au problème de la per sévérance finale. Sans elle, pas de véritable persévt rance, cl c’est la grâce qui donne à l’infirmité dr la volonté humaine de ne pas succomber aux tentations, alors qu’elle pourrait y succomber ct être vaincue par l’adversité. Ibid., < f. n. 35, col. ’»37. Dans le Dr natura rt gratia, Augustin écrit déjà, contre les pélaglens, que, sans le secours du remède apporte par Je Sauveur, le pouvoir de ne pas pécher était inconcevable, r. XLvm, n. 56, t. xi.iv, col. 271, ct, de celle infirmité de la nature, il trouve la raison dans les diflicultes provenant des tentations. Gf. c. un, n. 62, col. 277. El, dans VEnarratio in ps. ΛΛΛΛ/Λ. η. I, il propose la brève formule suivante : - Sans le secours divin, nous ne pouvons surmonter les tentations de cette vie par le libre arbitre de notre volonté. » T. xxxvn, col. 11 12. 3. Autant saint Augustin est ferme dans la doctrine dr la nécessité de la grâce pour le simple possr prrsrve rare, autant il est catégorique sur le fait «pic la grâce nécessaire ne manquera à personne. SI I homme ne persévère pas, c’est que lui-même ne veut pas persé­ vérer. Dr correptione et gratia, c. xm. n. 12. t. xliv. col. 912. Dans ses sermons au peuple ct dans >e$ pre­ miers écrits contre les pélagiens, Augustin Insiste sur cet aspect de la doctrine catholique. Dans le Dr natura rl gratia, il rappelle les prévenances el les soutiens de la grâce de Dieu, cl conclut : * Dieu ne commande pas de choses impossibles, mais, en les commandant, il l’avertit de faire cc que lu peux, el de demander ce que lu ne peux pas. » C. xxxi, n. 35; c. xijii. n. 50; l. xi.iv, col. 261, 271. Auparavant, il avait écrit dans le même sens : Dieu, â moins d’être abandonné, n’abandonne personne de ceux qui veulent vivre dans la pieté ct la justice. G. xxvi, n. 29, col. 261. Gf. Dr gratia rt Ubero arbitrio, c. xvi, n. 32. col. 9. /n ps. /J7, n. 1; In ps. rxi.1, n. 9, l. xxxvi, col. 661 ; l. xxxvn, roi. 1890. I. Enfin, sur la fin de sa carrière, saint Augustin précise sa pensée sur le don de la persévérance finale. Déjà, dans le Dr correptione et gratia, il donne à sa doctrine une expression plus parfaite; mais les prin­ cipes de celte doctrine avaient été déjà posés dans divers ouvrages antérieurs. Augustin renvoie luimême au Dr diversis qua silonibus ad Simpttcianum, I. I; aux lettres ci.xxxvi, ad PauUnum; cxuiv, ad Sixtum. Cf. Dr dono perseverantia·, c. xxi, n. 55, t. xi v, col. 1027. il aborde directement le problème dans le Dr prudestinatione sanctorum cl surtout dans le Dr duno prrscveranthr qui en est la suite. 1 La pensée d’Augustin sur la persévérance finale est en relation étroite avec sa doctrine de la prédestina­ tion. Voir t. i. col. 2398. Xous nous bornerons ici aux traits concernant directement la persévérance finale. Dans le Dr correptione ct gratta, le saint évêquo enseigne «pie c’est la grâce divine qui tire les ëhis de 1. Avant la controverse, nous trouvons cette doc· l'originelle damnation, leur procure le bienfait de la foi trine déjà explicitement alllrmcc par de nombreux ct leur assure la persévérance finale. S'ils viennent à auteurs : Orlgènc n’excepte que Jésus-Christ, Conlrn quit ter en cours dc roule le droit chemin, la grâce les y Celsum. 1. Ill, c. lxii, /’. G., t. xi, col. 1001 ; Grégoire ramène ct c’est encore la grâce qui leur enlève la vie, à dc Nazianze dit qu’être sans fléché n'appartient qu’.i n’importe quel âge, pour les soustraire aux dangers de Dieu, Or., xvi. n. 15, P. G., t. xxxv, col. 953. Voir l'existence. C. vu. n. 13. t. xliv. col. 921. Ceux qui sc saint Jean Chrysostomc, lu Genesim, homil. lx. il l, perdent à la mort, même après avoir clé quelque temps P. G., t. Liv. col. 52 I, el, chez, les Latins, saint Cyprlcn, fidèles, n’ont jamais eu la persévérance finale, qui les De opere ct eleemosyna, n. 2, édit. 1 larici, t. i, p. 371; eût séparés dc la masse de perdition, n. 16, col. 925. De oratione dominica, η. 22, P. L. (édit. 1865), col. 552; Et c’est tellement la grâce qui opère en l’homme la Optat de Milève. De schism, donat., I. \ ll,c. il P./,., persévérance finale, qu’il faut distinguer soigneuse­ t. xi. col. 1085. Voir aussi les témoignages de Cyprica ment cette grâce dc celle qui, pour Adam innocent, et d’Ambroise, rapportés par saint Augustin, Çonlru était la condition de sa persévérance : la grâce d’Adam était le secours sine quo l'homme ne pouvait persé­ duas epist. pclag., I. IV, c. x, n. 27 sq.; c. xi, n. 29-31. P. t. XLI\. col. 620 sq.. 632-636. vérer; la grâce que reçoivent maintenant les élus est le .secours quo fil ut perseverent. C. xn. n. 31, 38. col. 936, 2. Pendant la controverse, étant donnée ! ’orgueilleuse 939. position prise par les pélagiens concernant le fait de l’impeccancc parfaite, conçu comme possible pour Une doctrine analogue se retrouve dans le De l’homme libre, les Pères proclament hautement que dono perseverantia·, avec quelques traits nouveaux. celte impeccance absolue est un mythe. Voici, chrono­ Augustin affirme que la persévérance finale est pour logiquement, les reactions de la pensée catholique l’homme un don de Dieu. Car c’est â la fin de la vie seulement qu’existe le grand danger de manquer le contre l'assertion pélagienne. En -111. condamnation salut. Tant que l’homme est en vie. il est incertain s’il des erreurs de Célcstius au concile de Carthage, d'après a cc don. Car. s’il vient a pécher avant de mourir, en les Actes publiés par Marius Mercator, c. vi : Posu toute vérité, il ne peut être dit avoir persévéré. Sans esse hominem sine peccato et jacite. Dei mandala servare; doute, c’est déjà une sorte de persévérance dc passer c. vu : Quia rt ante Christi adventum fuerunt homines un certain temps de sa vie sans pécher; mais celui qui sine peccato..., P. L., t. xlv, coi. 1681. En 112, saint ne persévère pas jusqu’à la fin ne saurait être dit avoir Augustin réprouve la parfaite impeccance préconisée la grâce dc la persévérance. C. i, η. 1, t. xlv. col. 993; par les pélagiens. De peccatorum meritis et remissione, cf. c. vi. n. 10, col. 999. Celte grâce de la persévérance l. H. c. n. n. 3, /*. /... I. xliv, col. 152; voir également finale ne nous est pas accordée selon nos mérites, mais c. vi. n. 7; c. xvn, n. 26, col. 155, 167. Dans le De selon la volonté très secrète et en même temps 1res spiritu ct littera, il reconnaît que la vie d’ici-bas ne juste, très sage, très bienfaisante de Dieu. C. xur, peut pas être sans péchés véniels, mais que ces péchés n. 33, col. 1012. Cc don de Dieu ne peut donc être n'empêchent pas les justes d’entrer dans la vie éter­ nelle. c. xxvn. n. 18; cf. c. xxxv, n. 65, I. xliv, obtenu que par nos supplications, suppliciter emereri potest. C. vi, η. 10; cf. χχιπ, n. 61, col. 999, 1032. La col. 229, 212. En HL l’erreur dc l'impeccancc se persévérance finale est un don de Dieu, et qui ne répand en Sicile; pour la réfuter, Augustin écrit la lettre clvii, t. xxxm. col. 671. En -115, dans De dépend que dc Dieu, parce qu’il appartient â Dieu seul d’imposer, quand il lui plaît, un terme à la vie; c’est natura et gratia, c. xxxvi, n. 12, il excepte la sainte lui seul qui peut envoyer la mort à un homme, avant Vierge, mais à tous les autres, il applique la parole de une chute qu’il prévoit, afin d’assurer sa persévérance. saint Jean, I Joa., î, 8, t. xi.îv, col. 267. Dans De C. xvn. n. il, col. 1018. Cf. Epist., ccxvn. ad Vitalem. perjectione justitiir hominis, c. xxi, n. I l, il éprouve \ i. n. 21. I. xxxiii. col. 986. quelque difficulté à admettre qu'un juste, si fiarfail ait-il été, n’ait jamais commis le moindre péché : si (‘.’est ce qui fait que, même pour les enfants baptisés ct mourant avant l'usage de la raison, le simple fait de cela était, il faudrait l’attribuer à un secours tris mourir en état dc grâce const Hue déjà le bienfait dc particulier de Dieu. T. xliv, col. 316. En 115 égale­ la persévérance finale. Cf. Epist., cxciv, n. 32; ccxvn. ment, le concile de Diospolis fait déclarer à Pélage n. 19; Contra Julianum, I. IV, c. vm. n. 12; De dono qu’il · n’a fias dit qu’il ail existé quelqu’un qui, perseverantia, c. xn, n. 31. t. xxxm, col. 885. 985; depuis son enfance jusqu'à sa vieillesse, n’eût jamais t. xliv. roi. 759; I. xlv, col. loll. fléché . Voir ici col. 692; cf. saint Augustin. Dc gestis Pelagii, c. vi, n. 16 sq.; c. xi, n. 23 sq., t. xi iv, 3° Après saint Augustin, — Les disciples d’Augustin col. 329, 333. En 116, les Pères des conciles dc Car­ maintiennent intégralement ses affirmations. D’une part, ils affirment pour l’homme, pour le juste luithage cl de Milève ct les cinq évêques écrivent leurs même, l’impossibilité, sans la grâce dc Dieu, d’éviter I lettres à Innocent l23. d’innocent l*r aux évêques du concile de Carthage. Le Au i\» siècle, lors de la querelle autour de Gottschalk, secours divin y est allirmé nécessaire â la persévérance les deux partis, augustinien el anliaugustinlen. Pru­ dans mie bonne vie, pour surmonter les embûches du dence de Troycs, Kémy de Lyon, Ébon de Grenoble, démon et vaincre les convoitises dc la chair : liieij d’une part, llincmar et scs fidèles, de l’autre, ont que Jésus-Christ eût racheté T homme dc ses péchés allirmé unanimement, malgré certaines contradictions /Hissés, écrit Innocent, sachant cependant qu'il pouvait plus verbales que réelles, la possibilité pour le libre pécher encore, il lut a réservé dc nouvelles grâces /unir arbitre, même aprèx la chute, de se diriger dans la voie reparer ses forces ct guérir ses blessures; il nous offre donc, chaque jour, des remèdes, cl si nous n'appuyons du bien avec le secours de la grâce divine. Voir concile pas sur ce secours nos efforts et notre confiance, nous ne de Quicrzy. eau. 2. Dcnz.-Bannvv., n. 317: Gavallera. 1271 PE RSÊVÉB A NCE. LA THÉOLOGIE η. 861 ; do Valence, can. 6. Denz.-Bannw., n. 325; Cavalier», n. 862; concile de Tuzcy, Hcfcle-Leclcrcq, Histoire des conciles, t. iv, p. 230. Les expressions du traité De tribus epistolis, manifeste de l’Églisc de Lyon, sont particulièrement remarquables. Voire, xxxvu ct wxvni, P. L.,1. exxf, col. 1018 sq. Plus nettes encore celles du De tenenda Scripturi? veritate, qui est du même auteur. Voir c. xi, ibid., col. 1112. r. / < THfailjuar ne jrojT.v .m. — Pour bien comprendre le progrès qui s’accomplit alors, de Pierre Lombard â saint Thomas et à ses commentateurs ou .1 scs contradicteurs, il faut se souvenir que notre terminologie actuelle : grâce sanctifiante ou habituelle, grâce actuelle, n’existe pas encore au début du xar siècle. Bien des équivoques ou des obscurités peu­ vent subsister si l’on ne prête pas attention à cc fait. Sans doute, quant à la chose elle-même, la doctrine d’un secours divin permanent et d’un secours passager existait, même chez saint Augustin. Cf. P. Dumont. Le surnaturel dans la théologie de saint Augustin, dans llcvuc des sciences religieuses, 1931 ct 1932. Mais, jusqu’à Alexandre de I laies, la terminologie était variable. Pour Pierre Lombard, la grâce sanctifiante parait être la charité, identifiée avec le Saint-Esprit luimême, gratia gratis dans, tandis que la grâce actuelle serait gratia gratis data. Sententiarum, 1. Π. dist. \W 11. n. L Alexandre de Halés réagit contre cette conception. 11 établit ce qu’il y a d’habituel dans la grâce sancti­ fiante. qui. distincte du Saint-Esprit et grâce créée, rend l’homme agréable à Dieu et semblable à lui. De toute évidence, l’influcnco de la philosophie aristo­ télicienne se fait sentir dans les concepts qu'Alexandre introduit dans la théologie de la grâce. La grâce est, pour lui, une /orme qui pcr/eclionne Pâme el ses puis­ sances. Sum. thcol., 111% q. i.xi, m. G, a. 1 ; cf. m. 2. a. L Cf. Karl Helm, Dus Wesen der Gnade... bei Alexander llalesius, Leipzig, 1907, p. 37 sq. Alexandre appelle grâces gratis datæ les autres grâces, actuelles ou habituelles (foi et espérance informes, charismes de la primitive Église). A l’égard du libre arbitre, la grâce est recti[icans, complens, elevans. Sum. thcol. IIe, q. xci, m. 1. a. 3. Saint Bonaventure adopte la terminologie d'Alexan­ dre, gratta gratum jaciens, ct gratia gratis data. La grâce gratum [ariens, don créé et distinct de la grâce incréée, est le principe informant l’âme pour la vivi­ fier et la réformer, ht //um Sent., dist. XXVI. a. 1. q. if. Sous le nom de grâce gratis data, il comprend quidquid illud sit, quod superadditum est naturalibus, adjuvans aliqitomodo ct prirparans voluntatem ad habi­ tum vel usum gratin·, sive... sit habitus, sicut timor servitis, vel pietas aliquorum visceribus inserta ab infantia, sive sil diam aliquis actus, sicut aliqua vocatio vel locutio, qua Deus excitat animam hominis ut se requirat. Id., dist. XXVIII, a. 2. q. i. La grâce gratum [ariens est quelque chose de divin dans l’âme, audessus du libre arbitre: la grâce gratis data tient le milieu entre le don de la grâce sanctifiante et la liberté naturelle de la volonté. Id., ibid. Voir aussi Hrcoiloquium, part. V, c. i. Cf. F. Mtlzka, S. .L, Die Lchre des Id. JJonavenlura von der Vorberrilung auf die heiligmachcnde Gnade. dans /.cilschr. (tir kalhol. Thcol., t. l. 1926, p. 27-72, 220-252. ct dans Scholastik (Fribourg· • n B.), t. i. ’ p. 619 sq» Albert le Grand réserve aussi h· nom de gratia gra­ tam (ariens au don habituel, créé, qui constitue une habitude infuse, rendant notre âme capable d’accom­ plir des o uvres méritoires pour le ciel. In l Sent., dist. XXVI, a. 1,2, 3; cf. Sum. thcol., I % q. xxvi. a. 1 ; II», q. xcviii, m. 1 ct 2. Un ne trouve pas chez Albert d’expression particulière répondant à notre concept de MÉDIE\\LE 1272 grâce actuelle. Cet aspect de la grâce est chez lui négligé. Avec saint Thomas, nous avons a la fois une doc­ trine plus ferme et une terminologie plus precise. Il distingue la grâce gratum (aciens, el la grâce grails data. La grâce gratum (aciens, ayant pour effet de rendre l’homme agréable Λ Dieu ou de le disposer à le devenir ou à le demeurer, est tout secours divin, d’ordre surnaturel, habituel ou actuel. C’est la grâce créée, qui doit être distinguée de la volonté divine, laquelle, en un certain sens, peut encore être appelée gratum (aciens. De ventate, q. xxvn, a. 5. On voit que, pour saint Thomas, la grâce gratum (aciens, créée, comporte ce (pie nous appelons « grâce habituelle » cl grâce actuelle ». On trouve déjà, sous la plume de saint Thomas, le nom de donum habituale, cf. Sum. thcol., Il- II®, q, cix, a. 6. Mais la grâce actuelle n'a pas encore de dénomination propre : elle est décrite comme un auxilium gratuitum Dei interius moventis sive inspirantis bonum propositum. Ibid. La terminologie scolistc n’est pas encore définitive. Scot accepte la division proposée par saint Thomas, ct distingue grâces gratis datæ ct grâces gratum (acicntes; ccs dernières de deux espèces : gratum /aciens vd aetualiler, vet dispositive. In / Vum Sent., dist. VI. q. v, n. II. La premiere est la grâce habituelle, la seconde, la grâce actuelle. Voir ici t. iv, col. 1899. Mais on trouve aussi gratia tout simplement, ou auxilium gratin·, ou encore adjutorium ad salutem, pour désigner la grâce actuelle. Cf. Minges, Compend. thcol. dogin. spec., t. it, Katisbonne, 1922, n. 51, 57, 58; Die G wi­ den lelire des Duns Scotiis au( ihrcn ange b lichen Pelàgianismus und Scmipelagianismus gcpril/t, Munster, 1906; Joseph Klein, Franziskanische Studicn, t. vin, 1921. p. 260 sq. De l’école occamisle nous n’avons rien à retenir, la grâce actuelle y étant méconnue ct confondue avec le concours général de Dieu, voir Schechen. Dogmatik, t. in, n. Il; Dcniflc, Luther und Luthcrtum, t. i, р. 577 sq., 586 sq.; sauf peut-être chez Marsilc d’Inghcn; cf. Gcrh. Hitter, Studien zur Spâtscholastik. I. Marsilius von Inghrn und die okkumislischc Schute in Deutschland. Heidelberg. 1921. Pour les autres occamistes. voir aussi K. l 'cckes, Die Stellung der nominal. Schule zur akluellrn Gnade. dans Homische Quarlalschrijt. t. xxxn, 1921. p. 157-165, ct Die Recht/erligungslehre des Gabriel Hiel. Munster, 1925. C’est à Capréolus (t I 1 1 I) qu’il faut rapporter l'ori­ gine de la terminologie actuelle : Xon cnim oportd, quod dispositio positiva ad gratiam, scit, detestatio pec cati et appetitus gratia· ct justitia·, procedat ex gratia habituali gratum (aciente; sed sufficit, quod procedat ex gratia actuali gratis data, guir csl aliqua motio, ut ostendit S. Thomas. / ‘-//’’, g. CXI/, a. 2. Defensio thcol. D. Thomae, In /Sent., dis!. XIV, q. n, a. 3, ad lum, édit, de Tours, t. vî, 1906, p. 321. Les autres théologiens immédiatement antérieurs au protestantisme parlent de la motion divine, gratia motionis divi me ou du secours divin gratuito movens. Cf. Lange, De gratia, n. 500. Dans l’exposé des doctrines scolastiques, il con­ viendra de sc souvenir de cette terminologie mouvante el parfois peu concordante. 1» Avant suint Thomas. — Dans son dialogue De libero arbitrio, saint Anselme (f 1109) ne fait que rap­ peler les principes généraux sur lesquels s’appuiera, au xur siècle, la théologie de la persévérance. Par suite du péché originel, le libre arbitre a perdu la rectitude, с. ni, P. !... t. ci vin, col. 191: aucune tentation, cependant, ne le force à pécher, c. v, col. 196; el. néanmoins, la volonté parait impuissante devant la tentation, v. vi, col. 498. La rectitude ne peut être rendue que par celui qui l’avait donnée, c. x, col. 502. 1273 l’E It SÉ V É It A Xi’E. LA THÉOLOGIE MÉDIÉVALE Dans le traité suivant. Tractatus de concordia pni> selenitic ct prédestinât ion is neenon gratiiv Det cam libero arbitrio, Anselme déclare que la rectitude ne peut être conservée qu'avec le secours de la grâce, cn raison des tentations que doit repousser le chrétien; à plus forte raison, que la grâce est nécessaire à son accroissement. Q. m, c. iv, col. 525. Au sujet de la persévérance finale, Anselme a une phrase suggestive à propos de la fidélité des bons anges : J Ite angelus gui stetit in veritate, sicut ideo perseveravit, gula perse­ verantium habuit, ita ideo perseverantiam habuit quia accepit, et ideo accepit, quia Deus dedit. De casu diaboli, c. n, coi. 328. Saint Bernard (· 1153). dans son traité De gratia et libero arbitrio, est plus orateur que théologien. /*. L,, t. ci.xxxn. Le libre arbitre n’a pas été détruit par le péché originel, mais s’il demeure, c’est dans un étal misérable. Il lui faut donc le secours de la grâce : ipso liberum excitat arbitrium, cum seminat cogitatum; sanat, cum immutat affectum; roborat ut perducat ad actum; servat, ne sentiat de/cctum. De grat., n. 17, coi. 1026. C’est Pierre Lombard (t 1160) qui, le premier, écrivit un traité didactique de la grâce, Sententiarum, I. 11. (list. XXIV-XXVHL La dist. XXIV est consa­ crée â l’étude du libre arbitre et de ses possibilités de chute. La (list. XXV montre, dans le libre arbitre, les ravages du péché originel. Avant la chute, l’homme pouvait ne pas pécher : il possédait la liberté a miseria et a peccato; apres le péché, il conserve sans doute sa liberté, mais il a perdu cette liberté qui le préservait facilement du péché. Aussi les pélagiens doivent-ils cire condamnés pour avoir dit que l’homme déchu peut accomplir les préceptes de la loi sans le secours de la grâce. La grâce est donc nécessaire â l’homme pour vaincre ses tentations et ses vices. Dist. XXVIII, n. 2. ('.’est sur ce thème (pic les commentateurs brode­ ront leurs variations concernant la nécessité de la grâce pour la persévérance active. Si la doctrine d’Albert le Grand (1206-1280) accuse un réel progrès dans la conception de la grâce habi­ tuelle, don créé, habitus surnaturel perfectionnant essence et puissances de l’âme, communiquant une vie nouvelle à l’âme, /n //um Sent,, dist. XXVL a. 1-5; cf. Sum., 1 », q. xxvi, a. I : 11% q. xcvm, m. 1, 2, elle est assez timide, pour ne pas dire muette, sur le rôle de la grâce actuelle dans l’œuvre de notre persévé­ rance. A prendre à la lettre les assertions d'Albert, il semblerait (pic le pécheur seul ne peut resister aux tentations et remplir, même d’une façon naturelle­ ment honnête, les préceptes de la lol. Dist. XXVIII. a. * : Sum,, 11% q. c. m. 2. Get te imprécision appelle des réserves el sera corrigée par les théologiens contem­ porains ou postérieurs. Alexandre de Haies (t 1215) distingue, on l’a vu. grâce incréée et grâce créée, grâce gratum /aciens et grâce gratis data. Voir col. 1271. D’une manière géné­ rale, c’est la grâce (pii excite notre libre arbitre en le faisant coopérer à l’action divine en nous, .Sum. thcol., 111·, q. i.xi, a. 3. I ; elle nous fait ainsi éviter le péché mortel, a. 5. Les assertions d’Alexandre relatives au posse perseverare se trouvent dans la IVe partie de sa Somme. On peut les ramener a trois : a) Il est impos­ sible de fixer le libre arbitre dans le bien sans détruire par lâ même les conditions normales de la nature humaine, q. X( i. m. 1, a. 2. § 3, résol.; b) Sans la grâce, même dans l’état d’innocence et. â plus forte raison, dans l’étal présent, eu égard aux diflicultés qu’il comporte, l’homme ne saurait progresser dans le bien, id., m. 1. a. 3. $ 2 résol.; c) Celte grâce néces­ saire est la grâce sanctifiante, id., m. 2. a. 1. résol. Saint Bonaventure (+ 1271) est plus précis, ln //utu Sent., (list. XXVIIL 11 expose (pie, sans la grâce 1274 sanctifiante (gratum faciente), l’on peut résister au diable avec le secours de la grâce actuelle (gratis data), mais non pas le vaincre. Vaincre le diable comporte, on clîet, en plus de la résistance, un acte méritoire du ciel, ce qui suppose la grâce sanctifiante. A. l,q. ir. Ccttc opinion de Bonaventure a été rappelée avec éloges dans les discussions du concile de Trente. Conc. 7 rid., éd. Elises, t. v, p. 571. La grâce gratis data (qui renferme, en plus de la grâce actuelle, des secours habituels, mais non encore informés par la charité, voir cl· dessus,col. 1271), celte grâce gratis data est encore nécessaire à l’homme déchu pour observer les commandements d’une observance purement natu­ relle (quoad substantiam operis ). Λ. 1, q. nr. Aussi est-il faux de prétendre, comme quelques-uns l'ont sou­ tenu. que, sans le secours de la grâce, le libre arbitre est capable de résister â toute tentation par scs seules forces. I ne telle assertion est fausse et contraire à la sainte Écriture cl au témoignage des saints. La conti­ nence ct la foi, nécessaires pour résister aux tenta­ tions de luxure ct d'infidélité, ne peuvent exister sans le don de la divine grâce. A. 2, q. n. Toutefois, il ne faut pas tomber dans l'excès opposé ct dire que. laissé â ses seules forces, le libre arbitre csl incapable de résister â une tentation. L’expérience montre qu’il n’en est pas ainsi. Aussi faul-ll affirmer que le libre arbitre, d’une part, ne peut, en raison de sa faiblesse cl de sa versatilité, résister à toutes les tentations, mais, d’autre part, ne doit pas nécessairement suc­ comber â toute tentation. Ibid. Ailleurs, saint Bona­ venture semble affirmer la nécessité du don habituel de la grâce. In III·· Sent., (list. XXX,q. i. Les grandes tentations, du moins, exigent un accroissement de grâce sanctifiante : la résistance initiale procure, a la fin de la tentation, cet accroissement. Ibid. Volt, sur le manque de précision de saint Bonaventure sur cc point, la note de ses éditeurs, édit, de Quaracchl, t. m, p. 659. El, précisément, l'accroisse ment de grâce habituelle montre que, dans la pensée de saint Bona­ venture. la persévérance est toujours possible aux justes : Deus hominem habentem caritatem nunquam deserit, nisi ille voluntarie ab eo recedat; quin potius secundum quod augetur tentatlonis bellum, operatur Deus caritatis augmentum. In III Sent., dist. XXX. q. i. 2° Saint Thomas d'Aquin. Le Docteur angélique réalise, dans la question de la persévérance, un pro­ grès considérable. A part la terminologie, il envisagera pour ainsi dire tout l'essentiel du problème moderne, tel que le concile de Trente le proposera à la théologie cati «lique. Le cadre de la doctrine de saint Thomas est très nettement tracé dans la Somme thévlogique, I ‘11·. q. < 1\. a. L 8> 9 et 10. Dans l’article 8. saint Thomas se demande si < l'homme, sans la grâce, peut ne pas pécher » cl, dans l’article 9. si < celui, qui est déjà arrivé à la grâce, peut, de lui-même et sans un autre secours de la grâce, faire le bien et éviter le mal ·. c’est-à-dire persévérer? Dans l’article 16, il se demande si · l’homme cn état de grâce a besoin d’un secours nouveau de grâce pour persévérer » jusqu’à la lin de la vie. Ce sont bien là les deux aspects du problème de la persévérance : le pouvoir de persévérer, la persévérance finale. L Le premier aspect du problème, chez saint Thomas, est inséparable, cn fait, de la question abordée à l’article I : Sans la grâce, et par ses seules forces naturelles, l’homme peut-il accomplir les pré­ ceptes de la loi >, même quant à la simple substance des actes? Cet accomplissement des préceptes est. cn diet, necessaire pour que l’homme fasse le bien et évite le mal. Sur ce premier point, il \ a eu, chez saint Thomas, une très réelle évolution. Dans le Commentaire sur les 1275 PEHSÉVÉKANCE. LA THÉOLOGIE MÉI>IÉ\ MJ. Sentences, H admet qu’à l’homme déchu suffit le secours de la grâce actuelle, pour éviter lout péché mortel, même pendant longtemps; cc ne sera point avec la même facilité que dans l’état de nature intègre, mais la chose est possible. In ID'» Sent., dist. XXVIII u. 2, et surtout a. 3 : Pnrcepla legis, quantum ad id quod directe sub pnrcepto cadit, potest aliquis implere per liberum arbitrium sine gratia gratis data vel gratum laciente, si tamen gratia accipiatur pro aliquo habitu in/uso... Sed si gratia pro divina voluntate gratis in nobis omnia bona causante accipiatur, lune... neutro mado (ni quant à la substance de l’.icte, ni (piant au mode surnaturel) homo sine gratia prorepta implere potest. Cf. In epist. ad Itoni., c. n. Icct. 3. Plus tard, saint Thomas modifie sa pensée; il ne lui semble plus possible de persévérer sans pécher, si l’on n’est soutenu par l’état dc grâce. Nous nous ache­ minons ainsi vers la position moderne du problème : le /fosse perseverare de l’homme déjà justifié. Dans le De veritate, q. xxn. a. 5, ad 7UBr; q. xxiv, a. 1, ad 10·· et ad 12··, il propose encore deux opinions. Mais à la q. xxiv. a. 12, il traite derechef et ex professo la ques­ tion ct la résout en affirmant la nécessité de la grâce habituelle. Il commence par rappeler que la doctrine catholique se tient à égale distance de deux erreurs contraires : celle dc Pélage. qui affirme que le libre arbitre suffit; celle qui prétend que l’impossibilité d'éviter le péché enlève à l’homme son libre arbitre. Les mouvements passionnels, prévenant la délibéra­ tion. provoquent les péchés véniels qu’il est ainsi impossible d’éviter totalement. De même, par suite de l’existence du péché habituel en l’âme, il se crée une sorte de propension vers la faute grave qu’il est possible de réprimer, pour chaque cas particulier pris a part, mais qui amènera fatalement une chute grave dans l’ensemble des cas qui pourront sc présenter. L’est la doctrine qu’il reprendra dans la Somme tbiolo­ gique, I ‘-IIe’, q. <;ix, a. fl. Dans cet article de la Somme, saint Thomas exprime la raison psychologique sur laquelle se base son senti­ ment : De même que l’appétit Inférieur doit être soumis à la raison, celle-ci, A son tour, doit être soumise à Dieu cl placer en lui la lin dc ses vouloirs. C’est la Un, en effet, qui doit régulariser tous les actes humains, comme c’est le jugement dc lu raison qui doit régulariser les mouvements de l’appétit inférieur. Or, de même que l'appétit inférieur n’étant pas pleinement sous la domination de la raison, il s’ensuit iné­ vitablement des mouvements désordonnés dans cet appétit sensitif; dc même aussi, quand la raison dc l'homme n’est pas pleinement soumise A Dieu, il s'ensuit beaucoup d'actes désordonné* dans l’exercice même de la raison. Du moment, en effet, que l’homme n’a pas son cœur vraiment affermi en Dieu.de telle sorte qu’il ne consente A s'en séparer, que! que soit le bien ou le mal qui sc présente, il survient une multi­ tude d’objets qui, ou bien parce qu'ils l'attirent ou parve qu’il* lui répugnent, le font s’écarter dc Dieu en ne tenant |ms compte dc ses préceptes* et c'est le péché mortel. Étant donné surtout «pic. dans les cas qui sc présentent inopiné­ ment. l'homme agit d'après la lin qui est déjà dans sa pen*<·« et selon l’Iiabitudr préexistante. comme l’observe Aris­ tote. San* doute, pir un acte réfléchi de sa raison, il est capable «le se déterminer A l’encontre de cette lin antérieure et de ccttc inclination de l'habitude. Mais il ne peut pas tou­ jours se tenir dans un semblable étal d’attention sur l’acte qu'il va accomplir, (’.’est pounpioi il n’est pas possible «pi’il detneurr longtemps μπ* faire un acte dans le sens de ccttc volonté désordonnée et détournée «te Dieu... Pris en parti­ culier, chaque pêche peut être évité; mais, pour les éviter tou», il faut la grâce. Loc, cit., a. X et nd lom, trail. .Mu lard, ««dit de la Revue des /tunes. Celte citation était utile pour faire connaître la raison sur laquelle, depuis saint Thomas, s’appuient tous les théologiens de son école, pour affirmer la nécessité de la grâce habituelle pour éviter tout péché mortel. Dans cc sens, ce n’est pas une pure tautologie 1276 de dire que la grâce habituelle est nécessaire a la per­ sévérance dans le bien. Voir également le commentaire in / Cor., c. xn, Icct. I. 2. Cette première conclusion n’épuise pas le sujet. Une grâce autre (pie la grâce habituelle est-elle néces­ saire à l’homme justifie, pour demeurer longtemps sans offenser gravement Dieu? Les textes qu’on vient de citer sembleraient indiquer quo saint Thomas, disciple d’Albert le Grand, n négligé cet aspect du problème de la persévérance. L’article 9 remet toutes choses au point. Cependant, il est juste d'affirmer qu'ici encore la pensée de saint Thomas a évolué. Dans le Commentaire sur les Sentences, il parait ne pas se préoccuper d’un secours spécial. Cf. In IIata Sent., (list. XXIX, a. 3, ad 2· . dist. XLIII. a. 3. ad 3····» ; lu ill'"» Sent., dist. XXXI11. us dirige et nous protège, lui «pii sait et peut tout. I ‘-ll’*, q. cix, n. 9; ci. ad lom et ad 2··. Le même argument fondamental, tiré de l'impuis­ sance «le la volonté à réprimer tous les mouvements de la sensibilité, servira à saint Thomas pour montrer l’impossibilité ou se trouve l'homme justifié d’éviter tous les péchés véniels. 1*11 ’, q. cix, a. 8; De veritate, q. xxiv. a. 12. Voir un beau commentaire dc la doc- En résumé, la théologie du Moyen Age a marqué un trine de saint Thomas par Bossuet. Réfutation du caté­ progrès considérable dans l’exposé des conditions chisme du sieur Paul Perry. sect. il c. v, Œuvres requises pour la persévérance. Sous l’in fluence dc la complüti, t. IX, Besançon. 1835, p. 25, philosophie aristotélicienne, elle a distingué plus 3. Sur la question de la persévérance Anale. voir nettement la grâce incréée el la grâce créée et. dans plus loin. col. 1201 sq. celle-ci. la grâce habituelle et la motion transitoire. 3· Iprrs saint 7'hornus. L’école thomiste ne fait guère que répéter les conclusions du maître dans la Elle a envisagé le problème dc la persévérance sous ses aspects psychologiques les plus divers : possibi­ Somme : nécessité de l'état dc grâce pour éviter le lité, pour le pécheur, d’observer les préceptes divins péché mortel, nécessité de la grâce actuelle (motion divine ou secours divin) pour persévérer; grâce spé­ et, par là, d’éviter dc nouveaux péchés; possibilité, pour le juste, de sc maintenir dans la voie du bien et ciale pour la persévérance Annie. dc parvenir ainsi Jusqu’à la mort. On proclame la Au point de vue doctrinal, il faut signaler le coin nécessité du secours divin, cl, chez les thomistes, on ment aire de Cajétan sur la Somme, touchant l'inprécise (pie ce secours n’est pas uniquement constitué fluence de la grâce sanctifiante pour faire le bien et par la grâce habituelle. éviter le mal. Cette influence, dit-il en substance, IL La doctium DU COXCILI de TnENTK. Le n’est pas décisive. Elle peut bien suffire à nous faire concile de Trente va recueillir ces données de la théo­ agir correctement, nunc ct ad hoc, c'est-à-dire pour un logie médiévale cl les opposer aux assertions protes­ cas particulier. Mais elle laisse la chair infirme cl tantes. Sa doctrine sur la persévérance est insérée l’esprit obscurci, d’où la nécessité d’un secours spécial dans la session vt sur la jusliflcation. L’est logique. de Dieu, même pour le juste. In q. lxvii!,o.2. Luther, en effet, rapportait à la fol seule le principe Voir, pour les autres auteurs postérieurs à saint de la jusliflcation. méprisant 1rs œuvres cl n’y voyant Thomas, Denifle, Luther und Luthertum. t. î. p. 51 î sq. qu’un moyen de minimiser l’œuvre divine. Voir Au point de vue critique, il convient de signaler l. vin, col. 2110 sq. Il était donc, nécessaire de rappeler l’interprétation de la doctrine de saint Thomas par à la fois le râle de la grâce et celui des œuvres dans Capréolus (t 1111), Defensio theologia: thorn.. In IJ·* Sent., dist. XXVHl. q. i, a. 3. j I. Capréolus recon­ la justification cl dans la persévérance en Létal de justice. naît (pi’il y a contradiction entre l’opinion de saint Les six articles sur la jusliflcation, soumis, le Thomas dans ses premières œuvres et celle qu’il pro­ 22 juin 1516. à l’examen des théologiens mineurs, fesse dans les dernières, notamment dans la Somme théologique. Au début du xvr siècle, cette interpréta­ étaient encore assez \ agues. \oir Concilium Tridentinum, édit. Elises, t. v, I ribourg-cn-B.. 1911, p. 261. tion est acceptée dans l’école thomiste. Voir Diègue Seuls les articles I et 5 concernaient le rôle des œuvres Dcza (+ 1523), In II™ Sent., dist. XXVHÎ. q. î. cl des sacrements avant cl après la justification ct, en a. 3, nota 1. général, tout cc qui pouvait accompagner ou suivre la L’rro/e scotiste présente des particularités intéres­ justification. Mais, bientôt, les précisions se flrvnt santes. Dims Scot, en diet, accuse des divergences jour. Le 30 juin, les légats proposent une division de assez sérieuses avec saint Thomas. On l’a même accusé trois stades dans la jusliflcation, assemblant, dans de favoriser le pélagianisme. Voir t. IV. col. 1899. S’il le deuxième stade, les enseignements dc l’Églisc sur est avéré (pi’il ne préconise pas pour l’homme la la manière dont l’homme adulte, déjà Justifié, peut et nécessité de l’état de grâce pour observer les comman­ doit conserver la justice, y progresser fidèlement dements quant à la substance des actes et pour éviter le péché mortel, il n’est point vrai qu’il nie la néces­ cl couronner l’espérance de la gloire, dans laquelle la jusliflcation l’a fait renaître, par l’obtention même sité d’un secours divin, répondant à notre concept de la dc celle gloire. Ils signalent les erreurs concernant ce grâce actuelle. \ oir les textes à Dtxs Scot. t. iv, second stade de la justification et nous y relevons les col. 1899-1900. Aux textes expliqués dans cet article, il faut ajouter ici deux citations qui montrent claire­ suivantes, qui touchent à notre sujet : L L'homme justifié peut, sans un secours special de Dieu, persé­ ment (pie le Docteur subtil maintient l’essentiel de la vérer et éviter tous les péchés, même les véniels...; doctrine catholique, à savoir la nécessité d’un secours I. L’homme justifié n’csl pas tenu à l’accomplissede la grâce divine pour observer les commandements, éviter le péché, persévérer dans le bien. Pro statu I ment des préceptes, surtout s’il est parfait, ct la pro­ messe de la gloire renfermée dans l’Évangile est faite à natura· lapsic. écrit Scot, nec potest proficere homo in celui qui croit, d’une manière absolue el non sous la bono nec diu a peccato sibi cavere sine auxilio gratia*, condition de garder les commandements; 5. Toutes les quia natura talis infirma est propter peccatum, licet (ouvres de l’homme justifié sont péchés et méritent /orte in statu innocentia· posset stare et a peccato sine l’enfer; 6. Toutes les œuvres bonnes, faites en vue de gratia sibi cavere. Report.. I. Ill, (list. X\ ill, q. if, la récompense ou par crainte du châtiment, sont mau­ a. I. ΛΤιtins est qui aliqua committat, quin alius posset vaises. A ccs erreurs, on doit joindre l’erreur catalo­ eadem committere, nisi pnese rraretur : igitur i tie, cui guée. pour le premier stade, sous le n. 3 : Par nos pro­ dimittitur, tenetur plus diligere, supple ex causa remispres forces, nous sommes justifiés, nous pouvons éviter sionis; sed alius tenetur diligere ex alia causa, quia tous les péchés, accomplir les préceptes, et persévérer, non habuit dimittenda, quod sine pnrservalione divina el mériter la gloire, sans que nous ayons besoin de la esse non potest, et luce requirit simpliciter majorem gracoopération de la grâce, sauf pour connaître plus faci­ titudinem. Comm. Oxon., 1. IV. dist. XXII, n. 17. lement et plus facilement accomplir les préceptes. Cf. P. Minges. Corn pend, theol. dogm. spec., I. n. p. 25; Die linadentchre des Duns Scotiis au/ ihren ( Trid., p. 281 -282. angeblichen Pclagianismus und Semipctagianismus Les articles du second stade furent examinés le gcprOft, Münster, 1906, p. 59 sq. Quant à la persévé­ 16 juillet el les jours suivants, et déjà, dans les décla­ rance Anale, Scot n’y fait qu’une brève allusion à rations des Pères, qui se réfèrent aux enseignements de propos de l’ange conArmé en grâce. Il cite saint l'Églisc contre les pélaglcns, apparaissent nettement Anselme, voir ci-dessus, col. 1273 : Quia Drus dédit les grandes lignes des doctrines que le concile s’apprête perseverantiam bono angelo, ideo bonus angelus habuit. à définir : nécessité de la grâce pour persévérer (lans la In /eB Sent., dist. XLIII. n. I. justice, pour observer les commandements, pour éviter Pour les autres scot isles ct occamistes, voir les le péché mortel dans lus tentations graves, impossibi­ ouvrages cl- n’ose *-c servir île cette témé­ anathemate prohibita voce raire parole anathéinatisec uti, Dei pneccptn homini jus­ par les Peres. A savoir que tificato :id obsen nudum csm· les préceptes imposés par impossibilia. Nam Deus im­ Dieu sont, pour l’homme jus­ possibilia non jubet, scd ju­ tifie, impossibles Λ observer. bendo monet, et facere quod Car Dieu ne commande pas possis, d petere quod non des choses impossibles, mais, possis, ct adjuvat ut possis; en command int, il avertit cujus m ind itu gravia non l'homme de faire cc qui est sunt (cf. I. .loi., v, 3), cujus en son pouvoir, et de lui jugum suave est cl onus leve demander cc qui dépasse cc (cf. Matth., xi, 12). Qui pouvoir. Dieu accordant le enim sunt filii Del, Christum secours necessaire. Ses com­ diligunt; qui autem diligunt mandements ne sont pas eum (ut ipsemet testatur, insupportables; son joug est cf. Joa.. xlv,23), servant ser­ suave cl son fardeau léger, mones ejus, quod utique ('eux «pii sont les enfants de cum divino auxilio pnestnre Dieu aiment le Christ, et possunt. Licet enim in hac ceux qui l'aiment (il en té­ mortali vita, quantumvis moigne lui-même) sont fidè­ sancti et justi, in levia saltem les à ses enseignements, ce ct quotidiana, quic etiam ve­ qui, avec l’aide du secours nialia dicuntur, peccata divin, est toujours possible. quandoque cad ml, non prop- Sans doute, dans cette vie tcrea desinunt esse justi. mortelle, si saints ct si justes Nam justorum illa vox est et soient-ils, les (chrétiens) ne humilis ct verax : Dimitte no­ peuvent pis ne pas parfois bis debita nostra (Matth., vi, tomber dans ces péchés lé­ 12). Quo Iit, ut justi ipsi eo gers et quotidiens, qu'on magis sc obligatos ad ambu­ appelle aussi véniels, sans landum in vin justitia* sen­ pour autant cesser d’être tire debeant, quo liberati justes. Par ΙΊ. elle appar­ jam α pecrafo, serci autem tient aussi aux justes celle farti Dev (Horn., vi. 221. prière à la fois humble el ioMe rt /ush ct pie viventes vraie ; Pardonnez-nous nos ( Tit., n. 12), prollccro pos­ péchés. » Aussi, les justes sunt per Christum Jcstim, eux-mèmes doivent-ils se jK-r quem accessum habue­ sentir d'autant plus obligés runt in gratiam Istam ( Rom., à marcher dans la voie de la v. 2). Deus namque sua gra­ justice, . 191 et. parmi les auteurs contemporains, en dehors de l’école domini­ nllirmcnt la nécessité dc la grâce pour accomplir les commandements, pour vaincre les tentations, signifie caine : L. Janssens. Summa theologica, t. ix, De gratia Dei ct Christi, p. 229 sq.; Lcpicler. Tractatus dc gratia, I certainement quelque chose d’autre, sans quoi il sc révélerait inutile. De plus, les grâces requises pour que Paris, 1907, p. 87-88. A cette interprétation, il est le juste ne pèche pas ne font pas encore qu’il persé­ possible de faire quelques objections. Sans doute, la vère : la fidélité du juste en chacune de ses actions doctrine du concile n’exclut pas ici l’idée de la persé­ n’épuise pas le concept de persévérance. Aussi Billot vérance finale, avec le secours très spécial qu'elle voit-il. dans le secours spécial du canon 22. « un ins­ comporte, voir col. 1286 sq. On peut même penser que tinct spécial dc l’Esprit saint, qui s'ajoute h toutes les celte préoccupation était prédominante dans l’esprit grâces actuelles ·., pour disposer l'âme â en user selon de Scripandi cl des Pères qui votèrent avec lui. les exigences de la persévérance dans le bien. Celte Néanmoins, le texte même du canon, sans exclure I hèse est développée surtout dans De virtutibus in/usis. celte préoccupation, ne parait pas la viser directe­ Borne. 1905, p. 171 sq. Elle peut être une excellente ment. il s’agit du < pouvoir persévérer » et le canon explication du 22* canon; mais elle reflète beaucoup ne parle pas expressément île persévérance finale : ce plus la doctrine de saint Thomas. IMI®, q. î.xvîii. • pouvoir persévérer » suppose un secours spécial dc a. 2. ad 3··, que le sens obvie du texte conciliaire. Il Dieu non en raison dc la coïncidence de la mort avec est même douteux que les Pères dc Trente aient pensé l’étal de grâce, mais en raison des dilllcultés. dont le aux dons du Saint-Esprit en parlant de secours spé­ concile a parié au début dc la seconde partie du c. xi. cial ». voir col. 1279, et qui rendent à l’adulte, même justillé, Van Xoort pense trouver l'explication de Vauxilium l’observance des préceptes ct la victoire sur toutes les speciale dans ce fait que le secours nécessaire à la per­ tentations graves moralement impossibles, au moins sévérance n’est pas, de par la nature des choses, un s’il s’agit d’une longue durée. Le concile dit également secours dc grâce élevante, mais un secours de grâce qu’avec la grâce de Dieu cette victoire est possible médicinale. C’est donc en tant que la grâce ajouterait et possible cette observance. Aussi d’excellents inter­ un caractère médicinal au caractère proprement sur­ prètes pensent-ils que le « secours spécial » du canon 22 naturel du secours accordé, que ce secours devrait être ne saurait s'appliquer â ce (pic le concile dc Trente dit · spécial ·. De gratia Christi. Amsterdam. 1911, appelle plus loin magnum perseverantia· donum. Cf. Van n. 42. (1er Mccrsch, Tractatus de divina gratia, Bruges. 1910. Xe serait-il pas plus simple dc considérer que le p. 319; Straub, op. cit.. p. 111. 188. 221. secours < spécial s’explique par celle providence par­ On a tenté d’interpréter le canon 22 comme si le ticulière dont Dieu entoure les justes, providence qui secours spécial » désignait la grâce actuelle qu’on prétend être toujours nécessaire, même â l’homme Jus­ comprend tout un ensemble de grâces Intérieures et de grâces extérieures, de grâces élevantes et de grâces tifié. pour faire un acte surnaturel. Trouver dans une médicinales, nécessaires à la volonté humaine pour se simple opinion théologiqut (car la nécessité d’une maintenir dans le bien, nonobstant les difficultés et les grâce actuelle élevante pour chaque acte surnaturel tentations, d’une part, et sa faiblesse, d’autre part? de l’homme justillé n’est qu’une opinion, voir Ghaci . Le terme auxilium dont les Pères se sont servis ct qu’ils I. vi, col. 1678-1685) l’interprétation d’un document ont systématiquement préféré au terme « grâce » conciliaire semblera â coup sûr exagéré, tendancieux cl incompatible avec la valeur doctrinale du docu­ semble, en effet, postuler une explication très large. Le secours spécial serait ainsi tout l'ensemble des grâces ment. C’est la tentative faite par Em. Lingens. S. J., diverses accordées à l'homme, mais précisément con­ dans Zeitschr. file kathol. Theol., 1896. p. IÜ $q., et sidérées dans cette suite et celle coordination provi­ réfutée par A nt. Straub, op. cit., p. 107-110. Le con­ dentielles, qui assurent, dans les desseins de Dieu, la cours surnaturel dont parle le P. Lingens est aussi persévérance de qui en est le bénéficiaire. Cette expli­ connuturel â l’homme justillé que le concours naturel cation. qui n’exclut aucune des théories proposées, de Dieu l’est dans l’activité naturelle des êtres. Or. le semble rentrer dans les vues de Suarez, toc. cil. secours spécial dont parle le concile dc Trente, tout en étant au pouvoir des justes, doit cependant être m. dv nus nr: I'KRsêvèraxvb (c. xm). demandé par eux â Dieu, ci. canon 11 : petere quod non Similiter de perseveran­ Pareillemcnt, du don de possis, (’.’est donc un secours qui doit s’ajouter aux tia· munere, de quo scrip­ persévérance. dont il est dons surnaturels habituels et au concours même surna­ turn est : Oui perseveraverit écrit : Celui qui persévérera turel qui accompagne l'étal de grâce. Cf. Lange, De usque in finem, hic suions erit jusqu’il la lin sera sauvé ; de gratia, p. 11O. note. (Matth., x, 22; xxn. 131 ce don qu'on ne peut obtenir (quod quidem aliunde haberi que de celui qui a le pouvoir D’autres théologiens, tout en demeurant dans la mm potest, nisi ab eo, qui de soutenir qui est debout et considération du « pouvoir persévérer ►, nllirmcnt que potens est. eum, qui stat, de le maintenir ainsi, et de le secours spécial n’est pas un secours extraordinaire, statuere (Itom.. n, 20); ut relever celui qui tombe; de distinct de la collection des grâces actuelles nécessaires perseveranter stet, ct cum, cc don, personne ne peut se à l’homme justillé pour surmonter les dilllcultés. qui cadit, restituere», nemo promettre rien de certain, vaincre les tentations, du moins pendant la longue sibi certi illiquid absoluta d'une absolue certitude, bien durée qui peut just Hier le mot dc persévérance ►. certitudine polliceatur, îa- que tous doivent en former 1287 PERSÉVÉRANCE. LE CONCILE DE TRENTE mclsi in Pci auxilio firmissi­ ct placer l’cspénincc très mam qrm collocare et repo­ ferme dans le secours de nere omnes debent. Deus Dieu. Car Dieu, ii moins que enim, nisi ipsi illius gratiir les (justes) rux-mèmrs soient defuerint, deut cœpit opus Infidèles A sa grâce,achèvera bonum, ita perficiet (cf. l’œuvre dc leur salut, comme Phil., t, 6), opernns velle et il Γη commencé, opérant le perficere (cf. Phil., n, 13). vouloir ct le faire. Cepen­ Verumtamcn qui se existi- dant, que celui qui croit être mant stare, videant ne ca­ debout prenne garde de tom­ dant (I Cor., x, 12) et cum ber, ct que tous travaillent ù tremore ct timore salutem leur salut avec crainte et suam operentur (Phil., n, tremblement : dans les tra­ 12)· in laboribus, in vigiliis, vaux, dans les veilles, par les in eleemosynis, in orationi­ aumônes, par les prières et bus ct oblationibus, in Jeju­ les offrandes» par les jeûnes niis ct castitate (11 Cor., vi, ct dans In chasteté. Sachant 3-6). Formidare enim debent que leur renaissance (spiri­ scientes, quod In spem glo- tuelle) est faite dans l’espériir (cf. I Pet., i, 3) ct non­ rance, mnis non encore dans dum in gloria renati sunt, dc la possession dc la gloire, ils pugna, qua· superest cum doivent toujours redouter came, cum mundo, cum dia­ Tissue du combat qu’il leur bolo, in qua victores esse non faut encore soutenir contre possunt, nisi cum Dei gratia la chnlr, contre le inonde, Apostolo obtemperent di­ contre le diable, ct dans centi : Debitores Minius non lequel ils ne peuvent être vic­ carni, ut secundum carnem vi- torieux qu’en obéissant, avec namus. St enim secundum la grâce divine, à PApôtrc carnem vixeritis, moriemini. disant : Nous ne sommes Si autem Spiritu /acta carnis point redevable à la chair morti fleaverilis, iduetis (Boni., pour vivre selon la chair : VIII, 12-13). Cone. Trid., car, si vous vivez scion la p. 795; Dcnzlngcr-Bannw., chair, vous mourrez; mais si, n. 806; Cavallent, n. 886. par l’Esprit, vous faites mourir les œuvres de la chair vous vivrez. · L'intelligence de ce texte sc rattache étroitement au chapitre précédent, xn, exhortant les fidèles à se gar­ der d’une téméraire présomption au sujet de leur pré­ destination. Ce c. xn se terminait par ces mots expres­ sifs : < Sans une révélation spéciale, on ne peut con­ naître ceux que Dieu a choisis. » Nous avons dit que, du côté dc la cause suprême, la persévérance se ratta­ chait à la prédestination, col. 1257. 11 est donc logique d’admettre, avec le concile, que l'incertitude dc notre prédestination rejaillit sur L'Incertitude de notre per­ sévérance. Dc là la formule du début du c. xm : Simi­ liter de perseverantlîc munere... Cc n’est d’ailleurs que peu à peu, au cours des dis­ cussions préparatoires, que cette question de la certi­ tude de la persévérance a été envisagée. On y trouve une allusion assez nette dans la première rédaction du décret, n. 18 : · Tant que nous vivons, dans cette vallée dc larmes, où nous sommes entourés d’ennemis, il n’y a pour nous aucune sécurité... Il nous faut marcher entre l’espérance et la crainte ct avoir présente à notre esprit la pensée non seulement de la divine miséri­ corde, ce qui serait présomption, mais encore de la divine justice, cc qui est vraie piété ct religion... D’où il faut exclure celte erreur, qui prétend que les justes peuvent non seulement conjecturer, mais encore savoir avec certitude leur prédestination el leur état de grâce. » Conc. Trid., p. 390. Celle certitude de la persé­ vérance est, dans les discussions du concile, étroite­ ment mêlée à la certitude dc la justification. Pour les discussions, on se reportera à l’article Justification, I. vm, col. 2186-2188. Dans la deuxième rédaction du décret, les déclarations doctrinales cl les canons ont envisage directement la question. Après avoir rappelé que les justes, même après avoir recouvré l’amitié divine, sont obligés, pour la conserver ct l’accroître, d’observer les préceptes, le tcxle proposé ajoute que nul ne doit présumer des secrets décrets de la prédesti­ nation, pour s’allinner, d’une façon certaine.au nombre drs prédestinés. Dieu ayant voulu que cela demeurât dans l’inconnu, tant que nous sommes en cette \ h mor­ 1288 telle. El, rapprochant les deux points de vue, le texte ajoute : « Du don de persévérance finale, qu’on ne peut obtenir que dc celui qui a le pouvoir dc soute­ nir qui est debout el de le maintenir ainsi, et dc relever celui qui tombe, que personne egalement ne sc pro­ mette rien de certain. « On le voit, c’est déjà presque le texte définitif. Le canon 8 réunissait sous le même anathème la double présomption quant à ht certitude, ct de la prédestination, et de la persévérance Anale. Conc. Trid., p. 12 I. 127. Dans la refonte du décret, opérée par Seripandi.il convient de noter une addition qui sera conservée dans le décret définitif. Après avoir énoncé l’incertitude de la persévérance finale, le général des ermites de Saint-Augustin ajoute cette raison : Car Dieu, dans le secours duquel il faut placer toute espérance, comme Il a commencé en eux (les élus) le vouloir, il le réalisent cl l’achèvera selon sa volonté bienveillante. » N. 9, p. 513. Les autres considérations développées se retrouvent également dans le texte définitif. Mais, ici encore, la certitude de la persévérance, tout en demeu­ rant cn relation étroite avec celle de la prédestination, est abordée dans un paragraphe spécial. De même, le canon 8 du second projet est dédoublé et donne le» canons 11 el 12, le premier condamnant ceux qui obligent l’homme justifié à croire dc foi divine qu’il est au nombre des prédestinés, le second anathematisaut qui se Halte de posséder le don de persévérance finale (hormis le cas où une révélation spéciale l’on aurait assuré). P. 516. Dans la troisième rédaction du décret, est exposé, en trois chapitres distincts, ix, xn, xm, l’enseignement catholique sur la certitude de la justification, de la prédestination, de la persévérance finale. P. 637-638. Les canons 11 el 12 dc Scripandl sont devenus les canons 12 el 13 du concile, p. 619. et seront maintenus dans la rédaction définitive, canons 15 et 16, avec quelques additions cl précisions. Notre chapitre sur la persévérance finale est rédigé d’une manière prudente. La doctrine de la persévé­ rance finale, si intimement connexe à celle «le la pré­ destination, ne reçoit aucune définition expresse. On rappelle la doctrine concernant le posse perseverare : l’obligation d’être vigilant dans la lutte qui s’impose avec la chair, le monde, le démon; la nécessité de In grâce divine pour surmonter ccs dilllcultés; l’absente (le certitude absolue d’y parvenir, quoiqu’il faille pin­ cer en Dieu, qui ne nous abandonnera pas, une très ferme espérance. Mais le fait de la persévérance actuelle à l’instant de la mort est à peine louché d'une brève allusion : il s’agit bien cependant ici de la persé­ vérance finale, puisque le concile Invoque Matlh., x, 22; xxiv, 13, persévérance que Dieu seul peut accor­ der; c’est lui. en elTel, qui doit parfaire l’œuvre com­ mencée. Le canon 16 insiste sur ce caractère de don vrai­ ment grand que possède la persévérance finale. L’ex­ pression, introduite par Serlpandi, est très certaine­ ment empruntée à saint Augustin et, par conséquent, doit être normalement entendue au sens d’Augustin. Néanmoins, le concile n’a rien défini sur ce point cl laisse la porte ouverte aux opinions d’écoles, qui s’ef­ forcent de pénétrer le mystère caché de la divine pré­ destination . < L c. xn. Denz.-Bannw., n. 805; Cavall., n. 885. Quant à la certitude de la persévérance finale, le dernier projet la condamnait en ces termes : Si quis magnum illud usque in finem perseverantur donum se certo habiturum præsumpserit nisi hoc er speciati revelaItone didicerit, Λ. S. La forme définitive du canon est plus précise, et avait été acquise à la séance du 15 décembre. Conc. Trid,, p. 715. <-.m. 16 ; Si qui» magnum Si quelqu’un dit qu’il est flhid usque in flncm perse ve- certain, d’une certitude ait• donum sv ccrto bal i- >«»luc el infaillible, de posas1- 1289 PERSÉVÉRANCE. LA THÉOLOGIE MODERNE lurum absoluta cl infallibili «1er plus tard le grand don de certitudine dixerit, nisi hoc In persévérance finale (à ex ipeciall revehit lotir didi­ moins qu'il ne l’ait appris cerit, A. S. Conc. Trid., pur une révélation spéciale)» soit nniithénic. p.798; Den/.-Ihiîinw., 11.826; Cavallcra, n. 885. L'addition absoluta cl in/tillibili certitudine fut Intro­ duite, vraisemblablement, dans l’intention de ne pas opposer l’absence de certitude â la fermeté de l’espé­ rance (Zalus, p. 058) et à la confiance morale qui en découle (archevêque d’Armagh, p. 079). C’est là une précision non négligeable. Du mérite possible de l'homme justifié relativement à la persévérance finale, le concile n’a rien statué directement, ni dans la doc­ trine, ni dans les canons. 111. Lbs cadres de la théologie moderne. La théologie moderne a systématisé les doctrines précé­ demment exposées ct qui. toutes, convergent vers l’explication du grand don de la persévérance finale accordé par Dieu à scs élus. Dc là découlent la plupart des thèses concernant la nécessité de la grâce. A vrai dire, la théologie posttridentlne n’a pas Inventé le cadre où elle évolue; cc cadre, elle le doit avant tout à saint Thomas, Sum. theol., q. cix. Toutefois, les positions doctrinales sanctionnées au concile dc Trente ont obligé les théologiens à exposer avec plus de précision le rôle et la nature des secours divins nécessaires à la persévérance. Les concepts de grâce médicinale et dc grâce élevante, de grâce suffi­ sante ct de grâce efficace, concepts d’origine assez moderne, ont été Invoqués pour justifier les diver­ gences d’explication. Certaines expositions ont dû être revues avec soin en face des exagérations ou des erreurs jansénistes et baïanlstcs. De là, un progrès, accidente) sans doute, mais très réel, dans la théologie posttridentinc de la grâce necessaire à la persévérance du juste. Nous n’avons strictement à étudier, dans ce para­ graphe, que les cadres où s’insèrent les thèses relatives à cette persévérance du juste dans le bien. Néanmoins, la connexion des idées oblige souvent les théologiens modernes à se reporter à des thèses concernant les infidèles et les pécheurs. Nous devrons donc indiquer, subsidiairement, les connexions inévitables. 1° La possibilité des actes moralement bons pour le juste, dans l'état actuel de la nature déchue ct réparée. — C’est le premier problème que pose la persévérance des justes dans le bien. Pour persévérer, il faut, en effet, tout d’abord, que le juste puisse agir conformément aux exigences de la morale, même simplement natu­ relle. Cette possibilité, on l’a vu. est niée par les réforma­ teurs. Voir ci-dessus, col. 1282. Pour Luther et scs dis­ ciples, le libre arbitre est tellement corrompu par le péché originel et tellement orienté vers le mal que le juste, même dans ses actions bonnes, pèche mortelle­ ment ou. tout au moins, vénlellement. D’ailleurs, en agissant en vue d’une récompense éternelle, même s’il a l’intention de glorifier Dieu, le juste commet une faute. Denz.-Bannw.. n. 771. 772, 776, 80L 826, 811; Cavallcra, n. 669, 884, 892. Cette possibilité est restreinte, dans des proportions qui la rendent souvent illusoire pour l’état de nature déchue ct réparée, par la théologie dc Baius. Pour Baius, non seulement c’est tomber dans l'erreur péla­ gienne que d’admettre la moindre bonne action chez les infidèles, mais encore 11 faut affirmer que. sans la grâce, le libre arbitre ne peut que pécher, de telle sorte pue, dans la vie morale dc l’homme, même justifié, il n’y a aucun intermédiaire entre les œuvres accomplies par amour surnaturel de Dieu et les péchés procédant de la cupidité vicieuse. Voir Baius, t. n. col.83.90. Des disciples de Baius ct dc Jansénius ont soutenu, dans 1290 la suite, les mêmes erreurs. Voir Alexandre VIII, t. î, col. 754. Voir aussi, parmi les erreurs du synode janséniste de Pistole, condamnées par Pie VI, les prop. 23 et 24; Denz.-Bannw. n. 1523, 1524; Caval­ ier», n. 918, Les jansénistes non seulement acceptent ces vues, mais les aggravent avec leur concept inadéquat dc la grâce suffisante et surtout avec leur théorie du libre arbitre, rendu par le péché incapable de se décider pour le bien, n’ayant dc pouvoir que pour le mal et subis­ sant d’une manière nécessaire l’attrait dc la délecta­ tion victorieuse. Voir Jansénisme, t. vm, col. 388 sq. D’où il résulte que, en l’absence d’une délectation vic­ torieuse, les justes sont dans l’impuissance d’éviter le mal ct dc faire le bien. CoL 392. 479. Le fondement de cette assertion est que. « parle péché originel, l’homme est tombé dans l’impuissance volontaire dc faire aucun bien, d’observer les commandements, parce que sa volonté est dominée par la cupidité ». Col. 481. Dc là. les deux premières propositions dc Jansénius, con­ damnées par Innocent X, Dcnz.-Bannw., n. 1092 ct 1093; Cas altéra, n. 903. La t héologie moderne a placé ccs doctrines désespé­ rantes, pour en réfuter le principe, dans le cadre plus général tracé par saint Thomas, toc. cit., a. 1 ct 2. En montrant que l’homme même déchu, même laissé à scs seules forces naturelles, est capable, sans la grâce, de connaître quelques vérités religieuses, d’accomplir quelque bien, les théologiens montrent que la thèse fondamentale dc Luther, de Baius et dc Jansénius sur la corruption radicale ct l'impuissance du libre arbitre est insoutenable. Cette démonstration, replacée en son cadre, a été exposée ici à l’article Grace, t. vi, col. 1578-1580. La théologie catholique enseigne donc que la nature humaine, quoique déchue, est capable dc faire quelque bien d’ordre naturel sans le secours dc la grâce. Quant à la qualification dc cette doctrine, si on la prend dans sa plus large compréhension, à savoir l'hypothèse du bien accompli sans le secours d'aucune grâce, les auteurs la considèrent comme doctrine mora­ lement certaine et commune. Mais, quand ils envisagent certaines catégories d'individus, la note théologique, cn raison de la condamnation des propositions contra­ dictoires, s'affirme avec plus dc précisions. La possibi­ lité. pour l’infidèle, dc faire des bonnes œuvres sans le secours de la grâce de ta /oi est une doctrine catholique théologiquement certaine. Cf. Denz.-Bannw., n. 1025; Cavallcra. il 895. La possibilité pour le pécheur de faire de bonnes œuvres sans le secours de la grâce sancti liante est une doctrine de foi. Cf. Denz.-Bannw., n. 817: Cavnllera. n. 892. A plus forte raison donc, la possibilité, pour le juste, d’accomplir de bonnes œuvres sans le secours de la grâce actuelle doit être considérée comme un dogme de foi; aussi les proposi­ tions contradictoires de Luther ont-elles été anathématisées. Denz.-Bannw., n. 835, 841 ; Cavallcra. n. 892. (‘.et anathème laisse entière la controverse entre théologiens sur la nécessité, pour le juste, d'une grâce actuelle pour chaque acte non seulement bon, mais surnaturel. Voir Grace, t. vi. col. 1678 sq. Toute­ fois, si l’acte moralement bon. du pécheur comme du juste, ne requiert pas absolument le secours d’une grâce Improprement dite au sens de Vasqucz. col. 1581, ou proprement dite, du moins cn fait, au sens de Kipalda, col. 1582, il semble exact d’observer avec Billuart, après Bancel el Goudin. que la simple motion du concours général de Dieu, nécessaire à l’homme pour accomplir un acte moralement bon. est déjà, par rapport à celui qui accomplit cet acte, un secours spé­ cial, puisque Dieu aurait pu ne pas diriger sa liberté en ce sens. Tractatus de gratia, dissert. HL a. 2, n. 8. Cf. saint Thomas, De veritate, q. XXIV» a. 14. 1291 PERSÉVÉRANCE. LA PERSÉVÉRANCE ΕΙΝΑΙ,E 2° hi possibilité pour le juste d'éviter le pêché, — L’analyse du concept de la persévérance continue dans le bien implique, on l’a vu, un double élément, un élé­ ment statique, la possession de la grâce sanctillante. un élément dynamique, le pouvoir de prolonger long­ temps cct état. Cet élément dynamique n’est conce­ vable, même pour le juste, qu’avec le secours de la grâce divine. L II ne saurait être question, même avec le secours de la grâce, d’éviter tout péché véniel. Aussi, l’un des cadres de la théologie moderne, en conformité avec les décisions du concile de Carthage, voir col. 1269, et du concile de Trente, voir col. 1279, concerne-t-il l’impos­ sibilité pour le juste d’éviter, pendant toute sa vie. tous les péchés véniels, â moins d’un privilège très spé­ cial qui. selon le sentiment général, n’a été accordé qu’â la très sainte Vierge. Dcnz.-Bannw., n. 106, 107. 108. 801. 833; Cavallera, n. 813, 881. 892. La thèse est notée comme de foi. 2. En ce qui concerne le péché mortel, la théologie moderne rattache la possibilité pour les justes de l’évi­ ter. même complètement, au cours de toute la vie, à différentes doctrines qui. sans concerner spécialement les justes, posent néanmoins les principes d’après les­ quels peut être dirimé leur cas spécial. a) J.’accomplissement des préceptes de la loi divine n’est moralement possible â l’homme déchu qu’avec le secours de la grâce; même s’il s’agit de leur accom­ plissement quoad substantiam, c’est-à-dire abstraction faite de tout mérite surnaturel. La note théologique de celte thèse varie suivant les auteurs, depuis la certitude théologique (Suarez, De gratia, 1. I. c. xxvi, n. 12) jus­ qu’à la doctrine de foi (Van der Mecrsch. ici, t. vi, col. 1581, se référant à Billot. De gratia, th. π. § 2); en ., passant par la note doctrine catholique (Perrone. De gratia, part. 1, c. n, prop. 2, édit. Migne, 1.i, col. 1253). Voir, sur cette question, l’article Grace, t. vi. col. 1583 sq. .Mais le juste, déjà cn possession de la grâce sanctillante. peut-il, avec le soutien de cette seule grâce, remplir tous les commandements? b) La théologie fait observer, à cette occasion, que le juste lui-même rencontre sur son chemin tant de tentations graves que. vu la /aiblesse de la nature humaine, même réparée par le Christ, le secours d’une grâce proportionnée lui est indispensable pour vaincre les tentations plus graves. Sur la raison psycholo­ gique invoquée par la théologie, voir saint Thomas, ici, col. 1275. Cette doctrine catholique se fonde sur 1’Indiculus de gratia, c. vi. et sur les déclarations du concile de Trente, sess. vi. c. xm (in line). Dcnz.Bannw., n. 132, 806; Cavallera. n. 886. Ci-dessus, col. 1287. <*) D'où, la thèse catholique de la nécessité de la grâce actuelle, en plus de la grâce habituelle, pour que le juste puisse eviter tous les péchés mortels au cours Sum. theol.. l*-!!*, q. cix, a. 10. Et. plus expressément : · Beaucoup reçoivent la grâce qui leur permet de persévérer (quo perseverare possunt) et. de plus, il leur est donné de persévérer en fait (quod perseverent). » Ibid., ad 3tt,B. Toutefois, dans cct article de la Somme, où il traite ex professo de la perseverance finale, saint Thomas n'est pas très explicite sur la nécessité d’une grâce actuelle spéciale, qui donne â l’homme le fait de la persévérance. * La persévérance, écrit-il. c’cst la con­ tinuation effective du bien jusqu’au terme de la vie. Et, pour obtenir pareille persévérance, un homme, déjà établi dans la grâce, a besoin non pas d une nouvelle grâce habituelle, mais d’un secours divin le dirigeant et le protégeant contre l'assaut des tentations. Ceci, ajoute saint Thomas, ressort des considérations faites à l’article précédent. » Or. l’article précédent ne s’oc­ cupe que du posse perseverare. La pensée du Docteur angélique apparaît plus complètement tout d’abord dans la q. cxiv, a. 9. où il enseigne que la persévérance finale implique une motion divine inclinant l’homme au bien jusqu'à la lin. et surtout dans la H8-!!4, q. cxxxvn. a. I, où il déclare que le secours spécial de Dieu esl requis dans la persévérance finale, parce que le libre arbitre est. de soi. changeant et que. même réparé par la grâce, il ne peut se fixer immuablement dans le bien : en son pouvoir est l'élection, mais non l'exécution. · Se fixer dans le bien, condition néces­ saire à la persévérance finale pour l’adulte à l’article de la mort, n’est pas au pouvoir du libre arbitre : c’est la raison qu’exploitera la théologie posttridenline. Saint Thomas la rappelle encore. Sum. vont. gent.. L 1IL c. ci v; De veritate, q. xxiv, a. 13. Les Satmanticenses ont justement noté que certaines raisons apportées par saint Thomas sont souvent moins complètes que celles de la théologie moderne et qu'elles touchent plutôt la difficulté pour l’homme de surmonter les tentations qui s’opposent à la perseverance pendant une longue durée de la vie plutôt que le fait même de la persévé­ rance finale, (’.elle remarque s’applique parfaitement au texte de la l^-ll*', q. < ix. Sahnanticenses. Dr gra­ tia, disp. III. dub. xi, n. 235, l. ix, p. 195. Par contre, saint Thomas est très explicite sur l’impossibilité, pour le juste, de mériter la persévé­ rance finale : Etant donne que. de par sa nature, le libre arbitre de l'homme penche soit vers le bien, soit vers le mal. il \ n deux maniérés pour obtenir de Dieu la persévérance thins le bien, lui première, c'est que le libre arbitre soit déterminé nu bien par la grâce consommée; tel sent le cas des salut*