DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIOUE CONTENANT L’EXPOSÉ DES DOCTRINES DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE LEURS PREUVES ET LEUR HISTOIRE COMMENCÉ SOUS LA DIRECTION DE A. VACANT E. MANGENOT PROFESSEUR A L'INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS PROFESSEUR AU GRAND SEMINAIRE DE NANCY CONTINUÉ SOUS CELLE DE É. AMANN PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE DE L’UNIVERSITÉ DE STRASBOURG AVEC LE CONCOURS D’UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS TROISIÈME TOME TIRAGE DEUXIÈME PREMIÈRE PARTIE BAADER - BUZETTI PA RIS-VI LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANÉ 87, Boulevard Raspail, 87 1932 TOUS DROITS RÉSERVÉS I Imprimatur Parisiis, die 27 mensis Julii 1905. t Franciscus, Card. RICHARD Arch. Par. I LISTE DES COLLABORATEURS DU TOME DEUXIÈME MM. Allard, directeur «le la Revue des questions historiques, ù Senneville (Seine-Inférieure). Antoine (le R. P.), d.· la Compagnie de Jésus, professeur de théologie au scolasticatde Cantorbéry (Anglelerre). Autore (le R. P. dom), chartreux, à la Chartreuse de Florence (Italie). Bareille, ancien professeur de patrologie à l’institut catholique de Toulouse. Baudrillart, professeur d’histoire ecclésiastique à l'institut catholique de Paris. Bellamy, aumônier à Vannes (f le 22 mai 1903). Bernard, â Paris. , Berthet, à Paris. Besse (le R. P. dom), bénédictin de l’abbaye de Ligugé, à Chevetogne (Belgique). Bei gnet, curé de Saint-Nicolas, à Nancy, ancien pro­ fesseur au grand séminaire. Bois, à Constantinople. Boibdiniion, professeur de droit canon à l’institut catholique de Paris. Bourg, professeur d’histoire ecclésiastique au grand séminaire de Metz. Brucker, ancien rédacteur aux Études, à Paris. Chérot, ancien rédacteur aux Éludes, à Paris. Chollet, professeur de morale aux Facultés catholiques de Lille. CitoupiN (le R. P.), «le la Compagnie de Jésus, professeur de droit canon au scolastical de Cantorbéry (Angle­ terre). Combaing, ancien directeur de l'École Saint-Françoisde-Sales, à Évreux. Constantin, professeur à l’École Saint-Sigisbert, â Nancy. Coulon (le R. P.), des Frères Prêcheurs, professeur â FUniversité de Fribourg (Suisse). Delorme (le R. P.), des Frères .Mineurs, à Bordeaux. Desitayes, professeur de théologie morale au grand séminaire du Mans. Doliiacaray, chanoine pénitencier, à Bayonne. Dublanchy (le R. P.), de la Société de Marie, professeur de théologie, au scolastical de Differt (Belgique). Dutouquet (le R. P.), de la Compagnie de Jésus, pro­ fesseur de théologie au scolasticat d'Enghien (Bel­ gique). Édouard d’Alençon (le R. P.), des Frères Mineurs Capucins, archiviste à Rome. érmoni, prêtre de la Mission, professeur de théologie au séminaire de Saint-Lazare, à Paris. Étienne (le R. P.), carme déchaussé, provincial à Jambes-lès-Namur (Belgique) (f 1904). Forget, professeur de théologie à FUniversité de Lou­ vain (Belgique). Fouhneret, à Paris. Fournet, prêtre de Saint Sulpice, professeur au collège de Montréal (Canada). Gardeil (le R. P.), des Frères-Prêcheurs. MM. Godet, à Rosnay ( Vendée). Hemmer (H.), à Paris. Heurtebize (le R. P. dom). bénédictin de l’aboaye de • Solesme, à File de Wight (Angleterre). Ingold, à Colmar. Jérôme, professeur d'histoire ecclésiasti«|iie et «le droit canon au grand séminaire de Nancy. Lamy (Ms1), professeur émérite à l’Universih'· de Louvain (Belgique), Largent, professeur honoraire à l’institut catholique de Paris Le Bachelet (le R. P.), de la Compagnie de Jésus, pro­ fesseur de dogme au scolaslicat de Cantorbéry (Angleterre). Lejay, professseur de littérature à l’institut catho­ lique de Paris. Levesque, prêtre de Saint-Sulpice, professeur d’Écrilure sainte au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. Loevenbrcck, professeur à l’Ecole Saint-Sigisbert, à Nancy. Mandosnet (le R. P.), des Frères-Prêcheurs, recteur de FUniversité de Fribourg (Suisse). Martet (E) professeur à l’École Saint-Sigisbert, à Nancy. Martin (J-B.), maître de conférences aux Facultés catho­ liques de Lyon. Milon, prêtre de la Mission, secrétaire général de la Congrégation, à Paris. Morel, professeur de patrologie à l'institut catholique de Paris (γ 1905). Moureau, professeur de théologie dogmatique aux Fa­ cultés catholiques de Lille. Nau, professeur de sciences à l'institut catholique de Paris. Oblet, professeur de morale au grand séminaire de Nancy. Ortolan, supérieur du grand séminaire d’Ajaccio. Palmieri (le R. P.), de l'ordre de Saint-Augustin, â Rome. ParisOt (le R. P.), à Plombières-les-Bains(Vosges). Pelt, supérieur du grand séminaire de Metz. Petit(Ic R. P.),des Augustinsde l’Assomption, supérieur des religieux de l’Assomption, à Kadi-Keuy (Constan­ tinople). Portai.ié, ancien professeur de théologie à l’institut catholique de Toulouse. Qüilliet. professeur de théologie aux Facultés catholi­ ques de Lille. Rucil, professeur de dogme au grand séminaire de Nancy. Servais (le R. P.), carme déchaussé, à Jambes-lés Namur (Belgique). ServiËRE (le R. P. de la), de la Compagnie de Jésus, professeur d’histoire ecclésiastique au scolasticat de Cantorbéry (Angleterre). VIII LISTE DES COLLABORATEURS MM. Sheets (le R. P.), des Frères Mineurs, supérieur du Col­ lège de Saint-Bonaventure, à Quaracchi (Italie). SOMMERVOGEL (le R. P.), de la Compagnie de Jésus, à Paris (-f· 1902). Steiger (le R. P.), de la Compagnie de Jésus, profes­ seur de droit canonique au scolasticat d'Enghien (Bel­ gique). Ioüssaint, professeur d’Écriture sainte au grand sé­ minaire de la Rochelle. Vacandaro, premier aumônier du lycée Corneille, â Rouen. Vr iuiÊ (le R. P.), des Augustinsâ l'Assomption, rédac­ teur eux Échos ti’Orient, à Constantinople. MM. VAlton, professeur de drcit .anon au grand séminaire de Langres. Van den Ghevn (le R. P.), de la Compagnie de Jésus, bollandiste, conservateur de la Bibliothèque royale, à Bruxelles (Belgique). Vernet, professeur d'histoire ecclésiastique aux Facultés catholiques de Lyon. VersChaffel, à Paris. Watrigant, à Lille. Zimmermann (le R. P.), carme déchaussé, prieur de Saint-Luc, à Wincanton (Angleterre). DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE BAADER (Françoisde), philosophe et théologien alle­ mand, né â Munich en 1765. il se livra d’abord à l’étude de la médecine et pratiqua cet art dans sa ville natale avec son père. Il se fit ensuite recevoir élève des mines. Devenu ingénieur, il entreprit divers voyages en Alle­ magne, séjourna cinq ans en Angleterre et revint en Ba­ vière. Il changea bientôt de carrière et lors de l’inaugu­ ration de la nouvelle université de Munich, il fut nommé professeur de théologie spéculative. Ses premières leçons attirèrent autour de sa chaire un auditoire de choix. En 1838, l'enseignement de la philosophie religieuse ayant été interdit aux laïques, de Baader n’enseigna plus que la psychologie et l’anthropologie. Au mois de mai 1841, il fut subitement atteint d’un mal qui le conduisit au tom­ beau. Auteur d'une fécondité prodigieuse, il a développé ses idées dans les journaux, les revues et dans sa corres­ pondance. Toutes ses œuvres, qu’il serait trop long d’in­ diquer en détail, ont été réunies après sa mort par ses disciples, 1851-1860, et forment 16 volumes. Elevé dans la religion catholique et fidèle aux convictions de son en­ fance, de Baader combattit le rationalisme de son temps. Mais il voulut comprendre le catholicisme d’une manière plus profonde que les théologiens. Il se lança dans le mysticisme qu’il étudia dans des ouvrages protestants et il subit profondément l’influence des écrits de Bôhme. H voulut saisit· l’intelligence du christianisme dont les théologiens, disait-il, avaient perdu la clef, et il la cher­ cha dans ses sources, les Pères et les scolastiques, et dans des écrits profanes, notamment dans les ouvrages des philosophes anglais et dans ceux de Kant. En philosophie il unit les spéculations rationnelles aux théories théosophiques. Dans ses œuvres théologiques, il expliqua phi­ losophiquement la Trinité des personnes, eut une théo­ rie particulière de la création, enseigna la nécessité de la chute des anges et de l’homme et mit sa christologie en corrélation avec sa théorie de la chute. L'incarnation du Eils et le sacrifice de Jésus-Christ étaient, selon lui, nécessaires. Traitant des questions morales et sociales, il eut à parler de l'Église et il en vint à attaquer la pa­ pauté. Il n’est pas étonnant, dès lors, que plusieurs de ses élucubrations aient été mal reçues par les catholi­ ques. Hoflmann, Vorhalle zur speculative Lehre Baaders; Lutterbeck, Ueber den philosophischen Standpunkt Baaders, 1854; Bamberger, Abhandlung liber die Cardinalpunkte der D1CT. DE THÉO1.. CATHOL. Baader'schen Philosophie, 1855; Erdmann, Die Enttuicklung der deutschen Spéculation seit Kant, t. tu : Hoffmann. Baaders Lebensbild, dans le tome xv des Œuvres de Baader; Kirchenlexikon, 2· édit., t. i, col. 1781-1791. E. Mangenot. BAANÉS, BAANITES. Baanès fut l’un des prin­ cipaux chefs qui dirigèrent la secte manichéenne des pauliciens, de la lin du vni” siècle au commencement du IX'. Cette secte datait de la seconde moitié du vu· siècle ; elle s’était formée en Arménie dans les environs de Samosate, ou fermentaient pêle-mêle les restes du gnos­ ticisme et du manichéisme. Grâce aux désordres poli­ tiques dans lesquels se débattait l'empire en Orient, grâce aussi à la longue et sanglante controverse des iconoclastes qui retenait surtout l’attention des catholi­ ques, grâce enfin aux incessantes incursions des Sarra­ sins, elle avait pu traverser tout le Vlll' siècle sans s'atti­ rer les rigueurs des lois et s’était fortement constituée sous la direction d’habiles meneurs. Elle était cependant connue, car saint Jean Damascene l'avait combattue dans son livre contre les manichéens. Les chroniqueurs du IX·· siècle la connaissaient également. Mais niThéophane le confesseur, mort vers 817, dans sa Chronographic, ni l’auteur anonyme de La vie de Léon ΓArménien, ni Léon le grammairien, dans sa Chronique des empe­ reurs, ni Anastase le bibliothécaire, P. G., t. cvni, col. 980 sq., 1009 sq., 1037 sq., ne fournissent aucun détail sur Baanès et ses disciples. Le premier qui en parle est Georges llamartolos, mort avant850, dans sa Chronique, iv, 238, P. G., t. ex, col. 885-892 ; après lui, Pierre de Sicile, qui en 856, reçut de l’empereur Basile la mission de se rendre à Tibricha. ville d’Arménie, infestée de pauliciens, pour essayer de ramener ces égarés. Hist, manich., xxxi, P. G., t. Civ, col. 1288 sq. Pholius, dans son Contra nianichæos, tv, 21-23, P. G., t. en, col. 61-76, ne fait que résumer Georges llamartolos et Pierre de Sicile. La plupart des pauliciens laissaient leur nom pour prendre celui de l’un des disciples de saint Paul, dont ils essayaient de jouer le personnage auprès de leurs adeptes. C’est ainsi que l’on voit Constantin se faire pas­ serpour Sylvain; Siméon devient Tile; Gagnésius, Timo­ thée; et le bâtard Joseph, Epaphrodite. C’est à ce dernier que succéda Baanès.Né du commerce illégitime de deux disciples de Joseph Epaphrodite, un juif et une U. -1 3 BAANÈS, BAANITES — BABIN arménienne, Baanès ne prit le nom d’aucun des dis­ ciples de saint Paul. Mais il se lit remarquer par ses débordements d’une immoralité révoltante, ce qui lui mérita le surnom de ρυπαρός, le sale, le cynique, qui lui est resté. Pierre de Sicile, Hist, manich., xxxi, P. G.,t. Civ, col. 1288. Sa doctrine n’a rien de personnel; c’est intégralement celle de ses prédécesseurs. Dualiste à la manière de Marcion. il opposait le Dieu bon, roi du ciel, créateur des esprits, Père céleste adoré par ses partisans, au Dieu mauvais, créateur de la matière, adoré par les romains, c’est-à-dire par les catholiques. Docéte, il prétendait que Jésus-Christ, envoyé par le Dieu bon pour délivrer l’âme engagée dans les liens de la matière, n’avait eu qu'une apparence de corps et n’avait pu souffrir réellement, ce qui était supprimer l’incarnation et défigurer la rédemption. En conséquence, Marie n’était pas la mère de Dieu, elle ne resta pas tou­ jours vierge et ne fut même pas une sainte. En revan­ che Fiaanès poussa pratiquement aux extrêmes les con­ séquences immorales des principes gnostiques et mani­ chéens de la secte. Il ne se contenta pas de prêcher l’immoralité, il la pratiqua ouvertement. 11 faut, disaitil, mépriser la matière, siège du mal; il faut soustraire la chair, siège de la concupiscence, à la tyrannie du Dieu mauvais; il faut imiter Adam qui, le premier, sous l'impulsion du Dieu bon, secoua le joug ignominieux du Dieu mauvais. Libérer la chair, assouvir toutes ses con­ voitises, faire de la dépravation un acte religieux par mépris du Dieu mauvais et paramour du Dieu bon, tel était à ses yeux le but à poursuivre, l’idéal à réaliser. C'est avec raison que Pierre de Sicile le traite de maî­ tre de débauche, κακίας διδάσκαλος, Hist, manich., loc. cit., et légitime ainsi le surnom de ρυπαρός. On comprend que Baanës pùt recruter des disciples dans les bas-fonds de la société. Toutefois son manque de sens moral, la frénésie de ses débordements, son impudeur sans voiles paralysèrent sa propagande parmi ceux qui voulaient conserver quelque apparence de tenue. Aussi rencontra-t-il une vive opposition dans le tils de Dryinos d’Annia, Sergius. Celui-ci, né à Tabias, était également paulicien et se donnait pour Tychique, disciple de saint Paul. C'était un autre soldat du diable, au dire de Pierre de Sicile. Hist, manich., xxxn, loc. cil. Sans renier le moins du monde les conséquences immorales de la doctrine paulicienne, il crut, pour mieux faciliter le recrutement de ses adeptes, devoir se parer de la peau de l’agneau et affecter des airs de décence et de piété. 11 se posa donc en rival de llaanés et lui reprocha publiquement, par trois fois, le scandale de ses crimes. Baanës, au lieu de lui renvoyer ce repro­ che en y ajoutant celui d’hypocrisie, se contenta de le traiter d’ignare et de novateur. « Tu n’as connu, lui dit-il,aucun de nos maîtres; quant à moi, je suis le dis­ ciple d’Épaphrodite, dont j'enseigne la doctrine. » Ce fut la scission dans la secte paulicienne; les partisans de Baanës s'appelèrent baanites ; ceux de Sergius, sergiotes; mais ceux-ci, attribuant la réprobation dont ils étaient l'objet aux scélératesses des baanites, résolurent de se débarrasser de leurs rivaux; ils auraient même réussi à les exterminer sans l’intervention d’un compa­ triote de Sergius-Tychique, un certain Théodote, qui les rapatria. Pierre de Sicile, Hist, manich., XL, loc. cit., col. 1300. On ignore le lieu, la date et le genre de mort de Baanès. Tous ces pauliciens, favorisés d’abord par l'empereur Nicéphore, furent ensuite englobés dans les poursuites ordonnées par Michel le Bègue, 820-829, et se répandirent soit dans l’Arménie, soit dans le terri­ toire déjà soumis aux Arabes. Il a été question plus haut de la mission confiée par l’empereur Basile à Pierre de Sicile. Après quoi on perd la trace de la secte ; ses germes ne disparurent pas, ils continuèrent à fermenter et à s’inliltrer à travers l’Europe et reparurent sous des noms nouveaux en Italie, au Languedoc et ailleurs. 4 Georges Hamartolos. Chronique, rv, 238. P. G., t. ex. coL 825; Pierre de Sicile, Histoire des manichéens, xxxi sq., P. G., t. civ, col. 1228 sq. : Photius. Contra nianiclueos, IV, 21-23, P. G., t. en, col. 61-76; Sebmidt, Historia paulicianorum, Copen­ hague, 1826; Dollinger, Beitriige zur Sektengeschiclite des -Viltelalters, Munich, 1890, t. I. G. Bareille. BABENSTUBER Louis, bénédictin, né en 1660 à Teining, en Bavière, mort le 5 avril 1726 au monastère d’Etlal dans le diocèse de Munich où il avait fait pro­ fession en l'année 1682. Presque toute la vie de ce sa­ vant religieux fut consacrée à l'enseignement. De 1690 à 1693, il enseigna la philosophie au scolasticat de son ordre à Salzbourg, puis pendant deux ans la théologie au monastère de Schlehdorf. De 1695 à 1717, il prolessa successivement à l'université de Salzbourg les cours de philosophie, de théologie morale, de théologie scolastique et enfin d'Écriture sainte. Il remplit, en outre, les fonctions de vice-recteur et de pro-chancelier. Voici ses principaux ouvrages : Problemata et theoremata philosophica, in-4", Salzbourg, 1689; Quæstiones phi­ losophica:, in-4», Salzbourg, 1692; Hegula morum seu dictamen conscientiæ, in-40, Salzbourg, 1697; Tractatus de jure et justitia, in-4», Salzbourg, 1699; Heus abscon­ ditus in sacramento altaris, in-4», Salzbourg, 1700; De statu parvulorum sine baptismo morientium, in-4», Salzbourg, 1700; Saeræ deliciæ Mariante, sive allocu­ tiones historical de B. Maria F. ejusque cultoribus ad sodales Parthenios, in-12, Salzbourg, 1701 ; Philosophia Thomisliea Salisburgensis, sive cursus philosophicus secundum doctrinam D. Thomæ Aquinatis ductoris angelici in celeberrima archiepiscopali universitate Salisburgensi, methodo et norma ibidem concinnatus, in-fol., Salzbourg, 17(6; Principia, bonitas et malitia actuum humanorum, in-4», Salzbourg, 1705; Deus trinus, in-4», Salzbourg, 1705; Deus unus, in-4», Salz­ bourg, 1706; Gratia divina, in-4°, Salzbourg, 1706; Vindiciarum priedeterm i nationis physicæ, pars prior et pars posterior, 2 in-4», Salzbourg, 1707; Peccatum originale, in-4», Salzbourg, 1709; De Verbo incarnato, in-4», Salzbourg, 1709; Sacrosanctum missæ sacrifi­ cium, in-4», Salzbourg, 1710; Quæstiones de matre Dei, in-4», Salzbourg, 1712; Vindicite vindiciarum prtedelerminationis physicæ, in-4°, Salzbourg, 1712; Vindiciæ vindicis, in-4», Salzbourg, 1712; Ethica supernaturalis Salisburgensis, in-fol., Vienne, 1718; dans cet ouvrage connu encore sous le titre de Cursus moralis Salisbur­ gensis, Babenstuber reproduit plusieurs de ses écrits précédemment mentionnés; il y joint une dissertation Utrum anima Trajani precibus Gregorii Magni liberata fuerit ex inferno; Dissertatio theologica in qua osten­ ditur differentia inter scholam D. Thomæ et Quesnelli ac Jansenü, in-4», Vienne, 1720; Prolusiones academicte, in-8·, Salzbourg, 1724. Dom F. Egger, Idea ordinis hierarchico benedictini, 1. T, part. Ill, diss. II, η. 18, 3 1η-4·, Constance, 1715-1720; dom Fran ■ çois, Bibliothèque générale de tous les écrivains de l’ordre de Saint-Benoit, 4 in-4·, Paris. 1777, 1.1, p. 85; Ziegelbauer, Hist, rei literariæ ord. S. Benedicti, h in-4°, Vienne, 1754, t. Il, p. 283 ; t. ni, p. 444; l. iv, p. 118, 133.182, etc. ; Kirchenlexikon, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1882, t. i, col. 1796-1797; Hurter, Nomen­ clator literarius, Inspruck, 1893, t. H, col. 968-969. B. Heurtebize. BABIN François, premier et principal rédacteur d'un cours théologique français très estimé et très répandu, intitulé : Confèrences ecclésiastiques du dio­ cèse d’Angers. On admire, dans les 18 volumes sortis de sa plume, les diverses faces d’un talent doctrinal supé­ rieur : science exacte et profonde, logique rigoureuse, et, par-dessus tout, clarté d’exposition vraiment remar­ quable. Ces diverses qualités, fruit d'un long et brillant enseignement, attirèrent sur la publication naissante l'attention du clergé de France qui, à la mort de l'au­ teur, en demanda la continuation. La faculté de théo- BABIN logie d’Angers, où Babin avait professé pendant vingt ans et dont il avaitété chancelier et doyen, recueillit na­ turellement cette succession et en chargea tour à tour, d'abord le chanoine Vaulthier qui traita des divers étals de la société, puis Audebois de la Chalinière qui donna les Conférencessur la grâce, voir t. i, col. 2265, et, enfin, Cotelle de la Blandinière, qui mit la dernière main à toute la collection, l'enrichit de citations, d'additions nombreuses et souvent même y inséra de nouveaux développements. Ainsi complété, l’ouvrage entier offre les avantages d’une somme théologique de réelle valeur, malgré l'inégalité de mérite des derniers volumes. Les traités composés par Babin, et. par suite, les plus excel­ lents, touchent moins au dogme qu’à la' morale et au droit canon: sacrements, commandements de Dieu, censures, monitoires, irrégularités, contrats et bénéfices. On compte plusieurséditions des Conférences d’Angers: les meilleures sont celles d'Angers, 24in-12, '1785, celles de Paris et de Besançon, 20 in-8°, 1830; ces deux der­ nières sont dues aux soins de l’abbé Gousset, plus tard cardinal. Il faut encore citer de Babin une .Relation de ce qui s’est passé à l’université d’Angers, au sujet du jansénisme et du cartésianisme, in-4°, imprimée en 1679, sans nom d'auteur: il y a là des pièces utiles à con­ sulter. En 1706, Babin avait été choisi pour vicaire général par Poncet de la Rivière, évêque d’Angers, qui l’avait chargé des conférences du diocèse. Né le Gdëceinbrc 1651, il mourut le 19 du même mois en 1734. 11 était tils d'un avocat au présidial d'Angers. Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée. Paris, 1822, t. ni. p. 395; Mémoires de Trévoux, 1743, p. 2575-2583; 1745, p. 18971901; 1740, p. 917-929; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1893, t. It, col. 1249. C. Toussaint. BACCALAURÉAT. Voir Grades. BACCHINI Benoît, bénédictin italien, né le 31 août 1651 à Borgo-san-Domnino, dans le duché de Parme, mort à Bologne le 1« septembre 1721. Ses études termi­ nées au collège des jésuites à Parme, il entra chez, les bénédictins de l’abbaye de Saint-Jean dans la même ville et y lit profession le 10 décembre 1668. Devenu secré­ taire de l’abbé Ange-Marie Arcioni, il parcourut avec celui-ci une grande partie de l’Italie. De retour à Parme en 1683, il devint bibliothécaire de son monastère. Théo­ logien du duc de Parme, il fut supérieur des bénédic­ tines de Saint-Alexandre. En 1691, le duc de Modène le prit près de lui pour en faire son conseiller et Bacchini entreprit divers voyages pour visiter les principales bi­ bliothèques. Le cardinal d’Aguirre voulut même le rete­ nir à Rome; mais il préféra revenir à Modène où le duc l'avait chargé du soin de sa bibliothèque. En 1704, il était prieur d’un monastère de cette ville et en 1711 abbé de Saint-Pierre. Il eut ensuite à gouverner les abbayes de Reggio et de Bobbio. Il abandonna cette der­ nière à cause de la rigueur du climat et il se retira à Padoue, puis, après un court séjour à Ferrare, il vint à Bologne pour y professer l’Écriture sainte. Bacchini a beaucoup écrit et parmi ses ouvrages un bon nombre sont demeurés manuscrits. Parmi ceux qui ont été pu­ bliés nous n’avons à citer que le suivant : De ecclesiasticæ hierarchise originibus dissertatio, in-4°, Modène, 1703. Gnujet, Bibliothèque des auteurs ecclés. du xvttr siècle pour s-n-rir de continuation à celle de M. Dupin, in-8·, Paris, 1736, t. I, p. 194; dom François, Bibliothèque générale des écrivains de l'ordre deS. Benoit, t. I, p. 85; Ziegelbauer, Hist, rei literariæ ord. S. Benedicti, t. ni. p. 445; Armeüini, Biblio­ theca Cassinensis. in-fol., Assise, 1731, p. 76. B. Heurtebize. BACCHYLE était évêque de Corinthe, depuis 190 environ, lorsque, dans les dernières années du il· siècle, 1 < question pascale un moment assoupie se réveilla sous BACHKINE C le pontificat de saint Victor I»r et menaça la paix et l'unité de l’Église. Eusêbe, H. E., v, 23, P. G., t. xx, col. 493, et saint Jérôme, De vir. ill., P. L.,t. xxm, col. 657, ont rangé Bacchyle parmi les auteurs ecclésias­ tiques, en considération de la lettre synodale qu’il écrivit, vers 195, au pape saint Victor et dans laquelle il se prononçait pour l’usage romain, contre le rite asiatique de la célébration de la Pâque. Celte lettre, qu’Eusèbe pouvait lire dans la bibliothèque de Césarée et dont saint Jérôme fait l’éloge, a totalement péri. Harnack, Geschichte der altchrist. Litleratur, Leipzig, 1893, part. I, p. 261 ; Id., Die Chronologie der altchrist. Litleratur, Leipzig, 1897, t. t. p. 313.723; Bardenhewer, Les Pères de l’Église, trad, tranç., Paris, 1898, t. I, p. 213. P. Godet. BACHIARIUS, écrivain du v« siècle, dont les écrits nous révèlent sa profession de moine et que les critiques s’accordent à croire d’origine espagnole. Nous avons de lui deux ouvrages certains : 1° Liber de fide, édité par Muratori, Anecdota, Milan, 1698, t. H, p. 9 sq., et réim­ primé par Migne, P. L., t. xx, col. 1019-1036, c’est une apologie de sa foi que l’auteur adresse au pontife romain; il se justifie de l’accusation d'admettre des erreurs sem­ blables à celles de Priscillien; 2“ Ad Januarium liber de reparatione lapsi, P. L., ibid., col. 1037-1062, où il supplie cet abbé de punir moins sévèrement la faute d'un moine. Gennade,De script, eccl.fi'i, P. L.,t. lviii,col. 10741075, l'appelle vir chrislianæ philosophise, ou, d'après les variantes de quelques manuscrits, episcopus vir phi­ losophie;, et il le dit exilé pour sa foi : peregrinationem propter conservandam vilæ integritatem elegit, ou, du moins, pour sa profession monacale : pro conservanda propositi integritate, d'après l’édition de Richardson, dans les Texte und Vntersuch., Leipzig, 1897, t. xtv, fasc. 1er, p. 71. En raison de cette circonstance, Schepss, Priscilliani quæ supersunt, Vienne, 1889; S. Berger, Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893, p. 28; Fritzsche, dans la Zeit­ schrift fur katholische Théologie, 1896, t. xvn, p. 211215, ont regardé comme plausible l'identification de Bachiarius avec l’évêque Peregrinus, le correcteur pseu­ donyme des Canons de Priscillien sur les Épitres de saint Paul et l'éditeur de la recension espagnole des Livres saints. Si cette conjecture était vraie, Bachiarius aurait joué un rôle important dans l'histoire de la Vul­ gate latine. Mais Wordsworth et White, Novum Testa­ mentum D. N. J. C. latine, Oxford, 1898, t. 1, fasc. 5, p. 708, jugent cette hypothèse peu vraisemblable. Les documents anciens affirment bien que Bachiarius fut moine, mais ils ne disent pas qu'il ait été évêque. D'ailleurs, sa profession de foi contient des expressions qui sont peu conciliables avec son épiscopat; il déclare qu'il veut obéir aux prêtres et aux docteurs, qui sunt capita populi et columnæ ecclesiarum. P. L., t. xx, col. 1035. Gatland, Bibliotheca Patrum, t. ix. p. 181-202, P. L., t. XX, col. 1015-1920; Fessler-Yungmann, Institutiones patrologix, Inspruck. 1892, t. II, p. 418-427 ; S. Berger, Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893, p. 15, 16, 18, 19, 28, 42, 43, 121,160, 181-184; Id., Les préfaces jointes aux livres de la Bible dans les manuscrits de la Vulgate (ex­ trait des Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions el belles-lettres, 1" série, t. xi b), Paris, 1902, p. 17, 46,63 ; Realencyklopadie [ür protest. Théologie und Kirche. 3' édit., 1896, t. il, p. 342-343; O. Bardenhewer, Les Pères de l’Église, trad, tranç., Paris, 1899, t. n, p. 458. E. Mangenot. BACHKINE Mathieu Séménov, célèbre hérétique russe du xvi" siècle. La date de sa naissance est incon­ nue. Kostomarov le soupçonne d'origine tatare. Sa jeu­ nesse est enveloppée de mystère. On sait seulement qu’il s'enrichit dans le commerce et qu’il se passionna pour l’étude des questions religieuses. Sous l’influence de ses maîtres, l’apothicaire Mathieu de Lithuanie et 7 BACHKINE BACON 8 André Khotiéev. imbus tous les deux des enseignements I rents furent envoyés en exil. Renfermé dans un monas­ hérétiques des judaïsants (érés jidovstvouiouchtchikh), tère (Volokolokamsky), Bachkine mourut le 22 dé­ il se prit à formuler des théories nouvelles sur les cembre 1554. dogmes et la discipline de l'Église orthodoxe russe. Ces De lui date l’infiltration du protestantisme dans la théories étaient un mélange de rationalisme luthérien théologie russe. Il marque donc une étape importante et de judaïsme rajeuni. Les inlluences luthériennes,en dans le développement de la pensée théologique russe, effet, se faisaient déjà sentira Moscou, où Ivan le Ter­ et nous nous étonnons que la récente Encyclopédie rible (1533-1584) avait permis aux disciples de Luther orthodoxe de M. Lopoukhine n’ait pasconsacréaufameux d'élever deux temples. Ilobroklonski. Manuel d'histoire hérétique une courte notice. de l'Église russe, 2· édit., Riazan, 1889, t. I, p. 285. Ma­ Dobroklonski, op. oit., t. i, p. 270-271; Znamenski, Manuel thieu Bachkine fit parade de ses nouveautés doctrinales d'histoire de l’Église russe, Saint-Pétersbourg, 1890, p. 133-184 ; à un pope de l'église de l’Annonciation à Moscou (4553). Macaire, Histoire de l'Église russe (période de la division des Ce pope, appelé Simeon, reçut l'hérétique à confesse, deux métropoles}, Saint-Pétersbourg, 1870, t. vi, p. 248-253« Phiet à son grand étonnement, l’entendit lui demander larète. Geschichte der Kirche Russlands, trad. Blumenthal, l’explication de maints textes de l'Ecriture sainte. Francfort, 1872, p.296-298; Soloviev, Histoire delà Russie, t. vu, Siméon se trouva fort embarrassé dans ses réponses. col. 124-131; Les conciles tenus à Moscou contre tes hérétiques du xvr siècle, Moscou, 1847, paru d'abord dans les Lectures Bachkine lui-même le remit sur la bonne voie et lui (Tchténia) de la société d’histoire de Moscou. 1847, t. in; Eméénonça des théories qui, sur bien des points, étaient lianov. Sur l’origine de l'enseignement de Bachkine et de Kocontraires au catéchisme orthodoxe. Siméon en fut sdi en Russie, Travaux (Troudy) de l'Académie ecclésiastique surpris. Cependant il le laissa s'expliquer à son aise, de Kiev, 1862, n. 5, p. 31-78; Notices sur les conciles tenus et eut avec lui plusieurs entretiens. Il finit par se per­ dans l'Église russe depuis le .vjusqu'au xvr siècle, Lecture chré­ suader que les opinions émises par son pénitent étaient tienne (Khristianskoe Tchténie). 1852,t.i.p.301-353;t. n.p. 029étranges, et fort peu soucieux du secret de la confes­ 570; Golokhwastov et Léonidas, Sylvestre, prêtre de l'église de l'Annonciation à Moscou, et sur l’hérésie de Bachkine, Lectures sion, il en rendit compte au protopope Sylvestre, qui de la Société d'histoire et d’antiquité russe, 1874, n. 1 ; Kosto­ jouissait de la faveur du tsar. Sylvestre ne Larda pas à marov, Histoire de la Russie, ou biographies de ses princi­ apprendre que l’orthodoxie de Bachkine éveillait des paux auteurs, Saint-Pétersbourg, 1874, t. n ; Id., Rapport sur tes soupçons justifiés par les faits. Il se crut dés lors en esprits forts (volnodoumtzy) de la Grande Russie au xvr siècle, devoir d’en référer à Ivan IV. Bachkine fut arrêté et Recueil de monographies historiques, Saint-Pétersbourg, 1863, soumis à un interrogatoire. Il exposa par écrit son en­ t. i; Andréiev, Le raskol et son importance dans l’histoire du seignement, et dévoila les noms de ses disciples et peuple russe, Saint-Pétersbourg, 1870, p. 21-22; A. Palmieri, admirateurs. L'ancienne et la nouvelle théologie russe, Paris, 1901, p. 15-16. A. Palmieri. Le tsar réunit un synode dans son palais (1553-1554) BACKER (Augustin de), jésuite belge, né à Anvers, et y convoqua Bachkine et ses adhérents, qu'on accu­ le 18 juillet 1809, novice le 26 juin 1835, consacra sait : 1° de ne pas reconnaître la divinité de Jésuspresque toute sa vie aux recherches bibliographiques, Christ et sa parfaite ressemblance avec le Père; 2° de et mourut à Liège, le 4" décembre 1873. II n’est connu ne pas admettre la présence réelle de Jésus sous les par aucun ouvrage de théologie; il a néanmoins un titre espèces eucharistiques; 3° de rejeter la confession, en à être mentionné ici; c'est à lui, en effet, qu'on doit la partant de ce principe que le pénitent n'est pas res­ ponsable doses fautes, puisqu’il continue à souiller son connaissance exacte de tout ce qu'ont écrit et publié les âme par le péché, même après l'absolution; 4° de re­ théologiens de la Compagnie de Jésus. De 1853 à 4861, noncer aux traditions des Pères, au culte des saints et le P. de Backer fit paraître, en sept séries, ses premières aux décisions des conciles; 5° d’interpréter à leur recherches sous ce titre : Bibliothèque des écrivains de guise et sans tenir compte de la tradition, les livres du la Compagnie de Jésus ou Notices bibliographiques Nouveau Testament; 6° de qualifier les saintes images 1« de tous les ouvrages publiés par les membres de la par l'épithète malséante d’idoles; 7° de nier l’utilité des Compagnie de Jésus, etc..., Liège. Ce grand ouvrage églises en pierre et en bois, sous le prétexte que la qui n’était qu'un essai, reçut un favorable accueil de la véritable Eglise n’est que l'assemblée spirituelle des part des savants. L'auteur commença la publication fidèles; 8° de s'insurger contre la légitimité des biens d'une seconde édition, qui parut en trois volumes dans acquis parles monastères;9° de stigmatiser l’ignorance le format in-fol., à Liège, 1869, 4872, 4876. Son frère et l'avarice du clergé de leur temps, et de le discrédi­ Aloys fut son collaborateur assidu et dévoué pour la ter en présence des fidèles; 10° de regarder la litur­ préparation et l'exécution de cés deux éditions; il ter­ gie de l'Église orthodoxe comme un corps sans âme, mina la deuxième après la mort d’Augustin. Un jésuite comme un recueil de formules purement extérieures, français, le P. Sommervogel, prêta aussi son concours et parlant dénuées de toute inlluence sur la vie sur­ aux PP. de Backer pour la deuxième édition, et, après leur mort, il en entreprit une troisième en neuf vo­ naturelle. lumes, gr. in-8°, imprimée à Bruxelles de I890 à I960. Prirent parta ce concile: Macaire, métropolite de Moscou, Nicanor, archevêque de Rostov, et les évêques De Hacker et Sommervogel, Bibl. de la C“ de Jésus, t. i. col. Athanase de Souzdal, Cassien de Riazan, Acace de Twer, 753-755. Théodore de Colomèné, Sabbas de Sarski. Le tsar, des C. Sommervogel. boyards en grand nombre et une foule de prêtres inter­ BACON Roger. — I. Vie. II. Écrits. III. Bacon et vinrent aux débats. Les adhérents de Bachkine qui les sciences. IV. Bacon et la correction de la Vulgate. avaient tout à craindre de la cruauté d ivan IV, V. Bacon et la scolastique. essayèrent de nier tout ce qu’on leur reprochait. Les I. Vie. — Bacon naquit près d’ilchester, dans le comté uns soutinrent qu’ils n'avaient jamais renoncé au culte de Sommerset. On admet généralement que ce fut vers des saintes images. Ceux-ci on les remit en liberté, 4210 ou 4215. Cf. Opus majus, part. I, c. x; Opus ter­ après qu’ils eurent prêté serment de ne pas renouveler tium, c. xx ; V. Cousin. Journal des savants, 4848, l'hérésie des iconoclastes. Les autres affirmèrent har­ p. 130, 226 ; E. Charles, R. Bacon, sa vie, ses œuvres, diment que les points d’accusation portés contre eux sa doctrine, Paris, 4864, p. 4, 5. étaient absolument faux. L’évêque de Riazan prit la Issu de parents riches et puissants, qui dans la suite défense des accusés, mais il se heurta au mauvais vou­ prirent fait et cause pour le roi d’Angleterre contre ses loir des membres du synode qui ne surent pardonner à barons révoltés, Op. tert., c. in, il voulut, dès son jeune Bachkine ses justes critiques sur l’état déplorable du âge, acquérir une culture d’esprit en rapport avec son clergé russe. Bachkine et quelques-uns de ses adhé- I rang. A peine eut-il la connaissance des premiers clé­ 9 BACON ments, postquam didici primo alphabetum ibid.,':· XX, qu’il se livra avec zèle à l'étude des langues et des sciences. A Oxford, d’abord, puis à Paris, rendez-vous de la jeunesse studieuse d'Angleterre, ses progrès furent rapides. Reçu docteur et honoré d’une chaire à l'uni­ versité de celte dernière ville, il continua avec la même passion et le même succès ses études favorites. Entre ■utres textes de ses leçons, il expliqua le Be vegetabi­ libus d'Aristote, récemment traduit de l’arabe. Op. maj., part. 111, c. 1; Compendium studii philosophise, c. vin, p. 467-468. Les langues et les sciences absor­ bèrent tout son temps : « 11 est notoire, dira-t-il plus tard, Op. tert., c. xx, que nul n'a autant travaillé à tant de langues et de sciences ; lorsque j’étais dans une autre condition, on ne comprenait pas que j’y prisse tant de peine; j'étais pour tous un sujet d'admiration. » Il dépensa plus de 2 000 livres parisis, somme considé­ rable pour l'époque, à l'achat d'ouvrages précieux, à des expériences, à la confection d’instruments et de tables astronomiques, et â la formation de jeunes collabora­ teurs. Ibid., c. xvn. Les plus hautes notabilités scienti­ fiques d’alors, Campano de Novare, maître Nicolas, précepteur d’Amaury de Montfort, Jean de Londres, Hermann l'Allemand, Robert Grossetète, Adam de Marsch et le grand mathématicien picard, Pierre de Aléharieourt, furent ses amis. Ibid., c. xi, xtn, xvn. On n’est pas d'accord sur le lieu ni sur l'année où Bacon entra dans l’ordre des frères mineurs. Il est infiniment probable qu’il exécuta ce grand dessein dans un âge avancé, entre 1251 et 1257. E. Charles, op. cil., p. 21,22. Certains auteurs placent cette heureuse décision à la suite de rapports qu’il aurait eus avec saint Bona­ venture, pour lors regens Parisius : c’est à lui' que le docteur séraphique aurait adressé sa lettre ad magi­ strum innominatum. Cf. Prosper de Martigné, La sco­ lastique et les traditions franciscaines, Paris, 1888, p. 92 ; Hauréau, Journal des savants, décembre 1882, p. 730-731. Quoi qu’il en soit, son entrée dans un ordre qu’il voyait de près depuis longue date, mûrie d'ailleurs sous le souflle de la grâce, n’était pas un fait nouveau. D'autres docteurs anglais non moins fameux, Aymon de Faversham, Adam de Marsch et Alexandre de Halés, l’avaient précédé dans cette voie et n’avaient pas cru, ce faisant, â une « irrégularité de vie ». Devenu franciscain, Bacon cessa bientôt d’occuper une chaire : jam a decem annis occupationibus exterio­ ribus studii non vacavi, écrit-il en 1267. English, histo­ rical review, juillet 1897, p. 500. Sa santé maladive ne lui laissait plus autant d'activité : propter langores mul­ tos et infirmitates varias..., langor continuus. Ibid. Elle le contraignit même pendant deux ans â interrompre tout travail : exceptis duobus annis quibus recreatio­ nem et solatium quietis sumpsi ut melius postea labo­ rarem. Ibid., p. 507. Néanmoins son ardeur pour ses études préférées ne se ralentit pas : tamen postea fui ita studiosus sicut ante. Op. tert., c. xx, p. 65. Mais, hélas! il ne trouva pas l’appui et l’encouragement qu’il pouvait espérer des siens. Tant s’en faut; car, pour mieux le contrecarrer, ses supérieurs lui donnaient inces­ samment d'autres occupations : affuit instanda prælatorum meorum quotidiana ut aliis occupationibus obeclirem. English hist, rev., p. 500. En outre, urgeant avec la plus grande sévérité l’observation d’une loi de leur ordre, ils lui défendaient rigoureusement de com­ muniquer au dehors ses écrits :præcepto fui obligatus arctissimo ne scriptum in hoc statu a me factum Com­ municarem. Ibid.; Op. tert,, c. n, p. 13. Au dire de Salimbene, Chronica, Parme, 1857, p. 236,cette loi por­ tée au chapitre général de Narbonne en 1260, cf. Con­ stitutiones narbonenses, rubr. vi, S. Bonaventuræ opera ommd', Quaracchi, 1897, t. vni, p. 156, visait Gérard de Borgo-San-Donnino. qui publia â Paris, en 1251, l’Introductorius in evangelium æternuni. Œuvre de circon­ 10 stance, elle constituait une arme dangereuse dont il était facile d’abuser, et il est permis de se demander si la main de fer, qui veillait à son exécution dans la cou­ vent même d’où le scandale partit, sut toujours le faire avec prudence et discrétion. Op. tert., c. ni, p. 15. Ainsi bâillonnés et, d’autre part, pleins d'une juste défiance envers des copistes dont l’indélicatesse était notoire, les auteurs, et Bacon plus qu'aucun autre, avaient tout à craindre. Mieux valait déposer la plume et attendre des jours meilleurs : et inciderem in conscientiam de transgressione præcepti,.., neglexi compositioni insi­ stere scripturarum. Ibid., c. π, p. 13. Ce triste état de choses durait depuis dix ans quand Clément IV monta sur le trône pontifical. Il y mit fin promptement. Par lettres apostoliques en date du 22 juin 1266, il enjoignit à Bacon de lui envoyer dans le plus bref délai possible une copie très nette de l'ouvrage projeté par lui, et cela « nonobstant le précepte con­ traire de n'importe quel prélat, nonobstant toute con­ stitution de son ordre ». Wadding, Annales minorum, a. 1266. n. 14; Marlène, Thésaurus novus anecdolorvm, t. n, p. 358; Sbaralea, Bullarium franeiscanum, t. ni, p. 89. Bacon se met à l’œuvre, et, malgré des difficult s inouïes, Op. tert., c. in, p. 15, peut transmettre au pape son Opus majus dans les premières semaines de 1267. Désormais libre de toute entrave, impedi­ mentorum remedia priorum naclus, ibid., p. 5, il lui fait parvenir l’Opus minus dans la même année. L'Opus tertium suit de près. Jusque vers 1277, il continue de la sorte â déverser les trésors de science accumulés pendant toute une vie d’opiniâtre labeur. La protection dont le chef suprême de l’Église l’avait honoré, la foi au triomphe final de ses vues scienti­ fiques l’engageaient à poursuivre sans relâche. Mais on ne bat pas en brèche impunément les idées courantes de tout son siècle. Une puissante réaction se coalisa, parait-il, et ne se donna de repos qu’après avoir obtenu de Jérôme d’Ascoli, ministre général des frères mineurs, une sentence de réprobation et d’interdiction contre une doctrine qu’elle croyait entachée de nouveau­ tés suspectes et périlleuses. Ce fait, basé uniquement sur l’autorité fort contestable de la chronique des xxtv généraux, Analecta franciscana, Quaracchi, 1897, t. tu, p. 460, coïnciderait et serait peut-être connexe avec la proscription de 219 thèses lancée le 7 mars 1277 par Étienne Tempier, évêque de Paris. Denifle, Chartula­ rium universitatis parisiensis, t. t, p. 543-560; d’Argentré, Collectio judiciorum, t. I, p. 184-285. Or, il est avéré que la censure de plusieurs de ces thèses fut obtenue par l’animosité de quelques intrigants, capilositale quorundam paucorum, suivant l’expression de Gilles de Rome. Jn JVSent., I. II, dist. XXXII, q. n,a.3. Cf.S. Bonaventure, Operàomnia, Quaracchi, 1885, t. n, p. 30. 778 ; Denitle, op. cil., p. 556 ; de Wulf, Histoire de la philosophie me'diérale. Louvain. 19ϋ0,ρ. 301, 302. Les passions qui se sont agitées alors autour du nom et des écrits de Bacon trouvent encore aujourd'hui de l’écho dans quelques écrits. Cf. de Wulf, op. cil., p. 330-333; P. Mandonnet, Siger de Brabant, Fribourg, 1899, p. cci.x-ccLxn. Au reste, l’emprisonnement de quatorze ans que d'aucuns lui font subir est une pure fable, puisqu’il ne repose sur rien. Jusqu’à la fin de ses jours, Bacon resta fidèle à lui-même, à ses principes et à ses promesses. Cf. English hist, rev., loc. cil., p. 509. Vieillard octogénaire, il formulera en 1292, dans le Compendium studii theologiæ, le dernier mot de sa pensée sur l’ensemble des questions qui l'absorbèrent durant sa longue existence. E. Charles,op. cil., p. 307. Suivant S. Jebb, Op. maj., Venise, 1750, p. xvn, il mourut à Oxford, le il juin 1294. II. Ecrits. — I» Avant 1261. — On connaît peu de chose des travaux de Bacon antérieurs â cette date. Professeur, il avait beaucoup écrit, mais dans un but 11 BACON plutôt pédagogique, multa in alio statu conscripserant propter juvenum rudimenta. English hist, rev., loc. cit., p. 500. A cette période il convient de faire remonter ses commentaires sur divers ouvrages d'Aristote, notam­ ment sur la physique et la métaphysique, V. Cousin, op.cit., août 1848, et peut-être aussi le court traite De •mirabili potestate artis et natures, Paris, 1542; Oxford, 1604; Hambourg, 1613; Londres, 1859. Depuis 12561257, époque où il cesse d’enseigner, il ne composa rien, sauf quelques petits chapitres écrits çà et là pour des amis: a decem annis... nihil composui nisi quod ali­ qua capitula nunc de una scientia, nunc de alia ad instandam amicorum aliquando more transitorio com­ pilavi. English hist, rev., ibid.;Op. tert., c. π, p. 13. E. Charles, op. cit., p. 78. croit pouvoir attribuer à l’année 1263 l’opuscule inédit intitulé Computus natu­ ralium; dans ce livre. Bacon cite un autre opuscule De termino pascali où il a cherché précédemment à fixer la célébration de la Pâque. Mais tout cela est peu ou rien à ses yeux. Lui-même, en 1267, avoue qu’il n’a pas encore publié d’ouvrage complet sur l une ou l’autre partie de la philosophie : nec in primo statu nec in secundo alicujus partis philosophiae scripturam edidi completam. English hist, rev., ibid. 2° Opus majus. — Bacon mit six mois à la composi­ tion de cet ouvrage. Il l’adressa au pape en 1267, après la fête de l’Epiphanie, English hist, rev., ibid., p. 501, par l’entremise de son disciple de prédilection, Jean de Paris. — L’ouvrage est divisé en sept parties : la pre­ miere traite des eau. es de nos erreurs et des obstacles contraires à la découverte et à la propagation de la vérité ; la seconde établit les rapports de dépendance et d’intime union de la philosophie et de toute science en général vis-à-vis de la théologie et de la vérité révélée; la troisième est consacrée aux langues; la quatrième aux mathématiques ; la cinquième à la perspective ; la sixième à la science expérimentale, et la septième à la philosophie morale. — L’Opus majus a été édité à Londres en 1733 par les soins de Samuel Jebb, à Venise en 1750 par les franciscains, à Oxford en 1897-1900 par J. 11. Bridges. Toutes ces éditions sont très défectueuses. Celles de 1733 et de 1750 ont des lacunes considérables : ainsi la partie relative à la philosophie morale y est complètement omise. Cf. Op. tert., c. xxtv, xxvn, xxxt, xxxv, Lxxn sq. Celle de 1897-1900 est plus complète ; elle marquerait un vrai progrès, si elle n'était pas cri­ blée de fautes. — En juillet 1897, dom Gasquet publiait dans ΓEnglish historical review, p. 494-517, une lettre de Bacon à Clément IV, extraite du manuscrit 4086 de la Vaticane, et reproduite par les Acta ordinis minorum, Quaracchi, janvier-août 1898. Au jugement du docte bénédictin, cette magnifique lettre accompagnait l’envoi de l'Opus majus, dont elle est la préface naturelle et réelle. Cf. J. II. Bridges, The « Opus majus i>, t. in, p. I, 4, 10, 12, 25, 26, 39. 3« Opus minus. — Cet ouvrage est perdu en grande partie. On n’en connaît que des fragments édités par J. S. Brewer : Fr.R. Bacon operaquædam hactenusinedita, Londres, 1859, p. 313-389. Dans la pensée de son auteur, c’est l’Opus majus repris en seconde main, abrégé, retouché, développé. Op. tert., c. i, xxt, xxtt. 11 y comble certaines lacunes dues à l’oubli, à la presse, aux difficultés. L’alchimie spéculative et pratique forme une des parties neuves, ibid., c. xn ; les sept péchés commis dans l’étude de la théologie, dont llumphred Body fit connaître quelques passages importants dans son livre De Bibliorum textibus originalibus. Oxford, 1705, p. 419 sq., en contiennent une autre. Il y avait aussi un traité Decælestibus, qui devait ressembler beaucoup, si ce n’est pas lui, au morceau post locorum descriptionem inséré dans l’Opus majus à la lin des mathématiques. Cf. Op. tert., c. xxvt, p. 5, 6, 25, 31, 33, 37·, 41, 42, 52, 67, 68, 93,94,100, 101, 135, 199, 265, 304, 309. 12 4’ Opus tertium. — Ce précieux écrit, dont la publica­ tion en 75 chapitres a été faite de même par .1. S. Brewer, op. cit., p. 3-310, nous est parvenu incomplet et fruste comme le précédent. Il est clair qu’au moins une bonne moitié de l’ouvrage manque. Ici encore Bacon revient sur les questions étudiées déjà. Plus il les approfondit, plus elles prennent de l’étendue et de la clarté dans son esprit. Il résume les unes, élargit les autres, donne à toutes une plus grande précision. Il aborde parfois les sujets les plus ardus (le la métaphysique, auxquels il s’elforce de donner le fini de la rédaction après les avoir longuement médités. Pour tout dire, l'Opus tertium est l’abrégé, le commentaire, le complément de l'Opus majus et de l'Opus minus. Dans les 21 premiers cha­ pitres, on trouve d’amples renseignements sur la situation et les travaux de l’écrivain. Avec les indications multiples contenues dans ce livre et dans la lettre publiée par dom Gasquet, il serait relativement facile de donner une édition critique et définitive de l'Opus majus. 5« Scriptum principale. — Cependant ces trois ou­ vrages, quelque importants qu’ils soient, n’étaient dans l’intention de l’infatigable docteux- que le canevas, l’esquisse, le programme, la persuasio præambula d’un autre ouvrage bien plus vaste, où il étudierait en autant de traités spéciaux chacune des parties de la science.il est assez malaisé de savoir s’il put mener à bonne fin celte encyclopédie. D’après les bribes qui en ont été publiées, voici quelle devait en être la physionomiegénérale. Bacondivisait l’ouvrage en quatre volumes: le premier embrassait la grammaire suivant les diverses langues nécessaires aux Latins et la logique; le second joignait aux communia mathematices des traités sur l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la mu­ sique; le troisième comprenait avec les communia naturalium d’autres traités sur la perspective, l’astro­ logie, la science des corps graves et légers, l’alchimie, l’agriculture, la médecine, la science expérimentale; enfin, le quatrième était consacré à la métaphysique et à la philosophie morale. Cf. Opus majus, Venise, 1750; p. xvi ; Brewer, op. cit., p. L-u, c; E. Charles, op. cit,, p. 370-374, 11 semble que le traité d’ailleurs assez mal intitulé De multiplicatione specierum, ajouté aux trois éditions de l’Opus majus, faisait primitivement partie de cette œuvre monumentale. Cf. J. IL Bridges, The « Opus majus », t. II. p. 408, 424, 465, 509; t. ni, p. 183-185. 6° Compendium studii philosophies. — Publié par Brewer, op. cit,, p. 393-519, le Compendium fut com­ posé sous le pontificat de Grégoire X (1271-1276). Cf. ibid., c. in, p. 414. De nouveau Bacon y étudie les cau­ ses de l’ignorance humaine, les motifs d’acquérir la con­ naissance des langues;on y trouve également des notions de grammaire grecque. L’ouvrage est, comme les autres, malheureusement incomplet. On attribue enfin à Bacon un Speculum alchimiæ, souvent réimprimé dans les répertoires d’alchimie de 1541 à 1702, et un opuscule De retardandis senectutis accidentibus, imprimé à Oxford en 1590. I’Epistola de laude Scriptures sacres a été publiée dans Usher.Historia dogmatica de Scripturis, édit. Wharton, Londres, 1699. La grammaire grecque de Bacon a été découverte dans un manuscrit de Cambridge par le P. Nolau, directeur du collège de Prior Park,et éditée par lui en 1902. Un frag­ ment- de sa grammaire hébraïque a été publié à la suite par le rabbin Hirsch. Les bibliothèques et les archives publiques d’Italie, de France et surtout d’Angleterre, contiennent une foule de manuscrits relatifs aux œuvres de R. Bacon. Une étude comparée de ces manuscrits, suivie d’une édition faite avec soin et intelligence, pourra seule donner une idée de ses travaux et de son savoir. III. Bacon eti.es sciences. — 1°Philosophie. — Bien que peu nombreuses, les pages purement spéculatives de Bacon, publiées jusqu’à ce jour, suffisent cepen- 13 BACON 14 dant à indiquer ses tendances, tilles montrent aussi ' d’Aristote, De anima, III, text. 19.20. que l’intellectagent et l'intellect possible dill'èrent substantiellement. «Con­ que, loin d'être, en philosophie et en théologie, en vaincus avec le même docteur angélique, De unitate in­ retard sur le mouvement intellectuel de son siècle, tellectus, c. vi, que cette opinion ne parait pas offrir d'in­ il n'ignorait aucune des questions, grandes ou petites, agitées dans les écoles, et qu’il savait à l'occasion leur convénient, nihil videtur inconveniens sequi, lesanciens scolastiques l'adoptèrent, et, lui donnant un sens chré­ donner le cachet de sa personnalité. Cf. E. Charles, op.cit. tien, ils identifièrent l'intellect agent avec Dieu, la vraie Avec la grande majorité des docteurs, franciscains ou lumière des intelligences, qui illumine tout homme ve­ non, du xni“ siècle, il est augustinien. Voilà pourquoi nant en ce monde. Joa., i, 9. Fondée sur de bonnes rai­ il adopte les célèbres théories des rationes seminales, English hist, rev., loc. cit., p. 513, de la materia spiri­ sons, salis probabiliter, S. Thomas, In IV Sent.,\. II, tualis propre à lame humaine et aux anges, Op. tert., 1 dist. XVII, q. U, a. 1, conforme à la vérité et à la foi. S. Bonaventure, In IV Sent., 1. II, dist. XXIV, part. I, c. xxxviti, p. 122-129; De multipl. spec., part. Ill, c. il, a. 2, q. iv, enseignée par Robert Grossetète, Adam de eide l'illumination spéciale de Dieu, Op. maj., part. Π, c. v. Cf. S. Bonaventure, In IV Sent., 1. Il, dist. Ill, Marsch, Guillaume d'Auvergne et tous les savants an­ part. I, a. I, q. I ; dist. VII, part. II, a. 2, q.i; dist. XII, ciens, omnes sapientes antiqui, on peut dire que cette a. 1. q. ni; dist. XIII. a. 2, q. n ; dist. XVIII, a. 1, q. ni; doctrine fut traditionnellechezles premiers docteursde Scot, De rerum principio, q. vu, a. 2. Avec ces mêmes la scolastique. Quand parut l'opinion contraire, l'évêque de Paris,Guillaumed’Auvergne, lui déclara la guerre et docteurs il admet aussi la pluralité des formes. Op.min., par deux fois se crut obligé d'adresser des reproches, re­ р. 360-367. Cf. Prosper de Martigné, op. cil., p. 198-287. En d’autres points il est plus indépendant. Les sco­ probare, aux docteurs de l'université réunis en sa pré­ sence: d’on l’on voit qu’elle nes'acclimata pas sans peine lastiques admettaient comme un principe incontesté et qu’elle fut considérée dés le début comme une nou­ que la matière est numériquement une dans tous les veauté et une déviation. Vainemen tel le essaya d’accaparer êtres contingents, unanumero in omnibus. Cf. S. Bona­ saint Augustin en faussant sa théorie sur l’exemplarisme venture. In IVSent., I. II,dist. Ill, part. I, a. 1, q. ni, divin et les rationes ætemœ. Cf. De humante cognitio­ scholion; dist. XII. a. 2, q. 1. Bacon, désireux de forcer nis ratione, Quaracchi, 1883, p. 203-208. Une tentative les maîtres à scruter la valeur et les conséquences de semblable eut lieu pour Aristote. Des textes obscurs et leurs principes, prend à partie celte assertion, qu’il qua­ mal traduits ne la favorisaient que trop. Bacon consacra lifie d’error pessimus in philosophia ; il l’accable de ses objectionset la poursuit pas à pas jusque dans ses der­ à la réfuter deux chapitres, qui sont du plus haut niers retranchements. Selon lui, la matière et la forme intérêt pour l’histoire de la philosophie et de ses va­ sont nécessairement diverses dans n'importe quel être; riations. Op. maj., part. IL c. v; Op. tert., c. xxin, chacun a sa matière et sa forme propres; ce n'est point p. 74-79. Roger Marston, Jean Peckam, Alexandre la forme qui diversifie la matière, ni la matière qui d’Alexandrie, voire même Scot, De anima, q. xm, ne diversifie la forme: l'une et l'autre se différencient par pensèrent pas compromettre l'idéologie scolastique en elles-mêmes. Pour retrouver leur fonds commun respec­ adhérant à ses conclusions. 11 est vrai, on ne parlait pas tif, il faut remonter au genus generalissimum qui, encore d'une « déteinte de l’averroïsme ». Cf. Renan, les enveloppant dans l'unité, évolue progressivement, Arerroés et l’averroïsme, Paris, 1852, p. 208-210; De suivant une succession hiérarchique de genres et human, cognil. ratione, p. 10, 179-482, 197-220; de d’espèces, jusqu'à la perfection terminale dans l’être Wulf, op. cil., p. 332-336; Mandonnet, Siger de Bra­ concret et individuel. Op. map, part. IV, dist. IV, bant et l’averroïsme latin au x ni” siècle, Fribourg, 1899, с. vin ; Op. tert., c. xxxvm, p. 120-131. Il est à remar­ p. i-Xi, CCI.V-CCLXH. Voir t. i, col. 2336. quer combien le système métaphysique de Bacon sur Lorsqu'il étudie les questions difficiles relatives au la matière et la forme ressemble à celui de Scot, De vide, au plein, au mouvement, à l’unité du temps, Bacon rerum principio, q. vu, a. 1 ; q. vm, a. 1, 2, 3,4,5. Les soumet à une rude épreuve d’autres théories non moins formules changent, le fond reste identique. C’est un chères aux philosophes d’alors. D'autre part la discussion vrai plaisir de voir ces deux belles intelligences d'ac­ serrée, qu’il consacre au lieu, au changement et à la cord sur ce point. Cf. de Wulf, op. cil., n. 298, p. 313durée des substances spirituelles, est remarquable à tous égards. Cf. S. Bonaventure, In IV Sent., 1. 1, 315. De nombreux docteurs faisaient de l’intellectagent une dist. XXXVII,part. Il, a. 1-3; 1. II, dist. II, part. II,a. 2, faculté spéciale de l’âme requise, conjointement avec q. i, II, ni. A ceux qui craindraient que « la scolasticité l'intellect possible, pour l'acte de la cognition. Cf. S. Bona­ de ses idées ne sorte pas saine et sauve du crible d’un venture, In 11' Sent., I. II. dist. XXIV, part. I,a. 2,q. Il, examen logique, » nous conseillerions la lecture atten­ S. Thomas, De spiritualibus creaturis, a. 9, 10; De tive des chapitres xxxviii-lii de VOpus tertium, p. 120anima, a. 2-5; Compendium lheologiæ, c. lxxxiv199. Rien ne peut mieux les désillusionner que ces txxxvni; Cont. gent., l.II.c. lxxvi-i.xxviii;Suwi.I/«?oL, pages vivantes, pleine de vigueur et de netteté. 1«.q. lxxix, a. 4. 5. Bacon s’élève hardiment contre ce Cependant Bacon, dont l'esprit positif et clairvoyant dédoublement. Sa volonté n’est nullement, comme cer­ perce partout, ne voyait pas sans douleur les études, tains l'ont affirmé bien à tort, de prétendre que l'intel­ faute de bases solides, s'encombrer chaque jour de ques­ ligence soit purement passive; il lui reconnaît toute son tions superflues, abstraites, hasardées souvent; négliger activité inhérente; il veut bien — et en cela il est plei­ par contre ce qui est beau, utile, nécessaire et fécond nement suivi par Scot, De rerum principio, q.xiv, a. 2, en résultats pratiques. Op. maj., part. I, c. xn ; Op. n. 16, 17; Durand. In IV.Sent., 1. I, dist. Ill, part. II, min., p. 324; Op.tert., p. 31, 55 et passim :« Le monde, q. v; G. d'Occam, In IV Sent., 1. II, q. xxv,étP. Anrioli s’écrie-t-il,est plein de livres ou foisonnent les futilités, — l'appeler intellect agent lorsqu'elle passe de la puis­ puerilia et plebeia.» English hist, rev.,loc. cil.,p.501. sance à l’acte : licet intellectus possibilis, dit-il, possit « La philosophie se meurt, perit philosophia. » Op. tert., dici agens ab actu intelligendi. Mais là n’est pas lout p. 55, 34, 17. Il comprit qu'il y avait quelque chose de entière l’exacte pensée des grands philosophes, Avicenne, grand à entreprendre,et que, pour enrayer le mal, il ne Alfarabi, Alexandre, Aristote. L’intellect agent, dont ils fallait rien moins qu'une régénération totale. Exposer le parlaient, loin d'être l’âme ou une partie de l’àme, est mal. en indiquer les causes et les remèdes au chef de l'Église, tel est l'objet de cette consultation adressée une substance spirituelle distincte, séparée de nous, et unique pour tous. C'est ce que reconnaît saint Thomas, à Clément IV et contenue dans l’Opus majus, VOpus In I V Sent., I. II, dist. XVII, q. Il,a. 1 : « Presque tous les minus et l’Opus tertium. philosophes, dit-il, sont d'accord pour enseigner à lasuite 2° Linguistique. — C’est d'abord la connaissance des 15 BACON langues qui s’impose.* Il faut, observe Bacon. Op. ter!., c.xxvni,que lesLatins passent par cette porte du savoir, la première de toutes, eux surtout dont la langue dérive presque en entier des idiomes étrangers, el qui, en théologie comme en philosophie, n’ont d’autres textes de leurs cours que des livres rédigés primitivement en hébreu, en grec et en arabe. » Dans ces paroles on en­ trevoit déjà les deux raisons fondamentales et péremp­ toires de son vibrant plaidoyer. Depuis sa jeunesse il s’était adonné aux recherches philologiques. Aussi affirmait-il à bon droit que la lin­ guistique lui était chose facile, presque jeu d’enfant, facilis et puerilis. Il parle, en effet, du chaldéen et de l'arabe en homme instruit; outre l’anglais, le français et le latin. Comp. studii phil., c. VI. p. 433, il possède l'hébreu, mais surtout le grec. La même heureuse idée qui lui fit intercaler dans l'Opus majus, part. 111, c. ni. l’alphabet hébreu avec sa prononciation et l’em­ ploi des points-voyelles,lui lit aussi ajouter la prononcia­ tion du grec. Cf. Comp. studii phil., c. ix-xi, p. 495-518. H rédigea une grammaire grecque.publiéepar leP.Nol.au. De l’étude particulière des grammaires, arabe, chaldéenne, hébraïque, grecque et latine, il s'élève à la théo­ rie générale du langage. H s’était ouvert les deux sour­ ces d'où elle découle : la comparaison positive de plusieurs idiomes, et l’analyse philosophique de l’entendement humain, l’histoire de ses facultés et de ses conceptions. Il compare donc les vocabulaires, rapproche les syntaxes, recherche les rapports du langage et de la pensée, me­ sure l'influence que le caractère, les mouvements, les formes si variées du discours exercent sur les habitudes et les opinions des peuples. Il creuse des questions comme celles-ci: Quelle fut la première langue parlée? Comment Adam donna aux êtres leur nom? Comment des enfants élevés au désert se communiqueraient leurs impressions et quelle forme de langage ils emploieraient? Op. terl., c. xxvn. Bacon n'eut pas de peine à convaincre ses contem­ porains des services que l'étude des langues peut rendre à la science. Indiquons brièvement ses principaux chefs de preuve : 1. Le génie d’une langue ne passe pas dans l'autre; il est manifeste qu’on ne trouve pas dans les traductions le charme, la force, la tournure, le précis de l’original. Op. mty., part. III,c. i.—2. Les traductions en usage sont très fautives; de plus, elles ont conservé beaucoup de termes primitifs qui n’avaient pas leur équivalent en latin, et chaque traducteur y met souvent du sien. Ibid. — 3. Les Pères et les commentateurs emploient dans leurs travaux une foule de mots étran­ gers : qui pourra les lire ? et pourtant ne sommes-nous pas les fils des saints? ne succédons-nous pas aux savants anciens? lbid.,c. ni. — 4. L’n nombre considérable d'ouvrages de théologie et de philosophie ne sont pas encore traduits; faudra-t-il les laisser dans l'oubli et ne pas en tirer prolit? Ibid.,c.il. — 5. Une correction de la Bible et des autres traductions en cours est urgente, tant les erreurs et les fautes y abondent; comment l’en­ treprendre? Ibid., c. iv, v. —6. L'interprétation des tex­ tes requiert de toute nécessité qu’on recoure à l’original pour enlever les ambiguités et dissiper les doutes. Ibid., c. VI. — 7. Il est impossible d’avoir la science du latin sans la connaissance des langues desquelles il dérive. Ibid., c. vi-x. Cf. Conip. studii phil., c. vi-vni, p. 4354(15. Le moyen âge, le xm« siècle principalement, fut l'ère des traductions, des correctoires, des commentaires, et la méthode employée dans l’enseignement des écoles était l’interprétation d'un texte latin traduit de l’hébreu, du grec ou de l’arabe. De Wulf,- op. cil., n. 179, 180, 249, 252. L’étude des langues, à cette époque où elles étaient presque complètement négligées, devait servir à l’intérêt général de l’Église et delà société, au point de vue de la célébration des offices, de l'administration des I 16 sacrements, du gouvernement des chrétientés orien­ tales, de l’apostolat des infidèles et des schismatiques enfin des relations commerciales, judiciaires et diplo­ ma tiques de peuple à peuple. Ibid., c. xi-xiv. Rien de suggestif comme le fait de saint Louis ne trouvant pas à l’université de Paris et dans tout son royaume un savant capable de déchiffrer les lettres du Soudan de Babylone et de servir d'interprète à ses envoyés. Ibid., c. XII. Toutefois Bacon n’exigeait pas de tous les chrétiens ni au même degré la connaissance des langues. Cf. Z. Gonzales, Hist, de la philosophie, t. Il, p. 259. 11 déve­ loppe seulement les grandes lignes d’un programme d’études. Loin de contenir quoi que ce soit d’exagéré ou de chimérique, ses vues sont pleines de mesure el de bon sens. 11 demande aux traducteurs, aux correcteurs, aux commentateurs, aux lexicographes, une science plus approfondie du grec, de l’hébreu, de Tarane et du chal­ déen ; quant aux étudiants en théologie et en philosophie, il leur suffirait de savoir lire et écrire ces mêmes langues et de les comprendre assez pour pouvoir s’en servir. Cf. Op.maj., part. III, c. vi; Op. terl., c. xx-xxv, p. 65, 66, 89; Conip. studii, c. vi, p. 433, 434: English hist. rev., toc. cil., p. 507. Ces vœux ont été pleinement justifiés. En 1311, le concile général de Vienne, fit. De magi­ stris, s’appuyant sur des considérants qui semblent, dit E.Charles, op. cil., p. 47, empruntés à Bacon, prescrivit aux universités de Paris, d’Oxford, de Bologne, de Sala­ manque, l’enseignement des langues orientales. 3" Sciences naturelles. — Aux yeux de Bacon, le second moyen de régénérer les études est de leur donner des bases solides et plus objectives. Aussi s’at­ tache-t-il à réagir contre les préjugés de son temps en démontrant la facilité, l’utilité et l’importance des sciences positives. Cf. Op. terl., c. v, vi, ix: Op. min., р. 324. Son grand mérite est de leur avoir trouvé une méthode. Avec sa perspicacité habituelle, il distingue cpiafre modes de procéder dans la connaissance de la nature: l’autorité, Je raisonnement, l’observation et l’expérience. Tous n’ont pas droit à la même confiance. Inférieure à la raison, auctoritas debilior est ratione, l'autorité ne répond pas aux exigences de l’esprit et sert trop sou­ vent de véhicule à l’erreur; le raisonnement, quelque forts que soient ses arguments, n’enlraine point, par luiméine, la certitude parfaite, non certificat, dans la pos­ session tranquille de la vérité., cf. Op. ma/., part.I, c. vi; de même la simple observation ou constatation des faits externes, cette expérience grossière et superficielle, est incapable de satisfaire l’intelligence, non sufficit homini, quia non plene certificat. Pour que l'intelli­ gence donne son adhésion pleine et entière, il lui faut, en étudiant les mathématiques et la géométrie, se livrer à des observations patientes et réitérées, puis formuler des principes et des lois desquels jaillit l’explication rationnelle des faits. Par celte expérience, dite interne et la seule vraiment scientifique, elle soumet à un con­ trôle rigoureux les dires des diverses sciences, leur est à chacune une pierre de touche admirable, et réussit ainsi à discerner en toute sûreté le vrai du faux. Telle est la méthode expérimentale que Bacon a eu la gloire de créer et de donner au monde. Op. ma/., part. I, c. x; part. VI ; Op. terl., c. xm. Elle tire sa valeur de l'em­ ploi constant des mathématiques et de la géométrie, dont nul n’a avant lui com pris autant la nécessité et les avantages: « On ne doit pas, dit-il, recourir dans l'étude des sciences aux arguments dialectiques ni aux so­ phismes, comme on le fait généralement ; il faut se servirde démonstrations mathématiques, sans lesquelles il n'y a pas de science qu’on puisse comprendre, expliquer, enseigner ou apprendre. » Op. maj., part. IV, dist. I, с. lli; dist. II-IV; Op. tert., c. xxix-xxxvn, etc. Pour s'être confinée à l'autorité des anciens, d’Aristote sur­ 17 BACON tout, et aux raisonnements a priori, la science était demeurée stationnaire, impuissante, égarée dans un dédale de théories utopiques. Affranchie de cette double servitude, non est confidendum argumento aut aucto­ ritati, et munie de la méthode que le génie de Bacon lui traça, elle atteindra peu à peu le prodigieux déve­ loppement que nous admirons aujourd'hui. L'illustre docteur semble avoir pressenti six siècles â l’avance cette étonnante eflloraison. Son opuscule De secretis operibus artis et naluræ est plein deces visions d'avenir: les bateaux à vapeur, les chemins de fer, les ballons, les leviers à roue, les scaphandres, le télescope, le microscope, les terribles elfets de la poudre y sont indiqués presque à la lettre. Lui-même se met à l’œuvre avec ardeur et non sans succès. Il a d’abord com­ posé la perspective; puis il a abordé une tâche plus difficile, impossible pour ainsi dire à son époque: il a essayé de constituer une science générale ayant pour but de ramènera des principes mathématiques toutes les actions réciproques des corps et des agents naturels. Celte science toute nouvelle qui lui coûta dix ans d’eilbrls, Op. terl., c. xi, p. 38, est exposée dans le De multiplicatione specierum. Cf. Op. maj., part. IV, dist. 1I-1V. C’est surtout en optique qu'il excelle. Non seulement il décrit exactement les lois de la vision et l'anatomie de l’œil,Op. maj..part. I* V“, dist. II-1X; mais il approfondit les effets de la réflexion et de la réfrac­ tion; il développe la nature et les propriétés des verres convexes et concaves, l'application qu'on peut en faire dans la confection des lunettes et des miroirs ardents. Il explique à peu près bien les phases de la lune, Op. maj., part. 11“ V®, dist. III, c. tv; les étoiles filantes et la voie lactée, ibid., dist. Ill, c. I, les halos, ibid., part. VI, c. xn; l’aurore et divers autres phénomènes atmosphériques, tels que la scintillation des étoiles, ibid., part. 11“ Væ, dist. Ill, c. vu, l’arc-en-ciel, ibid., part. VI, c. Il-xn. Outre qu'il démontre la décomposition do la lumière, ibid., part. VI, c. Il, il soutient contre les docteurs de son temps que la propagation n'en est pas instantanée. Ibid., part. 1“ V”, dist. IX, c. ni, Op. terl., c. xxxv ; De mullipl. specierum, part. IV, c. m. Ailleurs il émet des principes qui semblent faire corps avec la théorie des ondulations, Op. maj., part. I’ V”, dist. VIII. c. Il ; Demullipl. spec., part. III,c.l; part.VI, c. nr, ou même préparer la voie aux mystérieuses décou­ vertes des radiations invisibles : « Il n'y a pas de milieu si dense, dit-il. que les rayons ne .puissent pénétrer: si beaucoup de corps denses arrêtent la vue et les autres sens de l'homme, c’est que les espèces sensibles sont trop faibles pour ébranler sa faculté; néanmoins, en toute vérité, ces espèces ou rayons pénétrent, quoique insen­ siblement pour nous. «Op. maj., part. IV, dist. II, c. u; De mullipl. spec., part. II, c. v. Ce n'est pas à dire qu’il ne se trompe jamais. Ses idées, viciées par les théories défectueuses de son siècle, — et qui a réussi à s’en dégager tout à fait? — notam­ ment par les influences aristotéliciennes, ont parfois des points faibles. Ainsi en est-il de son explication de la lumière lunaire. Op. maj., part. IV, dist. IV, c. I. De même celle des marées, ibid., c. vt, empruntée à R. Grossetête, De refractionibus radiorum, c. ni, est-elle démodée depuis que les lois de l'attraction sont connues. Cf. Op. min., p. 359; S. Bonaventure, In IV Seni., 1.11, dist. XIV, part. II, a. 2, q. n; Scot, ibid., q. ni, n. 2, 3; II meteororum, q. n, a. 2. Avec tous ses contem­ porains et le Stagirite, il parle de l'ingénérabilité et de l'incorruptibilité des astres, Op. terl., c. xxxvm, p. 123; Op. min., p. 370; mais il ne pousse pas l’exagération jusqu’à faire de chaque corps céleste un 'type unique dans son espèce ; au reste, l’explication qu'il donne decet axiome scolastique réduit à néant bien des applications qu'on était tenté d'en faire. Cf. De mullipl. spec., part. 1, c. v. Moins que tout autre, Bacon n'ignorait l’imperfec­ 18 tion de son œuvre; persuadé de sa propre faiblesse, il observe judicieusement qu'on aurait tort d'exiger de lui une précision absolue et des solutions toujours adé­ quates. Que de fois il se plaint de n'avoir pas les ins­ truments voulus ! Aussi son ambition se borne à des essais qui permettent d’entrevoir ce qu'il est possible d’obtenir. Op. maj., part. VI, c. XII. Cf. Op. min., р. 317. Ce n'est pas sans motif qu’il n'attribue à ses travaux d’autre mérite que celui d’être une persuasio præambula. Au surplus, il apporte un soin scrupuleux à éviter que « sa physique se confonde avec la divi­ nation, sa chimie avec l’alchimie, son astronomie avec l’astrologie ». Il suffit de le lire loyalement pour se con­ vaincre qu'il est plein de prudence et de réserve chaque fois qu’il touche ces points délicats. Op. maj., part. Ill, с. xiv; part. IV, dist. II, c. vin; Op. tert., c. ix, xm, xxv, xxx, i.xv. Ce qu'il dit au sujet de la transmutation des métaux, si en vogue au moyen âge, est frappant: « Vouloir faire de l'argent avec du plomb ou de l'or avec du cuivre, c’est aussi absurde que de vouloir créer quelque chose de rien. » Cf. Léon de Kerval, Ilevue fran­ ciscaine, Bordeaux, 1885, p. 310. Partout il établit avec netteté et précision les distinctions nécessaires, assuré que la meilleure façon de servir la science consiste à la dégager pleinement des attaches louches et compro­ mettantes. C’est dans ce but qu’il adresse â Clément IV deux longs mémoires, dont l'un est annexé au traité des mathématiques dans VOpus majus, et l'autre fut porté conjointement avec l’Opus tertium par Jean de Paris. Op. tert., c. lxv, p. 270; Camp. studii, c. iv, p. 432; De secret, op. artis, c. i, n, m. Cf. S. Thomas, Sum. theol., I», q. cxv, a. 3, 4, 6; 11“ II®, q. xcv, a. 1,5; S. Bonaventure, In IV Sent., 1. II, dist. II,part. 11, a. 1, q. n; Scot, In IV Sent., i. II, dist. XIV, q. m, n. 6; I meteororum,q. ni, a. 3; De anima, q.xi. Cf. Apo­ logia in H. Tarlarottum, Venise, 4750; Londres, 1859. En géographie, Bacon ne se contente pas de chercher la cause des différences de climats, Op. maj., part. IV, dist. IV, c. tll-v, ni de prouver rapidement la sphéri­ cité de la terre. Ibid., c. x. Plus vaste est son désir. Il eût voulu qu'on mesurât le globe, qu'on déterminât exactement les longitudes et les latitudes, qu’on fixât avec plus de précision la position des villes et des con­ trées et, pour cela, qu’on s'entendit sur un point comme origine commune des longitudes. « C’est une œuvre immense, écrit-il ; mais elle aboutirait si l'autorité apos­ tolique, ou un empereur, ou un grand roi consentait à prêter assistance aux savants. » Pour donner au pape une idée de ce qu'on pourrait réaliser, il dressa luimême une carte. D'un coté, in albiori parte pellis, il indiquait par des cercles rouges les principales villes de l’univers avec leurs degrés de longitude et de latitude; de l’autre, in alia parte pellis, où la description était plus détaillée, il faisait sans doute le tracé des fleuves, des mers, des montagnes et des limites politiques des nations. Cf. J. H. Bridges, The « Opus majus », p. 296, 300. Par malheur, cette carte est perdue; seules les pages explicatives de VOpus majus nous restent. Elles sont curieuses et intéressantes. Bacon ne se contente pas de copier les écrivains anciens; il les rectifie au besoin et les complète. Notons qu’il fait le plus grand cas des récits de Guillaume de Rubruquis et de Jean de Plan-Carpin. Il démontre qu'il y a des régions habitées au-dessous de l’équateur. S'appuyantsur l'examen atten­ tif de certains textes d’Aristote, de Sénèque, de Pline et du IV’ livre d’Esdras, vi, 42, il établit des données qui n'ont pas peu contribué à la découverte de l’Amérique. Sa conclusion est que la masse d’eau qui s’étend d'un pôle à l’autre entre l’Afrique et l’Inde n’est pas bien large, non magnæ latitudinis, et que l'Inde occidentale approche de très près, accedens valde, l'extrémité ouest de l’Afrique. Il est hors de doute que Chr. Colomb eut connaissance des assertions de Bacon. Dans une 19 BACON 20 manifeste la possibilité d’y remédier. Il termine en lettre datée d’Haïti et adressée au roi d’Espagne il s'adressant au pape : « Votre Révérence peut donner ses affirme, en effet, qu’il avait lu et médité VImago mundi de Pierre d’Ailly, où elles sont littéralement trans­ ordres; vous trouverez des hommes capables d'opérer toutes les corrections désirées. Il y a dans le calendrier crites. Cf. Humboldt. Examen critique, t. i, p. 61-70, treize erreurs principales, qui se ramifient à leur tour 96-108; R. de Lorgnes, Chr. Colomb;}. H. Bridges, The de mille façons. Si donc cette œuvre grandiose s'accom­ » Opus majus », t. I, p. 290. Le chapitre où Bacon essaie de déterminer le dia- i plissait durant votre pontificat, ce serait l une des plus glorieuses, des plus utiles et des plus magnifiques qui mètre et la distance des corps célestes, .1. H. Bridges, aient jamais été entreprises dans l’Église de Dieu. » Ce op. cil., t.> 1, p. 221-236. prouve à l’évidence qu'il ne langage est celui d’un voyant. N’est-ce pas la réforme possédait pas moins l’astronomie que la géographie. De dist. III, c. in. Cf. Op. min., p. 389. Le septième péché concerne la prédication de la parole divine. Bacon dit des orateurs de son temps : « Le commun des théologiens, ignorant les règles de l’élo­ quence. recourt aux divisions de Porphyre, emploie des consonances de termes ineptes; ainsi leurs discours, dénués de toute Heur de rhétorique et de toute force de persuasion, ne sont qu’un pur verbiage, sida vanitas verbosa. » Op. tert., c. ι.χχν,ρ. 304. ο Comme les prélats sont trop souvent peu instruits en théologie et mal pré­ parés à prendre la parole, ils empruntent aux jeunes clercs leurs manuscrits pleins de divisions et de subdi­ visions; de la sorte la parole de Dieu tombe dans un souverain mépris, est vili/icalio sermonum Dei. » Ibid., p. 309; Op. min., p. 323. On peut conclure de là que i éloquence était négligée au moyen âge. 2* Les personnalités de la scolastique. — Si l’ensei­ gnement ecclésiastique méritait tant de reproches, que faut-il penser des maîtres, des manuels et des élèves? Bacon ne les épargne pas â l’occasion, quoiqu'il sache aussi vanter le mérite là où il existe. En règle générale, il traite rudement le vulgus philosophorum et theologo­ rum, qu’il nous présente sous de mauvaises couleurs. Hugution, Papias, Guillaume le Breton, les trois lexico­ graphes en vogue, ne font pas belle figure non plus : oti aurait tort de s'en plaindre et d’accuser Bacon, après avoir lu les nombreux exemples d'erreurs dans les­ quelles ils sont tombés. Cf. S. Berger, La Bible au ivp siècle, Paris. 1879. p. 10-22. Le maître des histoires, Pierre Comestor, cf. C. Trochon, Essai sur l'histoire de la Bible clans la France chrétienne au moyen âge, i 30 Paris, 1878, p. 54-65, et les traducteurs d’Aristote sont souvent malmenés, mais toujours avec preuves à l'appui. Cf. Renan, Averroès et l’averroisme, Paris, 1852, p. 166-170. Il y a deux docteurs contre lesquels Bacon s’élève plus particulièrement, Alexandre de Halés et Albert le Grand : Alexandre était mort depuis vingt-deux ans; Albert était encore en vie. Bacon écrit contre eux un réquisitoire violent, qu’on ne cesse de lui reprocher. Op. min., p. 325-328; Op. tert., c. tx. p. 30, 31, 33, 37, 38. 42. Cf. V. Cousin, op. cit., p. 186; P. Mandonnet, Siger de Brabant, p. i.vm-i.x. Bacon, d’ailleurs, s’en explique avec franchise et sans détours: « Dieu m’est témoin que j'ai tant insisté sur l’ignorance de ces deux hommes uniquement pour éclairer les esprits. Le public croit qu'ils ont tout connu. 11 les suit comme des oracles. Quand je dis qu’ils n’ont pas connu les sciences, je ne leur fais aucun tort, puisque je ne dis que la vérité. Ils ont du mérite, mais pas autant qu’on le croit. Le dernier principalement, malgré les erreurs dont ses écrits sont pleins, ejus scripta plena sunt, falsilatibus, a une autorité dont jamais homme sur terre n'a joui. C'est bien à contre­ cœur que j’en parle; mais ce n'est pas sans motif grave : nul parmi les latins n’a eu une inlluence aussi néfaste, studium philosophise per ipsum est corruptum plus quam per omnes qui fuerunt unquam inter latinos; c’est une raison de l’attaquer plus fortement. Si j’excède parfois dans la louange ou dans le blâme, si j'emploie des termes étonnants, si verba excessivæ laudis vel viluperii..., verba aliquando grandia inseram, c’est que la vérité le demande. Ce n’est point par présomption ou irrévérence que je parle ainsi, non ex prtesumplione nec insolentia sic loquor, mais uniquement pour acquit de conscience. Désireux de plaire à Dieu et à son vicaire j’y apporte un soin scrupuleux, ex certa conscientia et scienter hic invigilo. Ef puisque Votre Sainteté m’a commandé de lui envoyer des écrits doctrinaux, je n’ai pas voulu lui taire le véritable état des choses. Je serais un sot et le pire des sots, stultus quidem essem immo stultissimus, si je lui proposais l’erreur en quoi que ce soit. Dieu et ma conscience sont témoins que je n'écris que ce que je crois être l’absolue vérité. » En­ glish hist. rev., toc. cit.,p. 503,504; Op. min.;0p. lert., loc. cil. Ce jugement sévère trouve confirmation sur un point particulier. Parlant de la Somme théologique du doc­ teur irréfragable, Bacon écrit, Op. min., p. 326, qu'elle n’est pas de lui seul, mais bien d’une collectivité : ascrip­ serunt ei magnam Summam illam... quam ipse, non fecit, sed alii; et tamen propter reverentiam adscripta fuit ; et vocatur Summa fratris Alexandri ; et si ipse fecisset vel magnam partem, etc. Ce renseigne­ ment est-il fautif? Cf. Prosper de Marligné, op. cit., p. 48. Voir t. I, col. 778. Les recherches de la critique sont de plus en plus favorables à Bacon. Si l'on hésite à affirmer que la question xcn de la II· partie de la Somme est prise dans saint Bonaventure, In I V Sent., 1. II,disp. XXni,a.2,q. t-ill, il est prouvé que les ques­ tions xxx, xxxi. de la IV' partie sont empruntées mot à mot au docteur séraphique. Quæst. disput. de per­ fectione evangelica, q. H, a. 1, 2. Le P. Elirle a trouvé des manuscrits du xin® siècle qui permettent de rap­ porter à Jean de la Rochelle, à Guillaume de Méliton et à Eudes Rigaut certaines autres questions. Cf. Opera omnia S. Bonaventuræ, prolegomena, c. I, § 3, t. i, p. Lvn-LXiti; t. n, p. 864; prolegomena, § 3, t. ni, p. tv-v; prolegomena, c. H, § 4, t. v, p. xti-xiv. En résumé, les sciences glorifiées par Bacon ont triomphé. Plusieurs réformes proposées par lui ont été accomplies. La scolastique est morte des abus mêmes qui la viciaient déjà à son apogée. Le temps a justifié l’ensemble de l’œuvre de celui que Humboldt a appelé le plus grand génie du moyen âge. 31 BACON — BADE Les monographies ou études concernant Bacon sont nom­ breuses, trop nombreuses peut-être. Dans beaucoup le « docteur admirable » est, en eflet, mal connu, souvent méconnu. De ce chef, leur lecture exige les plus grandes précautions. On peut consulter spécialement : 1· sm sa vie et ses ouvraoes : Wad­ ding, Annales minorum, a. 1266, n. 14; 1278. n. 26: 1284, n. 12; Scriptores ord. min.. Rome, 1650, p. 309; Oudin, De script, eccles.. Leipzig. 1722. t. ni, p. 19O-1Ô3: S. Jebh, préface de l'Opus majus. Londres, 1733, Venise, 1750; Sbaralea. Sup­ plementum ad script., Rome, 1806, p. 642: Dictionnaire biogra­ phique, art. R. Racon ; Daunou et V. Leclerc, Hist. tilt. de la France, Paris, 1842. t. xx. p. 227-252; V. Cousin, dans Journal des savants, mars-juin. août1848, et décembre 1859; J. S. Brewer, R. Racon opera quaidam, etc., Londres. 1859, p. IX-LXXXIV; Wood, Antiquitates univ. oxon., dans .1. S. Brewer, op. cit., p. lxxxv-c; E. Charles, R. Bacon, sa vie, ses ouvrages, ses doctrines, Paris, 1861 ; H. Siebert. Roger Bacon (thèse de doctorat). Marbourg, 1861 ; L. Schneider, R. Bacon O. M.. eine Monographie als Bcitrag zur Geschichtc der Philosophie des 13 Jahrh. ausden Qucllen, Augsbourg, 1873 ; Kirchenlexikon, art. R. Bacon : Ch. Jourdain, Discussion de quelques points de la bibliographie de R. Bacon, Paris, 1874; A. Slurkahn. Dus Opus majus des Franziskanermônchs R. Bacons, dans Kirchl. Monatschrift, 1883, p. 267-287; Realencylopadie für protest. Théologie und Kirche, 3' édit., Leipzig, 1896. art. Baco;3. H. Bridges, The « Opus majus », Londres, 1897-1900, t. I, p. XXIxxxvi ; — 2· sur son action scientifique : V. Cousin, Cours d'histoire de la philosophie, 2· série, ix· leçon; E. Charles, op. cit. : E. Saisset, Précurseurs et disciples de Descartes, Paris, 1862; Schneider, op. cil.; Werner, Die Psychologie, Erkenntnislehre und Wissenchaftslehre des R. Bacon ; Die Kosmologie und allgemeine Naturlehre des R. Bacon, dans Abhandlungen der Wiener Akademie, 1879; C. Narbey, dans Revue des questions historiques, t. xxxv, p. 115-166; Léon de Kerval, dans Revue franciscaine, juin-novembre 1885: C. Pohl, Das Verhiiltniss der Philosophie zur Théologie bei R. Bacon, Neustrelitz, 1893; A. Parrot, R. Bacon, sa personne, son génie, ses œuvres, etc., Paris, 1894; P. Féret, La faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres, Paris, 1895, t. n. p. 329-369; S. A. Hirsch, Early english hebraists : R. Bacon and his predecessors, dans la Jewish quarterly review, octobre 1899; J. II. Bridges, op. cit., p. xxxvi-xcii; De Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, Louvain, 1900, p. 330-336, qui étudie sa vie et ses doctrines philosophiques, mais avec peu d'exactitude; J. I. Valenti, dans la Science catholique, février 1902: — 3· sur ses travaux RisuouES : Humphred Hody, De Bibliorum textibus originalibus, Oxford, 1705; Vercellone, Étude sur la Vulgate, dans Analecta juris pontificii, mai et juin 1858: H. de Valroger, Introduction aux livres du N. T., Paris. 1861, t. i, p. 501 sq. : C. Trochon, Essai sur l'histoire de la Bible dans la France chrétienne au moyen âge, Paris, 1878, p. 66-76; P. Martin, La Vulgate latine au xtir siècle d'après II. Bacon, Paris, 1818: Le texte parisien et la Vulgate latine, dans le Muséon, 1889, t. vin, p. 444-466; 1898, t. IX, p. 301-316; S. Berger, Des essais qui ont été faits à Paris au xnr siècle pour corriger la Vulgate latine, dans la Revue de théologie et de philosophie, Lausanne, 1883, et tirage à part; De l'histoire de la Vulgate en France, Paris, 1887; Quam notitiam Unguæ hebraicæ habuerunt Christiani medii sevi, Paris, 1893; J. Soury, dans Bibliothèque de l'école des chartes, 1893, p. 733 : H. Denifle, dans Archiv für Litteratur, etc., t. IV, p. 263 sq.; E. Mangenot, dans Dictionnaire de la Bible, art. Correctoires. Cf. U. Chevalier. Repertoire des sources lust, du moyen Age, Bio-bibliographie, col. 208, 2437-2438. G. Delorme. BADE (Colloque de). On donne ce nom. dans l’his­ toire de la réforme protestante, à une conférence reli­ gieuse qui se tint, du 21 mai au 8 juin 1526, à Bade, en Argovie. Entraînés par Zwingle, les Zurichois venaient de rom­ pre avec l’ancienne Eglise, et les autres cantons, aigris contre eux. réclamaient une discussion publique à la­ quelle prendraient part les théologiens des deux partis et où l’on s'efforcerait de rétablir l’unité religieuse. Après bien des lenteurs et des retards, les négociations, commencées dès 1524, aboutirent enfin, et la réunion projetée fut convoquée pour le 16 mai 1526 dans la pe­ tite ville de Bade. Outre les députés des douze cantons, on y vit paraître les envoyés des évêques de Constance, Baie, Lausanne et Coire. Du côté des catholiques les principaux théologiens furent le célèbre Jean Eck, qui 32 I devait tenir le premier rang dans la discussion, Jean I Faber, vicaire général de l’évêché de Constance, le fran­ ciscain Thomas Murner, professeur de théologie à LuI cerne, Jacques Lemp, de Tubipgue, et le docteur Louis I Ber, chanoine de Saint-Pierre à Bâle. De leur côté les zwingliens étaient représentés par (Ecolampade, Ber­ thold Haller, de Berne, Henri Linck, de Schalfhouse, Jean Hess, d’Appenzell, Ulrich Studer, de Saint-Gall. Jacques Imineli et Wolfgang Weissenburg, de Bâle. Zwingle, alléguant qu’il craignait pour sa sécurité, re­ fusa d'y paraître. Erasme, qu’on avait également invité, s’excusa, prétextant une indisposition, mécontent aussi, peut-être, de ce que, peu de temps auparavant, les amis de Zwingle l’avaient outragé dans un écrit anonyme (lettre du 25 mai 1526, forlissintæ Helvetiorum nationi in concilio Badensi). Le colloque s’ouvrit solennellement le 21 mai 1526, sous la présidence de l’abbé d'Engelberg, Barnabé Bürkli, du docteur Beret de deux laïques, le chevalier Jacques Stapfer, de Saint-Gall, et l’avoyer Jean Honegger, de Bremgarten. Dès l'avant-veille, 19 mai, on avait affiché aux portes des églises et de l’hôtel de ville les sept thèses suivantes sur lesquelles devait porter principalement la discussion : 1° Le corps et le sang de Jésus-Christ sont véritablement présents dans le sacrement de l’eucharis­ tie; 2° Ils sont offerts comme véritable sacrifice dans la messe pour les vivants et pour les morts; 3® On doit invoquer Marie et les saints comme des intercesseurs auprès de Dieu; 4»On ne doit point abolir les imqgesde Jésus-Christ et des saints; 5“ Après cette vie il y a un purgatoire; 6® Les enfants, ceux mêmes des chrétiens, naissent en pêché originel; 7® Ce péché est eilacé par le baptême du Christ, non par celui de saint Jean. Ces thèses avaient été rédigées par Eck. Murner y ajouta ces deux autres : 1® Croire que, dans le sacrement de l'union du corps et du sang de Jésus-Christ, nolte Sauveur est présent sous les deux espèces, l’y adorer et le vénérer ne doit point être regardé comme une idolâ­ trie, puisque l’Ecriture sainte l’enseigne. On ne peut pas non plus accuser de sacrilège celui qui n’administre au peuple que sous une seule espèce, comme s’il ravissait méchamment l’espèce du vin au peuple chrétien; 2® On ne peut point soutenir par aucun passa# de l’Écriture sainte qu’il soit, permis, en matière de biens terriens ou de personnes, de dépouiller le prochain de son bien, sans aucune sentence juridique, et seulement par voie de fait, sous quelque prétexte que ce soit; mais on doit regarder toutes ces manières de procéder comme in­ justes, malhonnêtes et offensantes. — Cette dernière thèse était dirigée contre les sécularisations et usurpa­ tions de biens ecclésiastiques dont la réforme avait été l’occasion. Les discussions s’engagèrent le 21 mai. Elles durèrent dix-huit jours. A elle seule, la première thèse occupa une vingtaine de séances. Défendue par Eck, elle fut combattue par (Ecolampade auquel s'adjoignirent, â la fin, Jacques Immeli et Ulrich Studer. Le 29 mai on passa à la seconde thèse; ce fut Berthold Haller, se­ condé par (Ecolampade, qui l’attaqua. (Ecolampade com­ battit aussi la troisième proposition. La quatrième fut attaquée par Henri Linck, Jean Hess, Dominique Zilli, de Saint-Gall, et (Ecolampade. A la cinquième s'opposèrent Jean HessetMathiasKessler.du cantond’Appenzell,Benoit Burgower et le diacre Wolfgang Wetter, de Saint-Gall, et encore Gïcolampade. Les deux dernières thèses de Eck ne furent attaquées de personne, non plus que les deux propositions de Murner, et la conférence fut close le 8 juin. Ainsi qu’il était à prévoir, l’entente complète ne se lit point. Si la grande majorité des ecclésiastiques et des théologiens présents se rangèrent au sentiment de Eck, les protestants refusèrent de souscrire les propo­ sitions débattues (â l'exception de la première sur la I présence réelle qui fut admise par quelques-uns). C’est 33 34 BADE — BAGOT en vain que les députas des cantons déclarèrent Zwingle et ses partisans exclus de la communion de l’Église et prohibèrent sous dès peines sévères toute innovation en matière de religion : la scission religieuse de la Suisse était consommée. Causa Helvetica orthodoœæ fidei. Disputatio Helvetiorum iu Baden superiori coram χιι cantonum oratoribus et nuntiis pro s. fidei cath. veritate et divinarum literarum defensione habita contra M. Lulhcri, Ulr. Zwinglii et (Ecolampadii per­ versa et famosa dogmata, in-4·. Lucerne, 1528 (édit. Murner) ; Die Disputation vur den xu Orten einer loblichen Eidtgenusschaft, namlich Bern, Luzern, Ury, Schwytz, etc., Lucerne, 1527. Cf.aussi Raynaldi, Afinales ecclesiastici, a. 1526, n.98sq. ; Abraham Ruch at, Histoire de la Réformation de la Suisse, Genève, 1740, t. i ; Jean de Muller continué par Hottinger, Histoire de la Confédération suisse, trad. Monnard et Vulliemin, Paris et Genève, 1840, t. x ; une dissertation de Neuser, dans Zeitschrift für Wissenschaft und Kunst, 3' année, 1846; Wiedemann, Johann Eck, Ratisbonne, 1865; Id., D' Jo­ hann von Eck auf der Disputation zu Baden, dans Œsterreichische Vierteljahrsschrift für katholische Théologie, Vienne, 1862 ; Hefele,continué par Hergenrother, Conciliengeschichte, Fribourg-en-Brisgau, 1890, t ix, p. 659-674. L. JÉRÔME. BADIA Thomas, dominicain, né à Modène. Après avoir enseigné à Ferrare, Venise et Bologne, devint maître du sacré-palais (I5237-I542) et cardinal (juin 1542). Mort à Borne, le 6 septembre 1547. Les quelques écrits théologiques de Badia n'ont pas été publiés. Il a joué néanmoins un rôle théologique important dans les discussions doclrinales de son temps. Il tut le principal conseil du cardinal G. Contarini dans la diète de Ratis­ bonne (1541), célèbre par les discussions sur la justifica­ tion. Badia a ausssi porté, comme maître du sacrépalais, des censures théologiques, dont quelques-unes ont été publiées: sur les propositions du prédicateur Augustin Mainardi (1535); sur le commentaire de l'épitre aux Romains de Jacques Sadolet (1535); sur les doctrines de François Giorgi (1537) et d'Augustin de Trévise (1538). Il est un des signataires du célèbre Consilium de emendanda Ecclesia (nov.-déc. 1536), et du Consilium super reformatione Ecclesiæ romanæ (juillet 1537). Il a examiné et approuvé les constitutions pri mitivesde la Compagnie de Jésus (1540). Nommé d'abord légat au concile de Trente (16 octobre 1542) par Paul III, il fut retenu à Rome pourtraiter des affaires du concile. Undes six cardinaux nommés inquisiteurs généraux par Paul III (21 juillet 1542). Quétif-Echard, Script, ord. prtrd., t. n, p. 132; Fontana, Theatrum dominicarium, Rome, 1656. p. 34, 366, 444. 519, 539; Raynaldi, Annales ecclesiastici, ann. 1538, n. 43 ; HefeleHergenrotlier, Conciliengeschichte, t. t.x, p. 944; card. Quirini, Reg. Poli Epistolæ, Brescia, 1744-1752, passim ; L. Pastor, Die Correspondent des Cardinals Contarini, dans Hislorisches Jahrbuch, 1.1 (1880), p. 321-392.473-500, passim ; Fr. Dittrich, Re­ geste» und Brieje des Cardinals Gasparo Contarini, Braunsberg, 1881 ; Id., Gasparo Contarini, Braunsberg, 1885. P. Mandonnet. BAGNOLAIS. Parmi les nombreuses sectes qui pullulèrent au xil' etau xill'siècle, connues sous le nom général de vaudois, de cathares, et, à partir de 1208, d'albigeois, il est parfois difficile de donner la caracté­ ristique de chacune d’elles et d’indiquer l'origine de leur nom. On doit cependant des renseignements précis sur les bagnolais à Reinerus, auteur du xtti' siècle, particulièrement informé sur les erreurs de son temps; car il les avait partagées pendant dix-sept ans avant d'entrer dans l'ordre de saint Dominique. Or. dans son ouvrage Contra valdenses, c. vt, composé vers 1254, il divise les cathares de Lombardie en trois sectes prin­ cipales, celles des albanais, des concorozenses et des bagnolais. Bibliolh. max. Pair., Lyon, 1677, t. xxv, p. 267. Ces derniers tiraient leur nom de la ville de Bagnolo. p. 269. Ils habitaient Mantoue, Brescia, Bergame et les environs de Milan, à peine au nombre de DICT. DE TIIÉOL. CAT1IOU deux cents, p. 269; ils se rapprochaient des concoro­ zenses, sans partager toutes leurs erreurs; car ils croyaient, en particulier, que les âmes ont été créées avant la constitution du monde et qu'elles ont péché aussitôt; que la sainte Vierge était un ange; que JésusChrist avait un corps céleste et n’avait pas reçu de Marie la nature humaine, p. 271. Saint Antonin écrit : Fuerunt 1res sectæ luereticorum, scilicet albanensium, bagnolensium et concordenlium, gui in multis erroribus conveniunt, licet in paucis discordent. Sum. tlieol., Venise, 1581, t. tv, p. 184. Hergenrother range les ba­ gnolais parmi les cathares qui ne professaient pas un dualisme rigide. Hist, de ÏÉglise, trad. Belet, Paris, 1888, t. iv, p. 245. Moreri, le Dictionnaire de Trévoux, ΓEncyclopédie catholique et U. Chevalier, Répertoire des sources hist., topo-bibliog., p. 292, signalent des hérétiques de ce nom au vtn· siècle. L’auteur responsable d'une telle indication ne peut être, vraisemblablement, que Prateolus (Du Préau, 1511-1588), qui prétend, mais sans la moindre preuve et sans aucune référence, que des bagnolais vivaient vers 796 sous l'empereur Cons­ tantin VI et le pape Léon III. De vitis, seclis,... elen­ chus, Cologne, 1581, p. 80. Déjà Gretzer avait relevé cette erreur de date. Bibliolh. max. Pair., Lyon, 1677, t. xxv, p. 255. Pluquet, dans le Diet, des hérésies de Aligne, t. t, col. 475, faisait dériver le nom de bagnolais de la ville de Bagnols-sur Cèze, au diocèse d’Uzês en Languedoc, actuellement dans le département du Gard et le diocèse de Nîmes; c'est une autre méprise, car ni dora Vie et dora Vaissette, dans leur Histoire du Lan­ guedoc, ni Percin, dans ses Monumenta conventus tolosani, Toulouse, 1693,0e hæresi, part. I, p. 14-15, ne signalent une secte de ce nom en Languedoc. Il n'y a donc, en fait d’hérétiques bagnolais, que ceux du com­ mencement du xill' siècle, cantonnés dans quelques villes de Lombardie autour de Milan. Reinerus, Contra valdenses, c. vr, dans Bibliotheca maxima Patrum, Lyon, 1677, t. xxv, p. 267 sq.. et dans Martène, The­ saurus nov. anecd., Paris, 1717, t. v, col. 1761 sq. ; S. Antonin, Sum. theol., part. IV, lit. xt, c. vu, Venise, 1581, t. iv, p. 184. Voir Muratori. Antiq. /tat. med. aevi, Milan. 1738-1742, t. v, col. 93, où sont indiquées tes erreurs des bagnolais, d'après les manuscrits de Peregrini Prisciani. G. Babeille. BAGOT Jean, jésuite français, né à Rennes, le 9 juillet 1591, admis le 1" juillet 1611, professa les belleslettres, la philosophie, treize ans la théologie, fut à Rome censeur des livres publiés par ses confrères et théologien du P. général. De retour en France, il donna tous ses soins aux congrégations de la sainte Vierge et mourut à la maison professe de Paris, le 23 août 1664. 1° Apologeticus fidei. Pars prior. Institutio theologica de vera religione, in-fol.. Paris, 1644; Pars poste­ rior. Demonstratio dogmatum Christianorum, 1645; 2° De pænitentia dissertationes theologiae in quibus ex SS. Patribus antiquus circa pænilentiam Ecclesiæ ritus explicatur et hodiernus vindicatur. Contra novas hujusce sevi opiniones, in-8», Paris, 1646. Le P. Bagot attaqua les nouvelles doctrines dans: 3» Advis aux ca­ tholiques pour juger de la bonne doctrine sur la ma­ tière de la grâce, et servir de réponse à la première partie de la Lettre d'un abbé à un évesgue, in-4°, Paris. Cet ouvrage est dirigé contre la Lettre (de SainteMarthe) sur la conformité de S. Augustin avec le con­ cile de Trente dans la doctrine de la grâce, in-4“. 1649; 4“ Libertatis et gra'.iæ chrislianæ defensio adversus Calvinum et Pelagium in Cornelio Jansenio Batavo redivivos, vindice Thoma Augustino, in-4», Paris, 1653. En 1655, Rousse, curé de Saint-Roch à Paris (ou Masure, curé de Saint-Paul), publia un opuscule de quelques pages : De l’obligation des fidèles de se confesser à leur curé, suivant le chapitre 21 du concile gênerai de 11-2 35 BAGOT — BAILLET Lalran. Le P. Bagot y répondit par : Défense du droit épiscopal et de la liberté des fidèles touchant les messes et les confessions d'obligations. Contre l’écrit d’un cer­ tain docteur anonyme, in-8», Paris, 1655. Il traduisit cet ouvrage en latin, in-4». Rome, 1659. Cet ouvrage, où étaient en question la hiérarchie ecclésiastique et les privilèges des réguliers, fut déféré à la faculté de théo­ logie de Paris qui en censura certaines propositions; l'assemblée générale du clergé de France fit de même, mais sa censure n’a pas été imprimée dans ses actes. Les curés de Paris, Gui Drappier, curé de Saint-Sauveur à Beauvais, Mor de Marca, archevêque de Toulouse, prirent part à cette controverse; le P. Bagot se défendit lui-même dans : Responce du P. Bagot... aux plaintes qu’on fait de son livre intitulé : Défense... De Backer et Sommervogel, Bibl. de ta C1· de Jésus, t. i. col. 774-777 ; t. VIII, col. 1725. C. Sommervogel. BAIANISME. Voir Baies. BAÏBAKOS André Apolloa, élève de ('Académie de Moscou, recteur du séminaire de Saint-Serge, évêque de Siéev et, en 1798, d’Arkangel, mort en 1801. Baïbakos est connu dans l’histoire de la théologie russe, soit par ses commentaires des Épitres de saint Paul, soit par ses opuscules et dissertations théologiques. Nous donnons la liste de celles qui lui valurent le renom de bon théologien : La foi, l'espérance et la charité, Moscou, 1782; Contemplation sur la nature des œuvres divines, Moscou, 1782; La nature et la grâce, Moscou, 1784; Dissertations sur plusieurs sujets concernant la foi, Moscou, 1781 ; Recherches sur le livre intitulé : Des erreurs et de la vérité, ou les hommes rappelés au principe universel de la science. Ce dernier opuscule est une réfutation philosophique et théologique de la fameuse brochure publiée, en 1773, par Claude SaintMartin (1743-1803), et rééditée à Moscou en 1786. Baïbakos analyse et réfute les rêves mystiques de celui qu’on a appelé, avec raison, le Kant français. Philarète, Aperçu de la littérature ecclésiastique de ta Rus­ sie. 3· édit., Saint-Pétersbourg, 1884, p. 382gJ83; Dobroklonski, Histoire de l’Église russe, Moscou, 1893, t. iv.p. 236, 246: Volkhovitinov, Dictionnaire des écrivains ecclésiastiques russes, p. 43-47; Soukhomlinov, Histoire de l’Académie russe, t. i, p. 198-220; Vengerov, Dictionnaire critique des savants et des érudits russes, Saint-Pétersbourg, 1889,1.1, p. 699-703 ; Polovtzov, Dictionnaire biographique russe, Saint-Pétersbourg, 1900, t. Il, p. 236-237. A. Palmieri. BAIER Jean Guillaume, théologien protestant, né à Nuremberg le 11 novembre 1647, mort à Weimar le 19 octobre 1695. Il étudia à l’université d’Altorf où il fut reçu maître ès arts en 1667. Deux ans plus tard, il passa à léna, y obtint le titre de docteur en 1673 et y professa l'histoire ecclésiastique. 11 tut choisi en 1682 pour prendre part à une assemblée réunie pour recher­ cher les moyens de conciliation entre les catholiques et les protestants. En 1694, il fut le premier recteur de l'université de Halle et professeur de théologie; mais l’année suivante, il était appelé à Weimar pour y être le chapelain du prince et surintendant général. Outre de très nombreuses dissertations, nous avons de ce théo­ logien protestant: Compendium theologiæ positivæ, homilelicæ, historical, moralis et exegeticæ, in-8», léna, 1686, qui a eu de nombreuses éditions; Collatio doctrinæ pontificiorum et prolestantium, in-4», léna, 1692; Collatio doctrinæ quackerorum et prolestantium una cum harmonia érrorum quackerorum et hæterodoæorum aliorum, in-4», léna, 1694. J. C. Cyprian, Die letze Abschieds-Vorsogc : Leichenrede auf J. W. Baier, in-4-, léna, 1695; Welch, Bibliotheca theo­ logica, 4 in-8·, léna, 1757-1765, t. I, p. 40, 82, 87, etc. ; t. Il, p. 37, 6ô, 131, etc.: t. iv, p. 210. 699,951; Bealencyklopüdie für protest. The uloyie und Kirch.·, 3’édit., Leipzig, 1896, Lu, p. 359-362. B. Heurtebize. 3C> BAIL Louis (1610-1669), né à Abbeville, fit ses études théologiques à Paris, où il reçut le bonnet de docteur en Sorbonne, et devint curé de Montmartre et sous-péni­ tencier de l’église métropolitaine. H a publié plusieurs ouvrages, dont quelques-uns sont estimés : 1» De triplici examine ordinandorum, confessariorum et pænitentium, in-8». Paris, 1651; 1668; in-12, Lyon, 1670; 2» De beneficio crucis, in-8", Paris, 1653, bonne réfutation des erreurs de Jansénius; 3» La théologie affective, ousaint Thomas en méditations, in-fol., Paris. 1654, 1659, 1671, etc.; 5 in-8», Le Mans, 1850; Paris, 1845, 1855; 4» Summa conciliorum,2 in-fol., Paris, 1659, avec des notes et des dissertations historiques et dogmatiques; 5" Sapientia foris prædicans, in-4», Paris, 1666, sorte de bibliothèque oratoire, où l'auteur donne la biographie des plus célèbres prédicateurs depuis le commencement du monde jusqu’au xvn· siècle, montre ensuite en quel genre de prédication ils ont excellé davantage, et enfin cite les passages qu’il a jugés les plus remarquables. 11 mourut en 1669. supérieur des religieuses de Port-Royal de Paris et des Champs. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck. 1893. t. ni, col. 189-190; Moreri, Grand dictionnaire historique, Paris. 1759, t. n, p. 40. J. Bellamy. BAILLET Adrien, hagiographe et érudit français, né à la Neuville en liez, village des environs de Beau­ vais, le 13 juin 1649, fit ses premières études chez les Cordeliers, au couvent de La Garde, et les continua au collège de Beauvais, où il professa quelque temps les classes de grammaire. Les langues et l’histoire étaient déjà sa spécialité. Ayant reçu les ordres en 1676, il rem­ plit près de quatre ans diverses fonctions du ministère paroissial sans renoncer toutefois à ses études favorites. Une circonstance très opportune vint le rendre plus exclusivement à sa passion « livresque » et fixa défini­ tivement sa vocation d’écrivain: il fut nommé bibliothé­ caire du célèbre Lamoignon et exerça sa nouvelle charge avec zèle et talent jusqu'à la tin d'une vie qu’il abrégea par des excès de travail et d’austérité; il mourut le 21 janvier 1706. Toute sa vie fut remplie par la lecture ou la composition. Ses travaux, aussi variés que nom­ breux, portent tous la marque d’une érudition très étendue, mais malheureusement trop hâtive et trop portée à l’exagération. Ceux qui intéressent plus directement la théologie se ressentent particulièrement de ces graves défauts. On y regrette aussi une complaisance intention­ nelle pour les doctrines jansénistes et pour les théories de Richer. L’œuvre capitale de Baillet, Les vies des saints, composées sur ce qui nous est reslé'de plus authentique et de plus assuré dans leur histoire, dis­ posées selon l'ordre des calendriers et des martyrologes, avec l’histoire de leur culte et l’histoire des autres fêles de l’année, 3 in-fol. ou 12 in-8”, Paris, 1701, est, sur bien des points, d’une critique outrée, hypercriticus. Le mot est des bollandistes. Benoit XIV, De festis, 1. Il, c. xvi, n. 8, remarque également le parti pris de Baillet contre les légendes et même contre les faits historiques les mieux établis. C’est ce manque de mesure qui a fait mettre à l'index, par deux décrets successifs, du 5 septembre 1707 et du 15 septembre 1711, les tomes 1 et n des Vies des saints, contenant les mois de janvier à août, et. par conséquent, la majeure partie de la collection. Cependant en ne peut refuser à l’auteur une somme prodigieuse d'érudition. Les documents en­ tassés dans cette encyclopédie hagiographique conser­ vent leur utilité pour les travaux de ce genre. On a publié, à Paris, en 1701. un Abrégé des Vies des saints, in-fol., qui contient l'Histoire des fêtes mobiles dans l’Église, suivant l’ordre des dimanches et des fêtes de la semaine; les Vies des saints de l’Ancien Testament, disposées selon l’ordre des martyrologes et des calen­ driers, avec l’histoire de leur culte selon qu’il a été établi BAILLET — BAIL’S ou permis dans l’Église catholique ; Topographie des saints où l'on rapporte les lieux devenus célèbres par la naissance, la demeure, la mort, la sépulture et le culte des saints; Chronologie des saints où les points princi­ paux de la vie et de la mort de ceux que l’Église honore d'un culte public se trouvent rangés selon, l'ordre des temps. Baillet a encore écrit, avec la même intempé­ rance de critique, un in-12 sur La dévotion à la Vierge et le culte gui lui est dû, avec l'avis salutaire de la Bienheureuse Vierge Marie à ses dévots indiscrets èt une lettre pastorale de M. de Choiseul, évêque de Tournay, sur ces avis, Paris, 1694; Tournai, 1712. Dés son apparition, ce livre provoqua de vives reclamations. La Sorbonne, loin de le condamner, censura le livre de .Marie d’Àgréda et les pratiques qui y sont contenues. En revanche, la S. C. du Saint-Oflice, par décrets du 4 aoi'it 1694 et du 6 juillet 1701, a frappé le second ouvrage de Baillet,donec corrigatur. En s’attaquant aux fausses dévotions et aux abus superstitieux, l’érudit avait maladroitement étendu ses reproches à des usages au­ torisés ou tout au moins tolérés par l’Église. Il niait aussi très catégoriquement l'immaculée conception et l'assomption glorieuse de la sainte Vierge. En dehors de la longue série d’écrits polémiques, historiques et biblio­ graphiques qui ont paru sous son nom ou sous des pseu­ donymes, Baillet a enfin composé un traité des devoirs d'un directeur et de la soumission qui lui est due: Be la conduite des âmes, in-12, Paris, 1695. Abrégé de la vie de M. Baillet, dans Jugement des savants sur les principaux ouvrages des auteurs, 2· édit., Amsterdam, 1725, t. i, p. xxni-xun ; Dupin, Bibliothèque des auteurs ecclé­ siastiques, Paris, 1698, t. xvilt. p. 284-296: Journat des savants, t. xxix, p. 579-595, 627; t. xxxv, p. 208-216; Michaud. Biblio­ graphie universelle. Paris, 1811. t. ut. p. 226; Hurter, Nomen­ clator literarius, Inspruck, 1893. t. n,cot. 887-891. C. Toussaint. BAILLY Louis, né en 1730 prés de Beaune, devint chanoine de Dijon où il enseigna la théologie dogma­ tique, depuis la suppression de la Compagnie de Jésus en 1763, jusqu'à la Révolution, pendant laquelle il se réfugia en Suisse. Rentré en France après la tourmente révolutionnaire, il refusa la dignité de vicaire général et se consacra au modeste service de l’hospice de Beaune. Il mourut en 1808. On a de lui : 1° Theologia dogma­ tica et moralis, 8 in-8», 1789 ; 8 in-12, Lyon, 1804; ouvrage souvent réédité, auquel on a habituellement joint un 9” volume contenant des appendices sur les notes de l’Eglise et sur les lois civiles. D'une morale très rigide, malgré les retouches postérieures, laites dans l'édition Receveur, cet ouvrage, qui était depuis prés d'un demi-siècle le manuel de la plupart des séminaires de France, fut condamné par l’index le 7 décembre 1852, donec corrigatur. — 2’ Tractatus de vera religione, 6“ édit., 2 in-12, Dijon, 1758. — 3° Tractatus de Ecclesia, 2in-8°, Dijon, 1771, 1776,1780, dans lequel sont soutenus les principes de la déclaration gallicane de 1682. — 4“ Principes de la foi catholique, que Bailly composa pendant son exil en Suisse à l’époque de la Révolution. Hurter, Nomenclator literarius, 2* édit., 1895, t. tu. col. 507 sq.; Rohrbacher. Histoire universelle de l’Église catholique, Paris, 1848, t. XXVII, p. 375 sq. E. DüBLANCHY. 1. BAIUS Jacques,théologien belgecatholique, neveu du célèbre Michel Bains, naquit à Melin en Hainaut el mourut doyen de la collégiale de Saint-Pierre de Lou­ vain le 9 octobre 1614. II avait étudié à l'université de cette ville et s’y était fait recevoir docteur en 1586. Il a laissé divers ouvrages : De eucharisties sacramento el de sacrificio misses libri 111. in-8°, Louvain, 1605; Institu­ tionum christianæ religionis libri IV, in-fol., Cologne, 1620. Voir col. 56 et 57. Valére André, Bibliotheca belgica, in-8·, Louvain, 1643, p. 4ü; Hurler, Nomenclator literarius, t. t, col. 66. B. Helrtebize. 38 2. BAIUS Michel. La biographie de ce célèbre théo­ logien précédera le commentaire de ses propositions condamnées par saint Pie V. 1. BAIUS. Biographie. — Michel Baius ou de Bay, théologien de l’université de Louvain, que ses erreurs sur la grâce et le libre arbitre ont fait appeler le précur­ seur de Jansénius. — I. Commencements. IL Doctrine. III. Première condamnation en 1567. IV. Apologies. V. Deuxième condamnation de Baius en 1579. VI. Le baianisme après Baius. I. Commencements. — Né en 1513, à Melin, petite lo­ calité des environs d’Ath en Hainaut, Michel de Bay lit ses études à l’université de Louvain, très célèbre à cette époque par le renom de ses docteurs et leurs luttes contre le protestantisme. Admis en 1533 dans le collège de Standonk ou Maison des pauvres, il suivit les cours de philosophie pendant trois ans au collège du Porc; sorti troisième, avec le titre de maître ès arts, il obtint une bourse dans le collège du pape Adrien VI et y resta cinq ans en théologie. Ses talents et la dignité de sa vie lui méritèrent d’être nommé, en 1541, principal du col­ lège de Standonk. Trois ans après, il fut admis, en qualité de membre de la faculté des arts, au conseil de l’université ; en même temps on lui confia une régence de philosophie au collège du Porc. H remplit cette charge avec beaucoup de succès jusqu'en 1550. Dès cette époque il nous apparaît uni par une étroite amitié et par une conformité générale de sentiments avec l'un de ses condisciples, Jean llessels, né à Louvain en 1522. et devenu licencié en 1541. Une lettre écrite plus tard par le cardinal Commendon nous fait connaître le jugement que portait sur les deux amis leur professeur de théo­ logie, Ruard Tapper, alors chancelier de l’université; tout en les reconnaissant du reste bons et modestes, il les trouvait trop attachés à leur sens et redoutait l’union du talent et de l'audace qu’il voyait en eux; aussi retar­ da-t-il leur admission au doctorat. Pallavicini, Histoire du concile de Trente, 1. XV, c. vu, n. 9. Jean de Lou­ vain ne parvint à cette dignité qu'en 1556; Baius l’obtint le 15 juillet 1550. Il fut alors nommé à la présidence du collège Adrien,charge qu'il conserva toute sa vie;puis, comme Jean Léonard van der Eycken, dit Hasselius du nom de Hasselt, sa ville natale, avait été député au concile de Trente avec Ruard Tapper et Josse de Raveslein, Baius fut choisi pour le remplacer. Hasselius étant mort à Trente, le 5 janvier 1552, le suppléant devint titulaire de la chaire royale d’Écriture sainte. C’est alors que le nouveau professeur et son ami llessels sortirent nettement des sentiers battus et com­ mencèrent à créer dans l’université un sérieux mouve­ ment d’opinion. Deux choses sont à distinguer dans la controverse qu'ils provoquèrent : la méthode et la doc­ trine. Dans sa lettre au cardinal Simonetta, écrite en 1569, Baius s’explique ainsi sur le genre d'enseignement qu’il avait adopté : « Quand, il y a plus de dix-huit ans déjà, je commençai à enseigner publiquement la théolo­ gie dans nos écoles, la considération des hérétiques qui rejettent toute autorité, sauf la sainte Ecriture et les écrits des anciens Pères, l'exemple aussi de mon collègue Jean Hessels, homme de bien el de grand savoir, m'en­ gagèrent à prendre une méthode d'enseignement dont je ne me suis pas départi; après lecture de Pierre Lom­ bard et de quelque docteur scolastique, je me suis efforcé de ramener aussitôt l’étude de la théologie à l'Écriture sainte et aux écrits des anciens Pères, ceux du moins qui jouissent encore de quelque crédit auprès des hérétiques, comme Cyprien, Ambroise, Jérôme, Augustin, Léon, Prosper, Grégoire et pareils. » Mais pour les deux amis, le maître par excellence fut l'évéque d’Hippone, dont Baius lut. dit-on, tous les écrits neuf fois, et soixante-dix lois ceux qui concernent la grâce. L'intention était bonne. Dans leurs discussions avec 39 BAIL’S les théologiens catholiques, les novateurs ne cessaient d'alléguer l'Écrilure et les Pères dos premiers siècles; n’était-il pas à propos de les suivre sur ce terrain, de prendre les mêmes armes et de former les autres à s’en servir? Ce but apologétique explique également pour­ quoi les sujets traités par Baius correspondent aux prin­ cipaux points de la doctrine luthérienne et calviniste. Les circonstances eurent aussi leur influence dans cette orientation. Les grandes erreurs des protestants et la doctrine opposée du concile de Trente avaient amené les théologiens orthodoxes à envisager de plus prés les graves problèmes de la grâce et du libre arbitre, mais les solutions de détail ne s'accordaient pas toujours. On trouve une preuve remarquable de ces préoccupations et de ces divergences dans l’échange de lettres qui eut lieu, en 1550 et 1551, entre le dominicain Pierre de Solo, célèbre professeur de théologie â l'université de Dilingen, et le chancelier de Louvain, Ruard Tapper; lettres im­ primées, sous forme d’appendice, à la lin de l'ouvrage d'Anlonin Reginald, De mente sancti concilii tridentini circa gratiam efficacem, in-fol., Anvers, 1706. Au juge­ ment de Soto, quelques controversistes de l’époque, comme Pighius, Eck, Calharin et même Dominique Soto, avaient trop accordé au libre arbitre, s’écartant sur ce point ou sur celui de la prédestination et de la dis­ tribution des grâces, de ce que le théologien de Dilingen regardait comme la vraie doctrine de l’Ecriture et de saint Augustin. Cette controverse eut-elle une influence décisive sur la direction que prirent les idées de Baius? Rien ne le prouve, mais elle était certainement de nature â le confirmer dans la persuasion où il était déjà, que plusieurs des apologistes de la foi catholique étaient allés trop loin en s’opposant aux hérétiques et que, dans les matières delà grâce et de l’anthropologie chrétienne, ils n’avaient pas toujours évité l'écueil du pélagianisme ou du semipélagianisme. Sur la question de méthode, se greffa donc une divergence doctrinale ; ou peut-être serait-il plus vrai de dire que, dès le début, la divergence doctrinale se dissimula sous la question de méthode. En fait, sous prétexte de dégager l'enseignement des anciens Pères d’éléments hétérogènes que, sous 1’inlluence de la philosophie aristotélicienne, les docteurs du moyen âge et leurs continuateurs y aura ent mêlé, Bains et llessels jetèrent par-dessus bord non seulement la mé­ thode, mais la doctrine même des théologiens scolasti­ ques sur des points de grande importance. Les nouvelles idées firent des progrès assez rapides pour qu’à son retour de Trente, vers le milieu de 1552, Tapper n'ait pu maîtriser son émotion et se soit écrié : « Quel est donc le diable qui a introduit ces sentiments dans notre école? » 11 ne voulut pas recourir aux moyens d’autorité que lui fournissait sa charge d’inqui­ siteur général de la foi dans le Brabant, mais il s’éleva avec force dans les disputes publiques contre les opi­ nions de Baius et de llessels, comme on le voit par une lettre écrite plus lard par un témoin oculaire, Jacques Tzantel. Quand il vit que la douceur et la condescen­ dance ne remédiaient pas au mal, le chancelier jugea qu'il fallait agir plus fermement. Il s’adressa donc, en 1558, au docteur Vigile Zugzhem, président du conseil privé, et à Granvelle, premier ministre de la duchesse de Parme que Philippe II venait d'établir gouvernante des Pays-Bas ; il demanda qu’on admonestât sérieusement les deux novateurs et qu’on leur défendit de s'écarter à l’avenir des sentiers battus; Granvelle se rendit à ce juste désir, et la paix régna quelque temps. Mais après la mort de Tapper, survenue le 3 mars de l’année sui­ vante, les contestations recommencèrent; déjà elles ne se bornaient pas à l’université, mais s’étendaient à tous les endroits ou les élèves de Baius et de llessels s'étaient répandus, en particulier aux cloîtres des cordeliers. Pour remédier au mal, les gardiens des maisons d'Ath et ue Nivelle, Pierre du Chesne et Gilles de la Ches- I 40 naye, songèrent à opposer aux docteurs de Louvain l'au­ torité de la faculté de théologie de Paris. Ils lui déférè­ rent dix-huit propositions, la plupart relatives au libre arbitre et à la grâce. Comme l'ensemble de la doctrine reviendra dans les écrits de Baius, qu'il suffise de signaler à titre d'exemple deux de ces propositions, la 2» et la 4» : « La liberté et la nécessité conviennent au même sujet sous le même rapport, et la seule violence répugne à la liberté naturelle... — Le libre arbitre de lui-même ne peut que pécher, et toute action du libre arbitre laissé à lui-même est un péché mortel ou véniel. »La Sorbonne rendit son jugement le 27 juin 1560; elle censura qua­ torze des propositions comme hérétiques en tout ou en partie, trois comme fausses et la dernière comme oppo­ sée à ['Ecriture sainte. Voir, sur l'authenticité de cet acte, de Champs, De hæresi janseniana, Paris, 1728, 1. II, c. iv, t. 1, p. 30 sq.; sur la concordance entre les propo­ sitions censurées par la Sorbonne et les propositions censurées plus tard par Pie V, le cardinal de Aguirre, S. Anselm i theologia, Rome, 1690, disp. CXVI, sect, ut, t. ni, p. 298 sq. Cette censure s'étant répandue dans les Pays-Bas, Baius hésita d’abord sur le parti à prendre; enfin il composa une série de courtes observations sur les arti­ cles incriminés et les qualifications des docteurs sorbonistes. En somme, il n'abandonne franchement qu'une seule proposition, il en explique cinq ou six et défend les autres contre les censeurs. 11 adressa celle réponse à l'un de ses admirateurs, le P. Sablon, ex-provincial des Cordeliers dans les provinces de Flandre; il lui demandait d'en faire part à ceux sur lesquels ils pou­ vaient compter, ou, s’il la jugeait inutile, de la supprimer. L'écrit futcommuniqué aux partisans de Baius et releva leur courage. Pour justifier à leur tour la doctrine cen­ surée en montrant qu’elle était moins celle de leur maître que celle des Pères de l’Église, ils résolurent de faire imprimer en France les ouvrages de saint Prosper, sans doute avec des notes explicatives, mais surtout avec une prélace remplie d’invectives contre leursadversaires. Le cardinal de Granvelle réussit à empêcher l’impres­ sion grâce à l’intervention de son frère, ambassadeurdu roi d’Espagne à Paris. En même temps, il s’occupait de Baius et de llessels, contre lesquels on lui avait présenté un mémoire ; Baius lit une apologie qui ne nous est pas parvenue, mais dont il parle dans sa lettre au cardinal Simonetta. Fort embarrassé alors par les troubles de Flandre, craignant en outre un conflit entre l'université de Louvain et celle de Paris, le ministre de Philippe H prit le parti de solliciter du pape Pie IV un bref qui lui donnât a tout pouvoir d'agir comme il conviendrait ». Puis, après s’étre concilié l'amitié des intéressés, Baius et llessels, en leur olfrant une place dans son conseil avec une bonne pension payée sur ses propres revenus, il les fit venir à Bruxelles et leur communiqua le bref ou Sa Sainteté lui enjoignait d'imposer silence aux deux parties avec défense, sous peine d'excommunication, pour Baius et llessels, de faire usage de propositions et de façons de parler non usitées dans les écoles, et pour les adversaires, de dire quoi que ce soit au désavantage des deux docteurs. Le consentement de ceux-ci obtenu, le cardinal s’adressa ensuite au général des cordeliers qui se trouvait de passage dans les Pays-Bas; ordre fut donné à tous les religieux d’observer un silence général et absolu sur toutes les questions controversées. Le roi d’Espagne, mis au courant de tout ce qui s’était passé par une lettre du 18octobre 1561, répondit àson ministre ie 17 novembre, en approuvant sa conduite, et en lui recommandant expressément de veiller à ce que la dis­ cussion ne se ranimât point. Vers la même époque, le cardinal Cominendon passa par les Pays-Bas pour traiter avec la princesse Margue­ rite et son ministre de la nouvelle reprise du concile de Trente. L'université de Louvain choisit, pour la repré- 41 BAIUS senter au concile. Baius et Hessels, et ce choix ne laissa pas que d'embarrasser le légat: « Si l’on donnait toute liberté à ces docteurs de parler selon leurs sentiments, écrivait-il au cardinal de Mantoue, ils pouvaient causer beaucoup de trouble, surtout en Allemagne; si au con­ traire on leur fermait la bouche, les protestants ne man­ queraient pas de colorer leur refus de ce prétexte, en disant qu'ils refusaient de se rendre à un concile ou les langues des savants étaient enchaînées. » Pallavicini, loc.cit.,n. 8. Baius et Hesselsallèrent pourtantâ Trente, mais deux ans plus tard, en 1563, comme théologiens du roi d'Espagne; le cardinal de Granvelle espérait sans doute qu’en leur absence la paix se rétablirait dans l’uni­ versité et qu’eux-mêmes retireraient grand profit de leurs rapports avec les membres du concile. Baius ve­ nait de publier ses premiers opuscules: De libero ho­ minis arbitrio et ejus potestate; De justitia et justiflcar· tione; De saeri/icio. A Trente, les théologiens de Lou­ vain assistèrent aux trois dernières sessions, ayant pour objet les sacrements de l’ordre et du mariage, le purga­ toire et les indulgences. Les entretiens particuliers qu'ils eurent avecdivers personnages ne modifièrent pas leurs idées. Comme elles scandalisaient plusieurs Pères, ils auraient été condamnés dès lors, si leur qualité de théo­ logiens du Roi Catholique ne les avait protégés et si la hâte qu'on avait de mettre lin au concile n’avait l'ait ajourner l'examen de leurs écrits; circonstances dont l'évêque d’Ypres, Martin Rithovius, se servit habilement pour détourner le coup dont ils étaient menacés. De retour à Louvain, Baiuscontinua la publication de ses opuscules : De meritis operum ; De prima hominis justitia et virtutibus impiorum; De sacramentis in genere ; De forma baptismi. L'impression en fut ache­ vée sur la fin de 1564, mais datée de l’année sui­ vante par l’imprimeur. En 1566, l’auteur donna une nouvelle édition des premiers opuscules, en y joignant les suivants: De peccato originis; De charitate; De indul­ gentiis; De oratione pro defunctis. Tous sont dans le même genre; petits traités méthodiques, simples et vi­ goureux, remarquables aussi par la netteté et l'élégance du style. Avant de poursuivre les longs débats auxquels ils donnèrent lieu, demandons-leur quelle fut, dans ses grandes lignes et ses traits caractéristiques, la doctrine de Baius. Les questions de détails reviendront dans le commentaire des propositions condamnées par Pie V. II. Doctrine. — Parlant des questions nécessaires pour bien comprendre les premiers et plus essentiels tondements de la foi chrétienne, Baius signale cellesci, dans la prélace du traité De prima hominis justitia : < Quelle a été à l'origine l’intégrité naturelle de l’homme, et que faut-il penser des vertus des impies, qui n’avaient pas la foi en l’unique vrai Dieu et dont on rapporte cependant beaucoup d’actions honnêtes et louables aux yeux des hommes? Sans ces questions, en effet, on ne saurait comprendre ni la première corruption de la na­ ture ni sa réparation par la grâce du Christ. » Voilà, semble-t-il, le point de départ de Baius; sa doctrine peut se ramener au triple état du genre humain: état de na­ ture innocente; état de nature tombée; état de nature relevée par la grâce. 1’ État de nature innocente. — Dieu a fait l'homme droit, suivant la parole de la sainte Écriture; mais en quoi consistait cette droiture ou rectitude de la première création? Elle renfermait d’abord ce qui constitue en nous la parlaite image et ressemblance de Dieu, sagesse, justice, bonté et autres vertus qui concourent à la réno­ vation de l'homme intérieur. En d'autres termes, cette rectitude première ne peut se concevoir sans (’inhabita­ tion et la sanctification du Saint-Esprit; sans lui, lame n'est pas vivante, mais morte, et Dieu n’a pu donner au premier homme une âme qui communiquerait la vie au corps et serait elle-même sans vie. Il faut que l’homme créé nous apparaisse parfaitement uni à son créateur, I I i i I 42 dans son esprit par la connaissance totale de la loi et dans sa volonté par une soumission entière. En outre, l’intégrité de la première création rentermait la pleine soumission des instincts sensibles et des mouvements du corps à la volonté. De prima hominis justitia, c. i-m. Ceci posé, voici l'important problème que traite Bains: cetle droiture ou justice primitive constituait-elle un état naturel ou surnaturel? Nulle équivoque sur ce dernier terme; Baius entend par là ce qui ne serait pas dû à la nature, et viendrait s’ajouter à son intégrité comme un ornement de surérogation, grâce à la munificence du créa­ teur: supernal urale, id est naluræ noslræ indebitum, et creatoris munificentia nostræ integritati ad ornatum liberaliter adjectum. La réponse est nette et ferme; les dons de la justice originelle ne constituent point une exal­ tation gratuite de la nature humaine, qui passerait ainsi d'un état inférieur à un état supérieur, mais sa condi­ tion naturelle,nécessaire en toute hypothèse pour qu’elle soit sans mal, cujus semper necessario sit absentia ma­ lum (Baius entend par mal la privation de biens natu­ rels). Il en est de ces dons primitifs comme de l’âme, du corps et autres apanages de la première création sans lesquels il nous serait impossible ou d’exister ou d’élre sans mal, sine quibus aut omnino esse non possumus, aut malo non caremus; ils sont strictement, simpliciter et proprie, naturels. Car il est évident, par la sainte Écriture et les anciens Pères,que ces dons appartiennent à l'intégrité de la nature innocente. La raison dernière, c'est que l'homme a été naturellement créé pour servir Dieu et parvenir à la béatitude, non pas à cette béatitude inférieure que Pélage imaginait, mais à la seule béati­ tude de toute créature raisonnable, qui consiste dans l'union avec Dieu, son vrai bien. Quand il s’agit du premier homme. Baius ne veut donc pas entendre par1er de dons naturels et de dons surnaturels; subtile distinction, ou plutôt erreur manifeste, occasionnée par la déchéance de l’homme et due â l’ingérence de la philosophie dans le domaine de la foi. C. iv-ix. Pourtant ces dons si relevés de la justice originelle ne sortaient pas des principes constitutiis de la nature hu­ maine, comme un effet sort de sa cause efficiente. & Une periection n'est pas dite naturelle par rapport à sa cause ou à son origine, mais par rapport au sujet qu’elle con­ cerne; que le sujet soit cause productive de cette per­ fection ou qu’elle vienne d’ailleurs, peu importe; il suffit qu'elle appartienne à l'intégrité naturelle du sujet et que son absence constitue pour lui un mal. » Ainsi en est-il, conclut Baius, de la justice du premier homme; qu'elle résulte physiquement des principes constitutifs de sa nature ou qu’elle soit produite immédiatement par Dieu, elle n’en est pas moins un don naturel, « car elle appar­ tenait à l’intégrité de cette nature humaine qui, sans cette perfection, ne peut être en bon état ni exempte de misère, ut sine ea non possit salva consistere, mise­ riaque carere. » Est-ce à dire que Dieu n'aurait pas pu, absolument parlant, créer l'homme tel qu'il naît main­ tenant? Baius n’a jamais, nous le verrons, affirmé cette impossibilité; il a même dit le contraire dans ses apo­ logies, mais avec des restrictions qui montrent que, dans sa pensée, l’homme ainsi conçu ne serait pas dans un état normal, celui où Dieu crée les êtres en les exemp­ tant de tout mal et en leur octroyant toulcequi concourt à leur intégrité. C. xi. Si la destination de l'homme à la gloire céleste et les dons de la justice primitive sont quelque chose de na­ turel, les mérites correspondants seront logiquement du même ordre. Baius développa cette conséquence dans le traité De meritis operum. Comme la damnation est la peine du péché, la gloire céleste est le juste prix des bonnes œuvres par une loi naturelle établie dans la création. En verlu de cette loi la vie éternelle a été pour les anges une récompense, et non pas une grâce; il en aurait été de même pour le premier homme, s'il 43 BAIL’S avait persévéré dans la justice. L. I, c. Mit. Doctrine qui se complète par la façon dont Baius explique le fonde­ ment du mérite. Il n’approuve point ceux qui exigent dans le sujet une dignité supérieure, résultant de l’adop­ tion divine ou de l’inhabitation du Saint-Esprit; les bonnes œuvres sont méritoires par elles-mêmes, comme acte d’obéissance à la loi de Dieu, ex sua qualitate et natura quia videlicet sunt divinæ legis obedienlia.'ïouïe bonne œuvre, vint-elle de quelqu'un qui ne posséderait pas le Saint-Esprit ou la grâce d’adoption, est méritoire de la vie éternelle, comme tout péché mérite par sa na­ ture la damnation éternelle. L. Il, c. t-iv. Si le secours et la présence du Saint-Esprit sont en fait nécessaires, ce n'est pas pour donner à la bonne œuvre son caractère méritoire, mais pour permettre au sujet de la produire; ce qui se comprendra mieux encore, quand Baius nous aura dit qu'en dehors de la charité il n'y a pas de véri­ table obéissance à la loi de Dieu, ni même de moralité. 2· État de nature tombée. — Si la condition naturelle de l'homme exige rigoureusement la justice intérieure et la pleine soumission des instincts sensibles et des mouvements du corps à la volonté, l’absence de ces dons doit nécessairement constituer un mal, un vice, pour la nature elle-même. Telle est, en effet, la doctrine de Baius dans le traité De peccato originis. Il identilie le péché originel avec la concupiscence habituelle, concu­ piscentia habitualis quæ peccatum originis est, et le conçoit non comme une simple privation, mais comme un acte vicieux et déréglé; d’abord insensible, tant que l'enfant est incapable de penser au bien et au mal, cet acte se développe avec l’âge et se manifeste par ses eflets généraux, l'ignorance dans l'esprit, la malice dans la volonté, la révolte de la partie inférieure de l’âme et la loi des membres. C. n-v. Mais comment l’enfant peut-il être responsable? Baius n'a pas recours, pour l'expliquer, à la faute du premier père: pour lui. la concupiscence soit actuelle, soit habituelle est en elle-même un vrai pé­ ché, comme transgression du précepte divin: Non con­ cupisces. Dès lors, pour que l’enfant soit pécheur et responsable, il n'est pas nécessaire que la concupiscence ait pour cause sa propre volonté ; il suffit qu’elle se trouve et domine en lui, sans qu’il y ait de sa part vo­ lonté contraire; tantum quia inest, veraciter illi impu­ tari, si vel actu vel habitu ei dominetur, sic ut non gerat contrarium mentis affectum. C. vn, xi, xvn. Pour comprendre toute la portée de cette doctrine, il faut tenir compte de la façon dont Baius entend le libre arbitre dans l’opuscule qu'il lui a consacré, De libero hominis arbitrio et ejus potestate. 11 distingue deux sortes de liberté. La première s’entend de la puissance de vouloir ou de ne pas vouloir une chose; c’est la liberté dont s'occupent les philosophes, libertas a necessitate. L'autre consiste à être, en ses vouloirs et en ses actions, exempt de toute servitude, libertas a servitute; la ser­ vitude consistant, pour l'âme, dans une nécessité invo­ lontaire ou dans une inclination mauvaise dont on ne peut se délivrer. Pour qu'une action puisse se dire libre en ce sens, point n'est besoin de supposer dans l’agent le pouvoir de l'omettre ; il suffit que la volonté ne soit pas violentée, ni détenue volontairement captive sous le joug d'un pouvoir ennemi. Cette seconde espèce de li­ berté est la seule dont parle l’Écriture sous le terme de liberté, et saint Augustin, fidèle à ('Évangile, fait aussi Consister le libre arbitre dans l’exemption de toute ser­ vitude venant d’un pouvoir étranger, qu’on puisse d’ail­ leurs omettre l’action ou qu’on ne le puisse point. C. iv, vin. Ce n’est pas que Baius nie absolument le premier genre de liberté; il le reconnaît et le défend contre les hérétiques. Dans quelles limites, il nous l’apprend en expliquant la différence qu’il met entre la liberté de l’homme innocent et celle de l’état présent. La première permettait à l’homme d’accomplir facilement toute la loi et de ne commettre aucun péché; maintenant le libre ar­ 44 bitre laissé à lui-même ne peut faire aucun bien moral, ni surmonter aucune tentation sans pécher; il n’a plus de force que pour se porter au mal ou vouloir des biens d'ordre temporel, par exemple cultiver la terre, manger et boire. C. ix-xi. Ces idées pessimistes sur l’état de la nature humaine tombée ont leur complément dans la question De virtu­ tibus impiorum, qui se rattache, comme second livre, au traité De prima hominis justitia. Les théologiens sco­ lastiques, saint Thomas d’Aquin en particulier, ne ju­ geaient pas notre nature si profondément atteinte par la déchéance originelle, qu'ils ne reconnussent dans ceux qui n'ont pas la foi, la possibilité d’actions non pas méritoires de la vie éternelle, mais purement morales, telles qu’on en trouve de décrites dans les livres des phi­ losophes stoïciens et péripatéticiens. Aux yeux de Baius, cette doctrine est du pélagianisme. 11 taut distinguer entre les devoirs qui sont la matière des vertus ou de l’honnêteté morale, virtutum officia, honestatis officia, et la fin qu’on se propose en s’en acquittant. Les païens eux-mêmes n’attribuaient à l’accomplissement de ces devoirs le caractère de vertus que quand ils se rappor­ taient à la fin assignée par chacun d eux â la vie humaine, volupté, honheur, richesses ou devoirs comme tels. C. Iiii. Or la véritable et seule fin de la vie humaine, fin à laquelle nous avons l'obligation stricte de rapporter toutes nos actions, c'est Dieu objet de la foi et de la charité; suivant l’Écriture et saint Augustin, tout ce qui ne vient pas de la foi opérant par la charité est péché. Conséquence évidente : ces prétendues vertus des païens nétaient que des vices, vilia virtutes imitantia; non seulement elles n'avaient aucune valeur pour le salut, mais comme vices elles étaient matière à damnation, vilia sunt et damnant. C. iv-vi. En somme, pour résu­ mer avec Baius l’état de l’homme déchu et non relevé par la grâce, « sa volonté n’est plus alors que cupidité vicieuse, tota cupiditas est, quæ vilium est; tout ce qu'elle lait, elle le lait sous l’inlluence de cette cupidité vicieuse, et ainsi elle n’a de mouvement que pour pé­ cher. » Ce sont là des conclusions que Baius juge essen­ tielles à la vraie sagesse et à la vie chrétienne. C. vnVIII. 3° Etat de nature relevée. — Divers points se ratta­ chent aux traités déjà signalés. La vie éternelle et les mérites étaient dans l’état d'innocence des dons naturels ; il en va tout autrement dans l’ordre de la rédemption. La vie éternelle et les mérites sont alors autant de grâ­ ces; car, depuis la chute originelle, l’homme n’a plus droit aux dons primitifs, il en est même devenu positive­ ment indigne; ce qu'il en possède maintenant, il le doit à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Racheté par lui et aidé de sa grâce, il peut produire des bonnes œuvres, méritoires de la vie éternelle. De meritis operum, 1. I, c. iv-viii. Mais ici revient la théorie de Baius sur le fondement du mérite. Si nos bonnes œuvres sont méritoires de la vie éternelle, ce n'est pas proprement le fait des méri­ tes de Jésus-Christ ni de la grâce sanctifiante; c’est, comme à l'origine, une conséquence de cette loi natu­ relle qui veut que l’observation de la loi ait pour récom­ pense la gloire céleste. L’œuvre rédemptrice n’a directe­ ment pour effet que de nous rendre, avec la grâce, la possibilité d’observer la loi et de produire ainsi des bonnes œuvres. Ibid., c. ix. Dans l’état de nature relevée, les forces du libre arbi­ tre vont aussi loin qu'il plaît â Dieu de nous aider. Il y a des hommes qui ne reçoivent pas le pouvoir de croire, comme il y a des vierges qui ne reçoivent pas le pou­ voir de garder la continence. Les justes n’arrivent même jamais ici-bas â la parfaite liberté, car ils restent soumis a la servitude de la chair. De libero hominis arbitrio, c. vu, xi. Les mouvements de la concupiscence qu’ils subissent sont une véritable transgression du précepte : Non concupisces, mais ils ne constituent pas de vrais pé- 45 BAI US chcs, parce que le Saint-Esprit et sa grâce habitant dans les justes et y dominant habituellement, la concupis­ cence ne régne point en eux et ne leur est plus impu­ table. C’est à peu près dans le même sens que, d’après Baius, le péché originel, identifié avec la concupiscence habituelle, reste dans les baptisés en ce qu'il a de physi­ que, manet actu, mais n’entraine plus pour eux de culpabilité, transit reatu. De peccato originis, c. ix, XV, XVI, XVII. Après ces diverses conséquences de principes déjà po­ sés, vient un traité important, divisé en trois livres.: De charilate, justitia et justificatione. Le premier livre est comme une introduction aux deux autres, la connais­ sance de la charité étant nécessaire pour comprendre la justification ; car la justice n'est autre chose que la cha­ rité, ou du moins, il y a entre les deux une liaison si étroite que l'une est inséparable de l’autre. Par charité, Baius entend, non le Saint-Esprit, mais l'acte même de la volonté aimant Dieu et le prochain : ipse animi motus, quo Deum diligimus et proximum, gui accidens est et qualitas. L’acte suppose-t-il en nous un principe dis­ tinct, appelé communément charité habituelle?Question secondaire, dont Baius se désintéresse, c. 1-II, sur laquelle il laisse même planer un certain doute. C. vu. Tout acte de charité a nécessairement pour principe le Saint-Esprit; il faut absolument rejeter la distinction philosophique d'un double amour de Dieu, dont l'un aurait pour objet Dieu béatilicateur et serait l’œuvre du Saint-Esprit, tan­ dis «pie l'autre aurait pour objet Dieu créateur et serait le fruit du libre arbitre. Bien plus, l’étude attentive de saint Augustin mène à cette conclusion : « Tout amour de la créature raisonnable est ou cette cupidité vicieuse par laquelle on aime le monde et que saint Jean ré­ prouve, ou cette louable charité par laquelle on aime Dieu et qui nous vient uniquement de lui et par la mé­ diation de Jésus-Christ. »C. πι-vi. Principe essentiel dans la doctrine de Baius; par là s'explique pourquoi, en de­ hors de la charité, ce théologien ne reconnaît ni véri­ table obéissance à la loi, ni bonnes œuvres, ni moralité quelconque. .Mais la charité a des degrés; elle a ses commencements, qui sont les premiers désirs du bien, elle a ses progrès et sa perfection. Elle peut, dans les catéchumènes et les pénitents, précéder la rémission des péchés. C. vn-ix. La justice parfaite se trouve dans l’accomplissement intégral de la loi ou de la charité; Jésus-Christ seul l'a possédée ici-bas dans toute sa plénitude. Pour nous, la justice a deux parties : la rémission des pêchés, qui s'obtient par les sacrements, et la nouveauté de vie, qui consiste dans la pratique des vertus ou l'obéissance in­ térieure et extérieure à la loi. De justitia, c. ι-ut. Cette dernière seule est proprement la justice; cependant, comme la rémission des péchés produit en partie le même effet devant Dieu, la sainte Ecriture la comprend aussi sous le nom de cette vertu. Aussi, bien que les catéchumènes et les pénitents puissent surpasser beau­ coup d'enfants adoptifs par la justice des œuvres, on ne peut pas les dire justes, tant qu'ils n’ont pas reçu la ré­ mission des péchés dans les sacrements de baptême ou de pénitence. C. iv-vn. Baius réfute longuement l’erreur des protestants, qui font consister la justice dans la seule rémission des péchés. C. X. La justification n’est pas autre chose qu’un continuel progrès dans la pratique des vertus et la rémission des péchés. De justificatione, c. i. Dieu pourrait opérer l'œuvre de la conversion en un instant, mais il ne le fait ordinairement que pas à pas et par degrés. Il commence par frapper le cœur de la crainte de ses jugements et inspire ainsi au pécheur l’esprit de crainte servile, qui l'empêche de s'opposer aux vues providentielles avec au­ tant de hardiesse qu’auparavant.Cet esprit de crainte est un don du Saint-Esprit; il ne fait cependant pas partie de la justice, et sans la charité il conduit au désespoir 46 et à la damnation. La foi, jointe à un commencement de charité, est le vrai principe de la justice. C. ll-iv. A ces vues sur la charité, la justice et la justification se rattachent diverses applications de délai), relatives au mérite des bonnes œuvres et à l’effet des sacrements ou des indulgences; nous les retrouverons parmi les pro­ positions condamnées par Pie V. Ce qui précède suffit pour laire connaître, dans son ensemble, la doctrine de Baius. S'il n'a été rien dit de la prédestination, c’est que le point n'a pas été traité par ce théologien; plus tard nous le verrons prendre parti dans la controverse entre Lessius et l’université de Louvain. 4" Genèse de la doctrine de Baius. — Quelle fut, pour notre théologien, l’idée-mère? Suivant les uns, par exemple, Tournely et Kilber, ce serait le principe, énoncé dans le livre De charilate, que tout amour de la créature raisonnable se partage entre la cupidité vicieuse et la charité méritoire. Que le principe soit capital dans la doctrine baianiste, c'est un fait; mais il n’en est pas le tondemenl premier. Une question anté­ rieure se pose : d’où vient que pour Baius il n’y a de vraie moralité que dans la charité méritoire, et méri­ toire de la vie éternelle? D’autres, plus récents, ont vu à la base du système un faux dualisme et un faux mys­ ticisme : le théologien de Louvain aurait mis d’un côté le corps et l’âme, mais Pâme principe de vie purement végétative et animale, sans volonté ni moralité; de l’au­ tre, l'Esprit-Saint, vie de l'âme elle-même et principe de l'activité morale et religieuse de l'homme. Celui-ci, pour être complet, devait donc posséder l'Esprit et les dons de la justice primitive; ils appartenaient à son être, étaient de son essence, étaient une partie intégrante de sa nature. Kuhn, au mot Bay (Michel de), dans le Dic­ tionnaire encyclopédique de la théologie catholique, par Wetzer et Welle, trad. Goschler, Paris, 1858, t. n, p. 425; F. X. Linsenmann, Michael Baius und die Grundlegung des Jansenismus, in-80, Tubingue, 1867, p. 97 sq. Mais cette interprétation dépasse incontesta­ blement la pensée de Baius; il n’a pas considéré les dons primitifs comme appartenant à l’être même de l'homme, mais seulement comme des perfections exigées pour son état normal; le mot integritas naluræ a,dans ses écrits, un tout autre sens que celui de parties inté­ grantes de la nature. De plus, il n'a pas réduit l'influence de l’âme sur le corps à la communication d'une vie pu­ rement végétative et animale; car dans l'homme desti­ tué du Saint-Esprit et de la justice originelle, il recon­ naît une volonté raisonnable et même une réelle liberté dans l’ordre physique. Il y a pourtant du vrai dans ce prétendu dualisme : pour Baius, ni la liberté morale à l'égard du bien, ni la mo­ ralité n'ont leur source dans la nature; l’une et l’autre viennent du Saint-Esprit, principe de la charité. Mais ce n’est là qu’une conséquence d'une idée plus générale et foncière ; le vrai point de départ du théologien lovaniste se trouve dans sa conception optimiste de l'état normal de la créature raisonnable; conception optimiste qui a pour pendant naturel, on l'a vu, sa conception pes­ simiste de l’état de nature tombée. En réalité, l'homme a été appelé dés le début à la « vie éternelle », à l’union parfaite avec Dieu et à la moralité d'ordre spécial qui seule est proportionnée à cette fin sublime ; Baius a vu là une destination non pas seulement de fait, mais de droit: à ses yeux, l'homme, comme créature raisonna­ ble, avait une dignité native telle qu'il pouvait par le fait même prétendre à tout ce qui rentrait dans sa voca­ tion effective. De là son obstination à n'admettre que la notion historique et théologique de la nature humaine, et à nier le caractère surnaturel des dons primitifs ; de là, dans son système, l'aptitude exclusive de la charité théologale à nous procurer la vie morale ou l’union avec Dieu. Si maintenant nous faisons abstraction de ee qui peut 47 BAIUS être considéré comme l’idée-mailresse de Bains, pour envisager sa doctrine d’un point de vue purement his­ torique, la solution nous est fournie par ce que nous savons déjà de sa méthode et de l'exclusivisme avec lequel il l’appliqua. C'est en lisant et en interprétant par luimême les écrits de saint Augustin que le docteur lovaniste s’est formé l’ensemble de ses idées; habituelle­ ment il se sert, pour les exprimer, des propres expres­ sions de l'évêque d’Hippone. Extérieurement le système se présente donc comme augustinien. Toute la question était de savoir si le disciple avait compris et bien rendu le maître; s'il n'avait pas interprété en dehors de leur base historique des formules susceptibles de plusieurs sens, par exemple, cette expression de justitia naturalis appliquée par saint Augustin et les anciens Pères aux dons de la nature innocente. Question d'autant plus grave que sur des points de grande importance, Bains était arrivé à des conclusions inconciliables avec la doctrine du concile de Trente, et que, sur d'autres points, il laissait dans l'ombre, pour ne rien dire de plus, ce que les Pères de ce concile avaient au contraire mis en relief; telle, par exemple, dans le traité de la justification, l’existence de la grâce habituelle, considérée comme principe intérieur de ré­ novation spirituelle et réalité distincte du Saint-Esprit et de nos propres actes. Notion difficile à retrouver dans Baius, qui s'arrête à l'acte de charité, et laisse non seu­ lement à l’arrière-plan, mais même en question, la charité habituelle entendue d’un habitus ou principe permanent. Circonstance aggravante,sur plusieurs de ces points le théologien augustinien se trouvait en contact avec Luther et Calvin, ou du moins se rapprochait beaucoup de leurs positions. Sans doute, il est souvent en désaccord formel avec eux; il maintient l'existence du libre arbi­ tre et des mérites, établit longuement que la justice ne consiste pas dans la seule rémission des péchés, et défend l’eucharistie et les autres sacrements de l’Église catho­ lique. Mais il n’en est plus de même, quand il nie le caractère surnaturel de l'état primitif, quand il place l’essence du péché originel dans la concupiscence et voit dans les mouvements indélibérés de la chair de vraies désobéissances à la loi, quand il soutient que l’homme tombé n’a plus de puissance pour le bien dans l'ordre moral et ne peut que pécher. Nous retrouverons plus tard d’autres points de con­ tact entre Baius et les novateurs, mais ce qui précède suffit pour expliquer que les théologiens traditionnels ne pouvaient rester indifférents en face des doctrines baianistes et que tôt ou tard le magistère ecclésiastique devrait nécessairement intervenir. 111. Première condamnation de Baivs par saint Pie V. — Après la publication des écrits de Baius, le feu mal éteint se ralluma plus vivement; un grand nombre de propositions furent relevées et attaquées. Josse de Ravestein, appelé aussi Tilelanus, celui-là même qui avait été député au concile de Trente avec Ruard Tapper, écrivit à ce sujet à fray Lorenço de Villavicencio, de l’ordre des ermites de saint Augustin. Dans cette lettre, partie de Louvain à la date du 20 novembre 1564·, il signale particulièrement la doctrine relative au fonde­ ment du mérite, aux dons de l’état primitif et à la concu­ piscence; en terminant il émet l’idée d'une démarche auprès de Sa Majesté Catholique. Fray Lorenço répondit à cet appel; le 25 novembre, il écrivit de Bruxelles au roi d'Espagne pour dénoncer le livre de Baius et deman­ der qu'il fût déféré aux universités d’Alcala et de Sala­ manque. Gachard, Correspondance de Philippe 11 sur les affaires des Pays-Bas, Bruxelles, 1851, t. n, p. x.\. On sait par deux lettres postérieures, l’une du cardinal de Granvelle, l'autre de Morillon, et par une allusion de Baius dans sa lettre au cardinal Simonetta, qu’il y eut réellement censure; mais on n’a point de détails sur 48 les propositions alteintes ni sur la nature du jugement. Il semble cependant que, dans son Augustinianum sy­ stema, diss. Il, c. I, Berti nous ait conservé une partie de la censure des deux universités; elle a rapport aux dons de la première création et aux mérites dans l'état d'innocence. Opus de theologicis doctrinis, in-4°, Bassano, 1792, t. vin, p. 377. Ravestein crut aussi le moment venu d’attirer l'atten­ tion du saint-siège, sur les nouvelles doctrines; il lit porter à Rome par le P. Godefroy, cordelier de Liège, un certain nombre de propositions. Pie IV étant mort en 1565, et saint Pie V lui ayant succédé, le 7 janvier 1566, de nouvelles propositions furent dénoncées, en même temps que le roi d’Espagne insistait auprès du pape pour obtenir un jugement décisif. La cause fut instruite, et le 1" octobre 1567, saint Pie V signa la bulle Ex omnibus afflictionibus, où se trouvaient pros­ crites soixante-seize ou. suivant la division actuelle, soixante-dix-neuf propositions, « comme hérétiques, erronées, suspectes, téméraires, scandaleuses et offen­ sives des oreilles pics, le tout respectivement. » Pour comprendre avec quelle modération on procéda en toute celte affaire, il suffit de lire la lettre écrite, le 13 no­ vembre de la même année, par le cardinal de Granvelle qui se trouvait alors à Rome; elle explique et justifie ce jugement porté sur l'acte de saint Pie V par dom Thuillier, dans une histoire, en partie inédite, de la con­ stitution Unigenitus : « Bulle respectable par la sainteté de son auteur, par la grande réputation de l’école dans laquelle il avait été élevé et par les matières qu'elle renferme. Elle l'était encore plus, s’il était possible, par la sagesse, la prudence et la bonté qui l'avaient dictée. Baius n’était point nommé; s'il y est désigné, il l'est, comme étant d’une probité et d'une capacité reconnue. Ses ouvrages n’étaient point cités; les propositions n’étaient condamnées que respectivement, et cette con­ damnation était adoucie par les traits les plus marqués. Elle ne fut point imprimée, quoique ce fût l'usage ordi­ naire. » Les propositions condamnées dans cette bulle feront l’objet d'une étude spéciale. Quelques remarques seule­ ment sont nécessaires dès maintenant, pour bien saisir le développement historique de la controverse. La prin­ cipale a trait à la fameuse clause qui suit les propositions et précède leur qualification : Quas quidem sententias stricto coram nobis examine ponderatas quanquam nonnulla aliquo pacto sustineri possent in rigore et proprio verborum sensu ab assertoribus intento haere­ ticas erroneas suspectas temerarias seandalusas et i n pias aures offensionem immittentes respective... damna­ mus... Ainsi lit-on dans la copie de la bulle qui fut en­ voyée plus tard à Louvain. Voir Les Hexaples ou les six colonnes sur la constitution Unigenitus, Amsterdam, 1721, t. n, p. 891. Écrite sans ponctuation, suivant l'u­ sage de la chancellerie apostolique, cette phrase donnera lieu à la fameuse controverse sur la virgule ou comma pianum. Coupée en effet, après ces mots : sustineri pos­ sent, ou après ces autres mots : sensu ab assertoribus intento, la phrase prend un sens tout à fait différent : 1· Virgule après les mots : sustineri possent. Toutes ces propositions, nous les condamnons prises à la rigueur des termes et dans le sens propre des mots tel que l’ont eu en vue ceux qui les ont avancées, comme hérétiques, erronées, etc., bien que quel­ ques-unes puissent se soutenir d'une certaine façon. 2· Virgule après le mot : intento. Toutes ces propositions, nous les condamnons comme héré­ tiques, erronées, etc., bien que quelques-unes puissent d'une certaine façon se soutenir à la rigueur des termes et dans le sens propre des mots tel que l'ont eu en vue ceux qui les ont avancées. Les mots in sensu ab assertoribus intento montrent que les propositions censurées ne sont point attribuées à un seul auteur. C'est ce que confirme le préambule ou 49 B AIUS saint Pie V exprime la douleur dont il a été saisi « en voyant plusieurs personnes d'une probité et d'une capa­ cité d’ailleurs reconnues, répandre de vive voix ou par écrit diverses opinions très dangereuses et très scan­ daleuses ». Enfin la date de la bulle suggère à dom Thuillier une réflexion que je crois utile de lui emprunter : « Tel est, dit-il, le système condamné, ce qui est bien digne de remarque, vingt et un ans avant que le jésuite Louis Molina rendit public son livre de la Concorde où il éta­ blit le système qu'on appelle moliniste, système que lui-même donnait comme nouveau; vingt ans avant que Lessius, autre jésuite, eût été censuré par les universités de Louvain et de Douai; dix-neuf ans avant que Jansénius vint au monde, et soixante-treize ans avant que I'Augustinus de ce prélat sortit de dessous la presse, ouvrage qui n'est, à proprement parler, qu’un commen­ taire de ceux de Baius. La conséquence qui sort natu­ rellement de ces différents calculs et qui sautera aux yeux de tout homme équitable, c’est que l’on ne peut dire, sans choquer également le bon sens et la vérité, que lorsque le pape et les évêques ont condamné la doc­ trine de Baius et de Jansénius, ils ne l’ont fait que pour appuyer les opinions de Molina et par la sollicitation de ses partisans. Ce ridicule paradoxe a cependant été débité et l’est encore fous les jours par les défenseurs de Jansénius. «Celte réflexion d'un auteur du xvtn» siècle a-t-elle perdu tout son à propos?Qu’on lise, sur la ques­ tion du baianisme, les récentes histoires du dogme faites par des auteurs protestants. IV. Apologies de Baies. — Le cardinal de Granvelle, archevêque de Malines, avait été chargé par le pape saint Pie V de faire exécuter la bulle; il transmit ses pouvoirs à son vicaire général, Maximilien Morillon, prévôt de l'église collégiale d’Aire en Artois et depuis évêque de Tournai. Le 13 novembre 1567, il lui adressa deux lettres; dans l'une, destinée à passer sous les yeux de Baius, il résumait toute la suite de l’affaire et racon­ tait ce qui s’était fait à Rome, en insistant surtout sur les preuves de bienveillance données par le souverain pontife aux théologiens atteints par la censure ; dans l'autre lettre, il recommandait lui-même à son mandataire d'avoir les plus grands ménagements à l’é­ gard de Baius qui, depuis la mort de Hessels, survenue en novembre 1566, restait seul en cause : « Que l’on y procède, écrivait-il en propres termes, avec charité chrétienne pour rhabiller doucement la faute qu'il y a. » Morillon se conforma de tout point aux instructions du cardinal. Le 29 décembre, il réunit à Louvain les docteurs qui composaient l'étroite faculté, c'est-à-dire le chancelier de l'université et les huit professeurs de théologie, et leur donna lecture de la bulle Ex omnibus afflictionibus. Tous protestèrent de leur soumission à l'acte pontifical, et la séance se termina par un acte signé des docteurs, y compris Baius, où ils attestaient que le vicaire général de Malines leur avait notifié la bulle. Peu après, Morillon obtint le même résultat auprès des Cordeliers; dans un chapitre, réuni à Nivelle pai un nouveau provincial, les gardiens et les députés des différentes maisons abjurèrent les doctrines de Baius. Le calme ne revint pas complètement. Sur la demande des docteurs de Louvain, le vicaire général de Malines leur avait accordé un extrait des propositions censurées, mais en leur recommandant de n'en rien laisser trans­ pirer au dehors. Pour diverses raisons, le secret fut mal gardé; grand sujet de chagrin pour Baius qui, dans une nouvelle entrevue avec le prévôt Morillon, au mois de mai suivant, donna libre cours à ses plaintes : on l’avait condamné sans l'avoir entendu; on avait mal extrait les articles, on lui en imputait qui n’étaient pas les siens; on avait décidé des points qui ne devaient pas être tran­ chés, au moins si légèrement, puisqu’ils étaient aupa­ 50 ravant controversés; on ne tenait pas compte de la doc­ trine de saint Augustin et de saint Prosper. Sans entrer dans une discussion de fond, le grand-vicaire ramena peu à peu le docteur ulcéré aux sentiments de filiale obéissance qu'il avait toujours professés à l’égard du souverain pontife; mais il n'osa pas parler, comme il comptait le faire, de rétractation formelle, et il partit sans être pleinement rassuré sur l'avenir. En effet, Je 8 janvier 1569, Baius adressa au pape une apologie dont le titre seul indique suffisamment son état d'esprit : Sentenliæ per sanctissimum Dominum no­ strum Pium V, Jlomæ, calendis octobris anni 1507, damnatæ : adjecta explicatione, tum earum, quæ non tantum verbis, sed etiam in alio sensu expresses sunt, quam in iis libellis habentur, ex quibus significantur excerpta: : tum quæ ad alium sensum torquentur quam habent libelli ; tum etiam quæ forte cuipiam non imme­ rito videantur non satis fuisse discussæ. Dans cet écrit, le docteur de Louvain reconnaissait comme siennes un cer­ tain nombre de propositions, une trentaine environ, mais en prétendant quelles contenaient la pure doctrine de l'Écriture, des saints Pères, et surtout de saint Augustin. Unelettre accompagnait l'apologie ; elle est assez caracté­ ristique poui· mériter d’être rapportée : « Il y a déjà un an, disait-il, qu’on nous a intimé un décret de Votre Sainteté en date du premier jour d'octobre de l'an 1567, et muni du sceau de plomb. Ce décret proscrit soixante-seize propositions, et nous n’avons pu encore en obtenir une copie ni ici, ni à Rome : cependant les articles censurés sont déjà répandus dans tous les Pays-Bas. Nous crai­ gnons que l’honneur de Votre Sainteté n’en soutire, non seulement à cause des calomnies manifestes que cette censure contient, mais encore parce que le langage et les sentiments des saints Pères y paraissent flétris. Elle sera un sujet de scandale pour un grand nombre de doc­ teurs de nos contrées que la nécessité de combattre les hérétiques a infiniment plus attachés aux expressions des saintes Lettres et des Pères, qu’à celle des scolas­ tiques. Ils se persuaderont peut-être qu’en faveur de ceux qui sont accoutumés à penser et à parler comme les scolastiques, on a proscrit des sentiments contenus dans les écrits des saints Pères. Ainsi nous avons jugé à pro­ pos d’envoyer à Votre Sainteté ces propositions, et de lui exposer le sujet de nos alarmes, soumettant le tout à votre jugement; afin que, les ayant mûrement pesés, vous prononciez si nous devons regarder la censure de ces propositions comme légitime et suffisamment réfléchie, ou comme subreptice et arrachée par les importunités de ceux qui persécutent les gens de bien, plutôt qu’ob­ tenue pour de justes raisons. » Baius ne se contenta pas de cette apologie; il en composa une autre, beaucoup plus courte, mais conçue dans le même esprit; il y apostille toutes les propo­ sitions censurées et les proclame ou supposées, ou mal compilées, ou injustement condamnées, puisqu’elles sont des saints Pères. Le 16 mars, il adressa ce nouvel écrit au cardinal Louis Simonetta, dont il avait fait la con­ naissance à Trente. Dans une lettre, tenant lieu de préface, il racontait ses antécédents, la méthode à laquelle il s'était attaché et les raisons qui l'avaient guidé. Quand ce second envoi parvint à Rome, le destinataire venait de mourir; l'apologie et la lettre furent remises à Sa Sain­ teté en personne. Ces démarches de Baius avaient fait relever la tête à ses partisans. Morillon écrivait au car­ dinal de Granvelle, le 20 mars : « Aucuns cordeliers se pourvantcnt que notre saint père le pape serait assez incliné de rétracter les censures données contre le livret de M· Michiel le Bay. » L’illusion ne fut pas de longue durée; car, le 13 mai, saint Pie V fit adresser au théo­ logien de Louvain un bref où, après avoir dit que le premier jugement n’avait pas été rendu sans mûre délibération, il parlait du nouvel examen qu’il avait fait faire et con­ cluait: « Tout considéré avec maturité, nous avons jugé 51 BAIUS que si nous n’avions point encore donné notre décret sur cette a lia ire, il faudrait le donner, comme en ellet nous le faisons de nouveau. Ainsi nous vous impo­ sons, et à tous les autres défenseurs desdites proposi­ tions, un silence perpétuel avec défense de les avancer ou de les soutenir. » Le cardinal de Granvelle, qui était toujours à Rome, envoyale bref à son vicaire général pour qu'il le trans­ mit à Baius ; il ajoutait que ce docteur devait abjurer les erreurs condamnées et recevoir l'absolution des censures encourues. Cette dernière exigence venait sans doute de ce que, malgré la prohibition portée, l'auteur des propositions avait continué, en partie du moins, à les soutenir. Morillon se rendait bien compte des diffi­ cultés qu'il rencontrerait ; il écrivait le 4 juin à son archevêque au sujet du prévenu : « Tout le mal estque, comme jugent par delà les savants de lui, qu’il n'est d'< rudition fondée en scholastique ni de bon jugement, et il y a longtemps que je m’aperçois de ce dernier point. La rencontre eut lieu le20 du même mois, et la négociation lut, en effet, difficile, surtout quand Moril­ lon parla d'une rétractation formelle, comme condition préalable à l'absolution des censures. Baius « se leva et dit qu'il ne le pouvait faire, s’il n’avait copie de la bulle, pour être par icelle dit, que aucunes propositions seraient soutenables in rigore et proprio verborum sensu ». Le grand-vicaire n’entra point dans la discus­ sion de ce moyen de défense; il se contenta d'alléguer son mandat et de rappeler le théologien catholique à l'obéissance due au saint-siège. Secondé par le curé de Sainte-Gudule, il réussit enlin à taire abjurer toutes les propositions contenues dans la bulle, suivant le décret, censure et intention de Sa Sainteté. L’acte de celte sou­ mission fut dressé et envoyé à Rome, mais sans porter la signature de Baius, Morillon n’ayant pas osé l’exiger de ce docteur dans l’état de trouble où il le voyait. Quelques mois plus tard, le P. Julien du Chesne, pro­ vincial des Cordeliers, prit des mesures énergiques pour bannir définitivement de son ordre les nouveautés. Par un décret, rendu à Nivelle le lw septembre, il enjoignit aux gardiens d'assembler leurs communautés, de lire les propositions et les censures dont elles étaient flétries, de les faire abjurer à haute voix par chaque reli­ gieux, et d'obliger ceux-ci à promettre que dans l’espace de vingt-quatre heures ils livreraient tous les écrits de Baius qu’ils auraient chez eux ou ailleurs et qu'ils ne diraient désormais rien en faveur des articles censurés ou de ceux qui les avaient avancés. Mesures qui lurent suivies d’un heureux succès. A Louvain, la paix n'était pas définitive. Josse de Ravestein mourut le 7 février 1570; Baius devintdoyen de la faculté, n'ayant plus guère pour collègues que d'anciens élèves. Mais il avait aussi des adversaires qui ne se faisaient pas faute de l’attaquer, soit dans leurs prédications de carême, comme le P. Godefroy de Liège, soit dans leurs thèses de classe, comme Cunerus Petri. Ce fut ce dernier docteur qui, fait évéque de Leeuvvarden, dans la Frise, publia l’année suivante (1571) un commentaire sur les propositions condamnées, pour montrer que toutes avaient été légitimement censurées. Bellarmin avait aussi commencé à réfuter la doctrine de Baius, mais avec beaucoup de ménagements. Devenu, après la lin de ses études et son ordination en 1570, professeur de théologie au collège des jésuites à Louvain, le grand controversiste profitait des occasions qui se pré­ sentaient dans son cours, où il expliquait la Somme de saint Thomas, pour signaler et relever l'erreur; tout en suivant Baius sur son propre terrain, la doctrine des Pères et de saint Augustin en particulier, il ne le nom­ mait jamais et ne le mettait pas directement en cause. Ces détails sont donnés par un manuscrit conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles, sous la cote 3309 et intitulé Disquisitio historica de certitudine et stabili­ 52 tate censuræ apostolicæ trium summorum Pontificum Pii V, Gregarii XIII et Urbani Vlll, adversus asser­ tiones theologicas Michaelis Bay ; ils sont pleinement confirmés par l’autobiographie de Bellarmin, publiée par Dollinger, Die Selbstbiographie des Cardinals Bellarmins, in-80, Bonn, 1887, p. 33. Ils réduisent à leur juste valeur certains récits fantaisistes, empruntés à Mel­ chior Leydecker par dom Gerberen et copiés ensuite par d’autres auteurs, protestants ou même catholiques. Baius s'était soumis extérieurement, mais son cœur restait ulcéré et son esprit nrévenu. Il y avait en lui lutte intime et douloureuse entre le respect pour l'auto­ rité du saint-siège, dont il désirait ne pas se départir, et l'attachement à ses propres idées qui, dans son juge­ ment, s’identifiaient avec la véritable doctrine de saint Augustin. De là, des incertitudes et des variations qui donnaient prise aux défiances et à de nouvelles accusa­ tions. Dans les premiers mois de 1570, les évêques d'Ypres, de Bois-le-Duc et de Gand l’engagèrent à s’expliquer publiquement. Il le fit en deux séances, les 17 et 19 avril, et voici comment il débuta : « Je vais vous décla­ rer ce que j’ai jusqu'ici tenu caché. Vous savez que, depuis environ deux ans, il est venu de Rome une bulle qui condamne un certain nombre d'articles, dont quel­ ques-uns sont faux et justement censurés, d’autres mal entendus ou mal extraits, d’autres enfin seulement odieux, parce qu'ils ne sont pas exprimés dans le lan­ gage de l'école, bien que conçus dans des termes dont les Pères se sont parfois servis. » La suite n'était que le développement de ces idéesjen particulier, Baius décla­ rait qu'il y avait environ quarante des articles qui lui étaient étrangers. Explicatio articulorum a Pio Vdam­ natorum, ab ipso Michaele Balo Lovanii in scholis theo­ logorum facta. Voir, pour la traduction de ce document, ['Histoire ecclésiastique de Fleury, Paris, 1779, t. xxxv, p. 14 sq. Par cette déclaration, le docteur de Louvain revenait à la position qu’ilavait prise dans les apologies adressées au pape saint Pie V et au cardinal Simonetta. Saisi d'une plainte formelle, le duc d’Albe, gouverneur des PaysBas, jugea que les ménagements n’étaient plus de saison; il écrivit aux évêques de Flandre, réunis à Malines en concile provincial, et leur enjoignit de faire publier authentiquement à Louvain la bulle de Pie V et d’obliger les docteurs et les professeurs de la faculté de théologie à y souscrire. Les évêques députèrent Morillon pour l'exécution de ces ordres. Arrivé à Louvain, le prévêt notifia sa commission aux docteurs assemblés le IG novembre et lit une seconde fois lire la bulle. Tous les docteurs protestèrent de leur soumission; acte en fut dressé par le greffier. Toutefois le délégué n'obtint pas alors la souscription désirée. L’année suivante, sur de nouvelles instances du pape et du duc d'Albe, les docteurs, réunis en assemblée plénière, décidèrent, le 17 avril, que les soixante-seize propositions seraient tenues pour condamnées, que tous les membres de la faculté s’abstiendraient de les enseigner et que tous les livres où elles se trouveraient soutenues seraient ôtés aux étudiants. Les livres de Jean llessels furent expur­ gés, notamment son Catéchisme, publié à cette époque par Henri Gravius; ce qui déplut fort à Baius. Voir Berti, Auguslitiianum systema, diss. I, c. t, § 7, op. cil., t. vin, p. 335. Enlin, sur une nouvelle injonction du gouverneur des Pays-Bas, les docteurs se rassemblèrent de nouveau le 29 août et dressèrent un acte des plus formels pour assurer la soumission demandée ; Baius devait attester qu’il recevait avec respect la bulle de Pie V, qu’il la regardait comme dûment et suffisamment publiée, qu’il était résolu de s’y soumettre sans aucune restriction, et que si Sa Sainteté souhaitait de lui quel­ que chose de plus, il obéirait au premier ordre. Quatre docteurs furent députés pour porter cet acte à Baius, qui l'approuva et de lui-méme y souscrivit. 53 BAT US La faculté prit de nouvelles conclusions, le 4 juillet 1572 : les articles condamnés par la bulle Ex omnibus afflictionibus seraient mis au rang des opinions sus­ pectes et rigoureusement prohibées parles statuts, cette clause serait lue à tous ceux qui se présenteraient aux degrés théologiques, avec ordre de s’abstenir d'ensei­ gner, de dérendre ou de répandre les propositions cen­ surées. Bains assistait à la délibération et souscrivit, comme les autres docteurs, aux conclusions. Celte con­ duite ne lit que le grandir aux yeux de tous ; loin de le tenir en suspicion, on le revêtit, en 1575, de deux digni­ tés considérables, celle de chancelier de l’université et celle de doyen de la collégiale de Saint-Pierre de Lou­ vain. Trois ans plus tard, il tut encore nommé conser­ vateur de l’université, et parvint ainsi au sommet des honneurs académiques. V. Deuxième condamnation de Baius par Gréooire XIII. — A la suite des actes qui viennent d’etre rappor­ tés, il y eut quelques années de calme relatif. Baius attira cependant bientôt l'attention en prenant parti contre deux sentiments reçus à Louvain de temps immé­ morial. Dans un discours prononcé aux mois de mai et d’août 1575, il soutint que tous les évêques tiennent immédiatement leur juridiction de Dieu et non pas du pape : Oratio, an solus Romanus Pontifex immediate a Deo suam jurisdictionis potestatem habeat. 11 avança en même temps que ces paroles de Notre-Seigneur à saint Pierre : J'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point, ne prouvent pas suffisamment l'infailli­ bilité doctrinale du pape. Attaqué vivement, il se défen­ dit dans l’opuscule intitulé Tractatus apologeticus circa quæstionem, utrum ex isto Christi verbo : Ego rogavi pro te, etc., satis clare ostenditur, Romanum Ponti­ ficem in definiendo non posse errare. L’atîaire, du reste, n’eut d’autre effet immédiat que de mécontenter les adversaires du nouveau chancelier et de réveiller leurs défiances,· si Baius mettait en question l’infailli­ bilité du pape, n'était-ce pas pour s’assurer le droit de penser et de dire que la bulle de Pie V ne tranchait pas le débat relatif aux propositions censurées? Les défiances s'accrurent encore à l’occasion d'une controverse qui commença deux ans après. Philippe Marnix de Sainte-Aldegonde, grand champion du cal­ vinisme dans les Pays-Bas, adressa par écrit au chan­ celier de Louvain une série de questions sur l’autorité de l’Église en matière de toi et sur l'eucharistie. Baius répondit, et la polémique se poursuivit; il y eut, jusqu'à sa mort, un échange d'écrits qui forment la moitié du volume ou ses œuvres ont été réunies. Quelle fut l'intention de Marnix en provoquant ce débat? On a soupçonné qu'il rêvait une réunion des calvinistes et des catholiques, grâce à des concessions mutuelles dont le germe se serait trouvé dans les opuscules du doc­ teur lovaniste. Baius n'en était pas là : il détendit avec talent la doctrine de l’Église sur les points soulevés, mais il inquiéta et indisposa les théologiens orthodoxes en prenant une position générale qui leur parut préju­ diciable à l'autorité de l’Église et à la tradition consi­ dérée comme source partielle et règle de la foi. De là, en 1580, une attaque du cordelier François Horantius; le professeur incriminé fit une réponse qui ne nous est pas parvenue. On releva également, dans une réponse à Marnix sur lesacrement de l’autel, un passage où Baius semblait admettre que dans saint .Jean, VI, 54 : A’i’si manducaveritis carnem Filii hominis, etc., il s'agissait d’une manducation non sacramentelle mais spirituelle. Baii opera, Cologne, 1696, p. 281. Cette accusation se trouve, avec huit autres, dans deux censures des universités de Salamanque et d'AIcala qu'on rapporte souvent à une époque ultérieure en les attribuant à l’intervention du jésuite François Tolet, devenu cardinal.(I) ne le fut qu’en 1593!) Èn réalité, les propositions furent dénoncées à ces universités par 5ί | le cardinal de Tolède, grand inquisiteur de la foi en t Espagne : en outre, il est question de ces censures dans une relation manuscrite en langue castillane qui tut composée avant la bulle Provisionis nostræ, car on y sollicite l'intervention du pape Grégoire XIII, et on lui propose un plan de conduite qu’il agréa de fait et réa­ lisa peu après par la publication de cette bulle. RelaI eion del négocia de Michel Bay, y Juanes de Lovanio, y de lo que conviene para el remedio, pièce conservée à la Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 4318. Parmi les neuf articles contenus dans les censures espagnoles, trois méritent d'être signalés. Dans le 7·, on note cette propo­ sition, prêtée à Baius, qu’il y aurait dans le concile de Trente des assertions inconsidérées, quædam inconsi­ derate posita. Dans le 8e, on incrimine l'attitude de l’inculpé : « Depuis la publication de la bulle du pape qui condamne les articles dénommés ailleurs, ce doc­ teur n’a cessé de répandre, d'enseigner et de soutenir, dans ses leçons et dans les disputes, ses nouvelles doc­ trines et autres erreurs qui avaient été déjà prohibées.» Accusation qui pouvait s’appuyer, en partie du moins, sur ce fait que, dans les exercices et réunions acadé­ miques, le chancelier attaquait toujours les dogmes opposés à ses erreurs, sous prétexte d’argumenter contre les candidats. Enfin, le 6» article des censures de Sala­ manque et d’AIcala nous apprend incidemment que Baius avait adressé au successeur du pape saint Pie V une apologie de ses opinions : In apologia ad Grega­ rium XI11 pro suis condamnatis articulis habet... C’était sans doute l’ancienne apologie, retouchée et augmentée. Toutes ces circonstances, jointes à l’étal de trouble et de contusion que causaient en Belgique la continuation et l'aggravation des discordes politiques, contribuèrent à relever le courage et les espérances des partisans de Baius. Ils commencèrent à taire courir des bruits défa­ vorables à la bulle Ex omnibus afflictionibus; bulle supposée, disaient les uns, car on n’en a jamais vu de copie; bulle obtenue par obreption, disaient les autres, aussi sera-t-elle bientôt révoquée par le nouveau pape. Le roi d'Espagne, inquiet de voir cette affaire recom­ mencer, fit solliciter Grégoire XIII, par le marquis de Castel-Rodrigo, son ambassadeur à Rome, de publier et de confirmer la décision de son prédécesseur. La faculté de théologie de Louvain adressa elle-même au saintsiège, par l’intermédiaire du P. Tolet, une supplique semblable. Ripalda, Adversus Baium et baianos, disp. I, sect, il, n. 14. Grégoire XIII se rendit à ces instances, et le 29 janvier 1579, il signa la bulle Provisionis nostræ. Elle contient, intégralement reproduites, les propositions condamnées par Pie V ; un court préam­ bule et une clause finale donnent à l’acte sa signilication : « 11 est de notre prévoyance, particulièrement quand il s’agit de la foi catholique, de mettre les déci­ sions émanées de nos prédécesseurs entre les mains des fidèles toutes les tois qu'ils en ont besoin. C’est pour cela que nous avons inséré dans ces présentes la teneur des lettres de Pie V, notre prédécesseur d’heu­ reuse mémoire, telles que nous les avons trouvées dans son Regeste. » Ces paroles, rapprochées des cir­ constances qui avaient précédé l'acte pontifical et de celles qui suivirent, montrent clairement que Grégoire XIII voulait mettre horsde doute et, en réalité, confirmer ! la condamnation précédemment portée. I Le P. François Tolet reçut la mission de porter la bulle à Louvain et de l’y publier au nom de Sa Sainteté. Arrivé dans l'Athènes brabançonne au mois de mars 1580, il eut d'abord avec Baius une conférence fructueuse, puis, | dans une première réunion de la faculté, il produisit ses lettres de créance et exposa les motifs qui avaient porté le souverain pontife à publier la bulle de saint Pie V et à la confirmer de sa propre autorité. Dans une seconde I réunion, tenue le 21 mars, le commissaire apostolique BAIUS fit lire officiellement la bulle Provisionis noslrte;s’adres­ sant ensuite au chancelier, il lui demanda s'il ne recon­ naissait pas, dans le décret pontifical, la condamnation de beaucoup d'articles contenus dans ses opuscules imprimés et dans le sens même ou le décret les con­ damnait, etiam in eo sensu c/uo in bulla damnarentur. Je le reconnais, répondit Baius. Condamnez-vous, pour­ suivit Tolet, ces mêmes articles et tous les autres dont vous venez d'entendre la lecture? Je les condamne, ré­ pliqua le docteur, selon l’intention de la bulle et de la manière dont elle les condamne. Ce fut ensuite le tour des autres docteurs, puis des licenciés, des bacheliers et des simples étudiants; tous répondirent par une sorte d'acclamation : Articulos damnamus, bullam reverenter suscipimus, atque obedientiampollicemur. Sur le désir exprimé par le chancelier d'avoir une copie du décret apostolique, le commissaire promit de laire son possible auprès du souverain pontife pour le satisfaire. Le P. Tolet eut encore avec Baius plusieurs conférences particulières qui furent couronnées du plus heureux succès; on peut en juger par l’acte suivant, désigné communément sous le titre de Confessio Michaelis Baii : « Je, Michel de Bay, chancelier de l'université de Louvain, reconnais et déclare que par les différents entretiens et les rapports que j'ai eus avec le révérend père D. Fran­ çois Tolet, prédicateur de Sa Sainteté, envoyé spéciale­ ment pour cela, touchant diverses opinions et proposi­ tions autrefois condamnées et prohibées par N. S. P. le pape Pie V, d'heureuse mémoire, l'an 1567, et depuis condamnées de nouveau par le pape Grégoire X1IL gou­ vernant actuellement l'Eglise, en date du 4 des ca­ lendes de février 1579, j'ai été tellement touché que j’en suis venu à me convaincre pleinement que la condamna­ tion de toutes ces propositions est très juste et très légi­ time, et qu’elle n’a été faite qu’après une mûre délibé­ ration et un examen très soigneux. Je confesse de plus que dans quelques-uns des opuscules que j'ai écrits autrefois et publiés avant que la censure fût émanée du saint-siège, un grand nombre de ces propositions, plu­ rimas ex iisdem sententiis, sont contenues et soutenues dans le sens même oû elles sont réprouvées, etiam in eo sensu inquo reprobantur. Enfin, je déclare que pré­ sentement je renonce à toutes ces opinions et que j’ac­ quiesce à la condamnation que le saint-siège en a portée, et que je suis résolu à n’en plus jamais enseigner, ni soutenir aucune. Fait à Louvain le 24 mars 1580. Michel de Bay. » On rapporte qu'avant de repartir, le commissaire apostolique fit du chancelier ce bel éloge, qu'il ne le cé­ dait à personne en fait de science et d'humilité. Nihil Baio doctius, nihil humilius. De retour à Rome, il parla de lui dans les meilleurs termes au pape Grégoire XIII, et celui-ci voulut donner au docteur lovaniste un témoi­ gnage de sa grande satisfaction, en lui adressant, en date du 15 juin, un bref très bienveillant. Le P. Tolet obtint aussi pour l’université un exemplaire de la bulle, qui fut déposé dans les archives, après qu’on en eut délivré au chancelier une copie collationnée. 11 n’y avait dans cet exemplaire ni ponctuation, ni division des propositions, quoique la bulle eût étéimprimxe au Vatican le 4 février de l'année précédente avec ponctuation et division des propositions et que Tolet eût porté à Louvain un de ces imprimés. Le fait, comme on le verra plus tard, a son explication dans un usage de la chancellerie romaine. Une nouvelle intervention fut bientôt nécessaire. Quoique soumis de volonté, Baius n’était pas tellement dégagé de ses anciens préjugés qu’il ne lui arrivât de laisser échapper des paroles compromettantes. Ainsi, dès le mois de novembre 1580, présidant à des thèses sur les actions méritoires, il avança que l'homme avait été créé pour faire des bonnes œuvres, comme les oiseaux pour voler, et que depuis la ruine de ses forces, il ne lui était pas moins impossible de bien agir qu'aux oiseaux de 5G voler lorsqu’ils ont les ailes brisées. Assertion suspecte, que son auteur n’expliqua pas nettement. Divers bruits coururent ensuite sur le chancelier; il aurait refusé de faire prêter aux candidats le serment d'obéissance â la bulle desaint Pie V, aurait même proposé la suppression de celte lortnalilé. Ses partisans, de leur côté, émettaient des idées qui tendaient à éluder les condamnations por­ tées ; déjà commençait à s’élaborer la théorie du silence respectueux, sans obligation d’embrasser les sentiments contraires à ceux qui étaient soutenus dans les proposi­ tions censurées. Grégoire ΧΠΙ voulut couper court à ces nouveaux subterfuges; ayant envoyé, en 1584, l’évêque de Verceil, Jean-François Bonhomme, comme nonce en Allemagne, il le chargea de concerter avec l'archevêque de .Malines les mesures qu'il y aurait à prendre pour déraciner complètement l’erreur. Les deux prélats esti­ mèrent que le mieux serait de faire dresser par la fa­ culté de théologie de Louvain un corps de doctrine qui ferait désormais loi dans les matières controversées. Les docteurs acquiescèrent à la demande; le professeur Jean de Lens, Lensæus, fut chargé de rédiger le document. Achevé etauthentiquement approuvé, en 1586. il fut présenté par l'archevêque de Malines au nonce apostolique, qui s'en montra satisfait. C’es*. une pièce importante où, pour se conformer au jugement rendu par le saint-siège sur les soixante-seize propositions, les théologiens lovanistes énoncent clairement et établissent solidement la doctrine contradictoire à celle des articles flétris. De là ce titre : Doctrines ejus quam certorum articulorum damnatio postulare visa est, brevis et quoad /ieri potuit ordinata et cohærens explicatio, a veneranda facultate sacræ theologice in lovaniensi Academia, etc. Cette fois, il n’y avait plus d’équivoque possible. Baius souscrivit-il à ce corps de doctrine'? On n’en a pas de preuve péremptoire; cependant, la présomption est pour l’affirmative, car on lit dans les actes de la faculté, que la formule rédigée par Jean de Lens reçut l'approbation commune des autres maîtres requis à cet effet, communi cæterorum magistrorum ad hoc requi­ sitorum judicio probata est. Il est du moins certain que personne n'a jamais accusé le chancelier d'avoir contre­ dit l’acte en question. La paix semblait acquise, quand un incident vint de nouveau la troubler pour longtemps, et fournir aux partisans du baianisme une arme dont ils ne manquèrent pas ensuite d'abuser. Dans ses cours de théologie au collège des jésuites de Louvain, Lessius rélutait, à l'occasion, les erreurs de Baius. comme l'avait fait avant lui Bellarmin ; en même temps, il soutenait, sur la prédestination et sur la nature de la grâce, des pro­ positions où les docteurs de l’université virent une attaque à la doctrine et à l’autorité de saint Augustin. De là, en '1587, la fameuse Censure de Louvain contre Lessius. Le récit de cette affaire n’appartient pas à l’étude présente; cette censure portait sur des points de doc­ trine que Baius n’a pas traités dans ses opuscules et qui sont en dehors des propositions condamnées par les papes Pie V et Grégoire Xlll. 11 suffit de remarquer, que, si le rédacteur désigné d’office par la faculté fut Henri Gravius, l’instigateur de la censure parait bien avoir été le chancelier, aidé de son neveu Jacques Baius et d’un disciple dévoué, Jacques Janson, Disquisitio historica de rectitudine et stabilitate censuræ aposlolicæ trium sum­ morum pontificum, c. IX, manuscrit déjà cité, fol. 7; détails confirmés par une autre pièce contenant des notes sur les faits du baianisme. Bibliolh. royale de Bruxelles, n. 1758, fol. il. De même, dans l'article De Bay de la Biographie nationale, publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, Ί873, t. tv, p. 774, on rapporte que Baius ne fut pas des derniers à provoquer à l’égard de Lessius une sentence de la faculté, et l'on ajoute cette réflexion : « Agit-il par esprit de vengeance contre les jésuites ou, poussé par un zèle excessif, jugea-t-il que son abstention 57 BAIUS serait reprehensible? Toujours est-il qu'il déploya beau­ coup d'activité dans cette alïaire, et qu'il siégea parmi les juges de Lessius. » La part que prit Baius à l'affaire de la censure de Lou­ vain, en 1587, et de celle de Douai l’année suivante, fut le dernier acte important de sa vie. Il mourut dans la paix de l’Église le lliseptembre 1589, âgé de soixante-dix-sept ans, dont il avait passé quarante dans l’enseignement. Jacques Baius fit l'éloge funèbre de son oncle Michel; et celui-ci, a-t-on raconté depuis, l’aurait favorisé d une apparition, afindel’assurer qu’il n'était point puni dans l'autre monde pour ses doctrines. Mais un auteur remarque que la crédulité dont le neveu fait preuve dans l'oraison fu­ nèbre de son oncle, permet au lecteur de faire des réserves. P. L. Danes, Generalis temporum notio, édit. Paquot. in-8°, Louvain, 1773, p. 490. Baius fut assuré­ ment respectable par les beaux côtés de son caractère, la dignité de sa vie, sa piété, sa charité, son ardeur au travail; il fut remarquable par les dons de l’esprit; mais il se lança dés le début dans une voie périlleuse et, dans celte voie, il eut trop d'attachement à ses propres idées. De là, chez cet homme sincèrement attaché à la foi c üholique et au saint-siège, ces alternatives continuelles de soumission et de demi-révolte, qui mettaient ses adversaires en état de lui attribuer un caractère d’arti­ fice, de déguisement et de mauvaise foi, et qui décon­ certeraient, s'il n’était pas facile de comprendre avec quelle force un esprit tenace se trouve ramené, par ses études et les habitudes contractées, à son point de départ et à ses idées dominantes. On peut s’en tenir à ce juge­ ment porté sur Baius ; « Il n'était ni un hérésiarque ni un sectaire, mais il y avait en lui de l’étoffe pour ces deux rôles, si, dans son cœur, la foi ne l’eût emporté sur l’orgueil. » Crélineau-Joly, Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus, Paris, 18445, t. n, p. 183. VL Le baianisme après Baius. — Les erreurs du doc­ teur lovanisle ne linirent pas avec lui. Son disciple préféré, Jacques Janson, devint le chef du parti; sous son influence et celle de Jacques Baius, peu à peu, di­ verses atteintes furent portées aux actes pontificaux qui prohibaient la doctrine censurée, et bientôt on les éluda en rattachant les mots in rigore et proprio verborum sensu ab assertoribus intento à ces autres sustineri possent; ce qui permettait de soutenir dans le sens même de Baius toutes les propositions qu'on voulait. Dans une réunion publique, tenue en 1618, quatre ans après son élévation à la dignité de chancelier, Janson lança même l'accusation de taux contre ceux qui pla­ çaient une virgule après les mots sustineri possent, en s'appuyant sur ce fait qu'il n'y en avait point dans l'exemplaire de la bulle envoyé à Louvain par le pape Grégoire XIII. Jansénius se trouvait présent à cette réu­ nion, el il sut en tirer parti, plus Lard, dans son Augu­ stinus. De statu naturæ lapsæ, 1. IV, c. xxvil, in-fol., Louvain, 1640, t. n, col. 672 sq. Mais l’œuvre par excellence de Jacques Janson con­ siste dans la formation théologique de ce même Jansé­ nius, l’homme qui devait relever de ses cendres la doctrine foudroyée et mettre la dernière main au système que le précurseur n’avait fait qu'ébaucher. Ce fut en 1621 que le disciple de Jacques Janson et de Jacques Baius mit sur le métier son Augustinus. « Il avait entrepris, dit Dupin, de composer un ouvrage pour expliquer la doctrine de ce saint Père (saint Augustin), afin de l’op■ poser aux sentiments que les jésuites avaient soutenus ; dans la congrégation De auxiliis, et défendre la doctrine des Censures des facultés de théologie de Louvain et de Douai contre les écrits des professeurs jésuites. » His­ toire ecclésiastique du x vil'siècle, Paris, 1727. t. il, p. 6-7. La pensée intime de Jansénius allait plus loin; dans un manuscrit qui fut cité au procès de Quesnel, il avait lui-même indiqué que le but de son livre était de faire 58 l’apologie des propositions de Baius : ad excusandas apophases magistri nostri Michaelis. Voir VHistoire du. baianisme, par le P. Jean-Baptiste Duchesne, p. 300 sq.; Pluquet, Dictionnaire des hérésies, édit. Migne, Paris, 1847, t. i, col. 838 sq. Au reste, rien de plus évi­ dent que la concordance de doctrine entre les deuxdocteurs de Louvain. Le traité De statu naturæ innocentis et les trois livres De statu naturæ puræ de Jansénius ne sont qu'un fidèle commentaire des opuscules de Baius De prima hominis justitia et De meritis operum. Les quatre livres De statu naturæ lapsæ reprennent et développent la doctrine que nous avons renconlrée'dans les traités De peccato originis, De libero hominis arbitrio et De virtutibus impiorum. Enfin, les dix livres De gratia Christi salvaturis présentent les vues de Jansénius sur la grâce et la prédestination; c’est là qu'il complète son précurseur et qu'il se pose tout particuliè­ rement en défenseur des censures de Louvain et de Douai. x Aussi, quand le 6 mars 1641 (au civil 1642), le pape Urbain VIII proscrivit par la bulle In eminenti l'Augustinus de l’évêque d'Ypres, il donna comme considérant que ce livre contenait plusieurs des propositions déjà condamnées, et conclut ainsi : « Nous confirmons et approuvons en tout et pour toujours par la présente constitution qui aura force de loi à perpétuité, la teneur desdites constitutions des papes Pie, Grégoire et Paul, nos prédécesseurs, en général et en particulier,comme si elles étaient ici exprimées et insérées tout entières... Et de la même autorité nous défendons absolument par les présentes, et voulons qu'on tienne pour défendu le livre intitulé Augustinus contenant et renouvelant, comme nous l avons reconnu, les articles, les opinions et sentiments réprouvés et condamnés par les susdites constitutions. » Ce n’est pas le lieu de raconter les difficultés de toute sorte que les partisans de Baius et de Jansénius élevè­ rent contre la bulle d'Urbain VIII. Il en est cependant une qui se rapporte plus spécialement au baianisme, et qui provoqua de la part du saint-siège un éclaircisse­ ment juridique sur le fameux comma pianum. Le nonce apostolique Fabio Chigi avait fait imprimer la bulle à Cologne; la constitution de Pie V Ex omnibus a(IHctionibus s’y trouvait reproduite avec ponctuation, et dans la clause finale, la virgule venait immédiatement après les mots sustineri possent. Aussitôt les adversaires de crier à l’interpolation el d'invoquer l'exemplaire envoyé à Louvain par Grégoire XIII. Deux docteurs de l’uni­ versité, zélés partisans de Jansénius, Jean Sinnich et Corneille de Paepe, furent députés à Borne, en septem­ bre 1643, avec des lettres de créance et de recomman­ dation du conseil de Brabant. Urbain VIII profita de la circonstance pour faire procéder à une enquête rigou­ reuse. Sur son ordre, on rechercha dans les archives du Saint-Office les originaux mêmes des constitutions Ex omnibus afflictionibus, Provisionis nostræ et In emi­ nenti; une copie en fut tirée, collationnée et imprimée, ■ puis remise entre les mains des députés Jovanistes par J les cardinaux Spada, Pamphili et Falconieri. Voir dans 1 l’appendice au traité de Hipalda Adversus Baium, le décret du Saint-Office et l'attestation du notaire Thomasius, 16 juin et 31 juillet 1644. Or, dans l’exemplaire remis à Sinnich,. la virgule se trouvait après les mots sustineri possent. Le 2 octobre suivant, le cardinal de Lugo rendit le même témoignage, en attestant qu’il avait vu lui-même la bulle originale et la minute du cardinal qui, par ordre de Pie V, l’avait rédigée. Doctrina theo­ logica per Belgium manans ex academia lovaniensi ab anno 1644 usque ad annum 1677, part. II, c. i, § 4, Mayence, 1681, p. 96 sq. Par là s’explique que les copies des bulles contre Baius soient les unes ponctuées, et les autres non ponctuées. On gardait à Borne deux exemplaires de clia- 59 BAIUS 60 que bulle; l'un restait dans les archives du Saint-Office, ex academia lovaniensi ab anno 1644 usque ad annum 1077, ouvrage largement utilisé dans le présent l’autre se transcrivait immédiatement sur le registre pontifical, in Regesto ; le premier portait points et virgu­ dictionnaire, t. i, col. 751 sq. La condamnation, portée par Alexandre VIH contre trente et une propositions, le les, le second n'en avait pas. C’est de celui-ci qu'on 7décembre 1690, atteignit plusieurs docteurs lovanistes, tirait les copies envoyées au dehors, à moins que le comme Jean Sinnich. Libert Fromond, François van pape n’en ordonnât autrement. Conformément à cet Vianen, Gérard van VVerm, Christian Lupus. Voir, en usage, les copies envoyées à Morillon en 1567 et à l’uni­ particulier, le commentaire des propositions 1™, 7e, 8’, versité de Louvain en 1580 étaient sans ponctuation. 11«, 31«. Dans cette période de trouble, le corps de doc­ Cette circonstance servit en quelque sorte de prétexte à trine de 1586 ne comptait plus; on en avait même fait Baius d’abord, puis â ses partisans, à Janson en particu­ disparaître les exemplaires, à tel point que Martin lier, pour mettre en avant et soutenir l'interprétation de Steyaert ne put se procurer le texte qu'aprèsde sérieuses la clause Quas quidem sententias qui était favorable à leurs vues, et de cette interprétation sortit la ponctua­ recherches, comme il nous l’apprend dans ses Annota­ tiones in propositiones damnatas, 4’ édit., Louvain, tion arbitraire et illégitime des manuscrits invoqués par 1753, p. 193. Ce docteur publia le document et donna dom Gerberon. dans ses Baiana, p. 236 sq. Cependant les rétractations imposées à Baius, le corps de doctrine des bulles pontificales un commentaire franc et modéré, ou il soutient la condamnation des propositions de Baius de 1586et le bon sens lui-même auraient dû suffire pour dans le sens propre de l’auteur. Il eut la joie de voir résoudre le cas. Ne serait-il pas injuste et absurde de un puissant mouvement de réaction se développer à proscrire des propositions à cause d’un sens étranger Louvain et aboutir, en 1701, à cette déclaration de la fa­ qu elles n’auraient ni dans les ouvrages ni dans l’esprit culté de théologie relative au même objet : « Nous affir­ des auteurs, mais que d'autres pourraient leur donner? mons que ces propositions ont été légitimement con­ Voir, pour plus de détails sur cette question du comma damnées par Pie V et ses successeurs, et condamnées pianum, J.-B. Duchesne, Histoire du baianisme, de manière que, prises à la rigueur et dans le sens pro­ 1" éclaircissement; Conférences ecclésiastiques du dio­ pre des auteurs, elles sont respectivement hérétiques, cèse d’Angers, sur la grâce, Besançon, 1823, 5e confér., erronées, etc., et toutes fausses, les contradictoires t. 1, p. 279 sq. étant par là même vraies, ce que nos anciens ont parLa décision de Rome ne fit aucune difficulté à l’uni­ versité de Douai. Ses docteurs avaient accepté purement laitement démontré dans l’excellente exposition qu’ils ont faite jadis de leurs sentiments. » Declaratio plenior et simplement la bulle In eminenti. Quelques années plus tard, trois d’entre eux, Georges Colvenerius, Théo­ facultatis theolog. lovan., anno 1701. dore van Couverden et Valentin Randour, publièrent une En dehors des Pays-Bas, l’opposition vint des jansé­ défense des actes pontificaux contre Baius : Veritas et nistes de France, qui, pendant la seconde moitié, du wit' siècle et la première moitié du xviii’, ne cessèrent •equitas censures ponti/iciæ Pii V, Gregarii XIII, Urbani VIII, super articulis LXXVi damnatis, propu­ d’attaquer violemment les bulles contre Baius, ou d’en gnata constanter ac illustrata a facultate, theologica fausser la vraie signification et la portée. Récrimina­ tions contre la constitution Ex omnibus afflictionibus duacena antiquiore ac recentiore; sire antitheses depromptæ digeslæque admentemS. Augustini ex lucu­ qu’on trouve inlorme et irrégulière dans toutes ses par­ lentis commentariis eximiorum DD.acMM. NN. Guilities, ou d’une façon plus générale, contre les censures in globo et le terme respective, qui laisse le jugement elnii Eslii et FraneisciSylvii,Douai, 1649. Cet ouvrage, dédié au pape Innocent X, est comme le pendant du ambigu et par suite le rend inutile; chicanes de toute corps de doctrine lovaniste de 1583; les docteurs de sorte, puériles parfois, pour s’arroger le droit de pro­ Douai ydémasquent le baianisme et justifient les anathè­ clamer les bulles obreptices ou subreptices; thèses inter­ mes dont il a été frappé, en lui opposant saint Augus­ minables pour démontrer que ces bulles, n’ayant pas tin et saint Thomas d’une part, et de l'autre Estiuset été suffisamment publiées ou acceptées, ne sauraient constituer une décision ou une loi de l’Église univer­ Sylvius, leurs deux plus célèbres théologiens. Après selle, qu'elles sont même abusives par leurs clauses op­ avoir démontré que la censure frappe les propositions dans leur sens propre, ils s’élèvent contre les opposants posées aux libertés gallicanes; surtout, plaintes amères et s’écrient : « Que ces anonymes comprennent donc sur le préjudice que peuvent causer à la vérité et à l’Église catholique ces censures qui, prises à la lettre, qu'aucun des soixante-seize articles ne peut être soutenu dans la rigueur des termes et dans le sens propre des condamnent les expressions des anciens Pères et la doc­ auteurs, et que c’est là un point tranché par Urbain VIII!» trine même de saint Augustin, et donnent ainsi aux Dom Gerberon rie manque pas de voir dans cet acte la protestants un spécieux prétexte de calomnier l’Eglise, main d’un jésuite. Histoire générale du jansénisme, en lui imputant l’abandon de l’antique croyance; tels sont Amsterdam, 1700, t. 1, p. 296. les moyens d’attaque, empruntés pour la plupart à JanLes choses n'allèrent pas si vite à Tuniversité de Lou­ sénius. qu’on trouve dans les ouvrages baianistes et jan­ sénistes de cette époque, et qui ont eu pour principaux vain. L'opposition continua, dirigée et entretenue par Sinniêh, Libert Fromond et autres docteurs. Le jésuite défenseurs Antoine Arnauld, Gerberon, Quesnel, l’auteur Ripalda ayant fait paraître en 1648 sa grande réfutation des Hexaples, le P. de Gennes et l’abbé Coudrette. Voir du baianisme, Adversus Baium et baianos, la faculté de la bibliographie, à la fin du présent article. théologie lui fit répondre, l'année suivante, par un pam­ Ces mêmes écrivains reviennent sur la question, phlet : Joannis Martinez de Ripalda esocietate nominis pourtant tranchée, du comma pianum; s’appuyant sur Jesu wlpbs capta per theologos sacrai facultatis Aca­ l’interprétation baianiste et sur divers principes subsi­ demies lovaniensis : de mandato ejusdem sacres faculta­ diaires, ils font si bien qu’à les entendre, aucune des tis, in-4“ de 63 p., qui fut mis â l'index le 23 avril 4654. propositions condamnées ne serait de Baius dans le sens Libert Fromond attaqua pareillement l’apologie Veritas où elles ont été condamnées, et même presque touteslui et æquitas des docteurs de Douai dans deux écrits in­ seraient complètement étrangères. Dom Gerberon four­ titulés Lucernula Fulgentii et Emunctorium lucemulæ; nit un modèle du genre dans les Vindiciœ Ecclesiæ ra­ mais trois lettres de Valentin Randour éteignirent la mante qu’on trouve à la fin de ses Baiana, p. 210 sq. Il avait même composé, sous le pseudonyme de Fr. van Petite lanterne de Fulgence et endommagèrent les Man­ chettes de la petite lanterne. Pour se rendre compte de Sterre, un ouvrage spécial sur le fantôme du baianis­ des influences baianistes qui régnaient alors à l’univer­ me, où il avançait ces diverses assertions : les œuvres sité de Louvain, il suffit de se reporter à l’ouvrage cité | de Baius ne contiennent qu'un très petit nombre, pau­ plus haut : Doctrina theologica per Belgium manans cissimas, des propositions condamnées ; toutes celles tit B AIUS qui sont de Baius, quatorze à peine, ont chez lui le même sens que dans saint Augustin et les autres Pères; aucune n’a été condamnée dans le sens de Baius, puis­ que l’Église n’a pas prétendu atteindre la doctrine de saint Augustin ; toute l'affaire a été montée par les ad­ versaires de Baius, scolastiques à outrance et teintés de pélagianisme; ils lui ont faussement attribué ces propo­ sitions ou, pour celles qui sont de lui, dénaturé sa pen­ sée. D’où il résulte, et la chose estclaire comme le jour, que tout le baianisme est un fantôme, dû à l'imagina­ tion de ces gens-là : Hague meridiana luce clarius est bajanismum omnem esse phantasma ab Bail gemu­ lis excogitatum. Et pour mieux le prouver, ut phan­ tasma bajanismi clarius appareat, l’auteur fait suivre ces assertions d'une sorte de commentaire explicatif dont voici le titre : Explicatio apologetica 76 articulo­ rum qui Michaeli Baio FALSO ad/icli sunt et a Pio V damnati. Ubi ostenditur ex una parte in quo sensu censuram meruere : et ex altera quæ genuina sit Mi­ chaelis Baii circa singulos doctrina, et quantum distet a damnato illorum sensu. L’ouvrage ne parut pas, mais il fut cité au cours du procès fait à l’auteur à Malines, et on le trouve à la Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. il, 178, sous cette rubrique ; Phantasma Bajanismi revolutum ac dissipatum. Quoi d'étonnant dès lors que, dans les Réflexions morales, Quesnel ait renouvelé nombre de propositions condamnées par Pie V, et repris la doctrine de Baius sur les dons de l’état primitif, sur le péché originel et ses suites, sur la liberté dans l’état de nature tombée, sur la charité et l’observation de la loi, etc.? La consti­ tution Unigenitus, émise par Clément XI le 8 septem­ bre 1713, fut la réponse de Rome. Denzinger, Enchiri­ dion, n. 1216 sq. La lutte continua, pour aboutir à une nouvelle et dernière condamnation. Le synode janséniste île Pistoie avait inséré, dans ses articles 16e, 17e, 19*, 23» et 24e, diverses doctrines baianistes, sur l'état d'inno­ cence en particulier et sur le principe fondamental de la charité ou de la cupidité se partageant tous nos actes. Le 28 août 1794, le pape Pie VI foudroya ces articles dans la constitution Auctorem fidei. Denzinger, Enchi­ ridion, η. 1379 sq. Depuis cette époque, le baianisme, pris dans son ensemble, n’a pas reparu, mais sur tel ou tel point de détail, en particulier sur la notion du sur­ naturel ou le rapport des dons de la justice originelle à !.i nature angélique ou humaine, il n’est pas rare de saisir son influence persistante ou de trouver des con­ ceptions voisines chez des théologiens même catholiques; fait qui tient soit à l’ignorance des décisions rendues contre Baius, soit aux malentendus qui existaient au­ trefois touchant ces décisions, comme le remarque Scheeben dans sa Dogmatique, § 161, trad. Bélet, Paris, 1881, t. ni, n. 651. Voir aussi Schazler, Natur und Uebernatur. Das üognia von der Gnade und die theologische Frage der Gegenwart, in-8", Mayence, 1865. Parmi ces auteurs, il en est qui se rattachent direc­ tement à un groupe de théologiens des xvn'et xvin» siè­ cles, désignés habituellement sous le nom d’augustinums. Les principaux représentants sont trois religieux de l’ordre des ermites de saint Augustin : le cardinal de Noris, Vindiciæ augustinianæ, Padoue, 1673, ouvrage inséré par Migne dans son supplément aux œuvres de saint Augustin, P. L., t. xlvii, col. 571 sq.; Fulgence Bellelli, Mens Augustini de statu crealuræ rationalis ante peccatum, in-8», Anvers, 1711; Mens Augustini de modo reparation is humante naturæ post lapsum, 2 in-4», Rome, 1737; Laurent Berti, Opus de theologicis disci­ plinis, 1. XII, appendice. Le trait le plus caractéristique de ces théologiens et le point de départ de leur système se trouvent dans leur doctrine sur Dieu fin naturelle de toute créature raisonnable. Dieu, vu et possédé en luimême, est notre fin naturelle, non pas en ce sens que nous puissions y parvenir par nos propres forces ou 62 par des moyens naturels, mais en ce sens que nous sommes portés vers cette fin par une inclination et un désir fondés sur notre nature. Dieu devait donc à la créature raisonnable de l’aider, au moins par un se­ cours actuel, à mener une vie digne de la béatitude éternelle, sous peine de laisser tomber cette créature dans le dernier excès de la misère. Ce n’est pourtant pas là une dette rigoureuse par rapport à la nature; c’est plutôt Dieu qui se doit à lui-même d'agir ainsi, ex decentia solius creatoris, comme dit Noris ou, comme dit Bellelli, attenta suprema lege provldentiæ sute, c’est-à-dire en tenant compte des convenances qu’im­ posent à Dieu son rôle de créateur et la' loi souveraine de sa providence. De ce principe fondamental découle, comme conséquence immédiate, l'impossibilité de l'état de nature pure, quand on considère la puissance de Dieu non pas d’une façon absolue, abstraction faite de la sagesse et des autres attributs divins, potentia abso­ luta, mais d’une façon pratique, comme puissance réglée dans ses opérations par la sagesse et la bonté, potentia ordinaria sive ordinata. Viennent ensuite diverses con­ séquences sur la relation de nos actes à Dieu lin der­ nière, sur le rôle de la charité, sur la nécessité de la grâce pour éviter le péché, sur les vertus et les œuvres des infidèles, etc. Cette doctrine avait, sur tous ces points, beaucoup d’affinité avec celle de Baius et de .lansénius; aussi donna-t-elle lieu à de grandes controverses. Les Vindiciæ augustinianæ furent soumises par le saint-siège à un double examen, sans qu'il en résultât aucune con­ damnation. Hurter, Nomenclator litorarius, 2e édit., Inspruck, 1893, t. il, col. 829. Plus tard, Bellelli et Berti furent attaqués dans un ouvrage anonyme en deux parties, dont l’auteur était .Mpr Jean d’Yse de Saléon, alors évêque de Rodez : Uaianismus et Jansenismus redivivus in scriptis PP. FF. Bellelli et Berti, in-4", s. L, 1744. Berti riposta par son Augustinianum sy­ stema de gratia ab iniqua bajani et janseniani erroris insimulatione vindicatum, Rome, 1747. Devenu arche­ vêque de Vienne, Mta de Saléon publia contre cette apologie une Instruction pastorale ou Documentum pastorale, in-4», Vienne, 1750. L - même année, Mor Lan­ guet, archevêque de Sens, se prononça officiellement contre les doctrines des deux théologiens augustiniens : Judicium de operibus theologicis FF. Bellelli et Berti. Ce dernier répondit par une nouvelle apologie : In opus­ culum inscriptum RR. J. Languet archiep. senon. Ju­ dicium de operibus theologicis FF. Bellelli et Berti æquissima expostulatio, in-4», Livourne, 1756. Sur les instances de Mor Languet qui lui écrivit deux lettres à ce sujet, le pape Benoit XIV fit examiner les écrits incri­ minés par deux théologiens, devenus plus tard cardi­ naux; ils rendirent un jugement favorable aux accusés. Hurter, op. cil., Inspruck, 1895, t. ni, col. 3. L’ouvrage Baianismus redivivus et le Judicium de l’archevêque de Sens se trouvent dans les Œuvres de Berti, t. vin et ix de l’édition citée, Bassano, 1792. Sans entrer dans d’autres détails sur cette controverse, qui dépasse le baianisme, contentons-nous de constater les faits qui précèdent. Ils nous serviront dans le com­ mentaire sur la bulle de Pie V, pour réduire à sa juste valeur la censure de certaines propositions et ne pas aller plus loin que le saint-siège. Toutefois n’oublions pas que la constitution Auctorem fidei, signée par Pie VI, est postérieure aux faits que nous venons de rappeler. I. Éditions. — M. Bail... opuscula theologica. Ejusdem apo­ logia hactenus inedita, in-12, Louvain, 1566; M. Bail... Opera, cum bullis pontificum, et aliis ipsius causam spectantibus, jam primum ad Romanam Ecclesiam ab convitiis protestan­ dum, simul ac ab Arminianorum exterorumque hujusce temporis Pelagianorum imposturis vindicandam collecta, expurgata et plurimis qux hactenus delituerant opusculis 63 BAIUS 64 aucta : studio A. P. theologi, în-4·, Cologne, -1696. Cette Edition /'cit., 2’ éclaircissement ; Toumely, De gratia Christi, part. ï, q. n; Montagne, Tract, de gratia, diss. IX (Migne, Theologix posthume, due aux soins de dom Gerberon, contient deux parties, cursus completus, Paris, 1841, t. ix, col. 221 sq.); de la Chambre, d'abord les œuvres de Baius, puis sous le titre de Baiana. toute op. cit., c. iv : Conférences d’Angers, 7* confér. sur la grâce, une série de documents très précieux pour rhistoire du buiaBesançon, 1823, t i, p. 279 sq. nisme : mais il faut se servir de celte seconde partie avec dis­ cernement, car l’éditeur prend résolument parti pour Baius. X. Le Bachelet. L’édition fut mise à l'index le 8 mai 1697. Sont restés inédits : un II. BAIUS. Propositions condamnées par Pie V dans traité De communione sub utroque specie, que Baius aurait la bulle Ex omnibus afflictionibus le i ’ octobre 1567. achevé en 1578. Baiana. p. 205: des commentaires sur le Maître Denzinger, Enchiridion, Document lxxxvi. — I. Prin­ des Sentences et sur les Psaumes, dont parle Gerberon dans la cipes d’interprétation. II. Commentaire des propositions préface de son édition. II. Biographies. — J.-B. Duchesne, S. J., Histoire du baiaréunies en groupes généraux. nisrne ou de l'hérésie de Michel Baius, avec des notes histo­ I. Principes d’interprétation. — Les propositions riques, chronologiques, critiques, etc., suivie d'éclaircisse­ contenues dans la bulle de Pie V ont été proscrites in ments th'-oiogiques, et d'un recueil de pièces justificatives, rigore et proprio verborum sensu ab assertoribus in­ in-4·, Douay. 1731. Cet ouvrage constitue, avec les Baiana de tento; il faut tout d'abord tenir compte de ce fait, pour d'»m Gerber· n. la principale source de renseignements pour déterminer la réelle portée de la censure. A s’en tenir rhistoire de Baius et de ses doctrines. Mais l'auteur se montre sévère dans ses appréciations et confond des questions très dis­ aux propositions elles-mêmes, on peut, en règle géné­ tinct·^ . il eut surtout la malencontreuse idée de prétendre trouver rale, reconnaître le vrai sens des auteurs, à condition dans le dominicain Pierre de Soto e l’œuf du baianisme et du toutefois qu’on ne les prenne pas isolément, mais dans jansénisme .·. Le P. Augustin ürsi, O. P., plus lard cardinal, leur ensemble et l’enchaînement qu’elles ont entre © ni» · sa pur le réfuter tout un ouvrage : De Pétri a Soto et elles. Cependant la règle n’est pas absolue; la vraie Judoci Ravestryn. de Concordia gralùe et liberi arbitrii cum pensée des auteurs ne se dégage pas toujours nettement Ruardo Tappero epistolari disputatione. Liber apologeticas des propositions telles qu'elles sont rapportées dans la quo Soti doctrina a recentis historici censuris adseritur, ir;-*·. R me. 1734. Tout en reconnaissant qu'il y a dans Soto bulle; Pie V le suppose, quand il dit que certaines sont quelques passages délicats, aliqua prærupta et aspera loca quæ susceptibles d'un sens plausible, quanquam nonnullæ com ·. i·· diff., Œuvres, Paris, 1777, t. IX, p. 322 sq. ; dom du grand docteur, Alexandre VIII ne craignit pas de Gerber c. Vmdietr E -cè-six Romanic, dans les Baiana, p. 210 proscrire cette proposition : « Quand une doctrine est sq. ; Quesnel. s us le pseudonyme de Gery, Apologie historique clairement établie dans saint Augustin, on peut absolu­ des Censures de Louvain et de Douay, Cologne, 1688; Les ment la soutenir et l'enseigner sans avoir égard aux H'nipï* ou les sir colonnes de la constitution Unigenitus, Amsterdam. 1721. ·. π. ; 655 sq. : P. de Gennes, de l’Oratoire, bulles des papes. «Denzinger, Enchiridion, n. 1187.Un Sentiments des facultés de théologie de Paris, de Reims et de ; théologien catholique a donc le devoir strict de mettre Nantes, sur une thèse soutenue à Notre-Dame des Ardilliers en ligne de compte l'interprétation du magistère ecclé­ de Saumur^, avec deux dissertations, l'une, sur l’autorité siastique, quand celui-ci s’est prononcé. A ce titre, la des bulles coutr· Bwua. ΓλμΓ/τ, fut Létal de pure nature, conduite du saint-siège dans toute l'affaire de Baius, la 2 in-12. s. L 1722. abbé CcudreCte. Dissertation sur les bulles prescription du corps de doctrine de 1586, les docu­ ments ultérieurs, en particulier les constitutions Unige­ nitus et .4uclorem fidei, doi vent être pris en considération. 66 BAIUS 65 Peut-on toujours, à l’aide de ces principes, arriver â une interprétation certaine? Oui, s'il s'agit d'assigner une raison qui légitime la censure, et par suite un sens où la proposition est proscrite. Mais, si l’on veut fixer nettement la portée adéquate de la censure, la difficulté est, en plus d'un cas, sérieuse, car des questions déli­ cates et complexes interviennent. Ainsi, certaines pro­ positions contiennent plusieurs parties, telle la 25e : Omnia opera infidelium sunt peccata, et philosophorum virtutes sunt vitia. Sont-elles condamnées dans chacune de leurs parties prise à part, ou seulement dans l'une d’elles? Le doute, dans certains cas, est possible. Ripalda, Adversus Baium, disp. I, sect, ut, n. 19. En outre, toutes les propositions ne sont pas absolues, c’est-à-dire énonçant une doctrine ou la rejetant sans lui donner de qualification odieuse; il y a des proposi­ tions modales, qui attachent une note infamante à la doctrine rejetée ; telle la proposition 28· : Pelagianus est error dicere, quod liberum arbitrium valet ad ullum peccatum vitandum. De là un problème délicat : pourquoi ces propositions ont-elles été condamnées? pour la qualification odieuse qu'elles contiennent, ou pour la doctrine qu elles soutiennent elles-mêmes, ou pour les deux choses à la fois? Les suppose-t-on con­ damnées sous le rapport de la doctrine? la contradictoire est vraie, comme dans les propositions absolues; les suppose-t-on condamnées sous le seul rapport de la censure qu elles indigent à la partie adverse? ces pro­ positions sont téméraires ou scandaleuses, fausses même en ce qui concerne la note théologique qu'elles inlligent; mais rien n'est dit. au moins directement, sur la vérité ou la fausseté de la doctrine. Sur ce point il n’y a d’accord parmi les théologiens ni en principe ni dans l’application. Pas d’accord sur la question générale de savoir si toute censure doctri­ nale implique l'idée de fausseté dans la proposition censurée. Pas d'accord non plus dans l’application au cas présent. Suivant les uns, plusieurs des articles de Baius n’ont été· proscrits qu'à cause des qualifications odieuses infligées aux adversaires, propter acerbitatem censurce; opinion soutenue non seulement par des théologiens trop favorables au baianisme, comme Henri de Saint-Ignace, dans son Ethica amoris, prolegom. vi, c. il, § 5, ou par des théologiens se ratta­ chant au groupe dit augustinien, comme le cardinal Noris, dans ses Vindiciæ auguslinianæ, c. in, § 2, P. L„ t. xi.vn, col. 612, mais encore par des théologiens fort éloignés d'ailleurs de ces idées, comme Suarez, Tra­ ctatus de gratia, prolegom. vi, c. Il, n. 14, et Vasquez, Comment, in 7«ra /7», disp. CXL, c. xvm; ce dernier invoque l'autorité du cardinal Tolet, qu'il dit avoir consulté à Rome. Voir,sur cette opinion, de la Chambre, Traité hislor. et dogm. sur la doctrine de Baius, c. ni, a. 2, t. 1, p. 141 sq. Suivant les autres, toutes les pro­ positions sont fausses sous le rapport de la doctrine, non moins que sous celui de la censure; opinion dé­ veloppée surtout et fortement soutenue par Ripalda, op. cit., disp. 1, sect, iv, nettement affirmée aussi par les docteurs de Louvain, dans leur Declaratio plenior de 1701, et par ceux de Douai, dans l'écrit Veritas et aequitas censurai pontifiçiæ. En pratique, cette con­ troverse n'a pas l'importance qu'elle semblerait avoir à première vue. En effet, la doctrine contenue dans les propositions modales dont il s’agit, se retrouve presque toujours ailleurs sous une forme absolue, ou bien elle a un rapport intime avec d’autres propositions énoncées d'une façon absolue. Aussi.les partisans de la première opinion reconnaissent-ils que leur manière devoir n’est p.is applicable à toutes les propositions accompagnées dune note infamante; il en est, disent-ils, dont la condamnation a pour objet le fond même de la doc­ trine. Mais alors, comment faire le triage? Voici la règle que pose l’un d’entre eux à l’égard de ces sortes DICT. DE THÉOL. CATI10L. de propositions : « Il faut faire attention à la force des termes qui les composent, et examiner avec soin s'ils expriment dans leur signification naturelle une doc­ trine conforme aux vérités qui se trouvent dans l'ana­ logie de la loi et à des sentiments qui ont été soutenus avec liberté dans les écoles catholiques, même après le jugement du pape reçu par les pasteurs. Si les propo­ sitions qu'on examine présentent un sens mauvais et étranger à la prédication, soit de l’Église, soit des théologiens approuvés, c’est une marque certaine qu’elles ont été proscrites pour le fond même de la doctrine qu'elles renferment. Si, au contraire, elles n’offrent à l’esprit que des sentiments véritables, com­ muns, ou reçus dans les universités, il faut reconnaître qu'elles n’ont pas été censurées à cause du dogme qu’elles contiennent, mais simplement à cause de l’ai­ greur et de la dureté des termes injurieux qui y sont employés pour rejeter les opinions contraires. » De la Chambre, op. cit., p. 147. La règle est bonne et utile en toute hypothèse; reste à savoir si, parmi les propositions condamnées par la bulle Ex omnibus afflictionibus, il s’en trouve réellement qui, prises dans le sens de leurs auteurs, ne pèchent que par l'âpreté de la censure. A ces principes généraux d'interprétation joignons quelques remarques de détail. A l’exemple du concile de Constance et du pape Léon X, saint Pie V applique aux propositions prises in globo une série de qualifica­ tions avec la clause respective, en sorte que chacune mérite une ou plusieurs de ces qualifications. Des théo­ logiens ont lait le travail d’application en assignant à chaque article sa note respective; voir, par exemple, le iv« éclaircissement du P. Duchesne, et le Tractatus con­ tra errores M. Baii du P. Louis Torrès, c. xn. Leur détermination n’a rien d’absolu; elle est même contes­ table en plus d’un point, surtout celle du second auteur. Mais la constitution Auctorem fidei de Pie VI nous fournira sur quelques articles des qualifications authen­ tiques et précises. La bulle de Pie V ne fixait pas le nombre des propo­ sitions: pour les citer et les réfuter plus commodément, on les divisa ensuite, mais avec quelques différences, les uns en comptant soixante-seize, les autres soixantedix-neuf ou quatre-vingts. Cette variété ne change rien au fond des choses; il faut seulement en tenir compte, pour identifier les propositions qui ne sont pas citées par tous les auteurs sous le même chiffre. La constitution Ex omnibus afflictionibus rapporte les propositions suivant l’ordre des livres examinés et des autres documents d'où elles ont été tirées. Par là s’expliquent les répétitions qui s’y rencontrent. Toutes, on la vu, n’étaient point attribuées à Baius; il en est qui venaient de son collègue Jean Hessels et de leurs disciples communs. Toutes n’avaient pas été tirées des livres imprimés par les deux amis; quelques-unes avaient été· trouvées dans les cahiers dictés à leurs élèves ou avancées de vive voix dans les disputes. Il ne fau­ drait cependant pas abuser de cette circonstance, pour enlever à Baius la paternité de n’importe quelle propo­ sition ou du plus grand nombre d’entre elles. Qu’il ait lui-même usé de ce procédé pour se disculper, qu'il ait désavoué telle ou telle proposition parce qu’on avait plutôt pris le sens que les termes de sa doctrine ou qu'on avait changé un mot dans son texte, qu'il se soit même contredit sur ce point dans ses diverses apologies, reconnaissant comme siennes tantôt plus, tantôt moins de propositions, rien d étonnant; il plaidait sa propre cause. Le pape, gardien et juge de la foi, devait néces­ sairement se placer à un autre point de vue; ce qu’il visait, ce n’était pas l'homme, mais l’erreur. Il suffisait qu’elle se trouvât réellement dans les ouvrages incri­ minés; si parfois telle doclrine, énoncée par Baius d'une façon diffuse ou voilée, apparaît dans la bulle condensée et mise en relief, l'intention du souverain pontife est IL - 3 67 BAIUS 68 évidemment de mieux démasquer l’erreur dans l'intérêt I doctrine, en montrant qu’elle revient à ceci : ce qu’on des fidèles. i appelle communément élévation de la nature humaine En réalité, les soixante premières propositions sont et son exaltation à la participation de la nature divine de Baius, suivant un ordre qu’il est facile de suivre, en I n’est, au fond, que l’état normal de la nature humaine sortant des mains du créateur. La proposition 26·, les confrontant avec ses opuscules imprimés. Cf. Baiana, portant sur l’intégrité de la première création, est plus p. 50 sq. générale, car, d’après Baius, cette intégrité renfermait Traité De meritis operum........................ Prop. 1-20 non seulement la justice intérieure, mais encore l’exemp­ — De prima hominis justitia ... — 21-24 tion de la concupiscence. Ainsi entendues, les deux — De virtutibus impiorum............ — 25-30 assertions se rattachent intimement à l’idée fondamen­ — De charitate........................... — 31-38 tale de l’auteur : l’homme étant naturellement destiné à — De libero hominis arbitrio. ... — 39-41 la pleine connaissance et à la parfaite possession de — De justitia............................... — 42-44 Dieu, les dons de l’intégrité lui étaient dus, comme — De sacrificio........................... — 45 moyens proportionnés à cette fin, et dans le même sens, — De peccato originali.......... —. 46-55 ils lui étaient naturels. Dés lors, plus de grâce qui soit — De oratione pro defunctis .... — 56-58 une élévation de la créature raisonnable au-dessus de — De indulgentiis...................... — 59-60 son état et de son rang; la grâce se trouvera seulement Les autres propositions ne se rapportent pas d’une dans l'état de la nature déchue, où l’homme aura perdu façon précise aux ouvrages imprimés de Baius. Steyaert le droit aux dons primitifs, alors aussi l’élévation de la raconte qu'il avait vu à Rome un ancien exemplaire nature humaine pourra s’appeler en nous surnaturelle, manuscrit où l’on donnait les soixante premières pro­ « comme la vue serait appelée surnaturelle en ceux qui positions pour extraites des opuscules du docteur lovadevraient à la vertu divine de la recouvrer miraculeu­ niste, et le reste pour assertions courantes dans le parti, sement. » La comparaison est de Baius dans son apo­ ta es guæ vulgo circumferrentur. Pour tenir compte logie à Pie V. Baiana, p. 92. Il y soutient nettement la de cette question qui, sans être capitale, a pourtant son doctrine contenue dans les propositions 21' et 26·, en se importance, puisque les articles ont été condamnés dans référant surtout aux témoignages anciens où les dons le sens des auteurs, voici quelle sera ma méthode. .l’in­ primitifs sont dits naturels. diquerai, après le texte latin de chaque proposition, Baius se trompait en supposant que l’union à Dieu l’endroit d’où elle a été tirée, toutes les fois qu’il sera pai· la vision intuitive et la possession immédiate étaient possible de le faire; .j’ajouterai, quand il y aura lieu et nécessairement la fin dernière de toute créature rai­ en me référant aux Baiana, les passages des apologies sonnable; en cela il faisait une confusion entre la ques­ où Baius a consigné ses réclamations ou explications; tion de fait et la question de droit. Mais il se trompa enfin, quand il y aura raison suffisante, je tiendrai surtout dans les conséquences qu’il tira de cette suppo­ compte de la question dans le commentaire. Ce travail sition et dans l’exégèse des témoignages anciens qu’il a déjà été fait, ou plutôt ébauché, par Bellarmin, dans avait invoqués. Il aurait dû remarquer que le terme une réfutation manuscrite des propositions de Baius, naturel se prend dans des sens très différents. On qui sera citée à la fin de cet article, et par Ripalda, op. donne parfois ce nom à ce qui se trouve en nous dès cil., disp. I, sect. XI. notre naissance, alors même qu’il ne s’agit ni d’une II. Commentaire des propositions condamnées. — partie constitutive ni d'une propriété essentielle de notre Pour procéder d’une façon plus rationnelle et ne pas nature; c’est en ce sens que saint Paul dit que nous m’exposer à des redites, j’imiterai la méthode commu­ sommes par nature enfants de colère, natura /ilii iræ. nément suivie par les théologiens, en groupant les pro­ Eph., n, 3. On appelle encore naturel tout ce qui est positions qui se rapportent à un même sujet. Les convenable â un être, tout ce qui le perfectionne, par numéros, conservés avant chacune, permettront, à qui opposition à ce qui le diminue et le dégrade; ainsi la voudra, de reconslituer l’ordre ou elles se trouvent dans vertu est naturelle â l’homme, et le vice, contre nature. la bulle. Le groupement comprendra neuf chefs de doc­ Mais on donne plus strictement le nom de naturel à ce trine : !· dons de l’état primitif; 2» mérites; 3° libre qui appartient en propre à un être considéré dans ses arbitre; 4° charité; 5« péché; 6» concupiscence; 7» jus­ éléments essentiels et les propriétés ou exigences qui en tification; 8° sacrements; 9° satisfaction et peines tem­ découlent. Les témoignages anciens que Baius invoquait, porelles. s’expliquent dans les deux premiers sens; leur donner I. PROPOSITIONS RELATIVES AVX DONS DE l'ÉTAI PRI­ la troisième signification, c’était en dépasser la portée MITIF. réelle; c’était méconnaître tous ces autres témoignages 21. Humanæ naturæ subliL’élévation de la nature hu­ des Pères, saint Augustin compris, où ils appellent niatio et exaltatio in consortium maine et son exaltation à la grâce les dons de la justice originelle et nous montrent divines naturæ debita fuit inte­ participation de la nature di­ en eux des biens d’ordre supérieur et divin, qui gritati primæ conditionis, et vine étaient dues à l’intégrité dépassent en eux-mémes les forces et les exigences de proinde naturalis dicenda est, de son premier état; aussi notre nature. Bellarmin, Befulatio Bail, ms., fol. 150 et non supernaturalis.De prima doit-on l’appeler naturelle, et sq. ; De gratia primi hominis, c. v-viii; Ripalda, Ad­ hom. justit., c. I, xv, vi, quant non pas surnaturelle. au sens; Baiana, p. 92. versus Baium, disp. V; Casinius, Quid est homo sire L’intégrité de la première 26. Integritas primæ creatio­ création n’était pas une éléva­ controversia de statu puræ naturæ, 4· édit., Mayence, nis non fuit indebita humanæ tion gratuite de la nature hu­ 1862. a. I, 6, 7; Palmieri, De Deo creante el elevante, naturæ exaltatio, sed naturalis maine, mais bien- sa condition th. xxx sq., Rome, 1878. ejus conditio. Ibid., c. iv. naturelle. Aussi, quand on lui soumit la doctrine de Baius rela­ La proposition 21·, prise textuellement, ne se trouve tive aux dons de la justice originelle, l’université de pas et ne peut pas se trouver dans Baius, puisque dans Salamanque émit ce jugement : « Bien que l'intégrité son système il n’y avait ni élévation, ni exaltation pro­ de la première création et les dons conférés au premier prement dite de la nature humaine; mais le docteur homme dès le début de son existence puissent s'appeler lovaniste se sert de l’expression integritas primæ crea­ naturels, en ce sens qu’ils lui furent comme innés et tionis, et comme il avait établi que cette intégrité com­ qu’ils devaient se transmettre avec la nature aux descen­ prend, comme premier élément, l’inhabitation du Saintdants d’Adam, si celui-ci avait persévéré dans l’état Esprit avec tous les dons qui s’y rattachent, la rédaction d’innocence; toutefois, en affirmant que ces dons étaient de la bulle substitue aux termes de Baius leur équi­ dus à la nature humaine, et en niant qu’on doive les valent théologique et met ainsi en relief la portée de sa appeler surnaturels, la proposition est erronée. » Après G9 BAIUS la bulle de Pie V, les docteurs de Louvain professent la même doctrine dans leur corps de doctrine, c. h; ils donnent à la justice originelle le nom de grâce, dans le' sens de don gratuit æt de bienfait non dû à la nature, quia gratuitum munus et indebitum naturæ benefi­ cium, et, parlant de l’élévation du premier homme à la participation de la nature divine, ils en fondent la gra­ tuité sur ce que « ni la condition de la nature humaine ni l'intégrité d'un simple état d'innocence n'exigeait un si haut degré d'honneur et de gloire ». Baiana, p. 163. il taut donc conclure que la vocation effective du pre­ mier homme à la justice originelle constituait une élé­ vation réelle et gratuite de la nature humaine au-dessus de son état et de son rang, et qu’elle n'était nullement sa condition naturelle. Plus tard, on tenta d’éluder la censure en séparant les idées de surnaturel et de gratuité. Le pape, liton dans les Hexaples et autres livres jansénistes, le pape aura voulu condamner ceux qui prétendaient, à l'exemple de Luther et de Calvin, que l’amour de Lieu et la justice originelle n’étaient pas en Adam des grâces distinguées de la nature, que c’étaient des propriétés qui découlaient naturellement de son être, et qui lui appartenaient, comme le froid appartient à l’eau, et la santé appartient aux corps des animaux formés de la main de Dieu. De là cette proposition de Quesnel, où il conserve l'idée, ou du moins le mot de grâce par rapport a la personne, et rejette le caractère de gratuité par rap­ port à la nature : Gratia Adami erat sequela crea­ tionis, et erat debita natura.· santé et vntegræ. Denzinger, Enchiridion, n. 1250. C’était fausser Ia censure de l’ie V, qui tombait sur la doctrine de Baius entendue dans le sens de son auteur; car celui-ci, en appelant naturels les dons primitifs, n'entendait nullement dire qu'ils fissent partie intégrante de la nature humaine ou qu'ils en découlassent comme propriétés physiques, il prétendait seulement que l’intégrité de la première création les exigeait. En un mot, il affirmait ce qu’on peut appeler le naturel d'exigence, et non le naturel de constitution. La proposition de Quesnel fut condamnée, comme l'avaient été celles de Baius. Le synode jansé­ niste de Pistoie n’en reprit pas moins la même erreur, en traitant de cet étal d’heureuse innocence où se trou­ vait Adam, état comprenant, outre l’intégrité ou exemp­ tion de concupiscence, la justice intérieure avec l’union à Dieu par l'amour de charité, et la sainteté primitive en partie restituée après la chute. Pie VI, dans la bulle A ni torem fidei, qualifia cette doctrine de fausse, déjà condamnée dans Baius et dans Quesnel, erronée et favo­ risant l’hérésie pélagienne, falsa, alias damnata in Baio et Quesnellio, erronea, favens fiæresi pelagianæ. La raison de celte nouvelle condamnation, c’est que, prise dans son ensemble, la doctrine du synode insi­ nuait que cet état était une conséquence de la création, qu’il ne constituait pas un bienfait gratuit de Dieu, mais était dû en vertu des exigences naturelles et de la condition de la nature humaine, debitum ex naturali exigentia et conditione humanæ naturæ. Denzinger, Enchiridion, n. 1379. L'Eglise proclamait ainsi sa propre doctrine sur le caractère strictement surnaturel des dons primitifs, et le sens où celle de Baius avait été condamnée. C’est un commentaire authentique des pro­ positions 21e et 26’. 23. Absurda est eorum sen­ C'est une absurdité d’avan­ tentia. qui dicunt, hominem ini­ cer que l’homme, au moment de tio, d >no quodam supernatural! sa création, a été élevé auet gratuito, supra conditionem dessus de la condition de sa naturæ suæ fuisse exaltatum, nature par un don surnaturel œ tide, spe et cbaritate Deum et gratuit, pour honorer Dieu supernaturalifer coleret. De surnaturellement par la foi, l’espérance et la charité. prima hominis just., c. VII ; Baiana, p. 93. 24. A vanis et otiosis homi­ Il faut considérer comme née nibus, secundum insipientiam de la lotie des philosophes et philosophorum, excogitata est sententia, quæ ad pelagianismum rejicienda est, hominem ab initio sic constitutum, ut per dona naturæ superaddita fuerit largitate conditoris subli­ matus et in Dei filium adopta­ tus. Ibid., c. vin, quant au sens ; Baiana, p. 94. 70 renvoyer au pélagianisme l'opi­ nion de ces hommes vains et oisifs qui s'imaginent l'homme formé de telle sorte que. grâce à la libéralité de son créateur, il ait été élevé à l'adoption des enfants de Dieu par des dous surajoutés à la nature. Il faut distinguer, dans ces propositions, la doctrine qu'elles soutiennent et les qualifications qu'elles infli­ gent à la partie adverse. La doctrine ne diffère pas de celle que nous venons de voir, et est réellement conte­ nue dans Baius. Mais ce qu'il nie, ce n’est pas, comme l’ont dit à tort quelques commentateurs, l'existence même de l’adoption divine et autres dons de l'état pri­ mitif; c'est seulement le caractère surnaturel et gratuit de ces dons; il ne veut pas reconnaître en eux une per­ fection surajoutée à la nature et élevant l'homme audessus de sa condition normale. Pas de doute possible sur sa pensée, quelles que soient les chicanes de détail qu'il ait faites sur la rédaction des deux articles. Il n'ignorait pas, du reste, qu'il avait contre lui l'opinion commune des docteurs scolastiques: non sufficit mihi nuda scholasticorum doctorum traditio, dit-il dans son apologie. Aussi ses deux assertions méritent-elles, dans leur partie agressive, d’être appelées téméraires et scandaleuses. Les raisons qu’il apporte ne justifient nul­ lement son langage. 11 s’est trompé gravement en com­ parant la doctrine qu'il rejette à une erreur pélagienne, relevée plusieurs fois par saint Augustin. Les ennemis de la grâce attribuaient au baptême le privilège d’intro­ duire les entants dans le royaume des cieux, privilège que Dieu, suivant eux, ne devait pas aux non baptisés. Injustice! s’écriait l’évêque d’Hippone, et il avait raison ad hominem, car les pélagiens admettaient, tout à la fois, que le royaume des cieux était destiné à ces enfants et qu'eux-mêmes étaient innocents; dès lors, le royaume des cieux leur était dû. Mais de là il ne résulte nulle­ ment qu’en réalité et en dehors d’une élévation à l'ordre surnaturel, le royaume des cieux et les dons qui nous y préparent soient dus à la nature humaine. Voir Ripalda, disp. VIH, sect. vin. 22. Cum Pelagio sentiunt, qui textum Apostoli ad Bernanos, n : Gentes, quæ legem non ha­ bent, naturaliter ea, quæ legis sunt, faciunt, intelligunt de gentibus fidei gratiam non ha­ bentibus. De prima homin. just., c. vi ; Baiana, p. 92. C’est penser comme Péiage, que d'entendre des gentils qui n’ont pas la grâce de la foi, ce texte de l’Apûtre aux Romains, c. n : Les genlils qui n’ont pas la loi, font naturelle­ ment ce qui est de la loi. Dans son apologie, Baius se rejette sur l'exemple et l'autorité de saint Fulgence, Epist., xvn, de incar­ nat. et gratia, c. xxv, P. L., t. lxv, col. 481 ; mais il l’a interprété à sa manière. Comme cette proposition est l’une de celles où il importe de faire grande attention au sens propre de l'auteur, résumons le chapitre d’ou elle a été extraite. Il a pour titre : Que la vraie justice était naturelle au premier homme. Baiusapporte à l’appui de sa thèse les raisons déjà indiquées, puis il la confirme par le texte de l’Apôtre, entendu des gentils qui, convertis à la foi du Christ, recouvrent par la vraie justice l'image de Dieu reçue dans la première création. Les gentils, dit l’Apôtre, observent la loi naturellement ; si donc cette observation de la loi s'opère par la vraie justice, celle-ci, comme l'image de Dieu, était naturelle à l'homme dans sa première création. Telle est la preuve de Baius, cer­ tainement inefficace; mais la question n'est pas là. L’ar­ gument développé, l’auteur ajoute : « Il y en a pourtant qui pensent avec Pelage que le témoignage de l’Apôtre doit s’entendre de ces gentils qui, se trouvant complète­ ment en dehors de la grâce chrétienne’, mais possédant encore quelques restes de l’image première et guidés 71 BAIUS par leur propre raison, posent certains actes dignes de louange et ressemblant aux bonnes œuvres. » Après avoir remarqué que saint Fulgence n’accepte pas cette interprétation, Baius continue : « Et c’est avec raison, car bien que l’acte extérieur, où la loi semble observée, paraisse suffisamment contorme à la nature humaine, cependant l'intention, qui alors même se tient loin de [lieu, est entièrement contraire à la nature de l'homme; aussi les impies, pour qui rien n'est pur, mais dont l'âme et la conscience sont souillées, n'accomplissent pas ce qui est de la loi suivant la nature, nonnaturaliler, mais d'une façon vicieuse, apparente et menson­ gère. » Le sens de l’auteur nous étant connu, il faut distinguer, dans la proposition 22', la censure qu'il inlligeaux adver­ saires et la raison sur laquelle il l’appuie, c’est-â-dire sa propre manière de voir. Par ce dernier côté, la propo­ sition rentre dans la doctrine générale de Baius sur le caractère naturel des dons primitifs et sur l'impossibi­ lité de toute bonne œuvre dans les infidèles. Il y a donc, sili­ ces deux points, la même erreur dans l’application que dans les principes. Erreur aussi dans la censure, en ce qu'elle traite durement les adversaires et prétend iden­ tifier leur interprétation avec celle de Pelage; c’est une fausseté et une injustice. Nombreux sont les Pères, les théologiens et les exégètes qui l’ont suivie, avec une dif­ férence toutefois : pour les uns le mot naturaliter s’oppose seulement à la loi écrite des juifs, considérée comme principe directif des actions morales : pour les autres, il s’oppose à la grâce considérée comme secours actif. Ces derniers seuls concluent du texte de l’Apôtre que les lumières de la raison et les forces du libre ar­ bitre suffisaient aux gentils pour accomplir non pas toute la loi, mais quelque chose de la loi. Baius pouvait contester la valeur réelle de cette interprétation, comme on peut encore le faire, mais il n'avait pas le droit de l'identifier avec celle des pélagiens, car ces hérétiques appliquaient le texte de saint Paul aux gentils qui n’avaient pas la foi, pour soutenir que ces gentils, en vertu des seules forces delà nature, observaient pleine­ ment la loi, parvenaient à la justification et faisaient des œuvres méritoires pour le ciel. En résumé, la proposition 22« avait un double vice : sous le rapport de la censure qu’elle inlligeail à des auteurs catholiques, elle était té­ méraire et scandaleuse, en même temps que fausse; sous le rapport de la doctrine, elle supposait des vues erronées. Hipaldai censuram Sorbon. 66. Sola violentia repugnat La violence seule répugne à samment contre une triple confusion : la première con­ la liberté naturelle de l'homme. bbertati hominis naturali. siste à identifier plus ou moins ce qui est simplement Ibid.; Baiana, p. 101,116. ! volontaire avec ce qui est proprement libre ; la seconde Dans la proposition 4l“, Baius ne prétend pas nier la ' à ne pas distinguer nettement la perfection du libre arbitre tel qu’il est en Dieu et dans les bienheureux, de liberté d'indifférence ni affirmer que la chose elle-même la condition inférieure, mais normale, où il se trouve soit étrangère à l’enseignement biblique; il s’occupe dans l'homme ici-bas; la troisième, à prendre pour la dir-ctement de la question de terminologie. L’usage simple liberté d'indifférence celle perlection spéciale du scripturaire qu'il invoque est-il aussi exclusif qu’il le libre arbitre que possédait le premier homme avant la prétend? Beaucoup ne le pensent pas et citent divers chute et qui lui permettait d’accomplir la justice dans textes où le sens des mots liberté ou libre dépasse cer­ toute sa plénitude, suivant la doctrine de saint Augus­ tainement celui de liberté opposée à la servitude du tin : Libertas quidem periit per peccatum, sed illa, péché, et semble même une fois ou l'autre s’appliquer à quæ in paradiso fuit, habendi plenam cum immorta­ la liberté d’indifférence. Ps. xcin, I ; Tob., I, 14 ; Gai., litate justitiam. Contra duas epist. pelag., 1. 1, c. it, tt. 4; I Cor., ix, 19; x, 29. Corps de doctrine, c. vt; n. 5, P. t. xt.iv, coi. 552. Que la liberté d’indiffé­ Ripalda, op. cil., disp. XIV, sect. t. Toutefois cette ques­ rence par rapport au bien et au mal ne soit pas essen­ tion de terminologie est secondaire; la proposition 41· tielle au libre arbitre, même à celui de l’homme, rien de est avant tout suspecte. Pourquoi Baius affirme-t-il avec plus vrai ; mais il ne s'ensuit pas que la liberté d’indiffé­ tant d'insistance que la liberté d’indifférence ne se rence ne soit point nécessaire ici-bas pour mériter et trouve point dans les saintes Écritures sous le nom de 83 DAIL’S démériter. L’Église l’a solennellement reconnu en pros­ crivant comme hérétique la 3'proposition de .lansénius. Corps de doctrine, c. vi, Baiana, p. 169; Bellarmin, Be/utatio Bail, fol. 188 sq. ; De gratia et lib. arb.,\.\\\. c. iv-vi ; Ripa Ida, op. cil., disp. VIII. sêct. il ; disp. XIV-XVI1 ; Palmieri. De Deo creante, th. ι,χχχ, Rome, 1878. 25. Omnia opero infidelium Toutes les actions des infi­ sunt peccata, et philosophorum dèles sont des péchés, et les virtutes sunt vitia. De virtut. vertus des philosophes sont des vices. impiorum,c.v, vm; Annot., 4, 7. >» Censur. Surbon.. 27. Liberum arbitrium, sine Sans le secours de la grâce grati.-e Dei adjutorio, nonnisi ad de Dieu, le libre arbitre ne peccandum valet.Dc virtutibus peut que pécher. impiorum, c. vm, tit. 28. Pelagianus est error di­ C’est une erreur pélagienne cere, quod liberum arbitrium de dire que le libre arbitre valet ad ullum peccatum vi­ peut nous faire éviter un seul tandum. ibid.,c. vm ; Annul., péché. 4, in Censur. Surbon. 84 actions. » Et le docteur lovaniste prouve alors que toutes les actions de ces infidèles sont péché, parce qu’ils ont l'obligation stricte de les rapporter toutes à Dieu et à sa gloire, et qu’ils ne le peuvent faire dans l’état d’aveuglement et d’orgueil ou ils sont. Les propositions 27” et 28” complètent la doctrine de Baius, en montrant ce qu’il pensait du libre arbitre laissé à lui-même dans l’état de nature tombée. Là encore, il importe de connaître ses observations sur une autre proposition censurée par la Sorbonne, la 4», ainsi formulée: « Le libre arbitre de soi-même ne peut que pécher; et toute action du libre arbitre abandonné à lui-même est un péché mortel ou véniel. » Cette propo­ sition avait été déclarée hérétique dans toutes ses par­ ties. Que répond Baius? « La Sorbonne a tort de qua­ lifier cette proposition d’hérétique; elle est vraiment catholique et pleinement conforme à la doctrine du texte sacré et des saints Pères. » Les arguments invo­ qués se retrouvent dans le traité De virtutibus impio­ rum. Ce sont tous les anciens passages dont Calvin s'était déjà servi pour battre en brèche la liberté de Ces propositions se rapportent aux forces du libre l’homme déchu : Liberum arbitrium captivatum non­ arbitre dans l'état de nature tombée. Elles sont double­ nisi ad peccandum valet. Neque liberum arbitrium ment importantes : pour la place qu elles occupent dans quicquam, nisi ad peccandum valet, si lateat veritatis la doctrine baianiste et janséniste, et pour les vives con­ via. S. Augustin, Contra duas epistolas pelag., I. III, troverses auxquelles elles ont donné lieu. Dans ses apo­ c. vm ; De spirituel littera, c. ni, P. L., t. xt.iv, coi. 607, logies, Baius les a maintenues et défendues, en expri­ 203. Nemo habet de suo nisi mendacium et peccatum. mant son étonnement de voir proscrire ce qui parait Concile d'Orange de 529, can. 22, Denzinger. n. 165. beaucoup plus conforme aux saintes Écritures et aux D’où ce commentaire de Baius, qui contient le dernier anciens auteurs. Il fait constamment appel au célèbre mot de sa doctrine sur le libre arbitre dans l’état de texte de l’Apôtre, Rotn., xtv, 23 : Omne quod non est nature déchue : « Comme la volonté qui n’est pas encore ex ftde, peccatum est, en l’entendant de la foi qui délivrée est toute cupidité, et que la cupidité est un opère par la charité. Mais il invoque surtout l’autorité de saint Augustin, qui refuse de reconnaître dans les I vice, il s’ensuit que tout ce qu’elle opère, elle l’opère sous l’influence de cette cupidité vicieuse, et ainsi elle païens de vraies vertus, et déclare péché tout ce qui ne procède pas de la foi ou n’est pas rapporté à Dieu. ne se porte qu'au péché. » De virtutibus impiorum, c. vin. En somme, le libre arbitre n’est de lui-méme De civitate Dei, 1. XIX, c. xxv; Contra duas epistolas qu’une puissance viciée, dont le mouvement propre pelag., I. III, c. v; Contra Julian., 1. IV. c. in, P. L., sera nécessairement un mouvement vicieux. Doctrine t. xi.i, col. 656; t. xi.iv, col. 598, 743 sq. qui. rapprochée de deux autres assertions de Baius, à La pensée de Baius sur les vertus et les actions des infidèles nous est suffisamment connue parce qui en a savoir que l’infidèle ne reçoit point de grâces et que cependant il reste moralement responsable de ce qu’il été dit dans l'exposé général de sa doctrine. Il s’occupe des vertus dont les philosophes païens ont parlé dans fait, est simplement affreuse et ne le cède en rien, pour ce qui est du fond des choses, aux sombres dogmes leurs livres, sans s'inquiéter d'ailleurs de savoir s’ils d’un Calvin. Ce libre arbitre qui ne s'exerce que sur des ont pratiqué ou non ce qu’ils ont enseigné. Sa thèse, à lui, est plus radicale : ces prétendues vertus des philo­ biens d’ordre temporel, mais de telle sorte qu’alors même il pèche et ne puisse que pécher, qu’est-ce sinon sophes, celles-là même qu’Aristote a décrites, en leur assignant pour objet les devoirs de l’honnêteté voulus une nécessité inéluctable de faire le mal? pour eux-mêmes, toutes sans exception ne sont, à pro­ On ne saurait donc s’étonner que l’Eglise ait proscrit prement parler, que de véritables vices qui damnent. les propositions 25e, 27” et 28”. Mais quelle est la portée Pourquoi? Ce n’est pas pour les devoirs de l'honnêteté i de la censure? Non seulement les baianistes et les jan­ que les philosophes enseignent ou que les infidèles sénistes, mais des théologiens de nuances diverses qui accomplissent; c’est pour la lin qui est toujours vicieuse, croyaient voir en cause l'autorité de saint Augustin, l’ont ou diminuée ou même totalement faussée par des inter­ tant que l’homme ne rapporte pas ses actions à Dieu sous la lumière de la foi et l’empire de la charité; c'est prétations arbitraires, quand elles ne sont pas chimé­ en ce sens que Baius dit de toute action des infidèles, riques. On en trouve jusqu'à sept, au sujet de la propo­ ipso non recto fine peccatum est. C. v, A cette affirma­ sition 25”. dans le carme Henri de Saint-Ignace, Ethica tion se rattache étroitement, dans la pensée decetauteur, amoris, loc. cit., p. 153; beaucoup sont, par rapport à la négation de toute grâce dans les infidèles. Il suffit de la pensée de Baius. des contre-sens; d'autres auraient lire ses remarques sur la 7· proposition censurée par leur application, s'il s’agissait de montrer en quel sens la Sorbonne : « Sans la grâce spéciale de Dieu, le libre la proposition serait soutenable, mais ne l'ont pas, arbitre ne peut éviter de pécher; d'où il s’ensuit que quand il s’agit de déterminer ce que l'auteur avait toutes les actions d'un homme purement infidèle sont réellement en vue. La même remarque s’applique à la des pêchés. » Les docteurs parisiens avaient déclaré la proposition 27· ; il est faux, en particulier, de restreindre seconde partie de cette proposition fausse et mal inférée les mots sinegratiæ Dei adjutorio à la grâce habituelle ; de la première partie. Baius réplique : « Si la Sorbonne Baius entend parler du libre arbitre laisse à ses seules avait cru que le secours de la grâce est nécessaire à forces. Voir Duchesne, our. cité, V” éclaircissement. l'homme, non seulement pour s'abstenir de pécher pen­ D’autres auteurs, prenant les propositions sans ambages, dant un temps notable, mais encore pour ne point mais craignant d’accorder que la doctrine ait été pécher en chaque action, motif, pensée et mouvement, atteinte, supposent que la 25” et la 27” font un tout avec ainsi que les anciens et vénérables Pères l’ont défini les suivantes qui contiennent l’odieuse qualification de contre Pelage, elle n’aurait pas émis cette censure; car pélagianisme et que. par suite, elles participent virtuelle­ il est manifeste que ceux qui sont purement inlidèles, ment au même vice. Supposition arbitraire et fausse; ne sont aidés de la grâce de Dieu dans aucune de leurs dans les écrits de Baius, comme dans la bulle de saint 85 BAIUS Pie V, les propositions 25« et 27« sont absolues, et non pas modales; la condamnation de la doctrine a été répé­ tée formellement ou équivalemment dans des constitu­ tions postérieures. Voir, dans la bulle Sanctissimus d Alexandre VIII. les propositions 8· et 11«; dans la bulle Unigenitus de Clément VIII, les propositions 1™, 2«. 39«, 40«, 41«, 48«; dans la bulle Auctorem fidei, les articles 23« et 24« qui seront cités plus loin. Denzinger, Enchiridion, n. 1165, T1&, 1216, 1217,1254,1255,1263, 1386,1387. Baius voulait dire, pour les motifs que nous avons vus, que toutes les actions des infidèles sont nécessaire­ ment des péchés proprement dits, et qu’au même titre les prétendues vertus des philosophes sont de vrais vices; il voulait dire que le libre arbitre laissé à ses seules forces ne peut que pécher, parce qu’il est alors physiquement incapable de tout bien dans l’ordre moral. Assertions condamnées dans le sens de l'auteur, et justement condamnées, puisqu’elles sont l’application ou la conséquence de principes hérétiques ou erronés sur la corruption du libre arbitre dans l’état de nature tombée et sur la nécessité de la foi et de la charité théologale comme unique principe de moralité. Aussi les docteurs de Louvain opposèrent à cette doctrine la déclaration suivante : « Le péché du premier homme en affaiblissant les forces du libre arbitre, n’en a pas tellement énervé tout principe du bien, que sans le secours de la grâce il ne puisse que pécher : car il sort encore de ce fonds endommagé des actions utiles au bien de la société, des actions louables propres à former les mœurs, et des traits de sagesse pour le gouverne­ ment politique des Etats. Des actions de ce caractère ne peuvent en aucune manière être regardées comme autant de péchés; par conséquent, on a tort d’enseigner que le libre arbitre, soit dans les fidèles, soit dans les inlidèles, n’a de force que pour pécher. » Corps de doc­ trine, c. v, Baiana, p. 167 sq. S’ensuit-il que. de fait, le libre arbitre fera, sans le secours de la grâce, des actions moralement bonnes? La conclusion, si tenté qu’on soit de la tirer, ne sort pas rigoureusement de ce qui précède; entreme pouvoir que pécher et faire par les seules forces de la nature, sans grâce aucune, des actions moralement bonnes, il peut y avoir des moyens termes. Vasquez, par exemple, ré­ pondra : l’homme peut au moins faire des actes indif­ férents, ou même faire des actes moralement bons, mais aidé par un secours d’ordre naturel auquel conviendra, dans un certain sens, le nom de grâce. D’autres diront, avec Ripalda : en fait, l’homme ne fera jamais par les seules forces du libre arbitre d’acte moralement bon, parce qu’en vertu d’une loi voulue par Dieu la grâce interviendra toujours pour élever les facultés d’intelli­ gence et de volonté et leur taire produire des actes surnaturels et méritoires; mais il n’en reste pas moins vrai que le libre arbitre, considéré en lui-même et dans ses forces propres, conserve par rapport à ses actes une vraie puissance, antécédente et physique; et c’est là ce qui distingue essentiellement les théologiens catholiques , des baianistes et des jansénistes. Que dire maintenant de cette position, chère aux augustiniens et à beaucoup d'autres docteurs : les actions que font les infidèles en accomplissant les devoirs d'honnêteté, comme d'aimer leurs parents ou leurs entants, ne sont pas des péchés, mais le sujet lui-même pèche alors, d’un péché d’omission, en ne rapportant pas ses actions à Dieu, fin dernière? La position est certainement différente de celle de Baius, qui voyait dans toutes les actions délibérées des infidèles des actions intrinsèquement viciées par la cupidité. Cepen­ dant, si l’on entendait soutenir l’obligation stricte, c’est-à-dire sous peine de péché formel, de rapporter à Dieu chacune de nos actions par le motif de la foi et de la charité, on retomberait infailliblement dans 80 quelques-unes des propositions condamnées soit par Pie V, soit par ses successeurs, en particulier dans ces deux propositions, proscrites par Alexandre VIH : « 11 est impossible qu’un infidèle ne pèche pas on toutes ses actions. Tout ce qui ne part point d’une foi chrétienne, surnaturelle et qui opère par la charité, est péché. » Denzinger, Enchiridion, η. 1165, 1168. En dehors de cette supposition, la question sort proprement du baianisme et doit se résoudre par d'autres principes. Les limites restreintes de ce commentaire ne per­ mettent pas de discuter ici les textes de saint Augustin et des conciles que Baius invoquait. Mais il est néces­ saire de remarquer que le saint-siège n’a jamais admis que sa conduite à l’égard de ce docteur entraînât la réprobation des anciens Pères. Sous des termes sem­ blables peuvent se cacher des idées différentes; et la clause quanquam nonnullæ aliquo pacto sustineri possent trouve ici son application. Pie VI rappelle, dans la bulle Auctorem fidei, deux passages de l’évêque d’Hippone qu’on n’a pas le droit d'oublier, quand on veut apprécier équitablement l'ensemble de sa doctrine. Dans le premier, le saint reconnaît, entre l’amour divin qui conduit au ciel et l’amour humain illicite, un amour humain qui n'a rien de répréhensible, quee non reprehenditur, et qui peut se trouver dans les païens, les juifs et les hérétiques. Serm., cccxlix. c. t sq., P. L., t. xxxix, col. 1529 sq. Dans le second passage, il suppose clairement la possibilité, dans les infidèles, d'actes dignes de louange sous le rapport de l'honnêteté morale; possibilité de droit que ne contredit pas. mais confirme, au contraire, la restriction mise par le saint docteur à la question de fait : quanquam si discutiantur quo fine fiant, vite inveniuntur... De spiritu et littera, c. XXVII sq., P. L., t. Xl.tv, coi. 229 sq. Ces mots via: inve­ niuntur, qui n’ont pas de sens dans la supposition baianiste, démontrent clairement que la doctrine vrai­ ment augustinienne sur les actions mauvaises des infi­ dèles n’a pas du tout le caractère d'affirmation absolue et d'universalité rigoureuse que Baius lui attribue. Dans le fameux chapitre ni du IVe livre contre Julien, le grand adversaire des pélagiens n'admet pas, assuré­ ment, de vraies vertus dans les infidèles. Doctrine très exacte, puisqu’il entend par vraie vertu celle qui est principe d’un acte bon sous tout rapport, celle qui fait de l’homme un juste et ne le laisse pas dans le rang des arbres stériles, celle enfin qui nous perlectionne en vue de notre fin dernière, c'est-à-dire, dans l'ordre actuel, en vue de Dieu, objet de la béatitude surnaturelle. Tournely, De gratia Christi, q. IV, c. Il, solution des objections tirées de saint Augustin. Et telle est aussi la doctrine du docteur angélique. Sum. theol., 11“ llæ, q. ΧΧΠΙ, a. 7. Mais s’ensuit-il que toutes les actions des infidèles soient autant de péchés formels, et que tous les principes de leurs actes soient de vrais vices? Est-il certain, en outre, que dans la terminologie auguslinienne, les mots de mal et de pêche désignent toujours le péché proprement dit, le péché formel, et qu’ils ne s’opposent pas quelquefois au bonum pris dans l'accep­ tion théologique de bien salutaire? Enfin, quoi qu'il en soit des diverses solutions de détail qu’il faille donner aux textes patristiques ou conciliaires énonçant- que l’homme sans la grâce ne peut que pécher, rien dans la doctrine générale des anciens Pères ni dans les circon­ stances historiques où ils écrivirent, n'autorise cette in­ terprétation étroite de Baius, que l’Église a répudiée : Le libre arbitre, laissé à lui-même, ne peut que pécher, c’est-à-dire, il est. par sa propre faiblesse et son impuis­ sance radicale â tout bien d’ordre moral, déterminé à pécher formellement dans chacune de ses actions. S. Thomas, Sum. theol., 11« II», q. x, a. 4; Bellarmin, De gratia et lib.arb., 1. V, c. xi; Bipalda. op. cil., disp. XIII, sect. Hl, n. 20 sq.; disp.XVIII. XX; Palmieri, De gratia divina actuali, th. xxi, Gulpen, 1885. 87 35. Omne quod agit peccator vel servus peccaii, peccatum est. De. charitate, c. vi, con­ fronté avec Annal., 4. in Censur. Sorbon. 40. In omnibus suis actibus peccator servit dominanti cu­ piditati. De libera hom. arbi­ trio., c. vi ; Baiana, y. 99,101 BAIUS Tout ce que fait le pécheur ou l'esclave du péché, est pé­ ché. Le pécheur obéit dans toutes ses actions à la cupidité qui lo domine. Baius traite lui-même d’hérétiques ces deux proposi­ tions. Elles mériteraient, en effet, celte qualification, si on leur donnait un sens absolu; car le concile de Trente avait anathematise, scss. VI, can. 7, ceux qui voyaient de vrais péchés dans toutes les œuvres qui précédent la justification. Denzinger, Enchiridion, n. 699. Aussi le docteur lovaniste crie à la calomnie, et ses par­ tisans n’ont pas manqué de mettre â profit cette circon­ stance pour faire entendre avec quelle légèreté on l'avait dénoncé à Rome, puis condamné. On a le droit de revi­ ser le procès; il y a peu de propositions qui montrent mieux l'entière et exacte connaissance que les compila­ teurs avaient des œuvres de Baius. Dans son opuscule De charitate, c. xi, ce théologien divisai! tout amour de la créature raisonnable en deux classes exclusives et contraires : l'arnour louable qui a Dieu pour objet, et la cupidité vicieuse qui fait aimer le monde. Il ajoutait : la volonté non délivrée par Jésus-Christ est toute cupidité; la volonté qui n'est pas charité est toute cupidité. Pour voir dans cette doctrine l’erreur énoncée dans la propo­ sition 35·, qu’y avait-il à faire? La rapprocher des anno­ tations sur la censure portée par la Sorbonne contre cet article : Toute action du libre arbitre abandonné à luimême est péché. Baius prend la défense de cette asser­ tion; il invoque divers textes patristiques, en particulier celui-ci, tiré de saint Fulgence, A’pisZ., xvn, de incarnat, et gratia, c.xtx, P. L., t. t.xv, col. 475 : « Tant qu'il est l’esclave du péché, l'homme n’est propre qu’à subir la loi du péché, nonmsi ad serviendum peccato reperitur idoneus. » D'où cette glose de l’annotateur : <> Celui qui pèche est esclave du péché ; pris dans les filets de Satan, il est asservi à sa volonté, toute vouée au péché; par conséquent il ne fait que pécher, ergo nihil aliud quam peccat. » Baiana, p. 13. N’est-ce pas, en substance et presque textuellement, la proposition 35·? Il est plus facile encore de justifier la provenance baianiste de la 40·; dans le traité De libero hominis arbitrio, c. Vf, on lit celte phrase, dite des impies : « Tant que le Fils ne les a pas arrachés à l'empire du péché, ils sont esclaves du péché; car, dans tous leurs actes ils obéis­ sent au péché qui les domine, guia in omnibus suis celibus dominanti peccato serviunt, servitude qu’ils ne peuvent secouer, si le Fils ne les délivre. » Doctrine que nous avons déjà rencontrée sous une forme équivalente dans le traité De virtutibus impiorum, c. vin. Dans sa grande apologie, Baius prend ce moyen de défense : il suppose d'abord qu'on a formé la proposi­ tion 35· du texte de saint Fulgence, puis remarque que ce Père ne parle pas de tout pécheur, mais seulement de ceux qui sont tellement esclaves de Satan, qu’ils ne reçoivent plus aucun secours de la grâce divine. Quoi qu'il en soit de saint Fulgence et de sa vraie pensée, l’annotateur était allé beaucoup plus loin, comme on vient de le voir. Du reste, l’explication de Baius de­ meurait insuffisante; car il maintenait les propositions 35· et 40· entendues des actes faits par les pécheurs sans la grâce et en dehors de ce commencement de charité qui est, pour lui, le premier pas dans l'œuvre de la justification. C’était s’en tenirâ l’assertion censurée par la Sorbonne, et à cette autre erreur : Toute action faite sans la charité est péché. Il serait donc inutile de réfuter d’une façon spéciale les propositions 35' et 40·, puisqu’elles ne sont qu'une application faite au pécheur des principes généraux professés par Baius sur les forces, ou plutôt sur la corruption de la nature humaine 88 par le péché et sur l’impuissance absolue du libre arbitre dans l'ordre moral. Quesnel reprit plus tard cette doctrine et lui fit subir un nouvel échec. Clément XI condamna, en effet, ces deux propositions dans la constitution Unigenitus : « Sans la grâce du Libérateur, le pécheur n’a de liberté que pour le mal. Quand l'amour de Dieu ne règne plus dans le cœur des pécheurs, il est nécessaire que la cupidité charnelle y règne et corrompe toutes leurs actions. » Denzinger, Enchiridion, n. 1253, 1260. Un dernier coup fut enfin frappé dans la constitution Auctorem fidei. Au synode janséniste de Pistoie, on avait de nouveau dépeint l’homme dénué de la grâce comme inféodé à la loi du péché, et toutes ses actions comme intectées et corrompues sous l'influence générale de la cupidité dominante. Pie VI qualifia cette doctrine de fausse, pernicieuse, induisant dans une erreur dé­ clarée hérétique par le concile de Trente et condamnée une seconde fois dans la proposition 40' de Baius. Les considérants du jugement sont instructifs, surtout cette finale : « Comme si le pécheur obéissait dans toutes ses actions à la cupidité dominante, quasi in omnibus suis actibus peccator serviat dominanti cupiditati, » Denzinger, Enchiridion, n. 1386. Voir aussi le corps de doctrine des docteurs de Louvain, c. v, Baiana, p. 168 sq. 29. Non soli fures ii sunt et Ceux-là ne sont pas seuls latrones, qui Christum viam et voleurs et larrons, qui nient ostium veritatis et vitœ negant, que Jésus-Christ soit la voie et sed etiam quicumque aliunde la porte de la vérité et de la quam per ipsum in viam justi— vie. mais encore quiconque en­ tiæ (hoc est aliquam justitiam) seigne que sans lui on peut conscendi posse docent. De entrer dans le chemin de la virtutibus impiorum, c. ix. justice, c'est-à-dire arriver à quelque justice. 30. Aut tentationi ulli, sine Ou que sans le secours de la gratiæ ipsius adjutorio, resi­ grâce, on peut résister à quel­ que tentation, de telle façon stere hominem posse, sic ut in qu'on n’y soit point induit, ou eam non inducatur aut ab ea qu’on n'en sorte pas vaincu. non superetur. Ibid.; Baiana, p. 96 sq. 37. Cum Pelagio sentit, qui Celui-là pense comme Péboni aliquid naturalis, hoc est, lage, qui reconnaît quelque bien naturel c’est-à-dire, un quod ex naturæ sobs viribus bien ayant pour principe les ortum ducit, agnoscit. De cha­ seules forces de la nature. ritate, c. v, comparé avec De libero hominis arbitrio, c. X. C’est une erreur pélagienne 65. Nonnisi pelagiano errore d’admettre quelque usage du admitti potest usus aliquis li­ beri arbitrii bonus, sive non libre arbitre qui soit bon ou ne soit pas mauvais; quiconque malus : et gratiæ Christi inju­ riam facit, qui ita sentit et do­ pense et enseigne chose pa­ reille, fait injure à la grâce de cet. AnnoZ., 13, in Censur. Sorbon. ; Baiana, p. 116. Jésus-Christ. Toutes ces propositions se rapportent au même objet que les précédentes, mais l’attaque est plus précise et porte directement contre plusieurs opinions qui avaient cours parmi les théologiens. Le sens de la proposition 30· n’est pas qu’on succombe toujours à la tentation même dont on est attaqué, mais que sans la grâce on ne peut surmonter une tentation si ce n'est en péchant autrement, comme serait, par exemple, surmonter une tentation d'incontinence par un motif d'avarice ou d’orgueil. La proposition 37' n’est pas textuellement dans le passage de Baius auquel elle se rapporte, mais elle y est supposée; c’est une application au bien en général de ce que l’au­ teur dit des actes de foi, d’espérance et de charité, application faite en vertu d’une doctrine contenue ailleurs. Voir Duchesne, op. cit., ni' éclaircissement, p. 48 sq. La proposition 65' est de celles qui n’ont point été tirées des ouvrages imprimés du chancelier de Lou­ vain ; elle reproduit en substance le 13' des articles censurés par la Sorbonne : « On ne peut pas, sans errer avec Pélage, admettre dans l’homme quelque bon usage du libre arbitre avant la première justification, etc. » Dans ses Annotations sur la censure, Baius avait dé­ 89 BAIUS fendu cette proposition, en ce sens que sans le secours de Jésus-Christ il ne peut y avoir bon usage du libre arbitre. Baiana, p. 23. Il la défendit également dans l'apologie adressée à Pie V, en faisant appel à cette affir­ mation du pape saint Célestin, danssa lettreaux évêques gaulois, c. vu: Nemo nisi per Christum, libero bene utitur arbitrio. Denzinger, Enchiridion, η. 91. Personne ne conteste que ces propositions n'aient été justement condamnées comme téméraires et scanda­ leuses, pour les qualifications dures et odieuses qu'elles attachent à des opinions reçues et autorisées parmi les théologiens orthodoxes. Elles sont donc fausses sous le rapport de la censure, et par suite on n'a pas le droit de traduire comme pélagiennes les opinions dont il s'agit. Suarez, De gratia, 1. I. c. xxm, n. 15. La phrase de saint Célestin est de filiation augustinienne et s'ex­ plique facilement d'après les principes signalés plus haut; on n'use pas bien du libre arbitre, à parler rigou­ reusement, quand on ne l’utilise pas pour atteindre sa fin dernière ou même dans l'ordre naturel, quand on s’en sert pour faire le bien dans quelques cas seulement, et non pas d'une manière habituelle et constante. Estil permis d’allerplus loin, et de voir dans la condamna­ tion des propositions 29·, 30”, 37*.et 65e, la sanction des opinions que Baius y rejetait, opinions soutenant que, sans un secours de la grâce proprement dite, l'homme peut non pas seulement en principe, mais en pratique, accomplir des actions naturelles moralement bonnes, surmonter de vraies tentations et faire quelque bon usage de son libre arbitre? La réponse négative parait s'imposer, si l'on s'en lient uniquement à ce qui ressort du fait même de la condamnation contenue dans la bulle Ex omnibus afflictionibus. Toutes ces questions sont restées, depuis lors, objet de libre controverse en théologie. Les meilleurs défenseurs des actes pontificaux contre le baianisme en conviennent; tel, le cardinal Bellarmin qui, dans ces questions, ne fait jamais appel à la bulle de Pie V et soutient même,qu’on ne peut par les seules forces de la nature surmonter une vraie ten­ tation. De gratia et libero arbitrio, 1. V, c. vit sq. Tel encore Ripalda, quoiqu'il tienne, et à juste titre, pour lausses les propositions 29·, 30·, 37· et 65*, entendues avec saint Pie V in rigore et proprio verborum sensu ab assertoribus intento; car Baius déniait au libre arbitre laissé à lui-même la puissance antécédente et physique de faire quoi que ce soit de bon dans l'ordre moral. Il en va tout autrement dans les diverses opi­ nions des théologiens catholiques sur ces points délicats et complexes. Est-ce à dire qu’on ne peut en aucune façon se servir des bulles contre le baianisme et le jansénisme pour étayer ou confirmer les sentiments plus favorables au pouvoir naturel du libre arbitre? Non pas, mais la preuve doit alors reposer moins sur le seul fait de la pro­ scription des propositions 29· et semblables, que sur I ensemble des principes clairement établis par les do­ cuments pontificaux. Les docteurs de Louvain ont donné l'exemple; dans leur corps de doctrine, c. v, ils ne se contentent pas de revendiquer pour l’homme dé­ chu la possibilité d’éviter quelques péchés : « Il reste, disent-ils, dans la nature tombée un jugement sain sur plusieurs devoirs de la vie, et un amour naturel du bien honnête dont la source se trouve dans les forces de cette nature qui n’est pas totalement dépravée. Aussi recon­ naître quelque bien naturel, c’est-à-dire un bien qui ait tour principe les seules forces de la nature, sans le se­ cours de la grâce spéciale de Jésus-Christ, ce n’est nul1-ment penser comme Pélage ou donner dans son héré­ sie. c'est au contraire acquiescer à une vérité mani­ feste. » Baiana, p. 168. Voir Ripalda. op. cit., disp.XIII, sect, iv; Vasquez. op. cit., disp. CXC, c. xvm, utile à lire. mais justement redressé sur plusieurs points par Ripalda. 90 iv. propositions relatives a la charité et a. L’ ACCOM PLISSE AIENT DE LA LOI DIVINE. 38. Omnis amor creature ra­ tionalis aut vitiosa est cupidi­ tas, qua mundus diligitur, quæ u .loanne prohibetur, aut lau­ dabilis illa charitas, qua per Spiritum Sanctum in corde dif­ fusa Deus amatur. De chart· late, c. vi ; Baiana, p. 400. 34. Distinctio illa duplicis amoris, naturalis videlicet, quo Deus amatur ut auctor nature, et gratuiti, quo Deus amatur ut beatificator, vana est et commentitia et ad illudendum sacris Litteris et plurimis ve­ terum testimoniis excogitata. De charitate, c. iv. 36. Amor naturalis, qui ex viribus nature exoritur, ex sola philosophia per elationem præsumptionis humante cum injuria crucis Christi defenditur a nonnullis doctoribus. De cha­ ritate, c. v ; Baiana, p. 100. Tout amour de la créature raisonnable est, ou cette cupi­ dité vicieuse par laquelle on aime le monde, et que saint Jean défend, ou cette louable charité par laquelle on aime Dieu et que le Saint-Esprit ré­ pand dan» nos cœurs. La distinction de deux amours, savoir, le naturel par lequel on aime Dieu comme auteur de la nature, et le gra­ tuit par lequel on l'aime comme auteur de la béatitude, est vaine, chimérique et inventée pour se jouer des saintes Let­ tres et de nombreux témoigna­ ges des-anciens. C’est en s'appuyant sur la seule philosophie et en s'aban­ donnant orgueilleusement à une présomption humaine, que certains docteurs soutiennent, au mépris de la croix du Christ, qu'il y a un amour na­ turel, né des forces de la na­ ture. La proposition 38· nous est déjà suffisamment connue par l'analyse du traité De charitate: quelle importance elle a dans la doctrine de Baius, on a pu s'en rendre compte par ce qui a été dit jusqu’ici. Le sens du doc­ teur lovaniste, dénaturé souvent, n’est pourtant pas douteux pour quiconque a lu son opuscule. Il parle, non pas de la charité habituelle, dont il laisse même l'exis­ tence en question, mais de la charité actuelle, « mou­ vement du cœur par lequel nous aimons Dieu et le pro­ chain. » C. il. Et comme il l'unit toujours à la loi, c'est évidemment la charité théologale qu'il faut entendre. Du reste, Baius ne connaît qu’un amour de Dieu, celui qui est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit; d'où le rejet, dans la proposition 38·, d’un amour qui aurait pour objet Dieu comme auteur de la nature, et qui se­ rait un amour naturel en son principe, c’est-à-dire pro­ duit par le librearbitre laisséà ses seules forces. Baiana, p. 99. D’où encore, et pour le même motif, la propo­ sition :36e qui, dans le texte de l'auteur, s'applique non à tout amour, mais à l'amour de Dieu. Toutefois la charité n’est pas parfaite en nous dès le début; elle a des degrés, dont le premier s’identifie avec celle bonne volonté de nous tourner vers Dieu,qui correspond au commen­ cement de la foi. C. VIII. Par conséquent, dans la pro­ position 38·, Baius nie tout moyen terme, dans l’ordre de la moralité, entre la cupidité vicieuse et la charité théologale prise dans son acception totale de charité parfaite et imparfaite. Il invoque des témoignages patristiques assez connus, par exemple ce texte de saint Augustin : Regnat carnalis cupiditas ubi nonest charitas, Enchiridion, c. cxvn, P. L., t. XL, coi. 287; ou cetautre de saint Léon : Duo namque amores sunt, ex quibus omnes prodeunt voluntates, etc. Serm.,xc, c. Ili, P. L., t. Ltv, coi. 448. Cette doctrine de Baius est certainement liée dans sa pensée à la conception fondamentale qui lui faisait con­ sidérer Dieu tel qu'il est en lui-même comme la tin naturelle de toute créature raisonnable. Seule la charité, guidée par la foi, peut nous unir à Dieu tel qu’il est en lui-même ; tout autre principe de moralité est impropre à nous faire atteindre notre fin dernière. Cependant, quand il s’agit d’établir la nécessité de cette union à Dieu dans tous nos actes. Baius fait intervenir, on l'a vu déjà, un second principe, celui de l'obligation stricte où nous sommes de tendre à notre fin dernière partons nos actes et par conséquent, dans son hypothèse, de les 91 BAIUS 92 rapporter tous à Dieu par le motif de la charité sous la I faux principes supposés par le docteur lovaniste. Ce qui n’empêche pas ήη’οη ne puisse chercher dans l’en­ lumière de la foi,eæ fide per dilectionem operante. Une semble de doctrine qui résulte de la bulle Ex omnibus fois en possession de ces principes, Baius pouvait for­ afflictionibus et des autres documents du même ordre, muler la proposition 38". Comme elle a été condamnée dans le sens de l'auteur, il faut conclure à la fausseté des principes pour confirmer le sentiment de ceux qui de la doctrine qu’elle exprimait, et reconnaître que la soutiennent la distinction du double amour de Dieu; division de nos actes moraux en cupidité vicieuse et car, suivant une juste remarque de Suarez, l’usage que les docteurs ont l'ait' de ces constitutions a eu pour objet charité théologale même imparfaite n’a rien d’absolu. Aussi les docteurs de Louvain opposèrent-ils à la pro­ non seulement le triomphe de la doctrine catholique, mais encore l’établissement des opinions théologiques position censurée cette assertion positive, c. v : « On ne peut douter qu’il y ait un amour intermédiaire entre le les plus vraisemblables, ad confirmandas non solum surnaturel et le vicieux, amour que l’auteur de la nature catholicas, sed etiam veriores theologicas opiniones. De a mis dans nos cœurs et qui porte tous les hommes à gratia, prolegom. vi, c. n, n. 12. Voir, sur la distinction vouloir être heureux, à aimer leurs pères, leurs mères, du double amour de Dieu et la possibilité d'un amour leurs enfants, leurs amis et leurs proches; amour irré­ naturel, S. Thomas, Comment, in I Cor., xnt, lect. IV, à la lin; Sum. theol., 1“ II®, q. cix, a. 3; Suarez, op. préhensible et inspiré parla natureelle-même. » Baiana, cil., 1. I, c. XXIX sq.; Ripalda, op. cil., disp. VIII, p. H». Peu de propositions ont été défendues avec autant sect, xui sq. ; disp. XIII, sect, iv, n. 38 sq.; disp. XXI, sect. I, n. 7 sq. d’obstination et d’acharnement par les baianistes et les jans- ntstes. sans compte, les théologiens qui subirent 16. Non est vera legis obeL’obéissance qu’on rend à la leur intluence, comme Henri de. Saint-Ignace. Alexan­ dienlia, quæ fit sine cliaritate. loi sans la charité, n’est pas dre VIII confirma la doctrine sanctionnée par Pie V. en De meritis operum, 1.11, e. I ; une véritable obéissance. condamnant cette assertion : «Touteaction humaine libre Baiana, p. 89. est amour de Dieu ou amour du monde» Si elle est Baius entend ici la charité comrçe dans la proposi­ amour de Dieu, c’est la charité du Père; si elle est amour tion 38'; il le dit formellement dans son apologie, en du monde, c’est la concupiscence de la chair, et ainsi citant à l'appui de son opinion, les paroles de Notreelle est mauvaise. » Denzinger, Enchiridion, n. 1164. Seigneur, Joa., xiv, 24 : « Celui qui ne m'aime pas, Quesnel reprit le même thème, en calquant son énoncé ne garde pas ce que j’ai dit, » et divers passages de sur le texte de saint Léon : Non sunt nisiduo amores,etc.; saint Augustin, par exemple : « Sans la grâce, la loi ne nouvelle condamnation. Ibid., n. 1259. Pie VI compléta fait que des prévaricateurs... Sans la foi qui opère par enfin la réprobation de cette erreur du double amour, se la charité, on ne peut garder la parole du Seigneur. » De partageant en cupidité dominante et en charité domi­ gratia et lib. arb., c. xvni; In Ps. cxvni, serm. vu; nante. à l’exclusion d’actes intermédiaires; il déclara P. L., t. xliv, col. 904; t. xxxvn, col. 1516. Textes que solennellement cette doctrine fausse et déjà condamnée, le docteur lovaniste fait suivre d’une glose qui nous est falsa, alias damnata, et lui opposa les textes de saint Au­ assez connue : tout ce qui ne vient pas de la foi est péché, gustin cités précédemment. De spiritu et littera, c. xxvin ; et la foi opère par la charité. La pensée est donc mani­ Serm., ccc.xt.ix. Denzinger, op. cit., n. 1387. Sans doute feste; sans la charité théologale au moins imparfaite, il le grand docteur ramène toutes les affections humaines y a péché, et non pas véritable obéissance à la loi divine. à l’amour de Dieu et à l’amour de la créature, à la cha­ Comparer la proposition 47' de Quesnel. Denzinger, rité et à la cupidité; mais il n’entend pas alors par cha­ Enchiridion, n. 1262. Une longue réfutation n'est pas rité la vertu théologale de ce nom. ni même l’amour de nécessaire. La proposition 16e est d’abord erronée dans Dieu en général: il étend le sens du mot charité à tout le sens de l'auteur, par son étroite connexion avec des amour honnête, à tout acte de vertu, à toute bonne vo­ erreurs plus générales. De plus, prise textuellement, lonté conforme à l’ordre éternel. En outre, Baius s’est elle est équivoque. Que signifient les mots vera legis trompé en transportant à tous nos actes pris dans un obediential Si l'on entend l’accomplissement parfait et sens particulier et distributif ce qui ne leur convient entier de la loi divine, il est incontestable que la charité que dans un sens général et collectif. Un homme est doit intervenir, comme premier précepte et plénitude juste ou pécheur, suivant que l’amour de Dieu ou l’amour de la loi, non pas la charité imparfaite, mais la charité de la créature domine habituellement en lui, et par là parfaite et habituelle. Si l’on entend l’accomplissement même l’ensemble de ses actions se ressentira de l’une de la loi prise en détail dans les divers préceptes qu’elle ou de l’autre de ces deux grandes affections ; mais on renferme, il est faux d'affirmer qu'il n’y a pas de véri­ n’a pas le droit d’aflirmer que, dans toutes et chacune table obéissance sans la charité; d'autres motifs suffi­ sans exception, il agira sous l’influence ou de la charité sent, nommément celui de l'obéissance même, sans dominante ou de la cupidité dominante, quasi in om­ parler de l’espérance, de la crainte bien réglée, de nibus suis actibus peccator ·ίβη>ίαΙ dominanti cupi­ l’honnêteté inhérente au précepte, etc. Pour lever toutes ditati, disait Pie VI au même endroit de la bulle les équivoques, le cardinal Bellarmin énonce ces trois Auctorem fidei. Voir Ripakla, op. cil., disp. XXII, sect. principes, dans sa réfutation inédite des propositions de I, xvi. Baius, fol. 175 sq. : Parfois il est nécessaire d’agir par Les propositions 34· et 36e sont pour Baius un simple le motif de la charité, pour éviter de pécher dans l'ob­ corollaire de sa doctrine sur l’amour de Dieu et sa rela­ servation des commandements qui se rapportent à tion essentielle au Saint-Esprit comme principe. Elles l'amour de Dieu; il n’est pas nécessaire d'agir pour le sont à tout le moins téméraires et scandaleuses pour la motif de la charité, pour éviter de pécher dans l’obser­ dureté et l’arrogance dont l’auteur fait preuve à l’égard vation des autres préceptes; enfin celui qui est en état de d’une distinction et d’une opinion reçues et autorisées charité n'est pas tenu d’accomplir toujours les préceptes parmi les théologiens. Sont-elles fausses ? Oui, dans le par le motif de la charité. C’est la doctrine de saint sens de l’auteur; car Baius s’appuyait sur les principes Thomas, Sum. theol., I» II", q. C, a. 10. Mais, pour que erronés que nous avons vus pour condamner catégori­ l’observation de la loi soit rigoureusement méritoire, quement la distinction d’un double amour de Dieu et la charité au moins habituelle est requise. Par ce côté, rejeter absolument la possibilité d’un amour naturel de la proposition présente a des points de contact avec les Dieu. Mais il ne s’ensuit pas que, par le seul fait de la cen­ sure portée contre les propositions 34' et 36', Pie V ait propositions 13', 15" et 61«. Cf. Ripalda, op. cil., disp. tranché la controverse existant dans l’école sur ces deux XXII, sect, i, n. 7 sq. ; pour l’explication de saint Au­ questions prises en elles-mêmes et indépendamment des gustin en particulier, sect, v, vin. BAIUS 93 v. propositions relatives au péché. 20. Nullum est peccatum ex natura sua veniale, sed omne peccatum meretur pœnam æteroam. De meritis oper., 1. II. c. vin: Baiana, p. 01. Nul péché n'est véniel de sa nature, mais tout péché mé­ rite la peine éternelle. Baius quitte ici le sentiment commun des théologiens catholiques et donne la main à Luther et à Calvin. Dans son apologie, il essaie de se disculper en disant qu’il n’a pas absolument décidé la question, mais qu’il l’a dis­ cutée comme plusieurs autres qui restent soumises â la libre» controverse; il invoque l’autorité et l’exemple du saint martyr, Jean Fischer, évêque de Rochester. Excuse insuffisante en fait; car si le chapitre ou le chancelier de Louvain traite cette matière commence sur le ton de la discussion, il s’achève par une affirmation assez nette, suivant la remarque de Steyaert, primo quidem quasi disputative, sed in fine plane assertive. Excuse surtout insuffisante pour le fond ; car, quelques exemples isolés, comme celui de Gerson et de l’évêque de Rochester, ne suffisent pas pour qu'on puisse, sans témérité, les suivre en une opinion réfutée par les autres théologiens, et communément tenue pour fausse ou même dangereuse. De plus, la proposition 20 a, dans la pensée de Baius, une connexion étroite avec la proposition 2’; son pre­ mier et principal argument est, en effet, celui -ci : Toute action vraiment bonne, quelque petite qu’elle soit, est, de sa nature, méritoire de la vie éternelle; donc tout pê­ ché, quelque léger et petit qu’il soit, est, de sa nature, méritoire de la mort éternelle. Argument qui part d'un principe erroné et qui, sous le rapport de la conclusion, est manifestement sans valeur. Voir S. Thomas, Sum. theol., I» II·'·, q. i.xxxvn, a. 5; Bellarmin, De amissione gratiæ et statu peccati, 1. I, c. vu sq. 46. Ad rationem et definitio­ nem peccati non perlinet vo­ luntarium: nec definitionis quæstio est, sed causæ et ori­ ginis, utrum omne peccatum debeat esse voluntarium. De peccato origin., c. vu ; Baiana, p. 1Û5. 47. Unde peccatum originis vere habet rationem peccati sine ulla ratione ac respectu >1 voluntatem, a qua originem habuit. Ibid., quant au sens; Baiana, p. 135. 48. Peccatum originis est habituali parvuli voluntate vo­ luntarium, et habitualiter do­ minatur parvulo, eo quod non gerit contrarium voluntatis arbitrium. Ibid., quant au sens. Le volontaire n’entre ni dans la notion ni dans la définition du péché; et la question de savoir si tout péché doit être volontaire, ne concerne pas sa définition, mais sa cause et son origine. Ainsi le péché originel est un véritable péché, indépen­ damment de tout égard et de tout rapport à la volonté dont il tire son origine. Le péché originel est volon­ taire à l’enfant d’une volonté habituelle, et domine habi­ tuellement en lui, parce qu’il n'a point d'acte de volonté con­ traire. Dans le chapitre d’où l’on a extrait ces trois proposi­ tions. Baius répond à cette objection qu’il se pose au sujet du péché originel : Tout péché devant être volon­ taire, comment peut-on imputer à l’enfant ce qui n’est pas le tait de sa volonté? Pour répondre, il commence par mettre en avant le principe énoncé dans la proposi­ tion 46’. et le fait suivre de cette comparaison : « Quand en face d'un avorton, on se demande s’il est ou s’il n'est pas un homme, on ne recherche pas s’il tient son ori­ gine de Dieu, mais s’il a une âme raisonnable, car c’est la ce qui importe à sa définition; de même quand il t _it de savoir si un acte est, de sa nature, péché, on doit pas rechercher s’il vient de la volonté ou de quelle volonté il a pu sortir, mais bien si, de sa nature, ü est transgression des préceptes divins, ce qui est la finition propre du péché. S’il est tel, d’où qu’il vienne, B est, de sa nature, péché. Que si l’on demande ensuite : à ; li laut-il imputer ce péché? c’est alors qu'on doit rechercher de quelle volonté il est le fait. » L’application du principe est facile pour Baius en ce qui concerne 94 le péché originel, ou la concupiscence, puisqu’il la re­ garde comme étant, de sa propre nature, transgression de la loi divine, et par suite péché proprement dit. Ceci posé, il complète ainsi sa réponse : pour qu'on puisse réellement imputer à quelqu'un ce qui est, de sa propre nature, péché, il suffit que cela se trouve et domine en lui soit actuellement, soit habituellement, sans qu'il y ait de sa part acte de volonté contraire. Les apologies du chancelier contiennent des plaintes et des récrimina­ tions sur le texte des propositions 46’, 47’ et 48", mais elles ne modifient en rien le fond de la doctrine, et Steyaert a eu raison de dire dans son petit commentaire : Habet hanc doctrinam, et pleraque etiam verba. L'erreur est manifeste; elle tient en partie à la fausse opinion de Baius sur la concupiscence et le péché origi­ nel, en partie à une confusion latente entre le péché matériel et le péché formel, ou la matière et l’acte du péché. Le péché proprement dit, le péché formel, sup­ pose essentiellement l’advertance de la part de l’intelli­ gence et le consentement de la pagt de la volonté; sans quoi, il n’y a vraiment pas de transgression de la loi, comme le remarque fort bien le cardinal Bellarmin. en expliquant la définition du péché. De amissione gratiæ, 1. I, c. t. Si le pêché est actuel, le volontaire affecte l'acte même; s'il est habituel, il se tire de la relation d'ordre moral qui existe entre l’état de péché et l'acte coupable qui a précédé, et cette relation n’est pas moins essentielle à la notion du péché habituel qu'elle ne l’est â celle du péché actuel. Ces principes s'appliquent au péché originel, avec cette particularité que, n’étant pas un péché strictement personnel, il ne requiert pas une relation à la volonté personnelle de chaque individu, mais à la volonté coupable et responsable d'Adam, prin­ cipe physique et chef moral de tout le genre humain. Diverses, à la vérité, sont les opinions, quand il s’agit de déterminer plus exactement et d’expliquer la nature du volontaire dans le péché originel ; mais il n’en reste pas moins certain et unanimement admis, qu'il faut faire entrer en ligne de compte la volonté pécheresse du pre­ mier homme. C'est la doctrine formelle de saint Augus­ tin, par exemple, dans son traité De nuptiis et concu­ piscentia, I. II, c. xxvin, P. L., t. xt.iv, col. 464. C’est la doctrine de saint Thomas, Sum. theol., ΙΊ11, q. i.xxxi, a. I. El c’est la doctrine des docteurs de Louvain dans leur déclaration de 1586, c. vu : « Ce qu’on appelle pé­ ché originel ne serait pas péché, s’il n'était pas volon­ taire, le volontaire appartenant à la notion et à la défi­ nition du péché. Cependant il n’est pas volontaire de par la volonté propre soit habituelle soit actuelle de l’enfant lui-même; il l'est par la volonté de notre premier père. Mais il est absolument impossible qu i) soit vraiment pé­ ché indépendamment de tout égard et de toute relation â la volonté d’où il tire son origine. Rien ne peut être péché, qu'il ne soit volontaire; et pour qu’il soit pro­ prement volontaire, il faut qu’il sorte de la volonté et soit au pouvoir de la volonté. » Baiana, p. '171. Cf. Pal­ mieri, op. cil., th. LXXin, n. 8, p. 581 sq. 49. Et ex habituali voluntate dominante fit, ut parvulus de­ cedens sine regenerationis sa­ cramento, quando usum ratio­ nis consecutus erit, actualiter Deum odio habeat, Deum blas­ phemet et legi Dei repugnet. Baiana, p. 106. De cette volonté habituelle dominante il arrive que l'en­ fant mourant sans avoir reçu le sacrement de la régénération, après avoir acquis l'usage de la raison, hait Dieu actuel­ lement, le blasphème et résiste â sa loi. Cette proposition se relie à la précédente; elle en fait même partie dans les anciens exemplaires de la bulle Ex omnibus af/lictionibus. On ne la trouve pas dans le texte de Baius; le rédacteur 1’aura prise ailleurs, ou l'aura jointe â la proposition -48’ comme un commen­ taire appliquant à l’enfant qui meurt sans baptême les conséquences de la doctrine de ce théologien sur la concupiscence; on a déjà vu qu’il la conçoit, non comme 95 BAIUS une simple privation de la justice originelle, mais comme un acte vicieux et déréglé qui reste d'abord insensible, tant que l’enfant est incapable de penser au bien ou au mal, mais qui se développe ensuite et se manifeste par les effets indiqués dans la proposition 49". L'application faite de cette doctrine à l’enfant mort sans baptême mettait en relief la relation de causalité stricte qui. dans le système baianiste, existait entre ces effets et la con­ cupiscence ou le péché originel. Aussi, tout en observant que la proposition n'est qu'un commentaire du rédac­ teur, Baius n'en nie pas le fond; il demande d’où pour­ rait venir à l'enfant mort sans baptême une condition toute différente de celle qu'il apporte en naissant ? Mais c’est plutôt au chancelier de prouver ce qu'il suppose, à savoir que le p"ché originel consiste dans la concupis­ cence conçue comme une qualité mauvaise d’ordre posi­ tif et comme un principe entraînant nécessairement dans l'enfant qui parvient à l’usage de la raison, les affreuses conséquences dont il s’agit. Doctrine non seulement gratuite et téméraire, mais positivement erronée. Corps de doctrine, loc. cit.; S. Thomas, In IV Sent., 1. II, dist. XXXIII. q. n ; Acta concilii Vaticani, adnotat. 40 in primum schema, canones schemat. reformati, ni, 5, op. cit., col. 549 sq., 566. 52. Omne scelus est ejus con­ Tout crime est de telle na­ ditionis. ut Suum auctorem et ture. qu'il peut souiller son au­ teur et toute sa postérité de omnes posteros eo modo infi­ cere possit, quo infecit prima la môme manière que le péché transgressio. De peccato ori­ du premier homme. gin., c. XIII. A ne considérer que la na­ 53. Quantum est ex vi trans­ ture du péché, ceux qui nais­ gressionis, tantum meritorum malorum a generante contra­ sent avec de moindres vices hunt, qui cum minoribus nas­ contractent de leur père autant de démérites que ceux qui cuntur vitiis, quam qui cum naissent avec de plus grands. majoribus. I bid., c.vt; Baiana, p. 1G8. Ces deux propositions se rapportent à la transmission du péché originel. Dans son apologie, Baius semble tfabord expliquer la première d une façon .plausible; Dieu, dit-il, pouvait attacher les mêmes effets à tout autre péché qu’à la manducation du fruit défendu. Mais il se trompe aussitôt, en prétendant tirer de ce principe la proposition 52'; car il ne s’ensuit nullement que tout péché aurait eu de sa nature de tels effets. Sa preuve est d'une faiblesse extrême, ratiuncula futilis, suivant le mot de Steyaert; en effet, Baius fait appel au texte : Qui facit peccatum, servus est peccati, Joa., vin, 34, en raisonnant de la sorte : Celui qui pèche mérite de deve­ nir l’esclave du péché, et la servitude passe régulière­ ment du père au fils! La vérité consiste à dire que, si le péché d’Adam passe à tous ses descendants avec les effets qui l'accompagnent, c’est en vertu d’une ordina­ tion positive ; Dieu avait constitué le premier homme chef moral du genre humain, et attaché à son obéissance ou à sa désobéissance la conservation ou la perte de la grâce sanctiliante et des dons primitiis, comme Jean de Lens le rappelle à propos dans le corps de doctrine, c. vu. Baiana, p. 171. La proposition 53’, obscure en elle-même, a son expli­ cation dans le contexte. Dans le chapitre vi, Baius se pose cette difficulté : comment la concupiscence peut-elle être le péché originel, puisqu'elle se trouve dans les hommes à des degrés différents, tandis que le péché originel est égal en tous? Il répond en distinguant dans la concupiscence l’acte et la dette ou le démérite; ce qui est vrai sous ce dernier rapport ne l’est pas sous le pre­ mier manifestum est dici non posse peccatum origi­ nis in omnibus actu esse æquale, sed solum reatu et demerito. Idée qu’il développe ainsi : en vertu de h, première transgression, tous devraient contracter les mêmes vices et naître également soumis à la concupis­ cence; mais Dieu n’applique pas la loi d’une façon ri­ goureuse; de là vient que les uns naissent avec de moin­ 9G dres vices, les autres avec de plus grands. Toutefois, cette diversité ne venant que de la libre disposition de Dieu, le démérite reste égal, car il s’appuie sur la dette contractée par les parents. Doctrine entachée d'un dou­ ble défaut; d'abord en ce qu’elle enseigne que dans cette supposition chimérique d’inégalité des vices origi­ nels, tous les hommes contracteraient des démérites égaux; mais surtout, en ce qu elle tait réellement naître les hommes inégalement pécheurs. Erreur dont l'ori­ gine est dans la fausse idée que Baius se faisait du pé­ ché originel et de la nature de la concupiscence. Corps de doctrine, loc. cit.; S. Thomas, Sum. theol., Ia Ilæ, q. LXXXii, a. 4. 54. Definitiva hæc sententia, Deum homini nihil impossi­ bile præcepisse. lalso tribuitur Augustino, eum Pelagii sit. De peccato origin., c.xu ; Baiana, p. 109. Cette sentence définitive, que Dieune commanded l’homme rien d'impossible, est fausse­ ment attribuée à saint Augus­ tin, étant de Pélage. Baius se défend d'avoir jamais formulé cette proposi­ tion et se prétend calomnié. L’importance de la question demande qu’on rétablisse l'état des choses. Dans le cha­ pitre XI de ce même traité De peccato originis, le doc­ teur lovaniste avait établi que la loi divine prohibe non seulement les actes vicieux, mais leurs principes : Quod non tantum actus, sed etiam habitus viliorum divina lege prohibeantur; thèse qu'il avait appliquée à la con­ cupiscence : Sic et ipse habitus concupiscentias. Au dé­ but du chapitre xn, il se pose cette objection : Comment soutenir celte doctrine, puisque l'enfant, et même l'adulte, ne peuvent pas se délivrer de la concupiscence, et que, suivant le sentiment commun, Dieu ne com­ mande â l’homme rien d'impossible? Vérité que saint Augustin lui-même a exprimée dans cette sentence défi­ nitive : « Dieu n'a pas pu commander quelque chose d'impossible, parce qu’il est juste; il ne damnera, pas l'homme pour ce qu'il n'aura pas pu éviter, parce qu'il est bon. » Baius répond d’abord que la sentence défini­ tive qu'on attribue à saint Augustin, n'est pas de ce doc­ teur, mais de Pélage dans sa lettre à la vierge Démétriade, c. xvi, P. L., t. xxxiti, col. 1110. Ensuite, il distingue l'axiome : Dieu n'a commande à l’homme rien d’impossible. Appliqué à l'étal de rectitude originelle, l'axiome est vrai; grâce aux forces qu’il avait reçues dans sa création, l'homme pouvait alors, sans obstacle ni difficulté, accomplir ce que Dieu lui avait prescrit et éviter ce qu'il lui avait interdit. Mais on ne peut, à l'exemple de Pélage, appliquer l’axiome à l’homme tombé, à moins qu'on n'ait égard au secours divin par lequel Dieu rend possible, et même facile, à ses saints ce qui. depuis la chute, est devenu impossible aux forces humaines. Telle est la doctrine de Baius. Elle soulève une ques­ tion de principe et une question de fait. Ce secours di­ vin qui, seul, rend possible à l'homme déchu l’accom­ plissement des préceptes, l'homme l’a-t-il pour pouvoir se délivrer de la concupiscence habituelle et de ses mouvements désordonnés qui, d'après Baius, sont ri­ goureusement prohibés par la loi de Dieu? Telle est la question de principe. Comme la réponse est franche­ ment négative, on arrive immédiatement à la doctrine exprimée dans la 1™ proposition de Jansénius : « Cer­ tains commandements de Dieu sont impossibles aux hommes justes, selon les forces qu'ils ont présentement, bien qu'ils aient la volonté et qu’ils s'efforcent de les accomplir; la grâce qui les rend possibles, leur fait défaut. » Proposition qui a été condamnée comme téméraire, impie, blasphématoire, digne d'anathème et hérétique. Denzinger, Bnckiridion, n. 966. La question de tait est celle-ci : celte sentence définitive, que Dieu ne commande à l’homme rien d’impossible, est-elle propre à Pélage? 11 importe peu que la lettre à Dénié- 97 98 BAIUS triade soit de cet hérésiarque, si saint Augustin enseigne la même doctrine dans ses ouvrages authentiques. Or, il renseigne plusieurs fois et sans ambages, notamment dans les passages invoqués par les Pères du concile de Trente, sess. VI, c. xi, et par Pie VI dans la bulle Aucto­ rem fidei. Denzinger, ibid., n. 686, 1382. Voix· De pec­ catorum meritis, I. II, c. vi; De natura el gratia, c. xuii; De gratia et libero arbitrio, c. xvx ; In Ps., 1.V1, η. I, P.L., t. xi.iv, col. 155, 271, 900; t. xxxvi, col. 661. Comparer à la phrase de la lettre â Démétriade celle de saint Césaire que Pie VI rappelle : quasi impossibile aliquid potuerit imperare qui justus est, aut damna­ turus sit hominem pro eo, quod non potuit vitare, qui pius est. Serm., cci.xxnr, n. 2, dans l'appendice aux ser­ mons de saint Augustin, P. L., t. xxxix, col. 2257. La proposition 54' a donc été justement condamnée, non pis d'une façon quelconque, mais dans le sens que lui donnait Baius; nous verrons immédiatement quelles conséquences s’y rattachaient. Bellarmin, De justifica­ tione, I. IV, c. xit; Ripalda, op. cit., disp. XXIII, sect, vi, n. 73 sq. 67. Humo peccat, etiam dam­ L’homme pèche et mérite la nabiliter, in eo quod necessa­ damnation en ce qu’il fait né­ rio lacit. Annot., 5, in Cencessairement. tur. Sorbon. 68. Infidelitas pure negativa L'infidélité purement néga­ in his, quibus Christus non est tive est un péché dans ceux à prædicatus, peccatum est. qui Jésus-Christ n’a pas été annoncé. Peux conséquences des principes baianistes sur la liberté et la notion du péché. 11 n’est pas nécessaire d'insister sur la proposition 67', elle est hérétique au même titre que les propositions 39e et 66«. Il est de fait que, même dans l’état où nous sommes, la liberté d'indilférence est requise pour mériter ou démériter; il n’y a donc pas de responsabilité ni de démérite possible là ou il y a nécessité. Dans sa grande apologie, Baius reconnaît que cette proposition a été justement con­ damnée, comme aussi la suivante, merito damnantur; mais il la désavoue et parle d'imputations calomnieuses au préjudice de ceux que la bulle de saint Pie V visait. Pourtant, il ne pouvait pas ignorer ce que son collègue Jean Hessels avait écrit, dans son commentaire sui’ le second livre des Sentences, dist. XXV et XXVIII : « Il n'y a point de liberté réelle où il y a nécessité, et cepen­ dant il peut y avoir péché, parce que l’homme nécessité au mal ne s’imagine pas qu'il y soit nécessité. C’est ainsi que les pécheurs pensent se déterminer d’une façon contingente et par choix à ce qu’ils font réellement par nécessité... il n'y a point d'inconvénient à ce que l'homme pèche en ce qu’il ne peut éviter de faire, parce que cette impuissance est la peine du péché, et qu’elle est seulement concomitante sans être la cause du péché. » Duchesne, Histoire du baianisme, p. 45. En outre, Baius ne devait pas oublier ses propres remarques sur la t.’·' des propositions censurées par la Sorbonne : Homo necessario peccat etiam damnabiliter in aliqua peccati specie; et actus in quem necessario fertur, est illi peccatum : quare ut libere feratur in actum, non est o ii /itio necessaria ad peccandum. Les docteurs pari­ siens avaient jugé celte assertion hérétique en toutes ses parties. Mais le professeur de Louvain en avait pris la detense. Voici quel avait été son raisonnement : ceux qui ■'ont pas reçu le pouvoir de croire en Jésus-Christ n'ont pu croire en lui, par exemple les Juifs aux yeux desquels il a opéré tant de prodiges sans éclairer leur esprit des lumières de sa miséricorde; or ces Juifs ont très gravement offensé Dieu en ne croyant pas; donc ils eut pêché très gravement, alors qu'ils n'ont pas cru. ■’ayant pas le pouvoir de croire, qui credendi pote­ statem non habuerunt. De même, parmi les vierges consacrées à Dieu, il en est qui voudraient garder la continence et qui, par suite de mauvaises habitudes, ne DXCT. DE THÉOL. CATIIOL. le peuvent pas, alias velle quidem, sed non posse; il peut donc arriver qu’en un certain genre de péché, on pèche si nécessairement, qu’on n'ait point le pouvoir d'éviter le péché qu'on commet, sic videlicet ut quum peccat, potestatem evitandi hoc peccatum non habeat. Et pourquoi? parce que le pouvoir de ne pas pécher consiste dans une volonté d'une telle force qu’elle sur­ passe la cupidité dominante, volonté très efficace que le Seigneur doit préparer, mais qu'il ne donne pas à tous, Baiana, p. 25. Qu’on lise maintenant le chapitre xn de l'opuscule De libero hominis arbitrio, où cette doctrine se retrouve; qu’on y joigne les propositions 50, 51' et autres sur la concupiscence, dont il sera question dans un instant; et l'on pourra juger si Baius et ses amis ont été vraiment calomniés. Voir Duchesne, in· éclaircisse­ ment, p. 49 sq. Que dire de la proposition 68e? On ne peut pas la rat­ tacher, comme la précédente, à un texte positif du doc­ teur lovaniste. Elle découle cependant de ses principes sur la nature du péché originel et ses conséquences. Baius nous le montre comme ayant quatre parties inté­ grantes, dont l’une est l'ignorance dans l’esprit, igno­ rance constituant un vice positif. De peccato originis, c. ni. L'application était facile; peu importe qu’elle ait été faite par les disciples de Baius ou ses adversaires. Il suffit de dire que cette proposition 68' est pour le moins erronée. Quand quelqu’un ignore invinciblement la foi, comme dans l'hypothèse de l'infidélité négative, il n’y a pas pour lui de vraie liberté par rapport à l'observation ou à la violation du précepte de la foi; il y a, en revan­ che, impossibilité stricte de l'accomplir. Du reste, la sainte Écriture et l’enseignement des Pères et des doc­ teurs de l’Église s’accordent pour disculper du péché d’infidélité ceux à qui la foi n’a pas été proposée : Joa., xv, 22; Rom., x, 14; S. Augustin, In Joa., tr. LXXXIX, P. L., t. xxxv, col. 1856 sq.; S. Tho­ mas, Sum. lheol., 11“ II», q. x, a. 1; Bellarmin, Refu­ tatio Bail, fol. 192 sq. Cf. Linsenmann, Michael Baius, p. 155. VI. PROPOSITIONS RELATIVES A LA CONCUPISCENCE. 50. Prava desideria, quibus ratio non consentit, et quæ homo invitus patitur, sunt pro­ hibita præcepto : .Von concu­ pisces. De peccat, orig., c. xx. 51. Concupiscentia, sive lex membrorum, et prava ejus de­ sideria, quie inviti sentiunt ho­ mines, sunt vera legis inobedientia. Ibid.; Baiana, p. 106 sq. 75. Motus pravi concupiscen­ ti® sunt, pro statu hominis vi­ tiati, prohibiti præcepto : Non concupisces; unde homo eos sentiens, ei non consentiens, transgreditur præceptum : Non concupisces, quamvis trans­ gressio in peccatum non depu­ tetur. Ibid., c. xv-xvi ; Baiana, p. 122. Les mauvais désirs auxquels la raison ne consent pas et que l'homme subit malgré lui. sont défendus par le précepte : Vous ne convoiterez point. La concupiscence, ou la loi des membres, et ses mauvais désirs, que les hommes res­ sentent malgré eux, sont uuo vraie désobéissance à la loi. Les mouvements désordon­ nés de la concupiscence sont défendus, dans l’état de la na­ ture tombée, par le précepte : Vous ne convoiterez point; aussi l'homme qui les ressent, sans y consentir, transgresse ce précepte, quoique la transgres­ sion ne lui soit pas imputée à péché. Ces trois propositions ont dans leur ensemble un même objet. D'après Baius, le précepte Non concupisces défend, sous peine de péché, la concupiscence actuelle et habituelle. Si l’accomplissement du précepte est impos­ sible maintenant, c’est une conséquence du péché d’Adam; il était possible au paradis terrestre, l’homme reste responsable. Cependant la transgression du pré­ cepte par les mouvements indélibérés de la concupis­ cence n’est pas matière à damnation et péché propre­ ment dit dans ceux qui ont été baptisés, tant que la concupiscence et ses mouvements déréglés ne dominent pas en eux, guamdiu illis non dominantur. Doctrine que Baius a maintenue dans ses apologies et qui se rat­ tache évidemment à plusieurs idées qui nous sont II. - 4 99 BAIUS connues; il invoque quelques autorités, surtout celle de saint Augustin dans les endroits où il appelle la concu­ piscence péché ou transgression de la loi. Retract., 1. 1, c. xv, n. 2; Serm., ci.iv, c. vu, n. 10; De natura et grat., c. xvn, n. 19, P. L., t. xxxn. col. 608 sq. ; t. xxxvm, col. 837; t. xliv, col. 255. Prise en elle-même, la doctrine contenue dans les propositions 50e, 51e et 75e est au moins erronée; car elle est inconciliable avec ces deux principes de la loi catholique : Dieu ne commande pas l'impossible, et : Dans l’état actuel, la liberté d'indifférence est requise pour mériter ou démériter. C'est donc une erreur de prétendre que les mouvements indélibérés de la concu­ piscence sont compris dans l'objet strict du précepte : Λ’υιι concupisces. Ce n'est pas en ressentant en nous la concupiscence, mais en lui donnant notre consentement, que nous péchons. Rom., vi, 12. Baius raisonne mal en partant de ce principe que, dans l’état primitit, le pré­ cepte défendait les mouvements indélibérés de la con­ cupiscence, et qu’il n'a pas changé. La supposition est inexacte, puisque, dans l’état primitit, les mouvements ind libérés de la concupiscence n’étaient pas possibles; l'objet du précepte n'était donc pas là, et il n'a pas ch ngé. Ce qui a changé, c’est la condition du sujet; le don de l'intégrité originelle ayant disparu, la concupis­ cence est en nous et agit malgré nous, mais le devoir nous incombe de lui résister. 11 est étonnant qu’en prétendant défendre la foi ortho­ doxe contre les protestants, un docteur catholique ait tenu si peu de compte du concile de Trente dans une question où celui-ci avait posé des principes si formels, sess. V, can. 5. Denzinger, Enchiridion, n. 674. On y avait d'abord déclaré contre l'erreur protestante de la non-imputation, que le baptême enlève tout ce qui est vraiment et proprement péché, totum id quod veram et propriam peccati rationem habet; assertion manifes­ tement fondée sur la doctrine de saint Paul. Rom., vin, 1. Or qu’y a-t-il au fond de la doctrine de Baius? Si la concupiscence est, de sa nature, transgression du pré­ cepte divin, comment ne sera-t-elle pas péché, si ce n est parce que Dieu ne l'imputera pas aux justes, en considération de la charité qui est en eux à l’état do­ minant? Mais les Pères du concile avaient ajouté que la concupiscence reste dans ceux qui ont été baptisés, et à quel titre? Comme matière de lutte, ad agonem. Ce n’est donc pas comme transgression du précepte divin. Enfin, les Pères avaient déclaré que si l'Apôtre appelle parfois la concupiscence péché, l’Église catholique a toujours compris cette appellation non pas en ce sens, que la concupiscence soit vraiment et proprement péché dans ceux qui sont régénérés, mais parce qu'elle vient du péché et porte au péché; explication empruntée à saint Augustin. Retract., loc. cit.; De nuptiis et concup., 1. I, c. xxiii, modo quodam loquendi peccatum vocatur; Contra duas epist. pelag., I. 1, c. xm, n. 27, etiamsi vocatur peccatum, non utique quia peccatum est. P. L., t. xliv, coi. 428, 563. L'évêque d'Hippone suppose, il est vrai, que le texte Non concupisces s’étend à tous les mouvements de la concupiscence; mais il con­ sidère alors non pas seulement l’objet strict, mais aussi la lin du précepte, tin que nous n’atteindrons pleine­ ment qu'au ciel. L’objet strict est contenu dans cette autre formule, Eccli., xvm, 30 : Post concupiscentias tuas non eas, n’obéissez pas à vos mauvais désirs. De nuptiis et concup., L I, c. xxix; Contra Julian., I. V, c. in, n. Il, P. L., t. xliv, col. 431, 789. Voir corps de doctrine, c. xn, Baiana, p. 177; Bellarmin, Refutatio Bait, foi. 241 sq. ; De amissione gratiæ, 1. II, c. vu sq.; Palmieri, De Deo creante, th. xliv, n. 6, p. 371 sq. Dans ceux qui après le bap­ 74. Concupiscentia in renaUs tême sont retombés dans le relapais in peccatum mortale, in quibus jam dominatur, ρβοpéché mortel, la concupiscence. catum est, sicut et alii habitus pravi. Baiana, p. 122. 76. Quamdiu aliquid concupiscentiæ carnalis in diligente est, non lacit præceptum : Ditiges Dominant Deum hutm ex toto corde tuo. Baiana, ibid.,et p. 146. Ci. De justitia, c. VI. 100 redevenue dominante, est un péché, connue les autres mau­ vaises habitudes. Tant qu'il reste quelque chose de la concupiscence de la chair dans celui qui aime, il n'accomplit pas ce précepte: Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur. On ne trouve pas dans Baius le texte de ces propo­ sitions, mais elles se rattachent incontestablement à sa doctrine. Nous l’avons entendu dire que la transgression du précepte Non concupisces par les mouvements indé­ libérés de la concupiscence, n'est pas péché proprement dit dans ceux qui ont été baptisés, tant que la concupis­ cence et ses mouvements déréglés ne dominent pas en eux, c’est-à-dire, tant que la charité dominante main­ tient en ces baptisés l'affection contraire à la concupis­ cence et à ses mouvements déréglés. La conséquence est évidente, et Baius dans son apologie ne la désavoue pas : la charité disparaissant avec le péché mortel, la concupiscence actuelle et habituelle redevient volontaire, et par suite imputable,comme toute autre mauvaise ha­ bitude. Théorie qui suppose plusieurs faux principes sur la nature de la concupiscence, du volontaire et du péché formel. En particulier, comment peut-on dire que le baptême a totalement effacé le péché originel, si la concupiscence, qui le constitue dans la doctrine baianiste, redevient par elle-même matière de damnation dans un baptisé? C’est donc que le péché était réelle­ ment demeuré en lui, avec cette seule différence que Dieu ne l'imputait plus à damnation, à cause de la cha­ rité dominante. La proposition 74· est donc au moins erronée comme la proposition 75e et se réfute par les mêmes principes. On ne peut pas douter que les saints aient accompli le grand précepte de l'amour de Dieu, I Joa., ni, 14, et cependant ils sont restés soumis à la loi de la concu­ piscence. La proposition 76· est donc fausse, et Baius lui-même n’hésite point à la traiter d'hérétique. Mais il ajoute aussitôt : « Toutefois tant qu’on vit sur cette terre, on n’accomplit pas ce précepte avec une perfection telle qu’il n’y ait plus de péché, ut amplius non peccetur. » Assertion vraie, quand on l'entend des péchés véniels, pleinement ou à moitié délibérés; mais elle demeure suspecte chez Baius, car dans la phrase qui suit, sa pensée s’étend aux mouvements de la concupiscence qu'on réprime, quod vel continendo frmelur. Pré­ tendre en ce sens que les saints n’accomplissent pas la loi de la charité, ou du moins toute la loi, non facit totum quod in præcepto est, comme il est dit dans la déclaration de 1570, c’est faire la confusion déjà signalée entre l’objet strict et la fin du précepte. Corps de doc­ trine, c. xn, Baiana, p. 177. Vil. PROPOSITIONS RELATIVES A LA JUSTIUCATION. 42. Justitia, qua justificatur per Udem impius, consistit lormaliter in obedientia mandatu­ rum, quæ est operum justitia ; non autem in gratia aliqua animæ infusa, qua adoptatur homo in filium Dei et secun­ dum interiorem hominem re­ novatur ac divinæ naturæ con­ sors efficitur, utsic per Spiritum Sanctum renovatus, deinceps bene vivere et Dei mandatis obedire possit. De justitia, c. v. comparé avec De citaritate, c. n: Baiana, p. 102. 69. Justificatio impii fit for­ maliter per obedientiam legis, non autem per occultam com­ municationem et inspirationem La justice qui justifie l'impie par la foi, consiste formelle­ ment dans l’obéissance à la loi, qui est ia justice des oeuvres, et non pas dans une grâce in­ fuse qui fait l'homme enfant adoptif de Dieu, le renouvelle intérieurement el le rend par­ ticipant de ia nature divine, de sorte qu'étant ainsi renouvelé par le Saint-Esprit, il puisse ensuite vivre saintement, et obéir à la loi divine. La justification de l'impie se fait formellement par l'obéis­ sance à la loi, et non par une secréte communication et in- 101 gratiœ, quæ per eam justifica· tos laciat implere legem. Baiana, p. 116. BAIUS spiration de la grâce faisant accomplir la loi à ceux qui sont justifiés. Les Pères du concile de Trente avaient expressément déclaré contre les protestants la doctrine catholique sur la nature de la justification, sess. VI, c. vnet can. 11. Denzinger, Enchiridion, n. 681 sq., 703, 704. Ils l'avaient fait consister non seulement dans la rémission des pé­ chés, mais encore dans un renouvellement intérieur de l’âme opéré par la réception de la grâce sanctifiante et des dons qui l’accompagnent. Cette grâce et ces dons, ils les avaient décrits comme quelque chose de réel, d’inhé­ rent à l’âme, infus et répandu en nous par l’action du Saint-Esprit. Baius admettait-il cette doctrine? En tout cas, il parle comme s’il l’ignorait. Dans son traité De justitia, il ne dit pas un mot de la grâce sanctifiante ni des dons infus; pour lui, la justice est proprement l'obéissance à la loi. Si dans le livre De charilate, c. 11, il signale la charité habituelle, envisagée comme qua­ lité inhérente à l’âme, c’est pour la reléguer au second plan et en laisser même l’existence en question. C. vu. Était-ce défendre la doctrine catholique contre les pro­ testants, ou n’était-ce pas plutôt la leur sacrifier? Et que devenait la justification des enfants par le baptême? Ne pouvant consister dans des mouvements actuels de cha­ rité, ne doit-elle pas se faire en vertu d’un don réel et inhérent, qui leur est communiqué par le Saint-Esprit? Telle est la judicieuse remarque d’Estius, adoptée par les docteurs de Douai dans leur écrit Veritas et æquitas, p. 125. Cf. Corps de doctrine, c. x, Baiana, p. 174. Baius a crié à la calomnie, surtout en ce qui concerne la seconde partie de la proposition 42e, où il est nié que la justice consiste dans une grâce infuse. Il reconnaît que dans son opuscule il entendait par justice l’acte même, mais il ne voulait pas dire par là que la grâce ou la charité habituelle ne soit pas aussi comprise dans la justice. Apologie insuffisante et qui passe à côté du débat. La question n’est pas de savoir si les œuvres sont nécessaires soit pour l'acquisition, soit pour la conser­ vation de la justice, ni même si la grâce et la charité habituelle rentrent d’une façon quelconque dans l'en­ semble de la justification; la question est de savoir en . quoi consistent formellement la justice et la justification. Sur ce terrain, la conception du chancelier de Louvain est réellement incompatible avec celle du concile de Trente, et par suite non seulement suspecte, mais erronée. Il faut seulement reconnaître que l’antithèse énoncée dans la proposition 42° ne se trouve pas dans le texte même de Baius, mais elle est l’expression vraie de sa doctrine. La proposition 69'vient sans doute d'un autre auteur, mais ne diffère en rien de la précédente. Voir S. Thomas, Sum.dheol., Ia II®, q. cxnr, a. 1,2; I, ll.irmin, Refutatio fiait, lol. 155 sq.; De justificatione, 1. II, c. XV. 31. Charitas perfecta et sin«n. quæ est ex corde pure et conscientia bona et fide non tam in catechumenis quam in pernitentibus potest esse ■me remissione peccatorum. Lr charitate, c. vu ; Baiana, p 1/7. 141. 32. Charitas illa, quæ est plenitudo legis, non est semper e c meta cum remissione peceir.nim. Ibid. 33. Catechumenus juste, recte et sancte vivit, et mandata Dei ct>«erv.-it, ac legem implet per «karitatem, ante obtentam re■■ssionem peccatorum, quæ in b»;<-mi lavacro demum perci­ pitur. Ibid. ; Baiana, p. 98. 7j. Homo existons in peccato La charité parfaite et sin­ cère, qui naît d’un cœur* pur, d’une bonne conscience et d'une foi vraie, peut se trouver dans les catéchumènes et les péni­ tents, sans que leurs péchés leur soient remis. Cette charité, qui est la plé­ nitude de la loi, n’est pas tou­ jours jointe avec la rémission des péchés. Le catéchumène vit sainte­ ment dans la justice et la piété, observe les commandements de Dieu et accomplit la loi par la charité, avant même que d’avoir obtenu la rémission de ses péchés, qu'il reçoit enfin par le baptême. Un homme qui est en état de mortali, sive in reatn ætemæ damnationis, potest habere ve­ ram charitatem : et charitas etiam perlecta potest consistere cum reatu æternæ damnationis. Annat., 10, in Censur. Sorbon. 71. Per contritionem etiam cum charitate perfecta et cum voto suscipiendi sacramentum conjunctam, non remittitur cri­ men, extra casum necessitatis aut martyrii, sine actuali sus­ ceptione sacramenti. A n nat. .11, in Censur. Sorbon. ; Baiana, p. 117 sq. 102 péché mortel, ou digne de la damnation étemelle, peut avoir une vraie charité; et la cliarité même paitaite peut s'allier avec la dette de la damnation éternelle. Avec une contrition même rendue parfaite par la charité et jointe au vœu de recevoir le sacrement, le péché n’est pas remis, hors le cas de nécessité ou du martyre, si t on ne reçoit actuellement le sacrement. Un commentaire historique éclairera la question trai­ tée dans cette série de propositions. Baius raconte dans son apologie que des cordeliers flamands mettaient en pratique une opinion connue des moralistes; quand ils n’avaient pas à leur disposition un confesseur de leur ordre pour lui déclarer leurs péchés, apparemment leurs péchés réservés, ils ne se croyaient pas obligés de se confesser avant de célébrer le saint sacrifice; à cette oc­ casion, ils avaient soutenu dans plusieurs écrits que la ferme résolution de se confesser jointe à la contrition parfaite suffisait pour obtenir la rémission de ses péchés, quand par ailleurs on était excusé de se confesser immé­ diatement. Baius s’éleva non seulement contre cette pra­ tique, mais encore contre le principe dont on se ser­ vait pour l’appuyer. D'où la doctrine contenue dans les propositions 70e et 71®, elle n'est qu'une répétition de deux articles soumis à la censure de la Sorbonne. Baiana, p. 20 sq. Le docteur lovaniste soutenait que, hors le cas de nécessité stricte ou du martyre, la rémis­ sion des péchés ne s’accordait pas, régulièrement par­ lant, sans la réception effective du sacrement du bap­ tême ou de pénitence; par conséquent, ni la charité ni la contrition parfaite n'avaient pour privilège d’obtenir la justification ou la rémission immédiate des péchés mortels. La Sorbonne avait jugé la doctrine de Baius hérétique, mais il n’avait pas accepté ce verdict et s'était défendu dans ses observations sur la censure. Plus tard, dans son traité De charitate, il avait, au chapitre vn, énoncé cette thèse : que l’acte de charité peut précéder la rémission des pêchés. Parmi les dixneuf arguments qu'il apporte, quelques-uns s’appliquent, il est vrai, à la charité imparfaite ou initiale, mais la plupart vont plus loin et plusieurs se rapportent mani­ festement à la charité parfaite, entendue dans le sens habituel de ce mot. Baius maintenait donc réellement, quoique d'une façon moins explicite, son ancienne opi­ nion. C’était, une fois de plus, ne tenir aucun compte du concile de Trente; car celui-ci avait déclaré formel­ lement, sess. XIV, c. rv, que la contrition parfaite, et parfaite par la cliarité, charitate perfectam, réconcilie l’homme avec Dieu avant la réception effective, mais non pas sans le vœu du sacrement; et dans la session précé­ dente, c. vu. il avait supposé que dans un cas de néces­ sité, en l’absence d’un confesseur autorisé, un prêtre pouvait se préparer par un acte de contrition parfaite à la célébration des saints mystères, sauf obligation de se confesser ensuite le plus tôt possible. Denzinger, Enchi­ ridion, n. 778, 761. Par là s’explique la condamnation des propositions 31’, 32e, 33e, 70e et 71e, erronées en ce qu’elles refusent à la charité et â la contrition parfaite le privilège d’être toujours unies, de fait et infaillible­ ment, à l’amitié divine et â la grâce sanctifiante. Prov., vin, 17; Joa., xiv, 21; I Pet., iv, 8, etc. Corps de doc­ trine, c. xi, Baiana, p. 176; S. Thomas, Sum. theol., III® Supplem., q. v, a. 3; Bellarmin, Refutatio Baii, fol. 166 sq.; De pænilentia, 1. Il, c. xm-xiv. 43. In hominibus pænitenlibus ante sacramentum absolu­ tionis, et in catechumenis ante Les pénitents avant d’avoir reçu l’absolution, et les caté­ chumènes avant d'avoir reçu 103 baptismum est vera justificatio, separata tamen a remissione peccatorum. De justitia,c. vn, quant au sens; Baiana, p. 11)3. 63. Sed et illa distinctio du­ plicis justitiae, alterius, quæ fit per spiritum charitatis inhabi­ tantem, alterius, quæ fit ex inspiratione quidem Spiritus Sancti cor ad pænitentiam excitantis, sed nondum cor inhabitantis et in eo charitatem diffundentis, qua divinæ legis justificatio impleatur, si­ militer rejicitur. 64. Item et illa distinctio du­ plicis vivificationis, alterius, qua vivificatur peccator, dum ei pænitentiæ et vitæ novæ propositum et inchoatio per Dei gratiam inspiratur, alte­ rius. qua vivificatur, qui vere justificatur et palmes vivus in vite Christo efficitur, pariter commentitia est et Scripturis minime congruens. 104 BAIUS le baptême, sont vraiment jus­ tifiés, sans que néanmoins leurs péchés leur soient remis. On doit rejeter la distinction d’une double justice; l’une due à l’esprit de charité qui habite en nous, l’autre due à l’inspi­ ration du Saint-Esprit, qui excite la volonté à la pénitence, mais qui n'habite pas encore en l’âme et n’y répand pas la charité par où s’accomplit la justification de la loi divine. Pareillement, c’est une dis­ tinction imaginaire et nulle­ ment conforme â l’Écriture que celle de deux vivifications ; l’une qui se ferait dans le pé­ cheur quand la grâce de Dieu lui inspire l’esprit de pénitence, le ferme propos et le commen­ cement d’une vie nouvelle ; l’autre qui aurait lieu dans ce­ lui qui est véritablement jus­ tifié et devient une branche vivante de la vigne qui est Jésus-Christ. La doctrine énoncée dans la proposition 43®ressemble à celle qui précède, à cette différence près qu’au lieu de la charité, il s’agit maintenant de la justice. L’erreur n’est pas moindre; suivant l’enseignement du concile de Trente, sess. VI, c. vu, ia vraie justification se fait par le renouvellement intérieur de l’homme ou l’infusion de la grâce sanctifiante, et par conséquent elle ne peut pas précéder la rémission des péchés. Les actes antérieurs du pénitent sont une préparation à la justification, mais ils ne sont pas la justification elle-rnême et ne sauraient conférer au sujet la justice intérieure, propre à l’état présent de l’homme. Baius essaie de se justifier en disant qu’il n’a pas attribué aux pénitents la vraie justification, mais seulement un commencement de justice, aliquid justiliæ. 11 suffit de se rappeler l’analyse du traité De justitia pour comprendre la faiblesse de celte explication. D’après le théologien lovanisle, la justice consiste pro­ prement dans la pratique des vertus ou l’obéissance in­ térieure et extérieure à la loi; la justice proprement dite peut donc se trouver dans un pénitent avant la réception du sacrement auquel, dans ce système, la rémission des péchés est réservée. Les propositions 63® et 64® ne se trouvent pas dans les écrits de Bains; celui-ci, dans son apologie, proclame même très nettement la légitimité des deux distinctions dont il s’agit : « On a tort, dit-il, de rejeter la distinction de cette double justice; je ne l’ai point rejetée dans mon livre, qui n’en parle aucunement. De même pour la dis­ tinction de la double vivification, qui est très vraie. » Steyaert conjecture que. dans les controverses suscitées à Louvain par les théories de Baius sur la justice et la justification, on aura, dans le parti de ce théologien, rejeté la distinction de la double justice et de la double vivification. Mais il est probable aussi qu’en faisant condamrter les propositions 63® et 64®, les adversaires de Baius avaient en vue la négation de la double justice et de la double vivification, entendues dans le sens qu’elles avaient communément chez les théologiens catholiques, soucieux de prendre pour règle de leur enseignement la doctrine du concile de Trente, sess. XIV, c. iv. Denzinger, Enchiridion, n. 778. Chez eux, en effet, ces deux distinctions avaient pour fondement la conception de la grâce actuelle et de la grâce habituelle : l’une, comme principe transitoire d’actes surnaturels impar­ faitement méritoires; l’autre, comme cause formelle de sanctification et principe permanent d’actes surnaturels et pleinement méritoires. Manière d’entendre la justice étrangère à Baius, et même opposée à sa conception. Par ce côté, les propositions 63® et 64® ont du rapport avec les propositions 61® et 62®,expliquées plus haut à propos du mérite. Par la plupart des œuvres 44. Operibus plerisque, quæ a fidelibus fiunt, solum ut Dei que font les fidèles, seulement pour observer la loi de Dieu, mandatis pareant, cujusmodi sunt obedire parentibus, depo­ comme sont d’obéir à leurs pa­ rents, de rendre les dépôts, de situm reddere, ab homicidio, a s’abstenir de l’homicide, du furto, a fornicatione abstinere, justificantur quidem homines, vol et de la fornication, ils quia sunt legis obedientia et sont à la vérité justifiés, parce que c’est une obéissance à la vera legis justitia ; non tamen iis obtinent incrementa virtu­ loi et une véritable justice de la loi, mais ils n’obtiennent tum. De justificatione, c. v; Baiana, p. 103. aucune augmentation des ver­ tus. Cette proposition, peu importante d’ailleurs, est visi­ blement fausse. Faites avec les conditions requises, les bonnes œuvres dont il s’agit ne sont pas moins aptes à procurer l’augmentation des vertus que celle de la grâce sanctifiante dont elles sont inséparables. Concile de Trente, sess. VI, c. vu, xvi et can. 32. Denzinger, Enchi­ ridion, n. 682, 692, 724. Baius a prétendu qu’on l’avait mal compris et qu’il voulait dire tout autre chose. Voici sa phrase textuelle : « Bien que, suivant la remarque du vénérable Bède, toutes les bonnes œuvres que nous laisons effacent certainement les fautes dont nous nous sommes rendus coupables, comme la charité couvre une multitude de péchés, cependant s’il s’agit des bonnes œuvres faites par les fidèles, non pour obtenir la rémis­ sion des péchés ou l’augmentation des vertus, mais seu­ lement pour observer la loi de Dieu..., les saintes Écri­ tures leur attribuent notre justification, non parce qu’elles nous obtiennent la rémission des péchés ou l’augmenta­ tion des vertus, mais parce qu’elles sont obéissance à la loi et véritable justice de la loi. » Phrase équivoque qui donnait le droit de trouver la pensée de Baius· suspecte en une matière où il avait émis tant d’erreurs. VIII. PROPOSITIONS RELATIVES AUX SACREMENTS. 56. In peccato duo sunt, actus et reatus; transeunte autem actu, nihil manet, nisi reatus sive obligatio ad poenam. 57. Unde in sacramento bap­ tismi aut sacerdotis absolutione proprie reatus peccati dumtaxat tollitur, et ministerium sacer­ dotum solum liberat a reatu. De orat, pro defundis, c. iv ; Baiana, p. Ili. 58. Peccat»»r pænitens non vivificatur ministerio sacerdo­ tis absolventis, sed a solo Deo, qui, pænitentiam suggerens et inspirans, vivificat eum et re­ suscitat : ministerio autem sa­ cerdotis solum reatus tollitur. Ibid.; Baiana, p. 112. Il y a deux choses dans le péché, l’acte et le démérite; l’acte passé, il ne reste que le démérite ou l'obligation à la peine. D’où il suit que dans le sa­ crement du baptême ou l’abso­ lution sacerdotale, il n’y a pro­ prement que la dette de la peine qui soit remise; le mi­ nistère des prêtres se borne â délivrer de cette dette. Le pécheur pénitent n’est point vivifié par le ministère du prêtre qui l’absout, mais par Dieu seul qui le vivifie et le ressuscite en lui inspirant la pénitence; le ministère du prê­ tre remet seulement la dette de la peine. Dans le chapitre ir du traité De oratione pro defunctis, où il explique quel genre de purification convient aux âmes des défunts, Baius est amené à parler du péché et de sa rémission. Il distingue deux choses : l’acte qui passe et le démérite qui demeure ; ce dernier est le reatus des théologiens, et Baius l’identifie avec la dette de la peine éternelle dont le pécheur reste passible, tant que son péché n’a pas été remis. Nous pouvons ici-bas être purifiés du péché quant à l’acte et quant à la dette de la peine, « car Dieu purifie intérieurement par lui-même les volontés des fidèles de l’acte du péché, et il les dé­ livre aussi de la dette par ceux â qui Notre-Seigneur a dit : Quorum remiseritis peccata rem ittentur eis. » Vient ensuite la comparaison, familière à saint Augustin, de Lazare ressuscité ou vivifié par Jésus-Christ, mais dégagé 105 BAIUS 106 blables, oû Baius voit des sacrifices proprement dits, de ses liens par les disciples. « Donc, tant que nous proprie sacrificia, comme on peut s'en convaincre en li­ sommes en cette vie, Dieu nous délivre par lui-même sant le chapitre v. Viennent ensuite les actions typiques, des œuvres du péché, et par le ministère des prêtres il nous délivre aussi de la dette qui s’attache au péché. » qui ne sont agréables à Dieu et ne sont sacrifices qu'en Tel est le passage, d’où les propositions 56e, 57° et 58e vertu d'un rapport de signification à quelque autre objet ont été tirées. où se vérifie la première notion : tels tous ces rites léviOn le voit, Baius laisse complètement de côté un élé­ tiques de l'ancienne loi qui figuraient les sacrifices ment qui a pourtant son importance quand il s'agit d'éta­ , demandés par Dieu aux fils de la nouvelle alliance, et blir la nature de l'efficacité sacramentelle et de l’absolu­ plus spécialement le futur sacrifice de la croix. C. ni. tion sacerdotale en particulier; c’est le reatus culpæ, Comparés entre eux, les sacrifices du premier et du se­ appelé aussi en théologie péché habituel, et se rattachant cond genre ont de multiples différences : ceux du pre­ soit par définition, soit par voie déconnexion nécessaire, mier sont toujours agréables, peuvent être offerls par à la privation de la grâce sanctifiante, principe intérieur tous les hommes et n'ont de valeur qu’autant qu'on les de justice et de sainteté surnaturelle. Le chancelier a offre avec une vraie foi, une bonne conscience et une beau dire, dans son apologie, qu'il n’a pas nié cet élé­ intention pure; ceux du second genre, au contraire, sont ment du péché; il reste vrai que, de son propre aveu, soumis à la loi du changement, ne peuvent être offerts il l’a omis sciemment et volontairement. Cette omission, que par des prêtres et sont indépendants du mérite ou jointe à la façon dont il explique la justice et la justifi­ du démérite de ceux qui les offrent. C. IV. La messe cation, rendait suspecte la doctrine exprimée dans le rentre dans les sacrifices typiques, car elle représente chapitre tv sur l’état de péché et sur la nalure de la ré­ la mort de Jésus-Christ comme passée et révélée au génération baptismale ou de l’absolution sacerdotale. monde, mort que les sacrifices de l'Ancien Testament an­ C'est la moindre note qu’on puisse donner aux proposi­ nonçaient comme future et voilée. C. v. Les autres tions 56e, 57e et 58e. Notre-Seigneur ne s’est pas contenté sacrements ont également un caractère typique et sont, de dire à ses apôtres : Remettez la dette du péché; il a eux aussi, des sacrifices; mais la célébration de l'eucha­ dit simplement : Remettez les péchés, Quorum remise­ ristie mérite ce nom d'une façon particulière et à plu­ ritis peccata, Joa., xx, 23. « La merveille n'est pas que sieurs titres, surtout parce qu’elle contient la sainte le Christ vivifie, dit saint Jean Chrysostome, mais qu’il victime offerte sur la croix, et que, dans son effet, elle ait communiqué aux autres le pouvoir de produire le ressemble pleinement au sacrifice du calvaire. C. vt. même elfet. » llomil.,vi. in 11 Cor., P. G., t. lxi, col. Enfin, le côté significatif du sacrifice eucharistique se 439. Les sacrements justifient le pécheur, et la justifica­ tire de l’espèce extérieure du sacrement, et de l’actiou tion, nous l’avons déjà vu, ne consiste pas dans une ré­ extérieure qui s’opère autour de lui; l’espèce du pain mission quelconque des péchés, mais dans une rémis­ nous représente Jésus-Christ comme le pain de vie et sion accompagnée d'une sanctification et d'une rénovation comme notre nourriture; la fraction de la sainte espèce intérieure; il y a donc, dans l’action sacramentelle et le nous représente l’immolation de Jésus-Christ sur la ministère du prêtre, beaucoup plus qu’une simple remise croix.C. vu. Le reste du traité est sans importance pour de la dette due au péché. Corps de doctrine, c. x, la controverse dont nous nous occupons. Baiana, p. 175; Bellarmin, Refutatio Bail, fol. 186 sq.; Il n'est pas difficile de comprendre ce qui a fait extraire S. Thomas, Sum. theol., III" Supplem., q. xvm, a. 1. de cette doctrine la proposition 45e. Quand Baius divise les sacrifices en deux grandes catégories, ceux qui sont 45. Sacrificium missæ non Le sacrifice de la messe absolus et ceux qui sont typiques ou relatifs, il suppose alia ratione est sacrificium, n'est sacrifice que dans le sens quam generali illa, qua omne général où le sont toutes les que tous sont des sacrifices proprement dits. Par con­ opus bonum, quod iit, ut sancta actions que l'homme fait pour séquent, toutes les différences qu’il énumère en com­ s-cietate Deo homo inhæreat. établir entre lui et Dieu une parant la messe avec les autres sacrifices soit absolus sainte union. De sacrificio, c. n, v, vi; soitrelatifs,tendentuniquementà la distinguercomme te) Baiana, p. 104, 143. sacrificede tel autresacrifice.plusou moinsexcellent ; mais la note de sacrifice proprement dit étant commune, c'est Prise sans correctif, cette proposition est hérétique. d’ailleurs qu'elle doit venir. Quelle est-elle enfin, celle En elfet, la toi catholique nous enseigne qu’il y a, dans note essentielle qui fait que la messe est un sacrifice la loi nouvelle, un vrai et unique sacrifice, où JésusChrist est offert sur l'autel d'une manière non sanglante proprement dit, et qui fait aussi que la contrition ou l'obéissance est un sacrifice proprement dit. dans l'opi­ par le ministère exclusif des prêtres. Concile de Trente, nion de Baius? Celle-là même et celle-là seule qui est < XXII, c. tsq.,can. 1 sq.; Denzinger, Enchiridion, contenue dans sa définition générique du sacrifice: n. 816 sq., 825 sq. Il est donc impossible d’assimiler le omne opus quod agitur ut sancta societate inhaereatur sacrifice de la messe avec tout autre rite ou toute autre Deo. On arrive ainsi logiquement à la proposition 45e. action susceptible de recevoir, dans un sens plus ou Mais, fasciné par la phrase de saint Augustin et voulant moins large, l’appellation de sacrifice. Baius, du reste, absolument y voir ce que ce docteur n'avait pas prétendu n'en disconvient pas; mais il se plaint amèrement qu’on y mettre, c’est-à-dire la définition de ce qui est sacrifice fasse de lui un hérétique en lui attribuant faussement livreur énoncée dans la proposition 45e.Ainsi la ques­ au sens propre par opposition à ce qu'on appelle sacri­ tion doctrinale se transforme en une question de fait. fice dans un sens large et métaphorique, le chancelier ne parvint jamais à saisir le point précis de son erreur. Gomme la controverse se rattache finalement à l'opus­ A la fin de 1568, à l’occasion d'un exercice académique cule De sacrificio publié en 1563, il est nécessaire d'in­ diquer les grandes lignes de ce traité.Baius veut montrer auquel il avait présidé, la controverse recommença; il que la messe est un sacrifice. Au chapitre n, il définit y eut échange de lettres entre lui et deux de ses princi­ paux adversaires, Cunerus Pétri et Josse de Ravestein. le sacrifice : ί tout acte fait pour s'unir à Dieu par une Voir, dans l’édition complète de ses œuvres, Michaelis sainte société, c’est-à-dire rapporté à la fin sans laquelle nous ne pourrions être heureux, » définition empruntée Bail collatio cum Judaeo Raveslyn et Cunero Petri de a saint Augustin, De civitate Dei, 1. X, c. vt, P. L., t. sacrificio missæ, p. 168 sq.En vain les deux théologiens lui rappelèrent-ils que le sacrifice eucharistique devait it.t. col. 283. Parmi les actions appelées sacrifices, il consister dans l'oblation du corps et du sang de Jésusfaut en distinguer de deux sortes. Il y a d'abord celles Christ; Baius ne parut pas comprendre la portée de quod quicumque, cujuscumque status et dignitatis, etiamsi papalis existât, qui mandatis, sta­ tutis,etc.,hujus sanctis synodi, et cujuscumque alterius concilii generalis legitime congregati, super præmissis sett ad ea pertinentibus... obedire contempserit, nisi resipuerit, condignæ pœnitenliæ subjiciatur el debite puniatur; 3» item dare sanum et salubre consilium secundum Deum et conscientias suas, et non revelare vota singulorum, in quantum ex hujusmodi revelatione verisimiliter possit oriri aliquod odiunt vel scanda­ lum; et non recedere a loco hujus concilii sine licentia obtenta a deputatis ejusdem. Mansi, t. xxix, coi. 409; Hardouin, t. vm, coi. 1465. Dans Ia XVII’ session (26 avril 1434) tenue en présence de Sigismond, bien des restrictions furent apportées aux pouvoirs des légats : on ne leur reconnaissait au­ cune juridiction coercitive; le président serait obligé de rédiger la conclusion générale conformément à la déci­ sion du concile; tous les actes seraient rédigés et expé­ diés au nom du concile. Mansi, t. xxix, col. 90; Hardouin, t. vin, col. 1183. Toutes ces concessions, nous dit Eugène IV lui-même, les légats les avaient faites pour éviter un plus grand scandale, et le pape les avait tolérées parce que, sui­ vant l'expression de Platina, adeo bellis undique vexare­ tur, ut vix ei respirandi facultas daretur. Dans ia XVIII’ session, le concile conlirma une fois de plus, et toujours dans un sens général et inadmissible, les décrets de Constance sur la supériorité du concile; c’était le résultat logique de sa victoire; les légats d'ail­ leurs n’assistaient pas à la séance. Mansi, t. xxix, col. 91. IV. L’œuvre du concile de Bale a l’égard de l’hé­ résie HUSSITE, DE LA RÉFORME GÉNÉRALE DE L’ÉGLISE ET de l’union avec les grecs (1433-1436). — Malgré le con­ flit avec le pape, le concile avait continué à s’occuper souverainement des trois affaires pour lesquelles il était réuni : l’extinction de l’hérésie et delà guerre hussites, la réforme de l’Église, l’union avec les grecs; et il l’avait fait sans se soucier des vues et des désirs du souverain pontife. 1° Question hussile ; les compactata. — Une première négociation avec les hussites était demeurée infruc­ tueuse : deux de leurs chefs, Jean Rokyzana, curé de l'église de Teyn à Prague, et Procope le Rasé, étaient venus à Bâle, accompagnés d'une quinzaine de notabi­ lités et d'une grande suite (4 janvier 1433). Trois mois durant, ils discutèrent avec le concile en séances publiques; Césarini prononça un fort beau discours, le 10 janvier, auquel Rokyzana répondit éloquemment; tous les points contestés par les hussites (voir Constance [Concile de)et Hussites), les quatre articles de Prague, furent minutieusement examinés; mais, comme il arrive d'ordinaire, ces discussions n'eurent aucun résultat. On décida alors en conférence que le concile enverrait une ambassade en Bohême, sous la conduite de l’évêque de Coutances, pour chercher sur les lieux mêmes un moyen de s'accorder; cette ambassade arriva à Prague, le 8 mai 1-433. Les conférences multiples, animées, sou­ vent sur le point d’ètre rompues, suivies de nouvelles négociations avec le concile, aboutirent enfin aux fameux compactata du 30 novembre 1433 : 1’ la communion sous les deux espèces est accordée, en Bohême et en Moravie, à toutes les personnes arrivées à l’àge de rai­ son, pourvu qu’elles reconnaissent que le corps tout entier de Jésus-Christ est sous chacune des deux espèces ; 2’ les péchés mortels publics peuvent, lorsqu’il est rai­ sonnable de le faire, être châtiés et corrigés, jamais 122 cependant par des particuliers, mais uniquement par ceux qui ont la juridiction compétente et sous les ré­ serves de droit; 3’ la parole de Dieu pourra être prêchée librement, pourvu que les prédicateurs soient ap­ prouvés par les supérieurs compétents, et l’autorité de l’évêque étant sauvegardée; 4’ l’Église peut licitement posséder des biens meubles et immeubles; les biens d'Eglise doivent être administrés fidèlement par les ecclésiastiques et on ne peut usurper ces biens sans sa­ crilège. A l'assemblée d'Iglau, en 1436, cette dernière partie de l'article 4 fut rédigée ainsi qu’il suit : lesbiens des églises ne doivent pas être injustement détenus. C’est avec cette modification que furent publiés les eompaclata dont la promulgation solennelle se fit à Iglau, le 5 juillet 1436, et qui furent définitivement ratifiés par le concile le 15 janvier 1437. Les compactata conclus avec les hussites modérés, bientôt vainqueurs des taborites (à la bataille de Lipan,en 1434), étaient un succès pour le concile. Le pape considéra cet accord comme la ruine de l’Église romaine en Bohême et comme la porte ou­ verte aux églises nationales. En fait, les utraquistes de­ vaient revenir peu à peu à la pratique générale de l’Église; beaucoup de taborites, au contraire, persis­ tèrent à l’état d'hérétiques latents jusqu'à ce qu’ils re­ parussent sous le nom de frères bohèmes. Voir Bohèmes (les frères). 2° La réforme de l’Eglise. — Quant à la réforme, le concile, qui l’avait d'abord négligée au point de susciter des plaintes, se mit, en janvier 1435, à la pousser acti­ vement et à tailler dans le vif. Il rendit d’énergiques décrets contre le concubinage des clercs, les interdits généraux pour les fautes des particuliers, les appels répétés, les abus financiers; il ordonna la célébration régulière des conciles provinciaux et des synodes dio­ césains. Malheureusement, beaucoup de mesures avaient un caractère d’hostilité notoire contre le saint-siège ou tendaient à rendre à peu près impossible l'existence do la curie romaine. Dans la XXI» session, le concile abolit à peu près tous les droits fiscaux perçus par la cour de Rome. En échange, il n’offrait au Saint-Siège que le vague espoir de dons volontaires offerts par le clergé ou de contributions payées par les Etats. Le pape protesta contre la suppression des annates et fut grossièrement harangué par deux envoyés du concile. Dans la XX111» session, les Pères de Bâle réglèrent l'ordre et la police des conclaves, les qualités requises pour être élu, la pro­ fession de foi et les serments à exiger du pape, y com­ pris le serment d’adhésion aux décrets de Constance, les devoirs du souverain pontife comme évêque de Rome et comme prince temporel, le nombre des cardi­ naux, leurs obligations; ils confirmèrent l’abolition des réserves et le principe des élections (25 mars 1436). Dans une congrégation générale, le 11 mai 1436, on accabla de reproches Eugène IV. Le conflit était de nou­ veau imminent entre le pape et le concile : 1’aflaire de l’union avec les grecs vint offrir au souverain pontife un excellent terrain. k 3» Question de l’union avec les grecs. — Une partie de l’année 1434 avait été consacrée,à Bâle, à cette impor­ tante affaire. Des délégués du concile avaient négocié en 1433 à Constantinople, en dehors et même à l’insu du pape. Une députation grecque était arrivée à Bâle à la lin de juillet 1434 et une commission avait été nommée; mais les grecs avaient refusé d'accepter Bâle pour lieu de réunion du concile. Rien ne pouvait mieux satisfaire le pape qui, de son côté, négociait avec les grecs, et était d’accord avec eux pour que le concile se tint en Italie. Chassé de Rome (juin 1434), où la république avait été proclamée, il s’était réfugié à Florence. Le succès des négociations engagées à Constantinople lui permit enfin de tenir tête au concile sans tourner contre lui-même l’opinion. V. Nouveau conflit et rupture du pape et du con­ 123 BALE (CONCILE DE) Cile (juin 1436-décembre 1437). — En juin 1436, le pape dénonça, par un mémoire, à tous les princes ca­ tholiques les usurpations du concile : il était manifeste, disait Eugène IV, que le concile aspirait à anéantir les droits du primatus et à enlever au souverain pontife l'administration de l’Église. Le conilit ne devint cepen­ dant tout à fait aigu que l'année suivante, lors de la XXV· session : ce jour-là, 7 mai 1437, le concile, où le cardinal Louis d'Aleman avait introduit, depuis quelque temps, quantité d'ecclésiastiques des environs, décida, malgré la résistance énergique de la minorité, que le concile d'union se tiendrait soit à Bâle, soit à Avignon, dans le cas ou la première de ces deux villes ne con­ viendrait pas aux grecs, soit encore dans une ville de Savoie. Le pape avait proposé Florence ou Modène : la minorité, dont faisaient partie,avec le cardinal Césarini, les prélats les plus nombreux et les plus distingués, c’est-à-dire en definitive la majorité de ceux dont l'auto­ rité n'était pas contestable, vota conformément au désir du souverain pontife et des grecs. La majorité et la minorité avaient chacune rédigé un décret; ils furent lus simultanément dans la cathédrale; pendant cette lectme, l'attitude des partis adverses était telle qu’on put redouter qu’ils en vinssent aux mains dans le sanc­ tuaire même. Les deux décrets furent remis à des ar­ bitres, au milieu de scènes tumultueuses; celui de la majorité fut d'abord scellé. Alors l’archevêque de Ta­ rente, aidé par deux employés du cardinal Césarini et deux autres auxiliaires, réussit à suborner le gardien du sceau conciliaire; le décret de la minorité, scellé à son tour, fut expédié au pape pour être ratifié. Ce fut l’occasion de nouveaux scandales; l’archevêque de Tarente fut obligé de prendre la fuite; le pape le nomma cardinal. Témoins d’un si honteux désordre, les ambassadeurs grecs comprirent qu’il n’y avait plus rien à attendre d’une assemblée livrée à l’anarchie; ils par­ tirent pour Bologne où le pape résidait depuis le mois d'avril 1436. Admis le 24 mai 1437 dans le consistoire, ils déclarèrent qu'ils adhéraient au décret des prési­ dents et des légats; Eugène IV confirma ce décret le 29 mai par la bulle Salvatoris. Le succès du pape fit perdre la tête aux membres du concile qui entrèrent dés lors dans la voie purement révolutionnaire. Le 31 juillet 1437, au cours de la XXVI· session, que Césarini refusa de présider, ils rendirent un décret par lequel ils traduisaient Eugène IV devant leur tribunal. Le pape répondit par la bulle Docloris gen­ tium du 18 septembre 1437, où il montrait la stériEt '· du concile réuni depuis six ans, la culpabilité des mem­ bres qui le composaient, leur mépris de tout droit, et, pour le cas où ils entreprendraient quoi que ce fût contre le pape et les cardinaux, prononçait la translation immédiate du synode à Ferrare, l’une des villes dési­ gnées par les grecs. Les Pères de Bâle devaient donc, au vu de la présente bulle, cesser sur-le-champ leurs travaux, et ne s'occuper, mais pour trente jours encore seulement, que de la question tchèque. Après de vains efforts pour amener à se soumettre les Pères de Bâle, qui ne firent (de la XXVI·· à la XXIX· session) que s'achar­ ner davantage contre le pape, Césarini et beaucoup de ses amis prirent le parti de quilter le concile (fin de décembre 1437). Le 30 décembre 1437, ou le l’r janvier 1438, Eugène IV ordonna définitivement la translation du concile à Ferrare et désigna le 8 janvier pour le jour de l'ouverture. VL Les dernières années nu concile de Bale, après LA RÉUNION DU CONCILE DE FERRARE-FlORENCE; SES DÉ­ CRETS schismatiques; élection d’un antipape; fin du CONCILE (1438-1449). — Dès lors, il y eut deux conciles en face l’un de l’autre : l’un présentant tous les carac­ tères d’une assemblée légitime et solennelle de l’Église, auquel assistaient le pape, l’empereur Jean Paléologue, nombre de dignitaires et de théologiens grecs, d’arche­ 124 vêques et d’évêques latins. L’autre, assemblée tumul­ tueuse, où s’agitait une démocratie ecclésiastique de professeurs et de simples prêtres, plus ou moins dirigée par le cardinal d’Arles et quelques évêques. Mais le concile de Bâle avait pour lui le demi-appui qu’il trou­ vait en France et en Allemagne. Là, tout en recon­ naissant Eugène IV comme le pape légitime, on ne vou­ lait pas rompre avec les Bàlois. En France, l’assemblée des évêques réunis à Bourges (mai-juin 1438) adoptait vingt-trois décrets de Bâle, et la Pragmatique sanction, promulguée par Charles VII à la demande de l’assem­ blée (7 juillet 1438), les transformait en loi de l’Etat. En Allemagne, après la mort de Sigismond, survenue le 9 décembre 1-437, la neutralité fut adoptée par les princes. Quand Albert d’Autriche eut été élu roi des Romains (mars 1438), ils envoyèrent des ambassadeurs à Ferrare et à Bàle. A la diète de Mayence, on décida d’accepter les décrets de réformation de Bâle, moyen­ nant les additions et les modifications que l’on jugerait opportunes. Cette résolution fut consignée dans Vinstrumentuni acceptationis du 26 mars 1439. Le roi d’An­ gleterre seul était pleinement du côté d’Eugène IV; en revanche, le roi d’Aragon, le duc de Savoie et le duc de .Milan soutenaient ouvertement le concile. Si les Bàlois avaient eu autant d’esprit politique que de passion, ils auraient pu tirer parti d’une telle situation. .Eneas Syl­ vius entrevoyait un moyen, le recours aux princes sé­ culiers, et écrivait cyniquement : Omnes hanc fident ha­ bemus quam nostri principes, qui, si colerent idola, et nos etiam coleremus, et, non solum papam, sed Chri­ stum etiam negaremus, seculari potestate urgente, quia refriguit caritas et omnis interiit fides. Mais le concile ne s’engagea pas dans cette voie, où devaient marcher sans scrupule les réformateurs du siècle suivant. Mal­ gré les efforts de l’archevêque de Palerme, qui, tout en restant fidèle au concile, s’efforçait de le modérer, il devint de plus en plus révolutionnaire. Le 24 janvier 1438, il prononça la suspense contre Eugène IV; le 24 mars (XXXII· session), il déclara la réunion de Fer­ rare un conciliabule schismatique, comme en contra­ diction avec les décrets de Constance; puis il chercha à établir que le pape Eugène IV était hérétique, parce qu'il ne reconnaissait pas la supériorité du concile gé­ néral. Le cardinal d’Arles, appuyé par le théologien espagnol Jean de Ségovieet le français Thomas deCourcelles, réussit, en dépit des répliques de l’archevêque de Palerme, à faire voter, dans la XXXIII· session (16 mai 1439), les trois propositions suivantes comme veritates fidei catholicæ : 1° Un concile général est au-dessus du pape; 2° Le pape ne peut ni transférer, ni ajourner, ni dissoudre un concile général; 3° Quiconque contredit obstinément ces deux vérités doit être tenu pour héré­ tique. En conséquence, le 25 juin suivant, le même car­ dinal d’Arles fit voter dans la XXXIV·session, la déposi­ tion formelle du pape, déclaré hérétique obstiné. Beau­ coup d’évêques avaient refusé de paraître à la session. On n’en vit aucun d’Espagne, un seul d’Italie, avec un abbé; en tout vingt prélats, parmi lesquels sept évêques seulement; mais on y compta trois cents docteurs ou simples prêtres. Le 5 novembre, un conclave où ne se trouvait qu'un seul cardinal, Louis d’Aleman, à qui on avait adjoint trente-deux électeurs, élut un nouveau pape, en la personne du duc de Savoie, Amédée VIII, qui prit le nom de Félix V. Le concile confirma l’élec­ tion le 17 novembre dans sa XXXIX' session. Le pape et le concile manquaient également de pres­ tige ; d’ailleurs quel qu’eût été l’élu, le seul fait d’avoir nommé un antipape et renouvelé le schisme perdait le concile de Bàle. Les princes chrétiens et les fidèles avaient accueilli avec douleur, quelques-uns par d’éner­ giques protestations, la déposition d’Eugène IV. Félix V ne fut reconnu que par la Savoie, Milan, une partie de la Suisse, Bàle, Strasbourg, la Bavière, l’Écosse qui se 125 BALE (CONCILE DE) détacha de lui en 1442. La France reconnut toujours Eugène IV. Le pape, approuvé par le concile de Florence, avait, par la constitution Moyses (4 septembre 1439), réfuté les prétendues veritates fidei catholicæ procla­ mées dans la XXX1I1» session de Bâle ; on en déclara les auteurs hérétiques ; on les accusa d'avoir faussé le sens des décrets de Constance; on assimila leur réunion au brigandage d'Ephèse; on qualifia la déposition du pape d’inexpiabile scelus ; on prononça l’excommunication et la déposition de tous ceux qui faisaient partie de l’as­ semblée de Bâle ; enfin on annula leurs décisions. La dernière séance solennelle du concile de Bâle eut lieu le 16 mai 1443. Il végéta encore plusieurs années comme un fantôme d'assemblée, tandis que le nouvel empereur, Frédéric III, travaillait à procurer la paix de l’Église. En 1448, après le concordat de Vienne, le con­ cile fut chassé de la ville d'empire et se transporta à Lausanne, où il survécut encore une année; en 1449, enfin, il fit sa soumission au pape Nicolas V, après l'abdication de l’antipape Félix V. VIL De l’autorité du concile de Bale. — Le concile de Bâle est-il œcuménique; et, s'il l’est, quelle est la valeur de ceux de ses décrets dogmatiques qui visent le pouvoir pontifical? Quatre opinions sont ici en pré­ sence. L’une, qui était celle des gallicans les plus avan­ cés, comme Richer, et qui ne peut plus être soutenue sans hérésie : le concile de Bâle est absolument et tout entier un concile œcuménique et ses définitions dogma­ tiques sont articles de foi. La seconde, qui était celle des gallicans modérés, de Bossuet en particulier, et qui compte encore des partisans : le concile de Bâle est œcu­ ménique jusqu'à la fin de '1437, date de sa translation â Ferrare ; Eugène IV lui-même, en 1446, l’a qualifié de concile général ; il s'est borné â le transférera Ferrare; or le concile de Ferrare-Florence est considéré comine œcuménique; ce concile n'est que la continuation de celui de Bâle, donc celui-ci doit participer au même caractère d’œcuménicité. La troisième, dont les parti­ sans sont encore plus nombreux, admet l’œcuménicitë des seize premières sessions et raisonne ainsi: Que faut-il pour qu'un concile soit œcuménique? qu’il soit légitimement convoqué par le souverain pontife et pré­ sidé par lui-même ou par ses légats ; qu’il représente moralement l’Église universelle, tous les évêques ayant été convoqués et un nombre suffisant d'entre eux assis­ tant au concile ; que les actes du concile soient confirmés par le pape, s’il n’a pas présidé lui-même. Or, dit-on, rien de tout cela n’a manqué aux seize premières ses­ sions du concile de Bâle. Le concile a été légitimement convoqué. Le pape Martin V a positivement confirmé l'acte du concile de Pavie-Sienne indiquant le prochain concile à Bâle,pour 1431, Mansi,t. xxvin, col. 1071-1074; Labbe, t. xn, col. 257; Hardouin, t. vm, col. 895; il a convoqué le concile et en a désigné le président par les deux bulles du 1er février 1431, Dum onus et Nuper siquidem. Mansi, t. xxtx, col. 11 ; Labbe, t. xn, col. 466; Hardouin, t. vm, col. 1109. Eugène IV a con­ firmé la convocation et la délégation par la bulle Certificati. Mansi, t. xxix, col. 13; Labbe, t. xn, col. 469; Hardouin, t. vin, col. 1113. Dans la Ire session du concile, on a lu tous les décrets qui le constituaient et le concile s’est déclaré canoniquement assemblé. A peine arrivé à Bâle, le légat Césarini a confirmé tout ce qui s’était fait in statuendo et firmando concilium. Donc le concile était dûment et légitimement convoqué et constitué. Tous les évêques ont été invités à s’y rendre ei, s’il n’y sont venus qu’en petit nombre, du moins l'adhésion de tant d’églises et d'universités prouve que ceux qui y étaient représentaient bien l’Église univer­ selle. Sans doute, le concile a été dissous par la bulle Quoniam alto du 18 décembre 1431, Mansi, t. xxtx, col. 564; Hardouin, append., t. vin. col. 1578. el ses actes à l'égard du pape annulés par la bulle In arcano de 12G septembre 1433. Mansi, t. xxix. col. 81 ; Hardouin, t. vm, col. 1175. Mais ces deux bulles ont été annulées à leur tour par la bulle Dudum sacrum de décembre 1433. Mansi, t. xxix, col. 78; Hardouin, t. vm, col. 1172. Le pape et ses légats ont alors approuvé et confirmé ce qui s'était fait depuis la réunion du concile. 11 est vrai que les actes suivants, du 5 février 1434,date de la XVI’ ses­ sion où fut lue la bulle Dudum sacrum, au 30 décem­ bre 1437, date de la translation à Ferrare. n'ont pas été confirmés par le souverain pontife et que par conséquent il leur manque quelque chose d’essentiel ; il est vrai aussi qu’à partir du 30 décembre 1-437, le concile de Bâle n’est plus qu’une assemblée particulière et même schismatique. Mais cela n'infirme nullement l'autorité des seize premières sessions qu'on doit tenir pour œcuméniques. Les partisans de la seconde et de la troisième opinion se partagent eux-mêmes en deux camps ; les uns — ce sont des gallicans, en particulier Bossuet dans la Defen­ sio declarationis cleri gallicani, dont la thèse ne peut plus é're soutenue aujourd'hui — disent que le concile ayant été œcuménique, soit jusqu’au 30 décembre 1437, soit jusqu’au 5 février 1434, tous ses décrets dogmatiques antérieurs à l'une de ces deux dates, font autorité, et c’est là-dessus qu’ils s’appuient pour affirmer la théorie de la supériorité du concile sur le pape, au moins en certains cas. Les autres, tout en tenant pour l’œcuménicité du concile, affirment que, certains actes de ce concile, comme d’autres conciles œcuméniques,ont été laissés en dehors de l’approbation pontificale, notam­ ment tous ceux qui concernent la théorie des rapports du pape et du concile. Sous cette réserve qui, nous allons le montrer, est absolument fondée, on peut admettre, Bellarmin lui-même n’y contredit pas, la seconde ou la troisième opinion. L’une et l’autre sem­ blent autorisées par les paroles d’Eugène IV à ses légats au Reichstag de 1446, paroles auxquelles nous avons lait allusion, à savoir que« de même que ses prédéces­ seurs avaient accepté et honoré les concilia generalia canonice celebrata, de même lui aussi acceptait et hono­ rait les generalia concilia Conslantiense ac Basileense ab ejus initio usque ad translationem per nos factam, absque tamen praejudicio juris, dignitatis et prseeminenliæ sanctae seclis apostolicee ac potestatis sibi et in eadem canonice sedenti in persona B. Petri a Christo concessae n. Raynaldi, an. 1446, t. xxvin, n. 3. Selon la quatrième opinion, qui est la nôtre et qui tend à devenir la plus générale, le concile de Bâle, bien que convoqué pour être un concile œcuménique, ne l’a jamais été de fait. Les paroles d’Eugène IV que nous venons de rapporter n’ont pas la portée qu’on leur attri­ bue ; elles ont été écrites en un moment où le pape était obligé d’user d'une très grande prudence, en plein conllitavec les électeurs allemands qui voulaient le forcex· à reconnaître les décrets de Bâle et de Constance; il s’y refusa, mais il devait éviter toute expression bles­ sante, tout ce qui eût pu soulever l’opinion. Quant au fait que le concile de Ferrare-Florence, tenu pour œcu­ ménique, n’est que la continuation du concile de Bâle, il importe peu ; le concile de Bâle-Ferrare-Florence, si on veut l’appeler ainsi, n’est devenu œcuménique que du jour où il a réuni toutes les conditions qui font l'œcuménicité ; or ces conditions ne se sont trouvées réa­ lisées qu’à Ferrare, puis à Florence. Sans doute,on peut regarder le concile de Bâle comme régulièrement con­ voqué et constitué en septembre 1431 : « Je dis, a écrit Bellarmin,que le .concile de Bâle fut légitime dans son commencement, n De conciliorum auctoritate, 1. II, c. xix ; et De Ecclesia militante, 1. III, c. xvi. Mais, il est impossible de le considérer comme la représentation de l’Église universelle, à cause du nombre dérisoire des évêques qui y ont pris part; l’adhésion des évêques français assemblés à Bourges, en 1432, non plus que leur -127 BALE (CONCILE DE) attitude en 1-438 et celle d’un certain nombre d’évêques allemands jusqu’en 1449, ne suffisent point à pallier ce défaut; d’ailleurs toutes les décisions ont été viciées par le vote d'ecclésiastiques qui n’y avaient nul droit et ont fait la majorité; enfin, dans tes circonstances les plus graves, les légats n’ont pas joui de la liberté nécessaire et n'ont pas pu agir conformément aux intentions du souverain pontife, notamment le 24 avril 1434. Voir cidessus. Le pape n’a pas confirmé les actes du concile an­ térieurs à la bulle Dudum sacrum; nous avons cité plus haut les termes dont il s’est servi; il y reconnaît simplement que le concile a bien tait de poursuivre ses séances et il en approuve la continuation. C’est ce qu'Eugéne IV déclara catégoriquement au cardinal Césarini lui-même, en présence du dominicain Torquemada. qui a consigné ses paroles: Nos quidem bene progressum concilii approbavimus, volentes ut proce­ deret ut incepero t,non tamen approbarim us ejus decreta. Et de même, dans la lettre aux légats de 1446 que nous avons citée plus haut, il a soin de dire absque tamen præjudicio juris, dignitatis et præeminentiæ sanctæ sedis apostolicæ. Quant aux légats, ce n’est qu’en leur propre nom. propriis nominibus, et point au nom du pape, qu'ils ont consenti, le 24 avril 1434, à reconnaître les décrets de Constance renouvelés par les Pères de Bâle ; ils n'assistèrent point à la XVIII· session ou le concile de Bâle réitéra ces décrets après sa réconcilia­ tion momentanée avec Eugène IV. Voir la discussion de ces textes dans Noël Alexandre, Historia ecclesiastica, Lucques, t. tx, p. 464 ; Cecconi, Sludi storici sui conci­ lio di Firenze, t. i, p. 56; Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, t. xi, p, 276. Le concile de Bâle n'est donc point œcuménique: 1° parce qu’il n'a pas représenté moralement l’Eglise uni­ verselle ; 2° parce que ses actes n’ont pas été confirmés par le souverain pontife. Loin de l’avoir été, ses décrets dogmatiques relatifs à la supériorité du concile, les seuls qui aient «le l’impor­ tance, ont été désapprouvés d'abord, puis condamnés (en attendant Pie II, Léon X et le concile de Latran), par Eugène IV lui-même et par le concile de Florence. Nous lisons dans le mémorandum adressé aux princes, en 1436 par le pape: Innovarunt praeterea duo decreta quondam Constanliensis concilii, ILLA extra terminos SUOS ET Ab ALIOS CASUS, quam fuerat constituentium intentio, extentando in magnum periculum monarchiae ecclesiasticae et praejudicium sanctæ apostolicæ sedis; PR.ETBNDBNTES IPSI NON Λ ROMANA ECCLESIA, PROUT OMNES CATHOLICI DOCTORES PROFITENTUR ET DOCENT, IPSA GENERALIA CONCILIA HABERE ROBUR ET POTESTA­ TEM, postquam fuerunt apostolica auctoritate congre­ gata, et per hoc quasi denegantes concilia genera­ lia NON SUSCIPERE AUCTORITATEM ET FUNDAMENTUM A Christi vicario, quod nemo unquam fidelis et doctus dicere praesumpsit, per hoc etiam inferentes primo expresse declarare quod romanus pontifex, ut prælatus quilibet, obedire tenetur et decretis, ordinationi­ bus, et mandatis concilii, et subjici debere condignae pænitentiæ si contra fecerit, quod nihil aliud est quam potestatem summi pontificis Christique vicariiin terris totaliter annihilare et supremam potestatem ipsi a Christo datam in manibus multitudinis ponere,quod est non tam erroneum, quam etiam ab omni doctrina san­ ctorum Patrum totaliter alienum... Raynaldi, an. 1436, t. xxvill, n. 3. La constitution Moyses publiée sacro appro­ bante concilio est encore plus formelle: In hoc pernicio­ sissimi, dum suam malignitatem sub veritatis fidei fuco colorant, CONSTANTIBNSE CONCILIUM IN MALUM AC RE­ PROBUM SENSUM, ET A SANA DOCTRINA PENITUS ALIENUM pertrahunt,cæterorum schismaticorum et haereticorum falsam doctrinam sequentes, qui confictos errores et impia dogmata exdivinis Scripturis et sanctis Patribus 128 perverse intellectis, semper sibi adstruere moliuntur... Ipsasque propositiones superius descriptas juxta pra­ vum ipsorum Rasileensium intellectum quem facta demonstrant, veluti sacrosanctae Scriptural et sancto­ rum Patrum et ipsius Consi antiensis concilii sen­ sui CONTRARIUM,necnon praefatam assertam declaratio­ nis seu privationis sententiam cum omnibus inde secu­ lis et quœ in futurum sequi possent, tanquam impias ET SCANDA LOSAS, NECNON IN MANIFESTAM ECCLESIAS DEI SCISSURAM, AC OMNIS ECCLESIASTICI ORDINIS ET CHRI­ STIANI PRINCIPATUS CONFUSIONEM TENDENTES, IPSO SACRO APPROBANTE CONCILIO, DAMNAMUS AC REPROBA­ MUS, AC DAMNATAS ET REPROBATAS NUNTIAMUS. DECER­ NIMUS ETIAM ET DECLARAMUS OMNES ET SINGULOS PRÆDICTOS FUISSE ET ESSE SCHISMATICOS ET H.CRETICOS, etc. Raynaldi, an. 1439, n. 29. La fameuse définition,contenue dans ledêcrel d’union avec les Grecs, du concile de Florence, ruinait implici­ tement la doctrine de la subordination du pape au con­ cile: liem definimus sanctam aposlolicam sedem et romanum pontificem m universum orbem tenere primatum et ipsum pontificem humanum successorem esse R. Petri principis apostolorum, et verum Christi vicarium totiusque Ecclesiae caput et omnium Chri­ stianorum patrem et doctorem existe re ; et ipsi in B. Petro pascendi, regendi, ac gubernandi universa­ lem Ecclesiam a Domino nostro Jesu Christo plenam potestatem traditam esse : quemadmodum etiam in gestis cr.cumenicorum conciliorum in sacris canonibus continetur. Ils se trompent donc de la façon la plus complète, malgré l'autorité de Bossuet, ceux des gallicans qui pré­ tendent que le pape a de fait approuvé la doctrine de la supériorité du concile sur le souverain pontife, au moins en certainscas. Quoi qu'ils en disent aussi, le con­ cile de Bâle n’a ajouté — cela résultede tout ce qui pré­ cède — aucune autorité aux décrets de Constance sur les rapports du pape et du concile. Si ceux-ci ont quelque valeur, c'est uniquement au concile de Constance qu’ils la doivent; or on établira dans l’article relatif â ce con­ cile que, conformément à ce qu'affirmait Eugène IV, ils n'ont point la portée de décrets dogmatiques universels. Quant aux questions discutées avec les hussites, le concile de Bâle s’est borné à faire des concessions dans la pratique; il n’a rien défini, mais dans les compaclata il a sauvegardé la doctrine. Enfin, dans l'affaire de l’union avec les grecs, le con­ cile de Bâle n'a pas été amené à discuter le fond des choses. C’est donc uniquement au parti qu’en ont voulu tirer les gallicans que le concile de Bâle a dû la place rela­ tivement importante qu’il tient dans l'histoire doctrinale. Sources. — Actes du Concile de Bâle, Mansi, t. xxix-xxxi; Labbe, t. xii ; Hardouin, t. vm-ix ; Monumenta conciliorum generalium sæculi xv, édit. Palacky et Birk. Vienne, 4857, 4873, 4886, 4892, 1895, 4896, t. t, Jean de Raguse, Pierre Zatcc, Thomas Ebendorler, Jean de Tours; t. ii-m, Joannis de Segovia (car­ dinalis) historia gestorum generalis synodi Basiteensis ; Ray­ naldi, Annales ecclesiastici, t. xxvin ; Aug. Patritius, Summa conciliorum Basiteensis, Florentini, Lateranensis,ΑΙΡΚ); zEncas Sylvius Piccolomini, Opera, Bâle, 4571 ; De rebus Basileæ gestis stante vel dissoluto concilio commentarius, édit. Féa, Rome. 1823 ; Pii ΙΙ,Ρ. M., commentarii rerum mirabilium, etc. (3Ii vres rédigés par lui, 42 sous sa direction, et un 43· publié par Voigt dans son ouvrage sur Pie II), Francfort, 4644; Orationes politicæ et ecclesiasticæ, édit. Mansi, Lucques, 1755; Opera inedita. Édit. Cugnoni, Rome, 4883 : Nicolas de Cusa, Opera, 3 in-lol., Bâle. 4565 ; Platina, Opus de vitis ac gestis summorum pontificum ad Sixtum IV pont. max. deductum, édit, princeps, Venise, 4479; édit, hollandaise de 4645 qui reproduit la première. Ouvrages. — Lenfant, Histoire des hussites et du concile de Basle, 2 vol., Amsterdam. 4734 : Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, t.xt:Cecconi,:Sludi storici sui concilio di F irenze, Florence. 4869 ; abbé Christophe, Histoire de la papauté pendant le xv siècle, 2 vol., Paris et Lyon, 4863; Pastor, Histoire des 129 BALE (CONCILE DE) — BALLERINI papes depuis la fin du moyen âge, trad. Furcy-Raynaud,2'édit., Paris, 1901,1.1 ; Creighton, .4 history of the papacy during the period of the reformation, t. II, The council of Basel, the pa­ pal restoration (1418-1464), Londres. 4882 ; Rocquain, La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther, Paris, 1897, t. in ; cf. aussi Dupuy, Traité des droits et des libertés de VÉglise gallicane, 3 in-fol., Paris, 1639 ; Phillips, Regalienrecht in Frankreich, Halle, 1873. Pour les questions particulières traitées au concile, voir pour la question de l'union avec les Grecs la bibliographie des articles Constance, Florence (Conciles de) et pour celle de la ques­ tion hussite, voir Hussites. Sur les rapports du concile avec la France et l’empire : Du­ fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VIL Paris, 1885,t. n, ni ; Pückert, Die kurfürslliche Neutralitüt wührend des Raseler Conzils, Leipzig, 1858 ; Palackv, Geschichte der Bœhmen, Prague, 1845, t. ni. Monographies. — Voigt (protestant), Ænea Silvio Piccolo­ mini, ais Papst Pius II und seine Zeitalter, 3 vol., Berlin, 1856-1863 ; Verdière, Essai sur Æneas Sylvius Piccolomini, Paris, 1843; Düx, Nicolaus von Cusa und die Kirche seiner Zeil, 2 vol., 1848: Joachimson, Gregor von Heimburg. 1890; J. Haller, Concilium Basiliense,Studien und Quellen, 1896,1.1. A. Baudrillart. BALLA Philibert, jésuite italien, né ύ Bagnasco, le 2 février 1703, admis au noviciat le 8 octobre 1726, en­ seigna les humanités, la philosophie et la théologie, à Crémone et à Turin, fut censeur général des livres pour l'assistance d'Italie, et mourut le 15 septembre 1759 à Scurzolengo, diocèse d’Asti. Il prit part à la polémique relative au probabilisme, qui, au milieu du xvill· siècle fut soutenue par les dominicains et les jésuites et dont la Storia del probabilisme du P. Daniel Concina, O. P., lut le point de départ. Les PP. Gagna, Balla, Nocti, Zaccaria l’attaquèrent; le P. Vincente Patuzzi prit le parti de son confrère, en particulier, dans ses Letlere leologico-morali di Eugenio Eraniste, 1751. Le P. Balla lui opposa, sous l'anonyme : Risposta aile Letlere leologico-morali scrilte del P. N. N. sotto nome d’Eusebio Eraniste in difesa dell" Istoria del probabilismo del P. Daniello Concina, in-8», Modéne, 1753-1754. Cet ouvrage contient quatre lettres; Balla en ajouta une cinquième dans la seconde édition de Venise, 2 in-8», 1755. En 1756, il publia un tome troisième qui contient l’indice generale. Le P. Patuzzi répondit au P. Balla par de nouvelles Lettere teologico-morali, et son confrère, le P. Camille Miglioli, prit aussi sa dé­ fense contre les PP. Balla et Zaccaria. De Backer et Sommervogel, Bibl. de la C" de Jesus, 1.1, col. 841-843. C. Sommervogel. BALLAINI Jean (Joannes Balainius), originaire d'Andria, dans les Pouilles, savant mineur conventuel de la province de Venise, vivait dans la seconde moitié du XVI» siècle. Etant maître de grammaire des novices il donnait à l'impression son premier travail : In incar­ nati divini Verbi natale panegyricon, Venise, 1566. Deux ans après il ajoutait, sous le titre de Psegmala quædam quant elegantissima, quelques annotations à la lin des Enarrationes in Acta apostolorum du fran­ ciscain Jean Wild (Joannes Ferus). Toutefois le nom du P. Ballaini devait rester plutôt comme éditeur que comme auteur; c’est ainsi qu'il donnait à Venise en 1571 une édition des Lucubrationes in triplicem Aristo­ telis philosophiam de Pierre Tataret et de la Diserlisima explanatio univers» Aristotele» logic» du môme. Il publiait ensuite : D. Bonaventuræ... in quatuor libros Sententiarum elaborat» dilucida/iones... cum quintu­ plici indice, 4 in-8», Venise, 1573. Bien que cette édition lut loin d'ètre parfaite, elle fut reproduite en 1580 par le P. Ange Rocca, augustinien. — L>. Bonaventuræ... in librum Sapienti» et Lamentationes leremiæ prophet» pia et erudita expositio, nunc primum... in lucem emissa, in-8», Venise, 1574. — Alexandri de Ales angli... univers» theologi» summa in quatuor partes distributa..., post multiplicem recognitionem, omnia I DICI. DE THÊOL. CAT11ÜL. 130 castigatiora, luculentioraque prodeunt cum quintuplici indice, 4 in-8», Venise, 1576. Voir t. I, coi. 778. Enfin il donna, en l’enrichissant de notes très érudites, une édition du Compendium théologie» veritatis, fausse­ ment attribué à saint Bonaventure, Venise, 1578, 1588. Sbaralea, Supplementum et castigatio ad scriptores ord. miliorum, Rome, 1806 ; Hurter, Nomenclator, Inspruck. 1892, t. I, p. 2; S. Bonaventure, Opera omnia, Quaracchi, 1882, t. i, p. lxxv; 1893, t. vi, p. xix. P. Édouard d'Alençon. 1. BALLERINI Antoine, jésuite italien, né à Medi­ cina près Bologne, le 10 octobre 1805, admis au noviciat le 13 octobre 1826, professa la philosophie à Ferentino, l'histoire ecclésiastique à Rome et â Fertno, la théologie morale au Collège romain et mourut à Rome, le 27 no­ vembre 1881. Inter theologos morales ævi nostri, mul­ torum judicio, primatum tenens, dit le P. Génicot. S. J., dans sa Theologia moralis, t. n, p. 965. — 1» Sylloge monumentorum ad mysterium conceptionis immaculalæ Virginis Deiparæ illustrandum, 2 in-8», Rome, 1854-1856 ; 2 in-8», Paris, 1857. Cet ouvrage est plutôt historique. — 2» Tractatus de justitia et jure synopsis, in-8», Rome, 1863. — 3» Tractatus de actibus humanis sy­ nopsis, in-8», 1863. — 4» De morali systemale S. Alfonsi Mari» De Ligorio dissertatio habita in aula maxima Collegii romani in solemni studiorum inauguratione an. 1863, in-8», Rome, 1864, et dans le Compendium theologi» moralis de Frassinetti et dans les Vindiciæ Ballerinianæ du P. Viet, de Buck, S. J. — 5» En 1850, le P. Jean-Pierre Gury. jésuite français, professeur de théologie morale au Collège romain et au scolasticat de Vais, près Le Puy, avait publié son Compendium theo­ logi» moralis, qui ne tarda pas à jouir d’une grande vogue. La dix-septième édition, revue par l'auteur, pa­ rut en 1866, l'année même de sa mort, mais : et Anto­ nii Ballerini ejusdem societatis in Collegio romano professoris adnotationibus locupletata, 2 in-8», Turin, 1866. Ces additions ne firent qu’augmenter l’autorité de l'ouvrage : en 1893, la onzième édition italienne parut à Rome; la troisième espagnole à Barcelone, en 1886. En 1887, un jésuite, professeur au collège de.Woodstock (États-Unis), en publia une édition : ad usum semina­ riorum hujus regionis accommodatum, New-York et Cincinnati, 1887, dont la sixième en 1891. En 1894, à Prato, parut une autre édition, la 12’ du P. Ballerini, novis curis expolita a sodali E. S. ; elle est du P. Do­ minique Palmieri, S. J., théologien de grand mérite. En 1896, un cistercien américain, le rév. A. Donovan, fit paraître à Saint-Louis un Compendium theologi» mo­ ralis ad mentem Antonii Ballerini, S. J. Dans ses solutions de cas de conscience et de questions de théo­ logie morale, le P. Ballerini s’était, en certaines occa­ sions, séparé de saint Alphonse de Liguori et avait cri­ tiqué sa doctrine. Au moment où il s'agit de conférer à l'évêque de Sainte-Agathe le titre de docteur de l’Eglise, les objections du jésuite furent examinées devant la S. C. des Rites. Dans les pièces du procès publiées à Rome en 1870, on trouve le Summarium additional» in quo exhibentur a quibusdam theologis elaborata responsa ad difficultates contra doctrinam moralem S. Alphonsi a clarissimo P. Antonio Ballerini soc. Jesu objectas, et in animadversionibus R. P. D. Promotoris fidei allegatas. Peu de temps après, les RR. PP. rédemptoristes publièrent : Vindiciæ Alphonsianæ, seu docloris Ecclesiæ S. Alphonsi M. de Ligorio... doctrina moralis vindicata a pluribus oppugnationibus cl. P. An­ tonii Ballerini, soc. Jesu..., cura et studio quorumdam theologorum e congregatione SS. Redemptoris, Rome, 1873; editio altera aucta et emendata, in-8», Paris et Tournai, 1874. La cause du P. Ballerini fut prise en main par un de ses confrères belges, le P. Victor de Buck, qui répondit aux rédemptoristes par ses Vindici» Ballerinianæ seu gustus recognitionis Vindiciarum Π. — 5 131 BALLERINI — BALMÈS Alphonsianarum, in-8», Bruxelles, 1873. — 6» Jus et officium episcoporum in ferendo suffragio pro infallibilitate romani pontificis contra nuperas cavillationes, per disquisitionem moralem assertum et vindicatum, Rome, 1870; editio correcta et aucta, in-8», Ratisbonne, 1870. — 7° Au moment de sa mort, le P. Ballerini avait entrepris un grand commentaire sur la célébré Medulla theologia; moralis du P. Busernbaum, S. J. Le P. Pal­ mieri l’acheva et en commença la publication : Antonii Ballerini S. J. opus theologicum morale in Busembauni Medullam absolvit et edidit Dominicus Pal­ mieri ex eadem societate, in-8», Prato, 1889, t. 1. Le 7“ et dernier volume parut en 1893. De Backer et Sommervogel, Bibl. de la C1· de Jesus, t. i, col. 843-848; t. vm. col. 1733-1734. G. Sommervogel. 2. BALLERINI (Les frères Jérôme et Pierre), de Vérone, par un remarquable exemple de collaboration littéraire, composèrent ensemble presque tous leurs ouvrages, ou, selon leur contemporain Mazzuchelli, Gli terittori d'italia, t. Il, p. 179, Jérôme eut surtout le rôle de l'historien et du critique, Pierre celui du théologien et du canoniste. Né le 7 septembre 1(598, l’ainé, Pierre, étudia chez les jésuites* de sa ville natale, fut ordonné prêtre en 1722 et enseigna les belles lettres. 11 fut gagné par l’enthou­ siasme de son concitoyen Noris pour saint Augustin et composa II melodo di S. Agostino riegli stud], Vérone, 1724. Un passage de son écrit suscita à Vérone l’ardente querelle du probabilisme, dont il écrivit l’histoire : Baggio della storia del probabiIismo nella descrizione del cangiamento di sei insigni probabilisti in probabilioristi, in-8», Vérone, 1736. Il écrivit aussi contre l’usure et eut pour adversaire le savant Scipion Mallei : De jure divino et naturali circa usuram lib. VI, in-4», Bologne, 1747; Vindiciæ juris divini el naturalis, in-4», ibid., 1747. Professeur de théologie dogmatique et morale, il fil partie, comme canoniste, de la commission envoyée à Rome (1748) par la république de Venise pour l’allaire du patriarcat d'Aquilée. Le pape Benoit XIV conçut tant d'estime pour le savant véronais qu'il le chargea de pu­ blier, d’après les manuscrits du Vatican, une nouvelle édition des œuvres de saint Léon le Grand, à la place de l’édition condamnée de Quesnel : S. Leonis Magni B. pon­ tificis opera post. Paschasii Quesnellii recensionem ad complures et prseslantissimos codices ab illo non con­ sultos exacta, 3 in-fol., Venise, 1753, 1756, 1757, repro­ duite par Migne, P. L., t. liv-lvi. La constitution du 13 octobre 1754 décernant à Léon le Grand le titre de docteur de l’Église réalisa le vœu exprimé par les Bal­ lerini dans l’épitre dédicatoire du t. i". Pierre Ballerini mourut vers 1764. Ses autres principaux ouvrages sont : S. Zenonis, episc. Veronensis, sermones, avec des dis­ sertations et des notes, in-4», Vérone, 1739 ; S. Antonini, arehiep. Florentini, Summa theologica, avec des notes, observations et une vie de l’auteur, 3 in-fol., Vérone, 1740-1741; S. Baymundi. de Pennaforl Summa, etc., in-fol., Vérone, 1744; De vi ac ratione primatus romanorum pontificum, Vérone, 1776. Jérôme, né le 29 janvier 1702, également prêtre sécu­ lier, survécut plusieurs années à son frère. Il entreprit, sur les conseils de Mallei, l’édition des œuvres de Noris, pour laquelle il eut dans la suite la collaboration de son frère : Henrici Norisii Veronensis augustiniani, S. B. E. presbyteri cardinalis, opera omnia nunc pri­ mum collecta et ordinata, i in-fol., Vérone, 1732. Le t. iv surtout est l’œuvre propre des deux trères et con­ tient des morceaux précieux d’histoire ecclésiastique. Jérôme eut aussi la plus grande part dans l’édition des œuvres d'un autre Véronais, Joannis Malthæi Giberti cp. rervnensis opera nunc primum collecta, in-4», Vérone, 1732. Entre les travaux de son frère, il colla­ bora surtout à l'édition des sermons de saint Zénon, 132 de la Somme de saint Antonin et des œuvres de saint Léon. Mazzuchelli, Gli scrittori d’italia, L n, p. 178485; !.. Federici, Elogi historici de piu illustri ecclesiastici Veronesi. Vé­ rone, 1819, p. 09-120 ; Kirchenlexikon, 2· édit., 1.1, col. 1895-1898. C. Verschaffel. BALLI ou BALLO Joseph (1568-1646), né à Pa­ lermo, docteur en théologie, et chanoine de Bari dans le royaume de Naples. Il a publié sur l’eucharistie un ouvrage important, fruit de trente années de travail : Besolulio de modo evidenter possibili transsubstantiationis panis et vini in sacrosanctum Domini Jesu cor­ pus et sanguinem, in-4», Padoue, 16’i0. On a encore de lui : De fecunditate Dei circa productiones ad extra, in-4°, Padoue, 1635. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892, t. t, p. 261, J. Bellamy. BALLY Philibert-Albert, évêque d’Aoste, né à Grésy-sur-Aix, Savoie, en 1605, mort le 3 avril 1691. D'une noble famille, il fut, ses études terminées, attaché â la personne de Victor-Aimé, duc de Savoie, en qualité de secrétaire d’État, et après la mort de celui-ci de­ meura près de la régente Christine. Après quelques années passées à la cour, il abandonna le monde et se fit religieux barnabite, en 1632. Il occupa les premières charges de sa congrégation et se consacra à la prédica­ tion et aux controverses publiques avec les protestants. Moreri lui attribue, sans preuves suffisantes : Histoire des conférences de controverse tenues dans le pays de ■Périgord entre les missionnaires catholiques et les mi­ nistres de la religion prétendue réformée, 4 in-4», Chambéry, 1688. Il a composé : 1» Disputationes de traditionibus apostolicis contra hærelicos, in-4», Pau, 1643 ; 2» Becueils de lettres pastorales, Chambéry, 1679; Lyon, 1681 ; le second de ces recueils, ou il est traité de l’autorité et de l’infaillibilité des décisions du souverain pontife, fut dédié à Innocent XI; 3» Conférences sur l'institution du carême, sur le purgatoire, sur l’invo­ cation des saints, Toulouse. Après avoir passé vingt-sept ou vingt-huit ans dans la vie religieuse, il fut, en 1659, nommé évêque d’Aoste et travailla aussitôt à la réforme de son clergé. En 1684, il fit imprimer un catéchisme pour l’usage de son diocèse. Gallia Christiana, 1770, t. xn, col. 821 ; Moreri, Diction, historique, 1759, t. n, p. 43 ; Ughelli, Italia sacra, 1729, t. iv, col. 1103; J.-M. Albini, Mémoire historique sur Philibert-Albert Bally, Turin, 1865. B. Hevrtebize. BALMÈS Jacques, un des noms les plus célèbres de l’apologétique contemporaine, dans la première moitié du xix» siècle, fut, en Espagne, l’âme du mouve­ ment de défense catholique contre les erreurs modernes. Il naquit à Vich, en Catalogne, le 28 août 1810, dans des conditions de famille qui entravèrent, en plusieurs occasions, l’élan d'une intelligence appelée de bonne heure à réaliser de grandes choses pour l'avenir de sa patrie et de sa religion. A force de persévérante énergie, il parvint à commencer ses études ecclésiastiques au séminaire de sa ville natale et à obtenir une place à l’université de Cervera. Là. le jeune étudiant concentra, pendant quatre années, sa puissance d’application sur la Somme de saint Thomas et sur les Commentaires de Cajetan. Quand il eut conquis les grades de licence et de doctorat en théologie, il revint à Vich, étudia les langues étrangères et compléta sa formation, jusqu'alors exclusivement scolastique, par la lecture assidue des philosophes contemporains. Excellent moyen d’actualiser son avoir intellectuel et de l’élever au niveau de son siècle! A cette époque si importante de son activité scientifique, Balinès n’essuya que des insuccès dans sa petite patrie. En 1837, il dut accepter, faute d’emploi, uue chaire de mathématiques et publia même un abrégé 133 BALMÈS 134 : L. Delisle, Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque imperiale, Paris, 1868, t. i, p. 364-367,445-473 ; ld., Bibliothèque de l’École des chartes, 1872, p. 187-195; Bulletin de la Société des lettres de la Corrèze, t. ni, p. 93, 457; t. iv, p. 513; t. v, p. 160; t. vi, p. 645; t. ix, p. 160-163, étude de R. Fage, publiée a part sous le titre, Les œuvres de Baluze cataloguées et décrites, Tuile. 18S2; Lefranc, Histoire du collège de France; Quentin, Jr όνομα Χριστού. Act., Π, 38; royaume de Dieu. Act., vin, 12, 13. Quand l’eunuque de Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, 2° édit.. la reine Candace dit au diacre Philippe : « Voilà de Fribourg-en-Brisgau, 1888, t. t, p. 68, note3; Holtzmann, Lehrbuch der Neutestamentlichen Théologie, Leipzig, i l’eau, qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé? » Phi­ 1897, t. I, p. 378-379. Les raisons de nier l’authenticité lippe lui répondit : « Tu peux l’être, si tu crois de tout des paroles de Jésus, Matth., xxvm, 19, ne sont pas ton corur. » Et aussitôt l’eunuque fît sa profession de foi : « Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. « admissibles. Saint Paul, qui rappelle les apparitions de Jésus ressuscité, 1 Cor., xv, 5-9, mentionne en particulier Philippe lui administra immédiatement le baptême. celle qui tut faite aux apôtres réunis. Lui, à qui le Act., vin, 36-39. Le baptême de saint Paul a été précédé Christ ressuscité a parlé, ne pouvait ignorer les com­ de sa conversion et de sa foi en Jésus. Act., IX, 18 ; xxn. 16. Corneille a cru avant d’être baptisé, Act., x, 33, munications faites aux autres apôtres. Lui-même a été baptisé par Ananie. S'il n'a pas reçu la mission de bap­ ainsi que Lydie, Act., xi, 14, le geôlier de Paul, Act., xvi, tiser, mais d’évangéliser, il a cependant baptisé quelques 31, Crispus. Act., χνιπ, 8. La seconde condition est le repentir des péchés commis antérieurement. Saint Pierre chrétiens. S’il se réjouit de n'avoir conféré le baptême à aucun Corinthien, c’est pour que personne ne se flatte indique cette condition dans le discours qu'il adressa au d'avoir été baptisé au nom de Paul. I Cor., I, 14-1(5. Le peuple le jour de la Pentecôte : « Faites pénitence, baptême était donc nécessaire aux yeux de saint Paul, μετανοήσατε, et que chacun de vous soit baptisé au nom quoiqu’il ne se crût pas obligé de l'administrer person­ de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés. » Act., nellement. Par ailleurs, la formule trinitaire a eu dès n, 38. Il s’agit là clairement, comme l’indique le texte l’origine l’autorité qui lui revenait comme institution original, du repentir sincère du péché, qui doit précéder le baptême. Ces deux dispositions se rencontraient sou­ de Jésus-Christ. Jamais le baptême n’a été conféré ε’.ς άφεσιν αμαρτιών. Cette expression indiquait un effet du vent et facilement réunies chez les Juifs ou les prosélytes baptême, la rémission des péchés; elle n’était pas la pieux et fidèles. Aussi les Juifs de Jérusalem, l’eunuque formule employée. Cette formule exprimait au nom de de la reine Candace, Saul, le centurion Corneille n'ont qui le sacrement était administré. La formule : Au nom pas besoin d'une longue préparation pour recevoir le de Jésus, était narrative plutôt que liturgique, ainsi qu'il baptême. La prédication les amenait vite à la foi et à la résulte des faits rapportés plus haut. Elle ne pouvait pénitence, auxquelles la grâce divine les sollicitait inté­ être insolite sur les lèvres de Jésus qui parle si souvent rieurement. Ils ne devaient, d’ailleurs, éprouver aucune du Père, du Fils qui est un avec le Père, et du Saintdifficulté à passer par le bain baptismal pour être in­ Esprit. Enfin, saint Paul, en mentionnant les trois per­ troduits dans la société chrétienne, puisque les païens sonnes divines pour montrer l’efficacité du baptême, étaient agrégés à la religion juive par un rite baptismal, 1 Cor., vi, 11, la paraphrase au lieu de la transcrire lit­ qui n'avait toutefois d’autre effet que de leur conférer la téralement. H savait donc que le baptême s’administre au pureté légale. Voir Schürer, Geschichte des jüdischen nom de la sainte Trinité. A. Michiels, L’origine de Volkes ini Zeitalter Jesu Christi, 3e édit., Leipzig, 1898, l’épiscopat, Louvain, 1900, p. 52, note 2; p. 78. note. t. m, p. 129-132. IV. Nécessité et conditions exigées. — Le baptême V. Effets. — 1° Mode d'action du baptême. — Des est nécessaire pour être sauvé. C'est Jésus-Christ luiparoles de Jésus à Nicodème, on peut inférer quel esl le même qui nous l’affirme, dans son entretien avec Nicomode d'action du rite baptismal. L’expression « renaître dème : « En vérité, en vérité je te le dis : si quelqu'un ex aqua et Spiritu Sancto » montre que cette régénéra­ ne nait de nouveau, il ne peut voir le royaume de tion est l’œuvre de deux facteurs distincts, l’eau et le Dieu. » Nicodème, étonné de cette parole et ne songeant Saint-Esprit, que l’Ecriture ne craint pas d'assimiler guère à des réalités d’ordre surnaturel, fit ressortir l’un à l’autre sous un certain rapport, celui d'une cau­ l’impossibilité d'une renaissance physique. « Comment salité véritable : ex aqua et... L’eau est cause du bap­ un homme peut-il naître quand il est vieux? Peut-il tême, aussi bien que le Saint-Esprit; mais, bien entendu, rentrer dans le sein de sa mère et naître de nouveau? » d'une manière différente. Chacun des deux agents doit Jésus explique alors sa parole, mais sans en diminuer avoir l’activité qui convient à sa propre nature. L’agent l’énergie, et proclame avec la même solennité la néces­ principal étant évidemment le Saint-Esprit, l’eau ne peut sité d’une régénération spirituelle, qui n’est pas autre être qu'un agent secondaire, un instrument qu’il élève à chose, comme nous l’avons prouvé plus haut, que la ré­ la hauteur d'une cause, pour servir à la production de génération baptismale.» En vérité, en vérité je te le dis, la régénération baptismale. C'est cette activité que les théologiens scolastiques exprimeront plus tard d une si quelqu’un ne renaît de l’eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Le royaume de façon technique, en employant la formule ex opere ope­ Dieu, dans l’Evangile, désigne toujours l’Eglise, tantôt rato. Voir A. Loisy, Nicodème, dans la Bevue d’histoire sous la forme militante ici-bas, tantôt sous la forme et de littérature religieuses, Paris. 1899, t. iv, p. 489triomphante au ciel, et quelquefois l’une et l’autre en 497. Ajoutons que l'eau, matière du baptême, doit être même temps. La parolede Jésus, dans ce passage, a évi­ unie à la forme dont nous avons parlé, pour être effi­ demment toute l'extension possible, et elle signifie que cace. De là le mot de saint Paul : Mundans lavacro le baptême est nécessaire pour entrer, non seulement aquæ in verbo vitæ. Eph., v. 26. dans la société des chrétiens sur la terre, mais aussi 2“ Effets produits par le baptême. — Le premier effet dans la société des élus au ciel. du baptême, et celui que Jésus-Christ semble donner Le baptême ne peut être reçu comme il faut, quand il comme sa caractéristique spéciale, est une nouvelle s’agit du moins des adultes, si l’on ne remplit deux I naissance d’ordre spirituel, à laquelle correspond neces- 175 BAPTÊME DANS LA SAINTE ÉCRITURE sainement une nouvelle vie. Joa., m, 5. La régénération baptismale efface les péchés. Act., n, 38; xxn, 16. Sous ce rapport, elle procure le salut du baptisé, en renou­ velant son àijie : Salvos nos fecit per lavacrum regene­ rationis et renovationis Spiritus Sancti. Tit., in, 5. Cf. Marc., xvi, 16 ; 1 Pet., ni, 21. Bien plus, elle est en même temps une source de mort et de vie, selon la doctrine de saint Paul. L’apôtre, dans son épître aux Romains, con­ sacre un chapitre tout entier à développer cette doc­ trine, que le baptême reproduit en nous, de quelque manière, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. An ignoratis quia quicumque baptizati sumus in, Christo Jesu, in morte ipsius baptizati sumus f Consepulti enim sumus cum illo per baptismum in mortem, ut quo­ modo Christus surrexil a mortuis per gloriam Patris, ila et nos in novitate vitæ ambulemus. Rom., vi, 2 sq. Nous participons à la mort du Sauveur, parce que le baptême nous fait mourir au vieil homme, vetus homo noster simul crucifixus est, c’est-à-dire détruit en nous tous les péchés qui souillaient notre âme. Nous parti­ cipons à la résurrection du Christ, parce que le baptême produit en nous une vie nouvelle, que saint Paul décrit ensuite en termes magnifiques. Rom., vm. De cette doc­ trine générale, relative au baptême, l'apôtre tire une con­ clusion particulière. C’est que, dit-il, il n’y a plus rien à condamner chez ceux qui vivent dans le Christ Jésus : Nihil ergo nunc damnationis est iis qui sunt in Christo Jesu. Rom., vin, 1. La généralité de cette parole a con­ duit les Pères, les théologiens, et même le concile de Trente à l’interpréter en ce sens, que le baptême a pour ellet de nous exonérer complètement vis-à-vis de la jus­ tice divine, puisqu’il n’y a plus rien à condamner chez les baptisés'considérés comme tels, abstraction faite de toute faute postérieure, car le baptême ne rend pas impeccables ceux qui l’ont reçu. I Cor., x, 12. En d'autres termes, le sacrement, non seulement nous délivre de la peine éternelle, mais remet aussi les peines temporelles dues au péché. Il nous donne droit aussi à la vie éter­ nelle dont nous sommes les héritiers en espérance. Act., ut, 5-7. — La régénération baptismale nous établit en même temps dans de nouvelles relations vis-à-vis de Dieu. D’abord, elle constitue un engagement général envers lui, comme nous l’apprend saint Pierre : Et vos nunc... salvos facit baptisma, non carnis depositio sor­ dium, sed conscientise bonæ interrogatio (έπερώτημα, stipulatio, engagement) in Deum. I Pet., ni, 21. Le sens le plus probable de ce passage, d’ailleurs obscur et très discuté, c’est que l'effet salvilique du baptême dé­ pend beaucoup moins de l’ablution extérieure de l’eau, qui efface simplement en soi les souillures matérielles, carnis depositio sordium, que de l'engagement sincère d'une conscience droite vis-à-vis de Dieu, έπερώτημα εις Θεόν. Saint Pierre ne dit pas, remarquons-le bien, que le baptême consiste dans cet engagement envers Dieu ; il suppose clairement que le rite baptismal comprend à la fois l’ablution de l’eau et l’engagement en question, mais que ce second élément est le plus important des deux au point de vue salvilique. Estius, In Paulum comment., Paris, 1653, p. 1184-1185. En outre, la régé­ nération baptismale nous « revêt du Christ », c’est-àdire reproduit en nous son image, et nous fait <( enfants de Dieu ». Gai., ni, 26, 27. L’Écriture a soin de nous dire que cette filiation est réelle, I Joa., ni, 2, mais pourtant adoptive. Rom., vm, 15; Eph., i. 5; Gai., iv, 5. Elle participe à la fois de l’adoption et de la généra­ tion proprement dite. Voir Adoption surnaturelle, t. i. col. 433. Dans le baptême, on reçoit également le Saint-Esprit, que Dieu le Père communique avec une effusion abondante, selon l’expression de saint Paul : Salvos nos fecit per lavacrum regenerationis et reno­ vationis Spiritus Sancti. quem effudit in nos abunde. Tit., ill. 5. 6. Γη autre effet du baptême, c’est d’agréger les crojants â l'Êgiisê. Déjà insinuée dans le passage 176 qui attribue au sacrement « l'entrée dn royaume de Dieu », Joa., 111, 5, et dans le précepte d’enseigner et de baptiser toutes les nations, docete, μαθητεύσατε,c’est-à-dire «faites des disciples » en baptisant, Malth., xxvm, 19, cette vérité est affirmée plus clairement par saint Luc, quand il dit : qui receperunt sermonem ejus |Pe/)’i| baptizati sont, et |/ioc baptismo\ appositæ sunl [Kcc/csiœ] in die ilia animas circiter tria millia. Act., il, 41. Saint Paul, en termes encore plus formels, déclare que « tous, dans le même Esprit, nous avons été baptisés pour un seul corps », εις εν σώμα. I Cor., xn, 13. Par suite il n’y a dans l’Eglise qu’un seul baptême. Eph., iv, 5. Ajoutons, afin d'être complet, que les passages scripturaires qui désignent les effets de la justification en général, sans mention expresse d'aucun sacrement, peuvent entrer en ligne de compte, au moins d’une laçon indirecte, pour marquer les effets du baptême, puisqu'il est la source première de toute justification sacramentelle. VI. Usage. — Deux questions se posent à ce sujet, concernant ceux qui donnaient le baptême et ceux qui le recevaient, en d'autres termes le ministre et le sujet du sacrement. 1° Ministre. —Autant que nous pouvons en juger par les rares passages qui parlent de l’administration du baptême, ce sacrement était conféré par des personnes de différentes catégories. Jésus-Christ taisait baptiser par ses disciples,'si touteiois il s'agit du baptême chrétien. Joa., iv, 2. Les apôtres, sans aucun doute, baptisèrent eux-mêmes après la Pentecôte, du moins dans certaines circonstances; témoin saint Paul, qui administra le sa­ crement au gardien de sa prison et à toute sa famille, Act., xvi, 23, et à Corinthe baptisa Crispus et Caius et la maison de Stephanas. I Cor., i, 14-16. Mais lorsque le nombre des chrétiens devint plus considérable, tout porte à croire qu’ils confièrent à d'autres le soin de bap­ tiser les nouveaux croyants, en se réservant à euxmêmes la prédication et la prière. Saint Pierre fil bap­ tiser le centurion Corneille avec toute sa famille, Act., x, 48, et saint Paul déclarait que sa mission n'était pas de baptiser, mais d’évangéliser. 1 Cor., 1, 17. C’est un diacre, Philippe, qui administra le sacrement à Simon le magicien, à un grand nombre d’habitants de Samarie et à l’eunuque de la reine Candace. Act., vm, 12, 13, 38. Enfin, quand il s’agit de baptiser saint Pau) à Damas, ce fut Ananie, c’est-à-dire, selon toute apparence, un simple laïque, qui en reçut directement de Jésus la mission. Act., ix, 18. Voir Vigoureux, Dictionnaire de la Bible, t. I, col. 542. 2° Sujet. — Tous les hommes peuvent recevoir le baptême, suivant la parole de Jésus-Christ à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les. » Matth., xxvm, 19. Les païens, comme les Juifs, sont les sujets du sacrement. Et pour le recevoir comme il faut, les uns et les autres doivent réaliser exactement les mêmes conditions, celles que nous avons énumérées plus haut. C’est donc faute d’avoir compris la portée universelle de la parole du Sauveur, qu'un certain nombre de chrétiens de la primitive Eglise prétendirent que les païens ne devaient pas recevoir le baptême, à moins de passer d’abord par le judaïsme. Il fallut une intervention divine pour dissiper ce préjugé. La vision de saint Pierre à Joppé et la descente du Saint-Esprit sur le centurion Corneille firent comprendre à tous que les païens, comme les Juifs, pouvaient recevoir le baptême et entrer directement dans l’Église. Act., x. Les explications que saint Pierre crut devoir donner de sa conduite achevèrent d’éclairer les esprits droits sur ce point important. Act., XI. On s’est demandé si l’Écriture comprenait aussi les enfants parmi les sujets du baptême. 11 est certain qu’elle n'en fait pas mention expresse. On a conjecturé que les passages où il est question du baptême général de toute une famille désignaient aussi le baptême des in ' BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS 178 enfants qui en faisaient partie. Cette conjecture est assez \ Vertheidigung der Kindertaufe, léna. 1731; Schmidt, Essai sur la doctrine du baptême d'après le N. T., Strasbourg, 1842; vraisemblable; mais il est possible cependant que Vivien, Le baptême d’eau étudié dans le N. T., Strasbourg, 1850; l'Écritnre ait voulu mentionner seulement le baptême Holtzmann.Lehrbuch der Neutestamentlichen Théologie;2 in-8·, des adultes, à cause des dispositions qu'elle suppose Leipzig, 1897; H. Cabanis, L’évolution de l'idée du baptême d’ordinaire chez les baptisés dont elle parle. En revan­ depuis Jean-Baptiste jusqu'à saint Paul, Cahors. 1900; Lam­ che, certains principes généraux énoncés par l'Écritnre bert, The sacrements in the New Testament, Edimbourg. 1903· permettent de conclure avec certitude que les enfants J. Bellamy. II. BAPTÊME D'APRÈS LES PÈRES GRECS ET LA­ peuvent et doivent être baptisés. Nous savons, par exemple, que « Dieu veut le salut de tous les hommes ». TINS. — Jésus avait dit â ses apôtres : « Allez, ensei­ 1 Tim., n, 4. Or, l’existence de cette volonté salvifique gnez toutes les nations, les baptisant au nom du Père serait contestable, s’il n'y avait pas, dans l’économie et du Fils et du Saint-Esprit. » Cet ordre, saint Pierre actuelle, une institution régulière et permanente des­ commence à l’exécuter dès le jour de la Pentecôte. Il tinée, autant que le permet le jeu de la liberté humaine, parle, convertit ses auditeurs et les baptise. Des diacres à procurer le salut des enfants comme des adultes. sont bientôt choisis pour le ministère des tables ; quant Cette institution est précisément le baptême. L'Écriture aux apôtres, ils conservent le ministère de la parole et nous apprend encore que la venue de Jésus-Christ en l’exercent de tous côtés, d’abord dans les milieux juifs, ce monde a eu pour effet de réparer le mal causé à ensuite parmi les gentils; puis ils s'adjoignent de nou­ l’homme par la chute originelle, et que cette réparation veaux collaborateurs et le monde romain est sillonné a son point de départ dans une seconde naissance, de missionnaires. La prédication de l'Évangile amène d'ordre spirituel, qui efface en chacun de nous la souil­ sans cesse de nouvelles recrues. Le baptême sert tou­ lure d'origine que nous contractons par notre première jours d'initiation; on insiste sur son absolue nécessité, naissance. Il est certain, d’autre part, que le bien de la sur le changement de vie qu’il doit opérer et les graves rédemption l’emporte de beaucoup sur le mal de la devoirs qu’il inspire; on l’administre avec solennité. chute. Rom., v, 15. Si donc les enfants contractent le Mais c'est surtout après Marc-Aurèle, à partir du règne péché originel par le seul fait de leur naissance selon de Commode, quand les conversions se multiplient ki chair, et avant tout exercice de leur liberté, à plus grâce à un répit de la persécution, que s’organise plus forte raison pourront-ils être justifiés et devenir enfants complètement la collation du baptême. Dès la fin du de Dieu par le seul fait de la régénération baptismale, 11' siècle, on détermine tout ce qui précède, accompagne avant l’usage de leur raison. En d’autres termes, ils et suit la collation de ce sacrement. peuvent recevoir le baptême aussi bien que les adultes. En même temps les détails deviennent plus nombreux. On ne peut pas conclure des paroles de saint Paul. Car, pendant les trois premiers siècles, ce n’est que peu I Cor., vu, 14, que les enfants des chrétiens sont saints à peu, au gré des circonstances, selon les besoins de par le seul fait de leur origine de parents croyants, sans l’heure présente, que se posent tels ou tels problèmes, avoir besoin d’être purifiés par le baptême. La signifi­ qu'interviennent les solutions d’ordre pratique, que se cation de ce passage est très discutée. Notons qu’en dégagent les principes. L’auteur de la Didacliê, Hermas, raison de la comparaison, la sanctification des enfants, saint Justin, saint Irênée, saint Hippolyte, Tertullien, nés de parents chrétiens, est de même nature que celle Clément et Origène sont précieux à consulter. Bientôt la des époux infidèles sanctifiés par leur conjoint fidèle. controverse relative au baptême des hérétiques, la lutte Les Pères grecs ont simplement conclu que la sanctifi­ contre les donatistes, les conciles, les Pères apportent cation de ces enfants et celle des époux infidèles étaient un contingent plus considérable de renseignements. Saint rendues plus faciles.et plus sûres par suite de leur situa­ Cyprien, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Cyrille de tion dans une famille chrétienne. Les Pères latins ont Jérusalem, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint entendu cette sainteté d’une sainteté extérieure, résul­ Chrysoetome, saint Jérôme, surtout saint Augustin nous tant pour les enfants et les époux de leurs rapports avec mettent en mesure non seulement de trouver une réponse des chrétiens sanctifiés par le baptême : ces enfants, aux principales questions qui peuvent se poser au sujet même n’étant pas encore baptisés, n'étaient pas souillés du baptême, mais encore de nous faire une idée exacte comme les païens, ils appartenaient déjà d’une certaine de la manière dont on envisageait le sacrement de bap­ manière au Christ et étaient soustraits en partie au tême et de noter le développement progressif de la doc­ domaine du prince de ce monde. Aucun Père n’en a trine, à l’époque des Pères. conclu que les enfants, nés de parents chrétiens, n'avaient Au point de vue dogmatique, c’est d'abord l’absolue pas besoin de recevoir le baptême. R. Comely, Comment, nécessité du baptême proclamée pour quiconque veut faire partie de l’Église et s'assurer le salut éternel; c’est in S. Pauli priorem epist. ad Corint/âos, Paris, 1890, p. 183-186. ensuite sa nature, sa valeur intrinsèque, son efficacité intime, d'où la détermination du vrai rôle du ministre, Corluy, Spicilegium dogmatico-biblicum, Gand, 1880, t. il la distinction entre ce que la théologie appellera la vali­ p. 330-335: Hurler, Theologies dogmaticæ compendium, Insdité et la licéité; l'opus operatum et l'opus operantis. pruck, 1891, t. m, p. 264 sq. ; Chardon. Histoire des sacrements. Au point de vue moral, c'est, d'une part, le rôle du dans Migne, Cursus completus theologies, t. xx, col. 1-159: baptême dans la vie, les devoirs qu'il impose, la difficulté Corblet, Histoire dogmatique, liturgique et archéologique du pour le baptisé qui retombe dans le péché de rentrer en sacrement de baptême, 2 in-8·, Paris, 1881, 1882; Vacant, article Baptême. dans Vigoureux, Dictionnaire de la Bible, 1.1, col.1433grâce: d'où le rôle de la pénitence; et, d'autre part, l'abus 1441; Sasse, Institutiones theologicx de sacramentis Ecclesise, du retard apporté par les catéchumènes dans la réception Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. i, p. 196 sq. : Ansaldi, De baptis­ du baptême, contre lequel ne cesseront de protester les mate in Spiritu Sancto et igni commentari us sacer philologieoPères. criticus, Milan, 1752; Hardouin, De baptismo in nomine Enfin, au point de vue liturgique, ce sont les cérémo­ Christi, Paris. 1687; Matthies, Baptismatis expositio biblica, nies et les rites divers qui précèdent, accompagnent et historica, dogmatica, Berlin, 1731 ; Orsi, De baptismo in solius suivent la collation du baptême, alors intimement liée Jesu Christi nomine nunquam consecrato, Milan, 1733; Reiche, De baptismi origine et necessitate nec non de formula bap­ à la collation des sacrements de confirmation et d'eucha­ tismi, Gœttingue, 1816; Wernsdortf, De baptismi Christianorum ristie et constituant l'initiation chrétienne. Après quoi il origine mere divina, Wittemberg, 1720; Lenoir, Essai biblique, est facile de voir que si, dans les divers usages des églises historique et dogmatique sur le baptême des enfants, Paris, d'Orient, de Rome et de la Gaule, telsquenous lesconnaisK6; Pozzy, Le baptême des enfants en face de l'histoire et de sons par desdocuments postérieurs, persistent quelques ta BUde. Paris. 1856; Garner, The primitive baptism consi­ différences, ces différences sont légères et n'intéressent dered, Londres, 1701 : Hammond, The baptism of in fants defend­ ed, Londres, 1655; Reinhard, Gründliche und schriftmasige que des points secondaires : le baptême garde partout 179 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS son cadre liturgique, sa physionomie caractéristique. Une remarque s'impose, c'est ta pénurie de la langue théologique à ses débuts. Les termes qui doivent plus tard concrétiser l'enseignement et faciliter l’exposition du dogme sont inconnus ; les Pères n'ignorent pas, du moins, ce que ces termes signifieront : ils possèdent sur les élé­ ments constitutifs du baptême, sur sa nature, son essence, son rôle, ses eifets, des notions suffisantes, que la théo­ logie n'aura plus qu'à recueillir el à désigner par des expressions appropriées. Inutile de constater ici que Jésus-Christ est l’auteur du baptême : car personne n’en a douté pendant la pé­ riode palristique: quant à la question de savoir à quel moment Notre-Seigneur a institué le baptême, elle n'a fait l’objet ni d'un examen approfondi ni d'une contro­ verse spéciale; c'est à peine si quelques Pères ont signalé, en passant, le moment de cette institution, les uns le plaçant avant la passion, les autres après. Voir pour le second sentiment S. Léon le Grand, Epist., xvi, c. in, P. L.,t. liv, col. 699. 1. Noms. II. Matière. III. Forme. IV. Modedecollation. V. Ministre VI. Sujet. VIL Symbolisme et figures. VIII. Effets. IX. Nécessité. X. Rites de l’administration solennelle. 1. Noms. — La langue chrétienne, à l'origine, est remarquable par la richesse d’expressions dont elle s’est servie pour désigner le baptême. Ces expressions, elle les emprunte tantôt à la matière on à la forme de ce sa­ crement, tantôt à son mode de collation ou à ses effets, tantôt â son symbolisme. Il suffit de signaler les princi­ pales, les plus caractéristiques; car elles résument l'idée que les Pères se faisaient du baptême. Le baptême, en elfet, est appelé le sacrement de l’eau, non d’une eau quelconque, mais de l'eau de source, de l'eau courante, de l'eau fluviale, de l'eau vive, ύδωρ ζών, Didaché, vu, 1, édit. Funk, Tubingue, 1887, p. 22; c’est le sacrement de l'eau vitale, Cyprien, Epist., lxxiii, 11, P. L., t. ni, col. 1116. de l’eau génératrice, undo,genita­ lis, μήτρα ΰδατος, Clément d’Alexandrie, Strom., iv, 25, P. G., t. vin, col, 1369; c’est le sacrement de l’eau qui sert de bain, sacramentum aquæ, Tertullien, De bapt., 1, P. L., 1.1, col. 1197; ).ourpôv,dans lequel on plonge le baptisé, Clément d’Alexandrie, Slrom., t, 6, P. G., t. vin, col. 281, pour le laver, le purifier de ses péchés, lui communiquer la vie. Bain de la régénération et de la rénovation, Hilaire, In ps. LXllI, 11, P. L., t. IX, col. 412; De Trinil., xn, 56, P. L., t. x, col. 472, c’est l'enmndatio spiritualis et le novum natale de Tertullien, De bapt., 4, 20, P. L., t. I, col. 1204, 1224; et saint Augustin l’ap­ pelle le sacrement de la vie nouvelle et du salut éternel. Cont. Cresc., n, 13, 16, P. L., t. xun, col. 476. Le bap­ tême sanctifie les hommes et les rend enfants de Dieu, en les faisant passer comme le Christ, mais d’une manière symbolique, par une mort et une sépulture mystiques. Chrysostome, Ad iliumin. cat., I, P. G., t. xi.ix, col. 225. Par allusion à la profession de foi qui précède sa collation, il est aussi appelé le sacrement de la foi, Vobsignalio fidei, Tertullien, De pænit., 6. P. L., t. i, col. 1239; et parce qu'il est conféré au nom des trois personnes divines, le sacrement de la Trinité. Augustin, Serm., cci.xix, 2, P. L., t. xxxvm, col. 1235. Il est le commencement et la source des grâces divines, nous apprend Origéne. Il sert d’initiation à la vie chrétienne, il conserve les enfants du Christ, il projette dans l’âme des initiés des Ilots de lumière : il est par excellence l’illumination, le φωτισμός, Justin, Apol., I, 61, P. G., t. vi, col. 420; pseudo-Denys, De eccl. hier., u, 1, 2, P. G.. t. n. col. 392, de là tant de catéchèses ou d’allocutions ad illuminandos, προς φωτιζόμενους. Le baptême n'est pas seulement la prise de possession des âmes par Dieu, il est encore l’empreinte divine qui sert à les marquer d'une manière indélébile. Sceau du Seigneur, sceau du Christ, sceau salutaire, il représente 180 l'alliance de Dieu avec l’âme régénérée. Eusèbe, H. E., m, 23, P. G., t. xx, col. 260. Il remplace le signe de l'an­ cienne alliance, la circoncision, ce qui lui vaut le titre de circoncision mm manufacla. Il est le sceau de la foi, Basile, Adv. Eunom., ni, 5, P. G., t. xxix, col. 665; la σφραγίςόβ l’eau, Cyrille de Jérusalem, Cat., ni. 4, P. G., t. xxxili, col. 432; la σφραγίς de la régénération qui nous agrège au troupeau du Christ, Cat., i, 2, col. 372; la σφραγίς infrangible, à laquelle les anges reconnaissent les fidèles, pseudo-Basile, De bapt.. homil. xin, 4, 5, t. xxxt, col. 432,433; la σφραγίς qui distinque le soldat du Christ, Jean Chrysostome, In 11 Cor., homil. in, 7, P. G., t. lxi, col. 418; le caractère royal. Augustin, Epist., Lxxxvni, 9, P. L., t. x.xxm, col. 307. Clément d’Alexandrie avait expliqué quelques-uns des termes employés dans l'usage ordinaire pour désigner le baptême. C’est un bain, dit-il, car il lave les péchés; un charisme, qui remet les peines dues au péché; une illu­ mination, qui permet de contempler la sainte et salutaire lumière; la perfection, à laquelle rien ne manque. Pædag., i, 6, P. G., t. vin, col. 281. Plus tard, Cyrille de Jérusalem multiplia les expressions; il appelle le baptême: la rançon du prisonnier, la rémission des péchés, la mort du péché, la régénération de l’âme, un vêtement lumineux, un sceau saint et infrangible, un véhicule pour le ciel, les délices du paradis, la cause de l’obten­ tion du royaume, le charisme de la filiation divine. Procat., 16, P. G., t. xx.xni, col. 360, 361. Le pseudoBasile emploie les mêmes termes. De bapt., homil. Xlll, 5, P. G., t. XXXI, col. 433. Grégoire de Nazianze l’appelle, à son tour, δώρον, χάρισμα, βάπτισμα, χρίσμα, φώτισμα, αφθαρσίας ένδυμα, λουτρ’ον παλιγγενεσίας, σφραγίδα. Orat., XL, 4, P. G., t. xxxvi, col. 361. A tous ces termes Chry­ sostome en ajoute d'autres, ceux de ταφή, sépulture, de περιτομή, circoncision, de σταυρός, croix. Ad ilium, cat., 1, P. G., t. xi.ix, col. 225. Le pseudo-Denys a ses ex­ pressions particulières : θεογενεσία, θεία γέννησις άναγεννησις, υιοθεσία, μΰησις. De eccl. hier., Π, 1, 2, P. G., t. m, col. 392, 393, 396, 397. Toutes ces diverses déno­ minations ont leur raison d'être et désignent, chacune, le point de vue particulier sous lequel les Pères ont envi­ sagé le baptême. Elles servent admirablement à caracté­ riser ce sacrement. Les dénominations de σφραγίς et de φωτισμός ont un fondement suffisant dans le Nouveau Testament, et il n’est pas nécessaire de supposer, comme le fait Harnack, Dogmengeschichle, 2“ édit., t. I, p. 177, qu'elles ont été empruntées à la langue des mystères païens. IL Matière. — L'auteur de la Didaché retrace en quelques mots ce qui touche à la collation du baptême. Il y a deux voies, dit-il, la voie qui mène à la vie, et celle qui conduit à la mort. Puis, dans une formule suc­ cincte, il signale les principaux devoirs du futur baptisé, ce qu'il doit faire, ce qu'il doit éviter. Après avoir ensei­ gné ces choses, ajoute-t-il, baptisez ainsi au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, en plongeant le baptisé dans une eau vive (fleuve ou source), ou, à son défaut, dans toute autre eau (lac ou citerne), froide, à moins de raison particulière; que si vous n'avez pas d'eau suffisante pour y plonger le baptisé, versez-en trois fois sur sa tête; εκχεον εις την κεφαλήν τρ’ιςϋδωρ, vil, 1-3, édit. Funk, p. 20-22. Tel est le cadre primitif de la collation du baptême ; la matière ordinaire, c’est l’eau vive; la forme est la formule trinitaire indiquée par l'Evangile ; le mode de collation c’est l’immersion ou, si l'immersion n'est pas possible, la triple infusion sur la tête. Nous allons successivement retrouver tous ces élé­ ments. L’eau, telle est la matière du baptême. C’est dans l’eau, avec de l’eau qu’on baptise; c’est Vunda genitalis, le fluvius aquæ vitalis de saint Cyprien, la μήτρα ΰδατος de Clément d'Alexandrie. Or, dès le il' siècle, la matière passant, aux yeiix de certains hérétiques, pour être le 481 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS siège, le principe ou la source du mal, certains gnostiques supprimèrent l'usage de l'eau dans la collation du baptême. Irénée, Cont. hær., I, 21, 4, P. G., t. vu, col. 665; Épipliane, Hær., xxxiv, P. G., t. xli, col. 620. Il en fut de même de ceux que Tertullien désigne sous le nom de caiani et de quintiliani, De bapt., I, P. L., t. t. col. 1198, et plus tard des manichéens, Augustin, Hær., xi.vi, P. L., t. xi.ll, col. 34 sq.; des ascodrutes, des archontiques, Théodoret, Hæret. fab., i, 10, 41, P. G., t. lxxxui, col. 360; des séleuciens et des hermiens. Augustin, Hær., i.ix, P. L., t. xi.n, col. 42; Phi­ lastre, Hier., t.v, P. L., t. xn, col. 1170. Quelques-uns, en cas de nécessité, n’hésitèrent pas à employer du sable, ainsi que le rapporte Jean Moschus, dans son Λειμών, ci.xvi, P. G., t. i.xxxvn, col. 3045; il est vrai que Denys d'Ascalon ordonna, en pareil cas, que l'on conférât le baptême d’eau. D'autres mêlèrent de l'huile à l'eau, et se contentèrent d’une simple infusion de ce mélange sur la tête du baptisé; tels, les disciples du gnostiquc Marc, d'après Irénée, Cont. hær., i, 21, 4, P. G., t. vit, col. 664. et d’après Épiphane, Hær., xxxtv, 20, P. G., t. xli, col. 624; d’autres enlin, y joignirent l'épreuve du feu. De rebaptismate, 16, P. L., t. ni, col. 1201 sq. Voir Baptême par le fed.Tous ces usages, étrangers à la tradition apostolique et à la pratique de l’Église, furent énergiquement réprouvés comme portant atteinte à la réalité du sacrement. Felix sacramentum aquœ nostræ, s'écrie Tertullien, qua abluti delictis prislinæ coicitatis in vitam ælernam liberamur... Nos pisciculi secundum Ίχβύν nostrum Jesum Christum in aqua nascimur. Debapt., 1, P. L., t. i, col. 1197, 1199. C’est donc dans l'eau et par I'eau du baptême que renaît l'homme, et n’importe quelle eau est suffisante pour la validité du sacrement. Toutefois il est à remarquer qu'on n'employait pas indistinctement toute espèce d’eau. On avait soin de la bénir préalable­ ment, comme l’indiquent Tertullien, De bapt., 4, P. L., t. i, col. 1204; Cyprien, Epist., t.xx, 1, P. L., t. tu, col. 1039; Cyrille de Jérusalem, Cat., ni, 4, P. G., t. xxxm, col. 432; Basile. De Spir. Sanct., xxvn, 66, P. G., t. xxxn, col. I88; Grégoire de Nysse, De bapt. Christi, P. G., t. xi.vi, col. 581; Adv. eos qui differ, bapt., ibid., col. 421 ; Augustin, De bapt. coni, donat., vi, 25,45, 46, P. L., t. XLiii, col. 213; ainsi que les Constitutions apostoliques, vu, 43,44, P. G., t. t, col. 1044, 1045, et le pseudo-Denys, De eccl. hier., Π, 2, 7, P. G., t. m, col. 396, qui appelle l'eau τήν μη-épa της υ'οθβσίας. La litur­ gie de Sérapion de Thmuis a une prière par la sanctifi­ cation de l’eau baptismale. G. Wobbennin, Allehrist. liturgische Stücke aus der Kirche Ægyptens, etc., dans Texte und Vntersuch., Leipzig, 1899, nouvelle série, t. il, fasc. 3, p. 8-9. Fidèle écho de saint Ambroise, De myst., ni, 8, P. L., t. xvi. col. 391, l’auteur du De sacramentis dit : Ante fons consecretur et tunc descen­ dat qui baptizandus est. Dès que le catéchumène se présenté, le prêtre fait l’exorcisme sur l’eau, dit une prière, invoque le nom du Père, appelle la présence du Fils et du Saint-Esprit. De sacr., II. v, 14, P. L., t. xvi, col. 429. Il ne s'agit pas seulement de chasser toute influence maligne de l’eau qui va servir de matière au baptême, il faut sanctifier cet élément et rendre la Tri­ nité présente. De sacr., I, v, 18, P. L., t. xvi, col. 423. Car l'eau, par elle-même, n'a pas la vertu d’opérer les merveilles du sacrement; Dieu doit intervenir. C’est le Saint-Esprit qui la sanctifie, dit Tertullien, et lui com­ munique la vertu sanctifiante. De bapt., 4, P. L., t. i, col. 1203. Non omnis aqua sanat, observe l’auteur du Dr· sacramentis, I. v, 15, P. L., t. xvi, col. 422, sed aqua sanat quæ habet gratiam Christi. Aliud est elemen­ tum. aliud consecratio ; aliud opus, aliud operatio. Aqua opus est; operatio Spiritus Sancti est. La grâce de l’eau baptismale lui vient du Saint-Esprit. Basile, De Spir. Sanct., xv 35, P. G., t. xxxn, col. 132. C'est •182 Dieu qui donne à l’eau sa vertu. Grégoire de Nysse, Cat., 34, P. G., t. xi.v, col. 85. L'eau, par l'invocation de la Trinité, acquiert la vertu sanctiliante. Cyrille de Jérusa­ lem, Cat., ni, 3, P. G., t. xxxm. col. 429. L’eau n’est que le signe extérieur de la purification mystérieuse opérée par le Saint-Esprit qui la bénit; après cette bénédiction, l’eau ne doit plus être regardée comme une chose ordi­ naire. Grégoire de Nysse, In bapt. Chr., P. G., t. xi.vi, col. 581. Saint Jérôme répète à son tour que l’eau du baptême est consacrée par la venue du Saint-Esprit. Epist., xcvm, 13, P. L., t. xxn, col. 801. Les canons d’Hippolyte l'appellent puram, paratam, sacram. Can. 112, dans Duchesne, Origines du culte, 2» édit., p. 512. Ci. Achelis, Die Canones Hippolyti, dans les Texte und Untersuchungen, Leipzig, 1891, t. vi, fasc. 4, p. 94. Ils parlent de l’eau courante de la mer. T.e Testamentum D. N. J. C., édit. Rahmani, Mayence, 1899, p. 126, parle aussi d’eau courante et pure, évidemment de fleuve ou de ruisseau, et il ne mentionne pas sa bénédiction. Cf. p. 216. L'eau bénite n'est donc pas requise pour la vali­ dité du baptême. Déjà la Didaché n’exigeait qu’une eau quelconque. D’ailleurs, les Pères ont dit parfois que Jésus, en se taisant baptiser dans le Jourdain, avait sanctifié toutes les eaux de la terre. Saint Ignace d’An­ tioche l’avait remarqué, Ad Eph., xvm,2, Opera Pair, apost., Funk, I. i, p. 186. Saint Ambroise. Exposit. Ev. sec. Luc., I. II, n. 83, P. L., t. xv, col. 1583, attribue au baptême de Jésus l'efficacité rédemptrice de l'eau. En­ fin, les baptêmes que saint Alhanase aurait faits dans son enfance sur le bord de la mer. au rapport de Rufin et de Sozomêne, et que saint Alexandre aurait tenus pour valides, montrent bien, s'ils sont authentiques, que l’eau bénite n’était pas requise pour la validité du sacre­ ment. Sehwane, Dogmengeschichle, 1895. t. n, p. 738. Ainsi donc l’eau est absolument nécessaire pour le sacrement du baptême, ce qui fait dire à saint Augus­ tin : Tolle aquam, non est baptisma. In Joa., tr. XV, 4, P. L., t. xxxv, col. 1512. Mais elle est ordinairement bénite. Vulva matris, aqua baptismatis, dit Augustin, Semi., cxix, 4, P. L., t. xxxvm, col. 674, qui ajoute ailleurs : Baptismus, id est salutis aqua, non est salutis nisi Christi nomine consecrata et cruce ipsius signata. Serm., ccclii, 3, P. L., t. xxxix, coi. 1559. Et l’efficacité sanctifiante lui vient de la présence et de l’intervention de Dieu. 111. Forme. — A la matière du baptême, à l’emploi de l’eau, doit se joindre une formule absolument indispen­ sable pour spécifier le but qu'on se propose dans la collation du sacrement; cette formule n’est autre que celle de l’Evangile, la formule trinitai"e. Notre-Seigneur avait dit, en effet : « Baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » L'Église se conforma étroitement à l’ordre du Maître. C’est la formule que nous retrou­ vons dans les Pères : Didaché, vu, 1, Funk, p. 20; Jus­ tin, Apol., I, 61, P. G., t. vi, col. 420; Tertullien, De bapt., 13, P. L., t. 1, col. 1215; Adv. Prax., 26, P. L., t. n, col. 190; Cyprien, Epist., lxxiii, 18; i.xxiv, 5, P. L., t. m, col. 1120, 1131; S. Étienne, dans l’Épître de Firmilien.et Firmilien, Epist., lxxv, 9, 12, 18, P. L., t. ni, col. 1162, 1166,1170; Hilaire, De Trinit., xn, 56, P. L., t. x, col. 472; Ambroise, De myst., iv. 20, P. L., t. xvi, col. 394; Basile, De Spir. Sanct., xn. 28, P. G., t. xxxn, col. 117; Adv. Eunoni., in, 5, P. G., t. xxix, col. 665; Grégoire de Nysse, In bapt. Christ., P. G., t. xi.vi, col. 585; Athanase, Epist. ad Scrap., iv. 12, P. G., t. xxvi, col. 653. Les hérétiques eux-mêmes em­ ployèrent, en général, la formule trinitaire. Quelquesuns, cependant, l'abandonnèrent et en fabriquèrent d’autres. Nous connaissons, parmi eux, les marcosiens, Irénée, Cont. hær., I, 21, 3, P. G., t. vu, col. 661, 664; Épiphane, Hær., xxxiv, 20, P. G., t. xli, col. 621 ; Théo­ dore!, Hæret. fab., i, 9, P. G., t. i.xxxm. col. 360, qui employaient cette formule gnostique : Εις άνομα 183 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS άγνωστου πατρός τών δλων, εις αλήθειαν μητέρα πάντων, εις τον κατελθοντα εις Ίησοϋν, εις ενωσιν ζα'ι άπολΰτρωσιν καί κοινωίαν τών δυνάμεων; ou des expressions hé­ braïques. Βασεμα χαμοσσή βααινοδά, μισταδ'ια ροναρά, κουστα, βαΰοφορ καλαχθεΐ. Quelques Egyptiens. d’après la Lettre He Denys d’Alexandrie au pape Sixte, dans Eusèbe, II. E., vu, 9, P. G., t. xx, col. 653; les monlanistes, concile de Laodicée, can. 8, et de Constantinople 1, can. 7, dans llardouin, Act. concil., t. I, col. 781, 813, et dans saint Basile, Epist. can., i, can. 1, P. G., t. xxxn. col. 664, 669; les eunomiens, Grégoire de Nysse, Cont. Eunomium, I. XI, P. G., t, xlv, col. 881 ; les sabelliens. concile de Constantinople 1, can. 7, dans llar­ douin, loc. cit. ; les paulianiste.s, concile de Nicée, can. 9, dans llardouin, t. i, col. 331; les photiniens, concile d’Arles II, can. 16, dans llardouin, t. il, col. 774, avaient leurs formules propres. Mais ce ne furent là que des exceptions. Et saint Augustin a pu dire de son temps : Fa­ cilius inveniuntur hæretici qui non baptizent quam qui non verbis istis (ceux de la formule trinitaire) baptizent. Debapt. cont. donat., vi, 25, 47, P. L., t. xliii, col. 214. Le ministre devait prononcer celte formule au moment de l’immersion du baptisé pour bien déterminer la nature de l’acte; car c’est l’union de cette formule â l’immersion qui caractérisait le baptême et lui conférait sa valeur spécifique. L’absence ou l’altération de cette formule rendait la collation du baptême nulle. Pas d’autre bap­ tême légitime, disait Origéne, que celui qui est conféré au nom de la I rinité. In Rom., 1. V, 8, P. G., t. xiv, col. 1039. Après la célèbre controverse relative au bap­ tême des hérétiques, le concile d’Arles prescrivit, en 314, qu’on devait interroger les hérétiques sur le symbole au moment de leur retour à I’Eglise, pour savoir s’ils avaient été baptisés selon la formule trinitaire. Can. 8, dans llardouin, Act. concil., t. 1, col. 265. Dans le cas où il était constaté que le baptême n’avait pas été con­ féré avec cette formule, il fut ordonné de baptiser les hérétiques, ce qui eut lieu nommément pour les paulianistes, d’après le concile de Nicée, can. 19, dans llar­ douin, t. 1, col. 331; pour certains montanistes, d’après le concile de Laodicée, can. 8, dans Hardouin, t. i, col. 781 ; pour les sabelliens et les eunomiens, d’uprès le concile de Constantinople I, can. 7, dans Hardouin, t. t. col. 813. C’est que l’emploi de la formule trinitaire était regardé comme une condition nécessaire de la vali­ dité du sacrement; ce qui fait dire à Gennade : Illos qui non sanetæ Trinitatis invocatione apud hæreticos baplizati sunt et veniunt ad nos, baptizari debere pronun­ tiamus, non rebaptizari. De dogm. eccles., Lit, P. L., t. lviii, col. 993. Saint Augustin résume très bien l’ensei­ gnement des Pères sur ce point : In aqua verbum mundat. Detrahe verbum et quid est aqua nisi aqua? Accedit verbum ad elementum et fit sacramentum... Unde ista tanta virtus aquæ ut corpus tangat et cor abluat, nisi faciente verbo?... In ipso verbo aliud est sonus transiens,aliud virtus manens. In Joa.,tv. LXXX, 3, P. L., t. xxxv, coi. 18'/0. Disait-on : « Je te baptise au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, » comme c’est l’usage actuel de I’Eglise latine, ou bien : « L'n tel est baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, » comme c’est l’usage actuel de I’Eglise grecque? Aucun document ne nous renseigne à ce sujet. Parmi les grecs, la formule : Un tel est baptisé, apparaît pour la première fois dans Théodore le Lecteur, II. E., il, 25, P. G., t. i.xxxvi, col. 196, dans la première moitiédu νι· siècle, puis dans Jean Moschus, qui est de la fin du vi« et du commencement du vu* siècle. Λειμών, clxvi, P. G., t. lxxxvii, col. 3045. La formule latine actuelle nous est connue d’une manière précise depuis la même époque, grâce à saint Grégoire le Grand, (f60i). Il esta présumer,selon toute vraisemblance, que cette double formule, actuellement ■ en usage pour l’administration du baptême, remonte aux premiers 184 siècles, tant I’Eglise, en Orient comme en Occident, demeure fidèle à la tradition primitive. Mais, dans l’état actuel de la science, il est impossible de dire d’où pro­ vient la différence de l’une avec l’autre et de quand elle date. Cf. Kraus, Real-Encyclopâdie der christl. Allertiimer, Fribourg-en-Brisgau, 1886, t. il, p. 828-829. Il est question parfois, dans les Pères, du baptême conféré au nom du Seigneur, au nom du Christ. Une telle manière de s’exprimer n’autorise pas à croire qu’il existât un baptême conféré au seul nom de Jésus-Christ, à l’exclusion de celui du Père et du Saint-Esprit. Cyprien, Epist., LXXIII, 4; Firmilien, Epist., l.xxv, 18; Derebaplismale,t, P. L., t. in, col. 1112, 1170, 1183. On désignait par là le baptême institué par Notre-Seigneur pour le distinguer du baptême de saint Jean. Origène déclare seul légitime le baptême conféré au nomde la Trinité. Quant à l'expression de saint Paul : baptizali sumus in Christo, elle ne doit pas s’entendre d’un baptême conféré au seul nom du Christ; l’Apôtre a simplement voulu marquer la ressemblance que le baptême établit entre nous et la mort du Christ. In Rom., 1. V, 8, P. G., t. xiv, col. 1039. Saint Basile a soin de spécifier qu’en parlant du baptême du Christ, il entend désigner toute la Tri­ nité. De Spir. Sanct., xn, 28, P. G., t. xxxn, col. 117. On entend généralement aujourd'hui dans le même sens le passage obscur de saint Ambroise. De Spiritu Sancto, I. I, c. n, n. 42, 43, P. L., t. xvi, coi. 713-714, sur lequel les scolastiques se sont appuyés pour soutenir la vali­ dité du baptême conféré au nom de Jésus. L’évêque de Milan parle des Éphésiens qui ne connaissaient pas le Saint-Esprit et qui n’avaient reçu que le baptême de Jean. Instruits sur le dogme de la Trinité, ils ont été baptisés au nom de Jésus-Christ. Le baptême ne leur a pas été réitéré, mais donné pour la première fois; car il n’y a qu’un baptême. Là où il n’est pas tout entier, il n’est pas ni à l’état initial ni en quelque manière. Mais quand est-il entier? Plenum autem est, si Patrem et Filium Spiritumque Sanctum fatearis. Si unum neges, totum subrues. Et quemadmodum si unum in sermone comprehendas, aut Patrem, aut Filium, aut Spiritum Sanctum, fide autem nec Patrem, nec Fi­ lium, nec Spiritum Sanctum abneges, plenum est fidei sacramentum ; ita etiam quamvis et Patrem, et Filium, et Spiritum dicas, et aut Patris, aut Filii, aut Spiritus Sancti minuas potestatem, vacuum est omne myste­ rium. La suite du traité montre clairement que saint Ambroise parle, non pas de la formule qu'on prononce en conférant le baptême, mais bien de la foi en la Tri­ nité, qui est requise pour la validité du baptême. Or, quand on a cette foi, il suffit qu’on affirme explicite­ ment sa croyance en l’une ou l’autre des trois per­ sonnes, la foi explicite en l’une d'elles comprenant implicitement la foi aux deux autres. Quand le baptisé n’affirmait pas sa foi en la divinité du Saint-Esprit, il y croyait cependant, et quod verbo tacitum fuerat, expres­ sum est fide. D’où dans le cas du baptême au nom de Jésus, per unitatem nominis impletum mysterium est: nec a Christi baptismate Spiritus separatur, quia Joannes in pænitentia baptizavit, Christus in Spiritu. Voir la note des bénédictins à l’endroit cité. Quand, au in' siècle, le pape Étienne, en opposition avec Cyprien de Carthage et Firmilien de Césarée, regarde comme valide le baptême conféré au nom de Jésus-Christ, il entend bien, de l’aveu même de ses contradicteurs, le baptême conféré au nom de la Trinité. Epist., l.xxv, 9, le baptême dont l’efficacité provient de l’emploi de la formule trinitaire, de la vertu du nom de Jésus-Christ qui sanctifie, Epist., lxxv, 12, 18, qui renouvelle et jus­ tifie les baptisés. Epist., LXXtn, 16; lxxiv, 5, P. L., t. ni, col. 1162. 1166, 1170, 1119, 1131. On doit en dire autant d’Innocent I", au commencement du v» siècle, quand il écrit à Vitricius de Rouen que le sacrement de baptême doit être tenu pour valide, même administré 185 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS par des hérétiques, du moment qu'il a été conféré au nom du Christ. Epist. ad Victr., 8, P. L., t. xx, col. 475. Car, à cette date, après les décisions prises par les con­ ciles du iv« siècle, l’absolue nécessité de la formule trinitaire dans la collation du baptême ne fait de doute pour personne. Le pape Pélage Ier (555-560) répondant à une consultation de Gaudentius, évêque de Volterre. au sujet de bonosiens qui avaient été baptisés au nom du Christ seulement, déclare que c’est un précepte du Seigneur de baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Jaffé, Regesta, 2' édit., Leipzig, 4885, t. I, p. 129; Du­ chesne, Églises séparées, Paris. 1896, p. 89-92. IV. Mode de collation. — 1° L’immersion. — Durant les premiers siècles, le baptême se conférait d’ordinaire par immersion ; c'est, du reste, le sens étymologique du verbe βαπτίζω, qui signifie plonger, immerger. La Di­ daché l’indique clairement, vu, 1 ; exceptionnellement, elle n’admet le baptême par une triple aspersion ou infusion que lorsqu’on ne peut pas pratiquer l'immer­ sion, vu, 3, édit. Funk, p. 22. C’est ce qui explique cette manière de parler d’Hermas : « Quand nous descendons dans l'eau, » Mand., tv, 3; « il faut sortir de l'eau pour être sauvé; on y descend mort et on remonte vivant, ■> S'imil., ix, 16, Opera Pair, apost., édit. Funk. t. t, p. 396, 532; et cette autre de Tertullien : egressi de lavacro, De bapt-, 7; Cum de illo sanctissimo lavacro novi natalis ascenditis. De bapt., 20, P. L., t. I, coi. 1206, 1224. Cf. Constit. apost., vu. 43, P. G., t. i, 1045; Ambroise, Demysl., in, II, P. L., t. xvi, coi. 392. Or cette immersion se répétait trois fois. La Didaché l’insinue, Tertullien l'affirme : Non semel sed ter ad singula nomina in personas singulas Unguimur, Adv. Praat.,26, P. L.,t. n,coi. 190; De cor. mil.,3. ibid., col. 79. De même S. Basile, De Spir. Sanct., xv. 35, P. G., t. xxxii, col. 132; S. Cyrille de Jérusalem, Cal., xx, 4, P. G.,t. xxxtti, col. 1080. L’homme descend dans l’eau, dit Grégoire de Nysse, et y est plongé trois fois. Cat., 35, P. G., t. xlv, col. 85. On retrouve le même témoignage dans saint Chrysostome. In Joa., homil. xxv, 2, P. G., t. LIX, col. 151 ; In Colos., homil. vi, 4, P. G., t. lxii, col. 342. Cf. pseudo-Denys, De eccl. hier., n, 2, 7, P. G., t. ni. col. 396. L’auteur du De sacramentis note qu’on pose au catéchumène une triple interrogation et qu’à chaque ré­ ponse on le plonge dans l’eau. De sacr., Il, vu, 20, P. L., t. xvi, col. 429. Cette triple immersion appartient, comme tant d’autres pratiques, à la coutume de l’Église conservée par la tradition. El mulla alia, dit saint Jé­ rôme, quæ per traditionem in Ecclesia observantur, auctoritatem sibi scriptie legis usurpaverunt, velut in lavacro ter caput mergitare. Dial. coni. Lucif., 8, P. L., t. xxiit, coi. 172. Était-ce là une règle imprescrip­ tible? Les Canons apostoliques prononcent la déposition contre l’évêque ou le prêtre qui ne pratiquerait qu’une seule immersion. Can. 50, P. L., t. lxvii, col. 148, ou can. 49. dans Hardouin. t. I, col. 21. Il n’est pas dit que, dans ce cas, le baptême fût considéré comme nul. L’usage de ne pratiquer qu'une seule immersion est d’origine hérétique. En Orient, c’est Eunomiusqui fut le premier à l’introduire, au rapport de Théodoret, Hæret. fab., iv, 3. P. G., t. Lxxxnt, col. 420; Sozoméne, H . E., vi, 26, P. G., t. lxvii, col. 1361. En Occident, vers la fin du vi« siècle, l’évêque de Braga dut exiger la triple immer­ sion. Il prend à partie et déclare entachée de sabellia­ nisme la coutume nouvelle que la haine de l’hérésie arienne avait introduite en Espagne. Dans sa réponse à l'évêque de Volterre, Pélage Ier ne parle que secondai­ rement de la triple immersion. S’il la mentionne, ce n’est pas pour la présenter comme étant de droit divin, il y voit seulement une correspondance de fait avec l'emploi de la formule trinitaire. Duchesne. Eglises sépa­ rées, p. 90-92. Léandre, évêque de Séville, trouve la même coutume d’une seule immersion et consulte Grégoire le Grand pour savoir s’il fallait tenir pour valide le bap­ i 186 tême conféré de la sorte. Le pape répond que cette cou­ tume ne met pas d’obstacle à la validité du sacrement : Nihil officii. Mais en même temps il donne la raison de la pratique romaine ‘.Nos autem quod tertio mergimus triduanæ sepultures sacramenta signamus, ut, dum tertio infans ab aquis educitur, resurrectio triduani temporis exprimatur. Epist., 1. I. epist. xliii, P. L., t. lx.xvii, coi. 498. Plus tard le IV’ concile de Tolède, constatant la persistance, en Espagne, de la diversité des usages dans la collation du baptême, rappelle la consultation de Léandre, la réponse de Grégoire la Grand, et décide qu’il ne faut plus pratiquer qu’une seule immersion, à cause de l’hérésie arienne. Can. 6, Hardouin, Act. concil., t. ni, col. 581. C'est donc en Espagne que l’unité d’immersion prit pour la première fois un caractère officiel chez les catholiques. Si, chez les grecs, l’immersion était totale et le néophyte plongé tout entier dans l’eau de manière à disparaître complètement, en Occident, elle « n’est pas le bain pris par plongeon en pleine eau ou dans une piscine; c’est à peu près la douche prise au-dessus d’un large vase v. Duchesne, Églises séparées, Paris, 1896, p. 94. Voir Baptême dans les monuments chrétiens. Le baptisé a les pieds immergés, mais la mersio, qui confère le bap­ tême, consiste dans l’ablution de la tête par affusion de l’eau. Elle se répète trois fois, sans que le néophyte sorte de la piscine. C’est une tinctio. Ce mode de colla­ tion du baptême par immersion exigeait naturellement des récipients assez vastes, sur la forme desquels rien ne fut primitivement statué. On baptise, disait saint Justin, Apol., t, 61, P. G., t. vi, col. 420, là où l’on trouve l’eau nécessaire. C'était donc auprès d’une source, sur le bord d’une rivière, dans une citerne ou une piscine, partout où se rencontrait un endroit propice. A Rome, saint Pierre avait baptisé dans le Tibre, Tertullien, De bapt., 4, P. L., t. I, col. 1203; et pendant les trois pre­ miers siècles on baptisa dans les catacombes à cause des persécutions. Mais, dès que la paix fut accordée à l’Église, on se mit en mesure d’avoir des locaux spé­ ciaux pour conférer le baptême avec toute la solennité possible, et on construisit sub dio des édifices connus sous le nom de baptistères. Voir Baptistères. 2° Infusion ou aspersion. — Le baptême par immer­ sion était le baptême ordinaire ; mais il n'était pas le seul pratiqué. Car, soit par défaut d'eau suffisante, comme on en trouve le premier témoignage dans la Didaché, vu, 3, édit. Funk, p. 22, soit à cause de maladie ou en cas de nécessité urgente, on se contentait du baptême par infusion ou paraspersion. Toutefois ce dernier mode de collation était considéré comme un pis aller, bien qu’il fût tenu pour valide et jamais on n’a pensé à le renou­ veler; il en sera question plus bas au sujet des cliniques. Finalement, dans l’usage ecclésiastique latin, et long­ temps après l'époque patristique, il devait remplacer le baptême par immersion. Le rite ainsi simplifié a toujours été regardé comme valide. Duchesne, Églises séparées, p. 96. V. Ministre. — 1° Dans la collation solennelle. — Pen­ dant les premiers siècles l'initiation chrétienne était en­ tourée de la plus grande solennité. Elle comprenait trois rites essentiels par la collation des trois sacrements du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie. C’était donc à l'évêque que revenait le droit de présider, entouré de son presbyterium. Mais le plus souvent l'évêque se contentait de présider, laissant à ses prêtres le soin de procéder à l’administration du baptême; après quoi il ad­ ministrait lui-même le sacrement de confirmation et cé­ lébrait le saint sacrifice, pendant lequel il donnait la com­ munion aux nouveaux baptisés. Saint Ignace d'Antioche dit qu’il n’est pas permis de baptiser sans l’évêque. -4d Smyrn., vin, 2, Opera Pat. apost., édit.Funk,t.i,p.240. Serait-ce que la présence de l’évêque fût requise pour la validité? Le Testamentum D. N. J. C., édit. Rahmani, 487 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS Mayence, 1899, p. 125. 128, la suppose. L’évêque fait les onctions, mais le prêtre baptise. Le diacre aide le prêtre et descend dans la piscine avec le néophyte. Cf. canons 116-120 de saint Hippolyte, Achelis, Die Canones Hippo­ lyti, Leipzig, 1891, p. 95-96. Cf. aussi S. Épiphane, Hær., lxxix, 4, P. G., t. xi.ii, col. 745. 11 est certain qu’au moins le consentement de l’évêque est exigé, ainsi que le marquent formellement Tertullien, De bapt., 17, P. L., t. I, col. 1218; les Canons apostoliques, can. 50, P. G., t. Lxvn, col. 148; can. 49, dans Hardouin, Act. concil., t. t, col. 21 ; les Constit. apost., ni, 11, P. G., t. t, col. 788; i’auteurdu De sacramentis. Ill, 1,1, P. L., t. xvt, col. 431 ; Augustin, De bapt. cont. donat., ni, 18, 23. P. L., t. XLllt, col. 150. Saint Cyrille de Jérusalem désigne comme ministres du baptême les évêques, les prêtres et les diacres. Cal., xvn, 35, P. G., t. xxxm, col. 1009. Mais les prêtres et les diacres ne peuvent procéder à la collation du baptême >53115 la permission de l'évêque. Jérôme, Dial. cont. Lucif., 9, P. L., t. xxm, col. 173. Ainsi donc la collation solennelle du baptême était présidée par l'évêque entouré et aidé par les prêtres et les diacres. Les attributions étaient partagées entre les ministres. Mais quand les églises furent multipliées dans le même lieu et quand on eut créé, en dehors de la ville épiscopale, des paroisses sulfragantes, on dut né­ cessairement confier aux prêtres de ces paroisses le droit de donner solennellement le baptême. Mor Du­ chesne, Origines du culte chrétien, Paris, 1889, p. 324. Le diacre baptise à défaut de prêtre. Tertullien, De bapt., 17, P. L., t. t, col. 1218; Const, apost., vin, 28. P. G., t. I, col. 1125; Testamentum D. N. J. C., Mayence, 1899, p. 132. Les Constitutions apostoliques interdisent aux laïques, ni. 10, ainsi qu’aux clercs inférieurs, ut, 11, ibid., col. 788, de conférer solennellement le baptême. Le pape Gélase interdit aux diacres l'administration so­ lennelle du baptême; il ne leur permet la collation du sacrement que dans l'extrême nécessité. Epist. ad epis­ copos Lucaniæ, c. vu, Jatfé, n. 636. 2° Dans la collation privée. — En dehors de cette col­ lation solennelle du baptême, maintes circonstances pou­ vaient exiger la collation immédiate de ce sacrement sans qu’il fût possible de recourir à un membre du clergé. Dans ces conditions, on reconnut aux simples fidèles, aux laïques, le droit de baptiser. Tertullien, De bapt., 17, P. L., t. i, col. 1218; Liber de exhortai, castit., 7, P. L., t. n, col. 922. Le Liber pontificalis, édit. Du­ chesne, Paris, 1886, t. i, p. 137, attribue au pape Victor (189-198) une constitution en vertu de laquelle le bap­ tême peut être conféré, en cas de nécessité, n’importe en quel lieu, par un chrétien à un païen qui a, au préa­ lable, récité le symbole. En pareil cas le concile d'Elvire exige que le fidèle qui baptise n'ait pas violé l’intégrité de son baptême et ne soit pas bigame. Can. 38, dans Hardouin, .let. concil., t. 1, col. 254. D’après Cyrille de Jérusalem, le baptême peut être conféré par les igno­ rants comme par les doctes, par les esclaves comme par les personnes libres. Cat., xvn, 35, P. G., t. xxxm, col. IWjy. Saint Jérôme écrit : Unde venit ut sine chrismate et episcopi jussione neque presbyter, neque diaconus jus habeant baptizandi, quod frequenter, si tamen necessitas cogit, scimus etiam licere laids. Dial. coni. Lucif., 9, P. L., t. xxm, coi. 173. En quelques en­ droits, ce baptême conféré par les laïques fut tenu en suspicion et traité comme de nulle valeur. Saint Grégoire de Nazianze qui, dans sa jeunesse, étant exposé à un naufrage, se lamentai! de n’avoir pas reçu le baptême sans avoir l’idée de se faire baptiser par ses compagnons même en ce cas d’extrême nécessité, Carm., 1. 11, sect, i, carm. xi, P. G., t. xxxvn, col. 1039, 1041; Orat., xvm, n. 1, P. G., t. xxxv, col. 1024, enseignait, devenu évêque, qu’on pouvait se faire administrer le baptême par n’importe quel évêque ou quel prêtre, sans faire attention à la dignité de son diocèse ou à ses qualités, 488 pourvu qu’il ne soit pas exclu de la communion ecclé­ siastique; il ne parlait pas des clercs et des laïques. Orat., xi.. 26, P. G., t. xxxvi.col. 396. Cf. ibid., t. xxxv, col. 113-114. Saint Basile, de son côté, se rappelant les sentiments de saint Cyprien et de saint Firmilien au sujet du baptême des hérétiques, estime qu'il faut considérer ceux qui étaient baptisés hors de l’Eglise comme bap­ tisés par de simples laïques et qu’en conséquence il y a lieu de les purifier par le baptême de l’Église. Epist., clxxxviii, can. 1, P. G-, t. xxxn, col. 668. Il sait cepen­ dant que d’autres, même en Asie, pensent et agissent dif­ féremment; il laisse à chacun la liberté. L'Ambrosiaster, Comment, in Epist. ad Ephes., iv, 11, 12, P. L., t. xvn, col. 388, remarque qu'à l’origine de l’Église omnes bap­ tizabant et il relate plusieurs exemples fournis par les Actes des apôtres. Il explique ainsi la pratique primi­ tive : Ut ergo cresceret plebs et multiplicaretur, omni­ bus inter initia concessum est baptizare. Mais quand l’Église fut organisée et la hiérarchie établie, il en fut autrement. D’où, à son époque, neque clerici vel laid baptizant. L’opinion générale tenait autrefois pour valide le baptême conféré par de simples laïques. Il était de règle que le fidèle baptisé par un laïque devait aus­ sitôt que possible se présenter à l’évêque pour recevoir de lui l'imposition des mains et la confirmation, re­ gardée comme le complément du baptême; c’est ce que le concile d’Elvire appelle perfectionnement, can. 38; le même cas et la même obligation se présentaient quand un diacre avait été seul à conférer le baptême. L’évêque, dit ce concile, doit intervenir alors pour parfaire le bap­ tisé; que si le baptisé vient à mourir avant d'avoir été confirmé, son salut n’en reste pas moins assuré. Can. 77, dans Hardouin, Act. concil., 1.1. col. 254, 258. Il allait de soi qu’un laïque ne devait baptiser qu’en cas de néces­ sité. S. Gélase, Epist. ad episcopos Lucaniæ, c. vu, Jalfé,n. 636. Mais s’il venait à conférer le baptême sans qu'il y eût nécessité, il usurpait une fonction qui n'était pas la sienne, observe saint Augustin; il baptisait validernent, mais illicitement. Cont. epist. Parmen., It, 13, 29, P. L., t. xliii, col. 71. Cf. Epist., ccxxvtn, ad Hono­ rai., n. 8, P. L., t. xxxm, col. 1016. Et si, dans le cas de nécessité, il venait à refuser de baptiser, Tertullien le déclare reus perditi hominis. De bapt., 17, P. L., t. i, col. 1218. Les femmes pouvaient-elles baptiser? Certains héré­ tiques n’hésitèrent pas à conférer aux femmes le privi­ lège de donner solennellement le baptême ; par exemple, Marcion, Épiphane, Hier., xi.ii, 4, G., t. xt.i, col. 700; les pépuziens, Épiphane, User., xltx, 3, ibid., col. 881 ; Augustin, Hær., Π, P. L., t. xi.ii, col. 31 : les collyridiens. Épiphane, Hær., lxxix, 3, P. G., t. xi.ii, col. 744. Du temps deTertullien, quelques hérétiques légitimaient le ministère des femmes dans la collation du baptême par les Acta Pauli. Le docteur de Carthage fait observer que ces Actes sont faux, qu'ils sont loin de traduire la pensée de saint Paul, car le grand apôtre ne permettait pas aux femmes d'enseigner. De bapt., 17, P. L., t. i, cdl. 1219. Sans doute la pétulance qui pousse la femme à usurper les fonctions de l'enseignement dans l'église peut la porter aussi à conférer le baptême; Tertullien ne l’ignore pas. Mais quand il signale l'audace des femmes hérétiques qui osent enseigner, disputer et exorciser, il ajoute : Et forsan tingere. Præscripl., xi.I, P. L., t. Il, col. 56. En tout cas, il refuse à la femme le droit de baptiser. Les Constitutions apostoliques contiennent la même défense, ni, 9. P. G., t. i, col. 781. Elles déclarent, en effet, qu ■ la femme qui baptise court un danger peu ordinaire, car elle commet un acte contraire à la loi et impie. Le IVe concile de Carthage dit : Mulier baptizare non præsumat. Can. 100, dans Hardouin. Ad. concil., 1.1, col. 984. A ce canon le Maître des Sentences et Gratien ajoutèrent la restriction suivante : Nisi necessitate cogente. Cf. S. Thomas, Sum. theol., IIP, q. txvn, a. 4, 189 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS 190 ad lum. Saint Epiphane, loc. cit., remarque que la sainte duquel il est donné, In I Cor., homil. ni, 2: la vertu du Vierge elle-même n’a pas reçu le pouvoir de baptiser et baptême ne dépend pas du ministre qui le confère, In qu'aucune femme n’a fait partie du collège apostolique. I Cor., homil. vin, 1, P. G., t. lxj, col. 25, 69; ce n’est Ce témoignage pourrait à la rigueur être restreint à ni un ange ni un archange qui intervient dans les dons l’administration solennelle du baptême à laquelle les de Dieu, mais c’est le Père, le Fils et le Saint-Esprit femmes ne sont pas députées. Dans celle-ci toutefois, les qui font tout, le prêtre ne prêtant que le concours de sa femmes sont accompagnées d’autres femmes, qui les dé­ langue et de sa main ; il n’est donc pas juste que la pouillent de leurs vêtements. Can. Ill de S. Hippolyte, malice du ministre mette obstacle à ceux qui s’appro­ Achelis, Die Canones Hippolyti, p. 91. Le Testament de chent avec foi des symboles de notre salut. In Joa., homil. Notre-Seigneur, édit. Rahmani, Mayence, 1899, p. 138, lxxxvi, 4, P. G., t. Lix. col. 472, 473. 120, confie ce soin aux « veuves », qui tiennent les femmes En Occident, saint Ambroise, après avoir observé que sous un voile pendant la cérémonie du baptême. S. Epi­ aqua non mundat sine spiritu, ajoute : Aon merita per­ phane, Hær., i.xxix, 3, 4, P. G., t. xi.n, col. 744, 745, sonarum consideres sed officia sacerdotum. Demyst., ιν, attribue aux diaconesses ce ministère exigé par les règles 19; v, 27, P. L., t. xvi, col. 394, 397. Pour réfuter les de la bienséance. Sur la controverse relative au baptême donatistes qui prétendaient que les pécheurs, au moins conféré par les hérétiques, voir III. Baptême conféré les pécheurs publics, aussi bien que les hérétiques et par les hérétiques [Controverse sur ta validité du). les schismatiques, ne pouvaient pas administrer valideQuant à la question de savoir si un infidèle peut bap­ ment le baptême, saint Optat enseigne que le sacrement tiser, il n’est pas trace dans la littérature patristique | est saint par lui-même et non par les hommes ; car c’est qu’elle ait été posée. Elle aurait été résolue négative­ Dieu qui lave et non l’homme. De schism. donat., v, 4, ment par tous ceux qui refusaient aux hérétiques le pou­ P. L., t. xi, col. 1051. In baptismale Trinitas, non mi­ voir de baptiser; sous le prétexte que, n’ayant pas le bap­ nistri persona, operatur, car le baptême a sa valeur pro­ tême, ils ne sauraient le donner. C’est saint Augustin qui pre et est indépendant du ministre. Ibid., v. 7, col. 1057. la signale le premier, la traitant plutôt de question oiseuse, C’est surtout à saint Augustin que l’on doit la mise en sans y insisteret sans la résoudre. Cont. epist. Parmen., pleine lumière de la valeur intime du sacrement et de H, 13, 30; De bapl. cont. donat., vu, 53, 101, P. L., son indépendance par rapport à la qualité du ministre. t. xml, col. 72, 242. Il pose cependant un principe gé­ II n'y a baptême, dit-il. que lorsqu’il est conféré avec la néral qui permet de croire qu'il regardait comme valide formule prescrite par le Christ; sans elle, pas de sacre­ tout baptême, à la seule condition qu’il eut été conféré ment, De bapt. cont. donat., vi, 25, 47, P. L., t. xi.m, avec la formule trinitaire. Car, après avoir rapporté la col. 214; avec elle le baptême existe : il peut être donné plupart des hypothèses qu'on pouvait émettre au sujet de et reçu, en dehors de l'église. Ibid., i, 1, col. 109. Le celui qui donne et de celui qui reçoit le baptême, il ter­ baptême est saint par lui-même, où qu'il se trouve, ibid., mine par ces mots : Nequaquam dubitarem habere eos i, I2, 29; ιν, 10,16; v, 21, 29 ; vi, 2, 4. col. 119,164,191, baptismum, qui ubicumque et a quibuscumque illud 199; il a sa valeur propre, sa sainteté à lui, Cont. Cresc., verbis evangelicis consecratum, sine sua simulatione et iv, 16,19; 18, 21, col. 559, 560; et cela, à cause de celui cum aliqua fide accepissent. De bapl. cont. donat., vn, qui en est l’auteur. De bapt. cont. donat., m, 4, 6; IV, 53, 102, P. L., t. XLiti, coi. 243. 12,18; 21, 28; v, 21, 29, col. 143, 168,173,191. Car c’est 3° Foi et qualités du ministre. — D'ailleurs, les Pères le baptême du Christ. Cont. litter. Pelilian., 111,34,34, 39, devaient être amenés à déterminer avec précision quel ■45; Cont. Crescon., iv, 20, 24, col. 368. 371, 562. C'est la était le rôle de ministre ordinaire ou extraordinaire dans grâce qui opère en lui, Serm., xctx, 13, P. L., t. xxxvm, la collation du sacrement. La controverse relative à la col. 602; c’est Dieu qui est présent dans la formule validité du baptême des hérétiques et le schisme des évangélique et sanctifie le sacrement, De bapt. cont. donatistes leur ont donné l’occasion de fixer exactement donat., vi, 25, 47, P. L., t. xuin, col. 214; en réalité c’est la nature de l’intervention du ministre. Les Pères ont Jésus-Christ qui baptise. In Joa., tr. V, 11 ; VI, 6; Vil, 3, vu que le sacrement a une efficacité propre qui lui vient, P. L., t. xxxv, col. 1419, 1428, 1439. Par suite, la valeur non de l’homme qui baptise, mais de Jésus-Christ, au­ du baptême est indépendante de celui qui le confère. In teur du baptême, et sur laquelle le ministre, simple in­ Joa., tr. V, 15, col. 1422. Quels que soient le mérite termédiaire, ne peut rien, étant tout à la fois incapable ou le démérite du ministre, De bapt. cont. donat., iv, de produire la grâce ou d’y mettre obstacle quand il 21.28, P. L., t. XLIII, col. 173, son immoralité, ibid., ni, baptise. Les débats concernant larebaptisation des héré­ 10,15, col. 144, sa perversité, ibid.,y, 3,3; 21, 29; vi, 1, tiques ont fait voir que la valeur du baptême ne dépen­ 2; 5, 7, col. 178, 191, 198, 200, ses erreurs, ibid., iv, 15, dait pas de la foi du ministre. Voir III. Baptême con­ 22, col. 168, sa foi, ibid., lit, 14,19, col. 146, le baptême féré par les hérétiques (Controverse sur la validité qu’il donne garde son efficacité propre; il la conserve du). La qualité du ministre y est aussi étrangère. En même chez des ministres indignes et sacrilèges, Cont. Orient, saint Cyrille de Jérusalem écrit : « Qu’importe I litter. Pelilian., n, 168, 247, col. 345, car il ne peut être que le ministre soit ignorant ou savant, esclave ou libre; en rien pollué par les crimes de celui qui le confère. le baptême n’est pas une grâce qui dépend de lui, mais De bapt. cont. donat., m, 10, 15; rv, 12, 18; v, IQ, 27, une largesse faite aux hommes par Dieu. » Cat., xvii, col. 145, 166, 190. En conséquence, conclut saint Au­ 35, P. G., t. xxxili; col. 1009. Saint Grégoire de Nazianze gustin, in ista qiueslione non cogitandum quis det sed dit à son tour : « Qu'importe le ministre? Voici deuxquid det, aut quis accipiat sed quid accipiat, aut quis anneaux, l’un en or, l’autre en fer; les deux impriment habeat sed quid habeat. De bapt. cont. donat., tv, 10, la même image; la σφραγίς de l’un ne diffère pas de la 16, coi. 164 Quid tibi facit malus minister, ubi est σφραγίς de l'autre. Ainsi des ministres : ils peuvent dif­ Dominus? In Joa., tr. V, 11, P. L., t xxxv, coi. 1419. férer d’excellence de vie, ils n’en confèrent pas moins le Memento sacramentis Dei nihil obesse mores malorum baptême. » Oral., XL, 26, P. G., t. xxxvi, col. 396. Saint hominum. Cont. Ulter. Petii., n, 47,110, P. L.,t. xlhi, Grégoire de Nysse écrit : « C’est Dieu qui donne à l’eau coi. 298. Ainsi qu’il est facile de le constater par ces baptismale) sa vertu. La régénération s'opère par les quelques citations, la pensée de l'évêque d’Hippone est trois personnes divines, » Cat., 34, 39, P. G., t. xi.v, aussi nette que possible; heureusement formulée, elle col. 85, 100; et ailleurs : « L’eau n’est que le signe a contribué, pour une large part, â préciser le rôle du extérieur de la purification intérieure qui se fait parle ministre dans l’administration des sacrements. Les Saint-Esprit. » In bapt. Christ., P. G., t. xlvi, col. 581. Pères qui ont suivi, ainsi que les théologiens, restent, D'après saint Chrysostome, ce qu’il faut considérer ce sur ce point, les tributaires de saint Augustin n est pas celui qui donne le baptême, mais celui au nom VI. Sujet. — Adultes et enfants, tous peuven' rece­ 191 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS voir le baptême. — !·> Baptême des adultes. — Dans quelles conditions les adultes étaient-ils admis au bap­ tême? Des conditions requises, les unes regardent la validité, les autres la licéité. L’adulte, ayant l’âge de rai­ son, ne peut se proposer, en demandant le baptême, qu'un acte raisonnable; il doit se rendre compte de la gravité de cet acte et remplir les conditions indispensables. L'Église, de son côté, veille à ce que l’initiation chré­ tienne soit traitée avec tout le sérieux possible. Même avant que le catéchuménatsoit une institution organisée, elle a soin de ne pas conférer indistinctement le baptême à tous ceux qui le demandent. Elle tient à s’assurer au préalable, que le candidat n’obéit pas à une impulsion de pure curiosité ou à un entrainement passager; elle l’examine et exige avant tout qu’il ait une intention vraie ainsi que la connaissance des principaux devoirs que ce sacrement impose, tant au point de vue de la foi qu’en ce qui concerne les mœurs. Car elle estime qu’admettre sans précautions tous ceux quiseprésententest une cou­ pable témérité. C’est ce que Tertullien note avec justesse. Sans doute, dit-il, il est écrit : Omni petenti te dato ; mais cela ne regarde que l’aumône; quant au baptême, il faut se rappeler le Nolite dare sanctum canibus. Itaque pro cujuscunque personte conditione ac dispo­ sitione, etiam ælate, cunctatio baptismi utilior est. Pourquoi? parce que ce délai permet de s’assurer et de la pureté des intentions et de la solidité des dispositions requises. Veniant ergo, dum adolescunt; veniant, dum discunt, dum quo veniant docentur; fiant Christiani, eum Christum nossc potuerint. De bapt., 18, P. L., t. I, coi. 1221. Même lorsque le catéchuménat fonctionne régu­ lièrement avec sa double préparation catéchétique et as­ cétique, l’Eglise. au moment de conférer le baptême, s'assure une dernière fois des dispositions du candidat : de là les renoncements, les interrogations, la redditio symboli, la profession de foi. C’est pourquoi saint Cyrille consacre sa procatéchêse à dissuader les candidats de venir au baptême, poussés par des motifs futiles; leur rappelant l’exemple de Simon le magicien, qui fut bap­ tisé mais non pas illuminé, car s’il descendit dans la piscine et en remonta, son âme ne fut pas ensevelie avec le Christ et ne ressuscita pas avec lui, il leur recom­ mande de ne pas imiter son exemple. Procal., 2, 4, P. G., t. xxxtn, col. 335, 341. Voir Catéchuménat. Il pouvait arriver qu'un catéchumène se trouvât en danger de mort et dans l'impossibilité de manifester personnellement ses sentiments intimes. Dans ce cas, l’Église exigeait des preuves que, le mourant avait bien l'intention de recevoir le baptême et les demandait à des témoins dignes de foi. C’est, en effet, ce que déci­ daient en particulier le IIIe concile de Carthage, de 397, par son canon 34, et le Ier concile d'Orange, de 422, par son canon 12, dans llardouin, Act. concit., 1.i, col. 964, 1785. Subito obmutescens, dit ce dernier, proul status ejus est, baptizari potest, si voluntatis aut præterilæ testimonium aliorum verbis, aut præsentis in suo nutu... On demandait à saint Fulgence si le baptême donné à un adulte qui a perdu connaissance, mais dési­ reux auparavant de le recevoir, est valide. Oui, répondil, et il invoque l’usage de l’Eglise qui est de baptiser en pareil cas. Epist., xtt, 10, P. L., t. txv, col. 389. Or, indépendamment de cette intention clairement manifestée ou constatée par témoins, l’Église exigeait encore d’autres dispositions de la part du sujet, telles, par· exemple, qu’un commencement de foi, conformé­ ment aux textes du Nouveau Testament. Marc., xvi, 16; Act., n, 41; vin, 37. Crois-tu en Dieu le Père; crois-tu au Fils; crois-tu au Saint-Esprit? demandait-elle avant de conférer le baptême. Saint Augustin ne doute pas de la validité du sacrement reçu sine sua simulatione et cum aliqua fide. De bapt. cont. donat., vu, 53, 102, P. L., t. xliii, col. 243. Mais autre chose est la licéité. Car, dit-il : Nec interest cum de sacramenti integritate 192 ac sanctitate tractatur quid credat et quali fide imbu­ tus sit ille qui accipit sacramentum. Interest quidem plurimum ad salutis viam; sed ad sacramenti quæstionem nihil interest. Fieri enim potest ut homo inte­ grum habeat sacramentum et perversam fidem. De bapt. cont. donat., m, 14, 19, P. L., t. xi.nr, coi. 146. S'il y a fiction de la part du sujet qui reçoit le baptême, le sacrement n’en est pas moins reçu ; ses effets seuls restent suspendus. C’est ainsi que le baptême reçu de la main d'un hérétique est valide, bien qu'il soit frustré de son effet, qui est la rémission des péchés ; mais cette ré­ mission devient un faitacquis lorsque ce baptisé fait retour à la paix de l’Église. Tunc incipit valere idem baptisma ait dimittenda peccata, cum ad Ecclesiae pacem vene­ rit... ut idem ipse qui propter discordiam foris opera­ batur mortem, propter pacem intus operetur salutem. De bapt. cont. donat., iti, 13, 18, P. L., t. XLIll, coi. 146. lien est de même dans l’Église catholique : la fic­ tion du sujet n’empêche pas la réalité du sacrement; elle retarde simplement son efficacité jusqu’au moment ou le baptisé se convertit sincèrement. Quod ante da­ tum est valere incipit, cum illa fictio veraci confessione recesserit. Ibid., t, 12, 18, coi. 119. En pareil cas, on ne réitère pas le baptême. Saint Fulgence ne pense pas au­ trement que saint Augustin : Non ergo accipiunt in bap­ tismo salutem qui non tenent in corde atque ore fidei veritatem. Ac per hoc licet formam pietatis habeant, quæ constat in sacramento baptismatis, abnegando tamen pietatis virtutem, nec vitam percipiunt nec sa­ lutem. Epist., XII, tu, 7, P. L., t. i.xv, coi. 382. De plus le candidat devait avoir le repentir de ses fautes, témoigner de son changement de vie. Aussi re­ fusait-on d'admettre au baptême toute personne engagée dans une profession criminelle ou entachée d'idolâtrie, à cause de l'absolue incompatibilité d'un tel état avec la sainteté de la vie chrétienne ; tels, par exemple, les concubinaires publics, les proxénètes, les femmes de mauvaise vie; et tels encore les comédiens, les cochers, les gladiateurs, tous ceux qui servaient à l’amusement de la foule, au cirque, au théâtre ou à l’amphithéâtre, les sculpteurs ou fabricants d’idoles, les astrologues, les devins, les magiciens, etc. Aucun de ces personnages n’était admis qu’il n'eût préalablement renoncé â son genre de vie, contraire à la règle des mœurs ou à la règle de foi. Testamentum D. N. ./. C., édit. Rahmani, Mayence, 1899. p. 112-116. Saint Augustin en signale quelques-uns. De oclo Dulcit. quæst.,i. 4, P. L., t. XL, col. 150. Il remarque que c'est une erreur de quelquesuns de ses contemporains d’admettre indistinctement tout le monde au baptême, De fide eloper., 1, P. L., t. XL, col. 197 ; erreur en opposition avec l’usage tradi­ tionnel de l’Eglise, qui exige qu’on rompe avec de telles professions et qu'on en fasse pénitence. Ibid., 18, 33, col. 219. 2» Baptême des enfants. — Le baptême étant néces­ saire, convenait-il de baptiser les enfants? Les Pères sont unanimes à affirmer que non seulement il convient de baptiser les enfants, mais encore qu’il le faut. Ils ont prouvé leuraffirmation de diverses manières.Si les plus an­ ciens, ayant principalement en vue le baptême desadultes, ont surtout insisté sur la rémission des péchés actuels, ils n’ont pas exclu celle du péché originel. Pour enseigncrqu'il fallait baptiser lesenfants, ils se sont appuyés sur l’ordre donné par Jésus-Christ de baptiser : il est général et n'excepte personne. Saint Irénée, dès le il' siècle, constate que Notre-Seigneur est venu sauver omnes qui per eum renascuntur in Deum, infantes, et parvulos, et pueros. Cont. hær., II, xxn, 4, P. G., t. vu, col. 784. Une seule secte hérétique, celle des hiéracites, pré­ tendit que les enfants sont incapables de recevoir le baptême. Augustin, User., 48, P. L., I xli:, col. 39. Harnack, qui soutient qu'à l'origine de l’Église, le 193 194 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS baptême n’était pas conféré aux enfants, reconnaît que c'était une pratique répandue au temps de Tertullien. Lehrbuch der Dogmengesehiclite, 2' édit., 1888, t. i, p. 395; E. Choisy, Précis de l’histoire des dogmes, Paris, 1893, p. 15, 07. Tertullien, témoin de l’usage de l’Église, aurait préféré voir retarder le baptême des enfants, soit à cause des obligations qu'impose ce sacrement et dont l'enfant est incapable de comprendre l'importance et la gravité, soit parce que, en fait, les enfants baptisés deve­ nus adultes rendaient souvent illusoires les promesses faites en leur nom par ceux qui les avaient présentés au baptême. De bapt.. 18, P. L., t. t, col. 1221. L’Église d'Atrique n'en continua pas moins à rester lidèle à la pratique générale. En 253, Eidus demande à saint Cyprien, non pas s'il faut baptiser les enfants, mais s’il faut attendre le huitième jour pour leur conférer le bap­ tême. L'évêque de Carthage lui répond que l'enfant, étant l'égal de l’adulte devant la grâce du baptême, il convient de n’écarter personne de ce sacrement; il fait décider par le IIIe concile de Carthage, tenu sous sa présidence, que le baptême doit être conféré aux enfants, même avant le huitième jour, en cas de nécessité. Epist., I.ix, 3-5, P. L., t. ni, col. 1915-1018. Il dit : « On n’écarte pas du baptême les adultes, quelque pêché qu'ils aient commis; à plus forte raison n'en doit-on pas écarter l'entant nou­ veau-né. » Et en voici la raison : Infans, recens nains, nihil peccavit nisi quod, secundum Adam carnaliter natus, contagium mortis antiques prima nativitate contraxit, qui ad remissionem peccatorum accipiendam hoc ipso facilius accedit, quod illi remittuntur, non propria, sed aliena peccata. Epist., LIX, 5, P. L., t. m, coi. 1019. Voilà donc motivée la collation du baptême aux enfants par cette contagion de la mort antique, qui passe, par la génération charnelle, d'Adam à tous ceux qui naissent de lui. Dans la première moitié du ni® siècle, Origène n’était pas moins formel. Quæcumque anima in carne nascitur, dit-il, iniquitatis et peccati sorde pol­ luitur... Quid causes sil, cum baptisma Ecclesiæ pro re­ missione peccatorum detur, secundum Ecclesiæ obser­ vantiam etiam parvulis baptismum dari; cum utique si nihil esset in parvulis quod ad remissionem deberet et indulgentiam perlinere, gratia baptismi superflua videretur. In Levit., homil.vin, 3, P. G., t. xn, .coi. 496. Origène montre donc la nécessité du baptême pour les enfants par la présence en eux d'une faute et il légitime la pratique traditionnelle de l’Eglise. 11 écrit ailleurs : « D'après la Loi, il faut offrir une victime pour tout en­ fant qui vient au monde. » Pro quo peccato, demande-t-il, offertur hic pullus unus? Numquid nuper editus par­ vulus peccare jam potuit? Et tamen habet peccatum pro quo hostia jubetur offerri, a quo mundus negatur quis esse nec si unius diei fuerit vita ejus... Pro hoc et Ecclesia ab apostolis traditionem suscepit etiam par­ vulis baptismum dare. In Rom., 1. V, 9, P. G., t. xiv, coi. 1047; cf. ibid., I. V, 1, col. 1010. Saint Ambroise, De Abrah., Il, xi, 81, P. L., t. xiv, col. 495; saint Jérôme, Dial. ode. Pelag., lit, 18, P. L., t. xxiii, col. 616, sont deux autres témoins de l'usage de baptiser les enfants. Parmi les Pères grecs, saint Gré­ goire de Nazianze ratifie le baptême des enfants, mais demande qu'on ne le leur accorde qu’en cas de nécessité. Mieux vaut, dit-il, être sanctifié sans le savoir que de mourir sans le sceau de l'initiation chrétienne. Oral., XL, 17, 28, P. G., t. xxxvi, col. 380, 400. Il préférait qu'on ne les baptisât que vers lage de trois ans, car alors ils peuvent déjà comprendre quelque chose du mystère, sans en avoir toutefois une pleine et entière intelligence; ils peuvent aussi répondre aux interroga­ tions. Ibid., 28. col. 400. Le Testament de Notre-Seigneur, édit. Rahinani, Mayence, 1899, p. 126, indique les entants comme sujets du baptême et leur donne une place spéciale dans l'administration solennelle du sacre­ ment à Pâques. Saint Augustin remarque que l’usage D1CT. DE TIIÉOL. CATIIOL. de baptiser les enfants n’est pas une innovation récente, mais le lidèle écho de la tradition apostolique. Epist., CLXVI, 8, 23, P. L., t. xxxiii, col. 730; De Genes, ad lilt., x, 23, 39. P. L., t. xxxiv, col. 426: De peccat, merit., i, 26, 39; in, 5, 10, 11, P. L., t. xi.iv, col. 131, 191. Il conclut que cette coutume, à elle seule et en dehors de tout document écrit, constitue la règle cer­ taine de la vérité. Serm., ccxctv, 17, 18, P. L., t. xxxvm, col. 1346. Le pape Sirice veut qu’on baptise les enfants de suite après leur naissance. Epist. ad Rimer., 2, Jaffé, Regest., t. i, p. 40; P. L., t. xm, col. 1134. Et le concile de Milève, de 416. dit anathème à quiconque prétend qu'il ne faut pas baptiser les enfants nouveaunés. Can. 2, dans Hardouin, Act. concil., t. I, col. 1217. Cf. Bingham, Origines seu antiquitates eccles., Halle, 1727-1738, t. iv, p. 192-214. Quand, au commencement du Ve siècle, éclata la con­ troverse pélagienne, saint Jérôme eut à réfuter l’objec­ tion suivante: Quid infantuli peccavere ? Nec conscientia delicti eis imputari potest nec ignorantia... Peccare non possunt... Ergo sine peccato. Oui, répond-il, ils sont sans péchés, s'ils ont reçu le baptême; mais s'ils ne l’ont pas reçu, ils ont en eux le péché d'Adam. Et il cite la lettre de saint Cyprien à Fidus; il signale les trois livres de saint Augustin à Marcellinusdein/antibus bap­ tizandis et un à Hilarius; puis il conclut : Eliam infan­ tes in remissionem peccatorum baptizandos, in simi­ litudinem prævaricalionis Adam. Dial. adv. Pelag., 17, 18, P. L., t. xxiii, col. 615-618. Saint Jérôme aurait pu invoquer le témoignage de \'Ambrosiaster : Adam peccavit in omnibus... Manifestum ut in Adam omnes peccasse quasi in massa... Omnes nati sunt sub pec­ cato. In Rom., v, 12, P. L., t. xvit, coi. 92. Il aurait également pu faire appel à celui de saint Pacien qui, dans son De baptismo, P. L., t. xm, col. 1089, tire la nécessité de la régénération baptismale de la participa­ tion de l’homme à la faute d’Adam. 11 a raison, en tout cas, de citer saint Augustin; car nul mieux que l’évêque d’Hippone n’a proclamé la nécessité de baptiser les en­ fants, en en donnant les raisons dogmatiques. La tâche n’était pourtant pas aisée; saint Augustin s’en acquitta néanmoins et sa doctrine, dans son ensemble, est deve­ nue celle des théologiens catholiques. 11 fallait d’abord bien caractériser la faute originelle, le mot est de lui, en indiquant ce qui la fait ressembler au péché actuel et ce qui l’en différencie. Car les pélagiens acceptaient bien, selon les règles de l’Église et la sentence de l’Evangile, le baptême in remissionem pec­ catorum; mais ils n'admettaient pas le péché originel, la faute héréditairb, parce que le péché, œuvre per­ sonnelle de l’homme, ne peut naître avec lui, qu’il n'y a pas de péché de nature et que tout péché est produit par un acte libre de la volonté. De pecc. orig., vi, P. L., t. xi.iv, col. 388. Saint Augustin lui-méine avait tenu jusque-là un langage qui semblait favoriser le pélagia­ nisme, quand il avait écrit que la nature n'est pas at­ teinte par des fautes étrangères, qu’il n’y a pas de mal naturel, De Genes, cont. manich., Il, 29, 43, P. L., t. xxxiv, col. 220; que le péché est un mal qui dépend essentiellement de la volonté, qu'il n’y a pas de péché là ou il n'y a pas usage du libre arbitre, De vera relig., 14, 27, ibid., col. 133; Cont. Fortun., n, 21, P. L., t. xlii, col. 121; De duab. anim.,9, 12, ibid., col. 103; et que le péché ne peut être imputé qu’à celui qui l’a voulu et commis, De lib. arbit., ni, 17, 49, P. L., t. xxxil, col. 1295; autant de propositions qu'on exploi­ tait et dont il dut préciser le sens, pour en bien défen­ dre l’orthodoxie, ce qu'il fit en particulier dans ses Rétractations. Il n’y a pas de mal naturel : cela doit s’entendre de la nature avant la chute et telle que Dieu l’a créée. Relr., i, 10, n. 3, P. L., t. xxxil, coi. 600. Sans doute le péché est un acte de la volonté libre ; mais l’élément volontaire se trouve aussi dans le péché origi- II. - 7 195 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS nel. parce que ce péché a sa source dans la volonté d'Adam et que tout homme possède la même nature qu'Adam; c'est l’acte conscient de la volonté libre qui constitue le péché actuel ; mais, dans le péché originel, à défaut d’un acte libre de la part de l'enfant, il y a une participation à la volonté d'Adam : non absurde etiam vocatur voluntarium, quia ex prima hominis mala voluntate, factum est quodam modo hæredilarium. Hoir., t, 13, n. 5, col. 604. En dépit de ces chicanes, saint Augustin a pu dire aux pélagiens : j'ai toujours cru ce que je crois aujourd’hui, à savoir que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi le péché, dans lequel tous ont péché, est passé à tous les hommes. Contr. Julian., vi, 12, 39, P. L., t. xliv, col. 843. 11 fallait ensuite détruire cette distinction plus sub­ tile que fondée entre la vie éternelle et la royaume des cieux. Les pélagiens prétendaient, en elïet, que le bap­ tême, inutile pour effacer une faute qui n'existait pas à leurs yeux, donnait cependant à l’enfant le droit d’en­ trer dans le royaume des cieux; sans le baptême, l'en­ fant restait assuré de son salut et de la vie éternelle;de telle sorte que, dans ces conditions, le sacrement de la régénération n'avait plus qu'une valeur relative. Point de distinction, répond saint Augustin : Salut, vie éter­ nelle, royaume des cieux, sont autant d'expressions syno­ nymes. Le texte de saint Jean : Nisi quis renatus fuerit ex aqua, etc., explique la nécessité absolue du bap­ tême. La question n’est pas de savoir s’il faut baptiser les enfants, mais pourquoi il faut les baptiser. Nous di­ sons que les enfants ne peuvent obtenir le salut et la vie éternelle que par le baptême. Serm., ccxciv, 2, 3, P. L., t. xxxvin, col. 1316, 1317. Du reste, observait-il par un argument ad hominem, même dans l'hypothèse pélagienne, l’existence du péché originel reste prouvée; car la privation du royaume des cieux n’est autre chose qu'une peine, qui suppose nécessairement une faute. De pecc. merit., i, 30, 58, P. L., t. xliv, col. 152; Cont. Julian., m, 3, 9, ibid., col. 706; vi, 10, 32, col. 840. Saint Augustin crut devoir tirer un argument du sort des enfants morts sans baptême. Après avoir pensé tout d'abord qu’il y a un moyen terme entre la vertu et le péché, entre la récompense et le châtiment, Delib. arbil., ni, 23, 66, P. L., t. xxxn, col. 1303. il change complè­ tement d’avis. Pélage, qui refusait aux enfants morts sans baptême l'entrée du royaume du ciel, tout en leur accordant le salut et la vie éternelle, disait: Quo non eant scio;quo eant nescio. Augustin, De pecc. merit., i, 28, 55. P. L., t. xliv, col. 140. Mais déjà, sur cette question du sort des enfants morts sans baptême, saint Augustin avait pris position dans son De Genesi ad litte­ ram, x, 11, 19, P. L., t. xxxiv, col. 416. Il affirme que ces enfants sont damnés et il répète cette affirmation dans son De peccatorum meritis, i, 28, n. 55; ni, 3, n. 6; 4, n. 7, P. L., t. xliv, col. 140, 188, 189. Car, au jugement dernier, il sait qu’il n'y aura que deux groupes et n'aper­ çoit pas de place intermédiaire pour ces enfants. Qui­ conque, dit-il, ne sera pas à droite sera nécessairement à gauche; par suite quiconque ne sera pas dans le royaume des cieux sera dans le feu éternel. Serm., ccxciv, 3, P. L., t. xxxvin, col. 1337. Et prenant son hypothèse pour l'expression de la vérité, il s’en sert pour prouver l'existence du péché originel. Si donc, dit-il, les enfants non baptisés vont en enfer, c’est qu'ils ne sont pas in­ nocents. Toute peine suppose une faute. Les enfants morts sans baptême sont punis; ils sont donc coupables; ils ont l'âme souillée du péché originel. De pecc. merit., 1. 24. 34, P. L., t. xliv, col. 129. Les rites du baptême fournissent à saint Augustin nne autre preuve de l'existence du pêché originel dans lame des enfants. Quelle est. demande-t-il, la raison des insufflations et des exorcismes? n'est-ce pas celle de chasser le demon? Exorciser les enfants, c’est recon­ 196 naître implicitement qu’ils sont sous la domination du diable. Un Dieu juste ne peut laisser des êtres innocenls sous ce joug, c’est qu’ils sont coupables. Quiconque vou­ drait nier que les petits enfants sont soustraits par le baptême à la puissance des ténèbres, c’est-à-dire â la puissance du diable et de ses anges, serait convaincu d’erreur par les sacrements de l’Église, qu’aucune nou­ veauté hérétique ne peut supprimer, ni changer... C’est à bon droit, et non par erreur, que la puissance diabo­ lique est exorcisée dans les petits enfants. Ils renoncent au démon, non par leur cœur et par leur bouche, mais par le cœur et la bouche de ceux qui les portent, afin que, délivrés de la puissance des ténèbres, ils soient trans­ férés dans le royaume de leur Seigneur. Qu'est-ce donc qui les tient enchaînés au pouvoir du diable? Qu'est-ce sinon le péché?... Or les petits enfants n'ont commis aucun péché personnel pendant leur vie. Reste donc le péché originel. De nupt,, 1, 22, P. L., t. xliv, col. 427. Saint Augustin a donc raison d'insister sur la présence dans l'enfant du péché originel et sur la nécessité du baptême à cause de ce même péché. Epist., clvii, 3, 11, P. L., t. xxxiii, col. 678; De Genes, ad lilt., x, 14, 25, P. L., t. xxxiv, col. 419; Serai., cxv,4, P. L., t. xxxvin, col. 657; De pecc. merit., i, 17. 22, P. L., t. xliv, col. 121. Il a raison de déclarer souillée la naissance d’un fils d’Adam et de réclamer la régénération dans le Christ. Serm., ccxciv, 14, P. L., t. xxxvin, col. 1344; De pecc. merit., i, 16, 21, P. L., t. xliv, col. 120. Il a raison de marquer la relation étroite qui lie le sacrement de bap­ tême à l’effacement du péché originel : Baptizantur ut justi sint et in eis originalis ægriludo sanetur. De pecc. merit,, ι, 19, 24, ibid., col. 122. Et ce ne sont pas seulement les conciles de Milève et de Carthage qui l’approuvent en 416 et 417, c’est encore Innocent 1er qui lui écrit : « Enseigner que les enfants peuvent obtenir la vie éternelle sans le baptême est une folie. » Epist., clxxxii, 5, P. L., t. xxxiii, col. 758-772, 785. Finalement, dans sa réponse à Julien, il reprend avec plus de force et de précision encore tous ses arguments, voir en particu­ lier Cont. Julian., vi, 5, 11; 19,59, P. L., t. xliv, col. 829, 858, et il consacre tout le second livre à relever les témoignages de saint Irénée, de saint Cyprien, de Reticius, d'Olympius, de saint Hilaire, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Basile, de saint Chrysostome, de saint Ambroise et de saint Jérôme; il y joint ceux des évê­ ques du concile deDiospolis: c’est l’Orient et l'Occident fournissant la preuve de tradition du péché originel. Quant à la question de savoir s’il fallait baptiser un enfant renfermé dans le sein maternel, elle fut résolue négativement par saint Augustin; car avant de renaître, disait-il, il faut naître. Epist. ad Dardan., CLXXXVH, c. x, 32, 33, P. L., t. xxxiii, col. 844, 845; De peccat, merit., n, 27, n. 43, P. L., t. xliv, col. 177. VII. Symbolisme et figures. — En parlant du bap­ tême. de sa nature et de ses effets, les Pères se sont complus à relever les figures du sacrement qu'ils recon­ naissaient dans l’Ancien Testament, figuratif du Nou­ veau. Ces figures concernent principalement la matière et le mode de collation du sacrement. 1» Figures relatives à la matière. — Plusieurs Pères ont fait ressortir les raisons de convenance du choix de l'eau comme matière du baptême; ils les ont trouvées dans les propriétés naturelles de cet élément et dans les heureux effets que Dieu a produits par son moyen dans l’ancienne alliance, et ils ont célébré les « louanges » de l’eau. Théophile d’Antioche, Ad Autol., Il, 16, P. G., t. vi, col. 1077, voit dans les animaux, produits par les eaux au cinquième jour de la création et bénis par Dieu, l’image des hommes qui obtiennent la rémission de leurs pêchés, διά υδατος και λουτρού παλιγγενεσίας. Tertullien, De bapt., 3, P. 1,., t. I, col. 1202, se demande pourquoi l'eau a mérité d'etre prise comme la matière nécessaire du baptême. 11 en donne plusieurs raisons 497 BAPTÊME D'APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS tirées de sa nature. En remontant à l’origine du monde, il remarque que l’eau est au tiqua substantia, divini Spiritus sedes, et par suite, gratior scilicet eæteris lune elementis. Quid quod exinde dispositio mundi modulatritibus quodam modo aquis Deo constitit... Primus liquor quod viveret edidit ne mirum sit, in baptismo, si aqua·. animare noverunt. L’eau n'a pas seulement pro­ duit les premiers êtres vivants; elle a encore concouru à la formation du corps de l’homme qui n’a pu être modelé que dans une terre humectée. Tertullien con­ clut : Vereor ne laudes aquæ potius quam baptismi ra­ tiones videar congregasse. Au c. iv, ibid., col. 1203-1204, il indique les raisons d’être du baptême. La première qu'il trouve est la figure du baptême, déjà rappelée, à savoir : Dei Spiritum, qui ab initio supervectabatur super aquas, intinctos reformaturum. Le Saint-Esprit sanctifiait l’eau et lui donnait la vertu de produire la sainteté. Ita de Sancto sanctificata natura aquarum, et ipsa sanctificare concepit. Qu’on n’objecte pas : Nous ne sommes pas baptisés dans les eaux qui existaient au commencement du monde. Ce qui appartient au genre appartient aux espèces. Igitur omnes aquæ de pristina originis prærogaliva sacramentum sanctifica­ tionis consequuntur, invocato Deo. Après avoir parlé des lustrations usitées dans les initiations païennes, Tertullien trouve une autre figure du baptême dans la piscine de Béthesda, dans laquelle était guéri le premier malade qui y descendait apres le mouvement de l’eau. Figura ista meditinæ corporalis spiritalem medicinam canebat, ea forma qua semper carnalia in figura spiri­ talium antecedunt. Et il montre la supériorité de la réalité sur la figure : non seulement l’esprit est guéri et le salut éternel conféré par le baptême, ce remède et ce don sont accordés quotidie, tandis que la guérison des maladies corporelles ne pouvait être obtenue à la piscine probatique que semel in anno. C. v, col. 12051206. Au baptême de Jésus-Christ dans le Jourdain, le Saint-Esprit descend sur les eaux du fleuve, lanquam pristinam sedem recognoscens, et il y parait sous forme de colombe, ne hoc quidem sine argumento præcedentis figuræ. Quemadmodum enim post aquas diluvii, quibus iniquitas antiqua purgata est, post baptismum (ut ita dixerim) mundi pacem cælestis irx prteco co­ lumba terris adnunliavil dimissa ex arca et cum olea reversa... Le monde ayant péché après le déluge, le baptême est comparé au déluge. C. vm, col. 120.8-1209. Le passage de la mer Rouge par les Hébreux pour échap­ per à la servitude du roi d’Égypte est une nouvelle figure du baptême : Liberantur de sxculo nationes per aquam scilicet, et diabolum, dominatorem pristinum, in aqua oppressum, derelinquunt. Autres figures du baptême: Item aqua de amaritudinis vitio in suum commodum suavitatis Mosei ligno remediatur. Lignum illud erat Christus, venenatæ et amarx retio naturx venas insalu­ berrimas, aquas baptismi scilicet, e.c sesc remedians, llxc est aqua, quie de comite petra populo defluebat. Si enim petra Christus, sine dubio aqua in Christo baptismum videmus benedici. C. IX, coi. 1209-1210. Saint Cyprien renchérit encore sur Tertullien et va jus­ qu'à dire : Qiiotiescumqueaqua solain Scripturis sanetis nominatur, baptisma prædicatur. 11 trouve dans Isaïe, xi.m, 18-21; xi.viii, 21, des prophéties symboliques du baptême. Epist., i.xm, n. 8, P. L., t. iv, col. 379-380. Dans sa lettre Ad Magnum, n. 2, P. L., t. ni, col. 1140, l'évêque de Cartilage expose que l’arche de Noé était le type de l’Église; il considère le déluge comme le bap­ tême du monde et il lui compare le baptême chrétien. De l'unité de l'arche il conclut même, par suite d une comparaison trop rigoureuse, (pi on ne peut être revivifié que par le baptême, conféré dans l'unique Eglise de Dieu. Plus loin, n. 15, col. 1150-1151, il voit, après saint Paul, une figure du baptême dans le passage de la mer liuuge. Par l'eau salutaire du baptême, scire debemus 198 et fidere quia illic diabolus opprimitur, et homo Deo dicatus divina indulgentia liberatur. Origène, In Exod., homil. v, P. G., t. XII, coi. 326, s’appuyant sur saint Paul. 1 Cor., x, 2, voit dans le passage de la mer Rouge une image du baptême. Le passage du Jourdain a la même signification, et la réalisation de ces deux figures s'est faite au baptême de ses auditeurs qui ont passé des ténèbres de l'idolâtrie à la connaissance de la loi divine et qui, dans la fontaine mystique du baptême, ont été initiés par les prêtres et les lévites aux plus sacrés mys­ tères. In. lib. Jesu Nave, homil. iv, n. 1,2, ibid., col. 842-844. Pour saint Hippolyte, Susanne est l'image ty­ pique de l’Église. Le jour où elle se baigne, dit-il, pré­ figure la fête pascale où, dans le jardin de l’Église, le bain est préparé aux catéchumènes brûlant de désir. In Daniel., I, 16, édit. Bonwetsch, Leipzig, 1897, p. 26,27. Saint Cyrille de Jérusalem. Cat., ni, n. 5, P. G., t. xxvm, col. 432-433, recherche dans l'Écriture les raisons du choix de l’eau comme instrument de la grâce dans le baptême. Outre que l’eau est le meilleur des éléments, le baptême a été figuré dans l'ancienne alliance. A l’ori­ gine l’Esprit était porté sur les eaux, desquelles sont sortis le ciel et la terre. ’Αρχή του ζοσμου τό ύδωρ, καί άρχή νών Ευαγγελίων ό Ιορδάνης. Israël fut délivré de la servitude de Pharaon par le moyen de la mer; le monde a été délivré des péchés par le bain de l’eau dans la pa­ role de Dieu. L’eau scelle toutes les allianees. Celle de Dieu avec Noé a été conclue après le déluge; celle avec Israël au mont Sinaï a été manifestée par l’aspersion de l'eau. Elie ne monte au ciel qu'après avoir traversé le Jourdain. Aaron a pris un bain avant d'être institué grand-prêtre. Le bassin placé devant le tabernacle était aussi un symbole du baptême. Saint Grégoire de Nysse, De bapt., P. G., t. xlvi, col.4-20-421, exhorte éloquem­ ment ceux qui retardent le baptême à passer le Jour­ dain, dont les eaux ont été adoucies par la venue de l'Espril comme les eaux amères devenues douces grâce au morceau de bois jeté en elles. Il leur propose l'exemple de Josué et leur demande de quitter le désert et de me­ ner la vie chrétienne, figurée par la fertilité de la Terre promise. Saint Grégoire de Nazianze, Orat., xxxix, 17, P. G., t. xxxvi, col. 353, rappelle les différentes espèces de baptême : Moïse a baptisé dans l'eau, et aussi dans la nuée et la mer; ce qui, au témoignage de saint Paul, était figuratif. La mer Rouge représentait l’eau, la nuée l’Esprit. et la manne le pain de vie. Saint Chrysostome, lu dictum Pauli : Nolo vos ignorare, n. 3, 4, P. G., t. Ll, col. 247-248, développe longuement le caractère figuratif du passage de la mer Rouge. Dans le type et l’antitype, on trouve le même élément; la piscine rem­ place la mer;dans les deux cas, tous entrent dans l'eau. Ici, ils sont délivrés de l'Égypte, là, de l'idolâtrie; ici, Pharaon est submergé, là, c’est le diable; ici, les Égyp­ tiens sont étouffés, là, c’est le vieil homme avec ses pé­ chés. La réalité l’emporte stiria figure. Ailleurs, InJoa., homil. xxxvi, 1, P. G., I. i.ix, col. 203, c’est la piscine probatique qui est une figure du baptême, si puissant et si bienfaisant, du baptême qui elface tousles péchés et rend la vie aux morts. Si nous revenons en Occident, les Pères ont la même doctrine que ceux de [’Orient. Saint Optai, De schism, donat., v, 1, P. L., I. xi, col. '1045-1046,conclut à l'unité du baptême, de l'unité du déluge et de la circoncision, el il dit du déluge : Erat quidem imago baptismatis, ut inquinatus totus orbis, demersis peccatoribus, lava­ cro intervbniente, in faciem pristinam mundaretur. Le pseudo-Ambroise, De sacram., i. 4-6. L., t. xvi, coi. 420-424, compare les mystères des Juifs à ceux des chr ■ tiens et il expose le caractère figuratif du passage de la mer Rouge, de la guérison de Naaman et du déluge. Saint Ambroise traite des mêmes figures. De mijsl., i. ibid., col. 394-396, en y ajoutant le miracle de la piscine probatique. Saint Jérôme, Epist., lxix, 6, P. L., t. xxu, 199 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS col. 659-660, célèbre, lui aussi, les louanges de l’eau et du baptême : Solus Spiritus Dei in aurigæ modum super aquas ferebatur et nascentem mundum in figura bap­ tismi parturiebat... Primum de aquis, quod vivit, egre­ ditur et pennatos fideles de terra ad cælum levat. Le fleuve du paradis amaras aquas mortuasque vivificat. Peccat m undus, et sine aquarum diluvio non purgatur... Pharao cum exercitu suo nolens populum Dei exire de Ægyplo, in typo baptismatis suffocatur... Saint Augus­ tin, In Joa., tr. XI, 4, P. L., t. xxxv, col. 1476-1477, explique la signification figurative du passage de la mer Rouge et en conclut qu’il est nécessaire d’avoir reçu le baptême afin de pouvoir participer à la manne du Sei­ gneur. Il dit ailleurs, Serin..ccci.lfi, c. iv, 2, P. L., t. xxxix. col. 1562, jam mare rubrum, baptisma scilicet Christi sanguine consecratum, verum dejecit Pharaonem. Les cendres du veau d’or, jetées dans l'eau et données en boisson aux Israélites coupables,étaient aussi une figure du baptême. Enar. in Ps., lxi, 9, P. L., t. xxxvi, col. 736. L'aveugle-né, qui lave ses yeux dans la piscine de Siloé et voit la lumière, a été baptisé dans le Christ et préfi­ gure mystérieusement l’illumination des catéchumènes dans le baptême. In Joa., tr. XLIV, 2, P. L., t. xxxv, col. 1714. L’évêque d’Hippone, Cont. Faust., xn, 17, P. L., t. xlii, col. 263, compare, lui aussi, le baptême au déluge, qui commence sept jours après l'entrée de Noé dans l'arche, quia in spe futurœ quietis, quæ septimo die significata est, baptizamur. De la durée du déluge, il déduit, au moyen du symbolisme des nombres, que tous les péchés sont lavés par le sacrement du baptême céleste. De l’unité de l’arche, il conclut aussi que præler Ecclesiæ societatem, aqua baptismi quamvis eadem sil, non solum non valet ad salutem, sed valet potius ad perniciem. Cette dernière conclusion est tirée encore, De baptismo cont. donat., v, 28, n. 39, L., t. xi.in, coi. 196. Cf. S. Fulgence de Ruspe, De remiss, peccat., i, 20, P. L., t. i.xv, coi. 543. 2» Symbolisme du modede collation. — L’immersion, d’après les Pères, fournit un symbole des effets du bap­ tême. Saint Paul avait dit que par le baptême le chrétien est enseveli avec le Christ. Le baptême rappelait donc d’une manière mystérieuse la mort, la sépulture et le séjour de Notre-Seigneur dans la tombe. Un tel symbo­ lisme fut soigneusement remarqué par les Péres, en particulier par saint Cyrille de Jérusalem. Cat., ni, 12; xx, 6, 7, P. G., t. xxxiii, col. 444, 1081, 1082. Pour se relever de la chute et rentrer dans la grâce de Dieu, dit saint Basile, il faut imiter la croix, la sépulture, la résur­ rection de Jésus-Christ par le baptême, qui est une mort, un ensevelissement et une résurrection mystique. De Spir. Sanct., xv, 35, P. G., t. xxxn, col. 129; voir éga­ lement Epist., ccxxxv, 5; De bapt., I, n, 26, P. G., t. xxxi, col. 423 sq., 1569. D’après Grégoire de Nysse, l’homme descendu dans l'eau et plongé trois fois repré­ sente la mort, la sépulture et la résurrection de JésusChrist, Cat., 35, P. G., t. xlv, col.85; la triple immersion se fait en souvenir des trois jours passés par NotreSeigneur dans le sépulcre et pour honorer les trois per­ sonnes divines. In diem lumin., P. G., t. xlvi, col. 585. D'après saint Chrysostome, l’action de descendre dans l’eau et d’en remonter symbolise la descente aux enfers et la sortie du tombeau. Voilà pourquoi l’Apôtre appelle le baptême un sépulcre. In I Cor., homil. xl, 1, P. G., t. lxi, col. 347. Le baptême, dit saint Augustin, est une mort mystique, Cont. Julian, pelag., n, 5, 14, P. L., t. xliv, col. 683, qui rappelle la mort et la'résurrec­ tion de Jésus-Christ. Enchir., 13, n. 42; 14, n. 52,/’. L., t. xl, col. 253, 256. Le catéchumène, préalablement dé­ pouillé de ses vêtements, nu comme Adam au paradis ou comme le Christ sur la croix, était introduit dans la pis­ cine, comme le Christ déposé de la croix avait été mis dans le sépulcre ; puis il était plongé trois fois dans l'eau baptismale, eu souvenir des trois jours passés par le I 200 Christ dans la mort : ce n’est là, observe saint Cyrille de Jérusalem, ni une mort, ni une sépulture réelles, mais une simple ressemblance avec la passion et la mort de Jé­ sus-Christ, qui assurent, non un semblant de salut, mais sa réalité vraie; σωτηρίας δέούχ ομοίωμα, αλλά αλήθεια. Cat., xx, 2-7, P. G., t. xxxni, col. 1077-1084. Ct. Chry­ sostome, In Joa., homil. xxv, 2, P. G., t. lix, col. 151 ; Jérôme, Epist., lxix, 7, P. L., t. xxit, col.661; PseudoDenys, Eccles, hier., Il, 3, 7, P. G., t II, col. 40-4. . 3« Autres figures. — Indépendamment des figures du baptême, qui résultent de la matière ou du mode de col­ lation du sacrement, les Pères ont signalé le caractère typique de fails ou d'institutions de l'ancienne loi, qui n'ont de rapport qu'avec quelques effets du baptême. Le plus fréquemment mentionné est la circoncision. Déjà saint Justin, Dial, cum Tryph., 43, P. G., t. VI, col. 568, comparait la circoncision charnelle des Juifs à la circon­ cision spirituelle, qu’Hénoch et ses pareils ont gardée. ‘ΙΙμεΐς δέ, διά τοΰ βαπτίσματος αύτήν, επειδή άμαρτωλολ έγεγόνειμεν, διά το έλεος το παρά τοΰ Θεού. έλάόομεν, και πάσιν έφετδν ομοίως λαμβάνειν. L’auteur des Quæst. ad orlhod., q. CH, ibid., col. 1348, enseigne la même doc­ trine : Ιίεριτεμνόμεθα δέ και ημείς τή περιτομή τοΰ Χριστού δια τοΰ βαπτίσματος, έκδυόμενοι τον Άδάμ, δι’ Sv αμαρτωλοίγεγονότεςτεθνήκαμεν, κκ'ιένδνόμενοιτδν Χριστόν, δι’ δν δικαιωΟέ-τες άνιστάμεθα έκτων νεκρών. Saint Optat, De schism, donat., v, I, P. L., t. xi, coi. 1045, pour réfuter Parménien, part du principe, admis par son adversaire, quod baptisma Christianorum in Ilebræorum circumcisione fuerat adumbratum, et il en conclut qu’il n’y a qu’un seul baptême : Circumcisio autem ante adventum baptismatis in figura præmissa est, et a te tractatum est apud Christianos duas esse aquas : ergo et apud Judæos duas circumcisiones ostende, alteram meliorem, pejorem alteram. Hoc si quæras, non poteris invenire : Abrahæ prosapia, qua Judæi censentur, hoc sigillo se insigniri gloriantur : ergo talis debet veritas sequi, qualis ejus imago præmissa est. Saint Augustin fait le même raisonnement. Cont. Crescon., i, 31, n. 36, P. L., t. xliii, col. 464-465. De ce que la circoncision, qui incorpore dans le peuple juif ceux qui la reçoivent, ne pouvait être renouvelée, il conclut que le baptême ne doit pas être réitéré : Ac per hoc quemadmodum si quis eorum (Nazarenorum) ad Judæos venerit, non potest iterum circumcidi ; sic cum ad nos venerit, non debet iterum baptizari, Qu'on n'oppose pas la nature différente de la circoncision et du baptême : Sed cum illa umbra fuerit hujus veritatis, cur illa circumcisio et apud hærelicos Judæorum esse potuit, iste autem baptismus apud hærelicos Christianorum non potest esse? Enfin, saint Chrysostome, In Gen., homil. XL, n. 4, P. G., t. lui, col. 373-374, compare la circoncision au baptême. La circoncision est douloureuse, dit-il, et ne fait que distinguer les Juifs des païens; notre circonci­ sion à nous, à savoir la grâce du baptême, guérit sans blesser et nous procure des biens innombrables, en nous remplissant de la grâce du Saint-Esprit. De plus, on peut la recevoir en tout temps. Le saint docteur décrit ensuite les effets du baptême. Saint Cyrille d'Alexandrie, Glaph. in Levit., P. G., t. lxix, col. 353, 560, 561, a comparé le baptême à la guérison de la lèpre. Le Christ nous a purifiés par le saint baptême et nous a introduits dans l’Eglise en nous sanctifiant. VIII. Effets. — Les termes dont se sont servis les Pères pour désigner le baptême marquent pour la plu­ part les ellels nombreux qu'ils lui attribuent: c’est celui de purifier l’homme, d'effacer tous ses péchés ainsi que la peine due à ces péchés, de le renouveler, de le régé­ nérer, de lui assurer par cette seconde naissance d’ordre spirituel et mystique sa perfection première, de lui infuser le Saint-Esprit, la grâce sanctifiante, la vie sur­ naturelle,de le faire enfant de Dieu par adoption,de l’inilier a la vie chrétienne, de l’agréger à l’Église, de lui 201 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS 202 donner droit aux sacrements et finalement lui assurer le misère morale inséparable de la condition humaine. La salut éternel. régénération donnée par le baptême ne constituait pas 1° Rémission de tous les péchés par la justification. l’impeccabilité. Le baptisé, le fidèle pouvait toujours — Nous avons dit précédemment que, suivant la doc­ succomber. Et dans le cas d’une chute, toujours pos­ trine des Pères, le baptême effaçait la souillure origi­ sible et trop souvent réelle, il ne fallait pas songer à nelle. Pour la rémission des péchés en général, les textes I recourir de nouveau au baptême, puisqu’il ne se réitère sont si nombreux qu'il suffira de signaler les plus carac­ pas; mais alors quel parti prendre?Traiter la chute des téristiques. Quand nous descendons dans l'eau (baptis­ fidèles comme une chose indifférente ou sans impor­ male), dit Hermas, nous y recevons la rémission de nos tance? Ce lut la solution de quelques hétérodoxes con­ péchés antérieurs, Mand., iv, 3, Opera Pair, apost., damnés par Hermas comme des casuistessans conscience, édit. Funk, t. i, p. 396; notre vie est sauvée par l'eau de vrais docteurs du mal, Sim., ix, 19, Opera Pat. (baptismale), Vis., m, 3, ibid., p. 358: nous descendons apost., édit. Funk, 1.1, p. 538, et parsaint Irénée,comme morts dans l’eau (baptismale) et nous en remontons j des hérétiques ou des cyniques. Cont. hær, i, 6, 3; il, vivants. Simil., ix, 16, ibid., p. 522. Nous entrons pleins 32, 2. P. G., t. vu, col. 508, 828. Exiger de la part des de souillures et de péchés dans l’eau et nous en sortons fidèles, par un rigorisme excessif, aussi dangereux que remplis des fruits de justice. Pseudo-Barnabé, Epist., xi, faux, la nécessité de la continence, et imposer ainsi l’hé­ 11, ibid., p. 36. Tertullien voit dans le baptême l’efface­ roïsme comme un devoir? Quelques esprits exagérés ne ment de tous les péchés, De bapt., 1 ; De pænit., 6, P. s’en firent pas faute. L’ascétisme absolu, intégral, tel qu’il L., 1.1, col. 1197,1238; l’absolulio mortis, la régénération, se manifeste dans la littérature apocryphe, l'Evangile selon les Égyptiens, les Acta Pétri, les Acta Thomæ, les Adv. Marc., t, 28, P. L., t. it, col. 280; une secondenaissance, fie bapt., 20, P. L., t. I, col. 1221; De anim., Acta Pauli et Theclæ, devint la prétention des encra41, P. L., t. n, col. 720. Dans la collation du baptême il tites et même celle de quelques fidèles, au cœur géné­ y a lieu, dit-il, de distinguer deux actes, l'un matériel, reux, mais à l’esprit étroit. Voir t. I, col. 362. C'était qui consiste a plonger le baptisé dans l'eau, l’autre spi­ mutiler l'œuvre du Christ en rendant inutile le sacrement rituel qui est la délivrance du péché. De bapt., 7, P. L., de pénitence. De lâ les tentatives d’Hermas pour rendre t. i, col. 1207. La peine due au péché est elle-même 1'espoir au baptisé qui avait le malheur de succomber; enlevée. Exemplo reatu, eximitur pœna. De bapt., 5, pour démontrer que tout péché a droit au pardon s'il ibid., col. 1206. Sans le baptême on ne peut recevoir la est l’objet d’un repentir sincère et qu’il reste au pécheur rémission de ses péchés. Origène, De exhort, mart., 30, un moyen de rentrer en grâce et d’assurer son salut P. G., t. xi, col. 600; In Luc., homil. χχι,Ρ. G., t. xni. compromis. Cf. J. Réville, La valeur historique du Pascol. 1855. D'après saint Cyrille de Jérusalem, le baptême leur d Hermas, Paris, 1900; Mur Batiffol, dans Eludes remet tous les péchés, Cat., m, 15, P. G., t. xxxm, I d’histoire el de théologie positive, Paris, 1902, p. 47 sq. col. 448; efface dans l’âme et dans le corps toutes les De lâ, dès l’apparition du montanisme, les décisions de l’Église pour affirmer et préciser le rôle de la péni­ marques du péché, Cat., xvni, 20, ibid., col. 1041 ; abolit en Dieu le souvenir de nos fautes. Cat., hi, 15; tence dans la réconciliation des pécheurs. C'est dire qu'à xv, 23, ibid., col. 445, 904. D'après saint Chrysostome, le la discipline baptismale dut s’ajouter, comme un com­ baptême efface tous les péchés, In Gen., homil. xxvii, I, plément nécessaire, la discipline pénilentielle, chargée, P. G., t. lui, col. 241 ; dans ce sacrement on meurt et après le baptême, de réparer la chute des fidèles. Com­ on renaît, In Culos., homil. vu, 2, P. G., t. i.xn, col.346; ment, dans quelle mesure, par quels moyens, au milieu on y meurt comme le Christ est mort sur la croix, In de quelles difficultés, c'est ce dont il sera question à Hebr., homil. ix, 3, P. G., t. lxiii, col. 79; que le caté­ l’article consacré au sacrement de pénitence. chumène descende dans ce bain salutaire et les rayons Plus tard. Jovinien prétendit que les baptisés ne peu­ du soleil seront moins purs que lui, quand il remonte vent être tentés par le diable, ni pécher; il soutenait de l’eau sacrée. ,ld ilium., I, 3, P. G., t. xlix, col. 226; ainsi l’impeccabilité postbaptismale. Cf. S. Ambroise, In I Cor., homil. XL, 2, P. G., t. lxi, col. 348. D’après Epist., lxiii, 22, P. L. t. xvi, col. 1196; S. Augustin, saint Jérôme, le baptême lait de nous des hommes com­ Hær., 82, P. L.,t. Xl.n.col. 45. Mais saint Jérôme prouva plets et nouveaux, Epist., lxix, 2; car tout est purifie par que les baptisés n'ont pas ce privilège, il réfuta les argu­ lui, ibid., 3, P. L., t. xxit, col. 655, 656; tous les péchés ments proposés par Jovinien, et il cita de nombreux pas­ sont effacés. In Isa., i, 16, P. L., t. xxiv, col. 35. C'est sages scripturaires pour faire voir que les baptisés peu­ ce qu’exprime saint Augustin : Baptismus abluit quidem vent non seulement être tentés, mais encore succomber. peccata omnia, prorsus omnia, factorum, dictorum, Le remède est dans la pénitence. Adv. Jovin., 1. Il, 1-4, P. L., t. xxm, col. 281-288. Sa conclusion tut quod, ex­ cogitatorum, sire originalia, sire addita, sive quæ ignoranter, sive quæ scienter admissa sunt. Coni, cepto Deo, omnis creatura sub vitio sil, non quod uni­ duas epist. Pelag., 111, ni, 5, P. L., t. xi.m, coi. 350. versi peccaverint, sed quod peccare possint et similium Bien n’empêche le néophyte d'aller au ciel : Si continuo ruina, stantium metus sit. Ibid., 35, col. 333. Julien (post baptismum] consequatur ab hac vita migratio, d'Eclane, ayant prétendu que l'évêque d’Hippone renou­ non erit omnino, quod hominem obnoxium teneat, velait l'erreur de Jovinien. saint Augustin réfuta celte ca­ solutis omnibus quæ tenebant... Nihil habet remone, lomnie et affirma que le chrétien non solum potest pec­ quia minus ad regna cælorum mox migret. De pec­ care post baptismum, verum etiam quia el bene relu­ cat. mer. et remiss., 1. II, c. χχνπι,η. 46,P.L.,t.xnv, ctans concupiscentiæ carnis aliquando ab ea trahitur coi. 179. Quelque graves que fussent les péchés antérieurs ad consensionem, el quamvis venialia, tamen aliqua au baptême, la pénitence canonique n’en frappait aucun ; peccata committit. Op. imperf. cont. Julian., 1. I, 98, elle était réservée aux péchés commis après la réception 101, P. L.,t. xi.v, coi. 1114-1115, 1116-1117. L'erreur de de ce sacrement. Le baptisé était donc un homme régé­ Jovinien a été aussi réprouvée par Pelage, Confessio seu néré, purifié, sanctifié. Telle était, même au IIe siècle, libellus fidei, 25, P. L., t. xi.vm, coi. 491, et par Julien l’idée qu’on se faisait du baptême, dans certains milieux, d’Éclane, Libellus fidei, L 111, 8, ibid., col. 520. Cf. Hal­ qu’on en était venu à croire qu’il n’y a pas, pour l’homme, ler. Jovinianus, etc., dans Texte und Vntersuch., nouv. d’autre conversion ni d’autre rémission des péchés; série, Leipzig, 1897, t. Il, fasc. 2, p. 19-20, 86, 95, 97qu’après l’initiation baptismale on devait se conserver 101, 105, 133-142. pur et sans tache, ne plus pécher, sous peine de ne plus 2° Infusion de la grâce et des vertus surnaturelles et rentrer en grâce. Une telle permanence de la grâce droit à l’héritage céleste. — Baptisés, nous sommes illu­ baptismale eût été l'idéal. Mais cet idéal était diffici­ minés, dit Clément d’Alexandrie, Pædag., r, 6, P. G., lement conciliable avec l'état de la nature déchue et la t. vin, col. 281 ; illuminés, nous sommes des fils d'adop­ 203 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS tion ; adoptés.'nous sommes perfectionnés; parfaits, nous sommes rendus immortels. Saint Cyprien. Epist., 1, ail Donat., 4, P. L.,t. iv, col. 200-201, a décrit les heureux effets de régénération produits dans son âme par le bap­ tême. Le baptême, dit saint Hilaire, In Matlh., Il, 6, P. L., t. ix, col. 927, fait descendre le Saint-Esprit sur le baptisé, le remplit d une onction toute céleste et le rend enfant adoptil de Dieu. Par le baptême, dit saint Athanase, nous sommes faits enfants de Dieu. De decret, ni· cæn. syn.,31, P. G., t. xxv, col. 473; Cont. arian., i,34,P. G., t. xxvi. col. 84. D'après saint Cyrille de Jérusalem, le baptême nous régénère, nous fait entants de Dieu, non par nature, mais par adoption. Cat., I, 2; ni. 14, P. G., t. xxxiii, col. 372, 445; héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, Cal., ni. 15, ibid., col. 445; de telle sorte que l'homme est comme ressuscité, vivifié dans la justice, rendu conforme au Christ et ne retenant rien de l’homme ancien. Cat., ut, 12; xx, 2, ibid., col. 444, 1077. La com­ munication du Saint-Esprit est proportionnée à la foi du néophyte. Cat., i, 5, ibid., col. 377. Selon saint Chrysostoine, le catéchumène sort du bain sacré, revêtu de lu­ mière, en possession de la justice et de la sainteté, plei­ nement régénéré. Ad ilium., i, 3, P. G., t. xlix, col. 226; In I Cor., homil. XL, 2, P. G., t. xi.t, col. 348. 3° Agrégation à I’Eglise et droit aucr autres sacre­ ments. — Le baptême introduisait le néophyte dans l Eglise et l'initiait à la vie chrétienne. Mais il n'était qu'un début, le commencement de l'initiation chrétienne, la source de grâces et de privilèges futurs. Dans la cé­ rémonie solennelle de l’initiation, le catéchumène, à peine baptisé, était immédiatement confirmé par l’évê­ que, et aussitôt après admis à la célébration des mys­ tères, à la communion eucharistique. L’évêque, dit Tertullien, impose les mains sur le baptisé, appelle et in­ vite le Saint-Esprit à descendre sur lui. De bapl., 8, P. L., t. I, col. 1207. Le baptisé, dit le pseudo-Basile, n'a plus qu’à se nourrir du pain de la vie éternelle. De bapt., I, 3, P. G.,t. xxxi, col. 1573. Mais avant de parti­ ciper au corps et au sang de Notre-Seigneur, il doit re­ cevoir le sceau et les dons du Saint-Esprit. Ambroise, De myst., vu, 42; VIII, 43; pseudo-Ambroise, De sa­ crant., Ill, n, 8, P. L., t. xvi, col. 403, -434. C’est l’im­ position solennelle des mains et l’invocation du SaintEsprit, dont parle saint Jérôme, Dial. adv. Lucif., 8, P. L., t. xxiii, col. 172. SaintCyprien, qui constate l'usage de confirmer les baptisés, Epist., i.xxm, 9. P. L., I. ni, col. 1115, remarque qu’il ne faut pas confondre cette ré­ ception du Saint-Esprit avec la naissance spirituelle : Non per manus impositionem guis nascitur quando accipit Spiritum Sanctum, sed in Ecclesite baptismo ut Spiri­ tum Sanctum jam natus accipiat. Epist., i.xxiv, 7, ibid., col. 1132. Ceux qui sont baptisés, ordonne le concile de Laodicée, doivent ensuite recevoir l'onction céleste et participer à la royauté de Jésus-Christ, llardouin. Act. concil., t. i, col. 789. Dans le cas d’une collation non solennelle du baptême, le baptisé était tenu de se pré­ senter le plus tôt possible à l’évêque pour être confir­ mé. concile d'Elvirb, can. 38, llardouin, t. 1, col. 254; s'il venait à mourir avant d'avoir rempli cette obliga­ tion, son salut n'en restait pas moins assuré. Can. 77. ibid., t. i, col. 258. Du temps de saint Augustin, les enfants eux-mêmes, après avoir été baptisés, étaient admis à la confirmation et à la communion. Semi., Clxxiv. 6. 7; ccxciv, 3, P. L., t. xxxvm, col. 944, 1162. A Jérusalem, pendant les catéchèses préparatoires à la réception du baptême, saint Cyrille n’expliquait que ce qui regarde les principaux éléments de la foi chré­ tienne, sans toucher aux deux sacrements de la confir­ mation et de l’eucharistie. Mais le moment de l’initiation venu, la veille de Pâques, il révélait quelque chose des grands mystères auxquels les catéchumènes allaient prendre part. C'est ainsi qu’aprèsson exposition du sym­ bole il remarque qu'il n’a pas tout dit, qu'il a bien des 204 choses encore à faire connaître, qu'il le fera surtout à partir du lendemain des fêtes pascales; et, dés le soir du samedi saint, il indiquait brièvement ce qui allait faire l'objet de son futur enseignement et qui devait rouler sur le triple mystère de la nuit de Pâques, la purifica­ tion, la communication du Saint-Esprit et la commu­ nion, Cal., xviii, 32, 33, P. G., t. xxxm, col. 1053-1056; il soulevait un coin du voile, suffisamment pour que les néophytes eussent une idée sommaire des mystères jus­ qu’alors inconnus et auxquels ils allaient être admis. De là ses catéchèses mystagogiquessi explicites. Rendus par­ ticipants du Christ, dit-il, ayant revêtu le Christ, vous êtes appelés chrétiens. Au sortir de la piscine on vous donne le chrême; on en oint votre front et les autres sens; et, pendant qu'avec ce chrême visible votre corps est oint, votre âme est sanctifiée par l’Esprit saint et vivi­ fiant, après quoi vous êtes appelés chrétiens, Cal., xxi, 1-5, P. G., t. xxxm, col. 1088-1092; il ne vous restait plus qu'à communier, ce qui vous rend participants du corps et du sang de Jésus-Christ et de la nature divine, σύσσωμοι και σύναιμσι τού Χριστού, θείας χοινωνοί φύσεως, γριστοφόροι. Cat., χχιι, 1-3, P. G., t. xxxm, col. 10971100. 4° Le caractère. — 1. Le baptême ne se donne qu’une fois; il ne peut pas être réitéré : tel fut, dès l’origine, le principe en vigueur dans I’Eglise, tant au point de vue dogmatique qu'au point de vue disciplinaire. Personne, parmi les catholiques, ne songea à y contrevenir. Et quand, au ni' siècle, éclata la célèbre controverse relative au baptême des hérétiques, cette loi primitive et constante de I’Eglise ne fut pas mise en question. D'un côté le pape Étienne, tenant pour valide le baptême conféré par les hérétiques, estimait avec raison que Cyprien de Carthage et Firmilien de Césarée avaient tort de conférer le bap­ tême à ceux qui avaient déjà été baptisés dans l'hérésie; car, à ses yeux, c’était là une véritable réitération du baptême. D’autre part, Cyprien et Firmilien, le tenant pour invalide, ce en quoi ils s'abusaient, crurent devoir baptiser ceux qui avaient reçu le baptême de la main des hérétiques; pratique fausse, mais qui laissait en dehors du débat la question nullement controversée de la nonréitération du baptême. C’est pourquoi ils se défendi rent de méconnaître cette règle acceptée de tous. Le baptême des hérétiques étant nul, il y avait lieu, pensaient-ils, de donner le seul vrai baptême, le baptême des catho­ liques; ce qui était, affirmaient-ils, non pas réitérer le baptême, mais simplement le conférer. Semel abluit, disait Tertullien, en parlant du baptême. De bapl., 15, P. L., t. i, col. 1217. D'où venait donc à ce sacrement un tel privilège, une telle efficacité, qu’une fois donné on ne put pas le conférer de nouveau? Le baptême a pour figure le déluge et la circoncision; or, un seul déluge, une seule circoncision, donc un seul baptême. C’est l’argument que fait valoir saint Optât con­ tre Parménien. De schism, donat., v, I, 3, P. L., t. xi, col. 1044, 1045, 1048. De plus trois textes scriptu­ raires servirent à prouver qu'on ne peut donner le bap­ tême qu’une fois : l'un, tiré de l'Evangile de saint Jean : Qui lotus est non indiget nisi ut pedes lavet, sed est mundus totus, XIII, 10; le second, de l'Épitre aux Éphésiens : Unum baptisma, IV, 5; le troisième, de l’Épitre aux Hébreux : Impossibile est ut eos qui semel illumi­ nati... et prolapsi sunt, rursus renovari ad psenitenliam, vi, 4-6. Le premier devait s’entendre nettement de la non-réitération du baptême, comme le marque saint Ambroise. De myst., vi, 31, P. L., t. xvi, col. 398; De pœnit., II, II, 8, ibid., col. 498; In Luc., vm,78, P. L., t. xv, col. 1789. C'est le texte que saint Optat oppose à la pratique des donalistes. Rebaptiser, dit-il, c'est laver de nouveau. Or, il n’y a pas deux lotions, il n’y en a qu'une et elle ne peut s’entendre que du baptême; par suite, agir comme le font les donatistes, c’est aller con­ tre la parole formelle de Jésus-Christ et mépriser la dis- 205 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS cipline. De schism. donat., ιν, 4; v, 3, P. L., t. xi, col. ! 1032, 1050. Voici comment l'interprète saint Augus­ tin : La lotion dont parle le Christ n’est autre que le baptême qui purifie l’homme tout entier; mais l'homme eu contact avec le siècle, foulant la terre avec des senti­ ments humains comme avec les pieds, contracte parson commerce terrestre de quoi dire à Dieu : pardonneznous nos offenses, par suite de quoi se faire encore puri­ fier par Celui qui, après avoir purifié les apôtres, voulut de plus leur laver les pieds. In Joa., tr. LV1I, 1, P. L., t. xxxv, col. 1791. Ailleurs il dit: Qui lotus est non habet necessitatem iterum lavandi, c'est-à-dire d'être rebap­ tisé; car rebaptiser est une faute qui appelle les rigueurs de la pénitence. De bapt. cont. donat., il, 14,19, P. L., t. xlih, col. 138. Le unum baptisma de l’Épitre aux Éphésiens servit à Tertullien, à Cyprien et à Firmilien pour prouver que ce baptême unique ne pouvait se trou­ ver que dans l’Église catholique; ils ne voyaient pas que le baptême conféré par les hérétiques n’était autre que. celui de l’Église et ne rompait pas l'unité du baptême, mais ils savaient fort bien, d’après l'enseignement et la pratique de l’Église, que le unum baptisma marque l'impossibilité de la réitération du baptême ; et c’est ce point spécial que fait ressortir Cyrille de Jérusalem dans sa procatéchèse. Procat., Ί, P. G., t. xxxm, col. 345. Reste le texte de l’Epitre aux Hébreux ; celui-ci aussi doit s'entendre de l’impossibilité de recourir à un nou­ veau baptême pour rentrer en grâce avec Dieu, si on a eu le malheur de pécher après le baptême reçu. C'est ainsi que l’explique saint Ambroise, De pænil., II. il, 8. P. L., t. xvi, col. 498. Les cathares exploitaient ce texte pour prouver l'impossibilité de se relever par la pénitence après la chute qui suivait le baptême. Saint Épiphane de leur répliquer qu'il s'agit là, non delà péni­ tence, mais du baptême, et que c’est le baptême qui ne se réitère pas. Han·., lix, 2, R. G., t. xi.l, col. 1020. Saint Jérôme en concluait que le remède aux fautes commises après le baptême n’était pas dans un second baptême, mais dans la pénitence, contrairement à 1’assertion erro­ née de Montan et de Novation. Adv. Jovin., π, 3, P. L., I. xxiti, col. 298, 299. La non-réitération du baptême ne faisait doute pour personne parmi les catholiques. Saint Augustin se demande : Quid sit perniciosius, omnino non baptizari an rebaptizari ·? Et il répond : Judicare dif­ ficile est. Debapt. cont. donat., n, 14, 19, P. L., t. xlih, ] col. 138.C’est qu'on regardait, en effet, la réitération du i baptême comme un attentat sacrilège. Aussi la voit-on énergiquement réprouvée par les Canons apostoliques, can. 47, llardouin, Act. concil., t. I, col. 38, P. L., t. lxvii, col. 147, qui ordonnent la déposition de tout évêque ou prêtre qui se la permettrait. Cf. Const, apost., vi, 45, P. G., 1.1, col. 948. Léon le Grand écrit: Scimus inexpiabile esse facinus quoties... cogitur aliquis lava­ crum, quod regenerandis semel tributum est, bis subire. Epist.,axn, i, ad Neon.,P. L., t. i.iv, coi. 1194. Enfin, le baptême est une régénération, et de même qu’on ne naît qu’une fois, on ne peut renaître qu'une fois. Au­ gustin, In Joa., tr. XII, 2, P. L., t. xxxv, col. 1848. 2. Du fait de la non-réitération du baptême les Pères ont cherché la cause et ils l'ont trouvée dans la marque profonde, permanente et indestructible qu’imprime le baptême dans l’àme du baptisé, et qui n’est autre que le character des Latins ou la σφραγίς des Grecs. Le mot σφαγίςββ lit huit fois dans le Pasteur et vingt fois dans les Acta Thomæ. 11 est employé aussi dans la Secunda Clementis, c. vu, vm. Funk, Opera Pat. apost., I. i, p. 153, 155, dans l'inscription d'Abercius. voir 1.i, col. 62, et dans les Acta Philippi. Voir t. i, col. 358, 359, 360. 11 désigne le baptême et la confirmation ou l’un de leurs effets. Au iv” siècle, surtout en Orient, la doctrine se pré­ cise, et parmi les effets du baptême, les Pères mention­ nent la σφραγίς sacrée, céleste, divine et indélébile à i jamais. Cyrille de Jérusalem a bien soin de distinguer 1 20G ce sceau baptismal de celui de la confirmation; celui-ci, il l'appelle la σφραγίς ττς κοινωνίας του άγιου Πνεύματος, le sceau de la communication du Saint-Esprit, que les Grecs désignent d'ordinaire par ces mots : σφραγίς δωρεά; τοΰ Πνεύματος άγιου, tandis qu’ils désignent le sceau du baptême parcesaulres : σφραγίς ΰδατος. Cat., Ill, 4, P. G., t. xxxm, col. 432; σφραγίς μυστική. Cat., I, 2, ibid., col. 372. Ce sceau s’imprime dans l’àme pendant que l'eau lave le corps, Cal., ni, 4, ibid.,col. 429; au moment même du baptême, Cal., iv, 16, ibid., col. 47G; dans le baptême même. Cat., xvi, 24, ibid.,col. 952. Le sceau de la confirmation s’imprime, au contraire, après le bap­ tême, Cal., XVHI, 33, ibid., col. 1056, lorsque le front est oint du saint chrême. Cat., xxil, 7, ibid., col. 1101. Le sceau baptismal sertà nous faire reconnailredes anges et à mettre en fuite les démons. Cal., 1, 3, ibid., col. 373. C’est, dit Chrysostome, le signe distinctif des soldats du Christ, In II Cor., homil. ni, 7, P. G., t. lxi, col. 418, qui nous marque dans l’àme comme la circoncision marquait les Juifs dans le corps. In Eph., homil. H, 2, P. G., t. lxii, col. 18. La circoncision juive a duré jus­ qu'à la grande circoncision, c’est-à-dire jusqu’au bap­ tême, qui nous retranche du péché et nous signe du sceau de Dieu. Épiphane. Hær., vm, 5, P. G., t. xi.i, col. 213. Au V siècle, saint Augustin devient le véritable théo­ logien du caractère. Discutant avec les donatistes, il expose plus exactement les raisons pour lesquelles le sacrement de baptême ne pouvait être réitéré. Il dis­ tingue la grâce du caractère, et pour expliquer ce der­ nier. il reprend et développe les comparaisons anciennes. Dans le baptême, le Saint-Esprit produit un effet distinct et indépendant de la grâce sanctifiante, un effet que Simon le magicien a conservé, De bapt. cont. donat., in, 16, 21, P. L., t. xlih, col. 149, que les hérétiques reçoivent. Ibid., v, 54,34, col. 193-194. En raison de cet effet, le baptême est ineffaçable, comme la marque du soldat qui fait reconnaître les déserteurs, In. Ps., xxxix, 1, P. L., t. xxxvi, col. 433, qui demeure chez les apostats tellement que, lorsqu’ils se convertissent, on ne leur réitère pas le baptême. C’est le sceau royal des pièces de monnaie qui reste partout marqué, chez les ennemis et chez les étrangers. Serm., vm, n. 2, P. L., t. xi.vi, col. 839; Sermo ad plebem Cæs.. n. 4, P. L., t. XLHI, col. 693 ; Cont. epist. Parmen., Il, 13, 29,32, P. L., ibid., col. 72. 73 ; De bapt. cont. donat., v, 15, 20; VI, 14, 23, ibid., col. 186, 207, 208. Le baptême des schismatiques est, lui aussi, indélébile et on ne le leur renouvelle pas, quand ils rentrent dans le giron de l’Eglise. De bapt. cont. donat., Vf, 9, 14; 14, 23; 15. 25; vu, 54, 103, ibid., col. 204, 207, 208, 244. Le caractère n’est pas un signe extérieur et visible, c’est un signe intérieur, un effet réellement produit dans l’àme par une sorte de consé­ cration. Cont. epist. Parmen., il 28, P. L., t. xlih, col. 70; Epist., xcvni, n. 5, P.L., t. xxxm. col. 362. Cette consécration, opérée au nom de la Trinité, tait que les baptisés appartiennent à Dieu ; elle introduit dans le troupeau du Seigneur, et le chrétien en demeure mar­ qué comme la brebis porte la marque du propriétaire à qui elle appartient. Sermo ad plebem Cæsar., n. 4, P. L., t. xliii, col. 693.’ Cf. Sasse, Institut, theolog. de sacra­ mentis Ecclesiæ, Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. 1. p. 98-105. 5» Mode d'efficacité. — En exposant les effets du baptême, les Pères ont bien cru que le sacrement opère par lui-même et produit dans les âmes la sanctification et la grâce. Ils ont démontré que son efficacité est indé­ pendante du ministre qui la confère. C'est par l'action divine du Saint-Esprit que les effets sont réalisés. Voir plus haut. C’est Dieu qui est l’agent principal, le sacre­ ment n’est qu’un moyen, mais un moyen nécessaire qui a son efficacité propre et intrinsèque. Elle vient de l'institution divine et elle n'est que l’application des 207 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS mérites de Jésus-Christ. Selon saint Ambroise, De mysl., tu, 14, P. L., t. xvi, col. 393, la fontaine baptismale devient douce et produit la grâce, parce que le prêtre y a mis la prédication de la croix de Notre-Seigneur. D’après saint Jérôme, In Is., xliii, P. L., t. xxiv, col. 433. les péchés sont remis dans le baptême in aspersione et sanguine Christi. Saint Augustin dit : Significabat mare rubrum, baptism uni Christi ; unde rubet baptismus Christi nisi sanguine Christi consecratus? In Joa., tr. XI, n. 4, P. L., t. xxv, col. 147. Saint Césaire d’Arles répète la même chose. Homil., iv, P. L., t. Lxvn, col. 1050. Toutefois, cette influence divine est attachée au signe sen­ sible. Pour que l'effet soit produit, il taut unir, comme diront plus tard les théologiens, la matière à la forme. Le témoignage de saint Cyrille de Jérusalem est formel. Le célèbre catéchiste dit aux catéchumènes : Μη ώς ύδατι λιτω πρόσεχε τω λουτρω. άλλα τή μετά του ύδατος δεδομένη πνευματική χάριτι. "Ωσπερ γάρ τα τοΐς βωμοΐς προσφερόμενα, τη φύσει όντα λιτά, μεμολυσμένα γίγνεται τή έπικλήσει τών ειδώλων* ούτως απεναντίας, το λιτόν ύδωρ Πνεύματος άγιου κα'ι Χριστού και Πατρός την έπίκλησιν λαβόν, δύναμιν άγιότητος έπικτάται. Cat., Ill, 3, P. G., t. xxxm, col. 429. Saint Augustin est plus explicite encore. Comme le sens de ses paroles est contesté, il faut les citer dans tout leur contexte. L'évêque d'Hippone commente le passage : Jam vos mundi estis propter sermonem quem locutus sum vobis. Joa., xv. 3. Voici son commentaire : Quare non ait, mundi estis propter baptismum quo loti estis, sed ait,propter verbum quod locutus sum vobis; nisi quia et in aqua verbum mun­ dat? Detrahe verbum, et quid est aqua nisi aqua? Accedit verbum ad elementum, et fit sacramentum, etiam ipsum tanquam visibile verbum... Unde ista tanta virtus aquæ, ut corpus tangat et cor abluat, nisi faciente verbo; non quia dicitur, sed quia creditur? Nam et in ipso verbo, aliud est sonus transiens, aliud virtus manens. Après avoir cité Rom., x, 8-10; Act., xv, 9; 1 Pet., in, 21, il conclut : Hoc est verbum fidei quod prædicamus : quo sine dubio ut mundare possit, consecratur et baptismus. Puis d’Eph., v, 25-16, il déduit: Mundatio igitur nequaquam fluxo et labiti tri­ bueretur elemento, nisi adderetur in verbo. Hoc verbum fidei tantum valet in Ecclesia Dei, ut per ipsum cre­ dentem, offerentem, benedicentem, tingentem, etiam tantillum mundet infantem ; quamvis nondum valen­ tem corde credere ad justitiam el ore confiteri ad salu­ tem. In Joa., tr. LXXX, n. 3, P. L., t. xxxv, coi. 1840. Les protestants entendent ces paroles de l’évêque d’Hippone de telle sorte qu’ils ne font du sacrement qu'un signe sensible de l’élément invisible qui les accompagne. Dans le baptême, l’eau est un pur signe extérieur si la formule qui est prononcée ne fait qu’indiquer sa signification symbolique. Elle signifie le pardon des péchés et elle a de sa nature une similitude avec cet effet produit. Quand le signe est réalisé par l’union de la formule avec l'ablution, la rémission des péchés est réellement obtenue; mais elle est produite directement par Dieu. Sans doute, elle est attachée à l’exécution du rite symbolique; toutefois elle n’est pas réalisée par le rite lui-même, et c’est à tort que les sco­ lastiques ont tiré du témoignage d'Augustin leur théorie de l’opus operatum des sacrements. E. Choisy, Précis de l'histoire des dogmes,Paris, 1893, p. 277-278 ; R. Seeberg, Lehrbuch der Dogmengeschichte, Erlangen et Leipzig, 1895, p. 294-295. Quelle est, au fond, la pensée de saint Augustin ? Il expose dans tout ce passage que la puri­ fication de l’âme se fait par la parole de la foi soit en dehors du baptême, soitdans le baptême lui-même, qui a lieu par l’union de la parole à l’élément sensible. La parole n’a pas par elle-même, en tant que son matériel qui frappe les oreilles, cette puissance purificatrice; elle la possède en tant que parole de Dieu et objet de la foi. Or la parole de foi, prononcée dans le baptême, est I 208 évidemment pour saint Augustin la formule trinitaire, qui est, d’ailleurs, un résumé de la prédication chré­ tienne. Mais cette formule produit elle-même son effet, puisque par elle, ut mundare possit, consecratur et baptismus, et l'eau ne purifie l’âme que faciente verbo. Elle ne le produit pas, ut sonus transiens, quia dieitur, mais en tant qu'elle a une vertu qui provient de la foi de l’Église. En effet, cette vertu ne provient pas de la foi du sujet, puisque l’enfant, incapable de faire un acte de foi,' est néanmoins purifié par le baptême, pourvu que le baptême soit conféré, même par les hérétiques, suivantla croyance et la prédication de l’Eglise. L’efficacité du sacrement dérive donc du rite accompli tel que le veut l’enseignement ecclésiastique. J.-B. Sasse, Institut, théologie, de sacramentis Ecclesiæ, Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. I, p. 53-54. IX. Nécessité. — 1« Preuves de cette nécessité. — Le baptême chrétien est-il absolument el universellement nécessaire tant pour effacer tous les péchés que pour initier les convertis à la vie chrétienne, en faire des enfants adoptifs de Dieu et leur assurer le salut éternel? Celte question ne semblait pas pouvoir laisser place au moindre doute, tant le texte : Nisi quis renatus fuerit ex aqua, Joa., ill, 5, paraissait clair. Mais les hérétiques nièrent la nécessité du baptême ; les uns, sous prétexte que la toi seule suffit au sajut; tels, les caïnites et les quintilliens, Tertullien, De bapt., 13, P. L., t. I, col. 1215; les autres, parce qu’ils regardaient l’eau, élément matériel, comme d’ordre inférieur, de nature mauvaise, absolument impropre à assurer le salut; tels les mani­ chéens. Augustin, Hær., 46, P. L., t. xlii, col. 34, et tous ceux qui voyaient dans la matière le siège du mal, les archonliques, Augustin, Hær., 20, P.L., t. xlii, col. 29; Théodoret, Hæret. fab., i, 11, P. G., t. i.xxxiii, col. 361 ; les ascodrutes, Théodoret, Hæret. fab., 1, 10, ibid., col. 360; les séleuciens et les hermiens. Augustin, Hær., 59, P. L., t. xi.ii, col. 41. Tandis que les massaliens traitaient le baptême d’absolument inutile, Épiphane, Hær., LXXX, P. G., t. xlii, col. 756 sq.; Augustin, Hær., 57, P. L., t. xi.ii, col. -40; Théodoret, Hæret., fab., iv, 11, P. G., t. lxxxiii, col. 429, les pélagiens se conten­ tèrent de le déclarer relativement inutile ; car le péché originel n’existant pas à leurs yeux, le baptême n’avait que faire pour l’effacer; ils l'acceptaient néanmoins pour la rémission des péchés ordinaires et pour faciliter l'accès du royaume du ciel. Toutes ces erreurs furent prises à partie et résolument condamnées à mesure qu’elles se produisirent. Le baptême est absolument nécessaire. Car pour être sauvé il faut monter de l'eau (baptismale), dit Hermas, Simii., ix, 16, Opera Pair, apost., édit. Funk, t. 1, p. 530. Impossible, sans le baptême, de recevoir la rémission de ses péchés, dit Origéne, Deexhorl.martyr., 30, P. G., t. xi, col. 600. Saint Irénée avait déjà écrit du Christ : Omnes venit per semelipsum salvare; omnes, inquam, qui per eum renascuntur in Deum, infantes, et parvulos, et pueros, et juvenes, et seniores. Coni, hær., i, 22, n. 4, P. G., t. vu, coi. 784. Tertullien enseigne exprofesso la nécessité du baptême contre les caïnites elles quintilliens. De bapt., 12, P. L., t. i, col. 1213: Nemini sine baptismo competere salutem. Le précepte: Ite,docete baptizantes..., Matth., xxvill, 19, marque la loi du baptême ; la parole : Nisi quis renatus fuerit ex aqua, Joa., in, 5, en marque la nécessité. De bapt., 15, ibid., col. 1215. Au III' siècle, Cy prien, Firmilien et leurs partisans ne crurent devoir procéderai! baptême de ceux qui avaient été baptisés dans l’hérésie que parce qu'ils étaient convaincus de l’absolue nécessité de ce sacre­ ment. C'est cette même conviction qui poussa plus tard les donatistes à conférer leur baptême aux catholiques qui venaient à eux. Saint Ambroise enseigne que, sans le baptême, le catéchumène a beau avoir la foi, il ne reçoit pas la rémission de ses péchés, ni les grâces spi ri- 209 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS luelles, De myst., iv, 20, P. L., t. xvi, col. 394, et n’entrera pas dans le royaume des cieux. DeAbrah., H, 11, 79, P. Z.,t.xiv, col.497. EtGennadeécrit : Baptizatis tantum iteresse salutis credimus. Eccles, dogm., Lx.xiv, P. L., t. i.viii, col. 997. C'est déjà, moins les termes, toute la théorie théologique du baptême nécessaire, non seulement de nécessité de précepte, mais encore de nécessité de moyen. Car les Pères n'admettent pas le salut de l’adulte qui n'a pas reçu le sacrement du baptême. Cyrille de Jérusalem refuse le ciel à quiconque pratique les œuvres des vertus sans recevoir le baptême. Cat., in, 4, P. G., t. xxxtn, col. 432.,Saint Augustin regarde comme un principe indiscutable que personne n'est sans péché avant le baptême, Cont. lilt. Pelii., 1. 11, η. 232, P. L., t. xi.ni, coi. 338, et en conclut que le baptême est d’une nécessité absolue pour tous, Enchir., 13, 43, P. L., t. XL, col. 253; De peccat, mer., Ill, 4, 8, 12, 21, P. L., I. xi.iv, col. 190, 199, même pour les caté­ chumènes qui pratiquent certaines vertus et marchent dans la voie d'une perfection relative. Voilà, dit-il, un catéchumène continent, qui a dit adieu au siècle, a renoncé à tout ce qu'il possédait, a distribué son bien aux pauvres. 11 est même instruit dans la science du salut beaucoup plus que la plupart des fidèles ; il est à craindre qu'il ne se laisse envahir par quelque sentiment de vanité, qu'il ne sejuge meilleur que tel ou tel et n'en vienne à dédaignerle baptême ; et tamen omnia peccata super ilium sunt, et nisi venerit ad salutarem baptis­ mum, ubi peccata solvuntur, cum omni excellentia sua non potest intrare in regnum cælorum. In Joa., tr. IV, 13, P. L., t. xxxv, coi. 1411. C’est là une pensée sur laquelle il revient. Notre-Seigneur a voulu être baptisé par saint Jean ; le catéchumène doit recevoir le baptême du Christ et ne point le dédaigner, sous prétexte qu'il possède certaines grâces de choix; car. quantumcumque catechumenus proficiat, adhuc sarci­ nam iniquitatis suæ portal ; non illi dimittitur, nisi venerit ad baptismum. In Joa., tr. XIII, 7, P. L., t. xxxv, coi. 1496 ; De origin, anim., I, ix, 10, P. L., t. xt.iv, coi. 480. Ailleurs, faisant allusion à la sanctifica­ tion relative que procure au catéchumène, pendant sa préparation, soit le signe de la croix, soit l’imposition des mains, il dit : Sanctificatio catechumeni, si non fuerit baplizatus, non ei valet ad intrandum in re­ gnum cælorum. De peccat, merit., π, 26, 42, P. L., t. xi.iv, col. 176. On peut juger, d’après ces textes, ce qu’il pensait des infidèles : il les condamne à la damna­ tion éternelle, qu’ils aient pu ou non être chrétiens, car il n’y a que la grâce qui sauve. De nat. et grat., iv, 4; vin, 9, P. L., t. xi.iv, col. 250, 251 ; De corrept. et grat., vu, 12, ibid., col. 923; eussent-ils à leur actif des œuvres bonnes et louables : ad salutem æternam nihil prosunt impio aliqua bona opera. De spir. et liti., xxvm, 48. ibid., col. 230; mais il laisse â la justice de Dieu le soin de proportionner la peine aux délits de chacun. Nous avons exposé plus haut la doctrine de l'évêque d llippone au sujet de la nécessité du baptême pour les enfants eux-mêmes, infectés du péché originel, et sa lutte avec les pélagiens, pour montrer que le bap­ tême est nécessaire pour obtenir la vie éternelle et entrer dans le royaume des cieux. Saint Fulgencene pense pas autrement sur la nécessité du baptême. De fide ad Pet., 1.1, c. xxx, 71, P. L., t. i.xv, col. 702. Toutefois, quelle que soit l’absoliie nécessité du baptême pour le salut, n’y a-t-il pas cependant des moyens d’y suppléer? Les Pères admettaient le baptême de sang ou le martyre, et, dans une certaine mesure, le baptême de désir, comme moyens de suppléer au baptême d'eau. Voir Martyre et Justification. 2 Baptême des malades. — La nécessité du baptême imposait-elle également l’obligation de conférer ce sacrement même a ceux qui ne le demandaient que sur le lit de mort? Oui, sans aucun doute; l'Église n'hésita 210 point â baptiser les malades. Mais, devant l'impossibilité de recourir, en pareil cas, à l'immersion, elle se conten­ tait de baptiser par infusion. Un tel baptême n'allait pas cependant sans faire naître quelques hésitations ni même sans éveiller des doutes sur sa validité. C'est ainsi que Magnus, au ni· siècle, consulte l’évêque de Carthage pour savoir ce qu'il faut en penser et si l'on doit l’ac­ cepter comme valide. Saint Cyprien lui répond que les malades, bien que ηϋη loti sed perfusi, n'en sont pas moins baptisés comme les autres. Leur baptême est légitime parce que, en cas de nécessité, on peut se con­ tenter des choses essentielles. Epist. ad Magn., i.xxvi, 12, 13, P. L., t. ni, col. 1147, 1149. Sans doute de tels fidèles étaient désignés sous le nom de cliniques plutôt que sous celui de chrétiens, parce qu’ils avaient reçu le baptême dans leur lit, κλίνη ; et saint Cyprien s'en étonne, car il ne connaît que le clinique de ï'Ëvangile; il n’en estime pas moins que tout baptisé doit être traité de chrétien. « Ne dites pas, ajoute-t-il, que ceux qui sont ainsi baptisés dans leur lit sont parfois en lutte aux attaques des esprits impurs... L’expérience prouve que, lorsque nous baptisons des malades dans leur lit, les esprits mauvais qui les tourmentaient se retirent; et ces malades, revenus à la santé, deviennent l'exemple de leurs frères; tandis qu'il en est qui, après avoir reçu le baptême en bonne santé, reviennent à leurs habitudes criminelles et retombent dans les fers du démon. » Ibid., 16, col. 1151. A Rome comme en Afrique, on regardait le baptême des cliniques comme moins parfait que le baptême ordi­ naire, non pas seulement parce qu'il était dépourvu de toute solennité et conféré par simple infusion, mais sur­ tout parce qu'il était censé avoir été demandé sans pré­ paration suffisante, sans spontanéité, uniquement sous l’influence de la crainte de la mort. Un tel baptême était l’objet d’une certaine défaveur; ce fut celui que reçut Novatien, si toutefois on peut appeler cela un baptême, remarque le pape Corneille dans sa lettre à Fabius d'Antioche. Eusébe, II. E., vi, 43, P. G., t. xx, col. 624. En tout cas le malade, s'il revenait à la santé, était tenu, d’après la règle de l’Église, κατά τόν τής ’Εκκλησίας κανόνα, ainsi que le fait observer le pape, de se présenter à l’évêque pour suppléer à ce qui manquait à son baptême, particulièrement pour recevoir l’impo­ sition des mains et la consignatio, c'est-à-dire la confir­ mation. L'auteur anonyme du De rebaptismate fait allusion à celte prescription canonique quand il écrit, à propos du baptême conféré par des clercs inférieurs en cas de nécessité : Eventum exspectemus ut aut supplea­ tur a nobis aut a Domino supplendum reservetur. De rebapt., x, P. L., t. in, Col. 1195. Saint Cyprien y reconnaît une coutume de l'Église, Epist. ad Jubaian., i.xxjit, 9, P. L., t. ni, col. 1115; coutume sanctionnée de nouveau, au iv» siècle, en Espagne, par le concile d’Elvire, can. 38, et en Orient par celui de Laodicée, can. 47. Hardouin, Act. concil., t. i, col. 254, 789. Ce dernier concile exige qu'en cas de guérison, le clinique apprenne le symbole et reconnaisse les dons qu'il a reçus de Dieu. De plus, parce qu'il avait été demandé sans une pleine liberté et sous l'empire de la nécessité, ce baptême constituait, pour qui le recevait, un empêchement cano­ nique à l'ordination sacerdotale. Aussi quand, à Rome, il fut question d’élever Novatien à la dignité de la prê­ trise, une telle ordination parut entachée d'irrégularité et souleva les réclamations du clergé tout entier et d’une partie du peuple. Eusèbe, II. E., ni, 43, P. G., t. xx, col. 624, 625. Le pape passa outre, mais l’irrégularité fut maintenue et le concile de Néocésarée la renouvela, parce que c'est la nécessité et non la liberté qui fait du clinique un chrétien. Can. 12, Hardouin, Ad. concil., t. I, col. 285. Ni cette marque de défaveur ni cette irrégularité canonique, qui était la conséquence d'un tel baptême, 211 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS n’empêchèrenl un grand nombre de catéchumènes de retarder le baptême jusqu’à leur lit de mort, soit afin de pouvoir se livrer plus longtemps et en toute liberté à leurs criminelles habitudes, soit pour se soustraire aux graves obligations de la vie chrétienne, soit aussi grâce à l’erreur novatienne, par la crainte de ne pouvoir plus être pardonnes, s'ils venaient à succomber après leur baptême : autant de misérables calculs qui tiop souvent aboutissaient à ce que ces imprudents fussent surpris par la mort sans avoir pu être baptisés ou ne reçussent le baptême que dans les conditions les plus défavorables. De là, dans les sermons des Pères, tant d’insistance contre ceux qui retardaient indéfiniment la réception du baptême. On peut en voir des exemples dans l’IIomil., xm. in baptismum du pseudo-Basile, P. G., t. xxxi,col. 424 sq.;dans Grégoire de Nazianze, Orat., XL, 14, P. G., t. xxxvi, col.376 sq.; dans Grégoire de Nysse, In differ. bapt., P. G., t. xt.vt, col. 415 sq. ; dans Chrysostome, In Act. aposl., homil. i, 6-8, P. G., t. lx. col. 23 sq.; homil. xxm, 4, ibid., col. 182. Outre les surprises de la mort, si soudaines, si imprévues, qui rendaient impossible la collation du baptême, que pouvait-on attendre de bon d'un sacrement reçu dans les angoisses de la mort, quand le malade n'est plus à lui et que de tous côtés on n’entend que des gémis­ sements? Saint Grégoire de Nazianze, Orat., xi.. 11-14, P. G., t. xxxvi. col. 373-376, mais surtout saint Chrysos­ tome tracent un tableau de ce baptême conféré in extre­ mis, où le malade regarde l’entrée du prêtre, non comme sa délivrance et son salut, mais comme sa condamnation et sa lin. Ad ilium., t, P. G., t. xt.tx, col. 224. Cette détestable habitude Unit par disparaître. Ce baptême des cliniques, l’Eglise le regardait cepen­ dant comme valide. Saint Basile écrit à la veuve d'Arinthée que son mari, à l'article de la mort, avait été purifié de tous ses pêchés par le baptême qu'il venait de rece­ voir. Epist., cclxix, 2, P. G., t. xxxn. col. 1001. Saint Ambroise observe que, si le sentiment des novations était fondé, c’est-à-dire si les péchés commis après le baptême étaient réellement sans remède, tout le monde aurait raison de différer la réception du baptême jusqu’à la mort. De pænil., H, xi, 98. P. L., t. xvi, col. 521. L'Église décida donc de ne pas refuser le baptême à ceux qui le demandaient à leur lit de mort; mais,prati­ quement, elle exigea un témoignage probant que le malade avait bien eu l'intention de recevoir le baptême. A défaut de celui du malade lui-même, elle se contenta de celui de ses proches, ainsi que le spécifie le IIIe con­ cile de Carthage, tenu en 397, can. 34, Hardouin, Act. concil., t. i, col. 964; et, à défaut de l’un et de l’au­ tre, elle estima suffisant le fait que le mourant s’élait fait inscrire au rang des catéchumènes et n’avait pas manifesté d’opposition formelle. C’est ainsi qu’à cette demande : faut-il baptiser, à ses derniers moments, un catéchumène non petens neque loqui valens? saint Augustin répondit : Oui, on ne doit pas le traiter autre­ ment que les petits enfants, et cela quand même il serait adultère. /J- conjug. adult., I, xxvi, 33; xxvm, 35, P. L., t. XL. col. 469. 470. Et à cette autre question : que penser du l aptérne donné à un catéchumène longtemps éprouvé. mais subitement privé de l’usage de la parole? saint Fulgence répondit qu’on avait bien agi en le baptis.mt et iue 1- i-aptéme lui assurait le salut vu sa conduite passée qui n’avait pas été révoquée. Epist. ad Ferrand., XII. vm. 19. P. L., t. lxv, col. 388. Car, quando non defuit sano credendi et confitendi voluntas, non obfuit infirmo tacendi necessitas. Ibid., VI, 16, col. 386. 3· ΒαρΙ-'me des morts. — Le baptême, à l’époque des rênes, était regardé comme tellement nécessaire que plusieurs hérétiques, et meme certains catholiques, en vinrent à vouloir en taire bénéficier ceux qui étaient morts sans avoir pu le recevoir. Voir plus loin un article spécial sous le même titre. 212 Hermas, au n» siècle, ne fait pas allusion au baptême des morts ou pour les morts; mais il imagine que même les justesde l’Ancien Testament avaient, eu besoin du baptême d’eau pour entrer dans le royaume de Dieu. En conséquence, il fait descendre auprès d’eux les apôtres qui, après leur mort, viennent leur prêcher le nom du Fils de Dieu et leur donnent la σφραγίς du baptême qui était seule à leur faire défaut et qui, une fois reçue, leur ouvre les portes du ciel. Simii., IX, 16, Opera Pair, aposl., édit. Funk.t. t, p.532. Cette singulière hypothèse a été recueillie par Clément d’Alexandrie qui reproduit tout le passage d’Hermas. Strom., u, 9, P. G., t. vm. col. 980. Clément, en effet, croyait à une mission des apôtres, mission posthume de prédication aux enfers, à l’imitation de celle de Jésus, qui pendit aux anciens justes d’entrer au ciel; il ne cite que le texte d’Hermas. Strom., vi, 6, P. G., t. tx, col. 268. 269. Ce n’est là qu’une opinion isolée qui est restée sans écho dans la littérature palristique. X. Rites DE L’ADMINISTRATION SOLENNELLE. — 1» Jours déterminés. — Rien dans l’Evangile ni dans la nature du baptême n’indique l’époque de l’année où l’on doit de préférence conférer ce sacrement. Dès le début on a baptisé selon les circonstances de temps et de lieu, mais plus tard on n’a baptisé chaque jour que les malades seu­ lement, Ambrosiaster, Comment, in epist. ad Eph., iv, II. 42. P. L., t. xvii, col. 388; on n’a aucune preuve positive que, pendant les deux premiers siècles, on ait fait choix d’une date plutôt que d’une autre. Mais, selon toute vraisemblance, c’est la fête de Pâques et celle de la Pentecôte qu’on dut choisir pour la collation du bap­ tême; la première, parce que le baptême tire toute son efficacité de la Passion de Notre-Seigneur, parce qu’il rappelle par sa triple immersion la mort, la sépulture et les trois jours passés dans le sépulcre, et que dés lors il convenait de faire coïncider la régénération des fidèles avec l’anniversaire de la résurrection glorieuse de JésusChrist ; la seconde, parce que c’est le jour de la Pentecôte que les apôtres reçurent le baptême de feu et que saint Pierre baptisa les premiers convertis. De facultatit qu’il était, l’usage s'imposa facilement comme une loi, dés que l'Eglise s’appliqua à entourer la collation de ce sacre­ ment de la plus grande solennité. Terlullien, en effet, indique ces deux dates mémorables, sans invoquer tou­ tefois la tradition en sa faveur, mais en en donnant plutôt des raisons d'ordre dogmatique. De bapt., 19, P. L., t. t, col. 1222. Pour l’Occidenl, nous possédons, entre autres, les témoignages positifs de saint Jérôme. Dial. adv. Lucifer.,8, P. L., t. xxm,col. 172; InZach., III, c. xiv, 8, P. L., t. xxv, col. 1258, el de saint Augustin, Serm., ccx, 1, 2. P. L., t. xxxvin, col. 1048; De bapt. cont. donat., v, 6, 7, P. L., t. xliii, col. 180. Pour l’Orient, ceux du pseudo-Basile, De bapt., ho­ mil. xiii, I, P. G., t. xxxi, col. 424, et de saint Cyrille de Jérusalem dans ses catéchèses préparatoires à la grande fête pascale. Vers le iv» siècle se manifeste la tendance à augmen­ ter, dans le cours de l’année, les dates de la collation solennelle du baptême. C'est ainsi que s’introduisit en Orient l’usage de baptiser à l'Epiphanie, qu'on appelait la fête des Lumières. Grégoire de Nazianze le signale. Orat., xi.. 24, P. G., t. xxxvl, col. 392. Un ami de saint Chrysostome, Sévérien de Gabales, écrivit vers 401 un traité aujourd'hui perdu, sur le baptême et la solennité de l’Épiphanie. Cet usage oriental de baptiser à l'Épi­ phanie passa en Sicile, puis en Afrique, Victor de Vite. Persec. vandal., π, 17, P. L., t. i.vm.col. 216, et jus­ qu’en Espagne. Dans ce dernier pays on y ajouta même la fête de Noël ainsique l’anniversaire des apôtres et des martyrs. A Jérusalem, on prit également l’habitude de baptiser au jour anniversaire de la dédicace de la basi­ lique du Saint-Sépulcre. Sozomène, H. E., il, 26, P. G., t. Lxvn, col. 1008. En Gaule, on baptisa à Noël, comme 213 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS en témoignage le célèbre baptême de Clovis et des Francs, Grégoire de Tours, üe gloria confes., lxxvi, P. L., t. i.xxi, col. 883, et même le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste. Grégoire de Tours, Hist. Franc., vui, 9, P. L., t. i.xxi.col. 454. L’Eglise romaine s’en tint aux deux dates primitives et ne cessa de protester contre cette extension abusive. Le pape Sirice, dans sa lettre à l’évêque deTarragone, réprouva l’usage espagnol : Quibus solis diebus, id est Pascatis et Pentecostes, ad /idem confluentibus gene­ ralia baptismatis tradi convenit sacramenta. Epist. ad Himer., n, 3, P. L., t. xm.col. 1134; Jaffé, Regest., t. i, р. 40. Saint Léon le Grand blâme assez vertement les évêques de Sicile de ce qu’ils baptisent à l’Épiphanie, car c’est contraire aux usages et à la tradition de l’Eglise romaine. Epist., xvi, 6, P. L., t. uv, col. 701. Dans une lettre aux évêques de la Campanie et du Picenum, il se plaint amèrement de l’habitude prise, contrairement à la tradition apostolique, de conférer le baptême aux fêtes des martyrs. Epist., ci.xvm, 1, ibid.,col. 1210. Le IIe con­ cile de Mâcon, tenu en 585. fait entendre les mêmes plaintes. Can. 3, Hardouin, Acta concil., t. ni, col. 461. Les fêtes de Pâques et de la Pentecôte, telles étaient donc lesdatesordinaires de la collation solennelle du baptême; c’est ce qui inspire à l’auteur du De pascha cette apos­ trophe à la solennité pascale : Combien d’âmes purifiées par la grâce sortent aujourd’hui de l’urne baptismale, blanche armée s’élançant des ondes limpides, lavant au lleuve du salut les vieillessouilluresdu péché! De Paso., x, 89 sq., P. L., t. vn, col. 288. 11 allait de soi que. la nécessité primant tout, on conférait le baptême à n’im­ porte quelle date, lorsque le moindre retard pouvait offrir des dangers. C’est ainsi que Tertullienécritavec justesse: Cœlerum omnis dies Domini est, omnis hora, omne tempus habile baptismo. Si de solemnitale, interest ; si de gratia, nihil refert. De bapt., 19, P. L., t. 1, coi. 1222. C’est ainsi que saint Augustin remarque que la collation du baptême n’est pas exclusivement rattachée à la fête de Pâques, car la nécessité impose l’obligation de baptiser perlotum annum, â n’importe quelle date. Serm.,c.cx, c. t, 2, P. L., t. xxxvm, col. 1048. Le pape Sirice, qui proteste contre la collation solennelle du baptême en dehors des deux dates fixées par l’usage ro­ main, exige néanmoins qu’on admette au baptême, dès qu’ils le demandent, outre les enfants non encore parve­ nus â l’âge de raison, les malades, les soldats en cam­ pagne, les marins, et en général toute personne en dan­ ger de mort. Loc. cit. Chaque jour les prêtres pouvaient être appelés à conférer ainsi le baptême, en cas de néces­ sité, et c’est l’une des raisons qu’invoque le pape saint Innocent Ier pour obliger les prêtres à la continence. Epist. ad Vietric., n, c. tx, 12 ; Epist. ad Exsuper., vi, с. t, 2, P. L., t. xx, col. 476, 497. 2“ Rites et cérémonies. — Laissant de côté tout ce qui regarde la préparation éloignée au baptême avec la série de ses catéchèses ou scrutins, traditio et redditio sym­ boli, et la série de ses rites particuliers, imposition des mains, exorcismes, insufflations, usage du sel, effeta, qui feront l’objet d’un article à part (voir CatéCHUMÉsat), nous nous en tiendrons aux rites et cérémonies qui précèdent immédiatement la collation du baptême. Les saintes huiles ont été exorcisées et bénites, soit le jeudi saint, comme c’était l’usage romain, soit le samedi saint, comme l’insinuent les canonsd’llippolyte, can. 116, ft". Achelis, Die Kanones Hippolyti, p. 95; Testamen­ tum D. N. J. C., Mayence, 1899, p. 126. Il ne reste plus qu’à pénétrer dans le baptistère, où se fait très solennellement la bénédiction de l’eau baptismale. Mais, avant de procéder à la collation du baptême, le com­ pétent doit manifester publiquement qu’il renonce au parti du démon : de là un triple renoncement en usage dans toute l’Église. Parmi les Pères latins, Terlullien. De cor., 3, P. L., t. Il, col. 79; De sped., 10, P. L., | 214 I t. t, col. 635; Ambroise, De myst., il, 5; pseudoAmbroise, De sacr., t, 2. 15, P. L., t. xvi, col. 390, 419; Hilaire. In ps., xiv, 14, P. L., t. ix, col. 30G; Jérôme, Epist., exxx, 7, P. L., t. xxn, col. 1113; Au­ gustin, Epist., exciv, 10, P. L., I. xxxm, col. 889; De bapt. cont. donat., v, 20, 21, P. L., t. xi.m, col. 190; De pecc. orig., 40,45; De nupt., I, 20. 22. P. L., t. xt.iv, col. 408, 426; parmi les Pères.grecs, Origène. In Num., homil. xil, 4, P. G., t. xn, col. 666; Basile, De Spir. Sc.nct.,.xi, 27, 66, P. G., t. x.xxn. col. 113, 188; Canons d’Ilippolyte, can. 119. C’est, tourné vers l’Occident et la main étendue, que le compétent renonce à Satan. Cyrille de Jérusalem, Cal., xix, 2-8, P. G., t. xxxm, col. 1068-1072; puis, se tournant vers l’Orient, il s'at­ tache à Jésus-Christ. Pseudo-Denys. Eccles, hier., n. 2, 6, P. G., t. m, col. 396. La formule de renoncement varie selon les lieux; elle se compléta par une formule d’adhésion à Jésus-Christ, comme le marque le pseudoDenys. D’après Chrysostome, à ces mots : Je renonce à Satan..., on ajoutait ceux-ci : Et je m’attache à vous, ô Christ, in Col., homil. vi, 4, P. G., t. i.xn, col. 342; .-Id illum., Π, 4, P. G., t. xi.i.x, col. 239. Toutes ces cé­ rémonies ont déjà pris une partie de la soirée et de la nuit. On estarrivé ainsi à l'heure du gallicinium, comme disent les canons d’Ilippolyte,can. 112. Achelis, op. cit., p. 94. Désormais tout est prêt; le baptême va être conféré. Les élussonlentièrement dépouillés de leurs vêtements; mais les précautions sont prises pour ne point blesser les lois de la décence; les hommes, sous la direction de l’un des membres du clergé, sont â part ; les femmes, également à part, sontaidées par d'autres femmes,can.114d’Hippolyte, p. 95, ou sont sous la direction des diaconesses. Const, aposl., ni, 15, 16, P. G., t. i, col. 797; S. Epi­ phane, Hær., i.xxix, n. 3, P. G., t. xi.ii, col. 744. Du reste, il n'y a pas à rougir d’une telle nudité qui rappelle celle de nos premiers parentsau jardin terrestre ; Adam et Eve ne rougissaient pas avant leur faute. Cyrille de Jérusalem, Cal., xx. 2, P. G.,t. xxxm, col. 1089. L’au­ teur du De singularitate clericorum, dans les œuvres de saint Cyprien, édit. Hartel, append., p. 189, ne com­ prend pas que in ipso baptismate cujusquam nuditas erubescat, ubi Adam et Evæ renovatur infantia, nec exponit sed potius accipit tunicam. Cf. pseudo-Denys, Eccles, hier., n, 2, 7, P. G., t. m, coi. 306. Toutefois, la nudité n’était pas complète partout, car saint Chry­ sostome dit que les élus conservaient une tunique. Ad ilium, cal., i, 2. P. G.,l. xtix, col. 225. Outre l'immer­ sion, qui rendait nécessaire ce dépouillement, il y avait la raison empruntée au symbolisme : l'élu, dans sa nudité, rappelait Adam, il rappelait aussi le nouvel Adam, le Christ sur la croix. Avant de descendre dans la piscine baptismale, une triple interrogation avait lieu. On demandait à l’élu : Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant? Croyez-vous en Jésus-Christ, son fils unique, Notre-Seigneur, né et mort? Croyez-vous au Saint-Esprit, à la sainte Église, â la rémission des péchés, à la résurrection de la chair? La formule de l’interrogation pouvait varier à quelques termes près; elle renfermait en substance les dogmes principaux de la foi chrétienne. On confesse Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, dit Origène. In Eaod., homil. vin, 4. P. G., t. xn, col. 351. L’une de ces ques­ tions est ainsi rappelée par saint Cyprien : Credis in citant æternam et remissionem peccatorum per san­ ctam Ecclesiam? Epist., lxx, 2, P. L., t. m, coi. HiiO. Au moment du baptême, dit saint Hilaire, les élus doi­ vent confesser qu’ils croient en Dieu le Fils, à sa pas­ sion et à sa résurrection, et huic professionis sacra­ mento fides redditur. In .Matth., xv. 8, P. L., t. IX, coi. 1006; In ps., xiv, 14, P. L., t. ix. coi. 306. Solemne est post Trinitatis confessionem interrogare : credis sanciam Ecclesiam:’ credis remissionem peccatorum? 215 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS 216 S. Jérôme, Dial. adv. Lucif., 12, P. L., t. xxm, col. Cette onction, connue de Tertullien. De bapt., 7, 175. C’est ce que saint Athanase appelait la grande et P. L., t. i, col. 1206 ; de saint Ambroise, De myst., vi, 29; bienheureuse profession de foi à la Trinité. De Trini t. du pseudo-Ambroise, De sacr., n, 7, 24; ut, 1, P. L., et Spir. Sanct., 7, P. G., t. xxvi, col. 1197. Nombreu­ t. xvi, col. 398, 430, 431; de saint Cyrille de Jérusalem, ses sont les allusions des Pères à cette interrogation. Cat., xxi, 1, P. G., t. xxxill, col. 1089; de saint Jérôme, Voir en particulier S. Ambroise, De myst., n, 15; Dial. adv. Lucif., 9, P. L., t. xxm, col. 173, et laite pseudo-Ainbroise, De sacr., n, 7, 20, P. L., t. xvt, col. avec le saint chrême, appartient-elle au sacrement de 390, >429; S. Augustin, Cont. Ulter. Petii., ni, 8, 9, baptême ou à celui de confirmation? Actuellement, dans P. L., t. xi.in.col. 353 ; S. Athanase, Apol. cont. arian., les usages de l’Église romaine, le baptisé est oint de 83, P. G., t. xxv, col. 397; S. Grégoire de Nazianze, chrême par le prêtre qui vient de le baptiser; mais, Orat., XL, 45, P. G., t. xxxvi,col. 424; S. Chrysostome, quand il se présente pour recevoir la confirmation, il In I Cor., homil. xl, 1, 2, P. G., t. i.xi, col. 347,348; reçoit une nouvelle onction de la main de l’évêque. Du Conslit. apost., vin, 41, P. G., t. i, col. 1041; pseudotemps des Pères, il n’est pas question de cette double Denys, Eccles, hier., n, 2, 7, P. G., t. Ht, col. 396. Après onction poslbaptismale, l'une complément du baptême, avoir renoncé à Satan, le visage tourné vers l’Occident, l’autre appartenant au sacrement de confirmation. Les can. 119 d’Hippolyte, Achelis, op. cil., p. 95-95; Testa­ Pères latins signalent bien Ponction qui suit immédia­ ment. D. N. J. C., p. 116-118, et, à Milan, après avoir tement la collation du baptême; mais, lorsqu'ils rappel­ craché sur le diable, voir t. 1, col. 966, les élus se lent la collation de la confirmation, ils se contentent retournaient vers l'Orient, la région de la lumière, d’indiquer l’imposition des mains faite par l’évêque avec pour répondre aux questions, observe saint Cyrille de la prière qui l’accompagne, sans mentionner Ponction. Jérusalem. Cat., xix, 9, P. G., t. xxxill, col. 1073. Cha­ C’est ainsi que Tertullien dit : Dehinc manus imponi­ cun a été interrogé pour savoir s’il croyait au nom du tur, per benedictionem advocans et invitans Spiritum Père, du Fils et du Saint-Esprit, et vous avez contessé Sanctum. De bapt., 8, P. L., t. i, coi. 1207. De même alors la confession salutaire, (ομολογήσατε την σωτήριον saint Ambroise, après avoir parlé de Ponction faite sur ομολογίαν. Cat., χχ, 4, col. 1080. D’après les canon:. la tète du baptisé, ne dit pas s’il y en a une autre quand d’Hippolyte, l’élu, avant de descendre dans l’eau, fait le baptisé reçoit le signaculum spiritale et les sept face à l’Orient et une fois oint de l'huile de l’exorcisme, dons du Saint-Esprit. De myst., vu, 42, P. L., t. xvi. il dit: Ego credo et me inclino coram te et coram tola col. 403. Le pseudo-Ambroise dit que le prêtre, en pompa tua, o Pater, etFili, et Spiritus Sancte.Can. 122, oignant le baptisé, prononce ces mots : Ipse (Deus) te Achelis, p. 96. Cf. Testamentum D. N. J. C., p. 128. ungat in vitam æternam, De sacr., il, 7, 24, P. L., Après quoi, il descend dans l’eau et subit la triple inter­ t. xvi, col. 430; et ce n'est qu’à la suite qu’il signale le rogation. à laquelle il répond trois lois. Ici, la formule spiritale signaculum, conféré par l’invocation de l’Esde l’interrogation est plus explicite et précise en même prit aux sept dons. De sacr., ut, 2, 8, col. 434. Saint temps certains points dogmatiques, en particulier pour Jérôme dit : Sine chrismate et episcopi jussione, neque ce qui regarde la procession du Saint-Esprit. Credis in presbyter neque diaconus jus habent baptizandi, Dial, Jesum Christum Filium Dei, quem peperil Maria adv. Lucif., 9, P. L., t. xxm, coi. 173; ce qui semble Virgo ex Spiritu Sancio, qui venit ad salvandum genus indiquer que la chrismatio appartient au rite baptismal; humanum, qui crucifixus est pro nobis sub Pontio Pi­ car il ajoute que le Saint-Esprit ne se reçoit que par lato, qui mortuus estet resurrexit a mortuis tertia die l’invocation et l’imposition des mains de l’évêque. Ibid. et ascendit ad cielos sedelque ad dexteram Patris et Saint Cyrille de Jérusalem consacre une catéchèse à la veniet judicaturus vivos et mortuos? Credis in Spiri­ chrismatio. Cat., xxi, περί χρίσματος. Mais c’est la tum Sanctum, Paracletum, procedentem a Patre seule onction poslbaptismale dont il parle, et c’est ma­ Filioque!' Can. 127-131, Achelis, p.96-97; Testamentum, nifestement celle de la confirmation. Car ce chrême, p. 128. A chaque réponse affirmative, l’élu est plongé dit-il, produit en nous le Saint-Esprit, et tandis qu’on dans l’eau, et à chaque immersion le ministre prononce l’applique au front, aux oreilles, aux narines et à la la formule sacramentelle : Ego te baptizo in nomine poitrine, il est l’instrument d'une grâce multiple et for­ Patris et Filii et Spiritus Sancti, qui æqualis est. tifiante, l’âme est sanctifiée par l’Esprit saint et vivifiant. Can. 133, Achelis, p. 97. Ce dernier point rappelle le Cal., xxj, 3, P. G., t. xxxill, col. 1092. D’après les Ca­ non semel sed 1er ad singula nomina in personas sin­ nons d’Hippolyte, c’est un prêtre qui reçoit le néophyte, gulas tingimur de Tertullien. Adv. Prax., 26, P. L., quand il sort de la piscine, et l’oint sous forme de croix, t. n, coi. 190. Mais il n’est pas dit ailleurs que l’immer­ avec le chrême ευχαριστίας, au front, â la bouche, à la sion se soit pratiquée après chaque réponse. 11 est poitrine et sur tout le corps, en disant : Je t’oins au nom plutôt à croire qu’elle avait lieu pendant qu’était pro­ du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Can. 134, Achelis, p. 98. Cf. Testamentum D. N. J. C., p. 128. Quand noncée la formule du baptême, à chacun des noms des personnes de la Trinité. De plus, selon la remarque de l’évêque intervient à son tour, c’est pour imposer les Âls·· Duchesne, Origines, p. 302, l’immersion baptismale mains et prononcer la prière appropriée à ce rite. ne doit pas s'entendre en ce sens que l’on plongeât entiè­ Can. 136, Achelis, p. 98. Deinde insignii frontes eoruni rement dans l’eau la personne baptisée. Celle-ci entrait signo charitalis osculaturque eos, dicens : Dominus vodans la piscine, où la hauteur de l’eau n’était pas suffi­ biscum, can. 139, Achelis, p. 99; mais, ici, il n’est sante pour dépasser la taille d'un adulte; puis on la pla­ point question d'une nouvelle chrismatio. Elle est çait sous l’une des bouches d’où s'échappaient des jets expressément mentionnée dans le Testament, p. 130. d’eau; ou encore, on puisait de l’eau dans la piscine Il en est de même dans les Constitutions apostoliques et le pseudo-Denys, l’onction qui suit immédiatement le elle-même pour la répandre sur la tête du baptisé. C’est ainsi que le baptême est représenté sur les anciens baptême est la σφραγίς avec le μύρον, et la seule. Const, monuments. Voir Ill. Baptême dans les monuments apost., vu, 22, 43, 44, P. G., t. I, col. 1012, 1045 ;Eccl. chrétiens. Le Testament de Notre-Seigneur, p. 126, hier., h, 2. 7, P. G., t. ni, col. 396. Mais Innocent Ier, indique l’ordre â suivre dans la collation du baptême : dans sa lettre à Decentius, évêque d’Eugubio. m, 6, P. L., les enfants d'abord, les hommes ensuite, les femmes t. xx, col. 554; t. lxvii, col. 239; Jaffé, 1.1, p. 47, n. 311, et, enfin, viennent au baptistère, mais si quelqu'un veut à sa suite, saint Isidore de Séville constatent l’existence vouer à Dieu sa virginité, il est baptisé par l’évêque. d'une double onction après le baptême, l'une faite par Au sortir de la piscine, le baptisé recevait une onction , le prêtre qui baptise, que l’évêque soit ou non présent, avec l’huile parfumée du saint chrême, le μύρον des l’autre réservée à l’évêque seul, quand il confirme : ί Duc autem solis pontificibus deberi ut vel consignent, Grecs. 217 BAPTÊME D’APRÈS LES PÈRES GRECS, ET LATINS vel ut Paracletum Spiritum tradant... Nam presby­ teris, seu extra episcopum, sive pressente episcopo, cum baptizant, chrismate baplizatos ungere licet..., non tamen frontem ex eodem oleo signare, quod solis debetur episcopis, cum tradunt Spiritum paracletum. De eccles. offic., II, xxvtl, 4, P. L., t. LXXX1II, coi. 825. C'est qu’en Occident on distingua la chrismation de la consignation ; la première resta attachée au baptême et rentra dans les attributions ordinaires du prêtre qui baptisait; la seconde fut réservée à l'évêque avec l'im­ position des mains quand il continuait. En Orient, au contraire, cette distinction n’existant pas, le prêtre bap­ tisait et consignait, c’est-à-dire confirmait. Même en Egypte, où pourtant existait celte distinction, le prêtre I confirmait. Ambrosiaster, In Eph., IV, 11, P. L., t. XVII, col. 388; Quæsl. V.et N. T., ci,P. L., t. xxxv, col. 2302. Il semble que c'était aussi l'usage dans les pays de rit gallican; en Gaule, concile d’Orange de 441, can. 1,2; concile d'Epaone de 517, can. 16, Hardouin, Act. concil., t. t, col. 1783; t. n, col. 1049; en Espagne, 1er con­ cile de Tolède de 400, can. 20, Hardouin. Act. concil., t. i, col. 992, et Capitula Martini, can. 52, P. L., t. exxx, col. 585. Déjà saint Innocent, dans sa lettre à Decentius, constatait cet usage qui accordait aux prêtres le droit de confirmer, mais le réprouvait, en réservant à l’évêque seul le droit de faire Fonction sur le front, quand il continuait. Epist., xxv, ad Decent., ni, 6, P. L., t. xx, col. 554; Jaffé, t. i, p. 47, n. 311. C’est après cette onction que le baptisé revêtait des vêlements blancs, symbole de l'innocence reconquise et de la pureté de l’àme, qu'il portait jusqu’au dimanche suivant. Ambroise,De myst., vu, 34, P. L., t.xvi, col. 399; Grégoire de Nazianze, Oral., XL, 25, P. G., t. xxxvi, col. 393; Chrysostome, In Gen.,homil. xxxtx, 5, P. G., t. lui, col. 368; Augustin, Serm., exx, 3; ccxxin, I. J'. L., t. xxxviii, col. 677, 1092; pseudo-Denys, Eccl. hier., Il, 3, 8, P. G., t. m, col. 404. Il sortait du bap­ tistère et se rendait au consignalorium pour y rece­ voir le sacrement de confirmation. Puis, processionnellemenl, au chant des psaumes, prélude de l’harmonie du ciel, un flambeau allumé à la main, symbole de l'illu­ mination intérieure qui en faisait de vrais illuminés, φωτιζόμενο·., tous les nouveaux baptisés, avec le clergé, entraient dans l’église, Grégoire de Nazianze, Orat., xi., 46, P. G., t. xxxvi, col. 425; et là, aux premières lueurs de cette inoubliable matinée de Pâques, ils assistaient, pour la première fois,à la liturgie eucharistique et rece­ vaient la communion, non sans échanger avec leurs frères nouveaux le baiser de paix. Can. Hippol., can. 141, Achelis, p. 99. Ces néophytes, ces infantes, comme on les appelait, étaient traités comme des enlants nouveaunés dans la foi. On bénissait, en leur honneur, le lait et le miel qu'on leur servait après la communion, pre­ mier repas tout symbolique qui mettait un terme à leur jeûne. Tertullien, De coron.,tu; Adv. Marcion., i, 14, P. L., t. n, col. 79, 262; Clément d'Alexandrie. Pædag., 1, 6, P. G., t. vm, col. 308-309; Slrom., v, 10, P. G., t. IX, col. 100; S. Jérôme, Dial. adv. Lucif., 8, P. L., t. xxiii, col. 172; Canons d’Hippolyte, can. 144, 148, Achelis, p. 101. La liturgie romaine en a conservé le souvenir dans la messe du dimanche de l’octave de Pâques; l’introït, en effet, commence par ces mots : Quasi modo geniti infantes sine dolo lac et met con­ cupiscite. A Milan et en Espagne, on lavait les pieds aux nou­ veaux baptisés. C’est une coutume, dont témoigne saint Ambroise, De myst., vu. 32; mais qui n'est pas romaine, remarque le pseudo-Ambroise, et qu'il convient de ne pas abandonner. Desacr., ni, 1, 5, P. L.,t. xvi, col. 398, 433. Un canon du concile d’Elvire, vers 300, concerne cette coutume; à le lire de la manière suivante : Neque pedes eorum lavandi sunt a sacerdotibus sed a clericis, le concile aurait interdit cet usage aux prêtres pour le 218 confier aux clercs inférieurs; à le lire, au contraire, comme on le trouve dans certains manuscrits : Neque pedes eorum lavandi sunt sacerdotibus vel a clericis, il l'a complètement supprimé, comme le pense Mor Du­ chesne, Les origines du culte, 2e édit., p. 314. Can. 48, Hardouin, Act. concil., t. i, col. 255. En Espagne en­ core et dans quelques églises d'Orient, les baptisés devaient faire une offrande. C’est l'une des objections que réfute, en passant, saint Grégoire de Nazianze contre ceux qui retardaient la réception du baptême, en disant : * Où estle présent que j'offrirai? » Orat., xi„ 25, P. G., t. xxxvi, col. 393. Le concile d’Elvire l’interdit formel­ lement : Emendari placuit, ut hi qui baptizantur, ut fieri solebat, nummos in concha non mittant, ne sa­ cerdos quod gratis accepit pretio distrahere videatur. Can. 43, loc. cit. Mu' Duchesne a étudié avec sa compétence habituelle les rites de l’initiation chrétienne, en distinguant les lieux et les milieux, d’abord suivant l’usage romain, puis suivant l'usage gallican, enfin dans les Églises orientales. Cette étude distincte terminée, il a comparé entre eux les rites baptismaux et sous la diversité des rituels, il a facilement retrouvé partout les mêmes cé­ rémonies principales. S’occupant ensuite de leur anti­ quité, il a constaté qu’elles étaient toutes en usage au commencement du iv» siècle. Elles ont donc été intro­ duites, conclut-il, avant la paix de l’Eglise et même avant la persécution de Dioclétien. Remontant enlin le cours des trois siècles antérieurs, il les rencontre presque toutes, sauf Fonction préalable au baptême, mentionnées par Tertullien, qui en parle comme de choses reçues, reçues partout et depuis longtemps. Les sectes gnostiques antérieures avaient fait des emprunts au rituel déjà établi lors de leur séparation. Les Pères apostoliques et les apologistes du il" siècle ne parlent que du baptême d’eau et de l'imposition des mains. Ces résultats montrent nettement la haute antiquité des rites baptismaux. Voir Origines du culte chrétien, 2e édit., p. 318-325. Tertullien, De baptismo, P. L., t. i, col. 1197 sq. ; Origène, loc. cit. ; S. Cyprien, loc. cit·; Nicétas de Romatiana. Compe­ tentibus ad baptismum libelli sex, d'après Gennade, De vir. Ht., xxii, P. L., t. Lviu, col. 1873; le v. De symbolo, dans P. L„ L lu. col. 865 sq. ; Anonyme. De rebaptismate, P. L., t. m, col. 1183 ; S. Ambroise, De mysteriis, P. L., t. xvi, col. 389 sq. ; Anonyme, parmi les œuvres de S. Ambroise, De sacramen’is, P. L., t. XVI, col. 417 sq.; Pacien, De baptismo, P. L., t. xill, col. 1089 sq. ; Maxime de Turin, De baptismo, tr. Ill, P. L., t. LV11, col. 771 sq. ; Cyrille de Jérusalem, Catecheses, P. G., t. xxxm, col. 369 sq. ; Basile, De Spiritu Sancto, xv, P. G., t. xxxn, col. 128 sq.; Epist. ad Amphilochium, exeix, ibid., coi. 715; Serm., vit, de peccato; vin, de pænitentia, recueillis par Siméon Métaphraste, ibid., col. 1212 sq. ; Anonyme, De baptismo, homil. xut, ad sanctum baptisma, parmi les œuvres de S. Ba­ sile, P. G., t. xxxi. col. 423, 1513; Grégoire de Nazianze, Orat.. XL. P. G., t. xxxvi, col. 360 sq. ; Grégoire de Nysse, Oratio catechetica magna, P. G., t. xlv, col. 9 sq.; De infantibus qui pr.vmature abripiuntur ; Contra differentes baptismum ; In baptismum Christi, P. G., t. XLV1, coi. 161, 415, 580; Sermo iii sanctum Pascha et recens illuminatos, parmi les Spuria de S. Athanase, P. G„ t. xxvm, coi. 1080; Chrysostome, Ad illu­ minandos, i, n, De baptismo Christi; homil. xxi. xxv sur le renoncement et le pacte, P. G., t. xi.tx, col. 224, 363 et passim ; Sophronius, De baptismate apostolorum, frag., P. G.,t. lxxxvii, col. 3372; S. Zénon. Sept invitations a la fontaine baptismale, P. G., t. XL col. 253 sq. ; S. Jérôme, Epist. ad Oceanum, lxix, P. L·., t. xxn, col. 653 sq. ; Dialogus adversus Luciferianos, P. L., t. ΧΧΠΙ, col. 155 sq. ; S. Augustin, Serm. ad competen­ tes, lvi-lix; CCXII-CCXV, in traditione et redditione symboli ; ccxciv, de baptismo parvulorum. P. I.., t. χχχνιιι, col. 377, lifâ8,1335; De catechizandis rudibus; De symbolo ad catechu­ menos, P. L., t. XL, col. 309, 627; De baptismo contra donalistas, P. L., t. xi.m; Peregrinatio Silviæ, édit Geyer, Vienne. 1898; S. Léon le Grand, Epist.. xvi, ad universos episcopos per Siciliam constitutos, P. L., t. i.iv.col. 695 : S. Isidore, De officiis, 11,21-27, P. L., t. LXXXUI, col. 814; S.Hildeionse.De cognitione baptismi, P. L., t. XCVI. col. 111 ; Canones Hippolyti, dans 219 BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES (CONTROVERSE RELATIVE AU) M·' Duchesne, Les origines du culte chrétien, 2· édit., 1898, p. 505, et dans les Texte und Unlersuchungen zur Geschichte. der allchristl. Lilcralur, Leipzig, 1891, t. vt, fuse. 4; Conslit. apost., P. G., t. i. Travaux : Petnu, Theologicorum dogmatum, Paris, 1644-1650 ; Martine, De antiquis Ecclesiæ ritibus, Rouen, 1700; Visconti (Vicecomes), Observationes ecclesiastic# de antiquis baptismi ritibus et œremoniis, Milan. 1615; Orsi, De baptismo in nomine Jesu Christi, Milan, 1733; Duguet, Dissertations Ihéolog. el dogmat. sur les exorcismes et autres cérémonies du bap­ tême, Paris, 1727; Chardon, Histoire des sacrements, Paris, 1745, dans le Cursus theologiæ de Migne, t. xx;,Walch, Hi­ storia ptrdobaptismi quatuor priorum sæculorum, léna, 1730; Aeami, De pædobaplismo solemni, Rome, 1755; Kleiner, Orthodo ra de necessitate baptismi doctrina, Heidelberg, 1765; Zerschwitz, Die Katechumenen, Leipzig, 1868; Mayer, Der Katechumenat, Kempten, 1868; Weiss, Die altkirliche Pædagogilc, Fribourg. 1869: Probst, Die Liter, der drci ersten tahrb.,ΎιιΙήηgue, 1870; Corblet, Histoire du sacrement de baptême, Paris, 1881, contient la bibliographie des ouvrages spéciaux relatifs à i'bistoire dogmatique, liturgique et archéologique du baptême; M·■ Duchesne, Les origines du culte chrétien,‘2." édit., Paris. 1898; V. Ermoni, L'histoire du baptême depuis l'édit de Mitan(3i3) jus­ qu'au concile in Trullo (692), dans la Revue des questions his­ toriques, 1898, t. ι.χιν,ρ. 313-324: J. Stiglmayr, Sacramente und KirchenachPs. Dionysius, dans la Zeitschrift für kathol. Théo­ logie, 1898, p. 260-267; J. Ernst, Die Lettre des Liber de rebaptismate von der Taufe, ibid.. 1900,p. 425-462; Beck, Der Liber de rebaptismateund die Taufe, dans le Katholik, 1900, t. xxi, p. 40-64; Dictionnaire d'archéologie, t. n, col. 251 sq. G. Bareii.le. III. BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES (Controverse rela­ Historique de la controverse. II. Thèse des rebaptisants. III. Décret du pape Étienne. IV. Le baptême des hérétiques après saint Cyprien. I. Historique de la controverse. — Vers la fin du H' siècle, quand les sectes hérétiques commencèrent à tomber en discrédit, beaucoup de leurs membres, touchés de la grâce, demandèrent à entrer dans le sein de l’Eglise catholique. C’est alors que s&posa la question de savoir à quelles conditions on admettrait dans l’Église les hérétiques au moment de leur conversion. Deux cas se présentaient : ou bien il s'agissait de catholiques passés à l’hérésie et, par suite, coupables; ici, pas de difficulté : on leur imposait la pénitence avec un stage plus ou moins long d’œuvres satisfactoires, à la suite duquel avait lieu la réconciliation; ou bien il s'agissait d'héré­ tiques ayant reçu le baptême dans l'hérésie; ici, la question était grave, et on la résolut dans des sens dif­ férents. Tandis que l’usage général fut d’imposer seule­ ment les mains à ces convertis et de les admettre immé­ diatement dans la communauté catholique, quelques Églises particulières crurent devoir exiger la réitération du baptême. Ce dernier usage était suivi dans l’Afrique proconsulaire au commencement du ni» siècle. Il semble avoir eu pour point de départ une opinion fausse de Tertullien. Cet écrivain, en effet, dans son traité De baptismo, 15, P. L., t. 1, col. 1216, rappelant un de ses ouvrages com­ posé en grec, avait soutenu qu’il n’y a qu’un baptême, que le baptême des hérétiques diffère du baptême des catholiques, que les hérétiques n’ayant pas le baptême tel qu’il doit être, n’en ont, en réalité, aucun, et que, dès lors, il était impossible soit de le donner, soit de le recevoir chez eux. C’était l’application du principe : E'enio dat quod non habet. Or, sous Agrippinus, évêque de Carthage et contemporain de Tertullien, cette doc­ trine fut sanctionnée par un concile des évêques de l’Afrique proconsulaire et de la Numidie. Il fut décidé de soumettre d’abord au baptême catholique tout héré­ tique baptisé dans l’hérésie. Cyprien, Epist., lxxi, 2, P. L., t. ni, col. 1109; lxxhi, coi. 1112. D’après l’auteur des Philosophumena. ix, 12, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 446, cette décision fut prise sous le pontificat de Calliste (218-222). Aucun document ne prouve que Borne ait aussitôt protesté; on constate, du moins, qu’il n’y eut pas, à cette occasion, rupture de l'unité. Augnsliu, tive au). — 1. 220 I De bapt. contr. donat., m, 13,14, P. L., t. xi.in, col. 134I 135. Quelques années plus tard, vers la fin du règne d’Alexandre Sévère (222-235), la question fut tranchée dans le même sens, en Asie, par les synodes d’Iconium et de Synnada, de Phrygie. Eusèbe, 11. E., vu, 7, P. G., t. xx, col. 649. Firmilien, évêque de Césarée en Cappa­ doce, invoquait l’autorité de la tradition apostolique, I mais sans preuves, et ne rappelait aucune.décision anté' rieure aux deux que nous venons de signaler. Epist., lxxv, 19, P. L., t. ni, col. 1170. Le même usage était observé à Antioche et en Syrie, si on en juge d'après les Constitutions apostoliques, vi, 15, P. G., t. i. col. 948. dans le texte syrien, quoique un peu postérieur et retouché. A Rome et à Alexandrie, le baptême conféré par les hérétiques était jugé valide. Cette divergence de vues et de pratiques n’allait pas tardera soulever un conflit. Un certain Magnus demanda à saint Cyprien si l’on devait rebaptiser les novations qui revenaient à l’Eglise ; l’évêque de Carthage se prononça sans hésiter pour l’affirmative. Epist., i.xix, 1, P. L., t. m, col. 1138. L’auteur du traité Ad Horatianum de lapsis, 3, P. L., t. m. col. 1209, en­ seignait que le sacrement de baptême, institué pour le salut du genre humain, pouvait être célébré par l’Eglise seule. C’était un évêque africain qui écrivait vers la fin de 253, plutôt que le pape Sixte 11, auquel Harnack avait voulu l’attribuer. P. Monceaux, Histoire littéraire de l’Afrique chrétienne, Paris, 1902, t. n, p. 89. Peu de temps après, en 255, dix-huit évêques de Numidie consulj tèrent saint Cyprien pour savoir s’il y avait lieu, comme ils le pratiquaient eux-mérnes, de rebaptiser ceux qui, après avoir été baptisés par des hérétiques, demandaient à rentrer dans le sein de l’Église. Epist., i.xx, 1, P. L., t. m, col. 1037. L’opinion de Cyprien ne pouvait être dou­ teuse. L’évêque de Carthage avait toujours Tertullien à la main; en 251, dans son traité De unitate Ecclesiæ, Tl, P. L., t. iv, col. 524, il avait dit que le baptême des héré­ tiques donne des enfants au démon, et non à Dieu ; de plus, il tenait à ne pas déroger à une décision prise par l’un de ses prédécesseurs. Aussi répondit-il à Januarius et à ses collègues : Sententiam nostram non novam pro­ mimus, sed jam pridem ab antecessoribus nostris sta­ tutam et a nobis observatam vobiscum pari consensione conjungimus, censentes scilicet et pro certo tenentes ne­ minem foris baptizari extra Ecclesiam posse, cum sil baptisma unum in sancta Ecclesia constitutum. Epist., lxx, 1, P.L., t. m, col. 1038. Un évéque de Mauritanie, Quintus, consulta à son tour Cyprien, en lui communiquant une lettre où les rebapti­ sants sont appelés prévaricateurs de la vérité et traîtres à l’unité. H y avait donc en Afrique même des partisans de la non-rebaptisation des hérétiques. Cyprien envoie à Quintus la lettre précédente, et en ajoute une autre où il s’étonne que des collègues admettent des hérétiques convertis sans leur conférer préalablement le baptême, préférant hæreticis honorem dare quam nobis consen­ tire. Epist., lxxi, 1, P. L., t. m, col. 1104. Il insiste sur l’absencédu vrai baptême chez, les hérétiques ; ils ne peu­ vent donner ce qu’ils n’ont pas. Les évêques dissidents s’en tiennent, disent-ils, à l'ancienne coutume. Lui aussi pratique l’ancienne coutume, qui consiste à imposer les mains in pænilenliam, mais exclusivement à l’égard des ; baptisés catholiques qui,après être passés au schisme ou à l’hérésie, font retour à l’unité, Epist., lxxi, 2, ibid., col. 1106; quant à celui qui n’a été baptisé qu’en dehors de l’Église, il le tient pour alienus et profanus, par suite baptizandus ut avis fiat. L’ancienne coutume, pour celuiI' ci, n’a pas à être observée. Réunissant, l’année suivante, les. évêques de l’Afrique proconsulate et de laNurnidie,au nombre de7l,Cyprien rédige la lettre synodale où il est déclaré que le baptême des hérétiques ou des schismatiques étant invalide et nul, l'imposition des mains ad Spiritum Sanclum est 221 BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES (CONTROVERSE RELATIVE AU) insuffisante sans la collation préalable du baptême. Epist., lxxii, 1, P. L., t. m, col. 1046. Cyprien fait part de cette lettre à l’évêque de Rome, en y joignant la copie de la synodale prêeédenteet de sa réponse à Quintus. En même temps, pour répondre à une nouvelle consultation, il expédie à Jubaianus ces trois documents, et dit du baptême des hérétiques : Quod nos nec ratum possumus nec legitimum computare, quando hoc apud eos esse constet illicitum. Epist.,i.xxui, 1, P. L., t. m. coi. 1110; ac per hoc non rebaptizari sed baptizari a nobis qui­ cumque ab adultera et profana aqua veniunt abluendi et sacrificandi salutaris aquæ veritate. Ibid. Le cas semblait pourtant avoir été bien posé par le correspon­ dant de Jubaianus : Quærendum non est OUÏS baplizaverit, quando is, qui baplizalus sit, accipere remissam peccatorum potuerit secundum quod credidit..., ut nec ab ipso (Marcione) venientes baptizari oportere, quod jam in nomine Jesu Christi baptizati esse videantur. Ibid., 4, P. L., t. in, coi. 1112. C’était affirmer la vali­ dité du baptême, à cause de la formule employée, et son efficacité, d'après les dispositions du sujet, abstraction faite du ministre. Or, ce sentiment s’était manifesté en Mauritanie dans un écrit que Jubaianus avait adressé à Cyprien. Le traité De rebaptismate, P. L., t. ni, col. 1183-1204, s’il n’est pas cet écrit même, comme l’a soutenu J. Ernst, dans la Zeitschrift für katholische Théologie, 1896, p. 193 sq., est, suivant l’opinion géné­ rale, l’œuvre d'un évêque africain, composée en 256. Or, il soutient la tradition de la non-rebaptisation et la dé­ clare unique et universelle. Ernst, Die Lehre des Liber de rebaptismate von der Taufe, dans la même Zeit­ schrift, 1960, p. 429-462; P. Monceaux, Histoire litté­ raire de l'Afrique chrétienne, Paris, 1902, t. n, p. 91-97. Mais Cyprien déclare que le ministre étant indigne ne peut conférer validement le baptême, et que le sujet,/al­ sum credens, verum accipere non potuit, sed potius adultera et profana, secundum quod credebat, accepit. Epist., lxxiii, 5, P. L., t. m, col. 1113. Reste la coutume invoquée, et qui comptait encore des tenants même en Afrique; Cyprien lui opposa une fin de non-recevoir, parce qu’elle ne saurait être au-dessus de la vérité, ibid., 13, P. L., t. m, col. 1117, et que non quia ali­ quando erratum est idea semper errandum est. Ibid., 23, col. 1125. Le pape Étienne n’accepta pas la décision du concile d’Afrique ; il menaça même de rompre avec ceux qui s’obstineraient dans leur manière de voir. Sa réponse intégrale ne nous est pas parvenue; mais le dispositif principal nous en a été conservé par saint Cyprien. Epist., lxxiv, 1, P. L., t. ni, col. 1128. Plus de doute, il y avait désaccord entre la coutume d'Afrique et celle de Rome; et des lors l’affaire pouvait prendre une tour­ nure des plus graves, si les évêques d’Atrique ne se rangeaient pas à l’avis du pape. De fait, ils ne s’y ran­ gèrent pas. Cyprien, en notifiant la décision d'Étienne à son col­ lègue Pompée, évêque de la Tripolitaine, y relève vel superba, vel ad rem non perlinentia, vel sibi ipsi con­ traria, imperile atque improvide scripta. Epist., lxxiv, I. P. L., t. m, col. 1128. 11 s’étonne que le pape juge .minium hæreticorum baptismata justa esse et legitima. Ibid., 2, col. 1129. Il continue à repousser la validité du baptême des hérétiques par les arguments déjà donnés. Il ajoute : si les hérétiques peuvent validement baptiser, ils peuvent de même conférer le Saint-Esprit. Or, ils ne peuvent pas donner le Saint-Esprit; donc ils ne peuvent pas baptiser. Raptême et confirmation sont tellement unis, dans sa pensée, qu’ils ne sauraient aller l’un sans l'autre. Ibid., 15, col. 1132. Il traite ironiquement la tradition, invoquée par Etienne, de præclara et légitima, é lare qu’elle doit céder à la vérité, ibid., 4. 9, col. 1131, 1134, et c’est au nom de la vérité qu’il maintient, à l'en­ contre de la décision pontificale, l'usage d’Afrique. 222 Cyprien convoque à Carthage un concile plénier, pour le 1er septembre 256, ou se rendent 87 évêques de l’Afrique proconsulate, de la Numidie et de la Mauri­ tanie. On y lit la lettre de Jubaianus et la réponse de Cyprien; Cyprien prie chacun des évêques présents de donner librement son avis, sans juger, sans excommu­ nier personne, sans se faire évêque des évêques, et sans forcer les autres à partager sa manière de voir, chaque évéque ayant la plénitude de son libre arbitre. Concil. Ill, de bapt., P. L., t. ni, col. 1054. A la suite des85 évêques, Cyprien opina le dernier par ces mots : meam senten­ tiam planissime exprimit epistola quæ ad Jubaianum, collegam nostrum, scripta est : hærelicos secundum euangelicam et apostolicam contestationem adversarios Christi et antiehristos appellatos, quando cui Ecclesiam venerint, unico Ecclesiie baptismo baptizandos esse, ut possint fieri de adversariis amici et de antichristis Christiani. Ibid., col. 1078. Selon l'usage, les actes de ce concile durent être notifiés au pape. Mais Etienne refusa de recevoir les députés africains, et fit délense à son clergé de communiquer avec eux. Or, en Orient, les évêques de plusieurs provinces pensaient et agissaient comme ceux d'Afrique. Étienne leur avait écrit qu’il ne voulait plus communiquer ni avec Hélénus de Tarse, ni avec Firmilien de Césarée, ni avec les autres évêques de la Galicie, de la Galatie, de la Cappadoce et d’ailleurs, s’ils persistaient à vouloir rebaptiser les hérétiques. Eusèbe, II. E., vu, 5, P. G., t. XX, col. 645. Il avait dû faire part de cette décision aux autres évêques. Cyprien, de son côté, avait fait parvenir, par le diacre Rogatien, les actes des conciles d’Afrique aux évêques d’Asie, et l’épiscopat d’Orient se trouva dans l’alternative de suivre ou le pape ou l’évêque de Car­ thage. Firmilien, qui avait assisté au synode d'Iconium, approuva la conduite de Cyprien, et écrivit une lettre des plus vives contre l’évêque de Rome. Cette lettre n’apporte aucun argument nouveau. Firmilien, en effet, en est au même point que Cyprien. Il ne voit dans le débat qu’une mesure disciplinaire, où la liberté de chacun n’empêche pas l'union de tous, comme dans l’afiaire de la Pâque, Epist., t.xxv, 6, P. L., t. ni, col. 1159 ; il refuse à tout ministre hérétique le pouvoir de conférer le baptême, et à n'importe qui de le recevoir de sa main, ibid., 7, 8, 9, col. 1161-1163, quand même le baptême aurait été conféré régulièrement, selon la formule Irinitaire; il traite d'erreurla coutume invoquée par le pape, ibid., 19, col. 1170; il renouvelle les argu­ ments de Cyprien, et conclut de même. Ibid., 25, col. 1176. Cette double opposition des évêques d'Afrique et d’Asie au décret du pape arracha-t-elle à Étienne une sentence d’excommunication? Aucun document ne l’atteste. Il n’y eut qu’une menace, non suivie d'effet. Cyprien, Epist., lxxiv, 8, P. L., t. m, col. 1133, dit : Abstinendos putat. Ab illorum communione discessurum, note Denys d’Alexandrie, dans sa lettre â Sixte. Eusèbe, U. E., vu, 5. P. G., t. xx, col. 645. Nullius anathematis interpo­ sitione, remarque Facundus, Cont. Motion., P. L., t. lxvii, col. 864. Et saint Augustin ; Abstinendos putaverat... Vicit tamen pax Christi in cordibus eorum ut in tali disceptatione nullum intercos malum schisma­ tis oriretur. De bapt. contr. donat., v, 25, 36, P. L., t. xliii, coi. 194. Cf. De unico bapt. contra Petii., 23, ibid., coi. 607; De Smedt, Dissert, selectæ, diss. VII, c. 1, η. 4, p. 242; Grisar, Cyprians Oppositionsconcil gegen Papst Stephane, dans la Zeitschrift für katho­ lische Théologie, 1881, p. 193 sq. ; Ernst, ll’ar der hl. Cyprian excomm unicirl‘1 Ibid., 1894, p. 473-499. Le schisme fut évité. Peut-être la lettre de Denys d’Alexan­ drie, annonçant au pape Étienne que les troubles occa­ sionnés en Orient par la faction de Novatien avaient cessé et que toutes les Églises étaient heureusement ren­ trées dans l'unité, Eusèbe, II. E., vu, 5, P. G., L xx 223 BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES (CONTROVERSE RELATIVE AU) 224 col. 644, fit-elle espérer qu'il en serait de même dans 1 1161, 1167. L’hérésie, n’étant pas l’épouse du Christ, ne peut enfanter des enfants à Dieu ; la génération et la la question du baptême. Quoi qu'il en soit, Denys atteste sanctification ne peuvent se trouver que dans l'épouse que, dans le cas en litige, l’ancienne coutume d’Egypte du Christ. Epist., LXXIV, 6, P. L., t. ni, col. 1132. se bornait a une imposition des mains suivie de prières. Première erreur : c'était méconnaître la notion même Eusèbe, H. E., vu, 2, P. G., t. XX, col. 641. Il partage, du sacrement, placer la validité là où elle n'est pas, quant à lui, la manière de faire de son prédécesseur confondre deux choses bien distinctes, l’illicéité et l’inva­ Héraclas et ne soumet pas les hérétiques à un nouveau lidité, et conclure à tort de l'une à l’autre 'Jquod (le baptême. Eusèbe. II. E., vu. 7, P. G., t. xx, col. 619. baptême) nos nec ratum possumus nec legitimum com­ 11 sait que des synodes en ont décidé autrement et, vu putare, quando hoc apud nos constet esse ILLICITUM. la gravité de la question, il a cru devoir adresser les Epist., lxxiii, 1, P. L., t. m, coi. 1110. L’illicéité du plus expresses supplications à l’évèque de Rome, ainsi baptême conféré par les hérétiques ne faisait doute pour qu'aux prêtres romains, Denys et Philemon. Eusèbe, 11. E., vit, 5, P. G., t. xx, col. 615. Du reste, Étienne personne; mais lillicéité n’entraîne pas nécessairement l’invalidité. Le baptême vaut par lui seul, dés qu'il est mourait le 2 août 257; la persécution de Valérien écla­ conféré selon la formule prescrite par Jésus-Christ. Il a tait; Cyprien périt sous le glaive en 258; quant à Fir­ milien. il ne mourut qu’en 269, à Tarse, au moment ou sa valeur propre, son efficacité intrinsèque. Deuxième erreur : les rebaptisants exagéraient le rôle il se rendait au synode d'Antioche pour y condamner du ministre dans la collation du baptême; en récla­ Paul de Samosate. D’autre part, saint Cyprien n'a pas mant l’orthodoxie et la moralité du ministre, ils avaient rétracté, avant sa mort, son sentiment sur la rebaptisation des hérétiques. Ernst, Der angebliche Widerruf des raison; mais ils avaient tort en l’exigeant comme une condition absolument indispensable pour la validité du hl. Cyprian in der Kelzerlauffrage, dans la Zeitschrift sacrement. Car la valeur du baptême est indépendante fïïr kalholische Théologie, 1895, p. 234-272. de celui qui le confère; celui-ci n'est qu’un instrument; II, Thèse des rebaptisants. — 1’ Les documents rela­ quelles que soient son hétérodoxie et son indignité, il tifs à la controverse du baptême des hérétiques, réunis daps Aligne, P. L., t. ni, col. 1008 sq., ont donné lieu, n’en confère pas moins validement le baptême; c’est Jésus-Christ qui opère par lui. de la part des donatistes d’abord, des protestants et des gallicans ensuite, à de graves imputations. Depuis la Troisième erreur : les rebaptisants niaient qu’on pût réforme, on s’en est servi pour essayer de prouver que recevoir dans l'hérésie la grâce de la régénération, la rémission des péchés, le Saint-Esprit, quelles que fussent la conduite de Cyprien et de Firmilien n’allait à rien moins qu’à rejeter la tradition comme règle de foi et à du reste la foi et les dispositions du baptisé, parce que ce dernier se trouvait communiquer avec des hérétiques infirmer l'autorité de I’Eglise et l’infaillibilité du pontife exclus de l’Église. Epist., lxxiii, 4; l.xxv, 9, P. L., romain. Les traiter d’apocryphes, ainsi que l’ont essayé, pour quelques-uns. Missori, Dissertatio critica in epi­ t. ni, col. 1112, 1162. C’était la même confusion de l'in­ stolam ad Pompeium, Venise, 1733; Molkenbuhr, Binæ validité avec l illicéité. Car l'adulte, en acceptant le bap­ dissertationes de Firmiliano, 1790, P. L., t, ut, tême de la main des hérétiques, peut, par ses mauvaises col. 1357 sq.; Tournemine, Conjectures sur la supposi­ dispositions, mettre obstacle à l'efficacité pleine et tion de quelques ouvrages de saint Cyprien et de la immédiate du baptême; il n’en reçoit pas moins valide­ lettre de Firmilien, dans les Mémoires de. Trévoux, ment le sacrement. décembre 1734, a. 118, p. 2246 sq., et. plus récemment, Ces divers points ont été admirablement mis en Tizzani, La celebre eonlesa fra san Stefano e san lumière par saint Augustin. 11 n’y a sacrement, dit-il, Cypriano, Rome, 1862, et Bouix, Le célèbre con/lit entre que lorsqu’il est conféré avec la formule du Christ; saint Étienne et saint Cyprien, dans la He vue des sans cette formule, pas de baptême, De bapl., vi, 25, sciences ecclésiastiques, 1863, t. vu, p. 211-232, 305-320, 47, P. L., t. xi.in, col. 214; avec elle le baptême peut 419-437, 518-545, n’est pas une œuvre de saine critique. exister, être donné et reçu même en dehors de l’Eglise. Ils doivent rester acquis aux débats. De Smedt, Dissert, De bapt., i, 1, ibid., col. 109. Le sacrement est saint par select.,diss. Vil, proœin. 1, Paris, 1876, p. 219 sq. ; Ernst, lui-même, où qu’il se trouve, De bapl., i, 12, 19; v, 21, Die Echtheil des Briefes Firmilians im Ketzerlaufstreit 29; vi, 2, 4, ibid., col, 119, 191, 199; à cause de Celui in neuer Heleuchlung, dans la Zeitschrift fur katholische qui en est l’auteur, De bapt., ni, 4, 6; iv, 12, 18; 21, 28; v, 21,29, ibid., col. 143, 166, 173, 191; car c'est Dieu Théologie, 1894. p. 209-259. Quelle est donc la valeur de qui est présent dans la formule évangélique et sanctifie la thèse des rebaptisants? Ont-ils réellement porté at­ le sacrement. De bapt., vi, 25, 47, ibid., col. 214. Le teinte à l’autorité de la tradition et à l'infaillibilité du baptême peut donc se trouver chez les hérétiques. Bien pontife romain? Ont-ils vu dans l'objet de la controverse qu’ils ne l'aient ni recte, De bapt., I, 3, ibid., col. 110, une question de foi ou de discipline? ni legitime, De bapt., v, 7, 8, ibid., col. 181, son effi­ 2“ La thèse des rebaptisants peut se formuler de la cacité est indépendante de celui qui le donne et de celui manière suivante : il n’y a qu'un baptême et il n’est que qui le reçoit, quels que soient leur mérite ou démérite, dans I’Eglise catholique. Epist., lxxiv, 11, P. L., t. ni, col. 1136. Les hérétiques, étant en dehors de l'Église De bapl., iv, 21, 28; leur immoralité, De bapt., lit, 10,15; leur perversité, De bapt., v, 3, 3; 21, 29; VI, 1, catholique, ne peuvent pas donner ce qu'ils n’ont pas. 2; 5, 7, P. L., t. xi.m, col. 173, 144, 178, 191, 198, 200; Il n’y a qu’un baptême : rien de plus vrai; mais la leur erreur, De bapt., IV, 15, 22 ; ou leur foi. De bapt., question était de savoir s’il est exclusivement dans ni, 14, 19, ibid., col. 168, 146. Il reste integrum parla l’Église catholique ou s’il ne peut pas se trouver, à un vertu propre de sa formulé, de quelque manière que titre quelconque, même en dehors de I'Eglise. Cette l’entende celui qui l’emploie, De bapt., ni, 15, 20; iv, question préjudicielle, nullement discutée, chacun la regardait comme déjà résolue : Étienne, en acceptant 12, 18, ibid., col. 148, 166; car, en réalité, c'est l’Eglise comme valide le baptême conféré par les hérétiques, I qui engendre des tils per hoc quod suum in eis habet. De bapt., i, 10, 14; 15, 23, ibid., col. 117, 122. In isla à la condition qu'il eût été administré selon la formule quæstione non esse cogitandum quis det sed quid det, trinitaire ou au nom de Jésus-Christ; les rebaptisants, aut quis accipiat sed quid accipiat, aut quis habeat au contraire, en le rejetant comme nul, malgré l’emploi sed quid habeat. De bapt., iv, 10, ibid., col. 164. Dico de la formule prescrite et l’autorité du nom de Jésussacramentum Christi et bonos et malos posse habere, Christ, Epist., i.xx, 7; l.xxv, 9, 12, P. L., t. ni, col. 1143, pqsse dare, posse accipere; et bonos quidem utiliter et 4162, 1166, uniquement parce qu’il était conféré par des salubriter; malos autem perniciose et poenaliter. De ministres étrangers à I'Eglise. Epist., i.xx, 1 ; lxxiii, 1; bapt., vi, 2, 4, ibid., coi. 199. Donc validité du baptême, lxxiv, 3; lxxv, 7, 14, P. L., t. m, coi. 1138, 1110, 1130, 22S BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES (CONTROVERSE RELATIVE AU) quand il est conféré selon la formule trinitaire; mais illicéité quand celui qui le confère pèche par défaut d'orthodoxie ou de moralité. Le sujet bien disposé, croyant ce que croit l’Église catholique et ne recourant au baptême donné par les hérétiques qu’en cas de néces­ sité, sans pactiser avec l’hérésie, reçoit immédiatement la grâce du baptême. De bapt., vi. 2. 4, ibid,, col. 199. Mais, tout en recevant la réalité du sacrement, il peut empêcher son effet immédiat, ou parce qu’il persévère dans ses mauvaises dispositions, ou parce qu’il pactise avec l’hérésie de ceux qui lui confèrent le baptême. L’effet ne devient actuel que lors de l’admission du baptisé dans l’Eglise. A ce moment-là, l'obstacle dispa­ raît, rend utile ce qui était inutile, De bapt., i, l,ibid., col. 109, guérit le mal. De bapt., i, 8, 11, ibid., col. 116, fait que le sacrement reçu devient profitable, De bapt., t, 5; 12, 18; 13, 21, ibid., col. 113, '119, 121, et que les péchés sont remis. De bapt., ni, 13, 18; vr, 5, 7, ibid., col. 146, 200. C’est la charité qui procure le plein effet du baptême, charité qui ne se trouve que dans l’unité. De bapt., ni, 16, 21, ibid,, col. 149. Il en est de même, observe saint Augustin, pour les catholiques qui, en recevant le baptême, n’ont renoncé au siècle qu’en paroles et non par les actes : ils ne perçoivent l’effet du sacrement dans sa totalité que lorsqu'ils renoncent effectivement au siècle. De bapt., m, 3, 4, ibid., col. 141. Le baptême ne profite ni aux aperte foris ni aux intus occulte separatis : utrique autem correcto prodesse incipit, quod ante non proderat, sed tamen inerat. De bapt., v, 18, 24, ibid., col. 189. Car aliud est non habere, aliud non utiliter habere. Qui non habet, est baptizandus ut habeat; qui autem non utiliter habet, ut utiliter habeat, corrigendus. De bapt., iv, 17, 24, ibid., col. 170. 3° Au sujet de la coutume, il importe de distinguer la question de fait et la question de droit. Sur la question de fait, Cyprien el Firmilien se sont étrangement abusés. Sans doute, personnellement, ils n’innovaient pas; ils citaient des décisions prises soit à Carthage, soit à Ico­ nium ou à Synnada, mais de date récente; ils étaient même obligés de convenir que leur coutume était loin d’être générale, que plusieurs évêques autour d’eux pen­ saient et agissaient comme Etienne. La coutume romaine avait pour elle l’ancienneté et l’universalité; elle con­ damnait donc la coutume récente et particulière à cer­ taines Églises d’Afrique et d’Asie. Cyprien et Firmilien crurent, du moins, avoir la vérité et firent valoir ses droits. Cyprien avait écrit â Quintus : Aon de consuetu­ dine præscribendum sed ratione vincendum. Epist., lxxi, 2, P. L., t. m, col. 1106. Il écrit à .lubaianus : Frustra qui ratione vincuntur consuetudinem nobis opponunt. Epist,, i.xxiii, 13, P. L., t. m, coi. 1117. Et, quand Etienne proclame qu'il faut s’en tenir à la tradi­ tion, il demande : d'où vient-elle? Epist., i.xxiv, 2, P. L., t. m, col. 1129. Coutume présomptueuse et humaine, Epist,, i.xxiv, 3. ibid., col. 1130, qui n’a pas la vérité : consuetudo sine veritate vetustas erroris est. Epist., LXX1V, 9, ibid., col. 1134. Par conséquent, déclare-t-il : Non quia aliquando erratum est, ideo semper errandum est. Epist,, lxxiii, 23, ibid., col. 1125. Et Firmilien raisonne de même. Epist,, l.xxv, 19, P. L., t. ni, col. 1170. Leur bonne foi ne saurait être mise en doute; mais elle a manqué de lumière. En affirmant que l.i coutume, que leur oppose Étienne, est erronée, pure­ ment humaine et nullement apostolique, ils commettent une erreur de fait. Mais ils ne se trompent pas sur la question de droit : ils savent toute la valeur d’une tradi­ tion d’origine évangélique ou apostolique; et, loin de songer à la nier, ils s’en réclament. Cyprien surtout n'a pu oublier le célèbre traité des prescriptions de son maître favori, ni la force du cuneus veritatis, ni des principes comme ceux-ci : Quod apud multos unum invenitur, non est erratum, sed traditum, Præscr., Diet. DE THEOL. CATIIOL. 226 28; id esse dominicum et verum quod sit prius tradi­ tum, Præscr., 31, P. L., t. il, coi. 40, 44; ni ce qu’il avait écrit dans son De unitate Ecclesiæ. Voilà pour­ quoi, loin de répudier une tradition d’origine vraiment apostolique, il se contente de prétendre que celle qu’on lui oppose n’a pas ce caractère, et il décide qu’il faut revenir ad originem dominicam et ad evangelicam at­ que aposlolicam traditionem. Epist., lxxiv, 10, P. L., t. m, col. 1136. Firmilien ne pensait pas différemment. Epist., I.XXV. 19, ibid., col. 1170. Mais ni Cyprien ni Firmilien, en agissant comme ils le firent, ne crurent point faire œuvre de schisme ou d’hérésie. L'évêque de Carthage enseignait que l’Eglise est fondée sur Pierre, centre de l’unité, que l’évêque de Home est le succes­ seur de Pierre, que l’Eglise romaine est VEcclesia principalis, unde unitas sacerdotalis exorta est, Epist., lv, 14, P. L., t. m, coi. 818, qu’il faut la reconnaître et la tenir comme Ecclesiæ catholicæ radicem et matri­ cem. Epist., xliv, 3, P. L., t. m, col. 710. Et l'évêque de Césarée remarque bien qu’Étienne de episcopatus sui loco gloriatur et se successionem Petri tenere con­ tendit, super quem fundamenta Ecclesiæ collocata sunt, Epist., l.xxv, 17, P. L., t. ut, coi. 1169, mais ne lui reproche que de ne pas respecter suffisamment la dignité de son siège, en ce qu’il approuve le baptême des héré­ tiques. L’un et l'autre reconnaissent la nécessité d’adhé­ rer à l’Église romaine et de s'entendre avec elle sur l’enseignement. Et pourtant, en fait, ils refusent de souscrire au décret pontifical. Une telle dérogation à leurs principes ne s’explique que par l'état d’indécision où se trouvait alors la question du baptême des héré­ tiques. Comme dit saint Augustin : Nondum erat dili­ genter illa baptismi quæstio pertractata... Diligentius inquisita veritas docuit, quæ post magnos dubitationis /luctus ad plenarii concilii confirmationem perducta est. De bapt., ii, 7, 12, P. L., t. xun, coi. 113. Noluit vir gravissimus (Cyprien) rationes suas, etsi non veras, quod eum latebat, sed tamen non victas, veraci qui­ dem, sed tamen nondum assertæ consuetudini cedere. De bapt., n, 8, 13, ibid., col. 134. Aujourd'hui, qu’une telle question est élucidée et nettement définie, ni Cyprien ni Firmilien ne parleraient ou n'agiraient comme alors; mieux instruits, plus éclairés, ils tiendraient le langage de tous les enfants soumis de l’Eglise : Borna locuta est, causa /inita est. 4° Les évêques de Carthage et de Césarée n’au­ raient-ils vu dans l’affaire du baptême des hérétiques qu'une question de pure discipline? On se l’est de­ mandé. L’auteur de la Defensio declarationis conven­ tus cleri gallicani a prétendu qu’il s’agissait d’une question (de foi. Præv. diss., 71 ; Œuvres de. Bossuet, édit. Lefèvre, Paris, 1836, t. ix, p. 44. Contrairement à cette prétention, des théologiens français, dans leur Dis­ sertatio historico-dogmatica, de 1740, P. L., t. ni, col. 1357 sq., ont cherché à prouver que les rebaptisants n’y avaient vu qu'une question disciplinaire. La question, il est vrai, touche en même temps et au dogme et à la discipline ; reste à savoir si, dans l’esprit de ceux qui prirent part à la controverse, il s’agissait exclusivement ou d'un point dogmatique ou d’une mesure disciplinaire. Incontestablement, saint Cyprien, en rappelant la déci­ sion d'ordre pratique prise par Agrippinus, en la trai­ tant de religieuse, de légitime, de salutaire, Epist., lxxi, 2, P. L., t. m, col. 1109, de magis perlinens ad sacerdotalem auctoritatem et Ecclesiæ catholicæ uni­ tatem, Epist., lxxii, 1, ibid., col. 1046; en la compa­ rant au différend survenu entre Pierre et Paul au sujet de la circoncision ; en laissant à chaque évêque la pleine liberté deses actes, Epist., lxix, 17; lxxii, 3; lxxiii, 26; Cone. HT, proæm., P. L., t. ni. coi. 1151, 1050, 1126, 1054, chacun devant suivre ce qu’il estime de meilleur et de plus utile, Epist., lxxi, 2, ibid., col. 1107 ; en protestant ne pas vouloir rompre avec ceux II. -8 ^ΆΊ BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES (CONTROVERSE RELATIVE AU) qui ne partageraient pas son avis; en estimant que la divergence d'opinions sur ce point particulier ne doit entraîner personne à rompre l’unité, semble autoriser à croire qu'il s’est placé à un point de vue exclusive­ ment disciplinaire; d'autant plus que ce qu’il désire par-dessus tout c’est le maintien de l'unité, de l’union et de la paix : Serretur a nobis patienter et leniter charitas animi, collegii honor, dilectionis vinculum, concordia sacerdotii. Epist., lxxiii, 26, P. L., t. in, coi. 112". Et, quand on allègue que la coutume des hé­ rétiques est de ne point baptiser ceux qui, déjà baptisés, viennent à eux, il répond que l'Église n’a pas à pren­ dre modèle sur les hérétiques ni à leur emprunter leur discipline. Epist., LXXIV, 4, P. L., t. lit, col. 1131. Mais, d'autre part, il n'est pas moins incontestable que les ar­ guments qu'il fait valoir, soit pour soutenir son opinion, soit pour attaquer l'opinion contraire, indiquent qu'il y voit quelque chose de plus qu'une simple question de discipline. Toutefois, on peut penser que, s’il avait vu, engagée dans le débat, une question appartenant claire­ ment et exclusivement à la regula fidei, son langage au­ rait été moins hésitant et plus catégorique; car, devant la règle de foi, les divergences d'opinion ne sont point tolérées; il n'est permis à aucun évêque de s'en affran­ chir ou de s’en écarter; chacun doit s’incliner. C’est dire que l'ambiguïté de son langage provenait de la difficult '· même de la question, qui n'avait pas encore été pleine­ ment élucidée. De là ces paroles de saint Augustin : Nec nos ipsi laie aliquid auderemus asserere nisi universal Ecclesiæ concordissima auctoritate /irmalijcui et ipse sine dubio cederet, si jam illo tempore quaestionis hujus veritas eliquata et declarata per plenarium concilium solidaretur. De bapt., 11,4,5, P. L.,l. xt.ni, coi. 129. Cf. P. von Hoensbroech, dans la Zeitschrift für katholische Théologie, 1891, p. 727-736; J. Ernst, Zur Auffassung Cgprians von der Ketzerlaufe, ibid., 1893, p. 79-103. On en peut dire autant de Firmilien. Lui aussi argu­ mente comme Cyprien. Mais, bien qu'il connaisse l’au­ torité du κανών εκκλησιαστικός, pourquoi juge-t-il que la divergence des coutumes sur la pratique en question n'est pas incompatible avec l'unité? C’est que, comme saint Cyprien, il pèche par défaut de lumière et a droit aux mêmes circonstances atténuantes. A vrai dire, ni l’un ni l'autre n'ont placé le débat sur le terrain unique et exclusif de la foi. 111. Décret du pape Étienne. — 1» Nous ne possédons pas dans son intégrité la réponse que fit Étienne à la communication de saint Cyprien au sujet du baptême des hérétiques. Mais ce qui nous en a été conservé per­ met de constater que le pape, dans la collation du sa­ crement, fait abstraction du ministre, qu'il place la validité du baptême dans l’emploi de la formule trini­ taire, Epist., lxxv, 9, P. L., t. tu, coi. 1162, dans la présence et l'intervention sanctifiante du Christ, Epist., lxxiii, 4; t.xxv, 12, ibid., col. 1112, 1166, qu’il reçoit en conséquence comme enfants de l’Église ceux qui ont été baptisés au dehors par des hérétiques. Epist., lxxv, 14, ibid., col. 1167, et qu’au lieu d’innover il reste fidèle à l’antique tradi lion, non aliqua novitate instituta, comme dit saint Augustin, sed antiquitate roborata. De bapt., v, 22, 30, P. L., t. xt.tn, col. 192. Étienne se trouva ainsi avoir raison sur tous les points. De là son décret : Si quis a quacunque hæresi venerit ad vos nihil inno­ vetur nisi quod traditum est, ut manus illi imponatur i» pænitentiam. Epist., lxxiv, 1, P. L., t. nr, col. 1128. Ce décret exige quelques explications. Cf. Dissert, quavera Stephani circa receptionem hærelicorum sen­ tentia explicatur.P. L., t. lit. col. 1249 sq. 2’ Qu'entendre par ces mots : Si quis a quacunque hæresi venerit·' Impliquent-ils. dans la pensée du pape, La validité de tout baptême conféré par n'importe quel hérétique, quel que soit le mode de collation? Nulle­ ment. Car il faut d'abord remarquer que le fond du dé­ 228 bat ne roulait pas sur l'emploi de la formule baptismale, mais sur le rôle du ministre et du sujet. Néanmoins, à l'encontre des rebaptisants, Étienne plaçait la validité du baptême dans l’emploi régulier de cette formule, abstraction faite du ministre et du sujet. Il y a, disait-il, rémission des péchés et seconde naissance dans le bap­ tême des hérétiques, Epist., lxxv, 8, P. L., t. tir, col. 1161, par le seul fait qu'il est conféré au nom de la Trinité. Epist., lxxv, 91, ibid., col. 1162. Sa validité provient de l’efficacité de la formule trinitaire, de la vertu du nom de .Jésus-Christ. Par suite, partout ou s’emploie celte formule, où intervient le nom de JésusChrist, il y a la présence et la sanctification de JésusChrist, Epist., lxxv, 12, 18, ibid., col. 1166, 1170: ré­ novation et justification. Epist., lxxiii, 16; lxxiv, 5, ibid., col. 1119. 1131. Le baptême des hérétiques, quels qu'ils soient,est dès lors juste et légitime. Epist., lxxiv, 2, ibid., col. 1129. Du reste les hérétiques ne confé­ raient pas le baptême avec une autre formule que celle de l'Église: la difficulté ne portait pas alors sur la forme du baptême. Mais il pouvait arriver, et il arriva qu’un doute pût planer sur la fidélité des hérétiques à l’em­ ploi de la formule consacrée. On dut donc se préoccuper de la question de savoir si le baptême avait été réguliè­ rement conféré d'après la formule trinitaire. De là, dès le commencement du IVe siècle, le canon du concile d’Arles prescrivant une enquête préalable. D'après le résultat de celte enquête, ou bien on recevait les hérétiques, baptisés dans l’hérésie, par la seule imposition des mains, ou bien on exigeait la collation du baptême ca­ tholique. Et cette dernière prescription s’appliqua en particulier aux paulianistes et à quelques autres. C’était l’exception; car, en général, les hérétiques restèrent fidèles à la formule usitée dans l'Eglise catholique. C’est ce qui permettait de dire à saint Augustin, au commen­ cement du ve siècle : Facilius inveniuntur hærelici qui non baptizent, quam qui non verbis istis baptizent. De bapt., vi, 25, 47, P. L., t. xliii, col 214. 3° Étienne, au dire de Cyprien. Epist., lxxiii, 4, de Firmilien, Epist., lxxv, 18, de l’auteur du De rebaptismate, 1, P. L., t. ni, col. 1112, 1170, 1183, parle du baptême donné au nom de Jésus-Christ. Ce baptême du Christ indique-t-il le baptême ordinaire conféré, d’après l’Évangile, selon la formule trinitaire, ou un baptême spécial? Rien dans la controverse ne permet de croire qu'il s’agisse d’un baptême particulier. Car c’était l'usage de désigner le baptême ordinaire sous le nom de baptême du Christ. Saint Hilaire remarque, au IV» siè­ cle, que les passages des Actes des apôtres, où il est question du baptême du Christ, ne sont pas en contra­ diction avec ceux où il est parlé du baptême conféré selon la formule trinitaire. De synodis, 85, P. L., t. x, col. 538. On disait, aux temps apostoliques, le baptême du Christ pour le distinguer du baptême de Jean; on continua dans la suite à se servir de la même expression pour désigner le baptême dont Jésus-Christ avait donné la formule dans l’Évangile. Par conséquent prétendre que saint Étienne regardait comme valide le baptême conféré au seul nom de Jésus-Christ, sans aucune men­ tion des deux autres personnes divines, c’est forcer le sens des textes, ainsi qu’ont eu le tort de le faire, par­ mi les modernes, Gieseler, Kirchengeschichle, Bonn, 1824-1857, t. i, p. 397, et Néander, Allgem. Gesch. der christl. Relig., Hambourg, 1825, t. i, p. 177. Rien ne prouve, en effet, dans les documents qui nous restent, que Cyprien, Firmilien ou l'auteur du De rebaptismale aient compris que, dans la pensée d’Étienne, il se soit agi d'un baptême particulier, autre que le baptême ordi­ naire. 4° Dans la question du baptême des hérétiques, le pape Étienne estimait qu'au sujet de la validité il faut faire abstraction du ministre, mais pas de celui qui reçoit le sacrement. Car, de l'aveu même des opposants, il requérait 229 BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES (CONTROVERSE RELATIVE AU) chez le baptisé adulte, des conditions indispensables de foi; secundum quod credidit, dit Cj prien, Epist., LXXIII, 4; mente et fide sua, remarque Firmilien, Epist., lxxv, 9, P. L., t. ni, col. 1112,1163; toutefois, l’absence de ces dispositions ne rendait pas le baptême invalide, à ses yeux, mais simplement illicite. De là son décret : pas de réitération; le baptême restait valide, il n’y avait qu'à l’accepter et à ratifier ce qui était acquis. Mais,d'au­ tre part, il importait de corriger ce que la collation de ce sacrement avait eu d’irrégulier et d’illicite, soit de côté du ministre, soit du côté du sujet; de là, comme condition indispensable d’admission, l’imposition des mains in pænitenliam. 5° Quelle était la nature de cette imposition des mains in pænitenliam? Faut-il rejeter l’expression et y voir une faute de transcription, comme le prétend Morin ? Gomment, hist. de discip. in admin, sacr. pænitentiæ, 1. IX, c. vit, 13, Paris, 1654, p. 630. S’agit-il du sacre­ ment de la confirmation? Sans doute les rebaptisants prétendaient que le bap­ tême et la confirmation ne peuvent aller l'un sans l’au­ tre et que là où il y a le baptême doit nécessairement se trouver la confirmation. Cyprien, Epist., lxxii, I ; Némésianus de Thubunis, Conc. Carlh. de bapt., 111, P. L., t. ni, col. 1046, 1057. Ils connaissaient bien l'ex­ pression in pænitenliam, mais ils parlent de la réception du Saint-Esprit. D’où cette objection : si les hérétiques peuvent baptiser, pourquoi ne pourraient-ils pas con­ firmer? A quoi bon. dès lors, l’imposition des mains ad Spiritum Sanctum ? Réitérer celle-ci, c’est donner droit à réitérer le baptême : non est necesse ei venienti manus imponi ut Spiritum Sanctum consequatur et signetur. Epist., lxxiii, 6, P. L., t. m, coi. 1113; i.xxiv, 5; lxxv, 12. 18, ibid., col. 1131, 1166. 1170. L’auteur du De rebaptismate remarquait avec raison que, dans l'Evangile et même dans la pratique ecclésiastique, ces deux sacrements étaient parfois conférés isolément. De rebapt., 3, P. L., t. ni, col. 1187, bien qu’il les jugeât indispensables l’un et l’autre pour être baptisé in lotum. De rebapt., 6, ibid., col. 1191. De telle sorte que la mesure prescrite par le pape viserait bien la confirma­ tion, à titre de complément nécessaire pour les héréti­ ques, déjà baptisés hors de l’Église mais non confirmés. Il y a là une méprise. Déjà Corneille avait décidé, selon la coutume des an­ ciens, de ne procéder à l’admission des hérétiques qu'après avoir obtenu d’eux la répudiation de l’hérésie et la confession de la foi orthodoxe, en faisant unique­ ment sur eux la prière qui suit l'imposition des mains; μοννι τή διά χειρών έπιΟέσεως εύχή. Eusêbe, II. Ε., vu, 2, P. G., t. xx, col. 641. Il n’est pas question de la confir­ mation. Étienne n’en parle pas davantage : ce qu’il exige comme condition indispensable d’admission, ce n’est pas l’imposition des mains ad Spiritum Sanctum, mais simplement celle in pænitenliam. L’imposition des mains in pænitenliam était la règle ordinaire pour réconcilier les chrétiens convertis après leur chute dans l'hérésie ou leur passage au schisme. Sur ce mode particulier de réconciliation, pas de diffi­ culté. Cyprien et ses partisans la connaissaient bien. Epist., i.x.xt, 2; lxxiv, 12; Conc. Carlh. de bapt., III, P. L., t. nt, col. 1166, 1136, 1059. En pareil cas. la pé­ nitence était accompagnée d'œuvres satisfactoires assez pénibles et constituait une irrégularité canonique. Ce n'était pas celle qu’Etienne songeait à imposer à ceux qui avaient été baptisés dans l'hérésie. Le cas n’était pas le même et ne pouvait pas comporter une pénalité aussi grave. Il l’appelle pourtant comme l’autre une imposi­ tion des mains in pænilentiam, pour marquer son ca­ ractère spécial, qui était la correction d'une faute. C'était plutôt, comme le remarque Innocent Iw, une image de la pénitence que la pénitence proprement dite, Epist., xxiv,3, P. L., t. xx, col. 550; une sorte de satisfaction 230 et de pénalité qui n'avait pas la rigueur de la pénitence ordinaire et ne dill'érait point l'admission dans l’Église de l’hérétique converti. C’est ainsi que Vigile, au vi· siè­ cle, distinguant bien les convertis baptisés dans l'hérésie de ceux qui avaient été baptisés dans l’Église catholique, dit que la réconciliation de ces derniers se fait, non per illam impositionem manus quæ per invocationem Sancti Spiritus fit, sed per illam qua pænitentiæ fru­ ctus acquiritur et sanctie communioni restituitur. Ad Eulher. epist., n, 3, P. L., t. lxix, coi. 18. Il y a donc lieu, semble-t-il, de distinguer une double imposition des mains in pænitenliam : l'une, appliquée aux catholiques, coupables d’hérésie ou de schisme, entraînant avec elle une série d’œuvres satisfactoires et différant la réconciliation jusqu’à l’achèvement complet de ces œuvres; l’autre, exclusivement réservée à ceux qui ont été baptisés dans l'hérésie, simple image de la pénitence laborieuse, mais condition nécessaire de leur admission immédiate. Celle-ci, prescrite par le pape Etienne pour régulariser une situation fausse, parce qu'il fallait, comme dit saint Augustin, corrigere quod pravum est, non iterare quod datum est ; sanare quod vulneratum est, non curare quod sanum est. De bapt., n, 7, 12, P. L., t. xi.lll, coi. 133. Et c’est ce caractère de correction qui lui a valu le titre d'imposition des mains in pæni­ tenliam. Cette imposition des mains était accompagnée d'une prière. Manus impositio... quid est aliud nisi oratio super hominem? S. Augustin, De bapt., ni, 16, 21, P. L., t. xlih, col. 149. La formule de la prière qui accompagnait cette imposition spéciale des mains in pæ­ nitenliam ne diilérait pas de celle qu’on employait dans la collation du sacrement de la confirmation; elle ren­ fermait la même invocation du Saint-Esprit septiformis, Marlène, De ant. Eccl. ritibus, t. I, p. 249 sq. ; mais, dans une partie de l'Occident du moins, il n’y était pas fait mention de la consignatio qui servait à caractériser le sacrement de la confirmation. A partir du concile d’Arles, en 314, l’expression du pape Étienne in pænitenliam ne parait plus. Dans l’Église romaine, l'imposition des mains est dite ad Spi­ ritum Sanctum, Conc. Arelal., can. 8, dans Hardouin, t. i, col. 265; Sirice, Epist., 1,1, dans Hardouin, t. i, col. 847; Epist., v, 8, P. L., t. xtti, col. 1160; Innocent 1«, Epist., π, 8; xvu, 4, P. L., t. xx, col. 475,531. Léon Ier nous en donne la raison : quia formam tantum baptismi sine sanctificationis virtute susceperunt, Epist., CLIX, 7, P. L., t. i.iv, coi. 1139; invocata virtute Spiritus Sancti, quam ab hærelicis accipere non potuerunt. Epist., CLXViu, 18, P. L., t. Liv, coi. 1200. Cf. Epist., clxvi, 2, ibid., col. 1194. En Orient, à l’imposition des mains on joignit la chrismatio ; c'est-à-dire on donna le sacre­ ment de la confirmation. Quæst. ad orthod., xtv, dans saint Justin, P. G., t. vt,col. 1261; Conc. Laodic., can. 7, dans Hardouin, 1.1, col. 781 ; Conc. Constant., I, can. 7. Il en fut de même en Gaule et en Espagne. Gennade, De Eccles, dogm., lu, P. L., t. lviii, col. 993; Conc. Araus., I, can. 2, dans Hardouin, t. I, col. 1784; Conc. Arelat., II, can. 17, dans Hardouin, t. Il, col. 774; Fauste de Riez, De grat. Dei et lib. arb., I, 15, P. L., t. LVIII, col. 807; Walafrid Strabon, De reb. Eccl., xxvi, P. L., t. cxiv, col. 958; Grégoire de Tours, Hist., n, 31, 34; iv, 27, 28; ix, 15, P. L., t. LXXI.col. 227, 230, 291, 292,493; Cone. Tolet., Ill, dans Hardouin, t. ni, col. 471. Enfin, un troisième changement se lit à partir du concile géné­ ral d’Éphèse, en 451 ; on exigea de la part des hérétiques une profession de foi orale et écrite. Léon 1", Epist., 1, 2; xxviii, 6, P. L., t. liv. col. 594, 780. Et saint Gré­ goire le Grand résume ainsi les divers modes employés pour la réception des hérétiques : aut unctione chris­ matis, aut impositione manus, aut sola professione fidei, distinguant la confirmation de la simple imposi­ tion des mains; unde, arianos per impositionem manus Occidens, per unctionem vero chrismatis Oriens; mono- 231 BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES (CONTROVERSE RELATIVE AU) physitas et alios ex sola confessione fidei. L. XI, ind. iv, Epist., lxvii, P. L., t. lxxvii, col. 1205, 1206. Il est à remarquer qu'il n’est plus question du bap­ tême; et si la primitive imposition des mains in poeni­ tentiam du décret d’Elienne a cédé la place soit à l'im­ position des mains ad Spiritum Sanctum, soit à la confirmation, soit à une protession de foi orthodoxe, c’est là une mesure disciplinaire que l’Église a adaptée aux diverses circonstances de temps, de lieux et de per­ sonnes. Il n'en reste pas moins que le pape Etienne a eu raison contre les rebaptisants. IV. Le baptême des hérétiques après saint Cyprien. — La controverse entre saint Cyprien et le pape saint Etienne relativement à la validité du baptême des héré­ tiques s’acheva sans schisme, mais aussi sans réussir à introduire l'uniformité dans la pratique ecclésiastique. Chacun des partis continua à admettre les hérétiques convertis, soit par la simple imposition des mains, soit par la collation du baptême, selon qu'il regardait le baptême donné et reçu dans l'hérésie tomme valide ou comme nul. C’était là ee qu’il aurait fallu décider tout d'abord ; après quoi il importait de bien caractériser la nature du rôle du ministre, dans la collation de ce sa­ crement, et du sujet, dans la réception du baptême. A Rome, on tenait pour valide tout baptême conféré avec la formule trinitaire, quelle que fût la loi ou la dignité de ministre; et on estimait que, même dans l'hérésie, on pouvait recevoir la rémission des péchés, secundum quod credidit. Epist., LXXIII, 4, P. L., t. Ill, col. 1112. Tout opposé était le point de vue des rebaptisants. Ce nest que peu à peu que ces divers points devaient se préciser et que la notion du sacrement devait se dé­ gager. liés le début du iv· siècle, les donatistes, tirant des principes de saint Cyprien la conséquence qu’ils renfer­ maient, déclarèrent nul tout baptême conféré par un ministre indigne, fût-il orthodoxe; ils se mirent à bap­ tiser quiconque venait à leur parti, même de l’Église catholique, parce que les ministres catholiques, étant traditeurs, ne pouvaient conférer validement le bap­ tême. Ils furent condamnés. Saint Optai de Milève reconnaît la validité du baptême des donatistes, qu’il tient non pour hérétiques mais seulement pour schisma­ tiques; il n'admet pas le baptême conféré par les héré­ tiques. De schism, donatist., 1. I, n. 10, 12; 1. V, n. 3, P. L., t. xi, col. 903, 1048. Il condamne le baptême des hérétiques parce qu’ils n’avaient pas la vraie foi sur la di­ vinité. En 314, le concile d'Arles eut à se prononcer sur la coutume africaine. Plaçant la question sur son vrai ter­ rain, les Pères de ce concile tinrent pour valide le bap­ tême conféré selon la forme indiquée par l’Evangile et pratiquée par l’Église, abstraction faite de l’orthodoxie ou de la moralité du ministre. Ils exigèrent qu’on interro­ geât les hérétiques sur le symbole; s’il était acquis qu’ils avaient été baptisés selon la formule trinitaire, l’imposi­ tion des mains suffisait pour les admettre; dans le cas contraire, la collation du baptême était requise. Can. 8, Hardouin, t. I, col. 265. Or, pour certains hérétiques, la question à poser devenait inutile, car il était certain qu'ils n'employaient pas la formule baptismale requise ou qu’ils la défiguraient complètement; pour eux, la col­ lation du baptême catholique s’imposait. Ce fut en par­ ticulier le cas des disciples de Paul de Samosate, spécia­ lement visés par le canon 19 du concile de Nicée. Har­ douin, t. 1, col. 331, et dont, un siècle plus tard. Inno­ cent 1er disait qu'ils ne baptisaient pas au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Epist., xxu,5, Hardouin. 1.1, col. 1018, ou Epist., xvn, 5, P. L., t. xx, col. 533. Le cas des paulianistes ne resta pas isolé; car le concile de Laodicée, can. 8, Hardouin, t. I,col. 781, soumit au baptême certains montanistes qui ne conservaient plus la formule orthodoxe que Tertullien leur reconnaissait de son temps. Adv. Prax., 2, P. L., t. n, col. 157. Dans d'autres cas, 1 232 on hésita sur la validité du baptême conféré. Saint Athanase, quand on lui oppose que les ariens baptisent selon la formule trinitaire, réplique : ils la faussent; leur baptême est vain et inutile. Cont. arian. oral., n, 42, P. G., t. xxvi, col. 237. Il en est d’autres qui ne l’en­ tendent pas davantage dans le sens de l’Église; tels, les manichéens, les phrygiens, les paulianistes. Ibid. Saint Basile le Grand connaît les décisions prises contre les cathares, les encratites et les hydroparastates; il sait que certains évêques d’Asie n’en acceptent pas moins leur baptême; il rejette le baptême des pépusiens et des encratites. Epist., clxxxvhi, can. 1, P. G., t. xxxn, col. 664-669; au sujet des femmes qui, après avoir fait vœu de virginité dans l'hérésie, l'ont violé en se ma­ riant, il dit : τούτου;... άνευ βαπτίσματο; ή ’Εκκλησία ού παραδέχεται, Epist., exeix, can. 20, P. G., t. xxxn, col. 720; il signale enlin l'usage de Césarée vis-à-vis des encratites, des saccophores et des apotactites : nous ne les recevons pas sans leur avoir conféré notre baptême. La raison en est que ces hérétiques n'ont pas la véri­ table foi en Dieu. Basile n’ignore pas l’usage contraire de Rome et de quelques provinces d’Asie; il ne le blâme pas, mais il désirerait qu’un synode réduisît toutes ces divergences à l imité. Ibid., can. 47. col. 732. Saint Cy­ rille de Jérusalem, Procatech., P. G., t. xxxm, col. 345, déclare qu'à Jérusalem on ne rebaptise que les héré­ tiques, parce que leur premier baptême n’est pas un véritable baptême. Un canon du concile de Constantinople de 381, le 7·, bien que d'addition postérieure, mais reconnu et accepté plus tard par le concile in 'Jrullo, constate l'usage de l’Eglise à la réception des hérétiques : ariens, macédo­ niens, sabbatiens, novations, quartodécimans, appollinaristes ne sont pas soumis au baptême, parce qu'ils l'ont reçu validement; il en est autrement pour les eunomiens, les montanistes et les sabelliens. Hardouin, t. t, col. 813. Gennade dit clairement : Illos qui non sanclæ Trinitatis invocatione apud hæreticos baptizati sunt et veniunt ad nos, baptizari debere pronuntia­ mus, non rebaptizari. Car le baptême des disciples de Paul de Samosale, de Proclus, des borborites, des photiniens, des montanistes, des priscillianistes est nul. De dogm. Eccl., lu, P. L., t. lviii. col. 993. Bref, à partir du Ve siècle, grâce surtout à saint Augustin, la validité du baptême, de l’aveu général, dépendait de la fidèle observation de la formule trinitaire. H ne fui plus ques­ tion de le réitérer, mais de le conférer à quiconque ne l’avait pas reçu validement; mais comme le seul fait d’avoir reçu le baptême de la main d’un hérétique ou d’un schismatique constituait un acte illicite, il resta entendu, dans la pratique de l’Eglise, qu’on ne devait admettre les convertis, qu’en leur imposant les mains ou en leur donnant la chrismatio. Cl. J. Ernst, Der Id. Augustin über die Enlscheidung der Eetzertauffrage durcit ein Plenarconcil, dans la Zeitschrift fur katholische Théologie, 1900, p. 282-325; Id., Die Ketzertaufangelegenheil in der altchrisllichen Kirche nach Cyprian (Forschungen zur ehristlichen Litteratur und Dogmengesehichle, de Ehrhard et Kirsch, Mayence, 1901, t. n, ifasc. 4). Sources. — S. Cyprien, Epist. ad Januarium, ad Quintum, ad Stephanum, ad Jubaianum, ad Pompeium, txx-i.xxiv, P. L., t. lit, col. 4036. 4103, 1646, 1109, 1128; Concilia Carthaginensia, t, II. Ht, de baptismo, P. L., t. ut, col. 1036, 1046,1052; Eirmilien, Epist., lxxv, inter Cypriani epist., P. I... t. ni, col. 1154; Anonyme. De rebapttsmate, P. L..I. tu, col. 1185 sq. ; Eusèbe, H. E., vu. 2-9, P.G., t. xx. col. 640 sq.; S. Jérôme,Dia­ logus adv. Luci/erianos; P. t.., t. xxni, col. 163 sq. ; S. Au­ gustin. De baptismo contra donalistas, P. L., t. xi.lll, col. 107 sq. ; Contra Cresconium. n, 31 ; in, P. L., t. X1.1I1. col. 489 sq. ; Contra Gaudentium, n.P. !... t. xi.m, col. 741 sq. ; Epist., xctlt, 10, P. L., t. xxxm. col. 338 sq.: S.Basile, Ad Amphilochium, Epist. can., t, n. CLXXXvnt. exetx. P. G., t. xxxn, col. 668 sq. ; Vincent de Lérins, Commonit., VI, P. L., t. L, coi. 645, 646. 233 BAPTÊME D’APRÈS LES MONUMENTS DE L’ANTIQUITÉ Travaux. — Baronius, Annales, ad ann. 258, n. Il sq. : Pagî, Critica in Baronium, ad ann. 255, n. 9 16, ad ann. 256, n. 317; Bellarmin, De romano pontifice, iv, 7; Maran, Præfatio ad opera sancti Cypriani, P. L., I. iv, col. 9 sq. ; Thomassin, In concilia, diss. H, P. L., t. ni, col. 1219 sq. : Constant, Disser­ tatio qua vera Stephani circa receptionem hterelicorum sen­ tentia explicatur, P. L.. t* in, coi. 1249 sq.; Anonyme, Aucto­ ritas pontificia a quibusdam neotericis acriter impugnata sedasapientissimis Gallice theologis solide vindicata, Dissertatio historico-dogmulica, P. L., t. ni, coi. 1273 sq.; Schelstraete, Antiquit, illustr., part. Π, diss. I, c. v, 1678; Du Pin, Biblio­ thèque..., t. i, p. 151, 176; Tillemont, Mémoires..., t. iv, saint Cyprien, a. 42-52 et notes 42-44; Noël Alexandre, Hist, eccles., sæc. in, diss. XII, XIII, XIV, avec les notes de Roncaglia et de Mansi; Suyskenus, De S. Cypriano comment, præv., 38 sq., dans les Acta sanctorum, sept., t. iv, p. 295 sq. ; Chicanot, Dis­ sertation sur la célèbre dispute entre le pape Étienne et Cyprien évêque de Carthage, Paris. 1725; Marchetti, Esercilazioni ciprianiche, Rome, 1787; Rettberg, Cyprian, Gœttingue, 1831 ; L. Roche, De ta controverse entre S. Étienne et S. Cyprien au sujet du baptême des hérétiques, Paris, 1858; J.-B. Thibaud, Question du baptême des hérétiques, discutée entre le pape saint Étienne 1" et saint Cyprien, évêque de Carthage, Paris, 1863; Schwane, Controversia inter D. Stephan um et D. Cyprianum, Munster, 1860; Tizzani, La celebre contesa fra san Stefano e san Cypriano, Rome, 1862; Peters. Der h. Cyprian, Ratisbonne, 1877; Freppel, Saint Cyprien et CÉglise d’Afrique au ι/r siècle, Paris, 1865; Hefele, Histoire des con­ ciles, trad. Leclercq, Paris, 1907, t. i; Duchesne. Les origines chrétiennes (lithog.), p. 412-431 : P. Monceaux, Histoire litté­ raire de l’Afrique chrétienne, Paris. 1902. t. il, p. 36-39, 45-47, 56-64. 78-80. 226-232; Diction, anolog., 1909. t. i. col. 390-418. Bibliographie dans de Smedt, Dissertationes selectæ...t Paris, 1876, p. 219-221, 236-237 ; Blanc, Cours d’histoire ecclésiastique, L I, p. 303. G. Bareille. IV. BAPTÊME D'APRÈS LES MONUMENTS DE L'AN­ 1. Les monuments. II. Leur valeur théologique. I. Les monuments. — L’idée de la résurrection glo­ rieuse domine l’art chrétien primitif. Pour arriver à cette félicité suprême, le baptême était nécessaire. Joa., ni, 5. 11 était donc naturel que ce sacrement fût repré­ senté dans les anciens monuments. Les nombreuses représentations qu’ils reproduisent sont de deux sortes : elles sont soit réelles ou mixtes, soit symboliques. /. REPRÉSENTATIONS RÉELLES OU MIXTES. — 1» Il y en a une de la fin du il' siècle dans la chapelle des sacrements a2 : Moïse fait sortir l’eau du rocher; à côté, un pêcheur, assis sur le bord du bassin dans lequel l’eau tombe, retire un poisson avec l’hameçon, et un homme verse de l’eau en abondance sur un garçon tout nu. De Rossi, Roma setter., t. tr, pl. xvi, 5; et mieux Wilpert, Malereien der Sakramentskapellen, p. 7, lig. 6. Dans la chapelle a3, qui est voisine de la précédente, les mêmes scènes sont représentées, avec cette différence qu'à la place du chrétien ordinaire, c’est le Christ qui est baptisé par saint .lean, symbole de notre propre baptême; la scène du paralytique empor­ tant son grabat y est encore ajoutée. De Rossi, op. cit., pl. xv, 6; et mieux Wilpert, op. cil., p. 18, lig. 11. Une peinture plus ancienne, du commencement du 11' siècle, existe à la chapelle grecque, dans la catacombe de Priscille : elle représente Moïse frappant le rocher, le paralytique, et, d’après ce qui reste encore de peinture a la voûte presque complètement détruite, la collation du baptême. Wilpert, Fractio panis, édit, franç., Paris, 1896, p. 60 sq., pl. vi. — 2" Après Constantin, les scènes réelles du baptême deviennent plus nombreuses. Les suivantes méritent une attention particulière : 1. La pierre funéraire d’Aquilée (lig. 1), publiée, entre autres, par De Rossi, Bullett., 1876, pl. I, 2; Garrucci, Storia dell'arte, t. vi, pl. 487, n. 26; Martigny, Dictionnaire, 2' édit., p. 322, et plus exactement par Wilpert, Die altchrisll. Inschriften Aquileias, dans VEphemeris Salonitana. 1891. fasc. IV, p. 39. — 2. La cuiller d’argent émaillée, du IVe siècle, trouvée aussi à Aquilée, en 1792. TIQUITÉ CHRÉTIENNE. — 23i Garrucci. pl. 462, 8; Martigny, op. cit., p. 82; De Rossi, Bulle/.,édit. franç.. 1868, p. 83, etc. On y voit, debout dans un bassin, un enfant nu ; l'eau descend sur lui du bec f. — Inscription d’Aquilée. D’après une photographie. d’une colombe; à droite et à gauche sont divers per­ sonnages. — 3. Un fragment de verre orné de ligures en creux, trouvé en 1876 sur le mont dit delta Giustizia, à Rome, près de la gare actuelle. De Rossi, Bullett., 1876, pl. i, 1. Au milieu est une jeune fille, du nom d’ÀLBA..; sur sa tête s’appuie la main d’un personnage disparu par suite d’une brisure du verre. « D’un vase suspendu en l’air par une espèce d’encarpe globuleux, une chute d’eau tombe en abondance sur la tête de la baptisée et s’égoutte tout à l’entour de sa personne. » A gauche, on voit la colombe portant le rameau d’oli­ vier. A droite, un homme nimbé, du nom de Mirax, revêtu de la tunique et du pallium, montre de la main gauche la baptisée à quelqu'un qui s’approche en venant de droite. D’aprèsM. De Rossi, loc. cit., p. 17, le baptême étant accompli, la jeune fille sort du bain salutaire, et le prêtre Mirax la remet à ses parents. — 4. Un sarco­ phage de Mas-d’Aire, Le Blant, Sarcophages chrét. de la Gaule, Paris, 1886, p. 98-99, pl. xxvi, I ; Pératé, Ar­ chéologie chrétienne, p. 323. nous montre, « avec Lazare ressuscité et Daniel orant, d'une part Adam et Éve et le baptême d’un adolescent, de l'autre une jeune fille... » — 5. Une autre scène du baptême existait sur une pein­ ture plus récente de Sainte-Pudentienne. Martigny, op. cit., p. 83, et ailleurs, d’après Ciampini, Vetera nionimenta..., Rome, 1690-1699, t. n, p. 20, pl. vi, 1. il. représentations symboliques. — Les symboles du baptême dans l’art chrétien se divisent en deux classes, selon qu'ils ontou qu’ils n’ont pas de prototypes bibliques. — 1" Prototypes bibliques. — 1. Le déluge et l’arche de Noé. — D’après Corblet, Histoire du sacrement de baptême, t. Il, p. 514, ce symbole signifie le salut procuré par le baptême, tandis que la colombe et l’oli­ vier indiquent la paix communiquée par le Saint-Esprit dans ce sacrement. En raison de la présence de certains détails, nous doutons que l’artiste ait visé directement le baptême. C’est plutôt l’Église qu’il avait en vue. 2. Le passage de la mer Rouge. — Cette scène ne se rencontre que sur les sarcophages (et les mosaïques) postérieurs à l’an 300. Garrucci en a publié une dou­ zaine de représentations. Cf. Le Blant, Étude sur les sarcophages d’Arles, Paris, 1878, n. 36, 42, 43, etc. D’après l'enseignement des Pères (voir plus haut), elle symbolise le baptême. Une autre signification directe­ ment funéraire, la sortie de l’âme de ce inonde, est plus souvent visée par l’artiste, d’après Le Blant. op. cit., p. xxx, du moins, sur les monuments funéraires. 3. Moïse frappant le rocher. — La signilication géné- 235 BAPTÊME D’APRÈS LES MONUMENTS DE L’ANTIQUITÉ 236 raie de celte scène très ancienne et très fréquente a été 2" Autres figures symboliques ou allégoriques. — 1. Le cerf — II est l'image du catéchumène qui soupire exposée, t. I. col. 2007-2008. La signification particulière, apres la régénération. 11 a cette signification quand il se comme symbole du baptême, est clairement exprimée désaltère aux eaux du Jourdain, par exemple, au baptis­ par les artistes, par exemple, dans la chapelle des sa­ crements a2, Wilpert, Malereien der Sakramenlstère de la catacombe de Saint-Ponlien, Garrucci. op. cil., t. n, p. 96-99, pl. 86-88; Perret, Les catacombes, kapellen, p. 16, fig. 9. où le pêcheur évangélique retire t. m. pl. 52; ou quand il s’approche d’un vase d’eau, le poisson, symbole du chrétien, de l’eau même qui sort directement du rocher (fig. 2). Sur un sarcophage de comme sur un sarcophage de Ravenne, Ciampini, op. Soissons, Le Blant, Sarcophages de la Gaule, p. 14, cit., t. n, pl. 3; Corblet, op. cil., t. il, p.517; Martigny.op. cil., p, 79, n. 7 ; Kraus, Heal-Encyclopàdie, t. il, p. 666; Moïse frappant le rocher fait pendant à la scène réelle Paciaudi, De sacris Christian, balneis, 2e édit., Rome, du baptême du Christ. 1758, p. 154. Ce symbole ne parait que dans la dernière 4. Le paralytique qui emporte son grabat, se ren­ phase de l’art chrétien primitif, en particulier, dans contre dés le il' siècle dans la chapelle grecque, la les baptistères. Cf. Kraus, Geschichte der christl.Kunsl, chapelle des sacrements A3, etc. Les Pères parlent surtout de celui qui a été guéri dans la piscine de t. I, p. 114-115. 2. La pèche. — S’appuyant sur les paroles de Jésus, Bethsaïde, Joa., v, 1-16, dans laquelle ils voient une figure des eaux salutaires du baptême. On pourrait Matth., rv, 19; xin, 47, 48; Marc., i, 17; Luc., v, 10, les Pères s’accordent à voir dans le pêcheur « l’a­ peut-être se demander quel paralytique est représenté sur les monuments; mais le doute cesse quand on voit pôtre qui convertit, et spécialement Pierre, et à iden­ apparaître, comme sur un sarcophage du Vatican, au- j tifier l'homme baptisé avec le poisson qui est tiré de jourd hui au Latran, Garrucci, Sloria, t.v, p. 28, pl. 314, I l’eau ». Clément d’Alexandrie Pædag., 111, il, P. G., 2. — Le pécheur tirant le poisson de l'eau. D'après P. Allard, Rome souterraine, 2' édit., pl. vi, n. 1. 5; Martigny, op. cil., p. 652, les eaux ou les portiques, ou gisent d’autres malades, » ou quand celte scène fait pendant à quelque autre composition baptismale. » 5. L’aveugle-né., dont la guérison, d'après Corblet, op. cil., t. n, p. 515, symboliserait la guérison de l’a­ veuglement spirituel par le baptême. Ce symbole nous parait bien douteux. Voir Symbolisme de l'art chrétien. 6. Le baptême du Christ, d’après Nuovo bullett., 1897, t. m, p. 132; 1901, l. vu, p. 206-207; Wilpert, op. cit., p. 16, 17, etc. Les Pères aiment à rapprocher le bap­ tême du Christ de celui des chrétiens, ses disciples. Les artistes chrétiens établissent aussi ce rapprochement par certains détails de composition non historiques et par des scènes symboliques juxtaposées. Ainsi à la cha­ pelle des sacrements A2 où,à la suite du baptême de Jésus, on voit des scènes eucharistiques, ou bien sur un sarcophage du iv« siècle récemment découvert au forum romain, où la scène du baptême fait suite à une pêche symbolique. Nuovo bullett., 1901, t. vu, p. 205-216, pl. VL Voici le thème ordinaire : le Christ, de petite taille et nu, est en partie plongé dans les eaux; saint Jean, revêtu de la tunicaexontis ou d’un autre costume particulier, est sur la rive du fleuve et procède au bap­ tême. Dans la plus ancienne peinture, à la crypte de Lucine, il tend la main à Jésus pour l'aider à sortir de l’eau. Ailleurs il lui pose la main sur la tête. D’autres fois l'eau descend du ciel, ou coule du bec de la colombe mystique planant au-dessus de Jésus. Au v· siècle appa­ raissent les anges et le Jourdain personnifié; au VIe, le Père éternel. J. Strz.ygowski, Iconographie der Taufe Christi,Munich, 1885; de Waal, Die Taufe Christi auf vorkonstantinischen Gemâlden, dans Rômische Quartalschrift, 1896, t. x, p. 335-349. t. vin, coi. 633, dit : « Si l'on voit représenté un pécheur, que l’on se souvienne de l'apôtre et des enfants qui sont tirés de l’eau. » Ct. ibid., 12, col. 681. De même Paulin de Noie, Epist., xx, ad Delph., 6, 7, P. L., t. i.xi, col. 249,250. Saint Ambroise, Hexaeni., v, 6, 7, P. L., t. xiv, col. 212, 213, s’écrie : « Ne crains pas, ô bon poisson, l’hameçon de Pierre : il ne tue pas, il consacre..., bondis à la surface de l’eau, ô homme, puisque tu es poisson : que les îlots de ce siècle ne t'écrasent plus... » C’est donc sous la forme allégorique du pécheur qu’on se figure le prêtre chrétien adminis­ trant le baptême. Cette signification symbolique est indiquée aussi par les monuments, ou la série des scènes ne laisse aucun doute sur les intentions de l’ar­ tiste, par exemple, dans les deux chapelles des sacre­ ments A2 et A3 à Domitille, sur une fresque du i" siècle, liullell., 1865, p. 44, sur le célèbre sarcophage de la Gayolle, du n« siècle, Le Blant, op. cil., p. 157-160, pl. lix, 1, et sur un fragment de sarcophage trouvé à Saint-Valentin. Nuov. bullett., 1897, t. m, p. 103 sq., pl. iv. — Quant aux autres symboles que citent Corblet, de Waal, etc., leur signification nous parait plus que douteuse. Plus généralement ces symboles s'expliquent autrement, par exemple, par les nécessités de la déco­ ration. Kraus, Geschichte der chrisll. Kunst, t. 1, p. 112. Notons enfin que pour juger, avec sûreté, de la signi­ fication de ces symboles, il faut observer les règles indiquées ailleurs, 1.1, col. 2004,2005, et Symbolisme ue l’art chrétien. II. Valeur théologique. — Ces représentations réelles ou figurées du baptême donnent lieu à d’importantes conclusions théologiques, que les inscriptions viennent confirmer et corroborer. 237 BAPTÊME D’APRÈS LES MONUMENTS DE L’ANTIQUITÉ z. nature du raptême. — L’abhition baptismale est une action symbolique qui. par une vertu supérieure, produit un ellet surnaturel dans lame du baptisé. Cela est indiqué : 1° Par l'origine de l'eau dont on se sert pour l’infusion. Dans les deux chapelles des sacrements Λ2 et A3, et ailleurs, cette eau sort du rocher mystique, qui est le Christ, par la vertu ou la puissance sacerdo­ tale de son représentant Moïse-Pierre, fondement et chef de son Église; le pécheur en tire le poisson, sym­ bole du chrétien baptisé, et c’est dans cette eau qu'on administre le baptême (fig. 2). Cette connexion était certainement voulue par le peintre de ces deux cha­ pelles. — La même conclusion est fournie par les eaux qui descendent du ciel, comme sur la pierre d'Aquilée (fig. 1), où le ciel est figuré parle cercle rempli d'étoiles, ou parcelles qui sortent du bec de la colombe mystique, comme sur la cuiller d’Aquilée, et sur un bon nombre de représentations du baptême du Christ, par exemple, au baptistère catholique de Ravenne.oû les rayons par­ tant du bec de la colombe ont la couleur verdâtre de l’eau. Cowe et Cavalcaselle, Histoire de la peinture italienne, édit, allem. de Jordan, 1869, t. i, p. 23. Sur d'autres monuments cités par de Rossi, c’est sûrement « de l'eau qu’elle (la colombe) répand sur le Sauveur et non des rayons de lumière comme on le suppose com­ munément. Sur un bas-relief de Monza, du vu· siècle, elle verse l'eau au moyen d'un urceolus (burette) qu'elle tient à son bec. » De Rossi, Bullelt., édit, franç., 1876, p. 15. La conclusion serait identique, si la colombe ne lançait que des rayons, symbole de la grâce, d'après le poète Juvence du iv» siècle. P. L., t. xts, col. 110 sq. De cette façon on marque que l’eau du baptême n’est pas une eau ordinaire, mais un flumen cseleste, De Rossi, Inscript. christ., t. Il, p. 135, 6; p. 247, 11, qui tire du Saint-Esprit et du ciel sa vertu génératrice. — 2° Par le nimbe, qui se trouve sur quelques monu­ ments, par exemple, la pierre d'Aquilée (fig. 1). Le nimbe symbolise « l'autorité divine au nom de laquelle fe ministre du baptême prononce la formule et accom­ plit le rite de la régénération ». Il est réservé dans l'art chrétien au Christ, aux anges et plus tard aux saints. De Rossi, Bulletl., 1876, p. 14. regarde donc le person­ nage qui en est orné comme ministre du sacrement et comme tel investi d’une puissance surnaturelle et divine. Car quel que soit le ministre, c'est toujours le Christ qui baptise. Augustin, In Joa., tr. VI, c. I, n. 7, P. L., t. xxxv, col. 1428. — 3° Par les effets qu’on attribue à cette ablution et par certains symboles qu'on emploie. En choisissant celui du paralytique, les artistes montrent le caractère auguste et miraculeux qu’ils reconnaissent à l’action du baptême. De même que l’ange descendait dans la piscine pour communiquer à l’eau la vertu de guérir, de même « le Saint-Esprit pénètre l’eau du baptême et lui donne la vertu de guérir le néophyte de sa maladie spirituelle, le péché ». — 4° Par la juxtaposi­ tion des scènes du baptême à d'autres scènes représen­ tant réellement ou symboliquement l’eucharistie, comme à la crypte de Lucine, à la chapelle grecque, etc. il. mode de collation. — Durant les premiers siècles, le baptême s’administrait de deux façons, par immersion et par infusion. La première manière était d’un usage plus répandu, probablement parce qu’elle symbolisait plus sensiblement la mort et la résurrec­ tion du baptisé avec le Christ. Cependant l'infusion, dont la validitéaété l'objet de graves et d’ardentes discussions, était aussi employée. Voir plus haut. L'immersion com­ plète n’est représentée dans sa réalité nulle part, si ce n'est dans une miniature, de date postérieure, d’un pon­ tifical de la bibliothèque Casanale, à Rome. D’Agincourt, Histoire de l'art par les monuments, Paris, 1823, t. v, pi. 39. Mais on y fait probablement allusion soit dans les différentes scènes de la pêche, où le poisson sym­ bolique est retiré de l'eau, soit dans la main du bapti- 238 seur posée sur la télé du baptisé, qui, d'après l'inter­ prétation commune, signifie l’immersion à laquelle le ministre va procéder et non pas l'imposition des mains, qui n’avait lieu qu’au moment ou le baptisé sortait de l’eau. Strzygowski, op.cit., p. 8. — La simple infusion, au contraire, et l'infusion avec immersion partielle se rencontrent fréquemment, par exemple, dans les cha­ pelles des sacrements A2 et A3, sur le verre de Rome et le marbre d’Aquilée (fig. 1). D'aucuns, par exemple, Kraus, Beal-Encyclopâdie, t. il, p. 828, ont objecté que les règles de l’art s'opposent à la représentation d’une immersion complète et que les représentations d'im­ mersion partielle doivent être interprétées comme re­ produisant l'immersion totale. Mais l'intention de l’ar­ tiste est évidente : qu'il représente le baptême du Christ ou celui d'un fidèle, il a voulu indiquer l’infu­ sion, quand il fait descendre l'eau soit du ciel, soit du bec de la colombe, soit d'un vase suspendu et ren­ versé, ou bien quand il la fait verser par le ministre tenant la coupe dans sa main. Pareille cérémonie était tout à fait inutile après une immersion complète. D’autres preuves peuvent encore être apportées en faveur de l'infusion. D'après De Rossi, Bulletl., édit, franç., 4881, p. 136 sq., un urceolus en terre cuite, trouvé à Carthage en 1880 et provenant d’un antique baptistère, aurait servi à verser l'eau sur la tête du néophyte. On suppose que la coupe en bronze du musée Kircher avait le meme usage. Garrucci. op. cit., t. vi, p. 89, pi. 461, 1-3; de Rossi, Bullelt., 1864, p. 58; 1867, p. 88. L’eau coulait d'en haut dans certains baptis­ tères, par exemple, dans celui de Milan décrit par Ennode.Epigr., n, 449, édit. Sirmond, Venise, t. i, p. 1145. Ces monuments, il est vrai, sont en dehors de l’époque qui nous occupe (l'urceolus, par exemple, est de la fin du v· siècle); mais les petites dimensions des vasques dessinées sur les deux monuments d’Aquilée et sur la peinture de Sainte-Pudenlienne excluent par ellesmêmes l'immersion complète. Quant aux antiques bap­ tistères visibles encore aujourd'hui aux catacombes de Sainte-Félicité, Marucchi, Éléments, t. ir, p. 304, et de Priscille, Nuov. bullett., 1901, t. vu, p. 73, et surtout à la basilique Saint-Etienne, sur la voie Latine, leur dispo­ sition et leur peu de profondeur semblent peu favoriser l'hypothèse d’une immersion complète. Sans recourir à une analogie avec les taurobolies et les criobolies, où il ne peut être question d’immersion, nous pouvons donc dire que les monuments prouvent plutôt en laveur de l'infusion ou de l'intusion unie â l'immersion partielle qu'en faveur de l'immersion totale et montrent, du moins d’une certaine façon, « l'importance donnée à l'infusion de l'eau dans un temps f>ù beaucoup s'ima­ ginent qu'on baptisait seulement par immersion ; point fort important dans la controverse avec les Grecs mo­ dernes. » De Rossi, Borna setter., t. Il, p. 334. — Dans l'infusion, il faut que l’eau coule sur une partie essentielle du corps, de préférence sur la tête, la pars in qua vigent omnes sensus et manifestantur opera aniniæ. S. Thomas, Sum. lheol., Ill*, q. lxvi, a. 7. Les monuments justifient celte prescription. Le baptisé est non seulement parfois debout dans l'eau qui coule, mais l’infusion sur la tète est souvent telle que tout le corps, dépouillé de vêtements, en est inondé (fig. 1 ). A la cha­ pelle des sacrements a2, l'enfant est debout dans l'eau qui vient de passer en grande abondance sur sa tête. Dans tout cela nous avons vraiment l’ablution dont parle l’inscription de deux époux sur un sarcophage de Tolentino :... quos Probianus sacerdos I.AVIT et unxit, De Rossi, Bullett., édit, franç., 1869, p. 23, et que men­ tionnent d'autres inscriptions par les termes : unda, amnis, flumen, fluentum, lavacrum, liquor, etc. lit. le ministre. — C'est le prêtre, évêque ou simple prêtre, quelquefois le diacre. Le prêtre est mi­ nistre du baptême sur les monuments. Sur la plus 239 BAPTÊME D’APRÈS LES MONUMENTS DE L’ANTIQUITÉ ancienne représentation du sujet de la chapelle a2, le ministre porte le costume des prêtres d’alors, la tunique et le pallium, les simples fidèles n’ayant d'or­ dinaire que la tunique.Boni. Quartalschrift, 1896, t. x, p. 344 ; Wilpert, Mat. der Sakramentskapellen, p. 17, 19, 23. Il en est de même sur deux autres scènes bap­ tismales, mentionnées par Wilpert, loc. cil., p. 19, et Bôm. Quarlalschrift, 1900, t. x, p. 330, sur le marbre d’Aquilée (fig. 1), le sarcophage de Mas-d'Aire (la pein­ ture de Sainte-Pudentienne) et si nous adoptons le sen­ timent de M. De Rossi, sur le verre du mont delta Giustizia. Dans le personnage nimbé de la pierre d’Aquilée, Ms'Wilpert. Ephemeris Salonilana, loc. cil., p. 40, voit le Christ; mais le nom de Mirax donné au personnage nimbé sur le verre de Rome (et la peinture de Sainte-Pudentienne) exclut cette interprétation. D'après M. De Rossi, ce personnage est le ministre, tandis que l’autre personnage habillé différemment se­ rait le parrain. Cette première preuve n’a donc pas une certitude absolue. Il en est autrement du sarco­ phage de Tolentino, précédemment mentionné : l’inter­ vention du sacerdos Christi comme ministre du bap­ tême y est clairement exprimée. Une inscription de Priseille, aujourd'hui au Latran (ix, n. 39), publiée, entre autres, par Marini, Alli e monum. de’ frai. Arvali, t. i, p. 171, et Perret, Les catacombes, t. v, pl. 15, 9, dit qu’on a recours à V Église pour faire bap­ tiser un enfant sur le point de mourir : D. M. S. I! Florentius filio suo Aproniano || fecit titulum bene merenti quixit (—qui vixit) || annum et menses nowe[m | dies quin || que cum soldu (= solide) amatus fuisset a maiore (= avia) sua et vidit. || hunc morti consli[tujtum esse petivit de aeclesia ut || fidelis de secuto recessisset (= recederet). Les parrains et marraines, dont parle déjà Tertul­ lien, De bapt., 18, P. L., t. i, col. 1221, doivent aider le ministre et les baptisés, ainsi que l’indiquent les noms de sponsores, fideijussores, susceptores ou άνά8οχο·, etc., qu'on leur donnait. Leur présence sur les monuments a été signalée plus haut. iv. t.li SUJET. — J» Les enfants. — Le pédohaplisme ou baptême des enfants, que l’Eglise.prescrit, est rejeté par certaines sectes religieuses. Les monuments lui sem­ blent favorables. La petite taille du baptisé sur plusieurs des monuments mentionnés le prouve; car il n'est pas possible de l'expliquer uniquement comme représen­ tation plastique, en disant que les néophytes, même âgés, recevaient après le baptême la dénomination de infantes ou pueri au sens spirituel. S. Zénon de Vérone, I. 1, tr. XXXVIII, P. L.,t. xi, col. 483. Les inscriptions sont formelles au sujet du pédobaptisme. Sur un marbre, Wilpert, Ephem. Salon., p. 49, la petite Pro­ clina n’a que six ans; ailleurs, ibid., p. 53, l'enfant Ascliïpiadote n’a qu’un an, ένιαυτόν; ailleurs (musée du Latran, tx, n. 39), le baptisé n'a que deux ans, etc., etc. Ces inscriptions parlent non seulement de néophytes morts peu après leur baptême; elles parlent encore d'autres enfants appelés simplement fideles (= baptisés), et rien n'indique que le baptême leur ait été conféré in periculo mortis. L’abbé Corblet, op. cil., t. I, p. 384, observe qu'en pratique « une grande liberté régna à ce sujet avant que les canons de l’Église aient réglé ce point de discipline... En danger de mort, on baptisait toujours les nouveau-nés; dans les autres cas, les mi­ nistres ne refusaient jamais de conférer les sacrements aux enfants, n’importe à quel âge... En général, on ne baptisait guère les enfants qu'âgés d'un an â quatre ans, et souvent même plus tard. Les inscriptions confirment ces données » {?). 2’ Le baptême des adultes n’a jamais présenté de difficultés. Un nombre considérable d’épitaphes men­ tionnent des néophytes de 20, 30, 40, 50 ans, et qu delà. D'après l'inscription de son sarcophage, De Rossi, Inscr. 240 christ., t. t, p. 80, le célèbre .lunius Bassus meurt, en 359, néophyte, neofilus iit ad Deum, après avoir vécu annis xt.vti, men[si6us] il. Suivant une habitude assez répandue dans l’Église, plusieurs ne recevaient le baptême que dans un âge avancé, quelquefois dans un état de maladie extrême. On les appelait clinici (κλίνη); couchés. Cette coutume abusive de la procrasti­ natio, toujours réprouvée par l’Église, expliquerait un certain nombre d'inscriptions de néophytes morts peu de temps après leur baptême. Voir Eabretti, Incript. anliq... explicatio, Rome, 1699, p. 563, n. 39, p. 577, n. 70; Renier, Inscr. de l’Algérie, Paris, 1885, n. 4041. — Certains marbres mentionnent le catéchumênal. Une inscription romaine De Rossi, Bullell., édit, tranç., 1883, p. 86, dit : KIT€ BIKTOP KATHXOYMéNOC || AITCûN éIKOCI ΠΑΡΘίΝΟΟ || AOYAOC TOu KY PIOu €IHCOo = (hic) jacel Victor catechumenus annorum viginti, virgo, servus domini Jesu Christi. Le titre de servus Christi, que reçoit Victor, était géné­ ralement réservé aux vrais fidèles : c’est ce qui fait supposer à M. Marucchi, Di una pregevole ed inedita iserizione crisliana, Rome, 1883, p. 6, que Victor fut du nombre de ceux qu’une inscription de Milan appelle competentes in Christo, « qui, préparés au baptême par l’instruction et la pratique de la vertu, attendaient d un moment à l’autre la célébration du saint rite. » — Quant aux dispositions requises dans les adultes pour la récep­ tion du baptême, les monuments sont muets, à l’ex­ ception de l’inscription suivante (d’un baptistère) qui parle de la foi, De Rossi, Inscr. christ., t. n, p. 210. 4: Crede prius veniens, Christi te fonte renasci || .Sic poteris mundus regna videre Dei || Tinctus in hoc sacro mortem non sentiet unquam || Semper enim vivit quem semel unda lavil. r. LES EFFETS. — Le baptême n’est pas une simple cérémonie, mais un rite qui produit des effets surna­ turels. Les monuments, tant épigraphiques qu’artistiques, le prouvent. 1“ L’infusion de l’eau produit dans l’âme l'infusion de la grâce du Saint-Esprit, en particulier de la grâce sanctifiante. La colombe mystique sur la pierre d’Aquilée (lig.l)et le verre de Rome, etc., exprime bien cette idée. A cause de cela, le baptême est appelé πηγή άμβροτος βεσπεσίων όδάτων (fons immortalis aquarum [gratiæ] divinitus manantium ), dans l’inscription d’Autun, Wilpert, Fractio panis, édit, franç., p.62; χάρις τοΰ Οεοϋ, dans une épitaphe publiée (d’après Marini, Alli e mon. de’ frai. Arvali, xx), par De Rossi, Bullell., édit, franç., 1869, p. 27: ZCOCIMOC ΚΑΙ «ΥΝίΙΚΗ TG) ΙΔίΐω TfKNU €ΥΝ€ΙΚω KAACDC HZIOMÇNûO ΤΗΝ XAPIN TOY ©€OY...; gratia, dans plusieurs inscriptions des catacombes qui mentionnent un Marcianus... qui gra­ tiam accepit d|ominij «[ostri]... (en Tan 268 ou 279); un Postumius Eulhenion fidelis qui οπλτιαμ sanctam consecutus est. De Rossi, Bullell., 1869, p. 27, etc. Une autre est plus expressive encore;elle porte: Qui accepit SANCTUM spiritum. De Rossi, Bullelt., 1892, p. 41. Très souvent le mot gratia est omis sur les inscriptions, et les expressions techniques accipere, percipere, con­ sequi (sine addito), ainsi que les substantifs acceptio, perceptio, etc. (cf. Tertullien, De bapt., 18, P. L., t. t, col. 1222), désignent la réception du baptême, De Rossi, loc. cit., p. 26-29; Nuovo bullett., 1900. t. vi, p. 73; Le Blant, Inscript. chrét., t. i, p. 145, etc., comme elles indiquaient chez les païens la réception du taurobolium ou criobolium, rite analogue au bap­ tême, dont il était peut-être une imitation. Tertul­ lien, De bapt., 5, P. L., t. i, col. 1204, 1205; Corblet, op. cil., t. t, p. 66. — La grâce éclaire, illumine et fortifie l’âme. Une inscription citée par Muratori, Nov. thés, inscript., 1819, donne : Ici repose Achillia NCOφωΤΙΟΤΟΟ... ; celle ill amination n’est pas l’enseigne­ ment qui précède le baptême, puisque l’enfant n'a vécu 241 BAPTÊME D’APRÈS LES MONUMENTS DE L’ANTIQUITÉ qu’un an et trois mois. Au baptistère de Priscille, sur la via Salaria, on lisait, Nuov. bullett., 1901, t. vu, p. 82, et M. Ihm, Damasi epigrammata, Leipzig, 1895. p. 76: Sumite perpetuam sancto 'de gurgite vitam || Cursus hic est fidei, mors ubi sola perit || BoborAT hic animos divino fonte lavacrum || Et dum membra madent, mens solidatur aquis. Une inscription du baptistère de Tipasa, en Afrique, dit : Si quis ut vivat quærit addiscere semper || Hic lavetur aqua et videat cælestia dona. Mélanges d’hist. et d’arch., 1894, p. 290 sq. 2° Le péché ne pouvant exister avec la grâce sancti­ fiante, le baptême en donne la rémission. En plusieurs représentations du baptême, comme à la chapelle grecque, â la chapelle des sacrements A3, etc., on re­ marque la scène du paralytique guéri et emportant son lit. Qu'il s’agisse du paralytique de Capharnaum. Matth., ix, 1-8, à qui cette rémission est accordée directement, ou de celui de Bethsaïde, la guérison de la paralysie symbolise la guérison spirituelle produite par le baptême, en raison du lien étroit qui rattache cette scène, aux autres scènes baptismales juxtaposées. Wilpert, Princi­ ple» fragen der christ. Arch., 1889, p. 34. Moïse frap­ pant le rocher symbolise le même effet du baptême, qui est indiqué d'une manière bien palpable « lorsque cette scène se trouve en regard de la chute du premier homme », comme sur le sarcophage de Mas-d’Aire, ou sur un arcosole de la calacombe des Saints-Pierre-etMarcellin. Armellini, Anlichi cimiteri, Rome, '1893, p. 337-338. Les inscriptions confirment la croyance en un baptisma in remissionem peccatorum. Saint Damase (?) parlant des martyrs grecs enterrés à Saint-Calliste, dit : ...post hunc (= Hippolytum), Adrias sacro mundatus in amne. De Rossi, Inscr. christ., t. n, p. 67, n. 26. Une inscription du v" siècle, d'un baptistère inconnu, aujourd'hui au Latran, porte : Corporis et cordis maculas vitale [laracrum] purgat et omne simul abluit und[a mahim]. De Rossi, op. cit., t. n, p. 147, n. 10, 10 a. — La rémission du péché a pour conséquence la pureté de l’âme, symbolisée par les habits blancs, (s., 1, 18, que portent les néophytes jusqu'au dimanche in albis et qui sont quelquefois men­ tionnés dans les inscriptions, par les expressions in albis decessit, albas suas ad sepulcrum deposuit, etc. De Rossi, Bullett., édit, franç., 1869, p. 26; 1876, p. 19: Le Blant, Inscr. chrét., t. I, p. 478. 3° Le baptême donne une vie nouvelle, une seconde naissance : le baptisé meurt au vieil homme et renaît à une vie nouvelle, surnaturelle. C'est ce qui est indiqué dans le rite de la submersion et de l’émersion. De là, dans les monuments, cette nudité absolue dont parlent aussi les écrivains ecclésiastiques, nudité propre â faire ressortir le dépouillement du vieil homme. La scène si ancienne du pêcheur qui retire le poisson de l'eau du rocher mystique (fig. 2) n’est que la « traduction gra­ phique » de la célèbre parole de Tertullien, De bapt., 1, P. L., t. I, col. 1198 : Nos pisciculi secundum ΙΧΘΥ N nostrum Jesum Christum in aqua nascimur nec aliter quam in aqua permanendo salvi sumus. C'est le grand poisson, ΓΙΧΘΥΘ ZWNTtoN, comme l’appelle une inscription du n® siècle, au musée Kircher, Wilpert, Principienfragen, pl. I, n. 3, qui, dans l'eau baptismale communique cette vie en « y consacrant les poissons », comme dit Sévérien de Gabala (γ vers 408). L'inscription d’Autun appelle les chrétiens « race céleste du divin poisson », ιχθύος ουρανίου θειον γένος, et elle met cette filiation en relation avec le baptême. D'après saint Augustin, Confess., I. VIII, c. H, n. 4, P. L., t. xxxii, col. 750, et plusieurs inscriptions, Le Blant, op. cit., t. I, p. 476; De Rossi, Inscr. christ., t. I, p. 43 (la dernière date de l’an 338), les nouveaux bap­ tisés étaient appelés pueri, infantes, quel que fût leur à-e, narce qu’ils venaient de naître à la vie de la grâce. 242 Faut-il voir une application de cette allégorie dans le baptême du Christ, quand il « est figuré d'une taille enfantine, malgré le texte positif de saint Luc, m, 23»? Le Blant, Sarc. d’Arles, p. 27. — Par cette naissance nouvelle, le baptisé devient encore le fils adoptif de Dieu. De nombreuses inscriptions appellent les nou­ veaux baptisés néophytes, c'est-à-dire nouvelles plantes, ou nouveaux plants en Jésus et son Esprit-Saint. Cf. Rom., xi, 17. Un marbre funéraire de Sainte-Cyriaque, aujourd’hui au musée du Latran, VIII, 4, reproduit par Marucchi, op. cit., 1.1, p. 183, porte : Aequiti in Deo innofito (sic = neofito) || bene merenti qui vixit II an. xxvi, m. v, D. mi, dec. (decessit) III NON. AUG. 4° Le baptême imprime dans l’âme un sceau, qui est nommé allégoriquement, signum,sigillum, signaculum Christi, Trinitatis, fidei,parcequ'il imprime « la marque du souverain domaine que le Seigneur prend sur notre âme et qu’il est le caractère qui distingue les soldats du Christ ». Ce sigillum est mentionné dans la célèbre in­ scription d’Abercius certainement antérieure â l’an 216. Voir t. I, col. 62. Parlant de Rome, cet évêque dit : λαόν δ’ε’δον έχει /αμπράν σφραγεϊδαν εχοντα. G. de Sanc­ tis, Die Grabschrift des Aberkios, dans Zeitschrift für hath. Théologie, 1897, t. xxi, p. 673 sq. Le sigillum est encore regardé comme un effet de la confirmation qui était conférée en même temps que le baptême. Voir Epigrapihe chrétienne. 5“ Par le baptême on entre dans l’Église. De païen et d’infidèle on devient christianus et fidelis. Sur la dif­ férence entre ces deux dénominations, voir S. Augustin, In Joa., tr. XLIV, 2, P. L., t. xxxv, col. 1714. Cette vé­ rité est attestée par une inscription de Catane, aujour­ d’hui au Louvre. De Rossi, Bullett., édit, franç., 1868, pl. vi, 1, p. 74. Elle est antérieure à la mort de Con­ stantin et porte: Nile Florentine... quæ pridie nonas martias ante lucem pagana nata... mense octavo de­ cimo et vicesima secunda die completis F1DELis facta... supervixit horis quattuor... Ce titre de fidelis est mentionné sur de nombreuses inscriptions. Le page Alexamenos le revendique : pour toute réponse â l’in­ sulte faite à sa foi au moyen du crucifix blasphématoire tracé dans une chambre du Palatin, voir t. I, col. 2014, il signe dans la chambre voisine : Alexamenos fidelis. On se vantait d’être chrétien et de descendre de parents chrétiens, πιστός έζ πιστών, etc., Perret, op. cil., t. v, pl. 21, n. 34, comme on disait consul ex consulibus. — Chrétien et fidèle, le baptisé est reçu membre de la communauté des frères, de VEcclesia fratrum comme l'appelle une inscription d’Afrique, antérieure à Con­ stantin, Renier, op. cit., n. 4025; De Rossi, Bullett., 1864, p. 27; il peut dire avec celui qui l’a fait graver : Salvete FRATRES puro corde et simplici \Euelpius vos |sa/«l«f| satos sancto spiritu. —Le baptisé est admis à recevoir les autres sacrements de l’Eglise, en particulier, la con­ firmation, 1 eucharistie. Ces deux sacrements présup­ posent le baptême. Nous n'osons affirmer que l'expres­ sion de celte vérité soit formelle dans les monuments. Mais la série des peintures correspond de lait â la suite logique des idées représentées dans les cycles de la chapelle grecque, des chapelles des sacrements, dans l'inscription d’Autun, etc. 6» Enfin le baptême confère un droit au ciel; qui­ conque meurt immédiatement après l’avoir reçu est bienheureux. Dés le il® siècle, l’art chrétien donne comme pendant à une scène réelle ou symbolique du baptême (avec ou sans l’eucharistie) la résurrection de Lazare, figure de notre propre résurrection, ou bien une représentation symbolique du ciel et de ses joies, par exemple, à la chapelle des sacrements, â la crypte dette peccorelle, sur les sarcophages de la Gayolle.de Mas-d’Aire et sur celui de Junius Bassus, etc. La même idée est ex­ primée par la présence du paon dans les baptistères. Le texte et le dessin du marbre d’Aquilée disent que la bap­ 243 BAPTÊME CHEZ LES COPTES tisée a été choisie par le Seigneur, quem elegit Dominus, I de baptême. Paris. 1882, t. n, p. 513-578: les recueils épigrapniques de De Rossi, et Le Blant; Diction, d'archéol., t. n, col. 346. et qu elle est entrée au séjour des bienheureux, symbolis '■ R.-S. Bour. par les arbres et les brebis qui se trouvent sur la pierre originale. La brebis du milieu se retourne vers l’enfant et V. BAPTÊME CHEZ LES ARMÉNIENS. Voir t. I, la symbolise, selon Wilpert. loc. cit., p. 40, jouissant déjà col. 1954-1955. du bonheur éternel (fig. 1). Une inscription du cimetière de Pontien, aujourd'hui à la chapelle Borgia, à Velletri, VI. BAPTÊME CHEZ les coptes. — Le nom copte porte, après le symbole du poisson, ces paroles :J/arciœ|| du baptême est : oms, le nom arabe : ma’mûdyah. — I. Doclrine. II. Rites. nus enon\]fitus (sic = neofitus)'\recess (= recessit')|| celi libi pa||len[l]. bisbes (= vit>es)||in pace. Perret, op. cil., I. Doctrine. — 1° Matière employée pour le baptême, t. v, pl. 35, n. 105. Celle de Junius Bassus dit : neo/itus ou matière éloignée. — C’est l’eau naturelle, comme Ht ait Détint. On en pourrait citer plusieurs autres, par chez les latins; cette eau est consacrée par des prières exemple, celle de la Gayolle, publiée par Le Blant, Sarc. spéciales. J.-A. Assémani, Cod. liturg., Rome, 1749. t. il, delà Gaule, p. 159. etc. Terminons par une inscription p. 183, va même jusqu’à prétendre, en s’appuyant sur aussi belle qu'importante pour le symbolisme relatif au Tuki, que les coptes regardent comme invalide le bap­ baptême. De Bossi, Inscr. christ., t. n, p. 424; Grisai·, tême conféré avec de l'eau non consacrée. Mais cela ne Analecta romana, Rome, 1899, t. i. p. 106. les vers peut pas être généralement vrai ; car les réponses de de Sixte 111 (432-448), à Saint-Jean de Latran qu’on y l’évêque Michel, et surtout la constitution synodale du peut lire encore : patriarche Cyrille 111 (1235-1243), tils de Loklok, ordon­ nent d'omettre les cérémonies, quand la vie de l'enfant Gens sacranda polls hic semine nascitur almo, est en danger, ce qui suppose qu'on peut se dispenser Quam lecundatis spiritus edit aquis. de consacrer l'eau. Une chronique, assez sérieuse, rap­ Mergere peccator, sacro purgande fluento. porte même le cas d'une femme qui, en pleine tempête, Quem veterem accipiet, proferet unda novum. aurait baptisé son enfant avec de l’eau de mer, baptême Nulla renascentuin est distantia, quos tacit unum Unus fons, unus spiritus, una fides. qui aurait été sanctionné par un miracle en présence de Virgineo fœtu genetrix ecclesia natos Pierre, évêque et martyr. Denzinger, Bitus orientalium, Quos spirante Deo concipit, amne parit. t. I, p. 14. Le prêtre consacre l'eau toutes les fois qu'il Insons esso volens isto mundare lavacro. doit conférer le baptême. Après la cérémonie il demande Seu patrio premeris crimine, seu proprio. à Dieu de faire revenir l'eau à son état naturel. Cette Fons hic est vitæ qui totum diluit orbem. prière, qui porte dans les rituels le litre de « prière Sumens de Christi vulnere principium. pour l'absolution de l’eau », contient, entre autres, ces Celorum regnum sperate huc fonte renati, Non recipit felix vita semel genitos. paroles: « Nous vous prions et supplions, [Seigneur] Nec numerus quenqiiam scelerum nec forma suorum bon et plein de charité pour les hommes, de changer Terreat, hoc natus flumine sanctus erit. cette eau en sa première nature, afin qu’elle retourne à la terre, comme elle était autrefois. » vi. NÉCESSITÉ DU BAPTÊME. — Le baptême est 2» Application de la matière éloignée ou matière tin : Unus fons..., dit l’inscription qui précède. Une prochaine. — Le baptême est conféré ordinairement attire placée dans nu baptistère et attribuée à saint Dapar immersion. Le prêtre plonge trois fois l'enfant dans mase (?), De Rossi, Inscr. christ., t. il, p. 147, 10 a ; la piscine, en tenant d'une main son pied gauche et sa Him, op. cit., p. 9, porte : Una Petri sedes, unum main droite, et de l’autre son pied droit et sa main VERIDIQUE lavacrum ; vincula nulla tenent (quem liquor gauche, de sorte que le corps de l’enfant est en forme iste lavat). L'Écriture et la tradition enseignent que le de croix. D'après Vansleb, Histoire de l'Eglise d’Alexan­ baptême est absolument nécessaire au salut. Les fidèles drie, Paris, 1677, p. 81, le prêtre plonge Tentant jusqu'au des premiers siècles ne pensaient pas autrement. Telle cou les deux premières fois, et entièrement la troisième est la conviction de l’aïeule qui, voyant mourir le petit fois. Le P. Bernat, S. J., précise davantage: la première Apronianus, recourt à l’Eglise pour lui procurer la grâce fois, le prêtre ne plonge qu’un tiers du corps de l’enfant ; du baptême. Voir plus haut. Le même motif a poussé la deuxième fois, deux tiers; enfin la troisième fois, le d'autres parents à faire baptiser leurs enfants à un âge corps tout entier. Cf. Le Grand. Voyage historique peu avancé, quelques jours avant leur mort, ainsi que d’Abyssinie du P. Jérôme Lobo. diss. NI, Paris et La le montrent les nombreuses inscriptions de néophytes. Haye, 1728, p. 315. Nous avons dit que l'immersion est L’art chrétien exprime lui aussi cette nécessité du bap­ le rite ordinaire ; elle n’est pourtant pas regardée comme tême. Il indique d'abord ses effets qui sont, des condi­ nécessaire à la validité du baptême; en cas de nécessité tions indispensables au salut. Ensuite, s’il faut en on peut le conférer par infusion ; c’est ce que nous ap­ cri.ire .Mor Wilpert. Fractio panis, p. 6, il représente prend un rituel copte traduit par E. Renaudot, MSN. d>< la plus hante antiquité le baptême que Jésus a reçu, Officia varia, l. ni b: Si guis infantium fuerit infir­ alin de nous en montrer la nécessité absolue » (?). En­ mus, constituet [sacerdos] illum ad latus baptisterii, fin l’art chrétien donne au baptême la première place ex quo cava manu aquam accipiet, qua illum 1er per­ dans 1-s grands cycles des catacombes: celte disposition fundat, dicens eadem quse supra. Un autre rituel, com­ dv« se n··? η',-st pas fortuite; elle répond à l'importance muniqué par Tuki à J.-A. Assémani, contient cette ru­ attribu'e au baptême dans la religion du Christ. Il brique : Et si puer aliquis ex iis sit infirmus, aquam forme le point de départ de la vie chrétienne qui doit asperget super totum corpus ejus. aboutir au port de l'éternité, ainsi que l’indique le 3° Forme. — Elle est indicative, comme chez les fragment de sarcophage de Saint-Valentin. Marucchi, latins : Ego te baptizo. Tous les rituels et tous les au­ Bullett. archeol.com. di Borna, 1897, pl. n; Nuovo bulteurs sont d’accord sur ce point. Renaudot, Perpétuité lett., 1897, t. ni, p. 103 sq.. pl. iv. de la foi, t. n, p. 5, 10; Vansleb, Histoire de l’Eglise d'Alexandrie, p. 205; J.-B. du Sollier, Appendix ad Ouvrag·· r.-.-: p. Granîello, It battesimo per immersione-infia. r-x —.,-η/οίο sut polhoito di San Ambroseriem pat riarchalem, de coptis, sect. H, n. 176, dans gio. dans Giornaie Areadieo. Berne, 1864. t. XXX vi ; De Rossi, les Acta sanctorum, Anvers, 1709, junii t. v, p. 138. BuUett. Λ archroL crûL·, Mâ. franç.. 18», p. 1-22, 63-70; ëdit. Certains auteurs ont supposé que les coptes répètent la îtal.. p. f-15. 54-57; Onos. Reul-Kneyclopâdie der christl. formule baptismale à chaque immersion ou infusion, et Attertimer. Fnhowgen-Bnagna. 188Î.1886,art. Tau/e. Neophypar conséquent trois fois. .Mais du Sollier montre, ibid., ten, etc.: Mart’prr ëiTWMer. de* antiquités chrétiennes, d’après le témoignage du P. Bernat et de Vansleb, que 2· édit.. Pans. t> «t. F etc.: CcrbleL cette supposition n’est pas fondée. Il est vrai que les Histoire doÿman ôraryvgw et artheiêiogiqœdu sacrement 245 BAPTÊME CHEZ LES COPTES — BAPTÊME CHEZ LES SYRIENS coptes répètent trois fois les mots : Ego te baptizo, dans l’ordre suivant : Ego te baptizo in nomine Patris. Amen. — Ego te baptizo in nomine Filii. Amen. — Ego te baptizo in nomine Spiritus Sancti. Amen. Mais on pense que ces mots, qui sont incontestablement les plus importants, ne constituent pas intégralement toute la forme. Denzinger, Hilus orientalium, t. i, p. 20. Itenaudot a prouvé de son côté, Perpétuité de la foi, t. II, p. 5, qu’il n’y a aucune trace de trithéisrne dans celte,tri pie répétition. 4" Effets. — La réception du baptême est une vraie régénération. Dans les rituels le baptême est dit tantôt « le baptême de régénération », ôms nie pi-oûahemmisi ; tantôt « le bain de régénération », pi-gokem ôte pi-oûahemmisi. C’est lâ comme l’idée centrale. Par le baptême on dépouille donc le vieil homme: Exue illos veteri homine, genera illos ad vitam asternam. — Ile là dérivent les autres effets: I. la rémission des péchés: da eis remissionem peccatorum suorum; 2. l'âme de­ vient le temple du Saint-Esprit : ut sint templum Spi­ ritus tui Sancti per gratiam el miserationes, etc.; 3. Ia grâce et les dons du Saint-Esprit sont conférés : instrue eos per gratiam Spiritus tui Sancti, ut sint in donum incorruptibile Spiritus tui Sancti; 4. l’héritage du royaume céleste : adimple eum gratia Spiritus tui Sancti... ne sil filius carnis, sed filius thalami lui nup­ tialis, et hæres regni lui inamissibilis atque perennis. Une prière demande â Dieu de faire que l'eau devienne une eau vivifiante (aqua vivifica), une eau sanctifiante (aqua sanctificans), une eau expiatrice des péchés (aqua expians peccata), une eau de filiation adoptive (aqua adoptionis filiorum). 5» Ministre. — C’est toujours le prêtre, même en cas de nécessité. Tous les auteurs qui se sont occupés des sacrements des coptes en conviennent. Thomas de Jésus, Ve conversione omnium gentium, I. VI, c. v, Cologne, 1684; Bernat, dans Le Grand, Voyage histo­ rique d’Abyssinie, diss. XI, p. 315; du Sollier, op. cit., n. 191, p. 141 ; J.-A. Assémani, Cad. lilurg., t. n, p. 183. Renaudot pourtant, Peipétuité de la foi, 1. II, c. ni, v, tout en reconnaissant que les canons coptes, même ceux du moyen âge, déclarent invalide le baptême conféré par un laïque, croit qu’il existe des exceptions à cette règle. Cf. du même auteur, Historia patriarcharum Alexandrinorum Jacobilarum, Paris. 1713, p. 56-57. 6» Sujet. — D’après le rituel, les coptes peuvent, ab­ solument parlant, baptiser des adultes (catéchumènes), ou des enfants. Aujourd'hui pourtant ils ne baptisent guère des adultes. Le patriarche Gabriel 11 (1131-1145) défendit de baptiser l’enfant dans le sein de sa mère. Vansleb, Histoire de l’Église d'Alexandrie, p. 299. Vers 750, le patriarche Michel II insista sur l'obligation de baptiser les enfants. Hormis le cas de nécessité, l'en­ fant, s’il est du sexe masculin, est baptisé le quaran­ tième jour après la naissance; s’il est du sexe féminin, le quatre-vingtième jour ; on exige ce délai pour se con­ former à la prescription du Lev., xn, 2-6, relative â la purification de la mère, qui est tenue d’etre présente à la cérémonie du baptême. La circoncision, le huitième jour, est généralement pratiquée; mais elle n’est ni obligatoire, ni regardée comme une cérémonie reli­ gieuse. Alacaire 11 (1102-1131) et Gabriel 11 défendirent expressément la circoncision après le baptême. Cepen­ dant il n’est pas rare que les parents violent cette pres­ cription. Pour recevoir le baptême, l’enfant doit être à jeun, même du lait de sa mère. Une constitution du pa­ triarche Christodule (1047-1078) rappelle cette ancienne coutume. La raison c’est que l’enfant communie immé­ diatement après le baptême ; dans ce cas les éléments de la communion sont le lait et le miel. IL Rites. — Le rite complet de l’administration du baptême embrasse comme quatre phases : 1° absolution delà mère; 2“ admission au nombre des catéchumènes; 246 3° collation du baptême; 4° administration de la con­ firmation par le prêtre. Pource dernier point, voir Con­ firmation. Nous analyserons les trois premiers. 1° Absolution de la mère. — 1. Si l’enfant est du sexe masculin, l’absolution de la mère a lieu 40 jours après l’enfantement. Le prêtre dit les actions de grâces et offre l’encens. 11 lit ensuite l'Epitreaux Philippiens. ni. Puis il récite le psaume I, comme prière préparatoire à la lecture de l’Évangile. 11 lit alors l’Evangile de saint Luc, n, 21-39. Ensuite il récite les prières de la consolation et trois demandes : la premiere pour la paix, la deuxième pour le patriarche (d'Alexandrie), la troisième pour l’assemblée (des fide les). Après cela il récite une prière pour la mère elle-même, puis il oint le visage et les mains de la mère et de l’enfant. — 2. Si la mère a engendré un enfant du sexe féminin, le prêtre commence par dire les actions de grâces et offrir l’encens; il lit ensuite l’Epitre aux Romains, vin, 14-17, puis il récite le psaume lxxxvii, comme prière prépa­ ratoire à la lecture de l’Évangile; enfin, lecture de l’Évangile de saint Luc, x, 38-42. Le reste comme dans le premier cas. 2“ Admission au nombre des catéchumènes. — Le prêtre récite de longues prières pour les catéchumènes, suivies de la prière pour l'huile. Après cela il oint avec l'huile (de l'exorcisme] le catéchumène ou l'enfant sur la poitrine, les bras, le dos et au milieu des mains, en faisant le signe de la croix. Ensuite il récite de nou­ velles prières, puis il lit Tit., n, ll-in, 7, 1 .Joa., v, 5-13; Act., vin, 26-39; Ps. xxxu, 1, 2; Joa., m, 1-21. Après cela il récite les sept grandes demandes : pour les malades, pour les voyageurs, pour les eaux, pour le roi, pour les défunts, pour les oblations, pour les caté­ chumènes. — Ayant fini, il se prosterne devant les fonts baptismaux et récite secrètement une prière pour lui-même; puis il dit les trois grandes demandes : pour la paix, pour le patriarche, pour l’assemblée, et le Credo. H verse alors trois fois de l’huile dans le Jour­ dain (= fonts baptismaux) en forme de croix et signe l'eau; ensuite il récite une prière, puis il souffle trois fois sur les eaux en forme de croix. Nouvelles prières, après quoi il verse trois fois du saint chrême dans les fonts en forme de croix et agite l’eau avec la main en récitant Ps. xxvm, 3, 4. D'après le plus grand nombre des rituels il récite aussi Ps. XXXII, 6, 12; LXV, 12b; L, 9-11, 12; cxxxi, 13; cl. 3" Collation du baptême. — Le diacre conduit alors le sujet près des fonts baptismaux â la gauche du prêtre. Celui-ci demande son nom, puis il le plonge trois lois dans l’eau en récitant la formule que nous avons déjà citée. Il termine par la prière de l'absolution de l'eau. R. Tuld, Missale copto-arabicum, Rome, 1736; Id., Pontifi­ cale et eulogium alexandrinum copto-arabicum, Rome, 1761 ; Id., Rituale copto-arabicum, Rome, 1763; Renaudot, I.iturgiarum orientalium collectio, Paris, 1716; Francfort, 1847; Denzinger, Ritus orientalium, 2 in-8·, Würzbourg, 1803, t. r, p. 14-24, 191-235: A. J. Buller, The ancient Coptic Churches, 2 in-8·. Oxford, 1884. t. Il, p. 262-274; B. T. A. Ewetts, The Rites of the Coptic Church, in-16. Londres, 18s8, p. 17-38; A. de Vlieger, The Origin and early History of the Coptic Church, in-12, Lausanne, 1900, p. 51-55: V. Ermoni, Rituel copte du baptême et du mariage, dans la Revue de l'Orienl chrétien, 1900, p. 445 sq. V. Ermoni. Vit. BAPTÊME CHEZ LES SYRIENS. — Le baptême s’appelle en syrien : Ma'mûdifo’, ou par abréviation : 'Modo' (— immersion, ablution). On trouve aussi, mais plus rarement : Maçbù'ifo' (= action de tremper; tinctio de Tertullien). — L Doctrine. IL Rites. L Doctrine. — I” Matière employée pour le baptême ou matière éloignée. — C'est l’eau naturelle ; tous les documents s’accordent sur ce point. Cette eau doit être consacrée. Une rubrique du rituel des nestoriens le dé­ clare expressément : Et notum sil, quod absque consecra- 247 BAPTÊME CHEZ LES SYRIENS tione laquæ), non administrandus est baptismus, nisi in domo alicujus, in articulo mortis. Cf. Badger, The Neslorians and their Rituals, Londres, 1852, t. n, p. 212. Les mêmes nestoriens exigent, pour la validité du baptême, que l'eau soit mélangée avec l’huile bénite. Les Syriens ne conservent pas dans les fonts l'eau baptismale, du moins longtemps. Ils consacrent l’eau toutes les fois qu’ils confèrent le baptême; pour les maronites, cf. H. Dandini, S. .1., Missione aposlolica al patriarcae Maronili del monte Libano, Cesena. 1655, p. 107; les nestoriens ont une rubrique spéciale: El si alia persona venial, ut baptizetur, eadem aqua adhi­ benda non est, sed recens afferenda est. Badger, ibid., t. n, p. 211. 11 parait pourtant qu'on peut conserver l’eau baptismale jusqu’au troisième jour. Après le bap­ tême, l’eau est absoute. La prière de l’absolution des eaux dans le rituel maronite, contient ces mots : Sancli/icalæ sunt aquæ istæ in Amen ; eodem quoque Amen solvantur a sanctitate sua et fiant juxta priorem suam naturam. 2“ Application de la matière éloignée ou matière prochaine. — En règle générale le baptême est conféré par immersion. Les nestoriens n’emploient que l’im­ mersion ; les jacobites et les syriens unis emploient aussi l’infusion. Chez les nestoriens le prêtre plonge le sujet dans l’eau jusqu’au cou; puis il pose sa main sur sa tète et l’immerge trois fois dans l'eau. Chez les Jaco­ bites et les maronites, le sujet se tient debout dans le baptistère; le prêtre pose la main droite sur sa tète, et de la main gauche il verse de l'eau sur la poitrine, sur le dos, à droite et à gauche, soit pour tracer le signe de la croix, soit pour honorer la sainte Trinité. Saint Éplirem célèbre en termes enthousiastes cette immer­ sion dans l'eau : « Descendez, frères signés [de l’huile des catéchumènes], revêtez Noire-Seigneur ; mêlez-vous à sa race. «T.-.I. Lamy, Sancti Ephræm syri hymni et sermones, in-4“, Malines, 1882, serm. tv, n. 1, t. 1, col. 43. « Descendez, mes frères, revêtez-vous du SaintEsprit dans les eaux du baptême; unissez-vous aux esprits qui servent Dieu. » Ibid., serm. v, n. 1, col. 49. « Les brebis du Christ sont dans la jubilation et entourent le baptistère. Dans les eaux elles revêtent la forme de la belle et vive croix par laquelle le monde est purifié, et du signe de laquelle il est marqué. » Ibid., serm. vu, n. 3, col. G3. « Moïse puisa [de l'eau] et désaltéra les brebis de Jéthro, prêtre du péché. Notre pasteur a plongé dans les eaux du baptême les brebis du grandprêtre de la vérité. » Ibid., serm. vu, n. 5, col. 65. L’immersion n’est pas nécessaire à la validité du baptême. Jacques d’Édesse ordonne au prêtre de baptiser l’enfant par infusion en cas de nécessité. Cf. Denzinger, Ritus orientalium, Wurzbourg, 1863, t. t, p. 18, 42. 3» Forme. — Les Jacobites et les nestoriens emploient la formule : N. baptizatur. Quant aux maronites, ils ont la formule ordinaire : Ego te baptizo N.; mais ils paraissent l’avoir empruntée aux latins, car elle ne se trouve dans aucun rituel ancien. 4» Efiels. — 1. Rémission de tous les péchés. — D’après le rituel jacobite le prêtre prie ainsi : Dedisti [SaZraior] nobis fontem verie purgationis, qui purgat ab omni peccato, aquas scilicet istas, quæ per tui invocationem sanctificantur, per quas emundationem suscipimus, quæ in sancto sanguine data est nobis. Denzinger, Ritus orientalium, t. i, p. 274. Chez les nestoriens, le prêtre s’exprime ainsi : ... Quemadmodum el hodie accessere isti famuli lui et ancillæ tuæ, et donum istud induerunt quod a peccati affectibus libe­ rat. Ibid., p. 375. Sur l’enseignement d’Aphraate, voir t. t, col. 1461. Saint Ephrem revient souvent sur ce premier effet du baptême : « Le baptême est plus grand que le petit fleuve du Jourdain ; par ses eaux et l'huile sont effacés tous les péchés... Par le baptême sont effa­ cées toutes les iniquités cachées de l’âme. » Lamy, Sancti 248 Ephræm hymni et sermones, n. 5, 6, t. i, col. 51, serm. v; cf. aussi col. 57, n. 9; col. 77, n. 6 ; col. 81, n. 10; col. 87, n.20; t. n, col. 803, n. 2. — 2. Infusion de la grâce sanctifiante. — D’après le rituel jacobite le prêtre dit: Ut illustrati, innovati et gratia ac virtute repleti, etc. Denzinger, ibid., p. 276. Pour le rituel maro­ nite, ibid., p. 345. 346; pour le rituel neslorien, ibid., p. 375. Dans l’hymne ni pour la fête de l'Epiphanie, saint Ephrem s'exprime ainsi en s’adressant aux bap­ tisés : « Votre onction est plus excellente parce que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont descendus pour demeurer en vous... Vous étesdes vases de grâce ; conser­ vez avec soin la justice, parce qu'il n’y a pas une seconde restauration. » Lamy, op. cit., t. t, col. 35, n. 16; col. 36, n. 19 ; cf. col. 49,serm. v, n. 1 ; col.57, n. 9:col. 107, serm. xn, n. 2. — 3. Rénovation intérieure de l'homme. — Nous lisons dans le rituel maronite : Venite, dile­ ctissimi mei, estote filii Ecclesiæ et baptismi, qui vestram renovat vetustatem... Exuite vetustatem per aquas baptismi et induite stolam gloriæ in Spiritu Sancio ex aquis. Denzinger, ibid., p. 276, 347; cf. p. 373. Dans son hymne xxn sur l'Église el la virginité, saint Ephrem s'écrie : « Voici que le Seigneur a renou­ velé dans le baptême ton vieil homme; conserve la vie que tu as acquise par son sang. Il s’est construit un temple pour être sa demeure; n’habite pas, ô vieil homme, â la place de Notre-Seigneur dans le temple que le Seigneur a renouvelé; ô chair, si tu habites dans ton temple d'une manière digne de Dieu, tu seras, toi aussi, le siège de son règne. » Lamy, op. cit., t. n, col. 775, n. 2. — 4. Filiation adoptive. — Raplisma sanctificatur filiosque uovos ac spirituales gignit. Denzinger, ibid., p. 274... Et adoptionem filiorum merearis per sanctum baptisma in sæcula. Ibid., p. 336. Quumgue tempus illud... advenisset ad filio­ rum adoptionem in redemptionem corporum nostro­ rum, etc. /bid., p. 375. — Tous ces effets sont admi­ rablement résumés dans cette prière du rituel jacobite où le prêtre demande à Dieu de montrer que « les eaux [du baptême] sont des eaux d’expiation qui puri­ fient de toute souillure de la chair et de l’esprit, brisent les liens, remettent les péchés, éclairent les âmes; qu’elles sont un bain de régénération, une grâce de filiation adoptive, un vêtement d'incorruptibilité, une rénovation par le Saint-Esprit; des eaux enfin qui effacent toute souillure de l’âme et du corps ». Ibid., p. 275. 5° Ministre. — C’est le prêlre seul, même en cas de nécessité. Le baptême conféré par un laïque est inva­ lide. En ce qui concerne les jacobites, le canon de Sé­ vère d’Antioche, VI* siècle, rapporté par Bar-Hébrams, en fait foi : Qui baptizati fuerint ab iis qui presbyteri facti non sunt, baptizentur ac si non fuerint baptizati. Denzinger, op. cit., t. I, p. 21. S’il y a danger de mort, et que le prêtre soit absent, il est permis au diacre de baptiser. Pour les nestoriens, cf. J.-S. Assémani. Riblioth. orient., Rome, 1719-1728, t. ni b, p. 241 sq. Les canons jacobites prescrivent aussi au prètre de baptiser â jeun, en dehors du cas de nécessité. 6° Sujet. — Autrefois on baptisait les catéchumènes. Dans son hymne VI pour la fête de l’Épiphanie, saint Éphrem lait évidemment allusion à cet usage : « La laine, dit-il, est une chose merveilleuse, qui prend tou­ tes les couleurs, de même que l’esprit perçoit toutes choses. La laine reçoit son nom de la couleur dont elle est teinte. Ainsi vous, qui autrefois vous vous appeliez Ecoutants (Smû'ê’, dûdienles = catéchumènes), après avoir reçu le baptême, êtes appelés Recevants [Nsûbê', accipientes [l'eucharistie] |. » Lamy, op. cit., t. i, coi. 57, 59, n. 11. Par cela même le sujet ordinaire du bap­ tême était les adultes. On sait que saint Ephrem luimême reçut le baptême à Bet-Garbaia â l’âge de dix-huit ans. On comprend ainsi certains canons qui détendent 249 BAPTEME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIIIe SIÈCLE débaptiser des aliénés et des énergutnènes. Aujourd’hui on ne baptise que rarement des adultes. La pratique ordinaire est de baptiser les entants, comme dans l’Église romaine. Pour être baptisé, l'enfant .doit être à jeun, parce qu'il reçoit la communion immédiatement après. Il est défendu de baptiser dans les mêmes eaux les enfants des deux sexes. Cf. [Gibert], Tradition ou Histoire de l’Eglise sur le sacrement du mariage, Paris, 1725, t. n, p. 312. 7° Nécessité du baptême. — Les Syriens ont toujours regardé le baptême comme nécessaire pour tous les hommes. Sur ce point ils s’accordent pleinement avec l’Église romaine. Qu’il nous suffise de citer un passage de l'hymne x de saint Ephrem pour la fête de l’Épi­ phanie : « Lorsqu’il (le Christ) eut accompli sur la terre tout ce qui était convenable, 11 s’éleva [au ciel). Si Celui qui purifie les autres a été baptisé, qui n’aura pas besoin du baptême'? Celui, qui est la grâce, s'ap­ procha du baptême pour effacer nos plaies hideuses. » Lamy, op. cit., t. i, col. 101, n. 12. 8° Défense de réitérer le baptême. — Bar-Hébræus nous a conservé un canon de Jacques d’Édesse (640708) ainsi formulé : Christianum, gui Agarenorum aut ethnicorum religionem professus fuerit, deinde resipuerit, haudquaquam baptizamus, sed oratio dumtaxat pænilentium a pont ifice super eum fiat imponaturqueei tempus pænitenliæ, quam cum expleverit, communicet. Saint Ephrem revient assez souvent sur cette défense : « Quiconque boit les eaux que je lui donne, n’aura plus soif. Joa., tv, 13. Ayez soif du saint baptême, mes chers [frèresj, car vous n’aurez plus soif d'un autre baptême. » Lamy, op. cil., t. I, col. 71, n. 21. « Vos corps ne sont susceptibles que d'une ablution. » Ibid., col. SI, n. 10. « Apprenez, mes frères, par vos habits, comment il faut garder vos membres. Si l’habit conserve sa beauté, parce qu’il peut être lavé, toutes les fois qu’il est sali, le corps, qui n'est susceptible que d'une ablution, doit être gardé avec d'autant plus d’at­ tention qu'il peut recevoir plus de blessures. » Ibid., col. 95, n. 13. 11. Rites. — Les Syriens et les Cbaldéens emploient, dans l'administration du baptême, divers rites dont les plus importants sont très anciens et approchent des temps apostoliques. Les nestoriens suivent l’Ûrdre des saints apôtres Adée et Maris, qui turent les premiers apôtres d’Édesse et de la Mésopotamie. Au vin· siècle, le patriarche Jésuiab d’Abiadène (650-660) fit une recen­ sion de cet Ordre. II a subi,dans la suite,d’autres chan­ gements. Les jacobites suivent un Ordre qu'ils attri­ buent â Jacques l'apôtre; ils ont aussi les Ordres de Jacques de Saroug. de Sévère d'Antioche et de Jacques d’Édesse. Quant aux maronites, ils se servent des Or­ dres de Jacques apôtre, de Jacques de Saroug et de saint Basile. Nous ne pouvons pas entrer dans tous les détails de ces rituels. Nous nous bornerons â énumérer les rites communs à ces divers Ordres. — 1“ Ceux qui doivent recevoir le baptême sont signés, mêtrèSmin; c'est-à-dire que le prêtre trace trois fois sur leur front le signe de la croix en disant : Signatur N. in nomine Patris φ Amen, et Filii (g A men, et Spiritus Sancti φ in vitam sæculi sæculorum. 2° Ceux qui vont recevoir le baptême sont déshabillés; c’est alors qu’ont lieu les exorcismes, et qu’on prononce la formule du renonce­ ment. 3° Le prêtre trempe son pouce dans de l’huile d'olive bénite et trace trois lois sur leur front le signe de la croix en disant : « N. est signé de l'huile de joie : mêfriêm P. b-mêsho' d-hadûto', afin qu’il soit prémuni contre toute opération de Satan. » 4’ Suit la bénédiction de l’eau, après quoi le prêtre prend de l'huile d’olive dans le creux de sa main et en oint tout le corps de ceux qui reçoivent le baptême, pendant que le chœur chante un ou plusieurs hymnes de saint Éphrem.ou du moins quelques strophes, selon que le temps l'exige. 250 5» Le prêtre les plonge dans l'eau, pose sa main droite sur leur tète, et de la main gauehe verse de l'eau en disant : Baptizatur N. in nomine Patris iÿ Amen, et Filii φ Amen, et Spiritus Sancti iff Amen. Pendant ce temps on chante l'hymne de saint Ephrem qui com­ mence par ces mots : « Descendez, frères signés, etc. » Voir cet hymne dans Lamy, op.cit., t. I, col. 43. 6° Suit l’administration de la confirmation. Voir Confirmation. J.-A. Assëmani. Codex liturgicus. Rome, 1749, t. i, p. 174, 199,204; t. 11. p. 211, 214, 399; t. III, p. 136, 140, 184; Denzinger, Ritus orientalium, t. i, p. 14-48, 200-383: Badger, The Sestorians and their Rituals, Londres, 1852, t. il. p. 195; Lamy, Sancti Ephræm hymni et sermones, t. i, col. 28. n. 1 ; Synodus Sciar/ensis Syrorum in monte Libano celebrata anno uoccccxxxvut, Rome, 1897. Cl. Canoniste contemporain, 19U0, p. 436-437. V. Ebmoni. VIII. BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIII' SIÈCLE AVANT ET APRÈS LE CONCILE DE La théologie du baptême était loin d’avoir été formulée d’une façon définitive et complète par les Pères. Ceux-ci avaient sans doute traité, quelques-uns même assez longuement, les points principaux de la doc­ trine; mais ils laissaient néanmoins des lacunes après eux. Non seulement la systématisation proprement dite était encore à faire, mais il y avait à élucider et à com­ pléter plusieurs points importants, notamment la ques­ tion des effets du baptême. Ce sera l'œuvre des scolas­ tiques du moyen âge. Nous étudierons successivement les questions suivantes : I. Définition. IL Institution. HL Matière. IV. Forme. V. Nécessité. VL Sujets. VIL Mi­ nistres. VIII. Effets. IX. Administration du baptême. L Définition. — Une des plus anciennes définitions scolastiques du baptême est celle de Hugues de SaintVictor : Baptismus est aqua abluendis criminibus sanclificata per verbum Dei, « c'est l'eau sanctifiée par la parole de Dieu pour effacer les péchés. » De sacramentis, I. II, part. VI, c. n, P. L., t. clxxv, col. 443. Saint Thomas critique cette définition, parce que, dit-il, le baptême n’est pas quelque chose de permanent, mais un acte transitoire. Ce n’est pas l’eau qui fait le sacrement, mais l’ablution. Sum. theol., III», q. lxvi, a. I. D’après quelques théologiens, la doctrine de Hugues aurait été correcte et son expression, seule, défectueuse. Voir Suarez, De sacram., disp. XVIII, a. 1. Meilleure, en tout cas, est la définition d’un autre théologien de cette époque, disciple de Hugues: Immersio [acta cum invo­ catione Trinitatis. Summa Sentent., tr. V, c. iv, P. L., t. clxxv, col. 129. L'ne autre définition qui se rapproche de celle-là, et qui a été longtemps classique, est celle de Pierre Lombard : Baptismus dicitur intinctio, id est ablutio corporis exterior, facta sub forma prxscripta verborum. Sent., 1. IV, dist. III, P. L., t. cxcn, coi. 843. Saint Thomas reproduit cette définition dans sa Somme théologique, loc. cit., et un grand nombre de scolas­ tiques l’adoptent également. Duns Scot en donne une autre, qui mérite d’être citée, parce qu’elle est très expli­ cite : Baptismus est sacamentum ablutionis animæ a peccato consistens in ablutione hominis aliqualiter con­ sentientis, facta in aqua ab alio abluente, et in verbis certis simul ab eodem abluente cum debita intentione prolatis. In IV Sent., I. IV, dist. III, q. i, Opera, 1639, t. vili, p. 157. D’autres théologiens préfèrent définir le baptême par son genre prochain et sa différence spéci­ fique : Sacramentum regenerationis, ou encore sacra­ mentum ad spiritualem regenerationem fidelium insti­ tutum. Suarez, De sacramentis, disp. XVIII, a. I. Enfin la plupart réunissent ou résument les définitions pré­ cédentes en une seule, qu'on peut formuler brièvement, avec le catéchisme du concile de Trente, part. II, c. n, n. 5 : Sacramentum regenerationis per aquam in verbo; ou, d’une façon plus explicite et plus complète : Sacramentum a Christo Domino institutum, in quo TRENTE. — 251 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIIIe SIÈCLE per ablutionem exteriorem corporis sub invocatione sanctæ Trinitatis homo spiritualité/· regenerat ur. Hurler, Theol. dogm. eompend., Inspruck, 1891, t. m. p. 266. II. Institution. — La plupart des scolastiques ne s’ar­ rêtent pas à prouver en detail que le baptême est un sacrement, ni qu'il a été institué directement par JésusChrist. Ils se contentent de reproduire, avec de sobres commentaires, les textes de l'Écrilure et des Pères qui sont donnés plus haut. Voir Baptême dans la sainte Écriture et chez les Pères. En revanche, les théolo­ giens étudient généralement ici deux autres questions : l'époque de l'institution du baptême et la cause de cette institution, autrement dit les motifs qui ont déterminé la substitution du sacrement à la circoncision mosaïque. Voir, pour cette seconde question, Sacrements de l'ancienne loi et Circoncision. Les scolastiques, comme les Pères, sont partagés sur ['époque de l’institution du baptême. Nous allons énumérer brièvement, selon l’ordre chronolo­ gique, les principales opinions qu'ils ont émises, et nous indiquerons ensuite celle qui nous parait la plus probable. 11 Opinions des scolastiques. — La question ne fut pas traitée ex professo avant le Xll« siècle. Saint Ber­ nard, répondant à Hugues de Saint-Victor, qui l’avait consulté sur l'époque de l’obligation du baptême, semble supposer dans sa lettre que le sacrement avait été insti­ tué lors de l’entretien de Jésus avec Nicodême. Tract, de bapt., P. L., t. ct.xxxit, col. 1031 sq. Il faut remarquer cependant que le saint docteur émet cette opinion d'une manière tout à fait incidente, et ne traite ex professo que la question de l’époque ou le baptême est devenu obligatoire. Hugues de Saint-Victor mentionne les divers sentiments qui ont été émis sur l'époque de l'institution; il est d’avis que le baptême fut d’abord mis en usage par le précurseur, puis par le Christ, ensuite par les disciples du Sauveur, afin qu’on s’habituât peu à peu à cette pratique, car elle ne fut établie d'une manière uni­ verselle qu'au moment de la mission donnée aux apôtres par tout l’univers. De sacramentis, I. II, part. VI, c. IV, t. CLXXV. col. 449. Roland Bandinelli, Die Üenlenzen Rolands, édit. Giell, Fribourg-en-Brisgau, '1891, p. 199, tenait cette opinion comme plus probable; elle est encore soutenue par IL Schell. Katkolische Dogmalih, Paderborn, 1893, t. ni b, p. -450. Pierre Lombard croit que l'institution du sacrement eut lieu au moment du baptême de Jésus-Christ par le précurseur. Seul., I. IV, dist.IV, P. L., t. cxcit, col. 845. Au xni* siècle, Alexan­ dre de Halès, Summa, part. IV, q. vin, m. n, a. 3, 1576, t. tv, fol. 68, et Albert le Grand, In IV Sent., I. IV, dist. III, a. 3, Opera, 1651, t. xvi, p. 39. veulent qu’on distingue plusieurs points de vue dans la ques­ tion. D'après eux, Jésus-Christ aurait déterminé la ma­ tière du sacrement lors de son propre baptême; la forme, dans la mission qu'il donna à ses apôtres, Matth.. xxvni, 19; la /in, dans son entretien avec Nicodème; la vertu, sur la croix, quand le sang et l'eau coulèrent de son côté; enfin [’effet salvi/ique, dans son discours d'adieu aux apôtres. Marc., xvi, 16. Saint Tho­ mas suit l’opinion de Pierre Lombard. Sum. theol., Ill*, q. lxvi, a. 2, el la plupart des thomistes l’adoptent également. Voir Billuart, De baptismo, diss. 1, a. 2, § I. Le catéchisme du concile de Trente l'accepte aussi bien que Soto, De justitia et jure, I. II, q. v, a. 4, Lyon, 1582, p. 57, et Gonet, Clypeus theologies Ihomislicæ, 3e édit.. Paris, 1669, t. v. p. 112. Duns Scot croit que le sacrement fut institué, non au baptême de Jésus-Christ, ni pendant son entretien avec Nicodême, mais toutefois avant la passion, sans qu’on puisse préciser davantage le moment de l'institution. In IV Sent., L IV. dist. III, q. tv, Opera, 1639, t. vm, p. 188. C’est aussi l'opinion des scotistes et de quelques autres théologiens modernes, ceux de Würzbourg notamment, qui inclinent cepen­ dant pour une date moins imprécise, en plaçant l'insti­ tution probable du sacrement au moment où Jésus- 252 Christ envoya la première fois ses apôtres prêcher et baptiser en Palestine. Theol. Wirceburg., Paris, 1880, t. ix, p. 161. Voir aussi Einig, Tract, de sacramentis, Trêves, 1900, t. i, p. 53-54. Suarez admet que le bap­ tême tut institué avant la passion, mais il a soin d'ajouter que ce n’est pas une vérité de foi, comme quelques-uns se l’imaginent : Solum est hæc sententia probabilior et Scripturis conformior, et communis theologorum. De sacram., disp. XIX, sect, i, n. 4. II croit aussi arec Duns Scot, qu’il n’est pas possible de préciser le moment de l’institution, et qu'il taut en conséquence interpréter l’opinion de saint Thomas de la manière suivante ; liane sententiam asserentem Christum instituisse sacramentum baptismi quando ipse baptizalus fuit, non esse in hoc rigore intelligendam... ut [baptismus] ex tunc haberet suam signi­ ficationem et virtutem..., sed tunc indicatam esse ma­ teriam et formam hujus sacramenti, el paulo post tempore opportuno vel facto vel verbis, vel utroque simul, tradidisse Christum hanc institutionem. Ibid., sect, n, n. 4. Cette opinion, la même au tond que celle de Duns Scot, est adoptée par plusieurs théologiens ré­ cents, entre autres Billot, De Ecclesias sacramentis, 2“ édit., Rome, 1896, t. i, p. 205, 206; Chr. Pesch, Prælect. dogm., Fribourg-en-Brisgau, 1!KX), t. vi.p. 148. 2° Conclusion. — Cette variété d'opinions que nous ve­ nons d'exposer indique bien que la question ne comporte pas de solution absolue. De fait, aucune d’elles ne peut invoquer en sa faveur des arguments décisifs. — 1. Les partisans de l’opinion qui place l’institution du baptême après la résurrection font remarquer que le sacrement n'était pas obligatoire avant cette époque; que la fonda­ tion définitive de l’Église remonte seulement à la Pen­ tecôte ; que le Saint-Esprit ne fut pas donné avant la glorification de Jésus, et que d'ailleurs le baptême,tirant toute sa vertu de la passion du Sauveur, n’avait pas du être institué avant le sacrifice de la croix. C’est l’opi­ nion que préfère Schanz, qui expose fort nettement toute celte question. Die Lehre von den heiligen Sacramenten der kalholischen Kirche, Fribourg-en-Brisgau, 1893, p. 210-215. On leur a répondu que l’obligation d’une loi est distincte de l’institution qui la crée; que les premiers fondements de l’Eglise existaient avant la passion de Jésus-Christ ; que l'effusion du Saint-Esprit dans toute sa plénitude avait eu lieu, il est vrai, à la Pentecôte, mais sans préjudice d'une effusion partielle antérieure; qu'enlin le baptême pouvait tirer sa vertu de la passion future de Jésus-Christ, et même de sa vie antérieure qui fut un sacrifice continuel. — 2. L’opinion qui veut que le sacrement ait été institué lors de l’en­ tretien de Jésus avec Nicodême ne repose sur aucune preuve concluante. Autre chose est l'affirmation de la nécessité du baptême, et autre chose son institution. H ne convenait pas d’ailleurs, ce semble, qu’un sacre­ ment si important eût été institué pour ainsi dire en secret, dans un entretien nocturne où n assistait qu'une seule personne, et qui n’avait aucune mission aposto­ lique. Sofianz, Commentar über das Evang. des heil. Johannes, Tubingue, 1885, p. 169. — 3. Soutenir que l’institution du sacrement eut lieu d'une façon partielle et successive, est une solution qui peut paraître ingé­ nieuse au premier abord, mais qui n'est pas autre chose, au fond, que celle de la première opinion, puisque c’est la forme qui donne l'être définitif au sacrement, et que cette forme aurait été établie au même moment dans les deux systèmes, c’est-à-dire après la résurrection. — 4. L’opinion qui place l'institution du baptême au mo­ ment où Jésus-Christ envoya pour la première fois ses apôtres prêcher et baptiser dans la Palestine, est une simple hypothèse, vraisemblable si l’on veut, mais qui n’est prouvée ni par l’Écrilure ni par la tradition. On peut en dire à peu près autant de l'opinion qui prétend que le baptême tut institué avant la passion, mais à une 253 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIIIe SIÈCLE date impossible à déterminer. Les Pères indiquent géné­ ralement quelque moment précis de la vie du Sauveur. — 5. Reste une dernière opinion, celle qui croit que le sacrement fut établi lors du baptême de Notre-Seigneur. Elle a un fondement incontestable dans l’Écriture, et surtout chez les Pères. Mais elle ne peut invoquer en sa faveur aucun argument décisif, et elle soulève même des objections qui ne sont pas sans importance. Voir Theol. Wirceburg,, Paris, 1880, t. ix. p. 162 sq. C'est néanmoins l'opinion la plus probable, parce qu’elle repose sur les autorités les plus fortes. Le catéchisme du concile de Trente l'adopte sans hésitation, et conseille aux pasteurs de l'enseigner aux fidèles. Part. 11. c. xix. Il importe seulement, selon la judicieuse remarque du savant Mel­ chior Cano qui traite la question en détail, de ne pas transformer en dogme proprement dit une opinion qui ne dépasse pas les limites de la probabilité. De locis theol., l. VIII, c. v, dans Migne, Cursus lheologiæ, t. I, p. 517. III. Matière. — II faut distinguer la matière éloignée et la matière prochaine du sacrement. 1° Matière éloignée. — Les scolastiques sont una­ nimes à dire, après l’Écriture et les Pères, que la matière éloignée du baptême est l’eau naturelle. Les données scripturaires et traditionnelles sont trop caté­ goriques sur ce point, pour permettre aux théologiens une hésitation quelconque. S. Thomas, Sum. theol., III", q. LVi.a.3,4. L'eau exigée comme matière valide du sacrement est toute espèce d’eau naturelle, qui mérite vraiment ce nom d'après l'estimation commune: l'eau de source, de rivière, de pluie, de mer, de glace ou de neige fondue, etc. Deux décisions pontificales du xin« siècle condamnent l’emploi de la bière et de la salive dans l’administration du sacrement. La première fut donnée par le pape Grégoire IX à un archevêque de Norvège, qui l’avait consulté sur la validité du baptême que certaines personnes avaient conféré dans son dio­ cèse avec de la bière, parce qu'elles manquaient d’eau. Le pape lui répondit que ces baptêmes étaient nuis. Raynaldi, Afinal. ecCles., ann. 1241, n. 42. La seconde décision, portée par Innocent III, déclare également invalide le baptême que certaines personnes ignorantes avaient cru pouvoir conférer avec de la salive: Postu­ lasti utrum parvuli sint pro Christianis habendi,quos, in articulo mortis constitutos, propter aguæ penuriam et absentiam sacerdotis, aliquorum simplicitas in ca­ put ac pectus et inter scapulas pro baptismo salivæ conspersione linivit... Dubitare non debes illos verum non habere baptismum. Denzinger, Enchiridion, n. 345. On a prétendu, il est vrai, que le pape Étienne II avait donné une décision contraire, en déclarant valide un baptême qui avait été conféré avec du vin, faute d’eau naturelle. Mais il est reconnu depuis longtemps que ce reserit, dont la teneur est absolument invraisem­ blable, n'est pas authentique. Hefele, Histoire des con­ ciles, trad. Delarc. t. IV, p. 485. Les scolastiques ont soin d’indiquer, après les Pères, les raisons de convenance qui ont motivé l’emploi de l'eau comme matière du baptême. Il convenait, disentils, que l'eau qui sert à purifier les souillures du corps et des vêtements, servit aussi â purifier les souillures de lame, et que, possédant la vertu naturelle de rafraî­ chir, elle fût appelée dans le baptême à calmer les ar­ deurs futures de la concupiscence. De même, disent-ils encore, que l'eau naturelle féconde la terre et est la condition indispensable de toute végétation, de même l'eau baptismale fécondé l'âme régénérée, y dépose Je germe des vertus et es le principe de sa croissance surnaturelle. Alexandre de Halés, Summa, part. IV,q.n. m. m, a. 2; S. Thomas. Sum. theol., Ill", q. ι,χνι, a. 3. Roland Bandinelli, Die Senlenzen Bolands, édit. Gietl, p. 207-208, et Ognibene cité, ibid., note, avaient ajouté ia grande facilité de se procurer l'eau, matière d’un sacrement nécessaire. 254 Dans la discipline actuelle de l’Église, il faut se servir toujours,dans l'administration solennelle du baptême, et autant qu’on le peut dans la collation privée, au moins pour la licéité, de l'eau solennellement bénite les veilles . C. de Propaganda fide, η. 499-515. 2° Matière prochaine. — Elle consiste dans l'appli­ cation de l'eau ou ablution, qui peut se faire de trois manières: par immersion, par infusion et par asper­ sion. La plupart des théologiens admettent généralement que le baptême fut administré par immersion totale de­ puis les temps évangéliques jusqu’au xiv» siècle environ : qu’on employa, du xm» siècle au xv'siècle, l’immersion partielle du corps avec infusion sur la tête, et qu'à par­ tir du xv' siècle, l'infusion seule remplaça l’infusion accompagnée d'immersion. L’abbé Corblet a cru pouvoir contester ces faits dans son Histoire du sacrement de baptême, Paris. 1881. L’étude des textes et des monu­ ments archéologiques l’a conduit aux conclusions sui­ vantes pour ('Occident: « Du IV’ au vin» siècle, immer­ sion partielle dans les baptistères, avec addition d'infu­ sion. — Du vir au xi' siècle: immersion verticale et complète des entants dans les cuves. Λ cette époque et dans tout le cours du moyen âge, procédés divers pour le baptême des adultes qu'il n’était pas possible d'im­ merger dans le bassin des lonts. — Du XIeau xm· siècle: immersion horizontale et complète dans les cuves. — Aux xm' et XIV' siècles: tantôt immersion complète, tantôt immersion partielle accompagnée d’infusion, ra­ rement infusion seule. — xv' et xvi' siècles, rarement immersion complète, parfois immersion avec infusion, le plus souvent infusion seule. — xvn' et xvin», règne de l’infusion seule; immersion conservée jusqu’à nos jours dans les rites mozarabe et ambrosien; rétablisse­ ment de l’immersion dans quelques sectes religieuses. — xix' siècle : progrès rapide de l'immersion dans diverses communions religieuses, surtout en Amérique et en Angleterre. » Op. cit., t. i, p. 248-249. Les assertions doctrinales des scolastiques cadrent bien, en somme, avec ces laits historiques. Pour eux, jusqu'au xil' siècle, c’est toujours l’immersion, faite trois fois, en l'honneur des trois personnes divines, qui est réguliè­ rement la matière prochaine du baptême. Mais ils lais­ sent entendre clairement que ce mode d'ablution n'est pas de nécessité absolue pour la validité du sacrement. Quelques-uns même en font la remarque expresse, Walafrid Strabon entre autres : Notandum autem non solum mergendo, verum etiam desuper fundendo, mullos baptizalos fuisse, et adhuc posse ita baptizari si neces­ sitas sit... Hoc etiam solet evenire cum perfectiorum granditas corporum in minoribus vasis hominem ting, non patitur. De rebus eccl., xxvi, P. L., t. cxiv, coi. 959-960. Les scolastiques du xm' siècle enseignent la même doctrine d’une façon plus didactique. Alexandre de Halés est le premier à parler de l’infusion in pelvi vel scypho. Summa, part. IV, q. MU, m. iv, a. 1. Il cite plusieurs cas dans lesquels l'immersion n’est pas pos­ sible : lorsque la foule des néophytes est trop considé­ rable, lorsque le prêtre n’a pas la force d’immerger l’entant, vel propter modicitatem aquæ vel quia con­ suetudo est patriie. Saint Thomas, examinant la ques­ tion de savoir si l’immersion est nécessaire necessitate baptismi, la résout dans le sens négatii, et reproduit à peu près les mêmes arguments que Strabon. Il recon­ naît d’ailleurs que la triple immersion est communior et 255 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIII» SIÈCLE laudabilior. Sum. theol., Ill’, q. lxvi,a.7.Saint Bonaven­ ture dit également qu'elle n’est pas de integritate bap­ tismi, mais de congrui late. In I V Sent., I. IV, dist. Ill, part. II, a. 2, q. t, n. Parmi les différents motifs qui légiti­ ment ou exigent même l’emploi de l'infusion et de l'as­ persion, saint Thomas en cite trois : le nombre considé­ rable des personnes qu’il s’agit de baptiser; la pénurie d’eau, qui rend l’immersion impossible; la santé déli­ cate de plusieurs personnes, que l’immersion ferait souffrir. Loc. cit. Ce n’est qu’au xiv- siècle que l’Église a autorisé l’infusion au même titre que l'immersion. Un synode de Ravenne, tenu en 1311, dit qu’on doit baptiser sub trina aspersione vel immersione, c. xi. Cependant un synode de Tarragone ordonnait encore en 1391 que, lorsqu'il y a danger de submersion, les enfants soient tenus par les parrains et ne soient que baignés, c. ni. On s’est demandé pourquoi le rite de l'immersion avait été peu à peu abandonné dans l’Église latine, à partir du xn« siècle. Certains théologiens et liturgistes ont invoqué comme motif principal une question de pu­ deur, surtout relativement aux femmes, depuis la dispa­ rition des diaconesses. La vérité est que cette dispari­ tion a eu lieu aux v«, VIe et vil" siècles, selon les différents pays, tandis que l'immersion a disparu beaucoup plus tard. D'autres ont cru que l’abandon de ce rite avait ôté motivé par la diminution du nombre des diacres qui aidaient le prêtre à plonger les catéchumènes dans le baptistère. Mais c’est encore là un anachronisme, car cette diminution s’est produite longtemps avant les pre­ miers baptêmes solennels administrés par infusion. La véritable cause de cette transformation rituelle est plu­ tôt, selon M. Corblet, la crainte fondée « de compro­ mettre la santé des enfants nouveau-nés en les plon­ geant dans l’eau froide. Ce danger n'existait guère, alors qu’on ne baptisait qu’aux vigiles de Pâques etde la Pente­ côte, époque où le soleil commence à chauffer l'atmo­ sphère de ses rayons; d’ailleurs,sousce régime liturgique, la plupart des enfants qu’on présentait aux fonts étaient âgés de quelques mois ou du moins de quelques semai­ nes, et pouvaient plus facilement supporter l’impression d’un bain froid. Il n’en fut plus de même, quand on se mita baptiser les enfants quelques jours après leur nais­ sance, et à toutes les époques de l’année... Un second motif qui dut faire renoncer à l’immersion, c’est la con­ tamination de l'eau par des maladies de peau qui pou­ vaient se gagner, et par ces souillures qui tirent donner à Constantin IV le surnom de Copronyme. L'impression de l'eau sur les enfants nus devait rendre assez fréquents des accidents de ce genre, et les théologiens ont dû se demander en quel cas il fallait remplacer l’eau et procé­ der à une nouvelle bénédiction des fonts ». Histoire du sacrement de baptême, Paris, 1881, t. I, p. 240-211. Au reste, quelles que soient les raisons qui aient déterminé ce changement dans la discipline sacramen­ telle du baptême, on ne peut pas en taire un griel à l’Église romaine, sous prétexte qu’elle aurait ainsi mé­ connu une tradition remontant aux apôtres. Le rite de l’immersion a été pratiqué, il est vrai, et enseigné par les apôtres, mais en Lint que législateurs ecclésiastiques seulement, et non en tant que promulgateurs d'une ins­ titution divine; en d’autres termes, ce n’est pas une tradition divino-apostolique, s'imposant telle quelle à l’Église, mais une tradition apostolique pure et simple, qu’elle avait le droit de modilier. Sur les plaintes du pa­ triarche Anthyme à ce sujet, voir Duchesne, Eglises sépa­ rées, Paris, 1896, p. 89-96; Tournebize, L’Église grecqueorthodoxe et l’union, Paris, 1900, t. II, p. 15-18. On a encore objecté que le baptême représentant, d’après saint Paul, la mort et la sépulture du Christ, devait être conféré par le rite qui rappelle le mieux ce souvenir, c’est-à-dire par immersion. Mais ce n’est là qu’une rai­ son de convenance, qui ne peut pas contrebalancer des motifs d’ordre supérieur. Au reste, le symbolisme du 256 baptême apparaît suffisamment dans les autres modes d’ablution, d'après saint Thomas : Figura sepulturæ Christi... in aliis modis baptizandi repræsentatur ali­ quo modo, licet non ila expresse; nam quocumque modo fiat ablutio, corpus hominis vel aliqua pars ejus aquæ supponitur, sicut corpus Christi sub terra fuit positum. Sum, theol., 111», q. lxvi, a. 7, ad 2“m. Que le baptême soit conféré par immersion, ou par infusion et aspersion, plusieurs points sont à noter. L’ablution doit se faire sur la tête, parce que, dit saint Thomas, « c’est la principale partie du corps, celle où fonctionnent tous les sens, internes et externes, celle où se manifeste le plus l’activité de l’âme. » Sum. theol., III», q. i.xvi, a. 7, ad 3um. Le baptême serait-il valide, si l'ablution était faite sur une autre partie notable du corps, par exemple la poitrine, le dos ou les épaules? Communissima est sententia affirmativa, dit saint Al­ phonse de Liguori, Theol. moral., 1. VI, n. 107, Bassano, 1793, t. n, p. 189; et il invoque, entre autres, l’au­ torité de Suarez, qui dit à ce sujet : Si fiat ablutio in scapulis, aut in pectore, vel in humeris, erit salis certa et indubitata materia. De sacram., disp. XX, sect, n, n. 11. D'autres théologiens estiment que le baptême ainsi administré est douteux. Ballerini-Palmieri, Opus theologicum morale, Prato, 1893, t. iv, p. 540-544. Aussi, en pratique, tous les théologiens s'accordent à dire qu’il faut rebaptiser sous condition en pareil cas. C'est la recommandation expresse du rituel romain, quand une nécessité grave oblige à baptiser un enfant qui n’est pas encore complètement sorti du sein maternel. Si infans caput emiserit el periculum mortis immineat, bapti­ zetur in capite, nec postea, si vivus evaserit, erit ite­ rum baptizandus. At si aliud membrum emiserit, quod vitalem indicet motum, in illo, si periculum im­ pendeat, baptizetur, el tunc, si natus vixerit, erit sub conditione baptizandus. Le 8 novembre 1770, le SaintOffice a autorisé des missionnaires à baptiser les enfants en faisant couler l’eau saltem per aliquod princeps cor­ poris pueri membrum, quand on ne pouvait le faire per caput et dans le cas de nécessité seulement. Il or­ donne de renouveler le baptême sous condition, lorsque les enfants ainsi baptisés survivent. Acta sanctæ sedis, Rome, 1892-1893, t. xxv, p. 244-245. Le 27 mai 1671, il avait déjà pris cette décision : Si sit certum quod quis sic fuerit baptizatus ut aqua nullo modo partem cor­ poris principalem, sed vestes tantum tetigerit, is est absolute baptizandus; si vera sit dubium probabile quod tetigerit, est sub conditione iterum baptizandus. Ibid,, p. 256. A plus forte raison, le baptême serait-il très douteux, si l’eau n'était versée que sur les doigts ou sur les cheveux de l’enfant. Pesch, Prælecliones dog­ matics;, Fribourg-en-Brisgau, 1900, t. vt, De baptismo, p. 153-154. On demanda à Rome, il y a quelques an­ nées, ce qu’il fallait penser du baptême conféré per modum unctionis in fronte cum pollice in aqua bap­ tismati madefacio, et comment il fallait agir pratique­ ment vis-à-vis des personnes ainsi baptisées. La S. C. du Saint-Office fit la réponse suivante (14 décembre 1898) : Curandum ut iterum baptizentur privalim sub conditione, adhibita sola materia cum forma, absque cæremoniis, et ad mentem. Canoniste contemporain, mai 1899, p. 299. La même Congrégation avait donné une réponse semblable le 25 août 1889. Müller, Theologia moralis, Vienne, 1895, t. ni, p. 169. — Quant au nombre des ablutions, les scolastiques enseignent, après les Pères, qu’il est indifférent pour la validité du baptême. Alcuin est peut-être le seul qui considère les trois immersions comme essentielles. P. L., t. C, col. 289, 342. Le concile de Worms (868) trancha la question d’une manière définitive, en déclarant que le baptême était également valide avec une ou trois immersions, les trois étant faites en considération des trois personnes divines, et l'unique étant faite à cause de l’unité de substance. 267 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIII» SIÈCLE Labbe, Concil., t. vm, col. 946. Roland Bandinelli et Ognibene, Die Sentenzen Rolands, édit. Gietl, p. 210, disent qu'une seule immersion serait invalide dans le cas seulement où elle serait pratiquée pour introduire une erreur. Ils disent qu’une seule est suffisante et que le péché est remis après la première. Saint Thomas ajoute que la triple ablution est requise pour la licéité du sacrement : Graviter peccaret aliter baptizans, quasi ritum Ecelesiæ noti observans; nihilominus tamen esset baptismus. Sum. theol., III“, q. lxvi, a. 8. Scot, In IV Seni., 1. IV, dist. Ill, q. II, Opera. 1894, t. xvi, p. 288, après Pierre Lombard, ibid., P. L., t. cxcil, col. 1092, dit que l’Église romaine permet une ou trois immersions et qu’il faut suivre la coutume des églises particulières. IV. Forme. — La forme ou formule usitée dans l’Église latine est celle-ci : Ego te baptizo in nomine Patris, et Filii, el Spiritus Sancti. Les scolastiques se posent à ce sujet quatre questions : 1» Le baptême serait-il valide, si l'on n’exprimait pas dans la formule l'action même de baptiser : Ego te baptizo? 2° Serait-il valide, si l'on ne mentionnait pas successivement le nom de chacune des trois personnes divines? 3° Que faut-il penser du baptême conféré in nomine Jesu? 4» Peut-on et doit-on quelquefois employer la forme conditionnelle? 1° Les mots TE BAPTIZO (ou la formule équivalente des grecs) sont essentiels à la formule. — Au xil· siècle, en Auvergne, certains fidèles prirent l’habitude de bapti­ ser les enfants en danger de mort, sans prononcer les mots Ego le baptizo. L’évéque de Clermont, nommé Ponce, consulta à ce sujet Maurice, évêque de Paris, et Étienne, abbé de Saint-Euverte d'Orléans, devenu plus tard évêque de Tournai : Utrum istud (quod undeiare vocant) sit baptismus? Le premier, invoquant d’une layon générale le témoignage des Pères, répondit que ce baptême était nul, à cause de l'importance essentielle des mots supprimés : Tanta est horum verborum viva­ citas, ut nihil immutari, nihil innovari oporteat. P. L., t. ccxt, coi. 313. Étienne soutint l’opinion contraire, en disant que les premiers mots de la formule sont de solemnitate ministerii, non de substantia sacramenti. D’après lui, ni l'Écriture, ni les Pères, dont il cite plu­ sieurs passages, ne présentent ces mots comme néces­ saires; et il faut se garder de damner les nombreux enfants qui ont été ondoyés par des laïques ignorants avec la formule suivante : En nome Patres, et Files, et Esperiles sanies. Epist., v, P. L., t. ccxt, col. 314 sq. Les théologiens de l’époque intervinrent dans la ques­ tion, sans pouvoir s’entendre davantage. Il fallut une décision de Rome pour trancher la controverse. Le pape Alexandre III déclara que le baptême était invalide, si l'on ne prononçait pas la première moitié de la for­ mule : Si quis puerum ter in aqua immerserit in no­ mine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Arnen, et non dixerit : Ego baptizo te in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen, non est puer baptizatus. Denzinger, Enchiridion, n. 331. Voir t. I, col. 718. Cette déci­ sion du pape ne semble pas avoir été connue de tous les scolastiques avant le milieu du xm« siècle, quand tut publiée sous Grégoire IX la première collection des décrétales. Albert le Grand n'en parle pas encore dans son Commentaire sur les Sentences. Aussi n’est-il pas très affirmatif sur la nécessité absolue des mots Te baptizo. Il regarde cette nécessité comme plus probable, mais il constate que l’opinion contraire est celle d’un grand nombre. Quoad institutionem Ecelesiæ dicunt multi quod verbum baptizo est de forma..., sed ego puto verius quod est de forma secundum necessitatem, ita quod si dimittitur non sit baptizatus qui baptizatur. In IV Sent., 1. IV. dist. III, a. 2, Opera, 1651, t. xvi, p. 36. Mais Alexandre de Halés connaît la décrétale du pape el y conforme son enseignement. Summa, part. IV, q. vin, m.m,a. 3, Venise, 1575, t. iv, fol. 73. Saint Tho­ nier. DE THÉOL. CXTliOL. 268 mas la cite à son tour, et en donne en même temps la raison théologique. Quia ablutio hominis in aqua prop­ ter multa fieri potest, oportet quod determinetur in verbis formæad quid fiat, quod quidem non fitper hoc quod dicitur : In nomine Patris..., quia omnia in tali nomine facere debemus, ut habetur, Coi., lll.Et ideo si non exprimatur actus baptismi vel per modum nostrum vel per modum græcorum, non perficitur sacramen­ tum. Sum. theol., III*, q. lxvi, a. 5, ad2“m. Saint Bona­ venture connaît aussi la décision pontificale,et la justilie également. In IV Sent., 1. IV, dist. Ill, part. Il, a 2,q. i. A partir de cette époque, tous les théologiens, deux ou trois exceptés, sont unanimes à enseigner celte doctrine. Le concile de Florence, Decret, ad Armen., lui donna une nouvelle force par la déclaration suivante : Si exprimitur actus qui per ipsum exercetur ministrum, cum sanctæ Trinitatis invocatione, perficitur sacra­ mentum [baptismi]. Denzinger, n. 591. L'oratorien Jean Morin se montra néanmoins favorable à l'opinion con­ traire, dans son Commentarius historicus de disciplina in administratione sacramenti pænilentiæ, 1. VIII, c. xvi, n. 21 sq., Anvers, 1682, p. 564, 565. Elle fut même soutenue comme thèse à Louvain, le 21 avril 1677, par l’augustin François Farvacques. Mémoires pour servir à l’histoire littéraire des dix-sepl provinces des PaysBas, Louvain, 1770, t. xvm, p. 92. Rome intervint de nouveau, et le pape Alexandre VIII condamna la propo­ sition suivante : Valuit aliquando baptismus sub hac forma collatus : In nomine Patris, etc., prælerniissis illis: Ego te baptizo. Voir Alexandre VIII (Propositions condamnées par), t. t, col. 760. Il est donc absolu­ ment nécessaire, pour la validité du sacrement, que le ministre exprime dans la formule l’acte qu'il accomplit. Suarez regarde cette doctrinfe comme étant de foi. Ile sacramentis, disp. XXI, sect, n, n. 1. Le 23 juin 1840, le Saint-Office a déclaré invalide la forme suivante : Ego volo ministrare tibi sacramentum baptismi peccatorum in nomine, etc. .4 cta sanetse sedis, t. xxv, p. 246. Cf. Col­ lectanea S. C. de Propaganda fide, n. 525. Mais l'action du ministre étant suffisamment exprimée par les mots Te baptizo, l'emploi du pronom ego n’est pas indispensable. Quod additur ego in forma nostra non est de substantia forniæ, sed ponitur ad majorem expressionem intentionis. S. Thomas, Sum. theol., Ill’, q. lxvi, a. 5, ad lura. Cependant.dans beaucoup de langues modernes, par exemple en français, le pronom je doit être exprimé; autrement, la phrase n'aurait pas de sens ou serait équivoque. L'omission du mot qui in­ dique le sujet, Te en latin ou Servus Dei N. chez les Grecs, rendrait le baptême invalide, d’après la doctrine commune, parce que la mention de la personnalité du sujet est nécessaire. Sans elle, la formule Ego baptizo n’aurait pas une signification suffisamment déterminée et pratique. Suarez, loc. cit., n. 6; Billuart, Sum­ ma, etc., De baptismo, diss. 1, a. 4, § 4. La S. C. de la Propagande, consultée sur un cas de ce genre, a ré­ pondu, le 11 septembre 1841. que l'omission du pronom Te entraînait la nullité du baptême. Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 526. Les scolastiques se sont demandé à ce propos quelle était la valeur de la formule suivante employée par les Grecs : Le serviteur de Dieu N... est baptisé au nom du Père, el du Fils, et du Saint-Esprit. C’est bien à tort qu’on leur a attribué de baptiser avec la formule déprécatoire : Que le serviteur de Dieu N... soit baptisé, βαπτιζέσΟω. Il est reconnu aujourd'hui que leurs livres liturgiques ne l’ont jamais contenue. Kraus, Real-Encyclopâdie der chrisll. Altertümer, Fribourg-en-Brisgau, 1886, t. il, p. 828. Mais la plupart des scolastiques du moyen âge, peu au courant de la langue et des usages grecs, ont cru qu’ils se servaient de celte formuledéprécatoire. De là, sans doute, le peu de confiance quelle inspirait à quelques-uns d’entre eux. Albert le Grand, II. - 9 269 BAPTÊME DANS L’EGLISE LATINE DEPUIS LE VIII» SIECLE notamment, est très embarrasse pour lui trouver une explication satisfaisante. Il est possible, dit-il, que pour les empêcher d'attribuer une trop grande importance à la personne même du ministre, les apôtres, éclairés par une inspiration du Saint-Esprit, leur aient donné cette formule particulière. Mais, en tout cas, ce n’était qu’une concession provisoire, et voilà pourquoi les grecs sont coupables de l’employer actuellement. Ou bien, dit-il encore, il est possible qu’on sous-entende dans la for­ mule l’action personnelle du ministre; et dans ce cas, ajoute-t-il, tolerari potuit ad tempus, propter scanda­ lum, et ex imperio Spiritus Sancti inspirante Eccle­ siam. In 1VSent., 1. IV, dist. III, a. 2. Opera, 1651, t. xvi, p. 37. Alberi le Grand va jusqu’à prétendre que le pape Grégoire IX aurait eu des inquiétudes sur la validité de la formule déprécatoire : Papa in hoc dubius fuit, quia de illis qui sunt in Dalmatia primo respondit quod rebaptizarentur, et postea permisit, et ut caveretur in posterum præcepit. Loc. cit. Les hésitations dont parle le savant dominicain ne prouvent pas que le pape ait eu des doutes sérieux sur la validité de la formule grecque elle-même; ses réponses différentes peuvent très bien s’expliquer par une différence radicale qui a pu se glisser dans l’emploi de la formule par tel ou tel ministre. Quoi qu'il en soit, la seconde et dernière réponse de Gré­ goire IX montre bien qu’il regardait la formule grecque comme valide. Il est possible que cette décision ait exercé une certaine inlluence sur l’enseignement des scolastiques postérieurs. Dans son Commentaire sur les Sentences, saint Thomas constate encore les hésitations de quelques théologiens à cet égard, mais ne semble pas les éprouver lui-même : Utrum autem ipsi mutent aliquid quod sil de substantia forrnæ, ut sic oporteat rebaptizari, quamvis quidam dicant hoc, non tamen est determinatum. In IV Sent., 1. IV, dist. Ill, q. i, a. 2; q. n, ad lum. La Somme théologique est plus explicite, et suppose clairement la validité de la formule grecque. III», q. i.xvi, a. 5, ad 2"m. Ce fut dés lors l’enseignement commun, et le concile de Florence le sanctionna plus tard de son autorité suprême : Forma autem [èaptismi] est: Ego te baptizo innomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Non tamen negamus quin et per illa verba : Baptizatur talis servus Christi in nomine Patris, et Fillii, et Spiritus Sancti; rei : Bap­ tizatur manibus meis talis in nomine Patris, etc... verum perficiatur baptisma. Denzinger, Enchiridion, Π.59Ι.Α la place du mot baptizatur, le BuIlairedeChérubini donne la formule déprécatoire baptizetur, les dif­ férentes éditions du concile ne s'accordant pas entre elles. Morin, De pxnit., 1. VIII, c. xvi, n. 16, Anvers, 1682, p. 364. Les scolastiques comparent quelquefois les deux formules, celle des Latinset celle des Grecs, et proclament nettement la supériorilédela formule latine. S. Thomas, In IV Sent., loc. cit. Mais ils ne demandent pas, surtout après le Xlll' siècle, qu’on rebaptise les Grecs, sous pré­ texte que leur formule serait invalide. Les Grecs, au con­ traire, émettent souvent la prétention de rebaptiser les Latins, ne jugeant pas leur formule suffisante. Cette prétention fut condamnée par le IV' concile général de Latran, en 1215. Denzinger, Enchiridion, n. 361. Quoi qu'en aient dit certains scolastiques, le baptême serait valide, mais cependant illicite, s'il était administré par un latin avec la formule grecque, ou par un grec avec la formule latine. Suarez, De sacramentis, disp. XXI, sect. it. 2° L’invocation distincte des trois personnes de la sainte Trinité est nécessaire pour que le baptême soit valide. — C'est la doctrine commune des scolastiques, confirmée par les décisions pontificales et conciliaires. Au vin» siècle, il arriva qu’un prêtre de Bavière, fort ignorant, se mit à baptiser In nomine patria et /ilia et Spiritus Sancti. Saint Boniface, archevêque de Mayence, conçut des doutes sur la validité de ce baptême et en 270 référa au pape Zacharie. Celui-ci répondit, le 1er juillet 744, que si le prêtre en question avait employé cette for­ mule uniquement par ignorance grammaticale, et sans qu’il eût des sentiments hérétiques vis-à-vis de la sainte Trinité, le baptême était valide, conformément aux an­ ciennes décisions de l’Eglise. Cette réponse ne calma point toutes les inquiétudes de saint Boniface. Il lui semblait difficile d'admettre qu’un baptême conféré avec les mots patria et /ilia pût être considéré comme ayant été donné au nom des personnes divines. Il soumit de nouveau la question au pape, alléguant la coutume sui­ vie et prescrite par les missionnaires romains qui avaient évangélisé les Anglo-Saxons, et d'après lesquels la mention des trois personnes divines était nécessaire pour la validité du baptême. Le pape, dans sa réponse du 1er mai 748, approuve sans réserve les canons anglosaxons, et confirme sa première décision, qui déclarait que le baptême est valide ou nul, suivant qu’il a été ou n’a pas été administré au nom de la Trinité tout en­ tière : Si mersus in fonte baptismatis quis fuit sine in­ vocatione Trinitatis, perfectus non est, nisi fuerit in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti baptizat us. Epist., xi, P. L., I. i.xxxix, coi. 943: Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, t. in, § 363. L’invocalion des trois personnes divines est également présentée comme nécessaire par le IVe concile général de Latran (1215). par le pape Clément V au concile œcuménique de Vienne (1312) et par le concile général de Florence. Denzinger, Enchiridion, n. 357,410,591. La raison prin­ cipale que donnent les théologiens scolastiques de celte nécessité est la volonté positive de Jésus-Christ qui a institué cette formule. Tradidebet [ôaptismus] informa a Christo instituta, scilicet in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Boland Bandinelli, Die .Senlenzen Bolands, édit. Gictl, Fribourg-en-Brisgau, 1891, p. 203. Les autres théologiens tiennent le même langage. Voir, entre autres, Hugues de Saint-Victor, De sacra­ mentis, 1. II, part. VI, c. n, P. L., t. ci.xxvi, col. 443; Pierre Lombard, Sent., 1. IV, dist. 111. n. 2, P. L., t.cxcii, col. 843; S. Thomas, Sum. lheol., III®, q. lxvi,a. 5, 6. Il convenait, dit ce dernier, que le baptême fût conféré au nom des trois personnes divines, parce qu'elles en sont la cause efficiente principale, et que la passion du Christ, par exemple, n’est elle-même qu'une cause instrumentale vis-à-vis d’elles. Cf. Instruction de la Propagande, du 29 mai 1838. Collectanea, n. 523. Nous n'insistons pas davantage sur ce point de vue général, et nous préférons examiner brièvement, avec les scolastiques, certains cas plus ou moins hypothé­ tiques de suppression, d’addition ou de substitution des termes qui comprennent l'invocation des trois personnes divines. La solution de ces différents cas et autres sem­ blables repose sur le principe suivant, qu'il ne faut jamais oublier : c’est que la forme employée par le mi­ nistre doit montrer clairement que le baptême est con­ féré par l’autorité des trois personnes divines et consacre le baptisé à la Trinité tout entière. — Selon la plupart des théologiens, la suppression des mots in nomine en­ traînerait la nullitédu sacrement. Chr. Pesch, Prælectiones dogmalicæ, Fribourg-en-Br-, 1900. t. VI, p. 160. Voir pourtant en sens contraire Estius, In IV Sent., 1.1V, dist. III, § 6. A plus forte raison l’omission d'une des trois personnes divines rendrait-elle le baptême inva­ lide. Mais il n'en serait pas de même, d'après la plupart, pour la suppression de la particule in. La S. C. du Con­ cile a reconnu valide un baptême où une sage-femme du diocèse de Fiésole avait employé cette formule : lo li battizo nome de Padre, di Figliulo, e dello Spirito Sancto. Thesaur. résolut., t.LXVH, p. 211.— Saint Thomas, examinant le cas où l’on emploierait la formule : Ego te baptizo in nomine Patris, et I· ilii, et Spiritus Sancti, et beatie Virginis îlariæ, répond que la validité du baptême dépendrait de l'intention du ministre. S’il a 271 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VHP SIÈCLE voulu baptiser au nom de la sainte Vierge comme au nom des trois personnes divines, il n’y a pas de sacre­ ment; mais s’il a voulu invoquer simplement la protec­ tion de Marie pour le nouveau-né, le baptême est valide. Sum. theol., III·, q. i.x, a. 8. La S. C. du Saint-Office a déclaré valide, le 11 janvier 18S2, le baptême conféré avec la formule suivante : Ego le baptizo in nomine Pa­ tris, ego te baptizo in nomine Filii, ego te baptizo in nomine Spiritus Saucii. Collectanea S. C. ile Propa­ ganda fide,n.û3D. D'où les théologiens actuels concluent à la validité des formules équivalentes, celle-ci entre autres : Ego te baptizo in nomine Patris, et innomine Filii, et in nomine Spiritus Sancti. Les hésitations de quelques théologiens antérieurs à la décision de la S. C. n'ont plus leur raison d'être. — La formule in nomini­ bus Patris, etc., est regardée comme invalide par pres­ que tous les théologiens. La lormule in nomine Genitoris et Geniti et Procedentis ab utroque serait valide d’après quelques-uns, Suarez, De sacrant., disp. XXI, sect, tv; douteuse, d'après la plupart. Mais la formule in nomine Trinitatis, ainsi que in nomine Dei triunius, serait cer­ tainement invalide. Theol. Wirceburg., Paris, 1880, t. tx, p. 178. Pour d’autres modifications de la forme baptis­ male, voir Collectanea S. C. de Propaganda /ide, η.529, 53I. 3° Que faut-il penser du baptême conféré « au nom de Jésus »? — Nous avons vu plus haut (voir Baptême DANS la sainte ÉCRITURE) que les Actes des apôtres par­ lent à différentes reprises d’un baptême conféré au nom de Jésus. Les scolastiques du moyen âge ne songèrent pas en général â discuter la signification de cette expres­ sion, et ils admirent que le baptême avaitété réellement administré avec cette lormule au temps des apôtres. D'après le concile de Frioul, tenu en 791, « les apôtres avaient appris par une révélation du Saint-Esprit que le mystère de la sainte Trinité était essentiellement compris sous le nom d’une seule personne, et qu’en employant le nom seul de Jésus-Christ ils désignaient la Trinité toute entière. » Labbe. Concil.. t. vit, col. 995. Une décision pontificale du ix» siècle contribua beau­ coup à entretenir les scolastiques dans cette persuasion que le baptême conféré au nom de Jésus était valide. Le pape Nicolas 1", ayant été consulté par les Bulgares sur différents points de dogme et de discipline, leur fit cette réponse concernant le baptême : zi quodam judæo, nescitis utrum chrisliano an pagano,multos in patria vestra bapt izabis esse asseritis, et quid de iis sit agendum considitis. Ili profecto si in nomine Sanctis­ sima: Trinitatis vel tantum in nomine Christi, sicut in Actibus apostolorum legimus, baptizati. sunt (unum quippe idemque est, ut exponit S. Ambrosius), constat eos non esse (lenito baptizandos; sed primum utrum Christianus an paganus ipse judœus exstiterit, vel si poslmodum fuerit /actus Christianus, investigandum est; quamvis non preelereundum esse credamus, quid beatus de baptismo dicat Augustinus : Jam salis, in­ quit, ostendimus ad baptismum, qui verbis euangelicis consecratur, non pertinere cujusquam dantis vel acci­ pientis errorem, sive de Patre sive de Filio sive de Spiritu Sancio aliter sentiat, quam doctrina cælestis insinuat. I.ahbe, Concil., t. vm, coi. 518.Nous verrons toni à l'heure que celte décision est loin d’être aussi explicite qu’elle le paraît en faveur de l’opinion dont nous avons parlé. Elle repose d'ailleurs sur un texte mal compris de saint .Ambroise, qui exerça également une influence considérable sur l’opinion des scolas­ tiques. Appuyés en général sur l’autorité du saint doc­ teur, ils proclament tous, jusqu'au xill' siècle, la validité du baptême conféré au nom de Jésus, soit à l’époque des apôtres, soit depuis, à la condition que cette lormule ne soit pas employée de mauvaise loi, pour introduire une erreur. Roland Bandinelli, Die Senlenten Bolands, édit Gietl, p. 294; Hugues de Saint-Victor, De sacra­ 272 mentis, 1. II, part. VI, c. n. P. L., t. clxxvi, col. 447; Pierre Lombard, Sent., I. IV, dist. III, n. 2-5, P. L., t. cxcii, col. 813-844. Les théologiens du xill» siècle font une restriclion importante. Ils admettent que le baptême ainsi conféré au temps des apôtres était va­ lide, en vertu d’une révélation et d’une dispense spé­ ciale, ut nomen Christi, quod erat odiosum judæis et gentilibus, honorabile redderetur per hoc quod ad ejus invocationem Spiritus Sanctus dabatur in baptismo. S. Thomas, Sum. theol., Ili», q. i.xvi, a. 6, ad lura. Voir Albert le Grand, In IV Sent., I. IV, dist. Ill, a. 2, q. v. Saint Bonaventure signale l’opinion des théologiens du xli' siècle, qui comptait encore quelques partisans, et il ajoute : Communis opinio et certior est quod non esset baptisma. In 1 V Sent., 1. IV, dist. Ill. a. 2. q. n. A partir du xill» siècle, très rares sont les partisans de l’opinion qui attribue en lout temps une vertu sacramentelle à la formule in nomine Jesu. Cajetan, un de ses princi­ paux défenseurs, a voulu la soutenir à l'aide de la rai­ son théologique. Mais son argumentation est loin d’être concluante; et le pape Pie V a fait rayer cette opinion de l’édition romaine de ses ouvrages. L. Billot. De Ecclesiæ sacramentis, Rome, 1896, t. i, p. 211, 212. C’est à ce moment, vers le milieu du xvi' siècle, que parut une nouvelle et troisième opinion, d’aprèslaquelle l’expression in nomine Jesu ne désignerait pas la for­ mule sacramentelle, mais servirait simplement à distin­ guer le baptême institué par Jésus-Christ, autrement dit le baptême chrétien, de celui qui était conféré par saint Jean-Baptiste. Cette opinion, qui est celle de Melchior Cano, De locis theol., 1. VI, c. vm, ad. 7“m ; de Bellarmin, Conlroo., De baptismo, c. m; d’Estius. In IV Sent., I. IV,dist.III,§4,5 ; de Suarez, De baptismo, disp. XXI, sect, m, etc., est devenue peu à peu l’opinion courante des théologiens. Quelques-uns, comme Bilhiart, De sa­ cramento bapt., diss. I. a. 4, S 3. se contentent d’exposer les raisons qui militent pour et contre les deux, celle de saint Thomas et celle de Suarez. La première trouva un babile/létenseur dans la personne du cardinal Orsi, qui essaya de lui donner une base à la fois scripturaire et traditionnelle dans sa dissertation De baptismo in nomine Jesu Christi, Milan. 1733. Cet ouvrage, ayant été longuement réfuté par un autre dominicain, le P. Drouin, dans son De baptismo in solius Christi nomine nun­ quam consecrato, Padoue, 1734, le cardinal Orsi publia une nouvelle dissertation, Vindictes dissertationis de baptismo in nomine Christi, Florence, 1738, pour ré­ futer les objections de son adversaire. Le catéchisme du concile de Trente n’a pas voulu se prononcer sur une question qui est avant tout historique; mais il dit ce­ pendant qu’il est très permis de douter que les apôtres aient conféré le baptême au nom de Jésus-Christ. Part. II, n. 16. Les théologiens modernes et contemporains transforment généralement ce doute en négation caté­ gorique. D’accord avec la plupart des exégètes, ils font remarquer que l’expression in nomine Jesu n’est pas nécessairement une formule sacramentelle, que la vrai­ semblance historique est contraire à cette interpréta­ tion et que, surtout, la tradition patristique la con­ damne. Vacant, art. Baptême, dans Vigoureux. Diction­ naire de la Bible, t. 1, col. 1449; Pesch, Prælectiones dogmat., Fribourg-en-Brisgau, 1999, t, vi, p. 157 sq.; Sasse, Institutiones theol. de sacram., Fribourg-enBrisgau, 1897. t. I, p. 299 sq.; L. Billot, De Ecclesiæ sacramentis. Rome, 1896, t. i, p. 219 sq.; Einig, Tracta­ tus de sacramentis, Trêves, 1900, t. I, p. 61-62; Schell, Katholische Dogmalik. t. m b, p. 456. L’objection tirée d’un texte de saint Ambroise est facile à résoudre. Voir Baptême d’après les Pères, col. 184. Il n’y a que la réponse du pape Nicolas I" aux Bulgares qui crée une difficulté assez sérieuse. Plusieurs solutions ont été pré­ sentées. D’après un certain nombre de théologiens, la réponse du pape n’aurait pas de caractère officiel, en 273 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIII» SIÈCLE tant du moins qu’elle concerne la forme du baptême, puisque celle-ci n’était pas mise en question par les Bul­ gares. Ce qu’il dit sur ce point, il le dit comme docteur privé, et non comme pontife suprême, dont les déci­ sions sont irréformables. — D'autres soutiennent que le pape ne parle aucunement de la forme baptismale, mais de la toi du sujet. Le sens de la décision serait alors celui-ci : les personnes dont vous parlez ne doivent pas recevoir à nouveau le baptême, si elles l'ont revu une première fois selon le rite catholique, c'est-àdire si elles ont proclamé, avant la cérémonie, leur toi en la sainte Trinité, ou simplement leur foi en Jésus-Christ, comme le lit autrefois l’eunuque de la reine Candace, car au fond c’est tout un, d'après saint Ambroise. Cette interprétation cadre bien, dit-on, avec le véritable sens du texte ambrosien ainsi qu'avec le contexte de la décision pontilicale. Le pape, en effet, se référé à l'autorité de saint Augustin, pour rappeler que le baptême est toujours administré avec les paroles de l’Évangile, revins evangelicis consecratur, c’est-àdire avec la formule instituée par J.-C., Matth., xxvm, 19, et que la foi du ministre n’y est pour rien. Ce qui prouve encore, dit-on, que Nicolas 1« ne songe pas ici à la formule baptismale, c’est que dans un autre passage de sa réponse générale aux Bulgares, qui le consultaient sur la validité du baptême conféré par un soi-disant prêtre grec, le pape s’exprime ainsi : Si in nomine summæ ac indiridiiœ Trinitatis baptizali fuere, Christiani profecto sunt, et eos... iterato baptizare non convenit. Resp. xv, dans Labbe, Concit., t. vm, coi. 523. Cette réponse, de l'aveu de tous, donne la formule baptismale, et ne dit pas que le sacrement pourrait être administré au nom de Jésus-Christ. Pourquoi en serait-il autrement dans le passage cité plus haut? Voir Theol. Wirceburg., Paris, 1830, t. tx, p. 182. — D’après une troisième opi­ nion. le pape ferait dépendre la validité du baptême de l’intention du juif qui l'a conféré. Si ce dernier a eu la volonté sincère de baptiser, c’est-à-dire de poser cet acte, non en son propre nom et de son autorité person­ nelle, mais au nom du Christ, le baptême est valide. Voilà pourquoi le pape recommande, avant toutes choses, de prendre des informations sur la personnedu juif qui avait baptisé les Bulgares, et de s’assurer s'il était con­ verti à la religion chrétienne. Dans ce cas, il aurait cer­ tainement eu l'intention de conférer le baptême chré­ tien. .Même dans l’hypothèse où il n’aurait pas eu la vraie foi, il a pu baptiser validement au nom des trois personnes divines, puisque, d’après saint Augustin, le sacrement est indépendant de la foi du ministre. Chr. Pesch, Prælectiones dogmaticæ, Fribourg-en-Brisgau, 1900, t. vt, p. 162. — Enfin, quelques théologiens sou­ tiennent que le pape a proclamé l’identité de l'invoca­ tion in nomine Christi avec l’invocation in nomine Trinitatis, pour condamner ou du moins blâmer indi­ rectement l’opinion de ceux qui y voient deux formules baptismales distinctes. 11 n’y en a qu’une en réalité, d’après le pape; mais on peut la désigner de deux manières, suivant que l’on considère l’auteur qui l’a établie, le Christ, ou la forme essentielle qui la consti­ tue, l’invocation des trois personnes divines. Palmieri, De romano pontifice, th. xxxin, p. v, Rome, 1877, p. 638 sq. 4° Peut-on et doit-on quelquefois employer la forme conditionnelle"? — Il ne semble pas que la forme bap­ tismale conditionnelle ait été en usage dans la haute antiquité chrétienne, et en particulier à l'époque des controverses africaines sur le baptême des hérétiques, où l'emploi de cette formule eût concilié si heureuse­ ment les différentes opinions. Un capitulaire de Char­ lemagne ordonne la collation pure et simple dans le cas d’un baptême douteux. Benoit, Collectio, I. Ill. 405, P. L., t. xcvn, col. 850. Mais il n’est pas vrai, d’autre part, que la forme conditionnelle ait été une innovation I j I , 274 du pape Alexandre III, en 1159. On en trouve déjà des exemples au vin» siècle, notamment dans les statuts de saint Boniface, qui semblent bien eux-mêmes être l'expression d'une législation plus ancienne. Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, Paris, 1870, t. vt, p. '490. Alexandre III n'a donc fait que confirmer par une décrétale un usage déjà établi, qui avait seule­ ment besoin d'être accrédité davantage et étendu à toute l’Eglise. Sa décision est ainsi conçue : De quibus du­ bium est, an baptizali fuerint, baptizantur his verbis præmissis : Si baptizatus es, non te baptizo : sed si nondum baptizatus es, ego te baptizo, etc. Denzinger, Enchiridion, n. 332. Voir t. I, coi. 718. Cette décrétale ne fut elle-même bien connue dans les milieux théolo­ giques qu’après son insertion au Corpus juris sous Gré­ goire IX. C'est ce qui explique comment certains théolo­ giens, entre autres Pierre Lombard, ont pu désapprouver la forme conditionnelle. Mais, à partir du xni» siècle, elle se propagea rapidement et devint peu à peu l’usage universel, quand on se trouva en présence d'un cas douteux. Voir pour les applications particulières, Génicot, Theologice moralis institut., 2" édit., Louvain, 1898, t. n, p. 153-154. Il va de soi qu’une raison grave est toujours nécessaire pour baptiser sous condition. Tandis que les synodes d’York (1195) et de Londres (1200) décident qu'il faut conférer le baptême à ceux dont le baptême n'est pas certain, un synode de Lam­ beth (1281) ordonne que dans ce cas le sacrement soit donné conditionnellement. Hefele, Conciliengeschichte, 2» édit., 1873-1890, t. v, p. 761, 796; t. vt, p. 197. Le rituel romain ordonne de baptiser sous condition les enfants exposés ou trouvés, lorsque après enquête on n’est pas certain qu'ils aient été baptisés. Cf. Benoit XIV, const. Postremo mense, du 28 février 1747, n. 31, rap­ portant une décision antérieure de la S. C. du Concile. Pullarium, Rome, 1761, t. il, p. 96. En le faisant sans motif grave, on encourrait l'irrégularité. Cf. Instruction de la Propagande, en date du 23 juin 1830, qui cite di­ verses autorités sur ce point et qui réprouve la trop grande facilité à renouveler le baptême sous condition. Collectanea, n. 618, p. 255-256. Il importe, au surplus, de remarquer que l’emploi de la forme conditionnelle est un acte bien différent de la réitération du baptême. Car on n’est jamais censé réitérer ce qu’on ne sait pas, de science certaine, avoir été déjà fait. « L’Église ne réitère donc pas le sacrement à ceux dont le baptême est douteux; elle le leur confère conditionnellement : c’est le seul moyen de concilier le respect dû aux choses saintes avec les besoins spirituels des fidèles... Tout le monde convient aujourd’hui que la forme conditionnelle vaut mieux que la réitération pure et simple dont on usait généralement jadis, par là même qu’elle prévient les esprits inattentifs contre la supposition d’une réitération et qu'elle est plus respectueuse pour l’unité du sacrement. » Corblet, Histoire du sacrement de baptême, Paris, 1881, t. i, p. 295. Cf. Instruction du Saint-Office, du 30 janvier 1833. Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 650, p. 258; cf. n. 659, p. 263. Le doute peut pro­ venir ou de la part du sujet qui n’est peut-être pas apte à recevoir le baptême, ou de l’existence d'un baptême pré­ cédent. Dans le premier cas, on formule la condition : Siviris, si tu es homo, si es capax; dans le second cas : si tu non es baptizatus. La condition : Si vis baptizari, quoique n’empêchant pas la validité du sacrement, est prohibée par le Saint-Office (12 juin 1850). Acta sanctæ sedis, t. xxv, p. 245; Collectanea S. G. de Propaganda fide, η. 527. La condition doit toujours être exprimée explicitement; il ne suffit pas qu’elle soit mentale. Ibid., n. 524; cf. n. 650, p. 257. V. Nécessité. — Sous ce titre, nous étudierons seule­ ment deux questions : 1° comment et pourquoi le bap­ tême est-il nécessaire ? 2“ depuis quand cette nécessité existe-t-elle? On trouvera exposée ailleurs la question 275 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIII» SIÈCLE de savoir si le baptême d'eau peut être suppléé en cer­ tains cas par le baptême de sang et le baptême de désir. Voir Martyre, Justification, Contrition. 1» Comment et pourquoi le baptême est-il nécessaire? — Malgré les affirmations très nettes de l’Écriture et de la tradition sur la nécessité du baptême pour être sauvé, les cathares et les albigeois remplacèrent ce sacrement par le consolamentum ou baptême du Saint-Esprit, sous prétexte que le baptême catholique était une institution du dieu mauvais. Voir Albigeois, t. i, col. 677 sq. Quelques-uns d’entre eux, qui reconnaissaient pour chef l'italien Gundulphe, soutenaient que le baptême était inu­ tile, parce que celui qui le donne est souvent lui-même en état de péché, et que ceux qui sont baptisés tombent ensuite dans des fautes nombreuses. Gérard, évêque de Cambrai, les fit comparaître devant lui au synode d’Arras (1025) et réfuta leurs objections dans un long discours, où il démontre avec éloquence la nécessité du baptême. Voir t. i, col. 199. Hefele, Hist, des conciles, trad. Le­ clercq, Paris. 1907 sq., t. iv,§ 533. Ces différentes erreurs semblent également visées par un décret du pape Lu­ cius III au concile de Vérone (1184), et par les décrets du concile œcuménique de Latran (1215). Voir Albi­ geois, t. i, col. 682-683. Le concile général de Florence proclame aussi la nécessité de la régénération baptis­ male. Cum per primum hominem mors introierit in universos, nisi ex aqua et Spiritu renascimur, non possumus, ut inquit Veritas in regnum cælorum in­ troire. Denzinger, Enchiridion, n. 591. Les scolas­ tiques, de leur côté, démontrent ou plutôt rappellent dans leurs écrits que le baptême est nécessaire, puisque le Sauveur a dit : Nisi quis renatus fuerit, etc. Joa., ni, 3. Personne, dit saint Thomas, ne peut être sauvé sans Jésus-Christ. Or, ajoute-t-il, ad hoc datur baptismus ut aliquis per ipsum regeneratus incorporetur Christo, factus membrum ejus..., unde manifestum est quod omnes ad baptismum tenentur, et sine eo non potest esse salus hominibus. Sum. theol., IIIa, q. lxviii, a. 1. Le docteur angélique distingue d’ailleurs une double nécessité : celle d’une réception réelle du sacrement, sacramentum in re, et celle d’une réception en désir, sacramentum in voto. Celle-ci peut suffire dans cer­ tains cas. Ibid., a. 2. Les scolastiques postérieurs dis­ tinguent plutôt la nécessité de moyen, et la nécessité de précepte, relativement au salut. Or, disent-ils, le cas du martyre excepté, le baptême est nécessaire de néces­ sité de moyen absolu pour les enfants; c’est-à-dire que la simple privation du sacrement, quelle qu’en soit la cause, entraine pour eux la perte de leur fin dernière, parce que le sacrement ne peut être suppléé pour eux en aucune façon. Cajetan et Gerson ont prétendu que, dans le cas d’impossibilité absolue du baptême, les prières des parents pouvaient remplacer le sacrement; mais c’est là une hypothèse gratuite, rejetée par tous les théologiens. Voir Baptême (Sort des enfants morts sans). Relative­ ment aux adultes, la nécessité du baptême est double : comme moyen et comme précepte. En effet, pour eux aussi bien que pour les entants, le baptême est réguliè­ rement le moyen indispensable du salut; et ceux qui, en connaissance de cause, négligeraient de le recevoir, quand ils le peuvent, ne seraient pas sauvés. Toutefois, ce moyen n’est pas tellement nécessaire pour eux, qu’il ne puisse être suppléé en aucune façon et dans aucun cas. Le martyre et le désir du baptême en sont des équivalents, et justifient le pécheur, positis ponendis, quand celui-ci ne peut pas recevoir le sacrement. Voir .Martyre, Contrition. — Nécessaire de nécessité de moyen, dans le sens que nous venons d’indiquer, le baptême est par suite nécessaire de nécessité de pré­ cepte, pour les adultes. Ce précepte résulte en même temps de la loi naturelle, de la loi divine et de la loi ecclésiastique. La loi naturelle oblige rigoureusement chacun de nous à prendre les moyens nécessaires pour 276 atteindre notre fin, et par conséquent, dans l’espèce, à recevoir le baptême. La loi divine crée la même obliga­ tion. puisque Jésus-Christ, non seulement a subordonné le salut éternel à la réception positive du sacrement, Joa., ni, 3, mais a intimé en outre à ses apôtres l’ordre formel de l’administrer à tous les hommes, Matth., xxvni, 19, ce qui suppose l'obligation correspondante de le recevoir. La loi ecclésiastique confirme ce pré­ cepte divin, témoin les décisions des conciles que nous avons rapportées ou signalées plus haut. Theol. Wirceburg., Paris. 1880, t. ix, p. 187. Le baptême étant si nécessaire, est-il permis de le dif­ férer? Charlemagne qui défend de baptiser en dehors de Pâques et de la Pentecôte, excepto infirmo, ordonnait cependant, sous peine d'amende, de baptiser tous les enfants infra annum. P. L., t. xcvn, col. 147, 276. Ro­ land Bandinelli, Die Sentenzen Rolands, édit. Gietl, p. 210-211, déclare que le baptême solennel ne doit être donné qu’aux deux veilles de Pâques et de la Pentecôte, il ajoute toutefois que dans le cas de nécessité pressante le baptême peut être conféré en tout temps et à toute heure. D’après saint Thomas, Sum. theol., III1, q. lxviii, a. 3, il faut établir une distinction entre les enfants et les adultes. Si enim pueri sint baptizandi, non est differendum baptisma : primo quidem, quia non exspectatur in eis major instructio, aut etiam plenior conversio ; secundo, propter periculum mortis, quia non potest eis alio remedio subveniri, nisi per sa­ cramentum baptismi. Mais la question est différente, pour les adultes. Adultis, non statim, cum convertun­ tur, est sacramentum baptismi conferendum, sed oportet differre usque ad aliquod certum tempus. II y a trois raisons, dit saint Thomas, qui conseillent un délai : d’abord, l’intérêt même de l'Église, qui oblige celle-ci à prendre des précautions vis-à-vis des néo­ phytes, et à ne conférer le baptême qu'aux bien dispo­ sés; en second lieu, l'intérêt des baptisés : quia aliquo temporis spatio indigent, ad hoc quod plene instruan­ tur de fide et exercitentur in his quæ pertinent ad vi­ tam Christianam ; enfin, l’intérêt du sacrement luimême, c’est-à-dire le respect qu'il mérite, demande qu’on l’administre de préférence aux fêtes les plus so­ lennelles, par exemple Pâques et la Pentecôte. Toute­ fois, ajoute le docteur angélique, il y a deux cas où le baptême ne doit pas être différé : Primo quidem, quan­ do illi qui sunt baptizandi apparent perfecti in fide et ad baptismum idonei... Secundo propter infirmita­ tem aid aliquod periculum mortis. Les théologiens se sont demandé s’il y a, pour la pré­ sentation des enfants au baptême, un délai ou limite qu’on ne saurait dépasser sans faute grave. Historique­ ment, la question n’a pas toujours été résolue de la même manière. « Pendant longtemps, l’Église n’a for­ mulé aucune loi qui déterminât l'époque à laquelle on devait donner le baptême aux enfants, hors les cas de nécessité... Du vin' au x· siècle, en Occident, on bapti­ sait les enfants ayant un peu plus ou un peu moins d’un an, et parfois à l’âge de quelques mois et même de quelques jours, quand ils étaient nés peu de temps avant les solennités de Pâques ou de la Pentecôte. A partir du xic et surtout du xne siècle, l’usage s’introdui­ sit de régénérer les entants peu de temps après leur naissance. Mais il y eut toujours à cet égard, dans la chrétienté, de nombreuses exceptions et des coutumes locales particulières. » Corblet, Histoire du sacrement de baptême, Paris, 1881, t. i, p. 493. Quamprimum baptizentur, c’est la formule employée par « un certain nombre de conciles provinciaux, de synodes, de rituels et de théologiens. Mais l’interprétation varie sur l’ex­ tension qu’on peut donner à ce terme un peu vague. Tandis que divers casuistes voient un péché grave dans un retard de cinq ou six jours, d’autres n’en trouvent que dans un délai d’un mois, ou de dix à onze jours. Ce 277 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATTNE DEPUIS LE VIIIe SIÈCLE 278 dernier sentiment, dit saint Liguori, est le plus com­ la passion et la résurrection de Jésus-Christ. Necessitas mun. Cependant, un grand nombre de conciles provin­ utendi hoc sacramento indicia fuit hominibus post pas­ ciaux, de statuts synodaux et de rituels ont interprété le sionem et resurrectionem. Ill", q.L.xvi, a. 2. Mais, dans quamprimum par les trois jours écoulés après la nais­ son Commentaire sur les Sentences, il précise davan­ sance. D'autres n'accordent que deux jours; il y en a tage sa pensée : Post passionem obligatorius fuit Ibapmême qui exigent que le baptême ait lieu le jour de la tismus], quando circumcisio mortua fuit, quantum ad naissance ». Corblet, loc. cit., p. 496-497. Une décision omnes ad quos institutio potuit pervenire. In 1 V Sent., de la S. C. de l'inquisition (novembre 1885) défend de 1. IV, dist. Ill, a. 5. Duns Scot, plus explicite distingue différer le baptême des nouveau-nés au delà du troi­ deux époques pour la réception du baptême, l'une seu­ sième jour après leur naissance. Müller, Theologia lement de conseil, jusqu’à la Pentecôte, et 1’autre de moralis, Vienne. 1895, t. ni, p. 182. La Propagande précepte à partir de ce jour : Secundum autem tempus, avait déjà écrit, le 11 septembre 1841, au vicaire apos­ ut credo,incepit indie Pentecostes in Jerusalem, quia tolique de la Corée, qui avait fixé au baptême des entants usque ad illum diem apostoli non praædicaverunt pu­ un délai de dix jours, qu'il fallait suivre la décision du blice... Inde autem ad alias civitates, secundum ordi­ synode du Sutchuen ; Prudens valde est ut intra tri­ nem, cui libet loco vel genti erat tempus secundum, quan­ duum abluantur (parvuli) ; ne autem sacramentum tam do ibi publice et solemniter prædieabalur lex euange­ necessarium diu nimis protrahatur cum periculo sa­ lica, ita quod tempus non incepit simul apud quoscum­ lutis, prx/inimus octo dies ab in/antis nativitate, que..., sed quibusdam incepit tempus ad mensem post mandamusque ut ultra hunc terminum non digera­ Pentecosten!, et aliq uibus ad annum, aliqui bus ad decem tur. Collectanea, n. 538. annos, et sic deinceps, sicut eis prædieabalur. JnJVSent. 2“ Depuis quelle époque le baptême est-il obligatoire? I.IV.dist. 111,q· iv,Opera, Lyon, 1639,t. vm, p. 2Ol.C'est — Cette question n’est pas résolue de la même manière 1'opinion commune des scolastiques, surtout depuis le par les scolastiques. Le premier théologien qui fait concile de Trente, qui enseigne que le baptême n’a été traitée ex professo parait être saint Bernard, répondant obligatoire qu’après la promulgation de l'Evangile. Sess. à une consultation de Hugues de Saint-Victor. Le docte VI, c. iv. Solo, De justitia et /ure, 1. II, q. v, a. 4, abbé réfute l’opinion d’après laquelle le baptême serait Lyon, 1582, p. 56, soutient que le baptême a été obliga­ devenu obligatoire à partir de l’entretien de Jésus avec toire dès le temps de la passion. Gonet, Clypeus theo­ Nicodème. La parole Nisi quis renatus luerit, etc., Joa., logies thomislicæ, 3e édit., Paris. 1669, t. v, p. 114-118, ni, 3, affirme sans doute en principe la nécessité du sa­ admet qu’il l’a été seulement après la résurrection de crement, mais doit être regardée comme une instruction Jésus, quand celui-ci a ordonné aux apôtres de baptiser secréte qui n'obligeait encore que Nicodème. Ce n'est tous les hommes. Suarez admet que la promulgation de pas davantage l’ordre donné aux apôtres de baptiser la loi baptismale s'est faite peu à peu et d’une façon gra­ toutes les nations qui peut être considéré comme la duelle. in 777»“·, q. i.xxi, disp. XXXI, sect, i, n. 5, Opera, date obligatoire du sacrement. Mais, ajoute le saint doc­ Paris, 1877, t. xx, p. 591-592. Mais il rejette néanmoins l’opinion de ceux qui prétendent que cette promulga­ teur, ex eo tempore tantum cuique cœpit antiqua tion n'a eu lieu que tardivement dans plusieurs pays. observatio non valere, et non baptizatus quisque novi H distingue en ellet la promulgation pure et simple et prœcepli reus cxistere, ex quo præceptum ipsum inexcusabililer ad ejus potuit pervenire notitiam. Epist. la divulgation proprement dite ou connaissance de la loi. La première est laite depuis longtemps; la seconde ad llugonem, c. I, il, P. L., t. clxxxii, col. 1031 sq. Hugues de Saint-Victor traite à son tour la question s'accomplit tous les jours. L'obligation de la loi baptis­ male a commencé en principe avec sa promulgation, dans le De sacramentis, 1. III. part. VL c. IV, P. L., t. ci-xxvi, col. 450 sq. ; et il la résout dans le même sens mais l'absence d'une divulgation suffisante excusait ceux que saint Bernard, mais avec des développements plus qui n’en avaient pas connaissance.’Suarez, De legibus, 1. X, c. tv, Opéra, Paris, 1856, t. vi, p. 566-575. Les an­ considérables qui méritent d’être cités, parce qu’ils ont ciens moyens de sanctification restaient-ils valables été reproduits par plusieurs théologiens. Le baptême, dit-il, a commencé à être obligatoire sitôt que chacun en dans ce cas, et le sont-ils encore ? Plusieurs théologiens, eût appris, avant l’institution, le conseil ou, après l'insti­ entre autres Suarez, loc. cil., semblent croire que non; mais les docteurs plus récents n’hésitent pas à ré­ tution, le précepte. Au reste, celui qui ne méprisa ni le conseil ni le précepte ne saurait être regardé comme pondre d'une manière affirmative, surtout en ce qui coupable, à moins d'ignorance volontaire. Quant à ceux concerne les enfants. H est possible, en ellet, que la promulgation de la loi du baptême ne soit pas, en lait, qui, vivant dans les pays lointains ou retirés, sont morts sans avoir connu le baptême, Hugues est d’avis qu'ils suffisamment divulguée dans certains pays. Là ou celte hypothèse est réalisée, les anciens moyens de sanctifi­ sont dans le même cas que les anciens qui vécurent cation ne sont pas abrogés. Sans doute, dans la législa­ avant l’institution du sacrement, sous la loi de nature ou sous la loi mosaïque; car l’absence et l’éloignement tion humaine, la promulgation d’une loi nouvelle abroge ont fait pour ceux-là ce que les temps firent pour ceuxpar le lait même les lois antérieures qui y sont oppo­ sées; l'intérêt social l’exige. Mais la loi divine, qui ins­ ci. Vainement d'ailleurs, dit-il, prétendrait-on qu’il titue le baptême comme unique moyen de salut, vise non existe encore dans des contrées inconnues des hommes le bien général de la société chrétienne, mais le salut qui n'ont pas eu connaissance du précepte baptismal; « l'affirme sans hésiter, ajoute notre théologien avec une des individus. Dès lors, elle n'oblige pas nécessairement aussitôt après sa promulgation. Pour que ies individus conviction impossible à partager maintenant, qu’il n'y a personne dans ce cas, ou du moins personne qui n’ait soient astreints à son observation, il faut que l’obliga­ pu et dû connaître le précepte sans faute coupable; car tion de la pratiquer leur soit suffisamment manifestée; l'Écrilure nous apprend que la voix des apôtres s’est fait autrement il sérail difficile d'affirmer que Dieu veut réellement le salut de tous les hommes. E. Dublanchy, entendre par toute la terre. » De sacramentis, 1. II, De axiomate : extra Ecclesiam nulla salus, Bar-lepart. VI, c. IV, P. L., t. ci.xxv, col. 450-451. Alexandre de Halés adopte l'opinion de Hugues et la cite tout en­ Duc, 1895, p. 201-205. Quant à l'époque précise de l’obli­ tière, sans la moindre observation. Summa, part. IV, gation du baptême, ils suivent presque tous l'opinion de saint Bernard, développée par Duns Scot. Voir Tourq. vin, m. n, a. 3, Venise, 1575, t. iv, fol. 68. Saint Bo­ naventure partage également l’opinion de Hugues, qu'il nely, De baptismo, q. ni, a. 1, concl. 2, dans Migne, cite brièvement. In I VSenl.,1. IV, dist. HI, part. Il, Ope- I Cursus theologiæ, t. xxi, p. 457; Perrone, Prælectiones ra, 1668, t. ni, p.36. Saint Thomas,danssa Somme théo­ theologicæ, édit. Migne, Paris, 1842, t. n, p. 104; Hur­ logique, enseignequelebaptêmedevint obligatoire après I ter, Compendium theol., Inspruck, 1891, t. ni, p. 276. 279 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIIIe SIÈCLE VI. Sujet. — Tous les hommes peuvent-ils être bapti­ sés, autrement dit, sont-ils les sujetsdu baptême? Pour répondre plus clairement à cette question, il convient d'examiner tour à tour le cas des adultes, le cas des en­ tants en général, et celui des enfants juifs ou infidèles en particulier. En terminant, nous dirons un mot du baptême in utero. 1’ Baptême des adultes. — Autre chose est la récep­ tion valide du baptême, et autre chose sa réception licite et fructueuse. Pour le recevoir validement, une seule condition est indispensable, et encore chez ceux qui sont capables de la réaliser, c'est-à-dire les adultes rai­ sonnables. C’est l'intention ou la volonté de recevoir le sacrement tel que l’Église le confère. Poland Bandinelli, Die Sentenzen Bolands, édit. Gielt, p. 205-206; Ognibene, cité, ibid., p. 205, note; S. Thomas, Sum. theol., q. Lxvm, a. 7, 8, ad 3“". La nécessité de celte intention est la conséquence directe de la grande loi qui régit l'éco­ nomie du salut, en exigeant la libre coopération de l’hommeàla grâce. Donc; — 1. Le baptême est nul,quand il est conféré par force ou par surprise, contrairement à la volonté formelle de l'adulte. Mais si celui-ci donne son consentement, même sous l'empire d'une crainte grave, il reçoit le caractère baptismal. Une décision du pape Innocent III marque bien la différence qui sépare ces deux 'cas : Inter invitum et invitum, coactum et coactum, alii non absurde distinguunt, quod is, qui terroribus atque suppliciis violenter attrahitur, et, ne detrimentum incurrat, baptismi suscipit sacramen­ tum, talis sicut et is qui ficte ad baptismum accedit, characterem suscipit christianitatis impressum et ipse tanquam condi tionaliter volens, licet absolute non velit, cogendus est ad observantiam fidei Christian se... Ille vero, qui nunquam consentit, sed penitus contra­ dicit, nec rem, nec characterem suscipit sacramenti, quia plus est expresse contradicere, quamminime con­ sentire... Denzinger, Enchiridion, n. 312. — 2. Si le baptême était conféré â un adulte pendant son sommeil, ou depuis qu’il a perdu l'usage de la raison, la validité du sacrement dépendrait de l'intention antérieure du sujet. Si l’adulte a manifesté précédemment le désir de recevoir le baptême, celui-ci est valide; si au contraire il a refusé de se faire baptiser, ce refus est censé avoir persévéré, et le baptême est nul. C'est l'enseignement très clair du pape Innocent III : Dormientes autem et amentes, si prius quam amentiam incurrerent aut dormirent, in contradictione persisterent : quia in eis intelligilur contradictionis propositum perdurare, etsi fuerint sic immersi, characterem non suscipiunt sa­ cramenti ; secus autem si prius catechumeni ext it issent et habuissent propositum baptizandi, unde tales in necessitatis articulo consuevit Ecclesia baptizare. Tunc ergo characterem sacramenlalis imprimit operatio, cum obicem voluntatis contraria: non invenit obsisten­ tem. Denzinger, n. 342. Une décision du Saint-Oflice, rendue le 8 mars 1770, confirme la validité du baptême conféré aux hommes privés de leur raison; elle recom­ mande seulement aux missionnaires, qui l'avaient solli­ citée, de veiller, autant que possible, ne dementes... in­ grediantur templa idolorum et ab idololatrarum caere­ moniis se abstineant. Acta sanctæ'sedis, t. xxv, p. 255. — 3. Celui qui se ferait baptiser sans avoir la foi, pour un motif intéressé par exemple, recevrait néanmoins le caractère baptismal, mais non la grâce sanctifiante. Becta fides baptizali non requiritur ex necessitate ad baptismum sicut nec recta fides baptizantis, dummodo adsint c.ælera quæ sunt de necessitate sa> ramenti ; non enim sacramentum perficitur per justitiam hominis dantis vel suscipientis baptismum, sed per virtutem Dm. S. Thomas. Sum. theol., 111», q. i.xvtti, a. 8. Voir Fiction. — On s'est demandé si la volonté expresse de recevoir le baptême considéré comme tel était strictement nécessaire, ou si la volonté générale d'accomplir ce qu’il 280 faut pour être sauvé était suffisante. Théoriquement, les deux opinions paraissent soutenables, et ont été soute­ nues de fait. Pourtant la premiere semble avoir rallié les suffrages des théologiens les plus autorisés; notam­ ment Suarez. De sacram., disp. XIV, sect, n, n. 4, et de Lugo, De sacram., disp. IX, sect, vu, n. 129. Pratique­ ment, en tout cas, c’est la plus sûre, et donc la seule qu'il soit permis de suivre. En effet, la volonté expresse de recevoir le baptême est nécessaire pour assurer avec certitude la collation du sacrement. Et l'adulte qui ne connaît pas le baptême ne peut avoir l'intention déter­ minée de le recevoir, même lorsqu'il veut accomplir tout ce qui est nécessaire pour le salut. Le Saint-Oflice a demandé, le 18 septembre 1850, que le païen mori­ bond et privé de ses sens ait manifesté de quelque manière qu'il voulait être baptisé. Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 582. ad 2uro. Cependant, en cas de nécessité, par exemple en présence d’un moribond qui a perdu connaissance et qui n'a pas manifesté auparavant le refus formel du baptême, il faudrait, ce semble, admi­ nistrer le sacrement sous condition, parce qu'il n’est pas certain qu'un tel baptême soit invalide, et que in extremis extrema sunt lentanda. Si le moribond reve­ nait à la santé, réclamant le baptême, on lui donnerait à nouveau le sacrement sous condition. S'il ne voulait pas le recevoir, c’est une preuve qu'il était dans la même disposition avant la première cérémonie, et qu'il n'y a pas eu de sacrement. Pesch, Prælect. theol., Fribourgen-Brisgau, 1900, t. vt, p. 184; Lehmkuhl, Theologia moralis, 4e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1887, t. n, p. 5960; Génicot, Theol. moralis institut., 2° édit., Louvain, 1898, t. n, p. 151-152. Pour recevoir le baptême d'une manière licite et fruc­ tueuse, l’intention de se faire baptiser ne suffit pas. Il faut, de plus, avoir la foi, l’espérance, et le repentir des péchés qu'on a pu commettre. Voir Justification. L’ab­ sence de l’une ou l'autre de ces conditions empêcherait le baptisé de recevoir la grâce sanctifiante et le pardon de ses péchés. Voir deux décisions du Saint-Office, du 10 mai 1703, et du 8 mars 1770, dans les Acta sanclæ sedis, t. xxv, p. 247-248, 254-255. Cf. Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 549, 551, 552, 562, 569, 572, 579, 585, 587-591, 594. Il n'est pas d'ailleurs tenu à la confession sacramentelle,-puisque celle-ci n'a sa raison d'être que pour les personnes déjà baptisées. La seule confession nécessaire avant le baptême, dit saint Thomas, est celle qui se fait directement à Dieu: Talis confessio peccatorum [ι/uæ /it Deo] requiritur ante baptismum, ut scilicet homo sua peccata recogi­ tans de eis doleat. Sum, theol., III», q. i.xvnt.a. 6. Cf. a. 8. Voir l'instruction donnée par Ic Saint-Oflice, le 28 mars 1860, au vicaire apostolique des Gallas, Acta sanclæ sedis, t. xxv, p. 255-256; Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 588. Mais avant de se l’aire bapti­ ser, il y a obligation, quand la chose est possible, de restituer le bien mal acquis, de réparer le tort causé au prochain et le scandale qu'on a pu lui donner, de quitter l'occasion prochaine du péché, etc., toutes cho­ ses qui sont nécessaires pour constituer un vrai repen­ tir. Voir une décision du Saint-Oflice, du 15 mai 1703, dans les Acta sanclæ sedis, t. xxv, p. 249-250. Cf. Le canoniste contemporain, 1898, p. 476-480. C'est ce qui explique la coutume, suivie jadis dans certaines églises, de faire précéder le baptême d'une confession qui n’avait d'ailleurs rien de sacramentel, mais consistait dans une simple ouverture de conscience, en vue de la direction spirituelle. Suarez, De sacram., In Ill*"', q. i.xvm, a. 6. Le 2 décembre 1874, le Saint-Oflice a décidé que la confession n’est pas requise avant l'administration du baptême; elle est permise cependant, pourvu que le catéchumène sache bien qu'elle n'est pas sacramentelle et que le confesseur n'est pas tenu au secret. Toutefois, lorsque le baptême doit être conféré sous condition, les 281 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIII' SIÈCLE catéchumènes pourront être entendus en confession sacramentaliter, mais le conlesseur ne leur donnera l'absolution sous condition qu'après l’administration conditionnelle du baptême et une répétition sommaire de la confession précédente. Acta sanctæ sedis, t. xxv, p. 454. 2» Baptême des enfants en général. — Tous les sco­ lastiques enseignent que les enfants peuvent et doivent être baptisés. Ils appuient leur enseignement sur l’Ecriture, les Pères et la pratique constante de l’Eglise. Walafrid Strabon est peut-être le seul écrivain catho­ lique. avec Vives, qui ait prétendu qu’on ne baptisait pas les enfants pendant les deux premiers siècles. De eccl. reh., c. xxvi, P. L., t. cxiv, col. 980. Voir Baptême chez les Pères pour la réfutation de cette opinion. Le pédobaptisme eut de nombreux adversaires chez les hérétiques du xie et du xn» siècle, vaudois, cathares, albigeois, et surtout pétrobrusiens, ainsi appelés du nom de Pierre de Bruys, leur chef. Mais il fut défendu avec succès par plusieurs écrivains, entre autres Egbert, abbé de Schaunang dans le diocèse de Trêves, Serni., vu, P. L., t. cxcv, col. il sq., et surtout Pierre le Véné­ rable, abbé de Cluny, dans sa lettre ou traité contre les hérétiques pétrobrusiens. Ceux-ci, s’appuyant sur la parole de l’Écriture, Qui crediderit et baplizatus fue­ rit salvus erit, Marc., χνι, 16 soutenaient que la foi et le baptême étaient également nécessaires pour le salut, et que, par conséquent, il était inutile de baptiser les enfants qui sont incapables d'un acte de foi personnel. Tract, contra petrobrusianos, P. L., t. ci.xxix, col. 728-729. Le docte abbé, dans sa réponse, commence par montrer l’absurdité des conséquences qui découlent de cette thèse. Si l’on admet, dit-il, que le baptême des enfants est nul, ceux qui ont reçu le sacrement au pre­ mier âge ne sont pas devenus chrétiens, encore moins clercs, prêtres ou évêques. Or voilà trois cents ans, et même cinq cents, que cette pratique est universelle. Il s’ensuivrait que, depuis cette époque, il n’y a plus de chrétiens, plus de prêtres, plus d'évêques, c'est-à-dire plus d’Eglise, plus de salut. Pierre le Vénérable cite alors le témoignage des Pères latins, en s’excusant de ne pouvoir mentionner celui des Pères grecs, dont il ignore la langue. Puis abordant l'objection de ses ad­ versaires, il montre que la parole de l’Écriture qu’ils invoquaient ne s'appliquequ’aux adultes. Enfin, il prouve par l’Ecriture que la foi de l’Eglise peut suppléer à l’absence de foi personnelle chez les enfants. Condam­ nés en Adam, sans aucune faute personnelle, il était juste q’j ils fussent également sauvés en Jésus-Christ, sans l’usage de leur libre arbitre. P. L., t. ci.xxix, col. 730762. Au siècle précédent, les cathares gundulphiens avaient déjà soutenu la même thèse et présenté à peu près les mêmes arguments que Pierre de Bruys et ses partisans. Ils furent combattus et réfutés au synode d’Arras (1025), par Gérard, évêque de Cambrai, liefele, Histoire desconciles, trad. Leclercq, Paris, 1907 sq.,t.iv, § 533. Au concile de Lombers, en 1165, on condamna les Bonshommes, qui n'admettaient pas le baptême des enfants, et on leur démontra par l’Ecriture sa nécessité. Douais, Les albigeois, Paris, 1879, pièces justificatives, p. xix-xx. Plus tard, le IV'concile général de I«itran(1215) condamna indirectement cette erreur, en définissant que le baptême tam parvulis guam adultis... pro/icit ad salutem. Denzinger, Enchiridion, n. 357. En même temps, le pape Innocent III condamnait les vaudois qui jugeaient inutile le baptême des enfants et leur impo­ sait une profession de foi approuvant le pédobaptisme. Approbamus ergo baptismum infantium, qui si de­ fundi fuerint post baptismum,antequam peccalacommittant, fatemur eos salvari et credimus. Denzinger, n. 341, 370. Le concile œcuménique de Vienne (1311) enseigne la même doctrine et croit que le baptême est le remède parfait pour le salut aussi bien pour les en­ I 282 fants que pour les adultes. Ibid.,n. 410. Les scolastiques du xn' siècle s’étendent peu sur ce point. Hugues de Saint-Victor se contente de faire remarquer que le bap­ tême est conféré aux enfants par une sage disposition de l’Eglise, de peur qu’ils ne meurent avant d’avoir reçu l’unique moyen de salut; d’ailleurs, ajoute-t-il, on ne peut être surpris que ceux-là soient réconciliés avec Dieu par la foi d’un autre qui ont été éloignés de Dieu par le péché d’un autre. De sacramentis, 1. Il, part. VI, c. ix, P. L., t. ci.xxvi, col. 456. Roland Bandinelli, Die Sentenzen Bolands, édit. Gietl, p. 201-202, montre que le baptême est nécessaire aux enfants pour effacer le péché originel dont ils sont coupables, quoiqu’il laisse en eux le foyer de la concupiscence. 11 n’exige pas en eux l’in­ tention d’être baptisés. Ibid., p. 206. Les docteurs du XIIIe siècle, spécialement saint Thomas, donnent la vraie raison théologique de cette doctrine en faisant remar­ quer que les enfants, non seulement peuvent recevoir utilement le baptême, puisqu’ils ont contracté le péché originel, mais qu’ils doivent le recevoir, pour participer à la renaissance spirituelle qui est nécessaire à tous pour être sauvés. Sum. theol., Ill*, q. lxvii, a. 9. Le docteur angélique montre ensuite les convenances de ce bap­ tême: Degeneratio spiritualis, quæ fit per baptismum, est quodammodo similis nativitati carnali quantum ad hoc quod sicut pueri in maternis uteris constituti non per seipsos nutrimentum accipiunt, sed ex nutrimento matris sustentantur, Ha etiam pueri nondum habentes usum rationis, quasi in utero matris Ecclesiae salutem suscipiunt. lbid.,àd l“m. Les théologiens n’insistent pas davantage sur celte doctrine, jusqu’au xvt' siècle. Mais après l’apparition de l’erreur anabaptiste et les décisions du concile de Trente, ils se virent obligés d’étudier la question de plus près, au double point de vue scriptu­ raire et traditionnel. Bellarmin vengea la doctrine catholique dans ses Controverses, De bapt., c. viii-xi; et d’autres théologiens, notamment Suarez, exposèrent la question avec beaucoup d’ampleur. De sacramentis, disp. XXV, sect. i. Notons seulement pour mémoire la singulière opinion de Durand, suivi de deux ou trois autres théologiens, d’après laquelle le baptême conféré à des enfants juifs ou infidèles malgré la volonté de leurs parents, serait invalide. Cette opinion est rejetée par tous les autres théologiens, et le pape Benoit XIV la réprouve expressément : Hxc opinio Durandi nun­ quam aut plausum aut existimationem nacta est, quod revera constet baptismum esse ratum ac validum,quo­ tiescumque baptizantis voluntas cum forma et materia necessaria accedat. Décret du 28 février 1747. La volonté des parents n’a rien à faire à la validité ou à la nullité du baptême des enfants. Quand le sacrement est conféré avec la matière, la forme et l’intention requises, il est nécessairement valide. 3“ Peut-on baptiser LICITEMENT, avant l'âge de rai­ son, les enfants des juifs et des infidèles, malgré l'op­ position de leurs parents? — Pour bien comprendre l’état de la question, plusieurs distinctions sont néces­ saires. Les théologiens admettent que le baptême est licite : 1. si l’enfant est en danger prochain de mort; 2. si l’enfant a été abandonné par ses parents, ou s’il se trouve simplement soustrait à leur garde, sans aucun espoir de retour; 3. si l’un ou l’autre des parents, soit le père, soit la mère, consent au baptême, et qu’il y ait espoir d’élever l’enfant dans la religion catholique. Le pape Benoit XIV a d’ailleurs rendu plusieurs décisions en ce sens, dans son décret du 28 février 1747. Voir Baptême des infidèles. Les théologiens sont encore unanimes à dire que le baptême est prohibé, quand il s'agit des enfants juifs ou infidèles dont les parents ne sont pas sujets d’un gouvernement chrétien. Theol. IPirceburg., Paris. 1880, t. ix. p. 219. Il y a seulement, ou plutôt il y a eu jadis controverse sur la question de savoir si un prince chrétien avait le droit de faire bap­ 283 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIII» SIÈCLE 284 tiser. malgré leurs parents, les enfants juifs on infidèles ' humana non praecedat, quia substantia sacramenti de ses sujets. Cette question, qui appartient depuis long­ consistit in ablutione sub debita forma verborum. Sua­ temps au domaine de la pure théorie, a été résolue par rez, In HI™', q. i.xvm, a. Il, comment., n. 2. C’est Ia Duns Scot dans le sens affirmatif, avec une condition doctrine unanime, on peut le dire, des théologiens ac­ toutefois, modo provideat {princeps] ne majora mala tuels. Pesch, Præleet. dogmat., Fribourg-en-Brisgau, inde sequantur. In IV Sent., I. IV, q. IX, Opera, 1639, 1900, t. vi. p. 190. Mais il faut ajouter qu’en pratique on t. vin. p. 276. C’est l’opinion de l'école scotisle en géné­ peut avoir des doutes assez fréquents sur la validité du ral, Frassen, Scotus academ icus, Paris, 1677,1, iv, p. 163 baptême ainsi conféré, faute de savoir avec certitude si sq. Les autres théologiens rejettent absolument cette l’eau a pu être versée sur la tète de l'enfant dans les doctrine. Saint Thomas, examinant la question, com­ conditions voulues. C'est ce qui explique la décision mence par poser en principe que l’autorité de l’Église donnée par la S. C. du Concile le 12 juillet 1794, et exi­ est supérieure à celle d’un docteur quelconque, et qu’elle geant en pareil cas la réitération du baptême sous con­ fait loi en conséquence. Or, ajoute-t-il. la coutume de dition. De nos jours, on a posé de nouveau la question l’Église s’est toujours prononcée contre le baptême des à Borne, en faisant observer que la science actuelle dis­ enfants juifs, quand leurs parents s’y opposent : Eccleposait de moyens beaucoup plus parfaits pour atteindre siæ usus nunquam habuit quod judæorum filii, invitis sûrement la tète de l’enfant in utero. La S. C. du Con­ parentibus, baptizarentur; quamvis fuerint retroactis cile a répondu, le 16 mars 1897 : Servetur decretum S. temporibus multi catholici principes potentissimi, ut C. Concilii diei 12 julii 1794. Canoniste contemporain, Constantinus et Theodosius, quibus familiares fuerunt mai 1897. p. 338. sanctissimi episcopi, ut Sylvester Constantino, et .4ni­ Vil. Ministre. — Sous ce titre, nousavons à examiner trosius Theodosio, qui nullo modo prælermisissent ab la question de savoir quels sont ceux qui peuvent ad­ eis impetrare, si hoc esset consonum rationi. Sum. ministrer le sacrement : I» d'une manière valide; 2°d’une theol., 11“ IP, q. x,a. 12. Une bulledu pape .Iules III, qui manière licite. Nous étudierons ensuite deux autres était encore en vigueur en 1638, frappait d'une amende cas : celui de plusieurs personnes baptisant ensemble, de mille ducats et de peines canoniques celui qui bapti­ el celui d'une personne qui essaie de se baptiser ellesait un enfant juif malgré ses parents. Corblet, Histoire même. du sacrement de baptême, Paris, 1881. t. i, p. 396. La 1» Qui peut conférer validement le baptême? — Tous doctrine de saint Thomas a été confirmée d'ailleurs par sans exception, pourvu qu’ils aient l'intention de faire une décision du pape Benoit XIV. Benzinger, Enchiri­ ce que fait l’Eglise en baptisant. C’est l'enseignement dion, η. 1331·. Et elle est suivie depuis longtemps par unanime des théologiens, confirmé par plusieurs défini­ tous les théologiens. Suarez, üe sacramentis, disp. XXV, tions de l'Eglise. Voir t. 1, col. 761. Il n’y a eu qu'un sect, ni, n. 3. D’après la plupart d'entre eux, la défense point qui ait provoqué· des hésitations.analogues à celles de baptiser les enfants juifs contre la volonté de leurs de certains Pères : c'est la validité du baptême conféré parents serait même de droit naturel. Chr. Pesch, Præpar les païens. Au vin» et au ix« siècle, la question leclicmes dogmalicæ, Fribourg-en-Brisgau, 1900. t. vi, n’était pas encore résolue d’une manière uniforme. C'est p. 192. ainsi, par exemple, que ce baptême est regardé comme 4» Baptême des enfants in utero. — Peut-on bapti­ invalide dans les capitulaires de Charlemagne : Prreciser validement les enfants qui sont encore in utero pimus ut qui a paganis baptizati sunt, denuo a Christi malris? Presque tous les anciensscolastiques répondent sacerdotibus in nomine sancite Trinitatis baptizentur..., d’une manière négative. Ainsi, par exemple saint Tho­ quia aliter nec Christiani nec dici nec esse possunt. mas: Pueri in maternis uteris existantes nondum pro­ Benoit, Collectio, 1. 111, n. 401, P. L.,l. xcvn, coi. 849. dierunt in lucem, ut cum aliis hominibus vitam du­ Bien plus, on y affirme que si un prêtre non baptisé cant ; unde non possunt subjici actioni humanæ, ut est reconnu comme tel, on doit le baptiser, lui et tous per eorum ministerium sacramenta recipiant ad salu­ ceux qu’il aurait baptisés. Si quis presbyter ordinatus tem. Sum. theol., IIIs, q. LXvm, a. 11, ad l“ra. Mais il deprehenderit se non esse baplizatum, baptizetur et importe de noter la raison principale qu’ils font valoir ordinetur iterum, et omnes quos prius baptizavit. Ibid., pour motiver leur opinion. Corpus infantis, antequam 1. II, η. 94, col. 760. D'autre part, le concile de Com­ nascatur ex utero, non potest aliquo modo ablui aqua; pïègne, tenu en 757, déclare, dans son canon 12e, que nisi forte dicatur quod ablutio baptismatis, qua corpus » si quelqu'un a été baptisé par une personne non matris lavatur, ad /ilium in ventre existenteni perve­ elle-même baptisée, et si ce baptême a été conféré au niat. Sed hoc esse no» potest. S. Thomas, loc. cit., in nom de la sainte Trinité, il est valide, conformément à corp. D'ailleurs, ajoutent-ils, une seconde naissance la décision du pape Sergius ». Hefele, Histoire des con­ supposant logiquement une première, on ne voit pas ciles, trad. Leclercq, t. m. § 378. Quelques années plus comment on pourrait conférer le sacrement delà régé­ tard, le pape Nicolas 1er, dans sa réponse aux Bulgares, nération à des enfants qui ne sont pas encore nés. Cf. donnait la même décision. Voir plus haut ce qui est dit Roland Bandinelli, Die Sentenzen Bolands, édit. Gietl, de la forme du baptême. En 1094, Urbain II reconnut p. 199-2Ι.Ό. — Ce dernier raisonnement serait probant, la validité d'un baptême administré par une femme, si la naissance proprement dite du nouveau-né était le dans un cas de nécessité. Ces divergences d’opinions véhicule incontestable du pêché originel, que la régéné­ sont-elles plus apparentes que réelles? Plusieurs le ration baptismale a précisément pour objet d’eflacer. croient, l’abbé Corblet entre autres, dans son Histoire .Mais il n'en est rien. C’est au moment de sa conception, du sacrement de baptême, Paris, 1881, t. I, p. 353. et non au moment de sa naissance, que l’enfant con­ Les partisans de la validité du baptême conféré par les païens, envisageant la question au seul point de vue des tracte le péché originel. Quant au premier motif invoqué par saint Thomas, il n'a plus guère de valeur, depuis principes, auraient voulu rappeler cette vérité, que c’est que les progrès de la médecine moderne ont démontré Jésus-Christ qui baptise réellement, et que le rôle du que l'eau baptismale peut atteindre l'enfant dans le ministre, étant analogue à celui d'un simple instru­ sein de sa more. Aussi, bien que la rubrique du rituel ment, peut être rempli par tout le monde. Les parti­ sans de la nullité, se plaçant uniquement au point de romain : Nemo in utero malris clausus baptizari debet, vue pratique, auraient soutenu, non sans quelque rai­ ait été maintenue, les théologiens enseignent, depuis son, qu’un juif et un païen peuvent difficilement avoir longtemps, qu'on peut baptiser validement les enfants in l'intention de faire ce que fait l’Eglise. Le désaccord utero, et qu’on doit le faire en cas de péril urgent. Qua­ dont nous avons parlé n'aurait donc aucun caractère cumque ratione fieri possit ut abluatur [puer], id salis erit ad valorem baptismi, etiamsi propria nativitas I doctrinal. Quoi qu'il en soit, on peut s'étonner, avec 285 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIII» SIÈCLE l’abbé Corblet, « qu’on n'ait point établi une différence tranchée entre le païen, qu’on peut toujours suspecter de n’avoir pas eu l'intention requise, et le prêtre non baptisé, par suite d'une négligence dont il n'est pas coupable, mais qui, lui, se servait toujours de la forme légitime et avait bien l’intention de faire ce que fait l’Eglise. » Loc. cit., p. 353. Réelles ou apparentes, ces divergences ne furent, en tout cas, que passagères. Elles sont inconnues des plus anciens scolastiques, qui pro­ clament tous la validité du baptême, qu’il soit conféré par un païen ou un chrétien, un laïque ou un clerc, un homme ou une femme. Hugues de Saint-Victor, De sa­ cramentis, 1. II, part. VI, c. xm, P. L., t. ci.xxvt, col. 458. Roland Bandinelli, Die Senlenzen Holands,édit. Gietl, p. 206-207, admet la validité, mais non la licéité. Cette doctrine fut confirmée par le IV» concile général de Latran (1215) : Sacramentum baptismi... tam par­ vulis quam adultis in forma Ecclesiæ a quocumque rite collatum pro/icit ad salutem, Denzinger, Enchiri­ dion, η. 357; et elle fut rappelée à nouveau, en termes plus explicites, par le concile œcuménique de Florence : Minister hujus sacramenti [6 sq.; Sasse, Institutiones theologicæ de sacra­ lui appartenant en quelque manière, tous ceux qui re­ mentis, Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. 1, p. 108 sq. çoivent le baptême. Dans une lettre célèbre adressée à Le caractère baptismal a pour conséquence la nonl'empereur Guillaume 1« le 7 août 1873, le pape Pie IX réitération du sacrement. Une fois baptisé vaiidement, affirmait hautement cette vérité. « Quiconque a été bap­ on Test pour toujours; le sacrement n'est pas réitérable. tise, disait-il, appartient en quelque sorte et en quelque La volonté positive de Jésus-Christ, clairement mani­ mesure au pape. » L. Billot, De sacramentis Ecclesix, festée par la tradition, est la raison dernière de ce fait; 293 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE LATINE DEPUIS LE VIIIe SIÈCLE Rome, -1896, t. i, p. 213 sq. En effet, marquas par le caractère baptismal à l'efligie du Christ, tous les chré­ tiens font nécessairement partie de la société des bapti­ sés, c'est-à-dire de la véritable Église. Ils relèvent donc de sa juridiction, soit comme membres de laitet dedroit. s'ils sont catholiques, soit comme membres de droit seulement, s’ils sont hérétiques et schismatiques. En leur donnant le caractère baptismal, Jésus-Christ lui-même les a inscrits d'oflice et pour toujours à son service. VI. LE RAPTÊMB PROOUIT-1L LES MEMES EFFETS CHEZ TOUS CEUX QUI LE REÇOIVENT f — 11 ne s'agit pas de savoir si tous ceux qui reçoivent le sacrement, avec ou sans les dispositions convenables, participent également au caractère baptismal. La chose est évidente. On est baptisé, ou on ne l’est pas; mais on ne peut pas l’être plus ou moins. Il s'agit de savoir si tous ceux qui reçoivent la grâce baptismale proprement dite, ce que les anciens scolastiques appellent rem sacramenti, y participent dans la même mesure. Les docteurs du xiii' siècle sont les premiers qui aient traité cette ques­ tion ex professo. Alexandre de Halés distingue trois effets généraux du baptême : Unum, contra malum culpæ; alium contra malum pænæ; tertium, quan­ tum ad ordinem in bonum respectu meriti. Le pre­ mier effet, dit-il, est le même chez tous les baptisés, parce que le sacrement efface également tous les péchés qu’il rencontre. Mais le second, qui vise le malum patnæ, varie chez les adultes, suivant les dispo­ sitions qu'ils apportent au baptême. Cette affirmation, il faut bien le dire, est ambiguë. Si le docteur irréfragable entend par là l'inégale remise des peines temporelles dues au péché, son enseignement est inexact; car le baptême a pour effet de nous libérer complète­ ment vis-à-vis de la justice divine, quelles que soient nos dettes. S’il veut parler, au contraire, des pénalités proprement dites, ilse heurte à une autre difficulté; car le baptême n’a pas pour effet régulier de les détruire. Tout au plus, peut-on admettre que le fomes, ou foyer de la concupiscence, est plus ou moins affaibli par le sacrement, suivant les dispositions qu’on y apporte. C'est d’ailleurs la pensée d’Alexandre de Halés, à en juger par le contexte. Le troisième effet du baptême, qui est de disposer l'âme, par la grade et les vertus, à produire des actes méritoires,estégalementproportionné aux dispositions des adultes. Summa, part. IV, q. vin, m. vin, a. 3, Venise, 1575, t. iv, fol. 102. Saint Thomas se contente de dire, en quelques mots précis et complets, que l’effet propre du baptême, qui est d’engendrer les hommes à la vie surnaturelle, est le même chez tous ceux qui se préparent également bien à le recevoir. Et il explique sa pensée par une comparaison. De même, dit-il, qu'on reçoit du feu plus ou moins de chaleur, suivant qu’on s’en approche, de même on participe plus ou moins à la grâce de la régénération baptismale, suivant qu'on s’y dispose avec plus ou moins de ferveur. Sum. theol., 111», q. lxix, a. 8. C’est renseignement de tous les théologiens. Suarez, De sacramentis, disp. XXVII, sect. tv. IX. Administration. — Ce n’est pas le lieu d’exposer et d’expliquer les cérémonies de l'administration solen­ nelle du baptême. Voir le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie de dom Cahrol. Cependant il convient de traiter ici des principales obligations rela­ tives à cette administration. 1» Obligation d'accomplir toutes tes cérémonies du rituel romain. — Le ministre ordinaire du baptême est tenu, en règle générale, à administrer ce sacrement avec les rites ordonnés par l’Église. Or, au rituel romain, les rites diffèrent pour l’administration solen­ nelle du baptême aux enfants ou aux adultes. Une réponse du Saint-Office, transmise au cardinal Guibert, archevêque de Paris, le 10 mai 1879, décide qu'on peut 294 baptiser, servato ordine baptismi parvulorum, les enfants qui sont présentés au baptême seulement à l’époque de la première communion ; les néophytes doivent répondre aux questions du rituel en même temps que leurs parrains. L’Orr/o de Paris et les Analecta eccle­ siastica, 1897, p. 482, interprètent cette décision en l’étendant à tous les enfants qui n’ont pas encore atteint l’âge de quatorze ans révolus. Voir Le canoniste con­ temporain, 1898, p. 46-47. Au-dessus de l’âge de quatorze ans, on prend la forme du baptême pour les adultes. Des induits cependant autorisent certains vicaires apostoliques à employer pour le baptême des adultes la forme plus courte du baptême des enfants. ColleclaneaS. C. de Propaganda fide, η. 613; cl. η.612. Néanmoins pareil induit a été refusé, le 9 mai 1857, par la S. C. des Rites à l’évêque de Port-Louis. Decreta authentica, η. 3051, ad 3üm, Rome, 1898, t. π, p. 401. Cf. Collectanea, η. 625. L’obligation d’accomplir toutes les cérémonies du rituel est grave. Neque enim sine gravi peccato negliguntur tam magni ponderis, tantæque antiquitatis ritus atque ad reverentiam sacra­ mento conciliandam maxime necessarii. Benoit XIV, const. Inter omnigenas, 19, du 2 lévrier 1744, Bullariton, Venise, 1778,1.1, p. 136. Toutefois, le 23 mars 1656, le Saint-Office a décidé : Ex gravi necessitate proportionata posse omitti quædam sacramentalia in bapti­ smate feminarum. 11 s'agissait de femmes chinoises. Acta sanctæ sedis, t. xxv, p. 575; Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 597 ; cf. η. 596, 599. Les mission­ naires de l’Inde ont eu besoin d’un induit pour omettre quelques cérémonies du baptême, telles que les insuf­ flations, l'imposition du sel et de la salive. Benoit XIV, const. Omnium sollicitudinum, 14, 25, du 13 sep­ tembre 1744, Bullarium, t. t, p. 181-182, 186. On peut omettre des cérémonies du baptême solennel, lorsqu'il se présente un empêchement grave et raisonnable, par exemple, si le temps fait défaut, si le prêtre n'a pas à sa disposition et ne peut commodément se procurer l’huile des catéchumènes, le sel bénit et autres objets nécessaires. S. C. de la Propagande, 21 janvier 1789, Collectanea, n. 611, ad l"">. Quand on renouvelle sous condition le baptême à un sujet qui l’a déjà reçu solen­ nellement, il est permis d’omettre toutes les cérémonies de la solennité. Mais, à moins d’induit, il faut les ac­ complir, lorsqu’on renouvelle un baptême douteux, qui a été conféré sans les cérémonies de la solennité, par exemple à des hérétiques convertis ou à des enfants d’hérétiques; dans ce cas, on le fait secrètement. Déci­ sion du Saint-Office, du 2 avril 1879, Collectanea S. C. de Propaganda fide. η. 634, ad 1UIU. L’évêque peut même alors, pour une cause grave, dispenser de l’accomplis­ sement des cérémonies; le rituel lui reconnaît ce droit au su jet des hérétiques dont le baptême est valide. Autre cas d'omission : Quotiescumque tamen in domibus hæreticorum baptismum eorum infantibus periclitanti­ bus administrare contingat, solemnitates omittant qute ad sacramenti substantiam non perlinent ; nam eccle­ siastica regula cautum est, ne coram hæretieis in eo­ rum domibus adhibeantur. Instruction du Saint-Office du 21 janvier 1767, Acta sanctæ sedis, t. xxv, p. 254. 2° Régulièrement, le baptême solennel doit être ad­ ministré à l’église. — Proprius baptismi administran­ di locus est ecclesia in qua sit fons baptismatis vel certe baptisterium prope ecclesiam, dit le rituel romain. Voir Baptistères. H y aurait faute grave à agir autre­ ment. On excepte toujours évidemment le cas de néces­ sité, et le rituel concède l’autorisation de baptiser les enfants des rois et des princes dans des chapelles ou oratoires qui n’ont pas de fonts baptismaux, à la condi­ tion qu’on prenne à l’église l’eau baptismale nécessaire. Mais il n’est pas permis d’étendre ces concessions à un danger quelconque pour l’enfant d’être porté à l’église, même avec l’attestation d'un médecin, ni aux enfants 295 BAPTÊME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE 296 geticis et dogmaticis illustrata, t psal, 1802: Trombelli, Tra­ des riches qui ne seraient pas malades. S. C. des Rites, ctatus de sacramentis, de baptismo, etc.,Bologne, 1769; Wall, 27 avril 1877, n. 3418, Decreta authentica, t. ni, p. 78Historia baptismi infantium, trad, latine de l’anglais par 79. A plusieurs reprises, la S. C. du Concile a recom­ Schlosser, Brème. 1748; l'ouvrage anglais. History of infant mandé aux évêques d'abolir peu à peu l'abus des baptism, a été réédité, Londres. 1900 ; Cretin. Recherches sur ondoiements à domicile. Dans les pays de mission, le baptême; le pêdobaptisme catholique et le pédobaptisme lorsque des familles catholiques sont éloignées de toute protestant. Compïègne, 1849 : Lenoir, Essai biblique, historique et dogmatique sur le baptême des enfants. Paris. 1856; Bar­ église ou oratoire public et qu'il y aurait danger de ber, Treatise of baptism or dipping, Londres, 1641 : Baxter, transporter si loin les enfants, on permet au mission­ More proofs for infants right to baptism, Londres, 1675 ; naire, pour des causes graves laissées à sa prudente Owen, The lawfulness of infant baptism, Londres, 1732; détermination, de les baptiser solennellement à la Pirie, Dissertation on baptism, intended to illustrate the ori­ maison de leurs parents. S. C. des Rites. 10 février 1871, gin, history, design, mode and subjects of that sacred institu­ n. 3234, ad 3"™. Decreta authentica, t. ill, p. 2. Cl. déci­ tion, Londres, 1790; Rolling, Das Sacrament der laufe, sion du Saint-Office, 28 février 1063. Collectanea S. C. 2 vol., Erlangen, 1846. 1848. de Propaganda /ide, η. 598. La Propagande a pris la J. Bellamy. IX. BAPTÊME D'APRÈS LE CONCILE DE TRENTE. même décision, le 21 janvier 1789. Ibid., n. 611. ad 3um; n. 614. — I. Texte et histoire de sa rédaction. II. Doctrine du 3° Suppléance des cérémonies. — Quand le baptême concile. est conféré, en cas de nécessité, par un ministre I. Texte et histoire de sa rédaction. — Dans la extraordinaire, il n y a pas lieu d’accomplir les cérémo­ IIIe session, le concile adhéra au symbole nicéno-connies prescrites par le rituel; mais si le baptisé survit, stantinopolitain et confirma les mots : Je crois... en un il doit être porté à l'église pour que les cérémonies du seul baptême pour la rémission des péchés, 4 février I5i6. baptême solennel soient accomplies. C'esl la rubrique Dans la suite, rassemblée s'occupa, à six reprises diffé­ du rituel. Dans les pays de mission, lorsqu’on prévoit rentes, du sacrement de baptême. que le néophyte ne pourra pas être porté à l'église, on 1» Le baptême, remède contre le péché originel doit suppléer les cérémonies, même à la maison. Saint(V« session). — Le 21 mai 1516, à la demande du car­ Office, 10 avril 186I, Collectanea S. C. de Propaganda dinal légat del Monte, le concile décida qu’il mettrait à /ide, η. 629, ad 4um, Si un prêtre, en cas de nécessité, l'étude la question du péché originel. Le lendemain, les administre lui-même le baptême en dehors de l’église, il théologiens furent invités à donner leur avis sur l'exis­ doit commencer par le rite essentiel du sacrement, en tence, la nature, les effets de cette faute et le remède omettant les cérémonies qui précèdent, puis continuer institué contre elle. Vingt-neuf docteurs prirent la pa­ les cérémonies du rituel. Les cérémonies omises doivent role; les plus connus étaient le dominicain Ambroise ensuite, si on le peut, être suppléées à l’église. S. C. des Catherin, les franciscains Alphonse de Castro et Rites, 23 septembre 1820, n. 2607, Decreta, t. n, p. 193, André Véga, le conventuel François Vita de Pattis, les avec le votum, t. iv, p. 198-199. Lorsque les cérémonies jésuites Claude le .lay. Salmeron. Laynês. Celle consul­ du baptême sont suppléées pour un adulle catholique, tation terminée, les décisions antérieurement rendues qui a été validement baptisé après sa naissance, on sur le péché originel par des papes et des conciles lu­ suit l'ordo pro baptismo infantium. Mais si l’adulte rent recueillies. Ces documents furent lus en congréga­ est un hérétique converti et s’il y a des doutes que son tion générale et communiqués aux Pères. Le 31 mai, baptême n’a pas été valide, il faut suppléer les cérémo­ les évêques furent appelés à donner leur avis sur l'exis­ nies usitées pour le baptême des adultes. S. C. des tence et la nature du péché originel; mais déjà plu­ Rites, 27 août 1836, n. 2713, ad 3“m et 4um, Decreta, sieurs furent amenés au cours de leurs explications à t. n, p. 264, avec le votum, t. iv, p. 352-355. traiter du remède institué contre cette faute. Ainsi quel­ ques Pères parlèrent du sort des entants morts sans Outre les autours cités dans l'article, voir Juenin. Commenta­ baptême. Ils s’accordaient à dire que ces enfanls n’étaient rius historicus et dogmaticus de sacramentis in genere et in specie. Lyon, 17 5, p. 37-92’ Chardon, Histoire des sacrements, pas admis au ciel; mais à l’exception de Michel Sara­ dans le Cursus theotogix de Migne. t. xx, p. 1-159; Corblet, ceni, archevêque de Matera, tous déclaraient que ces Histoire dogmatique, liturgique et archéologique du sacre­ enfants étaient soumis seulement à la peine ilicis, exe- 297 BAPTÊME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE 298 Mais si les évêques s’accordèrent à condamner les erreurs I' scilicet, non radi neque tantum non imputari. In illis enim nihil odit Deus, etc. Après baptisma in mortem, protestantes, ils ne tinrent pas tous le même langage. Les uns, la majorité, recoururent exclusivement aux I on ne lisait pas les mots : qui non secundum carnem expressions et aux explications théologiques du moyen ambulant. Au lieu de veterem ... induentes, on avait écrit: veteri exuto homine et novo qui secundum Deum âge. D'autres, moins nombreux, employèrent des locu­ tions plus augustiniennes. Ainsi, à la première question : creatus est induto. La phrase manere était ainsi rédigée : quel est le remède contre le péché originel? presque Manere autem in baptizatis concupiscentiam vel fo­ tous les Pères répondirent : Ce sont les mérites de la mitem, naturæ infirmitatem ac morbum non solum apostolicis Scripturis, sed ipsa experientia docta pa­ passion de Jésus-Christ et le baptême en fait à l'homme l'application (l'archevêque d'Armagh ajouta : Dieu pour­ riter fatetur et sentit quæ tamen nocere non consenti­ entibus non valeat; has peccati reliquias quas beatus rait, s'il le jugeait bon, employer un autre moyen). Mais Paulus aliquando peccatum vocat, Ecclesiam catholi­ l’évêque de Syracuse préféra s'exprimer ainsi : Le remède, cam nunquam intellexisse quod vere peccatum sit, c'est la foi et le baptême. Séripandi, général des ermites de Saint-Augustin, dit même : C’est la foi. car le bap­ sed... Après cette phrase il n’y avait pas d’anathème. tême n'agit que par elle. Pas de discussion non plus sur Mais le décret se terminait par deux propositions qui les eflets de ce sacrement : rémission du péché originel n'ont pas été maintenues dans le texte di linilil. La pre­ et des autres fautes,'des peines éternelles et temporelles, mière, empruntée à saint Augustin, affirmait en termes justification, droit au ciel. Quelques-uns demandèrent un peu obscurs la permanence, après le baptême, de la qu’on indiquât aussi la production des vertus infuses. concupiscence, reste du péché. Elle est vaincue et sup­ Plusieurs insistèrent sur la nécessité de baptiser les primée, tant qu'un consentement illicite ne lui rend pas enfants même, ajoutait l'archevêque d'Aix, Filhol, s'ils la vie. La seconde proposition légitimait l’emploi de sont fils de chrétiens. Tous s’accordèrent à affirmer que l'axiome reçu dans l’École : le baptême enlève ce qu’il le sacrement n'a pas seulement pour effet d'empêcher que y a de formel dans le péché, il laisse l’élément matériel. la faute originelle nous soit imputée. La concupiscence C’est par ces mots que se terminait le décret. demeure en nous, il est vrai; mais c’est afin que nous On le transmit aux membres de l’assemblée le 7 juin ayons l'occasion de lutter et de mériter. Elle n’est pas, et le lendemain, en congrégation générale, on le discuta à vrai dire, une faute, tous les Pères l’admettent. Beau­ minutieusement. Sur les canons 3' et 4e, de nombreuses coup ajoutent que si, au sens large, on peut l’appeler corrections furent demandées. Quelques retouches pro­ péché, c'est qu’elle vient du péché et porte au péché. posées étaient de pure forme. Afin que le texte devint C’est ce que montra bien Bertani. L'évêque de Syracuse plus clair, on proposait d'ajouter mediatoris à unius, discuta longuement les deux thèses protestantes : la con­ de rendre plus intelligible ou de supprimer les mots au­ cupiscence est un péché que Dieu n'impute plus au bap­ ferri scilicet non radi (can. 4), d'ajouter nunquam intel­ tisé; elle retarde l'entrée au ciel. Dans le langage de lexit... peccatum appellari.de modifier l'ordre des mots certains Pères, on peut trouver quelques expressions justitia, sanctificatio, redemptio (can. 3). A auferri pec­ particulières. Si nous ne consentons pas, dit incidem­ catum (can. 3) on ferait bien de substituer la locution ment Cortes de Prato, évêque de Vaison, la concupis­ biblique : tolli peccatum, etc. Pour donner aux pensées une plus grande précision, on proposa quelques addi­ cence n’est pas imputée à péché, et Séripandi fit remar­ quer qu'on ne peut sans autre explication affirmer de la tions. Au lieu de dire : nous n’imitons pas, mais nous concupiscence qu’elle est ou qu’elle n’est pas péché. .Selon contractons le péché d’Adam, qu’on mette : non seule­ l’évêque de Gava, Thomas de Saint-Félix, le péché originel ment nous imitons, mais... Le baptême confère la grâce, consistant dans la privation de la justice originelle et c’est vrai, mais à titre d’instrument de la puissance di­ dans la concupiscence, le baptême a deux effets : nous vine. La concupiscence ne nuit pas si nous résistons â ses ne sommes plus privés de la grâce, la concupiscence ne sol licitations : on pourrait même ajouter qu’elle est une nous est plus imputée par Dieu à pêché. Il prétendait occasion de mérites si nous luttons. El puis, ne convients'appuyer sur saint Thomas et saint Augustin. il pas de mieux affirmer que pour commettre un péché Ainsi éclairés sur la pensée des Pères, les légats pré­ mortel, il faut pleinement consentir aux sollicitations de parèrent un décret. Pour le rédiger ils consultèrent la passion? Cette question fut agitée par beaucoup de Lippomani, évêque de Vérone, Castelli, évêque de liertiPères. Le décret ne signale que la concupiscence parmi noro, Pierre Bertani et les théologiens Alphonse de les pénalités que ne détruit pas le baptême : il ne serait Castro et Vita de Pattis ils se servirent de phrases em­ pas inutile de mentionner au moins d’une manière gé­ pruntées à saint Paul, à saint Augustin et à saint Tho­ nérale les autres infirmités qui demeurent chez les mas ; ils mirent aussi à profit les affirmations des chrétiens. Plusieurs additions furent demandées : con­ membres du concile. Le canon 3° était assez semblable damner ceux qui déclarent que le péché originel atteint à celui qui fut définitivement adopté. Voir plus loin. les enfants avant le baptême, mais ne leur est pas im­ Mais, au lieu de : .ST quis hoc Adæ peccatum... trans­ puté, parler des enfants morts sans baptême, dire que fusum... omnibus inest... tolli... meritum unius me­ le baptême des adultes est aussi efficace que celui des diatoris, on lisait · Si quis mortem hujus originalis enfants, affirmer que toutes les peines sont remises chez peccati... diffusum residet... auferri... meritum unius. quiconque reçoit ce sacrement. D’autres corrections A la place de per baptismi sacramentum... applicari proposées étaient moins justifiées : certains Pères, ou­ se trouvait cette phrase : per fidem et baptismi sacra­ bliant qu’on envisageait ici le baptême par rapport au mentum applicari, enfin le anathema sit était suivi de péché originel, voulaient qu'on traitât du sacrement : cette remarque : Huic enim omnes prophétie testimo­ rite, effets, sujet, dispositions. En revanche, des suppres­ nium perhibent remissionem peccatorum accipere per sions furent demandées; la phrase : Unie omnesfean. 3). nomen ejus omnes qui credunt in eum neque aliud était considérée comme superflue par plusieurs évêques; nomen est sub ctelo, etc. Le 4e et le 5« canons du on fit remarquer que les mots : la grâce contenue dans décret actuel n'en formaient qu'un seul. Après les mots : le baptême, préjugeaient la question du mode d'effica­ introire in regnum Dei, là ou nous lisons : Si quis per cité des sacrements. A quoi bon encore légitimer la locu­ Jesu... odil Deus, on avait écrit : Hanc fidem et san­ tion reçue dans l’École sur l’élément matériel et l'élé­ ctorum Patrum normam imitando, hæc sancta synodus ment formel de la faute originelle, d'autant plus que fatetur ac declarat in baptismate per Jesu Christi gra­ cet axiome, inconnu des anciens Pères, peut être mal tiam quam confert et continet, non modo remitti rea­ compris? Mais ce que les évêques prirent à cœur de si­ tum originalis peccati, sed totum id auferri, quod ve­ gnaler, ce sont les mots dont les protestants auraient pu ram et propriam peccati rationem habet; auferri abuser. 11 y a danger à affirmer que le péché originel est 299 300 BAPTÊME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE remis par la foi, sans autre explication: à déclarer qu’il on lui résiste vaillamment, n’est-ce pas insinuer qu’elle nuit aux enfants? Fonseca, évêque de Castellamare. réside en nous, â parler des restes du péché, â nommer la concupiscence maladie, bien ne hait pas les baptisés, aurait voulu qu’aux mots : « le baptême est le seul oui, mais, s’ils ne vivent pas selon la chair. Il faut, il remède. >· on ajoutât : « sous la loi évangélique. » Les est vrai, baptiser les enfants : néanmoins, il importe de le légats ne crurent devoir tenir compte que de la critique remarquer, les fils d’infidèles ne doivent pas recevoir le du cardinal Pole : ils maintinrent les mots : « Dieu ne hait rien dans les baptisés, » mais en ajoutant : « si tou­ sacrement malgré leurs parents. Celte fois encore, quel­ tefois ils ne vivent pas selon la chair. » Ils firent aussi ques membres. Ionien désavouant les novateurs, prirent quelques retouches de pure forme et aboutirent ainsi au la défense d’expressions dont abusaient les protestants. texte que nous lisons aujourd’hui. On le lut dans la Bonucci demandait qu’on supprimât les mots : « non congrégation générale du 15 juin et les Pères approu­ seulement le péché originel cesse d’être impute. »Sérivèrent sans aucune réserve tout ce que le décret conte­ pandi faisait observer que Dieu hait la concupiscence nait sur le baptême. chez les chrétiens. L’évêque de Lanciano, Marini, l’évê­ Le 17 juin, avait lieu la Ve session du concile et que de Pienza, Piccolomini. Séripandi et Bonucci dési­ le texte élaboré avec tant de soin était unanimement raient qu’on retranchât ou qu'on adoucît les mots : « le adopté : baptême enlève tout ce qui a vraiment et â proprement parler le caractère de péché; » Bertani et d’autres évê­ Si quelqu’un soutient que ce 3. Si quis hoc Adæ peccatum ques réclamaient le maintien de cette affirmation. Beau­ péché d’Adam, un dans sa quod origine unum est. et pro­ coup de Pères se demandèrent s’il fallait accepter la pagatione. non imitatione trans­ source, et qui, transmis â tous, phrase de saint Augustin : Has peccati reliquias, etc. fusum omnibus inest unicuique non par imitation mais par pro­ La majorité la trouvait obscure et dangereuse : il y est proprium, vel per humanæ na­ pagation, se trouve en nous, parlé de restes du péché qui demeurent en nous et peu­ turæ vires, vel per aliud reme­ propre à un chacun, peut être vent ressusciter. Mais quelques membres du concile la dium asserit tolli quam per enlevé soit par les forces de la meritum unius mediatoris Do­ défendirent : Alepio, Thomas de Saint-Félix. Giacomelli. nature humaine, soit par un mini nostri Jesu Christi, qui remède autre que le mérite de évêque de Belcaslro, Séripandi, et Fiori monte, évêque nos Deo reconciliavit in san­ l'unique médiateur Notre-Seid’Aquin. guine suo. factus nobis justitia, gneur Jésus-Christ qui, devenu Les légats essayèrent de retoucher le décret primiti­ sanctificatio et redemptio: aut notre justice, notre sanctifica­ vement présenté. De leur propre aveu, ce travail leur negat ipsum Christi Jesu meri­ tion et notre rédemption^ nous coûta beaucoup. Pour le mener à bien, ils résolurent de tum per baptismi sauramentum a réconciliés avec Dieu par consulter de nouveau les théologiens. Sur le canon 3°, ils in forma Ecclesiæ rite colla­ son sang; ou si quelqu'un nie firent les observations suivantes : supprimer la citation : tum. tam adultis quam parvu­ que ce mérite du Christ Jésus lis applicari : anathema sit; soit appliqué tant aux adultes Voici Γ agneau de Dieu; ne nommer comme remède qu'aux enfants par le sacre­ quia non est aliud nomen sub contre la faute d’origine que le baptême et non pas la cælo datum hominibus in quo ment de baptême convenable­ foi. Les théologiens proposèrent de diviser en deux par­ oporteat nos salvos fieri. Unde ment conféré selon la forme de ties le canon 4«, la première consacrée au baptême des l’Église : qu’il soit anathème; illa vox : Ecce agnus Dei, entants serait terminée par un anathème placé après la ecce qui tollit peccata mundi. car, sous le ciel, nul autre nom citation : ATst quis... regnum Dei. 11 fut demandé qu’on Et illa : Quicumque baptizati n'a été donné aux hommes ne parlât pas exclusivement du baptême des enfants, â dans lequel nous devrions être estis, Christum induistis. sauvés. De là’, cette parole : cet endroit, et qu’on indiquât la peine dont sont atteints Voici l'agneau de Dieu, voici les enfants morts sans avoir reçu le sacrement : priva­ celui qui. ôte les péchés du tion de la vision intuitive. Le canon 5e avait pour objet monde, et cette autre : Vous de déterminer ce que laisse le sacrement. On fit observer tous qui avez été baptisés, qu’il suffisait de dire ici : « le baptême donne la grâce,» vous avez revêtu te Christ. sans a jouter, avec le concile de Florence : « il la contient. » 4. Si quelqu un nie que les 4. Si quis parvulos recentes Quelqu’un critiqua encore les mots : « 16 péché originel **ab uteris matrum baptizandos enfants nouveau-nés doivent être baptisés meme s'ils sont ne cesse pas seulement d’être imputé. » 'fout le monde . negat, etiamsi fuerint a bapti­ zatis parentibus orti, aut dicit nés do parents baptisés, si fut d’avis que la concupiscence n’est pas un vrai péché, in remissionem quidem pecca­ quelqu'un, tout en avouant que que si l’homme ne consent pas â ses sollicitations, elle torum eos baptizari, sed nihil ex ces enfants sont baptisés pour ne lui nuit pas; mais un théologien déclara que Dieu la Adam trahere originalis pecobtenir la rémission des péchés, hait chez les baptisés. Si saint Paul l’appelle un pécHV, enti. quod regenerationis lava­ déclare qu'ils n’ont rien con­ observa-t-on, ce n’est pas seulement parce qu’elle vient cro necesse sit expiari ad vitam tracté de la faute originelle du péché et y entraîne, l’Apôtre déclare qu'elle est en æternam consequendam, unde d'Adam qui doive être expié fit consequens ut in eis forma dans le bain de régénération opposition â la loi de Dieu, repugnantiam legi Dei. baptismatis in remissionem pec­ afin qu'ils puissent obtenir la vie Enfin, il serait bon de lancer l’anathème contre quiconque catorum non vera sed falsa inéternelle, d'où il s'ensuivrait interprétera au sens protestant les affirmations de saint telllgatur, anathema sit : quo­ qu'appliquée â ces enfants la Paul. niam non aliter intelligendum forme du baptême institué pour Les légats retouchèrent alors le décret, le nouveau est id quod dixit apostolus : la rémission des péchés ne texte fui soumis â Bertani : c’était, à peu de choses près, Per unum hominem pecca­ se vérifierait pas. mais serait celui qui fut adopté â la Ve session. Le 14 juin, on le tum intravit in mundum et fausse, qu’il soit anathème. Car per peccatum mors et ita in la parole de l’Apôtre: Par un lisait en congrégation générale. Le cardinal Pole fit omnes homines mors per tran­ seul homme le péché est en­ observer que les mots : « Dieu ne hait rien dans les siit in quo omnes peccave­ tré dans le monde et par le baptisés, » pouvaient laisser croire que les chrétiens sont runt, nisi quemadmodum Ec­ péché la mort, et ainsi la mort impeccables, plusieurs évêques furent du même avis. clesia catholica ubique diffusa est passée en tous les hom­ D’autres, et surtout Bertani, légitimèrent l’emploi de semper intellexit. Propter hanc mes, tous ayant péché en un cette proposition. Quelques membres demandèrent qu’on enim regulam fidei ex traditione seul, ne peut être comprise affirmât l’impuissance des forces humaines, laissées à apostolorum, etiam parvuli qui autrement que l'a toujours nihil peccatorum in semetcomprise l’Église catholique elles-mêmes, pour la rémission de la faute originelle : ipsis adhuc committere potue ­ répandue partout. Or, à cause solas serait ajouté à vires. Cette proposition fut combattue runt, ideo in remissionem pec­ de cette règle de foi, en vertu par d’autres Pères. L’évêque de Majorque, Jean-Baptiste catorum veraciter baptizantur d’une tradition apostolique, les Campeggio, réclamait la phrase que le décret primitif ut in eis regeneratione munde­ petits enlantsqui n'ont pu com­ contenait sur les éléments, matériel et formel, du péché tur quod generatione contraxe­ metire aucune faute person­ d’origine. L’évêque de Feltre, Thomas Campeggio, avait runt. Nisi enim quis renatus nelle sont véritablement bapti­ un scrupule : dire que la concupiscence ne nuit pas si fuerit ex aqua ct Spiritu sés pour obtenir la rémission DICT. DE THEOL. CATIIOL. Π. -10 301 BAPTÊME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE Sancto, non potest introire in regnum Dei. 5. Si quïs per Jesu Christi Domini nostri gratiam quæ in baptismate confertur, reatum originalis peccati remitti ne­ gat ; aut etiam asserit non tolli totum id quod veram et pro­ priam peccati rationem habet ; sed illud dicit tantum radi aut non imputari, anathema sit : in renatis enim nihil odit Deus quia nihil est damnationis iis qui vere consepulti sunt cum Christo per baptisma in mor­ tem, qui non secundum carnem ambulant, sed veterem homi­ nem exuentes et novum qui se­ cundum Deum creatus est, in­ duentes. innocentes, immacu­ lati. puri, innoxii ac Deo dilecti effecti sunt, haeredes quidem Dei, cohæredes autem Christi, ita ut nihil prorsus eos ab in­ gressu cæli remoretur. Manere autem in baptizatis concupis­ centiam, vel fomitem, hæc sancta synodus fatetur et sentit; quæ cum ad agonem relicta sit, nocere non consentientibus, sed viriliter per Christi Jesu gra­ tiam repugnantibus non valet ; quinimo, qui legitime certave­ rit, coronabitur. Hanc concu­ piscentiam, quam aliquando apostolus peccatum appellat, sancta synodus declarat Ec­ clesiam catholicam nunquam intellexisse peccatum appel­ lari, quod vere et proprie in renatis peccatum sit, sed quia ex peccato est et ad peccatum inclinat. Si quis autem contra­ rium senserit, anathema sil. des pêchés, afin que ce qu’ils ont contracté par la génération soit lavé en eux par une régé­ nération. Car quiconque ne renaît de l’eau et de ΓEspritSaint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. 5. Si quelqu’un nie que. par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ conférée dans le baptême, l’offense de la faute originelle soit remise, ou en­ core s’il soutient que ce qui a proprement et véritable­ ment le caractère de péché n’est pas enlevé tout en­ tier, mais seulement est rasé ou cesse d’être imputé, qu’il soit anathème. Car, dans ceux qui ont été régénérés. Dieu ne hait rien, il n'y a en effet au­ cun motif de condamnation chez ceux qui par le baptême ont été ensevelis avec le Christ dans la mort, qui ne marchent pas selon la chair, mais qui, dépouillant le vieil homme, re­ vêtant l’homme nouveau créé à l'image de Dieu, sont devenus innocents, immaculés, purs, ir­ réprochables, agréables à Dieu, ses héritiers, les cohéritiers du Christ, si, bien que rien ne peut retarder leur entrée au ciel. Néanmoins cette sainte assemblée reconnaît et con­ state que la concupiscence ou le foyer du péché demeure chez les baptisés. Mais laissée en eux pour qu’ils la combat­ tent, elle ne peut nuire à ceux qui refusent leur consentement et lui résistent courageusement par la grâce du Christ Jésus : bien plus, quiconque aura lutté convenablement sera couronné. Et la sainte assem­ blée le déclare : cette concu­ piscence que parfois l’Apôtre appelle péché, l’Église catho­ lique n’a jamais admis que ce nom lui a été donné parce quelle est vraiment et â pro­ prement parler un péché dans les baptisés, mais parce qu’elle vient du péché et porte au pé­ ché. Si quelqu’un pense le con­ traire, qu'il soit anathème. 2° Le baptême et la justification (VIe session). — A la VIe session du concile de Trente on définit les dogmes de la justification. Lorsque l’assemblée indique ce qui précède la collation de la grâce, elle énumère les dispo­ sitions requises de la part de celui qui reçoit le baptême; lorsqu’elle décrit la justification, elle fait connaître les effets de ce sacrement ; lorsqu’elle expose les droits et les devoirs du juste, elle dit en même temps les droits et les devoirs du baptisé. Ainsi toute la session nous instruit sur le baptême. La justification doit être étudiée pour elle-même et dans un article spécial. Néanmoins, il semble nécessaire de citer ici plusieurs passages de la session VIe : 1° les textes qui présentent le baptême comme la cause instrumentale de la justification; 2° les phrases dans lesquelles il est nommément parlé du bap­ tême et qui complètent ou confirment la notion du sacre­ ment donnée dans la VIIe session. 11 est impossible de faire ici l’histoire de la rédaction de ces textes. Ce récit devra forcément se trouver à l’ar­ ticle Justification d’après le concile de Trente. C. τη. ... Ita nisi in Christo renascerentur, nunquam justi­ ficarentur, cum ea renascenda per meritum passionis ejus gra­ tia qua justi fiunt, illis tribua­ tur... C. iv. Quibus verbis justifi­ cationis impii descriptio insi­ nuatur, ut si translatio... Quæ quidem translatio post Evan­ gelium promulgatum, sine la­ vacro regenerationis aut ejus voto, fieri non potest, sicut scriptum est : Nisi quis rena­ tus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, non potest introire in regnum Dei. C. vi. Disponuntur autem (adulti) ad ipsam justitiam, dum excitati divina gratia et adjuti,, fidem ex auditu concipientes, libere moventur in Deum, credentes vera esse, quæ divi­ nitus revelata et promissa sunt atque illud in primis a Deo justificari impium per gra­ tiam ejus, per redemptionem quæ est in Christo Jesu, et dum peccatores se esse intelli­ gentes a divinæ justitiæ timore, quo utiliter concutiuntur, ad considerandam Dei misericor­ diam se convertendo, in spem eriguntur, fidentes Deum sibi propter Christum propitium fore, iliumque tanquam omnie justitiæ fontem diligere inci­ piunt, ac propterea moventur adversus peccata per odium aliquod et detestationem, hoc est per eam pænitentiam quam ante baptismum agi oportet; denique dum proponunt susci­ pere baptismum, inchoare no­ vam vitam et servare divina mandatu. De hac dispositione scriptum est : Accedentem ad Deum oportet credere quia est et quod inquirentibus se remunerator sit. Et : Confide, fili, remittuntur tibi peccata tua. Et : Timor Do­ mini expellit peccatum. Et : Poenitentiam agite et bapti­ zetur unusquisque vestrum in numine Jesu Christi, in re­ missionem peccatorum ve­ strorum ; et accipietis donum Spiritus Sancti. Et : Euntes ergo docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Pa­ tris et Filii et Spiritus San­ cti, docentes eos servare qusecumque mandavi vobis. De­ nique : Præparate corda vestra Domino. C. vn. Hanc dispositionem seu præparationem justificatio ipsa consequitur quæ non est sola peccatorum remissio sed et sanctificatio et renovatio interioris hominis per volunta­ riam susceptionem gratiæ et donorum... Hujus justificationis 302 C. in. ...De même, si les hommes ne renaissaient pas dans le Christ, ils ne seraient jamais justifiés, puisque la grâce qui les rend justes leur est donnée par celte nouvelle naissance, en vertu des mérites de la passion de Jésus... C. iv. Ces paroles laissent voir que la justification de l'impie consiste dans le pas­ sage... Et ce passage, depuis la promulgation de l’Evangile, ne peut se faire que si on recourt à l’eau qui régénère ou si on a le désir de le faire. Il est écrit en effet : Si quelqu’un ne renaît de l'eau et de ΓEspritSaint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. C. vi. Or, ils (les adultes) se disposent ainsi à la justifica­ tion : excités et soutenus par la grâce divine, amenés par la parole à avoir la foi, ils se tournent librement vers Dieu, croyant à la vérité des révéla­ tions et des promesses divines, croyant surtout que Dieu jus­ tifie l’impie par sa grâce, en vertu de la rédemption opérée par le Christ Jésus ; puis, com­ me ils se reconnaissent pé­ cheurs, de la crainte de la jus­ tice divine qui les ébranle utilement, ils passent à la considération de la miséricorde de Dieu, s’élèvent jusqu'à l’es­ pérance, persuadés que, à cause du Christ, Dieu leur sera pro­ pice; ils commencent alors à l’aimer comme la source de toute justice, et ainsi, ils sont portés à l’aversion contre le péché par un sentiment de haine et de détestation, c’està-dire par cette pénitence qu’il faut accomplir avant de s’ap­ procher du baptême; enfin, ils prennent la résolution de rece­ voir le baptême, de commencer une vie nouvelle et de garder les commandements de Dieu. C'est de cette disposition qu’il est écrit : Celui qui s’appro­ che de Dieu, doit croire qu’il existe et qu'il récompensera ceux qui le cherchent. Et encore : Aie confiance, mon fils, tes péchés te sont remis. Et aussi : La crainte du Sei­ gneur chasse le péché. Et : Faites pénitence et que cha­ cun de vous soit baptisé pour obtenir la rémission de ses péchés et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Et : Allez donc, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignezleur à observer tout ce que je vous ai ordonné. Enfin : Pré­ parez vos cœurs pour le Sei­ gneur. C. vu. Cette disposition ou préparation est suivie de la justification elle-même, justifi­ cation qui n'est pas seulement le pardon des péchés, mais une sanctification, un renouvel­ lement de l'homme intérieur, par la réception volontaire -de 303 BAPTÊME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE causæ siinf... efficiens vero misericurs Deus qui gratuito abluit et sanctificat...*, instrumentalis item sacramentum baptismi quod est sacramentum fidei, sine qua nulli unquam contigit justificatio... Hanc fi­ dem (infusam el vivam) ante baptismi sacramentum ex apo­ stolorum traditione catechumeni ah Ecclesia petunt, cum petunt fidem, vitam æternam prae­ stantem, quam sine spe et cari­ tate fides praestare non jjotest. Unde et statim verbum Christi audiunt : Si vis ad vitam in­ gredi, serva mandata. Itaque veram et Christianam justitiam accipientes, eam ceu primam stolam pro illa quam Adam sua inobedienlia sibi et nobis perdi­ dit, per Christum Jesum illis donatam, candidam et immacu­ latam jubentur statim renati conservare ut eam perterant ante tribunal Domini nostri Jesu Christi et habeant vitam æternom. C. x. Sic ergo justificati... per observationem mandato­ rum Dei et Ecclesiæ in ipsa justitia... crescunt atque magis justificantur... C. xi. Nemo autem, quan­ tumvis justificatus, liberum se esse ab observatione mandatu­ rum putare debet... C. xiv. ...pro iis qui post baptismum in peccata labuntur... Unde docendum est Christiani hominis pænitentiam post lapsum multo aliam esse a baptismali, eaque contineri non modo cessationem a peccatis et eorum detestationem, aut cor contritum et humiliatum, ve­ rum etiam... satisfactionem... pro pœna temporali quæ, ut sacræ litterae docent, non tota semper, ut in baptismo fit, di­ mittitur... C. xv. ... Asserendum est : run modo infidelitate, per quam e ipsa fides amittitur, sed etiam quocumque alio mortali peccato, quamvis non amittatur Sdes, acceptam justificationis gratiam amitti... Can. 49. Si quis dixerit : r hi! praeceptum esse in Evan­ gelic præter fidem, cætera esse indifferentia, neque præneque prohibita, sed li£>era;aut decem praecepta nihil pertinere ad Christianos : ana_\-ma sit. 304 Can. 20. Si quis hominem la grâce et des dons... Cette Can. 20. Si quelqu’un dit de justificatum et quanlumlibet justification a pour cause... l’homme justifié et quelque efficiente le Dieu miséricor­ perlectum dixerit non teneri parlait qu’il soit, qu'il n’est pas dieux qui lave et sanctifie gra­ ad observantiam mandatorum tenu d'observer les commande­ Dei et Ecclesiæ, sed tantum ad ments de Dieu et de l’Église, tuitement... Elle a pour cause credendum : quasi vero Evan­ instrumentale le sacrement de mais seulement de croire : baptême qui est le sacrement gelium sit nuda et absoluta comme si l’Évangile promettait de la foi et sans lequel nul promissio vitæ æternæ. sine simplement et d'une manière n’obtient la justification... C’est conditione observationis man­ absolue la vie étemelle, sans datorum : anathema sit. cette foi (infuse et vivante) exiger le respect des comman­ dements : qu'il soit anathème. que les catéchumènes, scion une tradition reçue des apô­ Can. 21. Si quis dixerit Chri­ Can. 21. Si quelqu’un dit : Le tres, demandent à l’Église, stum Jesum a Deo hominibus Christ Jésus a été donné par avant de recevoir le baptême, datum fuisse ut redemptorem Dieu aux hommes comme un car ils réclament la foi qui cui fidant, non etiam ut legis­ rédempteur en qui ils doivent donne la vie éternelle, et ce espérer et non pas comme un latorem cui obediant : ana­ bien, la foi no peut le donner thema sit. législateur à qui ils sont tenus si elle n’est pas unie â l’espé­ d’obéir : qu’il soit anathème. rance et à la charité. Aussi, Can. 23. Si quis hominem Can. 23. Si quelqu’un d t : ces catéchumènes reçoivent à semel justificatum dixerit am­ Une fois justifié, l'homme no l'instant pour réponse le mot plius peccare non posse, ne­ peut plus pécher ni perdre la du Christ : Si tu veux entrer que gratiam amittere... : ana­ grâce... : qu’il soit anathème. dans la vie, garde les com­ thema sit. mandements. Et c’est pour­ Can. 27. Si quis dixerit Can. 27. Si quelqu’un dit : Il quoi dès qu'ils sont régénérés, nullum esse mortale peccatum n’y a pas d’autre péché mor­ aussitôt mis en possession de nisi infidelitatis aut nullo alio, tel que celui d’infidélité, ou en­ la justice véritable et chré­ quantumvis 'ravi et enormi, core : En dehors de ce péché, tienne, ils reçoivent l’ordre de praeterquam infidelitatis pec­ aucune autre faute, si grave et garder blanche et sans tache cato semel acceptam gratiam si énorme soit-elle, ne peut faire celte première robe que leur amitti : anathema sit. perdre la grâce, une fois qu’en donne le Christ pour remplacer l'a reçue : qu’il soit anathème. celle qu*Adam,parsa désobéis­ 3° Le sacrement de baptême (VIIe session). — Quel· sance, a perdue pour lui et pour ques jours après la VIe session, les légats faisaient ré­ nous, commandement .qui leur est lait afin qu'ils puissent la diger une liste de propositions erronées soutenues par porter devant le tribunal de les protestants sur les sacrements, le baptême et la con­ Nulre-Seigneur Jésus-Christ el firmation. Le cardinal de Sainte-Croix en donna lecture obtenir la vie éternelle. dans la congrégation générale du 17 janvier, et chaque C. X. Donc, ainsi justifiés... Père reçut un exemplaire de ce catalogue. La 9e propo­ par l’observation des comman­ sition sur les sacrements niait qu’un caractère fut im­ dements de Dieu et de l’Église, primé par le baptême, la confirmation et l’ordre. La liste ils croissent... on justice et sont i des erreurs sur le baptême contenait les affirmations tous justifiés davantage. C. xi. Mais personne, quel­ suivantes : I. L’Eglise romaine n’a pas le vrai baptême; que justifié qu’il soit, ne doit 2. LèHjaptème n’est pas nécessaire; 3. Le baptême donné penser qu’il doit être dispensé par les hérétiques n’est pas valide; 4. Le baptême se de respecter les commande­ confond avec la pénitence; 5. Le baptême est un sym­ ments... bole tout extérieur, incapable de justifier; 6. Le baptême C. xiv. ...pour ceux qui, doit être réitéré; 7. Le vrai baptême est la foi (entendue après le baptême, tombent au sens protestant) ; 8. Le baptême n’enlève pas les péchés, dans le péché... Il faut donc enseigner que la pénitence d'un mais obtient qu’ils ne nous soient plus imputés; 9. Le chrétien qui a péché est bien baptême de Jésus-Christ et celui de saint Jean avaient différente de la pénitence bap­ même efficacité; 10. Le baptême du Christ n’a pas aboli tismale : non seulement elle celui de saint Jean; 11. Dans le baptême, l’immersion exige qu’on cosse de pécher et seule est nécessaire, les autres rites peuvent, au gré du qu’on déleste ses fautes, c’estministre, être changés ou supprimés; 12. Il vaut mieux à-dire qu’on ait un cœur contrit omettre le baptême des petits enfants; 13. Les petits et humilié, mais elle demande aussi... qu'on satisfasse... en enfants font acte de toi quand on les baptise; 14. Ceux raison de la peine temporelle, qui ont reçu le baptême dans leur première enfance car cette fois, comme l’ensei­ doivent être rebaptisés; 15. Λ ceux qui ont été baptisés gnent les saintes lettres, cette petits enfants, on doit demander, lorsqu'ils ont grandi, dette n’est plus remise totale­ s’ils ratifient leur baptême; s’ils refusent, il faut les ment comme elle l’est dans le laisser libres et, pour toute punition, les priver de l’eu­ baptême. charistie et des autres sacrements; 16.Les péchés com­ C. xv. ...Il faut l’affirmer : non seulement l’infidélité qui mis après le baptême sont remis par le seul souvenir fait perdre même la foi, mais de ce sacrement et la foi en son efficacité; 17. Les pro­ aussi tout autre péché mortel, messes du baptême n’obligent qu a avoir la foi et annu­ bien qu’il ne détruise pas la lent tout autre vœu. foi, fait disparaître la grâce de Le concile décida que les théologiens examineraient la justification qui avait été cette liste; on leur demandait de donner une note reçue. théologique exacte à chacune de ces affirmations, de Can. 19. Si quelqu’un dit : Hors de la foi, rien n’est com­ produire les textes des conciles et des Pères qui con­ mandé dans l’Évangile, le reste damneraient l'une ou l’autre de ces propositions, de est indifférent, n'est ni com­ faire connaître, avec preuves à l'appui, les thèses qui ne mandé. ni défendu, mais laissé leur paraîtraient pas condamnables, enfin d’indiquer au à la liberté; ou encore : les concile les erreurs dont il n’élait pas fait mention et que dix commandements ne s'adres­ cependant il importait de censurer. Les théologiens tin­ sent nullement aux chrétiens : rent huit séances; trente-quatre docteurs émirent leur qu'il soit anathème. 305 BAPTÊME D'APRÈS LE CONCILE DE TRENTE avis; parmi eux étaient les dominicains Miranda et .Jé­ rôme d'Oleastro, les franciscains de l’Observance Véga et Carvajal, les jésuites Salmeron et Laynès, le cha­ noine de Reims llervet. Les questions posées furent examinées avec le plus grand soin; sur la plupart l’ac­ cord fut complet. Treize propositions sur le baptême furent jugées condamnables et personne ne les défendit, 1-3, 5-8, 12-I7. Sur d'autres thèses beaucoup de théolo­ giens lirent des réserves. Si, d’après plusieurs docteurs, il fallait délinir l'existence du caractère sacramentel, selon d’autres la négation de cette thèse ne saurait être condamnée. D’après quelques théologiens, cette néga­ tion est seulement fausse ou erronée, ou contraire â la tradition, ou moins probable que l'opinion opposée. Y a-t-il hérésie à soutenir que baptême et pénitence sont une seule chose, baptismum esse pænitentianif Oui et non. disaient plusieurs théologiens. Il esl bien évident que le sacrement de baptême n’est pas celui de péni­ tence, mais en un certain sens, le baptême est et a été appelé une pénitence. Le 11· article sur le baptême affir­ mait qu'on pouvait, sans péché, modifier les rites du sa­ crement. Il y a lieu de faire certaines distinctions. S’agitil, disaient plusieurs théologiens, des rites essentiels ou des rites accidentels, du cas de nécessité ou de la colla­ tion ordinaire, du mépris des règles ou d’un simple oubli? Tout le monde ne s’accorde pas à déclarer condamnahles les propositions 9' et 10« sur les baptêmes de Jésus-Christ et de saint Jean. Selon certains théologiens, elles ne sont pas hérétiques, ou même elles sont libre­ ment discutées; bien comprise, la 10“ est vraie. En re­ vanche des théologiens demandaient qu’on censurât les propositions suivantes: Les enfants qui meurent dans le sein de leur mère peuvent être sauvés par l'invocation de la Trinit·'·. Qn peut donner le baptême sans employer l’eau. Les apostats doivent, s'ils se convertissent, être rebaptisés. Nul ne doit être baptisé si ce n’est à l’âge où le fut Jésus-Christ,ou bien à l’article de la mort. Le bap­ tême est seulement le symbole de la souffrance qui attend le chrétien. La mort est une peine satisfactoire qui complète le baptême. Le baptême rend véniels les péchés commis après sa réception. II n’oblige pas à res­ pecter la loi divine. Le passage de la mer Rouge et le déluge furent de vrais baptêmes. La concupiscence re­ tarde l’entrée au ciel. Le 31 janvier, les réponses des théologiens furent com­ muniquées aux évêques qui à leur tour discutèrent les erreurs signalées par les légats. Douze congrégations générales furent consacrées à cet examen. Les Pères déclarèrent qu’il fallait définir l’existence du caractère et énumérer les sacrements qui le produisaient. Agréant les remarques des théologiens, un très grand nombre d’évêques demandaient qu’on précisât les propositions 4' et 11' sur l’identité du baptême et de la pénitence, el sur l’emploi des rites en usage dans l’Église; plusieurs textes assez différents furent proposés. Quelques Pères consentaient à ce qu’on ne condamnât pas les articles sur la valeur comparative des baptêmes de Jésus-Christ et de saint Jean. La plupart étaient d'avis contraire. Enfin les erreurs dont certains théologiens demandaient la condamnation parurent â beaucoup devoir être toutes censurées. Cependant des réserves furent laites sur cette proposition; Les enfants qui meurent dans le sein de leur mère peuvent être sauvés par les prières qui se­ raient faites pour eux. Condamner cette proposition. c’était frapper Cajetan. Plusieurs Pères prirent sa dé­ fense. Le général des dominicains fit observer que ce docteur avait hasardé cette thèse sous une forme dubi­ tative et qu’il parle seulement du cas de nécessité; l’évê­ que des Canaries, tout en la condamnant, la déclara pieuse; Séripandi affirma qu’elle était d'accord avec les intentions de la providence, Dieu ne commandant pas l’impossible et voulant sauver tous les hommes. Aussi plusieurs Pères voulaient ou qu'ou passât sous silence | j | ' 306 cette proposition. ou qu'on la retouchât de façon â af­ firmer l'absolue nécessité du baptême, sans condamner Cajetan. En revanche d'autres évêques demandaient qu’elle fût censurée. Cajetan n'a pas qualité pour intro­ duire des dogmes, disait l’évêque de Minorque. Mais les Pères ne se contentèrent pas de discuter le travail des théologiens, plusieurs firent de judicieuses remarques sur quelques propositions qui n’avaient pas été criti­ quées par eux. Voici quelles furent les plus importantes: On peut déclarer valide le baptême donné par les héré­ tiques. mais en ajoutant : à condition qu’il ail été conféré selon les règles requises. Il importe de définir que les pelils enfants ne font acte Me foi ni pendant leur bap­ tême ni auparavant, mais il faut dire ensuite que ce n'est pas un motif de les rebaptiser. Doit-on soutenir que les promesses du baptême n’annulent aucun vœu, ou seu­ lement qu’elles ne rompent pas les engagements con­ tractes après la réception de ce sacrement? Quelques Pères signalèrent des abus â réprouver, des propositions â condamner. Restait à déterminer sous quelle forme le concile rendrait sa décision. Fallait-il dresser une liste des propositions fausses et la faire suivre d'un certain nombre de censures qui atteindraient confusément tous les articles? C’était l’avis de plusieurs. D’autres voulaient que chaque article fût spécialement frappé. Les Pères s’accordaient à ne pas demander qu'un décret proprement dit précédât les articles. Par les soins des légats, qui prirent l’avis d’Ambroise Storck (Pelargus), de Séripandi et de Pierre Bertani, des canons furent préparés; le 27 février ils furent dis­ tribués aux Pères, et le 28 on commença à les discuter. Ces canons sont pour la plupart identiques à ceux qui furent promulgués dans la VII' session. Voir plus loin. La définition sur le caractère sacramentel portait ra­ tione cujusvis là où nous lisons maintenant unde. A la fin du I" canon sur le baptême, tel que nous le possé­ dons, on avait écrit: aut Christianos non alio baptismo baptizari quam illo Joannis quo et Christus baptizatus est. Le 4' était complété par cette proposition: data etiam quod hæreticus de baptismo, de sancta Trinitate aut de intentione Ecelesiæ aliter sentiat quam oportet. Dans le 6!, au lieu de gratiam, on lisait salutem. Dans le 9e,après baptismi suscepti memoriam, se trouvaient ces mots : pl omnia post baptismum vota irrita sint quasi, etc. Les autres differences qu’on peut constater entre les deux textes sont purement verbales. Toutes les erreurs signalées primitivement par les légats étaient condamnées, sauf quelques propositions qui déjà avaient été censurées dans les sessions précédentes et l’article sur l’identité du baptême el de la pénitence qu'on se ré­ servait d'étudier lorsqu’il serait spécialement traité de ce dernier sacrement. Ainsi on définissait l’existence du caractère et la supériorité du baptême du Christ sur celui de saint Jean. Généralisée, la proposition sur le mépris des rites était placée parmi les canons sur les sacrements en général. Les erreurs dénoncées sponta­ nément par les théologiens étaient condamnées, à l’ex­ ception de trois qu'on avait jugées trop peu importantes pour mériter une mention spéciale: les légats estimaient qu’elles seraient suffisamment atteintes par la condam­ nation que le concile devait plus tard prononcer contre les livres dont elles étaient tirées. Il avait pensé inutile de dire de nouveau que la concupiscence ne retarde pas l'entrée au ciel. Quanta l'opinion de Cajetan sur le sort des enfants morts dans le sein de leur mère, elle n’était pas censurée. Les légats n’en faisaient pas mention, disaient-ils, parce qu’elle ne leur paraissait pas se rap­ porter à la doctrine du baptême. La question était donc réservée. Les rédacteurs des canons avaient conscien­ cieusement tiré parti des réflexions des théologiens et des Pères; plusieurs propositions étaient précisées, les erreurs semblables étaient réunies en une seule con­ damnation; un meilleur ordre était adopté. 30’ BAPTÊME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE Ces canons furent examinés dans les congrégations générales du 28 février et du 1er mars. Beaucoup de Pères les approuvèrent sans aucune réserve. Cependant quel­ ques desiderata furent encore émis. Voici ceux qui lu­ rent présentés par plusieurs Pères : dans le canon 9e sur les sacrements, il faudrait supprimer les mots latiime cuiusvis et dire avec le concile de Florence wide. Sur le baptême : le 1er canon parle du baptême reçu par JésusClirisl ; or cette question n’a pas été discutée; on pour­ rait donc supprimer les mots aut Christianos, etc. Canon 2e: qu’on n’exclue pas le baptême de désir; de plus, pour désigner la matière du sacrement, il vaudrait mieux dire aquam eletnentarem que aquam naturalem. Canon 4«; qu'on ne fasse pas mention des idées que le ministre a sur la Trinité. Canon 5’ : ne serait-il pas plus précis de dire qu’il est nécessaire aux enfants, ordonné aux adultes de recevoir le baptême? Canon 6e : au lieu de salutem, équivoque, il conviendrait de mettre gratiam. Canon 9': on proposa diverses corrections afin de remire le texte plus clair. L’évêque de Fano supplia les Pères de ne pas exiger qu’on censurât Cajetan. Le 2 mars, dans une dernière congrégation générale, les canons furent examinés. Les relouches proposées furent en partie admises. De ce dernier travail sortit le texte que nous possédons aujourd'hui et qui fut adopté â la VII· session par tous les évêques présents (3 mars 1547) : De sacramentis in genere Can. 1. Si quis dixerit sacra­ menta novæ legis non fuisse omnia a Jesu Christo Domino nostro instituta ; autem plura vel pauciora quam septem,videlicet baptismum... Aut etiam aliquod horum sef tem non esse vere et proprie sacramentum : ana­ thema sit. Can. 9. Si quis dixerit in tri­ bus sacramentis, baptismo sci­ licet. confirmatione et ordine, non imprimi caracterem in anima,hoc est signum quoddarn spirituale et indelebile, unde ea iterari non possunt : anathema sil. De daptismo Can. 1. Si quis dixerit bap­ tismum Jonnnis habuisse eamdem vim cum baptismo Christi : anathema sit. Can. 2. Si quis dixerit aquam veram et naturalem non esse do necessitate baptismi atque ideo verba illa Domini nostri Jesu Christi : Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, ad metaphoram ali­ quam detorserit : anathema sit. Can. 3. Si quis dixerit in Ecclesia romana, quæ omnium ecclesiarum mater est cl mag slra.non esse veram de bapt-mi sacramento doctrinam: anathema sit. Can. 4. Si quis dixerit bap­ tismum qui etiam datur ab terreticis in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, cum fc’ontione faciendi quod tacit Ecclesia, non esse verum bap­ tismum: anathema sit. Can. 5. Si quis dixerit baptLsnum liberum esse, hoc est. Des sacrements en général Can. 1. Si quelqu'un dit que les sacrements de la nouvelle loi n’ont pas tous été institués par Notre - Seigneur Jésus - Christ ou qu’il n’y en a pas sept mais plus ou moins, savoir le bap­ tême,... ou que l’un de ces sept n’est pas vraiment et ou sens propre un sacrement: qu’il soit anathème. Can. 9. Si quelqu’un dit que trois sacrements, le baptême, la confirmation et l’ordre, n’im­ priment pas dans l'àme un ca­ ractère, c'est-à-dire une marque spirituelle et indélébile, ce qui rend impossible la réitération de ces sacrements: qu’il soit anathème. Du baptême Can. 1. Si quelqu'un dit que le baptême de Jean avait la même eflicacité que le baptême du Christ: qu'il soit anathème. Can. 2. Si quelqu’un dit que l’eau vraie et naturelle n’est pas nécessaire pour la collation du baptême, et si, pour ce motif, il donne abusivement un sens métaphorique aux mots de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Quiconque ne renaît de l’eau et de l'Esprit-Saint : qu’il soit anathème. Can. 3. Si quelqu'un dit que l’Église romaine, mère et maî­ tresse de toutes les Églises, n'a pas la vraie doctrine sur le sacrement de baptême: qu'il soit anathème. Can. 4. Si quelqu'un dit que le baptême donné même par des hérétiques au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, avec l'intention de faire ce que fait l’Église, n’est pas un véritable baptême: qu’il soit anathème. Can. 5. Si quelqu’un dit que le baptême est d'un libre usage, non necessarium ad salutem: anathema sit. Can. 6. Si quis dixerit baptizatum non posse, etiamsi velit, gratiam amittere, quauturncumque peccet, nisi nulit cre­ dere: anathema sil. Can. 7. Si quis dixerit baptizalos per baptismum ipsum so­ lius tantum fidei debitores fleri, non autem universæ legis Christi servandae : anathema sit. Can. 8. Si quis dixerit baptizatos liberos esse ab omnibus sanctæ Ecclesiæ præceptis quæ vel scripta vel tradita sunt, ita ut ea observare non teneantur, nisi se sua sponte illis submit­ tere voluerint : anathema siL Can. 9. Si quis dixerit ita re­ vocandos esse homines ad baj>lismi suscepti memoriam, ut vota omnia quæ post baptis­ mum fiunt, vi promissionis in baptismo ipso jam factæ. Irrita esse intelligant, quasi per ea et fidei quam professi sunt de­ trahatur et ipsi baptismo : ana­ thema sit. Can. 10. Si quis dixerit pec­ cata omnia quæ post baptis­ mum fiunt, sola recordatione et fide suscepti baptismi vel dimitti vel venialia fieri : ana­ thema st. Can. II. Si quis dixerit ve­ rum et rite collatum baptismum iterandum esse illi qui apud infideles fidem Christi negave­ rit, cum ad p enitentium con­ vertitur: anathema sit. Can. 12. Si quis dixerit ne­ minem esse baptizandum nisi ea ætate qua Christus baptizalus est vel in ipso mortis ar­ ticulo: anathema sit. Can. 13. Si quis dixerit par­ vulos, eo quod actum credendi non habent, suscepto baptismo, inter fideles computandos non esse ; ac propterea, cum ad an­ nos discretionis pervenerint, esse rebaptizandos: aut præstare omitti eorum baptisma quam eos non actu proprio cre­ dentes baptizari in sola fide Ecclesiæ : anathema sit. Can. 14. Si quis dixerit hujus­ modi parvulos baptizatos, cum adoleverint, interrogandos esse, an ratum habere velint quod patrini eorum nomine, dum bap­ tizarentur, polliciti sunt; et ubi se nolle responderint, suo esse arbitrio relinquendos, nec alia interim pœna ad Christianam vitam cogendos nisi ut ab eucharistiae aliorumque sacra­ mentorum perceptione arcean­ tur. donec resipiscant: ana­ thema sit. 308 c’est-à-dire qu’il n’est pas né­ cessaire au salut: qui! soit anathème. Can. 6. Si quelqu’un dit : le baptisé, quand même il le vou­ drait, et quelque péché qu’il commette, ne peut pas perdre la grâce, s’il ne refuse pas de croire: qu’il soit anathème. Can. 7. Si quelqu’un dit: les baptisés ne sont tenus,en vertu de leur baptême, qu'à avoir la foi et non pas à observer toute la loi du Christ: qu'il soit ana­ thème. Can. 8. Si quelqu’un dit que les baptisés ne sont pas soumis aux lois de l’Église, lois écrites ou lois transmises par la tradi­ tion, si bien que pour être tenus de les observer, il leur faudrait auparavant vouloir spontané­ ment s’y soumettre: qu'il soit anathème. Can. 9. Si quelqu’un dit qu’on doit rappeler aux hommes le souvenir de leur baptême de manière à leur faire compren­ dre qu’en vertu même des promessesdece'sacrement. tousles vœux contractés par eux dans la suite sont nuis, comme si ces engagements dérogaient et au baptême et à la foi qu’ils ont professée : qu'il soit anathème. Can. 10. Si quelqu’un dit que le seul souvenir et la foi du baptême remettent ou rendent vénielles les fautes commises après la réception de ce sacre­ ment: qu’il soit anathème. Can. 11. Si quelqu’un dit qu'il faut donner de nouveau lo baptême à ceux qui l’ont déjà reçu véritablement et selon les règles, mais qui, ayant renié la foi du Christ chez les infidèles, reviennent à la pénitence: qu'il soit anathème. Can. 12. Si quelqu’un dit que personne ne doit être baptisé s’il n'a l’âge où Jésus-Christ l’a clé ou s’il n’est à l’article de la mort: qu'il soit anathème. Can. 13. Si quelqu’un dit: les petits enfants, puisqu’ils ne peuvent faire un acte de foi, ne doivent pas après leur baptême être mis au nombre des fidèles, et pour ce motif, il faut les re­ baptiser quand ils arrivent à l’âge de discernement ; ou bien puisqu'ils ne croient pas per­ sonnellement, il vaut mieux ne pas leur donner le baptême que de le leur conférer, eu égard à la seule foi de l’Église qu'il soit anathème. Can. 14. Si quelqu'un dit : aux petits enfants ainsi bap­ tisés on doit demander, lors­ qu’ils ont grandi, s'ils veulent* ratifier ce que leurs parrains ont promis en leur nom au bap­ tême. et s’ils ne consentent pas à le faire, il faut leur rendre leur liberté et ne les contraindre par aucune peine à vivre chré­ tiennement, si ce n’est par le refus de l’eucharistie et des autres sacrements jusqu’à leur conversion : qu’il soit ana­ thème. 309 BAPTÊME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE 4° Les canons préparés à Bologne sur la réforme des abus. — Lorsqu'on discutait les canons adoptés dans la VIIe session, des théologiens et des évêques avaient demandé qu'on réformât les abus commis dans la colla­ tion des sacrements. Le concile, apres sa translation à Bologne, voulut donner satisfaction à ce désir. Quelques membres furent désignés pour rechercher les fautes commises dans l’administration des sacrements. Le 20 juillet 1547, ils firent connaître les abus à condamner et les réformes à proposer. Le 28, l’archevêque de Matera donna lecture de leurs conclusions en assemblée géné­ rale. Le 30 août, les prélats canonistes examinèrent les abus signalés. Puis le cardinal légat del Monte rédigea des canons pour les censurer : le baptême ne devait être conféré que dans les églises ; l’exception admise par le concile de Vienne en faveur des enfants de princes était maintenue, mais au profit des grands princes seulement. C'est dans les églises paroissiales qu'il faut administrer le sacrement, à moins que l’évêque ne juge à propos de permettre qu'on le confère ailleurs. On ne devra admettre qu'un seul parrain et il faut exclure les personnes no­ toirement infâmes. Ces canons furent examinés d'abord par les prélats juristes, puis par tous les membres du concile. L'examen fut terminé le 5 octobre. Restait à ar­ rêter le texte définitif des conseils que l’assemblée se proposait de donner aux ministres des sacrements. On demanda que des registres d’actes de baptême fussent tenus; les évêques béniront chaque année les saintes huiles, les curés emploieront du saint chrême de l’an­ née. Les vases des saintes huiles seront propres, mis sous clefs; les fonts seront fermés. Les curés appren­ dront aux fidèles qu’en cas d’urgence, ils doivent donner le baptême et leur apprendront à le conférer. Lorsque le sacrement devra être administré à la maison, il le sera de préférence par un prêtre, puis par un diacre, un sous-diacre, un clerc, un homme. On ne rebaptisera pas, même sous condition, tous ceux qui auront reçu le sacrement hors de l'église. On ne conférera le baptême aux adultes qu’après leur avoir fait le catéchisme pen­ dant vingt jours et si on est assuré de la pureté de leur intention. La collation du baptême ne sera pas l’occasion de festins mondains ni de danses. Le ministre sera en état de grâce à jeun s'il est possible, et récitera pieuse­ ment les prières. Le concile ne promulgua ni ces conseils, ni les canons. Néanmoins, il n’avait pas travaillé en pure perte. La plupart de ces prescriptions se trouvent dans le caté­ chisme romain et le rituel et les évêques les firent en­ trer dans la pratique. 5° Baptême et penitence (XIV0 session). — Le 15 oc­ tobre 1551, les Pères réunis en congrégation générale entendirent la lecture des articles sur la pénitence et l’extrême-onction que les légats jugeaient erronés.'La premiere affirmation était celle-ci : « La pénilence n'est pas un véritable sacrement institué par le Christ pour la réconciliation de ceux qui sont tombés après le bap­ tême: elle n'est pas appelée à bon droit, par les Pères, une seconde planche de saint, mais le baptême est vraiment le sacrement de pénitence. » Les théologiens furent d'avis que cet article était condamnable, la plupart le jugeaient hérétique dans toutes ses parties, quelquesuns seulement ne voulaient voir qu'une témérité dqns le .rejet du mot traditionnel ; la pénitence est la seconde planche de salut. On fit observer, ce qui avait déjà été dit et redit dans les débats antérieurs à la VU" session, qu'en un certain sens on pouvait dire : le baptême est une pénitence; on ne devait donc condamner cette pro­ position, qu’au sens où l’entendaient les hérétiques. Am­ broise Storck remarqua aussi que les protestants di­ saient : la pénitence, c’est le baptême, et non pas le baptême est la pénitence. Dans les congrégations générales, tous les Pères admi­ rent que la pénitence diffère du baptême, beaucoup prou­ 310 vèrent cette thèse. Quelques réserves furent faites sur la nécessité ou la possibilité de déclarer hérésie le refus de donner à la pénitence le titre de seconde planche de salut. Il fut convenu que cette expression serait déclarée légi­ time, en des termes qui donneraient satisfaction à tout le monde. Des prélats furent désignés pour la rédaction du décret et des canons. Le chapitre i°rdu décret, intitulé : De l’institution et du sacrement de pénitence, était à peu près semblable à celui qui lut adopté. On disait en termes exprès que la pé­ nitence qui a toujours été nécessaire, c’est la vertu de ce nom. On lisait ces mots, qui n’ont pas été maintenus : Avant le baptême, cette pénitence, pour être fructueuse, doit être unie au désir de ce sacrement. En revanche, la phrase : Porro nec ante... n'existait pas. Un deuxième chapitre était spécialement consacré â montrer comment le baptême diffère de la pénitence. La locution tradition­ nelle : le. baptême porte de l’Église, n’était pas employée. La pénitence n’était pas appelée un baptême pénible, mais on lui donnait le titre de planche nouvelle offerte aux naufragés. Au chapitre vin sur la nécessité de la satislaction et sur ses fruits, on lisait que les deux sa­ crements institués par le Christ pour la réconciliation ne produisaient pas les mêmes effets : principe d’une vie nouvelle, le baptême remet si bien la faute que toute peine éternelle et temporelle n’existe plus; instituée â la manière d'un remède, la pénilence accorde â tous pardon de la faute et condonation des châtiments éternels, mais elle n'obtient la rémission des peines temporelles que dans une mesure proportionnée aux dispositions du sujet. Le canon 2« était celui qui futadopté. Il fut soumis,ainsi que les autres, à l'approbation des Pères dans les con­ grégations générales du 20 et du 21 : quelques membres proposèrent de remplacer recte par apte, d'autres deman­ dèrent que le texte fût retouché,certains auraient voulu que l'on mit : la pénilence, c’est le sacrement de baptême. Le décret fut examiné dans les congrégations générales du 23 et du 21 : malheureusement, les Acta ne nous ren­ seignent que très sommairement sur les desiderata exprimés par les Pères. Le texte définitivement approuvé à la session XIV” fut le suivant : C. i. Si ea in regeneratis omnibus gratitude erga Deum esset ut justitiam in baptismo ipsius beneficio et gratia sus­ ceptam constanter tuerentur, non fuisset opus aliud ab ipso baptismo sacramentum ad peccatorum remissionem esse institutum. Quoniam autem Deus, dives in misericordia,co­ gnovit figmentum nostrum, illis etiam vitæ remedium con­ tulit qui se postea in peccati servitutem et dæmonis pote­ statem tradidissent... Fuit quidem pænitentia uni­ versis hominibus qui se mor­ tali aliquo peccato inquinassent, quovis tempore ad gratiam et justitiam assequendam neces­ saria. illis etiam qui baptismi sacramento ablui petivissent ut. perversitate abjecta et emendata, tantam Del offensio­ nem cum peccati odio et pio animi dolore detestarentur... Et princeps apostolorum Pe­ trus peccatoribus baptismo ini­ tiandis pænitenbam comment dans dicebat : Pœnilentiam aqite et baptizetur unusquis­ que vestrum. Porro nec ante adventum Christi ptenitentia erat sacramentum, nec est C. t. Si la reconnaissance envers Dieu de tous les bap­ tisés était assez vive pour les laire persévérer constamment dans la justice qu’ils ont reçue par sa grâce et son bienfait, il n'aurait pas été nécessaire qu'un sacrement different du baptême fut institué pour la rémission des péchés. Mais parce que Dieu, riche en mi­ séricorde. savait de quelle argile nous sommes pétris, il a pré­ senté un remède à ceux qui après le baptême s'abandon­ neraient àlaservitudedupéché et au pouvoir du démon... Toujours la pénitence a été nécessaire à tous ceux qui se sont souillés par un péché mortel, pour leur permettre de recouvrer la grâce et la justice. Elle l'a toujours été, même pour ceux qui demandent à être purifiés par le sacrement du baptême, afin que, ayant rejeté et corrigé leur perver­ sité, animés de haine contre le péché et pieusement affligés, ils détestent la très grande offense qu'ils ont faite à Dieu... Et le prince des apôtres, Pierre, disait aux pécheurs qu'il allait baptiser, leur recommandant la pénitence : Faites pénitence et que chacun de vous soit bap- 311 BAPTEME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE post adventum illius cuiquam ante baptismum. Usé. Mais cette pénitence n'é­ tait pas un sacrement avant l'ar­ rivée du Christ, et depuis cet avènement, elle ne l'est pas encore pour ceux qui n'ont pas reçu le baptême. C. π. De la différence entre le baptême et la pénitence. Du reste, on sait que ce sa­ crement diftère sous beaucoup de rapports du baptême. Déjà, par la matière et la forme,il en est extrêmement dissembla­ ble... Puis, il est établi que le ministre du baptême ne saurait être juge: l'Église, en effet, n'a juridiction que surceux qui sont entrés en elle par la porte du baptême. Car, dit l’Apôtre, pourquoi entreprendrais - je de juger ceux qui sont hors de l'Église ? Il en va autrement do ceux qui sont soumis à la toi et dont le Christ Seigneur a une fois fait par le bain du baptême les membres de son corps : ceux-là, s'ils se souillent ensuite de quelque crime, ne sauraient être purifiés par la réitération du baptême, réitération que l’Église catholique ne permet pour aucune raison... Autre est l'effet du baptême, autre celui de la pénitence : car ayant revêtu le Christ par le baptême, nous devenons en lui une nou­ velle créature, et obtenons pleine et entière rémission de nos péchés..., aussi, est-ce à bon droit que la pénitence a été appelée par les saints Pères un baptême pénible. Et ce sacre­ ment de pénitence est néces­ saire pour le salut à ceux qui sont tombés après leur bap­ tême, comme le baptême luimême l’est pour ceux qui ne sont pas encore régénérés. C. viπ. Et certes, l'économie de la justice divine parait exi­ ger que Dieu ne reçoive pas en sa grâce, aux mêmes condi­ tions, ceux qui ont péché avant le baptême par ignorance et ceux qui, une fois délivrés de la servitude du péché et du démon, et en possession du don du Saint-Esprit, n'ont pas craint de profaner sciemment le temple de Dieu. Can. 2. Si quelqu’un confon­ dant deux sacrements, dit que le sacrement de pénitence, c’est le baptême lui-même, comme si ces deux sacrements n'étaient pas distincts, et s’il prétend pour ce motif qu’on a appelé à tort la pénitence une seconde planche de salut offerte au naufragé : qu’il soit ana­ thème. 312' ria u, m, /v, ibid., t. i. p. 439-465. 551-622,687-716; Pallavicinl, Histoire du concile de Trente, édit. Aligne, Paris, 1844, t. u. II. Doctrine du concile. — 1° Valeur de la doctrine de l'Eglise romaine sur le baptême. — Le concile dé­ clara que la doctrine de l’Église romaine sur le baptême est vraie. Sess. VII, can. 5. Cette affirmation ne ren­ C. il De differentia sacra­ dait pas inutiles les autres canons, comme on l’a dit. Har­ menti pænitentiæ et baptismi. Cæterum hoc sacramentum nack, Lehrbuch der Dogmengeschichle, 2· édit., t. m, multis rationibus a baptismo difp. 597. Il ne suffisait pas de déclarer exact l’enseignement lerre dignoscitur. Nam prætercatholique, il fallait encore le faire connaître. Chemnitz quam quod materia et forma... s’est moqué du procédé de l'Église romaine qui se dé­ longissime dissidet, constat cerne un brevet d’orthodoxie. Examinis conc. trid. op. certe baptismi ministrum ju­ integrum, part. II, Genève, 1614, t. n, p. 40. Il oublie dicem esse non oportere cum Ecclesia in neminem judi­ de dire que les attaques des réformateurs avaient rendu cium exerceat qui non prius nécessaire cette déclaration. Les anabaptistes tenaient in ipsam per baptismi januam pour nul le baptême des papistes. Selon Munzer, les fuerit ingressus. Quid enim enfants sont introduits dans le christianisme d'une ma­ mihi, inquit Apostolus, de eis nière grossière et digne des singes. Janssen, L'Alle­ qui foris sunt judicare ? Se­ magne et la réforme, trad, franç., Paris, 1889, t. n, cus est de domesticis fidei p. 389. Si Luther admettait la validité du sacrement quos Christus Dominus lavacro baptismi sui corporis membra donné par les catholiques, il déclarait mauvaise leur semel effecit : nam hos, si se doctrine sur le baptême. 11 leur reprochait d’imaginer postea crimine aliquo contami­ des contrefaçons du sacrement : les vœux, les œuvres, naverint, non jam repetito bap­ les indulgences, de ne pas considérer les promesses et tismo ablui, cum id in Ecclesia la foi, mais seulement les éléments, le signe extérieur, catholica nulla ratione liceat... de ne pas admettre que l’efficacité du baptême s’étend Alius præterea est baptismi et à la vie entière, de défigurer le rite primitif par des pænitentiæ fructus : per bap­ tismum enim Christum in­ cérémonies humaines, de donner le sacrement aux duentes, nova prorsus in illo cloches. De captivitate Babylonis, η. 82, 88, édit. efficimur creatura, plenam et Walch, Halle, 1740-1753, t. xix, p. 65-71 ; Predigt von integram peccatorum omnium der heiligen Taufe, 1535, n. 98, t. x, p. 2577; Predigt remissionem consequentes... von der Taufe Christi, Halle, 1546, n. 19, 25, 28, t. xn, ut merito pænitentia laboriosus p. 1489, 1492, 1496. Calvin se plaint aussi des rites ac­ quidam baptismus a sanctis cessoires imaginés par les papistes. Institutio chriPatribus dictus fuerit. Est au­ tem hoc sacramentum pæni­ stianæ religionis (nous citons l’édition de 1545, anté­ tentiæ lapsis post baptismum rieure au concile de Trente), c. xvm, n. 70, édit, du ad salutem necessarium, ut Corpus reformatorum, Brunswick, 1863, t. xxix, nondum regeneratis ipse bap­ р. 1036. Pour empêcher ces affirmations de faire naître tismus. des doutes même passagers da-ns l’esprit des catholiques, le concile a jugé bon de déclarer orthodoxe l’enseigne­ ment de l’Église romaine. 2° Bite. — Luther et Bugenhagen nous apprennent C. vm... Sane et divinæ juque l’usage de baptiser sans eau, du moins dans les stitiæ ratio exigere videtur ut cas de nécessité, existait de leur temps, ils con­ aliter ab eo (Deo) in gratiam damnent cette pratique. Bedenken wegen der von einer recipiantur qui ante baptismum Hebamme ohne Wasser verrich teten Nothtaufe, 1542, per ignorantiam deliquerint, t. x, p. 2615-2617. Luther déclare souvent que l'eau est aliter vero qui semel a pec­ indispensable. Néanmoins, les Tischreden lui font sou­ cati et daemonis servitute libe­ tenir, après hésitation il est vrai, que toute matière apte rali et accepto Spiritus Sancti dono, scienter templum Dei à laver, lait, bière, peut suffire. V. d. heil. Taufe, violare... non formidaverint. t. xxii, p. 848. Calvin reconnaît que l’eau est requise, mais il affirme que dans la phrase : Si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, le mot eau est em­ Can. 2. Si quis, sacramenta ployé métaphoriquement et désigne l’Esprit-Saint. Op. contundens, ipsum baptismum cit., c. xvii, n. 45, p. 986. Comme Luther, De capt. pænitentiæ sacramentum esse Babyl., n. 103, t. xix, p. 80, il déclare que le procédé dixerit, quasi hæc duo sacra­ menta non distincta sint atque de baptême par immersion est préférable, op. cit., ideo pænitentiam non recte с. xvm, n. 70, p. 1036, mais tous deux reconnaissent secundam post naufragium qu’on peut donner le sacrement par infusion. tabulam appellari : anathema Le concile déclare que par leur matière et leur forme, eit. les sacrements de baptême et de penitence sont 1res différents. Sess. XIV, c. n. Incidemment, il rappelle que, pour remettre le péché originel, le sacrement doit G0 Les parrains et la parenté spirituelle. — Voir être conféré, rite in forma Ecclesiæ, selon le rite en Parrains et Parenté spirituelle. usage dans l'Eglise. Sess. V, can. 3. On définit quelle est la matière du sacrement, seps. VU, De bapt., can. 2; Acta genuina ss. œcumenici concilii Triden tini, édit. Theiner, A gram, 1874. t. I, p. 111-465,529-601; Le Plat, Monumentorum il est déclaré que Γ « eau vraie et naturelle λ est de ri­ ad historiam concilii Tridentini... amplissima collectio, Lou- I gueur, ce sont les mots qu’avait déjà employés Eugene IV, vain. 1783-1784, t. m, p. 417-521. 636-640: t. IV, p. 272 sq.; ' Decrelum pro Armenis, Denzinger, Enchiridion, n. 591. Kaynaldi, A nnales ecclesiastici, édit. Mansi, Lucques, 1755, L xi v, 1 Ils désignent tout liquide qui est réellement de l’eau. < t an. 1546, 1547-1551, p. 153-225, 245-247, 436-439; Severoli, De de l’eau telle qu’on la trouve dans la nalure. Calechisconcilio Tridentino commentarius, dans Concilium Tridenmus concilii trident., pari. 11. n. 7. L» seconde padi? tinum : diariorum... nova collectio, édit, de la Gorresgesellsdu canon définit le sens du mot de T Écriture : c Si quelchaft, Fribourg-en-Brisgau, 1901, t. i, p. 64-136; Massarelli, Diu- 313 BAPTÊME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE qu’un ne renaît de l'eau... » On ne peut, sous peine d'anathème, lui donner une signification métaphorique, l'interprétation de Calvin est condamnée. Rien n'est dit sur la matière prochaine. Le eanon 4« définit la validité du baptême donné par­ les hérétiques qui le confèrent au nom de la Trinité. Le concile ne parle donc qu'indirectement de la forme. C’est dire qu'il n'a pas voulu définir que le baptême administré au nom de Jésus est et a toujours été nul. Ce qui le prouve, c'est que cette proposition n’avait pas été mise au nombre des erreurs à condamner, c’est que la rédaction primitive du canon 4" ne contenait pas les mots : au nom du Père, etc. Si l’assemblée les a ajou­ tés, c'est afin qu’on ne l'accusât pas de soutenir que le baptême donné par des hérétiques est valide, quelle que soit la forme employée. Voulant faire connaître la vraie formule, les Pères se servent des mots consacrés par l’emploi qu'en ont fait le IV" concile de Latran et Eugène IV. Denzinger. Enchiridion, n. 357, 591. Cette réserve était d’autant plus nécessaire que les anciens conciles avaient proclamé la nullité du sacrement con­ féré par les partisans de sectes qui allèrent la forme trinitaire. Aussi, le catéchisme du concile de Trente, foc. cil., n. 15, 46, laisse entendre que la controverse n'est pas tranchée, il dit même : nommer Jésus-Christ, c'est nommer aussi le Père et le Saint-Esprit. Voir col. 272. Le concile n'a pas rédigé de canon sur les cérémonies accessoires du baptême; il mentionne incidemment la profession de foi laite par les parrains, sess. VH, De bapt., can. 14, la demande du catéchumène : « Je veux la foi qui donne la vie éternelle. » et la réponse du mi­ nistre, l’usage d'imposer des habits blancs au néo­ phyte. Sess. VI, c. vu. 3° Effets. — 1. Erreurs. — Luther a, dans un ser­ mon de 1519, fait un petit traité de l'efficacité du bap­ tême. Le catéchumène est plongé dans l’eau, puis retiré; il v a mort du vieil homme, naissance d’un homme nouveau, justification et régénération. Serm. v. d. licit. hoehw. Sakr. der Taufe, n. 3, t. X, p. 2594-2595. Une alliance est conclue entre le néophyte et Dieu. L'homme déclare qu’il veut mourir à la faute, être dé­ livré de la mort et de Satan. Dieu donne son Esprit qui rend la nature aple à recevoir un jour ses faveurs. Les deux contractants s'engagent à persévérer, le premier dans son désir, le second dans la promesse du salut. Op. rit., n. Il, 12, p. 2598, 2599. Celle alliance est déjà un signe extérieur qui dislingue le catéchumène et l'incorpore au peuple du Christ. Op. cil., n. 1, 19, p. 2593, 2602. Elle le console; il sait qu’un jour Dieu 1 affranchira de la faille, de la mort, de Satan. Op. cil., n. 4. 5, 8. 9, p. 2595-2598. Sans doute, en cette vie, la concupiscence, le péché- se manifeste, et cette tendance au mal est une véritable faute, mais, en vertu de l'al­ liance. Dieu s’est engagé à ne plus la voir, à ne plus J imputer, à ne plus la condamner. Si cette consolante convention n'existait pas, toute faute, si minime futelle, serait mortelle et condamnerait l'homme. Op. cil., n. 6, 7, etc., p. 2596-2598 sq.; Sehrift wider die Bulle des Antichrists, t. xv. p. 1743-1744. En vertu de la même alliance, le chrétien s’est engagé encore à mourir au pé­ ché. Dès cette vie, il commence déjà à le faire, son exis­ tence et sa mort sont la continuation du baptême. Serm. v. d. heil. hochw. Sakr. der Taufe, n. 23-27, t. x, p. 2605-2608. Et c’est pourquoi, le baptême, c’est la pénitence. Si le néophyte tombe, il lui suffit de se rap­ peler joyeusement l'alliance baptismale. Les péchés lui sont remis s’il croit qu'à cause de l'alliance, Dieu ne veut plus les imputer. Inutile d'imaginer un autre re­ mède, une seconde planche de salut, quoi qu'en ait dit saint Jérôme. Faire pénitence, c'est retourner au bap­ tême et à la foi. Op. cil., n. 19-23, p. 2604-2605; De cept. Babyl., n. 82-87, t. xtx. p. 62-70. Dieu ne pouvant mentir, l’alliance demeure toujours. Aucune faute ne 314 peut la résilier, faire perdre au chrétien son bonheur; aucune, si ce n'est l’infidélité, la substitution des oeu­ vres à la foi. Ibid., n. 21. 22, 23, t. x, p. 2604, 2605; De capt. Babyl., n. 86, 87, t. xix, p. 67, 70. Cette foi devient ainsi le seul devoir du chrétien, que le bap­ tême l’a fait libre. Le néophyte n’est donc pas soumis aux ordres de l’Église : ni pape, ni évêque, ni homme, ni ange ne peuvent lui parler en maîtres. Les préceptes, les œuvres feraient oublier la voix de l'Evangile, la li­ berté du baptême. Une seule chose est prescrite : avoir la foi, mourir à la faule en se souvenant que Dieu, à cause de l’alliance, ne veut plus l’imputer. De capt. Babyl., η. 107-111, t. xtx. p. 83-87. Aussi, les vœux sontils contraires à la liberté chrétienne. L’engagement de tous les chrétiens, c’est le baptême. Les vœux particu­ liers sont des lois nouvelles, lois humaines qui anéan­ tissent la foi et la liberté chrétiennes, font oublier le sacrement. S’ils sont valides, pourquoi le pape en dis­ pense-t-il? Si le pape peut dispenser, les autres chré­ tiens le peuvent aussi. Op. cil., n. 113, 122, p. 90-98. Cette conception du baptême sous forme d’alliance per­ pétuelle une lois admise, on comprend quelle efficacité Luther accorde au sacrement. Sans doute il se compose de trois éléments : eau, formule, parole de Dieu. .Mais ce qui est essentiel, c’est la promesse divine. L'eau ne contient pas une vertu cachée, comme le veulent les dominicains. Dieu ne sanctilie pas par sa seule volonté, ainsi que le disent les franciscains. Ce qui fait la valeur du baptême, c’est la foi à la parole du Christ : Celui qui croira el qui aura été baptisé sera sauvé. De cette conliance dépend le salut, c’est donc elle et non pas le sacrement qui justilie. Op. cil., n. 83, 94, 96, 97, p. 66, 74-76. Telles étaient les idées de Luther quand parurent les anabaptistes. D’après eux, le rite du baptême est un signe purement extérieur, un bain quelconque,Hundsbad. C'est le symbole des peines auxquelles est sounds le chrétien, des bonnes œuvres qu'il lui faut accomplir. Luther, Vorrede auf Justi Menii Buck, η. 4, t. xx, p. 2195; Tischreden v. d. heil. Taufe, n. 23, t. xxil, p. 866; Mélanchthon, Judicium de anab., Corp. Ref., Brunswick, 1834-1860,1.1, p. 955, Adversusanab., t. in, p. 33. Le baptême ne remet pas la faule originelle; d’ail­ leurs s’il faut en croire Ménius et .Mélanchthon. les ana­ baptistes niaient l'existence de ce péché. Le sacrement n’a pas non plus pourellet d'empêcher la concupiscence d'être imputée, car elle n'est pas une faute. 11 esl donc une simple initiation, une régénération, puisqu'il intro­ duit dans une société d'hommes parfaits. .Mélanchthon, De anab. ad Phil. Uass., t. lit. p. 197; Mohler, La symbolique, trad, franç., I. il, p. '178-191. S’il en est ainsi, le baptême ne saurait être efficace que chez les adultes qui ont conscience de leurs actes et possèdent la loi. Voir plus loin. La lutte contre les anabaptistes n’amena pas Luther à modi lier notablement ses premières affirmations, mais elle l'obligea à dire et à redire que si le délaut de foi chez le sujet peut rendre inefficace le sacrement, il ne l’annule pas. Predigt v. d. heil. Taufe, 1535, n. 33, 93, 108, I. x, p. 2586, 2.575 sq., 2.582. Luther insista aussi sur la valeur de l’eau baptismale dont il fil souvent le plus bel éloge. Elle est sainte, divine, heureuse, salutaire, sanctifiée par le nom du Très Haut, pénétrée de sa ma­ jesté, unie au sang du Christ. Op. cil., n. 11,28; Catecldsmus major, n. 219-220, t. x. p. 152-153. Mais cette mystérieuse vertu, l’eau ne la délient que grâce à la promesse, élément essentiel du baptême; la foi de­ meure toujours aux yeux de Luther ce qui rend le rite efficace. Pred. v. d. heil. Taufe, 1535, n. 16, 26, t. x, p. 2523, 2532 sq. ; Cat. maj., part. IV, t. x, p. 153 sq. Les effets du sacrement sont aussi ceux que décrivait Luther, en 1519. Il y a régénération : Si le baptisé a la loi. le Saint-Esprit, le Christ viennent et demeurent en lui 315 BAPTÊME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE 31G pour le renouveler; d’autre part, l’homme se sait en­ I n’est efficace que chez les élus, les prédestinés : en eux seuls, se trouve la foi sans laquelle le signe resterait vide, gagé à ressusciter. Le cœur est lavé. La grâce est en eux seuls l’Esprit agit pendant que le rite s'accom­ « versée », Pâme est sanctifiée, les dons de l’Esprit sont accordés. Néanmoins, la chair demeure pécheresse : plit. C. xvn, n. 15, 16, 37, 41, p. 965, 967, 981, 983; mais le pardon est assuré : le baptême donne au chré­ c. XVI. n. 6, 9, 15. 17, p. 941, 944, 948, 950. tien l’assurance que Dieu ne veut plus voir, imputer, 2. Doctrine catholique. — A. Le baptême est un sa­ Condamner ses fautes, quelque graves qu’elles soient. crement de la nouvelle loi. Son mode d’ef/icacilê. — Si l'homme tombe, il n'a, pour faire pénitence, qu’à se Le concile a défini, sess. VU, De sacr. in gen., can. 1. souvenir avec foi de son baptême. Cal. maj., loc. cil.; que le baptême est un sacrement de la nouvelle loi. Pred. v. d. heil. Taufe, n. 45, I. X, p. 2544; Pred. am. Expliqué par les canons suivants, ce simple mot dit beau­ En. am Sunni. Trinit., η. 13 sq., t. xi, p. 1561. Lu­ coup. 11 est la négation de toutes les théories protestantes ther ne reste pas moins fidèle à ses premières déclara­ sur le mode d’efficacité du baptême. Ce sacrement n’est tions sur la liberté chrétienne. Les commandements de pas seulement le signe qui distingue extérieurement le l’Église, les lois mosaïques et même le Décalogue ne chrétien, le symbole de la grâce reçue par la foi, un doivent plus inquiéter, condamner le chrétien; ils sont aliment de cette foi. Can. 5. 6. Ce qui obtient la grâce abrogés par le Christ. On peut se servir delà loi comme baptismale, ce n’est pas uniquement la confiance en la d’un moyen pédagogique, pour amener à l’obéissance promesse de Dieu. Can. 8. Bien supi rieur aux sacre­ les entants et les hommes grossiers. On doit même prê­ ments de l’antique alliance, can. 2, le baptême signifie, cher la loi à tous les hommes, afin de leur faire cons­ contient la grâce, la confère â ceux qui ne font pas obs­ tater leur impuissance à la pratiquer. Mais, la voix qui tacle à sa venue, can. 6, il la donne ex opere operato, parle au chrétien, lorsque l’Esprit a fait de lui un homme par le fait que le rite est accompli, accorde à tous, du nouveau, c’est l’Évangile, et cet Évangile n’est pas une moins pour ce qui est de Dieu. Can. 8. Des notions loi, mais l’appel â la confiance en Jésus-Christ rédemp­ complémentaires sur le mode d’efficacité du baptême teur. D’ailleurs, le chrétien n’a pas besoin d’être tenu sont éparses ailleurs et méritent d’être recueillies. Au­ de faire le bien, il le fait. L’art suprême du fidèle est teur de la grâce, c’est Dieu qui est le ministre principal d’ignorer la loi. Ces thèses sont souvent développées du sacrement : c’est lui « qui lave et sanctifie », sess. VI, par Luther: voir, par exemple, le commentaire sur c. vu ; le baptême ne tire pas sa valeur de la sainteté de 1'épitre aux Galates de 1535, t. vm. p. 1513 sq. l’homme qui le confère, puisque l’hérétique baptise La conception de Zwingle se rapproche beaucoup plus validement. Sess. VII, De bapt., can. 4. Voir plus de celle des anabaptistes que de celle de Luther. Les loin. D’autre part, l’eau n’a pas d’efficacité rédemptrice sacrements n’ont pas la vertu de purifier, ils sont seule­ par elle-même, elle ne fail qu’appliquer les mérites du ment des signes qui rappellent le salut, excitent à la Christ. A plusieurs reprises, le concile affirme cette foi, témoignent que le chrétien appartient à l'Eglise du proposition, et on peut dire qu’il la définit. Sous peine Christ. De vera cl falsa relig., édit. Schuler et Schuld’anathème, il est défendu de soutenir que le péché ori­ thess, Zurich, 1828-1842, t. in, p. 229, 231 sq. Par le ginel est enlevé par un remède autre que le mérite de baptême, l’homme s'enrôle parmi les soldats du Christ, Tunique médiateur, Jésus-Christ; il est défendu denier il s'engage par un signe symbolique à être son disciple, que ce mérite du Christ Jésus est appliqué par le à appartenir au peuple de Dieu. C'est un rite d’initia­ baptême... Suivent les textes de l’Ecriture affirmant que tion, tout à fait semblable â la circoncision. Seules, la Notre-Seigneur nous a sauvés, a e/facé les pêchés du grâce de Dieu, la foi justifient. Le baptême d'eau ne monde et qu'être baptisé, c’est revêtir le Christ. communique pas le Saint-Esprit, ne fait pas de l’homme Sess. V, can. 3. A la session VIe, la même idée est ex­ une nouvelle créature. 11 ne remet pas les péchés ; d'ail­ primée : dans la régénération chrétienne, la grâce est leurs, il n’y a pas de faute originelle proprement dit£. donnée par le mérite de la passion, c. ut, et il est La nature est corrompue, malade. Mais cette tendance affirmé que Jésus-Christ par sa passion nous a mérité au mal n’est pas un péché qui entraîne condamna­ la justification. C. vu. On comprend sans peine l’insis­ tion. Fidei ratio ad Car. V, t. iv, p. 6; De peccato ori­ tance des Pères sur ce point : ils avaient à cœur d’affir­ ginali ad Urb. Rhegium, t. ni, p. 627 sq., 643; Vont mer que le baptême catholique n’est pas an rite pure­ Touf, vom Widerlouf und vom Kindertouf, t. n, 2, ment extérieur, comme le disaient les réformateurs, p. 230, 297 sq. qu’il n’a pas une efficacité « magique », comme on Calvin n’admet pas que le baptême soit simplement le prétend parfois. Ce qui achève de mettre la doctrine un rite d’initiation, une profession de toi, une marque I du concile à l’abri de ce reproche, c’est le rôle reconnu distinctive. Il l'est, c’est vrai; par lui l'homme entre par lui aux dispositions de l’homme. Sans doute, l’assem­ dans l'Église et appartient au peuple de Dieu; mais le blée s’est refusée à dire que le péché originel est remis sacrement fait plus. Inst, clir., c. xvn, n. 1, 13, 15, 20, par le mérite de Jésus-Christ appliqué par le baptême р. 957, 964. 965, 969. Sans doute, il ne possède pas une cl la loi, sess. V, can. 7, elle n’a pas voulu assimiler vertu mystérieuse, ne contient pas la grâce. N. 14, p. 965; l’œuvre de l’homme et celle de Dieu ; elle a même dé­ с. xvi, n. 9, p. 944. Mais c'est un message, un diplôme claré que seule la foi ne justifie pas. Mais elle enseigne qui nous montre que nous sommes crucifiés avec lê que les sacrements produisent la grâce si l’homme ne Christ, que nous participons à tous ses biens. C. xvn, fait pas opposition à leur efficacité. Sess.VII, De sacr., n. 5, 6, p. 960. Surtout, il nous donne l’assurance que can. 6. Or précisément notre perversité peut faire ob­ par le sang du Sauveur, nos péchés sont pardonnes. stacle à la vertu du baptême,et il est nécessaire qu’elle Sans doute, ils ne sont pas enlevés, la concupiscence soit corrigée et chassée par la pénitence. Sess. XIV, demeure en nous et est odieuse à Dieu; mais il s’est c. 1. Des dispositions sont donc requises pour que le engagé à ne plus l’imputer. Et comme on est baptisé sacrement soit fructueux : elles seront énumérées plus pour la vie entière, comme le péché ne détruit pas le loin; ici, il fallait indiquer leur rôle. Parmi les actes qui sacrement, le chrétien qui tombe n'a pas à recourir au composent ou préparent cette penitence présupposée pouvoir des clefs, à un rite nouveau. Le baptême, c’est par la régénération, la foi semble mériter une place la pénitence. C. xvn, n. 1-4, 10, 1 1, p. 957-963. Le chré­ d’honneur : le concile n’appelle-t-ii pas le baptême, le tien jouit encore d’un autre avantage : soumis au Christ, sacrement de la foi? sess. VI, c. vu; ne dit-il pas que il est élevé au-dessus de la loi, il obéit spontanément, Dieu nous a proposé Jésus-Christ comme le rédemp­ fait naturellement ce qu'elle commande et peut à son gré teur qui apporte la propitiation par la foi en son sang? user ou ne pas user des choses indifférentes. C. xvn, Sess. VI, c. n. 11 est vrai que le concile a pu décerner n. 12, p. 964; c. xn. n. 2 sq., p. 829 sq. Mais le sacrement ce nom au baptême, pour d’autres motifs : le néophyte 317 BAPTÊME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE reçoit la foi vive, sess. VI, c. vu: le catéchumène fait par lui-même ou par d'autres profession de foi. Sess. VII, De bapt., can. 9, 13, 14. Quoi qu'il en soit, il demeure établi que sans la foi, sans les dispositions requises, l'homme ne reçoit pas avec fruit le sacrement : l'effica­ cité du remède contre le péché originel n’est donc pas magique. B. Le sacrement de baptême est l'instrument dont Dieu se sert pour justifier l'infidèle. — Le concile affirme expressément que, par le baptême. Dieu nous justilie. Sess. VI, c. iv. Si les hommes ne renaissent dans le Christ, et cette renaissance, le contexte l’in­ dique, est le sacrement, c." ni, ils ne sont jamais justifies. Le c. vu de la VIe session est encore plus clair, c’est une definition qui ne laisse rien à désirer : La cause instrumentale de la justification, c’est le sa­ crement de baptême, qui est le sacrement de la foi. Cette proposition est indirectement affirmée par le concile en plusieurs endroits. Il a, en ellet, posé en principe que les sacrements symbolisent la grâce qu'ils produisent. Sess. VII, De sour., can. 6. Or, le baptême est un bain de régénération, sess. V, can. 4, etc. ; en le recevant, le ca­ téchumène s’ensevelit pour mourir, il revêt l'homme nouveau, sess. V, can. 5, c’est-à-dire le Christ et devient en lui une nouvelle créature. Sess. XIV, c. II. Ainsi le baptême signifie et, par conséquent, ilproduit une réno­ vation, une régénération, une résurrection spirituelle, il est le symbole et l’instrument de la justification. C’est dire qu’il a pour effet de remettre les péchés, de sanctifier l'homme : la justification comprend ces deux actes. Sess. VI, c. vu. a) Le baptême remet les péchés. — a. La faute origi­ nelle. — Dans la session V° on a défini que le pêché originel est effacé par le baptême, par le baptême seul, chez les enfants et chez les adultes. Can. 3-5. Le canon 3’ affirme que le sacrement est l'unique remède contre la faute héréditaire. Il contient l'analyse de quelques chapitres de saint Augustin, De peccat, merit, et remis., 1. I, c. vin sq., P. L., t. xi.iv, col. 113, complétée par un court emprunt au 1V« concile de Latran : baptismi sacramentum... parvulis, et par trois textes de l'Ecriture, Act., n, 12; Joa., i, 29; Gai., ni. 27. Le concile définit que l'unique remède contre la faute originelle, c’est le mérite de Jesus-Chrisl appli­ qué aux adultes et aux enfants par le baptême valide. Après l’affirmation, suit la preuve; elle est tirée de l'Ecriture : seul, nous sauve le nom de celui qui efface les péchés du monde et que l'homme revêt en recevant le sacrement. Le canon 4e affirme qu'il faut donner ce remède aux enfants pour les délivrer de la faute originelle. 11 est la reproduction à peu près textuelle du canon 2e du concile de Carthage de 418. Denzinger, n. 65; llefele, Dist. des conciles, trad. Delarc, Paris, 1869, t. n, p. 294. Le concile de Trente définit que les enfants ayant contracté la souillure originelle, même s’ils sont nés de parents chrétiens, il f aut les baptiser, pour que ce péché soit expié. Les conceptions opposées à celle doctrine sont formellement rejetées. 11 est nécessaire, est-il dit, que le sacrement soit donné pour assurer à l’enfant la vie éternelle : c’est la condamnation de cette thèse pélagienne : le baptême a pour effet d'ouvrir à l’enfant le royaume de Dieu, et non pas d’effacer la laute originelle, ni d'accorder la vie éternelle. S. Augustin, op. cil., 1. 1, c. xviii, col. 121. Et. ajoute le concile, si le sacrement doit être donné, ce n’est pas pour la ré­ mission des fautes différentes du péché originel. Nous savons qu'en répétant ces mots du concile de Carthage, les Pères de Trente ont voulu condamner de nouveau une erreur que combattait déjà saint Augustin, op. cil., I. I, c. xvn, col. 121 : les petits entants commettent des péchés personnels et c’est pour ce motif qu’ils doivent être baptisés. Du même coup, la proposition atteint une ' ; ! I I | 318 thèse semipélagienne : le sacrement est destiné à obte­ nir aux entants le pardon de leurs fautes futures. S. Au­ gustin, Epist., ccxvii, c. v, n. 16, P. L., t. xxxm, col. 984. A l’appui de ces définitions, le concile invoque des arguments : la parole de N.-S. : Si quelqu'un ne renaît, etc., .loa., ni. 5 ; l'article du symbole : le baptême pour la rémission des péchés; l'usage, en vertu d'une tradition apostolique, de donner le sacrement aux en­ fants alors qu’ils sont incapables de commettre des lautes personnelles. Le canon 5e indique les effets du baptême. Il est fait d’idées et d'expressions empruntées aux c. xm. xiv du I" livre de saint Augustin, Contraditas epist. Pelag., P. L., t. xi.iv, col. 562-564. Le concile de Trente a, par des retouches, adapté le texte aux besoins de la cause qu'il défend. Deux déclarations sont contenues dans ce canon. Le péché originel disparait entièrement; la concupis­ cence existe encore, mais elle n'est pas une laute pro­ prement dite. Le concile définit que la culpabilité, l’offense, reatus peccati originalis, est remise (reatus concupiscentia:, avait dit saint Augustin, dim issi sont, loc. cil.); que tout ce qui a vraiment et proprement le caractère de péché est enlevé (saint Augustin, non aliquid peccati remanet quod non remittatur). Et pour que toute équivoque soit impossible, le concile s’explique encore. Saint Augustin, accusé par les pélagiens de penser que le baptême u rase » la laute originelle comme le rasoir coupe les cheveux sans arracher jusqu’à leur racine, avait répondu : Auferre crimina, non radere. Le sacrement ne rase pas, il enlève les lautes. C’est ce que redit le concile de Trente. Les protestants soutenaient que le baptême n’ôtait pas le péché, mais empêchait qu’il fût imputé; ce n’est pas assez reconnaître, définit encore le canon 4e. La thèse du concile est celle-ci ; Dieu ne hait rien chez (es baptisés, proposition qui est développée ensuite, en des termes empruntés à l’Ecriture, si bien que la phrase tout à la fois expose la doctrine et, par voie d’allusion, fait penser à la preuve. « Pas de condamnation pour ceux qui sont baptisés, » pour ceux qui sont en Jésus-Christ, avait dit saint Paul parlant des chrétiens justifiés, Rom., vin, 1 ; les baptisés ont été ensevelis avec lui dans la mort, Rom., VI, 4 ; le chrétien a dépouillé le vieil homme, revêtu l'homme nouveau créé à l'image de Dieu. Eph., IV, 21. Il est innocent, immaculé, pur. irrépréhensible..., rien ne peut retarder son entrée au ciel. Sur la concupiscence.le concilea fait trois déclarations : elle existe; elle ne nuit au chrétien que s'il consent à ses sollicitations; elle n'est pas une faute proprement dite, chez les baptisés. Inutile de définir qu'elle est en nous : le concile « l'avoue, il le sait par expérience». Il enseigne qu'elle ne peut nuire à l’htimme qui ne consent pas, mais qui. aidé- de la grâce, résiste coura­ geusement à ses sollicitations. Laissée chez le chrétien pour lui offrir l'occasion de la lutte, elle devient pour lui, s'il est vaillant, une source de mérites. Ainsi, aux thèses luthériennes, le concile oppose des phrases empruntées à saint Augustin, loc. cit., cum qua (con­ cupiscentia) necesse est ut etiam baptizatis confligat..., nihil (concupiscentia) noceat renoscentibus..., peccata quæ fiunt sive in ejus (concupiscentite) consensionibus. L'ne troisième définition est encore empruntée â saint Augustin. Loc. cit. Il avait dit que la concupiscence est appelée péché, non pas parce qu’elle l'est,mais parce qu'elle a été produite par le pêché,... ou parce qu'elle est mise en mouvement par le plaisir de pécher. Le concile s'approprie ce langage, pour réfuter Luther et Calvin. Il reconnaît que saint Paul appelle parfois la concupiscence un péché : c'est le cas. par exemple. Rom., vin, 20; mais selon l'interprétation constante de l’Eglise, cette manière de parler signifie que la concu­ piscence vient du péché, incline au péché, et non pas qu'elle est, chez les baptisés, une faute véritable et 319 BAPTÊME D’APRÈS LE CONCILE DE TRENTE 320 proprement dite. Le concile impose cette doctrine sous il est enseigne que les catéchumènes, et ici la phrase la menace de l'anathème. De ce que le texte porte : est absolument générale, revêtent l'homme nouveau « chez les baptisés, la concupiscence n'est plus un créé à l’image de Dieu, sont devenus non seulement péché, » quelques théologiens ont conclu qu'elle l'était, innocents, etc., mais chers à Dieu. Sess. V, can. 5. De d’après le concile, chez ceux qui n'ont pas reçu le même, après avoir défini la justification, « un passage sacrement.Bossuet,Défense de la Zradition.l.VIII.c.xxvii, de la condition de fils d'Adam à l’état de grâce et à Besançon, 1836, t. vin, p. 137-138. Cette interprétation celui de fils adoptif de Dieu, » le concile ajoute, et ici n'est pas communément acceptée, et l'histoire de la encore le texte est général : ce changement ne peut se rédaction du décret sur le péché originel prouve qu'elle faire que par le baptême. Sess. VI, c. iv. Ailleurs on ne peut pas l'être. Le canon 5° est consacré à décrire les lit : .Si les hommes ne renaissent, ils ne seront pas jus­ effets du baptême, le concile ne s’occupe donc en le tifiés : celte renaissance leur accorde la grâce qui les composant que de la concupiscence chez les baptisés, rend justes. Sess. VI, c. m. Enfin, le concile parle de la il n'a pas l’intention de dire ce qu'elle est chez l'infidèle. grâce de justification reçue dans le baptême, sess. VI, Voir Concupiscence et Pêché originel. c. xiv, de la justice obtenue dans ce sacrement. Sess. XIV, C. I. b. Péchés actuels. — Le concile avait professé sa foi en un seul baptême pour la rémission des péchés. Ce n'est pas le lieu de dire en quoi consiste cette Sess. 111. En parlant du pardon de la i..ute originelle, il sanctification positive. Voir Justification. Ici nous ne avait employé des expressions qui laissaient entendre ferons que citer, sans les approfondir, les déclarations qu'avec elle disparait toute autre faute, chez les bapti­ du concile sur l’état du baptisé. Il reçoit la grâce, sés : Par ce sacrement l'homme revêt le Christ, sess. V, sess. VI, c. m. xiv; passe à l’état de grâce. Sess. VI, can. 3; tout ce qui a le caractère de péché est enlevé, 1 c. iv. Il est sanctifié, sess. VI, c. vu ; juste, c. ni; re­ can. 5. Sans doute, ici, il s'agit directement de la faute çoit la justice vraie et chrétienne, la justice par laquelle originelle, mais cette rémission complète parait entrainer Dieu le renouvelle et le rend vraiment juste. Sess. VI, le pardon des autres fautes. D’ailleurs, voici qui est i c. vu. Aussi est-il devenu l’ami de Dieu,· sess. V. can. 5; décisif : chez l'homme régénéré, Dieu ne hait rien, il son filsadoptit, sess. VI, c. iv; son temple. Sess. VI, c. xiv; n'y a en lui aucun sujet de condamnation, il est inno­ sess. XIV. c. vm. Enfin, il obtient les dons, sess. VI, cent, sans souillure, pur, irrépréhensible.... rien ne c. vu; le don du Saint-Esprit, sess. XIV. c. vm; les vertus peut retarder son entrée au ciel. Sess. V, can. 5. Cet infuses de foi, d'espérance, de charité. Sess. VI, c. vu. enseignement est encore répété à la session VIe : Est-il défini que ces vertus infuses de foi, d’espérance et de charité sont accordées à tous, même aux enfants? l'adulte pour être justifié doit haïr ses péchés ; ils seront donc remis. Sess. VI, c. vi. La cause instrumen­ On pourrait hésiter un instant à le dire, sous prétexte tale de la justification, c'est le baptême; cette justifica­ que le chapitre dans lequel est affirmée la collation de tion n’est pas seulement le pardon des péchés..., par ces dons parle de leur réception volontaire, et par elle, d’injuste l'homme devient juste, d’ennemi de Dieu, conséquent ne peut s’appliquer qu’aux adultes. L·' diffi­ son ami. Sess. VI, c. vu. Enfin, la définition la plus culté n'est qu’apparente. Le concile, pour prouver que claire est celle-ci : Dans le baptême, l'homme reçoit ces vertus sont accordées, constate que le rituel fait pleine et entière rémission de tous ses péchés. Sess. XIV, demander par le catéchumène la foi 7, G8, 69, Scriptural wieii's of Imly baptism, où le If l’usey établissait savamment la doctrine de la régénération baptismale et « déterminait la place du sacrement de baptême dans le système vivant de ['Eglise anglicane, que les négations et le vague du parti evangelical avaient mis en grand péril ». Church, The Oxford mo­ vement, 3” édit., p. 263. Les evangelicals eurent leur revanche dans l'all'aire Gorham. En 1818, l'évêque d’Exeter, le Dr II. Phillpotts, refusa l'institution au Rév. G. C. Gorham, qui lui avait été présenté pour un béné­ fice, en donnant pour raison que Gorham « tenait des doctrines contraires à la véritable foi chrétienne, con­ traires aux doctrines contenues dans les articles et for­ mulaires de l’Eglise unie d'Angleterre et d’Irlande, et spécialement dans le Livre île la prière commune, dans le mode d’administration de ce sacrement et dans les autres rites et cérémonies ». D'après l'évêque, Gorham « tenait el persistait à tenir que la régénération spiri­ tuelle n'est pas donnée ni conférée dans ce saint sacre­ ment, et en particulier que les enfants n'y sont pas faits membres du Christ et enfants de Dieu ». Gorham niait ce dernier grief. Le tribunal ecclésiastique de la pro­ vince de Cantorbéry, la Cour des Arches, donna raison à l’évêque d'Exeter. La cause fut alors portée par Gorham devant le comité judiciaire du Conseil privé, tribunal laïque, qui condamna l'évêque. Le jugement, rendu le 8 mars 1850, résume ainsi la doctrine de Gorham : « Le baptême est un sacrement en général nécessaire au salut; mais la grâce de la régénération n’accompagne pas l’acte dit baptême d’une manière tellement néces­ saire que la régénération ail invariablement lieu dans le baptême; la grâce peut être accordée avant, dans ou après le baptême. Le baptême est un signe efficace de la grâce, par lequel Dieu agit invisiblement en nous, mais seulement dans ceux qui le reçoivent dignement; dans ceux-là seuls, il a un effet salutaire. Il n'est pas en luiméme. indépendamment des dispositions de celui qui le reçoit, un signe efficace de grâce. Les enfants baptisés, qui meurent avant tout péché actuel, sont sûrement sauvés; mais, dans aucun cas, la régénération n'a lieu dans le baptême sans certaines conditions. » Les juges décidèrent que celte doctrine « n'est pas contraire ni opposée à la doctrine déclarée de l’Église d'Angleterre, telle qu'elle est établie par la loi ». Times, !) mars 1850. — Cette décision souleva une vive émotion dans le parti qu’elle frappait; elle amena la conversion de Manning. Depuis lors, la doctrine catholique n'a pas cessé de faire des progrès dans l’Église d'Angleterre : on trouve des ouvrages anglicans qui, sur le baptême, renvoient au concile de Trente. Mais Tévangêlicaltsme a toujours ses représentants. J ! ; i I 330 La rubrique du Prayer book recommande que les enfants soient baptisés le dimanche ou les jours de fêtes, en présence des fidèles assemblés. Tout garçon doit avoir deux parrains el une marraine; toute fille, un parrain el deux marraines. La cérémonie commence par diverses prières ou exhortations, et par la lecture du passage oû saint Marc, x. 13-16. raconte la bénédic­ tion des enfants par le Sauveur. Puis, les parrains et les marraines déclarent, au nom de l’enfant. « renoncer au démon el à ses œuvres, à la vaine pompe et à la gloire du monde...; » ils affirment leur croyance au symbole des apôtres et leur désir du baptême. Le prêtre fait alors la bénédiction de l'eau. Puis, il administre le sacrement en versant de l'eau sur l'enfant et en prononçant les pa­ roles : « N., je te baptise an nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. » Il marque ensuite d'un signe de croix le front de l’enfant, récite l’oraison domi­ nicale avec les fidèles présents,èt termine en rappelant aux parrains et marraines qu'ils doivent veiller à l’édu­ cation chrétienne de l'enfant. Le texte du Prayer book ne dit pas nettement que les laïques puissent administrer validement le baptême; mais l'usage et divers jugements rendus par les tribu­ naux tranchent la question dans le sens catholique. Tout enfant, baptisé en danger de mort, doit, s'il survit, être porté à l’église, oû le ministre demande par qui el en présence de qui, avec quelle matière et quelles paroles l'enfant a été baptisé. Si les réponses données ne sont pas satisfaisantes, le ministre confère le baptême sous condition. — Pour le baptême des adultes, la lecture de l’Évangile est prise du dialogue de Notre-Seigneur avec Nicodéme. Joa.. ni. 1-8. Lorsqu'un membre des sectes dissidentes se convertit à l'anglicanisme, il n'est admis â la confirmation que s’il établit qu'il a reçu un baptême valide, et comme le plus souvent la preuve ne peut être faite, on le baptise sous condition. D. Stone, Holy baptism, 1fl0t : Piisey, Scriptural views of holy baptism ; .1. 11. Blunt, The annotated book, of common prayer: E. 11. Browne. An exposition of the thirty-nine articles: Pliillimore. Ecclesiastical law of the Church of England ; L’administration du baptême dans l’Église angli­ cane, documents dans la Revue anglo-romaine, Paris, 1896, t. It, p. 801-812. Π. Chez les luthériens et les réformés. — 1° Doctrine. — Nous recueillerons d’abord quelques indications doctrinales dans les textes liturgiques actuel­ lement en usage; nous citerons ensuite diverses opi­ nions de théologiens. 1. Textes lilurgupi ’s. — Les textes liturgiques n’ont pas subi de changements importants; on y retrouve les vieilles doctrines protestantes. La Liturgie des Eglises réformées .le France, Paris et Nancy, 1897, adoptée par le synode général officieux de Sedan en 1896, est l'œuvre du parti orthodoxe. Cf. E. Stapfer, Une nouvelle litur­ gie, dans la Revue chrétienne, 1897, p. 321 sq. Elle s'exprime ainsi : « Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous : unis à lui par la foi, nous mourons au péché et nous ressuscitons à une vie nouvelle. Nous devenons ainsi, par le pardon de nos péchés et le changement de nos cœurs, les enfants de Dieu. Dans le sacrement de baptême, nous avons un gage certain de cette double grâce. Dieu nous déclare qu'il veut être notre père et nous pardonner toutes nos fautes; comme l’eau nettoie nos corps, sa grâce purifie nos âmes. » Dans le formu­ laire pour le baptême d’un enfant malade, le ministre lit aux parents ce qui suit : « Ce n'est pas dans une cé­ rémonie extérieure que vous vous contiez pour le salut éternel de votre enfant, mais dans la grâce de Dieu que ce sacrement représente... Le seul baptême qui régénère et qui sauve est celui que donne le Seigneur par l'effu­ sion de son Saint-Esprit. » — La Liturgie ou manière de célébrer l’office divin dans l’Église de la Confession d’Augsbourg, Nancy, 1881, a deux formulaires pour le 331 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE ANGLICANE baptême des enfants. Le premier contient la prière sui­ vante à réciter après le baptême : « Nous te remer­ cions... de ta grâce que tu as accordée à cet enfant de l’appeler par le saint baptême à la régénération, de le recevoir dans la communion de ton Fils Jésus-Christ, notre Sauveur, et de l’adopter pour ton enfant et pour héritier de tes biens célestes. » Dans le second, on lit : « Le but et reflet du baptême est de donner à celui qui reçoit le baptême une assurance et un signe visible de l'amour inépuisable et de la grâce de Dieu dont il devient participant, en entrant par là dans la communion de l’Eglise du Christ. » La liturgie de l’Église évangélique de Prusse, Agende fïïr die evangelische Landeskirche, Berlin, 1895; cl'. G. Goyau, L'Allemagne religieuse, le protestan­ tisme, Paris, 1898, p. 152-161, laisse le choix entre des formulaires d’origines et de doctrines diverses. Le pre­ mier formulaire pour le baptême des enfants est rédigé d’après Luther; on y prie Dieu, après le baptême, de fortifier par sa grâce l’enfant qu'il a régénéré par l’eau et par i’Esprit-Saint, et auquel il a pardonné ses péchés, et on le remercie d'avoir incorporé cet enfant à son Fils bien-aimé, Noire-Seigneur et unique Sauveur, d'en avoir fait son enfant et l'héritier des biens éternels. Un deuxième formulaire remercie Dieu d'avoir, par NoireSeigneur Jésus-Christ, institué le baptême comme un bain de régénération et de renouvellement dans I’EspritSaint; après le baptême, on y prie le Dieu de toute grâce, qui a appelé l’enfant à sa gloire éternelle dans le Christ Jésus, de le préparer par la foi à la vie éternelle. Le troisième formulaire s'inspire d'anciens formulaires réformés. Le Christ, y est-il dit, a promis qu’il nous laverait de nos péchés, qu'il ne nous les attribuerait pas, et qu’il renouvellerait notre nature à son image; pour confirmer et sceller ces promesses, il a institué le bap­ tême. Le baptême nous est un témoignage certain que nous avons une alliance éternelle avec Dieu. Un doit le conférer aux enfants, bien qu'ils ne puissent pas encore connaître cette alliance : par le baptême, Dieu les prend pour ses enfants et ses héritiers. — Deux formulaires sont indiqués pour le baptême des adultes ; d’après l'un, le baptême est accompagné d'une régénération spiri­ tuelle; d’après l'autre, il est un gage de la rémission des péchés et un sceau de l’incorporation dans la com­ munauté du Seigneur. 2. Opinions des théologiens. — Tant que dura la période d’orthodoxie rigide, la doctrine du baptême excita beau­ coup d'intérêt parmi les protestants. Mais, dès le xvil» siècle, une réaction se produisit en Allemagne contre le dogmatisme luthérien, et l'on ne parla plus guère du baptême. Les piétistes n’attachaient pas d’im­ portance à ce rite; ils prétendaient reconnaître le mo­ ment de leur régénération aux consolations que leur apportait la grâce, au bonheur dont la foi remplissait leur âme. Au xvtll» siècle, les supernaturalistes et les rationalistes, divises sur bien des points, s’accordaient pour regarder le baptême comme un pur symbole, un simple signe de l’entrée dans l’Église. Pour des raisons différentes, Schleiermacher nia l'efficacité du baptême; à ses yeux, le baptême en lui-même n’exerce aucune action sur l'âme; la foi est éveillée par une série d’actes spirituels qui peuvent précéder ou suivre la cérémonie baptismale. Depuis, le mouvement libéral inauguré par Schleiermacher a eu pour contre-coup une réaction néo­ luthérienne, et le baptême est de nos jours l'objet de vives discussions. Les partisans de la régénération baptismale sont d’au­ tant plus actifs que leurs adversaires les traitent avec plus de dédain. On leur oppose l'usage traditionnel du baptême des enfants, et c’est de ce côté que se porte surtout la bataille. Ils conviennent que le baptême ne peut, sans la foi, produire la régénération : mais quelle toi peuvent avoir les enfants, avant l’éveil de la raison? DICT. DE TUÉOL. CATIIOL. 332 — F. IL Ilærter, Manuel de la doctrine chrétienne ou Explication de la doctrine de Luther, Paris, 1900, p. 77, admet que « le baptême purifie notre âme des souil­ lures du péché et lui communique la vie divine », que « par le baptême, le Saint-Esprit nous régénère, pourvu <1 ne nous acceptions et que nous conservions, par la foi, la grâce baptismale ». Mais il ne dit pas ce qu'est la foi dans l’enfant. Il déclare toutefois que les parents chré­ tiens « ont le droit et le devoir » de faire baptiser leurs enfants, car : !» les enfants héritent non seulement des biens terrestres, mais aussi des biens spirituels de leurs parents (Abraham et sa postérité); 2» les plus petits enfants ont besoin d'un Sauveur, car ils sont nés dans le péché originel; 3» rien n'empêche le Saint-Esprit d’agir sur le plus petit enfant (Jean-Baptiste); 4“ la vie entière, depuis la naissance jusqu'à la mort, doit être consacrée au Seigneur (p. 78). — D'après A. Weber, Le saint baptême, Paris, 1880, p. 21, la régénération par le baptême est enseignée par l’Écriture; le baptême est l’acte créateur de la vie chrétienne; il est néces­ saire, dans l'ordre normal établi par le Seigneur. « il n'y a ni pardon ni adoption sans son intermédiaire. » Le baptême produit sur l'enfant les mêmes effets que sur l’adulte croyant. « En affirmant la régénération de l’enfant par le baptême, nous proclamons un mystère, qui ne peut être compris ni expliqué » (p. 76). « Dieu peut donner à l'enfant, qui ne manifeste ni repentance ni foi, ce qu’il ne peut donner à l'homme qu’après sa conver­ sion » (p. 69). — R. Clément, Etude biblique sur le baptême, Lausanne, '1851, p. 309, est d’avis, lui aussi, que l’enfant baptisé « est croyant pendant les années de son enfance au moins ». — D’autres auteurs, ne vou­ lant pas s’en tenir à des affirmations auxquelles ceux qui admettent la notion protestante de la foi ne voient pas de sens, parlent de la foi en des termes qui font penser à la grâce des théologiens catholiques. D'après H. Cremer, Taufe, Wiedergeburt und Kinderlaufe in Kraft des heiligen Geistes, Gutersloh. 1901,1e baptême n’exerce pas son efficacité sans la foi ; mais cetle foi est elle-même produite par le baptême. « Être régénéré, c’est croire, et pas autre chose » (p. 81). « Ceux qui considèrent la foi comme le libre effet d'une décision personnelle insistent par-dessus tout sur l'acte libre, et veulent en définitive que ce soient eux qui fassent tout » (p. loi). Cremer établit cependant une distinc­ tion entre la foi et la grâce : « Ce n’est pas la foi, dit-il, qui produit l’état de grâce, c’est la grâce qui produit la foi »(p. 19). — « Notre peuple, dit de son côté A. Freybe, Die heilige Taufe und der Taufschat: in deutschem Glauben und Hecht, Gutersloh, 1899, n'a jamais admis de différence entre le baptême des enfanls et celui des adultes... La foi des enfants ne fait aucune difficulté si l'on entend par la foi ce qu’on doit entendre, c’est-à-dire la réception de l’Esprit et de la force du Seigneur, et si I on se débarrasse de la manie qu’a notre temps de vou­ loir faire intervenir partout la réflexion, comme si l’Esprit de Dieu ne pouvait être accordé qu’à travers la réflexion. » E. Bunke, Der Lehrstreit fiber die Kindertaufe innerhalb der lulherischen Kirche, Cassel, 1900, attaque, au nom de la morale, les théories de Cremer. A son avis, le seul pont qui conduise de la mort à la vie, c’est la conversion. Le baptême a pourtant de l’importance. « L’action de l’Esprit est liée au baptême chrétien; si l’offre de la grâce, faite dans le baptême, amène la pre­ mière éclosion de la foi, le baptême produit alors la régénération dans toute son étendue, c’est-à-dire la jus­ tification et la communication de l’Esprit; il en scelle la possession dans la conscience du baptisé. Si la justi­ fication du pécheur a déjà eu lieu par la grâce de la Parole, acceptée par la foi, le baptême complète la régé­ nération par la communication de I’Esprit-Saint, principe de la vie nouvelle, et par la ratification de la justification H. — 11 333 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE ANGLICANE dans la conscience du baptisé. Si la régénération tout entière a eu lieu dés avant le baptême, celui-ci est alors le sceau extérieur et intérieur de la grâce accordée au baptisé par le Dieu triple et un. En même temps, le baptême est la réception dans la communauté du Sei­ gneur glorifié, qui y régne avec son Esprit, par la Pa­ role et les Sacrements. » — Le baptême des enfants n’a plus les mêmes effets que le baptême des adultes croyants. Les opinions de Bunke sont approuvées par le fameux nd. Stocker, prédicateur de la cour royale de Prusse. — A. Gretillat. selon qui le « baptême de fondation, supposant la foi de l’adulte, était accompagné des ell’ets de la foi chrétienne, rémission des péchés et régénéra­ tion «, n’admet pas non plus qu’un « effet magique de régénération » soit produit dans l'âme de l’enfant bap­ tisé; il attribue « au rite par lequel le membre mineur de la famille chrétienne est introduit dans l’Église, une efficacité proportionnelle aux degrés successifs de sa réceptivité morale ». Exposé de théologie systématique, Paris. 1890, t. iv, p. 498. — E. Arnaud est l’adversaire du baptême des enfants, et croit qu’à « une époque de grande foi et de grande spiritualité » on finira par y re­ noncer. Manuel de dogmatique, Paris, 1890, p. 503. Pour lui, le baptême, symbole, sceau, gage de la rémis­ sion des péchés et de la régénération, est essentielle­ ment et tout d’abord « l’acte extérieur par lequel un homme est constitué disciple du Christ et reconnu comme tel » (p. 491). On ne doit pas l’administrer tant que les effets dont il est le signe ne sont pas produits. A la vérité, si le baptême est un signe sans efficacité, la question du baptême des enfants n’a plus le même intérêt. Les réformés ne s’y attardent pas; dés 1618, ils déclaraient au synode de Dordrecht (a. 17) « que la pa­ role de Dieu déclarant saints les enfants des fidèles, non par nature, mais par l’alliance où ils sont compris avec leurs parents, les parents ne doivent pas douter de l’élection et du salut de leurs enfants qui meurent dans ce bas âge ». Si donc la Discipline des Églises réformées de France, t. Xl, a. 17, voir E. Bersier, Histoire du synode général de l’Église réformée de France (1872), Paris, 1872, t. Il, Appendice, recommande aux consis­ toires d’avoir l’œil « sur ceux qui, sans grandes consi­ dérations, gardent leurs enfants longtemps sans être baptisés », c’est à cause des engagements que les parents prennent au nom des enfants présentés au baptême. Ou l’action divine a été écartée, les promesses de l’homme sont tout. Ainsi, d’après Ph. Wolff, Le baptême, l’alliance et la famille, Paris, 1860, le baptême « est un engagement solennel, un traité conclu avec l’Èternel, un premier bien de l’Evangile, précédant la foi et y conduisant (p. 271)... Les apôtres se sont toujours hâtés de conférer le baptême à l’issue de leur prédication, et avant même que les auditeurs aient pu se séparer... 11 s’agissait pour eux de changer un assentiment nouveau et vague à (’Évangile en un fait et une réalité qui liât leurs au­ diteurs » (p. 273). Après le baptême seulement, on ins­ truisait les disciples, pour les préparer au baptême de l’Esprit-Saint. — « Le baptême, dit le pasteur A. Decoppet. Catéchisme populaire, Paris, 1901, représente la conversion de l'âme... Celui qui reçoit le baptême dé­ clare qu'il s’engage à vivre d’une vie nouvelle et sainte. Le petit enfant, ne pouvant prendre un tel engagement, ses parents le prennent pour lui en le consacrant à Dieu. » Plus tard « il est invité à approuver, â confir­ mer les engagements qu’on a pris â sa place lors de son baptême. C’est cette déclaration, entièrement libre et permanente, qu'on appelle la confirmation du vom du baptême... Elle est donc un des actes les plus impor­ tants de la vie» (p. 66-67). — La cérémonie du baptême « serait nulle,dit N. Lamarche, Cours d’instruction reli­ gieuse, chrétienne, protestante, Paris, 1900, p. 146, si les promesses faites au baptême par le parrain et la 334 marraine n’élaient pas ratifiées par les enfants arrivés à l’âge de raison ». — Pour L. Marc, Le baptême dans l’Eglise réformée comparé au baptême dans l’Église apostolique, Strasbourg, 1860. p. 34, la confirmation, ou réception des catéchumènes, ou ratification du vœu du baptême, est « le véritable baptême au sens spirituel du mot; c’est le baptême introduisant dans l’Église du Christ, dans l’Église représentation extérieure du royaume des cieux sur la terre ». Les réformateurs ne reconnaissaient que deux sacre­ ments parce que, disaient-ils, Jésus-Christ n’en avait institué que deux. On nous affirme maintenant que Jésus-Christ n’a pas institué de baptême. « Il n’y a pas à proprement parler de baptême chrétien, dit Ad. Duchemin. L'institution du baptême, Lyon, 1883, p. 46. Le baptême, dans l’économie chrétienne, symbolise la continuation toujours nécessaire, ei par conséquent lé­ gitime, du ministère préparatoire de Jean-Baptiste. Sa place est au seuil de l’Eglise, aussi près qu'on voudra de ce seuil, mais en dehors. » — A en croire H. Cabanis, L’évolution de l'idée du baptême depuis Jean-Rapt isle jusqu’à saint Paul, Cahors, 1900, p. 21, on ne saurait voir dans les paroles rapportées par saint Matthieu, xxvm, 18-21 : Faites disciples toutes les nations, les bapti­ sant..., « l'institution d'un baptême chrétien pouvantsauver les pécheurs... Il s'agit toujours du baptême de Jean dont Jésus confirme une fois de plus l'utilité. » — Disons, enfin, que de nombreux critiques protestants, dont on trouvera une énumération dans 11. J. Holtzmann, A’eulestamentliche Théologie, Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. i, p. 379, ne reconnaissent pas comme historique ce passage de saint Matthieu, pas plus que le verset de saint Marc, xvi, 16 : Qui crediderit et baplizatus fuerit, salvus erit. D'aprèsA. Harnack, Dogmengeschichte,3'édit.,1894. t. I, p. 76, on ne peut pas prouver directement que Jésus ait institué le baptême; il est toutefois croyable que la tradition a eu quelque raison de faire remonter jusqu'à Jésus l’obligation d’un baptême nécessaire au salut. Voir col. 172-173. 2" Pratique. — Il est important de noter ici que les prolestantsde langue française donnent le nom debaplême par aspersion à ce que les catholiques appellent baptême par infusion. Le pasteur A. Duchemin distingue deux manières d’administrer le baptême, l’immersion et l'aspersion. « L’aspersion, dit-il, se fait en répandant avec la main ou avec un vase de petite dimension une légère onction d’eau sur la tête du néophyte. » A. Du­ chemin et L. Monod, Le baptême et la liberté chrétienne, Paris, 1875, p. 5. H n'ignore pas que saint Charles Borromée énumère trois modes du baptême, ministratur ba­ ptismus triplici modo, immersione, in fusione aqua: et aspersione, et voici comme il entend Vinfusio agues: « Une troisième manière de baptiser parait avoir été fort usitée dans les temps anciens: je la crois entièrement abandonnée de nos jours. Elle consiste â faire, soit sur la tête inclinée du disciple, soit sur tout son corps, une abondante effusion d'eau, de telle sorte qu’il en soit cou­ vert, inondé, revêtu » (p. 10). H ne manque à cette des­ cription du baptême par infusion qu’un trait — les caté­ chumènes d'autrefois avaient les pieds dans une eau peu profonde — pour qu'elle nous mette sous les yeux le baptême par immersion, tel qu’il a été pratiqué dans toute l’antiquité chrétienne, du moins en Occident. Voir col. 186, 238. Les Règlements adoptés par le Synode général de l’Eglise évangélique de la Confession d'Augsbourg, tenu à Paris en 1881, contiennent, til. n. c. IV, les articles suivants: A. 23. Les baptêmes se l’ont à l'église. Ceux à domicile ne peuvent être accordés par le pasteur de la paroisse qu’après demande formelle et motivée sur la maladie ou la grande faiblesse de l’entant. — A. 24. Les enfants qui, en cas de nécessité,auront été baptisés par des laïques, et ceux baptisés â domicile par le pas- 333 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE ANGLICANE tour, mais sans assistance de témoins, sont présentés plus tard à l’église pour la sanction du baptême. — A. 25. La présence d’au moins deux témoins chrétiens est indispensable. Les témoins doivent être confirmés. — A. 26. Les éléments essentiels de l'acte sont les sui­ vants: 1° votum et prière; 2“ paroles de l'institution; 3" le symbole des apôtres; 4» les questions d'usage (relatives â leurs croyances, â leurs résolutions et au dé­ sir du baptême) adressées aux témoins et leurs réponses; 5° le baptême lui-même, administré au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, avec la formule de bénédic­ tion de l’enfant; 6° prière finale, oraison dominicale et bénédiction. — A. 27. Acte est dressé du baptême. Cet acte est inscrit dans un registre spécial et signé par le pasteur, le père et les témoins. — Le Régle­ ment sur les baptêmes el ondoiements, voté en 1884 au synode général de Montbéliard, rappelle que l'en­ fant baptisé par un laïque doit être apporté à l'église et ajoute : A. 2. La personne qui a administré le bap­ tême y est interrogée sur les points suivants: 1° L’enfant était-il tellement faible qu'il eût fallu hâter le baptême et qu'il n'eût pas été temps d'appeler le pasteur? 2“ La personne qui a baptisé l’enfant a-t-elle invoqué la grâce divine? 3° Avec quoi a-t-elle baptisé? 4° De quelles paroles s’est-elle servie pour l’acte du baptême? — A. 3. S'il n’est pas répondu à ces questions d'une manière satis­ faisante, l'acte est déclaré nul et le baptême administré,. Recueil officiel des Actes du synode général et des synodes particuliers île l’Eglise évang. de la Confession d'Augsbourg, Paris, I882 sq., t. n. — Les formulaires contenus dans la Liturgie de la Confession d’Augsbourg commencent par une déclaration d'après laquelle l’en­ fant est présenté pour être baptisé « conformément à l'institution et au commandement de Jésus-Christ ». L'acte même du baptême est indiqué ainsi dans le pre­ mier formulaire: « Le ministre, en baptisant l’enfant, prononcera à haute voix les paroles suivantes: N. N., je te baptise, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, » et dans le second: « Le ministre en baptisant l’enfant: N. N., conformément à l'ordre etâ l'institution de NotreSeigneur Jésus-Christ, je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » — Les choses se passent d'une manière analogue d’après la Liturgie des Eglises réfor­ mées de France. On y recommande que le baptême soit célébré à l'un des services du dimanche ou de la se­ maine, ou que du moins il s’y trouve un nombre de fidèles suffisant pour représenter l’Eglise. Après avoir récité certaines prières ou exhortations, « le pasteur, descendant de chaire, verse de l'eau sur le front de l'enfant el en prononçant son nom, il dit: N. N., je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen. » L’usage est que le pasteur prenne l’eau dans le creux de la main. Chez les réformés, le baptême conféré par un laïque, même en cas de nécessité, est non avenu. Les formulaires indiqués par l'Agende de l’Église évangélique de Prusse commencent par une exhortation que le ministre peut remplacer à son gré par une allo­ cution, à condition toutefois qu'il ne néglige pas de rap­ peler les « paroles de l'institution » du baptême. Matth., xxvill; Marc., xvi. Le ministre est libre aussi de mar­ quer l'enfant du signe de la croix, soit avant le baptême soit après. La rubrique du baptême lui-même est que « l’ecclésiastique verse, trois fois avec la main, d'une manière visible pour les témoins, de l’eau (souligné dans le texte) sur la tête de l’enfant.et dit: N. N., je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». La validité du baptême conféré selon ces formulaires n'est pas contestable. Mais les formulaires sont-ils tou­ jours bien observés, même par les ministres qui n’at­ tachent aucune importance au baptême et ne l’adminis­ trent que par complaisance pour les familles? Nous ne pouvons l'affirmer d'une manière absolue, bien que nous ne connaissions aucun fait précis qui donne lieu d'en 336 douter. En France et en Allemagne, les évêques ordon­ nent souvent de baptiser sous condition les protestants convertis. Dans les pays Scandinaves, les catholiques reconnaissent la validité des baptêmes administrés par les ministres luthériens de ces pays. III. Dans des sectes diverses. — Les sociniens pré­ tendent que le baptême n'a été institué que pour les premiers temps du christianisme. Par ce rite, les con­ vertis déclaraient reconnaître le Christ pour leur Sau­ veur. Le baptême n'était pas administré aux enfants, puisque les enfants ne peuvent faire de profession de foi. C’est du reste une cérémonie tout à fait superflue, car le royaume de Dieu ne consiste pas dans les choses extérieures. Rom., xiv, 17. La régénération, qui est une transformation de la raison et de la volonté, ne peut avoir lieu chez les enfants; et chez les adultes, elle ne peut être produite par de l'eau. Ceux qui veulent prati­ quer le baptême peuvent faire comme ils l'entendent, à condition toutefois de ne pas persécuter ceux qui jugent le baptême inutile. Catéchisme de Rakoto, q. 316-318. Les arminiens ou remontrants de Hollande décla­ raient que les sacrements représentent la grâce et la communiquent d'une certaine manière ; ils n'expliquaient pas comment devait s’entendre cette communication de la grâce. Persuadés que tousles enfants des fidèles étaient sanctifiés, et qu’aucun de ces enfants qui mouraient avant l'usage de la raison n'était damné, ils ne tardèrent pas â abandonner le baptême des enfants. Voir t. i, col. 1971. Les puritains anglais, dans la Confession de foi, dite de Westminster, rédigée en 1647, s'inspirent des doc­ trines de Calvin. « Le baptême, y est-il dit, c. xxvill, est un sacrement du Nouveau Testament, établi par JésusChrist, non seulement pour admettre solennellement le baptisé dans l’Église visible, mais aussi pour lui être un signe et un sceau de l'alliance de grâce, ainsi que de son insertion dans le Christ, de la régénération, de la rémission des pêchés, du don de lui-même à Dieu par Jésus-Christ pour marcher dans une vie nouvelle. Par le bon usage de cette institution, la grâce promise n'est pas seulement offerte, elle est réellement accordée et confirmée par le Saint-Esprit, â ceux, adultes ou enfants, auxquels revient cette grâce selon le conseil de la vo­ lonté propre de Dieu, dans le temps choisi par lui. » La Confession de foi de Westminster est restée la confes­ sion de foi officielle de l’Église presbytérienne d'Écosse. Les principales sectes dissidentes d'Angleterre et de Galles (baptistes, congrégationalistes, presbytériens anglais', chrétiens de la Bible, méthodistes wesleyens, méthodistes primitifs, méthodistes de la nouvelle con­ nexion, Église libre méthodiste unie) ont récemment publié un catéchisme commun. Evangelical Free Church Catechism, Londres, 1898, où l’on enseigne que les sa­ crements « sont des rites sacrés institués par NotreSeigneur Jésus pour rendre plus évidents par des signes visibles les bienfaits intérieurs de l'Évangile, pour nous assurer de la grâce qu’il a promise, el, quand on en use bien, pour devenir un moyen de la conduire â nos cœurs ». Le signe visible du baptême est « l'eau, dans laquelle la personne est baptisée au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Les bienfaits qu’il signifie sont « l’ablution des péchés et la nouvelle naissance opérée parle Saint-Esprit dans tous ceux qui se repentent et croient ». Les théologiens qui ont rédigé ce catéchisme représentent directement ou indirectement, dit la pré­ face, les croyances d'au moins soixante millions, pro­ bablement même de beaucoup plus, de chrétiens de toutes les parties du monde ». — Les dissidents anglais ont toujours exigé pour la validité du baptême qu'il fût conféré par un ministre. Aujourd'hui, il est vrai, beau­ coup d’entre eux considèrent le baptême comme un rite sans importance; ils ne se préoccupent pas toujours 337 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE ANGLICANE 338 de l'administrer avec la formule traditionnelle. Ceux ' catholique a toujours reconnu la validité du baptême conféré par les hérétiques, pourvu qu’il ait été admi­ même qui ont conservé l'usage de baptiser les enfants, nistré conformément à l’institution de Jésus-Christ, admettent parfois à la communion les adultes non bap­ tisés qui leur viennent. Par contre, certains presbyté­ c'est-à-dire avec de l’eau naturelle et avec la formule riens d'Amérique rebaptisent les catholiques qui pas­ trinitaire, aussi bien qu'avec l'intention de faire ce qu’elle fait elle-même. Voir col. 227-228. Le 23 juin 1830, sent à leur secte. la S. C. de la Propagande adressait au vicaire aposto­ Les baptistes, répandus surtout en Angleterre et en Amérique, ainsi que les mennonites d Allemagne et de I lique de Siam une instruction dans laquelle elle rappe­ Hollande, ne baptisent que les adultes, et considèrent lait cette doctrine. Elle disait notamment que ni l’imcomme non avenu le baptême conféré aux enfants. | probité du ministre, ni son infidélité ne nuisaient à la « Nous croyons, disent les baptistes, que le baptême validité du sacrement, et elle résumait l'enseignement est, pour les chrétiens volontairement morts au monde ecclésiastique au sujet des éléments essentiels du bap­ et au péché, l’emblème frappant et solennel de l’ense­ tême. Ces règles générales doivent servir à déterminer, velissement et de la résurrection avec Christ, à qui ils dans les cas particuliers, la validité ou l'invalidité du sont unis par la foi, pour vivre en lui d'une vie nou­ baptême conféré par les hérétiques. Collectanea S. C. velle et sainte. Nous croyons, d'après l'ordre du Christ, de Propaganda fide, Rome, 1893, η. 648. Par consé­ son exemple et celui des apôtres, que l’immersion des quent, il n’est pas permis de réitérer sous condition, croyants doit précéder l’admission dans l’Église locale et promiscue et sans examen préalable, tous les baptêmes la participation à la communion. » Confession de foi et des hérétiques. Le 6 avril 1859, le Saint-Office a com­ principes ecclésiastiques des Églises évangéliques dites muniqué à l’évêque de Harlem cette réponse donnée, le baptistes, Paris, 1895. Les baptistes affirment que bap­ 27 mars 1683. par la S. C. du Concile : Non esse reba­ tiser signifie étymologiquement « plonger, immerger », ptizandos (hæréticos), nisi adsit dubium probabile de et que l’immersion totale peut seule représenter l’ense­ invaliditate baptismi. Collectanea S. C. de Propa­ velissement du chrétien avec le Christ, selon la parole ganda fide, n. 654. Le 20 juin 1866, le Saint-Office a de saint Paul, Rom., vi. 4 : Consepulli enim sumus obligé le vicaire apostolique des Galias à rapporter une cum illo per baptismum in mortem. Ils confèrent donc décision par laquelle il ordonnait de rebaptiser le baptême par l'immersion dans un bassin ou dans un .tous les Abyssins schismatiques, même les prêtres. Col­ fleuve. Le néophyte, revêtu d'une longue robe, descend lectanea, n. 656. Il semble donc bien que les évêques dans l’eau; le ministre y descend lui-même, et y plonge français et allemands qui imposent la réitération du complètement le néophyte en prononçant les paroles baptême de tous les protestants convertis s’écartent des sacramentelles. Voir I. Corblet, Histoire du sacre­ règles fixées par les Congrégations romaines. En effet, ment de baptême, Paris, 1881,1.1, p. 245 sq. ; Ph. Wollf, le 20 novembre 1878, le Saint-Office a indiqué la con­ Le baptême, l'alliance et la famille, Paris, I860, duite à tenir, en résolvant ce doute : Utrum conferri p. 75 sq. .Jusqu'au commencement du xtx» siècle, les debeat baptismus sub eondilione hærelicis qui ad ca­ baptistes, à peu d'exceptions près, n’admettaient à leur tholicam fident convertuntur e quocumque loco prove­ communion que ceux qui avaient reçu leur baptême. niant et ad quamcumque sectam pertineant? R. NeBeaucoup sont devenus moins exigeants; il en est qui gativezsed in conversione hærelicorum, a quocumque confèrent le baptême par infusion, et qui acceptent des loco vel a quacumque secla venerint, inquirendum est membres baptisés ailleurs que chez eux. Les prétentions de validitate baptismi in hæresi suscepti. Instituto exclusives des intransigeants ont soulevé de vives que­ igitur in singulis casibus examine,si compertum fue­ relles; le pasteur Ph. Wolff, op. cit., p. 293, déclare que rit, aut nullum, aut nullité? collatum fuisse, bapti­ c'est « un vrai retour au papisme ». Cf. Ad. Ducliemin zandi erunt absolute. Si autem pro temporum et et L. Monod, Le baptême et la liberté chrétienne, locorum ratione, investigatione peracta, nihil sive Paris, 1875. D’après C. Werner, Le baptisme, Montau­ pro validitate, sive pro invaliditate detegatur, aut ad­ ban, 1896, p. 15, en France « environ un tiers des Eglises huc probabile dubium de baptismi validitate supersit, libres ont renoncé au baptême des entants et pratiquent tunc sub conditione secreto baptizentur. Demum si l’immersion des croyants, mais sans taire de ce rite la constiterit validum fuisse, recipiendi erunt tantum­ condition d’entrée dans l’Église ». modo ad abjuralionem seu professionem fidei. Colle­ Les quakers ne reconnaissent d’autre baptême que le ctanea, n. 660. Voir, pour l'abjuration des hérétiques, baptême de l’Esprit, dont le baptême d'eau n'était qu'une t. i, col. 75. C’était déjà en vertu des mêmes principes ombre. Ils se fondent surtout sur le texte de saint Mat­ que, le 27 mai 1671, le Saint-Office consulté sur ce fait : thieu, in, 11 : Ego quidem ros baptizo in aqua in pxniMinistri hœrelici, prolem fasciis suis involutam batentiam; ipse autem vos baptizabit in Spiritu Sancto plizaturi, aquam asuggestu ita communiter effundunt, et igni, ou saint Jean-Baptiste annonce, prétendent-ils, ut fascias, raro autem ullum infantis membrum con­ l’abolition du baptême d’eau par Jésus. Le temps des tingat, avait répondu : Si sit certum quod quis sic fue­ figures est passé; et la profession de la foi au Christ et rit baptizatus ut aqua nullo modo partem corporis la sainteté de la vie sont de meilleurs signes de chris­ principalem contigerit, is est absolute baptizandus ; tianisme qu’une ablution extérieure. R. Barclay, Theo­ si vero sit dubium probabile quod tetigerit, est sub logice verte chrislianæ apologia, Amsterdam, 1676, conditione iterum baptizandus. Collectanea, n. 642. th. xii, c. ni-v. Les salutistes n’administrent pas non 2° Conduite à tenir, quand le baptême des héré­ plus le baptême. tiques est douteux. — I. Quel doute est requis ? — D’après une instruction adressée, le 6 juin 1860, par le SaintCf. J. A. Mohler, Symbolique, trad, franç., Besançon, 1836; Oflice, au vicaire apostolique du Tche-Kiang, animad­ K. F. Nosgen, Symbotik, Gutersloh, 1897 ; E. Picard, art. Hap­ vertendum est baptisma ne sub conditione quidem tène, dans l Encyclopédie des sciences religieuses de Lichten­ passim ac temere esse iterandum, et tunc solum condi­ berger, Paris, 1877, t. il; Hagcnbach, Lehrbuch der Dogmentione uti licere cum prudens et probabilis subesi geschichte, 6· édit., Leipzig, 1888, p. 587-591 ; .1. Corblet, Histoire dubitatio an quis fuerit valide baptizatus quemadmo­ dogmatique, liturgique et archéologique du sacrement du dum traditur in Catéchisme rom., purl. II, De sacram, baptême, Paris, 1882, L II, p. 583 sq., donne une abondante biblio­ graphie. bapt., n. 57. Collectanea, n. 655. Avec Benoit XIV, De G. Morel. synodo diœces., I. VII, c. vi, n. 2, in-4°, Venise, 1792, IV. Valeur du baptême des anglicans et des pro­ t. i, p. 171, le même tribunal a exigé des rationes vere testants aux yeux de l’Église catholique. — 1» Prin­ probabiles et prudentes pour qu’il y ait des doutes fon­ cipe général. — Fidèle à sa doctrine constante, l’Église dés de l’invalidité du baptême; un soupçon quelconque 339 BAPTÊME DANS L’ÉGLISE ANGLICANE ou un simple scrupule ne suffisent pas pour constituer un doute sérieux et autoriser la réitération, même conditionnelle, du baptême. Une trop grande facilité à admettre ces doutes nuirait à la dignité et à la sainteté du sacrement aussi bien qu'à Futilité des fidèles et à la tranquillité des âmes. CoUeclanea, n. 650. 659. In judi­ cando vero an iterandus sil baptismus sub conditionata forma, nec nimia difficultate, nec nimia utendum facilitate est : non illa, quia agitur de sacramento summas necessitatis, sine quo ex Christi sententia adi­ tus non patet ad regnum catiorum. Quamobrem theo­ logi communiter docent, pro iterando tantie necessi­ tatis sacramento, non tantas requiri rationes de ejus valore dubitandi, quanta: requiruntur pro iterandis exteris sacramentis. Collectanea, n. 618. L’enquête préalable doit porter spécialement sur l’emploi de la matière et de la forme nécessaires, puisqu’il suffit que le ministre ait l’intention générale de faire ce que fait l’Église. Sauf motif spécial, cette intention doit être présumée. Ibid. Le 18 décembre 1872, le Saint-Office a décidé que l’intention de faire ce qu’a voulu le Christ ne doit pas être supposée absente même chez les mi­ nistres hérétiques qui enseignent couramment ou dé­ clarent expressément au moment même de l’adminis­ tration du sacrement que le baptême ne produit aucun eifet dans l’âme, quia non obstante errore quoad effectus baptismi, non excluditur intentio faciendi quod facit Ecclesia. Acia sanctæ Sedis, Rome, 1892-1893, t. xxv, p. 216. Celte décision est reproduite dans une instruc­ tion du Saint-Office, de 1877. Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 659, p. 262. Cf. ibid., η. 618, p. 256. 2. Réitération du baptême. — Lorsqu’un doute pro­ bable et prudent subsiste sur l’invalidité du baptême con­ féré par les hérétiques, le rite sacramentel doit être re­ nouvelé. Mais celle réitération doit être faite secreto et sub forma conditionala. CoUeclanea, n. 634, 660. La condition doit être exprimée et elle fait que la seconde collation du baptême n’est pas une réelle réitération du sacrement, puisqu’elle exclut l’intention de baptiser, si le premier baptême a été valide. Ibid., n. 648, p. 255. Voir col. 274. 3» Décisions particulières. — Les Congrégations ro­ maines ont eu parfois à résoudre des cas spéciaux relatifs au baptême de diverses sectes religieuses. Nous grou­ perons celles que nous connaissons suivant l'ordre de l'exposé précédent. Interrogé au sujet du mariage des catholiques avec des hérétiques dont le baptême est douteux, le Saint-Office a donné, le 17 novembre 1830, cette règle pratique : Quoad hæreticos quorum seclæ ritualia præscribunl collationem baptismi absque ne­ cessario usu materite el formas essentialis, debet exa­ minari casus particularis. Quoad alios qui juxta eorum rituale baptizant valide, validum censendum est ba­ ptisma. Quod si dubium persistat etiam in primo casu, censendum est. validum baptisma in ordine ad validi­ tatem matrimonii. Collectanea, n. 649. L’emploi d’un rituel qui prescrit la matière et la forme essentielles est donc, de soi, une présomption favorable à la validité du baptême ainsi conféré. 1. Anglicans. — Le 10 mars 1824, le Saint-Office a appliqué cette règle aux anglicans : Quoad vero illas (sectas), ut sunt angllcani, apud quas non solum pueri baptizantur, verum etiam ex eorum libris ritualibus constat baptismum rite conferri, non oportere baptizari, sed recipi abjurations errorum el absolutione a cen­ suris. Spectandos tamen esse casus particulares de quibus agitur. Nam fieri potest, ut causa abusuum, qui asseruntur in sacramenti baptismi adminislratione introducti, vel ob aliquam circumstantiam, grave sub­ oriatur dubium de aliquo defectu nullitalem baptismi inducente, tunc baptismum secreto, sub conditione : Si non sil persona baptizala, conferendum esse. Décision 1 340 reproduite dans une instruction de 1877. Collectanea, n. 659, p. 262. Un cas particulier, préposé par le vi­ caire apostolique de Bombay et examiné par le SaintOffice, le 21 février 1883, n’a pas reçu de solution spé­ ciale. On a renvoyé au décret du 20 novembre 1878. Ibid., n. 661. 2. Luthériens et calvinistes. — Dans une cause dont nous neconnaissons pas toutes les circonstances, le SaintOffice a décidé que le baptême d’un luthérien quiétiste devait être renouvelé sous condition. 17 juin 1715. Col­ lectanea, n. 644. Dans le décret du 5 juillet 1753, ibid., n. 653, ad 2“m, on ne trouve pour les luthériens et les calvinistes qu’un rappel de la règle générale : enquête dans chaque cas. et s’il en résulte un doute prudent, réitération en secret et sous condition. Mais l’instruction de la Propagande du 23 juin 1830, n. 648, p. 256. rap­ porte l’avis du cardinal Petra, qui reconnaît la validité du baptême des calvinistes, quamvis ipsi nullam effi­ caciam baptismo tribuant, parce qu’ils emploient la matière et la forme essentielles. Elle rappelle aussi le sentiment de Benoit XIV. Le docte pontife, De synod. d>œces., 1. VII, c. vt, n. 9, Venise, 1792, t. I, p. 173, re­ commande aux évêques de ne pas conclure trop rapi­ dement à l’invalidité ou au doute du baptême conféré par un ministre hérétique qui erre au sujet des effets de ce sacrement. Au xvt* siècle, il y eut en France con­ troverse à ce propos : on discutait si pour ce motif il fallait rebaptiser ceux qui avaient été baptisés par les calvinistes. Le débat porté devant saint Pie V fut résolu dans le sens de la négative. Aussi le concile d’Embrun, tenu en 1576, porta-t-il ce décret :Ante decisionem apostolicæ sedis romaine licuit fortasse cuique in suo sensu abundare ; verum quoniam, post habitam de hac facul­ tate disputationem, fel. rec. Pius V definivit verum esse baptismum quo uterentur calvinistæ, adhibentes formam et materiam institutam a Christo cum inten­ tione generali faciendi quod Christus instituit, licet errarent in particulari interpretatione el singulari intentione, ut alii fere omnes hxretici errarunt, vel circa intelligent iam formes baptismatis, vel circa ali­ quem ejus effectum : ob id baptizalos ab ipsis calvinistis non iterum tingendos sub conditione, etc. Cf. n. (>50, p. 257. 3. Unitaires. — Le 5 juillet 1753, le Saint-Office a rendu un décret qui n’est qu’une application de la règle générale : Quando unilarii ad fidem catholicam con­ vertuntur, in primis episcopus diligenter investiget an eorum ministri in collatione baptismi cum neces­ saria intentione materiam tum remotam tum proxi­ mam, el formam juxta divinam institutionem adhi­ beant, et si, facta inquisitione, error substantialis certe inveniatur, absolute sunt baptizandi; si autem remaneat prudens dubium circa validitatem, secreloet sub conditione baptizentur. Collectanea, n. 653, ad l“m. 4. Puritains et presbytériens d'Angleterre. — Dans son instruction du 23 juin 1840, la S. C. de la Propa­ gande parle spécialement des sectes hérétiques de l’An­ gleterre. De grands théologiens, loués par Benoil XIV, De synodo diotces., 1. Vil. c. vt, n. 8, Venise, 1792. t. t, p. 173, enseignent qu’il faut rebaptiser sous condition ceux qu'ils ont baptisés, parce que ces hérétiques, pu­ ritains et presbytériens, frequenter deprehensi fuerunt, vel formam corrupisse, vel intentionem necessariam non habuisse, vel aliter male baptizasse. La S. C. rap­ porte des exemples cités par Lacroix et laisse à la pru­ dence du vicaire apostolique de Siam le soin de décider si les chrétiens baptisés par des Anglais à Poulopinang doivent être rebaptisés sous condition. CoUeclanea, n. 648, p. 256. 5. Méthodistes. — L’évêque de Nesqually (États-Unis d'Amérique) avait soumis à la Propagande ses doutes sur la validité du baptême conféré par les méthodistes de son diocèse. Ils regardent certainement ce sacrement il BAPTÊME DANS L’ÉGLISE ANGLICANE — BAPTÊME DES INFIDÈLES 342 comme un rite indifférent. Ils ont négligé longtemps de xvin» siècle, l'accord complet n'était pas encore réalisé. l’administrer, et s'ils ont recommencé de le conférer, D’autre part, les missions chez les peuples infidèles se c’est avec l'intention de tromper les infidèles et de leur multipliaient; de nombreux cas de conscience étaient faire croire que leur religion ne diffère pas de la religion posés à l'occasion du baptême des enfants de païens ou catholique. D'ailleurs, ils introduisent dans l’adminis­ de juifs. Déjà, les souverains pontifes et la S. C. du tration des abus qui ne semblent pas tout à fait acci­ Saint-Office avaient rendu plusieurs décisions. En 1744, dentels. Ainsi ils emploient une forme dans laquelle la Benoit XIV fut amené à discuter cette question : doitpersonne du Saint-Esprit, ou bien est passée sous silence, on baptiser les enfants d'un père turc et d’une mère ou bien est désignée sous des noms qui ne lui convien­ chrétienne, si cette dernière le désire ? Le pape y répond nent pas, ou bien est précédée d'un autre mot, placé dans un paragraphe de la lettre luter omnigenas. Trois entre le Fils et elle. D'autre part, ils négligent de suivre ans plus lard, nouvelle consultation : un chrétien avait les usages reçus dans l'emploi de l’eau et dans la ma­ baptisé des enfants juifs, malgré la volonté de leurs pa­ nière de joindre la matière à la forme. Le Sainl-Oflice, à rents. Cette fois, Benoît XIV ne se contenta pas d’étu­ qui la question fut déférée, tout en reconnaissant que dier le fait particulier : il résolut de donner l'enseigne­ les doutes sur l’invalidité des baptêmes conférés par ces ment définitif dont le besoin s'accusait toujours davan­ méthodistes étaient graves, ne voulut pas donner unedétage : car. il l’avait constaté, les décisions particulières cision générale et décida que chaque cas devait être exa­ dis tribunaux étaient ignorées ou peu connues, le désac­ miné en particulier. 11 communiqua à l’évêque consul­ cord des théologiens jetait dans l'indécision ceux qui tant une longue instruction. Il y expose la doctrine reçue les consultaient, parfois d'ailleurs on se dispensait de le et cite des décrets antérieurs, qui établissent que l’erreur faire. Le pape écrivit donc la longue lettre Postremo sur la nature du baptême peut se concilier avec la vali­ mense, du 28 février 1747, afin de résoudre les cas de dité de sa collation. Il ajoute: Quidquid sil de abusibus conscience les plus fréquemment soulevés à l’occasion du a te enumeratis sive quoad formam corruptam quam baptême des juifs enfants et adultes. Mais il n’avait pas usurpare audent, sive quoad modum quo baptismi prétendu épuiser la question. Aussi, en 1751. un fait nouveau sollicitait une nouvelle solution : devait-on ritum complere solent, tamen ut in facto dici possit baptismum administratum ab istis hæreticis nudum accorder le baptême à un enfant d'infidèles présenté par son aïeule paternelle? La lettre Probe te meminisse, du aut saltem dubium habendum esse, oportet prius cognos­ cere an patrati fuerint prœdicti abusus sacramentum 15 décembre 1751, non seulement résout le cas posé, mais rappelle, précise et complète les déclarations anté­ irritantes; novit siquidem (amplitudo tua) abusus non rieures. cssepræsumendossedprobandos. La conclusion fut quod Benoit XIV ne parle pas en théologien privé, il rend si in hac materia possibilis foret quædam generalis des décisions, il « enseigne », comme dit saint Alphonse præsumplio in principium praclicum convertenda, hæc non quidem ex defectibus et abusibus ministrorum de Liguori, Theologia moralis, 1. VI. tr. Il, c. 1, n. 126, differentium sectarum esset derivanda sed preesertim et comme l’ont compris tous les théologiens. D’autre ex indole, natura et consuetudine actuali earumdem part, si ses décisions sont données à l’occasion de cas particuliers, elles ont, lui-même le déclare, une valeur sectarum. Quare cum in casu, de quo agitur, sermo sit de secta methodistarum, in qua baptisma confer­ universelle. La principale lettre, celle de 17-47 que ré­ tur, et de ministris hujus secta’, qui de facto baptisma sume d’ailleurs celle de 1751, est adressée à l’archevêque de Tarse faisant fonctions de vicaire du souverain pon­ solentadministrare, duo tantum tnquœstionem cadere tife à Rome, mais elle est destinée à toute l’Église. possunt, videlicet : i. Utrum ritus administrandi sa­ cramentum baptismi ab ista secla in istis regionibus Lettre Postremo mense, η. 2. Ce n'est donc pas seule­ detentus aliquid contineat quod illius nullitalem indu­ ment des enfants de juifs que parle Benoit XIV, mais cere valeat; 3. Utrum talis seetæ ministri de facto sese aussi des fils d’infidèles. Il applique aux uns ce qu'il a conforment praescriptionibus in propria eorum secta affirmé des autres, il emploie indifféremment les deux sancitis. Porro quoad primam quæslioneni facile erit locutions. Dans la lettre Postremo mense, cependant. cognoscere quid hæc secla circa administralionem sa­ i plusieurs affirmations conviennent exclusivement aux cramenti baptismi sanciverit, ex inspectione librorum juifs des Etats pontificaux : ce sont des déclarations sur ritualium quibus in istis regionibus tales hæretici utun­ la manière de leur appliquer les régies communes. tur; quoad secundam vero necessariæ erunt accuratas Ainsi, l'enseignement de Benoit XIV sur la validité et et prudentes investigationes insinguUseasibus, per quas la licéité de la collation du baptême à des infidèles est tam de facto, seu de collato baptismo, quam de modo absolument général. Mais le pape ne traite pas dans toute son ampleur cette question : est-il toujours pru­ administration is cognitio obtineatur, juxta quam ju­ dent, convenable d’accorder le sacrement lorsqu'on droit dicium de singulis casibus erit pronunciandum. La fin strict il n'est pas défendu de le faire? Dans les deux de la décision n'est plus que l’application de la règle lettres de 1747 et de 1751, il ne s'occupe guère que de ordinaire : s’il est certain que le baptême n’a pas été l’opportunité de la collation du sacrement aux juifs des validement conféré, il faut l'administrer absolument à Etats pontificaux : les régies qu'il donne à ce sujet ceux qui veulent entrer dans le sein de l’Eglise catho­ peuvent donc ne pas convenir à toute époque et à tout lique ; s’il reste un doute prudent sur la validité du bap­ lieu. tême, on le conférera secrètement et conditionnellement. Lès trois lettres de Benoît XIV sont insérées dans Collectanea, n. 659. Nous avons cité tout au long cette Sanctissimi domini nostri Penedicti papfe XIV Pulla­ décision si sage et si modérée, parce quelle peut servir rium, Venise, 1768, t. t, p. 135; t. n, p. 85-109; t. tu, d’exemple et de règle dans des cas analogues. p. 187-198. Elles sont reproduites dans la collection de 6. Quakers. — On y trouve reproduite, p. 262, une Raphaël de Martinis, Juris pontificii de Propaganda fide, décision du Saint-Office, du 10 mars 1824, concernant part. I, Rome, 1890, t. in, p. 132, 321-342, 471-482. le baptême des quakers : Quoad venientes a sectis, ex. U' Enchiridion de Denzinger contient, n. 1333-1312, les gr. Quakerorum, quas notum est vel baptisma minime principales affirmations de la lettre Postremo mense ministrare, vel invalide conferre, ipsos, dum in sinu sur le baptême des enfants des infidèles. Dans cet ar­ Ucclesiæ recipiuntur, solemniter baptizandos esse. ticle, pour la commodité des citations, la lettre de 1744 E.'Mangenot. XI. BAPTÊME DES INFIDÈLES, D’APRÈS BENOIT XIV. sera désignée par A, celle de 1747 par B, et celle de 1751 par C. — 1. Baptême des enfants. IL Baptême des — Théologiens et canonistes dissertaient depuis le adultes. moyen âge sur la validité, la licéité et les conséquences I. Baptême des enfants de juifs ou d’infidèles. — du baptême des enfants d'infidèles. Au milieu du i 343 BAPTÊME DES INFIDÈLES 1° Malgré leurs parents. — 1. Le baptême conféré aux enfants d’infidèles malgré leurs parents est-il valide ? Durandus in IV Sent., dist. IV, q. VH, a. 13..., si hue sacramentum (baptismus) hebrœorum aut infidelium filiis, invitis parentibus, impertitum fuerit, illud esse irritum om­ nino existimat... Verum hæc Durandi opinio singularis nus­ quam aut plausum aut existi­ mationem nacta est. B, 26. Durand, IV I. des Sent., dist. IV, q. vn, a. 13..., estime que si ce sacrement (le baptéirie) a été conféré à des en­ fants de juifs ou d'infidèles malgré leurs parents, il est nul... Mais cette opinion sin­ gulière de Durand n'a jamais été approuvée ni prise en con­ sidération. Durand invoquait cet argument : c’est aux parents qu’il appartient de vouloir pour l’enfant ; s'ils refusent le baptême, l’enfant le refuse et le sacrement ne saurait être valide. Benoît XIV rappelle les critiques faites à cet ar­ gument par les théologiens. Un sacrement est réellement conféré quand le ministre a l'intention requise et em­ ploie matière et forme prescrites. Sylvius, In J/7’ra, q. lxviii, a. 10, Opera, Anvers, 1714, t. iv, p. 259. A défaut des parents, l’Eglise demande le baptême pour l’enfant. F'rassen, Scotus academicus, tr. I, disp. I, a. 2, q. tv, Paris, 1677, t. iv, p. 162. Dépourvue de base théo­ logique, l’opinion de Durand a encore le tort d’être sin­ gulière, B, 26, et d'avoir contre elle l'autorité de la S. C. du Saint-Office. Décisions du 3 mars 1633, du 30 mars 1638, du 23 décembre 1698 et du 8 mars 1708. B, 27. 2. Le baptême conféré aux enfants d’infidèles mal­ gré leurs parents est-il licite? ...Docet (S.Thomas) infantes Infidelium sine parentum con­ sensu nequaquam baptizari posse : eaque doctrina et ab aliis communiter recepta et cum aliorum tribunalium ec­ clesiasticorum. tum etiam su­ premae hujus Inquisitionis sen­ tentiis atque judiciis roborata atque confirmata est. C, 10. Si parentes desint, infantes vero alicujus hebræi tutelæ commissi luerint, eos sine tu­ toris assensu licite baptizari nullo modo posse. B, 14. ...Il (S. Thomas) enseigne que les enfants d'infidèles ne peuvent pas du tout être bap­ tisés si les parente n'y con­ sentent pas. Cette doctrine, communément admise par les théologiens, a été corroborée et confirmée par les décisions et jugements des divers tribu­ naux ecclésiastiques et par ceux de la souveraine Inquisi­ tion. Si l'enfant de parents juifs est confié après la mort de ceux-ci à un tuteur juif, il ne peut aucunement être baptisé sans le consentement do ce dernier. Plus d'une fois, des chrétiens baptisaient abusivement des enfants d'inlidèles malgré la volonté de leurs parents. B, I, 27, 31. Aucun théologien n’a expressément soutenu que cette pratique est toujours légitime. Suarez, De sa­ cramentis, disp. XXV, sect, m, n. 1, Opera, Paris, 1862, t. xx, p. 429. Mais Scot et beaucoup de ses dis­ ciples attribuaient aux princes chrétiens le droit de faire baptiser, malgré leurs parents, les enfants de leurs su­ jets juifs ou infidèles. Voir col. 283. Au milieu du XVIIIe siècle, cette opinion était encore soutenue. B, ô. Le pape ne dit pas en termes exprès qu’il la condamne, mais on voit qu'il la rejette; car il se rallie à la thèse opposée soutenue par saint Thomas, B, 4, 5; C, 10, et déclare que ce docteur a donné la solution définitive. B, 4. Les considérants invoqués par le pape sont les argu­ ments de saint Thomas, Sum, theol., Ila Ilæ, q. x, a. 12; lit», q. lxviii, a. 10; Quodl., il, a. 7. — a) L’Église n’a pas pour habitude de baptiser les enfants d'infidèles malgré leurs parents; elle n’a pas consenti à le laire alors qu’elle y était invitée par des princes puissants et pieux. B, 4. Benoit XIV complète cet argument d’au­ torité : l’opinion de saint Thomas a prévalu devant les tribunaux, elle est plus communément admise. B, 5. Sans doute, Mathathias a fait de force circoncire des enfants. 1 Mach., il, 46. Mais peut-être n a-t-il agi ainsi 344 qu'à l’égard de fils de Juifs; du moins, les lois de la guerreen usage alors réduisaient en captivité les enfants des vaincus et autorisaient Mathathias à leur imposer la circoncision. — b) Tant qu'ils n’ont pas atteint l âge de raison, les entants sont confiés à leurs parents, et cela, de par le droit naturel : on le violerait donc en leur imposant le sacrement malgré la volonté de ceux à la garde de qui ils sont remis. D’autre part, il serait dan­ gereux de conférer le baptême à ces enfants : parvenus à i'âgc de raison, ils seraient exposés à renier leur loi. B, 4. Ainsi, Benoît XIV s’appuie sur le droit naturel. En même temps qu’il prouve le bien fondé de la règle gé­ nérale, il indique implicitement quelles exceptions elle comporte. On pourra baptiser les enfants d'infidèles si, d’une part, les droits des parents ne sont pas violés, n’existent plus, sont primés par des droits supérieurs; si,d'autre part, le danger d'apostasie est écarté. Lorsque ces deux conditions seront réalisées, une exception pourra être admise, quand même elle ne serait pas mentionnée expressément parmi celles que reconnaît Benoit XIV, le pape n’ayant pas voulu dresser une liste complète. B, 7, 14. Les déclarations du pape ont donné le coup de grâce à la thèse scotiste. La règle générale posée par Benoit XIV est admise par tous les théologiens. Une instruction de la S. C. de la Propagande, 17 août 1777, Collectanea S. C. de Propaganda fide, Rome, 1893, η. 571, l’a con­ firmée et sur un point particulier précisée. « En dehors du péril imminent de mort, il n’est pas permis de bap­ tiser des enfants d’inlidèles malgré leurs parents ou à leur insu, si ces infidèles se gouvernent d’après leurs propres lois ou sont seulement soumis en qualité de sujets, et non en qualité d'esclaves, au pouvoir et au domaine des chrétiens· » Les mots « à leur insu » montrent que présumer le consentement des parents ne suffit pas. La lin de la réponse exclut nettement la thèse scotiste. Des peines avaient été portées contre ceux qui bapti­ saient un enfant d'infidèle malgré la volonté des parents, voir col. 283; le pape les confirme. Les intentions de ceux qui commettent cette faute sont louables, leur acte est illicite; il appartiendra donc au juge de le frapper d'une peine plus ou moins grave, selon les circons­ tances. Ce châtiment est d'autant plus légitime que d’or­ dinaire les chrétiens qui baptisent ainsi des enfants d'inlidèles sont des laïques; or il leur est interdit de conférer le sacrement, si ce n'est dans le cas de néces­ sité. B, 31. Le pape déclare aussi qu’un orphelin enfantd’infidéles ne peut être baptisé malgré la volonté de son tuteur infidèle. Cette régie, répétée à deux reprises dans la lettre de 1751, C, 1,13, est toute naturelle : la puissance des parents appartient aux tuteurs. B, 14; C, 13. Aussi, la plupart des auteurs l’acceptaient. C, 13. 3. Le baptême des enfants d’infidèles malgré leurs parents n’est-il pas licite, dans des cas exceptionnels? — Première exception : l'enfant est en danger de mort. Cum id eveniat ut ab aliquo Christiano hebræorum puer morti proximus reperiatur, rem omnino laudabilem Deoque gratam is certe efficiet qui sa­ lutem puero aqua lustratis præbeat immortalem. B, 8. S’il arrive qu’un chrétien trouve un enfant juif en danger de mort, il lera certainement une chose louable et très agréa ble à Dieu en procurant à cet enfant par l’eau baptismale le salut éternel. Cette affirmation a toujours été admise. Les théolo­ giens discutent seulement sur le motif de cette excep­ tion. Le droit des parents n’existe-t-il plus, dans le cas proposé? Ou bien, faut-il dire : Les parents ne souffrent qu’un léger dommage si dans cette circonstance on les prive de leur droit; au contraire, l’entant perd un bien très précieux, s'il n’est pas baptisé? Les théologiens qui s'appuient sur ce second argument et repoussent le pre- 345 BAPTÊME DES INFIDÈLES mier concluent que, dans le cas de danger de mort, il importe de conférer le baptême secrètement, sans vio­ lence et en évitant le scandale. Suarez, De sacramentis, disp. XXV, sect, ni, n. 7, t. xx, p. 431. Benoît XIV invoque à l’appui de son affirmation deux décisions de la S. C. du Saint-Office, 2 novembre '1678 et 17 février 1705, l’enseignement commun des théologiens. la conduite des missionnaires. B, 8. Il ne dit pas que les parents ne possèdent plus leurs droits, mais seulement : si le baptême est conféré, les parents per­ dent peu; si le sacrement est refusé, l’enfant perd beau­ coup. C, 14. C’est implicitement reconnaître que, dans ce cas, le baptême doit être administré sans violence ni scandale. L’obligation de procéder ainsi avait déjà d’ailleurs été affirmée par la S. C. du Saint-Office, le 28 janvier 4637. Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 542. Et, dans l’instruction déjà citée du 17 août 1777, la S. C. de la Propagande dit : Pour qu’on puisse baptiser les enfants d’infidèles, en cas de danger de mort, il faut qu’on n’ait pas à craindre un scandale, une recrudescence de haine, des représailles. On peut se demander quand il y a vraiment danger de mort. Benoît XIV suppose que l’enfant est en extrême péril de mort, C, 14, près de mourir, B, 8, arrivé au terme de son existence. B, 8. Les décisions de la S. C. du Saint-Office qu'il invoque emploient les mots près de mourir, article de la mort. La S. C. de la Propagande, dans l'instruction déjà citée, 17 août 1777, exigea danger prochain de mort. Récemment, la S. C. du Saint-Office a déclaré que l'enfant n'a pas besoin d’être à l’article de la mort, il suffit qu'il soit en danger de perdre la vie : on peut alors le baptiser même si on n’a pas l’espoir de jamais le revoir. Il est encore permis d’agir ainsi lorsque prudemment on doute qu'il guérisse ou qu'il parvienne à l’âge de discrétion, 18 juillet 1892. Décision reproduite par Lehmkuhl, Theologia moralis, appendix I. η. 22, Fribourg-en-Brisgau, 1896, t. n. p. 800. Les théologiens font remarquer à bon droit qu'un péril vague, indéterminé, futur, ne suffit pas : ainsi, une épidémie grave sévit dans un pays, ce n’est pas un motif suffisant pour qu’on puisse baptiser tons les en­ fants d'infidèles, indistinctement, malgré leurs parents; il faut que l’enfant soit personnellement en danger: le langage de Benoit XIV le suppose et la S. C. de la Pro­ pagande, 17 août 1777, le dit en termes exprès. Voir aussi Collectanea, n. 586. Deuxième exception : l’enfant est abandonné par ses parents. 34G | seul dans la rue, hors du quartier de ses parents. Il faut qu'on le trouve en un lieu public, isolé, délaissé, abandonné, dépourvu de tout secours et de tout espoir d'être assisté par les siens. B, 10. Troisième exception : l'en/ant n’est plus au pouvoir de ses parents. I Selon tes théologiens, le droit Ex auctorum sententia, ne­ I quaquam denegatum dominis de taire baptiser les entants de jus est offerendi filios mancipio­ rum suorum infidelium ad sa­ crum baptismatis tontem. C, 15. | leurs esclaves infidèles n'est pas dénié aux maiUes. Benoit XIV observe que saint Thomas ne mentionne pas expressément cette exception, il l'admet cependant; il dit. en effet, qu'on ne peut baptiser tous les enfants des juifs. leurs parents notant pas esclavesau sens strict du mol. C. 15. C'est le raisonnement que font la plupart des théologiens. Suarez, op. cil., disp. XXIV, sect, iv, 1 n. 6, p. 436; Sylvius, op. cit., q. LXVlll, a. 10, concl. 7, p. 260. L'exception est encore justifiée par l’exemple de Mathathias. B, 6. Elle est motivée par la condition même de l’esclave : d’après les lois humaines, il n’est plus son maître, celui à qu'il appartient peut le séparer de ses enfants. C, '15. Sans doute, l'autorité des parents vient de la nature et, à ce titre, elle est dite de droit naturel. •Mais existe-t-il une loi supérieure aux prescriptions hu­ maines. une loi de nature interdisant à toute autre per­ ( sonne qu’aux parents de s’occuper de l’éducation des enfants? Nullement. Et c'est pourquoi il pourra être permis de baptiser les fils d’esclaves. C, 26. Le pape ne dit pas expressément qu’il faut, au besoin, séparer l’enfant baptisé de son père, pour mettre à l’abri ce jeune chrétien du danger de perversion, mais l’en­ semble de la lettre de 1747 prouve que telle est sa pensée. D’ailleurs, tous les théologiens sont de cet avis. On peut remarquer aussi les expressions employées par le pape: le droit n’est pas dénié ; C, 15, les chrétiens font bien, en agissant ainsi. B, 6. C’est avouer que le maître n’est pas tenu d'imposer le sacrement. Benoit XIV parle aussi de certaines applications de la règle. Le droit des gens réduisait alors en captivité les Turcs, mais non les chrétiens pris dans une guerre; il était donc permis de baptiser les enfants des premiers, B, 6; C, 15, et non ceux des seconds, malgré leurs pa­ rents. C, 15. Quant aux juifs, on ne saurait dire qu'ils sont tous esclaves et que, toujours, les chrétiens ont le droit de baptiser leurs enfants. B, Il sq.; C. 15. C’est à tort qu’on appuie ce sentiment sur une phrase d’inno­ cent III ; on l’a mal comprise. C, 15. Les juifs ne jouis­ sent pas en certains pays des droits accordés aux autres Si item eveniret ut puer De même, s’il arrive qu'un sujets ; mais ils ne sont pas esclaves. A Rome, la man­ hebræus projectus esset atque entant juif soit chassé et aban­ a parentibus destitutus.commudonné par ses parents, de l'avis suétude des papes tolère leur présence. Si on leur per­ nis omnium sententia est, plu­ de tous les théologiens, avis met d’y résider, ce n’est pas pour exiger d'eux ce que le ribus quoque confirmata judiciis confirmé par plusieurs juge­ droit défend de demander. C'est avec modération, piété, eum baptizari oportere, recla­ ments, il faut le baptiser et douceur qu’il faut s’employer à les convertir. Être in­ mantibus etiam atque repeten­ cela même si les parents pro­ juste à leur égard serait indigne d'un chrétien, les atta­ tibus parentibus. B, 9. testent et réclament l'enfant. quer serait leur retirer le droit d'asile en même temps Communément admise, officiellement reconnue par les qu’on le leur accorde. B, 12-13. tribunaux ecclésiastiques, B, 9, celte exception se justifie Benoit XIV le déclare nettement: s’il indique les ex­ d’elle-même : les parents ont renoncé à leur autorité. B, 9; ceptions les plus fréquentes, il n'affirme pas qu’il n'y en C, 14. Aussi, leurs réclamations postérieures ne sauraient a pas d’autres. B, 7, 14. Si le droit des parents n’est pas être admises; ainsi pensent les théologiens. B, 9. Ici, violé et si le péril de perversion est écarté, il est, sinon Benoit XIV indique ce qui est strictement légitime et toujours opportun, du moins licite de baptiser les fils ne recherche pas si, partout et toujours, il est opportun d’infidèles; le pape l’insinue. B, 4. Aussi, tous les théo­ d’user dece droit. Il est permis de penser que pour ne pas logiens admettent-ils qu'on peut conférer le sacrement empêcher un plus grand bien ou pour éviter de plus aux enfants perpetuo amentes, sujets à une folie qui graves inconvénients, il pourra être sage de ne pas mé­ paraît devoir ne passe guérir, à condition toutefois, dit priser les réclamations des parents. D’ailleurs, dans la avec raison Génicol, Theologia moralis, tr. XH.c. Ht, £2, lettre de 1751, Benoit XIV se contente de dire : si un n. 146, Louvain, 1902, t. n, p. 151, qu'on puisse le faire enfant est abandonné, il est permis de lui faire donner sans offenser gravement les parents et sans exciter la le baptême. C, 14. haine contre la religion catholique. L'instruction déjà citée Afin d’éviter les excès d'un zèle peu intelligent, le de la S. C. de la Propagande, 17 août 1777, indique avec pope explique avec la plus grande précision en que) cas une très grande précision ce qu'il faut faire, s'il est dou­ l'enfant est vraiment abandonné. Il ne suffit pas qu'il soit teux que la folie soit complète ou qu'elle doive toujours 347 BAPTÊME DES INFIDÈLES 348 durer. Cf. Génicot, loc. cit.; Ballerini-PalmiÊri, Opus | connaître qu’il est indispensable partout et toujours theologicum morale, tr. X, sect, il, n. 56, Prato, 1891, d’assurer l’éducation chrétienne de l’enfant; il indique le moyen le plus sûr d’atteindre ce but, moyen d’un usage p. 543. opportun à Rome, au xvill8 siècle: séparer l’entant bap­ De même, généralisant à bon droit l’exception admise en faveur des enfants trouvés et des esclaves, les théo­ tisé de ses parents. logiens disent: quand un enfant est, de droit, soustrait 5. Faut-il appliquer ce qui a été dit du baptême des à l'autorité paternelle ou quand il est, de fait, séparé de enfants d'in/idèles malgré leurs parents à celui des /ils ses parents, et n’est pas exposé à retomber en leur pou­ de mauvais chrétiens: hérétiques, schismatiques, apos­ voir avant d’avoir reçu l’éducation chrétienne, il est tats, etc.? — Benoit XIV n’a pas posé la question, mais il a donné les principes de solution : on ne peutconférer licite, sinon opportun, de le baptiser. Suarez, op. cit., licitement le baptême à un enfant que si les droits des disp. XXV, sect, ni, n. 8, p. 431; Lehmkuhl, op. cil., parents sur lui ne sont pas violés injustement et si le t. n, n. 82, p. 62. 4. Lorsque des enfants d’infidèles ont été baptisés danger de perversion n’exisle pas. Hérétiques, schismatiques, apostats, mauvais chré­ malgré leurs parents, que doit-on faire ? tiens sont membres de l’Église. La nature leur ordonne Quod si jam sacramento ini­ S'ils (des enfants de juifs) ont d’aimer leurs enfants et de ne pas nuire à leur âme. Les tiati essent, aut detinendi sunt reçu le sacrement, on doit les aut ab hebræo recuperandi tragarder ou les retirer des mains lois de la société chrétienne les obligent à les faire bap­ dendiquc Christi fidelibus ut ab de leurs parents pour qu’ils tiser et à respecter leur foi naissante. S’ils désobéissent illis pie sancleque informentur. soient élevés d’une manière à l’Église, elle peut, malgré leur volonté,donner le sacre­ B, 29. pieuse et sainte. ment à leurs fils; sans doute, les parents s’y opposent; mais ils n'ont pas le droit de le faire. Leur refus est nul. Benoit XIV invoque les décisions des tribunaux ecclé­ Instruction déjà citée de la S. C. de la Propagande, siastiques, S. C. du Saint-Ofiice, 3 mars 1633, 30 mars 17 août 1777. Cette assertion, que quelques théologiens 1638; il cite aussi une décision du IVe concile de Tolède. ont autrefois contestée, Gousset, Théologie morale, Pa­ Il s'agit du synode tenu en cette ville, le 5 décembre ris, 1855, t. n, p. 150, n. 8, est aujourd’hui admise par 633; le capitulum qui est reproduit par le pape est le tous les docteurs catholiques. Mais ils ajoutent: en rai­ 60". Il y est stipulé que les fils et les filles de juifs, s’ils son des lois civiles ou des préjugés, la société chrétienne ont été baptisés, doivent être séparés de leurs parents et est souvent incapable d’user de son droit; aujourd’hui, élevés dans des couvents par de bons chrétiens et de elle ne pourrait le faire, du moins d’ordinaire, sans bonnes chrétiennes. Mansi, t. x, col. 634; Ilefele, His­ grave inconvénient: le mal causé serait plus considé­ toire des conciles, trad. Leclercq, Paris, 1909, t. n, rable que le bien produit. Cf. Génicot, op. cit., t. Π, p. 268-274. Le pape conclut que si, devenus adultes, ces n. 148, p. 152; Lehmkuhl. op. cit., t. il, n. 82. p. 62. enfants retournent à la religion de leurs parents, ils Ainsi, pour ce motif déjà, le baptême des enfants de sont vraiment apostats, comme déjà l’avait remarqué mauvais chrétiens malgré leurs parents n’est pas tou­ Boniface VIH. C. Contra, De hærelicis, in Sexto. jours opportun. La réparation s’impose parce qu'il faut assurer l’édu­ cation chrétienne de l’enfant baptisé. B, 29. Sans doute, De plus, en raison du second argument invoqué par les enfants sont remis à la garde de leurs parents, mais Benoit XIV contre le baptême des enfants d’infidèles les chrétiens sont confiés aux soins de l’Église, leur malgré leurs parents, il serait souvent illicite. On ne mère. Le droit naturel du chef de famille n’est pas sup­ peut donner le sacrement que si le baptisé ne court pas primé, il est primé par le devoir qu'a la société reli­ très grand danger de perversion. L’enfant de mauvais gieuse de veiller sur l’éducation de ses membres. L’acte chrétiens qui a reçu le sacrement malgré la volonté de de la personne qui confère le sacrement, malgré les ses parents sera souvent exposé à ce péril sans que l’Église puisse y parer: dans ce cas, le baptême ne doit parents, est coupable; il n’en a pas moins pour effet de donner au baptisé le caractère ineffaçable de chrétien. pas être donné. Ballerini-Palmieri, op. cit., t. iv, p. 544, n. 57 ; Génicot, lue. cit. Laisser l’enfant qui a été initié à la vraie religion dans un milieu hostile à sa foi, c’est l’exposer à peu près in­ Ainsi,d’ailleurs, l’a déclaré la S. C. de la Propagande. failliblement à l'apostasie. L’Eglise n’a pas ce droit; telle Il faut s'abstenir de baptiser les enfants d’hérétiques, est la pensée de Benoit XIV; tel est aussi l’enseignement malgré leurs parents, si on n’a aucun espoir probable des théologiens catholiques. qu’ils seront instruits chrétiennement. Instruction de Le pape ne recherche pas si, partout et toujours, il 17 août 1777. El cette conduite s'impose, alors même est opportun, possible même d’appliquer la règle ici qu’en l'observant, on risque de priver à tout jamais posée. A Rome, à cette époque, la séparation était le l’enfant du sacrement. S. C. du Saint-Office, 21 janvier 1777, Collectanea, n. 566. moyen d’assurer la persévérance du jeune chrétien. Sans 2“ Du baptême des enfants d’in/idèles, sur la demande doute, déjà, cette mesure paraissait dure: le pape le sait, il connaît l’adoucissement proposé par quelques canode leurs parents. — Premier cas: le père et la mère demandent: nisles: l’enfant pourrait être laissé ou remis aux parents si ceux-ci s’engageaient sous caution à le rendre quand Hujusmodi jus (filios sancto Ce droit (de demander le bap­ il aurait atteint l’àge convenable, et, en attendant, à ne baptismateolïerendi) penes pa­ tême pour ces enfants) appar­ lui rien enseigner contre la foi catholique. Le pape, rentes esse affirmant, sive ü tient aux parents déjà néophytes d’accord avec la majorité des auteurs, déclare insuffi­ neophyti sint, sive etiam ethnici comme aussi à ceux qui sont sante cette demi-mesure. B, 30. vel judsei ; dummodo, si tales encore païens ou juifs. Toute­ sint, fide bona ab eis oblatio fois, ces derniers doivent être Mais si la règle ici donnée est en droit strict bien fon­ ejusmodi fiat et infantes baptide bonne foi, en présentant dée, si en certains cas il est opportun de l’observer, on zati apud Christianos remane­ l'enfant; et le baptisé, en rai­ peut, sans contredire Benoit XIV, soutenir qu’il n’est ant neque illis, propter perver­ son du danger do perversion, pas toujours expédient de la suivre. « Là ou les lois sionis periculum, restituantur. ne doit pas leur être remis, il civiles s’y opposent, » Marc. Institutiones alphonsianæ, C, 10. faut qu’il demeure clicz des part. Ill, tr. 11, c. ni, n. 1473. Rome. 1887, p. 48; «quand chrétiens. ïe pouvoir séculier est hostile, » Lehmkuhl, op. cit., t. n, Aucun théologien ne conteste aux parents le droit de p. 6l, n. 81 ; lorsque,pourvouloir écarter le danger d’une faire donner le baptême à leurs enfants. Pour qu’il apostasie. « on empêcherait un plus grand bien, on cau­ puisse être acquiescé à leur désir, il est nécessaire, s'ils serait un plus grand mal, » Billot. De Ecclesiæ sacra­ sont païens ou juifs, qu’ils soient « de bonne foi ». Cette mentis, q. i.xvin, th. xxv. Rome, 1896. 1.1, p. 250, il vaut exigence est très légitime. Un s’est demandé si cette mieux ne pas enlever l eniant aux parents. Le pape fait BAPTÊME DES INFIDÈLES condition est réalisée, lorsque les parents demandent le baptême pour l’enfant, uniquement alin de le préserver de quelque maladie. Benoit XIV rappelle que l'inten­ tion mauvaise des parents ne nuit pas à la validité du rite. B, 19. Il constate, d’autre part, que si, dans l’hypotbése proposée, l’enfant est remis aux parents, il court grand danger de ne pas connaître ou d’abandonner la foi; l’expérience l’atteste. B, 22. Conclusion : s’il n’y a pas danger de perversion pour le petit baptisé, c’està-dire s’il peut être confié à des chrétiens qui l’élèveront pieusement, il faut lui conférer le sacrement. B, 22-21. C’est d'ailleurs« l’opinion commune ». B, 25. Benoît XIV écarte donc la thèse beaucoup plus large de Navarre, d’après laquelle on devrait toujours tenir compte du dé­ sir des parents quand ils l’appuient de menaces et il répudie formellement, comme étant déjà frappée par la S. C. du Saint-Office, 6 septembre 1625, et par Inno­ cent XI, 2 mars 1679. l'opinion qui autorise le ministre à simuler dans ce cas le sacrement. B, 21. Une seconde condition est exigée. 11 faut que l’enfant soit à l'abri du danger de perversion. Il doit être confié à des fidèles, on ne peut le rendre à ses parents. B,2224. Ainsi l’avait déjà déclaré la S. C. du Saint-Oflice, 3 mai 1703. B, 23. Dans l’instruction du 17 août 1777, la S. C. de la Propagande rappelle expressément cette règle. Le 31 janvier 1796, une décision moins sévère exige seulement que le danger de perversion ne soit pas à tel point menaçant qu'à l’avance l’impossibilité de protéger l’enfant soit à peu près certaine. Collectanea. n. 577. Pour qu'on puisse procéder au baptême, il ne suffit pas que les parents s’engagent à révéler à l'enfant, en temps opportun, sa qualité de chrétien et à le lais­ ser libre de suivre sa religion. S. C. du Saint-Office, 22 juillet 1840, Collectanea, n. 5S0. Par contre, la S. C. du Saint-Oflice a approuvé le baptême d’enfants appar­ tenant à des parents dont on espérait la conversion raisonnablement. 11 décembre 1850, Collectanea, n. 585. Enfin, cetle règle a été donnée en 1867 : il faut s’en re­ mettre à la prudence et à la conscience des mission­ naires. Apres avoir pris, s'ils le peuvent, l’avis du pré­ fet apostolique, ils seront autorisés à baptiser les enfants présentés par des parents infidèles, pourvu qu’ils ne pré­ voient aucun grave danger de perversion et qu'il ne soit pas établi que les parents agissent par superstition. Collectanea, n. 592. Attribuer des effets temporels au baptême, ce n’est pas de soi une superstition, comme le fait remarquer Ballerini, op. cil., t. n, p. 544, n. 59. En fait, cependant, les infidèles qui regardent le sacrement uniquement comme un remède semblent bien être su­ perstitieux, Benoit XIV le dit. B, 19; cf. aussi S. C. du Saint-Oflice, 8mars 1770, Collectanea, n. 569. Quoiqu'il en soit, lorsque la demande des parents est motivée par des idées superstitieuses, il faut les instruire et les détromper; on peut ensuite accéder à leur désir. Lehmkuhl, op. cil., t. n, n. 84, p. 63. Deuxième cas : un des parents devenu chrétien de­ mande que l'enfant soit baptisé. — a) Qui a le droit d'exprimer ce désir? Probe le meminisse arbitra­ mur nos... definisse patrem qui ex judaica perfidia ad Christia­ nam fidem conversus sit, posse filium suum infantem vel im­ puberem, judæa matre licet dis­ sentiente, sanclæ religioni no­ stræ initiandum offerre ; matri etiam Christi fidem amplexæ liane eamdem potestatem inesse quantumvis pater in judaismo perseverans contradicat: præterea hujusmodi offerendi jus ad tutores pertransire ; illi usque paternum quoque avum parti­ cipem esse qui, secundum opi- Nous pensons que vous vous souvenez bien des décisions que nous avons rendues... Un père qui passe de l’infidélité du judaïsme à la foi chrétienne peut, et cela malgré l’opposi­ tion de la mère demeurée juive, offrir son enfant tout petit ou impubère pour qu'on l'agrège à notre sainte religion. Λ son tour, la mère qui a em­ brassé la foi du Christ a le même pouvoir, malgré l'oppo­ sition que peut taire le père resté juif. Ce droit de présenter l'enfant passe aussi aux tuteurs. nionern quæ tribunalium de­ cretis pluries rata habita et confirmata est. nepotem infan­ tem vel impuberem sanclæ religioni christianæ valide oflert etiam si pater vel mater aut etiam utrique in judaismo permanentes contradicant, C, I ; ... oblationem aviæ (pa­ ternae) recipiendam esse decer­ nentes. C, 27. 350 L’aïeul paternel y participe en­ core : selon une opinion ratifiée et confirmée plusieurs lois par les sentences des tribunaux, il offre légitimement à la sainte religion chrétienne son petitfils encore entant ou impubère, et cela, alors mémo que le père ou la mère ou tous les deux, demeurés juifs, font opposition. Nous décrétons qu'il laut ac­ cepter l’oblation de laïeule (paternelle). Le père tient ses droits de la nature et les lois le lui reconnaissent. B, 15; C, 11. Le droit de la mère était justifié en quelques mots dans la lettre de 1747. B, 16. En 1751, il est longuement étudié. Le cas particulier de conscience qui motive celte étude est le suivant : L’aïeule paternelle peut-elle de­ mander le sacrement pour son petit-fils? Ce problème appelle la discussion des droits de la mère. Deux fon­ dements leur sont assignés : de par la nature, celle qui a mis au monde un enfant est appelée à participer à son éducation; la foi demande que dans les cas douteux il soit prononcé « en sa faveur ». Vasquez. In disp. CLV, c. m, n. 35, Lyon, 1620, p. 408, avait remarqué que si les lois humaines accordent aux actes du père seulement certains effets civils, les droits de la mère à garder l’enfant près d'elle, à le nourrir, à l’élever sont égaux à ceux du père. Le pape, qui reproduit cetle affir­ mation, ne dit pas qu'il y souscrit sans réserve, mais il reconnaît à la mère un pouvoir fondé sur la nature de prendre part à l'éducation de l'enfant. C, 19, 25, 26. Si donc, le père s’y opposant, elle demande le sacrement pour son fils, il y a conllit entre deux droits. Or, dans le doute, il faut favoriser la foi, c'est-à-dire accorder le baptême. Quelques ailleurs prétendaient que tel était déjà l'enseignement de Grégoire IX. En fait, ils exagé­ raient, ce pape a seulement posé le principe qui est appliqué ici : la foi a des droits de prééminence. Par contre, le concile de Tolède de 633, déjà cité, n. 63, atteste le pouvoir de la mère, théologiens et canonistes le proclament à l’envi: l'un d'eux va jusqu'à dire : le baptême fait de la mere le père. C, 18, 19. Et il ne servirait à rien de faire observer que le pouvoir dévouer de jeunes enfants à la vie religieuse appartient au père seul. Théoriquement, la question est discutée. En fait, on accepte même ceux qui sont offerts par la mère seule. Enfin, entrer dans le cloître, être ordonné, n'est pas nécessaire au même titre que recevoir le sacre­ ment. Ainsi, les conditions mises à l’acceptation des oblats ne sauraient être invoquées ici. C, 2-9. Sur le droit des tuteurs, voir col. 344. C'est Grégoire XIII qui le premier reconnut le pou­ voir de l’aïeul paternel, pouvoir qui n’est pas neutralisé par l’opposition de la mère. B, 17; C, 1, 12, 25. ties dé­ cisions postérieures ont affirmé que ce droit existe même si le père et la mère refusent leur assentiment. B, 17; C, 12. L’aïeul est un des parents, les lois hu­ maines lui reconnaissent des droits éloignés à la puis­ sance paternelle. B, 17; C, 12. Puisque la mère et l’aieul paternel peuvent offrir l’enfant, l'aïeule paternelle aura ce droit. C, 25. C'est pour l’établir qu'est écrite la lettre de 1751, vérilabledissertation sur le sujet. Le cas était d’ailleurs compliqué. L’aïeule était encouragée par des oncles et des tantes de l’enfant, elle se heurtait à l'opposition de la mère et des tuteurs. Benoit XIV constate que, parente, l’aïeule par­ ticipe d’une manière lointaine mais réelleà la puissance paternelle; les lois humaines elles mêmes en témoi­ gnent. C, 22. D’autre part, puisqu'il y a conllit de droits, il faut décider en faveur de la foi. C, 25-27. Sans doute, la mère lient ses droits de la nature, mais aucune loi de nature ne décide que, seule, elle pourra s’occuper de 351 BAPTÊME DES INFIDÈLES l’éducation des enfants. C, 26. Sans doute encore, la volonté des tuteurs est méconnue, mais on peut écarter des tuteurs lorsqu’on soupçonne raisonnablement qu'ils nuiront à leur pupille. C, 24. h) Doit-on toujours accéder au désir de celui des parents qui demande?— Évidemment l’enfant présenté par l’un ou l’autre des parents ne pourra être baptisé que s’il ne court pas grand danger de perversion. Les trois lettres de Benoît XIV supposent l’existence de ce principe. Si le pape interdit le baptême des infidèles malgré leurs parents, c’est en partie à cause de ce péril. De plusr le souverain pontife reconnaît le droit de pré­ senter l’enfant, au père, à la mère, à l’aïeul, à l’aïeule, mais seulement s’ils sont chrétiens ; pourquoi cette restriction, sinon afin qu’il soit possible d’assurer à l’entant l’éducation religieuse? Enfin si Benoit XIV ne pose pas en termes exprès le principe, il l’applique dans la lettre de 1744. Le cas de conscience à résoudre était le suivant : l’enfant d’un Turc et d’une chrétienne peut-il être baptisé si sa mère le demande? Réponse : sauf pour le cas de danger de mort, il est impossible de donner une règle générale. Le prêtre pèsera les cir­ constances, il recherchera surtout si l’on peut espérer que l’enfant persévérera dans le respect de la loi évan­ gélique et le culte de la foi. Après avoir pieusement confié l'affaire à Dieu, s’il juge bon d’accorder le bap­ tême, qu’il le fasse, mais il avertira la mère qu’elle est tenue de donner à l’enfant une éducation chrétienne. A, 8. Cette sage solution a été rappelée par la S. C. du Saint-Office, 18 novembre 1745, Collectanea S. C. de Propaganda fide, n. 5G0, et par Benoit XIV lui-même dans la lettre de 1747. B, 23. On peut donc affirmer que la demande de l’un ou de l’autre des parents doit être acceptée si raisonnablement on espère pouvoir assurer l’éducation religieuse de l’enfant. 3» Si des hérétiques, schismatiques, apostats deman­ dent le baptême pour leur enfant, peut-on accorder le sacrement? — Benoît XIV n’étudie pas ex professo ce cas ; mais il rappelle incidemment la solution donnée par la S. C. du Saint-Office, le 3 mai 1703. Si des chré­ tiens, vivant comme des païens, demandent le baptême pour leurs enfants, il est permis d’accéder à leur désir, mais à condition que ces enfants pourront être instruits par des prêtres ou d’autres personnes, en temps oppor­ tun. B, 23. Le 25 août 1885, la S. C. du Saint-Office a déclaré qu’on ne peut baptiser un enfant d’hérétiques, présenté par ses parents, si ceux-ci ne veulent pas s’engager à le faire élever conformément à la foi catho­ lique. Collectanea, n. 595. IL Baptême des adultes infidèles. — 1» A quel âge un enfant peut-il demander et recevoir le baptême, malgré la volonté de ses parents? — C’est évidemment quand il a la possession de ses facultés, tous les théo­ logiens le disent; d’ailleurs, quand l’enfant est arrivé à l’âge de raison, peut user de son libre arbitre, il lui appartient de respecter ce qui est de droit naturel ou de droit divin. B. 32, 36. Sans doute, il est impossible de fixer une règle uniforme, mais plerumque, regulari­ ter, la plupart du temps, d’ordinaire, c’est à sept ans que les enfants ont l’âge de raison. B, 37. Les canonistes qui veulent reculer jusqu'à la douzième année s’appuient sur des textes surannés; ils ont contre eux l’enseignement commun et une décision de la S. C. du Concile du 16 juillet 1639. B, 32. Le pape la reproduit : elle est la meilleure expression de sa pensée : Filios judæorum non esse invitis parentibus baptizandos, donec perveniant ad ætatem legitimam et tunc, si ipsi con­ sentiant : ætatem vero legiti­ mam regulariter censeri com­ pleto septennio. Les fils de juifs ne doivent pas être baptisés malgré leurs parents s’ils ne sont pas arri­ vés à l'âge légitime, et alors, ils ne peuvent l'être que s'ils y consentent. L’âge légitime d’or­ dinaire est la septième année accomplie. Ainsi, pour savoir si l'enfant peut être baptisé, il faudra non pas seulement tenir compte de l’âge, mais par des moyens appropriés rechercher si sa raison est suffi­ samment éveillée. B, 32, 34. Si, cette enquête accom­ plie, on doute, que faire? De Lugo, à qui on posa un jour cette question, a composé une petite dissertation très approfondie sur ce sujet. Responsa moralia, 1. I. dub. iv, Paris, 1869, t. vm. p. 11. Benoit XIV la cite et adopte la conclusion : le baptême doit être différé, mais l'enfant qui a demand,· le sacrement sera gardé et instruit jusqu’à ce qu'il puisse le recevoir. Le pape pense que tel est l'avis de Suarez. B, 34. Sans doute, des théolo­ giens, de Lugo les énumère, (oc. cil., estimaient, au contraire, que l'enfant devait alors être toujours rendu aux parents, sous prétexte que, dans le doute, meilleure est la condition de celui qui possède. Le pape répond : Ce principe s'applique lorsque la situation des deux ayants droit est égale; mais, ce n’est pas le cas, les intérêts de l’enfant l’emportent sur ceux du père. B, 33. Il est permis de remarquer que ces décisions indiquent ce qui, en droit strict, est licite, ou encore ce qui à Rome, à cette époque, était possible, opportun et non pas ce qui devra être fait partout et toujours. Sans doute, l'âge de l’enfant lui donne le droit de solliciler le sacrement. Lehmkuhl, op. cil., t. n, n. 80, p. 61; Génicot, op. cil., t. il, n. 151, p. 154. Mais, d’abord, il est permis, il est même prescrit d’éprouver sa volonté; Benoit XIV le reconnaît. B, 41. D'autre part, on peut se demander si la collation du baptême n’entraînera pas de très graves conséquences : revenu dans sa famille, l’en­ fant sera-t-il libre de professer sa religion? pourra-t-il être instruit chrétiennement? ne sera-t-il pas exposé presque infailliblement à aposlasier? Puis, la collation du sacrement ne compromeltra-t-elle pas l'action de l’Église? ne provoquera-t-elle pas de terribles représailles de la part des infidèles? Si, pour parer à l’un ou à l’autre de ces périls, on peut éloigner l’enfant de sa famille, le pla­ cer dans un milieu chrétien, qu’on donne le sacrement. Lehmkuhl, loc. cit. Mais si ces dangers existent et si l'on n’est pas en état de les écarter, on sera en droit, par­ fois même on fera bien de refuser le baptême. Génicot, loc. cit. L’Église ne veut pas qu'on donne le sacrement aux petits enfants en danger de mort malgré leurs pa­ rents, quand on ne peut le faire sans de très graver inconvénients; à plus forte raison, en face des mêmes dangers, autorise-t elle le prêtre à différer la collation du baptême à des adultes, puisqu'ils peuvent se sauver par leur bon désir, par la charité parfaite. 2“ Le baptême conféré à un adulte malgré sa vo­ lonté est-il licite? Hebræis igitur, ut baptismum accipiant, vim facere nefas est. B, 40. User de violence à l’égard des juifè pour les obliger à recevoir le baptême est intcrdiL Ainsi l'enseigne saint Thomas, Sum. theol., II» IIæ, q. x, a. 12. B, 36. Ainsi l'ont déclaré papes et conciles. B, 37. Adrien Ier. observe Benoit XIV, a félicité Charle­ magne de ce qu’il a obtenu le baptême des Saxons, mais ces infidèles ne paraissent pas avoir été injuste­ ment contraints de recevoir le sacrement; de plus, Adrien ne dit pas que Charlemagne a bien fait de for­ cer les Saxons à devenir chrétiens. Quant au roi des Wisigoths Sisebut, qui a obligé par violence des juifs à recevoir le baptême et que le concile de Tolède de 633, n. 57, appelle un prince très religieux, Mansi et Hefele, (oc. cit., il n’a pas été approuvé de tous, même dans cette assemblée, puisqu’elle défend d’imiter sa con­ duite; il a pu obtenir celle épithète flatteuse à cause de son zèle et de ses pieuses intentions; puis, les évêques espagnols de cette époque qui lui donnent ce titre n'étaient pas assez indépendants de la volonté royale; enfin, autre est la conduite des princes, autre celle des particuliers, un clvef d'État peut penser qu'il est de 353 BAPTÊME DES INFIDÈLES bonne politique d’obliger des infidèles qu’il a vaincus a recevoir le baptême ou à s’exiler. B, 38, 39. 3» Le baptême conféré à un adulte malgré sa vo­ lonté est-il valide? ... Hoc sacramentum non esse validum in adulto palam ac libere dissentiente. B. 43. ... Le sacrement conféré à un adulte qui le retuse ouver­ tement et librement n'est pas valide. Le baptême, en effet, oblige à pratiquer la religion catholique, et un adulte ne s’engage validement que s'il te veut. Recevoir ce sacrement, comme l’a fait remar­ quer saint Thomas, Sum. theol., 111», q. lxvih, a. 7, c'est renoncer au vieil homme, commencer une vie nou­ velle; celt·· renonciation, ce bon propos sont les actes d’une volonté libre. Etre baptisé, c’est encore recevoir la justification ; une donation n’est valide que si elle est acceptée. B, 43. 4 Des qualités du consentement requis pour la vali­ dité du baptême. — Benoit XIV les énumère. 11 faut vouloir recevoir le sacrement non pas comme une ablu­ tion profam·. mais comme un bain usité dans l’Eglise, propre â l’Eglise, quoddam veluli lavacrum in Ecclesia solitum, B, 44, non quodcumque lavacrum sed unius Ecclesiæ proprium ac peculiare. B, 45. >i l’adulte a l’intention actuelle, le rite est valide. B, 45. Il l’est encore, quand l’inlidèle a voulu recevoir le sacrement et n’a pas rétracté cette intention, si bien que moralement elle persévère, ubi nulla praeces­ serit retractatio et moraliler perdurare intent io videa­ tur. B, 46. Le pape reproduit la décision d’innocent 111 au sujet de l’adulte baptisé par force ou par surprise. Voir col. 279. Que penser de celui qui s'approcherait du sacrement sans avoir l’intention de le recevoir, mais avec une attitude extérieure convenable, vultu atque oculis ac toto corpore ad modestiam composito? Autrement dit, l’intention nommée externe par les théologiens est-elle suffisante? Benoit XIV se con­ tente de répondre que cette question est très embarras­ sante, qu’ici il serait plus facile de soutenir l’affirmative que lorsqu’il s’agit du ministre, il remarque enfin qu'Alexandre VIII. 28e proposition condamnée le 7 dé­ cembre 1690, voir t. I.col. 761, n’a pas imposé une solu­ tion. Ainsi la question reste en suspens. B, 47. Par contre, Benoit XIVrejette la théorie de Cajetan, sur l'in­ tention neutre, neutra voluntate : d’après ce théo­ logien, In Ill*'a, q. i.xvui, a. 7, Anvers, 1612, t. xn, p. 218, l’adulte qui ne refuse pas le baptême, mais qui n’y consent pas, le reçoit validement. Le pape montre que Cajetan s’appuie à tort sur la décision d’innocent III déjà citée et constate que les théologiens ont rejeté celte singulière opinion. B, 47. Enfin, pour décider si le bap­ tême reçu par force est valide, le pape renvoie encore à la décrétale d’Innocent III. Si. vaincu par les menaces et la crainte, un adulte, après résistance, finit par con­ sentir, il reçoit réellement le sacrement. Si, au contraire, jusqu’à la fin, il s’oppose au sacrement, proteste inté­ rieurement contre la violence qui lui est faite, il n’y a pas eu baptême. B, 48. Ainsi lorsqu'un infidèle aura reçu le sacrement sans l’avoir demandé, il y aura lieu de rechercher quelle a été son attitude. A-t-il oui ou non consenti? Quel con­ sentement a-t-il donné?Cette enquête faite, si le baptême parait douteux, on le réitérera sous condition. B, 42-51. Ainsi, d’ailleurs, doit-on faire chaque fois que la vali­ dité de la première collation n'est pas certaine. B, 52. Voir col. 274. 5° De la préparation des adultes au baptême. — Le pape rappelle très sommairement quelles sont les dispo­ sitions requises, il insiste seulement sur deux d'entre elles. — La volonté de l’adulte qui demande le sacrement doit être éprouvée. N'obéit-il pas à des mobiles intéressés? A Rome plus d’un juif passait au christianisme pour 354 contracter un mariage avantageux, se libérer d'une situation financière embarrassée. B, 41. Le pape trace des règles très sages et très minutieuses sur l’admission des Israélites de la ville au catéchuménat. B, 54-57. 11 est donc nécessaire d’éprouver la volonté de l’adulte, opportun! de ne pas accéder immédiatement à son désir. B, 41. — Il faut aussi le préparer à recevoir avec fruit le sacrement. Les dispositions requises sont indiquées par le concile de Trente, sess. VI, c. vi. Le pape insiste seulement sur la nécessité de la connaissance des véri­ tés de foi. Cette science est ce qui rendra le baptême vraiment fructueux, ce qui convertira en fait l’infidèle, transformera ses mœurs. Elle est si nécessaire que la S. C. du Saint-Office, 10 mai 1703, défend aux mission­ naires de baptiser un adulte moribond si on ne lui a pas expliqué auparavant les mystères dont l'acceptation est indispensable au salut, nécessaire de nécessité de moyen, il ne suffit pas que cet infidèle promette de se faire instruire, s'il revient à la santé. B, 41. Voir dans la Collectanea de la S. C. de la Propagande, les nom­ breuses et importantes décisions rendues par le SaintOffice et la Propagande sur le baptême des adultes, n. 551, 552, 553, 562, 579. 589. etc. Une instruction de cette dernière Congrégation du 18 octobre 1883 résume les conditions requises. Dans les cas ordinaires et en dehors du danger de mort, le catéchumène doit con­ naître les principaux mystères de la foi, le symbole, l’oraison dominicale, le décalogue, les préceptes de l’Église, l’elfet du baptême, les actes des vertus théolo­ gales et leurs motifs. Il doit être prémuni contre les dangers particuliers auxquels sa foi est exposée dans les pays où il se trouve. Si, en raison de sa vie passée, des réparations s'imposent, il faut qu'il en soit averti et qu’il accepte de les faire. Lorsque, dans le milieu auquel il appartient, sont en usage des coutumes contraires à la morale chrétienne, il devra les avoir en horreur ou par des signes certains montrer qu’il s’est amendé. Enfin sa volonté sera éprouvée, aussi longtemps que le jugera à propos l’Ordinaire. Collectanea, n. 594. Le 30 mars 1898, la S. C. du Saint-Office a rappelé qu’on ne pou­ vait baptiser les infidèles ayant encore l’usage de leurs sens, si on ne les a pas entretenus des mystères chré­ tiens. Il ne suffit pas de les exhorter à la contrition et à la confiance, même si ces infidèles connaissent par la révélation l’existence de Dieu. Conclusion. — Petite somme sur le baptême des infi­ dèles, surtout sur celui des enfants, les lettres de Benoit XIV présentaient un enseignement traditionnel, définitif et à peu près complet. Les principes sont, à la lettre, ceux qu'a posés saint Thomas. Les conclusions sont empruntées aux décisions des papes et des conciles, à l’enseignement commun des théologiens : Benoit XIV cite, de préférence, Suarez, Sylvius, Dominique Soto. Quelques cas nouveaux sont résolus; mais les réponses données s’harmonisent avec les solutions qu'avaient reçues les problèmes précédemment étudiés. L’ensei­ gnement du pape a fait loi : il a donné le coup de grâce à quelques thèses singulières, il a été adopté par saint Alphonse et les moralistes, recommandé par la S. C. du Saint-Office, 12 janvier 1769. Collectanea, n. 567. La S. C. de la Propagande a même pris la peine de décla­ rer et de prouver que les avis des théologiens ne sau­ raient prévaloir contre l'enseignement de Benoit XIV, 17 août 1777. Collectanea, n. 571. Ajoutons que cet en­ seignement a eu un retentissement singulier. En 1858, un enfant juif de Bologne, Edgar Mortara, ayant été baptisé par une servante chrétienne, la règle posée par lienoil XIV fut appliquée : le gouvernement pontifical lit enlever l’enfant aux parents pour qu’il fût élevé chré­ tiennement. Les juifs, les libéraux, les ennemis du pouvoir temporel attaquèrent très vivement cette mesure. Un moment, on prétendit même qu’elle était en contra­ diction avec l'enseignement de Benoit XIV : les journaux 355 BAPTÊME DES INFIDÈLES — BAPTÊME PAR LE FEU 35G catholiquesdurent traduire la lettre Postremo mense. Peu I Hær., i.ix, P. L., t. xi.li, col. 42, disent seulement qu’ils d’actes pontificaux ont joui d'une aussi grande publi­ rejetaient le baptême d’eau. C'est par pure conjecture qu'on a prétendu qu'ils baptisaient par le feu. cité. Les décisions du pape ont été complétées par quelques réponses des Congrégations romaines, mais D’autres gnostiques appliquaient un fer rouge sur les ces solutions ne contredisent pas l'enseignement de oreilles des baptisés. Clément d’Alexandrie, Eclogæ ex Benoit XIV, elles l’adaptent seulement à des cas nouveaux Script, prophet., 25, P. G., t. ix, col. 709, affirme que ou aux circonstances de temps et de lieu. Jésus n’a baptisé personne par le feu et rapporte une parole d’Héraclëon, suivant laquelle certains agissaient L'enseignement de Benoit XIV est exposé, justifié, dans les de la sorte pour réaliser la parole de Jean-Baptiste : ouvrages des théologiens, saint Alphonse de Liguori, BalleriniJésus baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu. Palmieri, Marc, Haine, Lehmkulil, Génicct, etc., qui ont été cités Matth., ni, 11. L'auteur des Philosophoumena, 1. VU, au cours de l'article. 32, P. G., t. xvi c, col. 3339, nous apprend que certains C. Ruch. 2. BAPTÊME DE DÉSIR. Voir Charité. disciples de Carpocrate marquaient au fer rouge l’oreille droite de leurs partisans. 3. BAPTÊME DE SAINT JEAN-BAPTISTE. Deux écrits gnostiques, conservés en langue copte, Voir Jean-Baptiste (Saint). parlent encore d’un baptême de feu. Le second livre de Jeu, qui remonte à la seconde moitié du il” siècle, dis­ 4. BAPTÊME DE SANG. Voir Martyre. tingue trois baptêmes, ceux de l'eau, du feu et du SaintEsprit. Jésus prie son Père de baptiser ses disciples par 5. BAPTÊME PAR LE FEU. Cette dénomina­ le feu, de leur pardonner leurs péchés et de les purifier tion a servi à désigner des choses bien dillérentes. Cer­ de leurs iniquités. Si le Père exauce cette prière et ré­ tains hérétiques ont admis et pratiqué un baptême réel serve les disciples de Jésus pour le royaume de la lu­ par le l'eu. Des Pères de l’Eglise ont donné à cette mière, qu'il donne un signe dans un feu de parfums expression la signification d'une expiation par le feu aromatiques. Au même instant parut dans le feu le signe dans l’autre vie. — I. Pour certains hérétiques. IL Pour que Jésus demandait, et il- baptisa ses disciples et il les les Pères de l’Église. marqua de l'étoile avec le sceau delà Vierge de lumière, qui doit les introduire dans le royaume de lumière. Et L Pour certains hérétiques. — L’auteur du De re­ baptismale, 16, 17, P. L., t. m, col. 1201-1202, parle des les disciples se réjouirent d'avoir reçu le baptême de disciples de Simon le Mage qui tenaient le simple bap­ feu et le sceau qui remet les péchés et d’avoir été comp­ tême d’eau comme un baptême mutilatum et decurta­ tés au nombre des élus du royaume de lumière. Le livre tum et prétendaient qu’eux seuls avaient le baptême de reproduit l’image du sceau. C. Schmidt, Gnoslische Jésus-Christ integrum algue perfectum. Ce baptême Schriften in koptischer Sprache ans dem Codex Bruconsistait ut quam mox in aquam descenderunt, stacianus, dans les Texte und Entersuehungen, Leipzig. tim super aquam ignis appareat. Ils appuyaient leur 1892, t. vin, fasc. 1, 2, p. 202-203; Koptisch-gnostiche prétention de posséder seuls le baptême parfait sur la Schriften, Leipzig, 1905, t. t, p. 309 sq. La Pistis-Sophia, autre ouvrage gnostique, que Harnack, Veberdas gnosparole de saint Jean-Baptiste : Ipse (Christus) vos bapti­ tiche Buch Pistis-Sophia, dans Texte, Leipzig, 1891. zabit in SpiriluSanctoel igni. Matth., ni, U ; Luc.,m, 16. Laideur de ce traité ajoute que, pour soutenir l’erreur t. vu, fasc. 2, p. 101, croit d'origine égyptienne et qu’il adulterini hujus, immo internecini baptismatis, quel­ ’ rapporte à la seconde moitié du 11l'siècle, parle aussi du ques-uns de ces hérétiques avaient composé le livre in­ baptême par le feu. Jésus ressuscité révèle à ses disciples titulé Pauli prædieatio. Ils disaient, entre autres absur­ les mystères de la lumière et il leur apprend qu’il y dités, que, tandis que Jésus était baptisé par Jean-Baptiste, a trois baptêmes, ceux de la première offrande, de la ignem super aquam esse visum. E. von Dobschütz, fumée et du sou file de la lumière sainte. La fidèle Sagesse, Dos Kenjgma Pétri, dans Texte und Untersuchuntrad, franç. dans Migne, Dictionnaire des apocryphes, gen, Leipzig, 1893, t. xi, fasc. 1", p. 127-128, suspecte Paris, 1856, t. I, col. 1280. Quel est ce baptême de ces données, fournies par un polémiste, car on ne peut feu ? Pour Kostlin, Das gnostiche System, p. 169, c’est pas dire avecprécision quelle secte hérétique faisait appa­ probablement un acte de réconciliation par lequel les raître u ne flamme à chacun des baptêmes qu’elle conférait. fidèles qui ont péché se préparent à une eucharistie. Saint Irénée, Cont. hær., I, xxi, 2, P. G., t. vu, col 657, Pour Harnack, op. cil., p. 93, le mystère de lumière, 660, ne mentionne pas le baptême de feu parmi les dont le baptême de feu faisait partie, était une sorte de baptêmes des hérétiques. L’auteur du De rebaptismate sacrement de pénitence. C. Schmidt, op. cit., p. 492sq., ne sait pas quel moyen était employé pour procurer y reconnaît un sacrement de baplême. Le baptême cette apparition. Etait-ce un jeu, pareil à ceux qu’on de la première offrande ne diffère pas du baptême attribue à Anaxilaus? Voir S. Irénée, Cont. hær., I, d'eau ; les baptêmes du feu et du Saint-Esprit sont xiil, 1, P. G., t. vu, col. 580. Si c’est un feu naturel, deux autres baptêmes. Tous trois ont les mêmes riles et comment l’obtenir? N'est-ce pas une simple apparence, ne sont que des modifications du baptême gnostique. Au témoignage d’Ecbert, Adversus calharos,serin, vin, ou l’œuvre du malin par la magie? M. von Dobschütz Maxima bibliotheca veterum Patrum, Lyon. 1677. propose d'identifier cette secte avec les anthropiens, t. ΧΧΠΙ, p. 615, les cathares du xn· siècle conféraient le mentionnés par saint Cyprien. Epist. ad Jubaian., baptême à leurs partisans dans un lieu obscur au milieu P. L., t. ut, col. 1112. Matter, Histoire critique du gnos­ de flambeaux allumés, afin de les baptiser dans le ticisme, Paris, 1828, t. i, p. 220, reconnaissait en elle Saint-Esprit et dans le feu. C’était le consolamentum les sectateurs de Ménandre, confondus par les anciens ou baptême de Saint-Esprit. Voir 1.1, col. 679. Le controavec les sectes simoniennes. M. l’abbé Giraud, dans sa versiste observe que ce baptême n’est pas conféré in thèse inaugurale, Ophites, Lille, 1884-, p. 256-260, la igné, mais juxta ignem; il propose â ces hérétiques de rattache aux ophites qui dispensaient le baptême d’eau jeter leurs candidats dans des bûchers ardents, s’ils aux psychiques et le baptême de feu aux pneumatiques. veulent réaliser à la lettre la parole de l'Evangile, Cf. Matter, Hist, du gnosticisme, l. Il, p. 230, 233. Sur Matth., in, 11, et il leur rappelle avec une cruelle ironie : apparition d une flamme au baptême de Jésus, voir la les noms de leurs partisans qui ont été récemment brû­ double manière dont elle est présentée dans les écrits lés vifs. Cf. Douais, Les albigeois, Paris. 1879, p. 255-257. non canoniques. E. von Dobschütz, op. cit., p. 129-131. J. de Hammer, Mysterium Baphometis revelatum, ■ In cite souvent les séleuciens et les hermiens au in-fol.. Vienne, 1818, a prétendu que le baptême de feu nombre des partisans du baptême de feu. Mais saint Phides gnostiques avait été continué et reproduit dans le ta-tre, Hær., lv, P. L., t. xn, col. 1170, et saint Augustin, 357 BAPTÊME PAR LE FEU baptême de lumière des Templiers, symbolisé dans leur Baphoniet (βαφή Μήτεος, baptême de Mêlé ou de la Sa­ gesse). Mais Raynouard, dans le Journal des savants, 1819, a démontré que Baphoniet n’était qu’une corrup­ tion du nom de Mahomet. Il est, d’ailleurs, difficile d'admettre que les Templiers étaient les héritiers des ophites. Giraud, Ophitæ, p. 282-291. On a souvent affirmé au xvi” et au xvnc siècle que les jacobites, les Abyssins et les Éthiopiens imprimaient le signe de la croix avec un fer chaud sur le visage ou sur le Iront des enfants, avant ou après l'immersion baptis­ male, et on rattachait cette pratique au baptême par le feu. Mais leurs rituels ne contiennent aucune mention d’une cérémonie de ce genre. Voir Baptême chez les Coptes, chez i.es Syriens. Cf. Assémani, Bibliotheca orientalis, Rome, 1721, t. H, Diss, de monophysilis. Les anciens voyageurs ont pris pour des stigmates du baptême de feu de simples traces de cautères ou des croix marquées sur le front comme signes de christianisme pour échapper à l’esclavage des mahométans. Voir Renaudot, dans La perpétuité de la foi, Paris, 1713, t. v, p. 105-108; Denz.inger, Bitus orientalium, Wurzbourg, 1863, 1.1, p. 14. Une secte fanatique de Sibérie, nommée bezpopovtchina, c’est-à-dire sans prêtre, et faisant partie des raskolnicks. regardait la mort volontaire par le feu comme un devoir du chrétien. Vers la lin du xvirsiécle, Daniel Dornitien, son chef. réunit dix-sept cents personnes qui, malgré les représentations d’Ignace, métropolitain de To­ bolsk, mirent le feu à leurs cabanes et périrent au milieu des flammes alin de sepurilier par lefeu. Grégoire, Hist, dessectes religieuses, 1828, t. tv,p. 160 sq. ; .1. Gehring, Die Sekten der russ. Kirche, 1898, p. 94-95; I. Stchoukine, Le suicide collectif dans le raskol russe, 1903. 11. Pour les Pères de l’Église. — Les Pères qui ont admis un baptême par le feu l’ont entendu autre­ ment que les hérétiques. C’est Origène qui le premier a parlé d’un baptême par le feu. Commentant Luc., III, 16, il se demande quand Jésus baptise par l’Esprit et quand il baptise par le feu, et s'il le fait au même temps ou en des temps différents. Il répond que les apôtres ont été baptisés par l’Esprit après l’ascension, mais que l’Écriture ne dit pas qu’ils l’aient été par le feu. A son sentiment, de même que Jean-Baptiste se tenait sur les rives du Jourdain pour baptiser tous ceux qui se pré­ sentaient, ainsi le Seigneur Jésus sera debout dans un fleuve de feu auprès du glaive de flamme pour baptiser dans le fleuve quiconque au sortir de cette vie désire passer au paradis et a encore besoin d’être purifié; il ne baptisera pas dans le bain de feu celui qui n’aura pas la marque des premiers baptêmes, car il est nécessaire d’avoir été baptisé dans l’eau et l’Esprit et d’avoir con­ servé la pureté de ce baptême pour mériter de recevoir le baptême de feu en Jésus-Christ. In Duc., homil. xxtv, P. G., t. Xlii, col. 1864-1865. Ce n'est pas là une afurmation dite en passant, c’est un enseignement qu’Origéne a répété à diverses reprises, mais avec des diver­ gences qui rendent sa pensée indécise. Ainsi il place cette purification par le feu après la résurrection et il y fait passer tous les hommes. De ce que les femmes juives étaient purifiées trente jours après la naissance de leurs enfants mâles, il conclut, dans un sens spiri­ tuel, que la véritable purification ne viendra pour nous que post tempus. Ego puto quod et post resurrectionem e.v mortuis indigeamus sacramento eluente nos atque purgante, nemo enim absque sordibus resurgere pote­ rit, nec ullam posse animam reperiri qute universis stalim vitiis caveat. Il avait dit à la page précédente quoil polluti et sordidi resurgamus. In Luc., homil. χιν, ibid., col. 1835, 1836. Il maintient parfois la distinction entre les justes, qui ont reçu le baptême du Saint-Esprit et n'ont pas besoin du baptême de feu. et les pécheurs qui, à la seconde résurrection, ne sont pas entièrement 358 purifiés et doivent passer par le feu pour consumer ce qui leur reste de bois, de foin et de paille. In Jer., homil. n, n. 3, ibid., col. 281. Mais ailleurs, il déclare que tous doivent venir à ce feu purificateur, qui est préparé pour les pécheurs et qui éprouve les œuvres de chacun. El, ut ego arbitror, omnes nos venire necesse est ad illum ignem, même saint Pierre et saint Paul. Toutefois, les pécheurs y viendront; ils n’y passeront pas comme ces apôtres. Les Egyptiens sont venus à la mer Rouge comme les Hébreux, mais tandis que ceuxci l’ont traversée, les premiers y ont été engloutis. Les pécheurs qui ont obéi au diable, représenté par Pharaon, seront submergés, eux aussi, dans le fleuve de feu. Les bons, rachetés par le sang de l’Agneau sans tache et ne portant point de levain de malice, entreront dans ce fleuve, où le feu formera un mur qui leur laissera le passage libre, sans les toucher. in Ps. xxxvi, homil. III, n. 1, P. G., t. xn, col. 1337. Origène renouvelle la dis­ tinction entre les pécheurs qui, au jour du jugement, seront livrés aux flots de feu, et les saints, qui marchent sur les eaux. Il ajoute toùtefois : Idcirco igitur qui salvus fit. per ignem salvus fit, ut si quid forte de specie plumbi habuerit admistum, id ignis decoquat et resolvat, ut efficiantur omnes aurum bonum. 11 conclut : Veniendum est ergo omnibus ad ignem, veniendum est ad conflatorium, et il décrit la manière différente dont le Seigneur purifie les justes et engloutit les pécheurs. In Exod., homil. vt, n. 3, 4, ibid., col. 334-355. 11 répète encore que purificatione indiget omniz qui exierit de prælio vitæ hujus. Celui qui aura vaincu le diable aura lui-même besoin de purification, parce qu'il s'est souillé par le contact du démon dans la lutte. Saint Pierre et saint Paul ont été souillés à ce contact et ils auront besoin d’être purifiés pour entrer dans la sainte cité de Dieu. In Num., homil. xxv, n. 6, ibid., col. 769, 770. En présence de ces variations de pensée, les interprètes d’Origène hésitent dans l'expli­ cation de sa doctrine. Sixte de Sienne et Génébrard avaient reconnu dans ce feu purificateur l’embrasement dans lequel le monde actuel doit passer à la fin des temps. Quelques textes des livres Cont. Celsum justi­ fieraient cette interprétation qui ne cadre pas avec toutes les affirmations d’Origène. Maldonat. Comment, in quatuor evang., Paris, 1617, p. 42, et Suarez. In ///am, disp. L, sect, t, n. 13. Paris, 1877. t. xtx, p. 917, enten­ daient les textes patristiques relatifs au baptême par le feu comme signifiant les peines du purgatoire. Cette interprétation qu’ils rejetaient d’ailleurs est trop bé­ nigne et ne rend pas compte de tous les textes. On s’est demandé si ce feu était matériel ou métaphorique. En bien des passages Origène n’y voit que le remords de la conscience; mais d’autres ne peuvent s'entendre que d'un feu matériel. Que ce feu purificateur ait atteint les justes et les impies à la fin du monde, c’est, au juge­ ment de dom Delarue. P. G., t. xin, col. 4835-1836, not. 39, une erreur d’Origène. Elle a été adoptée par d'autres Pères de l’Église. Lactance, Div. inslit., 1. VII. c. xxi, P. L., t. VI, col. 801, 802. trouve dans l’Écriture des preuves d'un feu éternel, d'une autre nature que le feu de cette terre, qui brû­ lera les impies; sed et justos cum judicaverit, etiam in igni eos examinabit. Tum quorum peccata vel pon­ dere vel numero praevaluerint, perstringentur igni atque amburentur; quos autem plena justitia el matu­ ritas virtutis incoxerit, ignem illum non sentient ; habent enim aliquid in se Dei quod vini flamme repellat ac respuat. S. Hilaire, Comment, in Matth., c. I, P. L., t. ix, coi. 926, distingue le baptême dans le SaintEsprit du baptême par le teu : Baptizatis in Spiritu Sancio,reliquum est consummari igne judicii. Ct.Tract, in cxvnr Ps., Iit. m, 5, 12, ibid., col. 519, 522. Saint Ambroise s’est visiblement inspiré de la doctrine d'Origéne. H distingue plusieurs baptêmes, dont l’un est 259 BAPTÊME PAR LE FEU — BAPTÊME POUR LES MORTS etiam baptismum in paradisi vestibulo... quo purifi­ centur qui in paradisum redire cupiebant. II se fera per ignem. Siquidem post consummationem sæculi missis angelis qui segregent bonos et malos, hoc futu­ rum est baptisma, quando per caminum ignis ini­ quitas exuret ur, ut in regno Dei fulgeant justi sicut sol ipse in regno patris sui. Et si aliquis sanctus ut Petrus sit, ut Joannes, baptizatur hoc igni... Ce feu brûlera les péchés. Qui ergo per ignem transierit, intrat in requiem. Autre est le feu réservé au diable et à ses anges. In Ps. cxvni exposit., serm. m, n. 1-4-17, P. L., t. XV, col. 1227-1228. Cf. In Ps. xxxvt enar., n. 26, P. L., t. xiv, col. 980-981. Saint Jérôme, Comment, in Ευ. Matth., I. I, P. L., t. xxvi. col. 30, donne deux ex­ plications de la parole de saint Jean-Baptiste: il l’entend du Saint-Esprit qui est descendu au jour de la Pentecôte sur les apôtres, quasi ignis, ou il distingue deux bap­ têmes, sive quia in præsenti Spiritu baptizamur, et in futuro, igne. Mais ailleurs. Comment, in Amos, 1. III, P. L., t. xxv, col. 1071, il expose la doctrine du feu qui, au jugement dernier, dévorera les péchés de toute sorte et atteindra les saints eux-mêmes qui sont la part du Seigneur. La même idée avait été exprimée dans les Oracula Sibyllina, 1. II, v. 252-255, 313-316, édit., J. Gellcken, Leipzig, 1902, p. 40, 43 : Και τότε δή πάντες διά αιθομένου ποταμοΐο και φλογδς άσοιστού διελεϋσονΟ’· οι τε δίκαιοι πάντες σωΟήσοντ’· άσεδεις δ’ έπ\ τοισιν όλούνται εις αιώνας όλους, όπόσοι κακά πρόσΟεν ερεξαν. Τούς δ’ άλλους, όπόσοις τε δίκη καλά τ' έργα μίμηλεν ήδέ καί εύσεδίη τε δικαιότατοι τε λογισμοί, άγγελοι αιρόμενοι δε* αΐΟομενου ποταμοΐο εις φως άξουσιν και εις ζωήν άμεριμνον. Cf. ibid., 1. VIII, v. 411, p. 168. L’éditeur attribue ces passages au fonds juif, œuvre du premier tiers du ni' siècle, remanié plus tard par une main chrétienne. Cf. J. Geffcken. Komposition und Entslehungsheil der Oracula Sibyllina, dans Texte und Vntersuchungen, Leipzig, 1902, nouv. série, t. vin, fasc. 1, p. 52. Mais tous les apocryphes juifs, auxquels l’éditeur renvoit, Oracula Sibyllina, p. 40, ne parlent du feu de l’enter que pour les hommes coupables. Il résulte de ce qui précède que l’idée de faire passer les justes eux-mêmes par le feu purificateur est chrétienne. Elle a donc plutôt été insérée par un chrétien dans le fonds juif du livre II des oracles sibyllins. Sur tout l’ensemble, voir Huet, Origeniana, 1. Il, c. n, q. IX, P. G., t. xvn, col. 999-1007; L. Atzberger, Geschichle der christl. Eschatologie innerhalb der vornicânischen Zeit, Fribourg-en-Brisgau. 1896, p. 406-408, 504, 605. Cette doctrine particulière de quelques écrivains ecclésiastiques a été abandonnée. Déjà saint Basile, Adv. Eunom., I. V, P. G., t. xxix, col. 740, entend ce feu du leu de l’enfer. « Jésus-Christ, dit-il, baptise dans l’Esprit ceux qui sont dignes de sanctification; mais il envoie les indignes dans le feu. » Au moyen âge, on a y reconnu ou bien le feu de la tribulation ou bien le feu du pur­ gatoire. Baban Maur, Comment, in Matth., 1. 1, c. m, P. L-, t. evil. col. 773; Walafrid Slrabon, Glossa ordinaria, Εν. Matth., P. L., t. exiv, col. 82; Anselme de Laon, Enar. in Matth., ni, P. L., t. clxii.coI. 1266. Ce genre d’interprétalion ne manque pas de vraisem­ blance, et on peut légitimement dire que si le bap­ tême spirituel désigne la régénération des bons, le feu est le symbole, sinon le moyen.du jugement de Dieu sur les méchants. Jean-Baptiste, en effet, ajoute que Jésus, qui a le van dans sa main pour nettoyer son aire, brû­ lera la paille dans un feu qui ne s’éteindra pas. Matth., ni. 12: Luc., ill. 17.11 semble très naturel que la méta­ phore du feu ait la même signification dans des versets si rapprochés. A. Loisy, Les Évangiles synoptiques,p. 95: 360 V. Rose, Études sur les Évangiles, 2“ édit., Paris, 1902, p. 87, 88. Cf. Coleridge, La vie de notre vie, trad, franç., Paris, 1890, t. iv, p. 34-36. Toutefois, cette expli­ cation soulève de réelles difficultés. Fillion, Evangile selon S. Matthieu, Paris. 1878, p. 74. Aussi la plupart des exégètes, depuis l’auteur du traité De rebaplismate, 17, P. L., t. m, col. 1202-1203, ont vu dans le feu du baptême chrétien, soit une antithèse pour marquer la supériorité de ce baptême sur celui de saint Jean, soit une apposition à l’Esprit afin de désigner son efficacité dans Fame des baptisés. Maldonal, Comment, in quatuor evangelistas, Paris, 4617, p. 41; Fillion, toc. cit.; Knabenbauer, Ev. sec. Matth., Paris, 1892, p. 130-132; Id., Ev. sec. Luc., Paris, 1896, p. 163; Bacuez, Manuel bi­ blique, 10e édit., Paris, 1900, t. iv, p. 17-18; Schanz, Die Lehre von den heil. Sacramenten, Fribourg-enBrisgau, 1893, p. 215. Voir col. 170. Catmet, Dissertation sur le baptême, a. 3, dans le Commen­ taire littéral, 2' édit., Paris, 1726, t. vu, p. 293-234; Ansaldi, De baptismate in Spiritu Sancto et igni commentarius sacer philoloijico-criticus, Milan, 1752; G. Olearius, De baptismo Spiritus Sancti et ignis, Leipzig, 4706; J. Corblet, Histoire du sacrement de baptême, Paris, 1881, t. I, p. 211-215. E. Mangenot. 6. BAPTÊME POUR LES MORTS. - I. A Co­ rinthe au temps de saint Paul. 11. Dans les sectes héré­ tiques. III. Chez les catholiques. I. A Corinthe au temps de saint Paul. — Aux preuves directes que saint Paul avait exposées pour démontrer la future résurrection des morts, il ajoute un argument indirect qui a paru obscur aux exégètes et qu’ils ont expliqué de manières très divergentes. Il écrit aux Corinthiens : « D’ailleurs (s’il n’en est pas ainsi), que feront ceux qui se font baptiser pour les morts? Si les morts ne doivent pas du tout ressusciter, pourquoi se font-ils baptiser pour eux? » ICor., xv, 29. A prendre les termes dans leur signification propre, l’Apôtre parle d’une pratique usitée à Corinthe. Quelques chrétiens se faisaient baptiser à la place, ou mieux, en faveur de leurs parents ou amis qui étaient morts sans avoir reçu le baptême; ils pensaient les rendre ainsi dignes de la résurrection glorieuse. Sans approuver ni blâmer cette coutume, saint Paul s’en sert pour démontrer sa thèse et il conclut qu’elle suppose la foi à la résurrection. Tertullien ne fait pas de difficulté pour accepter litté­ ralement le texte de saint Paul et admettre le fait visé par l’Apôtre; car il écrit : Si autem et baptizantur quidam pro mortuis, videbimus an ratione, certe illa præsumptione hoc eos instituisse contendit (saint Paul), qua alii etiam carni, ut vicarium baptisma profutu­ rum existimarent ad spem resurrectionis; quæ nisi corporalis, non alias hic baptismate corporali obliga­ retur. Quid et ipsos baptizari,ait, si non. quæ baptizan­ tur corpora resurgunt!' Anima enim, non lavatione, sed responsione sancitur. De resur. car., xi.vm, P. L., t. n, coi. 864,865. C’est pourquoi Tertullien n’hésita pas à opposer à Marcion, qui niait la résurrection des corps, le texte de saint Paul. Il part de cette institution qu’il compare â la coutume païenne de prier pour les morts au mois de février. Viderit institutio ista, dit-il. Kalendæ si forte februariæ respondebunt illi, pro mor­ tuis petere. Noli ergo Apostolum novum statim aucto­ rem aut confirmatorem ejus denotare, ut tanto magis sisteret carnis resurrectionem, quanto illi qui vane pro mortuis baptizarentur, fide resurrectionis hoc facerent. Habemus illum alicubi (Eph., iv, 5) unius baptismi definitorem. Igitur et pro mortuis Ungui, pro corporibus est tingui; mortuum enim corpus ostendimus. Quid /acienl qui pro corporibus baptizantur, si cor­ pora non resurgunt·.' Adv. Marcion., L V, c. x, P. L., t. n, coi. 494, 495. Il suppose donc qu’il était d’usage parmi les Corinthiens de pratiquer ce baptême par procuration et, comme saint Paul, il s’en sert pour 361 BAPTÊME POUR LES MORTS prouver la résurrection de la chair. L'Ambrosiaster a I P. G., t. i.xxxn, col. 361; CEcuménius, Comment, in epist. 1 ad Cor., xv, 29, P. G., t. cxvm, col. 876-877; donné la même interprétation : In tantum ratam et Théophylacle,Exposit. inepisl. 1 ad Cor.,xv, 29, P. G., stabilem vult ostendere resurrectionem mortuorum, ut t. cxxiv, col. 768; ou bien, ce baptême en tant qu'il est exemplum det eorum, qui tam securi erant de futura resurrectione, ut etiam pro mortuis baptizarentur, si I efficace par la mort du Christ et qu'il exige la mort au monde, Pseudo-.Iérôme, Comment, in I Cor., P. L., quem mors prævenisset ; timentes ne aut male aut non t. xxx. col. 766-767; Julien d’Eclane, cité par S. Augus­ resurgeret, qui baptizalus non fuerat, vivus nomine tin, Cont. secund. Juliani respons. opus imperf., 1. VI, mortui lingebatur... Exemplo hoc non facium illorum 38, P. L., t. xi.v. col. 1597; Primasius, In 1 Cor., P. L., probat, sed fixam /idem in resurrectionem ostendit. t. lxviii. col. 550; Sedulius, Collect, in I Cor., P. L., Comment, in epist. ad Cor. I, xv, 29, p. L., t. xvtl, t. cm, col. 159; ou bien, cet effet du baptême qui efface coi. 265, 266. La plupart des commentateurs ont ainsi les œuvres mortes, c'est-à-dire les péchés, Pierre Lom­ entendu ce passage de l’Apôtre et ont admis l'existence bard, Colled, in epist. S. Pauli, P. L., t. cxci, col. 1682du baptême pour les morts chez les Corinthiens, 1683 (les autres explications sont aussi indiquées); ou llaymon d'Halberstadt. In J Cor., P. L., t. cxvm, enfin le baptême conféré au-dessus des morts, sur le col. 598; Hervée, In I Cor., P. L., t. clxxxi, col. 983. tombeau des martyrs et des saints. Ces interprétations Cf. Sclianz, Die Lehre von den heiligen Sacramenlen, s’écartent toutes plus ou moins du sens propre des Fribourg-en-Brisgau, 1893, p. 257. mots, et quelques-unes sont tout â fait arbitraires. Si les Corinthiens avaient attribué au baptême pour les morts la même efficacité qu'au sacrement de bap­ Bellarmin, Control’.. De purgatorio, 1.1, c. iv, Opera, Lyon, tême, leur pratique eût été abusive, car la réception du 1590, 1.1, col. 1388-1391 ; Suarez, In 111", q. I.VI, disp. L, sect. I, n. 10-18. Opera, Paris, 1877, t. XIX, p. 916-919; Dissertation baptême est chose essentiellement personnelle; et au­ de dom Catmet sur ce sujet, Commentaire littéral sur toupies cune substitution ni aucun vicarium baptisma ne livres de TA. et du N. T.. 2' édit., Paris. 1726, t. vm, p. 165sauraient profiler à quiconque n'a pas été baptisé de 1172; R. Comely, Comment, in S. Pauli I Epist. ad Cor., Paris, son vivant. On ne peut pas même dire avec Schmœger, 830. p. 482-484; L. Dürselen, Die Taufe fur die Toten, dans Das Leben Jesu Christi, Halisbonne, 1860. t. ni, Introd., Theol. Stud. U. Kril., 1903, p. 291-368. p. xv, et avec l'abbé P. Harnbaud, Les Epitres de II. Chez les iiérétiqves. — Quelle que soit l’inter­ S. Paul, Paris, 1888, t. i, p. 454-455, que par une in­ prétation de ce texte, il est certain que des hérétiques tention spéciale de Jésus-Christ, les effets du sacrement s’en autorisèrent, en le prenant à la lettre, pour pra­ de baptême pouvaient, aux temps apostoliques, être tiquer le baptême en faveur des morts, soit en bapti­ appliqués par manière d'indulgence aux âmes des Juifs sant les catéchumènes défunts, soit en baptisant à leur et des païens morts en état de grâce avant la promulga­ place et dans leur intérêt des personnes vivantes. Ils tion du baptême et détenus au purgatoire pour l'expia­ prêtaient ainsi au baptême une efficacité que l’Église ne tion de leurs péchés véniels. Aussi, beaucoup d'exégètes lui reconnaissait pas; mais leur erreur prouve l’idée â la suite de saint Chrysostome, In 1 Cor., homil. XL, qu'ils se faisaient de la nécessité du baptême, au 1. P. G., I. i.xi, col. 347, ont pensé que saint Paul moins pour pouvoir participer à la résurrection. n'aurait pu tirer un argument d'une pratique erronée, Saint Irénée parle d'une certaine consécration des qu’on ne retrouve plus tard que chez les hérétiques, mourants. Cont. hær., I, xxi, 5, P. G., t. vu, col. 665. sans la condamner ou la blâmer. Il est néanmoins per­ S’agit-il, en réalité, du baptême des morts? Le texte mis de penser que certains néophytes de Corinthe, peu n’est pas assez explicite pour J’aflîrmer. Saint Épiphane instruits encore de la doctrine chrétienne, croyaient bien agir en se faisant baptiser pour des catéchumènes relate comme une ancienne tradition que les cérinthiens pratiquaient le baptême pour les morts et justi­ morts avant d’avoir reçu le sacrement de la régénéra­ fiaient leur pratique par le texte de l’Apôtre. Hær., 1. I, tion. Ils manifestaient ainsi que le défunt avait la foi et hær. xxvm, 6, P. G., t. xi.i, col. 384. C’était aussi le méritait de participer aux suffrages de l’Eglise. Pierre le cas de certains montanistes, car saint Philastre dit des Vénérable, Tract, cont. Petrobrusianos, P. L., t. clxxxix, cataphryges : Hi mortuos baptizant. Hær., xlix, P. L., col. 831-832,et avant lui. saint Ephreni, Testament, Opera t. xn, col. 1166. græco-lalina, liome, 1743, t. Il, p. 401 (trad, franc., par Plusieurs critiques concluent des textes de Tertullien Mur Lamy, Compte rendu du 4» Congrès scientifique, cités plus haut que les marcionites avaient coutume de 1" section, sciences religieuses, Fribourg, 1898, p. 185), en concluent que les vivants peuvent oltrir leurs suffrages baptiser les morts; mais rien n’autorise cette conclu­ sion. Toutefois saint Chrysostome nous révèle le sub­ pour les morts. Comme cette pratique n’était entachée terfuge employé par les marcionites de son temps. d'aucune superstition, saint Paul a pu la tolérer. Elle Lorsque, chez eux, dit-il, un catéchumène vient à mou­ n'a été condamnée que plus tard, lorsque les hérétiques rir, ils font cacher quelqu'un sous sa couche funèbre; Font égalée au baptême chrétien et l’ont tenue comme puis ils s’approchent du mort et lui demandent s’il ne un moyen efficace de salut. veut pas recevoir le baptême. Comme naturellement il Pour écarter cette difficulté, de nombreux exégètes ne répond pas, celui qui est caché sous le lit répond â ont nié l’existence du baptême pour lesmortsâ Corinthe sa place qu'il veut être baptisé. Alors ils baptisent cet du temps de saint Paul et ont interprété la parole de homme au lieu du trépassé, s'en rapportant à saint l’Apôtre dans des sens différents. Bornons-nous à indi­ Paul : Ceux qui sont baptisés pour les morts. Ce sont quer les principales de ces explications. Dans les unes, là des maniaques avec lesquels il n'y a pas à discuter; le verbe baptizari est pris dans un sens distinct du car à quoi bon s'amuser â déchirer des toiles d'araignée? baptême chrétien et désigne ou bien un rite juif, une Avec un tel système plus personne qui reçût désormais lustration destinée â faire disparaître les impuretés lé­ le baptême; d'ailleurs ce ne serait pas la faute du mort, gales des défunts, ou bien une afiliction, une mortifica­ mais plutôt celle des vivants, et rien n’empêcherait que tion, supportée pour le soulagement des morts. Dans les gentils et les Juifs ne fussent rangés ainsi au nombre d'autres, il est entendu du baptême chrétien, mais il des fidèles, d'autres se faisant complaisamment baptiser signifie ou bien le baptême des cliniques, reçu â l'article pour eux. In 1 Cor., homil. XL, 1, P. G., t. i.xi, col.347. de la mort, S. Épiphane, Hær., 1. I, hær. xxvm, 6, Cf. Théophylacte, In I Cor., P. G., t. cxxiv, col. 768. P. G., t. xli. col. 385 ; ou bien, le baptême conféré après Théodoret, Hæret. fabul., I. I, 11, P. G., t. lxxxiii. la profession de foi en la résurrection des corps, sym­ col. 361, rapporte que les archontiques avaient le baptême bolisée par l’émersion hors de la piscine baptismale, en exécration, mais que cependant quelques-uns d’enlre S. Chrysostome, In 1 Cor., homil. XL. 3, P. G., t. i.xi, c/fi. 348; Théodoret, Interp. epist. 1 ad Cor., xv, 29, i eux répandaient de l'eau et de l'huile sur la tête des dé- 3G3 364 BAPTÊME (SORT DES ENFANTS MORTS SANS) funts. Ils prétendaient rendre ainsi les morts invisibles et supérieurs aux dominations et aux puissances au milieu desquelles ils se trouvent. L’auteur des Excerpta ex scriptis Theodoti,Oâ,P.G., t. IX, col. 668-669, nous a conservé l'interprétation que Théodole, disciple de Valentin, donnait du texte de l'Apôtre. I Cor.. XV, '29. Saint Paul veut dire que les anges, dont nous sommes les membres, sont baptisés pour nous, qui sommes morts et condamnés à la mort. Si les morts ne ressuscitent pas, pourquoi sommes-nous baptisés? Nous ressusciterons donc et nous ressemble­ rons aux anges, qui sont baptisés, pour qu'ayant un nom nous ne soyons pas empêchés d'entrer dans le plérôme. C'est pourquoi les Valentiniens terminent la prière qui accompagne l’imposition des mains par ces mots : εις λότρωσιν αγγελικήν. Le baptême assure donc aux hommes la rédemption des anges. Le catéchumène dont l’ange a d’abord été baptisé reçoit par le baptême la rédemption pour lui-même, car au commencement les anges ont été baptisés au nom de celui qui est des­ cendu sur Jésus en forme de colombe et qui l'a racheté lui-même. Pour l'intelligence de cette opinion, voir l'extrait 21, et les notes de Combelis, loc. cit. 111. Chez les catholiques. — Le pélagien Julien d’Éclane, dans un endroit de sa réponse aux livres que saint Augustin avait composés contre lui, cite le texte de saint Paul. Ce fut l’erreur de quelques égarés, au début de l’Évangile, de croire, dit-il, que les assistants faisaient la profession de foi pour les défunts et asper­ geaient ensuite le corps du mort avec de l’eau baptis­ male; simple ellet de la bêtise, car l'Apôtre a voulu faire allusion à l’ensevelissement avec le Christ dans la mort par le baptême et â la disposition des baptisés à mortifier désormais leur corps. Saint Augustin, qui re­ produit ce passage, ne nie pas le fait rappelé par Julien et il ne réfute pas cette interprétation du texte de l'Apôtre, quia ea quæ dixisti, quamvis in nonnullis sensum non tenueris ejus auctoris, tamen non sunt contra fidem. Cont. secund. Juliani respons. opus im­ per/., I. VI, 38, P. L., t. xt.v, coi. 1597. On sait, d'ail­ leurs, que, du temps même de saint Augustin, il se rencontrait en Afrique des esprits assez simples poui· pratiquer le baptême des morts. Le 111» concile de Car­ thage, de 397, dut blâmer cet excès de naïveté; car on ne peut pas plus baptiser les morts qu’on ne peut leur donner le sacrement de l’eucharistie. Can. 6, llardouin, Act. coticil., t. t, col. 901. Ce canon est abrégé par Angelramne sous le titre de canon 19 de Carthage : ut mortuis nec eucharistia nec baptismus detur, P. L., t. xcvi, coi. 1019; mais Burchard le reproduit au titre De mortuis non baptizandis, I. IV, c. xxxvn : Cavendum est ne mortuos etiam baptizari posse fratrum infirmitas credat. P. L., t. CXl., coi. 734. Beaucoup plus tard, mais toujours en Afrique, Ferrand demanda à saint Fulgence, évêque de Buspe, pourquoi l’on ne baptisait pas ceux dont le désir du baptême avait été notoire et qu’une mort subite avait privés de la grâce de ce sacrement. Epist., xi, 4, P. L., t. lxv, col. 379. Fulgence répond : Nous ne baptisons pas les morts, parce qu’aucun pé­ ché, originel ou actuel, n’est remis après la mort. Quelque ardente qu’ait donc été leur volonté de recevoir le baptême, s'ils viennent à mourir avant de l’avoir reçu, ils ne peuvent le recevoir après leur mort. Epist. ad Ferrand., xn, c. ix, 20, ibid., col. 388. H. Muller, Dissertatio de baptismo pro mortuis, in-4·, Bos­ tock, 16C5 ; F. Spunheini, De veterum profiter mortuos ba­ ptismo diatriba, in-4‘2, Leyde, 1673; J. Hardouin, De baptismo qu.vstio triplex : De baptismo pro mortuis, etc., in-4·, Paris, 1687 ; Tilesius. Exercitatio theoloqica de baptismo pro mor­ tuis. in-4·, *1695; G. Olearius. Observationes pliilologicx de baptismo pro mortuis, in-4·, Leipzig. 1704: Herrenbaur. Dis­ putatio theologica de baptismo super mortuis, in-4·, Wittemberg. 1711 ; C. L. Sclilichter, Dissertatio de baptismo '.sip PICT. DE THÉOL. CATHOL. in-4·, Brême, 1725 ; Corblet, Histoire du sacrement de baptême, Paris, 1881, t. 1, p. 418-421. E. Mangenot. 7. BAPTÊME (Sort des enfants morts sans). — L Ces enfants subissent la peine du dam, c’est-â-dire sont exclus de la vision béatilique. II. Ils ne soutirent pas la peine du sens. III. Jouissent-ils de quelque bonheur naturel? IV. Objections et réponses. I. Les enfants morts sans baptême subissent la PEINE DU DAM, C’EST-A-DIRE SONT EXCLUS DE LA VISION — L’Écriture enseigne clairement cette vérité, quand elle dit : Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, non potest introire in regnum Det. .loa., ill, 5. Les pélagiens eux-mêmes sentaient si bien la force de ce texte, que, pour y échapper, ils imaginèrent une distinction entre le royaume de Dieu, dont le baptême seul ouvrait l’entrée, et la vie éternelle, où l’on pouvait parvenir sans recevoir le sacrement. Saint Augustin lit bonne et prompte justice de cette distinction aussi nou­ velle que futile. Voir Baptême chez les Pères. Les péla­ giens, du reste, employaient un autre argument pour soutenir leur théorie. S'appuyant sur le texte : In dumo Patris mei mansiones mullæ sunt, .loa., χιν, 2, ils pré­ tendaient qu'il y avait dans le royaume des cieux ou quelque part ailleurs, un lieu intermédiaire, où les enl'anls morts sans baptême vivaient heureux, partageant plus ou moins avec les élus le bonheur surnaturel de la vision béatilique. Cette prétention fut condamnée par une décision synodale, généralement attribuée au 11» concile de Milève (416), et reproduite par le concile plénier de Carthage (418), tous deux approuvés par le pape. Si guis dicit ideo dixisse Dominum: l.v DOMO PArniS MEI MAlfSIOXES MEt.T.E sent, ut intelligatur quia l.v REGXO c.El.OltU M erit aliquis medius AUT UI.I.US Ai.lcuui LOCUS ubi BEATE vivant parvuli qui sine baptismo ex hac vita migrarunt, sine quo in regnum cælorum quod EST viia eterna intrare non possunt, anathema sit. Denzinger, Enchiridion, n. 66. Voir, sur l'authenticité de ce canon, Milève (Conciles de). C’était déclarer, en termes liés clairs, que les enfants morts sans baptême sont exclus de la vision béatilique. Les Pères ont enseigné souvent la même doctrine, d'une façon équivalente, en affirmant la nécessité absolue du baptême pour être sauvé. Voir Baptême chez, les Pères. Voir aussi les textes cités au paragraphe suivant. Cette doctrine fut souvent rappelée dans la suite par les papes et les conciles. Signalons, entre autres, la décrétale d'Innocent III, ou il est dit que « la peine du péché originel est la privation de la vue de Djeu », Denzinger, Enchiridion, η. 341 ; la déclaration du concile de Florence, où il est dit que le sacrement de baptême est le seul moyen pour les enfants d’échappgr à l'empire du démon, et de devenir enfants de Dieu : Cum ipsis (pueris) non possit alio remedio subveniri, nisi per sacramentum baptismi, per quod eripiuntur a diaboli dominatu et in Dei filios adoptantur, etc., Decret, pro Jacob., Denzinger, n. 603; la définition du concile de Trente sur la nécessité du baptême pour le salut éternel des enfants, sess. V, can. 4; enfin les différentes professions de foi que les papes et les conciles ont pres­ crites aux orientaux (voir Denzinger. n. 387, 588, 870, 875) et d'après lesquelles « descendent aussitôt en tin lieu' inférieur, in infernum descendere, les âmes de ceux qui meurent avec le seul péché originel ». Tous ces documents prouvent, d’une façon évidente, combien sont inutiles et vaines les tentatives faites par quelques théologiens pour trouver, en cas de nécessité, un équivalent quelconque au baptême, el assurer par ce moyen le salut éternel des enfants non baptisés. — I . Au premier rang de ces opinions inacceptables est celle de Cajetan, qui émettait comme une hypothèse très vrai­ semblable l’opinion que les prièresdes parents pouvaient, d'une façon régulière et normale, obtenir â leurs enfants le bienfait de la justilicalion et du salut, quand il était béatifique. II. — 12 365 BAPTÊME (SORT DES ENFANTS MORTS SANS) impossible de leurconférer le baptême. D'après lui, « ce seraitagir prudemmentet d’une manière irrépréhensible que de donner la bénédiction au nom de la sainte Tri­ nité aux enfants qui seraient en danger dans le sein de leur mère, laissant d'ailleurs à Dieu de juger à son tri­ bunal le fond de la question. Qui sait si la divine misé­ ricorde n'accepterait pas un tel baptême qu’accompagne­ rait le vœu des parents, lorsque ce ne serait pas une négligence coupable, mais une impossibilité excusable, qui empêcherait d'administrer ce sacrement. » Pallavicini. Histoire du concile de Trente, 1. IX, c. vin, édit. Migne, p. 358. Cette opinion parut suspecte, à bon droit, aux théologiens du concile de Trente, et il fut même question de la condamner. On s'abstint finalement de toute censure, voir col. 305-306, mais le pape Pie V or­ donna de rayer cette opinion des œuvres du savant cardi­ nal. Le dominicain D. Soto, du même ordre que Cajetan, sans aller jusqu'à traiter à’hérétique l’opinion de son Confrère, la déclare fausse. Voir col. 326 — 2. Gerson, Du­ rand. Eusèbe Amort et quelques autres croient que les prières des parents peuvent quelquefois, à titre exception­ nel et quasi miraculeux, obtenir de Dieu le salut éternel de leurs enfants, quand le baptême est impossible. « Qui sait, dit Gerson, si Dieu n’exaucera point ces prières, et ne doit-on pas espérer qu’il aura égard aux humbles supplications de ceux qui auraient mis en lui toute leur confiance’? » Serm. de Naliv. l'irg. Mariæ, part. Ill, consid. 2, Opera, Anvers, 1706, t. ni, p. 1350. Voir, dans le même sens, Amort, Theol. moral,, Inspruck, 1758, t. n, p. 120 sq. Une doctrine analogue fut soutenue, en 1855, par l'abbé Caron, archiprêtre de Montdidier, dans son ouvrage La vraie doctrine de la sainte Église catho­ lique sur le salut des hommes, suivie d'un appendice sur le sort des enfants morts dans le péché originel, in-8°, Paris, 1855, p. 269, et appendice. L'ouvrage ayant été mis à l’index, fut aussitôt· retiré du commerce par le pieux archiprêtre. — On prête aussi d'ordinaire cette opinion à saint Bonaventure. Voir, entre autres, Hurter, Theol. dogm. comp., Inspruck, 1891, t. ni. p. 612. Per­ rone, cependant, soutient que cette attribution est ine­ xacte. Prœlectiones lheologicæ, Paris, 1812, édit. Migne, t. il, p. 111, en note. La vérité est que le docteur séra­ phique, moins explicite d'ailleurs que Gerson, semble bien admettre la possibilité d'une dérogation exception­ nelle à la loi baptismale : Privatus baptismo aquæ caret gratia Spiritus Sancti {parvulus) quia aliter ad gra­ tiam non potest disponi, quantum est de jure communi, nisi Deus faciat de privilegio speciali, sicut in sancti­ ficatis in utero. In l Sent., I. IV, dist. IV, part. Il, a. 1, q. i. Opera, Lyon. 1668, p. 53. Évidemment, si l'on n'en­ visage que la question de possibilité, cette opinion est soutenable. Mais, si on l’envisage in concreto, on ne peut pas admettre une dérogation ou un privi­ lège comme celui dont parle saint Bonaventure, à moins que Dieu lui-même n'en révéle l'existence. Les excep­ tions à une loi universelle ne doivent pas se présumer, mais se prouver. Saint Bonaventure ne parle que des per­ sonnages que Dieu a sanctifiés dans le sein de leurs mères et qui ont reçu ainsi la grâce par un privilège spécial. Voir Suarez, qui réfute longuement toutes ces conjectures. De sacramentis, disp. XXV11, sect. ni. n. 6. — 3. Plus hypothétique encore, et par conséquent plus condamnable, est l'opinion soutenue par le P. Bianchi, de la congrégation des clercs réguliers, dans son ouvrage De remedio æternæ salutis pro parvulis in utero clausis sine baptismate morientibus. Venise, '1768. D’après lui, les enfants qui meurent sans baptême dans le sein ma­ ternel seraient sauvés, si la mère a soin de protester, au nom de l'enfant, que celui-ci accepte la mort comme preuve de son désir de recevoir le baptême. Cette opinion singulière fut réfutée par le camaldule Biaise, dans un livre intitulé: Dissertatio adversus novum systema P. Bianchi,de remedio, etc., Eaenza, 1770. —4. Non moins 1 366 hasardée est l’opinion de ceux qui ont prétendu, avec Klee, que les enfants auxquels il est impossible de con­ férer le baptême étaient éclairés, avant la mort, d’une illumination soudaine qui leur permettait de désirer le sacrement. Klee, Kalhol. Dogm., Bonn, 1835, t. ni, p. 158. Cette hypothèse est inadmissible, non seulement parce qu'elle exige des miracles continuels, mais surtout parce qu'elle est inconciliable avec les décisions de l'Église que nous avons rapportées, et qui supposent clairement qu’on peut mourir et qu'on meurt de fait avec le seul péché originel. Or, dans l’hypothèse de Klee, ce cas n'arriverait jamais. Voir Hurter, Theol. dogm. comp., Inspruck, 1891. t. ni, p. 612. — 5. H. Schell. Katholisehe Dogmatik, Paderborn, 1893, t. Ht, p. 479-480, re­ garde comme possible que la souffrance et la mort des enfants avant le baptême soient, en vertu des souffrances volontaires de Jésus-Christ, un quasi-sacrement, le bai­ ser de la réconciliation, une partie du baptême de péni­ tence qui supplée au baptême d’eau. Soto. De natura el gratia, 1. II, c. x, Lyon. 1581, p, 89. avait jugé sévère­ ment une assertion analogue : Nam si intelligerent (les partisans du sentiment qu’il réfute) habituros glo­ riam qui non discesserunt in gratta, non essent au­ diendi. Sivero fingerent quod gratiam susciperent in illo puncto {mortis), uti esi gratia quæ martyribus impen­ ditur plenissimæ remissionis, temeraria esset assertio quod parvulus, non occisus pro Christo, per fortuitam mortem absque aliquo actu proprio, vel sacramento extrinsecus adhibito, abstergeretur originali macula. Le quasi-sacrement, admis par M. Schell, n'a pas un fondement suffisant dans l’Ecriture et la tradition. Lis souffrances et la mort des chrétiens sont méritoires; elles n'obtiennent pas la première grâce. — 6. Enfin on a prétendu que le baptême n’était pas nécessaire pour la rémission du péché originel, déjà pardonné par le sa­ crifice de la croix, mais seulement pour l'agrégation des âmes â la vie sociale de l’Eglise. En conséquence, dit-on, il est permis de croire que les petits enfants morts sans baptême sont sauvés. Voir l’exposé de ce système dans Didiot, Morts sans baptême, Lille, 1896, p. 112 sq. Il est réfuté d’avance par ce que nous avons dit plus haut. Bien que le péché originel soit pardonné en principe par le sa­ crifice de la croix, le baptême n'est pas moins nécessaire, d’une nécessité absolue, pour appliquer pratiquement aux enfants le mérite de ce sacrifice. Et il reste toujours vrai de dire que les enfants morts sans baptême sont exclus de la vision bêatilique. Cette exclusion ou priva­ tion est appelée la peine du dam, parce qu'elle est pour eux une perte, un dommage {damnum) réel, analogue à celui qu'on éprouve, lorsque, par suilede circonstances involontaires, on est frustré d’un héritage magnifique, auquel on n’a d'ailleurs aucun droit. En ce sens, on peut dire que les enfants morts sans baptême sont damnés, bien qu'il soit préférable, dans le langage ordinaire, d’employer une autre formule, exemple de toute équi­ voque. IL Les enfants morts sans baptême ne souffrent pas la peine DU sens. — Celle proposition est aujour­ d'hui moralement certaine, bien qu’elle ait été autrefois contestée par saint Augustin et plusieurs autres. Nous allons montrer: 1» que l’Ecriture ne fournit aucun ar­ gument contre cette thèse; 2° que la tradition dans son ensemble lui est plutôt favorable ; 3° que les théologiens scolastiques l'ont presque tous adoptée; 4» qu’elle a un fondement solide dans les décisions des papes et des conciles. 1» Doctrine de l’Écriture. — Saint Augustin, suivi par quelques autres, a cru que le passage évangélique où il est question du jugement général, Matth., xxv. 31 sq., impliquait la condamnation des enfants morts sans baptême aux supplices plus ou moins rigoureux de l'enfer éternel. Ces enfants, dit-il, ne seront pas â la droite du souverain juge avec les élus, puisqu’ils sont 367 BAPTÊME (SORT DES ENFANTS MORTS SANS) 368 exclus de la vision béatilique. Donc ils seront à gauche I sunt, et la distinction arbitraire qu’ils avaient imaginée entre le royaume des cieux et la vie éternelle. Saint Au­ avec les damnés, puisqu’il n’y a pas de milieu entre la gustin n’eut pas de peine â réfuter ces arguties, et â dé­ droite et la gauche, entre le ciel el l’enfer. Serm., montrer que les enfants morts sans baptême sont exclus ccxciv, 3, P. L., t. xxxvm, col. 1337. Cf. Opus imperf., de la béatitude proprement dite, c'est-à-dire de la vision 1. II, c. cxvn, P. L., t. Xl.v, col. 1191. de Dieu. C’était la doctrine traditionnelle de l’Eglise. Ce raisonnement, qui peut paraître spécieux au pre­ Mais, non content de faire cette démonstration, il crut mier abord, est loin d’être concluant. Le passage évan­ gélique qu'allègue saint Augustin a pour unique objet, I devoir aller plus loin, sans doute pour ruiner jusqu'à la base l'objection pélagienne. Il nia résolument l'existence comme l’indique le contexte, le jugement final des indi­ de tout lieu intermédiaire entre l’enfer et le ciel, après vidus, d’après l'examen ou la discussion de leurs œuvres le jugement général. Et c’est alors qu’il employa l’argu­ personnelles. Or, les enfants morts sans baptême n’ayant ment biblique de la sentence du jugement dernier. Voir ni mérites ni démérites personnels, il n’y a pas lieu de plus haut. De peccat, merit., 1. Ill, c. tv, P. L., t. XLIX, les comprendre dans un jugement qui concerne l’usage col. 189; I. 1, c. xxvm, col. 140; De anima, 1. I. c. tx, que les hommes ont fait de leur liberté. Les considé­ P. L., t. xt.iv. col. 481 ; 1. il, c. xn, col. 505. Le concile rants de la sentence montrent bien qu’il s’agit unique­ de Milêve, dont nous avons parlé déjà, a-t-il également ment des adultes : Esurivi enim et dedistis nii/ii man­ soutenu cette doctrine? On serait tenté de le croire au ducare, etc. Il n’y a pas de milieu, dit saint Augustin, premier abord, à cause de la similitude de ses formules entre la droite et la gauche. Sans doute, mais il y en a avec celles de saint Augustin. Mais il faut remarquer un entre le ciel et l’enfer des damnés. Pourquoi n’y que la négation du concile, en ce qui concerne l’exis­ aurait-il pas, à la gauche du Christ, deux catégories dis­ tence d’un lieu intermédiaire entre le ciel et l’enfer, est tinctes, semblables sur un point, et dill’érentes sur exactement calquée sur l’affirmation des pélagiens. Or d’autres; privées toutes deux de la vision béatilique, ceux-ci, d'après le concile lui-même, enseignaient que mais différentes pour le reste? Le raisonnement de les enfants morts sans baptême jouissaient de la béati­ saint Augustin est donc discutable; et il ne suffit pas, tude pure et simple, c'est-à-dire surnaturelle, dans un en tout cas, pour démontrer que l’Écriture condamne à lieu distinct du royaume des cieux. C'est précisément la peine du feu et aux souffrances physiques en général ce que nie le concile, en rejetant ce lieu imaginaire les enfants morts sans baptême. Aucun texte n’a trait inventé par les pélagiens, et en refusant tout bonheur directement à cette question. Et quant aux conclusions surnaturel aux enfants non baptisés. Le texte ajoute, il indirectes qu’on peut tirer de tel ou tel passage, elles est vrai, ces paroles, qui semblent être un écho au moins sont plutôt contraires que favorables à la doctrine auindirect de la doctrine augustinienne : Quis catholicus gustinienne. Le texte de l’Apocalypse, xvm, 7, le prouve dubitet participem fieri diaboli eum qui cohseres esse entreautres : Quantum glorificavit se et in deliciis fuit, non meruit Christi? Qui enim dextra caret sinistram tantum date illi tormentum et luctum ; d'où l’on peut procul dubio incurret. Denzinger, Enchiridion, n. 66. conclure, avec saint Thomas, que les divers degrés de Nous ferons d’abord remarquer que plusieurs critiques la peine du sens sont proportionnés aux degrés de la contestent l’authenticité de ce canon, qui est absent de jouissance coupable. Or le péché originel ne comportant aucune délectation de ce genre, il s’ensuit que la peine la plupart des manuscrits. Voir Milève (Conciles de). du sens n'a pas sa raison d'être pour le punir. In Mais fùt-il authentique, il ne serait pas un argument décisif pour la doctrine de saint Augustin. Le texte, en 71' Sent., 1. II, dist. XXXIII, q. il. a. 1. 2“ Opinions des Pères. — Les Pères grecs qui ont effet, ne parle ni de tourments, ni de flammes, ni de parlé de cette question sont unanimes à dire que les douleurs. Il établit, il est vrai, une association entre enfants morts sans baptême n’endurent pas la peine du le démon et les enfants non baptisés. Mais rien ne sens. Saint Grégoire de Nazianze déclare « qu’ils n'au­ prouve que cette association soit universelle et absolue. ront ni gloire céleste, ni tourments » : Neccælesti gloria Elle peut très bien être partielle et relative, et ne porter nec suppliciis a justo judice afficiuntur utpotegui licet que sur la commune privation de la vision béatilique, ce baptismo consignati non fuerint, improbitate tamen qui suffitamplementpourlesassocierau même malheur. carrant, algue hanc jacturam passi potius fuerint Au reste, saint Augustin lui-même sentait si bien les quam fecerint. Neque enim quisquis supplicio dignus difficultés soulevées par son opinion, qu’il avoue, à plu­ non est, protinus honorem quoque meretur, quemad­ sieurs reprises, ses anxiétés et ses incertitudes. Cum modum nec quisquis honore indignus est, statim etiam ad pomos ventum est parvulorum, magnis, mihi crede, poenam promeretur. Orat., XL, in sacr. bapt., P. G., coarclor angustiis nec quid respondeam prorsus inve­ t. xxxvi, cpl. 389. La même doctrine se retrouve, vers le nio. Epist., CLXVi, c. vu, P. L., t. xxxiil, coi. 727. Ail­ V· ou VIe siècle, chez l'auteur anonyme des Quœstiones leurs, il se déclare impuissant à dire la nature et l’in­ et responsiones ad orthodoxos, q. Lvi, P. G., t. vi, col. tensité des peines endurées par les enfants non bapti­ 1298, et chez l’auteur également anonyme des Quæstiones sés; et il n’ose pas décider si l’existence est pour eux ad Antiochum ducem, q. cxv, P. G., t. xxvm, col. 670préférable au néant. Quis dubitaverit parvulos non ha671 ; au VIe siècle, chez Cosmas Indicopleustes, Topogr. plizatos, qui solum habent originale peccatum nec ullis christ., 1. Vil, P. G., t. lxxxvhi, col. 378; chez saint propriis aggravantur, in damnatione omnium levissi­ Anastase le Sinaïte, Quæstiones, P. G., t. lxxxix, col. ma futuros? Quæ, qualis et quanta erit, quamvis defi­ 710; au xiIe siècle, chez Eulhymius, Panopl. dugmat., nire non possim, non tamen audeo dicere, quod iis, ut tit. xxvi. P. G., t. exxx, col. 1282. nulli essent, quam ut ibi [in damnatione levissima} Les Pères latins ne semblent pas avoir traité cette essent, potius expediret. Cont. Julian., 1. V, c. xt.P.L., question avant saint Augustin. L’évêque d’Hippone par­ t. xi.iv, coi. 809. Il répète souvent que cette peine, en tagea tout d’abord l’opinion des Pères grecs. « Soyons tout cas, est omnium mitissima. Voir De peccat, merit., sans crainte, dit-il, quelques années après sa conver­ 1. I, c. xvi, P. L., t. XLl.x, col. 120; Enchiridion, c. xcui, sion; il y aura place pour une vie intermédiaire entre P. L., t. XL, col. 275. Cl. t. i, col. 2397. la vertu et le péché, pour une sentence intermédiaire L’opinion de saint Augustin parait aussi avoir été entre la récompense et le châtiment. » Deliber, arbitr., celle de saint Jérôme, Dialog, adv. Pelag., 1. lil, n. 17, 1. lil, c. exxm, P. L., t. xxxTi. col. 1304. Mais, plus P. L., t. xxill, col. 587. D’autres Pères l'ont suivie, no­ tard, quand il eut à combattre le pélagianisme, les né­ tamment S. Fulgence, De incarn. et grat., c. xiv, xxx, cessités de la polémique l’amenèrent à changer d’opi­ P. L., t. lxv, col. 581, 590; De fide ad Petr., c. xxvn, nion. Nous avons vu plus haut l’abus que faisaient les col. 701; S. Avit de Vienne, Carm. ad Fusein., P. L., pélagiens du texte : In domo Patris mei mansiones mullæ t. lix, col. 370; S. Grégoire le Grand, Moral., L IX, c. xxi. 369 BAPTÊME (SORT DES ENFANTS MORTS SANS) 370 commutabile, il est juste qu’il soit puni doublement : P. L., t. t.xxv, col. 877; S. Isidore, Sentent.,). I, c. xxn, d'abord par la perte de la grâce et de la vision béatilique, P. L., t. lxxxiii, col. 588; S. Anselme, De concept, correspondant â l'éloignement vis-à-vis de Dieu; puis, virg., c. xxm, P. L., t. CLVin, col. 457. par des souffrances physiques, correspondant aux atta­ 3° Enseignement des scolastiques. — Les scolastiques du xn» siècle commencèrent déjà à s'écarter du senti­ ches déréglées à la créature. Mais le péché originel ne comprend aucune attache au bien périssable. Il éloigne ment de saint Augustin. Abélard, entre autres, ne veut pas de souffrances physiques pour les enfants morts simplement de Dieu, en ce sens qu'il prive l’âme de la sans baptême et il entend par la mitissima pœna, dont grâce sanctifiante, c’est-à-dire d’un moyen strictement parle l'évêque d’Hippone, la privation exclusive de la nécessaire pour atteindre la lin surnaturelle. Donc il ne vision de Dieu. Expositio in epist. Pauli ad Rom., 1. II, mérite aucune peine afllictive, mais seulement une peine privative, la privation de la vue de Dieu. — Enfin, P. L., t. ct.xxviil, col. 840. Mais les théologiens de son école sont beaucoup moins explicites. Roland Bandinelli dit le docteur angélique, une disposition proprement se contente de dire que ces enfants procul dubio dam­ dite de l'âme ne saurait être l’objet d’une peine afllictive. nantur, sans s’expliquer davantage sur leur sort. OgniOn n’inflige pas de punition pour une tendance ou dis­ bene est du même avis, mais ajoute ces paroles : lia position à mal faire, mais seulement pour un acte credimus, quia hoc sancti dicunt, allusion probable à mauvais lui-même. Une disposition mauvaise ou défec­ la doctrine de saint Augustin. Die Sentenzen Rolands, tueuse ne peut être punie que par la privation d'un édit. Gietl, Fribourg-en-Brisgau, 1891, p. 208, 209. L'au­ avantage quelconque, privation qui est la conséquence teur de la Summa sententiarum dit « qu'ils ne sont légitime de l'inaptitude ou de l’indignité du sujet. pas sauvés, mais qu’ils subissent une peine très douce » L'ignorance par exemple, dit saint Thomas, est un obs­ suivant la formule auguslinienne. Sum. sent., tr. V, tacle à la promotion au sacerdoce. Or le péché originel c. vt, P. L., t. Clxxvi, col. 132. Mais Pierre Lombard n'est en soi qu'une disposition à la concupiscence, et les est plus explicite, et enseigne que la seule peine du pé­ adultes seuls mettent cette disposition en acte. Donc les ché originel est la privation de la vision béatifique. enfants ne doivent pas, pour une simple tendance mau­ Sent., 1. 11, dist. XXXIII, P. L., t. cxcn, col. 730. vaise, être l'objet de peines afflictives plus ou moins Au ΧΙΠ· siècle, la réaction contre la doctrine de saint sévères. De malo, q. v, a. 2. Le docteur angélique ne Augustin fut complète. Deux causes principales y con­ cache pas que son enseignement parait être opposé à tribuèrent : une déclaration du pape Innocent III, dont celui de plusieurs Pères; mais, d’après lui, ce sont là nous parlerons tout à l'heure, et l’étude plus attentive des écarts de parole, plutôt que de doctrine, et qu'il faut de la nature du péché originel. C'est là en effet qu'était savoir interpréter. lias voces (supplicium, tormentum, la véritable clé du problème. Partant de ce principe, gehenna, cruciatus æterni) esse large accipiendas pro que la peine du péché doit être exactement proportion­ pœna, ut accipiatur species pro genere, sicut etiam in née à sa nature, les grands docteurs du xni* siècle ana­ Scripturis quælibet po:na figurari consuevit. Et il lysèrent avec plus de soin la notion du péché origine], ajoute ces paroles pour excuser les Pères : Ideo sancti et arrivèrent bien viteà des conclusions tout autres que tali modo loquendi usi sunt, ut detestabilem redderent celles de saint Augustin. Alexandre de Halés ne traite errorem pelagianorum, qui asserebant in parvulis pas la question ex professo. Il enseigne pourtant que la nullum peccatum esse, nec eis aliquam poenam deberi. privation de la vision béatifique est la vraie peine du De malo, q. v, a. 2, ad 1“'". Voir la même doctrine dans péché originel, bien qu’elle s’applique aussi au péché saint Bonaventure qui signale d’abord, mais pour l’écar­ personnel grave. Et s'objectant à lui-même le passage ter, l'opinion rigide, et expose ensuite l'autre, qui, dit-il, biblique qui partage l’humanité en deux catégories exclu­ magisconeordat pietati fidei et judicio rationis. In IV sives, au jour du jugement général, il répond que le Sent., 1. Il, dist. XXXIII, a. 3, q. I, Opera, 1668, t. n, sort des enfants morts sans baptême n'est pas le feu p. 414. Ce fut désormais l'enseignement unanime des proprement dit de l'enfer, mais les ténèbres, c'est-à-dire théologiens, jusqu'au xvi* siècle. Grégoire de Rimini est la privation de la vision béatifique. Esse in illo igné ad le seul écrivain, qui se soit montré favorable au senti­ prenant contingit dupliciter, vel ratione ardoris, vel ment opposé, ce qui lui a valu le surnom de « bour­ ratione tenebrositatis : ratione ardoris ilicuntur esse illi reau desenfants ». In IVSent., I. II, dist. XXX11I, q.lll. qui actualiter peccant ; ratione tenebrositatis, qui carent Au xvil*siècle, l'opinion rigide fut remise en honneur visione Dei. Summa, part. II. q. cvi, m. ix, Venise, 1575, par quelques théologiens, sous prétexte de retour à la t. n, fol. 277. Albert le Grand n’admet également que la | doctrine augustinienne, mais en réalité sous l’influence peine du dam pour les enfants non baptisés, et il déclare indirecte du jansénisme. Petau, Bossuet, Berti et le car­ dinal Noris en sont les principaux représentants. Ils que le langage de saint Augustin n’est pas exact, impro­ prie loquitur. In IV Sent., L IV, dist. IV, a. 8, Opera, s'appuient sur les paroles de saint Augustin, et invo­ quent en outre les deux conciles généraux de Lyon et Lyon. 1651, t. xvi, p. 53. Saint Thomas donne trois raisons pour prouver que ces enfants ne doivent endurer aucune de Florence. On trouvera plus loin le texte et l'inter­ souffrance physique. Quand il s'agit, dit-il, des biens qui prétation de ces décisions. Bossuet soutient que les surpassent les exigences de la nalure humaine, on con­ enfants morts sans baptême endurent, non pas précisé­ çoit que leur perte puisse être le résultat, non seule­ ment « la souffrance du feu », mais d'une façon géné­ ment d'une faute personnelle, mais d'un vice quelconque rale une peine afllictive subie en enfer, car ils sont de la nature, puisque celle-ci n'y a aucun droit. Voilà « dans la punition, dans la damnation, dans les tour­ pourquoi la privation de la grâce et de la vision béatiments perpétuels, selon saint Grégoire, perpetua tor­ ïique est la conséquence du péché originel, aussi bien menta percipiunt ». Défense de la tradition, 1. V, c. n, que du péché actuel grave. Mais quand il s’agit d'un Amsterdam, 1753, p. 169. Le cardinal Noris va jusqu'à bien simplement naturel, c’esl-à-dire qui est dù à la na­ déterminer la nature précise de leurs souffrances, et il ture pour son fonctionnement normal, on ne peut pas écrit ces singulières paroles : Levissima ac mitissima admettre que la privation ou la perle de ce bien résulte erit (pœna) ab igne calefaciente cum aliqua molestia d'un vice de nature; il suppose une faute personnelle pueros,sed non eosdem ustulante..., cum pueri hxredidont il est le châtiment. Les peines afflictives ne peuvent tarii tantum, criminis rei sint, calore ad molestiam donc atteindre et punir que le péché actuel. — En second usque ac dolorem incutiendum intenso affligentur. lieu, toute peine doit être proportionnée â la faute. Vindiciæ augustinianæ, Vérone, 1729, t. i, p. 981. Sur Le péché actuel, étant à la fois un éloignement du sou­ quoi le P. Perrone ne peut s'empêcher de faire cetle verain bien, aversio ab incommutabili bono, et une réflexion quelque peu ironique : Nescio quo thermome­ attache déréglée au bien périssable, conversio ad bonum tro usus sit, ad hos gradus caloris et inlensitalis tam I 371 BAPTÊME (SORT DES ENFANTS MORTS SANS) 372 accurate determinandos. Praelectiones theologicae, Paris, 1 prement dits. Le mot inferi ou infernum a souvent 1842, édit. Aligne, t. i, p. 873. Voir encore dans le sens dans la langue chrétienne, par exemple dans le symbole rigide Petau, Opus de theol. dogm., De Deo, 1. IX, c. x, des apôtres, un sens collectif, désignant trois lieux plus n. 10sq., Paris, 1867, t. Il, p. 115 sq. Mais cette opinion est ou moins rapprochés peut-être, mais très différents en abandonnée depuis longtemps par tous les théologiens, réalité, auxquels est attachée l’idée commune d'opposi­ qui enseignent que les enfants morts sans baptême tion au ciel et de situation inférieure par rapport â n’endurent aucune souffrance physique. Hurler, Theol. nous : d’où vient précisément le mot inferi ou infer­ dogm. compend., Inspruck, 1891, t. Ht, p. 613. num, lieu inférieur en général. Ces trois lieux sont 4® Décisions des papes et des conciles. — Nous avons plus connus sous le nom de « limbes des Pères », lim­ vu plus haut ce qu’il fallait penser du canon attribué au bus Patrum, « limbe des enfants, » limbus puerorum, 11« concile de Miléve, qui rappelle sans doute la doctrine et enfin l’enfer des damnés. Voir Abraham (Sein d’), t. i, de saint Augustin, mais en diffère cependant sous cer­ col. 111 sq., et Limbes. Or, « quand les souverains pon­ tains rapports. Plus tard, au xm» siècle, parut une dé­ tifes, depuis Clément IV jusqu’à Benoit XIV, exigent crétale importante du pape Innocent III, répondant que l’on croie à la descente immédiate des âmes dé­ officiellement à l’archevêque d’Arles au sujet du baptême. pourvues de grâce sanctifiante dans l'infernuni, où elles Dans sa réponse, le pape rappelle, entre autres choses, seront inégalement punies, ils visent manifestement la la distinction capitale qui existe entre le péché originel signification collective du mot, et ils placent les enfants « qui est contracté sans consentement » et le péché morts sans baptême dans un autre infernum que les actuel « qui est commis avec consentement ». Il ajoute adultes surpris par la mort en état de péché grave. Les ensuite ces paroles : Puma originalis peccati est carentia peines sont inégales, et le lieu pénal est différent, visionis Dei, actualis vero poma peccati est gehennæ quoique plus ou moins rapproché : aux uns le limbe perpellite cruciatus. Denzinger, Enchiridion, η. 341. des enfants, aux autres l’enfer des démons. » Didiot, Dans la pensée du pape, il est clair que les peines s’op­ Morts sans baptême, Lille,1896, p. 30. Il faut donc éviter posent comme les péchés eux-mêmes, et que, par con­ de traduire Vinfernum du concile de Florence par le séquent, la peine du péché originel n'est pas le sup­ mot singulier « enfer »; car c’est exposer les fidèles à plice de la géhenne éternelle; en d’autres termes, que des confusions très fâcheuses. La vraie traduction est les enfants morts sans baptême ne seront pas tourmen­ « un lieu inférieur ». tés dans l’enfer des démons et des damnés. Cette décla­ Une nouvelle décision pontificale vint faire connaître au xvni» siècle la vraie doctrine de l’Église sur le sort ration du pape Innocent III, dit M. lechanoine .1. Didiot, « n'est pas seulement un indubitable monument de la éternel des enfants non baptisés. Les jansénistes, au croyance de l’Église romaine, elle est très certainement, synode de Pistoie, avaient traité de « fable pélagienne », surtout depuis son insertion, en 1230, au Corpus juris l’existence de « ce lieu inférieur que les fidèles désignent ou code officiel des lois pontificales, un enseignement ordinairement sous le nom de limbes des enfants, et formel et authentique de la papauté. » Morts sans bap­ dans lequel les âmes de ceux qui meurent avec le seul tême, Lille, 1896, p. 23. •péché originel sont punies de la peine du dam, mais On ne peut pas objecter contre cette doctrine la pro­ non de la peine du feu ». Une telle opinion, disaient-ils, fession de foi qui fut proposée par le pape Clément IV, remettait en honneur « la fable pélagienne d’après la­ en 1267, à la signature de l'empereur Paléologue, quelle il y aurait un lieu et un état intermédiaires, acceptée ensuite par celui-ci au 11° concile œcuménique exempts de faute et de peine, entre le royaume de Dieu de Lyon (1274), et textuellement reproduite plus tard au et la damnation éternelle ». Cette doctrine fut condam­ concile général de Florence, pour l'union des Grecs et née par le pape Pie VI dans sa bulle Auctorem fidei, des Latins ( 1439). Celte profession de foi semble bien, à dont le 26° article était ainsi conçu : Doctrina, guæ relut première vue, un peu sévère pour les enfants morts fabulam pelagianam explodit locum illum inferorum sans baptême. On y lit en effet ces paroles : Illorum quem limbi puerorum nomine fideles passim desi­ autem animas, gui in mortali peccato vet cum solo ori­ gnant), in quo animte decedentium'cum sola originali ginali decedunt, mox in infernum descendere, pomis culpa poma damni citra pamam ignis puniantur, per­ tamen disparilius puniendas. Denzinger, n. 387, 588. inde ac si hoc ipso quod qui pomam ignis removent, C'est dire, semble-t-il, que l’enfer est le séjour commun inducerent locum illum et statum medium expertem de ceux qui meurent en état de péché mortel, et de ceux culpæ et pœnæ inter regnum Dei et damnationem aeter­ qui meurent avec le seul péché originel. N’est-ce pas nam, qualem fabulabantur pelagiam, falsa, temera­ assimiler, dés lors, avec une légère difference, le sort ria, in scholas catholicas injuriosa. Denzinger, Enchi­ des enfants morts sans baptême â celui des damnés? ridion, n. 1389. D’où il faut conclure que l’existence du Les théologiens rigides du xvn» siècle n'ont pas manqué limbe des enfants, tel que les catholiques le conçoivent de tirer cette conclusion du texte conciliaire. Et pour­ en général, c'est-à-dire exempt de la peine du feu, n'est tant elle n'est pas fondée, comme nous allons le voir. pas une invention mensongère, mais une croyance par­ D’abord, la disparité des peines que signale le concile faitement orthodoxe. Aussi, dans le schema de la cons­ on termes formels ne s’explique pas suffisamment dans titution dogmatique sur la doctrine catholique qui devait le système rigoriste. Cette disparité concerne tout aussi être discutée au concile du Vatican, il était dit que ceux bien les innombrables péchés mortels qui sont punis en qui meurent avec le seul péché originel seront privés enfer. Pourquoi donc le concile a-t-il voulu l’appliquer pour toujours de la vision béatifique, tandis que ceux d'une façon spéciale à deux catégories distinctes de qui meurent avec un pêché actuel grave souffriront en péché, l’actuel et l'originel, si ce n'est précisément parce outre les tourments de l'enfer. Acta et decreta concil. qu'il y avait, dans sa pensée, une différence d’espèce, et Vaticani, dans la Collectio Lacencis, t. vu, p. 565. non seulement de degré, entre les peines qu'ils subis­ III. Les enfants morts sans baptême jouissent-ils sent? Il n’a pas mentionné la disparité des châtiments d’un BONHEUR NATURE!.? — I.SEttS DE LA QUESTION. — Il ne s’agit pas de savoir si ces enfants sont heureux au qui punissent les damnés proprement dits, parce que sens pélagien, comme n'ayant pas participé à la souil­ cette disparité est trop évidente; mais il a pris soin de lure originelle. Aucun théologien catholique n’a jamais signaler l'autre, parce que la question était moins claire, revendiqué pour eux un pareil bonheur. Il ne s'agit pas et pour éviter des confusions fâcheuses. Palmieri, De davantage de savoir si ces enfants atteignent une fin Deo creante et elevante, Rome, 1878, th. ι.χχχι. p. 651. D'autre part, l'expression in infernum descendere ne naturelle proprement dite, d'où résulterait pour eux un bonheur complet du même ordre. Car Dieu n’a pas suppose pas nécessairement une communauté de séjour assigné deux fins à ses créatures : une fin surnatupour les enfants morts sans baptême et les damnés pro- 373 BAPTÊME (SORT DES ENFANTS MORTS SANS) relie pour les adultes, et une fin naturelle pour les enfants qui meurent sans baptême. Tous les hommes, adultes ou entants, n'ont qu'une seule et même fin, d'ordre surnaturel, qui est la vision intuitive. Les enfants morts sans baptême manquent donc leur fin, autrement dit leur salut éternel. Ils sont dés lors dans un état anormal, qui ne devait pas être le leur, et qui différé formellement de celui qui aurait existe dans une économie différente, si l'homme n’avait pas été appelé à une fin surnaturelle. L’économie de pure nature, comme on l'appelle, aurait comporté, en efiet, une tin naturelle et un bonheur complet du même ordre. Mais les enfants morts sans baptême ne sauraient y prétendre, puisqu'ils ont une destination tonte diflérente et qu'ils manquent leur fin. Tous les théologiens catholiques sont d'accord sur ce point. Le cardinal Siondrate semblerait cepen­ dant pencher vers l'opinion contraire, quand il dit : Fatendum tamen, quia uump; celles du Taureau et du Verseau de 24”; celles des Gémeaux et du Capricorne de 28°; celles du Cancer et du Sagittaire de 32”; celles du Lion et du Scorpion de 36”; celles de la Vierge et de la Balance de 40”. Ces chiffres témoignent de connaissances positives en astro­ nomie et en trigonométrie sphérique. Ryssel, Georgs des Araberbischofs Gedichte und Briefe, Leipzig, 1891, p. 120, et dans Zeitschrift fur Assyriologie, 1893, t. vin. D'ailleurs, les noms que les bardesanites donnaient aux signes du zodiaque ont été conservés et publiés par Land, Anecdota syriaca, Leyde, 1862, t. i, p. 30, 32. 2“ Le bardesanite Marinos, dans Γ Adamantins, sou­ tient trois thèses principales : 1. Le démon n’a pas été créé par Dieu; 2. Le Christ n’est pas né d’une lemme; 3. Il n'y a pas de résurrection de la chair. W. 11. de Sande Bakhuyzen, Der Dialog des Adamantins, Leip­ zig, 1901, dans Die Griechischen Schrifsteller der ersten drei lahrhunderte, p. x, 116. (L’Adamantius se trouve aussi P. G., t. xi, col. 1711 sq.) 1. Nous ne reconnaissons pas dans VAdamantius la théorie du mal de Bardesane, car Marinos ne se borne pas à dire que le mal n’a pas été créé par Dieu, puisque Dieu ne fait aucun mal, p. 116, mais il ajoute que le démon est de lui-même et par lui-même, et qu’il y a deux racines (principes), la mauvaise et la bonne, p. 118. Adamantins, par contre, parle comme Bardesane, en disant que le mal n’est qu’une privation du bien. Cf. Lois des pays, p. 34, 56. D’ailleurs, l’éditeur avertit, p. xvn. que « le rédacteur a eu plus de souci de fortifier la vérité orthodoxe que de distinguer historiquement ses adversaires ». 2. D’après Marinos, p. 170, le Christ prit un corps céleste, p. 168; il prit un corps en apparence (δοκήσει) comme les anges qui apparurent à Abraham et mangè­ rent avec lui, p. 178. Ce bardesanite reproduit ensuite la doctrine et les expressions mêmes de Valentin, p. xvn. 3. Le corps change tous les jours, il se consume et reprend des forces; autre est le corps de l’enfant et celui du même individu devenu vieux; lequel donc de ces corps ressuscitera? P. 204. D’ailleurs, le corps est formé de terre, d’eau, de feu et d’air; après la mort, chaque partie retourne â son élément, comment la retrouver, si même elle n’a déjà servi à d’autres corps; de sorte que les uns ressusciteraient pour les antres, p. 210. 3” Enfin les bardesanites semblent avoir rapproché les théories de Bardesane sur le paradis terrestre et le rôle du soleil et de la lune des fictions de Justin, cf. 400 1 Philosophoumena, V, 26-27 ; X, 15, P. G., t. xvi, col. 3194! 3203, 3431-3434, et de Valentin, ibid., VI, 50, col. 32783279. car ils semblent prôner un double paradis que des dieux délimitèrent. S. Ephrem. t. n. p.558. et admettre un père et une mère de ia vie distincts du soleil et de I la lune : « Priez, mes frères, pour les disciples de BarI desane, afin qu’ils n’aient plus la sottise de dire comme des enfants : quelque chose sortit et descendit du Père de la vie lui-même, et la Mère conçut et enfanta le Fils caché, et il fut appelé le Fils vivant. » P. 557. Peutêtre n’y a-t-il là, d’ailleurs, qu’une figure poétique rela­ tive à l'incarnation, car il ne faut pas oublier que les cinquante-cinq discours de saint Ephrem contre les hérésies sont écrits en vers et visent uniquement, semble-t-il, les publications poétiques de ses adversaires, car les quelques citations qu’il fait (il cite en tout qua­ torze vers ou trente-sept mots) paraissent provenir d'ouvrages métriques. H n'est donc pas facile, sous cette double couche de poésie, de découvrir la pensée exacte de Bardesane et des siens. Ajoutons que saint Éphrem écrit en tête de ces discours, nous pourrions presque dire en épigraphe : Quisquis ægrum sanare cupit, poenam exagérai nec ideo minus amat, torquet, nec odit, nunquam minus iratus quant cum sœvit. P. 437. 4” Pour les Arabes du X’ au xn” siècle, les bardesanites sont des dualistes comme les manichéens : « Us admet­ tent deux principes, la lumière et les ténèbres; la lumière opère le bien avec intention et libre choix, les ténèbres opèrent le mal naturellememl et nécessaire­ ment... » Schahrastàni, cité par Hilgenfeld, Bardesane» der letzte Gnostiker, Leipzig, 1864, p.34. Le Fihrist rap­ porte que, d’après certains bardesanites, l’obscurité est même la racine de la lumière. Ibid. Enfin, Masoudi écrit : « [Nous avons parlé] de la différence entre Manès et les dualistes qui l'ont précédé, comme Ibn Daisân (Bardesane), Marcion, etc.; de la croyance commune de tous ces docteurs à deux principes, l'un bon, louable et désirable, l’autre mauvais, digne de réprobation et de crainte... Sous Marc, surnommé Aurèle César, Bar Desan, évêque de Boha (Édesse), en Mésopotamie, pu­ blia sa doctrine, et fonda la secte des dualistes bardesanites... Nous avons rapporté les disputes qui eurent lieu entre les dualistes manichéens, bardesanites, marcionites et d’autres philosophes, touchant les principes premiers et d’autres points... » Le livre de l’avertisse­ ment et de la revision, trad. Carra de Vaux, Paris, 1896, p. 145,182, 188. Les auteurs arabes nous prouvent ainsi que les disci­ ples de Bardesane, ou peut-être leurs historiens, dévelop­ pèrent les doctrines du maitre dans un sens manichéen, car, d’après Moïse Bar Cépha et, implicitement, d'après les Lois des pays, Bardesane prône, en effet, la lumière et les ténèbres comme deux éléments primitifs de la création, mais ces deux éléments n’avaient guère plus d'importance que les trois antres : le feu, le vent et l’eau, et étaient de nature analogue avec des propriétés différentes. Lois des pays.p. 19. Ajoutons que l’on prêta alors à Bardesane des ouvrages sur la lumière et les ténèbres, l’être immatériel de la vérité, le mouvement et l’immobilité, cf. Hilgenfeld, op. cit., p. 25, et un alphabet artificiel emprunté en réalité aux cabalistes juifs. Bubens Duval, Traité de grammaire syriaque, Paris, 1881, p. 12-13. En somme, Bardesane et ses disciples dessinent au j commencement de Père chrétienne un intéressant mou­ vement vers les sciences et la philosophie naturelle, qui manqua malheureusement d’une suite d’hommes de génie pour l’endiguer et le subordonner à la Bible et au dogme. Saint Ephrem arracha ses contemporains à l'étude de ce monde que Dieu avait livré à leurs contro­ verses pour les occuper. Eccle., r. 13; III, 11. et les ramena à l'unique méditation de la Bible et des mystères inson- 401 BARDESANITES dables du christianisme. Cent ans plus tard, 1’Orient était partagé en deux nouvelles hérésies, qui se récla­ maient de saint Éphrem, se mettaient sous le patro­ nage de ses écrits et luttaient par la parole et même par la force contre l’Eglise romaine, pendant que végé­ taient les sciences et que duraient les misères qu’il était de la mission de celles-ci de soulager. F. Nau. BARDI François, jésuite italien, né à Palerme le 12 décembre 1384, admis le 21 novembre 1610, professa neuf ans la philosophie, trois ans l’Écriture sainte, cinq ans la théologie morale, douze ans la théologie scolas­ tique et mourut à Palerme le 28 mars 1661. 1« Bulla Cruciatæ explicata et illustrata tractatibus locupletis­ simis opere quadripartito comprehensis..., in-fol., Palerme, 1646; editio secunda ab auctore recensita, cum auctario et defensione adversus Neoterici scripto­ ris objecta, in-fol., Palerme, 1656. Le Neotericus scriptor est le P. André Mendo, S. J., auteur d’un vaste com­ mentaire sur la Bulle. 2“ Disceptationes morales de conscientia in communi, recta, erronea, probabili, dubia et scrupulosa, in-fol., Palerme, 1650; in-8·, Franc­ fort, 1653. 3° Selectæ quais Hottes ex universa morali theologia quibus plura pro utroque foro exacte perpen­ duntur undecim libris comprehensae, Palerme, 1653. De Backer et Sommervogel, Bibi, de la C'· de Jésus, t. i, coi. 898-900; t. VIII, coi. 1762. C. Sommervogel. BARELLI François, barnabite, né à Nice en 1655, mort en 1725, a laissé en italien : 1° Mémoires historiques de la congrégation des barnabites, 2 in-fol., Bologne, 1703-1707, dont l’exactitude est parfois sujette à caution; 2“ Vies du B. Alexandre Sauli, des Vénérables Antoine Zaccaria, Victoire Angelini (extraites des Mémoires), Marguerite Balland et Marie Tomaselli, Bologne, 1706-1711; 3° Résolutions pratiques pour les confes­ seurs des religieuses, 2 vol., Bolognè, 1715; 4° Senti­ ments spirituels sur la passion de J.-C. pour les religieuses, Bologne, 1716; 5° Neuvaine en l’honneur de saint Joseph, Bologne, 1707. Glaire, Dictionnaire universel des sciences eccl., Paris, 1868, t. i, p. 221. C. Berthet. BARELLI Henri, barnabite, né à Crémone en 1724, mort en 1817, est auteur de : 1» De Christiana religione libri VU, in-8°, Bergame, 1790, poème didactique qui est un abrégé de la théologie et de toute l’histoire ecclésiastique; 2° Carmina, édités à Milan en 1843, sur des sujets théologiques. Glaire, Diction, univers, des sciences eccl., Paris, 1868, t. I, p. 221. C. Berthet. BAREZZI François, fils du célèbre Barezzo Barezzi, imprimeur à Venise et auteur de plusieurs ouvrages, appartenait au clergé séculier. 11 surveilla l'édition de diverses œuvres éditées par son père, les enrichissant de notes et de dédicaces; en particulier il donna des Additiones ad Manuale confessariorum Martini Navarri, publiées à la suite de ce Manuale, imprimé sur les presses paternelles, Venise, 1616. 11 fit de même pour la sixième édition de la Clavis regia sacerdotum casuum conscientise sive Theologiae moralis thesauri locos aperiens, de Grégoire Sayer (Sayrus), Venise, 1625, et du Thésaurus casuum conscientiæ continens praxim exactissimam de censuris ecclesiasticis aliisque pœnis, du même auteur, Venise, 1627. On lui doit aussi la traduction italienne des Discorsi quaresimali du Père Lopez d'Andrada, augustin espagnol, 1645, et d’autres collaborations à des ouvrages divers. Mazzuchelli, GU scrittori d'Italia, Brescia, 1758, t. n a. P. Édouard d’Alençon. BAR HÉBRÆUS, Grégoire Abûlfarage, prélat monophysite et écrivain encyclopédiste syrien, né à Méli- ■ BAR HÉBRÆUS 402 téne en 1226, mort à Maraga, le 30 juillet 1286. — I. Vie. II. Écrits. I. Vie. — Il était fils du médecin Aaron, juif converti, d'où lui vient son surnom de « fils de l'Hébreu »; il étudia à Antioche et à Tripoli, la philosophie, la théo­ logie et la médecine. Le patriarche monophysite Ignace II le détourna d’embrasser la vie érémitique et le consacra évêque de Guba (14 septembre 1246), puis le transféra au siège épiscopal de Lacabene (1247); Denys, successeur d’Ignace, le plaça enfin à la tète du diocèse d’Alep (1252). Bar Hébræus était encore à Alep en 1260 lorsque le roi des Mongols, Houlagou, vint en faire le siège. Il passa alors à l’ennemi et après un court emprisonnement de­ vint, semble-t-il, le médecin extraordinaire du roi des rois et de sa famille. Il fut nommé primat d'Orient par le patriarche Ignace III en 1264. Sa vie s’écoula dès lors à parcourir les provinces orientales du royaume des Mongols pour y faire des ordinations et y construire des églises et des monastères. Ces déplacements favorisaient d’ailleurs ses études, car il profitait de son séjour dans les différentes villes pour en visiter les bibliothèques et les archives et pour converser avec les savants : « Tan­ dis que j’étais à Babylone (Bagdad), écrit-il, pour régler les affaires ecclésiastiques, et que je visitais les fidèles demeurant aux environs de la ville, j’avais occasion de parler souvent avec d'habiles grammairiens, aussi je formai le projet de mettre par écrit les principes de cette science. » Payne Smith, Calai, cod. bibl, Bodl., cod. syr., col. 638. « Depuis l’âge de vingt ans jusqu’à la fin de sa vie, il ne cessa pas de lire ou d’écrire. » Assémani, Bibliotheca orientalis, t. n, p. 267. Ses écrits témoignent d’ailleurs de l’étendue, nous pourrions dire de l’universalité, de son érudition. II. Écrits. — Ils se rapportent aux sujets les plus di­ vers et sont consacrés à la théologie, à la philosophie, à l’Écriture sainte, au droit canon, à la grammaire, à l’histoire, à l’astronomie et à la médecine. Nous n’indi­ querons que ceux qui rentrent dans le cadre de ce dic­ tionnaire. t. encyclopédie. — Bar Hébræus composa une en­ cyclopédie « dans laquelle il réunit toutes les branches de la science ». Elle est intitulée La crème de la science, hérat l.iekmefo. Un seul chapitre, concernant la poétique, en a été publié par Margoliouth, Analecta orientalia ad poeticam aristoleleam, Londres, 1887, p. 114-139; mais il existe des manuscrits de l’ouvrage à Florence (daté de 1340), à Oxford (première partie seulement) et au Bri­ tish Museum, Or. 4079. Ce dernier, que nous avons vu et analysé, est un énorme in-folio de 322 feuillets trans­ crit en 1809. L’ouvrage est divisé en deux parties inégales : 1. Phi­ losophie théorique, fol. 1-285 (dans le manuscrit du Bri­ tish Museum); 2. Philosophie pratique, fol. 285-322. La première partie contient : a) la logique, fol. 1-156; Z>) les sciences naturelles, fol. 157-238; c) la philosophie et la théologie, fol. 238-285; la seconde partie comprend en trois livres : a) l'éthique, fol. 285-299; b) l’économique, loi. 299-306; c) la politique, fol. 306-322. La logique n’est autre que l'Organon d’Aristote. D’ailleurs dans tout l’ouvrage Bar Hébræus suit sur­ tout Aristote par l’intermédiaire, croyons-nous, de phi­ losophes arabes, mais il y fait entrer un résumé de toutes ses connaissances. Ainsi dans le Livre du ciel et delà terre,après un premier chapitre philosophique sur les propriétés communes à tous les corps célestes, il ré­ sume l'astronomie de Ptolémée. « Ici, comme dans la plupart de ses traités scientifiques, Bar Hébræus n’ap­ porte aucune idée nouvelle et originale; son œuvre est celle d'un érudit qui a beaucoup lu et beaucoup retenu et qui dispose ses matériaux avec méthode. » R. Duval. La littérature syriaque, Paris, 1899, p. 263. Bar Hébræus donna un abrégé de la première partie de cette encyclopédie dans Le commerce des commerces, 403 BAR HÉBRÆUS Tegrat fégrofo, ou résumé de logique, de physique et de théologie, ouvrage non publié encore dont il existe des manuscrits à Florence, à Berlin (Sachau 211), à Londres (Or. 4080), à Paris (syr. 330). II. ouvrages TBéologiques. — 4» Théologie dogma­ tique. — Bar Hébræus a écrit un ouvrage intitulé Le can­ délabre des sanctuaires, Menoraf qûdSé, dans lequel il expose les bases, ou principes, sur lesquels l’Église est fondée. Il n’est pas encore publié, pas plus que le Livre des rayons, Klaba dezalgé, qui en est une sorte d'abrégé, mais de nombreux manuscrits de ces ouvrages existent à Rome, Paris, Londres, Berlin, Cambridge, etc. Les bases sur lesquelles l'Église est fondée sont la science en général, la nature de l’univers, la théologie (De Deo uno et trino), l'incarnation, les anges, le sacer­ doce, les démons, l’âme intellectuelle, le libre arbitre, la résurrection, le jugement dernier, le paradis d’Éden. La partie consacrée à l’incarnation expose la doctrine monophysite telle que la comprend Bar Hébræus. Elle est divisée en six chapitres : I. possibilité de l’incarna­ tion; 2. du principe de l’unité de N.-S. le Messie;3. ca­ ractère de l’incarnation de Dieu le Verbe d'après la tra­ dition et réponse aux objections; 4. qu'il y avait en Notre-Seigneur unité de nature et de personne et pas seulement de volonté; 5. que la sainte Église des jaco­ bites confesse une nature provenant de deux natures, les marques distinctives de chaque nature étant conser­ vées, etsans mélanger les deux natures ensemble; fi. que le corps, après l’unité, ne fut pas changé en la nature du Verbe et qu’il ne devint pas (comme le Verbe) infini et impassible avant la résurrection, comme le disent les partisans de Julien (d’Halicarnasse). Chaque chapitre est subdivisé en sections. Certains de ces énoncés, franchement monophysites, semblent faire de Bar Hébræils un hérétique formel, mais on ne peut plus être aussi affirmatif quand on lit l'exposé de son opinion. Il suppose en effet que la nature ne peut pas exister sans la personne, et, cette erreur philosophique une fois posée, il ne peut plus placer deux natures en Notre-Seigneur sans y placer par là même deux personnes et devenir nestorien. Personam seu hypostasim cum substantia seu natura singulari per­ peram confundit, dit Assémani, Biblioth. orient., t. π, p. 284-297. Voici la traduction faite par Assémani d'un texte du Livre des rayons, dans lequel Bar Hébræus expose sa conception de la nature de Notre-Seigneur : Non unam simpliciter naturam dicimus, sed unam naturam ex duabus naturis substantialiter diversis. Objectio: Si con­ substantialis est Patri, idemqueconsubstantialis Marite, quomodo duas non habebit naturas, quibus utrique inaequali, æqualis sit'? — Responsio : Duplex est illa una natura, non simplex .secundum diversas igitur ejus significationes intequalibus illis ipse æqualis est. Loc. cit., p. 297. Aussi Assémani est obligé de conclure, p. 297-298 : Vides .lacobitas cum catholica Ecclesia fere de nomine pugnare et omnia quæ catholici de hypostatica unione docent et credunt, eosdem docere et credere, naturam duplicem appellantes, quam nos duas naturas, ut vere sunt, esse affirmamus. Ce n’est pas seulement Assémani, mais Bar Hébræus lui-même qui croyait à une simple querelle de mots entre lui, les catholiques, les nestoriens et les monothélites. 11 écrivait, en effet, de ces diverses contessions, d'après Assémani, loc. cit., p. 291 : Beliquæ vero, quæ hodie in mundo obtinent, sectæ, quum omnes de Trinitate et incolumitate naturarum ex quibus est Christus absque conversione et commistione æque bene sentiant, in nominibus unionis solum secum pugnant. Nous laissons à Bar Hébræus la responsabilité de son opinion, mais il nous semble résulter de ces textes, qu’il est indispensable, si l’on veut porter un juge­ ment solide sur la culpabilité formelle des hérétiques 404 1 orientaux, de commencer par publier et par étudier I leurs ouvrages. On y trouvera leurs formules dans leur I cadre naturel, expliquées par le contexte, et on pourra peut-être leur donner parfois un sens un peu diliérent de celui qu’elles ont quand on les transplante, en dehors du contexte, dans le cadre de la philosophie occidentale pour lequel elles n’ont pas été taites. Nous avons constaté nous-même, qu'au commencement du VI' siècle déjà, les monophysites comondaient la nature et la personne. Ils regardaient donc le concile de Chalcédoine comme une revanche des nestoriens, et s'imaginaient que ce concile avait promulgué, avec un autre mot équivalent, la doctrine de Nestorius. Nau, Les plérophories de .lean, evêque de Maiouma, Paris, 1899, C. VII, XIV, XX, XXVII, XXXIII, XXXVI, XL, LU, LVII, LIX, LXI, LXII, LXIII, LXXIII, LX.XXI. I I : ’ ! i I i 2° Théologie morale. — Nous plaçons sous ce titre VEthicon seu moralia publié par le R. P. Bedjan, in-8°, Paris, 1898. Bar Hébræus y distingue, p. 1-2, la science théorique, qui n’a pour terme que la connais­ sance, et s’occupe de discerner la vérité du mensonge, de la science pratique qui a pour terme la connaissance et l’action, et s’occupe de discerner le bien du mal. Il traite dans VEthique de la science pratique ou d'action. Comme d’ailleurs toute action est corporelle ou spirituelle et que l’action corporelle a pour but l’éducation et la discipline du corps ou bien les opé­ rations qui découlent de sa constitution, tandis que l’action spirituelle a pour but d’écarter l’âme des pas­ sions mauvaises ou bien de l’orner de vertus choisies, il divise l’ouvrage en quatre parties : 1. de l’ordon­ nance des mouvements qui concourent à l’éducation et à la discipline du corps (prière, veille, offices, chants, jeûnes, retraite, solitude, pèlerinage à Jérusalem); 2. des opérations du corps (du manger et du boire, du mariage légal, de la pureté du corps, des devoirs d’état, du travail des mains, de l’aumône); 3. des passions mauvaises et du moyen de s’en débarrasser (de l’âme et de ses passions, de l’éducation de l’âme, de la gour­ mandise, de la luxure, des péchés de la langue, etc.); 4. des vertus et de la manière de les acquérir (de la science, de la foi, de la patience, etc.). 3° Théologie ascétique. —Le R. P. Bedjan a publié à la suite de l’ouvrage précédent, p. 519-599, un petit traité as­ cétique de Bar Hébræus intitulé Liber columbæ, Kfaba d’iûna, seu directorium monachorum. Il existe des livres, dit Bar Hébræus, p. 521-522, qui apprennent aux malades de corps ce qu’ils doivent faire lorsqu’ils n’ont pas de médecin auprès d’eux, il convient donc aussi d’écrire un livre qui apprenne aux malades d’es­ prit ce qu’ils doivent faire lorsqu’ils n’ont pas de direc­ teur ou lorsque leur directeur est éloigné. L’ouvrage est divisé en quatre parties: 1. des exercices corporels que l’on doit faire dans un monastère ; 2. du travail spi­ rituel qui s’accomplit dans la cellule; 3. de la quiétude spirituelle qui échoit à « la colombe », qui la place sur le degré royal et l'introduit dans la nuée divine où il est dit que le Seigneur habite; 4. cette partie est sur­ tout personnelle. Bar Hébræus raconte qu’il lut ramené au bien par la lecture des écrits d’Evagrius et des ascétes; il ajoute donc cent sentences spirituelles qui doi­ vent produire Je même salutaire eflet sur lame de ses lecteurs. Ces quatre divisions correspondent à quatre parties de la vie de Noé : a) à sa belle conduite qui lui iit trouver grâce devant Dieu; b) à son entrée dans l’arche pour luir le déluge; c) à sa sortie de l'arche, quand la colombe lui annonça que les eaux avaient diminué sur la tace de la terre; d) aux révélations qu’il reçut et à l’alliance que Dieu contracta avec lui. Le P. Cardahi a publié aussi le Livre de la colombe, Kithabha Dhijaunâ, seu liber columbæ, Rome, 1899. Signalons encore ici : 1. le commentaire de Bar Hé­ bræus sur le Livre d’Hièrothée, conservé dans plusieurs 405 BAR HÉBRÆUS — BARKOWICH manuscrits à Paris et à Londres; ce livre d’Hiérothée dû à Étienne Bar Soudaili (v'-vi· siècle) était devenu très rare. L’exemplaire qui servit à Bar Hé­ bræus se trouve à Londres au British Museum (ms. add. 7189); 2. Une liturgie composée par Bar Hébræus et traduite par Renaudot, Liturgies orientales, Paris, 1716, t. n, p. 456. III. ouvrages de DROIT CANON. — Le Livre des direc­ tions, Ktaba dehûdoié, ou Nomocanon de Bar Hébræus a été publié par le R. P. Bedjan, in-8°, Paris, 1898. La traduction latine decet ouvrage, faite parÉloi Assémani, avait été publiée par le cardinal Mai dans Scriptorum veterum nova collectio, t. x. Tous les litiges, même purement civils, entre chrétiens orientaux, sont portés devant l'évêque ou le patriarche. Cet usage, conlirmé par tous les califes et sultans successifs, subsiste encore aujourd'hui. Il en résulte que le droit canon des Orien­ taux ne peut, comme le nôtre, se borner à traiter des matières ecclésiastiques, mais doit donner des solutions pour tous les litiges ou constituer un cours complet de droit. C’est bien là le caractère du Nomocanon de Bar Hébræus qui ne laisse d'ailleurs aucune place à la théorie, mais classe, sous les titres généraux, les déci­ sions correspondantes des conciles, des Pères, des doc­ teurs, et les lois des empereurs chrétiens qui avaient été traduites en syriaque et en arabe. Notons seulement qu’il utilise la Didascalie des apô­ tres, p. 26, 87, 97, 480, comme il l'avait déjà utilisée dans l’Éthique, p. 171, 193, Nau, La didascalie, Pa­ ris, 1902, p. 166, et qu'il cite même le concile de Chalcédoine. Il traite, en quarante chapitres, subdivisés en sections, de l’Église et de son gouvernement, des sa­ crements, des jeûnes et des fêtes, des testaments, des héritages, des achats et des ventes, du prêt, des gages, des servitudes, de la société, de la tutelle, du dépôt, de l'usutruit, du commerce, de l’irrigation des terres, de la culture des terres désertes, des objets et des enfants trouvés, des serviteurs, de la libération des esclaves, du rapt, des délits les plus graves, des serments, des vœux, des jugements, etc. Le cardinal Mai, loc. cit-, jugeait ainsi cet ouvrage : Est hujus libri dos præcipua, ut, nihil ei par aut simile in orientalis juris bibliotheca habeatur; ne Ebedjesu quidem excepto opere, quod in re ecclesiastica uberrimum, res civiles multo parcius attingit. Sane Bar Hébræus canones orientales et græcos, interdum etiam africanos, late complectitur, sed et leges Casarum permultas, aliquando nominatim, plerumque vero anonymas, nectit; quæ res postrema eruditis admodum jurisconsultis placebit, qui nostra telale jus ctesareum crilicamque ejusdem historiam tantopere ventillant ejusque fines quam latissime pro­ ferunt. iv. ouvrages historiques. — Bar Hébræus a composé une histoire universelle depuis la création jusqu'à son époque (1285). Elle est divisée en deux parties ; 1» Chro­ nicon syriacum, édité avec traduction latine par Bruns et Kirsch, Leipzig, 1789, 2 vol., et réédité avec grand soin par le R. P. Bedjan, Paris, 1890 ; 2» Chronicon ecclesiasticum,édité avec traduction latine par Abbeloos et Lamy, 2 vol., Louvain, 1872. Le Chronicon syriacum est consacré à l’histoire poli- · tique et civile de l’Orient. L’auteur nous avertit dans sa préface qu'il a comblé les lacunes des livres antérieurs, personne n’ayant écrit sur ce sujet depuis le patriarche Michel qui rédigea sa chronique quatre-vingts ans avant ' lui. Il a compulsé pour son travail les documents syriaques, arabes et persans réunis dans la bibliothèque de Maraga, ville de Perse, située non loin de Tauris, et l’une des capitales des Mongols. Sa source principale est toutefois la Chronique de Michel le Syrien qu’il se borne souvent à transcrire. Il divise son ouvrage en onze époques consacrées respectivement aux patriarches (Adam à Josué), aux juges (Josué à Saül), aux rois des | 406 Hébreux, aux rois des Chaldéens (Nabuchodonosor à Baltasar), aux rois des Mèdes (Darius le Mède),aux rois des Perses (Cyrus à Darius fils d’Arsam), aux rois païens des Grecs (Alexandre à Cléopâtre), aux empereurs romains (Antoine àJustin II),aux empereurs grecs chré­ tiens (Justin II à Héraclius), aux rois des Arabes et enfin aux rois des Huns. Le Chronicon ecclesiasticum traite en deux parties de l’histoire religieuse et ecclésiastique de l’Orient. La première partie commence à Aaron et donne de manière très concise l'histoire des grands-prêtres de l’Ancien Testament, puis développe l'histoire de l’Église syrienne occidentale et des patriarches d'Antioche jusqu’en 1285; un auteur anonyme l'a continuée jusqu'en 1495. La seconde partie consacrée à l'Église syrienne orientale renferme l’histoire des patriarches nestoriens et des primats jacobiles (maphriens) de Tagrit jusqu’en 1286; elle fut continuée jusqu'en 1288 par Barsuma, le frère de Bar Hébræus, et jusqu’en 1496 par un anonyme. Ici encore la source principale de l'historien est la Chro­ nique de Michel le Syrien qu'il transcrit. A la demande de savants arabes, Bar Hébræus com­ posa en langue arabe une recension de son Chronicon syriacum qu'il intitula Histoire des dynasties. H con­ serva la division en onze époques ou dynasties. Cette histoire fut éditée, avec traduction latine, par Pococke, Oxford, 1663, traduite en allemand, par Lorenz Bauer, Des Gregorius Abulfaradsch kurze Geschichte der Dynastien, Leipzig, 1783-1785, et rééditée par Salhani, Beyrouth, 1890. En somme, Bar Hébræus n’est dans toutes ses arnvres qu’un compilateur érudit et intelligent, un encyclopé­ diste; il n’est pas un auteur original; aussi n'a-t-il donné son nom à aucune théorie ni à aucune école, mais le nombre et la valeur scientifique de ses travaux en font, selon la parole d'Assémani, « le premier sans conteste des écrivains jacobites. » L'autobiographie de Bar Hébræus dans Assémani, Bibliotheca orientalis, Home, 1719-1728, t. η, p. 248 sq., dans Rœdiger, Chrislom. syr., Halle, 1868, p. 47-62, et dans Chronicon eccles., édit. Abbeloos et Lamy, Louvain, 1872, t. n, col. 431-487. Assé­ mani, toc. cit., analyse longuement presque tous les ouvrages de Bar. Hébræus. Pour les renseignements généraux, Rubens Duval, La littérature syriaque, Paris, 1899, passim (voir tables, p. 416): Wright, Syriac Literature, Londres, 1894; Noldeke, Orientalische Skizzen, Berlin, 1892, p. 253-273 ; L. Cheikko, Barhébroeus, l'homme et l'écrivain, dans le journal arabe AlMachriq. en 1897, et à part, Beyrouth, 1898; J. Gottsberger, Barhebràus und seine Scholien zur heiligen Schrift, dans Biblische Studien, Fribourg-en-Brisgau, 1900, t. v. fasc. 4,5. On trouvera aussi des détails biographiques et bibliographiques dans Nau, Le livre de l'ascension de l’esprit sur la forme du ciel et de ta terre, cours d'astronomie rédigé en 1279 par Gré­ goire Aboulfarag. dit Bar Hébræus. 2· partie, traduction française, Paris, 1900, p. i-iv. Nous avions publié, six ans plus tôt, une no­ tice sur l'auteur et l'ouvrage. Congrès scientifique internatio­ nal des catholiques tenu à Bruxelles du 3 au 6 septembre 1824, θ· section, p. 154-174. F. Nau. BARILE Jean-Dominique, théologien moraliste ita­ lien, de l’ordre des théàtins, vivait dans la première moitié du XVIIIe siècle ; on a de lui : 1° Le moderne conversazioni giudicale nel tribunal coscienza, in-8», Rome et Ferrare, 1716; 2° Scuola di teologiche verita aperta al monde cristiano d'oggidi, osia l’amor platonico smascheralo, in-4», Modène, 1716. Hœfer, Nouvelle biographie générale, t. ir, p. 505. V. Oblet. BARKOWICH François-Wenceslas, originaire de Venise, vécut dans la seconde moitié du xvm' siècle; entré dans la congrégation des somasques, il y professa successivement les mathématiques, la philosophie et la théologie. On a de lui un traité Dell’ esistenza, providenza e degli altri attributi di Dio, della natura de' miracoli, dell’ immalerialità, liberté e immorlalilà 407 BARKOWICH — BARLAAM semble que quelques-uns au moins des moines, le men­ ton collé à leur poitrine, fixaient obstinément le milieu de leur ventre. A persister dans ce genre de contempla­ Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1853, t. iv, tion, disaient les moines, il arrivait qu'on apercevait une p. 514: Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1893, t. U, col. 1303. grande lumière, qui remplissait d'une joie inexprima­ ble. Or, ajoutait-on, cette lumière n’était autre que la V. OblET. 1. BARLAAM, de Seminara (Calabre), moine basilien gloire et la lumière incréée de Dieu, distincte de son dans le diocèse de Mileto, abbé de Saint-Sauveur (ou du essence, de même nature que celle qui éblouit au Thabor Saint-Esprit) de Constantinople, évêque de Gérace, en les yeux des apôtres, et dont la vue constitue la béati­ Calabre (1342), mort vers 1348. — I. Vie. IL Œuvres. tude des élus. Voir les mots Hésychastes et Palamas, I. Vie. — C'est un bien curieux personnage, insuffisam­ et, pour la discussion théologique de ces théories, Petau, ment étudié jusqu'ici. Mathématicien, philosophe, ora­ Dogmata llieolog., De Deo, 1.I, c. xn, xm. Ces bizarres teur, versé dans les deux langues grecque et latine, il affirmations avaient excité de suite la verve de Barlaam fut l’un des premiers à répandre la connaissance du Non content de tourner en ridicule la grossièreté et grec en Italie : il l’enseigna notamment à Pétrarque. Ses l’ignorance des moines, il les taxa d’hérésie. Les esprits contemporains, italiens et grecs, parlent de son savoir s'échauffèrent. Les moines confièrent au plus illustre avec enthousiasme : il faut en excepter Nicéphore Gréd’entre eux, Grégoire Palamas, le soin de les défendre. goras, qui le juge de façon sévère. P. G., t. cxLvm, Un synode se tint â Sainte-Sophie de Constantinople,ou col. 761. présence de l'empereur et d une foule considérable Mais ce n’est pas du précurseur de l'humanisme que (1341). Barlaam fut condamné. 11 aurait fait amende nous avons à nous occuper, c’est du théologien. Son honorable et reconnu que Palamas avait raison, au dire nom demeure attaché à deux questions : celle des hésyde Jean Cantacuzène, témoin suspect. P. G., t. cliti, castes ou palamites, et celle du schisme grec. Comme col. 676. Quoi qu'il en soit, Barlaam reprit ses attaques il a écrit et pour les grecs contre les latins et pour les contre les palamites, et, comme l'empereur Andronic latins contre les grecs, quelques auteurs ont pensé mourut sur ces entrefaites, il jugea prudent de rega­ qu'il y eut deux écrivains du nom de Barlaam; en réa­ gner l'Italie. lité, nous sommes en présence d'une personnalité unique, Il y reçut bon accueil, puisque, dès l’année suivante mais changeante. (1342), il était nommé évêque de Gérace. C’est dire que Que ce soit par ambition, comme on l’a dit, ou sim­ le changement de front fut complet et qu’il servit de nouveau la cause de l’Église romaine. Comme il avait plement par amour de l’étude, le moine calabrais passa en Grèce. Sa culture lui attira la renommée, et ses écrits écrit pour les Grecs, il écrivit contre leurs doctrines. lui valurent les bonnes grâces de l’empereur Andronic IL Œuvres. — Nous avons de lui, dans l’ordre ou les le jeune. Barlaam adopta, en effet, les doctrines schis­ reproduit la Patrologia græca, t. eu: 1» Une lettre à ses amis de la Grèce, col. 1255-1271. L’Église de Rome, matiques, et les défendit dans une série d'ouvrages. Le plus important, et le seul qui ait été imprimé, est un dit-il, a quatre caractères qui doivent ramener à elle : la traité contre la primauté du pape ; il y expose clairement perfection de la discipline, le zèle pour l’instruction, la les arguments classiques du schisme grec. Chemin fai­ vénération pourle pape représentant du Christ (Barlaam sant, il s’appuie sur la fable de la papesse Jeanne, oppose habilement l'unité du gouvernement dans l’Église romaine â la multiplicité des patriarches dans laquelle du reste, à cette date, était acceptée par les ca­ l’Église grecque et â la mainmise par les princes tempo­ tholiques aussi bien que par les hétérodoxes. P. G-, t. eu, col. 1274. rels, quels qu'ils soient, sur l’autorité suprême), la pro­ En 1339, Barlaam fut envoyé par l’empereur Andronic pagation de la foi. Cet opuscule est net, incisif, vrai­ au pape Benoit XII. Le but de son message était d'obte­ ment remarquable. Un passage digne d’être noté est nir des secours contre les Turcs; pour décider le pape, celui ou Barlaam explique les changements qui se sont introduits, au cours des siècles, dans l’Église latine, â Barlaam promettait que, la guerre finie, on reprendrait l’alïaire de l'union des deux Églises. 11 proposait, pour l’encontre des canons apostoliques et des sept conciles œcuméniques admis par les Grecs, Il observe que, dans aboutir à des résultats définitifs, la tenue d’un concile ces canons et dans ces conciles, il y a lieu de distinguer œcuménique, disant que, si le IIe concile de Lyon n'avait pas réussi et n’était point tenu pour œcumé­ ce qui est de foi ou de précepte divin et ce qui n’en est nique par les Grecs, la cause en était que les Grecs qui y pas. A ce qui est de foi ou commandé parNotre-Seigneur l’Église romaine n’a jamais touché, et il n’est pas per­ assistèrent n’avaient pas été désignés par les patriarches mis de le faire. Il en va autrement du reste; avec le et par le peuple, mais par l’empereur seul qui voulut temps, ce qui était bon devient moins bon et peut être imposer l'union de force, non la faire agréer. Le pape modifié avec profit. Or il n’est pas nécessaire, pour que perça â jour la tactique impériale. L'expérience avait ces réformes s’accomplissent, de recourir au concile appris qu'en dépit de leurs promesses les Grecs, une fois secourus, ne songeaient plus à l'union et « mon­ œcuménique, nonenim eoquod sit majoris auctoritatis, et magis possit generale concilium quam apostolica traient non plus leur visage, mais leur dos à l’Église romaine ». C’est ce que rappela Benoit XII. Quant â sedes, generalia aggregantur concilia, sed quia inci­ remettre en question les points définis par le concile de dentes quæsliones difficiliores sint et majore indigeant Lyon, le pape déclara que c’était impossible, bien que discussione, coi. 1270-1271. La primauté du pape et le Barlaam objectât que c’était avantageux, la vérité appa­ rôle du concile œcuménique sont ici précisés â mer­ veille. — 2’ Une seconde lettre aux mêmes sur la pri­ raissant d’autant plus claire et p ire qu'elle est plus dis­ cutée, à l’instar des aromates qu’on ne peut agiter sans mauté de l’Eglise romaine et la procession du SaintEsprit. col. 1271-1280. Barlaam y fait usage de la lettre, qu’ils deviennent plus odorants. P. G., t. cli, col. 1338, ultérieurement reconnue apocryphe, du pape saint Clé­ 1340. ment à l’apôtre saint Jacques le mineur. — 3» Un court Des luttes et des déceptions attendaient Barlaam â traité sur la procession du Saint-Esprit, col. 1281-1282. Constantinople. C’était le temps où les moines du mont — 4« Une réponse, col. 1301-1309, à Démétrius Cydo­ Athos — « qu’on pourrait appeler la cité céleste », dit un de leurs partisans, l'historien-empereur Jean Cantanius, qui lui avait demandé les motifs de son adhésion cuzène, P. G., t. ci.ni, col. 666 — se livraient à une au Filioque. — 5° Une réponse, col. 1309-1314, â Alexis Calochète qui, de concert avec d’autres amis grecs de < (range méthode d'oraison : elle consistait dans une Barlaam, l’avait prié de lui transmettre, en les tradui­ sorte de contemplation faite de repos, d’immobilité pro­ sant, quelques-uns des textes sur lesquels s'étayaient ses longée, dans la solitude de la cellule. En outre, il della mente umana, della distinzione del bene e del male morale, in-8°, Venise, 1730. 409 BARLAAM — BARLAAM ET JOSAPHAT affirmations relatives aux quatre caractères de l’Église romaine. Ces textes étaient les suivants : des lettres des papes, à partir de saint Clément, attestant qu’ils avaient pourvu, de par leur office, au gouvernement de l’Église universelle; des passages de saint Ambroise, de saint Grégoire le Grand et de saint Jérôme sur la procession du Saint-Esprit ex Filio; les décrets d’un concile œcu­ ménique où auraient été définies les questions pendan­ tes entre les deux Églises et dont les Grecs n’avaient pwv.r.' cmviTdwsawai'. Λ’οικτλγ «cîuiw si: jRnnbuwr eiwus'æ ces textes; dans la réponse que nous possédons, il s'at­ tache à prouver que les Grecs, en désobéissant à l’Église romaine, ne sont pas seulement des schismatiques, mais encore des hérétiques. Sa définition de l’hérésie est intéressante, surtout avec les explications qui l’ac­ compagnent : Quid ergo hæreticus est et paradogmatistaf Quem post binam admonitionem fugiemus? An certe ille qui sapit et dicit aliquid in dogmatibus ita oppositum alicui eorum quæ vel in sacra Scriptura aperte dicuntur, vel in generalibus conciliis expresse determinata sunt, ut cum hoc sit tollatur illud,et cum illud non sit non possit hoc esse : atque talis ad illa repugnantia est ex ea quæ vituperatur hæresis, col. 1311. Le concile général que les Grecs ignoraient, et dont Barlaam se réclame sans le désigner autrement qu’en citant sa définition sur la procession du SaintEsprit ex Patre Filioque tanquam ex uno principio, est le 11' concile œcuménique de Lyon (1274). Dans cette lettre, Barlaam parle aussi de la question du pain azyme. — 6° Un traité encore sur la procession du Saint-Esprit ex Filio, prouvée par la sainte Écriture, col. 1314-1330. — 7° Énlin Barlaam a composé une Ethica secundum sloicos, col. 1341-1364. Comme le titre l’indique, l’œuvre n’a rien d’épiscopal, ni même de chrétien ; elle est du ressort des historiens de l’hu­ manisme. 1. Œuvres. — Logisticæ sive arithmeticae subtilius demon­ strat.? libri VI (grec el latin), Strasbourg, 1572. Des œuvres écrites contre les latins une seule a été publiée, le II,si τής τοϋ Πάνα Oxford, 1592 ; rééditée plusieurs fois, notamment par Saumaise. en appendice à son De primatu papæ, Leyde, 1645. elle a été insérée dans P. G., t. cli, col. 1255-1280 (en bas des pages, texte grec seul). Sur les autres écrits contre les latins cf. Fabri­ cius, Biblioth. græca, Hambourg, 1808, t. xt, p. 464-468, ou P. G., t. CLI, col. 1249-1253, et Demetracopoulo, Græcia orthodoxa sive deGræcis qui contraLatinos scripserunt, Leipzig,1872, p.73-75. Le discours sur l’union prononcé devant Benoit Xll et la bulle de Benoit XII qui le renferme se trouvent P. G., t. eu, col. 13311342; cf. Raynaldi, Annales eccles., ad an. 1339, n. 19-42. Les écrits pour les latins et VEthica secundum stoicos se trouvent (texte latin), P. G., t. eu, col. 1255-1282, 1301-1330,1341-1364. La première lettre de Barlaam à ses amis de la Grèce a été repro­ duite, en majeure partie, dans Raynaldi, Annales eccles., ad an. 1341, n. 71-81. H. Vie. — 1· Sources anciennes ; Nicéphore Grégoras, Byzantinæ historiæ, 1.XI, c. x; XVIH, vil, vm; XIX, i;XX,iv; XXV, vin; XXVII, vin; XXIX, v; XXX, n. ni, P. G., t. cxi.vm, col. 759-766,1161-1162, 1167-1170, 1179-1200,1245-1248; t. CXLIX, col. 21-22, 119-120,203-206, 235-236,239-240; du même, fragments d’un dialogue intitulé Florentius. P. G., t. CXLIX, col. 643-648, cf. P. G., t. CXLVIII, col. 761 ; Grégoire Palamas, Hagioriticus tomus de quietistis, P. G., t. cl, col. 1225-1236 (Barlaam y est combattu sans être nommé); Philotée, patriarche de Constan­ tinople, Gregorii Palamæ encomium, P. G., t. eu, col. 584-612; Nil, patriarche de Constantinople, Gregorii Palamæ encomium, P. G·, t. cli, col. 665; Tomi synodici très in causa palamitarum, P. G., t. eu, col. 679-774, cf. P. G., t. cui, col. 1241-1253, 1269-1273, 1273-1284, et Coleti, Sacrosancta concilia, Venise, 1731, t. XV, col. 559-562, 613-614; deux lettres à Barlaam. l’une d’Alexis Calocliète, P. G., t cli, col. 1282, l’autre de Démétrius Cydonius, F. G., t. CLI, col. 1283-1301 ; Jean de Cyparisse, Ριιίαmiticarum transgressionum, serm. i, c. m, P. G., t. ci.n, col. 680-681; Jean Cantacuzène, Histor., I. II, c. xxxix-xl; Π1, xcvm; IV, xxiv, P. G., t. cliii, col. 661-682, 1287-1288; t. α.ιν, col. 193-198; du même (sous le pseudonyme du moine Christodule), fragments du Contra Barlaam et Acyndinum, P. G., t. ci.tv, col. 693-710; Georges Phranzès, Chronicon ma­ jus, 1.1, c. XXXIX ; IV, xxit, P. G., t. CLVI, col. 667-668, 1017-1018. 410 2· Travaux modernes : L. Allatius. De Ecclcsiæ orientalis et occidentalis perpetua consensione, Cologne, 1648, l. Il, c. xvi, xvn : Fabricius, Bibliotheca græca, Hambourg, 1808, t. xi, p. 462-470, ou P. G., t. eu, col. 1247-1256 ; And. Demetracopoulo, Græcia orthodoxa sive de Græcis qui contra Latinos scripse­ runt et de eorum scriptis, Leipzig, 1872, p. 71-75 ; G.-A. Mandalari. Fra Barlaamo Calabrese, maestro del Petrarca, Rome, 18-8. Voir, pour l’indication des autres ouvrages, U. Chevalier, Bépertoire des sources historiques du moyen âge. Bio-biblio­ graphie, col. 222, 2422. F. Vernet. 2. BARLAAM ET JOSAPHAT, leur légende. L Histoire de la démonstration du caractère légendaire. IL Ressemblances avec l'histoire de Bouddha. III. La recension grecque. IV. Voie et intermédiaires par lesquels la légende a passé de l’Inde à Jérusalem. V. Rapports du texte grec avec [’Apologie d'Aristide et l'ouvrage d’Agapet. VL Popularité de la légende. VU. La légende et la théologie. 1. Histoire de la démonstration du caractère légendaire. — A la date du 27 novembre, on lit, dans le martyrologe romain, l’annonce que voici : Λρι«( Indos Persis finitimos, sanctorum Barlaam et Josaphat, quo­ rum actus mirandos sanctus Joannes Damascenus conscripsit. C’est seulement à partir de l'édition de 1583 que les saints Barlaam et Josaphat figurent dans le martyrologe romain. Auparavant, ils n’apparaissent pour la première fois, dans les calendriers de l’Occident, que dans le martyrologe d'Usuard (édition de 1515, avec les additions de Greven), dans celui qui porte le nom de Canisius, édité en allemand, en 1562, par Adam Walasser, et dans celui de Maurolycus, publié à Venise en 1568. Dans l’Eglise grecque, la mention au calendrier des saints Barlaam et Josaphat est plus ancienne, quoique rare. On ne la trouve point dans le ménologe de Ba­ sile, et seuls quelques synaxaires les mentionnent. Cf. H. Delehaye, Synaxarium ecclesiæ Constanlinopolitanæ, 1902, col. 925. On signale une relique de saint Josaphat. un fragment de l’épine dorsale, qui était con­ servé à Venise et qui, en 1571, fut donné par le doge Luigi Mocenigo au roi de Portugal, Sébastien. Quand le prétendant Antonio dut fuir devant Philippe II, son fils Emmanuel olfrit en 1633 la relique au monastère de Saint-Sauveur, à Anvers. Elle est aujourd’hui encore gardée dans la même ville, à l’église de Saint-André, dans la châsse dite des trente-six saints. Malgré ces témoignages de la liturgie en faveur des saints Barlaam et Josaphat, les écrivains ecclésiastiques se sont, de tous temps, préoccupés de l'authenticité de leur histoire et même de la réalité de leur existence. Bellarmin, De scriptoribus ecclesiasticis, Paris, 1658, p. 252, s’y montre favorable, ainsi que Jacques de Billy, dans sa traduction latine des œuvres de saint Jean Damascène. Rosweyde, Vitæ Patrum, Anvers, 1651, p. 339, fait de sérieuses réserves, qui ne sont pas admises par Léon Allatius, Prolegomena,p. χχνιπ,έ l’édition de saint Jean Chrysostome par Lequien, Paris, 1712. Huet,évêque d’Avranches, relève d’évidentes fictions, mais se déclare lié par le martyrologe romain. De Vorigine du roman, 2» édit., 1678, p. 87. Tillemont est fort hésitant et ne voit pas le moyen de discerner le vrai du taux. Mémoires pour servir à l'histoire eccles., 1703, t. x, p. 476. Enfin, Chastelain, Martyrologe universel, Paris, 1709, et dom Ceillier, Hist. gén. des auteurs sacrés et eccl., Paris, 1752, t. xvili, p. 150. se prononcent ouvertement coutre l’authenticité de la légende. En ces derniers temps, on a eu enfin la clef de l’énigme. Dès le commencement du xvn» siècle, l’historien portugais Diego do Couto, Decada quinta da Asia, 1. VI, c. n, Lisboa, 1612, fol. 123 sq., avait été trappe des ressemblances que présente l'histoire de Barlaam et de Josaphat avec la légende du Bouddha. Mais cette remarque avait complètement passé inaperçue. En 1859, M. Laboulaye, Journal des Débats, 26 juillet 1859, . signala de nouveau ces analogies. Un an plus tard, en 411 BARLAAM ET JOSAPHAT 1860, les deux récits furent comparés en détail par F. Liebrecht, Die Quellen des Barlaam und Josaphat, dans Jahrbuch für romanische undenglische Lileratur, 1860, t. n, p. 314-334, et aussi dans son livre Zur Volkskunde, Heilbronn, 1879, p. 441-460. La découverte lit rapidement son chemin : Bemey la fit connaître dans Gôttingise/re gele/irten. Anxeigen, I860, p. 871 sq. ; Emilio Teza, dans les Sacre rappresentazioni dei secoli xiv, xv e xvi d'Ancona, Florence, 187'2, t. Il, p. 146-162; C. A. Holmboe, dans son livre En buddhistic Legende, Christiania, 1870, p. 340-351, et surtout Max Muller, dans son article, On the migration of Eables, dans Contemporary Revieiv, juillet 1870, Ou Chips from a german workshop, 1875, t. iv, p. 174 sq., ou Essais sur la mythologie comparée, trad. G. Perrot, p. 456 sq. Enfin, M. Emmanuel Cosquin publia dans la Revue des questions historiques, octobre 1880, t. xxviii, p. 579-600, une étude très approfondie, où il démontra nettement l'origine indienne de la légende des prétendus saints Barlaam et Josaphat. II. Ressemblances avec l’histoire de Bouddha. — Le doute en effet n’est plus possible, l’histoire de ces personnages reproduit trait poudrait celle de Bouddha. Joasaph (c’est la forme primitive du nom de Josaphat) est le fils d'un roi indien, nommé Abenner. A sa nais­ sance, il fut prédit qu’il se ferait chrétien. Pour écarter cette éventualité, son père le fit élever loin du monde et déroba à la vue de l’entant le spectacle des misères de cette vie. Malgré ces précautions, diverses circons­ tances révèlent à Joasaph l’existence de la maladie, de la vieillesse et de la mort. L'ermite Barlaam s’introduit auprès de lui et le convertit au christianisme. Joasaph entraîne dans sa conversion son père, tous les sujets de son royaume et jusqu'au magicien Theudas envoyé pour le séduire; puis, il renonce au trône et se fait ermite. Voici maintenant le fond analogue de la vie du Bouddha. Les brahmanes ayant prédit, à sa naissance, que l'enfant renoncerait un jour à la couronne et le roi ayant vu en songe son fils devenu ascète errant, l'emerma dans trois palais et fit publier, à son de cloche, l'ordre d'écarter de la vue de son fils tout ce qui pourrait attrister ses regards. Mais Siddhàrta (c’est le premier nom de Bouddha) rencontre successivement un malade, un vieillard décrépit et un cadavre. Plus tard, il fait la connaissance d’un bhikshu, religieux mendiant. Comme Joasaph, Siddhàrta émet, sur ces diverses rencontres, des réflexions qui le persuadent du caractère éphémère de la vie et le poussent à mener une existence plus par­ faite. 11 renonce au trône, malgré les remontrances de son père et la suprême tentation du démon Pàpiyân. On le voit, l’identité est complète entre les deux légendes. Les noms mêmes sont identiques, car Joasaph dérive, par des transformations successives mais normales, de Bodhisattva, le nom du Bouddha. En efiet, le grec ’lüiioaçest la transcription de l’arabe Yoûasaf et celuici, d’après l'auteur arabe du Ketab-al-Fihrist, désigne le Bouddha. La transcription exacte de Bodhisattva en arabe serait Boûdsatf, et en effet, on rencontre chez certains auteurs arabes et persans les formes-Boûdàsp et Boûdâshp. Or, dans le système d’écriture des arabes, la môme graphie, selon qu elle est accompagnée ou non de certains signes, peut se lire B ou Y. On a donc pu lire aussi Yoùdsalf, dont il n’existe pas, il est vrai, de trace, mais qui suppose la forme Yoiidsasn, qui a été trouvée. De Yoûdsasp est venu Yoûdasf et puis Youâsaf. Voir sur ce point A. Weber, Indische Streifen, t. ni, p. 570, note. III. La recension grecque. — 1» Les éditions. — La plus importante des recensions de la légende de Barlaam et de Jonsaph est celle qui a été rédigée en grec. J.-B. Docen, Ueber die Æsopischen Fabeln, dans J.-C. von Aretin, Beitnige zur Geschichte und Literalur, 1807, t. ix, p. 1247, et Valentin Schmidt, Wiener Jarhbûchern, 412 1824, t. xxvi, p. 25-45, en donnèrent les premiers quel­ ques extraits. Le texte intégral fut publié, d’après trois manuscrits de Paris (n. 903, 904 et 1128), par J.-Fr. Boissonade, Anecdota græca, Paris, 1832, t. iv, p. 1-365. Cette édition, avec la traduction latine de Billy, fut reproduite dans Migne, P. G., t. xcvi, col. 857-1250. En 1885, Sophronios fil paraître à Athènes une troisième édition du tameux texte. Toutefois, ces travaux ne peuvent encore être considérés comme définitifs; ils n'ont pas suffisamment tenu compte des nombreux manuscrits qui renferment le texte. Voir, à cet égard, Zotenberg, Notice sur le livre de Barlaam et Joasaph, Paris, 1886, p. 3-5; E. Kuhn, Barlaam und Joasaph, Munich, 1893, p. 48-49. Ces listes pourraient encore être allongées, car M. Kuhn, qui complète M. Zotenberg, cite seulement quatre manuscrits au Vatican; en lait, il y en a onze. Cf. Hagiographi Bollandiani et Pius Franchi de' Cavalieri, Catalogus codicum hagiogr. græc. bibl. Vaticanæ, Bruxelles, 1899, p. 305. 2° Son rédacteur. — Quel est le rédacteur de la légende grecque de Barlaam et de Joasaph ? « La plupart des manuscrits de date ancienne, dit M. Zotenberg, op. cit., p. 6-7, nous apprennent que l’histoire a été apportée dans la villesainteparun moine du couventdeSaint-Saba, nommé Jean. Dans quelques copies modernes, ce per­ sonnage est désigné comme « moine du couvent de SaintSinaï ou Saint-Sinaïtes, et dans un petit nombre d’exemplaires du xvi· et du xvu» siècle, on lit que ce récit, apporté par quelques hommes pieux de l’Inde â Jérusalem, au couvent de Sainl-Saba, a été rédigé par saint Jean Damascene ». Deux autres manuscrits, le n. 137 de la Bibliothèque naniane à Venise, et le n. 1771 de la Bibliothèque nationale de Paris, attri­ buent l’œuvre à Euthyme l'ibère, qui aurait traduit l'histoire de Barlaam et Joasaph du géorgien en grec. 1. Est-ce Euthyme l'ibère ? — Malgré son caractère étrange et son peu de probabilité, cette dernière opinion a trouvé des partisans convaincus, comme le baron V. R. Rosen, Zapiski vostoénago otdèlenija imperatorskago russkago archeologiéeskago obSèestva, 1887, t. Il, p. 166174; N. Marr, ibid., t. m, p. 233-260, et Ilommcl, dans l’appendice de l’ouvrage de Weisslowits, Prinz und Derwich, p. 136-140. M. E. Kuhn, Barlaam und Joa­ saph, dans Abhandlungen der K. Bayer. Akademie der Wiss., I" classe, 1893, t. xx, part. I, n'a pas eu de peine à réfuter les arguments très fragiles qui ont été présentés pour donnera saint Euthyme l’ibère la pater­ nité du texte grec de l’histoire de Barlaam et de Joasaph. ï. Est-ce saint Jean Damascene? — C’est Jacquesde Billy qui a surtout contribué à faire passer saint Jean Damascène pour l’auteur de cette légende. M. Zotenberg, op. cit., p. 12-35, a péremptoirement établi que les cinq preuves produites par Billy ne démontrent nullement sa thèse. En effet, le témoignage de Georges de Trébizonde manque absolument d’autorité ; l’affirmation vague et dépourvue d’arguments, relative au style de saint Jean Damascene qu’on prétend retrouver dans le livre de Barlaam et Joasaph, n’est pas vérifiée en lait. Les cita­ tions bibliques qui ont été invoquées démontrent que saint Jean Damascène et l’auteur du roman n'ont pas eu sous les yeux le même exemplaire du texte sacré; quant aux extraits des Pères de l’Église, ils ne sont pas suffisants pour établir l’identité des deux écrivains. Un dernier argument est tiré de la similitude de certaines doctrines. 11 s’agit surtout d’une dissertation sur le libre arbitre. M. Zotenberg montre nettement que les deux auteurs ont fait, indépendamment l’un de l’autre, de larges emprunts au traité de Némésius et que la défi­ nition amplifiée de la βουλή, reproduite littéralement dans les deux ouvrages, parait provenir de quelque commentaire d'Aristote. Quant au passage relatif au culte des images, il y a lieu de remarquer que, bien avant saint Jean Damascène, le grand protagoniste de 413 BARLAAM ET JOSAPHAT celle doctrine, les Pères de l’Église ont traité ce sujet, et à cet égard, les phrases du livre de Barlaam et de Joasaph peuvent appartenir aussi bien au V' siècle qu'au vu» ou au viu«. 3. C’est plutôt Jean, moine de Saint-Saba. — On peut donc se rapporter à la rubrique d'un certain nombre de manuscrits, d’après laquelle l'histoire de Barlaam et Joasaph aurait été rédigée διά Ίωάννου μοναχού άνδρος τίμιου καί έναρέτου μονής του άγιου Σάοα. Il n’y a malheu­ reusement aucun indice pour identifier le nom d'une façon plus précise. On admet généralement que le livre de Barlaam et Joasaph fut composéau couvent de SaintSaba, près de Jérusalem, dans la première moitié du vil" siècle. C’est à cette date que mènent, avec vraisem­ blance, l'élude du système théologique de l'ouvrage et les détails de la partie narrative. Les manuscrits dont nous venons de parler attestent nettement la provenance indienne de l’histoire de Barlaam et Joasaph : Ιστορία ψυχωφελής εκ τής ενδότερας των ΑΐΟιόπων χώρας, τής ’Ιν­ δών λεγάμενης προς την αγίαν πάλιν μετενεχόεΐσα. IV. Voie et intermédiaires par lesquels la légende a passé de l'Inde a Jérusalem. — Pour expliquer par quelle voie et par quels intermédiaires s’est effectué le voyage, on a pensé aux chrétiens de la côte de Malabar, mais il semble peu probable que ces nestoriens aient eu chance d’étre accueillis dans la société si orthodoxe de Saint-Saba, à moins qu’il ne se soit agi d’indiens, chré­ tiens de naissance ou de bouddhistes nouvellement convertis, qui venaient visiter les Lieux-Saints. Toute­ fois, cette solution n’a guère prévalu et voici comment on explique la transformation de la légende bouddhique en roman chrétien de Barlaam et de Joasaph. On sait, par d'autres faits analogues, par exemple celui de la légende de Kalilah et Dimnah et du roman des Sept Sages, comment se sont accomplies des pérégrinations littéraires du même genre. De l'Inde, ces livres ont pénétré en Perse et y ont été traduits en pehlevi, la langue officielle des Sassanides (226-641). Du pelhevi ils ont passé au syriaque ou à l'arabe, et de là sont issues les versions hébraïques et grecques, qui ont ensuite donné naissance aux traductions en diverses langues. Telle semble avoir été aussi la marche suivie par l'his­ toire de Barlaam et Joasaph. On a retrouvé divers exem­ plaires d’une ancienne version arabe qui a, avec l'histoire du Bouddha, des rapports beaucoup plus intimes que le livre grec. D’autre part, les recherches de MM. Rosen et Marc assignent avec raison à la rédaction géorgienne une place intermédiaire entre la forme arabe et la ré­ daction grecque. Celle-ci apparaît comme un rema­ niement, très surchargé de théologie, de l’original perdu de la version géorgienne. On conjecture que cet original était une traduction syriaque, que nous ne possédons plus, du livre pelhevi d’où procède le texte arabe. La recension grecque ayant été écrite aux environs de l’an 630, on remonte pour le livre pelhevi au vie siècle. Or précisément à cette époque, le christianisme et le bouddhisme faisaient en Bactriane de nombreux prosé­ lytes. Les bouddhistes avaient composé en pelhevi un livre de Yûdàsaf; un chrétien a pu avoir l'idée d'appro­ prier à sa religion la même histoire. S’il y a, dans cet ensemble d’explications de la diffusion du livre de Bar­ laam et Joasaph, encore un certain nombre d’hypothèses, on doit pourtant convenir que ce système, qui a été brillamment exposé par M. E. Kuhn, op. cit., p. 34 sq., est aussi plausible que solidement étayé. Si jamais on retrouvait la version syriaque du livre de Barlaam et de Joasaph, on serait probablement mis en possession du fil précieux qui manque encore pour l’absolue solidité de la trame. V. Rapports du texte grec avec l’Apologie d'Aris­ tide et l'ouvrage d'Agapet. — Il importe de relever encore quelques particularités intéressantes du texte grec de la légende de Barlaam et de Joasaph. 414 Ie Rapports avec l’Apologie d'Aristide. — En colla­ borant avec M. J. Rende! Harris à l'édition de l’Apologie d'Aristide, M. Jean Armitage Robinson a reconnu qu’un fragment assez considérable de ce traité a été inséré dans l'histoire de Barlaam et de Joasaph. Ce sont les pages 239-254 de l’édition de Boissonade, depuis les mots : Έγώ, βασιλεύ, προνοία Θεού ήλ&ον εις του κόσμου jusqu'à ία, κρίσιν έκφυγόντες και τιμωρίας, ζωής άνωλέθρου δεχΟείητε κληρονόμοι. Voir Texts and Studies. Contributions to biblical and patristic literature, t. I, n. I : The Apology of Aristides, Cambridge, 1891, p. 6884, 100-112. Découverte d'autant plus importante que c’est le seul fragment qui ait étéjusqu'à présent retrouvé du texte grec primitif de l’Apologie d'Aristide. Voir t. I, col. 1865. 2» Rapports avec l’ouvrage d'Agapet. — Dans son édi­ tion de la Σχέδη βασιλική d’Agapet, Bale, 1663, Damke et plus tard Boissonade, Anecdota græca, t. iv, p. 331, ont signalé des rapports frappants entre le texte d'Aga­ pet et le roman de Barlaam et Joasaph. Ils n’avaient toutefois émis aucune conclusion sur la nature même de ces rapports, qu’ils s’étaient contentés de relever. Pourtant il y a lieu de rechercher si c'est l’auteur de la légende de Barlaam et Joasaph qui a lait l'emprunt à Agapet, ou s’il faut admettre l’hypothèse inverse. M. Karl Praechter. Byzantinische Zeitschrift, t. Il, p. 444-460, a naguère examiné le problème à tond, mais la solution qu’il en donne est toute négative. Il démontre à la fois que le rédacteur grec de l'histoire de Barlaam et Joasaph n’a point fait d'emprunt direct à Agapet, et que celui-ci n'est point davantage tributaire du moine de Saint-Saba. Tous deux ont donc puisé à une source commune, qui à l'heure actuelle demeure encore inconnue et cachée. Le roi Abenner fait à Joasaph un long discours pour expliquer les motifs pour lesquels il refuse de se conver­ tir à la foi chrétienne. Ce passage se trouve p. 221 sq. de l’édition de Boissonade. M. Zotenberg, op. cit., p. 61, avait pensé que l'auteur, dans ce passage, visait le roi sassanide, Chosroès Anoûschirvan. Une autre hypothèse a été proposée: MM. Cumont et Bidez ont essayé de montrer qu’il s'agit plutôt de l'empereur Julien l'Apostal. Ils ont réuni un certain nombre de passages des his­ toriens de Julien, qui servent, pour ainsi dire, de com­ mentaire perpétuel au texte du roman. Toutefois, ce n'est pas à quelque historien de Julien en particulier que le moine de Saint-Saba semble avoir recouru, c'est plusprobablementde la correspondance même del’empereur Julien qu’il s’est inspiré. Voir Recherches sur la tradition manuscrite des lettres de l'empereur Julien, dans les Mémoires couronnés et autres mémoires publiés par l’Académie royale de Belgique, 1898, p. 139. MM. Bidez et Cumont ont plus indiqué leur opinion qu’ils ne l’ont démontrée à fond. Aussi M. P. Thomas a-t-il pu dire que « cette hypothèse est ingénieuse sans doute, mais assez fragile ». Bulletins de l’Académie royale de Belgique, 1898, t. xxxv, p. 251. VL Popularité de la légende. — La légende de Bar­ laam et Joasaph a eu la plus extraordinaire popularité qui échut jamais à un livre. Outre la compilation grecque, il existe deux autres recensions qui n’en dé­ pendent pas directement, l’une en arabe, l'autre en géor­ gien. La première a été éditée à Bombay en 1888; la seconde est connue par divers extraits publiés par MM. Rpsen etMarrdansles ouvrages cités plus haut. Plus tard, le texte grec a été repris en arabe, d’où sont venues deux rédactions éthiopiennes, et il y a aussi une version arménienne. Pendant la première moitié du XIIIe siècle, le rabbin espagnol Ibn Chisdai composa, en vers hébraï­ ques, un poème sur l'histoire de Barlaam et Joasaph. sous le titre de « Prince et Derviche ». En 1887, on a publié une version en slave. 11 y a aussi divers textes latins, indépendamment de la traduction du roman grec faite par Jacques de Billy. Voir Bibliotheca hagio- 415 BARLAAM ET JOSAPHAT — BARNABÉ (ÉPITRE DITE DE SAINT) graphica latina, p. 979-982. Ati xm« siècle, apparaissent les versions françaises de Gui de Cambray, de Chardry et d’autres anonymes. A la fin du xiv' siècle, l'histoire de Barlaam et .loasaph est transportée sur la scène et devient le Mistère du roi Advenir (= Abenner). On connaît aussi un texte provençal. Les rédactions ita­ liennes se distinguent en deux classes ; les unes donnent le texte étendu de la Storia, les autres des résumés de la Vita. Il existe aussi, dans le même idiome, des recensions poétiques et des adaptations dra­ matiques. L’Espagne possède bon nombre d’histoires de Barlaam et .loasaph, et il y a même une version en ir­ landais. Vers 1220, Rodolphe d'Ems traduit la légende en allemand et, dans le même siècle, l’évêque Otto donne en vers allemands un résumé du roman. En ancien an­ glais, il existe quatre versions abrégées, et en ancien norvégien un texte qui remonte au xiti· siècle, d'où est venue la traduction danoise moderne. En suédois, on pos­ sède une traduction faite dans la seconde moitié du XV· siècle. Enfin le polonais et le tchèque ont aussi leur histoire de Barlaam et .loasaph. Voir, pour le détail de toutes ces versions, E. Kuhn, op. cil., p. 40-45, 50-74. « Ainsi, dit M. Gaston Paris, ce livre écrit au vi· siècle, par un inconnu, dans un coin de l’Afghanistan, en une langue qui est morte depuis milleans, s’est répandu, en se transformant plus ou moins, chez tous les peuples civilisés, et les récits qu'il renferme ont enchanté — après les bouddhistes — les chrétiens, les musulmans et les juifs, c’est-à-dire la presque totalité de l'humanité pensante. » Poèmes et légendes du moyen âge, Paris, 4900, p. 194. VII. La légende et la théologie. — Au point de vue théologique, l’ensemble des recherches que nous venons de résumer très brièvement sur la légende de Barlaam et Joasaph soulève une double question, celle des con­ séquences d'une erreur manifeste dans le martyrologe romain et dans le culte de l’Église catholique et celle de l’influence doctrinale du bouddhisme sur le christia­ nisme. Il faut en dire quelques mots. 1° La légende dans le martyrologe. — Après ce qui vient d'être rappelé, il demeure indubitable que les saints Barlaam et .loasaph n'ont jamais existé. Leur histoire est pure fiction; l’éditeur du martyrologe romain de 1583 s’est donc trompé en les insérant au catalogue des saints, et il a eu tort derechef d’ajouter que leurs Actes admirables ont été écrits par saint Jean Damascène. La relique d'Anvers n’est pas davantage authentique. Ces constatations ne sauraient plus être mises en doute, et une revue des plus orthodoxes, la Civiltà catlolica qui se rédige à Rome, sous le regard vigilant du pape, a reconnu la parfaite exactitude des récentes découvertes relatives au roman de Barlaam et Joasaph (n. du 17 no­ vembre 1882, p. 431 sq.). Toutefois ces découvertes n’ont pas d’autre conséquence et n’atteignent pas la portée qu’y attribuent certains rationalistes. « Le saint-siège n’enseigne point, dit Benoit XIV, que tout ce qui a été inséré dans le martyrologe romain est vrai, d’une vérité certaine el inébranlable... C'est ce qu’on peut panaitement conclure des changements et des corrections or­ donnés par le saint-siège lui-même. » De servorum Dei beatiflcatione et canonizations, 1. IV, part. II, c. xvn, n. 9. Même conclusion pour la relique de saint.Iosaphat. L’Eglise n’interdit nullement d’examiner, dans chaque cas particulier, l’authenticité d'une relique, et bien des fois elle a fait suspendre la vénération de celles qui ne lui paraissaient pas véritables. En somme, si l'erreur de l'insertion des saints Barlaam et Josaphat au martyro­ loge el de la vénération de leur relique, d’ailleurs pres­ que ignorée, est fâcheuse, comme toute erreur en pareille matière, elle n’a pas, en réalité, l’importance qu’on semble, en certains milieux, vouloir y attacher. Une prochaine révision du martyrologe romain la fera sans doute disparaître. 41β 2« L’influence du bouddhisme sur le christianisme par le moyen de celte légende. —Quant aux infiltrations bouddhiques que le roman de Barlaam et Joasaph aurait pu faire pénétrer dans le christianisme, pareille thèse n'est pas soutenable. M. Gaston Paris a lumineusement exposé quel abîme sépare le bouddhisme de l’ascétisme chrétien. « Le monachisme chrétien n'a été grand que par les côtés ou il s’est séparé du monachisme boud­ dhique, c’est-à-dire par l’amour de Dieu, soit sous forme de contemplation mystique, soit sous forme d’attache­ ment passionné à la personne du Rédempteur, et par l’amour du prochain, manifesté dans les œuvres de misé­ ricorde et de dévouement. » Op. cil.,p. 201. Avant lui, M.Laboulaye, qui l’un des premiers a reconnu la légende du Bouddha dans le roman de Barlaam et Joasaph, Jour­ nal des Débats, 26 juillet 1859, et M. Barthélemy SaintHilaire, Trois lettres à M. l'abbé Deschamps, Paris, 1880, p. 2, avaient conclu dans le même sens: « Il n’y a rien de commun, dit le premier, entre l’ermite qui sou­ pire après la vie éternelle en Jésus-Christ et le boud­ dhiste qui n’a d’autre espoir qu'un vague anéantisse­ ment, » et le second a écrit cette phrase si nette qui résume toute la question: « Le bouddhisme n’a rien de commun avec le christianisme, qui est autant au-dessus de lui que les sociétés européennes sont au-dessus des sociétés asiatiques. » J. Van den Gheyn. 1. BARLOW Édouard, pseudonyme adopté par le prê­ tre catholique anglais Booth qui, vers le commencement du xvhi· siècle, remplissait secrètement dans son pays les fonctions de missionnaire. Booth mourut vers 1716 après avoir écrit un Traité de l’eucharistie, 3 in-4°. Feller, Biographie universelle, Paris, 1838, t. 1. V. Oblet. 2. BARLOW Guillaume, né dans le comté d’Essex, entra dans l’ordre de Saint-Augustin et prit à l’univer­ sité d’Oxford le degré de docteur en théologie. Sous Henri VIII, il passa au protestantisme et se maria. Il mourut, en 1568, évêque anglican de Chichester. On a de lui quelques ouvrages de polémique dirigés contre les catholiques : 1° Enterrement de la messe; 2" Ré­ ponses à certaines questions concernant les abus de la messe, insérées dans VHisloire de la Réformation de Burnet; 3° La divine et pieuse institution du chrétien, que l'on désigne souvent en Angleterre sous le nom du Livre de l’Evêque, Londres, 1537. Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1853, t. iv, p. 522; Feller, Biographie universelle, Paris, 1838, 1.I. V. Oblet. BARNABÉ (Épîtne dite de saint). — I. Histoire du document. IL Contenu. III. Authenticité. IV. Intégrité. V. Enseignements. I. Histoire du document. — L’épître, dite de saint Barnabé, adressée à des inconnus par un auteur ano­ nyme pour combattre, au moins indirectement, cer­ taines prétentions juives et enseigner la voie du salut, a été connue de bonne heure et citée surtout dans le mi­ lieu alexandrin. On suit sa trace dans la littérature patristique du il' siècle au ix·. Certaines comparaisons de textes permettent de croire qu’Hermas, Vis.,m,4; Mand., π, 4, et Barn., xix, 5, 11 ; saint Justin, Dial, cum Tryph., XL, et Barn., vu, 6, 8, saint Irénée, Cont. hær., iv, 17, 6; v, 28, 3, et Barn., n, 10; xv, 4, l'ont eue sous les yeux. Tertullien s’en sert dans deux passages, sans citei· sa source, Adv. Marc., ni, 7; Adv.Jud., xiv, P. L., t. Il, col. 331, 640, et Barn., vu, 4, 6, 8. Clément d'Alexandrie, qui n’approuve ni ce qu’elle renferme d’invraisemblable sur l'hyène, Pæd., il, 10, P. G., t. vin, col. 500, ni son interprétation du Ps. i, Strom., n, 15, P. G., t. vin, col. 1005, en cite de longs extraits. Strom., ii,6, 7, 18, 20, P. G.,t. vin, col. 965, 969, 1021, 1060; Strom., v, 8, 10, P. G., t. ix, col. 81. 96. Et Origène conjecture avec raison qu’elle a fourni à Celse son 417 BARNABE (ÉP1TRE DITE DE SAINT) argument contre les apôtres. Cont. Cels., i, 63. P. G., t. XI, col. 777. Clément d’Alexandrie, au dire d’Eusèbe, II. E., vi, 14, P. G., t. xx, col. 549, et même Origéne, In Bom., I, 24, P. G., t. xiv, col. 866. la tinrent en si haute estime qu'ils la citaient comme Écriture. A partir du IX· siècle, le silence se fait sur cette épltre; on n’en parle plus; on ignore son existence. Mais, au xvti» siècle, elle est retrouvée dans un texte grec fort mutilé, auquel manquent les cinq premiers chapitres, et dans une version latine, très ancienne, à laquelle manquent les quatre derniers chapitres. Texte et tra­ duction se complétaient et permirent de reconnaître l épitre que l’antiquité chrétienne attribuait à saint Barnabe. La première édition, préparée par l'Anglais Usher, fut détruite dans un incendie, en 1644; celle de dom Ménard fut publiée par dom d'Achéry, en 1645. Grâce à la collation de nouveaux manuscrits, Isaac Voss en donna une nouvelle, moins imparfaite, en Ί64β. Dans la suite, Cotelier en 1672, Lemoyne en 1685, Le­ clerc en 1698, Russel en 1746, Gallanden 1765 et Hefele en 1839, entre autres, s’appliquèrent â améliorer le texte. Dressel put utiliser des manuscrits nouveaux et publia, en 1857, l’édition la moins incorrecte. Mais jus­ que-là on n’avait pu retrouver le commencement du texte grec, qu’on était obligé de remplacer provisoire­ ment par la vieille traduction latine. Heureusement qu’en 1859 Tischendorf découvrit au couvent de SainteCatherine, sur le mont Sinaï, un codex du iv» siècle, ou le texte grec de l’épître était intégralement transcrit à la suite des livres du Nouveau Testament.il publia le tout, en 1862, à Saint-Pétersbourg, et, en 1863, à Leip­ zig. Aussitôt parurent les nouvelles éditions critiques de Dressel, en 1863; de Volkmar, en 1864; d’Hilgenfeld, en 1866; de Muller, en 1869; de Gebhardt, en 1875. En 1875, nouvelle découverte : l’archimandrite Philothée Bryennios trouva à Constantinople un codex du xi» siè­ cle renfermant dans leur intégrité les épitres de Clé­ ment de Rome et de Barnabe ainsi que la Didaché. Se contentant de publier d’abord l’épître de saint Clément, il transmit une copie fidèle de celle de saint Barnabe à Hilgenfeld, qui l’utiiisa dans son Der Brief des Barna­ bas, 1877, Leipzig; il la publia â son tour avec la Dida­ ché, en 1883, à Constantinople. Entre temps, Gebhardt et Harnack donnèrent la seconde édition de leurs Pa­ trum aposlolicorum opera, Leipzig, 1878. Enfin, Funk, tenant compte des récentes découvertes, inséra l’épître de saint Barnabe en tête de ses Patrum aposlolicorum opera, Tubingue, 1881, avec une traduction latine et des notes critiques. C’est cette dernière édition qui sera ci­ tée dans le courant de l’article. Une troisième édition a paru en 1901. II. Contenu. — L’épître de Barnabé, qu’on regarde comme un traité apologétique contre les Juifs ou comme une homélie prêchée â un auditoire chrétien, se divise en deux parties très distinctes et d’inégale longueur : première, i-xvi; seconde, xvn-xxi. — Première partie. — Après avoir salué ses destinataires et loué les dons spi­ rituels qu’ils ont reçus de Dieu, l’auteur regarde comme une joie et un devoir de leur écrire pour rendre leur foi et leur science parfaites, non pas à titre de docteur, mais comme l’un d’entre eux (1). Les jours sont mau­ vais : il s'agit de rechercher les justifications du Sei­ gneur. Or Dieu a prévenu par ses prophètes qu’il n’a besoin ni de sacrifice, ni d'holocauste, ni d’oblation : tout cela est abrogé. C’est maintenant la loi nouvelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il importe de la bien comprendre, d’accomplir avec soin son salut et de dé­ jouer les séductions du Mauvais (n). Dieu ne veut pas le jeûne corporel, mais celui qui consiste dans l’absten­ tion de toute injustice et la pratique de la charité. Il nous en a prévenus d’avance pour que nous ne soyons pas affligés par la loi comme de simples prosélytes (ni). Ce qui sauve actuellement c’est de fuir les œuvres d’ini­ 418 quité, d’éviter tout contact avec le péché et les méchants ; car l’heure a sonné du scandale prédit par les prophètes : donc se garder d'accumuler faute sur faute, sous prétexte d'ètre couvert parle testament nouveau.CarlesJuils, en se tournant vers les idoles, ont perdu pour toujours le tes­ tament qu’ils avaient reçu par Moïse. Attention donc aux derniers jours. Pour interdire au Noir l’entrée de nos âmes, il faut fuir la vanité, haïr les œuvres de la voie d’iniquité, devenir le temple spirituel et parfait de Dieu ; car si, malgré les miracles et les prodiges, les Juifs ont été écartés, prenons garde d'ètre rejetés comme eux (iv). Le Fils de Dieu est venu; il s’est incarné; il a répandu son sang sur le bois pour racheter nos péchés (v). Tout cela, incarnation, passion, a été préfiguré (vi). Le bouc émissaire (vu), la vache rousse, double image du Christ, inintelligible à quiconque n’a pas entendu la parole de Dieu (vin). Dieu a circoncis nos oreilles et notre cœur. Quant à la circoncision, dans laquelle les Juifs mettaientleur confiance, elle a été abrogée. Dieu n’a pas prescrit la circoncision delà chair; en la pratiquant, les Juifs, trompés par le mauvais ange, ont outrepassé ses ordres. Sans doute la circoncision charnelle a été donnée par Abraham à ses 318 serviteurs; mais c’est là un mystèrerelatifà Jésus; car 18s’écrit ir„commencement du nom de Ιησούς, et 360 s'écrit τ, qui est le signe de la croix (ix). En interdisant certains mets, Moïse n’a eu en vue qu’un sens spirituel (x). — Dieunousa également annoncé d’avance le mystère de l'eau et de la croix : l’eau c’est le baptême qui efface les péchés (xi) ; Moïse, priant, les bras étendus, et le serpent d’airain représen­ tent Notre-Seigneur sur la croix (xii). Reste à savoir quel est le peuple héritier, celui auquel appartient le testa­ ment. Jacob, cadet d’Esaü, et Éphraïm, cadet de Manassé, sont les préférés de Dieu et présagent ainsi notre élection (xm). Dieu a donné un testament aux Juifs, mais les Juifs, par leurs péchés, s’en sont rendus indi­ gnes, et c’est nous qui, par Jésus, avons été choisis à leur place (xiv). Le sabbat du décalogue figure le jour du repos éternel (xv). Le temple n’est pas celui de pierre, orgueil des Juifs et déjà détruit; c’est notre cœur devenu, par la rémission des péchés, l'espérance et la foi, le tabernacle de Dieu (xvi). Seconde partie. — Passons à un autre enseignement : il y a deux voies, celle de la lumière et celle des ténèbres, bien différentes l’une de l'autre. A la première prési­ dent les anges de Dieu; à la seconde, les anges de Sa­ tan. Il faut suivre l’une et éviter l’autre pour parvenir heureusement à la résurrection et à la récompense future (xvii-xx). Le jour du Seigneur est proche : je vous en conjure, soyez à vous-mêmes de bons législa­ teurs, de bons conseillers; écartez toute hypocrisie; et que Dieu, le maître du monde, vous donne la sagesse, l'intelligence, la science, la connaissance du comman­ dement, la persévérance (xxi). L’auteur ne parle pas de la parousie comme la Dida­ ché, mais il semble croire à l'imminence de la fin du monde. En conséquence il désire que « ses fils » soient prêts et n’imitent pas la fausse sécurité des juifs. Il n'est pas dit que ces Juifs, à l’exemple des judaïsants, aient cherché à imposer le joug de la Loi comme condition nécessaire avant de devenir chrétien ; mais à coup sûr ils s’abusent sur la valeur de leur alliance et mécon­ naissent le rôle du testament nouveau. C'est pounjuoi l'auteur de l’épître, dépassant ici la pensée de saint Paul, ne se borne pas à prouver que la Loi a perdu sa valeur et que le rituel mosaïque est abrogé, il va jusqu’à pré­ tendre que l’ancienne alliance a été brisée le jour même ou furent brisées par Moïse les tables de la loi. que les diverses pratiques juives n’ont pas eu Dieu pour au­ teur. que les Juifs se sont trompés en prenant les pres­ criptions au pied de la lettre. Car ce que Dieu deman­ dait, c’était non pas les sacrifices sanglants, mais un cœur contrit, non pas un jeûne corporel, mais la pratique 419 BARNABE (ÉPITRE DITE DE SAINT) des bonnes œuvres, non pas la circoncision de la chair, mais celle de l'oreille et du cœur, non pas l'abstinence de certaines viandes, mais la tuile des vices désignés par les animaux interdits. De telle sorte que, contrairement à la doctrine de saint Paul, il méconnaît complètement le côté historique de l’Ancien Testament pour n'y voir qu'une signification exclusivement spirituelle. Sans doute, il estime que l’Ancien Testament annonce le Nouveau; il y signale même quelques ligures annon­ çant, par exemple, le mystère de la croix ou l’appel des gentils à la place des Juifs; mais son interprétation nu­ mérique des 318 serviteurs d'Abraham est plutôt digne de l’exégèse fantaisiste de la Cabale; et, à propos du salut, il passe sous silence la grande pensée de saint Paul sur la justification gratuite et le rôle de la grâce, bien qu'il n'ignore pas l’importance capitale et l’absolue nécessité du salut, puisqu'il indique le moyen le plus sûr pour se sauver. Quant à ses explications scientifiques sur le lièvre, la belette et l'hyène, elles sont plus que rudimentaires et prêtent à sourire, mais on ne saurait lui en faire un reproche. III. Authenticité. — Auteur, lieu et date. — L’épitre que nous possédons est bien certainement celle que l'antiquité chrétienne attribuait à Barnabé. Mais ce Barnabé est-il vraiment l'apôtre, le compagnon et le colla­ borateur de saint Paul dans sa première mission? C’est une question qui ne se posa même pas; Clément d'Alexandrie, Strom., H, 6, 7, 15, P. G., t. vin, col. 965, 969, 1005, et Origéne désignent le Barnabé des Actes comme l’auteur de l'épitre. On ne discuta qu’un seul point, celui de savoir si l’épitre faisait partie ou non de l’Ecriture. Contrairement à l’opinion de Clément d'Alexandrie, Eusèbe, H. E, vi, 13, P. G.,t. xx, col. 548, on la tint pour non canonique, et c’est uniquement dans ce sens qu'il faut entendre Eusèbe et saint Jérôme, quand ils la rangent, l'un έν τοϊς νόΰοις, H. E., m, 25, P. G., t. xx, col. 269, l'autre parmi les apocryphes. De vir. ill., vt, P. L., t. xxm, col. 619. Mais ni Eusèbe, loc. cit., ni saint Jérôme, in Èzech., xi.m, 19, P. L., t. xxv, col. 425, ni, à leur suite, Anastase le Sinaïte et l’auteur de la Stichomélrie n’ont douté de son authenticité. Depuis le xvil' siècle jusqu'à nous, c'était également l’opinion de Voss, Dupin, Cave, Le Nourry, Galland, Rosenmul­ ler, Schmidt, Gieseler, Ilenke, Rôrdam, Franke, Alzog, Môhler. Freppel, Fessier, Nirschl, etc.; ce n'est plus celle de la critique contemporaine. Déjà Ménard avait émis quelques doutes; Cotelier s’était prononcé contre l'authenticité. Et depuis, Noël Alexandre, Ceillier, plus récemment Hefele, Funk, Bardenhewer, entre autres, ont fait de même. Toutes les raisons d’ordre intrinsèque qu'on en donne sont loin d'avoir la même valeur, mais quelques-unes semblent décisives. Un allégorisme exagéré; des opinions peu en harmonie avec l'enseignement des apôtres, en particulier avec celui de saint Paul; l’ancienne alliance déclarée rompue le jour même où Moïse a brisé les tables de la loi, Barn., IV, 8, Funk, t. I, p. 10; des appréciations erronées sur les rites juifs, Barn., vu, vm, Funk, t. i, p. 20-26, par exemple, la circoncision attribuée à l'in­ spiration du diable, Barn., ix, 4, Funk, t. i, p. 28, les préceptes positifs touchant les sacrifices et les obser­ vances légales pris exclusivement au sens spirituel; les apôtres, enfin, traités comme les plus grands pécheurs: autant de traits qui ne sauraient convenir au Barnabé du livre des Actes. Quel est donc l’auteur de l’épitre? S’appelait-il comme l’apôtre et l’identité du nom a-t-elle faitconclureà l’identité du personnage?Onn’ensaitrien. Ce que l'on peut affirmer c’est que l'auteurest un judéochrétien orthodoxe, et un alexandrin, comme le prouve l'emploi de l'allégorie, si chère à l’école d'Alexandrie, d'après Philon. 11 s'adresse à d’autres judéo-chrétiens d'Alexandrie ou d'Égypte, à un groupe de fidèles qu’il connaît, qu'il aime et qu’il veut mettre en garde contre 420 l'erreur de certains Juifs. Car c’est surtout à Alexandrie que cette épitre est connue et appréciée. Il écrit après 70, puisqu’il parle de la chute de Jérusalem et de la ruine du Temple comme de faits accomplis. Barn.,nvi,/i, Funk, t. t, p. 48. Son allusion à la reconstruction du Temple trancherait la question de date, s’il s’agissait du temple matériel que l’empereur Hadrien laissa relever en 130131 ; des critiques, s'appuyant sur le contexte, pensent qu'il ne s’agit quedu temple spirituel qu’est le chrétien. La prophétie, empruntée à Daniel et qu’il dit réalisée, Barn., iv, 4, 5, Funk, t. 1, p. 10, est plus précise. Après dix rois, s’élèvera un petit roi qui en humiliera trois en un; après dix cornes se dressera une petite corne qui en humiliera trois en une. L’expression τρεις et τρία ύφ’ εν, étrangère au texte prophétique et deux fois répétée, est significative. Sa réalisation historique ne peut s'ap­ pliquer qu'à Domitien, non seulement parce qu'il est le onzième de la série des empereurs, mais encore parce que, avec lui, troisième et dernier empereur llavien, dis­ paraît la dynastie Devienne, ou mieux, parce que, du même coup, les deux fils de son cousin, le consul Fla­ vius Clemens, dont il avait fait deux césars, perdent tout espoir de régner.Ce serait donc sous Nerva, 96-98, ou peu après, qu’auraitété écrite l'épitre, à l'extrême limite du 1er siècle. Cette interprétation n’est pas admise par tous les critiques, et il en est qui expliquent ce passage, comme la prophétie de Daniel, non pas de rois, mais de ro­ yaumes. IV. Intégrité. — Malgré l’inégalité de longueur et la dif­ férence desujetdeses deux parties, cette épitren'en forme pas moins un tout, sorti de la même plume, à l’exemple des épitres de saint Paul, ou les enseignements dogma­ tiques sont suivis de conseils pratiques. La seconde par­ tie manque, il est vrai, dans la traduction latine, mais se trouve dans les manusciits grecs; de plus, elle est annoncée en quelque sorte par deux passages, Barn., tv, 10; v, 4, Funk, t. i, p. 12, 14; enfin elle est connue de Clément et d'Origène : elle ne saurait donc être une addition due â une main étrangère. Quant à la première partie, elle ne renferme pas les interpolations qu'on a essayé d'y montrer; les arguments mis en avant par Schenkel, Sludien und Kritiken, 1837, p. 652-686, ont été solidement réfutés par Hefele dans Tub. lheologische Quartalschrift, 1839, p. 60 sq. ; Sendsehreiben des Bar­ nabas, p. 196 sq. ; ceux de Heydecke, Dissertatio..., 1874, l’ont été par Funk dans ses Prolegomena, Pair, aposl. opera, t. i, p. x-xi. Actuellement, parmi les critiques, la question d’intégrité de l’épitre de Barnabé ne soulève plus guère de difficultés. Les vues de Voiler, Der Barnabasbrief neu untersuchl,dans J ahrbucher fur protest. Théologie, 1888, t. xiv, p. 106-144, et celles de J. Weiss, Der Bamabasbrief kritisch untersucht, Berlin, 1888, ont été rejetées. V. Enseignements. — 1° L’épitre de Barnabé et l’Ecriture sainte. — Ce qu'il y a de remarquable dans cette épitre, qui compte à peine un peu moins de six cents lignes, c’est le nombre considérable de rapproche­ ments qu’elle offre avec l'Écriture sainte. Funk, qui les a soigneusement relevés, Pair. aposl., t.i, p. 564-566, en compte quatre-vingt-dix-neuf pour l’Ancien Testament et soixante-huit pour le Nouveau. Or, pour l’Ancien Testament, ce sont moins de simples allusions que des citations textuelles, où la version des Septante se trouve contrôlée et parfois corrigée par le texte hébreu. L’au­ teur a soin d’avertir qu'il cite, tantôt d’après cette for­ mule générale: γέγραπ-αι, ώς γέγραπται; tantôt d'après cette autre: λέγει i Κύριος, ό Θέος, ή γραφή, ό προφήτης. Parfois il nomme le prophète dont il transcrit le témoi­ gnage, Daniel, Moïse, David, Isaïe. Mais il n'en agit pas de même avec le Nouveau Testament. Sur trois textes, il n’en signale qu’un comme Écriture, celui-ci: « Beau­ coup d'appelés, peu d’élus. » Matth., xx. 16; Barn., iv. 14, Funk, t. 1, p. 12. Les deux autres : «Jésus est venu 421 BARNABE (ÉPITRE DITE DE SAINT) — BARNABITES 422 par les hommes, Bam., il, 6. p. 6: le sacrifice d’un appeler, non les justes, mais les pécheurs, » Matth., ix, cœur contrit, d un cœur glorifiant Dieu en odeur de K; Barn., v,9, p. 14; « Dieu jugera sans faire acception suavité, n, 10, p. 6. Mais il faut se garder de pécher, de personnes, » I Pet., 1, 17; Barn., iv, 12, p. 12, sont sous prétexte que nous sommes protégés par ce testa­ insérés sans observation spéciale. En dehors de ces trois ment de Noire-Seigneur, iv, 6, p. 10. La passion de Jé­ emprunts textuels, plus de soixante passages accusent sus est un modèle de la nôtre; car ce n’est que par les une relation étroite avec les divers livres du Nouveau afflictions et les tourments que nous pourrons parvenir Testament. Seules, les Epitres de saint Paul aux Colosses au royaume, voir Dieu et le posséder, vu, Tl, p. 24. et à Philemon, celle de saint Jude, la seconde et la troi­ D'où la nécessité pour le baptisé d'être le vrai temple de sième de saint Jean ne donnent lieuà aucun rapproche­ Dieu, de faire de bonnes œuvres, de suivre la voie de la ment de pensées ou d'expressions. justice et d'éviter celle de l'iniquité, seul moyen d’assu­ 2" Baptême, vie chrétienne,eschatologie. — L’auteur, rer son salut et de trouver grâce au jour du jugement. familier avec les écrits de saint Paul, s’adresse à « des L’auteur demande qu'on se souvienne de ses conseils et fds de dilection et de paix », Barn., xxi, 9, p. 58, se qu’ainsi son amour et sa vigilance produisent un bon dit περίφημα. Barn., ιν, 5, p. 10, 18. Il connaît la merveilleuse eflicacité du baptême, qui est de remettre il effet, xxi, 7, p. 58. les péchés, fépov αφεσιν αμαρτιών. Barn.,XI, 1, p. 34. Fai­ Éditions. — Nous avons déjà signalé en tête de l’article les sant allusion au baptême par immersion, il écrit: meilleures éditions, parues postérieurement à la découverte « Nous entrons dans l’eau, pleins de péchés et de souil­ récente des manuscrits grecs. Celle d'Hilgenfeld, Der Brief der lures, et nous en sortons pleins de fruits. » Barn., xi, Barnabas, Leipzig, 2' édit., et de Ph. Bryennios, dans sa Didaché, 11, p. 36. a Avant de croire, notre cœur est un cloaque Constantinople, 1883, suit de préférence le codex constantinode corruption, rempli du culte des idoles, et la demeure politanus ou hierosolymitanus. Celle de Gebhardt et Harnack, Patrum apostolicorum opera, 2· édit., Leipzig, 1878, s'appuie des démons; mais, en recevant la rémission des péchés, de préférence sur le codex sinaiticus. L'édition de Funk, Patrum nous devenons des créatures nouvelles, complètement apostolicorum opera. Tubingue, 1881, tient compte des deux transformées, et le vrai temple spirituel de Dieu. » manuscrits et signale les variantes. Barn., xvi, 7-10, p. 50. Pour atteindre au royaume de Travaux. — Nous ne signalerons que quelques-uns des plus Dieu et jouir de la gloire, le fidèle doit passer par les récents: Hefele, Dus Sendschreiben des Apostels Barnabas..., afflictions et les tourments. Barn., vu, 11, p. 24; il doit Tubingue. 1840; Franke, Zeitschrift fier luther. Theologis, 1810; suivre la voie de la lumière et de la justice, confesser Hilgenfeld, Die apostolischen Vater, Halle, 1853; Freppel, Les Pères apostoliques, Paris. 1860; Kayser, Veber den sog. ses péchés et s’appliquer à la prière avec une conscience Barnabasbrief, Paderborn, 1866; Muller, Erklarung der pure, Barn., xix, 12, p. 56; car le chemin des ténèbres Bamabasbriefes, Leipzig, 1869; Wieseler, Der Brief des Bar­ conduit à la mort éternelle et au supplice. Barn., xx, 1, nabas, dans Jahrb. f. deutsche Théologie, 1870, t. xv; Higgenp. 56. Le jour du Seigneur est proche. Bam., xxi. 3, back, Der sog. Brief des Barnabas. Bâle, 1873; Heydecke, p. 56. Dieu a créé le monde en six jours. Il s’est reposé Dissert, qua Barnabe epistola interpolata demonstratur, le septième: ce qui veut dire que Dieu consommera Brunswick, 1874; Donaldson, The apostolical f athers, 1874; tout en six mille ans; le septième jour, jour de repos, Braunsberger, Der A pastel Barnabas, Mayence, 1876; Güdeman,He/ipion.sgesc/iic/ilb'c/». Fénelon le résume ainsi : « Quand on a bien fait ces éludes, on en peut tirer un grand fruit pour l’intelligence même de l’Ecriture, comme saint Basile l’a montré dans un traité qu’il a fait exprès pour ce sujet. » Dialogues sur l'éloquence, ni. Une troisième classe d'homélies a trait à l'histoire des martyrs : elle comprend les panégyriques de quatre saints ou groupes de saints particuliérement honorés en Cappadoce : Julitta, Gordius, les quarante martyrs de Sébaste, Marnas (v, xviH, xix, xxni). L'homélie xvn, sur saint Barlaam, a été attribuée à tort à saint Basile : elle est probable­ ment de saint Jean Chrysostome. Les homélies de saint Basile sur les martyrs ont excité l’enthousiasme de saint Grégoire de Nazianze :« Quand je le lis, dit-il, je méprise mon corps, je deviens par l’âme le compagnon de ceux qu’il a loués, et je brûle de combattre comme eux. » Orat., xliii, 67, P. G., t. xxxvi, col. 585. Cf. Fialon, Elude littéraire sur saint Basile, Paris, 1861, p. 115122. 5° Liturgie. — Saint Grégoire nous apprend que Basile, étant prêtre à Césarée, y régla « l’ordre des prières», ευχών διατάξεις. Orat., xliii, 34, col. 541. On possède une liturgie attribuée à saint Basile. P. G., t. xxxi, col. 16301684. Dans quelle mesure conserve-t-elle l’œuvre du saint docteur? C’est ce qu'il est difficile de savoir. La seule chose que l’on puisse dire, c'est que Basile parait avoir emprunté à l’Église d’Antioche l’usage des veillées saintes et des psalmodies à deux chœurs, qui de la même source se répandit dans tout l’Orient : quelques Églises, cependant, comme celle de Néocésarée, y furent d’abord réfractaires. Epist., ccvn, P. G., t. xxxn, col. 764. La liturgie qui porte le nom de saint Basile, et dont le texte actuel est attesté dès le commencement du vi« siècle, est encore en usage à certains jours dans tous les patriarcats de l’Orient. Duchesne, Origines du culte chrétien, 1889, p. 70-72. 6“ Correspondance. — Les éditeurs bénédictins ont divisé en trois classes la correspondance de saint Basile : lettres écrites avant qu’il fût évêque; lettres écrites pen­ dant ses huit années d’épiscopat ; lettres de date incer­ taine. P. G., t. xxxn, col. 219-1112. On pourraiten faire d’autres divisions : beaucoup se rapportent aux affaires générales de l’Église; d’autres ont trait à la vie monas­ tique; quelques-unes sont de véritables traités sur la théologie et la discipline; un très grand nombre se rap­ porte à la multitude d’intérêts publics et privés que l’activité infatigable de Basile s’était donné la charge de protéger. Il est de fort belles lettres de consolation adressées à des parents ou à des époux en deuil. 11 en est de fort touchantes écrites à des pécheurs, particu­ lièrement à des religieux infidèles. « On ne peut rien voir de plus éloquent, dit Fénelon, que son épître (xlvi) à une vierge qui était tombée. A mon sens, c’est un chef-d’œuvre. » Dialogues sur l'éloquence, in. Quelques critiques ont douté à tort de l’authenticité deslroisépltres dites canoniques.CLXXXvtii, cxctx, ccxvn, adressées à Amphiloque. Ce sont des réponses à des consultations de l'évêque d’Iconium. Peu d'écrits de saint Basile sont plus curieux. Elles nous initient à la disci­ pline et à la casuistique du temps, et nous renseignent sur les règles de la pénitence canonique dans l’Orient chrétien du iv» siècle. Les bénédictins ont publié 366 lettres de Basile ou de ses correspondants. Sur ce nombre, plusieurs sont apo­ cryphes : par exemple la correspondance avec Libanius ■451 BASILE (SAINT) Epist., cccxxxv-ccclix, et la correspondance avec l'em­ pereur Julien. Epist., xxxix-xli, ccclx. On a douté aussi de celle de Basile avec Apollinaire de Laodicée. Epist., CCCLXI-CCCLXIV. M. Dræseke, Apollinaris von Laod., Leipzig, 1902, la croit authentique; M. Béthune-Baker, The meaning of Homoousios in the Conslantinopolitan creed, Cambridge, 1901, hésite à se prononcer; M. Voi­ sin, L’apollinarisme, Louvain, 1901, la rejette comme apocryphe. Comme on le verra, ce sont des raisons de fond plutôt que de forme ou de tradition littéraire qui ont influence, dans l'un ou dans l'autre sens, ces divers critiques. 452 le Saint-Esprit sont un comme suppôt, εν τώ όποκειμένω, en reconnaissant en même temps seulement trois personnes parfaites, τρία πρόσωπα τέλεια, ne semble­ ront-ils pas fournir une preuve irréfragable à la calom­ nie des ariens (qui prétendaient que les catholiques enseignaient que le Fils était consubstantiel κατά τήν ύπόστασιν)? » Epist., ccxtv, 3, P. G., t. xxxn, col. 788789. En 375, il avait écrit aux notables de Néocésarée, Epist., ccx, 5. ibid., col. 776 : « il ne suffit pas de comp­ ter les personnes différentes, il faut encore confesser que chaque personne existe dans une véritable hypo­ stase. » Ceux qui rejettent les hypostases renouvellent l’erreur de Sabellius. C’est pour maintenir la formule Les œuvres de saint Basile ont été plusieurs fois imprimées, des trois hypostases qu’il soutint constamment et avec en 4520, 1528, 1532, 1535, 1551, 1618. La meilleure édition est celle des bénédictins, 3 in-fol., Paris, 1721-1730; les deux pre­ force le parti de Mélèce. miers volumes furent préparés par dom Garnier, le troisième par La doctrine de l’illustre Cappadocien sur la sainte dom Maran. Ils sont reproduits, avec quelques additions, dans Trinité était déjà exposée ainsi, dans une lettre de 360: Migne, P. G., Paris, 1857 (réimpression, 1886-1888), t. XX1X-XXX1I. « Il faut confesser Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le III. Doctrine. — Les caractères généraux de l’ensei­ Saint-Esprit, comme l’ont enseigné les divines Écri­ gnement doctrinal de saint Basile nous paraissent suf­ tures et ceux qui les ont le plus profondément com­ prises. Quant à ceux qui nous reprochent d’adorer trois fisamment expliqués par l'analyse détaillée qui vient d'être faite de ses ouvrages. Nous signalerons spéciale­ Dieux, que cette réponse suffise : nous confessons un seul Dieu, non par le nombre, mais par l’essence, » ένα ment quelques points principaux. 1» La raison et la révélation. — De sa polémique Θεόν ού τώ αριθμώ, αλλά τή φύσει. Epist., XIII, P. G., t. xxxn, col. 248. avec Eunome, telle que nous l’avons résumée, il résulte Les trois personnes ont la nature divine et donnent ce qu’à ses yeux la foi par la révélation, la raison par la qu’elles ont. Le Père, puisqu’il est Père, donne à son Fils contemplation des créatures, nous font connaître l’exis­ toute sa nature et le Fils la transmet au Saint-Esprit. tence de Dieu, mais ne nous font point comprendre son essence. Cf. Fialon, Elude littéraire sur saint Ba­ L'unité de nature résulte donc des processions divines. Elle résulte aussi de la communauté des opérations. Cf. sile, p. 136-145. La révélation nous est transmise par deux voies, Epist., CLXXXtx, 6, 7, P. G., t. xxxn, col. 692-693. Or le l’Écriture sainte et la tradition. Basile, dans le traité Du Verbe de Dieu est le coopérateur de Dieu dans la pro­ Saint-Esprit, s’élève à plusieurs reprises contre ceux duction des êtres matériels, Homil., in, in Hexaem.,2, « qui exigent à grands cris des preuves tirées des Écri­ P. G., t. xxix, col. 56, et dans la création de l’homme. tures, et ne font aucun cas du témoignage non écrit Homil., ix, in Hexaem., 6, ibid., col. 204-205. Le Saintde nos pères ». C. x, P. G., t. xxxn, col. 112. « Des Esprit est le souffle de Dieu qui était porté sur les eaux, dogmes et des enseignements gardés par l’Eglise, dit-il, Gen., 1,2, ou plutôt, suivant la signification plus expres­ il y en a qui nous ont été transmis par l’Écriture, sive du texte syriaque, qui réchauffait et fécondait la d’autres que nous avons reçus de la tradition mysté­ nature des eaux comme un oiseau couve ses œufs et leur rieuse des apôtres : les uns et les autres ont la même communique par sa chaleur la force vitale. Homil., n, force pour la piété. » C. xxvn, ibid., col. 188. A la suite in Hexaem., 6, ibid., col. 44. Saint Basile caractérise de ce passage, saint Basile énumère, à titre d’exemples, encore mieux l'intervention des personnes divines, dans un certain nombre de pratiques venues, selon lui, de la création des anges. Le Père est la cause primordiale cette tradition, comme le signe de la croix, la coutume de tout; le Fils, la cause opératrice, et le Saint-Esprit, de prier en se tournant vers l’Orient, les paroles de la la cause perfectionnante. Toutefois les trois hypostases consécration au saint sacrifice, la triple immersion du ne sont pas trois principes; il n'y a qu’un seul principe baptême, les rites de l’extrême onction. des êtres, opérant par le Fils, perfectionnant par 2° La Trinité. — Pour faire face aux hérétiques de l’Esprit. L’opération de chaque personne n’est pas im­ son temps et maintenir la doctrine catholique sur le parfaite. Le Père opère par son seul vouloir, mais il mystère de la sainte Trinité, saint Basile devait démon­ veut par le Fils; et le Fils agit avec le Père et veut trer, contre l’erreur sabellienne renouvelée par certains perfectionner par l’Esprit. Il faut considérer ensemble ariens, qu’en Dieu il y a trois personnes distinctes et les trois : le Seigneur décrétant, le Verbe opérant, [’Es­ non pas une seule et même personne qui remplirait prit consolidant. De Spiritu Sancto, 16, P. G., t. xxxn. trois rôles distincts; contre les ariens, que le Fils est , col. 136. consubstantiel au Père et n’est pas sa créature; contre Les trois personnes divines possèdent tellement l'unité 'es eunoméens et les macédoniens, que le Saint-Esprit de nature que la connaissance de l’une conduit l’intelli­ jst l’égal des deux autres personnes, dont il procède, et gence humaine à la connaissance des deux autres. La qu’il n’est pas la créature du Fils. Trinité des personnes ne détruit pas l’unité de nature, 1. La Trinité des personnes dans l'unité de nature. ni le dogme de la monarchie. En effet, les personnes — Comme les autres Pères grecs, saint Basile consi­ divines ne sont pas subnumérées, et les chrétiens ne dère directement dans la Trinité divine les personnes, comptent pas trois dieux comme font les païens. De et il montre qu’elles ont la même et unique nature di­ Spiritu Sancto, 18, ibid., col. 118-153. Le saint docteur vine et que les trois personnes ne sont qu’un seul Dieu. s’était demandé auparavant, ibid., 17, col. 144, en quoi En Dieu, il y a trois hypostases réellement distinctes, et consisterait cette subnumération, et il rejette toute ce serait une grave calomnie de laisser dire que quel­ espèce de subdivisions. S'il y a en Dieu trois hypo­ ques catholiques admettent une seule hypostase du stases, nous ne reconnaissons pas trois dieux. Le Père Père, du Fils et du Saint-Esprit, tout en reconnaissant et le Fils sont distincts sous le rapport des propriétés la distinction des personnes. Sabellius maintenait cette personnelles; mais sous le. rapport commun de la na­ distinction et disait que Dieu est réellement un en hy­ ture, ils sont un seul être. Comment n’y a-t-il pas deux postase, quoiqu’il ait voulu προσωποποιεϊσίαι διαφόρως, dieux? Parce que le roi et l’image du roi ne font se manifester dans l’Écriture sous les différentes figures pas deux rois, à puissance partagée, à gloire divisée. de Père, de Fils et de Saint-Esprit. « Si donc, ajoute-t-il, Le Fils est image de son Père par nature; et le Saintquelques-uns d’entre nous disent que le Père, le Fils et Esprit est un, autant uni au Père et au Fils que l'umté 45Π BASILE (SAINT) est propre à l’unité. C'est ici que le docteur cappadocien rencontrait le mystère : Comment peut-il y avoir trois hypostases en une unique substance? Eunome prétendait que le nombre trois introduisait en Dieu la multiplicité. Afin d’expliquer que trois hypostases ne constituent pas trois êtres, saint Basile écrivit une lettre sur la dillérence entre l’essence et l'hypostase. Epist., xxxvm, P. G., t. xxxn, col. 325-340. 11 étudie la question en philosophe et adopte la définition de l'individu, donnée par Ammonius, disciple de Por­ phyre, comme base de cette distinction. Distinguant entre le commun et le singulier, il déclare que l'es­ sence répond au concept du commun, et l’hypostase à celui du singulier. Il en fait l'application à l’Iiistoire de .lob, telle qu’elle est rapportée dans l’Écriture, et il assure qu'on n’errera pas en transportant cette dis­ tinction dans le dogme trinitaire. Tout ce que nous penserons de l'essence du Père, nous le dirons du Fils et du Saint-Esprit; tous trois, par exemple, sont incréés et incompréhensibles. Mais si l’essence est commune, les hypostases sont distinctes. Saint Basile reproduit plusieurs fois cette distinction, et il fait con­ sister la distinction des hypostases divines dans la pa­ ternité, la filiation et la puissance sanctificatrice. Epist., CCXtv, 4, P. G., t. xxxil, col. 789. Cf. Epist., ccxxxvi, 6, ibid., col. 884. Par cette doctrine, l’évêque de Césarée conçoit en Dieu un mystère ineffable de commu­ nauté et de distinction : la différence des hypostases ne détruit pas le continu de ia nature, et la communauté de substance ne confond pas les caractéristiques person­ nelles. Et il se sert de l’exemple de l’arc-en-ciel qui, selon lui, est à la fois continu et divisé, pour faire comprendre d’une certaine manière qu’un même sujet est à la fois conjoint et distinct. Epist., xxxvm, 4, 5, ibid., col. 332-333. 2. Le Verbe. — Saint Basile a été toute sa vie le dé­ fenseur du « consubstantiel ». Au concile de Nicée, ditil, « les trois cent dix-huit Pères n’ont parlé que par l’inspiration du Saint-Esprit. » Epist., cxv, P. G., t. xxxil, col. 529. Quand le préfet de Cappadoce le somma d’obéir à Valens en supprimant du symbole le mot όμοούσιος, il répondit « qu’il était si éloigné d’ôter ou d’ajouter quelque chose au symbole de la loi, qu’il n'oserait pas seulement y changer l’ordre des paroles ». Ses deux ouvrages dogmatiques et beaucoup de ses lettres contiennent la démonstration de la « consubstan­ tialité » du Verbe. L'épitre Lit, P. G., t. xxxil, col. 393, expose les raisons qui ont fait adopter το όμοούσιον par le concile. Basile explique ailleurs pourquoi il ne peut être question, à propos du Père et du Fils, de «t simili­ tude » ou de « dissimilitude », ούτε ομοιον ούτε ανόμοιου, mais seulement de « consubstantialité », τό όμοούσιον. Epist., vin, ibid., col. 249. Cependant, pour ne pas contrarier le mouvement qui entraînait les semi-ariens vers la foi de Nicée sans ef­ facer encore leurs préventions contre le mot « consub­ stantiel », saint Basile se contente volontiers d'équivalents, pourvu qu’il ne puisse y avoir de doute sur le sens. Aussi déclare-t-il accepter l’expression « semblable en essence », ομοιον κατ' ούσίαν, à condition qu'on y ajoute : « sans différence aucune, » άπαραλλακτώς, comme signi­ fiant la même chose que « consubstantiel », ώςείς ταυτόν τώ όμοουσίω φέρουσαν. Epist., IX, ibid., col. 272. A-t-il été plus loin dans ses concessions de langage, et a-t-il vrai­ ment écrit à Apollinaire que le mot « semblable sans aucune dilîérence », ή τοΰ άπαραλλακτώς όμοίου φωνή, est plus convenable que le mot « consubstantiel », μάλλον ήπερ ή του όμοουσίου άρμόττειν? Epist., CCCLXI, ibid., col. 1104. On comprend que d’excellents critiques aient hésité à lui attribuer cette phrase, et aient dès lors con­ sidéré comme apocryphe sa correspondance avec Apol­ linaire. Mais peut-être l’argument n’est-il pas bon, car, même ailleurs, saint Basile, en ces délicates matières, 454 ne semble pas avoir toujours évité l’impropriété ou l’imprécision du langage. Cf. Revue d'histoire et de lit­ térature religieuses, 1904, p. 534. 3. Le Saint-Esprit. — Sur la doctrine du Saint-Es­ prit, Basile ne s’est pas montré moins conciliant dans la forme, tout en restant aussi ferme pour le fond. Il con­ sidérait la troisième personne de la sainte Trinité comme « consubstantielle et égale en dignité », όμοούσιον και όμότιμον, aux deux premières. S. Grégoire de Na­ zianze, Orat., xliii, 69, P. G., t. xxxvi, col. 590. Le III’ livre de son Contra Eunoniium et le traité De Spi­ ritu .Sancto sont consacrés â l'établir. Le nom de Dieu, que ce soit un nom de nature ou d’opération, convient au Saint-Esprit, parce qu’il y a identité de nature et d'opération dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Epist., vin. 11, P. G., t. xxxn. col. 264-265; ci.xxxix, 7, col. 683. Cependant il arriva â Basile dans ses prédica­ tions d'omettre â dessein le nom de Dieu en parlant du Saint-Esprit. 11 employait alors des expressions équiva­ lentes, afin de ménager des auditeurs dont la foi hésitante n’était pas encore soutenue, sur ce point, par une défi­ nition conciliaire. Cf. S. Grégoire de Nazianze, Orat., xliii, 68, col. 588. Cette réserve trouva des censeurs. S. Grégoire de Nazianze, Epist., i.vm, P. G., t. xxxvn, col. 113; S. Basile, Epist., lxxi, P. G., t. xxxn, col. 436. Attentif, dans l’état de crise où étaient alors les Églises d’Asie, à écarter les obstacles du chemin des hommes de bonne volonté, il recevait dans sa communion tous ceux qui confessaient que le Saint-Esprit n’est pas une créature. Epist., cxin, cxtv, P. G., t. xxxn, col. 525, 528, 529. Cf. Epist., cci.viii, 2, col. 949. Sur cette con­ duite de saint Basile vis-à-vis des semi-ariens, voir les réflexions de M. de Broglie, L’Eglise et l'empire ro­ main, t. v, p. 121-423. En ce qui concerne la « procession » du Saint-Esprit, il suffit, croyons-nous, de lire sans parti pris les deux traités dogmatiques de saint Basile pour reconnaître que dans son enseignement, la troisième personne de la Sainte Trinité procède du Père et du Fils, ou, selon la formule orientale, du Père par le. Fils. Même si l’on ne se sert pas du texte contesté au concile de Florence par les Grecs, et reproduit seulement en note dans l'édition des bénédictins, P. G., t. XXIX, col. 655, note 79, la pensée de Basile ressort d’autres passages de ses écrits. Après avoir dit, dans l’homélie xxiv : « L’Esprit procède du Père,» τό Ιΐνεΰμα έκ τού Ιίατρός Εκπορεύεται, il complète cette parole parla phrase suivante : « Le Fils est du Père par la génération, l’Esprit, d'une manière sacrée et mystérieuse, est de Dieu, » άλλ' ό μεν Ήός Εκ του 1 Ιατρός γεννητώς, τό δε Ιΐνεϋμα άρρητως Εκ του Θεού. P. G., t. χχχι, col. 616. « La bonté essentielle, la sain­ teté essentielle et la dignité royale, dit-il ailleurs, décou­ lent du Père par le Fils unique sur l’Esprit, » ή φυσική άγαΟότης, και ό κατά φύσιν αγιασμός, και τό βασιλικόν αξίωμα Εκ Πατρος δία τού Μονογενούς Επί τό Πνεύμα διήκει. De Spiritu Sancto, 18, P. G., t. xxxn, col. 453. Et encore : « L’Esprit est un, relié au Père par le Fils, et complétant par soi la glorieuse et bienheureuse Tri­ nité, » εν δέ κα’ι τό άγιον Πνεύμα, καί αύτό μοναδικώς Εξαγγελλόμενου, δι’ Ενός ΙΊοΰ τώ Ευι Πατρι συναπτόμενον, κα’ι δι' Εαυτού συμπληροΰν τήν πολυύμνητου και μακαρίαν Τριάδα. Ibid., col. 152. Sur la doctrine trinitaire de saint Basile, voir Th. de Régnon, Études de théologie positive sur la sainte Tri­ nité, 4re série, Paris, 1892, passim; Schwane, Histoire des dogmes, trad. Degert, Paris, 4903, t. n, p. 232 sq.; Revue d’histoire ecclésiastique, Louvain, 4903, p. 687689. Baert, dans Acta sanctorum, 1698, junii t. il,p. 807-938; Tillemont, Mémoires pour servir â l'histoire ecclésiastique des sise premiers siècles, 1703, t. IX, p. 1-304, 628-691 ; Garnier, 1721, dans Migne; P. G., t. xxix, col. CLXXVII-CCXU; Fabricius, ibid., col. ccxli-cclxxv ; Ceillier, Histoire générale des au- 455 BASILE (RÈGLE ET MOINES DE SAINT) leurs sacrés et ecclésiastiques, 1737, t. VI, p. 66-433; A. Jahn. Basilius platonizuns, Berne, 1838; E. Eialon, Élude littéraire sur saint Basile, Paris, 1861 ; A. de Broglie, L’Église et l’em­ pire romain au iv* siècle, 1866, t. v, p. 1-234; Bayle, Saint Basile, archevêque de Césarée, 1898: Venables, Basilius of Cæsarea. dans Dictionary of Christian biography, i8Tl, t. 1, p. 282-297 ; Bardenliewer, Les Pères de l’Eglise, leur vie et leurs œuvres, trad. Godet et Verschalïel, Paris, 1899, 1.11, p. 6989; Paul Allard, Saint Basile (collection · Les Saints »), 4· édit., Paris, 1903. 456 les monastères de la région. Rufin, qui la connut pen­ dant ses voyages en Orient, en iit une traduction latine, à la demande d’Urseus, abbé d’un monastère de l'Italie méridionale. Sans la moindre préoccupation de rendre exactement le texte primitif, il réduisit les deux règles en une seule : Begulæ sancti Basilii episcopi Cappadociæ ad monachos, P. L., t. cm, col. 483-554, ou on ne trouve que deux cent trois interrogations. C’est sous cette forme que saint Benoit l’a connue et qu’elle figure P. Allaru. dans le Codex regularum de saint Benoit d’Aniane. Elle II. BASILE (Règle et moines de saint . — I. Vie monas­ fit partie des règles dont se servirent les abbés de la tique. II. Règle. III. Moines de saint Basile. France mérovingienne aux ve et vr siècles pour organi­ I. Vie monastique. — Saint Basile éprouvait un vif ser leurs monastères. attrait pour la vie monastique. Il ne trouvait en Cappa­ On a faussement attribué à l’évêque de Césarée les doce aucun moyen de le satisfaire pleinement. Il entre­ Constitutiones monastic», P. G., t. xxxi, col. 1315-1428, prit un voyage à travers l’Orient monastique. Ce qu'il lui rédigées à une époque postérieure dans une contrée où fut donné devoir et d’entendre à Alexandrie,en Égypte, les cénobites et les anachorètes étaient nombreux. en Palestine, en Célésyrie et en Mésopotamie, lui révéla Les règles de saint Basile reçurent dans la suite de toute la tradition des maîtres de la vie religieuse. Plu­ nombreuses additions, qui, sans modifier leur texte, en sieurs de ses compatriotes voulaient, eux aussi, mener la précisèrent davantage la pratique et les complétèrent vie des moines. Grégoire de Nazianze était du nombre. par l’adjonction d’observances nouvelles. Les conciles Ils se retirèrent avec Basile sur les bords de l’iris, dans et les patriarches de Constantinople ont enrichi de une profonde solitude (vers 356). Sainte Macrine, sœur nombreuses ordonnances le corps des lois monastiques de Basile, gouvernait une communauté de vierges sur la de l’Orient. Il convient de citer Jean le Jeûneur, Nicé­ rive opposée du fleuve. Les aspirants affluèrent nom­ phore et Photius. Les abbés de quelques monastères breux; ce qui nécessita la création de plusieurs monas­ célèbres fondirent en un tout méthodique ces éléments tères dans le Pont. Le retour de Basile à Césarée (364), épars de la discipline religieuse orientale, qu’ils eurent après son ordination sacerdotale, provoqua en Cappadoce soin d’expliquer et de commenter. Les constitutions une semblable efflorescence du monachisme. Au moment que saint Nil rédigea pour son monastère de Saintede son élection épiscopale, les moines furent assez nom­ Marie de Chypre, celles de saint Théodore pour le monas­ breux pour exercer une grande influence. tère de Stoudion à Constantinople et de saint Athanase Tillemont, Mémoires pour servir â l'histoire ecclésiastique, pour le mont Athos sont les plus importantes; elles ont t. vi ; Allard, Saint Basile, Paris, 1898; dum Besse, Les moines exercé sur le développement du monachisme oriental d'Orient, Paris, 1900. une grande influence. Les empereurs de Byzance, Jus­ II. Règle. — C’est dans son monastère des bords de tinien en particulier, légiférèrent souvent pour les l’iris que saint Basile rédigea sa règle. Il eut pour colla­ moines. Un grand nombre de ces lois et de ces règle­ borateur saint Grégoire de Nazianze. Cette règle se com­ ments sont aujourd’hui tombés en désuétude. Les mo­ pose de deux parties : les grandes et les petites règles. nastères basiliens actuels en conservent assez néanmoins Les premières comprennent cinquante-cinq interrogations pour garder leur physionomie archaïque. Beaucoup et autant de réponses; il y en a trois cent treize dans parmi eux ont adopté des observances spéciales, mais les secondes. Celles-ci sont plus courtes; de là leur elles ne suffisent pas pour établir entre eux des diffé­ nom. Voir col. 447. rences comparables à celles qui distinguent les ordres Le législateur a adopté la forme catéchistique. Le dis­ religieux en Occident. ciple interroge le maître. Le texte de la question, en S. Basile, Regulæ fusius tractate, P. G., t. XXXI, col. 889entrant dans le corps même de la règle, précise le sens 1052; Regulæ brevius tractatæ, ibid., col. 1051-1506; Ascetica, de la réponse. Cette méthode contribue beaucoup à la ibid., col. 619-889; Pitra, Juris ecclesiastici Græcorum historia clarté de la doctrine. Toutes ces questions et réponses et monumenta, Rome, 1864. viennent d’un même auteur ; elles se complètent les unes les autres. On y reconnaît un même esprit. Ill. Moines. — Nous préférons ce terme de moines de Saint Basile suppose le monastère organisé matérielle­ saint Basile à celui d’ordre. Le dernier laisserait suppo­ ment. Aussi ne pourrait-on avec le seul secours de sa ser toute une organisation hiérarchique du monachisme règle reconslituer la vie monastique telle que la prati­ qui n’a jamais existé en Orient. Le père Clavel, Antiquaient les moines de la Cappadoce. Ces observances guedad de la religion y regia de san Basilio, Madrid, furent inculquées aux moines verbalement; elles se 1645, voudrait faire remonter jusqu’à saint Basile une transmettaient par la tradition. Saint Basile laissait ainsi organisation de ce genre. Les papes Libère, saint aux supérieurs une plus grande liberté pour les adapter Damase et saint Léon auraient solennellement approuvé aux circonstances de lieux, de personnes et de temps. sa règle. La plupart des monastères de l’Orient et de l’Occident l’auraient immédiatement adoptée. De là l'ex­ Il se contente de poser des principes sûrs et lumi­ neux, qui pourront éclairer les moines et guider leur trême facilité avec laquelle les historiens basiliens in­ scrivent parmi les bienheureux de leur famille monas­ conduite. Le législateur s’efface complètement pour mettre son tique tous les saints moines et moniales, qui ont vécu disciple à l’école des divines Écritures; il répond à la depuis le Ve siècle. Saint Benoît lui-même appartiendrait à l’ordre de saint Basile. Dom Mennuti, Kalendarium plupart des questions par un texte sacré qu’il complète sanctorum ordinis sancti Basilii. Ces prétentions, soit au moyen d’une glose personnelle soit en le rappro­ chant de passages analogues. La Bible reste ainsi le fon­ communes aux ordres religieux anciens, ne méritent aucune confiance. dement de la législation monastique, la règle véritable. La règle de saint Basile devint peu à peu la norme L’œuvre de saint Basile frappe surtout par sa discrétion et sa sagesse. Le monachisme cependant ne perd rien de des monastères des églises suivant la liturgie grecque, dans toutes les contrées soumises à la domination byzan­ sa vigueur. On ne saurait pousser plus loin la pratique tine, sans que l’on puisse fixer une date précise pour de la pauvreté religieuse, de l’obéissance, du renonce­ chacun d'eux. Leurs moines furent intimement mêlés a ment et de la mort à soi-même. la vie de l’Église. Raconter leur histoire.ee serait faire La règle basilienne s’applique aux femmes tout aussi l'histoire des églises de l'Orient. Leur activité fut très bien qu'aux hommes. Elle fut promptement adoptée par &Ί BASILE (RÈGLE ET MOINES DE SAINT) grande; activité intellectuelle, activité artistique, acti­ vité apostolique. Il sortit de leurs rangs des patriar­ ches : Maximien, Eutychius, .lean le .Jeûneur, Cyrus, Nicéphore, Méthode, Ignace, etc., pour le seul siège de Constantinople, et d'innombrables évêques. Même l'épiscopat finit par se recruter exclusivement dans les cloîtres du jour où le mariage se généralisa parmi le clergé séculier. C’est encore ce qui se passe de nos jours. Les moines prirent une part très active aux discussions théologiques qui agitèrent les églises d'Orient. mono­ physisme, monothélisme, affaire des trois chapitres, question des saintes images. S'il y eut parmi eux de nombreux hérétiques, ils surent donner à l'orthodoxie ses champions les plus intrépides; par exemple, saint Jean Damascene, qui lutta avec tant d'énergie contre les iconoclastes, saint Maxime, le plus redoutable adver­ saire des monothélites, saint Théodore Studite, saint Étienne du mont Saint-Auxence, saint Sabbas, higouméne du Stoudion. La persécution iconoclaste fit parmi eux une légion de. martyrs. Les moines furent en Orient les propagateurs de la foi au milieu des païens. Les peuples slaves qui habi­ taient par delà les frontières de l'Empire et surtout ceux qui les franchirent plus d'une fois, reçurent d'eux l'Evangile. Saint Cyrille et saint Méthode sont les plus connus de ces moines apôtres. Tous apportèrent aux nouveaux convertis, avec la liturgie grecque, la vie monas­ tique, telle que la pratiquaient les basiliens. Les monas­ tères devinrent nombreux et influents dans ces régions gagnées à la foi. Les moines cultivèrent les lettres divineset humaines. Les défenseurs de l'orthodoxie, énumérés plus haut, furent, en même temps, les hommes les plus instruits de leur époque, des théologiens très estimés. Il y eut encore dans les monastères des chroniqueurs, tels que Georges le Syncelle, son ami Théophane (-j-817); des hagiographes, dont la plume fut particuliérement féconde; des poètes et des hymnographes, qui ont enrichi de leurs compositions la littérature liturgique. Les plus connus sont le saint abbé Maxime de Chrysopolis, saint Théodore Studite et saint Romanos. Beaucoup parmi eux cultivèrent les beaux-arts, particulièrement la peinture et la miniature. C’est resté une tradition chère aux grands monastères basiliens. La transcription des manu­ scrits était l’une des occupations les plus utiles des moines. Grâce au zèle qu’ils y mettaient, leurs principaux monastères finirent par posséder de riches bibliothèques, ou les manuscrits étaient conservés avec un soin reli­ gieux. Même après des siècles, les bibliothèques monas­ tiques de l'Orient rendent à l’activité intelligente et au savoir étendu des basiliens du passé un éclatant hom­ mage. Les érudits modernes y ont fait de nombreuses découvertes et ils sont loin d’avoir épuisé les trésors qu’elles renferment. Les plus riches sont celles du Sinaï et du mont Athos. Les progrès incessants de l’islamisme et l’affaissement de la vraie vie chrétienne qui suivit le schisme de Byzance amenèrent parmi les moines basiliens une irrémédiable décadence. Un grand nombre de monastères disparurent, d'autres subsistent encore, mais en dépit des moines plus ou moins nombreux qui les peuplent et d’une fidé­ lité rigide à certaines observances, ce ne sont plus que des ruines morales. Ces monastères tiennent cependant une place très importante dans la vie religieuse des Églises orientales. Les plus connus et les plus influents sont celui du mont Sinaï, celui deSaint-Sabbas en Pales­ tine et le groupe des monastères du mont Athos. Les ba­ siliens sont nombreux en Grèce et dans les îles de l’Archipel. II n’y a plus de vie intellectuelle et apostolique dans ces monastères depuis qu’ils sont devenus la proie du schisme. Voir Constantinople (Église de). Les Églises qui ont suivi Constantinople dans son 458 schisme conservent une population monastique assez nombreuse. Les basiliens de Russie sont ceux qui méri­ tent le plus de fixer l’attention. Voici la liste de leurs principaux monastères : Petchersky de Kiew, Saint-Serge de Troïtsa au nord de Moscou et Saint-Alexandre Newski à Pélersbourg, qui portent le nom de laurei, et Potchaïef en Volhynie; ce sont les grands sanctuaires de la Russie. Il y a au-dessous d’eux un grand nombre de monastères de moindre importance. Ils tiennent une place considérable dans la constitution de l’Église ortho­ doxe. Voir Russie. Dans le mouvement de retour à l’union avec Rome, qui faillit anéantir le schisme chez les Ruthènes, les moines eurent un grand rôle à jouer. Leurs monastères réformés par Buslri et saint Josaphat furent les instru­ ments dont Rome se servit pour reprendre contact avec ces églises. Le partage de la Pologne et la politique des tsars a fait repasser au schisme la plupart des basiliens ruthènes. Ceux de la Galicie, soumis à l’empire d'Au­ triche, avec leurs confrères de la Hongrie, conservent encore leur fidélité au souverain pontife. Les premiers forment une congrégation, sous le vocable du Saint-Sau­ veur, avec 14 monastères; les seconds en forment une autre, composée de 7 monastères. Léon XIII a fondé· à Rome le collège grec-ruthène près de l’église des SaintsSerge et Bacchus et l’a donné aux basiliens. Les grecs unis possèdent en Orient un certain nombre de monastères basiliens distribués en trois congrégations gouvernées par un abbé général : celle du Saint-Sauveur, fondée en 1715, avec 8 monastères, 21 hospices et 400 religieux; celle d'Alep, avec 4 monastères et 2 hospices, et celle des valadites avec le même nombre de monas­ tères et 3 hospices. Ces deux dernières sont répandues dans le Liban. Les basiliens ont eu en Occident de nombreux monas­ tères, surtout en Sicile et dans l’Italie méridionale. La fondation de la plupart d’entre eux remonte au temps de la persécution iconoclaste et de la domination des prin­ ces normands. Toutefois, ces princes, après avoir ac­ cordé quelques privilèges aux moines grecs, ont cher­ ché- à les remplacer par des bénédictins. Le changement de leur conduite à l’égard des basiliens s’explique par leur attachement au saint-siège et au rite latin et aussi par leur antagonisme politique avec la cour de Byzance. Le monastère de Rossano, l’un des plus célèbres, con­ serva longtemps les meilleures traditions littéraires de Byzance, grâce surtout à saint Nil le jeune, son fonda­ teur, à l’abbé saint Barthélemy et aux moines Paul et Néophytes. Celui de Saint-Nicolas d’Otrante n'est pas moins célèbre. Saint-Sauveur de Messine et Grotta Fer­ rata, dans les États pontificaux, furent aussi illustres. Le retour éphémère des grecs à l'unité romaine donna quelque vie à ces monastères italiens au temps du con­ cile de Florence. Ils bénéficièrent de l’émigration des Byzantins vers l'Occident après la prise de Constanti­ nople. Aussi voit-on leur nom figurer avec une certaine dignité dans l'histoire de la Renaissance. Le cardinal Bessarion, abbé commendataire de Grotta Ferrata, et protecteur de tous les basiliens, ne négligea rien de ce qui pouvait stimuler leur vie intellectuelle et mettre à profit les trésors littéraires enfermés dans leurs biblio­ thèques. Le relâchement fut profond dans ces monastères au xvi· siècle. Pour y remédier, Grégoire XIII entreprit une réforme (1573). Les monastères italiens formaient les trois provinces de Sicile, de Calabre et de Rome. Ils sui­ vaient la liturgie grecque avec des usages empruntés à la liturgie latine, telle la consécration du pain azyme. Quelques monastères obtinrent du souverain pontife de suivre intégralement la liturgie romaine. Il n’y avait plus que 22 abbayes en Sicile, 13 dans le royaume de Naples et quelques-unes dans les États pontificaux, à la fin du xvni’ siècle. Elles ont presque toutes disparu dans les 459 BASILE (RÈGLE ET MOINES DE SAINT) — BASILE D’ACHRIDA révolutions du siècle suivant. Grotta Ferrata est le seul monastère ayant quelque célébrité. L’ordre de saint Basile eut plusieurs maisons en Espagne, suivant la liturgie latine. Elles se recrutaient parmi les Espagnols, et reconnaissaient l'autorité du supérieur général résidant à Rome. Elles formaient les deux provinces de Castille et d’Andalousie. Le frère Mathieu della Fuente fonda, vers 1557, la congrégation réformée de Turdon, au diocèse de Cordoue. Ces monas­ tères espagnols ont complètement disparu. Clavel, Antiguedad de la religion y regia de san Basilio, 1645 ; Heimbucher, Die Orden und Kongregationen derkathotischen Kirche, 1896, t. I, p. 44-49 ; Hélyot, Histoire des ordres religieux, 1792, t. i ; Lenormant. La Grande Grèce, Paris, 1881, t. n ; Marin.Les moines de Constantinople, Paris, 1897; Batiffol, L’abbaye de Rossano, Paris, 1891 : I^eroy-Beaulieu, L'empire des tsars, Paris, 1889, t. m, La religion. J. Besse. 2. BASILE, archevêque de Novgorod (1330-1352), écri­ vit en forme de lettre à Théodore, évéque de Tver (1347), un traité où il développa longuement ses théories sur le paradis. Cette lettre, intitulée : Le paradis fleurissant sur la terre, est à la fois un des monuments de l’ancienne littérature russe et un ouvrage dont la lecture a toujoursétéagréableà la foi naïve des moujiks. Selon Basile, les justes, après leur mort, ne montent pas au ciel. Ils continuent â demeurer ici-bas dans un Éden que des marchands de Novgorod ont rencontré sans réussir néanmoins à y pénétrer. Ce ne sera qu'après le second avènement du Christ que les saints monteront au ciel spirituel, appelé ainsi par opposition à celui ou ils resteront jusqu'à la lin du monde. Basile confirme ses assertions par des récits tirés des livres apocryphes et des traditions populaires. Il est vénéré comme saint, le 4 octobre, par l’Église orthodoxe russe. Zdravomyslov, Les prélats de l’éparchie de Novgorod depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, Novgorod, 1897, p. 21-22; Macaire, Histoire de l’Église russe, t. v; Ignace Malychev, Courtes biographies des saints russes, Saint-Péters­ bourg, 1875; Bouslaev, Chrestomathie russe; monuments de l'ancienne littérature russe, Moscou. 1870; Andréievski, Lexi­ que encyclopédique, Saint-Pétersbourg, t. x, p. 582 ; Philarète, Aperçu de la littérature ecclésiastique russe, p. 70; Dobroklunski, Histoire de l’Église russe, t. t, p. 234-235 ; Znamenski, Histoire de l’Église russe, p. 122; Arséniev. Lexique des écri­ vains de la première période de la littérature russe, SaintPétersbourg. A. Palmieri. 3. BASILE, archevêque de Séleucie, en Isaurie, depuis l’an 431, a joué dans l’affaire de l’eutychianisme un rôle équivoque et terni sa réputation par son inconséquence. Au sein du concile de Constantinople de -448, il avait, comme saint Flavien, excommunié Eutychès etanathématisé la nouvelle hérésie. L'année d’après, au Brigandage d'Éphèse, soit légèreté d’esprit, soit plutôt peur de Dioscore, il adhéra au monophysisme et vota la réhabi­ litation d’Eutychès en même temps que la déposition de saint Flavien. Mais, dans le concile de Chalcédoine de 451, il prévint la déposition dont il était à son tour menacé, en souscrivant la lettre dogmatique de saint Léon le Grand et en condamnant Eutychès et Dioscore. Il ne sortit plus dès lors du sentier de l’orthodoxie. Nous possédons, dans Mansi, Concil., t. vu, col. 559-563, le texte latin d’une lettre synodale que Basile écrivit en 458 à l’empereur Léon Ier, pour soutenir l’autorité du concile de Chalcédoine et protester contre l’intrusion récente du monophysite Timothée Ælure sur le siège d’Alexandrie. Basile mourut dans les premiers mois de l’an 459. 11 nous est resté de lui, outre la lettre synodale sus­ mentionnée, d'une part, 41 discours, λόγοι, sur des passages de l’Ancien et du Nouveau Testament, P. G., t. i.xxxv, col. 27-474; d’autre part, une histoire en deux livres et en prose de la vie et des miracles de la .n’étendue protomartyre sainte Thécle, P. G., ibid., DICT. DE T11É0L. CATHOL. 460 col. 474-618, récit auquel les Actes apocryphes de Paul et de Thécle ont servi de canevas et dont plus d’un cri­ tique a dénié à Basile la paternité. L’origine de quelques discours, celle notamment du VIe, du 38e, du 39e et du 41e, parait très suspecte. Ils sont de Nestorius. Bevue biblique, 1900, p. 344-349. Ces questions d'authenticité, aussi bien que la théologie de Basile, mériteraient une étude approfondie. Photius qui connaissait quinze de ces discours, y reprend, Biblioth., cod. 168, P. G., t. cm, col. 491, l'abus de la rhétorique, le luxe des méta­ phores, une allure parfois théâtrale et, par suite, le manque de simplicité et de naturel. L’exégèse biblique de Basile semble calquée sur celle de saint Chrysostome. Basile, au dire de Photius, ibid., avait célébré en vers les œuvres, les combats et les triomphes de sainte Thécle. Ce poème depuis longtemps est perdu. Hefele, Histoire des conciles, traduction Leclercq, Paris, 19071908; 1.1 et it, passim; Tillemont, Mémoires, t. xv, p. 340-347; Fabricius, Bibliotheca græca, édit. Harless, t. IX, p. 90-97, et P. G., t. LXXXV, col. 9-18 ; Fessier. Institutiunespatrologïæ, édit, lungmann, Inspruck, 1896, t. n b, p.290-293; Bardenhewer, Les Pères de l’Église, trad, franc., Paris, 1899, t. m, p. 5-7. P. Godet. 4. BASILE, chef des Bogomiles Voir Bocomiles. 5. BASILE, prêtred’Ostrog, protopope en 1603, mem­ bre de la confrérie orthodoxe de Wilna, lutta pendant toute sa vie contre l’union de Brest (1596). On a de lui un traité de polémique religieuse, paru à Ostrog en 1585, et intitulé :Le livre de l’unique et véritable foi. Basile y réfute les soi-disant erreurs latines et les theories luthériennes. Tour à tour, il disserte sur la procession du Saint-Esprit, sur la primauté romaine, sur les azymes, sur le calendrier, sur l’Église, et sur le culte des saints. Sa polémique vise surtout le livre de L’unité de l’Église (O jednosci kosciola Bozego, Wilna, 1577) du jésuite po­ lonais, Pierre Skarga, le catéchisme du P. Alexandre Kamoulovitch, paru â Rome en slavon (1582), le caté­ chisme du bienheureux Pierre Canisius, traduit en sla­ von par Simon Zadranitch de Zara (Rome, 1583), et le Manuel de la religion du protestant Budné (1562). Cet ouvrage édité en 1588 à Wilna fut réimprimé en 1644, par le protopope Michel Rogov, dans le célèbre recueil intitulé Le livre de Cyrille (Kirillova kniga). On doit aussi au prêtre Basile une réponse au décret d’union d’Ignace Potiéî, évéque de Vladimir en Volhynie, et une Histoire authentique du concile de Florence, Wilna, 1598. Par ses écrits et par son influence, Basile ne cessa jamais de combattre les uniates de Lithuanie, et d’exci­ ter contre eux la haine du prince Constantin d’Ostrog, le patriarche laïque des orthodoxes de' la Petite-Russie. Pierting, La Russie et le saint-siège, Paris, 1901, t. ni; Phi­ larète, Aperçu de littérature ecclésiastique russe, p. 171-172; Znamenski, Histoire de l’Église russe, p. 200, 301 ; Dobroklonski, Histoire de l’Église russe, t. m, p. 297-299 ; Andréievski, Lexique encyclopédique, t. X, p. 582-583. A. Palmieri. 6. BASILE D'ACHRIDA, Achridenus, dit parfois « le Grammairien », d'abord protonotaire patriarcal sous Michel II Oxites (11-43-1145), occupa le siège métropoli­ tain de Thessalonique (1145-1168). Le pape Adrien IV (1154-1159), dont l’un des premiers soins fut de députer vers l’empereur d’Orient, Manuel Comnéne I" (11431180), pour 1’exhorter à la réunion avec l’Église romaine, chargea ses légats d’une lettre pour Basile. Nous possé­ dons la lettre du pape, P. L., t. ci.xxxvm, col. 1580, et la réponse modérée de l'archevêque, P. G., t. exix, col. 929, qui défend l’Église grecque d’être schismatique et reconnaît « le pasteur des pasteurs ». On trouve un dialogue entre Basile et un des envoyés du pape, dans le codex théologique 213 de Vienne, fol. 2l5r-220’, et un autre dialogue entre les mêmes, d’après les notes II. - 15 461 BASILE D’ACHRIDA — BASILE D’ANCYRE 4G2 de la cour, pour faire une active propagande en fadu moine Nicétas de Thessaloniqtte, dans les codices 28, 66 et 256 de Munich. Beaucoup de critiques avaient I veur de leur doctrine et abattre leurs adversaires; soixante-dix anoméens, y compris leur chet Aétius, au­ identifié l’interlocuteur latin de Basile avec Henri, ar­ raient été bannis, si l’on en croit l'historien de la chevêque de Bénévent; mais J. Schmidt, qui a édité les secte, sujet à caution quand il parle de Basile. Philos­ deux conférences, Des llasilius aus Achrida Erzbischofs torge, Epitome historiæ eccles., iv, 8-10; cf. m, 16; von Thessalonich, bisher unedierte Dialoge, dans iv, 6, P. G., t. lxv, col. 522 sq., 508, 520. Dans son Veroffentlichungen aus dem Kirchenhistorischen Se­ projet de réunir un concile général d’abord à Nicoméminar München, n, 7, in-8“, Munich, 1901, d'accord die, puis à Nicée, Constance eut pour principal conseiller avec Vasilievsky, désigne. Anselme, évêque d'Havelberg, l’évêque d’Ancyre ; mais les anoméens, revenus bientôt comme l’antagoniste de l’archevêque de Thessalonique. d'exil, réussirent à faire substituer au projet d’un con­ Ces deux critiques fixent même en 1155 la date de ces cile général celui de deux assemblées, l’une à Rimini courts entretiens. Mais les jours indiqués par M. Schmidt, pour les Occidentaux, l'autre à Séleucie pour les Orien­ à savoir les 9 et 10 avril, sont inexacts, car la première taux. Sur l'ordre de l'empereur, les chefs des deux conférence ayant eu lieu le deuxième samedi de Luc, ce partis durent même en venir à cette sorte de compromis serait en 1155, le samedi l«r octobre, qu’elle se serait dogmatique qui porte le nom de quatrième formule de tenue. Si, d’autre part, il est vrai qu'Anselme était déjà Sirmium ou de « credo daté ». Mais, souscrivant à de retour à Modène le 5 mai 1155, il faut reporter les l'acte après Valence de Mursa et mis en défiance par son deux conférences à l'année 1154. D'ailleurs, elles n’ap­ attitude, le chef des homêousiens fit suivre sa signa­ portent aucun élément nouveau pour l'histoire de la ture de cette déclaration : « Moi Basile, évêque d’An­ controverse dogmatique entre les deux Églises grecque cyre, je crois, et j’adhère à ce qui est écrit ci-dessus, et latine. Basile écrivit une oraison funèbre de l’impéra­ confessant que le Fils est en tout semblable au Père. En trice Irène, première femme de Manuel, née comtesse tout, c’est-à-dire non seulement quant à la volonté, mais de Sulzbach et sœur de la femme de Conrad III. Le aussi quant à la substance, et quant à l'existence, et Code du droit gréco-romain, p. 309, 408, rapporte un quant à l’être, άλλα κατά την ύπόστασιν, καί κατά την ΰavis de Basile touchant les mariages entre consanguins. παρξιν, καί κατά το είναι. Et cela, parce que, suivant Krumbacher, Byzantinische LitteraturgescMchte, 2· édit., l'enseignement des divines Ecritures, il est Fils, esprit Munich, 1897, p. 88; J. Schmidt, op. cil. d'esprit, vie de vie, lumière de lumière, Dieu de Dieu, C. Verschaffel. vrai fils d’un vrai père,sagesse née du Dieu sage; en un 7. BASILE D’ANCYRE, évêque de cette ville de Ga­ mot, comme fils, absolument semblable au Père en tout, latie, personnage célèbre dans l’histoire de l’arianisme. D’abord médecin, au rapport de saint Jérôme, il fut καΟά-αζ κατά πάντα τον υίόν όμοιο» τώ πατρ'ι, ώς υιόν πατρ'ι. Que si quelqu’un prétend soutenir qu’il ne lui choisi, en 336, parles eusébiens pour remplacer l'évêque est pas semblable en tout, mais seulement en quelque Marcel, déposé au synode de Constantinople; l’érudition chose, je le tiens pour séparé de l’Église catholique, et l'éloquence de Basile assuraient au parti un puissant comme ne croyant pas le Fils semblable au Père selon auxiliaire. Sozomêne, H. E., Il, 33, P. G., t. lxvii, les Écritures. » S. Épiphane, Hier., lxxiii, 22, P. G., col. 1030. Mais les orthodoxes tinrent cette élection pour t. xi.n, col. 444. Basile ne se contenta pas de cette décla­ illégitime; en 344, au concile de Sardique, Marcel fut ration; de concert avec Georges de Laodicée et d’autres réhabilité, et Basile, retiré à Philippopolis avec la mino­ membres du parti homéousien, il développa sa croyance rité schismatique, déclaré intrus et excommunié; sen­ plus longuement dans la dissertation théologique, rap­ tence dont l'exécution occasionna un vrai tumulte dans portée par saint Épiphane après la lettre du synode Ancyre. Socrate, II. E., n, 23, P. G., t. lxvii, col. 258. d’Ancyre. Ibid., col. 425-442. Voir Arianisme, t. i, col. Basile eut sa revanche en 350. Après la mort de l’empe­ 1825, et J. F. Bethune-Baker, The meaning of Homooureur Constant, Marcel fut chassé et son compétiteur sios in the « Constantinopolitan » Creed, p. 32-34, 80rétabli. A partir de cette époque, la vie de Basile est si étroitement liée à l'histoire de l'arianisme sous le règne 81, dans I'exts and studies, Cambridge, 1901, t vn, n. 1. Malgré ces réserves et ces précautions, le compromis de Constance, qu’on en peut suivre toute la trame dans politique accepté par les semi-ariens devait avoir pour l’article relatif à cette hérésie. Voir t. i. col. 1825 sq. Vers la fin de 351, il assiste et prend une part impor­ eux les plus graves conséquences. Basile triompha, il tante au synode où fut rédigée la première des formules est vrai, au concile de Séleucie et confirma, avec la ma­ de foi dites de Sirmium. Le disciple de Marcel d’Ancyre, jorité de cette assemblée, le symbole eusébien du con­ Photin, précédemment évêque de Sirmium, mais déposé cile d’Antioche in encæniis. Mais l’évêque de Césarée, le pour ses tendances sabelliennes, voulut se justifier dans politique et versatile Acace, fit schisme; méprisant la cette assemblée, et ce fut Basile qu'on lui donna pour sentence de déposition portée contre lui, le nouveau adversaire; après une discussion longue et acharnée, chef de groupe prévint ses adversaires et gagna l’em­ Photin fut vaincu et banni à perpétuité. Socrate, H. E., pereur à sa cause. Basile ne put ressaisir à la cour son n, 30, P. G., t. lxvii, col. 290 sq. ; S. Épiphane, Hær., ancienne influence, ni faire agréer les représentations lxxi, 1, P. G., t. xi.ii, col. 374 sq. qu'il essaya de faire. Théodoret, H. E., il, 23, P. G., La coalition anti-nicéenne s’étant alors fractionnée, t. Lxxxn, col. 1045. Devant les emportements et les me­ Basile devint le principal chef du groupe modéré, oi naces de César, les députés homêousiens de Séleucie sacrifièrent leur όμοιούσιος, non moins que Γόμοούσιο; άμφί Βασίλειον, les homêousiens ou semi-ariens. Après nicéen, en signant la formule de Rimini-Niké. C'est le manifeste lancé, en 357, à Sirmium par Ursace de aussi vers cette époque que semble avoir eu lieu la dis­ Singidunum, Valens de Mursa et autres ariens déter­ pute entre Aétius et Basile d’Ancyre, dont parle Philo­ minés, l'évêque d’Ancyre profita de la consécration storge, iv, 12, P. G., t. I.xv, col. 525. L’historien anoméen d'une église dans sa ville épiscopale, pour y tenir, attribue une victoire éclatante au chef de son parti, mais durant le carême de 358, la fameuse assemblée qui, son récit est invraisemblable et trouve du reste un cor­ dans sa lettre synodale, proclama la charte du parti rectif dans la narration toute différente de Sozomêne, tv, homéousien. Voir Arianisme, t. i, col. 1022, 1824. Basile 23, P. G., t. lxvii, col. 1188. La ruine de Basile et de obtint ensuite de l'empereur la réunion d’un nouveau ses partisans s’acheva en 360, au concile acacien de concile; de là cette troisième formule de Sirmium, Constantinople. On porta contre l’évêque d’Ancyre di­ à laquelle se rattache la question de la chute du pape verses accusations, la plupart relatives à la conduite ar­ Libère. Sozomêne, H. E., iv, 15, P. G., t. lxvii, col. bitraire et violente qu’il aurait tenue à l’époque de sa 1150 sq. Basile et son parti profitèrent alors de leur toute-puissance. Sozomêne, iv, 24, ibid., col. 1190 sq. influence sur l’esprit de Constance et auprès des dames 463 BASILE D’ANCYRE Accusations portées par des ennemis, et qu’il est impos­ sible de contrôler; mais Acace a été soupçonné de s’étre abandonné à des ressentiments personnels. Philostorge, v, t, P. G., t. i.xv, col. 528. D'autres historiens parlent du chef des semi-ariens comme d'un homme qui devait à la dignité de sa vie l'influence dont il jouit longtemps auprès de Constance. Théodoret, n, 20, P. G., t. lxxxii, col. 1062. Basile fut banni en Illyrie. Comme les évêques semiariens déposés avec lui par les acaciens, il nous apparaît ensuite dans les rangs des macédoniens. Sozomène, tv, 27, P. G., t. I.XVI1, col. 1200; S. Jérôme, De viris illusl., 89, P. L., t. xxiii, col. 695. Son nom se trouve au pre­ mier rang dans une requête, présentée en 363 à l’empe­ reur Jovien par les évêques de ce parti; ils demandaient qn’on chassât les anoméens des églises qu'ils possédaient, et qu’on les mit eux-mêmes à leur place; ils parlaient aussi d'un concile général, et se déclaraient prêts à se rendre à la cour, s’ils en recevaient l'ordre. Socrate, m, 25; Sozomène, vi, 4, P. G., t. lxvii, col. 451, 1302. 11 semble donc que, grâce à l’amnistie accordée par Julien l’Apostat, Bastie était revenu d’exil, comme les autres évêques, mais qu'il n’avait pas recouvré son église occupée par cet Athanase que les acaciens lui avaient donné pour successeur. Socrate, ibid., col. 456. La re­ quête des évêques macédoniens resta sans effet, et il n’est plus question dans l'histoire de Basile d’Ancyre. Il se peut qu’au début du règne de Valens, il ait pris part au synode de Lampsaque, qu’il ait été de nouveau en­ voyé en exil, et qu’il y soit mort. En dehors de la lettre synodale et de la dissertation dogmatique dont il a été parlé, Basile avait, comme nous l’apprend saint Jérôme, composé plusieurs ouvrages : un écrit contre Marcel son prédécesseur, un traité delà virginité, et diverses autres choses, dont rien ne nous est parvenu. Le chef des homéousiens a été très diversement ap­ précié, Les uns ont vu en lui, comme en tous ceux de son parti, un véritable arien, dissimulant le venin de son erreur, pour mieux tromper les simples; tel, en particulier, saint Épiphane. liter., Lxxm, n. 1, P. G., t. XLU, col. 400 sq. Saint Hilaire et saint Athanase ont t té moins sévères, comme on peut le voir par l’article Arianisme, t. i, col. 1834 sq. Mais on n’a pas le droit de dire que ces deux grands docteurs ont parlé de Basile d’Ancyre comme d’un homme pleinement orthodoxe; il s'en faut surtout de beaucoup qu’on puisse, avec certains protestants de nos jours, voir en lui « le père de la doctrine officielle de la Trinité ». Le chef des homéou­ siens en est resté à la similitude d’essence, et n’a pas admis ou n’a pas compris l’identité de substance entre le Père et le Fils; par là s’explique qu’on le trouve, à la fin de sa carrière, dans le camp des macédo­ niens. Voir surtout les Histoires ecclésiastiques et les écrits patris6 lues, cités au cours de cet article. Pour la synthèse historique de ces documents : TiUemont, Mémoires, Paris, 1704, t. VI, p. 290 sq.; dom Ceiliier, Hist. gén. des auteurs sacrés, Paris, is®, t. iv, p. 320 sq. ; Hetele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, 1.1 et n, passim. X. Le Bachelet. 8. BASILE DE CILICIE, prêtre à Antioche du temps d l’évêque Flavien II (498-512) et de l’empereur Anastase 1191-518), était homme de talent et nestorien zélé. Il devint, si l'on en croit Suidas, au mot Αρχέλαος, évêque d Irénopolis en Cilicie. Basile avait écrit contre Jean de Scythopolis, un te­ nait du monophysisme, des dialogues en seize livres, d-diés respectueusement à un certain Léontius, et dans lesquels figuraient trois interlocuteurs, Lampadius, le représentant de Basile, Marinus, l’avocat de Jean, et Tarasius, l’arbitre des débats. De ces dialogues il ne nous reste rien, pas plus que du livre écrit, au dire de Suidas, ibid., et au mot Βασίλειος, contre un prêtre de BASILE DE SOISSONS 46i Colonie en Arménie, du nom d’Archélaus. L'Histoire ecclésiastique de Basile est également perdue. Perte d'au­ tant plus regrettable que l’auteur avait inséré dans son ouvrage nombre de pièces justificatives et de lettres épis­ copales. Photius, Biblioth., cod. 42, P. G., t. cm. col. 302-318, nous apprend que cette Histoire se composait de trois livres : le premier embrassait, de 450 à 483, les règnes de Marcien et de Léon I«ravec une partie du règne de Zénon ; le second, qui est le seul que Photius ait eu entre les mains, allait de la mort du pape saint Simpli­ cius, en 483, à celle de l’empereur Anastase, en 518; le troisième était consacré au règne de Justin Iir, 518-527. Nul doute que ['Histoire ecclésiastique de Basile n'ait été l’une des sources de Nicéphore Calliste. Fabricius, Bibliotheca græca, édit. Harless, Hambourg. 17901898, t. vu, p. 419-420; t. x, p. 692, 710 ; Ceiliier, Histoire géné­ rale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, 2· édit., Paris, 1862, t. xi, p. 110; Bardenhewer, Les Pères de [Église, trad, franç., Paris, 1899, t. Ill, p. 33. P. Godet. 9. BASILE DE SOISSONS, capucin, appartenait â une famille Dubois, sur laquelle manque tout autre dé­ tail. Il revêtit l’habit religieux au couvent du faubourg Saint-Jacques, le 20 avril 1635. Pendant plusieurs an­ nées il bipartie de la mission que son ordre entretenait en Angleterre auprès de la reine Henriette-Marie, sœur de Louis XIII. Il y remplit les fonctions d’aumônier et de prédicateur ordinaire. Revenu en France, il donna à l'impression de nombreux ouvrages de controverse, dont quelques-uns avaient été conçus pendant sa mission, comme il le dit lui-même. Le Père Basile mourut à Pa­ ris au couvent de la rue Saint-Honoré le 3 mars 1698. Voici la liste de ses ouvrages, d’après un Mémoire ajouté par un de ses éditeurs à la fin d'un de ses livres : Defence invincible de la vérité orthodoxe de la pré­ sence réelle de Jésus-Christ en l’eucharistie, in-8», Pa­ ris, 1676; 1677; 5« édit., 1679; 7» édit., 1680 ; 8· édit., 1682; le même ouvrage reparut augmenté sous le titre : Dé­ fense invincible de l’eucharistie et du saint sacrifice de la messe, in-8°, Paris, 1682; Seconde partie du livre de la Defence invincible de l’eucharistie : où la vraije re­ ligion est clairement démonstrée et la fausseté des nou­ velles sectes entièrement détruite, avec la condamna­ tion des novateurs par leur propre bouche, in-8», Paris, 1677; 1680; 12« édit., 1693; ce livre fut ensuite divisé en deux par l'auteur; Abrégé très-clair de la doctrine chré­ tienne, avec les preuves de l'Écriture sainte, utile et nécessaire à tous ceux qui désirent d’être instruits par­ faitement des mystères de notre religion, Paris, 1678; 3« édit., 1680 ; 20« édit., 1693. Ce livre est un abrégé du suivant : Fondement inébranlable de la doctrine chré­ tienne où les pricipaux points de la foy sont clairement expliquez et prouvez par la parole de Dieu écrite. Dans cet ouvrage, divisé en quatre parties, l’auteur traite suc­ cessivement du dogme en prenant le Credo pour base, des sacrements, des commandements et de la prière, 4 in-8», Paris, 1680-1683; les exemplaires de 1693 portent : treizième édition; Traité de l’existence de Dieu, où il est prouvé qu’il y a un Dieu ou qu'il n’y a rien du tout ; ce traité est extrait de la première partie du Fon­ dement: La véritable décision de toutes les contro­ verses, par la résolution d’une seule question : Quel doit être le juge des controverses? Paris, 1685; La ■ in­ duite du chrétien pour aller au ciel, 2 in-8». Paris. 1686 ; La science de bien mourir, Paris, 1686, 1688; Les rapports admirables de l’institution de l'eucharistie avec les six jours de la création du monde, in-8". Pa­ ris, 1686; Deflexions morales sur ce passage de LÉcri­ ture sainte : litinam sapèrent et intelligerent, Paris, 1686; Explication du saint sacrifice de la messe; ce livre est une partie détachée d'une édition augmentée de la Défense invincible, parue en 1682; Explications I murales et édifiantes de divers textes de l'Écriture 465 BASILE DE SOISSONS BASILIDE 466 sainte tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, I Gitton, mais emporté par une fureur poétique, comme dit Êpiphane, Hær., xxiv, 2, P. G., t. xli, col. 309, il 8 in-8», Paris, 1689-1696. chercha à faire une œuvre nouvelle, en compliquant et Bernard de Bologne, Sacra bibliotheca script, ord. capucen développant outre mesure ce qu’il avait appris, ut cin., Venise, 1747 ; Hurter, Nomenclator, t. H, col. 430. Édouard d’Alençon. altius aliquid et verisimilius invenisse videatur, dit Irénée, Cont. hær., I, xxiv, 1, P. G., t. vu, col. 675. BASILIDE. — I. Sources. II. Vie. III . Système. Cf. Êpiphane, Hær., xxiv, 1, P. G., t. xli, col. 309; IV. Critique. V. Secte basilidienne. Eusèbe, H. E., iv, 7, P. G., t. xx, col. 316. Dans la I. Sources. — Basilide est l’un des principaux chefs liste des hérétiques, il est toujours placé avant Valentin. de la gnose au n’ siècle. Bien que connu et réfuté par Il vécut sous les empereurs Hadrien et Antonin, et pen­ les écrivains ecclésiastiques, ses contemporains ou ses dant le pontificat d’Ilygin, jusque vers '140. Clément successeurs, sa vie et son système restent enveloppés de d’Alexandrie, Strom., vu, 17, P. G., t. ix, col. 548, mystère. .Jusqu’au milieu du xixe siècle, saint Irénée et notes47, 49,52, col. 547-552; Eusèbe, H. E., iv, 7, P. G., Clément d’Alexandrie étaient les seules sources. L’évêque de Lyon qui, d’abord, n’avait eu en vue que de réfuter t. xx, col. 317; De Basilide, de Massuet, n. 112-144, dans P. G., t. vu, col. 33-135. Il a donc été en pleine activité les erreurs de Valentin, dut se préoccuper de recher­ cher quels furent les maîtres et les prédécesseurs du intellectuelle dans la première moitié du n· siècle. Très célèbre gnostique égyptien, et c’est ainsi qu’il fut amené attentif au mouvement religieux de son époque et en particulier au christianisme, il a vu l'importance que la à parler de Basilide. 11 en parle à plusieurs reprises, tradition avait aux yeux des catholiques, et il en appela mais toujours d’une manière fragmentaire, incomplète, sans ordre, empruntant ses renseignements soit au Syn­ à la tradition, prétendant suivre fidèlement l’enseigne­ ment de saint Mathias, et avoir eu pour maître «n cer­ tagma de saint Justin, soit à l’ouvrage d’Agrippa Castor. Saint Êpiphane, à sa suite, donne plus de détails et a tain Glaucias, interprète de saint Pierre. Clément d’Alexandrie, Slrom., vu, 17, P. G., t. ix, col. 549. plus d’ordre, sans exposer, toutefois, l’ensemble du système basilidien. Clément d’Alexandrie, le mieux Voulant, comme tant d’autres, jouer un rôle prépondé­ placé de tous les Pères pour connaître à fond la doctrine rant et créer une religion nouvelle purement gnostique, de Basilide, puisqu'il enseignait dans un milieu où elle parce que tout était à la gnose, il rêva d’emprunter au était répandue et pratiquée, et qu’il avait entre les mains christianisme quelques-unes de ses données et de les adapter à son système. Il connaissait les saintes Écritures les œuvres de Basilide et de son fils Isidore, dont il cite des extraits, est précieux à consulter, mais est loin et, bien qu'il rejetât l’Ancien Testament, il ne manquait d’égaler saint Irénée. Car, au lieu d’entreprendre une pas de s’en servir, tout en le défigurant et en lui prê­ réfutation générale, ce n’est qu’accidentellement, selon tant un sens particulier, pour étayer ses théories et tromper la foi des simples. Peut-être même composales nécessités du moment et le sujet de ses leçons, qu’il t-il des livres apocryphes; il attribuait les prophéties parle de Basilide, prenant à partie quelques points de aux anges créateurs, et la Loi au dieu des Juifs. Irénée, sa psychologie et de sa morale et fournissant, çà et là, Cont. hær., I, xxiv, 5, P. G., t. vu, col. 678. Quant à sur les mœurs et les fêtes des basilidiens des détails qu’on ne trouve pas ailleurs. Après la découverte et la lui, au dire de son fils Isidore, il avait composé une publication des Philosophumena, on eut des renseigne­ prophétie de Cham ; il vantait et exploitait celles de ments nouveaux sur la métaphysique de Basilide; on crut Barcoph ou Barcabbas et de Parchor. Clément d’Alexan­ drie, Slrom., vi, 6, P. G., t. ix, col. 276. Il connaissait même qu’il s’agissait d’un système dù à ses disciples; mais, en rapprochant ce texte de celui de saint Irénée également le Nouveau Testament; il écrivit même vingtquatre livres de commentaires sous le titre de εξηγητικά et de Clément d'Alexandrie, on vit que c’était bien le εις τί> εύαγγέλ-,ον. Clément d'Alexandrie, Strom., ιν, 47, système du maître, avec cette différence que l’auteur P. G., t. vin, col. 4289. Eusèbe, qui les appelle βιβλία, des Philosophumena semble avoir pris à tâche de com­ ne spécifie pas s’il avait pris pour texte les Évangiles bler les lacunes de l'ouvrage de saint Irénée. Or, malgré canoniques ou son propre Évangile; car il en avait l’appoint des Philosophumena, l’ensemble du système de Basilide nous échappe encore; bien des points restent composé un, τ’ο κατά Βασιλείδου εΰαγγέλιον, dont parlent obscurs, des parties manquent. De tous les systèmes Origène, In Luc., homil. I, P. G., t. xm, col. 1803; saint Ambroise, In Luc., I, 2, P. L., t. xv, col. 4533; saint gnostiques, celui de Basilide est le plus compliqué et parait le fruit d’une imagination puissante qui se joue Jérôme, In Matth., prol., P. L., t. xxvi, col. 47. Clé­ ment d’Alexandrie cite un assez long passage tiré du des symboles, s’entoure de formules impénétrables et se livre XXIIIe de ces commentaires, Slrom., iv, 12, P. G., perd dans une métaphysique abstraite. La logique, cepen­ t. vin, col. 1289 sq. ; l'auteur de la Disputatio Archelai dant, n’en est pas totalement absente. On y découvre cum Manete en cite deux, tirés du XIIIe, sous le titre quelques principes, toujours les mêmes et d’application de Traité. Dispul.,lN, P. G., t. ix, col. 1524. Parmi les uniforme, qui aident à combler, dans la mesure du Épîtres, il fit un choix, n’en admettant que quelquespossible, certaines lacunes, et à donner une idée moins unes, rejetant en particulier celles aux Hébreux, à Tite imparfaite de la gnose basilidienne, sans réussir toutefois et à Timothée. S. Jérôme, In Tit., prol., P. L., t. xxvi, à la reconstituer dans son intégrité, ni surtout à conci­ lier ses contradictions. En attendant que de nouvelles col. 555. Son enseignement ne passa pas inaperçu; car il fut découvertes fassent la lumière complète sur l’œuvre de pris à partie et combattu par les écrivains chrétiens de Basilide, voici, dans l’état actuel de la science, ce que l’époque. Eusèbe nous apprend, en effet, qu’Agrippa l’on en peut dire. Castor avait composé contre lui un ouvrage où il dévoi­ II. Vie. — Ni le lieu ni la date de la naissance et de lait ses erreurs et les réfutait solidement. H. E., iv, 7. la mort de Basilide ne nous sont connus. Ce que l’on P. G., t. xx, col. 317. Saint Justin, qui connaît Basi­ peut simplement affirmer, c’est qu’il est né vers la fin lide, Dial., 35, P. G., t. vi, col. 552, dut le ranger dans du 1er siècle, qu'il a été l'élève de Ménandre à Antioche, son Syntagma parmi les hérétiques qu’il signalait à la qu'il a eu pour condisciple Satornilus ou Saturnin, qu'il réprobation des Églises comme falsificateurs de la foi. passa en Égypte, parcourut les nomes de Prosopis, Ces ouvrages sont, malheureusement, perdus; à leur d’Athribis et de Sais et se fixa à Alexandrie. Êpiphane, défaut, ceux de saint Irénée, de Clément d’Alexandrie Hær., xxiv, 1, P. G., t. XLI, col. 308; Irénée, Cont. et les Philosophumena suffisent pour nous montrer ce hær., I, xxiv, 1, P. G., t. vu, col. 674. Eusèbe l’appelle que le système de Basilide avait de contraire à l'ÉcriAlexandrin. II. E., iv, 7, P. G., t. xx, col. 316. C’est à ture, à la tradition, à la foi, à la morale et à la saine Alexandrie que, sans abandonner complètement l’ensei­ philosophie. gnement de ses prédécesseurs Ménandre et Simon de m BASILIDE III. Système. — 16 Observations préliminaires. — Ba- I silide n’a pas échappé à la préoccupation de ses contem­ porains devant la grave question de l’origine du mal. Épiphane, Hær., xxiv, 6, P. G., t. xli, col. 313. Les gnostiques cherchaient à la résoudre, mais sans vouloir accepter l’enseignement de la Bible et de l’Église et | sans en arriver encore, d une manière aussi nette et aussi formelle que les futurs manichéens, à proclamer l’exis­ tence et l’opposition de deux principes coéternels, le principe du bien et le principe du mal. Ils se refusaient sans doute à faire de Dieu l’auteur du mal, puisqu'ils le proclamaient essentiellement bon; d’autre part, la présence du mal dans ce monde ne s’expliquait pas, à leurs yeux, par la déchéance personnelle et exclusive de l’homme. C’est donc entre Dieu et l’homme, dans quelque être intermédiaire, moins parfait que Dieu, mais supérieur à l'homme, qu’ils plaçaient l’auteur responsable du mal, rappelant ainsi le dogme de la chute des anges. C'est pourquoi ils eurent soin de sérier les êtres intermédiaires en nombre suffisant pour sauve­ garder la vraisemblance et amener peu à peu l’esprit à concevoir la possibilité et à admettre la réalité d’une chute. Leurs éons participaient de moins en moins à la nature divine, au fur et à mesure qu’ils s'éloignaient du premier principe; dès lors, ils étaient d’autant plus loin de posséder en partage la souveraine bonté de Dieu; la diminution en eux de l’être divin les rendait accessibles à quelque faiblesse, et l'idée d’une déchéance de leur part n’était plus une hypothèse invraisemblable. En fait, il y eut faute et chute parmi ces êtres intermé­ diaires, non point, comme nous le verrons plus loin, à la suite d’une désobéissance ou d’une révolte, mais par l'effet de leur ignorance et de leur orgueil. Le problème de l'origine du mal se trouvait ainsi résolu sans doute, mais cette solution malheureuse n’allait à rien moins, en délinitive, qu a faire de Dieu lui-même l’auteur du mal, bien que ses auteurs s’en défendissent. Car leur système d’émanation, faisant procéder les éons les uns des autres depuis le premier principe, qui est Dieu, les affirmait toujours participants à la nature divine et, par la. plaçait l’origine du mal dans la nature de Dieu. Basilide n'évita pas cette fâcheuse conséquence. Il eut beau se défendre d’enseigner l’émanation propre­ ment dite et parler souvent de création. Le contexte prouve qu’il n’entend pas le mot de création au sens catholique ; et ses expressions, en particuliersa καταβολή, n’expriment pas d’autre idée, malgré la différence des termes, que celle de l’émanation. 11 eut beau encore multiplier entre Dieu et l'homme d'une manière fan­ tastique les éons et les mondes qu’ils habitent, il ne réussit pas à soustraire la nature divine à la responsa­ bilité du mal. 2' Le monde supérieur. — En tête du monde, Basii ide place un premier principe : c'est le Paler innatus d Irénée, Cont. hær., 1, xxiv, 3, P. G., t. vu, col. 675; Je £■/ xô άγίννητον d’Épiphane, Hær., xxtv, 1, P. G., : XLI, col. 309 ; le ούκ ών Θεός des Philosophumena, VII, :. 21, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 346. Ce Père non né, c· Un non engendré, ce Dieu-néant existe, peut devenir quelque chose; il a l’être en puissance. Il n’est ni matière, ni accident, ni simple, ni composé, ni com­ préhensible, ni incompréhensible, ni accessible ou inaccessible aux sens, ni homme, ni ange, ni Dieu, ni rien de ce qui peut être perçu par les sens, conçu par Γesprit ou nommé par la parole. Philos., VII, 1, 21, p. 345. Et pourtant ce Dieu a voulu créer; Basilide c - xplique pas, et pour cause, comment ce qui n’existe pas peut vouloir. Ce Dieu possède tous les germes; il est le réservoir des mondes, σπέρμα πολύμορφον και πν’ζνούσιον, ibid., p. 347; il renferme la panspermie, :,· = ·. l·' εάντώ πάσαντήν πανσπερμίαν... πάντα τα σπέρματα εάντώ τεόησαορισμένα και κατακείμενα. Philos., VII, ί. 22, ρ. 349. Ces germes ne sont pas condamnés à la 468 ' stérilité absolue; ils passeront en acte grâce à un prin­ cipe d’activité consubstantiel à Dieu, que Basilide dé­ signe par ce nom de νίότης, filiation. Or cette νίίτης n’est pas unique. Il en est une d’abord, très ténue, λεπτομερές, qui, dès la première émission du germo par le Dieu-néant, s’enfuit avec la rapidité de la flèche ou de la pensée et décrit une courbe rentrante; car, partie du fond de l'abîme, elle vole vers les régions su­ périeures et vient finalement se reposer près du Dieunéant. Il en est une autre, celle-ci grossière et confinée dans les germes, παχυμερές,moins agile par conséquent. Elle peut se dresser; mais ce n’est qu'à l’aide d’une aile, comme l’oiseau, qu’elle peut s’élever et se rappro­ cher de la première υίότης et de Dieu. Or, cette aile, c’est l'Esprit-Saint, le πνεύμα άγιον, qui la lui pré; mais comme celui-ci n’est consubstantiel ni avec le Dieu-néant ni avec Γυίότης, il ne peut suivre celle-ci et pénétrer à sa suite dans le séjour ineffable et sublime de la divinité; il en conserve du moins, à raison de son union passagère, le parfum et la vertu, comme un vase garde l’odeur du parfum qu’il a contenu. Philos., VII, t. 22, p. 349-351. Reste une troisième υΐότης, infé­ rieure aux deux autres : celle-ci demeure dans la pan­ spermie jusqu'au dénouement final qui suivra l’appari­ tion de tousles mondes; car elle a besoin de purification; Οάρσεαις δεόμενον. Telle est la manière imaginée par Basilide pour mettre en branle le trésor des germes et expliquer le passage de la puissance à l’acte. Dieu émet un germe; ceci n’est pas une création, malgré l'emploi du terme, mais une émanation. L’uWxr.ç ténue est la première réalisation de la puissance, le premier personnage en acte qui peuple avec Dieu le monde supérieur, hypercosmique. La seconde υίότης, et parce qu’elle est plus grossière et qu'elle ne peut agir seule, marque déjà un degré d'infériorité dans l'échelle de l’être divin, mais habile avec Dieu. Nous ignorons l’origine du πνεύμα άγιον; nous connaissons du moins son rôle, celui d’ai­ der la seconde οΐότςς, et son séjour, le monde intermé­ diaire, au-dessous du monde supérieur, à la limite des deux, car il est appelé l’Esprit-limite, μεθόριον πνεύμα. 3° Le monde intermédiaire. — Ce monde intermé­ diaire occupe l’espace éthéré qui va du séjour de Dieu jusqu'à la lune. Basilide le remplit d'autant de cieux qu'il y a de jours dans l'année, en progression toujours descendante. Chacun de ces cieux a son nom propre; nous ne connaissons que le nom du premier, l’Ogdoade, celui du dernier, l’Hebdomade, et le nom d'un troisième, Caulacau, dont nous ignorons le rang exact dans la série. Chacun est peuplé d'un nombre considérable d’éons, procédant les uns des autres. Nous savons, d'après les sources, ce qui concerne l’Ogdoade et l’Hebdomade, et nous constatons que tout s’y passe de la même manière. Cette ressemblance n’est pas fortuite; elle autorise à croire que le même principe de simili­ tude doit s’appliquer à tous les autres cieux, d’une extré­ mité à l'autre du monde intermédiaire. Or voici la formation de l’Ogdoade, le premier des 365 cieux. Du germe ou panspermie en fermentation sort un être d’une beauté, d’une grandeur, d’une puis­ sance ineffables, le grand Archon, nommé aussi Abrasai ou Abraxas, parce que ses lettres additionnées for­ ment le nombre de 365. Irénée. Cont. hær., I, xxtv, 7. P. G., t. vu, col. 679-680; 1 hilos., VII, i, 26, p. 361 ; Épiphane, Hær., xxiv, 7, P. G., t. xt.i, col. 316. Cet Archon-Abrasax joue dans le monde du milieu un rôle semblable à celui du Dieu-néant dans le monde hypercosmique. Il se donne d'abord un fils plus puissant et meilleur que lui, qu’il fait asseoir à sa droite, dans l’Ogdoade. Philos., VII, i, 23, p. 354. Aidé de ce fils, il devient le démiurge de la création éthérée. En effet, de l'Archon et de son fils procèdent de nouveaux éons; de ceux-ci, d autres encore, et ainsi de suitejusqu’à ce que 469 BASILIDE 470 L’âme n'est pas la même chez tous les hommes ; il y a soit peuplé le premier ciel ou l’Ogdoade. Quels sont ces 1 âme et âme. Isidore signale l'âme logique et l ame psy­ éons? Les Philosophuniena n'en nomment aucun. Clé­ chique, dans Clément d’Alexandrie, Strom., il, 20, ment d’Alexandrie en signale deux : la .luslice et la Paix. P. G., t. Vin, col. 1057. Les Philosophuniena parlent Strom., iv, 25, P. G., t. vm, col. 1372. Irénée, Cont. d'une âme pneumatique. VII, l,27, p. 364. C'est là, selon hær., I, xxiv, 3, P. G., t. vu, col. 676, et Épiphane, toute apparence, une division correspondant à celle des Hær., XXIV, 1, P. G., t. xli, col. 309, citent l’Esprit, le autres gnosliques, qui distinguent l’àme pneumatique, Verbe, la Raison, la Force et la Sagesse, et spécilient psychique et hylique, selon qu’elle appartient aux parti­ que de la Force et de la Sagesse dérivent les éons du second ciel. Ce mouvement d’émanation successive et sans de la gnose, aux chrétiens ou aux païens. Dans ce cas, l’âme pneumatique serait celle des disciples de descendante se renouvelle dans chaque ciel pour ne Basilide, absolument prédestinée au salut; l’àme s’arrêter qu'au dernier, à l'Hebdomade, qui clôt la série logique, celle des chrétiens placés dans l'alternative des cieux supralunaires. Le chef de l'Hebdomade est un d’être sauvés ou damnés selon l’usage qu’ils auront fait Archon, et cet Archon est plus grand que tout ce qui est de la gnose; l’âme psychique, celle des païens, â pré­ au-dessous de lui, mais il n’est plus ineffable comme l’Archon-Abrasax, il peut être nommé. Lui aussi se dominance matérielle, incapable d’entrer dans la gnose et d’être sauvée. Le silence des documents sur celte donne un fils plus prudent et plus sage que lui ; et division, aussi nettement arrêtée, n’autorise à voir là d eux procèdent les éons de l'Hebdomade. Cette simili­ qu'une conjecture, que la ressemblance de tous les tude de formation du premier et du trois cent soixantesystèmes gnostiques rend aussi vraisemblable que pos­ cinquième ciel, nettement signalée par les Philosophu­ niena, permet de conclure que chaque ciel avait son sible. Quoi qu'il en soit, Basilide s’occupe surtout de l'âme Archon, inférieur à tout ce qui le précède et supérieur pneumatique. 11 dit qu’elle a la connaissance naturelle â tout ce qui le suit. de Dieu; il l’appelle fidèle; il la proclame élue par sa 4» Le monde inférieur. — Le troisième monde, le propre nature. Clément d'Alexandrie, Slrom., v,l, P. G., monde sublunaire, le nôtre, a eu pour démiurge, au dire t. ix. col. 12-13. Or cette élection de l’âme s’est faite en des Philosophuniena, l’Archon de l’Hebdomade. Irénée, dehors de ce monde. Strom., iv, 26, P. G., t. vm, Cont. hær., 1, xxiv, 4, P. G., t. vu, col. 676, et Épi­ col. 1376. Du fait de cette élection elle possède naturel­ phane, Hær., xxiv, 2, P. G., t. xi.i, col. 309, mettent la lement la foi, qui n’est ni un acte libre, ni une puis­ formation de notre monde sur le compte du dieu des sance, mais une substance, une essence, un être inhé­ Juifs; ce n’est là qu’une contradiction plus apparente rent à l’âme élue, moyennant quoi elle n’a pas besoin de que réelle, l’Archon des Philosophuniena et le dieu démonstration pour connaître la vérité; une simple des Juifs ne formant qu’un seul et même personnage, intuition lui suffit pour posséder toute la doctrine, toute l’Archon empruntant le langage du Dieu de la Bible; la gnose. Slrom., n, 3, P. G., t. vm, col. 941. c’est l'Archon-Jéhovah. H n’est pas à croire que cet Archon-Jéhovah ait été personnellement le démiurge On voit quec'esl la prédestination absolue de quelques hommes; que le libre arbitre n’a pas de rôle à jouir immédiat de noire monde et de l’homme; ce sont plu­ tôt les anges ou éons placés au dernier rang de l’Hebpour le salut; que le fatalisme est au fond du système. domade, à l'extrême limite du monde intermédiaire, de El l'on se demande comment Basilide a pu conservi r la même manière que les éons du second ciel procè­ l'idée de la rédemption pour l'humanité. Il est vrai que dent. non de l'Archon-Abrasax. mais de ses subordon­ ce dogme est singulièrement réalisé dans son système, nés, la Force et la Sagesse. Ces anges, dominés par ainsi que nous allons le dire. l'Archon-Jéhovah arrogant et belliqueux, sont souvent 6° Chute et rédemption. — Basilide admet la chute, en lutte avec lui et exercent, à leur tour, sur l'homme mais ce n’est pas celle qui est inscrite à la premièie un pouvoir tyrannique. Épiphane, Hær., xxiv, 2, P. G., page de la Bible. La chute, en effet, n’est pas le l'ail t. xli, col. 312. exclusif de l'homme; elle remonte beaucoup plus haul, 5° Anthropologie. — L'homme est composé d'une à travers les 365 cieux, jusqu'au ciel de 1 Ogdoade. Le âme et d'un corps; le corps, pris â la matière, est des­ premier coupable n’est autre que le grand Archon, tiné à y faire retour. Mais l’àme, si le système de Basimalgré sa participation à la nature du Dieu non né, non lide est conséquent avec lui-même, ne peut procéder engendré, non existant, et malgré son voisinage avec le du démiurge que d'une manière semblable à celle qui monde supérieur. 11 a eu le tort, en effet, de s’élever fait sortir les éons les uns des autres, c'est-à-dire par vers les hauteurs sublimes jusqu’au firmament, jusqu'à voie d’émanation. Elle est, en effet, représentée comme la limite du monde supérieur. Ne pouvant monter plus quelque chose de divin, d’étranger à ce monde, d’anté­ haut, il a cru de bonne foi qu'il n’y avait rien au-dessus; rieur à son union avec le corps. Son origine céleste ne car il ignorait l’existence de l’Esprit-limite, des trois l’a pas mise à l’abri du péché ; car elle apporte avec elle •Λύτης et de Dieu, tout cela étant enseveli pour lui dans une faute, sur la nature de laquelle il n’est rien dit, un mystère profond. Philos., VII, l, 26, p. 359. Il s'est mais que l’on peut dire héritée du démiurge. C’est donc cru le seul maître : ignorance et orgueil qui con­ pourquoi le martyre, par exemple, a pour but de punir stituent une faute, une déchéance, et qui nécessitent >ce péché, mais avec cette différence que, pour lame propre rédemption. Même aventure dans chacun di élue, c’est une punition honorable tandis que, pour 365 cieux. Au fur età mesure qu'on descend, l'ignoranc lame non élue, c’est un châtiment juste. Exeget.,χχιπ, et l’orgueil de chacun des Archons constituent un dans Clément d’Alexandrie, Strom., iv, 12, P. G., t. vm, chute semblable. C’est ce que l’on constate pour l'ilibcol. 1292. De plus elle est faillible sur terre, à cause du domade. Ici, en efi'et, l’Archon, dieu des Juifs, comim ■ la même imprudence que le grand Archon-Abras;:v. trouble et de la confusion primitive. Elle possède des atlections, des passions, des appétits, qui lui font éprou­ celle d'abord de se croire le seul Dieu parce qu .. ver des désirs semblables à ceux que l’on remarque ignore l’existence, non seulement de l’Esprit-limite,
  • . Il en donne le texte complet, estimant L’affaire paraissait terminée, lorsque des malentendus « qu'elle doit être inscrite dans sa vie comme le plus beau monument de son histoire ». regrettables renouvelèrent le différend. L'abbé Bautain, se voyant menacé d’une condamnation générale de tous On doit encore au cardinal de Bausset une Notice his­ ses ouvrages, se décida, sur le conseil du P. Lacordaire, torique sur le cardinal de Boisgelin, in-12, Paris, 1804; à faire le voyage de Rome et à soumettre ses écrits au une Notice historique sur l’abbé Legris-Duval, in-8°, Paris. 1820; une Notice historique sur S. É. Mgr de saint-siège. Le pape Grégoire XVI fit examiner par le cardinal Mezzofanti et le P. Perrone le principal ouvrage Talleyrand, archevêque de Paris, in-8», Paris, 1821. Il incriminé de l’abbé Bautain, la Philosophie du christia­ se proposait encore de donner une histoire du cardinal de Fleury ; mais la maladie le força de renoncer à son nisme. L’examen traîna en longueur; et, par égard pour projet. Il mourut le 21 juillet 1824. un prêtre aussi méritant, il fut décidé qu’on lui signa­ lerait simplement les propositions qui demandaient à Ami de la religion, année 18*24; Notice historique sur te être corrigées ou modifiées, mais que le livre lui-même cardinat de Bausset, in-8·, Marseille, 1824; de Quélen, Discours ne serait pas condamné. Sur ces entrefaites, l’évêque de de réception à l’Académie française sur le cardinat Bausset; Strasbourg ayant pris un coadjuteur, Mo' Ræss, celui-ci Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1853 ; Feller, Bio­ termina le différend,en obtenant de l’abbé Bautain qu'il graphie universelle; Lichtenberger, Encyclopédie des sciences souscrivit à nouveau, le 8 septembre 1840, les six propo­ religieuses, Paris, 1877, L 11. sitions de 1835, avec quelques légères modifications que V. Obi.et. nous indiquons en italiques : BAUTAIN Louis Eugène-Marie, né à Paris le 17 fé­ vrier 1796, d’une famille très chrétienne, entra à 18 ans 1· Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence do à l'École normale, où il se lia d’amitié avec Jouffroy et Dieu et l’infinité de ses perfections, etc. 483 BAUTAIN — BAYLE 484 2· La divinité de la révélation mosaïque se prouve avec certi­ tude. etc. 3· La preuve tirée des miracles de Jésus-Christ, sensible, etc... Nous trouvons cette preuve en toute certitude dans l'authenti­ cité du Nouveau Testament, dans la tradition, etc. 5· Sur ces questions diverses, la raison précède la foi et doit nous y conduire. 6· Quelque faible et obscure que soit devenue la raison parle péché originel, il lui reste assez de clarté et de force pour nous guider avec certitude à l’existence de Dieu, à la révé­ lation faite aux Juifs par Moise, et aux chrétiens par notre adorable Homme-Dieu. BAVOSI Alphonse, théologien italien, né à Bologne, mort le 5 mai 1628, chanoine régulier du Saint-Sauveur, et plusieurs fois général de son ordre; il est l'auteur de quelques traités polémiques : 1° Controversies miscel­ laneae, in-4°, Venise, 1580, 1589 ; Bologne, 1607 ; Dispu­ tationes catholicæ in quibus præcipue Græcorum quo­ rumdam opiniones orthodoxæ fidei rejiciuntur, in-4“, Venise, 1607. C’est à tort que Denzinger, Enchiridion, n. 124, donne, traduites en latin, comme étant les six propositions signées en 1840devant Mar Ræss, celles qui furent sous­ crites en 1835 entre les mains de Mor de Trévern. De Régny, L'abbé Bautain, Paris, 1884, p.289. La différence entre les deux formules est d'ailleurs minime. Quatre ans après, l'abbé Bautain, ayant voulu fonder une com­ munauté religieuse, dut justifier auparavant de la com­ plète orthodoxie de sa doctrine, et signer une déclaration qui lui fut demandée par la S. C. des Évêques et Régu­ liers. Le 26 avril 1844, il promettait dans ce troisième formulaire : BAYLE Pierre, né le 18 novembre 1647, au bourg Glaire, Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, Paris, 1868; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892, t. i, p. 282. V. Oblet. du Carlat, dans le comté de Foix ; son père. Jean Bayle, exerçait en ce lieu les fonctions de ministre de la reli­ gion réformée. Pierre Bayle reçut au foyer paternel les premières leçons de latin et de grec; envoyé en 1666 à l'académie de Puylaurens, il se mit à l’élude avec une ardeur extrême, lisant tout ce qui lui tombait sous la main, sans excepter les livres de controverse théologique. Il vint à l’université de Toulouse en février 1669 et sui­ vit les cours de philosophie qui se donnaient au collège des jésuites. Les doutes que la lecture des controversistes catholiques lui avait inspirés sur la légitimité de la Réforme, s’accrurent alors dans les entretiens qu'il 1· De ne jamais enseigner que, avec les seules lumières de la eut avec un prêtre catholique: il résolut d'abjurer le droite raison, abstraction faite de la révélation divine, on ne puisse donner une véritable démonstration de l’existence de Dieu. calvinisme et il le lit le 19 mars suivant. Cette conver­ 2· Qu'avec la raison seule on ne puisse démontrer la spiritualité sion était trop rapide pour être durable : toutefois et l’immortalité de l’àme, ou toute autre vérité purement natu­ elle valut au jeune étudiant la protection de Berlier, relle, rationnelle ou morale. évêque de Rieux, qui se chargea des frais de son entre­ 3· Qu'avec la raison seule on ne puisse avoir la science des tien. En 1670, Bayle soutint avec éclat ses thèses dédiées principes ou de la métaphysique, ainsi que des vérités qui en dé­ Virgini Deiparæ. Mais après un essai, d’ailleurs infruc­ pendent, comme science tout à fait distincte de la théologie sur­ tueux, pour amener au catholicisme l'alné deses frères, naturelle qui se fonde sur la révélation divine. 4· Que la raison ne puisse acquérir une vraie et pleine certiil se prit à douter de sa nouvelle religion. Le culte titude des motifs de crédibilité, c’est-à-dire de ces motifs qui excessif qu’il voyait rendre aux créatures lui ayant paru rendent la révélation divine évidemment croyable, tels que sont · très suspect et la philosophie lui ayant fait mieux com­ spécialement les miracles et les prophéties, et particulièrement prendre l'impossibilité de la transsubstantiation, il con­ la résurrection de Jésus-Christ. clut qu’il y avait du sophisme dans les objections aux­ L’abbé Bautain s’intéressa toute sa vie, d'une façon quelles il avait succombé et qu’il devait retourner au spéciale, à la question théologique des rapports de la protestantisme. Il quitta donc Toulouse le 19 août 1670, raison et de la foi. II suivit d’un œil attentif l’affaire abjura deux jours aprèset partit aussitôt pour Genève. 11 Bonne! ty (voir Bonnetty) et surtout celle de Louvain (1860), y suivit les leçons du philosophe cartésien Chouet dont où ilintervintà titre privé, pourféliciter les professeurs il adopta les idées. C'est à Genève qu’il rencontra BasL'baghs et Laforét (voir ces noms) d’avoir attiré l’atten­ nage et, grâce à l'obligeante amitié de celui-ci, il entra tion des théologiens sur un point de la question qui comme précepteur chez le comte de Dhona, puis chez était, selon lui, resté jusque-là inaperçu. La lettre, un riche marchand de Rouen. Ce fut encore par l’entre­ publiée dans l’zlmi de la religion (26 avril I860), sem­ mise de Basnage que Bayle put obtenir une chaire de blait vouloir provoquer une discussion publique plus philosophie à l'académie protestante de Sedan. Après approfondie de la matière; mais les professeurs de Lou­ l’arrêt qui supprimait l’académie (1681), Bayle fut appelé vain ne jugèrent pas à propos de rouvrir le débat. De à Rotterdam pour enseigner la philosophie et l'histoire Régny, L’abbé Bautain, p. 419 sq. Bautain, qui était dans VEcole illustre, qui venait de s’ouvrir en faveur vicaire général de Paris depuis 1850, accepta en 1853 les des réfugiés français; il devait y retrouver un de ses fonctions de professeur de théologie morale à la Sor­ collègues de Sedan, Jurieu, à qui l’on avait confié la bonne. 11 occupa ce poste pendant neuf ans et y publia chaire de théologie. Désormais, l’histoire de sa vie se une partie de son cours, savoir : La morale de ΐÉvan­ confond avec celle de ses livres. Les premiers ouvrages de Bayle sont purement philo­ gile comparée aux divers systèmes de morale, Paris, sophiques : une dissertation métaphysique De tempore 1855; La philosophie des lois, Paris, 1860; La conscience, Paris, 1861. Précédemment, il avait fait paraître les con­ qui lui valut la chaire vacante à l’académie de Sedan; férences qu’il avait prèchées à Notre-Dame-de-Paris en son Système de philosophie, comprenant les leçons dictées à ses élèves; une Dissertatio in qua vindicantur 1848, sous ce titre : La religion et la liberté considérées dans leurs rapports, Paris, 1848. Sesautres ouvrages n’ont a peripateticorum exceptionibus rationes quibus ali­ qu’un rapport éloigné avec la théologie. L’abbé Bautain qui cartesiani probarunt essentiam corporis silam esse mourut à Paris le 15 octobre 1867. Pour l’appréciation in extensione; il y soutient contre un jésuite, le P. Va­ de son système philosophico-théologique, voir Fidéisme. lois, la théorie cartésienne sur l’essence des corps et la déclare incompatible avec la transsubstantiation définie De Régny, L'abbé Bautain, sa vie et ses œuvres, Paris, 1884; par le concile de Trente; enfin des observations critiques A. Ingold, Lettres inédites du P. Bozaven, dans le Bulletin critique, 5 avril et 25 juin 1902, p. 194-198, 353-360. sur les Cogitationes rationales de Poiret ; elles se trouvent J. Bellamy. au t. iv des Œuvres diverses, La Haye, 1727. Il donne en BAVA André, théologien italien de la fin du xvi' siè­ 1682 ses Pensées diverses, écrites à «n docteur de Sorcle; il était né à Caragnolo dans le duché de Montferrat. : bonne à l’occasion d’une comète qui parut au mois de On a de lui une Jstruzione della vita cristiana, in-8°, décembre /680. L’ouvrage parut d'abord sous le voile de Turin, 1564-1567. l’anonyme et sous le titre de Lettre à M. L. .4. D. C., Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1853. docteur de Sorbonne, où il est prouvé par plusieurs rai­ V. Oblet. sons tirées de la philosophie et de la théologie que les 483 BAYLE 486 aux théologiens gallicans d’y répondre d’une manière comètes ne sont le présage d'aucun malheur, in-12, Co­ pleinement satisfaisante. Au reste, Bayle ne s’en tient pas logne, 1682; une seconde édition parut à Rotterdam en là : il nie complètement l’infaillibilité de l’Église. En 1683, 2 in-12. Le but de ce livre est de montrer l’absur­ France, remarque-t-il, on soutient librement que l’Église dité du préjugé populaire et l'inanité des raisons par les­ est sujette à l’erreur dans les questions de fait; mais quelles on voudrait le justifier. Une objection bizarre alors son infaillibilité prétendue n’est plus qu’un vain que Bayle expose et réfute longuement l’amène à exposer mot. car toute définition dogmatique se résout à une sur l'athéisme des opinions fort singulières. Si l'on pré­ question de fait : définir un article de foi, n’est-ce pas tendait que Dieu forme les comètes pour révéler aux avant tout déclarer qu’une doctrine est en fait contenue païens l'existence de sa providence et pour les empêcher dans la révélation? Si donc on peut déniera l’Église de tomber dans un athéisme destructeur de toute société l’infaillibilité dans les questions de fait, il ne reste plus humaine, il faudrait répondre, selon Bayle, qu’une inter­ rien du privilège qu’on lui attribue (lettre xxtx). La Cri­ vention de ce genre est inadmissible, car l’idolâtrie seule tique de l’Uistoire générale du calvinisme ne pouvait en bénéficierait et Dieu ne peut le vouloir; de plus manquer de plaire aux protestants; trois éditions furent l'athéisme, à tout prendre, vaudrait mieux que l'idolâ­ rapidement enlevées; en France, l’ouvrage fut brûlé pu­ trie; l’athéisme, en efiet, ne conduit pas nécessairement bliquement par la main du bourreau. Le P. Maimbourg à la corruption des mœurs, pas plus que le christianisme ne répondit pas à son contradicteur, mais celui-ci trouva ne mène nécessairement à la sainteté ; une société d'athées d’autres critiques. Dans de Nouvelles lettres sur Γ Histoire pourrait fort bien se concevoir, s’organiser et vivre en se du calvinisme, Villefranche (Amsterdam), 1685, Bayle conformant aux principes de bienséance, d'honneur et signale les plus importants des reproches qu’on lui de justice naturels à l’homme; ces principes, fortement adresse : on a blâmé son scepticisme historique, sa sanctionnés par la loi civile, sont plus efficaces que la foi aux dogmes d’une religion révélée; il est des athées tolérance poussée jusqu’à l’entière indifférence; on a irréprochables malgré leur athéisme et bien des chré­ fait voir les conséquences fâcheuses qui découlent de ses tiens sont vicieux malgré leurs croyances. Cette apologie théories sur les droits de l’Église et des souverains. Bayle voilée de l'athéisme valut à son auteur une foule de ne prend pas la peine de répondre à tout : il explique critiques; Jurieu entre autres, dans sa Courte revue des son scepticisme en rappelant les difficultés que rencontre l’historien, lorsqu'il s'agit de dégager la vérité dans la maximes de morale et des principes de religion de l’au­ teur des Pensées diverses sur les comètes, le dénonce multitude des documents contradictoires (lettre n sq.); comme un athée à peine dissimulé, comme un ennemi les droits de la conscience errante égaux en tout, de toutes les religions et il le signale au consistoire de lorsque la bonne foi accompagne l’erreur, aux droits de la conscience vraie, expliquent et justifient la tolérance Rotterdam. Bayle se défendit dans une Addition aux Pensées diverses sur la comète, 1691; plus tard, reve­ absolue qu'il réclame (lettre tx); puis reprenant encore nant encore sur ce même sujet, il donne une Continua­ une fois la question du mariage des premiers réforma­ tion des Pensées diverses... ou réponse à plusieurs dif­ teurs, il l’excuse en soutenant que leurs intentionsétaient pures et qu’il leur eût été facile, en restant dans l’Église ficultés que Monsieur “ a proposées à l’auteur, romaine, de s'abandonner impunément à leurs mau­ Rotterdam, 1704. Au mois de juin 1682. parut la Critique générale de vaises passions. La révocation de l'édit de Nantes irrita profondément l’Uistoire du calvinisme du P. Maimbourg. L’ouvrage publié à Villefranche, c'est-à-dire à Amsterdam, d’abord les protestants en France età l’étranger. Bayle s’en plaint sans nom d’auteur, comprenait trente lettres soi-disant avec amertume dans l’opuscule intitulé : Ce que c’est adressées à un gentil homme du pays du Maine et publiées que la France toute catholique sous le règne de Louis le Grand. Cet écrit est une réplique à un ouvrage de par celui-ci â l'insu de celui qui lesavait écrites. Bayle se même titre publié en 1685, à Lyon, par un nouveau nomma dans la 2’ édition, en novembre 1682 ; 3® édition en mai 1684. Bayle n’entend point refaire toute l'histoire converti du nom de Gautereau. Des trois pièces qui le composent, la première est une lettre soi-disant adressée du calvinisme, mais seulement rectifier sur certains points les récits du P. Maimbourg et surtout ruiner les d’Angleterre à un prêtre français par un huguenot ré­ fugié; elle contient une critique très vive de la politique arguments que celui-ci tirait des faits contre la légiti­ de Louis XIV, de la conduite du clergé et des catholiques mité de la Réforme. La violence à laquelle les protes­ de France; la seconde est une courte lettre de ce prêtre, tants ont eu recours trop fréquemment, l'immoralité transmettant à un autre protestant le document qu’il a notoire des premiers chefs du protestantisme, infidèles reçu; la troisième est la réponse de ce dernier. L’auteur à leurs vœux de chasteté, la révolte contre l’autorité du de cette lettre annonce, en la terminant, qu’un savant prince et de l’Eglise constituaient contre la légitimité presbytérien anglais, bon philosophe, a fait un Com­ de la Réforme une sérieuse objection. Bayle s’efforce d’en éluder la rigueur par une série d'arguments ad mentaire philosophique sur les paroles de J.-C. « Conhominem. Ces violences et ces désordres que l’on re­ trains-les d’entrer », commentaire encore inédit, dont on prépare une traduction française Ce commentaire proche aux réformés, on en trouve de semblables et de pires chez les catholiques (lettres vni, tx); si les calvi­ n’était point d’un presbytérien anglais, mais de Bayle lui-même; il parut en 1686, 2 in-12, à Cantorbéry (Ams­ nistes français se sont révoltés, c’est que les rois de France ont les premiers méconnu dans leurs sujets la terdam). comme traduit de l’anglais du sieur Fox de Bruggs par M. J. F.; édit, allemande, 2 in-12, Ham­ liberté de conscience (lettre xvn); s'ils ont eu tort de s’attacher à des doctrines que l’Église romaine con­ bourg, 1688. Bayle y soutient « qu’il n’y a rien de plus abominable que de faire des conversions par la con­ damne comme hérétiques, pourquoi les prétentions des souverains pontifes â l'infaillibilité reposent-elles sur des trainte et combat tous les sophismes des convertisseurs textes équivoques, sur des preuves incertaines, diverse­ à contrainte et en particulier l'apologie que saint Au­ ment interprétées par les théologiens les plus orthodoxes? gustin a faite des persécutions ». Dans les paroles : Com­ Profitant habilement des restrictions apportées par les pelle intrare, Luc., xiv, 23. beaucoup voyaient un gallicans à l’autorité du pape, de leurs discussions sur argument en faveur des mesures rigoureuses adoptées par le roi de France. Bayle s'efforce de montrer que ces le sujet et les conditions de l’infaillibilité, des contra­ paroles ne peuvent ni ne doivent se prendre au sens dictions flagrantes qui existent entre leurs principes et leur conduite, il les accuse de méconnaître en droit et i littéral. Ainsi comprises, elles sont déraisonnables, car il est absurde d'exiger par la violence un assentiment en fait cette autorité souveraine qu'ils reprochent aux qui doit être libre; contraires à l’Évangile, qui prêche protestants de dédaigner. Cette argumentation est pi­ quante dans la bouche d un réformé; il eût été difficile I la douceur et non la contrainte; pleines de conséquences 487 BAYLE désastreuses pour l’Église catholique elle-même dont le passé tout entier proteste contre les persécuteurs et dont l’apostolat deviendrait impossible dans les régions infidèles, si l’on y connaissait son esprit d’intolérance. De toutes les raisons qu’on allègue pour justifier cette interprétation, aucune ne tient debout. La violence, dit-on, peut amener à la réflexion des esprits opiniâtres, rebelles à toute autre influence; Dieu du moins peut se servir de ce moyen pour toucher les cœurs: la loi mo­ saïque autorisait l’emploi de ce procédé et les princes protestants n’ont pas hésité à s’en servir. La violence, répond Bayle, n’est pas le vrai moyen d’éclairer les in­ telligences égarées; son peu d’efficacité montre que Dieu se refuse à l’utiliser; tolérée sous l’ancienne loi, mais rarement appliquée, elle ne servait que contre ceux qui bouleversaient jusqu’aux fondements de la loi mosaïque; ce que les princes protestants persécutent dans le catho­ licisme, ce n’est pas sa fausseté, mais son intolérance. Si cette politique permet aux sectes les plus bizarres de naître et de se multiplier à l’infini, mieux vaut encou­ rir « cette énorme bigarrure des sectes, défigurant la religion que les massacres, les gibets, les dragonneries et toutes les cruelles exécutions au moyen de quoi l’Église romaine a tâché de conserver l’unité sans pouvoir y réussir ». II' part., c. vt. Qu’on laisse chacun à sa conscience, même s’il se trompe; la conscience erronée qui se croit dans la vérité a les mêmes droits que la conscience orthodoxe. La 111» partie de l’ouvrage est consacrée tout entière à l’examen de la lettre de saint Augustin à l’évêque donatiste de Carthage Vincentius. Epist., xctti. P. L., t. xxxtn, col. 321. Le saint docteur y expose ses vues sur la répression de l’hérésie et les motifs qui expliquent et justifient l’intervenlion du pouvoir impérial en ces matières. Saint Augustin, qui connaît bien les droits de la vérité, ne soupçonne pas les droits de la conscience errante et raisonne en conséquence. Bayle suit pied à pied son argumentation, la critique d’après ses principes et trouve que l’évèque d’Hippone raisonne d’une manière pitoyable. Or, en ce moment même, Jurieu raisonnait comme saint Augustin et, dans son Traité des droits des deux souverains en matière de religion, Rotterdam, 1687, il affirmait que les princes doivent soutenir la vérité et combattre l’erreur et les sectes, que vouloir le nier est une extré­ mité si vicieuse qu’elle en est folle; que la théorie des prétendus droits de la conscience errante est un ache­ minement vers le déisme. Une courte préface au Sup­ plément du commentaire philosophique, in-12, Ham­ bourg, 1688, contient la réponse de Bayle : il n’a lait que tirer les conséquences nécessaires d’un principe incontestable; les protestants ne peuvent le renier sans se condamner eux-mêmes et Jurieu lui-même l’a for­ mulé expressément dans son Vrai système de l'Église. Le Supplément du commentaire philosophique doit fournir une démonstration plus rigoureuse de ce prin­ cipe et « achever de ruiner la seule échappatoire qui restait aux adversaires en démontrant le droit égal des hérétiques pour persécuter à celui des orthodoxes. » Faut-il attribuer à Bayle le fameux Avis important aux réfugiés sur leur prochain retour en France, donné pour étrennes à l’un d'eux en 1690, par Mon­ sieur C. L. A. A. P. D. P., in-12, Rotterdam, 1690? Le mystérieux auteur de cet avis reproche vivement aux réfugiés français leurs libelles satiriques qui ne res­ pectent rien et leurs écrits séditieux, où l’on exalte la souveraineté du peuple au mépris des droits du prince ; il les avertit qu'avant de songer à rentrer en France, ils devront s’astreindre à une quarantaine morale et pu­ rifier leur esprit des erreurs qui l’infectent. Jurieu crut reconnaître en ce libelle l’œuvre de Bayle et l’aecusa ouvertement d'en être l’auteur; il soutint même que Bayle trahissait la cause protestante et cabalait contre les réformés avec quelques autres complices à la solde i 4«8 du roi de France. Bayle se prétendit calomnié et publia pour sa défense de nombreux opuscules dont les plus importants sont : La cabale chimérique ou la Réfutation de l'histoire fabuleuse et des calomnies que M. Jurieu vient de publier, etc., in-12, Rotterdam, 1691, et la Chi­ mère de la cabale de Rotterdam démontrée par les pré­ tendues convictions que le Sr. Jurieu a publiées contre M.Bayle, Amsterdam, 1691. De Bayle ou de Jurieu, qui doit-on croire? La question, autrefois discutée, reste en­ core douteuse. Cf. Realencyklopâdie für protestanlische Théologie und Kirche, art. Bayle. Jurieu ne cessait de reprocher à Bayle son indiffé­ rence et son athéisme; las sans doute de se défendre, celui-ci prit l’offensive et publia, sous le titre de Janua cælorum reserata cunctis religionibus a celebri admo­ dum viro D. P. Jurieu, in-4°, Rotterdam, 1692, des re­ marques sur le fameux ouvrage de son adversaire, le Vrai système de l’Église. Il démontre, avec une logique rigoureuse, que les principes de son irréconciliable ennemi aboutissent nécessairement à un indifférentisme absolu. S’il est vrai, dit-il, que la véritable Église est universellement répandue et qu’elle se compose de toutes les sociétés qui n’ont pas erré in fundamentalibus, comme les sociétés protestantes ne peuvent prétendre au monopole de l’orthodoxie, puisqu’elles ne possèdent pas à elles seules l’extension qui convient à la véritable Église, elles doivent nécessairement accepter comme or­ thodoxes d’autres sociétés chrétiennes. Mais lesquelles? Les Églises schismatiques orientales, sans doute. Mais reconnaître les Grecs pour membres de la véritable Église, c’est s’obliger à reconnaître aussi comme tels les catholiques romains dont la foi est à peu près la même. On leur reproche comme une idolâtrie le culte qu’ils rendent à l’eucharistie et aux saints; mais la bonne foi peut les excuser devant Dieu. Si l’on accepte comme orthodoxe l’Église romaine, il faudra, pour les mêmes raisons, accepter non seulement toutes les sectes chré­ tiennes, mais encore les sectes juives, musulmanes, et toutes les autres, fussent-elles polythéistes. A première vue, cette affirmation semble n’étre qu’un paradoxe, car il n’y a rien de commun entre le christianisme et le paganisme. Mais entre ces deux extrêmes, il existe une série de sectes intermédiaires si voisines qu’elles parais­ sent se confondre, si multipliées que, les divergences s’accumulant entre les premières et les dernières, il y a un abîme infranchissable. Et puisqu’il est impossible de dire quelles religions sont substantiellement fausses, il faut admettre que toutes conduisent au ciel et placer au-dessus des portes de la céleste cité cette engageante inscription : Porta patens esto, nulli claudatur honesto. Jurieu fut extrêmement mortifié des critiques de Bayle, mais il n’y fit aucune réponse directe et il all’ecla de les ignorer. Continuant la lutte sur un autre terrain, il dénonça son adversaire au consistoire flamand, rappela les théories impies émises dans le livre sur la comète, et finalement réussit à lui faire enlever sa charge de pro­ fesseur, sa pension et jusqu'au droit d'enseigner. Bayle accepta philosophiquement cette disgrâce qui lui créait des loisirs, et, tout en continuant contre Jurieu sa polé­ mique tantôt offensive tantôt défensive, il se donna tout entier à la composition du plus important de ses ouvra­ ges, le Dictionnaire historique et critique, dont le pre­ mier volume parut en 169ô, le second en 1697, à Rotter­ dam, in-fol. ; 2» édit., Rotterdam, 1792. Bayle touche à toutes sortes de questions dans cette vaste encyclopédie : questions d’histoire sacrée ou pro­ fane, ancienne ou moderne, questions de critique litté­ raire ou philosophique, de théologie et de mythologie, suggérées par le nom des écrivains dont ii s’occupe. Mais l’étonnante érudition avec laquelle il traite des sujets si divers ne peut faire oublier l’extrême liberté de 489 BAYLE 490 formation de l’animal, pourquoi cette cause intelligente son langage et de ses idées. Dès son apparition, l’ou­ que nous appelons Dieu serait-elle indispensable pour vrage (it scandale. Les commissaires du consistoire de expliquer la formation de l'univers? l’Église wallonne, chargés de l’examiner, lui reprochent Dans la Réponse pour M. Bayle ά M. Le Clerc, pu­ « des réflexions sales, des expressions et des questions bliée vers la même époque, et dans les Entretiens de peu honnêtes et quantités d’expressions obscènes ». On Maxime et de Thémide, in-12, Rotterdam, 1707, il con­ lui reproche encore ses sympathies pour les doctrines tinue ces mêmes controverses et reproche à ses deux manichéennes (art. Manichéens, Marcioniles, Pauliadversaires, Le Clerc et Jacquelot, l’insuffisance de leurs ciens), des tendances sceptiques (art. Pyrrhon), les éloges explications de l'origine du mal, la faiblesse de leur outrés qu'il donne aux athées et aux épicuriens (art. Epi­ argumentation contre le pyrrhonisme et l’inutilité de cure), les difficultés qu’il oppose au dogme de la pro­ vidence, qu’il exagère jusqu’à les faire passer pour inso­ leur polémique contre sa doctrine, incontestablement lubles. Bayle se défendit en prétendant qu’on lui impu­ orthodoxe. Cet ouvrage était sous presse lorsque Bayle mourut, le 28 décembre 1706. tait la responsabilité de doctrines et d’objections qu’il Douter sans nier ouvertement, discuter sans espoir et exposait sans les accepter et promit de corriger ce qu’on lui prouverait digne de correction. Quelques modifica­ sans désir d’arriver à la vérité, chercher les difficultés tions furent en effet introduites dans la seconde édition, et multiplier les objections, embarrasser l’adversaire par mais pour la forme seulement. Entre temps, la discussion des arguments subtils ou sophistiques qu’il n’ose pas continuait sur la question du manichéisme. En 1699, un toujours prendre à son compte, voilà l’œuvre et le pro­ protestant de Genève, Jean Le Clerc, sous le pseudonyme cédé de Bayle. « Toute sa philosophie, dit M. Bouillier, de Théodore Parrhase, publiait les Parrhasiana ou Pen­ Histoire de la philosophie cartésienne, 1. II, c. xx, sem­ ble n’être que dispute et controverse. Quel philosophe sées diverses sur les matières de critique, d’histoire, de morale et de politique, 2 in-12, Amsterdam, 1701, qui célèbre de son temps n’a-t-il pas provoqué à. la discus­ contiennent un chapitre sur Bayle. Il soutenait que la sion et quelle vérité de la foi du genre humain a-t-il doctrine d'Ürigène suffisait à elle seule pour lever toutes consenti à laisser en repos ?» « Je ne suis, écrirait-il les difficultés relatives à l’origine du mal, et il en concluait lui-même au P. Tournemine, que Jupiter assembleque, si une doctrine aussi incomplète est capable de nues, mon talent est de former des doutes, mais ce ne donner une telle solution, a fortiori la doctrine véritable sont que des doutes. » Au milieu de ces nuages qu'il se et complète le pourra-t-elle. Un chartreux, Gaudin, fil plait à former, la liberté de l’homme et l’immortalité de paraître en 1704, un traité : De la distinction et de la l’âme disparaissent. « Le libre arbitre, dit-il dans sa nature du bien et du mal... où il combat les erreurs Réponse aux questions d’un provincial, lettre cxlii, est des manichéens, les sentiments de Montaigne eide Char­ une matière si embarrassée et si féconde en équivoques, ron et ceux de M. Bayle, in-12, Paris ; il y prouve que le que lorsqu’on la traite à fond, on se contredit mille fois système des deux principes est faux, absurde et visible­ et que la moitié du temps l'on tient le même langage ment contraire aux idées de l'Ètre infiniment raisonnable. que ses antagonistes, et que l’on forge des armes contre Bayle répond au premier, dans la seconde édition du sa propre cause par des propositions qui prouvent trop, Dictionnaire, par une note ajoutée à l’article Origène ; qui peuvent être rétorquées, qui s'accordent mal avec il concède qu’en niant l’éternité des peines on ôte à la d'autres choses que l'on a dites. » Il y a pour et contre doctrine dualiste une de ses meilleures objections, mais la spiritualité de l’âme, pour et contre son immortalité, il remarque que nul orthodoxe ne voudra profiter de des arguments qui se valent; sa nature et ses destinées cet avantage, puisque l’éternité de l’enfer est un dogme de sont un mystère. L’homme est donc « un chaos plus foi; par suite, la thèse de .1. Le Clerc est insoutenable. embrouillé que celui des poètes ». Mais en Dieu, que de Au second, il concède que le dualisme est évidemment contradictions ! Qui réussira à concilier son immutabilité absurde : mais cette absurdité, si palpable qu’elle soit, avec sa liberté, son immatérialité avec son immensité et n’enlève rien de leur force aux objections que l’on peut surtout sa providence avec le mal physique ou moral faire à la thèse orthodoxe. dont l’existence est aussi évidente que l'origine en est Bayle avait recueilli pour son dictionnaire une foule obscure ? C'est sur ce dernier point que Bayle insiste denotes et de traits qui ne purent y trouver place; il en avec le plus de vivacité et qu’il discute le plus souvent. fit un ouvrage à part, qu’il publia sous le titre de : Ré­ Ses controverses avec Le Clerc, Jacquelot et King rou­ ponse aux questions d'un provincial ; le premier volume lent sur ce sujet; il y revient dans les articles du Dic­ parut en 1703 et le cinquième, après la mort de Bayle. tionnaire consacrés soit aux philosophes et aux sectes Ces notes sont relatives surtout à diverses questions dualistes, soit à leurs adversaires (art. Manichéens, curieuses de l'histoire ancienne ou moderne; toutefois j Marcioniles, Pauliciens, Origène, etc.). Il y expose tous la discussion théologique y tient une large place. On les arguments que l’on a fait valoir et que l’on pourrait trouve, dans la II· partie, une critique du livre de l'évê­ présenter en faveur des doctrines dualistes. Sans les que anglican de Londonderry, King, sur VOrigine du prendre ouvertement à son compte, il remarque que « le mal; la IIIe partie contient des remarques sur la preuve faux dogme du double principe, insoutenable dès qu'on de l’existence de Dieu, tirée de l'unanime accord des admet l’Écriture, serait assez difficile à réfuter, soutenu peuples; cet argument, écarté par Bayle dans sa Conti­ par des philosophes aguerris à la dispute; ce fut un nuation des pensées sur la comète, avait été repris et bonheur que saint Augustin, qui savait si bien toutes défendu par le protestant Bernard, dans ses Nouvelles les adresses de la controverse, abandonnât le mani­ de la république des lettres de 1703; on y trouve aussi chéisme; car il eût été capable d’en écarter les erreurs une réponse à un autre adversaire de Bayle, Jacquelot. les plus grossières et de fabriquer du reste un système chapelain du roi de Prusse, qui venait de publier un qui, entre ses mains, eût embarrassé les orthodoxes » traité de La conformité de la foi avec la raison, ou la (art. Manichéens). En présence de pareilles obscurités, défense de la religion, contre les principales difficultés la raison doit s’avouer impuissante;» elle ne peut les éclaircir : elle n'est propre qu’à former des doutes et à répandues dans le Dictionnaire historique... Bayle y combat encore l’hypothèse des natures plastiques, ima­ se tourner à droite et à gauche pour éterniser une dis­ ginée par Cud worth et reprise par Le Clerc; admettre pute »(art. Manichéens, note P). Bayle ajoute qu’elle l’existence de ces êtres plastiques, immatériels, qui incon­ « n’est propre qu’à faire connaître à l’homme ses ténè­ sciemment organisent les êtres vivants, c’est,selon Bayle, bres et son impuissance, et la nécessité d’une autre révé­ énerver l’objection la plus embarrassante que l’on puisse lation » (ibid.). faire aux athées : s’il n’est pas nécessaire d’admettre Son attitude à l’égard de cette révélation qu’il déclare l'existence d’une cause intelligente pour expliquer la nécessaire varie selon les circonstances. Ailleurs, il la 491 BAYLE — BÉATE DE CUENZA (LA) présente comme l’hypothèse la plus difficile à soutenir (art. Simonide, notes). Tantôt il la proclame infiniment au-dessus de la raison, tantôt il l’accuse d’être en contra­ diction flagrante avec elle (art. Simonide, notes, Pyrrhon, etc.), tantôt il la subordonne entièrement à la rai­ son et ne veut l'interpréter que par ses seules lumières. Commentaire philosophique sur le Compelle intrare. On retrouve la même attitude équivoque et perfide à l'égard de l’Écriture, des faits qu’elle rapporte, des mi­ racles et des prophéties qu’elle contient. Vigoureux, Les Livres saints et la critique rationaliste, 1. Ill, c. I, t. n, p. 204. Parfaitement logique dans son scepticisme, il ne recule devant aucune conséquence de son système. Si la vérité est inaccessible, que personne ne s’imagine en avoir le monopole et surtout que personne ne prétende l'imposer aux autres. La conscience errante a les mêmes droits que la conscience vraie. On pourrait à la rigueur se passer de toute croyance, ignorer Dieu, et les choses iraient tout aussi bien. Par ses attaques, directes ou voilées, contre les dogmes chrétiens, Bayle devance et prépare Voltaire; par son scepticisme et son indépendance à l’égard de toute or­ thodoxie, il ouvre les voies au protestantisme libéral. I. Bibliographie. — La Vie de Bayle, par Des Maizeaux, reproduite dans l'édition complète de 1740; la notice placée en tête du Supplément au Dictionnaire, Genève, 4822. II. ÉDITIONS. — Le Dictionnaire de Bayle a été souvent réé­ dité; l'édition de Prosper Marchand. 4 in-fol., Rotterdam, 4720, et les deux éditions de Des Maizeaux, 4 in-fol., Amsterdam. 4730 et 4740, sont les plus recherchées. L'édition de Trévoux, en 5 in­ fol., 4734, contient les remarques critiques faites par l'abbé L.-J. Leclerc, prêtre de Saint-Sulpice, sur divers articles. Beuchot a donné en 4824 une autre édition en 46 in-8·, avec les notes de différents auteurs; une traduction anglaise fut publiée par Birch et Lochman, 40 in-fol., de 4734 à 4744; les Œuvres diverses de Bayle ont été réunies et éditées en 4727 et en 4737, par Des Mai­ zeaux, 4 in-fol., La Haye. Les œuvres de Bayle ont été mises à l'index par différents décrets, 48 novembre 4698; 34 mars 4699; 23 novembre 4699 ; 29 août 4701 ; 3 avril 4734 ; 47 juillet 1731 et 10 mai 1757. III. Doctrines. — Franck, Dictionnaire des sciences philo­ sophiques, art. Bayle, Paris, 4875; Bouillier, Histoire de la phi­ losophie cartésienne, Paris, 1854, t. n, p, 461-487 ; Lichtenberger, Encyclopédie des sciences religieuses, Paris, 1877 ; Hauck, Realencyclopiidie, Leipzig, 1897; Vigoureux, Les Livres saints et la critique rationaliste, Paris, 1886, t. II, p. 198-209; Damiron, Mémoire sur Bayle et ses doctrines, Paris, 1850 ; Grande Ency­ clopédie, art. Bayle, par M. Picavet; Lenient, Étude sur Bayle, 1855; Pillon, dans l'Année philosophique, 1896 sq. V. OBI.ET. BAYLY Thomas, fils de l’évêque anglican de Bangor Louis Bayly, étudia d’abord la théologie à Oxford et à Cambridge. Au cours d'un voyage en France, il se con­ vertit au catholicisme; de retour en Angleterre, il fut arrêté et enfermé par ordre de Cromwell à Newgate. 11 réussit à s’échapper et se retira en Italie ; il s’attacha à la personne du nonce du pape à Ferrare, Ottoboni; il mourut en Ί657. On a de lui divers ouvrages historiques, théologiques ou politiques : i» La vie et la mort de J. Fisher, évêque de Rochester, in-80, Londres, 1635; 2« Conférence entre Charles lfr et le marquis de Wor­ cester, in-8°, Londres, 1649 ; 3° De la rebellion des sujets envers leurs rois, in-8“, Paris, 1653 ; 4° La fin des con­ troverses entre les religions catholique et protestante, in-4°, Douai, 1654; 5° La charte royale accordée sous les rois par Dieu lui-même, 1649. Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris. 1853. V. Oblet. BAYON Nicolas, né à Pont-à-Mousson vers 1570, docteur en théologie, fut promu chanoine de la cathé­ drale de Verdun, le 29 mars 1605, devint préchantre, et mourut en 1638. Il a publié : 1° De sacramentis Eccle­ siæ et sacrosancto missæ sacri/icio liber, petit in-8°, Verdun, 1620 ; 2« De decem Decalogi et quinque Ecclesiæ præceplis, in-12, Verdun, 1621, avec l’ap­ probation du prince Charles de Lorraine, évêque de B1CT. DE THEOL. CAT1IOL. 492 Verdun ; 3» Solutions des cas de conscience, in-8°, Verdun, 1620; 4° Tractatus de contractibus tam in genere quant in specie, in-12, Paris, 1633. Calmet, Bibliothèque lorraine, Nancy, 1751, col. 87 ; N. Ro­ binet, Pouillé du diocèse de Verdun, Verdun, 1888, t. I, p. Ill ; J. Favier, Catalogue des livres et documents imprimés du fonds lorrain de la bibliothèque municipale de Nancy, Nancy, 1898, n. 9508, 9509, p. 572. E. Mangenot. BAZAROV Ivan Ivanovitch, théologien russe, né à Toula, le 21 juin 1819. Élève de l'Académie théolo­ gique de Saint-Pétersbourg, Bazarov, ses études ache­ vées, enseigna les belles-lettres au séminaire de la capi­ tale. En 1845, il fut envoyé à Baden-Baden comme recteur de la nouvelle église que les Russes venaient d'y fonder. Dès lors, il vécut à l’étranger et il mourut à Stuttgart, le 5 janvier 1895. Bazarov a eu un réel mérite faisant connaître, le pre­ mier en Europe, la littérature théologique russe. Il Iraduisit en allemand le rituel slave du mariage, Die Ehe nach der Lehre und dem Ritus der Orthodoxe» russischen Kirche, Carlsruhe, 1857, et des enterrements, ΙΙαννυκις Oder Ordnung der Gebete fur die Verstorbenen, Stuttgart, 1855, d’autres pièces liturgiques et l'Histoire de l'Eglise russe du comte A. Mouraviev. Son His­ toire biblique est regardée comme un chef-d’œuvre de simplicité et de style. Répandue par milliers d'exem­ plaires dans les écoles russes, elle vient d'atteindre la 29· édition. Collaborateur assidu de plusieurs revues théologiques, Bazarov a composé une trentaine d'ou­ vrages qu’il serait trop long de citer. Signalons seule­ ment sa Correspondance avec le baron Gaksthausen tou­ chant la question de l’union de l'Église d’Orient avec l'Église latine. Ce travail a paru en 1877 dans les Lec­ tures de la Société des amis du progrès spirituel (Tchteniia obchtchestvie lioubitéléi doukhovnago prosviechtchéniia). Messager ecclésiastique, 1895, n. 2; Strannik (Le voyageur), 1895, p. 226-228 (liste de ses ouvrages) ; Lopoukhine, Encyclo­ pédie théologique orthodoxe, Saint-Pétersbourg, 1901, t. ti, col. 249-251; Le pèlerin russe (Busskii palomnik), 1888, n. 5; Würtembergischer Staatsanzeiger, juillet 1889; Vengerov, Dic­ tionnaire critique des écrivains et des savants russes, t. n, p. 48-50 ; Bogoslovsky Viestnik, février 1902. A. Palmieri. BAZIN Jean-Baptiste, des frères mineurs de l’ob­ servance, était né à Auxonne le 14 janvier 1637. Bache­ lier en théologie, il fut encore dans son ordre supérieur du couvent de Dijon et définileur de la province de Saint-Bonaventure de Lyon. Il mourut à Auxonne le 30 janvier 1708. Parmi les ouvrages qui lui sont at­ tribués il faut mentionner le suivant; La grand’messe et la manière de l’entendre, et d’y assister saintement, selon l’esprit de Jésus-Christ et de l'Eglise, in-12, Lyon, 1687. Ce traité devint la troisième partie des Eclaircissements sur la sainte messe, justifiés par l’Ecriture, les conciles et les Pères, in-12, Lyon, 1688. Papillon, Bibliothèque |dcs auteurs de Bourgogne, Dijon, 1742, t. i, p. 19. P. Édouard d’Alençon. BÉATE DE CUENZA (La) .surnom d’Isabelle-Marie Herraiz, illuminée espagnole, qui à Villardel-Aguila, en 1803, prétendit que Jésus-Christ habitait dans son cœur et que la majesté divine avait consacré son corps. La sainte Vierge et toute la cour céleste résidaient aussi en elle. Comme elle était le sanctuaire de Dieu, elle se dé­ clarait impeccable et se permettait des libertés avec des personnes d’un autre sexe. Elle n’avait pas besoin de recevoir l’absolution et quand elle communiait, elle di­ sait voir un bel enfant se fondre dans sa bouche. Dieu l’avait dispensée des préceptes ecclésiastiques. Elle fit la prophétesse, annonça la régénération du monde, une nouvelle prédication de l’Évangile, un nouvel apostolat Π. — 16 493 BÉATE DE CUENZA (LA) — BÉATIFICATION Elle prédit aussi quelle mourrait à Rome et que trois jours après sa mort elle monterait au ciel en présence d’une foule nombreuse. Ses compatriotes la crurent ins­ pirée et ses rêveries firent grand bruit dans toute la contrée. Bientôt le peuple crédule rendit à l’inspirée des honneurs religieux : on la conduisit en procession avec des cierges allumés. Plusieurs ecclésiastiques parta­ geaient la croyance populaire. Le tribunal de l’inquisition de Cuenza convoqua la béate à sa barre. Elle soutint son rôle et ses prétendues révélations. L'inquisition con­ damna la visionnaire, l’empêcha de continuer ses rêveries extravagantes et arrêta la superstition populaire. Bergier, Dictionnaire de théologie dogmatique, édit. Aligne, Paris, 4850, t. I, coi. 527 ; Glaire, Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, Paris, 1868, t. I, p. 244. E. Mangenot. BÉATIFICATION. — I. Définition. II. Divisions. III. En quoi elle se distingue de la canonisation. IV. En prononçant des béatifications, le pape est-il infaillible ? V. Effets. I. Définition. — La béatification est l'acte par lequel l’Église permet que, dans certains lieux déterminés : dans un diocèse, une province, un royaume, ou de la part de certaines catégories de personnes, par exemple au sein de quelques communautés ou familles reli­ gieuses, un serviteur de Dieu, mort en odeur de sain­ teté, soit honoré d’un culte public avec le titre de bien­ heureux. II. Divisions. — On distingue deux sortes de béatifica­ tion : la béatification formelle el la béatification équi­ pollente. La première est une déclaration positive de l’Église, à la suite d'un procès régulier, instruit à l’effet d’exa­ miner juridiquement, discuter et reconnaître l’héroïcité des vertus, ou, selon les cas, le martyre d’un serviteur de Dieu, et, en outre, de constater l'authenticité des miracles opérés par son intercession. La béatification équipollente repose moins sur une déclaration positive de l’Église que sur son consente­ ment tacite. L'Église sait que, dans plusieurs endroits, on rend un culte public à l’un de ses enfants, et qu’on l’invoque comme bienheureux : elle le sait, et laisse faire quand elle pourrait s’y opposer. Par son silence elle semble l'approuver implicitement, quoiqu’elle ne se soit jamais expliquée au sujet de ce culte. Assuré­ ment elle ne le tolérerait pas, si elle n’avait des raisons sérieuses de le supposer légitime. Son silence équivaut donc à une approbation; et là encore, quoique ce soit en une matière des plus importantes, s’applique l’axiome du droit : qui tacet, consentire videtur. Néanmoins, et c’est le sentiment de Benoît XIV, De servorum Dei béatifications et beatorum eanonizalione, 1. I, c. xi.li, n. 40, le degré de certitude résultant d'une béatification formelle est bien supérieur à celui que présente une béatification équipollente. La raison en est manifeste. Dans la première, en effet, un jugement est intervenu, et, quoiqu’il ne soit pas définitif, il a été pré­ cédé par un long procès, pendant lequel toutes choses ont été pesées et mûrement examinées. Dans la béatifi­ cation équipollente, c’est le peuple chrétien qui s’est prononcé, devançant ainsi la décision de l’Église. 11 a été témoin des grandes vertus pratiquées par celui ou celle qu’il honore, et il lui attribue des miracles. Cette vénération populaire, surtout si elle persiste et s’étend, n’est-elle pas, jusqu’à un certain point, une expression du jugement de Dieu, suivant l’adage : vox populi, vox Dei? D’autres fois, dans la béatification équipollente, il y a eu, à l’origine, une sentence juridique; mais elle n’émane pas de l’autorité suprême ; elle a été portée, à une époque déjà lointaine, par un évêque, dans les limites du territoire soumis à sa juridiction. La réputa­ tion de sainteté dont a joui depuis le serviteur de Dieu dans ce diocèse, s'est propagée plus ou moins rapidement 494 dans les diocèses voisins. Elle s’est maintenue durant des siècles. Par suite de cet état de choses, l'Église s’est trouvée en présence d'un l'ait, au sujet duquel elle n’a pas cru opportun de statuer. Cependant il est de juris­ prudence civile et canonique que d’un fait incontestable résulte toujours, si ce n’est une preuve péremptoire, du moins une forte présomption, qui, dans le doute, est toujours considérée comme favorable, car melior est conditio possidentis. III. En quoi la béatification se distingue de la canonisation? — Même formelle, la béatification diffère complètement de la canonisation. Elle n’est, en effet, qu’un acte préparatoire, par lequel l’Église déclare qu’il y a des motifs très sérieux de penser que le ser­ viteur de Dieu, vu la sainteté de sa vie et les miracles opérés par son intercession, jouit dans le ciel de la béa­ titude éternelle. La canonisation, au contraire, est un acte définitif; c’est la conclusion dernière d’un procès à l’issue duquel le souverain pontife, dans la plénitude de sa puissance apostolique, a promulgué une sentence qui oblige tous les chrétiens. Ce n’est donc plus une simple autorisation restreinte et circonscrite entre des frontières relativement étroites; c’est un décret solen­ nel définissant et notifiant urbi et orbi que le serviteur de Dieu doit être inscrit au catalogue des saints, et honoré comme tel par les fidèles du monde entier. Voir Canonisation. Dans les premiers siècles, la béatification ne se distinguait de la canonisation que par les limites locales imposées aux manifestations du culte public. C’était une canonisation particulière, décrétée et ordonnée après enquête juridique par des évêques, juges de la foi dans leurs diocèses respectifs. Quand ce culte d’un bienheureux, se propageant de dio­ cèse en diocèse, était devenu universel en s’étendant à l’Église entière, avec le consentement tacite ou exprès du souverain pontife, la béatification devenait ipso facto canonisation. Telle était l’antique disci­ pline qui fut seule en vigueur, pendant près de mille ans. Cf. Mabillon, Acta SS. ord. S. Bened., sæc. v, præfat., c. vi, n. 92, Paris, 1668, et Annales ord. S. Bened., Paris, 1703-1739, t. vi, p. 535, n. 28; Benoit XIV, op. cit., 1. I, c. vi, n. 9; I. II, c. xxxix, n. 3; Acta san­ ctorum, julii t. 1, Paris, 1867, p. 587; augusti t. ni, 1868, p. 257 sq. Ce droit des évêques de béatifier les serviteurs de Dieu, c’est-à-dire de prononcer des canonisations parti­ culières, sans même en référer au saint-siège, persé­ véra jusque vers la seconde moitié du xn'siècle. Mais, peu avant cette époque, à la fin du xi· siècle et au com­ mencement du xir.afin d'obvier aux abus qui pouvaient se produire, et d’écarter les erreurs si préjudiciables dans des affaires de cette importance, les papes Urbain II, Calliste II et Eugène III exprimèrent la vo­ lonté que l’examen des vertus et des miracles de ceux qu’on se proposait d’élever sur les autels fût, de préfé­ rence, comme toute cause majeure, réservé aux con­ ciles, surtout aux conciles généraux. Toutefois, comme la tenue de ces grandes assemblées est chose rare, et qu’une mesure de ce genre ne suffisait pas à atteindre le but, il fut statué, peu après, que le droit de pronon­ cer des béatifications serait désormais réservé exclusi­ vement au souverain pontife. Cela ressort d’une décré­ tale d’Alexandre III (1170), insérée dans le Corpus juris canonici, 1. Ill, tit. xlv, De reliquis et veneratione san­ ctorum, et renouvelée par Innocent III, quarante ans plus tard. Ces prescriptions, loin de s’affaiblir avec le temps, n'ont fait que se préciser de plus en plus, à tel point que, sans qu'il puisse y avoir la moindre controverse à ce sujet, le pouvoir de béatifier a été incontestablement retiré à tous les prélats, quelle que soit leur dignité, et fussent-ils archevêques, patriarches, primats, ou légats 495 BÉATIFICATION a latere. Il n’appartient pas davantage aux assemblées, quelle que soit leur autorité ou leur importance; et il ne rentre dans les attributions, ni du sacré collège, ni même des conciles généraux, pendant la vacance du saint-siège. IV. Le pape est-il infaillible, en prononçant des béatifications? — Presque tous les auteurs s'accordent à dire que, dans les béatilications. même formelles, le jugement du souverain pontife n’est pas infaillible et ne touche pas à la foi. La vérité de cette assertion est dé­ montrée par un raisonnement fort simple. L’infaillibilité pontificale ne s’exerce que par des définitions qui s’im­ posent à la foi de tous les chrétiens. Une définition, qu'elle concerne un point de doctrine ou de morale, ou même un fait dogmatique, renferme donc un précepte rigoureux. Or, dans la béatification même formelle, il n’y a pas de précepte : c'est une simple permission. En outre, ce n’est pas un acte définitif; mais seulement un acte préparatoire, un acheminement vers une décision ultérieure, qui sera la conclusion dernière de cette affaire. Il n'y a donc là aucune des circonstances qui, selon l’avis unanime des théologiens, doivent accompa­ gner une sentence prononcée ex cathedra, définissant et prescrivant. Une autre preuve évidente que les souverains pontifes eux-mêmes ne considèrent pas comme infaillible leur jugement porté dans les béatifications, c’est que, lors­ qu’il s’agit de procéder à la canonisation, ils veulent que la S. C. des Rites soumette à un nouvel examen les vertus, ou le martyre, et les miracles déjà approu­ vés dans le précédent procès terminé par la béatifica­ tion. Auparavant, et jusqu’à Clément IX, cet examen se faisait, dès que l'on reprenait la cause, en vue de la ca­ nonisation. De nos jours, quoique la procédure ait changé dans quelques détails, elle reste la même substantiel­ lement. Ce nouvel examen ne se fait plus dès la reprise du procès, mais beaucoup plus tard, après que la S. C. des Rites, ayant approuvé les nouveaux miracles qui ont suivi la béatification, a résolu favorablement, dans une assemblée générale où tous les cardinaux sont appelés à voter, le doute an tuto deveniri possit ad canonizationem. A ce moment, tout parallrait fini. Au contraire, tout recommence. La cause est de nouveau examinée dans son entier, et le pape réclame, une fois encore, le suf­ frage des cardinaux. A moins de regarder cette dernière phase du procès comme une pure formalité ou une cé­ rémonie accidentelle, ce qui ne saurait être admis, se­ lon Benoit XIV, op. cit., 1. I, c. xlii, n. 10, il faut bien conclure que les souverains pontifes eux-mêmes ne considèrent pas comme infaillible et touchant la foi leur sentence précédemment portée dans l’acte de la béatification, car ce qui est une fois défini n’est jamais plus soumis à un jugement ultérieur. Néanmoins, on ne pourrait excuser de témérité grave celui qui prétendrait que le pape s’est trompé dans telle ou telle béatification, et qui, de sa seule autorité privée, réprouverait un culte que le chef de l’Église aurait approuvé, ne serait-ce que tacitement. En effet, quoique le pape n’ait pas eu l’intention de porter une sentence définitive, dans la plénitude de sa puissance apostolique, il n’en a pas moins agi avec une grande sagesse et une extrême prudence, même dans la béatification équipollente. Si son jugement n’est pas infaillible et n’engage pas la foi, il émane cependant de la plus haute autorité qui soit sur la terre, et il est cer­ tain d'une certitude morale. Ce n’est pas sans de fortes preuves que le souverain pontife s’est déterminé. La béatification formelle a été précédée d’un long et rigou­ reux procès. D’autre part, la béatification équipollente a été accordée en considération d’une réputation de sainteté basée sur des fondements très sérieux, et qui a résisté à l’action destructive des siècles. Toutes ces cir­ constances réunies forment ensemble un faisceau de ; 496 preuves, dont nul n’a le droit de méconnaître la valeur. Sans doute, même avec ces garanties si fortes, une erreur est parfois possible; mais de la seule possibilité il serait illogique et présomptueux de conclure à la réalité du fait lui-même, car, selon l’expression de Benoit XIV, loc. cit., n. 9, nec enim ex erroris possibi­ litate valet illatio ad ipsuni errorem. Il y aurait donc une coupable témérité à s’inscrire en faux contre un jugement si respectable du pouvoir suprême, même quand il ne définit pas et qu’il se borne simplement à permettre. V. Effets de la béatification. — Nous avons déjà dit que la béatification n’autorise qu’un culte restreint. Cette restriction doit s’entendre et des lieux auxquels s’étend ce culte, et des actes par lesquels il se mani­ feste. Ce culte diffère selon les cas, et la première obli­ gation en ceci consiste à s’en tenir rigoureusement aux termes des induits particuliers. Decreta authentica S. C. Bit., n. 942. En dehors des prescriptions spéciales, la matière est régie par un décret général de la S. C. des Rites, du 27 septembre 1659, confirmé par Alexandre VII. Decreta authentica, η. 1130, Rome, 1898, t. i, p. 231232. En voici les principales clauses : 1° Le nom des bienheureux ne doit pas être inscrit dans les martyro­ loges, ni dans les calendriers des localités ou des ordres religieux. 2° Leurs images, tableaux, statues ne peuvent, sans une permission expresse du saint-siège, être expo­ sés publiquement dans les églises, oratoires et chapelles. Si un induit permet de les fixer aux murs intérieurs des églises, on n’est pas autorisé pour cela à les placer sur les autels, à moins que l'induit ne concède en même temps la célébration de la messe. Cf. n. 1097,1156,1162. La permission de solenniser leur fête, ou de leur dres­ ser des autels, n’entraine pas celle de réciter leur offici ou de célébrer la messe en leur honneur. 3° Leurs re­ liques ne doivent pas être portées en procession, à moins que la récitation de leur office et la célébration de la messe ne soient permises. 4» On ne peut, sans in­ duit, les choisir comme patrons ou titulaires des églises, et, si cette autorisation est accordée, leur fête néan­ moins ne comporte pas d’octave. Cf. n. 2353. 5° Enfin, leur office ou leur culte, concédé pour un lieu, ne peut pas, sans induit, être étendu à un autre. D’autre part, leurs noms ne doivent pas être inscrits au martyrologe romain. Decreta, n. 1651. Le principal auteur à étudier, et celui qui fait le plus autorité en ces matières, est évidemment Benoit XIV, De servorum Dei beatifications et beatorum canonizations. Cet ouvrage a eu de nombreuses éditions : Rome, 1747, 1783; Venise, 1767; Bologne, 1734; Naples, 1773, etc. Voir surtout les deux premiers livres. Pour les béatifications dans l’antiquité chrétienne et au moyen âge, consulter Mabillon, Acta sanctorum ordinis S. Benedicti in sæculorum classes distributa, 9 in-fol., Paris, 1668-1702; Venise, 1733. (Cette dernière édition, quoique plus récente, et faite après la mort de l'auteur, est moins estimée.) Chaque volume est précédé d'une préface, vrai chef-d'œuvre d’érudition et de mé­ thode. Les coutumes du moyen âge y sont mises en lumière et beaucoup de points obscurs y sont éclaircis. Cet ouvrage est complété par les Annales ordinis S. Benedicti, in quibus non modo res monastics, sed etiam ecclesiasticæ historiée non minima pars continetur, 6 in-fol., Paris, 1703-1739; Lucques, 1736. Enfin, pour tout ce qui concerne le vaste sujet des béatifica­ tions, on lira avec fruit les grands canonistes : Schmalzgrueb*-r, Jus ecclesiasticum universum, 1. HI, tit. xlv, § 1, Naples, 17.3, t. nt, p. 483, réédité à Rome en 1845, et jouissant toujours d'une grande autorité auprès des Congrégations romaines; Reifienstuel, Jus canonicum universum, 1. Ill, tit. XLV, §1,5 in-fol-, Venise, 1775, t. Ill, p. 553, réédité à Rome, 1831, et à Paris, 1864; Fer­ raris, Prompta bibliotheca canonica, v· Veneratio sancto­ rum, nombreuses éditions, depuis celle de Rome, 1766, jusqu'à celle de Paris, 1884; Gardellini, Decreta authentica Congr - di­ tionis sacrorum Rituum, Rome, 1857; ou mieux l'édition ofllcielle, 5 in-4·, Rome, 1898-1901 (d'après l'index generalis, t v, p. 38). Quant à la procédure à suivre dans les procès de béatification. 497 BÉATIFICATION — BÉATITUDE voir Fornarl, Codex pro postulatoribus catisarum beatiftcationis et canonizationis, in-8·, Rome, 1899; M·' Battandier, An­ nuaire pontifical catholique, Paris, 1903, p. 384-400. T. Ortolan. BÉATIFIQUE (Vision). Voir Intuitive (Vision). 1. BÉATITUDE. - I. Notion. II. Le problème de la béatitude chez les philosophes anciens. III. Données scripturaires. IV. Doctrine des saints Pères. V. Saint Thomas d'Aquin. VI. Théologiens scolastiques. VII. Dé­ cisions canoniques. I. Notion. — La béatitude, dans son sens le plus géné­ ral, est la possession parfaite du souverain bien par la créature douée d’intelligence et de volonté libre. Les théologiens l’envisagent à deux points de vue : 1° Comme état concret des bienheureux, anges et hommes, tel que le reconnaît et l’enseigne la foi catholique. C’est le bonheur du ciel, la vision béatifique, la vie bienheu­ reuse, éternelle, future, etc. On exprime cet état en grec par μαζαριότης, en latin par béatitude, felicitas, vita, en ajoutant à ce dernier mot un qualificatif qui in­ dique qu’il s'agit du bonheur de l’autre vie. Nous ne nous occuperons pas dans cet article de cet aspect de la béatitude pour lequel nous renvoyons aux mots Ciel, Intuitive (Vision), Vie éternelle, Corps glorieux, Es­ chatologie. — 2° Comme acte humain par lequel l’étre intelligent et libre entre en possession plénière de sa lin, du bien dernier auquel le destine sa nature. La béati­ tude, ainsi entendue, coïncide avec la notion de possession du souverain bien, notion dont la détermination est le principal objet de la morale antique. On l’exprime, en première ligne, en grec par le mot ευδαιμονία, en deuxième ligne seulement par le mot μαζαριότης’; en latin par le mot béatitude en première ligne, felicitas en seconde ligne, bien que ce dernier mot traduise aussi le mot grec ευτυχία (bonne fortune, bonheur), lequel semble réservé pour exprimer le bonheur terrestre, béatitude secundum quid des scolastiques. Voir Bonheur. Ces acceptions verbales sont communes aux philosophes anciens et aux auteurs ecclésiastiques. Nous autorisant de l’exemple de saint Thomas d’Aquin qui, dans la Somme théologique, sépare l’aspect eudémoniste et mo­ ral de la question de son aspect eschatologique, exami­ nant le second, I“, q. xn ; Il la, Supplem., q. lxxv-lxxxiv, tandis qu'il offre un traité complet d’eudémonisme, 1“ II®, q. l-v, nous ne nous occupons dans cet article que de l’aspect moral de la béatitude. H. Le problème de la béatitude chez les philo­ sophes anciens. — Nous ne nous occuperons que de ceux qui ont exercé une influence sur la théologie mo­ rale de la béatitude. Or, si les philosophes antérieurs à Socrate, Pythagore en particulier, se sont préoccupés du problème (Aristote, Ethic. Nicom., i, 6, n. 7, édit. Didot, t. n, p. 4), on ne voit pas que leurs doctrines aient influencé les théologiens. Platon et Aristote sont les véritables sources philosophiques antiques de la pensée chrétienne. Il faut leur adjoindre l’éclectique Cicéron, et les chefs des trois écoles néoplatoniciennes, Philon le Juif, Plotin et Proclus. 1» Platon. — 1. La doctrine. — Comme Aristote, Pla­ ton débute par cette constatation que tous les hommes désirent le bonheur. La béatitude ou bonheur parfait ne se trouve que dans la contemplation du bien. Le bien est l’idée suprême, cause de tout ce qui, dans le monde sensible, est beau et bien. 11 est dans le monde intelli­ gible ce que le soleil est dans le monde sensible. Le soleil engendre la lumière et l’œil qui la voit. Ainsi le bien engendre la vérité des choses et l’intelligence qui re­ garde cette vérité. Mais les hommes, plongés dans leurs sens, sont à l'égard de la vérité comme des prisonniers immobilisés, condamnés à regarder le lond d'une ca­ verne obscure, sur lequel se projetteraient les ombres d’objets de toutes figures, que des hommes dissimulés 498 par un mur promèneraient derrière eux. entre eux et un foyer de lumière. Ils ne connaissent ni les objets en euxmêmes, les idées, ni le foyer qui les éclaire, l’idée du bien, de laquelle cependant dépend leur bonheur. Us seraient d’ailleurs incapables, habitués qu’ils sont à ne regarder que des ombres de vérité, de fixer le foyer, si brusquement on les délivrait de leurs chaînes. D’où la méthode dialectique, qui consistera à les habituer peu à peu à se libérer en se séparant des choses sensibles (côté négatif de la morale), et à se tourner vers les idées, en commençant par celles qui sont le moins rapprochées du foyer du bien. Pour y parvenir on contemplera dans les sciences mathématiques et dans les arts, ces « mé­ langes d’idées », encore prises dans la gangue sensible, qui déjà offrent de l’analogie avec l’idée du bien. Par la gymnastique corporelle et la vertu on se refera un tem­ pérament moral. On arrivera ainsi, de proche en proche, à s'imprégner dè ressemblance avec le bien, avec Dieu. Ce sera le bonheur tel qu'il est permis d'y aspirer sur la terre, bonheur consistant dans la liberté, dans la con­ naissance perfectionnée, dans la bonne vie, dans la sa­ gesse, dans l’avoir à soi le bien et la beauté, bonheur excluant l’injustice et la méchanceté, mais non le malheur corporel et terrestre, lequel peut aller jusqu’aux der­ niers supplices, jusqu’au crucifiement, sans rien faire perdre à l’homme de son bonheur. Le bonheur parfait n’est pas de ce monde. C’est dans l’autre vie, à laquelle peut aspirer lame immortelle, qu’il sera réalisé dans l'union directe avec l’idée du bien par la contemplation. Platon, Opera omnia, 1578 (édition dont la pagination est re­ produite à l'angle intérieur des pages de l'édit. Didot, Paris, 1856) : Sophiste, 1.1, p. 233; Euthydèmc, 1.1, p. 278-282; Philébe, t. n, р. 11,13, 20, 28, 60; Lysis, t. n, p. 207; Banquet, t. III, p. 202; République, 1. il, t. n, p. 254; 1. IV, p. 420 sq.; 1. VI, p. 505; 1. VII; Les lois, t. n, p. 661, 973; Brucker, Hist. crit. philos., Leipzig, 1742, t. n, De Platone, p. 627 ; Ritter, Hist, de la philos., trad, franç., Paris, 1835. t. n, Dialectique de Platon; Morale de Platon, p. 187-285, 329-390; Ed. Zeller, Die Philosophie der Griechen, ir édit., Leipzig, 1889, part. II, sect, r, Socrate et Platon, p. 867-885; Uberwegs-Heinze, Grundriss der Gesch. der Philos., Berlin, 1894, t. i, p. 165-176. 181-189; card. Gonza­ lez, Hist, de la phil., trad, franç., Paris, 1890, t. I, p. 257 sq. 2. Importance de Platon pour la théologie de la béa­ titude. — Les doctrines de Platon, tant par ses propres écrits que par ceux des néoplatoniciens, ont inspiré plu­ sieurs Pères, surtout saint Augustin et le pseudo-Denys l'Aréopagite. Pierre Lombard en a puisé l’esprit et les principales théories dans saint Augustin et les a inocu­ lés à tous ses commentateurs. Saint Thomas connaît plusieurs ouvrages de Platon qu’il cite, mais il commu­ nique avec lui surtout par saint Augustin, le pseudoDenys et Proclus. Il le corrige d’ailleurs par les critiques nombreuses de ses ouvrages qu’il emprunte à Aristote. Platon, ainsi assimilé et corrigé par saint Thomas, con­ tinue d’exercer son influence sur les commentateurs du docteur angélique. 2° Aristote. — 1. Exposé de sa doctrine. — Sa doc­ trine de la béatitude est contenue dans le I«r livre de [’Éthique à Nicomaque et dans les chapitres vi, vu, vin du Xe livre du même ouvrage. Aristote sépare, plus nettement que Platon, la métaphy­ sique du bien de la question du souverain bien de l’homme ou béatitude. La question du bien en soi est renvoyée à plusieurs reprises à la Métaphysique, I. XI, с. x; 1. XIII, c. v, vi, édit. Didot, t. n, p. 609, 635, tan­ dis que la question du souverain bien de l'homme, de la béatitude, est considérée comme le fondement même de l'éthique, d’où le prologue de VÉlhique à Nico­ maque, où, parlant de ce fait que tout art et toute mé­ thode, toute action comme toute élection, se font en vue du bien, αγαθού τίνος έφιεσβαι δοχεϊ, le philosophe émet l'idée d'une science qui aurait pour objet propre cet ap­ pétit du bien considéré dans les actions humaines, prin­ cipalement dans les actions sociales, qui sont pour lui 499 BÉATITUDE le développement suprême de l'action humaine : science qu’il nomme éthique et qu’il divise en trois parties : l’éthique individuelle, familiale et sociale. Ethic. Nie., 1. I, c. ι-m, édit. Didot, t. n, p. 1, 2. On peut partager ainsi le traité du philosophe : a) cri­ tique des opinions; 6) définition de la béatitude; c) l’acte béatifiant; d) la cause de la béatitude; e) la question du bonheur en cette vie et après la mort. a) Critique des opinions. — Aristote examine succes­ sivement les opinions du vulgaire et l'opinion de Pla­ ton. Les premières mettent le bonheur dans le plaisir, les honneurs, la vertu, les richesses. Aristote réfute ces opinions en s’appuyant principalement sur ce motif que ces biens sont recherchés en vue d'autres biens, άλλου χάριν, et ne sont pas de véritables fins. Ethic. Nie., 1. I, c. v, t. n, p. 3, 4. — L’opinion de Platon met la béatitude dans la participation à l’idée séparée du bien. C'est en abordant sa critique qu’Aristote prononce le mot fameux : άμφοϊν γάρ δντοιν φίλοιν όσιον προτιμάν την αλήθειαν. Ibid., c. vi, ρ. 4. Ce qu’Aristote critique, c’est la préten­ tion qu’aurait, selon lui, Platon de faire du bien une idée générique, identique â elle-même dans toutes ses participations, lesquelles ne sont que des ombres du bien et non pas des biens : Οϋκ εστιν άρα το αγαθόν κοινόν τι κατά μίαν ιδίαν, ibid., ρ. 5 : ce qui va à l’encontre du fait de la multiplicité des biens, ayant chacune son essence propre. Le bien n’existerait plus qu’à l'état de participations analogiques. Ces apparences de bien se­ raient l’objet des actions humaines, qui cependant ré­ clament un objet réel qu'elles produisent ou qu’elles puissent posséder. Le bien séparé ne saurait être même l’exemplaire de nos buts prochains d’activité; aucune science et aucun art n’en tenant compte, elle n’est d’aucun usage. Tout l’effort de ce chapitre est de ren­ voyer à la métaphysique la question du bien en soi et d’en débarrasser la morale. Il importe de remarquer avec saint Thomas qu’Aristote ne nie pas l'existence d’un bien séparé, puisque lui-même la reconnaîtra au XII· livre des Métaphysiques, comme fin de l'univers. 11 nie seulement que la béatitude humaine soit dans la participation formelle, directe, de ce bien. S. Thomas, Ethica, 1.1, lect. vu, § Sed qualiter. b) Définition de la béatitude. — En tant qu’objet, c’est la fin ultime de l’homme. Car ce que nous recherchons par chacune de nos activités c’est un bien. Donc, s’il est une fin à laquelle se rapportent toutes ces activités de l’homme, ce sera le souverain bien. Ethic. Nie., I. I. c. vu, p. 5. Deux caractères du souverain bien : dési­ rable pour soi et non pour un autre bien; suffisant pour rendre à lui tout seul la vie désirable et ne man­ quer de rien. Ethic. Nie., c. vu, p. 6. Ou trouver la réa­ lisation de cette définition abstraite? Ce ne peut être, selon Aristote, que dans une opération de l’homme, dans une opération qui lui soit propre, dans une opé­ ration selon la raison, et, de préférence à l’opération qui ne fait que participer la raison (vertu morale), dans l’opération même de la raison. Ethic. Nie., 1. I, c. vu, р. 6, 7. Il le prouve, en poursuivant la comparaison de notre activité totale d’homme avec nos activités particu­ lières. Comme le bien, la perfection, la fin du joueur de cithare est de bien jouer de la cithare, ainsi le bien, la fin, la perfection de l’homme est de bien faire son action d’homme. Ibid. Il le confirme par l’aveu contenu dans les dires des opinions des sages. Elhic. Nie., 1. I, с. vin, p. 6, 7. c) L’acte béatificateur. — C’est au livre X, c. vu, de VÉlhique qu’il nous faut chercher une détermination plus précise de l’acte rationnel auquel est attachée, selon Aristote, la béatitude de l'homme. Ce sera un acte de spéculation, de contemplation. Ότι δ’έστ’ι θεωρητική. Èthic. Nie., 1. X, c. vn, p. 124. Aristote appuie sa solution de ces six arguments : a. l’excellence de l’énergie intellectuelle, prouvée par l'excellence de son objet; 500 | b. sa continuité et sa permanence, que l’action ne sau­ rait égaler; c. la jouissance incomparable qu’elle cause; d. son « autarchic », c’est-à-dire sa suffisance intrinsèque: la contemplation n'a pas besoin, comme la vertu (la libé­ ralité par exemple), d’une matière d’exercice; e. elle est désirable pour elle-même, tandis que la vie active cherche toujours quelque chose par delà son efiort; f. l'état de repos total où elle nous introduit, au rebours des activités de la vie pratique. Ainsi toutes les condi­ tions de la vie bienheureuse énumérées au Ier livre, et d’autres encore, qui en sont les dérivées, se trouvent réalisées dans la contemplation. — Suit la réfutation de l’opinion de Simonide (cf. I Metaph.) qui disait qu’une telle vie était au-dessus de la nature humaine, et l’exhor­ tation sublime à vivre selon la meilleure partie de soiméme en dépit des biens mortels. Ethic. Nie., 1. X, c. vu, p. 124, 125. D’ailleurs, la deuxième place appartient aux actes de la vie vertueuse. Ce sont, en effet, des actes humains, par lesquels nous entrons en possession de notre bien. Mais, n’ayant qu’une participation de la lumière ration­ nelle à laquelle ce bien appartient en propre, ils passent au second rang. Ils exigent d’ailleurs un matériel qu'il n’est pas à la portée de tous d’avoir et dont cependant ils ne peuvent se passer. La magnificence, par exemple, exige une haute situation. Aussi, « les dieux » n’ont pas cette vie, tandis qu’ils ont la contemplation. Les animaux, au contraire, qui ne contemplent en aucune manière, ont des traits communs avec nos habitudes vertueuses. Ibid., c. ix, p. 126. D’où, le sage qui contemple est chéri des dieux. Ibid., p. 127. On peut considérer aussi le plaisir comme faisant corps avec la béatitude, à titre d'accompagnement ou de conséquence des actes béatificateurs. « Il est à l’acte bon, ce qu’est à la jeunesse sa Heur. » Elhic. Nie., 1. X, c. iv, n. 6, 8, p. 120. Des travaux récents ont agité la question de savoir si, d’après Aristote, le formel de l’acte béatificateur est dans le plaisir ou dans l’opéra­ tion qui le cause. M. Brochard tient pour le plaisir. Le P. Sertillanges, fidèle à l’interprétation de saint Tho­ mas d'Aquin qu’il appuie sur des textes convainquants, réfute cette opinion et place l'essence du bonheur dans la réalisation même du bien qui est la perfection de l’homme. Voir la bibliographie. d) La cause de la béatitude. — Ce n’est pas la bonne fortune. Sa cause humaine est notre effort vers le bien. Ce qui n’exclut pas le don divin. Elhic. Nie., 1. I, c. ix, p. 9. e) Le bonheur en cette vie et après la mort. — Aris­ tote réfute l’opinion célèbre de Solon à savoir que l'on n’est heureux qu’à la mort; car comment être heureux du moment que la mort met fin à l’opération qui béatifie? Il concède du reste que pour juger du bonheur d’une vie il faut attendre l’heure de la mort. Dans tout cela il ne s'agit que des bienheureux de la vie terrestre, μακαρίους... των ζωντων. Elhic. Nie., 1. 1, c. I, p. 10, 11. Nous voudrions entendre Aristote parler comme Platon du bonheur au delà de la mort. Il n’en parle que pour montrer que le souvenir, la gloire, etc., ne sauraient eonstituer un bonheur pour le mort. Aristote s'est tenu dans le bonheur relatif sur lequel peut compter un mor­ tel. Aussi tout l’effort de saint Thomas en face de cette mélancolique conclusion, est de réserver, en son nom propre, la béatitude de la vie future, Elhic , 1.1, lect. xvi; en interprétant cependant la restriction d’Aristote comme un regret : Subdit quod tales dicimus beatos sicut j homines qui in hac vita mutabilitati subjecti, non pos­ ' sunt perfectam bealitudinem habere. Et, quia non est inane desiderium naturte, recte existimari potest quod reservatur homini perfecta beatitude post hanc vitam. | 2. Influence d’Aristote sur la théologie de la béati­ tude. — C’est par Albert le Grand et saint Thomas que VÉlhique a pénétré dans la théologie de la béatitude, 501 BÉATITUDE donné un corps aux traités scolastiques, rectifié les don­ nées platoniciennes, qui d'ailleurs, en harmonie avec les données révélées, ont largement contribué à élargir le cadre aristotélicien. Ethic. Nie., I. I, X, c. vi-vin: Metaph., 1. XI, c. x; 1. XIII, c. v; Brucker, op. cil., p. 835-840; Bitter, op. cil., t. ni, p.265sq.; Zeller, op. cit., t. n, part. II, Aristoteles, p. 607-672; UbervegsHeinze, op. cit.. p. 236-250; card. Gonzalez, op. cil., t. I, p. 315 sq. ; Brocliard et Scrtillanges, La morale ancienne et la morale moderne, dans la Revue philos., t. i.n (1901), p. 1, 280; Sertillanges, Les bases de la morale et les récentes discussions, dans la Revue de philos., t. n. n. 5, 6; t. ni, n. 1, 2; Piat, Aristote, Paris, 1903, I. IV, c. I, p. 287 sq. 3° Cicéron. — Il mérite une mention spéciale à cause de la grande influence qu’il a exercée sur saint Augus­ tin. Malheureusement le texte de VHortensius qui devait contenir des renseignements sur notre sujet (cf. Con­ fessions, 1. X, c. iv) est perdu. Des cinq livres De finibus bonorum et malorum, et du Ve livre des Tusculanes, il ressort que la doctrine cicéronienne est une doctrine purement pratique. Elle établit une équation entre le bonheur et la vie honnête, pratique de la vertu morale. Grâce à la vertu l’homme n'a besoin de rien pour être heureux, ni des biens du corps, ni des biens extérieurs (contre Aristote et les épicuriens). La vertu se suffit à elle-même. Elle abandonne aux animaux les plaisirs des sens. Elle supprime les perturbations de lame (pas­ sions). Elle ne craint pas la douleur. La tendance géné­ rale est celle de la doctrine stoïcienne. Elle s’en distingue cependant sur plusieurs points. Sa signification dans l’histoire de la béatitude est celle d’un résumé éclectique et critique de tous les placita des doctrines de morale pratique antérieures. C'est par là surtout qu'elle a rendu serviœ aux théologiens, spécialement à saint Augustin. Cf. Table des œuvres de saint Augustin au mot Cicéron. Ciceronis opera phil., édit. V. Leclerc-Bouillet, 1829-1830, t n, m. 4’ Philon le Juif. — Sa doctrine représente, du point de vue judaïque, la première adaptation des notions pla­ toniciennes aux données de l’Ancien Testament. D'où le contraste qu’elle offre, par sa teneur théologique, avec les doctrines antérieures. La félicité consiste, selon PhiIon, dans la réunion des biens (définition reprise par Boèce et saint Thomas). Περί το0 τό χείρον, p. 156. Elle est le fruit de la vertu. Ibid., p. 166. Elle consiste dans l’usage de la vertu parfaite dans la vie parfaite. Ibid. Le souverain bien, qui réunit tous les biens, n’est autre chose que Dieu. Περί φιλανθρωπίας, p. 717. Les richesses ne sont qu’un moyen du bonheur : la fin du bonheur en ce monde c’est de se souvenir du Dieu qui donne la force pour agir, ΙΙερΙ γεωργίας, p. 212; c’est la con­ naissance du créateur. Περί τού τό χείρον, p. 171. Bien­ heureux celui auquel il est donné de consacrer la plus grande partie de sa vie (car toute sa vie ce serait trop difficile) à ce qu’il y a de meilleur et de plus divin. Περί τών μετονομαζόμενων, p. 1073. Philon, Opera omnia, Francfort, 1691 ; E. Herriot, Philon le Juif, Paris, 1898, p. 289-302. 5» Plotin. — 1. Sa doctrine. — Il complète et corrige par les dires de Platon et des stoïciens les doctrines d'Aristote. Le livre IV· de la lr· Ennéade, qui traite du bonheur, en est un exemple : a) N’est capable de béati­ tude que la nature rationnelle : les animaux n’ont pas le bonheur proprement dit. — b) Nature. — La béatitude ne consiste pas dans la bonne vie vulgaire, mais dans la bonne vie complète, privilège de l’être complet, c’està-dire de l’être rationnel. La vie parfaite, véritable, réelle, est la vie intellectuelle. Le bonheur consiste à tourner ses regards vers le bien seul, à s’efforcer de lui devenir semblable et de mener une vie analogue à la sienne. L’homme ne possède pas le bonheur comme .502 une chose étrangère à soi ; il l’a toujours, au moins en puissance, du seul fait qu’il est rationnel. — c) Contre Aristote. — L’homme heureux par l’union avec ce qu’il y a de meilleur n’a besoin d’aucun bien inférieur. Sa ten­ dance principale est rassasiée et s'arrête. Les choses extérieures ne contribuent pas à son bonheur, mais à son existence. La béatitude ne consiste pas à cumuler les biens et le Bien. Il est convenable de rechercher les biens du corps, la santé par exemple, mais ce n’est pas le but de l’àine. Le corps est une lyre que l'on doit dé­ daigner lorsqu'elle est hors d’usage : on peut chanter sans elle. Elle sert néanmoins tant qu’elle existe. Le bonheur ne dépend ni des biens inférieurs, ni du mal­ heur contingent, fùt-on malheureux comme Priam, ni de la santé, ni de la durée (le Bien ayant pour mesure l’éternité), Ire Enn., 1. V, ni du souvenir du passé, ni du nombre des belles actions; mais uniquement de la dis­ position de l’âme, unie au Bien, source des opérations. — d} Vie future. — Après la mort, l’âme possédera d’autant mieux le bien qu’elle exercera ses facultés sans le corps. Le rang obtenu dans la béatitude parfaite dé­ pend du progrès actuel dans la vertu où l’âme sc ren­ contrera en quittant le corps. — e) L’acte béatificaleur. — Il est décrit à plusieurs reprises dans la VP En­ néade, 1. VIL 11 dépasse la région de l’intelligence et du beau, pour se fixer immédiatement dans le bien. Il n'est pas cependant le plaisir du bien, sa jouissance. C’est un tact, ή του άγαβοϋ επαφή (n. 36). « Quand l’âme obtient ce bonheur et que Dieu vient à elle, ou plutôt, qu’il manifeste sa présence, parce que l’àme s'est détachée des autres choses, qu’elle s’est embellie, qu’elle est devenue semblable à lui par les moyens connus de ceux-là seuls qui sont initiés, elle le voit tout à coup apparaître en elle ; plus d'intervalle, plus de dualité, tous deux ne font qu’un ; impossible de distinguer l’âine d’avec Dieu, tant qu’elle jouit de sa présence. » VI· Enn., L VII, n. 34, trad. Bouillet, Paris, 1861, t. III, p. 472 sq. Les Ennéades dePlotin, trad. Bouillet; Ubervegs-Heinze, op. cit., t. t, p. 336-339 ; Gonzalez, op. cit., L 1, p. 510. 2. Importance de Plotin. — Il est une source avouée par saint Augustin, qui voit par lui certaines doctrines de Platon, spécialement celles relatives à l'intuition immédiate de Dieu. Cf. Œuvres de saint Augustin, tables, au mot Plotin. Voir t. i, col. 2325, 2330. On peut attribuer à l'intermédiaire du pseudo-Denys de nom­ breuses concordances entre Plotin et les théologiens. Par saint Augustin et le pseudo-Denys, il aurait ainsi influé sur les scolastiques, saint Thomas en particulier. M. Bouillet, dans sa traduction des Ennéades, a établi de nombreux rapprochements entre la doctrine de Plo­ tin sur la béatitude et celles d’Aristote, des stoïciens, t. i, de saint Basile et du théologien Thomassin, t. ni. 6° Proclus. — La théologie élémentaire de Proclus, dont la paraphrase arabe a été traduite en latin sous le nom de De causis, a exercé une influence du même genre. La teneur en est purement néoplatonicienne. Les hypostases supprimées par le pseudo-Denys y subsistent. Sauf cela, les idées générales de conspiration de tout être vers le Bien et de communication du Bien à tous les êtres par les intermédiaires hiérarchiques y sont identiques. Et la doctrine platonicienne de la béatitude est par conséquent implicite dans cette synthèse, comme dans la synthèse dyonisienne. Saint Thomas s'inspire directement du De causis qu’il cite dans son traité. Liber de causis, dans les Opera S. Thomæ, édit. Parme, t. xxi; Uberwegs-Heinze, Grundriss, t. i, p. 356. III. Données schiptubaires. — P Ancien Testament. — La question de la béatitude est nettement abordée sous son aspect eudémoniste dans les livres sapienliaux. On peut considérer le pléonasme : Beatus es et bene libi erit, Ps. cxxvil, 2, comme formulant l’idée courante du 503 BÉATITUDE 504 bonheur. L’Ancien Testament se préoccupe surtout de physique qui forme la première question de son déterminer les biens qui rendent heureux. Ce sont traité. d'abord les biens temporels : un bon roi, Eccl., x, 17, Schwane, Hist, des dogmes, trad, franç., Paris, 1886,Docfr,-e* une bonne épouse, Eccli., xxvt, 1, etc.; plus souvent, de /'Écriture sainte sur les /lus dernières de l'homme, t. t. surtout dans les Psaumes, la protection de Jéhovah, les p. 384 sq.; L. Atzberger, Christliche Eschatologie in den Sladien ihrer Offenbarung in Alten and Neuen Testament, Fri­ récompenses ou bénédictions de Dieu ; ou encore les bourg-en-Brisgau, 1890. œuvres vertueuses, par exemple, Ps. I, surtout les œuvres ou actes difficiles et méritoires, fréquemment la confiance IV. Doctrine des saints Pères. — 1» Les Pères en en Dieu. Lesètre, Le livre des Psaumes, Paris. 1883, général. —- Chez la plupart des Pères, la question de la préface, p. bxxv. Peut-on trouver dans l’Ancien Testa­ béatitude est mêlée à des thèses eschatologiques, parfois ment, au sens littéral, l’idée de la béatitude de l’autre millénaristes ou gnostiques. vie? Le problème est posé, spécialement aux livres de Pour l’eschatologie dans ses rapports avec la béatitude, con­ Job, de l’Ecclésiaste et de la Sagesse. Le premier de sulter Schwane, Hist, des dogmes, trad, franç., sur les Pères ces livres donne bien l’idée de repos dans le school, xvn, apostoliques, t. I, p. 401-412; saint Justin et Athénagore, p. 428 16, mais l’on ne voit point que ce repos ait les caractères sq.; saint Irénée, p. 451 sq.; Tertuliien (spécialement pour la de la béatitude. Cf. Vigoureux, La Bible et les résurrection des corps), p. 473 sq. ; sur l’erreur d’Origène tou­ découvertes modernes, 6e édit., Paris, 1896, t. iv, p. 576chant la ηυη-perpétuilé de la vie bienheureuse, p. 511 sq. : L. Atzberger, Geschichte der ehristlichen Eschatologie inner584. L’Ecclésiaste parle surtout du bonheur de la vie halb der vornicànischen Zeit, Fribourg-en-Brisgau, 1896 : pour terrestre et de la vertu, en les considérant corn me des béné­ les Pères apostoliques, p. 77, 83 : pour les premiers apologistes, dictions divines. Vigouroux, Manuel biblique, il· édit., p. 131 ; pour saint Irénée, p. 238 ; pour saint Hippolyte, p. 275 ; Paris, 1901, t. n, p. 529-531; A. Motais, L’Ecclésiaste, pour Tertuliien, p. 300; pour Clément d’Alexandrie, p. 352; pour Paris, 1883, p. 104-118; card. Meignan, Salomon, Paris, Origène, p. 418; pour Méthode, p. 476. Minutius Félix, p. 531. 1890, p. 273-274. La Sagesse est plus affirmative : Justi saint Cyprien, p. 552; pour Lactance. p. 597; pour les actes des autem in perpetuum vivent, et apud Dominum est martyrs, la liturgie, les images antérieurement au concile de Nicée. p. 168, 613, 617, 620. Sur l’erreur de Grégoire de Nysse, Barmerces eorum, etc., v, 16. Lesètre, Le livre de la Sagesse, denhewer, Les Pères de l'Église, trad, franç., Paris, 1899, t. π, Paris, 1884, p. 21-22; card. Meignan, Les derniers pro­ p. 122. Cf. Klee, Manuel de l’hist. des dogmes chrétiens, trad, phètes d'Israël, Paris, 1894, p. 164-470, 497-502. D’une franç., Liège, 1850, t. n, p. 323 sq. manière générale, on peut dire que l’idée de la béatitude après la mort, considérée comme possession de Dieu, L’enseignement homilétique dft Pères théologiens le souverain bien, sans être absente de l’Ancien Testa­ contient surtout des paraphrases de l’enseignement ment, sans surtout y être niée, n’a pas atteint le dévelop­ scripturaire, où les idées systématiques n’interviennent pement d’une doctrine complète, ce qui est bien conforme qu’accidentellement. au caractère de préparation de l’Ancien Testament : Il y aurait cependant d’intéressantes monographies à faire Umbram enim habens lex futurorum bonorum. touchant l’eudémonisme de Pères tels que saint Jean Chrysostome. Heb., x, 1. saint Ambroise, saint Grégoire le Grand. On trouvera, en atten­ 2« Nouveau Testament. — Le Nouveau Testament, au dant, les premiers renseignements dans les tables de la palrocontraire, se présente d’emblée dès les premiers mots logie spéciales à chaque Père ou générales pour la P. L., aux mots : Beatus, Felicitas ; dans les tables de Petau et surtout de du sermon sur la montagne comme une solution du Thomassin, Paris, 1872, aux mots : Béatitude, Felicitas. On peut problème eudémoniste, au double point de vue du consulter aussi les nombreux renvois aux Pères, adaptés aux bonheur terrestre et futur : le premier consistant dans questions spéciales des traités De beatitudine des scolastiques, les œuvres de vertu, beati pauperes, le second attribué spécialement Salmanticenses, 1878, t. v. comme récompense à la vertu : quoniam ipsorum est regnum cælbrum. Matth., v, 3 sq. Le royaume des cieux Nous ne nous arrêterons qu’aux Pères qui ont formulé ou de Dieu comporte en elfet, dans les synoptiques, une doctrine systématique de la béatitude et ont servi l’acception de vie future, quoi qu’il en soit de ses autres d’intermédiaire entre l’Écriture et les anciens philosophes acceptions. Dans saint Jean, la vie future est davantage d’une part, et les théologiens qui ont définitivement caractérisée au point de vue des actés qui la constituent. arrêté la doctrine dans l’état où elle subsiste aujourd’hui I Joa., ni, 2. L’eschatologie des synoptiques, de saint d’autre part. Au premier rang nous renconlrons Jean, de saint Paul et de saint Pierre, concourt à la for­ saint Augustin, puis le pseudo-Denys l’Aréopagite. Nous mation de l’idée chrétienne de la béatitude éternelle, con­ leur adjoindrons Boèce et Pierre Lombard. sistant dans la connaissance directe, faciale, et l'amour 2° Saint Augustin. — La recherche du bonheur par­ de Dieu. Saint Paul y ajoute des notions précises sur fait ou béatitude est caractéristique de la doctrine de la résurrection des corps. I Cor., xv; I Thess., iv, 12; saint Augustin. Ce point de vue spécial s’est imposé à v, 11. Une exposition plus détaillée est du domaine des lui du fait de sa genèse spirituelle : il ne l’a pas choisi. exégètes. Jailli de son âme comme un instinct, le désir du Nous ferons seulement une remarque sur le caractère bonheur plénier s’est développé en lui à la lecture de finaliste de la doctrine eudémoniste de l’Évangile. Le l’Hortensius, jusqu a l’envahir. De lâ vient la division, bonheur de la vertu n’est pas tant représenté comme fondamentale dans son système, des réalités de l’uni­ ayant une valeur en soi, encore que ce point de vue ne vers en choses dont on jouit et en choses qu’on utilise soit pas écarté (par exemple : Estote ergo vos perfecti en choses qui jouissent et en choses qui utilisent, sicut et paler vester cælestis per/eclus est, Matth., v, 48), laquelle a sans doute ses racines dans la révélation et que comme un moyen d’arriver à la béatitude finale et dans les doctrines des anciens philosophes, mais prend parfaite dans la vie du ciel. Le christianisme ne chez lui une importance systématique extraordinaire. développe pas, comme le stoïcisme, l’idée de la valeur On peut dire que, dans la doctrine essentiellement psy­ en soi des vertus et du bonheur qui en résulte, ce qui chologique et morale d’Augustin, elle joue un rôle ana­ exciterait à les pratiquer par un sentiment de dignité logue à la distinction de la puissance et de l’acte, ou de humaine et d’orgueil rationnel ; il tient que la vertu est la division de l’être en catégories des doctrines ontolo­ avant tout un don. une grâce, et, moyennant notre giques. De docl. christ., I. I, c. m sq., P. L., t. xxxiv, coopération, un moyen de réaliser notre fin dernière, 1 col. 20. — Les choses dont on jouit nous rendent heu­ notre béatitude future, et par elle la glorification de reux; celles qu’on utilise nous aident â parvenir aux Dieu. Ce caractère finaliste est en harmonie avec les premières. Sont objets de jouissance le Père, le Fils et théories de Platon et d’Aristote, et saint Thomas n’aura l’Esprit-Saint, la Trinité tout entière qui est un seul pas de peine â les synthétiser dans le prologue rnéta- , Dieu. Ibid., c. v, col. 21. Sont instruments de jouissance. 505 BÉATITUDE le inonde et toutes les créatures. Ibid., c. xxxi. col. 32. Sont choses qui jouissent ou utilisent, quæ [ruuntur et utuntur, les hommes et les anges. Aux hommes, consi­ dérés dans leurs relations mutuelles, s’appliquent les deux catégories. Si enim propter se, fruimur eo, si propter aliud, utimur eo. Ibid., c. xxn. xxxm, col. 26, 32. Les vertus au contraire sont des moyens d’arriver à la béatitude, et non pas des choses désirables en soi, comme le veulent les stoïciens. De civ. Dei, 1. XIX, c. i, n. 2, P. L., t. xli, col. 622; De Trin., 1. XIII, c. vil, P. L., t. xlii, col. 1020. Ainsi la théologie, l’angélologie, la physique, l’anthropologie, la morale augustinienne reçoivent leur détermination suprême et leur principe de systématisation de l’idée de bonheur, conçue comme ne formant qu’un avec celle de jouissance, frui. Nous étudierons dans saint Augustin : 1. le fondement de ce point de départ; 2. la notion de la béatitude; 3. les conditions de la béatitude comme état ; 4. l’objet précis dans lequel elle consiste; 5. l'acte béatificateur; 6. le faux bonheur; 7. le moyen d’arriver à la béatitude; 8. le bonheur terrestre ; 9. la béatitude parfaite. 1. fondement de l’eudémonisme auguslinien. — C’est dans la nature de l'homme que saint Augustin trouve la preuve du bien fondé de la béatitude comme point de vue de toute la spéculation humaine. Car tous les hommes désirent la béatitude, Confess., 1. X, c. xx, P. L., t. XXXII, col. 792; Enarr. in Ps. xxxrt, n. 15, P. L., t. xxxvi, col. 293; De civ. Dei, 1. X, c. i, n. 1, P. L., t. xli, col. 277 ; S recherchent, De Trin., 1. IV, c. I; 1. XIII, c. πι-v, xx, P. L., t. xlii, col. 887, 1018,1034; Enarr. in Ps. cxvtit, serm. I, n. 1, P. L., t. xxxvn, col. 1502; la veulent, y compris les pécheurs, Op. imperf. cont. Jul., 1. VI. n. 11, P. L., t. xliv, col. 1521 ; Epist., cxxx, c. iv, P. L., t. xxxm, col. 497. Ils sont criminels en la voulant d’une mauvaise manière. C’est la seule chose que les sceptiques de l’Académie ont avouée. Op. imp. cont. Julian., I. IV, n. 26, P. L., t. XL1V, col. 1566. Et les philosophes ne semblent pas avoir d’autre motif de philosopher. De civ. Dei, 1. VIII, c. m, P. L., t. xli, col. 226. Saint Augustin ne remonte pas au delà du fait brut. Il ne débute pas comme saint Thomas d’Aquin en faisant dépendre le désir de la béatitude de l'idée de cause finale et par là d'une ontologie. Son point de départ est pure­ ment psychologique (ordre du cœur, de Pascal). C’est l’homme en pleine action, en face de la condition de cette action « avouée de tous les philosophes », la béati­ tude. D’où, chose curieuse, le point de départ de la spéculation analytique d'Augustin se retrouve comme terme et conclusion du traité synthétique de saint Tho­ mas dans l’article clôturai : Utrum omnis homo appe­ tat bealiludinem. Sum. theol., Ia II*. q. v, a. 8. 2. Notion de la béatitude. — Puisque la béatitude est une exigence de l'homme en tant qu’agent, c’est par rapport à l'action de l’homme qu'elle veut être déter­ minée. Or l'homme agit, en tant qu’homme, par sa volonté libre. Saint Augustin se demande donc si la béatitude doit être déterminée en regard des volontés libres individuelles ou de la volonté libre dans ce qu’elle a de spécifique, prise comme nature. Ce ne peut être en regard des volontés individuelles, à cause de leur variabilité indéfinie. De Trin., 1. XIII, c. iv-vii, P. L., t. xlii, col. 1018-1021. Cf. Serm., cccvi, c. m, n. 16, P. L., t. xxxvm, col. 1401. La béatitude n’est pas dans la force de caractère, in animo, comme le veulent les stoïciens, ni dans la volupté, comme le prétendent les épicuriens, Epist., cxvm, c. m, P. L., t. xxxm, col. 439, encore moins dans les douleurs et les tour­ ments. Epist., ci.x, c. i, n. 2, 3, ibid., col. 667. Cf. De Trin., 1. XIII, P. L., t. xlii, col. 1021. En somme, on ne doit pas dire heureux celui qui agit à sa guise. Ibid., t. xxxm, col. 497; t. xlii, col. 1019. C’est donc en regard de la volonté-nature. On veut 50G être heureux comme on veut vivre et avoir bonne santé, désirs de nature s’il en est. Serm., cccvi, c. iv, P. L., t. xxxvm, col. 1401. La notion de béatitude est imprimée dans nos esprits, in mentibus. Ibid., col. 1256. Son objet c'est la totalité du bien de l’homme, et donc, c’est le souverain bien, De tib. arbitr., 1. II, c. tx sq., P. L., t. xxxii, col. 1254-1260; car le souverain bien est le bien auquel se réfèrent tous les autres. Epist., cxvm, c. ni, n. 13, P. L., t. xxxm, col. 438. La vie bienheureuse con­ siste donc dans ce qui doit être aimé pour soi, propter se. De doct. christ., 1.1, c. xxn, n. 20, P. L., t. xxxiv, col. 26. Et la béatitude n’est autre chose que la jouissance du vrai et souverain bien. De civ. Dei, 1. VIII, c. VIII, P. L., t. xli, col. 233. On est heureux lorsque l’on jouit de ce pour quoi l’on veut tout le reste, car ce bien supé­ rieur ne saurait être qu’aimable en soi. Epist., cxvm, c. m, P. L., t. xxxm, col. 438; De civ. Dei, 1. XIX, c. I, n. 2, P. L., t. xli, col. 621. D'un mot, la béatitude est l’inhérence au souverain bien. De Trin., 1. VIII, c. m, n. 5, P. L., t. xlii, col. 950. 3. Conditions de l’état de béatitude. — a) Avoir tout ce que l'on veut et ne rien vouloir de mauvais, De Trin., 1. XIII, c. v, P. L., t. xlii, col. 1020; aimer ce qui doit être aimé, Enarr. inPs. xxvt, en. 11“, n. 7, P. L., t. xxxvi, col. 202, à savoir la vertu. De civ. Dei, 1. XIX, c. m, P. L., t. xli, col. 626. En résumé, inde beatus unde bonus. Epist., cxxx, c. il, n. 3, P. L., t. xxxm, col. 495. — b) Pour être heureux il faut avoir la connais­ sance de son bonheur. Quæst. lxxxiii, q. xxxv, P. L., t. XL. col. 24. — c) La jouissance du souverain bien (boni incommutabilis). De civ. Dei, 1. XI, c. xn, xni, P. L., t. xli, col. 328. — d)La sécurité dans la possession. Ibid. La béatitude comporte l’éternité. De civ. Dei, 1. XIV, c. xxv, P. L., t. xli, col. 433; Quæst. LXXXIII, q. xxxv, P. L., t. XL, col. 26; Serm., cccvi, c. vin, P. L., t. xxxvm, col. 1404; Deciv. Dei, 1. XI, c. xi, P. L., t. xli, col. 327; 1. XII, c. xx, col. 370. Elle exclut toute crainte de la per­ dre. Debeata vita, n. 11,P. L., t. xxxn, col. 965; Decorrept. et gratia, c. x, P. L., t. xliv, col. 932, 933. Cette idée de la nécessité d’une possession assurée pour la béatitude représente une contribution personnelle de saint Augustin à l’histoire dogmatique. 11 la retourne sous toutes ses formes. Citons encore : sans la possession assurée de la béatitude, pas d’amour de Dieu, De civ. Dei, 1. XII, c. xx, P. L., t. xli, col. 370; seule, l’immor­ talité peut remplir la mesure de la béatitude parfaite. Cont. advers. legis'et proph., 1. I, c. vi, P. L., t. xlii, col. 607. 4. La chose objective dans laquelle consiste la béati­ tude. — C’est Dieu lui-même : Ut quid vultis beati esse de infimis : sola Veritas facit beatos ex qua vera sunt omnia. Enarr. in Ps. iv, n. 3, P. L., t. xxxvi, col. 791; Confess., 1. XIII, c. vm, P. L., t. x.xxn, col. 848; De beata vita, n. 12, ibid., co). 965; Epist., cxxx, c. Xin, xiv, n. 24, 27, P. L., t. xxxm, col. 503-505; Contra Adi­ mant., c. xvm, n. 2, P. L., t. xlii, col. 163; De natura boni, c. vu, ibid., col. 554. C'est en Dieu seul que se trouve la béatitude des hommes et des anges, et c’est l'opinion de Plotin. De civ. Dei, 1. IX, c. xv; 1. X, c. iiii ; 1. XII, c. i, P. L., t. xli, col. 269, 277-280, 349. 5. L’acte béatificateur. — Deux choses font l’homme heureux : la connaissance et l’action. De agone Chri­ stiano, c.xiii, P. L., t. xi., col. 299. L’acte béatificateur est d’abord un acte de connaissance. Beatissimi quibus hoc est Deum habere quod nosse. Epist., CLXXXvn, c. vi, n. 21, P. L., t. xxxm, coi. 840. C’est aussi un acte d’ap­ préhension de Dieu par l’amour : secutio Dei beatitatis appetitus ; consecutio autem ipsabeatitas. Demor. Eccl. cath., 1. I, c. vm sq., P. L., t. xxxn, coi. 1315, 1319. C’est un acte de jouissance de Dieu, Retract., I. I, c. i, n. 4, P. L., t. xxxn, col. 587, gaudere de Deo. Confess., 1. X, c. xxn, ibid., col. 793. Les deux actes ne s’excluent pas, mais se fondent : la béatitude est la joie que cause la vérité. 507 BÉATITUDE Confess., 1. X, c. xxm. P. L., t. xxxn, col. 793. Elle est la parfaite connaissance de la vérité dont on jouit. De beata vita, η. 35, P. L., t. xxxn, col. 976. Elle - n’est certaine et perpétuelle que dans la vision de Dieu. De semi. Dom. in monte, 1. 11, c. xn, n. 43, P. L., t. xxxiv, col. 1288. La vision concerne Dieu tout entier^ mais ne le comprend pas totalement. Serm., cxvn, c. ni, n. 5, P. L., t. xxxvm. col. 663. Cf. Kranich, Ueber die Empfanglichkeit des menschlichen Natur für die Gâter der ùbernatürlichen Ordnung nach der Lehre des hl. A ugustinus und des ht. Thomas von Aquin, Paderborn, 1892. 6. Fausses opinions sur la béatitude. — Celle des académiciens, qui la placent dans la recherche même du vrai. Contr. acad., 1. I, c. n sq., P. L., t. xxxn, col. 908 sq. Celles d’Epicure (volupté), des stoïciens (vertu). Serm., cxli, c. vin, P. L., t. xxxvm, col. 812. La béatitude n'est pas dans les richesses, même inamissibles. De beala vita, n. Il, P. L., t. xxxn, col. 965. Elle n'est pas dans les biens terrestres. Epist., clv, c. n, n. 6, P. L., t. xxxm, col. 669. Elle n’est pas dans la santé, ni dans sa propre santé ni dans celle de ses amis. Epist., cxxx, c. v, ibid., col. 498. Elle n'est pas dans la vie sociale. De civ. Dei, I. XIX, c. v, P. L., t. xxxvni, col. 631. Notre béatitude n’est pas de ce monde. Enarr. in Ps. xxxn, n. 15, 16, P. L., t. xxxvi, col. 293, 294; Confess., 1. IV, c. xn, n. 18, P. L., t. xxxn, col. 701 ; De civ. Dei, 1. XIV, c. xxv, P. L., t. xli, col. 433. 7. Le bonheur terrestre. — Notre bonheur en ce monde est au dedans de nous. De serm. Dom. in monte, I. I, c. v, n. 13, P. L., t. xxxiv, col. 1236. Il consiste à cou­ rir de la multiplicité vers l’unité et à rester dans l’unité. Serm., xcvil, c. vi, n. 6, P. L., t. xxxvni, col. 587. Ce que nous cherchons n’est pas ici-bas, De Trin., 1. IV, c. i, n. 2, P. L., t. xi.n, col. 887, mais si nous observons les commandements de Dieu, nous l’avons en espérance. Enarr. in Ps. cxvtir, serm. i, n. 2, P. L., t. xxxvn, col. 1503. Il est tout en espérance. De civ. Dei, I. XIX, c. iv, xx, P. L., t. xli, col. 631, 618. 8. Le bonheur parfait. — C’est le bonheur de la vie future, De Trin., I. Xill, c. vu, P. L , t. xi.it, col. 1020, caractérisé par l'absence de maux et de concupiscence, par l’amour de Dieu et du prochain. Epist., cxxxvn, c. v, n. 20, P. L., t. xxxm, col. 525. Il est là, ubi non dicitur : pugna, sed gaude. Enarr. in Ps. cxt.lt, P. L., t. xxxvn, coi. 1862. C’est le régne de la paix et de l’amour de Dieu. Ibid., col. I860, 1862. C’est bene velle et posse quod velis. De Trin., 1. XIII, c. Vf, P. L., t. XLII, col. 1020. C’est jouir de Dieu, nourriture des bienheu­ reux. Serm., cxxxvn, c. v, P. L., t. xxxvm, col. 799; Enarr. in Ps. xxxn, serm. il, n. 18, P. L., t. xxxvi, col. 295; De civ. Dei, 1. XXII, c. xxx, P. L., t. xli, col. 801. C’est Dieu tout en tous. Serm., i.vi, c. iv, P.L., t. xxxvm, col. 376; ci.vni, c. ix, ibid., col. 867. 9. Moyens de parvenir à la béatitude, — a) Connaître dans quel bien elle se trouve. Tous ceux qui la veulent n'y parviennent pas, Epist., Civ, c. iv, n. 12, P. L., t. xxxm, col. 393, à cause de leur ignorance. De lib. arbitr., 1. I, c. xiv, P. L., t. xxxn, col. 1237. C’est cepen­ dant la science par excellence. Epist., cxvni, c. I, n. 6. 7, P.L., t. xxxm, col. 435. Le remède à celte ignorance est la foi dans l'autorité divine. De Trin., I. XIII, c. vu, xix, P. L., t. xlii, col. 1020-1033, et la lecture des Écri­ tures. Epist., civ, P. L., t. xxxm, col. 393. 6) La bonne vie. De beata vita, c. m, n. 17, P. L., t. xxxn, col. 968; De mor. Eccl. calh., I. I, c. xm-xv, ibid., col. 1321. Elle consiste à imiter Dieu, De civ. Dei, 1. VIII, c. vm, P. L., t. xli, col. 233; à ressembler â Dieu, similem Deo fieri, ibid., 1. IX, c. xvii, col. 271, dans le culte de Dieu, ibid., 1. X. c. m, col. 280, dans l'amour chaste de Dieu, comme l'ont enseigné les plato­ niciens. Ibid., 1. X, c. I, col. 277. 508 c) La grâce d’en haut. L’homme ne peut réaliser le bonheur parfait par ses propres forces. Enchirid., c. cv-cvm, P. L., t. XL, col. 282. Nous sommes heureux de Dieu, en Dieu, par Dieu. De Trin., 1. VI, c. v, P. L., t. xlii, col. 928. Celui-là seul rend l'homme heureux qui a fait l'homme. Epist., CLV, c. I, P. L., t. xxxm, col. 667, 669, 670. L'homme en péchant a perdu la béa­ titude, mais non la faculté de la recouvrer. De lib. arbit., 1. III, c. vi, P. L., t. xxxn, col. 1280. C’est un don de Dieu. Serm., cli, c. vu, P. L., t. xxxvm, col. 812. d) L'incarnation du Christ rend croyable la béatitude éternelle. Pe Trin.,]. XIII, c. ix,P. L., t. xlii, col. 1023. Par le Christ seul, nous pouvons efficacement parvenir à la béatitude surnaturelle. Cont. Jul. pel., 1. IV, n. 19, P. L., t. xliv, col. 747. Harnack, Lehrbuch der Oonmenqeschichte,Vt\\>), est aussi un élément intégrant de la béa­ titude parfaite. La rectitude de la volonté, qui la prépare et la mérite, reste nécessairement conjointe à la béati­ tude une fois consommée (a. 4). Le corps lui-même ne peut que ressentir les effets de l'acte béatificateur, pour autant qu’il est uni à l’àme dans la vie future, comme l'enseigne la foi ; il ne lui est cependant pas indispen­ sable, l'intellect ayant une opération propre indépen­ dante du corps, laquelle précisément s’exerce dans la vision de Dieu. Il reste que, pour la béatitude impar­ faite de ce monde, le corps est requis, non pour la par­ faite (a. 5, 6). Il en est de même de la société de nos amis. Par ces distinctions, entre ce qui est essentiel à la béatitude parfaite et ce qui s’ensuit, entre les béatitudes parfaite et imparfaite, saint Thomas concilie la doctrine d’Aristote touchant la nécessité des biens extérieurs, des plaisirs, de la vertu pour la béatitude, et la doctrine chrétienne de la suffisance absolue de la seule possession de Dieu. Cette distinction tient autrement compte de la réalité que les négations opposées à Aristote par les stoïciens (voir plus haut col. 501) ou les prétentions chimériques à la vie intellectuelle pure et à la pure intuition du bien en cette vie des néoplatoniciens. 5. Les conditions d’adaptation de l'homme à sa béati­ tude. — De potentia, via, mediis. Salmanticenses. La première consiste à avoir la capacité radicale d'acquérir le bien parfait. L’homme possède cette puissance radi­ cale, puisque son intelligence et sa volonté ont une tendance au bien universel qui est le bien parfait. Sur le caractère et les limites de cette puissance, voir Appé­ tit, t. t. col. 1698. D’ailleurs, a posteriori, le fait de la vision divine, dogme de foi, prouve bien que cette capacité existe (q. v, a. 1). — La seconde est la disposition du sujet : L’objet de la béatitude étant identique pour tous, les dispositions particulières de chacun concourent pour leur part à créer des inégalités de degré dans la récep­ tion du bien divin, et, par suite, dans la participation à la béatitude (a. 2). — La troisième c’est la rupture des liens du corps : Dans cette vie la béatitude ne peut être parfaite, car la vision de Dieu n’y est pas possible : d'ailleurs les maux inhérents à l'existence terrestre et le défaut de stabilité des biens accessibles ici-bas, la mort surtout, rendent impossible la quiétude requise pour la béatitude (a. 3). Par contre, une fois obtenue, la béatitude parfaite ne doit plus pouvoir être perdue. Car, sans la conscience de sa perpétuité, il n'y a pas de bonheur parfait (voir plus haut col. 506); et d’ail­ leurs comment le bienheureux se détacherait-il de la vision de l’essence divine qui a épuisé sa capacité de vouloir, étant le bien universel aux prises avec la capa­ cité de ce même bien? Comment expliquer que Dieu veuille imposer ce châtiment à une volonté qui ne l'a pas mérité, puisqu’elle ne peut plus pécher? Quelle créa­ ture enfin aurait barre sur une nature élevée au-dessus de toutes créatures? Par là est réfutée l'opinion d’Origène touchant les alternances de vie bienheureuse et de vie d’épreuve qui interviendraient après la mort (a. 4 . La béatitude imparfaite, au contraire, est soumise à ces alteruances, et c'est à elle que s'applique le mot du 513 BÉATITUDE philosophe : « Nous parlons du bonheur qui convient à des hommes. » — La quatrième est le secours divin, car la vision de l'essence divine dépasse la nature de toute créature : la nécessité de ce secours n’est pas d'ailleurs pour l'homme une déchéance, car « ce que nous pouvons par nos amis nous le pouvons en quelque sorte par nous-mêmes », et il est plus parfait d'acquérir un meilleur bien par le secours d’autrui, que d'et. rester, avec ses propres forces, à un bien d'ordre infé­ rieur (a. 5). D'ailleurs Dieu seul peut conférer ce se­ cours, la vision de la divine essence étant excl· sivement de son ressort. Les anges ne peuvent que concourir à certaines dispositions préliminaires à la béatitude, aux actes de vertu par exemple, car eux-mêmes doivent em­ prunter au secours divin la force de réaliser leur béa­ titude surnaturelle (a. 6). — Les bonnes actions sont la cinquième condition de l'acquisition de la béatitude, condition très relative, car Dieu pourrait réaliser d’un même coup la tendance et son terme. Mais il est dans l’ordre que l'homme, auquel n’appartient pas naturel­ lement comme â Dieu la béatitude parfaite, y tende par le mouvement successif qui est sa loi et donc par l’exer­ cice des vertus. A l’encontre de l'ange, qui, suivant l'instantanéité de son mode d’agir, l'a obtenue par un seul acte méritoire. L’âme du Christ, rectifiée naturelle­ ment en vertu de l’union hypostatique, n'a pas eu be­ soin de cet acte pour être béatifiée dès le premier instant de la conception du Christ, et c’est en vertu de ses mérites que les enfants baptisés sont béatifiés. La loi du mérite, entendu comme disposition préliminaire à la béatitude, est donc une loi universelle des êtres créés (a. 7). — Ces cinq conditions d’adaptation à la béatitude parfaite : capacité radicale, dispositions indi­ viduelles créant l’inégalité de réception, rupture des liens de la chair, grâce, bonnes œuvres, semblent se heurter â l’obstacle de l’ignorance où sont certains hommes vis-à-vis de la béatitude parfaite et, consé­ quemment, à leur neutralité. D’où la portée de l'article 8 el dernier du traité, ou l'on distingue le désir de l'objet explicite où est renfermée notre béatitude parfaite, le désir de Dieu, de son désir implicite, contenu dans l’ap­ pétit du bien parfait en général. Ce dernier seul est re­ quis pour fonder la capacité radicale et amorcer ces conditions efficaces d’adaptation à notre objet dernier, qui sont l’œuvre de la grâce. D’un mot, tout homme, comme tel. èn dépit de son ignorance du véritable objet de la béatitude, aspire à la béatitude (a. 8). Albert de Bergame, Tabula aurea, aux mots Beatituào, Feli­ citas ; Schütz, Thomas Lexicon, 2’ édit., Paderborn, 1894, aux mêmes mots. VI. Théologiens scolastiques. — La synthèse thomiste de la béatitude permet de grouper les opinions qui se sont fait jour chez les scolastiques postérieurs, soit pour contredire, soit pour confirmer certains points de celte synthèse. Ce travail a été fait par les Salmanticenses et poussé par eux jusqu’à ses derniers détails. Étant les derniers des grands scolastiques, et leur but avoué étant de dresser une encyclopédie critique de toutes les opi­ nions avancées, nous n’avons qu’à renvoyer à leur œuvre. Cursus theologicus, tr. VIII, IX, Paris, 1878, t. v. L’index rerum notabilium de ce volume contient au mot Béati­ tude et au mot Finis un remarquable résumé de la doctrine thomiste. Nous noterons seulement les principales controverses intéressant la notion de béatitude. 1° Sur la lr> question de la 1“ II®, Scot, conséquent à sa doctrine de la liberté, tient que l’homme dans toutes ses actions ne se propose pas une fin ultime. Ini V Sent., 1. I, dist. I, q. iv; 1. IV, dist. XLIX, q. x; cf. Salman­ ticenses, toc. cit., disp. V, p. 184. Il y aurait donc des actions humaines, qui n’auraient pas pourobjet le bon­ heur, procéderaient de l’arbitraire absolu delà liberté, 514 seraient purement indifférentes dans l’ordre r ural. 2» Sur la H· question de la I·* II®, nous rencontrons d'abord l’opinion d’Henri de Gand, niant que la béatitude subjective soit principalement un acte de l’âme et la mettant dans une perfection de son essence : quia in ilia principalius habetur Deus qui est finis et beatitude quam in potentiis. Quodlibet, XIII, q. XII. Antérieure­ ment à la publication de la Somme, saint Bonaventure la partage entre les actes et les habitus dont ils procè­ dent. In IV Sent., 1. IV, dist. XLIX, part. I, q. i, Qua­ racchi, t. IV, p. 100. Pour lui la béatitude, dans son es­ sence, résulte de plusieurs actes. Cette opinion éclectique a fai t école. Tolet, Valentia elSuarez, Debeatit.,disp. Vil, sect. I, la professent. Cette opinion ne semble cependant pas toucher au point de la difficulté qui est de savoir par quel acte principalement le bien est possédé, en sorte que les autres actes ne soient que des consé­ quences et des compléments, concourant non à l'essence, mais à l'intégrité du premier. 3· Plus ad rem est l’opinion célèbre de Scot qui attri­ bue à la volonté le pouvoir béatilicateur, fondée prin­ cipalement sur cet axiome que lorsqu’il s’agit de pos­ session du bien c’est à la puissance qui regarde expressément le bien, c'est à la volonté d’en connaître. A cela les thomistes ont opposé, avec leur docteur, que l’on pouvait connaître d’une chose en deux manières, par soi, ou par une puissance humaine sœur et mieux appropriée, —que, dans l’espèce, toute volonté étant ou désir de posséder le bien ou jouissance du bien possédé, se référait à un acte postérieur ou antérieur ou par le­ quel était réalisée, à proprement parler, la possession du bien, que cet acte est l’acte d’appréhension intellec­ tuelle, lequel s'intercale entre le désir et la jouissance, toute jouissance étant conséquente à une intellection, que par l’inlellection l’étre intellectuel entrait vraiment en possession du bien d’une manière conforme à sa nature et d’ailleurs conforme à la nature du bien divin, bien essentiellement d’ordre intellectuel, étant la pensée de la pensée, que Dieu était là saisi dans ce qu'il a de plus actuel, partant de plus intime, et aussi de la ma­ nière la plus intime, puisque l’intelligence, puissance passive, réalise son acte par l’entrée en soi des objets, tandis que la volonté se porte sur eux comme sur une réalité extérieure. Les scolistes ont répondu surtout en atténuant la position de Scot pour la rapprocher de celle de saint Thomas,· en montrant que leur docteur n’avait jamais entendu nier la nécessité de la vision comme acte préparatoire et initial de la béatitude. — A quoi les thomistes ont répliqué que c’est la jouissance qui est une conséquence et un complément et que lorsqu'elle intervient, l’essentiel de l’acte béatificateur est accom­ pli. Scot, In IV Sent., 1. IV, dist. XLIX, q. iv, v. — Pour la conciliation : de Rada, Controversiarum th. inter S. Thom, et Scot. IV Sent., controv. χιι, Venise, 1617, t. iv, p. 339-401 ; Salmenticenses, loc. cit., p. 231-268; Harnack, Lehrbuchder Dogmengeschichle, t. Hi, p. 400; cf. notre article : Les ressources du vou­ loir, dans la Bevue thomiste, 1899, p. 447. 4° Sur l’article 8 de la ni· question, nous rencon­ trons un nouveau dissentiment entre Scot et saint Thomas, au sujet de la portée du désir naturel de voir Dieu, qui sert au saint docteur à étayer sa thèse de la béatitude résidant dans la vision de l’essence divine. Nous avons exposé ailleurs ce débat. Voir Appétit, t. i, col. 1698. Scot, In IV Sent., I. IV, dist. XLIX, q. vm; 1. I, prolog., q. I; de Rada, op. cit., controv. I, t. i; controv. xm, t. iv; Salmanticenses, op. cit., De visione Dei, tr. I, disp. I, t. i; tr. IX, disp. I, q. m, a. 8, t. v, p. 270. 5° Sur les iv· et v'questions, nous rencontrons d’abord la continuation du débat précédent touchant le rôle de la jouissance dans la béatitude, puis les controverses re­ latives aux attributs des âmes et des corps de bienheu­ 515 BÉATITUDE — BÉATITUDES ÉVANGÉLIQUES reux, à leur impeccabilité (voir Ciel, Corps glorieux), sur la nécessité de la grâce et du mérite pour parvenir à la béatitude (voir ces mots), enfin la question de la béa­ titude imparfaite ou naturelle, son existence, sa nature et sa licéité. Voir Bien. Salmanticenses, op. cit., tr. IX, disp. 1I-VI, t. v, p. 273-399. A partir du milieu du xvn'siècle, époque des Salnianticenses, nous ne trouvons aucun ouvrage qui ajoute un élément théologique important à la doctrine de la béatitude. Les orateurs chrétiens, Bossuet, etc., exploi­ tent le fonds commun fourni par la tradition; les théo­ logiens scolastiques divisent et classifient, mais n’inno­ vent pas. Les auteurs de théologie positive enregistrent des textes. Petau, Dogmata theol., De Deo, 1. VII, c. v, vin, Paris, I860, t. i, p. 595, 579; Thomassin, Dogm. theol., dont la table par Ecalle, Paris, 1872, offre une bi­ bliographie assez complète au mot Béatitude. Le prin­ cipal effort que l’on constate est un effort philosophique, auquel contribuent presque tous les grands noms de la philosophe moderne et contemporaine, mais ces systèmes relèvent directement de la philosophie. Exceptons Pascal qui, dans ses Pensées, conserve son rôle théologique â l'appétit de la béatitude, inspiré sans doute, en cela, par saint Augustin. Vil. Décisions canoniques. — A l’endroit de l’objet de la béatitude, il faut noter les propositions 38« et iO" de Rosmini, faisant consister la béatitude dans la vision de Dieu en tant que créateur, condamnées en 1887; les erreurs des Arméniens sur la vision béatifique condamnées par Benoit XII. Voir Benoit XII. Au sujet de la nécessité du secours divin pour acquérir la béati­ tude surnaturelle, signalons la proposition 5e du concile de Vienne (1311) contre les béghards et les béguines, les propositions 3e, 4«, 5e, 11·, 21e de Baius, condamnées en 1567, 1579 et 1641, par lesquelles la béatitude surnatu­ relle est attribuée aux forces naturelles de l’ange et de l’homme. Voir col. 14 sq. Le concile du Vatican, De fide, c. n, Denzinger, p. 387, n.C163o^ — Au sujet de l’acte béatilicateur, la proposition ~Ί0· d’Eckart prétendant qu’il consiste dans une unité substantielle avec Dieu (1329). — Au sujet de la nécessité des mérites pour la béatitude parfaite, le concile d’Orange, 529, can. 1, 7 et conclusion, les propositions 2e, 4e, 5e, 11·, 13e de Baius. — Au sujet du degré de béatitude parfaite correspondant aux dispositions méritoires, les professions de foi impo­ sées aux Grecs par Grégoire XIII, aux Orientaux par Be­ noit XIV, le décret du concile de Florence pour l’union des Arméniens, le canon 32 de justificatione, concile de Trente, sess. VI; cf. Denzinger, Enchiridion, Würz­ bourg, 1900. Nous avons cité à propos do chaque section l’essentiel de la bibliographie du sujet. Nous ajouterons quelques références d’ou­ vrages appartenant à des ensembles de questions morales où la question de la béatitude est abordée : V. Cathrein, S. J., Moralphilosophie, 3· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1892, 1.1, qui renvoie à une abondante littérature (comme d’ailleurs Bardenhewer et Uberwegs-Heinze déjà cités); A. Stückl, Lehrbuch der Philos., 7· édit., Mayence, 1892, t. ni ; Cathrein, Philos. nior., 4· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1902; Gutherlet, Ethik und Naturrecht, 3· édit., Munster, 1901 ; W. Schneider, Giiltliche Weltordnung und religionslose Sittlichkeit, Paderborn, 1900 ; A. M. Weiss, O. P., Apologie, 3· édit., 1894, t. i; Paulsen, Sgslem der Ethik, Berlin, 1900, t. i ; M. A. Janvier, O. P., Le fondement de la mo­ rale : la béatitude, Paris, 1903, etc. A. Gardeil. 2 BÉATITUDES ÉVANGÉLIQUES. Les quatre béatitudes évangéliques rapportées par saint Luc. vi, 20-22, et les huit béatitudes rapportées par saint Matthieu, v. 1-8, ont suggéré à saint Ambroise et à saint Augus­ tin l’idée de les rattacher respectivement aux quatre vertus morales et aux sept dons du Saint-Esprit (la hui­ tième béatitude n’étant qu’un résumé des premières). Les docteurs ont donc considéré les œuvres évangéliques qui y sont glorifiées comme des actes spéciaux, soit des 516 vertus, soit des dons, et les récompenses comme appro­ priées aux mérites des vertus et des dons. Saint Thomas a synthétisé ces données et les a fait entrer dans l’or­ ganisme de sa psychologie surnaturelle. 1“ Saint Ambroise, E.cposit. Evang. sec. Luc., 1. V, n. 62-63, P. L., t. xv, col. 1653, considérant, dit saint Thomas, que les béatitudes, Luc., vi, 19, ont été adressées aux foules, les rapporte aux vertus morales qui sont l’apa­ nage de tous, tandis que saint Augustin, toujours d'aprés saint Thomas, Sum. theol., I», II», q. lxix, a. 1, ad 1““, exposant les béatitudes que N. S. adresse à ses disciples (tanquam perfectioribus) les aurait rattachées aux dons du Saint-Esprit. Les œuvres de vertu signalées dans la première partie des béatitudes de saint Luc sont donc bien les œuvres des vertus morales. La pauvreté se rap­ porte à la tempérance qui s’abstient des plaisirs; la faim à la justice, car celui qui a faim compatit, et compatis­ sant donne généreusement, et ainsi devient juste; les pleurs à la prudence, qui pleure l'instabilité des choses terrestres; le support de la haine des hommes â la force. Ambroise, loc. cit.,n. 64-67. Selon saint Ambroise, enfin, les récompenses des béatitudes se rapportent à la vie future. Ambroise, loc. cit., n. 61. Cf. Sum. theol., I* II», q. lxix, a. 2, 3, ad 6“”. 2» Saint Augustin, De semi. Dom. in monte, 1. I, c. iv, P. L., t. xxxiv, col. 1234, pour justifier le rapprochement qu’il se propose de faire, commence par établir que l’énumération des dons dans Isaïe, xi, 2, 3 (traduction de la Vulgate) commence par les dons les plus élevés et descend graduellement jusqu'au moins digne, la crainte (c’est bien l'ordre qui convient à la plénitude de dons du Messie, remarque saint Thomas) : les béatitudes, au contraire (renfermant les actes proposés à des hommes qui montent vers la perfection), suivraient l'or­ dre inverse et correspondraient aux dons de telle sorte que la première répondit au dernier don énuméré dans Isaïe, la seconde au sixième,... la septième au premier. — Quant aux récompenses, elles ne sont que des aspects divers de la première : le royaume des cieux. Ces aspects sont eux aussi appropriés aux dons. Ils désignent d’ail­ leurs des récompenses qui sont accordées dès cette vie aux saints, et qui l’ont été de fait, estime-t-il, aux apôtres. 3° Saint Thomas se rallie à l’exposition de saint Au­ gustin et ne mentionne qu’en passant celle de saint Am­ broise. On peut résumer sa doctrine en ces quatre points : 1. Le Saint-Esprit, tète de toute l’organisation surna­ turelle du juste dans lequel il réside par la grâce et la charité, peut intervenir dans les actes humains en deux manières : en passant par l’intermédiaire de la raison (dérivation de la loi éternelle) ou, directement, par des inspirations qui ne relèvent que de sa personne. Les mœurs humaines surnaturalisées sont donc dépendantes de deux règles subalternées. Pour que cette dépendance soit connaturelle et s’exerce avec facilité, des habitudes morales sont indispensables : ce sont les vertus morales infuses qui rendent l’homme disposé à agir selon la raison, sa règle intérieure, elle-même influencée par la grâce et la charité; ce sont aussi les dons qui rendent l’homme disposé à recevoir les inspirations du SaintEsprit. Voir Dons. Lorsque le juste, cédant à une grâce actuelle, se résout â exercer les actes qui correspondent aux dons, il se met directement sous l'inllux du SaintEsprit, et de cet inllux ou inspiration résultent les actes dénommés par saint Thomas, béatitudes. Sum. theol., 1· II®, q. Lxvm, lxix, a. 1, 2* obj. Ces actes ne different donc pas spécifiquement des actes des vertus, mais seulement quant à la manière dont ils sont produits et, secondairement, par un degré de perfection objec­ tive plus élevé dù â ce qu’ils procèdent directement d'une régulation divine. 2. Les récompenses qui sont notées dans la seconde partie des béatitudes évangéliques peuvent concerner la vie future, mais elles peuvent aussi s'entendre de la 517 BÉATITUDES ÉVANGÉLIQUES — BEAUCAIRE DE PEGUILLON 518 réimprimé. On le trouve dans Galland, Maxima biblio­ theca Patrum, Lyon, 1677. t. xiii, p. 353-403, et P. L., t. xcvt, col. 893-1030. Il avait compose l'année précé­ dente et dédié à Etherius un commentaire sur l'Apoca­ lypse ou plutôt une sorte de chaîne, composée d'extraifs, soudésensembled’une façon continue, des commentaires antérieurs d'Apringius, de Tichonius et de Victorinus (retouché par saint Jérôme), avec des citations intercalées d'autres écrivains ecclésiastiques. Publié par Flores, Madrid, 1770, cet écrit a été négligé par Migne. M. Ramsay en prépare une édition. Beatus mourut le 19 février 798. L’église de Val Gabado conserve le corps vie présente, car les saints les réalisent déjà de telle sorte que Ton peut avoir un espoir fondé de leur béati­ tude finale. C’est l'interprétation de saint Chrysostome, In Mallh., homil. xv, n. 3, P. G., t. tvn, col. 226, qu’adopte ainsi saint Thomas. Ibid., a. 2. 3. Les béatitudes peuvent être coordonnées non seu­ lement par rapport aux dons, mais aussi par rapport aux différents biens dans lesquels les hommes mettent la béatitude. Cette seconde coordination s'opérera tantôt en ayant égard aux mérites, tantôt en ayant égard aux récompenses. 4. On obtient ainsi le tableau suivant. Ibid., a. 3. Vie des plaisirs (obstacle à la vraie béatitude). DONS BÉATITUDES HUMAINES Consistant dans les richesses et les honneurs. Consistant dans la pratique des passions de l’irascible. Consistant dans les passions du concupiscible. ACTES CORRESPONDANTS Don de crainte. (Béatitudes évangéliques.) Beati pauperes spiritu. Don de force. Beati mites. Don de science. Beati qui lugent. Vie active (peut disposer à la vraie béatitude). Consistant à rendre à chacun son dû. Don de piété. Consistant dans la bienfaisance spon­ tanée. Don de conseil. Vie Beati qui esuriunt et sitiunt justi­ tiam. Beati misericordes. contemplative (elle n’est autre, si elle est parfaite, que la vraie béatitude elle-même). Consistant dans la purification qui dis­ pose l'intérieur de l’homme à la contem­ plation. liraii mundo corde. Consistant dans la paix qui met l’homme à l’abri des perturbations venant du prochain. Beati pacifici. Don d'intelligence. Beati... quoniam ipsi Deum vide­ bunt. Don de sagesse. Beati... quoniam filii Dei vocabun­ tur. La coordination des deux dernières béatitudes avec la vie contemplative s’effectue en ayant égard à la récom­ pense ; les autres coordinations en ayant égard au mérite. Ibid., a. 3, ad l“m. Saint Thomas note une correspondance analogue entre les récompenses des béatitudes et les trois vies voluptueuse, active, contemplative (a. 4). 5. Les accommodations des béatitudes aux dons faites par saint Thomas peuvent subir des critiques de détail. 11 n’en est pas moins certain que leur ensemble se re­ commande: a) au point de vue de la pénétration du sens profond de l’Evangile; b) au point de vue du complé­ ment qu'il apporte à la psychologie systématisée du sur­ naturel ;c) au point de vue des ressources qu’offre cette doctrine pour l’enseignement et la pratique des plus hauts sommets de la vie spirituelle. Gridel, De l’ordre surnaturel et divin, Nancy, 1847, p. 184187 ; B. Froget, De Chabitation du Saint-Esprit dans les âmes justes, Paris, 1900 ; Gardeil, Les dons du Saint-Esprit dans les saints dominicains, Paris, 1903. A. Gardeil. BEATUS DE LJBANA (Liébana, canton monta­ gneux des Asturies), prêtre et abbé d’un monastère bé­ nédictin à Val Gabado au diocèse de Léon, sur la fin du vm* siècle, se distingua parmi les plus vigoureux ad­ versaires de l'adoptianisme. Voir Adoptianisme, t. i, col. 404. Avec son disciple et confrère Etherius, devenu évêque d’Osma, il écrivit, dans les derniers mois de 785, contre le système d'Élipand de Tolède, un ouvrage en deux livres, Ad Elipandum epistola, qui a paru pour la première fois dans la collection de Stevart, Veter. scriptor., in-4°, Ingolstadt, 1616. Il a été souvent du pieux abbé, qui y est honoré sous le nom de San Biego, altération manifeste de Beatus. Mabilton, Acta sanctorum ord. S. Benedicti, sæc. iv, part. I, Venise, 1725, t. v, p. 690-694; Acta sanctorum, februarii t. ni; P. L., t. xevi, col. 847-858, 887-894 ; Ceillier, Hist, des auteurs ecclés., t. xvm, p. 360-365 ; 2· édit., Paris, 1862, t. xn, p. 214-217. Sur le commentaire de l'Apocalypse, voir Haussleiter, Die Kommentare des Victorinus, Tichonius und Hieronymus zur Apokalypse, dans Zeitschrift fur kirchl. Wissenschaft und kirchl. Leben, 1886, p. 239-257; W. Bousset, Die O/fenbarung Iohan­ nis, Gœttingue, 1896, p. 60 sq.; dom Férotin, Apringius de Béja. Son commentaire de ΓApocalypse, Paris, 1900, p. ix, xxm ; Ramsay, dans la Revue des bibliothèques, 1902, t. xn, p. 74-103, et dans la Revue d’hist. et de lilt, relig., 1902, t. vil, p. 419 447 ; C. Weyman, dans Biblische Zeitschrift, 1903, t. r, p. 176-181. BEAUCAIRE DE PEGUILLON (François de), évêque de Metz, naquit le 15 avril 1514, au château de Creste (Bourbonnais). Il accompagna à Rome le célèbre cardinal Charles de Lorraine, dont on a prétendu à tort qu’il avait été le précepteur, et y fut nommé, en no­ vembre 1555, par le pape Paul IV, à l’évêché de Metz, dont le cardinal de Lorraine se réserva toutefois l'admi­ nistration temporelle. Il le suivit aussi au concile de Trente, où il arriva avec plusieurs autres évêques fran­ çais le 13 novembre 1562. Cf. Le Plat, Monument, ad hist. conc. Trid., Louvain, 1787, t. vu b, p. 344. Beaucaire, qui était très instruit et fort éloquent, prononça un grand discours à la messe solennelle d’action de grâces chantée, le 10 janvier 1563, pour célébrer la vic­ toire remportée par le duc de Guise sur les protestants, à la bataille de Dreux. Après avoir fait le récit de la bataille, l’éloge des vainqueurs et l’oraison funèbre de 519 BEAUCAIRE DE PEGUILLON — BEAUSOBRE ceux qui avaient sacrifié leur vie pour la cause de la foi, parmi lesquels se trouvait son propre neveu, l’ora­ teur représenta avec une louable franchise aux Pères du concile que s'ils ne faisaient pas céder leurs intérêts personnels à ceux de la religion, et s'ils se conduisaient par des vues secrètes, le concile serait plus nuisible qu'avantageux à l’Église. Voir N. Psaume, Collectio actorum concilii Tridentini, dans Le Plat, Monument, ad hist. conc. Trid., t. vu b, p. 111; cf. p. 206. 350, 351. Ce discours, imprimé d'abord à Brescia, in-4», 1563, est reproduit à la fin de l’ouvrage de Mur Beaucaire sur l’histoire de France, dont il sera parlé plus loin, et par Le Plat, Monument, ad hist. conc. Trid., Louvain, '1781, t. t. p. 573-586. L'évêque de Metz prit part aux discussions théologiques qui s'agitaient alors au sein du concile. Le 4 décembre 1562, il soutint avec énergie, en congrégation générale, le sentiment que les évêques reçoivent leur autorité im­ médiatement de Dieu et non du pape, que la puissance de celui-ci n’est pas illimitée, à tel point, dit Pallavicini, qu’il « dépassa beaucoup les justes limites ». Histoire du concile de Trente, 1. XIX, c. vi, n. 5, 6, édit. Migne, 1815, t. m, col. 62-63. Cf. A. Theiner, Acta authentica ss. cecum, conc. Trid., Agratn, t. il, p. 192, 609, 657. Le 22 décembre, il émit aussi son avis sur la résidence des évêques, qu’il déclarait de droit divin. Ibid., p. 215, 633. 11 se ralliait sur ce point au sentiment du cardinal de Lorraine. Le 26 juillet, le 11 août et le 9 sep­ tembre 1573, il émit son avis sur les canons concernant le mariage. Theiner, loc. cit., p. 324, 355, 395. Comme, après de longues disputes on était très embarrassé pour la rédaction du décret relatif à la clandestinité, ce fut lui qui rallia la majorité à son sentiment; il rédigea le texte qui est aujourd’hui dans les Actes du concile; ce texte fut approuvé par 133 Pères contre 56. P. Sarpi, Histoire du concile de Trente, trad. Mothe-Josseval, 1683, p. 728; Spondanus, Annales ecclesiastici, an. 1563, p. 39. Cf. Le Plat, Monument., t. vu b, p. 227, 233. De retour dans son diocèse, après la conclusion du concile, au commencement de 1564, l’évêque Beaucaire essaya de résister à l'invasion du calvinisme, qui faisait de grands progrès à Metz et dans le diocèse. Il publia en 1566 un petit livre en latin, pour réfuter leurs prin­ cipales erreurs. Cet opuscule, qui n’est que le dévelop­ pement d’un sermon prononcé le jour de la Purification, parut sous le titre : Belcarii Peguilionis, episcopi Metensis, concio sive libellus, adversus impium Calvini ac calvinianorum dogma de infantium in matrum ute­ ris sanctificatione : in quo pleraque alia Calvini etiam dogmata expenduntur, in-8», Paris, 1566.L’auteur établit, à l’aide de l’Ecriture, que les enfants nés de parents chré­ tiens n’en sont pas moins sujets au péché originel et ont besoin d’étre baptisés. 11 traite aussi de la concu­ piscence, qui n’est pas péché si elle n’est pas volontaire, de la justice « imputée », du purgatoire, de la prédes­ tination, des elfets du baptême, des exorcismes; il exa­ mine s’il convient aux femmes d’administrer le baptême et de chanter des psaumes dans les assemblées. 11 traite enfin de l'eucharistie. Les calvinistes ayant attaqué ce livre, l'évêque en fit paraître une seconde édition en 1567, où il répond à leurs objections. Bèze, Hist, eccl., i. XVI, p. 439. Cependant les troubles que les protestants excitèrent dans la ville de Metz portèrent Beaucaire, qui aimait le calme et la solitude, à se démettre de son évêché en 1568. Il se retira dans son château de Creste et s’y livra entièrement à l’étude. C’est là qu’il composa un grand ouvrage intitulé : Rerum Gallicarum commentaria ab anno 1461 ad annum 1580, divisé en trente livres; malgré la date portée au titre, cet ouvrage ne va cepen­ dant que jusqu’en 1567. Suivant le désir de l’auteur, il ne parut qu’après sa mort, in-fol., en 1625, Lyon. — lia’ Beaucaire a laissé aussi quelques pièces de vers que 520 l'on trouve dans les Deliciæ poetarum Gallorum illu­ stria. Il est mort le 14 février 1591. En dehors des ouvrages déjà cités, Meurisse, Histoire des evesques de Γ Église de Metz, Metz, 1633, p. 626; Histoire gé­ nérale de Metz par des religieux bénédictins, Metz, 1775. t. m. p. 69-106; Bayle, Dictionnaire historique et critique, 1820, t. m. p. 218; Calmet, Bibliothèque lorraine, Nancy. 1751, col. 87-88; Gallia Christiana, Paris, 1785, t. XIII, col. 795-797. J.-B. Pelt. BEAUMONT (mademoiselle de), jeune fille protes­ tante, d’une famille noble du Vivarais, alliée à la mai­ son de Villeneuve, fut mise dans un couvent après la mort de son père. Elle étudia la doctrine des protestants et se convainquit qu’elle était erronée. Non contente de se faire catholique, elle écrivit un ouvrage de contro­ verse : Réponses aux raisons qui ont obligé les préten­ dus réformés à se séparer de l’Église catholique el qui les empêchent maintenant d’y rentrer ou de s’y tenir. Ouvrage propre à détromper les hérétiques et à confir­ mer les catholiques dans leur foi, Paris, 1718. C’est un résumé des objections que les protestants opposent aux catholiques et des réponses que ceux-ci y font. Il fit quelque bruit, et tout en paraissant mépriser l’auteur, Jacques Lenfant crut nécessaire de le réfuter dans son Préservatif contre la réunion avec le siège de Rome, ou apologie de notre séparation d'avec ce siège, contre le livre de M11· de B..., dame prosélyte de l’Eglise ro­ maine, el contre les controversistes anciens et modernes, 4 in-8», Amsterdam, 1723; réimprimé la même année en 5 in-8». Mémoires de Trévoux, mai 1719, p. 826-863; Moreri, Supplé­ ment, Bâle, 1743, t. 1, p. 699; Lichtenberger, Encyclopédie des sciences religieuses, Paris, 1880, t. vin, p. 137-138. E. Mangenot. BEAUNE (Jean de), dominicain bourguignon, in­ quisiteur dans le midi de la France (1316-1333). On possède de lui différentes sentences inquisitoriales. C’est par sa consultation sur les erreurs des fratricelles et de Jean-Pierre Olivi qu'il prend place dans ce dic­ tionnaire. Ce document a été publié par Baluze, Miscel­ lanea, Paris, 1678, p. 285; édit. Mansi, Lucques, 1761, t. n, col. 273. Quétif-Echard, Scriptores ord. præd., t. r, p. 585; Douais, Documents pour servir à l’histoire de l'inquisition dans le Languedoc, Paris, 1900, part. I, p. cxxui. P. Mandonnet. BEAUSOBRE (Isaac de), ministre protestant, né à Niort d’une famille originaire de Provence, le 8 mars 1659, mort à Berlin, le 5 juin 1738. Ministre à Châtillonsur-Indre en Touraine, il dut s’enfuir en Hollande pour éviter les poursuites qu’il s’était attirées soit en brisant le sceau d’un édit de Louis XIV, défendant aux pasteurs protestants d’exercer leurs fonctions, soit pour avoir malgré cet arrêt tenu des réunions secrètes dans sa demeure. Il se réfugia à Rotterdam, puis devint chapelain de la princesse de Anhalt-Dessau. En 1694, il était à Berlin et remplissait les mêmes fonctions près du roi et de la reine de Prusse. Il fut en outre con­ seiller du consistoire royal et inspecteur des églises françaises du royaume. Parmi ses écrits, il faut mention­ ner : Défense de la doctrine des Réformés, in-8», Magdebourg, 1698; Le Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, traduit en français sur l'original avec des notes littéraires pour éclaircir le texte, 2 in-4», Amsterdam, 1718 : cet ouvrage fut publié avec la colla­ boration de Lenfant, et les Épilres de saint Paul sont de Beausobre; Essai critique de l’histoire de Manichée et du manichéisme, 2 in-4», le premier volume parut à Amsterdam en 1734 et fut justement critiqué par les auteurs des Mémoires de Trévoux. Beausobre se dé­ fendit avec vivacité dans une série d'articles publiés dans les tomes xxxvii-xi.in de la Bibliothèque germa­ nique. Le 2» volume parut en 1744 par les soins de 521 BEAUSOBRE Formey. Remarques historiques, critiques et philolo­ giques sur le Nouveau Testament, 2 in-4», La Haye, 1745, ouvrage édité par La Chapelle; Dissertation sur les Adamites de Bohême, supplément à l'histoire des //assîtes de Lenfant, in-4», Lausanne, 1745; Histoire de la Réformation en Allemagne, in-8», Berlin, 1785, publiée par Pajon des Moncets. Formey, Éloge de Beausobre, placé en tête du 2' volume de YHistoire de Manichée; La Chapelle, Vie de Beausobre, au commencement des Remarques sur te Nouveau Testament; Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pen­ dant le xvnr siècle, Paris, 1854, t. ni, p. 461 ; Dictionnaire de la Bible, de M. Vigoureux, t. i, col. 1532. B. Heurtebize. BEAUX ALMIS. Voir Thomas Beaux Almis. BEAUZÉE Nicolas, né à Verdun, le 9 mai 1717, mort à Paris le 25 janvier 1789, littérateur et grammai­ rien de marque, membre de diverses académies et en particulier de l'Académie française, écrivit, à lage de 29 ans, une Exposition abrégée des preuves historiques de la religion pour lui servir d'apologie contre les sophismes de l’irréligion, in-12, Paris, 1747, 1825. L’ou­ vrage n’est pas destiné aux savants ni aux érudits; il est pour les jeunes gens et pour les personnes du monde. « On a plusieurs abrégés de l’histoire sainte, déclare l’auteur dans sa préface, mais il n’y en a aucun où l’on se soit spécialement attaché â rendre bien sen­ sible la liaison de l'Ancien Testament avec le Nouveau et à développer les preuves historiques que l’on trouve dans l’un et dans l’autre de la vérité de la religion chrétienne. » Les preuves sont nettes, bien enchaînées, débarrassées des longueurs de l’érudition et mettent bien en relief l’idée principale. On pourrait les insérer telles quelles dans les traités classiques De vera religione. Migne les a recueillies dans ses Démonstrations évan­ géliques, t. x, p. 1175. Malgré sa jeunesse et la direc­ tion donnée dans la suite à sa carrière, l'apologiste lor­ rain ne manque pas de compétence sur son sujet. Ses premières années avaient été consacrées aux sciences exactes et à l'étude des langues anciennes et modernes. Il avait dû aussi s’occuper d'Écriture sainte. Plus tard il lit de la grammaire sa spécialité, donna des articles à Y Encyclopédie, composa diverses traductions très célè­ bres, celle de Salluste par exemple, et fit comme la métaphysique du langage dans sa Grammaire générale, Paris, 1757. « Libre de soins, insensible à l’éclat, indif­ férent pour la richesse, il préférait à tout l’étude, la paix, l’arnitié, la vertu, et s’occupait en silence non du bien qu’il pouvait acquérir, mais du bien qu'il pouvait faire. » De Bouffiers, Discours à l’Académie. Beauzée a encore donné une édition très belle et très correcte de l’imitation de J.-C., dans son texte primitif, De imita­ tione Christi, in-12, Paris, 1787. Feller, Biographie universelle, Paris, 1845, t. ni, p. 374; Glaire, Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, Paris, 1868, t. I, p. 247; Michaud, Biographie universelle ancienne et mo­ derne, t. m, p. 670; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1895, t. in, col. 263. C. Toussaint. BECANUS Martin (Schellekens serait son nom de famille, Becanus rappellerait le lieu d’origine), célèbre controversiste, naquit à Hilvarenbeeck (Brabant septen­ trional, Hollande), le 6 janvier 1563, étudia chez les jésuites à Cologne, entra dans leur ordre le 22 mars 1583, enseigna la philosophie à Cologne de 1590 à 1593, et la théologie pendant vingt-deux ans à Wurzbourg, Mayence et Vienne, fut confesseur de l'empereur Fer­ dinand II, depuis 1620 jusqu’à sa mort qui arriva à Vienne le 24 janvier 1624. Très apprécié comme pro­ fesseur, il ne le fut pas moins comme écrivain, ce qu'attestent les éditions répétées de ses nombreux ou­ vrages, non seulement eu Allemagne, mais encore en BECANUS 522 France et en Italie. La plupart sont dirigés contre les erreurs des protestants, et en particulier des calvinistes. Parmi ses opuscules de controverse, publiés d’abord séparément, puis réunis en 2 in-fol. ou 4 in-4», les plus remarquables traitent de la prédestination, du libre arbitre, de l’eucharistie, de l'invocation des saints, de l’infaillibilité de l’Église, de la hiérarchie ecclésias­ tique et du pouvoir du pape. H expose et réfute l’en­ semble des erreurs des luthériens, des calvinistes, des anabaptistes et des « politiques » (mauvais catholiques favorables aux novateurs), dans son Manuale controver­ siarum, in-4», 1623, dont les éditions sont presque in­ nombrables (la meilleure, d'après Hurter, Nomencla­ tor, t. i, p. 294, estcellede Cologne, in-12,1696), comme aussi celles de l'abrégé qu’il en fit. Compendium Ma­ nualis controversiarum, qui parut d'abord à Mayence, in-12, 1623, et dont il y eut plusieurs éditions « de poche », dans les plus petits formats. Saint Vincent de Paul écrit, dans une lettre datée de Beauvais, 1628 : « Étudie-t-on, s’exerce-t-on sur les controverses?... Qu'on tâche de bien posséder le Petit Bécan, il ne se peut dire combien ce petit livret est utile à cette fin. » Lettres, t. I, p. 20, dans Sommervogel, Bibliothèque, t. i, col. 1111. Becanus a embrassé toute la théologie dans sa Summa theologies scholasticæ, 4 in-4», Mayence, 1612, et souvent après; réimprimé à Lyon, Rouen et ailleurs : c’est surtout l'enseignement de Suarez qu’on y retrouve sous forme plus brève. La précision et la clarté sont, avec la solidité de la doctrine, les qualités qui distinguent tous les écrits de ce laborieux théolo­ gien. Cependant celui où, à la suite de Bellarmin (J. de la Servière, Une controverse au début du xvji» siècle : Jacques I" d’Angleterre et le cardinal Bellarmin, dans les Éludes, t. xciv [1903], p. 628 sq.; t. xcv, p. 493 sq., 765 sq.; t. xevi, p. 44 sq.), il défendit l’autorité des papes sur les rois contre Jacques Ier, roi d'Angleterre, sous le titre : Controversia anglicana de potestate regis et pontificis contra Lancellotlum Andream sacellanum regis Angliæ qui se episcopum Eliensem vocal, pro defensione ill. card. Bellarmini, Mayence, 1612, fut prohibé donec corrigatur par décret de l’index, le 3 jan­ vier 1613, comme contenant quelques « propositions fausses, téméraires, scandaleuses et séditieuses, respe­ ctive ». Mais le but de cette condamnation semble avoir été, moins de proscrire un livre qui, sauf peut-être quelques exagérations, ne contenait guère que la doc­ trine alors commune parmi les théologiens, gallicans exceptés, que d'empêcher le Parlement et la Faculté de théologie de Paris d’en faire eux-mêmes la censure, avec des déclarations hostiles à l’autorité papale. P.-.l.-M. Prat, Recherches historiques et critiques sur la Com­ pagnie de Jésus en France du temps du P. Coton, Lyon. 1876, t. ni, p. 394. Voir une lettre du P. Adam Contzen, S. J., sur la censure romaine, adressée au cardinal Bel­ larmin,de Mayence, 26 mars 1613, dansDôllinger-Reusch, Gesehichte der Moralslreitigkeiten, Nordlingen, 1889. t. n, p. 252-259. Réimprimé trois mois plus lard, avec quelques corrections et une dédicace au pape Paul V, ce livre n’a jamais figuré dans aucune édition officielle de l’index. Reusch, Der Index, t. Il, p. 345-348. — Le ton de la polémique de Becanus contre les hétérodoxes est digne, mesuré, contrastant avec les violences des adversaires qu'il combattait. Aussi le savant protestant Fabricius, Historia bibliothecae Fabricianae, VVolfenbûtlel, 1718, t. n, p. 103, lui décerne-t-il cet éloge : Certe omnino laudanda videtur modestia, qua Becanus in disputationibus suis utitur. Martin Becanus est un des théologiens qui ont le mieux défini les circonstances qui permettent ou même font un devoir aux souverains catholiques d'accorder la tolérance religieuse aux noncatholiques dans leurs États. Récemment sa loyauté a été mise en cause, à tort, au sujet d’une prétendue cita­ tion de Calvin concernant les jésuites, qu'on litchezplu- BECANUS — BÈDE LE VÉNÉRABLE 523 sieurs écrivains catholiques. Le réformateur y donne pour instruction à ses partisans « de tuer les jésuites ou, si cela ne se pouvait aisément, de les exiler, et en tout cas de les accabler sous les mensonges et les calomnies ». On ne trouve rien de semblable dans les écrits de Calvin, bien qu'ils contiennent d’ailleurs l’expression d’une vive rancune contre les jésuites. Voir Institution chrestienne, 2e édit, donnée par Calvin, Genève, 1559, p. 388. Des pro­ testants ont donc accusé Becanusd'avoircalomnieusement prêté ce dire atroce à Calvin. Il est vrai que, parmi les Aphorismes calvinistes, opposés par Decanus comme juste rétorsion aux Aphorismi doctrinæ jesuitarum et aliorum aliquot pontificiorum doctorum, libelle calvi­ niste largement répandu en latin, en français et en an­ glais, on rencontre cet Aphorismus xv: Jesuit» vero qui se maxime nobis opponunt, aut necandi, aut si id com­ mode fieri non potest, ejiciendi, aut certe mendaciis ac calumniis opprimendi sunt ; mais Becanus ne le donne nullement comme une citation ou une assertion de Cal­ vin ou d'un auteur calviniste. En réalité, il ressort du titre même qu’il a donné â son écrit : Aphorismi do­ ctrinæ calvinistarum, ex eorum libris, dictis et factis collecti, cum brevi responsione ad Aphorismes falso jesuitis impositos, et surtout de la manière dont il dé­ veloppe chacun de ces « aphorismes », qu’il a prétendu seulement y formuler les principes que les calvinistes de son temps professaient explicitement ou implicite­ ment ou du moins suivaient en pratique. Qu’ils se con­ duisissent réellement à l’égard des jésuites comme s’ils avaient eu pour mot d’ordre le « xv» aphorisme », Be­ canus le prouve par des faits incontestables. Becanus, Opuscula theologica, in-fol., Paris, 1642, p. 233. Sur la « fausse citation » de Calvin voir A. Sabatier, Calvin, Pascal, les jésuites et M. F. Brunelière, dans le Journal de Genève, 26 janvier 1896, ou Revue chrétienne, ltr mars 1896, p. 161 ; J. Brucker, Calvin, les jésuites et M. .4. Sabatier, dans les Études, 15 avril 1896, p. 683; Λ. Sabatier, Histoire d'une fausse citation, Réponse au P. Brucker, dans le Journal de Genève, 10 mai 1896; Revue chrétienne, 1er juin 1896, p. 457 (M. Sabatier re­ connaît s’étre trompé en supposant que Becanus « don­ nait ses aphorismes comme tirés textuellement des œuvres de Calvin »); J. Brucker, Observations sur une réponse de M. A. Sabatier, dans les Études, 15 juil­ let 1896, p. 511. Mentionnons, pour finir, un petit ou­ vrage de Becanus se rapportant à l’Ecriture sainte : Analogia Veleris et Novi Testamenti,'in-12, Mayence, 1623, souvent réédité·, encore dans le Scripluræ S. cur­ sus de Migne, t. n, col. 9-336. Pour la liste détaillée des ouvrages de Martin Becanus, voir De Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C1· de Jésus, t. r, col. ICOi-lHl ; t. vin, col. 1789-1790. Cf. Hurter, Nomenclator literarius, 2' édit., t. I, p. 293-294; Stanonik. dans le Kirchenlexikun, 2· édit., t. n, col. 161-162; Werner, dans l’Allgemeine deutsche Biographie, t. vi, p. 199-260; E. Coimans, dans la Bio­ graphie nationale (de Belgique), t. il, p. 70-71. Sur les rapports de Becanus avec son impérial pénitent, voir B. Dudik, O. S. B., Kdrrespondenz Kaisers Ferdinand H und seiner erleuchten Familie mit den kaiserlichen Beichtvatern P. Martinus Beca­ nus ml P. 11'. Lamormaini S. J., dans Archiv fur osterreichische Geschichte, Vienne, 1877, t. uv, p. 226 sq., 258 sq. Jos. Brucker. BEDE LE VÉNÉRABLE. - I. Vie. II. Ouvrages. III. Inllucnce. 1. Vie. — Bede, le plus grand personnage intellectuel de son pays et de son siècle, l'émule des Cassiodore et des Isidore de Séville, naquit en 673, à Jarrow, sur les terres de l'abbaye de Wearmouth, dans le Northumber­ land. Orphelin, il fut confié, dès l’âge de sept ans, par ses proches au saint et savant abbé de Wearmouth, Benoît Biscop. Mais, trois ans après, celui-ci confia l'enfant â son coadjuteur Ceolfrid, qui allait fonder avec quelques religieux, près de l'embouchure de la Tyne, la colonie de Jarrow. C’est là que Béde reçut, à dix-neuf ans, DICT. DE TBÉOL. CATUOL. 524 le diaconat et. à trente ans, la prêtrise des mains de saint Jean de Beverley. C’est là qu'élève tour à tour et maître, il passa, sauf les voyages nécessités par ses étu­ des, le reste de sa vie, au milieu de ses confrères et de la foule des disciples qu'attirait sa renommée, en rela­ tions familières, sinon intimes, avec ce que l'Angleterre avait de plus grand et de meilleur, Ceowulf, roi des Northumbriens, saint Acca, évêque d Hexham, Albin, le premier abbé anglo-saxon du monastère de SaintAugustin à Cantorbéry, l’archevêque d’York, Egbert, etc., sans autre récréation que le chant quotidien du chœur, sans autre plaisir, à ce qu’il dit lui-même, que d'ap­ prendre, d'enseigner et d’écrire. Bède mourut à Jarrow, en odeur de sainteté, le 27 mai 735; ses reliques, déro­ bées au xi» siècle et transportées à Durham, pour être réunies à celles de saint Cuthbert, n'échappèrent pas, sous Henri VIII, à la profanation générale des ossements des saints de la Northumbrie. La voix populaire, en saluant Bède, au IXe siècle, du nom de Vénérable, l’avait canonisé. Par un décret du 13 novembre 1899, Léon XIII l’a honoré du titre de docteur et a étendu sa fête à toute l’Eglise, en la fixant au 27 mai, jour de sa mort. Canoniste contemporain, 1900, p. 109-110. Cf. Analecta juris pontificii, Rome, 1855, t. 1, col. 1317-1320. II. Ouvrages. — A la sincérité, à l'ardeur de la foi chrétienne, Bède allie, comme plus tard Alcuin, l’admi­ ration, le goût, dirai-je le regret de la littérature clas­ sique. Saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire le Grand, lui sont très familiers; mais Aiistote, Hippocrate, Cicéron, Sénèque et Pline, Lucrèce,· Virgile, Ovide, Lucain, Stace, reviennent aussi dans sa mémoire. Il est théologien de profession; mais l’astro­ nomie et la météorologie, la physique et la musique, la chronologie et l'histoire, les mathématiques, la rhéto-rique, la grammaire, la versification le préoccupent vi­ vement. C'est un moine, un prêtre, la lumière de l’Église contemporaine; mais c’est en même temps un érudit, un lettré. L’humble moine de Jarrow maniait également le vers et la prose, l’anglo-saxon et le latin ; et nul doute qu’il ne sut le grec. 1» Vers. — Les œuvres poétiques de Bède sont, re­ lativement, de peu de valeur. Dans la liste que Bède a rédigée lui-même, Hist, eccl., 1. V, c. xxiv, P. L., t. xcv, col. 289-290, trois ans avant sa mort, de ses quarantecinq ouvrages antérieurs, il mentionne deux recueils de poésies, un livre d’hymnes, les unes métriques, les autres rythmiques, et un livre d'épigrammes. Le.Liber epigrammatuni est perdu; quant aux hymnes qui ont trouvé place dans les éditions de Béde, P. L., t. xctv, col. 606-638, l’authenticité en est contestée. Un Marty­ rologe en vers, attribué à Bède, est tenu pareillement pour apocryphe, Ibid., col. 603-606. Le poème Vita me­ trica sancti Cuthberti episcopi Lindisfarnensis, ibid., col. 575-596, témoigne, sinon du génie poétique de l’au­ teur, du moins de son goût et de sa rare culture d’esprit. Bède nous a conservé, en l’insérant dans son Histoire, I. IV, c. xx, P. L., t. xcv, col. 204-205, l’hymne métrique, hymnus virginitatis, qu’il avait dédié à la reine Etlieldrida, l’épouse vierge d’Egfrid, un bienfaiteur insigne de l’abbaye de Wearmouth. Des vers anglo-saxons de Bède il ne nous reste rien, hormis les dix vers qu’un de ses disciples, témoin oculaire de ses derniers jours, avait recueillis sur les lèvres du moribond. 2° Prose. — Bien autre est l'importance de ses ou­ vrages en prose. On peut les diviser en quatre classes : 1. œuvres théologiques; 2. œuvres scientifiques et litté­ raires; 3. œuvres historiques; 4. lettres. 1. Les œuvres théologiques de Bède, avant que la théologie chrétienne n’eût revêtu le caractère et la forme d'une vaste synthèse, ne pouvaient guère être que des études d’e—jgèse sacrée. De fait ce sont, ou des com­ mentaires ->ur divers livres de l’Écriture. ou des disser­ tations soit sur quelques parties isolées, soit sur quelques IL - 17 525 BÈDE LE VÉNÉRABLE passages difficiles du texte sacré, ou des homélies, des­ tinées primitivement aux religieux de Jarrow et vite ré­ pandues dans les autres cloitres bénédictins. Selon Mabillon, nous n'avons plus de Bède que quarante-neuf homélies authentiques, P. L., t. xciv, col. 9-268; de ce nombre n'esl pas la soi-disant homélie lxx, ibid., col. 450 sq., que le bréviaire romain fait lire le jour et dans l’octave de la Toussaint. Partout l’interprétation allégo­ rique et morale prédomine ; les pensées et les textes des saints Pères fournissent la trame et le fond du travail. Dans la matière de la grâce, Bède suit saint Augustin et le transcrit presque mot à mot. Les écrits exégétiques de Bède embrassaient l’Ancien et le Nouveau Testament et formaient une somme bi­ blique complète. Tous ne sont pas parvenus jusqu’à nous. Ceux qui sont publiés, P. L., t. xci-xcin, sont ou bien des résumés substantiels, clairs et méthodiques des commentaires antérieurs des Pères grecs et latins, ou bien des œuvres personnelles, dans lesquelles le sens allégorique et moral est recherché au détriment de l’interprétation littérale. Pour les détails, voir le Dictionnaire de la Dible, de M. Vigouroux, t. I, col. 1539-1541. Aux œuvres théologiques on peut rattacher un Mar­ tyrologe en prose, ou il est assez malaisé de reconnaître la main de Bède sous les retouches et les additions pos­ térieures, P. L., t. xciv, col. 797-1148; — le Pênitentiel qui porte le nom de Bède, sans que celui-ci, dans le catalogue précité, en dise mot; voir Marlène, Thesaurus novus anecdotorum, Paris, 1717, t. tv, p. 3'1-56; Mansi, Concil., supplément, t. i, col. 563-596; — le Liber de locis sacris, qui probablement ne fait qu’un avec! abrégé, composé par l’infatigable travailleur, Hist. eccl., 1. V, c. xv-xvn, P. L.,t. xcv, col. 256-258, du livre d’Adarnnan. abbéd’Iona, De situ urbis Jerusalem. 2. Les ouvrages scienti ligues et littéraires sont au nombre de quatre : a. De orthographia liber, P. L., t. xc, col. 123-150. — b. De arte metrica liber ad Wigbertuni levilam, ibid., col. 149-176, rédigés tous les deux par Bède à l’usage de ses disciples monastiques; le second offre, par les citations des poètes chrétiens latins comme par les explications que Bède en propose, un particulier intérêt. — e. Un petit traité de rhétorique pratique est intitulé De schematis et tropis sacræ Scriptwæ liber, ibid., col. 175-186; l'auteur en appuie les préceptes sur des exemples de la Bible et y relève notamment, après Cassiodore, les beautés littéraires des psaumes. — d. Un autre ouvrage de la même classe a pour titre, Dénatura rerum, ibid., col. 187-278, et date de l’an 703. C’est un résumé méthodique et précis de ce qui survivait alors de l’astronomie et de la cosmographie des anciens, en même temps qu'un premier essai de géographie géné­ rale. 3. Les travaux chronologiques et historiques de Bède sont d’une très haute valeur. En 703, le docte AngloSaxon prélude par l’opuscule De temporibus, ibid., col. 277-292, à son grand ouvrage, De temporum ra­ tione, ibid., col. 293-518, lequel en est une refonte et nous donne, au témoignage d’Ideler, Handbuch der Chronologie, t. H, p. 292, « un manuel complet de chro­ nologie pour les dates et les fêtes. » Ici et là, Bède se prononce nettement contre le comput pascal des Églises d’Ecosseet d’Irlande, et tient pour le computalexandrin, suivi par Denys le Petit. Au De temporum ratione il rattacha, en 725 et en 726, son Chronicon sive de sex ætatibus mundi, ibid., col. 520-571. Comme saint Isi­ dore, il y divise l'histoire du monde en six âges; mais, à la différence de saint Isidore, il calcule les années depuis Adam jusqu’à Abraham selon l’original hébreu, non pas selon le texte des Septante. Saint Augustin est son guide, Eusèbe et saint Jérôme sont les sources auxquelles il se plait à puiser. Quelques années plus tard, Bède publiait son chef- 526 d’œuvre, cette Historia ecclesiastica gentis Anglorum, P. L., t. xcv, col. 21-290, qui lui a mérité le titre de père de l’histoire anglaise et qui suffirait pour immorta­ liser son nom. Elle se partage en cinq livres; après être remontée aux premières relations des Bretons et des Romains ets’étre faite comme l’écho de Gildas, d'Orose, de saint Prosper d'Aquitaine, elle prend vite une allure et un ton personnels et s’arrête à l'an 731. Les affaires de l’Église et les affaires civiles, les traditions religieuses et les événements de tout genre y sont enchâssés dans une seule narration; pas plus que saint Grégoire de Tours, Bède ne sépare les destinées des laïques et celles des clercs. Au fond, c'est une chronique, aussi bien que les ouvrages analogues des Grégoire de Tours, des Jornandès, des Isidore de Séville, des Paul Diacre, un recueil d'histoires, suivant l’ordre chronologique et d'après l’ère chrétienne. Mais les juges les plus compé­ tents reconnaissent en Bède un chroniqueur instruit et pénétré du sentiment de sa responsabilité, un critique habile et pénétrant, un écrivain exact, clair, élégant, q ii se lit avec plaisir et a le droit d’être cru. L’Historia ecclesiastica se continue, pour ainsi dire, et se com­ plète dans la biographie des cinq premiers abbés de Wearmoulh et Jarrow, que Bède avait tous personnel­ lement connus. P. L., t. xciv, col. 713-730. Elle avait été précédée par un récit en prose de la vie de saint Cuth­ bert, que Bède ne tenait que des moines de Lindisfarne, et qui renferme, au milieu des miracles dont il four­ mille, des détails assez curieux pour l’histoire des mœurs. Jbid., col. 733-790; Acta sanctorum, marlii t. ni, p. 97-117. La Vie de saint Félix, évêque de Noie, d’après les poèmes de saint Paulin, nous reporte à l’âge des persécutions. Jbid., col. 789-798. La Vie et passion de saint Anastase semble bien perdue. 4. Parmi les seize lettres que nous avons de Bède, l'une, De æquinoctio, est un opuscule scientifique; la lettre De Paschte. celebratione est reproduite deux fois, P. L., t. xc, col. 599-606; t. xciv, col. 675-682; une au­ tre, Ad Plegudnum, s’élève contre la manie de vouloir déterminer l’année de la lin du monde, P. L., t. xciv, col.069-675; sept sont adressées au plus intime ami de l’auteur, saint Acca, et traitentde questions exégétiques; une est écrite à l’abbé Albin, pour le remercier de son appui dans la composition de Vllistoria ecclesiastica. Ibid., col. 655-657. La longue lettre écrite à l'arche­ vêque d’York, Egbert, est une espèce de traité sur le gouvernement spirituel et temporel de la Norlhumbrie; en jetant une vive et franche lumière sur l’état de l’Eglise anglo-saxonne, elle fait honneur à la clairvoyance comme au courage du Vénérable Bède. Ibid., col. 657-668. III. Influence. — La renommée de Bède se répandit promptement de son pays natal dans tout l’Occident, et ses ouvrages, qui prirent place dans les bibliothèques des monastères à côté de ceux des Ambroise, des Jérôme, des Augustin, etc., perpétuèrent son influence à travers le moyen âge. De son vivant, ses compa­ triotes, saint Boniface en tête, Epist-, xxxvm, i Egbert, P. L., t. lxxxix, col. 736, l’avaient tenu pour le plus sagace des exégètes. Lui mort, ses œuvres théologiques impriment à l’exégèse une impulsion vigoureuse et fraient la voie aux travaux d'Alcuin, de Raban Maur et de leurs plus illustres émules. S. Lull, Epist., xxv, xxxi. P. L., t. xevi, col. 841, 846; Alcuin, Epist.. xiv, xvi. lxxxv, P. L., t. c. col. 164, 168, 278. 279; Smaragde. Collectaneum, prtef., P. L., t. en, col. 13; Raban Maur. In Gen., P. L., t. cvn, col. 443 sq.; In Matth., ibid., col. 728 sq.; In IV Reg., præf., P. L., t. cix, col. I; Paschase Radbert, Exposit. in Matth., prol., P. L., t. exx, col. 35; Walafrid Strabon. Glossa ordinaria, P. L., t. cxm, exiv; Notker, De interpretibus S. Script., P. L., t. cxxxi, col. 996. Dès le temps de Paul Diacre, on se servait en nombre de cloîtres et notam­ ment au Mont-Cassin des homélies de Bède. Dans son 527 BÈDE LE VÉNÉRABLE — BÉGHARDS, BÉGUINES HÉTÉRODOXES 528 BEDÉ DE LA GOURMANDIÈRE Jean, juriscon­ Institution laïque, 1. I, c. xm, P. L., t. cvi, col. 147sulte protestant, né en Anjou dans la seconde moitié du 148, etc., l’évêque d'Orléans. Jonas, rangera le moine de Jarrow parmi les Pères de l’Église, et le vieil auteur xvi» siècle. 11 étudia à Genève et devint avocat au par­ lement de Paris. Il fut un des chefs du parti protestant de l'Héliand s’inspirera ici et là des commentaires sur et fut député par ses coreligionnaires à l’assemblée de saint Luc et sur saint Marc. Vers la fin du x» siècle, Loudun et à d'autres réunions semblables. Parmi ses Adelfrid de Malmesbury ne se fera pas faute, dans ses nombreux écrits nous mentionnerons ; La messe en deux premiers recueils d’homélies, d'emprunter à Bède. français, exposée par M. Jean Bedé, in-8», Genève, Le diacre Florus de Lyon avait gagné, du moins en partie, sa réputation à remanier le Martyrologe ; ce Mar­ 1610, ouvrage traduit en anglais, in-4», Oxford, 1619; tyrologe, ainsi retondu, servira de base et de canevas, L’unité catholique, in-8», Saumtir, 1610; Le droit des vers le milieu du ix» siècle, à celui de Raban Maur rois contre le cardinal Bellarmin et autres jésuites, comme à celui de Wandelbert. Les liturgistes Amalaire in-8», Frankenthal!, 1611 : écrit qui fut supprimé par ordre de la cour; Les droits de l’Église catholique et de Metz, De eccl. of/iciis, 1. I, c. i, vu, vin : 1. IV, c. i, tu, iv, vu, P. L., t. cv. col. 994, 1003, 1007, 1165, 1170, de ses prêtres, in-8», Genève, 1613; Consultation sur la 1177, 1178; Florus de Lyon, De exposit. missæ, P. L., question si le pape est supérieur du roi en ce qui est t. cxix, col. 15; les théologiens et les canonistes, Loup du temporel, in-8», Paris, 1615; Réponse au libelle de Ferrières, Epist., cxxvm, ibid., col. 603; Collecta­ publié par les jésuites de Paris contre la dignité de la sainte Ecriture, in-8». Charenton, 1618; Ceci est mon neum, col. 665; Remi de Lyon, Liber de tribus epist., corps, traité auquel est déduicte l’histoire de I'Évangile c. vu, P. L., t. cxxi. col. 1001 ; Ilincmar de Reims, Epist. ad Carol., P. L., t. cxxv, col. 54; De prædestinatione, des grâces avec ses sceaux sacrés, in-12, Sedan, 1618; c. xxvi, ibid., col. 270; les ascètes, saint Benoît on lui attribue en outre '.La Pasquede Charenton et la d'Aniane, Concordia regularum, c. xxxvi, 6, P. L., Cène apostolique avec la messe romaine, in-8», Cha­ renton, 1639; Traité de la liberté de l’Église gallicane t. cm, col. 1028 sq., recourent à l’autorité de Bède. Les œuvres historiques de Bède seront également avec l'échantillon de l'histoire des Templiers, in-8», Saumur, 1648. citées et misesàcontribution. Paul Diacre, par exemple, dans son Histoire romaine et dans son Histoire des Lom­ C. Port, Dictionnaire géographique et biographique de bards, prendra pour guide, entre autres, la Chronique; Maine-et-Loire, 1878, t. I, p. 283. Frékulf et saint Adon au ix« siècle, Réginon de Prüm B. Heurtebize. BÉGHARDS, BÉGUINES HÉTÉRODOXES. au x», en relèveront et y puiseront à pleines mains. L'Histoire ecclésiastique sera traduite, hormis quelques I. Histoire. JL Doctrines. coupures, en anglo-saxon par Alfred le Grand ; elle sera I. Histoire. — Les origines et l’histoire entière des aussi la grande mine exploitée par Paul Diacre, dans sa béghards sont passablement embrouillées. Vie de saint Grégoire le Grand; par Jean Diacre, Au début du xm» siècle, et déjà vers la fin du xn«, cent ans plus tard, dans sa biographie du même pon­ dans les Pays-Bas d'abord, puis un peu partout, en tife; par Radbod dans son panégyrique de saint Suitbert; France, en Allemagne, en Italie, se formèrent des asso­ par llucbald dans sa vie de saint Lébuin ; et l'archevêque ciations de femmes mi-laïques, mi-religieuses. Elles de Reims, Ilincmar, s'en autorisera pour publier les taisaient le vœu de chasteté, perpétuel ou temporaire. visions de Bernold. Raban Maur, dans son traité Du Libres de quitter la communauté, elles promettaient comput, pillera des pages entières du De temporum obéissance pendant la durée de la vie commune, sans ratione. Adelfrid de Malmesbury à son tour traduira le que celte promesse eût nécessairement le caractère d'un Liber de temporibus, et le savant liéric d'Auxerre l’en­ I vœu. On s'est demandé dans quelles limites elles pro­ richira de ses gloses. fessèrent la pauvreté, et de vives controverses se sont Les œuvres scientifiques et littéraires du moine de élevées sur la question suivante : la mendicité fut-elle Jarrow ne resteront pas non plus sans influence. Le en usage parmi elles? Le résultat de la discussion parait traité De l'orthographe marquera visiblement de son être qu'il y a lieu de distinguer trois espèces de maisons : empreinte l'opuscule d’Alcuin sur le même sujet; et 1» celles qui abritèrent des femmes riches; la mendicité Bridferth, au x« siècle, devra sa réputation de mathé­ n’y fut pas admise, et même ces femmes conservaient maticien à ses gloses latines sur le De natura rerum généralement « la propriété et l'administration de leurs et sur le De temporum ratione, P. L., t. xc, col. 187 sq. biens, dont elles pouvaient disposer en toute liberté, pendant leur vie et à leur mort ». .1.-11. Albanès, La vie I. Éditions. — Les premières éditions des œuvres complètes de sainte Douceline, fondatrice des béguines de Mar­ de Bède, Paris, 1544,1554; Bàle, 1563; Cologne, 1613, 1688, ioutseille, Marseille, 1879, p. i.xm; 2» celles qui avaient été millaient de lacunes et d'erreurs. Grâce aux travaux de Cassan­ dre, d'Henri Canisius, de Mabillon, etc., le tri de l'apocryphe cl dotées par leurs fondateurs et où se réfugièrent des de l'authentique s'est fait peu à peu ; les lacunes ont été comblées femmes pauvres; la mendicité était interdite; 3" celles par d'heureuses trouvailles. Smith donna une meilleure édition à qui recueillirent des femmes pauvres et n’ayant pas de Londres en 1721 ; une autre, supérieure encore, bien qu’elle ne dotation particulière; la mendicité et le travail y dise pas le dernier mot, est celle de Giles, 6 vol., Londres, 1844, assurèrent l’existence. L'affiliation, au xiv» siècle, de la reproduite et complétée. P. L., t. xc-xcv; nouvelle édition par plupart de ces communautés aux ordres mendiants Plummer, 2 vol.. 1896. L'Histoire ecclésiastique a été éditée par « leur imposa le vœu de pauvreté volontaire et le prin­ Robert Hussey. Oxford. 1865; par Mayor et Lumby, 1878: par Holder, 1882. Mommsen a réédité à part le Chronicon de sex cipe de mendicité ». H. Delacroix, Essai sur le mysti­ ætatibus mundi, dans Monumenta germanica historica, Auc­ cisme spéculatif en Allemagne au xive siècle, Paris, tores antiquissimi, Berlin, 1895, t. xiv. La vie de saint Cuth­ 1899, p. 82, note. Les membres de ces associations se bert a été éditée par les bollandistes. Acta sanct., marlii t. tu. distinguaient, en outre, par un costume spécial : la vie IL Travaux. — Prolegomena de l'édition de Migne. P. L., était simple, la prière fréquente, et l'on s’adonnait volon­ t. xc, col. 9-!2’i, où se trouvent réunies plusieurs vies de Bède, tiers au devoir de l’hospitalité et au soin des malades. avec les jugements de divers critiques; Gohle, De Bedæ vene­ Les hommes ne tardèrent pas à imiter cet exemple; mais rabilis vita et scriptis, Leyde, 1838 (dis.); Montalembert, Les moines d’Occident. Paris, 1867, t. v,p.59-104; Werner, Beda der les communautés d’hommes eurent quelque chose de Ehrwürdige und seine Zeit, Vienne. 1881 ; A. Ébert, Histoire gé­ plus libre dans les allures, de moins rigoureux dans la nérale de la littérature du moyen âge en Occident, trad, franç , discipline. Paris, 1883, p. 666-684; Kraus, Histoire de ΓÉglise, trad, franç., A ceux et à celles qui adoptèrent ce genre de vie — Paris, 1902, t. n, p. 100-101 ; dom Plaine, Le vénérable Bède, comme, du reste, à ceux qui vouèrent la chasteté tout da teur de l'Église. dans la Bevue anglo-romaine, 1896, t. ni, en restant dans le monde — l’Église romaine ■ donna p. 49-96; H. Quentin, Les martyrologes historiques, Paris, 1908. officiellement le titre de Continentes... Les continents P. Godet. 529 BÉGHARDS, BÉGUINES HÉTÉRODOXES et continentes reçurent différents noms vulgaires, spécialement ceux de béguins et de béguines ». P. Mandonnet, Les origines de l’ordo de pænitentia, dans le Comple rendu du congrès scientifique interna­ tional des catholiques tenu à Fribourg (Suisse). Sciences historiques, Fribourg, 1898, p 199. Il n’y a pas à s’arrêter à la légende, acceptée par certains écrivains, par exemple par Z. van Hotsum, Declaratio veridica quod beghinæ nomen, institutum et originem habeant a sancta Begha, Brabantiæ ducissa, Anvers, 1628, et par J.-G. Ryckel van Oorbeeck, Vita sanctæ Beggæ, ducissæ Brabantiæ, andennensium, begginarum et beggardorum fundatricis, Louvain, 1631, d'après laquelle les béguins et les béguines auraient procédé spirituellement de sainte Begga, fille de Pépin de Landen, abbesse d'un couvent de bénédictines à Andenne (province de Namur), et lui auraient emprunté leur nom. La forme de vie des béguines passe pour avoir élé inaugurée, vers 1180, par un prêtre de Liège, Lambert le Bègue. Cf. P. Fredericq, Note complémen­ taire sur les documents de Glasgow concernant Lambert le Bègue, Bruxelles; 1895. L’étymologie des mots béguin et béguine s’expliquerait-elle par le sur­ nom de Lambert? Ou bien faudrait-il la voir dans le vieux mot allemand beggam, qui signifiait « mendier » ou « prier »? Ou encore devons-nous dire qu'elle est, jusqu'à cette heure, inexpliquée? Ces opinions diverses ont été soutenues. Quant aux béghards, ou begghards, bégards, béguards, beckards, leur nom, qui a la même étymologie, n'apparait que vers le milieu du xm·siècle; primitivement ils ne se différencient pas des béguins. Les béguines sont quelquefois appelées beguttæ (d’où bigottes), sans doute de by Gott, en Dieu, et Svestrones, Zvestriones, de Schwester, sœur. Peu à peu béguines, béguins et béghards se laissèrent aller à des théories qui leur attirèrent les condamna­ tions de l’Église. Les noms sous lesquels on les désignait perdirent plus ou moins l’acception qu’ils avaient dès le principe. En particulier, la dénomination de béguins, « usuelle dans les actes de l'inquisition comme dans les documents historiques, a été appliquée à diverses sectes ou sociétés religieuses, très différentes les unes des autres, qui ont élé souvent confondues par les anciens auteurs les plus versés dans la classification des hérésies et par l'Eglise elle-même. » L. Tanon, Histoire des tribunaux de l’inquisition en France, Paris, 1893, p. 79. Il importe donc de dissiper les équivoques et de bien délimiter le sujet de cet article. Il y eut des béguines, des béguins et des béghards ortho­ doxes ; de ceux-là nous n'avons pas à nous occuper. Disons seulement que les derniers béghardsorthodoxes,ditsZepperenses, parce que leur maison mère était à Zepper, dans les Pays-Bas, furent réunis par Innocent X, en 1650, aux tertiaires franciscains de la Lombardie; les bégui­ nes ont survécu en France jusqu'au règne de Louis XI, cf. Legrand, Les béguines de Paris, Paris, 4891, et en Belgique jusqu'à nos jours. D'une façon générale, les béguines dévièrent moins que les béguins et les bé­ ghards de la foi catholique. Voir, en particulier, sur l'orthodoxie du béguinage dllyêres, transféré ensuite à Marseille, trois bulles de Jean XXII publiées par Albanès, La vie de sainte Douceline, p. 276-280, 299-300. Les béguins hétérodoxes peuvent se classer en deux groupes principaux. Les premiers se confondent avec les franciscains spirituels ou fraticelles, et encore avec les membres du tiers ordre qui embrassèrent la cause des spirituels ; il faut leur joindre des personnages plus ou moins vagabonds et aux doctrines troubles qui se rattachaient abusivement au tiers ordre de saint François. L’appellation de béguins pour les désigner prévalut sur­ tout dans le midi de la France ; c’est d’eux, par exemple, que parle Bernard Gui quand il nomme les béguins dans sa Praclica inquisitionis herelice pravitatis, édit. 530 Douais, Paris, 1886, p. 2, 84, 93, 141-150, 264-287, 298299. Nous n’avons pas à traiter maintenant de ce pre­ mier groupe. Voir Fraticelles. Les autres ont des points de contact avec la secte des frères du libre es­ prit, et même dépendent d'elle dans une large mesure: ce sont eux qui plus communément sont appelés bé­ ghards. et dont il nous reste à étudier l'histoire et les doctrines. Ils envahirent principalement les Flandres, la France du Nord, l'Allemagne. Les béguines hétéro­ doxes marchèrent sur leurs traces, sans aller d'ordinaire aussi loin qu’eux. De bonne heure, les béghards devinrent suspects; beaucoup ne vécurent pas en communauté, mais isolé­ ment, menant une existence errante, prêchant sans contrôle. Ils furent l'objet d’une série de mesures coer­ citives. En 1290, des béghards et des béguines furent arrêtés à Bàle et à Colmar comme hérétiques. Le con­ cile d'Aschafl'enbourg (Bavière), en 1292, flétrit les bé­ ghards el les béguines. En 1306, l’archevêque de Cologne, Henri de Virnebourg, dans un concile provincial, taxa les béghards d’hérésie et leur reprocha des attaques contre les franciscains et les dominicains.L’apaisement ne se fit pas ; en 1308, Duns Scotarrivaità Cologne pour dé­ fendre lesordresmendiants.mais il mourull’année même, sans avoir eu le temps de combattre à fond les béghards. Cf. Wadding, dans Joannis Duns Scoti opera omnia, Lyon, 1639, t. I, p. 12-13. En 1310, la béguine Margue­ rite Porete, originaire du Hainaut, fut brûlée à Paris, cf. Ch.-V. Langlois, Bevue historique, Paris, 1894, t. Liv, p. 295-299, et deux conciles, l’un à Mayence, l'autre à Trêves, portèrent contre les béghards des condamna­ tions nouvelles. En 1311, le concile œcuménique de Vienne, à la demande des évêques d’Allemagne, con­ damna solennellement les béghards hérétiques, dont il catalogua les erreurs principales, et décréta la suppres­ sion des béguinages où se répandaient des erreurs con­ traires à la foi ; en même temps, il recommandait de ne pas maltraiter les béguines fidèles qui, ayant voué ou non la continence, vivraient honnêtement dans leurs hospices, faisant pénitence et servant le Seigneur en esprit d'humilité. Le recueil des constitutions du pape Clément V, connu sous le nom de Clémentines, et qui renferme les décisions du concile de Vienne, ne fut pu­ blié officiellement que par Jean XXII, le 25 octobre 1317. Cf. F. Ehrle, Archiv für Litteralur und Kirchengeschichte des Millelallent, Berlin, 1885, t. 1, p. 541-542. Un peu avant cette date. Jean de Dürbheim, évêque de Strasbourg, inaugura contre les béghards de son diocèse, et leurs adhérents assez nombreux, prêtres, moines, gens mariés, un ensemble de mesures qui « peuvent être considérées comme le premier acte de l'inquisition épiscopale organisée sur le sol allemand ». 11. C. Lea, Histoire de l’inquisition au moyen âge, trad. Sal. Reinach, Paris, 1901, t. n, p. 443; cf. Rosenkrânzer, Jo­ hann I von Strassburg gennant von Durbheim, Trêves, 1881. A la suile de la publication des Clémentines, les béguinages furent soumis à une répression excessive et généralement mal justifiée, des béghards furent moles­ tés qui étaient innocents: Jean XXII dut intervenir en faveur des béghards et des béguines dont la vie élait pieuse et paisible. La difficulté fut toujours grande de dislinguer les bé­ ghards orthodoxes des hérétiques, et, selon qu’on se croyait en présence des uns ou des autres, se produi­ sirent des alternatives de rigueur ou de tolérance. Citons seulement les principaux épisodes. En 1325, on découvrit et châtia des béghards hérétiques à Cologne, l'un des boulevards du béghardisme. Maître Eckart prêchait alors à Cologne ; il est possible que ses idées, plus ou moins entachées de panthéisme et qui, à ce titre, ne sont pas sans oilrir des ressemblances avec quelques-unes des spéculations des béghards, aient encouragé secrètement ceux-ci dans leur système, ou même qu’ils se soient 531 BÉGHARDS, BÉGUINES HÉTÉRODOXES réclamés de l’autorité de l'illustre dominicain, et que cela n’ait pas été étranger aux démêlés d’Eckarl avec l'inquisition. Cf. W. Preger, Meister Eckart und die Inquisition, Munich, 1809. Des provinces rhénanes ou ils étaient persécutés, les béghards se réfugièrent en Thuringe, en Hesse, dans la Saxe inférieure. A Metz, en 1334, des béghards furent livrés au bûcher pour leurs théories sur la valeur de la pauvreté volontaire. Il y eut une recrudescence de l'hérésie au commencement du pontificat d'Innocent VI ; le pape en profita pour tenter d'introduire en Allemagne l’inquisition pontificale (1353). En 1356, le béghard Berthold de Rohrback, précédemmentarrêté à Wurzbourgetrelàchéaprés unerétractation, est saisi à Spire ou il propage ses doctrines, et condamné au supplice du feu. Guillaume de Gennep, archevêque de Cologne, constate les progrès des béghards. au synode de 1357, et s'occupe de les entraver. En 1367, â Erfurt, a lieu l’interrogatoire du béghard Jean Hartmann; le document qui nous l’a transmis, comme celui qui nous a conservé la confession antérieure du béghard Jean de Brünn, est des plus instructifs. En 1369. après diverses tentatives partiellement infructueuses, l’inquisition pa­ pale « se trouva pour la première fois organisée et do­ tée d’une existence réelle en Allemagne, à l’heure même ou elle tombait en désuétude dans les pays qui l’avaient vu naître ». Lea, Histoire de l'inquisition, trad. Reinach, t. π, p. 464. Les 9 et 10 juin, l’empereur Char­ les IV lança deux édits qui assuraient un plein concours aux inquisiteurs et mettaient au ban de l’empire les sectaires béghards et béguines. On rendit la vie dure aux béghards ; on brûla leurs livres écrits en langue vulgaire et l’on pourchassa les personnes. Vers la fin du XIVe siècle, les béghards se raréfient. Des exécutions sont signalées, par les chroniqueurs, à Erfurt, en 1392, à Cologne, en 1393. A Bâle, en 1411, les associations des béghards sont dissoutes. Le concile de Constance défend aux seigneurs temporels de prendre sous leur protection les communautés de béghards et de béguines, dont la conduite serait suspecte, et d’empêcher les prélats de les visiter. En revanche, le dominicain Mathieu Grabon, qui attaque vivement les frères de la vie commune institués par Gérard de Groote, les béghards et les béguines et, d’une façon générale, toutes les associations distinctes des anciens ordres religieux et dans lesquelles on ne fait point les trois vœux monastiques, est condamné le 26 mai 1419. Le pape Eugène IV. à son tour, en 1431, intervient en faveur des béghards et des béguines or­ thodoxes, injustement persécutés; ceci lui vaut l’indi­ gnation du pamphlétaire Félix Hemmerlin, de Zurich, lequel, entre antres choses, explique la manière d'agir du pontife romain en affirmant qu’il a lui-même jadis été un béghard â Padoue. En Suisse, dans le Wur­ temberg, en Souabe, çà et là, des béghards hérétiques furent encore exécutés. Le béghardisme, diminué mais tenace, survécut à tous les mauvais traitements et alla se perdre dans le protestantisme. 11. DOCTRINES. — Les béghards et les béguines héré­ tiques se rattachent aux frères du libre esprit, dont il est permis de croire, « sans qu'on puisse l’établir d’une manière irréfutable, » que les doctrines théoriques « procèdent directement des idées d’Amaury de Bène et de scs disciples, et, par leur intermédiaire, du panthéisme de Scot Erigone ». Delacroix, Essai sur le mysticisme spéculatif en Allemagne au xiv'siicle, p.132. Les frères du nouvel esprit, comme on les appela dès le commen­ cement, c'est-à-dire au xin« siècle, ou du libre esprit, comme on les nomma au xiv· siècle, admirent l'identité de la créature et de Dieu. Ils en tirèrent cette conclu­ sion que Dieu agit dans l’homme, que dans toutes les œuvres de l'homme qui est arrivé à la conscience de son unité avec Dieu, l'esprit apporte la vie el la sainteté, et qu’ainsi l’homme est libre, dégagé de toute loi, impec­ cable quoi qu’il fasse. Jusqu'où les frères du libre es­ 532 prit tirèrent les conséquences immorales de ces théo­ ries, c’est ce que nous n’avons pas à rechercher pour le moment. Voir Frères, du libre esprit. La secte du libre esprit trouva, pour se répandre, un merveilleux véhicule dans les associations des béghards et des béguines. « Gens incultes pour la plupart, men­ diants et vagabonds, ils étaient facilement gagnés à des doctrines qui séduisaient leur imagination, et cela d'au­ tant plus qu’ils les comprenaient moins; ce qui les atti­ rait plus encore que la métaphysique, c’étaient les prin­ cipes et les promesses communistes. » Ch. Schmidt, Pré­ cis de l’histoire de l’Église d’Occident pendant le moyen âge, Paris, 1885, p. 282. Dans les griefs formulés contre les béghards, en 1306, par Henri de Virnebourg, archevêque de Cologne, apparaît déjà le fond du sys­ tème : ils disaient agir par l’esprit de Dieu et n'étre point soumis à la loi, ajoutant qu’on ne pouvait se sauver que chez eux, et que la simple fornication n’est pas un pêché. Cf. J.-L. Mosheim, De beghardis et beguinabus commentarius, Leipzig, 1790, p. 211-219. Pareillement, Marguerite Porete enseigna que Fame, absorbée dans l’amour divin, peut et doit, sans péché et sans remords, accorder à.la nature tout ce qu’elle désire. Cf. les con­ tinuateurs de Guillaume de Nangis, dans l’édition de la Chronique de Guillaume de Nangis publiée par H. Géraud, Paris, 1843, t. i, p. 379. Au concile de Vienne, les doctrines des béghards et des béguines apparurent sous une forme plus complète. Deux des Clémentines leur sont consacrées. La première. 1. Ill, tit. xi, De religiosis domibus ut episcopo sint subjecta:, c. I, se borne à dire des béguines qui sont condamnées qu'elles se livrent à des discussions sur la Trinité et l’essence divine, et que, sur les articles de la foi et les sacrements de l’Église, elles introduisent des opinions contraires à la foi catholique. La seconde, 1. V, tit. m, De haereticis, c. n, énumère les erreurs professées par les béghards et les béguines ; elles sont au nombre de huit. Cf. Denzinger-Stahl, Enchiridion symbolorum et definitionum, 9« édit., Wurzbourg, 1900, n. 399-406. 1. Quod homo, in vita præsenti, tantum et talem perfe­ ctionis gradum potest acquirere quod reddetur penitus impecca­ bilis et amplius in gratia pro­ ficere non valebit, nam, ut di­ cunt, si quis semper posset pro­ ficere, posset aliquis Christo perfectior inveniri. 2. Quod jejunare non oportet hominem nec orare, postquam gradum perfectionis hujus­ modi fuerit assecutus, quia tunc sensualitas est ita perfecte spiritui et rationi subjecta quod homo potest libere corpori con­ cedere quidquid placet. 3. Quod illi, qui sunt in prsedicto gradu perfectionis et spi­ ritu libertatis, non sunt huma­ nte subjecti obedientiæ, nec ad aliqua præcepta Ecelesiæ obli­ gantur quia, ut asserunt, ubi spiritus Domini ibi libertas. 4. Quod homo potest ita fina­ lem beatitudinem, secundum omnem gradum perfectionis, in præsenti, assequi sicut eam in vita obtinebit beata. 5. Quod quaslibet intellectua­ lis natura in seipsa naturaliter est beata, quodque anima non indiget lumine glorias ipsam elevante ad Deum videndum et eo beate fruendum. 6. Quod se in actibus exercere 1. L’homme, en cette vie,peut acquérir un si grand et tel de­ gré de perfection qu’il devienne tout à lait impeccable et ne puisse plus croître en grâce, car, disent-ils, si quelqu'un pouvait toujours progresser, il pourrait devenir plus parfait que Jésus-Christ. 2. Il ne faut pas que celui-là jeûne ou prie qui aura atteint ce degré de perfection, parco que, dans cet état, les sens sont assujettis â l’esprit et à la raison si parfaitement que l’homme peut librement accor­ der au corps tout ce qui plalL 3. Ceux qui sont parvenus à ce degré de perfection et à cet esprit de liberté ne sont plus assujettis à l'obéissance hu­ maine, ni obligés d’accomplir les préceptes de l’Église. car, disent-ils, où est l’esprit du Seigneur là est la liberté. 4. L’homme peut atteindre, dans cette vie, la béatitude finale, au point d'obtenir le même degré de perfection qu'il aura dans la vie béatiflque. 5. Toute nature intellectuelle est naturellement bienheureuse en elle-même, et l’homme n’a pas besoin de la lumière de gloire pour s’élever à la vision et à la jouissance béatifique de Dieu. 6. S’exercer aux actes des 533 virtutum est hominis imper­ fecti, et perfecta anima licentiat a se virtutes. 7. Quod mulieris osculum, cum ad hoc natura non incli­ net, est mortale peccatum: actus autem carnalis, cum ad hoc natura inclinet, peccatum ren est, maxime cum tentatur exercens. 8. Quod,in elevatione corpo­ ris Jesu Christi,non debent as­ surgere, nec eidem reveren­ tiam exhibere, asserentes quod esset imperfectionis eisdem si a puritate et altitudine sum c< inemplationis tantum descen­ derent quod circa ministerium seu sacramentum eucharistiae, aut circa passionem humanita­ tis Christi, aliqua cogitarent. BÉGHARDS, BÉGUINES HÉTÉRODOXES vertus est le propre de l'homme imparfait, et une âme parfaite se dispense de les pratiquer. 7. Embrasser une femme, quand la nature n'y incline pas. est un péché mortel ; mais un acte charnel, quand la nature y incline, n'est pas un péché, surtout quand celui qui fait cet acte est tenté. 8. Pendant l'élévation du corps de Jésus-Christ, on ne doit pas se lever ni lui donner des marques de respect: ce serait, affirment-ils, une im­ perfection de descendre de la pureté et de la hauteur de sa contemplation pour penser au ministère ou au sacrement de l'eucharistie, ou à la passion de l'humanité du Christ. « Ces principes ne ressemblent pas mal au quiétisme de nos jours. » a observé J. Lenfant, Histoire de la guerre des hussiles et du concile de Basle, Utrecht, 1731, t. I, p. 31. Cf., sur ce point, Noël Alexandre, Hist, eccles., Venise, 1778, t. vm, p. 526-556. Si le quiétisme a repris, sauf à les atténuer, les huit articles qui résu­ ment la doctrine des béghards, ces huit articles, à leur tour, dépendent de l'enseignement des frères du libre esprit, et peuvent être considérés comme une sorte de réduction des quatre-vingt-dix-sept propositions de la secte de l'esprit rapportées dans l’anonyme de Passau et qui avaient été dressées par Albert le Grand. Sur l'origine de ces propositions, cf. les belles études de W. Preger, Geschichle der deulschen Myslikim Mittelaller, Leipzig, 1874, t. i ; les 97 propositions se trou­ vent aussi dans I. von Dollinger, Beitrâge zur Sektengeschichte des Mittelallers, Munich, 1890, t. n, p. 395402. Aucune des formules condamnées à Vienne ne contient l’affirmation directe de l’identité entre Dieu et l'homme, que l’on trouve dans la plupart des documents relatifs au béghardisme; mais, du commencement à la fin, elle y est sous-entendue. L’idée fondamentale c’est, conformément à ce qu'on lit dans l’interrogatoire de Jean Hartmann, dans Dollinger, Beitrâge zur Seklengeschichte des Mittelallers, t. u, p. 384, que l’hornme peut arriver à un état où unus est cum Deo et Deus cum eo unus absque omni distinctione. Il en résulte, au point de vue spéculatif, que l’homme peut s’élever à une perfection telle qu'un progrès ultérieur lui est im­ possible (a. 1), car Dieu ne progresse pas; que l’homme, dès à présent, peut jouir de la béatitude finale (a. 4), car il ne peut, dans l'autre vie, avoir mieux que l’iden­ tité avec Dieu ; que l'homme n’a pas besoin de la lu­ mière de gloire pour voir Dieu et jouir de lui béatifiquement, puisque naturellement la créature intellec­ tuelle est bienheureuse en elle-même (a. 5), par le fait qu'elle est Dieu. On ne peut devenir plus parfait que le Christ (a. 1); tous les béghards ne seront pas de cet avis et, par exemple, Jean Hartmann niera que le Christ ait eu la liberté de l’esprit, dans Dollinger, ibid., p. 387. Mais, si le Christ a été parfait, l’homme libre l’est au­ tant que lui, et ce serait déchoir que d’abandonner les hauteurs de la contemplation pour arrêter sa pensée à la passion du Christ ou à l'eucharistie; il ne faut pas témoigner du respect à l'hostie consacrée au mo­ ment de l’élévation (a. 8). Selon la juste remarque de Delacroix, Essai sur le mysticisme spéculatif en Alle­ magne au xiv· siècle, p. 94-95, « ni l'ascétisme ni son contraire ne découlent nécessairement des principes panthéistes que la secte avait admis; la liberté en Dieu peut être conçue aussi bien comme l'affranchissement de tout désir que comme le droit de laisser en le cœur affluer tout désir. » Les béghards hétérodoxes embras­ sèrent ce dernier parti, el conclurent de leur panthéisme 534 le droit et le devoir d’agir selon l'instinct et la passion. L’homme parfait est absolument impeccable (a. 1); com­ ment ne le serait-il pas, dès lors que Dieu fait en lui toutes ses œuvres? Il ne doit ni prier, ni jeûner, ni ob­ server les commandements de l’Église ; il est délié de toute obéissance humaine, car où est l'esprit de Dieu là est la liberté ; la sensualité est tellement assujettie à l’es­ prit et à la raison qu'il peut accorder à son corps tout ce qui lui plait (a. 2, 3). Il n’y a donc pas de péché à commettre un acte charnel quand la nature y incline, quand la tentation y pousse; au contraire, le mulieris osculum, moins grave en lui-même que l’acte charnel, serait un péché grave si la nature n'y inclinait pas (a. 7). C’est le fait d’un homme imparfait de s’adonner à la pratique des vertus (a. 6). On a prétendu que les bé­ ghards avaient d'autres erreurs, qui « semblent ima­ ginées pour justifier leurs principes contre les difficultés qu’on leur opposait : telle est la proposition qui dit que l’âme n'est point essentiellement la forme du corps; cette proposition parait avoir été avancée pour expliquer l'impeccabilité, ou cette espèce d’impassibilité à laquelle les béghards tendaient ; de l’expliquer, dis-je, en sup­ posant que l’âme pouvait se séparer du corps ». Pluquet, Dictionnaire des hérésies, Besançon, 1817, t. i, p. 690. Tout cela est inexact ; la Clémentine sur l'union de l’âme et du corps, Clemenlinarum, L I, tit. ni, De summa Trinitate et fide catholica, c. t, fut dirigée contre Pierre-Jean Olivi et motivée par les explications qu’il donnait en soutenant que le Christ n'était pas mort quand il reçut le coup de lance. Loin de disparaître à la suite du concile de Vienne, les hérésies des béghards allèrent s’accentuant. L’édit de Jean de Dürbheim, évêque de Strasbourg (1317), énu­ mère un nombre considérable d’erreurs. La première, de laquelle toutes les autres procèdent, constate l’évêque, est un panthéisme, dont voici la formule : Dicunt se esse vel aliquos ex istis perfectos el sic unitos Deo quod sint realiter et veraciter ipse Deus, quia dicunt se esse illud idem et unum Esse quod est ipse Deus absque omni distinctione. Ex hoc articulo sequuntur multi alii articuli. Cf. Dollinger, Beitrâge zur Sektengeschichte des Mittelalters, t. n, p. 389-390. Les blasphèmes contre le Christ et l'eucharistie abondent, l’existence de l’enfer et du purgatoire est niée, la bride est lâchée à l’instinct et à la passion, etc. Un demi-siècle plus tard, Berthold de Rohrback enseignait que l'homme libre n’a pas be­ soin de jeûnes et de prières; qu’il mérite plus de créance que l'Evangile, que le Christ, dans sa passion, douta de son salut, maudit la sainte Vierge et la terre qui fut arrosée de son sang, etc. Cf. Raynaldi, Annal, eccl., an. 1353. n. 27. Mais ce qu’il importe de lire surtout, pour connaître les aberrations intellectuelles et morales des béghards, ce sont les interrogatoires de Jean de Brünn et de Jean Hartmann, publiés par W. Wattenbach, dans Silzungsberichte der K. preussischen Akademie der Wissenchaflen zu Berlin, 1887, et (le second) par Dollinger, Beitrâge zur Sektengeschichte des Mittelalters, t. n, p. 384-389; il est impossible d'avoir des idées plus basses et d’agir plus vilainement. Est-ce à dire que tous les béghards hétérodoxes tirèrent des prémisses qu’ils admettaient toutes ces conséquences théoriques et pratiques? Non pas. Il y en eut certainement qui furent meilleurs que leurs principes. Mais, s’il n’est pas per­ mis d’accueillir indistinctement tous les mauvais bruits qui circulèrent sur leur compte, si les accusations popu­ laires dont ils étaient l’objet furent parfois aveugles et injustes, « des témoignages abondants et formels nous obligent à croire que, dans certains cas, du moins, les sectaires se laissaient aller à la plus grossière luxure. » Lea, Histoire de l’inquisition, trad. Reinach, t. n, p. 428. L’extrême limite des débordements semble avoir été atteinte par la secte des turlupins, dans laquelle le pape Grégoire XI voit une variété de bégliards. Cf. 535 BÉGHARDS, BÉGUINES HÉTÉRODOXES — BELGIQUE Raynaldi. Annal, eccl., an. 1373, n. 19; en rapprocher Gerson, Sermo de sancio Ludovico, dans Opem, Paris, 1606, t. n, col. 763, et Wasmod de llombourg, dans son traité contre les béghards, composé vers 1400 et publié par H. Ilaupt. dans Zeitschrift für Kirchengeschichte, Gotha, 1885. t. vu, p. 571. Voir Turlupins. Du reste, à mesure qu'ils s'éloignent de leurs origines, les béghards perdent une parlie des traits qui les diffé­ rencient nettement des autres hérétiques. Leurs doc­ trines se confondent, plus ou moins, non seulement avec celles des sectaires issus, comme les béghards, des frères du libre esprit, tels que les lollards, les luciférains, les turlupins, les hommes de l’intelligence, mais encore, à un degré variable, avec les autres sectes con­ temporaines : vaudois, apostoliques, iraticelles, flagel­ lants, etc. En particulier, ils partagent la haine implacable de l’hétérodoxie du xiv· siècle contre l’Église de Rome. 1. Sources anciennes. — Le document capital, au point de vue théologique, est. dans les Clémentines, lec. U du 1. V, tit. m, De hæreticis ; voir encore, dans les Clémentines, le c. i du 1. ΠΙ, tit. xr. De religiosis domibus ut episcopo sint subjectæ. Un grand nombre de documents ont été publiés par J. L. Mos­ heim, De begbardis et beguinabus commentarius, voir sur­ tout la réédition de G. H. Martini, avec un double appendice, Leipzig, 1790 ; la bulle publiée p. 284, et que Jean XXII aurait lancée contre les béghards, en 1330, avec l incipit In agro do­ minico. est imaginaire; cf. IL Doniflc, Archiv für Litleratur und Kirchengeschichte des Mittelalters, Berlin, 1886, t. n, p. 040. 11 y a quelques bulles dans Raynaldi, Annal, eccl., no­ tamment an. 1353. n. 26. an. 1365, n. 17, an. 1373, n. 19; cf. an. 1372. n. 34. Peut-être y a-t-il une allusion aux béghards dans le De imitatione Christi, 1. 1. c. 1, n. 3; 1. III, c. m, n. 1; cf. Λ. Loth, dans la Revue des questions historiques, Paris, 1874, t. xv, p. 140-141, et en rapprocher P.-E. Puyol, La doctrine du livre De imitatione Christi, Paris, 1898, p. 59-60, et L’auteur du livre De imitatione Christi, Paris, 1899, p. 377-378. Parmi les auteurs qui ont parlé des béghards leurs contemporains, citons le franciscain Alvarez Pélayo, De planctu Ecclesiæ (écrit vers 13301, Venise, 1560,1. 11 (des fragments sont reproduits dans Ray­ naldi, Annal, eccl., an. 1312, n. 17-18, an. 1317, n. 57-61); Ger­ son, dans Opera, Paris, 1606, t. t, col. 342, 463, 523, 574, 588, 638; L II, col. 763, 774. 786; t. m, col. 59, 258, etc. ; Félix Hem­ merlin, cf. G. Brunet, Manuel du libraire et de l'amateur de livres, 5· édit.. Paris, 1862, t. nr, p. 93-94, Des textes de grande importance ont été récemment publiés par H. Haupt, Beitrâge zur Geschiclue der Sekte vom freiem Geiste und des Beghardentums, dans Zeitschrift für Kirchengeschichte, Gotha, 1885, t. vu, p. 503-576, et Zwei Traktate gegen Beguinen und Begharden, ibid., 1890, t. xn, p, 85-90; par W. Wattenbach, Ueber die Sekte der Brüder vom freiem Geiste, dans Sitzungsberichle der K. preussischen Akademie der Wissenchaften zu Berlin, 18S7. p. 517-544 ; par I. von Dollinger, Beitrüge zur Sektengeschichte des Mittelalters, Munich, 1890, t. il, p. 378-417, 702-705. Des documents sur la béguine Marguerite Porele ont été publiés par H. C. Lea, A history of the Inquisition of the middle ages, New-York, 1888, t. it, p. 575-578 (non reproduits dans la traduc­ tion française de Sal. Reinach), et par Cli.-V. Langlois, Revue historique, Paris, 1894, t. 1.IV, p. 296-297, 297-299. H. Travaux modernes. — w. Preger, Geschiclue der deutschen Myslik im Mittelalter, Leipzig, 1874. t. i; A. Jundt. Histoire du panthéisme populaire au moyen âge et au xvr siècle, Paris, 1875 ; H. C. Lea, A history of the Inquisition o/ the middle ayes. New-York, 1888. t. n, p. 319-414; trad, franç. par Sal. Reinach, Paris, 1901, p. 383-496 ; H. Delacroix, Essai sur le mysticisme en Allemagne au xiv* siècle, Paris, 1899, p. 77-134. Voir, en outre, les travaux cités au cours de cet article, surtout le livre de Mosheim et les articles de Haupt et de Wattenbach, et ceux qui sont indiqués dans Ul. Chevalier, Ré­ pertoire des sources historiques. Topo-bibliographie, col. 347. F. Ver net. BEGUIN Daniel, né a Gliâleau-Thierry, le 14 octobre 1608, entré dans la Compagnie de Jésus le 22 octobre 1628, professa la théologie â Reims et y mourut le 19 mars 1696. On lui doit : De veritate divinitatis Christi per duodecim evidentia credibilitatis argu­ menta demonstrates, in-8°, Paris, 1680. Il publia aussi uue Retraite et des Méditations. De Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C'· de Jésus, ■t :, coi. 1129. Jos. Brucker. 536 BÉGUINES. Voir Béghards et Béguines hétéro­ doxes, col. 528. BÉGUINS. Voir Béghards, col. 528 et Fraticelles. BEJA PERESTRELLO (Louis de), théologien portugais de l’ordre des ermites de Saint-Augustin, vivait à la lin du xvi» siècle. Il naquit soit à Coïmbre, soit à Pereslrello. Il habita diverses maisons de son ordre à Rome, à Florence et à Bologne où il enseigna pendant de longues années le droit, l’Écriture sainte et la théo­ logie. Il eut à exercer les fonctions d’inquisiteur de la foi et fut le théologien du cardinal Paleoti. On lui attri­ bue divers traités : De contractibus libellariis ; De vendi­ tione rerum fructuosarum, 1600; Responsa casuum conscientiæ, 1587 ; Collegium sacrum Bononiense, in-8°, Cologne, 1629. N. Antonio, Bibliotheca hispana nova, in-fol,, Madrid. 1788, t. n, p. 23; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1895, t. t, р. 129. B. Heurtebize. BELGIQUE. — I. Constitution belge. II. Statistique religieuse. III. Communautés religieuses. IV. Missions. V. Enseignement. VI. Congrès, œuvres sociales et chari­ tables. VII. Sciences sacrées et publications. La Belgique, réunie à la Hollande sous le nom de royaume des Pays-Bas après la chute de Napoléon I". se révolta, en 1830, par suite des vexations religieuses d’un gouvernement calviniste et se constitua en royaume sous une monarchie constitutionnelle. Elle choisit pour roi Léopold 1", prince de Saxe-Cobourg-Gotha, qui la gouverna jusqu'à sa mort arrivée le 10 décembre 1865. Son fils ainé Léopold 11 lui succéda immédiatement; il compte en 1903. un règne de 38 ans qu’aucune guerre n'a troublé. L’indépendance et la neutralité de la Belgique furent reconnues el garanties par les cinq grandes puissances ; l'Angleterre, l'Autriche, la France, la Prusse et la Russie, lorsque la Belgique eut adhéré, le 15 novembre 1831. au traité dit des vingt-quatre ar­ ticles, par lequel les cinq puissances fixaient les limites du nouveau royaume et sa part dans les dettes de l’Etat auquel il appartenait auparavant. L’article 25 disait : « Les cours d’Autriche, de France, de la GrandeBretagne, de Prusse et de Russie garantissent â S. M. le roi des Belges l’exécution de tous les articles qui précèdent. » L’article 26 ajoutait : « A la suite des sti­ pulations du présent traité il y aura paix et amitié entre S. M. le roi des Belges d’une part, et LL. M.M. l'empereur d’Autriche, le roi des Français, le roi du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande, le roi de Prusse et l’empereur de toutes les Russies de l’autre part, leurs héritiers et successeurs, leurs Etats et leurs sujets respectifs, à perpétuité, » Voir Thonissen, La Belgique sous le règne de Léopold 1er, Louvain, 1861, с, vi-vn. Malgré les bouleversements survenus, celte paix n'a jamais été troublée et la neutralité imposée à la Bel­ gique a toujours été respectée. 1. Constitution belge. — La charte constitutionnelle, donnée à la Belgique par le Congrès national de 1830, proclame tous les Belges égaux devant la loi (a. 6i : elle admet indistinctement tous les Beiges aux emplois civils et militaires; il n’y a plus de distinction d’ordre ni pour la noblesse ni pour le clergé. « La liberté indi­ viduelle est garantie. Nul ne peut être poursuivi que dans les cas prévus par la loi, et dans la forme qu’elle prescrit (a. l»r). Le domicile est inviolable (a. 10) ; nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d’utilité publique, dans les cas et de la manière établis par la loi, et moyennant une juste et préalable indem­ nité (a. 11). La confiscation des biens et la mort civile sont abolies (a. 12, 13). La liberté des cultes, celle de leur exercice public, ainsi que la liberté de manifes­ ter ses opinions eu toute matière, sont garanties, sauf 537 BELGIQUE 538 la répression des délits commis à l’occasion de l’usage I pour les ecclésiastiques et les religieux; ils doivent payer l’impôt comme tout le monde et sont soumis aux de ces libertés » (a. 14). Cet article, objet de tant et de si mêmes tribunaux. L’État accorde cependant aux prêtres vives discussions, n’établit pas des droits absolus, mais l’exemption de la milice. seulement des droits politiques, puisqu’il réprime les « L'enseignement est libre; toute mesure préventive délits; il ne déclare pas tous les cultes également bons, est interdite; la répression des délits n’est réglée que également utiles à la société; mais, comme la Constitu­ par la loi. L’instruction publique donnée aux frais de tion proclame la liberté individuelle, elle garantit à cha­ l’État est également réglée par la loi » (a. 17). Cette cun la liberté de professer son culte et de manifester sa décision du Congrès national n’a pas été moins favorable pensée. Les nombreux catholiques, qui faisaient partie à l’Eglise que la précédente. Les catholiques belges n’ont du Congrès, savaient parfaitement que le culte catho­ pas tardé à profiter du pouvoir que leur donnait le lique est le seul vrai, le seul qui procure le salut éternel ; Congrès. Dès 1834 ils ont érigé l’université catholique leur but n’était pas de le mettre sur le même pied que les cultes juifs ou protestants; mais ils voulaient empê­ de Louvain, qui s’est développée et compte aujourd'hui environ cent professeurs et deux mille étudiants et a cher le retour des vexations dont le culte catholique peuplé la Belgique de magistrats, d'hommes politiques avait été l’objet sous le gouvernement néerlandais. Ce et d’avocats, de médecins et d'ingénieurs. Les loges ma­ gouvernement avait en effet appliqué à la religion catho­ çonniques de leur côté ont créé l’université libre de lique les articles organiques du Concordat, réprouvés par le saint-siège, et soumis l'exercice public du culte, Bruxelles avec le concours de la ville et de la province; notamment les processions, aux règlements de police. mais elles en sont demeurées là, tandis que les catho­ liques ont fondé l'enseignement à tous les degrés; ils Les catholiques voulaient que désormais aucune entrave ne put être mise à l’exercice du culte catholique. Ils ont établi des grands et des petits séminaires, des col­ rejetèrent l'amendement suivant : « L’exercice d'aucun lèges et des pensionnats dans toutes les villes, des écoles culte, hors des temples, ne peut être empêché qu’en normales, des écoles primaires presque partout pour les garçons, des écoles et des pensionnats pour les filles. vertu d’une loi. » En vertu de cet article de la Constitu­ Des congrégations religieuses se sont formées pour tion l’exercice public du culte catholique, non seule­ donner l’enseignement; les jésuites se sont voués à ment à l'intérieur de l'église, mais à l’extérieur, est entièrement libre; les processions des rogations et du l’enseignement moyen, les frères de la doctrine chré­ tienne à l’enseignement primaire. Tous les pension­ Saint-Sacrement, l’acte de porter solennellement le nats de jeunes tilles sont aux mains des religieuses. Saint-Sacrement aux infirmes et aux mourants, d’accom­ A peine compte-t-on quatre ou cinq pensionnats laïques. pagner un convoi funèbre, ne sont soumis à aucune Les religieuses avec les institutrices qu'elles ont formées autorisation et ne peuvent être empêchés par aucune loi dirigent toutes les écoles prirnaires ; il n’y a guère que ni par aucune mesure préalable. La police locale ne peut pas plus, sous prétexte de la crainte d’un désordre les écoles communales de Bruxelles et des trois grandes éventuel, interdire l’exercice public d’un culte, qu’elle ne villes qui fassent exception. Les catholiques ont fait des sacrifices énormes pour l'enseignement à tous les degrés. pourrait, sous le même prétexte, empêcher la publica­ tion d'un journal politique hostile aux ministres. Mais L’université de Louvain coûte, à elle seule, aux catho­ un ministre du culte qui, en chaire, calomnierait le liques environ cinq cent mille francs par an. Malgré gouvernement ou une personne privée serait passible les services qu’elle rend, particulièrement à la ville de des tribunaux. Louvain, elle ne reçoit aucun subside ni de la ville ni La liberté de manifester publiquement ses opinions de la province, tandis que l'université maçonnique de comme toutes les autres libertés, a ses limites dans le Bruxelles reçoit de ces deux sources le plus gros de ses revenus. respect du aux droits d’autrui. « Nul ne peut être conIraint de concourir d’une manière quelconque aux actes L'enseignement est une de ces matières mixtes qui et aux cérémonies d’un culte, ni d’en observer les jours i intéressent à la fois l’Église et l’État. Il n’est pas de question ou la bonne entente des deux pouvoirs soit de repos » (a. 15). En vertu de cet article on a retranché plus nécessaire au bien de la société. Par suite des de la formule du serment judiciaire : « Ainsi m’aident Dieu et ses saints » le mot « saints », parce que l’invo­ guerres l'enseignement avait été fort négligé. Le Congrès voulut qu’il fût réorganisé dans le nouveau royaume cation des saints est un acte du culte catholique. par de bonnes lois. C’est ce qui fut fait. L’État créa deux « L'Etat n'a le droit d'intervenir ni dans la nomination universités, l’une à Garni et l’autre à Liège, établit dans ni dans l’installation des ministres d’un culte quel­ les villes des athénées et des collèges et organisa par la conque, ni de défendre à ceux-ci de correspondre avec leurs supérieurs et de publier leurs actes, sauf, en ce loi de 1842 l’enseignement primaire pour les deux sexes. La religion fit partie du programme. dernier cas, la responsabilité ordinaire en matière de La liberté des opinions demande la liberté de la presse et de publication » (a. 16). Cet article a supprimé presse pour les exprimer. L’opinion publique exaspérée le placet royal avec toutes ses vexations. Dans la plu­ par les tracasseries du gouvernement hollandais et part des Etats modernes, sans excepter ceux où la reli­ inlluencée par les doctrines lamennaisiennes la récla­ gion catholique est, comme en Belgique, celle de l’im­ mait impérieusement; le gouvernement provisoire l’avait mense majorité de la population, aucune encyclique, bulle, bref, reserit, mandat, de la cour pontificale, ne décrétée; le Congrès statua : « La presse est libre; la censure ne pourra jamais être établie » (a. 18). Comme peut être reçu, publié et mis à exécution sans l’au­ pour les autres libertés, seuls les délits sont prohibés. torisation préalable du gouvernement. Le chef de l’Éfat y nomme ordinairement les évêques, tandis que Les catholiques n'ont pas profité de la liberté de la presse comme de la liberté d'enseignement et jusqu’au­ l'intervention du souverain pontife se borne à leur con­ jourd’hui ils n’ont su combattre assez efficacement l'ac­ férer ou refuser l'institution canonique. La Constitution tion dissolvante et destructive des mauvais journaux et belge supprime ces entraves. L’État n’intervient pas de la mauvaise presse sur la foi et les mœurs. Ils ont dans la nomination des ministres du culte : le pape mieux profité de l’article 20 : « Les Belges ont le droit nomme librement les évêques sans aucune intervention de s’associer; ce droit ne peut être soumis à aucune du gouvernement, et les évêques nomment les cha­ mesure préventive. » Cet article abolit l’article 29 du noines, les curés et les vicaires conformément aux lois code pénal de 1810 et sanctionne l’arrêté du gouverne­ canoniques. Cette disposition de la Constitution belge a ment provisoire portant : « Il est permis aux citoyens de toujours été fidèlement observée; elle est pour la reli­ s’associer, comme ils l'entendent, dans un but politique, gion d’une valeur inappréciable et produit le plus grand religieux, philosophique, littéraire, industriel et coinbien. Mais d'un autre côté il n’y a plus de privilèges 539 BELGIQUE mercial. Les associations ne pourront prétendre â au­ cun privilège. » Une circulaire du ministre de l’inté­ rieur du 16 avril 1831 précise le sens et la portée de l'art. 20 : « L’art. 20 de la Constitution, qui reconnaît aux Belges le droit de s’associer, ne donne point aux associations qui se sont formées en vertu de cette dis­ position, dans un but religieux ou autre, le droit d’acqué­ rir et de transférer des biens comme personnes civiles... Quant aux congrégations précédemment reconnues comme personnes civiles, elles restent soumises aux obligations que leur imposent les lois et règlements. » En vertu de ce droit d’association dénié sous l’empire et sous le gouvernement hollandais, les bénédictins, les prémontrés, les franciscains, les dominicains, les carmes, les jésuites et les autres congrégations d’hommes et de femmes qui avaient disparu du solde la Belgique se sont successivement rétablis et multipliés et ont pu créer un grand nombre d’établissements d’instruction et de cha­ rité. Grâce à ce même article les religieux et religieuses françaises, victimes d’une loi persécutrice, ont pu en 1902 trouver en Belgique un asile tranquille. Les articles suivants ont moins d’importance, ils donnent à tous les Belges le droit de pétition, et dé­ clarent le secret des lettres inviolable et l’emploi des langues usitées en Belgique facultatif (a. 21-23); ils attribuent aux deux Chambres des représentants et du Sénat, nommées par élection, le pouvoir législatif, la confection des lois et le vote des impôts et des budgets (a. 24-59, 110-116). Quelques modifications ont été apportées aux a. 47 sq. concernant l’électorat, en 1893. Le pouvoir exécutif appartient au roi qui est chef de l’armée, déclare la guerre et fait la paix, sanctionne et promulgue les lois, choisit et révoque ses ministres, seuls responsables devant les Chambres (a. 63-72). La monarchie est déclarée héréditaire dans la descendance directe, naturelle et légitime de S. M. Léopold-GeorgesChrétien-Frédéric de Saxe-Cobourg de mâle en mâle, par ordre de primogéniture et à l’exclusion perpétuelle des femmes (a. 60). Les causes civiles et criminelles sont du ressort du pouvoir judiciaire, exercé par les tribu­ naux et le jury, qui sont, dans la sphère de leurs attri­ butions, absolument indépendants du pouvoir exécutif (a. 92-107). Nous ne pouvons omettre l’article 117 : « Les traitements et pensions des ministres des cultes sont à la charge de l’Etat; les sommes nécessaires pour y faire face sont annuellement portées au budget. » En Belgique, comme en France, le clergé avait été dépouillé de ses biens. L’Assemblée constituante, en mettant les biens du clergé à la disposition de la nation, avait, par un décret du 2 novembre 1789, pris l'engagement so­ lennel de pourvoir d’une manière convenable aux frais du culte et à l’entretien de ses ministres. C’était une obligation de justice; le gouvernement des Pays-Bas l’avait respectée. Le Congrès l'inséra dans la Constitu­ tion. Cette obligation ne concernait que le culte catho­ lique, le seul qui eût été dépouillé; mais le Congrès voulut y comprendre les cultes alors existants en Bel­ gique, c’est-à-dire le culte protestant et le culte israélite. La Constitution n’a pas défendu d’augmenter les traite­ ments, ils l’ont été par la loi du 24 avril 1900 qui fixe le traitement de l’archevêque à 21000 francs, celui des évêques à 16000 francs, celui des curés de lre classe à 2 100 francs, celui des curés de 2“ classe à 1 600 francs en moyenne, celui des desservants à 1200 francs en moyenne et celui des chapelains et vicaires à 900 francs en moyenne. Le traitement inférieur est de 800, le trai­ tement moyen de 900 et le traitement supérieur de 1000 francs. Pour les desservants l'échelle est de 1000, 12Ô0, 1-400 francs. L’augmentation n’était que juste, car, si le clergé avait conservé ses biens, ils au­ raient aujourd’hui une plus grande valeur qu'en 1790. Voir Thonissen. La Constitution belge annotée, 2e édit.. Bruxelles, 1876. 54Q On a beaucoup discuté sur la Constitution belge et sur les libertés qu’elle octroie à tous les citoyens indis­ tinctement. Certains publicistes ont voulu en faire des principes absolus, tandis que ce ne sont que des statuts transactionnels sanctionnés par l’accord unanime des partis. Comme l’écrivait en 1863 le savant bollandisle Victor de Buck : « La Constitution belge est une grande loi de transaction, conforme à l’état des esprits et aux besoins de la nation, jugée sage et excellente par les meilleurs hommes politiques du pays, accueillie par des applaudissements unanimes, sans distinction de partis ou de tendances, et en particulier par le clergé. » Assemblée générale des catholiques en Belgique, Bruxelles, 1864, t. Il, p. 287. Les controverses sur les libertés modernes ont été terminées par l’enseignement si net et si précis de Léon XIII sur la constitution ci­ vile des États, et sur les principaux devoirs des citoyens chrétiens. II. Statistique religieuse. — 1» Clergé catho­ lique. — La Belgique occupe une superficie totale de 2945589 hectares divisée en neuf provinces et en 2614 communes avec une population qui s’élevait au 31 décembre 1900 à 6693548 habitants. Les provinces sont Anvers avec sa métropole commerciale; Brabant avec Bruxelles capitale du royaume; Flandre occidentale avec Bruges comme chef-lieu ; Flandre orientale, cheflieu Gand; Hainaut, chef-lieu Mons; Liège avec cette ville comme chef-lieu; Limbourg, chef-lieu Hassell; Luxembourg, chef-lieu Arion; Namur avec cette ville comme chef-lieu. Ces neuf provinces forment six diocèses : l’archevêché de Malines, qui comprend les provinces très populeuses du Brabant et d’Anvers; l’évêché de Bruges, qui com­ prend la Flandre occidentale; la Flandre orientale forme l'évéché de Gand; les deux provinces de Liège et de Limbourg appartiennent au diocèse de Liège, qui avant la grande révolution française formait une prin­ cipauté gouvernée par un prince-évêque; l’évéché de Namur comprend les deux provinces de Namur et de Luxembourg; l’évêché de Tournai s’étend sur tout le Hainaut ét possède, dans les grands centres industriels, une population ouvrière très considérable. L'archevêché de Malines, érigé en vertu des bulles de Paul IV. du 12 mai 1359, et de Pie IV, du 11 mars 1560, et rétabli après la grande révolution française en vertu de la bulle de Pie VII, du 3 des calendes de décembre 1801, par suite du Concordat, a pour sulfragants les évêchés de Bruges, de Gand et de Namur, fondés en même temps que celui de Malines par Paul IV, â la demande de Philippe II, roi d’Espagne, l’évêché de Liège qui remonte à saint Materne et dont le siège fut d'abord à Maastricht, puis à Tongres, et enfin à Liège depuis saint Lambert, l’évêché de Tournai, fondé par saint Piaf, l’apôtre de cette antique cité. Ces cinq évêchés turent supprimés par la révolution française et rétablis par Pie VII, à la suite du Concordat de 1801, par la même bulle qui rétablit l’archevêché de Malines. L’archevêque de Malines a le titre de primat de Bel­ gique. Le siège de l’archevêché est à Malines dans l’église métropolitaine de Saint-Rombaut. L’archevêque, dont le diocèse a près de deux millions de fidèles, est aidé par un évêque auxiliaire, non reconnu par le gou­ vernement. Le diocèse comprend 48 doyennés, 52 cures. 653 succursales, 12 chapelles, 579 vicariats. 9 annexes, 16 aumôniers militaires, dont 8 sans indemnité, des aumôniers pour les prisons, 60 oratoires et églises non reconnues par le gouvernement. Les doyennés sont compris dans les cures et succursales. Il y a 1 grand séminaire, 3 petits séminaires, 12 collèges épisco­ paux, où l’on enseigne les humanités et où l’on donne aussi des cours professionnels. Tous ces établissements sont dirigés par des prêtres. Le diocèse de Bruges, avec Saint-Sauveur comme cathédrale, 1 grand séminaire, 541 BELGIQUE 1 petit séminaire et 7 collèges épiscopaux d'humanités, compte 15 doyennés, 36 cures, 271 succursales, 5 cha­ pelles, 316 vicariats, 5 aumôniers militaires,dont 2 sans indemnité, 105 chapelles et églises non reconnues et au delà de 600000 fidèles. Le diocèse de Gand, avec Saint-Bavon comme cathédrale, 1 grand séminaire, 1 petit séminaire et 4 collèges épiscopaux d'humanités, renferme 16 doyennés, 37 cures, 310 succursales, 5 cha­ pelles, 363 vicariats, 4 annexes, 9 aumôniers militaires, dont 6 sans indemnité, 82 chapelles et églises non re­ connues et 900000 fidèles. Le diocèse de Liège avec la cathédrale de Saint-Paul, 1 grand séminaire, 2 petits sé­ minaires et 3 collèges épiscopaux d'humanités, renferme 37 doyennés, 37 cures, 649 succursales, 25 chapelles, 260 vicariats, 22 annexes, dont 10 sans indemnité, 119 oratoires et églises non reconnues et 900000 fidèles. Le diocèse de Namur, dont le siège épiscopal est la cathé­ drale de Saint-Aubain à Namur, possède I grand sémi­ naire, 2 petits séminaires, 2 collèges épiscopaux d'hu­ manités, 37 doyennés, 37 cures, 670 succursales, 101 cha­ pelles, 94 vicariats, 49 annexes, dont 5 sans indemnité, 7 aumôniers militaires, dont 4 sans traitement, et 500000 fidèles. Le diocèse de Tournai, avec son ancienne et magnifique cathédrale, possède 1 grand séminaire, 1 petit séminaire, 5 collèges épiscopaux d’humanités, 32 doyennés, 32 cures, 473 succursales, 5 chapelles, 258 vicariats, 7 annexes non rétribuées, 4 aumôniers militaires, dont 2 non rétribués, 33 chapelles et églises non reconnues et environ un million de fidèles. En résumé, il y a en Belgique 6 évêchés avec cha­ pitre, 6grands séminairesoù l'enseignement des sciences sacrées, donné par les membres du clergé diocésain, dure généralement trois ans et comprend l'ensemble de la théologie, 10 petits séminaires comprenant l’enseigne­ ment de la philosophie et des humanités, 33 collèges épiscopaux comprenant, la plupart, outre l’enseigne­ ment des humanités, des cours professionnels. Dans tous ces établissements les cours sont donnés par des prêtres séculiers appartenant au diocèse ou se trouve 1 établissement. Les six évêchés ont en outre un grand séminaire commun à Rome et le collège du Saint-Esprit pour la théologie approfondie à Louvain. Les jésuites ont aussi des collèges d'humanités à Alost, Anvers, Bruxelles, Charleroi, Gand, Liège, Mons, Namur, Turn­ hout, Verviers; les bénédictins ont un collège d'huma­ nités à Maredsous, dans le diocèse de Namur. Les six évêchés comprennent 3257 paroisses, dont les curés, sous le titre de curés ou de desservants, jouis­ sent d'un traitement du gouvernement. Chaque paroisse a une église dont le temporel est administré par un conseil de fabrique, choisi parmi les paroissiens et dont le curé et le bourgmestre de la commune font partie de droit. Ces fabriques sont considérées comme personnes civiles; elles peuvent, sous l’approbation de l'évêque et du gouvernement, recevoir des donations et des fondations. Les grands séminaires sont également reconnus comme personnes civiles, mais non les évê­ chés ni les autres établissements diocésains. La main­ morte est abolie. Les évêques, les curés et les vicaires et tous les autres ecclésiastiques peuvent posséder et recevoir uniquement comme personnes privées. Aux yeux de la loi civile, ils sont comme tous les autres sujets belges; ils peuvent vendre, acheter, donner, re­ cevoir, faire partie de sociétés comme tous les autres citoyens. Tous les Belges sont égaux devant la loi. Voir Annuaire de statistique, 31e année, Bruxelles, 1901, p. 195; Annuaire du clergé belge, Bruxelles, 1901. 2° Cultes dissidents. — Ces cultes ne forment qu'une infime minorité en Belgique. On compte environ 30000 prolestants et anglicans avec des églises ou cha­ pelles, à Bruxelles, Anvers, Gand. Bruges, Mons, Seraing, Verviers. Les juifs, au nombre de trois à quatre mille, 542 ont une synagogue et un grand rabbin à Bruxelles et quatre synagogues en province. 111. Communautés religieuses. — Comme il a été dit plus haut, la liberté d’association a lait renaître en Belgique les anciens ordres religieux éteints et en a fail surgir de nouveaux. Ils se sont admirablement multi­ pliés en soixante-dix ans et couvrent aujourd'hui tout le pays. C’est une floraison magnifique et variée de tous les dévouements au soulagement de toutes les mi­ sères humaines. Ce sont surtout les femmes qui se sont consacrées à ce ministère de pitié : sœurs hospitalières, sœurs noires, sœurs de charité, sœurs de Saint-Vincent de Paul, sœurs franciscaines, petites sœurs des pauvres, sœurs du Bon-Pasteur, c'est par milliers qu’on compte ces consolatrices des affligés. D'autres vierges, carmé­ lites ou colletines, se retirent loin du monde pour prier et se livrer à la contemplation. Les communautés religieuses qui se vouent à l'ensei­ gnement ne sont pas moins nombreuses. Parmi les religieux brillent en première ligne les jésuites et les frères des écoles chrétiennes. Les franciscains, les dominicains, les carmes, les rédemptoristes, les béné­ dictins et les prémontrés, s’occupent surtout de la pré­ dication et du ministère des âmes. Il serait trop long d’énumérer les congrégations de religieuses qui, sous différents noms, donnent l’enseignement à tons les de­ grés. Beaucoup de ces congrégations unissent l’ensei­ gnement et la charité, l’instruction et le soin des pauvres ou des infirmes. En voici le tableau d’après ï'.dnnuaire de statistique, p. 198 : 05 . aï « - 3 = * ΞiR C S U. 5 “ 2 o U Z. M a 222 21 372 Congrégations hospitalières . 051 1219 Communautés enseignantes. . 74 Communautés vouées â l’état contemplatif ou au saint mi­ 77 1579 72 nistère................................ Communautés hospitalières et enseignantes..................... 14 194 283 Communautés hospitalières et vouées à l’état contemplatif 40 ou au saint ministère. . . . 6 237 Communautés à la fois ensei­ gnantes et contemplatives ou vouées au saint ministère. . 25 183 883 Communautés à la fois ensei­ gnantes, hospitalières et vouées à la contemplation ou au saint ministère. . . . 6 58 202 218 Total.................. 1425 4775 Μ ï a: a Ξ - Ξ /. 2 a 3220 8033 1802 5324 957 4218 1753 25323 L’histoire de la renaissance, de l’établissement et du développement rapide de ces nombreuses communautés religieuses en Belgique, depuis 1830 jusqu’en 1863. a été exposée au 1er congrès de Malines par le savant bollandiste Victor de Buck. Voir Assemblée générale des catholiques en Belgique, Bruxelles, 1864, t. Il, p. 273304. Le dévouement admirable des religieux et des religieuses surtout à soulager toutes les misères de l’humanité, la générosité des catholiques à faire d fondations charitables, amenèrent le gouvernement a présenter aux Chambres, en 1857, un projet de loi qui. sous certaines conditions, admettait les fondations de charité et les établissements de bienfaisance à s’établir avec des administrateurs particuliers. Ce n’était que juste et le résultat ne pouvait être que favorable aux pauvres en portant les riches à perpétuer leur nom par des fon 543 BELGIQUE dations charitables. Mais le parti libéral, poussé par les loges, cria au rétablissement de la mainmorte. Le peuple trompé méconnut ses intérêts et se souleva contre les couvents. Le projet de loi lut retiré, le minis­ tère libéral vint au pouvoir et le mouvement cessa. Depuis lors, les communautés religieuses ont continué de se développer et de se dévouer à la charité et à l’en­ seignement et n'ont plus été inquiétées malgré les efforts souvent renouvelés des loges. On peut voir une courte notice sur les communautés religieuses établies en Belgique, sur les œuvres auxquelles elles se vouent et sur le nombre de leurs maisons dans l’excellent ou­ vrage de l’abbé Ch. Tynck, Notices historiques sur les congrégations et communautés religieuses du xixe siè­ cle. Louvain, 1892. IV. Missions. — La liberté d’association, garantie à tous les Belges sans distinction, a permis aux commu­ nautés religieuses non seulement de se vouer à toutes les œuvres d’enseignement et de charité que réclame la Belgique, mais encore aux missions. Les jésuites de la province belge ont obtenu la mission de Calcutta et du Bengale occidental qui est très florissante; ils ont â Calcutta un archevêque et un très grand collège; par ordre de Léon XIII, ils ont érigé récemment un grand séminaire dans t’ile de Ceylan; ils possèdent à Turnhout une école apostolique, qui en 30 ans, a fourni plus de 300 missionnaires. Les capucins ont la mission du Pun­ jab et un évêque à Lahore; les conventuels sont en Herzégovine et à Jérusalem; les frères mineurs sont en Chine où le corps du P. I lavien, martyrisé, en 1899, a été retrouvé sans corruption quarante jours après son martyre; ils ont une école apostolique érigée récemment à Selzaete; les Pères, dits de Picpus, ont les missions d’Océanie et une école apostolique récemment fondée à Aerschot sous le nom du père Damien, l’apôtre des lé­ preux de Molokaf. Le séminaire américain, fondé à Louvain en 1857, pour fournir des prêtres séculiers aux États-Unis et dont les élèves suivent les cours de théologie à l’univer­ sité, comptait, en 1884, deux archevêques et six évêques au concile de Baltimore et environ trois cents prêtres répandus dans les divers diocèses de l’immense répu­ blique, tous sortis de ce collège. Depuis lors, il n’a cessé d’envoyer chaque année en Amérique de vingt à trente prêtres. On connaît le fécond apostolat du père Desmel parmi les Indiens des Monlagnes-Rocheuses. C’est main­ tenant unévêque sorti du séminaire américain qui évan­ gélise ces sauvages. En 1862, quatre prêtres du diocèse de Malines se réu­ nirent à Sclieut, prés de Bruxelles, et fondèrent la con­ grégation du Cœur immaculé de Marie, pour les mis­ sions de Mongolie et de Chine. Leurs labeurs ont porté d’heureux fruits en Mongolie et dans le nord de la Chine. En 1891. la mission comptait 14 prêtres indigènes, 4 séminaires et plus de 60 missionnaires. En 1901, les missions de Mongolie ont beaucoup souffert; elles ont eu leurs martyrs, comme les autres missions de Chine, et depuis la paix, un missionnaire de Scheut a encore été massacré. En 1888, la congrégation de Scheut, patordre de la Propagande et du pape, s’annexa le sémi­ naire établi à Louvain par les évêques belges pour les missions du Congo. Depuis lors, la congrégation de Scheut n'a cessé d’envoyer chaque année plusieurs ou­ vriers évangéliques dans cette immense contrée. Le séminaire établi à Louvain pour les missions de Mon­ golie et du Congo compte actuellement de trente à quarante étudiants en théologie. D’autres religieux belges sont allés au Congo et se sont établis dans différents districts : les Pères blancs au lac Tanganika, les prémontrés dans le Ouellé, les trappistes, les rédemptoristes et les jésuites occupent d’autres districts, de sorte qu’il y a actuellement au Congo quatre vicariats apostoliques. Les sœurs de la 544 Charité de Gand ont envoyé, en 1891, les dix premières sœurs pour élever les enfants nègres, les instruire et en faire des chrétiens. Les sœurs de Notre-Dame les ont suivies. Chaque année leur nombre s’accroît et avec elles le nombre de villages chrétiens de race noire. Ces religieuses aident puissamment les missionnaires dans leurs efforts pour civiliser et convertir les popu­ lations congolaises et les arracher aux marchands d'es­ claves musulmans. Ce que les sœurs de la Charité et de Notre-Dame font pour le Congo, les lilies de la Croix le lont pour Calcutta et les Indes, où elles ont dix mai­ sons, et les ursulines de Thildonck pour Batavia. Enlin la Belgique contribue pour une large part à la subven­ tion générale des missions par l’œuvre de la Propaga­ tion de la foi et par l’œuvre de la Sainte-Enfance, qui sont établies dans toutes les villes et dans toutes les pa­ roisses des six évêchés du royaume. Voir sur ces mis­ sions Tynck, op. cit., p. 5, 14, 20, 25. 35-37, 52, et poul­ ies détails les revues : Lus missions de Mongolie et du Congo; L’œuvre du P. Damien; Le mouvement antiesclavagiste; La mission du Kwango; les Annales de la Propagation de la foi; les Annales de la Sainte-En­ fance. V. Enseignement. — En accordant la liberté d’ensei­ gnement, le Congrès n'avait pas voulu mettre l’Etat hors du droit commun; il avait décrété que l’État organise­ rait par de bonnes lois l’enseignement qui serait donné aux frais de l’État. Il est clair que l'intention du Con­ grès n’était pas de faire à l'enseignement privé une concurrence déloyale, mais plutôt de suppléer à son insuffisance et de le faire progresser par une noble émulation. 1» Enseignement supérieur. — L'Etat commença par l’enseignement supérieur. Une loi du 27 septembre 1835 érigea deux universités, l'une à Gand, l’autre à Liège. Comme il n’y a pas de religion d’Etat, les deux univer­ sités de l’État n’ont que quatre facultés : le droit, la médecine, la philosophie avec les lettres, enfin les sciences mathématiques, physiques et naturelles; la théologie est exclue; elle est laissée au clergé à qui elle appartient de droit. Mais il ne s'ensuit pas que l’ensei­ gnement doive être neutre, car autre chose est de ne pas reconnaître de religion d'Etat et autre chose de dé­ clarer l’État athée. Une école des arts et manufactures et du génie civil fut annexée à l’université de Gand et une école des mines et des arts et manufactures à l’uni­ versité de Liège. Les évêques avaient devancé l’État. Dès le 4 novembre 1834, ils avaient érigé une université catholique à Malines; elle ne comprenait que trois lacultés: la théologie, la philosophie et les lettres, les sciences mathématiques, physiques et naturelles; le 1" décembre de l'année suivante, elle fut transférée à Louvain et, en vertu d'un contrat conclu avec la ville, installée dans quelques-uns des locaux de l'ancienne université. Elle fut complétée par l’adjonction des facultés de droit et de médecine. Le pape Grégoire XVI, par bref du 8 avril 1834, autorisa la (acuité de théologie à conférer les grades de bachelier, de licencié et de docteur en théo­ logie et en droit canon. Le grade de docteur en théolo­ gie fut conféré pour la première fois en 1842. Le lau­ réat fut l’abbé Kempeneers, qui écrivit à ce sujet une savante dissertation De primatu romani pontificis. Ces grades ne procurent aucun avantage civil ; ils sont pure­ ment ecclésiastiques. Les loges maçonniques fondèrent presque en même temps l'université libre de Bruxelles, de sorte que. dès 1835, il y eut en Belgique quatre uni­ versités. Un jury central conférait les grades légaux de docteur en droit, en médecine, en philosophie et lettres et en sciences. La loi du 15 juillet 1849 organisa plus complètemen' l’enseignement supérieur; elle fixa le programme des cours et des examens légaux. Les grades légaux furent désormais délivrés par un jury mixte, composé en nom- 5-ί5 BELGIQUE brc égal de professeurs de l'enseignement officiel et de l'enseignement libre avec un président choisi en dehors du corps enseignant. Ce jury, combiné de telle sorte que les professeurs de Louvain siégeaient alternativement avec ceux de Liège et avec ceux de Gand, dura jusqu’en 1876. La loi du 20 mai 1876 donna à chaque université le droit de conférer les grades académiques pourvu qu’elle satisfasse au programme légal; elle établit en outre un jury central accessible â tous. Les diplômes, pour produire leur elïet légal, doivent être entérinés par une commission spéciale qui vérifie si les prescrip­ tions de la loi ont été observées. Voir Recueil des lois et arrêtés relatifs à renseignement supérieur, avec deux Suppléments, Bruxelles, 1881-1888; Annuaire de l’uni­ vers. calh., an. 1850 et 1877. La loi du 10 avril 1890 apporta de grands changements au programme des examens, scinda le doctorat en philosophie et lettres et établit des grades légaux pour les ingénieurs. Annuaire cité, an. 1891. 2” Université catholique de Louvain. — Grâce à la fidélité du gouvernement à observer, dans ses lois sur l'enseignement supérieur, la lettre et l’esprit du pacte fondamental, l’université catholique a pu se développer rapidement et parvenir à l’état florissant où nous la voyons après soixante-huit ans d’existence. Commencée à Malines, en 1831·, avec trois facultés et 86 élèves, elle s’est complétée à Louvain l’année suivante. Ses progrès furent si rapides qu’en 1840 elle comptait déjà 644 élè­ ves. Ces succès engagèrent deux membres de la Chambre des représentants à proposer, pour la nouvelle université, la personnalité civile. Mais le parti libéral agita avec tant de violence le spectre de la mainmorte que le projet fut retiré. Aujourd’hui les loges voudraient obtenir la personnalité civile pour l’université libre et désengagent l’université catholique à se joindre à elles pour obtenir la même faveur; mais le ministère catho­ lique ne se montre guère empressé de satisfaire à cette demande. Cependant l’université catholique continue sa marche ascendante. Dès 1838, elle a ajouté à son pro­ gramme des cours de langues sémitiques et bientôt pa­ raissait la Chrestomathia rabbinica et chaldaica de Beelen, Louvain, 1841-1843, le premier ouvrage de ce genre qui eût vu le jour en Belgique depuis la révolu­ tion française. Bientôt F. Nève y ajoutait les cours de sanscrit et d’arménien. Plus tard les cours de syriaque, d’arabe, de zend et de copte vinrent s’y joindre. En même temps il se forma une société de littérature fran­ çaise et une société de littérature flamande; d’autres sociétés scientifiques, religieuses et charitables se sont formées par après au sein de l'université. Sur les ins­ tances du premier congrès tenu à Malines, en 1863, une école du génie civil, de l'industrie et des mines lut an­ nexée à la faculté des sciences. Quelques années plus tard on ajouta une école d’agriculture et en 1901, un institut électrique; dans l'intervalle on y joignait les éludes pratiques aux cours théoriques et l’on organisait des laboratoires de chimie, de pharmacie, de biologie, d’anatomie, de bactériologie. En 1882, sous l'impulsion de Léon XIII, l’enseignement de la philosophie selon saint Thomas fut organisé; c’est aujourd’hui l’institut et le séminaire Léon-XIIL Enfin l’importance qu’ont ac­ quise, dans ces derniers temps, les sciences sociales et commerciales a fait annexer à la faculté de droit une école des sciences politiques et sociales et une école des sciences commerciales et consulaires. De la sorte l’université catholique est véritablement, comme on disait au moyen âge, une universitas studio­ rum. L'Annuaire de l’université pour 1903 donne les noms du recteur, du vice-recteur et des 97 professeurs qui forment le corps académique avec le programme détaillé des cours. Les cours élémentaires se font en trois années comme dans les séminaires. Le nombre des élèves qui ont suivi les cours, en 1902, 546 est de 2011, répartis ainsi : théologie et droit canon : 116; droit : 378; médecine : 408; philosophie et lettres : 260; sciences : 293; écoles spéciales : 556. Sur ce nom­ bre, 1094 ont obtenu devant les jurys d'examens un di­ plôme légal, 62 le diplôme de docteur en droit, et 59 le diplôme de docteur en médecine, chirurgie et accou­ chements. Les grades délivrés aux élèves en théologie, aux étrangers, aux agronomes, ne sont pas compris dans ce nombre. Le doctorat en théologie et en droit canors’obtient après six années d'étude, par les élèves qui ont déjà terminé leurs études théologiques dans un sémi­ naire. Souvent les évêques reprennent leurs jeunes prê­ tres avant qu’ils aient terminé. C'est ce qui explique le nombre relativement restreint de docteurs en théologie et en droit canon. Depuis 1841 jusqu’en 1902, on compte 36 docteurs en théologie, 154 licenciés et-421 ba­ cheliers, 17 docteurs en droit canon, 48 licenciés et 115 bacheliers. Le doctorat exige l’étude approfondie et imprimée d’une question de théologie ou de droit canon. Dans les 54 dissertations doctorales foules les branches de la théologie sont représentées : Ecriture sainte, les Théophanies, Ph. Van den Broeck (1851); l’Epître de S. Jacques, A. Liagre (1860) ; VOrigine des Évangiles, •I.-F. Demaret (1868); l'inspiration, G.-.I. Crets(1886); l'Aulorité du livre de Daniel, A. Hebbelynek (1886); l’Auteur du 1 F» Evangile, A. Camerlynck (1899); l'IJistoire du texte des Actes des Apôtres, 11. Coppieters (1902); dogmatique, l’Unité de l'Eglise, C. de Blieck (1847); ■ la Méthode en théologie, N. Laforèt (1849) ; la Primauté du pape, A. Kempeneers (1841); son Infaillibilité, J.-E. Hizette(1883); l'Épiscopat de saint Pierre à Rome, M. Lecler (1888); Doctrine d’Adrien VI, E. Reusens (1862); le Miracle, Al. Van Weddingen (1869); la Connaissance naturelle de Dieu, C. Lucas (1883), la Procession du Saint-Esprit a Filio, Ad. Vander Moeren (1865); la Création ex nihilo, A. Van Hoonacker (1886); l’élévation de l'homme à l’ordre surnaturel, J.-L. Liagre (1871); le Péché originel, J. Thys (1877); le Sort des enfants morts sans baptême, F.-C. Ceulemans (1886); la Pré­ destination, P. Mannens (1883); la Foi divine, Il.-.L-T. Brouwer (1880) ; la Confession sacramentelle, O.-F. Cambier (1884); le Gouvernement ecclésiastique d’après les Pères, L.-.l. Lesquoy (1881) ; l’Origine de l'épisco­ pal, A. Michiels (1900); le Sacrifice de la messe, IL Lambrecht (1875) ; la Foi des Syriens â l’eucharistie, T. -J. Lamy (1859); VHyperdulie, A. Haine (1864); la Résurrection des corps, L.-.L Mierts (1890); la Liberté civile, A. Enoch (1895); morale, le Doute en morale, G.-J. Wafl’elaert ( 1880) ; le Prêt à intérêt,Van Roey ( 1903) ; patrologie, Jacques de Saroug, J.-B. Abbeloos (1867); Aphraates, J. Forget (1882) ; Isaac le Ninivite, J.-B. Cha­ bot (1892); S. Pachome, P. Ladeuze (1898); Jean Fan Ruysbroeck, A. Auger (1892) ; Apollinaire,.!. Voisin (19011. Toutes ces dissertations, sauf celles de Ladeuze et de Voisin, sont en latin, langue dont s’est servie la faculté de théologie pour toutes les branches, sauf pour le droit civil ecclésiastique, jusqu’à la tin du xix" siècle. En droit canon, nous trouvons les dissertations suivantes : Ma­ riages mixtes, 11. Feye (1847); Situation des curés, V. Houwen (1848) ; Empêchements demariage, A. Heuser (1851); Oratoires privés et publics, A.-C. Van Gameren (1861 ) ; Sépultures et cimetières, F. Moulart ( 1862) ; Rési­ dence des bénéficiers, L. Henry (1863); Droit de l'Église sur les universités, P. de Robiano (1864); Vicaire capi­ tulaire le siège vacant, H.-J. Hermes (1873); Sémi­ naires, B. T. Pouan (1874) ; Placet royal, A. Muller (1877 ; Concordats, M.-B. Fink (1879); la Coutume en droit canon, .1. Bauduin (1888) ; le Droit de l’Eglise d’acquérir et de posséder, C. Scheys (1892); Conflits de juridiction au diocèse de Liège, le Droit de l’Eglise de posséder sous les Mérovingiens, A. Bondroit (1900). Les évêques de Belgique envoient aussi des jeunes prêtres suivre les cours de la faculté de philosophie et lettres et prendre 547 BELGIQUE le titre de docteur pour enseigner les humanités dans les collèges épiscopaux ; quelques-uns prennent le doc­ torat en sciences physiques et mathématiques ou en sciences naturelles pour l’enseignement de ces sciences dans les cours professionnels et dans les petits sémi­ naires. Voir les Annuaires publiés depuis 1837; L'uni­ versité de Louvain, Bruxelles, 1900; Université' catho­ lique de Louvain. Bibliographie, 1834-1899, Louvain, 1900; supplément, 1901. 3° Enseignement moyen. — La loi du 1" juin 1850 a organisé l’enseignement moyen et de nombreux arretés royaux ont réglé les détails. Cet enseignement com­ prend deux degrés : 1“ les athénées royaux et les col­ lèges; 2« les écoles moyennes. Les athénées sont actuel­ lement au nombre de 19 : ils ne peuvent pas dépasser le nombre de 20. Le programme des études comprend sept années ; à partir de la classe de cinquième com­ mencent les humanités latines qui se poursuivent jusqu’en rhétorique. Ces éludes humanitaires sont exigées pour l'entrée à l’université des jeunes gens qui veulent obtenir le grade de docteur en philosophie et lettres, en droit et en médecine. Les petits séminaires, les collèges épiscopaux et les collèges des jésuites suivent le même programme et sont admis aux univer­ sités aux mêmes conditions. A côté des humanités la­ tines, il y a les études professionnelles pour les jeunes gens qui se destinent au commerce et à l’industrie ou qui ne cherchent pas une formation littéraire aussi parlaite. Ces mêmes cours se donnent dans les collèges du clergé, mais non dans les petits séminaires, qui sont, avant tout, les pépinières du sacerdoce. Le grade de docteur en philosophie et lettres, ou en sciences pour les mathématiques, est requis pour obtenir le professo­ rat dans les athénées. Un cours de religion, donné par un prêtre désigné par l’évêque, fait partie du pro­ gramme. Il en est de même pour les écoles moyennes du degré inférieur. Le gouvernement nomme les pro­ fesseurs de ses établissements : il a des inspecteurs pour les surveiller et un conseil de perfectionnement présidé par le ministre et composé de huit à dix membres pour examiner les méthodes, les programmes, les livres desti­ nés à l’enseignement ou aux distributions de prix, en un mot tout ce qui concerne le progrès des études. Les écoles moyennes du degré inférieur comprennent un cours d’études de trois ans et sont comme le couronne­ ment des études primaires pour les jeunes gens qui ne veulent pas faire les études professionnelles. La religion fait partie du programme. Depuis 1881 il y a aussi des écoles moyennes pour filles; l’Etat peut établir cent écoles moyennes pour garçons el cinquante pour lilies. Le cours de religion est obligatoire. Le clergé a aussi quelques écoles du même genre pour les garçons et de très nombreuses pour les lilies. 4° Enseignement primaire. — La loi du 23 sep­ tembre 1842 a organisé l’enseignement primaire, huit ans avant l’organisation de l’enseignement moyen. D’après cette excellente loi transactionnelle, qui a régi renseignement primaire jusqu’en 1879, la religion de la majorité des élèves fait nécessairement partie du pro­ gramme; les enfants qui appartiennent à un autre culte sont dispensés d’assister aux leçons de religion. Le parti libéral, arrivé au pouvoir en 1879, supprima cette loi et établit l’école neutre par la loi du l,r juillet 1879. Cette loi fut combattue avec une énergie indomptable par I ■ clergé, qui s’imposa les plus lourds sacrifices pour créer, avec le concours des fidèles, dans toutes les pa­ roisses. des écoles catholiques. L’opposition porta ses fruits; le ministère libre-penseur fut renversé. La loi de 1842. rétablie avec quelques changements par le nouveau cabinet, est devenue la loi du 20 septembre 1884, qui régit aujourd'hui l’enseignement primaire. Voici les principales dispositions de cette loi. 11 y a dans chaque commune au moins une école 548 communale, établie dans un local convenable. La com­ mune peut adopter une ou plusieurs écoles privées et être dispensée de fonder une école communale,à moins que vingt chefs de famille ayant des enfants en âge d’école n’en réclament une pour l’instruction de leurs enfants. Les écoles primaires communales sont dirigées par les communes, qui nomment les instituteurs mu­ nis du diplôme requis. Les enfants pauvres reçoivent l'instruction gratuitement. Les communes peuvent ins­ crire l’enseignement de la religion et de la morale en tète du programme de toutes ou de quelques-unes de leurs écoles primaires. Cet enseignement se donne au commencement ou à la fin des classes: les enfants dont les parents en font la demande, sont dispensés d’y assister. Si, malgré la demande de vingt chefs de fa­ mille ayant des enfants en âge d’école, la commune re­ fuse d’inscrire l'enseignement de leur religion dans le programme ou met obstacle à ce que cet enseignement soit donné, le gouvernement peut, à la demande des parents, adopter une ou plusieurs écoles privées à leur convenance. L’instituteur doit ne négliger aucune occa­ sion d’inculquer à ses élèves les préceptes de la morale. Les catholiques ont établi des écoles normales pour la formation des instituteurs et des institutrices; l'Etat a aussi ses écoles normales. Un prêtre y donne les leçons de religion. Un jury délivre les diplômes. Dans les grandes villes, comme bon nombre d'instituteurs n'offrent pas les garanties voulues au point de vue reli­ gieux, les catholiques maintiennent leurs écoles pri­ vées. A la campagne le plus grand nombre des écoles de lilies est tenu par des religieuses. Les catholiques ont fondé en beaucoup d’endroits des écoles de laiterie, des écoles ménagères, des écoles de couture, générale­ ment annexées à des pensionnats. Voir les Rapports triennaux sur l’enseignement supérieur, moyen et primaire. VI. Congrès et œuvres sociales et charitables. — 1» Congrès catholiques. — A l’exemple des grandes réu­ nions catholiques de l’Allemagne et de la Suisse, un certain nombre d’hommes d’œuvre, encouragés par le cardinal archevêque de Malines et par plusieurs évêques, invitèrent les catholiques belges et étrangers, dévoués aux œuvres, à se réunir à Malines en congrès « à l’effet de se rendre compte de la situation des œuvres, d’aviser aux moyens de les protéger, de les développer et d’étendre leurs bienfaits, et d’unir tous leurs efforts pour la défense et le triomphe des intérêts et des libertés ca­ tholiques ». Statuts, a. 1er. Les discussions politiques et théologiques étaient formellement exclues. Le con­ grès se réunit à Malines et siégea du 18 au 22 août 1863. U eut un très grand succès. Les rapports qu’on lut sur les œuvres existantes, les discussions auxquelles elles furent soumises et les vœux qu’on émit ranimèrent les œuvres anciennes et en firent surgir de nouvelles. 11 donna l’élan au séminaire américain de Louvain et aux missions de Mongolie qui venaient detre créés. C’est au congrès de 1863 que furent décidées la création des écoles spéciales pour la formation des ingénieurs à l'université de Louvain, l’association des anciens étudiants de l’université catholique, qui a donné naissance à toutes les associations du même genre pour les collèges et sé­ minaires, la création des cercles catholiques et d’autres œuvres de moindre importance. Ce congrès eut un grand retentissement. L’éloquent discours du comte de Montalembert sur L'Église libre dans l’Etat libre, qui remua profondément ses 4000auditeurs, suscita une vive et longue polémique dans les journaux catholiques à raison de quelques idées du grand orateur sur les libertés modernes. La polémique sur ces libertés devint plus vive encore lorsque l’année suivante parut l’ency­ clique Quanta cura, à laquelle était annexé un Syllabus des erreurs condamnées par Pie IX. Elle s’est éteinte après la publication de l’encyclique de Léon XIII sur 549 BELGIQUE la Constitution civile des Etats et du gouvernement chrétien de la société domestique et civile. Une seconde session eut lieu â Malines l’année sui­ vante. En l'ouvrant le cardinal archevêque eut soin de rappeler que l'assemblée des catholiques ne s’associe à aucune école, à aucun parti, mais qu’elle adopte la grande règle de saint Augustin : In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus charitas. Les membres de cette assemblée devaient donc être unanimes pour professer les dogmes de la foi catholique et obéir à ses lois; mais pour tes opinions tolérées par l’Église ils restaient libres de penser comme ils l'entendaient. Cette session, dans laquelle Mor l'upanioup parla de l'ensei­ gnement populaire, ne lit pas surgir d’œuvre nou­ velle. mais elle donna une grande impulsion au Denier de Saint-Pierre, à l’Œuvre de Saint-François-Régis, aux sociétés de secours mutuels qui ont pris un si grand déve­ loppement dans ces dernières années, aux patronages, à la réglementation du travail des femmes et des enfants dans la grande industrie et aux œuvres antialcooliques; il insista aussi sur les œuvres d'enseignement, parti­ culièrement sur le développement des écoles profession­ nelles et des garderies. L'ne troisième session eut lieu dans les mêmes locaux en 1867; elle n'eut pas un moindre retentissement que les deux précédentes. Toutes les œuvres de sanctifica­ tion, de charité, d’enseignement, d’art religieux et d’économie sociale eurent des orateurs pour les recom­ mander. Mais le congrès attira particulièrement l’atten­ tion de ses membres sur la question ouvrière et sur les nombreuses œuvres qui s'en occupent. La sanctification du dimanche, les associations de production et de con­ sommation, les coopératives, les caisses d’épargne et d'assurances sur la vie, toutes ces questions qui préoc­ cupent aujourd'hui si vivement le gouvernement, les économistes et tous les bons citoyens, furent déjà exa­ minées, et différentes œuvres qui s'occupent du bienêtre et de la moralisation de l’ouvrier furent recomman­ dées. Voir Assemblée générale des catholiques en Bel­ gique, 1«,2° et 3e session, à Malines, 5 in-8°, Bruxelles, '1861-1865, 1868. Tout ce qui concerne la question ouvrière fut repris et discuté plus en détail au Congrès des Œuvres so­ ciales, que Mor Doulreloux, évêque de Liège, tint dans sa ville épiscopale du 26 au 29 septembre 1886. Les nombreuses agglomérations ouvrières que les charbon­ nages et la grande industrie ont réunies autour de Liège et la nécessité d'opposer une barrière aux Ilots montants du socialisme donnaient une grande opportu­ nité à ce congrès. Il fut divisé en trois sections : œuvres religieuses, œuvres économiques, législation. Il est né­ cessaire de soustraire les œuvres économiques à l'iniluence néfaste du socialisme; le congrès s’en occupa spécialement et donna une vive impulsion aux syndi­ cats agricoles, aux banques populaires et surtout aux caisses Raiffeisen, aux corporations ouvrières et chré­ tiennes, comme celle du Val-des-Bois de M. Harmel. Vn second et un troisième congrès lurent tenus à Liège dans les années suivantes. Le troisième, conformément au désir du souverain pontife, s’occupa de la question des salaires. Des réunions de Liège sortit l'institution des Aumôniers du travail, établis à Seraing. D'autres con­ gres du même genre eurent lieu à Namur, à Malines, à Nivelles, à Charleroi et s’efforcèrent de combattre les ravages que font, parmi les ouvriers, le socialisme, l'alcoolisme et l'irréligion. De son côté, le gouvernement n'est pas demeuré inac­ tif; il a pris sous sa protection les caisses d’épargne et de retraite; il les a instituées partout : il a pris diverses mesures pour faciliter et favoriser l’érection et l'acquisi­ tion des maisons ouvrières; il a augmenté les salaires des ouvriers des chemins de fer, assuré, dans la me­ sure du possible, le repos dominical pour ses employés, 550 augmenté la rémunération des soldats; il a constitué en 1895 le ministère du travail, auquel on doit déjà les largesses budgétaires accordées aux mutualités, l’ins­ pection des usines, l'enquête sur le travail du dimanche et sur le travail des femmes, enfin la loi sur les pen­ sions de vieillesse; il a établi les conseils formés de patrons et d'ouvriers pour prévenir les grèves. Grâce aux efforts réunis du gouvernement, du clergé et des hommes d’œuvre, il existait en Belgique, au 31 décembre 1900, 626 syndicats ou ligues agricoles, comptant 45 059 membres, dont les œuvres principales sont les laiteries coopératives, les assurances du bétail, les achats en commun des engrais chimiques, les caisses Raiffeisen. 2° Congrès eucharistiques. — La dévotion au SaintSacrement est toujours très vivante en Belgique; c'est une sainte de Liège, sainte Julienne, qui a suggéré à Urbain IV l'établissement de la Fête-Dieu; c'est à Liège qu'ont eu lieu les premières processions et l'établisse­ ment des trois jours d'adoration dits des quarante heures. C'est à Mur Doutreloux, évêque de Liège, que revenait l'honneur d’être le president permanent et l ame des congrès eucharistiques. Quatre se sont tenus en Belgique : à Liège en 1883, à Anvers, à Bruxelles et à Namur. Deux cardinaux, le nonce apostolique, vingt évê­ ques et plus de quatre mille membres ont assisté à ce dernier congrès, tenu du 13 au 18 juillet 1898 et terminé par une procession d'une magnificence extraordinaire. Toutes les questions concernant la dévotion au Saint-Sa­ crement y furent examinées. On peut en avoir le résumé dans le gros in-4° intitulé : XI· Congrès eucharistique international, Bruxelles, 1898. Le congrès, tenu à Na­ mur du 3 au 7 septembre 1902 sous la présidence de M*Jr Heylen, avec l'innombrable procession qui l’a ter­ miné, a laissé un souvenir ineffaçable. 3° Nous ne devons pas omettre le ///« Congrès inter­ national des catholiques qui s’est tenu à Bruxelles en '1894, dans lequel les questions les plus variées concer­ nant les sciences religieuses ont été traitées par les sa­ vants nombreux qui s’étaient rendus à cette assemblée qui eut un légitime retentissement dans le monde instruit. Le Compte rendu forme 9 in-80, Bruxelles, 1895. VIL Sciences sacrées. Publications. — Les guerres du commencement du xtx» siècle, les tracasseries du gouvernement hollandais, la fermeture des séminaires, la suppression des ordres religieux et le petit nombre des prêtres, tous absorbés par les travaux du ministère, firentquelespublicalionsreligieusesfurentpresquenulles depuis le commencement du siècle jusqu'en 1830 et de même dans les dix premières années de l'émancipation; mais depuis lors elles ont pris un magnifique essor; dans ces dernières années elles ont été aussi variées que nombreuses. Elles sont surtout sorties de deux grands centres d'érudition : l'université catholique de Louvain et la Société de Jésus. L’Académie royale et les trois universités de Bruxelles, de Gand et de Liège sont aussi des foyers littéraires et scientifiques, mais la théo­ logie en est exclue. 1° Ecriture sainte. — Jean-Théodore Beelen, né à Amsterdam, le 12 janvier 1807 et mort à Louvain le 31 mars 1884, suivit à Rome les cours d’exégèse et d'hébreu du P. Patrizzi et lut nommé professeur d’Écriture sainte et de langues sémitiques à l’université que les évêques belges venaient de fonder à Louvain. Il fit renaître les langues orientales en Belgique. Dès 1841. il publiait sa Chrestomathia rabbiniea et chaldaica, 3in-8°. Louvain, 1841-1843. qui renferme entre autres un dic­ tionnaire des abréviations rabbiniques. le plus complet que nous possédions. Cet ouvrage fut suivi d une dis­ sertation latine où il soutient l'unité du sens littéral dans l’Ecriture sainte, Louvain, 1845, puis de commen­ taires latins sur l’Épitre aux Philippiens, Louvain, 1849, 1852, sur les Actes des Apôtres, 2 in-12, Louvain, 1850- 551 BELGIQUE 1851, et sur l’ftpltre aux Romains, Louvain, 1851. Ce der­ nier a fondé la réputalion exégétique du professeur de Louvain. Beelen s'attache surtout à mettre en lumière le sens littéral et à le démontrer par l'examen philologique du texte original sur lequel il s’appuie principalement sans négliger cependant les autres secours que fournil l’exé­ gèse catholique. Trois ans plus tard il publia sa Gram­ matica græcitatis N. T., Louvain, 1857. C'est l’ouvrage de Winer corrigé. Le savant exégète a consacré le reste de sa vie à la traduction flamande avec commentaire de tout le Nouveau Testament d’après la Vulgate en tenant compte du texte original. Cette nouvelle version, ap­ prouvée par tous les évêques belges et reçue avec joie par le peuple flamand, parut â Louvain de 1860 à 1866 en 3 in-8»; 2e édit., 1892. L’auteur y ajouta : les Epilres et Évangiles des dimanches, des fêtes et du carême, 2 vol., Louvain, 1870-1871; les Psaumes, 2 in-8», Lou­ vain, 1878; les Proverbes, l’Ecclésiaste, la Sagesse, l'Ecclésiastique, 4 in-8», Louvain. 1879-1883. Une société d’exégètes flamands. Van de Putte, Cornaert, Dignant, Corluy, Hagebaert, a traduit le reste de l’Ancien Testa­ ment, Bruges, 1896-1897. Λ l’école de Beelen, qui est celle des grands exégètes des xvi« et xvn· siècles, appartiennent : J.-B. Van Steenkiste, Commentai·, in Matth., i in-8», Bruges, 1876; 3· édit., 1880-1882; in Actus Apost., 5e édit.. Bruges, 1897; in Epist. Pauli, 6' édit.. 2 in-8», Bruges, 1899; in Epist. cath,, 3e édit., Bruges, 1893; in Psalm., 3· édit., Bruges, 1886; A. Liagre, professeur au grand séminaire de Tournai depuis 40 ans, Commentarius in libros histor. N. T., 2e édit., 3 in-8», Tournai, 1899; in Epist. S. Jacobi, in-8», Louvain, i860; T.-.L Lamy, auteur du présent arlicle, Commentar, in Genesim, 2 in-8», Malines, 1883-1884; ce commentaire, traduit en français avec quelques additions, a été publié en ar­ ticles séparés dans Le prêtre, 1894-1897 ; Commentaire sur ΓExode, ibid., 1898-1899; sur le livre des Nombres, ibid., en cours de publication en 1903; sur l'Apoca­ lypse, ibid., 1893-1894: Questions actuelles d'Écriture sainte, ibid., 1899-1902; Introductio in S. Script., 6· édit., 2 in-8», Malines, 1901 ; cet ouvrage sert de ma­ nuel dans trois diocèses de Belgique; F.-C. Ceulemans, professeur au grand séminaire de Malines, In quatuor Evangelia, 3 in-8», Malines, 1899-1901 ; In Epist. ad Horn. et Gal., Malines, 1900; In Psalmos, Malines. 1900; L. Van Ongeval, professeur au grand séminaire de Band, In Mallhieum et Ecclesiasten, 2 in-8», Gand, 1900. Le Spicilegium dogmatico-biblicum, commentaire sur les principaux endroits dogmatiques des saints Livres, 2 in-8», Gand, 1884, du P. Corluy, S. J., el son Commen­ tar. in Joan., 2« édit., Gand. 1889, sont écrits dans le même esprit. F.-X. Schouppe a écrit un cours élémen­ taire d’Écriture sainte et de dogmatique plusieurs fois réimprimé et divers ouvrages de piété. Le Commenta­ rius in Epist. ad llebr., Gand, 1902, du P. C. Huyghe, se rapproche davantage de la nouvelle critique. Les nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de Babylone, Paris, 1896, d’Albin Van lloonacker, et Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l’histoire des Hébreux, Londres, 1899. du même professeur, rentrent dans le genre des travaux de l’école dite critique. 2» Théologie dogmatique. — Le Manuel de théologie de P. Dens, résumant par demandes et par réponses toute la Somme de saint Thomas, servit assez longtemps après 1830 de livre classique dans les grands séminaires de Belgique. Il est encore le manuel suivi au grand sé­ minaire de Malines, mais il a été retouché et enrichi des définitions du concile du Vatican et des autres do­ cuments pontificaux, en sorte qu'il est mis au courant des progrès de la science théologique et qu'il est devenu lu Theologia ad usum seminarii Mechliniensis. Dans I s autres séminaires et chez les religieux les manuels ont varié. 552 Dans l'apologétique, le P. J.-B. Boone, S. J., prédica­ teur de renom, nous a laissé de nombreux opuscules et le Manuel de l’apologiste, 2 in-8», Bruxelles, 18501851. Parmi les apologistes la première place revient au grand prédicateur rédemptoriste Victor Deschamps, formé à l’université de Louvain et mort cardinal arche­ vêque de Malines, qui fut une des lumières du concile du Vatican et défendit avec science et talent l'infaillibi­ lité pontificale contre Μ»· Dupanloup et le P. Gratry. Il nous a laissé ses remarquables Entretiens sur la de­ monstration catholique de la révélation chrétienne ; les Lettres théolcgiques sur la démonstration de la foi; La divinité de Jésus-Christ el les anlêchrisls dam les Ecritures, l'histoire et la conscience. Il appuie sa démonstration sur les faits divins, c’est-à-dire sur les miracles, les prophéties et la perpétuité de l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. Œuvres complètes, 17 in-8» et in-18. Malines, 1874. A l'apologétique se rapportentaussi l’opuscule de N.-J. Laforêt, recteur de l’uni­ versité catholique de Louvain, Pourquoi l’on ne croit pas, 3' édit., Louvain, 1867, et Les dogmes catholiques expo­ sés, prouvés et vengés des attaques de l’hérésie et de l'incrédulité, 2' édit., 4 in-12, Tournai, 1860. Le cha­ noine Labis avait aussi édité une Démonstration de l’Eglise catholique, mais un ordre de son évêque, Mo· Dumont, l’obligea à la retirer du commerce. Le P. jé­ suite Duvivier a publié un Cours élémentaire d’apolo­ gétique, 15» édit.. Tournai, 1898; Mti· Rutten, évêque de Liège, a donné aussi un Cours élémentaire d’apologét ique qui en est à sa dixième édition. Nous avons également de lui Les promesses divines de l'Église à travers les siècles. Pour la dogmatique spéciale, signalons d’abord L'im­ maculée conception de la Bienheureuse Vierge Marie considérée comme dogme de foi, par M»r .L-B. Malou, 2 in-8», Bruxelles, 1857. L’illustre évêque de Bruges s’était distingué à Rome en 1854 parmi les défenseurs du dogme de l’immaculée conception, il a consigné dans ce livre le résultat de ses profondes études. Le P. P.-F. Dummermuth soutient la prémotion phy­ sique dans S. Thomas et doctrina præmotionis phy­ sical, seu Desponsio ad P. B. Schneeniann S. J. aliosque scholæ thomislicæ impugnatores, in-8», Paris, 1886. Le jésuite De San a pris la défense du P. Schneemann et opposé au P. Dummermuth une vigoureuse argumen­ tation dans son Tractatus de Deo uno et trino, Louvain, 1898, t. t. Le P. jésuite Castelein soutient que le nombre des élus sera très grand : Le rigorisme, la doctrine du salut et le nombre des élus, Bruxelles, 1898. Le rédemp­ toriste Godls l’a combattu, De paucitate salvandorum quid docuerunt sancti, 3· édit., Bruxelles, 1899. Les jésuites De San, Lahousse et Vermeersch ont commencé la publication d’un cours complet assez développé de théologie, dont quatre volumes ont paru à Bruges. Le bénédictin dom Laurent Janssens, un Belge qui en­ seigne à Rome, a commencé à Fribourg la publication d’une théologie dogmatique dont cinq volumes, com­ prenant De Deo uno et trino et De Deo Homine, sont déjà imprimés. Le chanoine B. Jungmann, professeur à l’université catholique, avait auparavant publié à Ralisbonne son traité De vera religione et ses Institutiones theologiæ dogmatical, ouvrages fort estimés, qui ont eu plusieurs éditions. Le chanoine J. Liagre a publié aussi à l’usage de ses élèves du séminaire de Tournai une dogmatique élémentaire. 3» Théologie, morale. — A. Haine, professeur à l’uni­ versité catholique, a publié en latin des Éléments e POLÉMIQUE SPÉCIALE. — 1» De trans­ latione imperii romani a Græcis ad Francos, adversus Matthiam Flacciûm Illyricum, libri tres, in-8», Anvers, 1589 (et non 1584). — Un des principaux champions du pur luthéranisme, Matthias Flack Frankowitz, avait publié à Bàle, en 1566, un livre De translatione imperii romani ad Germanos ; il y niait que l'empire romain eut été transféré des Grecs aux Germains par l'autorité ponti­ ficale ; si le fait avait eu lieu, ajoutait-il, ce transfert n’aurait été qu'un abus de pouvoir de la part des papes. Comme ce livre faisait beaucoup de mal dans les cours allemandes, Bellarmin en entreprit la réfutation en 1584, mais il semble que la publication ait été différée jusqu'en 1589. Dollinger, Die Selbslbiographie, p. 88. Dans le 1. I, l’auteur établit d’abord que l’empire ro­ main a été réellement transféré des Grecs aux Francs par l'autorité du souverain pontife, Charlemagne n’étant parvenu à la dignité impériale par aucun autre titre; puis il soutient, c. xn, qu'en déplaçant ainsi l'autorité impériale, le pape n’a fait qu'user de son droit et de son devoir de déposer les rois et les princes chrétiens, quand la cause du Christ et de l’Église le demande. Dans le I. H, Bellarmin montre que ce pouvoir s'est appliqué 580 une seconde fois en 962, quand le pape .lean XII fit passer l'autorité impériale delà famille de Charlemagne et de la nation franque à la famille des Othons et à la nation saxonne. Le 1. Ill tend à prouver que l'institu­ tion des sept électeurs de l'empire est le fait du pape Grégoire V, en 996 ; thèse historique généralement abandonnée maintenant. Sur la question de droit, l’ou­ vrage De translatione imperii n’est qu'une application de la doctrine de l'auteur des Controverses sur le pou­ voir indirect du pape dans les choses temporelles. 2" Judicium... de libro, quem lutherani vocant, Con­ cordiae, in-8», Ingolstadt, 1585. — Les luthériens avaient publié Le livre de la Concorde d'abord en allemand, en 1580, puis en latin, en 1584. Bellarmin y signale de très graves erreurs contre le symbole des apôtres et de nom­ breuses faussetés ; il relève six erreurs sur la personne du Christ et soixante-sept mensonges. Dans une nou­ velle édition, en 1599, il ajouta une Brevis apologia; il y raconte, au début, quelle occasion l'avait amené à publier son Jugement de la Concorde. 3» Responsio ad præcipua capita apologise, quæ falso catholica inscribitur, pro successione ffenrici Favarreni in Francorum regnum, auctore Francisco Romulo, in-8», Rome, 1586. — Cet ouvrage ne figure pas dans les éditions des œuvres complètes du cardinal. Pendant longtemps on a hésité à lui en attribuer la paternité; mais le doute n’est plus possible. Bibliothèque delà Com­ pagnie de Jésus, édit. C. Sommervogel, t. I, col. 1180. C’est la réponse à une apologie en faveur des droits de Henri de Navarre au trône de France, publiée à Pa­ ris en 1585 et qui paraît avoir eu pour auteur Pierre de Belloy. Bellarmin, désigne parses prénoms de François Romulus, s’arrête à ce seul argument: Le chef suprême de l’Église, Sixte V. a déclaré Henri de Navarre héré­ tique notoire et relaps ; il l’a, comme tel, privé du droit de succession et l’a déclaré incapable de porter la cou­ ronne des rois chrétiens. Le développement contient quatre parties. L’auteur de l’apologie se dit faussement catholique; son langage témoigne d'un hérétique, sinon d'un athée. Le secte des huguenots, à laquelle Henri de Navarre appartient, est une secte hérétique, que l’Église catholique a depuis longtemps condamnée. Le siège apostolique a le droit de déposer les princes hérétiques, et de les priver du droit de régner sur les peuples ca­ tholiques. Ce serait donc faire acte d'imprudence et manquer de zèle pour la foi orthodoxe, que de ne pas taire tous ses elïorts pour écarter du trône un prince hérétique, jugé et condamné par l’Église. Les idées émises sur le pouvoir du pape dans l’écrit De transla­ tione imperii, c. xn, se retrouvent et sont même déve­ loppées dans la troisième partie du présent ouvrage. 4» De controversia Lovanii nuper exorta inter fa­ cultatem theologicam et professorem quemdam £>’. J. — Tel est le titre exact du petit traité que Bellarmin composa vers 1588, pour défendre Lessiu* contre la censure portée par la faculté de théologie de Louvain. On le trouve imprimé dans Liévin de Meyer, op. cit., t. I, p. 780 sq.. sous ce titre: Scriptum R. P. Roberti Bellarmini in defensionem doctrinæ P. Lessii. Après avoir remarqué que les controverses relatives à la pro­ vidence, à la grâce suffisante et efficace, à la prédesti­ nation et à la persévérance, viennent toutes d’une même source, la divergence de vues sur la manière dont Dieu concourt avec le libre arbitre, Bellarmin soutient que le système des prédéterminations physiques ne peut pas se recommander de la tradition catholique, la plupart des scolastiques et des Pères enseignant expressément que la volonté n’est pas prédéterminée dans les actes libres; il justifie ensuite dans le détail les assertions de Lessius. Dans cet écrit, comme dans l’échange de lettres qui eut lieu à la même occasion, le professeur du Collège ro­ main ne fait de réserves que sur deux points : l'élection à la gloire ex præscienlia meritorum, et la troisième 581 BELLARMIN 582 proposition de Lessius sur l’Écriture sainte : Liber alitout et à bon droit sur la question capitale, le serment d’allégeance. Pour Jacques 1", le principal moyen de guis (qualis forte est secundus Machabæorum} humana défense consistait à soutenir qu’il s’agissait uniquement industria sine assistentia Spiritus Sancti scriptus, si de l'hommage civil, dù par des sujets à leur prince Spiritus Sanctus postea testetur ibi nihil esse falsum, efficitur Scripturasacra. Schneemann,op. cit., p.138sq., légitime. Afin de montrer que la portée du serment dé­ passe l’ordre purement politique, Bellarmin en invoque ■4SI. On peut lire dans ce même auteur l’appréciation d’abord le titre, qui témoigne manifestement d'une plus sévère que porta Bellarmin sur les vingt proposi­ préoccupation religieuse :ad detegendos et reprimendos tions de Jacques Janson, déférées à Rome, et son juge­ papistas. Argument d'autant plus fort que, d'après un ment sur toute la controverse : Censura ad sententias Lovanio missas, p. 366; Sententia Bellarmini de con­ I historien anglican, le serment avait été rédigé avec l'in­ tention expresse de mettre une distinction entre les troversia Lovaniensi, p. 367 sq. catholiques qui niaient et ceux qui admettaient dans le 5° Responsio ad librum anonymum, cujus titulus est: pape le pouvoir de déposer les rois. S. Gardiner, His­ A riso piacevole data alla bella Italia. — Cet opuscule, tory of England from the accession of James 1, in-8”, divisé en vingt-quatre chapitres, parut d'abord comme Londres, 1887, t. 1, p. 288. Le cardinal examine ensuite appendice au traité De summo pontifice, dans l’édition le contenu même du serment; trois pouvoirs y sont des Controverses faite à Venise en 1599; il se retrouve niés qui, suivant la doctrine énoncée dans plusieurs aussi parmi les Opuscula dans les œuvres complètes de conciles généraux, appartiennent au pape : pouvoir de Bellarmin. L’A ris bienveillant donné à la belle Italie déposer iec rois quand le bien spirituel de l'Eglise le par un jeune gentilhomme français n'était qu’un pam­ demande, pouvoir de les excommunier en cas d’hérésie, phlet, où Nicolas Perrot se déchaînait sans mesure pouvoir de délier les chrétiens des vœux et des serments contre Sixte-Quint et la papauté; il prétendait montrer quand la gloire de Dieu et le salut des âmes l’exigent. l'Antéchrist dans le souverain pontife,opposait à la cour Comparant enfin la formule de Jacques I»r avec le ser­ romaine des textes empruntés à Dante, Pétrarque ment de suprématie imposé par Henri VIII, il n’y et Boccace, enfin, pour terminer dignement, lançait reconnaît qu'une différence d’expression, ce qui est contre le pape cinquante et un poèmes satiriques. Après avoir relevé finement le procédé peu noble de ce dans l’un d'une façon nette et explicite se trouvant dans l'autre d’une façon implicite, en termes obscurs, équi­ gentilhomme anonyme qui traitait en riant des sujets les plus sacrés, le cardinal renverse avec vigueur les voques et captieux. Appréciation qui n’étonnera guère, si l’on remarque qu’un historien protestant a dit du arguments que le jeune pamphlétaire avait prétendu emprunter à la tradition catholique pour décrier la pa­ serment d’allégeance, qu’il était en fait une reconnais­ sance de la suprématie royale. L. Ranke, Englische pauté; aux textes invoqués des grands poètes italiens, il oppose les passages nombreux et si beaux, ou ils ont Geschichte, in-8», Berlin, 1859, t. i, p. 542. fait entendre des accents tout autres; enfin il réduit à 12» Apologia Roberli S. R. E. cardinalis Bellarmini, néant les accusations satiriques portées contre Sixtepro responsione sua ad librum Jacobi, Magnæ Britanniæ regis, cujus titulus est : Triplici nodo triplex cu­ Quint et les papes. 6° Refutatio libelli de cultu imaginum, qui falso neus: in qua apologia refellitur preefatio monitoria synodus Parisiensis inscribitur. — Opuscule très court, regis ejusdem, in-4», Rome, 1609. — Comme l’écrit de qui parut dans l'édition vénitienne des Controverses, Jacques I«r qui la provoqua, cette apologie était adressée comme appendice au traité Ve cultu imaginum ; il à l’empereur et à tous les rois et princes catholiques. était dirigé contre une publication anonyme, faite à Cf. Epist. faniil., lxviii. Avec un calme et une ma­ Francfort en 1596 : Synodus parisiensis de imaginibus, jesté d'allure qui contrastent singulièrement avec le anno 824. Ex vetustissimo codice descripta. Bellarmin ton prétentieux et la marche lourde de son adversaire, soumet à une sévère critique les données du manuscrit l’habile controversiste relève d’abord la dignité, mécon­ invoqué et la doctrine, peu favorable au culte des images, nue par le roi d’Angleterre, du souverain pontificat et qu'on y attribue au synode parisien de 824; il conclut à de la pourpre cardinalice; puis il discute sa prétendue un faux synode et â un manuscrit sans autorité; conclu­ justification du serment d’allégeance et défend contre sion qui, aujourd'hui, n’est plus adoptée. Hefele, Jlisses attaques le pouvoir indirect du pape sur les choses toiredes conciles, trad. Delarc, t. v, p. 236 sq. temporelles et l’exemption des clercs. Comme pour se 7° Risposta del cardinal Bellarmino ad un libretto disculper d'être apostat et même hérétique, Jacques I»r inlitolato : Risposta di un dottore di teologia ad una avait fait une longue profession de foi, remarquable â lettera scritlagli... sopra il breve di censure della Santitre de document historique, ou il adhérait aux sym­ tila di Paolo V..., in-4», Rome, 1606. — 8° Risposta... boles des apôtres, de Nicée et de saint Athanase, puis ad un libretto intitolato : Trattato e risolutione sopra aux dogmes tenus d’un consentement unanime par les la validità delle scomuniche di Giov. Gersone, in-4», Pères des quatre premiers siècles, mais s’opposait vive­ ment aux doctrines de l’Église romaine touchant les Rome, 1606. — 9» Risposta... al Trattato dei sette teoÉcritures, le culte des saints, des morts, des reliques et logi di Venezia sopra l'interdetto... ed aile opposizioni di F. Paolo Servita contra la prima scrittura delT de la croix, le purgatoire, la transsubstantiation, la pri­ istesso cardinale, in-4», Rome, 1606. — 10“ Risposta... mauté et l’infaillibilité pontificale, etc., le cardinal le suit alla difesa delle otlo propositioni di Giovanni Marsur ce terrain ; on trouve par le fait même dans cet écrit siglio Napolitano, in-4», Rome, 1606. — Tous ces écrits une apologie substantielle et instructive des doctrines catholiques, que le chef de l’Église anglicane avait atta­ se rapportent à la controverse vénitienne; l'objet en est suffisamment connu par ce qui a été dit de cette con­ quées. Les trois derniers chapitres sont consacrés â la troverse dans la notice historique. Ils se retrouvent tra­ réfutation de trois listes de prétendus mensonges, his duits en latin et groupés autrement dans les éditions toires fausses ou dogmes nouveaux. complètes des œuvres de Bellarmin, par exemple dans 13» Tractatus de potestate summi pontificis in rebi.s l'édition de Cologne, 1617, t. vu, p. 1027 sq. temporalibus, adversus Gulielmum Barclay, in-8». 11» Responsio Matthæi Torti presbyteri, et theologi Rome, 1610. — Le titre de cet ouvrage en indique l’objet. papiensis, adlibrum inscriptum : Triplici nodo triplex Aux quarante et un chapitres du livre inachevé de Bar­ cuneus, in-8», Cologne 1608. — C’est la réponse à l’apo­ clay, Bellarmin en oppose quarante-deux, où il soutient, logie de Jacques 1er; réponse digne et solide où, sans en lui donnant de nouveaux développements, la doctrine négliger les points secondaires, en particulier les accu­ du pouvoir indirect du pape, répond aux objections sations portées par le roi d'Angleterre contre ses sujets faites par l’adversaire et défend les arguments dont il catholiques, le champion du saint-siège insiste avant s’était servi lui-même dans son traité De romano pou- 583 BELLARMIN tifice, 1. V, c. vi sq. Dans les prolégomènes, il apporte les témoignages de nombreux auteurs de nationalités diverses, et des conciles généraux de Latran en 1215 et de Lyon en 1215. 14° Roberli S. R. E. card. Bellarmini Examen ad librum falsa inscriptum : Apologia cardinalis Bellar­ mini pro jure principum, etc., auctore Rogero VViddringtono, catholico anglo, in-8», Rome, 1612. — Cet ouvrage n'est connu que par son titre et par les indica­ tions données par le P. Zaccaria, qui se proposait de le publier dans une nouvelle édition des œuvres de Bellar­ min. Couderc. Le vénérable cardinal Bellarmin, 2 vol, in-8», Paris, 1893, t. n, p. 140. Le cardinal en parle luiméme dons son autobiographie, § 50, et dans une lettre du 12 septembre 1612 à l’archiprétre d’Angleterre Birkhead. Epist. famil., xcvi. Le cardinal Passionei et beaucoup d’autres, avant ou après, ont prétendu identifier ce livre avec la réfutation de Roger Widdring, ton, publiée en 1613 à Cologne, par Adolphe Sehulcken, el insérée par Rocaberli dans sa Bibliotheca maxima pontificia, Rome, 1698, t. il. L'identification est vraie en ce sens que le manuscrit de Bellarmin fut envoyé à Cologne avec pleine liberté d’en tirer le parti qu'on jugerait convenable. Schulken utilisa de fait, non seu­ lement la doctrine, mais les trois quarts du temps, la rédaction même de Bellarmin. Ces conclusions diffé­ rentes de celles qui avaient été émises précédemment reposent sur l’examen du manuscrit autographe re­ trouvé depuis lors par l'auteur de cet article et de la correspondance échangée entre Aquaviva et les Pères de Cologne. III. (EUVUES D'EXÉGESB ET DE LITTÉRATURE SA­ CRÉE. — 1» In omnes Psalmos dilucida expositio, in-4», Rome, 1611. — Commentaire remarquable, ou le cœur n’eut pas moins de part que l'esprit. Epist. famil., xcvm. De là un parfum de piété et d onction qui s’allie heureusement avec une intelligence du texte sérieuse et approfondie. Richard Simon a donné de cette œuvre une appréciation judicieuse : « La méthode que le cardinal Bellarmin a suivie dans son commen­ taire des Psaumes est bonne et digne de lui. Il examine le texte hébreu qui est l’original, puis les deux anciennes versions que l’Église a autorisées. Il n’est pas cependant assez critique, et il ne parait avoir su que médiocrement la langue hébraïque; de sorte qu'il se trompe quelque­ fois. Comme il a écrit après Génébrard, il a pris de lui la plupart de ce qui regarde la grammaire et la critique, en y changeant seulement quelque chose. 11 y a aussi des endroits qu'il aurait pu expliquer plus à la lettre et selon le sens historique; mais il y a bien de l'appa­ rence qu'il ne l’a pas voulu faire, afin que son commen­ taire fût plus utile aux chrétiens. » Histoire critique du Vieux Testament, I. III, c. xn, in-4», Rotterdam, 1685. Les exégètes protestants ont aussi rendu hommage à la valeur de cet ouvrage. Voir le P. Comely, Intro­ ductio generalis, Paris, 1885. p. 681, 683. On compte plus de trente éditions et diverses traductions, en par­ ticulier une traduction française par l'abbé E. barras, 3 in-8». Paris. 1856. 2» De editione latina vulgata, quo sensu a concilio Tridenlino definitum sit, ut ea pro authentica habeatur. — Dissertation publiée en 1749, à Würzbourg, par le P. Widenhofer, d'après un manuscrit autographe de Bellarmin, trouvé chez les jésuites de .Malines. L’authen­ ticité en a été défendue dans les Mémoires de Trévoux, septembre et octobre 1753, a. 94, 100, 105. L’auteur se demande en quel sens le concile de Trente a déclaré authentique la version latine de la Bible, dont l’Église se sert depuis saint .léréme. Réponse : « Tous ceux que j’ai pu lire jusqu'à présent paraissent s’accorder sur deux points touchant la Vulgate, savoir : que cette ver­ sion doit être regardée comme exempte de toute erreur, en ce qui concerne la foi catholique et les bonnes v>b4 1 mœurs, et qu’elle seule doit être conservée dans l’usage public des églises et des écoles, quoique d'ailleurs i! puisse s’y trouver des fautes. » Onze témoignages sont cités, depuis Driedo jusqu'à Génébrard; puis la thèse est confirmée par cinq raisons, tirées soit du décret luiméme, soit de la comparaison de la Vulgate avec les textes originaux, soit de l'expérience qui nous force à I reconnaître des fautes en maint endroit de cette version. Comparer, dans les Controverses, le traité De verbo Dei, I. II, c. x sq. Cette dissertation, sous sa forme actuelle, appartient à l'époque où Bellarmin était déjà professeur au Collège romain, car on y trouve cités plusieurs ouvrages, dont les premières éditions sont de 1577. 1578 et 1580. Mais il est possible qu’il y ait eu une première rédaction à Louvain. L’élude que Bellar­ min fit alors de la sainte Écriture est attestée par un exemplaire de la Bible, annoté de sa main, qu'on con­ serve encore aujourd’hui à la bibliothèque de l'université de cette ville. Couderc, Le vénérable cardinal Bellar­ min, 2 vol. in-8», Paris, 1893, t. n, p. 141, note 2. En outre, une lettre adressée, le l»r avril 1575, au cardi­ nal Sirlet, porte précisément sur le même objet que la dissertation. Voir, pour cette lettre, Mor Batiffol, La Vaticane de Paul III à Paul Γ, Paris. 1890, p. 29sq.; J. Thomas, Mélanges d'histoire et de littérature reli­ gieuse, in-12, Paris, 1899, p. 312 sq. On trouve une traduction française de la dissertation de Bellarmin dans la Bible de Vence, généralement au t. i, parmi les préliminaires. 3» Institutiones linguæ hebraicæ ex optimo quoque auctore colleclæ, et ad quantam maximam fieri potuit brevitatem, perspicuitatem atque ordinem revocata·, in-8», Rome, 1578. — Bellarmin composa cette gram­ maire hébraïque à Louvain pour son propre usage, el s’en servit ensuite dans l’intérêt de ses élèves; c’est sou premier ouvrage imprimé. Autob., S 23, 28. Dans quelques éditions, on ajouta un exercice sur le Ps. xxxt, et un lexique. Cette grammaire, de valeur secondaire, est depuis longtemps vieillie. 4» De scriptoribus ecclesiasticis liber unus, in-4», Rome. 1613. — Catalogue des écrivains ecclésiastiques jusqu’en 1500, avec une courte chronologie depuis la création du monde jusqu'en 1612. Dans une préface qui se lil dans les anciennes éditions. Bellarmin explique comment, professeur de théologie à Louvain, il fut amené à composer cet ouvrage en parcourant les auteurs anciens pour se servir de leur doctrine et aussi pour distinguer leurs écrits authentiques des apocryphes. Il le retoucha et l'augmenta quarante ans plus tard, avant dele publier. Livre assurément imparfait, mais remar­ quable pour l’époque et témoignant tout à la fois d’un travail considérable et d'un grand esprit d'initiative. Aussi valut-il à son auteur l’estime des érudits, même protestants,comme le proclameentreautres.I. Fabricius. Historiabibliothecæ fabricianx, part. V, Wolfenbuttel, 1722, p. 448. 11 a eu plus de vingt éditions, dont la principale est celle du P. Jacques Sirmond. Paris, 1617. Le P. Labbe, André du Saussay et Casimir Oudin ont travaillé successivement à le rendre plus correct et plus complet. IV. ŒUVRES D'INSTRUCTION PASTORALE ET MORALE. -· 1» Dottrina cristiana breve, Rome, 1597 ; puis, Dichiarazione piu copiosa della dottrina cristiana, 1598. — Bellarmin composa ce petit et ce grand catéchisme à la prière du cardinal Tarugi, archevêque de Sienne, et sur l’ordre de Clément VIII. Autob., §36; Epist. famil., XXXVII. Il y rapporte toute la religion chrétienne aux j trois vertus théologales; à la foi se rattache le sym­ bole des apôtres; à l’espérance, l'oraison dominicale et I la salutation angélique; à la charité, les commande­ ments de Dieu et de l’Église, les sacrements qui l'en­ gendrent et la nourrissent, puis les vertus et. par oppo­ sition, les vices et les péchés. Le tout couronné par un 585 BELLARMIN 586 mais instruit par l’expérience, il avait renoncé â ce chapitre sur les fins dernières. Le développement est genre pour être plus apostolique. Autob., § 16. Les ser­ clair, simple, pieux et précis, sous forme de questions mons de Louvain ont été traduits en français par l’abbé et de réponses; dans le petit catéchisme, le maître in­ E. Berton, 4 in-8° ou in-18, Paris, 1856. terroge et le disciple répond ; dans le grand, l'ordre est 5» Ve ascensione mentis in Deum per scalas rerum renversé. Clément VIII fit examiner l’œuvre de Bellar­ creatarum, in-12. Rome, 1615. — 6° De æterna felici­ min par la Congrégation de la Réforme et, le 15 juil­ tate sanctorum libri quinque, in-8°, Rome et Anvers, let 1598, publia un bref très élogieux où il imposait ce 1616. — 7° De gemitu columbæ, sive de bono lacrymacatéchisme aux diocèses des États pontificaux et expri­ rum libri tres, in-12, Rome; in-8“, Anvers. 1617. — mait le souhait qu’il fût universellement adopté. L’ouvrage 8° De septem verbis a Christo in cruce prolatis librili, commença dés lors à se répandre d'une façon extraor­ in-12, Anvers, 1618. — 9° De arte bene moriendi libri dinaire. Par un bref du 22 février 1G33, Urbain VIII en duo, in-12, Rome; in-8°, Anvers, 1620. — Petits traités recommanda l’usage dans les missions d'Orienl; des ascétiques dont le titre même indique l'objet. Bellarmin traductions s’en firent en toute sorte de langues. les composa pendant ses retraites annuelles d'un mois Benoit XIV adressa, le 7 février 1742, à tous les évêques au noviciat de Saint-André. Dupin les déclare « pleins de la chrétienté une constitution spéciale ou il formu­ d’une morale très pure et d’une piété solide ». Saint lait le même souhait que Clément VIII. La prohibition François de Sales, parlant du premier, dans la préface de ce catéchisme à Vienne, en 1775, et l'opposition que du Traité de l’amour de Dieu, le dit merveilleux. lui firent dans la haute Italie le P. Martin Natali, Aussi ces cinq opuscules ont-ils été souvent réédités et des Écoles pies, et l evéque janséniste Scipion Ricci, traduits en diverses langues. Le troisième, De gemitu n'eurent pour ellet que de le recommander davantage à columbæ, donna lieu, après la mort de son auteur, â l'estime des catholiques attachés à Rome. Dans le projet des plaintes, du reste exagérées, de la part de religieux d'un catéchisme universel qui fut proposé au concile qui se crurent dénigrés par les gémissements de la co­ du Vatican, le petit catéchisme de Bellarmin était dési­ lombe sur le relâchement dans quelques ordres. Cou­ gné pour servir de modèle. Acta et decreta SS. Conci­ derc, op. cit., t. n, p. 295 sq. liorum recenliorum, Fribourg-en-Brisgau, 1890, t. vu, 10° De officio principis christiani libri tres, in-8·’, col. 663 sq. Enfin, dans l’approbation donnée par Rome et Anvers, 1619. — Dans ce traité, composé sur Léon XIII, le 3 décembre 1901, â une nouvelle édition la demande des jésuites polonais et dédié au prince de ce même catéchisme, on lit ces paroles : Quoniam Ladislas, fils du roi Sigismond III, Bellarmin développe de eo libro agitur, quem sæculorum usus et plurimo­ les obligations d’un roi chrétien envers Dieu, envers rum episcoporum doctorumque Ecclesiæ judicium ses inférieurs, envers ses égaux et envers lui-méme; comprobavit... Analecta ecclesiastica, Rome, décembre puis il propose comme modèles huit princes ou chefs de 4902, p. 483. l'Ancien Testament et dix du Nouveau, dont il décrit la 2° Dichiarazione del simbolo, in-16, Rome (?), 1604. — vie et les vertus dans une série de courtes biographies. Explication, article par article, du symbole des apôtres, 11° De cognitione Dei... opus ineditum, in-8» de 60 p., que Bellarmin rédigea à Capoue, dans l’intérêt de ses Louvain, 1861. — Considérations ascétiques, divisées en prêtres. Autob., § 45. Elle fut traduite en français dès treize chapitres, sur Dieu, son essence et ses attributs, 1606, et se trouve en latin au t. vu des œuvres complètes sagesse, science, providence, miséricorde et justice du cardinal, Cologne, 1617. Presque tout se retrouve dans l’ouvrage qui suit : 3° Admonitio ad episcopum Theanensem, nepotem 12° Exhortationes domesticæ... ex codice autographo suum, quæ necessaria sint episcopo qui vere salutem suam æternamin tuto ponere velit, in-8°, Paris, 1616; bibliolhecæ rossianæ S. J., in-12, Bruxelles, 1899. — Cologne, 1619 (édit, plus complète). — Instruction Exhortations spirituelles en latin ou en italien, publiées courte et solide, adressée par le cardinal â son neveu, par le P. Van Ortroy, bollandiste, d’apres un autographe conservé à Vienne, en Autriche. Elles furent adressées Angelo della Ciaia, promu à l’évêché de Téano, sur les devoirs des évêques, ou plutôt sur ce qui leur est né­ par Bellarmin aux religieux de la Compagnie de Jésus soit au Collège romain, soit à Naples et dans quelques cessaire pour mellre leur salut en sûreté. Neuf ques­ autres maisons. A la fin du volume, on trouve trois tions y sont traitées, dont les principales concernent panégyriques de saint Ignace de Loyola, prêches par le la résidence et la prédication de la parole divine, la cardinal au Gesù de Rome en 1599, 1605 et 1606. perfection exigée par l’épiscopat, les ordinations, la plu­ 13» Tractatus ae obedientia quæ cæca nominatur ; ralité des bénéfices et l'emploi des revenus ecclésias­ Summa responsionis ad censuram Juliani Vincentii in tiques, les rapports avec les princes et avec les pa­ epistolam sanclæ memorias P. Ignalii. — Deux écrits rents. Le cardinal Passionei fit lui-mêmeréimprimercet de circonstance, composés par Bellarmin, en 1588, opuscule; une édition parue à Rome, en 1805, contient en comme réponse à des attaques portées par un religieux appendice un traité jusqu’alors inédit de Bellarmin sur brouillon contre la lettre de saint Ignace sur l'obéis­ la manière de prêcher, De ratione formandæ concionis. sance. Ils ont été publics par le P. J.-B. Couderc dans 4» Conciones habites Lovanii, in-4°, Cologne, 1615; un petit volume intitulé: La lettre de saint Ignace sur Cambrai, 1617. — Ces deux éditions des sermons latins, l’obéissance commentée par Bellarmin, in-16, Limoges, précités à Louvain par Bellarmin, sont à distinguer. La 1898. Dans le Traité de l’obéissance dite aveugle, l'apo­ première, faite sur des notes prises par un auditeur, se logiste explique ce que le fondateur de la Compagnie de trouva très défectueuse, et le cardinal s’en plaignit. Jésus entendait par obéissance aveugle, et montre que Epist. famil., xctv, cxvtti. La seconde, exécutée sur une cette sorte d'obéissance est autorisée par les saintes Écri­ copie qui avait été transcrite de son propre manuscrit tures, les témoignages des Pères et des marques de l'ap­ par des religieux prémonlrés, ibid., ct.xxxv, reçut l’ap­ probation divine; il répond enfinà quelques objections. probation de l'auteur. On y compte quatre-vingt-sept sermons, dont quarante-cinq sur les dimanches et fêtes, v. œuvres inédites. — Il suffit de signaler un grand nombre de lettres et les sermons prêches à Capoue. cinq sur les fins dernières et autant sur le Missus est, douze sur la vraie foi et la véritable Église, huit sur Couderc, op. cit., t. n. p. 143. L’opuscule De militia les tribulations et douze sur le psaume Qui habitat in ecclesiastica, dont parle Dollinger, Die Selbstbiograadjutorio. Discours méthodiques et vigoureux, mais phie, p. 187, parait controuvé. Trois manuscrits mé­ dont on a pu dire qu’ils sont plus instructifs qu’élo­ ritent une mention spéciale. quents; ce sont plutôt, selon le mot de Dupin, des leçons 1° Commentarii in Summam S. Thomæ. — C'est le de théologie. Au début de sa carrière oratoire, Bellar­ cours de théologie enseigné à Louvain, du 10 octobre min avait donné beaucoup aux ornements du style 1570 au 17 avril 1576; quatre volumes petit in-4», con­ 587 BELLARMIN serves aux archives secrètes du Vatican. Dans le premier, la I·, q. t-cxtx, 618 p. ; dans le second, la I» II®, q. lvcxiv, 760 p. ; dans le troisième, la 11“ H”, q. l-LXHI, a. 1-2, 780 p. ; dans le quatrième, la suite de la 11“ 11®, lxiii, a. 3-Cxlvii, 1668 p. Bellarmin nous a fait con­ naître lui-même le temps qu’il passa sur chaque partie de la Somme. Autob., S 22. Dans ces commentaires, il s’attache constamment à l’ordre des questions et des ar­ ticles de saint Thomas, mais d’après une méthode qui rappelle, dans l'ensemble, le genre du P. Grégoire de Valentia, Après avoir proposé le sujet, le professeur en entreprend par lui-même l'exposition, la preuve et la discussion. Dans la suite des articles, il passe légèrement sur ceux qui sont faciles ou purement métaphysiques, mais quand une question importante se présente, il la discute ex professo, soit en la divisant en propositions ou conclusions, soit en posant des dubia qu’il résout. Divers manuscrits,dénommés Annotationes in Summam ou Rhapsodiæ in l>. Thomam, ne sont vraisemblable­ ment que des copies ou des extraits des Commentarii répandus par les élèves de Bellarmin; on voit, par exemple, par le Diarium secundum du collège anglais de Douai, qu’en 1577 les professeurs de théologie y dic­ taient dans leurs cours les Commentationes P. Roberli itali, docte, breviter et perspicue elaboratas, ac non ita pridem Lovanii praelectas. T. F. Knox, Records of the English Catholics under the penal Laws, Londres, 1878, t. I, p. 117, 128. Ce qu’il y a d’important dans les leçons de Louvain se retrouve, en grande partie, dans les Con­ troverses. 2» Senlentiæ D. Michaelis Bait docloris lovaniensis a duobus ponli/icibus damnatæ el a Roberto Bellarmino refulalæ. — A la Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 4320, fol. 144 sq. Ce manuscrit comprend quinze chapi­ tres, où les propositions de Baius sont groupées par ordre de matière, et réfutées à l’aide de passages extraits des Commentarii in Summam. J’ai utilisé ce travail dans l'article Baius, col. 64 sq. 3° De novis controversiis inter patres quosdam ex ordinc prædicatorum et P. Molinam, 1597(2). — Manus­ crit dont deux copies existent â Rome, aux bibliothèques Corsini, Mise., cod. 1323, et Vittorio Emmasuele, mss. Gesuilici, n. 1493 (3622). C'est, à n'en point douter, l'Opuscultim dilucidum dont Bellarmin parle dans son autobiographie et qu'il composa, à la demande de Clé­ ment VIII, sur la censure portée, en 1596, par des frères prêcheurs contre neuf propositions extraites du livre de Molina et une autre relative à la confession par lettres. Liévin de Meyer, op. cil., t. I, p. 197 sq. Cet écrit con­ tient un jugement motivé sur les propositions incrimi­ nées, en même temps qu'une exposition vraiment claire des points essentiels du débat: grâce efficace, science des futurs contingents, concours de Dieu avec le libre arbitre, prédestination, providence et grâce du premier homme. Je reviendrai sur cet opuscule, en parlant de la doctrine de Bellarmin. Éditions complètes des œuvres de Bellarmin : 7 in-fol., Cologne, 1G17-1G20; Paris, 1619 ; Venise, 1721-1728 ; 8 in-4*, Naples, 18561862, 1872 ; 12 in-4·, Paris, 1870-1874. Pour les éditions, réim­ pressions et traductions des dilférents ouvrages, ou les livres publiés pour ou contre les Controverses et autres écrits du car­ dinal, voir la très riche bibliographie contenue dans la Biblio­ thèque de la Compagnie de Jésus, édit. C. Sommervogel, S. J., Bruxelles et Paris. 1890 sq., t. i, col. 1151-1254, avec les Ad­ denda, p. X-Xl, t. vin, col. 1797-1807. Ct. Niccron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, Paris, 1715, t. XXXI, p. 2 sq. ; Ellies du Pin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, in-4·, Utrecht, 1745, t. xvn, p. 18 sq., analyse détaillée des Controverses ; Dollinger et Reusch, Die Selbstbiographie, beaucoup de notes utiles; Hur­ ter, Nomenclator literarius, 2* édit., Inspruck, 1892, t. t, p. 228-229. IIL Caractéristique, doctrine, influence de BelLARjtlN. — 11 ne s’agira ici ni des œuvres exégétiques ou DICT, DE T1IÉOL. CATI1OL. 588 ascétiques, ni des œuvres oratoires ou pastorales, bien que toutes aient contribué pour leur part â la renommée de leur auteur; l'étude vise le théologien dans sa phy­ sionomie propre. I. CARACTÉRISTIQUE ET TRAITS GÉNÉRAUX. — On doit les chercher dans le rôle apologétique du cardinal, dans son œuvre et sa méthode. 1« Rôle apologétique. — Prosper Lambertini, parlant comme promoteur de la foi dans la cause du vénérable serviteur de Dieu, lui a rendu ce témoignage, qu'il a mérité le nom de marteau des hérétiques, en confon­ dant l'erreur par ses écrits. C’est bien là ce qui parait au premier plan dans l’auteur des Controverses. Mais son rôle apologétique n’est pas tout entier dans la lutte contre l’hérésie ; Bellarmin a été encore, dans les luttes politico-religieuses auxquelles nous l’avons vu mêlé, le grand champion du siège romain el des droits inhérents à la primauté du vicaire de Jésus-Christ. Sur ce double terrain il eut un rôle de premier ordre ; amis et enne­ mis en conviennent. « Il est sûr, a écrit Bayle, qu'il n’y a point de jésuite qui ait fait plus d'honneur que lui à son ordre, et qu’il n’y a point d'auteur qui ait soutenu mieux que lui la cause de l’Église romaine en général, et celle du pape en particulier. Les protestants l'ont bien reconnu. » Dictionnaire historique et critique, 2· édit., Paris, 1820, t. nr, p. 264. Ranke l’a proclamé « le plus grand controversiste de l’Église catholique, auquel on rend la justice de dire que nul ne mena une vie plus apostolique ». Histoire de la papauté, t. Il, p. 108. Il y a là pour Bellarmin un titre d'autant plus réel à la reconnaissance des catholiques, qu'il comprit de bonne heure sa mission et s'y donna sans réserve. Il fut aidé, assurément, par ses qualités naturelles, cette riche mémoire, cette facilité à tout saisir et à tout s’ap­ proprier, cette netteté de pensée et celte clarté métho­ dique dans l'exposition qui se manifestèrent dés son enfance ou pendant sesétudes.Les circonstancesl’aidèrent aussi ; son enseignement et ses prédications à Louvain, dans un milieu ou l'influence protestante cherchait à pénétrer, furent pour lui comme une première orienta­ tion. Mais il sut mettre à profit les dons reçus et les circonstances providentielles; ses études de patristique l'armèrent d’une érudition remarquable pour l’époque; la lecture des auteurs protestants le prépara encore plus directement à son rôle futur. Et quand il monta dans sa chaire de controverse au Collège romain, il fut à sa place et dans sa vocation. Enfin une idée apostolique le guida dans la publication de ses Disputationes ; il com­ prit qu’il fallait multiplier les livres pour la défense de la vraie foi: llla prima ratio me movit, dit-il dans l'avis au lecteur, quod non solum non obesse, sed eliam prodesse censeam ecclesiastical caussæ, si plurimi hoc tempore scribant. La publication venait, du reste, à son heure. 2» L’œurre et la méthode. — Beaucoup de doctes travaux avaient paru sur les points controversés en ma­ tière de religion, mais des travaux de détail, isolés et éparpillés dans un grand nombre d'ouvrages; Bellarmin jugea qu'il serait grandement utile de les réunir en un seul corps. On a vu comment il réalisa ce plan. L'idée apologétique se retrouve dans l'application, comme elle fut au début; partout, à côté des données traditionnelles, l’adaptation aux besoins du temps. Ainsi paraissent, dans le traité De verbo Dei, la canonicité des Livres saints, l’authenticité de la Vulgate, l'interprétation des divines Écritures qui ne pourrait être laissée à l’examen privé, mais relève de l’Église, de son magistère vivant, l'exis­ tence enfin et la nécessité de la tradition. De même, dans les autres traités; rien n'échappe au controversiste de ce que l’hétérodoxie d’alors avait avancé contre la per­ sonne du Christ, ses attributs et son rôle de médiateur, ou contre l’Église catholique, son chef, ses membres, ses usages, son culte, ses sacrements, sa doctrine sur II. - 19 589 BELLARMIN la grâce, la justification, le mérite et les bonnes œuvres. Véritable Somme en son genre ou, suivant l'expression de Montague dans la préface de {'Apparatus ad origines ecclesiasticas, n. 56, in-fol., Oxford, 1635, « seul et le premier, Bellarmin exploita, avec autant de bonheur que de talent et d'habileté, cette énorme masse et ce vaste chaos de controverses, pour y faire succéder l’ordre à la confusion. » Le style des Disputationes est net. précis et, quoique scolastique, n'est pas dépourvu d’élégance, clarus, non inelegans, disait Campanella, De libris propriis et recta ratione studendi syntagma, c. ix, a. 9. in-8“, Paris, 1542, p. 84. La méthode est simple, mais parfaitement appropriée au dessein de l'auteur. Il rapporte d’abord, sur chaque question, les erreurs des hérétiques et les sentiments des théologiens catholiques, puis explique en peu de mots la doctrine de l'Eglise ou le sentiment qu’il adopte. Suit l'argumentation, serrée, vigoureuse, appuyée sur la sainte Écriture, les définitions conciliaires ou pontificales, les témoignages patristiques, la pratique de l’Eglise el le consentement des théologiens; la spé­ culation n'a qu’une part secondaire. Bellarmin restait en cela fidèle à ce principe qu’on lui prête : La théolo­ gie est avant tout théologie et non pas métaphysique. La question se termine par une réponse concise aux difficultés. On a rendu â l’auteur des Controverses ce témoignage qu'il reproduit exactement les objections comme les sentiments de ses adversaires. Il n’épargne pas l’erreur: il relève vivement chez les hérétiques les mendacia, les fallaciæ, tout ce qui faussait la vraie no­ tion du dogme catholique; mais il garde à l’égard des personnes un ton digne et respectueux, pratiquant ce qu’il avait prêché à Louvain, dans un sermon De mori­ bus hærcticorum : « Haïssons fortement l’infection, l’hérésie, les vices des hommes, mais non pas les hommes, non quidem homines, sed pestem, sed hæresim, sed vilia illorum, v It. PRINCIPAUX points PE DOCTRINE. — Tels sont, en premier lieu, ceux qui furent plus directement en cause dans les grandes luttes politico-ecclésiastiques ou le car­ dinal fut mêlé activement : la primauté du pontife ro­ main, son pouvoir indirect sur le temporel et l’origine du pouvoir civil. A ces points doit s'ajouter, pour la part qu'il prit à la controverse De auxiliis, la doctrine de Bellarmin sur la grâce et la prédestination. Les ré­ férences particulières, avec indication de tome et de page, se rapporteront, sauf exception, à l'édition de Cologne de 1617. 1° Primauté du pontife romain. — Il y a une con­ nexion étroite, chez l’auteur des Controverses, entre la primauté papale et l’Église, « assemblée d'hommes unis ensemble, par la profession d'une même foi chrétienne et la participation aux mêmes sacrements, sous l’auto­ rité de pasteurs légitimes, principalement du pontife romain, unique vicaire de Jésus-Christ ici-bas. » De conciliis et Ecclesia, 1. Ill, c. II. L’Église ainsi définie n’est pas seulement une société visible, c'est une société hiérarchique, avec subordination organique des fidèles à leurs pasteurs immédiats, et de tous au chef supreme, l'évêque de Borne. Là se trouve le caractère propre du régime ecclésiastique. De romano ponlif., i. I. Après avoir passé en revue et apprécié les différentes formes de gouvernement, Bellarmin établit que l’Église n’est ni une démocratie, ni une aristocratie, mais une monar­ chie, tempérée surtout par un élément aristocratique; car Jésus-Christ a fait de son Eglise un royaume et un bercail ayant à sa tète saint Pierre chef unique et pas­ teur suprême, mais les évêques n'en sont pas moins, de droit divin, vrais pasteurs et princes, non pas simples vicaires, dans leurs églises particulières, Recognitio, de summo pontifice, 1. V, c. ni. Saint Pierre, ayant fixé son siège â Rome, a transmis sa primauté aux pon­ tifes r; maius, ses successeurs. 590 La première fonction du pape est d’instruire: à ce titre il est juge souverain dans les questions qui concer­ nent la foi et les mœurs. De là son infaillibilité quand, pasteur suprême, il enseigne toute l’Eglise en matière de foi ou détermine un principe en matière de mœurs. C’est là une doctrine tout à fait certaine et qu’il faut tenir, certissima et asserenda. De romano ponlif., 1.1V, c. n. A l’endroit correspondant de la Recognitio, Bellar­ min remplace même le mot opinio, dont il s'était servi dans les Controverses, par celui de sententia, ce der­ nier terme n’impliquant pas la nuance d incertitude qui s'attache au premier. Les conciles généraux sont subordonnés au pape; son approbation est nécessaire, pour que leurs décrets en matière de foi puissent être considérés comme infaillibles. De conciliis, I. II, c. n sq. Mais le privilège de l’inerrance ne s'étend pas aux juge­ ments qui portent sur de simples questions de fait, ou tout repose sur des informations et des témoignages d’ordre purement humain. De romano ponlif., L IV, c. n. Restriction dont les jansénistes ont abusé et que, pour cela même, les adversaires de Bellarmin ont attaquée comme dangereuse; mais le cardinal Calvachini s’est contenté de répondre que, la doctrine étant vraie, l'abus ne saurait être imputé qu'à la mauvaise interprétation des hérétiques. Relatio, n. 278. Autre chose sont les faits purement personnels dont parle l'auteur des Controverses, autre chose les faits dogma­ tiques dont il s'agissait dans la querelle janséniste. A plus forte raison, le privilège de l’inerrance ne s'ap­ plique pas au pape parlant et écrivant comme parti­ culier ou docteur privé; pourrait-il alors non seulement se tromper, mais tomber dans l’hérésie formelle'? question secondaire, où la négative parait probable et se peut tenir pieusement. De romano pontif., 1. IV, c. vt. Le déraisonnable serait de confondre l impeccabilité avec l’infaillibilité. Le pape est homme et, comme tel, peut pécher, avaient objecté les théologiens de Venise dans leur 12« proposition : rien de plus vrai, répliqua le cardinal controversiste, t. vu, col. 1108. Dans l'exercice même de son suprême magistère, le pape n’a pas à compter sur des révélations spéciales, il ne doit pas se lier exclusivement à son propre juge­ ment, mais il doit recourir aux moyens ordinaires pour parvenir à la connaissance de la vérité. De conciliis, 1. L c. xi. Telle est, dans son ensemble, la doctrine de Bellarmin sur l'infaillibilité pontificale; doctrine qu'un théologien protestant, le Dr Hauck, trouve singulière­ ment modérée. Realencyclopâdie fur proleslanlisehe Théologie und Kirche,2f édit., Leipzig, 1897, t. n, p. 551. La seconde fonction du pape est de régir le troupeau de Jésus-Christ; il possède à cette lin la plénitude de la juridiction ecclésiastique. Comparé sous ce rapport aux autres évêques, il les dépasse non seulement par l’éten­ due et l’efficacité, mais encore par l'origine de son pou­ voir; seul en effet il tient immédiatement de Jésus-Christ sa juridiction, tout autre évêque reçoit la sienne par son entremise. Bellarmin voit là une conséquence du régime monarchique de l'Eglise. De romano ponlif., I. IV, c. xxii sq. Comparé â 1 ensemble de l’épiscopat, même réuni en concile, le pape garde la supériorité; les évê­ ques sont, à la vérité, de vrais juges de la foi, mais leur jugement reste toujours subordonné à celui du docteur suprême, De conciliis, 1. IL c. xv sq. ; dans la contro­ verse vénitienne. Responsio ad libellum Jo. Gersonis, et Responsio ad tractatum septem theologorum, prop. 9, t. vu, col. 1073 sq., 1096 sq. Le vicaire du Christ n'est justiciable d’aucune juridiction humaine. De romano pontif., I. II, c. xxvi. L’n seul cas parait faire exception, celui ou un pape tomberait formellement dans l'hérésie; alors il pourrait être déposé par un concile. Mais l’exception n’est qu'apparente; la vérité est que par le fait même de l’hérésie, il cesserait d'être membre de l’Église, et le concile le déclarerait plutôt déchu du 591 BELLARMIN ponlificat qu'il ne le déposerait lui-méme. Ibid., c. xxx; De polestate summi pontificis in temporalibus, c. xxn, t. vil, col. 939. En vertu de sa juridiction souveraine, le pape a sur tous les chrétiens un véritable pouvoir dans l’ordre spi­ rituel, comme les princes sur leurs sujets, dans l'ordre temporel. 11 peut faire des lois qui obligent en con­ science, condamner et punir les transgresseurs de ces lois. De romano ponti/'., I. IV, c. xv sq. Son pouvoir coactif s’étend aux peines corporelles, même à la peine de mort, en droit du moins. Desponsio ad anonymi epistolam, prop. 1 ; Desponsio ad oppositiones f. Pauli, consid. 11*, t. vu. col. 1039, 1157 sq. Bellarmin traite, au cours des Controverses, des principales applications du pouvoir pontifical : jugement des causes majeures, en particulier des appels; convocation et présidence des conciles; élection ou confirmation des évêques; canoni­ sation des saints; approbation des ordres religieux; dispensation des indulgences, etc. Mais quelle que soit l'étendue de ce pouvoir, on fausse la doctrine du car­ dinal quand on lui fait dire, dans la Grande encyclo­ pédie, que le pape « est un monarque absolu, auquel une obéissance inconditionnelle est due », C'est abuser d’une preuve ab absurdo, dont se sert l'auteur des Controverses, De romano pontif., I. IV. c. v, et dont il a compris lui-méme l'équivoque, puisqu'il s'est expli­ qué dans le passage correspondant de la Decognilio : il affirme qu'en cas de doute la présomption est pour le supérieur qui parle ou commande, mais « si un pape enjoignait ce qui est vice manifeste ou proscrivait ce qui est vertu manifeste, on devrait dire avec saint Pierre, Act., v, 29 : Il faut plutôt obéir à Dieu qu’aux hom­ mes ». Cf Desponsio ad tract, septem theologorum, prop. 12, t. vu, col. 1101. (ne autre conséquence de la primauté pontificale qu'il suffit de signaler, est le privilège de l’exemption, qui est de droit divin pour le vicaire du Christ. De polestale summi pontificis in temporalibus, c. xxxiv, t. vn, coi. 972. Si, au début de l’Église, les souverains pontiles comme les apôtres nous apparaissent soumis aux pou­ voirs civils, on ne peut en conclure au droit, mais seu­ lement au fait. Decognilio, de summo pontif., I. II, c. XXIX. Le pouvoir temporel du pape ne relève pas des mêmes principes; il se rattache, dans son origine, à la piété des princes et repose sur une nécessité d'ordre moral. De romano pontif., 1, V, c. IX. Bellarmin s’est expliqué d'une façon défavorable à la donation de Cons­ tantin dans une lettre au cardinal Baronius, du 9 avril 1607; elle a été publiée par Læmmer, op. cil., p. 36i sq. 2° Pouvoir indirect du pape sur le temporel. — Il importe de déterminer exactement ce que Bellarmin entend par ce pouvoir, quel objet il lui attribue et sur quels fondements il l'appuie. D'après la définition don­ née dans Decognilio, de summo pontifice, 1. V, c. νι, il faut entendre le pouvoir que le souverain pontife pos­ sède sur les choses temporelles in ordine ad spiritualia, en vue des choses spirituelles, qui seules tombent pro­ prement et pour elles-mêmes sous sa juridiction. Les mots direct et indirect ne s'appliquent pas précisément au mode dont le pouvoir s’acquiert; ils en visent l’objet considéré dans son rapport avec le pouvoir lui-méme, lequel, atteignant proprement et premièrement les choses spirituelles, ne s'étend aux choses temporelles que se­ condairement et par voie de conséquence. De potestate summi pontificis in temporalibus, c. v, xn, t. vn, coi. 867, 901. La comparaison, empruntée par le cardi­ nal à saint Grégoire de Nazianze, éclaire bien sa pen­ sée. Le pouvoir spirituel est au pouvoir temporel ce que. dans l’homme, l’esprit est à la chair. Semblables à deux sociétés qui ont leurs lins propres et leurs fonc­ tions spéciales, l'esprit et la chair peuvent se trouver dans un double état, de séparation ou d'union mutuelle. 592 Qu’on les suppose unis, il y aura nécessairement con­ nexion et subordination entre les deux éléments. L’es­ prit n’empêchera pas la chair d'exercer ses fonctions naturelles et de ten Ire à sa tin particulière; mais, élé­ ment plus noble, il présidera et, s'il est nécessaire, ré­ frénera et châtiera la chair, lui imposera même de grands sacrifices, dans la mesure où sa propre lin l'exigera. L'application aux deux pouvoirs, le spirituel et le tem­ porel, se comprend aisément. De romano pontif., I. V, c. VI. L’auleurdes Controverses détermine au même endroit l’objet du pouvoir indirect. D'une façon régulière et comme en verlu d une juridiction ordinaire, le souve­ rain pontife ne peut pas déposer les rois, même pour un juste motif, comme il dépose les évêques; il ne peut pas faire des lois civiles, ni confirmer ou annuler celles qui ont été portées par l'autorité compétente; il ne peut pas juger des choses temporelles. Mais il pi ut faire tous ces actes par voie d’intervention spéciale, quand le salut des âmes l’exige et dans la mesure même où il l’exige. L’exercice de ce redoutable pouvoir a, du reste, ses règles et ses limites. S’agit-il, par exemple, de trans­ férer l'autorité civile, « il n’est pas loisible au souverain pontife d'en disposer â sa guise, il doit la faire passer à celui que le droit de succession ou d'élection appelle au trône; personne n’ayant droit, la raison guidera son choix. » De potestate summi pontificis, c. xn, t. vu, col. 901. Le pape n'en viendra que lentement et comme malgré lui aux dernières extrémités â l'égard des princes : « L'usage des souverains pontifes est d’unployer d’abord la correction paternelle, ensuite de les priver de la participation aux sacrements par les cen­ sures ecclésiastiques, et enfin de délier leurs sujets du serment de fidélité et de les dépouiller eux-mêmes de toute dignité et de toute autorité royale, si le cas l’exige. L’exéculion appartient â d'autres. » lhid.,c. vu, col. 876. Inutile de se forger des craintes chimériques sur les dangers que pourrait courir la vie des rois ; « On n'a jamais entendu dire, en effet, que, depuis le commen­ cement de l'Eglise jusqu’à nos jours, aucun souverain pontife ait fait mettre à mort, ou approuvé que d'autres missent à mort un prince quelconque, fût-il hérétique, fût-il païen, fût-il persécuteur. » Epist. ad Blackvellum, t. vu, col. 662. Bellarmin soutient sa thèse non comme une opinion nouvelle ou simplement probable, mais comme une doctrine ancienne et certaine. De romano pontif., 1. V, c. I; De potestate summi pontificis, c. in. Il l'appuie sur des raisonnements théologiques et sur des laits d'ordre historique et juridique. Les faits nous sont déjà connus : actes pontificaux atteignant le temporel, comme la trans­ lation de l'empire romain des Grecs aux Francs, et de ceux-ci aux Germains, puis divers cas ou des rois ont été déposés par des papes, ceux surtout oit la déposition s’est faite dans des conciles généraux, comme celle d'Othon IV sous Innocent III au concile de kilran en 1215 et celle de Frédéric 11 sous Innocent IV au concile de Lyon en 12Î5. En principe, le pouvoir indirect du pape sur le temporel est, pour le cardinal, une simple conséquence de deux vérités dogmatiques : d'une part, la plénitude de juridiction conférée par .lésus-Christ au souverain pontife pour mener les âmes au salut éternel ; d’autre pari, la subordination de la fin temporelle du pouvoir civil à la tin spirituelle de l'Eglise. Les deux sociétés sont, à la vérité, distinctes et parfaites, chacune dans sa sphère; mais il ne s'ensuit pas, comme le pré­ tendait Barclay, qu’elles soient totalement indépendantes, car si les lins sont subordonnées, il en doit être de mémo des pouvoirs. Si donc le pouvoir civil devient un obstacle au salut des âmes, il appartient au pouvoir spi­ rituel d'apporter le remède. De là vient que, dans la décrétale Novit, Innocent 111 revendique le droit et le devoir de s'opposer aux crimes et aux scandales des 593 BELLARMIN princes, comme à ceux de tout chrétien, et que, dans la bulle Unam sanctam, Boniface VIII dit des deux pou­ voirs, symbolisés par les deux glaives, le spirituel et le temporel : « Il faut que le glaive soit subordonné au glaive, et que l'autorité temporelle soit subordonnée à la puissance spirituelle... Si donc la puissance tempo­ relle s'égare, elle sera jugée par la puissance spiri­ tuelle. » Tel est l'argument fondamental, où reviennent toutes les raisons particulières qui sont développées prin­ cipalement dans la controverse De romano pontifice, I. V, c. vu, et le traité contre Barclay, c. lit sq., secondaire­ ment dans les autres écrits polémiques : De translatione imperii, c. xn; liesponsio ad præcipua capita apologia:, quæ falso calholicainscribitur, Paris, 1558,p.73sq. ; Apo­ logia pro responsione sua adlibrum Jacobi, c. tn, χνιι. La vigueur et le succès avec lesquels Bellarmin a dé­ fendu le pouvoir indirect ont fait attacher son nom à cette doctrine, bien qu’en réalité il n’en soit nullement l'inventeur. Dans la suite, et quoi qu'il en soit des diverses manières dont on explique maintenant encore ce pouvoir indirect, la doctrine elle-même a été généra­ lement admise en dehors de l'école rêgaliste et galli­ cane. L’attaque a consisté surtout à opposer à l'inter­ prétation des faits que suppose la doctrine de Bellarmin, une autre interprétation toute differente : de droit divin, le pouvoir pontifical est purement directif, il se borne à exhorter les princes et à les renseigner sur leurs de­ voirs; mais, au moyen âge, les papes acquirent un pou­ voir eiTectif, fondé uniquement sur le droit public du temps, et par suite d’origine humaine et arbitraire. Fénelon, De summi pontificis auctoritate disserta­ tio, dans Œuvres complètes, Paris, 1848, t. il. p. 46; Gosselin, Pouvoir du pape au moyen âge, part. Il, c. lit, in-8°, Paris, 1845. A cette théorie, le cardinal aurait répondu qu'elle ne conserve pas aux faits leur vraie signification, que saint Grégoire VII, Innocent III, Innocent IV et les autres papes ont prétendu exercer un Iroit divin, dont ils trouvaient le titre dans leur office de vicaire de Jésus-Christ, et que pour cela même ils luisaient appel, dans l'exercice de ce pouvoir, au Quodcumque ligaveris et au Pasce oves. De potestate summi ponlif., c. ut, t. vu, col. 853. Toutefois l’explication donnée par Bellarmin n'a pas été aussi généralement admise que la doctrine même du pouvoir indirect; un certain nombre d'auteurs ont trouvé et trouvent encore qu'en réalité, cette explication suppose dans le pape un pouvoir vraiment temporel, et par suite ne difiërencie pas assez l'opinion du savant cardinal de celle du pou­ voir direct. J. Moulart, L’Église et l’État, 1. 11,2e édit., in-8°, Louvain, 1879, t. n, p. 175 sq. De là ce qu’on appelle parfois le système du pouvoir directif, mais dans un sens équivoque; car ces auteurs ne reconnais­ sent pas seulement au pape le droit d’éclairer ou de diriger la conscience des princes et des peuples chré­ tiens; ils lui attribuent encore le droit de déclarer milles et de nul ellel les prescriptions de l'autorité ci­ vile qui sont contraires à la loi morale, et même celui de déclarer en quels cas les princes sont déchus, pour cause de religion, de leurs droits au trône, et leurs sujets dispensés du devoir de leur obéir. On donne pour le représentant le plus autorisé de cette explication le franciscain .l.-A. Bianchi, Traite de la puissance ecclesiastique dans ses rapports avec les souverainetés temporelles, 1.1, S 8, η. 1 ; § 13, n. 4, trad, par M. l’abbé A.-C. Peltier, Paris, 1857, t. I, p. 90, 134. Mais Bianchi a-t-il mis entre son explication et celle de Bellarmin l'opposition qu’on prétend y voir; et n'est-ce pas mal comprendre la pensée du cardinal, que de taire du pou­ voir indirect qu'il accorde au pape un pouvoir vraiment temporel? Bianchi lui-même donnera la réponse, 1. VI, § il, n. 8; § 12, n. 2, t. n, p. 771, 791. 3° Origine du pouvoir civil. — Bellarmin traite de la société civile à propos des membres de l'Église, 1. Ill, 594 De laids. Il défend d'abord contre les anabaptistes le pouvoir et la magistrature politique, puis établit qu'un prince, même chrétien, peut porter des lois et que la loi civile n'oblige pas moins en conscience que la loi divine, c. xi. Aussi cria-t-il justement à la calomnie, lorsque, dans son Triplici nodo, Jacques Ier lui prêta cette assertion : On doit obéissance au pape par devoir de conscience, mais on ne doit obéissance au roi qu'en con­ sidération de l'ordre public. Le royal polémiste avait confondu deux questions fort distinctes : l’exemption des clercs et l'obéissance due aux princes légitimes par leurs sujets. Resp. ad apolog., t. vu, col. 701 sq. Mais ce qui porta le plus d’ombrage à Jacques Iee et aux théologiens régalistes, ce fut la page relative à l'origine du pouvoir civil, c. VI. Le point n’avait été touché qu'incidemment ; après avoir prouvé que la puissance politique est bonne et légitime, parce que, suivant l’en­ seignement des Écritures, elle vient de Dieu, l'auteur des Controverses avait ajouté quelques remarques pour préciser cette dernière assertion. Pris en général, abstraction faite des formes particulières, monarchie, aristocratie ou démocratie, le pouvoir civil est de droit naturel et vient de Dieu immédiatement; mais personne n'ayant à ce pouvoir de titre déterminé et suffisant, il a pour sujet immédiat la multitude. Celle-ci, ne pouvant l'exercer par elle-même, doit nécessairement le trans­ mettre à un ou plusieurs hommes. Les formes particu­ lières de gouvernement ne sont donc pas de droit natu­ rel, mais elles se référent au droit des gens, puisqu’il dépend de la multitude de se donner un roi ou des consuls ou d’autres magistrats, et qu'elle peut, s’il y a molif suffisant, transformer une monarchie en aristo­ cratie ou démocratie, et réciproquement, comme il est arrivé à Rome. De là deux différences notables entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique : le premier réside immédiatement dans la multitude, et considéré dans ses formes particulières n'est pas de droit divin ; l'autre a pour sujet immédiat un seul homme et est simplement de droit divin. Pensée sur laquelle le car­ dinal revient souvent, en concluant de là que les hommes peuvent modifier la forme de leurs gouverne­ ments, mais qu'ils ne le peuvent pas en ce qui concerne la monarchie ecclésiastique. Disput. de exemptione cle­ ricorum, c. i. Quand il révisa ses œuvres, l'auteur des Controverses compléta sa doctrine, en indiquant comme chefs d’arguments l'autorité d'un grand nombre de théologiens, l'expérience qui montre dans un même pays, à Rome par exemple, la succession de divers ré­ gimes, enfin des témoignages et des exemples emprun­ tés à la sainte Ecriture, où le consentement du peuple intervient dans la transmission de l'autorité civile. Recognitio, de laids, c. vt. Bellarmin eut l'occasion de défendre ces doctrines dans toutes ses polémiques politico-ecclésiastiques ; contre Pierre de Belloy, Responsio ad prœcipua capita apologias, Paris, 1588, p. 54 sq.; contre les théologiens de Venise, Responsio ad anonymi epistolam, prop. 1, et ad defensionem octo propositionum Jo. Marsilii, t. vu, col. 1030, 1176 sq.; contre Jacques Ier, Responsio ad apologiam ; Apologia pro responsione sua, c. χιιι, t. vu, col. 700 sq., 801 sq.; contre Barclay, De potestate summi ponlif., c. ni, t. vu, col. 860. La lecture de ces passages est nécessaire, si l'on veut connaître exactement toute la pensée du cardinal. 11 n’exclut pas, dans la possession ou la transmission du pouvoir civil, mais reconnaît formellement l’existence et la légitimité de droits particuliers et permanents, élection, hérédité, donation ou conquête. Il réprouve ces assertions que Jacques Ier lui avait prêtées : Tout roi est élu par son peuple; les princes peuvent, pour divers motifs, être déposés par leurs sujets. Il défie Jean Marsilli de mon­ trer dans ses œuvres un seul passage où il ait affirmé que, dans le cas d'une royauté absolue, le peuple puisse 595 BELLARMIN déposer le roi ou restreindre son autorité. 11 distingue enlin entre ses propres affirmations et les citations qu'il a empruntées à des auteurs universellement res­ pectés. Ce qu’il soutient proprement, c’est que tous les litres invoqués sont de droit humain et n’empêchent aucunement que, du moins à l’origine, le pouvoir civil ne se soit trouvé dans la multitude et n’ait passé, de son consentement, à des sujets déterminés; ce qui ne peut se dire de la monarchie ecclésiastique. Ainsi comprise, la théorie de Bellarmin ou plutôt la théorie commune des scolastiques sur l’origine du pou­ voir civil, est une opinion discutable et discutée, dont l’examen ne rentre pas dans le cadre de cette étude. Deux remarques seulement seront utiles : les objections faites contre le caractère trop particulier et trop exclu­ sif de cette explication supposent, en général, une in­ terprétation incomplète et par là même inexacte de la pensée du cardinal; surtout, il serait aussi déraison­ nable qu’injuste de confondre son opinion avec la théorie révolutionnaire de Bousseau et autres apôtres du pacte social et de la souveraineté absolue de la multitude. Voir les auteurs cités dans la bibliogra­ phie. 4° Grâce et prédestination. — Dans le dernier vo­ lume des Controverses, Bellarmin ne réfute pas seule­ ment les erreurs des protestants sur ces graves matières; il y traite aussi des problèmes discutés entre théologiens catholiques. De singulières affirmations se répètent à ce propos. « Dans les questions relatives à la grâce, en un temps où le molinisme ilorissait déjà, lit-on dans la Grande encyclopédie, il s'abstint des doctrines qui prévalaient dans son ordre, et il resta un thomiste in­ transigeant, â tel point que les jansénistes ont cru par­ fois pouvoir invoquer son autorité et le citer comme augustinien. » Cf. Gery, c’est-à-dire Quesnel, dans un passage de son Apologie historique des Censures de Louvain et de Douay, que reproduit le Dictionnaire historique et critique de Pierre Gayle, Paris, 1820, t. m, p. 273 sq. De leur côté, Dollinger et Reusch se sont fait l’écho d’une accusation, utilisée déjà par le cardinal Passionei, Voto, p. 42 sq. : par complaisance pour ses supérieurs et par esprit de corps, le cardi­ nal jésuite aurait transigé avec ses propres convictions, soit en laissant faire ou en faisant lui-même des mo­ difications dans son enseignement primitif, soit en détendant dans la Concorde de Molina des propositions qu'il regardait personnellement comme fausses et erro­ nées. Pour démêler les confusions étonnantes ou les sup­ positions gratuites que contiennent ces attaques, il suffit de rappeler quels furent, dans l’accord du libre arbitre et de la grâce, les points considérés comme fondamen­ taux par les théologiens jésuites et soutenus en leur nom dans les congrégations De auxiliis. Srhneemann, op. cil., p. 2iG, 256. Tous rejetaient les predetermina­ tions physiques et la grâce dite eflicace par elle-même et de sa nature; tous, pour expliquer l'eflicacité de la grâce, faisaient appel à la science moyenne, guidant Dieu dans le choix des grâces et l'exécution de ses des­ seins. Or, sur ces deux points, Bellarmin eut dès le début de sa carrière théologique et conserva jusqu’à la fin de sa vie une conviction arrêtée. Dans ses leçons de Liuvain, il enseigne que la grâce efficace n’est pas une détermination invincible de la volonté, mais un appel fait par Dieu dans des circonstances où il sait qu'il sera écouté, vocationem qua Deus ita vocat sicut novit ho­ minem secuturum. Même doctrine dans l'écrit qu’il composa en faveur de Lessius, son ancien élève, dans le jugement motivé qu'il porta sur la censure de Louvain en 1587, et dans les Controverses, qu'il s’agisse de l’édition d’Ingolstadt qu'on prétend modifiée par Gré­ goire de Valentia, ou de l’édition de Venise, ab ipso auctore aucta et recognita. Aussi fut-il facile, plus tard, 596 aux jésuites de Rome de dresser une sorte de concor­ dance entre la doctrine de Molina et celle de Bellarmin relativement à la science de Dieu et à la grâce efficace. Liévin de Meyer, op. cit., I. II, c. xix, xx, 1.1, p. 145 sq. Pour l’époque du grand débat, il suffit d'invoquer l’opuscule De novis controversiis, dont l’auteur se déclare pleinement d’accord avec Molina en ce qui concerne le rejet des predeterminations physiques et la science des futurs contingents; puis toute la conduite du cardinal et son vote définitif dans la congrégation De auxiliis. Dans la Ilecognitio de 1607, il n’est pas moins explicite. De gratia et libero arbitrio, 1. I. c. xn; I. IV, c. XI, xiv. On connaît enfin la protestation solennelle que lo serviteur de Dieu fit sur son lit de mort. Mais il y avait dans le livre de la Concorde des asser­ tions de détail sur des questions difficiles, où les théo­ logiens jésuites n’étaient pas tous de l'avis de Molina, Bellarmin en particulier. Lui-même, dans l'appendice de son autobiographie, dit à propos de cet ouvrage : « Avant qu’aucune dispute se fût élevée, N. avertit le Père Général qu’il y avait dans Molina des propositions malsonnantes, et il lui en remit la liste par écrit. Le Père Général les envoya en Espagne; aussi, dans une nouvelle édition, le P. Molina s’efforça d’adoucir ces propositions, et déclara qu’il les énonçait par manière, non d’affirmation, mais de discussion. » De quelle na­ ture étaient les assertions incriminées? L’opuscule iné­ dit De novis controversiis permet de le déterminer, et de faire en même temps le partage cnlre les opinions de Molina que Bellarmin n’admettait pas, mais qu’il dé­ clarait libres, et les assertions qu'il trouvait male so­ nantes. Dans la première catégorie se rangent les vues exposées dans le livre de la Concorde sur la nature du concours divin, la prédestination et les pr.'délinitions. Molina conçoit le concours comme une coopération de Dieu et du libre arbitre à un même ell'et, les deux étant causes partielles, chacun dans son ordre; Bellarmin pense qu'il est plus exact de le concevoir comme une motion du libre arbitre, suivant l’explication qu'il en donne dans son traité De gratia el libero arbitrio, I. IV, c. xvi. Dans le problème de la prédestination, le docteur espagnol nous montre l'élection divine se portant, sous la lumière de la science de simple intelligence et de la science moyenne, sur tel ordre de choses pris dans son ensemble et tombant simultanément sur la gloire et la série de grâces qu’elle suppose; Bellarmin suppose d'abord le choix des élus à la gloire, puis la préparation des grâces efficaces comme moyen ordonné à la fin déjà voulue, mais il confesse que, du moment où Molina main­ tient la gratuité de l’elfel total de la prédestination, la divergence de vues est plus apparente que sérieuse : non est magna controversia, si res ipsa inspicialur, tametsi videtur maxima, si sola verba considerentur. De même pour le problème connexe des prédéfinitions : l’auteur de la Concorde ne pense pas que tous les effets des causes secondes aient été voulus par Dieu directement et pour eux-mêmes, per se intentos; Bellarmin préfère l’antre opinion, mais en voyant là, comme dans les deux cas précédents, un point libre. Par contre, il fait des réserves formelles sur les pro­ positions suivantes, sans approuver toutefois les cen­ sures, excessives à son avis, que les adversaires de Mo­ lina en avaient données. Fieri potest ut eisdem auxi­ liis Dei datis duobus homini­ bus qui lentabantur eadem lentatione, unus ex sota liber­ tate sua resistat, alter non resistat. Potest fieri, ut aliquis cum pluribus et majoribus auxiliis damnetur, et alter cum pau­ cioribus et minoribus salvetur, quia ille pro innata libertate II peutse faire que, les mêmes secours divins étant donnés, de deux hommes soumis à la même tentation, l'un résiste en vertu de sa seule liberté, et l'autre ne résiste pas. Il peut se faire qu'un homme se damne avec des secours plus nombreux et plus grands, et qu'un autre se sauve avec des secours moindres et moins 597 BELLARMIN uti voluit auxiliis, alter non voluit. Divisio auxilii in efficax et inefficax ab effectu et arbitrii libertate pendet; cum ille assenlitur fit efficax, cum rejici­ tur Iit inefficax. nombreux, parce que. usant de sa liberté native, 1 un a voulu profiter des secours, et l'autre ne l'a pas voulu. La division de ta grâce en efficace et inefficace dépend de l'effet et du libre arbitre; quand on y consent elle devient efficace, et quand on la rejette elle devient inefficace. Bellarmin estime que, prises à la letlre, les deux premières propositions sont fausses; car celui qui résiste à la tentation ne le fait pas en vertu de sa seule liberté, mais en verlu de la congruité du secours qu'il a reçu; pareillement, si quelqu’un se sauve, ce n’est pas à sa seule liberté, mais à la congruité des grâces reçues qu’il tout l’attribuer. Cependant les deux assertions sont sus­ ceptibles d’une interprétation raisonnable et fondée sur saint Augustin, l)e civitate Dei, 1. XII, c. vi, P. L., t. xt.l, col. 354. Mais la 3e proposition surtout déplaît à Bellarmin; il n’y reconnaît pas la vraie notion de la grâce efficace, considérée en elle-même ou dans sa vertu propre et distincte du consentement de la volonté. La grâce efficace doit être telle in actu primo et par conséquent renfermer un élément d’ordre sinon phy­ sique, du moins moral, qui en fasse un bienfait plus grand, un don divin plus appréciable que la grâce pure­ ment suffisante. Cet élément d’ordre moral, Bellarmin le ramène â la congruité du secours ou appel divin, gra­ tia congruæ vocationis sive excitationis. Becognitio, 1. I, c. xii ; 1. VI. c. xv. Ainsi, ses exigences et ses con­ ceptions personnelles se réduisaient à ce qu’on appelle communément le congruisme, appliqué directement à l’explication de l’efficacité de la grâce in actu primo, mais supposant en outre, dans la pensée du cardinal, l’élection à la gloire comme logiquement antérieure au choix des grâces et la prédéfinition formelle de tous nos actes bons. Voir sur cette question délicate l'article Congruisme. Le célèbre décret, porté par le P. Aquaviva le 24 décembre 1613, eut Bellarmin pour principal ins­ tigateur; dans son ensemble, cet acte répondait plei­ nement à ses vues, qui étaient aussi celles de Suarez. Denzinger, Enchiridion, n. 964. Il serait inutile de nous arrêter au prétendu augus­ tinisme de l’auteur des Controverses. Si l’on entend le mot dans son acception baianiste et janséniste, la con­ duite de Bellarmin pendant son professorat de théolo­ gie à Louvain, son apologie en faveur de Lessius, la réfutation manuscrite des propositions de Baius condam­ nées par saint Pie V, la doctrine même des Contro­ verses donnent aux assertions intéressées de Quesnel un démenti éclatant. La note d’augustinisme pourrait uniquement s'appliquer à cette disposition d'esprit, très réelle et très réfléchie, qui portait l'auteur des Contro­ verses â s’attacher étroitement à saint Augustin et à suivre dans les questions discutées ce qu’il jugeait être la pensée de ce grand docteur. Comme exemple qu'il suffise de citer ici son opinion sur la douleur qu'éprou­ vent les enfants morts sans baptême. De amissione graliæ el stata peccati, I. VI, c. VI. Opinion qui a fourni l’occasion d’une violente attaque contre le car­ dinal, dans la Contemporary Bevietv, Londres, 187-4, t. xxii, p. 525, 992, puis d’une réplique à cette attaque dans une brochure, publiée au même endroit el la même année par W. Humphrey, sous ce titre : M'Filzjamesand cardinal Bellarmin, 111-8“ de 32 pages. lit. INFLUENCE ET AUTOBITÈ DE BELLARMIN. — L’iniluence exercée par l’auteur des Controverses est un fait notoire, qu’il s’agisse des catholiques ou des proteslants. Dès qu'il parut, le cardinal Baronius salua avec enthousiasme « ce très noble ouvrage, nobilissi­ mum plane opus, qui serait dans l’Église comme cette forteresse bâtie par David, où l'on voyait suspendus 598 mille boucliers et toute l’armure des vaillants». Annales, an. 53. n. 32, édit. Pagi, Lucques, 1738, t. I, p. 396. Le présage s’est réalisé; fréquente, dans la suite, est celte comparaison des Disputationes de controversiis chrislianæ fidei à un arsenal ou les défenseurs de l'Église catholique sont allés chercher ou cherchent en­ core leurs meilleures aimes; car, suivant le mot de Montague, loc. cit., les controversistes tirent presque tout de lui, ut ab Homero poelæ. De ce point de vue, on a justement rapproché les deux grands cardinaux de Clément VIII, qui vécurent en amis et rivalisèrent de vaillance pour la défense dusiége apostolique:» Dans la lutte engagée alors entre le catholicisme et le protes­ tantisme, et à laquelle les jésuites prirent une part si active et si décisive, lit-on dans la Grande encyclopé­ die, Bellarmin partage avec Baronius l’honneur d’avoir luurni aux défenseurs de l’Église romaine leurs armes les plus puissantes. Ce que Baronius fit pour l’histoire, par ses Annales ecclesiastici (1588), Bellarmin l avait fait, dès 1581 (?), avec une valeur plus grande, pour la controverse théologique, par la publication de ses Jjisputationes. » La lettre adressée à Bellarmin par le car­ dinal du Perron, au mois de février 1665, montre assez quelle estime il faisait de cette œuvre capitale; il y rap­ pelait l'ordre qu’il avait donné à son secrétaire, Chaslillon, d'en commencer la traduction française. Couderc, op. cil., t. i, p. 118 sq. Cette estime du grand cardinal français pour l'œuvre de Bellarmin ne saurait être infirmée par la critique de portée restreinte que lui attribue le collectionneur des Perroniana et qu'on retrouve dans Bayle, op. cit., p. 276. Pour ce qui est des protestants, un lait singulier témoigne de l'émotion pro­ duite dans leur camp par l’apparition des Controverses : pendant plus d’un demi siècle, cet ouvrage fut le point de mire de leurs principaux théologiens, à tel point qu'il n'en est peut-être pas un qui n’ait alors publié un écrit ou brisé quelques lances contre Bellarmin. En 1600, David Parée fonde â Heidelberg un Collegium antibellarminianum ; vers le même temps, la reine Élisabeth faisait donner, dans le même dessein, des leçons à Cambridge et à Oxford. On peut voir dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, loc. cit., le litre de près de deux cents ouvrages, soit pour, soit surtout contre les Con­ troverses. L’iniluence du cardinal ne fut pas moins grande dans la lutte entre théologiens gallicans et théologiens ponti­ ficaux. On l’a nommé < le docteur éminent du catholi­ cisme ultramontain ». Appellation équivoque en ce qui est du terme de catholicisme ultramontain, mais il est vrai que, dans la lutte qui se rattache à cet ordre d'idées, le nom de Bellarmin tient un rang d'honneur. Bossuet le prouve, dans sa Defensio declarationis cleri gallicani, par ces expressions et autres du même genre qui courent sous sa plume : Bellarniinus, quo uno vel maxime adversariorum causa nititur; Bellarm inus, cui suo more.accinunt alii, part. Il, I. V, c. xtv, xxx. Jean de Launoy le prouve aussi, mais dans un tout autre esprit que Bossuet, en traitant l’auteur des Con­ troverses comme l'adversaire de prédilection. AnliBellarminus Joannis Launoii, sire Defensio libertatum Ecclesiæ gallicanæ, in-4“, Deventer, 1720. Dollinger et Reusch constatent, non sans une certaine amertume, que des doctrines soutenues par le cardinal jésuite et traitées par les théologiens gallicans d'opinions ultra­ montaines, les plus importantes sont devenues au con­ cile du Vatican des dogmes officiels : telles, l'infaillibi­ lité du pape et le caractère irréformable de ses juge­ ments excalhedra, sa plénitude de juridiction ordinaire et immédiate sur toute l’Église, sa supériorité par rap­ port au corps entier de l’épiscopat. La doctrine du pou­ voir indirect sur le temporel n’est pas dans les mêmes conditions; mais, quand on admet la primauté du pon­ ' tife romain dans son intégrité, et la surbordination né- 599 BELLARMIN — BELLEVUE cessaire de la fin temporelle du pouvoir civil à la fin spirituelle de l’Eglise, si nettement affirmée par Pie IX et Léon XIII, il est difficile de ne pas arriver logique­ ment au même point que Bellarmin ; difficile aussi d’évi­ ter la conclusion qui se dégage naturellement de la réprobation, faite par Pie IX dans le Syllabus, de cette assertion : « L'Église n'a pas de pouvoir coaclif, ni de pouvoir temporel quelconque, direct ou indirect. » Denzinger, Enchiridion, n. 1572. Est-ce à dire que l'œuvre soit parfaite, et, partant ne soit pas susceptible de sérieuses améliorations? Non certes; l'ensemble des connaissances qui ont concouru à la production des Controverses, l’exégèse, la patristi que, l’histoire, la linguistique, la critique, ont pro­ gressé. et beaucoup. En outre, l'orientation générale des traités fondamenlaux, Ecriture, Tradition et Eglise, bonne contre le protestantisme orthodoxe que l'auteur des Disputationes avait devant lui. adversus hujus temporis hærelicos, n'est pas aussi directement appropriée au protestantisme libéral, si répandu de nos jours. L’adap­ tation est nécessaire, et elle est possible. D’ailleurs, parmi les attaques formulées du côté protestant, plu­ sieurs se rattachent à des divergences de principe, où la question préalable serait à poser : par exemple, les attaques contre l'exégèse doctrinale de Bellarmin ou contre les preuves par voie d'autorité. D’autres lui ont reproché des contradictions plusapparentes que réelles; qu’on lise la réponse à Jacques Ier, initiateur dans ce genre d'attaques. Responsio ad librum inscriptum : Triplici nodo triplex cuneus, t. vit, col. 671 sq. Quoi qu'il en soit des critiques de détail, l'autorité du cardi­ nal Bellarmin reste incontestable, comme son influence. On peut répéter l’éloge inscrit, à l'occasion de sa mort, dans le registre des consistoires, et que rapporte An­ toine Sanders, Elogia cardinalium, sanctitate, doctrina et armis illustrium, Louvain. 1626, p. 67 : « Ce fut un homme très remarquable, théologien éminent, intrépide défenseur de la foi catholique, marteau des hérétiques, cl en même temps pieux, prudent, humble et très cha­ ritable. » Ilcfele, art. Bellarmin, dans Kirchenlexikon, 2· édit., Fri­ bourg-en-Brisgau, 1883, t. n, col. 285 sq. ; Scheeben, art. Bel­ larmin, dans Staalslexikon, édité par A. Bruder, in-8·, Fri­ bourg-en-Brisgau, 1889, t. 1. col. 921 sq.; J. Hergenrother, Kathulische Kirche und chrisllicher Slant in ihrer geschictitlichen Entwickelung, in-8*, Fribourg-en-Brisgau. 1872, p.éllsq., 460 sq. ; M. Liberatore, S. J., Le droit public de l’Eglise, trad, par A. Onclair, c. IV, a. 1, in-8·, Paris, 18s8; abbé Quiiliel, De civilis potestatis origine theoria catholica, in-8·, Lille, 1893, passim;.!. Costa-Rossetti, S. J-, Philosophia moralis, 2* édit., Inspruck, 1886, part. IV, c. i, passim: Jos. tierce,S. J., Super meute Ve». card. Bellarmini de systemate scienliæ mediæ, in-4", Assise, 1791. X. Le Bachelet. BELLECIUS Alois, écrivain ascétique, né à Fri- bourg-en-Brisgau le 15 février 1704, entra au noviciat de la Compagnie de Jésus à Landsberg (Bavière), le 22 octobre 1719, professa la philosophie un an, la théo­ logie sept ans, et travailla pendant quatre ans, avec suc­ cès, comme missionnaire parmi les sauvages des bords du Maraûon, dans l’Amérique méridionale; rappelé en Europe, il fut chargé de la formation spirituelle de ses confreres plus jeunes au troisième an de probation, de la direction du séminaire de Porrentruy (diocèse de Bâle), etc., et mourut saintement, à Augsbourg, le 27 avril 1757. On lui décerna cet éloge funèbre : « Il a vécu comme il a écrit. » 11 reste de lui plusieurs ou­ vrages ascétiques, composés en latin, souvent réimpri­ més et traduits en plusieurs langues, notamment : Chri­ stianus pie moriens seu adjumenta bonté mortis, in-12, Fribourg-en-Brisgau, 1749; Virtutis solidæ præcipua impedimenta, subsidia et incitamenta, in-8°, Ratisbonne, 1755; Medulla asceseos seu exercitia S. P. Ignahi de Loyola accuratiori quam hactenus ab aliis 600 factum, et menti ejus propiori methodo explanata, in-8», Augsbourg, 1757. Ce dernier surtout a eu d'in­ nombrables éditions, jusqu’à nos jours, et a été traduit en français, en allemand, en anglais, en espagnol, en italien, en polonais. De Backer-Sommervogel, Bibliothèque de la C"de Jésus, 1.1, col. 1260-1265; t. vm, col. 1808-1809; documents particuliers. H. Watrigant. BELLEGARDE (Octave de Saint-Lary de), arche­ vêque de Sens, né en février 1587, mort à Montreuil près Paris, le 26 juillet 1646. Il étudia la philosophie et la théologie â Toulouse et n’étant que simple clerc fut pourvu par Henri IV de riches bénéfices parmi lesquels se trouvait Saint-Germain d’Auxerre. Peu après avoir reçu cette dernière abbaye, il fut nommé à l’évêché de Conserans, puis à l’archevêché de Sens dont il prit pos­ session en 1623. Il se montra toujours un ardent défen­ seur des droits et des immunités du clergé. Malheu­ reusement il fut un des prélats qui approuvèrent avec le plus de chaleur le livre De la fréquente communion d’Antoine Arnauld. Il fit imprimer un livre intitulé : Sanctus Augustinus per seipsum docens catholicos et vincens pelagianos, et y joignit une lettre pour le re­ commander au clergé et aux fidèles de son diocèse. L’auteur de cet ouvrage est le P. du Juannet, oratoricn. Gallia Christiana, 1770, t. xn, col. 100. B. Heurtebize. BELLELLI Fulgence, théologien de l’ordre de Saint- Augustin, né en 1675 à Buccino, dans le diocèse de Conza, au royaume de Naples, mort à Rome en 1742. Après son ordination, il dirigea les études dans diverses maisons de son ordre; en 1710, il accompagna à Lu­ cerne comme théologien le nonce apostolique Jacques Caracciolo; mais il ne demeura qu’une année dans cette ville que sa santé l'obligea de quitter. Il enseigna ensuite la théologie avec éclat à Venise, à Pérouse et à Rome. Clément XI le nomma procureur général de son ordre et préfet de l'Angeliça. En 1727, il fut élu général de son ordre. 11 publia Mens Augustini de statu crealuræ rationalis ante peccatum, in-4», Lucerne, 1711, où il combat les erreurs de Pélage, de Baius et de Jansénius. Cet ouvrage fut dénoncé à l’inquisition comme renfermant de nombreuses erreurs; mais le tribunal n’y trouva rien de répréhensible. Ce religieux avait fait paraître un autre écrit dans le but de montrer l’accord de la bulle Unigenitus avec la doctrine desaint Augustin : Mens Augustini de modo reparationis humanæ naturæ post lapsum adversus baianam et jansenianam hæresim, 2 vol., Rome, 1737. Un an après la mort de Bellelli, en 1743, parut un ouvrage entièrement composé contre ce théologien par Jean d’Yse de Saléon, sous le titre Baianismus et jansenismus redivivus. Le Père Berti, augustin, qui était également attaqué dans cet écrit, prit la défense de son ancien supérieur et aucun des écrits de ces deux religieux n’encourut de condamna­ tion. Voir Baius, col. 62. Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du xvur siècle, 1854, t. n, p. 408; Hurter, Nomenclator tile, urius, 1895, t. n, col. 1309; t. ni, col. 2; Kirchenlexikon, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1883, t. Il, col. 293. B. Heurtebize. BELLENGHI Philippe-Marie, archéologue italien, de l’ordre des camaldules, né le 22 novembre 1757, mort le 2 mars 1839. Il enseigna la théologie et le droit canon et reçut en 18C2 la dignité abbatiale. Léon XII en 1828 le nomma archevêque de Nicosie. Il avait com­ posé divers écrits, parmi lesquels on mentionne une dissertation De antiquis eucharistiæ custodibus. Hurter, Nomenclator literarius, 18C5, t. m. col. 872-873. B. Heurtebiz.e. BELLEVUE (Armand de). Voir Armand de Bellevue, t. i, col. 1887-1888. 601 BELLI — BÉNÉDICTINS (TRAVAUX DES) BELLI François, de Sciacca en Sicile, appartenait au Tiers-Ordre régulier de Saint-François. Maître en théologie et prédicateur de renom, il publia : Libro delta verità cristiana, net quale s'apportano molle figure dell' antico Testamento intorno a' misleri di nostra fede, in-12, Pavie, 1601. On lui attribue aussi un ouvrage sur le Décalogue que les bibliographes décla­ rent n’avoir pas vu. Mongitore, Bibliotheca sicula, Païenne. 1707, 1.1, p. 207. P. Édouard d'Alençon. BELLUTI Bonaventure, de Catane, entra chez, les conventuels et acheva ses études de théologie au collège de Saint-Bonaventure érigé par Sixte-Quint dans leur couvent des Douze-Apôtres à Rome. Il y rencontra le P. Barthélemy Mastrio de Meldola, avec lequel il se lia étroitement. Scotistes passionnés tous les deux ils ré­ solurent de donner un nouveau lustre aux systèmes du docteur subtil. Créés régents des études au couvent de Césène d’abord, puis à Pérouse et à Padoue ( 1638-1641), ils travaillèrent de concert au but proposé et pour cela ils publièrent d’abord un court traité de logique qui re­ parut quelques années plus lard sous ce titre : Institu­ tiones logicæ, quas vulgo Summulas, vel Logicam parram nuncupant, in-12, Venise, 1646. Pendant leur séjour à Pérouse ils donnèrent le premier volume du cours de philosophie : Disputationes in Aristotelis libros Physicorum, quibus ab adversantibus, tum vete­ rum, tum recentiorum jaculis Scoti philosophia vin­ dicatur, in-4°, Rome, 1637. Cet ouvrage, imprimé à mille exemplaires, fut très favorablement accueilli du public savant, et l'édition élaitépuisée en moins de cinq ans. Il fut réédité à Venise en 1644. Il avait été suivi des Disputationes in Organum Aristotelis, quibus... Scoti logica vindicatur, in-40, Venise,1639,1646; Naples, 1660; Disputationes in libros de caelo et melheoris, ...Disputationes in libros de generatione et corru­ ptione,‘2 in-4°, Venise, 1640,1652,1659; Disputationes in libros de anima, in-4°, Venise, 1640, 1652, 1671. Ces divers livres, écrits en collaboration avec le P. Mastrio, forment les trois premiers volumes du Cursus integer philosophise ad mentem Scoti, 5 in-fol., Venise, 1678, 1688. Le triennat de leur régence à Padoue expiré, le P. Belluti revint à Catane, ou il ne tardait pas à être élu provincial; il l’était en 1645. Pendant que son ancien collaborateur continuait à s’occuper de Deo in se, il se proposa de traiter de Deo homine et il publiait des Dis­ putationes de Incarnatione dominica ad mentem do­ cloris subtilis, in-4°, Catane, 1645. Il annonçait comme devant les suivre un traité De sacramentis tum in ge­ nere, tum in specie, mais il ne fut jamais édité. Le P. Belluti mourut à Catane le 18 mai 1676, à l’âge de 77 ans; apres sa mort on publia un Liber moralium opusculorum atque resolutionum miscellaneo apparatu digestorum, in-fol., Calane, 1679. B. Mastrio de Meldola, Scotiis et Scotistte, Bellatus et Mastrius expurgati a querelis Ferchianis,Ferrare, 1650; Mongi­ tore, Bibliotheca sicula, Païenne, 1707, 1.1, p. 112. P. Édouard d'Alençon. BENEDICTI Jean, que Wadding dit originaire de Laval, religieux franciscain de l'Observance, très versé dans la connaissance de l’hébreu, du grec et du latin, fut secrétaire du P. Christophe de Chelfontaines, géné­ ral de son ordre, et il l’accompagna dans ses visites à travers l’Europe. Il lit de plus un pèlerinage en TerreSainte pour accomplir un vœu. Sur le frontispice de son principal ouvrage il prend le titre de professeur en théologie et Père provincial de la Touraine Pictavienne. Le P. Benedicti était mort en 1600. Nous avons de lui une Somme des péchez et le remède d'iceutx, publiée pour la première fois à Lyon en 1584, et rééditée quinze fois, au dire de Wadding. Nous pouvons citer : Lyon, 1593; in-fol., Paris, 1597, 1599; in-12, ibid., 1600,1601 ; in-fol., 1602; Lyon, 1604, 1610 (?), 1628. Après la mort G02 de l’auteur, celte Somme fut revue, corrigée et aug­ mentée par les docteurs de la l'acuité de théologie de Paris. Èlle démontre la profonde érudition de l'au­ teur qui s'appuie sur les grands maîtres de la théologie scolastique. Il publia encore : La triomphante victoire de la Vierge Marie sur sept malins esprits finalement chassés du corps d’une femme dans l'église des Corde­ liers de Lyon: est ajousté un petit discours d’un autre diable possédant une jeune fille et aussi expulsé, in-8°, Lyon, 1582;in-12,1612. Dans cet écrit l’auteur annonce un Mariale qui ne fut probablement pas publié. Wadding, Annales minor., ad ann. 1596, t. iv ; Scriptores ord. min.; Sbaralea, Supplementum ad scriptores Ο. Μ., Rome, 1806; Migne, Diet, de bibliographie catholique, t. n, col. 661 ; Angot, Dictionnaire de la Mayenne, Laval, 1900, t. 1, art. Benoit (Jean). P. Édouard d'Alençon. I. D'après la règle. IL Aux vi« et vit'siècles. 111. Au vm'siècle. IV. Au IX' siècle. V. Au x· siècle. VI. Au xi· siècle. VIL Au xli· siècle. VIII. Aux xni· et xiv'siècles. IX. Au xv'siècle. X. Au XVI' siècle. XL Au xvil» siècle. XII. A l’université de Salzbourg. XIII. Au xvni· siècle. XIV. Au xtx· siècle. I. D’après la règle. — Après avoir vécu quelques années de la vie érémilique, saint Benoît avait fondé douze monastères dans les environs de Subiaco et s’était ensuite retiré sur le Mont-Cassin oii il établit une cé­ lèbre abbaye qui subsiste encore. Ce tut là qu’il mourut en 543 après avoir mis la dernière main à la rédaction de cette Règle célèbre, remarquable entre toutes par sa discrétion et que beaucoup de saints ont déclarée avoir été directement inspirée par l’Esprit-Saint. Il y recom­ mande fréquemment à ses disciples la lecture des saintes Écritures, lecture attentive et méditée où ils trouveront l’aliment de leur vie spirituelle. Il veut que l'abbé soit choisi parmi les religieux les plus recommandables non seulement par la sainteté de la vie, mais encore par la pureté de la doctrine. Regula, c. lxiv. Il doit en outre être ·( docte dans la loi divine, sachant où puiser les maximes anciennes et nouvelles », Ilegula, c. lxiv, car « ses enseignements doivent se répandre dans les âmes de ses disciples comme le levain de la divine justice ». Ilegula, c. n. S’agit-il de choisir quelques religieux pour venir en aide à l’abbé dans le gouvernement de son mo­ nastère, le saint patriarche exige qu'ils soient désignés, non d’après le rang qu'ils occupent, mais d’après le mé­ rite de leur vie et la sagesse de leur doctrine. Régula, c. xxi. De ces quelques textes il est facile de conclure qu’un enseignement doctrinal doit exister dans le mo­ nastère où saint Benoit admet de jeunes enfants. Nul en ellet ne saurait acquérir une doctrine sûre sans la direction d’un maître expérimenté. Dans toute abbaye doit se trouver une bibliothèque renfermant avec les saints Livres les écrits des Pères. Si en tout temps le moine doit vaquer pendant quelques heures chaque jour à l’élude ou à la lecture, il le doit surtout pendant le temps du carême; aussi chaque moine recevra-t-il pour cette période de l’année un livre delà bibliothèque qu'il devra lire en entier et par ordre. Regula, c. XLVin. Én terminant sa règle, le saint législateur renvoie ceux qui veulent atteindre à la vie parfaite aux enseigne­ ments des saints Pères dont l'observation conduit l’homme au sommet de la perlection. Regula, c. lxxiii. Les lils de saint Benoit se montrèrent fidèles observa­ teurs des sages préceptes de leur père et s’ils mirent de tout temps leur gloire à posséder de riches biblio­ thèques, ils eurent non moins à cœur d’étudier la doc­ trine contenue dans les saintes Écritures et dans les écrits des docteurs qui les avaient précédés. II. Aux vi· et vil' siècles. — 1» Saint Grégoire le Grand, qui professa la vie monastique dans le monastère qu'il avait fondé sur le Mont-Cælius, monta en 590 sur la chaire de saint Pierre et mourut en 604. Fidèle aux BÉNÉDICTINS (Travaux des). — 603 BÉNÉDICTINS (TRAVAUX DES) préceptes de la règle bénédictine il ne cessa d'étudier les saintes Écritures. Plusieurs commentaires nous sont demeurés de ce saint docteur et son Expositio in librum Job sire Moralium libri XX V, est comme un vaste réper­ toire des connaissances théologiques de son époque. Un grand nombre de lettres de ce pape sont parvenues jus­ qu'à nous et elles sont d’une grande utilité pour la con­ naissance de la discipline ecclésiastique dans les divers pays de la chrétienté. Dans un livre écrit vers 591 et dédié à Jean, archevêque de Ravenne, le Pastoral, Liber regulæ pastoralis, il expose les devoirs du ministère sacré et dans les Dialogues il raconte la vie et les mi­ racles de saints personnages du vi« siècle. Si on ne peut entièrement attribuer à saint Grégoire le Grand le Sacramentaire qui porte son nom, il n'en reste pas moins hors de doute que la liturgie de l'Eglise doit beaucoup aux travaux de ce grand pape. Il envoya le moine Augustin (j- 604) porter la lumière de l’Évangiie aux infidèles de la Grande-Bretagne. Celui-ci devint le premier évêque de Cantorbéry. Plusieurs monastères bénédictins ne tardèrent pas à s’élever dans ce pays et à y devenir, au témoignage du Vénérable Bède, des foyers de science et de doctrine. Parmi les religieux qui ame­ nèrent ce résultat il nous faut mentionner saint Benoit Biscop (f 690), le fondateur de Wearmoulh et de Jarrow, qui établit dans ces monastères de riches bibliothèques, Théodore, archevêque de Cantorbéry (j-690), et Adrien, abbé du monastère de.Saint-Pierre en la même ville. 2“ L'ordre de Saint-Benoit se répand dans les divers pays : peu à peu la règle du patriarche des moines d’Occident supplantera les autres règles et ses disciples tra­ vaillent à déraciner les derniers resles du paganisme. Établissant leurs monastères au milieu de populations encore infidèles, ils en font des foyers d'où la lumière se répand au loin et autour desquels les nouveaux con­ vertis viennent se fixer. A la fin du siècle inauguré par saint Grégoire le Grand, un autre bénédictin occupe le siège de saint Pierre, saint Agathon (·|·681). D’accord avec l’empereur Constantin Pogonat, il réunit à Constan­ tinople le VIe concile œcuménique qu’il fait présider par ses légats et lui adressa deux lettres dogmatiques demeurées célèbres et qui portèrent le coup de mort au monothélisme. Dans la Grande-Bretagne, saint Adelme, abbé de Malmesbury, puis évêque de Sherborne (j-709), s’elforça de ramener les Bretons aux coutumes de l'Église ro­ maine. 11 composa en vers et en prose divers traités parmi lesquels un ouvrage De lauilibus virginitatis sive de virginitate sanctorum, un livre De septimano, un poème De laudibus virginum. Par sa science et sa sainteté, il acquit une grande réputation et de nom­ breux disciples vinrent se grouper autour de lui. A la même époque se firent remarquer Olsfer (j-692), évê­ que de Rochester, deux abbés de Jarrow, Céolfrid et liucbert, et saint Jean de Beverley (7 721), évêque d’Hagulstad, puis archevêque d’York. Parmi les disciples de ce dernier, on place souvent saint Bède, plus connu sous le nom de Vénérable Bède, et que Léon Xlll a mis au nombre des docteurs de l'Église universelle. Moine du monastère de Jarrow, il n’avait rien de plus à cœur, nous dit-il lui-même, que de méditer les saintes Écri­ tures et d’enseigner aux autres la doctrine qui y est renfermée. Il en commenta presque tous les livres et résume fidèlement l'enseignement de ceux qui l’ont pré­ cédé. Voir col. 523-527.11 est à noter que son traité sur le prophète Habacuc fut écrit à la demande d une de ses sœurs religieuse. Les moniales alors, en effet, faisaient, selon les prescriptions de la règle, de la méditation et de l'étude de la Bible une de leurs principales occupa­ tions, s'efforçant d’y trouver l’aliment de leur piété. 11 nous faut nommer encore à cette époque Tobie (7 727), évêque de Rochester, et Britwald (j-731), archevêque de Cantorbéry. 604 III. Au vin' siècle. — 1° Abandonnant son nom de Winfrid pour celui de Bonilace, un moine de la GrandeBretagne va prêcher la foi en Germanie. Son premier soin est d'établir en ce pays des monastères pour les­ quels il réclame de la charité des amis qu'il a laissés en Angleterre des copies des Livres saints et les écrits du Vénérable Bède. S’étant rendu à Rome, il y reçut la consécration épiscopale et, en 738, Grégoire 111 le créa son légat dans la Germanie. En celte qualité il réunit de nombreux conciles parmi lesquels en 742 le premier de Germanie et l’année suivante celui de Liptine. Les canons qui y furent portés règlent la discipline ecclé­ siastique dans ces pays nouvellement évangélisés. En 744, saint Boniface réunit le concile de Soissons qui rétablit l’autorité des métropolitains et s’efforça de porter remède aux maux communs de la Gaule et de la Germanie. Les lettres et les quelques écrits qui nous ont été conservés de cet apôtre sont une des sources les plus importantes pour l’élude de la discipline ecclésias­ tique du vm« siècle. Vers 747, il établit son siège métropolitain dans la ville de Mayence près de laquelle il avait fondé l’abbaye de Fulde dont son disciple saint Sturme fut le premier abbé. Saint Boniface fut mis à mort en 755 par les Frisons auxquels il prêchait l’Évangiie. 2e A Egbert, archevêque d'York, qui mourut en 766, nous devons un Pénitentiel et divers écrits parmi les­ quels : Excerptiones e dictis et canonibus sanctorum ; Canones de remediis peccatorum, et un dialogue De institutione catholica. 3° En Italie, le B. Ambroise Autpert f-f-778), abbé de Saint-Vincent du Vulturne, commente plusieurs livres de la sainte Ecriture, parmi lesquels l’Apocalypse, en se servant surtout des œuvres de saint Augustin et de saint Grégoire, et le livre De con/lictu vitiorum et vir­ tutum, placé ordinairement parmi les Spuria de ces deux docteurs, peut lui être justement attribué. De Paid Warnefrid, plus connu sous le nom de Paul Diacre, moine du Mont-Cassin, mort â la fin du vin· siècle, il nous reste un recueil, llomiliarium pro totius anni circulo ecclesiasticum ex sanctis et antiquis Patribus. 4° Les diverses erreurs qui s’étaient glissées dans l'Église trouvèrent au cours du vill· siècle des adver­ saires redoutables dans l’ordre de Saint-Benoit. Le Vé­ nérable Bède en divers endroits de ses écrits combat les erreursde Pelage et saint Boniface démasque les doctrines erronées de quelques faux prêtres ou évêques. L'hérésie de l’adoptianisme répandue par Élipand, archevêque de Tolède, et Félix d’Urgel, est dénoncée par Béatus de Liebana, abbé de Valgabado, Ethérius, son disciple, qui devint évêque d’Üsrna, et Félix, abbé d’Obona. Voir col. 517. Mais son principal adversaire fut alors le célè­ bre Alcuin, qui la comballit par ses lettres et par divers traités : Libellus adversus hæresim Felicis; Adversus Felicem libri Vll ; Adversus Elipandum libri IV; ct au concile d’Aix-la-Chapelle (799) il parvint à triompher de l’opiniâtreté de Félix d’Urgel. Originaire de la Grande-Bretagne, Alcuin avait dirigé à York l’école épis­ copale. Sur l’invitation de Charlemagne, il vint dans les Gaules et fut mis à la tète de l’école palatine. Le puissant empereur lui donna le gouvernement de plu­ sieurs abbayes, de Ferrières, de Saint-Loup de Troyes, de Saint-Martin de Tours. Fit-il profession sous la rè­ gle de saint Benoit? on ne saurait l'affirmer avec cer­ titude; mais ce qui est hors de doute, c’est son influence sur l’enseignement dans les monastères dont les écoles prirent un grand développement dans les divers pays du monde chrétien. Voir t. 1, col. 687-692. Un bon nombre des religieux que nous aurons â men­ tionner dans le cours du IXe siècle remplirent les fonc­ tions d’écolàtre. Leur principal enseignement était l’in­ terprétation des Livres saints commentés â l’aide des docteurs précédents. Parmi les conseillers de Charle­ 605 BÉNÉDICTINS (TRAVAUX DES) GOG magne nous trouvons avec Alcuin, saint Benoît, abbé vitiis et virtutibus excercendis ; Expositiones ad Caro­ d'Aniane, puis de Cornelimunsler. En 794 il avait pris luni regem pro Ecclesiæ libertatum de/'ensione. part au concile de Erancfort où il défendit la pureté de 4° En Allemagne l’école monastique de Fulde brille la foi contre Félix d’Urgel. Il fut l’inspirateur du synode d'un vif éclat sous la direction de Raban Maur, écolâlre, d’Aix-la-Chapelle en 817 et fut regardé comme le restau­ puis abbé de ce monastère et archevêque de Mayence. rateur de la discipline monastique. Voir Benoit d’Aniane. Outre les écrits composés contre Gottschalk, ce prélat est IV. Au IXe siècle. — I’ Théodemir (-j-vers 825), abbé auteur de commentaires sur un grand nombre de livres de Psalmodi, défendit contre Claude de Turin le culte le l'Ecrilure sainte et a laissé divers traités parmi les­ des images qui, quelques années plus tard, aura parmi quels De laudibus S. Crucis; De institutione clericorum ses défenseurs Walafrid Strabon, abbé de Reichenau, et cœremoniis Ecclesiæ; De oblatione puerorum, et un Dungdalle, moine de Saint-Denis, et llincmar, arche­ Pénitenliel. Parmi les religieux qui fréquentèrent vêque de Reims. Dans le diocèse de ce dernier prélat, l’école de Fulde se lit remarquer Walafrid Strabon, un moine de l’abbaye d’Orbais, Gottschalk, après avoir mort en 849 abbé de Reichenau, auteur d’un ouvrage étudié les écrits de saint Augustin et de saint Fulgence, De ecclesiasticarum rerum exordiis et incrementis. avait quitté son monastère pour aller répandre partout Dans le même monastère avait étudié Loup Servat, de funestes erreurs, enseignant une double prédestina­ écolâtre, puis abbé de Ferrières en Gàlinais, dont il ne tion. l’une à la béatitude, l’autreà la damnation. Ce nou­ nous reste, outre un certain nombre de lettres, que le vel hérétique fut condamné dans les conciles de De tribus quaestionibus, où il traite du libre arbitre, de Mayence en 848 et de Kierzy en 849 et soumis à une la prédestination et de la rédemption de tous les sévère pénitence. Il fut en outre combattu par les écrits hommes par le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. 11 de Raban Maur, ancien abbé de Fulde, devenu arche­ combat diverses assertions d’Ilincmar, mais, comme vêque de Mayence, et d’ilincniar, archevêque de Reims. nous l’avons dit. ne saurait être rangé parmi les parti­ Malheureusement Scot Erigène se mêla à la contro­ sans de Gottschalk. Parmi les moines de Ferrières qui verse et, en voulant réfuter les doctrines du moine vécurent à cette époque nous avons à mentionner Adoti, d’Orbais, tomba dans d’autres erreurs qui eurent parmi archevêque de Vienne (-J-874), célèbre par le marlijroleurs principaux adversaires Loup, abbé de Ferrières, et logequi porte son nom. Voir I. i, col. 401-402. Ilaymon, Ratramne, moine de Corbie. Aussi ces derniers, ainsi que évêque d’ilalberstadl (·}·853), fut moine de l'abbaye de Rémy, archevêque de Lyon, se trouvant en contradiction Fulde. Outre des commentaires sur divers livres de la avec diverses assertions d'Ilincmar, furent-ils à tort Bible et des homélies, il nous reste de cet auteur des considérés par plusieurs comme partisans de Gottschalk. traités De corpore et sanguine Domini; De varietate Les err. ors de ce dernier, censurées par divers synodes, librorum sive de amore cæleslis patrite. Dans les mêmes furent définitivement condamnées par le concile de régions, Eginhard, le fondateur de Seligenstadt (f844), Touzy en 860. Voir I t, col. 2527-2530. composait un ouvrage De cruce adoranda, que nous ne 2" A la même époque le schisme de Photius menaçait connaissons que par l’éloge qu’en fait Loup de Ferrières, de se répandre dans les Gaules et dans tout l’Oceidenf, et Helfride, moine d'IIirsauge, au dire de Trilhème, in et le monastère de Corbie fournit deux des principaux omni genere doctrinam ad plenum instructus, écrivait défenseurs des droits et des coutumes de I’Eglise ro­ divers traités parmi lesquels un livre De sacramento maine dans la personne du moine Ratramne et dans altaris, qui n’est pas parvenu jusqu'à nous. celle d’Odon qui, d’abbé de ce monastère, devintévêque 5° En Angleterre, vers la lin du IXe siècle, les études de Beauvais (f88l). Le premier de ces religieux que se sont relevées dans les monastères sous l’impulsion nous avons déjà eu l’occasion de mentionner écrivit à de moines venus des Gaules et quelques auteurs vou­ ce sujet quatre livres contre les Objecta Græcorum. On draient même faire remonter jusqu’à eux les commen­ lui doit en outre un ouvrage De praedestinatione, com­ cements de l'université d’Oxtord. Parmi les religieux posé à l'occasion des controverses suscitées par les tpii se distinguèrent alors en ce pays par leur science erreurs de Gottschalk, et un livre De nativitate Christi. et leur piété, on peut nommer les moines Neotus, Jean, On lui attribue en outre un traité De corpore et san­ Grimbald et Asserius. guine Christi. Il se trouve souvent dans ces divers V. Au x· siècle. — Les premières années du Xe siècle écrits en contradiction avec un religieux du même mo­ sont marquées par un lait important dans l’histoire mo­ nastère, saint Paschase Radbert (-j-865), qui en devint nastique : la fondalion de l'abbaye de Cluny par le saint abbé et se rendit célèbre par ses travaux Idéologiques : abbé Bernon et Guillaume, duc d’Aquitaine. Cet illustre De corpore et sanguine Domini; De partit Virginis, et monastère va être pendant plusieurs siècles le plus so­ De fide, spe et charitale libri 111. Adrtvald (f 858), lide rempart de l’orthodoxie romaine. Au B. Bernon, moine de Fleury-sur-Loire, écrivit egalement un traité mort en 928, succéda dans la chaire abbatiale de Cluny, De corpore et sanguine Doniini, dirigé surtout contre saint Odon (7 949), auquel nous devons un abrégé des Scot Érigène. Morales de saint Grégoire le Grand et trois livres de 3° Dans les Gaules, Leidrade, archevêque de Lyon, puis conférences. Sous son impulsion bienfaisante, la réforme moine de Saint-Médard de Soissons où il mourut en8l6, s’introduitdans un grand nombre de monastères bénédic­ publie sur le désir de Charlemagne un traité sur le tins. Dans les Gaules, Remi d’Auxerre (f vers 908) s’était baptême. 11 rétablit les écoles de son église cathédrale fait remarquer comme grammairien et comme théolo­ gien et en cette dernière qualité il composa, outre des et y met pour écolâlre le diacre Florus (-j-859) qui re­ vêtit l’habit monastique à l’abbaye de Saint-Trond et homélies, un traité De dedicatione Ecclesiæ, et une prit une part active aux querelles théologiques nées de Expositio de celebratione missæ. A la lin du siècle, Adson (γ992), moine de Luxeuil et abbé de Montier-enl’hérésie de Gottschalk. Smaragde, abbé de Saint-Mihiel en Lorraine (819), est auteur de divers ouvrages bien 1 Der, écrit entre autres ouvrages un Libellus de Antichrislo, généralement publié parmi les œuvres d'Alcuin. connus au moyen âge sous les titres de Diadema mo­ nachorum et Via regia. Ililduin, abbé de Saint-Denis Voir t. I, col. 463-464. En Allemagne, les écoles monas­ tiques sont très florissantes et il nous faut mentionner (•f-842), fait connaître les livres célèbres attribués à saint Denys l’Aréopagite. Un moine de ce monastère, I celles de Saint-Gall, de Saint-Maximin de Trêves, de Saint-Matthias en la même ville, d’Echternach, de llincmar, devient en 815 archevêque de Reims. Il Corwey, et de Saint-Alban de Mayence. De l’abbaye de prend, ainsi que nous l’avons dit, la part la plus active Lobhes sortit Rathier (j-974) qui devint évêque de Vérone aux luttes contre les erreurs de Gottschalk. On lui doit et lutta sans trêve pour la réforme de son clergé et la divers ouvrages parmi lesquels des traités De prædepureté de la doctrine, comme en témoignent ses écrits, tinalione; De una et non trina Deitate; De cavendis 607 BÉNÉDICTINS (TRAVAUX DES) 608 ses sermons et ses lettres. En Italie, Gezon (vers 950), Nonantule, nommé Placide (vers 1070), écrivit un livre abbé de Sainl-Mareien de Torlone, écrit un traité De De honore Ecclesiæ, contre les investitures. Un moine corpore et sanguine Domini. du Mont-Cassin. Brunon d'Asti (-J-1I23), nommé par VI. Au xi' siècle.— l’Dans le cours de ce siècle,l'or­ saint Grégoire Vil évêque de Segni, se montre l’intrépide défenseur des droits de l’Église. A Home, il combat les dre de Saint-Benoît se divise en plusieurs branches. Saint Romuald fonde les camaldules auxquels s'unis­ erreurs contre la sainte eucharistie et parmi ses écrits sent les abbayes gouvernées par saint Pierre Damien, on remarque des traités De incarnatione Domini et évêque d'Ostie et docteur de l’Eglise; saint Jean Gualejus sepultura; De sacrificio azymo; De sacramentis bert établit Vallombreuse; saint Etienne de Muret, Ecclesiæ, mysteriis ■ algue ecclesiasticis ritibus: Cur Grandmont; Robert d’Arbrissel, Fontevrault, et saint eorrupitur Ecclesiæ stales, et des lettres à Pascal il, Robert de Molesmes inaugure la réforme de Citeaux où il reproche assez vivement à ce pape les concessions qu'illustrera saint Bernard. Nous laisserons de Coté ces accordées aux exigences de Henri V. Humbert (f 1063), diverses familles du grand ordre bénédictin, nous atta­ moine de Moyen-Moulier, cardinal-évèque de SainteRuline et bibliothécaire de la sainte Église romaine, est chant â la branche principale qui est celle de ceux qu’on a appelé les moines noirs et dont Cluny est à envoyé par Léon IX à Constantinople pour combattre celte époque la plus puissante abbaye. La réforme inau­ les prétentions schismatiques des Grecs qu’il réfute en gurée dans ce monastère se répand dans toute la chré­ plusieurs ouvrages; il écrit en outre trois livres contre tienté sous l'inlluence de ses grands abbés saint Mayeul, les simoniaques. Anselme (γ 1086), évéque de Lucques, saint Odilon el saint Hugues. C'est dans cet ordre de détend par ses actes el ses écrits le pape légitime contre Cluny que les papes, conseillés par le cardinal Hilde­ l’antipape Guibert. 5’ Parmi les autres bénédictins remarquables par leur brand, moine de Sainte-Marie de l’Avenlin avant de doctrine el dont les ouvrages sont parvenus jusqu’à ceindre lui-même la tiare pontilicale, trouveront leur nous, nous avons à cette époque ; en Allemagne, Hériplus ferme appui dans la lutte contre les investitures ger (f 1007), abbé de Lobbes, auteur d'une lettre De di­ et les désordes d'un clergé simoniaque et concubinaire. 2° L’ordre bénédictin revendique à juste titre comme versitate quæ inter Dionysium et Bedam occurrit; il lui appartenant plusieurs papes qui illustrèrent l’Église avait lui aussi composé un traité De corpore el sanguine au xi’ siècle : Silvestro II, Léon IX, Étienne X, Gré­ Domini, qui n'a pas été publié. Burchard (1025), moine de Lobbes, puis évéque de Worms, a laissé un Pénilengoire VII, Victor III c', rbain II. Tous luttent pour le liel. A Bernon (j- 1018), moine de Fleury et de Prum, maintien de la discipline et le respect des lois de puis abbé de Reichenau, nous devons quelques petits l’Eglise. Les décrets promulgués dans de nombreux con­ traités qui intéressent surtout la liturgie, comme le sui­ ciles réunis par leurs soins, leur volumineuse corres­ vant : Libellus de quibusdam rebus ad missæ sacrifi­ pondance sont les meilleurs témoins de leur zèle pour cium pertinentibus ; de plus il combat les erreurs de la pureté de la doctrine. A Silvestre II, célèbre avant Cassien dans une lettre adressée à un nommé Frédéric son pontificat sous le nom de Gerbert, moine de Sainttrès versé dans les questions théologiques. Olhlon Gér.vlt d'Aurillac, abbé de Bobbio, archevêque de Reims, (-j- vers 1052), moine de Tegernsee, de Sainl-Emmerati de qui I. ignorait aucune des sciences de son temps, nous Ratisbonne, de Fulde ou il exerce les fonctions d'écodevons un traité De corpore el sanguine Domini. lâtre, compose un dialogue De tribus quæslionibus, id est 3" Nombreux sont ceux qui à cette époque écrivent sur de divinæ pietatis agnitione, judieioriimque divinorum la sainte eucharistie pour réfuter les erreurs répandues neciioii de varia bene agendi facultate, une lettre De à cette époque et en particulier l’hérésie de Bérenger, permissionis bonorum et malorum causis et un Libellus archidiacre d'Angers. Durand (f 1088), abbé de Troarn metricus de doctrina Christiana ; auteur ascétique, il en Normandie, Lan franc (f 1089), prieur du Bec, puis écrit divers ouvrages De cursu spirituali; De admoni­ archevêque de Cantorbéry, écrivent des traités De tione clericorum et laieorum. corpore el sanguine Domini, el ce dernier, au concile de 6» A la lin du x» siècle, à la demande de saint Tours en 1055, amena l'hérétique à abjurer ses erreurs. Oswald, religieux de Fleury-sur-Loire devenu évéque Un autre religieux du Bec, Ascelin, confond Bérenger à de Worcester, un moine de ce monastère, saint Abbon, la conférence de Briosne et lui adresse une lettre ou il qui en devait être abbé, se rendit en Angleterre pour y affirme la doctrine catholique sur la présence réelle de remplir les fonctions d’écolâtre, et plus tard le H. LanNoire-Seigneur dans la sainte eucharistie. Voir t. t, franc (-f-1089), d'abbé du Bec devenu archevêque de col. 2036. Guitmond (1088), moine de la Croix-SaintCantorbéry, n’eut rien de plus à cœur que d'établir dans Leullroy et évêque d’Aversa, compose une Confessio son diocèse des écoles semblables à celles oit lui-meine de sancta Trinitate et Christi humanitate corporisque avait enseigné avant son épiscopat. ac sanguinis Domini nostri verilale,el un livre Decor­ Lanfranc eut pour successeur sur le siège de Canter­ pore et sanguine Domini. Un moine d’un monastère bury son disciple Anselme qui, né à Aoste en 1033 ou inconnu traite le même sujet dans une Epistola de ve­ 1031, avait, en 1060, revêtu l'habit monastique à l'abbaye ritate corporis et sanguinis Christi, Le B. Wolphelme du Bec dont il ne tardait pas à devenir prieur, puis (f 1091), abbé de Brauweiler, écrit une lettre sur le même abbé. En 1093, Guillaume le Roux le choisissait pour sujet et publie des règlements sur l’utilité de la lecture archevêque de Cantorbéry. Anselme ne tarda pas à et de la méditation dos saintes Ecritures. L’ouvrage in­ entrer en lutte contre les prétentions sacrilèges du roi titulé De multiplici Berengarii damnatione est égale­ d’Angleterre, et sous ce prince et sous son successeur, ment l’œuvre d'un religieux de l'ordre de Saint-Benoit. Henri Beauclerc, il ne cessa de combattre pour les liber­ Albéric (t 1088), moine du Mont-Cassin et cardinal, tés de l’Eglise. Deux lois il dut abandonner son siège et ve­ combat les erreurs de Bérenger et de Pierre de Bruys nir chercher un reluge à Rome. H mourut à Cantorbéry, dans un traité De realilale corporis Christi. H écrivit le 21 avril Γ109. Saint Anselme a laissé de nombreux en outre tin livre De virginitate D. Maries Virginis. écrits théologiques, comme le Monologiuni, le ProsloMais aucun deces traités ne nous est parvenu. gium, le Cur Deus homo dans lesquels, ne s'appuyant 4° Dans l’œuvre de la réforme des mœurs du clergé, plus uniquement sur l’Écriture sainte et ia tradition, il dans la lutte contre la simonie, dans la querelle des applique la raison avec toutes ses ressources à la médi­ investitures, les papes trouvent dans l'ordre monastique tation des vérités de la toi. Aussi est-il regardé à bon leurs coopérateurs les plus fidèles, leurs conseillers les droit comme le Père de la théologie scolastique. Dans plus dévoués comme Hugues (γ 1109) de Cluny, Richard le Proslogium auquel il avait d’abord donné ce titre (ÿ 1121), abbé de Saint-Victor de Marseille, et les évêques signilicalil Eides quærens intellectum, se trouve le célè­ sortis des cloîtres bénédictins. Un prieur de l'abbaye de 609 BÉNÉDICTINS (TRAVAUX DES) G10 bre argument de l'existence de Dieu auquel saint An­ ajoutant de nouvelles erreurs aux anciennes. Après sa selme a donné son nom. Lorsqu'il fut connu, un moine condamnation par le concile de Sens et le pape Inno­ de Marmoutier, nommé Gaunilon, souleva des objections cent II, il passa à Cluny où il fut accueilli charitable­ dans un écrit intitulé : Liber pro insipiente, auquel il ment par Pierre le Vénérable qui, par la douceur, répondit par un Liber apologeticus. Voir t. I, col. 1327 l'amena à reconnaître sincèrement ses erreurs. Il sq. Saint Anselme eut pour biographe Eadmer (-j-1124), mourut au prieuré de Saint-Marcel de Clialon le religieux bénédictin, puis évêque de Saint-André, auteur 12 avril 1142. Ses principales œuvres théologiques, outre de divers ouvrages : De excellentia B. Mariæ Virginis; le traité De l'nilate et Trinitate mentionné plus haut, De quatuor virtutibus quæ fuerunt in B. Maria; De sont : Theologia Christiana ; Introductio ad theologiam ; bealiludine cœlestis patriæ; De sancti Anselmi virtu­ Epitome theologiæ christianæ. Voir Abélard, t. i, tibus. A l'école du Bec et sous la direction de saint An­ col. 36 sq. Un des plus redoutables adversaires d'Abé­ selme se forma Guibert (-J-1124), moine de Saint-Gerlard fut, avec saint Bernard, Guillaume, abbé de Saintmer de Flaix et abbé de Notre-Dame de Nogent dans Thierry, qui renonça à sa dignité pour suivre la règle l’ancien diocèse de Laon. Il écrivit contre les juifs un cistercienne. On a de lui entre autres écrits : Dispu­ traité de l'incarnation ; nous lui devons en outre une tatio adversus Petrum Abælardum; Disputatio adver­ lettre De bucella .luilæ tradita et de veritate Dominici sus dogmata Petri Abælardi, et un traité De sacra­ corporis; quatre livres De sanctis et de pignoribus mento altaris. Un autre bénédictin, Abaudus, écrivit sanctorum ; ayant à discuter sur l’authenticité de cer­ contre Abélard une dissertation De fractione panis, taines reliques de Notre-Seigneur, il est amené à y mais ne sut pas se tenir à l’abri de toute erreur. Pierre prouver contre Bérenger la réalité du corps du Christ le Vénérable (·[· 1156), abbé de Cluny, qui eut une grande dans l'eucharistie; et divers opuscules De laude sanctæ influence sur Abélard pendant les dernières années de Alariæ et De virginitate. Arnoul (-1-1124), moine de sa vie, est auteur de divers traités contre les juifs, Saint-Lucien de Beauvais, puis de Canterbury, abbé de contre les disciples de Pierre de Bruys et contre les Peterborough et évêque de Rochester, avait également mahométans. Bernard de Morlas (1130), moine clunisien, étudié à l’abbaye du Bec; on lui doit une Epistola de a composé un livre De Verbi incarnatione, et un traité incestis conjugiis, et des Responsiones ad varias LamDe contemptu mundi. A la même époque un chanoine berli quæstiones de sacramento eucharisliæ. Gilbert de Liège, Alger (ÿ vers 1131), avait embrassé la vie mo­ Crispin (ψ 1114), religieux du Bec, puis abbé de West­ nastique à l'abbaye de Cluny, et parmi ses divers écrits minster, a composé une Disputatio judæi cum Chri­ on remarque trois livres De sacramento corporis et stiano. Hugues de Boves ou d'Amiens (-j- 1164), moine de sanguinis Domini contre les erreurs de Bérenger et Cluny, prieur de Saint-Pancrace de Lœwes et abbé de des traités De misericordia el justitia; De gratia et Reading, puis archevêque de Rouen, a laissé divers libero arbitrio; De sacrificio rnissæ. Arnaud (11Ô6), écrits parmi lesquels Dialogorum seu quæstionum moine de Marmoutier. puis abbé de Bonneval, est auteur theologicarum libri Vil ; De Ecclesia et ejus ministris de plusieurs ouvrages parmi lesquels un traité De donis libri 111 contre les hérétiques de son temps et uu traité Spiritus Sancti; De cardinalibus operibus Christi. De fide catholica et oratione dominica. Dans les écrits de Pierre de Celles (γ 1183), abbé de VIL Au xn» siècle. — 1° A l'occasion des luttes de Saint-Rémi de Reims et évêque de Chartres, nous trou­ saint Anselme pour la défense de la liberté de l’Église vons des opuscules De disciplina claustrali et De un moine de Fleury-sur-Loire, Hugues (-j-1124), écrit conscientia. un livre De regia potestate et sacerdotali dignitate qu’il 3° A l'abbaye d Afllinghem, l'abbé Francion (-f-1135) adresse à Henri Beauclerc, roi d'Angleterre, et dans compose un traité De gratia seu de beneficentia Dei, et lequel il recherche avec plus de naïveté que de bonheur à Saint-Martin de Tournay l'abbé Hermann, qui résigna les moyens d'accorder les droits de l’Eglise avec les sa dignité en 1137, a laissé un livre De incarnatione prétentions du monarque. A la même époque Geoffroy I Domini. Le pieux et savant Rupert (-f-1135), abbé de (j-1132), abbé de la Trinité de Vendôme, aidait de tout Deutz, près de Cologne, avait été moine et écolàtre de son pouvoir les souverains pontifes dans leurs luttes Saint-Laurent de Liège. Il commenta presque toute contre les investitures et le pape Urbain II le nommait l’Ecriture sainte, où il s'appliqua à reconnaître l'œuvre cardinal du titre de Sainte-Prisque. Outre des lettres des trois personnes de la sainte Trinité. Aussi donnafort importantes et un livre De corpore et sanguine t-il à une partie de son travail le titre : De Trinitate et operibus ejus. Celui, dit-il, qui ne connaît pas l’Écriture, Domini, Geoffroy de Vendôme composa divers traités De ordinatione episcoporum et de investitura laicone connaît pas le Christ : sa foi n’a pas de base solide rum; De simonia et investitura laicorum; De posses­ et la moindre erreur le renverse. Notons parmi les sionum ecclesiasticarum investitura quod regibus autres écrits de Rupert : De glorificatione Trinitatis concedatur; Qualiter dispensationes in Ecclesia fieri et processione Spiritus Sancti; De victoria Verbi Dei, debeant. De voluntate Dei; De omnipotentia divina; De meditar2» Après avoir eu pour maîtres les chefs de deux lione mortis; De gloriael honore Filii hominis; Dialo­ écoles rivales, Roscelin et Guillaume de Champeaux, gus inter Christianum et judæum, et un ouvrage se Abélard enseigna en diverses villes et en 1113 fut mis à rapportant surtout à la liturgie : De divinis o/fteiis per la tète de la grande école de Notre-Dame de Paris. Fier anni circulum. Berengosus (vers 1112), abbé de Saintde ses succès, il soutenait les opinions les plus témé­ Maxirnin de Trêves, compose un traité De mysterio ligni raires et s’abandonnait sans retenue à toute l’ardeur de Dominici et de luce visibili ac invisibili per quam anti­ ses passions. Ayant eu à subir des épreuves et des qui Patres meruerunt illustrari, et trois livres De humiliations de toute nature, Abélard alla demander inventione sanctæ crucis. Pothon, abbé de Prum, a l’habit religieux au monastère de Saint-Denis. Il conti­ laissé cinq livres De statu domus Dei, qui selon quel­ nua à y enseigner ainsi qu’à Saint-Ayoul de Provins, el ques auteurs doivent être attribués à un autre bénédic­ en combattantles erreurs de Roscelin fit revivre le sabel­ tin du même nom, Polhon (-f-1152), moine de Pruvelianisme. Son opuscule De Unitate et Trinitate fut ning. D’Eckbert (γ 1185). abbé de Saint-Florin de condamné au concile de Soissons. Après un séjour orcé Schonau, nous avons douze sermons contre l'hérésie â l'abbaye de Saint-Médard, il revint à Saint-Denis où des cathares et un petit traité De laude s. crucis. I! était le frère de sainte Élisabeth (f 1165), abbesse de il nia l’origine aréopagitique du patron de son monas­ tère. 11 se retira ensuite dans une solitude appelée le Schonau, célèbre par ses visions. A la même époque Paraclet, puis à Saint-Gildas de Rhuys dont les moines vivait sainte Hildegarde (f 1179), abbesse de Bingen, dont l avaient élu abbé. 11 reprit ensuite son enseignement, les ouvrages excitaient l'admiration de saint Bernard. Gli BÉNÉDICTINS (TRAVAUX DES) Les écrits de ces deux religieuses témoignent éloquem­ ment de ia vie intellectuelle qui régnait alors, même dans les monastères de femmes. VIH. Aux χιι>· et xiv' siècles. — 1° Les changements apportés dans les méthodes d’enseignement ionique les écoles des monastères sont peu à peu complètement délaissées pour les universités où se font surtout remarquer les religieux des nouveaux ordres, francis­ cains, dominicains, carmes et augustins. La décadence des études monastiques, dont se plaignait déjà vivement Abélard, ne fait que s’accroître pendant les xitl' et xiv' siècles et est presque partout accompagnée d'un relâchement de la discipline. Les chapitres généraux de l’ordre de Cluny, les conciles comme celui de Vienne en 1311. les souverains pontifes comme Benoit XII, s’effor­ cent d’apporter un remède à ce double mal. Henri de Fautriéres, abbé de Cluny, mort évêque de Saint-Flour en 1320, promulgue des règlements pour les jeunes religieux de son abbaye et des monastères qui en dépendent, recommandant l’étude de l’Écriture sainte, ainsi que de la logique et de la philosophie qui leur permettront de mieux comprendre le texte sacré et d’en tirer toutes les conséquences. Les plus illustres et les plus puissantes abbayes fondent près des universités des collèges où elles envoient leurs moines, étudier sons les maîtres les plus célèbres, leur recommandant de ne s’attacher aux sciences profanes qu’autant qu’il sera nécessaire pour l’intelligence des Livres saints et l’étude de la théologie. Plusieurs bénédictins enseignent dans ces universités et parmi eux Guy de Munois (-J-1313), professeur à Orléans, puis abbé de Saint-Germain d’Auxerre, et Erasme du Mont-Cassin, professeur à Na­ ples. 2° En Angleterre les bénédictins ont à combattre les erreurs de Wiclef et parmi eux se font remarquer Simon Langham (7 1376), abbé de Westminster, arche­ vêque de Canterbury et cardinal, Ultred Bolton (1380), bénédictin de Durham, Jean Wellys (1388), de Ramsey, et Nicolas de Radcliff (1390), de Saint-Alban. Dans ce même pays Gautier Bederichwort (vers 1360) écrit des commentaires sur le livre des Sentences el Adam Eston (7 1397). moine de Norwich, puis cardinal, com­ pose, outre de nombreux ouvrages sur l’Écriture sainte, divers traités théologiques qui n'ont pas été imprimés. 3° En Allemagne, Engelbert (7'1331), moine d'Admont en Styrie,fut envoyé étudier à Padoueel devintensuiteabbé de son monastère. 11 a laissé de nombreux écrits parmi lesquels nous mentionnons : De gratiis et virtutibus B. M arise I'. ; De rebus ad fidem spectantibus ; De gratia salvationis et justitia damnationis humante ; De libero arbitrio; De providentia Dei; De statu defunctorum ; Utrum. Deus adhuc incarnatus fuisset si primus homo non fuisset lapsus. Nous ne devons pas passer sous silence sainte Gertrude (7 1342) et sainte Mechtilde qui ont laissé plusieurs livres où elles ont consigné les révélations dont elles ont été favorisées et qui semblent être à cette époque la plus haute expression des ensei­ gnements de la théologie mystique. IX. Au xv' siècle. — 1° Ce siècle fut une époque de renouvellement pour l’ordre monastique par l’établisse­ ment des congrégations bénédictines. En 1101, Othon, abbé de Castels, réforme son abbaye à laquelle s’asso­ cient plusieurs monastères de Souabe et de Bavière. Quelques années plus tard, Louis Barbo ayant été pourvu de l’abbaye de Sainte-Justine de Padoue, y établit une observance qui lut embrassée par beaucoup de monas­ tères italiens; ce fut l’origine de la congrégation du Mont-Cassin. En 1117, Jean de Meden commence à Bursleld, cette grande réforme des abbayes allemandes qui réunira plus de 140 monastères. Sous l’abbé Nico­ las de Mazen (•{•1425), l’abbaye de Melk se réforma, entraînant à sa suite dix-sept monastères d’Autriche. En même temps que l’observance régulière se rétablit, les 612 études sont remises en honneur et les papes et les con­ ciles encouragent tous les efforts tentés vers ce double but. Au concile de Bâle fut promulguée à nouveau la consti­ tution de Benoît XII, et Martine de Senging(-|· vers 1485), abbé de Melk, y prononça un discours De reformatione status cœnobilici. On y remarqua en outre Henri de Guelpen (f vers 1430), abbé de Saint-Gilles de Nuremberg, Jean de Langdon (·{· 1434), bénédictin de Cantorbéry, évêque de Rochester, qui pendant quelque temps avait été le supérieur des religieux envoyés pour étudier à l’université d’Oxford, et Boldewin qui, d’abbé de SaintMichel de Lunnebourg, était devenu archevêque de Brème. 2° Parmi les théologiens de cette époque dont les écrits ont été imprimés, nous mentionnerons André d’Escobar(vers 1437), Espagnol, évêque de différents sièges et pénitencier de l’Église romaine; on lui attribue, avec divers ouvrages demeurés manuscrits, un livre intitulé : Methodus confitendi qui a été souvent réimprimé. Nicolas Tedesclii (1445). jurisconsulte célèbre, enseigna le droit à Sienne, à Parme, à Bologne, et fut nommé archevêque de Palerme. H eut le malheur de suivre le parti de l’antipape Félix V qui le créa cardinal. Parmi ses ouvrages qui presque tous se rapportent au droit canon, on remarque un Tractatus de concilio Basileensi et de ejus potestate ac papæ. Jean Wischler ou de Spire (f 1456), prieur de Melk, zélé pour l’observance régulière, publie un traité· De studio lectionis regularis ejusque impedimentis. Bernard de Waging ou Baging (•j-1472), chanoine de Saint-Augustin, puis bénédictin et prieur de Tegernsee, est auteur des deux ouvrages suivants : Reniediarius pusillanimium et scrupulosorum et De spiritualibus sentimentis et de perfectione spi­ rituali. A Jérôme de Werden (1475), prieur de Monsée. nous devons un opuscule De profectu religiosorum, et un bénédictin, originaire de Crémone, écrit cinq livres De veneratione sanctorum. Hilarion de Vérone (1464), moine de l’abbaye des Saints-Nazaire-et-Celse, traduit du grec en latin les Sancti Dorolhei doctrines de vita recte instituenda. Bernard de Plaisance (fl486), abbé de la congrégation de Sainte-Justine,publie divers traités: De contemptu mundi et assumenda religione et de institutione noriliorum ; Quomodo debeat religiosus in suo monasterio conversari et de modo orandi; De resurrectione Christi. A la même congrégation appar­ tiennent Luc Bernard de Brescia, qui lit imprimer en 1508 les homélies de saint Jean Chrysoslome traduites du grec en latin, et le célèbre jurisconsulte Benoit de Castro Sangri ou Benoit de Sangri (1544), auteur d’un traité De censuris ecclesiasticis el d’un livre De hæresibus el hæresiarchis. 3° Jean Raulin (·{· 1514), docteur en théologie, maître au collège de Navarre et moine de Cluny, commente Aris­ tote et, outre de nombreux sermons, a laissé divers traités parmi lesquels : Doctrinale mortis ou De triplici genere mortis et Collatio de perfecta religionis planta­ tione, incremento et instauratione. Charles Fernand (1517), avant d’embrasser la vie monastique, avait éga­ lement professé à Paris. Il écrivit : De animi tranquil­ litate; Speculum monastica· disciplina:; Confabulatio­ nes monasticae ; De immaculata Virginis conceptione. Le bénédictin Jean de Marre (-{-1521), évêque de Condom, s'emploie par ses œuvres et ses écrits à réformer les monastères de l’Aquitaine. H est auteur d'un Enchiridion sacerdotale, et avait en outre composé des traités De Trinitate et De poenitentia. 4° En Allemagne, Trithème (·{· 1516), abbé de Spanheim, est auteur d'un grand nombre d'ouvrages que Mabillon appelle piissima atque utilissima. Parmi eux, nous mentionnerons seulement les suivants : De vita, moribus, et doctrina clericorum seu devilte sacerdotalis institu­ tione; L. V 111 guiestionum de potentiels ad MaximiUanum imperatorem; Resolutiones dubiorum circa 613 BÉNÉDICTINS (TRAVAUX DES) missarum celebrationem occurrentium ; Curiositas regia seu liber VI11 quæstionum, /· De fide et intellectu, 2* De fide necessaria ad salutem, 3* De miraculis infidelium, 4* De Scriptura sacra, 5» De reprobis atque maleficis, 6‘ De poti state maleficorum, 7“ De permissione dirina, De providentia Dei. Simon Blich (1524), abbé de Saint-Jacques de Pëgau, écrit contre les erreurs de Luther. Alphonse Ruiz de Viruez (-J- 1545), moine d’Eaumet, évêque des Canaries et conseiller de CharlesQuint, combat les hérétiques de. son époque dans Phi­ lippiae disputationes XX adversus Lutherana dogmata per Ph. Melanchlonium defensa et un traité De matri­ monio regis Angliæ. X. Au xvi» siècle. — 1° Toute l’Allemagne ainsi qu'une grande partie de la chrétienté fut bouleversée dans le cours du xvi» siècle par les erreurs de Luther el de ses disciples qui sous le fallacieux prétexte de réforme, attaquaient l'Église romaine. Le concile de Trente se réunit pour opposer une digue à ces perni­ cieuses erreurs et parmi les docteurs de cette illustre assemblée se tirent remarquer les bénédictins Grégoire Cortez, Augustin Loscus, Entycliius Cordes et Isidore Clarius. A Grégoire Cortez (f 1548), abbé de plusieurs monastères et créé cardinal par Paul 111, nous devons entre autres écrits des commentaires sur le Livre des Sentences, des traités De theologies institutione; De peccato originali; De potestate ecclesiastica ; De theolo­ gia el philosophia. Isidore Clarius (j- 1555), de la con­ grégation du Mont-Cassin, fut abbé de Saint-Jacques de Ponlida et Paul III le nomma évêque de Foligno. Au concile de Trente, il eut à prononcer divers discours, De justificatione hominis; De imputatione jiislitiæ el certitudine gratiæ et De gloria. 11 est surtout connu par ses travaux sur l’Ecriture sainte. On a en outre de lui une Adhortatio ad concordiam, où il invite les hérétiques à revenir à l'Eglise. Wolfgang Seidl (f 1562), moine de Tegernsee, assista comme théologien au con­ cile de Trente. Parmi ses écrits, on doit noter : Curie pastoralis ratio brevis et dilucida; Isagoge studii theo­ logici et modus studendi in theologia ex sancio Bonaventura. 2» L'ordre de Saint-Benoît ne manqua pas d'ailleurs à sa mission pendant toute cette période si agitée el ses membres presque partout soutinrent une lutte coura­ geuse pour la défense de la vérité et des droits de l'Église. Nicolas Buchner (1548), abbé de Zwiefalten, combat par ses écrits les doctrines erronées de Luther. Le vénérable Louis de Blois (f 1566), abbé de Liessies en Hainaut, publie : Collyrium hærèlicorum ; Defensio veræ fidei; Lettre à une noble dame trompée par les hérétiques. On lui doit en outre des ouvrages ascé­ tiques parmi lesquels Psychagogia seu animæ recrea­ tio ; Dicta quorumdam Patrum vere aurea ex quorum diligenti lectione anima humilis ineffabilem utilita­ tem consequitur; Instructio vitæ ascelicæ; Speculum monachorum, etc. Un abbé de Saint-Jacques des Écos­ sais à Ratisbohne, Jean-Jacques Allai (1588), se fait re­ marquer dans les discussions avec les hérétiques, et son successeur Ninian Wingetus Renfroo (1592), qui, après avoir vaillamment lutté en Écosse pour la défense de la vérité, avait été contraint de venir chercher un refuge en Allemagne, publie : Flagellum sectariorum qui reli­ gionis prætextu seditiones jam in Cæsarem aut in alios orthodoxos principes excitari student. Moine de SaintJacques de Mayence, Wolfgang Treflerus fait imprimer des Declamationes theologicas, et un religieux de Lorsch, Georges Flach, compose un ouvrage intitulé : Duæ quæstiones de sacrificio missæ et de sacra commu­ nione. 3» La persécution sanglante détruisit presque complè­ tement les ordres religieux en Angleterre el plusieurs abbés et moines de l'ordre de Saint-Benoît payèrent des plus cruelles tortures leur lidélitê à l’Église catholique. 614 Un moine écossais, Quentin Kennedy (1563), abbé de Crossraguel, publia un traité pour la défense de la toi en son pays. Le dernier abbé de Westminster, Jean de Feckenan, mort en prison en 1585, avait publié un écrit Contra juramentum supremæ authorilalis regiæ in ecclesiasticis. 4» En Espagne, Pierre Alphonse (1552), religieux du Mont-Serrat, renommé pour sa science et sa sainteté, est auteur de divers traités : De immensis Dei beneficiis el de tribus virtutibus theologalibus; De eucharistia; De vita solitaria; De religione tribusque votis religio­ sorum, De immortalitate animæ, etc. Dans ce même monastère vivait au commencement de ce xvi» siècle Garcias de Cisneros (j- 1510), auteur ascétique bien connu pour son célèbre Exercitatorio de la vida espiritual. Un moine de Saint-Sauveur d'Oùa, Jean de Caslaniza, publia un traité De la perfection de la vida Chris­ tiana, traduit en latin sous le titre de Pugna spiritualis seu de perfectione. 5» En France, Joachim Perionius (f 1559), moine de Cormery en Touraine, professe la théologie à Paris et écrit contre les hérétiques de son temps : Topicorum theologorum libri 11. Il traduit en outre du grec en latin Aristote et plusieurs Pères de l’Église. Jean Doc (f 1560), abbé de Saint-Denis de Paris, puis évêque de Laon, publie des traités De ælerna generatione Filii Dei et temporali nativitate; De Domini resurrectione. André Croquet (t I580), moine de Saint-Pierre d'Hasnon, écrit des Catecheses christianæ. Abbé de Saint-Michel en l llerm, Jacques de Billy (γ 1581) compose plusieurs ouvrages ascétiques et donne des éditions de quelques Pères de l’Église : Interpretatio latina xvill priorum capitum libri 1 S. Irenati adversus hærcses ; Isidori Pelusiotæ epistolæ græee el latine; S. Joannis Da­ masceni opera parti»! latine, parlim græee et la tine; S. Gregorii Kazianzeni opuscula guædam. 1. avait commencé l'impression d'une édition des œuvrer de saint Grégoire de Nazianze qui fut terminée par Gil bert Génébrard (ÿ 1597). Moine de l’abbaye de Mauzac en Auvergne, celui-ci professa à la Sorbonne et devint archevêque d'Aix. Outre ses nombreux travaux sur l’Ecriture sainte, Gilbert Génébrard publia divers ou­ vrages de polémique et vengea la doctrine catholique contre les centuriateurs de Magdebourg. On lui doit divers traités parmi lesquels : De Trinitate contra hu­ jus ævi trinitarios, anti trini tarios et anlitheanos; Ad Lamberlum Danæum sabellianismo doctrinam de S, Trinitate inficientem, et un écrit sur le droit et la nécessité de la liberté des élections des évêques. 11 donna une édition des œuvres d'Origène et de quelques écrits d'autres Pères de l’Eglise comme Hilaire d’Arles, Eucher de Lyon, Fauste de Riez. Les commentaires d’Origène sur saint Jean avaient déjà été traduits en lalin par Ambroise Ferrari (1550), abbé de Saint-Bénigne de Gênes. XL Au xvit» siècle. — 1» Dans les premières années du xvii» siècle, se forma en Lorraine la congrégation de Saint-Vanne et de Sainl-Hydulphe approuvée par Clé­ ment VIII en 1610. Des monastères de France embras­ sèrent son observance et ainsi fut fondée pour ce pays la congrégation de Saint-Maur. approuvée par les sou­ verains pontifes Grégoire XV et Urbain VIII en 1621 et 1627. A une observance rigoureuse les membres de ces congrégations joignaient une grande ardeur pour le tra­ vail intellectuel. Dorn Laurent Bénard (f 1620), prieur du collège de Cluny à Paris, favorisa de tout son pou­ voir la réforme introduite dans les monastères par la congrégation de Saint-Vanne et les nombreux ouvrages ascétiques qu'il a laissés n’ont pas d'autre but. Dom Hugues Ménard (·[· 1644) publie une édition du Saeramenlaire de saint Grégoire le Grand. Il compose en outre une dissertation De unico Dionysio Areopagita Athenarum et Parisiorum episcopo. Le même sujet est 615 BÉNÉDICTINS (TRAVAUX DES) 616 traité par dom Germain Millet (f 1647) : Vindicala | ram el gratiam. Mais son principal ouvrage est : De tcclesiæ gallicanes de suo Areopagita Dionysio gloria. Anselmi archiepiscopi cantuariensis theologia comDom Claude Chantelou (f 1661) publie les ouvrages | mentariis illustrata. Voir t. I, col. 639-641. Mention­ suivants : Bibliotheca Patrum ascelica, seu selecta ve­ nons encore parmi les théologiens espagnols de cette terum Patrum de Christiana et religiosa perfectione époque Pierre de Murga (1658), moine de Son-Milan, opuscula; S. Bernardi abbatis Clareevalensis Parieneprieur de Notre-Dame de Hyarte, auteur entre autres tion ; S. Basilii Cæsareæ Cappadociæ archiepiscopi écrits de Disquisitiones morales et canonicæ, et d’un regulæ fusius disputâtes. Dom François Delfau (ÿ 1676) traité De beneficiis ecclesiasticis ; Diego de Svlva annonce l’édition des œuvres de saint Augustin qui pa­ Pacheco (1668), moine de Saint-Jean de Burgos, puis raîtra dans les premières années du xvn· siècle et évêque, commente une partie de la Somme de saint compose plusieurs ouvrages pour combattre les com­ Thomas; André de la Moneda (1672). moine du même mendes, source de décadence pour l’ordre monastique. monastère, abbé de Yrache en Navarre, publie un Cur­ Dom René Janvier (7 1682) publie les œuvres de Pierre sus philosophies, et commence un Cursus theologiæ de Celles, abbé de Saint-Rémi de Reims et évêque de scholaslicæ et moralis ad mentem sancti Anselmi el Chartres. Dom Luc d'Achery (■}· 1685) termine une édi­ sancti Thomæ, dont un volume seulement a été im­ tion de l'épitre de saint Barnabe commencée par son primé. confrère dom Hugues Ménard. Il publie les œuvres de 4° En Italie, la plupart des auteurs que nous avons à zjtnlranc, de Guibert de Nogent, un Spicilegium vete­ mentionner appartiennent à la congrégation du Monlrum scriptorum,et un Ascelicorum vulgo spiritualium Cassin. Victorin Manso (ψ 1611) enseigne pendant vingt opusculorum indiculus. Il commence la publication des années la théologie en divers monastères avant d’être Acta sanctorum ordinis S. Benedicti. Dom Joseph créé évêque par Clément VIII. On a de lui : Harmonia Mége (·(· 1691), outre un commentaire sur la règle de theologica Patrum et scholasticorum, et un traité De saint Benoit, publie entre autres ouvrages : La morale ecclesiasticis magistralibus. Un moine de Padoue, chrétienne fondée sur l’Écriture et expliquée par les connu seulement sous le nom de Fortunatus, publie saints Pères. Dom Jacques du Frische (ψ 1693)édite les un ouvrage de théologie sous le titre : Decas elemento­ œuvres de saint Ambroise, et dom Jean Garet (f 1694), rum myslicæ geometriæ. Le Milanais Ambroise de celles de Cassiodore, pendant que Louis Bulteau (-(· 1699). Rusconibus (1619) compose une histoire des héré­ outre ses ouvrages historiques, compose divers écrits sies : Triumphus calholicæ veritatis adversus omnes parmi lesquels: Cura clerical is; Défense des sentiments hærescs ac eorum auctores. Docteur en l'un et l'autre de Lactance sur l'usure; Le faux dépôt ou réfutation droit, Jacques Graffio (j- 1620) est auteur de divers de quelques erreurs populaires touchant l’usure. Dom traités parmi lesquels Decisiones aureæ casuum con­ Antoine Paul le Gallois (-(-1695) publie un Abrégé, des scientis; Concilia vel responsa casuum conscienliæ ; controverses entre les catholiques el les protestants. Praclica quinque casuum SS. pontifici reservatorum ; 2" En France également, mais en dehors des congré­ De arbitrariis confessoriorum. Parmi les ouvrages gations nommées plus haut, Jacques du Breu) (7 1614) d'Alphonse Villagut (j- 1623), président de la congréga­ publie les œuvres de saint Isidore, évêque de Séville. tion du Mont-Cassin, nous pouvons citer : Praclica ca­ Alar I Gazet (7 1626), d'Arras, commente les œuvres de nonica criminalis ; De extensione legum tam in genere Cassien et le théologien Jacques le Bossu (f 1626), après quam in specie. Maur Marchesi (1560), de Palermo, avoir pris part aux délibérations de la célèbre congré­ édite les œuvres de saint Bruno d'Asti, pendant que celles de saint Pierre Damien sont publiées par Cons­ gation De auxiliis, écrit ses Animadversiones in xxv propositiones P. Ludtnùci Molinæ S. J. de concordia tantin Cajétan (71650). Nous devons en outre à ce liberi arbitrii cum gratiæ donis. Albert Belin (f 1667), dernier divers écrits parmi lesquels De singulari pri­ évêque de Belley, publie les /'retires convaincantes du matu sancti Petri; De rom ano S. Petri domicilio el christianisme ou principes de la foi démontrés par la pontificatu concertatio. Charles de Baccis (·[· 1683) pu­ raison, et un moine de l’ordre de Cluny, Alphonse Belin blie un traité De principiis universes theologiæ moralis, (1683), démontre La vérité de la religion catholique, et Joseph Porta (1690), prieur du Mont-Cassin, une apostolique et romaine contre les assertions des cal­ Theologia scholastica secundum principia S. Anselmi. vinistes. Contre ces mêmes hérétiques Corneille ColomMentionnons enfin le traité De Ecclesia militante cl ban Oraux (1615), abbé du Mont-Blandin, réunit dans triumphante de Pierre de Vecchia (+1695), évéque son Malleus calvinistarum de nombreux textes de saint d’Amalfi. Jean Chrysoslome, de saint Ambroise et de saint Cyprien. 5° La persécution continue de sévir en Angleterre C'est également aux disciples de Luther et de Calvin contre l’Église catholique et les religieux de ce pays que s’adresse Hubert d’Assonleville (1632), dans son sont trop souvent obligés de chercher un refuge sur le Commonitorium ad errantes in fide omnes ut ad continent où sont établis plusieurs monastères destinés Ecclesiæ calholicæ unitatem omnes recipiant. Men­ à les recevoir. Edouard Maihew, qui avait reçu l’habit tionnons encore en Belgique Benoit Ilœftcn (ψ 1618). monastique des mains du P. Sébert, le dernier bénédic­ prieur d’Afllighem, auteur de nombreux ouvrages ascé­ tin de Westminster, fit paraître un traité De fundatiques et des Disquisitiones monaslicæ. nieras veteris et novæ religionis. Grégoire Sayer 3° En Espagne, plusieurs bénédictins enseignent à (7 1612), qui entra dans la congrégation du Mont-Cassin, l'université de Salamanque. Laurent Orliz de Ibarola a publié les ouvrages suivants : Theologiæ moralis y Ayala (1610) est auteur d’un traité De politia et thesaurus; Clavis regia sacerdotum casuum con­ immpnilale ecclesiastica; Joseph de la Cerda (ψΙΟΊΤί), scienliæ; Flores decisionum sive casuum conscienliæ ; qui devint évêque, publie divers ouvrages : De Maria et Summa sacramenti pœnilentiæ, et De sacramentis in communi. François Hamilton (f 1617). abbé de Verbo incarnato ; Maria effigies el revelatio Trinitatis Saint-Jacques des Écossais à Ratisbonne, défend le et attributorum Dei. François Crespo (1657), abbé du culte des saints par son livre : De legitimo sauciorum Mont-Serrat, est auteur d'un livre qu’il intitule : Tribu­ nal thomisticum de immaculato deiparæ conceptu. cultu per sacras imagines. Contre les calvinistes Guil­ Joseph Saënz d Aguirre (7 1699), abbé de Saint-Vincent laume Gillarl, ou Gabriel de Sainte-Marie (+1628), de Salamanque, président de la congrégation de Valla­ archevêque de Reims, écrit son Calvinoturcismus. dolid et cardinal, outre une collection des conciles Léandre de Saint-Martin (7 1635), président de la con­ d’Espagne, publie : Defensio calhedræ sancti Petri grégation anglaise, donne, outre de savants ouvrages adversus declarationem cleri gallicani; Ludi Salmansur l’Ecriture sainte, une édition d’Arnobe et un traité licenses; Tractatus historicus de hæresibus circa naluqu’il intitule : Olium theologicum tripartitum. David 617 BÉNÉDICTINS (TRAVAUX DES) Codner (1647), né à Londres et membre de la conges­ tion du Mont-Cassin, prend la défense de l'Église catho­ lique dans son Analysis compendiosa authoritatum ex SS. Patribus adductarum pro æi/uali S. Pauli cum S. Petro poleslate. Alexandre Baillie (γ 1655), Écossais, abbé de Saint-Jacques de Ralisbonne, lait de même contre les hérétiques de son pays, et Guillaume Johnson (·]· 1663) attaque l’Eglise anglicane dans un travail où il défend l'autorité des cinq premiers conciles généraux, le pouvoir des évêques, l'Eglise visible du Christ, etc. Richard Hodleston (1688) se fait également remarquer comme théologien et comme polémiste. 6» Malgré les divisions et les guerres suscitées par l'hérésie, malgré les ruines qui en furent la consé­ quence, on remarque à celte époque un grand nombre de théologiens dans les monastères allemands. Léonard Rubenus (j· 1609), moine de Saint-Martin de Cologne, abbé de Saint-Pierre de Paderborn et président de la congrégation de Bursfeid. publie contre les hérétiques Liber de falsis prophetis et lupis rapacibus, et De idololatria. Nonnosus llackl (1624), moine de SaintEmmeran de Ralisbonne, compose un traité intitulé : Virtutum theologicarum regula fundamentalis. Λ Laurent de Dript (1673), moine de Gladbach, nous de­ vons : Manila salutaria R. Virginis ad suos cultores indiscretos; Anti-decalogus cum refutatione Theodori Reinking de regimine ecclesiastico. Beda Schwaller (1689), moine d'Einsiedeln, est auteur de Paradoxa thomislica-theologiea et de Zona triplex triplicis philo­ sophise seu difficultates ex philosophia scholaslico-lhomistica, etc. Basile de Einkeneis (ÿ 1693), moine de Saint-Lambert en Styrie, publie : Theologia controversislica; Theologia polemico-myslica, atheo-controrersislica; Theologia supernaluralis et naturalis. Abbé de Sainl-Gall, évêque de Novarre et cardinal, Célestin Sfondrate (γ 1696) compose divers ouvrages de théolo­ gie dont le plus célèbre a pour titre : Nodus prædestinalionis. bans son Gallia vindicata, il défend les droits du souverain pontife contre les prétentions schisma­ tiques de l'Eglise gallicane. On lui doit en outre: Regale sacerdotium romano pontifici assertum ; Disputatio de lege in prtesumplione fundala, et Cursus philosophi­ cus Sangalli nsis. En 1670, les religieux du monastère de Sainl-Gall avaient publié leur Cursus theologicus in gratiam et utilitatem fratrum religiosorum sancti Galli ab ejusdem monasterii theologiæ professoribus com positus lypisque sangallensibus impressus. XII. A l’université ue Sai.zuolrc.,. — En 1617, l'évêque de Salzbourg donna aux bénédictins de l’abbaye de Saint-Pierre un collège situé dans sa ville épiscopale. Telle fut l’origine de l'université de Salzbourg qui se développa rapidement sous l'impulsion de Albert Keüslin, moine d’Ottobeuren, puis abbé de Saint-Pierre et premier recteur, et sous celle de son successeur. Les professeurs appartenaient presque tous à l’ordre béné­ dictin et venaient des divers monastères de l'Allemagne ou de la Suisse. Parmi ceux qui ont laissé quelques écrits théologiques nous nommerons Joseph Burger (fl621), auteur d'un traité De juramenti natura, obli­ gatione, interpretatione et dispensatione. Mathieu Weis (j· 1658), moine d'Elchingen, professeur de philosophie et de théologie, puis recteur de l’université, est auteur de deux traités De Verbo incarnato et Panis divinus. Charles Stengel (1647), moine d'Elchingen, puis abbé d'Anhausen, écrit entre autres ouvrages contre les hé­ rétiques : Signaculum crucis; De reliquiarum cultu, veneratione ac miraculis. Charles Jacob (ψ 1661), moine d’Andech et pro-chancelier de l’université, publia des traités De gratia divina; De Verbo incarnato; De Deo in se et extra se; De Deo uno et trino; De jure et justi­ tia; Theoremata ex universa docloris angelici Stmmia; De artibus humanis, etc. Didier Schapperger (1666) compose un Speculum theologicum circa varia præce- 618 ptorum genera selectis et perutilibus quaestionibus illustratum. A Marien Schwab (j· 1664), nous devons des Quæstiones theologicæ ex Summa S. Thomæ, et des Theoremata philosophise. Après avoir professé la théo­ logie, Christophe Bassler (·(· 1675) devint abbé de Zwifalten; il avait composé des traités De sacramentis in genere ; De sacramento et virtute pænitentiæ ad men­ tem D. Thomæ; De natura theologiæ; De visione bea­ tifica. Henri Heinlin publie en 1680 un écrit intitulé : Medulla theologiæ moralis. Alphonse Stadelmayer (j· 1683), qui devint abbé de Weingarten, a composé des traités De Deo et attributis Deo propriis; De legibus; De visione beatifica. Magnus Agricola (γ 1688) est au­ teur de traités De mysterio SS. Trinitatis et De acti­ bus humanis. Moine de Prufening, Grégoire Diell (f 1690) compose divers ouvrages parmi lesquels Claris tripartita speculalieo-moralis; Sacrum conseienliæ di­ rectorium; De vitiis et peccatis; De sacramentis in genere et in specie. A Augustin Reding (·[· 1692), qui devint abbé d'Einsiedeln, nous sommes redevables d'une Theologia scholastica universa en 13 in-fol.; et de quelques écrits de polémique : Controversial schola­ stics: ; (Ecumeniei tridenti ni concilii veritas inexislincta; Œcumenieæ calhedræ apostolicæ auctoritas asserta et vindicata. Λ la même abbaye appartint Bernard Weibel (-f- 1699) qui publia divers écrits : De natura theologiæ et de existentia et essentia Dei ; De sacrificio missæ. Grégoire Kimpller, moine et abbé de Scheyer, laissa un ouvrage : Tractatus theologicus moralis in decem De­ calogi et quinque Ecclesiæ præcepla, publié apres sa mort arrivée en 1693. Maur Oberascher (f 1697), qui devint abbé de Monsée, lit imprimer de nombreux ou­ vrages parmi lesquels De actibus humanis; De pecca­ tis; De gratia divina; De virtutibus theologicis ; De unione Verbi incarnati cum natura humana ; De con­ sequentibus unionem Verbi incarnati ; De sacramentis in genere et in specie. Moine de Saint-Lambert en Styrie, Benoit Pettsacher enseigna la théologie et devint recteur de l’université. Il composa un grand nombre de traités qui réunis forment un important ouvrage publié en 1743,3 in-fol., Theologia universaspéculâtiropraclica. Trois frères, religieux bénédictins, professèrent à l’université de Salzbourg : Joseph Mezger (-j-1683) est auteur d'un ouvrage De Anlichristo ejusque adventu et regno; François Mezger (ÿ 1701), entre autres écrits, faisait parailre un traité De conscientia erronea el dubia; et Paul Mezger (-[· 1702) une Theologia schola­ stica secundum viam et doctrinam sancti Thomæ. C’est un ouvrage analogue que publia Charles Schrenck de­ venu abbé de Saint-Pierre de Salzbourg (γ 1704) : Theologia dogmatico-scholastica. Honorius Aigner, mort en 1704 abbé de Kremsmunster, composa un Di­ rectorium ad confessorii munus rite exsequendum. Moine de Seitenstetten. Célestin Pley (■{· 1710) livrait à l'impression, entre autres ouvrages, des Theoremata theologiæ angelicæ benedictino-lhomislica. pendant qu’un autre professeur, Michel Langbartner (f 1715), moine de Michaelbeuern, écrivait sur saint Michel et les anges gardiens. Alain Pfeiffer (1713) se fait con­ naître par des écrits De charactere sacramentali Christi Domini et salanico An'iehrisli; Quodlibetum theologico-thomislicum ; De Verbo incarnato et Christi sanguine. Jean-Baptiste Hemm (f 1719), abbé de SaintEmineran de Ralisbonne, publie divers traités : De vi­ sione Dei; De incarnatione; De SS. Trinitate; De scientia Dei; De voluntate Dei; De vitiis et peccatis. A Placide Renz (1723), moine de Weingarten, nous de­ vons une théologie et une philosophie ad mentem S. Thomæ, et un autre religieux du même nom, mort en 1748, abbé de ce même monastère, publia une Philosophia aristotelico-thomistica. Louis Babenstuber (t 1726), moine d'Ettal, professe successivement la phi­ losophie, la théologie morale, la théologie scolastique BÉNÉDICTINS (TRAVAUX DES) 619 et l’Écriture sainte; parmi ses nombreux écrits nous ne mentionnerons que Philosophia thomistica Salisburgensis et Ethica supernaturalis Salisburgensis, plus connue sous le nom de Cursus moralis Salisburgensis. Voir col. 4. D’origine écossaise, Bernard Baillie publie vers 1729 un livre de controverses pour montrer les maux causés à sa patrie par les erreurs de Calvin et de ses disciples. Charles Meyer (7 1732), de Saint-Ulrich d’Augsbourg, est auteur de traités De jure et justitia; De SS. eucharistia ; De secundo Christi adventu; De statu futuri sæculi ; et un abbé de ce monastère, Célestin Mayr (7 1753), écrit divers ouvrages De jure et justitia; De venerabili eucharistiae sacramento; De fide divina; De Verbi divini incarnatione ; De mysteriis Verbi divini, etc. Alain Ritter (7 1737), moine de Wessofontaine, publie Theoremata theologica ; Selectee ex universa theologia quaestiones; Homo in triplici naturae statu theologice consideratus, et Mysterium incarna­ tionis contra haereticorum errores. Alphonse Wenzel (•j- 1743), moine de Mallestorp, est auteur des ouvrages suivants ; Controversiae seleclæ ex universa theologia catholica; Philosophia angelico-thomistica ; Beata Virgo Maria quaestionibus theologicis illustrata. A Benoît Schmier (7 1744), moine d'Oltobeuren, est due une Theologia scholastico-polemico-practica, et un bon nombre d’écrits de ce professeur ont été réunis sous le titre de Opuscula theologica, philosophica, ca­ nonica. Moine de Kremsmunster, Ambroise Ziegler (f 1754) fait imprimer des traités De incarnatione; De sacramentis in genere; De Deo uno; De Deo trino; De angelis; De gratia. Le Bavarois Boniface Sanftl (7 1753) est auteur de deux ouvrages intitulés : Orna­ mentum animæ supernaturale seu gratia justificaliva hominis theologico-scholastico-thomislica expensa et Genuina regula actuum humanorum seu lex et con­ scientia. Grégoire Horner (J- 1760), qui fut recteur de l’université, publia Prima fidei catholicæ principia contre les luthériens. Romain Weixer (7 1764), moine de Weihenstephan, compose trois traités intitulés : Creatura ab ælemo possibilis; Creatura actu infinita possibilis; Creatura juxta angelicam præmota. Eber­ hard Ruedorfert (7 1765) se lit surtout remarquer comme philosophe, mais fut obligé de quitter l'univer­ sité sur un ordre de l’archevêque de Salzbourg motivé par ses doctrines sur l'invocation des saints. Corbinien Thomas (-j- 1767), moine d Elchingen, publia en les annotant les ouvrages de Tertullien De praescriptioni­ bus et De baptismo etpaenitentia. On lui doit en outre Theologiæ dogmaticæ prolegomena; Principia theolo­ gice palristicæ ; Spicilegium theologicum de Ecclesia Dei ; De Verbo Dei scripto et tradito, et De quaestione super celebrando paschale inter catholicos et acatholicos exorta. Rupee Guthrath (7 1777) s’appliqua surtout dans ses écrits à discuter les questions qui à cette époque divisaient les esprits. Ses principaux ouvrages sont : Genuina indoles doclrinæ ecclesiasticae ingemite indoli scientiae mediæ, probabilismi el gratiæ efficacis oppo­ sita; Dedoclrinæ augustinianæ el molinistæ antithesi; De locis theologicis. Bennon Ganser (7 1779) professa la théologie et la philosophie et a laissé divers volumes intitulés : Auctoritas Bornant pontificis vindicata; Sy­ stema sancti Augustini de divina gratia actuali abbreviatum ; Minister sacramenti matrimonii; De immu­ nitate clericorum. C'est également de l'autorité de l'Eglise que traita Benoit Buecher (-j-1781) dans deux écrits qui ont pour titre : De facto Honorii summi pontificis in causa monolhelilarum et Potestas legislaliva Ecclesiæ. Frobenius Forster (■{· 1791), moine de Saint-Emmeran de Ratisbonne, publia les œuvres d'Alcuin. Herman Scholliner (f 1795), professeur à Salzbourg, puis à Ingolstadt, fit paraître un traité sur l’axiome : Facienti quod in se est Deus non denegat gratiam, et divers ouvrages parmi lesquels De merito PICT. DE THEOL. CA.THOL, 620 vitæ ætemæ; De hierarchia Ecclesiæ catholicæ; De prædeslinatianæ hæreseos ante Calvinum phantas­ mate; Ecclesiæ orientalis et occidentalis concordia in transubstanliatione; Historia theologiæ Christianas sæculi primi, et des Praelectiones theologiæ pour les jeunes religieux de la congrégation bavaroise â laquelle il appartenait. Anselme Ritter (ψ 1804), abbé de Wein­ garten, publie les ouvrages suivants : Ecclesia Dei vivi cum conspectu universal theologiæ; Ecclesia creden­ tium mundo coaeva, et De eo quod synagogam cum honore sepeliri oportuit, et Michel Lory (γ 1808), moine de Tegernsee, des Theologiæ dogmalico-theoreticæ in­ stitutiones. XIII. Au xvin· siècle. — 1» Parmi les nombreux bénédictins qui, en Allemagne et en dehors de l'univer­ sité de Salzbourg, se signalèrent par leurs travaux théolo­ giques, au cours du xvni· siècle, nous mentionnerons Can­ dide Rotensheusler, prieur de Saint-Paul en Carinthie (1702), auteurd'un traité. De divinitate ; et Maximilien de Sanvis (1707), moine de Saint-Lambert en Styrie, qui a pu­ blié un ouvrage De virtute prudentiæ. Jacques Maur Corker (7 1715, Anglais de naissance, eut beaucoup à soulfrirpour la foi dans son pays natal; il devint ensuite abbé de Lamspring en Allemagne et ne cessa de lutter pour la défense, de la foi catholique. Son principal écrit a pour but d’indiquer les devoirs de ses compatriotes et coreligionnaires vis-à-vis de Dieu et du roi. Dans le même monastère, à la môme époque, un autre An­ glais, Jean Towson (f 1718) écrivait un Enchiridion confessariorum et une Brevis expositio missæ. Ro­ muald Frehel (1719), moine d’Ettal, est auteur d un ou­ vrage intitulé : Fides divina in suis principiis exami­ nata. Félix Egger (f 1720;, de Peterliausen, réunit les preuves de la tendre dévotion de l'ordre bénédictin envers la B. Vierge Marie. Abbé de Saint-Trudbert en Brisgau, Céleslin Herman (1720) compose une Theologia selecta secundum .Scoti principia schola­ stica. Le bénédictin bavarois Jean Rottner (j· 1725) publie divers traités De peccato formali, distinctione specifica peccatorum et macula peccati ; De pænitentia ; De restitutione honoris et famæ, et un ouvrage plus important : Status religiosus ascetieo-theologice expensus ad mentem SS. Augustini, Anselmi et Thomae. Celestin Rettmayr (f 1729) est auteur d'un livre intitulé : Basis el fundamentum lotius theologiæ moralis, id est, disputatio speculativo-moralis de con­ scientia. Connu surtout pour ses ouvrages ascétiques, Gaspar Erhard (7 1729), moine de Saint-Emmeran de Ratisbonne, écrit les deux ouvrages suivants ; Habitus naturalis noviler expensus secundum antiqua thomislicorum principia; Habitus supernaturalis expensus secundum antiqua thomisticorum principia. Voulant combattre d’une façon directe les erreurs de son époque, un autre moine du même monastère, JeanBaptiste Kraus (7 1733), est auteur d’une Expositio fidei ac doclrinæ catholicæ super quædam puncta controversa. Deux frères, moines de Tegernsee, Bernard et Paul Schallhamer (1732), se font remarquer par leurs écrits : au premier nous devons Lacrymte Christi, seu de contritione; Aquæ vivœ seu efficacia, cau­ salitas et effectus sacramentorum; De gratia ad mentem S. Augustini; De distinctione specifica, loco et motu angelorum ; Vox tonitrui in rota seu legitima ac verior conscientia ; le second est auteur d’un écrit intitulé : Tres congressus philosophici J" cum scotislis, 2° cum recenlioribus philosophis, 3° Labores Herculis scholastici. A la même époque (1732) Hyacinthe Péri commente la première et la seconde partie de la Somme de saint Thomas. Charles Meichelbeeck (71734), moine de Benedictbeuren, est surtout connu pour ses travaux historiques; toutefois il a laissé un volume inti­ tulé : Exercitationes philosophicae et theologicae. Ber­ nard Pez (-j-1735), moine de Melk, a édité une Biblio- II. - 20 Ü21 BÉNÉDICTINS (TRAVAUX DES) theca asc. tira antiquo-nova, recueil d’ouvrages ascé­ tiques dus à des bénédictins. Religieux de Saint-Emmeran de Ralisbonne, puis abbé de Michelfeld. Henri Hardter (-}-1738) est auteur d'un traité intitulé : De efficacia pænitentiæ in peccata venialia. Augustin Magg (f 1736), moine de Weingarten, a publié divers ouvrages sur des questions de théologie morale. Reginald Perckmayr (f 1742), de Saint-Ulrich d'Augsbourg, fait imprimer un traité De sacramentis. Professeur de théologie, Grégoire Kurtz (t 1750), de Bamberg, est auteur d’une Theologia sophistica in compendio detecta sive 537 propositiones in theologia christiano-catholica male notas. Anselme Schnell (-j-1751), moine de Weingarten, publie divers cours de théologie : Cursus theologiæ scholasticas abbre­ viates; Cursus theologiæ moralis abbrevialus ; Cursus theologias polemicæ abbrevialus ; Cursus philoso­ phies aristotelico-thomisticæ abbreviates. L’ouvrage de Gérard Zurcher (1752), moine de Saint-Gall, Historia pænitentiæ, ne se rapporte qu’indirecteraent à la théo­ logie. François Pappus (-j- 1753), abbé de Merherau, dans son Scholasticum personas ecclesiasticae breviarium,étudie diverses questions de droit et de théo­ logie morale. Emilien Nais] (f 1753), moine de Weihenstephan en Bavière, connu surtout par ses ouvrages ascétiques, réfute les écrits du luthérien Louis de Seckendorf. Engelbert Hœrtnann (7'1754), moine d’Attel, publie divers écrits intitulés : Responsum Nicolai S. P. ad consulta Bulgarorum de baptismate in nomine Christi collate ab errore vindicatum ; Dogmatica Romani pontificis Joannis XXII sententia de statu animarum ante universalem corporum resurrectionem vindicata ; De humana Christi voluntate; Dogmata Ecclesiæ et scholas de peccato actuali. Outre un ouvrage de polémique. Examen theologicum doctrinæ (juesnelliaiiæ, l'Écossais Marien Brockie (-J-1757), professeur à Erfurt, publie Scotus a scoto propugnatus, seu princi­ paliores quæstiimes aristolelico-philosophicæ cum pa­ rergis ex universa philosophia ad mentem Joa. Duns Scoti. Abbé de Roten en Bavière, Corbinien Graez (j-1757) est auteur d'un traité de De alta clavium potestate circa materiam fidei. Thomas Schmitz (-J-1758), moine de Brauweiller, publia une Theologia scholastica ad mentem D. Aquinatis. Président de la congrégation bavaroise et abbé de Tegernsee, Grégoire Plaichshirn est auteur des ouvrages suivants : Quæstiones disputâtes thomislas inter et scotistas; Meritum reviviscens ; To formale peccati; Gratia S. Augustini a diversis tam præterito quam nostro tempore imputatis erroribus immunis. Celestin Oberndorfer (fl765) publia divers écrits th écologiques parmi lesquels Systema theologicodogmalico-hislorieo-crilicum ; De sacramento ordinis; De usu formœ condilionatæ ; Dissertatio de caritatis initio. Il laissa inachevée une Theologiadogmatico-historico-scholastica que termina son disciple, le bénédictin Anselme Zacherl (ψ 1806). Romain Eflingen (-j-1766), moine de Rheinau, prit part aux controverses qui agi­ tèrent le XVIII» siècle par son .Indicium D. Thomæ Aquinatis in causa maxime controversa, sive Concordia thomistica libertatis creatæ in linea gratiæ et naturæ cum intrinseca efficacia voluntatis divinæ sine prædeterminatione physica et scientia media. Anselme Erb (γ 1767), abbé d’Ottobeuren, publie un traité des cas réservés : Tractatus theologieo-canonicus de casibus reservatis in genere et in specie, et Bède Cachée (7 1767), d’Ochsenhausen, est auteur d'un ouvrage inti­ tulé : Speculum in ænigmate, id est de Deo et attributis ejus. Otto Sporer (7 1768) publie des Recollecliones morales super theologiam universam. Marien Pruggberger (7 1770) étudie les lieux théologiques dans ses Fontes sacræ doctrinæ. Le Bavarois Virgile Sedlmayr (f 1772), religieux de Wessobrunn, a laissé un grand nombre d’ouvrages parmi lesquels: Cursus philosophise; Systema theologiæ dogmalico-scholaslicæ juxta metho­ G22 dum S. Thomæ Aquinatis ; Theologia mariana : Nobi­ litas B. Mariæ V. sine labe conceplæ ; Reflexiones practices in materiam de gratia; Prædeterminatio infallibilitans ad unum; Catalogus hæresum. Outre plusieurs traités de philosophie nous devons à Lanfrid Henrich (f· 1773) un écrit sur les hiérarchies angé­ liques : llierarchia angelorum ail mentem Dionysii, et un ouvrage intitulé: Joannes Cassianus pelagian ismi postulatus a R. D. Prospero Pranlner vindicatus. Bo­ niface Schrazenthaler (71775) publie un traité intitulé: Christus theologice expensus, sive dissertationes theologicædogmatico-polemico-scholaslicædeVerboet Verbo incarnato. Gall Carlier (f 1777), d’Ettenheimunster, a laissé entre autres écrits : Tractatus theologicus de sacra Scriptura ; Theologia universalis ad mentem et methodum celeberrimorum nostræ ætatis theologorum ac S. Scripturæ interpretum ; Authoritas et infallibilitas SS. Pontificum in fidei et morum quaislionibus definiendis stabilita. Il était frère de Germain Cartier, religieux dans le même monastère, connu par ses travaux sur les saintes Écritures. Anselme Molitor ou Mull< r (■j-1778), abbé de Deggingen, est auteur d'un traité : De potestate Ecclesiæ legislation, coaclica et declaraloria. Un moine de Weingarten, Martin Burgin (f 1782), publie contre les protestants un écrit : De secreta singulorum peccatorum confessione, et un religieux d'Isnen, Willi­ bald Lay (-j· 1795), traite la même question dans un ouvrage en langue allemande. Meinrad Scbwikardt (7 1787), d'Ottobeuren, fait imprimer une dissertation De sacramento baptismatis juxta doctrinam et disci­ plinam Ecclesiæ atque theologiæscholastico-dogmaticæ placita. Professeur à l’université d'Ingolstadt, Emilien Reit (f 1790) publie Systema theologiæ moralis christianæ, et Boniface Schleichert (-j-1790), de Breunov ro tiens n’est pas partie essentielle du sacrement. Ce point sponso et sponsa : c’est la bénédiction dite solennelle. est aujourd’hui hors de discussion. Mais on ne peut nier H. Bénédiction simple. — ι. ροη,νε. — Cone, de Trente, sess. XXIV, c. i, De ref. matrimonii: Après d'autre part la très haute antiquité de cette bénédiction. Voici d’abord des témoignages patristiques. Saint que le curé aura interrogé l’homme et la femme et com­ pris l’échange mutuel de leur consentement, qu'il dise: Ignace martyr (-}-'107) écrit à saint Polycarpe : « Il con­ Ego vos in matrimonium conjungo, in nomine Patris vient aux hommes et aux femmes qui se marient de faire et Filii et Spiritus Sancti : ou bien qu'il se serve d’au­ cette alliance suivant le jugement de l’évêque, afin que tres paroles selon l’usage reçu de chaque province. > le mariage soit selon le Seigneur. » Ad Polyc., c. v, P. G., t. v. col. 723. Tertullien (m® siècle) est plus précis: Rituel romain : « Après avoir compris le consentement « Comment pourrions-nous décrire la félicité de ce ma­ mutuel des contractants, le prêtre leur commande de joindre l'un et l’autre la main droite et dit: Ego vos in riage que l'Eglise concilie, que l'oblation confirme, que 641 BÉNÉDICTION NUPTIALE 642 matrimonium conjungo, >n nomine Patris iR et Filii et diction Ego vos conjungo n'est pas cependant d'un usage facultatif. Elle est obligatoire en raison: 1» de la Spiritus Sancti. Amen. Ou bien qu'il se serve d’autres pratique universelle et constante de l’Église; 2“ des paroles selon le rite reçu de chaque province. Ensuite prescriptions positives des papes et des conciles, parti­ qu'il les asperge avec l’eau bénite. » culièrement du concile de Trente, loc. cit.; 3" de la ru­ Ce n’est qu'au moyen âge qu'on voit paraître la for­ brique du rituel romain, loc. cil. Donc le prêtre qui mule Ego vos conjungo, dans quelques liturgies. D’après l’omettrait de propos délibéré commettrait une faute. Martcne, loc. cit., c. ix, a. 3, n. 6, p. 608, elle n’est guère antérieure au xv« siècle, puisqu'on ne la trouve ni dans Quelle serait la gravité de cette faute? Saint Liguori, Theol. mor., I. VI. n. 1094, Paris, 1883, t. m, p. 816, cite le rituel de l'abbaye du Bec, ni dans celui de Bourges, ni dans le missel de Paris, ni dans les pontificaux de des auteurs d’après lesquels il y aurait seulement pêché Sens, de Lyon, d'Amiens, qui sont à peu près de l’an véniel. Mais le plus grand nombre sont d’avis qu'il y 1WO. Parmi les quinze documents liturgiques antérieurs aurait péché mortel, et le saint docteur considère cette seconde opinion comme plus probable, « parce qu'il au xvi" siècle que publie cet auteur, Idc. cit., p. 614semble bien, dit-il, qu’il s'agit là d'une obligation en 664, un seul renferme la formule en question, et c’est matière grave. » — Le prêtre qui doit prononcer les pa­ le plus récent : ordo xv, rituel de Milan, loc. cit., p. 649. Les théologiens qui ont considéré la bénédiction Ego vos roles de la bénédiction est le même qui reçoit le consen­ conjungo comme la forme du sacrement de mariage, tement des époux; c’est-à-dire le propre curé ou son conviennent eux-mêmes que l'emploi de ces paroles délégué. Concile de Trente et rituel, loc. cit. ne remonte pas à une date très éloignée. L’un d’eux, Le prétre doit-il prononcer ou non les paroles Ego vos Gibert, qui est du xvm" siècle, écrit: « La forme Ego conjungo, dans les mariages mixtes, contractés entre ca­ vosconjungo a 400 ans d’ancienneté; elle aété substituée tholiques et hérétiques? La S. C. duSaint-Oflicea répondu à la forme Deus Abraham... conjungat vos, laquelle à cette question, le 26 novembre 1835: « Le prêtre assis­ de forme principale est devenue ensuite forme acciden­ tant à un mariage mixte doit s’abstenir de prononcer telle. » Tradition de l’Église sur le sacrement de ma­ ces paroles. » Gasparri, Tract, can. de matrimonio, riage, Paris, 1725, t. i, p. 206. Paris, 1891, t. i, p. 306. Une réponse identique avait été Les autres formules auxquelles font allusion le con­ donnée déjà par le Saint-Office le l"r août 1821. Cf. Col­ cile de Trente et le rituel romain, assez nombreuses lectanea S. C. de Propaganda fide, η. 1543. L’instruction Etsi sanctissimus adressée par la secrétairerie d’État, au autrefois, mais presque partout remplacées aujourd’hui par la formule romaine, présentent des différences ap­ nom du pape Pie IX, à tous les archevêques et évêques du préciables dans les termes sinon dans le sens. Nous re­ monde catholique, sur l’empêchement de religion mixte, levons les suivantes dans l’ouvrage cité de Martène. Mis­ renouvelle cette prohibition : Insuper in tribuendis hu­ sel de Rennes, xi" siècle : Deus Abraham, Deus Isaac, jusmodi dispensationibusprælerenuntiatas cautiones... Deus Jacob, ipse vos con jungat, implealque benedictio­ adjeclæ quoque fuerunt conditiones, ut hiec mixta con­ nem suam in vobis. Ordo n, loc. cit., p. 617. — Pon­ jugia extra ecclesiam et absque parochi benedictione tifical d’Arles, χιιΐ" siècle: Deus Abraham..., ipse sil ulloque alio ecclesiastico ritu celebrari debeant. Acta vobiscumfipse vos conjungat, implealque benedictionem sanctæ sedis, t. vi, p. 456. » suam in vobis. Ordo v, loc. cit., p. 625. — Rituel de Cha­ La bénédiction nuptiale, qui se trouve au rituel, doit lons, xv" siècle : Benedicat vos Paler et Filius et Spiritus être donnée aux conjoints catholiques, même en temps Sanctus qui Irinus in numero et unus in Deitate vivit prohibé, dummodo non adsit consuetudo non contra­ et regnat per omnia sæeula sæculorum. Ordo xi, loc. hendi matrimonium, etiam sine solemnitate, tempore cit., p. 639. — Manuel à l’usage du diocèse de Reims, vetito. S. C. de la Propagande, 21 juillet 1841, Colle­ xv« siècle: Desponso vos in facie Ecclesiæ. Ordo xm, ctanea, n. 1551, ad lum, 2l,m. Une décision de la S. C. des loc. cit., p. 645. — Les théologiens de Wurzbourg citent Rites, en date du 14 août 1858, exige, dans ce cas, l’au­ les rituels de Constance et de Wurzbourg en usage de torisation de l’évêque. Ibid., η. 1556, ad 3um. Si la bé­ nédiction du rituel est suppléée aux conjoints qui ont leur temps, xvin" siècle. Rituel de Constance: Matri­ monium per vos contractum secundum ordinem ma­ auparavant validement contracté mariage, le prêtre doit tris Ecclesiæ, ego auctoritate qua in hac parte fungor, prononcer la formule: Ego vos conjungo, sans faire re­ ralifico, confirmo, et benedico, in nomine Patris, etc. nouveler le consentement. Ibid., n. 1551, ad 4“”. De Wurzbourg: Ideo matrimonium per vos contractum III. Bénédiction solennelle. — i. forme. — On lit confirmo, ratifiai et benedico. Theologia dogm., Paris, au missel romain dans la messe pro sponso et sponsa: 1854, t. v, p. 492. Perrone de son côté mentionne les « Quand le prétre a dit Pater noster et avant qu’il ne formules usitées encore dans quelques diocèses d'Alle­ dise Libera nos, quæsumus, Domine, il se tier* de­ magne à l’époque où il écrivait (1860). A Wurzbourg, bout au coin de l’épitre. tourné vers l'époux et l'épouse celle que nous venons de citer. A Eichstâtt: Matrimo­ qui sont agenouillés devant l’autel, et il dit sur eux les nium inter vos contractum Deus confirmet et ego in oraisons suivantes: Oremus. Propitiare, Domine, sup­ facie Dei illud solemnize. A Munich et à Erisingue: Ma­ plicationibus nostris... Oremus. Deus qui potestate vir­ trimonium in facie Dei inter vos contractum Deus con­ tutis tuœ... Per eumdem Dominum. Après quoi le firmet, et auctoritate Ecclesiæ Dei, ego illud approbo, prêtre,retourné vers le milieu de l'autel,dit: Liberanos.n perficio atque solemnizo. In nomine, etc. De matri­ Plus loin: « Après avoir dit Benedicamus Domino ou monio christiano, Liège, 1861, t. i, p. 154. Ite missa est si la messe du jour le comporte, le prêtre Une conclusion se dégage de ces citations. Puisque avant de bénir le peuple se retourne vers les époux et dit: toutes ces formules, malgré leurs différences, sont ad­ Deus Abraham... Puis il les asperge avec l’eau bénite. » mises comme équivalentes à la forme ordinaire Ego vos Cette bénédiction ne doit pas être séparée de la messe. conjungo, le sens de celle-ci n'est pas : « Je constitue le « Si les noces doivent être bénites, dit le rituel romain, lien du mariage entre vous, » mais: « Je vous déclare le curé célébrera la messe pro sponso et sponsa, comme unis au nom de Dieu et à la face de la sainte Église. » elle est au missel romain, en observant toutes les pres­ II. USAGE. — Nous ne discutons pas ici l’opinion criptions qui s’y trouvent. » C'est d’ailleurs ce que la d’après laquelle la bénédiction qui nous occupe serait . S. C. des Rites a répondu plusieurs fois, particulièrement la forme essentielle du sacrement de mariage. Cette ma­ le 31 août 1839 à l’évêque de Montpellier, et le 23 juin nière de penser, qui n’eut crédit que dans des milieux 1853 à l’évêque de Limbourg. Voici le texte de la seconde de tendances gallicanes ou jansénistes, est aujourd’hui réponse: Benedictio, juxta rubricas, non est imper­ complètement abandonnée et d'ailleurs insoutenable. tienda nisi in missa. Decreta auth. S. C. B., n. 2797, Voir Mariage. Mais pour n'être pas essentielle, la béné­ 3016, Rome, 1898, t. n, p. 288, 381. 043 BÉNÉDICTION NUPTIALE BENEDICTIS 644 Il est certain cependant que le souverain pontife peut, outre, il faut exhorter les conjoints catholiques, dont le s’il le juge à propos, dispenser de cette règle pour des mariage n’a pas été solennellement bénit, à le faire bénir raisons particulières un diocèse ou une province. Pie IX primo tempore. Mais il faut leur expliquer, surtout s ils l’a lait pour les diocèses du Canada, sur la demande des sont néophytes ou s’ils ont contracté mariage avant leur Pères du concile de Québec appuyée par la S. C. de la conversion de l’hérésie, que cette bénédiction appar­ Propagande, le 5 février I860. Mais ces concessions par­ tient ad rilum et solemnitatem, non vero ad substan­ ticulières n’ont rien changé au droit commun. Lehmtiam et validitatem conjugii. Ibid., η. 1560. Cf η. 1538, kuhl, Theol. mor., De matrimonio, n. 694, Fribourg1551, ad 2ura, 1561. Quant aux époux infidèles qui sont en-Brisgau, 1898, t. n, p. 492. convertis, le Saint-Oflice avait déclaré, le 20 juin 1860, optime facere si Ecclesiæ benedictiones recipiunt, adil. usage. — La bénédiction solennelle est interdite ou ordonnée selon les circonstances. slringi tamen ad hocnondebere. Mais si un seul est con­ Elle ne doit pas être donnée aux mariages célébrés verti et a reçu le baptême, il ne faut pas donner la bé­ pendant les périodes de l'année qui vont du premier nédiction nuptiale. Ibid., n. 1557. — Quel péché ferait le prêtre qui omettrait volontairement ces prières litur­ dimanche de l’Avent jusqu’au jour de l’Epiphanie inclu­ sivement, et du mercredi des Cendres jusqu’au dimanche giques? Réserve faite du mépris formel de la loi et du après Pâques. Ainsi ordonne le concile de Trente, qui ne scandale possible, nous pensons, avec saint Liguori et la majorité des théologiens, qu’il ne commettrait qu’une lait d’ailleurs que renouveler sur ce point les anciennes règles canoniques. Sess. XXIV, c. x, De ref. matrimonii. faute vénielle. S. Liguori, Theol. mor., 1. VI, n. 988, loc. cit., p. 767. Voir Temps prohibé. La dispense accordée par l’évêque de contracter mariage en temps prohibé n’entraine pas Il reste à dire que le ministre de la bénédiction solen­ l’autorisation de donner aux époux la bénédiction solen­ nelle est, d’après le concile de Trente, sess. XXIV, c. i, nelle, et l’évêque n’a pas le droit d’accorder cette auto­ De ref. matrimonii, le propre curé des époux, le même qui a juridiction pour recevoir l’échange des consente­ risation. S. C. des Rites, 14 août 1858, Collectanea S. C. ments et donner la bénédiction simple. La peine de sus­ de Propaganda /ide, η. 1556, ad 4um. Elle ne doit pas être donnée non plus, quand la femme pense est portée ipso jure contre quiconque usurperait qui se marie l’a déjà reçue dans un précédent mariage. ce droit de bénir les époux. Voir Clandestinité, Curé, Cette règle fut en vigueur à toutes les époques de la Domicile. législation canonique. Voir Esmein, Lemariage en droit Alarténe, De antiquis Ecclesiæ ritibus, Rouen. 1700, L It; canonique, Paris, 1891, t. i, p. 107; t. Il, p. 101 sq. L’an­ j Chardon, Histoire des sacrements, dans Aligne. Theologiæ cur­ sus, Paris, 1840,t. xx; Gibert, Tradition de l'Eglise sur le sacre­ cien droit était même plus sévère et interdisait la béné­ ment de mariage, Paris, 1725: Benoit XIV, De synodo diœcediction aux secondes noces quelles qu’elles soient sans sana, 1. VIII, c. XII, xm, dans Aligne, Theologiæ cursus, t. xxv; distinguer si c’était l’homme ou la femme qui se mariait Duchesne, Origines du culte chrétien, Paris, 1889; Esmein, Le pour la seconde fois. La preuve en est dans cette décré­ mariage en droit canonique, Paris, 1891 ; Gasparri. Tractatus tale du pape Urbain III (xn« siècle), 1. IV Decretal., canonicus de matrimonio, c. Vl, Paris, 1891, t. il; Rosset, De til. xxi, De secundis nuptiis, c. 2 : Vir autem et mu­ sacramento matrimonii, 1. Ill, c. ni, Paris, 1896, t. v. lier ad digamiam transiens, non debet a presbytero • A. Beucnet. benedici, quia cum alia vice benedicti sint, eorum BENEDICTIS (Jean-Baptiste de), né à Ostuni le benedictio tolerari non debet. Aujourd’hui, en raison de 25 janvier 1641, reçu dans la Compagnie de Jésus le la coutume qui s’est introduite dans beaucoup de diocèses 2 février 1658, enseigna avec distinction huit ans la phi­ modifiant sur ce point la législation du moyen âge, le losophie, cinq ans la théologie, mourut à Rome le prêtre est libre de donner la bénédiction solennelle au 15 mai 1706. Il publia son cours de philosophie sous mariage d’un veuf avec une femme qui n’a pas été ma­ le titre : Philosophia peripatetica tomis quinque com­ riée jusque-là, mais il reste entendu qu’il ne la réitérera prehensa, in-12, Naples, 1687-1692 (le v» tome ne parut jamais à une femme qui l’a déjà reçue. C’est ce que dit point; les quatre publiés contiennent la logique, la formellement le rituel romain sous le titre De sacra­ physique et la métaphysique). Cet ouvrage fut réédité à mento matrimonii, § Caveat etiam. Cf. décision de la Venise en 1723 et en 1749, et à Valence (Espagne) en 1766. Il fit paraître ensuite, sous le pseudonyme de Be­ Propagande, du 21 septembre 1843, Collectanea, n. 1554, ad 4“m. nedetto Aletino, cinq Leltere apologetiche in difesa Quand, pour des raisons spéciales, un mariage est della teologia scolaslica e /ilosofia peripatetica, in-12, célébré en dehors de l’église, on ne donne pas la béné­ Naples, 1694; il y combattait le cartésianisme, qui comp­ diction solennelle, puisqu’il n’y a pas de messe. Cf. dé­ tait alors plusieurs patrons notables en Italie. Ceux-ci cision de la S. C. des Rites, du 14 août 1858, Collectanea ne manquèrent pas de répliquer; le principal de ces adversaires fut l’avocat napolitain Constantin Grimaldi, S. C. de Propaganda /ide, η. 1556, ad lum. On ne la donne pas non plus aux mariages mixtes, pour le même qui opposa aux Lettres de Benedetto Aletino trois Bismotif, et pour cette raison plus générale que toute céré­ poste, 1699, 1702, 1703, réimprimées plus tard avec des monie extérieure est interdite dans ces mariages. additions, sous ce titre : Discussioni isloriche, teologiche En dehors des circonstances que nous venons d’énu­ e filosofiche faite per occasione delle risposle aile Lel­ tere apologetiche di Ben. Aletino, 3 in-4», 1725. Ces mérer, le prêtre doit dire sur les époux toutes les prières de la bénédiction comme elles se trouvent au missel. Il Discussioni furent mises à l’index par décret du 23 sep­ doit les dire, même quand la femme a eu des enfants tembre 1726, avec les Risposte d’où elles étaient sorties. Le P. de Benedictis publia en 1703 et en 1705, â Rome, avant le mariage. Ainsi l'a déclaré la S. C. du SainlOflice, par un décret du 2 octobre 1593, que confirme un des apologies de ses lettres. Il prit également part à la controverse soulevée par les Provinciales de Pascal, et plus récent, du 31 août 1881, tous deux dans Rosset, De écrivit, pour la défense des casuistes jésuites, La scimia sacram, matrimonii, Paris, 1896, t. v, p. 17, 19. La S. del Monlalto, cioé un libricciuolo intitolato : Apologia C. de la Propagande a fait une déclaration identique, le 21 juillet 1841. Collectanea, n. 1551, ad 3“·". Le 31 août in favore de’ SS. Padri contra quei, che nelle materie morali fanno dei medesimo poca stima, convinto di 1881, le Saint-Office a déclaré encore que la bénédiction falsità da Fr. de Bonis, in-12, Graz, 1698. Cet opuscule solennelle des conjoints doit être donnée selon les ru­ briques et en dehors du temps prohibé aux époux qui, fut mis à l’index, le 14 septembre 1701, par décret du Saint-Office, avec celui qu’il combattait et dont l’auteur pour une cause quelconque, ne l’ont pas reçue au jour était le P. Bernardin Ciaffoni, min. conv. Enfin le de leur mariage, etiamsi petant postquam diu jam in P. J.-B. de Benedictis est l’auteur de plusieurs opus­ matrimonio vixerint, dummodo mulier, si vidua, be­ cules anonymes, qui parurent pour la justification des nedictionem ipsam in aliis nuptiis non acceperit. En G45 BENEDICTIS missionnaires jésuites de Chine dans la question de la tolérance des rites chinois. On en trouve le détail dans De Backer et Sommervogel. De Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C1’ de désue, 1.1, col. 1298-1302; t. vin. col. 1813 ; Hurler, Nomenclator, t. U, cul. 660; H. Reusch, Der Index, t. il, μ. 511-512, 607-609. Jos. Brucker. Cyprien, Aragonais, religieux de l’ordre de saint Dominique, vivait dans la première moitié du xvi» siècle. La plus grande partie de sa vie religieuse se passa à Rome. On lui doit les ouvrages suivants : Illustrium virorum (scilicet D. Alhanasii, D. Didymi, Aurel. Cassiodori, D. Cypriaui et plurimorum præslantium virorum) opuscula, in-fol., Paris, 1500 ; Tractatus quatuor : l'“ de prima orbis sede; ID·· de concilio; 1 //»· de ecclesiastica potestate; /l’11· de pontificis maximi auctoritate sive de SS. D. N. papse supremo et insuperabili dominio, in-4», Rome, 1512; Tractatus de non mutando Paschale et contra servile pecus Judæorum aculeus, in-4», Rome, 1515; Dialogus de excellentia et utilitate theologiæ, in-4», Rome, 1518; De Caroli I regis Hispaniarum postea cæsaris ac imperatoris V præeminenlia et clementia, in-4», Rome, 1518. BENET, BENETI, BENEDICTUS Voir Echard,Scriptores ord.prxdieatorum, in-fol., Paris, 1721, t. II. p. 49; N. Antonio, Bibliotheca hispana nova, in-lol., Madrid, 1783, t. i, p. 259. B. Heurtebize. BENI Paul, littérateur, né dans file de Candie vers 1552, mort à Padoue le 12 février 1625. 11 est souvent appelé Eugiibinus parce qu’il passa toute son enlance à Gubbio. Après plusieurs années passées dans la Compa­ gnie de Jésus, Paul Béni devint secrétaire du cardinal Madrucci et de François-Marie II, duc d’ürbin. Il professa â Pérouse et à Rome, et en 1599 fut choisi pour enseigner les belles-lettres à l’université de Padoue. C’était un ardent et redoutable polémiste. Parmi ses écrits nous ne mentionnerons que les deux suivants : De ecclesia­ sticis Baronii annalibus disputatio, in-4», Rome, 1596; Qua tandem ratione dirimi possit controversia quæ in præsens de efficaci Dei auxilio et libero arbitrio inter nonnullos catholicos agitatur, in-4», Padoue, 1603, ouvrage condamné par le Saint-Oflice, le 13 mai 1604. Feller, Dictionnaire historique, Paris. 1818, t. n, p. 132-133. B. Heurtebize. BÉNITIER. Voir Eau bénite. BENOIST René, célèbre curé de Paris qui joua un rôle important sous Henri III et Henri IV. Il naquit en 1521 aux Charonnières sur la paroisse de Savennières. à trois lieues d’Angers. Ses études, commencées avec une ardeur incroyable à l’abbaye de Saint-Nicolas, près de cette ville, s’achevèrent à son université, où il prit les degrés en théologie. Aussitôt après il fut pourvu de la cure de Saint-Maurille des Ponts-de-Cé. Il ne la garda pas longtemps : à 27 ans il venait à Paris, attiré par le désir de la science, et se remit à l’étude de la philoso­ phie et de la théologie. Admis dans la société de Na­ varre (1556), professeur au collège de Cambrai,* collège royal des lecteurs du Roy » (1558), il voulut, bien que déjà docteur en théologie de l’université d’Angers, en­ trer en licence dans celle de Paris : il est marqué le 4" sur 27 dans la liste de 1560, et la même année il prit le bonnet de docteur. Grâce à la protection du cardinal de Lorraine il fut attaché à la reine Marie Stuart en qualité de confesseur et de prédicateur (1560). De re­ tour à Paris en 1563 il se consacra au ministère de la prédication, « prédicateur qui de tous preschoit le plus purement, » dit le Journal de l’Estoile. Curé de SaintPierre-des-Arcis en 1566, il devint, par la résignation de son oncle JeanLecoq, curé de Saint-Eustache (1568), paroisse alors la plus populeuse de la capitale. Par sa bonhomie et sa franchise, son savoir et son activité, BENOIST G46 sa modération et son esprit pratique, il acquit une au­ torité telle au temps de lu Ligue, qu’on l’appelait le pape des halles. Toutefois devant les excès de ce parti il s’en retira et soutint les droits de Henri IV, à la conversion duquel il prit une grande part et dont il devint le conlesseur. Les événements politiques et les soins de sa cure n’absorbèrent pas entièrement son activité : il composa plus de 150 ouvrages, ou opuscules, la plupart écrits de circonstances, dont un bon nombre sont de­ venus fort rares. Le cardinal Du Perron se plaint qu’il « ne se trouvoit point de verbes en ce qu’il escrivoit; il entrelassoit son style de parenthèses et ne revenoit ja­ mais au logis ». Son style ne manque pas cependant de force et de trait; mais il a surtout une certaine naïveté mêlée de finesse. D’ailleurs il n’écrit pas pour écrire. S’il prend la plume, c’est pour répondre à telle ou telle objection présente des hérétiques ; par exemple, sur la messe, le purgatoire, les indulgences, le jeûne, etc. C’est pour fortifier la foi des fidèles sur les dogmes ca­ tholiques attaqués, principalement l’eucharistie, ou les éclairer sur la pratique de leurs dévotions mal comprises ou tournées en dérision, par exemple, la croix, les images, les processions, etc., sur les confréries, les dimes, etc. Voici quelques-uns de ses principaux ouvrages : Epistre à Jean Calvin, dit ministre de Genève, pour luy remonstrer qu’il répugné à la parole de Dieu en ce qu’il escrit des usages des chrestiens, avec un chreslien advertissement à luy mesme de se réunir ά l’Église catholique et romaine, in-8», Paris, 1564; Du sacrifice évangélique où manifestement est prouvé que la saincte messe est le sacrifice éternel de la nouvelle loi, que J.-C. le premier l’a célébrée el commandée aux mi­ nistres de son Église, avec un petit traité de la manière de célébrer la sainte messe en la primitive Église, in-8», Paris, 1564 ; 2° édit., 1586: réimprimé en 1858 par le prince Galitzin; Briève response aux quatre exécrables articles contre la saincte messe publiés à la foire de Guibray, in-8», Paris, 1565; Catholicque discours de la confession sacramentelle auquel il est prouvé icelle estre de-droit divin, aussi qu'en la seule Église catho­ lique est baillée la grâce de Dieu et remission des pé­ chez, in-8», Paris, 1566; Antithèse des bulles du pape pour le jubilé, pardon et remission des pechez, propo­ sée en l’Eglise de J.-C. qui est la catholicque, univer­ selle et romaine, et de celle de l'Église prétendue ré­ formée, où le tout est poussé et examiné par la vive touche de la parole de Dieu. Aussi est adjouslé un brief discours contenant les choses nécessaires à tous chrestiens pour gaigner le jubilé et tous autres par­ dons, in-8», Paris, 1567; De l’institution el de l’abus survenu ès confvaries populaires avec la reformation necessaire en icelles, in-8», Paris, 1578; Le grand ordi­ naire ou instruction commune des chrestiens... nou­ vellement reveu, corrigé et augmenté, avec trois petits traicte: fort utiles en ce temps ά ceux qui désirent vivre chastement tant en religion qu'en dehors, in-8», Paris, 1580; La manière de cognoistre véritablement et recognoislre salutairement J.-C. pour avoir par son moyen icy la grâce de Dieu et puis après cette vie ca­ duque la gloire éternelle; divisé en 12 livres, in-8», Paris, 1584; Deux traitez catholiques. Le premier est de l’existence du purgatoire des chrestiens imparfaits après cette vie mortelle. Le second est de la qualité et condition des âmes séparées des corps mortels, in-8», Paris, 1588; Notables resolutions des presens differens de la Beligion, prononcées par diverses prédications en plus de cinquante caresmes... le tout dressé sur chacun jour de caresme, 2 torn, en 1 in-8», Paris, 1608. L’exemplaire de la réserve à la Bibliothèque na­ tionale est relié en vélin aux armes de Henri IV. Le même zèle apologétique lui fit entreprendre une édition de la Bible traduite en français à l’usage des 6’>7 Gi8 BENOIST — BENOIT III fidèles : car les Bibles protestantes en langue vulgaire étant lues avec avidité par le peuple, il y avait un grand danger pour sa foi. Ne sachant pas suffisamment l’hébreu et le grec pour faire une nouvelle traduction, Benoist prit celle de Genève, qui était plus goûtée, en se con­ tentant d’y changer des mots ou meme des phrases sus­ pectes pour lui donner un sens plus catholique. Mais les notes furent son œuvre toute personnelle. Cependant les changements, surtout par la faute des imprimeurs, ne lurent pas suffisants; si ses intentions furent tou­ jours droites, son œuvre laissa à désirer et fut condam­ née par la Sorbonne. 15 juillet 1567 et 3 septembre 1569. et par Grégoire XIII le 3 octobre 1595. liené Benoist prétendait donner un sens catholique aux passages in­ criminés; mais les fidèles qui lisaient sa traduction pouvaient trop facilement, étant données les circon­ stances, y voir un sens protestant. Richard Simon, Hist, crit. du Vieux Testament, I. II. c. xxv, fait beaucoup de cas des notes de cette Bible, et prétend qu’en y réfor­ mant peu de choses, on aurait pu en faire un bon ou­ vrage. L’histoire de cette Bible et de sa condamnation se trouve dans d’Argentré, Collectio judiciorum de novis erroribus, Paris, 1728, t. Il, p. 392-398, 404-411, 426-442, 531. R. Benoist ne voulut pas d’abord acquiescer pure­ ment et simplement à sa condamnation : et- c'est sans doute ce qui porta la cour de Rome à lui refuser les bulles, quand il fut nommé par le roi à l'évêché de Troyes (1594). Après dix ans d'attente inutile, il se vit forcé de résigner en faveur de René de Breslay, grand archidiacre d’Angers. En 1598 cependant il s’était ré­ tracté : ce qui lui permit de reprendre son titre de doyen de la faculté de théologie; il était déjà surinten­ dant du collège de Navarre. C'est à lui, dit Félibien, liist. de Paris, t. n, col. 1257, qu’on doit les réformes introduites alors dans l’université. 11 mourut le 7 mars 1608, âgé de 87 ans. étant, comme on le fit alors re­ marquer, doyen de la faculté, doyen îles curés et doyen des prédicateurs (il avait prêché plus de 50 carêmes). Son portrait a été gravé par Stuerhelt; le cuivre est au musée d'Angers. ce pape qui mourut pendant le siège mis devant Rome par le premier duc lombard de Spolète. Jaffé, Regesta pontificum, 2· édit., t. t. p. 137; Duchesne, Liber pontificalis, Paris, 1886, t. 1, p. 338: Paul Diacre, Histo­ ria Langobardorum, π, 10; m, 11, édit, de VVaitz, dans les Monumenta Germanite, Scriptores rerum Langob. et Itat, see. 6-9, Hanovre, 1878, p. 92, 119. Outre les histoires géné­ rales de 1 Église, cf. Langen. Geschichte der rœmischen Kirche von Leo I bis Nikolaus I, Bonn, 1885, p. 408; Gregorovius, Geschichte der Sladt Rom in Mittelalter, 3' édit., Stuttgart, 1876, t. Il, p. 19. H. IÏESIMER. 2. BENOIT II, pape, successeur de Léon II, élu en 683. consacré le 26 juin 684, mort le 8 mai 685. Pontife pieux et zélé, Benoît dut attendre près d’un an la confirmation de son élection. Dans l’intervalle il se qualifie Henedictus presbyter et in Dei nomine ele­ ctus sanetæ sedis apostolicæ. Jaffé, 2125. Afin d’éviter au siège de Rome des vacances trop prolongées, l'habitude se prit de demander la confirmation de l'élection à l’exarque de Ravenne; après Benoit II, la consécration des élus n’est plus différée que pendant deux mois en­ viron; mais il est tout à fait invraisemblable que les empereurs aient renoncé à leur droit de confirmation comme semblerait l'indiquer le Liber ponti/icalis, d’après lequel Constantin Pogonat aurait permis aux Romains ut persona, qui electus fuerit ad sedent apostolicam, e vestigio absque tarditate pontifex ordinetur. Benoit s’appliqua à faire accepter le VI» concile œcu­ ménique et à faire condamner l'hérésie monolhélite par les évêques d’Espagne, réunis en concile à Tolède (684), voir Tolède (Conciles de) ; il ordonna de restituer à Wil­ frid, évêque d’York, le siège dont il avait été injustement privé. A Rome, on célèbre sa fête le 7 mai. Jaffé, Regesta pont., t. I, p. 241 ; Duchesne, Liber pontificalis, Paris, 1886, t. I, p. 363. ViiiX Witfridi, 42 sq., dans Gale. Hist. Bril, scipt., Oxford, 1691. t. 1, p. 74. OuU'e les histoires géné­ rales de l’Église, voir les ouvrages mentionnés à propos de Be­ noit I", de Langen. p. 579, de Gregorovius, p. 67; Helele, Gonciliengeschichle, 2' édit., t. ni, p. 322. IL Hemmer. 3, BENOIT III, pape, successeur de Léon IV,élu an Niceron, Mémoires pour servir à Γhistoire lies hommes illustres, Paris, 1740, t. xi.i, p. 149, donne la liste de ses ouvrages ou brochures qui atteignent le chiffre do 159 : quelques litres.il est vrai, ne sont que des rééditions d’ouvrages précédemment pu­ bliés. Pour la liste complétée et rectifiée de ses ouvrages (165). voir J. Denais. Le piipe des huiles, Itené Benoist, in-8". extrait de la Revue de l’Anjou, 1872, janvier, mars et juin; Célcstin Port. Dictionnaire historique, géographique et biographique d'· Maine-et-Loire, Angers. 1878, t. I. p. 307-313. L’ne grande pal lie de ses ouvrages se trouvent indiqués au Catalogue géné­ ral des livres imprimés de la Bibliothèque nationale, A uteurs, t. x, col. 900 sq. L’oraison funèbre de René Benojst fut pro­ noncée par Victor Bayet, docteur en théologie : Oraison funèbre sur le trépas regrettable et enterrement honorable du révé­ rend, vénérable et scientifique messire René Benoist, prononcé dans Saint-Eustache à l'heure et office divin de son enterrement dans ladite église, le lundy 10 mars 1608, Paris, 1608; réimprimée par le prince Aug. Galitsin à 100 exemplaires sous ce titre : Messire René Benoist, Angevin,confesseur du Roy Henri IIÎI, Angers, 1864. Voir aussi Tombeau de M. René Benoist, conseil­ ler -t confesseur du Roy. doyen de la sacrée faculté de théo­ logie et curé de Saint-Eustache à Paris, avec son épitaphe : à Messieurs de Saint-Eustache par G. Gérard, Ardenois, Paris, 1608. E. Levesque. 1. BENOIT Ier, pape, successeur du pape .lean III. consacré le 3 juin 574, mort le 30 ou le 31 juillet 578. Fils du Romain Bonilace, Benoit Ier eut à faire face aux Lombards qui s’efforçaient de soustraire peu à peu l’Italie à la domination des empereurs d’Orient. Ce fut la difficulté des communications avec Byzance qui retarda la consécration de Benoit, élu peut-être peu de temps après la mort de Jean III arrivée le 13 juillet 573; mais il était de règle alors d’attendre l'approbation de l'élec­ tion. Une grande famine mit en évidence la charité de mois de juillet 855, consacré le 29 septembre de la même année, mort le 7 avril 858. Deux partis s’étaient trouvés en présence parmi les électeurs à la mort du pape Léon, arrivée le 17 juillet : le parti impérialiste et le parti pontifical; ce dernier, très opposé à l’aggravation du protectorat exercé par l'empereur sur Rome, élut, aussitôt après la mort de Léon IV, le pape Benoit 111; mais le décret d’élection notifié à l’empereur Louis II ne fut pas approuvé par lui; ses légats vinrent à Rome, ramenant avec eux le prêtre Anastase que Léon IV avait frappé de divers ana­ thèmes, très probablement avec l’intention d’écarter un jour sa candidature. Anastase, conduit au Latran par les impérialistes, s'empara de la personne de Benoît; mais la pression impériale ne put amener les clercs romains à résipiscence; il fallut négocier avec Benoit, qui,après une nouvelle élection, fut réinstallé au Latran, consacré le dimanche suivant à Saint-Pierre. La sentence de dé­ position prononcée par Léon IV contre Anastase fut re­ nouvelée par un synode qui le réduisit à la commu­ nion laïque. Le gouvernement de Benoît, très ferme, prélude â celui du futur Nicolas Ier, qui commence à exercer une grande influence : à la demande de llincmar. Benoit approuve le 11° concile de Soissons célébré en 853 et re­ connaît la primauté de llincmar dans la province de Reims, Diœceseos Remensis, Jaffé, 2664; il mande à comparaître devant lui Hubert, un clerc de famille illustre, frère de la reine Theutberge, qui avait envahi les monastères de Saint-Maurice et de Luxeuil. Jaffé, 2669; défenseur des droits de l’épiscopat, il proteste contre des laïques de la Grande-Bretagne qui avaient G49 BENOIT III — BENOIT VIII chassé des évêques de leurs sieges, Jaffé, 2671, et mande au patriarche Ignace de Constantinople de lui adresser les actes du procès qu'il avait intenté à l’archevêque de Syracuse, Grégoire Absestas,.Jalfé, 2667; défenseur enfin de la sainteté du mariage, il invite instamment les sou­ verains à contraindre Ingeltrude, femme du comte Boson, à quitter son séducteur et à réintégrer le domi­ cile conjugal. Jaffé, 2673. On loue la bienfaisance de ce pape envers les veuves, les pauvres, les orphelins, son zèle à réparer et orner les églises. Jaffé, Regesta pontificum, 2· édit., t. I, p. 339; Duchesne, Liber pontificalis, Paris, 1892, t. n, p. 140; Annales Berlin., édit, par Waitz, Hanovre, 1883. Outre les histoires générales de l’Eglise, cf. Duchesne, Les premiers temps de l’Etat pon­ tifical, dans la Γ-nue d'hist. et de lilt. relig., 1896, p. 321324. et les ouvrages cités pour Benoit I", Langen, p. 844, Grego­ rovius. 2' édit., t. lu, p. 124; Dinninler, Gesch. des ostfirünkischen Reichs, 2' édit.. 3 vol., 1887,1888: Hergenrother, Photius, Ratisbonne, 18(17, t. t, p. 358; t. u, p. 230; Schroers, Hinkmar von Rheims, Fribourg, 1884, p. 70. H. Hemmer. 4. BENOIT IV, pape, successeur de Jean IX, élu vers le mois de mai de l’an 900, mort vers les mois de iuillet-aoùt de l’an 903. Imitant son prédécesseur, Benoît reconnut comme évêque légitime de Rome, le pape Formose qui l’avait ordonné prêtre, et il sacra empereur en février 901 Louis (’Aveugle à qui le roi d’Italie, Bérenger, enleva bientôt sa couronne. Au milieu des disputes entre les dynasties transalpines et les éphémères rois d’Italie, l’Etat pontifical tend alors à se constituer en principauté indépendante par la prédominance d’une famille de l’aristocratie, celle du sénateur Théophylacte et de ses filles Marozie et Théodora. Sous Benoît IV, Théophy­ lacte est consul et sénateur, duc et magister militum. Jaffé. Regesta pontificum, t. i, p. 443; Duchesne, Liber pon­ tificalis, Paris, 1892, t. il, p. 233: Watterich, Pontificum romanurum vitæ,t. i, p. 659. Outre les histoires générales de l’Église et du Saint-Empire germanique, voir Langen, p. 311, Gregorovius, 2’ édit., t. m, p. 254 (mentionnés pour Benoit I") ; Dümmler, Gesch. des ostfrünkischen Reichs, 2· édit, I-eipzig, 1888, t. m, p. 536; Hefele, Conciliengeschichte, 2· édit., t. iv, p. 570. H. Hemmer. 5. BENOIT V, pape en 964, déchu la même année, mort en 966. Ce pape n’a point de numéro d’ordre dans la liste communément reçue des souverains pontifes, ou il figure en même temps et peut-être à meilleur titre que Léon VIII. L’empereur Otton I«r avait déposé Jean XII en synode, le 4 décembre 963, et les Romains, avec son assentiment, l’avaient remplacé par Léon VIII. Ils avaient juré précédemment de ne plus élire ni ordonner aucun pape sans l’aveu de l’empereur ou de son fils. Une première fois renversé par l’émeute et rétabli par Otton, Léon venait d’étre chassé pour la seconde lois de Rome et condamné par un synode en février 964, lorsque Jean XII mourut le 14 mai. Sans attendre l’in­ tervention de l’empereur et sans se rallier à Léon VIII, les Romains élurent aussitôt le diacre Benoit, homme de bon renom, qui fut consacré probablement le 22 mai. L’empereur mécontent mit le siège devant Rome, qui lui livra bientôt le malheureux pape, le 23 juin 964. Benoit fut déposé, privé des fonctions sacerdotales et envoyé en Germanie sous la garde de l’archevêque de Hambourg, Adalgag, qui le traita avec considération. Benoit mourut à Hambourg en 966. Jaffé, Regesta pontificum, t. i, p. 469; Duchesne, Liber pon­ tificalis, t. n, p. 251; Watterich, Pontificum romanorum vitæ, t. I, p. 45; Langen, p. 351, et Gregorovius, 2· édit., t. m, p. 364, mentionnés pour Benoit I·' ; Duchesne, Les premiers temps de l’État pontifical, dans la Revue d’hist. et de litt. relig., 1896, p. 513; Lorenz, Papstwahl und Kaiscrlum, Berlin, 1874, p. 60. II. Hemmer. G50 6. BENOIT VI, pape, successeur de Jean XIII, élu dans le dernier quart de l’année 972, consacré le 19 jan­ vier 973, mort étranglé en juillet 974. Le cardinal-diacre Benoit fut l’élu à Rome du parti im­ périal et le délai prolongé de son ordination vient sans doute de ce que l’on attendit, pour le consacrer, l’assen­ timent d’Otton I«r. Après la mort de ce grand prince, tandis qu’Otton 11 était occupé en Allemagne, une ré­ volution éclata à Rome sous la conduite de Crescentius, fils de Théodora et frère du défunt Jean XIII. Le siège pontifical fut donné par le parti « national » à un intrus, le diacre Franco, qui devint Boniface VH. Les protes­ tations du missus impérial ne furent point écoutées. Benoît fut étranglé dans sa prison (juillet 974). La principale décision donnée par Benoit a trait à la rivalité de l’archevêque de Salzbourg et de l’évêque de Passau, qui se disputaient la juridiction sur la Panno­ nie. L’évêque Piligrim de Passau prétendait faire res­ taurer à son profit l’archevêché légendaire de Lorsch (Laureacum des Romains) et les diocèses de Pannonie et de Mésie. Les pièces fausses de son dossier, Jaffé, 767, 2566, 3602, 3614, 3644, ne sont peut-être point toutes de son invention; il est possible qu’il s’en trouve d’une fabrication plus ancienne. D’après une pièce fausse, Jaffé, 3771, Benoit VI aurait fait un partage et donné à l’archevêché de Salzbourg les diocèses de Pan­ nonie supérieure, à l’archevêché de Lorsch les diocèses de Pannonie inférieure et de Mésie. 11 semble, au con­ traire, que Benoit établit Frédéric, archevêque de Salz­ bourg, comme son vicaire dans la Norique et dans les deux provinces de Pannonie. Jalfé, 3767. Jaffé, Regesta pontificum, t. I, p. 477 ; Duchesne, Liber pon­ tificalis, t. n, p. 255: Watterich, Pontificum romanorum vita:, t. I, p. 65; Langen, p. 364; Gregorovius, 2’ édit., t. m, p. 3-7, mentionnés pour Benoit I"; Dümmler. Piligrim von Passau, Leipzig, 1854 ; Hauck. Kirchengeschichle Deutschlands, Leipzig, 1896, t. 111, p. 161, 181. H. Hemmer. 7. BENOIT VII, pape, successeur de Benoit VI, élu en octobre 974, mort en 983. Le comte Sicco, missus impérial, qui n’avait pu pro­ téger Benoit VI contre le prétendu Boniface VII. réussit à l’approche d’Otton II, à faire élire le fils d’un Romain, évêque de Sutri, qui fut le pape Benoit Vil. Franco gagna Constantinople et y attendit une heure plus favorable. Les circonstances de cette élévation expliquent l’hostilité que rencontra Benoit VH, et dont quelques chroniques parlent en termes vagues et l’extrême complaisance du pape pour l’épiscopat allemand; il accorda divers privi­ lèges à des monastères d’Allemagne et des faveurs per­ sonnelles à l’archevêque Dietrich, de Trêves, et à Willigis, archevêque de Mayence. Benoit était un pontife estimable; il condamna la si­ monie dans un synode de 981. Jalfé, 3804. Il précéda de quelques mois dans la tombe son protecteur Otton II, dont l’appui lui permit d’achever paisiblement son pon­ tificat. Jaffé, Regesta pontificum, t. i, p. 479; Duchesne, Liber pon­ tificalis, t. n, p. 258; Watterich, Pontificum romanorum vitæ, t. 1, p. 66. 686; Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, Leipzig, 1896, t. m, p. 146, 199; Giesebrecht, Jahrbücher des deulschen Reichs unter Otto II, Berlin, 1840, p. 141 ; Id., Gcschichte der deulschen Kaiserzeit, 4' édit., Brunswick, 1873, 1, p. 580. 1. H. Hemmer. 8. BENOIT VIII, pape, successeur de Serge IV, élu en 1012, mort le 9 avril 1024. Théophylacte, qui prit le nom de Benoît VIII. était le troisième fils de Grégoire, chef de la maison de Tuscu­ lum qui se rattachait, comme celle des Crescentius, â l’ancienne famille du prince Albéric, et qui cherchait à supplanter les Crescentius dans le gouvernement de l’État romain en se mettant â la tête du parti ger- 651 manique. A la mort de Serge IV, Grégoire, l’élu de la faction crescentienne, et Théophylacle, fils du comte de Tusculum, invoquèrent également la protection du roi de Germanie, Henri H. Ce prince, arrivé en Italie seulement en 1013, trouva Benoit installé et forte­ ment soutenu dans Rome par sa famille; il se déclara pour lui et reçut de sa main, ainsi que la reine Cunégonde, la couronne impériale (14 février 1014). L’entente des seigneurs de Tusculum avec l’empe­ reur garantissait l'ordre dans Rome dont le gouverne­ ment temporel, en l’absence de l’empereur, était tout entier aux mains du senator omnium Romanorum, qui n'était autre que Romain, frère du pape, deuxième fils du comte de Tusculum. Benoit eut ainsi le loisir de s’occuper des affaires ecclésiastiques : un synode tenu à Rome en présence de l’empereur confirma la déposi­ tion d’Adalbert, archevêque de Ravenne, et d’après Bernon, abbé de Reichenau, qui s'y trouvait, Henri II y obtint de Benoit VIII qu’il admit le Credo ou symbole dans la liturgie de la messe romaine, De o/J. missæ, c. n, P. L., t. cxi.ii, col. 4060; un voyage du pape à Bamberg auprès de l'empereur fut l’occasion d'un re­ nouvellement du privilège accordé par Otton à l’Église romaine; dans un synode qui réunit le pape et l’empe­ reur à Pavie en 1022, Henri II fit adopter pour l’Italie divers projets de réforme, tels que la défense pour les prêtres de se marier et celle de dissiper les biens d'Église. La mort du pape et de l'empereur la même année (9 avril et 13 juin 1024) empêcha de donner suite au projet d'entrevue avec le roi de France Robert le Pieux et d’extension de la réforme à son royaume. Jaffé, Regesta pontificum, t. i, p. 506; Duchesne, Liber pon­ tificalis, t. n, p. 268; Watterich, Pontificum romanorum vine, t. i, p. 62, 700; Hefele, Conciliengeschichte, 2· édit., t. iv, p. 670 ; Wattenbach, Geschichte des rœmischen Papsttums, Ber­ lin. 1876, p. 102; Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, Leipzig. 1896, t. m. p. 518; Hirsch, Jahrb. des deutschen Reichs unter Heinrich II, 3 vol., Berlin, 1862-1875; Sadée, Die Steltung Heinrichs II zur Kirche, léna, 1877 ; Lesètre, Saint Henri, Paris. 1901 ; Sickel, Das Privilegium Ottos I fur die rœntische Kirche, Inspruck, 1883. H. Hemmer. 9. 632 BENOIT VIII — BENOIT XI BENOIT IX, pape, successeur de .lean XIX, élu en 1033, démis du pontificat en 1045, mort vers 1048. Fils d’Albéric de Tusculum, neveu par conséquent de Benoit VIII eide Jean XIX, Théophylacte avait de dix à douze ans quand son père le fit élever sur le siège pon­ tifical sous le nom de Benoit IX. Ce fut un pape mal­ faisant, aussi dissolu dans ses mœurs que Jean XII. H se procura l’appui des deux empereurs, Conrad II et Henri III, en mettant son pouvoir au service de leur politique. Une révolte des Romains chassa Benoit dans l’au­ tomne de l’année 1044 et le remplaça en 1045 par Jean, évêque de Sabine, sous le nom de Silvestre III. Benoit réintronisé par la force, se démit, le 1er mai 1045, du pontiflcatqu’il vendit pour une somme d’environ mille livres d'argent à Jean Gratien, archiprêtre de Saint-.leanPorte-Latine. Le nouveau pape, Grégoire VI, fut déposé comme simoniaque par Henri III, au concile de Sutri (1046), aussi bien que Silvestre 111, et fut remplacé par Clément II (Noël, 1046). Ce pape mourut à Pesaro dès le 9 octobre 1047, on soupçonne Benoit IX de l’avoir fait empoisonner; en tout cas il essaya de reprendre le pon­ tificat et il se maintint à Rome du mois de novembre 1047 au 16 juillet 1048. Chassé de la ville par ordre de Henri III qui avait nommé pape l'évêque de Brixen (Damase II), Benoit disparut et l’on conjecture qu’il prit le froc ou plus probablement qu’il mourut prématuré­ ment par suite de ses désordres. Jaffé, Regesta pontificum, 1.1, p. 519; Watterich, Pontificum romanorum vine, t. I, p. 71, 711; Gregorovius, Gesch. der Stadt Rom im Mittelalter, h' édit., t. tv, p. 39; Hefele, Conci­ liengeschichte, 2-édit., t. IV, p. 706; Duchesne, Les premiers DICT. DE TIIÊOL. CATI1OL. temps de l’État pontifical, dans la Revue d’hist. et de litt. relig., 1897. p. 205-212 (tirage â part, Paris, 1898); Hauck. Kir­ chengeschichte Deutschlands, Leipzig, 1896, t. ni, p. 559; Lorenz, Papstwahl und Kaisertum, Berlin, 1874, p. 69; Giesebrecht, Gesch. der deutschen Kaiserzeit, i' édit., Brunswick, 1875, t. n. H. Hemmer. 10. BENOIT X, pape, successeur d’Étienne IX (X). élu en 1058, déchu en 1059, mort vers 1080. Le parti national romain s’était résigné de mauvaise grâce â accepter de la main des empereurs d’Allemagne une série de papes réformateurs. A la mort d’Étienne IX, tandis qu’llildebrand était encore en Germanie, le parti des nobles, réunissant cette fois les Crescentius et les Tusculains, intronisa, le 5 avril 1058, l’évéque de Velletri, Jean, dit « le Mince », qui prit le nom de Benoit X. L’élection avait été faite en violation formelle du ser­ ment prêté à Étienne de n’en faire aucune avant le re­ tour d’Hildebrand. Les chefs du clergé romain s’étaient abstenus et avaient pris la fuite. Réunis autour d'Hildebrand à Sienne, au mois de décembre, ils élurent comme pape Gérard, évêque de Florence, qui fut Nicolas II; assemblés à Sutri en janvier 1059, ils déposèrent Be­ noît X et bientôt après le chassèrent de Rome. Attaqué dans Galeria, Benoît se remit entre les mains de ses en­ nemis qui le confinèrent dans le monastère de SainteAgnès où il vécut, dit-on, encore vingt ans dans une étroite surveillance. Jaffé, Regesta pontificum, t. i, p. 556; Duchesne, Liber pontificalis, t. n, p. 279; Watterich, Pontificum romanorum vitre, t. I, p. 203,738 ; Gregorovius, Gesch. der Stadt Rom im Mittelalter, 4· édit., t. iv, p. 107; Hefele, Conciliengeschichte. 2' édit., t. IV, p. 798, 828; Hauck, p. 679; Giesebrecht, t. m, p. 24, mentionnés pour Benoit IX. II. Hemmer. 11. BENOIT XI, pape, successeur de Boniface VIII, élu le 22 octobre 1303, mort le 7 juillet 1304. Né à Trévise en 1240, Nicolas Boccasini entra chez les dominicains à l’âge de quatorze ans, devint général des frères prêcheurs en 1296, cardinal en 1298, cardinalévêque d’Ostie en 1300. Sa fidélité à Boniface VIII et la fermeté dont il fil preuve à Anagni lui valurent la tiare dans le conclave qui se tint au Vatican, après la mort de Boniface, sous la protection du roi de Naples, Charlesll. Il fut élu à l'unanimité. Le souci principal de son pontificat fut de mettre fin à la guerre religieuse en France. Sa bonté et son adresse naturelles lui en firent trouver le moyen sans qu'il en coûtât à la dignité du saint-siège. Les Colonna, alliés à Rome de Philippe le Bel, reçurent leur absolution et la restitution de leurs biens sinon de tous leurs honneurs ecclésiastiques, mais comme des coupables auxquels on pardonne (23 décembre 1303). Les démarches du roi de France lui-même furent accueillies avec faveur: le pape accorda successivement au roi l’absolution de l’excom­ munication qu’il avait encourue (25 mars 1304), à l’uni­ versité de Paris la collation des grades, â tous les sujets du roi l'absolution des censures prononcées contre eux. Il n'excepta de celte mesure gracieuse que Guillaume de Nogaret. Ce dernier fut invité à comparaître ainsi que tous les Italiens qui avaient pris une part directe â l’attentat d’Anagni contre Boniface VIII, afin de subir le jugement du saint-siège (7 juin 1304). La mort soudaine du pape à Pérouse (7 juillet 130 4 > don­ na lieu à des bruits d’empoisonnement quine manquent pas tout â fait de raisons et dont le soupçon tombe avec le plus de vraisemblance sur Guillaume de Nogaret. Benoit XI a laissé un commentaire sur une partie des Psaumes et sur l'Evangile de saint Matthieu, un petit ouvrage sur les usages ecclésiastiques, enfin des dis­ cours. Il favorisa les ordres mendiants au profit des­ quels il révoqua les mesures restrictives de son prédé­ cesseur, mais ses propres décisions furent annulées par son successeur, Clément V, â cause des dissensions II. - 21 653 BENOIT XI — BENOIT XII continuelles entre les clergés séculier et régulier. Benoit XI devrait en réalité s’appeler Benoît X. le pape de ce nom ayant été intronisé contre toutes les règles et justement déposé. Benoit XI a été béatifié en 1733 et sa fête se célèbre â Rome le 7 juillet. Potthast, Bcgcsta pontificum, t. n. p. 2025; Le registre de Benoit XI, publié par Ch. Grandjean. Paris. 1883 sq. Dans Mu­ rator!, Berum Italicarum scriptores : au t. xi. p. 1224, Ptolémée de Lacques. Hist, eccl.; au t. Ht, p. 672. Bernard Guido, Vitæ pontif. roman.; au t. ix, p. 1010, Ferretus de Vicence, Hist, rer. in Ital. gest.; au t. ix, p. 746, Francois Pippinius. Chron. Giovanni Villani, Histor. Florent., t. vm, p. 66,dansl'édition de Florence, 1823, t. m, p. 114; Ftaynaldi, Annal, eccl., édit, de Theiner, Turin. 1871, t. xxm, p. 333. Les ouvrages sur Boniface VUI, notamment de Dupuy, Drumann (voir Boniface VIII). Grandjean, Benoit XI avant son pontificat, dans les Mélanges d'archéol. et d'histoire, 1888, p. 216; L. Gautier, Benoit XI. Paris, 1863: Kindler, Benedikt XI, Posen, 1891; Funke, Benedikt XI, Munster, 1891. H. Hemmer. 12. BENOIT XII, troisième pape d’Avignon, du 20 dé­ cembre 1334 au 25 avril 13-42. L’article consacré au pontilicat de Benoît XII sera suivi d’une double étude ; la première, sur la constitution dogmatique Benedictus Deus, publiée le 29 janvier 1336; la seconde, sur un document de moindre importance, datant de 1341, le Libellus ad Armenos transmissus. I. BENOIT XII, son pontificat. — Né de parents obscurs â Saverdun, dans l’ancien comté de Foix, Jacques Four­ nier (Furnerius, de Furno, Foumico) lut d'abord moine cistercien à l’abbaye de Boulbonne, puis à celle de Fontfroide, que gouvernait son oncle maternel, Arnaud Novelli. Envoyé à l'université de Paris, il y fit de fortes études théologiques, couronnées par le doctorat. Du Boulay, Hist, universitatis Parisiensis, Paris, 1668, t. iv, p. 994. Dans l’intervalle, il avait remplacé, comme abbé de Fontfroide, son oncle créé cardinal par Clé­ ment V, le 19 décembre 1310. En 1317, il fut promu par Jean XXII â l’évêché de Pamiers, puis transféré à celui de .Mirepoix, le 26 janvier 1327. Dans ces diverses charges, Jacques Fournier se distingua par ses talents adminis­ tratifs, sa science théologique et le zèle qu’il déploya contre les hérétiques. Jean XXII le créa cardinal-prêtre de Sainte-Prisque, le 18 décembre 1327; on le trouve souvent désigné sous le nom de cardinal blanc, à cause de son habit religieux qu i! conserva, ou sous celui de cardinal Novelli, sans doute en souvenir de son oncle Arnaud. Histoire générale du Languedoc, Paris, 17-42, t. iv. p. 215, 561. Les années qui suivirent furent marquées, pour le nouveau prince de l’Eglise, par la part très active qu’il prit, comme conseiller du pape, ou comme écrivain, aux controverses dogmatiques suscitées alors soit par divers théologiens mystiques, soit par les fraticelles au sujet de la pauvreté du Christ, soit par Jean XXII lui-même au sujet de la vision béatilique. Les Dicta el responsiones fratris Jacobi et le grand traité De statu animarum, indiqués plus complètement dans la bibliographie, sont de cette époque. Après la mort de Jean XXII. le 4 décembre 1334, les membres du sacré collège rassemblés à Avignon offrirent la tiare au cardinal d’Ostie, Jean de Comminges, à la condition qu’il s’engagerait à ne pas retourner à Rome; sur son refus, le nom du cardinal blanc réunit, contre toute attente, la pluralité des suffrages. Élu le 20 dé­ cembre et couronné le 8 janvier suivant, Benoit XII se montra dès le début de son pontificat ce qu’il devait être toute sa vie, un pape d’une grande droiture et d’un zèle actif. Son prem ier souci fut de travailler à la réforme des nombreux abus qui s’étaient introduits à la cour pontificale et dans le gouvernement ecclésiastique. Il renvoya dans leurs diocèses tous les clercs ayant charge d’âmes dont la présence â Avignon n’était pas suffisam­ ment légitimée; sauf quelques exceptions nécessaires, il 654 révoqua les commendes et les expectatives données par ses deux prédécesseurs, se réservant d’examiner attenti­ vement toutes les demandes de bénéfices qui lui étaient adressées. De peur que, dans la multitude des expéditions, il ne se glissât des signatures supposées, il prescrivit d’enregistrer les suppliques avec les brefs de grâce, et de déposer les originaux â la chancellerie apostolique; ainsi fut institué le Begistre des suppligues. Par diverses constitutions, Benoit XII poursuivit surtout deux abus qu’il avait en horreur dans les ministres de l'Église et les officiers pontificaux : la corruption et l’amour du gain. Lui-même donnait l'exemple du désintéressement par son aversion pour tout ce qui aurait pu ressembler â du népotisme; il refusa pour sa nièce de nobles alliances, et la donna en mariage à un marchand de sa condition; on eut beaucoup de peine à le décider, en 1341, à nommer archevêque d’Arles son neveu, Jean Bauzian, homme d'ailleurs fort digne de cette charge, mais il ne voulut jamais le créer cardinal. Aussi lui a-t-on prêté cette maxime : « Le pape doit être comme Melchisédech, qui n’avait ni père, ni mère, ni généalogie. » Réformateur, Benoit XII s'occupa tout particuliè­ rement de la discipline monastique. Le 4 juillet 1335, 11 défendit aux moines mendiants de passer aux ordres contemplatifs, sans une permission spéciale du pontile romain; puis il s’occupa en détail du bon gouvernement des religieux dans une série de constitutions, dont les principales se trouvent dans le bullaire romain : le 12 juillet 1335, bulle Fulgens stella, pour les moines blancs ou cisterciens; le 20 juin 1336, bulle Summi magistri, dite bulle bénédictine, pour les moines noirs ou bénédictins; le 28 novembre 1336, bulle Redemptor noster, pour les franciscains; le 15 mai 1339, bulle Ad decorem, pour les chanoines réguliers de Saint-Augustin. Toutes ces constitutions renferment un passage remar­ quable sur l’instruction des jeunes religieux : Benoît XII établit qu’il y aura dans chaque pays des maisons d’étude, et il accompagne cette injonction d’une longue suite de règlements où l'on voit combien il avait à cœur que l’étude fleurit dans les monastères; il exhorte même les supérieurs à envoyer des étudiants de toutes les provinces et de toutes les maisons de leur ordre à l'université de Paris, le grand centre intellectuel à cette époque. Après six ans de théologie, les religieux pourront faire un cours de Bible, c’est-à-dire enseigner l’Ecriture sainte, et, après huit ans, lire les Sentences. Voir II. Denille, Chartularium universitatis Parisiensis, in-4», Paris, 1891, t. il a, n. 992, 1002, 1006, 1015, 1019, 1053, 1058. Au souci de la discipline Benoit XII joignait un grand zèle pour l’intégrité et la propagation de la foi catho­ lique. Il continua, comme pape, la guerre qu’il avait déclarée aux hérétiques, n’étant encore qu’évêque de Pamiers ou de Mirepoix; il exhorta le roi d’Angleterre à établir l'inquisition dans ses Etats, et là on elle existait déjà, il ranima l’ardeur des princes et des évêques. Dés les premiers temps de son pontificat, il renouvela les condamnations portées par son prédé­ cesseur contre les erreurs de quelques franciscains fanatiques touchant la pauvreté du Christ et la perfec­ tion de l’état religieux; aussi fut-il en butte, comme Jean XXII, à de violentes attaques de la part des chefs du parti, Michel de Cezena, Guillaume Occam, Bonagratia de Bergame et Jean de Jandun. En beaucoup d’endroits leurs partisans étalaient leur rébellion au grand jour; le pape fit procéder contre eux dans le domaine ecclésiastique et engagea Robert de Sicile à suivre son exemple. Raynaldi, Annales ecclesiastici, an. 1336, n. 63 sq., Lucques, 1750, t. vi, p. 91 sq. En Espagne, Benoit XII rendit d'éminents services à la chrétienté; après avoir amené le roi de Castille, Alphonse XI, à cesser le commerce criminel qu'il entre­ tenait avec Eléonore de Guzman et rétabli la bonne 655 BENOIT XII harmonie entre ce prince et le roi de Portugal, il fit prêcher la croisade contre les mahométans d’Afrique qui, en 1339, avaient envahi la péninsule: la brillante victoire remportée par les croisés à Tarifa, le 30 octo­ bre 1340, récompensa le zèle du pontife. Enfin, divers actes témoignent de l’intérêt que portait Benoit XII aux missions étrangères et aux chrétiens d’Orient. En 1338, il envoie des nonces et des lettres apostoliques au grand Khan des Tartares et â l’empereur de la Chine. L’année suivante, il reçoit de l’empereur grec Andronique une ambassade, restée célèbre par le mérite personnel du principal négociateur, le moine basilien Barlaam de Seminara. P. G., t. cli. col. 1243 sq. Voir col. 407. .Malgré les dispositions conciliantes de l’envoyé, cette démarche n’eut pas de résultat sérieux; le pape jugea, non sans fondement, que la réunion des Églises n’était qu’un prétexte, et que le but réel d'Andronique était d'obtenir des secours pour se défendre contre les Turcs. Raynaldi, op. cit., an. 1339, n. 19 sq., t. vt, p. 167 sq.; Ilefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, Paris, 1873, t. tx, p. 543 sq. Sur le terrain politique, Benoît XII fit preuve de tendances conciliantes. Non seulement il ne renouvela pas l'anathème lancé par .lean XXII contre Louis de Bavière, mais, dans le mois qui suivit son avènement, il lit faire à ce prince des propositions de paix. Par deux fois, au printemps de 1335 et à l'automne de 1336. des négocia­ tions s’ouvrirent; elles auraient abouti sans l'opposition formelle et même violente du roi de France, Philippe de A'alois, secondé par les cardinaux qu'il tenait sous sa dépendance, et par les rois de Naples, de Bohême, de Hongrie et de Pologne. La polémique recommença, plus passionnée que jamais, entre les partisans du pape et ceux de Louis de Bavière. Bientôt de nouveaux obstacles surgirent, surtout quand les électeurs de l’empire, réunis à Bense, eurent déclaré, le 16 juillet 1338, que l’empereur tient ses droits à la couronne du seul fait de son élec­ tion; c’était refuser au pape le droit de confirmation, sans distinguer suffisamment entre le royaume et l'empire. Excité par les franciscains schismatiques qui s étaient réfugiés à sa cour, Louis serait même allé plus loin, le 8 août suivant, en proclamant dans la consti­ tution Licet juris utriusque testamenta, révoquée en doute par quelques-uns, que l'empereur ne pouvait pas être jugé par le pape, mais que le pape pouvait l'être par un concile œcuménique. Voir sur ces actes et les difficultés historiques qui s’y rattachent, .1. Ficker, Zur Geschichte des Kurvereins zu Pense, dans Sitzungsberichte der Wiener Akademie, 185.3, p. 673 sq. ; .1. Her­ genrother, Kalholische Kirche und christlicher Slaat, :n-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1872, p. 210 sq.; Ilefele, . p. cit., t. tx. p. 534 sq. Enfin tout espoir d’accommode­ ment s’évanouit quand, malgré toutes les représentations du pape, l'empereur résolut de marier son fils aine, Louis de Brandebourg, avec l’héritière de la Carinthie et du Tyrol, Marguerite Maultasch; il bravait ainsi les plus sévères lois de l’Église, car la princesse n’avait pas craint d'abandonner, pour cause d’impuissance pré­ tendue, son mari. Jean-Henri de Bohême, et de plus il existait entre elle et le prince Louis un empêchement de parenté. Le désir de la paix ne venait pas seulement chez Benoit XII de son caractère doux et conciliant; il se rattachait encore à deux grands desseins. Il aurait voulu secourir les saints lieux; mais il dut abandonner ce projet de croisade, quand éclata entre la France et FAngleterre la funeste guerre dont l’avènement de Philippe ) obtient de lui une dernière rétractation. A partir de ce moment, le bruit fait autour de ses doctrines s’apaise. Bérenger mourut dans file de Saint-Cosme, près de Tours, où il passa ses dernières années, probablement en 1088, le6 janvier. Larroque. Hisloirede l’eucharistie, Amsterdam, 1669, p. 439; Oudin, Commentarius de scriptoribus Hcclesiæ antiquis, Leipzig, 1722, t. Il, 7'26 col. 635, etc., ont soutenu que Bérenger n’abandonna point les idées qu'il avait patronnées si longtemps et à travers tant d’obstacles; ils se basent principalement sur Bernold de Constance, Chronicon, P. L., t. cxlviii, col. 1383, d’après lequel Bérenger ad vomitum suum canino more non expavit redire, nam et, in romana sinodo canonice convictus, heresim suam... anathema­ tizavit, nec tamen postea dimisit. Mais il ne semble pas que cette atlirmation puisse tenir contre les textes qui la contredisent. Les épitaphes fort louangeuses de Bérenger, dues à Baudri de Bourgueil et à Hildebert de Lavardin, seraient inexplicables dans l’hypothèse de son impénitence finale, la dernière surtout, dans laquelle Hildebert ne souhaite pas un sort meilleur que celui de son maître, Nec flat melior sors mea sorte sua. P. L., t. clxxi, col. 1397. Clarius écrit, dans la chronique de Saint-Pierre-le-Vil de Sens, cf. d’Achéry, Spicilegium, Paris, 1657, t. n, p. 749 : Anno 1083, Berengarius, Turonensis magister et admirabilis phi­ losophus, amator pauperum, effloruit... Post hæc fide­ lis et vere catholicus vitam finivit. La chronique de Saint-Martin de Tours place la mort de Bérenger en 1088, et l’appelle également fidelis et vere catholicus. Cf, Bouquet, Beeueil des historiens des Gaules et de la franco, 2' édit., Paris, 1877, t. xn, p. 465. Le nom de Bérenger figurait dans le nécrologe de l’église cathé­ drale d’Angers, ce qui n’aurait certainement pas eu lieu si Bérenger n’avait pas fini dans la communion catho­ lique; il se lisait également au martyrologe de SaintMartin de Tours. Cf. Hauréau, Histoire de la philosophie scolastique, Paris, 1872, t. I, p. 243. Sa conversion lut considérée comme si authentique et parfaite qu’avec le temps on en vint à le tenir pour un saint. Ct. Guillaume de Malmesbury, Gesta regum Anglorum, I. Ill, § 284, P. L., t. clxxix, col. 1257; Mathieu Paris, Historia major, édit. Wats, Londres, 1684, p. 10. Guillaume de Malmesbury, ibid., § 285, col. 1258, prête ce mot à Bé­ renger mourant et qui gémissait au souvenir des disci­ ples qu’il avait entraînés dans l'hérésie : Hodie, in die apparitionis suæ, apparebit mihi Dominus meus Jesus Christus, propter poenitentiam, ut spero, ad gloriam, vel, propter alios, ut timeo, ad poenam. L’anonyme de Melk, De scriptoribus ecclesiasticis, c. I.xxxvm. P. L., t. ccxm, coi. 979, dit qu'on lui attribuait ce distique : Constat in altari carnem de pane creari; Ipsa caro Deus est ; qui mgat hoc reus est. Voir encore Jean d’Ypres, Chronicon sancti Bertini, c. xxxvn, dans Marlène et Durand, Thesaurus novus anecdotorum, Paris, 1717, t. ni, col. 578. II. Doctrines. — i. questions diverses. — Le nom de Bérenger est resté attaché à l’histoire du dogme eucharistique. Sur d'autres points encore il a émis ou on lui a attribué des opinions contraires à l’enseignement de l’Église, mais moins retentissantes. Dans la dispute de Chartres ( 1050), le prévôt Guillaume lui reprocha d’avoir dit que la crosse de l’évêque n’était pas le signe de la juridiction spirituelle. Au moment où la question des investitures, déjà posée, allait ouvrir la grande lutte du sacerdoce et de l’empire, on voit l’im­ portance de cette déclaration. Nous avons une lettre de Bérenger, adressée à l’un des témoins du débat, Ascelin, son ancien condisciple de Chartres; il afnrme qu’il y protesta et qu'il continue à protester contre cette théorie sur la crosse épiscopale. P. L., t. cl, col. 66. Vis-à-vis du saint-siège, Bérenger manqua au double devoir du respect et de l’obéissance. Cité devant le con­ cile de Verceil, il prétendait n’étre pas obligé de s’y rendre, « parce que, selon le droit ecclésiastique, nul ne doit être forcé à comparaître devant un tribunal hors de sa province. » De sacra cœna, p. 41. Le pape, à l'en­ tendre, est un sacrilège, et le coucile de Verceil une 727 BERENGER DE TOURS assemblée de niais. De sacra coma, p. 36,44. Les injures à la Luther sont prodiguées : Saint Léon IX est non pontificem sed pompificem et pulpificem, le saint-siège est le siège de Satan, l'Église romaine est vanitatis conci­ lium et Ecclesiam malignantium, elle est entachée d’hé­ résie, et la véritable Église subsiste en Bérenger et en ceux qui le suivent. Cl. Bernold de Constance, De Beringerii hæresiarchæ damnatione multiplici, c. VI, P. L., t. cxLViti, col. 1456; Durand de Troarn, Liber de corpore et sanguine Christi, c. xxxtll, P. L., t. cxlix, col. 1422; Lanfranc, De corpore et sanguine Domini, c. xvi, P. L., t. cl, col. 426, 442. Bérenger écrit, dans une lettre qui est des environs de 1648, que l’évêque de Poitiers, en excommuniant un diacre parce que celui-ci s’est marié, lui semble avoir agi contre les canons. Le texte publié par Martène et Durand, Thesaurus novus anecdotorum, Paris, 1717, t. I, col. 195-196, ajoute : « à moins peut-être que l’obsti­ nation du diacre n’ait forcé l’évêque à agir ainsi ; » mais ce membre de phrase est absent du manuscrit édité par Sudendorf, Berengarius Turonensis, Ham­ bourg, 1850, p. 200, et semble une addition postérieure qui ne serait pas de Bérenger. Cf. Sudendort, ibid., p. 92. Théoduin de Liège, P. L., t. cxi.vr, col. 1439, de qui dépend Guitmond, De corporis et sanguinis Christi veritate in eucharistia, 1. I, P. L., t. cxux, coi. 1429, dit que Bérenger et Eusèbe Brunon, « renouvelant les antiques hérésies, rejetaient les mariages légitimes el, autant qu’ils le pouvaient, le baptême des enfants. » Si Bérenger enseigna ces erreurs, ce fut seulement aux origines de sa campagne; cela ressort du passage de Guitmond que nous avons indiqué. Une lettre du cardi­ nal Humbert à Eusèbe Brunon, publiée par Brucker, L’Alsace et l’Église au temps du pape saint Léon IX, t. n, p. 393-395, prouve que l’évêque d’Angers parut suspect dans la question du divorce; peut-être l’accusation de Théoduin de Liège a-t-elle sa source dans ce fait. Peut-être encore Théoduin, influencé par le souvenir des nouveaux manichéens d'Orléans (1022) et d'Arras (1025), cf. Mansi, Conciliorum amplis, collectio, Flo­ rence, 1764, t. xix, col. 373, 423, a-t-il conclu trop vite que Bérenger renouvela leurs hérésies sur le baptême et le mariage, en même temps que leurs négations anti­ eucharistiques. Nous savons, du reste, que l'allaire des hérétiques d’Orléans avait eu sa répercussion dans l'école de Fulbert de Chartres. Cf. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge, p. 132. Voir aussi Dôllinger, Beilrâge zur Seklengeschichle des Mittelalters, Munich, 1890, t. t, p. 71-72. L’abbé Wolphelme de Brauweiler, P. L., t. ct.iv, col. 412, et Guitmond, De corporis el sanguinis Christi veritate in eucharistia, I. Ill, P. L., t. cxlix, col. 1480, attribuent à Bérenger cette assertion que le Christ res­ suscité n’entra pas auprès de ses apôtres januis clafisis. Le même Guitmond, 1. I, col. 1429, parle, mais sans les spécilier, des impiétés assez nombreuses que Béren­ ger proféra. il. L'BUCHARtsrtE. — H est certain que Bérenger nia la transsubstantiation. Nia-t-il également la présence réelle? A peu près tous les théologiens répondent affir­ mativement, à la suile de saint Thomas, Sum. theol., III*, q. i.xxv, préambule de la question, et a. 1, qui, se demandant utrum in hoc sacramento (l'eucharistie; fit corpus Christi secundum veritatem, an solum se­ cundum figuram vel sicut in signo, dii que Bérenger lut le premier à enseigner corpus et sanguinem Christi non esse in hoc sacramento nisi sicut in signo. La plupart des historiens ecclésiastiques ont lait la même r ponse, par exemple Noël Alexandre, Hist, eccles., Venise, 1778, t. vu. p. 213. D'autres, et non des moindres, j-.ir exemple MabiUon (avec des réserves, cf. p. xxix). Acta sauct. ordinis S. Benedicti, sæc. vi.part. ΙΙ,ρ.χχιι- 728 xxxi, Martène et Durand, Thesauru snovus anecdolorum, Paris, 1717, t. tv, col. 101-102, Mansi, dans ses notes sur Noël Alexandre, loc. cit., p. 213-2I4, ont pensé que Bé­ renger ne combattit que la transsubstantiation. L’un des plus doctes théologiens sorbonistes, Witasse, Tractatus de augustissimo eucharisliæ sacramento, Paris, 1720, t. I, p. 431-439, croit que Bérenger varia sur la question de la présence réelle. La publication, en 1834, du De sacra coma de Bérenger a aidé à mieux connaître la pensée de l'hérésiarque. Or si, aux yeux de Franzelin, Tractatus de ss. eucharisliæ sacramento et sacrificio, 2e édit., Rome, 1873, p. 196, n. 2, cet écrit prouve que Bérenger rejeta la présence réelle, Gore, Dissertations on subjects connected with the Incarnation, Londres, 1895, p. 256, voit, dans le De sacra coma, l’affirmation de la présence réelle, sauf à préciser le sens ou elle est admise. Dans un récent travail sur l’hérésie de Bérenger, dom Renaudin conclut, L’université catho­ lique, nouv. série, Lyon, 1902, t. XL, p. 442, que « Bé­ renger a enseigné, le plus souvent, la présence figurative de Notre-Seigneur dans le sacrement de l’autel; c’est donc à juste titre qu’on l’a nommé le précurseur des sacramentaires ». Parmi ces divergences d’opinions, il importe de recou­ rir aux textes originaux. Ils sont nombreux, et se composent des écrits de Bérenger, des actes des conciles réunis contre lui, des lettres de ses partisans et de ses adversaires, des traités consacrés à la réfutation de ses doctrines. Nous nous bornerons à citer les contempo­ rains de l’écolàtre de Tours et, parmi eux, ceux-là seu­ lement qui l’ont entendu ou lu, car il est difficile que la transmission des idées subisse sans dommage l'épreuve de la double distance des lieux et du temps. En outre, nous suivrons l’ordre chronologique, qui permet de fixer, s’il y a lieu, les variations doctrinales. Avant de passer en revue les textes principaux, deux points se présentent, qui sont en connexion étroite avec 1’erreur antieucharistique de Bérenger : l’un est celui de sa philosophie, l’autre celui des autorités dont il se ré­ clame. 1» La philosophie de Bérenger. — S’il n’a pas une philosophie originale ou même tant soit peu complète, Bérenger a du goût pour la philosophie. H est féru de dialectique; il parle le langage d’Aristote et de Porphyre, et c’est en leur nom qu’il proteste contre les décrets des conciles. Hugues de Langres lui dit, P. L., t. cxlii, col. 1328, que, dés qu’il s’agit des mystères, « sa philo­ sophie n’a qu’à s’en tenir à ce qui est écrit. » Guitmond expose, De corporis et sanguinis Christi veritate in et. charistia, 1. I, P. L., t. CXLIX, coi. 1433, 1434, que, pour acquérir le renom d’une science singulière, il affecta de donner aux mots des « sens nouveaux » et que, dans son enseignement sur l’eucharistie, il s’attacha « au témoignage des sens » el à ces « petites raisons » dont toutes les hérésies se prévalent. A Lanfranc, qui lui re­ prochait, De corpore el sanguine Domini, c. vu, P. L., t. cl, col. 416, l'abandon des autorités sacrées en ma­ tière de foi et le recours à la dialectique, mais qui, d’ailleurs, acceptait de le suivre sur ce terrain, Béren­ ger répondait avec chaleur : « Nul ne contestera, à moins d'être stupidement aveugle, que, dans la re­ cherche de la vérité, la raison est incomparablement le meilleur des guides. Le propre d'un grand cœur est de recourir toujours à la dialectique; y recourir, c’est re­ courir à la raison, et qui ne le lait pas renonce à ce qui l’honore le plus, car ce qui est en lui l’image de Dieu c’est sa raison. » De sacra coma, p. 100; cf. p. 33, 102, sur Veminenlia rationis, et la lettre à Adelman, dans Marlène et Durand, Thésaurus novus anecdolorum, t. iv, col. 113. Ainsi Bérenger passe au creuset de la raison les don­ nées de la loi. Quant à la raison, il la soumet aux sens et réduit toute connaissance à l’expérience sensible. Les 729 BÉRENGER DE TOURS 730 sens, affirme-t-il, perçoivent à la fois l’accident et la y avait quelque expression moins correcte, il s’empres­ substance, l’un et l’autre inséparables et ne se différen­ sait de la désavouer. Cf. la lettre de Bérenger à Ascelin ciant que par une distinction logique. L’œil, en aperce­ et celle d’Ascelin à Bérenger, P. L., t. cl, col. 66, 67. vant la couleur, saisit le coloré; ce qui est présent est Sauf en cette circonstance, il s’appuya toujours énergi­ visible. Il n’existe que ce que l’on voit et touche, et l’on quement sur Jean Scot, et, parmi les Pères, sur Jérôme, ne touche et voit que la substance connaturelle à l’acci­ Ambroise et Augustin. dent. , disp. XLV1I, sect, tv, n. 13-18, édit. Vives, t. xxi, p. <53 65. Bérenger ne tarda point de rétrac­ ter cette rétractation. Les passages de son premier livre Be sacra coma que nous connaissons et la réfutation de Lanfranc mettent d'abord le débat sur le terrain de la transsubstantiation. Mais, en outre, Lanfranc reproche à Bérenger d'étre carnis ac sanguinis negator, c. vt, vin, col. 416, 418, — de ne pas reconnaître dans l'eucha­ ristie, le « vrai corps s,c. xx.col. 436, la « vraie chair » du Christ, c. xxi, col. 439, sous prétexte que le corps du Christ, étant dans le ciel, ne saurait être amené sur la terre, c. x, xvn, xxi, col. 421,426, 439, — de croire que le pain et le vin consacrés sont appelés la chair et le sang du Christ propterea quod in memoriam cruci/ixte car­ nis et de latere effusi sanguinis in Ecclesia celebrentur, c. xxii, col. 440. Ces textes semblent décisifs, et il est à remarquer que Durand de Troarn, dont le traité fut à peu près de la même date que celui de Lanfranc, les confirme, Ve corpore et sanguine Domini, c. 1, P. L., t. cxi.tx, col. 1377, ainsi qu'Eusèbe Brunon, P. L., t. cxi.vii, col. 1203. D’autre part, Bérenger, fulminant contre la formule du cardinal Humbert, l'incrimine au point de vue de la transsubstantiation qu'il retuse d’ad­ mettre, mais ne proteste pas contre la présence réelle; pour lui, le pain et le vin, par la consécration, deviennent sacramentum religionis, non ut desinant esse quæ erant, sed ut sint quæ erant et in aliud commutentur, dans Lanfranc, Ve corpore et sanguine Vomini, c. ix, P. L., t. cl, col. 419. Les mêmes contradictions apparentes se retrouvent dans le second livre du De sacra coma. Par­ fois, il semble concevoir les éléments eucharistiques d une façon strictement spirituelle et tout réduire à un pur mémorial ; les principes de philosophie qu’il expose et que nous avons indiqués plus haut aboutissent logi­ quement à cette conséquence. Ailleurs, son langage est bien pour la présence réelle. Il déclare qu'après la con­ sécration le pain et le vin sont des signes, signes toute­ fois d une réalité non seulement existante, mais actuel­ lement présente avec les signes, car la res sacramenti accompagne nécessairement le sacrement: Hic ego inquio, dit-il, p. 51, certissimum habete dicere me panem atque vinum altaris, post consecrationem, Christi esse revera corpus et sanguinem. Et, p. 248 : Panis autem et vinum..., per consecrationem, convertuntur in Christi carnem et sanguinem, constatque omne quod conse­ cratur... non absumi, non auferri, non destrui, sed manere. En 1078, au concile de Saint-Jean de-Latran, Bérenger signe la formule suivante, que nous ne voyons pas qu'il ait jamais rétractée : « Je confesse que le pain de l’au­ tel, après la consécration, est le vrai corps du Christ, Celui qui est né de la Vierge, a souffert sur la croix, est assis à la droite du Père, et que le vin, après la consé­ cration, est le vrai sang qui a coulé du côté du Christ. » Cf, Marlène et Durand, 1 hesaurus novus anecdotorum, t. tv, col. 103. 734 En 1079, dans un autre concile du Latran, il signe cette formule plus accentuée : Ego Berengnrius corde credo et ore confiteor panem et vi­ num, quæ ponuntur in altari, per mysterium sacrae orationis et verba nostri Redemptoris substantialiter converti in ve­ ram et propriam ac vivificatricem carnem et sanguinem Jesu Christi Domini nostri, et, post consecrationem, esse ve­ rum Christi corpus, quod nalum est de Virgineel quod, pro salute mundi oblatum, in cruce pe­ pendit, et quod sedet ad dexte­ ram Patris, et verum sanguinem Christi, qui de latere ejus effusus est, non tantum per signum et virtutem sacramenti, sed in proprietate naturae et veritate substantiæ, sicut in hoc brevi continetur, et ego legi et vos intelligilis. Sic credo, nec contra hanc fidem ulterius docebo. Sic me Deus adjuvet et hæc sancta Dei Evangelia. Moi Bérenger je crois de cœur et je professe de bouche que le pain et le vin placés sur l’autel, par le mystère de l’oraison sa­ crée et par les paroles de notre Rédempteur sont changés sub­ stantiellement en la vraie, vivi­ fiante et propre chair, et au sang de Jésus-Christ Notre-Seigneur, et que, après la consécration, c'est le vrai corps du Christ, le­ quel est né de la Vierge et, of­ fert pour le salut du monde, a été suspendu sur la croix, et siège à la droite du Père, et c’est le vrai sang du Christ,lequel a cou­ lé de son côté, et cela non pas seulement en signe et par la ver­ tu du sacrement, mais en pro­ priété de nature et en vérité de substance, ainsi qu’il est conte­ nu dans cet écri t que j'ai lu et que vous avez entendu. Ainsi je crois, et contre cette foi désor­ mais je n’enseignerai rien. Qu’ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Évangiles. Cf. P. L., t. cxi.viii, col. 811-812; Denzinger-Stahl, Enchiridion symbolorum et definitionum, 9e édit., Wurzbourg, 1900, doc. xl, n. 298, p. 105. Ce texte contient deux choses : la transsubstantiation et la présence réelle. Le mot de transsubstantiation manque — il n’existait pas encore — mais l’idée dési­ gnée par le mot est affirmée aussi clairement (pie pos­ sible, et saint Thomas ne fera guère que reprendre les expressions de cette formule pour définir la transsub­ stantiation: Tota substantia panis convertitur in tutam substantiam corporis Christi, el lota substantia vini in totam substantiam sanguinis Christi, unde hæc con­ versio... proprio nomine potest dici transsubstantiatio. Sum. theol., IIIa, q. lxxv, a. 4. Quant à la présence réelle, elle est énergiquement proclamée et avec une insistance qui ne laisse aucune place aux équivoques: ce qu’il y a sur l’autel après la consécration,c’est le vrai corps du Christ, celui qui naquit de la Vierge, qui fut cloué sur une croix, qui siège à la droite du Père, c'est son vrai sang, celui qui jaillit de son côté ouvert par la lance; la présence du Christ n’est pas seulement une présence figurative ou virtuelle, mais c’est la présence de sa propre nature, de sa substance véritable. Dans un court opuscule, Bérenger s’est expliqué sur cette pro­ fession de loi et sur le serment par lequel il l’avait rati­ fiée. Selon sa constante habitude, il y rejette la trans­ substantiation. Relativement à la présence réelle, sa pensée est moins franche. Il distingue et admet, dans l’eucharistie, le sacramentum et la res sacramenti, le signe et la chose signifiée. Mais une phrase inviterait à croire qu’il lait de la présence réelle une présence exclu­ sivement dynamique: parlant de l’institution de l’eu­ charistie, il dit que Jésus bénit le pain et le vin, id est panem et vinum in eam dignitatem provexit ut, præle.r naturalem sustentationem, quant reficiendis possunt adhibere corporibus, sint etiam ad salutem animæ ef­ ficaces, sacramenta ea constituens corporis sui et san­ guinis. Ct. Martène et Duranti, Thesaurus novus anecdoclorum, t. iv, coi. 107. Λ s'en tenir à ces lignes, la présence substantielle du Christ dans l’eucharistie serait compromise; seulement Bérenger ajoute bientôt après ces fortes paroles : Panem et vinum sacrata in altari esse non alius cujusquam sed proprium Christi corpus, non fantaslicuni, sicut Manichæi [dicunij, sed verum el humanum. il nous reste à relever un témoignage de Guitmond. 735 BÉRENGER DE TOURS Au commencement de son De corporis et sanguinis ' Christi veritate in eucharistia (écrit avant 1078), 1. I, P. L., t. cxlix, col. 1430 il raconte qu’il a arraché aux bérengariens des aveux sur leurs divergences : les uns voient dans l’eucharistie un pur symbole ; les autres, contraints de céder aux raisons de l’Église mais ne renonçant pas à leurs folies, pour paraître en quelque sorte d’accord avec les orthodoxes, disent que le corps et le sang du Christ sont contenus dans l’eucharistie véritablement mais d’une laçon cachée, revera sed la­ tenter contineri et, ut sumi possint quodammodo, ut ita dixerim, impanari. Or, ajoutent-ils, cette dernière opinion est celle de Bérenger, et hanc ipsius Berengarii subtiliorem esse sententiam aiunt. Cf. Alger, De sacra­ mentis corporis et sanguinis dominici, 1. I, c. VI, P. L., t. ci.xxx, coi. 754-756. Un peu plus loin, 1. HI, col. 1481, 1488, Guitmond attribue à Bérenger l’usage de l'une et de l’autre théorie selon la diversité des disci­ ples, la deuxième étant réservée à ceux qui ne se con­ tentaient pas des explications ordinaires, subtilius quærentibus. 4“ Conclusion. — Que, dans sa polémique sur l’eucha­ ristie, Bérenger ail obstinément nié la transsubstantia­ tion, c’est ce qui est hors de doute. Son sentiment sur la présence réelle est moins clair. Plusieurs lormules existent qui ont été tour à tour employées ou repoussées par les Pères et les écrivains ecclésiastiques, et qui, selon la manière dont on les entend, présentent un sens irréprochable ou dangereux. Les suivantes eurent cours dans les débats dont Béren­ ger lut le centre : « L’eucharistie est ou n’est pas le signe, la ligure, le gage du corps du Christ. — Le corps du Christ dans l’eucharistie n’est pas ou est le même qui est né de Marie, qui a été crucifié, qui est au ciel à la droite du Père. — Le corps du Christ dans l’eucharistie ne peut pas ou peut être mangé, broyé par les dents. » Ces expressions, sagement expliquées, sont justes. Voir un bon résumé de ce qu’on a dit là-desnus, dans Tanquerey, Synopsis theologiæ dogmalicæspecialis, 3eédit., Tournai, 1897, t. n, p. 329-330. Mais elles se prêtent, si on les prend à la lettre, à une double interprétation, l’une trop spirituelle qui compromet la présence de Noire-Seigneur dans l’eucharistie, l’autre matérialiste qui l’exagère. Bérenger inclina pour le moins vers la première interprétation ; quelques-uns de ses adversaires donnèrent des gages à la seconde. Du reste, comme il arrive souvent dans la discussion, Bérenger et ses con­ tradicteurs ne se comprirent pas toujours bien. La pen­ sée de Bérenger lut partois dénaturée. 11 avait écrit à Ascelin, par exemple: « Tu as contre toi la nature ellemême, les écrits évangéliques et apostoliques, si tu ad­ hères à Paschase Radbert en ce que seul il a imaginé, à savoir que la substance du pain tait tout à mit défaut dans le sacrement du corps du Seigneur; » Ascelin ré­ pondit : « Avec Paschase et les autres catholiques, je reconnais et je vénère le vrai corps et le vrai sang du Christ pris par les fidèles sous les espèces du pain et du vin, et en cela je n’ai pas contre moi la nature, quoi que tu en dises. » Cf. P. L., t. cl, col. 66,/>7. Ou Bérenger avait parlé de la transsubstantiation, Ascelin avait com­ pris qu’il s’agissait de la présence réelle. De son côté, Bérenger ne sut ou ne voulut pas entrer dans la pensée de ses adversaires. 11 argumentait contre la iormule du concile romain de 4078 de manière à mettre sur le compte de la partie adverse cette proposition : le pain et le vin de l’autel, après la consécration, sont seulement le vrai corps et le vrai sang du Christ, et non point les sacrements du Christ. Cl. Lanfranc, De corpore et san­ guine Domini, c. v-vm, col. 414-419; c. xvil, col. 427. A le lire, on croirait que, pour Paschase Radbert, pour Lanfranc, l’hostie consacrée ne contiendrait qu’une par­ celle de la chair du Christ divisée en autant de parcelles qu’il y eut ou qu’il y aura d’hosties consacrées. On de­ 70G vine combien ces malentendus embrouillaient la dis­ pute. Tout pesé, il ne semble pas que Bérenger ait rejeté la présence réelle, dans la première période delà polémi­ que jusqu’auconciledeRomede!059. Lui-même,à ce qu’il assure, De sacra cœna, p. 44, n’avait pas encore des idées arrêtées au moment du concile de Verceil (1050). De 1050 à 1059, sa cause se confond avec celle de Jean Scot, c’est-à-dire très probablement de Ratramne de Corbie; or, le livre de Ratramne,s’il est défectueux, ne détruit pas la présence réelle. Déjà, ainsi que l’atteste la lettre à Adelman, Bérenger adopte l’impanation. Après le concile de 1059, Bérenger accentue sa thèse. Il veut la justifier, non seulement par l’autorité, mais aussi par la raison, et ses principes philosophiques sont difficilement conciliables avec la présence réelle. A vrai dire, ils tendent directement à établir que le corps du Christ ne peut être dans l’eucharistie tel qu’il lut dans sa vie mortelle ou tel qu’il est dans le ciel, et tout pourrait s’arranger en spécifiant que le mode d’être du corps eucharistique n’est pas le même que celui du corps historique et du corps céleste. Mais cette distinction n’apparalt pas suffisamment dans les écrits de Bérenger, et, plus d’une lois, il ne semble admetire guère autre chose qu’une présence dynamique ou figurative dans l’eucharistie. D’autre part, tout à côté, se lisent des pas­ sages en faveur de la présence réelle du vrai corps, du corps humain du Christ, et de l’impanation. La conltadiction s’atténuerait si l’impanation bérengarienne était bien celle que décrit Mabillon, Acta sanci, ordinis S. Benedicti, sæc. vi, part. II, p. xxix : l'union du Verbe à la substance du pain et du vin, et, par l'intermédiaire du Verbe, l’union du pain et du vin au corps du Clirisl existantdans le ciel, en telle sorte que le pain et le vin, gardant leur substance, deviendraient, d’une certaine façon, le corps et le sang du Christ. Le malheur est que, d'après Guitmond, De corporis et sanguinis Christi veritate in eucharistia, 1. I, III, P. L., t. CXLIX, col. 1430, 1481, ce ne serait pas le Verbe seul, mais ce seraient encore le sang et le corps du Christ qui, dans l’impanation bérengarienne, s’uniraient à la sub­ stance du pain et du vin. Disons donc que, dans cette seconde période, la pensée de Bérenger fut obscure, hésitante, peut-être changeante et contradictoire. Il ébranla le dogme de la présence réelle, sans toutefois que nous puissions le ranger au nombre de ceux qui l’ont simplement niée. Sur la communion Bérenger s’exprime comme sur la présence réelle ; il repousse une manducation matérielle et admet une manducation spirituelle du corps du Christ. Cf. sa lettre à Adelman, Marlène et Durand, Thesaurus novus anecdolorum, t. tv, col. 110; De sacracœna, p. 71, 148, etc. Évidemment l’interprétation de ces textes est la même que celle des passages sur la présence de NoireSeigneur dans l’hostie. Dans une lettre à Eusèbe Brunon, publiée par Brucker, L'Alsace et l’Eglise au temps du pape saint Leon l.\, t. u, p. 393, il est dit que. d'après des écrits venus de France, Eusèbe et Bérenger étaient appelés stcrcoranistes. Voir ce mot. Il parait certain que le stercoranisine lut une hérésie imaginaire. Cf. Mabillon, Acta ordinis S. Benedicti, sæc. iv, part. II, p. xxxii-xltv; Witasse, Tractatus de augustissimo eucharisliæ sacramento, t. i, p. 416-427. Quoi qu’il en soit, Bérenger ne tut pas stercoraniste, mais il objecta à ses contradicteurs que leur croyance conduisait logiquement au stercoranisme. C.. Guitmond, De corporis et sanguinis Christi veritate in eucharistia, 1. Π, P. L., t. cxlix, coi. 1450-1453. III. La controverse bérengarienne. — I. les disci­ ples DE Bérenger. — Bérenger recruta des adeptes. Il n'y a pas lieu de prendre à la lettre l’affirmation de Guillaume de Malmesbury, Gesta regum anglorum, 1. Ill, § 284, P L., t. CLXXtX, col. 1257, que toute la 737 BÉRENGER DE TOURS France était pleine de sa doctrine, scatebat omnis Gal­ lia ejus doctrina. Mais Eusèbe Brunon, dont le témoi­ gnage est plus autorisé, dit, P. L., t. cxlvii, col. 1201, que cette affaire avait agité la plus grande partie du monde romain. De Liège, Adelman écrit à Bérenger, P. L., t. cxi.ni, col. 1290, que le bruit de ses innovations doctrinales remplit les oreilles des Latins et des Teutons au milieu desquels l’écolâtre de Liège poursuit son long pèlerinage. Vers 1000, de Mayence, Gozcchin, ancien écolâtre de Liège, écrit une lettre découragée, où il se plaint que tout va de mal en pis, et donne en preuve la diffu­ sion du bérengarianisme. P. L., t. cxt.ni, col. 900. Du­ rand de Troarn, Liber de corpore el sanguine Christi, c. xxxn, P. L., t. cxi.ix, col. 1421, parle d’une « très grande multitude » d'ennemis de l’Église disséminés dans la France et cherchant à gagner les régions voisi­ nes, puis, indiquant l’origine du mal, de Bérenger et de plures Francorum, nonnulli quoque Northmannorum, dont il avait été le maître ou qu’il avait aidés dans leurs études, et qu'il avait pour partisans. Guitmond. De cor­ poris et sanguinis Christi veritate in eucharistia, L 1, P. L., t. cxi.ix, coi. 1429, suivi par plusieurs écrivains, avance qu’il propagea ses opinions par des écoliers pau­ vres qu’il nourrissait; ailleurs, I. III, col. 1485-1487. il insiste sur le petit nombre de ses prosélytes, d’accord en cela avec Lanfranc, De corpore et sanguine Domini, c. iv, P. L., t. cl, col. 414, qui oppose les paucissimos schismaticos à la masse de l’Église universelle. Il res­ sort de ces textes que l’hérésie de Bérenger émut les esprits et excita une vive agitation, mais que ses adhé­ rents furent une minorité assez restreinte. Le plus illustre d’entre eux fut Eusèbe Brunon. Une lettre de Frolland, évêque de Senlis. à Bérenger, écrite vers 1050, est remplie de témoignages de respect et de vénération, et prouve que l'évêque s’est entremis en sa faveur auprès du roi; elle ne fait aucune allusion à la polémique engagée par l’hérésiarque. Guitmond, nous l’avons vu, distingue, De corporis et sanguinis Christi veritate in eucharistia, I. 1, P. L., t. cxi.ix, coi. 1430-1431, parmi les bérengariens, ceux qui ne voyaient qu’une ombre ou une figure du corps du Christ dans l’eucharistie et ceux qui admettaient l’im­ panation ; d’autres, continue-t-il, sans être bérengariens, mais influencés par les arguments de Bérenger, estiment que le pain et le vin sont changés en partie et subsis­ tent en partie ; d'autres encore prétendent que le pain et le vin, totalement changésau corps etau sang du Christ, reparaissent quand le communiant est indigne. Le bérengarianisme ne mourut pas avec son auteur. Le concile de Plaisance (1095) jugea utile de condamner de nouveau l'hérésie de Bérenger déjà tant de fois anathématisée. Dans son fougueux réquisitoire « contre les quatre labyrinthes de la France », Gauthier de SaintVictor appelle Abélard « un autre Bérenger ». P. L., t. cxcix, col. 1154. Au temps d’Abélard, Hugues Métel, de Toul, écrivait à Gerland, qui « portait le poids et l'honneur (onerato el honorato) de la science du trivium et du quadrivium », une lettre où il lui attribue des doctrines qui sont un écho de celles de l’écolâtre de Tours. P. L., t. CLXXXViri, col. 1273. L’abbé Rupert de Tuy parle, P. L., t. CLXIX, col. 201, de contradicteurs qui assurent, à la suite de Bérenger, que le sacrement du corps et du sang du Seigneur est seulement le signe d’une chose sacrée : comme Gerland, ils citent saint Augustin â l'appui de leurs dires. Rupert lui-méme fut invité amicalement par Guillaume de Saint-Thierry, P. L., t. clxxx, col. 342, à surveiller son langage sur l’eucharistie, qui n’était pas toujours satisfaisant (dans le De divinis officiis) et pouvait être pris dans un sens bérengarien. Grégoire Barbarigo, évêque de Bergame, publie, vers 1140, un important « Traité de la vérité du corps du Christ » contre les « nouveaux bérengariens »; il pousse un cri d’alarme, et déplore l’inertie et le si­ j j 1 ι 738 lence universels alors qu’il faudrait résister à ces doc­ teurs dangereux et â ceux qu'ils entraînent. Cf. son pro­ logue, dans Hurter, Sanctorum Patrum opuscula selecta, t. xxxix, p. 2. Folinar de Triefenstein, vers le milieu du xn· siècle, émit des idées qui lui valurent d’être qualifié par Gerhoch de Reichersberg de Berengarii pedisseguus. P. L., t. cxcxiv, col. 1117. Cf. Bach, Die Dogmengeschichte des Mitlelalters, t. I, p. 398. Les pétrobrusiens subirent, au moins de façon indirecte, l’influence de Bérenger, mais en le dépassant. Cf. Pierre le Vénérable, Tractatus contra Petrobrusanios, P. L., t. clxxxix, col. 788. 11 en fut de même des cathares et des autres sectes du moyen âge hostiles à l’eucharistie, et plus tard des sacramentaires. Cf.,par exemple, Jean Fisher, évêque de Rochester, De veritate corporis et sanguinis Christi in eucharistia adversus Johanneni Œcolampadium, Cologne, 1527, fol. 3, 58,surtout 74. n. les adversaires DR bérenGBR. — Bérenger se heurta au sentiment unanime des catholiques. « Tous les auteurs lui disent, d'un commun accord, comme un fait constant, que la foi qu'il attaquait était celle de tout l'univers; qu’il scandalisait toute l’Eglise par la nouveauté de sa doctrine...; qu’il n’y avait pas une ville, pas un village de son sentiment; que les Grecs, les Arméniens et, en un mot, tous les chrétiens, avaient en cette matière la même foi que J'Occidenl... Bérenger ne niait pas ce fait; mais, à l’exemple de tous les hérétiques, il répon­ dait dédaigneusement que les sages ne devaient pas sui­ vre les folies du vulgaire. » Bossuet, Histoire des varia­ tions des Églises protestantes, I. XV, n. 133, édit. Lâchât, t. xv, p. 144-145. Et il est remarquable que l’opposition entre Bérenger et « le vulgaire » ne porte pas ou, du moins, ne porte pas uniquement sur la pré­ sence réelle, mais bien sur la transsubstantiation. Cf. la lettre à Adelman, dans Marlène et Durand, Thesaurus novus anecdolorum, t. iv, col. 111. Parmi ceux qui combattirent Bérenger, il faut signaler tout d’abord ses anciens condisciples de Chartres : Hugues de Breteuil, évêque de Langres, Adelman de Liège, Asceiin le Breton, chanoine de Notre-Dame et, plus tard, moine de Saint-Père de Chartres (non du Bec), Arnoul, chantre, Guillaume, prévôt, Ingelran, chancelier, Yve, suppléant du chancelier dans les écoles de NotreDame de Chartres, et Agobert, devenu évêque de Char­ tres en 1048. Cf. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge, p. 44, 64-67, 91, 103. Trois lettres nous restent, l’une d’Hugues de Langres, la deuxième d'Adelman, la troisième d’Ascelin, adressées à Bérenger, qui témoignent de l’émotion ressentie par les élèves de Fulbert à connaître les innovations bérengariennes; ce sont de véritables petits traités, d’une saine théologie, et qui ne sont point dépourvus, celui d’Adelman surtout, de valeur littéraire. Nous n’avons pas à revenir sur la lettre de Théoduin de Liège. Durand, abbé de Saint-Martin de Troarn, écrivit contre Bérenger un traité important, vers 1158. Mieux encore, Lanfranc, alors abbé du Bec,et,après lui, Guitmond, son disciple, moine de la Croix-Saint Leufroy, ensuite évêque d'Avcrsa, réfutèrent l'hérésiarque. (Guit­ mond le fit vers 1075. Il est parfois appelé non Guit­ mond, mais Christianus. Cf. P. L., t. cxi.vm, col. 1452, 1458; t. ccxm, col. 979, 982. C’est par erreur qu’on a attribué un ouvrage contre Bérenger à Gui d'Arezzo; commeCeillier l’a indiqué, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, 2' édit., Paris, 1863, t. xm, p. 131, on a dû confondre Gui avec Guitmond, et cette confusion parait avoir son origine dans un passage de la chronique d'Hélinand de Froidmond, 1. XLVI, P. L., t. ccxii, col. 9-46.) Outre les papes qui condamnèrent Bérenger, Léon IX, Nicolas II. Grégoire VII, et pour nous en tenir à ceux de ses contemporains qui écrivirent contre lui, citons également Bernold de Constance, saint Anastase, moine d’abord au Mont-Saint-Michel, 739 BERENGER DE TOURS 740 puis à Clnny, le bienheureux Wolphelme de Brauweiler. ' troverse, dit C. Schmidt, Précis de l’histoire de l'Église d’Occident pendant le moyen âge, Paris, '1885, p. 77, Nous avons mentionné plus haut la lettre de Gozechin. « marque l’avènement de la théologie scolastique. » et celle par laquelle Eusèbe Brunon notilia à Bérenger Cf. F. Bonifas, Histoire des dogmes de l'Église chré­ qu'ils n'étaient plus d'accord. Deux traités qui ne nous sont point parvenus avaient pour auteur, l’un Jotsauld tienne, Paris, 1886, t. H, p. 263. Dans la littérature eucharistique suscitée par l’hérésie de Cluny ; cf. Mabillon. Acta sanet. ordinis S. Benedicti, de Bérenger, on avait touché à la notion du sacrifice de sæc.vt, part. I, p. 632, l’autre Albéric du Mont-Çassin. la messe. Non seulement on attribua au Sauveur d’avoir Cl. Pierre Diacre. Chroniam Casinense, I. III, c. xxxv; ordonné de se rappeler sa mort, mais on chercha, De viris illustribus Catinensi* coenobii, c. Xxt, P. L., beaucoup plus que par le passé, la représentation de la t. CLXXin, col. 766, 1033. Huthard, abbé de Corvey, mort du Christ dans les mêmes actions liturgiques qui aurait écrit contre Bérenger, à ce qu’affirment plusieurs historiens : quod mihi valde suspectum est, dit Mabil­ avaient eu lieu à la cène, et qui semblaient atteindre lon, Annales ordinis S. Benedicti, t. tv, p. 567. son corps; par là, « un progrès avait été accompli, » Vacant, dans L’université catholique, nouv. série, Après la mort de Bérenger, ses doctrines furent atta­ Lyon, 1894, t. xvt, p. 372. S'il n’est pas sûr que l’éléva­ quées par Alger de Liège, Guibert de Nogent, Grégoire de Bergame, Guillaume de Saint-Thierry, qui le désignent tion de l'hostie et du calice après la consécration ait été par son nom, et par d'autres écrivains qui, sans le introduite pour protester contre l’erreur de Bérenger, il est probable que cette pratique se rattache au mouve­ nommer, s'en prennent à ses théories : tels l’abbé Abbaument eucharistique dont Bérenger fut l’occasion. Sur le dus, Hugues Métel, Geoffroy de Vendôme, Honorius d'Autun. Presque tous les défenseurs du dogme eucha­ bérengarianisme et la Fête-Dieu, cf. G.-M. Brossier, ristique.dans la controverse bérengarienne, appartinrent L’archidiacre Bérenger el l'institution de la Fête-Dieu, à l'ordre bénédictin. Cf. Furcy Clément, dans Analecta dans la Hevue des provinces de l’Ouest, Nantes, 1857, t. v, p. 86-91. Peut-être la fameuse procession d'Angers, juris pontificii, Paris, 1882, t. xxt, p. 550-582; L. Bigiconnue sous le nom de « sacre », remonte-t-elle à la nelli, I Benedettini e gli studi eucarislici nel medio evo, Turin, 1895. même origine. Cf. .L Corblet, Histoire dogmatique, liturgique et archéologique du sacrement de l’eucha­ /it. les résultats de la coxTROVEiiSE. — Le pre­ mier et le principal résultat de la controverse bérenga­ ristie, Paris, 1886, t. Il, p. 392. Enfin, une coutume rienne fut un progrès notable de l’exposition du dogme exista, après le temps de Bérenger, dont l’explication se eucharistique. On n’atteint pas encore la précision et la trouve dans le retentissement de ses doctrines et dans fermeté du traité de l’eucharistie de saint Thomas, mais le blâme qu’elles excitèrent : de grands personnages, on prépare les matériaux qui serviront à le composer. des évêques, des docteurs firent, aux approches de la Guillaume de Saint-Thierry, De sacramento altaris, mort, une profession de foi catholique, particulièrement c. xi, P. L., t. ci.xxx, col. 359, observe que les Pères explicite sur le dogme de l’eucharistie.Cf. Acta sancto­ n’avaient pas parlé ex professe de l'eucharistie, parce rum, octobris t. m, p. 50-4-508. qu’ils se contentaient de défendre ce qui était attaqué, 1. Œuvres. — Elles n'ont pas été recueillies ensemble. Ont été et que, ne s’étant pas trouvés en face des questions sou­ publiés : par d’Achéry, dans son édition des Œuvres de Lan­ levées pax· Bérenger, ils n'avaient pas eu à se préoccuper franc (1648), reproduite par Migne. deux lettres de Bérenger, l'une A Lanfranc, la deuxième à Ascelin. P. L., t. CL. col. 63. 66, de mettre dans leur langage des nuances qui répon­ et les fragments du I. I du De sacra cœna de Bérenger inter­ draient aux besoins du xi“ siècle; de là tam dubiæ sencalés par Lanfranc dans son De corpore et sanguine Domini, tenliæ, et tam scrupulosæ, el quæ etiam sibi invicem P. L., t. CL, col. 407-442; par d’Achéry encore, dans le Spici­ mnmunquam contrariée videantur ; de là des passages legium, t. n, p. 510, une lettre au moine Richard, familier du vraiment difficiles, et des expressions justes, mais qui, roi Henri I"; par Mabillon. Acta sanet. ordinis S. Benedicti, présentées en dehors de leur contexte, peuvent sonner saxe, vi, part. I, p. xvn, dos fragments d'une lettre au trésorier mal aux oreilles des fidèles. On s'attache à dégager de j de Saint-Martin de Tours; par Marlène et Durand. Thesaurus novus anecdotorum, Paris, 1717, t. i. col. 191-195, une lettre ad ces obscurités l'enseignement des Pères, on étudie les quosdam eremitas, et col. 195-190, une lettre de dissidio quo­ textes bibliques, on passe au crible les diverses formules dam inter clericos el episcopum ; t. iv, col. 103-109, un opuscule susceptibles d’énoncer le dogme. La présence réelle est sur les formules jurées aux deux conciles de Rome de 1078 et de affirmée et établie avec une vigueur qui ne laisse rien 1079; col. 109-113, des fragments de la lettre à Adelman; à désirer. De même pour la transsubstantiation : le nom col. 115-116, la belle prière à Jésus Juste judex Jesu Christe ; apparaît pour la première fois dans un sermon d’un ancien par les soins de Neander et à la librairie Visher, â Berlin, en élève de Bérenger, Hildebert de Lavardin, Serm., 1834, Berengarii Turonensis opera quæ supersunt tam édita xcnt, P. L., t. clxxi, col. 776, mais la chose exprimée quam inedita, t. I (le seul paru). De Sacra cœna adversus Lanfrancum liber posterior (le premier, Lessing avait signalé par ce nom se rencontre partout. Sur plusieurs des l'existence de ce manuscrit et l’avait utilisé dans son Berengarius points dont l’examen s'impose, une fois la présence Turonensis Oder Ankütidigung eines wichtigen Werkes desselr adie et la transsubstantiation admises, il y a des hési­ ben, Braunschweig, 1770); par H. Sudendorf.dans Berengarius tations, et même de franches erreurs. Par exemple, Turonensis oder eine Sammlung ihn bettrefender Briefe, Guitinond, 1. II, P. L., t. cxi.ix, col. 1145-1153, nie que Hambourg. 1850, diverses lettres; par M. E. Bishop, dans Gôrrcsles espèces sacramentelles soient corruptibles, qu’elles Gesellschuft, Historisches Jahrbuch, Munster, 1880, L 1, p.275, puissent être mangées par des animaux, et se rabat sur une lettre à Eusèbe Brunon. Sur divers écrits attribués a Bé­ renger, cf. Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et l'illusion des sens : si un prêtre méchant ou simple, ecclésiastiques, 2' édit., t. xm, p. 174. dit-il, consacrait de grandes quantités de pain pour H. Sources anciennes. — ι. ου temps de βεκεχοερ. mettre en évidence les effets nutritifs du sacrement, ou 1· Lettres. — Lettres à Bérenger : d'Hugues de Langres, P. L., bien son incrédulité rendrait la consécration invalide, t. cxt.lt, col. 1325-1334; d'Adelman de Liège, plus tard évêque 01 bien, au moment de la communion, une autre nour­ de Brescia, P. L., t. CXLUI, col. 1289-1296 (incomplète dans Migne, riture serait substituée au sacrement, soit par les bons publiée intégralement par Schmid; cf. Hetele, Conciles, trad, anges, par respect pour le sacrement, soit par les démons, franç., t. vt, p. 322, note); d'Ascelin le Breton, P. L., t. c., col. 67-68; de Frolland de Seniis, P. L., t CXLUI, col. 1369-1372; pour tromper les pécheurs. Pareillement l’abbé Abbattd'Eusèbe Brunon, P. L., t. CXLV1I, col. 1201-1204 (texte fautif, dus (voir ce mot) affirme que le corps même du Christ cf. Delarc, Saint Grégoire Vit, t. n, p. 302-304, note). — Lettres t-q réellement brisé dans l’hostie par les mains du prê­ relatives à Bérenger : de Théoduin de Liège, P. L., L cxlvi, tre. Mais les explications défectueuses ou équivoques col. 1439-1442; de Lanfranc, P. L., t. cl, col. 516 (compléter par d-xiennent de plus en plus rares; la terminologie se Giles, Beati Lanfranci opera, Oxford, 1844, t. 1, p. 27), et fixe, et les arguments, qui un jour seront classiques, col. 543-545; de Grégoire VH, P. L., t. cxi.vm, col. 506; de Goze­ chin, ancien écolàtre de Liège, P. L., t. cxuit, col. 885-908; de revêtent déjà une forme presque définitive. Cette con­ 741 BÉRENGER DE TOURS — BERGIER saint Anastase de Cluny, P. L·, t. cxi.ix, col. 433-436; de Wolphelme de Brauweiler, P. L., t. ci iv, col. 412-414. — Lettres qui ne se trouvent pas dans la Patrologie de Migne : de Grégoire VII en faveur de Bérenger, dans d'Achéry, Spicilegium, Paris, 1657, t. π, p. 568; de Paulin de Metz à Bérenger, dans Martène et Du­ rand, Thesaurus novus anecdotorum, L I, col. 196; plusieurs lettres dans IL Sudendorf, Berengarius Turonensis ; quatre lettres du pape Alexandre II, publiées par M. E. Bishop, dans Gdrres-Gesellschaft. Historisches Jahrbuch, t. I, p. 273-275; du cardinal Humbert à Eusèbe Brunon, dans P.-P. Brucker, L’Alsace el l’Église au temps du pape saint Léon IX, t. n, P 393-395. 2· Traités. — Durand de Troarn, Liber de corpore et san­ guine Christi contra Berengarium et ejus sectatores, P. L., t. CXLIX, col. 1375-1424; Lanfranc, De corpore et sanguine Domini adversus Berengarium Turonensem, P. L., t. cl, col. 407-442; Guitmond. De corporis et sanguinis Christi veli­ tate in eucharistia, P. L., t. cxlix, coi. 1427-1494. 3· Condamnations et professions de foi. — Bernold de Cons­ tance, De Beringerii hseresiarchæ damnatione multiplici, P. L., t. cxi.vin, coi. 1453-1460; concile de Rouen, P. L., t. cxliii, coi. 1382-1383; concile de Rome (1059) P. L., t. CL. coi. 410-411 ; conciles de Rome (1078 et 1079), Martène et Durand. Thesaurus novus anecdotorum, t. iv, coi. 104; P. L., t. CXLVin, coi. 808809, 811-812; t. cl, coi. 411; Decretum Gratiani, part HI, De consecratione, dist. II, c. xlii. Cf. Labbe et Cossart, Sacrosincta concilia, Paris, 1671, t. ix, coi. 1050-1063, 1081-1082, dlOl; t. x, coi. 345, 378-379. 381. //. après bèrf.ngf.r. — 1· Poètes, historiens, chroniqueurs. — Une épitaphe par Baudri de Bourgueil, P. L., t. clxvi, col. 1190; une autre par Hildebert de Lavardin, P. L., t. clxxi, Col. 1190 (cf. col. 6311-634, la note de Beaugendre); Bernold de Constance, Chronica, P. L., t. CXLVin, col. 1363, 1365, 1367, 1377, 1383; Mihm Crispin, B. Lanfranci vita, c. lit, n. 8, P. L., t. cl, col. 36-37 ; Hugues de Flavigny, Chronicon, 1. II, P. L., t. CLiv, col. 316-317; Sigebert de Gembloux, De scriptoribus ecclesiasticis, c. ι.ιπ-ι.ν,Ρ. L.. t. clx, col. 582-583; Chronica, col. 210, cf. col. 404; Honorius d'Autun, De scriptoribus eccle­ siasticis, 1. IV, c. XIV. P. L., t. clxxii, col. 231-232; Pierre dia­ cre, De viris ecclesiasticis Casinensibus, c. xxi, P. L., t. ci.xxiii, col. 1033; Chronicon Casinense, 1. III, c. xxxv, col. 766; Guillaume de Malmesbury, Gesta regum anglorum, J. ill, § 284-285, P. L., t. ci.xxix, col. 1256-1258; Ordéric Vital, Historia ecclesiastica, part. II, 1. IV, c. x, P. L., t clxxxviii, col. 327. 336; Hélinand de Froidmont, Chronicon, 1. XLVI, P. L., t. ccxn, col. 946-947 ; l’anonyme de Melk (Mellicensis), De scriptoribus ecclesiasticis, c. lxxxviii-xc, P. L·.. t. ccrxm, col. 978-979. Parmi les chroniqueurs absents de la Patrologie la­ tine, citons ceux qui sont publiés par Bouquet, Recueil des his­ toriens des Gaules et de la France, 2' édit., Paris, 1876, t. xi, p. 161, 169, 284, 295, 344, 349, 354-355, 358, 382 (ci. le texte com­ plet dans Marlène et Durand, Thesaurus novus anecdotorum, t. ni, col. 577-578), 427, 430; Paris, 1877, t. xn, p. 279, 461, 465; la chronique de Saint-Maixent, dans P. Marchegay et E. Mabilie, Chroniques des églises d’Anjou, Paris, 1869, p. 385, 400, 401, 406, 407 ; Mathieu Paris, Historia major, édit. Wats, Londres, •1684, p. 10. etc. 2* Théologiens. — Guibert de Nogent, Epistola de buccella Judte data et de veritate dominici corporis, P. L., t. clvi, Col. 527-538 ; cf. De pignoribus sanctorum, 1. II, col. 629-650 ; Guillaume de Saint-Thierry, Epistola ad quemdam monachum qui de corpore et sanguine Domini scripserat, P. L., t. ci.xxx, Col. 341-344; De sacramento altaris, col. 345-366; Alger de Liège, De sacramentis corporis el sanguinis dominici, P. L., t. clxxx, col. 739-854 ; Grégoire de Bergamo, Tractatus de ve­ ritate corporis Christi, dans Hurter, Sanctorum Patrum opus­ cula selecta, Inspruck, 1879, t. xxxix, p. 123 ; Pierre le Véné­ rable, Tractatus contra Pclrobrusianos, P. L., t. clxx.xix, col. 788-789; Nucleus de sacrificio missæ (authentique?), c. xii, dans Marg, de la Bigne, Bibliotheca Patrum, Paris, 1624, t. x, col. 1099. — Parmi les écrits qui ne nomment ni Bérenger ni ses disciples, mais qui se rattachent au bérengarianisme, nous cite­ rons Geoffroy de Vendôme, Tractatus de corpore et sanguine Domini, P. L., t. ci.vn, col. 211-214; S. Anselme, Epist., evil, De corpore et sanguine Domini, P. L., t. eux, col. 255-258 ; cf. la note delà colonne 254; l’abbé Abbaudus, Tractatus de fractione corporis Christi, P. L., t. clxvi, col. 1341-1348 ; Honorius d’Autun, Eucharistion seu liber de corpore et sanguine Domini, P. L., t. clxxii, col. 12-49-1258 ; Hugues Métel, Epistola ad Gerlandum de sanctissimo euchuristiæ sacramento, P. L., t. CLXXXVIII, col. 1273-1276. III. Travaux modernes. — Fr. de Roye, Vita hæresiset pænitentia Berengarii Andegavensis archidiaconi, Angers, 1656; 742 Mabillon, Vetera analecta, 2' édit., Paris, 1723, t. il, p. 513-516; surtout Acta sanet, ordinis S. Benedicti, sæc. vi, part. II, Pa­ ris, 1701, p. vii-xli, xliii-xlvi; E. Dupin, Histoire des contro­ verses et des matières ecclésiastiques traitées dans l'onzième siècle, Paris, 1699, p. 20-74; Anglade, Controverse sur Ceucha­ ristie pendant le xi· siècle, Paris, 1858; J. Bach, Die Dogmengrschichte des Mittelalters vom chrislologischen Standpunkte, Vienne, 1874, t. I, p. 364-394; H. Reuter, Geschichte des religiosen Aufklarung im Mittelalter, Berlin, 1875, t. I, p. 91-128, 286-296; O. Delarc, Les origines de l’hérésie de Bérenger, dans la Revue des questions historiques, Paris, 1876, t. xx, p. 115-155; Saint Grégoire Vif el la réforme de l’Église au xr siècle, Paris, 1889, t. i. p. 203-221 ; t. Il, p. 113121, 296-327 ; t. m, p. 352, 445-450, 454-458 (traduit beaucoup de textes relatils à Bérenger) ; de Crozals, Bérenger, Paris, 1877 ; J. Schwane, Dogmengeschichte der Mittleren Zeit, Fribourg-enBrisgau, 1882, p. 635-640; W. Brocking, Zu Berengar von Tours, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, Gotha, 1892, t. xm, p. 169-180; Ad. Harnack. Lehrhuch der Dogmenges­ chichte, 3’ édit., Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. m, p. 347-355; Schnitzcr, Berengar von Tours, Stuttgart, 1892; Ch. Gore, Dis­ sertations on subjects connected with the Incarnation, Londres, 1895, p. 247-268; A. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge, Chartres, 1895, p. 64-67, 77-78.118-124,131-141 ; L. Biginelli.Lu rinascenza degli studi eucaristici nel medio evo in occasione dell’eresia di Berengario, dans le Compte rendu du IV· Congrès international scientifique des catholiques tenu à Fribourg (Suisse). 1·· section : sciences religieuses, Fribourg, 1898, p. 19-31 ; P. Renaudin, L’hérésie antieucharislique de Bérenger, dans L’université catholique, nouv. série,Lyon, 1902, t. XL, p. 415-447. Voir encore les autres travaux indiqués au cours de cet article et ceux qui sont indiqués dans Ul. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge. Bio-biblio­ graphie, col. 273-274, 2458. F. Vernet. BERGER Pierre, théologien français qui vivait dans la première moitié du xvn· siècle. Il a publié : La suf­ fisance de la communion sous une seule espèce avec la réfutation de G. Cassandre, in-12, Paris, 1630; 2» La pieté de l’Église catholique envers Dieu, in-12, Paris. Hœter, Nouvelle biographie générale, Paris, 1855. t. v. V. Oblet. I. biographie. II. Écrits. III. Doctrine et méthode du Dictionnaire théologique. I. Biogkaphie. — Il naquit le 31 décembre 17I8 à Darney, près de Mirecourt, en Lorraine, paroisse dé­ pendant alors du diocèse de Besançon et maintenant du diocèse de Saint-Dié. Il se destina de bonne heure à l'état ecclésiastique et étudia la théologie à l’université de Besançon, sous la direction de l’abbé Bullet. Reçu docteur en théologie et ordonné prêtre, il compléta ses études à Paris pendant quelques années. Rappelé par son archevêque en 1748, il fut successivement curé de Flangebouche au diocèse de Besançon (1748-1764·), et principal du collège de Besançon depuis la suppression de Compagnie de Jésus en 1764, jusqu’en 1769. A cette époque, M. de Beaumont, archevêque de Paris, désireux d’avoir dans la capitale de la France les hommes les plus capables de défendre vaillamment l’Église, nomma l’abbé Bergier chanoine de l’église métropolitaine de Paris. Dans ces trois positions successives, prêtre très régulier, très désintéressé et soigneusement fidèle à tous les devoirs de sa charge, Bergier fut en même temps au service de l’Église partout attaquée un infati­ gable travailleur et un défenseur courageux. L’hono­ rable fonction de confesseur de Mesdames, tantes du roi, de Monsieur et de Madame, n’éveilla en lui aucune ambition humaine et ne fit point fléchir sa noble réso­ lution de servir constamment la cause de la vérité si universellement outragée. Bergier mourut à Versailles le 9 avril 1790. Il était membre associé de l’Académie de Stanislas à Nancy depuis 1772 et les procès-verbaux manuscrits de cette Société contiennent une autobio­ graphie et un discours de réception. Voir Favier, Table alphabétique des publications de l’Académie de Sta­ nislas, Nancy, 1902, p. 66. BERGIER Nicolas-Sylvestne. — 743 BERGIER 11. Écrits. — Les principaux sont : Les éléments primitifs des langues, découverts par la comparaison des racines de l'hébreu avec celles du grec, du latin et du français, Besançon, 1764.—1“ L’origine des dieux du paganisme et le sens des fables découvert par une ex­ plication, suivie des poésies d'Hésiode, 2 in-12, Paris, 1767, 1774. Dans son explication de la mythologie païenne. Bergier suit presque exclusivement la méthode allégorique. — 3° Le déisme réfuté par lui-même ou examen des principes d'incrédulité répandus dans les divers ouvrages de.l.-.J. Rousseau,en forme de lettres, 2 in-12, Paris, 1765, plusieurs fois réédité avant 1772; ouvrage particuliérement dirigé contre l'Emile de J.-.I. Kousseau. — 4° La certitude des preuves du chris­ tianisme ou réfutation de l’Examen critique des apo­ logistes de la religion chrétienne, Paris, 1767, trois fois réédité cette même année, inséré dans les Démonstra­ tions évangéliques de Migne, t. xi,col. 11-199. —5° Vol­ taire jugeant la Certitude des preuves du christianispie digne de ses attaques, publia contre elle un pamphlet intitulé : Conseils raisonnables, Bergier lui opposa sa Réponse aux Conseils raisonnables, Paris, 1771, égale­ ment reproduite dans les Démonstrations évangéliques, t. xi, col. 199-234. — 6° .4pologie de la religion chrétienne, 2 in-12. 1769. réfutation du Christianisme dévoilé, œuvre de d’Holbach. —7° Comme continuation de ΙΆροΖοgie de la religion chrétienne, Bergier publia sa Réfuta­ tion des principaux articles du dictionnaire philoso­ phique. — 8» Les grands hommes vengés ou examen des jugements portés par M. de V... et par quelques autres philosophes sur plusieurs hommes célèbres, par ordre alphabétique, 2 in-12, Paris, 1769. — 9« Examendu ma­ térialisme ou réfutation du Système de la nature, 2 in-12. Paris, 1771. — 10e Traité historique et dogma­ tique de la vraie religion, avec la réfutation des erreurs qui lui ont été opposées dans les différents siècles, 12 in-12. Paris, 1780; 8 in-8", 1820. — 11» Dictionnaire théologique, faisant partie de ΓEncyclopédie, 3 in-4», Paris, 1788, plusieurs fois réédité en 8 in-8», Besançon, 1838, avec des notes ajoutées par l’abbé (depuis cardinal) Gousset et avec un neuvième volume contenant un Plan delà théologie, œuvre posthume de Bergier, ét d’autres fragments inédits; Lille, 1852, édition augmentée d’un grand nombre d’articles nouveaux et d'additions au texte de Bergier; 4 in-4», Paris, 1859. avec des annota­ tions et des articles de l'abbé Pierrot; 12 vol., Paris. 1875. édition appropriée au mouvement intellectuel du siècle par l’abbé Lenoir. On a reproché à Bergier cette collaboration indirecte à ΓEncyclopédie, qui devait inévitablement favoriser la dillusion d’une œuvre en elle-même très dangereuse. Il est cependant certain que Bergier ne prit cette détermination que sur les instances de ses amis et le conseil très pressant de l'ar­ chevêque de Paris et qu’il ne se laissa guider que par li noble ambition de servir efficacement la cause de h religion. Sa collaboration promise ne devait d’abord être qu’une simple revision d’articles défectueux. Mais le correcteur se vit bientôt contraint de subslituerdes artides presque entièrement nouveaux. On s’est également persuadé que la collaboration à V Encyclopédie avait entraîné Bergier â une condescendance excessive visà-vis de certaines erreurs ou de certains préjugés communément accrédités. Qu’il y ait dans le Diction­ naire théologique des lacunes doctrinales, c'est un tait incontestable; mais on ne prouve point que ces lacunes proviennent d'une condescendance consciente et réflé­ chie ni que cette condescendance procède certainement de la collaboration à VEneyclopédie. D'ailleurs la doc­ trine du Dictionnaire ne présente point de divergence notable avec celle des autres ouvrages de Bergier. — 12» Discours sur le mariage des protestants, in-8», Piris, 1787. — 13» De la source de l'autorité, in-12. 1789, sans nom d’auteur, dissertation d'actualité au 744 d but même de l’Assemblée constituante. — 14» Obser­ vations sur le divorce, ouvrage posthume, in-8», réponse à un écrit distribué à l’Assemblée constituante en faveur du divorce. — 15« Quelques ouvrages posthumes : Tableau de la miséricorde divine, imprimé à Besançon, en 1821 ; Examen du système de Bayle sur l'origine du mal; Remarque sur cette question, si la foi est contraire â la raison; Plan de la théologie, ouvrages imprimés â Besançon, en 1831. Un volume de Sermons a été publié à Paris, en 1852. III. Doctrine et méthode du DrcTiottNAtntt τπίίοιχ)GIQUR. — Cet ouvrage, d'ailleurs fidèle résumé de tous les ouvrages de Bergier, mérite un examen spécial au point de vue de la doctrine et de la méthode. 1» Au point de vue doctrinal, le Dictionnaire théolo­ gique n'est point à l’abri de tout reproche. Il suffira de signaler ici les lacunes principales. — I. La notion du surnaturel de la grâce n’est point nettement donnée. Nulle part il n’est dit clairement que la fin de l’ordre sur­ naturel est la vision intuitive de l'essence divine, ren­ due accessible à l’intelligence humaine par une sorte de puissance absolument supérieure à toutes les forces créées et créables, et à laquelle la grâce surnaturelle prépare et dispose en cette vie. On déclare seulement que le salut éternel est le bonheur du ciel.l. vu, p. 264, art. Salut, et que la béatitude que nous espérons est surnaturelle, soit parce que Dieu aurait pu d’abord des­ tiner l'homme à un bonheur moins parfait, soit parce que nous en étions déchus par le péché d’Adam, et que le pouvoir, les moyens et l’espérance d’y parvenir, nous ont été rendus par la rédemption. Le secours de la grâce actuelle que Dieu nous donne pour faire des bonnes œuvres est surnaturel dans ces trois sens, t. vu, p. 454, art. Surnaturel. De même au mot Grâce, t. ni, p. 385, il est dit : « Comme depuis le péché d'Adam, l’entendement de l'homme est obscurci par l'ignorance et sa volonté affaiblie par la concupiscence, on soutient que, pour faire le bien surnaturel, il a besoin non seulement que Dieu éclaire son esprit par une illumination soudaine, mais encore que Dieu excite sa volonté par une motion indélibérée. C'est dans ces deux choses que l'on fait consister la grâce actuelle. » Deces imprécisions théologiques sur la notion du sur­ naturel de la grâce, l’on peut rapprocher une définition quelque peu équivoque de la religion naturelle : « Faut-il bannir du langage théologique le nom de reli­ gion naturelle? Non sans doute, mais il faut en fixer le sens et en écarter l’abus. On peut très bien appelerainsi la religion primitive que Dieu a prescrite à notre pre­ mier père et aux patriarches ses descendants, puisqu'elle était très conforme â la nature de Dieu et à la nature de l’homme, dans les circonstances où l’humanité se trouvait pour lors. Mais elle était surnaturelle dans un autre sens, puisqu’elle était révélée, et sans cette révé­ lation les hommes n’auraient pas été capables de l'in­ venter. » Art. Religion naturelle, l. vu, p. 128. 2. En défendant la thèse de la nécessité morale de la révélation pour une connaissance pratiquement suffi­ sante des vérités religieuses simplement naturelles, Bergier ne met pas assez en lumière ce que l’Église a nettement enseigné a l'encontre du fidéisme et du traditionalisme, art. Ame, t. i, p. 94; art. Religion naturelle, t. vu, p. 128; art. Sauvage, t. vu, p. 313. Cependant à l'article Raison, t. vu, p. 80. on rencontre ce léger correctif : « Autre chose est de dire que la raison humaine une lois éclairée par la révélation est capable de sentir et de prouver la vérité des dogmes primitifs professés par les patriarches, et autre chose de soutenir que la raison toute seule, sans aucun secours étranger, peut les découvrir. » Aussi Bergier professe neu d’e