DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIOUE CONTENANT L’EXPOSÉ DES DOCTRINES DE LA THÉOLOGIE CATHOLIOUE LEURS PREUVES ET LEUR HISTOIRE COMMENCÉ SOUS LA DIRECTION DE E. MANGENOT A. VACANT PROFESSEUR A L’INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS PROFESSEUR AU GRAND SÉMINAIRE DE NANCY CONTINUÉ SOUS CELLE DE É. AMANN PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE DE L’UNIVERSITÉ DE STRASBOURG AVEC LE CONCOURS D’UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS TROISIÈME TOME TIRAGE DEUXIÈME DEUXIÈME PARTIE CABADOS - CISTERCIENS PA RIS-VI LIBRAIRIE LETOUZEY ET 87, Boulevard Raspail, 87 1932 tous droits réservés ANË Imprimatur Parisiis, die 27 mensis Julii 1905. t Franciscus, Card. RICHARD, Arch. Par. c CABADOS Y MAGI, religieux espagnol de l’ordre de Notre-Dame de la Merci, mort le 25 septembre 1797, fut professeur à l’Académie de Valence et publia institu­ tiones theologicæ in usum tironum, 4 in-4», Valence, 1784. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1R95, t. in, col. 257. B. Heurtebize. CABALE. — I. Travaux sur la cabale. II. Nature, objet, méthode, histoire. Ill. Principaux documents. IV. Doctrine. V. Critique. I. Travaux sub la cabale. — L’existence de la cabale n’a été connue qu'à la lin du xtn» siècle, par la publi­ cation du Zohar; mais, pour diverses raisons, sa vraie nature et son objet propre sont restés très longtemps ignorés. Dés son apparition, en effet, elle excita l'éton­ nement et l'admiration de la plupart des savants de l’époque, chrétiens ou juifs, et fut très diversement appréciée. Aux yeux des uns, elle passa pour une science extraordinaire sinon supérieure à tous les sys­ tèmes philosophiques connus; car, par certains côtés, elle rappelait les plus hautes spéculations de l’Orient, de la Grèce et d’Alexandrie. Aux yeux des autres, elle avait dû jouer un rôle dans l'introduction du christia­ nisme dans le monde, et elle conservait encore assez d'eflicacité pour faciliter à la raison l’acceptation de la foi. Beaucoup n’y virent qu’un jeu propre à amuser ou une source d’exploitation de la crédulité publique. Cette diversité d'appréciations provenait d'un examen trop ra­ pide et trop superficiel ou de vues intéressées et apolo­ gétiques. Et c'est faute de n'avoir pas soumis tous les documents à une étude approfondie, objective et critique, qu'on ne parvint pas à saisir ce qu’elle est en réalité et qu'on n'en retint pour des siècles qu’une notion incomplète et erronée. Le premier qui signala l’existence de la cabale à l’Europe chrétienne, R. Lulle (-J-1315), la salua comme une espèce de révélation divine, la prit pour la clé des sciences occultes et la crut destinée à rendre les plus grands services à la cause catholique. Grs magna, Va­ lence, 1515; De auditu kabbalistico, Paris, 1578. Ce dernier sentiment fut partagé par Marsile Ficin (ÿ 1495) qui, au début de la Renaissance, se sentit attiré par les idées platoniciennes et néoplatoniciennes qu’elle ren­ ferme, et par Pic de la Mirandole (j-1494) qui. rêvant d’un accord parfait à établir entre la philosophie et la révéla­ tion, crut son rêve réalisé par cette science nouvelle. Conclusiones cabalisticæ, Rome, 1486. Pour Jean Reuchlin (f 1522), elle forme avec le pythagorisme la source où les anciens docteurs avaient puisé la sagesse; car il découvre une étroite liliation entre ses doctrines et l’en­ seignement de Pythagore, De arte cabalistica, Haguenau, 1517 , et il prétend que toute philosophie religieuse procède des livres hébreux. De verbo mirifico, Bâle, 1494. Le juif converti Paul Ricci soutient dans son Isagage in cabbalistcirum eruditiones et introducloria theoremata cabbalistica, que la cabale, existant déjà du temps de Notre-Seigneur, prépara la voie au christia­ nisme naissant; il la prône dans son De agricultura cæ- | lesti comme un excellent instrument de conversion pour ses anciens coreligionnaires et il s’efforce de démontrer aux talmudistes que tous les dogmes chrétiens se trou­ vent dans (’Ancien Testament. En fait, plusieurs juifs attribuèrent leur conversion aux révélations de la cabale. Ce qui contribua encore à égarer l’opinion, ce lut le travail des cabalistes modernes qui, attachés à la lettre beaucoup plus qu’au fond de la doctrine, se servirent de la cabale pour étayer leurs propres théories. Partagés, à partir du xvi« siècle, en deux écoles rivales, fondées en Palestine, l’une par Moïse Cordovero, l’autre par Isaac Luria (Louria ou Loria), ils délaissèrent de plus en plus les spéculations de pure métaphysique au prolit d'une thaumaturgie fantastique et puérile. Ces deux chefs d’école furent, par leurs rêveries, « la source d’une nou­ velle littérature cabalistique encore plus riche en apo­ cryphes” et en ténébreuses divagations que l’école du xtn' siècle. La cabale, comme un poison suhlil, se glissa dans les veines du judaïsme et l'infecta tout entier. » Th. Reinach, Histoire des Israélites, Paris, 1884. p. 221. Cor­ dovero et Luria exercèrent une influence aussi considé­ rable que néfaste dans les divers domaines de la théo­ logie, de la philosophie, des sciences occultes et du mys­ ticisme; ils accaparèrent l’attention du monde savant. Et trop souvent c’est à travers leurs œuvres que les catho­ liques, comme les juifs, apprirent à connaître et se mirent à juger la cabale, au lieu de recourir à un examen direct des documents et de consulter les cabalistes primitifs, particulièrement ceux qui vont de Saadia ben Joseph (-942) à Nachrnanide (γ 1270). Aussi, à côté d’aperçus curieux et de rapprochements suggestifs, combien d'appréciations, de jugements, d'hypothèses, divergents ou contradictoires, au milieu desquels on cherche vai­ nement la réponse à la question de savoir ce qu'était réellement la cabale! D’un autre côté, par les combinaisons bizarres de nombres et de lettres qu’offre parfois la cabale, les illuminés, les mystiques, les théosophes, les partisans de l’occultisme, l’exploitèrent comme une mine. Agrippa de Nettesheim if 1535) y puisa pour son De occulta philosophia, Anvers et Paris, 1533. L’alchimiste Para­ celse (f 1541) l’introduisit dans le domaine de la méde­ cine et l’appliqua, concurremment avec l’astrologie, à l'étude de la physiologie humaine. Jacob Bœhme (f 1624;. Robert Fludd (f-4637)- et Van Helmont (f 1641) en firent le point d’appui de leur théosophie. Des efforts cependant avaient été tentés pour pénétrer le secret de la cabale. Pistorius (f 1608), par exemple, entreprit une vaste enquête sur les œuvres des caba­ listes,· malheureusement il la laissa inachevée. Son Arlis cabalisticæ... scriptorum, Bâle, 1587, renfermait certaines œuvres de cabalistes modernes, telles que le De agricultura... de Ricci, p. 1-195; le De arte cabalistica et le De verbo mirifico de Reuchlin. p. 609-730. 873-979; un commentaire des thèses de Pic de la Mi­ randole sous ce titre : Archangeli minorités interpre­ tationes in seleclioracabalisticarum dogmata es se­ mentationibus Pici Mirandulani exeerpla, p. 735-868. 1273 CABALE 1274 Il avait toutefois inséré la traduction latine de Vun de Religionsphilosophie des Sohar und ihr Verhâltnis documents primitifs, le Sepher lezirah, p. 869-872. zur allgemeinen jüdischen Théologie (éclaircissements Le jésuite Kircher (f 1680), dans une œuvre considé­ critiqués sur la Kabbale de M. Franck). in-8°, Leipzig, rable mais peu critique, VŒdipus ægyptiacus, 1849. Ces deux derniers ouvrages, les plus remarquables Rome, 1652-1654, crut que la cabale se réduisait à une parus sur la matière, ont eu le tort d'embrasser tout le simple combinaison de nombres et de lettres. Un autre mysticisme juif, alors qu’il importait surtout de préci­ travail aussi érudit et aussi peu critique lut la Kabbala ser le moment où ce mysticisme prend le nom de denudata seu doctrina Ebræorum transcendentalis et •abale. pour le définir exactement. C’est à ce point de metaphysica algue theologica, 2 in-fol., t. i, Sulzbach, vue délimité que s’est placé Al. Karppe dans sa thèse de 1677; t. il, Francfort, I684, de Knorr de Rosenrolh doctoral es lettres : Etude sur les origines et la nature (•{•1689). Ce dernier, bien qu’inlluencé par un but du Zohar, Paris, 1901; et c'est le résultat de cette apologétique, avait ajouté aux traités des cabalistes enquête que nous allons essayer de consigner ici. modernes trois des plus anciens fragments du Zohar, et, IL Nature, objet, méthode, histoire de la cabale. à défaut de textes complets, beaucoup d’extraits et des — Étymologiquement, cabale, “bsp, vient de ban, et TT analyses détaillées : c’était un progrès. Forcément il fallait remonter aux sources el consulter les documents signifie réception, par extension tradition. Ce terme fut originaux. Les textes existaient; ils avaient été publiés; primitivement employé pour désigner l’enseignement ils furent même successivement traduits en latin. Postel, oral par opposition à la loi écrite. Le Pentateuque, en au xvi» siècle, avait donné la traduction du Sepher, effet, était censé ne pas renfermer dans sa totalité, ou Abrahami patriarcha liber lezirah, Paris, 1552, et du moins d'une manière suffisamment explicite, la loi Voysin, au xvn», celle du Zohar avec des commentaires : divine : d'où la nécessité soit de le compléter, soit de l'expliquer par une interprétation judicieuse et autorisée, Disputatio cabalislica ... adjectis commentariis ex empruntée aux explications que Moïse avait du recevoir Zohar, Paris, 1685. L'enquête pouvait donc être tentée; commencée à la sur le Sinaï, dans ses entretiens avec Dieu, et trans­ fin du xvn» siècle, elle a été poursuivie jusqu'à nos mettre de vive voix aux anciens, explications qui de jours, soulevant un grand nombre de problèmes ceux-ci seraient passées aux prophètes, et des prophètes d'ordre philosophique et religieux, qui ont été tour à aux membres de la Grande Synagogue. tour discutés. Dès la fin du xvn» siècle, Wachter s’ins­ Ainsi comprise, la cabale venait au secours de la loi crivit en faux contre les prétendues affinités qui exis­ écrite, s'appuyait toujours sur le texte biblique et pas­ teraient entre la cabale et le christianisme. Un abîme, sait pour une interprétation légitime de la Thora. Pour disait-il, les sépare: car la cabale, en niant la person­ résoudre ensuite les problèmes nouveaux et répondre nalité de Dieu et en divinisant le monde, n’est au fond aux questions qui ne cessaient de se poser, on conti­ qu un panthéisme; et c’est là qu'il accusa Spinosa nua à invoquer le texte sacré, car c’était un gage indis­ d'avoir puisé son système. Der Spinozismus im Jupensable d’orthodoxie; maison en vint peu à peu à le denlhum, Amsterdam, 1699. Poussant plus loin ses solliciter; on se contenta de rapprochements littéraux recherches, il crut s'être mépris et en rejeta la cause et on étaya des prescriptions qui avaient bien l'air de sur l’œuvre des cabalistes modernes et déclara la reposer sur la lettre, mais qui cadrèrent de moins en cabale une tradition ancienne, digne de respect. Elucimoins avec l’esprit de la Bible. Du reste, à défaut de darius cabalisticus, Rome. 1706. A la suite de Bœhme, texte scripturaire, on avait la ressource de faire appel on vit Schelling, Hegel, Schlegel, en Allemagne, Roraux secrets confiés par Dieu à Moïse, à la tradition dage, en Angleterre, et, plus récemment, Saint-Martin, oralë, à la cabale. La méthode n’était pas sans danger. en France, s'intéresser à la cabale, à propos de théoExploitée d’abord par les rédacteurs du Talmud, puis sophie. C’est surtout le côté philosophique qui attira par les Amoraïm, porte-parole ou interprètes de la l’attention. En Allemagne, en particulier, on considéra Mischna, et les Seboraïm, ceux qui font des suppositions, la cabale comme la science capable de concilier la rai­ elle donna lieu à de tels abus qu'elle suscita pendant son el la foi, la philosophie et la théologie. Au xix» siècle, des siècles les réclamations des caraïtes. Mais ceux-ci on serra encore de plus près l’examen des divers problèmes eurent beau rejeter tout commentaire qui ne s’appuyait qu'elle soulève. Tandis que Freystadt, Kabbalismus und pas formellement sur la Bible, leur opposition n’enraya Panlheismus, Kœnigsberg, 1832, niait tout rapproche­ pas le mouvement. C’est ai nsi qu’à côté de la Mischna, code ment entre la cabale et le panthéisme, Tholuck, partant officiel rédigé par .luda le Saint, d’où on avait soigneu­ de ce fait que la doctrine de l’émanation avait été sement écarté tout ce qui ne cadrait pas avec la doc­ connue des Arabes en même temps que la philosophie trine juive, les Beraïtot recueillirent diverses concep­ d'Aristote, Commentatio de vi quant græca philosophia tions que leur caractère non officiel avait fait rejeter. in theologiam tum Mahumedorum tum Judaeorum De même, à côté des questions juridiques, ou Haexercuerit, Hambourg, 1835, et remarquant une cer­ lachah, la Haggadah, ou traité des questions morales, taine parenté entre quelques idées cabalistiques et le servit d’asile à tout ce qui n’avait pu trouver piece mysticisme arabe, fit de celui-ci la source de celles-là. ailleurs et devint un mélange incohérent de toutes les De orlu cabbalæ, Hambourg, 1837. C’est ainsi que peu philosophies et de toutes les sciences. Enfin les Midrasà peu le terrain se déblayait el que s’accusaient des chim augmentèrent encore de nouveaux matériaux cette traits de ressemblance ou des points de divergence œuvre composite, sans y mettre ni plus d’ordre ni plus entre la cabale et les divers systèmes de la philosophie de méthode. C’est vraisemblablement sous l'influence ancienne. Le moment arriva ou l’on put enfin décider, des esséniens que les auteurs du Talmud accueillirent en connaissance de cause, si elle était une œuvre ori­ certaines conceptions étrangères. Leur spéculation ginale ou composite, si elle formait un système lié ou roulait en particulier sur des questions cosmogoniques, une juxtaposition d’éléments hétérogènes, s’il fallait la à l’occasion des premières pages de la Genèse, el sur tenir pour un effort de haute spéculation métaphysique des questions métaphysiques, à l’occasion de la vision d’Ézéchiel. Et déjà la métaphysique de l’essence divine ou pour une doctrine intérieure à l'usage des amateurs de combinaisons, des théosophes et des occultistes. et la doctrine de l’émanation sont entrevues jl’angélologie, Franck contribua pour une large part à la solution de la théurgie, l’arithmologie y sont même développées quelque peu : c’est comme le germe informe, l’ébauche ces diverses questions par son ouvrage, La kabbale, Paris, 1843; 2» édit.. 1889, qui est une œuvre critique I hésitante, l’esquisse de ce qui aura son développement dans le Zohar. Or. après la clôture du Talmud, du temps et vraiment scientifique. Ses conclusions n’ont pas été des Gaouim, les chefs spirituels des académies de inliiniées par le Midrasch ha-Zohar, de Joël, ou Die Ί275 CABALE Soura et de Poumbédita en Babylonie, la Spéculation se porte de préférence sur des questions d’ordre infé­ rieur. L’imagination remplace la raison; les lois de la logique sont méconnues; on se perd dans de vagues contemplations; on tait une place importante à la théurgie, à la thaumaturgie et à tout ce qu'elles traînent après elles. Le Livre d’Hénoch, regardé comme le détenteur des mystères célestes et des secrets divins, sert de cadre aux fantaisies eschatologiques et de mine aux notions de l'occultisme. Le Schiur Komah offre un anthropomorphisme exagéré, où Dieu est représenté sous la forme d'un homme aux proportions colossales, toutes exactement mesurées, ce qui reléguait la divinité à des hauteurs inaccessibles. Les Hechaloth rabbachi (grands et petits palais) vantent le char d’Ézéchiel ou Mercaba, décrivent les palais, peignent les émotions multiples de ceux qui parviennent au Pardès, vision des ténèbres infernales et des visions célestes. L'A IfaIMa exalte le mysticisme des lettres et des nombres, qui servent d’élément à la parole et au verbe, forment l’es­ sence et le principe de tout, sont la source de doctrines mystérieuses et constituent les types qui ont servi à la construction de l'univers. En même temps une place est faite à l'ascétisme et la loi sexuelle parait, qui est appelée â jouer un rôle si important. Bref, c’est le règne de l'imagination et de la fantaisie qui se parent des métaphores et des images de la Bible, s’abritent aussi sous l’autorité de l’Écriture, mais servent â intro­ duire des idées complètement étrangères à l’esprit juif. Or, parallèlement à ce mouvement de spéculation, déjà beaucoup trop libre, et qui ne cesse de se produire pour suppléer à l'insuffisance de la Bible, s’en produit un autre, plus libre encore, plus accueillant aux idées du dehors et complètement hétérodoxe. Lui aussi, pour ne pas éveiller le soupçon des croyants, s'appuie sur le texte scripturaire; lui aussi se réclame de la tradition orale, de la cabale. Mais, à l’encontre de la tradition quasi officielle, ses partisans prétendent être les seuls à posséder la vraie tradition, à pénétrer le mystère qui se cache dans les premières pages de la Genèse et la Mer­ caba d’Ézéchiel, à jouir de l’enseignement par excellence de la science parfaite; ils ont la clé de tout, la réponse à tous les problèmes, mais ils s’entourent du plus grand secret. Leur savoir, ils ne le communiquent que de vive voix, à l’oreille des rares initiés, dont l'intelligence, le savoir et surtout la discri lion offrent pleine sécurité; car, disaient-ils, la révélation de leur doctrine est redou­ table. N’est-il pas raconté, en effet, que sur quatre rab­ bins qui voulurent pénétrer « dans le jardin des dé­ lices », un seul sortit indemne, les autres ayant perdu, le premier la vie, le second la raison, le troisième la foi ? C’est précisément à cet enseignement ésotérique que s’applique le nom de cabale, et c’est de lui qu’il s’agit dans cet article. Sans doute l’Ancien Testament est muet sur l’existence d’un tel enseignement; mais, dès le ni0 siècle avant Jésus-Christ et jusqu’à la lin du 11e siècle de l’êre chré­ tienne, c’est-à-dire jusqu’à Juda le Saint, les Thannaïm le signalent; la Mischna précise qu’il avait en particulier pour objet l'explication approfondie de la Genèse et de la Mercaba. Philop atteste que. de son temps, certains juifs avaient un enseignement ésotorique. Th. Reinach, op. cit., p. 121. L’ésotérisme existe également sous les Seboraîm et les Gaonim, et c’est parmi ces docteurs qu’on est en droit de ranger les auteurs, les adeptes et les propagateurs de la cabale. Nul doute également qu’on n'en rencontre du ix° au xil" siècle, à cette époque ou les grands théologiens juifs relèvent le niveau des études. L’Egyptien Saadia (γ 942), les Espagnols Ibn Gabirol (γ1070), Juda llalévy (7 1146), Ibn Esra (7 1167) et Maimonide (7 1204) sont-ils réellement des cabalistes? On ne saurait l'affirmer sur preuves. Toujours est-il que, soit qu’ils se contentent de commenter les tradi- •1276 I tiens juives, soit que, sons l’influence du mouvement philosophique qui se produit chez les Arabes, ils em­ pruntent à Pytbagore, à Platon ou à Aristote quelquesunes de leurs idées, ces théologiens offrent, à côté des plus belles conceptions, la plupart des éléments dispa­ rates qui trouveront leur place dans la cabale propreI ment dite. Celle-ci atteint son apogée au xm» siècle; alors paraissent les grands cabalistes. La Bible, loin d'être répudiée, passe toujours ostensiblement pour être la source de la vérité; l’important, c’est de l’y savoir trouver. Or les talmudistes et autres interprètes avaient vainement essayé de la découvrir sous l’écorce de la lettre : ils ne possédaient pas la clé du mystère, ils ne connaissaient pas la vraie cabale. Celle-ci. il est vrai, bien que remontant aux âges les plus reculés, n'avait été connue que d’un très petit nombre d'initiés ; elle était entourée d’une barrière impénétrable aux yeux des pro­ fanes; elle n’était transmise que dans le plus profond secret. Mais les cabalistes du xm· siècle la possédaient, et c’est à elle qu'ils étaient redevables de leur science. Assurément leur science ne cadrait guère avec l’ensei­ gnement reçu ou traditionnel ; mais plus ils s’en écar­ taient, plus ils en appelaient à la tradition, à la leur; plus ils innovaient, plus ils invoquaient l’antiquité; plus ils méconnaissaient l’esprit de la Bible, plus ils se ré­ clamaient de sa lettre : on devine par quels tours de force et par quelles combinaisons audacieuses. Entre leurs mains, la méthode, déjà employée par les talmu­ distes, ne devait plus connaître de frein, et le résultat de leurs travaux allait être quelque chose de mons­ trueux. Dans l’école d’Isaac l’Aveugle, la première en date à cette époque, bien des extravagances, relatives aux pra­ tiques occultes, se mêlent à la spéculation; du moins, grâce à la philosophie de Platon et au néoplatonisme, la métaphysique domine. C’est le Sepher Jezirah qui sert de thème, comme on le voit dans le traité de VÉtnanatiun, le ΰα/iir et le Livre de l'intuition. L’idée de Dieu est poussée à sa |>lus haute abstraction : on n’affirme pas que Dieu soit l’Étre, l’Un; on se contente de le désigner par des| négations; on l’appelle l’En Soph, le Sans lin, l’Inlini; on en fait un principe d’émanation et on ex­ plique son action sur le monde au moyen des Sephirolh, dont on ne précise ni la nature, ni le rôle. L’inlluence panlhéistique parait indéniable. A son tour Nachmanide (j- 1270) apporte à la cabale l’autorité de son nom et le prestige de sa science; il la légitime en quelque sorte auprès des juifs orthodoxes; car plus étroitement que personne il la rattache au texte sacré, dont il respecte le sens littéral. En réalité il transfigure la Bible par la théosophie; il traite des questions étrangères à la métaphysique, relatives à la chiromancie, à la physiognomonie, à l’astrologie, à la nécromancie, à la magie; c’est un ancêtre dont se récla­ meront volontiers les futurs partisans de la théurgie. Les questions d’ordre pratique tendent de plus en plus à accaparer l’attention des cabalistes, au détriment de la philosophie. Éléasar de Worms leur accorde déjà une place prépondérante. Tout d’abord, il est vrai, il mêle de la manière la plus fantaisiste et la moins cri­ tique les grossiers anthropomorphismes dusSc/iiiir Komah, les visions et l’angélologie des Hechaloth, aux idées parfois élevées de Saadia. Mais, au sujet de l’En Soph et desSephiroth, il abandonne l’explication donnée par l’école d’Isaac. pour lui substituer, en les exagérant, j les procédés chers aux talmudistes et préconisés par Ibn Esra. La notaricon. la guématrie, le ziruf repa­ raissent et se prêtent aux combinaisons les plus capri­ cieuses. Une importance capitale est attribuée à ta forme, au nom. à la valeur numérique des lettres de l’alphabet ainsi qu'aux signes de la numération. Grâce I à ces procédés et à un allégorisme outré, le texte de la Bible se prêle aux révélations les plus inattendues. Un CABALE 4278 nom et créé le monde. Un, c’est l’esprit de Dieu, la compose des mots avec les lettres des divers noms de sagesse éternelle, identique au verbe ou à la parole; Dieu; on combine artificiellement les chiffres et les Deux, c’est le souffle qui vient de l’esprit, l’air ou le signes, et on présente tout cela comme autant de moyens signe matériel de la pensée et de la parole; Trois, c’est infaillibles soit de procurer la santé, la richesse, le sa­ l’eau qui vient du souffle ou de l’air et qui, sous une voir, soit d’exercer un pouvoir mystérieux sur les élé­ forme épaissie, condensée, sert à former la terre, les ments. Le Sepher Raziel, Amsterdam, 1601, est devenu ténèbres, les éléments grossiers du monde; Quatre, c’est l’arsenal le plus riche qu’on puisse imaginer en talis­ le leu qui vient de la partie subtile et transparente de mans, en amulettes, en philtres, en formules magiques, l’eau, et constitue le trône, les roues célestes ou globes où puiseront à pleines mains les occultistes. Enfin, avec de l’espace, les séraphins et les anges, les palais de Dieu ; l’Espagnol Abulafia, la cabale touche à l’incohérence et Cinq, Six, Sept, Huit, Neuf, Dix représentent les à la folie. Ce mystique exalté, qui se croyait le Messie, quatre points cardinaux et les deux pôles. ne craint pas d’appliquer à la divinité le dualisme sexuel. Les vingt-deux lettres, signes nécessaires pour l’ex­ Il représente Dieu sous la forme d’un grand androgyne et entre dans des détails licencieux qui rappellent ceux pression de la pensée et de la parole, procèdent de l’esprit, auquel elles servent d’intermédiaire ou de du culte phallique. Plus profondément que ses devan­ canal pour se manifester. Elles se résolvent dans un ciers il étudie la nature et le rôle des Sephirolh, gardant élément matériel et se trouvent à la limite qui sépare par là un point de conlact avec la philosophie; il pré­ tend même découvrir en elles les dogmes chrétiens, en | le monde intellectuel du monde physique. Leur pré­ sence ou empreinte dans l’univers révèle l’intelligence particulier celui de la Trinité; mais, renchérissant sur Ibn Esra, Nachmanide et Éléasar de Worms, il s’attache suprême. Divisées en trois ordres, elles se retrouvent partout : les trois mères représentent, dans la compo­ surtout au mysticisme des lettres et des nombres, qu’il sition de l’univers, les trois éléments : l’air, l’eau et le appelle la Science par excellence, la révélation vraie du feu ; dans la division du temps, les trois saisons : le mystère divin. S’y adonner, disait-il, c’est cesser d’être printemps et l’automne, l’été, l’hiver; dans le corps un cabaliste ordinaire, devenir un prophète, s’unir à humain, les trois parties : la tète, Je cœur, l’estomac. Dieu pour ne faire plus qu’un avec lui. Ainsi l’exalta­ De même les sept doubles désignent les sept planètes tion mystique, l’inspiration prophétique, I union avec du ciel, les sept jours de la semaine, les sept portes du Dieu, sont le résultat d’une simple combinaison arith­ métique. Pour mieux réussir, il est bon de recourir à corps. Trois mères et sept doubles font dix, nombre qui l’ascèse; il faut s’enfermer dans la retraite, mourir au rappelle les dix noms de Dieu et les dix Sephirolh. De monde, affranchir son esprit des soins vulgaires, et là, même encore les douze simples marquent les douze vêtu de blanc, recueillir son âme, rassembler toute sa signes du zodiaque, les douze mois de l'année, les douze puissance intérieure sur un point, et, alors seulement, membres ou attributs du corps. Dix et douze font vingtprononcer les lettres des noms divins sur un rythme deux, la somme dernière, le résumé de tout. Mais que voulu, avec des modulations déterminées, avec des in­ l’on considère l’univers, le temps ou l’homme, tout sé clinaisons de corps précises, jusqu’à ce que l’esprit soit ramène à l’unité; et à leur lour, l’univers, le temps et troublé et le cœur embrasé. Karppe, op. cil., p. 304. l’homme se ramènent à l’unité par excellence, à Dieu. C’est à la fin du xui» siècle que Moïse de Léon, en Que peuvent bien signifier de tels symboles? C’est ce publiant le Zohar, livre le principal document de la ca- 1 qu’il est difficile de savoir, tant la pensée du rédacteur baie, le document révélateur du secret de son existence, se dérobe sous ce langage énigmatique. Le rôle des de sa nature, de sa méthode, de ses spéculations aussi nombres rappelle quelque peu le pythagorisme; celui étranges qu’hétérodoxes; il importe de l’étudier après le des lettres fait penser au système du gnoslique Marcos, Sepher lezirah pour avoir une idée exacte de la doctrine dont parle saint Irénée; mais il n’y a là que de vagues cabalistique. analogies. Et tandis que Franck prétend que le Sepher 111. Principaux documents. — 1° Le Sepher lezirah lezirah aboutit au panthéisme, M. Karppe affirme qu’il ou Livre de la création. — Parmi tant d’autres œuvres u’en contient pas la moindre trace. Op. cil., p. 162. qui ont précédé la publication du Zohar, le Sepher 2’ Le Zohar ou livre de la lumière. — Le Zohar ou lezirah, Mantoue, 1562; trad, latine de Postel, Paris, Livre de la lumière, in-fol., Crémone, 1558; in-4", Màn1552; de Bittangel, Amsterdam, 1642, a droit à une men­ toue, 1558-1560 (l’édition d’Amsterdam reproduit celle tion spéciale, non seulement à cause de sa singularité, de Mantoue avec sa pagination; c’est celle que nous mais surtout à cause de l’influence qu’il a exercée sur citerons ici), est le code de la cabale, la bible des certaines conceptions de la cabale. C’est un petit traité cabalistes. Le mot Zohar parait pour la première fois à sans titre, sans nom d’auteur, d’à peine trois ou quatre la tin du xin» siècle et sert à désigner une collection de pages, rédigé en un hébreu mêlé de termes chaldaïques, fragments d’homélies, de dialogues, de dissertations, où l’on chercherait vainement le moindre mot emprunté aussi dissemblables de fond que de forme, qui accusent au grec, au latin ou à l’arabe. D’origine très ancienne, des époques et des rédactions différentes, d’où l’impos­ mais difficile à préciser. Saadia le regardait comme sibilité de l’attribuer, dans son entier, à Simon ben l’un des plus anciens documents de 1’esprit humain ; il Jochaï, l’auteur de deux morceaux connus sous le nom est certainement antérieur au tx» siècle, car Agobard, de Grande et Petite assemblée. Simon vivait, en effet, en 829, semble y faire allusion dans une lettre à Louis au 11» siècle, et le Zohar contient un grand nombre le Débonnaire. Quelques cabalistes l’ont attribué à R. d’allusions à des laits postérieurs. Son éditeur respon­ Akiba. mais sans preuves; car le Talmud, qui exalte ce sable est Moïse de Léon. Celui-ci s’est-il contenté de rabbin, ne lui prête aucune théorie spéciale sur la faire œuvre de compilateur, ou bien, à côté de^fragGenèse. Il est rédigé en phrases sentencieuses et énig­ ments déjà existants, a-t-il inséré des morceaux entiers matiques, sous la forme d’un monologue, dans lequel de sa composition, et lesquels? L’état actuel de nos Abraham, le patriarche, expose la manière dont il a connaissances ne permet pas de trancher ces questions. compris la nature et s’est converti à la croyance du vrai Vraisemblablement Moïse de Léon a fait à la lois œuvre Dieu. de compilateur et d’auteur. Quoi qu’il en soit, le Zohar est le point d’aboutis­ En voici le résumé : Tout se ramène aux dix premiers sement de la littérature cabalistique et comme le pré­ nombres; tout est exprimé par la parole, c’est-à-dire par cipité d’idées et de doctrines éparses, incohérentes, hété­ les diverses combinaisons auxquelles donnent lieu les vingt-deux caractères de l’alphabet hébreu : ces dix rogènes et hétérodoxes, depuis longtemps en circulation parmi certains docteurs juifs. Il se donne pour la nombres et ces vingt-deux lettres constituent les trentedeux voies merveilleuses par lesquelles Dieu a fondé son science uar excellence qui, dans le texte de la Bible et Ί279 CABALE sons l’écorce de Ja lettre, a su découvrir la vérité, grâce à celte tradition secréte et infaillible qui s’appelle la cabale. Dans l'interprétation du Pentateuque et de la vision d'Ezéchiel, ces deux thèmes préférés des cabalistes, il use de l'allégorisme le plus exagéré, il met à contribution le Talmud, les Midraschim et les doctrines les plus étranges, juives ou non. Au gré du caprice ou au hasard de l’association des idées, il mêle, dans une confusion inextricable, « des jeux d'homophonie, de synonymie, de combinaisons de lettres et de nombres, des propositions dogmatiques, des paraboles, des apho­ rismes, des fables, tout servant d’expression à des notions de philosophie, de théosophie, de théologie, de cosmogonie, de physique, d’éthique, à des données relatives à l’astronomie, à l’astrologie, à l’alchimie, à la médecine ordinaire ou occulte, à la botanique, à des superstitions touchant les exorcismes, les amulettes, la chiromancie, la physiognomonie, â toutes les formes imaginables de thaumaturgie et de théurgie, à un mys­ ticisme vide, à une mystique et â une pratique sans caractère définissable, à des jeux d’idées rebelles à toute analyse et qui n’ont dans nos langues modernes aucune possibilité d’expression... Là se rencontrent les produits intellectuels et aussi les élucubrations et les aberrations de tout l’Orient et de tout (Occident. On dirait une grande foire d’idées, où les denrées les plus chères et les plus viles sont exposées avec le même soin et vendues au même prix, où même les perles les plus pures ont souvent les écrins les plus grossiers et ou, malheureusement, plus souven’ encore, des vases d'or ne contiennent que poussière et cendres. » Karppe, op. cit., p. 329-330. Ce document étrange comprend : le Zohar propre­ ment dit et ce qui n'en est qu'un délayage, le Nouveau Zohar, le Zohar du Cantique des cantiques, les Anciens et nouveaux Suppléments. Dans le Zohar proprement dit on distingue certains fragments qui ont dû appar­ tenir â d'anciens traités : d'abord le Livre des mystères, Si/ra Permuta, la Grande assemblée, Idra Babba, cl la Petite assemblée, Idra Zula; c’est un groupe nettement anthropomorphique, ou le terme En Soph ne parait pas, ou Dieu est décrit sous l'aspect du Grand Visage, ce qui semble une amplification du Schiur Komah; ensuite le Mystère des mystères et les Palais qui reproduisent ce qu'on trouve dans les Heehaloth du temps des Gaonim : le Pasteur fidèle, qui interprète la partie législative du Pentateuque, imite la manière d'Esra et de Nachmanide, dégage un sens mystique de chaque précepte de la Bible et même de chaque pres­ cription du Talmud; puis Les mystères de la Thora, qui, avec les Malmlin et le José/ta, s’appliquent parti­ culièrement à la question des Sephiroth et rendent sen­ sible la doctrine de l’émanation par des comparaisons empruntées en général au rayonnement de la lumière; enfin le Midrasch occulte, dont l'allégorisme rappelle Celui de Philon. IV. Doctrine. — Dans l’examen de la cabale, et, en particulier du Zohar, nous laissons de côté tout ce qui touche à la physique, à la physiognomonie, à la chiro­ mancie, à l’astrologie, à l’alchimie, à la magie, à la sorcellerie, etc., c'est-à-dire à tout ce qui a servi d’ali­ ment aux illuminés, aux théosophes et aux thcurges, pour ne nous en tenir qu’à ce qui offre un intérêt plus relevé et peut être regardé comme faisant partie d'un système religieux ou philosophique, sans toutefois nous flatter de trouver l'unité dans ce dédale d’éléments hétéroclites ou de concilier entres elles certaines idées juxtaposées mais irréductibles. 1° Dieu; les Sephiroth. — Dieu peut être considéré en soi ou dans sa manifestation. En soi, avant toute manifestation, Dieu est un être indéfini, vague, invisible, inaccessible, sans attribution précise, semblable à une mer sans rivages, 11, p. 42 a, 43 a, à un abime sans 1280 fond, à un fluide sans consistance, incapable d’être connu à un titre quelconque, par suite d'être représenté soit par une image, soit par un nom, soit par une lettre ou même par un point, it, p. 112 b. Pour en parler il taut des termes créés par notre esprit, mais qui ne correspondent à aucune réalité objective; car Dieu, en soi, n'entre dans aucun nom. Le moins imparfait des termes qu’on puisse employer, c’est le Sans /in, l'Indé­ fini ou En Soph, c’est-à-dire celui qui n'a pas de limite, I, p. 21 a, ou bien encore le Non-existant, le Nonêtre ou Ayin, c’est-à-dire celui qui reste inconcevable, inaccessible à l’esprit, il, p. 64 b, 129 a; Petite assem­ blée, p. 288. Encore ces termes sont-ils postérieurs à la manifestation de Dieu, n, p. 42 b ; car pour exprimer Dieu avant sa manifestation on n'a pas et, en réalité, on ne peut pas avoir de terme : il est l’inexprimable, le mystère des mystères, l'inconnu des inconnus, ni, p. 288 a. Le seul terme qui lui conviendrait serait l’interrogation : Qui? Il, p. 105. Mais dès que Dieu se manifeste, il devient accessible, connaissable : il peut être nommé; et le nom qu on lui donne s'applique à chaque manifestation ou extériori­ sation de son être. L'En Soph, le Ayin, se manifeste, en etlet, de dix manières, par ou dans les Sephiroth, in, p. 288 a. Chacune de celles-ci, la Couronne, la Sagesse, l'intelligence, la Grâce, la Justice, la Beauté, le Triomphe, la Gloire, le Fondement et la Royauté, constitue un mode spécial de révélation ou de notifica­ tion de l’En Soph et permet de le nommer. Ces noms ne sont autres cjue ceux dont se sert la Bible pour désigner Dieu. Ainsi Ehyah, je suis, correspond à la Couronne, Ascher Ehyah à la Sagesse, le tétragramme à l’intelligence et à la Grâce, Elohim à la Justice, Schaddaï, El, etc., aux autres Sephiroth. Comment Dieu passe-t-il du non-être à l’être, de l'indé­ terminé au concret, de la puissance à l’acte? En d'autres termes, comment devient-il d’inaccessible accessible, d'inconnaissable connaissable? Est-ce en vertu d'une loi inhérente à sa nature, d'une nécessité intrinsèque ou d'une détermination libre? Le Zohar attribue les manifestations de Dieu à une concentration de luimême, à une condensation de son être; d'autre part, il enseigne aussi l’émanation, tout en ayant soin de la placer sous la dépendance de sa volonté et dans le temps. Mais que ce soit par une concentration ou par une émanation volontaire, comment Dieu, qui n’est pas, peut-il vouloir? Et d'où vient alors à ce non-être le pouvoir de se concentrer ou de se développer? Celte double question est sans réponse. Dieu donc se con­ centre. Il se concentre d’abord dans un point, I, p. 2, la Couronne ou Diadème, le plus haut degré de la con­ centration divine et comme le premier pas du processus divin vers sa réalisation ou manifestation extérieure. Dans ce point, TEn Soph cesse d'être l'indéterminé, le Ayin cesse d'être le non-étre; on a dès lors quelque clipse de plus positif ou, mieux, de moins négatif, car la Couronne se distingue à peine de l’En Soph, il, p. 42 b; ni, p. 258 b, et est par rapport à ce qui suit presque aussi inaccessible que l’En Soph lui-même. Le Zohar l'appelle un-point initial, un point pur. la lettre iod, I, p. 16 b, l’air primordial qui s'étend en tous sens. ibid., la source première d'où sortent toutes les eaux. il. p. 42 b, la lumière primordiale qui envoie partout des rayons, ni, p. 288 a, la couleur blanche qui renferme toutes les autres couleurs : autant d’expressions, em­ pruntées à divers systèmes; c’est ce que l’on ,rr. : désigner, semble-t-il. par le terme philosophique <.'·? substance première. Or ce point initial devient un centre; ce foyer de lumière rayonne comme un flamit-au en cercles concentriques, au nombre de neuf. Le premier cercle limite et enveloppe le point centrai et sert de noyau au second cercle; celui-ci limite et enveloppe le premier en même temps qu'il sert de centre au trui- 4281 CABALE 1282 siéme; et ainsi de suite jusqu'au dernier cercle de la ’ trine on le cœur, et réalisation de tontes choses, ht, périphérie. Chaque cercle, limitation ou détermination p. 143 b, 296 a. Enfin de la Justice sortent le Triomphe, de l’En Soph est une Sephira, c’est-à-dire une mani­ Sephira mâle et active, et la Gloire, Sephira femelle et festation de Dieu, un moyen de nommer Dieu, 1, p. 19 b, passive, correspondant aux deux jambes et se concen­ 20 a. Parfois le Zohar, recourant à une autre image, trant dans le Fondement, dont le symbole est l’organe compare les Sephiroth à des vases de forme variée que de la génération. Et de même qu'une Sephira, la Cou­ ronne, est au-dessus de la tête, une autre, la Royauté, est l’En Soph remplit, mais sans s’y épuiser, car il les déborde, ou â des verres, diversement nuancés, qu'il sous les pieds de l'Adam Kadmon, ni, p. 296 a (fig. 5). A considérer maintenant ces dix Sephiroth entre elles traverse et colore d’une manière différente, en s'y dégradant, mais sans y perdre sa blancheur : ces vases et relativement à la place qui leur est assignée, on représentent les limites de l’essence divine; ces verres, trouve, dans le sens vertical, la Colonne de droite, celle les degrés d'obscurité sous lesquels l’En Soph voile son des Sephiroth mâles : Sagesse, Grâce et Triomphe: la Colonne de gauche, celle des Sephiroth femelles: Intel­ éclat pour se laisser contempler. ligence, Justice et Gloire; et la Colonne du milieu : Autre point de vue. Le Zohar, partant de cette idée Couronne, Beauté et Fondement, qui domine la Royauté; dans le sens horizontal, la Couronne, llanquée de la Sagesse et de l'intelligence, et formant une triade supé­ rieure, d'ordre métaphysique; la Grâce, la Justice et la Beauté, formant une triade d'ordre moral ; le Triomphe, la Gloire et le Fondement, formant une triade d’ordre physique ou dynamique. Ces trois triades se résument en une autre, composée de la Couronne, de la Grâce et de la Royauté, qui correspond à ce que l'on pourrait appeler la Substance, la Pensée et la Vie. Le Zohar parle souvent de cette triade suprême, résumé des trois autres, et la compare â un arbre, dont l’En Soph serait la sève et la vie. L'ensemble se ramène enfin à l'unité, comme les membres d'un seul et même corps. Ainsi constitué dans sa forme supérieure et transcendante, dans sa manifestation la plus sublime, dans l'Adam céleste ou l’Adam Kadmon, Dieu domine la Mercaba ou le char mystérieux, dont parle Êzéchiel, il, p. 42 b. Les cabalistes ont cherché, eux aussi, à résoudre le difficile problème de la création. C’est pourquoi ils ont imaginé, entre Dieu et le monde, les Sephiroth, seul moyen, pensaient-ils, de sauvegarder la dignité divine sans la compromettre au contact immédiat de la matière, et d’expliquer l’existence de l’univers avec sa nature finie, imparfaite et périssable. Mais reste la question de savoir si on peut les distinguer de Dieu ou si l’on doit les confondre avec lui, si elles constituent des essences personnelles ou si elles ne sont que de simples attributs, des instruments de création. Or, cette question n’a pas été nettement tranchée par le Zohar. Car son langage laisse croire tantôt quelles ont été créées, tantôt qu'elles sont une émanation de la substance de Dieu, participant à son essence et servant à créer. Sous l'accumulation des images, la pensée reste vague et la précision fait défaut. Aussi bien c'est l'un des points qui a le plus divisé les interprètes. Quelques-uns, partisans d’une solution moyenne, ont refusé de les identifier avec Dieu, fondamentale que la forme humaine est la forme parpour ne pas introduire de changement ou d’altération faile, conlenant toutes les autres formes, et que par dans l’essence divine, mais ils ont prétendu que Dieu conséquent elle doit se retrouver en Dieu d’une est présent en elles à l’état immanent et s’en est servi manière suréminente, accepte l'anthropomorphisme. Il pour créer. appelle Dieu Γ/1 clam céleste, l'Adam Kadmon, le premier L'indécision du Zohar sur la question de Dieu et des principe, modèle et type de tout, le Macrocosme. Il Sephiroth provient, d'une part, de ce qu’il ne voulait localise les Sephiroth dans chacun de ses membres, en pas rom pre ou verte men t a vec l’enseignemen I tradi t ion nel leur appliquant la loi des contraires et la loi sexuelle. juif sur le monothéisme et la création, et, d'autre part, C’est ainsi que de la première et de la plus élevée des de ce qu'il n’a pas craint de recourir à la doctrine séduisante de l'émanation ou à un panthéisme déguisé. Sephiroth, qui domine la tète de l'Ancien des jours, il fait découler deux autres Sephiroth, l une, mâle et 11 n'en reste pas moins que le Dieu-devenir du Zohar, active, la Sagesse ou Père, l'autre, femelle et passive, qui se constitue en quelque sorte par la délimitatidn l’intelligence ou Mère, ni, p. 290, qui entourent « le progressive qui s’opère ou qu’il opère dans sa propre grand Visage », « la tète blanche de l'Ancien. » Sagesse substance, ne ressemble en rien au Dieu de la Bible, et et Intelligence donnent naissance à la Science, ni, que les Sephiroth, quelles que soient leur nature et leur p. 291 a, leur médiatrice ou trait d’union. Mais la origine, servent simplement â résoudre le problème Science, principe de tout, i, p. 216 b, ne compte pas délicat des relations de l'infini avec le fini, de l’être au nombre des Sephiroth. De l’intelligence découlent absolu avec l’être contingent, de l'esprit avec la matière, deux autres Sephiroth, l’une, mâle et active, la Grâce, de Dieu avec le monde. Les Sephiroth rappellent, en l'autre femelle et passive, la Justice, qui sont comme tout cas, les éons de la gnose et leurs syzygies, comme l’Adam Kadmon rappelle le plérome. La cabale, pour­ les bras de l'Adam Kadmon, et qui se concentrent dans tant, diffère de la gnose, car elle conçoit différemment une Sephira nouvelle, la Beauté, localisée dans la poi­ 1283 CABALE 1281 Or l’unité règne dans le monde, ni, p. 289 b, 290 a. la matière et explique autrement l’existence du monde. L’En Soph, les Sephiroth, le monde de la création, de Les Sephiroth offrent encore des traits de ressemblance la construction et de la matière ne forment finalement avec les puissances, δυνάμει;, de Philon et des néopla­ qu’un seul tout, qu’un seul être : Dieu. Et, dans ce tout, toniciens ; leur développement, avec l'émanation du νους, l’univers sert d’enveloppe à l’En Soph, comme les de la ψυχή et de la φύσις de l’absolu ; et leurs triades, avec le rapport de la thèse, de l’antithèse et de la synthèse. pelures d’un oignon à la pulpe, comme l’écorce et la 2° Le monde. — Le monde existe : D’où vient-il '? coquille à la noix du dedans, i, p. 19 b, 20 a; il est le Qu'est-il ? Ici encore la pensée manque de netteté, le vêtement de Dieu. Dieu joue ainsi dans l'univers le rôle système n'est pas rigoureusement lié; mais l’explication de l’âme dans le corps. De là cette conception mons­ qui se dégage du fouillis et de l’enchevêtrement des trueuse qui fait de Dieu et de l’univers, pris dans leur ensemble, un grand androgyne, où le « court visage », images, est celle d’un grossier panthéisme. Les Sephirolh torment ce que le Zohar appelle l’homme idéal, d’abord détaché du « long visage », est ensuite fécondé 1 homme supérieur, la figure ou forme de Dieu, le char par lui, et où le Roi et la Reine symbolisent par leur ou Mercaba qui sert à l’En Soph pour produire le union le grand mariage du monde idéal avec le monde monde. En d'autres termes, elles sont les idées, les sensible, et constituent le grand couple, dont l’union est types des êtres qui vont être réalisés au dehors, et en indispensable à la subsistance du monde. Petile assem­ même temps les forces qui vont les réaliser. Parmi elles blée, p. 218. Nous sommes loin, comme on le voit, de la un premier groupe se détache, transcendant, celui de la création biblique, de la création e.v nihilo. La gnose Sagesse et de l’intelligence, unies à' l’En Soph, que elle-même est dépassée ; car elle distingue clairement la certains commentateurs ont eu raison d'appeler « l'uni­ matière de Dieu, en fait un principe mauvais et le siège vers intelligible », car la chose, sinon le mol, se trouve du mal, avec lequel Dieu ne peut d’aucune manière dans le Zohar. C’est à ce groupe que, par fidélité à l’en­ entrer en contact. Ici, au contraire, la matière n’est pas seignement biblique, la cabale rattache l'idée de considérée proprement comme un mal, mais comme création. Pour créer. Dieu s’est servi de la parole ou du une simple limite. Le Zohar, loin de l’opposer à Dieu, signe, des vingt-deux Iettres.de l'alphabet, en particulier l'unit à lui, puisqu'il en lait le dernier terme du pro­ de celles qui composent le tétragramme, et des dix pre- j cessus divin et quelque chose de Dieu, ce qui est du inters nombres. Il a émis des sons et tracé des signes | plus pur panthéisme. Ce panthéisme, dégagé des élé­ et produit aussi le monde de la création, c’est-à-dire le ments hétérogènes qui le traversent, peut se formuler monde des substances spirituelles, ou règne Métatron. ainsi : « De l'infini, ou du pur abstrait, ou du non-être, Ici, le Zohar dépasse de beaucoup le Sepher lezirah ; il se développe l’être par la médiation de dix ou neuf modes laisse loin derrière lui les jeux capricieux de la guémaidéaux, appelés Sephiroth. Ces modes sont des phases trie, du ziruf et du notaricon et se livre à une vraie nécessaires, parce que le pur abstrait ne peut aboutir débauche de combinaisons. que médiatement à la réalité concrète. L’Infini, les Au-dessous de ce premier groupe, se trouvent les sept modes médiateurs, et la réalité sensible sont un seul et autres Sephiroth, appelées les Sephiroth de la construc­ même être aux différents points de son développement. » tion, parce qu’elles sont destinées à organiser le monde Karppe, op. cit., p. 409. de la construction, celui qu’habitent les anges. Or, elles 3° Anges et démons. — Franck se demande, op. cit., concentrent leur vigueur et leur énergie et déposent p. 166, pourquoi les auteurs de la cabale ne se seraient leur germe vivant dans le Fondement, c’est-à-dire dans pas servis de la croyance aux anges et aux démons pour le principe générateur et. fécondant, dans ce que le voiler leurs idées sur les rapports de Dieu avec le Zohar appelle encore la matrice du monde, in, p. 296 a. monde, comme ils se sont servis du dogme de la création Après quoi la Royauté fait passer en acte toutes les pour enseigner tout le contraire, comme ils se servaient Sephiroth et les réalise dans Vunivers sensible. dés textes de l’Ecriture pour se mettre au-dessus de La loi sexuelle sert ainsi à expliquer l’origine du l’Ecriture et de l’autorité religieuse ; et il regarde comme monde; elle est la forme primordiale de la création, lit, probable que tel a été leur but. Cela se peut; mais il ne p. 44 b, 155 b, 290 a; elle préside au développement de faut pas oublier que les anges avaient une place dans ï'étre, d’un bout à l’autre de l'existence, depuis Dieu l’enseignement traditionnel juif, au moins depuis la jusqu’à la plus intime des créatures. Pelite assemblée, captivité, et que leur rôle, laissant un libre jeu à l’ima­ p. 2,88. En Dieu, en effet, l'union parfaite de l’En Soph gination, n’était pas pour arrêter la spéculation des avec les Sephiroth n’est autre qu’une syz.ygie, qu’un cabalistes, au contraire. Cependant la question de savoir accouplement, i, p. 50 a, qui assure l’épanchement comment ils ont été créés n'a pas été traitée d’une vital sur l’univers. D’où il suit logiquement que cet manière spéciale. Mais, à tenir compte de la loi géné­ univers n’est pas seulement l’œuvre de Dieu, mais rale de l’évolution de l’En Soph, dans le système caba­ quelque chose de Dieu lui-même; ce qui revient à dire listique, il n’est pas invraisemblable de supposer qu’ils que la matière elle-même est quelque chose de Dieu; marquent une étape dans le processus divin et qu'ils car la matière, ou univers sensible, au-dessous du sont, eux aussi, une concentration, une manifestation, monde de la création et du monde de la construction, « un vêtement » de Dieu. En tout cas, par leur nature, est corn ue comme le dernier terme du développement ils sont rangés parmi les êtres immatériels et lumineux; ou plutôt comme la limitation de l'infini dans le Uni. mais ils ne constituent pas, comme au temps des Gaonim, L'étre indéterminé qu’est l’En Soph va, en effet, en se de petites divinités et des catégories à part, s’échelon­ nant de l’homme jusqu’à Dieu et formant la cour déterminant, en se limitant de plus en plus. Chaque étape de son processus est une dégradation nouvelle et céleste. D’après le Zohar, ils ne sont plus les compagnons phis accentuée, où la condensation ou matérialisation de l’En Soph, ils ne composent pas sa garde d'honneur, de l’être divin est en raison directe de la distance qui ils sont relégués au-dessous des Sephiroth ; ils ont un la sépare du centre d’évolution, du point d’origine. chef, Métatron, qui habite le monde de la création. De Chaque ordre d’êtres sert d’enveloppe ou d'écorce de plus là, Métatron dirige l'armée des esprits célestes, de ceux en plus sensible à l’ordre supérieur, tout en représen­ qui chantent et louent Dieu de s'être révélé par les tant quelque chose de spirituel ou de moins grossier Sephiroth, par l’Adam Kadrnon, par la Loi. etc., n. par rapport à l'ordre inférieur. Mais, au dernier cercle, p. 128 b, 150 b, 245 a, 269 a; ni, p. 167, 225; de là. il à la limite extrême, à la périphérie, il ne reste plus gouverne l’ensemble des mondes inférieurs, en y main­ rien de spirituel, on ne trouve que la matière ou l’éten­ tenant l’unité, l’harmonie et le mouvement. Sous sa due, dégradation de la pensée, il, p. 74 a, et aboutisse­ direction des myriades d’anges habitent, au-dessous, le ment ultime de l’être divin. I monde de la construction. Partagés en dix chœurs, 1285 CABALE 1286 nombre qui correspond à celui des Sephiroth, les anges I mâle avec une âme femelle; mais au moment ou elles remplissent auprès des diverses parties de l’univers un viennent animer un corps, le couple se sépare : l’âme Tôle semblable à celui que joue leur chef Métatron sur mâle anime un corps d’homme ; l’âme femelle, un corps l'ensemble. Ils veillent aux mystères du ciel, 1, p. 40, de femme. 41, c’est-à-dire aux mouvements harmonieux des sphères Unie au corps, l’âme n’est pas un principe simple; célestes, des étoiles, de la terre et de la lune. Ils prési­ elle comprend trois éléments : le souffle ou néféS, dent à tous les phénomènes de la nature, au feu, à la l’esprit ou rùah et l’âme proprement dite ou neSâmàh, lumière, à l’air, etc. Enlin, ils s'occupent des hommes, ni, p. 141 b; trois termes employés pour désigner tantôt spécialement de ceux qui se font remarquer par leur la même essence, tantôt trois facultés distinctes. Le savoir ou leur sagesse; ils personnifient les vertus, i, souffle est lame sensible, en relation avec le corps et p. 40, 41, 55 a; ils président à toutes les bonnes actions, présidant à la vie animale: l’esprit est le siège des aux lois relatives à la pureté, aux ablutions rituelles; ils instincts, du bien et du mal; et l’âme proprement dite recueillent les prières; ils tressent des couronnes, etc. est la raison, la pensée, l’intelligence. Chacun de ces C'est dans le monde materiel qu’habitent les mauvais éléments a une origine, une nature, une fonction et anges ou les démons. Mais pourquoi sont-ils mauvais? des destinées ultra-terrestres différentes. L’âme ration­ Est-ce en punition d’une faute? Le Zohar ne le dit pas. nelle provient de la Sagesse ; l’âme morale, de la Beauté ; Mais il attribue leur nature à l’éloignement extrême qui l'âme sensible, de la Royauté. Par cette dernière les sépare de l’En Soph. Ils sont, en effet, les plus gros­ l’homme appartient au monde de la matière; par la sières et les plus imparfaites de toutes les formes, seconde, au monde de l'organisation; par la première, o l'écorce de l’étre, » l’absence presque totale de la au monde de la création, selon ces mots d’Isaïe : lumière. Ils ont un chef, Samael, identifié avec le ser­ Jn gloriam meam creari eum, formavi eum, et feci pent de la Genèse et le Satan de Job, et qui a pour eum. Is., XLlll, 7. Pendant le sommeil, ces trois âmes compagnon la grande impudique, souvent identifiée avec quittent le corps, et le corps continue à vivre grâce à un Lilith, et règne sur l'empire du mal et de la mort, i, principe de vie spécial qui a son siège dans le conir. 55; 11, p. 43 a. Les démons forment aussi dix chômes, Pendant la prière, l’âme sensible lait appel â l’âme groupés par ordre d’épaississements, d’obscurité et morale, qui se tourne vers l'âme rationnelle, laquelle d'impureté croissantes. Ennemis de l'ordre, de l'har­ parait seule devant Dieu, 11, p. 101 b; ni, p. 104 b, monie, de la vie, 11. p. 255 a, 259, 266 a, ils personni­ '176 b. Après la mort, l ame sensible reste sur la terre; fient toutes les imperfections, tous les défauts, tous les l'âme morale se revêt dans l'éden d'une espèce d'enve­ vices, toutes les laideurs, toutes les formes du mal ; ils loppe matérielle; l’âme rationnelle remonte vers le lieu président à toutes les maladies et au trépas, H, p. 248 b, de son origine. Du repos et de la félicité de celle-ci 264 b, etc. Ils sont ainsi en opposition complète avec dépend la paix des deux autres ; et ce n’est qu'au les dix chœurs des anges. Leurs sept derniers chœurs moment où l'âme rationnelle se réunit à son auteur que ont pour séjour l’enfer, divise en d'innombrables com­ s’apaisent les agitations des deux premières. Mais leur partiments, où ils torturent les hommes qui se sont union dépend de la conduite de l'homme, I, p. 97 b; II, laissé tromper par eux, chacun d'apres la nature de ses p. 82 a, 99 b. L'âme rationnelle perdue en Dieu continue fautes et le degré de sa culpabilité. Leur royaume est à veiller sur l’âme morale, et celle-ci sur l'âme sensible. celui de l'obscurité, des ténèbres, et est souvent appelé Par là la vie divine passe de l'âme rationnelle aux deux le royaume du serpent primitif, de Caïn, d'Esaü et de autres, et de ces dernières aux choses. Ainsi la vie parait Pharaon. Cette démonologie rappelle en particulier celle moins l'union de l'âme avec le corps que l’élévation, du Zend A vesta, tandis que l'angvlologie mêle à des sou­ l'ennoblissement du corps par l’âme, qu’une sorte de venirs bibliques des emprunts faits aux Chaldéens et réconciliation des degrés inférieurs avec les degrés aux Perses. supérieurs. Cf. Karppe, op. cil., p. 460-463. 4° L’homme. — L’anthropologie de la cabale offre une Les âmes, désappareillées au moment où elles sont suite d'idées, parfois très élevées, trop souvent décon­ venues animer un corps, doivent se retrouver. Et elles certantes, où l'on découvre, en particulier, des influences se retrouvent effectivement sur la terre quand l’union gnostiques et origéniennes. L'homme, en effet, occupe matrimoniale réalise les desseins de Dieu et répond une place importante et joue un rôle exceptionnel dans aux véritables lois de l’amour. Mais lorsque le mariage le Zohar. Le dernier être dans l’œuvre de la création, terrestre n'a pas réuni les deux âmes qui vivaient il est le premier dans l’œuvre de la Mercaba, 11, p. 70 b. ensemble auparavant, 1, p. 91 b, 207 b, ou quand il n’y Il représente ce qu’il y a de plus élevé parmi les êtres a pas eu de mariage ici-bas, ce qui est le cas des enlants visibles et invisibles; car il résume toutes les choses et des célibataires, elles doivent après la mort se mettre « d'en haut et d'en bas », 1, p. 130 b ; il renferme toutes à la recherche de leur compagne et peuvent être aidées les formes, 11, p. 80 b; ni, p. 135 a; il couronne et soit par une âme plus vaillante ou déjà parvenue à la achève l'univers. Correspondant à l’Adam Kadmon, dont félicité, soit par Dieu lui-même, il, p. 94, 113; m, il est la copie, il, p. 231 a, il forme un microcosme, ni, p. 213 a. En tout cas, elles se retrouveront dans le seiu p. 135 a, 148 a. Image de l’En Soph, dans la totalité de de l’En Soph. ses attributs, il est « la présence de Dieu sur la terre ». 2. Hole de l'homme sur la terre. — Dieu, les Sephi­ Androgyne, à l'origine, il se compose d'une âme et d’un roth et l’univers constituant un vaste ensemble, il y a corps. entre le monde supérieur et le monde inférieur étroite 1. L’âme. — Le corps, simple vêtement de l’âme, π, I dépendance, relation intime, action et réaction conti­ p. 76 a, renferme les mystères les plus profonds ; car, nues de l’un sur l’autre, i, p. 38 b, 70 b. Et, chose très par l’ensemble de ses membres, il reproduit non seule­ singulière, une fois que cet ensemble est réalisé, la mise ment l’image du monde planétaire ou sidéral, mais en branle de l’En Soph et du monde idéal dépend de la encore celle de l’Adam Kadmon, dont il a été question. volonté de l’homme. Car l’homme tient au ciel par son Toutefois ce qui fait l’homme, c’est l’âme. Or l'âme àme, à la terre par son corps, il résume et centralise existe avant le corps, il, p. 61 b ; 96 b ; elle a un sexe : tout, il est le point de rencontre de l'idéal et du réel, le carrefour des routes ou le passage des courants elle est du genre masculin, si elle provient de la colonne de grâce ou de droite, c’est-à-dire des Sephiroth mâles, qui descendent du ciel ou remontent de la terre : 11 est et du genre féminin, si elle procède de la colonne de le grand dispensateur, i, p. 99 a; m, p. 144 a. Il a pour justice ou de gauche, c’est-â-dire des Sephiroth femelles, grand devoir la procréation. Aussi plus il appelle d’êtres in. p. 43 b. Avant de venir animer un corps, les âmes humains à la vie, plus il assure l’épanchement des bi· nvivent deux à deux, en syzygies, par l’union d’une âme laits divins. Celui qui ne donne pas naissance à des 1287 CABALE 1288 ceux qui, sans faire ni bien ni mal sur la terre, n’ont enfants est consider."1 comme un destructeur des mondes. rien fait, 11, p. 262 5-269 b. C’est sans doute une puni­ _>iais c’est surtout l'homme de bien qui est une source tion transitoire, puisque l’àme, par la métempsycose, de bénédictions pour la terre; et il l’est par son action doit sortir enfin victorieuse de son séjour terrestre et morale, par la vertu : c'est ainsi qu’il détermine l’effu­ retourner à l’En Soph. Pourtant le Zohar affirme que sion des grâces qui descendent du monde supérieur. la damnation est éternelle, n, p. 199 b; ni, p. 178 a. Cl. i,p. 35 a; n, p. 110a; m,p. 616. L'efficacité du secours Mais ce n’est là que l’une des multiples contradictions divin est par là subordonnée à la vertu de l’homme. Or, ce qu’il renferme; car, d’une part, il enseigne le contraire privilège d’agir sur les mondes, de faire en quelque ailleurs, II, p. 25 ab, 245 a, 250 ab, et, d’autre part, en sorte la vie de ces mondes, l'homme juste l’acquiert par affirmant Je salut final de l'homme et le retour universel i’amour de Dieu, n, p. 216 a, par l’amour du prochain, des êtres vers l’En Soph, il nie l’éternité des peines de par la vérité, par l'étude de la loi, it, p. 161 a b, 190 a, l'enfer. En outre cette idée de la damnation éternelle par la prière concentrée, n, p. 178 a, 209 b, 210 a, et la s'oppose à l’ensemble du système, à fout ce qu’enseigne prière collective, i, p. 234 a; n, p. 156 a, 215 a b, et le Zohar sur le pardon, la grâce et l’amour, et ne peut enlin par l’accomplissement des préceptes, ni, p. 26 b, être qu'un emprunt, qui ne s’explique pas, au dogme 27 b. chrétien. Cela est d'autant plus vrai que le bien doit finir Cette influence bienfaisante peut être ralentie ou para­ par triompher, que le mal et la mort doivent être vaincus lysée par le mal moral. Ce mal tient à la matière, c’estun jour, I, p. 70; 11, p. 69 b, que Samael et ses démons à-dire à la limite des choses. Il est conscient dans l’âme humaine et par suite peut être vaincu. La descente de eux-mêmes, loin d’être définitivement condamnés, sont appelés à recouvrer l'innocence, I, p. 70,446αύ; n, p.69ô. l’âme et son union avec le corps n'est pas considérée, à proprement parler, comme une chute, mais comme 6° Le ciel. — Voilà le but final de l’homme, le terme une nécessité pour vaincre l’imperfection de la matière assuré de son voyage de retour, quel qu’ait été le nombre et le principe même du mal. La liberté, la libre résis­ de ses épreuves. Le Zohar décrit minutieusement l’éden, tance à la matière, la libre détermination pour le bien, n, p. 150 b, 231 b; ni, p. 40 a, sa place, n, p. 184 b, la vertu, constituent la raison d'être de l’univers et la ses retranchements ou les âmes prennent un avant-goût noblesse de la vie humaine : elles sont le grand levier du bonheur, I, p. 41; n, 245; IV, p. 196 b, ses palais, i, du mouvement ascensionnel de l’âme et des choses, n. p. 41 b, 42 a; il, p. 246 b, ses ineffables splendeurs. Il p. 114 a. L’homme, en effet, ennoblit par son triomphe imagine même entre le ciel et l’enfer, et ceci rappelle tout ce qui lui est inférieur et le fait remonter vers Dieu : vaguement le purgatoire, un lieu intermédiaire où il il entraine dans son ascension tous les éléments de la place les hommes qui, pendant leur vie, ont eu l’inten­ matière et le cosmos lui-même tout entier. Comme tion de se repentir, mais auxquels la mort n'a pas laissé 1 homme idéal a été la Mercaba ou le char de descente le temps de réaliser leur désir; simple lieu de passage, de l’En Soph vers les choses, de même l’homme terrestre du reste, car ceux qui y séjournent en sortent dès qu’ils est la Mercaba ou le char de montée et de retour des ont confirmé leur volonté de bien faire, n, p. 150 ab, choses vers l’En Soph. Ainsi « la vie humaine s’élargit 211 b. Au moment de la mort, l’âme ne connaît plus ni de la vie universelle, et le but de l’univers se confond la réflexion ni la crainte; sans intérêt personnel, sans avec le but de l’homme... Tout l’être est suspendu à son retour sur elle-même, elle s’élève jusqu’à Dieu par l’in­ être; la destinée de toute chose est liée à sa destinée. Il tuition directe, par l’amour qu'elle excite et qu’elle dépend de lui que la nature, à jamais éloignée de sa éprouve; elle reçoit le baiser divin, n, p. 97 a, s’uuil à source, travaille et se consume de désir, ou qu’elle cesse Dieu, se plonge en lui dans un bonheur ineffable. Le de souffrir et retrouve la tranquille plénitude de félicité, Pasteur fidèle, ni, p. 278 a, compare ce retour de lame assurée dans le sein de l’En Soph ». Karppe, op. cil., à Dieu à l’oiseau qui rentre dans son nid. Et le corps? p. 480. Ainsi l’homme est l’arbitre de sa propre destinée Le corps doit ressusciter, d'après le Midrasch occulte, et de celle de l’univers. En réalité, ainsi que nous allons p. 126 a. Mais si une âme a successivement animé p.ule. voir, l’homme ramène tout à Dieu; car son succès sieurs corps? Le Zohar répond que ces corps sans âme, final est assuré. qui restent pour compte, serviront d’instrument ou de 3. La métempsycose. — L’homme, d’après la cabale, « marchepied » à l'âme des justes, i, p. 131 a, 487 a. doit finalement retourner vers sa source et tout y ramener Ainsi donc, d’après l’enseignement du Zohar, ni la avec lui. Il se peut, cependant, qu'il n’arrive pas du matière ne peut être considérée comme un mal, ni l'exis­ premier coup à remplir sa destinée; mais il lui reste tence comme une déchéance, ni la vie comme une puni­ un moyen infaillible de l’atteindre, celui des épreuves tion. L'univers, expression de la perfection, de la sagesse successives ou de la migration de son âme d'un corps à et de la bonté divines, est essentiellement appelé une un autre. La métempsycose devient ainsi, pour chaque bénédiction; il ne peut aboutir à l’anéantissement, mais homme pris individuellement, la solution du problème. doit faire retour à son principe par l’homme. L'homme .Mais cette métempsycose ne ressemble ni à celle qui , et les anges déchus eux-mêmes sont finalement sauvés. condamnait l’àme à animer, en punition et selon la nature | Cette idée de restauration générale rappelle 1’άποζα-άde ses fautes, tel ou tel corps de bête, ni surtout à celle στασις, dans laquelle s'égara le puissant génie d’Origène. de certains gnostiques, qui condamnait l’àme à épuiser Et lorsque ce retour des êtres vers leui· source première toute la série des crimes possibles pour s'assurer infail­ et éternelle aura eu lieu, alors commencera, au ciel, le liblement le retour au sein du plérôme. D’après le Zohar, grand jubilé, le sabbat sans fin, le bonheur éternel dans l’âme imparfaite est condamnée à animer successivement le sein de Dieu. Alors, pour parler comme le Zohar, le d'autres corps humains jusqu’au moment ou, par ses Roi se rapprochera de la Reine, et, dans celte union épreuves purificatrices, n, p. 99 a; ni, p. 177 a, elle aura conjugale, la divinité reprendra pour toujours son unité reconquis sa perfection originale, n, p. 94 ai», 97 a, 99 b. perdue. Et ainsi l’accouplement devient le terme de C'est dire que le salut, pour employer un terme de la l'évolution divine comme il en a été le principe. langue chrétienne, est assuré finalement à l’homme, 7» Le Messie. — Les cabalistes se sont bien gardés de et c’est également affirmer le retour de tout le créé vers laisser de côté la personne du Messie, car elle entretient le créateur. toujours dans Israël l’espoir d’un relèvement national, 5° L’enfer. — Dans ces conditions, quel rôle le Zohar sinon d une prépondérance religieuse dans ,1e monde. peut-il bien attribuer à l’enfer? Il nous apprend que Mais on est en droit de se demander quelle place et quel c est le lieu de supplice des damnés, composé de com­ rôle ils ont bien pu lui assigner dans leur système, lis partiments innombrables, qui sont distribués entre les en ont parié sans dépasser les conceptions du Talmmi. sept palais infernaux, il, p. 262 b. Il y place, entre autres. en rappelant les anciennes prophéties; ils se sont cou- 1289 CABALE 1290 cace. Au fond, les cabalistes ont rêvé l'émancipation tentés de lui réserver le rôle de restaurateur terrestre complète de la raison, l'autonomie de la pensée, et du trône et de la maison de David, 1, p. 25 6,50 b, 72 b, n’ont été, vis-à-vis du judaïsme officiel, que des contemo417 b, 119 a; il, p. 7 6-10 a. 32 a, et ils ont renvoyé teurs et des révoltés. Car au Dieu de la Bible, être cette restauration dynastique à la lin des temps. Et bien unique, créateur, ordonnateur, conservateur et provi­ que, d'après le Zohar, l'homme n’ait aucun besoin de dence du monde, ils ont substitué soit un anthropomor­ secours étranger pour retourner à l’En Soph, attendu phisme des plus grossiers, soit l'émanation gnostique qu'il peut se suffire à lui-même et linit par réussir, sauf ou le panthéisme. Franck prétend que leur œuvre, en à y mettre le temps voulu et à subir les épreuves suc­ se réfugiant sous l’autorité de la Bible et de la tradition cessives et nécessaires, ils lui ont encore attribué le orale, a conservé toutes les apparences d’un système oe rôle de sauveur de l’humanité; rôle, nous l’avons vu théologie, et de théologie judaïque. La kabbale, p. 291. plus haut, qui est celui de tout homme juste et qui, par C’est beaucoup trop dire, puisque, sous ces apparences, suite, ne saurait être la caractéristique exclusive du les notions essentielles de Dieu, de sa nature, de son Messie. Autant dire que cette grande figure de la Bible unité, de son action sur le monde, telles qu'elles res­ n’a retenu leur attention que dans la mesure où elle sortent de l’Écriture, ont subi une transformation qui faisait partie du patrimoine religieux d’Israël et ou il les rend absolument méconnaissables. importait de respecter la tradition populaire et de con­ 3“ La cabale et le christianisme. — S’il est vrai que, server les apparences de l'orthodoxie, et qu’elle n’a été, depuis le xiil· siècle, quelques cabalistes se sont con­ de leur part, l’objet d’aucune théorie spéciale; tant il vertis au christianisme, entre autres Paul Ricci, Conrad est vrai que leur pensée se portait ailleurs pour essayer Otlon, Rittangel, Jacob Franck, pour ne citer que les d’introduire dans le monde juif et sous le couvert de principaux, conversions qui ont excité parmi les rabbins la Bible des idées et des systèmes complètement étran­ rigides une hostilité déclarée contre la cabale, est-il gers. 1 également vrai que la cabale puisse être considérée V. Critique. — 1° Nature de la cabale. — Œuvre de comme le passage naturel du judaïsme au christia­ quelques juifs, plus philosophes que théologiens, ratio­ nisme, comme un instrument de conversion pour les nalistes décidés et métaphysiciens intempérants, qui ont juifs? Nous avons noté, en tête de l'article, l’enthou­ spéculé pendant des siècles et avec la plus entière indé­ siasme de R. Lulle en faveur de la cabale et la confiance pendance sur les données de la Bible et de la tradition juive, mais qui, sous l’influence des temps et des lieux, de Pic de la Mirandole, de Ricci, de Reuclilin, de Knorr ont subi l’attrait des doctrines ambiantes au point de de Rosenrolh,en son rôle apologétique. Ce fut, en effet, les accueillir personnellement et de travailler à les ac­ la thèse de quelques juifs convertis et de quelques climater, malgré leur caractère hétérogène et hétéro­ catholiques qu'elle était le moyen le plus efficace pour doxe, telle est la cabale. Sans réussir, peut-être même faire tomber les barrières qui séparent la Synagogue de l’Église; car, pensaient-ils, les dogmes de la foi sans chercher à les fondre ensemble en un tout cohé­ rent, en un système lié. ils n'ont abouti qu’à ce syncré­ chrétienne s’y trouvent à l’état plus ou moins explicite. tisme déconcertant, dont le Zohar est le témoin et le En conséquence on s’était mis à faire des recueils de dépositaire. Dans ce pêle-mêle, où tout a été mis à con­ tous les passages de l’Ancien et du Nouveau Testament tribution, nous avons reconnu au passage les différentes qui pouvaient offrir quelques points de ressemblance sources, ou la cabale a puisé tour à tour, soit dans la avec le Zohar. Dans un but apologétique, un supérieur philosophie de Pylbagore. de Platon, d'Aristote et des général de l’ordre des augustins, Cilles de Vilerbe, s’était néoplatoniciens d’Alexandrie, soit dans le panthéisme fait traduire les passages les plus importants du De verbo oriental ou égyptien, soit dans le gnosticisme des mirifico de ReucLlin.et le franciscain Pierre Galaliiius premiers siècles de l’ère chrétienne. Ces nombreux em­ avait composé un De arcanis catholica: veritatis, Ortona, prunts, à peine transformés ou singulièrement accom­ 1518, contre l’obstination des juifs à ne pas vouloir se modés, expliquent certains traits frappants de ressem­ convertir. Beaucoup plus bird Schottgen, toujours dans blance, certaines analogies, comme aussi les divergences ce même courant d’idées, tira de la Kabbala denudata notables qu’offre la cabaleavec les diverses philosophies. de Knorr ses Horee hebraicæ et talmudicæ, Dresde, Mais, aux yeux des cabalistes, leur doctrine est de beau­ 1733, et sa Theologia judæorum de Messia, Dresde, coup supérieure. La philosophie, en effet, n’est qu’une 1742. Enfin, dans la première moitié du xixc siècle, Thoesclave: ils la comparent dédaigneusement à la servante luck en appelait encore à la cabale pour prouver aux Agar, chassée de la tente d’Abraham; tandis que Sara, I juifs, qui l'admettent, la nécessité de devenir chrétiens, l’épouse légitime, représente la cabale, la science par s’ils veulent être conséquents avec eux-mêmes. Cf. Drach, excellence, la maîtresse qui a droit de commander à De l’harmonie entre l’Eglise et la Synagogue, Paris, l’esclave. 1844, t. i, p. 438-446. Mais nous avons indiqué en même 2“ La cabale et le judaïsme. — La cabale s’est tou­ temps les causes qui rendaient fragiles et fausses ces jours réclamée de la tradition juive et de l’enseignement vues si intéressées, à savoir l’ignorance de la vraie cabale caché dans la Bible : nous venons de voir comment. La et la méprise de ceux qui ne jugaient cette science qu’à tradition qu’elle invoque n’est nullement la tradition travers les travaux des cabalistes modernes, tous in­ officielle, orthodoxe; c'est un ésotérisme, qui n'a pas le fluencés à des degrés divers par les idées de leur temps. moindre fondement dans la réalité de l’histoire, mais Après ce qui a été dit dans le courant de l'article, on qui a été imaginé de toutes pièces pour substituer à peut juger à quoi se réduisent ces prétendus rapports de l'enseignement biblique le rationalisme pur. Si la Bible la cabale et du christianisme. La cabale ne contient rien est encore conservée et respectée, du moins d’une ma­ de spécifiquement chrétien. C'est tout au plus si la place nière nominale et quant au sens, littéral, elle n’a été assignée par le Zohar à certains hommes après leur qu’un prétexte pour sauvegarder les apparences de mort fait songer vaguement au purgatoire. La création l’orthodoxie et masquer les efforts de la pensée libre et ex nihilo ne saurait se comparer au système de l’éma­ indépendante. Aussi la Mischna doit-elle céder le pas à nation; la trinité, dogme d'un seul Dieu en trois per­ la cabale, comme une esclave devant sa souveraine. sonnes distinctes, ne peut pas davantage être comparée Zohar, in, p. 275 a, 279 6. De même le Talmud, source aux trois triades ou à la triade supérieure des Sephirolh : à peu près tarie, qui ne fournit plus que quelques création et trinité, deux vocables communs, si l’on veut, gouttes et ne suscite que des querelles, a été traité avec mais de signification bien différente dans la cabale et dédain et regardé comme une plaie du judaïsme; tandis le christianisme. La chute originelle, parfois rappelée que la cabale est la fontaine aux eaux fraîches, abon­ par le Zohar, i, p. 52 ab; il, p. 51, 231 a, 262 6, ne res­ dantes, intarissables, d une vertu souverainement effi­ semble en rien à la faute du paradis terrestre, trans- Î291 CABALE mise de génération en génération, et dont naît souillé tout descendant d'Adam. La rédemption, au sens chré­ tien, n’a pas de place logique dans un système ou l’homme se relève lui-même, s'il tombe, et sert à ramener toute chose vers Dieu. H y a plus : que d’enseignements, dans la cabale, qui sont en opposition radicale avec la doc­ trine de l’Eglise! Citons seulement la préexistence des âmes, la métempsycose, la négation de l’éternité des peines, le salut universel, la restauration finale. Assu­ rément, ce défaut de traits de ressemblances, d’une part, et, d’autre part, ces dillérences si essentielles con­ damnent la manière de voir de ceux qui jugeaient si favorablement la cabale. Mieux instruits, ils auraient jugé comme nous. 4292 CABASILAS mais le syriaque; Gloria posthuma societatis Jesu. Pars prima, in-8», Rome, 1814 ; Bibliotheca scriptorum societatis Jesu supplementa, in-4», Rome, 1816. Ces deux derniers ouvrages constituent pour l’histoire reli­ gieuse de véritables monuments, toujours précieux. Torres Amat, Memorias para ayudar a formar un diccionario critico de los escritores Catalanes.... Barcelone, 1836, art. Caballero ;Bover, Biblioteca de escritores Baleares, Palma, 1868, p. 245 sq. ; de Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C’· de Jésus, t. u, col. 481-483; Hurter, Nomenclator, t. Ht, col. 874 sq. P. Bernard. 1. CABASILAS Nicolas, neveu de Nil Cabasilas (voir l’article suivant), né vers 1290. Laïque, il fut mêlé aux incidents qui marquèrent la lutte pour l’empire entre Outre les travaux indiqués au commencement de l’article, et Jean Cantacuzène et Jean Paléologue. Il devint arche­ dont les principaux sont ceux de Franck, /.« kabbale, 1'· édit., vêque de Thessalonique en 1361 et mourut vers 1363, Paris, 1843 ; 2'édit., 1889, et de Karppe, Étude sur les origines sans avoir, semble-t-il, pris possession de son siège. Cf. et la nature du Zohar, Paris, 1901, voir : Buddée Introductio L. Petit, dans les Échos d’Orient, Paris, 1901, t. v, p. 94. ad historiam philosophise judæorum, Halle. 1702, 1721; BasNicolas Cabasilas fut un homme instruit et habile, une nage. Histoire des juifs, Rotterdam, 1707. t. Il, p. 771-1980; Klcuker, Ueber die Natur und den Ursprung des Emanations- I des lumières de l’Église grecque au xiv» siècle, un de ses meilleurs écrivains; son style se distingue par une lettre bei den Kabbalisten, Riga, 17811; Beer, Geschichte und Mt'inungen aller bestandenen und noch bestehender Sekten... simplicité de bon aloi, une clarté parfaite. Au point de Oder Kabbalah, Brunn, 1823, t. n; Molitor, Philosophie der Ge­ vue théologique, trois points méritent l’attention. schichte oder über die Tradition, Munster, 1827-1853 ; 2' édit., 1» Dans l’allaire des hésychastes (voir ce mot), Nicolas 1857 : Bamberger, Die hohe Bedmitung der altiudischen Tra­ se rangea du côté de Grégoire Palamas et des moines dition oder der sogenunnten Kabbalah, Sulzbach, 1814; Luzdu mont Athos. Jean Cantacuzène, alors empereur, l’en­ zato, Γ2-Π b" Dialogues sur la cabale, publiés dans voya auprès de Nicéphore Grégoras pour amener le Kérem Hésned en 1832 et réimprimés avec additions, Gorilz. celui-ci aux idées de Palamas. Nicolas ne réussit point 1852: Jellinok, Beitràge :ur Geschichte der Kabbala, Leipzig. 1852; Auswahl kabbalisticher Mystik, Leipzig, 1853; Philoso­ dans sa mission. Pour ébranler Grégoras, il le menaça phie und Kabbala, Leipzig, 1851 ; Drach, La cabale des Hébreux. de la colère impériale en des termes qui lui valurent Rome. 1804 ; Muscs ben Schemlob de Leon und sein Verhültcette vive et juste réponse : « Ces paroles conviendraient niss zum Soliar, Leipzig, 1851; S. Munk, Palestine, Paris, 1881, aux temps de Dioclétien. » Nicéphore Grégoras, Byzanp. 519-524; Ginsburg, The Kabbalah, ils doctrines, develop­ linæ hisloriæ, I. XXIV, c. il, n. 3, P. G., t. cxlviii, ment and literature, Londres, 1865: L. Wogue, Histoire de la col. 1-435-1436. Sur le fond même du débat, Cabasilas Bible et de l’exégèse biblique jusqu’à nos jours, Paris, 1881, déclara les écrits de Palamas absolument irréprochables. p. 271-280; Rosner, Dissertation sur la philosophie de la ca­ bale, texte hébreu et court résumé en allemand, Vienne, 1882; Ibid., I. XXII, c. tv, n. 4, col. 1331-1334; cf. n. 10, J. S. Spiegler, Geschichte der Philosophie des Judmthums, col. 1353-1354. Grégoras ayant écrit contre Palamas et Leipzig. 1890, p. 88 sq.; Busson, L’origine égyptienne de la kab­ ses doctrines, Cabasilas répondit par un opuscule bale. dans le Compte rendu des congrès scientifiques interna­ « contre les radotages de Grégoras ». tionaux des catholiques, Paris, 1891, 2· section, Sciences reli­ 2» Nicolas Cabasilas attaqua également l’Église latine. gieuses, p. 30 sq. ; Lambert, Commentaire sur le Sefer Yesira, Oudin, Commentarius de scriptoribus Ecclesiæ anti­ Paris, 1891 ; Bloch, Geschichte der Entwickelung der Kabbala, quis, Leipzig, 1722, t. m, col. 984-987, n’a pas eu de Trieste. 1894; Ruben, Hridenlhum und Kabbala, Vienne, 1893: K. Kiesewetter, Der Occultismes des AUeriums, Leipzig, 1896; peine à établir que Nicolas n’eut pas les sentiments J. Bloch et E. Lévy, Histoire de la littérature juive d’après d’un catholique romain. Il semble, pourtant, qu’on lui G. Karpeles, Paris, 1901, p. 367-379, 420-422, 463-466, 506-516; attribues tort un traité sur la procession du Saint-Esprit E. Bischoff, Die Kabbalah. Einführung in die jüdisclie Mystik contre saint Thomas d’Aquin; c’est ce que font, par und Geheimwissenchaft, Leipzig. 1903; Encyklopadisch-philoexemple, llarles, dans la 2° édit, de Fabricius, Biblio­ sophisches Lexikon, Leipzig, 1827, art. de Krug: Philosophietheca græca, Hambourg, 1807, t. x, p. 25, P. G., t. cl, geschichtlichen Lexikon, Leipzig, 1879, art. de Noach: Kirchencol. 357; Demetracopoulo, Grsecia orthodoxa, Leipzig, lexikon, de Wetzer et Welle, 1" édit., ari. de Schluter; 2* édit., Fribourg-en-Brisgau, 1890, art. de Kaulen; Dictionary of Chris­ 1872, p. 84. Un traité de ce genre a été composé par tian Biography, de Smith, Londres, 1877, art. de Ginsburg; Nil Cabasilas (voir l’article suivant), et c’est probable­ Bealencyclopadie, 3· édit., Leipzig, 1901, t. tx, p. 670-689, art. ment parce qu’on a confondu les deux Cabasilas qu’on de Wünsche; Dictionnaire des sciences philosophiques, de le prête à Nicolas. En revanche, il est incontestable que Franck, Paris, 1885; Dictionnaire de la Bible, de M. Vigoureux, Nicolas combattit les latins à propos de la forme du Paris, t. ut, col. 1881-1884; The jeioish encyclopedia, in-4·, Newsacrement de l’eucharistie. Pour les grecs, expose-t-il, Yorket Londres, 1902, t. m, art. Cabala; U. Chevalier. Bépertoire. Topo-bibliographie, Montbéliard, 1894-1899. p. 537. Sacræ liturgiæ interpretatio, c. xxvtt, P. G., t. cl, G. Bareille. col. 426, il ne suffit pas que le prêtre rappelle l’institu­ CABALLERO Raymond Diosdado,jésuite espagnol, tion de l’eucharistie et prononce les paroles de l’insti­ né à Palma, le 19 juin 1740, admis dans la Compa­ tution, mais, cum ea ipsa verba dixit, deinde procidit, gnie de Jésus le 15 novembre 1752. Il enseigna d’abord et orat,et supplicat,divinas illas voces ipsius unigeniti les humanités à Madrid, puis la rhétorique en 1767. Servatoris nostri etiam in donis propositis applicans, Déporté en Italie lors de l’éxpulsion des jésuites d’Es­ ut, suscepto ejus sanctissimo et omnipotente Spiritu, pagne, il prononça ses vœux de profés à Forli le 15 août convertatur quidem panis in ipsum corpus et vinum 1773 et se fixa à Rome, ou il mourut le 16 janvier 1830, in pretiosum et sanctum ejus sanguinem. Uæc cum ou. suivant d’autres témoignages, le 28 avril 1829. Éru­ oravit et dixit, universum sacrificium peractum et dit de première marque, il a laissé d’importants tra­ perfectum est et... panis non amplius figura domi­ vaux sur les sujets les plus divers. Nous avons à citer nici corporis... sed... ipsum sanctisshpum corpus ici : Commentariola crit ica, I. De disciplina arcani; JI. Domini. La consécration eucharistique requiert donc, De lingua evangelica..., in-8», s. 1. n. d. (Rome, 1798), avec les paroles de l’institution de l’eucliaristie. les où il réfute Schelstrate et Hardouin et prouve sans trop prières qui suivent, dans lesquelles le Saint-Esprit est de peine, conlrairement à Diodati, que la langue mater­ invoqué et qu’on a désignées sous le nom d épiclèse. nelle du Christ et des apôtres était non point le grec, Cf. X.-M. Le Bachelet, Consécration et épiclése, dans DICT. DE TIIÉOL. CATIIOL. IL — 41 1293 CABASILAS les Études publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus, Paris, 1898, t. lxxv, p. 466-491. Nicolas s’attache à réfuter les Latins qui placent toute la consécration dans les paroles de l’institution. 11 s'efforce, en particu­ lier, de démontrer que les latins ont tort d'objecter aux grecs le passage où saint Jean Chrysostome attribue aux mots : « Ceci est mon corps » le même mode d'opération qu’aux mots de la Genèse : « Croissez et multipliez-vous, » et que, loin de favoriser la manière de voir des latins, ce passage la contredit, c. xxix, col. 429-430. Puis il essaie d’établir que la prière sui­ vante de la liturgie latine : Supplices te rogamus, omnipotens Deus, jube hæc perferri per manus sancti angeli tui in sublime altare tuum, in conspectu divinis majestatis tine, parfait équivalent de la prière de la liturgie grecque, suppose que le corps du Christ n’est pas présent sur l'autel et a pour but d'obtenir de Dieu la consécration du pain et du vin : Hæc oratio nihil aliud confert donis quam mutationem in corpus et sanguinem Domini, c. x.xx.col. 435. Et ainsi, conclut-il, col. 437-438, le désaccord n’est pas entre l’Église grecque et l’Eglise latine, mais entre l’Église grecque et quel­ ques latins récents qui n’ont que le souci de dire ou d’entendre des choses nouvelles. Cf. Renz, Die Geschichte des Messopfer-Begriffs, Freising, 1901, t. i, p. 651-656. La thèse de Nicolas fut reprise, au concile de Florence, par Marc d’Éplièse. Cf. J. Turmel, Histoire de la théologie positive, Paris, 1904, t. I, p. 450-452. Bessarion a réfuté Marc d’Ephèseet Cabasilas, dans son De sacramento eucharisties et quibus verbis Christi corpus conficiatur, P. G., t. clxi, col. 493-526, spéciale­ ment 507-508. Sur l’histoire ultérieure de cette thèse cf. X.-M. Le Bachelet, lue. cil., p. 466-470. 3» En dehors de ses polémiques avec les Latins et avec les Grecs hostiles aux rêveries de Palamas, Nicolas Cabasilas a écrit des pages pieuses et vraiment remar­ quables. Si l’on excepte lèse, xxvn-xxx, où il développe sa théorie sur l’épiclèse, la Sacræ liturgiæ interpreta­ tio, ou explication des prières de la messe dans la litur­ gie grecque, est non seulement irréprochable, mais encore édifiante et instructive; « il y a peu de traités de ce genre où l’on découvre plus de lumières sur les mystères et plus de science ecclésiastique, » disent les auteurs de La perpétuité de la foy de l’Église catho­ lique touchant l'eucharistie, 2» édit., Paris, 1713, p. 242. Ces mêmes auteurs démontrent surabondamment, contre Claude, que Nicolas Cabasilas enseigne la pré­ sence réelle et la transsubstantiation, et dans la Sacræ liturgiæ interpretatio et dans le De vita in Christo. Ce dernier ouvrage est l’œuvre principale de Nicolas. On le classe généralement parmi les traités de théologie mystique. On le peut, à la condition de prendre ce mot « mystique » dans un sens large, car Nicolas Cabasilas ne s’occupe point des états mystiques au sens strict du mot, mais tout simplement de la vie de la grâce dans le chrétien ordinaire. C’est à tort que, dans le Journal des savants, Paris, 1849, p. 634, Hase a signalé le De vita in Christo comme contenant des « erreurs qui, malgré la dilférence de la langue, de la société et des mœurs, sont analogues à celles que Fénelon partagea pendant quelques années, que l’Église condamna dans les écrits de Mme Guyon, mais qui, depuis le n· siècle de notre ère jusqu’à plusieurs écoles théologiques mo­ dernes et quelques philosophes contemporains, ont tou­ jours été l'apanage des esprits sensibles et poétiques ». Après avoir établi, en général, dans le I" livre, que « la vie cachée dans le Christ », la vie de la grâce, est cons­ tituée par les sacrements de baptême, de confirmation et d’eucharistie, il traite, dans les 1. Il-IV, de chacun de ces sacrements en particulier. Le I. V, consacré à l’autel et à son symbolisme, est une sorte d'appendice aux livres précédents, surtout au 1. IV sur l’eucharistie. Le 1. VI traite des devoirs de la vie chrétienne en général; 1294 le 1. VII et dernier du péché qui attriste le chrétien et de la vertu qui le réjouit. Cabasilas dit qu’avant la venue du Christ justes et pécheurs étaient prisonniers du dé­ mon et qu’ils différaient en ceci que les pécheurs sup­ portaient sans révolte leur captivité, tandis que les justes étaient des prisonniers frémissants et qui soupiraient après le jour où le Christ payerait leur dette et les ren­ drait libres. P. G., t. cl, col. 507-510; cf. col. 519-520,527528,531-532,537-538.11 est utile à consulter sur les céré­ monies du baptême (par immersion) et leur symbolisme, col. 527-532, sur la forme de ce sacrement, col. 531-534, et sur les effets du péché originel, col. 535-538. Il dit, col. 553-554, que les apôtres, bien que vivant avec Jésus, le Soleil des âmes, ne voyaient pas le rayon divin, et que le baptême et la descente du Saint-Esprit dans leurs âmes firent d'eux des hommes nouveaux aimant le Christ et capables de le faire aimer : pareillement, ajoute-t-il, le baptême a fait subitement des saints d’hommes qui le reçurent par jeu, et il cite, col. 555-558, les cas, ana­ logues à celui que présente la légende de saint Genès, des saints grecs Porphyre, Gélase et Ardalion. Le sacre­ ment de confirmation est nécessaire, col. 573-574; on doit le recevoir avant celui de l'eucharistie, col. 523-524, 581582. C’est la confirmation qui conféra les charismes pen­ dant les premiers siècles de l’Église, alors que celle-ci en avait besoin, et etiam talia quibusdam inde collala sunt et nostro et paulo superiore sæculo, col. 574. Quand un chrétien a renié le Christ et, repentant, revient à l’Église, sacerdos auctoritate legis ecclesiastics: sacro tantum oleo corpora inunctos, citra ritum alium, ordini fidelium restituit, coi. 546, et cf. ce qui suit. Traitant de l’eucharistie, Cabasilas enseigne, avec insis­ tance, qu’elle est le moyen, pour le pécheur, de re­ venir à la vie de la grâce, d’obtenir la rémission de ses fautes, col. 585-592, 595-596, 609-610; il semble que, pour bien comprendre ces passages, il faut les rappro­ cher de ceux où Cabasilas demande la contrition avant la réception de l’eucharistie, col. 603-604, déclare qu’on doit se purifier, χαΟαίρεσΟαι, col. 605, s’ouvrir de ses péchés au prêtre, col. 591-592, et surtout de celui où il s’exprime de la sorte : super peccatis confitendis acce­ dendi sacerdotes, et bibendus sanguis in quo purgandi vis est, coi. 683. Un passage de la Sacræ liturgiæ inter­ pretatio, c. xxix, col. 430, est plus explicite sur l'effet du sacrement de pénitence; il y est dit que, même après la mort du Christ, fide et pænilentia et confessione opus est, et sacerdotum oratione, nec potest homo solvi a peccatis nisi hæc præcesserint. Nous ne relevons qu’un détail du I. V, col. 634, sur l'autel : primis sacerdotibus altare erant manus. Nicolas Cabasilas a encore composé un discours Con­ tra feneratores, qui est une condamnation absolue du prêt à intérêt, un éloge de saint Démétrius de Thessalonique et un autre de sainte Theodora de Thessalonique, des homélies, des lettres, un opuscule contre le pyrrhonisme, sansparlerde divers écrits de philosophie, de rhétorique, de poésie, etc. I. Œuvbes. — Nous avons dans P. G., t. cl, col. 367-492 : Sacræ liturgiæ interpretatio (intitulé encore, col. 363, De di­ vino altaris sacrificio, et col. 369, Liturgiæ e.rpositio); col. 493-726 : De vita in Christo; col. 727-750 : Sermo contra feneratores; col. 753-772 : Laudatio sanctæ matris noslr.r et myroblytidæ Theodoræ; t. cxLvnr, col. 61-62, des fragments de l'écrit contre Nicéphore Grégoras. W. Gass, Die Mystilc des Nikolaus Cabasilas vom Leben in Christo, Greifswald, 1849, à la suile du De vita in Christo, p. 1-209, 2· pagination, a publié, p. 210-216, quelques pages sur le libre arbitre qui sont peut-être de Nicolas. A. C. Demetracoponlo, Græcia orthodoxa sive de Græcis qui contra Latinos scripserunt et de eorum scriptis, Leipzig, 1872, p. 76, a publié l'épitapbe de Nil Cabasilas, et, p. 78-80, une introduction aux écrits de Nil Cabasilas sur la pro­ cession du Saint-Esprit, déjà publiée par L. Allatlus, De Nilis et eorum scriptis diatriba, c. xrv, dans Fabricius, Hibliotheca græca. Hambourg, 1712, t. V, 2· pagination, p. 67-68, P. G., t. CXL1X, cul. 677-680. L’éloge de saint Démétrius a été publié par 1295 CABASILAS Tl). Joannu, ΜνημιΤα δγιοίογιχά, Venise, 1884, p. 67-147. Dans un programme de l’université de Bonn, Natalicia regis augustis­ simi Guilelmi II imp. Germanorum, paru en 1900, M. Elter a publié l’opuscule contre le pyrrhonisme : Π«?ϊ «3 χυτηρίου τ«ίς &λη9ιίας u fert. Des lettres de Nicolas ont été publiées par A. Papadopulos Kerameus, dans *Έλληνιχό; οιλολόγος σύλλογος, ΠαλαιοΎ?α=·.χόν 5<λτίον, Constantinople, 1881-1882 (paru en 1885). Sur les écrits inédits, et. A. Ehrhard, dans K. Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Litteralur, 2' édit., Munich. 1897, p. 159. II. Vie et doctrines. — 1· Sources anciennes : Nicéphore Grégoras, Byzantinae histories, 1. XXI, c. v, n. 6:1. XXII, c. iv, n. 1:1. XXIV, c. n, n. 4, P. G., t. cxlviiî, col. 1299-1302, 13271438; Jean Cantacuzène, Historiarum, I. III, c. i.xxin, xciv, x ιχ-α; I. IV, c. xvi, xxxvn, P. G., t. cltii, col. 1131-1132, 1250-1262,1293-1296; t. cliv, col. 125-126, 281-286; Siméon de Thessalnnique, Dialogus contra hæreses, c. xxxi, P. G.,t. clv, col. 145-140; Georges Phranzès, Chronicon majus, 1. II, c. v, P. G., t. clvi, col. 751-752; Bessarion, De sacramento eucha­ ristiae et quibus verbis Christi corpus conficiatur, P. G., t (XXI, coi. 507-508. 2· Travaux modernes : L. Allatius, De Nilis et eorum scri­ ptis diatriba, c. xiv, dans Fabricius, Bibliotheca grteca, Ham­ bourg, 1712, t. v, 2· pagination, p. 71-77 ; Fabricius, Bibliotheca græca, édit. Harles, Hambourg. 1807, t. x, p. 25-30, P. G., t. cl, coi. 355-362; Oudin, Commentanus de scriptoribus Ecclesiæ antiquis, Leipzig, 1722, t. ni, col. 983-995; W. Gass, Die Mystik des Nikolaus Cabasilas vom Leben in Christo, Greifswald, 1849,1’· pagination, p. 1-224; Hase, dans le Journal des savants, Paris, 1849, p.641-654;A. Ehrhard,dans K. Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Liitérât ur, 2' édit., Munich, 1897, p. 158159; A. Domer, Grundriss der Dogmengeschichte, Berlin, 1899, p. 220, 397. Voir encore Ul. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge. Bio-bibliographie, 2' édit., col. 739. F. Vernet. 2. CABASILAS Nil, successeur de Grégoire Palamas connue archevêque métropolitain de Thessalonique, au moins en titre, car il mourut avant d'avoir pu prendre possession de son siège; son élection et sa mort doivent être placés en I36I. Cf. L. Petit, dans les Échos d’Orient, Paris, 1901, t. v, p. 93-94. On a eu tort d'identilier en un seul personnage Nicolas de Modon. Methonensis (il écri­ vit vers 1155), et les deux Cabasilas, Nil et Nicolas. Cf. L. Allatius, De Nilis diatriba, c. χιν, dans Fabricius, Bibliotheca græca, Hambourg, 1712, t. v, 2e pagination, p. 62-64, P. G., t. cxLtx. col. 675-676; Oudin, Commen­ tarius de scriptoribus Ecclesiæ antiquis, Leipzig, 1722, t. in, col. 922-924. Nil Cabasilas prit parti, dans le débat soulevé par les hésychastes (voir ce mot), pour Grégoire Palamas. Il com­ posa contre Barlaam, cf. col. 407-409, et Acindynus, cl. t. t, col. 311-312, des écrits que Jean de Cyparisse combattit en cinq livres de réfutation. Le principal effort de Nil fut contre l’Église romaine. Trois de ses ouvrages contre la procession du SaintEsprit sont demeurés inédits; il attaquait, en particulier, saint Thomas d'Aquin. Démétrius Cydones prit, contre lui, la.défense de saint Thomas; Démétrius Ghrysoloras à son tour défendit Nil Cabasilas contre Démétrius Cydones. Dans son traité sur la procession du SaintEsprit, Georges de Trébizondeégalement réfuta quelques passages de Nil. Trois autres ouvrages de polémique contre les latins, dus à la plume de Nil, ont été impri­ més 1° L'un traite des causes du désaccord entre les Églises latine et grecque, et tend à prouver, comme le porte le titre, que la cause unique du con flit, « c’est que le pape refuse de déférer à la connaissance et au juge­ ment d'un concile œcuménique l'affaire en litige, mais veut siéger seul comme maître et juge de la controverse, traitant les autres comme des disciples et de simples auditeurs de sa parole — ce qui est contraire aux lois et aux actes des apôtres et des Pères. » P. G., t. cxi.tx, c··!. 683-684. De ce traité nous possédons une réfutation qui a [>our auteur.lean-Matbieu Caryophyllus, archevêque d Iconium, lequel dédia son ouvrage au pape Urbain VIII (1626). — 2» Le deuxième est intitulé Περί τής τοΰ Πάπα άε/ής. Nil attaque vivement la primauté du pape. Entre autres arguments, il objecte le cas d’Honorius, P. G., 1296 t. cxLtx, col. 705-714, et de ce que le pape n’est pas impeccable conclut qu’il n’est pas infaillible, col. 705706. Nil déclare qu’aux rois, non aux papes, il appar­ tient de convoquer les conciles œcuméniques, et, « si je dis, poursuit-il, col. 723-724, qu’il est honteux pour un évêque d'ambitionner ce qui est un privilège royal, ce n’est pas que je blâme la pusillanimité des rois — car leurs affaires vont bien, καλά μέν γάρ καί τάκείνων — mais c’est pour le bien de l’Église, afin qu'elle méprise les biens apparents et lutte pour les choses célestes. » Ne voilà-t-il pas, en raccourci, tout le césarisme? Le pape est le successeur de saint Pierre, en ce qu’il lui a succédé à Rome; quant à la primauté dont il a joui, elle est purement honorifique et lui est venue non de saint Pierre, mais de la concession des saints Pères et des rois pieux, qui la lui ont accordée pour cette unique raison que Rome était ia capitale de l'empire, col. 701704. La conclusion est la suivante, col. 727-730 : « Tant que le pape garde ra place et reste avec la vérité, il n’est pas privé de sa première et propre principauté, et il est chef dè l’Église, souverain pontile, et successeur de Pierre et des autres apôtres, il faut que tous lui obéissent et que rien ne diminue l'honneur qu'on lui doit; mais si, s’étant retiré de ta vérité, il ne veut pas revenir à elle, il sera condamné. » Cf. Bellarmin, De Romano pontifice, 1. II, c. x.xii, xxvn ; De conciliis et Ecclesia, 1. I, c. xn, xm, De controversiis, Paris, 1620, t. i, col. 667-668, 680-685; t. n, col. 23, 25-26. Ce traité a figuré jusqu’en 1900 dansVIndex librorum prohibitorum. — 3° Le troisième ouvrage traite du feu du purgatoire. Nil Cabasilas a toujours été tenu en grande estime dans l’Église grecque. Il est appelé « le bienheureux Nil », « saint Nil. » Au concile de Florence, il fut allégué comme une autorité de premier ordre par les adversaires de l’union avec les latins, et de tout temps les grecs schismatiques ont déclaré décisifs et irréfu­ tables ses écrits contre l’Église romaine. Voir, pour les temps anciens, les témoignages recueillis par L. Alla­ tius, dans Fabricius, toc. cil., p. 68-69, P. G., t. CXLIX, col. 679-682. Citons, pour les temps modernes, Macaire, évêque de Vinnitza et recteur de l’académie ecclésias­ tique de Saint-Pétersbourg, Théologie dogmatique ortho­ doxe, trad, franç., Paris, 1859, t. t, p. 64, où il classe les écrits de Nil Cabasilas parmi « les plus remarquables » des compositions qui ont pour objet « les dogmes altérés ou rejetés par les papistes », et l’archimandrite A. C. Demetracopoulo, Græcia orthodoxa, Leipzig, 1872, p. 76, qui appelle Nil « redoutable adversaire de la jactance pa­ pale, invincible réfutateur des innovations latines, δεινό; πολέμιος τής παπικής αλαζονείας και τών λατινικών καινο­ τομιών ελεγκτής ακαταγώνιστος, homme sage et qui s'éleva jusqu’au sommet de la science ». I. Œuvres. — Les deux traités De causis dissensionum in Ecclesia et De papæ primatu sont dans P. G., t. CXLIX, col. 683730; le traité sur te feu du purgatoire, publié par Bon. Vulcanius, Leyde, 1595. n’a pas été réédité par Migne. Voir encore Binæ epistotæ nunc primum editæ altera Nili Cabasilæ altera De­ metrii Cydonii, program., auctore Ch.-Frid. Matlhæl, Dresde. 1789. Sur les écrits inédits de Nil, cf. A. C. Denielracopuulo, Grxcia orthodoxa, p. 77-78. II. Vie et doctrines. — 1· Sources anciennes : Siméon de Thessalonique, Dialogus contra hæreses, c. xxxi. P. G., t. ci.v, col. 145-146; Georges Phranzès, Chronicon majus, I. II, c. v, P. G., t. clvi, col. 751-752; Nicolas Cabasilas, cf. la bibliographie de l'article précédent. Les écrits pour et contre NU dont nous avons parlé sont restés inédits, exception faite pour Georges de Trébizonde, De processione Spiritus Sancti, P. G., t. ct.xi, col. 769-828, cf. col. 795-810, et pour Jean-Mathieu Caryophyllus, Confutatio Nili Thessalonicensis de primatu papæ, P. G., t. cxi.lx, col. 729-878. 2- Travaux modernes : L. Allatius, De Nilis et eorum scri­ ptis diatriba, c. Xiv, dans Fabricius. Bibliotheca græca, Ham­ bourg, 1712, t. V, 2' pagination, p. 59-72, P. G., L CXLIX, coi. 671684; Oudin. Commentarius de scriptoribus Ecclesiæ antiquis, Leipzig, 1722, t- ut, coi. 917- 924; A. C. Demetracopoulo, Græcia 1297 CABASILAS — CACCIGUERRA orthodoxa sive de Graecis qui contra Latinos scripserunt et de eorum scriptis, Leipzig, 1872, p. 76-80; A. Ehrhard, dans K. Krumbacher, Gcschichte der byzantinischen Litteratur, 2' édit., Munich, 1897, p. 109-110. Voir encore Ut. Chevalier. Ré­ pertoire des sources historiques du moyeu âge. Bio-bibliograghie, 2’ édit., col. 739-740. F. Vernet. CABASSUT Jean, oratorien, né à Aix-en-Provence, en 1605, mort en 1685. D’abord avocat, il entra à l’Oratoire de sa ville natale en 1626, et fut quelques années employé dans les collèges. En 1660, il accompagna à Rome le cardinal Grimaldi pour le conclave où Alexan­ dre ATI fut élu, profita de ce séjour pour étudier les monuments de la discipline ecclésiastique et ne tarda pas à en faire part au public sous le titre de Notitia conciliorum S. Ecclesiæ in qua elucidantur exactissime tum sacri canones, tum veteres novique Ecclesiæ ritus, tum præcipuæ partes ecclesiaslicæ hisloriæ, in-8°, Lyon, 1668. Bien qu’on ait continué à rééditer cet ouvrage sous cette première forme, Lyon, 1670; Venise, 1703, 1745, 1755, 1776, l’auteur en donna, dès 1680, une édition entièrement retondue et complétée sous le titre de Noti­ tia ecclesiastica historiarum, conciliorum et cano­ num... veterumque... rituum..., in-fol., Lyon, dont il se fit 15 éditions, la dernière, 3 in-8», Tournai, 1851. Ouvrage judicieux, utile, recommandé par Mabillon dans ses Eludes monastiques. Cabassut est encore auteur de Juris canonici theoriaet praxis..., in-4°, Lyon, 1675, réédité une dizaine de fois, où il tient un juste milieu entre rigoristes et laxistes. Il avait fait aussi im­ primer à Aix un petit Traité de l'usure, par ordre du cardinal Grimaldi. Le Nécrologe de l’Oratoire le loue d’avoir « laissé de grands exemples d’humilité et de retraite continuelle, de mortification et d’un désinté­ ressement admirables, comme il a laissé... de riches monuments de son esprit et de sa profonde érudition ». Clovseault, Recueil des vies, etc., t. m, p. 29; Batlerel, Mé­ moires, t. m, p. 366-412; Ingold, Bibliographie oratorienne, p. 29 ; Hurter, Nomenclator, t. π, col. 501. A. Ingold. CABEZUDO Didacus Nuno, dominicain espagnol, né à Villalon en Castille, mort à Ségovie en février 1614. Agé seulement de 16 ans, il fit profession de la vie reli­ gieuse chez les frères prêcheurs et, ses études terminées, enseigna la théologie en divers couvents de son ordre et en particulier à Saint-Paul et à Saint-Grégoire de Valladolid. En '1594, il combattit le jésuite Antonin de Padilla, défenseur des doctrines de son confrère Louis Molina. Cabezudo publia Commentarii ac disputationes in tertiam partem Summæ theologiæ D. Thomæ Aquinatis cum additionibus ejusdem mine primum accurate juxta atque luculenter discussis, 2 in-fol., Valladolid, 1601. Cet ouvrage eut plusieurs éditions; celle de 1660 a été augmentée de quatre dissertations : 1° De auctoritate summi pontificis et conciliorum ; 2° De indulgentiis ; 3“ De auxiliis divinæ gratine; 4° De bulla Cruciatæ dicta. L’édition de 1663 a pour titre : D. Thomas explanatus, sive Fr. Didaci Nuiio Cabezudo commentaria scholastica in tertiam pat tent D. Thomæ de sacramentis, in-fol., Cologne. Longtemps après sa mort fut publié par les soins d’un autre domi­ nicain l’ouvrage suivant : Tractatio in tertiam partem Summæ theologicas D. Thomæ nunc primum in lucem edita, sed accurate recognita, a mendis expurgata, veris ac legitimis indicibus auctorum restitutis ornata, innumeris Patrum, conciliorum, Scripturarum testi­ moniis ad materias controversas perlinentibus locu­ pletata... opus posthumum cura et studio Fr. Antonii Cloche, 2 in-fol., Rome, 1682. 1298 CABRERA (Alphonse de), né à Cordoue où il entra dans l’ordre des frères prêcheurs. Professeur à la pre­ mière chaire de théologie de l’université dOsuna; pré­ dicateur de Philippe II et de Philippe III; mort à Madrid le 20 novembre 1598. — Tratado de los escrupulos y de sus remedies, in-8°, Valence, 1599; in-8°, Bar­ celone, 1606; trad, italienne de Basile Campanella, in-12, Palerme, 1612; trad, franç. de Paul Duez, S. .1., à la suite de la trad, franç. des œuvres d’Alphonse Rodriguez, in-4°, Paris, 1622. Quéfif-Echard, Script, ord. præd., 1.11, p. 322. P. Mandonnet. CAC A VÊLAS Jérémie, théologien grec du xvii'siècle, né à Candie. Il passa plusieurs années de sa vie à Lei­ pzig et à Vienne, et de retour en Orient il enseigna à l’académie de Bucarest. On a de lui une traduction en grec des vies des souverains pontifes par Platina, et un ouvrage intitulé ; ΙΙραγματεία περί τών πέντε δια­ φορών περί ών ή ελληνική ’Εκκλησία διαφέρεται προς τήν ρωμαϊκήν. Il corrigea aussi le fort volume du patriarche Dosithée qui, malgré le titre de Τόμος αγάπης, attaque violemment l’Église latine. Vrétos, ΝιοΑληνιχΙ, τ>λ«λογία, Athènes, 1854, t. I, p. 45, 202; Cons­ tantins (patriarche), Πιοί twv μιτά rr.v άλωαι·, Ix îoS άρινή x'zi Siaxpcôà-zvwv, Συγγραραΐ Ιλάσαονις, Constantinople, 1886, p. 152; Paranica, Χχιΐίααμα χιρΐ vtl Ιντψ Ιλλην.χ? «Le χατααχάαιως xwv γραμμάτων, Constantinople, 1867, ρ. 183; Sathas, Ν<ο<λλη·.·-ζή φιλολογία, Athènes. 1868. ρ. 383-384 ; Denietracopoulo, ’OptôS-.·ος ’Ελλάς, Leipzig, 1872. ρ. 162; Rangabé, Histoire littéraire de ta Grèce moderne, Paris, 1877, t. i, p. 39: Zaviras, Nia ’Ελλάς, Athènes, 1872, p. 350; lonescu, Influenta culturel grecesci in Muntenia si Moldavia, Bucarest, 1900, p. 20. A. Palmieri. CACCIALUPO Jean-Baptiste, jurisconsulte italien du xvi» siècle, professeur de droit à Sienne, et avocat consistorial, a publié : Repetitio de summa Trini­ tate, in-loL, Pavie, 1598; Modus studendi in utroque jure. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1899, t. iv, col. 738. B. HEURTEBIZE. CACCIARI Pierre-Thomas, religieux carme italien, mort le 28 février 1768, était docteur en théologie, exa­ minateur apostolique et lecteur de controverse à la Propagande à Rome. Il fit paraître une édition des œuvres de saint Léon, 3 in-fol., Rome, 1751-1755, recti­ fiant et corrigeant celle publiée par Quesnel à Paris en 1675. Le premier volume de l’édition de Cacciari dédiée à Benoit XIV renferme : Exercitationes in universa sancti Leonis Magni opera, pertinentes ad historias hæresium manichæorum, priscillianistorum, pelagianorum, atque eutychianomim, quas summo studio et labore sanctus pontifex evertit atque damnavit in sex libros distinctes. Cacciari publia en outre Ecclesiaslicæ historiæ Eusebii Pamphili I. IX, Rufi.no Aquileiensi interprete, ac duo ipsius Rufini libri. Opus in duas partes distributum quarum altera Eusebii, altera Rufini libros continet ad Vaticanos MS. codices exactos nolisque illustratos. Accedit historica dissertatio de vita, fide ac eusebiana ipsa Rufini translatione una cum indice locupletissimo, in-tol., Rome, 1741. Bibliotheca carmelitana, in-fol., Orléans, 1752, t. n, coi. 613; P. L., t. Liv, coi. 67 ; t. LV, coi. 769. B. Heurtebize. CACCIGUERRA Buonsignore ou Jérôme, religieux italien du xvie siècle, né à Sienne et lié d’une étroite amitié avec saint Philippe de Néri. Ses principaux ou­ vrages sont : 1° Trattalo della tribolatione, in-8", Venise, 1562; trad, espagnole par Vasquez Belluza; 2e Leltere spirituali, in-80, Rome, 1575; Venise, 1584; Echard, Scriptores nrd. pried., in-fol., Paris, 1721, t. n, p. 389, 3° Meditationi, in-8°, Rome, 1583 ; 4° Leltere sopra la 706: N. Antonio, Bibliolh. Hispana nova, in-fol., Madrid, 1783, t. 1, p. 303. I frequentia della santissima communione, trad, latine, I in-12, Cologne, 1586, 1591; trad, française pai’ F. de B. Heurtebize. 1299 CACCIGUERRA — CADRY 1300 Belleforest; 5° Catéchisme de la vie spirituelle, in-12, Lyon, 1599, trad, française du latin. babili; De ultimis voluntatibus ; De legatis; mais on n'indique pas d’édition de ces traités. Hœfer, Nouvelle biographie générale, t. vm, p. 51 ; Glaire, Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, t. 1, p. 3C3. E. Manoenot. CACERES (Didaco de), hiéronymite, lut supérieur d'une maison de son ordre en Espagne et publia : 1" De Noe et area sacra relectio, in-8", Salamanque, 1635; 2° la première partie seulement a'une Summa theulogiæ, in-8», Salamanque, 1638. D. Calvi, Scena letteraria degli scrittori Bergamaschi, Bergame, 1664, part H, p. 35; A Fontana, Amphitheatrum legale, Parme, 1688, suppl-, col. 11 ; Villarosa, Memorie degli scrittori Filippini, Naples, 1842. P. Édouard d’Alencon. CADONICI Jean, théologien italien, né à Venise en 1705, mort le 27 février 1786. 11 était chanoine de Cré­ mone. D’une grande érudition, il adoptait avec complai­ sance les opinions hardies ou singulières. Il publia : Vitidiciæ auguslinianæ ab imputatione regni mille­ narii, in-4», Crémone, 1747 ; dans cet ouvrage il soute­ nait que les saints de l’Ancien Testament ont joui avant la mort de Notre-Seigneur de la vision béatifique. Atta­ qué, il se défendit dans Dialoghi 1res in difesa dalle Vindicte agosliniane, in-4», Raveredo, 1753. Réfuté en 1759 par le P. Libérât Fassoni des Écoles pies, De piorumin sinu Abrahæ beatitudine ante Christi mortem, in-4», Rome, 1759, et défendu par le P. Ange-Marie Fellrijde la même congrégation, S. Il Harii, Pictavorum episcopi, de piorum statu in sinu Abrahæ ante Christi mortem sententia, in-4», Naples (Rome), 1762, Cadonici fit paraître, avec une longue et flatteuse approbation de Florian Dailham, des Écoles pies, 8’. Augustini de piorum statu in sinu Abrahæ ante Christi mortem sententia, Venise, 1763. Il y présentait de nouveaux arguments pour étayer son premier ouvrage. Contre cet auteur, le dominicain Mammachi publia alors : De animabus justorum in sinu Abrahæ ante Christi mortem expertibus beatæ visionis Dei libri duo, 2 in-4°, Rome, 1766. Cadonici a en outre composé en 1769 une disser­ tation De dicto A uguslini : Ecclesiam Christi servituram sub regibus hujus sæculi, que publia à l’avie en 1784 le professeur janséniste Joseph Zola. Hurler, Nomenclator, 1.1, p. 271. E. Mangenot. CACHERANO Joseph, barnabile, né à Turin en 1635, mort en 1685. On lui doit : 1° Prælccliones theologicæ in tractatus theologicos, Turin, 1673; 2° Theologia ascelica, 4 in-fol., dont les trois premiers ont été publiés à Lyon, 1673, 1678, 1681, et le quatrième à Milan, 1683; cet ouvrage est très rare; 3° Summula Summe ange­ lica:, seu selectiores Divi Thomæ assertiones, Milan. Glaire, Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, Paris, 1868, 1.1, p. 363 ; Hurler, Nomenclator, t. n, col. 336. E. Mangenot. CACHEUX Narcisse, prêtre français, né le 31 dé­ cembre 1789, a été professeur dans l’université de France, mort à Issenheim (Haut-Rhin) le 29 janvier 1869. Il a publié les ouvrages suivants : 1° Essai sur la philo­ sophie du christianisme, considérée dans ses rapports avec la philosophie moderne, 2 in-8», Paris, 1839-1841; 2» Philosophie de l’histoire des conciles tenus en France depuis l’établissement de la religion chrétienne dans les Gaules jusqu’à nos jours et leur influence sur les lois, les moeurs et la civilisation moderne, in-8», Paris, 1844; 3" Eludes philosophiques sur l’Eglise, in-12, Paris, 1854; c'est une remarquable apologie des droits de l’Église; 4 ■ Discussion théologique et philosophique avec le pro­ testantisme sur tous les points qui le séparent de la religion catholique, suivie de la Réfutation de la lettre du pasteur Puaux à l’évêque du Puy : Rome a-t-elle les caractères de l’Eglise de Jésus-Christ? in-8», Paris, 1855; 5» Défense de la vraie philosophie et du christianisme, ou conférences sur les rapports entre la religion et la libre-pensée, in-8», Paris; 6° La philoso­ phie de saint Thomas d’Aquin, in-8», Paris, 1858; dans cet écrit l'abbé Cacheux expose les origines historiques et la méthode de la philosophie de saint Thomas, puis les axiomes philosophiques, la psychologie, la logique, la morale philosophique, la théodicée et la métaphy­ sique de l’Ange de l'école. L’abbé Cacheux a été, en 1840, l'un des éditeurs du Répertoire des prédicateurs mo­ dernes. Huiler, Nomenclator, t. ni, col. 991 ; G. Vapereau, Dictionn lire universel des contemporains, 4· édit., Paris, 1870, p. 314; 6· édit., 1893, p. 265. E. Mangenot. CADEI (Cadæus) Jean André, de Palosco, dans la province de Brescia, né en 1596. ses études terminées au séminaire de Brescia, entra chez les oratoriens de cette ville, qui l’élurent à deux reprises pour leur supé­ rieur. Il y mourut le 1" février 1670 entouré de l'estime du clergé et des fidèles. On a de lui : De sacrosancto matrimonii sacramento doctrina Thomæ Sanches e S. J. edita... ad commodiorem confessoriorum usum, in-8», Brescia, 1656; Bergame, 1660; Repertorium seu claris rerum notabilium quæ continentur in discepta­ tionibus Stephani Gratiani,... accedit Index generalis rerum notabilium quæ in animadversionibus D. Caroli Antonii De Luca comprehenduntur, in-fol., Venise, 1(53 fou 1663) et 1699. On lui attribue : Praclica facile f-r confessant, in-12, Brescia, 1655; Axiomata spiri­ tualia in singulos anni dies distributa pro (emporis oportunitate a Thoma a Kempis de imitatione Christi desumpta, Brescia. 11 écrivit aussi : De opinione pro­ Picot, Mémoires pour servir à l'hist. eccles.; xvnr siècle, 1855, t. v, p. 475-476 ; Reuscb, Der Index, 1885, t. H, p. 962. B. Heurtebize. CADRY Jean-Baptiste, connu longtemps sous le nom de Darcy, prêtre janséniste, né à la fin de 1680 à Trez en Provence, mort à Savigny-sur-Orge le 25 no­ vembre 1756. Il termina ses études à Paris ou il devint vicaire de Saint-Étienne-du-Mont, puis de Saint-Paul. En 1718, l’évêque de Laon, M«r de Clermont, le choisit pour son théologal et lui accorda un canonical de sa cathédrale. Son opposition à la bulle Unigenitus le força après la mort de ce prélat à revenir à Paris d'où il vint habiter Palaiseau jusqu'en 1748. Alors il devint l’homme de confiance et le théologien de Mar de Caylus, évêque d’Auxerre. A la mort de ce dernier, il se fixa à Savigny-sur-Orge ou il mourut. Il avait été en outre en relations étroites avec Mor de Verthamon, évêque de Pamiers, et Msr Soanen, évêque de Senez. Ses princi­ paux écrits, qui tous ont pour but de défendre les doc­ trines jansénistes ou leurs partisans, sont: Prime fait dans une église de Paris, le 9 octobre 1118, à l’occasion de l’appel de S. Ém. M. le cardinal de Noailles, où l’on montre que les appelons ne sont pas excommu­ niés, in-12, Paris, 1718; Relation de ce qui s’est passé dans l’assemblée générale de la congrégation de la Mission, tenue à Pans le 1rr août 1TS4, in-4», Paris, 1724; Apologie pour les chartreux que la persécution excitée contre eux au sujet de la bulle Unigenitus avait obligés de sortir de leurs monastères, avec la protes­ tation des religieux de l’abbaye d’Orval, opposants à la bulle Unigenitus qui ont pris lepartide la fuite, in—4 . Paris, 1725; Témoignage des chartreux contre la cons­ titution Unigenitus, in-12; Défense des chartreux fu­ gitifs où l’on traite particulièrement de lafuite ,i.ms les persécutions à l’occasion de deux, écrits dont Γιο, a pour titre : « Lettre à M. l'évêque de touchant la protestation des chartreux, » et l’autre : t Réfutation te Γ Apologie des chartreux, » in-4», 1726; Preuves de la 1301 CADRY — CAGOTS liberté de l’Église de France, dans l’acceptation de la constitution Unigenitus, ou Recueil d’ordres émanes de la cour, in-4», 1726; Histoire de la condamnation de M. l'évêque de Senez par les prélats assemblés à Em­ brun, in-4», 1728; La cause de l'Êlat abandonnée par le clergé de France ou réflexion sur la lettre de l’as­ semblée du clergé au roi, du 11 septembre 1130, in4°, 1730; Avertissement en tête de l’Avis aux censeurs, nommés pour l'examen de la nouvelle collection des conciles du P. Hardouin/va-'t”, Utrecht, 1730; Réflexions abrégées sur l'ordonnance de M. l’archevêque de Paris, du 29 septembre 1129, au sujet de la constitution Uni­ genitus, in-4», 1720; Histoire du livre des Réflexions morales sur le Nouveau '1 estament eide la constitution Unigenitus, servant de préface aux Hexaples, 4 in-4», Amsterdam, 1726-1734: le premier volume est de l’abbé Louait ; Observations théologiques et morales sur le livre du P. Rerruyer, jésuite, intitulé : Histoire du peuple de Dieu depuis la naissance du Messie jusqu’à la fin de la Synagogue..., ajoutées à l'instruction pas­ torale que M. de Caylus, évêque d’Auxerre, avait pro­ mise et annoncée et à laquelle il a travaillé jusqu’à sa mort, 2 in-12, 1756. Murerl, Diction, historique, in-fol., Paris. 1759, t. lit, p. 18; Reusch, Der Index, Bonn, 1885. t. n, p. 746, 754. B. Heurtebize. CAERS Jean-Baptiste, jésuite flamand, né à Gand, le 21 avril 1670, entra en religion le 4 octobre 1699. Après avoir professé pendant six ans les belles-lettres et exercé en second les fonctions de maître des novices, il fut chargé, durant dix années consécutives, de l’enseigne­ ment de la théologie au séminaire épiscopal de Gand et dirigea surtout sa polémique contre les erreurs jansé­ nistes et quesnellistes. Ses supérieurs le destinèrent à la mission d'Amsterdam, où il mourut le 1er juin 1769. On a de lui : Veritas et tequilas constitutionis Unige­ nitus theologice demonstrata seu 101 (Juesnelli propo­ sitiones confutate, in-8», Gand, 1723; 2’ édit., ibid., 1726; 5" édit., ibid., 1730; Theses theologiae de actibus humanis et beatitudine..., in-4», Gand, 1795; Theses lheologicæ de Deo uno et trino, in-4», ibid., 1727. De Backor et Sommervogel. Bibliothèque de la C" de Jésus, t. n, coi. 510-511 ; Hurter, Nomenclator, t. n, coi. 1341. P. Bernard. CÆSARE (Jacob a>, théologien catholique français du xvn» siècle, a publié : Doctrina de sacrificio missæ, in-8», Douai, 1669. Ilœfer, Nouvelle biographie générale, t. vin, p. 86. E. Mangenot. CAFFARO François, religieux théatin italien, mort à Paris le 31 décembre 1720. D’une noble famille de Sicile, il entra à Messine dans l'ordre des théalins le 20 juin 1666. Une révolution le chassa de son pays et il vint habiter Paris. Il composa une lettre sur les spec­ tacles qui fut imprimée en tète du théâtre de Boursaull sous le titre de Lettre d’un théologien illustre par sa qualité ou son mérite consulté par l’auteur pour savoir si ta comédie peut être permise ou doit être absolu­ ment défendue. Contre cet écrit en faveur du théâtre, Bossuet composa ses Maximes et réflexions sur la comédie, et le P. Le Brun, de l’Oratoire, publia son Discours sur la comédie. Calîaro désavoua lui-même publiquement son ouvrage dans sa Lettre française et latine du R. P. François Caflaro, théatin, à Monsei­ gneur l’archevêque de Paris, in-4», Paris, 1694. Fr. Vezzosi, I scriltori dé clerici regolari detti teatini, in-4‘, Rome, 1780, t. i, p. 174; Quêrard, La France littéraire, t. U, p. 174. B. Heurtebize. CAGL1OLA Philippe, que plusieurs bibliographes ont appelé Caglioca Joseph et que d’autres ont dédoublé, était né à Malte ou il entra chez les convenluels. Pro­ clamé maître en théologie au collège de Saint-Bonaven­ 1302 ture à Rome, il fut lecteur à Syracuse, â Catane et à Rome, commissaire général à Malte et en Sicile, supé­ rieur des couvents de Messine et de Païenne, théologien de l’évêque de Cefalù et consulteur du Saint-Ofiice pour Malte. En· 1637 il érigea dans l’église de son couvent à La Valette une confrérie de l’Immaculée-Conceplion dont il écrivit les constitutions. Prêchant à Messine en 1643 une neuvaine en l’honneur de la sainte Vierge, ses discours eurent un tel succès qu'on lui demanda de les publier; il le lit sous ce titre, qui rappelle la tradition chère à cette ville de la lettre qu’elle aurait reçue de la Mère du Sauveur : La letlera di Messina in difesa di Maria, cioè l’inimacolala Concezione della gran madré di Dio, provala e difesa per nove discorsi su delta leltera, in-4», Messine, 1643. D publia en outre pour l’histoire de son ordre : Almæ Siciliensis provincias minorum conventualium manifestationes novissimæ sex explo­ rationibus complexas, in-4», Venise, 1644. Il promettait dans cet ouvrage de donner un Tractatus de Meliten­ sibus rebus apologeticus qui n'a pas vu le jour, ainsi qu'un autre ouvrage, dont la composition était achevée en 1649 sous le titre de Catholica pugna inquisitorum aposlolicorum in hærelicam pravitatem; et dont le manuscrit fut détruit. Le P. Cagliola mourut à Naples, en se rendant à Rome ou l’appelait le pape Alexandre VIL Franchini, Bibliosofia e memoris letteraric di scriltori francescani conventuali, Modène, 1693, p. 203; Mifsud, Bibliotheca Maltese, Malte, 1764; Sbaralea, Supplementum et castigatio ad scriptores ord. minorum, Borne, 1805; Alexis Narbone, S. J., Bibliografla Sicula sistematica, Palerme, 1850. P. Édouard d’Alençon. CAGNAZZO Jean, né à Taggia (Tabia), en Ligurie, entra dans l’ordre des Irères prêcheurs, où il remplit, à deux reprises, les fonctions de premier régent dans l’étude générale de l’ordre à Bologne et exerça la charge d’inquisiteur général de 1495 à 1513. Il mourut à Bologne en 1521. — Summa summarum Tabiena, in-4», Bologne, 1517. La 2» édition sous ce titre ; Summa summarum quæ reformata dicitur de casibus conscientiæ, etc., in-4», Bologne, 1520; Venise, 1602. Quétif-Echard, Script, ord. præd., t. it, p. 47. P. Mandoknet. CAGOTS, caste vivant à part du reste de la popula­ tion dans les Pyrénées. Si nous les faisons figurer dans ce dictionnaire, c’est que plusieurs auteurs, anciens et modernes, les ont rattachés aux albigeois. Dans une requête adressée à Léon X, en 1514, les cagots de la Haute-Navarre disent eux-mêmes de leurs ancêtres qu’ils lurent partisans du comte Raymond de Toulouse, ex quo quod dudum majores et progenitores adhaeserunt cuidam comiti Raymundo de Tolosa, qui alias quam­ dam rebellionem fecisse dicitur Ecclesiæ Romanic, per tunc Romanum pontificem a gremio sancte matris Ecclesiæ segregati dicebantur. Voir cette requête dans Fr. Michel, Histoire des races maudites en France et en Espagne, Paris, 1847, t. n, p. 220. Ch. Schmidt admet celle origine des cagots, et suppose assez légère­ ment, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois, Paris, 1849, t. I, p. 361 ; ci'. t. n, p. 307-308, que « l’existence de ce peuple malheureux et la répro­ bation qui pesait sur lui... doivent être ajoutées aux crimes de l'inquisition qui, après avoir fait des victimes sans nombre, ne sut pas même préserver ceux qui consentirent à se courber sous son joug de la haine superstitieuse du peuple catholique ». Aujourd’hui il semble acquis à l'histoire que les cagots n'eurent rien de commun avec les albigeois. Les lépreux furent isolés de la société des hommes; il y en eut qui se marièrent entre eux. Leurs enfants, en raison de leur origine, furent considérés comme suspects et durent vivre à l’écart de la population qui n’avait pas été atteinte par la lèpre. Ce furent les cagots des Pyrénées, les capots de la Gujmne et de la Gascogne, les cacous ou caqueux 1303 CAGOTS — CAILLAU de la Bretagne, les agotes de 1’Espagne : on les trouve encore appelés gafos, gahets, Collazos, colliberts. Cf. V. de Rochas, Les parias de France et d’Espagne, chrestians, cagols, gahets et cacaus, Paris, 1876. L. Cadier a publié un bon résumé de la question dans Grande encyclopédie, Paris, t. vin, p. 760-762. Cf. Ut. Chevalier, Répertoire. Topo-bibliographie, col. 543; dom Anger, Les proscrits, 1904. F. Vernet. CAHIER Charles, né à Paris, le 26 février 1807, élève brillant du collège de Saint-Acheul, avec déjà une pointe d’originalité, il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus le 7 septembre 1824·; après son temps d’épreuve, il professa à Saint-Acheul et, après la suppression des jésuites en France, à Brieg dans le Valais et à Turin en Italie; en 1853, il fut encore pour peu de temps préfet au collège de Brugelette en Belgique; mais sa vie fut surtout consacrée aux travaux d'érudition, et spéciale­ ment à l’archéologie chrétienne. Il tint une place hono­ rable et eut une réelle iulluence dans le grand mouve­ ment, qui se produisit vers le milieu du xix' siècle, pour l'étude et l'appréciation plus juste du moyen âge. Sans parler d'un bon nombre d'articles de revues et de brochures, aussi intéressants par l'érudition que pi­ quants par le ton humoristique, le P. Cahier a laissé des ouvrages considérables et honorés des suffrages des meilleurs juges, concernant l’art et l'archéologie médié­ vale. C’est d'abord la Monographie de la cathédrale de Bourges. Première partie. Vitraux du XIII· siècle, in-fol., Paris, 1841-1844. Le P. Cahier nous a lui-même appris que c’est en acceptant, sur la fin de 1840, la collaboration avec le P. Martin, qu’il avait décidément orienté sa vie vers les études d’archéologie et d’art chrétien, alors que ses «véritables penchants» l’incli­ naient « de longue date, vers l'histoire ecclésiastique pure ». Son association avec l'éminent artiste qu’était le P. Arthur Martin dura jusqu’en 1856, date de la mort du second, et fut très féconde, malgré une profonde dillérence de caractères entre les deux associés. Le crayon élégant et extraordinairement facile du P. Martin allait recueillir de toutes parts, en visitant les monuments originaux, la vaste matière artistique que le P. Cahier devait ensuite classer, compléter par les rapprochements avec les documents déjà connus, interpréter et commen­ ter. La première partie des Vitraux de Bourges a été seule publiée par les deux auteurs; un « sommaire des matières les plus remarquables renfermées dans le texte et les planches » de cet ouvrage est inséré dans le Dictionnaire d’iconographie de Migne, col. 921-938. La collaboration se continua dans les Mélanges d'archéolo­ gie, dBiisloire et de littérature, rédigés ou recueillis par les auteurs de la Monographie de la cathédrale de Bourges. Collection de mémoires sur l’orfèvrerie et les émaux des trésors d'Aix-la-Chapelle, de Cologne, etc.; sur les anciens ivoires sculptés de Bamberg, Batisbonne, Munich, Paris, Londres, etc. ; sur des éto/Jes byzantines, arabes, etc.; sur des peintures, bas-reliefs mystérieux de l’époque carloringienne, romane, etc., 4 in-4", Paris, 1848-1856. Le P. Cahier publia seul, mais en utilisant encore des dessins de son confrère, les Caractéristiques des saints dans l’art populaire énu­ mérées et expliquées, 2 in-fol., Paris, 1867. Plus tard parurent les Nouveaux mélanges d’archéologie, d’histiàre et de littérature sur le moyen âge par les auteurs de la Monographie des vitraux de Bourges. Curio­ sités mystérieuses. Ivoires, miniatures, émaux. Déco­ rations d’églises. Bibliothèques, t in-4», Paris, 48744877. En tète du 1er volume de ces Nouveaux mélanges, le P. Cahier a placé une curieuse notice sur son colla­ borateur défunt. Le IVe volume se termine par un appen­ dice sur les Bibliothèques espagnoles, qui est du P. Jules Tailhan. Pour le P. Cahier, l'ancien art chré­ tien était comme une partie de la théologie, et c'est ce 1304 qui l'attachait à ses recherches spéciales. Il écrit, à pro­ pos de la décoration des églises du moyen âge : « Fera qui voudra de l'archéologie, de l'histoire de l’art, etc.; pour moi, j’y vois de la patristique populaire, de la théologie des gens du monde, de la catéchèse tradi­ tionnelle; et ce point de vue efface tout autre à mes yeux. Je suis enchanté quand le beau vient s’y joindre comme splendor veri, mais c’est un simple accident qui n’est rien auprès de la substance; et cette substance on l'a trop négligée. Aussi, qui sait bien aujourd'hui son catéchisme? » Nouveaux mélanges, 1875, t. ni, p. 284. Il nous a également appris que, s'il avait « accordé sans délai » sa collaboration au P. A. Martin, en 4840, son but était « d’écarter ces interprètes plus que laïques du moyen âge », qu'il y voyait « fourrager abusivement » avec la prétention d'expliquer « à [’Eglise son symbo­ lisme, au prêtre sa cathédrale » (Victor Hugo). Ibid., p. 224. Et il caractérise ce qu’il a fait avec vérité et modestie, en disant encore : « Le sens des œuvres (sur­ tout religieuses) produites par nos ancêtres est le vrai terrain où je puis manœuvrer presque de pied terme. Mes devanciers s’occupaient de la forme architecturale, sculpturale ou autre; et leurs explications, quand ils en donnaient, étaient communément faites de verve toute pure : vraies de temps en temps, par bonheur; mais presque toujours douteuses ou extrêmement récusables pour les esprits qui ne se grisent pas de phrases et de formules affirmatives. Quant à moi, si je vaux quelque chose en ces matières, c'est pour y avoir écarté résolument la fantaisie et la poésie (ou prose poétique) descriptive, en même temps que les solutions tran­ chantes. » Ibid., Avant-propos, p. vu. Le style du P. Cahier n’a rien de morose; il y règne une bon­ homie gauloise, que relèvent des mots incisifs, aiguisés par la franchise et l'amour du vrai, jamais par un sen­ timent bas ou méchant. Les littérateurs délicats le trou­ vent parfois trop négligé, trop abandonné, comme une causerie ou foisonnent digressions et parenthèses. 11 sait cependant aussi exprimer des considéra lions belles et hautes, avec le ton approprié, et, toujours sérieux et grave dans le fond, il n'ennuie jamais. De Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C‘· de Jésus, t. I, col. 515-518; Ch. Daniel, S. J., L’art et l’archéologie dans l’iconographie chrétienne, à propos des Caractéristiques des saints, dans les Études religieuses, septembre et novembre 1863, p. 353-377, 729-750. Jos. Brucker. CAILLAU Armand-Benjamin, né à Paris le 22 oc­ tobre 1794, mort dans la même ville le 4 juillet 1850. Ordonné prêtre à Noël de l'année 1818, il se plaça aussi­ tôt sous la direction de l'abbé Rauzan et se livra active­ ment à l'œuvre des Missions de France. En 1825, il fut attaché au service de l'église Sainte-Geneviève à Paris, et en 1826 il en fut nommé directeur. La Révolution de 4830 le chassa de ce poste. Il alla passer deux années à Rome et en 1831 il refusa l’archevêché de Smyrne que la S. C. de la Propagande lui avait offert. Au commen­ cement de 1832. il revint à Paris et fit le service reli­ gieux de la chapelle de l’infirmerie Marie-Thérèse. Lorsque la Société des missionnaires de France fut de­ venue une congrégation religieuse sous le vocable de la Société de la Miséricorde, l'abbé Caillau se réunit en 1834 à ses anciens confrères et fut nommé assistant du supérieur général. En 1835, il inaugura à Notre-Dame de Roc-Amadour une neuvaine de prédications et tra­ vailla à remettre en honneur ce célèbre pèlerinage. Jusqu'en 1840, il demeura à Paris, occupé à l’étude, à la prédication et à un exercice régulier du dimanche à Notre-Dame de l’Abbaye-aux-Bois. On lui proposa rs une chaire à la faculté de théologie de Paris. Il préféra le ministère actif des missions à l’enseignement, et pour échapper aux instances qui lui étaient faites, il de'int supérieur de la maison Saint-Euverle à Orléaus. Épuisé 1305 CAILLAU — CAIMO par les labeurs de l’apostolat, il revint à Paris en '1850. Λ sa mort survenue peu après il laissa inachevée la vie du P. Rauzan, son supérieur. Pendant les neuf dernières années de son existence, il avait été un des principaux rédacteurs de la Bibliographie catholique. Promoteur ardent de la science sacrée, il avait formé le projet, qu’il ne put réaliser, d’établir à Figeac une maison de hautes études ecclésiastiques. Nonobstant son laborieux apostolat, le P. Caillau a publié ou édité un nombre considérable d’ouvrages qui concernent surtout la patrologie et l’hagiographie. Il a débuté par une réédition du Thesaurus biblicus de Merz. 2 in-8», Paris, 1822. Appliqué à l’étude des Pères de l’Eglise, il publia d’abord, sur le modèle du Thesaurus biblicus, un Thésaurus Patrum floresque doctorum, 8 in-8°, Paris,. 1823-1825. Le t. vin contient une Intro­ ductio ad SS. Palrum lectionem, qui a été éditée à part, in-8», Paris, 1825. Il revit, corrigea et augmenta L’année sainte, ou instruction dogmatique et pratique sur le jubilé, in-18, Paris, 1826. Bientôt après, il entre­ prit, avec la collaboration de quelques-uns de ses con­ frères, la publication d’une Collectio selecta SS. Ecclesiæ Patrum, complectens exquisitissima opera, tum dogmatica et moralia, tum apologetica et oratoria. Celte collection, qui devait former 200 volumes au moins, n’a pas été achevée; on l’interrompit quand l’abbé Migne annonça au public ses deux Patrologies grecque et latine. Bien que nous ayons le t. cxt.vtn, il n’a paru en réalité que 133 in-8», Paris, 1829-1842, avec les tables. Le nom de Mtr Guillon est joint à celui de Caillau sur quelques volumes; mais le travail est dû presque en entier au P. Caillau. Les œuvres des Pères grecs ne sont publiées qu en version latine. Pour la plupart des écri­ vains ecclésiastiques, on n’a donné qu’un choix de leurs écrits; mais les ouvrages de saint Chrysostoine et de saint Augustin sont complets; quelques exemplaires sont donnés comme une 2e édition, Paris, 1842, 1843. Les t. xxn-xxiv des œuvres de saint Augustin contiennent quatre suppléments, reproduisant des sermons inédits du saint docteur et d’autres écrits, publiés déjà, mais manquant dans l’édition bénédictine. Le P. Caillau les fit même paraître à part dans le format in-folio pour être ajoutés à l’édition bénédictine qu’ils complétaient. Des variantes recueillies par lui et par le P. Saint-Yves dans les manuscrits des diverses bibliothèques d’Italie ont été publiées par Migne. P. L., t. xlvii, col. 11491256. Ces suppléments furent critiqués par un anonyme, N. E., Disquisitio critica, en tète du t. v des Œuvres de saint Augustin, Paris, 1837, et par Mor Guillon, Observations au sujet des nouveaux sermons publiés sous le nom de saint Augustin. Le P. Caillau répondit à ses contradicteurs, au premier par une dissertation latine : Vindiciæ sermonum sancti Augustini inedi­ torum, insérée en tète du 2» supplément in-folio et du t. xxiv de saint Augustin; au second dans une brochure intitulée : Réponse à M'ir Guillon, évêque de Maroc, au sujet de ses observations sur les nouveaux sermons de saint Augustin, in-8», Paris, 1838. Le P. Caillau avait entrepris encore une Rhetorica SS. Patrum, qua eo­ rum tempora, vita, opera operumque præcipuæ edi­ tiones, et contionandi modus ac praedicandi prsecepta describuntur. Cet ouvrage, qui devait former 5 in-8», ne fut pas achevé et il n’en a paru que 3 vol., Paris, 1838. Caillau avait commencé aussi une réédition, revue et corrigée, de V Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, de dom Ceillier, mais les t. lu et iv ont seuls paru, in-4», Paris, 1838, 1839. lia traduit en fran­ çais un ouvrage de Tertullien sous ce titre : Terlullien, sur (es spectacles, analysé et traduit, in-8», Paris, 1835. Le dernier ouvrage patristique du P. Caillau est le plus important de tous : c’est l’édition du t. π des œuvres de saint Grégoire de Nazianze, préparée par les bénédic­ tins. Le P. Caillau avait acheté le manuscrit il le revit, 1306 le compléta, fit une version latine très élégante des poèmes du saint docteur et publia le tout, avec une réédi­ tion du t. I, 2 in-fol., Paris, 1842. Son édition est repro­ duite par Migne, P. G., t. xxxvir, xxxvm. Cf. Journal des savants, juillet 1845. Caillau avait projeté encore de publier, en latin avec traduction française, une Biblio­ theca SS. Palrum Mariana, qui eût formé plus de 10 in-8». Une partie du travail a paru en opuscules : La louange de la B. V. Marie, traduite de saint Bona­ venture, Paris, 1834; Prières de saint Ephrem, diacre d’Édesse, en l’honneur de la Mère de Dieu, recueillies et traduites, Paris, 1837; Contemplations du pieux idiot sur la sainte Vierge Marie, traduites du latin, Paris, 1838; Opuscules de saint Bonaventure sur la très sainte Vierge, Paris, 1839. Nous rattacherons à ces tra­ ductions les ouvrages du P. Caillau sur des pèlerinages Célèbres aux sanctuaires de Marie : Histoire critique et religieuse de Notre-Dame de Roc-Amadour, suivie d’une semaine d’instructions et de prières, in-8», Paris, 1834; Le jour de Marie, ou le guide du pèlerin de Roc-Amadour, in-18, Paris, 1836; Histoire critique et religieuse de Notre-Dame de Loretie, in-8», Paris, 1843; Les gloires de Noire-Dame du Puy, in-12, Paris, 1846. Le P. Caillau publia encore en collaboration avec l’abbé Juste, vicaire général de Rouen : Histoire de la vie des saints, des Pères et des martyrs, d’après les bollandistes, Godescard, Croiset, etc., 4 in-8», Paris, 18351840; 5« édit., 5 in-8», Paris, 1863 (avec gravures). Enfin Caillau fit paraître les Lettres de Scheflmacher, revues, corrigées et augmentées des plus savantes dissertations sur tous les articles controversés, h in-4», Lyon, 1839; Instruction sur l'oraison mentale, Paris, 1833; Litanies du saint nom de Jésus expliquées, in-32, Paris, 1845; Les nouveaux illuminés ou les adeptes de l’Œuvre de la Miséricorde (de Michel Vintras) convaincus d'extra­ vagance et d’hérésie, in-8», Orléans, 1849. Il publiait aussi chaque mois pour l'Association de zèle, dont il fut le directeur à partir de 1845, une foule de petits opuscules ou livrets de piété qui étaient adressés à tous les associés. Bibliographie catholique. Paris, 1850, t. X, p. 48-62, 97-108; A. Delaporte, Vie du très révérend Père Jean-Baptiste Rauzan, Paris, 1857, p. 394-403; Ami de la religion, t. xxxti, p. 32; t. XLVII, p. 149, 196; t. XCVIII, p. 177; t. cxi.tx, p. 409-412. E. Mangenot. CAILLE André, théologien français de la lin du xvi» siècle, a composé une apologie contre Pierre Lotton, De sacrificio Christi semel peracto, in-8», s.L, 1603. Hœler, Nouvelle biographie générale, t. vin, p. 115. E. Mangenot. CAIMO (de Chaimis) Barthélemy, appartenait à une famille noble établie à Milan. 11 entra chez les mi­ neurs de i’Observance ainsi que son frère Bernardin avec lequel on l'a souvent confondu. Barthélemy resta en Italie pendant que son frère allait en Terre-Sainte où il remplit la charge de custode (1487-1490), et ce fut à son retour qu’il fit ériger sur le Monte Varallo prés de Verceil une reproduction du Saint-Sépulcre. C’est également Bernardin qui avait été envoyé par Sixte IV auprès de Ferdinand V d’Espagne. Mais c’est Barthé­ lemy qui est l’auteur de l’ouvrage publié sous ce titre : Interrogatorium sive Confessionale per venerabilem fratrem Barlholomeum de Chaimis de Mediolano ordi­ nis minorum compositum in loco sanctæ Marise de angelis apud Mediolanum et distinguitur in quattuor paries principales. Dans la troisième partie, la plus développée et intitulée : De circumstantiarum peccato­ rum interrogatione, l’auteur donne des examens de conscience très détaillés pour chaque profession. Bain cite quinze éditions différentes de Γ Interrogatorium : Milan, 1474, 1477, 1478; Mayence, 1478; Venise, 1480, 1486; Memmingen, 1483; Augsbourg. 1491, et d’autres sans date. Presque toutes furent faites du vivant de 1307 CATMO — CAINITES 1308 l'auteur qui mourut en 1496. On conservait à la biblio­ fils authentiques du Très-Haut, trop longtemps méconnus thèque du couvent de Saint-François à Padoue deux I et trop maltraités par Jéhovah'? S. Irénée, Dont. hær.,i, manuscrits du P. Barthélemy : Tractatus de probatio- |I 31, n. 1, 2, P. G., t. vu, col. 704, 705; S. Épiphane, •ni b us articulorum fidei sive interrogatorium, et De 1 Hær., xxxvni, 1, P. G., t. xi.i, col. 653-656. En elïet, Σοφία est le nom du Dieu bon; ύστερα, le probatione Christi. nom du Dieu des Juifs. C'est de σοφία qu’Éve conçut Argelati, Ribliotheca script. Mediolanensium, Milan, 1745, Caïn, tandis qu’elle n’obtint Abel que d’ûo-tepa. S. Épi­ t. 1 b, cot. 257; Sbaralea, Supplent. et castigatio ad script, phane, loc. cit., 2, col. 657. Mais Caïn en tuant Abel ord. minorum, Rome, 1806; Rain, Repertorium bibliographi­ prouva la supériorité du principe dont il descendait et cuni, Stuttgart, 1826, η. 2475-2489, Coppinger, η. 2476. P. Édouard d’Alençon. ouvrit la marche à suivre contre ύστερα et ceux de sa CAINITES, hérétiques du n« siècle, dont le nom est race. Sans doute le démiurge essaya de se venger sur diversement orthographié par les écrivains ecclésiasti­ Chain, Dathan, Coré, Abiron et les Sodomites; mais ces ques. On trouve, en elle!, Καιανισταί, dans Clément prétendues victimes étaient en réalité soustraites à ses d'Alexandrie, Strom., vit, 17, P. G., t. tx, col. 553; coups par la protection du Dieu bon, qui les rappelait Καινοί, dans les Philosophumena, VIII, vu, 20, édit. à lui et qui envoya le Sauveur du monde. Il est vrai Cruice, Paris, i860, p. 422; Théodore!, Hærel. fab., i, que le démiurge s’employa à Ι-ire échouer l'œuvre ré15, P. G., t. i.xxxm, col. 368; Katavoi, dans S. Epiphane, demplrice, mais il ne put y parvenir; car Judas, plus habile et plus fort parce qu’il était de la race de σοφία, Hier., xxxvni, 1, P. G., t. xi.l, col. 656; Origène, Cont. Gels., ni, 13, P. G.,l. xi, col. 936; Cainiani, dans sut déjouer ses manœuvres. En livrant Jésus, en assu­ rant sa condamnation et son supplice, il procura tout à le Prædestinalus, 18, P. L., t. lui, col. 592; Caiani, dans Philastrius. User., 2, P. L., t. xtt, col. 1115; la fois le triomphe du Dieu bon et le salut du genre S. Augustin, Hær., 18, P. L., t. xi.n, col. 29. Tertullien, humain. Son intervention, couronnée de succès, était l’acte le plus méritoire qui lût et lui valut des honneurs De præscriptionibus, 33, P. L·., t. Il, col. 46, traite une secte nicolaïte de caiana hæresis, mais sans y insister. exceptionnels de la part des Caïniles. Judas, en ellet, Ailleurs, il appelle Quintilia une vipère de caiana hæresi, était dans la tradition vraie; il possédait le secret de la De bapt., 1, P. L., t. J, col. 1192, en spécifiant qu elle gnose libératrice; il était l’héritier fidèle de l’enseigne­ était un adversaire du baptême, parce que l’eau maté­ ment secret confié, dès l’origine, à Caïn. Pseudo-Terrielle, incapable de laver l'homme de ses impuretés tullien, Præscript., il, P. L., t. n, col. 65; Philastrius, physiques, était à plus forte raison impuissante, même Hær., 34, P. L., t. xn, col. 1150. Quant au Sauveur, une fois qu’il eut expiré sur la croix, il visita les enfers, à l'aide de formules spéciales, pour le purifier de sa en délivra les àtnes des justes, c’est-à-dire l’âme de tous souillure spirituelle; d'autant plus que le baptême n’était qu’une institution de saint Jean, que Jésus ne les damnés de (’Ancien Testament, y laissa Abel, Abra­ conféra pas à ses apôtres le baptême d'eau, que le seul ham et les patriarches, Moïse et les prophètes, c’est-àapôtre baptisé, saint Paul, ne baptisait pas lui-même et dire tous ceux qui composaient la race du démiurge. C'est ainsi que finirent par prendre corps certaines que le principe delà justification était la foi et nullement idées émises par Cérinlhe, Cerdon et Marcion, d'une le baptême. De bapt., 10-19, ibid., col. 1210-1222. Ce n'est pas de cette hérésie anti-baptismale qu’il s’agit ici, part, par Carpocrate, Epiphane, Valentin, Basilide et Isidore, d’autre part. Cette méconnaissance de l’ensei­ mais d'une hérésie nettement anlinomiste qui, parmi gnement biblique, cette haine farouche du judaïsme, les nombreuses sectes enfantées par la gnose de Valen­ cette audacieuse déformation du christianisme, étaient tin, de Marcion et surtout de Carpocrate, chercha à le fruit d'une sorte de surenchère entre gnostiques dé­ formuler en corps de doctrine et à systématiser son pravés, qui en étaient venus, quelques-uns du moins, à opposition violente au judaïsme, en prenant Caïn comme invoquer un ange spécial dans l’accomplissement de un ancêtre et comme un modèle. On voit que déjà, du chacun de leurs actes immoraux. S. Irénée, Cont. hær., t, temps des apôtres, s’étaient manifestées certaines ten­ 31,2, P. G., t.vn, col. 705. Comme on le prévoit, la théo­ dances qui, regardant la Loi comme une occasion de rie n’était qu'un prétexte, le but était surtout d’ordre chute et exaltant la foi comme seule cause de justifica­ pratique; il s’agissait essentiellement délibérer les ins­ tion et de salut, ne tendaient à rien moins qu’à éman­ tincts dépravés, de légitimer la corruption, ou, mieux ciper la chair et à débrider tous les instincts sexuels. encore, de la consacrer comme un devoir religieux, en Saint Jude stigmatisait les hommes sensuels de son lui donnant la rigueur logique d’un syslème scientifique­ temps qui n'obéissaient qu’aux instincts de la bête, ment organisé. En conséqence les caïniles ne manquè­ souillaient leur corps, faisaient servir lagràceà la luxure rent pas de faire appel à l’autorité de la tradition et et marchaient dans les voies de Caïn; et saint Jean di­ du témoignage écrit. Naturellement ils firent de Caïn le sait de ces amis de la fornication qu’ils connaissaient les profondeurs de Satan. Voir Astinomisme, t. i, I premier et authentique dépositaire de la vérité révélée, col. 1391. Mais à peine l’àge apostolique lut-il passé que, 1 le seul à qui le Dieu suprême eût confié, dès l’origine, grâce au mouvement gnostique, des théoriciens de l'im­ I la connaissance parluite, la vraie gnose, c’est-à-dire le secret du salut. Et ce dépôt précieux, transmis durant moralité se rencontrèrent pour donner à leurs débor­ dements l'apparence d'un système rationnel et lié. Par |I le cours des siècles, avait abouti à Judas. Ils avaient attaqué la Bible, ils répudièrent l'Evangile ; mais, à la une réaction violente contre le Dieu de la Bible, le ju­ place, ils se servirent d'apocryphes, tels que VEvangile daïsme et la loi mosaïque, ils cherchèrent, dans cer­ de Judas, l’Ascension de Paul, άναβατικός. et un autre, tains milieux, à justifier tous les excès comme autant dont le litre n'est pas signalé, où se lisait la plus abo­ d'actes méritoires et salutaires. A leurs y ux, Jéhovah minable et la plus révoltante des doctrines. S. Irénée, n’était qu'un être inférieur, de connaissance et de pou­ Cont. hær., I, 31, 1, P. G., t. vu, col. 704, 705; S. Épi­ voir limités, en révolte contre le Principe suprême, le phane, Hær., xxxvni, 2, P. G., t. xi.i, col. 656; Théo­ Dieu bon, exerçant sur le monde, dont il ' tait le dé­ dore!. Hærel. fab., i, 15, P. G., t. Lxxxnt, col. 368; miurge, une tyrannie intolérable, l'ennemi tout à la Fabricius, Codex apocryphus N. T., t. i, p. 943-955. lois de Dieu et du genre humain. En conséquence il Une telle doctrine rallia des intelligences déséquili­ fallait reconnaître l’autorité supérieure du Dieu bon, brées,des cœurs pervertis; elle ne parait pas cependant ami de l’homme, et retourner à lui en condamnant avoir dépassé un cercle étroit. Déjà, dès le commenl’œuvre du démiurge. Or, le meilleur moyen n'était-il cementdu upsiècle, l'auteur desPhilosophumena traite pas de venger la mémoire de tous les maudits de l’Anles caïnites comme une quantité négligeable, se con ■ nte cien Testament, de les tenir pour des héros, de les de les citer à côté des ophites et des noachites. sans vénérer comme des saints, de les proclamer les seuls 1309 CAINITES — CAIUS leur consacrer une seule ligne de réfutation, VIII, vu, 20, p. 422. L’auteur anonyme du Praedestinatus, dont le témoignage est sujet à caution, est seul à prétendre qu'au 11“ siècle trente-deux évêques de Syrie, réunis en synode à Antioche sous la présidence de Théodore, évêque de cette ville, condamnèrent la secte des caïnites. Inutile de remarquer que l'histoire du droit canonique ignore l’existence d’un tel synode. 1310 tori, et les célèbres Philosophuntena que quelques cri­ tiques modernes ont voulu lui attribuer, il ne reste que quelques fragments inscrits sous son nom, recueillis par Routh, Beliq. sac., 2e édit.. Oxford, 1816-1849, t. n, p. 123-158; P. G., t. x, col. 17-24, et qui sont loin de lui appartenir dans leur totalité. D’après les anciens écrivains ecclésiastiques, Caius aurait composé : 1» Un Διάλογος προς Πρόκλον, contre les montanistes, Eusébe, H. E., tt, 25; ni, 28, 31; vi, 20, P. G., t, xx, col. 209, Outre les auteurs cités dans le corps de l’article, voir Massuet, 273, 281, 572 ; 2» un traité sur la cause de l’univers, Dissertationes, dis. I, a. 3, n. 15, P. G., t. vu. col. 171-172; TilΙΙερ'ι τής τού παντός ουσίας, Photius, Biblioth., 48, P. G., temont, Mémoires, Paris, 1701-1709, t. n, p. 47 ; Smith et Wace. t. cm, col. 86, contre la doctrine platonicienne; 3» le Dictionary of Christian biography, Londres. 1877-1887 ; KirPetit labyrinthe, Σμιζρος λαβύρινθος, dont Eusébe cite chenlexikon, 2' édit., Fribourg-en-Brisgau, 1880, t. il, col. 16721673; U. Chevalier, Répertoire des sources historiques. Topo­ des passages sans faire connaître le nom de leur auteur, bibliographie, p. 545. mais que Théodoret lui attribue, Hærel. fab., n, 5, P. G., G. Bareille. t. lxxxiii, col. 392 ; 4" un traité contre l'hérésie d’Arté1. CAIUS ou GAIUS, pape, élu le 17 décembre 283, mon, Κατά τής Άρτέμωνος αίρέσεως, cité par Eusébe mort le 22 avril 296. sans nom d’auteur, H. E., v, 28, P. G., t. xx, col. 512, Nous ne savons presque rien de ce pape. Eusêbe lui mais assigné à Caius, au rapport de Photius. Loc. cit. attribue un pontificat de quinze années. H. E., vu, 32, Or, toutes ces références sont loin d’être l’expression 1, P. G., t. xx, col. 722. La passion de sainte Susanne de la certitude; ces attributions appellent d’expresses a donné lieu de croire que Caius était frère utérin de réserves. La question de savoir quel est l’auteur du Ca­ Gabinius, fils d'un consul cousin de l'empereur Dioclé­ non de Muratori, P. G., t. x, col. 33 sq., reste encore tien, et qu’il était mort martyr. Mais la passion de sans solution précise. Muratori el d'autres après lui l’ont sainte Susanne est peu sûre; et il est infiniment pro­ attribué à Caius parce que, entre autres motifs, Caius bable que Caius, mort avant la persécution de Dioclétien, ne retenait dans son Dialogue, d’après Eusébe, H. E., et inscrit comme confesseur dans la première édition vi, 20. P. G., t. xx. col. 571 ; S. Jérôme, De vir. ill., 59, du Liber pontificalis, ne fut point martyr. Il fut enterré P. L., t. xxill, col. 669; Photius, Biblioth., 48, P. G., au cimetière de Calliste et son tombeau devint l'objet t. cm, col. 86, que treize épilres de saint Paul et rejetait d'une grande vénération. Sa fête est célébrée le 22 avril. l'épitre aux Hébreux; arguments insuffisants, dont le Une décrétale adressée à l’évêque Félix, Mansi, t. i, P. de Smedt a pu dire : æque inio potius probant Ilipcol. 1231, prescrivant d’observer les différents degrés de polylum esse hujus fragmenti auctorem. Disserta­ l’ordination depuis celui du portier jusqu'à celui de tiones, Paris, 1876, p. 169, note 2. Dès l'apparition des l’évêque, n’est pas authentique. Philosophuntena, Caius passa quelque temps pour èlre l’auteur de cet ouvrage; mais aujourd’hui, d’après l'opi­ Duchesne, Liber pontificalis, 1886, t. i, p. xcvm, 161; Jaffé, nion la mieux accréditée et qui rallie la presque unani­ Regesta pontificum, 2· édit., t. i, p. 25; De Rossi. Roma sottermité des critiques appartenant à des écoles opposées, ranea, t. ni, p. 114; passion de sainte Susanne, Acta san­ c’est à Hippolyte qu'on attribue la paternité des Philoctorum, februarii t. ni, p. 62. sophumena, Bardenhewer, Patrologie,2"édit., FribourgH. Hemmer. en-Brisgau, 1901, p. 186; trad, franç., t. i, p. 214, ainsi 2. CAIUS, Γάί'ος. Ecrivain ecclésiastique, qui vécut à que des autres traités, à l’exception du Dialogue. Rome à la fin du it· siècle et au commencement du El d’abord le Κατά τής Άρτέμωνος αίρέσεως, que tout lit·, et fut le contemporain de saint Hippolyte et des porte à identifier avec le Petit labyrinthe, Σμικρός λαβύ­ papes Victor, Zéphyrin el Calliste. Eusébe l’appelle ρινθος, mentionné par Théodoret, Hærel. fab., Il, 5, άνήρ εκκλησιαστικός, H. E., n, 25, P. G., t. xx, col. 208, P. G., t. lxxxiii, col. 392, car, bien que les fragments ce qui ne veut pas dire nécessairement un clerc. Mais qui en restent visent surtout le monarcliien Théodote, Photius, le premier, rapporte le bruit qu'il fut prêtre Eusébe, qui les a transcrits, dit qu’ils sont tirés d'un de l’Êglise romaine, c'est ainsi qu'il est désigné dans ouvrage écrit contre l’hérésie d'Artémon, H. E., v, 28, l'histoire, et même évêque des gentils, εθνών επίσκοπος, P. G., t. xx, col. 512; d’autre part, Théodoret précise Biblioth., 48, P. G., t. cm, col. 89, titre assez étrange à que c’est contre Artémon et Théodote qu'a été composé celle dale et qui, s'il pouvait être retenu, rappellerait le Petit labyrinthe. Loc. cil. Ce Petit labyrinthe ne celui de saint Hippolyte à cause des fonctions quasisaurait se confondre avec le Labyrinthe signalé par épiscopales qu'il dut remplir à Porto vis-à-vis des étran­ Photius. H y a lieu de croire qu'il est d’un même au­ gers qui affinaient dans ce port, et non celui que les teur, composant d'abord un ouvrage général sur les théodotions voulurent donner à Natalis. Eusébe, II. E., hérésies, puis un traité spécial sous le titre de Petit V, 28, P. G., t. xx, col. 513. Vraisemblablement Caius labyrinthe. Reste à savoir quel est cet auteur. Photius étaitGrec d'origine, peut-être Asiate comme saintlrénée nous apprend qu’une note marginale du manuscrit, où et lié avec l'évêque de Lyon, si l’on pouvait tenir pour il lisait le Περί τής τοΰ παντός ουσίας, attribuait ce traité certaine son idenlificalion avec le Caius qui est dit avoir à Caius, prêtre de Rome, également auteur du Laby­ transcrit sur une copie d’irénée la lettre des Smyrniotes rinthe et du Dialogue. Loc. cil. Or, ce Labyrinthe ne contenant le récit de la mort de saint Polycarpe, c. xxlt. semble pas être dillérent des Philosophuntena, qui est Funk, Patres aposlolici, Tubingue, 1901, t. i, p. 340désigné comme τον λαβύρινθον των αιρέσεων, dans le 341 ; cf. p. ClI-CIll. résumé de tout l’ouvrage. Philos., X, i, 5, édit. Cruice, Eusébe le dit homme de grand savoir, λογιοιτατος, ce Paris, I860, p. 474. De plus, à la fin de ce résumé, l’au­ que répète fidèlement saint Jérôme. Mais ce dernier, mieux à même de connaître les traditions de l’Êglise teur renvoie ses lecteurs à l’un de ses ouvrages Περί τής τοΰ παντός ουσίας. Philos., X, χχι, 32, ρ. 5*15. De romaine, ne donne pas un renseignement de plus que sorte que le traité contre Artémon, identifié avec le l’évêque de Césarée. Ce qui est certain, c’est que Rome Petit labyrinthe, et le traité Περί τοΰ παντός sont de la n’a pas inscrit Caius dans son martyrologe et ne l’homême main qui a écrit le Labyrinthe, ou les Philoso­ nore pas du titre de saint. Caius n’en a pas moins phumena, c’est-à-dire d'Hippolyte et non de Caius. Dans occupé une place importante dans l’histoire littéraire ces conditions, Caius serait uniquement l'auteur du du christianisme au début du ni" siècle. 11 est vrai que Dialogue Προς Πρόκλον, trouvé à Jérusalem par Eule temps n’a guère épargné ses travaux. A part l'importaut document, connu sous le nom de Canon de Mura­ I sêbe, H. E., vi, 20, P. G., t. xx, col. 572. 1311 CAIUS — CAJÉTAN Ce Dialogue est le résumé d’une discussion fictive ou réelle soutenue à Ruine par Caius, champion de l’ortho­ doxie, contre Proclus chef d’une secte montaniste. Il ne devait pas être sans valeur, puisque saint Jérôme l'appelle disputationem insignem. De vir. ill.,59, P. L., t. xxin, col. 669. Cl. Thcodoret, Hæret. fab., ni, 2, P. G., I. i.xxxin, col. 404; Photius, Bibliolh., 48,P. G., t. cm, col. 89. 11 est perdu. Deux extraits seulement en ont été conservés par Eusébe, H. E., n, 25; ni, 28, P. G., t. xx, col. 209, 273. Le premier contient une réponse à Proclus qui, pour vanter la prophétie chère aux inontanistes, en appelait au tombeau d’Hiérapolis, où reposaient saint Philippe et ses tilles, les prophétesses. « Et moi aussi, disait Caius, je puis te montrer les trophées des apôtres. Soit que tu ailles au Vatican, soit que tu prennes la voie d’Ostie, tu rencontreras le trophée de ceux (Pierre et Paul) qui ont fondé celte Église (de Rome). » Eusébe, H. E., il, 25, P. G., t. xx, col. 209. Le second est le passage où Caius accuse Ce­ rinthe d’avoir composé une Apocalypse sous le nom d'un grand apôtre et d'y avoir inséré des choses inac­ ceptables, notamment un grossier millénarisme. H. E., ni, 28, P. G., t. xx, col. 273. Théodoret a cru, mais sans preuve, que ce passage était extrait d’un livre spé­ cial de Caius contre Cérinthe. Ilæret. fab., n, 3, P. G., t. 1.ΧΧΧΙΠ, col. 389. Caius attribuait, en effet, à l’héré­ tique Cérinthe l'Apocalypse de saint Jean. Voir t. t, col. 900, 1464-1465. 11 a été combattu par saint Hippo­ lyte. Ebed-Jesu, en effet, a signalé parmi les ouvrages d’Hippolyte,â côté d’un livre sur L'Evangile et l’ApocaIgpse de saint Jean, des Capitula adversus Caium. Voir Assémani, Bibliotheca orientalis, Rome, 1719, t. ni, p. 15. Gwynn a retrouvé cinq fragments de ces Capitula, dans un commentaire syriaque de Denys Bar-Salibi, Hippolytus and h is Heads, against Caius, dans 11ermathema, 1888, t. vi, p. 397-418; Theologisch. Literalurzeitung, 1888, t. xm, p.642; Harnack, Die Gwynn’ schenn Caius und Hippolytus Fragmente, dans Texte und Enters., Leipzig, 1890, t. vi, fasc. 3, p. 121-133. Ces fragments sont relatifs à des passages de l’Apocalypse. On a même essayé de frustrer Caius de la paternité du ΙΙρός Ιϊρόχλον pour l’attribuer à saint Hippolyte. Lightfoot a émis l’hypothèse que le Caius du Dialogue pourrait bien être ou le prénom d’Hippolyte, ce qui rappellerait le Dialogue avec Tryphon de saint Justin, ou un simple prête-nom pour désigner le champion de l’orthodoxie comme l’a fait Ariston de Pella, dans sa Dispute de lason et dePapiscus; mais ce n'est qu'une hypothèse insuffisamment étayée. Lightfoot, Journal of philology, 1868, part. I, p. 98 sq. ; The apostolic Fathers, Londres, 1885, part. 1, t. il, p. 381; part. H, t. i, p. 627; Salmon, art. Caius, dans le Dictionary of Christian biography de Smith, Londres, 1877-1886. Fragments de Caius dans Routh, Reliquiæ sacrœ, 2· édit., Oxford, 1846-1849, t. il, p. 123-158, P. G., t. X, col. -17-24; Titlemont, Mémoires, Paris, 1701-1709, t. in, p. 174-177; Ceillier, Histoire des auteurs ecclésiastiques, Paris, 1861, t. II. p. 201, n -te 1; Caspar!. Qwllen zur Geschichte des Taufsymbots, Christiania, 1875, t. ni. p. 347-377; De Smedt, Dissertationes, Paris, 1876, p. 168-172, et appendice E, p. 40-42; Harnack, Geschichte der altchristlichen Litleratur, Leipzig, 1893, t. 1, p. 603,625 ; Smith et Wace, Dictionary of Christian biography ; Ù. Chevalier, Répertoire, Bio-bibliographie, col. 374; Zahn, Geschichte des Neulestamentlichen Kanons, 1892. t. il, p. 985989; Batiffol, La littérature grecque, 1897. p. 145-146; Bardenhewer, Piitrologie, 1901, p. 110-111, 183, 187: Hurter. Nomen­ clator, 1.1. p. 91 ; Ladeuze, Caius de Rome, le seul A toge connu (extrait des Mélanges God. Kurth), 1908. G. Bareille. 1. CAJÉTAN Constantin, bénédictin, né à Syracuse en 1560, mort à Rome le 17 septembre 1650. Il fit profes­ sion sous la règle de saint Benoît le 29 octobre 1586 à Saint-Xicolasdes Arènes de Calane et s’appliqua à l’étude des antiquités ecclésiastiques. Clément VJ II l'appela à 1312 Rome et Paul V le nomma bibliothécaire de Ia Vaticane et abbé de Saint-Bazonte au diocèse de Pistoie. Cajétan pensa établir auprès du sanctuaire de Saint-Benoit in Piscinulla un collège pour les jeunes religieux béné­ dictins; ce projet ne réussit pas et ce collège ne tarda pas à être uni à celui de la Propagande, fondé par Gré­ goire XV. Baronius reconnaît avoir beaucoup profité de la vaste érudition de dom Constantin Cajétan ; pourquoi faut-il que ce dernier, tropzélé pour la gloire de l’ordre de saint Benoit, ait voulu faire admettre parmi ses mem­ bres d'illustres personnages, qui ne vécurent jamais sous la règle du patriarche des moines d’Occident? Voici ses principaux ouvrages: S. Pétri Damiani mo­ nachi ord. S. Benedicti, S. B. E. cardinalis episcopi Ostiensis et docloris sanctissimi ac disertissimi Opera, 4in-foL, Rome, 1606-1640 ; 4 in-fol., Paris, 1642; Migne a reproduit cette édition, P. L.,t. CXLIV, CXLV; D. Amalarii Fortunati ordinis S. Benedicti cardinalis et archiepiscopi Trevirensis vita, in-4°, Rome, 1612; Ani­ madversiones in vitam S. Anselmi episcopi Lucensis, écrit publié dans les Vetera monumenta contra schis­ maticos du jésuite Jacques Grelser; Sanctorum trium episcoporum religionis benedietime luminum Isidori Hispalensis, Ddephonsi Toletani, et Gregarii S. R. E. cardinalis episcopi llostiensis vilæ et actiones scholiis illustrates. Accesserunt opuscula quœdam ejusdem Isidori nondum edita, in-4°, Rome, 1616; Ven. viri Joannis Gersen ord. S. Benedicti de imitatione Christi libri quatuor recensiti... Accessit defensio pro hoc ipso librorum auctore. Necnon eorumdem librorum methodus practice, et brevis epitome ex eodemmet opere depromplæ, in quibus vilæ perfects forma de­ scribitur, in-12, Rome, 1616. Les assertions de dom Cajétan ne persuadèrent pas et le P. Rosweyde reven­ diqua l’imitation pour Thomas à Kempis; Cajétan répliqua par Concertatio priori editione auctior, cui accessit Apologetica responsio pro hoc ipso librorum auctore Johanne Gersen adversus Heriberlum Rosiveydum, in-8°, Rome, 1618. En 1644, il publiait sur le même sujet : Gersen restitutus, sive Apologetica respon­ sio pro magno Dei servo Jo. Gersen abbate Italo béné­ dictine, germano authore librorum IV de imitatione Christi adversus Vindicias Kempenses Heriberli Rosweidi, in-8°, Rome, 1644; Pro Joanne Diacono S. R. E. cardinali de S. Gregarii M. ejusque discipu­ lorum monachatu bénédictine libri duo, in-4°, Salzbourg, 1620; De erectione collegii Gregoriani in Urbe epistola encyclica, in-40, Rome, 1622; S. Columbanum abbatem Bobiensem et Lucensem cum suis sociis fuisse ordinis S. Benedicti assertio, in-8°, Vienne, 1627 ; Vita et passio S. Erasmi Antiochias episcopi et martyris Cajetie urbis patroni scripta a Johanne Cajetano Casinensi monacho, quiet Gelasiuspapa 11, edita vero et scholiis illustrata a D. Constantino Cajetano ejus gentili, in-i", Rome, 1638; Gelasti 11 papie sacri Casini monachi ex Cajetanis urbis Cajetae ducibus, Campanile principibus, vita a Pandulpho Pisano ejus familiari conscripta, nunc primum edita et commentariis illu­ strata a D. Constantino Cajetano ipsius gentili, in-4", Rome, 1638; De religiosa S. Ignalii sive S. Enneconis fundatoris societatis Jesu per bénédictines institutione, deque libello exercitiorum ejusdem ab exercitorio Cisneri desumpto, in-4°, Venise, 1641; le P. Jean Rho. jésuite, répondit à dom Cajétan par un ouvrage qu il intitula Achates ad D. Constantinum Cajelanum; mais un décret de la S. C. de l’index du 18 décembre 1616 mit fin à ce débat au moins pour un temps. Ont encore été publiés après la mort de leur auteur les écrits sui­ vants : Luttera sopra il crocifisso esistenle nella t.asilicadi San-Paulo di Borna, parmi les lettres de l’abbé Giustiniani, in-12, Ru. æ, 1675, t. ni; De singulari pri­ matu S. Petri principis apostolorum et De Remano 8. Petri domicilio ac pontificatu concertatio, dans la 4313 CAJÉTAN Bibliotheca maxima pontificia, in-fol., Rome, 1698, t. VII. Armelllni, Biblioth. bénédictin-acasinensis, in-fol.. Assise, 4731.1.1, p. 123; Ziegelbauer, Historia rei literariœ ord. S. Be­ nedicti, 4 in-fol., Augsbourg, 1754, t. i, p. 254, 255,260, 617; t. π, p. 148, 494; t. ni, p. 379; t. iv, p. 199, 245, 247, etc.; (D. François,] Biblioth. générale des écrivains de l'ordre de S. Benoit, in-4·, Bouillon. 1777, t. I, p. 165; Ant. Mongitore, Bi­ blioth. Sicula, in-fol., Palermo, 1708, t. I, p. 143. IJ. Heurtebize. 2. CAJÉTAN (Thomas de Vio, dit). — I. Vie. II. Œuvres. III. Doctrines. I. Vie. — 1° Jeunesse et professorats. — Thomas de Vio naquit à Gaéte, le 20 février 1468, de François de Vio et d'Isabelle de Sieri, une noble famille de cette ville. Il reçut au baptême le nom de .Jacques. Le sérieux, la piété et la précocité de l'esprit distinguèrent son en­ fance. Λ l’âge de seize ans, au grand regret de ses pa­ rents, il prit l'habit des frères prêcheurs dans le couvent de sa ville natale, dépendant de la congrégation de Lom­ bardie. Son noviciat achevé, ses supérieurs l'appliquèrent aux études, successivement à Naples, à Bologne et à Padoue, où il arriva au printemps de 1491. J.-B. Fla­ vius, Oratio de vita B. D. Thonise de Vio, dansBzovius, Annales ecclesiastici, t. xix, col. 900; Quétif-Echard, Scriptures ord. præd., t. n, p. 14; A. Cossio, Il cardi­ nale Gaetano e la riforma, Cividale, 1902, p. 16. Après avoir débuté comme étudiant à Padoue, il fut chargé d'interpréter le Livre des Sentences. Il remplis­ sait cet oflice quand il fut fait bachelier le 19 mars 1493, avec dispense de temps pour sa lecture, et fut ainsi in­ corporé à l'université. G. Conlarini, Nolizie storiche circa H pubblici professori nello studio di Padova scelti ■Jall’ ordine di San Domtnico, Venise, 1769, p. 147. Les commentaires de Cajétan surle Livre des Sentences, fruit de ce premier enseignement, sont restés inédits. Paris, Bibl. nal., lat. 3076. Pendant l’année scolaire 1493-1494, il remplit les fonctions de maître desétudiants conformémentaux décisions du chapitre général de 1491. Monumenta ord. prædic. historica, t. vnr, p. 404. Ce fut cette même année 1'494 qu’il obtint la chaire de mé­ taphysique à l'université. Conlarini, op. cit., p. 139, 142; G. Mazzatinli, L’obiluario dei convento di S. Agos­ tino di Padova, Venise, 1894 (extrait de Miscellanea della B. Depulazione veneta di storia patria, 2' série, t. n), p. 34. La tenue du chapitre général de l’ordre à Ferrare, pendant les fêtes de la Pentecôte de 1494, four­ nit au jeune professeur de Padoue l'occasion d’un bril­ lant succès. La dispute publique, à laquelle prit part Pic de la Mirandole, lui valut un véritable triomphe; et le duc de Ferrare, Hercule, présent à ce tournoi, demanda et obtint, séance tenante, du maître général de l’ordre, Joachim Torriani. le titre de maître en théologie. Præfalio Ven. Patris Fratris Bartholomæus de Spina, Pisani, en tête de l’édition du coinmer.aire de Cajétan sur la 11“ II“, Venise, 1518; Flaviu , op. cit., p. 901 ; Quétif-Echard, op. cit., p. 15. L’université de Padoue, au temps o. s’y trouva Tho­ mas de Vio, devenait de plus en plus un centre célèbre d'humanisme et de philosophisme. .1. Paquier, Jérôme Aléandre, Paris, 1900, p. 22; Renan, Averroès et l’averroïsme, Paris, 1867, p. 352; L. Mabilleau, Étude histo­ rique sur la philosophie de la Renaissance en Italie, Paris, 1881, p. 106. Ce séjour marqua profondément son action sur l’esprit de Cajétan. Ses polémiques avec Antoine Trombetta, O. M. (Hurter, Nomenclator litora­ rius, t. iv, col. 925), titulaire de la chaire de métaphy­ sique de Scot depuis 1-468 (Quétif-Echard, op. cil., p. 14), et la présence d'averroîstes célèbres, tels que Vernias, Pomponazzi et Niphus, orientèrent son attention et ses eflorts vers les objections du scotisme et les problèmes philosophiques soulevés par l’averroïsme padouan. Le traité De ente et essentia, composé à ce moment, 1314 vise â la fois le scotisme de Trombetta et quelques thèses des averroïstes contemporains. Bien que la présence de Cajétan soit signalée par Barthélemy Spina dans les couvents de Vérone, Bergame, Brescia, Mantoue et Milan, entre son séjour à Pa­ doue et sa nomination à Pavie, il ne quitta vraisembla­ blement sa chaire de l'université de Padoue, que pour monter dans celle de théologie de l’université de Pavie, ou il fut appelé par le duc de Milan, Ludovic Sforza, au début de l’année scolaire 1497. Barthélemy Spina, op. cit.; Cossio, op. cit., p. 51. Selon l’acte de nomina­ tion, Cajétan devait interpréter le texte des œuvres de saint Thomas. Memorie e documenti per la storia dell’ universilà di Pavia, Pavie, 1878, part. I, p. 190. Après deux années scolaires d’enseignement, il abandonna sa chaire, et il s'établit, dès la lin de 1499, au couvent de Sainte-Marie-des-Gràces, à Milan, appelé, sans doute par le duc Louis Sforza. Il passa l’année 1500 dans celte ville. 2° Cajétan aux hautes charges de l’ordre : procureur général (1500-1508); vicaire général (1507-1508);maître général (1508-1518). — Le procureur général de l'ordre, François Mei, étant mort le 28 novembre 1500, le car­ dinal Olivier Carrafa, protecteur do l’ordre, s’employa à lui faire donner le P. Thomas de Vio comme succes­ seur. Cet olùce obligeant Cajétan à résider à Rome, il fut nommé professeur de philosophie et de théologie à l’université romaine (la Sapienza), et prononça, à ce titre, cinq discours devant Alexandre VI et Jules II, de Pavent de 1501 à Pavent de 1504. Quétif-Echard, op. cit., p. 14; Flavius, op. cit., p. 901; Cossio, op. cit., p. 63. A la mort de Jean Clérée (10 août 1507), général de l’or­ dre, dont le gouvernement n’avait duré que deux mois, Jules II, par ses lettres du 20 août, appela Thomas de Vio à prendre en main l'administration des frères prê­ cheurs, avec le titre de vicaire général, en attendant le prochain chapitre général. Bullarium ord. præd., t. rv. p. 248. Le chapitre de l’ordre, tenu à Rome l’année suivante, désigna unanimement Thomas de Vio comme maître général,le 10 juin, veille de la Pentecôte. Quétif-Echard, op. cil., p. 15; Monum. ord præd. hist., t. ix, p. 86. Malgré son élévation au cardinalat, le l’r juillet 1517, Cajétan continua à administrer l'ordre jusqu'à l'élection de son successeur, par le chapitre de Rome, lequel nomma, le 22 mai 1518, Garcia de Loaysa, précédem­ ment procureur de l'ordre. Bull. ord. præd., t. iv, p. 345; Monum. ord. præd. hist., t. tx, p. 157. Élu général de son ordre à quarante ans, en un temps où l’Église et les sociétés religieuses avec elle traver­ saient une crise historique des plus graves. Cajétan fut à la hauteur des circonstances et de ses fonctions. Avec un rare coup d'œil et une égale énergie il s’efforça de promouvoir la discipline religieuse et l'élude des sciences sacrées, moyens indispensables pour le but assigné par l’Église à l'ordre des frères prêcheurs. Les lettres ency­ cliques adressées à l’ordre, à l'occasion des trois cha­ pitres généraux qu'il présida, et les actes de ces cha­ pitres eux-mêmes (Rome, 1508; Gènes, 1513; Naples, 1515) témoignent assez quel fut son programme et avec quelle fermeté il chercha à l’appliquer. Monum. ord. præd. hist., t. ix, p. 81-155. Homme de grande doctrine, il rappela à son ordre l’obligation spéciale où il était, plus que tous les autres, de se vouer à l’étude des sciences sacrées. C’est ainsi qu'il écrivait à l’ordre, du chapitre général de Gènes, en 1513 : Gaudeant alii suis praero­ gativis, nos nisi sacra doctrina, commendet, de ordine nostro actum est. Monum.ord. præd. hist. ,loc. eit.,p.94. On possède le registre de l’administration de Thomas de Vio pour les années 1507-1513. Rome, archives générales des frères prêcheurs. Le second volume, qui devait con­ tenir les années 1514-1518. est malheureusement perdu· , Un certain nombre de faits dans l’administration gé- 1315 CAJÉTAN néralice de Cajetan se rattachent à l’histoire du temps et l’on doit les signaler pour mémoire. C'est ainsi qu’il eut à intervenir dans les affaires de la congrégation de Saint-Marc de Florence à la suite du mouvement créé par l’action de Jérôme Savonarole, A. Gherardi, Nuovi documenti e studi intomo a Girolamo Savonarola, Florence, 1887, p. 336; dans le meurtre judiciaire des dominicains de Berne, G. Retlig, Die Urkunden des Jetzerprozesses (Archiv des hislorischen Vcreins des Kanlons Hern, Berne, 1886, t. xi); N. Paulus, Ein Justizmord an vier Dominikanern begangen. Aktenmassige Revision des Berner Jetzerprozesses vont Jahre 1509, Francfort, 1897; R. Steck, Der Berner Jetzerprozess (1507-1509) m neuer Beleuchlung, Berne, 1902; dans la querelle des humanistes avec les théologiens de Cologne, N. Paulus, Die deutschen Dominikaner im Kampfe gegen Luther (1518-1563), Fribourg-en-Brisgau, 1903, p. 89. Ce fut Cajétan qui fournit au roi d’Espagne Ferdinand, par l’intermédiaire de Jules II, les premiers missionnaires espagnols qui partirent pour l’Amérique et en commencèrent l’évangélisation. V. M. Fontana, Monumenta dominicana, Rome, 1675, p. 410; A. Touron, Histoire générale de l’Amérique, Paris, 1769, t. I, p. 213; A. Rose, Les dominicains en Amérique, Paris, 1878. Enfin, pendant le concile de Latran (1512-1517), les prélats témoignant de leur mauvais vouloir à l'égard des ordres mendiants, ceux-ci remirent au maître géné­ ral des frères prêcheurs leurs intérêts et le soin de leur défense, ce dont Thomas de Vio s’acquitta avec succès, mais non sans difficulté. Marlène, Amplissima colle­ ctio, t. ni, col. 1264-1267. Le généralat deCajétan fut pour l’ordre dominicain un des plus féconds, et son successeur, Garcia de Loaysa, pouvait dire en prenant possession de sa charge : Pre­ decessor quantus extiterit et nostis et novi. 1s enini collapsum ordinem sapientia, virtute et prudentia in­ stauravit, ut praeclara ejus gesta omittam, qui com­ mune Eeelesiæ commodum attulerunt, elmultoamplius expeclaiitur allatura, cum dignis ejusdem meritis ad senatum illum supremum evectus est. Præfuit is ut' diligentissimus pater, totis incumbens viribus subdito­ rum saluti atque utilitati ordinis, ob quod et satis et opus fore mihi, non dubito ejus semper inhærere ve­ stigiis, et cæpta sectari; atque ulinam mihi desuper concedatur ut dignus inveniar tanti patris ac ducis operum emulator, ut ordinem ab eo eredum serrare, ab eo tutatum manutenere, ac decore dilatum sub ejusdem alis servare valeam. Alonum. ord. pried. hist., t. IX, p. 157. 3° Le conciliabule de Pise-Milan (1511-1512) et le con­ cile de Latran (1512-1517). — La politique de Jules 11 à l'égard de Venise lui ayant aliéné la France et l’empire, Louis XII et Maximilien se prévalurent du serment fait par Jules II, le jour de son élection, de convoquer un concile dans l’espace de deux ans, pour le sommer, à la lin de 1501, de tenir sa parole. Cette tentative d'in­ timidation n’ayant pas abouti, cinq cardinaux rompirent avec le pape et convoquèrent (16 mai 1511), de concert avec le roi de France et l'empereur, un concile qui de­ vait s'ouvrir à Pise le 1er septembre. 11 n’y tint que trois sessions du 4 au 12 novembre. Paquier, Jérôme Aléandre, p. 59. En présence de ce mouvement schismatique, Jules II consulta le maître général des frères prêcheurs pour savoir quelles mesures il devait prendre. Cajétan lui conseilla de lutter contre le synode de Pise, et de con­ voquer lui-même un concile. Flavius, op. cit., p. 901. Dans cette entreprise, acceptée par Jules II, Thomas de Vio prêta au pape le plus utile appui. Des le 6 sep­ tembre 1511, il adressait à tout l’ordre une circulaire par laquelle il défendait, sous les peines les plus graves à tous ses religieux de prêter leur concours aux entre­ prises schismatiques de Pise. Registre de Cajétan, i 1316 fol. 55. Il envoyait d’ailleurs au couvent dominicain de Sainte-Catherine, le plus influent de Pise, plusieurs re­ ligieux de valeur, qui organisèrent la résistance contre le conciliabule. Ils furent assez heureux pour entrainer les autres réguliers et le clergé séculier lui-même. Le concile dut quitter Pise et se transporter à Milan. V. Marchese, Scrilti vari, Florence, 1860, t. t, p. 356. Cajétan, de son côté, attaqua vigoureusement les pré­ tentions de l’assemblée de Pise par son traité Auctori­ tas papæ et concilii sive Eeelesiæ comparata, Rome, 19 novembre 1511. Le coup porta. Le 10 .janvier 1512 les prélats, rassemblés à Milan déférèrent l'écrit de Ca­ jétan à l'université de Paris pour en obtenir la condam­ nation ; et le 19 février, le roi de France appuyait leur demande. On désigna une commission pour procéder à cet examen, mais les délégués ne purent se mettre d’ac­ cord. Un jeune docteur, Jacques Almain, entreprit la réfutation de Cajétan avec son Libellus de auctoritate Eeelesiæ, Paris, 1512. Cajétan y répondit aussitôt par son Apologia tractatus de comparata auctoritate papæ et concilii, Rome, 29 novembre 1512. Paquier, op. cit., p. 59. La faculté de théologie de Paris ne procéda pas, contrairement à ce que l’on dit d’ordinaire, à la con damnation de l’ouvrage de Cajétan. Elle prit connais­ sance, le Tl juin 1516, des lettres du roi de France, qui lui enjoignaient de ne pas s'occuper davantage de l’ou­ vrage de Thomas de Vio. Elle déclara respectueusement surseoir à l'affaire. L. Delisle, Rolice sur un registre des procès-verbaux de la faculté de théologie de Paris pendant les années 1505-1533, Paris, 1899 (Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. xxxvi), p. 39. Jules II convoqua un concile à Latran pour le 19 avril 1512. Ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, le maître général des frères prêcheurs eut à y détendre contre les prélats les intérêts des ordres religieux qui l avaient commissionné à cet effet. Dans la solennité de la seconde session, le 16 mai 1512, Cajétan prononça un discours devant le concile. Après avoir répudié les entreprises schismatiques de Pise, il arrêta ses regards sur le concile de Latran, et lit entendre de graves vérités aux Pères. Elles témoignent chez l’orateur d’une connaissance claire des besoins de l’Église de son temps, de beaucoup d’indépendance, et d’un sentiment très vif des dangers que courait alors la société ecclé­ siastique. « Et maintenant, disait-il, je ne puis en au­ cune façon me rallier à ceux des Pères qui, ayant en­ tendu le seul nom de concile, estiment aussitôt qu’ils ont fait une œuvre sainte et utile... Nous sommes en un temps ou l’on attend et où il est nécessaire de faire beaucoup : par-dessus tout, réformer l’Église, restaurer les mœurs déchues, étouffer les commencements de schisme, convertir les infidèles, ramener les hérétiques, fortifier les bonnes lois et les sanctions qui intéressent toute la chrétienté... Il faut, mes Pères, pourvoir à ces choses avec application; il faut les établir rapidement et avec un soin extrême : aujourd’hui je ne puis dissi­ muler ces exigences, ni sous aucun prétexte les passer sous silence. » Opuscula, t. in, tr. I, orat. vi. Cajétan intervint encore dans les affaires du concile à l'occasion du décret de condamnation de l’averroïsrne et de la question de la conception immaculée de ia B. Vierge Marie. Nous signalons pour mémoire la délé­ gation que Thomas de Vio avait reçue du duc Georges de Saxe (9 lévrier 1513) de le représenter au concile. Brieger's Zeitschrift fur Kirchengeschichte, t. ni, p. 603, 606; W. Buddee, Nikolaus von Schônberg, Greisswald, 1891, p. 3. 4° Cajétan cardinal (1517) et légat pontifical en Alle­ magne (1518-1519). — Cajétan ne put achever de gou­ verner Tordre des frères prêcheurs jusqu’au chapitre de la Pentecôte de 1518. Le cardinal Alexandre Farnese envoyé le 3 mars comme légat en Allemagne, étant 4317 CA.JÉTAN tombé malade en chemin, Thomas de Vio, cardinal de Saint-Sixte, dut le remplacer. Le 29 avril 1518, Léon X l’autorisa à se substituer un vicaire pour administrer l’ordre jusqu’au chapitre général. Bull. ord. præd., t. iv, p. 3G0. Le 26 avril, Cajétan avait reçu du pape sa nomi­ nation comme légat, et il quitta Rome, avec les céré­ monies accoutumées, le 5 mai suivant. Λ. de Altamura, Bibliotheca dominicana, Rome, 1677, p. 259; A. Pieper, Zur Enlstehungsgeschichle der stândigen Xunliaturen, Fribourg-en-Brisgau, 1894, p. 60; M. Armellini, Il diario di Leone X di Paride de Grossi, Rome, 1884, p. 67. Cajétan avait pour mission de faire accepter à l’empe­ reur Maximilien et aux électeurs de l’empire le projet de croisade contre les Turcs patronné par Léon X. Il devait en même temps apporter le chapeau cardinalice à Albert de Brandebourg, électeur et archevêque de Mayence, ainsi que l’épée et le casque bénits par le pape, à l'empereur. Le légat se rendit à Augsbourg, où était réunie la diète de l’empire, et remit, le 1er août, leurs insignes au cardinal et à l’empereur. Il s’appliqua â faire prévaloir les vues du saint-siège et à défendre l’Église romaine contre les violences d’Ulric de Hutten. Mais l’agitation religieuse qui travaillait déjà l'Allemagne et la mort de l’empereur, 12 janvier 1519, devaient rendre inefficace le projet de croisade contre Soliman. Raynaldi, Annal, eccles., an. 1518; Bzovius, Annal, eccles., an. 1518; Cossio, op. cil., p. 269. Les troubles religieux provoqués en Saxe par Luther, des la lin de 1517,avaient pris un développement rapide; et Cajétan allait se trouver le premier face à face avec le novateur, au nom de l'Eglise romaine. L’archevêque de Mayence, inculpé par les attaques de Luther contre les instructions officielles qu’il avait pu­ bliées pour la prédication des indulgences, avait porté l'affaire à Rome. Le saint-siège avait constitué pour l'examen des doctrines du moine augustin une com­ mission qui fut défavorable. L’évêque d’Ascoli, Jérôme Ghinuci, auditeur général de la chambre apostolique, avait lancé, le 7 août 1518, un monitum citant Luther à comparaître en cour de Rome, dans un délai de 60 jours, sous l’inculpation d'hérésie. L’électeur de Saxe, Frédé­ ric, fauteur secret des entreprises de Luther, s'était employé pour que l'affaire suivit son cours en Alle­ magne. Par ses lettres du 23 août adressées à l’électeur, Léon X déclarait que les doctrines de Luther étaient hérétiques, et il sommait Frédéric de remettre Luther au légat. Le pape écrivait le même jour à Cajétan, le chargeant de traiter cette affaire, de s’assurer de la per­ sonne de l’accusé pour qu’il pût comparaître devant le saint-siège, en usant, s’il le fallait, des censures ecclé­ siastiques contre le clergé, et de l'interdit contre l'au­ torité civile. Cajétan, qui semble s’êlre rendu un compte très exact de la situation religieuse en Allemagne, renonça à taire usage de la rigueur et de ses pouvoirs judiciaires. Il consentit que l'on délivrât un sauf-conduit à Luther et prit le parti de traiter le novateur par voie paternelle. Luther était arrivé à Augsbourg, le 7 octobre, où la diète de l’empire venait d’être close. Dés le 10 du mois, il comparaissait devant le légat. Contrairement aux préten­ tions de Luther, Cajétan lui déclara qu'il n'avait pas mission de disputer, mais de recevoir sa rétractation et de le réconcilier avec l’Église. Luther, malgré ses décla­ rations publiques contraires, était résolu à ne pas se soumettre à l’autorité ecclésiastique, et ne cherchait que des faux-fuyants pour gagner du temps. Le cardinal, par condescendance,se laissaallerà discuterquelquespoints avec lui, mais en maintenant qu’il attendait sa soumis­ sion. 11 ne put rien obtenir de Luther. Les amis de ce dernier s’employèrent auprès du légat pour qu’il lui per­ mit de remettre un mémoire justificatif. Le cardinal y consentit encore, et le mémoire lui fut présenté le 14 octobre. Cajétan, qui ne se faisait pas d’illusion sur 1318 l'état d’esprit de Luther, lui montra l’inanité de sa pré­ tendue justification. Luther ne voulut rien entendre. Il écrivait d’ailleurs le même jour à un de ses amis qu’il ne révoquerait pas une syllabe et qu'il préparait son appel. Le soir du même jour, le légat fit appeler Jean Staupitz, le supérieur de Luther, pour lui demander d’intervenir auprès de son subordonné. Le résultat de celte intervention fut une lettre écrite, le 17 octobre, par Lulher au légat, et dans laquelle il témoigne tout son respect pour le cardinal, reconnaît qu'il a dépassé la mesure dans ses critiques contre le pape, mais déclare qu'il ne peut rien retirer; il prie en outre le légat de porter cette cause à Léon X pour que l’Église, qu'il désire entendre et suivre, dé termine les doutes doctrinaux. Mais dès la veille il avait fait rédiger un appel notarié de tout ce qui avait été fait contre lui. Le 18 octobre, Luther écrivait une fois encore au légat pour lui annoncer qu'il quittait Augsbourg et qu'il en appelait du pape mal in­ formé au pape mieux informé. Le 25 octobre, voyant que tout espoir d’aboutir avait disparu, le légat écrivit à l’électeur de Saxe, pour lui faire un bref récit de ce qui s’était passé, et lui déclarer qu’il dégageait sa res­ ponsabilité. Quelques quteurs, mal renseignés ou imbus de préjugés, ont cru pouvoir accuser Cajétan d’avoir manqué de sou­ plesse dans cette affaire. Si un grief pouvait être articulé contre le légat, ce serait d’avoir porté à l’égard de Luther une extrême condescendance, car il resta bien en deçà des instructions pontificales. Mais la vérité est que Ca­ jétan se rendait parfaitement compte que la seule chance de succès en traitant avec Luther était l’indulgence et la bonté. Malheureusement, le plan de Luther était dès lors arrêté dans son esprit, et son obstination et ses subterfuges devaient tenir en échec la bonne volonté du légat. N. Paulus, Johann Tetzel der Ablassprediger, Mayence, 1899, p. 30 sq.; VV. de Wette, Dr. Marlin Lu­ thers Briefe, Berlin, 1825, t. i, p. 142 sq.;C. Burkhardt, Dr. Martin Luther Briefwechscl, Leipzig, 1866, p. Il; Lutheri opera latina, léna, 1556, t. i, fol. 187 sq. ; Bzo­ vius et Raynaldi, Ann. eccl., an. 1518; G. G. Evers, Martin Luther, Mayence, 1883, t. t, p. 365 sq.; t. n, p. 3 sq. ; Hergenrœther, Hist, de l’Église, Paris, 1880, t. v, p. 202; Cossio, op. cil., p. 291 sq. Une affaire de première importance sollicita encore l'attention et les soins de Cajétan pendant sa légation : l'élection de l’empereur. Au milieu des compétitions passionnées que soulevait la succession de Maximilien, Cajétan eut à faire prévaloir près des électeurs les vues de Léon X. L’indécision du pape d'abord, puis sa ferme adhésion à la candidature du jeune Charles-Quinl trou­ vèrent un fidèle interprète dans son légat près de la dicte de Francfort, et peut-être les conseils de Cajétan, en luce des affaires intérieures de l’Allemagne, furent-ils prépondérants dans les résolutions finales du pape. Le légat eut à subir la mauvaise humeur et les colères des partis qui l’estimaient contraire à leurs ambitions. Le 28 juin 1519, Charles était élu empereur à l’unanimité. Le nouveau souverain, conscient des services que Cajétan avait rendus à sa cause, lui adressait de Barcelone, le 29 juillet, une lettre de très vifs remerciements. |Ruscelli,] Lellere di principi, Venise, 1581, t. 1, p. 60 sq.; Flavius, op. cil., p. 905; Bzovius et Raynaldi, Ann. eccles., an. 1519; Bull. ord. præd., t. tv, p. 381 ; G. de Leva, Storia documentala di Carlo V, Venise, 1864,1.1, p. 391-425; t. Il, c. I, passim; Cossio, op. cil., p. 373 sq. 5° Cajétan, évêque de Gaèle (13 avril 1519). Betour d’Allemagne et séjour à Borne. — Cajétan revint d'Al­ lemagne à la fin ds l’été de 1519 et fut reçu solennelle­ ment à Rome par Léon X au consistoire du 5 septembre. Le pape l’accueillit avec une extrême bonté et lui donna pour sa résidence le palais de Sainte-Marie in Via Lata. Cajétan avait accepté en commande l'archevêché de Palerme, le 8 février 1518, et il le résigna entre les mains 1319 CAJÉTAN de Léon X, le 19 décembre 1519. Pendant qu’il était encore en Allemagne, le pape l'avait nommé, le 13 avril 1519, au petit évêché de Gaéte, sa ville natale. Cajétan, mécontent de l’esprit qui régnait à la curie où il avait vainement, depuis assez longtemps, cherché à persuader la nécessité de réformes ecclésiastiques importantes, demanda, sans l’obtenir, semble-t-il, de pouvoir être exonéré d’assister aux consistoires, sauf pour les cas d'affaires importantes. Son attitude sévère et quelque peu protestatrice lui aliéna l’esprit du monde d'humanistes qui gravitait autour de Léon X. Le pape avait toutefois une confiance illimitée dans ses conseils. C'est ainsi que le cardinal prit une part très active à l’examen des affaires luthériennes et dut se rendre au consistoire du 23 mai 1520, tout malade qu'il était, parce qu'on devait y frailer ces matières et en particulier la condamnation solennelle de l'hérésiarque. C’est de ce consistoire que sortit la célèbre bulle Exurge Domine du 14 juin sui­ vant. A. de Altamura, Bibliotheca dominicana, p. 259; Pallavicini, Hist. du concile de Trente, 1. I, c. xxt; Gams, Series episcoporum, Ratisbonne, 1873, p. 881,952; Pieper, Zur Entslehungsgesch., p. 61 ; Flavius, op. cil., p. 905; Quélif-Echard, op. cil., p. 173; Cossio, op. cil., p. 391 ; P. Kalkoff, Zu Luthers râmischen Process (Brieger’s Zeitschrift fur Kirchengeschichte, t. xxv [1904], p. 90-147). 6° Cajétan électeur d’Adrien VI (9 janvier 1522) et légat en Hongrie (1523-1524). — La mort de Léon X, 4 décembre 1521, ouvrit une succession des plus diffi­ ciles. Les cardinaux divisés semblaient ne pouvoir s’en­ tendre pendant le conclave. Le cardinal Cajétan, pour­ suivant ses vues de réformes ecclésiastiques, lit prévaloir la candidature du cardinal Adrien d'Ulrecht qu’il avait connu pendant sa légation en Allemagne. 11 servit aussi d'appui au nouveau pape dans ses tentatives de réformes, et supporta avec lui les critiques que les gens de la curie firent tomber sur ces propagateurs de l’esprit chrétien. Le projet de croisade contre les Turcs ayant échoué par suite de l’agitation luthérienne, Soliman avait pour­ suivi sa marche de conquête et les frontières orien­ tales de la chrétienté se trouvaient en extrême danger. Pour parer à cette situation, Adrien VI envoya, le lsr juin 1523, le cardinal de Saint-Sixte comme légat en Hongrie, Bohême, Pologne, Allemagne et autres lieux frontières. Il était porteur d’une première somme im­ portante, destinée à être employée contre les Turcs. Mal­ heureusement, l’état intérieur de la Hongrie et surtout le peu de confiance que son jeune roi Louis inspirait au légat comme à ses sujets ne permirent pas d'obvier aux dangers qui menaçaient le royaume de saint Étienne. Le légat fit distribuer l’argent dont il disposait pour aider les villes de Dalmatie et de Croatie proches de l'ennemi. Il prit une part active aux négociations de Wiener-Neustadt, au mois d'octobre 1523, où la Polo­ gne, la Hongrie et l'Autriche projetèrent une expédition pour le printemps de l’année suivante. La mort d'Adrien VI, 14 septembre 1523, surprit Cajétan en pleine légation. Clément VU le rappela à Rome. Flavius, op. cil., p. 906; Bull. ord. præd., t. tv, p. 413; H. von Holler, Papst Adrian VI, Vienne, 1880, p. 90,237, 417; Cossio, op. cil., p. 404, 419. 7» Dernières années de Cajétan (1524-1534). — Rentré â Rome, Thomas de Vio se livra plus que jamais à une vie d’étude qu’il n’avait d’ailleurs jamais abandonnée. Ne pouvant servir l’Eglise en faisant prévaloir ses con­ seils, il lui fournit le concours d'une activité littéraire intense. La politique malheureuse de Clément VII vint lui rappeler, une fois encore, qu’il semblait voué à être le proche témoin des désastres de l’Église et, malgré ses avertissements, à ne pouvoir les empêcher. Au mois de mai 1527, Rome fut mise à sac par les troupes du Connétable de Bourbon. Le cardinal de Saint-Sixte fut 1320 fait prisonnier, couvert, comme plusieurs de ses collè­ gues, des plus basses humiliations par une soldatesque forcenée, et condamné à payer pour sa rançon 5000 piè­ ces d’or. Cajétan, qui était pauvre, dut recourir à l'em­ prunt pour satisfaire aux exigences des vainqueurs, et recevoir même des vêtements en aumône. Pour acquit­ ter ses dettes autant que pour détourner ses regards des événements publics, il se retira dans son évêché de Gaèle. Il y resta jusqu’à l’automne de 1529, et revint alors à Rome, où les malheurs de l’Eglise commençaient à tourner les esprits vers des projets plus sérieux de réforme. Dans la grave affaire du divorce du roi d’Angleterre, Clément VII commit au cardinal de Saint-Sixte l’exa­ men des mémoires écrits sur cette question. Cajétan, dans sa consultation datée de Rome, 13 mars 1530, conclut contre les prétentions d'Henri VIII. Il adressa, quelques années plus tard, le 27 février 1534, un mémoire au roi d’Angleterre, à l’occasion de son mariage avec la veuve de son frère. Les projets d’un futur concile firent porler les yeux de plusieurs vers Cajétan. Le cardinal Sadolet s’inlormait près de lui de ce qu’il fallait penser de celte allaire. Quand en 1534 Clément Vil tomba malade, le nom du cardinal Cajétan fut mis en avant comme pouvant être celui du pape des réformes. Mais le cardinal de SaintSixte se sentait gravement atteint et se préparait, avec une admirable résignation, à la mort. Elle survint le 10 octobre 1534. H fut enseveli, en simple habit religieux et sans aucune pompe, selon ses désirs, soirs le porche de l’église de la Minerve. Poursuivant jusque dans la mort ses idées réformatrices, il n'avait pas voulu contri­ buer à un abus qui encombrait, disait-il, de dépouilles mortelles des temples que l’on devrait réserver à la seule sainteté de Dieu. Flavius, op. cil., p. 906; Λ Sadoleli Epistolæ proprio nomine scriptæ, Rome, 1760, part, 1, p. 304, 319; C. Milanesi, Il sacco di Borna del Sflixxvrt, Florence, 1867, passim; C. Ravioli, Le guerre dei selle anni sotto Clemente VI, Rome, 1883, p. 79 ; A. Ciaconius, Vitæ et res geslæ ponlif. roman, et S. Ii. E. cardina­ lium, t. ut, p. 392; Bullar. ord. præd., t. tv, p. 466; Quélif-Echard, Script, ord. præd., t. il, p. 15; Cossio, op. cil., p. 425-472. II. Œuvres. — L’activité littéraire de Cajétan a été très considérable, et l’on aurait peine à comprendre qu’un homme, qui occupa si longtemps de hautes charges administratives et dut prendre part aux plus graves affaires de son temps, ait pu la fournir, si l'on ne savait que Cajétan ne cessait d'étudier et d'écrire, même au milieu des occupations les plus absorbantes. Comme presque tous ses écrits portent la date à laquelle ils ont été achevés, il est aisé de voir comment leur composi­ tion coïncide quelquefois avec les moments où il aurait dû être le plus absorbé par les affaires extérieures ou le moins libre d’esprit. C'est ainsi que dix de ses opuscules portent les dates de divers jours du mois d’octobre 1518, c'est-à-dire du temps où il eut à traiter avec Luther à Augsbourg; que la Summula peccatorum et les Jenta­ cula furent écrits pendant sa légation de Hongrie; qu’il continuait ses commentaires sur l’Ecriture au milieu des horreurs du sac de Rome, en 1527. Les écrits de Cajétan peuvent se diviser en œuvres philosophiques, théologiques et exégétiques. Dans leur ensemble elles ont été composées dans cet ordre, et nous l’adopterons dans le catalogue qui va suivre. Comme presque toutes les compositions de Cajétan sont datées, nous donnerons entre parenthèses, après le titre, ce renseignement fourni par l’auteur lui-même. QuétifEchard ont dressé le catalogue de 82 opuscules théolo­ giques selon leur ordre chronologique, p. 19-26; et Cossio, p. 497-501, a réuni, en une suile semblable, 114 titres d’ouvrages. Nous rapprocherons de préférence, ici, les écrits de Cajétan d’après leur affinité naturelle. 1321 CAJÉTAN Il n’existe malheureusement pas d’édition complète des œuvres de Cajétan. Cependant certaines parties ont été réunies ensemble, telles les œuvres exégétiques publiées à Lyon, 1639, en 5 in-fol. On a aussi cherché à rassembler ses divers traités, grands ou petits, en diverses collections auxquelles on a donné le nom d'opuscules; mais aucune édition n'est complète, et le groupement du contenu n’est opéré ni selon l’ordre chronologique ni selon la nature des sujets. Dans l’énu­ mération que nous en ferons plus loin, nous les rappro­ cherons selon l’ordre des matières, et nous renverrons, à la suite de Quétif-Echard, aux deux éditions d’Anvers, 1612, et de Lyon, 1541, parce qu'elles se complètent. La première, que nous indiquerons par A, est divisée en trois livres; et la seconde, que nous désignerons par L, est divisée en quatre livres. Pour plus de commodité nous donnerons ici tout d'abord les principales éditions d'opuscules. 1. opuscules. — Opuscula aurea de diversis ac curiosissimis materiis tam praclicis quam speculativis, in-4», Paris, 1511. Cette collection contient une trentaine d'opuscules. — Quæstiones quodlibetales cum aliquot assertionibus contra lutheranos, el aliis difficultatum theologaruni enodationibus in communem studio­ sorum usum non mediocri labore nusquam antea in talem ordinem digestis, in-8», Paris, 1530. Contient plusieurs opuscules qui ne sont pas dans les deux grandes collections. — De communione, confessione, satisfa­ ctione, invocatione sanctorum adversus lutheranos tra­ ctatus, Rome, 1531. — Opuscula adversus lutheranos, videlicet, de fide et operibus, de communione, de confessione, de satisfactione, de invocatione sanctorum, responsiones ad septemdecim quæsita, in-8», Lyon, 1536. — Opuscula, quæstiones et quodlibela, in-fol., Lyon, 1541. — Opuscula omnia tribus tomis distincta, in-fol., Lyon, 1558, 1567, 1581, 1588; Venise, 1588, 1612; Anvers, 1612. Collection de 59 opuscules. il. œuvres PHtLOsopitiQUES. — 1» Commentaria super tracialum de ente et essentia Thomæ de Aquino; super libros posteriorum Aristotelis et praedicamenta ; tractatus de analogia nominum ; quæslio de subjecto philosophiæ ; tractatus de cambiis, in-fol., Venise, 1506. — 2» In prædicabilia Porphyrii, praedicamenta el libros posteriorum analylicorum Aristotelis castiga­ tissima commentaria, in-8», Venise, 1587, 1599. — 3° Super libros Aristotelis de anima (Rome, 1512), quæstiones de sensu agente et de sensibilibus ; de sub­ stantia orbis Jo. de Gandavo cum quæslionibus ejus­ dem, in-fol., Venise, 1514 (deux éditions différentes, Panzer, t. vin, p. 418, 422), in-fol., Paris, 1539. — 4° Metaphysica contracta a Thoma Maria Giovio, in-4», Bologne, 1688. — 5° De nominum analogia (Pavie, 1« septembre 1498), A, ni, 5. — 6° De subjecto natura­ lis philosophiæ, an sit eus mobile (s. d.), A, ni, 4. — 7» Super duo de conceptu entis quæsita (Rome, 27 fé­ vrier 1519), L, n, 16 ; A, ni, 6. — 8» De Dei infinitate (Pavie, 10 septembre 1499), A, ni, 2. — Quétif-Echard signalent, p. 17, comme manuscrits existant de leur temps dans la Bibliothèque royale à Paris : 9° Com­ mentarii in octo libros physicorum (cod. 4824) ; 10° Commentarii in libros Aristotelis quatuor de cælo et mundo (cod. 5124). — Leandre Alberti connaissait : 11« les Commentarii super metaphysicam (QuétifEchard, op. cit.), probablement l’ouvrage abrégé par VT. M. Giovio, indiqué ci-dessus. tir. œuvres tuèologiques. — 1° Commentarii in l«ra partem Summœ theologicæ S. Thomæ de Aquino (Rome, 2 mai 1507), in-fol., Venise, 1508; Paris, 1514. — 2« In I*m llx (Rome, 29 décembre 1511), in-fol., Venise, 1514. — 3“ in 11Λα IIX (Rome, 26 février 1517), in-fol., Venise, 1518; in-4», Paris, 1519; Venise, 1522. | 1537, etc.— In Jl /*■” partem (Rome, 19 décembre 1520)..., 1523; in-fol., Bologne, 1528; Venise, 1533; Lyon, 1558. I 1322 Pour suppléera la partie qui manque à la Somme de saint Thomas, Cajétan a ajouté les questions suivantes qui ne se trouvent pas dans toutes les éditions citées : 1. De attri­ tione et contritione ; 2. De confessione ; 3. De satisfa­ ctione; 4. De ministro sacramenti pænitenliæ ; 5. De indulgentiarum thesauro ; 6. Decausa indulgentiarum ; 7. De suscipientibus indulgentias ; 8. De modo tradendi seu recipiendi sacros ordines ; 9. De contractu matri­ monii; 10. De usu matrimonii ; 11. De delectatione morosa. — 5« Commentaria in Summam lheologiæ S. Thomæ. Les éditions intégrales du commentaire ont paru tantôt seules, tantôt avec le texte de la Somme de saint Thomas : 4 in-fol., Lyon, 1540,1541, 1552; Rome, 1570, dans l’édition complète des œuvres de saint Tho­ mas, dite édition de saint Pie V; 4 in-lol., Lyon, 1575; Stelsii, 1577; Lyon, 1581 ; Rome, 1588 ; 5 in-4», Venise, 1588 ; 7 in-8», Bergame, 159Q; Venise, 1596, avec les commentaires de Javelli et de Capponi ; Anvers, 1612; Padoue, 1698; 10 in-fol., Rome, 1773; Lyre (1892), sur la lro partie de la Somme, édit, de H. Prosper; Rome, 1888, dans l’édition léonine des œuvres de saint Tho­ mas, t. iv sq. — 6“ Summula de peccatis (en Pannonie, 15 juin 1524), in-8», Rome, 1525; Venise, 1525; Paris, 1526,1530; Lyon, 1529, 1539, 1550, 1565, 1581; Venise, 1584; Douai, 1613, studio Gaugerici Hispani, 1627. — 7» An in rebus naturalibus detur potentia neutra, et an potentia receptiva actuum supernaturalium sil natu­ ralis, A, ni, 3. — 8» De fide et operibus adversus luthe­ ranos, in-4», Rome, 1532, A, tu, 10. — 9» Virum homo homini superiori teneatur obedire in his in quibus oportet se exponere periculo mortis (Rome, 27 no­ vembre 1522), A, 111, 8. — 10» De præcepto eleemosynæ mentem S. Thomæ quant quidam in sua Summa sequius interpretabantur, declarans (1496), A, n, 5; L, in, 4. — 11» Utrum liceat maleficium solvere opera malefici ad hoc parati utendo (Milan, 26 mars 1500), L, ili, 10, q. tv ; A, ii, 12. — 12° Utrum volunt non nubendi æquivaleat voto castitatis (Milan, 18 décembre 1500), A, π, 11. — 13« Vtrum pervolunt quo quis pro­ mittit offerre aliquid cuidam imagini B. V. sit acqui­ situm jus illi Ecclesiæ (.Mantoue, 13 mars 1500), L, m, 10, q. m. — 14» Utrum emissurum professionis votum possit absolute renunciare propinqui hæreditatem quam probabiliter dubitat male adepto ære infectam (Milan, 29 septembre 1500), L, III, 10, q. II. — 15» An ingressus religionem cum proposito deliberato perse­ verandi, ad religionem teneatur (Rome, 11 novembre 1512), L, ii, 4, R. 3. — 16« An Judæis in nullo culpa­ bilibus possit negari ingressus religionis (Sienne, 21 septembre 1514), L, n, 4, R. 6. — 17« An religiosus factus episcopus teneatur debito legali ad observantias regulares (Rome, 13 février 1518), L, ii, 3, q. xxn. — 18" Utrum Petrus consignans centum florenos apud Paulum mercatorem ut ei pro parte lucri, capitali salvo, assignet per annum quinque florenos residuo lu­ cri Paulo mercatori servato, licite contrahat (Rome, 1er avril 1515), L, il, 4, R. 11. — 19» De usura, quæstio­ nes sex (Milan, 2-24 avril 1500), A, n, 8; L, in, 7. — 20» De cambiis (Milan, 9 décembre 1499), A, 11, 7; L, m, 6. — 21« De monte pietatis (Pavie, 13 juillet 1598), in-4®, Rome, 1515 (existe une édition antérieure d'une dizaine d'années), A, n, 6; L, ni, 5. — 22« Circa emp­ tionem. rerum raptarum in bello injusto (Rome, 27 no­ vembre 1519), L, n, 4, R. 17. — 23« (Juæstiones de sa­ cramentis (ce sont celles indiquées plus haut qui forment le complément des commentaires à la 111’ de la Somme théologique), A, I, 4; L, n, 1. — 24» De obligatione præcepti (Rome, 14 février 1518), A, i, 25; L, n, 3, q. xxi. — 25» De volo et unitate vel plurificatione numerali peccati actus exterioris propter discontinuationem actus interioris voluntatis (Florence, 27 août 1508), L, n, 35. — 26« An justus timendo poenam peccet (Augsbourg, 24 octobre 1518), A, 1, 24. — CAJÉTAN 1323 27" Utrum quilibet utens spirituali, seu actus spiri­ tuales exercens in peccato mortali, peccet mortaliter (Rome, 24 août 1506), A, π, 10; L, ni, 9. — 28" Circa dispositionem ad confessionem (Augsbourg. 8 octobre 1518), L, ll,3, q. vm. —29» De confessione venialium et omnium moi talium (Augsbourg, 29 septembre 1518), L. n, 3, q. ix. — 30° Utrum in confessione circumstan­ tia diei festi sit necessario confitenda (Milan. 24 avril 1500), L, II, 3, q. x. — 31» Quando quis obligatur ad contritionem peccatorum mortalium (Rome, 4 mars 1518) , A, 1,17 ; L, π, 3, q. vu. — 32“ De fide ad fruc­ tuosam absolutionem sacramentalem necessaria (Augs­ bourg. 26 septembre 1518), L, n, 3, q. n. — 33“ De impletione injunctæ pænitentiæ, si non impleatur in hac vita, num exsolvenda sit in alia (Augsbourg, 30 sep­ tembre 1518), A, I, 20; L, n, 3, q. xn. — 34“ De effectu absolutionis sacramentalis seu de confessione quæstiones quinque (Augsbourg, l«r octobre 1518). A, I, 18; L, ii, 3, q. xii. — 35’ Utrum confessor teneatur occul­ tam servare deliberationem conflentis se omnino occisurum regem aut pontificem summum (Rome, 13 septembre 1514), A, i, 21 ; L. n, 3, q. xv. — 36“ De pollutione ex auditione confessionis proveniente (Flo­ rence. 13 octobre 1509), A, t. 22; L, n, 3, q. xvi. — 37’ De indulgentiis (Rome, 8 decembre 1517), A, i, 15; L, II, 2. — 38’ De thesauro indulgentiarum (Augsbourg, 7 octobre 1518), L, ti, 3, q. n. — 39’ De acquisitione indulgentiarum (Augsbourg, 11 octobre 1518), L, n, 3, q. ii. — 40° De acquirendis rursum indulgentiis (Augsbourg, 7 octobre 1518), L, n, 3, q. in. — 41’ De effectu indulgenliæ (Augsbourg, 29 septembre 1518), L, n. 3. q. iv. — 42“ An papa auctoritate clavium det indulgentiam animabus in purgatorio (Augsbourg, 15 oc­ tobre 1518', A, i, 16; L, n, 3, q. vi.—43’ De indulgen­ tia plenaria concessa defunctis (Rome, 20 novembre 1519) , L, n, 3, q. v. — 44’ De erroribus contingentibus in sacramento eucharistiæ (Rome, 1515), A, π, 6. — 45“ De celebratione missa·. Utrum sacerdos sumpta ablutione licite possit sumere reliquias eucharistiæ in calice, vel extra remanentes (Pise, 26 novembre 1519), A. n,3; L, hi, 3, q. vn. — 46’ Utrum sacerdos celebrans pro pluribus satisfaciat pro singulis (Rome, 1er dé­ cembre 1510), A, n, 3 ; L, m, 3, q. n. — 47’ De valore orationum dictarum, ab audientibus missum in festo (s. d.), A. II, 4; L, m, 3, q. III. — 48’ De missæ sacri­ ficio et ritu adversus lutheranos (Rome, 3 mai 152I), in-4", Rome, 1531 ; A, III, 9. — 49“ Instructio nuntii circa errores libelli de coma Domini per capita juxta ordinem libelli (Rome, 1525), L, in, 2. — 50“ De com­ munione sub utraque specie. De integritate confessio­ nis. De invocatione sanctorum adversus lutheranos (Rome, 25 août 1531), in-4", Rome, 1531 (avec les η. 50 et 8); in-8°, Lyon, 1536; A, ni, 2. — 51’ De validitate matrimonii a juvene post religionis ingressum et egres­ sum contracti (Gaete, 22 octobre 1505), L, n, 4, R. 3. — 52" De redditione debiti uxoris ad virum adulterum (Rome, 14 mars 1513), L. n, 3, q. xxvi. — 53’ An adul­ ter ipso facto sit privatus jure exigendi debitum a confuge innocente (Rome, 20 décembre 1513), A, i, 29; L, il. 4, R. 4. — 54’ Utrum matrimonium legitime con­ tractum inter Christianos per verba de praesenti, possit ante carnalem copulam dirimi auctoritate papæ absque religionis ingressu (Rome, 24 janvier 1507), A, i, 28; L, II. 3, q. xxv. —55’ Ad Henricum VIII Angliæ regem de conjugio cum relicta fratris sententia (Rome, 27 janvier 1534), Λ, in. 12. — 56’ De conjugio regis Angliæ cum relicta fratris sui ad Clementem Vll (Rome. 13 mars 1534), A. in. 13. — 57’ De collatione ordinis præsertim presbyteratus ab episcopo (Pise, 20 novembre 1509), A, 1, 26; L, II, 3, q. xxm. — 58’ Utrum pontifex summus possit dispensare cum sacerdote occidentalis Ecclesiæ ut accipiat uxorem (Rome, 12 avril 1505), A. i, 35; L, η, 3, q. χχιν. — BICT. DE THÉOL. CXTIiOL. 1324 59“ De venditione annuæ pensionis ex beneficio eccle­ siastico debitæ (Rome, 16 février 1518), L, n, 4, R. 10. — 60" Utrum emptio beneficiorum ecclesiasticorum sit simoniaca quia prohibita, vel prohibita quia simoniaca (Rome, 28 decembre 1514), A, n, 9; L, in, 8, q. i. — 61’ Utrum emens et acquirens episcopatum non intendendo solvere promissam pecuniam sit simoniacus (Rome, 4 janvier 1504), A, η, 9; L, ni, 8, q. il. — 62’ An is qui in choro sic divinum officium persolvit, quod sui chori versus submisse sibi ipsi soli dicit, alte­ rius vero chori versus audit tantummodo, satisfaciat præcepto de persolvendis horis canonicis (Rome, 3 no­ vembre 1514), L, n, 4, R. 8. — 63" De auctoritate papæ et concilii utraque invicem comparata (Rome, 12 oc­ tobre 1511), in-4", Rome, 1511; in-4’, Cologne, 1512; A, i, I ; L, I, 1. — 64’ Apologia tractatus de comparata auctoritate papæ et concilii (Rome, 29 novembre 1512), A, I, 2; L, I, 2. — 65’ De Ecclesia et synodorum diffe­ rentia coram Julio II in secunda sessione concilii Lateranensis oratio dicta xvi maii 1512, in-4", Rome, 1512; A, in, 1. — 66" De primatu romanæ Ecclesiæ ad Leonem X (17 février 1521), in-4", Rome, 1521; A, i, 3; L, I, 3. — 67“ Utrum vacante sede et quærentibus omnibus pontificatum per fas et nefas, propter ambitio­ nem et avaritiam ac Ecclesiæ ruinam, liceat viro probo et digno quærere pontificatum, adhibendo promissiones et exhibendo temporalia et beneficia, etc., pro suffra­ giis propter hunc finem, ut in sede positus Ecclesiæ prosit et illam reformet (Rome, 26 décembre 1512), A, H, 9; L, in, 8, q. in. — 68" An apostolica sedes in sacris canonibus abutatur verbis sacræ Scripturæ (Mayence, 22 mars 1519), A, i, 30; L, n, 3, q. xxvii. — 69" De criminum occultorum inquisitione (Rome, 5 novembre 1519), L, η, 4, R. 5. — 70’ De effectu excommunicationis (Augsbourg. 29 octobre 1518), A, l, 19; L, π, 3, q. xm. — 71" An imperfecta caritas necessario deferat secum post mortem timorem prena­ ient (Augsbourg, 14 octobre 1518), L, n, 3, q. xix. — 72“ An omnes animte in purgatorio sint certæ de suo salute (Augsbourg, 25 septembre 1518), A, i, 23; L, u, 3, q. xviii. — 73" An in purgatorio possit esse meritum (Augsbourg, 27 octobre 1518), L, n, 3, q. xvn. — 74"De festo quod dicitur Spasmus E. V. matris Dei (Rome, 17 juillet 1506), A, η, 23. — 75" De conceptione JI. Vir­ ginis ad Leonem X, Rome, 1503; A, η, 1; L, in, 1. — 76" Ad très quaestiunculas scilicet de usura, de perti­ nacia in veniali el de publico delicto (Florence, 13 oc­ tobre 1509), L, n, 4, R. 9. — 77’ De quinque dubiis seu casibus conscientiæ, quorum primum est, an sit sim­ pliciter de necessitate salutis pænilenle conteri de singulis peccatis in eadem specie, etc. (Rome, 2 mai 1504), L, n, 4, R. 12. — 78° Damnati sensus articulorum quinque expositio ad Leonem X (Rome, 6 juin 1521). L, η, 4, R. 1. — 79" Super sex propositionibus in com­ mendationem li. Joseph a quodam theologo assertis (s. d.), L. n, 4. — 80" Explicatio quorumdam quæ visa fuerant in commentariis Cajetani in Summam S. Thomæ vel contradictoria vel minus exposita (Rome. 9 février 1521), L, II, 4, R. 13. — 81" Rursus de simi­ libus contradictoriis apparentibus (Rome, 11 juin 1522). L. η, 4, R. 14. — 82’ Quæstio una de quibusdam obscu­ ris (Rome, 23 novembre 1522), A. Ill, 7. — 82’ Respon­ siones ad quosdam articulos nomine theologorum Parisiensium editos (Rome, 30 décembre 1533), A, in, 14. iv. œuvres BXÉGÉrtQUBS. — 1’ Jentacula Novi Te­ stamenti: expositio literalis sexaginta quatuor notabi­ lium sententiarum Novi Testamenti in xrr capita distincta (pendant la légation de Hongrie, achevé Je 15 juin 1524), Rome, 1525; Paris, 1526; Lyon, 1529.1539 (avec la Summula), 1544, 1565, 1584: Douai, 1613. — 2" In quinque libros Mosis juxta sensum literal-' >. commentarii, Rome, 1531 ; in-fol., Paris, 1539. — 3 In libros Jehosuæ, Judicum, Ruth, Regum, ParaiipomeJL - 42 1325 CAJÉT AN 1326 non, Hezræ, Nechemiæ et Esther (Rome, 24 juin 1531 ι virum hunc, ut sæpe alias testatus sum. semper feci 19 juillet 1532), Rome, 1533; Paris, 1546. — i" Jn librum maximi. Plurimum enim Ecclesiam Christi suis lite­ Job (Rome, 21 mars 1533), Rome, 1535. — 5° In psalmos ris juvit. Longum est autem hominis commendare (Rome, Pâques 1527), Venise, 1530; Paris, 1532. —6“ In sire eruditionem sive ingenium. Illud breviter dici parabolas Salomonis, in Ecclesiasten, in Esaiæ tria potest : Cajelanuni summis ædificatoribus Ecclesiæ priora capita, Rome, 1542; Lyon, 1543; Paris, 1587. — parem esse potuisse, nisi quibusdam erroribus doctri­ 7« In Evangelia Matthaei (Gaète, 13 novembre 1527), nam suam quasi cujusdam leprae admixtione foMos­ Marci (Gaète, 2 décembre 1527), Lucæ (Gaète, 25 janvier sei, vel et curiositatis libidine affectus, vel certe ingenii 1528), Joannis (Gaète, 16 mai 1528), Venise, 1530; Paris. dexteritate confisus, literas demum sacras suo abitralu 1536, 1542; Lyon. 1574. — 8° In Acta apostolorum exposuisset, felicissime quidem fere, sed in paucis (Gaète, 29 juin 1529), Venise, 1530; Paris (avec les quibusdam locis, acutius sane multo quam felicius. Évangiles), 1536. — 9° In Epistolas Pauli (Gaète, Op. cit., 1. VII, c. in. 16 août 1519), Paris, 1532, 1537,1540, 1542. —10° Opera 1» Philosophie. — En philosophie comme en théolo­ gie Cajétan s’attache fidèlement au système de saint omnia quotquot in sacrSe Scripturae expositionem reperiuntur, cura atque industria insignis collegii Thomas d’Aquin. Son séjour à Padoue le mit simulta­ S.Thomæ Complutensis ord. præd., 5 in-fol., 1639. nément en présence de scotistes et d’averroïstes de v. discours et lettres. — 1° Sex orationes Bonne marque, et c’est contre eux, en général, que se dirige habilte (1501-1512), A, ni, 1. Le sixième discours a été la partie polémique de ses écrits philosophiques. Les édité à Rome, 1512. — 2° Lettre à l’électeur Frédéric de problèmes scotistes et averroïstes étant surtout d’ordre Saxe, Augsbourg, 25 octobre 1518. Lutheri opera latina, métaphysique, Cajétan excelle dans ces matières. Son léna, 1556. t. i, fol. 205'; Archivio storico Italiano, commentaire du De ente et essentia de saint Thomas, 3' série, t. xxvi, p. 192. — 3» Lettres à Léon X sur un ouvrage de prime jeunesse, est de tous ses écrits l’élection de Charles-Quint, Francfort, 29juin et 7 juillet le plus subtil et le plus abstrus. 1519, [Ruscelli,] Leltere di principi, t. i, Venise, 1581, Les idées, ou plutôt l’attitude personnelle de Cajétan, p. 60, etc. — 4“ Lettres encycliques à l’ordre des frères dans certains problèmes philosophiques, vise surtout le prêcheurs. Monumenta ord. præd. historica, Rome, rationalisme averroïste de son temps. L'université de t. ix (1901), p. 88,93, 124. Padoue, centre principal de ces doctrines, et la célébrité III. Doctrines. — Cajétan a été le plus grand théolo­ croissante de Pierre Pomponazzi, le principal fauteur gien de son temps, et un des premiers parmi ceux qui de ces idées, amenèrent le concile de Latran à prendre ont honoré l’Église. Il a été le conseil intellectuel de position sur ces matières. Cajétan, toujours en éveil, quatre pontificats, depuis Jules 11 jusqu’à Clément VII, avait pris les devants et composé, en 1512, son com­ clans des circonstances exceptionnellement graves et dif­ mentaire sur le De anima d’Aristote. Tout en mainte­ ficiles. Il a laissé une œuvre des plus étc ndues destinée, nant en soi les idées psychologiques de saint Thomas, dans sa pensée, à subvenir aux besoins intellectuels de le commentateur est d’avis qu’Aristote a effectivement l’Église, les plus urgents à son époque. professé la doctrine qu’Averroès lui a attribuée : l’unité Cajétan est un homme de transition. Élevé dans la d’une âme intellectuelle unique pour l’humanité et la culture de la philosophie et de la théologie du moyen mortalité de l’âme individuelle. L. III, c. n. Le concile de âge, il s’est trouvé en pleine révolution intellectuelle et Latran, ayant cru devoir réagir énergiquement contre religieuse, mêlé de très près aux événements. 11 a com­ les progrès de l'averroïsme, porta son célèbre décret du pris que pour faire face à une situation nouvelle il fal­ 19 décembre 1513 contre cette doctrine. Pour mieux lait s’adapter aux exigences de son temps. C’est ainsi atteindre ses fins, le décret exigeait que tous les profes­ que sa carrière scientifique est successivement dominée seurs publics de philosophie justifiassent dans leurs par les préoccupations philosophiques, théologiques et leçons les conclusions de la foi chrétienne. Cajétan exégétiques; et que, dans ces dillérenls domaines, il opposa son non placet à celte partie du décret, en objec­ met au jour des tendances et des opinions qui ont sur­ tant que cet office était celui des théologiens et non des pris beaucoup de ses contemporains, moins libres d’es­ philosophes. Bzovius, Ann. eccles., t. ix. p. 199. Avec les années, la pensée personnelle de Cajétan semble prit ou moins au fait des besoins nouveaux. Il a, en conséquence, trouvé, jusque dans son ordre, des adver­ avoir fait un pas de plus. Sans qu’il nous ait exposé au saires résolus et quelquefois injustes. Une étude impar­ long son opinion, il parait bien que le philosophe, chez tiale nous montre que Thomas de Vio a eu une rare lui, ait conçu des doutes véritables sur la portée de la perspicacité en mettant le doigt sur un grand nombre raison humaine pour prouver par elle seule l'immorta­ de problèmes ouverts aujourd’hui encore, et dont il lité de l’âme, et peut-être même l’existence de la provi­ avait abordé la solution avec une franchise qui peut en­ dence. Ces vérités, dans sa pensée, semblent être en­ core quelquefois paraître audacieuse. trées dans le domaine de la foi chrétienne. Il écrit, en Cajétan est un esprit pénétrant et subtil. La fréquenta­ elfet, dans son commentaire de l’Épitre aux Romains, tion de Scot et de son école, contre lesquels il a spécia­ c. ix : Sicut nescio mysterium Trinitatis,sicut nescio lement lutté en philosophie et en théologie, semble avoir animam immortalem, sicut nescio Verbum caro factum quelquefois inllué sur lui, dans la nécessité où il était est, et similia, quæ tamen omnia credo. Opera omnia de suivre ses adversaires sur leur propre terrain. D’or­ in S. Scripturam, t. v, p. 58. Et dans ses commen­ dinaire il est clair et profond, et embrasse la totalité taires sur saint Luc. c. xn : Spectat ad immensitatem d’un problème avec une remarquable maîtrise. Dans ses providential ejus (Dei) et videre singula quaeque indi­ vidua et curam illorum habere... Nec hoc est vertendum nombreux écrits polémiques, ou il agite les questions les plus irritantes de son temps, il procède avec une in dubium apud Christianos, quamvis philosophi hoc parfaite sérénité, traitant des choses et des doctrines, non credant, metibntes dei providentiam ex iis quæ sans blesser les personnes. Quoique vivant en plein hu­ apud nos cognoscimus. Op. cit., t. iv, p. 228. Cajétan trouva un adversaire résolu et même violent manisme, son style n’a rien de littéraire et est pure­ ment scientifique. Melchior Cano l’a un peu déprécié dans la personne d’un de ses confrères, Barthélemy Spina, de Pise. L’agression s'explique d'autant moins, en parlant de la styli quasi ingenitam obscuritatem de Cajétan. De locis theologicis, 1. VI, c. iv. Mais Cano est au premier abord, que Spina avait été chargé par Cajétan de surveiller l’édition de son commentaire sur ia un écrivain d’une élégance extrême, peu bienveillant pour la langue de l’école. IIa II®, imprimé à Venise, en 1517, et qu'il avait fait Mous pouvons d’ailleurs transcrire ici l’éloge tempéré précéder d’un éloge du cardinal des plus flatteurs. de critiques que ce théologien a fait de Cajétan : Ego Spina, à la suite de la publication du De immortalitate •1327 CAJÉTAN animte de Pomponazzi, Bologne, 1516, et de son Apolo­ gia, ibid., 1517, crut devoir entreprendre une réfutation du célèbre averroïsant. Craignant sans doute que la po­ sition prise par Cajétan dans son commentaire du De anima ne fût considérée comme une concession aux tendances averroîstes du temps, il entreprit la réfuta­ tion de Cajétan et de Pomponazzi dans trois traités publiés simultanément : Propugnaculum Aristotelis de immortalitate animas contra Thomam Cajelanum; Tutela veritatis de immortalitate animte contra Pe­ trum Pomponatium Mantuanum,cognominatum Perreltum ; Flagellum in tres libros apologias ejusdem Perretti de eadem materia immortalitatis animæ, in-fol., s. I., 1518. Quétif-Echard, t. it, p. 126; F. Fio­ rentino, Pietro Pomponazzi, Florence, 1868. Ce sont ces faits qui ont induit en erreur Gui Patin. Renan, qui l’a suivi, écrit à son tour cette énormité : « Le célèbre Thomas de Vio Cajétan lui-même enseignait selon Averroès, et s’il faut en croire Gui Patin, si bien au courant des bruits qui couraient à Padoue, ce fut de cet enseignement que Pomponat tira son venin. » Renan, Averroès et l'averroîsme, 3e édit., Paris, 1867, p. 351. 2° Théologie. — Cajétan est considéré à juste titre comme l’un des premiers théologiens de l’école thomiste. Léon XIII a traduit lui-même ce sentiment en ordon­ nant, par ses lettres du 15 octobre 1879, de joindre les commentaires de Cajétan à la Somme théologique, dans l'édition officielle des œuvres de saint Thomas publiée par ses ordres : Conjunctim vero edendas curabimus clarissimorum eius interpretum, ut Thomæ de Vio cardinalis Cajetani et Ferrariensis, lucubrationes, per quas, tanquam per uberes rivulos, tanti viri do­ ctrina decurrit. S. Thomæ Aquinatis opera omnia, Rome, 1882, t. i, p. xxt. Les commentaires de Cajétan sont donc considérés comme une œuvre classique. Les traités de Cajétan sur le pape et les indulgences repré­ sentent également une doctrine classique dans la théo­ logie catholique. Les commentaires sur la Somme de saint Thomas sont l’œuvre capitale de Cajétan eu théologie. La pre­ mière partie ayant été achevée le 11 mai 1507, et la der­ nière le 10 mars 1522, on peut les considérer comme ayant été écrits dans une vingtaine d’années, c’est-à-dire pendant le temps ou Cajétan occupa de hautes charges administratives dans son ordre et dans l’Église. II semble avoir été conduit à celte entreprise par le fait que le texte de la Somme théologique tendait à devenir, depuis la fin du xv· siècle, un texte scolaire. Ses com­ mentaires sont les premiers qui aient été écrits sur la Somme de saint Thomas. Ils sont contemporains de ceux du dominicain allemand Conrad Kollin, dont une partie de l’œuvre seulement a été publiée, I» II®, in-fol., Cologne, 1512. prévenu sans doute par l’apparition des commentaires de Cajétan. Quétif-Echard, op. cil., t. n, p. 100; N. Paulus, Die deutschen Dominikaner im Kampfe gegen Luther, p. 115. Dans ses commentaires Cajétan a particuliérement en vue la défense des doc­ trines de saint Thomas contre les attaques de Scot. Dans la troisième partie, à cette préoccupation vient s’ajouter celle de défendre la doctrine catholique contre le luthé­ ranisme. Bien que Cajétan soit un fidèle interprète de la doc­ trine de saint Thomas, il a néanmoins émis un certain nombre d'opinions particulières qui lui sont person­ nelles, mais qui ne touchent pas les idées systématiques de son école. Saint Pie V, en un temps ou les progrès de l'hérésie avaient rendu l'autorité ecclésiastique sévère, fit supprimer divers passages des commentaires de la troisième partie dans l'édition des œuvres de saint Tho­ mas. donnée à Rome par ses ordres, en 1570. On trouve 1 indication des passages jadis supprimés dans l'édition intégrale des commentaires de Cajétan qui accompagnent 1328 la Somme théologique de l’édition léonine des œuvres de saint Thomas. La plupart des passages supprimés nous paraissent aujourd'hui bien inoffensifs. Le plus connu est celui (q. Lxvin) ou Cajétan traite en deux articles des enfants qui meurent sans baptême. Ils peuvent, d après lui, être sauvés par la foi des parents qui donnent une protestation extérieure de leur foi, par exemple s'ils font le signe de la croix sur l'enfant en invoquant la sainte Trinité. On trouvera un certain nombre d'opinions particu­ lières de Cajétan dans son opuscule où il répond à la critique faite à Paris de seize de ses propositions, et dans l’ouvrage d Ambroise Catharin, écrit contre lui, et dont nous parlerons plus loin. 3° Exégèse. — Cajétan ayant achevé ses commentaires sur la Somme se livra avec ardeur aux travaux exégétiques. Dès la fin de 1523, pendant sa légation en Hon­ grie, il commença la composition de ses Jentacula, on exposition d'un certain nombre de passages du Nouveau Testament. De retour à Rome, il travailla, jusqu'à la l'.n de sa vie, à la traduction et aux commentaires de la sainte Écriture. La mort le surprit ayant achevé tout (’Ancien Testament jusqu'aux prophéties d’Isaïe, dont il interpréta seulement les trois premiers chapitres, et le Nouveau Testament, moins l'Apocalypse, à laquelle il renonça, se déclarant incapable d'en entendre le sens littéral. Thomas de Vio fut conduit à cette entreprise, pour laquelle il semblait peu préparé, à la vue des travaux des humanistes sur le texte des Écritures, mais plus encore en présence du mouvement luthérien, qui, ayant rompu avec l’autorité de l’Église et la tradition, préten­ dait se placer sur le seul terrain des Écritures pour la détermination de la foi. Cajétan comprit que les théo­ logiens devaient se munir d'armes adaptées à un besoin nouveau. Pour donner une base stable à son entreprise, il travailla avec le concours de spécialistes, ne pouvant le faire par lui seul, à une traduction littérale de la Bible, d'après l’hébreu et le grec. Voir la préface aux Psaumes, et les débuts du commentaire de saint Mat­ thieu. Quétif-Echard, op. cit., p. 18. Le résultat de cette traduction fut meilleur que d'aucuns n’ont voulu dire, car Richard Simon, peu suspect de bienveillance, écrit de Cajétan : « Bien qu’il n'eût aucune connaissance de la langue hébraïque, il ne laisse pas d'en parler beau­ coup mieux que plusieurs traducteurs de la Bible, qui ne l’ont sue que médiocrement. » Histoire critique du Vieux Testament, 1. Il, c. xx. Rotterdam, 1685, p. 316. Quant aux commentaires, Cajétan fait à la fois œuvre de critique et de théologien. Comme critique, il s’attache au seul sens littéral, ainsi qu'il le déclare dans sa dédicace à Clément VII, en tête de son édition des Évangiles, dédicace supprimée dans l’édition complète des œuvres exégétiques. Sous cette préoccupation, il ne craint pas d’adopter un sens nou­ veau a torrente doctorum sacrorum alienus, pourvu qu’il soit conforme au texte et non en opposition à l’Écriture et à la doctrine de l’Église. Préface au Pentateuque. Melchior Cano a vivement combattu ce point de vue. De locis theologicis, I. VII, c. in. Pailavicini observe, avec raison, que cette doctrine n'est pas con­ traire aux décrets de Trente. Hist, du concile de Trente, 1. VI, c. xvtn. Cf. Richard Simon, Histoire critique du Vieux Testament, 1. III, c. xn, p. 419-421. Bien plus, on peut dire qu’elle est aujourd’hui la méthode com­ mune parmi les exégètes catholiques. On peut dire encore que saint Jérôme a été le conseil scientifique de Cajétan, surtout pour juger de l'authenti­ cité des livres ou de leurs parties. Desponsiones ad .j..osdam articulos nomine theologorum Parisiensium editos, η. 4. Cajétan a aussi utilisé les scolies d’Érasme sur le Nouveau Testament. Un échange de lettres entre ces deux hommes, si dissemblables de caractère, témoigne 1329 CAJÉTAN — CALATAYUD que le théologien avait montré beaucoup de bienveillance à l'ombrageux humaniste, et que celui-ci en avait été touché. Cossio, op. cil., p. 247. Portant dans l’interprétation critique de la Bible une grande liberté d'esprit et s'astreignant très peu aux interprétations scripturaires devenues classiques chez les Pères de l’Église et les théologiens médiévaux, Cajétan devait mettre au jour un grand nombre de jugements qui parurent hardis et même téméraires à plusieurs de ses contemporains. Sa critique va rejoindre, en passant trois siècles et demi à pieds joints, la critique actuelle. Ce n'est pas ici le lieu d’énumérer un grand nombre de ses jugements. Je rappellerai cependant, parce qu'elle est plus connue, son interprétation allégorique des premiers chapitres de la Genèse; et à titre d’échan­ tillon, ses doutes sur l’authenticité du dernier chapitre de saint Marc, sur la valeur de la désignation des au­ teurs de plusieurs Épitres, Heb., Jac., II Pet., Il et III Joa., Jud., sur l’authenticité du passage des trois témoins, I Joa., v, 7, etc. Cajélan trouva un adversaire violent et injuste dans la personne d’Ambroise Catharin, un juriste devenu dominicain, polémiste habile et acerbe, grand propa­ gateur de nouveautés théologiques, mais intolérant pour les innovations des autres. Peut-être n’est-il pas étranger à la censure des théologiens de Paris, en 1533, à laquelle Cajétan répondit le 30 décembre 1533. Catharin vint à Paris en 1534, sinon plus tôt, et y publia l’année d'après ses Annotationes in excerpta quædam de com­ mentariis Reverendissimi cardinalis Cajetani S. Xisti dogmata. Il réédita, en l’augmentant, cet ouvrage à Lyon en 1542. La faculté de théologie de Paris censura, le 9 août 1544, les commentaires de Cajétan et sa réponse aux seize articles. Quétif-Echard, t. π, p. 145. Les critiques de Catharin sont une œuvre de passion qui dépasse toute mesure. Cano, qui combat vivement quelques-unes des idées fondamentales de Cajétan, n’a pas hésité à écrire : Catharinas eum, ut sæpe alias, sine causa reprehendit. De locis theologicis, 1. XII, c. xiv. Sixte de Sienne déclare dans sa Bibliotheca sancta que Catharin cherche chicane à Cajétan et se trompe souvent lui-même. Quétif-Echard, op. cit., p. 17. Richard Simon a pris aussi la défense de Cajétan contre son critique. Histoire critique du Vieux Testament, I. Ill, c. xu; Histoire critique des principaux commentateurs du Nouveau Testament, c. xxxvn. On peut se servir avec profit de la Bibliotheca sancta de Sixte de Sienne pour comparer les opinions personnelles de Cajétan avec celles des Pères de l’Eglise. Cajétan a aussi ajouté à ses commentaires scriptu­ raires des observations théologiques importantes. Elles sont quelquefois d une remarquable synthèse et peuvent êlre lues utilement, même après les commentaires sur la Somme. J.-B. Flavius, Oratio et carmen de vita viri maximeque Reverendi domini Thomæ de Vio Cajetani, cardinalis Sancti Sixti, in-fol., Rome, 1535; réédition dans A. Bzovius, Annales ecclesiastici, t. ix, p. 90O-909, ét en tète des œuvres exégétiques de Cajétan, Lyon, 1639 ; Éloge de Cajétan par Barthélemy Spina, en tète du commentaire de la Π· II*, Venise, 1518 ; biographie par Antoine Fonseca, au commencement des commentaires de Cajétan sur te Pentateuque, Paris, 1539; L. Alberti, De viris illustribus ord. præd., Bologne, 1517 ; A. Ciacconius, Vitæ et res gestæ pon­ tificum romanorum et cardinalium, Rome, 1675, t. ni, p. 392; Qghelli, italia sacra, Venise, 1717, t. I, p. 543; V. M. Fontana, Monumenta dominicana, Rome, 1675; A. de Altamura, Biblio­ theca dominicana, Rome, 1677 : Quétif-Echard, Scriptores ord. præd.. Paris, 1719, t. il. p. 14; A. Touron, Histoire des hommes illustres de l'ordre de Saint-Dominique, Paris, 1743, t. IV, p. 176: G. Contarini, Notizie storiche circa H pubblici professori nello studio di Padova scelti dati' ordine di San Domenico, Venise, 1769; M. Limbourg, Kardinal Cajétan, dans Zeitschrift fur katholische Théologie, Innsbruck, t. tv (1880), p. 139-179; A. Cossio 11 cardinale Gaetano e la riforma, Cividale, 1902. P. Mamdonnet. 1330 CALAMATO Alexandre, de Messine, prêtre pieux et savant, orateur distingué, mourut dans sa patrie en 1648. Il serait fastidieux de donner la liste de ses œuvres oratoires, car pendant plus de vingt ans presque chaque année il publia un volume de sermons; nous citerons seulement dans ce genre les Sententiæ selectæ pro con­ cionibus totius anni, in-8“, Messine, 1637, qui furent souvent rééditées à la suite d’autres ouvrages, et une Selva novissima di concetti fondait nell' aulorila della S. Scrittura, in-8», arrivée à la 7e édition en 1643 à Venise, puis Padoue, 1701, 1732. Il a droit à une men­ tion spéciale pour le petit volume intitulé : Antonini Diana... selecliorum conscientise casuum qui in reso­ lutionibus moralibus... elucidantur. Compendium, brevitate, perspicuitate et ordine absolutissimum, in-12. Venise, 1642. Avant de publier cet ouvrage pour les confesseurs, il avait offert aux pénitents un opuscule intitulé : Instruttione de' penitenli nella quale s’insegna il modo di ben confessarsi, in-12, Messine, 1628; 13· édit., 1656. Une partie de ses œuvres oratoires fut traduite en latin par le P. Henri Forst, carme, sous le titre de Opera omnia, in-4», Francfort, 1655, 1656, 1679. Mongitore, Biblioteca Sicula, Palermo, 1707, t. i, p. 15; Ca­ talogus librorum catholicorum qui prostant Lipsiæ in officina Thomæ Fritsch, 1722. P. Édouard d'Alençon. CALANCHA Antoine, théologien de l'ordre de SaintAugustin, naquit à la Plata en 1584. Il fit ses études à l'université de Lima et se rendit célèbre par sa prédica­ tion. Sa mort advint en 1654. Il a écrit plusieurs ou­ vrages sur les hommes illustres de son ordre et l'his­ toire de son pays, et une thèse théologique intitulée : De immaculatæ virginis Mariæ conceptionis certitu­ dine, Lima, 1629. Elssius, Encomiasticon augustinianum, Bruxelles, 1654, p. 75; Herrera, Alphabetum augustinianum, Madrid. 1644, t. I, p. 66 ; Brutius, Histories peruanæ ordinis eremitarum S. P. A ugustini, 1652, t. n, p. 128; N. Antonio, Bibliotheca Hispana nova, Madrid, 1783, 1.1, p. 106; Jocher, Allgemeines GelehrtenLexicon, Leipzig, 1700, col. 1555; Ossinger, Bibliotheca attgustiniana, p. 177 ; Lanteri, Postrema sæcula sex religionis augustinianæ, Tolentino, 18Ô9. t. ir, p. 392; Lopez. Monastici augustiniani Crusenii continuatio, Valladolid, 1903, p. 115; Moral, Catalogo de escritores agustinos Espaùoles, Portugueses y Americanos, dans La Ciudad de Dios, 1896, t. xi.i, p. 524-530. A. Palmieri. 1. CALATAYUD (Pierre de), né à Tafalla en Na­ varre, le 1er août 1689, admis dans la Compagnie de Jésus le 21 octobre 1710, enseigna la théologie et se rendit célèbre par ses missions et ses écrits ascétiques. Lors de l'expulsion des jésuites d’Espagne, il futdéporté en Italie et mourut à Bologne le 27 lévrier 1773. Voici une liste abrégée de ses ouvrages théologiques et ascé­ tiques : Incendias de amor sagrado, respiration amorosade las almas devotas en el Corazon de Jesus, in-12, Murcie, 1733; Sententias varias, sacadas de los pro­ phetas, y de los libros de la sagrada Escrilura, para entrai· predicando por las calles... adonde se vit a mission, in-4“, Murcie, 1734; Practica de la vida dulce y rational del Cristiano, in-16, Valence, 1734; Tratado sobre conferir los bénéficias ecclesiasticos, Murcie, 1734; Corona de doce estrellas en doce elogios y de­ precationes à la santisima Virgen,Murcie, 1734; Juizio de los sacerdotes, doctrina praclica, y Anatomia desus consciendas, in-4·, Valence, 1736; Genuidos del corazon contrito... para mover (os animos al dolor de sus culpas..., in-16, Salamanque, 1736; Doctrinas praeficas que suele explicar en sus misiones el V. P. Pedro de Calatayud, 2 in-fol., Valence, 1737, 1739; Compendio doctrinal, util para esplicar y saber la doctrina Chris­ tiana, in-4», Villagarcia, 1763; Catéchisme practice, in-12, Valladolid, 1742 (fait partie de la Coleccion asee- 1331 CALATAYUD — CALÉCAS 1332 tica); Exercidos espirituales por los ecclesiasticos, y largesses des Anglais, soutenaient le parti de Henri VIII. ordenados, in-40, Valadollid, 1748; Doctrina practica, En punition Jacques Calco fut interné au couvent de que hizo el P. Pedro de Calatayud... à los ministros I Rouen. Sur les instances du roi de France François I" publicos de la Heal Chancilleria de Valladolid, in-4°, et de l’ambassadeur d’Angleterre, le général des carmes Valladolid, 1748; Methodo practica y doctrinal... para lui permit de passer en Grande-Bretagne. Là. il fut la instruction de las religiosas en las obligationes de comblé des faveurs du roi, des grands de la cour et de su estado, in-4», Valladolid, 1749; Meditationes brevas l’ambassadeur de À’enise, mais au chapitre général tenu y practicas sobre los novisimos misterios del Salvador à Padoue en 1532, il fut frappé des peines les plus y de su santisima Madré, in-16, Saragosse, 1752; Misévères. En 1533, il mourut de la peste à Londres. Il a siones y sermones del P. Pedro de Calatayud..., arte écrit : 1° De genealogia Christi; 2° De filio hominis; y melodo con que las eslablece..., 2 in-4°, Madrid, 1754; 3° De purgatorii loco;i° De primatu pontificis romani ; 5° De divortio Henrici VIII Àng lorum regis ; et quelques Modo practice y faeil de haccr una confesion general, in-4°, Salamanque, 1757 ; Moral analhomiadel hombre..., autres dissertations théologiques. que tratan de oration, y mortification,in-8°, s. I. n.d.; Cosme de Viüiers, Bibliotheca carmelitana, Orléans, 1752, El magisterio de la fe y de la razon, in-fol., Séville, 1.1, p. 678. 1761; Tralados, y doctrinas practicas, sobre ventas y • P. ÉTIENNE. compras de lanas mérinos y otros généras, in-4°. To­ CALDERON Antoine, né à Baeça (diocèse de Tolède) lède (l’approbation estde 1761 ). La plupart de ces ouvrages et mort en 1654, très versé dans les lettres profanes et ont eu de nombreuses éditions. sacrées, enseigna la philosophie dans sa patrie, puis à Salamanque. Dans cette ville, il fut d’abord attaché au Caballero, Bibliothccæ scriptorum Soc. Jesu supplementa, collège de Conques; devenu chanoine théologal, il inter­ B me, 1814-1816, art. Calatayud; Buero, Menologio di pie préta l’Écriture sainte aux chaires de Scot et de saint m.-morie d'alcuni religiosi delta Conipagnia di Giesù, Venise, Thomas à l’université et à la cathédrale. Ayant passé à 1730, t. n, p. 503-512; de Backer et Sominervogel, Bibliothèque la cathédrale de Tolède, il y continua le même ensei­ de la C" de Jésus, t. Il, col. 524-535; Hurler, Nomenclator, t. lu, col. 15. gnement. Il fut Chargé aussi de l’éducation des infants P. Bernard. d’Espagne; il était nommé par Philippe IV à l’arche­ 2. CALATAYUD Vincent, né à Albaida, dans la pro­ vêché de Grenade, mais il mourut avant d’avoir reçu vince de Valence en Espagne, prit les grades de maître la consécration épiscopale. Il a écrit : 1° Pro titulo ès arts et de docteur en théologie à l'université de Va­ immaculalæ conceptionis beatissimae Mariæ adversus lence où il enseigna ensuite avec beaucoup d’éclat la duos anonymi libellos liber unus, in-4°, Madrid, 1650; philosophie et la théologie. Entré plus tard dans la les deux libelles qu’il réfutait avaient paru à Rome; il congrégation de saint Philippe de Néri, il y consacra avait déjà publié en 1618 à Baeça un opuscule en espa­ tout son temps à l’étude et à la composition d écrits gnol sur le même sujet; 2° De las excelenlias dei glo­ variés. Il mourut le 10 janvier 1771. Ses principaux rioso aposlel Santiago unico, y singular patron de ouvrages sont : 1° Divus Thomas cum Patribus ex pro­ Espaiïa entre los demas apostôles, in-fol., Madrid, 1657, phetis locutus priscorum et recentium errorum spur­ ouvrage posthume. cissimas tenebras mysticam theologiam obscurare N. Antonio. Bibliotheca Hispana nova, 1.i, p. 106-107 ; Hur­ molientes angelice dissipans, 5 in-fol., Valence, 1744ter, Nomenclator, t. I, p. 382-383. 1752; ouvrage très érudit et très estimé, ou l’auteur E. Mangenot. CALÉCAS Manuel. Issu d’une des plus illustres combat par la doctrine de saint Thomas les quiétistes, les molinosistes, et tous ceux qui dés les premiers siè­ familles de Constantinople, de laquelle était déjà sorti cles de l’Eglise jusqu’à cette époque pourraient être le patriarche Jean Calécas, 1334-1347, Manuel parait cités comme favorisant ces erreurs; 2° Opusculum avoir embrassé la vie monastique dans le monastère des m ystico-dogmalicum pseudomysticorum anathemati­ dominicains à Péra; il mourut à Mitylène en 1410. Co­ zatas propositiones confodiens, in-4°, Valence, 1758; dex CLtx (fonds grec) de la Marciane de Venise. Cf. Græca 3° La verdad acrisolada, disertatiôn apologetica teoditi Marci bibliotheca codicum manuscriptorum, Ve­ L gio mystico dogmatica sobre el sentido mas genuino nise, 1740, p. 90. C’est à peu près tout ce que l’on con­ y usual de estas noces: consumada mortificaciôn y purnaît de son existence. Manuel est, avec André Colos­ gaciôn contraidas a la descripciôn de la muerte mistica, sensis, le dernier théologien oriental qui ait lutté avec in-12, Valence, 1753; 4° Apologia pro mellifluo Salesio succès contre Palamas et ses théories hésychastes. Son aliisque vitæ spiritualis magistris, in-4“, Valence, 1758 ; livre : Περί ούσίας και ένεργείας, dirigé surtout contre 5° une lettre au médecin André Piquer datée du 7 mars cette hérésie, ne fait guère que reproduire les argu­ 1758, traitant de l’application de la philosophie aux ments des théologiens, ses prédécesseurs, imitation qui problèmes religieux, in-4°, Valence, 1758; 6° plusieurs va le plus souvent jusqu'au servilisme dans les diverses autres lettres au même André Piquer, du 3 décembre citations des Pères. Au sujet de la vieille controverse, 1758 au 20 avril 1759, in-4°. Valence, 1759 ; 7° quelques débattue entre les deux Églises, sur la procession du autres lettres sur l’application de la philosophie aux Saint-Esprit, Calécas se range parmi les Latins; il ex­ problèmes religieux, datées "de juillet et d’août 1758, posa ses vues dans un grand ouvrage, dont les quatre in-4°. Valence, 1758 ; 8° quelques ouvrages de dévotion livres tendent à démontrer que les principaux théolo­ en l’honneur de la très sainte Vierge. giens du iv'et du v’ siècle, tant de l'Orient que de l'Occident, étaient pleinement d’accord sur ce point de Journal des savants, 1751, p. 825; Hurter, Nomenclator lite­ doctrine. Mais il faut avouer, que par suite sans doute racies, 2· édit., Inspruck, 1895, t. ni, col. 15; Biografla eclede sa formation théologique, le religieux dominicain iiasnea completu de los personages del A. y N. T., Madrid, 1850, t. 111, p. 182 sq. connaît beaucoup mieux les écrits des Pères latins que E. Dublanciiy. ceux de ses anciens coreligionnaires. Petau. De dogma­ CALCO Jacques, canne italien, né à Laudi, ville ticis disciplinis, I. VIII, c. i. Dans le 1. IV, il réfute les épiscopale dans J’archidiocèse de Milan. Cependant on autres erreurs que les Grecs reprochent aux Latins. 1 appelle parfois Jacques Calco de Pavie, soit parce que, Un troisième ouvrage, assez considérable, de Calécas docteur de l’université de cette ville, il y avait enseigné, est une Dogmatique byzantine en trois livres, dans soit parce que ce serait à Pavie qu’il aurait émis ses laquelle est exposée la doctrine sur Dieu, la Trinité, -. a ux de religion. Il vint à Paris dans l’intention de l’incarnation, les sacrements et les tins dernières. Il prendre ses grades. Malheureusement il s’y lia avec s’y distingue par assez d'originalité, évitant de grouper quel pues théologiens qui, séduits par les présents et les d une manière purement mécanique les citations de ses 1333 CALECAS — CALIXTE Ier (SAINT) prédécesseurs. comme le faisaient la plupart de ses com­ patriotes. bien qu’il sacrifie encore à la tendance géné­ rale de la théologie byzantine, qui est de placer les Pères au premier plan et de ne présenter presque ja­ mais ses propres spéculations. Calécas s’en explique, du reste, fort naïvement, en avouant qu’il n’avance rien qui ne soit tiré de l’Ecriture sainte ou des Pères. En dehors de ces trois ouvrages, on lui attribue encore plusieurs autres écrits, qui sont conservés dans les ma­ nuscrits, comme le Περί τής αγίας Τριάόος, des Λόγοι 6εολογικοί, deux homélies sur la circoncision et sur saint Étienne le proto-martyr, avec de nombreuses lettres. Les trois ouvrages de Calécas qui sont édités se trouvent reproduits dans Migne, P. G., t. ci.it, col. 13-662. Les quatre livres contre les Grecs n’y sont donnés que dans la traduction latine, faite par Ambroise Traversari, le supérieur général des camaldules, lors des négociations du concile de Florence et pu­ bliée par Stevart, Ingolstadt, 1616, mais le texte grec est conservé dans plusieurs manuscrits. Loch en a inséré un long fragment dans son livre : Das Dogma der griechischen Kirche vom Purgatorium, Ratisbonne, 1842, p. 34-43. Le texte grec avec traduction latine des deux autres ouvrages fut d’abord édité par Combefis, Auctarium novissimum Biblioth. Patrum, Paris, 1677, t. m Voir Fabricius, Bibliotheca græca, t. xi, p. 453 sq. ; L. Aliatius, De Ecclesiæ occidentalis atque orientalis perpetua consensione, Cologne, 1695, p. 184 sq. ; Quétif et Echard, Scri­ plores ordinis praidicalorum, 1.i, p. 718-720; Werner, Geschichte der apologetischen und polemischen Litteratur der christlichen Théologie, Scbaffliouse, 1865, t. tu, p. 54; A. Ehrhard, dans la Geschichte der byzantinischen Litteratur de Krumbacher, 2· édit., Munich, 1897, p. 110 sq. ; Hurter, Nomenclator, t. iv, coi. 614. S. Vailhé. CALICI Jean-Baptiste, théologien italien de Flo­ rence, a publié : Discorso apologetico, ovvero riposta ad tin consulto d'un avvocato che ha preteso di provare che sia invalido il batlesimo data contra la volontà de" ge­ nitori infedeli ai bambinimancanlidell' usodi ragione, in-4», Lucques, 1697, Hœfer, Nouvelle biographie générale, t. vin, p. 186. E. Mangenot. 1. CALIXTE ou CALLISTE 1« (Saint), pape. I. Vie. II. Accusations des Philosophumena. III. Théo­ logie. IV. Gouvernement. V. Conclusion. I. Vie. — D’après le Liber ponti/icalis, édit. Duchesne, Paris, 1886, t. i, p. 141-142, Calliste, fils de Domitius, né â Rome de regione urbe ravennalis, a régné 6 ans, 2 mois, 10 jours. 11 a institué un jeune le samedi ter in annum, frumenti, vini et olei; il a été chargé de l’ad­ ministration du cimetière; il a fondé une basilique au Transtévére; il est mort martyr et a été enterré dans le cimetière de Saint-Calépode. Tous ces renseignements méritent d’être retenus, sauf explication, rectification et addition. En y joignant les indications fournies par les Philosophumena, on peut dire que Calliste est né esclave, vers 155, au Transtévére, dans la région que nous savons avoir été la xiv', et qui était désignée par ces mots de urbe Ravennatis, parce que là se trouvaient les castra Ravennatium ou le dépôt de la légion des soldats qui faisaient partie de la flotte adriatique de Ravenne. Cf. Suétone, Aug., 49. Baptisé et devenu l’homme de con­ fiance de son maître Carpophore, il fut condamné aux mines par le préfet Tuscianus à la suite d’événements dont il sera question plus loin, entre 186 et 189. Gracié entre 190 et 192, il fut envoyé par le pape Victor à An­ tium, où il séjourna jusqu a l’élection de Zéphyrin, vers 200. Rappelé alors à Rome, il fut chargé par le pape de la direction du clergé et de l’administration du cimetière jusqu’au moment de son élévation au souverain ponti­ ficat, en 218. Le cimetière, dont il est ici question, le premier officiellement administré par l’Église, n’est autre que celui de la via Appia, dont l’area appartenait à la gens Csecilia, et qui, de temps immémorial, d’après les martyrologes et les itinéraires, porta le nom de son 1334 administrateur. Peut-être même Calliste y eut-il son portrait dans ce qu’on appelle la chambre des sacre­ ments; cf. Allard, Rome souterraine, p. 398-399; la Bibliothèque nationale possède une coupe au fond de laquelle se trouve un portrait qu'on suppose être le sien. Allard, op. cit., p. 409; De Rossi, Bullett., 1886, p. 33. Élu pape en 218, il gouverna l’Église pendant 5 ans, 2 mois, 10 jours, selon Eusébe, H. E., vi, 21, P. G., t. xx, col. 574, le catalogue libérien, P. L., t. xtn, col. 447, et l’inscriplion de Saint-Paul-hors-les-murs, P. L., t. cxxvil, col. 282, sous le règne d’Élagabale jus­ qu’au commencement de celui d’Alexandre Sévère. Il fit construire un oratoire au Transtévére, désigné par ces mots, dans le catalogue libérien, regione decima quarta juxta Callistum, transformé en basilique par Jules (337352), et appelé dès lors, dans le Liber ponti/icalis, titu­ lus Julii et Callisli; c’est sur son emplacement que s’élève aujourd’hui la basilique Santa Maria in Trastevere. Le jeûne du samedi fixé à l’époque de la mois­ son, des vendanges et de la récolte des olives, ajouté à celui du carême, constituerait, sinon la création du jeûne des quatre-temps, du moins l’extension de sa pra­ tique dans l’Église. Cela cadre, d’une part, avec les ren­ seignements d’Anastase le Bibliothécaire, Vilæ, 17, P. L., t. cxxvn, col. 1318, et explique, d’autre part, le titre de l’une des deux fausses Décrétales attribuées à Calliste : De jejuniis quatuor temporum. Hardouin, Act. concil.,t. i, p. 109-I14; Mansi, t. i, col. 737; P. G., t. x, col. 121-132; Hinschius. Decretales pseudo-isidorianæ, Leipzig, 1863, p. 131-156. On prête, en effet, à Calliste, deux Décrétales : la première sur le jeûne des quatretemps, et ut criminationem adversus doctorem nemo suscipiat, Epist., t, ad Benedictum ; l’autre, Epist., π, ad omnes Galliarum episcopos, traite ; 1° de iis qui conspirant adversus episcopos vel qui eis consentiunt ; 2° de iis qui excommunicatis communicant vel infide­ libus; 3» ut nullus episcopus de alterius parochia ali­ quid præsumat et de mutationibus episcoporum; de conjunctionibus consanguineorum...;5° qui non debeant admitti ad accusationem vel testimonium ; 6° si possit sacerdos post lapsum ministrare. A défaut de ces deux fausses Décrétales, l’œuvre théologique et disciplinaire de Calliste est assez importante et ressort, comme nous allons le voir, soit des Philosophumena, soit du De pu­ dicitia de Tertullien. Voir, sur les décrets perdus de Calliste, Harnack, Gesch. der altchristl. Litteratur, Leip­ zig, 1893-1897, t. i, p. 603-605; surtout Rolffs, Das Indulgenz-Edict des rômischen Bischofs Kallist, Leipzig, 1893. Calliste, semble-t-il, a trouvé la mort dans un soulèvement populaire, et, bien que les Actes de son martyre soient sans autorité, P. G., t. x, col. 113-120, la circonstance qu’il fut précipité du haut d’une fenêtre dans un puits et lapidé au Transtévére peut être vraie; cf. Tillemont, Mémoires, Paris, 1701-1709, t. ni, p. 252; De Rossi, Bullett., 1886, p. 93; cela explique pourquoi il fut enterré au cimetière de Saint-Calépode, au 3’ mille de la Voie Aurélienne; c’était le plus rapproché. En tout cas la qualité de martyr lui est reconnue par les calendriers, les martyrologes et les livres liturgiques de Rome depuis la première moitié du tv« siècle. Son nom figure, non pas dans les Depositiones episcoporum, mais dans les Depositiones martyrum ; et c’est le seul prédécesseur de Pontien (230-235) qui eut alors une fête, fixée au 14 octobre. Cf. Duchesne, Liber ponlif., t. i, p. xcn, 142, note 6. 11 laissa l’Église romaine en pleine prospérité, organisée corporalivemenl. possédant des lieux de sépulture avec la qualité de personne civile, représentée par des docteurs et des théolôgiens, que les Philosophumena appellent l’école de Calliste. II. Accusations of.s Philosophumena.—Ιλ découverte des Philosophumena, en 1850, devint l’occasion d’une attaque violente et passionnée contre la mémoire du pape Calliste. Cet ouvrage renferme, en effet, les impu- 1335 CALIXTE Ier (SAINT) 1336 du tapage, est roué de coups et livré au préfet Tuscianus tâtions les plus graves : il représente ce pape comme un pour avoir troublé une réunion juive et parce qu’il se esclave infidèle, un banqueroutier, un homme possédé dit chrétien. Carpophore accourt pour le sauver, prétend de la manie du suicide, un intrigant, un courtisan, un qu’il n'est pas chrétien, qu’il ne faut pas l'en croire, flatteur malhonnête, un hérétique. C’est un libelle, un mais qu’il cherche la mort. Les juifs répliquent par des réquisitoire, que s’empressèrent d'exploiter Bunsen, cris. Le préfet, après avoir fait frapper de verges le dé­ Hippolytus and his âge, Londres, 1852; Wordsworth, linquant, le condamne aux mines de Sardaigne. Phil., Hippolytus and the Church of Home, Londres, 1853; IX, n, 12, p. 439. Ce récit prouve que Calliste a essayé de Vulkmar. Hippolytus und die rômische Zeilgenossen, recouvrer certaines de ses créances, mais sans y réussir. urich, 1856; de Pressensé, Lu tte entre Hippolyte et Les juifs, mis en demeure de payer leurs dettes, ré­ Calliste, Paris. 1856; de Rémusat, Revue des Deux pondent par des coups et une accusation et réussissent, Mondes, 15 juin 1863; Al. Réville, Revue des Deux malgré l’intervention de Carpophore, à se débarrasser Mondes, 15 juin 1865. Il convient de remarquer que de leur créancier. Si, en réalité, Calliste eût voulu nous n’avons là que le récit d'un adversaire doctrinal, disparaître par la mort ou par le martyre, il avait un Philos., IX, n, 11, 12, édit. Cruice, Paris, I860, p. 426, moyen plus expéditif et plus sûr, celui, par exemple, de 435, 436, peut-être même d’un concurrent malheureux courir à un temple païen et d'y briser les idoles. au siège de Rome, ibid., 'X, II, 12, p. 441; il est donc 3. Marcia, concubine de Commode, dans le but de suspect de partialité et de parti pris. Les faits rapportés faire une bonne œuvre, demande au pape Victor la liste n’ont rien d’invraisemblable, mais ils sont dénaturés et des chrétiens condamnés qu’il désire voir rendre à la prennent un sens et une portée qu’ils n’avaient pas. liberté; elle la confie à l’eunuque Hyacinthe qui se rend Soumis à une critique impartiale, contrôlés par le con­ en Sardaigne. Or, sur la liste, le nom de Calliste est, texte, rapprochés de ce que nous savons par ailleurs, dit-on, omis à dessein par le pape; mais Calliste n'en ils permettent de voir que Calliste est loin de mériter est pas moins libéré. Victor apprend la nouvelle avec le titre de désorganisateur de la discipline et la note peine; il exile Calliste à Antium et l'y aide à vivre par d’hérétique. Par là ce libelle dilïamatoire, ce réquisi­ des subsides mensuels. Phil., IX, n, 42, p. 439-441. L'omis­ toire passionné, sert à défendre la mémoire du pape et sion du nom de Calliste peut avoir été fortuite; quant se change en une apologie, d’où Calliste sort grandi. Calliste apparaît comme un pape qui, au milieu de cir­ au mécontentement du pape, il ne concorde guère avec le fait des mensualités accordées. Plus vraisemblable­ constances difficiles, non seulement fut irréprochable dans ses mœurs, mais encore prudent et sage tant dans ment l’auteur a voulu enlever à Calliste le titre de con­ fesseur qui, selon l'usage de l’époque, lui donnait droit ses décisions doctrinales que dans ses mesures discipli­ naires. Et c’est ce qu’ont très justement fait ressortir d’entrer dans le clergé. Par suite l'exil à Antium est Dôllinger. Hippolytus und Kallistus, Ratisbonne, 1853; plutôt une mission ecclésiastique, directement rétribuée Cruice, Études surde nouveaux documents historiques par la caisse pontificale, pendant laquelle Calliste put empruntés à l’ouvrage récemment découvert des « Phi­ franchir les degrés de la hiérarchie, puisque, à l’avè­ losophumena t>, Paris. 1853; Armellini, De prisca refu­ nement de Zéphyrin, il est nommé par le nouveau tatione hæreseon... Philosophumenon titulo recens vul­ pape archidiacre de l’Eglise romaine et administrateur gata commentarius, Rome, 1862; De Rossi, Bulleltino du cimetière. Phil., IX, n, 12, p. 441. Un tel choix, con­ di archeologia, Rome, 1866; Hagemann, Die Rômische signé par l’auteur, réduit à néant ses insinuations mal­ Kirche, Fribourg-en-Brisgau, 1862; Le Hir, Etudes bi­ veillantes. La vérité est que Calliste était regardé, mal­ bliques, Paris, 1869, t. n, p. 325-387; Freppel, Origène, gré un insuccès passager, comme très entendu en affaires 3· édit., Paris, 1888, t. 1. p. 151-174; de Smedt. Disser­ et comme un clerc digne des plus hauts emplois. tationes, Paris, 1876, p. 190-218; Duchesne, Les origines 2° Vie de Calliste sous le pontificat de Zéphyrin (200chrétiennes, 2e édit, (lilh.), Paris, 1886, p. 275-301. 11 218). — 1. D’après \es Philosophumena, Zéphyrin, esprit importe de résumer brièvement ce débat pour dégager faible, sans portée, sans instruction, sans clairvoyance la vérité et venger la mémoire de Calliste contre les et avide d'argent, est circonvenu par fa ruse adulatrice calomnies des Philosophumena, en parcourant ce qui et les présents intéressés de Calliste. Phil., IX, n, 12, a trait à la vie de ce pape soit avant sa nomination à la p. 441. N’est-ce pas plutôt que le pape aurait eu tort de charge d'archidiacre, soit pendant sa collaboration avec préférer les conseils et le concours de Calliste à ceux le pape Zéphyrin, soit pendant son propre pontificat. de l'auteur des Philosophumena, et que Calliste, chargé 1“ Vie de Calliste avant sa nomination ά la charge de l’entretien du clergé et des veuves, de l’administra­ d’archidiacre. — 1. D’après les Philosophumena, Cal­ tion du cimetière auquel il fit faire de grands travaux, liste, né esclave, devenu chrétien, appartient au chrétien et de la réparation des maux occasionnés par la perse­ Carpophore, de la maison de César. Chargé des intérêts cution de Septime-Sévère, en 202, dut chercher des res­ de son maître dans une banque, il les compromet, prend sources et réussit à s'en procurer? la fuite vers le port d’Ostie et s’embarque sur un vais­ 2. Quoi qu’il en soit, Calliste est accusé en outre d’avoir seau en partance. Dès qu’il voit apparaître son maître inspiré à Zéphyrin, sur la question trinitaire, deux pro­ accouru pour l’arrêter, il se jette à l’eau, mais il est saisi fessions de foi erronées, l’une par laquelle il déclarait par les matelots de l'équipage. Phil., IX, n, 12, p. 437. ne reconnaître qu’un seul Dieu, Jésus-Christ, et en 11 s’agit là d'une catastrophe financière; mais elle n'est dehors de lui aucun autre qui ait été engendré et qui pas mise sur le compte de la malhonnêteté; elle est la ait souffert, Phil., IX, n, 11, p. 435; l'autre par laquelle suite de mauvaises operatioris. L’esclave banquier a été il affirmait que ce n'est pas le Père qui est mort mais victime, et, très vraisemblablement, des juifs, puisque le Fils. Ibid., p. 436. Or ces deux professions de foi, rap­ les Philosophumena vont nous dire que c’est à eux qu’il prochées et complétées l'une par l’autre, sont orthodoxes, court réclamer le paiement de créances. Ibid., p. 438. la première, en proclamant la divinité de Jésus-Christ S'il fuit, s’il se jette à la mer, c’est qu’il redoute son et sa consubstantialité contre les théodotiens et les armaître qui n'est pas tendre et qui va le condamner à témonites, la seconde, en distinguant le Père du Fils et tourner la meule. Voilà une tentative de suicide pour en condamnant les patripassiens, les sabelliens unitaires qui veut solliciter le texte. et modalistes. La vérité c'est que l’auteur des Philoso­ 2. Calliste. rendu à son propriétaire, est condamné phumena n’envisageait pas la question au même point au supplice de la meule; puis, à la prière deses frères, de vue et la tranchait dans un sens différent. Il subor­ il est gracié; car il dit avoir des créances à recouvrer. donnait tellement le Fils au Père que la distinction des Les PAi/osop/mmeiiaprétendentqu'il cherche le martyre. 1 personnes devenait une séparation et introduisait la Donc, un jour de sabbat, il se rend à la synagogue, fait 1 dualité dans l'unité de la nature divine : d'où le re­ 1337 CALIXTE Ier (SAINT) proche mérité que lui fait le pape, et dont il se plaint. 3° Pontificat de Callisle. — Remarquons d'abord que l’élection de Calliste est une garantie contre les accusa­ tions des Philosophumena. Un homme, en effet, qui était resté si longtemps au pouvoir, qui avait eu l’oreille du pape pendant 18 ans. avait ou bien indisposé contre lui la communauté chrétienne ou bien mérité son estime et sa confiance. Dans le premier cas, on ne s’explique­ rait pas comment le clergé et le peuple l’auraient appelé à remplacer Zéphyrin. Remarquons ensuite la vénération dont il fut l’objet après sa mort. Télesphore avait été martyr; Anicet, Ëleuthère et Victor furent de grands évêques; Lin et Clet étaient inscrits au canon de la messe; seul, Calliste, entre Clément et Pontien, eut un anniversaire. Que penser dès lors des accusations portées contre la doctrine et les mesures disciplinaires de Cal­ liste? Faut-il y voir une hérésie et une révolution? Nous allons y répondre en résumant De Rossi, Bullell., 1886, p. 23-33, 65-67, et Duchesne, Les origines, p. 285-304. III. Théologie. — La doctrine théologique prêtée à Calliste par l’auteur des Philosophumena, IX, n, 12, p. 442-443, peut se ramener à ces trois points : 1° en dehors de l’incarnation, la différence entre le Père et le Fils est purement nominale; 2" l’incarnation est la rai­ son de leur distinction réelle; en Jésus-Christ, l’élément visible et humain, c’est le Fils; l’élément invisible et divin, c’est le Père; 3» l’union deces deux éléments est assez intime pour affirmer qu’ils ne forment qu'un seul être, pas assez pour affirmer que le Père a souffert; le Père n’a fait que compatir. Tel qu’il est formulé, ce système n’est pas orthodoxe. Sans doute quelques théologiens ont essayé de le ramener à l’orthodoxie : les uns. comme Franzelin, en recourant à une exégèse un peu forcée. De Deo trino, Rome, 1869, p. 149; les autres, comme Le Hir, en retouchant le texte. Études bibliques, Paris, 1,869, t. n, p. 381. Mais il est difficile d’en méconnaître l'hétérodoxie, sans qu’il soit nécessaire de mettre en doute l’exactitude du narra­ teur, ainsi que l’ont fait Dollinger et le P. de Smedl. Tel quel, comme l’a très bien indiqué De Rossi, c’est exac­ tement le même système que celui que Tertullien com­ bat dans son traité Adversus Praa-eam, 27, 29, P. L., t. n, col. 191, 194. Il n'y a pas lieu de distinguer entre un fond orthodoxe et des additions ou modifications faites par l'auteur des Philosophumena. La doctrine est d’un seul jet : c’est un patripassianisme, non pas mitigé, mais déguisé. Reste à savoir si Calliste l’a réellement enseigné. Or on peut répondre sans crainte par la néga­ tive et faire scientifiquement la critique du témoignage unique des Philosophumena. I 1 De l’aveu des Philosophumena, Calliste a condamné Sabellius, Phil., IX. il. 12, p. 442, et Sabellius reproche à Calliste d'avoir abandonné sa première foi. Comment donc Calliste peut-il enseigner une doctrine que Sabel­ lius lui reproche d’avoir abandonnée, et que l’auteur des Philosophumena nous apprend qu’il condamne comme hérétique? Il y a là tout au moins une contra­ diction. 2° Calliste n'a pas enseigné cette doctrine. Tertullien, en effet, a été l’adversaire de Praxéas et des patripassiens, des chefs de l’Église de Rome et de Calliste, à cause de la condamnation du montanisme. Or, dans son Adversus Praxeam, il attaque la doctrine en question, mais il n’y compromet ni Zéphyrin ni Calliste; il n’y combat que des hérétiques notoires, déjà condamnés par le pape. Dans son traité De pudicitia, il met en scène un pape, qui n’est autre que Calliste, et il se permet contre lui les plus violentes invectives. S’il avait pu for­ muler quelque accusation doctrinale, il n’eût certes pas manqué de le faire. Et lorsqu’il réfute le système, qui est précisément attribué à Calliste par l’auteur des Philo­ sophumena, sans le mettre sur le compte du pape, c’est que, en réalité, le pape ne l’a pas enseigné. 1338 3° Du reste. Fauteur des Philosophumena prétend que la doctrine de Calliste continue à être enseignée dans son école. Or il écrit au plus tôt sous Urbain (222-230), ou au plus tard sous Pontien (230-235). Quand donc une variation aussi importante que l’abandon du patripas­ sianisme pour la consubstantialité se serait-elle produite? Nous n’avons, il est vrai, aucun document officiel sur ce point sous les successeurs immédiats de Callisle. Mais, d’une part, Novation, prêtre de Rome, qui écrit avant la persécution de Déce, repousse le sabellianisme comme une doctrine notoirement condamnée. Et d’autre part, déjà de 235 à 240, celui qui doit occuper le siège de Rome de 259 à 268 est au courant de l’enseignement de l’Église; c’est un homme instruit. Or. vers 260, saint Denys a la même attitude que Calliste dans la question trinitaire. Sa lettre à son homonyme d'Alexandrie, dans S. Athanase, De decretis nie. syn., 26, P. G., t. xxv, col. 461, est un document de la foi romaine consubstantialiste et nullement sabellienne, également éloigné de l’erreur qui prétend que le Fils est le même que le Père et de celle qui divise la monade divine en trois substances séparées, en trois divinités. Comme Calliste, Denys con­ damne Sabellius; comme Calliste, Denys accuse de dithéisme ou de trithéisme les adversaires exagérés de Sabellius. De part et d'autre, même langage thêologique montrant que les deux papes, à un demi-siècle de dis­ tance, ont sur la légitimité de certaines formules et sur le sens de certains textes scripturaires les mêmes idées contraires à celles des docteurs anti-sabelliens. Ils sont pour la monarchie, comme on disait alors, et pour l’identité substantielle du Père et du Fils, en même temps que pour la trinilé et pour la distinction personnelle des hypostases divines. Saint Denys est sur la même ligne doctrinale que saint Calliste. Saint Calliste, qui n’hésita pas à condamner le sabellianisme, se montra plus réservé contre les trinitaires exagérés. Sans les con­ damner formellement, il se contenta de les traiter de dithéistes : δίΟεοι έστέ. Phil,, IX. π, 12, p. 442. Ainsi donc Calliste est loin d’avoir mérité le reproche d’erreur que lui font les Philosophumena; sa théologie est orthodoxe. IV. Gouvernement. — 1’ Discipline pénitentielle. Calliste est accusé par les Philosophumena de remettre les péchés à tout le monde et de recevoir sans pénitence les hérétiques ou les schismatiques. A la fin du ii« siècle, les scandales donnés par les sectes gnostiques d’une part et, d’autre part, les tendances d’ascétisme exagéré ou d’encratisme avaient rendu plus sévère la discipline pénitentielle. Sans doute la meilleure réponse à l’im­ moralité des uns et à l’idéal des autres eût été la sain­ teté parfaiteaprés le baptême; mais la faiblesse humaine entraînait les fidèles au péché. Du temps d'iiermas, le pécheur avait au moins une fois la possibilité de recou­ vrer le salut perdu, à la condition d’avoir un repentir sincère et de se soumettre à une purification laborieuse: c’était le droit au pardon, et le pardon était le fruit de la pénitence. Par suite aucun péché n’était exclu du bénéfice du pardon. Cinquante ans plus tard, vers 204, Tertullien n’enseignait pas autre chose dans son De pænitentia. 11 nous dit le nom grec de cette pénitence laborieuse, έςομολόγησις, qui était temporaire ou perpé­ tuelle selon les cas. Il affirme son efficacité même vis-àvis des fautes commises contre Dieu. Or, au début du II!· siècle, certains péchés, l’idolâtrie, le meurtre et la fornication, bien que soumis à la pénitence, n’étaient pas, en fait, officiellement remis par l’Église, qui en avait fait des cas réservés, dont elle laissait le pardon à Dieu seul. Tertullien. passé au montanisme, appelait ces pé­ chés irremissibilia, De pudicit., 2, P. L., t. n, col. 985, les disait frappés d'une pénitence perpétuelle sans espoir de rémission de la part de l’Église, pro quibus nec orari permittitur. De pudicit,, 19, P. L., t. n. col. 1020. Tertullien refusait à l’Église le pouvoir de les 1339 CALIXTE Ier (SAINT) pardonner, alors que l’Église se bornait simplement, par mesure disciplinaire, à ne pas user de son pouvoir, à leur refuser l'absolution et à les réserver à Dieu. Or, que fait Calliste? Soit parce que le nombre des pécheurs augmentait avec les progrès accentués du christianisme et que la plupart se soustrayaient aux rigueurs d’une pénitence perpétuelle non couronnée d’un pardon officiel, soit parce que les rigueurs de cette pénitence amenaient les catéchumènes à retarder le plus longtemps possible la réception du baptême, Calliste prend le parti de faire une brèche à la discipline en vi­ gueur. Il déclare, non pas qu’il pardonne tous les péchés sans distinction, comme semble le lui reprocher l’auteur des Philosophuniena, mais, ainsi que le précise Tertullien. qu'il supprime la réserve relative au péché de for­ nication ou d’adultère, tout en la maintenant encore pour l'apostasie et l'homicide. Nous ne possédons pas, il est vrai, le document authentique ou se trouve con­ signée et motivée une décision aussi importante; mais la réfutation qu'en fit Tertullien dans son De pudicitia, entre 218 et 222, permet d'en connaître l'économie et la haute portée théologique. Calliste connaît l'objection qui court : « A quoi bon la pénitence si elle n’obtient pas le pardon? » De pudicil., 3, P. L., t. π, col. 985. Il aurait pu répondre : l’Eglise s’en remet à Dieu du soin de la récompenser. Mais non, Calliste prétend donner lui-même une sanc­ tion â la pénitence, en pardonnant, dès ici-bas, le fornicateur ou l’adultère pénitent et en lui rendant la paix ou la communion ecclésiastique. L’n tel acte d'autorité n'est pas, comme le prétend Tertullien, une usurpation du droit divin; c’est l'exercice légitime d'un droit reçu de Dieu. Et c'est pourquoi Calliste en emprunte les preuves à l'Écriture. 11 commence d'abord par montrer que Dieu bon et miséricordieux met la miséricorde audessus de la justice, préfère le repentir à la mort du pécheur et il veut le salut de tous, surtout celui des fidèles. De pudicit., 2, P. L-, t. n, col. 983; il rappelle les paraboles de la brebis égarée, de la drachme perdue, ibid., 7, col. 993, de l’enfant prodigue. Ibid., 8, col. 994. H y joint les exemples de la pécheresse repentie et pardonnée, de la Samaritaine, ibid., 11, col. 1001, de l’in­ cestueux de Corinthe, ibid., 13, col. 1003, de Jézabel avertie par l'Esprit-Saint qu’un temps lui est accordé pour se repentir de sa fornication et faire pénitence. Ibid., 19, col. 1017. Puis, se basant sur les paroles de Jésus-Christ à saint Pierre : Tibi dabo claves regni cæleslis ; tjuæcunque alligaveris vel solveris in terra, erunt alligata vel soluta in cielis, ibid., 21, col. 1025, il revendique le droit pour l’Église de remettre les péchés, ibid., 21, col. 1021, droit qui n'est pas seulement person­ nel et exclusif à saint Pierre, mais qui passe à ses suc­ cesseurs, qui appartient aux évêques, numerus episco­ porum., ainsi qu'à toute l’Église unie à celle de Pierre, ad omnem ecclesiam Petri propinquam, ibid., 21, col. 1025; et par là il légitime son décret, dont la for­ mule est ainsi donnée par Tertullien : Ego et mœchiæ et fornicationis delicia pænitentiæ functis dimitto. De pudicit., t, P. L., t. n, col. 981. A cette preuve d’Écriture, Calliste ajoute la preuve de tradition. Il invoque i autorité du Pasteur et de la coutume ancienne; car Tertullien ne manque pas d’écarter le témoignage d'Hermas, comme trop favorable aux fornicateurs, ibid., 10, col. 1000, et écrit : Hodie conceditur mœchiæ venia quia et aliquando concessa est, ibid., 6, col. 990, con­ cession qu'il trouve abusive, en raison de ses senti­ ments montanistes. La thèse de Calliste, bien qu'uniquement appliquée au cas de fornication ou d’adultère, a une portée plus g nérale. Tertullien le remarque et s’indigne d’une telle exception qu’il déclare injustifiée, De pudicit., 9, P. L., t. H, col. 999; car ce qui milite en faveur de l’un des trois cas réservés, milite également, et pour les mêmes 1340 raisons, en faveur des deux autres, ce qui est juste : quæcunque auctoritas, quacunque ratio moecho et fornicatori pacem ecclesiasticam reddit, eadem debebit et homicidæ et idololalræ pænitentibus subvenire. De pudicil., 22, P. L., t. n, coi. 1028. Très certainement Cal­ liste n’aurait pas désavoué un tel raisonnement. Du reste la pratique ultérieure de l’Église donnera raison à l’observation de Tertullien; elle finira par englober le cas d’idolâtrie ou d’apostasie et celui d'homicide dans la même indulgence pénitenlielle. Mais, d’après Tertullien, il y a autre chose encore dans le décrétée Calliste, c’est l’attribution aux martyrs du pouvoir pénitentiel qui appartient aux évêques. De pudicit., 22, P. L., t. n, col. 1026. Christus in martyre est ut mcechos et fornicatores martyr absolvat. Ibid., col. 1027. Tertullien ne veut pas en entendre parler : Sufficiat martyri propria delicta purgasse. Mais la question est de savoir si Calliste attribuait aux martyrs plus qu'une simple intervention déprécative, et rien ne l’indique; il est marqué, au contraire, que Calliste esti­ mait efficace auprès de Dieu l’intervention des martyrs en faveur des fornicateurs et des adultères : muechis et fornicatoribus a martyre exspostulas veniam. De pu­ dicit., 22, P. L., t. n, col. 1028. De Rossi avait supposé que, du temps de Calliste, les martyrs délivraient à ces pécheurs des billets de réconciliation, qu’ils devaient soumettre à l’évêque, Roma setter., t. il, p. 202; et Roltl's suppose que ce pouvoir des martyrs était subor­ donné, dans la pensée du pape, à celui de l'évêque. Das Indulgenz-Edict, Leipzig, 1893, p. 23 sq. Le texte de Ter­ tullien n’autorise pas ces hypothèses. Quoi qu’il en soit de ce point particulier de discipline pénitentielle, il est certain qu’à partir de la persécution de Dèce l'interven­ tion des martyrs n’est plus tolérée soit à Carthage, soit à Rome. Cf. Batiffol, Éludes d'histoire, Paris, 1902, p. 100-102, 126-129. L'autre reproche fait à Calliste par les Philosophamena, en matière de discipline pénitenlielle, celui d'admettre sans pénitence les hérétiques et les schisma­ tiques, n’a pas de raison d'étre. Car il y a lieu de dis­ tinguer entre ceux qui de l’orthodoxie sont passés au schisme ou à l’hérésie et ceux qui sont nés dans le schisme ou dans l’hérésie ou qui n’y sont venus qu'en sortant du paganisme. Les premiers, l’Église les traitera comme des déserteurs; elle continuera d'exiger d'eux qu'ils fassent pénitence, car ils ont trahi leur foi. Quant aux derniers, Calliste a raison de les traiter avec bien­ veillance ; la facilité de leur admission est un acte de justice et un moyen, ainsi que le constatent les Philosophuniena, de désagréger les sectes en ce moment en décadence et d’augmenter â leurs dépens le vrai trou­ peau de Jésus-Christ. 2’ Discipline ecclesiastique. — 1. Les Philosophumena accusent d'abord Calliste de ne pas déposer tout évêque prévaricateur, coupable d'une faute mortelle, προς θάνατον. Phil., IX, n, 12. p. 444. D’après la disci­ pline en vigueur au commencement du m® siècle, les trois péchés réservés, une fois avoués ou prouvés, entraînaient la pénitence publique pour les laïques, la déposition pour les clercs, l'irrégularité pour les uns et les autres. Par suite Calliste aurait innové sur l’un des points les plus importants de la discipline canonique. Mais nous n’avons ici que le témoignage isolé d'un esprit prévenu et suspect. Rien ne prouve, d'autre part, qu’on puisse voir là un acte d'autorité pour mettre les évêques à l’abri de toute accusation imprudente et légère ou d'une cabale et pour empêcher de recevoir la dépo­ sition d’ennemis ou de témoins disqualifiés, ainsi que le suggérerait la fausse décrétale attribuée â Calliste. Ex libris decreti JJonizonis episcopi excerpta, dans Mai, Nova bibliolh., t. vu, p. 35; P. G., t. x, col. 122. Beau­ coup plus vraisemblable serait l'hypothèse de De Rcssi. d'apres laquelle le pape aurait porté une véritable dvci- 1341 CALIXTE Ier (SAINT) sion dogmatique, έδογμάτισεν, condamnant l’erreur des précurseurs de Novatien et de Donat, qui voulait qu’un évêque, par le seul fait de sa chute dans une taule grave, ne pouvait plus conférer validement les sacrements. Mais ce n'est qu’une hypothèse. Si elle était fondée, on s’expli­ querait mal comment, dans la controverse novatienne et surtout dans la controverse donatiste, aucun évêque, pas même les évêques de Rome, n'a jamais fait allusion à ce décret qui condamnait d'avance Novatien et Donat. 2. Toujours d'après les Philosophumena, Calliste est accusé d'avoir laissé admettre à l’épiscopat, à la prêtrise et au diaconat, des bigames et même des trimarnes; ensuite d'avoir toléré le mariage des clercs, en les maintenant dans leur ordre. Phil., IX, II, 12, p. 444. Or, il est à remarquer qu'il n’est pas question ici d'in­ novation, mais d'abus survenus pendant le pontificat de Calliste, et dont on le rend responsable. La bigamie, au commencement du ni' siècle, était un empêchement canonique; ce n'est que plus tard que se posa la question de savoir si le ou les mariages con­ tractés avant la réception du baptême devaient entrer en ligne de compte pour constituer cette irrégularité. Cf. Const, apostol., 1. VI, c. xvn, P. G., t. i, col. 957 ; Mansi, t. i, col. 51; Hardouin, t. I, col. 13; S. Jérôme, Epist., i.ix, P. L·., t. xxîi, col. 654; Apol. cont. Rufin., t, 32, P. L.,t. xxin, col. 424. Si Calliste avait réellement toléré cet abus, il est à croire que Tertullien, si au courant des choses de Rome, n’aurait pas manqué l’oc­ casion de l'en blâmer dans le De monogamia ou le De pudicitia. Or. il n’en est rien. Tertullien se contente de constater l'usage de déposer les bigames, De exhort. casl.,1, P. L.,t. n, col. 923. et de reprocher aux catho­ liques d’Uthine d'avoir des bigames pour présidents. De monog., 12, P. L., t. n, col. 947. Pas la moindre allusion à la connivence du pape. Le témoignage des Philosophumena reste isolé. Relativement au mariage des clercs, les Philosophu­ mena témoignent en faveur de la loi ecclésiastique romaine sur le célibat. Mais ils ne spécifient pas s'il s'agit ici, comme dans le cas précédent, des clercs supé­ rieurs; de plus l'expression pivs'.v έν τώ κλήρω peut vouloir dire, non que les clercs en question peuvent continuer leurs fonctions, mais qu'ils n'étaient ni dé­ gradés, ni déposés, ni surtout qu’ils sont regardés comme désormais déchus de leur pouvoir d’ordre. Comme le remarque Mer Duchesne, la tolérance de quelques cas particuliers, ou quelque déclaration offi­ cielle sur la régularité à observer dans la déposition d’un évêque prévaricateur et sur la validité de ses actes, c’est autant qu'il en faut pour expliquer le langage des Philo­ sophumena. Les origines, 2' édit., Paris, 1886, p. 300. 3° Discipline matrimoniale. — Les Philosophumena reprochent à Calliste d'avoir permis à de nobles dames romaines de contracter mariage avec des hommes d'une condition inférieure à la leur. Les femmes de rang sé­ natorial ne pouvaient pas toujours trouver à épouser un clarissime. Elles n’avaient dés lors le choix, au re­ gard de la loi civile, qu'entre la dérogation ou le con­ cubinage secret. Calliste estime qu’elles pouvaient épouser un homme de condition inférieure, et tient leur mariage pour valide, contrairement à la jurisprudence civile. Car, devant Dieu, il n'y a ni libre ni esclave. C’était affirmer le droit de l'Église de légiférer en matière ma­ trimoniale et le déclarer indépendant du droit de l’État. Mais les Philosophumena rendent le pape responsable des conséquences malheureuses, en particulier du fait d'avortements, qui furent la suite de quelques-uns de ces mariages. Phil., IX, π, 12. p. 445. C'est une accusa­ tion injuste. L’avortement et l'infanticide continuèrent à être sévèrement condamnés par les lois canoniques. | 4° Discipline baptismale. — L’auteur des Philoso­ phumena prétend enfin que c'est sous Calliste que s'in­ troduisit l'abus de rebaptiser. Phil., IX, n, 12, p. 446. I 1342 En tout cas il ne saurait être ici question de l’Église ro­ maine; car, trente ans plus tard, elle pouvait déclarer solennellement que telle n'avait jamais été sa pratique. Du reste ni saint Cyprien de Carthage, ni saint Firmilien de Césarée ne l'ont jamais comptée au nombre des Églises qui pratiquaient la réitération du baptême. Il s’agit de faits qui se passèrent ailleurs qu'à Rome, par exemple en Afrique, ou en Cappadoce, ou ailleurs. Plus vraisemblablement encore il s’agit d'un abus introduit à Rome par les elchasaïtes, dont Calliste est rendu per­ sonnellement responsable. Car, immédiatement après la série de ces accusations, les Philosophumena parlent de ces elchasaïtes et s'attachent à montrer que leur hérésie part d'un même relâchement de principes que les mesures du pape défunt, et que, si Alcibiade d’Apamée a réussi à faire des victimes, c’est parmi les brebis déjà égarées par Calliste. Phil., IX, m, 13, p. 448 sq. V. Conclusion. — En résumé, les Philosophumena constituent l'une des sources de renseignements les plus précieuses pour l'histoire du dogme et de la disci­ pline au commencement du ni'siècle. En ce qui regarde Calliste, loin de nuire à sa mémoire par leurs insinua­ tions malveillantes ou leurs calomnieuses accusations, ils servent plutôt à la grandir. Tout en la critiquant, l’auteur montre quelle fut l’activité de ce pape. Ainsi ce prétendu hérétique est un parfait orthodoxe: il proclame bien avant Nicée la consubstantialité tout en mainte­ nant la distinction des personnes divines dans un sens moins outré que celui des dithéistes. Ce prétendu laxiste se recommande par des mesures de sagesse, de prudence, de modération, trèsheureusementappropriées aux circonstances. On sollicite ses décisions contre les hérétiques, et ces décisions, au dire des Philosophu­ mena, se répandent partout en peu de temps; c’est donc constater l’efficacité de son intervention. On lui impute les ibus qui se glissent dans l’Église; c’est donc reconnaître implicitement le droit et le devoir qu'il a de veiller à la discipline de l’Eglise universelle. On lui reproche telle ou telle décision, non point parce qu’il ne peut pas la prendre, mais uniquement parce qu’on l’estime ou dangereuse ou contraireà la discipline en vigueur; c’est donc qu'on ne lui dénie pas le pou­ voir de légiférer. De telle sorle, comme nous l’avons déjà dit, que l'attaque diffamatoire des Philosophumena constitue une défense et se tourne finalement en véri­ table apologie du pape incriminé. Philosophumena, édit. Cruice, Paris, I860,1. IX ; P. G., t. xvi c, col. 3378-3387 ; Anastase le Bibliothécaire, Vitæ, P. L., t. Cxxvn, col. 1317-1318; Acta sanctorum, octobris t. vi, p. 401-439; Jaffé, Regesta, 1885, n. 82 86 ; Hinschius, Decretales pseudo-isidoriame, Leipzig, 1863, p. 131-156; Tillemont,· Mémoires. Paris, 1701-1709, t. ni, p. 250-253 : Dollinger. Hippolytus und Kallistus, Batisbonne, 1853; De Rossi, Balletlino di archéologie crisliana, Rome, 1866, t. IV. p. 1-14, 17-33, 65-72, 77-95, sous ce titre : Esame grcheologico e critico delta storia dei libro IX dei Pilosofumeni ; de l'Épinois, Revue des questions historiques, 1S87, l. m, p. 249253; Le Hir, Études bibliques, Paris, 1869, t. n, p. 225 sq.; Lefèvre, L'auteur des Philosophumena et le pape Calliste, dans la Revue catholique de Louvain, 1871, t. V. p. 345 sq.; t. vi, p. 5-28: de Smedt. Dissertationes, Paris, 1876, p. 190-218, et Appendice, p. 46-50; Morris, The lives of S. Callistus and Hippolytus, a conjectural chapter ol Church history, dans le Month, 1878, t. xxxu, p. 214-226; Dublin Rewietu, 1853, t. xxv, p. 447 sq. : Callistus and his accuser; Freppel, Oriyène, 3* édit., Paris, 1888, p. 150 sq. ; M>' Duchesne, Liber pontifi­ calis, Paris, 1886, t. I, p. 5, 62, 141-142, xcn; Les origines chrétiennes, 2* édit, (lithog.), Paris, 1886, p. 284-304; Harnack, Geschichte der altchristtichen Litteratur, Leipzig, 1893-1897, t. I, p. 603-605: Rollis. Das Indulge»:-Edict des rdmischen Bischofs Katlist, 1893: Bardenhevver, Patrologie, 1894, p. 128, 133, 138; trad, franç., t. 1, p. 216, 224, 232; Id., Die Geschichte der altkirchl. Literalur, t. 11 ; G. Esser, dans Der Katolili, 1902, t. π, p. 193-220; U. Chevalier, Répertoire, p. 377 , 2492; Smith et Ware. Dictionary of Christian biography, 1877-1887; Kirchenlexicon, 1880. G. Bareille. 1343 CALIXTE II 2. CALIXTE II, pape, élu le 2 février 1119, couronné â Vienne le 9 du même mois, mort le 13 ou le 14 décembre 1124. Le titre de gloire de ce pontife est d’avoir terminé la querelle des investitures en Allemagne par le concordat de Worms, conclu avec l’empereur Ilenri V en 1122. Diverses circonstances lui facilitèrent la tâche; d'abord son origine et ses relations de famille. Guy de Bourgogne • tait le cinquième fils de Guillaume, comte de Bour­ gogne; il avait des liens de parenté avec les rois d'An­ gleterre et d’Allemagne et avec la maison royale de France. Urbain II l'avait nommé archevêque de Vienne (1088) et Pascal II l’avait créé son légat en France. Lors­ que Henri V, par ruse et par force, eut arraché à Pascal la concession des investitures, Guy vint assister au concile de Latran (mars 1112) qui déclara nul le privilège extorqué. Lui-même présida bientôt un concile à Vienne qui se montra plus sévère et dans la condamnation de l'investiture laïque, qualifiée d'hérésie, et dans la mesure de l’excommunication décrétée contre l'empereur (sep­ tembre 1112). La menace de se retirer de l’obéissance de Pascal, s’il ne ratifiait l'excommunication, était de pure forme. Le pape loua le zèle du prélat et approuva en gros, sans prononcer lui-même d'excommunication. Pascal mourut en 1118. Gélase II ne fit que passer sur le trône et vint s'éteindre à Cluny (29 janvier 1119) où les cardinaux, quatre jours après sa mort, lui donnèrent pour successeur Guy de Bourgogne (2 février 1119). Il prit le nom de Calixte II et se lit couronner à Vienne le 9 février. Il voulut cependant recevoir des Romains, cardinaux, clergé et peuple, une solennelle ratification de son élection. La raideur de son attitude envers Henri V après l'attentat commis sur Pascal II n’empêcha point Calixte II d'entrer en rapport avec l’empereur qui tenait une diète dévéques et de princes à Tibur et que l’empressement soumis de ses évêques envers Calixte persuadait de l’op­ portunité dun arrangement. Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-sur-Marne, et Ponce, abbé de Cluny, l'exhortaient à titre de négociateurs officieux. Henri annonça qu'il irait en personne au concile de Reims que Calixte II venait de convoquer pour la fin d'octobre. Le concile s’ouvrit le 20 octobre. Suivant le traité conclu dans l'intervalle avec Henri, le pape alla au-devant de l'empereur à Mouzon, mais l'escorte de trente mille hommes qui accompagnait l’empereur lui fit craindre à bon droit de tomber dans une souricière; d’ailleurs l’entente n'avait pu se faire à la dernière heure entre les intéressés sur l'interprétation du traité convenu; le pape revint donc à Reims où il interdit de nouveau les investitures et excommunia l'empereur ainsi que l’anti­ pape Grégoire VIII (29 et 30 octobre 1119). Les pérégrinations de Calixte II en France, son entre­ vue à Gisors avec le roi d'Angleterre, son action politique • l ins lesaflairesanglo-françàises, avaient affermi le pouvoir et accru le prestige de Calixte. qui regagna l’Italie (1120). H fut accueilli en triomphe à Rome, Jaffé, 6852, et en Italie. Jaffé, 6877, 6892. Les habitants de Sutri livrèrent Bourdin, l’antipape Grégoire VIH, qui fut soumis à <1 humiliants outrages à Rome et_ finalement enfermé dans un monastère. L'intervention des princes et notamment du duc Henri de Bavière finit par amener la paix en Allemagne; ils n'acceptèrent point les pures doctrines grégoriennes, t lies que les représentait l'intransigeant Adalbert de Mayence, mais ils n’avaient point l'obstination et l'orgueil de Henri V. Un terrain de conciliation fut trouvé. Une première assemblée de princes à Wurzbourg (automne 1121) décida que l’empereur devait reconnaître Calixte et les autres évêques en communion avec lui. Le pape finit par se prêter aux ouvertures. Ni/iil, Benrice, écrivait-il. de tua jure vindicare sibi quærit Ecclesia, Jalle, 6950; mais il usait encore de menaces pour obtenir 1341 une soumission. Les cardinaux Lambert d'Ostie, Saxo, comte d'Anagni, et Grégoire tirent le voyage d’Allemagne. Après une nouvelle assemblée de princes à Wurzbourg (juin 1122). le synode de Worms s’ouvrit enfin au mois de septembre et aboutit à une entente improprement appelée « pacte calixtin » ou « concordat de Worms ». L’entente reçoit son expression dans deux déclarations consécutives, qui ne se réfèrent point officiellement l’une à l’autre. Henri V déclare qu'il laissera libres l’élection et la consécration des prélats; mais Calixte II admet que l’élection des évêques et des abbés dans l’Allemagne proprement dite aura lieu en la présence du roi. Henri V renonce à l'investiture par la crosse et l’anneau, mais Calixte II admet que le roi donnera l’investiture du temporel par le sceptre, ce qui entraînait pour l’élu l’obligation de l'hommage féodal. En Italie et en Bour­ gogne la consécration de l’élu devait précéder l’investi­ ture féodale; mais en Allemagne l’investiture temporelle précéderait la consécration. Comme tous les concordats, celui de Worms consacrait une transaction. Les em­ pereurs n’avaient plus, comme Henri III, le droit de désigner les évêques; l’élection reprenait vigueur; mais ils conservaient une influence considérable sur les no­ minations ecclésiastiques. En cas de doute sur une élection, l’empereur devait donner son assentiment à la partie la plus estimable (sanior pars) des électeurs, en se conduisant par l’avis du métropolitain et des évêques de la province. Comme Henri V est seul nommé par Calixte, sans allusion aux successeurs de l’empereur, l’on peut soutenir que les concessions faites par le pape ne regardaient que Henri, à titre de privilèges personnels. Jaffé, 6986. Le concile de Latran, IX® concile œcuménique, qui s'ouvrit à Rome le 18 mars 1123, réunit environ 300 évêques et 600 abbés. Le pape y promulgua le con­ cordat de Worms, renouvela d’anciens canons et en promulgua de nouveaux concernant la simonie, le mariage des prêtres, les élections des prélats, l’envahis­ sement des biens d'Église par les laïques, la trêve de Dieu. L'empereur fut solennellement réconcilié avec l’Église. Une croisade fut résolue, mais le pape mourut au milieu des préparatifs. Des canons de même nature, relatifs à la discipline de l’Église, avaient fait l’objet des soins de Calixte H au synode de Toulouse, où il avait également pris des mesures contre les pétrobrusiens (8 juillet 1119), et au concile de Reims de 1119. Sa correspondance abonde en pièces réglant des litiges entre monastères ou églises. Il favorisa notam­ ment lesantonins dans le Dauphiné. Calixte H s'occupa beaucoup des circonscriptions ecclésiastiques. Comme archevêque de Vienne, il avait soutenu les prétentions de son église contre celle de Grenoble au sujet du pagus Salmôracensis ; il fut soupçonné d’avoir fait ou laissé constituer un dossier de pièces dépourvues d’authenticité pour battre en brèche la rivale de Vienne, la cité d'Arles; mais on a la preuve que nombre de ces pièces échelon­ nées par les faussaires depuis le IIe siècle jusqu'au pon­ tificat de Pascal II, ont été employées et fabriquées pour la plupart avant son avènement au siège de Vienne. Seulement, devenu pape, Calixte II authentiqua tout le dossier avec ses pièces les plus récentes. Les bulles ori­ ginales authentiquant la collection ont été retrouvées par Ulysse Robert, Bullaire du pape Calixte 11, n. 25, 145. En Espagne, il transféra les droits métropolitains d'Emerila (ou Merida) au siège de Saint-Jacques de Compostelle. Une extension des droits de primatie du siège de Lyon sur le siège de Sens rencontra de l’oppo­ sition chez le roi Louis VI. En Italie, Calixte r. unit le diocèse de Sainte-Rufine (Silva Candida) à celui de Porto, réduisant ainsi à six le nombre des diocèses suburbicaires. En Angleterre, il eut le dépit de voir un 1345 CAL1XTE II — CALIXTE III de ses légats reçu avec honneur, mais placé dans l'im­ possibilité de remplir effectivement sa charge. Dans l’interminable rivalité des sièges de Cantorbéry et d’York, il soutint Thurston, élu archevêque d’Y’ork, dans son refus de reconnaître la primauté du siège de Cantorbéry. Il canonisa saint Conrad, évêque de Cons­ tance. Jaffé, Regesta pontificum, t. I, p. "80; Duchesne, Liber ponti­ ficalis, 1892. t. il. p. 322, 376; U. Robert, Bullaire du pape Ca­ lixte 11, 2 in-8*. 1891 ; les lettres et les opuscula supposita dans P. L., t. CI.X1U, col. 1093; Watterich, Romanorum pontificum vitæ,1862, t. n. p. 115; Hefele, Conciliengeschichte, 2· édit, par Kniipfler, 1886, t. V, p. 344; Gregorovius, Geschichte der Stade Rom im Mittelalter, 4· édit., 1890, t. iv, p. 369; Giesebrecht, Geschichte der deutschen Kaiserzeit, 3· édit., 1869, t. m, p. 907; U. Robert. Histoire du pape Calixte IL 1891 ; Maurer, Papst Calixt II, 1886; F. Rocquain, La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther, Paris, 1893, t. i, p. 138-149; Hauck. Kirchengeschichte Deutschlands, Leipzig, 1896, t. ni, p. 909-916; Stephens, The English Church from the Norman conquest to the accession of Edward I, 1066-1S72, Londres, 1901, p. 136140; Bernheim, Zur Geschichte des Wormser Konkordats, Gollingue, 1898; le texte du concordat de Worms dans Monu­ menta Germanite, Leges, sect, iv, Constitutiones impera­ torum, t. 1, p. 1S9-161, et dans Mirbt, Quellen zur Geschichte des Papsttums, 2· édit., 1901, p. 115; les Epistolæ Viennenses, dans Monumenta Germanise, Epistolæ, 1892, t. ni, p. 84. Cf. Gundlach, Der Streit der Bisthümer Arles und Vienne, Hanovre, 1890 (tirage à part avec quelques compléments d’ar­ ticles parus dans le A’eues Archie, t. xiv, xv); Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, Paris, 1894, U I, p. 162-166. II. Hemmer. 3. CALIXTE III, pape (1455-1458). A la suite de sa biographie, nous commenterons le décret qu’il a porté sur le cens. I. CALIXTE III. Biographie. — Le 8 avril 1455, le cardinal Alphonse Borgia succédait à Nicolas V sous le nom de Calixte III. Le conclave n’avait duré que quatre jours. Les deux factions des Orsini et des Colonna étant à peu près d’égale force avaient fait un compromis et élu par accession un vieillard de 77 ans; peu s’en était fallu que l’accord ne se fit sur le nom du cardinal Bessarion ; son origine grecque détourna de lui les suffrages des cardinaux italiens. Voir col. 802. — I. Avant son pontificat. II. Pendant son pontificat. I. Avant son pontificat. — Le nouveau pape était un savant légiste. Né à Xativa, près de Valence, le 31 dé­ cembre 1378, de l’antique famille des Borgia originaire d’e Catalogne, il fut d’abord étudiant à l’université de Lérida, puis, son doctorat conquis en l’un et l’autre droit, obtint une chaire à la même université. Pierre de Lune lui conféra un canonical dans l’église de Lérida; surtout Alphonse V, roi d’Aragon et de Naples, devinant ses grandes qualités diplomatiques, se l’attacha comme secrétaire particulier et conseiller intime. En cette qua­ lité il parvint à obtenir la renonciation de l’antipape Clément VIII (Gilles Munoz). Martin V reconnaissant le nomma en 1429 au siège épiscopal de Valence. Raynaldi. an. 1429. n. 3. 5. Évêque, Alphonse Borgia continua d’assister son prince dans les affaires les plus épineuses : réconcilia­ tion des rois de Castille et d’Aragon, réorganisation du royaume de Naples, création du tribunal de Santa Chiara. Il savait résister aux désirs illégitimes de son maître,etrefusanoblement delereprésent er en qualité d’ambassadeur auprès du concile de Bâle ; il mit au contraire toute son industrie à rapprocher le roi Alphonse du pape Eugène IV. Celui-ci le récompensa par le titre de cardinal desQuatre-Saints couronnés, le 12 juillet 1444. Raynaldi, an. 1444, n. 21. Devenu, en cette qualité, membre de la curie romaine, il s’y fit vite apprécier pour l’austérité de ses mœurs, son énergie au travail, sa « bonté, sagesse, droiture et impartialité ». S. Antonin de Florence, cité par Pastor, Hist, des papes, 1346 p. 306. Son élévation sur la chaire pontificale ne le surprit pas; bien des années auparavant saint Vincent Ferrier lui avait prédit cet honneur à Valence, et lun de ses premiers actes fut la canonisation du célèbre dominicain (29 juin 1455). II. Pendant son pontificat. — 1° Altitude à l’égard des humanistes. — Dès les premiers jours, le pontificat de Calixte III offrit un contraste frappant avec celui de son prédécesseur. Nicolas V s’était montré le protecteur magnifique des humanistes et des artistes dont la reconnaissance a immortalisé sa mémoire. Son succes­ seur montra une indifférence presque complète pour les choses de l’esprit. Simple dans ses goûts, détestant la pompe et la représentation, « ce calme et froid juris­ consulte suivait le mouvement de la Renaissance non pas d’un œil hostile, mais d'un œil indifférent. Son pon­ tificat marque une pause dans la marche triomphante des idées nouvelles. » Pastor, op. cit., p. 308. 11 est faux cependant qu’il ait dispersé, par des ventes et des cadeaux inconsidérés, la magnifique bibliothèque amassée par Nicolas V, comme plusieurs humanistes mécontents le lui ont reproché ; il augmenta peu les trésors laissés par son prédécesseur, mais il sut les conserver. Jbid., p. 310 sq. On peut voir dans les deux ouvrages de Muntz, Les arts à la cour des papes, p. 320; Nouvelles recherches, p. 73, la liste des quelques œuvres d’art qui enrichirent sous son pontificat les collections du Vatican. 2» La croisade, contre les Turcs. — Ce qui rendait Calixte III si froid à l'égard de l’humanisme, c'était avant tout sa conviction profonde des dangers que l'in­ vasion toujours grandissante des Turcs de Mahomet 11 faisait courir à la chrétienté; les soins et les ressources de l’Eglise lui semblaient exclusivement réclamés par l'œuvre de défense à laquelle ce débile vieillard se consacra pendant les trois années de son pontificat avec une admirable énergie. En véritable Espagnol du xv» siècle il avait voué aux musulmans une haine ardente, et s'il avait été secondé par les princes chrétiens, la redoutable puissance de Mahomet 11 eût été brisée par la croisade. Réunir toutes les forces de l’Occident chrétien contre le Croissant, secourir la Hongrie contre laquelle se portaient les principaux efforts de l’envahisseur, créer une flotte de guerre pontificale, telle fut la triple tâche qui l’occupa jusqu’au bout. Dès les premiers jours de son pontifical, une bulle de croisade était lancée (en partie dans Raynaldi, an. 1455, n. 18). De nombreuses grâces spirituelles et indulgences étaient accordées aux chrétiens qui prendraient la croix ; et le pape fixait leur départ au 1" mars de l’année suivante. Des légats apos­ toliques, chargés de presser et de surveiller la percep­ tion des dimes imposées pour la guerre sainte, et de lui recruter des soldats, furent envoyés dans tous les pays chrétiens. Les plus grandes précautions furent prises par le pape pour empêcher le retour des abus qui avaient autrefois compromis de semblables prédications ; en particulier des instructions détaillées réglaient la manière de lever et de conserver les dîmes; elles ne suffirent pas à réprimer toujours l’avidité des collec­ teurs qui s'appropriaient l'argent de la croisade, et plus d’une fois Calixte III dut sévir contre eux. Le pape donnait l'exemple de tous les sacrifices; on le vit mettre en vente son argenterie et ses joyaux, alié­ ner maintes fois des biens d’Eglise, pour subvenir à la construction et à l’équipement de la flotte qui se prépa­ rait sous ses yeux ; tous les autres travaux étaient délaissés à Rome, même ceux qui avaient pour but l’édification ou l’ornement des églises ; seuls les ouvrages de fortification commencés par Nicolas V trouvèrent grâce. Le malheureux pape s'aperçut vite que le temps des croisades était passé. Les premières troupes réunies par 4347 CALIXTE III lui au prix de tant de sacrifices durent s’employer à combattre le bandit Piccinino, qui avait envahi le terri­ toire de Sienne. Burckhardt, t. 1, p. 31. Piccinino fut battu près du lac de Trasiméne, mais le roi de Naples lui offrit un asile et le sauva ; il fallut acheter bien cher la tranquillité momentanée du bandit. En septembre 1455, les premiers vaisseaux équipés par les ordres du pape avaient été envoyés par lui au secours des lies de la mer Égée, que les flottes ottomanes assiégeaient. Les trois commandants de la petite escadre pontificale manquè­ rent honteusement à leurs instructions et se mirent au service du roi de Naples qui les employa à donner la chasse aux vaisseaux génois et vénitiens, et à ravager les côtes génoises. Le pape dut casser l'archevêque de Tarragone, commandant en chef de sa flotte, et le rem­ placer par le cardinal Scarampo. Raynaldi, an. 1456, n. 13 sq. Le légat partit pour Naples avec sa flotte composée de 25 bâtiments; il devait rallier les galères promises par le roi de Naples ; mais celui-ci, qui avait dépensé en fêtes et en guerres contre les Génois l’argent extorqué aux églises de ses États en vertu des bulles de croisade, refusa, sous divers prétextes, de tenir ses pro­ messes. Le pape lui reprocha son indigne conduite. Raynaldi, an. 1456, n. 12. Cette lettre n’ayant produit aucun effet, Scarampo reçut l'ordre de prendre la mer malgré ia faiblesse de sa petite escadre. Le cardinal obéit et, après avoir mis en état de défense les îles grecques, s'établit à Rhodes, ou il avait un bon arsenal, pour al tendre les secours envoyés par les princes chré­ tiens. Ces secours, hélas! ne vinrent pas. L'empereur Fré­ déric 111. pacifique et sans autorité, ne pouvait réagir contre l’influence du clergé allemand, presque tout entier opposé à la croisade. Charles Vil, prétextant l’état déplorable ou se trouvait la France au sortir de sa longue guerre avec l’Angleterre, défendit d’abord la publication des bulles de la croisade; et l’université de Paris eut la lâcheté d'interjeter appel de ces bulles au futur concile. Du Boulay, t. v, p. 609. Le duc de Bourgogne, manquant à toutes ses promesses, n’envoya pas plus de secours, que les rois de Danemark et de Portugal Les États italiens eux-mémes, plus rapprochés du pape, et sans cesse harcelés par ses messagers, n'étaient occupés que de leurs mesquines rivalités. La plupart des princes ne laissaient même pas passer à Rome l'argent des dimes récolté dans leurs États, et le confisquaient sous prétexte de pourvoir à leurs arme­ ments pour la croisade. Calixte III, ne pouvant rien obtenir des hommes, se tourna vers le ciel et ordonna par une bulle touchante du 28 juin 1456, Raynaldi, an. 1456, n. 19 sq., des prières spéciales dans tout le monde catholique. C’est dans cette bulle, ibid., n. 22, que le pape accordait cent jours d’indulgence à tous les chrétiens qui réciteraient « entre none et vêpres, au son de la cloche, comme on le fait déjà pour la salutation angélique du soir, trois Pater et trois Ave ». Cette réci­ tation, jointe à celle déjà en usage dans l’Église des Ave Maria du matin et du soir également annoncés par les cloches, a beaucoup contribué à établir dans le monde chrétien la touchante pratique de l’Angelus. Voir Angelus, t. t, col. 1278-1280. ' L’héroïque confiance du pape fut presque aussitôt récompensée. Quelques jours après la publication de cette bulle, le héros hongrois Jean Hunyade attaquait l'armée de Mahomet II qui assiégeait Belgrade. Le 14 juillet Hunyade parvint à s'introduire dans Belgrade après avoir traversé la flotte turque qui barrait le Danube; le 21, il repoussait victorieusement un assaut de Mahomet II qui, blessé d'une flèche, dut donner le signal de la retraite, abandonnant son camp et une partie de son artillerie. Raynaldi, an. 1-456, n. 35. La joie du vieux pape fut immense. Des fêtes et des prières publiques comme Rome n’en avait pas vu de- I 4348 puis son avènement, célébrèrent cette victoire. Surtout il fit part des événements de Belgrade à tous les princes chrétiens, leur montrant l'occasion propice pour ruiner la puissance des Turcs, et reprendre Constantinople et Jérusalem. Il ne put vaincre leur égoïsme. Charles VU de France permit bien de recueillir la dime dans ses États, mais non pas d'y lever des soldats; les sommes destinées à 1a croisade furent employées par lui à armer des vaisseaux qu’il garda pour ses entreprises contre l’Angleterre et contre Naples. En vain le pape rappe­ lait-il au roi l’exemple de ses aïeux, et particulièrement de saint Louis. Raynaldi, an. 1456, n. 3. L’université et le parlement de Paris s’unissaient pour entraverla per­ ception des dîmes par de nouveaux appels au concile; et plusieurs évêques interdirent les collectes dans leurs diocèses. Raynaldi, an. 1456, n. 4; du Boulay, t. v, p. 617, 630. En Allemagne la résistance fut pire encore. Pour échapper aux demandes des collecteurs pontificaux, les prélats allemands, sous la conduite de l’archevêque de Mayence, tinrent un conciliabule à Francfort-sur-leMain, et prétextant les abus de la cour romaine, refusè­ rent tout secours financier au légat Carvajal. En même temps ils élaboraient un projet d’union entre les di­ verses églises d’Allemagne contre Rome; c’étaient les pires prétentions du concile de Bâle qui relevaient la tète. Gebhardt, Die Gravamina, p. 17 sq. Elles échouè­ rent grâce à l’esprit chrétien de l’empereur Frédéric III, qui refusa tout appui à ces révoltés; des lettres du pape stigmatisèrent la lâcheté des prélats allemands. Raynaldi, an. 1456, n. 40. Enfin une lettre insolente de Martin Mayr, le chancelier de Mayence, ayant porté â Rome les griefs de la nation allemande contre la curie, Æneas Sylvius, qui venait d’être nommé cardinal, se chargea de répondre par deux des plus éloquents mé­ moires qu’il ait écrits. Epist., cccxxxvnt, ccclxix. De semblables échecs répondirent aux efforts du pape et de ses légats en Angleterre, à Naples, â Venise, en Portugal. Les croisés hongrois eurent ia douleur de perdre à quelques semaines de distance Hunyade et Capistran emportés par la peste (11 août et 23 octobre 1456); le roi Ladislas de Hongrie, qui s’était décidé à entrer en campagne pour poursuivre Mahomet 11, vit ta discorde se mettre dans son armée et dut la licencier sans avoir pu s’en servir. Désespérant des princes de l’Occident, Calixte III se tourna vers les princes chrétiens de Bosnie, de Macé­ doine et même d'Ethiopie, vers les chrétiens de Syrie, de Géorgie et de Perse; il s’adressa même au prince mahométan Usuincassan, roi de Perse et d’Arménie, Raynaldi, an. 1-456, n. 45; 1457, n. 39, les suppliant de s'unir contre l'ennemi commun. L’inertie des monar­ ques de l’Occident rendit ces efforts impuissants, et tous les fruits de la victoire de Belgrade furent perdus. Le pape voulut du moins que la reconnaissance du peuple chrétien célébrât chaque année ce beau triomphe; la fête de la Transfiguration de Jésus-Christ, fixée au 6 août, devait le rappeler. Raynaldi, an. 1457, n. 73 sq. La dernière année du vaillant pape fut réjouie par quelques nouveaux succès des armes chrétiennes. Georges Castriot, prince d’Albanie, plus connu sous le nom de Scanderberg, avait reçu de lui quelques secours en 1456; il battit à la Tomornitza (juillet 1457) une ar­ mée de Mahomet II; quelques semaines plus lard la flotte du cardinal Scarampo remportait à Mételin une brillante victoire sur les Turcs,dont vingt-cinq vaisseaux furent capturés. Succès rendus stériles eux aussi par l’apathie des grands États chrétiens. Jusqu’au bout la lutte contre l'infidèle tint la première place dans les préoccupations de Calixte III. Ün !·· favoriser les princes en qui il espère trouver les chefs de cette guerre sainte; c'est ainsi que le roi de Hongrie étant mort le 29 novembre 1457, le pape favorise de tuut 1349 CALIXTE III son pouvoir l’élection saires de droit positif. peut être pris dans différentes acceptions. L Texte et traduction de la constitution Regimini. Dans la constitution jRegiinini de Calixte III, le cens indique une espèce de contrat de vente et d’achat. On ... Nobis nuper exhibita pe... La supplique, qui Nous a ■ continebat, quod, licet a été récemment adressée, Nous | peut le définir : Jus percipiendi annuam pensumem ex 1353 CALIXTE III 1354 re vel persona alterius. Lessius, De justitia et jure, réservatif. Ce cens est nettement distinct de VemphyI. il, c. xxii, dub. 1, η. 2; Pirhing, 1. V, tit. xix, n. 65. léose et du fief. Le maître et le seigneur, en effet, ne C’est le droit de percevoir une pension annuelle d'un transfèrent à l’emphytéote et au vassal que le domaine bien d’un autre ou d’une personne. Ou encore, c’est le utile, et conservent le domaine direct, tandis que dans droit d’exiger d’un autre une rente annuelle, qui a le cens réservatif, le propriétaire transfère à un autre le comme garantie immédiate ou un bien productif, champ, domaine direct et utile sur ses biens. verger, vigne, bétail, appartenant à cette personne, ou la Le cens, au contraire, est consignatif ou désignatif, personne elle-même, à raison de son industrie, de son lorsque quelqu’un vend à un autre un droit à une rente travail, de son art, de son talent spécial. annuelle, mais ce droit est directement constitué ou sur Ainsi défini le cens, c'est le droit lui-même de perce­ la personne du vendeur, ou sur ses biens productifs, voir une pension annuelle, mais non la pension ellequi restent sa propriété. Par exemple Titius moyennant même, ni le bien sur lequel elle est assurée. Par consé­ 5000 francs achète de Caius le droit de percevoir chaque quent, celui qui vend un cens ne vend pas de l’argent, année de Ja vigne de Caius 5 hectolitres de vin ou leur ni des fruits qui proviennent de sa propriété, comme valeur en argent. C'est un cens consignatif. Il diffère quelques-uns l'ont supposé, mais le droit d’exiger le également de Vemphytéose et du fief, précisément parce paiement annuel ou d’une certaine somme d'argent ou que le vendeur garde le domaine direct et utile du bien, d’une certaine quantité de fruits. L’objet du contrat sur lequel est fondé le droit â la pension, tandis que le entre le vendeur et l’acheteur, c’est le droit â la pension maître et le seigneur cèdent à l’emphytéote et au vassal annuelle. L’acheteur paie une certaine somme d'argent le domaine utile, etc. C’est celui dont parlent principa­ et acquiert ainsi le droit à une rente annuelle, assurée lement les docteurs, et dont il est question dans la cons­ sur le bien ou sur la personne du vendeur. Et remarque titution de Calixte III. justement Villalobos, Somme de la théologie morale et Le cens consignatif ou désignatif se subdivise luicanonique, tr. XXIII, difficulté l™, pour constituer un même en plusieurs espèces : — 1“ Si l'on considère la cens proprement dit, il faut qu’il y ait vente et achat; car, chose sur laquelle la rente est constituée, il est réel, « quand le roi, par exemple, donne quelque rente an­ personnel ou mixte. — Réel, si le droit à la pension nuelle à quelqu’un en récompense de ses services, ce annuelle est directement assuré sur un certain bien n’est point un cens; il le serait, s’il y avait achat. » productif, de telle sorte que celui-ci venant à périr en A noter aussi que le vendeur garde le plein domaine tout ou en partie, la rente cesse par le fait même ou du bien sur lequel est constitué le droit à la pension subit une réduction proportionnelle. Dans ce cas. la annuelle : « Celui, dit encore Villalobos, loc. cit., qui rente est tellement inséparable du bien lui-même qu’elle charge son bien de quelque rente ne vend pas ledit le suit toujours, en quelque main qu’il passe, quand bien (quoi qu'en dise Antoine Gomez avec quelques même il serait vendu à un autre, comme une charge qui autres), mais seulement une partie du droit qu'il a sur lui est inhérente, jusqu’à ce qu’il en soit légitimement ce bien, en la même façon que celui qui le charge de dégrevé. Il est évident que dans ce contrat, avec l'obli­ quelque servitude, vendant par exemple le passage par gation réelle qui pèse sur le bien, il y a une obligation son pré, ou la permission de faire des fenêtres qui re­ personnelle, qui atteint le propriétaire, parce que la gardent dans sa cour. » charge qui grève le bien retombe sur le propriétaire. Le cens diffère évidemment du prêt (mutuum). Dans — Personnel, si le droit à la pension est directement le prêt on n'achète rien; le cens, au contraire, est un constitué sur la personne même, qui s'oblige, à raison droit acquis par contrat de vente et d’achat : l’acheteur de son travail, de son industrie, de son art, de son talent, moyennant uncertain prix acquiert le droit de percevoir à payer une rente annuelle. Mais, pour plus de sécurité, une rente annuelle d’un bien productif d’un autre ou le cens personnel peut avoir comme garantie une hypo­ d’une personne. De plus, la rente est perçue à raison thèque sur les biens de la personne: c’est alors le cens d'un capital, que le débiteur n'est pas tenu de rendre personnel avec hypothèque. Dans ce cas, l'hypothèque au créancier, tandis que dans le prêt proprement dit, la n'intervient pas en vertu du contrat censuel lui-méine; chose prêtée, par exemple la somme d’argent, doit être c'est seulement un contrat subsidiaire; l’hypothèque rendue au créancier. Cf. Wernz, Jus Decretal., t. ut, n’est exigée que pour la sécurité du premier contrat, et tit. ix, n. 261 ; Ballerini-Palmieri, De justitia et jure, par conséquent on ne doit recourir à l'hypothèque pour n. 478; Rambaud, Éléments d’économie politique, le paiement de la pension que dans le cas où l’on ne part. III, c. n, p. 485. pourrait absolument pas l’obtenir de la personne elleDe même, il ne faudrait pas confondre ce cens avec même. Lessius, De justitia et jure, 1. II, c. xxn, dub. il, le cens dont il est question en matière de biens ecclé­ n. 7; De Lugo, De justitia et jure, disp. XXVII, sect, i, siastiques; celui-ci, en effet, indique une redevance que n. 4. Par exemple, Titius est habile artisan, mais il n’a les églises ou instituts ecclésiastiques devaient payer pas d'argent. 11 demande à Caius de lui avancer un principalement en signe de sujétion. Cf. 1. Ill, X, capital de 10000 francs. Par contre il s’engagea payer à tit. xxxix; Wernz, loc. cit. Caius une rente annuelle de 50 écus. Caius consent. Dans le contrat du cens, le vendeur de la rente, qui C’est un cens consignatif personnel. Toutefois, pour dans le cas devient débiteur (débi-rentier), est commu­ assurer ce premier contrat, Caius exige comme garan­ nément appelé censuarius, et l’acheteur, qui devient tie de son droit une hypothèque sur une terre ou une créancier (crédi-rentier),censuista ou censualista; licet, maison que possède Titius. C’est un cens personnel avec ajoute Ferraris, Prompta bibliotheca, v» Census, η. 5, hypothèque. — Mixte, si le droit à la rente est immé­ diatement constitué à la fois et sur la personne ellealii appellent creditorem ipsum censuarium etcensualislam, et alii utroque nomine utrumque appellari même, et sur un bien productif, qui lui appartient, de telle sorte que le bien venant à périr, la personne reste posse dicant. HI. Division. — Ainsi entendu, le cens, si l’on con­ cependant soumiseà l’obligationdu cens; c'est justement sidère la manière dont le contrat se fait, est réservatif, le contraire dans le cens réel; si la chose vient à périr ou consignatif soit désignatif. en tout ou en partie, le cens se perd avec elle, ou est réduit proportionnellement. Le cens est dit réservatif, lorsque par donation, vente, 2° Si l’on considère la manière dont la rente se paie, legs, etc..quelqu'un transfère àunautre le plein domaine sur ses biens,se réservantsur eux une pension annuelle, j le cens est fructuaire ou pécuniaire : fructuaire, quand Par exemple, Titius possède une terre; il la vend à | la pension se paie en fruits, par exemple, en blé, Caius, et se réserve comme prix une pension annuelle vin, etc.; pécuniaire, si elle consiste en une somme de 50 écus, que doit lui servir Caius : c’est un cens d'argent. 1355 CALIXTE III 3° Au point de vue de la nature de la rente, le cens se divise en certain et incertain : certain, quand la pen­ sion est bien déterminée, par exemple 10 hectolitres de vin. ou 15 écus de rente; incertain.au contraire, quand la rente est indéterminée, par exemple quand elle con­ siste en la 3'. 4«, 5« partie des fruits d’un champ, d’une vigne.... comme lit Joseph en Égypte. Gen.. xt.vn. 24. i» Enfin, si l’on considère la durée de la pension, le cens est temporaire ou perpétuel : perpétuel, s’il est à perpétuité; temporaire, s’il n’est que pour un temps, ou un temps déterminé, par exemple pour 10 ans, 20 ans, ou pour la vie d’un homme (c’est ce qu’on appelle cen­ sus vilalilius). Le cens perpétuel est rachetable ou non suivant que le vendeur peut à son gré racheter le cens, en remboursant la somme versée par l’acheteur, ou non. Motina, Dejustitiaetjure, tr. II.disp.CCCLXXXI.CCCLXXXIlt; Lessius, De justitia et jure, 1. II. c. xxn. dub. n; de Lugo, De justitia et jure. disp. XXVII, sect. i. n. 2 sq. ; Barbosa. Col­ lecta». in I. til Decretal.. De censibus, tit. XXXIX. η. 4 sq. ; Pirliing, 1. V, tit. x’x, sect nt. n. 66; Reilfensluel. 1. V, tit. xix, n. 129 sq.; Ferraris, Bibliotheca, v> Census ; Schmalzgrueber, i. V, tit. XIX, § 4. n. 156 sq.; Villalobos, Somme rie la thcol. mor. et can., tr. XXIII, diftlc. 1; Batlerini-Palmieri. De justitia et jure. n. 471 sq. ; Devoti, Inst, can., t. II. I. IV, til. xvr. De usuris, n. 21 sq. : Wernz, Jus Decretal., n. 261 ; Ojeti, Synopsis juris canonici, 2* édit., V Census. IV. Licéité nr cens au point de vue nu droit natu­ — A ne considérer le cens qu’au point de vue du droit naturel, on peut affirmer d’abord, selon le senti­ ment commun des docteurs, que le cens réel est licite, pourvu qu’il n’y ait rien dans le contrat qui blesse l’équité naturelle, c’est-à-dire en définitive, pourvu qu’on achète le cens à juste prix. Lessius, loc. cil., dub. xii, n. 74. Si chacun, en effet, a le droit de vendre tous ses biens, il a évidemment le droit d’en vendre une partie, par exemple les rentes qui en proviennent; si je possède un champ, pourquoi ne pourrais-je pas aliéner une partie dès droits que j’ai sur ce champ, par exemple le droit de percevoir une rente annuelle de ce champ, puisque je puis vendre le champ lui-même? En outre, ce cens a été expressément déclare licite par les souverains pontifes Martin V, const. Regimini (1425), Calixte 111, const. Regimini (1455), et Pie V, const. Cum onus (1569). Cependant quelques anciens docteurs avaient soutenu la thèse contraire. II estassurément permis, disaient-ils, de constituer un cens par donation, legs, etc.; et il est loisible à chacun de vendre on d’acheter un cens ancien ainsi établi. Mais, ajoutaient-ils, il est illicite de con­ stituer un cens réel nouveau par contrat île. renie et d'achat; un tel contrat n’est qu’un prêt usuraire pallie, et est manifestement contraire à la justice. Par exemple, dans le cens perpétuel, la somme des rentes payées par le débiteur dépassera bientôt le capital versé par le créancier; et celui-ci, sans titre spécial qui justilie ce gain, recevra ainsi plus qu’il n’a donné; cette raison vaut même pour le cens temporaire, toutes les fois que la somme des renies arrivera à dépasser le capital versé par le créancier. De plus, lorsque le débiteur veut se libérer de toute obligation en rachetant le cens, il doit restituer le capital prirnitifdans son intégrité,sans tenir compte des arrérages régulièrement payés jusqu’alors. 11 n’y a donc pas égalité entre le prix donné et la chose achetée, entre l’acheteur et le vendeur. Ainsi raison­ naient Henri de Gand, Quodlibet, I, q. xxxix; VIII, q. xxin, XXIV ; llottomann, Observat., 1. 11. c. xv, et quelques autres, qui, conséquents avec eux-m 'mes, étendaient au contrat de rente la prohibition dont le prêt à intérêt était frappé de leur temps. On cite égale­ ment en faveur de cette opinion Jean André, Innocent, Antoine de Butrio, Alexandre de Nevo, etc., quoique, remarque Schmalzgrueber, cesauteurs ne la soutiennent pas ouvertement. L. V, tit. XIX, n. 165, 166. rel. DICT. DE TIIÉOL. CATEOL. 135G Les théologiens et les canonistes, répond de Lugo, disp. XXVII, sect. n. n. 12, rejettent commmunément cette opinion. Voir Molina, disp. CCCLXXXV; Lessius, c. xxn. dub. ut ; Schmalzgrueber, 1. V. lit. xix.n. 165 sq. La raison sur laquelle elle s'appuie est dénuée de fon­ dement. Nous l'avons déjà dit, il y a une différence essentielle entre le cens elle prêt proprement dit. Dans le prêt, l'obligation principale, qui incombe au débiteur, c’est de rendre la chose prêtée, le capital : tandis que. dans le cens, le débi-rentier est principalement obligé de payer la pension annuelle, et il n’est pas tenu d.· rendre le capital pendant qu'il paie les rentes. « Le prêt, dit M. Rambaud. implique essentiellement une exigibilité du capital, et par elle le débiteur est tou­ jours sous le coup d'une menace de spoliation : or, rien de semblable avec la rente. » Eléments d'économie politique, part. III. c. Il, p. 485. Ensuite, dans ce con­ trat l'égalité est fort bien gardée entre le vendeur et l'acheteur. Pendant que le cens dure, le débiteur pour la somme reçue paie un prix convenable (on le sup­ pose). Lorsque le débiteur veut se libérer de toute obli­ gation en rachetant le cens, il restitue au créancier ce qu’il a reçu : rien de plus juste; ce droit à la pension annuelle, quand il est revendu au débi-rentier, vaut au­ tant que lorsqu’il fut vendu la première fois au crédi­ rentier. Et ainsi l’égalité persiste. A la vérité, il pourra se faire à la longue que les rentes perçues dépassent de beaucoup la somme versée. Mais dans le contrat, cette inégalité n’est pas sans com­ pensation, et il n'est pas vrai de dire que, si l’acheteur de la rente a quelques avantages, il n’a aucun titre pour les justilier. L'acheteur, en effet, ne court-il pas fréquemment le danger de perdre et le capital versé et la pension annuelle? 11 en devait souvent être ainsi au moyen âge, où l’état social offrait moins de stabilité qu'aujourd’hui. Les cens ont beau être perpétuels, l’ex­ périence. observe justement de Lugo, montre qu'en fait ils ne sont la plupart -tu temps que temporaires, à cause des multiples accidents, de la mobilité, de l’inconstance des choses, qui peuvent occasionner leur perte totale ou partielle. C’est pourquoi, dans l’estimation des hommes, ils valent beaucoup moins que la somme des rentes que l’on pourrait en obtenir. Rien d’étonnant donc que le capital versé soit inférieur à l'ensemble, au total des pensions, qui pourraient être payées. De Lugo, disp. XXVII, sect, n, n. 16; Lessius, loc. cil., dub. v, vi. En outre, l'acheteur, par ce contrat, ne se met-il pas dans l'impossibilité de recouvrer jamais la somme versée, même si elle devait lui être i t le pour réaliser un bénéfice, éviter un dommage? Schmalzgrueber, 1. V, lit. xix, n. 172. Il y a donc égalité entre le vendeur et l’acheteur; le contrat est parfaitement conforme à la justice. La question relative au cens personnel est plus com­ plexe. C'est qu'en effet, le prêteur s’enrichit par l’in­ dustrie d'autrui; or, c’est un axiome des anciens mo­ ralistes que le fruit de l’industrie protite à son auteur, même s’il était de mauvaise foi. Le cens personnel ne semble donc être qu'un contrat déguisé de prêt à inté­ rêt : c’est pourquoi beaucoup de théologiens le condam­ naient. D’autres, au contraire, le regardaient comme licite. Ainsi Lessius, après une longue discussion, conclut que le cens personnel est permis. Pourquoi, en effet, quel­ qu'un ne pourrait-il pas vendre le droit qu'il a de per­ cevoir un bénéfice de son travail, de son industrie, de son art. de son talent spécial? Et nous avons déjà dit qu'il y a une différence essentielle entre le cens et le prêt proprement dit (mutuum). Même conclusion pour le cens personnel avec hypothèque et le cens mixte. Lessius, loc. cil., dub. iv, n. 15-23. Bon nombre de docteurs sont du même avis que Lessius au sujet du cens personnel ; Soto, De justitia, 1. VI, q. v. a. 1, concl. 4; Azor, Inst, mor., part. Ill, 1. X. c. v, q. i; IL - 43 1357 CALIXTE III Tamburini, ). IX, tr. Il, c. n, § 1; Reiffenstuel, I. V, tit. XIX, n. 157; Leurenius, Forum ecclesiast., 1. V, lit. xix, q. ccclx; Schmalzgrueber, I. V, tit. xtx. n. ISO; Ballerini-Palmieri, De just, et jure, n. 479, p. 728; Lehmkuhl, Theol. mor., t. 1, n. 1094·; Wernz, Jus De­ cretal., t. m,n. 261, p. 282; Bucceroni, Theol. mor., 1.t, n. 346, etc. Saint Alphonse de Liguori défend celte opinion et l'appelle plus commune et plus probable. De contract., dub. ix, n. 839. Be Lugo, après avoir clairement établi l’état de la c'ieslion, expose les deux opinions, cite les auteurs qui les soutiennent, discute leurs raisons, et conclut luimême en disant ; « Celte opinion (qui nie la licéité du cens personnell me parait plus probable. » Disp. XXVII, sect, n, § I, n. 25 sq. La raison principale qu'il fait valoir, c’est que, dans le cens personnel, on ne vend nullement le droit à une pension, comme dans le cens réel, mais bien la pension elle-même. Par exemple, celui qui pour une somme d’argent qu’on lui verse s'en­ gage à livrer un cheval, vend réellement le cheval, et non pas seulement le droit au cheval; ainsi, celui qui pour une somme d'argent reçue s'oblige à payer une pension annuelle, vend réellement la pension elle-même, et non pas simplement le droit à la pension. Dans le cens personnel, ce serait donc l'argent qui, de soi. im­ médiatement produirait de l'argent, rapporterait un intérêt à l'acheteur, qui c'aurait aucun titre spécial pour justifier ce gain :ce n'est autre chose que l'usure. Quamobrem, dit Benoit XIV, De synodo dune., I. X, c. v, η. 4. censum personalem ementi, aurum ex auro per se cl immediate nasceretur, in quo tota consistit usurarii contractus nequitia. Le cardinal de Lugo donne une longue liste de docteurs, soutenant cette opinion, que Molina appelle plus commune. Voir Molina, De justitia et jure, tr. H, disp, CCCLX.XXVI1I, n. 7; Villalobos, Somme de la theol. mor. et can., tr. XXIII, diflic. 2. Benoit XIV expose les deux opinions, mais ne se pro­ nonce pas. De synodo dicee., I. X, c. v, n. 4. V. Cens avec pacte de revente oc de rachat. — Est-il permis d'acheter ou de constituer des cens rachetables au profit du vendeur ou de l'acheteur? — On peut supposer deux cas : 1 ■’ cas. — Titius peut-il donner mille écus à Coins en renie constituée, avec pacte que ledit Cains pourra se d'charger de celte rente quand il lui plaira, en rem­ boursant à Titius la somme de mille écus? e La réponse est affirmative, comme il appert de la pratique cons­ tante. » Villalobos, loc. cil., difficult. 4. A la vérité, pas de difficulté sur ce point; les docteurs sont générale­ ment d'accord pour affirmer qtie le débiteur, à s'en tenir au contrat lui-même, a la faculté de racheter le cens et de se libérer : Per se et ex natura rei, census, saltem ex i arte debiloris, redimi rei exstingui potest. Wernz. Jus Decretal., t. hi, n. 261. Je suppose, dit Lessius, loc. cil., dub. tv. η. 15, que l'achat d'un cens réel, rachetabte au gré du vendeur, c'est-à-dire avec pacte que le ven­ deur pourra racheter le cens quand il lui plaira, est li­ cite, car. de même que l'achat d'un champ avec pacte de revente est permis, ainsi l'achat du droit de percevoir une rente annuelle de ce champ avec pacte de revente, est licite; ce droit à la pension annuelle n'est qu'une partie des droits que le maître possède sur ce champ. D'ailleurs, spécialement pour le cens réel, rachetable au gré du vendeur, la question est positivement résolue : ce sont exactement des pactes de ce genre, qui ont été approuvés par les papes Martin V, Calixte III et Pie V. Cf. Ballerini-Palmieri, De justitia et jure, n. 479; Buc­ ceroni, Theol. mor., t. i, n. 318. t?-· cas. — Peut-on mettre dans le contrat que Cains (débi-rentier) sera obligé de racheter la rente, en rem­ boursant les mille écus dans un temps déterminé, 5 ans, par exemple, ou même dés qu'il plaira à Titius (créan­ cier) de les réclamer? Lessius donne nettement une 1358 réponse affirmative à cette question; et selon lui, cette opinion est plus probable et spéculativement plus vraie que la négative. Loc. cil., dub. x, n. 55,56. Le débiteur, dit l'éminent théologien, peut vendre un cens en se réser­ vant la faculté de le racheter quand il lui plaira, et en imposant à l'acheteur l'obligation de le lui rendre quand il le réclamera : tout le monde l'accorde. Donc le créan­ cier peut de son côté acheter un cens, en se réservant la faculté de le revendre, et en imposant au débiteur l'obligation de le racheter quand il lui plaira. La conclu­ sion s'impose, car la raison est la même dans les deux cas. Si le vendeur, en effet, peut imposerai! créancier une pareille obligation et se réserver ainsi le droit de recouvrer à son gré une chose qu’il aliène, pourquoi le créancier ne pourrait-il pas imposer au débiteur une semblable obligation, et se réserver ainsi le droit de rentrer en possession d’une somme qu’il aliène? Il y a égalité entre le vendeur et l’acheteur. Lessius, loc. cil.. dub. x, n. 56sq.; Laymann. 1. Ill, tr. IV, c. XVltl, n. 8; Tamburini. 1. IX, tr. Il, De censibus, c. iv, § 2; Diana, t. VI, tr. ill, De contract., résolut. 58; Ballerini-Pal­ mieri, De just, et jure, n. 479, p. 729; Bucceroni, Theol. mor., t. I, n. 350. Saint Alphonse de Liguori dit : Hæc sententia, spectata rei natura, salis probabilis mihi videtur. De contract., dub. tx, η. 813. Cependant, l'opinion contraire est plus commune, au moins quand il s’agit du cens rachetable au gré de l'acheteur; car. dit Soto, il n'y a dans ce contrat qu'une usure palliée. Titius (créancier) obligeant Caius (débi­ teur) à racheter la rente et à lui rendre le capital quand il lui plaira, et dans l'intervalle jouissant de la rente aurait les mêmes avantages que celui qui, ayant prêté une somme à intérêt, en recevrait quelque gain chaque année, et pourrait exiger son capital quand bon lui semblerait. Si venditor ei (emptori) tenetur pretium redhibere, mutuatum censeretur, ac subinde usura esset emptorem quidpiam ultra capitale recipere. Soto, 1. VI, q. v, a. 3. conci. 1; cf. Molina, De just, et jure, tr. II, disp. CCC1.XXXV, n. 1 ; Rebel, part. Il, I. X, q. ult., diflic. 4, η. 4, 5; Covarruvias, I'm·., 1. Ill, c. ix, n. 4; Villalobos, loc. cil., diflic. 4, n. 2; Benoit XIV. De sy­ nodo diœc., 1. X, c. v, n. 4, p. 364; S. Alphonse de Liguori, De contiact., n. 813. etc. Jusqu'à présent, en parlant de la licéité du cens, nous n’avons traité la question qu'au point de vue du droit naturel. Mais ce genre de pacte offre un véritable dan­ ger d’abus, d’usure; toutes les controverses, que nous venons d'indiquer, agitées précisément au sujet de la licéité du cens, le prouvent surabondamment. Aussi, l'au­ torité légitime, ecclésiastique ou civile, a-t-elle pu à bon droit intervenir, prohiber peut-être ce contrat, ou tout au moins exiger, comme garantie,des conditions positives. Reste donc à déterminer les conditions dans lesquelles le cens a été approuvé spécialement parCalixte III,dans sa constitution Hegimini. Grâce aux notions générales qui précèdent, il sera facile d'en donner un commentaire clairet succinct. Remarquons immédiatement que la bulle de Calixte 111 ne détermine pas quelles sont les condi­ tions nécessaires de droit positif ecclésiastique. Sans doute, elle approuve le contrat dans certaines conditions, et nous allons les indiquer; mais elle ne déclare pas ces conditions nécessaires, obligatoires. C'est Pie V, qui par sa constitution Cum onus (1569) lixa les conditions nécessaires, obligatoires de droit positif pour la licéité du ccn«. VI. Circonstances historiques qui ont occasionné cette bulle. — L'usure a toujours été condamnée et énergiquement combattue par l’Église. Dans un prêt de consommation proprement dit (mutuum), pour justifier l'intérêt, il fallait toujours un titre spécial, la cessation d'un gain, un dommage à risquer, etc. Souvent les sou­ verains pontifes étaient intervenus pour abaisser le taux de l'intérêt, qui parfois dépassait le 30, le 40 p. 100, 1359 CALIXTE III 1300 voire même'allait au 100 p. 100. Card. J.-B. de Luca, i clergé recourut au souverain ponlife. lui exposa dans De usuris et interesse, disc. VI, n. 1. Aussi déjà au une supplique l’état de la question et lui demanda une moyen âge et plus tard, sous l’influence des lois ecclé­ décision. C’est pour répondre à cette supplique que Casiastiques et civiles, qui interdisaient sévèrement l'usure, lixte 111, en 1455. publia la bulle Degimini. Comme l’in­ vit-on peu à peu se substituer au prêt à intérêt d’autres dique l'inscription historique, Inscript. hist., c. n, modes d’utiliser l’argent, comme le cens, le contrat de L III, tit. v, Extravag. com., édit. Friedberg, elle fut compagnie ou de société. Toutefois, dans le contrat du adressée aux clergés de Magdebourg, de Nuremberg et cens (nous ne parlons que du cens consignatif ou dési­ d Halberstadt. .Mersebourg était un évêché suflragantde gnatif), l’acheteur donne une somme au vendeur, qui Magdebourg.) doit en retour lui payer une pension annuelle : n’y avaitVU. Conditions du contuat dü cens approuvé par cette constitution. — Dans cette constitution, le pape il pas là plus qu’une analogie avec le prêt à intérêt? Aussi les docteurs du temps, moralistes et canonistes, expose d'abord le cas soumis à son jugement. Il s’agit en France, en Espagne, en Pologne, discutaient-ils beau­ dans l’espèce d'un contrat censuel passé dans certaines coup sur la légitimité de ce contrat; et un certain nom­ conditions que nous indiquons, en tenant compte de la const. Degimini de Martin V, qu'elle confirme ; bre, Henri de Gand, Hotlomann. .Jean André, Innocent, Antoine de Butrio, et d’autres, cités par Schmalzgrueber, 1° Celui qui vend la rente ou plutôt s'en charge, désigne 1. V. tit. six. n. 166, ne voyaient dans le cens consignatif quelque maison, ou possession, ou quelque autre bien r el qu'un prêt usuraire mal déguisé. El si le désaccord productif, sur lequel la dite rente est fondée, constituée : exislait déjà à propos du cens désignatif réel, il s'accen­ illa ex domibus... efficaciter obligantes. Il s’agit donc tuait fortement au sujet du cens personnel, voir Lessius, d'une rente consignative réelle, ou d'un contrat par loc. ci,'., dub. iv; de Lugo, loc. rit., disp. XX VII, sect. Il, lequel moyennant une somme convenable versée, le n. 22 sq.; Villalobos, toc. cil., tr. XXIII, diflic. 2; et crédi-rentier acquiert le droit à une pension annuelle, célèbre fut en Allemagne la discussion entre théologiens constituée sur un bien productif du vendeur (débi-renet canonistes sur la licéité du cens personnel avec hypo­ tier). 2» La seule chose désignée et spécifiée dans le contrat thèque. J.-B. de Luca, De censibus, disc. XXXII, η. 8. Sur ces entrefaites, en 1414, se réunit à Constance le demeure obligée et hypothéquée pour la rente, et non concile, qui mit lin au grand schisme d'Occident par pas les autres biens ni la personne : illa ex domibus..., félection du pape Marlin V en 1117. Les Pères du con­ prædiis... quæ in hujusmodi contractibus expressa fue­ cile se préoccupèrent de la question du cens; ils la trai­ runt..., efficaciter obligantes. tèrent cependant en dehors des sessions conciliaires. Et 3“ Celui qui achète ou constitue la rente doit payer un ce ne fut pas seulement la question de la quotité de la prix juste, qui peut varier selon les époques, nous di­ renie permise qui fut discutée à Constance, mais bien rions aujourd'hui selon la valeur du loyer, de l'argent, la question de droit naturel. Le cens élait-il. oui ou non, du taux de l'intérêt : certum competens pretium..., un contrat licite au point de vue du droit naturel? Après secundum temporis qualitatem. mûr examen, les Pères du concile se prononcèrent pour 4’ L'acheteur doit payer immédiatement, argent comp­ la licéité du contrat. Mais ce jugement n'a pas la portée tant, en espèces, in numerata pecunia. d'un acte, d’un décret conciliaire, puisqu'il n’a pas été 5° Celui qui se charge de la rente peut la racheter en rendu dans une session régulière du concile. Après cette toutou en partie, quand il lui plaira; in illorum ven­ décision, il y eut un moment de calme, qui ne dura dentium favorem hoc adjecto, quod ipsi pro rata, qua guère. hujusmodi per eos receptam dictis ementibus restitue­ En effet, en 1425, sept ans à peine après le concile de rent in toto vel in parte pecuniam, a solutione redituum Constance, la controverse reprit, moins sur la question seu censuum, hujusmodi restitutam pecuniam contin­ de tond, résolue an concile, que sur la quotité de la rente gentium, liberi forent penitus et immunes. C'est aussi permise. Et sous prétexte d’usure, un certain nombre de ce qu’indique le sommaire : Contractum quemdam débiteurs refusaient de payer les arrérages, au grave emptionis et venditionis, prxcedenti similem. Summer., préjudice des créanciers, ecclésiastiques ou civils. C'est c. n, 1. Ill, tit. v, Extravag. com. Or le précédent, ap­ alors que le pape Martin V intervint, et par la constitu­ prouvé par Martin V, était un contrat de cens consignatif tion Degimini, en 1425, c. i, L 111, De empt. et vendit., réel, avec faculté pour le débiteur de se libérer en tout tit. V, Extravag. corn., déclara légitime le cens consi­ ou en partie quand il lui plairait. C. 1, 1. Ill, tit. v, Ex­ gnatif, rachetable au gré du vendeur, et fixa le 10 p. 100 travag. corn. en moyenne comme quotité de la rente annuelle. 6° Celui qui constitue la rente (le crédi-rentier ou En 1452, Nicolas V, second successeur de Marlin V, l’acheteur). ne peut pas obliger l’autre (le débi-rentier à la demande d'Alphonse 1er, roi des Deux-Siciles, par ou le vendeur) à racheter la rente en tel temps ou quand une bulle spéciale, const. Sollicitudo pastoralis, étendit il lui plaira ; celte condition est clairement indiquée dans <> ce royaume la disposition de son prédécesseur, relative la constitution de Marlin V : Sed ad hoc hujusmodi a la quotité de la rente annuelle (le 10 p. 100 en moyenne); vendentes inviti nequaquam per emptores arctari vel et ainsi, remarque le cardinal de Luca, loc. cil., adslringi valerent. C. I, 1. III. tit. v, Extravag. com. lise. XXXII. n. 9, approuva implicitement la licéité du 1° Si le bien hypothéqué périt en tout ou en partie, contrat lui-mème. Tamburini donne un commentaire la rente se perd également, ou subit une réduction pro­ d taillé de cette constitution. L. IX, tr. II, De censibus, portionnelle; les acheteurs ou crédirentiers n’ont pas le droit de recourir aux tribunaux pour recouvrer la c. v. n. 2; c. vi. Cf. S. Alphonse de Liguori, De contract., n. 815. somme qu'ils ont donnée comme prix : Sed üdeni emen­ Malgré toutes ces décisions pontificales, certains esprits tes, etiamsi bona, domus, terree, agri, possessiones et ne se montraient pas satisfaits. Principalement en Alle­ hseredilates hujusmodi, processu temporis ad omni­ magne, ceux qui jusqu’à présent avaient douté de la moda! destructionis sive desolationis reducerentur op­ i gitimité des contrats censuels étaient loin de s'avouer probrium, pecuniam ipsam etiam agendo repetere non vaincus. Dans de telles conjonctures, rien d’étonnant de valerent. voir la discussion renaître. Elle fut vive en Allemagne, 8° La rente ne doit pas excéder le revenu du bien surtout dans quelques diocèses. Pour mettre lin à cette hypothéqué, et régulièrement les arrérages sont payables malheureuse querelle, qui engendrait un malaise géné­ chaque année : annuos... reditus seu census vendentes. ral. parce qu'elle avait une répercussion fâcheuse sur VIII. Valeur juridique de la décision du pape j.v I.· direction des consciences et sur les affaires ellesCAsn. — Danscette constitution. Calixte III déclare qu'un neuies, l êvéque de Mersebourg (Haute-Saxe) avec son | contrat censuel, fait dans ces conditions, est licite, et 1361 CALIXTE III comme Martin V, â la fin il presse les débiteurs de satis­ faire aux obligations qu'ils ont justement contractées. Mais le pape ne dit pas que ces conditions sont néces­ saires, et que sans elles les renies sont injustes. Evidem­ ment, puisque le pape déclare licites les contrats faits dans ces conditions, il est sûr qu’ils ne contiennent rien de contraire à la justice, qu'ils sont en harmonie avec le droit naturel. Mais il ne détermine pas non plus quelles sont les concluions requises de droit positif pour l'achat du cens, puisqu'il ne dit pas que ces condi­ tions sont nécessaires. En d'autres termes, la décision du pape est une réponse à la question posée. Dans l’espèce, il ne s'agissait que du cens consignatif réel, rachetable au gré du vendeur...; le pape répond que le cens, établi dans ces conditions, est licite; il approuve donc le cens consignatif réel, rachetable au gré du vendeur, etc.; et ce cens n’a par conséquent rien de contraire à la justice. Mais il ne s'ensuit pas que le pape condamne le cens personnel ou le cens mixte, puisqu'il ne déclare pas ces conditions obligatoires. Bref, dans la constitution Regi­ mini de Calixte 111, il n'est pas question du cens per­ sonnel ou du cens mixte, et le pape ne détermine pas quelles sont les conditions requises de droit positif pour l’achat du cens. C’est Pie V qui fixera le droit sur ce point. Parmi les docteurs qui regardaient le cens personnel comme illicite au point de vue du droit naturel, quel­ ques-uns s'appuyaient précisément sur les bulles de Martin V et de Calixte III pour prouver leur opinion. Dans leurs constitutions, disaient-ils, ces papes n’ont approuvé que le cens réel: donc le cens personnel n'est pas permis. La conclusion, ajoutaient-ils, ressort plus clairement de la bulle Cunt onus de Pie V, par laquelle le saint pontife exige formellement que le cens soit fondé sur un bien productif du vendeur, et ainsi n'au­ torise que le cens réel. Vain sophisme, et la réponse est facile. Les consti­ tutions de Marlin V et de Calixte Ill ne déterminent pas les conditions dans lesquelles le cens doit être établi ; elles approuvent simplement le cens établi dans les con­ ditions proposées dans l’espèce, sans les déclarer obli­ gatoires. Quant à Pie V, il exige sans doute que le cens soit constitué sur un bien productif; mais si de droit positif il prohibe le cens personnel, il ne le déclare pas pour cela contraire au droit naturel. C’est ce que dit avec autorité saint Alphonse de Liguori. lorsqu’il répond à ce même argument : Ad bullas autem Martini V et Callixli 11I respondetur, quod ibi minime reprobatur census personalis, seu quia ibi lanium agebatur de censibus reatibus, de quibus quæsilum fuerat, an liciti essent; ideo pontifices eos tantum approbarunt. Hinc bene aiunt Lessius, Salmanlieenses, prtefalas bullas non obligare, cum non sint præceplivæ, sed tantum approbatives conditionum in eis expressarum. In bulla autem S. Pii V præcipilur quidem non constitui cen­ sum nisi super re stabili, non tamen declaratur census personalis illicitus de jure naturali. De contract., dub. IX, η. 840. Voir aussi Lessius, loc. cil., dub. xn, n. 75, 76; Pirhing, 1. V, lit, xtx, n. 82; Schmalzgrueber, 1. V, tit. xtx, n. 205 sq.; Villalobos, loc. cil., diffic. 6; Azor, Inst, mor., part. HI, 1. X, c. v. IX. Le contrat ou cens d’après la bulle Cun ones DE SAINT Pie V : CONDITIONS requises de droit positif pour la licéité du cens. — Cette déclaration de Ca­ lixte 111 n'apaisa pas complètement l’agitation, qui régnait dans ces provinces d'Allemagne. Loin de là, peu après, elle reprit plus vive que jamais, et s'étendit même en France, en Italie et dans d’autres contrées. Card. .1,B. de Luca, De censibus,disc. XXXI I, η. 13. Pour apporter un remède efficace au mal, Pie V, dans sa constitution Cum onus, en 1569, détermina expressément les condi­ tions nécessaires, requises de droit positif, pour consti­ tuer un cens, les rendit obligatoires, et déclara que sans CALIXTE 1362 ces conditions le contrat était nul et présumé usuraire. E. Rodriguez, Tract, super const. Pii V, à la suite de l'expli­ cation de la bulle Cruciatæ ; Lessius, De justitia et jure, 1. II, c. XXII. dub. xn. n. 76 sq. ; de Lugo, De justitia et jure, disp. XXVII, sect, tv; card J.-B. de Luca, De censibus, disc. XXXII. η. 13 sq. ; Reifïenstuel, 1. V, tit. xtx. n. 153 sq. ; Ferraris, Prompta bibliolh.. v Census, n. 10 sq.; Pirhing, 1. V, tit. xix. n. 83; Schmalzgrueber. 1. V, tit. xix, n. 2C7 sq. ; Azor, Inst, mor., part. III. I. X. c. v; Benoit XIV, De synod, diœc., 1. X. c. v, n. 4. 5; S. Alphonse de Liguori, De contract., dub. ix, n. 846 sq. ; Ballerini-Palmieri, D·' just, et jure, t. ni, n. 482 sq. ; Wernz, Jus Decretal., t. ni, p. 288-289. Toutefois, cette constitution de Pie V, lorsqu’elle parut, ne fut pas partout acceptée, et (par tolérance du saintsiège) n’obligea que les pays où elle avait été reçue. Elle n’exprime plus la discipline actuelle de l’Église sur cetle question. En tant qu’elle contient un droit purement positif, elle est depuis longtemps tombée en désuétude. Enfin, de nos jours, le prêt à intérêt étant lui-même considéré comme licite, voir USURE, la question du cens n'offre plus de difficulté, à la condition, bien entendu, que tout dans ces contrats, dans le prêt comme dans le cens, soit légitime, reste dans une juste mesure. Hodie, dit Génicot, cum unirersim liceat moderatum fenus e pecunia, tanquam e re frugifera, percipere, jam in constituendis censibus nulla est per sc moralis difficul­ tas. Servandae sunt regulæ quæ de moderato auctario positae sunt et quæ de pisto pretio in emptione venditione traduntur. Theologia moralis, De censu, n. 621, p. 607. Voir les canonistes sur le c. In civitate, in VI·, 1. V, tit. xix. De usuris; spécialement Innocent. Henri de Suze (Hostiensis), Nicolas de Tudeschls, Jean André, Fagnani; Ferraris, Prompta bibliotheca, v" Census ; Barbosa, Collectam in I. Ill Decretal., De censibus, tit. xxxix, n. 4 sq.: card. J.-B. de Luca, De censibus, disc. XXXII ; Leurenius, Forum eccl., 1. V. tit. xix, q. ccci.ix sq.; Schmalzgrueber, I. V, tit. xix, S 4. n. 154 sq. ; Villalobos, Somme de la thiol, mor. et can., tr. XXIII; Salas. Tract, de censibus, dub. i; Soto, De justitia, I. VI. q. v; J. uc Medina, Tract, de censibus; Azor. Inst. mor., pari. III. 1. X; Diana, t. vt, tr. III. De contract., résolut. i.vi sq. ; Tamburini, 1. IX, tr. IL De censibus: Molina, De justitia et jure, t. it, disp. CCCLXXXI sq.; Lessius. De justitia et jure. 1. IL c. x.xn; de Lugo, De justitia el jure, disp. XXVII; S. Alphonse de Liguori, De contract., dub. ix, n. 839-849; Ballerini-Palmieri, De justitia et jure, n. 469 sq.; Lehmkuhl, Theol. mor., t. t, n. 1094 sq. ; Benoit XIV. De synodo diœc., I. X. c. v; Devoti, Instil, cun., t. 11, p. 363; Wernz, Jus Decretal., t. in, tit. IX, n. 261 ; Marianus de Luca. Institut, can., De rebus, n. 488 sq. ; Sanli-Leitner, 1. Ill, tit. xxxix. n. 1. p. 412; Bucceroni, Theol. mor., t. I, n. 341 sq. ; Gury-Dumas, Theol. mor., t. I, n. 931; Cl. Marc, Inst, mor., t. 1, n. 1146; Génicot, Theol. mor., t. 1, n. 621, p. 606; Ojeti, Synopsis juris cun., 2· édit., v Census. L. Choupin. 4. CALIXTE III, antipape (1168-1177), Jean, abbé de Strouma, opposé par Frédéric Barberousse au pape Alexandre III. Voir t. I, col. 714-715. 5. CALIXTE George, théologien luthérien, fils du prédicateur Jean Calixte, né le 14 décembre 1586 à Medelbye, village du Schleswig. Il commença ses études à Flensbourg, et fut envoyé, à l'àge de 16 ans, à l'univer­ sité d Helmstadt; il fréquenta aussi les universités d'Iéna, de Giessen, de Tubingue et d’Heidelberg. Précepteur d'un riche Hollandais, Matthieu Overbeck. il entreprit avec lui un long voyage à travers l’Europe et lit la connais­ sance de beaucoup de savants : à Mayence de Bécan,à Londres de Casaubon, en France du président J.-A. de Thon. Par ses longues éludes sur l’antiquité chrétienne et les Pères de l’Eglise, il parvint à s'affranchir de quel­ ques préjugés luthériens. En 1613 il rentra à Helmstadt, et en 1614 il fut nommé professeur de théologie à l’uni­ versité. 11 mourut le 19 mars 1656, à l'àge de 70 ans. — Sur le terrain théologique tous ses efforts tendirent à réconcilier les trois confessions : luthérienne, réfor­ mée et catholique. A cet effet il crut qu’il était néces­ saire de dégager loyalement les croyances communes 1363 CALIXTE — CALIXTINS aux trois confessions, et de laisser de côté les points de divergence. Ces croyances communes il les trouvait dans le symbole des apôtres. Pour juger les croyances pro­ pres à chaque confession il s'appuyait sur l'Écritiire et l’Eglise; car il regardait comme vrai tout ce qui est for­ mellement enseigné par l'Ecrilure et l’Église. En ce qui concerne les mystères, il enseignait qu’on doit admettre le fait «ialion des compactata, voir les Monumenta conciliorum generalium xv sieculi, Vienne. 1857-1873; t. i, ou se trouvent le Tractatus de reductione Bohemorum de Jean Stoikowic ou Jean de Raguse; le Liber diurnus de Pierre de Saaz; le Liber de bijationibus de Gittes Charlier; le Diarium de Thomas V : i ndiirler d'Ilaselbacli : le Registrant de Jean de Tours. Voir aussi .-Eneas Sylvius Piccolomini (Pie H), Historia Bohemorum, Bà.e, 1571 ; Comment, de rebus Basileæ gestis, Bâle, 1577. — Pour la suite, voir la bibliographie de l'article Bohèmes (Frères), col. 940-941. G. Bareille. 2. CALIXTINS, voir Calixte George. ■ I I ! I i I I 1368 GALLEN BERG Gaspar, jésuite allemand, né â Kastrup (Brandebourg) en I678, entra au noviciat de Trêves en 1696. Il professa la philosophie à Munster, puis la théologie à Paderborn. Munster. Trêves et Aix-la-Chapelle, et mourut le 11 octobre 1742 à Cœsfeld, laissant d'estimables ouvrages d'iconographie, de droit canonique et d’apologétique : Divus Stanislaus Koslka variis icomsmis depictus, in-12, s. I. n. d. (1714); 2' edit., Pa­ derborn, 1716; Demonstrationes chronologico-historicojuridico-canonicæ in c. de indemni t. de electione in c. Quod abbalissie canonistarum sæcularium separalim habitantium debeant esse Iricenarite, in-4», Cologne, 1734; Apologia pro suprema romani pontificis aulltorilate et pro immunitate ecclesiastica, in-4», Pader­ born, 1734. Hartzheim, Bibliotheca Coloniensis, art. Collenberg : de Backer et Sommervogel. Bibliothèque de la C" de Jésus, t. il, col. SCI ; Hurter, Nomenclator, t. n, col. 1525. P. Bernard. CALL1N1COS IV, patri,irche de Constantinople, né à Zagora, en Thessalie. Métropolite de Proïlav en 1748, il devint patriarche en 1757. Quelques mois après son élévation au patriarcat, il fut relégué au Mont-Sinaï. Rentré dans son pays natal en 1762, il y vécut de lon­ gues années et mourut en 1792. On a de lui un ouvrage théologique intitulé : Διδασκαλία προ; τού; πνευματικού; πατέρα;, ήτοι έρμηνεια ακριβέστατη περί έξομολογήσεω; λίαν ωφέλιμο; δια τού; έξομολογοΰντα; και έξομολογουμενον;, κατ'έρωταπόκρισιν ’Επισκόπου και πνευματικού, Vienne, 1787. On a aussi de lui plusieurs lettres iné­ dites, un catalogue inédit des patriarches de Constan­ tinople après la prise de la ville par les Turcs, et quel­ ques écrits liturgiques et historiques. Vretos, Ν,.ΰλχ,χχΐ; βιλΛ.~1«, Athènes, 1854, t. t, p. 113, 203; Constanlios (paU'iarche). Ilioî μιτχ άλωσ-.ν ν τη; iv Κ. αγίας χα". μιγάλης το5 Χριστο'5 ΈχχΛησίας, Athènes, 188'1, ρ. 153, 319-320; Gédêon, Πατ?:α^χ·.χοι Πόαχις, Constantinople, 1890, ρ. 648*649; Id., Κανονιχα: Δ·.ατά;ιις, Constantinople, 1884, t. n, ρ. 452-455; Lebe­ dev. Istorüa greco-vustolcluioi tzerlcvi pod vlasliu Turok, Serghiev Posad, t. 1, 1896, p. 322; Zaviras, Nia 'Ελλάς, Athènes, 1872, p. 410-411 ; PapadopOUlo-Kéruineus, ΉροΓολυμιτιχή £ι8λ'«Φήχ)>. t. I, p. 270, 328, 366, 471 ; t. n, p. 423. 451 ; t. IV, p. 286; Zosimas Esphiginèniles. Iho; το5 ι:ατ$ιάρχου Καλλινίχου Δ', ίΐ^μηΟιύ;, Volo, 1895, ρ. 707-711, 713-717. A. Palmieri. CALLY Pierre, né à Mesnil-Hubert, au diocèse de Séez, mort le 31 décembre 1709. Professeur de philosophie e! d'éloquence à l'université de Caen en 1660, et curé de la paroisse Saint-Martin de cette ville, il publia Vniversæ philosophie: institutiones, 2 in-4», Caen, 1695, ouvrage dédié à Bossuet, et il édita De consolatione philosophica, de Boéce, ad usum delphini, avec un commentaire éten­ du, 4 in-4», Caen, 1695. Il était d'abord ardent péripatéticien; mais il tut gagné au cartésianisme par Huet, alors partisan enthousiaste de Descartes. Dés lors, il répandit la nouvelle doctrine dans ses leçons et dans ses livres. Bayle, République des lettres, janvier 1687, écrit que Cally était relégué à Monldidier à cause du cartésianisme, CALL Richard, théologien anglais, obligé de quitter et Huet, devenu adversaire de Descartes, reproche à son son pays à cause de la foi, se livra avec ardeur à l’étude . ancien ami la fidélité qu'il avait gardée à la nouvelle de la théologie en Belgique et à Rome, et conquit le grade I philosophie. Commentarius de rebus ad eum perlinen­ de docteur. Sur l'appel d’Allen il se rendit en 1576 à tibus, in-12, Amsterdam, 1708, p. 387. Dans son cours Douai pour enseigner l’Ecriture sainte au collège anglais. de philosophie, que Mabillon, Traité des études monas­ Il devint plus tard chanoine et mourut le 26 février 1604. tiques, in-4». Paris, 1691. p. 462, recommandait, Cally il excella surtout dans la théologie morale et la casuis­ est franchement cartésien. Il s'occupait beaucoup de la tique. Son principal ouvrage est : De quinque-parlila conversion des protestants et faisait pour eux des conléc mseientia, I. recta; 2. erronea; 3. dubia; 4. opinabili rences dans lesquelles il s’efforçait de dissiper leurs seu opiniosa, et 5. scrupulosa libri 111, in-4», Douai, préventions. Ce fut à leur intention qu'il publia un livre 1598. intitulé : Durand commenté, ou accord de la théologie Hurter, Nomenclator, 2· édit., Inspruck, 4892, t. τ. p. 237. et de la philosophie touchant la transsub stant iatii, de V. EltMOM. l'eucharistie, in-12, Cologne (Caen), 1700. Il y enseignait 13€9 CALLY — CALOMNIE 1370 S. Thomas, Sum. theol., Π· II®. q. i.xxin, a. 2. Cette réputation, si nécessaire au point de vue social, se perd par tout ce qui détruit, dans l'esprit d’autrui, le favo­ rable jugement primitivement rendu, qu'il s’agisse de faits réels imprudemment portés i la connaissance des autres, ou qu’il soit exclusivement question d'imputa­ tions connues comme fausses et coupablement inventées, soutenues ou propagées. Le premier procédé garde le nom générique de detraction, entendue dans le sens de manifestation injuste de défauts vrais du prochain. Voir Médisance. Au second procédé appartient en propre le nom théologique de calomnie, entraînant toujours simultanément une violation de la justice par la cou­ pai,le attaque de la réputation du prochain, et une vio­ lation de la véracité par la fausseté consciente des imputations lancées contre lui. 3" Pour que la calomnie existe réellement, les imputa­ tions doivent être en même temps fausses objectivement et nuisibles au prochain. Le calomniateur n'est subjec­ tivement coupable que dans la mesure où il connaît la fausseté de ses allégations et ou il veut délibérément y avoir recours, malgré celte connaissance, ou même en vertu de cette connaissance. Donc dans l'hypothèse d'une complète inconscience de la fausseté des faits ou manquements reprochés, l'allégation, tout en manquant Feller. Biographie universelle, Paris, 1848. t. il, p. 341-342; de vérité objective, n’étant point voulue comme telle Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant par son auteur ou propagateur, ne serait point une te xvnr siècle, 3* édit., Paris, 1853, t. 1. p. 229-230,407 ; F. Bouil­ calomnie formellement coupable. Le fait peut n'étre lier, Histoire de la philosophie cartésienne, Paris, 1854, t. 1, point rare, surtout en certains litiges religieux, poli­ p. 518-521, 582; Werner, Der h. Thomas von Aquin, t. m, tiques ou sociaux, où les jugements individuels sont p. 555; Hurter, Nomenclator, t. n, col. 641. fréquemment déterminés d’une manière presque exclu­ E. Mangenot. sive par d étroits et très tenaces préjugés, puisés dans CALOGNOMON Géras! me, Crétois, évêque de Cherla première éducation familiale ou collégiale, développés ronysos, vécut au xvih· siècle. On a de lui un volume par la constante influence d'un milieu entièrement écrit en 1788 et publié en 1793 : Βιβλίου ζαλούμενον fermé et ainsi devenus finalement comme la mentalité θεωρία ορθόδοξο; θεολογιζη, διηθημένου εΐ; μέρη δύω, ωυ habituelle de l’individu. L'on devra cependant tenir τδ μέυ πρώτον περιέχει λόγου; τον αριθμόν κβ’- το δε δεύ­ compte du caractère moral des propos mis en circula­ τερον, ετέρου; τινά; λόγου; δημηγοριζού; τε και πανηγυ­ tion ainsi que de situations très divergentes d’intelli­ ρικού;, και τινα στιχουργιζά έγχειρίδια, Venise. 1793. L'au­ gence ou de milieu et des diverses facilités de connaître teur y revient plusieurs fois sur la question du Filioque. la vérité. Autre est le rôle de meneur principal, autre Vrétos, NioiUupixr, φιλολογία, Athènes, 1854,1.1, p. 119-204; Sacelui d'instrument subalterne ou de docile auditeur sou­ thas, Χιοΰλν,νιζή φιλολογία. Athènes, 1868, p. 614 ; Démétrucopoulo, mis exclusivement à une ambiance hostile. Observons *Oÿ4ôSo;o; 'Ελλάς, Leipzig, 1872, p. 187. aussi que l’erreur ou ignorance invincible et l’irrespon­ A. Palmieri. sabilité morale qui en résulte, ont des limites et des CALOMNIE. - I. Délinition. H. Moralité. 111. Obli­ conditions assez précises en dehors desquelles on ne gations qui en résultent. IV. Répression individuelle et peut les admetire au point de vue moral. Voir Donne sociale. I. Définition. — Le mot calomnie, calumnia, de calvo Foi, col. 1011-1012. 4° Au péché formel de calomnie doit encore se rap­ ou calcor, synonyme de decipere, fruslare, « tromper, » porter l’acte de coopération consciente et délibérée à signifie étymologiquement toute ruse ou fraude employée pour tromper autrui, surtout dans les accusations juri­ sa propagation et à son succès, coopération positive diques, procès ou jugements. Cependant, dans un sens par la presse et le discours public ou par quelque plus spécial, il désigne seulement le délit de celui qui encouragement ou aide eflicace, coopération négative accuse méchamment un innocent. Cf. Dictionnaire des par un silence voulu et concerté quand l'on serait tenu antiquités grecques et romaines, de Daremberget Saglio, de parler et de défendre. Innombrables sont dans toute art. Calumnia, t. i, p. 853-854. Au sens théologique société de telles coopérations à la calomnie; les luttes strict, il désigne l’attaque de la réputation d’un absent, électorales et politiques, les rivalités commerciales ou par des imputations que l’on sait fausses ou mensongères. industrielles, les ambitions de tout genre, parfois même 1» Tandis que l’outrage atteint, d’une manière privée les dissensions religieuses, en sont les plus fréquentes ou publique, l’honneur d’une personne présente, S. Tho­ occasions. Ici encore peut se présenter la question mas. Sum. thcol., Il· 11", q. lxxii, a. 1, la calomnie, d'accidentelle inconscience du caractère calomnieux des comme toute détraction, attaque la réputation d’un imputations propagées. L'on en jugera d’après les absent. principes précédemment énoncés. 2° La réputation est la bonne estime dont quelqu'un 11. Moralité spécifique et gravité. — 1« Moralité jouit dans l’appréciation ou le jugement de ses conci­ spécifique. — Le péché de calomnie, étant une viola­ toyens, appréciation, privée ou publique, susceptible de tion formelle des deux vertus de véracité et de justice, divers degrés suivant la position et le mérite de chacun renferme une double malice spécilique, caractérisée par et suivant les lluctuations du jugement particulier ou deux objets formellement divers au point de vue moral : commun. Que la réputation soit pour l’homme un bien une transgression du devoir strict de ne point établir social de première nécessité, nous en avons pour garant de contradiction entre sa parole et sa pensée et une la parole de l’Ecriture, Prov., xxii, 1; Eccli., vu, 2; violation du droit individuel de chacun au respect de xli, 15. l'appréciation commune de tous les hommes et sa propre réputation. D’où résultent deux péchés spé­ la nature même de la société humaine, basée sur la cifiquement distincts, mensonge pernicieux et injuste at­ confiance et par conséquent sur l'estime mutuelle. teinte à la réputation. la doctrine de Descartes sur la transsubstantiation, qu’il ramenait â une transformation, et il y déclarait que l’ad­ mission d’accidents absolus était opposée à la doctrine de l’Eglise et conforme aux erreurs de Luther sur l’eucha­ ristie, Il adressa cet écrit à Basnage, alors retiré en Hollande, et chargea un imprimeur de Caen d'en im­ primer 60 exemplaires, qu’il se proposait d’envoyer à des hommes éclairés pour leur demander leur avis. L'imprimeur tira 800 exemplaires qu’il mit en vente. L’ouvrage excita des réclamations. M. de Nesrnond, évêque de Bayeux, après avoir consulté Bossuet, dont on connaît la réponse, datée du 9 février 1701. dans Œuvres complètes, Paris, 1828. I. xlv, p. 230-232, publia, le 30 mars 1701, une instruction pastorale et une ordonnance qui condamnaient 17 propositions extraites de l'ouvrage. Cally adhéra à ce jugement et, le 21 avril suivant, il rétracta son livre. 11 lut lui-même au prône l'instruction de son évêque, quoiqu'il en eût été dispensé, et il dé­ clara hautement à ses paroissiens qu’il était l'auteur du livre condamné. 11 supprima, autant qu’il put, les exem­ plaires qui en restaient. Il a publié encore des Discours en forme d'homélies sur les mystères, sur les miracles et sur les paroles de N.-S. J.-C. qui sont dans l'Évangile,2 in-8°, Caen, 1703. 1371 CALOMNIE 1372 2’ Gravité objective. — 1. Qu’il s’agisse du mensonge crète de ces différents motifs isolés ou réunis, dennera pernicieux, ou de l’injuste atteinte à lu réputation, la graune juste idée de la nature et du nombre des fautes secrètes de haine religieuse ou autre, et de jouissance xité objective, d’après le principe général applicable à intime du mal secrètement désiré ou eflicacement pro­ toute injustice, se mesure d’après la quotité du dommage curé; A) les péchés concomitants qui forment le cortège r tellement voulu et efficacement causé dans la réputation ou dans les biens qui en dépendent. L'on doit cependant le plus habituel de la calomnie, surtout les péchés in­ observer que la gravité du dommage effectivement pro­ ternes de jouissance haineuse et jalouse et les péchés luit n'est pas toujours en parfaite équation avec la gra­ de scandale privé ou public. 3» Gravité subjective, dans l’appréciation et la volonté vité objective de l’imputation calomnieuse. Il n'est point du calomniateur ou de ses auxiliaires. — Quand l’on pour­ impossible qu'une fausse allégation, en elle-même grave, ne nuise aucunement a quelqu’un dont la répu­ ra prudemment juger que, dans un cas individuel, il y a tation en telle matière est moins délicate ou moins I eu inadvertance invincible à la fausseté et à la gravité des imputations propagées ou soutenues, on conclura intègre, tandis qu'une renommée particulièrement ho­ norable peut très notablement souffrir d’imputations qu’alors la calomnie n’est point subjectivement impu­ beaucoup moins considérables, quand elles sont persis­ table, du moins comme faute grave. Mais elle n’en reste tantes et qu’elles prennent corps dans l’esprit public. pas moins un mal objectif grave, surtout quand elle Salrnanticenses, Cursus theologice moralis, tr. XIII, s'attaque au bien de la société. Aussi doit-on, principa­ c. tv, n. 42. lement dans ce dernier cas, lutter contre elle, soit 2. Pour apprécier dans toute sa réalité concrète la d'une manière privée par la correction fraternelle, soit gravité objective de la calomnie, l'on devra considérer : d'une manière publique par une commune défense des u si l’atteinte portée à la réputation d’autrui est une intérêts menacés ou même par la répression légale, complète destruction de cette réputation ou si elle n’en dans la mesure où elle peut prudemment et eflicacement est qu'une diminution partielle, du moins quand l’opi­ s'exercer. nion publique admet que quelque estime peut encore 4“ Gravité comparée. — Le péché de calomnie, subsister d’une manière fragmentaire; b) l'autorité, la considéré en lui-méme indépendamment de toute cir­ puissance, le crédit ou l'inlluence que le calomniateur constance ajoutant une autre moralité spécifique, est-il met au service de sa passion ou de sa haine et qui le plus grave parmi les péchés commis contre le pro­ assurent plus de succès à son œuvre destructrice; c) le chain? S'il est vrai, comme l’enseigne saint Thomas, milieu auquel le calomniateur s’adresse, un petit cercle Sum. theol., 11“ Hæ, q. LXXIH, a. 3, que la gravité mlime et entièrement fermé où la calomnie expirera d'une injustice est proportionnée au prix du bien qu'elle peut-être sans avoir causé beaucoup de ruines, ou le nous ravit, l'on devra conclure que la calomnie le cède grand public rapidement conquis par la presse ou par en malice au scandale et à l'homicide, mais l’emporte le discours public et qui bientôt augmente encore les sur le vol. Car la réputation, ne faisant que participer graves proportions de lu calomnie; on devra aussi à la nature des biens spirituels, est d’une valeur moindre examiner la mentalité de ces mêmes milieux, ou déjà que les biens purement spirituels. Appréciable seule­ entièrement désaffectés ou encore fidèlement attachés à ment pour qui jouit du bienfait de l'existence, elle est la réputation que l’on veut ruiner; d) la rareté ou la moins précieuse que la vie corporelle. Mais par sa par­ fréquence et même la continuité des attaques calom­ ticipation à la nature des biens spirituels, elle surpasse nieuses qui, en se répétant constamment, fixent en les richesses matérielles qui nous sont tout extérieures. S. Thomas, loc. cit. Cette conclusion s’applique indis­ quelque sorte le mensonge dans l’intelligence, peut-être surtout dans l'intelligence populaire; e) le caractère tinctement à la détraction et à la calomnie. Mais la calomnie est de soi toujours plus grave que la detraction, presque habituellement irréparable du dommage causé, .circonstance encore aggravée dans certains cas où il est puisqu’elle ajoute une nouvelle malice spécifique, celle question de réputations plus délicates et de milieux plus du mensonge pernicieux. pervers; /’) le dommage qui peut résulter pour toute 111. Obligations qui en résultent. — 1° Quant à la La société, soit à cause du bien considérable que la réparation de la réputation injustement détruite. — calomnie empêche, soit à cause du grave scandale qu’elle 1. Puisque toute injustice formellement coupable et effi­ propage partout. Ce dommage existe plus particulièrecacement voulue doit, sous peine de se continuer indéfi­ ment quand la calomnie s’attaque à des institutions niment, être intégralement réparée par la restitution de tout le bien injustement ravi, il est également vrai que souverainement utiles à la société, dont on paralyse h toute calomnie, connue el voulue comme formellement fonctionnement quand on ne l’arrête point entièrement: plus grave encore est le tort causé à la société civile ou coupable et réellement nuisible, doit être adéquatement j la société religieuse par ceux qui ne cessent d’ourdir réparée. — 2. En vertu de ce même principe général qui domine tonte la question de la restitution, l’étendue de • le propager contre elles les plus perfides calomnies; ~ les motifs diversement coupables sous l'impulsion l'obligation est en équation parfaite avec l’étendue du dommage causé. Conséquemment l'on est tenu de rétrac­ t-«quels le calomniateur peut agir : a. la jouissance du ter la calomnie lancée, soutenue ou propagée, dans la η. ■I voulu comme mal, jouissance diabolique qui suppose mesure où l’on a ainsi effectivement causé la perte de un·· malice consommée dans laquelle on semble avoir la réputation ou que l’on y a simplement aidé. Est-il fix·· sa vie; b. une haine sectaire s’acharnant, à l'exemple également nécessaire que l’on rétracte personnellement d· celui que la tradition de tous les peuplesa dénommé la calomnie auprès de tous ceux à qui on a prévu qu'elle ! calomniateur. !> ό'.άοολος, à ruiner par le mensonge parviendrait ultérieurement, ou suffit-il strictement de . œuvre de Jésus-Christ sur la terre et tout ce qui favo­ le faire auprès de ceux à qui le calomniateur s'est rise cette œuvre; cette haine sectaire peut aussi, comme immédiatement adressé? En principe, puisque tout le cl f-r. certains anarchistes, se porter exclusivement contre mal efficacement voulu doit être répare, la rétractation de :.i société actuelle que l’on veut bouleverser et détruire la calomnie doit avoir la même publicité que la calomnie d·· fond en comble: c. la vengeance d’un tort ou d'un elle-même. Donc si, en lançant soi-même la calomnie, outrage adéquatement vrai ou exagéré et même sup­ surtout par la parole publique ou par la presse, l'on a pos··. indépendamment delà coupable jouissance que positivement prévu et voulu, suivant les contingences ■ n peut savourer dans l'accomplissement du mal prê­ ordinaires, tel développement auquel elle est el!- ti ­ tre dité; d. une simple rivalité jaillissant de l'ambition, ment parvenue, il y a. en toute rigueur de principe, de i avarice ou de l'égoïsme et poursuivant directement obligation de donner soi-même à la rétractation la même son but, sans que prédomine dans la volonté ni la haine, étendue de publicité que l'on a eflicacement voulue et ■a coupable jouissance du mal causé; l'analyse con­ 1373 CALOMNIE causée. Salmanticenses, Cursus theologiæ moralis, tr. XIII, c. ix, n. 122. Mais celte rétractation ainsi accomplie étant d'une réalisation moralement impossible dans presque tous les cas concrets, il peut habituellement suffire de se rétracter soi-même auprès des auditeurs immédiats, en prenant les précautions ordinaires pour que la propagation réparatrice ait la même étendue que la destructrice. De Lugo, De juslilia el jure, t. I, disp. XV, n. 15 sq.; Salmanticenses, loc. cil., n. 123. Cette solution s’applique encore avec plus de justesse aux cas de publicité par la presse, qui échappent presque entiè­ rement à tout contrôle adéquat de prévision et de répa­ ration directe. — 3. Les principes généraux sur la com­ plète cessation ou la suspension momentanée de l'obli­ gation de restituer peuvent également s'appliquer à la réparation de la calomnie. Toutefois les causes reconnues comme suffisantes pour l’extinction ou la suspension de l'obligation devront être d'autant plus graves que la cul­ pabilité du calomniateur a été plus prononcée et le dommage plus considérable, — a) D’après ces principes l’obligation de réparer la calomnie n’existe plus quand l'on peut juger prudemment qu’elle est entièrement oubliée, sans danger de retour, Salmanticenses. loc. cil., n. 138; quand la réputation est d'autre part déjà suffisam­ ment rétablie, de Lugo, op. cit., n. 35; Salmanticenses, loc. cil., n. 137; quand il y a condonation de la part du calomnié, pourvu qu'il ait le pouvoir d’abdiquer son droit, Lehmkuhl, Theologia moralis, t. i, n. 1194; et même suivant beaucoup de théologiens, Molina, De juslilia el jure, t. tv, tr. IV, disp. XL1X. n. 2; Lessius, De juslilia et jure, 1. II, c. il, n. 134; Silvius, In ]l‘m II*, q. t.xti,a. 2, n. 10; Salmanticenses, loc. cil.,n. 146; S. Alphonse de Liguori. Theologia moralis, I. Ill, η. 999; Lehmkuhl, op. cil., η. 1192 ; quand il y a eu calom­ nie réciproque et que l’autre calomniateur refuse la ré­ paration exigée par la justice, car il est contraire à l’équité naturelle de maintenir le droit à la réparation en faveur de celui qui de son côté ne veut aucunement réparer le droit d'autrui. Cependant Cajétan, hi ll‘m 11*, q. LXll, a. 2; de Lugo, op. cil., disp. XV, n. 44, et d'au­ tres théologiens soutiennent dans ce cas l'obligation de la réparation, parce que l'on ne peut continuer un dom­ mage qu’au seul litre de compensation légitime qui dans l'espèce ne peut se réaliser. — 6) Dans l’hypothèse où le calomniateur ne peut réparer son injustice sans expo­ ser sa propre vie, l'obligation cesse tant que dure ce danger, pourvu que la vie du prochain ne soit point également menacée. Car, à risque égal, le calomniateur n’a point droit que sa vie soit préférée à celle de sa vic­ time. En dehors de cet extrême danger une simple perle de biens matériels ne peut excuser le calomniateur de l’obligation de restituer. L'on n’excepte que le cas où cette perle dépasserait notablement le dommage causé à autrui, car il n’est point présumable que le calomnié veuille à ce prix exiger réparation. — 4. La réputation du calomnié peut-elle être réparée par une compensation pécuniaire considérée comme proportionnelle? Consé­ quemment, à défaut d’autre réparation, est-on tenu à cette compensation ? Quelques théologiens l’affirment, en s’ap­ puyant sur ce raisonnement. L’impossibilité n’excuse de l’obligation de restituer que dans la mesure où elle existe strictement. Or cette hypothèse n'est point réalisée dans la circonstance, puisque l'on admet ou l’on suppose encore quelque facilité de fournir une compensation, sinon équivalente, du moins proportionnelle, par laquelle les exigences de la justice sont assez convenablement sauvegardées. Philippe de la Sainte-Trinité, Disputa­ tiones lheologieie in Summam S. Thotnæ, Lyon, 1653, t. in. tr. 11, disp. V, dub. iv, p. 337; Sylvius, hi 1 /*■ I1*, q. LXll, a. 2; q. xxn. Mais la plupart des théologiens, rejetant toute équivalence intrinsèque entre la compen­ sation pécuniaire et la réputation perdue, n'admettent aucune obligation de justice de fournir une telle compen­ 137-ί sation. en dehors du cas où elle est imposée judiciaire­ ment comme amende pécuniaire, ce qui relève plutôt de la justice vindicative. Banez, In 77’“ 11*, q. lxii, a. 2, n. 10; Salmanticenses,Cursus theologiismoralis, tr. XIII, c. iv, n. 142; S. Alphonse de Liguori, Theologia moralis, I. Ill, η. 1000; Lehmkuhl, Theologia moralis, 1.1, n. 1192. D'où l'on peut conclure que le calomnié n'ayant pas un droit certain à être compensé pécuniairement, n'est point autorisé à se rendre justice â soi-même, la compensation n’étant permise que dans le cas d'un droit certain dont on ne peut autrement obtenir la satisfaction. De Lugo, De juslilia et jure, t. i. disp. XV, n. 43 sq. ; S. Alphonse de Liguori, Theologia moralis, 1. Ill, η. 1001 ; Lehmkuhl, op. cit., 1.1, η. 1192. 2» Quant à la réparation des dommages privés ou publics causés par la calomnie. — D'après les prin­ cipes que nous venons de rappeler, l'obligation à la resti­ tution existe dans l’exacte mesure où ces dommages ont été suffisamment prévus et efficacement voulus. 3° A ces deux obligations de justice peut se joindre fréquemment le devoir de réparer le scandale donné, surtout quand ce scandale tourne au mépris ou au détri­ ment de la religion. Cette obligation ainsi que la manière de la remplir devront s’apprécier d'après les principes théologiques relatifs au scandale. 4« Quant à l'obligation pouvant résulter d'une calom­ nie exempte de toute culpabilité formelle: I. Dés que l'on prend connaissance de son caractère injuste et de sa funeste efficacité, il y a devoir de stricte justice d’ar­ rêter l'inlluence mauvaise ainsi causée en toute bonne foi, pourvu qu'on le puisse faire sans un inconvénient personnel trop grave. Celle fatale influence ne pouvant être efficacement détruite que par une rétractation effec­ tive, celle-ci s’impose immédiatement, sous peine d'ac­ cepter la responsabilité morale de la continuation du dommage, c'est-à-dire du dommage qui, suivant la pré­ vision actuelle, doit résulter de la non-rétractation. Salmanticenses, op. cil., c. ιν, n. 121-122. Bien différent du calomniateur coupable qui, dès le début, a prévu et efficacement voulu tout le mal causé, le calomniateur non conscient n’est point tenu à se rétracter lorsqu'il ne le pourrait sans grave atteinte à sa propre vie, à sa réputation ou à ses biens. Salmanticenses, loc. cil. 5» Les obligations résultant de la coopération formelle à la calomnie se déterminent suivant les principes qui régissent la coopération en matière de justice, en tenant compte des causes qui peuvent enlever, suspendre ou modifier l'obligation de réparer la calomnie. IV. Répression individuelle et sociale. — 1° Dépres­ sion individuelle. — I. Pour les calomnies dirigées centre soi-même, — a) En soi, indépendamment de toute circon­ stance qui exige le contraire, il n'y a aucune obligation grave de défendre sa propre réputation calomnieusement attaquée. Il est même en soi très parlait et très méritoire de supporter ces attaques avec une chrétienne résigna­ tion et par amour pour Jésus-Christ particulièrement calomnié dans sa passion. Lehmkuhl, op. cit., t. i, n. 1173. — b) Mais quand la réputation personnelle est nécessaire pour remplir des devoirs d’état strictement obligatoires ou que de sa perte ou de sa diminution ré­ sulteraient des dommages considérables pour la famille dont on a la charge ou pour des intérêts dont on est gra­ vement responsable, à plus forte raison quand son main­ tien intégral est indispensable au bien général ou partiel de la société civile ou religieuse, le strict devoir de la défendre ou d'en exiger la juste réparation s'impose comme une conséquence rigoureuse. Lehmkuhl, loc. cil. — c) Quant au mode de répression, il variera suivant la nature de l’attaque, privée ou publique, suivant la con­ dition de la victime et celle des auteurs ou propagateurs de la calomnie et suivant les moyens dont on peut dis­ poser pratiquement. Ces moyens peuvent être une de­ mande formelle, parfois même publique, de réparation, 1375 CALOMNIE CALOV 1376 on une dénonciation du procédé calomnieux, même par I ou socialistes, soit dans les dissensions religieuses? Ces b parole publique et par la presse, ou encore le recours questions pratiquement très complexes relèvent de la a la voie legale pour obtenir en même temps une répa­ prudence politique, qui doit tenir compte de la diverration pour soi et une pénalité pour le calomniateur. I gence des situations politiques, surtout quand elles sont 2. Pour les calomnies dirigées contre la réputation depuis longtemps établies. Cependant l'on ne devra d'autrui ou contre des institutions nécessaires ou soujamais oublier que le mal ne peut être justement toléré, wrainement utiles à la société civile ou religieuse : que dans la mesure exigée par un bien public prépon­ a Pour ceux qui exercent des fonctions sociales les dérant : Verumtamen in ejusmodi rerum adjunctis, ei cl ligeant par un quasi-contrat de justice à défendre les I communis boni causa et hac tantum causa, potest vel .· rets qui leur sont confiés, il y a devoir strict de jus­ etiam debet lex hominum ferre toleranter malum, tamen nec potest nec debet id probare aut velle perse, tice à combattre ou à réprimer les calomnies directeB.- nt attentatoires à ces mêmes intérêts, pourvu qu’aucun quia malum cum sit boni privatio, repugnat bono obstacle grave ne s’y oppose. — b) Pour qu’il y ait obligacommuni quod legislator, quoad optime potest, velle b.n de charité, il faut que le prochain, individu ou soac tueri debet. Et hac quoque in re ad imitandum sibi lex ne puisse se préserver de dommages graves s’il n’est humana proponat Deum necesse est, qui in eo quod aidé, et que l’on soit seul à pouvoir lui donner commo· mala esse in mundo sinit neque vult mala fieri, neque d·ment l’assistance nécessaire. 11 peut être assez difficile vult mala non fleri, sed vult permittere mala fieri, et de J- terminer pratiquement l'existence de ces deux conhoc est bonum, (jute docloris angelici sententia brevis­ sime totam continet de malorum tolerantia doctrinam. ditions. Mais il n'est point douteux que, dans une société, ce devoir de charité s'impose et que la conscience de Encyclique de Léon XIII, Libertas, 20 juin 1838. ceux qui sont aptes à le remplir et l'omettent toujours et S. Thomas, Sum. theol., II· II·, q. i.xvin, a. 3; q. i.xix, a. 2; i : gard de tous, ne peut être sans reproche, surtout q. lxxui, et les commentateurs de la Somme, toc. cil.; S. An­ quand il s’agit de la défense des intérêts religieux gra­ tonin, Summa theologica, Vérone, 1740, t. n. tlt. il. c. Il, vi ment menacés, et que d'autre part l’on possède la p. 369 sq. ; tit. vin, c. lu. p. 895 sq. ; Dominicus Soto, De justitia capacité et la liberté nécessaires. et jure, I. IV, q. vi; Navarre, Enchiridion seu manuale con­ tessariorum et pamitcnlium, c. χνιιι. n. 24 sq.: Molina, De 2> Répressionprovenant d’associations ou de groupejustitia et jure, t. iv, tr. IV. disp. XXXIX sq.: Lessius, De ju­ « -ids de défense. — Souvent la répression individuelle stitia et jure, 1. IL c. XI, passim : de Lugo, De justitia et jure, reste impuissante même en face de calomnies n’attei­ t. i, disp. XV; Philippe do la Sainte-Trinité. Disputationes theo­ gnant qu’un seul individu. Λ plus forte raison restelogiae in Summam .S’. Tliomæ, Lyon, 1653, t. lu. tr. Il, disp. V, *-elle sans force, en présence d’entreprises calomnieuses dull, tv, p. 330 sq. ; Layman, Theologia moralis, Lyon. 1654, examinent ourdies et puissamment organisées contre 1. HI. tr. HI. part. 11. c. vu, t. i. p. 347 sq. : Bonacina. De morali les inslilulions vitales de la société civile et surtout theologia, Lyon. 1697, t. n, De restitutione, disp. II. q. iv. Lacroix. Theologia moralis, Paris, 1867, t. n. 1. HI. tr. VI, contre les ministres de l’Église, et contre toutes ses n. 1213 sq.. 1238 sq. ; Sylvius, In Summam S. Thonue, H· 11', • u-.res. Seule l’association de délense peut efficacement q. l.xu, a. 8 sq. : q. lxxui ; Salmanlicenscs. Cursus theologia· mo­ Soutenir la lutte, en multipliant et en organisant les ralis, tr. XIII. c. IV, n. 118 sq.: S. Alphonse, Theologia moralis, ressources et les moyens de résistance et de réparation. I. 111. η. 991 sq. : Lehrnkuhl. Theologia moralis, t. ι. n. 1191 sq., A ceux qui objectent le précepte du pardon intégral, Gënicot, Theologiae moralis institutiones, Louvain. 1898, t. i, Jfatth., XVIII, 35, le conseil de Jésus-Christ,.Mallh., v, η. 56I sq. ; Berardi, Praxis confessoriorum, 3· édit., Faenza, 3B. et la recommandation de saint Paul, Rom., xn. 19, 1898, t. II, n. 422 sq. Γ·:·η peut répondre que la résignation évangélique, l’inE. Dublanciiv. fc .r.il pardon des injures et l’amour héroïque des humi­ CALOV Abraham, théologien luthérien, né le li.'ions ne doivent point empêcher le strict devoir de 16 avril 1612, à Morungen dans le duché de Brunswick; après avoir commencé ses études au gymnase de Thorn, c-te ndre la société civile et la société chrétienne contre les calomnies qui leur seraient très funestes. C’est ce il se rendit, en 1626, à l'université de Kônigsberg; il fut ç-.v répond saint Thomas, Sum. theol., Ila 11*, q. lx, successivement recteur du collège de Dantzig et pro­ fesseur de théologie à Wittemberg, où il mourut le 25 fé­ a. 1. ad 2“” : Dicendum quod hujusmodi præeepta, sicut vrier 1686. Calov fut à la fois théologien dogmatique, Augustinus dicit in I. 1 de sermone Domini in monte, c .t/.r, et Episl. v, ad Marcellinum, semper sunt ser­ polémiste et exégète. 11 combattit tout ensemble les ca­ vanda in præparalione animi ; ut scilicet semper homo tholiques, les sociniens, les réformés, les arminiens et les labadistes. Il fut surtout l’adversaire de George Ca­ sit paratus non resistere, t el se non defendere, si opus lixte et des calixlins dans la controverse du « syncré­ fuerit ; sed quandoque est aliter agendum propter com­ tisme ». Celle opposition éclata au colloque de Thorn mune bonum; vel etiam illorum cum quibus pugna­ (1645), et continua même après la mort de George Ca­ tu ■. unde Augustinus dicit in Episl. ad Marcellinum : lixte. Ses partisans s'appelèrent caloviens. L'activité Agenda sunt multa etiam cum incitis benigna quadam scientifique de Calov fut extraordinaire. Comme il s’oc­ citate plectendis : nam cui licentia iniquitatis ericupa à peu près de toutes les sciences ecclésiastiques, et futur, utiliter vincitur; quoniam nihil est infelicius qu’il fut mêlé à de nombreuses controverses confession­ fetu itate peccantium, qua pmnalis nutritur impunitas, nelles, ses écrits sont d'une grande variété. Nous les e: mala voluntas relut hostis interior roboratur. énumérons ici en les groupant par matières : 1°.Polé­ Répression provenant des pouvoirs publics. — La miques ; Matæologia papislica, Dantzig, 1647 (contre les . ·:ι· ·· légale impose aux pouvoirs publics le devoir de catholiques); Socinianismus profligatus, 1652 (contre ndre les droits des citovens par la protection des les sociniens); Dissensio controversiarum hodierno lois et l'appui des décisions judiciaires et des sanctions tempore inter ecclesias orthodoxas et reformatos catius fcrgales concomitantes. La réputation étant un bien social agitatarum, 1655 (contre les réformés); Consideratio de première importance se recommande nécessairement arminianismi,1605 (contre les arminiens); Theses theo­ a cette protection publique des lois, des décisions judilogiae de labadismo, 1681 (contre les labadistes): Antieaires et des sanctions pénales. Quelle mesure de répres­ Bœhmius, 1684 (contre Jacques Bobine); touchant la sion légale convient dans telle société, à telle époque, controverse « syncrétiste » : Institutionum theologica­ en présence de telles attaques calomnieuses atteignant rum tà προλεγόμενα cum examine novæ theologias calix»u moins partiellement les intérêts publics que tout poutinæ, 1649,1650; Digressio de nova theologia Helmstadu» ir consciencieux doit sauvegarder? Inversement, quelle Regtomonlanorum syncretislarum, 1651 ; Synopsis mesure de tolérance légale peut-on accorder à la presse controversiarum poliorum, Wittemberg, 1652; Syncrcsoit dans la lutte inévitable des partis politiques ou dans tismus calixlinus, ibid., 1653; JJarmonia calixlinojés publiques revendications des partis révolutionnaires 1377 CALOV — CALVIN hæretica, ibid., 1655; Historia syncrelistica, s. 1. n. d., (1682). — 2» Théologiques : Systema locorum theologi­ corum, 12 vol.. Wittemberg, 1655-1661 ; Theologia natu­ ralis et revelata juxta Aug. Conf., Leipzig, 1646; Isa­ goges ad ss. theologiam libri duo, 1652; Theologia positiva, Wittemberg, 1682; Apodixis articulorum fidei, Lünebourg, 1684. — 3° Exégéliques : Biblia illustrata, 4 in-fol., Francfort-sur-le-Main, 1672-1676; Commen­ tarius in Genesim, 167I ; Die deutsche Bibel D. Martini Luth., Wittemberg, 1682. Glaire, Encyclopédie catholique, in-4·, Paris, 1854. t. v, p. 134; Feller, Biographie universelle, in-4", Paris, 1848, t. n, p.345; Eirchentexilcmi, 2'édit., t. tr, col. 1721-1722; Bealencgclopadie fur prot. Théologie, 3' édit, t. ni, p. 648-654. V. Ermoni. CALUSCO Thaddée, théologien augustin du xvil«xvill» siècle, né à Milan, secrétaire de son ordre en I699, prédicateur fameux. Il mourut le 21 avril 1720 à l'âge de 63 ans. Citons parmi ses ouvrages : Varie no­ tifie molto utili per facililare Tintelligenta et lo stu­ dio della sacra Scrittura, con una dissertatione suit’ ultima pasqua di Giesù Christo, Milan. 1708; Esame della religione protestante o sia prelesa riformata, Venise, 1720; Lettera ad un amico che contiene una rispostegenerale a lutte le ragioni, che furono addolle tu difesa dei riti dalla Cina. Cette brochure ne contient aucune indication sur l'année et l'endroit où elle a paru. Argelati. Bibliotheca mediolanensis, Milan. 1745. t. 1, p. 264265; Ossinger, Bibliotheca augusliniana, p. 181; Lanteri. Postrema sæcula sex religionis augustinianx, Rome. 1860. t. ni, p. 110-111; Hurler, Nomenclator literarius, t. n, col. 768. A. Palmieri. CALVENZANO Jean-Antoine, fut membre de la congrégation des oblats de Saint-Ambroise instituée à Milan par saint Charles Borromée. En 1607. le nonce apostolique en Suisse, Fabrizio Veralli, mort cardinal, ayant demandé quelques prêtres au cardinal Frédéric Borromée, archevêque de Milan, pour les envoyer dans le canton des Grisons, où le protestantisme exerçait de grands ravages. Câilvenzano fut un des quatre oblats désignés pour cette mission. On a loué son zèle et son dévouement pour le salut de ses ouailles des deux paroisses d'Inveruno et de Besate dont il eut la charge. Il mourut dans cette dernière localité, victime de sa charité, pendant la peste de 1630. Il publia dans la langue usuelle de cette région les opuscules suivants : Curt mossament et introvidament de quellas causas, las quales scadin fidevel crislian è culpant da saver, sovenler, che mossa la sauta Baselga catholica romana, in-8», Milan, 161'1; Bref apologetica enlen la quai l’auclur renda le raschun perchei havend bandunau la doctrina di Calvin, haigi ralscherd la credientscha catholica, in-12, Milan, 1612, On lui attribue encore plusieurs opuscules, dont une Doctrine chré­ tienne et des Méditations. Phil. Picinelll, Aleneo de i letterati Milanesi, Milan. 1670, p. 263; Argelati. Bibliotheca scriptorum Mediolanensium, 1. 1 b, p. 264; Hurler, Nomenclator, t. t, p. 273, note 1. P. Édouard d’Alençon. CALVI Jean-Baptiste, laïque milanais, qui a publié: Veritas romanæ Ecclesiæ quam brevissime demonstrata catholicis in conspectu religionis proleslantium, in-8», Milan, 1758. Hœler, Nouvelle biographie générale, t. vni, p. 260. E. Mangenot. CALVIN Jean, chef de la secte religieuse appelée de son nom calviniste. Sa vie, bien que souvent étudiée, soulève encore aujourd'hui un certain nombre de pro­ blèmes. Réservant pour l'article Calvinisme l'étude de sa doctrine, nous nous occuperons uniquement ici de sa biographie, en rattachant ses œuvres à chacune des époques de sa vie à laquelle elles appartiennent. — 1. Jeunesse de Calvin. II. Vie, voyages et œuvres de Cal­ 137S vin de 1533 a 1536. III. Premier séjour de Calvin â Ge­ nève de 1536 à 1538. IV. Calvin à Strasbourg, 15381541. V. Calvin à Genève de 1541 à 1555; organisation de l'Église et de la cité; luttes politiques et religieuses; triomphe de Calvin. VI. Le rôle de Calvin en Europe et ses œuvres de 1541 à 1555. VIL Dernières années de Calvin : son intervention dans les affaires religieuses de la France; ses dernières œuvres; sa mort (1555-1564). I. Jeunesse de Calvin, 1509-1533. — C’est le 10 juil­ let 1509, vingt-cinq ans après Luther, que naquit, à Noyon, l'homme destiné à exercer sur la Réforme fran­ çaise une influencé plus profonde, et, sur le protestan­ tisme en général, une action aussi puissante que celle de Luther : Jean Calvin (forme tirée du latin), Cauvin (forme picarde), ou Chauvin. Ses ancêtres étaient bate­ liers sur la rivière d'Oise et habitaient au village de Pont-l'Évêque, prés Noyon. Son père. Gérard, fut suc­ cessivement notaire du chapitre, greffier de l'oflicialité, promoteur du chapitre. Sa mère, Jeanne Le Franc, était de famille riche. C'est à Noyon, au collège des Capetles, que le jeune Calvin reçut « la première discipline de la vie et des lettres », et. suivant le témoignage de Jacques Desmay, docteur de Sorbonne, auteur de Démarques sur la vie de Calvin (1621), s’y montra « de bon es­ prit. d’une promptitude naturelle à concevoir, et inventif en l’étude des lettres humaines ». A douze ans, i! fut pourvu, grâce à son père, d’un petit bénéfice (une des quatre portions de la chapelle de Gésine)et à cette occa­ sion reçut la tonsure. Il ne devait jamais aller plus loin dans la carrière des saints ordres. En 1523, Jean, âgé de 14 ans, partit pour Paris et sui­ vit les cours du collège de La Marche, où il eut pour maître le grammairien Cordier qui devait être plus lard son disciple et mourir à Genève. C'était l’année ou le compatriote de Calvin, Louis Berquin, était jeté pour la première fois en prison comme suspect d’hérésie, et ou le parlement faisait faire une recherche exacte des livres luthériens pour en poursuivre les auteurs. Au même moment, la famille de Calvin, pour une question d'intérêt, se brouillait avec le chapitre de Noyon. En 1526. Jean Calvin passa au collège de Montaigu, alors condamne les erreurs relatives â la de 1559, énumère les livres canoniques. De l’Ancien trinité : « Et en cela, avouons ce qui a été déterminé Testament, sont retranchés Tobie, Judith, la Sagesse, par les conciles anciens et détestons toutes sectes et l'Ecdésiastique, les Machabées. Le Nouveau Testament hérésies qui ont été rejetées par les saints docteurs, demeure tel que pour l’Église catholique : Calvin, au comme saint Hilaire, saint Athanase, saint Ambroise, contraire de Luther, garde même l’Epître de saint saint Cyrille. » En ceci encore, Calvin semble déroger Jacques,, plus soucieux en cela de ne pas mutiler les à son principe. Primitivement, il avait soutenu qu on écrits du Nouveau Testament que de mettre sa doctrine n'est pas obligé de s'en tenir aux formules anciennes : a harmonie avec ces pages si claires et si décisives de sur la trinité, ni même aux mots trinité, substance, b sainte Écriture. personne, etc., mais, â la suite de la grande polémique Mais comment savons-nous que ce que nous appelons avec Caroli, pour éviter les accusations qui pesaient sur 1 Ecriture sainte est en efl’et révélé? Comment distin­ lui et les erreurs que faisait naître une trop grande li­ guons-nous les livres canoniques des apocryphes? Voir berté d'expression, il s’était rallié auxdites formules, canon DES Livres saints. Le critère calviniste diffère de notamment â celles de saint Athanase. Voir Doumergne, celui de Luther, qui s’en rapportait pour ce discernement Calvin, t. n, I. II, c. v. Le début de la Confession sou­ a sa propre doctrine sur la justification par la foi. L'art. 4 mise au synode de Lausanne (mai 1537) disait : « Il ne de la Confession des Eglises de France répond : « Nous faut chercher Dieu que dans sa Parole, ne rien penser connaissons ces livres être canoniques et la règle très de lui que selon sa Parole, ne parler de lui qu’avec sa Parole. » Ceci était dans la logique du principe posé par certaine de notre foi, non tant par le commun ac­ cord et consentement de l’Eglise que par le témoignage Calvin. 2“ La théorie de l’ordre surnaturel, du péché originel e: persuasion intérieure du Saint-Esprit qui nous les fait discerner d’avec les autres livres ecclésiastiques, sur et de ses conséquences, notamment quant au libre ar­ lesquels, encore qu'ils soient utiles, on ne peut fonder bitre. — Après avoir, tant dans l'institution chrétienne .·.■.· un acte de la foi. » Calvin dit encore : « Quant à ce que dans les Confessions de foi, parlé de la création t que ces canailles (les papistes) demandent dont et com­ de la providence, Calvin en venait â se demander quel ment nous serons persuadés que l'Escriture est procédée est l'état de l'homme sur la terre et comment l’homme de Dieu, si nous n'avons refuge au décret de l’Eglise: déchu est racheté par Jésus-Christ. Sur cette mature . -t autant comme <« aucun s’enqueroit dont nous apencore, il se rattache étroitement au système luth-rien p: ndrons à discerner la clarté des ténèbres, le blanc du , et se borne à le présenter avec plus de méthode et de L oir, le doux de l'amer. » Inst, chrél., 1.1, c. Vil, n.2, p. 35. 1 logique, sans ces écarts de forme paradoxale, passion- 1401 CALVINISME 1402 née, pittoresque, qui donnent tant de vie aux écrits du I éluder la difficulté à l'aide d’une distinction déjà formulée réformateur allemand. I par Luther et que devaient reproduire plus tard Bains Ainsi que l’a très bien montré Mœhler, au début de et .lansénius, à savoir qu'il suffira, pour donner lieu à sa Symbolique, l’erreur fondamentale et commune des la responsabilité, c'est-à-dire au mérite el au démérite, systèmes protestants est la contusion qu'ils font entre c’est-à-dire encore à la sanction de la loi morale et reli­ l’ordre de la nature et l'ordre de la grâce à l’origine du gieuse, que l’homme ne soit pas contraint bien qu’il soit genre humain, dans l'état primitif de l'homme. Suivant nécessité, et ainsi il pourra pécher volontairement, ces systèmes, tous les dons accordés à l'homme inno­ c’est-à-dire mériter justement une punition, quoique cent faisaient partie de son essence et lui étaient dus par d’ailleurs il ait été nécessité à pécher. le créateur. La grâce sanctifiante était l'apanage né­ El si on lui objecte que, dans ce cas, c’est une dérision cessaire et naturel de l'humanité avant la chute primi­ et une moquerie de la part de Dieu que d’avoir commandé tive. aux hommes le bien, la justice, la vertu, il répondra Cette confusion entre les deux ordres, Calvin la fait. hardiment, comme Luther, qu'on ne peut rien arguer « Dieu donquesa garny l’âme d’intelligence, par laquelle des commandements faits par Dieu à l'homme, l'inten­ elle peut discerner le bien du ma), ce qui est juste d’avec tion de Dieu ayant été justement de « commander à ce qui est injuste, et voir ce qu’elle doit suyvre ou fuir, l'homme ce qui était par-dessus sa vertu pour le bien estant conduite par la clarté de raison. Parquoy ceste convaincre de son impuissance ». Inst, chrél., I. H, c. v, partie qui adresse a été nommée par les philosophes n. 4-6, p. 146. gouvernante comme en supériorité. H luy a quant et De ces assertions voici la preuve : Inst, chrél., 1. II. quant adjousté la volonté, laquelle a avec soy l'election : c. n : Que l'homme est maintenant dépouillé de franc ce sont les facultez dont la première condition de arbitre et misérablement assujetti à tout mal. Les phi­ l’homme a esté ornée et anoblie ; c'est qu’il y eustengin, losophes ont bien essayé d’établir le libre arbitre et les prudence, jugement et discretion non seulement pour philosophes païens l’ont glorifié. Les Pères se sont le régime de la vie terrestre, mais pour parvenirjusques laissé à tort iulluencer par eux : « Quant est, dit Cal­ à Dieu, el à parfaite félicité: et puisqu'il y eust election vin. ibid., n. 3, des docteurs de l’Église chrestienne, conjointe, laquelle guidast les appetis, moderant îhissi combien qu'il n'y en ait eu nul d’entre eux qui n'ait tous les mouvements organiques qu'on appelle : et ainsi recognu la raison estre fort abbatue en l'homme par le que la volonté fust conforme du tout à la reigle et péché et la volonté eslre sujette à beaucoup de concu­ attrempence de raison. En ceste intégrité l’homme piscences, néanmoins la pluspart a plus suyvi les philo­ avoit franc arbitre, par lequel s'il eust voulu, il eust sophes qu’il n'estoit mestier. Il me semble qu'il y a eu obtenu rie éternelle. » Inst, chrél., 1. I, c. xv, n. 8, p. 89. deux raisons qui ont meu les anciens Pères à ce faire. De cette confusion première résulte inévitablement 1» Ils craignoyenl s’ils ostoyentà l'homme toute liberté la théorie du péché originel et de ses suites. La chute de bien faire que les philosophes ne se moquassent de du premier homme n’a pas seulement blessé, mutilé la leur doctrine; 2° que la chair laquelle est assez prompte nature humaine; elle l'a substantiellement changée, et à nonchalance ne prit occasion de paresse pour n’appli­ il n'est plus resté en elle que misère et corruption. « Ce quer son eslude à bien. » qui est le plus noble et le plus à priser en nos âmes, Calvin cite plusieurs passages de saint Jean Chrysosécrit Calvin, Inst, chrél., 1. II, c. I, n. 9, non seulement tome et de saint Jérôme où il est parlé du libre arbitre, est navré et blessé, mais du tout corrompu, quelque et il ajoute : « En ces sentences, ils ont attribué plus dignité qui y reluise, en sorte qu’il n’a pas seulement de vertu à l'homme qu’ils ne devovent. Il apparaistra que inestier de gairison, mais faut qu'il veste une nature leurs paroles que nous avons récitées sont fausses pour nouvelle... Tout l’homme est accablé comme d’un dé­ en dire franchement ce qui en est. Combien que les luge depuis la teste jusques aux pieds, en sorte qu’il n’y docteurs grecs par dessus les autres, et entre eux singu­ a nulle partie de luy exempte dépêché, et par ainsi que lièrement saint Chrysoslome aient passé même en ma­ tout ce qui en procède est à bon droit condamné et im­ gnifiant les forces humaines, toutefois quasi tous les puté à péché. » « En sorte, dit l'art. 9 de la Confession anciens Pères (excepté saint Augustin) sont tant va­ de foi des Églises de France, que sa nature est du tout riables en cette matière ou parlent si douteusement ou corrompue; et, étant aveugle en son esprit et dépravé obscurément qu’on ne peut quasi prendre de leurs écrits en son cœur, a perdu toute intégrité sans en avoir rien aucune certaine résolution. Les autres écrivains qui de résidu. » sont venus après sont tombés de mal en pis jusques à D'où ces diverses conséquences : 1. que l'homme ce qu’ils ont amené le monde en cette opinion que n’est plus libre, mais qu’il obéit nécessairement soit à l’homme ne fût corrompu sinon en la partie sensuelle, la délectation de la grâce, soit à la délectation de la et que cependant il eut la raison entière et pour la plus concupiscence; 2. que toutes les œuvres de l’homme, grand part liberté en son vouloir. » en dehors de la foi chrétienne, sont des péchés, même N. 6. « C'est une chose résolue que l’homme n’a les meilleures; 3. que les œuvres même du juste sont point libéral arbitre à bien faire, sinon qu’il soit aidé intrinsèquement des péchés, seulement des péchés que de la grâce de Dieu et de grâce spéciale qui est donnée couvre et que dissimule la grâce de Jésus-Christ. aux élus tant seulement, par régénération, car je laisse On sait avec quelle verve intarissable, quel luxe de là les frénétiques qui babillent qu’elle est indifférem­ comparaisons, quelles saillies bouffonnes, Luther s’atta­ ment exposée à tous. » que au libre atbilre et fait de la négation radicale de la N. 11. « Qu'est-ce que nous présumons tant de la liberté humaine un des principes fondamentaux de sa puissance de notre nature? Elle est navrée, elle est théologie. Calvin n’a rien de celle joyeuseté tudesque; abattue, elle est dissipée, elle est détruite, elle a mestier mais s'il est moins piquant et moins sarcastique, il n'est de vraie confession et non point de fausse défense. H pas moins formel que l'ancien religieux augustin sur est nécessaire que toutes les armes d’impiété soient cette grande question métaphysique et morale. brisées, rompues et brûlées, — que lu demeures désarmé Pour lui comme pour Luther, le franc arbitre est un n’ayant en toi nulle aide. — D'autant que tu es plus vain mot « dont les pélagiens de notre temps, c’est-àdébile en toi, Dieu le reçoit tant mieux. » dire les sophistes de Sorbonne », Inst, chrél., 1. II, c. ni, C. lit, n. 5 : « Ce que je dis, la volonté estre dépouil­ n. 13, abusent pour déprécier les droils de Dieu. Depuis le lée de liberté el nécessairement estre tirée au mal, c’est péché originel, il n’y a plus de liberté; et si un instant merveille si quelqu’un trouve cette manière de parler Calvin, comme Luther, recule effrayé devant cette con­ étrange, laquelle n'a nulle absurdité et a été usitée des séquence extrême d’un faux principe, ce ne sera que pour I anciens docteurs... Qui est-ce qui arguera le péché 1403 CALVINISME n'estre point volontaire en l’homme, pour ce qu'il est sujet à nécessité de péché? La nature de l'homme est si perverse qu'il ne peut être ému, poussé ou mené si­ non au mal. » N. 6. « Tout ce qui est de bien au cœur humain est œuvre de pure grâce. » N. 10. « Dieu émeut notre volonté, non pas comme on a longtemps imaginé et enseigné, tellement qu'il s yt après en nostre élection d'obtempérer à son mouv nient ou résister: mais il la meut avec telle efficace qu il faut qu elle suyve. Ce qu'on lit souvent en Chrysostome ne doit point être reçu, c'est que Dieu n'at­ tire sinon ceux qui veulent être attirés. En quoy, il signifie que Dieu, en nous tendant la main, attend s'il nous semblera bon de nous aider de son secours. Nous concédons bien que du temps que l'homme était encore entier, sa condition estoit telle qu'il se pouvoit incliner d une part et d'autre, mais puisque Adam a déclaré par son exemple combien est povre et misérable le franc arbitre, sinon que Dieu veuille en nous et puisse tout, quelle profit aurons-nous quand il nous départira sa grâce en telle manière? » Au n. Il, Calvin développe lid'e que la persévérance ne s’explique point par la coopération de l'homme à la grâce de Dieu. C'est loit­ ers Dieu qui fait tout, ce qui est montré au chapitre suivant : C. iv. Comment c'est que Dieu besongne aux cœurs des hommes. — N. I. « .le pense que nous avons suffi­ samment prouvé comment l’hcmme est tellement tenu captif sous le joug de péché, qu'il ne peut de sa propre n dure ne désirer le bien en sa volonté, ne s’y appli­ quer. Davantage nous avons mis la distinction entre contrainte et nécessité : dont il appert que quand l'homme pèche nécessairement, il ne laisse point de pécher de sa volonté. Mais pour ce pie quand on le met en servitude du diable, il semble qu’il soit mené au plaisir d’iceluy plustost que du sien : il reste de despecher en quelle sorte cela se fait. » C’est dans ce para­ graphe que se trouve la comparaison de la volonté de 1 homme à un cheval qui se gouverne par le plaisir de celui qui est monte dessus, Dieu ou le diable. C. v. Combien les objections qu'on ameine pour dé­ fendre le franc arbitre sont de nulle, valeur. — N. 1. • Ils (les partisans du libre arbitre) arguent donc ainsi que si le péché est de nécessité ce n'est plus péché; s'il est volontaire qu'il se peut eviter. » — N. 2. « Ils disent après que si les vices et vertus ne procedent de libre élection, il n'est point convenable que l'homme soit rémunéré ou puni. ■ Quant est des punitions que Dieu fait des maléfices, réponds qu elles nous sont justement dues, puisque h coulpe du péché réside en nous. Car il ne chaut si nous péchons d'un jugement libre ou servile, moyen­ nant que ce soit de cupidité volontaire. a N. 4. « Ils arguent ainsi que toutes exhortations se­ ront fruslratoires, qu'il n'y a nulle utilité en admoni­ tions, que les repréhensions sont ridicules, s'il n’est en h puissance du pécheur d’y obtempérer. » N. 6. « Ils arguent ainsi : Ou Dieu se moque de nous, quand il nous commande saincteté, piété, obéis­ sance, chasteté, dilection et mansuétude : et quami il r,-us défend immondicilé. idolâtrie, impudicité, ire, ra; n ■. orgueil et choses semblables : ou il ne requiert sinon ce qui est en nostre puissance, .le confesse qu'il y a longtemps que c'est une chose vulgaire de mesurer les facultés de l'homme par ce que Dieu commande et que cela a quelque couleur de raison : néanmoins je dis qu'il procède d'une grande ignorance... Dieu nous a commandé ce qui était par dessus notre vertu pour nous convaincre de notre impuissance. » 3" Le système de la justification et du rapport de la f > et des œuvres. — Dans cette impuissance radicale de l'homme de faire quoi que ce soit de bon, sa justifi­ 1404 cation ne peut évidemment lui venir que d'un principe extrinsèque, opérant en lui sans lui : tel est bien le fond du dogme fondamental de la justification, dans le système calviniste comme dans le système luthérien, lui grâce de la justification n'est pas un principe régénéra­ teur qui pénètre les âmes et leur devient inhérent; c'est une simple imputation des mérites de Jésus-Christ. Et ce qui assure la justification, c’est la ferme confiance que les péchés sont remis à cause de Jésus-Christ. Chacun peut tenir pour certain que cette grâce lui est accordée; il doit même le croire comme un article de foi divine. C’est par la foi qui nous vient du SaintEsprit que nous devenons membres de Jésus-Christ. La foi qui nous unit à ce point â Jésus n'est point seule­ ment un jugement par lequel nous prononçons que Dieu ne peut ni se tromper, ni nous tromper, et que tout ce qu’il révèle est vrai; ce n'est point un jugement par lequel notis prononçons qu'il est juste ou qu'il est bon ; c'est une connaissance certaine de la bienveil­ lance de Dieu pour nous, fondée sur la vérité de la promesse gratuite de Jésus-Christ et produite dans nos âmes par le Saint-Esprit. Telle est la foi qui nous justifie. « Nous ne pouvons avoir de sécurité, dit la Confession de foi des Eglises de France, jusques à ce que nous soyons bien résolus d'être aimés en Jésus-Christ... Nous croyons que nous sommes faits participants de celle justice par la seule foi... Nous croyons que nous sommes illuminés en la foi par la grâce secréte du Saint-Esprit, tellement que c'est un don graluit et par­ ticulier que Dieu départ â ceux que bon lui semble, en sorte que les fidèles n’ont de quoi s'en glorifier, étant obligés au double de ce qu'ils ont été préférés aux autres. » Art. 20, 21. Toutes les âmes justifiées sont également justes, car leur justice est celle du Sauveur. Enfin, de cette théorie de la justification par la foi et par l'imputation extérieure des mérites de Jésus-Christ découle, par voie de conséquence directe, l'inutilité des bonnes œuvres pour le salut, non pas que le juste ne fasse pas de bonnes œuvres; mais ces œuvres ne seront en rien cause de son salut : « La foi, dit l'art. 22 de la Confession de foi, non seulement ne refroidit l'affection de bien et saintement vivre, mais l'engendre et excite en nous, produisant nécessairement les bonnes œuvres. Au reste, combien que Dieu pour accomplir notre salut nous régénère, nous réformant â bien faire, toutefois nous confessons que les bonnes œuvres que nous faisons par la conduite de son Esprit ne viennent point en compte pour nous justifier, ou mériter que Dieu nous tienne pour ses enfants, pour ce que nous serions tou­ jours Bottants en doute el inquiétude, si nos consciences ne s'appuient sur la satisfaction par laquelle J.-C. nous a acquittés. » La justification précède la pénitence comme la cause précède son ellel; la pénitence produit chez le pécheur converti un désir sincère de satisfaire â la justice divine; elle change la vie du pécheur; elle ne consiste, comme le veulent les catholiques, ni dans la confession, ni dans la satisfaction. Avec un tel système, la logique supprime, avec les œuvres satisfactoires, la possibilité même d une expia­ tion temporaire au delà de celte vie; les indulgences et le purgatoire sont des inventions humaines. Telles sont les idées qui remplissent le IIIe livre de l'institution chrétienne. Là aussi se trouve exprimée la théorie de Calvin sur la prédestination que nous re­ trouvons un peu plus loin. Comment se fait-il que Calvin reproduisant dans tout ce qui précède, avec des contours plus arrêtés, les doc­ trines de Luther n'ait pas une fois nommé· leur auteur C'est que, ces doctrines, il les a laites siennes . force de les méditer; c'est aussi que, comme Luther, il pré­ tend ne s’appuyer que sur l'Écrilure. 4405 CALVINISME II. Ce que Calvin λ ajouté de personnel aux don­ nées PRIMITIVES DE LA THÉOLOGIE LUTHÉRIENNE. — Cela se réduit à deux points principaux : 1° la doctrine de l'inamissibilité de la grâce et de la certitude du salut; 2° la doctrine de la prédestination absolue. Celte partie du système tbéologique de Calvin lui appartient en propre et on y trouve l'empreinte la plus originale de son esprit et de son caractère. Sans doute, à un certain point de vue, elle peut n'être considérée que comme une conséquence plus logique et plus rigou­ reuse de certains principes reconnus par Luther aussi bien que par Calvin. Mais enlin, c'est Calvin qui a déduit ces conséquences et qui les a formulées; ce sont les points de son système qui touchent de plus près à l'essence de la vie chrétienne et qui ont constitué Ce qu’on a pu appeler longtemps, surtout â Genève, en Écosse, chez les puritains d’Angleterre, l'esprit calvi­ niste. C'est bien â propos de ces deux théories de l’inainissibilitë de la grâce et de la prédestination que l'on peut rappeler le mot de Bossuet : « Par son esprit péné­ trant et par ses décisions hardies, il raffina sur tous ceux qui avaient voulu en ce siècle-là faire une Église nou­ velle. » 1°i’inamissihililéde la grâceet la certiludedu salut. — Un des points auxquels Luther attachait le plus d’im­ portance, c'était la certitude où chaque fidèle doit être de sa justification, dès qu'il met sa foi en Christ : cette certitude que Luther reconnaissait seulement pour la justification fut étendue par Calvin jusqu'au salut éter­ nel. Luther voulait seulement que le fidèle se tint assuré d'une certitude infaillible qu'il était justifié; Calvin voulait qu'il tint pour certain son salut éternel. Bossuet cite comme témoignage très explicite et très curieux de ce dogme tout calviniste la confession de foi du prince Frédéric III, comte palatin et électeur de l'Empire, où on lit en propres termes ces paroles : « Je sais que je n'ai point â appréhender les jugements de Dieu. Je sais très certainement que je serai sauvé et que je compa­ raîtrai avec un visage gai devant le tribunal de J.-C. » Et sur quoi repose celte assurance extraordinaire, si fort en opposition, ce semble, avec ce que nous lisons dans la vie des saints sur leurs continuels combats, leur continuelle vigilance, leur continuelle crainte de déchoir de l'amitié de Dieu? Sur le principe de l'inamissibilité de la grâce. S: int Paul, qui aurait eu appa­ remment plus de droits que l'électeur palatin â se croire affermi dans la grâce, écrit: « Pour moi, je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu’après avoir prêché le salut aux autres, je ne sois moi-mème réprouvé. » I Cor., tx, 27. Calvin ne tient compte ni de celte autorité, ni de tant d'autres, et il affirme haute­ ment que la grâce reçue ne se peut plus perdre, que qui est justifié et reçoit une fois le Saint-Esprit est justilié et reçoit le Saint-Esprit pour toujours : « Nul n'espère droitemenl en Dieu, sinon qu'il s’ose hardi­ ment glorifier d'être héritier du royaume céleste. » Le c. xxiv du III» livre de l’Institution chrétienne s’exprime clairement sur ce point : N. 6. « Mais quel­ qu'un dira qu'il nous faut soucier de ce qui nous peut advenir, et quand nous pensons au temps futur que notre imbécillité nous admoneste d'estre en solicitude... Je répondsque Christ nous a délivrez de ceste perplexité. Car il n’y a doute que ces promesses n’appartiennent au temps futur. Tout ce que le Père me donne vient â moy; et ce qui sera venu â moy, je ne le jetleray point dehors, etc... Davantage en prononçant que tout arbre que son Père n'aura point planté sera arraché, il signifie â l'opposite qu'il ne se peut faire que ceux qui ont vive racine en Dieu soyent jamais arrachez. A quoi s'accorde le dire de saint Jean, s'ils eussent été de nostre trou­ peau, jamais ils ne fussent sortis d'avec nous... « Outreplus, c’est chose cerlaine que J.-C. priant pour tous les esleus demande pour eux ce qu'il avait demandé 1406 pour Pierre, c'est que leur f'oy ne défaille point. Dont nous concluons qu’ils sont hors de danger de chute mortelle : vu que le Fils de Dieu, ayant requis qu’ils demeurassent fermes n'a point esté refusé. Qu'est-ce que nous a ici voulu apprendre Christ sinon de nous acertener que nous aurons salut éternel, puisque nous avons une fois esté faits siens? » N.9.·« Ç'a esté donc très mal parlé â saint Grégoire de dire que nous savons bien de nostre vocation, mais que de nostre élection nous en sommes incertains. Et de cela il nous exhorte â terreur et tremblement, usant de ceste raison, que nous savons bien quels nous sommes aujourd'huy, mais que nous sommes ignorants quels nous serons demain. Mais par la procédure de son orai­ son, on voit bien comment iL s’est ainsi abusé. C'est pour ce qu'il fondoit l'élection sur le mérite des œuvres, il avoil assez de matière â espouvanter les hommes et les mellre en defliance; de les confirmer il ne le pouvoit, pource qu’il ne les renvoyoit point à la fiance de la bonté de Dieu. Par cela les fidèles peuvent avoir quelque goust de ce que nous avons dit au commencement, à savoir que la prédestination, si elle est bien méditée, n’est pas pour troubler ou ébranler la foi, mais plutôt pour la confirmer très bien. » 2» La prédestination absolue. — Le principe de l’inamissibilité de la grâce est en effet étroitement conjoint avec celui de la prédestination absolue, antécédente à la création et â la chute. Celte redoutable question a exercé sur le génie de Calvin une sorte de fascination. Voir le traité latin, De ælerna Dei prædeslinatione, Corpus ref., Opera Cal­ vini. t. vm, p. 249-366, et dans l'institution chrétienne, les c. xxi-xxiv du 1. IlL Celte question est le fond même du problème de la destinée humaine et, pour ce motif, a toujours agité philosophes et théologiens sous une forme ou sous une autre. Quels sont les rapports du lini et de l'infini, comment se concilient la prescience de Dieu et la liberté de l'homme, quels sont les rapports de la grâce et de la nature, comment se combinent, au point de vue de notre destinée, Faction de l'autorité souveraine qui nous guide et celle de la liberté qui nous est laissée ; qui opère notre salut : Dieu seul, l’homme seul, l'homme avec Dieu ? La théologie catholique corn mentant sagement les textes de l'Écriture les uns par les autres sans les isoler de cette lumière naturelle de la raison et de la justice, dont la lumière surnaturelle de la foi ne peut être l'en­ nemie, puisque toutes deux procèdent du même foyer et s'adressent â la même intelligence, a seule su intro­ duire dans cette question les distinctions à l'aide des­ quelles tout peut être concilié. Non certes qu'il ne reste au fond de ia question un mystère, et un très grand mystère, mais c'est un mystère dont la religion natu­ relle et la philosophie ont l’équivalent, sans avoir les mêmes moyens de l'atténuer et de le rendre acceptable. Suivant la théologie catholique, dans la question du salut éternel, il faut distinguer entre l'élection à la foi et l’élection â la gloire. La première, aux yeux de tous les théologiens, est essentiellement gratuite, c’est-à-dire que Dieu appelle ou n’appelle pas ceux-ci à la grâce de la foi sans considération des mérites prévus. La grâce n’étant pas due à l'ordre naturel, cette conduite n’a rien d’injuste. Elle n'a rien d’arbitraire non plus, quoique nous ne sachions pas les raisons en vertu desquelles Dieu distribue de telle ou telle manière ces dons de la grâce. Cette inégalité n'est qu'une des faces du pro­ blème général de l'inégalité des conditions dans les­ quelles se trouvent placés tous les êtres vivants. Ce qui suffit pour justifier Dieu de tout reproche au sujet de la distribution de ses dons, c’est que chaque individu ait une part de liberté et de secours â l’aide de laquelle il puisse, s'il le veut, accomplir sa destinée et parvenir 1407 CALVINISME 1408 â la lin sublime qu'il doit conquérir; et en outre que I a laissé une large place à la liberté, il permette le mal, Dieu ne demande exactement compte à chacun que de comme condition d’un plus grand bien, c’est-à-dire ce qu'il aura reçu. Or c’est précisément ce qu'enseigne comme condition de la possibilité et du développement b doctrine catholique : Facienti quad in se est Deus de tous ces mérites, de toutes ces vertus morales qui ne non denegat gratiam. Le serviteur qui n’a reçu que peuvent être qu’à la condition de la liberté, cela se com­ deux talents et en rapporte quatre obtient la même prend. Mais, dans le système de Calvin, la liberté hu­ récompense que celui qui en ayant reçu cinq en rap­ maine étant frappée de déchéance et comme de paralysie, porte dix. Cum enim angentur dona, rationes etiam là où le mal se trouve, on devra l’attribuer à Dieu non crescunt donorum. moins que le bien ; pour certaines raisons qui nous sont Quant à l'élection ou prédestination à la gloire, sans inconnues, Dieu veut que l’homme tombe. «foute les thomistes la déclarent antérieure à la prévision « (1 a ordonné par un décret de sa volonté » la chute 4- mérites des élus; les autres théologiens la font dé­ du premier homme. C’est en vertu de la prédestination pendre à un degré quelconque de la prévision de ces divine qu’Adam est tombé. Ce serait en elfet une vaine mérites. Mais de ce que, dans l’ordre d intention, Dieu fiction que de s’imaginer que Dieu a créé sa plus noble prédestine les élus antérieurement à la prévision de créature en vue d’un but indéterminé, ou bien qu’Adam leurs mérites, il ne s’ensuit aucunement qu’il réprouve s’est créé lui-même sa destinée par le libre arbitre : que deviendrait la toute-puissance de Dieu, par laquelle il tes autres hommes antérieurement à la prévision de leurs démérites. Le décret divin concernant les réprouvés gouverne toutes choses suivant son décret mystérieux se compose de deux parties : la première comprend la et absolu? préparation des moyens par lesquels Dieu veut sauver Mais, si les méchants ne font que ce qu’ils sont né­ tous les hommes, de telle sorte que, s’ils ne se sauvent cessités à faire, ils ne sont pas responsables et ils sont pas. c’est leur mauvais vouloir qu'il en faut accuser; la injustement damnés. Calvin croit fermer victorieuse­ - t onde est le non-octroi des secours spéciaux que Dieu ment la bouche â ses adversaires en établissant une tient en réserve pour ses élus, mais qu'il ne doit à per­ distinction entre le commandement de Dieu et son vou­ sonne; et finalement le décret de la condamnation en­ loir secret — distinction d’où il résulterait que Dieu courue librement par le pécheur. Quant à la prescience commande extérieurement aux méchants ce qu’intéd- Dieu, elle ne porte point atteinte à la liberté de rieurement il jie veut pas et même il condamne. Et il I ·loinme. L’homme n’agit pas bien ou mal parce que le leur commande pour les acheminer par là à la damna­ liieti a prévu qu'il agirait ainsi. Au contraire, Dieu a tion à laquelle il les a prédestinés par un acte posilif prévu que l'homme agirait ainsi avec toutes les res­ 1 — et cela pour glorifier sa justice comme le salut des sources de sa liberté. élus glorifie sa bonté. Dans les systèmes par lesquels la théologie calhoC’est la doctrine développée dans l’institution chré­ I; lue a essayé de concilier la prédestination et la liberté tienne, I. 1, c. xviïi, Que Dieu se sert tellement des b miséricorde générale de Dieu pour tous les hommes mesehans et ployé leurs cœurs à executer sesjugements, . : sa bienveillance spéciale pour les élus, il reste, on ne que toutes fois ildemeure pur de toute tacheet macule. saurai! le nier, quelque chose de mystérieux. Voir l’abbé N. 1. Calvin combat la distinction établie par les théo­ de Broglie, Conférences sur la vie surnaturelle, t. 1, logiens entre le vouloir et la permission de Dieu, entre p 27.8. Cependant, dans tous les systèmes catholiques, /aire et permettre. Ce que les méchants font, Dieu le on respecte la puissance de Dieu et la liberté de veut et le fait, suivant Calvin, aussi positivement que le rhomme, la grâce et la liberté, l'idée que nous avons de bien. « Quoi que machinent les hommes, ou même le b justice, on concilie les textes de l'Écriture, et l'on s'in­ diable, toutefois Dieu lient le clou «lu gouvernail... Abcline devant le mystère en raison de la connaissance salon polluant le lit de son père par incestes commet tirs imparlaite que nous avons de l’Étre infini et deses un forfait détestable; toutefois Dieu prononce que c’est attributs divins. Voir Prédestination. son œuvre... Ceux qui substituent une permission nue au Calvin sacrifie totalement la liberté de l'homme et, lieu de la providence de Dieu, comme s’il attendait, sinon en intention, du moins en fait, la justice même de étant assis ou couché, ce qui doit advenir, ne font que ba­ lu. u. Comme sa doctrine est sur ce point très grave et diner : car aussi par ce moyen, ses jugements dépen­ 1res délicate je ne l'exposerai qu’à l'aide d'auteurs calvidraient de la volonté des hommes. » *>-!<■* et surtout de citations textuelles. « Suivant Calvin, N. 2. « Quant est des affections et mouvements que dit M. Bungener, Vie de Calvin, p. 72-73, Dieu dans la Dieu inspire, ce que Salomon affirme du cœur des rois pi nilude de sa souveraineté, dans son conseil éternel et que Dieu les ayant en sa main les tourne où il lui plait, immuable, a destiné les uns au salut et les autres à la s'entend sans doute à tout le genre humain, et vaut ieu est auteur de leur damnation, Certes cela ne se peut révoquer en doute que le Sei­ iis n’effaceront point pourtant leur crime, lequel est gneur n’envoie sa parole â d'aucuns desquels ileonnoil engravé en leur conscience, et leur vient devant les yeux la cécité en devoir être augmentée. » à chacune fuis » N. 14. « Mais il reste encore de voir pourquoi c’est N. (>. σ Dieu dispense et ordonne par son conseil que le Seigneur fait Cela : vu qu’il est certain qu'il le qu'aucuns dès le ventre de leur mère soient destinés fait... Les réprouvés ont été suscités pour illustrer sa certainement à mort éternelle, afin de glorifier son nom gloire en leur damnation. » en leur perdition. » Voilà la doctrine que Calvin annonce comme étant N. 7. « Les adversaires disent qu'Adam a été créé fai t douce et savoureuse, car elle met eu relie/' la gloire avec son franc arbitre pour se donner telle fortune qu’il de Dieu et elle fonde la vraie humilité ; et elle n'a rien voudroil, et que Dieu n’avoit rien déterminé de lui, si­ qui puisse contrister les élus, au contraire elle leur fait non de le traiter selon ses mérites. Si une si froide apprécier davantage le bienfait de la justification parla invention est reçue, où sera la puissance infinie de foi, de l'inamissibilité de la grâce et de la certitude du Dieu, par laquelle il dispense toute chose suivant son | salut. Toutefois elle devait faire reculer certains calvi­ conseil secret lequel ne dépend point d’ailleurs... Tant | nistes; le Catéchisme palatin la passe sous silehce; les y a que maugré leurs dents la prédestination de Dieu articles anglicans l’adoucissent: la Confession de la se démonstre en toute la lignée d’Adam, car il n’est pas marche de Brandebourg la rejette. advenu naturellement que tous décheussent de leur 111. Ce que Calvin λ modifié dans les doctrines LUTHÉRIENNES : L’ÉGLISE El LES SACREMENTS. — Les salut par la faute d’un... Puisque cela ne peut être attribué à nature, il faut bien qu’il soit provenu du fidèles profilent des mérites de Jésus-Christ en s'unis­ conseil admirable de Dieu... Dieu non seulement a sant à lui, et c’est la foi qui les unit à Jésus-Christ : les fidèles unis à Jésus-Christ forment donc une Église prevu la chute du premier homme, et en icelle la ruine de toute sa postérité, mais il l’a ainsi voulu. » qui renferme tous les fidèles, tous les élus, tous les pré­ destines : ainsi cette Église est universelle, catholique; N. 8. « Aucuns recourent ici à la différence de volonté et permission, disant que les iniques périssent. Dieu le c’est la société de tous les saints, hors de laquelle il n'y permettant, mais non pas le voulant. Mais pourquoi a point de salut, et dans laquelle seule on reçoit la foi dirons-nous qu’il le permet sinon pour-e qu’il le veut?... qui unit à Jésus-Christ. Mais comment la discerner? Le premier homme est cheut, pour ce que Dieu avoit Quels sont ses caractères, quels sont ses sacrements? jugé cela eslre expédient. Or pourquoi il l’a jugé, nous C’est ce que Calvin se propose d'examiner dans le n en savons rien. Si est-il néanmoins certain, qu’il ne IV» livre de V Institution chrétienne. la pas jugé sinon pour ce qu'il voyoit que cela faisoit t. l’église. — Luther avait commencé par enseigner à la gloire de son nom. » que tout chrétien, étant instruit directement par i'EsN. 9. « Combien que par la providence éternelle de prit-Saint. est prêtre et docteur; il n’y a donc pas de Dieu l’homme a été créé pour venir en cette misère en corps enseignant, pas d’apostolat perpétuel, pas de ca­ laquelle il est, il a néanmoins pris la matière d’icelle de ractère sacerdotal, pas d'ordination; ces idées, il les soi-même et non pas de Dieu. Car il n’est péri pour avait traitées à fond dans son écrit aux Frères de autre cause, sinon pour ce qu'il a dégénéré de la pure Bohême; néanmoins il avait reconnu que « pour le bon nature que Dieu lui avoit donnée, en perversité. » ordre s il fallait conférer à quelques-uns les droits de N. 12. « Les adversaires de la vérité usent encore tous et faire exercer le saint ministère par des élus du d’une autre calomnie, pour renverser la prédestination : peuple auxquels les anciens auraient imposé les mains. c'est que. quand elle est établie, tonte sollicitude et Conclusion peu logique; car si chaque fidèle est ins­ cure de bien vivre est abbattue. Car qui sera celuy, truit par l'Esprit-Saint, le bon ordre n'a rien à craindre : disent-ils, lequel oyant que la mort ou la vie lui est déjà pourquoi le ministère de la parole? pourquoi l’Eglise? i culée par le conseil immuable de Dieu, n'ait inconAu bruit de cette nouvelle doctrine, une foule de tinent celte pensée en l'entendement, qu’il ne peut docteurs se levèrent sur le monde et ces prophètes et ..Hoir comment il vive, veu que la prédestination de éclairés par le Saint-Esprit enseignèrent les opinions D . n ne peut être empêchée n’advancée par ses œuvres? les plus contradictoires ; bientôt le désordre fut au Ain-i chacun' s'abandonnera, et se laissera transporter comble. Luther se vit dans la nécessité d’organiser des d sordonnêment partout où sa cupidité le mènera. » Églises, avec l’appui et sous la dépendance de l'État; Calvin répond tout à fait à côté et par de pauvres enfin, la Confession d'Augsbourg défendit de prêcher à taisons. tous ceux qui n'avaient pas de mission légitime. De or­ C. xxiv. Que l'élection est confirmée par la vocation dine ecclesiastico docent quod nemo debeat in Eccle­ de Dieu : et qu'au contraire les reprouvez attirent sur sia publice docere, nisi rite vocatur. Art. 14. De son et x la perdition juste, à laquelle ils sont destinez. idée premiere, Luther avait tiré la conséquence que N. 5. a Nous avons un tesinoignage assez ferme et évi­ l’Église est une société invisible, et de sa pratique il dent que nous sommes escrits au livre (Je vie, si'nous avait conclu que l’Église est aussi une société visible : communiquons à Christ. » « On la reconnaît, disait-il, par le baptême, par la cène N. 13. Pourquoi donc en faisant grâce à l'un laisseet surtout par l’Evangile; ces marques la font discerner t-il l'autre derrière? Saint Luc rend la raison de ceux infailliblement, bien qu’elle soit une société purement çu il appelle, disant qu'il les avoit préordonnés à vie. intérieure. » La Confession d’Augsbourg était arrivAct.. Mil. 18. Que penserons-nous donc des autres, si­ cette définition : « L’Eglise est l'assemblée des saints, non qu'ils sont instruments de son ire en opprobre? dans laquelle l’Evangile est bien enseigné et 1rs sacre­ Pourtant, que nous n'ayons point honte de parler ments bien administrés : congregatio sanctorem ■· · .a ainsi avec saint Augustin : Dieu pourroil bien, dit-il, Evangelium recte docetur et recte administra* :ui ;α■ nertir en bien la volonté des méchants, vu qu’il est cramenta. » 1413 CALVINISME 1414 Calvin sanctionne les doctrines fondamentales de I La prédication oe la parole de Dieu est la première Luther sur l’Église, mais instruit par le spectacle de la fonction, la première marque de la véritable Église; profonde anarchie que le réformateur allemand avait la seconde est l’administration des sacrements. déchaînée, il comprit qu'il fallait soumettre les lidèles il. LES sacrements. — Luther avait enseigné que à une autorité forte et respectée; on a vu dans l'his­ l'efficacité des sacrements dépend de la foi de celui qui toire de sa vie comment il avait organisé l’Eglise de les reçoit; qu’ils n’ont été institués que pour nourrir la Genève 11 quelle force il avait donnée au ministère des foi, et qu’ils ne donnent point la grâce à ceux qui n’y pasteurs. Tandis que Luther laisse l'Etat absorber mettent point d’obstacles. Quoiqu’il n’accorde le nom l’Eglise, lui tend â absorber l'Etat dans l’Eglise qui est de sacrements proprement dits qu’au baptême et â la sui juris. cène, il parle cependant dans son catéchisme de la ré­ La Confession de foi des Eglises de. France nous fait mission des péchés et de la pénitence comme d’un acte connaître 1res exactement la doctrine de Calvin et sa spécial de la grâce de Dieu renfermé sous un signe sensible : aussi dit-on en général que Luther admet pratique. Art. 25. « L'Église ne peut consister sinon qu’il y ait trois sacrements : le baptême, la cène et la pénitence. des pasteurs qui aient la charge d'enseigner, lesquels on Enfin, Luther avait affirmé que tous les fidèles sont doit honorer et écouter en révérence, quand ils sont ministres des sacrements. Triple erreur sur la nature, dûment appelés et exercent fidèlement leur office. Non le nombre et les ministres des sacrements. pas que Dieu soit attaché à tels aides et moyens infé­ Cependant les disputes avec les sacramentaires ame­ rieurs; mais parce qu'il lui plaît nous entretenir sous nèrent les luthériens à se rapprocher de la doctiine telle bride. En quoi nous détestons tous fantastiques qui catholique. La Confession d'Âugsbourg donna des sa­ voudroient bien, en tant qu’eux est, anéantir le minis­ crements une idée qui parut acceptable; l’Apologie tère de la prédication de la parole et des sacrements. » alla plus loin encore et dit en propres termes que les sacrements sont un ouvrage dans lequel Dieu nous Art. 26. » Nous croyons donc que nul ne se doit retirer à part et se contenter de sa personne, mais tous donne la grâce attachée â la cérémonie. Jlarheineke ensemble doivent garder l’unité; de l’Église, se soumet­ déclare que la différence entre les deux Eglises consiste tant à l’instruction commune et au joug de Jésus-Christ ; en ce que les catholiques disent : Les sacrements con­ et ce en quelque lieu que ce soit où Dieu aura établi un tiennent la grâce; et les protestants : Les sacrements confirent la grâce. vrai ordre d’Eglise. » Art. 27. « Nous croyons qu’il convient discerner soi­ Calvin se sépare des luthériens et des catholiques. gneusement et avec prudence quelle est la vraie Église, 1« Nature des sacrements. — 11 delinit le sacrement pour ce que par trop on abuse de ce titre. Nous disons « un signe extérieur par lequel Dieu scelle en nos donc suivant la parole de Dieu que c’est la compagnie consciences les promesses de bonne volonté envers des lidèles qui s'accordent â suivre icelle parole, et la nous, pour confirmer l’imbécillité denostre foy; et nous pure religion qui en dépend, et qui profilent en icelle mutuellement rendons tesmoignage tant devant luy et tout le temps de leur vie, croissant et se confirmant en les anges que de anl les hommes, que nous le tenons la crainte de Dieu. » pour nostre Dieu », ou « un tesmoignage de la grâce de Dieu envers nous, confirmé par signe extérieur, avec Art. 28. « Là où la parole de Dieu n'est reçue, et on ne fait nulle profession de s’assujettir à icelle, et où il attestation mutuelle de l’honneur que nous lui portons ». n’y a nul usage des sacrements à parler proprement, Calvin affirme que cette définition peut s’accorder avec on ne peut juger qu’il y ait aucune Église. Nous ce que dit saint Augustin que le sacrement « est une condamnons les assemblées de la papauté, vu que la forme visible de la grâce invisible ». Instil, chrél., pure vérité de Dieu en est bannie, esquelles les sacre­ 1. IV, c. xiv, n. 1. ments sont corrompus, abâtardis, falsiliés ou anéantis Les sacrements ne sont donc ni des signes vides et du lout, et esquelles toutes superstitions ou idolâtries inefficaces, destinés à nous remettre devant les yeux ont la vogue. Nous tenons donc que tous ceux qui se les promesses de Jésus-Christ, ni des signes qui con­ mêlent en tels actes et y communiquent se séparent et tiennent par eux-mêmes une vertu cachée et secrète. La retranchent du corps de Jésus-Christ. » Cependant, grâce .sanctifiante ne saurait être attachée à un signe comme il reste encore « quelque petite trace d’Eglise en sensible. Mais, c'est en vain que Calvin s’efforce de maintenir ces deux notions sur les sacrements. la papauté », el que la substance du baptême y est con­ Il n’admet que deux sacrements : le baptême et la servée, le baptême des catholiques ne doit pas être réi­ cène. Ce qu’il dit de ces sacrements est contradictoire. téré. 2° Le baptême. — Λ première vue, le baptême n’est pour Art. 29, 30. « L’Eglise doit être gouvernée selon la police que N.-S. J.-C. a établie, c'est-à-dire qu’il y ait lui qu'un signe, une marque « de noire chrétienté »... des pasteurs, des surveillants et des diacres. » Tous les « le signe par lequel nous sommes reçus en la compa­ gnie de l’Église. » Inst, chrét., 1. IV, c. xv. Il déve­ pasteurs sont égaux sous un seul chef qui est Jésusloppe très nettement sa pensée sur ce point. <, Le bap­ Christ. tême nous est proposé de Dieu pour nous être signe ou Art. 31. « Nul ne se doit ingérer de son autorité propre pour gouverner l’Eglise; » mais « cela se doit faire par enseigne de notre purgation. Il nous est envoyé· de lui comme une lettre patente signée et scellée par laquelle élection autant qu’il est possible el que Dieu le permet, il nous mande, confirme et assure que tous nos péchés laquelle exception nous ajoutons notamment pour ce sont tellement remis, couverts, abolis et effacés qu’ils qu’il a fallu quelquefois et même de notre temps (auquel l’état de l’Église étoit interrompu) que Dieu ail sus­ ne viendront jamais à être regardés de lui. » cité gens d’une façon extraordinaire pour dresser l’Église Cependant, comme s’il prévoyait l’abus qu'on fera un de nouveau qui étoit en ruine et en désolation ». jour de cette notion, Calvin ajoute : « Par quoi ceux qui ont osé écrire que le baptême n’est autre chose L'art. 33 proclame la discipline de l’excommunication « laquelle nous approuvons et confessons être néces­ qu'une marque et enseigne par laquelle nous protestons devant les hommes notre religion, ainsi qu'un homme saire avec toutes ses appartenances ». On ne peut se séparer de l’Eglise parce qu’on y sou­ d'armes porte la livrée de son prince pour s’avouer de lui. n’ont pas considéré ce qui est le principal au bap­ tient des opinions différentes, si ces opinions ne tendent point à détruire la doctrine de Jésus-Christ et des apô­ tême, c’est que nous le devons prendre avec celte pro­ messe que tous ceux qui auront cru et seront baptisés tres, ou parce que ses membres ne sont pas saints et parfait*. Nous reviendrons un peu plus loin sur ces ! auront salut. divers principes. « Saint Paul n’a pas voulu signifier notre ablution el 4 re ie ii la 'y n a e e :t t 1415 CALVINISME notre saint être parfait par le moyen de l’eau, ou l'eau contenir la vertu pour purger, régénérer et renouveler. Ni saint Pierre aussi n’a pas voulu dire que l’eau soit la cause de notre salut. Mais seulement ils ont voulu signi­ fier qu’en ce sacrement on reçoit assurance de telles grâces. » Suivant Calvin, l’efficacité du baptême ne porte pas seulement sur le passé, mais sur l'avenir. « Nous ne devons estimer que le baptême nous soit donné seulement pour le temps passé. Mais il nous faut savoir qu’en quelque temps que nous sommes baptisés, nous sommes une fois lavés et purgés pour tout le temps de notre vie. Pourtant toutes les fois que nous serons rechus en péchés, il nous faut recourir à la mémoire du baptême, et par icelle nous confirmer en icelle foi que nous soyons toujours certains et assurés de la rémission de nos péchés. » Mais, quoi que dise Calvin de celte efficacité, le bap­ tême reste pour lui une cérémonie plutôt qu’un sacre­ ment : « Combien est faux ce qu'aucuns ont enseigné que par le baptême nous sommes déliés et délivrés du péché originel et de va corruption d'Adam qui est descendue sur toute sa postérité. » Ibid., n. 10. Surtout ce n’est pas un sacrement nécessaire au saint. Aussi les fidèles ne doivent pas baptiser, mais seule­ ment les ministres. Ibid., n. 20 : « Ils allèguent que, si un enfant décédoit sans baptême, il seroit privé de la grâce de régénération : je respons que c’est folie. Peu de gens se sont advises combien cette sentence mal en­ tendue et mal exposée estoil pernicieuse, assavoir que ie baptême est requis à salut de nécessité. Et voilà pourquoy ils la laissent couler si facilement. Car, si ceste opinion a lieu que tous ceux qui n’auront pu être plongés en l’eau sont damnés, notre condition sera pire que celle du peuple ancien. » Ibid., n. 22. « On fait grand tort et injure à la vérité de Dieu, si on ne s’y repose du tout, tellement que de soy «lie ait pleine et entière vertu de sauver. Le sacrement est puis après adjousté comme un sceau, non pas pour donner vertu à la promesse, comme si elle était débile de soy, mais seulement pour la ratifier envers nous, afin que nous la tenions tant plus pour certaine. De là il - ensuit que les petits enfants engendrés des chrétiens ne sont baptisés pour commencer d’être enfants de Dieu, comme si auparavant ne lui eussent en rien appartenu, e» eussent esté estrangers de l’Église, mais plutôt afin ; le, par ce signe solennel, il soit déclaré qu’on les re­ çoit en l’Eglise comme estant desja du corps d'icelle... Vuand nous ne pouvons recevoir les sacrements d'icelle, n estimons pas que la grâce du Saint-Esprit soit telle­ ment liée à iceux que nous ne l'obtenions en vertu de -i seule parolle de Dieu. » Ce point a été gardé fidèle­ ment dans les catéchismes contemporains. 3' La cène. — La théorie calviniste de la cène a de grandes affinités avec celle du baptême. Sur cette ques­ tion, Calvin se sépara à la fois de Luther et de Zwingle en prenant une sorte de parli moyen entre les deux. Suivant lui, Luther avait trop admis la présence corpo­ relle de Jésus-Christ dans l’eucharistie, puisqu'il gar4ait le corps et le sang avec le pain et le vin. Zwingle, niato (f 1680). Jusqu’à la fin il y eut dans les déserts des à Léon X, pour le déterminer à entreprendre la rétorme camaldules des religieux d’une très grande vertu. On de l’Église, un traité De officio pastoris. On lui doit la nen trouve pas cependant qui aient mérité par des Regula vitæ eremilicæ, éditée en 1520, la Scala obeactions extraordinaires l’attention de leurs contem­ dientiæ (1575) et une lettre De vera felicitate. On con­ porains. servait manuscrits dans les monastères un grand 2’ Écrivains. — Jérôme de Prague, voir ce nom, et nombre d’opuscules ascétiques et exégétiques et un» Ambroise le camaldule, voir t. I, col. 953-954, furent volumineuse correspondance. 11 prit une part active 1429 CAMALDULES au concile de Florence. — Son ami et compatriote, Vincent Quirini (f 1520), mort procureur de l’ordre au moment où il allait être élevé au cardinalat, joua un rôle politique considérable. Ses œuvres, restées manuscrites, ont trait â la théologie, au droit et à l’his­ toire. — Paul Orlandini (-[■ 1519), du monastère des Saints-Anges de Florence, a laissé trois volumes de dia­ logues sur divers sujets de théologie et un grand nombre d’ouvrages ascétiques et exégétiques, restés manuscrits. — Pierre îienincasa (7 1521), poète et canoniste, a laissé un ouvrage manuscrit : Flores decretorum et decreta­ lium et clementinarum ordine alphabelico distri­ buti. — Jacques Suriano (-j- 1522), auteur des séquences du missel de son ordre, étudia surtout la médecine et les philosophes grecs ou arabes. On lui doit, entre autres publications, Continens Basis ordinatus et correctus, 2 in-fol., Venise, 1509. — Benoit, moine de SaintMichel de Muriano, qui publia en 1536, Preparazione dell'anima razionale alla divina grazia e dell’uso di essa grazia seconda la in/luenzia del lume divino, réédité en 1616 à Venise. — Étienne, ermite de Camaldoli (-j-1549). — Jean-Baptiste de Crémone, mort à Saint-Michel de Muriano (-j- 1553), auteur d une vie de saint Jean-Baptiste en vers italiens, d’un long poème sur la Passion, d’un commentaire de l’Évangile et d’une vie de saint Placide, publiée à Venise en 1503. — Hippolyte Ballarini, général de la congrégation de Saint-Michel de Muriano (ψ 1558), auteur d’un traité De diligendis inimicis, Venise, 1546, 1555; d’une Expo­ sitio in orationem dominicalem, ibid., 1555. — Benoit Buffo, qui publia une traduction des œuvres de Cassien, Venise, 1567. — Ventura Minard (après 1570), qui s’est occupé de sciences naturelles, d’ascèse et de l’histoire de son ordre. — Germain Vecchio, moine de Saint-Michel de Muriano, historien et poète, auteur des Lagrime penitenziali, Venise, 1563; Vérone, 1739. — Augustin Fortunius, moine de Notre-Dame des Anges, à Florence, qui commença en 1575 l’im­ pression de l’histoire de son ordre. — Sébastien de Humanis, moine de Saint-Michel de Muriano. publia Rosario della glorioza vergine Maria con contem­ plationi, Venise, 1584; une vie de saint Placide (1583) et des messes en musique (1593). — Luc l’Espagnol, ermite de Monte Corona, auteur de V Historia Romualdina, Padoue, 1587, traduite en italien, Venise, 1590. — Philippe Fantoni (ψ 1591), auteur d’ouvrages sur l’astro­ nomie et la cosmographie. — Jérôme Bardi, historien, originaire de Florence, mort à Saint-Jean de Venise en 1544. On a de lui : Additiones ad Johannis Lucidi samothei chronicon, in-4°, Venise, 1575; Chronologia universale della creazione di Adamo fino αΙΓαηηο 1581, 3 in-fol., Venise, 1581 ; Delle cose piu notabili di Venezia, Venise, 1587, 1601, etc. — Timothée Naufresco (j·1619), qui traduisit un certain nombre d’ouvrages ascétiques espagnols. — Silvain Razzi (7 1611) a écrit un grand nombre de vies de saints et plusieurs ouvrages de spiritualité. — François Pifferi, moine de Notre-Dame des Anges de Florence, avait enseigné les mathématiques à l’université de Sienne. Il a publié plusieurs traités sur cette science, un discours sur la couronne du Seigneur ou Rosaire camaldule, et Storia della liberatione di Trajano, Sienne, 1595. — Pierre Passi de Ravenne s’est surtout occupé d’histoire litté­ raire. — Archange Spina, mort à Gênes (1618), auteur de Rime spirituali, Naples, 1616. — Thomas Mini, cellerier de Saint-Michel de Pise (-J-1620), a consacré plusieurs volumes à l’histoire de son ordre et à la vie des saints camaldules. — Guillaume Cantarelli (j- 1634) : Jesu Christi mirabilium ac imbecillitatis humanæ naturæ dispartila paraphrasis super diversas quæstiones, Venise, 1620: Variarum qmestionum in decem prtecepta Decalogi resolutionem, Venise. 1611. — Benoît Puccio (7 1621) a publié un Dialogo della perfezione cristiana, 1 1430 Ravenne, 1604; Giardino di flori spirituali, Venise, 1608; Nuova idea di lellere usitate nella segretaria de principe libri IV, Venise, 1621, etc. — Fulgence Thomaselli (j-1624), dont les nombreuses publications se rapportent à la théologie ascétique et morale.au droit et à l’histoire. 11 mourut â Venise. — Vital Zucccolio (7 1630) publia des Enarrationes sur les Évangiles, Venise, 1605, 1617, des sermons et des homélies sur divers livres et passages de l’Écriture, sur les saints et les vertus, des ouvrages scientifiques. — Victorin Totini (j-1633), auteur d’un Ecclesiasticum cœremoni-ralio­ nale, Bologne, 1625. — Donat Milcetli (·[· 1674), moine de Saint-Michel des Prisons à Venise, a donné au public Epistolas varii stgli, Ravenne, '1652; Epistolas antiquorum heroum, Padoue, 1670. 11 était poète et musicien. — Innocent Matlheo (ψ 1679), géographe et archéologue, estimé de Clément X et d’Innocent XI. — Jean Advocari (7 1680), ermite de Rhuca, l’un des hommes qui ont le plus fait pour le développement de l’ordre. Il occupait ses loisirs à rédiger des travaux historiques et ascétiques, restés manuscrits, suivant en cela l’exemple d’un grand nombre de camaldules. — Jules César Caréna, abbé de Camaldoli, homme de très sainte vie, astronome habile et bon théologien (·{· 1693). — Guy Grandi (-j- 1742) dont les Dissertationes camaldulenses, publiées à Lucques (1707), sont importantes pour l’histoire de son ordre, avait des connaissances très variées; on lui doit : Geometrica demonstratio pro­ blematum vivianeorum, Florence, 1699. Corne III, duc de Toscane, le nomma, l’année suivante, professeur de philosophie à l’université de Pise. Il publia : Quadra­ turam circuli hyperboles per infinitas hyperbolas et parabolas, Pise, 1703. Ses nombreuses publications qui suivirent le mirent en relation avec les plus illustres savants de son époque. Il s’occupa de juris­ prudence. Son Epistola de Pandectis à Joseph Averani, professeur de Pise, parut en 1726. Les attaques dont elle fut l’objet de la part de Tannucci l’amenèrent à écrire ses Vindiciæ pro sua epistola de Pandectis, Pise, 1728. Cf. Journal des savants, t. xlii, p. 442-448. — Augustin Morelli, de la congrégation de Monte Corona, a donné un commentaire de l’Écclésiaste : Salomonis Ecclesiastes ad mentem orthodoxorum sanctorumque Patrum paraphrasi explicitas, Naples, 1736; un autre du livre des Proverbes : Commentarii litterales et morales ad Proverbia Salomonis, ibid., 1743, et une histoire du concile de Trente, ibid., 1724. — Ladislas Radossang publia une histoire de son ordre : Epitome antiquarii tripartiti ord. eremitarum camaldulensium, in-4°, Neu-Stadt, 1726. — Hyacinthe Pico (-J-1737), de la congrégation de Turin, a écrit un Compendium morale de magno statu religioso, un Speculum prselatorum et, sous le titre de Convivium spirituale, une méthode d’entendre la messe et de communier avec fruit, qui n’ont jamais été publiés. — Augustin de Fleury, abbé de Saint-Jean-Baptiste de Crémone (7 1738), a composé des ouvrages de piété : Hymnus de Deo, solis Scripturæ sacræ dictis et sententiis compositus, Faventia, 1706; le même ouvrage parut à Rome en 1722 sous le titre de Laus Dei ; Regula virginum Tavellarum, Ravenne, 1733; Ecclesia in triplici statu legis naturalis, legis veteris et legis novæ, Rome, 1699; on a de lui des vies de saints, des traductions' d'ou­ vrages ascétiques espagnols et parmi ses ouvrages manuscrits, conservés à Saint-Apollinaire de Classe, se trouvait un traité contre le jansénisme. — Édouard Baroncini (71741), qui classa les archives de Camaldoli et mit la bibliothèque en ordre; il fut aidé dans ce travail par Théophile Clini. — Apollinaire Chiomba, visiteur général de la congrégation de Turin, réunit les matériaux nécessaires pour écrire l’histoire de cette congrégation. Mittarelli put les utiliser. Boniface classa les archives de celte même congrégation et en dressa 1431 CAMALDULES — CAMATÉROS un inventaire détaillé. — Boniface Collina a publié une vie de saint Romuald et une de saint Bruno, martyr, des poésies et quelques œuvres littéraires. — Basile du Verge, ermite de Saint-Joseph près de Vienne, en Autriche, a publié en allemand un Diarum camaldulense, ou vies des saints et bienheureux distribuées selon les jours de l’année, 4 vol., Vienne, 1754. Il avait donné en 1723 une vie illustrée de saint Romuald. — Maur Sarlio édita en 1755 une dissertation sur la chasuble dyptique de Ravenne, et, en 1748, une lettre De antiqua Picentum civitate Cupra-.Montana. — Jean Claude Fremond, originaire de Bourgogne, moine de Classe, professeur de physique à l'université de Bise, correspondant à ΓAcadémie des sciences de Paris, se lit connaître par sa Disposta apologetica ad una lettera filisofica sopra il commercio degli Oli navigati, proce­ denti da eluoglii appestati, Lucques, 1745. 11 publia ensuite : Nova et generalis introductio ad philoso­ phiam, Venise, 1748; Examen in præcipua mechanicas principia, Pise, 1758; De ratione philosophica, qua instrumenta mechanica generatim conferunt poten­ tiarum actionibus corroborandis vel enervandis, Pise, 1759. — Gabriel de Blanchio, ermite de Saint-Clément de Venise, est l'auteur des traités ascétiques et scriptu­ raires suivants : Martyrium divini amoris, Venise, 1740; Observationes hislorico-morales super Vetus Testamentum, 3 vol., Venise, 1758; Observationes historico-morales super Novum Testamentum, Venise, 1760. — Benjamin Savorelli publia le recueil des privilèges des abbés et des supérieurs de l'ordre des Camaldules (1762) et un commentaire de la règle de saint Benoît, spécialement destiné aux religieuses de son ordre (1751). — Mittarelli, prieur de Saint-Michel de Muriano et supérieur général de sa congrégation (t 1777), auteur des Annales camaldulenses, publia la Bibliotheca codicum manuscriptorum monasterii 8. .Michaelis Venetiorum, cum appendice librorum impressorum see. xv, in-fol., Venise, 1779. — Le pape Grégoire XVI (1831-1846) était camaldule. S. Pierre Damien. Vita S. Romualdi, P. L., t. cxtiv, col. 953 sq. ; A. Florentini, Hist.camald., 2 vol., Florence. 1575; Mabillon, Annales ord. S. lien edicti, Paris, 1706, 1707, t. ni, tv; J. Mittarelli, Annales camaldulenses, ordinis sancti Bene­ dicti, quibus plura interseruntur tum ceteras italico-monasticas res, tum historiam ecclesiasticam remque diplomaticam illustrantia, 9 in-fol., Venise, 1755-1772; Hélyot, Histoire des ordres, t. v, p. 236-239; Heimbucher, Die Orden und Kongregationen, Paderborn, 1896, t. i, p. 203-208; L. Zarewic, Zakon Kamodubon (L'ordre des camaldules, sa fondation et ses souvenirs historiques en Pologne et en Lithuanie), in-12, Cracovie. 1872: Sackiir, Die Cluniazenser bis zur Mitte des 11 Jahrhunderts, Halle, 1892, t. I, p. 324 sq.; t. H, p. 278 sq.; Les camaldules, dans la Revue bénédictine, t. iv (1887), p. 356-363: Razzi, Vire de santi e beati dell'ordine di Camaldoli, in-4", Florence. 1600; de Minis, Catalogus sanctorum et beatorum, neenon aliorum pie vita functorum congregationis Hetruriæ camaldulensium eremitarum, 2 in-4·. Florence, 1605; Ziegelbauer, Centifolium camaldulense, sive notitia scriptorum camaldulensium, in-fol., Venise, 1750. Cf. C. de Smedt, Introductio generalis ad historiam ecclesiasticam critice tractandam, in-S·, Gand, 1876, p. 360. J. Besse. CAMARGO (Ignace de), jésuite espagnol, né à Soria le 26 décembre 1650, reçu au noviciat le 30 dé­ cembre 1669, professa pendant 17 ans la théologie à Salamanque, ou il mourut le 22 décembre 1722. Adver­ saire ardent du probabilisme, il s’attacha principale­ ment aux doctrines rigides de son compatriote Michel de Elizalde et défendit le tutiorisme dans sa Regula honestatis moralis, seu tractatus theologicus tripar­ titus de regula moraliler agendi, in-fol., Naples, 1702, où il s’en prend surtout à ses confrères Terill et Esparza. 11 reste de lui également un Discurso teologico sobre los teatros y comedias de este siglo, in-4°, Sala­ manque, 1689, réimprimé à Lisbonne en 1600, et une Ü32 supplique à Clément XI, du 12 octobre 1706, au sujet du probabilisme, insérée dans l'ouvrage de Daniel Concina : Difesa della Compagnia di Gesu per le presenli circostanze, e giusli/icazione delle sue dottrine, in-4<>, Venise, 1767, c. xi.ii, p. 60-65. De Backer et Sommervogel. Bibliothèque de la C· de Jésus, t. n. col. 574-575; Hurter, Nomenclator, t. It, col. 1244 sq.; Dollinger et Reusch, Geschichte der Moralstreitigkeiten, t. I, p. 257-258, 264-267 ; t. II. p. 163. P. Bernard. CAMARIOTA Mathieu, rhéteur et théologien byzan­ tin du XV· siècle. Il assista à la prise de Constantinople (1453), qu’il décrivit avec toutes ses horreurs. Ses ou­ vrages polémiques sont dirigés contre les latins et les barlaamiles. En voici les titres : 1“ Περί θείας χάριτος, και φωτός κατά των λεγόντων αυτήν κτίστην είναι; 2° Περί τών διδασκόντων νόβα και άλλότρια έν τή εκκλησία; 3" Άνάπτυξις τοΰ Ιερού συμβόλου· Crusius, Turco-Græcia, Bale, p. 76-83, 90; Oudin, Commen­ tarius de scriptoribus ecclesiasticis, Leipzig, 1722, t. ni, p. 2519‘2522; Cave, Historia litteraria, appendix, Cologne, 1720, p. 110; Sathas, Νιοιλληνιχή yιλβλβγίβ, Athènes, 1868, p. 60-61 ; Démétrakopotllo, Όρβόδοςχς 'Ελλάς, p. 120; Id., ΓΙρισάΖχα’. xa's etc., Leipzig, 1871, p. 6; Zaviras, Νία 'Ελλάς, Athènes, 1872, p. 71-73; Gèdéon. XyovtxA ιΖ; ΐίατς.αρχιχΖς ’Ακαδημίας, Constantinople, 1883, p. 30-35; Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Littera­ tur, Munich. 1897, p. 121,122 ; Legrand, Bibliographie hellénique du xi'-xv/· siècle, Paris, 1885, t. n, p. 322; Papadopoulo-Kérameus, Ίι^ασολνμιτιχή βιβλιοθήκη, Saint-Pétersbourg, 1897, t. ni, p. 2®; P. G., t CLX, col. 1019-1172; ü. Chevalier, Répertoire des sources t istoriques du moyen âge. Bio-bibliographie, 2· édit., Paris, 1904, col. 759. A. Palmieri. 1. CAMATÉROS Andronio (’Ανδρόνικος Καματηρός), théologien grec du xn· siècle. Il appartenait à la haute noblesse de Byzance, et par sa mère, il était de la famille impériale des Doukas. A Byzance il occupa des charges importantes, telles que celles de préfet de la ville et de drungarios. Sur l'invitation de l'empereur Manuel Comnéne, il rédigea contre les Latins la Ιερά 'Οπλοθήκη, conservée dans plusieurs manuscrits sous ce titre : Σύγγραμμα ’Ανδρονίκου σεβαστού τοΰ πατρόβεν μέν Καματηροΰ, μητρόθεν δέ Δούκα, συλλεγέν καί συντεβέν υποθήκη, μεβόδω, διδασκαλία τε καί κελεΰσει τοΰ Οεοσόφου μεγάλου βασιλέως πορφυρογεννήτου και αύτοκράτορος κυ­ ρίου Μανουήλ τοΰ Κομνηνοΰ... και ίεράν ’Οπλοθήκην ό Βασιλεύς την βίβλον δινόμασε. La premiere partie est dialoguée. L'empereur Manuel dispute passionnément avec un cardinal sur la procession du Saint-Esprit. Il cite les textes des Pères, favorables à la théorie de l'r.glise ortho­ doxe et se livre à des escarmouches dialectiques, où dé­ filent les syllogismes de ses devanciers, Photius, Nici'tas de Byzance, Eustratios, Euthymius Zigabènos, Nicolas de Méthone, etc. La seconde partie a aussi la forme de dia­ logue. L'auteur, au moyen de citations et de syllogismes, réfute les monophysites, les monothélites, les théopaschites et les aphthardocètes. Selon M»rEhrhard,ladalede la composition de cet ouvrage doit être placée entre 117U1175. Le dialogue de l’empereur Manuel avec le cardinal a été résumé par Hergenrother, Photius, t. III. L’empe­ reur soutient que Rome ne doit sa primauté religieuse qu'à son privilège d'avoir été lé siège de l'empire. Ses litres passèrent à la seconde Rome, lorsque Constantin établit sa capitale sur les rives du Bosphore. « La tradi­ tion cependant, les canons ecclésiastiques et les lois im­ périales favorisent les prétentions de l'ancienne Rome La cause de tout le scandale et du schisme a été l’addition du Filioque au symbole. Il reproche aux latins de poser deux principes en Dieu, de détruire l'unité divine et de multiplier les propriétés des hypostases. L'enseigne­ ment latin mène directemement à des conséquenceabsurdes. Le dialogue est parsemé de basses adulations à l'adresse de l’empereur. Veccos le réfuta dans ses Αντιρρητικά· II appelle Camatéros un homme celebre 1433 CAMATÉROS — CAMÉRONIENS par son savoir : άνήρ την σοφίαν ούκ άγεννή;. Son style a de l’élégance et de la souplesse; mais la lutte où il s’est engagé légèrement a fait baisser sa renommée litté­ raire. Pour plaire aux puissants de la terre, il trahit la cause de la vérité ; on ne peut guère croire à sa bonne foi. Il interprète les textes d’une façon arbitraire; il n’a d’autre but que de les mettre en opposition avec le Filioque. P. G., I. cxli. Cave, Scriptorum ecclesiasticorum historia litteraria, Co­ logne, 1720, p. 588; Oudin, Commentarius de scriptoribus Ecclesiæ antiquis, Leipzig, 1722, t. π, col. 1463-4466; Cinname, Historiarum liber V, P. G., t. cxxxm, coi. 560; Græca D. Marci bibliotheca codicum manuscriptorum per titulos digesta, Venise, 1740, p. 158; Hardt, Catalogus codicum manuscripto­ rum bibliotheca* regiæ bavaricæ, Munich, 1806, t. n, p. 491 ; Hergenrother, Photius, Patriarch von Constantinopel, Ratisbonne, 1869, t. ni, p. 810-814; Démétracopoulo, ’Ομόδοξος ’Ελλάς, Leipzig, 1871, ρ. 25-29; Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Litteratur, Munich, 1897, p. 90-91 ; Vladimir, Sistematicheskoe opisanie rukopisei moskovskoi sinodalnoi bibliotheki, Moscou, 1894, p. 314. Dans les codices 229 de la bibliothèque de Munich, et 239 de la bibliothèque synodale de Moscou le dialogue de l’empereur avec le cardinal porte cette mention : Διάλιξις τοΰ ίιοσόςου μιγάλου βασιλίως χαι τίν τής π?ισ6υτ«ρας Ρώμης σοςωτατων καρδιναλίων τής το3 παναγίου Πνίύματος ίχ μόνου το 3 Πατ^δς Ιχαο5οιως. A. Palmieri. 2. CAMATÉROS Jean, patriarche de Constanti­ nople en 1198, chassé de son siège à la suite de la prise de cette ville par les Latins (1204). Les chroniqueurs byzantins, en particulier Nicétas Choniates, P. G., t. cxxxix, cal. 452, et Éphrem,./*. G., t. exuti, col. 373, font les plus grands éloges de son savoir et de son zèle. Il eut à combattre un noyau d’hérétiques qui, ayant à leur tête le moine Michel Sikidités (identifié à tort avec Michel Glykas), déclaraient que la sainte eucharistie est un élément corruptible. Éphrem, P. G., t. CXI.HI. col. 244-245. Jean Camatéros mourut à Didymotéichos (Thrace) en 1206. Choniates. P. G., t. cxxxtx. col. IO24. On a de lui une lettre à Innocent III où il rejette la pri­ mauté du pape. P. L., t. ccxtv, col. 756-758. Nicétas Choniates mentionne ses écrits de controverse au sujet des sacrements durant le règne d’Alexis Angélos, et ses discours catéchétiques. P. G., t. cxxxtx, col. 893-896. Le Codex paris. 1302 contient ses llesponsa theologica. Fabricius, Bibliotheca græca, t. xi, p. 279-280; Dosithée, Ίσ· Topia Twv tv ’Ιιροσσλύ|Λθ<ς χατριαρχι.σάντω., Jassy, 1715, p. 807 ; Mélétios. ΈχχΛησιαστιχΐι ’Ιστορία, Vienne, 1784, t. m, p. 48-50; Catalo­ gus codicum manuscriptorum bibliothecæ regiæ, Paris, 1870, t. n, p. 281; Démétrakopoulo, Όρίό8ο5>5 ’Ελλάς, Leipzig, 1871, p. 35-36; Madias, Κατάλογος ϊστοριχός τ«ν αατριαρχΐν τςς Κωνστα-,τ·.νοοίΐόλοως, Athènes, 1884, ρ. 80; Gédéon, Πατριαρχιχοΐ αΐναχςς, Cons­ tantinople, 1890, ρ. 377-379; Omont, inventaire sommaire des manuscrits grecs, Paris, 1886, t. i, p. 293; Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Litteratur, Munich, 1897, p. 92-93; Lébédev, Otchcrki istorii vizantiisko-vostotchnoi tzerkvi ot kontza χι-go do poloviny xv-go vieka, Moscou, 1892, p. 315319; Miliaraki, ’Ιστορία το3 βασιλςίοχ τγς Ν,χαίας χαϊ τοδ δισχοτάτοα τχς Ήχοίροο, Athènes, 1898, ρ. 41-42, 85-88; Pitra, Analecta sacra et classica, L vu, p. 567 ; Here. Student’s History of the greek Church, Londres, 1902, p. 294-295,300 ; U. Chevalier, Répertoire. Bio-bibliographie, 2* édit., Paris, 1904, col. 759-760. A. Palmieri. CAMBLAT Barthélemy, prêtre de la congrégation de la Doctrine chrétienne, a publié des Institutiones theologiæ angelicæ, seu in auream Summam S. Tho­ mæ, 2 in-8», Paris, 1663, 1664. Hurter, Nomenclator, t. t, p. 391. E. Mangenot. 1. CAMERARIUS Barthélemy, jurisconsulte italien, originaire de Bénévent, fut professeur de droit cano­ nique à Naples; il était en 1529 président de la chambre royale de cette ville; il vint ensuite en France et s’at­ tacha à François Ier qui le nomma conseiller d’Étal. En 1557, il se fixa à Rome, où Paul IV le nomma com­ missaire général de son armée. Il retourna à Naples et y mourut en 1564. 11 était très versé dans les études 1434 patristiques et publia des traités de droit canonique et de controverse religieuse : 1» De matrimonio, 1552; 2» De prædicalione, in-4», Pise, 1556 ; 3» De prædestinatione, libero arbitrio et gratia contra Calvinum, Pa­ ris, 1556, sous forme de dialogues, dans lesquels il montre l’inconstance de Calvin sur plusieurs dogmes; 4» De jejunio, de oratione et de eleemosyna, in-4», Paris, 1556; ce traité, dédié à Diane de Valentinois, est dirigé contre les protestants; 5» De purgatorio igne, Rome, 1557. Ellies du Pin, Histoire de l’Église et des auteurs ecclésias­ tiques, xvr siècle, Paris, 1703, t. iv, p. 142-144 ; Biographie universelle, t. vi, p. 469-470; Hurter, Nomenclator, t. i, p. 1617. E. Mangenot. 2. CAMERARIUS Guillaume. Voir Chalmers. 1. CAMÉRON Jean, théologien protestant, né à Glascow (Écosse) vers 1580, mort à Montauban vers la fin de 1625 ou au commencement de 1626. Il vint en France en 1600. Après avoir professé le grec et le latin au collège de Bergerac, la philosophie à Sedan, et avoir accom­ pagné les fils de Calignon, chancelier de Navarre, aux universités de Heidelberg et de Gènes, où il étudia la théologie, il fut appelé, en 1608, comme pasteur, par l’Église de Bordeaux. En 1618, il obtint au concours la chaire de Gomar, devenue vacante à l’Académie de Saumur. Il y professa des doctrines opposées au calvinisme. Les controverses qu’elles provoquèrent l’obligèrent à résigner sa chaire et à retourner en Angleterre, où Jacques Ier le nomma directeur du collège de Glascow et professeur de théologie; en butte à l’hostilité des puri­ tains, parce qu’il était épiscopalien, il revint en France. En 1624, il obtint la chaire de théologie à Montauban. Caméron admettait qu’on peut se sauver dans l’Église romaine. Ses idées sur la grâce et sur le libre arbitre ont été développées par Moyse Amyraut, son disciple. Voir t. t, col. 1126-1128. Elles constituent ce qu’on a appelé V universalisme hypothétique. Cette théorie, qui indignait les calvinistes, suppose que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et qu’il les appelle au salut; mais elle soutient en même temps qu’aucun homme ne peut profiter de cet appel universel au salut, s’il n’a été l’objet d’un décret particulier de prédestination. Ces « nouveautés » de Saumur furent condamnées en 1674 par la Formula consensus helvetica. — Les principaux ouvrages de Jean Caméron sont : Theses de gratia et libero arbitrio, in-8», Saumur, 1618; Amica collatio de gratiæ et voluntatis humante concursu in vocatione et quibusdam annexis, in-4», Leyde, 1622 ; Defensio sen­ tential de gratia et libero arbitrio, in-8», Saumur, 1624; Prælectiones theologicæ, 3 in-4», Saumur, 16261628 ; Traité auquel sont examinés les préjugés de ceux de l’Église romaine contre la religion réformée, in-8», La Rochelle, 1618; Of the sovereign judge of contro­ versies in matters of religion, in-4», Oxford, 1628; Myrothecium evangelicum, édit. Cappel, 1632. Les Opera de Caméron furent réunies par Frédéric Spanheim, in-fol., Genève, 1692. L. Cappel, Icon Joannis Cameronis, en tète des Opera de Caméron, Genève, 1692 ; Bayle, Dictionnaire historique et cri­ tique, Paris, 1820, t. IV, p. 377-385 ; La Grande Encyclopédie, t. vm, p. 1082; Bonet-Maury, Jean Caméron, pasteur de l’Église de Bordeaux, dans les Études de théologie et d'histoire, par les professeurs de la faculté do théologie protestante de Paiis, in-8°, Paris, 1901. V. Ermoni. 2. CAMÉRON Richard. Voir CaméronienS. CAMÉRONIENS, secte écossaise fondée par Richard Caméron, ministre presbytérien et fameux prédicateur. Lorsque Charles II monta sur le trône en 1660, il com­ battit le presbytérianisme. A la suite de l’assemblée de 4435 CAMÉRONIENS — CAMISARDS 1662, le vieux presbytérianisme se réveilla et excita un mouvement dans le peuple. Le gouvernement déposa 600 pasteurs, qui lui relusaient obéissance, et leur dé­ fendit même d’exercer tout culte. Le peuple se rangea de leur côté, et l'on célébrait le culte dans les champs. En 1666, à la suite d’une révolte sans succès, le gouver­ nement interdit toute réunion. Les caméroniens ne tar­ dèrent pas à se diviser en deux groupes, l'un plus modéré et l’autre plus agressif; ce dernier marchait sous la conduite de Richard Caméron lui-même et de Donald Cargill. Ces deux chefs se séparèrent bientôt des timides, et résolurent d'entreprendre la guerre sainte; ils se prétendaient les seuls vrais « covenanters ». Ils ne tardèrent pas à se révolter et à déclarer Charles 11 déchu du trône. Caméron fut tué en juillet 1680, dans une rencontre avec les troupes royales. Cargill s’enfuit en Hollande, retourna bientôt en Ecosse, octobre 1681, et excommunia le roi et le duc d’York; il fut jeté en prison et décapité en juillet 1681. Dés ce moment le gou­ vernement ne 6t que persécuter davantage les caméroniens. Ces violences ne servirent qu'à fortifier la secte. Guillaume III rétablit en Ecosse le presbytérianisme comme Église d'État. Les caméroniens ne virent dans celte Église qu’une « fausse religion », et résistèrent même aux projets de Guillaume III. En octobre 1690, le roi convoqua une assemblée à laquelle assistèrent trois prédicants caméroniens. L’entente ne put se faire. En 1707, sous le régne d’Anne, l’union de l’Écosse et de l'Angleterre ayant été proclamée, les caméroniens s’agi­ tèrent de nouveau. Leur nombre augmenta. En 1743, ils furent reconnus par l'État sous le titre d’« Église du presbytérium réformé ». La statistique de 1851 constate qu’ils possédaient 39 églises et 17000 stations. En 1876 la plus grande partie se réunit à 1’ « Église libre ». Les dissidents comptaient, en 1884, 9 communautés et à peu près 1 200 fidèles. J. Kôstlin, Die schottische Kirche, 1852. p. 229 sq., 244 sq., 265. 401 sq. ; Encyclopædia britannica, 9· édit., art. Caméron Richard, et Cargill Donald; G. B. Ryley et J. M. Mc. Candlish, Scotlands Free Church, 1893; Kirchenleadkon, 2· édit., t. tt, col. 1764-1765; Realencyclopàdie fürprol. Théologie, 3· édit., t m, p. 691-693. V. ÉRMONL CAMILLIS (Jean de), né à Chio le 9 décembre 1641. En 1656 il entra au collège grec de Saint-Athanase et y obtint le diplôme de docteur en théologie et philo­ sophie (1668). Procureur des moines basiliens russes, évêque de Sébaste en 1690, et plus tard évêque de Munhacs en Hongrie, il mourut en 1706. On a de lui un volume intitulé : La vita divina ritrovala frai termini del luito e del nulla, Rome, 1677. Nilles, Symbolic ad illustrandam historiam Ecclesiie orien­ talis, Inspruck, 1885, 1.1, p. 375; t. n, p. 186, 854-865; Legrand, Bibliographie hellénique du xvn· siècle, Paris, 1903, t. V, p. 348-363. A. Palmieri. CAMISARDS. — I. Guerre des camisards. 11. Leurs idées religieuses. I. Guerre des camisards. — On a donné diverses étymologies du mot camisard. La moins fantaisiste n'est sûrement pas celle qui le dérive de caniis-ards, idoles brûlées ; un chef cévénol ayant rencontré, dans le Dictionnaire de Moreri, le mot camis, nom d'idole au Japon, aurait appelé ainsi les images et autres objets du culte catholique. Cf. E. Roschach, dans Histoire générale de Languedoc, Toulouse, 1876, t. xm, p. 782, note. 11 est probable que les blouses d’étoffe noire, taillées en forme de chemise, communément employées par les montagnards des Cévennes, leur valurent ce sobriquet dont l’usage devint général et prévalut même dans le style officiel. Ou bien ce mot s’explique par 1 expression militaire de caniisade, usitée pour désigner ulc attaque par surprise qui avait lieu la nuit et dans 1436 laquelle, a6n d’éviter les méprises, les soldats endossaient une chemise par-dessus leurs vêtements. A partir de la révocation de l’édit de Nantes (1685), commença, dans l’histoire du protestantisme français, une période dite du désert. L’exercice du culte étant interdit, les protestants, résolus à le célébrer quand même, se réunirent nuitamment dans des bois, des ca­ vernes, des lieux cachés et sauvages : d'où le nom d'assemblées ou églises du désert. Des laïques intrépides, des prédicants improvisés, remplaçaient les pasteurs exilés, lisaient la Bible, récitaient des fragments de sermons, adressaient des exhortations chaleureuses aux protestants restés fidèles à leur foi en dépit d'une adhé­ sion contrainte à l’Église catholique et du titre de « nouveaux catholiques » ou « nouveaux convertis » qu’ils avaient reçu. Du fond de leur exil, de la Suisse, de l’Allemagne, de la Hollande, leurs ministres entrete­ naient avec eux une correspondance active, leur annon­ çant un changement prochain et travaillant à maintenir leur antipathie contre le catholicisme. L'agitation fer­ mentait surtout dans le Dauphiné, le Vivarais, les Cévennes. En 1688, Guillaume de Nassau, prince d'Orange, stathouder de Hollande, fut appelé au trône d’Angle­ terre. C’était le chef du protestantisme belliqueux ; protecteur des protestants français, il en avait accueilli un grand nombre dans ses Etats. Quelques-uns d'entre eux s’enrôlèrent dans ses armées et le servirent contre leur propre patrie. Guillaume forma contre Louis XIV (1689) cette ligue d'Augsbourg dont « l'obscur mais énergique instigateur » fut Claude Brousson, un réfugié languedocien, originaire de Nîmes. Cf. Roschach, loc. cit., p. 617. Pour faire une utile diversion et occuper une partie des troupes françaises destinées à le combattre lui et ses alliés, le nouveau roi d'Angleterre s’appliqua, en utilisant les relations conservées par les protestants fugitifs avec leurs coreligionnaires demeurés en France, à soulever la révolte dans les Cévennes. Brousson, dans ce but, quitta Lausanne où il résidait et regagna sa pro­ vince d’origine. Lamoignon de Basville, intendant du Languedoc, et le comte de Broglie, lieutenant gémi 1 pour le roi dans le Languedoc, réussirent à empêcher une révolte générale et eurent raison des factieux. Brousson fut capturé et mis à mort (4 novembre 1698). C'est pendant la guerre de la succession d'Espagne que les désordres des Cévennes furent véritablement graves. L'assassinat de François de Langlade du Chayla, archiprèlre des Cévennes (24 juillet 1702), eut lieu vingtdeux jours après la déclaration de guerre par laquelle Louis XIV avait répondu à celle de ses ennemis, et devint le signal d'une lutte atroce. L'abbé du Chayla avait traité avec dureté des prisonniers protestants; les camisards, en l’égorgeant, disaient user de représailles. Mais, si telle fut l’occasion qui la fit éclater, l’insurrec­ tion ne fut pas fortuite; les choses en étaient à un point où elle devait nécessairement se produire. Nous n'avons pas à exposer ici les détails de son histoire; il suffira d’indiquer ses traits principaux. L’insurrection fut populaire ; elle ne disposa pas de places fortes et n'eut pas des chefs nobles ou bourgeois. Elle se recrutaitparmi les aventuriers à qui les guerres si nombreuses de Louis XIV avaient appris le métier des armes; autour d eux se groupaient les uns à titre durable, d'au­ tres par occasion, des volontaires, forgerons, bûcherons, braconniers, paysans. « Ces troupes, écrivait, le 4 mai 1763, Paratte au ministre de la guerre, se forment comme les estourneaux et se débandent de même; quand ils sont las de courre, ils rentrent chez eux pour y travailler comme si de rien n’estoit ; il n’y a que quelques scélérat» sansaveu et quelques déserteurs qui demeurent toujours attroupés, voilà ce qui a fait le désordre. » Hu:,·: générale de Languedoc, Toulouse, 1876. t. xiv, col. 1735. Le difficile c’était de savoir où rencontrer, afin - 4437 CAMISARDS combattre, ces ennemis qui disparaissaient brusquement dans des montagnes d'un accès pénible, dont ils connais­ saient tous les recoins, toutes les cachettes, et qui ne procédaient guère que par coups de surprise prestement exécutés. Jamais ils n'eurent un chef unique ni unité de plan d'opération. Diverses bandes existaient, dont les principaux chefs furent Laporte, son neveu Laporte, dit Roland, Ravanel, Castanet, Salles, Abdias Maurel, dit Catinat, surtout Jean Cavalier. Ce dernier était un paysan, qui n’avait guère que 21 ans quand il entra en campagne et qui paraissait plus jeune que son âge. 11 se montra bien vite habile à commander, et prit un tel ascendant sur ses hommes qu'il n’avait aucune peine à ordonner la mort de ses propres gens, quand il le jugeait utile, se servant, a-t-il dit lui-même, « du pre­ mier à qui je l’ordonnois, sans qu'aucun ayt jamais hésité à suivre mon ordre. » Voir une lettre de Villars au ministre de la guerre, Histoire générale de Langue­ doc, t. XIV, col. 1982. Les camisards se comportèrent en sauvages; leur histoire n’olfre qu'une longue suite d'incendies et de meurtres et, quelque opinion qu’on ait sur la bonté de leur cause, quels qu’aient été les torts de Louis XIV et de son gouvernement envers eux, il n'est pas plus possible, remarque justement Roschach, loc. cit., p. 752, « d'idéaliser les hommes que de trans­ former le caractère de leurs actes. » Cf. A. Legrelle, La révolte des camisards, Braine-le-Comte, 1897, p. 73-77. De leur côté, les catholiques furent impla­ cables contre les camisards. Ce fut un triste temps. Comme si ce n'était pas assez de tant de causes de désordre, des bandes irrégulières de catholiques se for­ mèrent sous l'appellation de Cadets de la croix (à cause d'une croix blanche qu’ils portaient au relroussis de leurs chapeaux) ou de Florentins (une forte bande s’était formée au village de Saint-Florent) : elles rivalisèrent de barbarie avec les troupes cévenoles, ne s’en distin­ guant que par leur indilTérence à piller également protestants et catholiques. Le nom de camisards blancs leur fut donné quand le maréchal de Montrevel, succes­ seur de Broglie, désavoua de tels alliés et donna ordre de les poursuivre comme des brigands. Dans les pages passionnées qu'il a consacrées aux camisards, Michelet a dit. Histoire de France, nouv. édit., Paris, 1879, t. xvi, p. 187 : « Si les protestants eussent été en Europe les protestants de Coligny, ils avaient le temps de secourir, de sauver leurs frères du Languedoc. Mais l’Angleterre entrait dans sa voie mercantile. La Hollande baissait de courage. Ni Marlborough, ni le pensionnaire de Hollande, Heinsius, qui conduisaient la guerre, ne comprirent l'importance de ceci. Eugène y pensa, mais trop tard. » On s’en préoccupa beaucoup plus que Michelet ne le dit. L'étranger aida les camisards de son mieux et, d'autre part, i) y eut des émigrés protestants, qui se mirent au service des ennemis de leur patrie et s'em­ ployèrent, de toutes façons, à attiser dans les Cévennes le feu de la guerre. C’est là un crime qui ne saurait trouver une excuse. Il ne faut pas en rendre respon­ sables tous les protestants qui avaient trouvé un refuge hors de France, pas plus qu’il n’est permis de solida­ riser avec les camisards tous les « nouveaux catholiques » des Cévennes. Mais le fait de l’appel à l’étranger, à l'An­ gleterre et aux pires ennemis de la France, n’est-pas niable; il ressortait suffisamment des documents que l'on connaissait, et il a été mis en lumière, grâce à de nouveaux et décisifs documents, par A. Legrelle, op. cit. Le comte de Broglie avait cédé la place au maréchal de Montrevel, désigné pour prendre le commandement supérieur en Languedoc, le 30 janvier 1703; Montrevel, à son tour, fut remplacé par le maréchal de Villars (nommé le 29 mars 4704, et arrivé à Beaucaire le 20 avril). Villars comprit qu’il gagnerait autant par les bonnes paroles que par les armes; il eut recours aux unes et aux autres. Nous avons un discours bien curieux 1438 qu'il adressa aux . · a Rabat-joye du triomphe monacal, in-8», 1634; Les naire universel des sciences ecclésiastiques, 1.1, p. 383; h ... .. . justes quêtes des ordres mendiants, 1635, etc. Ces Nomenclator, t. m, col. 494. écrits suscitèrent des répliques : Anti-Camus; Le Ra­ E. Mangenot. belais des évêques; Lucien de Samosate ressuscité en la CANADA. — Nous étudierons successivement .e catholicisme et le protestantisme au Canada. personne de J.-P. Camus, et Filleau lit de Camus un D1CT. DE TUÉOL. CATU0L. 11. - 4G CANADA (CATHOLICISME) I ÉDOUARD. ,LE D,î PRINCE η ζ 3 g g g g COLOMBIE. 4 O NO RDOL’3: •T. W CT CT La religion catholique embrasse environ 42 p. 100 de la population totale du Dominion qui est de 5 371 315 ha­ bitants. Dans la dernière décade d'années, elle s’est accrue de plus de 250000 âmes. Ce gain, qui dépasse celui des sectes susnommées prises ensemble, est dû surtout aux naissances, et a été réalisé en dépit d'un mouvement d'émigration des Canadiens vers le Nord-Est des États-Unis, où l'on compte aujourd'hui plus d’un million de Canadiens français. Hamon, S. J., Les Cana­ diens français de la Nouvelle-Angleterre, in-8", Qué­ bec, 1891. A "ouest, un mouvement en sens inverse se produit, faisant affluer beaucoup de protestants de la ré­ publique américaine dans les riches plaines de la Sas­ katchewan et du Manitoba. Ces deux mouvements, à l’est d'expansion catholique aux États-Unis, à l’ouest g Sg § NOUVEAU- II BRUNSWICK, NOUVELLEÉCOSSE. 88 § g g 3 8 g ÊS S S S ω -J oo CT S S 3 - B CT 8 3 8 3 œ Catholiques .... 1429260 81563 Anglicans.............. 58013 Presbytériens . . 42014 Méthodistes .... g W g •w P σ 1454 d'invasion protestante dans le Canada, auront-ils sur le catholicisme en ce dernier pays des effets défavorables que l’on peut humainement prévoir? C’est le secret de la providence. 1. Avant 1763. — Le catholicisme fut implanté au Canada par la France. Les marins des côtes bretonnes et normandes avaient entrevu ce pays, avant que Cabot (1497) et Verazzano (1522) y aient abordé, avant que Jacques Cartier y ait pénétré (1535). Cet illustre naviga­ teur fit trois voyages au Canada. Dans le premier, il re­ connut la Gaspésie et fit célébrer la messe sur celte terre (7 juillet 1534); dans le second, il remonta l’es­ tuaire du fleuve appelé par lui Saint-Laurent (10 août 1535), jusqu'à Stadacona, aujourd'hui Québec, et même jusqu’au village d’Hochelaga, sub l'emplacement duquel s'élève la florissante cité de Montréal. Après un hiver (1535-1536) au milieu des sauvages, il revint en France. Son voyage de 1541-1542 est sans importance. Si Carlier ne réussit pas à établir une colonie sur les terres dont il venait de doter sa patrie, il faut lui savoir gré des intentions qui le guidèrent. Il voulut contribuer à « l’augmentation future de notre très sainte foi ». Rela­ tion de J. Cartier insérée dans VHist. de la NouvelleFrance par Marc Lescarbot, Paris, 1609. Cf. Dionne, l.a Nouvelle-France de Carlier « Champlain, 1540-1603, in-8°, Québec, 1891. Sans nous arrêter à quelques essais d'établissements coloniaux en Acadie, qui aboutirent à la fondation de Sainte-Croix et de Port-Royal (aujourd'hui Annapolis) et qui, d'ailleurs, avort rent par suite de divisions intes­ tines et de l’hostilité de l'Angleterre, mais où il est bon de noter qu’apparaissent les premiers missionnaires, prêtres séculiers et jésuites, arrivons à Samuel de Champlain, fondateur de Québec et de la NouvelleFrance. Champlain avait visité le Canada en 1603; il s’y fixa en 1608; en 1615, il lui donna dans les récollets ses premiers apôtres. Ces religieux inaugurèrent ces mis­ sions à l'intérieur du Canada, si fameuses au xvn·siècle et auxquelles allaient bientôt prendre une part si glo­ rieuse les jésuites (1625) et les sulpiciens (1657). Dans les vastes contrées qui s'ouvraient au zèle des missionnaires, habitaient deux races sauvages tout à •VUOllKVK ONTARIO. I. CANADA. Catholicisme. — I. Établissement et con­ quêtes de la foi catholique sous la domination française, du commencement du xvn· siècle jusqu'au traité de Pa­ ris, en 1763. II. Ses luttes et ses victoires sous le sceptre britannique, de I763 jusqu'à nos jours. 111. Etat actuel. Le Canada ou, plus exactement, le Dominion du Ca­ nada s’étend de l’océan Atlantique au Pacifique; il est borné au sud par les États-Unis et les Grands-Lacs ; au nord il n'a d'autres limites que celles que lui assignent l'ardeur des missionnaires, la hardiesse des découvreurs et les mers polaires. Ce cadre, aux proportions gigan­ tesques, embrasse un pays plus vaste que l'Europe, découpé en sept États ou provinces, en trois territoires organisés et cinq non organisés. Les sept provinces de la confédération canadienne sont les provinces de Qué­ bec et d’Ontario, appelées aussi Bas et Haut-Canada, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Manitoba, la Colombie anglaise et File du Prince-Edouard. L’union des quatre premières remonte à 1867; les trois autres adhérèrent successivement à l’union en 1870, 1871 et 1873. Les territoires organisés : Assiniboia, Saskatche­ wan, Alberta; et les territoires non organisés : Athabaska-Mackenzie, Yukon, Franklin, Ungava el Keewatin, font également partie du Dominion. Seuls le Labrador et Terre-Neuve restent en dehors, bien qu'ils se rat­ tachent, l'un à la hiérarchie ecclésiastique du Canada, tous les deux aux possessions anglaises de l'Amérique du Nord. La hiérarchie ecclésiastique étend partout ses réseaux', jusqu'aux missions les plus reculées, mais il s'en faut bien qu’ils soient partout également serrés. Avec ses 1 430 000 catholiques, la province de Québec renferme à elle seule les trois cinquièmes de la population catho­ lique du Canada, estimée à 2230000 (recensement de 1901). Environ 800000 sont dispersés dans les autres provinces ou territoires, plus ou moins mêlés ou noyés parmi les protestants de diverses dénominations. Par­ tout, cependant, sauf au Manitoba, dans l'Ontario et dans la Colombie, le catholicisme l’emporte, par le nombre de ses adhérents, sur chacune des sectes protestantes prises à part. On s'en convaincra par le tableau suivant : S 1453 c a a < S 4 12957 88>?8 10655 9623 10663 10086 15015 11559 TERR.N ONORG. § jd z a<Λ is i Mo H ai a! o SJ ■< V> 6453 6392 2136 969 4453 2632 3130 1864 5127 3661 51 2621 2229600 680620 842442 916886 fait distinctes : les Algonquins et les Hurons-Iroqnois. A la famille algonquine appartenaient les Abénakis, voisins de l'océan Atlantique; les Montagnais, fixés dans le bassin du Saguenay et du lac Saint-Jean; les Altikaméques ou Poissons-Blancs des hauts plateaux des Laurentides; les Outaouais de l'ile Maniloulin (lac Huron) et beaucoup d'autres peuplades échelonnées depuis la baie d'Hudson jusque dans les prairies de l'Ouest. Quant à la souche huronne-iroquoise, elle se divisait en deux grandes branches : les Ycndats ou Hu­ rons et les Iroquois. La première s'étendait entre les lacs Huron, Erié, Sainte-Claire et Simcœ, où elle pro­ jetait trois rameaux : Attignaouanlans, Arendahronons et Attignecnonguahacs. La seconde s’étalait au sud du lac Ontario, où, se ramifiant, elle formait les cinq na- 1455 CANADA (CATHOLICISME) lions : Agniers. Ononfagués, Tsonnontouans, Onnegouthsi et Goyogouins. Il ne parait pas que la population totale de ces tribus ait dépassé 100000 individus. A leur évangélisation se dévouèrent d’abord les ré­ collets. Dès leur arrivée (1615), le P. d’OIbeau au mi­ lieu des Montagnais, et le P. Le Caron, remontant le Saint-Laurent et l’Oiitaouais. prêchent la foi en plein pays Huron, tandis que deux de leurs compagnons restent à Québec au service des colons et des sauvages d’alentour. Pendant dix ans ils multiplient les voyages; ouvrent des écoles pour les enfants indiens; font venir de nouvelles recrues et parmi elles, le P. Viel qui périt dans l’Ottawa, victime de la perfidie d’un Huron, cf. Hist, du Savll-au-Rècollel, par l’abbé Ch. Beaubien, Montréal, 1897, et le F. Sagard, qui publia le premier une Histoire du Canada, Paris, 1686; s’ingénient pour se créer des ressources et poursuivre leur oeuvre ; mais se heurtent à l’indifférence du gouvernement français, à la malveillance de la Compagnie des marchands, qui a le monopole du commerce des pelleteries, et à l’im­ puissance du gouverneur dénué lui-même de secours. Se sentant incapables de poursuivre seuls les missions entreprises, les récollets font appel aux Pères jésuites. Les Pères de Brébeuf, Lalemant et quelques autres passent alors ( 1625) au Canada. Mais tous les efforts des missionnaires sont paralysés par la Compagnie des mar­ chands qui ne tient aucun de ses engagements : attirer des habitants, fixer les Indiens, les accoutumer à l’agri culture, favoriser le catholicisme, en un mot fonder une colonie. Louis ΧΠΙ et Richelieu la suppriment (1627) et la remplacent par la Compagnie de la Nouvelle-France qui promet d’amener « les peuples qui habitent le Ca­ nada à la connaissance de Dieu et de les faire instruire de la religion catholique, apostolique et romaine ». On n’eut guère le temps de voir l'effet deces bonnes dispo­ sitions; moins de deux ans après (1629), Québec tombait au pouvoir de David Kertk qui guerroyait au compte de l’Angleterre. Port-Royal avait succombé l’année précé­ dente (1628). De l’Acadie, la France ne conservait que le fort Saint-Louis, qui n’avait pas cédé, grâce à la fidélité courageuse de Charles de la Tour. Tous les reli­ gieux durent repasser en France (1629). Le Canada ne fut rendu à la France qu’en 1632 par le traité de Saint-Germain-en-Laye. Le cardinal de Riche­ lieu offrit aux j’suites de reprendre leurs missions. Aussitôt plusieurs traversent l’Océan. Champlain, gou­ verneur, .lean de Lauzon, président de la Compagnie des Cent-Associés, les aident de tout leur pouvoir. Le P. Lejeune organise le service religieux à Québec, fonde une maison aux Trois-Rivières et ouvre le collège de Québec (1635) qui devint une source de vie intellec­ tuelle pour le pays. Cependant, d’autres jésuites éta­ blissent une mission à Miscou, île à l’entrée de la baie des Chaleurs. De là, leur zèle s’étend à la Gaspésie, à l’Acadie et au Cap-Breton. Pendant plus de trente ans (1633-1664), ils marquent leur passage par le baptême d’enfants en danger de mort et la conversion de quel­ ques adultes, jusqu'au jour où les récollets reprirent la direction des missions d’Acadie et de Gaspésie. Cham­ plain était mort (25 décembre 1635) entre les bras du P. Lalemant, heureux des succès de la foi. Après lui, l’ardeur des missionnaires ne se ralentit pas. Le P. Le Jeune s’enfonce dans le pays des Montagnais, suit leurs tribus errantes. 11 en rapporte un programme d’évan­ gélisation nettement déterminé. Chez les populations stables, comme les Hurons, l'établissement d’une mis­ sion est nécessaire, mais il est inutile chez les tribus nomades. Il faut amener les sauvages errants à se grou[ er en villages auprès des établissements français, à i’al ri des incursions ennemies, et les initier à une vie laborieuse et sédentaire. Sur ce plan, deux fondations sont faites, l'une aux Trois-Rivières, l'autre près de Vuébec, en un lieu appelé Sïllery, en l'honneur du 145G commandeur de ce nom qui en fut l’insigne bien­ faiteur. Ct. Les Jésuites et la Nouvelle-France au X vif siècle, par le P. de la Rochemonteix, S. .L, Paris, 1895, t. i; l ie de l'illustre serviteur de Dieu, A'oëi Bruslard de Sillery, Paris, 1843, p. 17. En 1610, nou­ velle mission fondée à Tadoussac qui devient dès lors un centre de propagande catholique. Ct. Arthur Buies, Le Saguenay et la vallée du lac Saint-Jean, Québec, 1S80, p. 56. Tandis que les jésuites poursuivent l'évangélisation des Indiens, la providence envoie à Québec des reli­ gieuses hospitalières et des ursulines (1639). Les pre­ mières dirigeront un Hôtel-Dieu que dote la duchesse d’Aiguillon, nièce de Richelieu; les secondes, à la tète desquelles se trouve Marie de l'incarnation, pourvoiront à l'éducation des filles. Leur protectrice. M™· de la l’eltrie, les a suivies. Ces héroïques femmes rivalisent de zèle pour la conversion des sauvages. Voir abbé Casgrain, Histoire de l’Hotel-Dieu de Québec, Québec, 1878; Id., Histoire de la Vên. Hère Marie de l’incar­ nation, Québec, 1880; Œuvres complètes de l’abbé Casgrain, 4 vol., Montréal, 1890; Histoire de la Vén. Mère Marie de l’incarnation, d’après dom Claude Martin, son fils, par l’abbé L’. Chapot, 2 vol., Paris, 1892; Lettres de Mère Marie de l’incarnation, in-4», Paris, 1681; abbé A. Gosselin, H· de Bernières, in-12, Québec, 1902. Mais la Compagnie des Associés manque à ses enga­ gements. Elle attire peu de colons, ne fait rien pour fixer les Indiens, se désintéresse de la propagation de la foi. D’autre part, les Iroquois deviennent chaque jour plus menaçants. En 1641, le gouverneur de Montmagny doit soutenir contre eux une véritable guerre. Dans ces conjonctures se forme la Compagnie de Montréal. Elle se propose, sans être « à charge au roi, au clergé, ni au peuple, pour seule lin, la gloire de Dieu et l'établis­ sement de la religion dans la Nouvelle-France ». Née de l'inspiration de deux hommes de Dieu, M. Olier et M. de la Dauversière, cf. Vie de M. Olier, par M. Faillon, S. S., 4» édit., Paris. 1873, t. tu, p. 397 sq., encouragée par Urbain VIII, elle trouve dans Paul de Chomedey de Maisonneuve un fidèle exécuteur de scs intentions. Les Associés achètent de M. de Lauzon, di­ recteur de la Compagnie des Cent-Associés, File de Montréal (7 août 4640). Moins de deux années après, Maisonneuve, à la tête d’une petite troupe de chrétiens déterminés, parmi lesquels Jeanne Mance, future fon­ datrice de l'Hôtel-Dieu. débarque dans Tile (18 mai 1G42) et jette les fondements de Ville-Marie ou Montréal. Nous ne dirons pas tout ce qu’il fallut d’énergie, de vigilance et de démarches à Maisonneuve pour affermir et déve­ lopper l'œuvre naissante ; nous ne retracerons pas les luttes héroïques que la colonie soutint contre les Iro­ quois pendant plus de trente ans. En 1653 arrive à Montréal Marguerite Bourgeoys, fondatrice de cet ad­ mirable institut des sœurs de la congrégation NotreDame qui instruisent depuis près de trois siècles les jeunes Canadiennes. Quatre années plus tard (1657), M. Olier mourant envoie les quatre premiers prêtres de Saint-Sulpice : de Queylus, Souart, Gallinier et d’Allet, sur cette terre de Montréal où il aurait désiré venir lui même. Sur la fondation et les premières années de Montréal, con­ sulter Dottier de Casson, S. S., Histoire du Montréal, publi e par tes soins de ta Société historique de Montréal. Montréal. 1869; Failton, S. S., Histoire de la colonie française en Ca­ nada, 3 in-4·, Montréal, 1865; Les véritables motifs de mes­ sieurs el dames de la Société de N.-D. de Montréal, pour iu conversion des sauvages de la Nouvelle-France, in-4·. Par s, 1643; Paillon. S. S., Vie de la Vén. Mère Bourgeoys, 2 in-8·. Paris, 1853; Id.. Vie de M"· Mance, fondatrice de ΓΗ.”· i-Dieu de Viltemarie, Paris, 1854; Id., Vie de M. Olier, fondateur du séminaire Saint-Sulpice, 4· édit., 3 vol.. Paris. 1873; P. Rousseau, S. S., Vie de Paul Chomedey de Maitwiai, Montréal, 1886. 1457 CANADA (CATHOLICISME) Les jésuites cependant continuent leurs travaux apos­ toliques parmi les sauvages. Pour eux est arrivée Père des martyrs. En 1642, le P. Jogues, est enlevé par les Agniers et n’échappe â la mort que par l'intervention des Hollandais. Le P. Druillètes porte la foi chez les Abénakis (1646), cf. G. Bancroft, History of the United Stales, t. iv, c. xx; abbé Maurault, Histoire des Abena­ ki's, Montréal, 1866; F. Parkman, The Jesuits in North America, Boston, 1880, c. xx; le P. Buteux, chez les Attikamèques, où il périt victime des Iroquois au cours d’un voyage (1652). Il n’était pas le premier à tomber sous les coups de ces barbares. Les années 1648, 1649 avaient vu la destruction de la florissante mission parmi les Hurons. Celte mission occupait 18 jésuites, qui rayonnaient dans toute la contrée située entre la baie Géorgienne et le lac Simcœ, se réunissant seulement pour les retraites. A leur voix les Hurons se convertissaient nombreux, lorsque les Iroquois lirent invasion. Ce fut moins une guerre, qu’un massacre jusqu’à l'extermina­ tion. Là périrent les Pères Daniel, de Brébeuf, Lalemant, Garnier et Chabanel. Les supplices atroces au milieu desquels succombèrent les Pères de Brébeuf et Gab. Lale­ mant, brûlés à petit feu, déchirés et mutilés avec un art diabolique pour ménager leur vie’ et prolonger leurs souffrances, et leur fermeté à tout supporter pour affer­ mir dans la foi les Hurons, voués à la mort comme eux, leur ont fait donner par le peuple le nom de mar­ tyrs (1649). Les Hurons, échappés à la fureur des Iro­ quois, se réfugièrent les uns dans File Manitoulin, les autres dans l’ile Saint-Joseph (aujourd'hui Christian Is­ land) dans la baie Géorgienne, d'où, dès le printemps 165U, ils descendirent à l’ile d'Orléans, prés de Québec. Abbé Ferland, Cours d'histoire du Canada, 2 in-8·, Québec, 1885, t. I, p. 375 sq. Pour cette mission Luronne et pour toutes les missions des jésuites, consulter Relations des jésuites, 3 in-4·, Québec, 1858; cet ouvrage comprend dans sa I" partie une Briève relation du voyage de la Nouvelle-France fait au mois d’avril dernier par le P. Le Jeune et publiée pour la pre­ mière fois en 1(532, à Paris; Le journal des jésuites, Québec, 1871. publié par les abbés Laverdière et Casgrain, en forme le complément indispensable; de Charlevoix, S. J., Histoire et description générale de la Nouvelle-France, 3 in-4·, Paris, 1749; Les jésuites martyrs du Canada, in-8”, Montréal, 1877. Trois ans avant le massacre des Hurons, les Iroquois avaient assassiné le P. Jogues(18 octobre 1646) qui avait tenté un troisième voyage d’évangélisation dans une de leurs tribus : les Agniers. Le P. Bressani, jésuite ita­ lien, n'échappa qu’avec peine à ces barbares. Bressani, S. J., Relation abrégée de quelques missions des Pères de la Comp. de Jésus, traduit de l'italien par le P. Mar­ tin, S. J., Montréal, 1852; F. Martin, S. J., Vie du P. Jogues, New-York. Sur les mœurs des Iroquois et en général sur les sau­ vages du Nord de l'Amérique, voir Lafitau, Mœurs des sau­ vages américains, etc., 2 in-4·. Paris, 1723; baron de la Hontan, Voyages dans l’Amérique septentrionale, etc., réédité en 1705. Paris, sous ce titre : L'Amérique sept, ou la suite des Voyages de AI, de la Hontan, in-12; Catlin, Illustrations of the man­ ners, customs and condition of the North American Indians. 9" édit., 2 vol., Londres, 1857 ; Me Kenny, History of the Indian tribes of North America, 3 vol., Philadelphie, 1870; Schoolcraft, Information respecting the history, condition and prospects of the Indian tribes of U. S., Philadelphie, 1853. Cos violences des Iroquois les avaient rendus la ter­ reur de la colonie. Montréal ne dut son salut qu’au courage de Maisonneuve, de Lambert Closse, de Le­ moyne et au dévouement du jeune Dollard. Profitant d'un moment d’accalmie, les jésuites évangélisèrent les Onnoutagués, les Agniers et les Outaouais. Cf. Les jé­ suites et la Nouvelle-France, t. Il, p. 129 sq. L’année 1(39 marque le commencement de la hiérar­ chie ecclésiastique au Canada. Jusque-là les mission­ naires s’étaient considérés comme relevant directement, durant les premières années, du saint-siège, et, depuis un temps assez lot’", de l’archevêque de Bouen. A tort 1458 on à raison, celui-ci regardait le Canada comme dépen­ dant au spirituel de son autorité et agissait en consé­ quence; et ni le gouvernement français, ni le souverain pontife ne s'y étaient opposés comme à des prétentions illégitimes. Quand M. de Queylus fut envoyé à Montréal par M. Olier, il obtint de l'archevêque de Rouen (1657) le titre de vicaire général; et nul au Canada ne songea à élever de doute sur son autorité. H en usa du reste pour l’avancement de la religion. Il organisa le service divin à Montréal, travailla à metlre la ville naissante à l’abri des incursions iroquoises et releva le sanctuaire et le pèlerinage de Sainte-Anne de Beaupré, où l'on accourt aujourd’hui de tous les points de l'Amérique du Nord. Ses pouvoirs expirèrent à l'arrivée de M»r Fran­ çois de Montmorency-Laval, nommé par Alexandre VU évêque de Pétrée et vicaire apostolique de la NouvelleFrance. M. de Queylus, qui n’avait été informé directe­ ment du changement survenu, ni par la cour de France, ni par l'archevêque de Rouen, hésita un moment à céder des droits dont il croyait jouir encore, et bientôt quitta le Canada. Le nouvel évêque eut d’autres difficultés. La vente des boissons enivrantes aux sauvages avait amené des dé­ sordres déplorables et démoralisé un trop grand nombre de nouveaux convertis. Les gouverneurs, d'Argenson d’abord, puis d'Avaugour, n'osaient s'y opposer, dans l'intérêt du commerce des fourrures. L'évêque en vint à l'excommunication. Cette mesure n'ayant pas suffi, il passa en France, obtint de Louis XIV la révocation d’Avaugour qui fut remplacé comme gouverneur par de Mésy (1663). Les difficultés ne tardèrent pas à re­ naître à propos du trafic de l'eau-de-vie; elles se com­ pliquèrent de nouveau au sujet d'un conseil souverain créé par le roi pour régler les affaires d une colonie si éloignée. Le gouverneur et l’évêque devaient nommer conjointement et de concert, les cinq conseillers qui, avec eux, formeraient le conseil. Celte clause fut la source de regrettables dissensions entre les deux auto­ rités. L'opposition du gouverneur à l’évêque parut aller parfois jusqu’à la violence. Ferland, Cours d’hist. du Canada, t. Il, p. 24. De Mésy signifia au brave de Mai­ sonneuve l’ordre de repasser en France (1664). Ce fut un deuil pour le pays. Le gouverneur de Montréal, en effet, avait sauvé la colonie, et par la fondation de celte ville et par les échecs répétés qu'il avait infligés aux Iroquois. Pendant les vingt-trois années qu’il passa à Ville-Marie, il y avait vu fonder Fllôlel-Dieu (1642) au service duquel se mirent les sœurs hospitalières de Saint-Joseph de La Flèche (1659), l'institut de la con­ grégation Notre-Dame, œuvre de la sœur Bourgeoys (1653); s’y fixer les prêtres de Sainl-Sulpice (1657) qui, en 1663, avaient acheté de la Compagnie des Associés de N.-D. de Montréal les droits de propriété et de seigneurie de File de Montréal, se chargeant des dettes à acquitter (près d'un million de francs) et des dépenses à faire pour le bien de la colonie. A de Mésy, mort en désavouant sa conduite envers Mur de Laval (1665), avait succédé de Courcelles, qui vint au Canada avec de Tracy envoyé par Louis XIV, sous le titre de vice-roi, afin d’y régler les difficultés pen­ dantes et de réprimer l'audace des Iroquois. H avait reçu de Colbert l’ordre d'éviter tout conllit avec l’évêque, comme nuisible aux intérêts du pays. Les Iroquois furent châtiés (campagnes de 1665 et 1666) et pendant dix-huit ans n’osèrent relever la tête. En 1668, M'Jr de Laval ouvrit un petit séminaire pour la formation clas­ sique des futurs clercs. Dix ans plus lard (1678), il jeta les fondements d'un grand séminaire. Dès les premiers jours de son épiscopat il s'était occupé de cette œuvre. Nous trouvons, dès 1663. groupés autour de lui plusieurs jeunes gens qui avaient achevé leur cours classique en France et à qui l'évêque fait enseigner la théologie. L’augmentation de la population française (on l’es­ 1439 CANADA (CATHOLICISME) timait à 7000 en 1072) obligea le prélat à créer, en dehors de Québec, un certain nombre de cures ou missions avec un prêtre résidant. La visite pastorale de 1681 en compte 25 de ce genre. Il fallait pourvoir à la subsistance des pasteurs, non seulement pour le pré­ sent. mais pour l'avenir; établir une organisation qui leur permit de compter sur des émoluments réguliers et suffisant à leur entretien, .lusque-là, en effet, les habitants avaient été desservis par des missionnaires et des religieux qui acceptaient ce qu'on leur offrait, mais sans rien exiger. Le prélat imposa la dîme. Un acte de 1663 la fixa au 13": plus tard, elle fut réduite au 26’ des récoltes (1679), le roi devant suppléer au reste. Cette dime, aux termes de l'acte de 1679, n'était payable qu'aux curés fixes et perpétuels. En fait, les curés ne furent qu'excoptionnellement inamovibles. Ajoutons qu'a cette époque, sans y être rigoureusement obligé, tout le clergé faisait partie du séminaire, qui constituait une sorte de corporation, et lui abandonnait ses revenus ecclésiastiques et souvent même ses biens de famille, à charge pour le séminaire de pourvoir à l’entretien de ses membres en santé et en maladie. Le séminaire, de concert avec l'évêque, choisissait parmi ses prêtres les desservants des paroisses et les missionnaires. Abbé Gosselin, Vie de Ms' de Laval, 2 vol.. Québec, 1890; Id., Le Vénérable François de MontmorencyLaval, Québec, 1901. Le mouvement des missions ne s’était pas ralenti entre 1660 et 1680. Tandis «pie le I’. Ménard, jésuite, évan­ gélise les Outaouais, le P. Allouez pénétre jusqu'au lac Supérieure! y fonde deux missions(1665), les PP. d'Ablon et Marquette plantent la croix au Saiilt-Sainte-Marie. D’autres jésuites, se joignant aux explorateurs SaintLusson et Cavelier de la Salle, prennent possession des rives du lac Huron, et deux ans après (1672), le P. Albanel s'enfonce, en passant par le lac Saint-Jean, jusqu'aux rives de la baie d'Hudson. Les missions chez les Iroquois, abandonnées pendant les expéditions de 1665-1666, furent reprises, mais sans grand succès. A la date de 1669 remonte la fondation de la mission séden­ taire de la Prairie de la Madeleine, au sud de Mont­ réal. Là fleurit, sous la direction des jésuites, une chré­ tienté qui donna des modèles de foi et de piété: là s’épanouit le lys du Canada, cette Catherine Tegakouita, morte à 23 ans et dont le 111’ concile de Baltimore a demandé que l'on introduisit la cause. Cette chrétienté, transférée au Sault-Saint-Louis (aujourd'hui Caughnawaga), est encore florissante (elle compte plus de 2000 âmes) et après bien des vicissitudes est revenue entre les mains des jésuites (1902). Notons aussi que c'est du Canada que partirent L. Jolliet et le P. Mar­ quette pour la découverte du Mississipi (1673). Récit des voyages et découvertes du P. J. Marquette, New-York, 1855; Reuben Gold Thwaites, Father Marquette, in-12, New-York. 1902. Les sulpiciens n’avaient pas attendu jusqu’à cette époque pour s'adonner à l’apostolat des sauvages. Dès leur arrivée ils avaient évangélisé ceux que la chasse, le commerce ou un attrait pour la « prière » amenaient à Ville-Marie. Deux de leurs missionnaires, MM. Vignal et Lemaître, étaient tombés sous les coups des Iroquois. Les missions sulpiciennes lointaines commencent avec MM. Trouvé et de Salignac-Eénelon, frère de l'illustre archevêque de Cambrai, qui fondèrent celle de la baie «b- Kenté (16681 au point où le lac Ontario se déverse dans le Saint-Laurent. Durant les quatorze années de son existence, elle fut un foyer d’où la foi rayonna dans toutes les contrées environnantes jusqu’à Niagara. En 1669, M. Dollier de Casson et M. Bréhan de Gallinée partirent de Ville-Marie avec Cavelier de la Salle, résolus à pousser à l'ouest jusqu’au Mississipi. Bientôt abandonnés du découvreur, les sulpiciens traversent les lacs Ontario, Érié, Huron, visitent les contrées avoi­ 1460 sinantes. remontent jusqu’au Sault-Sainte-Marie et ren­ trent à Montréal après avoir pris possession au nom du roi des pays parcourus. M. de Gallinée a écrit une rela­ tion et tracé une carte de cette expédition. Cf. Faillon, Hist.de la colonie française en Canada, t. ni, p. 284 sq. ; Margry, Découvertes et établissements des Français dans l’Amérique septentrionale, Paris, 1879-1881, t. t; Harris, History of the early Missions in Western Ca­ nada, Toronto, 1893. Signalons encore les missions sulpiciennes de la « Mon­ tagne », de Gentilly el de l'Ile-aux-Tourtes, situées dans les environs de Montréal. La première, qui s’élevait sur l’emplacement actuel du grand séminaire, fut transportée au Sault-au-Récollet, puis.au xvin· siècle, sur les bords de l’Ottawa, au lac des Deux-Montagnes, à dix lieues à l’ouest de Montréal où elle existe encore aujourd'hui desservie par les sulpiciens. Pour subvenir aux dépenses des missions et des pa­ roisses fondées autour de Montréal, les supérieurs de Saint-Sulpice n'envoyaient au Canada que ceux de leurs sujets dont les revenus patrimoniaux suffisaient à leurs voyages et à leur entretien. Cette règle fut observée jusqu’en 1760. Les récollets, de retour au Canada, depuis 1670, s'établirent à Québec et eurent quatre missions : TroisRivières, Pile Percée (Gaspésiej, la rivière Saint-Jean et le fort Frontenac, sur le lac Ontario. En 1682, M. Dollier de Casson les appela à Montréal. Plus tard, Mor de Saint-Vallier leur confia les missions du CapBreton et de Plaisance à Terreneuve. Tandis que les missions se poursuivaient ainsi, Mnr de Laval avait obtenu (1er octobre 1674) de Clément X l’érection de Québec en évêché, confirmé l’union du séminaire de Québec avec celui des Missions étrangères de Paris (1676), lutté avec énergie contre le gouverneur de Frontenac et l’intendant Talon pour le maintien des droits de son Église et pour l'extirpation du trafic de l'eau-de-vie, érigé un chapitre de chanoines, organisé le système des cures et des dessertes. Ci. Le Vénérable François de Montmorency-Laval, par l’abbé Casgrain, Québec, 1901 ; Le comte de Frontenac, par H. Lorin, Paris, 1895; Jean Talon, intendant de la NouvelleFrance (1665-jeiâ), par Th. Chapais, Québec, 1904. Ses dissensions avec Frontenac avaient engagé Louis XIV à rappeler celui-ci (1682) et à le remplacer par de la Barre. Le nouveau gouverneur, au lieu de gagner les Iroquois par de bons procédés, comme avait fait son prédécesseur, fit contre eux une expédition malheureuse (1684) qui devait peu après amener la ruine des mis­ sions chez les Cinq-Nations. En'1684, Msrde Laval porta sa démission au roi. Son séjour en France se prolongea jusqu’en 1688. Quand il revint, son successeur, M'Jr de Saint-Vallier, avait déjà pris la direction de son Église. Le vieil évêque vécut encore vingt ans (1688-1708) et mourut avec la réputation d’un saint. Deux siècles plus tard (23 mai 1878) son corps fut transféré de la cathé­ drale dans la chapelle du séminaire où il avait souhaité reposer. A la suite de celte fête, une supplique fut adresée aux évêques du Canada en vue d’obtenir du saint-siège l'autorisation d'introduire la cause de M«r de Laval. Tous y consentirent et un premier procès fut soumis à l’approbation de Léon XIII. Msr II. Têtu, Les évêques de Québec, Québec, 1889. Avant de passer à la période qui s’ouvre avec Msr de Saint-Vallier, rappelons que Colbert et l'intendant Talon rendirent d'immenses services à la colonie et â l’Église naissantes en provoquant un vigoureux courant d’émigration vers le Canada. Entre 1665 et 1680 il vint au Canada plus de colons que n’en avait amené le demisiècle précédent. Ce qui est mieux, on fut sévère dans le choix des jeunes filles à envoyer, tant au point de vue moral qu’au point de vue physique. On écarta sans merci les personnes dont les mœurs eussent pu devenir 14G1 CANADA (CATHOLICISME) une cause de décadence et de corruption plutôt que d’accroissement. Charlevoix, Histoire de la NouvelleFrance; Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, t. m, p. 210; Lettres de Marie de l'Incarna­ tion, lettre lxxxi ; Gailly de Taurines, La nation cana­ dienne, in-12, Paris, 1894, p. 12; Ferland,,Cours d’his­ toire du Canada, t. n, p. 12; Le Clercq, Etablissement de la foi dans la Nouvelle-France, 2 in-12, Paris, 1690. Au nom de Mflr de Saint-Vallier se rattache la fonda­ tion de l’hôpital général de Québec, œuvre qui coûta à son fondateur beaucoup d'argent et encore plus de soucis, jlfo' de Saint-Vallier et l'hôpital général de Québec,in-Se, Québec, 1882. Nous avons dit plus haut que le séminaire elles cures avaient été unis par Mor de Laval. Le nouvel évêque rompit avec cet état de choses et, par un arrêt du conseil d’État du 11 février 1692, il obtint que désormais le séminaire s’occuperait seulement de former le clergé, et, par exception, de pourvoir aux missions, qu’aucune cure ne lui serait unie à l’avenir sans l’approbation de l’évêque. Il obtint de plus que les 8000 livres que le roi donnait annuellement, sur son domaine d'Occident, pour suppléer à l’insuffisance des dîmes, allassent par tiers au séminaire, aux curés et aux églises. S’il n’était fastidieux d’y revenir, nous parlerions ici des querelles de l’évêque et du gouverneur, M. de Frontenac, au sujet de la vente des liqueurs aux sauvages. Entre l’autorité civile et le pouvoir ecclésiastique ce fut là une source intarissable de discussions pendant toute la domination française. En 1690, l’amiral anglais Phipps avait attaqué Québec avec 32 vaisseaux. Frontenac pourvut à la défense, tandis que l’évêque exhorta, dans une lettre pastorale, les Cana­ diens à se conduire vaillamment en se conlianl en la sainte Vierge. Après d’inutiles eflbrts, les Anglais dis­ parurent; et le prélat, pour accomplir un vœu, dédia à N.-D. de la Victoire l’église de la basse ville. Debout encore, elle reste comme un monument de la protec­ tion du ciel. Rapportons encore à cette période la construction du palais épiscopal de Québec, la publication d’un caté­ chisme pour le diocèse, l’établissement des conférences ecclésiastiques, la tenue des premiers synodes, et la fondation, à.Montréal, d’un hôpital général et des frères hospitaliers de Saint-Joseph ou frères Charon (1700). L’ére des grandes missions est passée; cependant de la Mothe-Cadillac avec cant Canadiens et un mission­ naire fonde la ville et la colonie de Détroit (1700). Le séminaire de Québec envoie des apôtres aux Tamorois, entre la rivière des Illinois et l'Ohio; les récollets prennent les missions de l’ile Royale ou Cap-Breton. De leur côté, les jésuites évangélisent les Miamis, les Sioux, les Outaouais, les Illinois et se maintiennent parmi les Iroquois, sinon pour y cueillir des fruits nombreux, du moins pour dissiper les préjugés de ces peuples contre les Français, les empêcher de pactiser avec les Anglais de la Nouvelle-York et procurer ainsi la sécurité de la religion au Canada. L’époque est en effet venue des assauts furieux et ré­ pétés de l’Angleterre et de ses colonies, c'est-à-dire du protestantisme, contre la petite colonie catholique dont le gouvernement français, imprévoyant de l'avenir, se désintéresse de plus en plus. Dés la fin du xvil« siècle ont cessé les émigrations vers la Nouvelle-France. On ne voit plus de ces grands convois faisant voile vers l’Amérique tout chargés de populations nouvelles pleines de foi et d’énergie. La colonie ne compta plus pour s’accroître que sur sa propre vigueur et sur quelques immigrations individuelles. En dépit des guerres qui marquèrent le début du xvin» siècle, la population canadienne s’élevait en 1713 à 18000 âmes; et le recensement de 1739, le dernier qui fut fait sous la domination française, nous la montre atteignant le cliilfre de42000. C'était bien peu pour résister à un adversaire qui comp­ | ' | j 1 , | 1462 tait, en 1706, 262 000 individus, et qni allait croissant chaque année par de continuelles immigrations. L'Aca­ die surtout était faible, sa population atteignant à peine 2 000 habitants d’origine française. Contre elle se portèrent tout d’abord les efforts de la Nouvelle-Angleterre. Après avoir résisté deux fois en 1704 et en 1707, Port-Royal fut pris (1710) et trois ans plus tard le traité d’Utrecht (1713) cédait à l’Angleterre l'Acadie, Terre-Neuve et la baie d'Hudson. La terre acadienne avait vu dès 1604 des missionnaires français se fixer sur ses rives parmi les Micmacs et les Abénakis. Plus tard étaient venus les jésuites, les récol­ lets et les Pères pénitents. De 1685, à l'époque de la dispersion violente des Acadiens par Lawrence en 1755, les missionnaires de cette contrée appartinrent surtout à Saint-Sulpice el au séminaire de Québec. Leux· suc­ cession n’y fut jamais interrompue. Ils furent jusqu’à six à la fois. Parmi les plus célèbres citons MM.Geoffroy, Baudoin, Trouvé, de Breslay, Métivier, de la Gondalie, de Miniac, Chauvreux et Desenclaves, tous prêtres de Saint-Sulpice; Petit, Thury, Gaulin, du séminaire de Québec. Les jésuites eurent aussi une mission chez, les Abénakis du voisinage, et un de leurs missionnaires, le P. Rasles, fut tué par les Anglais. Charlevoix, Histoire de la Noueelle-France, t. n, 1. XX. La population catho­ lique française, soutenue et consolée par son clergé, s’était multipliée en dépit des persécutions des Anglais. En un demi-siècle elle s’était portée de 2600 à près de 15000. Abbé Casgrain, Les sulpiciens en Acadie, Québec, 1897 ; Id., Un pèlerinage au pays d’Evangeline, Québec, 1888; Ed. Richard, Acadia, 2 in-12, Montréal, 1895. Il serait trop long de rappeler ici par quelle suite de vexations les Acadiens, à qui le traité d’L'lrecht avait permis de se retirer ailleurs, s’ils le voulaient, après la cession de leur pays à l'Angleterre, à qui peu après la reine Anne avait accordé la libre possession de leurs biens, s’ils consentaient à rester, furent graduellement préparés, par des gouverneurs tels que Nicholson (1714), Caulfield (1716), Philipps (1720), Armstrong (1739), aux violences inouïes et froidement calculées qui ont voué la mémoire de Lawrence à l’exécration de l’humanité et qu’a immortalisées Longfellow dans son touchant poème d'Évangeline. Ed. Richard, Acadia Missing, Husks of a lost chapter of American history, 2 in-8“, Montréal, 1895. Pendant que se déroulaient ces événements douloureux pour la religion, le Canada jouissait d'une paix relative. Mais l'on pressentait de toutes parts que les elforts de l’Angleterre et de ses colonies se porteraient bientôt contre ce boulevard de la foi catholique. Au lieu d’envoyer des hommes, la France s'obstinait à construire à grands frais d'inutiles fortifications à Louisbourg et à Québec. En vain, des gouverneurs, comme de Vaudreuil et de la Galissonniére, réclamaient-ils des convois de colons. Le ministère avait d’autres vues et préférait des forteresses. Isidore Lebrun. Statistique des deux Canadas, in-8°, Paris, 1835; Gailly de Taurines, La nation canadienne, p. 32. ■ En 1713, Mir de Saint-Vallier, après 13 ans d’absence, dontôde captivité en Angleterre, était revenu à Québec. Il vécut jusqu’en 1727, soutenant par ses lettres et ses visites les missionnaires et les fidèles de son vaste dio­ cèse, qui s’étendait de Terre-Neuve à la Louisiane. Il fit de riches donations aux divers établissements du pays. On les a évaluées à 600000 livres. Son successeur, Mur Duplcssis-Mornay, ir'alla jamais au Canada. Il gou­ verna son diocèse par un administrateur. Ses infirmités l’obligèrent à démissionner en 1733. 11 fut remplacé par Mor Dosquet. Le nouvel évêque avait été sulpicien et membre de la communauté de Montréal. Sur le conseil de M. Tronson, il s’était donné aux Missions étrangères qui manquaient de sujets; et c’est là qu’on l’avait pris pour l’élever sur le siège de Québec. Il s’appliqua sur- 1463 CANADA (CATHOLICISME) tout à promouvoir l’éducation de la jeunesse et la vie religieuse dans les communautés. Il écrivit plusieurs lettres pastorales sur ces sujets. L’instruction des filles était alors donnée par les ursulines qui avaient une maison à Québec et une autre aux Trois-Rivières, et par les sœurs de la congrégation Notre-Dame qui comp­ taient 14 maisons. De plus, ces religieuses avaient formé des institutrices qui répandaient l'instruction dans les campagnes. Pour les jeunes gens, outre le collège des jésuites et le petit séminaire de Québec, on avait ou­ vert une école des arts et métiers à Saint-Joachim; et les sulpiciens avaient fondé des écoles latines à Montréal. Cf. Mandements des évêques de Québec, publiés par Mur Têtu et l’abbé Gagnon, Québec, 1887, t. t, p. 543. L’instruction primaire était donnée par des instituteurs amenés de France ou pris au pays. Les frères Cbaron en firent passer 24 au- Canada. Les religieux et leurs novices s'adonnaient aussi à cette œuvre. Nous voyons même les curés de Montréal, en signant sur les registres, ajouter à leur titre celui de maître d'école. Mor Dosquet quitta le Canada en 1735, épuisé par un climat trop rigoureux. Démissionnaire en 1739, il est remplacé par Mur de Lauberivicre. Après plusieurs années de veuvage, l’Église canadienne se réjouissait de l’arrivée du nouvel évêque (1740) quand il lui fut rapi­ dement ravi. Le prélat s’était prodigué pendant la tra­ versée auprès des soldats atteints du scorbut et avait contracté le terrible mal. Il eut pour successeur, l’année suivante, M'Jr de Pontbriand (1741-1760). Ce fut le der­ nier évêque de la domination française. Il releva sa ca­ thédrale qui tombait en ruines (1744-1748), contribua â restaurer le monastère des ursulines des Trois-Rivières et l'Hôtel-Dieu de Québec (1755), dévorés par le feu, supprima 19 des 35 fêtes chômées d’obligation, dont il renvoya la solennité au dimanche, établit les retraites ecclésiastiques; par sa science et sa vertu il fut le modèle de son clergé. Tandis que les chefs de la hiérarchie travaillaient à l’affermissement de la foi, ils étaient vaillamment se­ condés par un clergé plus nombreux et par les commu­ nautés. Les jésuites avaient encore des missions, mais elles étaient fort réduites. On estime, en effet, que les maladies contagieuses, l’eau-de-vie et les guerres d’extermination qu'ils s’étaient livrées avaient abaissé le nombre des sauvages à un dixième de ce qu’ils étaient en 1650. Les sulpiciens avaient travaillé sans arrêt à la colonisation de file de Montréal et de la région environnante. Leurs supérieurs furent tous vicaires généraux de l’évêque de Québec. A Dollier de Casson, décédé en 1701, avait succédé M. Vachon de Belmont (1701-1732), qui lit construire à ses frais le fort de la Montagne, le vieux séminaire encore debout, et commencer le canal de Lachine à Montréal. M. Normant du Faradon, qui le remplaça (1732-1759), sauva d'une ruine imminente l'hôpital général en se chargeant en partie des dettes des frères Charon et en le faisant passer entre les mains des sœurs grises, les « Filles de la Charité » du Canada, dont il est, avec M™· d’Youville, le fondateur (1755). Faillon, Vie de Mme d’Youville, fondatrice des sœurs grises, Montréal, 1852; M"”’Jette, Vie de la Vénérable Mère d'Youville, Montréal, 1900. A Saint-Sulpice de Montréal appartenait également cet abbé Picquet à qui b ville d’Ogdensburg érigeait, en 1899, un monument comme à son fondateur. Missionnaire au lac des DeuxMontagnes, où il construisit un calvaire devenu lieu de pèlerinage, il passa ensuite dans l'Ouest, fonda la célèbre mission de la Présentation (1749) et exerça une telle influence sur les Indiens qu'il les tint lidèles à la France dans les circonstances désespérées de la dernière guerre 1756-1759), infligea, à la tète de ses bandes iroquoises, plusieurs défaites aux Anglais, qui, ayant vainement tenti· de le gagner â leur cause, mirent sa tète à prix; par son intrépidité, enfin, il arracha au gouverneur 1461 I Duquesne ce cri d’admiration : « L'a’obé Picquet me ! vaut mieux que dix régiments. » J. Tassé, L'abbé PieI quel, dans la Revue canadienne, janvier et février 1870, t. vu; Riband jeune, Le Panthéon canadien, Mont( réal, 1858; Biographie universelle ancienne et moderne, Paris, 1823, t. xxxtv, p. 289; Lettres édifiantes et cu­ rieuses, Lyon. 1819, t. xtv; Mémoire sur la vie de I M. Picquet, par M. de la Lande, de l’Académie des sciences, p. 262. On sait quels événements précipitèrent la chute de la colonie. Ils appartiennent au domaine de l’histoire générale. Après la prise de Québec (1759), Miu de Pont­ briand se retira â Montréal, chez, les prêtres de SaintSulpice. De là, il instruisit minutieusement ses curés par des lettres circulaires sur la conduite à tenir en ces temps difliciles. et s’éteignit (8 juin 1760), avant d’avoir i vu Montréal au pouvoir des Anglais. 11 fallait pourvoir à l’administration d’un diocèse immense. Avec l'autorisation du général Murray, le chapitre s'assembla et nomma des administrateurs : M. Briand, pour la région récemment conquise, M. Perreault pour les Trois-Rivières et la partie encore française, M. Montgolfier, supérieur de Saint-Sulpice, pour Montréal et le Haut-Canada, M. Maillard pour l’Acadie, M. Forget pour les Illinois, M. Beaudoin pour la Louisiane. Le 10 février 1763, fut signé le traité de Paris qui cédait le Canada à l'Angleterre. Pour l’Églisecanadienne se fermait la période de l'établissement et de raffermis­ sement de la religion et s’ouvrait celle des luttes el de l’épanouissement qu’il nous reste à parcourir. IL Après 1763. — Au moment du traité de Paris, la population catholique, toute d'origine française, comp­ tait à peine 70000 âmes. Tous les chefs naturels des Canadiens avaient regagné la France. Seul le clergé leur restait. Il se trouva investi de la double mission de conserverie peuple dans la foi des aïeux, et de le diriger dans la conquête de ses droits civils et politiques. Cf. Ferland, Cours d’histoire du Canada, t. n, p. 607; Gailly de Taurines, La nation canadienne, p. 44; E. Ra­ meau, Situation religieuse de l’Amérique du Nord, dans Le correspondant, juillet 1866. Pendant la discussion du traité de Paris, le clergé adressa à l'ambassade de France à Londres un mémoire sur les allaires religieuses du Canada, réclamant la garantie de l’évêché et du chapitre de Québec et propo­ sant de faire élire l’évêque par le chapitre, avec l'agré­ ment du roi, comme on faisait autrefois dans l’Eglise. Les agents du clergé olfrirent même de loger l’évêque au séminaire, dont il serait le supérieur et dont les membres, devenus chanoines, formeraient son chapitre. « Car, disaient-ils, c’est un usage reçu dans toute l’Église, qu'il n’y a point d'évêque titulaire sans chapi­ tre. » Autres étaient les pensées du gouvernement anglais. A la hiérarchie catholique il se proposait de substituer la hiérarchie anglicane et se flattait d’avoir aisément raison de la conscience d’une poignée de colons. Après avoir aboli les lois françaises de sa propre autorité, le roi George III exigea des Canadiens le serment d'allé­ geance. On signifia aux curés que, s’ils refusaient de le prêter, ils se préparassent à sortir du Canada. Même ordre fut donné aux autres habitants. C’était leur de­ mander l’abjuration et la révolte contre la juridiction du saint-siège. En même temps, on dressait un état des églises, des prêtres, des curés, de leurs revenus, de leurs biens, ainsi qu’un tableau des communaut - re­ ligieuses, avec un précis de leurs constitutions, droiis. privilèges et propriétés. A Londres, on projetait de re­ lever la cathédrale de Québec, au profit de l'anglica­ nisme, et afin d’intéresser à ce dessein l'archevêque de Canterbury, l’évêque de Londres et la Société biblique, I on leur faisait entendre que l’on ferait main basse sur d4G5 CANADA (CATHOLICISME) les biens religieux des Canadiens. Cf. Garneau, Histoire du Canada, 1. XI. c. I, p. 390. On voit comment le gouvernement anglais entendait conserver aux Canadiens « le libre exercice de leur reli­ gion ». Il est vrai que le traité de Paris (10 février 1763) ajoutait : « autant que les lois de la Grande-Bretagne le permettent. » Cette restriction laissait une grande latitude pour l'interprétation du traité. Aussi vit-on la cour donner aux gouverneurs du Canada des instruc­ tions où se lisent des articles comme ceux-ci : « Art. 32. Vous n’admettrez aucune juridiction ecclésiastique du siege de Rome, ni aucune juridiction ecclésiastique étrangère dans la province soumise à votre gouverne­ ment. — Art. 33. Et alin que l’Église d'Angleterre puisse être établie en principe et en pratique, et que lesdits habitants puissent être amenés par degrés à embrasser la religion protestante, et que leurs enfants soient éle­ vés d’après les principes de cette religion, nous décla­ rons par les présentes que notre intention est que, lorsque la province aura été divisée en townships, on devra donner tout l’encouragement possible à l’érection d'écoles protestantes » (7 décembre 1763). Ces articles et d’autres encore donnèrent l’alarme aux Canadiens, qui envoyèrent des délégués à George III pour réclamer le maintien de l’organisation ecclésiastique et se plaindre de l'interprétation que l'on voulait donner au traité. Les évêques de Québec, MeT Briand, p. 269. Cependant le chapitre avait pu se réunir pour l’élec­ tion d'un évêque. Le choix" tomba sur M. de Montgollier, supérieur de Sainl-Sulpice à Montréal. Ce digne prêtre partit pour l'Angleterre alin d'y négocier l'affaire de l'épiscopat. Mais son influence était redoulée du gou­ verneur Murray, qui fit échouer les négociations. M. de Montgollier, renonçant alors à l'honneur qu’on lui avait fait, désigna pour le remplacer Olivier Briand, vicaire général de l'ancien évêque. Celui-ci fut plus heureux. Après bien des difficultés, le gouvernement lui fit savoir indirectement que, s’il se faisait consacrer, on n’en dirait rien, et qu'on fermerait les yeux sur cette démarche. Les bulles de Clément XIII furent expédiées le 21 janvier 1766 avec l’agrément de George 111 et aux conditions exigées par lui, dans la mesure ou elles étaient compatibles avec la dignité et l'indépendance de l’Église. D'ailleurs, dans les actes officiels, on refusa à Mor Briand et à ses successeurs le titre d’évêque de Québec, qui lut remplacé par celui de surintendant du culte catholique, en attendant que Mur Plessis recon­ quit son vrai titre à la pointe de l’épée (1813). Les communautés d'hommes furent condamnées à périr. Récollets, jésuites et sulpiciens eurent défense de se recruter au pays ou de recevoir des membres de l'étranger; et leurs biens devaient reveniri la couronne. Un décret royal de 1774 supprima les jésuites et confis­ qua leurs biens. Les représentants de la Compagnie joui­ rent cependant des revenus jusqu’à leur mort. Leur collège de Québec fut transformé en caserne (1776). Les maisons des recollets eurent bientôt le même sort; et leur supérieur reçut jusqu’à sa mort 500 livres ster­ ling de pension. Quant aux sulpiciens, de 30, ils étaient réduits, en 1793, à deux vieillards septuagénaires, lors­ que le gouvernement se relâcha de ses rigueurs et offrit l'hospitalité aux victimes de la Révolution française. La loi de mort n'épargna pas le chapitre, dont le dernier acte capitulaire date de 1773. Justement inquiet de ce que deviendrait l’épiscopat apres lui, étant données les dispositions hostiles du gouvernement, M»p Briand s'as­ sura un coadjuteur cum futura successione dans la personne de Mu’· Mariauchau d’Esglis. Ajoutons que le nombre des prêtres en activité, qui était de 181 en 1759, était tombé à 138. Les fidèles n'étaient pas mieux traités. Pour eux, point de place dans les charges publiques, point dans les con­ seils de la nation. Une sorte d’ostracisme les traquait de 14GG toutes parts. Les protestants réclamaient une chambre de représentants d'où les catholiques seraient exclus en principe. C'est dans ces conjonctures qu'éclata la rébellion des colonies anglaises d’Amérique. Le gouvernement de Londres comprit qu’il fallait à tout prix gagner les Ca­ nadiens, et, par l'acte de Québec (1774). il leur rendit les lois civiles françaises, les dispensa du serment du test, et rétablit leurs droits politiques et civils. C’était un acte de sage politique. En effet, les Américains firent appelait Canada et voulurent engager ses habitants dans leur révolte contre la métropole, laissant entendre que la liberté religieuse serait mieux respectée par eux que par l’Angleterre. En ces circonstances, Mor Briand pres­ crivit dans un mandement (22 mai 1775) à ses diocé­ sains la conduite que leur imposaient la conscience et la religion. Le Canada fut envahi par les Boslonnais, qui, s’étant emparés de Montréal et des Trois-Rivières, assiégèrent Québec. Mais ils furent battus et Montgomery leur chef fut tué. Néanmoins, ils tentèrent une concilialion et députèrent aux Canadiens le célèbre Franklin et John Carroll, plus lard évêque de Baltimore. Ils invi­ taient les habitants du Canada à faire cause commune avec eux. Ils promettaient lu peuple le libre exercice de la religion catholique; au clergé la jouissance pleine et entière de ses biens; la direction de tout ce qui a rapport à l’autel et à ses ministres serait laissée aux Ca­ nadiens et à la législature qu’ils voudraient se donner, pourvu que tous les autres chrétiens pussent également remplir les charges publiques, jouir des mêmes droits civils et politiques, et professer leur religion, sans avoir à payer la dime, ni de taxe au clergé catholique. Malgré de .si séduisantes promesses, le peuple resta docile à son clergé qui lui prescrivait la fidélité â son souverain légi­ time. Après une série d'échecs, les Américains durent se retirer et Mur Briand lit chanter un Te Deum d'action de grâces (31 décembre 1776). Pendant ces luttes la population catholique augmen­ tait sans cesse. En 1784, elle était de 130000. Le nombre des prêtres de langue française ne répondait pas aux be­ soins d’un tel accroissement. Deux citoyens île Montréal envoyés à Londres se plaignent qu’à cette époque 75 cures sont privées de pasteurs. Mais le gouvernement fait la sourde oreille. Les provinces maritimes : Nouvelle-Écosse et Nouveau-Brunswick et File Saint-Jean (aujourd'hui Prince-Edouard) se peuplent de catholiques irlandais et écossais, que desservent quelques missionnaires de lan­ gue anglaise. Les Acadiens, dispersés en 1755, se grou­ pent sans bruit et se multiplient; mais les prêtres sont rares; et, en certains lieux, l’on voit un laïque chargé de baptiser et de recevoir les consentements de mariage jusqu'à l'arrivée du missionnaire. C’est à ces groupes épai s de fidèles qu’en 1787 Miu d’Esglis adressa un man­ dement dont le titre rappelle l'énumération qui se trouve en tête de la première Epitre de saint Pierre. L'évêque l’envoie « â tous les catholiques anglais, écos­ sais, irlandais, acadiens et autres établis à Halifax, au Cap-Breton, à Vile Saint-Jean, à Melburn, à Anligonish, â Digby, à Memramkoukq, au Cap-Sable, à la baie Sainte-Marie, à Miraniichi, à Annaréchaque, et généralement dans toutes les parties de la NouvelleÉcosse ». Mandements des évêques de Québec, t. ni, p. 335. ΜοΓ Briand s’étail démis du fardeau de l’administra­ tion en 1784. Son successeur Mnr d'Esglis. âgé de75ans, se donna un coadjuteur, Mur François Hubert, qui de­ vint titulaire l'année suivante, 1788. Un doit à cet évê­ que d'avoir étouffé un projet d’université mixte imaginé par les protestants, fondalion à laquelle ils proposaient d'appliquer les biens des jésuites; on lui doit également l'ouverture du Canada aux prêtres français persécutés par la Révolution. Il écrivit dans ce but à Londres un important mémoire. Dés '1793, tout prêtre français, muni 1467 CANADA (CATHOLICISME) d'un passeport du secrétaire d'Etat, put être reçu à Qué­ bec. On en accueillit 31, dont 12 suipiciens. Parmi ces prêtres, citons les abbés Desjardins, Sigogne, de Calonne et Ciquart, sulpicien. qui furent des apôtres parmi les Acadiens. « C'est à ces confesseurs de la foi que la race acadienne dut son organisation ; ce sont eux qui sont les vrais fondateurs de sa nationalité. » Abbé Casgrain. Pèlerinage au paye d’Évangeline ; Histoire du monastère des ursulines des Trois-Rivières, 2 in-8·, TroisRivières. 18S8-1S92: cet ouvrage renferme une biographie étendue de l'abbé de Calonne, frère du ministre de Louis XVI, mort en odeur de sainteté aux Trois-Rivières, 1822. Elle a même été pu­ bliée à part sous ce titre : Vie de l'abbé de Calonne, in-18, Trois-Rivières. Sur M. Ciquart, S. S., M·' Tangay, Répertoire général du clergé canadien, in-8·. Montréal. 1893. Une vie ma­ nuscrite de ce missionnaire est conservée au séminaire de philo­ sophie à Issy. Grâce â ce renfort, le clergé canadien se trouva porté â 160 prêtres; 9 étaient dans la Nouvel le-Ecosse et 4 dans le Haut-Canada. Nous relevons d’autres détails précieux dans un mémoire deMsr Hubert au Saint-Siège. Il constate que les catholiques s'élèvent au nombre de 160(XX); qu'en d<-pit des pièges tendus â leur foi, il n'y a pas cinq catholiques qui aient apostasie, tandis que deux â trois cents protestants se sont convertis; bien que l'érection de l'évêché de Baltimore (1789) ait enlevé à la juridiction de Québec tout le territoire cédé aux Etats-Unis, l'étendue de ce dernier est encore trop vaste. Il ajoute : « H en faudrait plusieurs, mais ce projet trouverait des obstacles insurmontables de la part de la Grande-Bretagne, qui s'occupe, au contraire, des moyens d'établir en ce pays un clergé protestant. Il faut donc attendre des circonstances plus favorables pour cette division. Cependant, le nouveau coadjuteur de Québec, se proposant de faire sa résidence dans le district de Montréal.on espère que le gouvernement s'accoutumera insensiblement â y voir un évêque » (1794). Mandements des évêques de Québec, t. il, p. 474. Avant de clore le xvtn· siècle, signalons la fondation du collège de Montréal (1767) par M. Curatteau de la Blaiserie, prêtre de Saint-Sulpice; avec le petit sémi­ naire de Québec, cet établissement était jusque-là le seul foyer d'instruction classique. Disons aussi que le clergé fut très occupé à relever les ruines amoncelées par les guerres. A Québec en particulier tout avait été à refaire: palais épiscopal. Hôtel-Dieu, hôpital. Mü’H. Têtu, llisl, du palais épiscopal de Québec, in-8°, Québec, 18..6. A Montréal, l'IIôtel-Dieu (1765) et l'établissement de la Congrégation (1769) incendiés trouvaient une providence dans M. de Montgolfier et Saint-Sulpice. A Mor Hubert succéda Mt)r Denaut (1797-1806). Sous son épiscopat la lutte du protestantisme contre l’Eglise se traduisit par l'établissement de V Institution royale, due à l'initiative de l’évêque anglican. On nommait ainsi une corporation habilement composée et destinée â monopoliser l'instruction à tous les degrés en con­ centrant les pouvoirs entre les mains du gouverneur. Par elle, l'éducation arrachée au clergé catholique tombait au pouvoir des protestants et l'œuvre de séduc­ tion s'exerçait librement sur l'enfance et la jeunesse. Le gouverneur pouvait, à sa discrétion, établir des écoles gratuites dans toute paroisse ou township de la province, et nommer deux ou plusieurs commissaires dans chaque comté. Ces commissaires achetaient des terrains sur I squels ils faisaient construire aux frais des habitants les maisons d'écoles. La nomination des instituteurs et leur traitement dépendaient du gouverneur. L’évêque anglican, le Dr Mountain, fut choisi comme président de l'institution, ce qui suffit pour donner l’éveil au clergé et au peuple. Une restriction, mise à la loi, en ft échouer l’application. Il y était dit que la maison d'école ne se construirait que si la majorité la demandait au gouverneur par requête. S’appuyant sur ce sta­ 1468 tut. le clergé dissuada les Canadiens de faire cette de­ mande, et anéantit ainsi les projets du parti anglais. Cf. S. Pagnuelo, Études historiques et légales sur la liberté religieuse en Canada, in-8°, Montréal, 1872. La lutte n’était pas finie. Elle allait s’engager plus ardente, mais se terminer tout à l’avantage du catholi­ cisme, grâce au grand évêque Octaye Plessis que la providence mit alors à la tète de l’Eglise canadienne (1806). Le prélat trouvait le diocèse dans une situation difficile. Une oligarchie puissante et fanatique entrepre­ nait résolument de réduire l’Église à n'étre que l’esclave du pouvoir civil, â en faire comme en Angleterre l’hum­ ble servante du gouvernement, en définitive, à mener insensiblement le Canada au protestantisme par voie gouvernementale. Ce projet eut pour principal fauteur un certain Witlius Ryland, qui fut secrétaire des gou­ verneurs du Canada de 1790 à 1812. Cet homme actif el haineux professait que l'existence de la religion ca­ tholique était un danger perpétuel pour l’Etat, et se déclarait prêt à l'extirper par tous les moyens, même par la force. D'après lui, il fallait confisquer toutes les propriétés religieuses, ôter au catholicisme sa situation prépondérante, le traiter en culte dissident et toléré par condescendance du pouvoir. Ryland avait des com­ plices dans Sewell, procureurgénéral. Mountain, évêque anglican. Monk, juge en chef : ils n’eurent pas de peine à s’emparerdu gouverneur .lames Craig, dont l’adminis­ tration a été qualifiée de régime de la terreur. On signi­ fia à Mur Plessis que sa désignation officielle était celle de surintendant ou de notaire apostolique; on réclama de lui un acte reconnaissant la suprématie royale en matière de religion; on revendiqua pour l'Étal le con­ trôle de l’administration religieuse et la nomination des curés. Tous ces projets échouèrent devant la fermeté, tou­ jours pleine de douceur et d'une courtoisie irréprocha­ ble,de Mur Plessis, en qui s'incarna pendant quinze ans (1800-1815) la résistance des Canadiens catholiques aux Anglo-protestants. Ce prélat sut garder entière son in­ dépendance, n'abdiquer aucun de ses droits, ne céder aucun de ses titres, sans jamais blesser le sentiment an­ glais. Aussi, lord Castlereagh, ministre des colonies, répondait-il à l’évêque anglican de Québec : « Ce serait une entreprise fort délicate que d'intervenir dans les affaires de la religion catholique, ou de forcer l’évêque titulaire à abandonner son titre et à agir, non comme évêque, mais comme surintendant. » Ryland, qui était passé en Angleterre pour se plaindre lui aussi, futéconduit par Robert Peel. Quand les Anglais eurent reconnu qu'il fallait s'accom­ moder du catholicisme et accepter son organisation, ils voulurent l'asservir en faisant accepter un traitement â ses ministres. Le gouverneur Craig fit entendre à l’évê­ que qu'il était prêt à lui reconnaître son titre et les pré­ rogatives de son rang, à lui accorder un traitement de 20 000 livres, à étendre même les faveurs royales à tout le clergé, à condition que le sacerdoce fût envisagé comme une fonction publique et que la nomination aux cures se fit avec l'assentiment du pouvoir. « Cette transaction, ajoutait Craig, revêtira les prêtres catholiques d'un ca­ ractère légal et leur conférera l'avantage d'être assimi­ lés aux membres de l’Eglise royale anglicane. » Le gou­ verneur tenait surtout à la nomination des curés. Ms·· Plessis fut inflexible, et pour échapper aux obsessions qui l'entouraient, il rédigça, sur l’invitation de sir George Prévost, qui avait succédé à Craig, un mémoire célebr- . « .le suis obligé de déclarer d'avance, écrivait-il au gou­ verneur, qu’aucune offre temporelle ne me ferait renon­ cer à aucune partie de ma juridiction spirituelle. Elle n'est pas à moi; je la tiens de l’Église comme un dé­ pôt. » Le mémoire se divisait en trois parties : p ce qu'étaient les évêques au Canada, avant la conquête; 2»ce qu'ils ont été depuis; 3° l’état ou il serait à pre.-.s 1469 CANADA (CATHOLICISME) qu’ils fussent à l’avenir. Dans la II' partie, il déclare qu’à dater de la capitulation de Montréal le chapitre se considéra comme revenu à l’ancien droit suivant lequel l’évèque était élu par le clergé de l’Église vacante et confirmé par le pape, sous le bon plaisir du souve­ rain ; que l’évêque de Québec, depuis 1770, a toujours eu un coadjuteur cu»i futura successione, proposé par lui, agréé par le gouverneur, confirmé par le saintsiège; que tous ses prédécesseurs ont fait preuve de la loyauté la plus scrupuleuse envers l’Angleterre ; que leur autorité étant toute spirituelle et s’exerçant seulement sur les sujets catholiques, on ne leur avait jamais con­ testé, en fait, jusqu’à ces dernières années, ni leur juri­ diction, ni leur titre d’évêques. 11 réclamait, dans la 111'partie, le maintien des mêmes droits et leur recon­ naissance officielle; et, comme conséquence, le droit de propriété pour lui et ses successeurs. On en était là quand éclata la guerre entre lu GrandeBretagne et les États-Unis (1812). Mo' Plessis visitait alors les extrémités de son diocèse. En son absence, ses vicaires généraux écrivirent des mandements pour in­ viter le peuple à la fidélité et au courage contre l’en­ nemi. Lui-même, à son retour, n’épargna rien pour aider à la défense du pays. Ce ne fut pas en vain. Les Américains des États-Unis, vaincus en plusieurs rencon­ tres, se retirèrent. L’évêque put transmettre à ses curés « la parfaite satisfaction du gouverneur pour l’assistance qu'il a reçue de leur part, tant pour la levée des milices, que dans le maintien de la subordination parmi elles ». Sir George Prévost fit plus; il obtint du prince régent la reconnaissance officielle du titre d’évêque catholique de Québec pour Mo> Plessis avec 20 000 francs d’appoin­ tements. A l’évêque anglican qui protestait contre une telle faveur, lord Bathurst répondit : « Ce n’est point quand les Canadiens se battent pour l'Angleterre qu'il faut agiter de pareilles questions. » Ainsi, après quinze ans de luttes, étaient reconnus l'indépendance et les droits de l’évêque. Pagnuelo. Études sur la liberté religieuse en Canada, c. IXxi, p. 86-120; J. Guérard, La France canadienne, dans Le cor­ respondant, avril 1877 : Garneau, Hist, du Canada, t. m, 1. XIII, c. n; 1. XIV, c. i; Mandements des évêques de Québec, t. ni; Conversations entre sir Craig et M·' Plessis, p. 59; Mémoire au gouverneur, p. 79; L.-O. David, Biographies et portraits, Montréal, 1876, .W·’ Plessis, p. 89; II. Christie. History of Ca­ nada, 5 in-8·, Québec, 1848-1854; Montréal. 1855, t. Vi; French, Biographical notice of J. O. Plessis, bishop of Quebec, in-8·, Québec, 1864; c'est une traduction d'un ouvrage français par l'abbé Ferland; Le Foyer canadien, t. t, p. 149-230; Bédard, Histoire de cinquante ans (1791-lSil), in-8·, Québec, 1869, c. iv, v. Lord Sherbrooke, qui succéda à sir George Prévost, reçut des instructions secrétes du gouvernement anglais pour se concilier l’évêque catholique. A ce titre, M»r Plessis entra au conseil législatif, en dépit des pro­ testations de Sewell qui voyait là une mesure tendant à établir la suprématie du pape (1817), et lord Bathurst consentit à reconnaître un coadjuteur cum futura suc­ cessione, quand l’évêque l’aurait désigné. La même année (1817), le saint-siege érigea la Nouvelle-Écosse en vicariat apostolique. Mor E. Burke y fut préposé avec le titre d'évêque de Sion. En 1818, lord Castlereagh engagea la cour de Rome, comme le récla­ mait Mor Plessis, à créer deux autres vicariats, l'un du Haut-Canada, l’autre comprenant le Nouveau-Brunswick, file du Prince-Édouard et les îles de la Madeleine. Le prélat jugeait nécessaire de placer aussi un évêque dans le district de Montréal et un autre dans le territoire du Nord-Ouest. Pour hâter la conclusion de ces affaires il passa en Angleterre. Arrivé à Londres, il apprit par une lettre du Canada que, peu d’heures après son départ, on avait reçu des bulles du saint-siège le nommant archevêque de Québec et érigeant son Église en métropole et lui , | J 1 1470 donnant pour suffraganfs Ms' Mac Donell, vicaire apos­ tolique du Haut-Canada, et M'J' Mac Eachern, vicaire apostolique du Nouveau-Brunswick et de file du PrinceÉdouard. Mo' Plessis remit à lord Bathurst trois mé­ moires : le premier, pour obtenir l’agrément du minis­ tre au sujet des deux divisions nouvelles de son diocèse : Montréal et le territoire du Nord-Ouest, qu'il se propo­ sait de solliciter du saint-siège; le second, pour de­ mander des lettres patentes pour le séminaire de Nicolet; le troisième, au sujet des biens de Saint-Sulpice à Montréal. Le prélat obtint ce qu'il désirait et partit pour Rome, ou Pie VII lui accorda la permission de ne point prendre le titre de métropolitain, tant que le gouverne­ ment anglais s'y opposerait, et signa les bulles de Mu' Provencher, pour le Nord-Ouest, et de Mo' Lartigue, sulpicien, pour le district de Montréal. Le premier eut le titre d’évêque de Juliopolis; le second, d’évêque de Telmesse (1820). Çctle protection accordée à l’Église catholique n’allait pas sans susciter des mécontentements parmi les prin­ cipaux protestants du Canada. Un groupe de fanatiques résolut d’anéantir la constitution de 1791, qui avait sé­ paré le Haut-Canada du Bas-Canada, et de provoquer l'union des deux provinces, sur les bases les plus ini­ ques, et dans le but de détruire la population catholique et française. On se promettait d'abolir la langue fran­ çaise graduellement, et, tout en garantissant la liberté du culte catholique, on l'assujettissait à la suprématie du roi, que l'on affirmait desuite en lui conférant la nomi­ nation aux cures et la collation des bénéfices. Garneau, Hist, du Canada, t. in, p. 228; Christie, t. n, p. 385. Ce complot trouva en Angleterre un agent puissant dans un nommé Ellice, qui réussit à faire présenter un bill dans ce but à la Chambre des communes (1822). Le bill eût passé presque inaperçu si un certain Parker, ennemi d’Ellice, n’eùl mis en garde le ministère. Les Canadiens informés de cette tentative secrète d'asservissement fu­ rent indignés. Mit' Plessis et le clergé encouragèrent le peuple à protester et à signer des requêtes pour empê­ cher la mesure. Plus de 60 (XX) signatures couvrirent ces protestations. Munis de ces pièces, Papineau et Neilson, conseillers législatifs, partirent pour Londres. Leur mission eut plein succès. Le bill fut retiré. D’ailleurs, par 1'intluence de l’évêque de Québec, le conseil légis­ latif canadien, bien qu’en majorité protestant, avait luimême rejeté cette iniquité. Deux ans plus tard, 1824, le gouverneur Dalhousie essaya de faire revivre les querelles religieuses; mais il ne trouva d'écho nulle part. Garneau, t. ni. p. 239. Pendant que le clergé, son évêque en tète, ralliait toutes les forces du pays, hom­ mes politiques, publicistes, et le peuple, pour résister aux Anglo-protestants, l’Église croissait avec le nombre même de ses enfants. En 1831,1e nombre des Canadiens français atteignait 380 OtJO; en 1784, ils étaient 106 000; ils avaient donc, en 47 ans, réalisé un accroissement de 274 000 âmes ou de 2,60 p. 100 par an, proportion qui représente un progrès de 0,40 p. 100 par an sur la période précédente. Cette marche en avant n’était pas de nature à rassurer le parti exclusif et intolérant, qui existait du côté des Anglais, ni à inspirer la modération aux Canadiens conscients de leur force. Après la mort de Mu' Plessis, plusieurs membres influents du corps législatif, désertant le terrain sûr de la résistance légale, glissèrent sur la pente révolutionnaire, rejetèrent avec hauteur les tentatives de conciliation du gouvernement anglais et souillèrent la révolte par leurs philippiques indignées. Alors éclatèrent les troubles de 1837-1838, vraie guerre civile où l'on vit quelques centaines de paysans, égarés par des tribuns, courir aux armes. In­ dociles à la voix de leurs pasteurs, qui maintinrent ce­ pendant dans la soumission à l'autorité la masse du peuple, ces malheureux se firent décimer par les troupes anglaises. Ce qui fut pis, c'est que ce mouvement in­ 4471 CANADA (CATHOLICISME) 1472 première, à destination exclusive d'instruction (1832). surrectionnel, auquel la plupart des Canadiens étaient L’église des récollels à Québec fut livrée au culte pro­ restés étrangers, réveilla les malveillances contre tous testant. Les sulpiciens avaient à redouter le même sort. et fournit aux ennemis de la race et de la religion des Pour conjurer une mesure si funeste aux intérêts de Franco-canadiens l'occasion depuis longtemps désirée l’Eglise du Canada et enlever tout prétexte à la spoliation, d’accomplir l'union des deux Canadas. L'acte d’union Saint-Sulpice de Paris renonça spontanément à tous ses passa au Parlement britannique le 23 juillet 18i0. droits sur les biens de la Compagnie à Montréal et en Avant cet acte d’injustice et de despotisme (cf. Tur­ fit l'abandon, sans réserve ni condition, aux sulpiciens cotte. I.e Canada sous l'Union, p. 60, en note le discours de cette ville. Un moment ceux-ci purent craindre de sir La Fontaine), qui marque une date importante dans l’histoire du Canada, plusieurs faits s’étaient l’extinction (1789). Mais bientôt le Canada fut ouvert à leurs confrères de France et, d'ailleurs, ils s’étaient agaccomplis, plusieurs œuvres avaient été créées qui inté­ grégé plusieurs prêtres canadiens de naissance. Une ressent l’Église. Les centres d’éducation secondaire proie échappait à la horde hostile et persécutrice qui s'étaient multipliés: collèges de Saint-Hyacinthe (1809), entourait tes gouverneurs au commencement du xtx» siè­ de Sainte-Anne de la Pocalière (1829), de l'Assomption cle. En 1800, 1e gouverneur demanda au séminaire un (1832), de Sainte-Thérèse (1825), dont les élèves four­ état de tout son personnel, de ses biens et revenus. niront des recrues au clergé et aux professions libérales. Pour l'instruction primaire, à côté de l'institution royale M. Roux, alors supérieur, le fournit. Quatre ans plus lard (1804), le procureur général Sewell remit au gouverneur protestante, dont nous avons parlé plus haut, avait été un rapport où. s'appuyant sur deux décisions antérieures, fondée la Société d'éducation de Québec, société catho­ l’une de sir James Marriott en 1773, l'autre du procu­ lique dont le but était l'instruction des enfants pauvres reur de 1789. il concluait au droit du gouvernement sur et la formation d’instituteurs pour la campagne. Plu­ tes biens de Saint-Sulpice et suggérait cinq plans diffé­ sieurs autres sociétés poursuivant le même but se for­ rents pour s’en emparer. Sir R. Milnes envoya ce rap­ mèrent sur différents points du Canada. En 4824, fut port et d’autres à Londres et attendit des instructions portée la loi des écoles de fabrique, qui autorisait les qui ne vinrent pas. En 1810 et 1811, Ryland, envoyé par fabriques à acquérir et à posséder des biens, meubles et immeubles, pour fonder et entretenir des écoles élémen­ sir James H. Craig en Angleterre, pressa la question avec sa violence ordinaire, mais encore sans etfet. Les taires dans les paroisses. Elles pouvaient établir une discussions continuaient quand M. Roux publia un mé­ école pour 200 familles et consacrer â cette œuvre un quart de leurs revenus. Le curé et le marguillier en charge moire qui réduisit au silence tes ennemis du séminaire (1819). En même temps, il fit passer à Londres M. Lar­ étaient de droit commissaires de l’école. En 1827, lord Dalhousie tenta « avec la coopération de l’évêque et du tigue, plus tard évêque de Montréal, pour faire valoir les clergé de l’Eglise romaine, ainsi s’exprimait-il, de for­ I droits de Saint-Sulpice. Celui-ci lit le voyage avec Ms» Plessis, qui, dans 1e mémoire par lui remis à lord mer un comité séparé de l'institution royale, lequel con­ Bathurst, insista sur le même point et contribua plus duirait et surveillerait seul les écoles catholiques ro­ que personne, de l’aveu même de M. Roux, à mettre fin maines », mais ce projet n’eut pas de suite. Enfin, en aux attaques répétées des fonctionnaires du Canada. Il 1836, le Parlement fit un statut pour établir des écoles normales avec le concours du clergé. disait, en substance, que les attaques contre les biens du séminaire provenaient, ou de ce que l’on ne croyait pas A Mur Plessis, mort en 1825. avait succédé ΜαΓ Panet, qui eut une grande part dans les progrès réalisés en vue les sulpiciens vrais propriétaires, et dans ce cas, euxde l'instruction élémentaire. Il mourut en 1832, l'année mêmes offraient d'en donner des preuves satisfaisantes; ou du profil que le gouvernement tirerait de leur pos­ même où le choléra, faisant son apparition au Canada, session, et l’évêque montrait l’irritation que produirait fit périr en cinq semaines plus de 4 000 personnes, parmi lesquelles un grand nombre de prêtres et de re­ une (elle mesure chez les habitants du pays « témoins ligieuses dévoués au soin des malades. Le coadjuteur journaliers de l’emploi vrai ment exemplaire et honorable que les ecclésiastiques de ce séminaire font de leurs de Mor Panet, Ms' Signay (prononcez. Sinaï), le remplaça. revenus », el qui dans ce dépouillement d'une commu­ Son épiscopat fut signalé par beaucoup de malheurs : nauté verraient « le signal de la spoliation de toutes tes nouveau choléra (1834-), guerre civile (1837-1838), deux incendies qui réduisent la ville de Québec presque en­ autres »; il ajoutait que c’était priver « l’Eglise du Canada tière en un amas de ruines (1845), typhus apporté par d’une de ses principales ressources pour l'instruction de la jeunesse, comme pour la formation et la propa­ les Irlandais chassés de leur patrie par les terribles gation de son clergé »; qu'allaquer les biens du clergé, évictions de 1847. c’était paralyser son influence sur les peuples, influence Signalons plusieurs érections d'évêchés : Kingston 11826), Charlottetown (ile du Prince-Edouard), 1829, dont l’Angleterre avait bénéficié la première. 11 concluait Montréal (1836). Cette même année 1836 vit l'établisse­ que ceux qui avaient suggéré une pareille mesure au gouvernement, n'avaient consulté « ni sa dignité, ni sa ment au Canada de l'œuvre de la Propagation de la foi : gloire, ni tes vrais intérêts et 1e mérite d'une province bénie par Grégoire XVI, enrichie des mêmes privilèges qui, par sa fidélité soutenue, parait avoir des droits et indulgences que la société inaugurée à Lyon en 1822. Affiliée à celle de Lyon en 1843, elle le resta jusqu’en particuliers à la bienveillance et à l'affection paternelle 1876, époque où elle continua de fonctionner indépen­ de son souverain ». Les mêmes attaques se renouvelèrent en 1829; et Saint-Sulpice lassé envoya en Angleterre dante. Son but est, par suite de celte séparation, res­ treint au Canada. deux de ses membres, chargés de proposer au ministère A cette période aussi appartient la solution d'une un arrangement pour la cession d’une seigneurie qui question pendante depuis la conquête, nous voulons excitait tant de convoitises, et obtenir en retour une rente annuelle. Les deux mandataires se rendirent à parler de la reconnaissance par la couronne des biens de Saint-Sulpice à Montréal. Parmi les articles de la Rome pour informer le saint-siège et connaître ses sen­ capitulation de Montréal, il s’en trouvait un (le 23») ten­ timents sur l'aliénation de biens que Saint-Sulpice avait toujours regardés, il est vrai, comme patrimoniaux, dant à reconnaître les biens des jésuites, des récollets mais dont il n'entendait bien user que dans l'intérêt de et des sulpicicns. Mais le général Amherst l’avait refusé l’Eglise. Cette négociation entamée à l'insu de l'épis­ • jusqu’à ce que· le plaisir du roi soit connu ». Ce « plai­ sir du roi » à l'égard des possessions des jésuites et des copat canadien transpira et donna l'alarme aux catho­ rvcollets aboutit à la spoliation, ainsi que nous l’avons liques. Tout le clergé du Canada, ayant à sa tête les ■■■■'.dit Les biens des premiers, après de longs débats entre ques, adressa une requête au gouvernement pour r li­ U province et la couronne, furent abandonnés à la mer contre celte transaction forcée et injuste; et députa 1473 CANADA (CATHOLICISME) deux délégués à Rome et à Londres. Informée, la cour pontificale refusa sa sanction. Londres attendit. En 1832, Mur Panet écrit à lord Aylmer pour presser la conclu­ sion : en 1835, lord Gosford. dans une adresse aux Chambres, s'engage à prendre en main la question. Sa décision semblait déjà mûre, puisque, en dépit des troubles de 1837-1838 et du mécontentement qui suivit, en 1839, en vertu d'une ordonnance du conseil privé, le séminaire fut maintenu dans la possession de ses biens et pleinement confirmé dans ses titres. Le séminaire s’engageait à ne faire passer aucun de ses biens à l'étranger et à en user, comme il l'avait toujours fait, à l’avantage du pays. Cet acte de justice le laissait à même de poursuivre le cours de ses bienfaits. Montréal lui devait son établissement, sa prospérité des premiers jours, son collège auquel M. Roques (1806-1828) avait donné une réputation qu'il a conservée depuis, sa ma­ gnifique église Notre-Dame, œuvre de M. Roux (18251830), ses écoles, et, tout récemment, M. Quiblier, qui avait succédé à M. Roux en qualité de supérieur, venait d'appeler, du consentement de Mor Lartigue, les frères des Écoles chrétiennes (1837); et bientôt le grand sémi­ naire, aujourd'hui si florissant, allait s’ouvrir (1840). Par lui-mème l'acte d'union des deux Canadas n’avait rien de défavorable à l’Église catholique, bien que dans la pensée de ses auteurs il fut destiné à lui porter atteinte. Il proscrivait l'usage de la langue française, comme officielle; et visait par diverses mesures despotiques à assujettir Québec à Ontario, l’élément français à l’élé­ ment anglais, les catholiques aux protestants : ces der­ niers, qui n'étaient que 400 000, devaient avoir une repré­ sentation égale aux premiers, qui étaient 600000. Turcotte, Le Canada sous l’Union, p. 56 sq. Mais Dieu déjoua ces calculs humains. Contre toute prévision, cet acte favorisa la liberté de l’Eglise catholique, comme celle des sectes protestantes. L’anglicanisme cessa d’être la religion d’Élat, et. en se séparant du pouvoir civil, d’user de son influence sur lui pour persécuter cette Eglise romaine dont la forte hiérarchie avait résisté à ses coups. D’ail­ leurs, le régime constitutionnel et responsable, qui ré­ sulta de l’acte d’union, en mettant la législation entre les mains de la majorité, assura aux catholiques une inlluence avec laquelle tous les partis durent compter. Au surplus, comment la couronne aurait-elle pu songer, sans paraître ridicule, à ressusciter les vieilles que­ relles, en présence du droit public qui s’affirmait de plus en plus dans la province? Ajoutons qu’un gouver­ neur aux vues larges se rencontra, lord Elgin (18471854), qui comprit qu’il était temps d’en finir avec un système de gouvernement basé sur l'exclusivisme et les dénis de justice. Aussi, dix années ne s’étaient pas écou­ lées que la langue française avait reconquis ses droits et que les Franco-catholiques avaient acquis une inlluence égale à celle des Anglo-protestants dans la direction des affaires du pays. Les quinze années qui suivirent 1840 sont des plus fécondes pour l’Église du Canada. A la voix des évêques, de Msr Signay et de son successeur Mar Turgeon (1850) à Québec, et surtout de Mor Ignace Bourget qui a rem­ placé Μν Lartigue à Montréal, nous voyons accourir de France ou surgir du sol canadien cinq communautés d’hommes et seize de femmes. L’évêque de Montréal ouvre largement son diocèse : en 1841, aux Pères ohlals de Marie-Immacul’ée qui donneront aux missions du Canada un éclat qu’elles avaient perdu depuis le xvir siè­ cle; en 1842, aux jésuites qui, disparus depuis la con­ quête, revoient non sans émotion cette terre que leurs pères ont fécondée de leurs travaux et de leur sang. Etablis à Montréal, ils y ouvrent un noviciat en 1843, et en 1848, sous la direction du P. Félix Martin, le collège Sainte-Marie pour l'éducation de la jeunesse. Cf. Chossegros, S. J., Hist, du noviciat de la C'“ de Jésus au Canada, Montréal, 1903. En 1847, le clergé catholique 1474 présente une requête à lord Elgin pour réclamer, en faveur de l’Église du Bas-Canada, les biens qui avaient appartenu à la célèbre Compagnie. Le gouverneur ré­ pondit qu’ils avaient été affectés à des lins d’éducation et que l’on ne pouvait revenir sur celte question. Elle fut néanmoins rouverte plus tard devant la Chambre de Québec et réglée à la satisfaction des intéressés, qui ne recouvrèrent néanmoins qu’une faible partie des biens qu’ils avaient perdus (1889). A Mor Bourget revient aussi l'honneur d'avoir appelé au Canada lesclercs de Saint-Viateur (1847) et la congrégation de Sainte-Croix (1847). Le grand évêque contribua lui-même à la fondation de plu­ sieurs communautés de femmes : sœurs de charité de la Providence (1843), fondées avec Mme veuve Gamelin ; institut qui embrasse à la fois les œuvres de charité et d’éducation des classes pauvres, cf. Vie de Mère GameUn, in-8», Montréal, 1900; sœurs des Saints-Noms de Jésus et de Marie pour l'instruction des jeunes filles (1843), Vie de Mère Marie-Base, Montréal, 1895; sœurs de la Miséricorde (1848) pour l’assistance des filles tom­ bées. Mère de la Nativité, etc., Montréal, 1898; sœurs de Sainte-Anne pour l’éducation des filles. A la même époque, Mor Turgeon.de Québec (1850), ouvre l’asile du Bon-Pasteur et fonde pour le desservir les sœurs ser­ vantes du Cœur immaculé de Marie. Ne pouvant citer toutes les fondations de ce genre qui attestent l'inépui­ sable fécondité de l’Église, nous renvoyons au tableau des communautés, à la fin de cet article. La hiérarchie épiscopale ne reste pas stationnaire; les évêchés se multiplient : en 1841, le siège de Toronto est érigé avec Mor de Charbonnel. ancien sulpicien, pour titulaire ; en 1842, celui de Saint-Jean du NouveauBrunswick avec Mer Dollard. Deux ans après, le pape Gré­ goire XVI érige la province ecclésiastique de Québec et nomme Mor Signay archevêque et métropolitain en lui assignant pour sulfragants Montréal, Kingston et To­ ronto. La même année (1844) est créé l’évêché d'Aricliat (Nouvelle-Écosse) transféré à Antigonish depuis 1886; en 1847, deux nouveaux sièges sont érigés : Bytown ou Ottawa avec Mor Guignes, O. M. L, et Saint-Jean de Terre-Neuve avec Mor Mullock. Ainsi, dès 1850, l’épis­ copat canadien comptait un archevêque et neuf évêques. Ils se réunirent en concile à Québec en 1851. C’est dans cette assemblée que fut décidé l’établissement de l’uni­ versité Laval et que l'on résolut de demander à Pie IX l'érection de deux nouveaux diocèses: les Trois-Rivières et Saint-Hyacinthe. M«r Cooke fut nommé au premier de ces sièges, et au second, Mo' Prince, coadjuteur de Montréal. Au cours des dix années que nous venons de par­ courir, quatre faits méritent encore d’être signalés : 1» les missions de Mo' de Forbin-Janson au Canada (1840) qui produisirent une impression dont le souvenir ne s’est pas encore effacé, et l'inauguration par lui des retraites paroissiales, Phil pin de Rivière, Vie de Mar Forbin de Janson, Paris, 1892, p. 382-402; 2» l’adoption par la législature d'un système scolaire qui assure aux catholiques et aux protestants des écoles primaires et normales séparées (1841). Les écoles communes ou de la majorité sont sous l’autorité de commissaires nommés par la majorité. La minorité, catholique ou protestante, a son école à part. Cette loi n’assure pas au clergé une autorité réelle sur les écoles, bien qu’elle lui recon­ naisse le droit de visite : aussi ne l’a-t-il acceptée que faute d’une meilleure. Ajoutons qu'en pratique, grâce au bon esprit des habitants et du gouvernement, son inlluence est généralement respectée. Mais il suffit qu un bureau de commissaires comprenne quelques membres mal pensants pour faire naître des difficultés. 3» En 1843, le mouvement en faveur de la Tempérance, ou abstention des liqueurs, né en Angleterre, se fait sentir au Canada; les prêtres par leurs prédications, les évê­ ques par leurs mandements, le favorisent : partout se 1475 CANADA (CATHOLICISME) fondent des sociétés de tempérance qui essaient d’en­ rayer les désordres de l’ivrognerie. 4« L’année 1848 voit s'établir des sociétés de colonisation en vue d’empêcher le surcroît de la population des campagnes de se diriger vers les villes du Canada et des États-Unis, el de les mener à la conquête de terres nouvelles gagnées sur la forêt qui, au nord du Saint-Laurent, entre le lac Témiscamingue el le Saguenay, s’étend sur un espace de six cents milles, sans autres interruptions que les lacs el les cours d’eau. La population croissait, en effet, rapidement : pour en juger, il suffira au lecteur de jeter les yeux sur le tableau suivant : DATES. POPULATION TOTALE- PROGRESSION de la 1476 retinentes, scholis sibi propriis, sicut et collegiis universilalibusque, in lota nostra provincia /ruantur. Decr. xv. Mais pour fonder une université que d'obs­ tacles à surmonter! Il fallait des sommes immenses pour construire, un personnel pour enseigner, des influences pour obtenir l'érection civile, une organisation enlin qui permit d’atteindre le but proposé. Les évêques s’adres­ sèrent au séminaire de Québec, qui avait rendu de grands services dans le passé à la cause de l’éducation et qui avait compté et comptait encore dans son sein des prê­ tres éminents. Le conseil du séminaire, dans l'intérêt de la religion, accepta en dépit des difficultés. Muni de lettres de recommandation de lord Elgin, le supérieur. PROGRESSION CATHOLIQUES. POPULATION. PROGRESSION PROTESTANTS. des PROTESTANTS. » 34/100 30 100 27/100 86000 100163 139 490 167 940 > 27/100 27/100 20/100 » 90/100 115/100 55/100 221000 411000 785000 1137 000 » 86/100 91/100 44/100 de· CATHOLIQUES. 1· ΡΓ OVINCE DE QUE BEC 1831 1»44 1851 18G1 511922 681 806 886356 1110664 1831 1844 1851 1861 261000 480000 952000 1396091 » 33/100 30/100 25/100 425000 572 643 746 866 942 724 2· PI IOV1NCE DONTA RIO 88/100 94/100 47/100 40000 78000 167000 258141 Pour suffire aux besoins de la population catholique ainsi croissante, des écoles primaires s’étaient élevées dans toutes fes paroisses. Un homme religieux et dévoué, le docteur Meilleur, forme au collège de Montréal, et devenu en 1842 surintendant de l’éducation pour le BasCanada, donna une vigoureuse impulsion à l’instruction publique. Lorsqu’il entra en charge, le nombre des en­ fants qui fréquentaient les écoles ne dépassait pas 3000, et quand il prit sa retraite (1855) il s’élevait â 127000. - M. Meilleur, dit un journaliste du temps, a pris la direction de l'instruction publique à son berceau; il a dû tout créer, jusqu’à l’amour de 1'inslruclion parmi nos populations. » Cf. Turcotte. Le Canada sous l’Union (1841-1861), Québec. 1872. p. 280; J.-B. .Meilleur, Mé­ morial de l'éducation au Bas-Canada, Québec, 1876, p. 184. L'éducation secondaire, tout entière aux mains du clergé, avait ouvert de nouveaux foyers dans la période qui nous occupe : 1846, collège de .Juliette; 1850, collège Bourget, à Rigaud (aujourd'hui dans le diocèse de Val­ leyfield), tenus par les clercs de Saint-Viateur; 1847, collège de Saint-Laurent, près Montréal, ouvert par les Pères de Sainte-Croix; 1853, Sainte-Marie du Monnoir, aujourd’hui dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, et colIcge de Lévis, près Québec, confiés au clergé séculier. Mais si les maisons d’enseignement secondaire étaient assez nombreuses pour faire face aux exigences présentes, • on regrettait l’absence d’une université catholique qui permit aux jeunes gens de compléter leurs études litté­ raires et scientifiques, et surtout de suivre sous une direction compétente des cours de droit et de médecine. On voyait avec regret la jeunesse catholique aller étu­ dier dans les institutions protestantes et leur demander des diplômes. C'est encore le clergé canadien qui se chargea de combler cette lacune importante. Le 1er concile de Québec avait émis le vœu que les catholiques pussent jouir d’écoles, de collèges et même d'universi­ té adaptés à leurs besoins et à leurs croyances : Nobis rem nihil non moliendum erit ut catholici jura sua l’abbé Casault, parût pour Londres. La reine Victoria concéda facilement la charte qu’on lui demandait (décembre 1852). Une copie en fut envoyée au souverain pontife, Pie IX, qui immédiatement fit expédier à l'ar­ chevêque de Québec un bref l'autorisant à conférer les grades théologiques aux séminaristes qui auraient fait leurs études à l’université (1853). L’université fut dés lors formée. Aux termes de sa constitution, l'archevêque est le visiteur de l’établissement, le supérieur du sémi­ naire en est de droit recteur, et le conseil se compose des directeurs du séminaire et des trois plus anciens professeurs de chaque faculté. L’inauguration de l’uni­ versité Laval (elle fut ainsi appelée en souvenir du pre­ mier évêque de Québec et du fondateur du séminaire) eut lieu le 21 septembre '1854, en présence de lord Elgin, des évêques, du corps législatif et d’un concours immense de prêtres et de citoyens. Née d’une inspiration toute catholique, l’université Laval est demeurée fidèle à sa mission. Si c’est à Londres qu’elle a demandé son exis­ tence officielle, c’est de Rome qu’est venue l'orientation de sa vie intellectuelle. Elle s'est proposé avant tout de former des citoyens éclairés et des chrétiens convaincus. Dans ce but elle n'a rien négligé. Ses maîtres en théo­ logie et en philosophie sont allés puiser la science à la source même, dans les écoles de Rome; ses professeurs de médecine et de sciences ont reçu les leçons des meil­ leurs maîtres de Paris, de Lille ou de Louvain. Peu à peu tous les collèges du Bas-Canada se sont affiliés à l'université et reçoivent d’elle pour leurs élèves le litre de bachelier ès arts. Elle avait déjà fait ses preuves et rendu bien des services quand lui arriva de Rome la charte pontificale; c’est le 15 mai 1876 seulement que Pie IX, parla bulle Inter varias sollicitudines, lui accord · l’érection canonique. Cf. C. Roy, L'université Laval et les fêles du cinquantenaire, Québec, 1903. Niais nous avons devancé les temps; revenons en 1S52. Cette année vit les provinces maritimes érigées en pro­ vince ecclésiastique avec Halifax pour métropole. Ce siège, séparé de Québec en 1817, avait été érigé en évéchc an CANADA (CATHOLICISME) 1478 en 1812; en 1852, son titulaire, Mor Walsh, fut nommé . t. vi ; abbé G. Dupas. M·· Provencher et les missions de la Hivière-flouge, in-12, Montréal, 1889; M" Taché, Vingt années de archevêque. Les sufi'ragants furent Charlottetown (ile du missions dans le Nord-Ouest de l'Amérique, in-8-, Montréal, Prince-Édouard), Saint-Jean (Nouveau-Brunswick), Ari1866; Esquisse sur le Nord-Ouest de l’Amérique, in-8·. Mont­ chat (Nouvelle-Écosse); on y joignit, en 1860, Chatham réal, 1809; dom Benoit, Vie de M" Taché. 2 in-8·, Saint-Boni­ dans le Nouveau-Brunswick. Cette organisation indique face. 1904; B. P. Jonquet. Vie de .V·’ Grandin, in-8·, Paris, 1904; que la population catholique était déjà considérable dans abbé Gosselin, L’Église du Canada, dans la Pevue du clergé ces régions : elle se composait surtout d’Irlandais et français, 15 septembre 1895; H. Cooke, Ο Μ. I., Sketches of the life of M'· de Mazenod, 2 in-8·, Londres. 1879. aussi d’Acadiens dont le nombre augmentait de jour en jour. Pendant qu’à l’est et à l’ouest du Canada le catholi­ Dans l’Ouest, les progrès de la foi s’étendaient toujours cisme gagnait en nombre, en influence et en organisation, et atteignaient même les sauvages de ces contrées. De dans la province ecclésiastique de Québec il continuait cette vie de lutte qui est la condition de l’Église ici-bas. nouvelles missions s’ouvraient au zèle apostolique. Dans son mémoire de 1794, Mo’ Hubert constatait qu’il ne Le 11« concile de Québec (1854) nous montre les Pères restait au Canada que 8 ou 10 missions, comptant à donnant aux fidèles des règles disciplinaires au sujet peine chacune 500 âmes et enclavées au milieu des terres des écoles primaires, des sociétés secrètes, de la tempé­ habitées par les Canadiens. Vers 1818, un prêtre du rance, des instituts littéraires, de la politique, des Bibles diocèse de Québec, l’abbé Provencher, fonda sur les falsifiées, des livres immoraux, des bibliothèques parois­ bords de la Rivière-Rouge la première mission de l’Ouest siales. Sur la fin de cette année la définition du dogme en dehors des pays ouverts à la civilisation. Deux ans de l’immaculée Conception vient combler de joie le plus tard, il fut sacré évêque. Pendant les 33 ans qu’il cœur des pasteurs et des fidèles. Durant les années qui vécut encore, Mar Provencher multiplia les travaux, ap­ suivent on voit le clergé douloureusement préoccupé pela des aides à son œuvre, envoya des missionnaires de la marche des idées et des événements en Europe. jusque dans la Colombie britannique. En 1844 il fut Les évêques signalent dans leurs mandements les erreurs nommé vicaire apostolique du Nord-Ouest, puis évêque que le chef de l’Église condamne. L’envahissement des titulaire de Saint-Boniface en 1847, l’année même où un Etats pontificaux souleva tous les cœurs, et après s’être autre missionnaire parti de Québec, Ms· Demers, était traduite par d’éclatantes prolestations, l’indignation des nommé évêque de Vancouver. Pour assurer l’avenir de catholiques se manifesta par une levée de boucliers et ses missions, Mo· Provencher songea à y appeler les l’organisation d’un corps de zouaves pontificaux. Le Pères oblats établis à Montréal depuis 1843. La mission 18 février 1868, eut lieu le départ du premier détache­ fut acceptée. Même l’évêque de Saint-Boniface jeta les ment des zouaves pontificaux. Sept partirent du Basyeux sur l'un de leurs missionnaires pour en faire son Canada. Cf. Nos croisés, Montréal, 1871. coadjuteur. Le P. Taché, sur l’ordre de Mo· de Mazenod, C’est au milieu des préoccupations causées par les passa en France, et c’est là, à Viviers, qu’il reçut l’onc­ attaques dirigées contre le saint-siège que s’ouvrit le tion épiscopale des mains du fondateur de sa congré­ IV· concile provincial de Québec (1868k On y voyait un gation assisté du futur cardinal Guibert et de Ms· Prince, évêque de plus, Mo· Langevin de Ritnouski, siège érigé alors coadjuteur de Montréal. Mo· Provencher s’étant l'année précédente. Le concile insiste sur les droits de éteint en 1853, Mt>r Taché continua son œuvre. Il devait la papauté et sur la soumission qui lui est due; recom­ y travailler quarante ans comme évêque (1853-1894). Il mande aux fidèles lesœuvres du Denier de Saint-Pierre, n’entre pas dans le cadre de cette étude de raconter de la Propagation de la foi et de la Sainte-Enfance, toutes les merveilles opérées par la congrégation des établies depuis plusieurs années; donne des avis aux oblats dans le Nord-Ouest pendant la dernière moitié parents pour la conservation de la foi et du respect du xixe siècle. C’est un chapitre, et des plus émouvants, paternel chez leurs enfants; signale le danger des de l’histoire générale des missions catholiques. Là se mauvaises lectures, journaux et livres, et exhorte les sont poursuivis les Gesta Dei per Francos — car tous les pasteurs à former des bibliothèques de paroisse; éclaire missionnaires sont Français de France ou du Canada — les catholiques sur leurs devoirs en temps d’élection; au prix de sacrifices à peine croyables. Notons les évé­ et met en garde contre certains péchés plus graves, tels nements principaux : 1862, érection du vicariat aposto­ que le faux serment, l’intempérance et l’usure. lique d’Athabaska, avec Mo· Faraud (1828-1890) pour C’est vers cette époque que l’immense paroisse Notreévêque; 1871, création de la province ecclésiastique de Dame de Montréal fut divisée en plusieurs. Canonique­ Saint-Boniface (Manitoba). Mur ’fâché est élevé au rang ment érigée en 1678, elle avait été desservie pendant d’archevêque par Pie IX et son coadjuteur. Mur Grandin près de deux siècles par les prêtres de Saint-SuIpice, (1829-1902), est nommé évêque de Saint-Albert, siège qui selon les besoins avaient élevé sur différents points nouvellement érigé (1871). A ces deux sufi’ragants, de la ville et de la banlieue des églises et des chapelles Alhabaska et Saint-Albert, sont venus depuis s’en ajouter pour le service religieux, sans briser toutefois l’unité d’autres : en 1890, vicariat apostolique de la Saskatchewan paroissiale. Au cours des siècles la ville avait grandi; avec Mo· Pascal. Ο. Μ. I., pour évêque; la même année, en 1866, elle comptait 130000 âmes, sur ce nombre plus évêché de New-Westminster (Colombie anglaise) avec de 100 000 catholiques. Un décret apostolique permit à Mur Durieti, O. M. 1.; en 1901, vicariat apostolique de Mo· Bourget de créer autant de paroisses qu’il le juge­ Mackenzie et du Yukon avec Mo· Breynat, Ο. Μ. I. En rait nécessaire au bien des âmes, paroisses dont l'admi­ 1903, un bref de Léon XI11 a érigé la province ecclé­ nistration serait d'abord offerte aux prêtres de Saintsiastique de Vancouver, nommé son titulaire, Mo· Orth, Sulpice, desquels il dépendrait de l’accepter ou de la archevêque, en lui donnant pour sufi’ragants l’évêque de refuser. Depuis lors, la ville de Montréal a vu tripler New-Westminster et le vicaire apostolique de Mackenzie, sa population catholique; et aujourd'hui trente paroisses détachés de Saint-Boniface. /4 M«r Taché a succédé s’étendent autour de la paroisse mère de Notre-Dame, Mur Langevin (1895), Ο. Μ. I., originaire du diocèse de Notons encore à cette époque la condamnation de Montréal. La succession était lourde et à cause de la l’institut canadien de Montréal par Mo· Bourget. Par question scolaire au Manitoba et à cause de l'envahisse­ sa bibliothèque, par les conférences qui s’y donnaient, ment progressif des protestants. par l'esprit qui en animait les membres et que l'on 1 trouve étalé dans l'Annuaire de 180S, cet institut Sur tes missions du Nord-Ouest canadien, consulter les Annales tendait à devenir un foyer de voltairianisme et d’irré­ de la propagation de la foi, et les Missions catholiques, pu­ ligion. Condamné par le Saint-Office, il fut rejeté des bliées à Lyon ; les Annales de la propagation de la foi, publiées catholiques. Un des membres obstinés de l’institut ù Montréal et à Québec; comme ouvrages spéciaux : Piolet, S. J.. Les missions catholiques françaises au xix· siècle, Paris. 1992, étant mort, la sépulture en terre sainte lui fut refusée 1480 CANADA (CATHOLICISME) 1179 par l'autorité ecclésiastique : ce qui donna lieu à un procès célèbre, connu sous le nom d'affaire Guibord. Condamnés par toutes les juridictions du Canada, les partisans de l'institut en appelèrent en Angleterre, où une cour protestante leur donna raison; et il fallut employer la force armée pour enfouir dans le cimetière catholique le cercueil du malheureux Guibord. En 1870, le Haut-Canada fut érigé en province ecclé­ siastique avec Toronto pour archevêché. Pour évêchés sutlragants il avait Kingston el Hamilton, siège créé en 1856. En 1878, Kingston est devenu chef-lieu d'une nouvelle province avec Peterboro (1882) et Alexandria (1890) pour sutlragants. L’évêché de London (I885) a été rattaché à Toronto. Signalons dans la province de Québec la création des évêchés de Sherbrooke (1874), Chicoutimi (1878), Nicolet (1885), En 1886, Montréal fut érigé en archevêché. M»' Fabre, d'abord coadjuteur, puis successeur de Mor Bourget, en fut le premier titulaire; il eut pour sutlragants Saint-Hyacinthe et Sherbrooke, auxquels devait bientôt s'ajouter Valleyfield (1893). En 1886, Léon XIII avait créé la province d’Ottawa. Mop Duhamel en est le premier archevêque; il a pour suffragant Pembroke, érigé depuis 1898. Pour couronni r une hiérarchie si nombreuse, pour honorer l'Eglise et l'épiscopat canadiens si attachés au saint-siège, il a plu à Léon XHI d'ouvrir l’entrée du sacré collège à l'archevêque de Québec, devenu le cardinal Taschereau (7 juin 1886). Il nous reste à relater quatre points particuliers : 1» Jléveil de la race acadienne. — Vers la fin du xviii' siècle, eut lieu la résurrection des catholiques acadiens. Après la dispersion violente opérée par Law­ rence (1755), 1 268 de ces malheureux étaient restés en Acadie, tolérés par leurs persécuteurs qui dédaignaient leur faiblesse. En 1815, ils formaient un noyau de 25000 âmes. En 1864, ils s’élevaient au nombre de 81)000. La providence leur envoya alors un prêtre cana­ dien, le R. P. Lefebvre, qui les groupa, assit sur des bases solides le collège de Memramcook (Nouveau-Bruns­ wick) et se servit de ce moyen pour relever le peuple acadien. Profilant de l’influence qu’il avait acquise, il installa des écoles primaires dans les centres de langue française; fit venir dans ce but des religieux de sa con­ grégation de Sainte-Croix, des frères et des sœurs. Quand éclatèrent les persécutions dont nous parlons plus loin, il s’interposa entre catholiques e' protestants et, faute de mieux, amena un compromis qui permit au bien de se poursuivre. En 1880, 70 délégués acadiens repré­ sentèrent leurs compatriotes aux grandes assises de la nationalité française que la Sociétéde Saint-Jean-Baptiste provoque périodiquement au Canada ou aux États-Unis. Depuis, le P. Lefebvre a organisé des conventions générales des Acadiens qui se tiennent à termes fixes dans une ville désignée à l'avance. En 1899, le nombre des Acadiens atteignait 125000 ; 6 des leurs les repré­ sentaient dans les Chambres des provinces maritimes; . t 2 au Parlement fédéral d'Ottawa. D’après le tableau suivant, dont les chiffres sont empruntés an recensement de 1901, on pourra juger de leur proportion dans la population des provinces maritimes : PROVINCES. Xouveau-Brunswick.................................. Nouvelle-Écosse......................................... Ue du Prince-Édouard.............................. POPULATION TOTALE. 331120 459594 103 259 aisément à 1,55000. En tenant compte de l'accroissement rapide de cette race, comment ne pas voir là une force pour l’avenir du catholicisme dans ces contrées? E. Rameau. La Franceaia colonies. Acadiens et Canadiens, in-8-, Paris. 1859; C. Derouet, Une nationalité française en Amérique, dans Le correspondant. 10 septembre 1899. Pascat. Poirier, Le Père Lefebvre et ΓAcadie, in-8·, .Montréal. 1898. 2° Écoles du Nouveau-Brunswick et du Manitoba. — Avant ce réveil de la nationalité acadienne et lors de la fondation de la Confédération canadienne (I867), le système scolaire du Nouveau-Brunswick permettait aux catholiques de celte province, qui y étaient en mino­ rité, de jouir d’écoles séparées. En 1871, il plut à la législature locale de leur retirer cet avantage et d’adop­ ter une loi qui forçait les catholiques de contribuer au soutien des écoles protestantes sans leur donner de part aux contributions pour leurs propres écoles. C'était le ; contraindre ou d’envoyer leurs enfants aux écoles héré­ tiques ou de s'imposer de nouvelles charges pour ouvrir des écoles séparées. Les Acadiens en appelèrent au Parlement fédéral; la réponse qu’ils en reçurent par la bouche de sir John Mac Donald équivalait à une fin de non-recevoir. Alors la résistance s’organisa; on reçut les agents du fisc à main armée; l'effervescence menaçait de dégénérer en guerre civile. Les Anglais comprirent qu’il valait mieux en venir à un accommo­ dement. La loi injuste ne fut pas rapportée, mais on fit de telles concessions, soit pour les écoles, soit pour les instituteurs, que le calme se rétablit (1874). Une injustice du même genre vint léser les catho­ liques du Manitoba en 1890. L’Acte de l’Amérique anglaise du Nord (1867) qui a donné naissance au Dominion permettait à chaque province d'adopter le système d’éducation qui lui semblerait bon, sauf à respecter les droits ou privilèges conférés, lors de l'union, par la loi, aux divers groupes de la population jouissant d'écoles séparées. D'ailleurs, lorsque le Mani­ toba demanda à faire partie de l’union (1870), les députés catholiques, dirigés par Mep Taché, exigèrent qu'on ajoutât à la clause précédente ces mots : « conférés par la loi ou par la prat ique. » Le prélat voulait, comme con­ dition constitutionnelle de l'union, le respect des droits acquis, tant de ceux qu’une loi formelle avait sanction­ nés que de ceux qui étaient établis en fait et en pratique. En dépit de ces précautions, les catholiques se virent privés de leurs droits par un ministère intolérant (1890). Les évêques du Dominion adressèrent une pétition au Parlement; et peu après tous les journaux reprodui­ saient une lettre pastorale signée du cardinal Taschereau et des évêques du Bas-Canada pour protester contre l'iniquité dont leurs frères manitobains étaient les vic­ times. La question fut portée en Angleterre devant le Conseil privé, qui décida que la solution en appartenait au Parlement fédéral. Les élections générales de 1896 se firent sur cette question. Dans la province de Québec, conservateurs et libéraux promettaient de la régler à la satisfaction des catholiques. Plusieurs prélats crurent de leur devoir d’éclairer les fidèles sur la conduite que leur prescrivaient en cette circonstance la conscience et la religion. L’etl'ervescence était grande. Les résultats PROTESTANTS. 205000 330 000 57 423 CATHOLIQUES. 125 698 129578 45796 ACADIENS. 79979 45 161 13 866 TOTAL 0E8 ACADIE5S. 139006 Si â ce nombre de 139000 on ajoute les Acadiens de I de l’élection, portant les libéraux au pouvoir, ne col­ la côte de Gaspé et des îles de la Madeleine, on arrive | merent point les esprits. Alors sir Wilfrid Laurier 1481 CANADA (CATHOLICISME) devenu premier ministre, provoqua de la part du saint-siège l'envoi d’un délégué apostolique. Léon XIII confia cette délicate mission de pacification et d’enquête à un jeune et distingué, prélat de 31 ans. Mor Merry del Val, élevé en 1903 par Pie X à la double dignité de cardinal et de secrétaire d’État. Les esprits s’apai­ sèrent; un compromis intervint qui laisse la loi sub­ sister, mais en amoindrit les désastreux effets. Depuis, la délégation apostolique au Canada est devenue per­ manente. A Msr Merry del Val (1897) a succédé Mor Diomède Falconio (1898-1903). aujourd’hui délégué aux États-Unis. Il fixa sa résidence à Ottawa et l'épis­ copat canadien lui offrit une habitation qui est devenue le palais de la délégation apostolique. Le délégué actuel est Mo’ Donato Sbarelti, ex-archevèque de la Havane. Cf. Castell Hopkins, Life and Work of the B. Hon. John Thompson, in-12, Toronto, 1895, c. xiv, p. 255; Berne canadienne, septembre 1892; Demers, Les écoles sépa­ rées du Manitoba, dans la Semaine religieuse de Mont­ real, 1892. 3" fondation de l’université Laval à Montréal. — Depuis plusieurs années Montréal, dont l’importance allait croissant, éprouvait le besoin d’avoir une uni­ versité catholique à elle. Mur Bourget adressa une demande en ce sens à la Propagande. Après examen, la S. C. répondit que pour obvier à toutes les difficultés elle ne voyait pas d’autre expédient que d’établir à Montréal une succursale de l’université Laval. Elle invitait les évêques à travailler, en union avec le con­ seil de l’université Laval à Québec, à l’exécution de ce projet. Elle prenait même la peine d’en indiquer les bases : toutes les dépenses de la succursale seraient à la charge du diocèse de Montréal; les cours seraient uniformes dans les deux villes; le recteur serait repré­ senté par un vice-recteur choisi par le conseil univer­ sitaire et approuvé par l’ordinaire. Deux mois après cette décision. Pie IX, par la bulle Inter varias solli­ citudines, accordait l’érection canonique à l'université Laval (10 mai 1876). La succursale fut reconnue au civil par une loi de la législature de Québec en 1881. Les facultés s’organisèrent lentement et au milieu de nombreuses difficultés au cours des années qui suivirent (1878-1887). La faculté de théologie fut formée, dès le principe, par le grand séminaire dirigé par les prêtres de Saint-Sulpice. Les facultés de droit, de médecine et des arts se constituèrent successivement. Dans cette organisation, comme dans les développements qui sui­ virent, prit une part importante M. Colin, supérieur de Saint-Sulpice à Montréal. Esprit clairvoyant et aux larges conceptions, souple et persévérant dans ses desseins, assuré d’ailleurs de l’appui de sa communauté, il mena à bon terme de grandes œuvres profitables et à l’Église et au pays, « mais, je ne crois pas me tromper, s'écriait Mor Archambauld, vice-recteur actuel de la succursale, dans un éloge funèbre de M. Colin, en disant que son œuvre par excellence, l’œuvre qui domine toutes les autres au double point de vue religieux et social, c'est l’université catholique à Montréal. 11 travailla de concert avec Msr Fabre, archevêque de Montréal, à obtenir pour la fondation nouvelle une indépendance qu’il estimait nécessaire à sa prospérité. Le décret Janidudum (1889), par lequel Léon XIII déclarait la succursale de Montréal un second siège, altera sedes, de l’université Laval, vint couronner ses efforts. Restait le côté matériel et financier. M. Colin, agissant au nom de sa Compagnie, mit à la disposition des administrateurs un terrain de 200 000 francs, et sur les 900000 que coûta la nouvelle bâtisse univer­ sitaire, souscrivit pour 400000 francs. De plus, il con­ tribua pour une très large part à son installation inté­ rieure; et se chargea lui-même d'une portion considé­ rable des frais qu’entraînait la création de certaines chaires, notamment celle de littérature française, pour 1482 laquelle il fit venir, sur les indications de M. Brunetière, un agrégé de l’université de France. » Cf. Le diocèse de Montréal au xix" siècle, Montréal, 1900; Semaine religieuse de Montréal, décembre 1902. 4» La colonisation. — Nous avons déjà signalé la fondation de sociétés pour la colonisation et nous avons vu les évêques dans leurs mandements et lettres pasto­ rales encourager leurs prêtres à celte œuvre. Pour en comprendre le motif, il faut savoir que les premiers colons s’étaient établis le long des grands cours d’eaux, du Saint-Laurent. Là, ils défrichèrent une bande de terre très étroite comparée à l'étendue du pays, laissant par delà la forêt impénétrable. Vint un temps, vers 1835, où la population croissant, toutes les terres défrichées furent occupées et l’excédent de la population dut prendre le chemin des villes ou des États-Unis pour y trouver une vie plus facile. Le mouvement tendait à se généra­ liser et inquiétait les patriotes. Le clergé comprit qu'il y avait là une œuvre à accomplir. Une véritable croisade s’organisa pour retenir le peuple sur ses propres terres et pour lui faire trouver chez lui ce qu’il courait cher­ cher à l'étranger. Le prêtre colonisateur est un type que l'on ne trouve aujourd'hui qu’au Canada. A ce titre, le curé Labelle s’est acquis une réputation qui a franchi les mers. Cet excellent prêtre a voué sa vie à retenir les Canadiens dans leur propre pays. A lui seul, il a fondé plus de quarante paroisses dans la province de Québec. Partout où la colonisation a porté ses efforts, au Témiscamingue, sur les bords du lac Saint-Jean ou de la rivière Saguenay, nous trouvons, dirigeant et sou­ tenant les co.ons, des préires ou des religieux. Dans chaque diocèse un ou plusieurs prèlres sont chargés de promouvoir le mouvement de la colonisation et de lui imprimer une direction. Grâce à ces sociétés la forêt a reculé, de nouvelles paroisses ont surgi. Comme elles sont en général fort pauvres, Mur Bruchési, archevêque de Montréal, a eu l’idée pour son diocèse de faire adop­ ter chacune d'elles par une paroisse déjà constituée et riche qui devient la marraine de la nouvelle et fournit à sa filleule les objets nécessaires au culte. Aujourd’hui l’on regrette qu'un mouvement de colonisation plus puis­ sant n’ait pas été dirigé vers les riches plaines du Ma­ nitoba. Des colons de race française et catholique s’y fussent établis au lieu des protestants qui n’ont cessé d’y affluer et y sont un péril pour l’avenir du catholi­ cisme. Cf. Gailly de Taurines. La nation canadienne, Paris, 1894; curé Labelle, La colonisation dans la vallée d'Ottawa, au nord de Montréal, etc., Montréal, 1880; Mémoire sur la colonisation des terres incultes du Bas-Canada, in-4· Québec, 1867 ; A. Buies, Le Saguenay et la vallée du lac Saint-Jean, in-8·, Québec, 1880 ; Id., La région du lac Saint-Jean, grenier de la province de Québec, Québec. 1890; Id.. Aux portiques des Laurentides, le curé Labelle, in-8·, Québec, 1891; ld.. L'Outaouais supérieur, in-12. Québec. 1889; Testard de Montigny, /.« colonisation, in-8·, Montréal, 1895. III. État actuel. — 1° Provinces ecclésiastiques. — Les provinces ecclésiastiques sont au nombre de huit et ont pour métropoles respectives : Québec, Montréal, Ottawa, Toronto, Kingston, Halifax, Saint-Boniface et Vancouver. Elles corn prennent vingt et un évêchés, quatre vicariats et une préfecture apostolique. L’Église du Ca­ nada relève directement de la S. C. de la Propagande. La province ecclésiastique de Terre-Neuve, érigée en janvier 1904, comprend l'archevêché de Saint-Jean et les deux évêchés de Havre-de-Grâce et de Saint-Georges. A la mort d'un évêque, lesautres évéquesdela province envoient à Rome une liste de trois noms rangés par ordre de mérile : dignissimus, dignior, dignus, jointe à une liste semblable laissée par l’évêque défunt; et c’est au saint-siège, après informations prises, de choisir entre les candidats. Les évêques des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal, Ottawa, Saint-Boniface et Vancou- CANADA (CATHOLICISME) 1483 liai Montréal . . . . j A(. Saint-Hyacinthe.............. Sherbrooke....................... Valleyfield........................ Juliette.............................. 1836 P. Bruchési. 500 000 1886 1852 M. Decellcs. 115 000 1874 P. Larocque. 67 000 1892 M. Emard. 65 000 1904 J. A. Archambault. B 16 8 9 7 * 156 73 61 86 V 286 B 62 39 > 926 450 B 710 206 24 104 '45 99 40 * » GRANDS 18 8 1 3 B » » 80 22 3 1 lOOwnt. B 17 20 10 20 1 4 1 2 2 B 1 1 1 1 B » t» 27 9 1 3 B •7 2 B 84 46 19 14 B 2 1 1 B B B J> n B B B » j) B B J.-T. Duhamel. N. Lorrain. 140000 49000 112 46 132 B 8 1 13 4 » 29 123 46 B B 11 4 11 4 2 P 1 B 1841 1870 1856 1859 D. O’Connor. J. Dowling. 1*. Mc Evay. 65000 50 000 60 000 54 60 59 39 » 16 1 1 1 4 5 7 47 37 41 87 B » 19 15 12 7 7 3 1 1 1 B » B ( Év. 1826 Kingston................ j Ar 1889 Peterboro ........................ 1882 Alexandria........................ 1890 C. Gauthier. B. O'Connor. A. Macdunell. 43000 49190 20000 51 29 19 u > » B 4 3 2 38 39 13 69 97 19 46 » » 6 5 4 B B B 30 » 1842 1852 1829 1842 1844 I860 C. O’Brien. C. Mc Donald. T. Casey. J. Cameron. T. Barry. 55 000 50 000 58 000 75 000 58000 66 4’1 63 84 56 » P B * 15 3 1 1 1 1 , Ί 3 2 5 7 36 35 38 62 B 86 45 93 B B * » B » » 15 8 9 14 11 1847 1871 Saint-Albert................. 1871 Athabaska (v. ap.)............ 1862 Saskatchewan (v. ap.) . . 1890 A. Langevin. E. Legal. E. Grouard. A. Pascal. 65 000 16000 B 9 400 61 10 » 1 94 43 10 23 8 2 » 1 8 8 2 4 64 > B » 151 B B B B B B B ( Év. 1847 Vancouver. · · ■ Ar 1903 New-Westminster .... 1890 Mackensie et Yukon (v. a.). 1901 B. Orth. A. Dotenwill. G. Breynat. 10000 25000 8 000 19 5 » » * 1 1 * {j 2 13 » B 20 40 22 B B fi » R. Mc Donald. F. Howley. 32 000 45 000 22 27 y B 2 2 2 B » 54 B 90 » N. Mc Neil. 7 000 8 9 > 2 » 36 24 l Év Toronto................ j Ar Hamilton.......................... London ........................... 1 Év. Halifax................... | Ar Charlottetown................. Saint-Jean........................ Antigonish..................... Chatham........................... Saint-Boniface. . j A'. il Ί SÉMINAIRES. 70 116 60 62 29 CLASSIQUES. 40 76 50 60 10 OU ASILES. 10 6 7 8 2 HOPITAUX 8 12 » « COLLÈGES 1' 240 ÉCOLES. 225 COUVENTS. ’ Il ÉGLISE* OU CHAPELLES. 17 5 1 3 4 2 101 116 100 118 14 paroisses 14 76800 99140 60 000 83 824 9 650 DE FEMMES. 75 325 000 d ’hommes. 464 L. N. Bégin. F. X. Cloutier. A. Blais. T. Labrecque. II. Brunaull. R.P. Blanche, eud. t Év. 18-47 Ottawa................... 1 Ar. 1886 Pembroke........................ 1898 CONGREGAT. RELIGIEUX. 1657 1674 1814 1852 1807 1878 1885 1885 CONGRÉGAT. f Vie. apost. Québec. . . s Evêché. . ( Archev. . Trois-Rivières.............. Rimouski.......................... Chicoutimi........................ Nicolet.............................. Prêt apost. du Sl-Laurent. PRÊTRES SÉCULIERS. TITULAIRES EN 1904. ' SUFFRAOANT8. NOMS dus CATHOLIQUES. DATES ARCHEVÊCHÉS ÉVÊCHÉS d érection . PROVINCES ECCLÉSIASTIQUES D B 8 fi B 4 » B B 1 1 1 1 1 p B y » 20 9 y B B 1 1 B B B B B B 4 » B B B 1 1 B B B B B 2 B B » B B » B A TERBENEL’VE „ t Év. Havre-de-Grace. Ar Saint-Jean........................ Saint-Georges. j 1856 1904 1847 1870 1904 ver sont tous Canadiens français ou Français; dans ces deux dernières provinces tous appartiennent à la congr-'-gation des oblats de Marié-Immaculée, à l’exception deM«r Orth, de Vancouver, qui est du clergé séculier et de race allemande; dans les autres provinces les évêques sont Irlandais d’origine, sauf Msr Gauthier de Kingston, qui est Canadien français, et l’évêque de Charlotte­ town qui est de race écossaise. Les évêques des trois provinces de Québec. Montréal et Ottawa sont de droit membres du conseil de l'instruction publique. Ce con­ seil se compose en outre de laïques nommés par le gou­ vernement de la province de Québec, en nombre égal à celui des évêques. Il est présidé par un laïque qui a le titre de surintendant de l'instruction publique. Il se reunit deux fois par année pour statuer sur tout ce qui DICT. DE TUÉOL. CATHOL. » 5 14 2 intéresse l’enseignement. Le gouvernement ne fait guère que ratifier les décisions de ce conseil. On voit com­ bien est grande l’influence de l’épiscopat sur ces ma­ tières si importantes pour la formation d’un peuple. Entre les évêques règne la plus grande unité de vues. A plusieurs reprises tous les prélats du Canada se sont unis pou.· adresser en commun aux fidèles des instructions sur la conduite à tenir ou sur la direction à prendre en telle occurrence plus difficile. A l’égard de l’État, l’évêque est complètement indépendant. Dès qu il a reçu ses bulles du souverain pontifé il entre en fonctions sans avoir à remplir aucune formalia- ci­ vile. Aussitôt les fidèles lui rendent hommage et et sance et lui reconnaissent tous les droits de ses pr-’-décesseurs. En général, l’évêque est choisi parmi les pretres II. - 47 I486 CANADA (CATHOLICISME) FONDATION. 55 2 5 Congrégation Notre-Dame..................... Sœurs grises (ont été divisées depuis 1854).................................................... Sœurs de la Providence........................ Des Saints-Noms de Jésus et de Marie. De Sainte-Croix...................................... De la Miséricorde................................... De Sainte-Anne...................................... Servantes du Cœur immaculé de Marie. S. de l’Assomption de la sainte Vierge. Religieuses de Jésus-Marie................. S. du Précieux-Sang (vie contemplative). Montréal. Montréal. Québec. Saint-IIyacinlhe. Ottawa. Montréal. Montréal. Montréal. Montréal. Montréal. Québec. Nicolet. Québec. Saint-Hyacinthe. 1659 1747 1849 18401845 1843 1843 1847 1848 1850 1850 1853 1855 1861 1298 785 676 100 490 1 513 947 482 117 750 280 277 268 144 «ô y? “ ?? x ? ’ i O H«5 y & 175 150 133 63 96 157 103 100 32 88 60 60 57 M > 2D000 » » » » » 18.126 11 783 » 15 688 5660 5300 4 365 .J « M g 1 M ----------------------------------------------------------------------— DÉNOMINATIONS. DIOCÈSE de t 1 DIOCESES. | 1812. comptent aujoud’hui au Canada 20 établissements ■ et 272 religieux. Ils ont trois collèges, deux à Montréal et un à Saint-Bonitace. Leur noviciat et leur scolasticat sont dans le diocèse de Montréal. Les Pères oblats de Marie-Immaculée sont les apôtres du Nord-Ouest. Le Canada constitue une province de leur congrégation. Us sont établis à Montréal, à Québec; à Ottawa, ils ont une université catholique, un juniorat et un scolasticat. Les quatre vicariats apostoliques du Nord-Ouest sont entre leurs mains, ainsi que les diocèses de Saint-Boni face, de Saint-Albert et de New-Westminster (Colombie bri­ tannique). Signalons encore les clercs paroissiaux de Saint-Vialeur, qui ont deux collèges dans le diocèse de Montréal et tiennent de nombreuses écoles ; les religieux de Sainte-Croix qui ont deux collèges classiques, l’un près de Montréal, l’autre â Memramcook, et d'autres établissements; les basiliens établis dans le HautCanada, et surtout à Toronto ou ils ont un collège floris­ sant; les Pères rédemptoristes qui desservent le fa­ meux sanctuaire de Sainte-Anne de Beaupré el se vouent à la prédication ; les eudistes, qui dirigent le grand sé­ minaire d’Halifax, sont à la tête de la préfecture apos­ tolique du golfe Saint-Laurent et sont établis dans les provinces ecclésiastiques de Québec et de Montréal; les dominicains établis à Saint-Hyacinthe, à Ottawa et plus récemment à Montréal; les capucins près d’Oltawa, de Québec et de Rimouski; les franciscains à Montréal, | Québec et aux Trois-Rivières; les trappistes établis à | Notre-Dame d'Oka par les sulpiciens (1881) et qui de­ puis ont ou vert quatre a utres trappes au Canada ; les Pères de la Compagnie de Marie, fondés par le B. de Montfort, appelés aussi en Canada par Saint-Sulpice ; les chanoines réguliers de l’Immaculée-Conception dans les diocèses d’Ottawa et de Saint-Boni face; les frères de Saint- Vincent de Paul, Québec ; les Pères de Chavagnes ; les Pères Blancs (Québec); les Pères du T. S. Sacrement (Mont­ réal) ; les carmes (Toronto) et les missionnaires de la Salette (Saint-Boniface). Les frères des écoles chrétiennes, appelés par SaintSulpice (1837),mptent aujourd'hui au Canada650frères; ont 36 établissements, dont 32 dans la province de Qué­ bec, et instruisent 18000 élèves. D'autres instituts trans­ plantés de France les secondent dans l’œuvre d’instruire la jeunesse : frères du Sacré-Cœur, frères maristes, frères de I ’instruct ion chrétienne, frères de Saint-Gabriel. Parmi les communautés de religieuses, trente au moins ont pris naissance au Canada. Nous avons dit plus haut combien à cet egard avait été fécond l'épisco­ pat de Mnr Bourget, évêque de Montréal. Dans les dio­ cèses du Bas-Canada surtout, la fécondité de l’Église a paru intarissable en ces cinquante dernières années. Ce MAISONS les plus distingués du diocèse vacant. Chaque évêché a sa fondation, sa mense épiscopale, le revenu de ses coinponendes, etc. L'État lui reconnaît tous les droits d'une corporation civile. L'évêque jouit de la plus grande li­ berté pour la nomination aux cures, l’érection des pa­ roisses et la construction des églises ou des presbytères. Au Canada, point de cures inamovibles, sauf NotreDame de Québec. Dés qu’un curé est nommé par l’évêque, il entre en fonction; il tient les registres de l’état civil pour les baptêmes, les mariages et.les décès. Seul il pent célébrer les mariages, car ici le mariage civil n’existe pas. Pour l’érection d'une paroisse, il faut la requête de la majorité des habitants. L’évêque ayant pris connaissance de cette requête, fixe un jour pour une assemblée de paroisse et entend les raisons qui peuvent s’opposer à l'érection demandée. Après cette assemblée et une enquête sérieuse, il rend un décret d'érection et ce décret est sans appel. Le curé nommé a droit à la dime; et les registres paroissiaux qu’il tient sont recon­ nus comme registres civils. La dîme est au Canada le moyen reconnu par l’Êtat lui-même de subvenir à l'en­ tretien du prêtre. Elle fait l'objet d’un commandement de l’Église : « Droits et dîme tu paieras à l’Église fidè­ lement. » La dîme se prélève sur les grains seulement ; blé, avoine, orge ou sarrasin, et en dépit de son nom elle n’est que d'un vingt-sixième. Par suite des varia­ tions survenues dans l’état de la population et de la culture, la dime tend à se transformer en une redevance en argent. Les revenus d’une paroisse ordinaire de campagne sont d'à peu près 3000 francs. La moyenne de la population d’une paroisse rurale au Canada est de 150 à 175 familles, renfermant douze cents âmes, dont huit cents communiants; et ici tous communient, les gens qui ne font pas leurs pâques sont une exception. Cf. Baudry, Code des curés, marguilliers el paroissiens, Montréal, 1870; Pagnuelo, Éludes sur la liberté reli­ gieuse en Canada, passim; abbé Gosselin, L'Eglise au Canada, dans la Revue du clergé français, 1Γ· année, p. 207. 2» Ordres religieux et congrégations. — Il y a aujour­ d'hui au Canada plus de vingt communautés de prêtres, huit de frères et au moins soixante-deux de religieuses. Les prêtres de Saint-Sulpice n’y sont pas les plus an­ ciens, mais ils y sont restés sans interruption, depuis 1657. Ils ont à Montréal deux paroisses : Notre-Dame et Saint-Jacques, plusieurs aumôneries et la direction de trois maisons florissantes : petit séminaire, philosophie et théologie, plus une paroisse à la campagne. Leur nombre s’élève à 70. Grande est leur influence : par leurs biens ils sont le soutien de nombreuses écoles et d’œuvres de charité. Les Pères jésuites, revenus en S S S S g -iS g S S S S S S 1485 14S7 CANADA (CATHOLICISME) n'est pas seulement l’éducation des filles qui a trouvé dans la religion des dévouements, c’est encore la cha­ rité sous toutes ses formes : hôpitaux, orphelinats, jar­ dins de l’enfance, refuges, hospices, ouvroirs, asiles, tenue matérielle des petits séminaires et collèges, qui ont suscité l'activité des âmes et provoqué de multiples immolations. Nous avons nommé déjà les augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, les ursulines, les hospitalières de Saint-Joseph, de l’Hôtel-Dieu de Montréal qui accou­ rurent de France et assistèrent la colonie à son berceau. En 1659, la vénérable Mère Bourgeois dotait sa nouvelle patrie des sœurs de la Congrégation; en 1740, la Mère d’Youville de la Jemmerais fondait les sœurs grises de Montréal. Un coup d’œil rapide sur le tableau précédent suffira pour renseigner le lecteur sur les principales fondations de religieuses faites au Canada. Telles sont les plus importantes communautés fondées au Canada. 11 en est un grand nombre d’autres qui rendent d’immenses services dans les diocèses où elles sont nées ou dans ceux ou elles ont essaimé. Parmi les congrégations venues de France l’une des plus répan­ dues est celle de la Présentalion, fondée par Mrai Rivier au diocèse de Viviers. Etablie dans le diocèse de SaintHyacinthe depuis 1853, elle compte aujourd’hui au Canada et dans les diocèses limitrophes des États-Unis, 35 mai­ sons, 440 religieuses, 75 novices ou postulantes, et donne l’instruction à 10000 enfants. Nommons encore, parmi les plus connues, implantées au Canada, les carmélites, I Montréal), les petites sœurs des pauvres (Montréal), les dames du Sacré-Cœur (Montréal), les sœurs de la Sagesse (Ottawa), les fidèles compagnes de Jésus (Nord-Ouest). Enfin notons une communauté fondée à Memramcook en 1874, et transférée à Sherbrooke en 1895, spécialement destinée au service matériel des collèges, séminaires, évêchés, les sœurs de la Sainte-Famille, qui comptent 20 maisons, 175 professes et 129 novices ou postulantes. 3° Universités et séminaires. — L’enseignement supé­ rieur est tout entier entre les mains du clergé. Nous avons parlé au long des universités catholiques de Québec et de Montréal ; nous n’y reviendrons pas. Elles ne sont pas les seules. Les Pères oblats en ont fondé une à Ottawa. En 1848, Mt>r Guigues, oblat, confia au P. Tabar.t la direction d’un collège qu’il fondait. L’établissement prospéra et prit en 1866 le titre de collège d’Ottawa. En même temps il obtint le pouvoir de conférer quelquesuns des grades universitaires. En 1885, ces pouvoirs furent singulièrement étendus et le titre d’université civile lui fut concédé. Restait qu elle devint université catholique. Un bref de Léon XIII, en date de 1889, lui octroya ce privilège. La faculté de théologie est suivie p .r les scolastiques de la congrégation des oblats, de quelques autres communautés et par les séminaristes du diocèse. La faculté de médecine manque. Les élèves qui ont passé leur baccalauréat sont de droit admis à suivre les cours de médecine dans les autres universités du Haut-Canada. Celte université fort prospère, animée par une jeunesse nombreuse et pleine de vie, a été en partie détruite par un désastreux incendie (décembre 1903). Quelques collèges, comme celui de Memramcook (N.-B.) et de Saint-François-Xavier à Anligonish (N.-E.), portent le titre d’universités, ce qui vent dire que ces établisse­ ments peuvent conférer le grade de bachelier ês arts, requis pour l’admission à l'étude de la médecine ou du droit dans telle autre université où ces facultés sont établies. Quant aux simples collèges, ils se font affilier â une université de la région où ils sont établis. C'est ainsi que le collège des jésuites de Saint-Boniface est affilié à ! université protestante Collège de Montréal..................... de Nicolet........................ 1803 260000 de Saint-Hyacinthe. . . . 18C0 175000 de Sainte-Thérèse (dioc. de Montréal)................. 1825 102000 de Sle-Anne-de-la-Pocaticre (Québec).............. 1829 180000 de l'Assomption (Montréal) 1832 135000 de Miette (Montréal) . . 1846 130 450 Saint-Laurent (Montréal). 4847 195000 Sainte-Marie (Montréal). 1848 367000 de Rigaud (Valieyfleld). . 1850 87 500 de Lévis (Québec) .... 1853 260 000 Ste-Maric du Monnoir (StHyacinthe)................. 1853 62100 des Trois-Rivières. . . . 1860 98000 de Rimouski..................... 1867 57 000 de Chicoutimi................. 1873 76000 de Sherbrooke................. 1875 69000 de Valleyfield................. 1893 410000 de Loyola (Montrée!). . . 4897 00 000 554 465 305 313 350 300 290 330 525 400 310 520 240 260 120 225 245 100 170 La théologie a trois grands foyers au Canada : le grand séminaire de Montréal et celui de Québec qui entrent comme facultés de théologie dans la constitution de l'université Laval, et l’université d’Ottawa. Les sémina­ ristes peuvent, après examens, s'y munir de tous les grades y compris celui de docteur. Le séminaire de Québec réfnonle à Mur de Laval. Il compte environ cent étudiants, auxquels viennent s’ajouter les scolastiques de plusieurs communautés. Fondé en 1840, le grand sémi­ naire de Montréal a pris rapidement un accroissement prodigieux. H compte près de 300 élèves. Aussi ce nombre a-t-il exigé, de la part des prêtres de Sainl-Sulpice qui le dirigent, une augmentation de personnel et des agi- ndissements matériels considérables. Ce séminaire fréquenté par les étudiants ecclésiastiques de la pro­ vince de Montréal et de plusieurs diocèses du Cana ■ ·. des Etats-Unis. Les sulpiciens ont également fondé 7 Montréal un séminaire de philosophie, le seul de ce 1489 CANADA (CATHOLICISME) genre au Canada. Ce superbe édifice, qui a coûté plus de 700000 Irancs, domine la ville et a reçu jusqu’à 135 élèves. Ces deux établissements, situés dans le voisinage l’un de l’autre sur les flancs du Mont-Royal, sont tout près du collège ou petit séminaire. C’est encore Saint-Sulpice qui, avec l’approbation des évêques du Dominion et l’agré­ ment du gouvernement anglais, a entrepris la construc­ tion du collège canadien à Rome, pour lequel plus d'un million de francs a été dépensé. Grâce à cette maison, une trentaine de jeunes prêtres du Canada peuvent chaque année poursuivre le cours de leurs études de théologie ou de droit canon sous les yeux du saint-siège. Depuis seize ans qu’il est ouvert (1888) le collège canadien a déjà produit les plus heureux fruits. Depuis quelques années, un nouveau grand séminaire a été ouvert à Halifax. L’archevêque en a confié la direction aux Pères eudistes. 4» Journalisme. — Le catholicisme ne possède au Canada ni grands journaux, ni revues importantes. La raison en est dans le chiffre même de la population catho­ lique qui atteint à peine deux millions et demi, appar­ tenant à deux langues. Dans ces conditions, la circulation ne serait pas assez grande pour couvrir les frais d’une telle entreprise. Les revues catholiques qui paraissent en France ou aux États-Unis, ou même en Italie, sont reçues par le clergé; il en est de même pour les jour­ naux. En revanche, Québec et Montréal et les autres villes ont des revues et des journaux à circulation res­ treinte, qui se font plus ou moins, en ce qui regarde les questions catholiques, l'écho des grandes revues et qui s'occupent des intérêts religieux du pays. D’ailleurs, il n’y a au Canada ni revue, ni journal anti-religieux. A diverses reprises, il y a bien eu des tentatives d’en créer; mais jusqu'à ce jour les évêques ont eu assez d’autorité sur les fidèles pour tuer, en la condamnant, toute feuille dangereuse à la foi ou aux mœurs. En 1898, à la suite d'une lettre ouverte que l’évêque leur avait adressée, les journalistes de Montréal protes­ tèrent publiquement de leur soumission à l’autorité épiscopale, et s’engagèrent à bannir désormais de leurs feuilles les circonstances détaillées des crimes et les gravures dont ces récits étaient trop ordinairement accompagnés. Ils ont été généralement fidèles à leur promesse. Cf. La grande cause ecclésiastique, in-8°, Montréal, 1894. 5° Sociétés et associations. — La liberté d’association étant très grande au Canada, beaucoup de sociétés s’y sont constituées. Les catholiques canadiens-français ou irlandais ont les leurs, placées sous le haut patronage de leurs évêques et sous le contrôle de leurs prêtres. Une des plus anciennes est la Société Saint-Jean-Baptiste, fondée en 1834 par Ludger Duvernay, dans le but d’unir entre eux tous les Canadiens, de leur fournir un motif de réunion et l’occasion de fraterniser, de promouvoir les intérêts nationaux et de former un fonds destiné à des œuvres de bienfaisance. L’association comprend quatre grandes divisions ; le clergé, les professions libé­ rales, le commerce et l’industrie, les arts et métiers. Elle s'étend aujourd'hui aux Canadiens français du Canada et des États-Unis. Elle est assez riche pour avoir fait construire à Montréal un magnifique édifice connu sous le nom de Monument national et qui a coûté 300000 dol­ lars. Ses réunions donnent lieu à des manifestations d’une splendeur unique. En 1874, 4884 et 1898, Montréal a été témoin de ces réunions de 60000 à 80000 Canadiens, assistant à la sainte messe, célébrée en plein air, et défi­ lant ensuite à travers les rues de la ville bannières déployées. Viennent ensuite plusieurs sociétés de secours mu­ tuel ; l'Alliance nationale, fondée en 1892, à Montréal, comptant aujourd’hui près de 140 cercles et de 12000 membres; l’Association catholique de bienfaisance mutuelle, organisée en 1876 par les catholiques irlandais 1490 d'Ontario, bénie par Léon XIII, dirigée par un grand conseil, tenant des assemblées générales tous les trois ans et dont les membres atteignent le nombre de 20000. L’Association catholique de bienfaisance mutuelle des États-Unis, fondée à Niagara par l’évêque de Buffalo (1876), a un grand conseil à Québec et a reçu l'appro­ bation des autorités religieuses du Canada. Cilons encore l’Union franco-canadienne établie à Montréal en 1874 et connue pendant dix ans sous le nom de Protection des malades; l'ordre des Forestiers catholiques, fondé à Chicago, en 1883, avec l'approbation de Ms' Feehan, archevêque de cette ville, et qui est répandu au Canada depuis plus de dix ans. En 1895, cette association comp­ tait 8000 adhérents dans la cour provinciale de Québec, alors constituée; depuis, ce nombre a plus que triplé. Sur les six villes désignées pour les assemblées géné­ rales de la société, deux sont au Canada : Montréal et Ottawa. Nommons aussi la Société des artisans cana­ diens-français fondée à Montréal (1876), répandue par tout le Bas-Canada; en 1900,elle avait 14500 membres; ils dépassent aujourd'hui 20000. La Société de SaintVincent-de-Paul établie à Québec en 1846, à Montréal en 1848, couvre les villes de ses bienfaisantes conférences. A Montréal seul elle dépense plus de 135000 francs par an pour les pauvres; de 1848 à 1895 elle a distribué pour un million et demi de bons de pain, de charbon ou de viande. Les dépenses de 1902 ont atteint pour tout le Canada français 330 000 francs. Que d’autres associa­ tions nous pourrions citer encore : l’Union catholique de la province de Québec (1897) qui fonctionne surtout dans les campagnes; la Légion catholique de bienfai­ sance, etc. Les cercles pour les marins catholiques, pour les jeunes gens, pour les ouvriers, sont également connus, surtout à Montréal dont la population atteint aujourd'hui 300000 âmes. Les Irlandais ont fondé la Société de Saint-Patrice de Montréal qui se ramifie dans les cinq paroisses irlandaises de la ville et s’étend par­ tout où il y a des catholiques irlandais. Son but répond assez bien à celui de l'Association Saint-Jean-Baptiste pour les Canadiens français. Leur société de tempé­ rance (Saint-Patrick's total abstinence and benefit society), fondée par M. Phelan, prêtre de Saint-Sulpice et premier évêque de Kingston, fut la première du pays. Depuis sa fondation (1840) elle a produit un bien incal­ culable et vu se multiplier autour d'elle des sociétés de même genre. Citons encore les Chevaliers de Colomb (Knights of Colombia), société qui établit des rapports entre l’élite des catholiques irlandais et à laquelle appartiennent beaucoup d’évêques et de prêtres irlan­ dais des États-Unis et du Canada. A ces associations s’en ajoutent d’autres dont le but est exclusivement religieux; telles sont les sociétés d’adoration diurne et nocturne; les congrégations d’hommes, de jeunes gens, dont plusieurs sont fort anciennes. lui congrégation des hommes de Notre-Dame de Montréal remonte à 1663 et est affiliée à la Prima primaria de Rome depuis 1673. Les associations de l’apostolat de la prière, de la ligue du Sacré-Cœur, des prêtres adorateurs du Saint-Sacrement, du tiers-ordre de Saint-François-d'Assise, et d'autres encore, fruits de la piété catholique, trouvent au Canada une terre toute préparée pour y germer et y grandir. Les associations de la Sainte-Famille y datent du xvn· siècle; ce fut une dévotion des plus chères aux premiers colons de VilleMarie et'de Québec, que celle à la Sainte-Famille de Nazareth. Nommons enfin l’Union de prières ou société de la bonne mort établie par M. Picard, prêtre de SaintSulpice, et qui compte 27 000 membres à Montréal et plus de 100000 dans la seule province de Québec. Son but est d’obtenir de très bien vivre et de bien mourir. Moyennant une légère redevance annuelle, ses membres ont droit à des funérailles convenables. 6° Missions. — Des missions indiennes du xvn· siècle Î491 CANADA (CATHOLICISME) il reste encore des traces. On trouve dans la province ecclésiastique d'Halifax plusieurs groupes catholiques de Micmacs et d'Abénakis; dans le diocèse de Québec une paroisse entièrement composée de Hurons, cf. Ν.-Γ). de Loretie en la Nouvelle-France, par l’abbé Lindsay, Québec. 1902; dans celui de Montréal deux paroisses iroquoises. L une d'elles, Caughnawaga (mot iroquois qui veut dire dans le rapide), située, près de Montréal, sur le Saint-Laurent, compte 2000 Indiens catholiques. Cette mission, fondée par les jésuites en 1667 et desservie par eux jusqu'en 1783, est revenue entre leurs mains en 1903. La seconde, la paroisse iroquoise algonquine du Lac-des-deux-Montagnes, nommée aussi Oka, aujourd’hui comme aux premiers jours est desser­ vie par les suipiciens. Signalons enfin, dans le diocèse de Valleyfield, le centre iroquois catholique de SaintBégis. Ce sont là des exceptions. Les vraies missions actuelles du Canada sont situées au Nord-Est, le long de la côte du Labrador, au Nord sur les rives de la baie d'Hudson et surtout au Nord-Ouest dans les immenses territoires qui s’étendent de l’Ontario jusqu’au bas Mackensie et à l'Alaska. Au Nord-Est, la préfecture apostolique du golfe Saint-Laurent embrasse le Labrador et l’extrémité de la province de Québec. Elle compte environ 10000 ca­ tholiques : parmi eux. beaucoup d’Esquimaux, de Nascapis et de Montagnais. L’administration de cette pré­ fecture est confiée aux Pères eudistes. Plusieurs prêtres séculiers et quelques religieux oblats collaborent avec eux. Les missionnaires sont en tout une vingtaine. Ils sont aidés par des religieuses qui font la classe aux petits enfants ou exercent les multiples offices de la charité. A l'Oiiest, dans les diocèses de Pembroke et de Peterboro les missions sont nombreuses. Le premier de ces diocèses ne date que de 1898; auparavant c'était le vica­ riat apostolique de Pontiac. Il se prolonge au nord jusqu’à la baie d’Hudson. A cette extrémité est située la mission d’Albany, fondée en 1894 par les Pères oblats. Aux Pères oblats également sont confiées les missions du lac Téiniscamingue, d'Abbittibi, de Grassey Lake, etc., et celles, situées sur la hauteur des Terres, qui sé­ pare le bassin de la baie d’Hudson de celui de l’Ottawa, missions de Waswanipi, Mekiscan, Grand-Lac, LacBarrière, Maniwaki et beaucoup d'autres. JIf Proulx, .4 la baie d'Hudson, Montréal, 1886. Les Pères jésuites ont plusieurs missions sur les bords du lac Huron et de la baie Géorgienne, régions jadis habitées par les Hu­ rons, dont ils furent les apôtres au xvit' siecle. Établis à Fort-William, à Massey-Station, à Sudbury, à Wikwemikong, au Sault-Sainte-Marieetdans quelques autres centres, tous dans le diocèse de Peterboro, ces mission­ naires rayonnent pour le service des âmes dans beau­ coup de missions secondaires. Hestent enfin les missions les plus importantes, celles du Nord-Ouest, toutes aux mains des oblats de MarieJmrnaculée. Elles comprennent la province ecclésias­ tique de Saint-Boniface et celle de Vancouver, sauf file de ce nom. qui forme à elle seule une circonscrip­ tion archiépiscopale. Ces provinces se divisent en deux diocèses, Saint-Albert et New-Westminster, et en trois vicariats apostoliques, Saskatchewan, Athabaska et Mackensie-Yukon. Toutes ces divisions ecclésiastiques ont a leur tète des évêques oblats. Le nombre des Pères occupés dans les missions s’élève au-dessus de centcinquante. Ils sont assistés par des frères convers de b même congrégation. Une centaine de prêtres sécu­ liers sont répandus dans les diocèses de Sainl-Boniface, de Saint-Albert et de New-Westminster. Les Indiens du Nord-Ouest se rattachent à la race algonquine. Ils sont connus sous le nom général de Kristinous ou Cris et se nomment eux-mêmes Néhivourik. Ils sont dissé­ minés dans le bassin de la baie d'Hudson, au nord du ’ 4492 lac Supérieur, dans le Kewatin, et jusque dans le bas Mackensie, où ils confinent aux Tinnehs des côtes de la mer Glaciale. D’après une estimation récente, ils s'élève­ raient au nombre de 45000. La Colombie anglaise compte 26000 Indiens qui appartiennent à une race différente. Le zèle des missionnaires ne s’exerce pas seulement sur les sauvages, mais encore sur les métis, très nombreux dans tout le Far-West, et sur les colons de toute race et de toute nationalité. Ces immenses ter­ ritoires, où l’on ne voyait, en 1815, qu'un évêque et six prêtres, comptent aujourd’hui sept évêques, trois cent dix prêtres, réguliers ou séculiers, et voient se dresser quatre cent huit églises, cent trente-six écoles et plu­ sieurs hôpitaux. Les catholiques y dépassent le nombre de 100000. 11 n’est pas de localité tant soit peu impor­ tante qui n’ait sa chapelle et ne reçoive le mission­ naire. Pour une très grande part, c’est l’œuvre des oblats de Marie-Immaculée. L’histoire de l’évangélisa­ tion du Nord-Ouest forme une épopée des plus émou­ vantes dans les annales catholiques; la dernière page n’en est pas encore écrite. Piolet, La France au dehors, t. vt; P. Jonquet, Vie de M'tT Grandin, Montréal, 1904; dom Benoit, Vie de Sfer Taché, Sainl-Boniface, 1904; Annales des Pères oblals, Ottawa. 7» Lieux de pèlerinage. — Moins nombreux que dans les pays où le catholicisme est implanté depuis de longs siècles, les lieux de pèlerinage aimés et fréquentés par les fidèles ne sont pas rares dans le Bas-Canada. Québec possède le sanctuaire de N.-D. des Victoires qui remonte aux origines mêmes de la colonie. Montréal voit de nombreux pèlerins se recommander à N.-D. de Bon-Se­ cours dont la chapelle, commencée dès 1657, se dresse au-dessus du port. C’est là que, chaque année, l’arche­ vêque, entouré du clergé de la ville, vient inaugurer le mois de Marie. Le calvaire élevé par M. Picquet, S.S., au Lac-des-deux-Montagnes, en 1725, attire aussi de nom­ breux pèlerins, surtout le 14 septembre, fête de l'Exal­ tation de la Sainte-Croix. Mais le pèlerinage, on peut dire national, du Canada est celui de Sainte-Anne de Beaupré. Ce sanctuaire, dû à la pieuse initiative de ma­ rins bretons arrachés par sainte Anne au naufrage (1657), s’est modifié et embelli au cours des siècles. H est actuel­ lement entouré d’un village. Il est situé à sept lieues audessous de Québec sur la rive nord du Saint-Laurent. Des milliers de pèlerins affluent en ce lieu chaque été du Canada et des États-Unis pour prier la « bonne sainte Anne ». Les faveurs spirituelles et temporelles obtenues ont accru le nombre des pieux voyageurs. Les rédemptoristes, qui ont la desserte de l'église depuis 1879, reçoivent par an environ cent vingt pèlerinages organisés. En 1903 le nombre des pèlerins a été de 168000. Signa­ lons encore les sanctuaires de N.-D. du Cap de la Made­ leine, entre Québec et Montréal ; de N.-D. de Lourdes à Montréal; de N.-D. de Lourdes à Rigaud, diocèse de Valleyfield. Dans ces lieux beaucoup d’âmes meurtries trouvent la guérison, de cœurs abattus ou affligés le cou­ rage et la consolation. Abbé Leleu, Histoire de N.-b. de Bon-Secours à Montréal, Montréal. 1900; le P. Cbarland, Madame sainte Anne, Paris, Montréal, 1898. 8» Rôle providentiel du Canada. — Nous ne pouvons clore cet article sans constater que les catholiques cana­ diens de race française se regardent comme un peuple élu, destiné par la divine providence à influer profondé­ ment sur l’avenir de l’Amérique. Ils ont foi en une mission à remplir; et cette mission, c’est celle que la France a remplie en Europe. Historiens, poètes, roman­ ciers expriment à l’envi cette idée dans leurs ouvrages. C’est un thème cher à leurs orateurs aussi bien de la politique que de l’Église et de l’université. « Apres a'oir médité l’histoire du peuple canadien, dit un de leurs historiens mort au mois de février 1904, l'abbé Ca-gram. il est impossible de méconnaître les grandes vues pro·. :deutielles qui ont présidé à sa formation; il est impo.*- 1494 CANADA (CATHOLICISME) 1493 sible de.ne pas entrevoir que, s’il ne trahit pas sa voca­ tion, de grandes destinées lui sont réservées dans cette partie du inonde. La mission de la France américaine est la même sur ce continent que celle de la France euro­ péenne sur l’autre hémisphère. Pionnière de la vérité comme elle, longtemps elle a été l’unique apôtre de la vraie foi dans l’Amérique du Nord. Depuis son origine elle n’a cessé de poursuivre lidèlement cette mission. C’est de son sein, nous n'en doutons pas, que doivent sortir les conquérants pacifiques qui ramèneront sous l’égide du catholicisme les peuples égarés du nouveau monde. » Histoire de la vénérable Marie de l’incarna­ tion, t. 1, p. 95. C’est à cette action providentielle que 1851 avec plus de justice. 11 la reconnaît enfin dans les con­ séquences inattendues de l'Acte d'union des deux Cana­ das en 1840, qui furent, contrairement aux prévisions de ceux mêmes qui le provoquèrent, une liberté plus grande de l’Eglise catholique et une inlluence plus pro­ fonde de l’élément français. Cf. Gailly de Taurines, La nation, canadienne, c. xxv, p. 280-291 ; Masson, Le Ca­ nada français et la providence, Québec, 1875; P. Kagey, Une nouvelle France, in-12, Paris, 1902, c. xvn. Nous conclurons cet article en mettant sous les yeux du lec­ teur un tableau qui lui permettra de juger des progrès du catholicisme dans les différentes provinces du Canada pendant la dernière moitié du xixe siècle : 1871 1861 1881 1891 1901 320839 366539 417 749 591 503 106 680 358300 385 999 453147 654033 106047 390304 367 937 477 386 666 388 116 281 1170718 68 797 50287 39 221 8853 1291709 75 472 52 673 39544 7991 1429 260 81563 58 013 42 014 8393 117 487 60 255 112 488 50 811 83 761 122 452 64410 108 952 54192 83122 129 578 66107 106 381 57 490 74 869 109091 46 768 42888 34 514 81092 115961 43095 40639 35 504 79649 125698 41 767 39496 35 973 80806 47115 7192 33 835 13485 6 236 47 837 6646 33 072 13596 6265 45796 5 976 30 750 13 402 5898 ONTARIO Catholiques................. Anglicans..................... Presbytériens.............. Méthodistes.................. Bap listes..................... 167 695 223 365 204148 213 365 45353 258151 311559 303374 350 373 61539 Catholiques................. Anglicans..................... Presbytériens.............. Méthodistes................. Baptistes....................... 746 854 44 682 38 470 21199 4493 943 253 63 487 43735 30 844 7751 274166 330995 356 442 462 264 86 630 QUÉBEC 1019850 62 449 46165 34100 8686 NOUV ELLE-ÉCOSSE Catholiques................. Anglicans..................... Presbytériens.............. Méthodistes................. Baptistes....................... 69131 36115 72 924 23 593 42643 86281 47 744 88 755 34167 62 g41 Catholiques................. Anglicans..................... Presbytériens.............. Méthodistes................. Baptistes....................... > » D » > 85 283 42 776 36652 25 636 57 730 Catholiques................... Anglicans..................... Presbytériens.............. Méthodistes................. Baptistes........................ 27147 6 530 20 402 4934 2 900 !5S52 6 785 25 862 7865 3450 102001 55143 103539 40 871 73 430 NOUVEjAU-BRUNSWI CK 96016 45 481 38852 29 856 70597 ILE DU I’IUNCE-ÉDOUAR D COLOMBIE ANGLAISE MANITOBA Catholiques . Anglicans . . Presbytériens Méthodistes . Baptistes. . . 40 442 7 220 29579 11070 4 371 TERRITOIRE DU NORD OUEST 1881 1891 1901 1881 1891 1901 1881 1891 1901 12246 14 297 14292 9 470 9449 30 852 38977 28427 16112 35 672 44 922 65 348 49936 9148 10043 7 804 4 005 3516 434 20 843 23 619 15 284 14 298 3098 33 639 40 689 34 081 25047 6 471 4443 3166 531 461 20 13008 14166 12507 7 980 1 555 39 653 31659 30987 26636 5926 le Canadien attribue d’avoir été détaché de la France à la veille de la Révolution française. 11 reconnaît la main de Dieu dans la rébellion des colonies anglaises d'Amé­ rique (1775-1782) et dans l’agression des États-Unis en 1812 qui obligèrent l’Angleterre à traiter les Canadiens I. Ouvrages sur l’histoire générale du Canada. — En outre des ouvrages cités au cours de l’article. Charlevoix, Histoire et description générale de la Nouvelle-France, 13 in-4·, Paris, 1744; Relation des jésuites, 3 in-8·, Québec, 1858; ces deux ouvrages, ainsi que les Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1779), publiées â Paris, 1861, 2 in-8·, et d'autres documents 1495 CANADA (CATHOLICISME) — CANADA (PROTESTANTISME) encore ont été réunis et publiés avec une traduction anglaise dans l'édition de Reuben Gold Tbwailes, 73 in-8', Cleveland (ÉtatsUnis), 1897, sous ce titre : Travels and Explorations of the jesuit missionnaries in Neto-France (1610-1791) ; Sagard, récollet. Histoire du Canada et voyages que les Pères récûllets y uni fails, 3 in-8·, Paris, 1636; le P. Sixte le Tac, récollet. Histoire chronologique de la Nouvelle-France ou Canada, publiée par E. Réveillaud, Paris, 1888; C. Leclerc, Établissement de la fui dans la Nouvelle-France, in-12, Paris, 1690; Faillon, S. S., Histoire de la colonie française en Canada, 3 in-4·, Ville-Marie (Paris), 1865-1866; abbé Ferland, Cours d'histoire du Canada (des origines à 1760), 2 in-8·, Québec, 1861-1865; F.-X. Garneau, Histoire du Canada (jusqu'en 1841), 3 in-8·, Québec, 184ô-l8-'i8; abbé H -R. Casgrain, Montcalm et Lévis, 2 in-8·, Québec, 1891 ; in-4·, Tours, 1898; Turcotte, Le Canada sous V Union (1841-1867), 2 in-8·, Québec; E. Rameau, La France aux colonies, in-8·, Paris, 1859; de Rochemonteix, Les jésuites et la Nouvelle-France, 3 vol., Paris, 1896; Parkman, Les pionniers français dans ΓAmérique du Nord, trad, de M·· la comtesse de Clermont-Tonnerre, née Vaudreuil, in-8·, Paris, 1874; Eugène Guénin, La Nouvelle France, in-4·, Paris, 1900; P. Ragey, Une nouvelle France, in-12, Paris, 1902; Gailly de Taurines, La na­ tion canadienne, in-8J, Paris, 1894; Μ·· II. Têtu, Les évêques de Québec, Québec, 1889; Pagnuelo, Éludes historiques et légales sur la liberté religieuse au Canada, in-8°, Montréal, 1872; R. Christie, History of the late Province of Lower Canada parliamentary and political, 6 vol., Québec, 1812; abbé Tan­ guay, Répertoire général du clergé canadien, in-8·, Québec, 1868-1869; Margry, Mémoires et documents pour servir à l’his­ toire des origines françaises des pays d'Outre-Mer, in-8·, Paris (1879-1888); J. Guérard, La France canadienne, situation reli­ gieuse, dans Le correspondant, 1877 ; abbé Gosselin, L’Église du Canada, 2 art. dans la Revue du clergé français, 1895; Mande­ ments et Lettres des évêques de Québec, 6 in-8·, publiés par M·· Têtu et l'abbé Gagnon, Québec, 1888-1889; Meilleur, Mémo­ rial de l’éducation du Bas-Canada, in-8·, Québec, 1876; Th. Chapais, Jean Talion, intendant de la Nouvelle-France, in-8·, Québec. 1904. II. Ouvrages particuliers. - 1· A l'Acadie : Rameau de Saint-Père, Une colonie féodale en Amérique, l'Acadie, '2 in-8·. Paris, 1889; abbé Casgrain, Un pèlerinage au pays d'Évangéline, in-8·, Québec, 1888; Id., Les sulpiciens et les prêtres des Missions étrangères en Acadie (1616-1162), Québec, 1897; E. Richard. Acadia, 2 in-8·, New-York, 1895; Poirier, Le P. Lefeb­ vre et l'Acadie, in-8·, Montréal, 1898; C. Derouet, La nationa­ lité française en Acadie, dans Le correspondant, 1899; abbé Maurault, Hist, des Abénaquis, Montréal, 1866; Moreau, Histoire de l’Acadie française de 1598 à 1155, in-8·, Paris, 1873. 2· Λ Québec. — Abbé Casgrain, Histoire de la Mère Marie de l’incarnation, précédée d’une esquisse sur l’histoire reli­ gieuse des premiers temps de cette colonie, in-8·, Québec, 1878; Id., Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec, in-8·, Québec, 1864; abbé Gosselin. Vie de M*' de Laval, premier évêque de Québec (1622-1108), 2 in-8·, Québec, 1890; M*· de Saint-Vallier et l’hô­ pital général de Québec, Québec, 1882; M«* Têtu, Histoire du palais épiscopal de Québec, in-8·, Québec, 1896; Camille Roy, L’université Laval et les fêtes du cinquantenaire, in-8·, Qué­ bec, 1903. 3· A Montréal. — Dollier de Casson. S.S., Histoire du Mont­ réal, Montréal, 1869; Faillon, S.S., Vie de la Mère Bourgeoys, 2 in-8·, Paris, 1853; Id., Vie de M"· Mance, fondatrice de l’HôtelDieu de Ville-Marie, 2 in-8·, Paris, 1854; Id., Vie de M·- a* You­ ville, fondatrice des sœurs grises, Paris, 1852; Leblond de Brumatli, Histoire populaire de Montréal, in-8·, Montréal, 1890; P Rousseau, Histoire de Paul de Chomedey de Maisonneuve, fondateur de Montréal, Montréal, 1886; Mandements et lettres circulaires des évêques de Montréal, 10 in-8·, Montréal, 1887t'.w, Mélanges religieux, 3 vol., Montréal, 1899; Mémoires et documents relatifs à l'histoire du Canada, publiés par la So­ ciété historique de Montréal, 9 in-8·, Montréal, 1859-1880; Le diocèse de Montréal à la fin du xix* siècle, in-4·, Montréal, 1900. 4· A u Nord-Ouest. — Les missions catholiques, Lyon ; Annales de· ia propagation delà foi, Lyon; Rapports sur les missions du diocèse de Québec, qui sont secourues par la propagation d' la foi, 21 in-8· ou in-12, Québec, 1839-1874 ; Rapports de iAssociation de la propagation de la foi, établie à Montréal, ' 1839-18Ί5, 15 vol., Montréal; depuis 1877 ces rapports ont été remplacés par une seule publication pour le Canada : Annales de I la propagation de la foi pour la province de Québec ; Piolet, SJ., La France au dehors, Paris, 1903, t. vi, Amérique; dom Benoit, V<> de M·' Taché, archev. de Saint-Boniface, Saint-Boc'f&ce, 1901; P. Jonquet, Ü.M.I., Vie de M" Grandin, évêque de i 1496 Saint-Albert, Montréal, 1904; J. Tassé, Les Canadiens de COuest, 2 in-8·, Montréal, 1878; M«r Taché, Vingt années de missions dans le Nord-Ouest de l’Amérique, in-8·, Montréal, 1866; Id.. Esquisse sur le Nord-Ouest de l’Amérique, in-8·, Montréal, 1869; Annuaire de Ville-Marie, Origine, utilitéet pro­ grès des institutions catholiques de Ville-Marie, 2 in-12, Mont­ réal, 1863-1882. Pour des indications plus amples sur des ouvrages écrits au Canada ou sur le Canada, nous signalons un Essai de bibliogra­ phie canadienne, par Philéas Gagnon, in-8·, Québec, 1895. A. Fournet. II. CANADA. Protestantisme. — Après quelques mots sur le protestantisme au Canada avant la conquête de ce pays par l’Angleterre (1763), nous résumerons Fhisloire des principales sectes, nous ferons enfin connaître l’élat actuel des sectes. I. Avant la conquête. — Le premier protestant dont le nom a été conservé dans les annales du Canada, c’est le calviniste Chauvin. Henri IV lui avait octroyé le privi­ lège exclusif du trafic des fourrures en ce pays, à condi­ tion qu’il y donnât commencement â une colonie. Mais il n'en fit rien. Champlain, Mémoires, 1640, t. î, c. vi, p.3338. Quatre ans plus tard (1603), Pierre Dugas, sieur de Monts, calviniste lui aussi, se mit â la tête d’une asso­ ciation et obtint le monopole du commerce des pelle­ teries. Il fonda Port-Royal (aujourd’hui Annapolis, Nou­ velle-Écosse); mais cet établissement périclita, échoua même d’abord, par suite des divisions entre catholiques et huguenots. Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, t. I, p. 89. Lorsque, quinze ans après, les récollets introduits par Champlain s’appliquent à con­ vertir les sauvages, leur zèle est contrarié et leurs efforts mis en échec par l’hostilité, à peine palliée, des calvinistes nombreux que la Compagnie des marchands compte parmi ses chefs et ses agents. Leclerc, Premier établisse­ ment de la foi, 1.1, passim ; Sagard, Histoire du Canada et voyages que les frères mineurs récollets y ont faits pour la conversion des infidèles, etc., réimprimé par Tross, Paris, 1866. Les frères de Caen, préposés à la seconde Compagnie des marchands, sont huguenots et suscitent de telles difficultés aux catholiques et à l’évan­ gélisation des Indiens, que les colons, réunis en assem­ blée générale à Québec (1621), demandent au gouverne­ ment français l’exclusion des réformés du Canada. Fail­ lon, op. cil., t. 1, p. 196. En 1628, David Kerlk, Dieppois, protestant au service de l’Angleterre contre sa patrie, s’empare de Port-Royal au nom de Charles 1er et laisse là quelques familles protestantes. Ferland, Cours d’histoire du Canada, 1.1, p. 246. L’année suivante, il prend Québec (1629) par la trahison d'un autre huguenot français; et le Canada reste trois ans aux mains de l’Angleterre. A dater de 1632 jusqu’au traité d’Utrecht (1713) qui céda l’Acadie aux Anglais, il n’est plus question de pro­ testants au Canada. L’invasion réformiste se produisit surtout après la conquête, comme on va le voir en sui­ vant les progrès de chaque secte en particulier. II. Histoire des principales sectes. — 1° Anglicans. — Les anglicans font remonter le plus haut possible leur prise de possession de la terre canadienne. Entre 1729 et 1738, ilssignalent un maître d’écolequi instruitquelques familles â Annapolis; de 1736 â 1743 un second s’installe à Canso (Cap-Breton) aux frais de la S. P. C. (Société de propagande chrétienne). En 1749, lord Cornwallis fonde Halifax, qui devient pour plusieurs années le centre angli­ can du pays. Cinq ans après la capitulation de Montrai (1760), le Bas-Canada ne comptait encore, au rapport de Murray lui-même, que 19 familles anglicanes et un >· ul ministre. Le nombre des anglicans était fort petit, quand la conclusion de la guerre de l'indépendance améric.ine fil affluer su»· le territoire canadien les protestants fid· : -s à la couronne d’Angleterre ou loyalistes. Leur flot se déversa sur le Haut-Canada, où 10000 se fixèrent, e’ sur les provinces maritimes, alors connues sous 1- nom de Nouvelle-Écosse, où ils vinrent au nombre de 29(AJU. La 1497 CANADA (PROTESTANTISME) 4498 province de Québec fut à peu près exempte : en 1784 | Brunswick; en 1850 celui de Montréal. L’année précé­ dente (1849), un évêché avait été créé sous le nom de nous n’y trouvons qu’un seul ministre. terre de Rupert (Rupert’s Land), qui embrassait tout le En 1787 fut érigé le premier évêché. Le titulaire Inglis fixéà Halifax avait juridiction surtout le Canada. L'année Nord-Ouest canadien. L’année 1851 vit les sept évêques anglicans se réunir suivante, lord Dorchester divisa le Haut-Canada en 4 dis­ en vue de préparer un synode ayant pour but rétablisse­ tricts, et, en 1789, se tint à Québec la première assemblée de l’Église anglicane. Vers ce temps, le ministre des ment d’une Eglise coloniale avec tout son organisme. L'année suivante, tous les évêques anglicans des colonies colonies, pressé par le gouvernement, par la Société de britanniques se réunissaient en Angleterre pour déli­ propagande et aussi par les colons d’outre-mer, s’arrête bérer sur l’opportunité d’organiser des Églises indépen­ à l’étrange projet de gagner au protestantisme tous les Canadiens français, et donne au gouverneur des ordres dantes de la métropole. Un bill présenté dans ce sens en conséquence. Pour s’y conformer et réussir, celui-ci aux Communes par Gladstone fut rejeté. Néanmoins, fit venir des pasteurs de langue française, Suisses pour avec l’autorisation de la Chambre canadienne, les angli­ cans purent s’assembler en synode général dès 1859. la plupart, et leur assigna un poste. Mais rejetés à la fois Avec l’accroissement de la population se fait sentir le des anglicans et des catholiques, ces ministres échouèrent besoin de diocèses nouveaux ; et l’on crée ceux de Lon­ et, avec eux, le projet. En 1791, le Canada, en vertu d’une constitution nouvelle, don et de Huron (1857), d’Ontario (1861), de Moosonee, fut divisé en deux parties : le Bas-Canada ou province de Saskatchewan, de Qu’Appelle et de Calgary (1870), de Québec et le Haut-Canada ou province d’Ontario. Par d’Algoma (1874), d’Hamilton (1875). En 1860, Montréal reçut le titre de métropole. L’octroi un article spécial, sous le nom de Clergy reserves aci, on réserva un septième du territoire, soit 2500000 acres, de ce litre comme la nomination aux sièges épiscopaux étaient des privilèges de la couronne. Le synode cana­ pour les besoins du clergé protestant. Cette concession fut plus tard (1840) l’objet de graves discussions parle­ dien résolut de s’émanciper et il élut en 1863 W. Williams mentaires. évêque de Québec. Ce personnage, entrant dans les dis­ En 1793 fut créé l’évêché anglican de Québec. Sa positions d’esprit de ses électeurs, acheva l’émancipation juridiction s’étendait aux deux Canadas. Le titulaire, commencée, en se passant du concours de l’Angleterre, Jacob Mountain, l’occupa jusqu’en 1826. Il fut mêlé plus et pour procurer des ressources à l’anglicanisme cana­ ou moins directement aux luttes qu’eut à soutenir dien et pour lui recruter des ministres. Dès lors, la l’Église catholique contre le protestantisme au début du dignité de métropolitain devint élective. Le siège de xix· siècle. En 1800, nous le voyons à la tête de VInstitu­ Montréal la conserva sous les évêques Fulford et Oxention royale, société formée en apparence pour encou­ den (1860-1879). Mais après, elle passa au siège de Frede­ rager l’instruction du peuple, mais destinée en réalité ricton (Nouveau-Brunswick). Elle est revenue à Montréal à faciliter l’anglification du pays. Les membres en depuis 1901, année où l’évêque anglican de cette ville a étaient tous protestants; le lord-évêque en avait la pré­ reçu le titre d'archevêque. sidence ; si bien que l’instruction publique dans une Signalons encore, en 1874, la participation au synode province toute catholique se trouva dans des mains pro­ général des anglicans des provinces maritimes qui testantes. 11 lit également partie de ce groupe d’hommes jusque-là s’étaient tenus à l’écart; en 1883, la création fanatiques qui, sous le gouverneur Craig (1801-1811), de la « Société des missions domestiques et étrangères » s’employèrent avec acharnement à substituer la hiérar­ qui, aidée par une associa lion de d xesappelée Woman’s chie protestante au clergé catholique. Cf. Garneau, Hist, auxiliary, réunit annuellement 250000 francs, somme du Canada, 1. XIII, c. il, t. tu, p. 108; et plus haut, qui permet d’entretenir des missionnaires au Japon, en col. 1468. Cependant les anglicans augmentaient par Chine, aux Indes, en Afrique et même en Palestine. l’émigration. En 1814, l'Ontario en comptait 70000 avec Aujourd’hui les anglicans comptent au Canada 2 arche­ 5 ministres. En 1817, la population anglicane des pro­ vêques, celui de Rupert's Land qui a le titre de primat vinces maritimes était desservie par 23 pasteurs et ins­ de tout le Canada, et celui de Montréal qui est métropo­ litain, 20 évêques et environ 1 150 ministres. Leur nombre truite par 28 maîtres d’école. Quand mourut Jacob Moun­ tain en 1825, 60 ministres étaient employés dans le s’élève à 680 346. Bas-Canada. Son successeur, Stewart, trouva 5000 Les doctrines et l'organisation de l’anglicanisme au anglicans fixés à Québec même. Sous lui (1830)se forma Canada sont les mêmes qu’en Angleterre. Ici comme là-bas il se divise en trois branches : la Haute-Église la Société pour convertir et civiliser les Indiens du (High Church), la Basse-Église (Loir) et l’Eglise-Large Haut-Canada, dénomination qui suffit à en indiquer le but principal et à laquelle on ajouta bientôt et de pro­ (broad) : aussi n'y insislons-nous pas. Voir Anglicanisme. pager l’Evangile parmi les pauvres colons (settlers). 2“ Presbytériens. — On ne saurait compter comme ancêtres des presbytériens actuels du Canada, ni les En 1840, la question des réserves du clergé protes­ tant, dont nous avons parlé plus haut, reçut une solution. huguenots du début du xvn· siècle, ni le groupe pro­ Depuis 1817 elle faisait chaque année le sujet d'ardents testant fort mêlé qui s’établit (1750) prés d’Halifax, pour débats devant la Chambre. Le parlement de Londres y être aux mains des gouverneurs de ce pays un instru­ arrêta qu’une moitié des terres réservées au clergé pro­ ment de vexation contre les Acadiens. Les premiers vinrent d’Écosse et se fixèrent à Truro (1795) et à Pictestant par l’acte de 1791 ferait retour au domaine public tou (1796) dans la Nouvelle-Écosse. Deux autres groupes et que l'autre moitié serait remise pour les deux tiers à l’Eglise anglicane et pour un tiers à l’Eglise presbyté­ s’étaient arrêtés, l’un à Montréal, l’autre à Québec. Il rienne. Plus tard, en 1853 et 1854, le parlement, d’accord faut arriver en 1817 pour trouver un synode établi, celui de la Nouvelle-Écosse. Il compte alors 42000 âmes et avec la Chambre canadienne, affecta les terrains concédas à ces Églises aux corporations municipales et accorda 19 ministres. L’année suivante (1818) fut érigé le Pres­ bytère des Canadas qui devint plus tard le Synode uni en compensation 1 103405 dollars à l’Église d’Angleterre et 509 703 à celle d’Écosse. du Haut-Canada. Les presbytériens étaient alors en A partir de 1840 les fondations se multiplient. Ren­ tout 89000 et avaient 51 ministres. H serait difficile de suivre dans leurs divisions et dans voyant pour les établissements de haute éducation au leurs unions successives les sectes presbytériennes; tableau placé plus loin, nommons ici la Société ecclé­ disons seulement que toutes les scissions qui se pro­ siastique (Church Society) (1842), destinée à assurer la duisent en Écosse donnent naissance à de semblables prospérité financière des diocèses où elle est établie. au Canada. L’Église établie d’Écosse a ses affiliations En 1839 avait été érigé le diocèse de Terre-Neuve ; sur la terre canadienne et l’Église séparée a aussi les en 1846 fut créé celui de Fredericton pour le Nouveau- 1499 CANADA (PROTESTANTISME) siennes. Lorsqu’on 1840 se forme en Écosse la libre Église protestante d’Écosse (Free protesting Church), qui se sépare de l’Êglise établie dont elle condamne la servi­ lité à l’égard de l’autorité civile, aussitôt la même divi­ sion éclate parmi les presbytériens des provinces mari­ times, et tandis qu’au Nouveau-Brunswick la majorité reste fidèle à l’Êglise établie, dans la Nouvelle-Écosse elle se rallie à l’Êglise libre; dans Ontario, sur 68 ministres, 23 se prononcent pour l’Êglise libre. En 1844, il y avait au Canada 265000 presbytériens et 185 ministres. Entre 1845 et 1875 un mouvement de rapprochement se produit entre les divers rameaux presbytériens. Dans les provinces maritimes toutes les sectes affiliées â l’Êglise d’Écosse s’unissent entre elles, vers 1868, tandis que les rameaux de l’Êglise libre s’allient avec les autres dissidents. Un mouvement semblable se dessine dans Ontario, et aboutit en 1861 à l'organisation du synode de l’Eglise canadienne presbytérienne. Enfin en 1875 presque toutes les Églises presbytériennes Concluent une union générale. Pour arriver à cette en­ tente, elles ont dû s’arrêter à des points admis par tous et rédigés en trois articles qui forment la base de leur union. Les voici : 1" les Écritures de i’Ancien et du Nou­ veau Testament étant la parole de Dieu sont la seule règle infaillible de la foi et des mœurs; 2° la Confession de foi de Westminster constituera la règle de subordi­ nation de celte Église; le grand et le petit catéchismes seront adoptés par l’Êglise el désignés pour servir à l'instruction du peuple. Il est bien entendu que rien de ce qui est contenu dans les susdits confession et caté­ chisme touchant l’autorité civile ne sera regardé comme sanctionnant aucun principe ou opinion en désaccord avec la pleine liberté de conscience en matière religieuse; 3’ le gouvernement et le culte de cette Église seront conformes aux principes et à la pratique reconnus dans l’Eglise presbytérienne, ainsi que le porte la « Forme du gouvernement de l’Êglise presbytérienne » et le c Directoire du culte public de Dieu ». On le voit, cette base est assez large pour prêter à une union extérieure qui n'exclut presque aucune division de croyances. De­ puis, les presbytériens du Dominion ont augmenté d'an­ née en année. En 1897 ils étaient 800000 et avaient 1 179 ministres. Aujourd’hui ils sont 850000 et comptent 1300 ministres, répartis dans 6 synodes. Ils ont des missions aux Nouvelles-Hébrides, à la Trinité, en Corée, aux Indes et en Chine. 3’ Méthodistes. — La secte des méthodistes compte un peu plus d’un siècle au Canada, et déjà, parmi les sectes protestantes, elle est devenue la plus nombreuse <°!7000). Elle apparut d'abord dans les provinces mari­ times vers 1779. Quelques familles l’apportaient d’Angle­ terre. Elle se recruta parmi les soldats nombreux qu’entre­ tenait le gouvernement dans la Nouvelle-Ecosse et bientôt parmi les loyalistes, si bien qu’à la mort de John Wesley (1791) elle avait trois foyers dans la Nou­ velle-Écosse. Jusqu’en 1828, le méthodisme au Canada vécut sous la tutelle des conférences méthodistes des États-Unis et sous la forme épiscopalienne que Wesley avait cru devoir adopter pour l'Amérique. Dès 1794, la Conférence de New-York fit du Canada un district particulier relevant d'elle. En 1810, elle en érigea deux : Haut-Canada et Bas-Canada. Les méthodistes n’étaient alors que 2863. La guerre de 1812 ayant éclaté, les citoyens américains des États-Unis reçurent des autorités anglaises i’ordre de repasser la frontière : parmi eux la plupart des ministres méthodistes. Les divisions politiques ame­ nèrent en 1824, leiection d'une Conférence canadienne; et. quatre ans plus tard, 1828, l’organisation du métho­ disme canadien en Église distincte. Néanmoins, les attaques contre la secte nouvelle étaient nombreuses. Les anglicans, l’évêque Strachan en tête les accusaient de sympathie pour la république 1500 américaine contre l'Angleterre et leur disputaient dans l'Assemblée législative le droit de célébrer les mariages, de posséder des immeubles pour leurs réunions, refu­ sant de reconnaître leur existence légale. Sous ces influences et sous d’autres, les méthodistes, au moins en très grande quantité, s'agrégèrent à la Conférence britannique (I834) et en acceptèrent la forme presbyté­ rienne; tandis qu'un fragment, tout en se proclamant indépendant des États-Unis, préféra garder la forme épiscopalienne. Depuis, les méthodistes sont allés se multipliant sur­ tout dans la province d’Ontario, où ils sont près de 700000 sur 917 000 dans tout le Canada. Leurs sectes sont nombreuses. Nommons la secte wesleyenne, organisée par Elder Ryan en 1829. Séparée de la Conférence d'Angleterre en 1840, unie de nouveau en 1847, accrue en 1854 et 1874 de plusieurs autres sectes, elle porte aussi aujourd'hui le nom d'Église méthodiste du Canada et compte un nombre d’adhérents de beaucoup plus considérable que celui des antres sectes. Nommons encore l’Eglise méthodiste épiscopalienne, l’Êglise pri­ mitive méthodiste, enfin l’Eglise libre méthodiste et l’Êglise chrétienne de la Bible. Les doctrines des méthodistes n'ont rien de parti­ culier au Canada. Elles sont celles de Wesley sur la justification, le témoignage de l'Esprit et la sanctifi­ cation. Ils ont plus de 1900 ministres répartis entre les 8 conférences que renferme le Dominion. Ils tiennent une conférence générale tous les 4 ans dans un lieu déterminé à l'avance. Les délégués sont des ministres et des laïques en nombre égal. Les élus ont plein pou­ voir ; cependant ils doivent respecter les points suivants : 1“ né changer, ni altérer aucun article de religion, ni établir aucune règle nouvelle de doctrine contraire à ce qui est actuellement établi ; 2° ne point toucher au sys­ tème de l'amovibilité des ministres; 3° ne rien changer aux règles de la société qu’aux trois quarts des voix ; ne rien changer à la base de l’union en ce qui regarde la constitution, les droits et privilèges des ministres et des laïques qu’aux trois quarts des suffrages. Outre cette conférence générale, il en est de particulières et annuelles qui s'assemblent dans chaque division terri­ toriale, appelée conférence. Il y a de plus les assemblées île districts; et encore, des comités, des sociétés, soit pour aviser aux nominations, soit pour fixer les émolu­ ments, soit enfin pour promouvoir l’extension de la secte et de ses œuvres. 4” Baptistes. — Leur centre est dans les provinces maritimes où leur nombre atteint 130000; alors qu’ils ne sont que 116000 dans Ontario. Ils paraissent être venus au Canada de l’ile de Jersey vers 1760. Ils se pro­ pagèrent lentement. En 1774 ils avaient 4 temples dans ces contrées. En 1800 80 1114 340 1 1.22 142 635 221 350 175 135 21.1 134 200 000 160000 50000 » œooo » 65 000 75000 18000 16000 23 000 » 6 000 > 10000 3 119 175 55 70 71 Colleges. Knox (Toronto)...................................... / à Montréal.................... Presbytérien j â Winnipeg..................... ' à Halifax.......................... Wesleyen, à Montréal............................... Méthodiste, à Winnipeg........................... De Wycliffe (Toronto)............................... Albert, à Belleville (Ontario)..................... 1844 1867 1870 1820 1873 1888 D 1857 En général la culture classique est moins répandue chez les protestants que chez les Canadiens français catholiques. En revanche, ils ont plus d'écoles commer­ ciales et industrielles. Ils apprennent peu le français, non par antipathie, mais parce qu’ils n'en sentent pas le besoin pour leurs affaires. Sauf en certains centres où le catholicisme est mal connu, il n’y a pas de fana­ tisme contre lui. Si à diverses époques du passé les protestants ont essayé du prosélytisme à l'égard des catholiques, comme nous l’avons dit el comme en témoignent, pour des temps postérieurs, des mande­ ments de Mor Lartigue (21 juillet 1839) et de Mor Bour­ get (12 avril 1841), leur peu de succès les a invités â y renoncer. Eux-mémes en font l'aveu. On trouve bien çà et là des colporteurs de pamphlets hérétiques ou de bibles interpolées ou falsifiées, agents des sociétés bibliques; mais leur action n’ose s’aflicher en public de peur d’y rencontrer l’indignation ou le ridicule. Cet apostolat de contrebande porte peu de fruits. Nous dirons la même chose des maisons ouvertes gratuitement à la jeunesse canadienne-française par des ministres parlant notre langue. Quelques hôpitaux protestants s’ouvrent également â nos coreligionnaires, comme le grand hôpital Victoria, à Montréal, mais les prêtres catholiques y ont libre accès pour l’administration des sacrements. L’école mixte et les mariages avec héré­ tiques sont plus à redouter, parce qu’ils minent lente­ ment la loi, en en supprimant peu à peu les pratiques et en habituant à n’envisager l’erreur qu’à travers un ca-ur aimé ou un maître respecté. Aussi, à maintes reprises, les évêques ont-ils élevé la voix pour rappeler aux parents catholiques leurs devoirs et pour donner aux curés des directions concernant les mariages mixtes. Grâce à la vigilance du clergé, le protestantisme i 270000 215000 15000 120000 50000 » 639C0 V » 40 250 des sectes moins nombreuses qui sont en baisse évi­ dente. Pour accroître leurs forces, les presbytériens ont conçu le projet de s’unir dans tout le monde. Le comité exécutif de cette Alliance projetée s’est transporté à Toronto le 27 janvier 1904 afin d'y former la section de l'Ouest, c'est-à-dire des deux Amériques. Celte section de l’Alliance se composerait des onze Églises presbyté­ riennes répandues sur le continent américain ; et réuni­ rait 38000000 d’adhérents, se présentant comme le groupe presbytérien le plus nombreux du monde. Le conseil général de l’Alliance doit s’assembler tous les cinq ans. Liverpool a été désigné pour le lieu de la première session, qui s’est tenue au mois de juin 1904. 3° Le protestantisme n’a-t-il pas subi l'influence de l'Église catholique et dans quelle mesure? A cette ques­ tion nous répondrons en citant les paroles que M. Ra­ meau écrivait dans Le correspondant, juillet 18G6, au cours d’un article très documenté sur la situation reli­ gieuse de l'Amérique anglaise. Pour dater de quarante ans elles n’ont point vieilli et conviennent à la situation actuelle du catholicisme en face des sectes protestantes. « En constatant, écrivait-il, l’influence active et passive que le catholicisme exerce depuis un demi-siècle (et maintenant depuis un siècle) sur les populations angloaméricaines, il serait impossible, d'ailleurs, d'expliquer autrement l'histoire flagrante de ses énormes progrès: si cette influence n’avait point existé, la religion c.,tbolique. au lieu de se fortifier, aurait inévitable::,- nt décliné dans ces contrées, surtout au Canada, ou · présentait une masse préexistante et vulnérable; était dans celte alternative, qu’elle devait dumin-.r les esprits, entraîner les convictions, ou céder sous 1 · : r -sion des événements. Contre une propagande h.,: ô·· -.t redoutable qui possédait tous les avantages matériels» 1505 CANADA (PROTESTANTISME) — CANDORSKY elle ne pouvait lutter que par le dévouement de ses ministres, par une puissance supérieure dans le domaine intellectuel, et par la grâce providentielle qui vient d'en haut. Se confier à la force des habitudes et au courant de la routine, eût été tout compromettre; il fallait empêcher l’attiédissement du zèle, et, pour relever sans cesse dans les intelligences une foi bien comprise et vivante, il fallait constamment le travail vigilant et infatigable de l’esprit. Les adversaires étaient actifs, habiles et puissants; l'affadissement dans les idées, entraînant le refroidissement des cœurs, leur eût donné trop de facilités pour pénétrer dans les consciences défaillantes. Tels sont les périls et les angoisses de la lutte, il n’est point loisible d'y sommeiller, mais aussi quels profits ne retire-t-on pas de ces opiniâtres labeurs. Les catholiques du Canada ne se plaignent point de cette existence militante; ils savent en effet qu'ils ont trouvé, dans les difficultés même de cette libre concur­ rence des opinions, le principal élément de leur force. » Outre les ouvrages ou articles de revues cités au cours de ce travail, nous avons consulté : Castell Hopkins, Canada, an ency­ clopedia of the country, 6 in-4·, Toronto, 1899 ; cet ouvrage contient de nombreux articles sur les sectes protestantes, rédigés par des ministres ; Nicolas Flood Davin. The Irishman in Ca­ nada, in-8·, Londres et Toronto (1877) ; J. Guérard, La France canadienne. La question religieuse, Les races française et anglo-saxonne, in-8·, Paris, 1877, ouvrage écrit sous ce pseudo­ nyme par M. Lefaivro, consul français à Québec; Hawkins, Historical notices of the missions of England in the North American colonies previous to the independance of the United States, in-8·, Londres, 1845; Gregg, History of the presbyterian Church in Canada, Toronto, 1893; Kempt, Hand-Hook of the presbyterian Church in Canada, Ottawa, 1883; .1. Robertson, Hist.ofthemissionof the secession Churchito Nova-Scotia and Prince-Edward Island, Edimbourg, 1847 ; R. Campbell, An his­ tory of the Scotch presbyterian Church S. Gabriel, in-8·, Montréal, 1887 ; Taylor (Fennings), The last three bishops ap­ pointed by the crown for the anglican Church of Canada, Montréal, 1870; S. Pagnuelo, La liberté religieuse en Canada, Montréal, 1872. Pour les statistiques nous avons consulté le compte rendu du recensement de 1901, Fourth census of Canada 1901, Ottawa, 1902; le Canadian Almanac et les Annuaires des différentes sectes. A. Fournet. CANAL Joseph, théologien espagnol, naquit en 1768 dans le diocèse de Santander. Dans sa jeunesse, il fréquenta les écoles des augustins et des dominicains à Burgos, et en 1785, il prononça ses vœux dans le couven des augustins de la même ville. Après plusieurs années consacrées à l’enseignement, ses supérieurs l'appelèrent à Madrid pour y continuer VEspaha sa­ grada, œuvre monumentale de son confrère en religion, le P. Henri Florez. L'invasion française en Espagne sous Napoléon l'obligea à quitter son couvent et ses études, et pour vivre il dut traduire en espagnol plusieurs ou­ vrages français de Mor Mérault, d’Arnould, de Barruel, etc. Rentré dans son couvent en I8l4, il fut nommé membre de l’Académie d’histoire de Madrid, et aidé par son confrère le P. Antoine Merino, publia cinq vo­ lumes del’Êspaûa sagrada. Son humilité lui fit refuser l’évêché de Gérone, qui lui avait été offert par le gou­ vernement. Il mourut en 1845 à l’âge de 78 ans. Citons parmi ses ouvrages : 1” Espafta sagrada, t. xi.m (Ma­ drid, 1819), xliv (1826), xt.v (1832), xlvi (1836); le t. xlvii, composé par lui, fut édité par Baranda; 2° Engelberli Klupfel, Institutiones theologiæ dogmaticae in usum auditorum curantibus autem DD. Josepho de la Canal augustiniano, et Gregorio Gisbert, juvenum hispanorum studio accommodalæ, Madrid, 1836 ; 3· Manual del cristiano, Madrid, 1813, 1841. Lanteri. Postrema sæcula sex religionis augustinianæ, t. m, p. 289-291; Hurter, Nomenclator literarius. t. m, col. 1082; Moral, Catalogo de escritores agustinos Espanoles, Portugueses y Americanos, dans La Ciudad de Dios, 1897, t. XLIII, 1506 p. 442-459; t. xi.tv, p. 128-136. Dans le t. xi.vn de l'Espana sagrada, Sainz de Baranda a inséré un Ensayo historico sur la vie et les œuvres du célèbre théologien espagnol. A. Palmieri. CANALES Jean, de Ferrare. fils de Donat de Cur­ ribus, agrégé vers 1450 au collège théologique de sa ville natale, où il enseigna, mourut à Bologne en mars 1462. Nous avons de lui : Liber... de celesti vita in g uo infrascriptacon linentur. In primis de natura anime rationalis. De immortalitate anime. De inferno et cru­ ciatu anime. De paradiso et felicitate anime, publié à Venise en 1494, par les soins d’Antoine Cauchorius; Opus quadragesimale, Florence, 1494; Commentarium de Ferraria, édité en partie par Muratori, Berum italiearum scriptores, t. xx, col. 437-474. Ce commentaire historique est dédié comme le premier ouvrage à Borso, duc d'Este. Wadding, qui l’appelle Jérôme Cavallus, lui attribue aussi des Sermones imprimés à Venise en 1539. Aug. Superbi, min. conventuel, Apparato degli huomini illus­ tri di Ferrara, Ferrare, 1620, p. 31; Sbaralea, Supplementum et castigatio ad scriptores ord. minorum, Rome, 1806; Hayn, Repertorium bibliographicum, Stuttgart, 1826, n. 6982. P. Édouard d’Alençon. CANDIDO Vincent, né à Syracuse d’une noble famille, 11 février 1573, fait ses études à l'université romaine, entre dans l’institut des frères prêcheurs au couvent de la Minerve, 1594; provincial de Sicile, 1609, professeur à Camérino, 1611, pénitentier de SainteMarie-Majeure, 1617-1642, poste qu'il abandonna tem­ porairement pour être prieur de la Minerve, 1628-1630, régent de ce collège, 1630-1633, et provincial de la province romaine, 1633-1637; vicaire général de l'ordre en 1642 et 1649; maitre du Sacré-Palais, 1645, mort le 7 novembre 1654. — Illustriorum disquisitionum mo­ ralium tomi duo quibus omnes casus conscienliæ maxime praclicabiles explicantur, ex sacris canonibus, et probatis auctorum sententiis, ad instructionem con­ fessoriorum et pænitenlium, in-fol., Rome, 1637; 2 in-fol., Lyon, 1638; Venise, 1639; in-fol., Rome, 1643. t. m, iv. Candido est mort en odeur de sainteté, bien que probabiliste. Quétif-Echard, Scriptores ord. præd., t. it. p. 580; J. Catalanus. De magistro Sacri Palatii, Rome, 1751, p. 169 ; P. Th. Masotti, Monumenta et antiquitates veteris disciplinœ ordinis praedicatorum, Rome, 1864, t. π, p. 139. P. Mandonnet. CANDIDUS Alexandre, carme allemand, né à Utrecht, portait dans le monde le nom de Nicolas Blanckart. Il entra au couvent de Cologne, et après avoir conquis en 1546 le grade de licencié en théologie par une discussion sur le feu de l’enfer, il occupa en 1551 la chaire de théologie à l’université de celte ville. La même année il assista au concile de Trente en qua­ lité de théologien envoyé par Marguerite d’Autriche, gouvernante des Pays-Bas. Il donna deux sermons aux Pères du concile, l'un le 25 octobre, l’autre le quatrième dimanche de l'avent. Il était doyen de l’université de Co­ logne depuis un an quand il mourut (31 décembre 1555). Outre ses deux sermons du concile, il avait fait impri­ mer sous le titre de Judicium Joannis Calvini de sanctorum reliquiis collatum cum orthodoxorum S. Ecclesiæ calholicæ Patrum sententia, in-8·, Cologne, 1551, une réfutation du traité de Calvin De perquirendis reliquiarum, quas vocant, frustulis. Blanckart publia encore, la même année, un traité De retributione justo­ rum post mortem, in-8·, Cologne. Il avait fait imprimer, en 1548, une version de toute la Bible en bas-allemand, Cosme de Villiers, Bibliotheca carmelilana, Orléans. 1752, t, i, p. 27; Kirchenlexikon, t. il, col. 889. P. Servais. CANDORSKY Jean, protopope de Moscou, édita plusieurs œuvres théologiques au commencement du xtx» siècle, entre autres : 1° Le pieux spectateur de la 1507 CANDORSKY nature, Moscou, 1800, 1822; 2° L'incroyant convaincu de l'immortalité de l’âme, Moscou, 1801 ; 3» La foi de l’homme pieux, qui terrasse les adversaires du chris­ tianisme, Moscou, 1803. Pliilarète, Aperçu sur ta littérature ecclésiastique russe, Saint-Pétersbourg, 1884, p. 419. A. Palmieri. CANGIAMILA François-Emmanuel, prêtre savant et zélé du diocèse de Palerme, docteur en théologie et in utroque jure, fut d’abord curé de Palma au diocèse de Girgenti, puis chanoine théologal de Palerme et inquisiteur pour le royaume de Sicile. Ses premiers écrits sont des ouvrages d'édification et d’instruction populaire, comme la Coronella di S. Michele arcangelo, Palerme, 1729; Compendio della vita di S. Alanasio, in-8", ibid., 1731; Relatione della vita di Suor Maria Maddalena Romano, ibid.; Ragionamento sulla utilité e nécessita della buona educatione delle fanciulle, in-12, ibid., ■“732. 11 donna en dialecte sicilien, avec une préface, un Compendia della dotlrina crisliana, ristampatu per ordini di Mans. Viscuvu di Girgenti, Palerme, 1732. Ces opuscules, pas plus que son Discorso recitato nelV accademia del Buon-gusto, sur les noyés et les secours à leur donner (paru dans la Raccollà di opuscoli Siciliant, Palerme, 1771, t. xil, p. 273-329), n'auraient assuré la célébrité à son nom. Il la doit à son ouvrage intitulé : Embriologia sacra, ovvero dell’ ufficio de’ sacerdoti, medici e superiori circa Teterna salute dei bambini racchiusi nell' utero, in-4°, Palerme, 1745. Non content d'avoir cité ce livre dans son traité De synodo diœcesana, 1. XI, c. vu, a. 13, Benoit XIV adressait un bref à l’auteur le 26 mars 1756. Cangiamila traduisit son œuvre en latin : Embryologia sacra, sire de officio sacerdotum, medicorum et alio­ rum circa æternani parvulorum in utero existenlium salutem, in-fol., Palerme, 1758; Venise, 1763; Ypres, 1775, etc. 11 avait publié auparavant un Compendio dell’ embriologia sacra, in-12, Palerme, 1748; Livourne, 1756, que l’on dit traduit en plusieurs langues; il parut en français par les soins de l’abbé Dinouart : Abrégé de l’embryologie sacrée, in-12, Paris, 1762, 1764. Cangia­ mila mourut le 7 janvier 1763, laissant plusieurs manu­ scrits, entre autres un Trattato dei parrochi e delle parrochie. On dit aussi qu'il avait fortement contribué à l'érection d'un hospice pour les enfants abandonnés : Ospizio dei proietti. Après sa mort on édita un traité de lui plus ascétique que médical sous ce titre : Medicina mera, opera postuma... con in fine l’ elogio dell’ autore, 2 in-4», Palerme, 1802. A. Narbone, S. J., Bibliografla Sicola sistematica, i in-8·, Palerme, 1859-1855, passim; Hurter, Nomenclator, t. it, col. 1559. P. Édouard d’Alençon. CANI Louis, théologien italien du xviti» siècle, de l’ordre des trinitaires, a publié : 1“ Tractatus de recta administrations sacramenti pænitentiæ, Turin, 1775; 2 Islruzione pratica per amar Dio ecl il prossimo, Turin, 1788 ; 3° Il governo interiore ed esteriore delle monache con tutte le di lui relationi, Verceil, 1780. Antonin de l'Assomption, Diccionario de escritores trinitarios de Espana y Portugal, Rome, 1899, t. n, p. 511. A. Palmieri. CANISIUS (Le B. Pierre), premier jésuite alle­ mand, théologien distingué et insigne promoteur de la nforme ecclésiastique au xvi» siècle. — 1. Notice bio­ graphique. 11. Écrits. 111. Caractéristique. 1. Notice biographique. — La vie du saint que fut Canisius comporterait des développements qui ne ren­ trent pas dans le cadre du présent article; il ne sera question que du théologien et de l’apôtre, dans la mesure «u les deux rôles se compénétrent. I Préparation de l'apôtre, 1521-1548. — Pierre Ca­ nosius naquit à Nimègue, en Gueldre, le 8 mai 1521, CANISIUS 1508 l’année même où Luther brisa définitivement avec Rome, et où le futur fondateur de la Compagnie de Jé­ sus, Ignace de Loyola, blessé sous les murs de Patnpelune, dit adieu au monde. Le père du Bienheureux avait été plusieurs fois bourgmestre de sa ville natale et honoré par d'importantes missions à la cour de divers princes. Sur l'orthographe multiple et l’origine incer­ taine du nom de famille des Canis, voir O. Braunsberger, Beati Petri Canisii epistulæ et acta, t. I, p. 70. Un souvenir d’enfance, rapporté par le Bienheureux au 1 Ier de ses Confessions, exerça toujours sur son âme une vive impression : sa mère Égidie van llouweningen, sur le point de mourir, adjura les siens de rester inviolablement fidèles à la foi de leurs pères. Après avoir reçu d'abord à Bois-le-Duc, puis à Arnheim, une éduca­ tion littéraire et religieuse soignée, Pierre, âgé de qua­ torze ans, alla compléter ses études à l’université de Cologne. Ses études de philosophie eurent pour couron­ nement le grade de maître ès arts, conquis le 25 mai 1540. Ordonné diacre le 20 décembre 1544, il devint, le 26 juin de l'année suivante, bachelier en théologie, et commença dès lorsâ donner des leçons d’Écriture sainte à l’université ; en même temps il s'exerçait à la prédi­ cation et préparait des éditions ou des traductions d'ou­ vrages théologiques. En juin 1546, il reçut la consécra­ tion sacerdotale. Dans cette vie de Canisius à Cologne, trois circons­ tances méritent d’être relevées pour 1'inlluence qu'elles eurent sur sa formation morale ou la suite de sa vie. D'abord, la direction dévouée et vigilante d'un saint prêtre, Nicolas van Esche, auteur d'exercices de théo­ logie mystique, jointe à des relations intimes avec les chartreux, notamment le prieur.lean Landsperge et le futur hagiographe Laurent Surius. Dans ce milieu, Canisius n’entra pas seulement dans une voie de haute perfection, attestée par le vœu de chasteté perpétuelle qu’il fit le 25 février 1540; il s'adonna encore, suivant l'expression de Sacchini, â la théologie mystique. De là son premier ouvrage, une traduction allemande des œuvres de Tauler. Une seconde circonstance fut plus décisive : au début de 1543, Pierre allait trouver à Mayence le B. Pierre Lefèvre, l'un des premiers com­ pagnons de saint Ignace, faisait sous sa direction les Exercices spirituels, et le 8 mai devenait la première recrue de la Compagnie de Jésus en Allemagne. Evéne­ ment qu'un auteur protestant considère à bon droit « comme très important pour toute l’Allemagne et son avenir religieux ». P. Drews, Petrus Canisius, der erste deulsche Jesuit, in-8", Halle, 1892, p. 10. La troisième circonstance est d’un autre ordre; elle fit faire au Bien­ heureux un apprentissage de ce qui sera plus tard un de ses plus délicats ministères. Les catholiques de Co­ logne étaient en lutte ouverte avec leur archevêque, Hermann de Wied, circonvenu par les novateurs. Canisius fut chargé à trois reprises différentes de plaider la cause du catholicisme : une première fois, en août 1545, auprès de l'empereur Charles-Quint de passage à Cologne; une seconde, trois mois plus tard, auprès du même prince dans les Pays-Bas; une troisième, en dé­ cembre 1546 et janvier 1547, auprès de l'évêque de Liège, Georges d’Autriche, oncle de l'empereur, puis auprès du monarque lui-même, qu'il vit à Ulm. Epist., t. i, p.. 162, 164, 234. Le résultat final répondit aux souhaits des catholiques : Charles-Quint confirma I : déposition de l'archevêque apostat, et son remplacement par un digne prélat, Adolphe de Schauenbourg. Canisius ne retourna pas à Cologne. Un personnage, dont l'estime et la protection seront bientôt son plus ferme appui, Othcn Truchscss, cardinal d’Augsbour.. députa au concile de Trente. Il arriva, vers la mi-avr.l. à Bologne où le concile venait d'être transféré, et : · part aux travaux des théologiens. Son rôle fut secon­ daire; il aida les Pères Laynez, Salmeron et Le Jaj . 4509 CANISIUS la préparation de décrets dogmatiques, et dans les congrégations particulières du 23 avril et du 6 mai, émit deux votes surdes articles relu lits aux sacrements de pénitence et de mariage. Epist., t.i, p. 684; S. Merkle, Concilii Tridentini diariorum pars prima, Fribourgen-Brisgau, 1901, p. 632, 644, 646, 619. Du reste, ras­ semblée de Bologne fut bientôt dissoute, et saint Ignace fit venir le Bienheureux à Rome; il voulait mettre luimême la dernière main à la formation d’un sujet si précieux pour l’avenirde son ordre en Allemagne. Cinq mois après, en mars 1548, il l’envoya enseigner la rhé­ torique à Mc sine; mais dès l’année suivante, il le rap­ pelait, recevait à Rome sa profession solennelle, le 4 septembre 1549, et comblait enfin ses .plus chers dé­ sirs en lui assignant définitivement l'Allemagne corn... · champ d’apostolat; il devait se rendre à l'université d'Tngolstadt. Canisius partit, encouragé par la bénédic­ tion du vicaire de Jésus-Christ et portant en son âme, comme l'attestent ses notes intimes, la ferme conviction d'une grande œuvre â accomplir. Sur le désir de saint Ignace et pour pouvoir se présenter sans désavantage devant les champions humanistes de la Réforme, il su­ bit â Cologne, avec ses deux compagnons, Salmeron et Le Jay, l’épreuve du doctorat en théologie. Epist., t. i, p. 53, 685. 2° Apostolat de Canisius en Allemagne, 1549-15S0. — Ces trente années marquent le point culminant dans la vie du Bienheureux; elles comprennent tout le temps qu’il passa en Allemagne depuis son arrivée à Ingolstadt, en novembre 1549, jusqu’à son départ pour la Suisse, à la fin de 1580. Années pleines, où Canisius apparaît tour à tour, ou même à la fois, éducateur de la jeunesse, prédicateur et missionnaire, organisateur et soutien de son ordre, conseiller et directeur de princes, champion du catholicisme dans les diètes de l'Empire, nonce des papes, publiciste. Mais dans cette vie si variée, une idée domine, qui en fit l’âme et l'unité : opposer à la prétendue réforme des novateurs un mouvement de vraie et salutaire réforme religieuse, pour consolider la foi catholique dans les territoires restés fidèles à Rome, et faire de ces contrées un rempart contre le protestan­ tisme qui menaçait d'envahir l’Allemagne entière. Aussi protestants et catholiques ont-ils souvent caractérisé l’œuvre de Canisius en lui donnant le nom de Contreréforme. L’œuvre était urgente. Quelques années plus tard, dans une lettre au cardinal Truclisess, Canisius émettait cette pensée, en parlant de l’Autriche et de la Bavière : si ces deux pays les plus importants, sinon les seuls ou le catholicisme subsiste encore, tombent au pouvoir des hérétiques, c’en est fait de l’Eglise d’Allemagne. Epist., t. t, p. 596. Et que de sujets de crainte il éprou­ vait en voyant le terrible contrecoup que la prédication du nouvel Evangile avait eu dans ces pays! Pour avoir un tableau vivant de l'anarchie morale et religieuse qui régnait dans les centres ou s'exerça l’action du Bien­ heureux, il suffit de parcourir les nombreuses lettres que d'Ingolstadt, de Vienne, de Prague, de Cracovie, d’Augsbourg et autres lieux, il écrivit aux généraux de son ordre ou à ces grands cardinaux, Othon Truchsess et Stanislas Ilosius, dont il fut le zélé collaborateur et Pintirne confident. Dans les universités et les écoles, une jeunesse licencieuse et sans goût pour l'étude; des maîtres imprégnés souvent de luthéranisme ou laissant Pbre carrière â la diffusion des livres hérétiques. Dans le peuple, la négligence des pratiques les plus vitales du catholicisme, le mépris pour l'autorité des pasteurs et de l’Église et, comme conséquence, une ignorance pro­ fonde et des tendances anticalholiques qui se tradui­ saient par des demandes impérieuses, comme celle de la communion sous les deux espèces. Dans le clergé, plus de discipline ni de respect pour la loi du célibat ecclésiastique, l'ignorance atteignant là aussi des pro­ 1510 portions incroyables, la rareté des vocations faisant que beaucoup de paroisses restaient sans pasteurs ou étaient desservies par des prêtres hérétiques. Chez les souve­ rains catholiques, menacés par leurs ennemis protes­ tants et peu soutenus par la noblesse de leurs propres États, beaucoup de timidité et d'indécision; de là une politique louvoyante, toute de compromis et de con­ cessions, qui tournait finalement à l’avantage des novateurs. Même attitude, ou à peu prés, dans les princes ecclésiastiques, très inégalement zélés, mais toujours gênés dans leurs bons désirs par l’élément hétérodoxe de leurs diocèses et la résistance qu'ils trou­ vaient dans leur clergé, surtout dans leurs chapitres. Voir le résumé des lettres du Bienheureux dans les préfaces des Epistulæ, t. I, p. xxxv; t. n, p. xx; t. m, p. xix. Cf. Janssens, L'Allemagne et la Réforme, trad. E. Paris, t. iv, p. 101 sq. Sans s’effrayer de ces difficultés multiples, mais fort de la mission qu’il avait reçue, Canisius se mit à l'œuvre avec une confiance sans bornes, et il poursuivit l’entre­ prise avec une énergie de fer; il la poursuivit surtout avec une intelligence parfaite des circonstances où il vécut et des moyens à prendre. C’est là ce qui mérite de fixer l'attention, beaucoup plus que les détails de sa laborieuse carrière. 3° Action sur la jeunesse; réforme des universités, fondation de collèges et de séminaires. — Parmi les moyens propres à consolider ou réveiller la foi des catholiques, Canisius mettait au premier rang la bonne éducation de la jeunesse, tantum facit proba et catho­ lica educatio. Par là, il entendait la double formation du cœur et de l’esprit, la vertu et la science, vilæ sin­ ceritas cum sancta eruditione conjuncta. Epist., t. I, p. 326; t. n, p. 139. Dans ses lettres au P. Lefèvre, il se plaint de l’insuffisance des études à l’université de Co­ logne. Les circonstances le servaient à souhait, en lui donnant Ingolstadt pour premier théâtre de son aposto­ lat; car, en demandant des jésuites à saint Ignace, le duc de Bavière, Guillaume IV, avait eu principalement en vue la réforme de l'instruction publique dans ses Etats. Tant qu’avait vécu Jean Eck, le grand antagoniste de Luther, l'université d'Ingolstadt était restée le boulevard du catholicisme et de l’ancienne formation en Alle­ magne; après sa mort, arrivée en 1513, la décadence avait été rapide, pour les études comme pour la disci­ pline. La campagne faite par les novateurs contre la scolastique avait eu pour conséquence 1’affaiblissement des études théologiques, alors même qu’elles étaient plus nécessaires que jamais : collapsa nimirum theo­ logiæ studia, qute nunc florere potissimum oportuerat. Et il suffit de lire une lettre que le Bienheureux adressa, le 30 avril 1551, à un professeur de Cologne, pour voir que dans ces études il faisait â la scolastique sa bonne place : non omissa etiam illa theologiæ parte, quam scholasticam appellamus, et hoc tempore neces­ sariam ducimus, ne alioquiu hæreticorum sophismata, quæ passim occurrunt, non salis a nobis discerni repellique possint. Epist., t. i, p. 336, 366. Canisius passa un peu plus de trois ans à Ingolstadt, du 13 novembre 1549 à la fin de février 1552. Il y ensei­ gna la théologie, prêcha en ville et à l’université, fut recteur du 18 octobre au 24 avril 1551, et remplit pen­ dant plusieurs mois les fonctions de pro-chancelier. Toute son influence tendit à relever les études, en même temps que la discipline et la piété, afin de pré­ parer à l’Église d’Allemagne une génération de prêtres dignes de ce nom. Voir les Monumenta Jngolsladieusa Canisii, dans Epist., t. i, p. 686 sq. Quand il partit, l’œuvre de la réforme n'était que commencée, mais elle se poursuivit sous sa direction et avec sa coopération. Les conseils qu’il donna, en particulier une noie qu’il rédigea sur la fin de 1555, servirent dans la rédaction des nouveaux statuts de l'université, qui se fit en 1562. 45-11 CANISIUS 4512 Deux articles trahissent surtout son influence : réintro- 1 nécessaire pour le maintien et le progrès de la religion duire dans l’école la dialectique d’Aristote; ne pas ad­ en Allemagne. Le peu de zèle qu’il rencontra chez un mettre de professeurs publics qui n'appartiennent à certain nombre l’attrista beaucoup. « Sans de bons sé­ l'ancienne croyance. Ibid., t. i, p. 582; t. ni, p. 682; minaires, les évêques ne parviendront jamais à remé­ cf. C. Prantl, Geschichle der Ludivig-Marimiliansdier au mal actuel, » écrivait-il encore en 1585 dans un Lniversitât in Ingolstadt, Landshut, München, 2 in-8», mémoire adressé au P. Aquaviva. Munich, 1872, l. il, p. 195 sq. ; Pachtler, Jialio studiorum Ce fut dans le même esprit que Canisius soutint de et institutiones scholasticæ Societatis Jesu per Germa­ tout son pouvoir, par les aumônes qu’il recueillit et niam olini vigentes, Berlin, 1887, 1890, t. i, p. 355; plus encore par les sujets d'élite qu'il lui envoya, le t. in, p. 480. Collège germanique, fondé à Rome par saint Ignace en A Vienne, où il arriva le 9 mars 1552, Canisius porta 1552. H fit plus; ce furent ses conseils, joints à ceux du le même esprit. Attaché à la faculté de théologie comme cardinal Truchsess, qui déterminèrent Grégoire XIII à professeur, puis doyen en octobre 1553, il fut à l’uni­ assurer l'avenir de ce collège en le dotant de revenus versité l’adversaire déclaré de l’hérésie et de ses te­ fixes et suffisants pour une centaine d’élèves. Cardinal nants. Epist., t. i, p. 732 sq. Les documents qui nous Steinhuber, Geschichle des Collegium Germanicum restent ne permettent pas de préciser quelle part il eut Ilungaricum in Rom, in-8», Fribonrg-en-Brisgan, 1895. dans la réforme opérée par Ferdinand Ier, alors roi des t. i, p. 87 sq. Le même pape réalisa des idées chères au Bomains; mais il est certain qu'il ne fut pas étranger Bienheureux quand il fit ouvrir des séminaires ponti­ aux délibérations où le plan de réforme s'élabora, et que ficaux à Dillingen, à Fulda, à Prague, à Olmutz, à parmi les nouveaux statuts publiés le 1er janvier 1554·, Braunsberg, à Vilna et jusque dans les nouvelles chré­ quelques-uns témoignent de son influence personnelle; tientés de l’Inde et du Japon, tandis que par ses soins, tels les articles 17 et 18, qui concernent la bonne tenue les collèges des Anglais, de= Grecs, des Maronites, des maisons d'étudiants et le contrôle des nouveaux s’élevaient à Rome même et rivalisaient avec le Collège livres. Ibid., p. 740; R. Kink, Geschichte der kaiserligermanique. chen Universitâl zu It'ien, in-8», Vienne, 1854. t. n, En 1879. les catholiques allemands et Rome ont rendu p. 62. L’université de Vienne a conservé le nom du hommage à ce grand apôtre de l'éducation catholique : Bienheureux parmi ceux des personnages qu’elle s’ho­ ceux-ci, en fondant une Société du Bienheureux Caninore plus particulièrement de compter au nombre de sius, Canisius-Verein, destinée à promouvoir la forma­ ses illustrations. tion de la jeunesse allemande; Rome, en approuvant Le 7 juin 1556, Canisius fut nommé premier provin­ cette fondation et en lui donnant officiellement le cial de la Compagnie de Jésus pour l’Allemagne, l’Au­ Bienheureux pour protecteur. Voir .1. Knabenbaucr, triche et la Bohême. Cette charge étendait le champ de S. .!., Der selige Canisius und die Schulfrage, dans son influence; désormais il pouvait poursuivre plus Slimmen ans Maria-Laach, 1879, t. xvn, p. 352 sq. activement et plus efficacement la réforme de l’éduca­ 4» Action sur le peuple; apostolat de la parole. — tion, en créant dans les pays soumis à sa juridiction des A l’éducation de la jeunesse, Canisius joignit dès le dé­ collèges de son ordre. Non qu’il aillait de cette œuvre, but, à Ingolstadt comme â Vienne, un ministère qui comme on l’a dit, le but de sa vie; ce n’était qu’un lui permettait d’atteindre non pas seulement une classe moyen, mais à ses yeux le plus puissant moyen d’action d’individus, mais la masse même du peuple. Partout pour son vrai but, le relèvement ou la conservation de où les devoirs de son état et les grands intérêts de la la foi catholique en Allemagne : nullum enim subsidium religion le firent résider ou simplement passer, à la magis idoneum novimus, avait-il écrit d’Ingolstadt à ville ou à la campagne, dans les milieux les plus mo­ saint Ignace, le 2 novembre 1550. Epist., t. i, p. 340. destes comme à la cour des princes ou dans les diètes Ses efforts, favorisés par le crédit dont il jouit auprès de l’Empire, il exerça le ministère de la prédication; des princes séculiers et ecclésiastiques, ne furent pas il l’exerça pendant près d'un demi-siècle, avec un zèle infructueux. Sous son administration, de 1556 à 1569, infatigable et sans y chercher jamais autre chose qu'un des collèges importants et destinés presque tous à un moyen d'instruction et de réforme religieuse. Calme, avenir brillant, furent fondés â Ingolstadt, à Prague, à net et logique dans l’exposition de la doctrine, animé Munich, à Inspruck, à Trêves, à Mayence, à Dillingen, d'une conviction intime et pénétrante, sachant faire de à Spire et à Würzbourg. Une dizaine d’autres, établis l’Ecriture et de la tradition un heureux el continuel en Hongrie, ou dans les provinces d'Autriche et du Rhin usage; instruit des erreurs protestantes, mais modéré déjà séparées du tronc primitif, ou dans la province dans la réfutation et attentif à saisir les occasions, celle même de la Haute-Allemagne sous le gouvernement de d’un jubilé par exemple, pour donner et expliquer la son successeur, durent en réalité au Bienheureux leur vraie pensée catholique, Epist., t. ni, préf., p. xxxin sq., première origine. il eut sur ses auditeurs une puissance que rehaussait En fondant ces centres d'éducation catholique, Caniencore la vénération inspirée à tous par son carac­ sius n’avait pas seulement en vue la formation des tère et sa sainteté. Sa parole se fit entendre, et porta classes élevées; il songeait aussi au recrutement et à la fruit dans la plupart des grandes cathédrales de l’Einréforme du clergé. Aussi s'attachait-il avec une cons­ pire, Vienne, Prague, Ratisbonne, Worms, Cologne, tante sollicitude à fournir aux enfants pauvres les Strasbourg, Osnabrück, Wurzbourget surtout Augsbourg, moyens d'étudier. Partout où il le put. il obtint pour où il fut, pendant plusieurs années, prédicateur ordi­ eux des bourses dans les universités, ou lit annexer naire. Cette ville, la première de l’Empire à celte époque, aux collèges de son ordre des maisons pour les recevoir. était dans un tel état de décadence religieuse, que l'année Ainsi en fut-il à Vienne, à Ingolstadt, à Munich, à Ins­ même où le Bienheureux commença d’y prêcher, on pruck, à Dillingen et à Würzbourg. A Prague, en 1559, compta tout au plus huit cents communions à Pâques, il fit imprimer un écrit pour amener les Bohémiens à et vingt personnes présentes à la procession de la Fêtefonder un établissement de ce genre, et deux ans plus Dieu. Le prédicateur n’eut au début qu’une cinquan­ tard, il plaida personnellement la même cause auprès taine d’auditeurs; mais bientôt le nombre s’accrut, et de l’archiduc Ferdinand II. A la diète d’Augsbourg, il des auditeurs, et des pratiquants; des conversions écla­ se fit quêteur et put prendre â sa charge jusqu’à deux tantes se produisirent, en particulier dans la noble et cents étudiants pauvres qu’il réunit sous un même toit, puissante famille des Fugger. La renaissance catholique Quand le concile de Trente eut recommandé l’érection provoquée par le zèle de Canisius fut telle, qu’au si· cide séminaires ecclésiastiques, Canisius fut auprès des suivant un évêque d’Augsbourg consignait celte note evéques l’apôtre de cette grande œuvre, qu'il estimait dans le compte rendu de sa visite pastorale de 1629 · 1513 CANISIUS 1514 t. r. p. 529 sq.; t. n, p. 194; cf. Hopfen, Kaiser Maxi­ « Augsbourg doit le reconnaître pour son apôtre, et milian Il und der Kompromisskatholizisnius, in-8", s'avouer grandement redevable envers lui. » Der selige Munich, 1895, p. 28. Canisius. Eine kurze Lebensgeschichte, mit besonderer Bientôt les circonstances donnèrent à l’action du Berücksichtigung seines Wirkens in Augsburg, in-16, Bienheureux une portée plus considérable. Ferdinand Augsbourg, 1865, p. 53. A la prédication de Canisius se rattache son ensei­ et le cardinal d’Augsbourg voulurent qu’il prêchât à Ratisbonne pendant la diète de 1556-1557, où il devait gnement catéchétique, digne d'une mention spéciale pour la part si grande qu'il eut dans son action sur être question d’une entente entre les divers partis reli­ les catholiques. L'ignorance religieuse qu’il voyait ré­ gieux. Les protestants demandèrent un colloque. Fer­ gner parmi eux excitait tout à la fois sa pitié et son zèle; dinand, désireux d’obtenir des subsides pour combattre de là ce souci constant d'enseigner la doctrine chrétienne les Turcs en Hongrie, et suivant du reste en cela sa au peuple, aux enfants surtout. On l’a représenté le politique de conciliation, soumit la demande â une catéchisme en main, entouré d'enfants. Ce fut la réa­ commission composée de deux évêques et de cinq théo­ lité partout où il demeura, partout où il donna des mis­ logiens, dont le premier fut Canisius. Convaincu per­ sions, en Autriche, en Bavière, dans la Hesse, en Alsace, sonnellement que ces sortes de discussions n’abouti­ en Souabe, dans le Tyrol, plus tard en Suisse. De ce raient à rien et qu'un concile général pouvait seul zèle pour l'instruction religieuse des catholiques est porter remède à la situation, le Bienheureux se prononça sortie cette Summa doetrinæ ehristianæ,' qu’il composa résolument contre la demande des protestants et justi­ à Vienne, de 1552 à 1554, le plus célèbre sans contredit fia par écrit son sentiment. Epist., t. il, p. 40. Le et le plus populaire de ses ouvrages, celui qui mit le colloque ayant été néanmoins résolu, les membres plus en émoi les théologiens protestants du xvi» siècle, catholiques de la diète nommèrent Canisius parmi les et qui perpétua le plus l’influence du Bienheureux. six principaux théologiens qui devaient soutenir leur 5» Action sur les princes catholiques ; diètes, léga­ cause à Worms, contre un nombre égal de luthériens. tions. — Une des forces de Canisius fut dans l'appui que Les princes protestants désignèrent Mélanchthon, Brenlui prêtèrent les princes de l'Empire, surtout trois tiuset quatre autres coryphées du parti, tous fermement souverains qui pouvaient faire beaucoup pour le main­ décidés à ne rien céder de leurs prétentions doctrinales tien de la foi catholique, Ferdinand I»r d’Autriche et les et chantant victoire avant même d’avoir commencé la ducs de Bavière, Albert V et Guillaume V. La position lutte. Ibid., p. 63, 83, 127. Canisius ne s'inquiétait guère de ces princes était difficile ; le Bienheureux s'en ren­ de ces bravades, mais bien plutôt de l'indolence et de dait compte, comme on le voit par une lettre du 17 jan­ la pusillanimité des catholiques, hostem nondum visum vier 1556, où il énumère judicieusement tous leurs metuunt. Il fit beaucoup prier, se prépara soigneuse­ sujets de préoccupation. Epist., t. 1, p. 596. Il n’en ment au combat, releva le courage de ses compagnons restait pas moins convaincu qu'une politique timide et et se préoccupa surtout d'obtenir l’entente dans l'action. louvoyante, comme celle de VInterim, était contraire Le colloque s'ouvrit à Worms le 11 septembre 1557, aux vrais intérêts du catholicisme. Tous ses efforts ten­ sous la présidence de Jules Pflug, évêque de Nauinbourg. dirent à encourager ces souverains, à exciter leur zèle, La discussion devait s'engager, d'après le recez de Ra­ à leur faire réaliser dans leurs Étals le plan de réforme tisbonne, sur la base de la Confession d'Augsbourg. qu’il avait exposé, le 14 mars 1555, à un conseiller du Dès la première séance, Mélanchthon s'emporta contre duc Albert: Per nostros catholicos principes exturben­ les catholiques et leurs abus, contre « les décrets impies tur pestes, tollantur errorum magistri, dissensionum du prétendu concile de Trente et le livre intitulé Inte­ studia sopiantur, agnoscatur Christi vicarius et Eccle­ rim ». Les catholiques proposèrent vingt-trois articles, siae pastor, ac tamdiu desiderata nobis pax redeat Ec­ disposés à peu près dans l’ordre de VAuguslana et dont clesiarum. Ibid., p. 518. on possède une liste, Index articulorum controverso­ En Bavière, les résultats répondirent aux vœux de rum, écrite de la main même de Canisius. Epist., t. il, Canisius. Pendant quelques années, le duc Albert sui­ p. 795. Quand on en vint à la discussion, l'accord ne vit une politique de concessions; mais, vers 1563, il put se faire surdes principes communs, les théologiens changea d’attitude et entra résolument dans une ligne luthériens n’acceptant pas le canon intégral des saintes de conduite qui fut toujours ensuite de plus en plus Écritures, tel qu’il était en usage dans l’Église depuis conforme au programme du Bienheureux. Epist., t. ni, mille ans, ni le consentement des Pères et de l’ancienne préf., p. xx. La Bavière devint le centre de la contrechrétienté comme règle d’interprétation en matière dou­ réforme, et Janssens, op. cit., t. tv, p. 457, a pu dire teuse. Canisius parla le 16 et le 20 septembre, dans la d'Albert V et des deux princes qui lui succédèrent, cinquième et la sixième session; il releva les écarts de qu’ils furent « les patrons, les guides temporels de Mélanchthon qui, sans tenir compte du programme l’Allemagne catholique ». En Autriche, l'inlluence de tracé, s’était emporté en invectives contre l’Église Canisius, sans être aussi décisive, fut considérable. Son catholique, puis rappelant que le colloque devait se zèle apostolique, ses solides prédications à la cour de faire sur la base de la Confession d’Augsbourg, il Vienne, son ardeur à combattre l’hérésie, son désinté­ demanda qu’en face des graves divergences qui se ressement lui gagnèrent très vite l’estime et la confiance manifestaient parmi les partisans de cette Confession, du roi les Romains, Ferdinand 1", dont il devint le I on s’en tint au texte primitif de 1530, et il leur proposa conseiller écouté dans les affaires les plus importantes. de condamner les sectes qui professaient des doctrines C'est à peine si, fidèle à l'esprit de sa vocation, il put ί opposées. Cette demande jeta dans le désarroi les réussir à se soustraire à la dignité épiscopale. Admi­ théologiens protestants, divisés d’opinion sur des points nistra-t-il réellement en 1554, comme on l’avait cru de première importance; ils se querellèrent, et la jusqu’ici, le diocèse de Vienne, c’est un point mis en majorité, inspirée par Mélanchthon, finit par exclure question par le Dr N. Paulus dans Zeitschrift fur kadu colloque ceux qui voulaient accéder à la proposition tholische Théologie, Inspruck, 1898, t. xxn, p. 742 sq. faite par Canisius et les catholiques. Désorganisée et Le Bienheureux profita de son influence pour suggérer désormais irrégulière, l’assemblée fut interrompue, au roi des Romains diverses mesures en faveur du puis dissoute le 8 décembre. Sur toute cette question, catholicisme; il ne craignit pas d’entrer en lutte ouverte voir le rapport rédigé par Canisius et ses collègues le avec Sébastien Phauser, prédicateur luthérien de Maxi­ 6 décembre, la lettre écrite le même jour par le Bien­ milien, fils aîné de Ferdinand, ni même d’attirer l’at­ heureux au P. Laynez et les Monumenta vormatensia tention de celui-ci sur les sympathies que son futur héri­ relatifs aux actes du colloque. Epist., t. n. p. 160, 174, tier semblait avoir pour les doctrines nouvelles. Epist., 795 sq.; cf. F. Fornerus, Historia hactenus sepulta rqb- CANISIUS 1515 loquii Wormatensi, an. vobvri, Ingolstadt, 1624; .Jans­ sens, op. cil., t. iv, p. 23 sq. Les novateurs ne manquèrent pas de rejeter sur les catholiques, et sur Canisius en particulier, la respon­ sabilité de cet avortement. Tel était le sens d’un écrit qui parut à Francfort-sur-le-Main, d'abord en alle­ mand. puis en latin sous ce titre : Scriptum collocuto­ rum Augustanæ Confessionis qui in urbe Vangionum fuerunt, donee adversari} colloquium abruperunt, anno 1557. Canisius répondit, au mois de mars de l'année suivante, par un contre-récit intitulé : Vom Abschiedt des Colloquii :u Wormbs. M. b. Lvn. Wahrhafftiger gegenbericht auff das Büchlin zu Frankfurt am Mein den iv. Decembris ausgangen. Epist., t. n, p. 181, 893. Mais celte victoire sur les théologiens pro­ testants, jointe à ses autres succès et surtout au bien fait par la Summa doctrines christianæ, valut à ce terrible canis austriacus une haine implacable, qui se traduisit dès lors et plus tard par toute une littérature de pamphlets injurieux, parfois ignobles. Ibid., p. 800, 802, 915; t. m, p. 800 sq.; cf. .Janssens, op. cil., t. tv, p. 444 sq. Dans le camp catholique, au contraire, l'au­ torité du Bienheureux grandit, et le gain fut considé­ rable : beaucoup furent fortifiés dans leur foi; les princes restèrent convaincus qu'il ne fallait rien attendre de sérieux de ces sortes de colloques, et comprirent quelle force ils trouveraient dans l’union. Canisius profita surtout de la circonstance pour exciter leur zèle : ulinam non timeremus imbecilles, écrivait-il au roi Ferdinand. Ibid.,p. 173. Deux mois après, en février 1558, il visitait à Nuremberg ce prince, inquiet alors et presque désespéré : encouragé par le Bienheureux, Ferdinand se rendit à la diète de Francfort où, le 24. du même mois, il fut proclamé empereur. Au mois de mai, Canisius était à Rome pour l’élection d'un nouveau général. Le pape Paul IV venait de décider l’envoi d'un nonce, Camille Mentuati, à la diète polo­ naise de Piotrkow; il désigna le Bienheureux pour l'accompagner comme théologien. Le triste état où se trouvait le royaume de Pologne, gouverné par un prince indolent, la faveur que prêtait aux hérétiques une no­ blesse hostile aux évêques et défiante à l’égard de Rome, l'impuissance ou le manque de zèle dans le clergé luimême, paralysèrent l'action du nonce et de son com­ pagnon: ils empêchèrent du moins qu’on ne prit aucune mesure contre l’Église et qu’on ne fit aucune innovation en matière religieuse. Personnellement, Canisius obtint davantage des évêques; il sema des germes féconds pour la réforme du clergé, et reçut plusieurs demandes de collèges. Epist., t. n, p. 340, 362, 826 sq. De retour en Allemagne, il eut un rôle délicat à remplir. Une nouvelle diète allait s’ouvrir à Augsbourg dans des cir­ constances difficiles, à cause du conllit survenu entre Paul IV et Ferdinand I«r. Blessé de ce qu’on avait agi sans le consulter dans l'élection de Francfort, le pape refusait de reconnaître le nouvel empereur, et les princes hérétiques cherchaient à profiter de l’occasion pour semer la discorde. Par ses prédications, par les lettres qu’il adressait à Rome, surtout par son action person­ nelle sur Ferdinand et les membres catholiques de la diète, Canisius fut réellement l’ange de la paix. L’em­ pereur fit taire ses ressentiments, ferma l’oreille aux suggestions des novateurs et s’engagea avec les évêques dans le plan de réforme que le Bienheureux patronnait. Ibid., p. 469, 502. Le conflit avec Rome s’aplanit à l'avènement de Pie IV, élu pape le 25 décembre 1559. Si la conduite de l'empereur Ferdinand à l’égard du saint-siège ne fut pas toujours irréprochable, s’il com­ prit et voulut réaliser à sa manière la réforme de l’Église, n ne peut douter qu'il n'ait conservé dans ses projets, souvent utopistes, un sincère attachement à la religion catholique. &> Action pour la réforme du clergé et de l’Église; DICT. DE THEOL. CATHOL. 1516 concile de Trente; conférences d'inspruck. — Canisius employa toute son influence auprès des évêques, comme auprès des princes, pour exciter leur zèle et les encou­ rager. Il leur montrait, Epist., t. I, p. 597, les loups à écarter du troupeau, les écoles et les bibliothèques à assainir, les ministres du sanctuaire à préparer, plutôt bons que nombreux, en un mot la réforme à opérer, celle de leurs Églises et de leur clergé sans doute, mais la leur aussi et d'abord. De là un écrit De officio et re­ formatione episcopi, composé à Ratisbonne, vers la fin de 1556, sur les instances du cardinal Truchsess. Ni la vénération qu'il portait aux premiers pasteurs, ni l'ami­ tié dont plusieurs l’honorèrent. ne firent faiblir sa voix, quand il crut devoir parler; témoin cette lettre aposto­ lique qu'il écrivit au même cardinal, pour lui rappeler l’obligation de la résidence épiscopale et la prohibition portée contre la pluralité des bénéfices. Epist., t. H, p. 228. Il obtint beaucoup des évêques, mais non pas tout ce qu'il aurait voulu : Desperata cleri consilia, ubi de reformatione agitur, morbos fatentur, pharmaca respuunt, écrivait-il d'Augsbourg le 20 mai 1559. Ibid., p. 419. Aussi, plus le temps avançait, plus sa pensée allait au concile œcuménique, necessarium Ecclesiæ remedium. On suit en lisant sa correspondance les di­ vers sentiments par où il passa, désirs ou regrets, joie ou tristesse, suivant que les obstacles qui en différaient la reprise paraissaient s’aplanir ou s’aggraver. Person­ nellement il s'appliqua si bien à les faire disparaître, que, dans une lettre pastorale de 1865 sur le Bienheu­ reux, le cardinal Rauscher, archevêque de Vienne, n'a pas craint d’attribuer en grande partie à son influence le succès final. Der selige Canisius, Vienne, p. 46. Quand le concile se rouvrit, le 18 janvier 1562, Cani­ sius était â Augsbourg, ou sa présence semblait indis­ pensable. Mais les légats, Hosius surtout, insistèrent tellement auprès du cardinal Truchsess qu'il dut leur céder momentanément l'apôtre de son diocèse. Epist., t. m, p. 753 sq. Des questions allaient se traiter à Trente, qui concernaient particulièrement l'Allemagne, et faisaient partie de tout un ensemble de mesures ré­ clamées par l'empereur Ferdinand : communion sous les deux espèces, mariage des prêtres, mitigation de diverses lois positives, comme celles de l’abstinence, du jeûne et de l’index, réforme de la cour romaine, etc. Ces vues avaient été exposées d’abord dans un écrit présenté le 20 juin 1560 à Hosius, nonce apostolique à Vienne, puis dans un Libellus reformationis, remis le 7 juin 1562 aux présidents du concile. Résumé dans Raynaldi, Annales, an. 1560, n. 55; an. 1562, n. 59, Lucques, 1756, t. xv, p. 86, 234. Texte complet du mé­ moire de 1560 dans Sickel, Zur Geschichte des Concile von Trient, Vienne, 1872, p. 55 sq.; du Libellus, dans Archiv fur ôsterreichische Geschichte, Vienne, 1871, t. xlv, p. 35 sq. Canisius arriva à Trente le 14 mai. Il n’y resta guère plus d’un mois, mais ce temps tut utilement employé. Sans compter de fréquents entretiens avec le premier orateur impérial, Antoine Brus de Muglitz, archevêque de Prague, et surtout avec le cardinal Hosius, le Bien­ heureux se trouva mêlé à deux discussions d’inégale importance. 11 fut annexé au comité d'évéques et de théologiens chargé d'examiner et de réformer l'index de Paul IV. Son opinion personnelle est connue par ses lettres; il désirait beaucoup qu’on mitigeât les règles relatives à la lecture des livres hérétiques. Epist., t. ut, p. 27, 490. Beaucoup plus importante fut la discussion de cinq articles sur l’eucharistie, proposés le 6 juin à l’examen des théologiens. Ibid., p. 463. Le 2' et le 3' articles touchaient directement aux questions brûlantes que Ferdinand I" avait soulevées, car on y demandait ceci : « Les raisons qui ont amené l’Église a restreindre à une seule espèce la communion des laïques, excluent-elles la possibilité de toute concession II. - 48 1517 CANISIUS du calice? S'il paraissait expédient de faire quelque concession de ce genre, faudrait-il l'accompagner de quelques conditions, et de quelles conditions? » Canisius lit le 15 juin un discours dont le résumé se trouve dans Massarelli, Acta genuina SS. oteumenici concilii Tridenlini, édit. Theiner, Agram, 1874, t. II, p. 16. Cf. Epist., t. ni, p. 742. Il posait en principe qu’il fallait se montrer difficile à concéder le calice aux laïques. On ne devait pas l’accorder aux hérétiques, ne sanctum detur canibus. Restait à considérer sérieusement s’il ne serait pas expédient de le permettre à certains ca­ tholiques entourés d’hérétiques et chancelant dans la foi, au cas ou ce serait le seul moyen de les maintenir dans l'orthodoxie, et surtout aux Bohémiens que l’absence de prêtres avait fait tomber dans quelques erreurs, et qu’on pourrait ainsi ramener à la foi en tout le reste. Cet avis du Bienheureux ne passa pas inaperçu; les théologiens de l’empereur essayèrent même de s’en faire une arme conlre le P. Laynez, dont la décision fut plus intransigeante. Epist., t. in, p. 754 sq. De retour à Augsbourg, Canisius ne cessa pas de s’intéresser aux travaux du concile. Dans ses lettres au cardinal Hosius, il encourage ce légat et l’instruit des bruits qui courent; le 3 août, il lui envoie un écrit De abusibus missæ; il insiste pour qu'on s’occupe de la réforme du clergé. Ibid., p. 470, 474, 485. Aussi re­ gretta-t-il la très vive discussion qui s’éleva parmi les Pères sur l'origine de la juridiction épiscopale. Ce n’est pas qu'il méconnût l’importance de la question, ou dé­ sapprouvât la doctrine brillamment soutenue par le P. Laynez dans un discours resté célèbre; sa corres­ pondance prouve le contraire, ibid., p. 5‘27, 537, 551 ; mais il voyait là un retard apporté à l’œuvre plus ur­ gente de la réforme ecclésiastique. 11 craignait aussi le mécontentement qui se manifestait à la cour de Vienne. Quand la question du calice des laïques eut été, le 17 septembre, renvoyée au pape par les Pères du con­ cile, l’empereur soumit à plusieurs théologiens ces questions : Faut-il persévérer dans la demande faite pré­ cédemment? Faut-il la renouveler auprès du concile ou auprès du pape, et comment procéder? Canisius ré­ pondit d’Augsbourg, le 23 octobre, par un mémoire important, accompagné d’une lettre où il rappelait la gravité de l’affaire et la nécessité d’éviter à tout prix ce qui semblerait une atteinte aux droits de l’Église et à ses institutions. Dans ce mémoire, le Bienheureux donnait en substance les mêmes conclusions qu'à Trente, mais avec beaucoup plus de développements et de précision. Rien ne s’oppose, en principe, à la concession du ca­ lice, mais c’est au pape de décider s'il est expédient de l'accorder. L’empereur peut demander cette faveur pour une partie de ses sujets; non pour les hérétiques, qui réclament le calice comme un droit appuyé sur l’au­ torité divine, ni pour les bons catholiques, à qui cette concession serait plutôt nuisible, mais pour les catho­ liques peu fermes dans la foi, qu’on a l’espoir, assez faible du reste, de retenir ainsi dans l’Église. Cette fa­ veur doit être accompagnée de conditions propres à écarter les fausses interprétations et à distinguer les ca­ tholiques des hérétiques. Qu'on ait soin, en outre, de bien instruire les fidèles de tout ce qui concerne la sainte eucharistie et la primauté du pontife romain. Epist., t. ni, p. 419-513. Telle était la théorie; mais une lettre du 7 novembre au cardinal Hosius montre que le Bienheureux était préoccupé des conséquences pratiques qui pourraient résulter d'un changement de discipline. Ibid., p. 528. La conduite de Ferdinand Ier augmenta ses appréhen­ sions. Au mois de janvier 1563, Georges Draskovicz, évéque de Pecs (Funfkirchen) et ambassadeur au con­ cile pour le royaume de Hongrie, rédigea un nouveau mémoire, Capita quædam ad fructuosam concilii ce­ lebrationem, où il demandait à l’empereur de veiller à 151S la liberté des Pères et de s’interposer pour qu'on enta­ mât enfin sérieusement l'œuvre de la réforme ecclésias­ tique, dans le sens du programme impérial. Sickel, Zur Geschichte des Concils von Trient, p. 427 sq. Au début de février, Ferdinand envoya le mémoire à Trente, et convoqua près de lui à Inspruck, sous la présidence de Draskovicz, une commission de théologiens, qui furent chargés d'examiner dix-sept articles, ou questions re­ latives à la continuation ou à la suspension, à la liberté, à la direction et aux travaux du concile, aux conces­ sions précédemment réclamées, et à la réforme de l’Église dans son chef comme dans ses membres. Ibid., p. 431. Canisius faisait partie de la commission, il en était même le membre le plus influent; au jugement des nonces Commendon et Dellini, présents à Inspruck, l'issue dépendait en grande partie de sa prudence et de son habileté. J. Pogiani, Epistolæ et orationes olim collectée ab Antonio Maria Gratiano..., Rome, 1756, t. tu, p. 232; Archiv. Vatie., Concilio di Trento, t. xxx. fol. 28. Le Bienheureux, qui dès son premier entretien avec Ferdinand avait compris que l'autorité du concile et du saint-siège était en jeu, marcha de concert avec les nonces. Dans son avis du 22 février, il se prononça fortement contre toute ingérence du pouvoir laïque dans l’ordre spirituel ; le concile devait continuer, mais pleinement indépendant dans sa sphère propre; c’était au pape à nommer les légats et à diriger l'assemblée conciliaire; à lui aussi de décider la réforme de la cour romaine et de l’appliquer. Pour le reste, les choses devaient se traiter à l’amiable; il ne fallait pas reprendre à Trente la question du calice, mais s’adresser au pape lui-méme. Du reste, que ne travaillait-on d'abord à l'amendement des mœurs dans les individus? Cela fait, la plupart des mesures qu'on proposait n’auraient plus de raison d’être. Le résultat des délibérations au con­ seil d’Etat fut qu’on entrerait en relations avec le sou­ verain pontife, pour obtenir la réforme désirée. Deux instructions de l’empereur à ses représentants au con­ cile témoignent également d'une attitude plus conci­ liante. Sickel, op. cil., p. 446, 456. La conduite du Bienheureux satisfit pleinement les légats. Pogiani, loc. cit.; Archiv. vatic., op. cil., fol. 38, 4L Les conférences, interrompues à l’époque du carême, reprirent au mois d’avril. Quatorze nouveaux articles furent soumis, le 24, à l'examen de la commission, augmentée de plusieurs membres; rédigés sous une forme différente et plus mesurée, ils portaient presque tous sur la liberté et la direction du concile, la manière de proposer les questions, les matières à traiter ou à omettre. L'article 3e ramenait le point délicat de la ré­ forme du pape et de sa cour : le concile devait-il inter­ venir ou laisser l’affaire à l'initiative pontificale? Mal­ gré les efforts de Canisius, les conclusions de la majo­ rité se ressentirent des idées qui de plus en plus s'affir­ maient à la cour impériale : avant de se dissoudre, les Pères du concile devaient à tout prix procéder à la ré­ forme de l’Église dans son chef et dans ses membres. Bucholtz, Geschichte der Regierung Ferdinand des Erslen, Vienne, 1838, t. vin, p. 545 sq., note. En dé­ sespoir de cause, le Bienheureux recourut à l'empereur; après lui avoir présenté ses observations contre l'avis de la majorité, il lui montra les inconvénients de la voie où l’on s’engageait, et cappella celle qu'il fallait prendre : ne point imposer au vicaire de Jésus-Christ la réforme de sa personne sacrée et de sa cour en vertu d’un prétendu droit qu’il ne pourrait pas reconnaître, mais agir de concert avec lui pour la réforme générale et particulière de l’Église. Ce franc langage porta scs fruits. Ferdinand promit d’examiner la chose de plus près, et d’en conférer avec le nonce et surtout avec le cardinal Morone, venu de Trente à Inspruck. Il tint parole, fit retoucher plusieurs fois le rapport de la 1519 CANISIUS commission et agréa les modifications proposées par le cardinal. Sickel, op. cit., p. 498 sq. Pie IV, instruit de tout ce qui s’était passé, exprima sa satisfaction de la conduite du Bienheureux et l’en fit remercier. Une nouvelle discussion, que provoqua une requête présentée par les utraquistes de Bohême dans le dessein d’obtenir la communion sous les deux espèces et le mariage de leurs prêtres, mit encore une fois Canisius en lutte avec les autres membres de la commission. Seul contre tous, il ne craignit pas de désapprouver une concession qui, dans les conditions ou se faisait la de­ mande, lui paraissait entraîner de graves inconvénients. Il comprit bientôt que l’empereur trouvait son opposi­ tion importune et ne lui témoignait plus la même con­ fiance qu’auparavant. L’avis définitif de la commission, ou Liber in materia reformationis, du 5 juin, conte­ nait plusieurs points qu'il avait combattus. Sickel,op.cil., p. 520 sq. Après de nouvelles consultations faites à Vienne, Ferdinand s’adressa enfin au pape. Au mois d’avril 1564, Pie IV accorda, non le mariage des prêtres, mais l'usage du calice pour l’Autriche, la Bohème et divers diocèses d'Allemagne. L’expérience prouva que le Bienheureux ne s’était pas trompé dans ses appré­ hensions; les désordres et les abus furent tels que, trois ans plus tard, le saint pape Pie V se voyait con­ traint de révoquer la concession faite par son prédé­ cesseur. La mort de Ferdinand I", survenue le 22 juillet 1564, livra le pouvoir à son fils Maximilien, dont la politique n’était pas celle que prêchait Canisius. L’œuvre que celui-ci avait commencée en Autriche continua à s’y faire par les membres de son ordre, mais son influence personnelle s’exerça désormais ailleurs, surtout en Ba­ vière et dans le Tyrol, ou ses prédications à la cour de l'archiduc Ferdinand II portèrent d’heureux fruits et contribuèrent beaucoup à la sanctification des cinq archiduchesses, sœurs de ce prince. Mais la plus belle récompense que ménagea la providence à celui qui avait eu tant de zèle pour le concile de Trente, fut de le choisir comme instrument pour en compléter l’œuvre en Allemagne. Venu à Rome en 1565 pour l’élection d'un nouveau général, Canisius fut créé par Pie IV nonce apostolique, avec mission de promulguer les décrets du concile et d’en promouvoir l'exécution. Augsbourg, Cologne, Nimègue, Osnabrück, Mayence, Trêves, plus tard Wurzbourg et Strasbourg furent les principales' étapes de ce voyage apostolique, où le Bien­ heureux n'obtint assurément pas tout ce qu'il aurait désiré, mais ce qu'on pouvait attendre dans les circon­ stances difficiles ou se trouvaient les Eglises qu'il visita. Cette mission eut comme son couronnement dans la dicte d’Augsbourg de 1566, ou Canisius assista comme théologien du cardinal Commendon. Les décrets du con­ cile de Trente y furent acceptés par les catholiques, et le Bienheureux y contribua une fois de plus à l’entente commune. Cette grave question ayant été posée : « La confirmation de la paix d’Augsbourg est-elle contraire aux droits de l’Eglise? » il n’hésita pas avec deux autres théologiens de son ordre à donner· une réponse néga­ tive, el prévint ainsi une rupture désastreuse entre ca­ tholiques et protestants. Eclairé lui-même par le cardi­ nal Commendon, l’empereur Maximilien revint à de meilleurs sentiments envers la Compagnie de Jésus. 7° Action littéraire; apostolat de la plume. — Depuis treize ans Canisius dirigeait son ordre en Allemagne. Le nombre des sujets et des maisons augmentant, deux rejetons s’étaient détachés du tronc primitif : la pro­ vince d'Autriche-Hongrie, en 1562, et la province de la Basse-Allemagne ou du Rhin, en 1564. Le Bienheureux était resté à la tête du tronc primitif, appelé désormais province de la Haute-Allemagne. Gouvernement d'unedurée anormale dans la Compagnie de Jésus, mais nécessaire pour la consolidation de l'œuvre commencée. Souvent . 1520 Canisius avait supplié ses supérieurs de le décharger d’un fardeau qui pesait lourdement sur ses épaules. Ce fut à Pâques de 1569 seulement qu'ils lui permirent enfin de confier sa province au P. Paul Hoffêe. Mais Canisius n’en resta pas moins en Allemagne, suivant la juste expression de Janssens, op. cit., t. v, p. 198, « l'âme de la Compagnie de Jésus. » Un autre motif avait augmenté son désir d’être déchargé du gouvernement. Saint Pie V l’avait choisi en 1567 pour réfuter les erreurs et les faussetés accu­ mulées par les auteurs des Centuries de Magdebourg dans la grande histoire ecclésiastique qu'ils avaient com­ mencé de publier en 1559. Le Bienheureux souhaitait vi­ vement de pouvoir se donner tout entier à cette tâché; il le souhaitait non seuleinentparun senlimentd’obéissance filiale au souverain pontife, mais parce qu’il voyait là un fécond apostolat. Il comprenait toute la puissance de la presse sur la direction des esprits, et voulait que, sur ce terrain comme ailleurs, on s’opposât vigoureuse­ ment aux adversaires de l’Êglise catholique. Il alla jusqu'à se demander s'il ne ferait pas bien de laisser le ministère de la prédication, pour se consacrer à l’apos­ tolat de la plume. Epist., t. tt, p. 397. Plus l’attaque et l’erreur se multipliaient, plus il trouvait urgent d'orga­ niser la défense et de servir aux fidèles le contre-poison. Dans les grands centres où il vécut, il se mit en rapport avec les imprimeurs et les libraires, pour leur faire publier et répandre de bons livres; il dota la ville d’Augsbourg de plusieurs imprimeries catholiques. H encouragea et a da de tout son pouvoir ceux qui écri­ vaient pour la défense de la foi. Ses lettres nous le montrent attentif à leur envoyer les ouvrages dangereux qui paraissaient, ou à les leur signaler, à louer leurs travaux el à les recommander eux-mêmes à la bienveil­ lance des princes catholiques. Pour plusieurs, pour llosius surtout, il alla jusqu’à la collaboration. Dans son ordre il excitait ses subordonnés à com­ poser des ouvrages appropriés, pour le genre et pour le style, aux exigences des temps, ou â publier des textes critiques, comme les Actes du premier concile d’Éphèse. Epist., t. in, p. 31, 402 sq. A plusieurs reprises, il conçut et soumit à ses supérieurs, à saint François de Borgia en 1574, au P. Aquaviva en 1583, le projet d’une société d’écrivains, qui se composerait de sujets ca­ pables et réunis de différentes provinces pour travailler de concert à la composition d’ouvrages de controverse et â la réfutation des erreurs courantes. Idée heureuse et féconde qu'il ne lui fut pas donné de réaliser, mais qui lui survécut. Enfin il écrivait lui-même dans la mesure où ses autres occupations le lui permettaient; la liste de ses écrits en fournira la preuve. Personne n’était plus attentif à saisir l'occasion favorable de lancer ces publications de circonstance qui orientent l’opinion ou l’empêchent de s'égarer. A Worms, à peine les pro­ testants ont-ils fait paraître leur récit fantaisiste du col­ loque si brusquement interrompu, que le Bienheureux leur oppose son « véridique contre-récit ». A Piolrkow, il voit combien la question de la communion sous les deux espèces et celle du mariage des prêtres préoccupent les esprits; aussitôt il s'empresse de faire imprimer les Dialogi d’Hosius sur ces deux sujets. Epist., t. n, p. 339, 897 sq. En 1561. les novateurs impriment à Nu­ remberg la Supplication des protestants de France au roi Charles IX; Canisius leur oppose la Supplication der Cal/iolischen au même roi. Ibid., t. ni, p. 780 sq. Aux légats du concile à Trente il suggère l’idée, favo­ rablement accueillie, d’intéresser le public et de relever le crédit de l’auguste assemblée par quelques publica­ tions, où pourraient figurer les discours les plus remarquables. Ibid., p. 325 sq. Déchargé du provincialat. Canisius s’était retiré au collège de Dillingen, dont son frère Thierry était alors recteur; il s’y consacra pleinement à la réfutation des 1521 CANISIUS 1522 à ne plus prêcher, il consacra le reste de ses forces à Centuriateurs. En 1571 parut le premier volume de ce cet apostolat de la plume qu’il jugeait si fructueux; grand ouvrage sur les alterations de la parole divine, ï)e corruptelis verbi Dei, volume dont l'objet spécial toute une série d’ouvrages ou d'opuscules de piété appartiennent à cette époque. Des personnages, comme est saint Jean-Baptiste. Divers empêchements retardèrent saint François de Sales, recouraient à ses conseils. Le la composition du second : la nomination du Bienheu­ reux comme prédicateur de l’archiduc Ferdinand à P. Aquaviva le pria de mettre par écrit tout ce que son expérience lui suggérerait de remarques utiles aux ou­ Inspruck; une mission auprès du duc de Bavière et autres princes dont il fut chargé par Grégoire XIII au vriers de la Compagnie, pour leur propre sanctifica­ début de 1573; un voyage à Rome à la suite de cette tion, la conversion des hérétiques et la bonne formation des élèves du Collège germanique ; de là un mémoire mission, voyagtd'une portée exceptionnelle pour l’ave­ nir de l’Allemagne catholique, à cause des mesures précieux, dont Janssens a résumé les grandes lignes, déjà signalées que prit le pape après ses entretiens avec op. cil,, t. v, p. 205 sq., et qui sera publié intégrale­ le cardinal Truchsess et Canisius. Ile retour à Inspruck, ment dans les Epistulæ et acta. Il donna encore au ce dernier partagea sa vie entre le travail de la prédica­ prévôt du chapitre de Fribourg, vers 1589, d'excellentes tion et celui de la composition. Mais en 1576, il dut observations sur la manière d'étudier la théologie, De encore accompagner le cardinal Morone à la diète de ratione studiorum theologicorum quædam notationes. Ratisbonne. L’empereur Maximilien étant mort le 14 oc­ Voir Pachtler, Ratio studiorum et institutiones scholatobre, l’assemblée fut dissoute, et le Bienheureux put sticæ Societatis Jesu per Germaniam olim vigentes, se rendre à Ingolstadt, où, après un travail opiniâtre, il Berlin, 1887, t. π, p. 514. Ainsi fut féconde, comme publia enfin, dans l'été de 1577, le second volume de- tout le reste de sa vie, la vieillesse de Canisius. Après son ouvrage, De Maria Virgine incomparabili. quatre mois de grandes soufirances, il mourut le 21 dé­ Il avait en projet un troisième volume, et même plu­ cembre 1597. A sa mémoire s'attacha une renommée de sieurs autres, mais il dut s'arrêter devant une opposi­ sainteté que les miracles obtenus par son intercession tion formelle. L'obstacle ne vint pas de Rome, mais du accréditèrent. Aussi dès 1625 et les années suivantes, P. Hoflëe, dont les motifs sont nettement exprimés, des procès se firent à Fribourg en vue de sa béatifica­ dans une lettre encore inédite du 24 janvier 1578 au tion, mais la cause ne fut introduite à Rome que beau­ P. Éverard Mercurian : la contention que le Bienheu­ coup plus tard. Interrompue par la suppression de la reux mettait au travail et les recherches énormes qu’enCompagnie de Jésus et reprise sous Grégoire XVI. elle trainait la préparation de ses livres, remplis de réfé­ se termina sous Pie IX qui, le 24 juin 1864, donna à rences et de citations, créaient un grave sujet d'inquiétude ce grand serviteur de Dieu le titre de bienheureux. Sa pour sa santé; le besoin qu'il avait d'aides et de revi­ fête se célèbre le 27 avril. Le troisième centenaire de sa seurs pour un travail qu’il retouchait indéfiniment et mort, célébré en 1897 et consacré par une lettre ency­ dont il n'était jamais satisfait, devenait un embarras clique de Léon XIII, a montré quels sentiments de véné­ sérieux pour le provincial; les inconvénients seraient ration et de gratitude régnent au cœur des catholiques encore plus grands dans le volume que projetait Canid’Allemagne, d'Autriche et de Suisse pour celui que, sius, ou il s’agirait de l’Église et du pape, matière grave dans cette encyclique du 1er août 1897, Léon XIII a et difficile; il serait plus utile d’employer le Père au nommé alterum post Bonifacium Germanise aposto­ ministère actif et à des publications de propagande en lum. Ct. Epist., t. h, préf., p. v. langue allemande qu’à ces grands ouvrages doctrinaux I. Documents. — 1· Epistulæ et acta, comprenant les œuvres en langue latine. Canisius fut relevé du mandat qui lui autobiographiques de Canisius, ses lettres, rééditées ou inédites, et avait été confié par Pie V, et fut pris par Hoffée pour de riches citations de documents contemporains. — 2· Monumenta compagnon dans ses visites et dans l'administration de historica Soc. Jesu, en cours de publication à Madrid depuis la province, jusqu’au moment où il partit pour sa der­ 1894 ; on trouve des lettres et de précieux matériaux relatifs à nière étape. En '1580, le nonce Bonomio, évêque de Canisius dans presque tous les volumes parus. Voir les Indices, Verceil, visita les cantons catholiques de là Suisse; il au mot Canisius ou Kanys : Chronicon Soc. Jesu, du P. Polanco, t. I-Vl, de 1491 â 1559; Litteræ quadrimestres, t. I-IV, de 1546 demanda et obtint la fondation d’un collège à Fribourg. à 1556; Epistolæ mixte, t. i-v, de 1537 à 1556; Epistolæ P. Hie­ Le Bienheureux fut désigné pour exécuter ce projet. ronymi Nadal, t. ι-m, de 1546 à 1577 ; Monumenta pædagogica ; 7° Canisius en Suisse; vieillesse et mort, 1581-1597. Monumenta Ignaliana ; Epistolæ PP. Paschasii Broëti, Clau­ — Arrivé à Fribourg le 10 décembre 1580, Canisius fut dii Jaji, etc., p. 334-374, passim. — 3· Lettres nombreuses de présenté par le nonce aux magistrats. « comme une Canisius ou relatives à Canisius dans les ouvrages suivants : relique, un objet sacré » qu’ils devaient garder avec J. Hansen, Bheinische Akten zur Geschichte des Jesuitenorsoin, « surs d’avoir en lui un apôtre, un docteur, un dens, J542-1Ü82, in-8·, Bonn, 1896; E. S. Cyprian, Tabularium Ecclesiæ Bomanæ sæculi xvi, in-4·, Francfort et Leipzig, 1743; père tout dévoué. » Et telle fut la réalité. Après avoir Stanislai Hosii S. P. E. cardinalis... et quæ ad eum ecriptæ passé à un autre, en 1582, le soin du gouvernement, le sunt epistolæ, Cracovie, 1879,1886,1.1, il. Pour les lettres dissé­ vieil athlète se consacra désormais à une vie toute de minées dans divers livres, voir Sommervogei, Bibliothèque, t. II, dévouement apostolique. Pendant huit ans, il prêcha col. 683; L VIII, col. 1982. — 4· Ouvrages généraux: Historia encore en allemand, les dimanches et fêtes, dans la Societatis Jesu, par les PP. Orlandini, Saccliini et Possine, Borne. cathédrale de Saint-Nicolas. Dans le courant de la se­ 1615, etc., part. I-V; J. Agricola, S. J., Historia provinciæ Soc. maine, toute sorte d’œuvres se succédaient : le caté­ Jesu Germante Superioris, t. 1, il; F. Reiflenberg, S. J., Hi­ storia Soc. Jesu ad Rhenum inferiorem, Cologne, 1764, t. i; chisme aux enfants, l’instruction des pauvres et des A. Socher, S. J., Historia provinciæ Austriæ Soc. Jesu, Vienne, ouvriers, la visite des prisonniers et des malades, etc. 1740, part. I : J. Schmidt, S. J., Historia Soc. Jesu provinciæ En 1581 et 1582, il fonda sous le vocable de la T. S. Vierge Bohemiæ, Prague, 1747, part. 1 ; Imago primi sæculi Soc. Jesu, deux congrégations d’hommes et de femmes, qui furent Anvers, 1640, p. 861 sq., 015 sq. ; M. Tanner, S. J., Societas Jesu affiliées à la Prima primaria de Rome. V. Alet, S. J., apostolorum imitatrix, Prague, 1694, part. I. Le Bienheureux Canisius, Paris, 1865, p. 331, note sur II. Ouvrages spéciaux, à consulter pour l'étude des diverses la première institution descongrégationsde la T. S. Vierge périodes de la vie de Canisius : L. Ennen, Neuere Geschichte et la part qu’y a prise Canisius. L’appui des autorités der Stadt Kôln, Cologne, 1875, t. 1; C. Warrentrap, Hermann von IVied und sein Reformationsversuch in Küln, in-8·, ecclésiastiques et civiles lui permit de réformer des Leipzig, 1878; L. Delplace, S. J., L'établissement de la Compa­ abus invétérés et de fonder, en 1587, des écoles pour le gnie de Jésus dans les Pays-Bas, in-8·, Bruxelles. 1897 ; J. N. peuple. Non seulement il y eut préserva.ion totale de Mederer. Annales Ingolstadiensis Academiæ, Ingolstadt, 1872, l’hérésie, mais ce fut dans le canton de Fribourg comme t. r, p. 208 sq. ; C. H. Verdière, S. J-, Histoire de l'université une renaissance du catholicisme. d'Ingolstadt. 2 in-8·, Paris, 1887 ; J. Aschbach, Die Wiener UniQuand la maladie eut forcé le Bienheureux, en 1588, I versitàt und Hire Gelehrten (t. m de Geschichte der Wiener -1523 CANISIUS Universitât), în-8% Vienne, 1888, p. 90 sq., 145 sq. ; R. Perkmann, Zur Geschichte der Wiener Universitât, in-8·, Leipzig. 1865, p. 88 sq. ; A. Wappler, Geschichte der theologischen Facilitât der K. K. Universitât zu Wien, in-8·, Vienne, 1884; J. B. von Bucholtz, Geschichte der Regierung Ferdinand des Ersten. Vienne, 1838, t. νπΐ, IX; Th. Wiedemann. Geschichte der Refor­ mation und Gegenreformation im Lande un ter der Enns, in-8·, Prague, 1879, 1880, t. I, n; P. Braun, Geschichte der Bischüfe von Augsburg, Augsbourg, 1814, t. in; A. Steichele, Archiv fur die Geschichte des Bisthums Augsburg, Augsbourg, 1859, t. n; Th. Sickol, Zur Geschichte des Concils von Trient, in-8·, Vienne, 1872; A. Eichhorn, Der ermlündische Bischof und Cardinal Stanislas Hosius, 2 in-8·, Mayence, 1854, 1855; M. Rader, S. J., Bavaria pia, in-fol.. Munich. 1628, p. 142 sq.; F. J. Lipowsky. Geschichte der Jesuiten in Baiern, in-8·, Munich, 1816; !d., Geschichteder Jesuiten in Tyrol, in-8·, Munich, 1822; L. Rapp, Kônigin Magdalena von Œsterreich, Stiftering des kônigl. Stifles zu Hall in Tirol, in-8·, Inspruck, 1858, contient les règles données, vers 1566, par Canisius à la commu­ nauté de Hall; J. Hirn. Erzherzog Ferdinand II von Tirol. Geschichte seiner Regierung und seiner Lander, Inspruck, 1885, 1.1 ; H. Murer, Helvetia sancta, in-fol., Saint-Gall, 1750 ; P. C. Bovet. cordelier, Le B. Pierre Canisius et le canton de Fribourg, Fribourg, 1865; Revue de la Suisse catholique, 1891, t. xxn, p. 361 sq. : Le B. Pierre Canisius et l'université de Fribourg, par D. Jacquier; 1894, t. xxv, p. 304 sq., 361 sq., sept lettres du nonce J. F. Bonomio au Bienheureux, de 1581 à 1584, publiées par le P. J.-J. Berthier, O. P. III. Biographies et études biographiques. — 1· Biographies principales ou faisant souche : M. Rader, S. J., De vita Petri Canisii, in-12, Munich, 1614, la plus ancienne, mais peu dévelop­ pée; F. Sacchini, S. J., De vita et rebus gestis Petri Canisii, in-4·, Ingolstadt, 1616; J. Dorigny, S. J., La vie du B. Pierre Canisius, in-12, Paris, 1707 ; J. Boero, S. J-, Vita del Beato Pietro Canisio, in-8·, Rome, 1864; F. Riess, S. J., Der selige Petrus Canisius, in-8·, Fribourg, 1865 ; A. Kross, S. J., Der selige Petrus Canisius in Œsterreich, in-8·, Vienne, 1878. Ces trois derniers biographes ont utilisé de nouvelles sources et beaucoup enrichi la vie de Canisius. 2· Biographies subsidiaires, qui se rattachent aux précédentes comme traductions ou comme adaptations, avec plus ou moins d’additions : F. Juligatti, S. J., Vita del P. Pietro Canisio, in-8·, Rome, 1649, abrégé de Rader; Leben deS Ehrwùrdigen P. Petri Canisii, in-4·, Dillingen, 1621, trad, de Rader et de Sac­ chini; F. de Smidt. Leven van R. P. Petrus Canisius, Anvers, 1652, tirée de Sacchini; Longaro degli Oddi, Vita del Venerabit servo di Dio il Padre Pietro Canisio, in-4·, Naples, 1755, trad, libre de Sacchini ; P. Python, S. J., Vita R. P. Petri Canisii, in-8’, Munich, 1710, trad, latine de Dorigny; Leven van den Eeweerden Vader Petrus Canisius, in-8·, St. Nicolaes, 1830. trad. flam, du même; D. Schelkle, Lebensgeschichte des Ehrwilrdigen Vaters P. Canisius, 2 in-12, Vienne. 1837, trad, allem. du même; E. Seguin, S. J., Vie du B. Pierre Canisius, in-12, Paris, 1864, s'inspire de Dorigny et de Boero; R. Garcia, S. J., Vida del Beato Pedro Canisio, in-12, Madrid, 1865; Daurignac, Histoire du B. Pierre Canisius, in-12, Paris, 1866, cdaptation de Boero; L. Michel, S. J., Vie du B. Pierre Canisius, apôtre de l'Allemagne et de Fribourg, d'après le P. J. Boero et des documents inédits, in-4·, Lille, 1897 ; E. Marcour, Der selige Petrus Canisius, der erste deutsche Jesuit und zweiter Apostel Deutschlands, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1881, biogra­ phie populaire qui s’appuie sur Riess. 3· Notices biographiques très nombreuses, mais qui ne sont en général que des vulgarisations des principales vies du Bienheu­ reux; quelques-unes méritent pourtant une mention spéciale : P. d’Outreman, S. J., La vie du Vén. P. Pierre Canisius, com­ posée en espagnol par le R. P. Jean Eusèbe Nieremberg, in-8·, Douai, 1642; J. Jouvancy, S. J., De vita B. Petri Canisii... com­ mentarius, in-16, Rome, 1864, trad, franç. par le P. Deynoodt sous le titre d’Esquisse biographique du Vén. serviteur de Dieu Pierre Canisius, in-12, Bruxelles, 1865; H. Raemy de Bertigny, S. J.. Le B. Pierre Canisius... fondateur du collège de Fribourg, in-16, Fribourg, 1865; P. C. Bovet, Vie et apostolat du D. Pierre Canisius, 2· édit., Fribourg, 1881 ; J. B. Môhler, Der selige Petrus Canisius, ein deutscher Glaubensheld, in-16, Ratisbonne, 1896; A. Knôppel, Der selige Canisius, zweiter Apostel Deutschlands, in-16, Mayence, 1897, volume de la collection Lebensbilder katholischer Erzieher, éditée par W. E. Hubert. II. ÉCRITS. — Canisius a laissé de nombreux écrits, mais tous n’ont pas la même importance ni le même caractère. Au premier rang se placent les ouvrages doc­ 1524 trinaux, qui ont établi la réputation théologique du Bienheureux. Viennent ensuite les publications d’édifi­ cation ou de propagande religieuse, qui secondèrent son action apostolique ou la propagèrent. Sous un troisième groupement, très artificiel, se rangeront les œuvres dont Canisius ne fut qu’éditeur ou traducteur. Sous un qua­ trième, les écrits autobiographiques et quelques pièces inédites qui méritent d’être signalées. Les brochures de circonstance déjà citées ne seront pas rappelées. I. ouvrages doctrinaux. — Ce sont les catéchismes, le grand ouvrage contre les Centuriateurs et, dans une certaine mesure, les notes sur les Évangiles. 1» Summa doctrinæ christianæ. Per quæstiones tra­ dita, et in usum christianæ pueritiæ nunc primum edita. Jussu et aulhoritate sacralissimæ Rom. Hung. Bohem. etc. Regiæ Majest. Archiducis Austriæ, etc. Une traduction allemande parut à Vienne dès 1556. Epist., t. I, p. 537, 611. En 1.566, le Bienheureux publia une nouvelle édition, considérablement augmentée et imprimée à Cologne sous ce titre : Summa doclrinæ christianæ, per quæstiones luculenter conscripta. Cette Summa est le plus grand des trois catéchismes que composa successivement Canisius, celui que, dans un fragment autographe, il appelle major, par opposition aux deux autres, minor et minimus. Epist., t. i, p. 61. La 1" édition parut à Vienne, sans nom d’auteur et sans date. Un édit de Ferdinand 1er, du 11 août 1551, qu’on lit au début du livre, en avait fait reporter la publication à cette même année, mais le P. Braunsberger, Entslehung und erste Entwicklung der Catechismen des seligen Petrus Canisius, p. 27 sq., a établi que la Summa ne parut en réalité qu’au mois de mai 1555. Point qui a donné lieu à une discussion entre le Dr Fijalek et le P. Kneller, S. .1., dans VHislorisches Jahrbuch de Mu­ nich, 1896, 1897, t. xvn, p. 801 sq. ; t. xvtti, p. 632 sq. L’ouvrage répondait au désir exprimé parle roi Ferdi­ nand d'avoir un bon exposé de la doctrine catholique qu’on pût opposer aux nombreux manuels de religion que les protestants faisaient circuler dans ses États. On décida de diviser la tâche en trois parties, qui compren­ draient une somme théologique pour la jeunesse acadé­ mique, un manuel de pastorale pour le clergé et un catéchisme pour le peuple. Divers obstacles arrê­ tèrent ceux qui avaient été chargés des deux premières parties; la dernière seule fut menée à bonne fin par Canisius. Très satisfait du résultat, Ferdinand prit la publication sous son patronage et en procura la difl’usion de tout son pouvoir. Il proposa même le catéchisme du Bienheureux au concile de Trente comme l’un de ceux dont il serait bon de prescrire l’usage aux curés et dans les écoles. Les Pères de Trente décidèrent bien la rédac­ tion d’un catéchisme; mais celui de Canisius ne fut alors ni approuvé ni désapprouvé. Epist., t. ni, p. 729, 782 sq. La sanction de Rome devait venir en son temps. Dans le bref de béatification, Pie IX a fait l’éloge de ce petit livre « composé avec tant d’exactitude, de clarté et de précision, qu’aucun ouvrage n’est plus propre â instruire les peuples dans la foi chrétienne ». Dans son encyclique de 1897 sur le Bienheureux, Léon XIII a pareillement loué « cet ouvrage nourri et serré, écrit dans un beau latin et d’une façon qui n’est pas indigne des Pères de l’Église », densum opus ac pressum, nitore latino ex­ cellens, Eeelesiæ Patrum stylo non indignum. 2° Summa doclrinæ christianæ, per quæstiones tra­ dita, et ad captum rudiorum accommodata. — Édition princeps du plus petit, minimus, des trois catéchismes, imprimé d’abord à la suite des Principia grammata. < de Canisius, Ingolstadt, 1556. Epist., t. I, p. 592. Il fut traduit presque aussitôt en allemand, et publi·’·. pr> l iblement à Ingolstadt et l'année suivante, sous ce titre : Catechismus oder die Summa Christlicher Leer ■ ■ . ainfeltigen in frasgluck geslellet. Jbid., p. 6ki so. ; t. il, p. 885 sq. C’est du même qu'il s’agit dans ies ; 1525 CANISIUS lions suivantes, parues à Dillingen : Der Main Catechis­ mus sampt kurtzen gebetlen fur die ainfâlligen, 1558; Catechismus in Erag und Antwort gestellt fur die gemeine Leyen und Kinder, 1568; Kleiner Catechismus Pétri Canisii, 1598. 3“ Parvus catechismus catholicorum, sans nom d'au­ teur, Cologne, 1558. Epist., t. il. p. 890 sq. C'est le caté­ chisme moyen ou minor, dans le sens ci-dessus indiqué. Des éditions postérieures portent des titres différents, par exemple les deux suivantes, qui sont d’Anvers : Catechismus catholicus juventuti formandae hoc saeculo quam maxime necessarius, 1559 ; Institutiones Chri­ stianae pietatis, 1566. Comme les deux autres caté­ chismes, il fut vite traduit en allemand, la première fois, semble-t-il, en 1560, à Dillingen. Ibid., p. 898 sq. Canisius a donc fait paraître trois catéchismes, tous en latin d’abord, puis en allemand. Mais ces trois livres ne constituent en réalité qu'une seule et même œuvre ; ils ne contiennent qu’une seule et même doctrine, pré­ sentée avec plus ou moins de développements et adaptée aux diverses classes de lidèles que le Bienheureux avait en vue. Le petit catéchisme, minimus, était pour les enfants qui débutent et pour les gens sans instruction ; il formait comme le pendant du petit catéchisme de Luther. La Summa primitive correspondait au grand catéchisme de l’hérésiarque; elle était destinée aux uni­ versités et, dans les collèges, aux classes supérieures. Moyen terme, le Catechismus parvus catholicorum s'adressait aux étudiants des classes inférieures et aux jeunes gens de même portée. Aux trois catéchismes de Canisius il convient d'ajou­ ter l’ouvrage que composa et publia le P. Pierre Busée ou Buys, d’abord sous ce titre : Authoritatum sacræ Scriptural et sanctorum Patrum, quæ in Summa doctrinæ christianæ D. Petri Canisii, theologi Societatis Jesu citantur, lin-4», Cologne, 1569 sq.; puis sous cet autre titre, plus connu : Opus calechisticum, sire de Summa doctrinæ christianæ D. Petri Canisii. theologi Societatis Jesu, præclaris divinæ Scripturæ testimoniis, sanclorumque Patrum sententiis sedulo illustratum, in-fol., Cologne, 1577, etc. L’ouvrage, sans être de Canisius lui-même, complète son œuvre et n’en diffère pas pour le fond, puisque VOpus catechisticum n’est pas autre chose que le grand catéchisme du Bienheureux, mais avec le texte intégral des références que la 2e édition portait en marge, c’est-à-dire environ deux mille cita­ tions scripturaires et douze cents passages de Pères. On a parfois appelé cet ouvrage le catéchisme des théolo­ giens; c’est le principal de ces nombreux commentaires qui ont eu pour objet la Summa de Canisius. Il a été traduit en français par l'abbé A.-C. Peltier, sous ce titre qui peut paraître équivoque : Le grand catéchisme de Canisius, ou précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères, 6 in-8», Paris, 1856, etc. Voir col. 1265-1266. Canisius ramène la doctrine chrétienne aux deux idées générales de sagesse et de justice. Eccli., I, 33. Quatre chapitres développent la première idée : de la foi el du symbole; de l'espérance et de l'oraison dominicale; de la charité et du décalogue, auquel se rattachent les préceptes de l’Église et l’Église elle-même; des sacrements. Le c. v se rapporte à la justice chrétienne, qui consiste à fuir le mal et à faire le bien ; ce qui amène l’auteur à traiter d'abord du péché, puis des bonnes œuvres, des vertus, des dons et fruits du Saint-Esprit, des conseils évangéliques. Le tout couronné par la doctrine des quatre fins dernières. D’un bout à l’autre du livre, Jésus-Christ apparaît comme Je commencement, le principe et le terme de notre jus­ tification. Ce qui n'empêcha pas les théologiens protestants de crier bien fort que la justice enseignée dans le catéchisme du jésuite était une. justice païenne et que les mérites du Sauveur étaient annihilés. Aussi le Bienheu­ reux s’attacha-t-il, dans l'édition de 1566, à mettre encore I | I 1 1526 plus vivement et plus souvent en relief l’efficaçité du sang de Jésus-Christ et la nécessité absolue de la grâce. 11 ajouta en outre, sous forme d’appendice, la doctrine du concile de Trente sur la chute et la justification de l’homme. La méthode générale dont se sert Canisius est connue: il procède par demandes et par réponses, beaucoup plus nombreuses dans le grand catéchisme que dans le moyen et surtout le petit. Le grand catéchisme en con­ tient, en effet, 211 dans la 1” édition et 222 dans l'édi­ tion de 1566; le moyen, 122; le petit, 59 seulement. Les demandes sont très courtes; les réponses plus déve­ loppées. parfois assez longues dans la Summa; quelquesunes y atteignent jusqu’à quatre ou cinq pages, et même davantage. Le cas se présente surtout, quand l’auteur se trouve en présence de dogmes rejetés par les hérétiques de son temps; il s'attache alors à les bien établir et expliquer sous la double lumière des saintes Écritures et des anciens Pères. Mais il évite toute attaque directe, et cela par principe; car il était convaincu qu'en se bor­ nant à exposer simplement la doctrine catholique, il obtiendrait de bien plus grands et de meilleurs résultats que par les discussions et la polémique. Aussi ce qui frappe dans son petit livre, ce n’est pas seulement la netteté du plan et de l’exposition, la richesse de la doc­ trine jointe à la concision du style, la saveur scripturaire et patristique ; c’est aussi cette belle sérénité dans l’ensei­ gnement qui mérite d’autant plus d'être remarquée qu’elle contraste davantage avec le ton de polémique amère dont ses adversaires luthériens ôtaient coutumiers. Le succès fut extraordinaire. « Aucun ouvrage peutêtre, la Bible exceptée, n’a eu plus de réimpressions et de traductions dans toutes les langues de l’Europe, » a dit un auteur protestant, P. Boufl’et, article sur Canisius, dans VEncyclopédie des sciences religieuses, Paris, 1878, t. n, p. 376. On compte, en effet, en moins d’un siècle et demi, quatre cents éditions; Bader pouvait déjà dire, en 1615, que ce livre avait été traduit en allemand, en slave, en italien, en français, en espagnol, en polonais, en grec, en bohémien, en anglais, en éthiopien, en in­ dien et en japonais. Les fruits furent proportionnés à la diffusion. « Pendant trois siècles, Canisius fut regardé comme le maître des catholiques allemands, et, dans le langage populaire, connaître Canisius et conserver la vérité chrétienne étaient deux locutions synonymes. » Ainsi parle Léon ΧΠΙ dans son encyclique de 1897. Tous les écrivains protestants, qui ont étudié la question de sang-froid, reconnaissent et la valeur réelle du livre et l'inlluence qu’il exerça; plusieurs n'ont pas hésité à dire que le catéchisme de Canisius fut son arme la plus efficace dans l’œuvre de la contre-rétorme religieuse qu'il provoqua et dirigea. Voir, par "exemple, P. Drews, op. cit., p. 45; G. Krüger, Petrus Canisius in Geschichte und Legende, Giessen, 1898, p. 10 sq.; Benrath, art. Ca­ nisius, dans Realencyklopüdie fur protest. Théologie und Kirche, 3° édit., Leipzig, 1897, t. ni, p. 709. Cf. dans le même sens, Epistulæ et acta, t. 1, préf., p. xviii sq. 4» Commentariorum de verbi Dei corruptelis liber primus : in quo de sanctissimi praecursoris Domini ■loannis Baptistæ historia evangelica, cum adversus alios hujus temporis sectarios, tum con tra novos eccle­ siastica·. historias consarcinatores sive Centuriatores pertractatur, in-4°, Dillingen, 1571, puis 1572. 5» De Maria Virgine incomparabili, el Dei Genitrice sacrosancta, libri quinque : atque hic secundus liber est Commentariorum de verbi Dei corruptelis, adver­ sus novos et veteres sectariorum errores nmw primum editus, in-fol., Ingolstadt, 1577. — Inséré dans la Summa aurea de laudibus beatissimæ virginis Mariæ, Paris, 1862, t. vin, coi. 613 sq. ; t. ix, coi. 9 sq. Les deux ouvrages furent réunis ensuite en un seul volume, sous ce titre : Commentariorum de verbi Dei 1527 CANISIUS corruptelis tomi duo. Prior de venerando Christi Do­ mini praecursore Joanne Baptista, posterior de sacro­ sancta Virgine Maria Deipara disserit, et utriusque personne historiam omnem adversus Cenluriatores Magdeburgicos aliosque catholicae Ecclesiae hostes diserte vindicat, in-fol., Ingolstadt, 1583; Paris et Lyon, 1584. Les Centurialeurs de Magdebourg avaient attaqué l’Eglise romaine non seulement sur le terrain du dogme et de la discipline, mais encore sur celui de l’histoire, eu dénaturant beaucoup de faits au prolit des nouvelles doctrines. Canisius n’entreprit pas de les suivre sur le terrain historique, ce fut l’œuvre du cardinal Baronius; il voulut seulement opposer aux erreurs les plus fonda­ mentales des théologiens luthériens une justification des croyances et des usages catholiques prise dans la sainte Écriture et dans l'histoire évangélique. Et de là vient ce qu'il y a de caractéristique dans son plan général, à savoir s’attacher aux personnages qui ont eu le plus de rapport avec Notre-Seigneur, et grouper autour d’eux une partie des vérités que les novateurs rejetaient. Ainsi dans saint Jean-Baptiste se personnifierait en quelque sorte la conception catholique de la pénitence et de la justification. A la Vierge Marie, considérée sous la lumière des saintes Écritures et de l'antique tradi­ tion, se rattacheraient les doctrines de l’Église romaine sur la virginité, le célibat, le culte des saints et la divi­ nité même de Jésus-Cbrist. Avec saint Pierre, ce serait la notion même de l’Église catholique et la primauté de son chef qui apparaîtraient. Viendraient ensuite, dans une quatrième partie, l’apôtre des gentils et, dans une cinquième, les apôtres saint Jean et saint Jacques. Tel était du moins le plan primitif de Canisius, d’après un volume manuscrit qui se conserve à la bibliothèque du lycée de Dillingen. Le Bienheureux n’acheva et ne publia que les deux premières parties. Dans l'ouvrage sur saint Jean-Bap­ tiste, il suit invariablement une méthode que la préface du Ier livre fait connaître. Toutes les fois qu’il commence un chapitre, il énonce un ou plusieurs textes évangé­ liques se rapportant au saint précurseur, par exemple Luc., i, 41, 80, ou il s’agit de son enfance et de sa sanc­ tification; Matth., lit, 4, ou il s’agit de sa vie au désert. Suit le commentaire des Centuriateurs cité textuelle­ ment. Puis vient la Censura, c’est-à-dire la discussion, où le Bienheureux s'attaque aux erreurs de ces théolo­ giens luthériens, comme à toutes celles qui en découlent ou s'en rapprochent. La méthode n'est pas sans incon­ vénients pour la marche du récit, qui se trouve ralentie, et pour le développement des preuves parfois inter­ rompu; mais elle répond au but apologétique de l’auteur. Un très grand nombre de questions agitées entre catho­ liques et protestants interviennent de la sorte dans les quatorze chapitres dont le volume se compose : la sanc­ tification des adultes et des enfants, la vie érémitique et monacale, le jeûne et l’abstinence, les rapports entre la loi ancienne et la nouvelle, le baptême de saint Jean et celui de Jésus-Christ, la mission du saint précur­ seur et sa dignité, les bonnes œuvres, méritoires ou satisfactoires, la notion de la justice chrétienne et de la foi. L’ouvrage se termine par la réfutation des objec­ tions soulevées par les novateurs contre la sépulture, les reliques, les miracles et l’invocation de saint JeanBaptiste. Toutes ces questions sont traitées avec une ampleur digne du sujet. Le Bienheureux y fait cons­ tamment preuve de qualités solides et appropriées à sa tâche : intime familiarité avec la sainte Écriture; vaste érudition patristique et théologique; grande connais­ sance de la littérature protestante. Aussi l’œuvre mérita lessull’rages de juges tels que Salmeron et Stanislas llosius. Le pape saint Pie V fut satistait et le fit savoir à l’auteur. Dans l’autre volume, De Maria Virgine incompara­ bili, Canisius, tenant compte de conseils reçus, divisa 1528 davantage son sujet et s’abstint de mettre en tête des chapitres les textes de la sainte Écriture qui devaient étayer sa doctrine et ceux des hérétiques qu’il avait à combattre. L’ouvrage renferme cinq livres et cent douze chapitres. Le Bienheureux traite d’abord du nom de Marie, de ses parents, de sa conception immaculée qu'il défend, c. v-vni,avecautantde solidité que de décision, de sa nais­ sance, de son éducation et de l’admirable vie qu'elle mena jusqu’à l’Annonciation. Le II’ livre est consacré tout en­ tier à la perpétuelle virginité de Marie; saint Joseph n'y est pas oublié, c. xm. L’auteur explique ensuite la salu­ tation angélique, et établit largement la maternité divine de Marie. Au IV· livre, il discute les textesdont les nova­ teurs abusaient pour rabaisser la Mère de Dieu; à cette occasion, il développe heureusement l'antithèse tradi­ tionnelle de la première et de la seconde Éve, c. xvi : De Mariæ et Evæ justa collatione, sicut veteres illam tra­ diderunt. Le V’ livre a pour objet les dernières années de la Vierge, sa mort et son entrée triomphante au ciel : il se termine par une histoire apologétique du culte qu’on a toujours rendu dans l’Église à l'auguste Mere de Dieu. Le Bienheureux défend les épithètes, incom­ prises des protestants, dont la piété chrétienne honore Marie, en particulier celle de médiatrice, c. xn. Mais il sait aussi craindre l'abus, et distingue nettement la dé­ votion saine et catholique de l’aveugle superstition ou des pratiques idolâtriques; pour s'en convaincre, il suffit de lire la dernière partie du c. xv. Parmi les théologiens d’un ordre où l’on a beaucoup écrit en l’honneur de la Mère de Dieu, Canisius est le premier qui ait traité de la mariologie en un corps de doctrine aussi bien coordonné que largement construit, où se trouve réuni tout ce qui jusqu’alors avait été dit à la louange de la Vierge. Il y réfute, soit à part, soit en groupes, plus de cent adversaires de Marie; il évoque en sa faveur plus de quatre-vingt-dix Pères et docteurs orthodoxes des huit premiers siècles; pour les temps postérieurs il met à contribution les travaux d'environ cent dix écrivains. Aussi n’est-on pas étonné que, dans une lettre adressée de Rome au Bienheureux le 25 jan­ vier 1578, le cardinal Hosius l’ait félicité de s’étre mis par son Opus Marianum au nombre de ceux qui ont le plus honoré la très sainte Vierge, ut vix quisquam sit a quo magis fuerit illustrata. Mais il serait excessif d’ajouter qu’il « est impossible de rien désirer de plus » : pour ne citer qu'un point, l’érudition de Canisius, re­ marquable pourtant pour son époque, n’échapperait pas, sous le rapport de la critique, aux rigueurs d’une science mieux informée et plus exercée. L’œuvre n'en reste pas moins un beau monument élevé à l’honneur de la Mère de Dieu, et c’est à bon droit qu’un théolo­ gien récent l'a nommée « une apologie classique de toute la doctrine catholique sur Marie s. Scheeben, Handbuch der katholische Dogmatik, Fribourg-en-Brisgau, 1882, t. m, p. 478. A quoi l'on peut ajouter que Canisius. doc­ teur de la Vierge, fut aussi pendant toute sa vie l'apôtre infatigable de son culte. Voir dans le compte rendu allemand du Congrès marial de Fribourg, 1903, p. 355 sq.. une étude spéciale du P. Braunsberger : Der selige Petrus Canisius. Seine Arbeilen fur die Verleidigung des Cultus der seligsten Jungfrau int xvi Jahrhundert. 6° Notæ in evangelicas lectiones, quæ per tolum annum dominicis diebus in Ecclesia catholica reci­ tantur, 2 in-4», l’un De dominicis* l’autre De festis, Fri­ bourg, 1531, 1593. — Nombreuses réimpressions, et plu­ sieurs traductions allemandes, dont la dernière et prin­ cipale est celle du Dr Raid : Pétri Canisii Homilien ester Bemerkungen ûber die evangelischen Lesungen. etc., 5 in-8», Augsbourg, 1844 sq. Sous ce litre modeste de Notes sur ΓEvangile. C-inisius a caché le fruit principal de sa laborieuse vieil­ lesse. Quand la maladie l'eut empêché de monter en chaire, il songea, sur les conseils de ses amis, à re.c ir 1529 CANISIUS les sermons qu'il avait prêches, mais au lieu de les pu­ blier simplement, il crut préférable d'en extraire la sub­ stance, afin d’etre plus utile au clergé paroissial et aux missionnaires. Epist., t. Il, préf., p. i.iv. En dehors du texte même des Épltres et des Évangiles, l’ouvrage contient des résumés succincts et des paraphrases ou dévelop­ pements qui rappellent l'homélie; d'où le titre d'Homilien dont s'est servi le Dr Haid dans son édition. Main­ tenant encore les Notas in evangelicas lectiones peuvent être d'un réel secours pour la prédication pastorale, au jugement du Dr Keppler, Beitrâge zur Entwicklungsgeschichte der Prediglanlage, dans Theologische Quarlalsehrift, Tubingue, 1892, p. 99. Cf. Riess, Der selige Petrus Canisius, Fribourg, 1865, p. 485 sq. Le Bienheu­ reux avait préparé une 2e édition qui est restée manus­ crite. Sommervogel, Bibliothèque, t. H, col. 684. II. OUVRAGES D'ÉDIFICATION ET DE PROPAGANDE RELI­ GIEUSE. — Tous ces écrits, en eux-mêmes secondaires, ont néanmoins leur place marquée dans l’apostolat de Canisius, dans l'influence qu’il exerça sur les catholiques de son temps et d'après. Par ce côté, le Bienheureux se rapproche des docteurs de ( Église, qui ne_ furent pas seulement des théologiens de haute volée, mais aussi des écrivains populaires comme saint François de Sales et saint Alphonse de Liguori. Les ouvrages seront donnés par ordre chronologique de publication. 1“ De consolandis ægrolis, præsertim ubi de vitæ periculo agitur, in usum sacerdotum et ministrorum, qui circa ægros versantur in hospitali Begio Viennæ Austrias salutaris formula, in-4», Vienne, 1554. — Le titre de l'ouvrage en indique suffisamment la nature. La pré­ face est de Canisius. Est-il l'auteur de tout le livre? Plusieurs l'affirment; en tout cas, il y eut une grande part. Epist., t. i, p. 748. 2° Lectiones et precationes ecclesiasticae. Opus novum et frugiferum plane, in usum scholarum catholica­ rum, omniumque pietatis verte studiosorum, in-8», Ingolstadt, 1556 et 1557. — Manuel de piété pour les étudiants. 11 contient les épilres et les évangiles des dimanches et des fêtes, avec un court sommaire qui aide â les comprendre, puis les prières ordinaires du chrétien et divers morceaux tirés des livres liturgiques, collectes, hymnes, antiennes, etc. Epist., t. i, p. 592; t. il, p. 889. 3° Belbuch, Dillingen, 4560. — Petit livre de prières qui fut d'abord imprimé avec la 1« édition allemande du Parvus catechismus catholicorum, et peut-être dès lors tiré à part. 11 a été souvent réimprimé sous le même titre, ou ceux de Betbüchlein, Catholisch Belbüchlein, etc. Beau recueil de prières où la naïveté et la tendresse s’unissent à la doctrine et à l’onction, et qu’on a fort heureusement appelé « une (leur posthume de la mystique allemande du moyen âge ». Il plut sin­ gulièrement à l'empereur Ferdinand qui en demanda une traduction latine de verbo ad verbum; mais on ne connaît aucun exemplaire certain de celte traduction. Epist., 1.1, p. 766, 898 sq. ; t. m, p. 785. 4» Selectæ preces, publié entre 1558 et 1562. — Choix de prières latines dont il est question dans une lettre adressée au Bienheureux par le cardinal Hosius, le 10 février 1562, selectas preces quas edi curasti. Au con­ cile de Trente, les légats pontificaux en firent réciter publiquement des extraits avec les litanies du carême. Epist., t. ni, p. 375, 785. Des biographes de Canisius, comme les PP. Sacchini et Boero, ont vu dans ces prières la traduction latine du Belbuch, mais cette iden­ tification n’est nullement certaine. Dans une note bien documentée, Zeitschrift für katholische Théologie, Inspruck, 1902, p. 574 sq., le Dr N. Paulus a montré que les prières récitées au concile se rattachent au livre suivant, dont Canisius aurait été l'éditeur : Preces spe­ ciales pro salute populi Christiani, ex sacra Scriptura et Ecclesiæ usu a Reverendis*. patre D. Petro a Solo 4530 pro collegialibus collectte. Quibus addita est lelauia Loretana, cum devotissimis vocalibus et mentalibus orationibus lingua germanica pro invocanda gratia divina, contra imminentia pericula compositis. Dilingæ..., anno 1558. L’auteur de la note conclut de ce fait, qu'on doit au Bienheureux l’introduction en Allemagne des litanies de Lorette. Notons ici l’habitude fréquente chez Canisius d'insérer à la suite de ses ouvrages, surtout de ses catéchismes, des prières ou d’autres exercices de piété. Ainsi le Cate­ chismus catholicus, imprimé à Anvers en 1561, contient cet appendice : Preces horariæ de æterna Dei sapientia Jesu Christo Domino nostro, cum piis quibusdam el Christianis exercitationibus. Epist·, t. n. p. 721, 778. Parmi ces pieux exercices se trouvaient sept méditations sur les vertus de Jésus-Christ, dont la lecture contribua en partie à l’entrée de saint Louis de Gonzague dans la Compagnie de Jésus. J. Agricola, S. J.. Historia provin­ ciae Societatis Jesu Germanies Superioris, Augsbourg, 1729, t. n, p. 221 sq.; Acta sanctorum, Anvers, 1707, junii t. iv, p. 897. 5° Institutiones et exercitamenta Christian# pietatis, in-16, Anvers, 1566. Une quinzaine d’autres éditions. — Ce volume renferme le Parvus catechismus, un choix de textes scripturaires qu'il est bon d’avoir toujours sous la main pour répondre aux hérétiques, trois sentences remarquables de saint Augustin, puis les Lectiones et precationes dont il a été parlé au n. 2. — Réimprimé sous divers titres, spécialement sous celui de Palestra hominis catholici, in-12, Douai, 1599. 6° Beicht und Communion Büchlein, in-16, Dillin­ gen, 1567. — Opuscuh d'instruction catêchétique sur la manière de se préparer à la réception des sacrements de pénitence et d’eucharistie, souvent réimprimé avec le petit catéchisme, ou séparément sous des titres un peu modifiés. 7’ Christenliche und wolgegründte Predig von den vier Sontagen im Advent, auch von den heiligen Chrislag, in-4», Dillingen, 1569,1570; Ingolstadt, 1592, 1594. — Recueil de sermons sur les évangiles des dimanches de l’Avent et des fêtes de Noël, ou le Bien­ heureux parle des quatre venues du Christ. 8° Epistolæ et Evangelia quæ dominicis et festis die­ bus de more catholico in templis recitantur, in-16, Dillingen, 1570; puis une quinzaine d’éditions en latin, et une dizaine en allemand. — Cet ouvrage n’est, à pro­ prement parler, qu'une reproduction partielle ou une édition abrégée des Lectiones ecclesiastic# (n. 2). Dans la 1« édition, les Évangiles étaient suivis du Parvus catechismus. 9» Zwei und neun-ig Beobachtungen und Gebett des gottseligen Einsiedlers Bruder Clausen von Unlerwalden, sampt seinen Lehren, Spruchen und Weissagungen, von seinen Ihun und icesen, in-4», Fribourg, 1586. — Méditations, prières, enseignements, maximes et pré­ dictions du Bienheureux Nicolas de Flue, appelé par les Suisses frère Colas d’Unterwald. Le volume fut réim­ primé l’année suivante à Ingolstadt, avec addition d'une notice biographique sur les saints Béat et Meinrad. 10» Manuale catholicorum in usum pie precandi, in-16, Fribourg et Ingolstadt, 1587. — Manuel de prière, composé sur la demande des religieuses de Hall dans le Tyrol. Nombreuses éditions en divers pays. Traduc­ tions en allemand, Catholisch Handbüchlein, Gebetbuch für Kalholiken; en français, Le manuel des catholiques, Anvers, 1589, etc.; en flamand, en anglais. il» Wahrhaflige und gründliche Historié vom Leben und Sterben des hl. Einsiedels und Martyres St. Meinradis, in-4», Fribourg, 1587. — Biographie de saint Meinrad, le fondateur de Notre-Dame-des-Ermites (Einsiedeln). 12» Wahrhaflige Historié van déni berümbten Abbt St. Fridolins und seinen wunderbarlichcn Thalen, in- 1531 CANISIUS 4°, Fribourg, 1589. — Biographie de saint Fridolin, abbé de Seckingen, premier missionnaire de cette ville et de G.aris. 13 Zwo wahrhafte, lustige, recht Christliche His­ torien... Die erste von déni Uralten Apostolischen Mann S. Beato ersten Prediger ini Schweitzerland, die under von déni berümlen Ahbt S. Fridolino, in-40, Fribourg, 1593. — Canisius a réuni dans ce volume deux des biographies précédentes : celle de saint Fridolin et celle de saint Béat, donné par les traditions suisses pour le premier apôtre de l’IIelvétie et pour un disciple de-saint Barnabé. 14» Kurze Beschreibung der Gottseligen Frauen S. Yta, Grâ/in von Kirchberg, in-8°, Fribourg, 15C0; Constance, 1612. — Courte biographie de sainte Ida ou Yde, comtesse de Kirchberg et de Tockembourg, en Suisse, célèbre par la vie de réclusion qu'elle mena. 15° Wahrha/fte Christliche Historié von Sancl Moritzen... und seiner thebaischen Legion. Audi insonderheit von Sanct Vrso... und von andern thebaischen Christi Blutzeugen die in der alien Stadt Soloturn gelitten, in-4°, Fribourg, 1594. — Histoirede saint Maurice et des soldats de la légion thébéenne qui soulïrirent avec lui le martyre près de Marligny, dans le Valais; de ceux aussi qui subirent leur passion avec saint Ours à Soleure. Canisius réimprima cet ouvrage en 1596, avec quelques additions et en lui donnant pour premier titre : Kriegsleut Spiegel, Le miroir du soldat. Aux officiers et aux soldats qui guerroyaient alors contre les Turcs, il voulait montrer des modèles, en même temps que des protecteurs, dans les glorieux martyrs de la légion thébéenne. Toutes les biographies qui précèdent, composées de 1586 à 1596, se rapportent à des saints patrons de la Suisse. Elles furent faites, comme le remarque juste­ ment le P. Riess, op. cil., p. 488 sq., pour l'édification des simples fidèles, et non pour les savants. On lit dans une lettre du Bienheureux, adressée à un bénédictin d'Einsiedeln, le 1er juin 1588, la pensée qui les inspira : « Je voudrais qu’on publiât les biographies de tous les saints qui ont travaillé à sauver les âmes, et en particu­ lier de ceux qui se sont le plus signalés par leurs ver­ tus, afin que leurs exemples fussent plus connus et plus aimés, sinon des hérétiques, du moins des catholiques... Plût à Dieu que nous eussions un évêque qui eût à cœur de faire rechercher, dans les différents couvents, ce qui a été dit et fait sur les saints patrons de la Suisse! » L. Michel, S. J.,Vie du B. Pierre Canisius, Lille, 1897, p. 398. 16° Miserere. Das ist : Der 50 Psalm Davids, Gebettsweiss... aussgelegt, in-12, Munich et Ingolstadt, 1594. — Exposition,sous forme de prière, du psaume Miserere, pour exciter les chrétiens pieux à la confiance, à la péni­ tence et à l'amendement de leur vie. 17" Andachtige Betrachlungen au/f aile Tage in den Wochen, in-16, Thierhaupten, 1595. — Pieuses médilaions pour tous les jours de la semaine. Réimprimées à Fribourg en 1607, sous ce titre : Petri Canisii Betrachtung durch die ganzte Wochen. 18? Catholisch Bandbüchlein, das ist ausserlesene Spruchneues und ailes Testaments, in-8°, 1598. — Petit manuel catholique, ou recueil de textes, tirés du Nou­ veau et de l’Ancien Testament, et pouvant servir utile­ ment aux catholiques en ces temps extraordinaires. 19° Enchiridion itinerantium, in-16 ou in-32, Anvers, 1599.1618. — Manuel du voyageur,contenant divers exer­ cices de piété. . 20° Enchiridion pietatis quo ad precandum Deum instituitur princeps catholicus... a P. Petro Canisio Societatis Jesu theologo olim conscriptum. Nunc pri­ num in lucem editum, petit in-8°, s. 1., 1751. — Manuel de piété composé, comme le titre complet l'indique, pour l'archiduc Ferdinand II d’Autriche, in usum Serenis­ 1532 simi Archiducis Austriæ Ferdinand! junioris. Canisius en écrivit la dédicace à Fribourg, le 1er octobre 1592. Traduction allemande ms. à la bibliothèque de Vienne, Calai, mss., t. vu, η. 11758. 21° Beati Petri (.'anisii S. J. exhortationes domestics collects et disposilæ a Georgia Schlosser, ejusdem So­ cietatis presbytero, in-16, Ruremonde, 1876. — Recueil d’exhortations préchées par Canisius aux religieux de son ordre. Elles ont pour objet les règles et divers points qui s’y rapportent, les fêtes de l’année, l'oraison domi­ nicale, le renouvellement des vœux ou quelques autres matières de circonstance. Aux p. 435 sq., se trouvent les sept méditations sur les vertus de Jésus-Christ don: il a été question au n. 4. L’éditeur a clos le volume par une note sur la dévotion du Bienheureux au Sacré-Cœur de Jésus. lit. ÉDITIONS ET TRADUCTIONS FAITES PAR LE B. CA­ NISIUS. — 1° Des erleuchten D. Johannis Tauleri, von eym uraren evangelischen Leben, Gülliche Predig, Leren, Epistolen, Cantilenen, Prophelien, in-fol., Cologne. 1543. — Édition allemande des sermons et autres ouvrage; ascétiques du célèbre dominicain et mystique Jean Tauler. C’est le premier livre qui ait été publié par le Bien­ heureux, et même par un jésuite. La dédicace, où l’au­ teur explique comment il fut amené à faire cette édition et donne son jugement sur Tauler, se trouve reproduite, et accompagnée de notes instructives, dans les Epistula, t. t, p. 79 sq. 2° Divi Cyrilli archiepiscopi ale.randrini operum omnium, quibus nunc prater alia complura nova, re­ cens accessere undecim libri in Genesim, nunquam antea in lucem ædili, 1.1, n ; Epistola et synodiae constitu­ tiones, præserlim adversus Nestorium haeresiarcham : quibus et alia pleraque nunc recens ad jecta, summoque studio resti luta cohsrent, 3 in-fol., Cologne, 1546. Epist., t. I, p. 176, 182, où se trouvent les deux dédicaces de l’auteur. — Le travail était présenté comme une édition plus correcte des œuvres de saint Cyrille déjà imprimées, et de plus enrichie de parties jusqu’alors inédites, en particulier de onze livres sur la Genèse. Cette nouvelle édition, incomplète elle-même et souvent défectueuse, semble avoir été fort peu connue. 3° D. Leonis papæ hujus nominis primi, qui summo jure Magni cognomentum jam olim oblinet, opera, quæquidem extant,omnia, in-fol., Cologne, 1546. Epist., t. I,p.2l5sq. — Dans une lettre du 20 juin 1546 â Frédéric Nausea, évêque de Vienne, Canisius parle du travail considérable qu’il a dû faire pour rétablir « le texte mutilé et fautif » des écrits de saint Léon. Ibid., p. 205. Le succès fut sensible, puisqu’on compta quatre réédi­ tions à Cologne, Vienne et Louvain, de-1547 à 1573, sous le titre de Sermones et homiliæ. Le P. Quesnel, passant en revue les éditions des œuvres de saint Léon, a dit du travail de Canisius : Laudanda viri adhuc tum junioris diligentia; non laudandus ubique successus. P. L., t. Liv, coi. 54. La Vita sancti Leonis, mise par le Bien­ heureux au début de son édition de 1546, a été insérée par les bollandistes dans les Acta sanctorum, Anvers, 1675, aprilis t. Π, p. 17. Plus tard, Canisius recueillit encore de nombreux et importants matériaux pour une nouvelle édition des œuvres de saint Cyprien; mais il abandonna son projet, quand il sut que d’autres s'occupaient activement du même travail. Epist·, t. m, p. 110 sq., 781 sq. 4° Principia grammatices, petit in-8°, Ingolstadt, 1556, 1568; Dillingen, 1561. — Cet ouvrage n’est qu'une adaptation, à l'usage des écoliers allemands, de la gram­ maire latine élémentaire du P. Annibal Codret, dont Canisius s’était servi pendant son professorat de Messine. C'est à la suite de cette grammaire que parut 1 · Duchesne,p. 54. Cf. Renaudot, Dissertatio de lilurgiarum orientalium origine et auctoritate, dans Lilurgiarum orientalium collectio, Francfort-sur-le-Main, 1847,1.1, p. l-xx; Le Brun, Expli­ cation littérale, historique et dogmatique des prières et des cérémonies de la messe, Paris, 1726, t. ni, p. 572694; Probst, Liturgie der drei ersten christlichen Jahrhunderte, Tubingue, 1870. 2° Le canon de la messe dans les Églises occiden­ tales. — Le canon occidental est donc en substance identique au canon oriental. Il n’en peut être autrement si, comme il est naturel, saint Pierre et saint Paul ont apporté à Rome la liturgie qu’ils avaient introduite à Jérusalem, Antioche, etc. Cf. S. Isidore de Séville, De offi­ ciis, L I, c. xv, P. L., t. i.xxxm, col. 752. D’ailleurs ce n’est point là une simple hypothèse, car la première lettre de saint Clément de Rome aux Corinthiens, n. 59-61, Funk, Patres apostolici, 2e édit., Tubingue, 1901, p. 174180, et la première Apologie de saint Justin, n. 65. P. G., t. vi, col. 428, semblent bien établir que la liturgie primi­ tive était, dans sa diposition générale, la même en Orient et en Occident. Toutefois, on n’en pourrait conclure que le canon romain, sauf quelques modifications introduites plus tard, est d’origine apostolique. 11 faut descendre jusqu'à la fin du IV· siècle pour trouver des détails précis sur le canon de l’Église romaine. Les dernières modifi­ cations qu’il a subies ont été arrêtées par le pape saint Grégoire (590-604), Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. t, p. 312; au commencement du vi» siècle, l’auteur du Liber pontificalis en parle comme d’une formule fixe et de teneur connue. On pense généralement que dès le commencement du V' siècle, l’ordre du canon romain était déjà ce qu’il est maintenant. Ainsi son histoire ne s'étend guère au delà de deux siècles. Elle peut se ré­ sumer comme il suit : 1. Le Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. 128, cf. p. 56-57,attribue à saint Xyste Ier (117-126) l'insertion du Sanctus intra actionem ; mais cet hymne, commun à toutes les liturgies, fait partie du noyau primitif de la messe. Dans la plupart des liturgies orientales, la préface et le Sanctus sont reliés à la consécration par une courte transition destinée à amener le Gui pridie quam pateretur. Cf. Duchesne, op. cit., p. 61. A Rome, au contraire, comme à Alexandrie et à Milan, dès le iv' siècle, le Memento précédait la consécration. Du­ chesne, op. cit., p. 179; Probst, Liturgie des iv Jahrhunderles, p. 249. 2. Dans sa lettre xxv à l’évêque Decentius, P. L., t. xx, col. 553, qui l’avait consulté sur la coutume, sui­ vie en certains endroits, défaire le Memento avant le commencement du canon, ante precem, Innocent Ier 101-417) répondait qu’il fallait d’abord recommander à Dieu les dons du sacrifice, puis désigner ceux pour qui il était offert, de façon qu’ils fussent nommés pen­ dant le canon. Par conséquent, au temps d’Innocent 1", h prière Te igitur, ou se fait la recommandation des dons du sacrifice, rogamus ut accepta habeas htec doua, etc., Lisait déjà partie du canon de la messe et y précédait • Memento. De meme, les mots ; pro Ecclesia, quam 1544 adunare, regere, custodire digneris, sont cités par le pape Vigile (537-555), Epist. ad Justinianum, P. L., t. lxix, col. 22, comme appartenant de date ancienne au canon. Quant à la mention : una cum famulo tuo papa et antistite nostro, son antiquité résulte, semblet-il, avec toute la certitude désirable, de la coutume attestée par le pape Léon 1", Epist., txxx, P. L., t. liv, col. 914, de récitera l’autel, pendant l'offrande, les noms des évêques. Dans les liturgies orientales du ive siècle, cf. Du­ chesne, op. cit., p. 62, on recommandait également à Dieu les malades, les nécessiteux, les prisonniers, les voyageurs, les absents, et encore les vierges, les veuves et en général toutes les classes de fidèles; le canon grégorien s’est contenté de les comprendre dans la formule générale : Et omnibus orthodoxis, etc. 3. C’était autrefois le diacre qui lisait, au moment du Memento, après et omnium circumstantium, les noms dé ceux dont les dons étaient offerts à l’autel. Puis le prêtre continuait par les mots : quorum fides tibi cognita est, qui se rapportaient à la fois aux dona­ teurs et aux assistants. Il est à remarquer que dans le missel romain, après les mots : pro quibus tibi offe­ rimus, on lit la formule primitive : vel qui tibi offerunt. Sans doute, le premier de ces deux textes a été inséré à l'époque où les fidèles ont cessé d’offrir la matière du sacrifice. 4. L’existence du Communicantes dans le canon ro­ main avant l’époque grégorienne devient hors de doute si l’on observe de quelle façon les sacramentaires léonien et gélasien présentent l’intercalation relative à la fêle du jour qui se faisait plusieurs fois dans l'année à cet endroit du canon. Ainsi, le gélasien, P. L., t. lxxv, col. 1113, porte à la veille de Pâques : Communicantes et noctem sacratissimam celebrantes... resurrectio­ nem D. N. J. C. secundum carnem, sedet memoriam, et à cinq autres fêtes il indique de la même manière que les mots â insérer doivent se placer entre Commu­ nicantes et Sed et memoriam venerantes. Or ces der­ niers mots appellent évidemment la suite qui se lit dans le grégorien : Sed et memoriam venerantes inprimis, etc. Quant à l’auteur de ces intercalations, il est rationnel de désigner le pape Léon I" (440-461), car le texte de plusieurs d’entre elles, du moins tel qu'il existe dans le sacramentaire léonien, P. L., t. lv, col. 38, 40, se trouve presque littéralement dans les écrits de ce pape. P. L., t. Liv, col. 395, 419. Sous le pape Vigile (537-555), le canon recevait des insertions de ce genre, capitula, même aux fêtes des saints, Epist. ad Euth., P. L., t. lxix, col. 18, mais le pape Grégoire 1er coupa court à cette invasion du propre du temps dans le canon de la messe en limitant, comme elles Font été depuis, ces insertions aux fêtes principales de l’année, Noël, Épiphanie, jeudi saint, Pâques et sa vigile, Ascension, Pentecôte et sa vigile. En tète des saints dont l'intercession est demandée, vient la B. V. Marie, toujours vierge et mère de Dieu. Ces derniers mots visent l'hérésie de Nestorius (431), comme ceux de « toujours vierge » sont opposés à celle de Jovinien. Il est vraisemblable que ces additions datent du milieu du v· siècle. Viennent ensuite les noms des douze apôtres et l’on a remarqué qu’ils sont rangés dans un ordre qui n'est point celui de l’édition Vulgate des Évangiles. On en tire cette conclusion que cette partie du canon est antérieure au travail de saint Jérôme qui a remis en ordre le texte des Évangiles en le corrigeant sur les exemplaires grecs. Cf. Marligny, Dictionnaire des an­ tiquités chrétiennes, art. Canon de la messe. Suivent les noms de douze martyrs, dont six pontifes, tous évêques de Rome, excepté saint Cyprien. La suite des trois premiers successeurs de saint Pierre est con­ forme au catalogue d'Ilégésippe : le pape Clet y est donné 1045 CANON DE LA MESSE comme le successeur de Lin et le prédécesseur de Clé­ ment, tandis que dans le catalogue de Libère, Clet est le prédécesseur d’Anaclet et le successeur de Clément. Donc les noms des trois premiers papes ont été inscrits au canon antérieurement au pape Libère (352-359). Cf. Duchesne, Le Liber pontificalis, t. i, p. txx. Tous ces évêques martyrs sont rangés selon la date de leur mort, sauf les trois saints Xyste, Corneille et Cyprien. En effet, saint Corneille mourait â Centumcelles le 14 septembre 253, cinq ans avant saint Xyste et saint Cyprien martyrisés tous deux en 258, le premier le 6 août, le second le 14 septembre. Tout s’explique si l’on observe que saint Corneille est placé dans le canon d'après l’année de la translation de ses reliques à Borne, laquelle eut lieu en 258. Si, de plus, on remarque que saint Corneille et saint Cyprien sont morts le même jour, quoiqu'en des années différentes, il paraîtra naturel que dans le missel, comme dans le bréviaire romain, on les ait associés dans un même souvenir. Leur inscrip­ tion au canon de la messe semble dater au plus tard de commencement du tv« siècle. Cf. Probst, Die abendlândische Messe, p. 160. Quant aux six martyrs non pontifes, il est probable que les noms de saint Laurent (258) et de saint Chryso­ gone (304), particuliérement vénéré à Rome, furent insérés au canon longtemps avant ceux des saints Jean et Paul (362), Cosme et Damien (287?). Quoi qu’il en soit, il est certain que tous les six étaient inscrits au canon vers le milieu du vi· siècle ; d'où il suit que le pape Grégoire a pris dans quelque sacramentaire anté­ rieur la liste toute faite de ces noms et l'a adoptée sans rien y changer. Un autre argument, qui n'est point sans valeur, peut se tirer de ce qu'il n’est fait mention dans le canon que des seuls martyrs et aucunement des confesseurs. C’est là en effet une coutume caractéris­ tique des trois premiers siècles de l’Église. Cf. Martigny, loc. cit. Dans toutes les liturgies, excepté celle de saint Gré­ goire et celles qui en sont dérivées, le Memento des défunts se reliait à celui des vivants et au Communi­ cantes, à ce point que les noms des vivants, ceux des saints et ceux des défunts ne formaient qu’une seule liste. De là des confusions, de la part de certains fidèles, entre ceux que l'on priait et ceux pour qui l’on priait. Grégoire Ier y remédia en séparant du Communicantes le Memento des morts. 5. La prière Hanc igitur est caractéristique du canon romain : elle est destinée â achever l'oblation commencée dans le Te igitur et interrompue par le Communicantes. Ni le sacramentaire léonien ni le gélasien ne donnent le texte de cette prière telle qu'elle se récitait â la messe quotidienne, mais en revanche, on y trouve de nom­ breuses messes ayant un Hanc igitur spécial, relatif aux circonstances ou aux personnes pour lesquelles la messe ôtait célébrée. Ces variations si multipliées transformaient le Hanc igitur en une prière pour les nécessités parti­ culières des fidèles : pour la ramener à son véritable but, Grégoire I" supprima toutes ces mentions, excepté celle des néophytes à Pâques et à la Pentecôte, et les résuma dans la formule diesque nostros in tua pace disponas, qu’il prescrivit d’ajouter à cet endroit du canon. Jean Diacre, ViZa S. Gregorii, P. L., t. lxxv, col. 94. Aussi est-ce par la présence ou par l'absence de cette formule que l’on distingue les sacramentaires postérieurs au vil' siècle de ceux qui sont d’une époque antérieure. Cf. Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, p. 313. 11 est possible toutefois que cette prière pour la paix tempo­ relle ait été inspirée par les maux incessants de l’inva­ sion lombarde. 11 peut paraître étrange que pendant les octaves de Pâques ou de la Pentecôte les néophytes baptisés le samedi précédent aient place dans le flanc igitur et non pas au Memento des vivants. C'est qu’autrefois les 1546 néophytes n’étaient admis à offrir leurs dons à l’autel qu’après l’octave de leur baptême; jusque-là ils étaient remplacés par leurs parrains. Par suite, au Memento, les mots qui tibi offerunt concernaient les parrains et non les nouveaux baptisés. Les sacramentaires léonien et gélasien indiquent plusieurs fois, après le Mane igitur spécial à plusieurs messes, que le canon se continue par une prière dont ils citent les premiers mots : Quam oblationem tu Deus in omnibus. D'autre part, l’auteur des six livres De sacra­ mentis, attribués à saint Ambroise, donne la suite : hanc oblationemadscriplam, ratam, rationabilem, acceptabilent. L. IV, c. v, n. 21, P. L., t. xvi, col. 443. Ainsi la prière quam oblationem existait déjà au commencement du v' siècle. 6. C’est évidemment par erreur que l’auteur du Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. 127, attribue au pape Alexandre l’insertion dans la liturgie du Pridie quam pateretur. Les paroles commémoratives de l’institution de l’eucharistie sont le centre même du canon de la messe, et leur insertion dans la liturgie est plutôt une prescription de Jésus-Christ que du pape Alexandre. Voir 1.1, col. 709. Toutefois la formule : Qui pridie quam pateretur diffère des anaphores orientales, qui toutes contiennent : έν τή νυκτι ή παρεδίδοτο. Voir dom Cagin. Paléographie musicale, Solesmes, 1896, t. v, p. 55; Duchesne, Origine de la liturgie gallicane, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1900, t. v, p. 38. 7. L’anamnèse : Unde et memores se retrouve aussi, à peu près littéralement, dans la liturgie des six livres De sacramentis. L. IV, c. VI, n. 27, P.L., t. xvi, col. 445. Il en est de même de la prière : Supra quæ propitio, excepté les mots sanctum sacrificium, immaculatam hostiam, mais le Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. 239, témoigne que c’est le pape Léon I" qui prescrivit d’ajout?r dans le canon sanctum sacrificium, ce qui prouve bien que la prière Supra quæ faisait déjà partie du canon. Les qualifications de saint et immaculé se rapportent à l’offrande de Melchisédech, composée de pain et de vin. Les manichéens avaient horreur du vin et leur liturgie eucharistique n’en comportait pas. C’est peut-être à cause d’eux que saint Léon releva la sainteté des dons offerts par le roi de Salem. Duchesne, op. cit., t. t, p. 241. D’ailleurs, cette prière existait déjà du temps du pape saint Damase. On en a la preuve dans un écrit du diacre Hilaire, Quæstiones ex utroque Testamento, P.L., t. xxxv, col. 2239, où il cite, en les interprétant d’ailleurs d’une façon erronée, les mots -.Summus sacerdos tuus Melchisedech. Or il est généralement admis que cet auteur écrivait sur la fin du IV' siècle. 8. On sait que dans les liturgies grecques l’épiclèse avait la forme d'une invocation où l’on demandait au SaintEsprit de descendre sur les dons eucharistiques afin que par leur conversion au corps et au sang de JésusChrist, ils devinssent, pour ceux qui les recevraient, une source de sanctification. La liturgie romaine conte­ nait certainement, au temps de Gélase, une invocation de ce genre; une lettre de ce pape à Elpidius, P. L., t. lix, col. 143, confirme absolument ce fait. Mais alors pourquoi cette invocation manque-t-elle dans l’épiclèse grégorienne : Supplices te rogamus ? L’hypothèse la plus vraisemblable est la suivante : La forme de l’ancienne épiclèse prêtait à croire que la transsubstantiation s’opérait ou se renouvelait par la vertu de cette prière; c’est pourquoi Grégoire I" a modifié l'invocation de façon à éviter toute confusion et n’a gardé que la partie finale:utquotquot ex hac altaris,etc.C’est ainsi, en effet, qu’elle se termine dans la liturgie mozarabique, où elle fait partie du canon au moins depuis le vin* siècle. Probst, p. 179. Une formule d’épiclèse se lit dans le bréviaire romain parmi les oraisons ad libitum de la préparation à la messe, feria vi; il semblerait donc 1547 CANON DE LA MESSE 4548 qu’elle ait été autrefois en usage à Rome, avant saint égard à ce sacrifice, les biens de cette vie, de les pré­ Grégoire. server du malheur éternel et de les inscrire au nombre 9. On a vu plus haut que le Memento des défunts de ses élus. était primitivement uni à celui des vivants (et au Com­ 3“ Quam oblationem. — Cette prière forme la liaison municantes) et que, au temps d’innocent I'r, ils se fai­ naturelle entre ce qui précède et ce qui va suivre. L’ne saient tous deux avant la consécration. Toutefois il est dernière fois, mais avec une particulière solennité, le très possible qu’avant Innocent I«r les deux Memento sacrifice qui va s'accomplir est recommandé à Dieu aient été reliés, comme dans la plupart des liturgies, à afin qu’il en fasse un sacrifice parfait, et cette fois, le l’épiclèse, c’est-à-dire placés après la consécration. En prêtre spécifie en toutes lettres quelle sera la victime : fixant le Memento des défunts à sa place actuelle, Gré­ Jésus-Christ, dont le corps et le sang vont devenir pré­ goire Ier aurait donc remis partiellement les choses en sents sur l’autel pour le salut de tous, nobis. leur premier état. Il a eu certainement cette intention et 4“ Qui pridie quam pateretur. — Ici commence le peut-être aussi celle de rapprocher par là le rite romain récit-évangélique de l’institution de l’eucharistie. Tou­ du rite grec. S. Grégoire, Epist., 1. IX, epist. xn, ad tefois, en prononçant les paroles sacramentelles avec Joannem Syracusanum, P. L., t. lxxvii, col. 956-957. l’intention requise, le prêtre n’est plus un simple 10. L'exomologése, à laquelle répond le Nobis quoque narrateur : il parle comme ministre de Jésus-Christ, peccatoribus, existe également dans les anciennes litur­ tenant de lui le pouvoir de répéter le prodige opéré la gies : tantôt elle suit immédiatement l’épiclèse, tantôt veille de la passion. elle en est séparée par le Memento. Quant à l'époque où 5° Jésus-Christ avait donné ordre de consacrer l’eu­ le Nobis quoque peccatoribus, dans sa forme actuelle, a charistie en mémoire de lui : in mei memoriam facie­ pris place dans le canon romain, il est malaisé de la tis. C'est pourquoi, aussitôt après la consécration, le préciser. On sait seulement qu’il en faisait partie avant prêtre rappelle les mystères de la passion, de la résur­ Grégoire Ier, car Aldhelme, évêque de Salisbury, mort rection el de l’ascension, qui ont un rapport spécial en 709, dit que ce pape a modifié dans le canon l'ordre avec l'eucharistie ; puis, il offre à Dieu la sainte victime : des noms en réunissant ceux des vierges Agathe et Lucie. ne s’est-elle pas offerte, ne s’olfre-t-elle pas encore dans P.F.., t. i.xxxtx, col. 142. Benoit XIV, De sacrif. missæ, l’état d'immolation où elle est sur l’autel? 1. II, c. xvni, n. 7, s’appuie sur ce témoignage pour attri­ Cependant, si l’offrande que Jésus-Christ fait de laibuer à Grégoire Ier l’insertion des noms ties vierges même est infiniment agréable à Dieu, celle que l’Église martyres dans le Nobis quoque peccatoribus. fait de Jésus-Christ plait à Dieu plus ou moins, selon le 11. La conclusion Per quem hæc omnia, etc., se ren­ degré variable de la sainteté de l’Eglise, c’est-à-dire contre dans les sacrainentaires léonien et gélasien : du des prêtres et des lidèles. Telle est la raison de la prière moins elle y est indiquée par les premiers mots. Il n'est Supra quæ propitio, où l’on demande à Dieu de dai­ guère douteux que, longtemps avant saint Grégoire, le gner jeter sur ce qui lui est ofierl un regard favorable canon se terminait par la même formule qu’aujourd’hui. comme celui dont il a accueilli les oflrandes figuratives IL Composition actuelle et signification du canon d’Abel, d'Abraham et de Melchisédech. Ceci montre de la messe. — Cf. Gihr, Pas heilige Messopfer, clairement que les choses qui sont offertes à Dieu sont à la vérité le corps et le sang de Jésus-Christ, mais p. 534 sq. 1° Les premiers mots, Te igitur, du canon le rattachent qu'elles sont ce corps et ce sang avec nous tous et avec nos vœux et nos prières et que tout cela constitue une intimement à la solennelle action de grâces qu'exprime même oblation que nous voulons rendre en tous points la préface. Après y avoir remercié Dieu de ses bien­ agréable à Dieu eldu côté de Jésus-Christ qui est offert faits, après avoir uni à cet effet sa voix avec celle des et du côté de ceux qui l’offrent aussi avec lui. Bossuet, anges dans le Sanctus trois fois répété, le prêtre lui demande par Jésus-Christ d’agréer el de bénir les dons Explication de quelques difficultés sur les prières de présents sur l’autel, afin que ce sacrifice profite à tous la messe. ceux pour lesquels il est offert. C’est d'abord l’Église La même pensée se retrouve avec plus de netteté et de entière; ce sont nommément les supérieurs ecclésias­ profondeur dans la prière : Supplices te rogamus. tiques, le pape, l’évêque diocésain; ce sont enfin les Dieu y est supplié de recevoir ces choses, hæc, des autres évêques, les prêtres et, en général, tous les ou­ mains sans tache de l’ange qui assiste à son autel, de vriers de la foi catholique et apostolique. Viennent telle sorte que le corps et le sang de Jésus-Christ pro­ ensuite les lidèles qui ont une part spéciale dans le fruit curent à tous ceux qui y participeront une pleine mesure de la messe, soit en raison de l'intention du prêtre, de grâces et de bénédictions. Celle prière occupe exac­ soit du fait de leur contribution matérielle ou de leur tement la place de l’épiclèse grecque, et elle est adressée assistance au saint sacrifice. Etant unis par la foi et à Dieu pour qu’il intervienne dans le mystère. Mais elle par la prière au prêtre qui l’offre, ils l’offrent euxest loin d’avoir la précision des formules grecques et elle mémes tous ensemble, spirituellement avec lui. Ils s'enveloppe de formes symboliques. Enfin, le mouvement l'offrent également en union, communicantes, avec symbolique a lieu en sens contraire : tandis que les for­ l’Église du ciel en vertu du lien de la communion des | mules grecques demandent que le Saint-Esprit descende saints qui les unit à elle. C'est pourquoi, par la bouche vers l'oblation pour la transformer au corps et au sang du prêtre, ils font mémoire et appellent l’intercession de Jésus-Christ, ici c’est l’oblation qui est emportée au de divers illustres martyrs. C’est au commencement de ciel par l’ange de Dieu. Msr Duchesne, op. cil., p. 181, cette prière que se placent les intercalations relatives 182. Mais quel est au juste l'ange dont il est ici ques­ tion? Cet ange ne serait-il pas Jésus-Christ lui-même a huit fêtes de l'année : Noël, Epiphanie, le jeudi saint et le samedi saint, Pâques, l'Ascension, la Pen­ qui est appelé fange du grand conseil? Cf. S. Thomas. Sum. theol., III», q. LXXXin, a. 4, ad 8»n'. Ou bien tecôte et sa vigile. Deux autres additions se font aux fêles de Pâques et de la Pentecôte ainsi qu’à leur vigile, s’agirait-il de l'ange qui préside à l’oraison? Tertullien, a la prière liane igitur, mais elles se rapportent moins De oratione, c. XVI, P. L., t. i, col. 1174. Ne serait-< ■ pas l ange gardien de l’Église où s'offre le saint sa< rià ces fêtes qu’à l’ancienne coutume de conférer le bap­ tême la veille de Pâques et le samedi de la Pentecôte. fice ou celui du prêtre qui le célèbre, ou plutôt, I ar­ 2° Hanc igitur. — Ainsi, l'oblation présentée par le change Michel, qui se tient devant l'autel l’encensoir prêtre est offerte au norn des fidèles de la terre et du à la main et qui y offre l’encens, c’est-à-dire les pri> r—· ciel. Confiant donc dans l’efficacité de sa prière, le des fidèles? Toutes ces opinions ont été émises. 1 i prêtre la fait plus instante et, les mains étendues sur reste, aucune n’exclut la présence simultanée de figions les oblata, il conjure Dieu d’accorder aux fidèles, eu I d'anges faisant par consentement ce qu'un d’eux fait dict. de tiiéol. catiiol. IL - 40 1549 CANON DE LA MESSE CANON DES LIVRES SAINTS 1550 Messe, liturgisch, dans Pcalencykloplidie fur protrstnntische par exercice de sa mission particulière. Cf. Bossuet, Théologie und Kirche, t. xn, p. 679-723; il soutient que la prière loc. cil. Supplices remplace l'ancienne épiclèse romaine, originairement 6° Or cette pluie de grâces, dont le sacrifice de l’autel conl'orme àl'épiclèse des liturgies orientales, et que le Te igitur, est la source, pénètre jusqu’au purgatoire pour y adou­ le Communicantes et le Memento des vivants ont pris la place cir les souffrances ou hâter la délivrance des âmes qu'occupait d'abord le Supplices ; selon lui. la disposition actuelle chrétiennes qui y sont détenues. Le Memento des du canon romain aurait été faite par saint Gélase I" (492-496) défunts implore donc ces bienfaits d'abord pour celles sous des influences étrangères, milanaise et alexandrine; Funk, Ueber den Kanon der romischen Messe, dans Historisrhes qui sont l’objet d'une recommandation particulière du Jahrbuch, Munich, 1903, t. XXIV, p. 62-92, 283-302; il réfute prêtre, puis pour tous les fidèles qui se sont endormis Drews; A. Baumstark, Liturgia romana e liturgia dell' dans le Seigneur. Esarcato. Il rito detto in seguito patriarchino e te origini 7° Au souvenir de ceux qui nous ont précédés se del canon missæ romano. ricerche sloriche, Rome. 1904; il relie naturellement celui de notre condition de pécheurs reprend et développe le système de Drews ; il admet que l'an­ et le besoin que nous avons des miséricordes de Dieu cien canon romain suivait l'ordre du canon dans les liturgies pour obtenir d’être réunis un jour à ses saints. C'est orientales et comprenait le Sanctus, le Vere sanctus, le Pridie, là ce qu'exprime au vif la dernière prière du canon, ' l’Unde et memores, le Te igitur, qui était une épiclèse. et le Memento des vivants et des morts. Selon lui, le Hanc igitur. Nobis quoque peccatoribus. La conclusion : Per quem qui se trouve dans le canon de l’Église de Ravenne, est un double hæc omnia semper bona creas, etc., est la matière du Te igitur, du Communicantes et des deux Marner,to, d'abord d'une intéressante discussion. « Il y a ici, écrit M'Jr Du­ usité en dehors de Rome, puis introduit au canon romain à chesne, Origines du culte chrétien, p. 182-183, un l'époque de saint Léon. Le Quam oblationem est dans le même hiatus évident. On vient d’énumérer les saints. Il est cas; ce n’est qu'un double de l'ancienne épiclèse romaine, usité clair que les mots hæc omnia bona ne se rapportent en dehors de Rome, par exemple à Ravenne. et ayant pénétré dans le canon romain du temps de saint Léon. La majeure partie pas à ce qui précède : ils ne peuvent non plus dé­ du Supra quæ propitio et le Supplices seraient aussi un double signer les offrandes consacrées qui sont désormais le de la première partie du Te igitur, usité dans l'Italie septen­ corps et le sang du Christ... L’explication la plus trionale et introduit dans la messe romaine sous saint Léon. Le simple, c’est qu’il y avait ici autrefois une mention des Nobis quoque peccatoribus réunit les caractères du Memento, biens de la terre avec énumération de leurs diverses tel qu'il se présentait en dehors do Rome cl en Orient. En ré­ natures. » Effectivement on bénissait à certains jours, sumé, le canon romain, formé de pièces de double emploi, com­ à ce moment de la messe, le lait, le miel, les fruits prenait, sous le pontificat de saint Léon, le Sanctus, le liane igitur, le Quam oblationem, le Pridie, le Unde et memores, le nouveaux. Toutefois, selon la remarque de Benoît XIV, Te igitur, qui tenait la place de l'ancienne épiclése. le Memento De sacrif. missæ, 1. II, c. xvin, n. 10, la doxologie Per quem hæc omnia se récitait même aux jours où la- i des morts et le Nobis quoque peccatoribus. SaintxGrégoire transposa le Te igitur avant le Hanc igitur. Cf. Morin, dans la dite bénédiction n’avait pas lieu; d’où il conclut que Revue bénédictine, 1904, p. 375-380 ; Funk, dans Theol. Quarces mots doivent s'interpréter indépendamment d'elle. talschri/t, 1904, p. 600-617. Pour une plus ample bibliographie, Ici, comme dans les autres prières du canon, hæc dona U. Chevalier, Répertoire. Topo-bibliographie, col. 568. signifie le pain et le vin, matières créées par Dieu et II. Mookeau. 2. CANON DES LIVRES SAINTS. - 1. Nolion. qui dans l'acte de la consécration sont excellement II. Critérium de la canonicité. III. Canon de l'Ancien sanctiliées, vivifiées et bénies pour être à tous ceux qui Testament. IV. Canon du Nouveau Testament. V. Décret les reçoivent une source de sanctification, de vie et de du t incile de Trente De canonicis Scripturis. bénédiction. I. Notion. — 1« Origine el signification primitive Nous laissons aux liturgistes le soin de discuter si le type gallican, qui comprend toutes les anciennes litur­ du mol. — Le mot grec κανών qui, dans l’usage cou­ rant de l'antiquité profane et ecclésiastique, était em­ gies latines distinctes de la liturgie romaine, est une ployé avec les significations diverses de « bâton droit, liturgie orientale introduite en Occident, à Milan, vers règle, mesure, modèle », ou « liste, table, catalogue », le milieu du tv" siècle, ou l'ancien rite romain con­ a été, vers le milieu du tv' siècle, appliqué aux Livres servé dans les provinces dans son état primitif, tandis saints et a reçu une signification nouvelle, qu'Origène qu’une réforme en avait été faite à Borne au IVe siècle. et ses disciples, Eusèbe et ses contemporains ne semblent Pour comparer le canon romain avec celui de la messe pas avoir connue. L'ne plus ancienne attestation se re­ gallicane, il suffira de lire M*» Duchesne, Origines du trouve en latin dans le vieil argument de l’Evangile de culte chrétien, p. 208-218. Cette comparaison est résu­ saint Jean, qui est cependant du iv« siècle plutôt que du mée en un tableau dans la Revue d'histoire et de litté­ ni'. Voir col. 1553. Vers 350, saint Athanase, Denicænis rature religieuses, 1897, t. n, p. 94. Sur le canon du decretis, 18, P. G., t. xxv, col. 456, dit du Pasteur rite ambrosien, voir t. I, col. 900 965. et Dictionnaire d'Herinas : Μη ον έκ τοΰ κανόνος. Dans sa xxxix" lettre d'archéologie chrétienne, t. I, col. 1407-1417. pascale, qui est de 367, P. G., t. XXVI, col. 14-36, 1437, S. Thomas, Sum. theol., lit·, q. lxxxiii, a. 4. 5; Durand, 1440. cf. col. 1176, 1177. 1180, il désigne les livresque la De ritibus Ecelesiæ catholicæ : Renaudot. Liturgiarum orien­ tradition et la foi tiennent pour divins, par l’expres­ talium collectio; cardinal Bona, Rerum liturgicarum libri sion : τα κανον.ζόμενα; il les distingue d'une autre duo; Benoit XIV, De sacrosancto missæ sacrificio; Le Brun, classe de livres où κανονιζόμενα, et il les oppose aux Explication littérale, historique et dogmatique des prières et des cérémonies de la messe, Paris, 1716, t. 1, p. 406-545; livres apocryphes et hérétiques. Le traducteur syriaque Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes; Probst, de cette lettre en résume le contenu en ces termes : Liturgie des /r Jahrhundertes und deren Reforme, Munster, « Épitre dans laquelle saint Athanase définit cano­ 1808; Id., Die abendlandische Messe vom funften bis zum niquement quels livres l’Eglise reçoit. » Dans l'avantzehnten Jahrhundert, Munster, 1806; Gihr, Das heilige Mes· sopfer, Fribotirg-en-Brisgau, 1809; Duchesne, Origines du \ propos placé, vers 367, en têle du recueil des lettres pascales de l’évêque d'Alexandrie, on lisait, d'après la culte chrétien, 3· édit., Paris, 1902; Kraus, Real-Encyklopadie version syriaque : « Celte année, il a écrit un canon der christlichen Alterthümer, Frihourg-en Brisgau, 1886, t. n, p. 317 sq. ; dom Plaine, De canonis missæ apostolicitate cum des Livres saints. » Le traducteur syriaque de VHisloire nova dicti commis explicatione, dans Studien und Mitteitungen ecclésiastiqued’Eusèbc, in.25,6, E. Nestle, Die Kirchenaus dem benediktiner-Orden, t. XV. p. 62 sq., 279 sq., 407 sq. ; geschichle des Eusebius ans dem Syrischen überselzt, Renz, Die Geschichte des Messopfer-Degriffs, Freising, 1901, dans Texte und Enters., nouv. série, Leipzig, 1901, t. I, p. 525-537; dom Gabrol, Les origines de ta messe et le canon t. vi, fasc. 2, p. 102, traduisait, vers 350. les mots romain, dans la Revue du clergé français, 1900, t. xxm, grecs : γραφάς ονκ ένδιαθηκου; par : « les livres qui p. 561-585; t. xxiv, p. 5-32; Id.. Le livre de la prière antique, ne sont pas mis au canon de l’Eglise. » Le canon 59* Paris, 1900, p. 109-112: P..Drews, Zur Enststehungsgeschichte des Kanons in der riimischen Messe, Tubingue, 1902; Id., du concile de Laodicée, qui date des environs de 360, 4551 CANON DES LIVRES SAINTS décide qu’on ne doit pas lire à l’église ακανόνιστα βιολιά, άλλα μόνα τα κανονικά τής καινή; καί παλαΐα; διαθήκης. Mansi, Concil., t. π, col. 574. Saint Amphiloqne, lambi ad Seleucum, 318319, édit. Combelis, Paris, 1621, p. 134, ou dans S. Grégoire de Nazianze, Carm., 1. II, il, 8. P. G., t. xxxvti, col. 1598, conclut son catalogue des Livres saints par ces mots : Où.-o; αψευδέστατος κανών άν εΐή τών θεόπνευστων γραφών. La Synopse, qui a été attribuée à saint Athanase, mais qui lui est postérieure, reproduit une liste des Livres saints, apparentée à celle de l’évêque d'Alexandrie, et emploie les expressions : κεκανονισμένα, κανονιζόμενα, où κανονιζόμενα pour désigner les livres canoniques et non ca­ noniques. P. G., t. xxviti, col. 284, 289, 293. Si les termes κανών, κανονικός, κανονιζόμενα étaient nouveaux, ils exprimaient cependant des idées anciennes, énon­ cées avec des expressions équivalentes. Aussi leur em­ ploi ne fut pas d’abord très fréquent; on continuait à employer les anciens termes. On finit par réunir ceuxci avec les expressions nouvelles pour marquer leur équivalence. Ainsi un anonyme, contemporain de saint Chrysostome, dont l’homélie ligure dans les œuvres de ce docteur, P. G., t. i.vi, col. 424, parlant des trois Épitres de saint Jean, dit : Τών δέ έκκλησιαζομένων, οϋ τών άποκρύφων μέν ή πρώτη επιστολή, τήν γάρ δευτέραν καί τρΐτην οί πατέρες άποκανονίζουσιν. Vers 530. Léonce de Byzance, Pe sectis, n, 1, 4, P. G., t. lxxxvi, coi. 1200,1201, emploie indistinctement τά εκκλησιαστικά βιολιά et τα κανονιζόμενα βιολιά έν τή ’Εκκλησία. Au IXe siècle, le patriarche de Constantinople, Nicéphore, dresse une liste slichométrique des Livres saints, qu’il appelle βεϊαι γραφαί έκκλησιαζόμεναί καί κεκανονισμέναι; il leur oppose les άντιλέγονται καί ούκ εκκλησιάζονται et les απόκρυφα. P. G., t. c, col. 1056, 1057, 1060. Telle est l'origine de l’application du mot grec κανών à la Bible entière. Quel en est le sens précis? Les Livres saints appartiennent au canon, quand ils ont été cano­ nisés, κανονιζόμενα, κεκανονισμένα, et qu’ils sont deve­ nus ainsi canoniques, κανονικά, tandis que les livres, qui ne sont pas au canon, n'ont pas été canonisés, où κανονιζόμενα, ακανόνιστα. Les livres sont donc mis au canon ou hors du canon par un acte qui est exprimé par les verbes κανονίζειν et άποκανονίζειν et qui les rend, oui ou non, canoniques. Le sens premier du mot κανών et de ses dérivés, appliqués aux Livres saints, est ainsi clair el certain. Il ne veut pas dire « règle, me­ sure » et ne présente pas les livres comme une autorité régulatrice ou la règle de la vérité inspirée par Dieu. Ce ne sont pas eux, ni leur contenu, qui sont κανών ou règle; iis sont eux-mêmes, au contraire, l'objet d’une action qui les introduit au canon; ils sont « canonisés » et ils deviennent « canoniques ». Le mol κανών, appli­ qué à la collection des Livres saints, n'a donc pas eu primitivement la signification active de règle et de me­ sure; il a eu plutôt la signification passive de collection « réglée, définie n dont l’étendue était déterminée par la tradition ou l'autorité. La forme passive des parti­ cipes ou adjectifs verbaux dérivés de κανών el usités au milieu du IVe siècle impose cette signification. Κανών, appliqué â la Bible entière, a donc eu primitivement le sens de κατάλογος, ou de « liste » des livres reconnus dans l’Eglise comme inspirés. Le mot κατάλογο; était employé par Eusèbe. H. E., m, 25; vt, 25, P. G., t. xx, col. 269, 580, et Butin, dans le dernier passage cité, le traduit par canon. Le livre canonique est donc un livre « canonisé ». 2° Priorité de l'idée sur le mot. — L’idée, exprimée par le mol κανών, d’une collection déterminée d’écrits inspirés, avait précédé l'emploi de ce mot. A partir de Clément d'Alexandrie, cette collection se nommait διαθήκη, le Testament, et comprenait deux parties, l’Ancien, παλαικ, et le Nouveau Testament, καινή διαθήκη. Le livre qui en faisait partie était ένδιάδηκος. Origène, 4552 De oratione, 14. P. G., t. xi, col. 461 ; Eusèbe, H. E., ni, 3, 25; vi, 14, P. G., t. xx, coi. 216, 269, 549; le traducteur latin de In epist. S. Petri secundam enar­ ratio, deDidime, P. G.,t. xxxix,col. 1774, cf. col. 1742, a traduit plus tard ce mot par l'expression latine équiva­ lente : tn canone est. Saint Basile, Sermo de ascelica disciplina, 1, P. G., t. xxxt, col. 649 ; saint Epiphane. De mensuris et ponderibus, 3, 10, P. G., L xt.ni. col. 244, 253; CosmasIndicopleusles,7opog.cArûd., I. VII, P. G., t. Lxxxvm, col. 372, remplacent ένδιάδηκος par ενδιάθετος. Avant l'emploi du nom de διαθήκη, la collection biblique était désignée par le pluriel : αί γραφαί (rarement ή γραφή, qui était o-dinairement appliqué à un livre scripturaire en particulier) avec ou sans les épithètes : άγια·., ίεραι, Οείαι, κυριακαί. On la désignait encore en indiquant les livres principaux dont elle était compo­ sée : « la Loi et l’Évangile, » « les Prophètes et l'Apôtre, » ou par opposition à la littérature païenne « nos écrits », « notre littérature. » On entendait par là, non pas tous les écrits chrétiens, mais seulement ceux qui étaient reçus publiquement dans l’Eglise comme divins. A. Loisy, Histoire du canon du N. T., Paris, 1891, p. 123-125. Ces livres publics différaient par là même des livres apocryphes. Voir t. i, col. 14931500. On admet généralement que .Têsus-Christ et les apôtres ont laissé et transmis à l'Eglise le corps des Livres sacrés de l’Ancien Testament, non pas seulement de la Bible hébraïque, mais de la Bible hellénique ou des Septante. Eranzelin, Tractatus de divina traditione et Scriptura, 3» édit., Rome, 1882, p. 326-329; Didiot, Logique surnaturelle objective, théorème l.xxvn, Lille, 1892, p. 523-531. Toutefois, il est évident qu’ils ont lixé le canon de l’Ancien Testament, non par une décision expresse dont les Eglises n’ont jamais entendu parler, mais par l’usage qu’ils ont fait de la Bible grecque, usage qui s'est transmis dans l'Eglise. De l'histoire du canon du Nouveau Testament, il résulte qu’à partir de l’an 130 la collection des quatre Évangiles et d’eux seuls est constituée en fait et répandue partout; que dans le premier quart du IIe siècle, les Épitres de saint Paul sont réunies au nombre de treize au moins et lues dans l’Eglise entière. A ces deux collections se rat­ tachent les Actes el l'Épitre aux Hébreux. Les autres écrits canoniques du Nouveau Testament ne forment pas encore, au début du n» siècle, une collection; mais ils sont déjà plus ou moins répandus et ils servent à l'usage ecclésiastique en même temps que d'autres livres qui seront plus lard exclus du canon scripturaire. En tous cas, les deux collections des quatre Evangiles et des treize Épitres de saint Paul formaient à celte époque le noyau ferme de ce qu’on a appelé plus tard le canon du Nouveau Testament. A. Loisy. Histoire du ca­ non du Nouveau Testament, Paris, 1891, p. 40-46, 139. Voir col. 1583. 3» Nouvelle signi(ication du mot. — Les anciens écrivains grecs ont maintenu la signification primitive du mot canon. Mais les Syriens, les Latins et les Grecs plus récents ont donné à ce mot un sens actif, celui de « règle », même lorsqu’ils ont conservé la signification première de « catalogue ». Le traducteur syriaque de la xxxix" lettre festale de saint Athanase mélange peutêtre déjà les deux significations. Le titre de l’extrait grec de cette même lettre dit que l'évêque d’Alexandrie a fixé κανονικό·;, c’est-à-dire comme règle canonique, quels étaient les Livres saints reçus dans l'Eglise. Saint Isidore de Péluse, Epist., 1. IV, epist. exiv, P. G., t. i.xxvm, col. 1185, considère la Bible elle-même comme « la règle de la vérité »:τδν κανόνα τής αλήθειας, τά; θεία; φημί γραφάς. Macarius Magnés, A poor., ιν. 10, la nomme aussi τον κανόνα τή: καινή; διαθήκης. Au χιΐ' siècle, Zonaras, en commentant la lettre de saint Athanase, remplace l'expression originale par le terme moderne et entend le canon comme une règle. P. G., 1553 CANON DES LIVRES SAINTS 1554 t. cxxxvm, col. 564. Les écrivains latins ont reproduit t. xi. col. 360; cf. Eusêbe, H. E., vi, 2, 25. P. G., t. xx, l’idée primitive. Quelques-uns ont transposé en latin la col. 525, 581 ; Philosophoumena, x, 5, P. G., t. xvi, signification passive des participes grecs. Ainsi l’auteur col. 3414; Ilomil. Clement., Epist. Pétri ad Jacobum, de l’argument latin de l’Évangile de saint Jean signale n. 1, P. G., t. n, col. 25; Bacchiarius, Professio fidei, que le quatrième Évangile, bien que le dernier par η. 6, P. L., t. xx, col. 1034; ou le symbole des apôtres, ordre chronologique, tamen dispositione canonis ordi­ S. Irénée, Cont. hær., t, 9, n. 4; 22, η. 1, P. G., t. vu, nali post Matthæum ponitur. P. Corssen, Monarchiacol. 545, 669; Tertullien, De præscripl., 12-14, 26, nische Prologe zu den vier Evangelien, dans Texte und P. L., t. π, col. 26, 27, 38; Adv. Praxeam, c. Il, Unters., Leipzig, 1896, t. xv, fasc. 1, p. 7, cf. p. 65, 66. col. 157; De virginibus velandis, 1, col. 889; voir t. i, Le vieux traducteur latin du commentaire d'Origène sur Col. 1676-1677; Novatien, De Trinitate, 1, 9, P. L., saint Matthieu, In Matlh., comment, series, n. 28, P. G., t. m, col. 886, 905; ou même déjà le canon scriptu­ t. xtn, col. 1637, cite des livres canonizali. Une Expla­ raire, surtout le canon évangélique, c’est-à-dire l’accord avec l’Écriture, l’Evangile et les paroles de Jésus-Christ, natio symboli, attribuée à saint Ambroise, Caspari. Quellen zur Geschichte des Taufsymbols, Christiania, Tertullien, Adv. Marcion., m, 17, P. L., t. il. col. 345; 1869, t. h, p.56, dit de l’Apocalypse de saint Jean canoni­ le Valentinien Ptolémée écrivant à Flora, S. Épiphane, zatur. L’auteur de l'Opus imperfectum in Matlh., Il, Hær., xxxiii, 7, P. G., t. xi.i, col. 568, ces anciennes 23, P. G., t. lvi, col. 640, parle de prophètes, qui non idées, dis-je, ont été jointes à la notion de catalogue ou sunt nobis canonizali. Les mots κανών et κανονικός ont de collection des Livres saints, de façon à présenter l’Écriture comme la règle de la foi et de l’enseignement été latinisés. Le canon africain, publié par Mommsen et rapporté par lui à l’année 359, donne la liste des livres ecclésiastique. Cette dernière signification du mot « canon » s’est conservée et transmise dans l’Église et qui sunt canonici. Preuschen, Analecta, Fribourg-enBrisgau, 1893, p. 138, 139; Zahn, Grundriss der Ges­ elle est devenue la notion ecclésiastique du canon scripturaire. chichte des Eeûtes tamentlichen Fanons, Leipzig, 1901, 4» Définition. — Le canon des Écritures est donc la p. 81. Priscillien, dans ses divers traités, parle plu­ sieurs fois des livres et des Écritures « canoniques » et liste ou la collection, réglée par la tradition et l'autorité du « canon », notamment lorsqu’il dit. Liber de fide et de l’Eglise, des livres qui, ayant une origine divine et apocryphis, édit. Schepss, Corpus script, eccles. latin., une autorité infaillible, contiennent ou forment euxVienne, 1889, t. xv, p. 55, que l’épitre aux Laodicéens mêmes la règle de la vérité inspirée par Dieu pour n’est pas in canone. Saint Philastrius, Hær., 88, l’instruction des hommes. Les éléments divers, qui P. L., t. xn, col. 1199; Rufin, Comment, in symbol, entreirt dans cette définition, n’ont pas toujours été apostolorum, η. 37, P. L., t. xxi, col. 374, emploient énoncés .simultanément ni logiquement disposés et les expressions « canon » et « livre canonique ». Rufin hiérarchisés par les Pères et les écrivains ecclésias­ se sert souvent de ces mots dans ses traductions d’Oritiques. Ceux-ci mettaient en évidence et en première gène, par exemple, In Cant., prolog., P. G., t. XIII, ligne tantôt les uns tantôt les autres selon les circons­ col. 83, et dans sa version latine de VHistoire ecclésias­ tances ou les nécessités de leur exposition. Ils ont tique d’Eusêbe. Saint Augustin nomme fréquemment affirmé souvent, surtout lorsqu'ils traitaient e.r professo les Écritures « canoniques ». Epist., lxxxii, n. 3, du canon biblique en général ou de la canonicité d'un P. L., t. xxxm, col. 277; Contra Faustum manich., livre en particulier, que la tradition, l’autorité des Pères ou la pratique de l’Église, avaient réglé le canon 1. XXIII, c. ix, P. L., t. xlii, col. 471; De peccatorum meritis et remissione, 1.1, η. 50, P. L., t. xliv, coi. 137; ou reconnu l'inspiration ou l'autorité canonique des Serm., cccxv, η. 1, P. L., t. xxxvni, coi. 1426, etc. livres divins. Voir plus loin. S’ils insistent spécialement Mais sous le nom de « canon », ces écrivains latins dé­ sur cette autorité canonique, s’ils parlent des livres ca­ signent la Bible elle-même, de sorte que lorsqu’ils noniques comme constituant le principe régulateur de disent qu’un livre est ou n’est pas dans le canon, ils l’enseignement ecclésiastique, ils reconnaissent parfois entendent qu’il fait ou ne fait partie de la Bible. Ainsi explicitement et ils supposent toujours que l’autorité parle Priscillien, édit. Schepss, p. 41-56, 63. Saint Jé­ canonique et régulatrice leur vient de leur origine di­ rôme iui-même, Epist., I.XX1, n. 5, P. L., t. xxn, vine, admise et enseignée par l’Eglise. Il nous semble col. 671, appelle sa traduction latine, faite sur le texte donc qu’il n’y a pas lieu de distinguer avec M. Loisy, hébreu, canonem hebraicæ veritatis. Saint Augustin, De Histoire du canon de l’A. T., Paris. 1890, p. 87-88, 185, etc., deux notions différentes de la canonicité ; doctrina Christiana, 1. II, c. vin, n. 13, P. L., t. xxxiv, l’une, ancienne, consistant dans l’autorité régulatrice et col. 41, commence son catalogue des Livres saints par ces mots : Totus autem canon Scripturarum... his libris l’aptitude à régler la foi; l’autre, moderne, consistant dans la reconnaissance officielle de cette autorité par continetur. Cf. Speculum, P. L., t. xxxiv, coi. 946; l’Église. Ce sont seulement deux aspects divers d’une Contra Cresconium, I. II, c. xxxi, n. 39, P. L., t. xliii, coi. 489; S. Vincent de Lérins, Commonitorium, n.27, même question, qui ont été plus ou moins directement envisagés à des époques différentes de l’histoire du canon. P. L., I. L, coi. 674. Ils donnent alors au mot « canon » Tantôt on faisait spécialement ressortir que le principe le sens de « règle ». Saint Augustin, en effet, reconnaît régulateur de l’enseignement chrétien était renfermé en aux Livres saints une « autorité canonique ». Contra Cresconium, loc. cit.; De consensu evangelistarum, partie dans la collection scripturaire; tantôt, au con­ traire, on considérait cette collection elle-même en tant 1. I, c. I, η. 2, P. L., t. xxxiv, col. 1043; Spéculum, qu’elle était déterminée par la tradition ecclésiastique præf., P. L., t. xxxiv, col. 887-888; De civitate Dei, pour servir de règle à l’enseignement. Loin de s'exclure, 1. XV, c. xxiii, n. 4; I. XVII, c. xx, n. i; c. xxiv, ces deux notions se superposaient l'une à l’autre et se P. L., t. xi.i, col. 470, 554, 560, etc. Le livre canonique complétaient l'une par l’autre. Il reste vrai seulement ainsi envisagé devient un livre « régulateur ». Le tra­ qu’après la définition du concile de Trente et dans la ducteur latin du commentaire d’Origène sur saint Mat­ controverse avec les protestants, l’acception de recon­ thieu, In Malth., comment, series, n. 117, P. G., t. xm, naissance officielle des Livres saints par l’Église a été col. 1769, l’appelle livre regularis. Les anciennes idées constamment mise en première ligne dans la notion du de κανών, signifiant la règle de la vérité ou de la foi ou canon des Livres saints et a prévalu dans l’enseigne­ de l’Église, Polycrate, dansEusèbe, U. E., v, 24, P. G., ment théologique. Loisy, op. cil., p. 4-5. t. xx, col. 496; anonyme contre Artémon, ibid., v, 28, La canonicité d'un livre biblique diffère donc de son col. 516; S. Irénée, Cont. hær., m, 12, P. G., t. vu, col. 847; Clément d’Alexandrie, Strom., vi, 15, P. G., ’ inspiration. Celle-ci fait qu’un livre estd’origine divine, a Dieu pour auteur et par conséquent jouit d’une auto­ t. ix, col. 348, 349; Origéne, De princ., iv, n. 9, P. G., 1555 CANON DES LIVRES SAINTS rité infaillible pour régler la foi et les mœurs des fidèles. Voir INSPIRATION. La canonicité est la constatation que l’Eglise fait officiellement, par une décision publique, ou équivalemment, par l'usage et la pratique, de cette origine divine et de celte autorité infaillible. La cano­ nicité suppose l’inspiration et ne peut exister sans elle. L’Église ne peut rendre inspiré un livre qui ne l'est pas; mais elle peut déclarer inspiré un livre qui l’est et lui donner ainsi un caractère officiel, une autorité ca­ nonique qu’il n’avait pas auparavant, car un livre ins­ piré a pu ne pas être reconnu par tous dès l’origine, et, de fait, on a douté longtemps, en certains milieux, de l’origine divine de quelques livres bibliques- L’Église, s’appuyant sur une tradition réelle et constante, a dé­ claré divins des livres dont l'origine divine était en quelques lieux et pendant quelque temps demeurée douteuse, et a fait cesser ces doutes. Tel a été l’ensei­ gnement précis des théologiens et des controversistes après le concile de Trente. F. Sonnius, De verbo Dei, c. xii. La plupart ont résumé cette doctrine au moyen d’une distinction très claire. Ils distinguaient deux sortes de canonicité: l’une, in actu primo, d’après laquelle les Livres saints sont canoniques quoad se, par le seul fait qu’ils ont Dieu pour auteur; l’autre, in actu secundo, qui les rend canoniques quoad nos, lorsque l’Église déclare qu’ils sont inspirés. La pre­ mière leur confère l’autorité divine et la vérité infail­ lible et les rend aptes à être inscrits au canon, la se­ conde les inscrit au canon et leur confère réellement la canonicité. Stapleton, Princip. fidei relectio, I. V, q. v, a. I, Anvers, 1596, p. 505-507; Serarius, Prolegomena biblica, c. vit, Paris, 1701. p. 35-36; A. Contzen, Com­ ment. in quatuor Evangelia, In Luc., I, q. IV, v, 1626; .I. de Sylveira, Opusc., I, resol. i, q. n, iv, Lyon, 1687; A. Duval, Tractatus de fuie, q. t, a. 5. De Scriptura, Paris, 1636, t. n, p. 137-138; Salmeron, Comment, in evang. hist., I. I, prol. i, xxxn, Cologne, 1602, p. 5-7, 414-415; J. Bonfrère, Præloquia, c. nt, sect, ni, dans Migne, Cur­ sus Script, sac., t. i, col. 11. 11. Critérium de la canonicité. — Depuis que le concile de Trente, sess. IV, Decretum de canonicis Scripturis, a défini que tous les Livres saints, dont il a dressé la liste, sont sacrés et canoniques, c’est-à-dire ont Dieu pour auteur et. par suite, sont une des sources in­ faillibles de la révélation, aucun théologien catholique ne doute que l’Eglise seule possède le droit de déter­ miner et de fixer, par ses organes officiels, le pape ou un concile œcuménique, ou par son magistère ordinaire, le canon des Livres saints, et qu’elle soit, en matière de canonicité scripturaire, l'unique autorité compétente. Cela résulte de la notion même decanonicité. Si déclarer canonique un livre de l’Écriture, c’est affirmer qu’il est inspiré et imposer à tous les fidèles, comme vérité de foi, le lait de son inspiration, celle affirmation ne peut émaner que de l’autorité publique, infaillible et univer­ selle de l’Eglise. Les Pères et les docteurs ont toujours, nous le verrons bientôt, reconnu et attesté ce droit de l’Église. C. Chauvin, Leçons d’introduction générale, p. 76-78. Les protestants, qui opposaient la Bible à la tradition et à l’autorité de l’Église et faisaient d’elle la seule règle de la foi, ont prétendu pour la plupart que 1 Ecriture ne tenait pas son autorité de l’Eglise, mais de Dieu et non des hommes, et qu'elle l'avait par cela seul qu’elle élait la véritable parole de Dieu. Il y a eu toutefois quelques exceptions. Carlstadt, De canonicis Scripturis libellus, Wittemberg, 1520, tout en soute­ nant l’autorité exclusive de l’Écriture, mettait à la base de la canonicité des Livres saints leur réception dans I Église et admettait sur ce point la valeur de la tradi­ tion ecclésiastique. Le 39« article de l’Église anglicane dit expressément : « Sous le nom d’Écriture sainte nous entendons les livres de l’Ancien et du Nouveau Testan.-.u: d<^ l'autorité desquels l’Église n'a jamais douté... 155G Nous recevons tons les livres du Nouveau Testament qui sont communément reçus. » La Conlession de Bohême, rédigée en 1535, a. 1, 2’ édit., 1558, p. 17, reconnaît comme Écritures saintes qaæ in Bibliis ipsis continen­ tur et a Patribus receptæ autoritateque canonica dotalæ sunt. La Confessio wirlemburgica, rédigée par Brentz en 1552, dit aussi : Sacram Scripturam vocamus eos cano­ nicos libros V. et N. T. de quorum autorilate in Ecclesia nunquam dubitatum est. Mais ceux qui n’estimaient pas nécessaire de consulter la tradition ecclésiastique pour discerner les livres inspirés de Dieu devaient déterminer quel moyen plus infaillible restait au chrétien pour faire ce discernement et quel critère devait le guider dans son choix. E. Beuss, Histoire du canon des saintes Ecritures dans l’Église chrétienne, 2« édit., Strasbourg, 1864, p. 308-320. Ils ont proposé divers critères, que nous allons exposer avant de les opposer à la doctrine catholique. I. selon les protestants. — 1° D’après Luther et ses premiers disciples. — Dans la question du canon bi­ blique, Luther s’est placé au point de vue dogmatique et a présenté un critère théologique; ce critère était la doctrine de l’Évangile telle qu’il la comprenait. Selon lui, le christianisme tout entier se résumait dans la thèse du salut gratuit, de la justification parla foi seule en Christ sauveur, à l’exclusion des œuvres. Cette doctrine devint le critère de la canonicité, qui résultait de l’enseigne­ ment de chaque livre sur le Christel le salut des hommes. Les autres critères, les noms et la dignité des auteurs, étaient insuffisants. Luther graduait donc les Livres saints d’après la nature des enseignements qu’ils contiennent. En comparaison des écrits du Nouveau Testament qui montrent le Christ et enseignent tout ce qui est néces­ saire au salut, l’Épilre de saint Jacques n’est vérita­ blement qu’une épître de paille, car elle n’a pas la ma­ nière de l’Évangile. Vorrede aufdas N. T., 1522, Werke, Erlangen, t. lxiii, p. 114. La véritable pierre de touche pour jugertous les livres consiste à constater s’ilsparlent, oui ou non, du Christ. Toute Écriture doit nous mon­ trer Christ. Ce qui n’enseigne pas Christ n’est pas apos­ tolique, vint-il de Pierre ou de Paul; ce qui prêche Christ est apostolique, quand même il viendrait de Judas, d’Anne, de Pilate ou d’Hérode. Aussi l’Épilre de saint Jacques, quoique contenant des préceptes utiles, contredit Paul et toule l’Ecriture sainte et ne peut être dans la Bible, au moins parmi les livres principaux. Vorrede auf die Epist. Jacobi, ibid., p. 157. Pour la même raison, l’Apocalypse fut d’abord peu estimée de Luther. 11 ne la tenait ni pour apostolique, ni pour ins­ pirée. « Mon esprit ne peut s’accommoder de ce livre, et il me suffit de voir que le Christ n’y est ni honoré ni connu, tandis que la première tâche que Jésus ait donnée à ses apôtres est celle-ci : Vous me servirez de témoins. C’est pourquoi j’en reste aux livres dans les­ quels le Christ m’est présenté clairement et purement. » Vorrede auf die Apokalypse, 1522. Cf. S. Berger, La Bible au xvp siècle, Paris, 1879, p. 86-107; A. Credner, Geschichte des Neutestamentlichen Kanon, Berlin, I860, p. 330-333. Luther jugeait aussi les livres de l’Ancien Tes­ tament d’après ce même principe et il recherchait en eux l'élément évangélique. Il écartait les livres qu'on appelle deutérocanoniques, parce qu’il n’y reconnaissait pas lui-mème sa doctrine, plutôt que parce que la Syna­ gogue ne les avait pas reçus. Il appréciait les livres protocanoniques en raison de ce qu’ils prêchaient plus< < moins le Christ. Il mettait donc la parole de Dieu, t-lle qu’il l’entendait, au-dessus de l’Écriture. et celte paru!··, ou la révélation du Christ rédempteur, lui servait a discerner les livres de l’Ecriture. Une pareille théorie ne pouvait pas aboutir à une délimitation rigoureuse du canon biblique, et si Luther exaltait très haut l’Écriture a l’encontre de la tradition et de l’Église, c’est uu’il pré­ tendait retrouver dans l’Écriture, au sens qu il loi don- 1557 CANON DES LIVRES SAINTS naît, sa propre doctrine sur l’Évangite. Son critère théologique de la canonicité résultait donc de son en­ seignement sur la justification par la foi, appliqué comme norme de démarcation des livres inspirés. E. Reuss, Histoire du canon des saintes Écritures, p. 339-354; Rabaud. Histoire de la doctrine de l’inspi­ ration des saintes Ecritures, Paris, 1883. p. 38-40. Mélanchlhon et Elacius s'appuyaient, comme Luther, sur l’analogie de la foi pour discerner les livres canoniques des non canoniques. Reuss, op. cit., p. 354-356. 2° D'après Calvinel les premiers calvinistes. — Calvin s’est demandé comment on peut se persuader que l'Écriture vient de Pieu. Il a répondu que « l'Escriture a de quoy se faire cognoistre comme les choses blanches et noires ont de quoi montrer leur couleur et les choses douces et amères leur saveur ». Institution, 1. 1, c. vu, n. 2. L'Ecriture elle-même, son enseignement, son es­ prit, ses formes et surtout les effets qu'elle produit sur les lecteurs bien disposés révèlent son origine et sa di­ gnité et imposent les vérités qu'elle proclame. Toute­ fois ce témoignage que l'Ecriture se rend ainsi à elle-même ne repose pas sur des raisons humaines; c’est le témoi­ gnage même que le Saint-Esprit lui rend dans les cœurs. Cet Esprit fait valoir et garantit les marques in­ térieures que l'Ecriture présente de son origine divine. « Que nous lisions Demosthene ou Cicéron, Platon ou Aristote, ou quelques autres de leur bande : je confesse bien qu'ils attireront merveilleusement et détecteront etesmouveront jusquesàravirmesme l’esprit ; mais side là nous nous transportons à la lecture des sainctes Escritures, veuillons ou non, elles nous peindront si vive­ ment, elles perceront tellement nostre cœur, elles se ficheront tellement au dedans des moelles, que toute la force qu’ont les rhetoriciens ou philosophes, au prix de l'efficace d'un tel sentiment, ne sera que fumée. Dont il est aisé d'appercevoir que tes sainctes Escritures ont quelque propriété divine à inspirer tes hommes, veu que de si loing elles surmontent toutes les graces de l’in­ dustrie humaine. » Ibid., c. vin, n. 1. Les autres rai­ sons ne sont pas suffisantes pour prouver la certitude de l’Ecriture. Le Père céleste, qui y fait reluire sa divinité, l'exempte de tout doute et de toute question. Ibid., c. XV, S. Berger, op. cit., p. 115-118; Rabaud, op. cit., p. 5860. Pour que ce sentiment se produise, il faut la foi, et Calvin fait appel à l’expérience intime des chrétiens. Voir col. 1399-1400. Les théologiens calvinistes ont reproduit la doctrine du chef de la secte. P. Viret, De vero verbi Dei ministerio, i. I, C. v; 1. II, c. HI. Ils disaient que l’an­ cienne Église, en formant te canon, avait été guidée par te Saint-Esprit. Vermigli, Loci communes, cl. 1, 1. VI, 8. La seconde Confession helvétique, c. 1, déclare que l’effet de la lecture de l’Écriture dépend, comme celui de la pré­ dication, de l’illumination intérieure du Saint-Esprit. La Confession des Pays-Bas reçoit ces livres comme saints et canoniques,c’est-à-dire comme règlesuprème de la foi, et croit ce qu'ils contiennent, « parce que 1e Saint-Esprit atteste dans nos cœurs qu'ils émanent de Dieu et qu'ils portent eneux-mèmes son approbation » (a. 5). La Con­ fession française les reconnaît « non pas seulement d’après le sentiment unanime de l’Église, mais beau­ coup plus d'après le témoignage du Saint-Esprit et la conviction qu'il donne intérieurement, car c’est lui qui apprend à tes distinguer d'autres écrits ecclésiastiques » (a, 4). Cette théorie de la canonicité, appuyée sur te té­ moignage intérieur du Saint-Esprit, découle du fond même du protestantisme qui écarte les intermédiaires entre Dieu et les âmes et s’en tient surtout à la cons­ cience religieuse de chaque chrétien. Mais elle pro­ pose un critère incertain. L’action du Saint-Esprit sur tes lecteurs de l’Écriture ne se fait pas tou­ jours sentir et n’est pas uniforme. Les protestants ré­ pondent, il est vrai, que cette diversité d'action dépend de la variété des dispositions des lecteurs et de la di­ 1558 versité des voies de Dieu dans l’œuvre du salut. En pratique donc la théorie est insuffisante, et tes calvi­ nistes eux-mêmes ont varié au sujet des livres qu’ils appellent apocryphes et ils ont dû recourir à d’autres critères. E. Reuss, op. cil., p. 320-339. 3° D’après les calvinistes suisses et les luthériens à partir du xvil· siècle. — Tout en continuant à exalter l’autorité de l’Écriture au détriment de celte de la tra­ dition, tout en maintenant en première ligne l'action intérieure du Saint-Esprit dans 1e cœur des tidèles, ac­ tion sans laquelle la véritable foi n'existe pas, tes théo­ logiens protestants aboutirent bientôt à rendre cette action inutile et superflue et proposèrent d’autres cri­ tères qui devaient produire la conviction humaine (/ides humana) préparatoire à l'acte de foi que l'Ecriture est divine. Ils distinguèrent deux sortes de critères. Les uns, dits internes, dérivaient de la forme et du contenu de l’Écriture; les autres, dits externes, découlaient de son antiquité, de la propagation de l’Évangite, de la foi des martyrs, de la crédibilité des écrits bibliques, du carac­ tère des écrivains inspirés, des miracles et des prophé­ ties, enfin et surtout du témoignage de l’ancienne Eglise. Mais ils considéraient l’Église comme un té­ moin, qui garde le dépôt et veille à sa conservation, plutôt que comme unjugequi règle le recueil sacré de sa pleine autorité. Elle avait eu le devoir, et non le droit, d’approuver et de recevoir l’Écriture et de dresser 1e catalogue officiel des livres canoniques. Cependant quelques-uns évitaient de prononcer te nom de l’Église et se bornaient à dire que des individus pieux du ju­ daïsme et du christianisme avaient possédé te don de dis­ cerner tes Ecritures canoniques et avaient composé h s recueils des deux Testaments. L'Église juive avait ga­ ranti ('Ancien Testament. Jésus-Christ et tes apôtres avaient accepté la Bible hébraïque. L’Église primitive avait fixé te recueil des livres inspirés. On discutait seu­ lement si elle y avait compris tes deutérocanoniques dont finalement on admit la canonicité. E. Reuss, op. cil., p. 360-392; Rabaud, op. cil., p. 142-155. 4“ D'après les critiques modernes. — Depuis Semler, A bhandlung von freier Vnlersuchung des L'anon, 4 vol., 1771 sq., beaucoup de protestants ont traité la canonicité des Livres saints exclusivement d’après tes principes de la critique historique. Ils ont rejeté la tradition aussi bien que 1e témoignage intérieur du Saint-Esprit. Ils se bornent à écrire l'histoire de la formation dit canon biblique. Ils discutent tes témoignages anciens et tes contrôlent par te contenu des livres eux-mêmes. Ils abandonnent en outre la notion traditionnelle de l'inspiration et recherchent seulement quelles étaient tes pensées des écrivains sacrés qu'ils replacent dans leur milieu social et religieux. Les livres bibliques ne sont plus pour eux que des documents de la pensée re­ ligieuse telle qu’elle s’est formée autrefois au sein du judaïsme et de la première génération chrétienne. Le canon biblique des deux Testaments n’est donc que la collection des restes de l'ancienne littérature hébraïque ou des livres, apostoliques ou non, qui expriment la pensée despremiers écrivains du christianisme. E. Reuss, op. cil., p. 411-431. Pour la discussion de ces critères, voir Franzelin, Tractatus part. It, sect. 1, c. It, th. v, vm, 3· édit., Rome, 1882. p. 372-382, 397-399; Hurter, Theologiœ dogmalicæ compendium, 3· édit., Inspruck, 1880, th. xxvn, xxvnt, p. 154-157: Gilly, Précis d’introduction ù l’Écriture sainte, Nîmes, 18G7, t. I. p. 73-76; Ubaldl, Introductio in sa­ cram Scripturam. 2· édit., Rome, 1882, t. 1, p. 31-50, 116-121; Trochon. Introduction générale, Paris, 1886, t. t. p. 89-1’4; F. Sclimid, De inspirationis Bibtiorum vi et ratione, Brixcn, 18 5, p. 364-387; Crels, De divina Bibitorum inspiratione, Louvain. 1886, p. 11-32; Zanecchia. Divina inspiratio sacra­ rum Scripturarum ad mentem S. Thomæ Aquinatis, Rome, s. d. (1898), p. 21-28; Chauvin. L'inspiration des divines Écri­ tures, Paris, s. d. (1896), p. 79-106. - de divina traditione et Scriptura, 1559 CANON DES LIVRES SAINTS u. selon les catholiques. — Tons les théologiens catholiques, â l’encontre des protestants, enseignent que l’unique critère de l’inspiration et de la canonicitê des Livres saints est le témoignage de Dieu transmis, non par la voie des traditions humaines, mais par la tradi­ tion catholique, el interprété par le magistère de l’Êglise, Au lieu de prouver cette thèse en reproduisant la série d’arguments que ces théologiens développent, nous préférons faire l’histoire de cette doctrine et montrer comment les Pères et les écrivains ecclésiastiques l’ont diversement présentée au cours des siècles. Cette mé­ thode nous permettra de connaître les diverses manières dont la divinité et la canonicitê des Livres saints ont éledémonlréessuccessivementou simultanément. Les ar­ guments étaient différents Selon que les Pères et les théologiens voulaient prouver directement ou bien l’ori­ gine divine et l'autorité régulatrice des Livres saints ou bien la reconnaissance de cette origine et de celle auto­ rité par l’Êglise. 1" Preuves de l’origine divine et de l'autorité régula­ trice des Livres saints. — Les Pères apologistes du IIe siècle ont les premiers démontré l'origine divine de l’Êcriture qu'ils citaient aux païens en preuve de la mis­ sion divine de Jésus-Christ. Voir t. i. col. 1596. Saint Justin, dont l'esprit n'avait pas été satisfait par les di­ vers systèmes philosophiques qu'il avait étudiés, Pial, cum Tryphone, c. il-v, P. G., t. vi, col. 476-489, a trouvé la vérité qu'il cherchait dans les prophètes de l'Ancien Testament. Les philosophes n’avaient pas la vérité; cela résulte des enseignements absurdes qu'ils débitaient, Cohort, ad Græcos, c. 1I-V, col. 241-253; c. xi, col. 261 ; Apol., I, c. xi.iv, col. 396; II, c. xm, col. 465, et de leurs divergences relatives à la religion. Coh., c. VI, vu, vin, col. 253, 256-258; Apol., II. c. x, col. 460. L’Écri­ ture, au contraire, est vraie et divine, et cela résulte de l'accord admirable qui existe entre les écrivains sacrés. Ils ont la même doctrine sur Dieu, l’origine du monde, la création de l’homme, l’immortalité de l'âme, le ju­ gement dernier et tout ce qui est nécessaire au salut, bien qu'ils aient écrit en des temps et des lieux diffé­ rents. Saint Justin en conclut que les prophètes inspi­ rés ontenseigné la vérité. Coh., c. vin, col. 256-257; cf. Êreppel. Les Pères apologistes au il’ siècle, 9« leçon, р. 169-173. Une autre preuve de l'origine divine des Ecritures, preuve que le saint docteur appelle μεγίστην καί άληβεατάτην άπόίειξιν, Apol., I, c. xxx, col. 373, est tirée des prophéties de l'Ancien Testament, dont la plupart sont réalisées en Jésus-Christ et son Eglise. Ibid., с. x.xxi-Lin, col. 376-408. Puisque la prophétie est un don divin, ibid., c. xit, col. 315; Coh., c. vm, x, col. 256, 261, les prophètes juifs ont été inspirés par le Saint-Esprit dans leurs écrits. Apol., I, c. xxxi-xxxm, xxxv, xxxix, XL, col. 376, 377, 380, 381, 384, 388, 389; ci. Reuss, Histoire du canon, p. 49-50; J. Delitzsch, Deinspiralione Scriptures sacræ quid statuerint Patres apostolici et apologetic secundi sæculi, Leipzig, 1872. p. 3841. D'ailleurs saint Justin ne restreignait pas sa foi à l’inspiration des seuls écrits prophétiques, il l'étendait à tous les livres de l'Ancien Testament, dont les auteurs étaient pour lui des prophètes. Coh., c. ix-xi, xxvm, col. 257, 261, 264, 293; Apol., I. c. xxxil, liv, lix, col. 377, 409, 416. Les livres historiques eux-mêmes ont été écrits sous l'inspiration prophétique. Coh., e. xxxv, col. 304. Tatien, disciple de saint Justin, avait constaté, lui aussi, le vide de l’enseignement des philosophes. 11 suit donc la même méthode que son maître pour prou­ ver la divinité de l’Êcriture. Le désaccord des philo­ sophes est un indice certain de la fausseté de leur doc­ trine, car la vérité ne se contredit pas. Oral. adv. Græcùs, c. n, m, xxv, P. G., t. vi, col. 805-812, 860-861. Les chrétiens sont unanimes dans leur enseignement qui vient de Dieu. Ibid., c. XXXII, col. 872. La philoso­ phie chrétienne est vraie, parce qu’elle a été annoncée 1500 par les prophètes. Ibid., c. xxix, xxxvi, col. 668, 880. Tatien appelle donc les Écritures : βειοτα-ας έφμηνεία:, διά γραφής έξεληλέγμένας, θειοτέρας έχφωνησεως λόγους. Ibid., c. χιι, col. 832. Athénagore oppose, lui aussi, la doc­ trine des chrétiens à celle des poètes et des philosophes. Celle-ci est incertaine et fausse, puisque ses partisans sont en désaccord complet, celle-là est divine et a été divinement inspirée aux prophètes. Les philosophes sont allés à la recherche de la vérité, poussés non par Dieu mais par leur esprit propre; les prophètes ont parlé sous l’impulsion du Saint-Esprit. On ne peut donc refuser de croire â l’Esprit de Dieu, dont les pro­ phètes n'étaient quelesorganes. Legal, pro christ., c. vu, ix, P. G., t. vi, col. 904, 905, 908. Converti par la lec­ ture des Livres saints, Théophile d’Antioche presse Autolychus de se convertir pour ne pas subir les sup­ plices éternels prédits par les prophètes, car toutes les prédictions faites par les prophètes s’accomplissent. Ad Autolyrh., 1. I, c. xiv, P. G., t. vi, col. 1045. Une autre raison de croire aux oracles prophétiques, c’est leur harmonie. Ibid., 1. Ill, c. xvn, col. 1144-1145. Celte harmonie ne se rencontre pas chez, les philosophes et les poêles, qui sont inspirés par le démon et qui mêlent toujours le faux au vrai. Ibid., I. Il, c. vm; I. III, c. m, col. 1060, 1061, 1124. Les prophètes, mus par le même esprit qui est l’Esprit de Dieu, annoncent la vérité sans mélange d’erreur. Ibid., 1. II, c. ix, xxxv, col. 1064, 1109. Quand les gnostiques, retournant contre l’Êcriture l'argument des Pères apologistes, prétendirent que les Écritures étaient en désaccord, et par conséquent faus­ ses, S. Irénée, Cant, hær., 1. Ill, c. il, P. G., t. vu, col. 846; S. Épiphane, Hær., xliv, P. G., t. xi.i, col. 823, quand Marcion opposa le Nouveau Testament à l’Ancien et soutint que ce dernier provenait du mauvais principe, Tertullien, Adv. Mareion., 1. 1, c. xix; 1. IV, c. I. P. L., t. u, col. 267, 361, voir l. i, col. 1382-1384, 1393-1398, les Pères affirmèrent et démontrèrent l’accord des deux Testaments en vue de prouver la divinité de l’Ancien. Saint Irénée emploie les deux livres, IIIe et IV’, de son traité Contra htereses à montrer cet accord. Voir en particulier, 1. Ill, c. XI, n. 11; I. IV, c. IX, P. G., t. vu, col. 905, 996-999. Un de ses principaux arguments est l'accord doctrinal. L. IV, c. x, n. 1; c. xi, η. 1; c. χιι, n. 3, col. 1060, 1001, 1005. Les différences réelles que l’on constate dans les deux Testaments n’empêchent pas qu'ils ne soient l'œuvre du même Dieu. L. IV, c. xv, n. 2, col. 1014. Le même Verbe de Dieu a envoyé les prophetes et les apôtres dans l’esprit de vérité et non dans l’esprit d’erreur. L. IV, c. xxxv, xxxvi, n. 5, col. 1087, 1095. Tertullien, qui, nous le dirons plus loin, recommandait une méthode différente contre les hérétiques, réfuta néanmoins directement Marcion dans son traité Adversus Marcionem. Il montra en particulier que les prophètes de l'ancienne alliance avaient annoncé le Christ et que le Christ avait parlé par leur bouche, 1. 111, c. n, v, v:, P. L., t. n, col. 323, 326-328, et il conclut que l’Esprit du créateur avait prédit le Christ. L. 111, c. xxil, col. 353. Il expliquait les diversités des deux Testaments en disant que leur unique auteur s'était conformé aux états et à la situation différente du genre humain. L. IV, c. I, col. 361-363. Dans son Apo­ logétique il démontre aux païens l'autorité de l’Êcriture. Il la fonde sur l’inspiration prophétique de ses auteurs. C. xxiii, P. L., t. i, col. 377-381. 11 la prouve par son antiquité, l'accomplissement de ses prophéties et par les malheurs que les juifs ont attirés sur eux par leur in­ crédulité. C. xix, col. 391. Les lettres des chrétiens sont donc des paroles de Dieu, aliment de la foi et fonde­ ment de l’espérance. C. xxxi, xxxix, col. 446, 468-469. Clément d’Alexandrie, voulant convertir les Grecs au Christ qui a parlé par les prophètes, Coh. ad Græcos, c. i, P. G., t. vm, col. 64, montre que les philosophes 156-1 CANON DES LIVRES SAINTS et les poêles n’ont pas connu la vérité complète sur Dieu. Passant à l’examen des écrits prophétiques, il constate que, grâce à un enseignement différent, simple et sans ornement, ils ont détourné les hommes du vire et de l'idolâtrie et enseigné des règles morales. C. vt, col. 173. Ils ont prêché le vrai Dieu, ou, pour mieux dire, l’Esprit de Dieu a parlé par leur bouche. C. vin, ix, col. 188-193. C'est le même pédagogue qui enseigne, quoique diversement, dans les deux Testaments. Pædag., c. vu, xi, col. 320-321,365. Les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament ont Dieu pour auteur principal ; la philosophie vient de Dieu aussi et non du diable, mais par simple conséquence, parce que les philosophes ont volé aux saintes Ecritures les étincelles de vérité, qui brillent dans leurs livres. 8'lroni., t, 5.17, col. 717, 796. Clément prouve contre Basilide et Valentin que Dieu est l'auteur des deux Testaments et qu’il n’y a qu’une seule foi. fondée sur les prophéties et parachevée dans l’Évangile. Strom., n, 6; iv, 1; Cont. Valentin., I. IV, c. ΧΠ, col. 964, 1216, 1297. Origéne, ayant à défendre les Écritures contre le païen Celse, affirme que le Saint-Esprit habitait dans l'âme de Moïse qui a parlé de la religion avec plus de clarté que Platon et qu’aucun philosophe grec ou barbare. Cont. Celsum, 1, 19, P. G., t. ix, col. 693, 696. Moïse a écrit les lois que Dieu promulguait et rédigé l’histoire confor­ mément â la vérité, m, 5, col. 928. La lecture attentive de ses écrits et notamment du récit de la création aurait convaincu Celse que le Saint-Esprit avait inspiré le prophète, iv, 55, col. 1120. L’amour de la vérité et le zèle persistant â corriger les humains sont des indices de l’inspiration de ceux qui, comme Moïse et les pro­ phètes, ont ces qualités, iv, 4, 7, col. 1033, 1037. La conduite de ces hommes inspirés, comparée â celle des philosophes, suffit â montrer que leurs écrils sont divins, tandis que ceux des philosophes apparaissent comme des œuvres humaines, ni, 81, col. 1028. il fallait que les juifs eussent des prophètes pour annoncer l’avenir, afin de ne pas paraître inférieurs aux païens qui avaient des oracles, des augures et des aruspices, i, 36; ni, 2, col. 728-729, 924. Or les juifs croyaient avec raison que leurs prophètes étaient inspirés et ils joi­ gnaient leurs livres à ceux de Moïse qu’ils tenaient pour sacrés, I, 43; m, 2, 3, col. 741, 921, 925. Les chrétiens partagent sur ce point ta foi des juifs, 1, 45; m, 4; v, 60, col. 744, 925,1276, et ils ne se trompent pas, car la prescience de l'avenir prouve l'inspiration divine, Dieu seul pouvant prévoir les choses futures, I, 35; VI, 10, col. 728, 1305. D’ailleurs, la foi des chrétiens n'est pas aveugle; l’Esprit-Saint, qui a inspiré la doctrine chré­ tienne, l’a appuyée par des prophéties claires et évi­ dentes et par des miracles, i, 2, 50, col. 656, 753. La vérité et ta divinité des prophéties résultent tant de leur matière, l’avenir, accessible à Dieu seul, que de leur accomplissement, iv, 21 ; vi, 10; vu, 10, col. 1056, 1305. 1436. Enfin, une bonne vie, digne du Saint-Esprit qui les anime, distinguait les véritables prophètes des faux prophètes, vil, 7, col. 1429, 1432. Origène avait déjà réfuté par les mêmes arguments Apelle qui ne trouvait pas dans les écrits de Moïse des indices de l'ins­ piration de leur auteur. In Gen., hoinil. n, n. 6, P. G., t. xii, col. 165; cf. In Num., homil. xxvi, ibid., col. 774. Pour le célèbre docteur d’Alexandrie, 1a démonstration de la vérité et de l'inspiration des Ecritures par l'accom­ plissement des prophéties n’élait pas seulement un pro­ cédé d’apologétique contre les païens et les hérétiques; c’était une méthode fondée sur les principes. Dans le Περί αρχών, Origène démontre la divinité des Écritures afin de pouvoir en tirer légitimement des arguments en faveur de la doctrine chrétienne. Or la principale preuve de l'inspiration des Écritures est l’accomplisse­ ment des prophéties messianiques. L’avènement de JésusChrist dans le monde prouve irréfragablement 1a divi­ 1562 nité des livres de l’Ancien Testament, au point que leur origine divine ne pouvait auparavant être clairement démontrée. De princ., iv, 6, P. G., t. xi, col. 352-353. Cf. A. Zollig, Die Inspirationslehre des Origenes, Fribourg-en-Brisgau, 1902, p. 7-15. Saint Cyprien citait avec confiance les deux Testaments pour prouver ta doctrine chrétienne, car celui qui craint Dieu sait que les prédictions divines sont véritables et que l’Ecriture ne peut mentir. De opere et eleemosynis, 8. P. L., t. iv, col. 608. Pour lui, le prophète inspiré dit ta vérité. Ad Demetrianum, 11, ibid., col. 552. Au début du ive siècle, Lactance. après avoir exposé, au 1. III de ses Institutions divines, que les philosophes avaient vainement tenté de répandre la vérité, prouve au 1. IV ta divinité de la religion chrétienne. Son pre­ mier et principal argument est l’autorité des prophètes, dont les oracles, pleinement réalisés, sont l'œuvre du Saint-Esprit. C. v, P. L., t. vi, col. 458-459. L’accord des prophètes dans la doctrine et dans leurs oracles est une autre preuve de leur inspiration divine. L. I, c. iv; 1. IV, c. xi, col. 127-128, 475. Leur style simple et barbare ne nuit pas à leur autorité. La vérité néglige le fard. L. V, c. I, col. 550. Dieu, qui inspirait les prophètes, aurait pu leur donner l’élégance du langage; il a voulu rendre clair son enseignement et le mettre à la portée de toutes les intelligences. L. VI, c. xxi, col. 714; cf. 1. III, c. i, col. 350. Arnobe, Adv. gentes, 1. I, c. lvui, P. L., t. v, col. 796, réfutait de ta même manière l'objection que les païens tiraient du style simple et de la tangue vulgaire des évangélistes. Eusèbe de Césarée, dans sa Préparation évangélique, sui ta méthode des anciens apologistes et prouve la divi­ nité et l’inspiration des prophètes par l'accomplissement des prophéties, I. I, c, in, iv; L VI, c. xi ; 1. XIII, c. xiv, P. G., t. xxi, col. 32-37, 481, 484, 1140; par la doctrine profonde de l'Ancien Testament, exposée dans un style simple et clair et comparée aux erreurs des philosophes sur Dieu, 1. Ill, c. x: 1. XV, c. 1, col. 189, 1296. et par l'admirable harmonie des écrits prophétiques, 1. XIV, c. n, m, col. 1184-1185, comparée au désaccord des philosophes. L. XV. c. l.xn, col. 1408. Après avoir ainsi démontré l’origine divine des livres hébreux. Demonst. ev., 1. I, proœm., P. G., t. xxii, col. 16, Eusèbe leur em­ prunte des arguments en faveur de 1a religion chré­ tienne. L. I. c. I, col. 20. 11 compare, d’ailleurs, les pro­ phètes juifs et les devins païens, et il montre longuement que, tandis que les devins du paganisme étaient inspirés par les démons, les prophètes juifs parlaient et écri­ vaient sous le souille du Saint-Esprit. Præp. ev., I. IV, c. i-xv ; 1. V, VI, c. l-v, P. G., t. xxi, col. 229-245, 307401, 404-412; Demonst. ev., 1. V, proœm.,Τ’. G., t. xxii, col. 337-341. A son tour, pour réfuter les calomnies de Julien i'Apostat contre les livres de Moïse el des prophètes, saint Cyrille d'Alexandrie prouve qu’ils contiennent seuls ta vérité sur Dieu. De même qu’Eusébe, Præp. ev., 1. 1X-X, P. G., t. xxi, col. 679-842, il prétend que les Grecs ont connu les écrits des Hébreux et leur ont ravi les parcelles de vérité qui se trouvent dans leurs propres ouvrages. Seuls leurs emprunts â ta littérature hébraïque sont vrais. Quand ils parlent d'eux-mêmes, les philosophes grecs sont en désaccord entre eux et disent des absurdités. Moïse, les prophètes, les apôtres et les évangélistes, inspirés de Dieu, disent la vérité sur Dieu et ne se contredisent pas. Coni. Julian., 1. I, P. G., t. l.xxvi, col. 524, 525. 540, 545. Les écrivains inspirés ont montré par la sainteté de leur vie et par les miracles qu’ils ont opérés, qu’ils disaient ta vérité et qu’ils étaient dignes de foi. L. VIII, col. 913, 936. Saint Chrysostome, Exposit. in Ps. iv, n. 11, P. G., t. i.v, col. 57, lait reposer, lui aussi, la divinité des livres prophétiques sur la réalisation des prophéties qu’ils contiennent. Saint Augustin lui-même, qui a si forte- 1ύ63 CANON DES LIVRES SAINTS 1564 ment relevé l’autorité de l’Église eh matière de canoniment. in sac. Script., In II Tint., tir, 10,1662. Plus tard, Serarius, qui rejette le critère indiqué par Calvin, s’appuie cité (voir col. 1566), n'hésite pas à prouver l'inspiration des prophètes par l'accord surprenant de leurs prédic­ cependant encore sur les critères internes pour prouver tions. De. consensu evangelist., I. Ill, c. vu. η. 30, P. L., l’origine divine des Livres saints. Prolegomena biblica, c. iv, q. ι-xu. Tobie Lohner, Institutiones quintuplicis t. xxxiv, col. 1175-1176. Il affirme maintes fois que Pieu, qui prévoit l’avenir, l'a prédit par la bouche et la theologi», tr. I, 1. I, tit. tv, v, 1679, joint au témoignage plume des prophètes. de Jésus-Christ, des apôtres et des Pères en faveur des Celte manière de démontrer l’origine divine de l’Écrilivres inspirés celui de Dieu ou les miracles, l’accom­ plissement des prophéties et le contenu lui-même de la lure par son contenu a persévéré dans l’Église, même lorsque d’autres méthodes avaient prévalu. Ainsi JuniBible, qui est saint et conforme à la raison. Noël Alexandre, Hist. eccl. V. T., diss. XII in rv“” ætatem, lius, à la question : Unde probamus libros religionis 1676, suit la même méthode. Pour démontrer que l'Écri­ nostræ divina esse inspiratione conscriptos? répond : ture est une règle infaillible de la foi, Suarez, s’appuie Ex mullis, quorum prima est ipsius Scripturæveritas, principalement sur le fait de son origine divine ou de deinde ordo rerum, consonantia præceptorum, modus son inspiration. A ce motif de foi, il joint cependant, locutionis sine ambitu puritasque verborum. Additur comme simples motifs de crédibilité, l'accomplissement conscribentium et pnedicanlium qualitas, quod divina des prophéties, l’accord et l'harmonie de tous les livres homines, excelsa viles, infacundi subtilia nonnisi divino canoniques, la sainteté et la pureté de leur doctrine. repleti Spiritu tradidissent ; t um praedicationis virtus, De fide, disp. V, sect, m, n. 8, Opera, Paris, 1858, t. χιτ, quse mundum licet a paucis despectis praedicaretur, p. 144-145. Dès lors, ce n’est plus qu'à ce titre qu’ils obtinuit. Accedunt his testificatio contrariorum utsibylsont invoqués, ou bien comme simples confirmations larum vel philosophorum, expulsio adversariorum, de la thèse prouvée par l'autorité de l’Église, ou bien utilitas consequentium, exitus eorum quse per accep­ dans la polémique avec les incrédules qui ne se rendent tiones et figuras prædictionesque prædicta sunt; ad pas à la déclaration de l’Eglise. Cf. Frassen. Disquisi­ postremum miracula jugiter facta, donec Scriptura tiones biblicæ, I. I, c. t ; 1. III, c. m, Paris, 1682; E. Dupin, ipsa susciperetur a gentibus, de qua hoc nunc ad maximum miraculum sufficit, quod ab omnibus sus­ Prolégomènes sur la Bible, 1. 11, c. 1; Juenin, Institu­ tiones theologian, proleg., diss. IV, c. ni, Paris, 4701 ; cepta cognoscitur. Instil, regul. divinas legis, 1. II, Calmet. Dissertation sur l'inspiration des livres sacrés, c. xxix, P. L., t. Lxvni, coi. 42; Kihn, Theodor von dans Dissertations, Paris, 1720, t.l, p. 56-73; Chérubin Mopsueslia und Junilius Africanus ais Exegeten, Fride Saint-Joseph, Summa critic» sacræ, disp. V, a. 6. 7, bourg-en-Brisgau, 1880. p. 527. 1704,1.1, p. 463-516; Marchini, De divinitate et canoniciAu xii» siècle, Baudoin, archevêque de Cantorbéry, tate sac. librorum, part. I. a. 4, dans Migne, Cursus com­ fait dépendre la vérité de la foi de l’autorité de l’Écripletus Script, sac., t. ni, col. 55sq. ; Chrismann, Begula ture, et pour démontrer cette autorité, il s’appuie, le fidei catholic»,§51, dans Migne, Cursus completus theo­ premier à notre connaissance, sur le témoignage des logiæ, t. vi, col. 907-909. prophètes qui ont eu conscience de leur inspiration 2° Méconnaissance de l’origine et de l’autorité divine divine et qui ont confirmé leur témoignage en faveur de de l’Écriture par l’Église. — L'autorité de l’Église sur leur inspiration par la sainteté de leur vie et par leurs l’Ecriture s’est exercée, et a été reconnue au cours des prophéties à brève échéance dont la réalisation garan­ siècles, de diverses manières, d'abord implicitement par tissait la vérité de toutes leurs paroles. De commenda­ la possession et l’emploi, notamment dans les offices tione fidei, P. L., t. cctv, col. 619-624. Leur inspiration liturgiques, puis plus ou moins explicitement par la est un gage que leurs oracles, révélés par le Saint-Es­ manifestation de plus en plus nette d'une tradition ecclé­ prit, sont vrais. Les apôtres, qui leur ont succédé dans siastique, et enfin ofliciellement par des décisions dis­ la prédication, sont d'accord avec eux; eux-mêmes ne ciplinaires ou dogmatiques. se sont jamais contredits. Cet accord confirme que les 1. Possession et usage de la Bible dans l’Eglise, sur­ prophètes et les apôtres ont été des témoins de la vérité. tout pour les lectures liturgiques. — Nous l'avons déjà Ibid., col. 625-628. dit, les chrétiens regardaient les Livres saints comme Dans le prologue de son commentaire sur les Senten­ ces, Duns Scot démontre l’inspiration de la sainte Ecri­ « leurs livres », « leur littérature; » ils s’en servaient comme de leur bien propre, comme étant la propriété ture par dix arguments qu’il a empruntés aux Pères, à de l’Eglise. Pour exclure les Évangiles apocryphes les savoir, la prédiction de l’avenir, l’accord des écrivains Pères disent que l’Eglise n’a que quatre Évangiles. inspirés qui vivaient à des époques différentes et n’étaient pas disciples les uns des autres, leur témoignage véri- | S. Irénée, Cont. hær., ni, 11, P. G., t. vu, col. 885; Origène, In Luc., hornil. l, P. G., t. xm, col. 1803. Ce dique en faveur de leur propre inspiration, la tradition sont les seuls qui aient été transmis. Clément d'Alexan­ juive et chrétienne au sujet des livres canoniques, leur drie, Strom., in, 13, P. G., t. vin, col. 1193. Les aloges contenu conforme â la raison, les erreurs de ses adver­ prétendaient que les écrits de saint Jean n’étaient pas saires, la perpétuité de l’Eglise qui les reçoit, les mi­ dignes d'être dans l’Église. S. Épiphane, Hær., i.i, 3, racles opérés par Dieu en faveur de cette Église, le P. G., t. xi.i, col. 892. Quand Origène parle des livres témoignage des païens et des hérétiques, enfin la con­ version du monde nonobstant les persécutions. In IV qui ont droit de faire partie de la Bible, il dit qu'ils sont reçus dans l’Eglise ou dans les églises. Epist. ad Afri­ Sent., prol., q. it, Opera, Paris, 1893, t. vin, p. 76-78. Pour prouver que la Bible est de Dieu et non pas de canum, 1,2, P. G., t. vi, col. -48, 49; Cont. Celsum, v, 54, l’homme, Raymond de Sébunde, Theologia naturalis, î«d.,col.1268;7n.Va/Z/i.,t.xiv.2l,A G.,t.xill,col. 1240. tit. CCXI-CCXVI, la considère en elle-même, dans sa Mais l’usage principal que l’on fait de ces livres dans l’Église de Dieu ou dans les églises est leur lecture pu­ manière d’affirmer la vérité et dans son contenu, et il conclut qu’elle est de Dieu, qu’il faut croire tout ce blique durant les offices liturgiques. On estime générale­ ment que la coutume de lire l’Écriture dans les réunions qu’elle enseigne et que sa certitude dépasse toutes les communes a passé de la Synagogue à l’Église. Or la lec­ sciences humaines. ture officielle d'un livre comme Écriture sainte était Les controversistes catholiques, contemporains de la dans l'antiquité un critérium de son origine divine et Réforme, discutent généralement les critères proposés de sa canonicité. Le canon de Muratori parle d'écrits par les protestants. Ainsi Hosius, Quod fides fundamen­ apocryphes, quæ in catholicam Ecclesiam recipi non tum sit religionis christianæ, c. xvii, Opera, in-fol., congruit, 1. 66; il dit de l'Épitre de saint Jude et de Paris. 1562, p. 8; P. Wittfelt, Theologia catechelica, 1. I, deux Épilres de saint Jean que in catholica (sous—nàisq. ΠΙ, inst. t, q. i, 1675. Cf. Liberl-Fromond, Com­ 1565 CANON DES LIVRES SAINTS 1566 tendu : Ecclesia) habentur, 1. 68, 69; il dit de l’Apoca­ Marcion. Ibid,, iv, 4, col. 365-366. Il affirme que les lypse de saint Jean ou de celle de Pierre que quelques Églises apostoliques patronnent les autres Évangiles, Romains ne veulent pas la lire à l'église, 1. 72; il assure quæ proinde per illas et secundum illas habem us. Ibid., que le Pasteur d’Ilermas. qui est d'origine récente, ne iv, 5, col. 366-367. L’Épitre aux Hébreux, qu'il cite peut pas être lu à l'église ni avec les prophètes ni avec comme œiivre de Barnabe, a de l’autorité à ses yeux, les apôtres, I. 77 sq. Origène, Eusèbe, etc., emploient parce qu elle est l’œuvre d'un disciple et d'un collabo­ souvent l'expression δημοσιεύεσΟαι (ou δημεύεσθαι) έν rateur des apôtres. De pudicitia, 20, col. 1021. D'ailleurs έζζλησία'.ί pour dire qu'un livre est admis à la lecture elle est reçue par un plus grand nombre d’Églises que le publique dans les églises. C’est le ternie qui oppose les Pasteur, qu'il rejette parce qu’il est regardé comme écrits « publics » aux livres « secrets, cachés », c’est-à- apocryphe par la plupart des Églises. Ibid., 10, 20, dire aux apocryphes. Voir t. t, col. 1498-1500. Durant col. lÔOO, 1021. Clément d’Alexandrie, Strom., m, 43, les premiers siècles, les Epitres de saint Clément de P. G., t. vin, col. 1193, ne connaît que quatre Évan­ Rome, la Doctrine des apôtres, l’Épitre de Bariïabé, le giles, « qui nous ont été transmis, » dit-il, et il place Pasteur d’Ilermas ont été lus publiquement dans un en dehors de ces quatre récits traditionnels l'Evangile certain nombre d’Églises, qui les tenaient comme œuvres des Égyptiens. Origène, In Mal th., homil. I, P. G., t. xm, divines et inspirées. Des apocryphes même ont servi col. 829, ne connaît non plus que quatre Évangiles, trans­ aux lectures publiques dans telle Eglise particulière. Ces mis par la tradition et reçus dans l’Eglise universelle. L’hérésie en a davantage, mais l’Église n’a que lesquatre faits ne prouvent pas que la lecture oflicielle n'était pas un critérium reconnu de canonicité; ils montrent seu­ qui sont approuvés. In Luc., homil. I. ibid., col. 1802lement que, dans certains milieux ecclésiastiques, on en 1803. La tradition ecclésiastique et apostolique est pour faisait une fausse application. Cf. A. Loisy, Histoire du lui la règle de la vérité. Or celte tradition nous enseigne canon du iV. T., p. 84-88. Plus tard, quand le triage de vive voix que la loi, les prophètes et les Évangiles des livres canoniques et des apocryphes fut opéré, la sont l’œuvre du Dieu juste et bon, le Père de Jésuslecture publique des Livres saints fut reconnue comme Christ et le Dieu des deux Testaments. De prine., I, une preuve de leur canonicité. Ainsi saint Augustin. De n. 4, P. G., t. xi, col. 117,118. Eusèbe se sert de la tra­ praedestinatione sanctorum, P. L., t. xliv, col. 980, dition ecclésiastique pour distinguer trois classesd’Ecridéfend pour cette raison la canonicité de la Sagesse. Par tures canoniques. U. E., ni, 25; v, 8, P. G., t. xx, contre, Théodore de Mopsuesle attaque la canonicité du col. 216, 269, 448. Voir col. 1589. Saint Cyrille de Jé­ Cantique, parce que ce livre n’est lu publiquement ni rusalem, Cal., iv, 33, 35,36, P. G., t. xxxui, col. 496, chez les juifs ni chez les chrétiens. Mansi, Concil., 497, revendique pour l’Église le soin de fixer le canon : t. ix, col. 227. Ce critérium de canonicité était reconnu « Apprends soigneusement de l’Église quels sont les partout : à Edesse, ainsi qu’il résulte de la Doctrine livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, et ne lis rien des apocryphes. » Les livres canoniques sont ceux d’Addaî, Philipps, The doctrine of Addaï, 1876, p. 46; en Asie, où le 59" canon du concile de Laodicée interdit qu’on lit à l’église. « Ceux qui nous les ont transmis, les apôtres et les saints évêques, étaient plus sages et plus pieux la lecture des livres non canoniques, Mansi, t. n, col. 574; cf. Const, apost., n, 57, P. G., t. I, col. 728- ■;ue toi. » Pourprouvercontre ThéodoredeMopsuesteque le Cantique des cantiques était un livre biblique, Théo­ 729; en Afrique, ou les trois conciles d’ilippone (393) et de Carthage (397 et 419) ordonnaient de ne riçn lire ' dore! en appelle au témoignage des Pères qui l’ont re­ connu comme inspiré. In Cant,, præf., P. G., t. lxxxi, dans les églises, sous le nom d'Ecritures divines, sinon les Écritures canoniques. Mansi, t. ni, col. 924; t. iv, col. 29. Rufin, In symbolum apost., n. 36, P. L., t. xxi. col. 430. 11 a servi, même au moyen âge, pour aflirmor col. 373, donne la liste des livres que, « selon la tradi­ la canonicité des deutérocanoniques de l’Ancien Testa­ tion des ancêtres, on croit inspirés par le Saint-Esprit lui-même et qui ont été transmis aux églises. » Dans le ment. Cf. Amalaire (f 837), Liber de origine antipho85" canon apostolique, les apôtres, qui ont la parole, ap­ narii,7i,P. L., t. cv, col. 1310; Zona ras, P. G., t. cxxxvni, pellent les écrits du Nouveau Testament <> nos livres ». col. 121 ; Honorius d’Autun, Sacramentarium, 100, Mansi, Concil., t. i, col. 77. Mais aucun docteur n’a P. L., t. ci.xxii, col. 801. 2. La tradition ecclesiastique. — Au n· siècle s’éle­ relevé l’autorité de la tradition et de l’Eglise relative­ vèrent des hérésies. Les unes, comme les gnostiques, ment aux Écritures canoniques autant que saint Augus­ multipliaient les écrits apocryphes; les autres, comme tin. « En ce qui concerne les Écritures canoniques, celle de Marcion, diminuaient et altéraient le recueil dit-il, De doct. christ., n, 8, n. 12, P. L., t. xxxiv, col. 40des Ecritures. L'Église leur opposa sa tradition. Saint 41, il faut suivre l’autorité du plus grand nombre dis Sérapion, évêque d'Antioche, rejette l’Évangile de Eglises catholiques, parmi lesquelles doivent être assu­ Pierre, qu’il avait trouvé aux mains de quelques chré­ rément celles qui ont mérité d’avoir des chaires apos­ toliques et de recevoir des Épîtres. On se conduira tiens, parce qu'il n'a pas été transmis par la tradition. Eusébe, U. E., vi, 12, P. G., t. xx, col. 545. Tertullien donc â l’égard des Écritures canoniques de façon à pré­ refuse de discuter avec les marcionites le sens des férer celles qui sont reçues de toutes les Eglises aposto­ Livres saints, qui ne sont pas leur propriété; la discus­ liques à celles qui ne sont pas reçues de quelques-unes; sion ne pourrait aboutir. Pour les convaincre, il faut parmi celles qui ne sont pas reçues de toutes, celles recourir au principe d’autorité qui réside dans l’Église que reçoivent les plus nombreuses et les plus impor­ apostolique. De præscript., 17-19, 30. P. L., I. Il, col. 30tantes à celles que retiennent les Églises moins nom­ 31, 43. Or, dans les Églises apostoliques, on garde les breuses et de moindre autorité. Si l’on en trouve qui lettres des apôtres, et l’Église romaine, pour alimenter soient gardées par les plus nombreuses et d’autres par sa foi, joint la loi et les prophètes aux écrits évangéliques les plus importantes, bien que cela ne puisse facilement et apostoliques. Ibid., 36, col. 49-50. Tertullien affirme se rencontrer, je crois qu’il faut leur attribuer une comme un principe certain que l’Évangile, qu'il regar­ égale autorité. » Mais au-dessus des traditions diver­ dait comme le supplément de l'Ancien Testament, Adr. gentes des Églises particulières, le saint docteur place Hermogenem, 20, P. L., t. n, col. 216, avait pour au­ l’autorité vivante de l’Eglise, et s’il croit à l’Évangile, teurs et garants les apôtres eux-mêmes, soit qu'ils aient c'est parce que l'autorité de l’Église catholique l'y déter­ publié les écrits qu’ils avaient eux-mêmes composés, mine. H obéit à l’Eglise catholique qui lui dit : « Crois soit qu'ils aient approuvé et couvert de leur autorité à l’Evangile. » D’ailleurs si on croit à l’Évangile, il faut ceux de leurs disciples. Ado. Marcion., iv, 2, col. 363croire aussi au livre des Actes des Apôtres, car l'autorité catholique recommande pareillement les deux Écritures 364. Il reconnaît l’Evangile de saint Luc, tel qu’il est conservé dans l’Église, et non pas tel que l a altéré de l’Ancien et du Nouveau Testament. Cout. epist. maui- 1567 CANON DES LIVRES SAINTS 1568 chæi, c. v, P. L., t. xi.tt, col. 176-177. Voir t. i, col. 234-1. I dressé un canon analogue. Denzinger. Enchiridion, Saint lldephonse, Annotationes de cognitione baptismi, . doc. xtx; Mansi, t. tu, col. 924, 839; t. tv. col. 430. Mais c. i.xxvii-lxxix, jP. L., t. xcvi, col. 139-140, dresse I ces conciles africains ne prétendaient pas donner d'euxmémes une décision définitive,puisqu'ilseommuniquaient la liste des livres des deux Testaments que la tradition au pape Boniface ou aux autres évêques pour le confirmer des anciens reconnaît comme inspirés. Les livres Caro­ le canon des livres qu'ils avaient reçus de leurs pères tins, I. Ill, c. i, P. L., t. xcvm, col. 1114, reçoivent les pour les lectures publiques. Voir t. t, col. 2341. En 865, Livres saints dans le nombre que fixe l’autorité de la le pape Nicolas Ier, dans une lettre aux évêques de la sainte Église catholique. Gaule, s'appuie sur le décret d'innocent ! " concernant Ce principe de l’autorité de la tradition ecclésiastique les Ecritures pour prouver qu'il faut recevoir toutes les appliqué depuis le 11· siècle pour former le recueil des décrétales des pontifes romains. P. L., t. extx, col. 902. écrits inspires, a toujours été reconnu par l’Église ca­ Le 4 février 1442, Eugène IV promulgua, avec l'appro­ tholique, et M. Reuss, /Ustuire du canon des saintes bation des Pères du concile de Florence, une bulle Écritures, p. 243, le rappelait aux théologiens protes­ d'union imposée aux monophysites syriens et éthiopiens. tants et reconnaissait franchement que le recueil scrip­ 11 y inséra l'ancien canon romain des saintes Ecritures; turaire a été ainsi constilué d’après un principe étran­ toutefois son but n'était pas de définir expressément la ca­ ger au protestantisme. Cette Iradilion n’est pas une nonicité des livres cités; il affirmait seulement « qu'un simple tradition humaine, mais c'est la tradition catho­ seul et même Dieu est l'auteur de l’Ancien et du Nou­ lique vivante, organe infaillible de l’enseignement apos­ veau Testament, c’est-à-dire de la loi, des prophètes et tolique. Elle s'applique à l’Écriture entière, et elle de l'Évangile, parce que c'est sous l'inspiration du n’exige pas essentiellement, pour le Nouveau Testament, même Saint-Esprit qu'ont parlé les saints de l’un et l'origine apostolique de tous les livres. L’acceptation l’autre Testament dont elle reçoit et vénère les livres ». d’un livre par l’Église lui confère la canonicité; l’ori­ Mansi, t. xxxt, col 1736. Voir t. I, col. 1385. Toutes ces gine apostolique d'un livre ne suffit pas à elle seule à décisions, concernant le canon complet de la Bible, prouver que ce livre est inspiré, et le critère de l'apos­ n'avaient qu'une valeur disciplinaire ou ne définissaient tolat, imaginé par Michaelis, Introductio in N. T., t. i, pas directement la canonicité des Livres saints. C'est le p. 116, n'a pas été connu dans l'antiquité, qui a parlé concile de Trente, sess. IV, qui décida dogmatiquement seulement de la garantie donnée aux Livres saints par pour la premiere fois, le 8 avril 1546, la canonicité de l'autorité apostolique, base et fondement de la tradition ces livres. Voir col. 1593 sq. catholique. Cf. A. Catharin, In septem epistolas cano­ Tels sont les critères de la canonicité qui ont tou­ nicas præfalio. Cependant des théologiens catholiques jours été appliqués ou enseignés dans l’Église catholique regardent l'apostolicilé, c'est-à-dire l’origine ou l'appro­ dès le II' siècle. Il faut ajouter que plusieurs théologiens bation apostolique, comme ayant été dans les premiers modernes, tout en enseignant que les Livres saints sont siècles le principal critère de la canonicité des écrits du distingués des livres profanes par le jugement inlaillible Nouveau Testament. Joüon, Le critérium de l'inspiration pour les livres du N. T., dans les Éludes, janvier 1904, et le témoignage officiel de l’Église, ont cependant indi­ qué un autre critérium de l'inspiration des Livres p. 80-91. Λ partir du montanisme celle apostolicité a été. à saints. Ils le trouvent dans le témoignage même de l’au­ tout le moins, un moyen de reconnaître les livres que teur inspiré, qui, ayant conscience.deson inspiration, au­ la tradition ecclésiastique avait admis dès le temps des apôtres et transmis comme divins. rait attesté que le livre composé par lui était divin. Fran­ 3. Décisions explicites de l’Église. — L’Église a exercé çois Sonnius, évêque de Bois-le-Duc, De verbo Dei, son droit de reconnaissance officielle des Écritures en c. xi, dans Demonst. religionis christ., 2· édit., Co­ logne, 1563, p. 11-12, distinguait deux manières dilléportant des décrets particuliers ou généraux, discipli­ naires ou dogmatiques, touchant quelques livres inspi­ rentes dont sont discernées les saintes Ecritures. Les au­ teurs inspirés qui, d'après lui. recevaient immédiatement rés ou la collection entière. Au témoignage de saint Jérôme, Prtef. in Judith, P. L., t. xxix, col. 39, le con­ de Dieu la révélation des choses qu'ils écrivaient, recon­ naissaient la parole de Dieu par une illumination sur­ cile de Nicée (325) a déclaré le livre de Judith cano­ naturelle et par le témoignage même de l’Esprit inspi­ nique. On en a souvent conclu que ce concile avait rateur. Ils n’avaient besoin.ni de miracles ni de témoi­ dressé un canon complet de l’Ecriture; mais saint Jé­ gnage extérieur. Quand Dieu révèlesa pensée à un homme, rôme ne le dit pas et il ne reste aucune trace de ce il éclaire son intelligence de façon à lui faire discerner canon, llefele, IJist. des conciles, trad. Delarc, t. n, que la révélation donnée est la parole même de Dieu. p. 130, pense que le concile n'a parlé du livre de Judith Les autres hommes, qui tiennent la révélation divine de qu'en passant, en le citant directement ou indirecte­ ment et en approuvant ainsi tacitement sa canonicité. la bouche des prophètes et des apôtres, ont besoin du Le 11e concile général de Constantinople (553) a anathémagistère de l’Eglise qui leur atteste quels sont les livres matisé Théodore de Mopsueste qui rejetait hors du ca­ inspirés. Or la conscience que les écrivains sacrés non le livre de Job et le Cantique des cantiques. Mansi, avaient de leur inspiration a été appliquée au discerne­ Concil., t. ix, col. 223-227. Le IV· concile de Tolède, ment divin des Ecritures. Voici par quel raisonnement : en 633, excommunie quiconque ne reçoit pas l'Apoca­ L'homme inspiré, ayant ainsi par révélation divine con­ lypse, reconnue comme livre divin par l’autorité de plu­ naissance de sa propre inspiration, a pu, par ordre de sieurs conciles et les décrets synodaux des pontifes ro­ Dieu, l’affirmer à ses contemporains, ou aux prophètes mains. Mansi, t. x, col. 624. En ell'et, un concile romain de l’ancienne loi. aux apôtres de la nouvelle, ou seule­ sous le pontificat de saint Damase, en 382, avait donné ment à quelque personne digne de foi. Sa parole seule une liste complète des Livres saints reçus dans l’Église aurait été un témoignage humain sans autorité divine; catholique. A. Thiel, De decretali Gelasii papie, 1866, pour obtenir une adhésion de foi divine, il fallait des p. 21; Labbe, Concil., t. iv, col. 1260. Cette liste â été preuves surnaturelles de la vérité de son affirmation, il longtemps connue sous le nom de décret de Gélase, les fournissait par des miracles et des signes certains d’une mission divine. Ce témoignage donné dans les cir­ parce qu’elle a été reproduite par ce pape (492-496). E. Preuschen, Analecta, Fribourg-en-Brisgau, 1893, constances supposées ou inséré dans l'Écriture devien­ p. 147-149; Turner, dans Journal of theological s'udies, drait sans doute une parole infaillible de Dieu. Magni r. Etude sur la canonicité des saintes Écritures. Paris. 1900, t. t. p. 554-560. Le pape saint Innocent 1er l'a encore •1892, p. 121-124. Maisen a-t-il été ainsi? Non. Les n ■ reproduite en 405 dans sa lettre à Exupére, évêque de Toulouse, n.43. P. L., t. xx, col. 501. Les conciles de beaucoup d’écrivains inspirés de l'Ancien Testa­ d’Uippone, en 393, et de Carthage, en 397 et 419, ont ment sont ignorés; il n'est pas certain que les autears 1569 CANON DES LIVRES SAINTS sacrés avaient tous conscience de leur inspiration, et on ne connaît aucun exemple, en dehors peut-être des prophètes, d’un écrivain sacré ayant manifesté par des miracles l'inspiration de ses écrits. Quoique ce crité­ rium soit possible et valable, moyennant certaines conditions, il n’a pas été connu ni employé par les Pères, et on n’a pas de preuve suffisante de son emploi direct, même chez les juifs. Fût-il vérifié pour quelques livres, il ne pourrait pas l’être pour tous. Il reste donc inadéquat, et pour fixer le canon complet de l’Écriture, il faudrait, en outre, recourir à l’autorité de l’Église, seul juge infaillible de la canonicité des Livres saints. F. Schmid, De inspirationis Bibliorum vi el ratione, Brixen, 1885, p. 416-420; C. Chauvin. L'inspiration des divines Écritures, Paris, s. d. (1896), p. 96-99. III. Canon de L’Ancien Testament. — Il faut l’étudier séparément chez les juifs et chez les chrétiens. i. canon juif de l’ancien TESTAMENT. — Le mot ca­ non étant un terme ecclésiastique, employé seulement au iiiou iv’sièclede notre ère, n’a pas été connu des juifs; mais l’idée qu'il exprime avait cours dans le monde juif. On y croyait à l'inspiration des livres qu’on appelait « saints », I Mach., xn, 9, et « divins ». Josèphe, Cant. Apion., I, 8. Les rabbins reconnaissaient l’inspiration des Livres saints, quel que soit d’ailleurs leursenliment sur sa nature. .1. Delitzseh, De inspiratione Scripluræ sacræ quid statuerint Patres aposlolici el apologetæ secundi sæculi, Leipzig, 1872, p. 1-23. Ils avaient une expression équivalente à celle de livres canoniques; ils disaient que ces livres « souillaient les mains », c'est-àdire rendaient impurs ceux qui les touchaient. Ils avaient imaginé cette impureté causée par le contact des Ecritures pour empêcher les profanes de les traiter sans respect. Les écrits non inspirés « ne souillaient pas les mains ». F. Weber. Die Lehren des Talmud, p. 82. L’histoire du canon ou, pour mieux dire, du recueil des livres de l'Ancien Testament est fort obscure et im­ possible à écrire, faute de documents. Nous ignorons aussi quels critères servaient chez les juifs à discerner les Livres saints des écrits profanes. On pense généra­ lement que les prophètes reconnaissaient officiellement et infailliblement les ouvrages dont Dieu était Fauteur. C'était le sentiment de Josèphe, lac. cil-, et des Pères de l’Eglise. Ces derniers pensaient que le canon juif avait été clos par Esdras, parce qu'après lui il n’y avait plus eu de prophète ayant autorité pour canoniser de nou­ veaux livres. Les prophètes auraient rempli cette fonc­ tion lorsqu’il y avait lieu et ils le faisaient en vertu de leur mission divine. Enfin, les opinions les plus diver­ gentes ont été proposées, chez les anciens et chez les modernes, au sujet de la formation et de la clôture du canon juif. 1» Esdras a clos le canon de la Bible hébraïque. — Une apocalypse juive, le IVe livre d'Esdras, que les cri­ tiques datent du règne de Domitien (81-96) ou de celui de Néron (96-98), raconte, xiv, 21-47, qu'Esdras, avant de mourir, écrivit la loi de Moïse et les livres des prophètes qui avaient été brûlés dans l’incendie du Temple de Jé­ rusalem allumé par les Babyloniens, et d’autres livres contenant une doctrine secrète. Voir t. i, col. 1485 1187. Plusieurs Pères ont cru à cette affirmation légendaire. S. Irénée, Cont. hier., in, 21, P. G., t. vu, col. 948; Terluilien, De cultu fœminarum, 1, 3, P. L., t. i, col. 1308; Clément d'Alexandrie, Strom., i, 22, P. G., t. vin, col. 893; S. Basile, Epist. ad Chelon., P. G., t. xxxii, col. 357; Théodoret, In Cant., præf., P. G., t. Lxxxt, col. 29; S. Optat, De schismate donalist., vu, P. L., t. xi, col. 1101·; Priscillien, Liber de /ide et apo­ cryphis, édit. Schepss, Corpus script, eccl. lat., Vienne, 1889, t. xviii. p. 52. Le témoignage du IV’ livre d’Esdras est sans valeur historique; les renseignements qu’il four­ nit sont ignorés de tous les auteurs juifs. Le Talmud de Jérusalem, traité Taanith, i, 2, trad. Schwab, Paris, I | , | I ' 1570 1883, t. vt, p. 179-180, rapporte au conlraire qu’au re­ tour de Babylone, les juifs trouvèrent dans le parvis du Temple de Jérusalem trois rouleaux du Pentateuque. L’auteur de la Synopse, attribuée à saint Athanase, P. G., t. XXVIII, col. 232, suppose qu'Esdras possédait un exemplaire des Livres saints qu’il promulgua après son retour en Palestine. Saint Chrysostome, In Ileb., homil. vin, P. G., t. ι.χιπ, col. 74; saint Isidore, Etym., vi, 3, P. L., t. txxxn, col. 235; Bède. In I Esd., ix, P. L., t. xci, col. 859, prétendent qu'Esdras rédigea les Livres saints à l’aide de textes antérieurs, qu’il abrégea, commenta, remit en ordre, compléta ou transcrivit seu­ lement selon que l’exigeaient leur caractère et leur état de conservation. Ces suppositions manquent de fonde­ ment. Cependant, même après avoir reconnu leur nature légendaire, beaucoup de critiques ont maintenu qu'Es­ dras avait réellement clos le canon de l’Ancien Testa­ ment, sous prétexte que la légende a un fond de vérité. Aujourd’hui on n'y attache plus guère d'importance et on suit des voies nouvelles. Cf. Claire, Introduction, Pa­ ris, 1839, t. I, p. 73-92; Lamy, Introductio, 5’ édit., Malines, 1893, t. i, p. 44-45; Ubaidi, Introductio,2’édit., Rome, 1882, t. n, p. 140-166; Comely, Introductio ge­ neralis, 2’ édit., Paris, 1894, p. 42-51. 2° La Grande Synagogne a clos le canon de la Bible hébraïque. — Les critiques protestants attribuaient la clôture du canon, non pas à Esdras seul, mais à une grande assemblée qu’il présidait et qui se réunit à Jérusa­ lem après le retour de Babylone pour travailler à la restau­ ration de la religion juive. L'n des objets de sa sollicitude aurait été la lixation officielle de la collection des Livres saints. Holtinger, Thesaurus philologicus, I. I, c. Il, q. I, 2’ édit., Zurich, 1659, p. ill; J. Buxtorf, Tiberias, Bâle, 1620, p. 93-102. L’existence de cette assemblée repose sur le Pirké aboi h (vers 200 après Jésus-Christ), i, 1, Schnhl, Sentences et proverbes du Talmud el du Midrasch suivis du traité d'aboth, Paris, 1878, p. 479, sur le Baba Bathra, fol. 14M5», L. Wogue, Histoire de la Bible el de l'exégèse biblique, Paris, 1881. p. 15-20, et sur dillérents passages du Talmud, entre autres le traité Sanhédrin, x, I, Talmud de Jérusalem, trad. Schwab, Paris, 1889, t. xi, p. 49. Ces textes reproduisent les idées des rabbins du II’ et du ni’siècle de notre ère sur la composition des Livres saints. Ils attribuent une part dans ce travail à l’activité de la Grande Synagogue, mais ils ne disent pas que cette assemblée ait formé ou clos le canon de la Bible hébraïque. Les rabbins du moyen âge ont imaginé tant de légendes sur la Grande Synagogue, que certains critiques doutent même de l’existence de cette assemblée ou la nient formellement. Cf. J. Cohen, Les pharisiens, Paris, 1877, t. i. p. 12-15, 22-23, 29-32; A. Franck, Nouvelles éludes orientales, édit. Manuel, Paris, 1896, p. 18-22; I. Bloch et E. Lévy, Histoire de la littérature juive, Paris, 1901, p. 97-100. 3’ Identité primitive du canon des juifsde Palestine et des juifs d'Alexandrie. — Les critiques modernes pensent généralement que le canon juif n’a pas été clos par Esdras; selon eux, il s'est formé successivement et a été fermé bien postérieurement à Esdras. Mais ils n’expliquent pas de la même manière sa formation et n'assignent pas la même date à sa clôture Les uns dis­ tinguent deux canons dillérents el deux recueils bibliques, celui des juifs d'Alexandrie étant plus développé que ce­ lui des juifs de Palestine. Ces derniers reçurent et recueillirent les Livres saints au fur et à mesure de leur composition. Le Deutéronome fut remis par Moïse aux prêtres, pour le lire au peuple tous les sept ans, et il fut placé dans l'arche. Deut., xxxt, 9-13, 24-26. On le re­ trouva dans le Temple sous le règne de Josias. IV Reg.. xxn, 8-xxm, 23; II Par., xxxiv, 14-xxxv, 19. Josué y ajouta un nouvel écrit, Jos., xxiv, 26, ainsi que Samuel. I Reg., x, 25. Le roi Ezéchias fit rassembler des recueils de Psaumes, II Par., xxix, 30, et de proverbes. Prov.. xxv, 1571 CANON DES LIVRES SAINTS 1. Pendant la captivité, Daniel, IX, 2, parle des livres qu’il avait lus et parmi lesquels se trouvaient les pro­ phéties de Jérémie, Mais ces recueils étaient seulement des collections privées ou liturgiques sans caractère ofliciel et public. La plupart des Livres saints existaient déjà et étaient acceptés comme inspirés. Ce ne fut qu'aprés leur retour de Babylone que les juifs eurent des recueils officiels. D’après la tradition dont le fond resterait vrai malgré les embellissements de la légende, Esdras au­ rait dressé un premier canon des Ecritures qui conte­ nait sans doute tous les livres déjà écrits de son temps. Son contemporain, Néhémie, constitua aussi une biblio­ thèque et y rassembla les ouvrages sur les rois, les prophètes, les psaumes de David et les lettres des rois (de Perse) relatives aux offrandes. Il Mach., n, 13. On a interprété ce passage obscur dans le sens d’une collec­ tion d’écrits qui comprenait les tiebi'im ou livres prophétiques de la Bible hébraïque. Les kefûbïm ou hagiographes, qui forment la troisième classe de celle Bible, furent recueillis progressivement et finirent par former un troisième recueil qui, placé à côté de la Loi et des prophètes, est mentionné pour la première fois dans la préface grecque de l’Ecclésiastique sous la dé­ signation vague « d’autres livres des Pères », « du reste des livres. » Ces trois classes de Livres saints sont mentionnées dans le Nouveau Testament sous les noms de la Loi et des prophètes. Malth., vu, 12; Luc., xvi, 16; Act., xii, 13; Rom., ni, 21, ou de la Loi, des pro­ phètes et des psaumes, Luc., xxtv, 44, et aussi par Josèphe avec le délai! de leur contenu. Coni. Apion, I, 8. Ces livres étaient, à tout le moins, ceux de la Bible hébraïque. Mais il en existait d’autres que les juifs de la disper­ sion, dont le centre principal était à Alexandrie, recon­ naissaient comme divins et inspirés et qu'ils lisaient dans leurs synagogues. Ces livres, dits deutérocanoniques, étaient Tobie, Judith, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Baruch et les deux livres des Machabées. Il faut y join­ dre des fragments de Daniel et d'Esther qui n'existent qu'en grec. Ils faisaient partie de la Bible, dite des Septante, dont l'origine est antérieure à l’ère chrétienne, et ils y étaient, non en appendice, mais mélangés aux protocanoniques, ainsi qu'en témoignent les plus an­ ciens manuscrits parvenus jusqu'à nous. Le Nouveau Testament a lait des allusions à plusieurs de ces livres. Stier, Die Apocryphen, Vertheidigung ihres allhergebrachten Anschlusses an die Bibel, Brunswick, 1853, p. 14; Bleek, Ueber die Stellung der Apocryphen des .4. T. ini christlichen λ'αηοη, dans Theol. Sludien und Kntikeu, lt>53, t. xxvi, p. 337-349. L’Eglise chrétiem e les a reçus des juifs hellénistes et lésa admis dans sou re­ cueil biblique. Voir plus loin. D'ailleurs, Josèphe, loc. cit., les mentionne : « Depuis Artaxercès jusqu’à nous, les événements de notre histoire ont bien été consignés par écrit, mais ces derniers livres n’ont pas l'autorité des précédents, parce que la succession des prophètes n’a pas été établie avec certitude. » Josèphe est certainement un témoin de la croyance des juifs de Palestine, ses contemporains. Ils ne reconnaissaient donc comme divins et inspirés que les livres de la Bible hébraïque. Toutefois, pour concilier son témoignage avec l'admission des deutérocanoniques de la part des juifs de la dispersion, plusieurs critiques ont supposé que, de prime abord, tous les juifs, y compris ceux de Pa­ lestine, admettaient comme divins les deutérocanoni­ ques de l’Ancien Testament, mais que plus tard les Pa­ lestiniens ont rejeté de leur Bible ces livres qu’ils avaient d'abord reçus. Si les juifs hellénistes ont admis dons leur Bible les deutérocanoniques, ce n'a pu être que sur l'attestation de leurs frères de Palestine. Esther, xî. 1 ; II Mach., n, 15. Tandis qu’ils les ont conservés et transmis à l’Église chrétienne, leurs coreligionnaires de Palestine les ont rejetés par application de taux critères 1572 de canonicité. Ils n'auraient maintenu au canon que les livres qui étaient rigoureusement conformes à la loi mosaïque, telle qu'ils l'interprétaient, et ceux qui [ étaient anciens, composés en Palestine ou au moins en langue hébraïque. Cette hypothèse s'appuie sur les dis­ cussions qui s’élevèrent au 1er siècle de notre ère parmi les juifs de Palestine au sujet des livres canoniques. Quelques scribes discutaient l'inspiration du Cantique et de l’Ecclésiaste; mais une décision fut prise en fa­ veur de ces livres par l’école de Hillel au synode de Jabné ou Jamnia, vers l’an 90. Mischna, traité Yàdayini, ni, 5; Talmud de Babylone, traité Meghillah, ~a. Ces discussions firent sentir aux juifs le besoin d'un canon rigoureusement déterminé, et c’est alors, au commencement du H’ siècle, que les rabbins fixèrent le canon actuel de la Bible hébraïque, comprenant vingt-quatre livres. S'ils éliminèrent les livres deuté­ rocanoniques, reconnus antérieurement comme ins­ pirés, ce fut en opposition à la tradition et par applica­ tion des rigoureuses règles de canonicité indiquées plus haut. Cf. Movers, Loci quidam hist. canonis V. T. illustrati, Breslau, 1842, p. 21 sq. ; J. Danko. De sacra Scriptura, Vienne, 1867, p. 13-20; Kaulen, Einlei lung in die heilige Schrift, 3· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1890, p. 19-24; Vigoureux, Manuel biblique, 11’ édit., Paris, 1901, t. I, p. 84-94; Dictionnaire de la Bible, t. Il, col. 141-143; Magnier, Elude sur la canonicité des saintes Écritures, Paris, 1892. p. 171-193; Portner, Die Autorilâl der deuterocanonischen Bûcher des A. T. nachgewiesen aus den Auschauungen des palastinischen und hellenistichen Judenthums, Munster, 1893; P. van Kasteren, Le canon juif vers le commencement de notre ère, dans la Revue biblique, 1896. t. v, p. 408415, 575-594; C. Chauvin, Levons d'introduction gene­ rate, Paris, s. d. (1898), p. 83-107. 4’ Diversité du canon palestinien et du canon alexan­ drin. — Mais d'autres critiques, catholiques ou protes­ tants, soutiennent que les juifs de la Palestine n'ont jamais reconnu de livres inspirés en dehors de ceux de la Bible hébraïque, et que les juifs d'Alexandrie, en admettant l'inspiration des deutérocanoniques, se sont séparés en ce point de leurs coreligionnaires palestiniens. Tous les témoignages, cités précédemment, ne sont fa­ vorables qu'aux livres de la Bible hébraïque. Jamais les deutérocanoniques n'ont fait partie du recueil palesti­ nien; Josèphe en fait foi. Sans doute, ils avaient cours dans le monde juif; la tradition rabbinique ne les place pas au nombre des Livres saints; elle ne les condamne pas non plus; elle tient à leur égard la même attitude que Josèphe. Les rabbins les citent, mais pas comme Écriture, ou si quelques-uns le font, ce n'est qu’une opinion particulière. Saint Jérôme n'a connu qu’un seul canon juif, celui de Palestine. Si Origène, In Ps. i, P. G., t. xii, col. 1084, assure que de son temps les juifs joignaient Baruch à Jérémie, et si les Constitutions apostoliques, v, 20, P. G., 1.1, col. 896, témoignent qu’au iv« siècle on lisait ce livre dans les synagogues, saint Jérôme, In Jeremiam, præf., P. L., t. xxiv, col. 680, affirme catégoriquement que Baruch apud Hebræos nec legiturnechabetur. Cf. S. Epiphane, Depond. et mens.,5, P. G., t. XLin, col. 245. Toutefois, il pourrait se faire que la pratique des synagogues n’ait pas été uniforme. Celles de la dispersion se servaient de Baruch comme d’un livre inspiré, tandis que celles de Palestine continuaient à le laisser de côté. Le P. Comely, Introductio gene­ ralis, 2’ édit., Paris, 1894, p. 57-65, admet l'exi- · n · d’un canon alexandrin, plus étendu et plus complet que le canon palestinien. M. Loisy, Histoire du caui.n de VA. T., Paris, 1890, p. 60-67, nie son existence, au moins comme canon déterminé et clos officiellement. M. Chauvin, op. cil., p. 102-187, partage ce sentiront et conclut que si, en fait, le caractère sacre de tous les livres de la Bible était reconnu par les juifs de i'. . s- 1573 CANON DES LIVRES SAINTS tine aussi bien que par ceux d’Alexandrie, leur cano­ nicité n’était décidée, en droit, ni pour les uns ni pour les autres. Les juifs alexandrins inséraient ces livres au recueil biblique, bien qu’il n’y ait pas eu de décla­ ration officielle de leur origine divine; l’usage pratique indiquait seul leur croyance à l’inspiration de ces écrits. Toutefois, d’accord au sujet de la distinction constante des deux canons palestinien et alexandrin, ces critiques diffèrent de sentiment louchant l’histoire de la forma­ tion et la dale de la clùlure de ces canons. Le P. Cornely maintient à Esdras la formation du canon palesti­ nien et avoue ignorer de quel droit et par quelle autorité les juifs d’Alexandrie ont placé au canon les deutérocanoniques. L’acceptation de leur Bible par l’Eglise justifie seule leur conduite. Op. cil., p. 64. M. Loisy, op. cit., p. 32-55, admet le développement progressif de la collection canonique des juifs. Le Pentateuque, regardé comme divin dès sa composition, a été officiellement et définitivement déclaré canonique par Esdras, H Esd., vin, 1-18, et a été reçu seul à ce titre par les Samaritains. Le recueil des prophètes de la Bible hébraïque existait vers la fin de la captivité ou peu après le retour des juifs en Palestine. Celui des hagiographes se forma plus tard; ces livres furent grou­ pés successivement, par le soin des lettrés ou scribes, dans la période comprise enlre Néhémie et les premiers Asmonéens. Il Mach., n, 13-15. Le canon palestinien fut clos par l’usage et demeura fermé par tradition d’école. Les juifs hellénistes, à tendances moins étroites, tenaient les deutérocanoniques pour inspirés, et les apôtres ont transmis leur Bible à l’Église chrétienne. — Les parti­ sans de la critique documentaire du Pentateuque pro­ posent des conclusions différentes. Pour eux aussi, le canon juif comprend trois couches successives, formées du Pentateuque, des prophetes et des hagiographes. Le Pentateuque a toujours été pour les juifs le livre cano­ nique par excellence; mais comme il n’est pas l’œuvre de Moïse, il n’a pu être tenu pour divin dès la consti­ tution d’Israël comme peuple. On ignore quand et com­ ment les plus anciens documents, qui sont entrés dans sa composition, le code de l'alliance, Exod., xxi-xxm, les deux documents élohiste et jéhoviste, ont été répu­ tés révélés et d’origine divine. On est mieux renseigné sur le Deutéronome qui. découvert’ dans le Temple la 18e année du règne de .losias (622), fut proclamé comme législation divine. IV Reg., xxn, 8-xxm, 23; Il Par., xxxiv, 14-xxxv, 19. En 45.8, le scribe Esdras revint de Babylone à Jérusalem avec la loi de Dieu. I Esd., vu, 14, 15. En 444, il réunit le peuple pour lui lire cette loi. II Esd., vin, 1-18. Or, d’après la plupart des critiques, celte loi solennellement promulguée par Esdras était le Pentateuque actuel, qui fut ainsi officiel­ lement publié comme la règle de la foi des Israélites. Les critiques de l’école gralienne prétendent que la loi promulguée par Esdras n’était que le « code sacerdo­ tal »; ils reconnaissent cependant que le Pentateuque était constitué dans son état actuel et considéré comme divin à la lin du iv« siècle ou au commencement du ni» avant notre ère. La collection des prophètes s'est formée peu à peu. Néhémie, II Mach., n, 13,a peut-être pris part à sa formation. Etant donnée la date des derniers écrits qui y sont entrés, cette collection n’a pu être close an­ térieurement à 350 ou 300 avant Jésus-Christ. L’Ecclé­ siastique, composé vers l’an 180 avant notre ère, vise tous les livres prophétiques de la Bible hébraïque, depuis Josué jusqu'aux douze petits prophètes, xi.vi, 1-xlix, 12. Le recueil était donc formé. Le prologue grec de ce livre (vers 130) mentionne par trois fois les pro- j phètes comme second groupe de la Bible hébraïque. Le livre de Daniel, qui dans cette Bible est au nombre des [ hagiographes et dont la rédaction est rapportée par les critiques à l’an 165 environ, range Jérémie parmi les 1574 livres, sans doute canoniques, qu’il connaissait, ix, 2. Le recueil prophétique, formé enlre 300 et 200, avait une valeur canonique vers l'an 200. Le troisième re­ cueil est mentionné dans le prologue de l'Ecclésiastique. Comment s’est-il formé? Néhémie, II Mach., n, 13, si le renseignement est historique, a-t-il recueilli des Psaumes de David ou des documents concernant David? Judas Machabée réunit des livres, dispersés par la guerre d'Antiochus. II Mach., n, 14. Ce renseignement, auquel les critiques accordent plus de valeur qu’au pré­ cédent, nous apprendrait à quelle époque le troisième recueil de la Bible hébraïque aurait commencé; ce serait après la destruction des copies de la loi mosaïque or­ donnée en 168 par Antiochus, donc entre 161 et 135. Le Psaume lxxviii, 1-3, est cité comme Écriture. I Mach., vu, 16, 17. Les discussions des rabbins au i»r siècle de notre ère prouveraient que le canon hébreu n’était pas définitivement clos et qu'il ne le fut qu’au synode de Jamnia en 90. II l’était du temps de Joséphe, Cont. Apion., vin, 1. De Welte-Schrader, Einleitung, 8” édit., L t’,9. § 14-16; Davidson, Introduction to the Old Test., Londres, 1863, t. ni, p. 205 sq.; Bleek-Wellhausen, Einleitung, 4» édit., 1878, § 270; Reuss, Geschichte der heiligen Schriften A. T., 1881, p. 714; Wildeboer, Die Enslehung des allteslamentlichen Kanons, 1891 ; Buhl, Kanon und Text des Allen Testaments ; Mullan, The canon of the Obi Testament, 1893; Ryle, The canon of Old Testament, Londres, 1892; Cornill, Einleitung, 3» et 4» édit., Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1896, p. 303-311 ; Driver, Einleitung, trad. Rothstein, Berlin, 1896, p. xm-xxni ; X. Kœnig, Essai sur la formation du canon de TA. T., Paris, 1894, II. CANON CHRÉTIEN DE L’ANCIEN TESTAMENT. —L’his­ toire du canon chrétien de l’Ancien Testament se par­ tage en trois périodes ; 1° celle de la paisible possession jusqu’à la fin du ni’ siècle; 2» celle d'hésitation et de doutes relativement aux deutérocanoniques depuis le iv» siècle jusqu’au concile de Trente (1546); 3° celle d’affirmation authentique inaugurée au concile deTrente. Nous ne traiterons que des deux premières périodes, et encore nous bornerons-nous à exposer brièvement les conclusions des historiens du canon. 1r» période, paisible possession jusqu’à la fin du 111° siècle. — Nous avons déjà dit que Jésus et ses apôtres ont donné à l’Église Ja Bible hellénique, non sans doute par un décret officiel, mais par l'usage qu'ils en ont fait. Les Pères apostoliques sont des témoins que l'emploi de cette Bible a persévéré dans l’Église. Ils ont, en effet, donné, à l’occasion, un petit nombre, il est vrai, mais un nombre suffisant toutefois, de citations des livres deutérocanoniques aussi bien que des proto­ canoniques. La Didachè, i, 2; x, 3, cite Eccli., vu, 30; xvm, 1; xxiv, 8; Sap., I, 14; v, 2; il, 10, 19; xv, 11. Funk, Patres apostolici, Tubingue, 1901, t. i, p. 2, 14, 22. Barnabé, vi, 7; xx, 2, cite Sap., 11, 12; V, 12. Funk, p. 54, 94. Saint Clement de Rome, 1 Cor., lv, 4, 5; LIX, 3, 4, analyse Judith, vm sq.; ix, 11, Funk, p. 168, 174, 176; J Cor., lv, 6, Esther, iv, 16; vu, 8, p. 168; 7 Cor., ni, 4; vu, 5; xxvn, 5, allusions à Sap., il, 24; xn, 10; xi, 22;xn, 12,p. 102, 108,134; 1 Cor., lix,3; lx, I ; Eccli., xvi, 18,19; il, 11, p. 176,178. La 11 Cor.,XVI, 4, cite Tobie, xn, 9, p. 284. Saint Ignace, Ad Eph., xv, 1, fait allusion à Judith, xvi, 14, p. 224. Saint Polycarpe, Phil., x, 2, cite Tobie, iv, 10; xn, 9, p. 308. Le Pasteur d’Hermas, Mand.,.v, 2, 3; Fis., i, 1, 6, cite Tobie, iv, 19; v, 17, p. 482, 416; Mand., t, 1, Sap., i, 14, p. 468; Fis., m, 7, 3; iv, 3, 4, Eccli., xvm, 30; n, 5, p. 446, 464; Mand., x, 1, 6; 3, 1, Eccli., n, 3; xxvi, 4, p. 500, 502; Sim., v, 3, 8; 5, 2; 7, 4; vu, 4, Eccli., xxxn, 9; xviii, 1; xlii, 17, p. 536, 538, 542, 554. Saint Justin, Apol., 1, 46, P. G., t. vi, col. 397, s’inspire d’un frag­ ment grec de Daniel, m. Il croit à l’inspiration de la version des Septante. Coh. ad Græcos, 13, P. G., t. vi, 1575 CANON DES LIVRES SAINTS col. 205. Le canon de Muratori mentionne la Sagesse comme tin livre canonique, quoiqu'il ne soit pas de Salomon. Saint Irénée, Cont. hær., v. 35, n. 1, P. G., t. vit, col. 1219, cite Baruch, tv, 36; v, 9,sous le nom de Jérémie; tv, 38, n. 3, col. 1108, Sap., vt. 20; tv, 26, n.l, col. 1053, Dan., xm, 56; v, 5,n. 2, col. 1135, Dan., xiv, 3, 4. 24. Clément d’Alexandrie, Strom., I, 21, P. G., t. vin, col. 852, mentionne IMach., Bel et le dragon, Tobie, IV, 19. col. 1328 sq., il analyse des fragments d’Estlier et de.ludilhju, 23,col. 1C89, il cite Tob., tv, 16; n, 7, col. 969, Ju­ dith, vin, 27; νι,ΤΙ, t. ix,col.313, ties passages de la Sa­ gesse : v, 14, P. G., t. ix, col. 145, Il Mach., 1,10. L’Ec­ clésiastique est citée presque à chaque page du Péda­ gogue, I. 11. Baruch, ni, 16. 19, est rapporté. Pied·, II, 3, P. G., t. vnt. col. 436. Origène défend les fragments de Daniel. Tobie et Judith contre les objections de Jules Africain. Epist. ad A fric., 3. 13. P. G-, t. xi, col. 53, 80. Il cite comme Écriture tous les deutérocanoniques : Judith, Lib.de orat., 13.29, P. G., t. xi. col. 452,532; Tobie, ibid., 11. 14, 31, col. 448, 461, 553; Esther, xill, 8; xiv,3, ibid., 14, col. 461; Susanne, In Lev., homil. I, P.G., t. ΧΠ, col. 405; Eccli., vin, 6, In .1er., homil. xvi, n. 6, P. G., t. xni, col. 448; Sap., vu, 25, 26, Cont. Cel­ sum, ni, 72, P. G., t. xt, col. 1018; I Mach., n, 24, In epist. ad Rom., vnt. P. G., t. xiv, col. 1158; II Mach., Exhort, ad mai tip·., 22-27, P. G., t. xi, col. 589. Ce­ pendant. In Ps. I, P. G., t. xil, col. 1084, Origène, dres­ sant un catalogue des livres de l’Ancien Testament, n'énumère que ceux delà Bible hébraïque. Saint Denys d'Alexandrie cite Tobie, l'Ecdésiastique, la Sagesse et Baruch. De natura, P. G., t. x, col. 10, 1257, 1268; Cont. Paulum Samot., 6, 9, 10, édit. Simon de Magis­ tris, Rome, 1796, p. 245, 266, 274; Epist., x, ibid., p. 169. En Afrique, Tertullien cite tous les deutéroca­ noniques, sauf Tobie elles fragments d’Esther: I Mach.. AtZn. judæos, 4, P. L., t. n, col. 606; Sap., i, 1, Adv. Va­ lentin.,2, ibid.,col. 544; Eccli., xv, 18, Adv. Marcion., i, 16, ibid., col. 265; Baruch, VI, 3-5, Scorpiac., 8, ibid., col. 137; Susanne, De corona, 4. ibid., col. 81 ; Bel el le dragon, De idolol., 18, P. L., t. 1, col. 688; Judith, De monogamia, 17, P. /.., t. n, col. 952; .4 de. Mar­ don., I, 7, ibid., col. 253. Saint Cyprien fait de même, sauf pour Judith. On a relevé dans ses œuvres vingtdeux cilalions de la Sagesse et trente-deux de l'Ecclésialique, deux de Baruch, trois de Susanne, sept de Tobie, quatrede I Mach. et sept de II Mach. Saint llippolyte a commenté l’histoire de Susanne, P. G., t. x, Col. 689-697; il cite Sap., Il, 12, Demonst. adv. Jud., ibid., col. 793; Baruch, lit, 36-38, Cont. Noelum, 2, 5, ibid., col. 805, 809; I Mach., H, 33, Frag. in Dan., 32, ibid., col. 661 ; 1 Mach., I, 58; Il Mach., VI, 7, De Christo el Anlichrislo, ibid.,col. 769. Saint Méthode de Tyr cite comme Écriture Baruch,Susanne,.1 udith,l’Ecdésiastique el la Sagesse,Serm.de S. Deipara, P. G., l.xvm.col. 113; Conviv. decern virg., passim, ibid., col. 44, 52, 57,93, 104, 120, 124, 144; Conviv. orat., Il, 2, ibid., col. 212. Saini Grégoire le Thaumaturge cite Baruch. De /id. capit., 12, P. G., t x, col. 1133. Archélaus, Disp, cum IIanete, 29, P. G., t. x, col. 1474, cite la Sagesse. Le canon biblique du Codex Claromontanus, que l'on rapporte au m· siècle, contient tous les deutérocanoniques de l'Ancien Testament. E. Preuschen, Analecta, p. 142113. La vieille version latine les contenait aussi. Cassiodore, Inst. div. litt., 14, P. L., t. lxx, col. 1125. Ces Lires étaient donc reçus dans toutes les Églises. Cependant quelques écrivains ecclésiastiques de cette époque citent des apocryphes de l’Ancien Testament. Ainsi l'Epitre de Barnabe, iv, 3; xvi, 5, Funk, Patres apostolici, t. I, p. 46, 86, cite Hénoch comme prophète ou comme Écriture; et xn, 1, p. 74, IV Esd., iv, 33; v. 5. Le Pasteur, Vis., n, 3, 4, p. 428, cite le livre in­ connu Eldad et Ilodat. Saint Justin, Dial. cum. Tryph., ΙΛ, P. G., t. vi, col. 756, fait allusion à l'Ascension 1576 d'Isaïe. Tertullien, De cultu fem., i. 3, P. L., t. i, col. 1307, tout en pensant lui-même que le livre dHe­ noch était prophétique, reconnaît que ni les juifs ni les chrétiens ne le recevaient au canon. Clément d'Alexan­ drie, Eclog. ex Script., 2, 53, P. G., t. IX, col. 700, 723, se sert des prophéties d'Hénoch. et cite IV Esd., v, 35, sous le nom d'Esdras le prophète. Slrom., iv, 16, P. G., t. vin, col. 1200. Origène, In.Ioa., n, 25, P. G., t. xiv, col. 168-169. parle de ces livres comme d’écrits qui ne sont pas admis de tout le monde. Ils n’ont donc jamais été reçus universellement dans les églises ni lus publiquement dans les offices liturgiques et ils ont ainsi à juste titre été exclus du canon biblique. Si quelques particuliers les ont crus inspirés, c'est par une fausse application du critérium de la canonicité, londé sur la prophétie. Ces écrits, se présentant comme livres pro­ phétiques, ont pu être confondus un moment et par quelques-uns avec les livres inspirés. Ils n’ont pas eu eh leur faveur l'usage public et constant des Églises, véritable indice de la canonicité. 2· période, hésitation et doutes relativement aux deutérocanoniques du IVe au XVIe siècle. — 1° Le début de cette période, qui correspond à l'époque la plus flo­ rissante de la littérature patristique et qui comprend le iv· siècle el la première moitié du v·, est d'une impor­ tance capitale dans l'histoire du canon de l’Ancien Testament. Tandis que la tradition chrétienne est très explicite en faveur du canon complet de l'Ancien Tes­ tament, ainsi qu'il résulte de l'usage liturgique, des monuments archéologiques, voir t. i, col. 2005, des témoignages des Pères, des manuscrits grecs, des versions et dès décisions officielles de l’Église, il s’élève, en Orient d'abord, en Occident ensuite, des doutes sé­ rieux relativement aux deutérocanoniques. C’est saint Alhanase qui, le premier, dans sa xxxix· lettre festale (de 367), dresse un canon biblique, dans lequel il dis­ tingue nettement deux catégories de livres sacrés. En elïet, en outre des apocryphes, œuvres des hérétiques, il admet les vingt-deux livres canoniques de l’Ancien Testament, qu’il appelle les sources du salut, en ratta­ chant Baruch à Jérémie, puis des livres non canoniques, mais que les Pères ont désignés comme lecture aux néophytes qui veulent s’instruire dans la doctrine de piété. Ces derniers sont la Sagesse, l'Ecdésiastique, Esther, Judith, Tobie, la Doctrine des apôtres et le Pas­ teur. P. G., t. xxvi. col. 1176. La désignation des Pères, dont parle saint Alhanase, est vraisemblablement celle qui résulte de la pratique de l’Église d'Alexandrie qui, au rapport d'Origène, In Num., homil. xxvit, 1, P. G., t. xn, col. 780, faisait lire aux catéchumènes Esther, Judith, Tobie et la Sagesse, parce qu’ils sont clairs et édifiants. D’autre part, saint Alhanase cite la Sagesse, l'Ecdésiastique, Tobie et Judith comme Ecri­ ture. Orat. cont. gentes, 9, 11, 17, 44, P. G., t. xxv, col. 20, 24, 25, 36, 88; Orat. cont. anan., n, 4. 35, 79, P. G., t.xxvi, col. 721 ; Apol. cont. arian., 11,66, P. G., t. xxv, col. 268, 365; Epist. ad episc. Ægypti, 3, ibid., col. 544; Fragment. in Cant., P. G., t. xxvn, col. 1352. Cf. Zahn, Athanasius und der Bibelkanon, Leipzig, 1901. Saint Cyrille de Jérusalem ne permet la lecture que des 22 livres canoniques de l’Ancien Tes­ tament, les seuls qui soient lus à l’église. Cat., IV, 33, 35, 36, P. G., t. xxxm, col. 496 sq. Cependant il rite la Sagesse et l’Ecdésiastique. Cat., IX, 2; XII, 5, col.6i0, 732; vi, 4; xi, col. 544. 7-16; Cat. myst.,5,17, col. 1121. Saint Grégoire de Nazianze et saint Amphiloque, Carm., i, 12; lambi ad Seleucum, P. G., t. xxxvn, col. 472, 1593, ne nomment que les 22 livres de la Bible hébraïque. Saint Grégoire cite toutefois la Sagesse et l’Ecdésiastique. Orat., n, 50; IV, 12; vu. 1; xxvm. 2; XXXI. 29, P. G., t. xxxv, col. 459, 541, 737; t. xxxvi, col. 33. 36. 93, 165. Saint Epiphane parle quatre fois du canon de l'Ancien Testament et il se borne au canon \ΰΓί~ CANON DES LIVRES SAINTS 1578 placé parmi les apocryphes. Il ne les nomme pas dans juif. De pond, et mens., 22. 23, P. G.,t. xliii. col. 214, le catalogue de son Epist., Lin, ad Paulin., 8, P. L., 277; llær., vin, 6; lxxvi,5,P. G., t.xi.t, col. 413; l. xi.ii, t. xxii, col. 545. Dans sa Præf. in Esd. (vers 394), P. L., col. 560. 11 en exclut trois fois la Sagesse et ΓEcclésias­ t. xxvm, col. 1403,il rejette encore tous les livres autres tique, qu'il semble au quatrième passage ranger parmi les Écritures divines et qu’il cite ailleurs comme Écri­ que les 24 livres du canon hébraïque, représentés par les 24 vieillards de l’Apocalypse. En 398, il affirme que, ture et parole prophétique. f/ær.,xxiv, 6, 16; xxxill, 8; quoique l’Église les fasse lire, sed eos inter canonicas xxxvii, 9; lx.xvii, 4, P. G., t. xli, col. 316, 357, 569,653; Scripturas non recipit,el elle les lit ad ædificationem t. xi.ii, col. 177; Ancorat., 2. P. G., t. xliii, col. 20. Saint plebis, non ad auctoritatem ecclesiasticorum dogma­ Basile, Liber de Spiritu Sancio,till, 19, P. G., t. xxxii, tum confirmandam. Il renvoie cependant à la version col. 101, cite Judith, ix, 4. /lu témoignage de saint Jé­ des Septante, car en faisant une traduction nouvelle, il rôme, Præf. in Judith, P. L., t. xxix, col. 39, le con­ cile de Nicée mit ce livre au nombre des Écritures n’a pas voulu détruire l’ancienne. Præf. in lib. Salo­ monis, P. L., t. x.xvn, col. 404. Il estime peu les frag­ sacrées. Le 60° canon du concile de Laodicée, Mansi, ments deutérocanoniques et les gloses latines d’Esther, Concil., t. n, col. 574, et le 85e canon des apôtres, P. G., Præf. in Esther, P. L., t. xxvm, col. 1433 sq., et les t. cxxxvn, col. 211, ne mentionnent que les livres de la parties grecques de Daniel. In Dan., prol., P. L., t. xxv, Bible hébraïque. Les écrivains de l’école d’Antioche col. 492-493, cf. col. 509. 580. 11 ne reconnaît à ces der­ sont favorables aux deutérocanoniques. Théodoret cite niers aucune autorité scripturaire. Præf. in Dan., P. L., l’histoire de Susanne, en l’attribuantâ Daniel, In Cant., t. xxvm, col. 1294. Dans sa lettre â Léta, écrite en 403, P. G., t. lxxxi, col. 32, quoiqu'il l’omette ainsi que les en interdisant la lecture des apocryphes, il semble bien autres fragments contestés dans son commentaire sur viser encore les deutérocanoniques. Epist., cvn, 12, ce prophète. Ibid., col. 1265, 1541. Il cite aussi les trois P. L., t. xxii, col. 877. Il cite Tobie, « bien qu’il ne soit premiers livres des Machabées. Ibid., col. 1513, 1517, pas dans le canon, mais parce qu’il est employé par les 1521,1528. Saint Chrysostome, In Eph., P. G., t. lxii, auteurs ecclésiastiques, » In Jon., P. L., t. xxv, col. 20, 35, cite Eccli., xm, 19; v, 9; In Malth., hocol. 1119; Judith, « si toutefois quelqu’un veut rece­ mil. n, P. G., t. lvii, col. 26, Baruch, ni, 19; In Dan., voir le livre de cette femme, » In Àgg., ibid., col. 1394; P. G., t. i.vi, col. 194, 244-246, Sap., xm, 5, et Bel et le la Sagesse, avec la même restriction. In Zach., ibid., dragon. Aphraate cite les Machabées, Tobie, l’Ecclésiascol. 1465, 1513; Dial. adv. pelag., 1, 33, P. L., t. xxm, tique et peut-être la Sagesse. Dem., v, 15; xm, 5; xiv, col. 527. Si parfois il parait plus favorable à ces deux 45, Palrologia syriaca de M3r Graffin, Paris, 1894, t. i, livres, c’est pour faire plaisir à deux évêques occiden­ col. 213, 214, 549, 713. Saint Éphrera cite Baruch, les taux. Præf. in lib. Tob., P. L., t. xxix, col. 23-26; Machabées, Judith, et les fragments de Daniel, Opera Præf. in Judith, ibid., col. 37-10. 11 refuse de commen­ syro-lalina, t. n, p. 212, 213, 218, 231, 293; t. m, p. 47; ter Baruch et la lettre « pseudêpigraphe » de Jérémie. In la Sagesse et l’Ecclésiastique. Opera græca, passim. Jer., prol., P. L., t. xxiv. col. 680. Néanmoins, il cite En Occident, les doutes sur les deutérocanoniques ne souvent tous ces livres, et une fois même il range Es­ se rencontrent que chez les écrivains qui ont été en re­ ther et Judith avec Ruth parmi les volumes « sacrés ». lation avec l’Orient. Saint Hilaire de Poitiers, In Psal­ Epist., i.xv.ad Princip., 1, P. L., t. xxn, col. 623. Il le mos, prol., 15, P. L., t. ix. col. 241, ne connaît dans l’Ancien Testament que 22 livres, en joignant à Jéré­ fait, parce que les deutérocanoniques étaient générale­ mie la « Lettre », Baruch, vi; mais il ajoute que quel­ ment tenus pour Ecriture. Il allègue le témoignage de ques-uns, pour avoir 24 livres, nomment en outre To­ quelques-uns contre les pélagiens. Cont. pelagian., i, 33, bie et Judith. Néanmoins, il cite comme inspirés tous il, 11, 30, P. L., t. xxm, col. 527, 516, 568. Le saint les deutérocanoniques : Judith, In Ps. cxxv, 6, P. L., docteur semble bien défavorable aux deutérocanoniques t. ix, col. 688; Tobie, In Ps. cxvm, 6; cxxtx, 7, sans être toutefois leur adversaire déclaré; il n admet col. 513, 722 ; la Sagesse, In Ps. cxxvir, 9; cxvm, 8; pour son compte personnel que le canon de la Bible cxxxv, Tl, col. 708, 514, 775; De Trin., i, 7, P. L., t. x, hébraïque; mais il est manifestement en contradiction col. 30; l’Ecclésiastique, In Ps. t.xvi, 9; cxl, 5, P. L., avec la tradition ecclésiastique et l’usage de l’Eglise, t. ix, col. 441,826; Baruch, In Ps. i.xvm, 19, P. L., Rufin, Apol., n, 33, P. L., t. xxi, col. 612, le lui reprocha vivement au sujet des fragments de Da­ t. ix, col. 482; De Trin., iv, 42, P. L., t. x, col. 127; Susanne, De Trin., iv, 8,9, col. 101 ;IIMach., In Ps.cxxv, niel, et pour s’excuser, saint Jérôme avoua que sur ce point il n'avait pas exprimé son propre sentiment, mais 4, P. L., t. IX, col. 686. Lucifer de Cagliari, Pro Athaexposé ce que disaient les juifs. Apol. conl. Rufin., Il, nasio, P. L., t. xm, col. 858, 860, 862, cite le livre de la 33, P. L., t. xxm, col. 455. Nous pouvons donc conclure Sagesse comme œuvre inspirée de Salomon. Rufin, In qu'en s'écartant du courant traditionnel, il avait subi symb. apost., 36-38, P. L., t. xxi, col. 373-375, parmi 1’intluence du milieu juif dans lequel il avait longtemps les livres canonici de l’Ancien Testament, ne range que les 22 livres du canon juif; mais il appelle ecclesiastici vécu. Cf. dom L. Sanders, Etudes sur saint Jérôme, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Tobie, Judith et les deux Bruxelles, Paris, 1903, p. 196-247; Gaucher, Saint Jé­ livres des Machabées, que les anciens, dit-il, « ont pres­ rôme et l'inspiration des livres deutérocanoniques, crit de lire dans les églises, mais qu'ils n’ont pas voulu dans la Science catholique, mars, mai et juillet 1904, alléguer pour confirmer l’autorité de la foi. » Quant p. 334-359, 539-555, 703-726. aux apocryphes, ils ne sont pas lus dans les églises. Il Mais tandis que les docteurs de l’Orient et ceux de semble qu’il se réfère à saint Athanase, tout en expli­ l’Occident, qui avaient eu des relations avec l’Orient quant à sa façon la distinction introduite par ce Père hésitaient en face des deutérocanoniques de l’Ancien entre les livres de l’Ancien Testament. D’autre part, Testament, la tradition occidentale les plaçait résolu­ Butin défendit contre saint Jérôme les fragments de ment au même rang que les protocanoniques. Voir Daniel et d'Esther. Apol., Il, 33, ibid., col. 612. Il cite S. Ambroise, De Tabla, c. I, η. 1 ; c. il, n. 6, P. L., Baruch, la Sagesse et l’Ecclésiastique, même pour con­ t. xiv, col. 759, 761; De virginibus, 1. I, c. vu, n. 35, firmer la foi. In symb. apost., 5, 46, col. 344, 385; De P. L., t. xvi, col. 199; S. Augustin. De doct. christ., n, benedict, patriarch., ibid., col. 326, 332, 333. Saint 8. 13, P. L., t. xxxiv, col. 41 ; conciles d’Hippone (393) Jérôme a été plus catégoriquement opposé aux deuté­ et de Carthage (397 et 419) déjà cités; catalogue édité par rocanoniques de l’Ancien Testament. Dans son Prologus Mommsen el rapporté par lui à l'Église d’Afrique et à galeatus, écrit vers 391, P. L., t. xxvm, col. 1242-1213, l’an 359, E. Preuschen, Analecta, p. 138-139; décret de il dit formellement qu’ils ne sont pas au canon et que ; Gélase, attribué â Damase, op. cit., p. 147-148; lettre tuu, ce qui ne se trouve pas dans l’hébreu doit être I d’innocent 1" à Exupère de Toulouse, Mansi, Concil., 1579 CANON DES LIVRES SAINTS t. n, col. 1040-1041. Le canon complet de l’Ancien Tes­ tament est ainsi constitué, à l'exclusion des apocryphes, dans les Églises d’Afrique et d'Italie. Seuls, quelques docteurs occidentaux partagent les doutes de l’Orient au sujet des deutérocanoniques. Ces doutes eux-mêmes ont été provoqués, en partie du moins, par la nécessité de la polémique avec les juifs; ceux-ci, qui n’acceptaient pas les deutérocanoniques, ne pouvaient être convaincus par des arguments tirés de ces livres. Des hésitations ont pu se produire dans l’esprit des docteurs catholiques et même dans la pratique des Églises particulières, parce qu’aucune décision officielle touchant la canonicité des écrits de l’Ancien Testament n’était encore intervenue et parce que la tradition pratique des Églises n’avait pas été jusqu’alors uniforme. A Alexandrie notamment les deutérocanoniques servaient â l’instruction des catéchu­ mènes. On en vint à douter de leur inspiration et de leur canonicité et à ne plus les regarder que comme des livres utiles et édifiants. Rufin et saint Jérôme exagé­ rèrent cette distinction, et le dernier ne citait les deuté­ rocanoniques que pour se conformer à l’habitude des autres écrivains ecclésiastiques. On peut expliquer de la même manière l’emploi des deutérocanoniques par saint Athanase et saint Cyrille de Jérusalem. La tradition favorable aux deutérocanoniques avait subi une éclipse dans certains milieux, dans lesquels on constate une opposition réelle, au moins théorique, si­ non toujours pratique, à ces écrits. Mais nous ne pou­ vons dire avec M. Loisy, Hist, du canon de VA. T., p. 124, 133, etc., que les Pères de cette époque, tout en admettant l’inspiration des deutérocanoniques, ne leur reconnaissaient cependant qu’une autorité inférieure, propre â l’édification et à l’instruction des néophytes, et non à la confirmation des dogmes de la foi. Cette distinction était de la part de ces Pères la négation de l’inspiration des livres, simplement utiles et édifiants et non divins et canoniques. Cet oubli local de la tradi­ tion est amplement compensé par l’emploi continu des deutérocanoniques dans les Églises et par les affirma­ tions plus explicites de (Occident. Il n’y a donc pas eu interruption complète et totale dans la tradition ec­ clésiastique â ce sujet; il y a seulement obscurcisse­ ment et déviation dans les milieux où l’influence juive s’était fait sentir davantage et avait conduit à restreindre le canon de l’Ancien Testament aux limites de la Bible hébraïque. 2» De la fin du v· siècle à la fin du XI·, les doutes sur les deutérocanoniques de l’Ancien Testament persistent chez les docteurs occidentaux; mais ils ne sont guère que la répétition atténuée des affirmations de saint Jé­ rôme; ils demeurent, du reste, dans le domaine de la théorie et ne parviennent pas à modifier la tradition pratique et constante des Églises. En Orient, au con­ traire, les deutérocanoniques reprennent faveur et les Grecs adoptent le canon occidental. Le pape Hilaire (461-468) compte 70 livres dans la Bible entière, au témoignage du Codex Amiatinns. Voir S. Berger, La Bible du pape Hilaire, dans le Bulletin critique, 1892, t. xm, p. 147. Saint Patrice, Confessio, n. 2, 3, 16, P. L., t. LUI, col. 802, 803, 809, cite Tobie et l’Ecclésiastique. Julien Pomère, De vita contem­ plativa, 1. Il, c. vin, P. L., t. lix, col. 452, cite aussi l’Ecclésiastique, ainsi que saint Léon le Grand, Serm., lxx, c. v; Lxxxt, c. n, P. L., t. Liv, col. 384,421. Denys le Petit, Codex can. eccl., 24, P. L., t. lxvii, col. 191; une collection de canons, formée en Gaule au vi· siècle, P. L., t. lvi, col. 428, 721 ; Cassiodore, Inst. div. litl., 12-14, P. L., t. i.xx, col. 1123-1126, admettent les deuté­ rocanoniques de l’Ancien Testament. Junilius, De part, div. legis, l, 3-7, P. L., t. lxviii, col. 16 sq., distingue au point de vue de l’autorité canonique trois classes de livres : les livres d’autorité parfaite reconnus de tous ; les livres d’autorité moyenne, reconnus par plusieurs, DICT. DE THÉOL. CATHOL. 1580 à savoir les Paralipomènes, Job, Tobie, Esdras, Judith et Esther; les livres de nulle autorité, reconnus par quelques-uns, tels que le Cantique et la Sagesse. Mais cet écrivain a reproduit le sentiment de Théodore de Mopsueste, condamné au H» concile général de Con­ stantinople. Hardouin, Concil., t. m, p. 86-89. Cf. II. Kihn. Theodor von Mopsuestia and Junilius Africa­ nus als Exegeten, Fribourg-en-Brisgau, 1880, p. 358-370, 472-480. Saint Grégoire le Grand. Moral, in Job, xix. 21, P. L., t. lxxvi, col. 119, dit de I Mach., qu’il n’est pas canonique et qu’il a été publié seulement pour l’édifi­ cation de l’Église. 11 cite souvent les autres deutéroca­ noniques, mais parfois uniquement comme des paroles de sagesse. Ibid., i, 26; v, 35; x, 6; xix, 17, P. L., t. i.xxv, col. 114, 544, 714, 923. Saint Isidore de Séville, Elym., vi, 1, 19, P. L., t. lxxxii, col. 229. affirme que l’Église du Christ honore comme livres divins ceux qui manquent au canon hébraïque et que les juifs tiennent pour apocryphes. Cf. De officiis eccl., I, 12; Liber pre­ sent. in V. et N. T., P. L., t. LXXXttI, col. 746, 158. Saint Eugène, Opusc., 59, P. L., t. lxxxvh, col. 394, et saint Ildefonse de Tolède, De bapt., 59, P. L., t. xcvi, col. 140, reproduisent les canons de saint Augustin et de saint Isidore. Cependant le Vénérable Bède, qui a commenté Tobie et qui cite les deutérocanoniques, parle de 24 livres seulement de l’Ancien Testament. In Apoc., P. L., t. xcin, col. 144. De même, Ambroise Autpert, In Apoc., P. L., t. xvn, col. 795; Haymon d’IIalberstadt, In Apoc., P. L., t. cxvn, col. 1007. Saint Agobard, De privil. et jure sacerdot., P. L., t. ctv, col. 133, les réduit à 22. Le traité De mirabilibus Script, sac., P. L., t. xxxv, col. 2191-2192, répète les jugements de saint Jérôme sur l’épisode de Bel et du dragon et sur les deux livres des Machabées. Alcuin, qui a rédigé des catalogues complets de la Bible, Carm., vi, P. L., t. ci, col. 101, 731, ne tient pas l’Ecclésiastique pour prophétique et rappelle les doutes de saint Jérôme au sujet de ce livre. Adv. Elipand., i, 18, ibid., col. 254. La Disputatio puerorum, contemporaine d’Alcuin, ibid., col. 1120 sq., copie saint Isidore. De même Raban Maur, De cleric, instil., il, 53, P. L., t. cvn, col. 365, qui a commenté la Sagesse, l’Ecclésiastique, Judith et les deux livres des Machabées. Walafrid Strabon, Glossa ordinaria, P. L., t. cxiv, col. 66, etc., reproduit les idées de saint Jérôme. Notker le Bègue, De interpret, div. Script., 3, P. L., t. cxxxi, col. 996, semble s'inspi­ rer de Junilius. Tandis que quelques savants étaient l’écho des anciens doutes, la pratique ecclésiastique conservait les deutérocanoniques, et le catalogue com­ plet de l’Ancien Testament était maintenu dans les col­ lections de canons, dans celle de l’Église franque, aussi bien que dans Burchard de Worms, Decret., m, 217, P. L., t. cxl, col. 715-716, et dans Yves de Chartres, Decret., iv, 61, P. L., t. clxi, col. 276-277. Durant cette période, les deutérocanoniques se répandent de plus en plus en Orient. L’Église syrienne en possède une traduction, faite sur les Hexaples d’Origène. Léonce de Byzance, De seclis, P. G., t. lxxxvi, col. 1200, reproduit le canon de saint Athanase; il cite toutefois comme Écriture la Sagesse et l’Ecclésiastique. Le concile in Trullo (692) cite les conciles de Carthage à côté du 85e canon apostolique et du concile de Laodicée. Mansi, Concil., t. xi, col. 939. Il admet donc des autorités contradictoires.. Saint Jean Damascène, De orthod. fide, iv, 17, P. G., t. xciv, col. 1180, maintient encore le canon de 22 livres et mentionne la Sagesseet l’Ecclésiastique comme des livres « excellents et fort beaux». Nicéphore, Slichomet., P. G., t. c,col.1056, con­ naît aussi ces 22 livres, et range les deutérocanoniques parmi les antilégomènes ou livres discutés. La Synopse, attribuée à saint Athanase, dépend du canon decetévêque d'Alexandrie. P. G., t. xxvm, col. 284 sq. Photius Syntagma canonum, P. G., t. civ, col. 589 sq., repr- Π. - 50 1581 CANON DES LIVRES SAINTS 1582 hébreu, Libelluscont. judieos, et dans plusieurs de ses pré­ duit le 85e canon des apôtres, le 60« canon de Laodicêe faces aux Livres saints. Thomas l’Anglais, In Mach., præf., et le 24e canon de Carthage. Opera de saint Thomas, Parme, 1852, t. xxiii, p. 196, 3» Du xn' au xvi' siècle, les Orientaux finissent par n'admet que 22 ou 24 livres dans l’Ancien Testament. adopter généralement les deutérocanoniques de l’Ancien Saint Antonin, Chron., 1-3, Lyon, 1586, t. r, p. 65, 85; Testament, tandis que les Occidentaux continuent à Sum. theol., III, xvin, 6, Vérone, 1740, t. ni, p. 1043, subir l’influence de saint Jérôme et à émettre des doutes n’admet les deutérocanoniques que pour la lecture et sur leur canonicité. non pour la confirmation des dogmes. Tostat a des opi­ Dans l’Église grecque, Zonaras, Annal., ni, 11-14, P. nions très flottantes sur les deutérocanoniques, compa­ , G. t. cxxxtv, col. 260 sq., reproduit l’histoire de Judith rés aux livres authentiques et aux livres apocryphes. et de Tobie. En commentant les canons, il concilie le Opera, t. vi, p. 269, etc. Denys le Chartreux, Enarrat, 85e canon des apôtres, le 60” canon de Laodicêe, le ca­ in Eccli., prol., Opera, Montreuil, 1899, t. vin, p. 1, dit non de Carthage et la lettre festale de saint Athanase. que ce livre n’est pas au canon, ni Écriture canonique, P. G., t. cxxxvn, col. 216,1420; t. cxxxvm, col. 121, quoiqu’il n’y ait pas de doute sur sa véracité. La préface 564. Aristène s’en tient au canon des apôtres et ne com­ mente pas les autres décrets. P, G., t. cxxxvn, col. 216, de la Bible de Complute reproduit les jugements de 241, 1422; t. cxxxvm, col. 121. Balsamon est du même saint Jérôme. Le cardinal Cajétan, In Esther, Lyon, sentiment. Ibid., col. 121, 215, 560. Cf. Mathieu Blas1639, t. n, p. 400, rejette les deutérocanoniques; il se tarès, Syntagma alphabelicum, B, 11, P. G., t. cxliv, range, d’ailleurs, à l’avis du même saint docteur. col. 1140 sq. La conciliation des décrets officiels finit Parallèlement à cette liste de doutes et d’incertitudes par introduire dans l’usage universel des Grecs tous nous pouvons dresser une autre liste d'affirmations fermes et explicites en faveur de la canonicité de ces les livres mentionnés par le concile de Carthage. En Occident, les témoignages continuent à être parta­ livres. L’dalric, Consuetudines cluniacences, l, 1, P. L., gés. Tandis que la majorité est nettement favorable aux t. cxLix, col. 643; Lanfranc, De corpore et sanguine deutérocanoniques, un nombre, moindre sans doute, Domini, c. vm, P. L., t. cl, col. 419; Gislebert, Disp, mais encore relativement considérable, reproduit les judæi cum christ., P. L., t. clix, col. 1026-1027 (en fa­ doutes anciens. Ainsi Rupert de Deutz, In Gen., P. L., veur de Baruch); S. Brunon d’Asti, Exposit. in Exod., t. clxvii, col. 318, nie la canonicité de la Sagesse. Il ne P. L., t. ci.xiv, col. 324 ; anonyme du xn' siècle, Epist. commente ni Baruch ni les fragments de Daniel. Il dit ad Hugon., P. L., t. ccxm, col. 714; Gratien, Decret., que Judith et Tobie, étrangers au canon hébreu, Nicœnæ iv, 61, P. L.,t. clxi, col. 276; Honorius d’Autun, Gemma synodi auctoritate, ad instructionem venerunt sanctæ animte, iv, 118, P. L., t. clxxii, col. 736-738; Sacra­ Ecclesiæ. De div. officiis, xn, 26, P. L., t. clxx, ment., 100, ibid., col. 801 ; Pierre de Riga, P. L., t. ccxn, col. 332. Il recevait les Machabées, De victoria verbi Dei, col. 23; Gilles de Paris, De numero lit. utriusque 1. X. c. vin, P. L., t. CLX1X, col. 1428, quoiqu’il main­ Test., ibid., col. 43; Pierre de Blois, De divis, et script, tint le chilïre de 24 livres de l’Ancien Testament. Ibid., sac. lib., P. L., t. CCVI1, col. 1052; Albert le Grand, In col. 907. Hugues de Saint-Victor, De Script, et scripto­ Baruch, prol., Opera, 1893, t. xvin, p. 357; S. Bona­ ribus sacris, 6, P. L.. t. ctxxv, col. 15, ne reçoit que venture, Breviloquium,1,2, Opera, Quaracchi, 1891, t. v, 22 livres; les autres sont lus, mais ne sont pas au canon; p. 202-203; In Sap., præf., ibid., 1893, t. vi, p. 108; ils servent de commentaire à l’Ancien Testament, comme Vincent de Beauvais, Speculum doctrines, xvn, 33; les écrits des Pères au Nouveau. Cf. Erudit, didasc., Robert Holkot, Postilla super lib. Sap., l. Tous les ma­ iv, 2, P. L., t. CLXxvi, col. 779; De sacramento fidei, nuscrits du moyen âge contiennent les deutérocano­ i, 6, ibid., col. 186. Rodolphe de Flavigny, In Lev., xtv, niques. Malgré les doutes émis par quelques-uns de ses 1, Biblioth. maxima Patrum, Lyon, 1667, t. vu, p. 177, docteurs, l’Eglise continuait à les lire. Aussi aboutit-elle fait écho à Junilius et distingue des livres d'autorité à les déclarer divins et canoniques au concile de Flo­ rence en 1441 et au concile de Trente en 1546. Voir diverse. Pierre le Vénérable, Cont. petrobrusianos, P. L., t. clxxxix, col. 751, compte 22 livres authentiques; col. 1593 sq. six autres, sans être parvenus à la sublime dignité des H. Corrodi, Beleuchtung der Geschichte des jüdischen und précédents, ont mérité cependant, à cause de leur doc­ christlichen Bibelcanons, 2 in-8·, Halle, 1792; F. C. Movers, Loci quidam historiæ canonis V. T. illustrati, in-8·, Breslau, trine louable et nécessaire, d’être reçus par l’Église. 1842; Vincenzi, Sessio quarta concilii Tridentini vindicata seu Pour Pierre le Mangeur, Ilist. scolast., P. L., t. cxcvin, introductio in Scripturas deuterocanonicas V. T., 3 in-8·, col. 1260, 1431, 1475, les deutérocanoniques sont apo­ Rome, 1842-1844; M. Stuart, Critical history and defence of the cryphes, parce qu’on n’en connaît pas les auteurs; mais Ο. T. canon, in-12, Andover, 1845 ; Edimbourg et Londres, 1849 ; ils sont reçus par l’Église, parce qu’il n’y a pas de doute B. Welle, Bemerkungen über die Enstehung des alttestamentsur leur véracité. Jean de Salisbury suit saint Jérôme. lichen Kanons, dans Theologische Quartalschrift, Tubingue, Epist., cxLin, ad Henric. com. Campan., P. L., 1855, p. 58-95; A. Dillmann, Ueber die Bildung der Sammlung heiliger Schriften A. T., dans Jahrbücher fur deutsche Théo­ t. cxctx, col. 126,129. Pierre de Celles, Liber de pani­ logie, 1858, t. m, p. 419-491; J. Fürst, Der Kanon des A. T. bus, 2, P. L., t. cctl, col. 936, n’admet que 24 livres. nach den Ueberlieferungen in Talmud und Midrach, in-8·, Jean Beleth, Nationale div. offic., 59, P. L., ibid., Leipzig, 1868; Bloch, Studien zur Geschichte der Sammlung col. 66-67, n’en compte que 22; l’Église approuve les der althebraischen Literatur, 1876; Marx, Traditio rabbinoautres, selon lui, à cause de leur ressemblance avec les rum veterima de librorum V. T. ordine atque origine illu­ livres de Salomon. Hugues de Saint-Cher n’accepte que strata, Leipzig, 1884; A. Loisy, Histoire du canon de t',4. T., le canon juit et il appelle les deutérocanoniques « apo­ in-8·. Paris, 1890; G. Wildeboer, Het ontslaan van den Kanon des O. V., 1889, trad. ail. par Riscb, 1891 ; trad, angl par Bacon, cryphes ». Opera, t. I, p. 178, 217, 218, 308, 374; t. n, Londres, 1895; trad, franç., Lausanne, 1901 ; Byle, The canon p. 2; t. m, p. 171; t. v, p. 145. Saint Thomas, In Dion, de div. nom., c. iv, lect. ix, dit que la Sagesse n’était of the O. T., 1892 ; Magnier, Étude sur la canonicM des saintes Ecritures, in-12, Paris, 1892 ; Mullan, The canon o/ the O. T., pas canonique au temps du pseudo-Denys. H laisse in­ 1893; Dagajev, Historia canonis V. Foederis, 1899: C. Julius, décise la question de la canonicité de l’Ecclésiastique. Diegrieschischen Danielzusütze und ihrekanonische Gellung, Sum. theol., I’, q. lxxxix, a. 8, ad 2“m. Guillaume 1901 ; A. Dombrovski, La doctrine de L'Église russe et te canon Ockam, Dial., Ill, tr. I, 6, prétend que l’Église, tout en de VA. T., dansla Revue biblique, 1901, p. 267-277 ; Jugie, Histoire lisant les deutérocanoniques, ne les reçoit pas au nombre du canon de VA. T. dans V Église grecque et l’Église russe, 1909 ; Dennefeld, Der attest. Kanon der antischenischen Schule, 1909. de ses Écritures canoniques. Jean Horne, cité par Ilody, De Bibitorum textibus originalibus, col. 93, affirme IV. Canon du Nouveau Testament. — L’histoire du que ces livres manquent d’autorité divine et ne sont pas canon du Nouveau Testament peut se diviser en trois reçus dans le canon. Nicolas de Lyre suit le canon périodes : la première, de formation, ou de concentra­ 4583 CANON DES LIVRES SAINTS tion des écrits apostoliques, depuis leur rédaction jus­ qu’à l’an 220 environ; la deuxième, de discussion des deutérocanoniques dans certaines Églises, de 220 jus­ qu’à la fin du IVe siècle en Occident et du Ve en Orient; la troisième, de pleine possession, depuis cette dernière époque jusqu’au concile de Trente et jusqu'à nos jours dans l’Êglise catholique. Comme cette dernière période ne crée pas de difficulté, nous la passerons sous silence, et nous ne traiterons même dans les deux autres que les points principaux. lT“ PÉRIODE, DE FORMATION ET CONCENTRATION. — C’est la période la plus importante, car il est capital de savoir ce que l’Êglise à son berceau pensait du Nouveau Testament, quels livres apostoliques elle reconnaissait comme divins et comment elle les a réunis en collection canonique. C’est aussi la plus obscure, car nous man­ quons de renseignements directs et nous sommes ré­ duits à déterminer l’étendue du recueil néotestamen­ taire par l’emploi que les anciens écrivains, catholiques ou hérétiques, faisaient des documents apostoliques. 1° De 95 à 130. — Ni les apôtres ni leurs premiers successeurs ne fixèrent expressément le canon du Nou­ veau Testament. Les livres qui en font partie se sup­ posent réciproquement et se rendent un témoignage mutuel; mais saint Pierre seul, II Pet., ni, 16, fait allusion à une collection d’Épltres de saint Paul, qu’il assimile aux autres Écritures. Les Pères apostoliques font des emprunts à la plupart des livres du Nouveau Testament, en citent plus ou moins exactement le texte, et une fois au moins, comme Écriture. Barnabé, Epist., iv, 14, Funk, Patres apostolici, Tubingue, 1901, t. t, p. 48. Pour la Didachè, voir t. i, col. 1686-1687; pour Barnabé, col. 420-421; pour les Pères apostoliques en général, t. i, col. 1636-1637, et les tables de Funk, op. cit., t. 1. p. 640-652. Si à ces témoignages on joint celui de Basilide, voir col. 466, et de quelques apo­ cryphes du début du 11e siècle, on aboutit aux conclu­ sions suivantes : En l’an 130, le canon évangélique, composé des quatre Évangiles canoniques, est constitué en fait dans toutes les Églises; il l'a été par une tradi­ tion pratique, qui les a séparés des évangiles apo­ cryphes et qui était fondée sans doute sur les circons­ tances alors connues de leur origine. Les Épitres de saint Pau) sont aussi répandues partout et forment une collection qui renfermait au moins treize lettres de cet apôtre. Il n’y avait que ces deux recueils. Les autres écrits apostoliques n’étaient pas groupés. Ils étaient ce­ pendant plus ou moins répandus, même l’Épltre aux Hébreux qui, à Rome, était connue comme l'œuvre de saint Paul. Quelques apocryphes avaient cours déjà, ou au moins des traditions orales qui furent plus tard con­ signées dans les apocryphes. Voir t. t, col. 1637-1638. Enfin des écrits, tels que l’Épitre de saint Clément aux Corinthiens, le Pasteur d’IIermas, qui seront plus tard tenus en quelques lieux pour canoniques, jouissaient déjà d’un grand crédit et servaient à l’édification des fidèles. 2" De 130 à 150. — 1. La concentration des livres du Nouveau Testament se continue. Les Pères apolo­ gistes utilisent les livres du Nouveau Testament et leur font de nombreux emprunts. Voir t. 1, col. 1596. Les Évangiles sont groupés et saint Justin leur donne explicitement ce nom au pluriel, synonyme de celui de ■ mémoires des apôtres ». Apol., I, 6, P. G., t. vi, col. 429; cf. E. Preuschen, Die Evangeliencitate Justins, dans Anlilegomena, Giessen, 1901, p. 21-38, 119-133. Tatien, son disciple, les harmonise dans son Διά τεσ­ σάρων. Saint Justin cite expressément l'Apocalypse, Dial, cum Tryph., 81, P. G., t. vt, col. 670. 11 s’inspire des Épîtres de saint Paul et des autres apôtres aussi bien que des Actes. Méliton de Sardes avait composé sur l’Apocalypse un livre perdu. Eusébe, II. E., iv, 26, P. G., t. xx, col. 392. Les Épitres catholiques ont peu 1581 d’attestation. Cf. J. Delitzsch. De inspiratione Scrip­ turis sacræ quid statuerint Patres apostolici et apolo­ ge tæ secundi saeculi, Leipzig, 1872. Les hérétiques se servaient des Évangiles canoniques, et Héracléon avait écrit sur celui de saint Jean un commentaire, dont Origène, In Joa., P. G., t. xiv, a reproduit quelques fragments. Les Valentiniens connaissaient les Épitres de saint Paul, même celle aux Hébreux, la première de saint Pierre et l'Apocalypse ; ils avaient beaucoup d’apo­ cryphes. Marcion avait un Nouveau Testament, compose de deux parties : το εύαγγέλιον, formé du seul Évangile de saint Luc et encore mutilé, et ό απόστολος, compre­ nant dix Épitres de saint Paul parmi les treize qu’il connaissait. Il excluait formellement les Épîtres à Tite et à Timothée sous prétexte qu’elles étaient adressées à des particuliers. Tertullien, Adv. Marcion.,v, 21, P. L., t. il, col. 524. Sur le Nouveau Testament de Marcion, voir Zahn, Geschichte des Neutestamentlichen Kanons, Erlangen et Leipzig, 1889, t. i, p. 585-718; 1891, t. n, p. 409-529. Les hérétiques du IP siècle ont donc trouvé l’Êglise en possession des quatre Évangiles et de la col­ lection des Épîtres de saint Pau), et ils les ont pris à leur usage. Mais ils y ont joint des apocryphes, qu'ils mettaient sous le patronage des apôtres ou de leurs dis­ ciples immédiats. L’Église leur a opposé, non pas un canon officiellement fixé de ses Écritures, mais seulement sa tradition. 2. Reuss, Histoire du canon des saintes Écritures, р. 72-76, a prétendu qu’à l’époque de Marcion les Évan­ giles et les Épitres n’étaient pas encore regardés comme divins et inspirés, ni nettement distingués des apocryphes. Plus tard seulement, l’Êglise aurait placé les écrits des apôtres à l’égal de ceux des prophètes, afin de les opposer aux nouveaux prophètes des montanistes, et elle aurait opéré le triage des livres apostoliques en vue d'éliminer les apocryphes gnostiques. Ibid., p. 8897. Mais saint Théophile d’Antioche, Ad Autol., I. III, с. χιι, P. G., t. vi, col. 1137, n’a pas été le premier à affirmer l’inspiration des évangélistes et des apôtres comme celle des prophètes de l’ancienne alliance. CL I. II, c. xxn; 1. III, c. xiv, col. 1088, 1141. Avant lui, saint Pierre, I Pet., ni, 15, 16, avait comparé les Epitres de saint Paul aux autres Écritures. L’auteur de l’Épitre de Barnabé, IV, 14, Funk, t. i, p. 48, avait cité un passage de saint Matthieu avec la formule : ώς γέγραπται. Saint Clément de Rome, 1 Cor., xlvii, 3, Funk, t. i, p. 160, dit aux Corinthiens que saint Paul leur a écrit une lettre πνευματικώς, sous l’inspiration du Saint-Esprit. Si saint Ignace, Phil., vm, 2; ix; Smyrn., v, 1 ; vu, 2, Funk, t. i, p. 270, 272, 278, 282, parle plutôt de l’Évangile oral et de la prédication apostolique, son témoignage cependant embrasse dans une certaine mesure l’Évangile écrit, qu’il joint à la loi de Moïse et aux prophètes. Le c. xi, 6, de l’Épitre à Diognète, Funk, t. I, p. 410, s’il était authentique, prou­ verait que les Pères apostoliques assimilaient les évan­ gélistes et les apôtres aux prophètes. La II Cor., il. 4, Funk, t. i, p. 186, cite une parole des Évangiles à la suite de versets d'Isaïe et l’introduit en ces termes : καί έτερα Si γραφή λέγει. Saint Justin se sert de la même formule : « il est écrit, » pour amener les citations des Évangiles et celles de l’Ancien Testament, par exemple, Dial, cum Tryph., 49, P. G., t. vi, col. 584. H regarde formellement l’Apocalypse comme une révélation di­ vine. Ibid.,81, col. 669. La croyance à l'inspiration di s livres du Nouveau Testament a donc précédé l'app.irition du montanisme et il reste vrai que l’Êglise na jamais traité les écrits apostoliques comme des livres profanes el ordinaires. 3. Sans doute, quelques-uns des premiers écrivains ecclésiastiques semblent s’être servis décrits apo­ cryphes, encore qu’on ait beaucoup exagéré cet emploi. Ainsi, la 11 Cor., v, 2-4; vin, 5; xn, 2-5, Funk, t. i. 1585 CANON DES LIVRES SAINTS p. 188, 190, 194, 198, cite des paroles du Seigneur, et l'une d’elles comme provenant de l’Évangile, paroles qui ne se trouvent pas dans les Evangiles canoniques. Sontelles extraites d’Évangiles apocryphes? Pas nécessaire­ ment, puisque les deux premières paraissent empruntées à la tradition orale, appelée autrefois Évangile. La troi­ sième. il est vrai, se trouvait dans l’Évangile des Egyptiens, mais avec d’autres détails. Cf. Clément d’Alexandrie,. Strom., in, 6, P. G., t. vin, col. 1149. L’emprunt n’est donc pas direct et les deux documents dépendent d’une tradition plutôt que d'un écrit plus ancien. Saint Ignace, Ad Smyrn., m, 2, Funk, t. i, p. 276, cite une parole de Jésus, qui ne se lit pas dans les Évangiles canoniques. Eusèbe, II. E., m, 36, P. G., t. xx, col. 292, avoue en ignorer la provenance. Saint Jérôme, De vins, ‘16, P. L., t. xxiii, col. 633, y reconnaît une citation de l’Évangile des Hébreux; mais Origène la reproduit par­ tiellement comme venant de la Prédication de Pierre. De princ., proærn., 8, P. G., t. xi, col. 119. Saint Ignace ne l'a peut-être pas empruntée à une source écrite. En tout cas, on a remarqué que c’est la seule parole de Jésus qui soit mentionnée comme telle par cet écrivain avec indication de circonstances histo­ riques, et on s’est demandé s'il n’agit pas ainsi parce qu’elle était peu connue et étrangère aux Évangiles ca­ noniques. Certaines ressemblances de ces écrits, Apol., I, 16, 61; Dial. cuni. Tryph., 41, P. G., t. vi, col. 353, 420, 421, 564, avec la Didachè,i, 2; vu; xiv, Funk, t. j, p. 2,16-18, 32, ont fait penser qu’il connaissait cet ou­ vrage et qu'il regardaitson contenu comme apostolique. Tandis que les hérétiques attribuaient à dessein aux apocryphes une origine apostolique, afin d'étayer sur eux leurs erreurs, on ne peut affirmer avec une pleine certitude que les écrivains orthodoxes qui les em­ ployaient les mettaient sur le même rang que les livres du Nouveau Testament. Du reste, ces écrits apocryphes n’étaient pas reçus dans l’usage public et officiel des Églises. De leur emploi par quelques Pères on ne peut donc conclure que l’Église ne possédait pas alors une collection canonique du Nouveau Testament. Cette col­ lection existait certainement quoiqu’elle n’eût pas par­ tout la même étendue. D’ailleurs, les divergences ne concernaient que quelques écrits apostoliques et elles provenaient non pas de la confusion de ces écrits avec les apocryphes, mais bien de leur diffusion moins ra­ pide dans certains milieux chrétiens. Partout donc on recevait alors les Évangiles et les Épitres de saint Paul; les autres livres du Nouveau Testament étaient isolé­ ment connus déjà, sinon partout, du moins dans diverses Églises, et certains apocryphes n’excitaient pas encore une défiance suffisante chez quelques écrivains ortho­ doxes, ou même peut-être dans quelques communautés. Cf. Harnack, Das N. T. uni das Jahr 200, Fribourgen-Brisgau, 1889; Dogmengeschichte, t. 1, p. 337-363; V. Rose, Études sur les Évangiles, 2e édit., Paris, 1902, p. 1-38. 3“ De Π0 à 220. — Durant cette période, le recueil du Nouveau Testament est, de l’aveu de tous, mis sur le même rang que celui de l’Ancien, les apôtres sont assi­ milés aux prophètes. S. Irénée, Cont. hær., il, 27, 2; 35, 4, P. G., t. vu, col. 803, 841; S. Hippolyte, De Christo et Antichristo, 58, P. G., t. x, col. 777; Clé­ ment d’Alexandrie, Coh. ad Græcos, l, P. G., t. vin, col. 57. On dresse pour la première fois des listes ou cata­ logues des livres des apôtres; mais ces catalogues ne sont pas identiques et ils montrent par leur contenu » M. D. Gibson, Apocrypha arabica, version arabe et trad, anglaise, Londres, 1901, dans Studia Sinaitica, t. vin. Si les huit livres de Clément visés par le canon 84 sont les Constitutions apostoliques, dont on place en général la rédaction au commencement du v· siècle, nous obte­ nons ainsi un terminus a quo pour la rédaction actuelle des canons des apôtres. Le terminus adquem sera l’épo­ que de la traduction de Denys le Petit (vers 500) ou même de la compilation de Jean le Scolastique (vers 550), si l'on n'admet pas que les derniers canons soient du même auteur que les premiers. Pour M. Funk, les canons des apôtres datent de la première moitié ou du commen­ cement du v· siècle, p. 191 ; M. Harnack les place aussi au v« siècle et renvoie à M. Funk, Allchr. Lit. Die Ueberlieferung, Leipzig, 1893, p. 775; pour M. Lightfoot ils peuvent être regardés comme un corollaire des Consti­ tutions apostoliques et ils dateraient (avec un point d'interrogation, il est vrai) du VIe siècle, S. Clement of Rome, Londres, 1890, t. i, p. 101 ; cf. p. 187, 368; pour M. Achelis, l'auteur a voulu, à l'aide de ce faux, couvrir le faux des Constitutions apostoliques et les faire figurer à la suite du Nouveau Testament, au commencement du v» siècle. Realencyclopâdie, 3’ édit., t. i, p. 739. Les anciens auteurs semblent cependant avoir entendu le canon 84, non pas des huit livres des Constitutions, mais de l'Octateuque de Clément, ou même simplement des 126 canons coptes-arabes qui lui sont sans doute antérieurs. Voir plus loin. En effet, comme l’a dit M. Achelis, p. 739, l’auteur du canon 84 voulait faire figurer les huit livres de Clément à la suite du Nouveau Testament, mais jamais, à notre connaissance, les Consti­ tutions n'ont occupé cette place, tandis que l’Octateuque y figure en syriaque, Rahmani, Testamentum D.-N. J.-C., Mayence, 1899, p. ix-xi, et les canons coptes-arabes en éthiopien; Ludolf écrivait en ellet : Illos (les 127canons coptes-arabes) Habessini in octo partes dividunt et evan­ gelistarum apostolorumque scriptis canonicis tanquam Novellas quasdam adjungunt quasi ejusdem sint plane auctoritatis et absolulissimæ Christianorum Pandectœ. Hist. Æth., Francfort-sur-le-Main, 1681, I. Ill, c. IV; cf. Comm. ad. hist. Æth., Francfort-sur-le-Main, 1691, p. 300, 329; cet usage et cette division des canons en huit livres durent provenir d’Égypte, comme tous les jisages et tous les livres ecclésiastiques des Abyssins. Dans leur traduction du canon 84, les Arabes et les Éthio­ piens ont traduit « les huit livres des διατάξεις » par « les huit livres des canons». Revue biblique, 1901,p. 170,172. Enfin saint Jean Damascène met après l’Apocalypse les Κανόνες τών άγιων αποστόλων διά Κλήμεντος. De fide orthodoxa, ιν, 17, Ρ. G., t. xciv, col. 1180. On remarquera d’ailleurs que la partie de ces canons qui a été conservée en grec porte précisément pourtitre : ai διαταγαι a! διά Κλήμεντος. Lagarde, Reliquiæ juris eccl. ant. græce, Leipzig, 1856, p. 74. C'est le même mot (διαταγαί) qui est employé dans le canon 84 des apôtres. Dans cet ordre d’idées on pourrait peut-être éloigner le terminus a quo des canons des apôtres, en supposant qu’ils ont figuré d’abord (can. 72-127) dans la seconde partie des 126 canons coptes-arabes (et plus tard de l’Octateuque; 1610 à la suite du Nouveau Testament, puis qu’ils ont été portés de là, avec plusieurs des canons précédents (can. 2171), dans les Constitutions apostoliques pour former et continuer leur VIIIe livre. Le « Livre des feuillets pleins de mystères », dont nous avons parlé plus haut, n’a aucune chance d’être visé dans le canon 84, mais semble plutôt en dépendre, car l'attri­ bution de la première partie de cet ouvrage à saint Éphrem est reconnue inexacte : il ne remonterait guère plus haut que le vi* siècle. Cf. Rubens Duval, La litté­ rature syriaque, Paris, 1899, p. 90-91. Après avoir fixé approximativement l’époque de la composition du recueil·des 84 canons, il resterait encore à chercher le lieu et l'époque de l’apparition des divers canons, car Beveridge et Hefele admettent que les canons des apôtres ont pu paraître en des temps et dans des conciles différents avant d'être codifiés. Pour Drey, qui voit dans ces canons un plagiat de canons antérieurs, il restait à déterminer leurs sources. Selon lui, trois pro­ viennent de la Didascalie (can. 38, 41, 42); cinq du concile de Nicée (can. 20-23, 79); vingt du concile d'Antioche de 341 (can. 7-15, 27, 30, 32-40, 75); trois du concile de Laodicée de 372 (can. 44, 70, 71); un du concile de Constantinople de 381 (can. 74); un du con­ cile de 394 (can. 26); dix-neuf des huit livres des Consti­ tutions apostoliques (can. 1, 2, 6, 7,16,17,19, 25, 32, 45, 46, 48, 50-52, 59, 63, 65, 78); cinq du concile de Chalcédoine (can. 28, 66, 73, 80, 82), etc. Funk, p. 183-190; cf. Hefele, t. i, p. 613. Nous avons déjà dit combien la mé­ thode de Drey nous semble partiale. De ce que deux ca­ nons formulent une ordonnance analogue, il conclut à une filiation, et, dans chaque cas, il déduit le canon des apôtres de l'autre canon. Il est clair cependant que la filiation peut être inverse, si même les deux textes ne dépendent pas d’une autre source inconnue de Drey. Ils peuvent encore parfois formuler les mêmes ordonnances, par un simple hasard sans avoir aucun rapport l’un avec l'autre. M. Funk n’admet comme sources certaines que le concile d’Antioche de 341 el les Constitutions aposto­ liques, p. 202. 3° Lieu d’origine et auteur. — D’après M. Funk, leur lieu d’origine est la Syrie, car on trouve mention (can. 36) du mois ϋπερδερεταϊος (octobre) qui appartient au calen­ drier syro-macédonien, p. 191. Leur compilateur serait le même que le compilateur des huit livres des Consti­ tutions apostoliques, qui aurait composé de toutes pièces les canons apparentés au concile d’Antioche et aux Constitutions et peut-être aussi les autres canons, puis les aurait placés à la fin du VIIIe livre, p. 204-205. Pour Bardenhewer aussi, l’auteur ou le compilateur des canons et celui des Constitutions ne font qu’un. Les Pères de l’Église, trad, franç., Paris, 1898, t. i, p. 52; Palrologie, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1901, p. 308. 4” Anciennes versions. — 1. Nous avons déjà cité la double version latine de Denys le Petit, faite vers l'an 500 et qui comprend seulement 50 canons. Mansi, t. I, col. 49-66, etc. La première version de Denys, conservée dans de nombreux mss., fut publiée pour la première fois par Cuthbert Hamilton Turner, loc. cit., p. 1-32. Elle est divisée en 49 canons. La seconde version de Denys le Petit passa d'abord dans les anciennes collections cano­ niques allemandes, espagnoles, françaises, italiennes, dont F. Maassen a donné la liste, Geschichte der Quellen und der Literatur des canonischen Recht im Abendlande, Graz, 1870, t. i, p. 438-440, puis dans les col­ lections plus récentes y compris Gratien et les Décré­ tales; elle eut de nombreuses éditions. Cf. Hardouin, 1.1, col. 31-38; P. L., t. Lxvn, col. 141-148. 2. La version syriaque figure dans les collections jacobite et nestorienne de canons. Le texte jacobite a été édité par Lagarde, Reliquiæ... syriace, Leipzig, 1856, p. 4461, avec les différences du syriaque et du grec dans Reliquiæ... græce, Leipzig, 1856, p. xxvill-xxxni. C’est CANONS DES APOTRES 1G11 le 1. VIII' de Clément, avec le titre : « διατάξεις, c’est-àdire commandements des apôtres adressés par Clément aux nations. Canons ecclésiastiques. » Le canon 47 est transposé avant le canon 50. Le canon 65 est placé après le canon 62. D’ailleurs, les canons sont divisés de manière un peu différente et forment un total de 82 au lieu de 81 (ou 85). En dehors de ces différences de forme, le syriaque traduit le grec de manière assez fidèle. On remarquera seulement une longue addition à la fin du canon 49 relatif au baptême. Cf. Lagarde, Reliquiae... graece, p. xxtx-xxx. Celte addition, ainsi que les canons 46. 48, 49 qui se suivent sans discontinuité, sont accom­ pagnés d’astérisques mises en marge du ms. de Paris édité par Lagarde (syç. 62) et un scribe a écrit en marge : « On dit que les ariens ont ajouté toutes ces choses qui ont des astérisques. » Lagarde, p. xxx. Il est remar­ quable que ces canons 46, 48. 49 ne figurent pas dans la recension (can. 72-127) qui termine les 127 canons Coptes-arabes dont nous avons déjà parlé. Le texte nestorien figure dans la collection d’Ébedjésus et a été édité et traduit en latin par Mai, Scriptorum veterum nova collectio, Rome, 1838, t. x, p. 8-17; il porte le litre suivant : Synodus secunda. Canones apostolorum qui dati fuerunt per sanctum Clementem discipulum apostolorum... Cum adhuc episcopi nomine apostolo­ rum nuncuparentur, convenerunt et statuerunt diversos canones qui sunt sequentes. C’est la version en usage chez les jacobites. Le canon 49 porte la même addition que précédemment, les canons 47 et 65 ne sont pas inter­ vertis; par contre, le canon 44 précède le canon 43. Le nombre des canons est de 83. Cette traduction syriaque est très ancienne, car elle ligure dans un manuscrit jacobile de Londres, add. 14526, fol. 9, du vit' siècle, « écrit probablement aussitôt après 641. » Wright, Catal. of syriac mss., Londres, 1870-1872, p. 1033; cf. Lightfoot, S. Clement of Rome, t. i, p. 373-374, note. 3. En arabe, Riedel signale trois recensions des 84 ca­ nons des apôtres, comprenant respectivement 81, 82 et 83 canons. Die Kirchenrechtsquellen des Patriarchate A lexandrien, Leipzig. 1900, p. 157. Le ms. de Paris, arabe 252, renferme deux recensions, l une figure à la lin de lOclateuque de Clément, p. 562-567; elle est conforme à la version syriaque et contient aussi la longue addition au canon 49, p. 564; elle est divisée en marge en 86 ca­ nons et a pour titre : « Canons des saints apôtres par le moyen de Clément. » L’autre recension, p. 19-37, com­ prend 82 canons sous le titre de : « Canons des apôtres dans le cénacle de Sion, » ou encore : « Voici ce que l’on appelle les Abastalasat, que les disciples ont ordonnés, et leurs canons que Clément a recueillis. Les apôtres les réunirent et les ordonnèrent par le secours du SaintEsprit quand ils étaient dans le cénacle, de Sion... » Le titre varie avec les manuscrits. On les appelle ailleurs Tillasat (tituli',, en particulier chez les Arabes inelkites, mss. arabes de Paris, 235, 4°, 236,7°, tandis que ce nom, dans le manuscrit 252, est réservé aux 30 canons d’Addaî voir col. 1618, et ils sont divisés en 81 canons. Cf. Ludolf, Comm. ad hist. Ælh., p. 330. Nous avons constaté que les canons 11-13 du ms. 252 sont identiques aux canons éthiopiens traduits par Ludolf, loc. cil., p. 331. Tous deux sont une paraphrase des canons grecs qui se trouvent amplifiés au double et parfois au triple. Cf. Funk, p. 263-264. 4. Riedel signale aussi trois recensions éthiopiennes en 81 canons, p. 155, 3°, 4°, 7». Ce sont sans doute ces trois recensions qui figurent dans le ms. d’Abbadie, n. 65, §4, 9,11. Catalogue raisonné des mss. éthiopiens appartenant à Antoined’Abbadie, Paris, 1859, p. 76-77; cf. Funk, p. 245-246. Ludolf a donné les titres des 81 canons d’une recension, puis le texte et la traduction des canons 11-13. Comm, ad hist. Ælh., p. 330-333. Nous parlerons plus loin d’une quatrième recension arabe et éthiopienne en 56 (ou 57) canons formant DICT. OE THÉOL. CATHOL. 1G12 la fin (can. 72-127) des 127 canons coptes-arabes. 5. Il existe aussi une ancienne traduction arménienne, ms. de Paris, n. 118. fol. 28-39. Le texte latin de Denys le Petit parut dans la collection des conciles do J. Merlin. Paris. 1524, et te texte grec fut publié pour la première fois par Gr. Haloander. Xiafù. Ίουστ,ν,ανοδ βασιλίο,;... BtSxiov, Nuremberg. 1531. Ces textes furent reproduits dans la plupart des Corpus juris civilis et des Corpus juris ecclesia­ stici, puis par Beveridge, Synodicon, sive Pandectae canon um SS. apostolorum et conciliorum ab Ecclesia gnvea receptorum, Oxford, 1672, t. 1. p. 1-57 (cette édition, qui fait suivre les canons des apôtres des commentaires de Balsamon, de Zonaras et d’Aristène. a été reproduite, P. G., t. cxxxvn, col. 36-217), enfin par de Lagarde. Reliquiae juris ecclesiastici antiquissimae, Leipzig, 1856, p. 20-35; Hefete. ’Histoire des conciles, t. 1, appendice Pitra, Juris ecclesiastici Græcorwn historia et monumenta, Rome, 1864. t. J, p. 1-45; Fr. Laucberl. Die Kanones der uiich- tigsten altkirchlichen Concilier nebst den Apostolischen Kano­ nes, Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1896, etc. C. 11. Turner publia une édition critique des deux versions latines de Denys le Petit, Ecclesiae occid. monumenta juris antiquissima, Oxford, 1899, fasc. 1, p. 1-34. Voir les études de Drey, tVeue Untersu- chungen Uber die Konst itutionen and Kanones der ApoStet, Tubingue, 1832; J. W. Bickell, Geschichte des Kirchenrechts, Giessen, 1843; Hefele, Histoire des concites, Paris, 1869, t. 1, p. 609-644; F. X. Funk, Die apostolischen Konstitutionen, Roltenbourg, 1891, p. 180-206 ; Fabricius, Hibl. græca. édit. Hartes, t. vu. p. 22-23; t. xn, p. 141-153, on trouve ici le renvoi aux manuscrits que Fabricius connaissait. Enfin Vansleb, Histoire de l’Église d’Alexandrie, Paris, 1677, p. 251-256. avait donné l’ana­ lyse d'une recension arabe en 81 canons intitulée, dit-il, Tetctlisat et Abtilisat, IL Les I27 canins coptes-arabes. — Ces canons, qui tous sans doute sont d'origine grecque, sont conservés en arabe, en copte, en éthiopien, en syriaque (dans l’Octateuqtie). Quelques-uns seulement existent encore en grec et en latin. Leur nombre et leurs divisions varient avec les versions. En arabe et en éthiopien, ils sont divisés en deux parties, l'une de 71 canons et l’autre de 56 (ou 57). Les premiers ont été appelés par Lagarde : canones eccle­ siastici, pour les distinguer des derniers qu'il appelle canones aposlolici et qui ne sont en effet qu'une rédac­ tion différente des canons des apôtres dont nous venons de traiter. Les premiers ont pour litre : « 71 canons des saints apôtres ayant pour but l’institution de l’Église, édités par saint Clément, » et les seconds : « 56 canons de la sainte Église arretés par les apôtres et édités par saint Clément. » Ms. arabe de Paris, n. 251,5°,6», Catalo­ gue, p.66.Le texte arabe a été publié par Horner, les titres des canonsont été traduits par Vansleb, Hist, de l’Église d'Alexandrie, p. 241-25I. Les titres des canons éthiopiens ont été publiés et traduits par Ludolf, Comm, ad hist. Ælh., p. 305-314, qui publia et traduisit ensuite en latin les canons 1-23 de la première série, p. 31-4-328. W. Fell a publié et traduit les 56 canons de la sèconde série : Canones apostolorum æthiopice, Leipzig, 1871. Le texte copte sahidique des 127 canons, divisés ici en 78 et 71 (au lieu de 71 et 56), a été publié sans traduction par de Lagarde, Ægyptiaca, Gœttingue, 1883, p. 239-29I, 209-238. La traduction allemande des canons 21-47 de la première série (numérotés ici 31-62), faite par G. Steindorffsur l’édition de Lagarde,a été publiée par IL Achelis dans son étude sur les canons d’IIippolyte, Die Canones Hippolyti, Leipzig, 1891,dans Texte und Cntersuchungen,t.vi, fasc.4. Enfin, le même texte sahidique a été édité, sans traduction, d’après un ms. moderne du Caire, par U. Bouriant, Recueil de travaux relatifs à la philologie égyptienne, t. v (1884), p. 199-216; t.vi (1885), p. 97-115. Horner en a donné une version anglaise. Le texte copte memphitique, ou de la Basse-Égypte, qui est une traduc­ tion du précéden I, a été pu bliéavec traduction anglaise par ll.TMsm.TheapostolicalConstitutions or Canonsof the Apostles, Londres, 1848. La première pièce forme lei. I-VI de l'ouvrage, p.1-91 ;el le a été di visée parTatta men cano is; la seconde pièce forme le I. Vil, p.173-213,et différé de la pièce sahidique correspondante; aussi Lagarde a-t-il édite IL - 51 1G13 CANONS DES APOTRES 1614 ces deux pièces en regard sur les mômes pages, loc. cit., voirs des diacres, des laïques, et enfin du saint sacrifice. p. 209-238. L'ouvrage édité par Tallam diffère donc un Chacun des canons commence par : Jean dit; Matthieu peu des précédents. Il constitue en réalité VOctateuque dit; Pierre dit, etc. Cette forme est celle des anciens de Clément (voir col. 161(5), qui existe aussi en syriaque conciles, par exemple du concile de Carthage (‘2Ô5), où et en arabe et dont les 127 canons coptes-arabes (les pre­ chaque évêque énonce un précepte qui commence dès miers traduits fidèlement, les derniers dans une recen­ lors par son nom : Cyprianus dixit ; Crescens dixit, etc. sion différente) ne constituent qu’une partie. Enfin les Hardouin, t. t, coi. 159. Celte forme se retrouve aussi 20 premiers canons seulement existent encore en grec. dans les apocryphes coptes et éthiopiens. Palrologia Nous allons donc traiter successivement : 1» Des 20 orientalis, 1.1, fasc. 1, Le livre des mystères du ciel et (ou 30) canons conservés en grec qui constituent l’.-lposde la terre, p. 86-88; t. n, fasc. 2, L’Évangile des douze tolische Kirchenordnung : ce sont les canons 1-20 (ou apôtres, p. 133, 138, 154, etc. 1-30) de la première série, nommés aussi parfois canones 4. Époque et sources. — O. Bardenhewer écrit que ecclesiastici, nom donné par de Lagarde non pas aux cet opuscule a été composé vraisemblablement en Egypte 20 premiers canons, mais à la pièce entière qui en com­ au ni' ou au iv“ siècle. Geschichte der allkirchl. Litteprend 71 ; 2° Des canons 21-47 (ou 31-62) de cette même ratur, Fribourg-en-Brisgau, 1902, t. i, p. 82. H suppose série, qui constituent l'Ægyplische Kirchenordnung ; que le titre actuel est une interpolation et que cet opus­ 3" Des derniers canons de cette première série, 48-71 (ou cule représente en réalité « les deux voies » ou « le juge­ 63-78), parallèles au I. VIII des Constitutions apostoli­ ment de Pierre » dont parle Rufin. Comm, insymb., ques; 4° Des 56 (ou 71) canons de la seconde série ou 28, P. L., t. xxi, col. 374; cf. O. Bardenhewer, Les Pères canones apostolici ; 5" De la disposition particulière de de l’Église, trad, franç., Paris, 1898, p. 43-44. M. G. Kru­ ces canons qui est connue sous le nom d'Oclaleuque de ger dit aussi que l’Aposlolische Kirchenordnung doit Clément. être le Dîne viæ. Altchr. Lit., Leipzig, 1895, p. 224. 1» L’Apostolische Kirchenordnung, canons 1-20 (1-30). D'après M. Achelis, Realencycl. fi'ir prot. Theol., — 1. Editions. — Le texte grec conservé dans un seul 3e édit., p. 733, cet écrit semble avoir l'Égypte pour manuscrit, Vienne, Hist, græc., n. 45 (maintenant n. 7), patrie, mais pourrait cependant provenirdela Syrie. Il a du xtt’ siècle, a été publié pour la première fois par été composé entre la Didachè et les Constitutions, c’estJ. W. Bickell, Geschichte des Kirchenrechts, Giessen, à-dire entre 100 et -400. ou selon d’autres, entre 140 et 1843, t. t, puis réédité par de Lagarde, Reliquiæ juris 360. Il est difficile d’obtenir une plus grande approxi­ cedes, ant., Leipzig, 1856, p, 74-79, sous le titre : Ai mation. On peut cependant, avec grande vraisemblance, διαταγαί αΐ διά Κλήμεντος και κανόνες εκκλησιαστικοί των le placer au m® siècle. M. Harnack place vers l’an 3C0 άγιων αποστόλων ; par Pilra, Juris eedes. Græc. hist, et la composition de l’Apost. Kirchenord., Altchr. Lit. Die mon., Rome, 1864, t. t, p. 77-88; par Harnack, Texte Ueberlieferung, p. 451; Die Chronologie, p. 532. et lui und Enters., Leipzig, 1884. t. n, fasc. 1, p. 225-237; par assigne trois sources principales : la Didachè et la lettre Funk, Doctrina duodecim apostolorum, Tubingue, 1887, de Barnabé du ji· siècle, canons grecs 4-14; et deux p. 50-73, etc. ouvrages perdus qu'il appelle : κατάστασις τού κλήρου, La première partie de l'Aposlolische Kirchenordnung, canons 16-21, et κατάστασις τής έκκλησίας, canons 22 29. canons 2-12 (grec : 3-14), qui lui est commune avec la Il plaçait d'abord le premier de ces écrits au commen­ Didachè, se trouve dans plusieurs manuscrits (Rome, cement du ut' siècle, Texte und Vntcrsueh., Leipzig, Moscou) et versions, dont ont tenu compte Pilra, puis 1884, t. It, fasc. I ; plus tard, il le plaça, comme le sui­ Harnack; enfin elle a été éditée par Théodore Sçhervant, au il’ siècle, de 140 à 180. Texte und Enters., mann, d’après des manuscrits de Rome, de Paris et de Leipzig, 1886, t. il, fasc. 5, p. 55. Ces sources seraient Naples, Eine Elfapostelmoral, Munich, 1903. Une an­ d’origine égyptienne. Enfin, les canons 1-3, quelques cienne traduction latine des canons 13-20 (grec : 18-30) additions dans les canons 4-23 et peut-être aussi dans les a été publiée par E. Hauler, Didascaliæ apostolorum canons 24-30, seraient l'œuvre personnelle du dernier fragmenta Veronensia latina, Leipzig, 1900, p. 93-101, compilateur, vers l’an 300. M'Jr Duchesne attribuerait à d'après un ms. palimpseste écrit au commencement du ce dernier compilateur les canons 1-2, 16-30. 11 aurait VIe siècle. M. Hauler fait remarquer que ce ms. a été utilisé seulement la première partie de la Didachè qu’il transcrit sur un plus ancien et que le traducteur cite la aurait aussi distribuée aux divers apôtres pour l'unifor­ version des saintes Ecritures antérieure à saint Jérôme; mité. Bulletin critique, 1886, t. vu, p. 363. M. Funk puis il conclut : quare codex græcus, ex quo archetypus croit que l'auteur a pu emprunter à d'anciennes sources, lalinus fluxit, certe exeunte vel potius medio quarto en nombre qui peut être supérieur à deux, les canons steculo antiquior putandus est, p. viti. 1(>-30, et que la composition du tout ne peut être posté­ 2. Dépendance des versions. — Les traductions latine, rieure à la première moitié du ni’ siècle. Doctrina duo­ syriaque (Octateuque) et Copte sahidique furent vraisem­ decim apost., p. i.iv-lv. M. Harnack fait encore remar­ blablement faites sur l'original grec. La traduction copte quer, Altchr. Lit. Die Veberl., p. 465-466, que le titre : memphitique provient du sahidique, Lagarde. Reliquiæ AI διαταγαϊ ai διά Κλήμεντος, ne semble pas s'appliquer ...græce, p. x; la traduction éthiopienne proviendrait du au contenu (ce titre est en effet plus général et pourrait copte sahidique, Lagarde, op. cil., p. x, xv; Lightfoot, peut-être s'appliquer à toute la suite du ms. de Vienne), St. Clement of Home, 1877, appendice, p. 469, ou de et regarde le sous-titre : Κανόνες έκκλησιαστικο'ι των l'arabe, Guidi, Revue biblique, 1901, p. 173. M. Funk, άγιων άποστόλων, comme le véritable titre de cette pièce; Rie aposl. Konstitulionen, p. 247. avait déjà montré M. Funk l’a aussi publiée sous ce titre. Nous ferons que l’éthiopien étant plus complet que le copte, ne pou­ cependant remarquer que la version syriaque inédite, vait pas dépendre de la version sahidique seule. Ce sujet qui a été traduite directement sur le grec et qui com­ devra être traité à nouveau lorsque les diverses versions prend toute l’Apostolisehe Kirchenordnung dans les seront publiées et traduites. mss. de Mossoul et de Rome signalés par Msr Rahmani (Lagarde n'en a connu qu'un extrait), est intitulée : Do­ 3. Contenu. — Chacun des douze apôtres : Jean, ctrina duodecim apostolorum. Rahmani, Testamentum Matthieu, Pierre, André, Philippe, Simon, Jacques, Na­ D. N. .1. C., Mayence, 1899, p. x. Voici d'ailleurs ce titre thanael, Thomas, Cephas, Barthélemy et Jude, prend la avec les phrases voisines d’après une photographie du parole pour formuler une ordonnance de morale ou de hiérarchie. Les préceptes de morale (canons grecs 3-14) ; ms. de Rome : « Fin du 11’ livre de Clément, traduit de la langue grecque en syriaque par Jacques l'Humble, lui sont communs avec la Didachè; les derniers canons l'an 998 des Grecs (687). Livre III’ de Clément : Doc(canons grecs 15-30) traitent de l’ordination de l’évéque, des prêtres, du lecteur, des diacres, des veuves, des de- i1 trine (malfonoula) des douze apôtres. Réjouissez-vous, 4G15 CANONS DES APOTRES fils et filles, an nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Jean et Matthieu et Pierre, etc. » Cf. Rahmani. p. xiv. 2“ L'Ægyptische Kirchenordnung, canons 21-47 (ou 31 62). — 1. Éditions. — Il ne nous reste qu'à signa­ ler les fragments latins publiés par Hauler, Didascaliæ apost. fragni., p. 101-121, qui correspondent aux canons 31-33, 46, 48-60 el 62 de la numérotation copte. 2. Contenu. — Ces canons sont parallèles aux canons d'Hippolyte. Ils traitent des ordinations de l’évéque, du prêtre, du diacre, avec de longs morceaux liturgiques, puis des confesseurs, des veuves, des lecteurs, des vierges, des sous-diacres, des catéchumènes, du temps des offices et de la prière, du baptême, du jeûne, des agapes, des veuves, des prémices, du jeûne pascal, de l’eucharistie, du temps de la prière. Ces matières font aussi l'objet du VIII· livre des Constitutions apostoliques (C A. VIII). Aussi M. 11. Achelis a pu mettre en regard des canons d'Hippolyte (C. 11. ) V.Kgyptische Kirchenordnungl canons 21-47. = E. K.) et des passages choisis de C. A. VIII. 3. Époque et sources. — Pour Μ. II. Achelis, E. K. est un remaniement des canons d'Hippolyte et la source principale de C. A. VIII. Elle est donc antérieure à la compilation des huit livres des Constitutions qu'Achelis place vers le milieu du tv« siècle. Texte und Linters., t. vi, fasc. 4, p. 27. — Pour M. Funk, an contraire, Die apost. Konst., p. 261, E. K. dépend de C. A. VIII, et, р. 279, C. H. sont un remaniement de E. K. effectué â l'aide d'autres sources. Par suite le terminus a quo de la composition de E. K. est le v· siècle et n’est sans doute pas antérieur au vt·, p. 280. Notons que le raisonnement de M. Hauler cité plus haut sur l'antiquité de la version latine la ferait remonter au milieu du tv« siècle. M. Funk maintint ses conclusions dans Das Test, unseres Herm und die verwandlen Schriften, Mayence, 1901, et, à cette occasion, M. Batiffol écrivait, Berne biblique, 1901, t. x, p. 254 : « Après avoir pensé avec tous les critiques qui s'en sont occupés que la Constitution apostolique égyptienne (E. K.) datait du tv· siècle et était antérieure aux Constitutions apostoliques, nous sommes prêt à nous rendre aux raisons proposées par M. Funk, non que toutes ces raisons soient très concluantes, mais du moins plusieurs font une difficulté à l'opinion reçue. » 3° Canons 48-7 J (ou 63-78). — 1. Versions. — Ces ca­ nons existent en copte sahidique, en éthiopien et en arabe; le copte sahidique seul a été publié par de Lagarde et traduit par.I. Leipoldl, Saïdische Auszüge ans dem Bûche der Apost. Konst., dans Texte und Unters., Leipzig, 1904, t. xxvt, fasc. I b, p. 1-57. Les canons en copte memphitique publiés et traduits en anglais par Tattam, I. III-VI, p. 92-171, qui étaient, d’après de Lagarde, une traduction du sahidique, représentent en réa­ lité une rédaction différente qui constitue l’Octateuque de Clément et qui est caractérisée par l'interversion des deux parties du c. xxxit de C. A. VIII, la première par­ tie du chapitre formant en copte le 1. VI de Clément. Cf, Lagarde, Heliquiæ... græce, p.xv. Le ms. arabe de Paris, n. 252, renferme ces deux rédactions : 1» les canons 4871, parallèles au copte sahidique, sans aucune interver­ sion dans le c. xxxn de C. A. VIII, p. 71-86; 2» les 1. IVVII de l'Octateuqiie de Clément, avec interversion du commencement du c. xxxn de C. A. VIII qui forme en arabe le I. VH, p. 550-561. Nous avons signalé déjà les analyses données par Vansleb et Ludolf. 2. Contenu. — La concordance entre ces canons et C. A. VIII est donnée par de Lagarde, Beliquiæ... græce, p. xni-xvt. Ils contiennent tout ou partie des с. t, n, πι-v, xi-xvn, xxtn-xxviii, xxx-xxxtv, XI.Il-XI.VI de C. A. VIII. Dans cette dernière partie qui fait souvent double emploi avec la précédente, le compilateur semble avoir rejeté la liturgie et conservé ce qui regarde les cérémonies. Lagarde, p. xi. 4· Les 56 derniers canons ou canones apostolici de Ligarde sont particuliers à l'arabe, au copte et à l’éthio­ 1616 pien. Le copte compte 71 canons. Nous avons déjà si­ gnalé les analyses de Vansleb et Ludolf et l’édition avec traduction latine de Fell. D'après M. Funk, p. 262-263, celte recension dérive évidemment des 84 canons grecs des apôtres et ce rapport ne semble jamais avoir été nié. Une seconde rédaction plus courte existe en éthiopien. Plusieurs canons sont réunis en un seul ou même sont omis, comme les canons 43-44, 15-49. Signalons cepen­ dant que le dernier canon sur les livres canoniques ne mentionne pas les huit livres de Clément. Après avoir nommé l'Apocalypse, il recommande seulement aux évê­ ques d'observer les canons. Guidi. Il canone biblico della Chiesa copia, dans la Bevue biblique, 1901, p. 162-164. 5° LOctateuque de Clément. — 1. Tes tes. — Cet ou­ vrage est conservé, avec des différences d'ailleurs, en syriaque, en arabe et en copte, — a) Un abrégé syriaque a été publié par de Lagarde, Heliquiæ... syriace, p. 1-61, qui a publié ou rétabli le texte grec correspondant dans Beliquiæ... græce, p. 80-89, 74-77, 9-15, 89-95, 20-35. Mfl' Rahmani a signalé deux rnss. complets, à Mossoul et à Rome, et a donné l'analyse de l’ouvrage. Testamentum, p. x-xt : L. I-II. Testamentum. D. N. J. C. publiés et traduits en latin par Msr Rahmani, Mayence, 1899. L. III. Doctrina duodecim apostolorum. C'est Γ.4postolische Kirchenordnung tout entière. L. IV. De charismatibus, ordinationibus et canonibus ecclesiasti­ cis = C. A. VIII, c. ι-n. L. V. De ordinationibus = C. A. VIII, c. Ill-v, xvt-xxvt. L. VI. Constitutiones seu statuta plurimorum apostolorum de clericis el laicis = C. A. VIII, c. xxvti-xxviii, xxx-xxxi, lin du c. xxxn, xxxin-xxxiv, xlii-xi.vi et commencement du c. xxxn. L. VII. De mystico ministerio = C. A. VIII, c. xxix et fin du c. v depuis ; Aio ego, Andreas frater Petri, P. G., t. i, coi. 1075, jusqu'à la lin du c. ix. L. VIII = canons des apôtres. b) M. Riedel a donné l’analyse de l’Octateuque arabe. Die Kirchenrechtsquellen, p. 156-157. Nous l'avons con­ trôlée sur le ms. arabe de Paris, ms. 252. Les I. I et II correspondent aux I. I-11I du syriaque. Ms'· Rahmani a signalé de nombreuses différences de détails entre le syriaque et l’arabe dans son édition du Testamentum. Le 1. III, qui n’a pas son analogue en syriaque, corres­ pond à VÆgyptische Kirchenordnung, c’est-à-dire aux canons 21-47 (ou 31-62) dont il a été parlé précédemment. Le 1. IV correspond au syriaque. Le 1. V comprend les c. ni-v, omet les prières, donne ensuite la fin du c. xi, les premières lignes du c. xn, en omettant : « moi, Jacques, frère de Jean de Zébédée, » puis quelques lignes de la fin des c. xill-xv, comme Lagarde les a ré­ tablis en grec d’après la version copte sahidique, Beli­ quiæ... græce, p. xtt-xiv, puis les c. xvn-xxvn. L. VI, comme en syriaque, à l'exception du commencement du c. xxxnqui n’est pas danscelivreenarabe.L. VII comprend le commencement du c. xxxn seulement. L. VIII = ca­ nons des apôtres comme en syriaque. Ajoutons que dans le ms. de Paris, arabe 252, l’Octateuque porte aussi en marge une division en canons : le L II est divisé de 1-28; le 1. III porte une double division de 22-47 et de 3168. Ces chiffres correspondent à peu près aux canons parallèles de l’éthiopien et du copte. La fin du 1. V est divisée de 1-12. Les 1. VI et VII portent une double nu­ mérotation sans suite. On peut du moins, en conclure que certain auteur ou scribe avait fait une double colla­ tion de l’Octateuque de Clément. c) L’Octateuque copte analysé par de Lagarde, Beli­ quiæ... græce, p. xi, a sept livres qui paraissent corres­ pondre aux 1. II-VIII de l’arabe. Cependant, d’après M. Funk, le 1. VII dans le copte reproduirait les canons des apôtres d'après la recension en 56 canons. Die apost. Konstitulionen, p. 263, tandis que nous avons pu cons­ tater dans l’arabe la même rédaction que dans le sy­ riaque sans aucune omission de canons et y compris la longue addition du canon 49. 1617 CANONS DES APOTRES <7) Nous noterons encore que les matières du 1. VI arabe de Clément se trouvent dans la compilation syriaque d'Ébedjésus, Mai, Script, vet. nova collectio, t. x. p. 1722, sous le titre : Canones qui statuti fuerunt distincte ab unoquoque sanctorum apostolorum, et se trouvent encore en arabe en dehors de l'Octateuque de Clément sous le titre : « Canons des apôtres transmis par Simon le Cananéen sur l'organisation du sacerdoce, » ms. de Paris, 243, fol. 205-220, ou « Premiers préceptes des apôtres », ms. 252, p. 38 52. D’après M. Funk, Die apost. Konstitutumen, p. 245-246, n. 4, 8, le texte conservé en syriaque par Ébedjésus et publié par Mai, p. 17-22, existe en éthiopien dans deux recensions de 25 canons cha­ cune. Enfin les livres syriaques V et VI de Clément correspondent à peu près à la pièce grecque : διατάξει; τών άγιων αποστόλων περί μυστική; λατρείας. Pilra, Juris eccl. Græc. hist, et mon., t. t, p. 49-72. 2. Epoque et source. — La version syriaque a été tra­ duite directement sur le grec, sans doute à Edesse, en 687, d'après une note que nous avons traduite plus haut. De plus, le texte grec du Testament de N.-S.J.-C. (Ier livre de l'Octateuque) est cité par Sévère d'Antioche peu après l’an 520, cf. Brooks, Select letters of Severus patriarch of Antioch in the syriac version of Athana­ sius of Nisibis, Londres, 4904, 1.1 b. p. 482 : « Il est écrit dans les διατάξει;, c’est-à-dire dans les commandements des apôtres, qu’ils appelèrent le Testa ment du Seigneur... : le diacre en cas de nécessité, si l’on ne trouve pas de prêtre, baptisera. » Cf. Rahmani, p. 432. Sévère, ibid., p. 463-464, cite encore les canons 21-23 des apôtres sous le titre : « Le canon 21 des διατάξει; qui ont été envoyées par les apôtres, par le moyen de Clément, aux nations, porte... » Or c’est précisément là le titre des canons dans le VIII» livre de Clément. Cf. Lagarde, Reliquiæ... græce, p. xxvm. Nous trouvons ailleurs dans les lettres de Sévère, t. n a, p. 213. que l’on citait à Emèse de 518 à 519 un canon de Simon leChananéen qui est le 1" ca­ non du VIe livre de l'Octateuque (= C. A. V 111, c. xxvtt). Cf. Lagarde, Reliquiæ... syriace, p. 23-24. 11 est donc certain que les matériaux de l'Octateuque étaientallégués comme écrits apostoliques en Syrie et en Egypte vers l'an 520. Il est possible aussi que l’Octateuque ait été constitué dès cette époque. Pour aller plus loin et éta­ blir la dépendance des diverses versions, il est indis­ pensable quelles soient d'abord publiées et traduites. Il semble nécessaire d'admettre qu'il-y a eu des traductions croisées : par exemple un écrit traduit de l’arabe en Copte aura été traduit de nouveau du copte en arabe et ces trois versions traduites en éthiopien auront pu four­ nir trois recensions en cette langue, on arrivera peutêtre ainsi à expliquer le pullulement des écrits aposto­ liques en arabe, copte et éthiopien, qui se ramènent à un petit nombre de types dillérents bien que tous soient distincts. Dans cet ordre d’idées signalons la classifi­ cation, tenlée par le Dr Baumstark. des textes parallèles au I. VIII des Constitutions apostoliques, en dehors des textes grecs. Oriens Christianus, 1901, p. 98-137; résu­ mée par M. Funk dans Theolog. (Juarlalschrift, 1902 p. 223-236. Notre étude sur les canons coptes-arabes trouvera sa conclusion naturelle dans l'opinion de Vansleb sur tous les canons apostoliques orientaux. Ce savant, après s’être fait transcrire au Caire le ms. arabe de Paris n. 252 (in-fol. de 723 pages écrit au Caire en 1664), l’avait com­ paré aux textes grecs et éthiopiens correspondants, comme de nombreuses notes marginales et dans le texte en font foi, puis, apres avoir analysé toute cette littérature, il concluait : « Tous ces canons, si on en voulait ôter les redites et les ranger en meilleur ordre, se réduiraient à un très petit nombre. Les ordonnances qu'ils contiennent, excepté quelque petite badinerie qui s’y est mêlée, sont en elles-mêmes très bonnes et étaien li es nécessaires pour le gouvernement de l'Église de ce 1618 temps-là, et on peut croire sans hérésie que si elles ne sont pas venues des apôtres mêmes, elles sont du moins des saints Pères de l'Eglise des premiers siècles : mais ayant depuis ce temps passé par les mains de tant de malhabiles écrivains et par celles de tant de gens de diffé­ rentes langues et sectes et dont chacun a voulu se ser­ vir pour ses intérêts, l'un y changeant et l'autre y ajou­ tant quelque chose, cela leur a fait perdre le crédit et l'estime qu'au trement on serait obligé d'avoir pour elles. » Histoire de l’Eglise d'Alexandrie, écrite au Caire même en 1672 et 1673, Paris, 1677, p. 260. Funk, Die apost. Kouslltutionen, Rottenbourg, 1891, les ca­ nons apostoliques des Orientaux, p. 213-265, analysés dans Rie­ del. Die liirchenrechtsquellen des Patriarchate Alexandrie». Leipzig, 1900: Guidi, Il canone biblico della Cliiesa copta, dans la Renne biblique, 1901, p. 161-171: G. Horner. The ülulues u/ the Apostles or canones ecclesiastici, Londres. 1904. III. Les 27 (ou 30) canoxes apostolici, tirés, sui­ vant une version, du livre de la Doctrine de l'apôtre Addaï. — 1» Contenu. — Ces 27 (ou 30) canons, qui existent en syriaque, en arabe et en éthiopien, sont pré­ cédés et suivis de quelques notes historiques. L'auteur raconte dans l'introduction que l’an 342 des Grecs (342 — 309 = 33), les apôtres allèrent de la Galilée au mont des Oliviers, où ils assistèrent à l'ascension du Christ et re­ çurent la prêtrise. Ils se rendirent dans la salle ou ils avaient célébré la Pâque, y reçurent le Saint-Esprit et, avant d'aller évangéliser les nations, portèrent un cer­ tain nombre de lois : I. de prier vers l’Orient; 2-4. de faire l'office le dimanche, le mercredi, le vendredi; 5. d'ordonner des prêtres, des diacres et des sous-diacres; 6-9. de fêter l'Épiphanie et l’Ascension et de jeûner le carême; 8. de lire l'Ancien Testament, les Évangiles et les Actes; 46. de ne pas recevoir à nouveau un juif ou un païen qui sont parjures; 48. de faire mémoire des martyrs; 49. de lire les Psaumes chaque jour; 25. de laisser les rois fidèles monter près de l'autel; 27. de porter le pain à l'autel le jour ou il a été cuit. Enfin, les canons 44-15, 47, 20-24 et 26 traitent du choix et des devoirs des clercs. La version arabe (ainsi que la version syriaque d’Ébedjésus) ajoute un canon sur la Nativité et ordonne qu’il y ait sept ministres dans chaque Église; elle paraphrase d’ailleurs chacun des canons syriaques. Enfin, l’auteur raconte les premières prédications des apôtres et énu­ mère les pays évangélisés. Cette liste est fort différente de celle qui est attribuée à Hippolyte. P. G-, t. x, col. 951-958. Chez les Coptes (ms. 252 de Paris), ces canons sont appelés titres (titlasal) des apôtres. 2° Époque et sources. — Le texte original est sans doute grec, car Ibn el Assal écrivait vers 4240, dans le prologue de son Droit canon,que ces 30 canons exis­ taient en grec et avaient été traduits en arabe par les melchiles et les nestoriens, Bachmann, Corpus juris Abessinorum, jus connubii, Berlin, 4890, p. xxxm; d’ailleurs ils remontent au moins au v’ siècle, car un ms. syriaque utilisé par Cureton : le ms. add. 44644, est du vi' siècle. Ancient syr,. documents, Londres, 1864, p. 149. M. Land datait même ce ms. de la fin du Ve siècle. Anecdota syriaca, Leyde, 1862, t. 1, p. 65-66, 94. De plus, comme ils ont été traduits et adoptés par des Églises rivales (melchiles, nestoriens, jacobites), on est conduit à placer leur rédaction avant la séparation de ces Églises, c'est-à-dire au tv» ou au commencement du v« siècle. D’après M. Achelis, « ils sont donc aussi anciens, si ce n’est plus anciens que les Constitutions apostoliques et les canons des apôtres. » Realencyclopâdie, 3' édit., p. 740. M. Harnack les place au tv» siècle. Altchr. Litl. Die Ueberlief., p. 535. Cetouvrage n’a aucun rapportavec la Doctrine d'Addai éditée par Philipps. Londres, 4876, ni avec la Didachè. Cureton fait remarquer que dans un autre ms., add. 44173, cette pièce est citée sous le nom de « canons des 1619 CANONS DES APOTRES 1G20 apôtres », il rapproche dans ses notes huit canons de raient la stèle (σττ.Ττ.) théandrique. pure, faite ;ï la main (le ms. de Munich seul porte prima scriptura, dit Pitra, passages correspondants des Constitutions apostoliques. « non faite â la main »1 du Dieu véritable : de notre Sauveur Ce sontles canons 1,2, 3, 5, 7, 8,10, 22, qu'il rapproche Jésus-Christ et de ses serviteurs, en face des idoles et des juifs et de C. A., n, 57 et vu, 44; n, 59; v, 13-15; n, 25; v, 13; ne s’égareraient pas vers les idoles et ne s assimileraient pas aux n, 57; n, 45. juifs: — 5. Que les chrétiens n'imiteraient pas les juifs au sujet 3·· Edi lions et versions. — La version syriaque en de l’abstinence de (certaines) nourritures, mais mangeraient usage chez les nestoriens a été publiée avec traduction i même du porc, le Seigneur ayant prononcé que ce qui entre dans latine par Mai, Script, vet. nova coll., Rome, 1838. t. x, I la bouche no souille pas l'homme, mais (bien) ce qui sort de la bouche, comme venant du cœur, Matth., xv, 11, 17. 18; qu its p. 3-7, 1G9-173, sous le titre de Canones apostoliei, ou ne s'attacheraient pas (t»koutS«>v, Coislin.n 2I1).â la leltre(de la de « Premier concile des apôtres ». La même version à loi) mais se dirigeraient («λ,τ,ύ«νται. Coislin) d’après (son) esprit l'usage des jacobites a été publiée parde Lagarde, lîeliet (son) sens élevé, cf. Il Cor., lit. 6, car la charnelle (littéra­ quiæ... syriace, p. 32-44. et traduite en grec, Heliquiæ... lement : bestiale) synagogue des juifs exècre le porc, mais est grace, p. 89-95, sous le titre : έκ της βίβλου της possédée par la méchanceté, suivant la parole prophétique : Ils διδαχής Άδδαιου τοϋ ’Αποστόλου, Leipzig, 1856; puis avec se sont rassasiés de porc et ils ont laissé les restes à leurs petits. Ps. xvi (héb.. xvn), 14. Semblablement encore il n'est pas traduction anglaise par Cureton, Ancien! syriac docu­ défendu aux chrétiens de manger le poisson à coquille et sans ments, Londres, 1864, p. 24-35. 24-36, sous le titre de écailles, cf. Lev., xi, 10; Deut., xiv, 10 (tous les manuscrits « l’enseignement des apôtres ». Mor Rahmani a édité et portent le singulier xtv όστοαχόδιφμ,ν χαΐ (AisîSwt-,, Ιχθύ·,, Bickell traduit d'après un nouveau ms. la partie qui énumère les et de Lagarde l'ont remplacé par un génitif pluriel, sans doute pays évangélisés par les apôtres. Studia syriaca, par raison grammaticale): cela signifie encore, au sens spirituel, SchaiTé (Liban), 1904, p. 5-6. 55, 6-7. que (les chrétiens) doivent rejeter (tous les mss. portent Ces canons se trouvent en arabe chez les melchites gLovç -, Torrès a imprimé ; enfin est et les jacobites au nombre de 30 ou 31. \ransleb a donné une mauvaise lecture de Bickell) leur cœur intelligent comme (ils rejettent) la coquille (du poisson), lequel figure les enseignements leur analyse sous le titre ; « Trente et un canons des de la vérité; — 6. Que les chrétiens ne s’attacheraient pas à apôtres faits au cénacle de Sion, » Histoire de l’Eglise l’argent, I Tim., Vl, 10, le Seigneur ayant dit : A’e vous thésau­ d’Alexandrie, Paris, 1677, p. 239-2il, et Bickel 1 l’a risez pas des trésors sur la terre, où le ver et la rouille (les) reproduite, Gesch. des Kirchenrechts, Giessen. 1843, anéantissent. Matth., vi, 19, et surtout (ne thésaurisez pas) par p. I79-180. lisse trouvent en particulier dans les mss. les moyens injustes, car il est écrit : Personne ne peut servir arabes jacobites de Paris, 2 43, fol. 2-17, sous le titre: deux maîtres et vous ne pouvez pas servir Dieu et Mammon, « Les trente canons des saints apôtres; » cf. ms. 252. Matlh., vt, '24; — 7. Que le chrétien ne serait pas incliné à la gourmandise, fuirait les théâtres licencieux et ne jurerait pas avec p. 1-10, et dans les mss. melchites arabes de Paris 234 précipitation, le Seigneur ayant dit de ne pas jurer du tout, ni et 235 sous le titre : « Histoire des actes des saints apôtres et indications des canons et des règlements qu'ils ont établis, le tout extrait des livres de Clément. » Catalogue, p. 58. Ils furent utilisés au xnt' siècle par Jbn el Assal en Egypte, qui les attribuait à un concile tenu par les apôtres à Jérusalem. Catalogue des nus. arabes de Paris, p. 65, ms. 245. On les trouve en éthiopien sous le titre : Decreta alia apostolorum per Clementem tradita, au nombre de 30. Funk, Die apostolischen Konstilulionen, p. 246, n. 5; cf. p. 248, n. 5; ms. éthiopien de Paris, n. 121, fol. 41-45; Catalogue, p. 141. 11 en existe aussi une traduction arménienne, dont le texte, d'après le cata­ logue manuscrit rédigé par l'abbé Martin, serait « con­ sidérablement plus long » que le texte syriaque et aurait donc chance de provenir de l'arabe, bien que la plupart des traductions arméniennes aient été faites sur le syriaque, ms. 118 de Paris, fol. 12-28. C’est sans doute cette pièce qui a été publiée sans traduction par Dachian, Vienne, 1890. Cf. Le canoniste contempo­ rain, 1901, p. 80, note 2. IV. Petites ordonnances apostoliques. — 1° Il existe neuf canons qui auraient été portés par les apôtres réunis à Antioche et qui auraient été trouvés par Pamphile dans la bibliothèque d'Origène â Césarée. 1. Contenu. — Le titre, qui prêtera plus loin à dis­ cussion, porte: τοΰ αγίου ιερομάρτυρας ΙΙαμφιλου έκτης έ, ’Αντιόχεια των ’Αποστόλων συνόδου, τοΰτ’ εστιν έκ τ Tv συνοδικών αυτών κανόνων μέρος τών ύπ* αύτοΰ εύρεΟέντων εις τήν Όριγένους βιβλιοθήκην. Ai rés la résurrection et l'ascension du Dieu grand : de notre Sauveur Jésus-Christ, les homines d'alors appelèrent Galiléens eeux qui croyaient en lui ; les apôtres réunis en synode à Antioche de Syrie décidèrent : 1. Que les Galiléens seraient nommés d abord chrétiens. Act., xi, 26; et nation sainte, sacerdoce royal, I P t., il. 9, d'après la grâce et l'appellation (««î ms. de Coislin, c 2I1) du saint baptême; — 2. De no pas circoncire les baptisés suivant la législation des juifs, le saint baptême étant une circonci­ se n non faite à la main, dans le dépouillement du vieil homme. Col., n. 11 ; ut. 9, rejetant l'antique péché, Rom., vu, G; — 3. De recevoir de toute nation et race, dans la foi orthodoxe, ceux qui se sauvent, cf. Act., xi. 18, et de prêcher à toutes les nations -t parole de vérité, Matth., xxvin, 19; — 4. Que ceux qui se souvent ne s'égareraient plus vers les idoles, mais représente- I par le ciel, parce qu'il est le trône de Dieu, ni pur la terre, parce qu'elle est l’escabeau de ses pieds, ni par Jérusalem, parce qu’elle est ta ville du grand roi ; et. ne jure pas par ta tête, parce que tu ne peux faire un seul cheveu blanc ou noir; que votre discours soit : oui, oui; non, non; le surplus vient du Malin, Matth., v. 34-37: — 8. Que tout chrétien luirait la bouflonnerie, Eph.. v, 4, les discours honteux et le blasphème, Col., m, 8, et toutes les habitudes païennes qu’ils se garderont d'imiter, pour que les faibles ne soient pas trompés: 9. Que le chrétien ne mangerait pas le sang, mais s abstiendrait du sang et des bêtes étouffées et de la fornication. Act., xv, 29; ils por­ tèrent aussi 85 canons par l'entremise de Clément sur divers sujets. (Tous les mss. portent en effet, sans aucune séparation, έισπίσαντις χαΐ χανώας x» διά Κλημιντ..; διανό^ον xiyakalwv, Coislin, n. 211 ; le texte des autres mss. est équivalent.) Les canons 1 et 9 dérivent directement des Actes, xi, 26; xv, 29. Entre ces deux règlements nous trouvons intercalés des préceptes dirigés surtout contre les ju­ daïsants : ne pas circoncire les fidèles (2); recevoir les genlils(3); ne pas imiter les pratiques juives (4); ne pas distinguer les nourritures en pures et impures (5); avec deux canons contre les idoles (4) et les pratiques des païens (8) et quelques préceptes moraux contre l'avarice (6), la gourmandise, les spectacles et les ser­ ments (7). Les idées fondamentales de cetle pièce contre les judaïsants et les païens sont des plus anciennes. Ün trouve dans les Actes, VI ; tx, 29; xi, xiv-xv, xvn. des traces des polémiques entre les chrétiens d'une part, les juifs, les judaïsants et les païens de l’autre, polé­ miques continuées durant le n» siècle par Justin, Talien, Athénagore, durant le ni· par l’auteur de la Didasde trouver des textes anciens, parallèles à ces canons, par exemple : Can. 2, Barnabe, calie,elc. Ilestdonc facile ix, P. G., t. n, col. 749-752; S. Justin, Dial, cum Try­ phone, 16; cf. 47, P. G., t. Vl, col. 509, 576; Const, apost., vi, 12, P. G., t. i, col. 940; can. 2, 3. 5, Didascalie, Paris, 1902, c. xxiv, p. 135, 136; c. xxni, p. 130131, 133; c. xxvi, passim; can. 3, S. Justin. Dial, cum 'J'ryph., 119-124. 130-131, P. G., t. vi, col. 752-765. 777-781 ; can. 4, Didascalie, c. xiv, p. 80; c. xxi. p. 112113; Const, apost., n, 62; v, 11, P. G., t. i, col. 752. 853-856; can. 5. Barnabé, x, P. G., t. n, col. 752-766. S. Justin, Dial, cum Tryph., 20, P. G., t. vi, col. 537; Const, apost., vt, 27, 30, P. G., t. i, col. 980-981, 1621 CANONS DES APOTRES 988-989; can. 6. Didascalie, c. ix, p. 59; Const, apost., H. 36, P. G., t. I, col. 688; cf. Didascalie, c. I, p. 8; Const, apost., i, 1, P. G., t. 1, col. 560; cf. Didachè, ni, 5 (Const, apost., vu, 6, P. G., t. I, col. 1004); can. 7, Didascalie, c. xiv, p. 80; c. xxi, p. 113-114; Const, apost., π, 62; v, 12, P. G., t. I, col. 752, 856-857; cf. Didachè, ni, 3 (Const, apost., vu. 3, P. G., t. i, col. lOOl) ; can. 8, Didachè, in. 3, 4 (Const, apost., vu, 6, P. G., t. I, col. 1004); Didascalie, c. χχι, p. 112-113; Const, apost., v, 10, P. G., t. i, col. 853; can. 9, Didascalie, c. xxiv, p. 137-138; Const, apost., vi, 12, P. G., t. i, col. 941, Nous avons aussi relevé de nombreux textes parallèles dans Origène : Can. I, Cont. Celsum, vm, 29, Orig. W’ei'Ac·, Berlin, 1899, t. n, p. 244; voir col. 1624; Pro mart., v, t. i, p. 6; Cont. Celsum, iv, 32, t. i, p. 303; v, 10, t. n, p. 10. — Can. 2, 4, Cont. Celsum, vi, 63, t. n, p. 133-134. — Can. 3, Cont. Celsum, n, 30, 42, t. t, p. 158, 165. — Can. 5, Cont. Celsum, vm, 29; vi, 70, t. n, p. 244, 140. — Can. 6, Cont. Celsum, vin, 56, t. n, p. 273; Adamantins, xvm, Leipzig, 1901, p. 56. — Can. 7, Pro marl., vn, t. I, p. 8. — Can. 8. Cont. Celsum, vn, 33, t. Il, p. 184. — Can. 9, Cont. Celsum, vm, 29-30, t. n, p. 244-245. 2. Éditions et controverses. — Turrianus (Fr. Torres, jésuite) le premier résume en latin les canons 1-3, 6-8. puis cite et commente le texte grec des canons 4 et 5 d’après un « très ancien manuscrit » qu'il ne désigne pas autrement. Adversus Magdeburgenses centuriatores pro canonibus apostolorum... libri V, 1. I, c. xxv, Flo­ rence,1572, p. 109-113. Ce chapitre a pour titre : De qui­ busdam canonibus Apostolicis synodi Antiochense apo­ stolorum repertis in bibliotheca Origenis a Pamphilo martyre et de canone apostolico imaginum Salvatoris et sanctorum et de canone de ciborum delectu et de testimonio Innocentis primi quod apostoli synodum Antiochine celebrarint. Le pape Innocent I" (401-417) écrivait en effet à Alexandre, évêque d’Antioche : Ad­ vertimus non tam pro civitatis (Antiochiae) magnifi­ centia hoc eidem attributum, quam quod prima primi apostoli sedes esse monstretur ubi et nomen accepit religio Christiana et quæ conventum apostolorum apud se fieri celeberrimum meruit. Hardouin, t. i, coi. 1012; Mansi, t. ni, coi. 1055. Turrianus voit ici, avec quelque raison, la mention d’un concile aposto­ lique, inconnu d'ailleurs, tenu à Antioche; il en conclut qu'il s’agit du concile visé dans la pièce qu'il publie. Il montre aussi qu’au 11« concile de Nicée (787) un évêque, Grégoire de Pessinonte, cite la première partie du canon 4 et le donne comine tiré du concile des saints apôtres à Antioche avec l’approbation, au moins tacite, de tous les évêques présents. Hardouin, t. iv, col. 47; Mansi, t. xn, col. 1G18. Plus tard, Baronius, Annales, an. 102, n. 19, et Bi­ nius, Mansi, t. 1, col. 67-68, reproduisirent avec quelques divergences le résumé donné par Turrianus et admirent aussi que saint Innocent Ier et Grégoire de Pessinonte avaient cité le concile d’Antioche. Turrianus n’avait pas numéroté les canons et avait réservé les canons 4 et 5 pour les citer les derniers et les commenter longuement. Baronius les numérota dans l’ordre des citations de Turrianus et lit ainsi des canons 4 et 5 les canons 8 et 9, ordre tout artificiel qui ne se trouve dans aucun des cinq manuscrits. Jean Daillé, théologien protestant, réfuta Turrianus point par point. Dans son ouvrage De pseudeplgraphis apostolicis libri III, Harderwick (Gueldre), 1653,1. III, c. xxn-xxv, p. 687-737, il insinue, puis affirme que Turrianus a inventé de toutes pièces son document. Le détracteur reprend ensuite en détail le titre et chaque canon pour montrer que le tout est apocryphe. Il tire ensuite, p. 698, un argument du silence d'Eusêbe. Daillé ajoute, p. 713-714, que le nom de gahléens ne fut donné aux chrétiens qu’au iv« siècle, sous 1622 Julien l'Apostat. Cependant ce nom a été le premier que les chrétiens aient porté. Les apôtres étant pour la plupart de la Galilée, le nom de galiléens leur est donné et parait synonyme de disciples de Jésus. Marc., xiv. 70; Luc., xxn. 59; Joa., vu, 52; Act., i, il; 11, 7. Ce nom primitif fut remplacé par celui de chrétiens, Act., xi, 26, et il tomba en désuétude, parce qu'il était peu élogieux, les habitants de la Galilée étant tenus à Jéru­ salem pour des ignorants et des sots, Joa., vu, 52, et surtout parce qu’il désigna bientôt une secte hérétique. Cf. S. Justin, Dial, cum Tryphone, 80, P. G., t. vi, col. 664. Daillé, p. 720, reproche à Turrianus d'avoir corrompu l’Écriture en écrivant : Ils se sont rassasiés de porc (ύείων), au lieu de : Ils sont rassasiés de fi Is (υιών). Il ignorait que la leçon des canons d'Antioche se trouve, en latin, dans les anciens psautiers, chez saint Augustin, saint Paulin et Cassiodore, dans les bréviaires mozarabiques et dans ceux de Milan et, en grec, dans les plus anciens manuscrits : le Vaticanus, du iv» siècle, et le Sinailicus, du milieu du meme siècle. La leçon des canons d'Antioche est donc conforme au texte grec antérieur aux travaux d'Origène et elle est un indice de leur antiquité. Quant au témoignage d'innocent, Daillé l'élude en supprimant simplement les deux mots apud se dans le texte cité plus haut. Le P. Noël Alexandre reprit tous les arguments de Daillé et leur donna la forme syllogistique. Hist, eccles., sæc. I, diss. XVIII, XIX, Lucques, 1749, p, 198-212. Le Nain de Tillemont répéta les raisonnements de Noël Alexandre, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. i, note 34, sur saint Pierre, Paris, 1701, p. 524-525. Fabricius reproduit l'analyse latine et le texte grec du titre et du 5« canon, il indique les auteurs qui ont traité cette question avant lui, cite le témoignage de Grégoire de Pessinonte et rapporte le témoignage d’innocent I»r â Act., xi, 26 (et non à un concile). Cf. Dibl. græca, édit. Harles, t. vn, p. 23-24; t. xn, p. 153155. En 1810, dans la Description des mss. grecs de Munich, t. iv, p. 137-138, Hardi trouva et analysa les neuf canons d’Antioche découverts par Turrianus. En 1843, Bickell les publia en entier d’après le ms. de Munich, du xiv« siècle. Geschichle des Kirchenrechls, t. i, p. 101104, 138-142. Lagarde les réédita après nouvelle colla­ tion du ms. Reliquiae... græce, p. 18-20. Enfin Pitra signala cinq manuscrits à Borne, Paris, Florence et Munich, dont quatre manuscrits grecs des xi», xn» et xiv» siècles, et une ancienne traduction latine d'Achille Slalius (15241581), qu’il publia avec le texte grec. Juris eccl. Græc. hist, et monum., Rome, 1804, t. 1, p. 88-91. Harnack admet que le pape Innocent a connu une très célèbre réunion des apôtres à Antioche même. Il ajoute que l'on a songé à rapprocher de ce synode apostolique d’Antioche les δεοτέραι τών αποστόλων διατάξεις des fragments d’irénée de Pfalï. Die allchr. Lilt. Die Ueberlief., Leipzig, 1893, p. 774-775. Plus tard, il a réédité ces fragments d’Irénée, mais, loin de les rapprocherdenoscanonsd'Anlioche, il les déclare fabriqués. Die Pfafl’schen 1 renâeus-Fragmenle als Fâlschungm Pfaffs nachgewiesen., Leipzig, 1900; cf. p. 34. Dans son ouvrage, Die Mission und Ausbreilung der Christentums in dm ersten drei Jahrhunderlen, Leipzig, 1902, il a reproduit et commenté ces canons, qui ont ensuite été traduits en français par M. P. Lejay (d’après le seul ms. de Munich) dans la Revue du clergé, ['rainais, n. du 15 octobre 1903, p. 343-355. 3. Époque. — On a relevé dans ces canons deux prin­ cipaux indices chronologiques. Le canon 4, qui recom­ mande aux chrétiens, au lieu d'adorer les idoles, de dresser la stèle du Christ, a été considéré par Bickell comme un écho de la controverse des images. Mais, en adoptant la leçon isolée et prima scriptura du ms. de Munich, le sens de ce canon est métaphorique et Jésus- -1623 CANONS DES APOTRES Christ y est. en opposition aux idoles, une colonne non faite de main d'homme, αχειροποίητοί· On peut donc rappor­ ter ces canons à une époque antérieure à la guerre iconoclaste. Un autre indice les reporte au temps de Julien l’Apostat. Le Ier canon prétend que les disciples étaient appelés galiléens par leurs contemporains et que les apôtres ont changé ce nom en celui de chré­ tiens. Harnack a pensé que ce canon portail sa date et convenait au régne de Julien qui désignait les chrétiens sous le nom méprisant de « galiléens ». Il a reconnu dans la collection un exposé de principes résumant le programme des missionnaires chrétiens : le christia­ nisme y apparaît distinct du paganisme par l’abstention du culte idolatrique et des mœurs païennes et distinct du judaïsme par la liberté laissée dans le choix des ali­ ments el le rejet des pratiques légales. C’est pourquoi ces canons conviennent à une époque où les païens se convertissaient en foule et menaçaient d’altérer la pureté du christianisme par le mélange des pratiques païennes. Harnack estime aussi qu'ils proviennent d'Antioche, car ailleurs on n’aurait eu aucun intérêt â gratifier cette ville d'un concile apostolique. M. Paul Lejay, Le concile apostolique d’Antioche, dans la Revue du clergé fran­ çais, n. du 15 octobre 1903. p. 349-355, a repris et com­ plété l’argumentation de Harnack. En raison du carac­ tère antijuif de ces canons, il faut, à son avis, chercher un temps ou, au moins, un lieu où les juifs, peut-être les judaïsants, étaient une force encore redoutable. S'appuyant principalement sur la connaissance que saint Innocent Ier avait du concile apostolique d'Antioche et considérant que ce pape a séjourné en Orient et qu'il est probablement l’ascète Innocent qui habitait avec Pallade sur le mont des Oliviers et écrivait contre Macédonius en faveur du Saint-Esprit, il a conclu qu'inno­ cent avait connu le concile apostolique d'Antioche en Palestine, son berceau. Peuplée de juifs et de païens, cette contrée exigeait des missionnaires du christia­ nisme les connaissances variées nécessaires pour conver­ tir une population si mêlée. Ces missionnaires n'avaientils pas, après la mort de Julien l’Apostat, un court recueil de la doctrine des apôtres suffisant â l'instruction sommaire des habitants juifs et païens de la Palestine? Si le pape Innocent I’r a connu nos canons peu après l’an 400, il ne peut être question d'en placer la compo­ sition au moment des querelles iconoclastes. D’autre part, il n'est pas impossible que le Ier canon soit une réaction contre l’appellation de « galiléens o donnée aux chrétiens par Julien l’Apostat. Cependant, un auteur du ni’ siècle pouvait, d'après le Nouveau Testament, con­ clure que les disciples du Christ étaient appelés « gali­ léens «avant qu'ils n'aient reçu le nom de chrétiens. Cf. Bulletin critique, 2° série, t. x, 1904, p. 436-437. Il n'est pas certain que Julien soit l'auteur de la dénomi­ nation « galiléens ». Que les canons aient été composés à Antioche ou en Palestine, c'est une question secondaire qui dépend surtout d'hypothèses subsidiaires. Toutefois, les hypothèses de M. Wittig, reprises par M. Lejay, sur l'identité du pape Innocent avec l'ascète Innocent, nous paraissent peu vraisemblables. Deux lettres sont adres­ sées par saint Basile à Innocent, évêque. L'une, dans laquelle saint Basile propose un descendant d'Ilermogène, évêque de Césarée, pour succéder à Innocent, est intitulée dans les mss. « à Innocent, évêque de Rome ». La seconde est adressée, d’après tous les mss. hormis un. « à Innocent évêque. » Or saint Basile mourut en 379 et Innocent ne fut pape qu'en 402. Les derniers mss. ont donc conservé la bonne leçon, et Innocent n’est pas l'évéque de Rome, mais un suffragant ou un ami de saint Basile. Epist., t., txxxt, P. G., t. xxxn, col. 388, 456. M. Wittig préfère suivre les premiers mss., corri­ ger les seconds, et attribuer ces deux lettres de Basile à saint Jean Chrysostome. afin de pouvoir dire qu’elles sont adressées au pape Innocent. 11 est peu vraisemblable 1624 qu'un évêque de Rome ait demandé un successeur à un évêque oriental, fùt-ce à celui de Constantinople. D'ailleurs deux autres lettres de saint Basile men­ tionnent Hermogène évêque de Césarée (mort avant 341. cf. Oriens Christianus, t. i, col. 371) dans les mêmes termes que la lettre t.. Ces quatre lettres se complètent donc l'une l'autre et il va de soi que saint Basile, évêque de Césarée, ait adressé un descendant d'Hermogène, un de ses prédécesseurs sur le siège de Césarée, pour succéder à l'un de ses suffragante nommé Innocent. Epist., ccxliv, cclxiii, P. G., t. xxxn, col. 924, 977. Il est plus difficile encore d'identifier le pape Innocent avecl'ascèle Innocentprés duquel Pallade passa trois ans sur le mont des Oliviers. Hist, lausiaca, I. VIII. c. cm, P. L., t. Lxxttt, col. 1191-1192; t. i.xxtv, col. 316-317, 376. Cf. dom C. Butler, The Lausiac History of Palla­ dius, Cambridge, 1904. t. Il, p. 131-132. L'ascète Innocent avait occupé un rang distingué au palais au commence­ ment du règne de Constance, empereur d’Orient (337361); son fils Paul, garde du corps, avait péché avec la fille d'un prêtre, et Innocent avait demand '· à Dieu de le punir; aussi Paul était devenu le jouet du démon, et vivait encore, chargé de chaînes, sur le mont des Oli­ viers. L'autre Innocent, pape (401-417), était fils, d'après le Liber pontificalis, édit. Duchesne, Paris, 1886, t. t, p. 220; édit. Th. Mommsen, Berlin, 1898, p. 88. d'inno­ cent d'Albano, mais, d'après une lettre de saint Jérôme, P. L., t. xx. col. 1120, il était « fils et successeur » du pape Anastase. Cf. Realencycl. fürprot. Theol., 3“ édit., t. IX. p. 106. L’ascète Innocent est donc plus ancien que le pape Innocent et appartient à la génération précédente. De plus, Pallade, qui a vécu trois ans avec Innocent, écri­ vait son Histoire lausiaque vers l’an 420. Cf. Butler, The Lausiac History of Palladius, Cambridge, 1898, t. i, p. 3. 11 relate qu'innocent était τών επιδόξων έν τώ παλατϊω et raconte quelques-uns de ses prodiges; il n'aurait pas manqué de signaler encore qu’il était (ils du pape Anastase et qu'il était devenu pape lui-même. Celte identification non admise, il resterait à expliquer com­ ment le pape Innocent 1er a eu connaissance des canons du concile d'Antioche. Nous l'ignorons. Mais les rapports entre l’Orient et l’Occident étaient alors assez fréquents pour qu'il ait vu le texte grec. Il pouvait même exister déjà une traduction latine de ce texte. Le commencement du Ve siècle est donc le terminus ad quem de la composition des canons d'Antioche. Quant au terminus a quo, il sera un peu different selon que nous prendrons les canons avec leur titre et leur con­ clusion ou sans titre ni conclusion. Le titre en effet : του άγιου Ιερομάρτυρας Παμφίλου... μέρος τών ΰπ’ αύτοϋ εύρεΟεντων εις την Ώριγένου: βιβλιοβήχην, semble mettre la composition entière sous le patronage d'un passage d'Eusêbe, H. E., vt, 32, n. 3, P. G., t. xx, col. 592, d’après lequel Pamphile réunit dans la bibliothèque de Césarée des ouvrages d’Origène et d'autres auteurs ecclésiastiques. On peut supposer qu’après la mort d’Eusêbe (338) on a voulu codifier les règlements portés par les apôtres à Jérusalem avec diverses additions tirées d’ailleurs du Nouveau Testa­ ment et former ainsi une première partie au recueil des 84 (85) canons des apôtres qui omettent précisément ces règlements. Nous aurions donc ici la plus ancienne mention des 84 (85) canons des apôtres. Si on laisse de côté le titre et la conclusion, comme œuvre d’un scribe postérieur, on pourrait encore remon­ ter plus haut, car Origène mentionne ce concile d'An­ tioche. Cont. Celsum, vin, 29. Ce passage, qui n'a pas encore été signalé, à notre connaissance du moins, se trouveau milieu de matières connexes aux canons 5,7-9. Le voici : Εΐτ ’ έπεί εχει τινά ασάφειαν ταϋτα. εΐ μη τύχη διαρΟρώσεω;, εδοξε τοϊς του Ίησοΰ άποστόλοις χα: τοΐ; έν Άντιοχείχ συναχΟεϊσιν έπί τό αυτό πρεσουτέροις, χαί, ώ; 1625 CANONS DES APOTRES — CANONISATION DANS L’EGLISE ROMAINE αυτοί ουτοι «ονόμασαν, καί τώ άγίω πνεύματι γράψαι τοΐ; από των êOvrîiv πιστεύουσιν επιστολήν. Origenes Werke, Leip­ zig, 1899, t. π, p. 244; P. G., I. xi, col. 1560; édit, de Cambridge, 1677, p. 396. Origéne dit donc <|u’ « il parut bon aux apôtres de Jésus et aux vieillards réunis en­ semble à Antioche, et, comine ils le disent eux-mêmes, au Saint-Esprit, d'écrire une lettre à ceux des nations qui croyaient ». Cf. Act., xv, 6, 23, 28. Comment interpréter ce texte qui est en contradiction avec celui des Actes, xv? La mention du nom de « galiléen » ne relie pas nécessai­ rement les canons d'Antioche au temps de Julien l’Apostat. Les matières traitées et les préoccupations de l'auteur sont fort anciennes, connexes aux Acles, à la lettre de Barnabe, à la Didascalie. La leçon ύείων du canon 5 est antérieure â la revision d'Origène. Enfin, le concile d’Antioche est mentionné par Origéne, Coni. Celsum. vin, 29. On peut donc, sans témérité, tenir pour exact le titre ajouté par un copiste postérieur. S'il en est ainsi, les canons 4'Antioche proviendraient de la biblio­ thèque d'Origène recueillie par Pamphile à Césarée. Ils ne sont pas pour cela authentiques, c’est-à-dire aposto­ liques. Ils peuvent n'ètre qu’une règle de conduite, rédigée d’après les enseignements apostoliques par un chrétien quelconque du u< siècle pour son usage per­ sonnel. Celui-ci trouvant dans les Actes, xi, 26 : Έγένετο δε αυτού; συναχδήναι... χρηματίσαι τε πρώτον έν ’Αντιόχεια τού; μαΟητά; χριστιανούς, aurait écrit (en déplaçant les deux motsiv ’Αντιόχεια): «ζυνοδεύσαντε; ούν.,.έν Αντιόχεια τη; Συρία; έχρημάτισαν του; Γαλιλαίου; χριστιανού; έν πριότοι; όνομάζεσθαι; à ce début il aurait ajouté d’autres préceptes, dont le dernier appartient au concile de Jéru­ salem mentionné Act., xv, 6-31. Cet écrit ainsi rédigé aurait amené ses lecteurs, et Origéne lui-même, à placer à Antioche un concile apostolique, auquel ils attribuaient par suite le décret du concile de Jérusalem. Act., xv, 29. 2° Όρο; κανονικό; τών άγιων αποστόλων. — C'est une collection de dix-huit anathèmes portes contre celui qui ne fête pas toute la semaine de la Résurrection (1); qui va se baigner après avoir reçu le corps du Seigneur (3); qui communie après avoir porté de l’eau à sa bouche (4) ; qui sort de l’église avant la fin de l'office (6) ; qui ne donne pas à l’Église ou aux pauvres les prémices de l’aire et du pressoir (16) ; qui donne aux devins, qui distribue ou reçoit des amulettes (17) ; qui repousse son frère (18). D'après Harnack, ce morceau, en raison des anathèmes, ne peut pas avoir été écrit avant le iva siècle et est très énigmatique. Allchr. Lilt., p. 775. D'après Pitra, le premier anathème ne peut être antérieur au typicum de saint Saba, p. 107. Ce typicum est lui-même antérieur à la mort de saint Saba (531), car il en subsiste un fragment dans un manuscrit de 524. Krumbacher, Byzanlinische Litleratur, Munich, 1897, p. 316. Publié pour la première fois par Bickell d’après un ms. de Vienne, Hist, gr., n. 45, op. cit., p. 98-100, 133-134, 142, ΓΌρος κανονικό; fut reproduit par de Lagarde, Reliquiæ... grtece, p. 36-37, et enfin édité par Pitra, op. cil., p. 103-105, qui en signale trois manuscrits. 3° Pitra a publié et traduit pour la première fois, op· cit., p. 105-107, une petite pièce en 25 canons, qui existe aussi dans le manuscrit de Paris, Coislin, 211, sous le titre τών άγιων αποστόλων επιτίμια τών παραπιπτόντων. C'est une énumération de peines portées contre diverses fautes. La première partie concerne les clercs, ou les laïques dans leurs relations avec les clercs, par exemple : « si un clerc outrage un prêtre ou un diacre, qu’il soit expulsé ; si un laïque outrage un prêtre, qu’il soit anathématisé. » La seconde partie énonce la durée de la privation de la communion qui corresponds divers délits : un magicien, vingt ans. un meurtrier volontaire, toute la vie; quant au meurtrier involontaire, a ceux qui sont apôtres avec moi imposaient sept ans, mais moi, Pierre, j’ordonne qu’il soit onze ans sans communier. » Ce canon est analogue aux canons 22 et 23 d'Ancyre. De même le 16'26 canon sur les prostituées et les avortements est presque identique au canon 21 d'Ancyre. Pitra renvoie aux canons 65, 67, 69, 72, 73, 75. 77 de saint Basile, qui seraient aussi parallèles aux nôtres. 4° Signalons enfin une épilre canonique de saint Pierre à saint Clément. Elle se trouve chez les Arabes coptes et melchites sous le titre : « Canons écrits par saint Pierre sous la dictée de N.-S. J.-C. et communiqués par lui à son disciple Clément, pape de Rome, » ms. de Paris, arabe (copte) 243, fol. 220, ou « Canons écrits par Clé­ ment, pape de Rome, sous la dictée de son précepteur saint Pierre », ms. arabe (melchite) 234. fol. 229. Catal. des mss. arabes de Paris, Paris, 1883-1895, p. 64, 58. Cette lettre inédite a été traduite en allemand par Riedel, Die Kirchcnrechtsguellendes Patriarchate Alexandrie)!, Leipzig, 1900, p. 166. Elle est divisée en 40 canons ou plutôt préceptes, par exemple : « Construis des églises et des monastères (9); fais mémoire des morts, le troi­ sième, le neuvième, le douzième, le trentième, le qua­ rantième jour et à la fin de l'année » (I7): sur la consé­ cration de l’église (26); sur l’huile du μύρον et ses vertus (28); si un fidèle va dans le sanctuaire et y frappe le prêtre, on lui coupera la main (34). En somme, cette pièce est récente et n'a pas dû exercer grande influence. Vansleb la disait pleine d’absurdités et n'en donnait même pas l'analyse. Histoire de l’Église d'Alexandrie, Paris. 1677, p. 259. Harnack énumère quelques autres écrits de Clément perdus ou conservés qui peuvent aussi avoir Irait aux matières canoniques par exemple la Didascalie de Clé­ ment, mais semblent avoir eu encore moins d'importance que la lettre précédente. Altchristlichle Litt. Die Ueberlieferung, p. 777-780. F. Naü. CANONS PÉNITENTtELS. Voir Péxitentiùi.s. CANONISATION. Après avoir exposé ce qui con­ cerne la canonisation dans l’Eglise romaine, nous trai­ terons spécialement de la canonisation dans l’Église russe. I. CANONISATION DANS L'ÉGLISE ROMAINE. — L His­ torique. IL Définition. III. Division. IV. Infaillibilité. V. Sagesse de l’Église dans les canonisations. VI. Proce­ dure actuelle. L Historique. — 1» Apothéoses païennes et canoni­ sations. — Quoi qu’en aient dit les hérétiques, la canonisation des saints n’est point de la part de l’Eglise une servile imitation de l'apothéose usitée dans l’anti­ quité chez les gentils. Elle en diffère, au contraire, essentiellement, celle-ci étant un acte public par lequel un homme était placé au rang des dieux, comme les Romains, par exemple, le firent d'abord pour Romulus, puis, plus tard, pour Auguste et plusieurs membres de la famille impériale. Cf. Tite Live, Hist, rom., I. 1, n. 16; Tacite, Annal., 1. IV, n. 15, 55; 1. XII, n. 69; Suétone, Vita Octaviani Augusti, c. Ct; Vita C. Julii Caesaris, c. I.XXXVIH ; Plutarque, Vita Romuli ; Diodore de Sicile, Hist., xvti, 115; i.vi, 42; lxxiv, 5; Cicéron, De natura deorum, I. II, n. 24; Lactance, Div. institui., 1. 1, n. 15, P. L., t. vi, coi. 192, 194 sq.; Minutius Félix, Octavius, c. xxiii, P. L., t. m, col. 310. Il a fallu céder au préjugé de ceux qui accusent les catholiques d'adorer les saints, pour donner une pareille origine aux canonisations. Il y a, en effet, des différences caractéristiques entre les canonisations des saints et les apothéoses païennes. D’abord, en plaçant les saints sur les autels, l’Église n'entend nullement en faire des dieux; elle affirme seulement que Dieu a récompensé dans leciel leurs vertus héroïques, et qu’ils sont pour les chrétiens des modèles et des intercesseurs puissants. Ils sont lés amis de Dieu après a voir été ses serviteurs. Cette différence était déjà in­ diquée par saint Augustin aux hérétiques et aux païens 1627 CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE de son temps. De civitate Dei, I. XXH, c. x, P. L., t. xi.i, eut. 772. Cf. S. Cyrille d’Alexandrie, Contra Julia­ num, I. VI, P. G., t. lxxvi, col. 788-789. De plus, les païens réservaient les honneurs de l’apo­ théose aux empereurs, aux impératrices, à leurs proches parents, ou même à leurs favoris et à leurs favorites. Seuls les Augustes et les personnes de leur entourage immédiat pouvaient devenir déesses ou dieux. On ne connaît pas un exemple d'un homme du peuple ou de condition moyenne, admis après sa mort à de tels hon­ neurs. Or l’Eglise catholique canonise non seulement les rois et les pontifes, mais tous ceux qui l'ont mérité, fussent-ils de petite condition aux yeux des hommes. Lorsqu’ils décernaient l’apothéose, les anciens consi­ déraient seulement le rang social du défunt; aussi plaçaient-ils dans l’Olympe des hommes perdus de mœurs, souillés de tous les crimes, vrais monstres de l’humanité, selon la juste observation de saint Augustin. De civitate Dei, I. VI, c. ix, P. L., t. xli, cul. 187 sq., et ailleurs, 1. I-VII. Néron divinisa l'impudique Poppée, sa concu­ bine, après l’avoir tuée d'un coup de pied. Caracalla lit dieu son frère Géta, qu’il avait assassiné, pour se débar­ rasser d’un rival, et il fit â cette occasion ce jeu de mots d'une sanglante iroi.te : Sit divus, dummodo non sit vivus! Cf. Tacite, Annal., 1. XIII, n. 45; 1. XV, n. 23; I. XVI, n. 6; Suétone, In Néron., c. xxv; Dion Cassius, llist. rom., I. LXII1. L’Eglise ne place sur les autels que ceux de ses enfants qui ont pratiqué jusqu’à l'hé­ roïsme les plus sublimes vertus. Les preuves dont se contentaient les anciens pour croire à la divinité d'un mort, étaient des plus insigni­ fiantes et des plus ridicules. Le corps du défunt était solennellement brûlé, sur un magnifique bûcher, avec une profusion de parfums et d'aromates. Dés les premières flammes, un aigle, qui avait été dissimulé au sommet du monument funèbre, s'envolait, chassé par la chaleur, et l'on prétendait qu’il emportait au ciel l’âme du nouveau dieu. Dans les apothéoses d'une impératrice, l'aigle était remplacé par un paon. Hérodien, llist. rom., 1. IV, c. Il, III. Ou bien, il suffisait que le premier venu affirmât avoir vu le défunt dans la gloire immortelle, comme le fit pour Romulus, que les sénateurs avaient tué, un certain Proculus Junius, soudoyé par les assassins euxmémes. Tite Live, en rapportant ce fait, marque son étonnement qu’on eût admis avec tant de facilité une pareille allégation. llist. rom., 1.1, c. xvi. Les empereurs, en semblable occurrence, trouvaient aisément des témoins complaisants, prêts à affirmer avoir vu tout ce que voulait le maître. Pour canoniser un serviteur de Dieu, l’Eglise réclame des preuves absolument convaincantes. Son décret est le dernier acte d'un procès long et minutieux, au cours duquel la vie du défunt a été examinée avec la plus sévère critique. Il n’est porté que si le chrétien a poussé toutes les vertus jusqu’à l’héroïsme, et si des miracles incontestables ont été opérés par son intercession. Voir G. Boissier, Apothéose, dans le Dictionnaire des anti­ quités grecques et romaines de Daremberg et Saglio, 1.1, р. 323-327. La canonisation des saints ne tire donc pas son origine des apothéoses païennes. Bellarmin, De beatil. et canonizat, sanctorum, I. I, с. vu, dans les Controv., 4 in-fol., Paris, 1613, t. il, col. 700, en voit les premiers linéaments dans l’Ancien Testament. L’auteur inspiré de l'Ecclésiastique, en effet, déclara saints et canonisés en quelque sorte Enoch, Noé, Abraham, Isaac et les justes dont il fait l'éloge, xuv-li. Ce- huit chapitres peuvent être considérés comme une bulle de canonisation collective des saints d’Israël. 2’ Culte des martyrs davis la primitive Église. — Le i premier culte qui fut rendu aux saints dans l’Église fut celui des martyrs. Les fidèles recueillaient et vénéraient les reliques de ces héros. Des autels, des oratoires étaient élevés sur leurs tombes, et les prêtres y célébraient les I 1628 sacrés mystères. Voir 1.1, col. 2580. Ce fut la plus ancienne et la plus simple forme de la canonisation; elle lut en vigueur durant les siècles de la persécution. Les anniver­ saires des martyrs remontent au il· siècle. Celui du martyre de saint Polycarpe (γ 155) fut institué à Smyrne aussitôt après sa mort. Martyr. Pnl ycarpi, 18, n.3, Funk, Patres apostolici, Tubingue, 1901, t. 1, p. 336. On ne peut donner la preuve qu’ils ont été aussi anciensà Rome. Les martyrs authentiques du n« siècle ne sont pas inscrits dans les calendriers ecclésiastiques du temps de Constantin. Les anniversaires marqués dans ces calendriers se rap­ portent à des martyrs du ni· siècle au plus tôt. A partir du in· siècle, la célébration d'une solennité ecclésias­ tique en l’honneur des martyrs devint d'un usage uni­ versel. Ces anniversaires étaient naturellement des fêles locales. Chaque Église honorait ses saints. On célébrait quelquefois une commémoration générale de tous les martyrs de la localité, soit que cette fête fût unique, soit qu’elle s'ajoutât aux fêtes particulières de chaque saint. M'Jr Duchesne, Origines du culte chrétien, Paris, 1889, p. 272-273. Cf. S. Augustin, In natali Cypriani mar­ tyris; Serm., cccx.c. n, n. 2, P.L.,t. xxxvn, col. 1473; Prudence, De passione sancti Vincnnlii, P. L., t. 1.x, col. 378, 410; Eusèbe, II. E., tv, 15; v, 1, P. G., t. xx, col. 361, 408; Acta sanctorum, Paris, 1862. januarii t. n, p. 709; Mabillon, Musivum italicum, 2 in-4», Paris, 1687-1689. t. i, p. 250; Marligny, Dictionnaire des anti­ quités chrétiennes, 2“ édit., Paris, 1877, p. 201-203. .Mais même alors, personne ne pouvait rendre un culte public à un martyr que par l'autorité de l'évêque et avant que le martyre n’eût été prouvé. Des chrétiens mis à mort violemment ne méritaient pas le tilre de martyr. Il était donc nécessaire de préserver les fidèles des entraî­ nements résultant d’un enthousiasme qui ne serait pas justifié. Cf. S. Cyprien, Epist., xxxvn, n. 2; lxxix, P. L., t. iv, col. 238, 422; S. Optat, De schismale donatistarum, 1. I, P. L., t. xi, col. 916; Ruinart, Acta mar­ tyrum sinceraet selecta, prœf., § 4, n. 71, in-fol., Amster­ dam, 1713, p. txxv; Mabillon, Acta sanctorum ord. S. Benedicti, 9 in-fol.. Paris, 1688-1702, præf. adsæc. v,§6, n.95. t. v, p. i.xn.On recueillait soigneusement lesactesdes martyrs. Voir t. i, col. 320-321, et Dictionnaire d'archéo­ logie chrétienne et de liturgie, par dom Cabrol, t. I, col. 373-416. Toutefois, il n’est pas certain qu’une corpora­ tion de notarii chrétiens ait été officiellement chargée de copier les actes des marty rs dans les greffes des tribunaux, ou de sténographier les interrogatoires â l'audience. L’auteur du Liber pontificalis rattache, il est vrai, à cette charge l'institution des notaires ecclésiastiques de Rome. 11 la fait remonter à saint Clément, édit. Duchesne, t. i, p. 123; il attribue à saint Antéros ut. zèle particulier à rechercher et à conserver les actes des marty rs, ibid., p. 147, et à saint Fabien une ordonnance qui chargeait sept sous-diacres de surveiller le travail des notaires. Ibid., p. 148. Mais les véritables fonctions des notaires ecclésiastiques sont mentionnées dans la notice de saint Jules. Ibid., p. 205. Les renseignements antérieurs n'ont pas de valeur historique, et Mor Duchesne, Le Liber pontificalis, introduction, t. i, p. c-Ci, pense que l’auteur du Liber a voulu faire remonter le plus haut possible l'origine du corps des notaires ecclésiastiques, et leur a donné des attributions compatibles avec la situation de l’Église pendant les persécutions, au moins telle qu’il se la figurait. En réalité, c’étaient les greffiers du tribunal ou des notarii de circonstance qui consignaient, les uns officiellement, les autres de leur propre autorité, les procès-verbaux des interrogatoires des martyrs. Les procès-verbaux officiels étaient déposés dans les archives proconsulaires. Ils existaient encore après la paix de l’Église. et ils ont servi de canevas aux passiones martyrum. A Rome, cependant, il n’est resté qu’un seul spécimen d’actes authentiques et sincères : ce sont les interrogatoires de saint Justin et de ses compagnons. 1629 CANONISATION DANS L’EGLISE ROMAINE Aussi les Gesta martyrum romains ont peu d’autorité auprès des critiques de nos jours. Voir A. Dufourcq, Élude sur les Gesta martyrum romains, Paris, 1900. Dans d’autres pays, en Afrique surtout, il s’en est con­ servé un assez grand nombre. P. Monceaux. Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, Paris, 1901. 1902, t. t, p. 55-96; t. n. p. 135-197; dom IL Leclercq. L’Afri­ que chrétienne, Paris, 1901, t. 1, p. 249-251. Cela tient sans doute à ce que l'autorité ecclésiastique s’en est plus occupée qu’elle ne l'a fait à Rome. Saint Cyprien, exilé de Carthage, écrivait aux clercs de son Église : « Notez 'sur la liste les jours où meurent les confesseurs, pour que nous puissions célébrer leur anniversaire au milieu des tombeaux des martyrs. » Epist., xn, 2, édit. Harte). Un concile africain, tenu à Hippone en 393, constate et autorise l'usage de lire à l'église les passions des martyrs au jour de leur fête : Liceat etiam legi passiones mar­ tyrum cum anniversarii dies eorum celebrantur. Har­ douin, Collect, concit., t. i, coi. 886; Mansi, Concit., t. nt, col. 924. Cf. dom Leclercq, op. cit., t. I, p. 71, 75, 76, 251-280. A Rome, on ne le faisait pas. Le décret De recipiendis et non recipiendis libris, attribué à saint Gélase, mais composé, au moins, pour la seconde partie, dans la première moitié du VIe siècle, déclare expressé­ ment que la lecture des Gesta martyrum était interdite à Rome dans les réunions du culte : Secundum antiquam consuetudinem, singulari cautela, in sancta Romana Ecclesia non leguntur, quia et eorum qui conscripsere nomina penitus ignorantur, et ab infidelibus et idiotis superflua aut minus apta quam rei ordo fuerit, esse putantur. A. Thiel, Epist. rom. pont-, t. i, p. 458; Preuschen, Analecta, p. 151. Le Liber pontificalis, qui est contemporain, parle des Gesta, mais ne dit nulle part qu’ils fussent l’objet d'une lecture publique à l’église. Saint Grégoire le Grand, écrivant, en 598, à Eulogius, patriarche d'Alexandrie, constate que les passions des martyrs étaient à peu prés inconnues à Rome, à la lin de ce même siècle. Epist., 1. VIII, epist. xxix, P. L., t. lxxvii, col. 930-931 ; Jaffé, Regesta, n. 1517. Dans la Gaule, à l’époque mérovingienne, on lisait officiellement les passions des martyrs. Mabillon, De liturgia gullicana, 1. I, c. v, 7, P. L., t. i.xxn, col. 132-133. Plus tard, à Rome même on les lut. Le pape Adrien écrit à Charlemagne en 794 : Passiones sanctorum martyrum sancti canones censuerunl ut liceat eas etiam in eccle­ sia legi, cum anniversarii dies eorum celebrantur. P. L., t. xcviii, coi. 1284. Ces « saints canons » sont ceux de l’Eglise d’Afrique, introduits au νι· siècle par Denys le Petit dans son Codex canonum, suivi à Rome au temps du pape Adrien. Cf. Duchesne, Le Liber pontificatis, 1.1, p. Ci. Dés le IV· siècle. l’Église d'Afrique établit une distinc­ tion entre les martyrs reconnus et ceux qui ne l’étaient pas, inter vindicatos et non vindicatos. Au rapport de saint Optat de Milève, Hist, donatist., 1. I, 16, P. L., t. xi, col. 916-917, une matrone de Carthage, nommée Lucille, fut réprimandée par l’archidiacre Cêcilien et censurée par son évêque, parce qu’elle avait baisé, au moment de recevoir la communion, les reliques d’un chrétien, mort pour la foi, mais n’ayant pas encore été officiellement reconnu comme martyr, nondum vindi­ catus. C’était l’évêque du diocèse qui faisait ordinairement cette reconnaissance officielle. Voir aussi Pierre Coustant. Epist. rom. pontificum, in-fol., Paris, 1721, t. I, p. 120; Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes. in-4°, Paris, 1877, p.119. Cf. Bellarmin. De sanclil. et beatif. sanctorum, I. I, c. vm, t. n, col. 701; Benoit XIV, De servorum Dei beatificalione et beatorum canonizalione, 16 in-4°, Naples, 1773-1775, 1. I, c. ni, n. 7,1.1, p. 18 sq. Dans les Églises d’Afrique cependant, le jugement était porté par le métropolitain entouré de ses suffraganls réunis en concile; puis, plus tard, il fut réservé uniqtiementau primat de Carthage. Cf. S. Augustin, Breviculum 1G30 collationum cum donatistis, coll. Ill, c. xm, n. 25, P. L., t. xi.m, col. 638; Lupus, Synodorum generalium ac provincialium decreta et canones scholiis illustrati, 7 in-fol., Venise, 1724-1726, t. iv, p. 264 sq. Cette discipline avait une raison d’être toute spéciale en ces temps où l’hérésie avait aussi ses martyrs. L'Eglise devait donc s’enquérir avec soin de la cause qui avait fait le martyr : quæ martyrem facit, causa inquirenda est, afin de ne pas laisser décerner des honneurs immé­ rités à ceux qui étaient morts hors de sa communion. Cependant il paraîtrait qu'à Rome, à la fin du tv· siècle, on n'avait, dans les milieux cultivés, qu'une très impar­ faite connaissance de l’histoire des martyrs qui y avaient soutfert. A. Dufourcq, Etude sur les Gesta martyrum romains, Paris, 1900, p. 17. Cf. Duchesne. Le Liber pon­ tificalis, Paris, 1886, t. 1, p. lxxxix-c. Voir cependant II. Marucchi, Éléments d'archéologie chrétienne, Paris, Rome, 1900, t. i, p. 130-133. Bientôt on se lit des emprunts, et les saints les plus célèbres furent fêlés ailleurs que dans leur patrie. Quel­ ques-uns, comme saint Xyste et saint Laurent de Rome, saint Cyprien de Carthage, etc., parvinrent à une véné­ ration à peu près universelle. Par des lettres circulaires ou encycliques, certaines Églises se communiquaient les actes de leurs martyrs respectifs, soit afin que ces glorieux combats pour la foi et ces triomphes éclatants fussent connus de tous; soit aussi afin que le eu Ile de leurs martyrs, autorisé chez elles par le jugement de l'autorité ecclésiastique du lieu, s'étendit de proche en proche par le jugement successif des autres évêques qui approu­ veraient ces actes. Lecture publique des actes approuvés était faite dans les réunions des fidèles, principalement au jour anniversaire du trépas glorieux du martyr. C’était à la fois un culte de vénération pour ceux que le Christ avait couronnés dans le ciel, et un encouragement ou une prédication salutaire pour ceux qui restaient sur la terre. Cf. Ruinart, Acta martyrum sincera et selecta, præf.,§ 1, n. 3; §2, n. 13, in-fol., Amsterdam, 1713, p. m, xv; Prudence, Hymnus sancti Hippolyti ad Valesianum Cæsarauguslanum episcopum, hymn, xi, De coro­ nis, v. 195 sq., P. L., t. i.x, col. 551 sq. Plusieurs de ces lettres encycliques de la plus haute antiquité sont parvenues jusqu'à nous : par exemple, celle de l’Eglise de Smyrne sur le martyre de saint Polycarpe, Eusèbe, H. E., iv, 15, P. G., t. xx, col. 36I ; Funk, Patres apostolici,Tubingue, 1901,1.1. p. 314-345; celles des Églises de Vienne et de Lyon sur le martyre de saint Potin et de ses compagnons. Eusèbe, v. 5, P. G.,t. XX, col. 408. Lesletlresdece genre envoyées à une Église ne s’y arrêtaient point; mais celle-ci, après en avoir pris une copie authentique, les faisait passer à d'autres. Dans ce but, souvent ces lettres se terminaient par une formule semblable à celle qui se trouve à la fin de la lettre de l’Église de Smyrne : Quæ vos, posteaquam acceperitis, rogamus ut ad fratres ulterius positos epistolam mit­ tatis; quo et illi Dominum benedicant, qui ex suis fa­ mulis quoscumque vult eligit. Ou encore comme celle-ci : Hæc peto per vos ut eæteris collegis vestris innotescant. S. Cyprien, Epist., lxxxii, P. L., t. tv, col. 430. Les trans­ lations de reliques, réelles ou représentatives, donnèrent, à partir du IVe siècle, un grand essor à la diffusion du culte des martyrs. Cf. Acta sanctorum, præf. gen., c. f, §2, Paris. 1861, januarii t. i, p. xiv sq.; Eusèbe, H. E., v, 3, 4, P. G., t. xx, col. 340; S. Grégoire de Tours, De gloria martyrum, 1. I, η. 51, 64, Ρ. L., t. ι.χχι, col. 753, 763; Mabillon. Acta sanctorum ord. S. Benedi­ cti, præf. ad sæc. v, §6, n. 93, t. v, p. i.x ; Benoit XIV, De servorum Dei beatif. et beator canoniz., 1. I, c. tv, n. 13 sq., t. 1, p. 20 sq.; Acta sanctorum, Paris, 1867. julii t. vu, p. 147; Coustant, op. cit., t. t, p. 843; Mabil­ lon, Vetera analecta, in-fol., Paris, 1723, p. 68. 3· Culte des confesseurs. A quelle époque a-t-il com­ mencé dans l’Église? — C’est seulement après le 16.il CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE 1632 IV’ siècle que les canonisations s’étendirent à ceux qui. I en usage. Hardouin, Collectio concil., t. ti, col. 793. Dans le courant du v» siècle, une église fut bâtie à n’ayant pas versé leur sang pour la foi, s’étaient néan­ Rome, près de celle de Saint-Sylvestre, en l'honneur de moins illustrés par des vertus éminentes. Jusqu’à celte saint Marlin, par le pape Symmaque, élu en 498. époque, en effet, on ne trouve presque aucune trace de Cf. Benoit XIV. De servorum Dei beatific., L I,c. v, η. 5, culte public décerné aux confesseurs. Cf. card. Bona, t. I, p. 32. Voir Martigny, Dictionnaire des antiquités Herum liturgicarum libri duo, 1. II. c. xn, §3, 4 in­ chrétiennes, 2’ édit., Paris, 1877, p. 200-201. fol., Turin, 1747-1755. t. ni. p. 266 sq.; Innocent III, De Mais si l'autorité ecclésiastique veilla attentivement à mysterio missæ, 1. Ill, c. x, P. L., t. cc.xvn, col. 849; ce que seuls les vrais martyrs reçussent un mille public, Mabillon, op. cit., præf. ad sæc. v. n. 97, t. v, p. lxiv. elle apporta encore plus de soins pour que seuls les On a même supposé' que le culte des confesseurs ne vrais confesseurs fussent honorés par le peuple chré­ fut pas introduit dans l’Eglise avant le vtr siècle, car tien. A leur sujet les erreurs pouvaient se commettre le pape Boniface IV, élu en 608, ayant consacré à tous avec plus de facilité encore que pour les martyrs, dont les saints le Panthéon d’Agrippa, lui donna le titre de la mort violente subie pour le Christ était relativement Sainte-Marie-des-Marlyrs, Sanclœ-M ariæ-ad-Martyres, aisée à constater. Des hommes au-dessus de tout soupçon sans faire aucune mention des confesseurs, même et choisis par le pape ou les évêques, eurent mission de pontifes. Cf. Sarnelli, Lettere ecclesiasti che, 9 in-4», consigner par écrit les vertus héroïques des confesseurs Venise, 1716, t. n, p. 75; t. iv, p. 80; t. vi, p. 73. Il qui devaient être canonisés, ainsi que les miracles opérés suffit cependant de lire les Dialogues composés vers par eux ou par leur intercession pendant leur vie et 543 par saint Grégoire le Grand, un des prédéces­ après leur mort. Cf. Acta sancturum, præf. gen., c. I, seurs de Boniface IV, pour se convaincre que déjà, depuis longtemps à cette époque, les confesseurs étaient § 2. Paris, 1861, 1.1, p. xv. honorés d’un culte public. Dialog., 1. Ill, c. xv, et On trouve, dans divers conciles provinciaux, des pres­ passim, P. L., t. txxvtt, col. 249. criptions canoniques défendant de rendre un culte L’objection formulée à propos de l’acte de Boniface IV public à des serviteurs de Dieu, avant que l'autorité tombe d'elle-même, si l'on remarque que, dans l'anti­ ecclésiastique n'eût porté un jugement officiel sur leur quité chrétienne, les mots « martyrs o et « confesseurs » sainteté; el il ne manque pas, alors, de décrets rayant n'avaient pas le sens spècial et déterminé qu'on leur a de la liste des bienheureux des noms qu'une erreur donné plus tard. Au contraire, et en vertu même de populaire y avait insérés prématurément et sans l'inter­ l'étymologie, ils étaient considérés comme synonymes. vention de l'autorité compétente. Cf. Lupus, Synodorum Qu’était un martyr, si ce n’est un témoin, un confesseur generalium ac provincialium decreta e l canones, t. iv, de la foi, suivant la parole même du Sauveur : Omnis p. 265 sq. gui con/ilebilur me. coram hominibus, confitebor el Par analogie avec ce qui se pratiquait pour les martyrs ego eum coram Paire meo, gui in cielis est'! Matth., x, dont les actes étaient transmis d une Église aux autres, 32. Les autels ou oratoires élevés sur le corps des mar­ alin que leur culte s'étendit, le récit des vertus héroïques tyrs s’appelaient indifféremment confessiones ou mar­ des confesseurs et de leurs miracles élait envoyé aux tyria. Itans les basiliques romaines nou- avons encore diocèses voisins, et de là se propageait plus loin encore. les confessions de saint Pierre et de saint Paul. De Inscrits dans les dypliquès sacrés des Églises qui possé­ même, des martyria étaient bâtis sur les lombes des daient leurs restes, ou des |>ays dans lesquels par des confesseurs. Saint Jérôme nous rapporte que saint An­ prodiges Dieu avait manifesté leur gloire, les sain Is toine commanda par humilité· d'ensevelir son corps dans s’ajoutaient progressivement à ceux qu'honoraient les un endroit absolument ignoré de tous, m· Pergamius, autres Eglises. Cf. Benoit XIV, De servor. Dei beatific, gui in illis locis ditissimus erat, sublato ad villam suam et de beator, canonizat., 1. I, c. v, η. 7, 8, t. I, p. 38. corpore, martyrium fabricaret. In vita sancti HilaAinsi dans leurs diocèses respectifs el après une rionis, n. 31, P. L·., I. xxtn, col. 45. Au νι· siècle, saint sérieuse enquête juridique, les évêques décernaient aux Isidore de Séville mettait aussi les saints conlesseurs au serviteurs de Dieu les honneurs d'un culte public. rang des martyrs : Duo autem sunt martyrii genera : Etait-ce là une canonisation proprement dite, ou simple­ unum in aperta passione, alterum in occulta animi ment une béatification ? La seconde hypothèse parait de virtute... Nam per hoc quod se omnipotenti Deo in beaucoup la plus probable. Le pouvoir d'un évêque, en corde mactaverunt, cunctis carnalibus desideriis resi­ effet, ne dépasse pas les frontières de son diocèse, et il stentes, etiam pacis tempore martyres facti sunt. est de l'essence de la béatification d'être limitée à cer­ Elymol., 1. VII, c. xt, n. 4, P. L·., t. i.xxxn, coi. 290. tains lieux. Voir Béatification, col. 493. Le culte ne Cependant, le nom du confesseur prit au tv» siècle la s’élevait à la dignité d’une canonisation que lorsque, signification d'ascète. passant de diocèse en diocèse, il s'étendait à l’Église Des le tv’ siècle, beaucoup de solitaires commencèrent entière, avec l'assentiment exprès on tacite du souverain à être honorés publiquement, entre autres les Peres de pontife. Cf. Mabillon, Acta sanctorum ord. S. Benedicti, la vie érémilique, saint Paul, premier ermite, saint præf. ad sæc. v, § 6. n. 92, t. v, p. t.tx; Gonzalez, Antoine, et saint Uilarion, son disciple. Cf. Sozomène, Commentaria perpetua in singulos textus libr. Decretal., D. E., 1. Ill, c. xiv ; I. VIII, c. xix, P. G., t. txvn, 5 in-fol., Lyon, 1673, 1. Ill, tit. xlv, c. i, n. 7; Bellarcol. 1077, 1565. Vers la même époque, saint Basile, min, De sanctorum beatitud., L 1, c. vm, t. il, coi. 701 ; saint Grégoire de Nazianze et saint Grégoire de Nysse Benoit XIV, op. cit., I. I, c. v, n. 9, t. 1, p. 38 sq. prononcèrent plus d'une fois le panégyrique de saint 4» A quelle époque les causes de béatification et de Alhanase et de saint Éphrem, aux jours anniversaires de canonisation furent-elles réservées exclusivement au leur mort. En Occident, saint Martin de Tours n’était souverain pontife? — La discipline de l’Église touchant pas moins honoré. Sulpice Sévère, Epist., n, ad Aure­ le culte public des saints persista plus de mille ans, lium, P. L., t. xx, col. 179, le déclare égal aux martyrs : telle que nous venons de l'exposer. Toutefois, durant Nam, licet ei ratio temporis non potuerit præstare cette longue période, bien des abus s’étaient introdu is. martyrium, gloria tamen martyrum noil carebit, quia L’imprudente piété des peuples trompée par des vertus veto algue virtutibus et potuit esse martyr et voluit. plus apparentes que réelles, et la négligence de quelques Cf. card. Bona, Rerum liturgie., 1. II, c. xn, n. 3; évêques à prendre les informations qui devaient préc· de­ Marlène, De anliquis Ecclesiæ ritibus, L IV, c. xxx, les béatifications particulières, obligèrent les papes a nen. 3, 4 in-fol., Venise, 1788, t. m, p. 198. Le I” concile plus s’en tenir à un simple consentement tacite, mais provincial de Tours, tenu en 461, parle de la fête de réserver à leur tribunal suprême la connais.- nce saint Martin comme d'une solennité depuis longtemps d'affaires aussi graves. Dés la fin du xt’ siècle et au JG33 CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE commencement du xn», Urbain Π, Calixte II et Eu­ gène III avaient déclaré, à différentes reprises, que l’examen des vertus et des miracles de ceux qui parais­ saient dignes d'étre inscrits au catalogue des saints devait avoir lieu, de préférence et pour plus de sûreté, dans les conciles, surtout dans les conciles généraux. Cette restriction cependant ne concernait que les évêques, car, même à celte époque, les pontifes romains usèrent fréquemment du droit qui leur était universellement reconnu de prononcer des canonisations en dehors des conciles : ainsi, par exemple, Eugène III, de sa seule autorité, canonisa l'empereur saint Henri ; Alexandre III mit sur les autels saint Édouard, roi d’Angleterre, saint Thomas, archevêque de Canterbury, saint Bernard, abbé de Clairvaux. et quelques autres. Cf. Benoît XIV, De servorum Dei beatifical., 1. I, c. vin, n. 12, 14, 15; c. x. η. I, t. i, p. 53, 54, 56, 61, G2. Il est difficile de préciser au juste à quelle époque la faculté de décréter des canonisations particulières dans leur diocèse fut enlevée aux évêques et réservée au souve­ rain pontife. La première mention expressed officielle de cette réserve se trouve dans une constitution d'Alexandre III (1170) insérée dans le Corpus juris canonici, Decre­ tal., I. Ill, lit, xlv, c. t. Le pape y dit d'un moine que ses confrères voulaient honorer comme un saint : Hominem illum colere non præsumalis, cum etiamsi per eum miracula plurima fierent, non liceret vobis illum pro sancio, absque auctoritate Bornante Ecclesiæ, venerari. Au sujet de ce texte un vif débat s'est engagé entre canonistes. Ils se sont demandé si ces paroles indiquaient une réserve nouvellement formulée en faveur du pape, à l'exclusion de tout autre évêque ou primat, et intro­ duisant pour l'avenir un droit nouveau; ou si elles se rapportaient à une discipline antérieure depuis longtemps en vigueur. La première hypothèse fut soutenue par Bellarmin, De beatiludine el canonizalume sanctorum, 1. I, c. vin, n. 2, t. n, col. 701 ; par Mabillon el Luc d'Achéry, Acta sanctorum ord. S. Bened., præf. ad sæc. v, § 6, n. 105, t. v, p. lxx ; par Lupus, Synodorum generalium ac provincialium decreta el canones, t. tv, p. 265, coi. 2; et même par le janséniste et schismatique Van Espen, Jus ecclesiasticum universum hodiernæ disciplina: præsertim Belgii, Galliie et ricinarum provinciarum accommodatum, 11 in-fol., Venise, 1781-1786 (la pre­ mière édition, parue à Louvain en 1700. fut mise à l'in­ dex quatre ans après, en 1704), part. 1, lit. xxn, c. ix, n. 14, t. i, p. 138. D'autres auteurs sont d'avis, au contraire, que ces paroles d’Alexandre III ne firent que constater une loi antérieure, ou une coutume existant déjà depuis un certain temps. Cf. Gonzalez., Commentaria perpetua in singulos lectus libr. Decretal., 5 in-fol., 1673, 1. Ill, tit. xi.v, c. t, n. 6; Sébastien Berardi, Commentaria in jus ecclesiasticum universum, i in-4», Venise, 1778, t. iv, part. I, diss. Ill, c. in, p. 106; Acta sanctorum, propylaeum, diss. XX, η. 6, Anvers, 1685, inaii t. vtn, p. 173'. Quoi qu’il en soit, d'ailleurs, de cette controverse, il est certain, d’après Benoit XIV, De servor. Dei beati­ ficat., 1. I, c. x, η. 6, t. 1, p. 64, que les évêques n’eurent jamais le pouvoir de prononcer de véritables canonisations. En effet, commander que quelqu’un soit honoré d’un culte public et tenu comme saint dans l'Eglise universelle, ne saurait appartenir et n’appar­ tient jamais à des prélats qui n’avaient qu’une juridic­ tion limitée, dans un diocèse, une province, ou même un Etat; mais ce fut toujours le droit exclusif de celui qui est préposé au gouvernement de l’Église entière. Les évêques n'eurent jamais d'autre faculté que celle de béatifier, c'est-à-dire d’émettre un premier jugement et de décréter une canonisation toute particulière dans 163-4 leur diocèse. Ce droit leur fut laissé jusqu’au temps d'Alexandre III, car. jusqu’à cette époque, on trouve encore plusieurs exemples de bienheureux placés sur les autels par la seule autorité des évêques. Cf. Acta san­ ctorum, julii t. i, p. 587; junii t. vu, p. 556; Mabillon, Annales ord. S. Benedicti, t. vi, p. 535. Mais à partir de la promulgation de la décrétale d’Alexandre III, l’opinion que non seulement le pouvoir de canoniser, mais aussi celui de béatifier, était désor­ mais exclusivement réservé au souverain pontife, devint presque générale et prit chaque jour plus de consis­ tance. On ne rencontre, dans la suite, que très peu d’exemples d’évéques ayant usé de leur antique privilège. Cf. Aeta sanctorum, t. lit februarii, p. 153; t. lit aprilis. р. 476. Ils en usèrent moins encore après les défenses d'Innocent III renouvelant, quarante ans après, et confir­ mant celle d’Alexandre Ill, Decretal., I. Ill, tit. xlv, с. it; bulle Cum secundum, du 3 avril 1200, Bullar. roman., t, nt a, p. 99, bulle de canonisation de l'impé­ ratrice sainte Cunégonde, morte en 1010. Quelques-uns cependant continuèrent à penser que ce qui leur était retiré n'était pas la faculté de béatifier les serviteurs de Dieu dans leurs diocèses respectifs, mais seulement celle de composer en leur honneur une messe et un office particuliers ; d'autres, plus larges dans l’interpréta­ tion du document pontifical, se crurent même autorisés à concéder à leur diocèse un nouvel office et une nou­ velle messe, en l'honneur des saints dont ils prononçaient encore la béatification. Au point de vue historique cette question est donc bien loin d'être claire. Le sentiment le plus probable est celui exprimé par Benoît XIV, De servor. Dei beatific., 1. I, c. x, η. 8, t. t, p. 67, à savoir : la décrétale d'Alexandre III réserva réellement au souverain pontife le droit de béa­ tifier les serviteurs de Dieu; mais elle ne fut pas com­ prise dans un sens aussi rigoureux par tous les évêques. La controverse à ce sujet ne fut définitivement tranchée que par les décrets d'Urbain VIII du 13 mars et du 2 octobre 1625, promulgués d’abord à Rome, puis pu­ bliés avec une confirmation spéciale dans un bref du même pape, Coelestis Ilyerusalem cives, le 5 juil­ let 1634. Les expressions en étaient trop claires pour laisser subsister le moindre doute. Depuis lors, il est incontestable que le pouvoir de canoniser et même de béatifier est tellement réservé au souverain pontife, qu'il n'appartient en aucune façon, ni aux évêques, ni aux archevêques, primats ou patriarches, ni aux légats a la­ tere, ni aux synodes provinciaux, ni au Sacré-Collège, ou même aux conciles généraux pendant la vacance du saint-siège. Cf. Barbosa, Juris ecclesiastici universi libri tres, 2 in-fol., Lyon, 1718, Jn c. l, De reliquiis el vene­ ratione sanctorum, n. 6-8; Reilfenstuel, Jus canonicum universum, 1. Ill, tit. xi.v, S 1, q. u, 5 in-fol., Venise, 1775, t. ni, p. 553; Van Espen, Jus ecclesiasticum uni­ versum, part. I, til. xxn, c. ιχ. n. 15, Il in-fol., Ve­ nise, 1781-1786, t. t, p. 138; Bellarmin, De sanctorum bealilud., 1. I, c. vni, 4 in-fol., Paris, 1613, t. n, coi. 701; Acta sanctorum, propyla um, diss. XX, n. 5, II, inaii t. vm, p. 17Γ-Ι75'; Lupus, Synodorum gene­ ralium decreta el canones, t. tv, p. 265; André du Saussay, Martyrologium gallicanum, 2 in-fol., Paris, 1638, Apologet, de sanctorum cultu, § 9, t. t, p. 33. IL Définition. — La canonisation est l’acte solen­ nel par lequel le souverain pontife, jugeant en der­ nier ressort et portant une sentence définitive, inscrit au catalogue des saints un serviteur de Dieu, précédem­ ment béatifié.’Par cet acte, le pape déclare que celui qu’il vient de placer sur les autels rogne vraiment dans la gloire éternelle, et il commande à l’Église univer­ selle de lui rendre en tout lieu le culte dû aux saints. Ainsi ont défini la canonisation la plupart des auteurs, à la suite de Bellarmin, De sanctorum bealilud., I. I, c. vu, t. n, col. 699, et de Benoit XIV, De servor. Dei J 035 CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE 4636 beatif. et beator, canonizat., 1. I, c. xxxix, n. 5, t. n, 2» Canonisation formelle et canonisation équipolp. 170. La canonisalion se distingue donc de la béatifi­ lente. — La discipline actuelle n'admet plus les cano­ cation, en ce que celle-ci est seulement un acte prépa­ nisations particulières; mais, en même temps que les ratoire au cours d’un long procès; une simple permis­ canonisations formelles, elle reconnaît encore les ca­ sion accordée à un diocèse, à une province, à un État, nonisations équipollentes. — La canonisation formelle, ou à une catégorie bien déterminée de personnes, ou proprement dite, est celle qui termine un procès comme par exemple aux membres d'une communauté régulièrement ouvert et poursuivi dans toute la rigueur on d'un ordre religieux. Voir Béatification, col. 493, d’une procédure très sévère, pour constater juridique­ 491. ment l’héroïcité des vertus pratiquées par un serviteur Que par la sentence de canonisation le souverain de Dieu, et la vérité des miracles par lesquels le ciel l'a pontife ail la volonté bien arrêtée d’intimer aux fidèles manifestée. Cette sentence définitive, notifiée officielle­ un précepte rigoureux, cela résulte manifestement des ment urbi et orbi, est prononcée par le souverain pon­ formules dont il se sert dans les bulles qui la pro­ tife dans la pb’-nitude de sa puissance apostolique, et au clament. Ces formules sont les suivantes, ou d’autres milieu de solennelles cérémonies qui en révélent l’im­ analogues : Inter sanctos et electos ab Ecclesia univer­ portance. — La canonisation équipollente est une sen­ sali honorari præcipimus..., ou : Apostolicæ sedis au­ tence par laquelle le souverain pontife ordonne d’honoctoritate catalogo sanctorum scribi mandavimus ; ou rer comme saint, dans l'Eglise universelle, un serviteur encore : Memoriam inter sanctos ab omnibus de cætero de Dieu pour lequel n'a pas été introduit un procès fieri censemus, et anniversarium ipsius diem solemnirégulier, mais qui. depuis un temps immémorial, se ter celebrari constituimus..., statuentes ab Ecclesia trouve en possession d’un culte public. 11 faut que ses universali illius memoriam qualibet anno pia devo­ vertus héroïques, ou son martyre, ainsi que les miracles tione recoli debere, etc. Les mots si souvent répétés opérés par son intercession avant et apres sa mort, sans dans les bulles de canonisation, statuimus, decernimus, avoir été constatés juridiquement, soient pourtant ra­ definimus, pronuntiamus, prouvent la même chose. contés par des historiens dignes de foi, et fassent l’objet Bans les brefs de béatification, ils sont remplacés par de la croyance générale des peuples. Le saint-siège ceux-ci : tenore præsenlium indulgemus... ; licentiam et commence par permettre un oflice en son honneur ad libitum dans l'Église entière; puis, il l’impose, de facultatem concedimus, etc., facultés ou permissions qui ne sont jamais concédées que pour des endroits præcepto, à tous ceux qui sont tenus à la récitation du précis, avec une clause restrictive et marquant que la bréviaire. Alors, la canonisation équipollente est ache­ sentence est loin d'être définitive : donec aliud per Nos, vée, car, selon Benoit XIV, c’est en ce dernier acte vel per sedem apostolicam, fuerit solemniter ordina­ qu’elle consiste essentiellement. De servor. Dei beatif. tum. Enfin, les formules usitées dans les bulles de ca­ el beator, canonizat., 1. I. c. XLI, n. 4, t. II, p. 181. nonisation sont non seulement préceptives, mais com­ Pour montrer avec quelle sage lenteur l'Église pro­ minatoires; elles frappent d'anathème ceux qui auraient cède dans les canonisations équipollentes, et de combien la téméraire audace de désobéir : Si quis, quod non de précautions elle s'entoure avant de prendre des credimus, temerario ausu, contraire lentaverit,... sciat, décisions aussi graves, nous allons donner quelques se, auctoritate B. Petri, principis apostolorum, cujus vel exemples, survenus après le décret d’Alexandre 111. immeriti vices agimus, anathematis vinculo innoda­ Nous les rapporterons en suivant l'ordre chronologique, tum. d'après l'année de la mort des saints ainsi canonisés. Le mot canonizatio est beaucoup moins ancien que 1. Saint Wenceslas, duc de Bohême et martyr, mort la chose qu’il signifie. Dés les premiers siècles de en 929. Sa canonisalion équipollente ne fut terminée l’Eglise, il y eut des saints honorés d’un culte public que 800 ans après, car son oflice fut étendu à l'Eglise par tous les fidèles; mais le mot canonizatio ne parait entière ad libitum par Clément X, le 26 juillet 1670, et pas avoir été employé avant le xit” siècle. Le premier imposé de præceplo par Benoit XI11, le 14 mars 1729, qui semble s’en être servi est Udalric ou Oudry, évêque Cf. Acta sanctorum, septembres t. vu, p. 766. de Constance, dans sa lettre au pape Cali.xte 11 (11192. Saint Romuald, fondateur de l’ordre des camal1124) au sujet de la canonisation de l’évêque Conrad. dules, mort en 1027. Au témoignage de son contempo­ Dans la plus antique bulle de canonisation qui soit par­ rain saint Pierre Damien, qui, le premier, écrivit sa venue jusqu’à nous, celle de saint L'Iric, évêque d’Augsvie, les camaldules furent autorisés, cinq ans apres sa hourg, faite par le pape Jean XV, le 11 juin 993, le mort, à élever un autel sur son corps, retrouvé intact terme canonizatio ne se rencontre point. Cf. Labbe et préservé des atteintes de la corruption, Ella sancti Concil., t. IX, col. 741 ; Hardouin, Concil., t. vt, col. 727; Romualdi, c. xx. n. 104, P. L., t. cxt.1v, col. 1088. Dans Mabillon, Acta sanctorum ord. S. Benedicti, præf. ad cette concession, dont on n’a jamais pu découvrir le sæc. v, §6, n. 88, t. v, p. Win ; Acta sanctorum, julii texte authentique, il ne faudrait pas voir une canonisa­ t. n, p. 79. n. 30 sq.; p. 80, n. 34 sq.; Propylæum, tion, comme le pense Baronius, Annales, 12 in-fol., diss. XX, n. 2, maii t. vin, p. 172’; Du Cange, Glossa­ Rome, 1593-1607, an. 1027, n. 13. t. xi, p. 92; mais rium mediæ et inflmæ latinitatis, édit. Henschel, simplement une béalilicalion, puisque ce ne fut qu'une 7 in-fol., Paris, 1850, t. n. p. 107; Marligny, Diction­ faculté accordée à une communauté particulière, el ne naire des antiquités chrétiennes, Paris, 1877, p. 119; concernant aucunement l'Église universelle. Jusqu'au Moroni, Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica, xvi· siècle, le culte de saint Romuald fut restreint aux v“ Canonizzazione, § 1, t. vu, p. 283. maisons de son ordre, et à quelque* provinces d’Italie. III. Division. — 1» Canonisation particulière et ca­ En 1466, plus de 400 ans après sa mort, son corps fut nonisalion générale. — Cette distinction fut en usage retrouvé encore parfaitement conservé; une foule de autrefois, pendant une dizaine de siècles, quand la dis­ miracles s’opérèrent à l’occasion de la translation de cipline ecclésiastique accordait aux évêques le droit de ses restes vénérables, et, un siècle après, il fut canonisé décerner aux serviteurs de Dieu un culte public dans d’une manière équipollente par le pape Clément VIII. leurs diocèses. De particulière cette canonisation deve­ qui, le 19 juillet 1595, étendit de præcepto son office a nait universelle, lorsque le culte s’étendait à l'Église l'Église entière. Cf. Acta sanctorum, februarii t. n, entière par l’assentiment ou le consentement du souve­ p. 105 sq., 141 sq. rain pontife. La canonisation particulière n’était rien 3. Saint Etienne, roi de Hongrie, mort en 1038. C’est de plus qu'une béatification. Cf. Benoît XIV, De servor. \ seulement 650 ans après son trépas que sa canonis ·. . n Dei bealif. et beator, canonizat., 1. I, c. vi, n. 9, t. 1, équipollente fut accomplie par le pape Innocent XI. qui. p. 38; c. xxxix, n. 2, t. n, p. 169. le 28 novembre 1686, imposa son oflice de præcept·· a 1637 CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE 1638 tonte l’Êglise. Cf. Acta sanctorum, septembris t. i, , on ignore la date exacte de sa mort. Les premiers actes pontificaux qu’on peut alléguer pour sa canonisation p. 554, 557 sq. 4. Saint Grégoire VII, pape, mort en 1085. Après un équipollente sont les décrets du 7 octobre 1606 et du 20 juin 1609, par lesquels le pape Paul V concéda son culte immémorial, son nom fut inscrit dans le martyro­ office à divers monastères particuliers. Le 19 décembre loge romain, en 1581·, sous Grégoire Xlll. Son office 1654, cet office fut accordé sub ritu duplici ad libitum fut alors concédé au diocèse de Salerne. 11 fut ensuite étendu à diverses Églises par le pape Paul V, le 20 no­ à la congrégation des bénédictins du Mont-Cassin ; puis, vembre 1610, puis à tout l'ordre des bénédictins. Après le 16 juin 1663, à la congrégation des olivétains; le plusieurs autres induits du même genre émanés des 13 septembre 1670, aux bénédictins du Portugal; le 17 juin 1673, à ceux d'Espagne. Le nom de sainte Ger­ papes Clément X, Alexandre VIII et Clément XI, la ca­ trude ne fut inscrit au martyrologe romain que le 22 jan­ nonisation équipollente fut achevée par le pape Be­ vier 1678. Clément XII, le 20 juillet 1738, inséra son noit Xlll, qui, le 25 septembre 1728. ordonna d'insérer cet office au bréviaire et au missel romains, en fixant office au bréviaire. Cf. Benoit XIV, De servor. Dei bealif. la fête au 25 mai pour l’Êglise entière. Cf. Mabillon, et beator canonizat., 1. I, c. XLi, § 11, n. 33-41, t. n, Ada sanctorum ord. S. Benedicti, sæc. vt, part. II, p. 209 sq. t. VI, p. 406; Muratori, Herum Halicarum scriptores, 12. Des enfants mis â mort en bas âge par haine de la 29 in-fol., Milan, 1723-1751, t. ni, p. 317 sq.; Acta foi, et honorés en quelques diocèses, n'ont jamais été sanctorum, maii t. vt, p. 103 sq. l’objet d'une canonisation formelle, mais simplement 5. Sainte Marguerite, reine d’Écosse, morte en 1093. équipollente. Benoît XIV, op. cil., I. III. c. xvt, n. 6, t. v, Son office, d'abord concédé à la Grande-Bretagne, fut, p. 139 sq., en donne la raison : L'Église, dit-il, procède par Clément X, le 20 décembre 1673, étendu ad libitum aux béatifications et aux canonisations formelles, non à toute l’Êglise; puis imposé de prxcepto par Inno­ seulement pour que les chrétiens connaissent leurs pro­ cent XII, le 15 septembre 1691. Cf. Acta sanctorum, tecteurs dans le ciel, mais aussi pour qu’ils trouvent en junii t. n, p. 316 sq. eux des modèles â imiter. Or, cette seconde condition 6. Saint Bruno, fondateur des chartreux, mort en ne se réalise pas dans les enfanls qui, en mourant pour 1101. Son culte fut concédé d'abord aux religieux de lésus-ClirisI, ne font aucun acte de volonté délibérée; cet ordre par le pape Léon X, le 19 .juillet 1514. Gré­ ils n’ont même pas la possibilité de renier la foi, ne goire XV, en 1623, l'étendit ad libitum à l’Eglise en­ possédant pas encore l'usage de la raison. Le baptême tière, à laquelle, 50 ans plus tard, Clément X l’imposa, du sang qu’ils reçoivent ne leur ouvre pas moins les le 14 mars 1674. Archives de la Grande-Chartreuse. porlcs de la bienheureuse éternité, comme l'ouvre aux Actes des chapitres généraux de 1515 et de 772.7; enfants de leur âge le sacrement du baptême. De plus, Acta sanctorum, octobris t. m, p. 694, 697, 698, 700. ces innocentes victimes prennent rang parmi les mar­ 7. Saint Norbert, fondateur des prémontrés et arche­ tyrs; mais cependant elles ne jouiront pas dans le ciel vêque de Magdebourg, mort en 1134. D'après les bolde l'auréole spéciale réservée à ceux qui ont confessé la landistes, Acta sanctorum, junii t. i, p. 797-799, il foi dans les tourments. Voir Auréole, t. i, col. 2572. aurait été canonisé par Grégoire XIII. en 1582. Mais Saint Simon, jeune enfant de deux ans et demi à Benoit XIV observe que les termes du décret ne peuvent peine, fut crucifié par les juifs, le vendredi saint, 24 mars s'entendre que d’une concession accordée seulement à 1475, à Trente, dans le Tsrol. Martène, l'elerum scrip­ l'ordre des prémontrés. Grégoire XIII a donc béatifié torum et monumentorum historicorum dogmaticorum seulement saint Norbert. La canonisation équipollente et moralium amplissima collectio, 9 in-fol., Paris, 1724de ce saint fut l'œuvre d'LTrbain VIII, qui inséra son 1733, t. n, coi. 1516 sq. Son nom fut inserit au marty­ office dans le bréviaire et le missel romains, sous le rologe romain par Grégoire XIII, en 1584. Cf. Acla rite semi-double, que Clément X, quelques années plus sanctorum, martii t. tu, p. 493-500. Plusieurs auteurs tard, le 7 septembre 1672, éleva au rite double. Cf. en ont conclu qu’il était canonisé; mais Benoît XIV, De Benoit XIV, De servor. Dei bealif. et beator, canonizat., servor. Dei beati/ic. el beator, canonizat., 1. I, c. XIV, L I, c. xi.i, S 2, n. 5. t. n, p. 182. n. 5, t. i, p. 89, fait remarquer avec raison que celle 8. Saint Jean de Matha et saint Félix de Valois, fon­ opinion est erronée. Non seulement il n’y a pas de trace dateurs de l'ordre de la Très-Sainte-Trinité pour le rachat de canonisation formelle, quoique cette insertion ait eu descaplifs. Le premier mourut en 1212, et le second en lieu longtemps après que les papes se furent réservé 1213. Pendant quatre siècles ils furent honorés d'un les causes de béatification et de canonisation ; mais ce ne culle public, sans que l’on ail jamais pu découvrir sur fut qu'en 1588 seulement que l'office de ce jeune martyr quel document pontifical ce culle s’appuyait. Leurs noms fut concédé par Sixte V au diocèse de Trente. Ce n’est furent inscrits dans le martyrologe, en 1670 seulement, donc pas un acte de canonisation; tout au plus est-ce par Clément X. Leur office fut prescrit à l'Église entière une béatification équipollente, puisque la concession de l’office n'a été faite qu'à une Église particulière. par Innocent XII, le 19 mai 1694. Cf. Benoit XIV, op. cit., 1. I, c. xi.l, § 6, n. 11, 12, t. n, p. 192 sq. La même solution s'applique aux cas analogues, par 9. Saint Raymond Nonnat, religieux de l'ordre de la exemple, à celui du bienheureux André, jeune enfant Merci, mort en 124-0. Son office fut concédé aux maisons crucifié également par les juifs, près d'Inspruck,enl462. de son ordre par Urbain VIII, en 1626; puis étendu Cf. Acta sanctorum, julii t. ni. p. 439, 443 sq. Saint ad libitum sous le rite semi-double à toute l’Êglise par Jeannet, jeune enfant égorgé aussi par les juifs à Colo­ Clément IX, le 13 août 1669; enfin, élevé au rite double gne, est honoré dans ce diocèse, sans qu’on puisse ap­ et imposé à l’Êglise universelle par Innocent XI, le porter en faveur de son culte quelque document émané 10 mars 1681. Cf. Acta sanctorum·, augusti t. vt, de l'autorité pontificale. Cf. Acta sanctorum, martii t. ni. p. 500. p. 733 sq. Un exemple beaucoup plus ancien est celui de saint 10. Saint Pierre Nolasque. fondateur du même ordre, mourut en 1256. Son office fut concédé à ses religieux Quiric (Quiricus), martyr à Tarse, en Cilicie, en même temps que sa mère, sainte .lulille. 11 est inscrit au marpar Urbain VIII, le 11 octobre 1628; mais il ne fut intro­ duit dans le bréviaire romain et imposé à l’Egliseentière tyrcloge, au 16 juin. Il est réellement canonisé: mais que par Alexandre VII, en 1654, sous le rite semi-double. les circonslanccs de son martyre semblent montrer que Clément X, le 23 juillet 1672, éleva cet office au rite Dieu ait donné surnaturellement â cet enfant de trois double. Cf. Acta sanctorum, januarii t. in, p. 596 sq. ans l'usage de la raison. Cf. Acta sanctorum, junii t. iv, 11. Sainte Gertrude d’Eisleben, en Saxe, abbesse de р. 14-31; Benoît XIV, De servor. Dei bealif., I. III, с. xvi, n. 6, t. v, p. 139. Un autre enfant est canonisé : Rodesdorf et de Ileldefs. Elle vécut au Χ1Π" siècle, mais |γ>:«) CANONISATION DANS L’EGLISE ROMAINE c'est saint Cyrille, martyrà Cêsarée.en Cappadoce, honoré le 29 mai. Les actes de son martyre prouvent qu’il avait l’âge de raison. Cf. Acta sanctorum, maii t. vu, p. 17 sq. Quant aux saints Innocents, mis à mort par Hérode, leur fête remonte au Ve siècle environ. Cf. S. Augustin, De libero arbitrio, I. Ill, c. χχιιι, η. 68, P. L., t. xxxn, coi. 1301. Tous les anciens calendriers et livres liturgiques latins, depuis le vi« siècle, mentionnent cette fête au 28 décembre. L'Eglise de Constantinople la célèbre le lendemain. Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 257. Mais suivant Benoit XLV, op. cit., 1. 1. c. xiv, n. 3, t. I, p. 87. ces prémices des martyrs constituent une catégorie à part. D'ailleurs, pour une époque aussi reculée, il ne saurait être question de canonisation formelle. Il n’est pas inutile de noter qu’on ne pourrait pas déduire l’existence d'une canonisation, ni formelle, ni même équipollente, du seul fait de l’inscription d'un saint au martyrologe romain. Dans le martyrologe, en effet, sont inscrits non seulement les noms de ceux que les souverains pontifes ont canonisés ou béatifiés d’une façon formelle ou équipollente, mais aussi ceux de plu­ sieurs serviteurs de Dieu béaliliés uniquement par des évêques particuliers, suivant l’usage de l'ancienne disci­ pline, avant la réserve d'Alexandre III. Au sujet de ceuxci, certaines erreurs ont pu se glisser, qui ont nécessité, quoique rarement, des corrections dans le passé, et en nécessiteront peut-être quelques-unes encore dans 1 avenir, comme le confesse Benoit XIV lui-même : aliguos errores in martyrologiuni romanum aliquando irrepsisse, qui subinde correcti fuerunt, et pauca quas­ dam menda etiam corrigenda superesse. Benoit XIV, op. cit-, I. I, c. xi.m, n. 14, t. it, p. 228. Voir col. 415. 13. Canonisations équipollentes douteuses. — Une des plus remarquables est celle de Charlemagne. A l'époque où Alexandre III venait de réserver au saint-siège les causes de canonisation, l'un des quatre antipapes qui s'élevèrent contre lui au cours de son pontificat, Pas­ cal 111, sur les instances de l'empereur Frédéric Barberousse, auprès duquel il s'était réfugié à Aix-la-Chapelle, inscrivit Charlemagne au catalogue des saints, le 29 dé­ cembre 1165. .Jusque-là, cependant, aucun culte public n'avait été rendu à ce prince. Bien plus, on n'avait pas cessé d’appliquer à son âme les suffrages accoutumés pour les défunts. Cf. Fr. Pagi, Breviarium historicochronologico-crilicum, illustria pontificum ronianorum gesta, conciliorum generalium acta, etc., complectens, 4 in-4», Anvers (prés Genève), 1717-1727; Venise, 1739, t. tn, p. 82 sq. Cette canonisation, œuvre d'un antipape, ne fut jamais officiellement approuvée par le saint-siège. Elle fut néanmoins toujours tolérée par les pontifes légitimes. Il y a donc lieu de se demander si Charle­ magne doit cire considéré comme canonisé, d’une cano­ nisation équipollente. Les auteurs sont partagés à ce sujet. Suivant Benoit XIV, il ne parait manquer aucune des conditions nécessaires pour constituer une béatifi­ cation équipollente, surtout si I on considère la longueur du temps écoulé. De servor. Dei beatif., L I, c. IX, n. 4, t. t, p. 58 sq. Cependant, ajoute-t-il, comme ce culte ne s’étend pas au delà de quelques Églises de France, de Belgique et d'Allemagne, on ne peut nulle­ ment assimiler cette concession tacite à une canonisa­ tion équipollente. Cf. Acta sanctorum, januarii t. ni, i. 490, 503 sq. ; Spondanus, Annales ecclesiastici ex xtt tomis Cassaris Baronii cardinalis in epitomen redactis, 3 in-fol., Lyon, 1686, an. 814, η. 5, t. π, p. 256; Noël Alexandre, Hist. eccles. V. N. T., 2' édit.. 11 in-fol., Venise, 1778-1793, sæc. tx, x, c. vu, a. 1, t. vt, p. 277. IV. Infaillibilité. — 1» Quand il prononce les sen­ tences de canonisation, le pape est-il infaillible? — Le dogme du culte et de l'invocation des saints a pour cor­ rélatif l'existence dans l’Église et dans son chef visible du pouvoir de prononcer des sentences de canonisation. Voir Invocation des saints. Sans cette puissance du 1G40 vicaire de .Jésus-Christ, comment les fidèles sauraientils ceux qu’ils doivent considérer comme leurs modèles, et à l’intercession desquels il leur est utile de recourir dans leurs nécessités? Que le pape soit infaillible dans la canonisation des saints, ce fut, même avant le concile du Vatican, l'en­ seignement presque unanime des théologiens et des canonistes. Cf. S. Thomas, Quodlibet, IX, q. vm,a. 16; S. Antonin, Summa theol., part. Ill, lit. xu, c. vin, 4 in-4», Venise, 4582, t. m, p. 175; Bannez, In Summa theol., Il» II», q. i,a. 10, dub. 7, concl.2; Melchior Cano, De locis theologicis, 1. V. c. v, q. v, a. 3, concl. 3, in-4», Venise, 1759, p. 138, 140; Bellarmin. De sanctorum beatitudineet canonizatione, I. 1, c. ix. Contran., Paris, 1613, t. n, col. 702; Suarez, Tract., I, De fide, disp. V, sect, vm, n. 8 ; Defensio fidei calholicæ adversus anglic. sect, errores, I. II, c. vin, Opera omnia, 28 in-4», Paris, 1856-1878. t. xn, p. 163, n. 8; t. xxiv, p. 156 sq.; Vasquez, Comment, in hm ID D. Thomie, disp. CLXV, c. ix, 10 in-fol., Lyon, 1631-1633, t. m, p. 103; Fagnan, Comment, in quinque Decret, libros, 5 in-fol., Rome, 1661, 1. II, tit. xx. c. l.n, n. 10-39; Gonzalez, Comment, perpetua in singulos textus libr. Decret., Lyon, 1673, L III, tit. Xl.v, c. I, η. 6; Barbosa, Jus ecclesiasticum universum, 2 in-fol., Lyon, 1650, I. I, c. π, u. 42 sq., t. I, p. 32; Reiffenstuel, Jus cano­ nicum universum, 1. Ill, tit. xlv, § 1, n. 8, Venise, 1775, t. in. p. 554; Schmalzgrueber, Jus ecclesiasticum universum, 1. HI, tit. xlv, § 1, Naples, 1738, t. nt, p. 183; Lupus, Synodorum generalium ac provincialium decreta et canones, t. iv, p. 268, Voici, en résumé, les solides raisons sur lesquelles s’appuient ces nombreux auteurs pour prouver leur thèse : 1. Il n’est pas possible que le souverain pontife in­ duise en erreur l’Église universelle dans les matières qui concernent la morale et la foi. Or, c'est ce qui arrive­ rait s'il pouvait se tromner dans les sentences de cano­ nisation. Présenter à la vénération des peuples un homme damné ne serait-ce pas, en somme, dresser des autels au diable lui-méme? Nec differt diabolum colas, an hominem condemnatum. Melchior Cano, op. cit., concl. 3, p. 139. Dieu, après avoir fondé son Eglise sur Pierre, et lui avoir promis de la préserver de l'erreur, la laisserait s'égarer à ce point? Une telle supposition serait un blasphème. En outre, le culte public décerné aux saints, et qui a un rapport si étroit avec la morale, n’est-il pas comme une profession de foi? Honor, quem sanctis exhibemus, quædam professio fidei est, qua sanctorum gloriam credimus. S. Thomas, Quodlibet, IX, q. vin, a. 16, ad 2“m. 2. Un autre argument non moins frappant est fourni par l'histoire elle-même. Quoiqu’on ait découvert quel­ ques erreurs dans les sentences émanées autrefois des évêques particuliers, il a été impossible d'en signaler jamais aucune parmi tant de canonisations faites par les pontifes romains. Comment expliquer cette merveille sans une assistance spéciale de l'Esprit-Saint. qui leur communique le privilège de l'infaillibilité, bien que, dans les informations juridiques, les papes aient dû né­ cessairement recevoir les dépositions de témoins humains, qui peuvent, comme tout homme, se tromperet tromper? Peculiarissimas providenliæ abunde magnum argumen­ tum est quod nunquam (in canonizationibus) in/irmata est fides ab humanis testibus in hujusmodi judiciis sus­ cepta, quod in casibus civilibus, sæpe accidit. Melchior Cano, op. cit., conci, 3, p. 140. Le docteur angélique. loc. cit., s'exprime encore plus clairement : Divina pro­ videntia præservat Ecclesiam, ne in talibus per fatlibi i.' testimonium hominum fallatur. Les souverains pon­ tifes ont souvent affirmé eux-mêmes leur infaillibilité dans les bulles de canonisation, par exemple, Sixte IV, dans celle de saint Bonaventure : Confidentes quod in 1641 CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE hac canonizatione non permittat Deus nos errare. Cf. Acta sanctorum, juiii t. m, p. 796. Benoit XIV, après son exaltation an souverain ponti­ ficat, assure avoir vu, comme de ses propres yeux, pen­ dant les nombreuses années qu'il remplit les fonctions importantes de promoteur de la foi, au sein de la S. C. des Rites, la main visible de la providence dans une foule de causes de canonisation auxquelles il fut acti­ vement mêlé : tantôt, c'étaient des difficultés survenues au dernier instant, et apportant un obstacle infranchis­ sable; tantôt, c’était la découverte inespérée de nouveaux documents projetant une lumière éclatante dans les afiaires les plus obscures, et tranchant définitivement des questions qui paraissaient absolument insolubles, etc. De servor. Dei beatificat, et beator, canonizat., 1. I, c. xt.lv, η. 4, t. n, p. 229, col. 2. 3. Objection. — Avant de promulguer la sentence défi­ nitive, les souverains pontifes ont coutume, quand le procès juridique est terminé, de demander des prières, pour obtenir de Dieu aide et assistance, afin d'éviter touteerreuren matière si grave. Cette coutume estaltestée par une foule d’anciens monuments et par les cérémo­ nieux : Facit sermonem summus pontifex, processum recitans et probata, inducens populum ad orandum quod Deus non permittat ipsum errare in hoc negotio. Cf. Mabillon, Musteum ilalieum, 2 in-4», Paris, 16871689 ; 2' édit., Paris, 1724, t. n, p. 422. Dans cette pra­ tique, quelques auteurs, surtout des hétérodoxes, ont cru apercevoir la preuve que les souverains pontifes n'étaient pas persuadés eux-mêmes de leur propre infaillibilité. Réponse. — Cette conclusion ne découle nullement des prémisses. Les rubriques ne commandent-elles pas au prêtre de prier, avant d'absoudre un pécheur ou de consacrer le pain et le vin à l’autel du sacrifice? En fautil conclure que le prêtre doit douter de l’efficacité de l’absolution sacramentelle, ou de la réalité de la trans­ substantiation? Nec oratio repugnat fiduciæ de infalli­ bili impetratione, aut fiducia orationi. Riccioli, Tra­ ctatus de immunitate ab errore tam speculativo quam practice definitionum s. sedis apostolieæ in canoniza· tionibus sanctorum, 1. 1, c. in, n. 6, in-4”, Bologne, 1668. Des prières semblables sont faites par les conciles œcuméniques et les souverains pontifes, au moment ou ils s’apprêtent à prononcer des définitions dogmatiques : Non nos patiaris perturbatores esse justiliæ, ut in si­ nistrum nos ignorantia non trahat. Cf. Mabillon, Mu­ steum ilalieum, t. n, p. 394; Hardouin, Concil., t. x, col. 21. Ce n'est pas évidemment un motif de penser que les conciles œcuméniques et les papes sont sujets à l'erreur. , Il n’est pas défendu de demander à Dieu ce qu’on sait certainement ne devoir pas être refusé. Cf. S. Thomas, Sum. theol., III», q. LXXXtll, a. 4, ad 2"m. Noire-Seigneur lui-même n’a-t-il pas prié son Père de le glorifier, quoi­ que cette glorification lui fût due à tant de titres? Joa., xvn, 5. Le pape saint Grégoire le Grand dit à ce sujet : Fa, quæ sancti viri orando efficiunt, ita prædeslinata sunt, ut precibus obtineantur... ut ad hoc electi cx labore perveniant, quatenus postulando mereantur accipere quod eis omnipotens Deus ante stecula dispo­ suit donare. Dialog., 1. 1, c. vm, P. L., t. i.xxvu, coi. 188. Par ces prières solennelles qu’ils adressent à Dieu au moment où iis vont accomplir une des plus importantes fonctions de leur haut ministère, les souve­ rains pontifes n’indiquent aucunement qu’ils doutent de leur pouvoir suprême; ils rappellent seulement que personnellement ils sont soumis à l’erreur, si l’EspritSaint ne les assiste. Celte confession de leur propre faiblesse les conduit par la voie de l’humilité à l'exercice de cette sublime prérogative de l'infaillibilité que Dieu leur a promise, en tant que pasteurs de l’Église univer­ selle : ut sic per humilitatis viam ad prærogalivam infallibili latis a Deo sibi in actu universam Ecclesiam 1GÎ2 respiciente promisses ascendere mererentur, utpote non in semelipsis, sed in præsentia Spiritus Sancti me­ moratam constituentes infallibiUtalem. Benoit XIV, De servor. Dei beatif., 1. I, c. xliv. n. 21, t. il, p. 240. Après cette protestation d’humilité, les papes, en effet, rejetant toute apparence d'hésitation, portent leur sen­ tence d’une manière absolue. Ils l’imposent à l’Eglise entière, définissant que tout chrétien doit tenir pour assuré que les saints canonisés par eux jouissent vrai­ ment de la gloire éternelle; ils frappent d’anathème ceux qui refuseraient obéissance, et ne se soumettraient pas à leur décision. 2» Est-il de foi que le pape est infaillible dans les sentences de canonisation? Est-il de foi qu’un saint canonisé est réellement dans le ciel? — On ne pourrait nier l’une ou l’autre de ces deux vérités sans tomber dans la témérité, se rendre coupable d'impiété scanda­ leuse, et encourir le soupçon d’hérésie. Sur ces points les théologiens sont d’accord. Cf. Suarez, Tract., I, De fide, disp. V, sect, vin, n. 8, 27 in-4°, Paris. 1856-1878, t. xn, p. 163; Salmanticenses, Cursus theolog., tr. XVII, De fide theologica, disp. IV, dub. n, S 3, n. 46, 16 in-4”, Paris. 1870-1881, t. xi, p. 275. Mais quant au genre de certitude qui convient à ces deux propositions, l’accord n'est plus le même : qua certitudine sit tenen­ dum romanum pontificem non posse in canonizatione sanctorum errare, non prorsus liquet. Sylvius, Control·., 1. IV, q. n, a. 14, Opera omnia, 6 in-fol., Anvers, 1598, t. v, p. 336. Elles ne sont pas directement ou explicitement de foi, non immediate de fide. Salmanticenses, loc. cit. Même après le concile du Vatican, il n'y a pas de définition expresse de l’Église à cet égard, de sorte que celui qui les nierait ne serait pas formellement hérétique. Mais ces vérités touchent à la foi avec laquelle elles ont une connexion très étroite. La première est implicitement révélée comme tout ce qui est déduit avec évidence des principes de foi. Celui qui ne l’admettrait pas serait donc virlualiler et arguitive hérétique, selon l'expression de saint Thomas. Sum. theol., 11“ II®, q. XI, a. 2. C’est donc implicitement de foi divine que le pape est infaillible dans la canonisation des saints. Ce n’est pas également de foi divine qu'une personne canonisée soit réellement dans le ciel; mais c'est de foi ecclésiastique. Nous devons certainement croire qu’elle jouit de la béatitude éternelle. Toutefois, nous basons notre croyance à celle vérité, non sur le témoignage de Dieu qui n’en a rien dit, ni dans l’Ecriture, ni dans la tradition; mais sur le témoignage de l’Eglise et de son chef visible à qui Dieu a promis l'infaillibilité. V. Sagesse he l’Église dans les canonisations. — Les ennemis de l’Église ne pouvaient manquer de la calomnierai! sujet de ceux de ses enfants qu’elle place sur les autels. Opposés à tout culte rendu aux saints, les protestants blâment les canonisations. Mais ils oublient que, d'après l’enseignement même des Ecritures, Dieu est glorifié dans ses saints. Ps. cl, I ; 11 Mach., vu. 6. Les honneurs accordés aux serviteurs de Dieu remontent à Dieu lui-même, qui est l’auteur et le con­ sommateur de leur sainteté, comme il est l'auteur et le consommateur de leur foi, in auctorem fidei et consum­ matorem, Jesum. Heb., xn, 2. Les hérétiques ont un autre motif de décrier les cano­ nisations des saints. Ils se dallent de se rattacher â l’Église primitive, et ils accusent l’Eglise romaine d’avoir dégénéré; ils ne peuvent admettre qu’elle ait de véri­ tables saints et qu’elle continue, sous l'influence de la grâce, dans les temps modernes, comme aux premiers siècles, à envoyer au ciel des bienheureux. Cf. Bannez. In Sum. theol., II· 11®, q. 1, a. 10, dub. 7, conci. 1. La merveilleuse fécondité de la véritable Epouse du Christ les confond, car elle condamne la stérilité de leur secte. Ils répètent donc qu'il y a trop de canonisations, et que 1643 1644 CANONISATION DANS L’EGLISE ROMAINE l’Église les proclame trop facilement. Ignorent-ils donc que l’Eglise a toujours été extrêmement circonspecte en ces matières, et qu’elle n’a accordé que très difficilement au contraire les honneurs de la canoni­ sation? Au sut· siècle, le pape Innocent III exprimait déjà cette pensée en termes très formels. Quoique pour entrerai! ciel, dit-il, il suffise de la persévérance finale, suivant la parole du Verbe divin lui-même : Qui perse­ veraverit usque in finem, hic salvus erit, Matth., x, 22; cependant, pour qu'un homme soit réputé saint par l’Église militante, il faut deux choses rares : l’éclat extraordinaire des vertus pendant la vie, et la gloire des miracles après la mort. Ces deux conditions sont indis­ pensables. D’abord, l’éclat des vertus, car souvent le démon se transforme en ange de lumière. Certains hommes, en effet, ne pratiquent la vertu que par orgueil et pour recueillir les louanges des créatures. D’autres opèrent des miracles; mais leur vie est répréhensible, comme l’était celle des magiciens au temps de Pharaon; comme le sera celle de l’Antéchrist, dont les prodiges seront de nature à induire en erreur même les élus, si c’était possible, ita ut in errorem inducantur, si fieri potest, etiam electi. Matth., xxtv, 24. Avant d’élever un serviteur de Dieu sur les autels, il faut donc consta­ ter en lui l’éclat des vertus uni à la gloire des miracles, afin que sa sainteté soit confirmée par le Seigneur. Ces miracles, accomplis après leur trépas, montrent que ces amis de Dieu sont plus puissants, et qu'ils vivent d’une vie bien plus heureuse que ceux qui sont encore ici-bas. Cf. Fontanini, Codex constitutionum quas summi pon­ tifices ediderunt in solemni canonizatione sanctorum, a Joanne XV ad Benedictum XI11, sive ab anno 993 ad annum 1729, in-fol., Rome, 1729, Innocenta III bulla pro canonizatione S. Homoboni, n. 28. Cf. S. Thomas, Sum. theol., I* 11», q. CLXXvnt, a. 2. 1° Examen des vertus. — Ce que l’Église exige de ceux auxquels elle réserve les honneurs de la canonisa­ tion, ce n’est pas seulement la possession d’une vertu, mais de toutes sans exception. En eux doivent resplendir d'abord les vertus théologales qui ont Dieu pour objet immédiat, S. Thomas, Sum. theol., 1» II”, q. i.xn, a. I ; et ensuite toutes les autres vertus intellectuelles et morales, qui perfectionnent l’homme dans son intelli­ gence et dans ses mœurs. Q. lvii, lviii. Ces vertus, ils auront dù les pratiquer non d’une manière quelconque, mais jusqu’à l’héroïsme. Cf. S. Antonin, Sum. theol., III», lit. xii, c. vin, § 1, Venise. 1582, t. m, p. 175. Le doute sur lequel la S. C. des Rites aura à se prononcer, après une enquête des plus minutieuses et un long procès poursuivi dans toute la rigueur du droit, au milieu des obstacles et devant les difficultés toujours renais­ santes du promoteur de la foi, sera formulé en ces termes : An constet de virtutibus theologicis, fide, spe et caritate, ac de cardinalibus, prudentia, justitia, fortitudine, temperantia et annexis, in gradu heroico, in casu, et ad effectum de quo agitur? Sur cette ques­ tion si vaste et si complexe, ta lumière devra être com­ plete. On n'admettra pas de demi-réponse sur n’importe quel point particulier. Un simple nuage, une seule incer­ titude suffiront à rendre inutile tout le reste, et à arrê­ ter indéfiniment la marche du procès. Par héroïcité des vertus on entend un degré de per­ fection tel qu’il dépasse de beaucoup la manière ordi­ naire dont les autres hommes, même justes, pratiquent h s vertus : Praemittendum est virtutem heroicam esse i oui quæ sive ob excellentiam operis, sive ob circum­ stantiam intervenientem quæ opus difficillimum red­ dat, erumpit inactum superantem communem modum operandi homimum, etiam virtuose operantium. Cf. Benoit XIV, De servor. Dei beatific, et beator, cano·, zat., 1. Ill, c. xxi, n. 10, 11, t. v, p. 226, 227 sq.; Scacchi, De cultu et veneratione sanctorum, in ordine DICT. ÜE THÉOL. CATHOL. ad beatificalionem et canonizationem, 1. I, sect. Π, c. iv, in-4», Rome, 1639, p. 144. La preuve de ces vertus héroïques doit être faite non d’une manière générale pour toutes prises ensemble, mais d’une façon spéciale pour chacune d’elles considé­ rée eh particulier. Ce qu’un tel examen demande de temps et de peine est incroyable, surtout étant données les difficultés de tout genre que ne cesse d’accumuler le promoteur de la foi. La vie du serviteur de Dieu est passée au crible de la plus impitoyable critique ; et il faut que non seulement on n'y trouve rien de répréhen­ sible, mais qu’on y rencontre l’héroïsme à chaque pas. Tant que le doute sur les vertus n’est pas absolument élucidé, il est impossible de s’engager plus avant dans cette interminable procédure, car il n'est jamais permis de suspendre l'examen des vertus pour passer à celui des miracles, fussent-ils très nombreux. Si les preuves convaincantes en faveur des vertus manquent, ou n’ont pu être retrouvées, soit parce que des écrits importants ont été égarés, soit parce que les témoins ont disparu, on conclut simplement qu’il ne conste pas des vertus pratiquées dans un degré héroïque, non constare de virtutibus, et le procès est arrêté. Cf. Benoit XIV, De servor. Dei bealif. et beator, canonizat., 1. II, c. liv, n. 10, t. iv, p. 226 sq. 2° Examen des miracles. — Il est encore plus-sévère, si c’est possible, que celui des vertus. Pour bien discer­ ner ce qui est miraculeux de ce qui ne dépasse pas les forces de la nature, la S. C. des Rites convoque non seule­ ment les théologiens elles canonistes, maisaussi les méde­ cins, chirurgiens et tous les hommes de science qui, par leurs connaissances spéciales, sont à même d’apporter un élément sérieux à la solution de ces questions difficiles. Tous les moyens sont mis en œuvre pour démasquer le mensonge et pour écarter l’erreur. La précipitation in­ téressée ou le zèle enthousiaste de ceux qui ont entrepris le procès et en poussent la marche, vient se briser contre l'extrême lenteur et les exigences de ce tribunal qui n’est jamais pressé, et ne s’émeut pas de ce qu’une cause est exposée à rester devant lui pendante durant des siècles. En considérant la multitude d’actes juridiques qu’il impose, la série indéfinie de difficultés qu’il amon­ celle à chaque instant, l'abondance et l’évidence des preuves qu’il réclame, on serait porté à l’accuser plutôt de défiance exagérée que de crédulité pieuse. Aucun tribunal humain n’agit avec cette exactitude poussée jusqu’au scrupule, et avec cette sévérité, qui paraîtrait injustifiée, en toute autre matière. Les choses en arrivent à ce point que, de l’avis de tous ceux qui ont été mélés à une affaire de ce genre, le succès d’un procès de ca­ nonisation peut être regardé comme un miracle plus grand que tous ceux qui sont requis pour attester la sainteté d’un serviteur de Dieu : Usitata consuetudo curiœ romance in canonizationum causis, adeo diffici­ lem esse facit canonizationum obtinendarum effectum, ut ejus successus debeat censeri miraculum poene majus quam sint omnia, ob quæ aliquis judicatur mereri, ut in sanctorum catalogum adseribatur. Acta sanctorum, t. i aprilis, p. 217. On trouvera dans la vaste collection des Acta sancto­ rum de nombreux exemples montrant combien longs et sévères sont les procès de canonisation. 11 nous suffira d’en indiquer ici quelques-uns. Le cardinal J. Cajétan. ponent de la cause de canonisation de saint Stanislas, évêque et martyr, voyant que, malgré la valeur et la multitude des preuves fournies, le procès, qui avait déjà duré fort longtemps, menaçait de s’éterniser, écrivait à l’évéque de Cracovie « : Votre saint a besoin d’opérer encore un miracle, le plus grand de tous : celui de mettre d’accord tous ceux qui ne cessent de chicaner sur les miracles. » Acta sanctorum, maii t. n, p. 252-259.1 n autre exemple de ce genre est celui de la canonisation de saint Félix de Cantalice. Ses miracles sont rapportés IL - 52 Ιβίό CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE dans les Acta sanctorum, maii t. iv, p. 202-209, 244-28I. Après les avoir exposés, les bollandistes terminent par cette remarque : Ι/oc mirifice facit ad cognoscendam evidenter summam illam maturitatem, gravita­ tem que judicii, qua in miraculis in ordine ad canonizationes probandis utitur remana curia. Loc. cit., p. 275. Λ ce témoignage des auteurs catholiques s’est joint plus d'une fois celui des hétérodoxes eux-mêmes. Du­ rant vingt ans, de 1708 à 1728, promoteur de la foi à la S. C. des Rites, Prosper Lambertini, plus tard Be­ noit XIV, reçut un jour la visite d'un gentilhomme an­ glican, de ses amis. Il lui offrit de lire plusieurs docu­ ments relatifs à des miracles attribués à un personnage, dont le procès de canonisation était alors pendant. Le gentilhomme les lut avec attention, et stupéfail de tant de preuves irréfutables selon lui, et qui à ses yeux produi­ saient la lumière complète, il s’écria : « Ah! si tous les miracles reçus par l'Église romaine étaient aussi bien avérés, nous n'aurions pas de peine à les admettre, nous aussi! — Eh bien ! reprit le prélat, de tant de miracles qui vous paraissent si parfaitement établis, aucun n'a été accepté par la S. C. des Rites. Pour elle, ces preuves ne sont pas suffisantes. » A ces mots, le protestant, plus étonné encore, confessa qu'il n'aurait jamais supposé que l’Église romaine se montrât si difficile dans l'exa­ men des miracles attribués à ceux de ses fils qu’elle place sur les autels. Il fallait, ajouta-t-il, une aveugle prévention, pour ne pas reconnaître la profonde sagesse et l'extrême prudence dont elle use dans la canonisa­ tion des saints. Cf. Daubenton, S. J., Scripta varia in causa bealificationis J. Francisci Régis, 2 in-fol., Rome, 1710-1712; Vie du bienheureux François Régis, in-12, Paris, 1716; Lyon, 1717, 1. IV, p. 329. Voir Mi­ racle. VI. Procédure actuelle. — Nous ne pouvons évi­ demment entrer ici dans tous les détails que nécessi­ terait l'exposé complet d’un sujet aussi vaste. Il nous suffira d'en tracer les grandes lignes, pour donner au lecteur une idée satisfaisante de la manière dont pro­ cède l’Église dans l’examen de ces causes, dont elle a affirmé si souvent l’exceptionnelle gravité. Voir, sur ce point particulier, les extraits de diverses bulles de cano­ nisation émanées de Celestin ΠΙ, d’Innocent III, d’Honorius III, de Grégoire IX, d'Innocent IV, de .lean XXII, d'Urbain V, de Jules II, de Léon X, etc., et rapportées par Benoît XIV, De servor. Dei beatific, et beator, cano­ nizat., 1. I, c. xv, t. I, p. 91 sq. Quand un homme de Dieu vient à mourir en odeur de sainteté, l’Eglise ne s’occupe pas tout de suite de son procès de canonisation. Quels que soient l'éclat de ses vertus et l’austérité de sa pénitence; quelles que soient les grâces extraordinaires dont Dieu l'a comblé : extases, prophéties, miracles, faculté de lire dans les cœurs et de deviner les secrets des consciences, etc.; quels que soient le concours des fidèles qui se pressent â son tombeau et les guérisons miraculeuses ou les pro­ diges de tout genre qui s’y opèrent, l’Église se contente d'être expectatrice silencieuse : expectat ut videat, utrum fama ista sanctitatis et miraculorum evanescat, an incrementum capiat. Si cette réputation de sainteté vient des hommes, elle s'effacera vite; si elle vient de Dieu, elle ira grandissant avec le temps. L’Église attend donc, et ne consent à l’examiner officiellement que plu­ sieurs années après le trépas du serviteur de Dieu. Pendant ce laps de temps, elle permet simplement de recueillir les dépositions des témoins oculaires, dans la crainte que ces témoignages, qui pourront être utiles plus tard, ne finissent par disparaître, ne pereant pro­ bationes. Cf. Benoit XIV, op. cit., 1. II, c. tv, t. ni, p. 23 sq.; c. lui, n. 1-7, t. iv, p. 210-212. Autrefois, les formalités étaient moins rigoureuses qu’elles ne le sont maintenant. Quand le pape portait 1G4G la sentence de canonisation dans un concile général, on lisait devant l'assemblée réunie la vie du serviteur de Dieu, avec les dépositions des témoins oculaires attestant ses vertus héroïques et ses miracles. Plus tard, cette procédure trop sommaire se modifia, devint de plus en plus sévère, et se transforma insensiblement, par le tra­ vail des siècles, en celle qui est actuellement suivie. Cette évolution historique très intéressante est longue­ ment et savamment exposée par Benoît XIV, op. cit., 1. I, c. xx, xxiii, t. n, p. 27-44, 54-58; 1. Il, c. xxxv, n. 4 sq., t. iv, p. 68 sq. 1° Instances préparatoires et introduction de la cause. — Aujourd’hui, les premières instructions juridiques sont faites par les ordinaires des lieux où le serviteur de Dieu a vécu et où il est mort. Elles ont pour but de constater officiellement sa renommée publique de vertus et de miracles. C’est le processus informations de fama sanctitatis, virtutum et miraculorum. Ce procès doit être suivi d'un autre, le processus de non cultu, tendant à prouver l'observation du décret d'Urbain VIII, Cx.leslis Ihjerusalem cires, du 5 juillet 1634, défendant de rendre, sous peine de nullité radicale de toute procédure ultérieure, un culte public â ceux que le pontife romain n’a ni béatifiés ni canonisés. Dans ce double procès l'évêque doit donner sa sentence, et s’il ne le faisait pas, la S. C. des Rites la lui demanderait. Quelquefois (et c'est la coutume qui a prévalu), le procès super non cultu n’est commencé qu'aprés l'introduction de la cause en cour de Rome; alors, l’évêque ne pouvant plus s’en occuper sans une commission spéciale du pape, ce procès est fait par l’autorité apostolique. Cf. Benoît XIV, De servor. Déibealif. et beator, canonizat., 1. I. c. xxn, n. 3, t. n, p. 45; I. II, c. l-xxv, t. ni, p. 1-272; Barbosa, Juris ecclesiastici universi libri tres, 2 in-fol., Lyon, 1718, part. I, 1. I, c. XI, c. χχχπ, η. 62, p. 158 sq., 316; Scacchi, De cultu et veneratione sanctorum in ordine ad beatif. et canonizat., 1. I, sect, vm, c. i ; sect, x, c. iv, in-4», Rome, 1639, p. 579, 797 ; Castellini, Tractatus de certitudine gloriæ sanctorum canonizatorum, in-fol., Rome. 1628, p. 89; Bellarmin, De beatilud. el canoni­ zat. sanet., 1.1, c. x, Conlrov., Paris, 1613, t. n. col. 703. Le procès super fama sanctitatis, s’il est termini'· favorablement par l’évêque, établit que la réputation de sainteté dont jouit le défunt, n'est pas un vain bruit, mais un sentiment appuyé sur des preuves solides. Il ne faut rien moins que ce jugement en première instance, pour que la cour romaine consente à s’occuper de la cause. Et encore ne s’en occupe-t-elle pas tout de suite. Elle attend dix ans, à partir du jour où les pièces du procès lui ont été remises. Elle ne les ouvre et ne les examine que si, après ce laps de temps, lui arrivent de nouvelles lettres d'évêques ou de personnages considé­ rables témoignant que la réputation du serviteur de Dieu va grandissant, que les miracles opérés par son intercession se multiplient de plus en plus, et que les peuples désirent chaque jour davantage sa canonisation. Décret d'Innocent XI, du 15 octobre 1678, § 1 ; cf. Lauri, Codex pro postulatoribus causarum beatific, et canoni­ zat., 2 in-8», Rome, 1879, t. n, p. 310 sq. L’ouverlure â Rome du procès fait par l’ordinaire est soumise à des formalités multiples. Elle a dû être pré­ cédée d'une requête adressée par le postulateur de la cause aux cardinaux de la S. C. des Riles. Si la réponse est favorable, on cite le promoteur de la foi, qui doit assister à tous les actes de la procédure. En sa présence, on appelle les témoins aptes à certifier que la signature et les sceaux apposés sur le pli volumineux qui contient toutes les pièces du procès, sont bien ceux de l’évéque diocésain d'où il émane. L'ouverture se fait alors en pré­ sence du cardinal préfet de la S. C. des Rites. Décret du 3 décembre 1650; Benoit XIV, op. cit., 1. II, c. i.i, n. 9-12, t. iv, p. 201-204. Le pape nomme ensuite un cardinal rapporteur de la 1GÎ7 CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE cause et des interprètes pour traduire les pièces du pro­ cès entrepris par l’évêque, dans le cas où elles seraient ré­ digées en une autre langue que le latin et l’italien. Alors, devant la S. C. des Rites, commence un débat contra­ dictoire pour examiner si ce procès ne pèche pas par quelque défaut essentiel de procédure, et s’il doit être admis comme valide. Le doute est ainsi formulé par le tribunal : An sententia ordinarii super fama sanctita­ tis..., ou bien super non cultu lata, sil confirmanda vel infirmanda. Les avocats parlent en faveur de la va­ lidité, contre laquelle le promoteur de la foi soulève toutes les difficultés possibles. Si la sentence de l'ordinaire est approuvée, la cause n’est pas cependant encore officiellement introduite. Un nouveau procès subsidiaire, une troisième instance pré­ paratoire. s’ouvre alors, à l’effet d’examiner les écrits du serviteur de Dieu, s’il en a laissé, quels qu’ils soient : livres, traités, lettres, méditations, simples pages vo­ lantes, etc. On les recherche avec soin pour en décou­ vrir les moindres fragments et les soumettre à la plus rigoureuse critique. Cette loi, portée par Urbain VIII, est la suite d’une coutume de beaucoup plus ancienne. Cf. Hardouin, Concil., t. vt, col. 1319; Baluze, Vitæ papa­ rum avenionensium, 2 in-4», Paris, 1693, t. I, col. 1176; Rocca, De sanctorum canonizatione, in-4», Rome, 1601, c. XXX, p. 67. Si dans ces écrits, qu’ils aient été publiés ou non, se trouvait quelque doctrine hétérodoxe, elle rendrait sus­ pecte la foi de leur auteur, et sa cause de canonisation serait à jamais arrêtée. Avant d’introduire une cause de­ vant le tribunal suprême, il est donc convenable de s’assu­ rer à l’avance qu’elle ne rencontrera pas un obstacle de ce genre qui serait absolument insurmontable. Même après l’introduction de la cause, si on découvrait quelques livres entiers, ou de simples fragments, ayant échappé aux premières perquisitions, le cours des autres procé­ dures serait aussitôt suspendu, et l’on travaillerait tout d'abord à la revision des pièces nouvellement trouvées. L’examen des écrits est extrêmement sévère et très minutieux. Le cardinal rapporteur en a la charge spé­ ciale. Il commence par remettre des exemplaires de ces ouvrages à des théologiens habiles. Ceux-ci les étudient séparément, sans se concerter, car leur choix est tenu secret. Après les avoir lus en entier avec une grande attention, ils sont obligés de donner au cardinal leur appréciation par écrit, appréciation très détaillée, con­ tenant une analyse raisonnée de chaque ouvrage, avec le plan, les divisions et subdivisions, ainsi que la ma­ ni· re de procéder de l’auteur. Ils doivent surtout signa­ ler tout au long les difficultés que cette lecture ferait naître. Ces rapports sont remis cachetés au cardinal. Il les propose ensuite, dans une séance ordinaire, à l’examen de la S. C. des Rites, qui prend tout le temps nécessaire pour résoudre avec maturité les doutes qu'ils pourraient susciter. Le promoteur de la foi y assiste comme toujours, pour donner aux difficultés toute leur farce. Il n’est pas nécessaire, pour arrêter à jamais une cause de canonisation, que les ouvrages du serviteur de Dieu renferment des erreurs formelles contre le dogme ou la morale; il suffit qu’on y trouve des nouveautés sus­ pectes, des questions frivoles, ou bien quelque opinion singulière opposée à l’enseignement des Pères et au sen­ timent commun des fidèles. Cf. Benoit XIV, De servorum Dei beatific, et beator, canonizat., L 11, c. xxv-xxxv, in. t. tv, p. 3-68, 204-210. Quand les ouvrages ont été approuvés, la signature de la commission apostolique, pour l’introduction de la cause, ne tarde pas d’ordinaire. Après l’avis favorable des cardinaux à ce sujet, la supplique est formulée par le postulateur de la cause, examinée ou modifiée par le promoteur de la foi, qui peut y ajouter ou retrancher, selon qu'il le juge bon. Elle est ensuite remise au secré­ taire de la S. C., qui la porte au pape, auquel il fait 1G48 connaître officiellement l’avis favorable émis par les car­ dinaux. Si le pape l'approuve, il met au bas de la sup­ plique le mot placet, avec la première lettre du nom qu’il portait avant son exaltation au souverain pontificat. Benoit XIV, op. cit., I. II, c. xxxv, n. 10. t. iv, p. 72. A partir de ce moment, le serviteur de Dieu reçoit le litre de vénérable, car cette décision est le signe que la réputation de sainteté dont il jouit, a été prouvée juri­ diquement. Benoit XIV, op. cit., 1. I, c. xxxvn, n. 4, t. n, p. 153. Ce n’est pas à dire que la preuve de sa sainteté soit faite; mais il est acquis que les foules le croient saint, et c’est à cause de la réalité de cette ré­ putation, que l’Église le cite à son tribunal suprême. Ainsi est ouverte la vaste carrière des informations qui doivent être faites par l'autorité du souverain pon­ tife, en vue de la béatification et de la canonisation. Dés lors, la S. C. des Rites étant officiellement saisie de l’affaire, dont la signature de la commission apostolique l’a chargée, en lui conférant tous les pouvoirs néces­ saires pour l’instruction du procès, l’ordinaire n’a plus le droit de s’en occuper : tout ce qu’il entreprendrait de ce chef, serait désormais radicalement mil. Cf. Be­ noît XIV, op. cil., I. I, c. xxn, n. 4, t. n, p. 46; 1. II, c. xxxv-xxxvm, lui, n. 7 sq., t. iv, p. 68-86, p. 212 sq. 2» De l’introduction de la cause à la béatification. — Après que la cause a été introduite et à la demande du postulateur, la S. C. des Rites recommence de sa propre autorité l’enquête précédemment entreprise par l’ordi­ naire sur la renommée de sainteté, les vertus et les mi­ racles attribués au serviteur de Dieu; sur le concours des fidèles autour de son tombeau, et sur les faveurs surnaturelles qu’ils y obtiennent. Dans ce but, et par des lettres appelées en style de curie lilteree remissoriales, elle institue des commissaires chargés de prendre en son nom les informations nécessaires. Ces juges, dé­ légués par l’autorité pontificale pour se transporter sur les lieux et y recueillir les dépositions, sont, en géné­ ral, trois évêques, parmi lesquels il est d’usage de dé­ signer celui dont le diocèse possède le tombeau du serviteur de Dieu. Cf. Benoit XIV, op. cit., I. II, c. xlv, n. 10, t. iv, p. 139 sq. Ils prêtent serment sur les saints Évangiles de garder le secret le plus absolu sur toutes les opérations de la procédure, sous peine d’excommu­ nication latæ sententiæ, dont seul le souverain pontife pourrait absoudre, à l’exclusion même du cardinal grandpénitencier, en dehors de l’article de la mort. Ils font prêter ensuite le même serment à tous les officiers qui prendront part â celte enquête : vice-proinoteur, vicepostulateur, notaire apostolique, secrétaire, greffier, et tous ceux qui ont mission de rédiger, collationner ou transcrire les pièces de la procédure, et qui, sans excep­ tion, et sous peine de nullité, doivent être des ecclé­ siastiques. Benoit XIV, op. cit., 1. H, c. xxxix-xliv, t. iv, p. 92-127; Troylus Malvezzi, De canonizatione sanctorum, dans Tractat, magn. juris universi, Bo­ logne, 1487, t. xiv, p. 103 sq. Les dépositions des témoins ne peuvent être reçues dans un lieu profane, mais seulement dans une église, une chapelle, un oratoire ou une sacristie. Cette pres­ cription du droit a probablement pour but d’inspirer aux témoins un plus grand respect pour la vérité et une plus vive horreur pour le parjure. On leur fait jurer à tous sur les Évangiles de dire la vérité sans déguisement ni réticence, et de ne parler à personne des questions qu’on leur posera et des réponses qu’ils y donneront. Les interrogatoires émanent de la S. C. des Rites ellemême. Ils ont été dressés avec la plus grande attention par le promoteur de la foi, d’après les articles ou ρ >i tiens du postulateur. A celui-ci, en effet, incombe le soin d’exposer et de communiquer par avance à la S. C., classés sous des titres différents, les faits dont la cons­ tatation juridique fournira les éléments du débat qui va s'engager, devant le tribunal suprême, toucliant les 1649 CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE vertus et les miracles d:i défunt. Les interrogatoires sont très minutieux et ordinairement très longs. Adressés par le promoteur de la foi au vice-promoteur qui le remplace au loin auprès des juges délégués, et dont le rôle est ainsi d'une extrême importance, ils sont ren­ fermés dans une enveloppe cachetée, qui ne doit être ouverte que devant le tribunal assemblé, et doit être, à la lin de chaque séance, refermée et cachetée, ainsi que les registres où sont transcrites les dépositions. Cf. Be­ noit XIV, op. cit., 1. II, c. XLiv-xux, t. iv, p. 127-174; Lauri, Codex pro postulatoribus causarum beatific, et canonizat., 2 in-8°, Rome, 1879, t. π, p. 34-41, 50-55. Les témoins ne sont admis que s’ils inspirent pleine confiance. Non seulement on exige qu’ils soient catho­ liques, mais aussi de bonnes mœurs et recommandables par leur piété. Aux juges il appartient de démêler les motifs qui les poussent à parler, et de découvrir si c’est l'amour de la vérité, le pur esprit de la religion, ou des préjugés et un enthousiasme irréfléchi. Ils ont à exa­ miner si ces témoins ont assez de lumières pour com­ prendre, d’une façon suffisante, ce qu'est l'héroïsme de la vertu qui distingue les saints, et s’ils ne confondent pas avec les vrais miracles de faux prodiges explicables par les forces de la nature. Rien de ce qui est propre à donner du poids à leur témoignage ou à l’infirmer, ne sera laissé dans l’ombre. Voilà pourquoi, outre les in­ terrogatoires rédigés à l’avance par le promoteur de la foi, les juges et le sous-promoteur sont autorisés à poser d’office toutes les questions qui leur paraissent nécessaires ou utiles, selon les circonstances, pour l’in­ térêt de la vérité. Plus le nombre de témoins est considérable, et plus il conste de la réputation de sainteté. Ces marques mul­ tipliées de vénération sont comme la grande voix du peuple chrétien, qui déjà, depuis longtemps, a porté sa sentence, et, par ses désirs, prévient la décision officielle de l’Église, Mais il faut que les témoins, autant que possible, aient vu de leurs yeux ou entendu de leurs oreilles ce qu'ils racontent. On ne reçoit que très diffi­ cilement les témoins par ouï-dire ou de second ordre, pour l’enquête sur les vertus, et seulement lorsque le laps de temps écoulé ne permet plus d’espérer d’autres témoignages; mais on ne les accepte jamais comme suffisants pour établir la certitude d’un miracle. Pour tout ce qui concerne la vaste matière des dépositions juridiques des témoins dans les procès de canonisation, voir Benoit XIV, op. cit., 1. II, c. xttx, t. iv, p. 174-189; 1. Ill, c. l-xi, t. v, p. 1-95; Malvezzi, Tractat, magn. juris universi, De canonizat, sanctorum, t. xiv, p. 101 sq.; Scacchi, De cullu et veneratione sanctorum in ordine ad bealif. et canonizat., 1. I, sect, v, c. vt; sect, xi, c. v, p. 364 sq., 869 sq.; Castellini, De inquisitione mi­ raculorum in sanctorum canonizatione, in-fol., Rome, 1629, p. 149 sq., 251 sq.; De dilatione in longa anno­ rum tempora magni arduique negotii canonizationis sanctorum elucidatorium theologicum, in-4·, Naples, 1630, p. 106 sq.; Contelori, De canonizatione sancto­ rum, in-8·, Lyon, 1634, p. 474, 518 sq. ; Gravina, Catholicæ præscripliones adversus omnes veteres et nostri temporis haereticos, Ί in-fol., Naples, 1619-1639, t. iv, p. 333-345 sq. Quand l’information est achevée avec l’audition de tous les témoins proposés par le postulateur de la cause, et de ceux que les juges sont tenus de citer d’office, on clôt les opérations par un procès-verbal, portant les signatures et les sceaux de tous les juges délégués, du sous-promoteur, du vice-postulateur et du notaire. Dans les archives de l’évêché on conserve l’original de toutes les écritures; mais on transmet à Rome par un envoyé spécial une copie authentique, revue dans tous les détails par les juges eux-mêmes, assistés du secrétaire de la commission et d'un autre notaire ecclé­ siastique. Cette copie ou transsur'>plum est munie des 1650 mêmes signatures et des mêmes sceaux que l'original. L’ouverture du pli cacheté se fait dans la S. C. avec les mêmes formalités que celles que nous avons indiquées pour les deux procès de l’ordinaire. Cf. Benoit XIV, op. cit., 1. II, c. L, t. tv, p. 189-196. Ces premières enquêtes des commissaires aposto­ liques sur la réputation de sainteté en général, sont ensuite vérifiées dans les séances ordinaires de la S. C. des Rites, qui ont lieu tous les mois dans le palais pon­ tifical, et auxquelles assistent, avec tous les cardinaux qui en font partie, le promoteur de la foi. un protono­ taire, un maître de cérémonies et le secrétaire. Après cette vérification, le postulateur de la cause demande à la S. C. de délivrer de nouvelles lilleræ remissoriales, pour donner aux juges délégués la commission d'in­ former en détail sur chaque vertu, puis sur chaque mi­ racle en particulier. Cf. Benoit XIV, op. cit., 1. I, c. xxii, n. 8, t. π, p. 47. Ces nouvelles enquêtes, étant terminées, sont exa­ minées comme les précédentes par la S. C. Si le tribu­ nal les trouve en bonne et due forme, il passe à la dis­ cussion des doutes proposés : premièrement sur les vertus, et ensuite sur les miracles. Mais, selon un décret d'Urbain VIII, il ne procède â celte discussion des ver­ tus que cinquante ans après la mort de celui dont on instruit le procès de canonisation; et, même après ce laps de temps, il ne peut le faire qu’en vertu d’une autorisation spéciale. Cf. Benoit XIV, op. cit., 1. I, c. xxii, n. 9; 1. II, c. liv, n. 1-8, t. n, p. 47; t. iv, р. 219-223. Voici comment procède la S. C. des Rites, dans la discussion des vertus et des miracles. Pour chacune de ses discussions, il faut trois réunions extraordinaires, dont la première est appelée anlipréparatoire, la se­ conde préparatoire, et la troisième générale. La réunion anlipréparatoire a lieu au palais du car­ dinal rapporteur de la cause ou ponent. Elle a pour but de le mettre lui-même plus au courant de l’atlaire dont il est chargé. Elle se compose des juges inférieurs, ou de second ordre, c’est-à-dire des consulteurs nommés par le pape, et appartenant soit au clergé séculier, soit à divers ordres religieux. Certains prélats de la cour ro­ maine sont de droit consulteurs, en vertu de leurs fonctions, comme le maître du sacré palais, le sacriste de la chapelle pontificale, l’assesseur du Saint-Office, l’auditeur du pape, les trois plus anciens auditeurs de Rote, etc., tous hommes de vaste doctrine et du plus grand mérite. Dans la réunion antipréparatoire, ils donnent chacun au cardinal ponent leur avis motivé sur l’aifaire qu’ils ont dû à l’avance étudier à fond. Le cardinal les écoute, mais sans manifester son propre sentiment. Benoit XIV, op. cil., 1. I, c. xv, n. 5-14, t. i. p. 102, 105 sq.; Bouix, De curia romana, part. H, с. v, § 2, in-8·, Paris, 1859, p. 186 sq. C’est au palais pontifical que se tient ensuite la réu­ nion préparatoire. Tous les cardinaux de la S. C. des Rites y assistent, et peuvent ainsi complètement s’ins­ truire des difficultés de la cause pendante. Les consul­ teurs donnent encore leur avis avec les raisons sur les­ quelles ils s’appuient. Les cardinaux écoutent, mais ne se prononcent pas. Enfin, quelque temps après, a lieu l’assemblée géné­ rale, au palais du Vatican, en présence du pape qui la préside lui-même. Par respect pour le souverain pon­ tife les consulteurs restent debout. Ils parlent dans cette attitude, et sortent aussitôt après; mais ils ont soin de ne pas s’éloigner de l’antichambre, afin d’être prêts à rentrer, si on les appelle. Quand ils sont sortis, les cardinaux, demeurés seuls avec le pape, expriment leur sentiment. Le pape les écoute, les remercie des longs travaux auxquels ils ont dû se livrer pour étudier avec tant de soins une cause si grave; mais il ne se prononce pas lui-même. Il attend encore, et leur demande 1651 CANONISATION DANS L’EGLISE ROMAINE le secours de leurs prières, pour attirer les lumières de Dieu sur lui, se réservant de son côté de ne rien négliger de ce qui peut le conduire à une plus claire connaissance de la vérité. Plus tard, quand il le juge opportun, il fait appeler le promoteur de la foi et le secrétaire de la S. C. des Itites. Il leur manifeste alors officiellement ses décisions, et le décret est inséré dans les actes du procès. Pour se prononcer, le pape se règle, quoiqu'il n’y soit pas obligé, sur l’avis qui a dominé au sein de l’assemblée générale, et qui a dû réunir au moins les deux tiers des voix, car, pour une affaire aussi grave, il ne se contente pas de la simple majorité des suffrages. Cf. Benoit XIV, op. cit., 1. 1, c. xxii, n. 13-18, 21-24, t. n, p. 49,51-51. Quand le doute sur les vertus a été résolu favorable­ ment. on passe â celui des miracles qui doit, lui aussi, être porté successivement devant les trois réunions extraordinaires pour y être discuté. Pour la béatifica­ tion il suffit de deux miracles juridiquement prouvés, si l'héroïsme des vertus a été établi d'après les déposi­ tions de témoins oculaires; mais, en vertu d'un décret pontifical du 23 avril 1741, il faudrait quatre miracles, si, pour les vertus, on n'avait trouvé que des témoins de auditu. Cf. Benoit XIV, op. cit., 1. I, c. xxn, n. 10, t. n, p. -48. Souvent il y a un plus grand nombre de miracles approuvés. Ainsi, il y en eut quatre dans la cause de saint Félix de Cantalice, huit dans celle de saint André Avellin, neuf dans celle de saint François de Sales, dix-huit dans celle de sainte Marie-Madeleine de Pazzi, etc. Benoit XIV, loc. cit. Dans les assemblées extraordinaires, on discute quatre sortes de questions, ou doutes : deux sont préliminaires et deux définitifs. Les deux doutes préliminaires avant la béatification sont : 1° si l’héroïcité des vertus est prouvée pleine­ ment; 2° si les miracles requis ont réellement eu lieu. Avant la canonisation, on posait également autrefois deux doutes préliminaires : l’un sur les vertus, l’autre sur les miracles, car on revenait sur la question des vertus, en reprenant, après la béatification, le procès en vue de la canonisation. Depuis, on a trouvé celte procédure inutile, et la question des vertus ayant été préalable­ ment discutée pleinement et résolue, on examine seule­ ment si, après la béatification, de nouveaux miracles ont été opérés. Cf. Benoit XIV, op. cit., 1. I, c. xxv, n. 5-13, t. n, p. 63-66. Les doutes définitifs sont : 1» avant la béatification, si, vu les procédures précédentes, les preuves apportées et les réponses faites aux objections, on peut procéder sûrement à la béatification : an, stante approbatione tum virtutum, tum miraculorum, tuto procedi possit ad beati/iealionem? 2° avant la canonisation le doute définitif est formulé d’une façon analogue : an stante approbatione miraculorum quæ supervenerunt, tuto procedi possit ad sollemnem canonizationem? Les décrets d'Urbain VIII avaient fixé que la S. C. des Rites, chaque année, tiendrait seulement trois assem­ blées générales en présence du souverain pontife : propter illarum causarum gravitatem solet sedes apoitolica procedere cum magna maturitate ; et, hoc ut melius adimpleatur, pro illis referendis et discutien­ dis, mandavit Sanctissimus Dominus noster tres con­ gregationes de mensibus januarii, maii et septembres, coram Sanctitate sua fieri debere, prohibens agi de dictis causis extra praefatas tres congregationes. En vertu de ces mêmes décrets, dans chaque assemblée générale, on ne pouvait traiter que de trois ou quaire causes au plus. Ut in dictis congregationibus coram Sanctitate sua habendis, ordinate, dilucide ac breviter procedatur, in unaquaque ex eis referantur per cardi­ nales, tres vel ad summum quatuor tantum causæ. Mais, depuis, les usages ont varié, en ce sens que, chaque année, il y a tout au plus deux assemblées géné­ 1652 rales, et que, dans chacune d'elles, on ne s’occupe que d'une cause, dont on discute le doute ou sur les vertus, ou sur les miracles. Le seul cas où deux causes dill'érentes sont examinées dans une même assemblée générale, c’est lorsque, pour une de ces causes, il s’agit simplement du doute final : an, stante approbatione tum virtutum, tum miraculorum, tuto procedi possit ad beati/iealionem ou ad canonizalioneni? Comme ce doute est vite résolu, il n’empêche pas qu’on ne puisse s’occuper d'une autre cause, dans cette réunion. Néan­ moins, ce n'est jamais dans l’assemblée ou a été résolue la question des miracles, que la question du de lato est posée, quand elle concerne la même cause. Cf. Be­ noit XIV, op. cil., 1. I, c. xv, n. 8-10, t. i, p. 103 sq. 3“ De la béatification à la canonisation. — Un bien­ heureux n'est canonisé que si de nouveaux miracles, opérés par lui après sa béatification, ont été examinés et approuvés par la S. C. des Rites et par le souverain pontife. Cette prescription, formulée dans les décrets gé­ néraux d'Urbain VIII, fut précisée par un autre décret de Clément XI, à la date du 10 septembre 1668 : quæ supervenerunt miracula (post induitam beati/iealionem) debent per juridicas probationes disculi, ac, prævia matura discussione, ad juris trutinam redigi, ut ex iis constare possit num sedes apostolica tuto valeat ac illius canonizalioneni devenire. Le saint-siège demande ce supplément de preuves qui doivent manifester plus clairement la volonté de Dieu. La béatification, en effet, n'était qu’une simple permission, un induit particulier, concédant un culte restreint; la canonisation, au contraire, est une sentence définitive, sous forme impérative, et décernant un culte universel. On conçoit, dès lors, que le pape, avant de la prononcer, veuille avoir de plus amples garanties. Le postulateur d’une cause, quand il a appris que Dieu a daigné opérer de nouveaux miracles par l’inter­ cession du bienheureux dont il poursuit la canonisa­ tion, doit présenter à la S. C. des Rites une supplique pour la reprise d'instance, pro signatura commissionis reassumptionis. Si elle est favorablement accueillie par le pape, de nouvelles litleræ remissoriales sont expé­ diées, pour instituer les juges délégués, chargés de prendre les informations qui serviront de base aux nou­ veaux procès apostoliques sur les miracles proposés. A partir de ce moment, la procédure recommence, et suit son cours régulier indiqué plus haut. Le dossier de l'enquête est envoyé à Rome, ouvert et examiné. Si elle est reconnue valide, la discussion des miracles a lieu, et, avec les délais fixés par le droit, se poursuit dans les trois réunions de la S. C. des Rites : antipréparatoire, préparatoire et générale en présence du souverain pon­ tife. Dans une autre réunion générale coram Sanctis­ simo, est posée la question : an, stante approbatione miraculorum quæ supervenerunt, luto deveniri possit ad sollemnem canonizalioneni ? Quand celle-ci est résolue favorablement, il semblerait que la cause est enfin terminée. Mais il n'en est pas ainsi. 11 faut qu’elle soit de nouveau traitée en trois consistoires consécutifs. Or il est d'usage d’attendre un laps de temps parfois considérable avant de les tenir. Aussi, très souvent, une cause, déjà bien avancée sous un pontife, n’est continuée et terminée que par l'un de ses successeurs. En ces affaires si graves, l’Eglise n'est jamais pressée. Quoique assurée de l’infaillibilité par son divin fondateur, elle ne néglige pas l’emploi de ce grand facteur, le temps, pour arriver à une possession pleine et entière de la vérité. La canonisation de saint Stanislas Kostka, décrétée par Clément XI. ne fut célébrée que par Benoit XIII; et celle de sainte Ju­ lienne de Falconieri, décrétée par ce dernier pontife, ne fut célébrée que par Clément XII. Quand le saintsiège vient à vaquer, tandis qu’une cause est pendante, la procédure n’en souffre pas. Le successeur ne soumet 1653 CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE pis â un autre examen ce qui a été décidé par son pré­ décesseur; mais il reprend la cause là où celui-ci l'a laissée. Après le décret de tuto la cause est donc examinée à nouveau dans les consistoires, parce que le pape veut avoir l’avis non seulement des cardinaux qui sont de la S. C. des Bites, mais aussi de ceux qui n'en sont pas. c'est-à-dire de tous les membres, sans exception, qui composent le sacré-collège. 11 consulte aussi tous les patriarches, archevêques et évêques qui résident à Borne, ou y sont de passage. De plus, le prélat secrétaire de la S. C. du Concile, qui est aussi secrétaire de la S. C. pour la Bésidence des évêques, convoque par une cir­ culaire tous les évêques qui demeurent dans un rayon d une centaine de milles autour de Borne. Ce congrès solennel de cardinaux, de patriarches, d’archevêques et d'évêques reproduit donc, en quelque manière, l'image des anciens conciles romains. Avant la tenue de ce consistoire public, a lieu un con­ sistoire secret auquel seuls les cardinaux assistent. Le pape demande au sacré-collège s'il convient de procéder à la canonisation, et chaque cardinal répond par la for­ mule placet, ou non placet. Alin que les membres du sacré-collège, qui ne sont pas de la S. C. des Rites, puis­ sent donner leur avis en toute connaissance, le secrétaire de cette Congrégation, ou, à son défaut, le promoteur de la foi, a eu soin de faire imprimer, pour être distri­ bué à l'avance aux cardinaux, un somnaire des actes de la procédure précédente, contenant, avec un abrégé de la vie du bienheureux, un exposé de ses vertus et des miracles opérés par son intercession. Les cardinaux n'assistent donc au consistoire qu'après avoir étudié à fond l’affaire sur laquelle ils ont à se prononcer. En outre, ils écoutent le rapport que fait de la cause le car­ dinal préfet de la S. C. des Rites. Le consistoire public, où se déroule la seconde phase de ce nouveau procès, est très solennel. L’assemblée des cardinaux, des patriarches, des archevêques et des évê­ ques entourés des consulteurs et des officiers de la S. C. des Rites, du secrétaire et du promoteur de la foi, des protonotaires, des auditeurs de Rote, des clercs de la Chambre apostolique, des avocats consistoriaux, etc., a lieu dans la salle royale du Vatican, en présence des am­ bassadeurs des puissances catholiques, du gouverneur de Rome, des princes assistants au trône pontifical, de beaucoup d’autres personnages de distinction, et d’une grande foule de fidèles. Un avocat consistorial y prend la parole, et, dans un discours d’une élégante latinité, raconte longuement les vertus et les miracles du bien­ heureux dont la sainteté doit être solennellement dé­ clarée. Il fait connaître en même temps les nombreuses suppliques adressées dans ce but au pape par les rois et les peuples. Ce long discours occupe à peu près toute la séance, aussi faut-il autant de consistoires publics qu'il y a de saints à canoniser. Cf. Oratio in vilani et merita B. Bonaventuræ per insignem juris utriusque doctorem Octavianum de Martinis, sacri palatii apostolici clarum advocatum consistorialem, dans les Opera omnia sancti Bonaventuræ, 7 in-fol., Lyon, 1668, t. vu, p. 798-802. Quand l'avocat consistorial a fini de parler, le prélat secrétaire du pape pour les brefs aux princes répond et exhorte, au nom du souverain pontife, tous les assistants à implorer les lumières et les secours de Dieu par des jeunes et des prières ferventes. 11 ajoute que Sa Sainteté, pour une affaire aussi grave et qui in­ téresse la chrétienté entière, veut recueillir l'avis des cardinaux et des évêques dans le prochain consistoire. Ce troisième consistoire est semi-public. Il est com­ posé seulement des cardinaux, des patriarches, des archevêques et des évêques présents à Rome, c’est-àdire de ceux-là seulement qui ont le droit de voter. Afin que tous ces prélats, qui n'appartiennent pas au sacré-collège, soient bien instruits de l'aflàire sur la- ; 1654 quelle ils auront à se prononcer, le secrétaire de la S. C. des Rites leur transmet à l’avance un exemplaire imprimé de l’abrégé de la procédure et de la vie du bienheureux, qui avait déjà été communiqué aux cardi­ naux avant le premier consistoire public. Ils étudient donc l’affaire de leur côté, et, quand le pape leur de­ mande leur avis, ils répondent en indiquant les raisons sur lesquelles ils appuient leur sentiment; puis, ils remettent au secrétaire de la S. C. des Rites leur votum écrit de leur main, et signé par eux. Un s'étonnera peut-être que le souverain pontife, après avoir requis l'avis des cardinaux dans le consis­ toire secret, recherche en outre celui des évêques. Cette requête n'est pas superflue, car le vole des cardinaux, dans le premier consistoire, signifiait seulement que rien ne s’opposait à ce que la cause suivit son cours, et que l’on demandât, comme c’est d’usage immémorial, 1 avis des évêques. Benoit XIV, op. cit.,l. I, c. xxxtv, n. 9, t. n. p. 120. S'il y a plusieurs bienheureux à canoniser, il faut un consistoire semi-public pour chacun d’eux; car il est impossible que, dans une seule de ces réunions, on puisse recueillir, pour plusieurs causes différentes, les suffrages de tous les votants, vu le nombre considé­ rable de ceux-ci. Benoit XIV, op. cit., 1.1,c. xxxiv-xxxvi, t. π, p. 116-126; t. xn, p. 20-275; t. xill, p. 1-52; Stremler, Traité des peines ecclésiastiques, de l'appel et des Congrégations romaines, part. Ill, sect, ι, c. I, in-S", Paris, i860, p. 482 sq.; Bouix, De curia romana, part. II, c. I, in-8°, Paris, 1859, p. 143-152. 4° Solennité de la canonisation. — En terminant le troisième consistoire, et après avoir recueilli les suffrages des assistants, le souverain pontife d'ordinaire indique le jour où sera célébrée la canonisation. C'est à Rome qu’a lieu aujourd’hui cette cérémonie. Autrefois il n'en fut pas toujours de même, et l’on trouve des exemples assez nombreux de canonisations accomplies dans d'au­ tres villes, soit parce que le pape y résidait temporaire­ ment, soit parce qu’il y était de passage. Ainsi Grégoire IX canonisa saint François d’Assise (1228) et sainte Élisa­ beth de Hongrie (1235) à Pérouse, saint Antoine de Pa­ doue (1232) à Spolète, saint Dominique (1234) à Rieti. La canonisation de saint Edme de Cantorbéry fut faite par Innocent IV à Lyon, en 1248; celle de sainte Claire par Alexandre IV à Agnani, en 1255; celle de sainte lledwige par Clément IV à Viterbe, en 1267; celle de saint Louis, évêque de Toulouse. »t de saint Thomas d’Aquin par Jean XXII, à Avignon, en 1317. Depuis le retour des papes à Rome, toutes les canonisations, à l'exception d’une ou deux, furent accomplies dans la basilique vaticane de Saint-Pierre. Cf. R. P. Mortier, Saint-Pierre de Bonte. Histoire de la basilique valicane, in-fol., Tours, 1900, p. 512-517. Les cérémonies usitées au moyen âge pour les cano­ nisations se trouvent dans VOrdo romanus du cardinal Cajétan, publié avec quatorze autres de ces antiques rituels de l’Église romaine, par Mabillon. Musæurn italicunt, c. cxv, CCVllt, 2 in-4», Paris, 1687-1689, t. Il, p. 153, 156, 422 sq., 537 sq. Voir aussi Ange Rocca, Thésaurus pontificiarum sacrarumque antiquitatum, 2 in-fol., Rome, 1719; 2e édit., 1745, t. t, p. 143 sq.; Mabillon, Acta sanctorum ord. S. Benedicti, 9 in-fol., Paris, 1688-1702; præf. i ad sæc. ni. § 6, t. m, p. lxi sq. Depuis quelques siècles, il est d'usage de canoniser plusieurs saints le même jour. La basilique vaticane est éclairée par des milliers de lustres et ornée des bannières des nouveaux saints. Des tableaux représen­ tent les principales scènes de leur vie et leurs miracles. Le pape, entouré des cardinaux et d'un brillant cortège d’évêques et de prêtres, préside la cérémonie. Après l’obé­ dience, les postulateurs de chaque cause de canonisation s’approchent, accompagnés d’un avocat consistorial qui prend la parole en leur nom. pour supplier humblement le pape d’inscrire au nombre des saints les bienheureux. 1655 CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE Au notn du pape, le prélat secrétaire pour les brefs aux princes répond que les vertus de ces grands serviteurs de Dieu sont connues et leurs mérites appréciés, mais que, avant de prononcer leur canonisation, il faut demander le secours de Dieu et implorer ses lumières. Après cette première instance, on chante les litanies des saints. L'avocat consistorial s'approche une seconde fois, et au nom des postula leurs répète la même suppli­ cation, mais en insistant davantage : instanter, instan­ tius. La même réponse lui est faite : Oremus. Le Veni Creator est chanté. L’avocat revient au trône pontifical renouveler ses Tistances avec encore plus d'ardeur : instanter, instantius, instantissime. Le secrétaire déclare alors que la volonté du pape est d'exaucer cette demande. Le pape prononce cette formule : « Au nom de la sainte et indivisible Trinité; pour l'exaltation de la foi catholique el l'accroissement de la religion chrétienne; par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bien­ heureux apôtres Pierre et Paul, et par la nôtre; après en avoir mûrement délibéré et imploré le secours de Dieu; sur l'avis de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Église romaine, les patriarches, les arche­ vêques et les évêques présents à Rome; nous décrétons que les bienheureux N. et N. sont saints, et nous les inscrivons dans le catalogue des saints, statuant que l’Êglise universelle célébrera pieusement leur mémoire tous les ans, au jour anniversaire de leur naissance à la céleste patrie. Au nom du Père, du Fils et du SaintEsprit. Amen. » Cette formule, rapportée par Benoît XIV, op. cit., 1. 1, c. xxxvi, n. 20, t. n, p. 142, est celle dont se servit Clément XI, en 1712, pour la canonisation de saint Pie V, de saint André Avellin, de saint Félix de Cantalice et de sainte Catherine de Bologne. Nulle mention n'y est faite de l’office et de la messe en leur honneur, l'ne formule analogue fut employée par Alexandre Vil dans la canonisation de saint Thomas de Villeneuve, en 1658, et de saint François de Sales, en 1665; par Clément IX dans celle de saint Pierre d’Alcanlara et de sainte MarieMadeleine de Pazzi, en 1669. Quelquefois, quoique rarement, l'office à réciter en l'honneur des nouveaux saints est mentionné. Dans ce cas, la formule de canonisation se termine ainsi : Sta­ tuentes ut ab universali Ecclesia, anno quolibet in die obitus dicti N., festum et officium ipsius, sicut pro martyre, vel pro confessore pontifice, vel, etc., devote el solemniter celebrentur. C'est la formule dont usa Urbain VIII, en 1629, pour la canonisation de saint André Corsini. D’ailleurs, même quand cette clause est insérée dans les sentences et les bulles de canonisation, il faut un autre décret pontifical pour que la récitation de l’office d’un saint soit obligatoire dans l’Êglise uni­ verselle. Le nombre des saints canonisés dépasse, en effet, de beaucoup celui des jours de l’année. L’avocat consistorial s'approche encore du trône pon­ tifical, et, au nom du postulateur de la cause, remercie le souverain pontife. Il lui demande d'ordonner aux protonotaires apostoliques de dresser l'acte authentique de canonisation. Le pape acquiesce immédiatement à cette requête. Le Te Deum est chanté au son de toutes les cloches de Rome. Autrefois l’artillerie du château Saint-Ange tonnait en même temps. Le pape récite l’oraison des saints canonisés, puis célèbre la messe en leur honneur, ou, si la solennité ne le permet pas, il joint à la messe du jour leur commëmoraison. Cf. Ange Rocca, Thesaurus pontificiarum sacrarumque antiquitatum, t. t, p. 143. A l’offertoire, les cardinaux et les postulateurs offrent au pape, avec de grands cierges, des pains dorés et argentés; deux petits barils également dorés et argentés contenant du vin; trois cages artislement travaillées, 1656 peintes de couleurs variées, el renfermant deux tourte­ relles, deux colombes et deux petits oiseaux. Sur les détails de cette cérémonie et de sa signification mys­ tique, voir Ange Rocca, loc. cil.; Benoit XIV, op. cil., I. I, c. xxxvi, § 12, n. 35, t. n, p. 148-150; Castellini, De mystica rerum significatione quæ in sanctorum ca­ nonisations afferri solent, in-12, Rome, 1658; Memmi, II sacro rito di canonizzare i sanli, in-4“, Rome, 1726, p. 123; Amici, II sacro rito de Ia canonizzazione brevemente descrillo, in-80, Rome, 1838, p. 39 sq. Pour l'ensemble des solennités qui accompagnent une canoni­ sation, lire Benoit XIV, op. cil., I. I, c. x.xxvi. S 6.9-14, n. 18-38, t. II, p. 136-151; t. Xlll, p. 32-149; Urbano de Rubeis, Relazione detfapparato fallu in Santo Pietro per la canonizzazione de' cinque santi Lorenzo Giustiniani, Giov. da Santo Facondo, Pasquale Bayion, Giovanni di Dio, et Giov. da Capistrano, canonizzati a' id ottobre 1690 da Alessandro VIII, in-fol., Rome, 1690; Acta sanctorum, maii t. n, p. 256 sq. ; Sarnelli. Lettere ecclesiastiche,9 in-4·, Venise, 1718, t. vt. p. 73; Memmi, II sacro rito di canonizzare i santi, in-4·, Rome, 1726, p, 120 sq. : Amici, Il sacro rito della canonizzazione brevemente descritto, in-8·, Rome, 1838, p. 20 sq.; Breve notizia delle solenni cano· 'zzationi de' sanli celebrate in diversi tempi nellu pa­ triarcale basilica valicana, in-4·, Rome, 1839. p. 30 sq. ; Moroni, Dizionario di eruditione storico-ecclesiastica, 109 in-8·, Ve­ nise. 1840-1879, v ^anonizzazione, § 4-7, t. vn, p. 292-307; R. P. Mortier. Saint-Pierre de Dame. Histoire de la basilique valicane, in-fol.. Tours, 1900, p. 522 sq. Les auteurs qui ont traité de la canonisation sont innom­ brables. Cf. U. Chevalier, Répertoire. Topo-bibliographie, col. 569-570. Nous indiquerons d'abord ceux qui ont écrit ex pro­ fesso sur ces matières ; puis, ceux qui, dans leurs ouvrages, en ont parlé longuement, quoiqu'ils n'en aient pas fait l'objet prin­ cipal de leurs travaux. I. Auteurs qui ont écrit ex professo sur i.a canonisation. — 1· Théologiens. — Ange Rocca, De sanctorum canonizatione commentarius, in-4·, Rome, 1601, ouvrage plein d'érudi­ tion, dédié au pape Clément VIII, inséré dans le t. n des œuvres complètes de l'auteur, publiées sous ce titre : Thesaurus pon­ tificiarum sacrarumque antiquitatum, néenon rituum, praxium et cæremoniarum, 2 in-fol., Rome, 1719, 1745. — Fortuné Scaccbi, De cultu et veneratione sanctorum in ordine ad beatificationem el canonizationem, dédié au pape Urbain Vll I ; le I. I a paru seul sous le titre : De nolis et signis sanclitatis beatificandorum et canonizandorum, in-4·, Rome, 1639, 1679; les autres livres avaient pour titres : le II·, De martyrio; le III·, De miraculis: le IV·, De bealificalione; le V·, De canonizatione : le VP, De ordine judiciario harum causarum ; Ιο Vll·. De congregationibus in quibus causse pertractantur ; le VHP, qui ne fut pas achevé, Demissapontificia;les 1. Π·, IV· et VP seuls ont été conservés, et se trouvent en manuscrit â la bibliothèque Alexandrine de l’université de la Sapience â Rome; ils lui furent donnés par le pape Alexandre VIII, à qui ils appar­ tenaient, et qui ne voulut point priver les travailleurs des tré­ sors d'érudition qui y sont renfermés. — Luc Castellini. De certitudine gloriæ sanctorum canonizatorum, in-fol., Rome, 1618.1628. ouvrage dédié aussi au pape Urbain VIH. et auquel l'auteur ajouta, dans la suite, deux autres traités importants : De inquisitione miraculorum in sanctorum martyrum canonizatione, in-fol., Rome, 1629; De dilatione in longa annorum tempora magni arduique negotii canonixattonis sanctorum, elucidalorium theologicum, in-4·, Naples, 1630. Cet ouvrage, composé à diverses époques, pèche par ia méthode ; le lien lo­ gique qui réunit les diverses parties n'est pas nettement indiqué; il y a néanmoins des passages très remarquables et d'une grande utilité pour ceux qui ont â s'occuper de ces matières. — JeanBaptiste Riccioli, Immunitas ab errore tam speculativo quam praclico definitionum sanctæ sedis apostolicæ in canonizatiune sanctorum, in-4·, Bologne, 1668. — Charles-Félix de .Matta, évêque de Saint-Sévère, Novissimus de canonizations san­ ctorum tractatus, in-fol-, Rome, 1628 et 1678. C'est l'un des au­ teurs les plus exacts. — Michel-Ange Lappius. De heroicitate virtutum in beatificandis et canonizandis requisita, in-12. Home, 1671. — François Bordoni, De miraculis ratione habita beatificationis et canonizationis, in-fol., Parme. 1703; dédié au pape Clément XI, cet ouvrage posthume, qui ne manque ; -i de mérite, serait probablement plus remarquable encore, si l’auteur avait eu le temps d’y mettre la derniere main. — JeanBaptiste Memmi, ll sacro rito di canonizzare i saut·. r.-4·. Rome, 1726. 2· Canonistes. — Malvezzi, Tractatus de sanctorum amer 1657 CANONISATION DANS L’ÉGLISE ROMAINE zatione, In-fol., Bologne. 1487. — Jacques Tractatus de sanctorum canonizatione, Castellani de Fara, in-fol., Rome, 1520, ouvrage dédié à Léon X. — Félix Contelori, Praxis de canoni­ zat ione sanctorum, in-8·, Lyon, 1609, 1634. L'auteur était spé­ cialement versé dans ces affaires, car. d’abord avocat de valeur, il en avait soutenu un grand nombre devant la S. C. des Rites. — Jean-François de Pavinis. Defensorium canonizationis sancto­ rum, in-4·, Barcelone, 1618. — Garcias de Caralps, De car.onizationesanctorum, in-4·, Barcelone, 1618. — Urbani VIII decre­ ta servanda in canonizatione sanctorum, in-4·, Rome, 1642. — J. B. Mari, De canonizatione sanctorum, in-8% Rome, 1658. — Trombelli, De cultu sanctorum dissertationes decem, 6 in-4·, Bologne. 1751. — Thomas Rosa, De executuribus litterarum apostolicarum, in-fol., Rome, 1676; Venise, 1736; ouvrage com­ plété par De executoribus litterarum remissoralium, in-fol., Venise, 1697, dans lequel il expose ce qui a trait à la validité des procédures dans les causes de béatification et de canonisation. — Jacques Pignatelli, Consultationes canonicæ, 3 in-fol., Rome, 1675. La 3’ édition, considérablement augmentée, fut publiée en 5 in-fol., Venise, 1675; puis, en 6 in-fol.. Lyon, 1700. Cet ou­ vrage a toujours joui d’une grande autorité auprès des tribunaux romains. — Augustin Matteuci, Practica theologico·canonica ad causas beatifleationum et canonizationum pertractandas, in-4·, Venise, 1722, 1751. — Fontanini, Codex constitutionum quas summi pontifices ediderunt in solemni canonizatione sanctorum, in-fol., Rome, 1729. — Amici, Il sacro rito della canonizzazione brevemente descritto, in-8·, Rome, 1838. — Mais fauteur classique par excellence en ces matières est Benoit XIV. Il remporte sur tous les autres, non seulement par l’étendue de ses connaissances et la profondeur de son érudition, mais aussi par la longue expérience qu'il avait de ces affaires, ayant été pendant sept ans, de 1701 â 1708, avocat consistorial, puis, pendant vingt ans, de 1708 à 1728, promoteur de la foi à la S. C. des Rites. Son magistral ouvrage, De servorum Dei bea­ tificatione et beatorum canonizatione, eut de nombreuses édi­ tions : Bologne, 1734; Padoue, 1743; Rome, 1747; Venise, 1767; Naples, 1773; Rome, 1783; Prato, 1839-1846. Il se compose de quatre livres, répartis en 16 tomes in-4·, dans l’édition de Naples. 1773-1775. Le 1. I,r(t. i-ii) a pour titre : Præliminares contro­ versies; le I. II (t. m-iv) : In quo singillatim expenduntur omnia ad formam judiciariam causarum canonizationum pertinentia ; le 1. Ill (t. v-vi) : De probationibus, de martyrio, de virtutibus ac de gratiis gratis datis; le 1. IV, beaucoup plus long, est divisé en deux parties : part. I (t. vn-vill), De miraculis; part. 11 (t. ix-x), De concessione officiorum el missarum in honorem beatorum ac sanctorum ;de electionibus sanctorum in patronos, descriptionibus nominum in martyrologio romano, et aliis hujusmodi rebus, de quibus tractatur in S. R. C. ordinaria. Les t. x, xi contiennent les Acta et de­ creta in causis beatificationum et canonizationum ; les t. xn, xm, Acta solemnis canonizationis beatorum servorum Dei Fidelis a Sigmar inga, Camilli de Lellis, Petri Regalali, Josephi a Leonissa et Catharina de Riccis; la procédure et les documents de ces causes de canonisation y sont exposés tout au long, avec plusieurs autres bulles de canonisation, telles que celles de saint Vincent de Paul, de saint François Régis, de sainte Catherine de Gènes, etc., Le t. xiv est rempli par les Publica instrumenta solemnium beatificationum S, Rosæ Limanæ et S. Turribii. Le t. xv donne Appendices quinque monumenta complectentes ad III librum pertinentia. Enfin, le t. xvi est Vindex locupletissimus rerum quæ in toto opere continentur. 3· Auteurs ayant publié des documents sur les canonisa­ tions. — Relations ou rapports des auditeurs de Rote. — Comme l’examen des causes de canonisation était autrefois confié aux trois plus anciens auditeurs de Rote, il faut indiquer leurs rapports ou qui ont très souvent servi de base aux sentences pro­ noncées ensuite. Ces rapports ont toujours joui d’une grande autorité : Veritas explicata in tstis relationibus sacræ Rotæ relations, romanæ, nunquam legitur quod fuerit infirmata, sed appro­ bata ; et, illa duce, processum sit fere semper, ne dicam ve­ rius semper, ad actum solemnis canonizationis. Castellini, De inquisitione mirandorum in sanctorum martyrum canonizationes, in-fol., Rome, 1629, p. 132, 331. Ces rapports sont utiles à consulter, parce que non seulement il y est parlé du saint au sujet duquel ils ont été faits, mais parce que, à cette occasion, les auteurs exposent bien des points de doctrine qui concernent la matière des canonisations en général. Beaucoup de ces rapports sont restés manuscrits: d’autres ont été impri­ més, soit à part, soit à la suite de la vie des saints canonisés, ou ajoutés au recueil de leurs œuvres complètes, par exemple, celui sur saint Bonaventure, dans les Opera omnia du séraphique docteur, 7 in-fol., Lyon. 1668, t. vu. p. 802-820; celui sur saint Louis de Gonzague : Relatio ad S. D. N. Paulum V Rotæ ro­ 1658 manæ auditorum Fr. Sacrati, archiepiscopi Damasceni, J. B. Coccini, Rotæ decani, el J. B. Pamphili, de virtutibus et miraculis B. Aloysii Gonzagæ, pro canonizatione ejusdem. Ce rapport a été reproduit. Acta sanctorum, junii t. v, p. 981-1008. 4· Auteurs ayant publié des procès de canonisation. — Benoit XIV en a reproduit plusieurs dans les t. xn. xm, xiv de son célèbre ouvrage. Voici quelques autres publications de ce genre : Dominique Capello, Acta canonizationis S. Petri de A Icantara et S. Mariæ Magdalenæ de Pazzi, una cum disserta­ tione Francisci Phæbei, archiepiscopi Tarsensis, C. R. a secre­ tis, super canonizatione sanctorum, in-fol., Rome, 1669, ou­ vrage riche d'érudition. Le même auteur avait précédemment publié : Contextus actorum omnium in beatificatione et cano­ nizatione S. Francisci de Sales, in-fol., Rome, 1665. — Giustiniano Chiapponi, Atti della canonizatione celebrata da Cle­ mente XI, a' 22 maggio 1712 de' santi Pio V, Andrea Avellino, Felice da Cantalice o Caterina Vigri, in-fol.. Rome, 1712; Acta canonizationis quinque sanctorum a Benedicto XIV celebratae, una cum ejusdem apostolicis litteris et Vati­ canae basilicæ ornatus descriptione, etc., in-fol., Venise, 1768. On trouvera également, dans la vaste collection des Acta sancto­ rum, plusieurs procès de canonisation publiés presque in extenso, d’après les manuscrits originaux, par exemple, le procès de canonisation de saint François de Paule, Acta sanctorum, aprilis t. i, p. 121-231 ; celui de saint Louis de Gonzagne, Acta sanctorum, junii t. v, p. 736-772. 5· Hagiographes. — Les Acta sanctorum, 64 in-fol., Paris, 1862-1887, passim, et, en premier lieu. Praefatio generalis in vitas sanctorum, Januarii t. i, p. xu-lxi. — Ruinart, Acta primorum martyrum sincera et selecta, in-4·, Paris, 1689; in-fol., Amsterdam, 1713; Vérone, 1734; Augsbourg, 1802; Ratisbonne, 1859. Cet ouvrage est précédé d’une très savante pré­ face. — Mabillon, Acta sanctorum ord. S. Benedicti, 9 in-fol., Paris, 1668-1702; Venise. 1733. Les préfaces qui précèdent chaque volume sont de vrais chefs-d’œuvre d’érudition et de méthode ; on y apprend bien des détails intéressants sur les canonisat:ons. Ces préfaces, vu leur importance, ont toutes été réunies en un seul volume, D. Joann is Mabillon praefationes in Acta sancto­ rum ord. S. Benedicti conjunction editae, et ejusdem disser­ tationes sex. in-fol., Venise, 1740. II. Auteurs qui. sans avoir écrit ex professo sur les CANONISATIONS, EN ONT TRAITÉ PLUS OU MOINS LONGUEMENT dans leurs ouvrages. — Parmi un grand nombre de théolo­ giens et de canonistes, nous signalerons seulement les plus importants : 1· Théologiens. — Bellarmin, Controv., 4 in-fol., Paris, 1613. Cet ouvrage a eu plus de cent éditions. C’est dans le t. u que se trouve la IV’ Controv. gen., De Ecclesia quæ triumphat in cælis. I. I, De beatitudine et canonizatione sanctorum, col. 674-742; I. Il, De reliquiis et imaginibus sanctorum, col. 742-833; I. Ill, De basilicis, festis diebus, aliisque rebus, quibus sanctorum memoria a mortalibus colitur, coi. 833-900. 2· Canonistes. — Schmalzgrucber, Jus ecclesiasticum uni­ versum, 5 in-fol., Venise, 1738; 11 in-4·, Rome, 1845, toujours d’un grand poids auprès des tribunaux romains; 1. Ill, tit. xlv, De veneratione et canonizatione sanctorum, t. m, p. 482 sq. — Reiffenstuel, Jus canonicum universum, 5 in-fol., Venise, 1775; Rome, 1831; Paris, 1864; 1. Ill, tit. xlv, § 1, De veneratione et cultu sanctorum atque de canonizatione eorumdem ; § 2, De veneratione reliquiarum ; de miraculis; de examinatione et approbatione eorumdem, t. m, p. 553 sq. — Ferraris, Prompta bibliotheca canonica, moralis, theologica, etc., 10 in-4·, Venise, 1782, nombreuses éditions, depuis celle de Rome, 1766, jusqu'à celle de Paris, 1884, v· Veneratio sanctorum, t. IX, p. 146-166. — Van Espen, Jus ecclesiasticum universum ho­ diernæ disciplinae praesertim Belgii, Galliæ et vicinarum provinciarum accommodatum, 11 in-fol., Venise, 1781-1786, part. I, tit. xxn, c. x : Ritus sanctos canonizandi, t i, p. 137 sq. La 1'· édition de cet ouvrage fut mise à l’index en 1704. L’auteur, appelant de la bulle Unigenitus, et promoteur du schisme d’Utrecht dans lequel il mourut, y avait trop mis l'em­ preinte de ses erreurs. On en publia ensuite des éditions corri­ gées, car, par ailleurs, l’ouvrage avait un réel mérite. — De Angelis Praelectiones juris canonici, 1. HI, tit. xlv. η. 2, 4 in-8·, Rome 1877-1884, t. Ili, p. 338 sq. — Maupied, Juris canonici uni­ versi compendium, 2 in-4·, Paris, 1861. t. I, p. 372, 427; t. n, p. 375 sq. — Tilloy, Traité théorique et pratique du droit canonique, 2 in-4·, Paris. 1895. t. u, p. 119 sq. — Avedichian et Pascal, Dictionnaire de liturgie catholique, in-4·, Paris, 1844, v· Canonisation, p. 227-238. — Boissonnet. Dictionnaire des cérémonies et rites sacrés. 3 in-4·, Paris, 1847, v Canonisation, t. 1, p. 404-429. — Lauri, Cudex pro postulatoribus causarum 1659 CANONISATION DANS L’ÉGLISE RUSSE 1660 beatiflcationis et canonizationis, 2 fn-8·. Borne, 1879. — For- I 4° Le nombre des saints proprement dits, de ceux dont nari, Codex pro postulatoribus causarum beatiflcationis et I le culte est universel, est resté relativement restreint. canonizationis, in-8·, Rome, 1899. I Pendant les trois premiers siècles de l'histoire de 3· Autres auteurs. — Mnrtigny, Dictionnaire des antiquités l’Église russe, sous la période qui précéda celle où chrétiennes, in-4·, Paris, 1887, p. 119, 249 sq. — Moroni, DiMoscou, en devenant la capitale du Grand-Kniase, devint zionario di erudizione storico-ecclesiastica, 109 in-8·, 1840par le fait même la métropole de la Russie du Nord 1879, v“ Canonizzatione, t. vu, p. 280-320. — A. de Bourmont, et la rivale religieuse de Kiev, on ne connaît guère que index processuum authenticorum beatiflcationis et canoni­ zationis qui asservantur in Bibliotheca nationals Parisiens!, trois saints dont le culte ait revêtu ce caractère d'uni­ in-8·, Paris, 1886. — R. P. Mortier, Saint-Pierre de Home. versalité. Ce sont Boris, Glèbe el Théodore Pétcherski. Histoire de lu basilique vaticane, in-fol., Tours, 1900, pari. Il, Encore, pour ce dernier, sa fête n’était-elle célébrée 1. Il, c. m, p. 507-525. — M·' Battandier, Annuaire pontiflcal qu’à Kiev. Mais l'higou mène du monastère de Pétcherski catholique, 7 in-12, Paris, 1898-1904,1.i (1898), Décrets récents, obtint, en 1108, du prince Sviatopolk qu'il demandât à p. 294-300; t. n (1899), Décrets récents, p. 423-430; t. m (1900), tous les évêques de sa principauté l'inscription du nom Procédure, p. 498^16; t. rv (1901), Béatifications et canonisa­ de Théodore au canon de la messe. Goloubinski, op. cil., tions au xi.v siècle, p. 521-555; Causes pendantes, p. 5C6-521 ; t. v (1902), Causes en suspens, p. 512-522; t. vi (1903), Cano­ p. 5I. A Moscou, avant le concile de 1547, il est intéres­ nisations formelles et équipollentes, p. 378-427; État actuel sant de signaler la canonisation du métropolite Pierre des causes, p. 502-506; t. vu (1904), Canonisationset béatifica­ par son successeur Théognoste, en 1339. Elle ne suit tions faites par Léon XIII, p. 97, loi sq. que de 13 années la mort du personnage, et, de plus, T. Ortolan. avant de l'entreprendre, Théognoste sollicite l'avis du II. CANONISATION DANS L'ÉGLISE RUSSE. — patriarche de Constantinople, Calécas. Miklosich et Muller. Acta patriarcalus Constantinnpolitani, t. i, 1. Histoire. II. Bases de canonisation. III, A qui appar­ p. 191. Le métropolite Jonas canonisa aussi, en 1418, tient le droit de canoniser. IV. Enquête préparatoire à l’un de ses prédécesseurs, Alexis, mort en 1378. Golou­ la canonisation. V. Rites actuels de canonisation. binski, op. cil., p. 74. Il y eut encore dans cette période Fondée par des missionnaires venus de Constan­ deux autres saints, Serge de Radonetz et Cyrille de tinople, l’Église russe emprunta à l’Eglise grecque, avec Biélozer, dont le culte, d'abord local, se répandit peu à son credo, ses sacrements et sa hiérarchie, son calen­ peu dans toute la Russie, sans que l'on puisse rapporter drier ou ménologe. -Mais le germe de vie chrétienne à une date précise ou attribuer à un acte officiel connu déposé en elle ne pouvait manquer, en se développant, la transformation de ce culte local en culte universel. d'aboutir à une floraison nouvelle de saints nationaux, Enfin, Goloubinski, op. cit., p. 89-91, suppose que, peu dont les noms, introduits progressivement dans le méno­ de temps avant le concile de 1547, il parut un docu­ loge primitif, devaient peu à peu en transformer le ment officiel confirmant le culte, déjà universalisé par caractère et en modifier l’aspect. Ce phénomène d’évo­ la dévotion populaire, de quinze nouveaux saints. Ils se lution se manifeste de bonne heure, dès le xi» siècle; trouvent en ellet mentionnés comme tels dans une vie les premiers noms russes introduits dans le calendrier du métropolite Jouas écrite au temps de Macaire. sont ceux des saints Boris et Glèbe, patrons de la terre Klioutchevski, Drevnérousskia jitia svialijkh kak isloritrusse. cheskii istotchnik, Moscou, 1871, p. 225, 241, 462. Leur I. Histoire. — Le principal et le plus récent histo­ canonisation n'étant pas le fait des conciles de 1547 et rien de la canonisation des saints dans l’Église russe, 1549 doit leur être antérieure. Goloubinski, Isloria canonisatsii svialijkh ve rousskoï Les conciles de 1547 et 1549 constituent une date tserkvi, 2e édit., Moscou, 1903, partage cette histoire en importante dans l'histoire de la canonisation des saints trois périodes différentes. La première va des débuts dans l’Église russe. La liste des saints honorés d'un aux conciles tenus en 1547 et 1549 sous la présidence du culte universel s'y trouve grossie, par une canonisation métropolite Macaire; la deuxième est comprise entre en bloc, de trente noms nouveaux. Une bonne partie de 1519 et 1721, date de l’institution du saint-synode russe; ces nouveaux saints, une vingtaine sur trente, avaient la troisième, qui est la période actuelle, commence avec l'établissement même du saint-synode. L’auteur de cette déjà un culte restreint ou local, que le concile se borna à etendre à toute la Russie. Ces mêmes conciles approu­ division reconnaît d’ailleurs qu’elle ne repose pas sur des différences bien nettement caractérisées, soit au vèrent le culte local de neuf nouveaux saints, ce qui porte à 39 le chiffre total des canonisations opérées dans point de vue des principes, soit au point de vue des l’espace de quatre années. Goloubinski, op. cit., p. 97-108. procédés et des rites de canonisation. Il suffit pour s'en Les motifs d'une pareille manifestation méritent d’èlre convaincre de comparer les détails que nous ont laissés signalés. Constantinople, tombée au pouvoir des Turcs, les vieux chroniqueurs russes sur la première canoni­ sation faite par l'Église russe avec les récits des feuilles venait de perdre aux yeux des orthodoxes, avec son indépendance politique, une partie de son prestige reli­ religieuses russes de 1903 sur la canonisation de saint gieux. Les regards se tournaient maintenant vers Mos­ Séraphin de Sarov, la dernière en date. On ne constate pas, sur cette période de dix siècles, de différences cou. en qui les Russes voyaient le nouveau centre poli­ tique et religieux de l’orthodoxie. C'est à cette époque essentielles de procédés et de rites. L'Église russe partage les personnages auxquels elle et sous l'influence de ces idées qu'Ivan IV se lit sacrer tsar (1547). De son côté, l’Église russe, désireuse de rend un culte en trois groupes bien distincts : le groupe justifier la mission qu’elle s’attribuait, travaillait à se des saints dont le culte est étendu par l’autorité ecclé­ siastique suprême à toute l'Église russe ; celui des saints réformer et préparait son grand concile de 1551, connu sous le nom de concile du Stoglaf. C’est pour avancer dont le culte est approuvé pour une partie déterminée de l'Église, province, éparchie, ville, monastère, église lo­ cette œuvre de réforme et pour ajouter à son lustre cale; celui des personnages morts en odeur de sainteté, l’éclat de la sainteté qu'elle réalisa, en 1547 et 1549. dont la piété populaire, tolérée, quelquefois même sous la présidence de Macaire, ces canonisations en encouragée par l'autorité ecclésiastique, honore les masse. Entre 1547 et 1721, date de l’institution du saint-synode restes et célèbre la mémoire, en attendant qu’elle puisse leur rendre un culte proprement dit et leur décerner sur une moyenne de 150 nouveaux saints, il n'y en a le titre de saints. H y a dans ce partage, réserve faite guère qu’une quinzaine dont le culte se soit étendu à de différences très réelles, quelque analogie avec la toute la Russie. distinction que l’Église latine établit actuellement entre La période synodale n’offre qu'un nombre assez le groupe des vénérables, celui des bienheureux et celui restreint de canonisations nouvelles : six canonisations d’un caractère universel et une quinzaine de canonisades saints. 1661 CANONISATION DANS L’ÉGLISE RUSSE lions locales. Goloubinski, op. cit.,p. 170-198. La dernière en dale est celle de saint Séraphin de Sarov, sur laquelle nous reviendrons plus loin. Aux chiffres cités plus haut, il faut ajouter, pour être complet, le groupe des 141 saints que l’Église de Kiev a introduits dans son calendrier, durant la longue période de 227 années, où elle est restée séparée de l’Église de Moscou (1458-1685). Ce n'est qu’en 1762 que le saintsynode en a reconnu officiellement le culte et a auto­ risé l’introduction de leurs noms dans les calendriers imprimés à Moscou, et dans les ménées. Goloubinski, op. cit., p. 202-223. 2° En dehors des saints dont le culte est universel, l’Église russe possède des saints à culte local ou restreint. Les chiffres apportés plus haut montrent assez que ces derniers forment la masse principale des saints du calendrier russe. Il ne parait pas d’ailleurs que, sauf l’étendue locale du culte, il y ait de différence entre le culte rendu aux uns et aux autres. Sous ce rapport, la législation canonique de l’Eglise russe ignore les pres­ criptions rigoureuses et absolues qui interdisent dans l’Église latine d’étendre, au delà de limites rituelles et locales bien déterminées, le culte restreint autorisé pour un bienheureux. Les éléments du culte qui leur est rendu sont identiques et comportent pour les uns et pour les autres une fête avec office propre et vie, ainsi que la vénération des reliques et des images ou icones. 3» Les personnages morts en odeur de sainteté, et dont les fidèles honorent la mémoire, constituent dans l’Église russe une classe spéciale, intermédiaire entre celle des simples défunts et celle des saints universels ou locaux. On peut voir dans les honneurs qui sont rendus à leurs restes ou à leurs images un commencement de culte, toléré et parfois même formellement approuvé par l’autorité ecclésiastique. Tout d’abord, leur souvenir est consacré par les prières et les cérémonies faites sur leur tombeau au jour anniversaire de leur mort, ou en toute autre circonstance déterminée par la dévotion des croyants qui ont foi en leur intercession. Ces prières consistent en absoutes, en services funèbres commé­ moratifs, ou dans la simple mention du nom de ces personnages au memento des morts; elles n’excluent pas la confiance en la puissance d’intervention du ser­ viteur de Dieu et ont même pour but de la provoquer. Le tombeau de ces personnages est l'objet d'une véné­ ration toute particulière. S’ils sont enterrés dans une église, on élève à l'endroit où reposent leurs restes un sarcophage, que l'on recouvre d’un voile et près duquel l'on dresse un chandelier. S’ils ont été déposés dans un endroit découvert, on y bâtit un petit oratoire destiné à protéger le sarcophage et ses accessoires. Au lieu d'un simple voile, on plaçait quelquefois au-dessus du sarco­ phage un portrait en pied du personnage; il était aussi d’usage de suspendre aux murs de l'église ou de l’ora­ toire. près du tombeau, son portrait en buste. Goloubinski, op. cit., p. 271-277. Ce dernier point serait aujourd’hui tombé en désuétude, ou même formellement interdit. Ibid., p. 278. Les documents relatifs à l'existence de ce culte rendu aux serviteurs de Dieu non canonisés abondent dans la littérature hagiographique russe. Le chroniqueur russe .lacob, dans son récit de l’institution de la fêle des saints Boris et Glèbe, raconte que, bien avant l’institu­ tion de cette fête, qui équivalait à la canonisation offi­ cielle, les restes des deux princes furent retirés de l’endroit ou ils avaient été primitivement déposés et solennellement transportés dans un oratoire où les pèle­ rins et les dévots affluèrent, comme ils avaient afflué à leur tombeau primitif. Goloubinski, op. cil., p. 45-46. Et le chroniqueur Nestor, faisant allusion à cette trans­ lation des restes des deux serviteurs de Dieu, semble laisser entendre que l'on espérait ainsi obtenir de Dieu 1662 la réalisation de prodiges assez éclatants pour attester leur sainteté et leur crédit auprès de lui. Ibid., p. 47. Vers 1514, à Borovitch, village de la province de Nov­ gorod, le peuple entourait de sa vénération les restes d’un saint personnage, du nomdeJacob. Pressé d'établir une fête en son honneur, l’évêque, après en avoir référé au métropolite Macaire, décida, d'accord avec lui, que l’on ferait une translation solennelle de ses restes, qu’on les déposerait dans un nouveau tombeau, au-dessus duquel on élèverait un monument en forme de sarco­ phage, et que, chaque année, on célébrerait, au jour anniversaire de cette translation, un service funèbre commémoratif. Goloubinski, op. cit., p. 87-88. L'higoumène de Troïtsa, Arsène, établit également, vers 1525, en l’honneur d'Étienne, fondateur du monastère de Makhrichtch, un service funèbre perpétuel, après avoir fait élever sur son tombeau un sarcophage recouvert d’un voile et y avoir fait dresser un chandelier. Ibid., p. 113. En 1592, Hermogène, métropolite de Kasan, pour perpétuer la mémoire des trois martyrs Jean, Etienne et Pierre, institue en leur honneur une absoute et un service funèbre annuels, et ordonne d’inscrire leurs noms au synodik et d’en faire mention perpétuelle au memento des morts. Ibid., p. 272. Il arriva que l’on ne se contenta pas toujours de ces prières et de ces services commémoi'atifs, et que, en certains cas, la dévotion du peuple et même des moines préjugea des décisions de l'autorité religieuse pour rendre à des serviteurs de Dieu non canonisés un véri­ table culte. C'est ainsi qu'un moine compose en l'honneur de son maître., Joseph, un office qu’il soumet d’ailleurs au métropolite Macaire, et dont celui-ci autorise la réci­ tation, en particulier. Ibid., p. 290. Il n’est même pas exagéré d’affirmer que la canonisation universelle, ou restreinte, d'un bon nombre de saints russes fut pré­ cédée d’un culte populaire de ce genre, dont les rites plus ou moins précis furent généralement tolérés, quelquefois même déterminés par l’autorité ecclésias­ tique. Ce dernier point ressort avec évidence des faits suivants. Le patriarche Job (1589-1605) fait composer en l’honneur du prince moscovite Daniel Alexandrovitch, mort en 1303, des stichaires et un canon; la translation des restes du prince n'eut lieu cependant qu'en 1652, et sa canonisation, vers la lin du xvill· siècle. Goloubinski, op. cit., p. 190. Alexandre, évêque de Viat (1657-1674), compose lui-même l’office de Longin de Koriajem. Viérioujski, Istoritcheskia skasania o jisni svialhykh podvizavehikhsia ve vologodskoï éparkhii, Vologda, 1880, p. 521 sq. Saint Dimitri, métropolite de Rostov (f 1709'. écrit un tropaire et un kondak en l’honneur du moine Corneille de Péréïaslavl, mort en 1693. Klioutchevski, op. cil., p. 349. Ces compositions liturgiques paraissent quelquefois très peu de temps après la mort du person­ nage qui en est l’objet. Un office est ainsi composé en l'honneur du métropolite Jonas, mort en 1461, en l’année même de sa mort, ou tout au plus l'année suivante, et cela, avec l'autorisation de l’évêque de Novgorod. Goloubinski, op. cit., p. 290, note 1. IL Bases de canonisation. — 1’ A considérer la ques­ tion au point de vue purement historique, on peut dire que, dans l’Église russe, la base ordinaire de toute canonisation est le miracle. Sauf de rares exceptions, les documents relatifs aux canonisations, même les plus anciennes, mentionnent toujours, au point de départ des démarches faites par un prince, un higoumène de monastère, ou les représentants d’une Église quelconque, en vue d’obtenir de l'autorité ecclésiastique l’inscription d’un nom nouveau au catalogue des saints, la constatation de prodiges, accomplis au tombeau du personnage en question, ou par son intercession. Les faits ainsi con­ statés provoquent habituellement une enquête dont l’un des éléments presque constants est l'examen des restes 1663 CANONISATION DANS L’ÉGLISE RUSSE 1664 Les conciles de 1547 et de 1549 prennent pour base du défunt. L’état de conservation plus ou moins parfaite principale des canonisations effectuées par eux le mi­ de ces restes est interprété comme un signe favorable, racle, autant du moins qu'on le peut conjecturer par les qui justifie la poursuite de l'enquête sur les miracles, maigres renseignements que Ton possède sur la procé­ souvent même autorise à la clore et à procéder sans plus tarder à la canonisation. En d'autres cas, l’enquête | dure qui y fut suivie. Les nouveaux saints n'y sont sera provisoirement close par une translation plus ou désignés que sous le nom de thaumaturges, et, pour moins solennelle des restes du défunt, et la canonisation préparer les canonisations de 1549, les Pères du con­ cile de 1547 ordonnent aux évêques de mener des en­ n’aura lieu que lorsque de nouveaux prodiges seront quêtes sur les prodiges et les miracles attribués à l'inter­ venus confirmer les precedentset transformer en certi­ tude la présomption de sainteté. D’autres fois, c’est la cession des serviteurs de Dieu, dans les limites de leurs découverte même, intentionnelle ou fortuite, de restes éparchies. Goloubinski, op. cit., p. 94-96. En 1589, il ollrant quelque apparence de conservation, ou exhalant est question d'étendre à toute la Russie le culte de saint quelque odeur de parfum, qui provoque l'enquête et Joseph de Volokolam, fondateur du monastère de l'As­ détermine l’inscription au calendrier. 11 n’est guère pos­ somption. Vn synode, présidé par le métropolite .lob sible, sur ce point, de formuler de règle précise et de (1589), subordonne l'extension de ce culte à la consta­ déterminer des procédés de canonisation constants et tation de nouveaux miracles. L’enquête faite à cette uniformes. Jusqu’à la lin du xvn· siècle, cette partie de occasion ne donne pas de résultat satisfaisant, et la fête l'activité canonique et disciplinaire de la hiérarchie n’est universalisée que deux ans plus tard, en 1591. ecclésiastique russe semble échapper à toute règle fixe. KJioutchevski, op. cil., p. 312. Quant aux canonisations postérieures à l'institution du En 1690, les moines d'un monastère de Solovelz saint-synode, elles se font d’après des principes plus demandent à Athanase, évêque de Kholmogor, l'autori­ précis et des procédés plus uniformes. sation d'établir, dans l'intérieur du monastère, une fêle Voici quelques fails à l’appui des remarques précé­ en l'honneur de Germain, l’un de ses fondateurs. L’é­ dentes. Au dire des chroniqueurs Nestor et Jacob, ce vêque ne s'y oppose pas, mais il rappelle qu'il faut sont les prodiges accomplis auprès du tombeau des d'abord le consentement du tsar et celui du patriarche, princes Boris et Glèbe, à Vychegrad, qui attirent sur ainsi qu’une enquête sérieuse sur la vie, les vertus et leurs restes l’attention de laroslav et du métropolite les miracles du personnage. Goloubinski. op. cit., Jean. L’église de Saint-Basile où ils reposaient ayant p. 428-429. 2° En dehors du titre de thaumaturge, l’Église russe été détruite par un incendie, on les déposa provisoire­ ment dans un petit oratoire construit lout exprès. Cette donne aussi à quelques-uns des saints qu'elle honore translation avait permis de conslater leur merveilleux le titre de hieromartyrs. Le nombre de ces derniers est, état de conservation. De nouveaux miracles se pro­ il est vrai, assez restreint; l'existence de ce titre n’en duisirent bientôt, qui déterminèrent le métropolite à soulève pas moins la question de savoir si l'Église russe procéder à une seconde et plus solennelle translation considère le martyre comme une preuve solide de sain­ de leurs restes dans la nouvelle église dédiée à leur teté et une base suffisante de canonisation. Goloubinski, souvenir, translation qui marqua l’institution de leur op. cil., p. 269, prétend quelle se sépare sur ce point fêle, au 24 juillet. Goloubinski, op. cil., p. 46. Au de l'Église latine, et que le martyre sans le miracle ne contraire, le culte de saint Théodore Petchersky, le suffit pas chez elle à autoriser l'inscription au catalogue second fondateur des célèbres laures de Kiev, s’établit des saints. Il apporte en preuve ce fait que, vers 1592, presque immédiatement après sa mort (1076). La trans­ le métropolite de Kazan, Hermogene, s'adressant au lation deses reliques dans l'église du monastère, com­ patriarche Job pour le prier d'autoriser le culte de trois mencée par lui et terminée seulement en 1089, ne se personnages martyrisés par les Tatars, demande simple­ fait qu'en l’année 1091. Cette translation donne lieu à ment pour eux les honneurs que l'on rend aux défunts une grande solennité et popularise le culte du serviteur morts en odeur de sainteté, et non le culte réservé aux de Dieu. Enfin, en 1108, Théoctiste, higoumène de saints. Il en conclut que si l'évêque borne sa requête à Pétchersky, obtint par l'entremise du prince Sviatopolk, une simple commémoraison, sans fête proprement dite, l'inscription de son nom dans le synodik, pour être c’est que le litre de martyr allégué était insuffisant à mentionné au canon de la messe. Chronique dite de légitimer cette dernière, et que, dans la circonstance, Nestor, traduite par Louis Loger, Paris, 1884, p. 176, on n’avait pas pu l'appuyer du titre de thaumaturge. 223. L’institution d une fête en l'honneur de saint Vla­ Il faut remarquer d'ailleurs que ce titre de martyr a été attribué dans l’Église russe à des saints dont le dimir, le baptiseur de la Russie (972-1054), parait au contraire avoir été indépendante de toute constatation genre de mort ne justifie guère cette appellation. Les de miracles attribués à son intercession et de toute rela­ saints Boris et Glèbe, qui, les premiers, le portèrent, tion avec le culte de ses reliques. Cette fête n’est établie pour être tombés sous les coups de leur parent Sviato­ que postérieurement, à la suite de la victoire remportée polk, furent de simples victimes d’une politique ambi­ en 1240, au jour anniversaire de sa mort, par le prince tieuse et cruelle. Ce titre fut accordé aussi à saint Léonce, Alexandre Nevski, sur les Suédois. Ni l'histoire, ni la évêque de Rostov, dont la mort (1077) fut très paisible, légende n’attribuaient à ses restes de ces prodiges qui mais dont la vie avait été consacrée tout entière à un illustrent le tombeau des serviteurs de Dieu. Un écri­ long et pénible apostolat au milieu de ses diocésains. vain inconnu du xn» siècle, auteur d’une chronique Martinov, Annus ecclesiasticus græco-slavicus, Bruxelles, relative à ce prince, en fait naïvement la remarque, et 1863, p. 138. L’Eglise russe n’en possède pas moins de reproche presque à ses compatriotes de n’avoir pas vrais martyrs; mais l'existence du culte qui leur est encore su obtenir de Dieu le don et la gloire des mi­ rendu ne suffit pas à résoudre la question soulevée plus racles pour les restes d'un prince qui a converti et haut, car l’on ignore l'origine première et les motifs baptisé la Russie. Goloubinski, op. cil., p. 63. D'ailleurs, véritables du culte dont ils sont actuellement l'objet. 11 au moment où Novgorod canonise Vladimir Monomaque, en est ainsi pour les saints varègues, Théodore et Jean, Kiev a déjà été prise et ravagée par les Tatars et l’église j martyrisés, vers 983, par leurs compatriotes païens. Mar­ de la Dîme, où se trouvent ses restes, est ensevelie sous tinov, op. cit., p. 176, et pour les trois martyrs lithuises décombres. 11 semble donc bien qu’en cette circons- j niens, Jean, Antoine et Éustathe, mis à mort sur -s tance ce soit uniquement le rôle joué par Vladimir dans ordres du prince païen Olgerde. en 1342. et canonis s 1 histoire de la conversion de la Russie et ses titres de probablement en 1347 par le métropolitain de Kiev, baptiseur et d'apostolos qui lui aient valu l’honneur de Alexis. Martinov, op. cit., p. 109; Goloubinski. i. monter sur les autels. p. 68. 1665 CANONISATION DANS L’ÉGLISE RUSSE 3° Une dernière question reste à examiner, relative­ ment aux motifs et aux bases de canonisation admis dans l’Église russe; celle de l'importance attachée par elle à l’examen des restes des personnages dont elle prépare la canonisation, et de la valeur attribuée, comme signe et preuve de sainteté, à l’état de conservation plus ou moins parfaite dans lequel on les retrouve. Que l’examen attentif et minutieux de ces restes constitue, aujourd'hui comme par le passé, l’un des éléments principaux de l’enquête préparatoire à la canonisation, c’est là un point que l’on ne saurait mettre en doute. Bien souvent même, la cérémonie de canonisation se confond avec Celle de l'invention ou de la translation des reliques. 11 en fut ainsi pour Boris et Glèbe et Théodore Petchersky, les trois premiers saints canonisés par l’Église russe. Il en est encore ainsi dans toutes les canonisations solennelles faites par le saint-synode. Cf. Goloubinski, op. cit., p. 169 sq., et en appendice, p. 438-515, les pièces officielles. Mais il ne semble pas que l’Église russe ait jamais considéré l'incorruptibi­ lité du corps comme une condition indispensable ou comme une base suffisante de canonisation. Parmi les saints canonisés par elle, il en est un certain nombre dont la canonisation a devancé l’enquête relative à leurs restes mortels, ou pour lesquels cette enquête n’a jamais eu lieu. Apportons à l’appui de cette remarque une déclaration assez intéressante du concile de 1667, qui défend absolument de s'autoriser du fait de l'incorrupti­ bilité du corps pour considérer et honorer comme saints ceux dont les restes auraient pu être ainsi con­ servés. Car, est-il ajouté, cette conservation du corps peut avoir toute autre cause que la sainteté du défunt, et être attribuée, en particulier, à l’excommunication, ou à l’état de péché dans lequel la mort l a surpris; il faut avant de rendre un culte ou d'établir une fête nou­ velle. une enquête préalable et l’approbation de l’auto­ rité ecclésiastique, représentée par le synode épiscopal. Goloubinski, op. cit., p. 285. Une défense aussi formelle visait sans doute les abus auxquels avait pu se laisser entraîner la crédulité popu­ laire, mêlée de superstition. Elle ne réussit pas d’ailleurs à y mettre un terme. Dans un oukase du 25 novembre 1737, Goloubinski, op. cit., p. 439-440, en rapport avec un passage du Règlement ecclésiastique, relatif à la ques­ tion des reliques d'une authenticité douteuse, part. 11, Affaires spéciales, § 1-3, n. 8, le saint-synode revient sur cette question, déjà tranchée par la décision du concile de 1667. Cette croyance populaire s’est perpétuée jusqu'à nos jours et le moujik russe, aujourd'hui comme au xvm« siècle, considère l’incorruptibilité du corps comme un signe indispensable de sainteté. La dernière canoni­ sation, celle de saint Séraphin de Sarov, en 1903, a permis de constater combien cette croyance était encore vivace dans les niasses populaires. L’émotion provoquée dans le peuple à la nouvelle, répandue à la suite de l’enquête officielle, que le corps du saint n'était pas intact, fut considérable. Les raskolniks en profitèrent pour attaquer l’Église officielle, et le métropolite de Saint-Pétersbourg, Antoine, président du saint-synode et le personnage le plus en vue de la hiérarchie ecclé­ siastique russe, jugea opportun de relever ces attaques et de dissiper les préjugés populaires. Il le fit dans une lettre publiée dans le n. du 21 juin 1903 du Novoîé Vrémia, et reproduite dans le n. du 28 juin, p. 983, des Tserkovnya Viédomosti, journal officiel du saint-synode. Il y rappelle que la véritable base de toute canonisation, ce sont les miracles accomplis par les restes, ou grâce à l’intercession du saint, et que l'incorruptibilité du corps n’est qu’un miracle accessoire, d'une valeur réelle, s'il est appuyé sur d’autres, mais insuffisant à lui seul, et dont la réalisation n'est pas une condition indispen­ sable à la validité de la canonisation. La doctrine offi­ cielle de l’Église russe s'écarte donc, sur ce point, de 16G6 la doctrine de l’Église grecque, telle au moins que l’expo­ sait, à la fin du xvn· siècle, Nectaire, patriarche de Jérusalem, dans son Περί trς αρχής τού πάπα άντί^ρησις, Jassy, 1682, où il admet comme preuve indispensable et suffisante de sainteté, en dehors d’une parfaite ortho­ doxie et de la pratique constante des vertus chrétiennes, le prodige de l'incorruptibilité du corps et des exhala­ tions ou des sécrétions balsamiques. Cf. Goloubinski, op. cit., p. 406-407. 111. A QUI APPARTIENT LE DROIT DE CANONISER? — Pour répondre à cette question avec quelque précision, il convient de tenir compte de la distinction établie, au début de cette étude, entre les trois périodes qui se partagent l’histoire de la canonisation des saints en Russie. Dans la première de ces trois périodes, celle qui s’étend jusqu’aux conciles de 1547 et de 1549, les cano­ nisations partielles ou locales semblent être habituel­ lement laissées à la discrétion de l’évêque, dans les limites de son éparchie. Goloubinski, op. cit., p. 295, suppose que celui-ci n’usait ordinairement de ce droit qu’après en avoir référé au métropolitain; mais il faut reconnaître que, si les documents ne contredisent pas celle hypothèse et l'appuient même en partie, ils ne fournissent pas toutefois de renseignements permettant de la généraliser. Fort restreint est le nombre des canonisations dont la date et l'auteur peuvent être déterminés avec quelque certitude, pour cette période. Pour celles d'entre elles qui sont attribuées à de simples évêques, l'intervention du métropolitain constitue plu­ tôt une exception. Elle s’exerce d’ailleurs dans des conditions assez variées. Vers 1463, on découvre au monastère de Saint-Sauveur de laroslavl les restes du prince Théodore Rastislavitch et de ses deux fils, David et Constantin, qui y ont été déposés dans les premières années du xiv· siècle. A la suite de guérisons attribuées à leur vertu, rapport est fait à l'évêque de Kostov, Try­ phon, qui, quelque peu incrédule sur l’authenticité de ces prodiges, ordonne une enquête. Sur ces entrefaites, l'évêque, repentant de son incrédulité, se démet de sa charge et va mourir au monastère du Sauveur, auprès des restes sacrés dont il a mis en doute la vertu et la sainteté (1468). Ainsi interrompu, le procès de canoni­ sation est sans doute repris et mené à bon terme par le métropolitain de Moscou, Philippe, puisque l’on voit celui-ci, de concert avec le grand-duc Ivan Vasiliévitch, confier au hiéromoine Antoine le soin d’écrire la vie des nouveaux thaumaturges. Or, l'on sait que la rédac­ tion de la vie accompagnait ou suivait ordinairement la canonisation. Goloubinski, op. cit., p. 76-77. J’ai déjà cité plus haut le cas de cet inconnu du nom de Jacob, dont on découvrit le corps à Borovitch, dans la province de Novgorod. Il était assez bien conservé, et fut déposé dans un petit oratoire où les fidèles accou­ rurent et furent témoins de nombreux prodiges. En 1544, l’évêque de Novgorod ordonna une enquête, à ia suite de laquelle il s’adressa au métropolitain de Mos­ cou, Macaire. Celui-ci autorisa une translation solennelle des restes du personnage en question, mais ne permit de leur rendre que les honneurs accordés aux chrétiens morts en odeur de sainteté. En dehors des canonisations locales décidées par l’é­ vêque avec le concours du métropolitain, ou par l'évêque seul, il faut mentionner aussi celles que le métropoli­ tain fait Ini-méme directement, ou avec le concours des évêques réunis en synode. C’est ainsi que le métropolite Daniel établit, en 1521, une fête en l'honneur de Macaire de Koliazin, fondateur d'un monastère de la SainteTrinité, à Tver, et en 1531, celle de Paphnuce de Barov, fondateur du monastère de la Nativité. Goloubinski, op. cit., p. 83. En 1539, l'higoumène Daniel de Péréïaslavl signale.au métropolite Joasaph, la présence dans l'église de Saint-Nicolas des restes du prince André de Smo- 16G7 CANONISATION DANS L’ÉGLISE RUSSE lensk et l’existence d'un véritable culte à l'adresse de ce personnage. 11 est autorisé à en faire l’invention et l'examen, puis, Joasaph, à la suite d'une seconde en­ quête menée par l'archimandrite Jonas, ordonne de remettre ces restes en terre et de mettre un terme au culte qui leur était rendu. Goloubinski, op. cit., p. 86-87. Si le métropolitain intervenait en bien des cas dans les canonisations locales, les canonisations universelles lui revenaient de droit. C’est le métropolitain de Kiev, Jean, qui institue la fête des saints Boris et Glèbe; c’est celui de Moscou, Théognoste, qui, en 1339, canonise son prédécesseur le métropolite Pierre; c'est encore Jonas de Moscou qui étend à toute la Russie le culte de saint Alexis (1-448). Le métropolitain n'est pas toujours le seul à intervenir dans ces canonisations qui lui sont attribuées. Les deux canonisations partielles faites par le métropolite Daniel, en 1521 et en 1531, sont soumises à l'examen préalable d'un synode épiscopal. Théognoste, avant de canoniser son prédécesseur Pierre, en réfère à Galécas, patriarche de Constantinople. Alexis aurait fait de même pour la canonisation des trois martyrs lithuaniens, Antoine, Jean et Eustache, en 1364, et se serait adressé dans ce but au patriarche Philothée. Goloubinski, op. cit., p. 70. Le grand-duc joue aussi un rôle important dans la plupart des canonisations faites par son métropolitain. L'union intime et la subordination étroite qui ont tou­ jours caractérisé, en Russie, les rapports de la juridic­ tion ecclésiastique avec l'autorité civile expliquent assez l'intervention de celle-ci dans ces questions d’ordre purement religieux. Nous la retrouverons, d’ailleurs, aussi constante et aussi absolue, dans la périodé actuelle. Relevons seulement, pour cette première période, le cas, déjà cité au début de cette étude, du prince Sviatopolk, qui, à la demande de l'higoumène de Petchersky, et sans passer par l’intermédiaire de son métropolitain, du moins le chroniqueur se tait sur ce point, s'adresse directement aux évêques de sa principauté et leur ordonne d'inscrire le nom de saint Théodore Petchersky au synodik, pour être mentionné désormais dans la liturgie. Le chroniqueur fait remarquer qu’avant de prendre cette décision le prince voulut connaître et étudier par lui-même la vie du célèbre fondateur de Petchersky (1108). Chronique dite de Nestor, traduite par Léger, p. 223. Les canonisations de 1547 et de 1549 sont l’œuvre collective du métropolitain et des évêques assemblés. Dans la période qui suit, la plupart des canonisations dont on a pu déterminer l’époque et 1'auteur son l'œuvre du métropolite et, à partir de 1589, du patriarche, assisté le plus souvent d’un synode épiscopal. Les métropolites Macaire (1543-1563), Antoine (1577-1580), et les patriarches Job (1586-1605), Philarète (1619-1633), Nicon (1652-1658) ont procédé chacun à plusieurs cano­ nisations. Avait-on pris, en 1547, ou en 1549, quelque décision réservant à l'autorité métropolitaine, ou syno­ dale, les causes de canonisation? On serait tenté de le croire, à voir le nombre très restreint des canonisations faites par les évêques locaux; encore, est-il probable qu'ils n'agissaient qu'avec l'autorisation préalable du métropolitain ou du patriarche. Un concile de 1667 établit ou rappelle à ce propos la nécessité d’une en­ quête préalable et d'un examen de la cause par les évêques assemblés. Goloubinski, op. cit., p. 285. Athanase, évêque de Kholrnogor, sollicité en 1690 d’autoriser le culte local de Germain de Solovetz, fondateur du monastère du même nom, répond qu'il faut d’abord 1'approbation du tsar et du patriarche, ibid., p. 428429; le même Athanase se voit refuser, en 1691, par le patriarche Adrien, l’autorisation sollicitée de procéder à la translation des restes des saints Jean et Longin, dont le culte local avait été établi en 1624 par le métro­ polite de Novgorod, avec la permission du patriarche 1668 Philarète. Ibid,, p. 125, 430-431. Il résulte de ces exemples que, en fait et en droit, depuis les conciles de 1547 et de 1549, ou tout au moins, depuis celui de 1667, la décision dernière dans toutes les causes de canonisation était réservée à l'autorité suprême, repré­ sentée par le patriarche, assisté ou non d'un synode, et par le tsar. Car ce dernier intervient très activement dans toutes ces questions, et rien ne se fait sans sa haute approbation. Parmi les causes de canonisation de cette période, il y a intérêt et profit à signaler celle de la princesse Anne Kachinski, femme de Michel .laroslavitch, prince de Tver. Son mari fut tué en 1318 à la Horde; la princesse mourut en 1368 sous l’habit reli­ gieux. Enterré à Kachin, son corps y serait resté long­ temps ignoré, lorsque, vers le commencement du xvn· siècle, des prodiges nombreux attirèrent sur lui l’attention du clergé et du peuple. Le tsar, Alexis Mikhoïlavitch, informé de ce qui se passait, ordonna une enquête, qui fut confiée à Jonas, archevêque de Tver, aidé d’un archimandrite et d’un higoumène de Moscou. L’examen des,reliques et l'enquête sur les miracles donnèrent un résultat satisfaisant, et, en 1650, le tsar allait lui-même prendre part à la cérémonie de la translation des reliques. Puis, il fit établir une fêle en l'honneur de la nouvelle sainte, composer son office et rédiger sa vie. Vingt-sept ans après, en 1677, le patriarche Joachim reprenait l’examen de la cause et envoyait à Kachin une commission composée du métro­ polite de Riazan, de l'archevêque de Tver, d’un archi­ mandrite et d’un protopope. A la suite du rapport défa­ vorable déposé par cette commission, il réunissait les évêques présents à Moscou, décidait avec eux que, provisoirement, et en attendant la réunion d’un concile pour la solution définitive de la question, on suspen­ drait tout culte proprement dit en l’honneur de la pré­ tendue sainte, et que l'église dédiée à son nom serait fermée jusqu’à nouvel ordre. Le concile en question se réunit le 1" janvier 1678 et confirma ces décisions en rayant Anne Kachinski du calendrier et en ordonnant de mettre sous un autre vocable l’église qui lui était consacrée. Goloubinski, op. cit., p. 159-168. Le même patriarche cassa encore en 1682 une seconde canoni­ sation, celle d’Euphrosine de Pskov, qui datait vrai­ semblablement du concile de 1549. Goloubinski, op. cit., p. 167-168, assigne comme cause probable de la revision de ces deux prccès de canonisation, le désir de réduire à néant les arguments que les raskolniks prétendaient tirer en faveur de leurs théories de la vie de ces deux personnages, rédigée et falsifiée par eux. Depuis l’institution du saint-synode, les causes de canonisation relèvent toutes de ce tribunal suprême, mais avec cette différence que les canonisations univer­ selles sont proclamées par un acte officiel émané de lui et approuvé par l’empereur, tandis que les canonisa­ tions locales ne donnent lieu à aucune proclamation officielle de ce genre et supposent une simple appro­ bation de sa part. IV. Enquête préparatoire a la canonisation. — Pour les canonisations universelles, l’enquête prépa­ ratoire à la décision synodale comprend d'habitude les éléments suivants. C’est généralement l’autorité diocésaine qui introduit la cause auprès du saint-synode par un rapport sur les miracles opérés au tombeau ou grâce à l’intercession du défunt, et sur le culte populaire provoqué par ces prodiges. Notons cependant comme exceptions à celte règle l’introduction auprès du saint-synode de la cause d'innocent d'Irkoutsk. par l’empereur Paul Ier lui-tnême, en 1800, à la suite du rapport rédigé par deux sénateurs, qui, de passage â Irkoustk, avaient eu l’occasion de constater l’état remarquable de conservation du corps de l’évêque défunt, mort en 1731, et en 1831, de celle de Metro­ phane de Vorona, par Nicolas I", à la suite d'un rapport 4669 CANONISATION DANS L’ÉGLISE RUSSE du même genre. Quand il a reçu ce rapport, le saintsynode nomme une commission composée de digni­ taires ecclésiastiques, évêques, archimandrites, higoumènes, prolopopes (le nombre et la qualité ne sont pas rigoureusement déterminés), pour procéder à l'examen des reliques et à l’enquête sur les miracles signalés. L’examen des reliques est institué à une double fin : constater leur authenticité et se rendre compte de leur état de conservation. Dans cinq cas sur six d’examens de ce genre, les restes ont été déclarés par les enquê­ teurs « conservés et intacts ». Mais les détails circons­ tanciés sur l’état du corps consignés dans leurs rapports laissent supposer qu’ils attachent à ces termes un sens plutôt conventionnel et assez peu rigoureux. L’enquête relative aux miracles ne se borne pas aux localités mêmes où se trouvent les restes du serviteur de Dieu : celle qui prépara la canonisation de saint Séraphin de Sarov se poursuivit dans vingt-huit éparchies différentes de la Russie d’Europe et de la Sibérie. Cette enquête sur l’état du corps et sur les miracles est-elle accompagnée d’un examen sérieux de la vie et des doctrines du personnage, examen qui constitue dans l’Église latine l'un des principaux éléments du procès de canonisation? Je ne saurais répondre d’une façon précise à cette question. Les pièces officielles sont muettes sur ce point, sauf pour la canonisation de Métrophane de Voronej, où l’on voit le saint-synode s’enquérir d’un document intéressant l’histoire de la vie du saint et des vertus pratiquées par lui sûr le siège épiscopal. Toutefois, ce seul fait que toute canonisalion est précédée, ou immédiatement suivie de la publication d'une vie du saint, destinée à être insérée dans les menées, permettrait de supposer l’existence d'une enquête préalable sur ce point. De plus, les vertus pratiquées par lui au cours de sa vie et les miracles réalisés de son vivant, s’il y en a, se trouvent mentionnés dans le document émané du saint-synode et tenant lieu de décret de canonisation, à côté des miracles constatés après la mort. L’enquête relative à la vie doit donc exister, moins rigoureuse peut-être et moins détaillée que celle des enquêteurs romains. Quant à la question des idées et des doctrines professées par le personnage sur lequel porte l’enquête, je ne saurais dire jusqu’à quel point et dans quelle mesure leur orthodoxie plus ou moins suspecte pourrait influer sur la décision finale. L’enquête terminée, le saint-synode juge s’il y a lieu de poursuivre immédiatement l’affaire, ou de l’ajourner pour un supplément d'information. Ce fut à cette seconde alternative qu'il s'arrêta en 1803, lors de la canonisation d’innocent d'Irkoutsk. Le rapport de la commission d’enquête avait 'été déposé en 1801. Après deux ans d’attente, le saint-synode demande à l’évêque du lieu un rapport complémentaire sur les cas nouveaux qui auraient pu se produire dans l’intervalle; il ajoute qu'il désirerait connaître d'une façon précise l’état de l'opinion sur le fait de l'incorruptibilité du corps, constaté dans la première enquête. Ce n’est qu’à la suite de ce second rapport qu'il procède à la canoni­ sation. 11 suit la même ligne de conduite dans la cano­ nisation de saint Séraphin de Sarov. Après une première enquête menée par l’évêque de Tambov, de 1892 à 1891, il confie au supérieur du skyte de Sarov le soin de compléter les renseignements déjà recueillis. Par deux fois, au début et à la fin de 1897, l’évêque de Tambov transmet au saint-synode ces suppléments d’enquête. Celui-ci diffère toujours. Enfin, le 19 juil­ let 1902 — je cite le document officiel du saint-synode, Tserkovnia Viédomosti, n. du 1« février 1903, p. 32 — « au jour anniversaire de la naissance du bienheureux Séraphin, il plut à Sa Majesté Impériale de se souvenir des mérites et des vertus du vénérable défunt, ainsi que des témoignages de la dévotion populaire à son égard, 1670 et d’exprimer le désir que la cause de sa canonisation, déjà introduite auprès du saint-synode, fût menée à terme. » Celui-ci reprend alors l’examen des miracles et, après en avoir reconnu l’authenticité et la valeur, confie à une commission composée du métropolite de Moscou, des évêques de Tambov et de Nijegorod, de plusieurs autres dignitaires ecclésiastiques et du prince Chirinski-Chikhmatov, l'examen des restes du bien­ heureux. Le procès-verbal rédigé par la commission à la suite de cet examen est déposé le 11 janvier 1903, et immédiatement suivi d'un rapport présenté par le saint-synode à l'approbation impériale et contenant les points suivants : 1° inscription du bienheureux Séraphin dans la liste des saints, exposition de ses restes mortels en qualité de reliques et leur transfert dans le tombeau offert par la piété impériale; 2° composition d’un office propre en son honneur et, en attendant, récitation de l’office commun ; deux jours seront consacrés à sa mémoire : le 2 janvier, date de sa mort, et le jour anniversaire du transfert des reliques; 3° rédaction et publication par le saint-synode du document destiné à porter ces différents points à la connaissance des fidèles. Le 26 janvier, l'empereur accorde l’autorisation deman­ dée. en y apposant sa signature précédée de la formule suivante : « Lu avec un sentiment de véritable joie et de profond attendrissement. » Le saint-synode désigne alors le métropolite de Saint-Pétersbourg et les évêques de Tambov et de Nijegorod pour présider, au jour fixé par lui et qui était le 19 juillet, la cérémonie solennelle du transfert des reliques et de leur exposition à la vénération des fidèles. Puis, par un acte du 29 janvier, que l'on peut considérer comme le décret définitif de canonisation, il annonce aux fidèles les décisions prises par lui et approuvées par l'empereur. Il ne reslait plus qu’à procéder à la cérémonie du transfert et de l'expo­ sition des reliques. Les détails donnés plus haut, qui représentent, sauf quelques différences peu importantes, la marche générale suivie dans l’examen des causes de canonisation depuis l’établissement du saint-synode, ont été tirés des pièces officielles, réunies par Goloubinski dans son Histoire de la canonisation des saints en Russie, p. 475-515, ou analysées par lui, p. 170-190, et pour les renseignements relatifs à la cause de saint Séraphin, des documents publiés par les Tserkovnia Viédomosti, n. du 1er février, p. 28-33, et du 21 juin 1903, p. 259-261. V. Rites actuels de canonisation. — La cérémonie du transfert et de l'exposition des reliques se fait avec une solennité exceptionnelle, au lieu même où se trouvent les restes du saint. Le saint-synode délègue à cet effet un ou plusieurs métropolites; les fêtes de Sarov pour la canonisation de saint Séraphin furent présidées par le métropolite Antoine, président actuel du saint-synode, par l'archevêque de Kazan et par les évêques de Tambov et de Nijegorod ; les journaux évaluèrent à deux ou trois cent mille le nombre des pèlerins qui s’y succédèrent. Ces fêtes sont remplies par de longues et multiples céré­ monies, dont ne se lasse pas la piété du peuple russe. Elles se prolongèrent à Sarov du 16 au 21 juillet. Les premières journées, du 16 au 18, furent occupées par des services funèbres et des panikhides (absoutes) célébrés dans les différentes églises ou oratoires du monastère et des environs. En voici le détail emprunté au céré­ monial fixé par le saint-synode, Tserkovnia Viédomosti, n. du 14 juin, p. 247-250, et aux récits des journaux : Novoïé Vréniia, 22 et 24 juillet; Tserkovnia Viédomosti, n. du 26 juillet. Quelques jours avant l’ouverture des fêtes, le corps du sainl, retiré de l'endroit où il avait reposé jusque-là, fut déposé dans l'une des églises du monastère, enfermé dans un cercueil de bois de cyprès. L’église resta fermée jusqu'au moment de la translation. Le 16, à midi, panikhide solennelle chantée dans l'église de l'Assomption et i 671 CANONISATION DANS L’ÉGLISE DUSSE — CANTACUZÈNE présidée par 4 évêques, 11 archimandrites et 19 proto­ popes. A l’ecténie (proclamation faite par le diacre des défunts pour lesquels on prie), sont mentionnés les noms des empereurs et des impératrices depuis Élisabeth Pétrovna jusqu’à Alexandre 111, ceux de l'évêque de Vla­ dimir qui conféra le diaconat à saint Séraphin, de l'évêque de Tambov qui le consacra hiéromoine et de ses successeurs, des parents du saint, de tous les higouniénes et supérieurs du monastère de Sarov sous la direc­ tion desquels a vécu saint Séraphin. La liste des défunts mentionnés avait été préalablement dressée, sur l’ordre du saint-synode, par le chancelier de l'évêché de Tambov. De semblables prières sont récitées pendant le même temps dans les autres églises et oratoires du monastère et des environs. A G heures du soir, commence dans les différentes églises l'oflice nocturne des morts, suivi d'une panikhide solennelle. Aux ecténies, on fait mention du hiéromoine Séraphin, ascète de Sarov. Le 17, à 8 heures du malin, un immense cortège se dirige, en procession, à la rencontre d'une seconde procession, partie de deux monastères voisins de femmes, et comprenant les repré­ sentants des confréries de nombreuses villes qui viennent déposer comme offrande sur le tombeau du saint de riches bannières tissées d’or et d’argent. Les deux cor­ tèges fusionnent et rentrent processionnellement pour assister aux services funèbres suivis de panikhides, solen­ nellement chantés dans quatre églises différentes. On y fait toujours mention, aux ecténies, du hiéromoine Séra­ phin, ascète de Sarov. Depuis midi jusqu'au soir, les pèlerins font réciter, dans les oratoires provisoires élevés hors de l'enceinte du monastère, d’innombrables pani­ khides pour le repos de l’âme du serviteur de Dieu. Dans la soirée, au son des cloches et au chant des hymnes sacrées, réception solennelle par les évêques, le clergé, les moines el les religieuses, de l'empereur, qui, fidèle aux traditions, vient, accompagné de la famille impériale, prendre part avec son peuple aux solennités de l’Église dont il est le véritable chef. Son arrivée est célébrée par un chant solennel d’actions de grâces. Une partie de la nuit est occupée par des offices funèbres, semblables à ceux de la veille. Le lendemain, 18 juillet, messe mati­ nale de communion : l’empereur et les impératrices s’ap­ prochent avec leur peuple de la table sainte. Plus tard, on célèbre solennellement le dernier service funèbre et l’on chante la dernière panikhide pour le repos de l'âme du P. Séraphin. Cette cérémonie s'achève par une procession au tombeau primitif, ou. la veille, 7 archimandrites, sont venus déposer le cercueil de chêne, maintenant vide, qui contenait le corps du saint, et par la bénédiction de la châsse offerte par l'empereur qui doit le lendemain recevoir ses reliques. La première partie des rites pré­ paratoires à la canonisation est terminée; elle consiste, on le voit, en longues et multiples prières pour le repos de Pâme du serviteur de Dieu et de tous ceux, parents, supérieurs ecclésiastiques, impératrices et empereurs, dont le souvenir se trouve associé à celui de son existence terrestre. Cette manière de préparer la glorification du saint en priant pour le repos de son âme constitue une particularité bien caractéristique et qui méritait d’être relevée. La cérémonie de canonisation proprement dite com­ mence à l’entrée de la nuit et consiste en un office solennel en l’honneur du saint, au cours duquel a lieu le transfert de ses reliques, que l’on découvre ensuite pour la première fois, pour les exposer à la vénération des fidèles. Au moment de la litie. le cortège se dirige en procession vers l'église où sont restés renfermés les restes du saint. Le cercueil, recouvert d’un riche voile de velours, est déposé sur un brancard richement orné que l’empereur et les princes se font un honneur de porter, de concert avec le clergé. Le cortège s’avance à travers la masse des pèlerins, au premier rang desquels sêcneionne le groupe nombreux des infirmes et des 1672 malades venus de tous les coins de la Russie pour im­ plorer leur guérison. Il fait le tour de l'église de l’Assom­ ption, en s’arrêtant, à diverses reprises, pour le chant des ecténies, dans lesquelles le diacre proclame et in­ voque le nom du nouveau saint. Puis il rentre dans l’église; le cercueil est déposé sur une estrade qui en occupe le milieu, et l'oflice se poursuit. Vers le milieu des cathismes, l’officiant ouvre le cercueil, fermé jusque-là à clef, tandis que le chœur entonne le vélilchanië, chant de louanges à l’adresse du saint. La lecture de l’Évangile est suivie de la vénération des reliques, accompagnée de l’onction qui se donne ordinairement à ce moment de l'oflice. La cérémonie s'achève et l’église reste ouverte toute la nuit aux pèlerins, qui viennent y vénérer les reliques et y recevoir l’onction, conférée avec l'huile qui a été bénite au cours de la cérémonie. Dans l’église et dans les autres oratoires se succèdent sans discontinuité, jusqu’au matin, les molébènes (prières déterminées par le rituel pour les cas et les besoins de toute sorte), que les prêtres récitent, à la demande des pèlerins, en l’hon­ neur du nouveau saint. Le lendemain. 19 juillet, après les messes matinales de communion célébrées dans les cinq églises du monastère, commence la grand’messe pontificale. Au moment de la petite entrée avec l'évan­ gile, le cercueil contenant le corps du saint est trans­ porté en procession, à travers l’église et autour de l'autel, jusqu’au reliquaire qui a été préparé pour le recevoir. A la messe succède un molébène solennel, pendant lequel le corps du saint est encore transporté en proces­ sion à travers les cours du monastère et autour des églises; lorsqu’il a été déposé de nouveau dans sa châsse, l'officiant récite la prière composée en son honneur, et la cérémonie s’achève par les acclamations solen­ nelles. Les fêtes de la canonisation de saint Séraphin furent closes définitivement, le '21 juillet, par la consé­ cration de l’église dédiée à son nom. Pendant loti te leur durée, les prédications, et, durant les deux derniers jours, les panégyriques du saint s’étaient multipliés avec les cérémonies et les offices liturgiques. 11 ressort avec évidence de tout ce qui précède que l’Église russe possède, relativement à cette question de la canonisation des saints, des principes, des usages et des rites bien déterminés, dont la comparaison avec les principes, les usages el les rites de l’Église latine sur ce point, laisse constater, au milieu de ressemblances mul­ tiples sur les questions principales, des divergences réelles, bien dignes d'être relevées et précisées. Goloubinski, Istoria kanonisatsii svatykh ve rousskoi tserkvi (Histoire de la canonisation des saints dans l’Église russe), 2* édit., Moscou, 1903; Kliontchevski, Drevnérousslcia jitia sviatykh kak istoritcheskii istotchnik (Anciennes vies russes des saints comme sources historiques), Moscou, 1871 ; Barsoukov, Istotchniki rousskdi agiographii (Sources de l’hagiographie russe), Saint-Pétersbourg. 1882; Mouraviev, Jitia sviatykh rossiiskoi tserkvi (Vies des saints de l’Église russe). 12 tomes men­ suels, Saint-Pétersbourg, 1855-1858; Philarète, Rousskiè sviatyé tchtimyê vséiou tserkovüou ili mestno (Saints russes honorés universellement ou partiellement), 3 tomos trimestriels, 3’ édit., Saint-Pétersbourg, 1882; Dimitri, Mésiatséslov sviatykh vséiou rousskoïou tserkoviiou ili mestno tchtimykh (Calendrier des saints honorés universellement dans l’Église russe ou partiel­ lement), Teimbov-Voronéj, 1878-1883 ; Martinov, Annus ecclesia­ sticus grseco-slavicus, Bruxelles, 1863 ; Tserkovnia Viédomosti (Gazette ecclésiastique), Saint-Pétersbourg, 1903, n. du I·· février, du 14 et du 21 juin, du 26 juillet. Pour une bibliographie plus complète, voir Goloubinski, op. cit., p. 3-10. J. Bois. CANTACUZÈNE Jean vi, empereur dOrient, histo­ rien et théologien grec, né vers 1292, mort vers 138ù. D'abord grand chambellan d'Andronic 11 Palêologu fut élevé par son pclit-lils et successeur Andronic lil (1328-1341) à la charge de grand domestique; en fait i; fut son premier ministre et il prétend que s’il avait voulu, il aurait été associé par lui à l'empire. Après la mort d’Andronic III, il exerça la régence avec l’impéra- 1673 CANTACUZÈME trice Anne de Savoie, mère de Jean, Théodore et Manuel Paléologue; mais accusé par le grand-amiral Apocauque et le patriarche Jean Calécas (1334-1347). il dut quitter la cour; s'étant alors révolté, il se lit couronner empe­ reur en Thrace, à Dimotice, en 1341, par Lazare, pa­ triarche de Jérusalem, et pendant cinq ans soutint une guerre contre la régente et son fils Jean. Enfin, grâce à l'alliance des Turcs, il s’empara de Constantinople, en janvier 1347, se réconcilia avec Jean Paléologue, lui fit épouser sa fille Hélène, fut de nouveau couronné empe­ reur (mai 1347) et gouverna désormais l’Orient de concert avec son gendre. Par la sagesse de son administration et' l’élévation de son caractère, il semble avoir vraiment mérité d'être compté parmi les hommes d’État les plus capables de cet empire byzantin déjà si divisé et si décadent : il en augmenta le trésor, fit des conquêtes sur les Serbes, s’interposa en faveur des chrétiens de Syrie auprès du sultan d’Egypte qui leur permit le pèlerinage de Jérusa­ lem, négocia avec le pape en vue d’une croisade contre les Turcs, mais il échoua, sans doute à cause de son zèle pour l’hérésie des palamites ou hésychastes. D'ailleurs il eut de nouveau à combattre contre son gendre et col­ lègue Jean Paléologue, et appela à son aide les Turcs dont il avait marié le chef Orkhan avec sa propre fille Théodore. Paléologue, retiré avec sa mère à Salonique, parvint à s’emparer de Constantinople, à la (in de dé­ cembre 1354. Alors fatigué de ces luttes et de ces dis­ cordes, sans attendre les secours que son fils Mathieu avait été lui chercher en Thrace, Cantacuzêne abdiqua. Il se fit moine au couvent de Saint-Georges de Mangane à Constantinople, 1355, sous le nom de Joseph, ou Joasaph Christodule (serviteur du Christ), tandis que sa femme, l'impératrice Irène, entrait sous le nom d'Eugénie au cou­ vent de Sainte-Marthe. Leur fils Mathieu s’était fait cou­ ronner empereur à Sainte-Sophie et continuait la guerre contre Paléologue, mais du fond de son monastère, son père lui persuada d'abdiquer à son tour, ce qu'il fit pour devenir désormais le meilleur ami de l’empereur. Jean Cantacuzêne resta lui-même son conseiller le plus influent; il vivait encore en 1375, comme l’indique une lettre du pape Grégoire XI où il est dit que Jean recon­ naît la primauté des pontifes romains. Il consacra les loisirs de sa retraite à composer de nombreux écrits, dont plusieurs ont été édités. 1» Historiarum libri quatuor. — C'est une histoire de l'empire byzantin depuis 1320 à 1357 ; pleine d’éloquentes harangues, elle est surtout une longue apologie des actions de l’auteur, et on peut lui opposer le témoignage souvent contraire d'un contemporain, son adversaire en matière religieuse, Nicéphore Grégoras, dans son His­ toire byzantine. L'ex-empereur y raconte en détail la querelle théologique des palamites qui divisait alors le clergé grec. Voir col. 407-408, et Hésychastes. Un synode réuni à Sainte-Sophie de Constantinople en 1341 sous Andronic Ill, approuva Palamas et condamna son adver­ saire, Barlaam; un deuxième synode blâma les nouvelles attaques de Barlaam; mais dans un troisième, en 1347, le patriarche Jean Calécas d'Apri condamna les pala­ mites. Le nouvel empereur Cantacuzêne, qui était leur partisan, fit déposer le patriarche et nommer à sa place Isidore, ami de Palamas. Ce dernier fut lui-même promu archevêque de Thessalonique. Tous deux furent d’ailleurs déposés la même année dans un quatrième synode tenu à Constantinople par les évêques orthodoxes. Pourtant, grâce à l'empereur, Isidore resta patriarche, et son successeur Calliste. favorable aux palamites. condamna leurs adversaires dans un cinquième synode; en sa qualité d’empereur et de théologien, Cantacuzêne présida ce concile de l’Église grecque qui proclama comme article de foi la lumière incréée du Thabor, 1351. Le manuscrit des Histoires fut trouvé par Jacques Pontanus dans la bibliothèque de Bavière, traduit par lui en latin et annoté ; 1674 il fut édité par Gretser en latin seul, in-fol., Ingolstadt, 1603. Le texte grec avec la traduction latine fut publié ensuite d'après un manuscrit du chancelier Séguier, 3 in-fol.. Paris, 1645, dans la Collection byzantine; puis en 1729 dans le Corpus script, byzantinorum, Venise, t. xm ; enfin P. G., t. clih, ct.tv, col. 9-370; une traduction française fut faite par le président Cousin : Histoire de Constantinople, t. vu. 2» Pro Christiana religione contra sectam mahometicam apologize quatuor. — Cet ouvrage fut composé pour Achéménide, homme noble et riche de ses amis, qui autrefois mahométan, puis converti au christianisme, était devenu, comme l’empereur, moine, sous le nom de Meletius. Un Perse musulman d'Ispahan, Sampsatès, l’avait sollicité de revenir à sa religion primitive. Pour fortifier Achéménide contre ces sollicitations et pour l’instruire de sa nouvelle religion, l'ex-empereur composa ces quatre apologies. Il veut y prouver que l’hérésie des Sarrasins n'est d'accord ni avec la vérité ni avec, elle-même. S’il démontre la divinité du christia­ nisme par le témoignage de Moïse, des prophètes et de l’Évangile, c’est que ces témoignages sont reçus comme sacrés par les Sarrasins eux-mêmes. Or, ils peuvent être dirigés également contre les Juifs, qui ont bien des points communs avec les mahomêtans : gouvernement, polygamie, circoncision, divorce, etc. Cantacuzêne voit même dans la loi de Mahomet une corruption du ju­ daïsme. La première apologie montre que le Christ est Fils de Dieu, Dieu vrai et parfait, et qu'étant Dieu, il se fit homme. La deuxième expose comment le Fils, Verbe de Dieu. Dieu lui-même devenu homme pour le salut des hommes, subit la mort de la croix, ressuscita et monta au ciel. Ce ne fut pas comme Dieu, mais comme homme qu'il souffrit; il jugera le monde entier. La troi­ sième raconte qu’après l'ascension du Seigneur, les apôtres ont évangélisé toute la terre, et prouvé leur foi par des miracles. Il y est aussi question de la Vierge mère de Dieu, du jugement du Christ, de la croix, des images. La quatrième dévoile le perfide enseignement de Mahomet, prouve que la Loi et l’Ancien Testament n'ont pas été supprimés par le Christ, et que l’Évangile a complété la Loi. S0 Contra Mahometen orationes quatuor. — Le pre­ mier discours explique comment Mahomet, dans ses accès d’épilepsie, prétendit avoir été visité par l'archange Gabriel, et écrivit le Coran; il y reconnut la sainteté des livres de Moïse, des Psaumes, des Prophètes et sur­ tout de l’Évangile, et adopta l’hérésie des nestoriens. Il a promulgué sa loi non par des miracles, mais par le glaive; il interdit toute discussion avec les chrétiens. D’après le deuxième discours, Mahomet ne reconnaît pas pour ses disciples les hommes qui n’accomplissent pas les prescriptions des livres sacrés. Il divise ses sec­ tateurs en 73 catégories, dont une seule sera sauvée; Cantacuzêne expose quelques-unes des doctrines de Mahomet. Le troisième discours réfute Mahomet, qui niait la possibilité de l'incarnation du Fils de Dieu. Selon lui le Christ est le Verbe, l’âme, l’esprit de Dieu, mais non son Fils incarné; c’est, comme l'a prétendu Nestorius, un pur homme, meilleur seulement que les autres; ce n’est pas lui, mais un Christ supposé, qui a été crucifié; il est monté au ciel et à la fin du monde, il tuera l'Antéchrist, puis mourra à son tour. Le quatrième discours expose d'autres doctrines de Mahomet. De ce qu’il a avoué que Dieu seul peut interpréter le Coran, Cantacuzêne conclut que ce livre n’a aucune utilité. Ces Apologise et ces Orationes ont été publiées en latin par Rodolphe Gaultier, sous ce titre ; Assertio contra ftdem moliantmeticam, in-fol., Bâle, 1543. Le texte grec est dans P: G., t. cliv, col. 371-692. 4° Tomus contra Barlaam et Acyndinum, auctore Christodulo monacho. — Cet ouvrage de Cantacuzêne en faveur des palamites fut inconnu de Fabricius et publié 1675 CANTACUZENE — CANTIQUE DES CANTIQUES dans Migne. P. G., t. ci.iv, col. 693-710. L’auteur y défend la lumière incréée du Thabor dont la vue cons­ titue la béatitude des élus. Une Paraphrasis ethicorum Aristoteles, inédite, est citée par Simler et Labbe. D'autres ouvrages théologiques restés manuscrits traitent surtout de la lumière du Thabor, de l’essence et de l’opération divine. Leurs titres sont indiqués par Fabricius dans sa Bibliotheca græca; en particulier neuf discours contre les juifs, que Fabricius confondait avec les traités contre les mahométans, parce qu’ils réfutent des erreurs com­ munes aux uns et aux autres; Labbe les distingue avec soin dans sa Bibliotheca manuscripta nova, p. 1354. Du Cange, Familial byzantinæ. p. 258-264; Fabricius, Biblio­ theca græca, 1714, t. vi, p. 469-474 : 2‘ édit., t. vu, p. 787-793; P. G., t. clui, col. 9-16; Vossius, De histor. græc-, 1. II, t. xxvm, p. 254; Hankius, Byzant. scr. græc., 1677, p. 602-666; P. G., t. eu, col. 769; t. CLXi, col. 1116 sq. ; Montfaucon, Bi­ bliotheca Coisliniana, 1715, p. 173; Moreri, Dictionnaire, t. vi, p 253-254; Gibbon. Décadence et chute de l’Empire ro­ main, t. n ; Lebeau, Hist, du Bas-Empire, édit. Saint-Martin, t. xix, xx ; Valentin Parisot, Cantacuzène, homme d'État et his­ torien, ou examen critique comparatif des Mémoires de l’empereur J. Cantacuzène et des sources contemporaines, et notamment des trente livres, dont quatorze inédits, de l'Histoire byzantine de Nicéphore Grégoras qui contrôlent les Mémoires de J. Cantacuzène, thèse de doctorat, in-8·, Paris, 1845; Krumbacher, Geschichte der byzantinische Lilteratur, 2* édit., Munich, 1897, p. 105-106, 298-300; Lebedev. Essai d'histoire sur l’Église byzantine orientale depuis la fin du xi· siècle jusqu'au milieu du xv· (en russe). Moscou, 1892, p. 71-77; Ouspenky, Essai sur l'histoire de la culture byzan­ tine (en russe), Saint-Pétersbourg, 1891, p. 246-282. L. Lœvenbruck. CANTINA ou CANTINI Thomas, Italien né à Flo­ rence vers 1570, fut d’abord jésuite et prit les grades théo­ logiques dansla Compagnie. Il passa ensuite chez les char­ treux et fit ses vœux le 21 décembre 1608 â la chartreuse de Naples. Entre 1633 et 1647 on le trouve successivement prieur des maisons de Trisulti, dans les États pontifi­ caux, de File de Capri et de Serra, en Calabre. Il mou­ rut pieusement le 18 novembre 1649. Le chartreux por­ tugais, dom Victor Nabantino, publia, en 1859, à Naples, un opuscule de dom Cantina intitulé : Expositio in Canticum canticorum, in-32, où il fait mention de ses autres ouvrages restés tous manuscrits : De sacra­ mentis in genere, liber «nus ; De pænitenlia, libri duo ; In U'a II* divi Thomæ Aquinatis libri duo; De boni­ tate et malitia actuum humanorum, libri duo, etc. Quelques poésies de dom Cantina se trouvent à Rome, à la bibliothèque Barberini, dans le recueil, n. xxtx, 173, intitulé : Versus Patris Cantinæ. S Auto R F CANTIQUE DES CANTIQUES (hébreu : Sir haSiirïm ; Septante : Άσμα ασμάτων ; Vulgate : Canticum canticorum), un des livres de l’Ancien Testament. Cette forme hébraïque de superlatif signifie « Cantique par excellence ». Cf., pour locutions similaires, Ps. xux, 1; Ps. cxxxv, 3; I Tim., vi. 15. — I. Unité. II. Authenticité. III. Division. IV. Interprétation. V. Objet. I. Unité. — Pour Richard Simon, Histoire critique du Vieux Testament, 1685, 1. I, c. iv, p. 30, le titre si­ gnifierait « Livre de cantiques », ce qui supposerait que le Cantique n’est qu’un recueil de morceaux détachés, et mis en ordre, comme les Psaumes et les Proverbes. Cette opinion a été soutenue par Herder, Paulus, Eichhorn, Wellhausen et Reuss. Ce dernier, La Bible, Poésie lyrique, le Cantique, Paris, 1879, p. 51, déclare que le Cantique « est un recueil de petits poèmes ly­ riques », qui se « compose d’un certain nombre de morceaux détachés ». — Quoique le livre présente une assez grande variété de forme et de strophique, il est cependant marqué du sceau de l'unité. Les principales raisons en faveur de cette unité sont les suivantes : 1» Les mêmes personnages sont en scène dans tout le DICT. DE THÉOL. CATIIOL. 1676 Cantique : un époux qui est roi de Jérusalem, Cant., i, 3 (héb.); ni, 7, 11; vin, 11; une jeune épouse, qui est vierge, et qui a sa mère, ses frères, sa vigne, Cant.. I, 5; n, 15; ni, 4; vi, 8; vin, 2, 8, 12. 13, et qui est l’objet de l’amour de l'époux, Cant., n, 6, 16; ni, 4; vi, 2, 8; vu, 10; un groupe de jeunes filles de Jérusalem. Cant., 1, 4; n. 7; ni, 5; v, 8, 16; vnt, 4. — 2» Les mêmes locutions caractéristiques se retrouvent partout : l'époux est comparé à un faon de biche, Cant., n, 6. 17; vin, 14; il habite au milieu des lis, Cant., n, 16; iv, 5; vi, 2; les filles de Jérusalem sont adjurées dans les mêmes termes, Cant., π, 7; ni, 5; vin, 4; l’épouse est appelée la plus belle de toutes les femmes, Cant., i, 8 (héb.); v, 9; vi, 1 (Vulgate, v, 17); les formes interro­ gatives sont identiques, Cant., in, 6; VI, 9; vin, 5; le relatif apocopé Sê (tf) est seul employé dans le poème. II. Authenticité. — Elle a été niée par quelques auteurs; ainsi Rosenmuller, Scholia in Ecclesiasten el Canticum, Leipzig, 1830, p. 238; Eichhorn, Einleilung in das Alt. Testament, part. V, Gôttingue, 1823-1824, p. 219; Munk, Palestine, Paris, 1881, p. 449-450, etc., reculent la composition du livre jusqu’après la captivité, ou du moins jusqu’aux derniers rois de Juda. D’autres cependant la placent peu après le régne de Salomon et dans le royaume d'Israël. Tous s’appuient surtout sur des arguments linguistiques. z. preuves de l’AUTHENTICITÉ. — L’authenticité salomonienne se prouve : 1° Par le titre complet en hébreu : Sir haS-Sirim aSér liSlomôh, « Cantique des cantiques lequel [est] de Salomon; » ce titre s’est conservé dans les Septante : Άσμα ασμάτων, δ έστιν τφ Σαλωμών. Ce titre est confirmé par cette donnée que Salomon était poète. Ill Reg., v, 12. — 2° Par les particularités carac­ téristiques du livre : 1. Salomon y est nommé cinq fois, i, 4; m, 7, 9, 11; vin, 11 (héb.), et deux fois avec le titre de roi, m, 9,11. Il y est question d’un roi, l, 3, 11 ; vu, 5, et de reine, vi, 7, 8. — 2. L'auteur a dû vivre avant le schisme pour parler comme il le fait de certaines localités, Jérusalem, Thersa, Cant., vi, 4 (héb.), Galaad, le Carmel, le Liban, l’Hermon; on voit que ces localités font partie d’un même royaume, ce qui ne fut plus vrai après Salomon. — 3. Le bien-aimé est comparé â un cour­ sier de la cavalerie du pharaon, Cant., i, 8; cela se com­ prend dans la bouche de Salomon, fortement épris de la cavalerie égyptienne; cf. Ill Reg., x, 28. — 4. L’auteur a de vastes connaissances en histoire naturelle ce qui convient fort bien à Salomon; cf. III Reg., iv, 33. — 5. Enfin l’auteur décrit avec tant d’exactitude les choses de l’époque salomonienne, qu’il est difficile de supposer qu’il n’en soit pas le contemporain. Cf. De Wette, Einleitung, 7« édit., p. 372; Frz. Delitzsch, Holtes Lied, in-80, Leipzig, 1875, p. 12. — 3° Par la tradition chré­ tienne. Cf. S. Ambroise, Com. in Cant., i, 1, P. L., t. xv, col. 1853; S. Jérôme, Epist., i.m, ad Paul., P. L., t. xxii, col. 547; Théodoret, In Cant., P. G., t. i.xxxi, col. 30; S. Grégoire de Nysse, In Cant., I, 1, P. G., t. xliv, col. 765. zi. réponses aux objections. — Les adversaires de l’authenticité salomonienne objectent : 1° Les aramaïsmes que contient l’ouvrage; on en cite six : berof, Cant., i, 17; kifês, n, 8; kôfél, n, 9; sefâv, n, 11; tinêf, v, 3; lâki pour làk, n, 13. Mais cette objection n'est pas solide, car, comme Israël a eu beaucoup de relations avec les peuples voisins du temps de Salomon, il a pu leur emprunter quelques mots. — 2° D'autres expressions telles que : pardês, Cant., iv, 13, identique au zend pairidaeza, « jardin fermé; » ’appiryôn, Cant., m, 9, identique â l’indien paryang, devenu en grec φορεΐον, « litière. » Mais Salomon, qui avait eu l«e.-icoup de relations avec les peuples étrangers, a pu leur emprunter quelques usages, et par conséquent les mots pour les désigner. — 3° Certains usages grecs : l'usage IL - 53 1677 CANTIQUE DES CANTIQUES de se coucher pour se mettre à table, Cant., I, 12 (Vulg. Il); la couronne de l’époux, Cant., ni, 11; les gardes de la cité, Cant., v, 7 ; les pommes aphrodisiaques, Cant., vin, 5; les (lèches d'Eros. Cant., vm, 6. Mais les Grecs n'étaient pas les seuls à employer ces usages. Cf. Dictionnaire de la Bible, t. Il, col. 186-188. III. Division. — Les auteurs ne sont pas d'accord pour diviser le poème. Les uns n'y voient qu'une série de chants; la plupart y reconnaissent un drame. Il va de soi que nous ne pouvons indiquer ici que les prin­ cipales divisions. Bossuet, In Cant, cant., præf., Bar-leDuc, 1863, t. ni, p. 413, suivi par dom Calmet et Lowth, divise le poème en sept chants correspondant aux sept jours de la semaine, dont chacun marquerait un progrès dans l'amour : l-n, 6 (amour imparfait); II, 7-17 (amour pénitent); m-iv, 1 (amour épuré par l’épreuve); iv,2-vi, 8 (amour perfectionné par l'épreuve) ; vi, 9-vn, 10 (amour digne d’admiration); vu, 11-vin, 3 (amour se donnant sans réserve); vin, 4-14 (amour au repos). — Ewald, Das Ilohelied Salomo’s, Gôttingue, 1826, le divise en cinq actes dont chacun embrasse diverses scènes : Act. i, sc. 1 : t, 1-8; sc. 2: i,9-ii, 7; Act. n, sc. 1 : n, 8-17; sc. 2 : m, 1-5; Act. m, sc. 1 : ni, 6-11 ; sc. 2 : iv, 1-v, 1 ; sc. 3 : v, 2-8; Act. iv, sc. 1 : v, 9-vi, 3; sc. 2 : vi, 4-vn, 1; sc. 3 : vu, 2-10; sc. 4 : vu, 11-viii, 4; Act. v : vin, 5-14. — F. Hitzig, Das Ilohe Lied, Leipzig, 1855, le divise en neuf scènes : t, 1-8; i, 9-n, 7; n, 8-m, 5; ni, 6-v, 1 ; v, 2-vi, 3; vi, 4-vn, 1; vu, 2-11; vu, 12-vin, 4; vm, 5-14. — Brown, Dictionary of the Bible de Smith, 1863, t. i, p. 271, divise le Cantique en cinq sections : l-n, 7; n, 8-m, 5; m, 6-v, 1; v, 2-vm, 4; vin, 5-14. — Renan, Le Cantique des cantiques, Paris, 1870, p. 83-88, divise ce drame en cinq actes. — Frz. Delitzsch, Holies Lied, 1875, p. 10, partage le poème en six actes. — Ed. Reuss, Le Cantique des cantiques, Paris, 1879, y distingue seize morceaux détachés. Parmi les auteurs catholiques, A. Le llir, Le Cantique des cantiques, Paris, 1882, par­ tage le poème en huit parties; Mur Meignan, Salomon, Paris, 1890, p. 467-560, le divise en cinq chants. Pour ces diverses divisions, cf. Dictionnaire de la Bible, t. il, col. 189-191. IV. Interprétation. — On a donné du Cantique trois interprétations principales : 1° Interprétation histo­ rique : le Cantique serait un epithalame célébrant une union purement humaine de Salomon avec la fille du roi d'Égypte, cf. Théodore de Mopsueste, dans Mansi, Concil-, t. ix, col. 225-227; voir Kihn, Theodor von Mopsueslia und Junilius Africanus als Exegetèn, Fri­ bourg-en-Brisgau, 1880, p. 69-70, 368; ou avec la Sulamite; ou d’un berger et d'une bergère. Pour quelquesuns, il serait même une satire de ce qui se passait à la cour de Salomon ; il célébrerait la fidélité d'une bergère, qui résiste aux séductions du harém royal et demeure, fidèle au berger qu'elle aime. Cette interprétation des critiques modernes se heurte surtout à trois difficultés : 1. l’ancienne tradition juive n’a jamais entendu le Can­ tique dans ce sens; 2. la tradition chrétienne n’a jamais admis l'interprétation historique, voir Théodoret, In Canticum, prol., P. G., t. lxxxi, col. 29-32; cf. Kihn, op. cit., p. 73-74, et les blasphèmes de Théodore de Mopsueste ont été anathémalisés par le Ve concile œcu­ ménique, tenu à Constantinople en 553, Mansi, loc. cil., col. 230 ; 3. cette interprétation est condamnée par les in­ cohérences qu’elle supposerait dans le texte même du Cantique. Cf. Dictionnaire de la Bible, t. il, col. 192. — 2° Interprétation mystique: elle distingue dans le Can­ tique un sens littéral se rapportant au mariage de Salomon, et un sens mystique se rapportant à l’union de Jésus-Christ et de son Église. Mais elle n’est pas bien probable, car elle reconnaît dans le Cantique un sens littéral propre, ce qui ne parait pas possible. — 3" Interprétation allégorique : elle voit dans le Can­ tique un chant qui célèbre l'union de l’Église avec Jésus- 4678 Christ, et de l'âme avec le Verbe divin. Elle est la plus probable : car : 1. elle est la plus conforme aux vues traditionnelles; cf. Origène. In Cant., homil. i, P. G., t. xili, col. 3; Théodoret, In Cant., prol.. P. G., t. lxxxi. col. 27 ; S. Grégoire de Nysse, In Cant., homil. i, P. G., t. xxiv, col. 413; S. Jérôme, Epist., lui, n. 7, ad Paulin., P. L., t. xxn, col. 279; S. Augustin. De civit. Dei, xvn, 20, P. L., t. xi.i, col. 556; Junilius, Instituta regularia, 1. 1, c. v, dans Kihn, Theodor von Mopsuestia, p. 476; S. Bernard, Sup. Cant., serm. i, 8, P. L., t. clxxxiii, col. 788 ; 2. elle s’appuie sur d’au­ tres passages de l'Ancien et du Nouveau Testament qui représentent l'union de Dieu et de son peuple sous l’image de l'union conjugale : Ps. xliv; Ose., n, 19, 20, 23; .1er., il, 2; Ezech., xvi, 8-14; Matth., ix, 15; xxv, II Cor., xi, 2; 1-13; Joa., III, 29; Eph., v, 23-25, 31, 32; Apec., xix, 7, 8; 3. enfin on trouve des exemples de ce genre dans d'autres littératures. Cf. Dictionnaire de la Bible, t. n, col. 195-196. V. Objet. — On distingue l’objet principal et des objets secondaires. Cette question est celle qui intéresse le plus la théologie. i. objet principal. — C’est l’union de Jésus-Christ et de l’Église. 11 est facile de prouver cette assertion. — 1“ Jésus-Christ se donne lui-même comme l'époux attendu, Matth., ix, 15; Marc., Il, 19; Luc., v, 34, 35; il parle aussi de son Église en empruntant l'allégorie nuptiale de Salomon. Matth., xxn, 2-10; xxv, 1-13. — 2" Saint Jean-Baptiste appelle Notre-Seigneur l’époux. Joa., m, 29. — 3° Saint Paul parle aussi de Jésus-Christ comme de l'époux et de l’Eglise comme de l’épouse. Il Cor., xi, 2; Eph., v, 22-32. — 4» Saint Jean célèbre les noces de l'agneau, et chante l’époux, c'est-à-dire le Christ, et l’épouse, c’est-à-dire l’Église. Apoc., xix, 7-9; xxi, 2; XXH, 17. — 5° La plupart des Pères et des écrivains ecclésiastiques, comme nous venons de le voir à propos de l’interprétation allégorique, professent cette opinion. — 6° La plupart des détails du Cantique conviennent à Jésus-Christ ou à son Église. Jésus-Christ est aimable, Cant., I, 2; beau, v, 10-16; roi, ni, 7-11; pasteur, i, 6; plein d’amour pour son épouse, n, 4. L’Église de son côté est belle, i, 4; n, 2; iv, 1-7; elle est d'abord petite, vm, 8; elle cherche son époux, ni, 2, 4; elle l’aime, n, 5; elle lui est dévouée, vin, 1, 2; elle devient reine, vu, 7-9; mère, vu, 3; forte et puissante, vt, 3; elle fait paître son troupeau, I, 7 ; elle est persécutée, v, 7. II. OBJETS secondaires. — On en compte plusieurs : 1° L'union du Seigneur avec son peuple d’Israël. — Les rabbins juifs et quelques auteurs chrétiens ont émis cette idée; il peut y avoir du vrai dans cette ma­ nière de voir, puisque l’ancienne Loi est la figure de la nouvelle Loi et la Synagogue celle de l’Église. Toutefois cette explication ne saurait être rigoureuse et en tout point exacte, car : I. Israël était le peuple de Jéhovah ; or, Salomon n’a pas été la figure de Jéhovah, mais de JésusChrist; 2. Salomon ne fut jamais pour son peuple ce que Jésus est pour son Église; 3. le Cantique ne re­ proche à l’épouse aucune infidélité; or, ce trait ne peut convenir au peuple d’Israël. — 2“ L’union de JésusChrist avec la sainte Vierge. — Cette application est plus légitime; voilà pourquoi elle a été proposée par plusieurs Pères; il suffira de mentionner saint Ambroise, P. L., t. xv, col. 1945, Denis le Chartreux et saint Ber­ nard; l’Église elle-même, dans les offices de la sainte Vierge, emprunte au Cantique un grand nombre de textes. Cf. Schafer, Das Hohe Lied, p. 253. — 3° L’union de Jésus-Christ avec l'dhie chrétienne. — Ce sens a été aussi développé par quelques Pères; cf., notamment, S. Basile, Homil., xn, in princ.Prov., 1,P. G., t. xxxi, col. 388; S. Bernard, In Cant., serm. xn, H, P. L., t. clxxxiii, col. 833. — 4° La théologie mystique, à toutes les époques, a vu dans le développement du Can­ tique les phases diverses de l'amour de Jésus-Christ 4679 CANTIQUE DES CANTIQUES — CANTO pour son Eglise, ou les différentes formes de son union avec la créature. Il suffira d’énumérer les principales théories qu’on a émises en se plaçant à l’un ou l’autre de ces deux points de vue. — 1. Saint Thomas voit dans le Cantique la description de l’amour de Jésus-Christ pour son Église â trois époques diverses : a) dans les premiers temps, lorsque les juifs refusent d’entrer dans la société nouvelle, Cant., ι-ιπ, 6; b) dans les temps in­ termédiaires, lorsque l’Église grandit et s’incorpore les nations, m, 7-vi, 9; c) à la fin des temps, lorsque Israël se convertira et sera sauvé, vi, 10-vin, 13. — 2. Pour Nicolas de Lyre, le Cantique décrit l’amour de Dieu pour son peuple : a) dans l’Ancien Testament : â la sor­ tie de l’Égypte, 1,1-11; au désert, i, 12-iv, 7; en Judée, iv, 8-vi, 12; b) dans le Nouveau Testament : au berceau de l’Église, vu, 1-10; dans sa période d'accroissement, vu, 11-13; pendant son repos, vin, 1-13. — 3. Corneille de la Pierre y reconnaît : a) l’enfance de l’Église, i-ii, 7; b) les progrès de l’Église, n, 8-ni, 5; c) la maturité de l’Église, m, 6-v, 1 ; d) la décrépitude de l’Église, v, 2-yi. 2; e) le renouvellement et le perfectionnement de l’Église, vi, 3-vm, 24. — 4. Pour Schafer, Das Hohe Lied, Munster, 1876, le Cantique célèbre : a) les noces du Christ avec la nature humaine, i-ii, 7; b) les noces du Christ avec l’Église, il, 8-v, 1 ; c) les noces du Christ avec chaque âme, v, 2-vni, 5. — 5. L’explication de Gietmann, Comment, in Cant., p. 423, se résume dans les points suivants : a) l’époux répond aux désirs de l’épouse, la visite et la console, I, 1-n, 7; b) il la visite de nouveau et la prépare à la vie active, n, 8-17; c) il l'éprouve et la console, m, 1-5; d) il l’épouse, m, 6-v, I ; e) l’épouse s’engage à souffrir pour l’époux dont elle gagne les faveurs, v, 2-vi, 8; f) l’épouse recueille les fruits de ses travaux et réjouit ainsi l’époux, vi, 9-vm, 4; g) l’épouse est transportée dans le séjour de l’époux, vin, 5-24. I. Commentaires. — Origène. Scholia, P. G., t. xvn. col. 253288; Homiliæ (trad, latine par S. Jérôme), P. G., t. xm, col. 3758; Com ni en tariurn (trad. latine par Rufin), P. G., t. xm, col. 61197; S. Hippolyte, In Cantic.. édit. Bontwesch, dans Die griechischen christl. Schri ftsleller der ersten drei Jahrhunderte, Leipzig, 1897. t. i, p. 343-374; S. Grégoire de Nysse, Homilùe, P. G., t. xliv, col. 755-1120; Tbéodoret. P. G., t. lxxxi, col. 27214; Procope de Gaza, Comment, in Cantic., P. G., t. lxxxvîî, col. 1545-1754, 1755-1780; commentaires extraits des œuvres de saint Grégoire le Grand, P. L., t. lxix, col. 471-548, 905-916; S. Juste d'Urgel, In Cantic. explicatio mystica, P. L., t. lxvii, col. 963-994: Pseudo-Cassiodore, Expositio in Canticum, P. L., t. lxx, coi. 1057-1106: attribuée à Haymon d’Halberstadt, P. L., t. exvn, col. 295-358; Pseudo-Isidore de Séville, Expositio, P. L., t. i.xxxiii, col. 1119-1131; Apponius (du vr ou du vu· siècle), Commentaria in Cantica canticorum, en 12 livres, dont les six premiers ont été publiés avec la continuation du prémontré Luc, Fribourg-en-Brisgau, 1548; ils ont été reproduits dans la Bibliotheca Patrum, Paris, t. 1, p. 763 sq. ; Lyon, 1677, t. xiv. p. 128 sq. ; les 1. VIP, VIH' et une partie du IX' ont été édités par Mai, Spicilegium romanum, Rome, 1841, t. v, p. 1 sq. ; les au­ tres livres sont restés manuscrits; cf. Dictionnaire de la Bible, de M. Vigouroux, t. I, col. 796; Hurter, Nomenclator, 3' édit., Inspruck, 1903, 1.1, col. 531-532; J. Witte, Der Kommentar des Apponius zum Hohenliede, Erlangen, 1904; Bède le Vénérable, Allegorica expositio, P. L., t. xci, col.1065-1236 ; Alcuin, Corn· pendium, P. L., t. c, col. 639-664; Angelomme, Enarrationes, P. L., t. cxv, col. 551 sq. ; Walafrid Slrabon, Glossa, P. L., t. cxiii, col. 1125-1168; Robert de Tomblaine, Comment, in Can­ ticum, P. L., t. cl. col. 1359 sq. ; Anselme de Laon, Enarrationes, P. L., t. C1.XU, col. 1187-1228; S. Brunon d’Asti, Expositio, P. L., t. clxiv, col. 1233-1288; Rupert de Deutz, In Cant, libri VII, P. L., t. CLXVin, col. 839-962; Honorius d’Autun, Expositio, P. L·., t. CLXxn, col. 347-548; S. Bernard, Serm. in Cant., P. L., t. clxxxiii, col. 779-1198; Gilbert de Hollandia a continué l’ex­ plication inachevée de saint Bernard. P. L., t. clxxxiv, col. 14252 (voir plus haut col. 749-750); Guillaume de Saint-Thierry, Comment, in Cant, (extraits do S. Ambroise), P. L., t. xv, col. 1851-1962; (extraits de S. Grégoire le Grand), P. L.,t. clxx.x, col. 441-474; (extraits de S. Bernard), P. L., t. clxxxiv, col. 407426; Expositio, t. clxxx, col. 473-546; anonyme, P. L., t. clxxii, col. 519-542; Wolberon, In Cantic., P. L., t. CXCV, col. 1017- 4G80 1278; Richard de Saint-Victor, In Cantic., P. L.. t. cxcvr, col. 405-524; Gilbert Foliot, Exposiliu, P. L., t. ccil, col. 11471304; Thomas de Citeaux, In Cantic., P. L., t. ccvi. col. 21-862; Philippe de Harveng. Comment, in C mtic., P. L., t. ecm, col. 181-584; Alain de Lille, Compend. m Cantic., P. L., t. ccx, col. 51-110; Cantacuzène, In Cantic., P. G., t. clii, col. 997-1084; S. Thomas d’Aquin, In Cantic. cantic. expositio, Opera, Paris, 1876. t. xvn!, p. 557-607 ; une seconde exposition, ibid., p. 608-667 ; cf. W. Wrede, Die beiden dem ht. Thomas von Aquin zugeschriebenen Kommentare zum hohen Licde, Munster, 1903; De­ nys le Chartreux, Enarrat, in Cantic., Opera omnia, Montreuil, 1898, t. vu, p. 293-447 ; Pierre d’Ailly, Expositio super Cantica cantic., Paris, 1483; Gerson, Carmen super Cantica canti­ corum, Opera, édit. Wympbeling, part. IV, Paris, 1521, toi. ccclxxxii-cccxcv ; Louis de Léon, Exposition du Cantique en espagnol dans Ribadeneyra, Bibliotheca de autores espanolcs, Madrid, 1855, t. il, p. 247-284; en latin, Salamanque, 1582 ; 3' édit., ibid., 1589; M. Ghisleri, Canticum Salomonis, Rome, 1609; Genebrard, Canticum versibus iambicis et commentariis expli­ catum, Paris, 1585; Titelman, Comment, in Canticum, Anvers. 1547; J. de Pineda, Prxlectio sacra in Canticum, Séville, 1602; Sanchez, In Canticum, Lyon, 1616; Bossuet, Canticum canti­ corum Salomonis, Paris, 1693; Hug, Das Hohelied in einer unversuchten Deutung, Fribourg-en-Brisgau, 1813; Kistemaker, Canticum illustratum, Munster, 1818; Schuler, Das Hohelied, Wurzbourg, 1858; B. Schafer, Das Hohelied, Munster, 1876; Le Hir, Le Cantique des cantiques, Paris, 1883; Schegg. Das Hohe Lied Salomo’s, Munich, 1885; Langen, Das Hohelied, Fribourgen-Brisgau, 1889; Tiefenthal, Das Hohe Lied, Kempten, 1889; Brevet, Le Cantique des cantiques, Paris, 1890; Gietmann, Comment, in Eccl. et Canticum canticorum, Paris, 1890; A. Scholz, Kommentar ùber das Hohelied und Psalm 45, Lei­ pzig, 1904; Zapletal, 1907; Hontheim, 1908; Joüon, 1909; Luther, Auslegung der Hohelied, 1526, Werke, édit. Walcb, Halle, t.v, p. 2385-2506; Hitzig, Das Hohe Lied, Leipzig, 1855; Zëckler, Das Hohelied, Bielefeld, 1868; Frz. Delitzsch, Hohes Lied und Koheleth, Leipzig, 1875; Slickel, Das Hohelied. Berlin, 1888; E. Réveillaud, Le sublime Cantique, Paris, 1895; Siegfried, Prediger und Hohe Lied, Gôttingue, 1898. H. Travaux. — Ackermann, Introductio in libros sacros V. Foederis, Vienne, 1839, p. 314-317 ; Danko, Historia revelationis divinae V. T., Vienne, 1862, p. 303-310; Noldeke, Hist, littéraire de VA. T., trad, franç.. Paris, 1873, p. 219-225; Kaulen, Einleitung, 2* édit., Fribourg-en-Brisgau, 1890, p. 273-278; R. Cornely, Introductio specialis, Paris, 1887, t. n. 2, p. 184-210; L. Wogue, Histoire de la Bible et de l’exégèse biblique, Paris, 1881, p. 53-59; J. Bloch et E. Lévy, Histoire de la littérature juive, Paris, 1901, p. 68-72; Driver, Introduction to the Literature of the Old Tes­ tament, 7' édit., in-8', Édimbonrg, 1898, p. 436-453; Cornill, Einleilung in das Allé Testament, 3' et 4' édit., Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1896, p. 253-257 ; Kirchenlexikon, t. vr, col. 171176; Bcalencyclopddie, t. vin, p. 256-263; Encyclopaedia biblica, de Cheyne et Black, Londres, 1899, t. j, col. 681-695. Cf. Cheval* lier, Répertoire. Topo-bibliographie, col. 572. V. Ermoni. I. CANTÔ Jérôme, né à Alçon (Espagne), entra dans l’ordre de Saint-Augustin à Valence en 1572. Doc­ teur en théologie de l’université de Lérida, il acquit beaucoup de célébrité par son érudition et son élo­ quence. II mourut à Valence en 1637. En théologie, on a de lui : 1° Excelencias del nombre de Jesus, segun ambas nalurale-as, Barcelone, 1607 ; 2° Inslruccion divina, angelica y humana, del principio, medio y fin de todas las virtudes en comun y en particular, Valence. 1633. Elssius, Encomiasticon auguslinianum,p. 286-287; N. Anto­ nio, Bibliotheca Hispana nova, 1.1, p. 571 ; Joclier, Allgememes Gelehrten-Lexicon, t. i, col. 1632; Ossinger, Bibliotheca augustiniana, p. 199 ;.Iordan, Historia de la provincia de la cor·" i dé Aragon de la sagrada orden de tos erniitanos de nwsti·· gran padre San Augustin, Valence, 1704, t. i, p. 489-V··; Moral, Catalogo de escritores agustinos Espanolcs. Portugues y Americanos,dons La Ciudad de Dios.tëm, Lxliv, p.213-217 ; Ixipez, Monastici Crusenii additamenta, Valladolid. I · .; p. 297-208. . „ A. Palmieri. Anhra. dans l’ile de Tercero, embrassa la vie monastique ·■ · l’ordre de Saint-Augustin, et fut élu provincial en 1737. On a de lui : Vexante theglogico-moral da escandal pi axe que no santo sacramento da peni’encia usarao 2. CANTÔ Michel, théologien portugais, né 1681 CANTO — CANTOR 4682 nence et l’obéissance. Guillaume de Hildernissen affirma n’avoir jamais entendu parler dans la secte de cette dis­ tinction des temps. Il avait, pour son compte, donné une Barbosa Machado, Bibliotheca Lusitana, t. m, p. 469; Elssius, forme théologique aux erreurs des hommes de l’intelli­ Encomiasticon augustinianum, p. 286-287; Summario de gence et avait cherché à les étayer d’arguments scolasti­ bibliotheca lusitana, Lisbonne, 1787, t. m, p. 218; Ossinger, ques. Il y ajoutait des doctrines particulières, notamment Bibliotheca augustiniana, p. 199; Lanteri, Postrema sxcula sur la confession et l'eucharistie. 11 avait émis dans ses sex religionis augustinianæ, t. m. p. 176; Moral, Catalogo de sermons des propositions qui exprimaient plus ou moins escritores augustinos Espanoles, Porlugueses y Americanos, nettement le dualisme et le panthéisme. 11 rapportait à la dans La Ciudad de Dios, 1897, t. xuv, p. 139. A. Palmieri. volonté de Dieu tous les actes humains, même les plus cri­ CANTOR Gilles, laïque illettré, fut le premier chef minels. Dieu ne les permettait pas seulement, il les voulait de la secte des « hommes de l'intelligence ». Cette secte voluntate beneplaciti et efficacité. Du reste, les actes hu­ qui existait à Bruxelles à la lin du xiv· siècle et au début mains ne servent pas à la justification, qui est méritée uni­ du xv·, ne nous est connue que par les pièces du procès quement par les souffrances du Christ. Guillaume expli­ intenté en 1411 par ordre de Pierre d’Ailly, évêque de quait l’omniprésence de telle sorte que Dieu serait dans la Cambrai, à un carme, Guillaume de Hildernissen, qui pierre, dans les membres de l’homme et dans l’enfer de la avait été prieur des couvents de Malines et de Bruxelles. même manière qu'au sacrement de l’autel. Il disait enfin Voir t. i, col. 644. Celui-ci avait été gagné â la secte par que l’homme extérieur ne souille pas l’homme intérieur. Cantor ; il en avait adopté les fausses doctrines auxquelles En 1410, les erreurs de ce religieux attirèrent l’atten­ il avait ajouté des erreurs particulières. A l’époque du tion de Pierre d’Ailly. L’évêque de Cambrai nomma des procès, Cantor était à peu près sexagénaire et il y avait commissaires spéciaux pour faire une enquête. Le carme plus de douze ans qu’il propageait ses idées. On l'avait se défendit et sortit indemne de cette première procé­ obligé à les rétracter à Cambrai, à Bruxelles et en un aulre dure. Son parti en fut fortifié. L’année suivante, Pierre lieu. Il se croyait bien supérieur au carme qu’il avait d’Ailly appela Guillaume à son tribunal. Le religieux fasciné, et maintes fois, il s’était déclaré le Sauveur des abjura ses erreurs et fut condamné, le 12 juillet 1411, à hommes, qui, par lui, verront le Christ et par le Christ, trois années de pénitence dans un château épiscopal, le Père. Sa piété affectée lui avait attaché un certain puis à passer le reste de sa vie enfermé dans le couvent nombre de personnes. La rumeur publique l’accusait, de son ordre à Bruxelles. Il disparut de la scène, et la lui et ses partisans, de honteuses débauches. Ils autori­ secte des hommes de l’intelligence s’éteignit bientôt saient la fornication et l’adultère et pratiquaient la com­ Elle ne parait pas avoir exercé d'influence en dehors munauté des femmes. Pour mieux cacher leurs dépra­ du diocèse de Cambrai. On la rattache généralement à vations, ils employaient un langage particulier que les la secte des frères du libre esprit, voir ce nom, et ; u initiés seuls comprenaient. Favorisés par un échevin mouvement d’idées propagé par les bégards hétérodoxes de Bruxelles, ils tenaient leurs réunions dans une tour et les turlupins. Voir col. 531-535. Léa, Histoire de aux portes de cette ville. Cantor prétendait que le diable l'inquisition au moyen âge, trad, franç., Paris, 1901, et les damnés seraient tous sauvés et finiraient par par­ t. n, p. 486, croit que Cantor était un disciple de Marie venir à la béatitude éternelle. Le diable alors ne serait de Valenciennes, dont Gerson réfuta les écrits. D’autres plus le diable; l’orgueilleux Lucifer deviendra très critiques relient directement les hommes de l’intelli­ humble. Il n’avait pas porté Jésus sur le pinacle du gence à une mystique nommée Blommaert, qui vivait à temple de Jérusalem. Guillaume de Hildernissen recon­ Bruxelles dans le premier tiers du xiv« siècle. Elle écri­ naissait que Cantor avait réellement dit cela, mais avec vit des traités sur l’esprit de liberté et d'amour. On la cette atténuation que le diable n’avait pas élevé Jésus au vénérait comme un être supérieur et ses disciples préten­ sommet du temple corporaliter. Cantor prétendait avoir daient que deux séraphins se tenaient auprès d'elle, lors­ des extases. Dans l’une, le Saint-Esprit lui aurait ins­ qu’elle communiait. Jean Ruysbroeck la réfuta durant son piré : « Tu es constitué en l’état d’un enfant de trois ans. séjour â Bruxelles (1317-1343). Elle fut vénérée comme une Tu ne jeûneras pas, et tu mangeras du laitage pendant sainte après sa mort, survenue vers 1336, et on attribuait le carême. » Sur la foi de cette divine inspiration, les des guérisons miraculeuses au simple contact de ses vête­ sectateurs de Cantor n’observaient pas les jeûnes ecclé­ ments.OrM. RuelensetM. Fredericq ontcherchéà iden­ siastiques, au moins en secret et lorsqu'ils n'étaient pas tifier cette femme avec la célèbre poétesse mystique Haderemarqués. D’ailleurs, ils passaient pour ne tenir aucun wijch, fille d’un riche bourgeois de Bruxelles, Guillaume compte des préceptes de l’Église. Ils ne priaient pas. Blommaert. Realencyclopâdie de Hauck, t. ni, p. 260-261. Dieu, disaient-ils, fait ce qu’il veut et il n’est pas néces­ Les pièces du procès de Guillaume de Hildernissen saire de l’invoquer. Ils ne pratiquaient pas non plus la ■ ont été publiées d’après un seul manuscrit par Baluze, confession sacramentelle, ou, lorsque, pour ne pas se Miscellanea, édit. Mansi, Lucques, 1761, t. Il, p. 288-293, créer de difficultés, ils se présentaient au prêtre, ils se et elles ont été reproduites par d’Argentré, Collectio bornaient à accuser quelques péchés véniels. Les actes judiciorum de novis erroribus, t. I b, p. 201-209, et par de pénilence corporelle ne leur paraissaient pas néces­ Fredericq, Corpus documentorum inquisitionis neersaires. De l’aveu du carme, Cantor tenait pour inspiration landicæ, Gand, 1889, t. i, p. 267-279, Voir aussi le récit du Saint-Esprit tout ce qui lui venait en idée. Aussi se li­ de J. Latomus, Corsendonca, Anvers, 1604, p. 84 sq., vrait-il en public à des actions extravagantes et indécentes. reproduit par Fredericq, op. cit., t. i, p. 266 sq. Un jour qu’il portait des aliments â un pauvre, l’esprit di­ Consulter Paquot, Mémoires pour servir à [histoire littéraire vin lui inspira de faire une partie du chemin dans l’état des Pays-Bas, Louvain, 1765, t. vin, p. 94; Hahn, Geschichte de la nudité la plus complète. Gilles critiquait l'usage du der Ketzer, Stuttgart, 1847, t. il, p. 526 sq. ; A. Jundt, Histoire signe de la croix et disait à ceux qui se signaient : « Devezdu panthéisme populaire au moyen âge, Paris, 1875, p. 111 sq. : vous donc encore être bénis? » On prétendait qu’il pro­ C. Vander Elst, Les myslagogues de Bruxelles, dans la Revue trimensuelle, Bruxelles, 1869, t. xxix, p. KM sq. : J. J. Altmeyer, fessait sur le purgatoire et l'enfer une doctrine contraire Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas, Paris, 1886, t. 1, â celle de l’Église. Enfin, on lui attribuait aussi la doc­ p. 82 sq. ; L. Salembier, Petrus ab Alliaco, Lille, 1886, p. 88-89; trine des trois temps : celui du Père sous l’Ancien Tes­ H. C. Lea, History of the Inquisition, New-York, 1888, t. n, tament, celui du Fils sous le Nouveau et celui du Saintp. 405-406; trad, franç.. Paris, 1901, t. il, p. 486-487; RealencyEsprit ou d’Élie, quo reconciliabuntur ÿcripturæ. Ce clopüdie, 1900, t. vin, p. 311-312 ; Willems Az, De Ketter Wil­ dernier temps était commencé. Ce qui était vrai dans les lem van Hildernissen en diens verhouding tôt Bloemardinne, temps antérieurs était désormais condamné, comme, par dans les Mélanges P. Fredericq, Bruxelles, 1904, p. 259-266. exemple, la doctrine de l’Église sur la pauvreté, la conti­ E. Mangenot. alguns confessores de preguntarent aos penitentes os humes, e kabilagao dos seus complices, Madrid, 1746. 1683 CANUS — CAPET CANUS. Voir Cano. CAPELLIS (François Marie do), de Bologne, fut prédicateur célèbre dans l’ordre des frères mineurs capucins. Il mourut en 1668, après avoir publié un rituel composé pour son usage et imprimé d’abord par un ami indiscret, sous le titre de Circulus aureus seu breve compendium cæremoniarum el rituum quibus pas­ sim... presbyteris uti contingit. Édité pour la première fois vers 1650, cet opuscule comptait en 1690 vingt et une éditions parues à Bologne, Venise, Turin, Naples; il fut encore réédité à Cuneo en 1703 et à Naples en 1717. Son insertion au catalogue des livres condam­ nés par l'index, en vertu d’un décret du 24 juillet 1724, arrêta la série des éditions. A la suite de beaucoup de ces éditions on trouve les Regole per ordinare un’ esercitio spirituale di disciplina, o d’altro, qui nous ini­ tient aux exercices de pénitence de cette époque. Nous avons encore de lui : Fasciculus /lorum, spiritualium monitorum... ad missam devote atque utiliter confi­ ciendam,%’ édit., in-32, Bologne, 1675; Breve discorso nel quale chiaramenle si manifesta... come sia male indultivo, provocativo ad enormi... peccati... 1’eccedere nell’ adonarsi notabilmente..., in-8°, Bologne. 1664; 2’ édit, augmentée, ibid., 1680. Après sa mort on édita : Ristoro spirituale a’ poveri agonizanti, in-16, Bologne, 1715. Bernard de Bologne, Bibliotheca scriptorum ord. min. capuccinorum, Venise, 1747; Orlandi, Notizie degli scrittori Bolognesi, Bologne, 1714; Fantuzzi, Notizie degli scrittori Bolognesi, Bologne, 1783, t. m, p. 84. P. Édouard d’Alençon. CAPELLO Marc-Antoine naquit à Este dans le Padouan et entra chez les mineurs conventuels de la province de Venise. Il se fit bien vite remarquer par sa science, el au commencement du xvi· siècle on le trouve régent des études à Udine et professeur à Padoue. Il était ami du savant jésuite le P. Antoine Possevin, et il jouissait d’une grande autorité à Venise, dont il abusa malheureusementau moment du fameux interdit de 1606, lancé par Paul V contre la Sérénissime République, cou­ pable de violer les immunités ecclésiastiques. Capello prit part aux luttes écrites de cette époque, et avec cinq autres théologiens il publia : Traltato dell’ interdetto... di papa Paolo V, nel quale si dimostra che egli non è legitimamente publicato..., in-4», Venise, 1606. Ce traité condamné par le Saint-Office avec d’autres écrits sur celte affaire, fut traduit en latin et publié à Francfort en 1607. Seul, il fit paraître un Parere delle controverie tra il somma pontefice Paolo V et la Serenissima Republica di Venetia, in-4», Venise, 1606; Riposta al discorso del P. M. Lelio sopra i fgndamenti e le ragioni delli Signori Veniliani, in-8», Venise, 1606. On trouve encore son nom comme théologien à la fin de l’Aviso delle ragioni della Ser. Republica di Venetia du sénateur Antoine Quirino, in-4», Venise, 1606. De Bologne ou il s’était retiré, car les jésuites, les capucins et d'autres religieux avaient quitté le territoire de la République, le P. Possevin écrivit une lettre à son ami pour le ramener dans le droit chemin. Capello lui répondit et publia les deux lettres : Leltera del P. An­ tonio Possevino giesuila al P. Maestro M. A. Capello min. convenluale, con la riposta di detto Padre, in-4», Venise, 1606, réimprimée en 1607, et insérée dans la Collectio scripturarum super controversia inter Paulum V et Venetos, Coire, 1607, t. n, p. 239. Revenu à une plus saine appréciation des choses, le docte conven­ tuel rétracta tout ce qu’il avait écrit, dans un traité : De absoluta omnium rerum sacrarum immunitate a potestate principium laicorum. Ce travail, dédié à Paul V, demeura manuscrit et est aujourd'hui au Vati­ can, Bibl. Barberini, avec d'autres œuvres inédites du moine auteur. Le pape était si convaincu de la sincérité 1684 de son retour qu'il le nomma qualificateur du SaintOffice; dans son ordre il eut aussi le titre de provincial d’Orient. Établi à Rome, le P. Capello mit son érudition à la défense de l'Eglise et il donna successivement : Adversus prætensum primatum ecclesiasticum regis Angliæ liber, in quo Jacobi regis et ejus eleemosynarii confutantur scripta, in-4», Bologne, 1610; in-12, Cologne, 1611 ; Disputationes dure : prior de summo pontificatu B. Petri, posterior de successione episcopi Romani in eumdem pontificatum, adversus anonymes duos, alterum cui titulus Papatus Romanus, alterum de suburbicariis regionibus et ecclesiis seu de prtefecturseet episcopi urbis Romæconjectura, in-4», Cologne, 1620. Le manuscrit de ce livre ayant été perdu avant d'arriver à l’imprimeur, Capello dut refaire son travail dirigé contre l’aposlat Marc-Antoine de Dominis, auteur du premier opuscule, paru à Londres en 1617, et contre Jacques Godefroi, auteur anonyme de la Conjectura de suburbicariis regionibus, Francfort, 1617. Il publia encore : De appellationibus Ecclesiæ A fricanæad Roma­ nam sedem dissertatio adversus hæreticos nostri tem­ poris, in-8°, Paris, 1622. Dans ce traité, Capello avait rejeté plusieurs documents comme apocryphes; cons­ cient de son erreur il revit son travail, qui ne fut publié qu’un siècle après sa mort par Jean Borloni, abbé de Ripaille, 3· édit-, in-8», Rome, 1722, avec une notice sur l’auteur et ses écrits. Le chiffre de cette édition est justifié par l’insertion de celte dissertation dans Je t. xvi de la Bibliotheca maxima pontificia de Rocaberti, Rome, 1698, qui reproduisit pareillement les deux ouvrages qui précèdent. La dissertation De appella­ tionibus se trouve aussi dans le t. in de V Introductio in. historiam theologies litterariam de Christophe Pfaffius, professeur â l’université de Tubingue, in-4», 1726, p. 40-174, avec un essai de réfutation par cet auteur protestant. Nous avons encore dé Capello : Ragionamento funebre per l’esequie di Lucrezia Tomaselli, duchessa di Paliano, in-4», Rome, 1623; Regole di S. Agostino, if. Benedetto e S. Chiara dichiarate co’ decreti del concilio di Trento, in-4», Bologne, 1623. Le cardinal François Barberini, désigné pour aller en France comme légat, avait mis le savant conventuel parmi sa suite; un contretemps le fit demeurer à Rome, et il se contenta d'envoyer à Paris, au lieu de l'y porter lui-même, le manuscrit d'un dernier volume dédié au cardinal La Valette : De coena Christi suprema, deque præcipuis vitæ ejus capitibus dissertatio adver­ sus Ægyptium authorem anni primitivi, in-4», Paris, 1625. Cet auteur égyptien cachait Jérôme Vecchietti, de Florence, qui avait publié sous ce nom un volume De anno primitivo ab exordio mundi ad annum julianum accomodato et de sacrorum tem­ porum ratione, Augsbourg, 1623. Nous doutons que le P. Capello ait eu la satisfaction de voir son livre im­ primé. Il mourut à Rome le 21 septembre 16’.5. Franchini, Bibliosofla e memorie di scrittori conventuali. Modène, 1693, p. 418; Rocaberti, toc. cit.; Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, Paris, 1733, t. xxm, p. 1-8; Sbaralea, Supplementum et castigatio ad script, ord. min., Rome, 1806. P. Édouard d’Alençon. CAPET Jean, théologien, né à Lille et mort dans cette ville le 12 mai 1599. Docteur de l’université de Louvain, il y enseigna la philosophie. Il était chanoine de la collégiale de Saint-Pierre de Lille. On lui doit divers traités De vera Christi Ecclesia, deque Ecciesiæ et Scripluræ auctoritate libri 111, in-8». Douai. Ι5Ί hæresi et modo coercendi hæreticos, in-8». Anvers. 159! ; De origine canonicorum el eorum offieio, in-8». An··ers, 1592; De indulgentiis, in-8», Lille, 1597. Valère André, Biblioth. Belgica, in-S·, Louvain. 1643 p. 475. B. Helktebize. 1685 CAPILLA CAPILLA ou CAPIGLIA André· chartreux espa­ gnol, naquit à Valence, vers 1530, d'une famille chré­ tienne, mais peu favorisée des biens temporels. Son application aux études fut grande, et à l'âge de 18 ans il était déjà docteur en théologie. Après un essai au noviciat de la chartreuse de la Porte-du-Ciel, prés de sa patrie, il entra chez les jésuites, et y prononça ses vœux. Il remplit plusieurs charges honorables dans les maisons d'Espagne et fut recteur à Saint-Paul, à Valence. Envoyé à Rome par ses supérieurs, il enseigna au Collège romain et fut pénitencier apostolique. En 1569, il obtint de saint Pie V la permission de passer à l’ordre des chartreux, dans la maison de l'Échelle-de-Dieu, au dio­ cèse de Tarragone, en Espagne. Il y fit profession le 17 janvier 1570, et ne tarda pas à être promu aux charges de l'ordre. Ainsi, on le trouve prieur de la Porte-du-Ciel en 1574, de l'Échelle-de-Dieu en 1575, du Paular (Ségovie) en 1576, de Naples (1579), de Milan (1581-1584) et de nouveau à l’Échelle-de-Dieu (15841586). I! fut aussi visiteur de la province de Lombardie. Sur la demande du roi d’Espagne, le nonce apostolique l'associa à l’évêque d’Elna et au P. Raymond Pascual pour réformer les bénédictins et les chanoines réguliers de Catalogne. En 1587, il fut sacré évêque d’Urgel et gouverna ce diocèse avec beaucoup de prudence et de fermeté. Il fonda un collège pour l'instruction de la jeunesse qu'il confia aux jésuites, et un petit sémi­ naire pour les enfants destinés à l’état ecclésiastique. Sa mort, arrivée le 22 septembre 1609, priva les pauvres de son diocèse et plusieurs monastères d’un généreux bienfaiteur. Aubert Le Mire a dit qu’il était « très éru­ dit dans les saintes Écritures, théologien de premier ordre, grand prédicateur et connaissant à fond l'hébreu, le grec et le latin ». C'était aussi un homme d'oraison favorisé parfois d’extases et très capable de diriger les âmes dans les voies intérieures. Saint François de Sales, dans son Introduction à la vie dévote, recommande les méditations de dom André Capella. Celui-ci a publié : 1» Commentaria in Jeremiam prophetam, quibus latina Vulgata editio dilucidatur, et cum hebraico fonte et Septuaginta editione et paraphrasi chaldaica confertur, in-4», Chartreuse de l’Échelle-de-Dieu, 1586; 2“ Libro de la oracion en que se ponen considerationes sobre los Evangelios de todos los domingos dei ano y algunas fiestas principales, in-8», Lérida, 1572; Saragosse, 1573, etc; Libro segundo de la oracion... Consi­ deraciones de todas las ferias de cuaresma, in-8», Saragosse, 1577, et avec le précédent, in-8», Alcala, 1582, etc. ; Libro lercero... de los Evangelios de algunas fiestas principales de los santos, in-8», Salamanque, 1580. Ces trois livres réunis en un seul volume parurent avec le titre : O b ras de D. Andrês Capilla... a/iora de nuevo enomendadas y aiïadidas par el mismo autor, in-4», Alcala, 1578; Madrid, 1591; trad, latine par le chartreux dom Antoine Dulcken, 3 in-16, Cologne, 1607; Munich, 1608; Panis quotidianus sive meditationes..., auctoribus D. Cappella et Bened. Hæftenio, in-12, Anvers et Cologne, 1634; 3 in-16, Cologne, 1660; la trad, par Berlinghieri Amoroso, in-12, Vérone, 1596; in-8», Venise, 1605; in-12, 1616; revue par Gratia-Maria Gratii, 3 in-12, Venise, 1640 ; nouvelle trad, italienne par l’abbé G. S., 3 in-16, Milan, 1880-1882; 2" édit, fran­ çaise revue par Gauthier, 3 in-12, Paris, 1600; réim­ pressions, Paris, 1601, 1608,1610, 1614, 1615,1629 etc.; Lyon, 1614,1630, 1638, 164-4, 1665 et 1671 ; 3» Manuel de exercicios espirituales, 1575; Lérida, 1576; in-18, Barce­ lone, 1585; in-4», Madrid, 1592, etc.; trad, latine par le chartreux dom Antoine Dulcken, in-16, Cologne, 1607; Munich, 1623; trad, allemande, in-16, Munich, 1623; trad, italienne, in-16, Venise, 1605; in-12, Florence, 1609; in-6», Venise, 1616; 4» Consuelo de nueslra pere­ grination. Libro que conduce à tolérai· con paciencia, los afanes de esta vida, etc., in-8», Lérida, 1574; c'est CAPISTRAN 1686 1 probablement le recueil des méditations sur la Passion de N.-S. J.-C. promis par l’auteur dans ses ouvrages précédents; 5» Coloquio interior de Christo nueslro Bedentor à la anima devota, que compuso en latin el P. D. Juan Lanspergio, avec les méditations, Lérida, 1572, t. 1; Saragosse, 1578; in-12, Alcala, 1580, 1609; Vich, 1827 ; trad, italienne par la célèbre Hélène-Lucrèce Cornara Piscopia, dans ses œuvres, in-8», Parme, 1688; séparément in-8», Venise, 1673, etc. ; 6» Sermons dels dinmenges y festes principales del any. Impreso en lo castell de Sanahuja, 2 in-8», 1593 ; 7» Sermon en las fiestas de san Baymundo de Peiiafort par su cano­ nization que hizo la ciudad de Barcelona (inséré dans la relation de ces fêtes, in-4», Barcelone, 1601). Ms·· André Capilla a laissé en manuscrit une Vie de la T. S. Vierge, une Vie de saint Jean-Baptiste, et un ouvrage en 2 vol. sur la Verdad de la fé. Joseph de Vallès, Primera instituto de la sag. relig. de la Madrid, 1663; in-8·, Barcelone, 1792; dom Léon Le Vasseur, Ephemerides ordinis cartusiensis, t. ni, p. 334340. S. AUTORE. Cartuia, CAPISTRAN (Saint Jean de), ainsi appelé du nom de sa ville natale, située dans les Abruzzes, était fils d'un gentilhomme au service de Louis 1er d’Anjou. De nombreux auteurs le disent d’origine allemande et les boliandistes ont adopté cette opinion que confirment les leçons du bréviaire séraphique. D’autres, avec d’assez bonnes preuves, le veulent originaire de l’Anjou, et même de La Menitré. Nous ne pouvons entrer dans cette discussion, pas plus que dans l’examen de la date exacte de la naissance du saint; les boliandistes la fixent au 24 juin 1386. Jean fit de fortes études à Pérouse et s’y acquit la réputation d’un jurisconsulte consommé, ce qui lui valut malgré sa jeunesse d’être nommé gou­ verneur de cette ville. Il serait trop long de raconter les circonstances de son entrée dans l’ordre des mineurs en 1416, ses progrès dans la sainteté sous la direction de saint Bernardin de Sienne, ses travaux pour le développement de l’Observance, dont il fut plusieurs fois vicaire général, les missions de confiance dont il fut chargé par plusieurs papes, son zèle pour la réu­ nion des Orientaux à l’Eglise romaine, pour la conver­ sion des hérétiques, ses voyages à travers toute l’Eu­ rope, les miracles qu’il semait sur son passage. Les leçons du bréviaire romain résument cette vie si remplie à laquelle les boliandistes ont consacré près de trois cents pages. Jean de Capistran prêchait la croisade I contre les Turcs, et il avait eu une grande part à la victoire de Belgrade remportée par les croisés (21 juil­ let 1456), quand le Seigneur l’appela au repos éternel à J Villak, près de Sirmium en Esclavonie, le 23 oc­ tobre 1456. Son culte fut approuvé par Léon X et Gré­ goire XV ; Alexandre VIII le canonisa en 1690 et deux siècles après, le 19 août 1890, Léon XIII étendit son oflice à l’Église universelle, et fixa sa fête au 28 mars. Quand on lit la vie de saint Jean de Capistran, on demeure surpris que, malgré ses voyages presque con­ tinuels, il ait eu le temps de aisser des écrits en aussi grand nombre. Wadding en donne une énumération incomplète et Sbaralea indique de nombreux manus­ crits et les bibliothèques où ils se trouvaient de son temps. Au commencement du xvill» siècle un francis­ cain, le P. Jean Antoine Sessa de Païenne, avait recueilli les écrits de saint Jean de Capistran en 17 lomes ma­ nuscrits et en préparait l’édition, mais son projet n’eut , pas de suite el son recueil se trouvait encore en 1855 au couvent de l’Ara Cæli de Rome. Les boliandistes ont reproduit les titres des traités et opuscules recueillis par le P. Sessa. Nous nous bornerons à indiquer les ouvrages imprimés dont nous avons constaté l’existence : Tractatus de cupiditate venerabilis patris fratris 1687 CAPISTRAN — CAPITAL 1688 Johannis de Capistranis, ordinis minorum et juris I Cf. Léon de Kerval, S. Jean de Capistran, c. v, Le théo­ utriusque docloris. In quo de variis criminibus per que logien. aliena usurpamur, s. 1. n.d. (Cologne, 1480); De judicio Wadding. Annales minorum, édit, de 1648, t. iv-vi; édit, de universali futuro, et antichristo ac de bello spirituali, 1734, t. 1X-XIII ; Amand Herman, Capistranus triumphans, in-lC, Venise. 1578; De papæ et concilii, sive de EccleCologne, 1700; Sbaralea, Supplementum et castigatio ad scrip­ siæ auctoritate... Speculum clericorum... et Defensotores ord. minorum, Rome. 180S, qui complète et corrige Wad­ rium tertii ordinis sancti Francisci, in-4“, Venise, 1580; ding; Acta sanctorum, octobris t. x, p. 269-552 : outre la longue Naples, 1613. Voici le litre plus complet du second et savante dissertation du P. Van Hecke, on y trouve les vies du saint par ses compagnons (cf. Analecta bollandiana, t. xxai, opuscule : Speculum clericorum, hoc est sermo ad p. 321 sq.) ; Léon de Kerval, S. Jean de Capistran, son siècle clerum in Tridentina sinodo anno 1439 die 22 mensis et son influence, Paris, 1887 ; on y trouve une bonne indication aprilis in calhedrali ecclesia habitus. Dans la collec­ des sources; Hurter, Nomenclator, t. iv, col. 802 sq.; Chronica tion intitulée : Tractatus universi juris... in unum con­ fr. Nicolai Glassberger, dans Analecta franciscana, Quagesti, 25 in-fol., Venise, 1584, on trouve les traités racchi, 1887, t. n; L. Lemmens, B. Bernardini Aquilam suivants de saint Jean de Capistran : t. i, p. 323-371, chronica fr. min. observantiæ. Rome, 1902; Eugène Jacob, Jo­ Speculum conscienliæ anno 1441 editum; cet ouvrage, hannes von Capistrano, Breslau, 1903 (Analecta bollandiana t. xxiii, p. 406), etc. dédié aux magistrats de la république de Gènes, porte P. Édouard d’Alençon. un explicit ou il est dit : Tractatus de stimulo et spe­ CAPISUCCHI Raymond, né à Rome, en 1616, d’une culo conscienliæ sive de serenanda conscientia; t. ix, illustre famille, prend l’habit des frères prêcheurs au p. 77-84, Tractatus de quodam matrimonio per couvent de la Minerve, le 8 juin 1630, et fait profession modum consilii ubi quærilur an a papa licite et de l’année d’après; maitre en théologie en 1644, secrétaire honestate et conscientia salva, dispensatio peti possit. de l’index en 1650, maître du sacré palais en 1654; Et an eam petere intendenti incumbat necessario démissionnaire en 1663, et rétabli le 10 janvier 1673; parti alteri protestari ; ce traité, fut, dit-on, composé au nommé cardinal le 1·Γ septembre 1681, mort à Rome le sujet de la rupture des fiançailles entre Blanche, fille 22 avril 1691. — Controversiæ theologicæ selectæ schodu duc de Milan, et François Sforza; t. xm a, p. 32-66, lasticæ, morales, dogmaticæ, scripturales ad mentem Tractatus de papæ et concilii...; t. xiv, p. 380-398, D. Thomæ, in-fol.. Rome, 1670; Appendices ad easdem Tractatus de excommunicationibus; p. 398-400, Tra­ controversias theologicas, in-4», Rome, 1671 ; les deux ou­ ctatus de canone pænitentiæ. Dans une autre collection vrages ensemble et revus, in-fol., Rome, 1678; Questiones imprimée également à Venise en 1587, Bepelitiones in theologicæ selectæ morales etdogmaticæ, additur in fine jure canonico, 6 in-fol., on trouve de notre saint : t. iv, dissertatio hislorico-theologica de hæreticis prædeslinap. 392-402, Bepetilio in rubricam de pænitentiis et tianis et illorum erroribus, in-fol., Rome, 1684. remissionibus : in can. Manifesta, et in can. Qui presbyterum ; t. vi b, p. 56-63, Explicatio extravagantes Quétif-Echard, Scriptores ord. præd., t. il, p. 729 ; J. CatalaJoannis XXII primæ, de verborum significatione adver­ nus, De magistro sacri palatii, Rome, 1751, p. 173,174. sus Berbegallum ; Philippe Berbegallo était un mineur P. Mandonnet. de la province d’Aragon qui rejetait les déclarations CAPITAL (Péché). — I. Notion. Π. Distinction et pontificales sur la règle franciscaine; le traité est daté classification. de Rome, 1431. Enfin, dans une autre collection : Peril­ I. Notion. — 1° Étymologiquement le nom de péché lustrium doctorum... in libr. Decretalium aurei com­ capital peut convenir: l.à des crimes très graves dignes mentarii, Venise, 1588, t. i, p. 320-382, on trouve de de la peine de mort, S. Thomas, Sum. theol., I’ llr, lui : In aliquot tertii el quinti Decretalium titulos q. xxxiv, a. 3, 4; Quæst. disputatæ, Demalo, q. vu, a. 1, dilucidi commentarii. Ces commentaires sont sur les ad 24um, ou à des péchés semblables, tels que ceux qui titres : De vita et honestate clericorum; De cohabitaétaient communément soumis à la pénitence publique tione cler. et mulierum ; De cler. conjugatis ; De cler. dans les premiers siècles, l'idolâtrie, l’adultère et l’ho­ non residentibus, du 1. III ; et De pænitentiis et remis­ micide, P. L., t. xxxix, col. 2220, 2229 ; 2» à tout péché sionibus, du I. V. volontairement consenti, auquel on adhère encore et Outre ces traités on trouve encore dans divers recueils duquel dérivent d'aulres fautes. S. Thomas, Quæst. dis­ franciscains les Ordinationes seu constitutiones beati putatæ, De malo, q. vin, a. 1. patris fratris Joannis de Capistrano super regulam 2» Dans un sens plus restreint, qui est le sens théolo­ fratrum minorum (Speculum minorum seu firma­ gique communément adopté, le péché capital se dé­ mentum trium ordinum, Venise, 1513). Quant aux finit : un péché actuel, isolé ou fréquemment répété, lettres du saint, dont la plus grande partie est encore par lequel on recherche une fin spéciale moralement inédite, on en trouve un bon nombre dans les Annales distincte de toute autre, et duquel résulte dans la vo­ de Wadding, le Capislranus triumphans du P. Herman, lonté une inclination vers celle fin et vers les péchés les Acta sanctorum ; nous citerons en particulier la habituellement connexes. lettre De publicis et promiscuis balneis religiosorum 1. Le nom de péché capital suppose, signifie ou ad Thomam de Paden, priorem Mellicensem, dans la comprend habituellement trois choses : a) le péché ac­ Bibliotheca ascelica antiquo-nova P. Bernardini Pezii, tuel, isolé ou répété, cause de l’inclination vicieuse et Ratisbonne, 1725, t. vin; le saint y étudie cette ques­ source des péchés actuels subséquents; &) l'inclination tion : un religieux quittant son habit pour prendre un positive vers telle fin déterminée coupablement aimée bain encourt-il les censures? Jean de Capistran écrivit et vers les actes provenant habituellement de cette affec­ aussi une vie de son maître saint Bernardin de Sienne, tion; c) tel groupe de péchés actuels procédant com­ S. Bernardini Senensis vita, insérée au commencement munément chez tous les hommes de cette inclination, par conséquent de ce péché. Par la deuxième significa­ des œuvres de ce saint, S. Bernardini Senensis opera tion, le péché capital prend rang parmi les vices et en omnia, Lyon, 1650, t. i, p. 25-36, et dont l’authenticité possède tous les caractères. Ce sens est le principal. II longtemps douteuse est aujourd’hui établie. Analecta suppose d’ailleurs le premier et réalise habituellement bollandiana, t. xxt, p. 53 sq. le troisième. On pourrait faire d'intéressantes remarques sur la 2. Ce péché actuel, considéré en lui-même, n’a rbo doctrine de saint Jean de Capistran. Dans le Speculum qui le différencie des autres péchés actuels, qu’il scit conscienliæ, véritable traité de morale, il enseigne que de lui-même mortel ou véniel. Ce qui le distingue I on peut suivre une opinion probable. Son traité le comme péché capital, c’est l'adhésion à une fin bien plus intéressant est sans contredit celui Du pape, où caractérisée, adhésion d’autant plus forte que l’acte est il étudie les différentes prérogatives du pontife romain. 1689 CAPITAL plus répété. Habituellement, et chez tous les hommes, cette adhésion entraîne à certains actes répréhensibles qui sont ainsi comme objectivement connexes à cette fin, en ce sens qu'ils procèdent communément du cou­ pable attachement que l’on a pour elle. 3. L’inclination positive vers telle fin déterminée est susceptible de divers degrés. Fortifiée par des actes ré­ pétés constituant·une habitude mauvaise, elle prend le nom de vice. S. Thomas, S«nt. theol., 1“ II®, q. lxxi, a. 1, 2. Ainsi considérée, elle possède tous les carac­ tères communs du vice. Ce qui la distingue comme vice capital, c’est l’affection à une fin spéciale, affection qui est la cause de tout un groupe de péchés habituellement connexes. 4. La classification de ces fins est établie par saint Thomas, Sum. theol., I» II®, q. lxxxiv, a. 4, d’aprês l’analyse du double mouvement de la volonté, mouve­ ment de recherche du bien apparent coupablement aimé, et mouvement d’aversion d’un mal apparent, op­ posé à ce que l'on considère comme son bien. 5. L’affection coupable à ces fins spéciales, agissant à l’inverse de l’inclination vertueuse, porte à commettre facilement, fréquemment ou même dans la plupart des cas, certains actes répréhensibles, qui sont comme son prolongement ou son application pratique. Tels sont pour les péchés de vaine gloire ces actes de jactance, de désobéissance et autres que saint Thomas range sous le titre générique de /iliæ inanis gloriæ. Quæst. dispu­ tâtes, De malo, q. tx, a. 3; Sum. theol., 1“ II®, q. cxxxn, a. 5. Saint Thomas donne des indications analogues pour les péchés résultant habituellement de l'envie, De malo, q. x, a. 3; Sum. theol., 11« II®, q. xxxvt, a. 4, ad 3““; de la paresse spirituelle, De malo, q. xi, a. 4; Sum. theol., II» II», q. xxxv, a. 4; de la colère, De malo, q. xn, a. 5; Sum. theol., II® II®, q. CLvm, a. 7; de l’avarice, De malo, q. xm, a. 3; Sum. theol., 11« II®, q. cxvill, a. 8; de la gourmandise, De malo, q. xtv, a. 4; Sum. theol., II» II®, q. clxviii, a. 5; de la luxure, De malo, q. xv, a. 4; Sum. theol., II» II®, q. clui, a. 5. II. Distinction et classification. — t. exposé his­ torique. — 1“ Dans l’Écriture. — Bien que chacun des sept péchés capitaux soit spécialement stigmatisé dans quelques textes de l’Ancien ou du Nouveau Testament, comme on le démontrera dans l’étude spéciale de cha­ cun d’eux, le texte sacré ne nous fournit aucune systé­ matisation complète. L’on ne peut citer en ce sens : 1. Eccli., x, 15, qui peut s'entendre ou de l’orgueil considéré comme source générale de tout péché, car tout péché est une révolte contre Dieu, S. Thomas, Quæst. disputâtes, De malo, q. vm, a. 1, ad lum; Sum. theol., II» Ilæ, q. clxii, a. 7; ou de l’orgueil comme vice spécial, en ce sens que tout ce que l'on désire, re­ cherche ou poursuit par les autres péchés, a toujours pour terme final la jouissance de sa propre excellence en honneur, gloire ou renommée. S. Thomas, De malo, q. VIII, a. 1, ad 1“™. — 2. On ne peut non plus citer I Tim., VI, 10, dont le sens principal est que l’amour des richesses est une source universelle de tous les péchés, puisqu’il incline facilement à se procurer ce à quoi tous les autres vices sollicitent. S. Thomas, De malo, q. vm, a. 1, ad 1 “ra; Sum. theol., I» II®, q. lxxxiv, a. 1. — ■ Quant à I .loa., il, 16, il ne contient qu’une simple indication générale des premières sources com­ munes de tous les péchés, concupiscentia carnis, con­ cupiscentia oculorum, superbia vitee. S. Augustin, Enarratio in Ps. vm, P. L., t. xxxv, coi. 115; S. Tho­ mas, De malo, q. vm, a. 1, ad 23um. 2" Dans la tradition des six premiers siècles. — En dehors des nombreux textes des Pères qui ne font que reproduire les affirmations de l’Écriture, sans essayer aucune classification systématique, l’on rencontre dans les six premiers siècles trois classifications principales : 1. Celle de Cassien, De coenobiorum institutis, 1. V, 1690 c. i, P. L., t. XLix, col. 202 sq.; Collationes, collât, v, c. x, ibid., col. 621 sq., qui énumère huit vices prin­ cipaux dans l'ordre suivant : gaslrimargia ou gulœ concupiscentia, fornicatio, philargyria seu avaritia, ira, tristitia, acedia seu tædium cordis, cenodoxia seu vana gloria, superbia. Deux particularités caractérisent cette classification : a) le dédoublement de la vaine gloire et de l’orgueil, de telle sorte cependant que l’aug­ mentation de l’une donne naissance à l’autre, Colla­ tiones, collât, v, c. x, col. 622; 6) les deux vices de tri­ stitia et à'acedia mentionnés comme distincts, De coe­ nobiorum institutis, 1. IX, X, P. L., t. XLix, col. 351 sq., 359 sq., bien qu’on leur reconnaisse une grande affi­ nité. Ibid., 1. X, c. t, col. 563. 2. La classification de saint Jean Climaque, Scala pa­ radisi, gradus χχιι, P. G., t. lxxxviii, col. 948 sq., qui, s’appuyant sur l’autorité de saint Grégoire de Nar.ianze et d’autres qu’il ne nomme point, ne compte que sept vices capitaux ou principaux. A son jugement, loc. cit., col. 949, 951, la vaine gloire et l'orgueil ne sont qu’un seul et même vice, dont la vaine gloire est le commencement et l’orgueil la complète consommation. En dehors de cette modification, la classification de saint Jean Climaque reproduit celle de Cassien. Toutes deux omettent la jalousie comme vice spécial. Elles la rattachent vraisemblablement à la tristesse, d’aprês la remarque de saint Jean Damascène. P. G-, t. lxxxviii, col. 1179. 3. La classification de saint Grégoire le Grand, Mo­ ral., L XXXI, c. XLV, P. L., t. lxxvi, col. 620 sq., qui énumère sept vices principaux ou capitaux, inanis gloria, invidia, ira, tristitia, avari l’a, ventris ingluvies, luxu­ ria. VorgueH.superbia, est mentionnécomme conduisant tous ces vices et méritant l’appellation de radix cuncti mali et de vitiorum regina. Sous la tyrannique royauté de l'orgueil, les sept vices capitaux sont comme autant de tribuns commandant eux-mêmes toute une armée de péchés qui leur sont habituellement c nexes. On re­ marquera dans la classification de saint Grégoire : a) la mention particulière de la jalousie omise dans les deux classifications précédentes, ou elle est vraisemblable­ ment comprise, partiellement du moins, dans la tris­ tesse; i) la notion de la tristesse â laquelle est rattachée la paresse spirituelle, torpor circa præcepta, loc. cit., col. 621; c) la connexion établie par saint Grégoire entre les sept vices capitaux, dans l'ordre même qui leur est assigné. 3° Depuis le vip siècle jusqu’à l’époque de saint Tho­ mas, l’on ne fait guère que reproduire l’une ou l’autre classification. Saint Isidore de Séville (j· 636), Differen­ tiarum, 1. Il, n. 161 sq., P. L., t. lxxxiii, col. 96 sq., énumère les mêmes vices que saint Grégoire, quoique dans un ordre différent. Il se sépare de lui en ce qu’il compte l’orgueil comme huitième vice, tout en répétant les expressions de saint Grégoire : dux ipsa et harum radix superbia. Alcuin (j- 804), Liber de virtutibus et vitiis, c. xxvii sq., P. L., t. Cl, col. 632 sq., suit la clas­ sification et l'ordre de Cassien. Pierre Lombard (-f-1164·) se sert de la classification de saint Grégoire. Sent., 1. II, dist. XL1I, n. 8 sq., P. L., t. cxcn, col. 753-754. 4° Saint Thomas suit l'énumération de saint Grégoire en la modifiant légèrement et en y ajoutant l’analyse scolastique des fins spéciales auxquelles on adhère par ces péchés. Voici· les modifications principales : I. L'u­ nion de la vaine gloire et de l’orgueil sous la même appellation spécifique. Cependant saint Thomas dis­ tingue soigneusement l'orgueil au sens très général d’éloignement de la loi de Dieu, et l’orgueil au sens spécifique d’amour déréglé de sa propre excellence. A son jugement, les expressions de saint Grégoire visent principalement le premier sens. Sum. theol., I» II», q. lxxxiv, a. 4, ad 4um; De malo, q. vm, a. 1, ad 1“>. — 2. Une autre modification est la substitution de l ap- 4691 CAPITAL — CAPITON pellation d'acedia à celle de tristitia, appellation que saint Thomas explique par une rigoureuse définition théologique. S’uni. theol., Il* II®, q. xxxv, a. 1 sq.; De malo, q. xi, a. 1 sq. En môme temps il désapprouve le dédoublement fait par Cassien entre acedia et tri­ stitia. Sum. theol., 11* II1, q. xxxv, a. 4, ad 3ura. L’analyse scolastique de saint Thomas porte princi­ palement sur la détermination de sept fins spéciales auxquelles correspondent les sept péchés capitaux. Par­ tant de ce principe que la volonté peut se porter vers un objet par un double mouvement de recherche d'un bien apparent ou d’éloignement d'un mal apparent, saint Thomas, Sum. theol., I* II·, q. l.xxxiv, a. 4, raisonne ainsi : 1. Le bien apparent coupablement recherché par la volonté peut être : a) la louange ou l'honneur désordonnément recherchés dans la posses­ sion des biens spirituels ou des biens de lame; c’est la tin spéciale du vaniteux; b) les biens de la vie cor­ porelle auxquels tendent les actes ayant pour but la conservation de l’individu ou celle de l’espèce, biens excessivement aimés et poursuivis, ce sont les fins res­ pectives du gourmand et du luxurieux ; c) les biens exté­ rieurs comme les richesses que l’on aime d’une manière déréglée, c’est la fin spéciale de l’avare. — 2. Le mal apparent accidentellement uni au bien réel et fui par la volonté â raison de l’horreur qu’il lui cause, peut être : a) l’effort personnel requis pour l'acquisition du bien, c'est ce mal que fuit le paresseux; b) la diminution de l’excellence ou des avantages personnels par le fait du succès d'autrui, c’est ce que fuient également le jaloux et le coléreux, quoique d’une manière notablement dif­ férente. D’où l’existence de sept fins spéciales, dont quatre se rattachent à la poursuite directe du bien ap­ parent et trois à la fuite du mal apparent, accidentelle­ ment uni à un bien particulier. S. Thomas, Sum. theol., 1» II®, q. lx.xxiv, a. 4; De malo, q. vm, a. 1. 5° Depuis l’époque de saint Thomas, les théologiens ont communément suivi sa classification et son ana­ lyse. II. JUSTIFICATION TlIÉOl.OGIQÜE DE LA DISTINCTION des sept péchés CAPITAUX. — 1’ Considérés comme péchés actuels, les péchés capitaux doivent leur distinc­ tion à la diversité morale des objets, vers lesquels la volonté se porte positivement, S. Thomas, Sum. theol., I* II®, q. lxxh, a. 1, ou, ce qui est prati­ quement identique, â la diversité morale des fins con­ sidérées comme objets coupablement voulus par la volonté. Car, suivant la remarque de saint Thomas, loc. cil., ad 1““, finis principaliter habet rationem boni et ideo comparatur ad actum voluntatis qui est pri­ mordialis in omni peccato sicut objectum; unde in idem redit quod peccata differant secundum objecta vel secundum fines. 2° Considérés comme inclinations vicieuses, ils doi­ vent encore se distinguer spécifiquement d'après la di­ versité morale de leurs objets. Ce principe, ''gaiement vrai pour toutes les habitudes, S. Thomas, Sum. theol., I* II®, q. Ltv, a. 2, doit s'appliquer spécifiquement aux vertus et aux vices, suivant la diversité de leurs objets. Nous disons suivant la diversité de leurs objets. Tandis que l'objet de la vertu est le bien conforme à la raison ou le bien infini, Dieu lui-même, l'objet du vice est le bien périssable aimé contrairement à la raison et à Dieu. Par suite de cette opposition dans leurs objets respectifs, il n'est point possible que la vertu et le vice coincident dans la distinction de leurs espèces. S. Thomas, Sum. theol., 1“ II®, q. lxxxiv, a. 4, ad 1““; De malo, q. vm, a. 3. Pratiquement, les fins cou­ pablement voulues étant considérées comme l'objet auquel adhère la volonté, la diversité morale des fins coincide avec celle des objets. Il est donc vrai que la distinction de ces inclinations vicieuses,' qui sont les péchés capitaux, doit se déduire de la diversité morale 1692 des fins spéciales coupablement voulues. Or ces fins spéciales, d’après l'analyse de saint Thomas précédem­ ment indiquée, sont au nombre de sept, quatre se rat­ tachant à la poursuite directe du bien apparent, vaine gloire et orgueil, gourmandise, luxure, avarice, trois se rattachant à la fuite du mal apparent accidentellement'uni à un bien réel. D’où la légitimité de cette distinction des sept péchés capitaux. 3» A cette objection que certains péchés individuels sont difficilement rattachés â l’un des péchés capitaux, saint Thomas donne ces deux réponses. En principe, il n'est point nécessaire que chaque péché particulier soit évidemment rattaché à quelque péché capital comme à sa cause ou à sa source, pourvu qu’il reste toujours vrai que des péchés capitaux dérivent le plus habituel­ lement les autres péchés. Sum. theol., I* II®, q. i.xxxiv, a. 4, ad 5““. De fait cependant, il n’est aucun péché dont on ne puisse faire remonter l'origine à l’un des péchés capitaux. Les péchés provenant d’une coupable ignorance relèvent de la paresse spirituelle, source première de toute négligence dans la recherche des biens spirituels. Sum. theol., I* II®, q. txxxtv, a. 4, ad 5“m; De malo, q. VIII, a. 1, ad 7"“, 8"®. Nous ne traiterons point ici les autres questions gé­ nérales relatives aux péchés capitaux. Leur genèse, augmentation, diminution et destruction ressortiront suffisamment de l’étude générale du vice ou de l'expo­ sition particulière de chacun de ces péchés. Cette même exposition particulière montrera aussi leur gravité spé­ cifique ou comparée. Pierre Lombard, Sent-, 1. II, dist. XLII, n. 8-10. P. L., t. cxcn, col. 758-754, et les commentateurs de ce passage, particulière­ ment Thomas de Argentina et Estius: S. Thomas, Sum. theol., I· II·, q. t-xxxiv.a. 3, 4; (Jutes’. disputais?, De malo, q. vm, a. 1. et les commentateurs de la Somme, toc. cit.. particulière­ ment Cajétan et Sylvius; S. Bonaventure. In IV Sent., 1. II, dist. XLII, dub. ni. Quaracchi, 1885, t. n, p. 977 sq. ; S. Anto­ nin de Florence, Summa theologica, Vérone, 1740, part. I, c. n, t. vu, p. 528 sq.; Schiffini, Disputationes philosophiæ moralis, Turin, 1891, 1.1, p. 159 sq. E. DüBIANCHY. CAPITON Wolfang Fabrice, théologien protestant, né à Haguenau (Alsace) en 1478. Son nom de famille était Kôpflin. Il étudia, à Fribourg-en-Brisgau, d'abord la médecine, puis le droit et enfin la théologie. En 1512 il devint prévôt de l’abbaye bénédictine de Bruchsal, et en 1515 prédicateur et professeur de théologie à Bâle. En 1519 il fut appelé comme prédicateur de cour, auprès de l'évêque de .Mayence, et en 1523, comme prévôt de Saint-Thomas, puis comine prédicateur de Saint-Pierrele-Jeune à Strasbourg. C’est alors qu’il se lia d'amitié avec Bucer et embrassa la réforme, dont il devint un des plus zélés défenseurs. On le voit dès lors prendre part à presque toutes les conférences religieuses. En 1529 il assiste au colloque de Marbourg. Il rédigea avec Bucer la Confession tétrapolilaine, présentée à la diète d’Augs­ bourg de 1530, en opposition à celle des luthériens, par les représentants des quatre villes de Strasbourg. Constance, Mommingen et Lindau; elle modifie la doc­ trine luthérienne de la sainte cène. En 1542 il prit part au synode de Berne, et mourut cette même année à Strasbourg. Les ouvrages qui nous restent de lui sont : Institutiones hebraicæ; Enarrationes in Habacueh, in-8“, Strasbourg, 1526, 1528; In Oseam, in-8», Stras­ bourg, 1528; Desponsio de missa, matrimonio et ; .·: magistratus ; Liber de reformando a puero theologo; Ilexameron Dei opus explicatum, in-8», Strasbourg. 1539. Baum, Capito und Butter Reformatoren, Strasb urg Kirchenlexikon, 2· édit., t. n, col. 1894-1895: Realenc, .rie fur prot. Théologie, 3· édit., t. m, p. 715-717; Grand- K-:gclopédie, t. ix, p. 209. V. Ep.mom. 4693 CAPLER — CAPREOLUS CAPLER Augustin, théologien de l’ordre de SaintAugustin. né en Autriche au xvin» siècle. En théologie, on a de lui : bivus Augustinus romano-catholicæ ftdei confessor el propugnator, Vienne, 1747. Ossingcr. Bibliotheca augustiniana,ilB8, p.202 ; Hutter,Scriptores ordinis eremitarum S. Augustini germani, belgæ, bohemi,poloniei hungari; La Ciudad de Dios, 4883, t. v;p. 517· A. Palmieri. CAPPONI séraphin, né en 1536, à Porretta, en Lombardie. Il prit l'habit des frères prêcheurs à Bologne, le 25 octobre 1552.,Après avoir fait ses études et enseigné dans différents couvents de son ordre, il revint à Bologne comme professeur de métaphysique. En 1572, il passa dans la congrégation des Pouilles, devint régent des écoles dominicaines de Rieti et d'Aquila et professeur de théologie de l’église cathédrale pendant sept ans. Régent des études à Ferrare, il passa bientôt au couvent de Saint-Dominique de Venise, ou pendant vingt-cinq années il se livra à l’étude et à la publication de ses écrits. Il quitta Venise en 1606, lors des démêlés de la république avec Paul V, pour s’établir à Bologne, où il enseigna d'abord pendant deux ans la théologie aux chartreux. Il mourut dans cette ville, en réputation de miracles, le 2 janvier 1614. — Tota theologia S. Thomæ in compendium redacta, in-12, Venise, 1597; Elueidaliones formales in Summani theologicam S. Thomæ de Aquino, 5 in-4» ou 1 in-fol., Venise, 1588; puis dans l'ou­ vrage publié sous ce titre : Summa totius theologies S. Thomæ de Aquino, cum elucidalionibus formali­ bus, etc., 6in-fol.. Venise, 1612; elles contiennent, avec le texte de la Somme théologique de saint Thomas, les com­ mentaires et les opuscules de Cajétan et des traités de Javelli, O. P., 10 in-fol., Padoue, 1698. Quétif-Echard, Scriptores ordinis prædicatorum, t. I, p. 392; Hurter. Xomenclator, 1.I, p. 135; G. M. Piô, Vita e morte del ven. P. Mr. Fra Seraflno della Porretta, Bologne, 1615. P. Mandonnet. 1. CAPREOLUS (Saint). Successeur d'Aurelius sur le siège de Carthage, en 430, au moment où les Vandales, déjà maîtres de la Maurétanie césarienne, s’emparaient de la Numidie et menaçaient la province d'Afrique. Ce fut, au dire de Ferrand, un glorieux pontife et un doc­ teur célèbre. Epist., vi. ad Pelag. et Anatol., 6, P. L., t. lxvii, col. 925. Vers Pâques de 431, il reçut un envoyé de Théodose le Jeune, Ebagnius, porteur d’une lettre im­ périale qui invitaitsaint Augustin à se rendre au concile d’Éphèse. Or l'évêque d'Hippone était mort l’année pré­ cédente. Capreolus prit connaissance de la convocation et songea d'abord à réunir les évêques d'Afrique pour désigner une délégation qui se rendrait au concile, dont l'ouverture devait avoir lieu deux mois après. Mais, faute de temps et surtout à cause des troubles occasionnés par l'invasion des barbares, il dut renoncera son projet. Il envoya cependant à Éphèse son diacre Bestilas avec une lettre d'excuses, où il prie les évêques de garder omnia inconcussa immotaque, quæ a sanctis Patribus constituta sunt, et de refuser aux pélagiens un nouvel examen de leur cause déjà condamnée. Epist., I, 2, P. L., t. lui, col. 847. Cette lettre, hautement appréciée par le président du concile, Cyrille d'Alexandrie, fut lue, approuvée par les Pères et insérée dans les actes dans sa teneur originale et sa traduction grecque; Ca­ preolus s’y révèle comme le défenseur de renseigne­ ment· traditionnel, l'adversaire de toute nouveauté doctri­ nale et le témoin autorisé de la foi de l’Église d'Afrique; elle est citée dans le Commonitorium de saint Vincent de Lérins. Commonit., Il, 31, P. L., t. L, col. 682. Capreo­ lus écrivit en même temps à l’empereur pour le prier de maintenir la cause jugée au sujet des pélagiens et de ne pas laisser se rouvrir le débat; c’est cette dernière lettre qu'oppose Ferrand aux réclamations sans cesse réitérées des partisans de Pelage. Epist., vi, ad Pelag. el Anatol., 6, P. L., t. lxvii, col. 925. 1694 Telle était, en Occident, la réputation de savoir de Ca­ preolus, que, du fond de l’Espagne, Vital et Tonantius ou Constantius s’adressèrent à lui pour apprendre quelle était la vraie foi catholique au sujet de la controverse nestorienne. Il leur répondit que Nestorius venait d'être condamné à Éphèse; puis, relevant dans l’Écrilure un grand nombre de passages, il leur démontrait solide­ ment qu'en Jésus-Christ il y a deux natures et une seule personne : non distingui potest Dei hominisqve persona, quamvis sit in ea diversa substantia. Epist. ad Vital., 7, P. L., t. lui, col. 854. Dans cette lettre, Ca­ preolus attribue l’Apocalypse à saint Jean, ibid., 5, et l’Épilre aux Hébreux à saint Paul. Ibid., 10, 11, P. L.. t. lui, col. 852, 856. Certains discours insérés parmi les œuvres de saint Augustin, et ou il est question des ra vages des Vandales, sont de Capreolus, selon la con­ jecture de Tillemont, relevée par Bardenhewer. Patrologie, trad, franç., Paris, 1899, t. n, p. 456 ; 2« édit.. Fribourg-en-Brisgau, 1901, p. 449. Capreolus mourut peu avant l’occupation de Carthage par les Vandales en 439. Son nom fut inséré au cata­ logue des saints dans le calendrier de l’Église de Carthage. Mabillon, Analecta, Paris, 1723, p. 164, note. Les deux seules lettres qui restent se trouvent dans Aligne, P. L., t. lui, col. 843-858. Ferrand, Epistola ad Pelagium et Anatolium, P. L., t. lxvii, col. 921-928; Liberatus, Breviarium, 5,P.L.,t. lxvui, col. 977 ; Tillemont, Mémoires, Pal is, 1701-1709, t. XII, p. 559; t. xm, p. 901 ; t. XIV, p. 376, 399; t. XVI, p. 495, 502, 789; CeiUier, Histoire des auteurs sacrés, Paris, 1861, t. vin, p. 417-420; Smith et Wace, Diction, of christ. Biogr., art. Capreolus, t. t, p. 400-401; U. Chevalier, Répertoire des sources historiques. Bio-bibliographie, p. 391. G. Bareille. 2. CAPRÉOLUS Jean. On sait peu de chose relative­ ment à la vie de ce théologien, malgré la valeur et l’importance de l’œuvre qui l'a rendu un des plus célèbres de la fin du moyen âge. Les données absolument sûres se réduisent pour le moment aux suivantes. Capréolus naquit dans le diocèse de Rodez vers le milieu de la seconde moitié du xiv» siècle. Il entra dans l'ordre des frères prêcheurs au couvent de Rodez. Le chapitre général de 1407, tenu à Poitiers, le désigna pour pro­ fesser les Sentences à l’université de Paris à partir de l'année scolaire de 1408. 11 y termina l’année d’après la 1™ partie de ses Defensiones. En 1411, il fut admis à la licence à l’université de Paris. Nous le trouvons ensuite dans son couvent de Rodez sous les dates du 14 sep­ tembre 1426, du 7 novembre 1428, du 18 février 1433, qui marquent l’achèvement des trois dernières parties de son œuvre. U meurt à Rodez le 7 avril 1444. Capréolus a été qualifié de princeps thomistarum, et il est incon­ testablement le commentateur et le défenseur le plus autorisé des doctrines thomistes vers la fin du moyen âge. Son ouvrage, conçu comme un commentaire des quatre livres des Sentences de Pierre Lombard, est une exposition pénétrante des doctrines de saint Thomas et une défense conlre les divers adversaires qui s’étaient attaqués au chef de l’école depuis la fin du xm» siècle. L’ouvrage porte en titre : Libri defensionum theologiæ divi docloris Thomæ de Aquino in libros Sententiarum, 4 in-fol., Venise, 1483, 1514, 1519, 1589. Une excellente édition est en cours de publication depuis 1900, Tours; 5 in-4» ont déjà paru (1904). Paul Soncinas, Isidore de [solanis et Silvestre Prierias ont fait des abrégés de l’œuvre de Capréolus. Quétif-Echard, Scriptores ord. præd., 1.1, p. 795 ; Denifle-Chate­ lain, Chartularium universitatis Parisiensis, t. IV, p. 145, 223; Th.-M. Pègues, La biographie de Jean Capréolus, dans la Revue thomiste, t. vu (1889), p. 317 ; voir aussi ibid., p. 63, 507 ; t. vin, p. 50, 288, 505 ; Féret, La faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célébrés, moyen âge, Paris, 1897, t. tv, p. 331-332. P. Mandon.net. 1695 CAPUCIËS — CARACCIOLI 1696 1. CAPUCIÉS (fin duxii'siècle),membresd'unesorte ciés : tremebant principes in circuitu, nihil præter de confrérie, qui avait pour but le maintien de la paix. Un justum hominibus suis inferre audentes, nec ab eis exa­ grand nombre de brabançons, côtereaux (voir ce mot), ctiones aliquas vel precarias præter redditus debitos routiers, dévastaient la France. Appelés à titre de mer­ exagere praesumebant. On peut donc se demander si cenaires, au cours des guerres continuelles entre les rois vraiment les capuciés avaient dévié de façon grave, et de France et les Plantagenets, puis entre les princes de s’il faut accueillir l’accusation d’hétérodoxie dirigée la maison d'Angleterre, ces aventuriers avaient, plus contre eux. encore que leur solde, le pillage pour ressource. Ils 1. Sources. — Geoffroy du Vigeois, Chronic. Lewovicense, molestaient particuliérement les clercs et les moines. Le dans le Recueil des historiens des Gaules et de la France, Paris. mal se localisa à peu près dans les pays en deçà de la 1822, t. xvm, p. 219; Chronic. Laudunense, ibid., p. 705-706; Historia episcoporum Antissiodorensium, ibid., p. 729-730; Loire. Les capuciés le combattirent. liigord. Degestis Philippi Augusti, op. cit., t. xtx, p. 12; Chro­ Cette confrérie aurait eu pour origine une apparition niques ie Saint-Denis, ibid., p. 355: Gervais de Canterbury de la Vierge à un pauvre charpentier du Puy, nommé (Dorobemensisi, Chronic, de rebus Angliæ, ibid., p 063; Durand, en 1182. La sainte Vierge lui avait donné un C. Duplessis d'Argentré, Collectio judiciorum de novis erroripapier, ou elle était représentée assise sur un trône et bus, Paris, 1728, t. I. p. 123-125; Guyot de Provins, dans Méon, tenant dans ses mains l’image de Jésus enfant; autour Fabliaux et contes des poètes français, Paris, 1808, t. il, p. 307. du papier il y avait cette inscription : « Agneau de Dieu, II. Travaux. — H. Géraud. Les routiers au xir siècle, dans la Bibliothèque de Fécale des chartes, Paris, 1842, t. m, p. 125-qui ôtez les péchés du mondé, donnez-nous la paix. » 147 ; H. Haupt, dans Realencyklopüdie, 3* édit., Leipzig, 1897, Elle lui avait prescrit d’aller voir l’évêque du Puy, et t. m, p. 722-723; A. Luchaire, Un essai de révolution sociale de lui demander de créer une association destinée, à sous Philippe-Auguste, dans la Grande revue, Paris. procurer la paix à l’Église et ayant pour insignes une 1" mai 1900; P. Alphandéry, Les idées morales chez les hété­ image, laquelle reproduirait ce papier, et un capuchon rodoxes latins au début du xur siècle, Paris. 1903, p. 13-22. blanc où serait fixée l'image. Le récit de cette appari­ F. Vernet. tion, quoi qu'il faille penser de sa vérité (le Chronic. 2. CAPUCIÉS (fin du xiv» siècle). Les disciples de Laudunense, dans le Recueil des historiens des Gaules Wiclef. sous la dénomination de lollards (voir ce mot), et de la France, t. xvm, p. 705, y voit le résultat d’une firent une recrue importante, à Londres, dans la personne supercherie), devint vite populaire. La confrérie fut ins­ de l'augustin Pierre Pateshull, en 1387. Après avoir tituée; la fameuse église de Notre-Dame-du-Puy fut son passé à leur secte, Pierre attaqua l'ordre qu’il avait quitté, centre. Le capuchon qui distingua ses membres leur dans une prédication très violente. U ne put la termi­ valut le nom de capuciés. Ceux qui étaient « de la paix ner, mais il se rattrapa en affichant, à l’entrée de de sainte Marie » ne devaient pas faire de faux serments, l’église de Saint-Paul, un écrit ou il accusait les augusblasphémer, jouer aux dés, entrer dans les tavernes, tins de toutes sortes de crimes. Un certain nombre de porter des vêtements de luxe. Entre eux ils étaient unis lollards, qui appartenaient à la noblesse, saisirent l'oc­ par le lien d une solidarité très forte. Ils s’engageaient casion pour se livrer à des excès contre les catholiques à garder la paix et à la défendre contre ses ennemis. et, en particulier, pour détruire les saintes images qu’il La création de cette confrérie constitue donc un épisode y avait dans les églises; ces lollards étaient connus sous de l’histoire de la paix et trêve de Dieu. Cf. E. Sémile nom de capuciés, parce que, en présence du saintchon, La paix et la trêve de Dieu, Paris, "1857, p. 194. sacrement, ils gardaient leurs capuchons sur la tête. Les commencements de la ligue des capuciés furent heu­ Thomas de Walsingham, Historia A ngliæ brevis, dans Rerum reux. Pour un temps, ils pacifièrent la province. Ce britannicarum medii ævi scriptores, édit. Riley, Londres. mouvement s’étendit dans l’Auvergne entière, et gagna 1863, t. n, p. 157 ; H. Sponde (Spondanus), A nnalium ecclesiast. le Berry, l’Aquitaine, la Gascogne, l'Auxerrois, l'Orléa­ Baronii continuatio, an. 1387, n. 9, Lyon, 1678,1.1, p. 636. nais. Une victoire, remportée sur les routiers par l’ar­ F. Vernet. mée royale (1183) et dont l'honneur revint aux capuciés CAPULLIO Pierre, né à Cortone, entra chez les pour une bonne part, acheva de leur donner de l'impor­ frères mineurs conventuels; ses talents le firent élever tance. à la charge de régent des études de son ordre à Venise, Leur fortune fut brève. Un ou deux ans après leur à Bologne et à Rome, où Sixte-Quint venait de fonder triomphe, ils voulurent imposer leurs volontés aux sei­ le collège de Saint-Bonaventure. Créé évêque de Congneurs avec une insolence telle que ces derniers, appe­ versano dans les Pouilles en 1605, il mourut le 24 juin lant les routiers à leur aide, les écrasèrent. Dans l'in­ 1625. 11 reste de lui ; Commentaria in primum Senten­ tervalle. les capuciés s’étaient affranchis de la tutelle et tiarum librum divi Ronavenluræ, in-fol., Venise, même de la doctrine de l’Église, autant qu’on peut en 1623;... in secundum librum..., 1624. juger par VHistoria episcoporum Antissiodorensium, Franchini, Bibliosofla e memorie letterarie di scrittori condans le Recueil des historiens des Gaules el de la France, ventuali, Modène, 1693, p. 520; Sbaralea, Supplementum et t. xvm, p. 729. Nous y lisons que les capuciés n’avaient ni castigatio ad script, ord. min., Rome, 1806. crainte ni respect pour les puissances supérieures, mais P. Édouard d’Alencon. ■: tous s’efi’orçaient de conquérir cette liberté qu'ils di­ CARABELLONI Jean, théologien italien, de l’ordre saient tenir de leurs premiers parents dès le jour de la de Saint-Augustin, mort en 1818 à l’àge de 67 ans. On création, ignorant que la servitude a été la peine du pé­ a de lui : 1° Syllexis in Novum Testamentum, Rome, ché... Il n’y avait plus de distinction entre les pe­ 1795 ; 2“ Excursio in religionis elementa, Rome, 1797 ; tits et les grands, mais bien plutôt une confusion fatale, 3° De agiographia primigenia el translalitia adjectis entraînant la ruine des institutions qui maintenant, ex hebrseo textu divinis testimoniis ab apostolis et grâce à Dieu, sont régies par la sagesse et le ministère evangelislis e Veteri Testamento in Novum adseilis, des grands. Par là se trouvait détruite cette discipline revocatisque ad fontes nonnullis coptico-sacris frag­ politique ou catholique qui est faite pour nous dispen­ mentis, Rome, 1793. ser la paix et le salut. Par là était accru le nombre Lanteri, Postrema sæcuta sex religionis augustinianr. des hérétiques qui profitent de la défaite de l’Église pour t. ni. p. 321-322; Hurter, Nomenclator literarius, L ni, eel. 577. établir le règne de la chair ». Trad. H. Géraud, dans Giaume, Elogium funebre in morte R. P. Augustini Manx la Bibliothèque de l'école des chartes, Paris, 1842, t. ni, Carabelloni O. S. A., Gènes, 1818. A. Palmieri. p. 145. Ce témoignage est intéressant; il le serait plus encore s'il était moins vague. L’auteur semble être CARACCIOLI Jean-Baptiste, théatin italien, η à Naples, mort en 1656. Ses ouvrages traitent surtout l'écho des seigneurs, dont le Chronic. Laudunense nous dit, loc. cil., p. 706, en retraçant les débuts des capude théologie mystique. Voici les principaux : 1· De.te 4697 CARACCIOLI CARACTERE SACRAMENTEL virlù in generale, delle loro bellezza, varietà e connessione, Naples, 1650; 2° Della virtu della fede, e dei più grandi e nieravigliosi misteri che ellà ne insegna di Dio, di Cristo, e dei novissimi, Naples, 1651; 3° Dell' amore o carilà inverso Dio, Naples, 1651; 4» Introduzione all’ etica dell buon cristiano, Naples, 1651 ; G» Dell’ uomo giusto, Naples, 1652; 6° Dell’ uomo tem­ perato, modesto ed umile, Naples, 1653; 7° La creazionedel monda; lezioni istoriche e morali sopra l’opera di sei giorni secondo il mosaico essamerone, Rome, 4654. Toppi, Bibliotheca neapolitana, Naples, 1678, p. 131 1 scriltori dei chierici regolari detti teatini, Rome, ; Vezzosi, 1780, t. i, p. 197-200. A. Palmieri. 1. CARACCIOLO Antoine, théatin italien, né dans les Abruzzes, mort en 1642. Il a laissé beaucoup d’ouvrages d'archéologie et d’histoire ecclésiastique. Ses ouvrages théologiques sont : 1° Apologi a pro psalmodia in choro, Lyon, 1640; Paris, 1661, dirigée ‘contre Grégoire de Valence, d’après qui les religieux s’étaient imposé l'office du chenur, ut inepti ad alia ministeria spiri­ tualia ; 2° Biga illustrium controversiarum, Naples, 1618; 3° D. Aurelii Augustini episcopi Hipponensis, confessionum pores, resectis rerum difficilium spinis, in sex areolas distributi, Naples, 1621 ; 4» Compendium tomi secundi Francisci Suarez in tertiam partem D. Thomæ ubi de vita bealissimæ Virginis agitur, Lyon, 1683. Toppi, Bibliotheca neapolitana, Naples, 1678, p. 25; Silos, Historiarum clericorum regularium pars altera, Rome, 1655, p. 149,197, 205 ; Vezzosi, 1 scriltori dei chierici regolari detti teatini, Rome, 1780, t. I, p. 184-195; Hurter, Nomenclator, t 1, p. 472. A. Palmieri. 2. CARACCIOLO Robert, issu d'une noble famille, naquit à Lecce, dans les Pouilles, vers 1425. Avant sa naissance, voué par sa mère à saint François, il fut tout jeune confié aux conventuels de Nardo, puis entra chez les observants. Il y devint bientôt un prédicateur célèbre et dès 1451 le pape lui accordait des privilèges par lesquels il était soustrait à la juridiction de ses supérieurs. L’année suivante, par suite d’ambitions déçues, semblerait-il, il se tourna contre sa famille religieuse qu'il abandonna pour passer chez les conven­ tuels, et il employa toute son influence contre ses anciens confrères. Les jugements sont fort partagés sur sa conduite et nous ne voulons pas aborder cette ques­ tion. Sa réputation comme orateur était admise sans conteste, on l’api el.iit <> le nouveau Paul, le prince des prédicateurs ». Les papes l’avaient en estime, Callixte III l’envoyait comme nonce à Milan pour recueillir les dimes prélevées pour la croisade contre les Turcs; Paul II le mandait à Ferrare et le nommait prédicateur apostolique. Le roi de Naples Ferdinand II le choisissait aussi pour son prédicateur et son fils Alphonse le pre­ nait pour confesseur. Sixte IV créa Caracciolo évéque d’Aquin le 25 octobre 1475; son successeur Je transférait à Lecce, sa patrie, le22 mars 1485, mais Robert reprenait au bout de peu de mois l’administration de son premier diocèse dont il porta toujours le titre. Il mourut à Lecce le 6 mai 1595, laissant une œuvre oratoire qui avait eu un succès sans égal dans l’histoire de la typographie encore au berceau. Hayn lui consacre 80 numéros (44184498) de son Bepertorium ; aussi nous renonçons à énumérer toutes les éditions de ses œuvres, dont nous donnons seulement les titres, qui varient suivant les imprimeurs : Opus quadrdgesimale perutilissimum quod de pænitentia dictum est, Venise, 1472; Ser­ mones de adventu et de timore judiciorum Dei... accedit oratio de morte, Venise, 1475; Quadragesimale Halico, composé à la demande de Ferdinand, roi de Naples, Naples, 1476; Quadragesimale aureum de pec­ 4698 catis, achevé de composer le 9 octobre 1-483, Lyon et Venise, 1488; Sermones de laudibus sanctorum, Naples et Venise, 1-489; Prædicaliones a prima dominica de adventu... usque ad quartam, et de festivitatibus a Nativitate Domini usque ad Epiphaniam ; Sermones per adventum seu collecta magistralia de formatione hominis moralis, Nuremberg, 1479; Speculum fidei, Specchio de la fede, con sermoni latini e volgari delli misterii di Christo e dello, gloriosa Vergine madre e di altri sancti..., dédié à Alphonse d’Aragon, duc des Calabres, Venise, 1495. On lui attribue aussi un Tra­ ctatus de incarnatione Christi contra errores judæorum qui in Christo credere nolunt. Ses œuvres furent en partie réunies en 3 in-fol., Venise, 1490; Lyon. 1550. L’éloquence de Caracciolo porte ce cachet de franchise brutale, même triviale, que l’on trouve chez plusieurs prédicateurs de cette époque; son empire sur les foules était complet et il communiquait ses sentiments à ses auditeurs, les faisant passer du rire aux larmes. Il n’avait pas la dignité de saint Bernardin de Sienne, dont quelques-uns le disent disciple, bien que lui-même affirme ne l’avoir jamais vu. La vie de Caracciolo fut écrite par Dominique de Angelis en 1703. Wadding, Annales minorum, an. 1454, etc.; Dominique de Angèlis, Le vite de' letterati Salenlini, 1710, dans Giornale de letterati d’Italia, Venise, 1713, t. xin, p. 263; Tiraboschi, Storia della letteratura italiana, t. vi, 1. III, c. vi, §6; Sbaralea, Supplementum et castigatio ad scriptores ord. minorum, Rome, 1806; Hain, Bepertorium bibliographicum, Stuttgart, 1826, loc. cit.; Richard et Giraud, Dizionario universale delle scienze ecclesiastiche, Naples, 1844; Hurter, Nomenclator, t. iv, col. 915; L. Lemmens, B. Bernardini Aquitani Chronica fr. min. observantiæ, Rome, 1902, p. 39-56. P. Édouard d’Alençon. CARACTÈRE SACRAMENTEL. - I. Définition et existence. II. Nature. III. Rôle et propriétés. IV. Le quasi-caractère. I. Définition et existence. — Le concile de Trente définit le caractère sacramentel lorsqu'il déclare contre les protestants, sess. VII, can. 9, Denzinger, u. 734, que trois sacrements : le baptême, la confirmation et l'ordre, impriment dans l’âme un caractère, c'est-à-dire un signe spirituel et indélébile, en vertu duquel ces sacrements ne peuvent être réitérés. Le caractère im­ primé par l’ordination est de nouveau affirmé par le canon 4 de la session XXIII, Denzinger, n. 865, et la profession de foi de Pie IV spécifie que la réitération de l’un des trois sacrements précités constituerait un sacrilège. Denzinger, n. 865; > Le décret rendu au concile de Florence (1438) par Eugène IV pour les Arméniens contenait déjà la même doctrine. Denzinger, n. 590. Deux siècles auparavant, Grégoire IX (1227), interrogé sur la validité des ordina­ tions faites illégitimement extra tempora, mettait hors de doute que ceux ainsi ordonnés avaient le caractère sacramentel. Decret., 1. I, tit. xi, c. xvi, Consultationi. De même, à propos du baptême conféré â des sujets endormis ou atteints d’aliénation mentale, Innocent III (1198) répondait que ces sujets avaient ou non le carac­ tère sacramentel selon qu’ils avaient antérieurement accepté ou refusé de recevoir le sacrement. Decret., 1. Ill, tit. XLir, c. in, Majores. Denzinger, n. 342. Cependant les termes (alii non absurde distinguunt) dans lesquels Innocent Ill propose son enseignement montrent assez que ce n’est pas une définition de foi. Innocent III a-t-il inventé ce dogme? Le protestant Chemnitz l'a prétendu, dans Bellarmin, De sacr. in gen., 1. II, c. xvi, et il semblerait au premier abord que certains théologiens catholiques, en nombre il est vrai très restreint, ont été de cet avis. Ainsi Scot, Jn IV Sent.,!. IV,dist. VI,q. vin; Biel, InIVSent., I.IV, dist.VI, q. n,a.l; Cajétan, In Il J·’" Sum. Mcol-,q.LXlll, ont écrit que l’existence du caractère sacramentel ne se dégageait nettement ni de l’Écriture ni de la tradition 1699 CARACTÈRE SACRAMENTEL patristique et ne pouvait se démontrer que par l’autorité de l’Église, c’est-à-dire par le décret d’Innocent III, mais de cette opinion à la thèse protestante, il y a visi­ blement fort loin. Les théologiens précités ne taxent point l’enseignement d’Innocent III d'innovation dog­ matique; ils y adhèrent tous; ils y voient même une détermination, c'est-à-dire une définition doctrinale, et s’ils font des réserves sur la valeur de la preuve scripturaire ou patristique, elles montrent simplement qu’à leurs yeux les vérités révélées confiées au magis­ tère de l’Église ne sont pas toutes contenues dans les Livres saints ou dans les écrits des Pères. Au reste, la masse des théologiens de l'époque précédente a ignoré ces réserves. Cinquante ans avant Scot, saint Thomas témoignait que l'existence du caractère était admise de tous : Omnes moderni confitentur, In IV Sent., LIV, dist. IV, q. t, et un demi-siècle avant saint Thomas luimême, Guillaume d'Auxerre (1223) avait écrit sur ce sujet dans sa Somme, 1. IV, des pages si précises qu’on est fondé à se demander s’il ne s’est pas inspiré de travaux antérieurs. Cf. O. Laake, Uber den sakramentalcn Charakter, Munich, 1903, p. 58-105. Quoi qu’il en soit, on peut l’affirmer en toute certi­ tude : l’enseignement d’Innocent III n’était que le pro­ longement de la tradition des premiers âges de l’Église. Tous les principes sur lesquels reposent le dogme et la théologie du caractère sacramentel avaient été exposés au v· siècle par saint Augustin dans ses écrits contre les donatistes et il est à remarquer que le saint docteur s’appuie non sur la foi de la seule Église d’Afrique, mais sur celle de l’Église catholique. De baptismo, 1. VI, c. t, P. L., t. xliii, col. 197. Voir t. t, col. 2417-2418. Et en elfet, moins les développements et les précisions que n’exigeait alors aucune polémique, la doctrine des Pères grecs et latins du iv· siècle est identique à celle d’Au­ gustin. Il est même possible de remonter jusqu’au IIe siècle le courant traditionnel, malgré le peu de monuments qui nous restent de l’époque apostolique. Cela seul suffit à établir que la présente doctrine était contenue dans la prédication des apôtres; mais les Épitres de saint Paul fournissent à cet égard des indi­ cations qui deviennent saisissantes lorsqu’on les rap­ proche de la tradition des siècles suivants. Ces difle— rents points se prouvent comme il suit. 1» Les donatistes reconnaissaient avec toute l’Église que le baptême, la confirmation et l’ordination, une fois validemenl reçus, ne pouvaient pas être réitérés, mais ils niaient qu’on pût les administrer ou les recevoir validemenl au sein du schisme ou de l’hérésie. A leurs yeux, le baptême, c’était surtout de ce sacrement qu’il s agissait, était nul si le baptisé ne recevait pas la grâce du Saint-Esprit. Or, disaient-ils après saint Cyprien, ceux qui sont séparés de l’Église sont, par le fait, séparés du Saint-Esprit; donc leur baptême est pul et doit être réitéré. S. Augustin, De baptismo, 1. Ill, c xiii sq. P. L., t. xliii, col. 146 sq. ; L V, c. xxm, n. 33, col. 194; cf. 1. VI, c. i, col. 197. L’évêque d’Hippone fut donc amené à expliquer pourquoi le baptême et les deux autres sacrements, une fois conférés sous Je rit voulu, ne pouvaient jamais être réitérés, étaient valides même quand ils ne produisaient pas la grâce. 1. Le baptême, conféré en dehors de la communion catholique, dit le saint docteur, est un vrai baptême, mais il est illicite, De baptismo, 1. 1, c. in, iv; et celui qui le reçoit ainsi sciemment n’en tire point de profil, c v, n. 7. mais s'il entre dans la communion de l’Église, on ne doit point le rebaptiser : par le fait de son retour â l’unité, Fellet de rémission des péchés sera produit en lui par le sacrement qui ne pouvait lui être utile tant qu’il était dans le schisme, c. xn. 2. Comment le baptême peut-il exister sans conférer b sanctification du Saint-Esprit? C’est que, d’après saint Augustin, parmi les efiels du baptême, il en est un qui 1700 se produit indistinctement chez les bons et chez les méchants, donc, indépendamment de la grâce qui n'est reçue que par les bons. Cum ergo aliud sit sacramen­ tum quod etiam Simon Magus habere potuit; aliud operatio Spiritus quæ in malis etiam hominibus fieri solet, sicut Saul habuit prophetiam ; aliud operatio ejusdem Spiritus quam nisi boni habere non possunt... quodlibet hærelici accipiant, charitas quæ cooperit multitudinem peccatorum, proprium donum est catho­ lica unitatis, 1. Ill, c. xvi, coi. 149. Pius loin, I. V, c. xxiv, coi. 193, il s’explique, s’il est possible, plus clairement encore, à propos du texte, Gai., ni, 27 : Quicumque in Christo baptizali estis Christum induistis. Induunt autem homines Christum aliquando usque ad sacramenti perceptionem, aliquando et usque ad vilæ sancti/icationem ; atque illud primum et bonis et malis potest esse commune, hoc alterum proprium est bono­ rum et piorum. Et pour achever la réfutation des dona­ tistes, il les enferme dans le dilemme suivant : Qua­ propter, si baptisma sine Spiritu esse non potest, habent et Spiritum hærelici, sed ad perniciem, non ad salutem, sicut habuit Saul... Si autem non habent avari Spiritum Dei et tamen habent baptisma, potest esse sine Spiritu baptisma. Ibid. Or, cet effet, commun aux bons et aux méchants, n’est pas seulement indépendant de la grâce, il est permanent et indélébile; ainsi l’on peut dire que le baptême persiste après avoir été donné : ceux qui l'ont reçu le gardent, il demeure en eux, il inhère à leur âme : c’est pourquoi il ne peut plus être répété. Saint Augustin ne se lasse pas de répéter celte doctrine; ain­ si. De bapt., 1. VI, c. ix, n. 14, P. L., t. xliii, col. 204 : Si non esset baptisma unum et verum nisi in Eccle­ sia, non utique esset in eis qui ab unitate discedunt. Est autem in eis, nam id non recipiunt redeuntes non ob aliud nisi quia non amiserant recedentes. Et ailleurs prenant comparaison du signe corporel, stigma, dont on marquait autrefois les soldats, il écrivait, Conl. epist. Parmen., LII, c. xin, n. 29, P. L., t. xliii, col. 72 : An forte minus hærent sacramenta Christiana (bap­ tême et ordination dont il est question au n. 28), quant corporalis hæcnota cum videamus nec apostatas carere baptismate, quibus utique per pænitentiam redeun­ tibus non restituitur, et ideo amitti posse non judi­ catur? Il n’en est pas ainsi de l’imposition des mains, accompagnée de la prière, qui conslitue le sacrement de pénitence : Manuum autem impositio non sicut baptismus, repeti non potest. Quid est enim aliud nisi oratio super homine? De bapt., 1. III, c. xvi, coi. 149. Le baptême se distingue donc, d’après saint Augustin, des sacrements purement transitoires; il n’est pas seulement permanent au sens qu’une fois conféré, il est toujours vrai qu'il a été conféré, mais il laisse dans le baptisé une trace ineffaçable. Voir col. 204-206. 4. D’ailleurs, outre le baptême, deux autres sacre­ ments possèdent cette propriété spéciale. Il y a d’abord le sacrement du chrême ou de la confirmation : Sacra­ mentum chrismatis in genere visibilium signaculo­ rum sacrosanctum est sicut ipse baptismus, sed potest esse et in hominibus pessimis. Cont. lilt. Petii., 1. II. n. 239, P. L., t. xliii, coi. 342. Il y a en outre l'ordi­ nation : Episcopi redeuntes ex schismate non rursus ordinati sunt, sed sicut baptismus, in eis ita ordina­ tio mansit integra, et quand même ils ne sont pas repla­ cés à la tête de leurs églises, non eis ipsa ordinationis sacramenta detrahuntur, sed manent super e· s. Cont. lift, Parmen., 1. Ill, c. xm, n. 28, coi. 70; cf. De bapt., 1. I, c. I, n. 2, ibid., col. Î09. 5. Mais enfin, en quoi consiste donc cet effet singulier de ces trois sacrements? Saint Augustin en donne une double idée. Le baptême et l'ordination, dit-il, sont une sorte de consécration : ulrumque sacramentum est et 1701 CARACTÈRE SACRAMENTEL quadam consecratione homini datur... ideoque in catholica uirunique non licet iterare. Cont. epist. Parmen., ]. II, c. xiii, n. 28, P. L., t. xi.ni, coi. 69. Dans sa lettre à Boniface, Epist., xcvin, n. 5, P. L., t. xxxm, col. 362, il insiste sur les conséquences de celte consé­ cration chez les hérétiques : Quæ consecratio reum qui­ dem facit hæreticum extra Domini gregem habentem characterem, corrigendum tamen admonet sana doc­ trina, non item similiter consecrandum. 6. Aussi, cette consécration s’appelle, dans la langue de saint Augustin, le caractère du Seigneur. Ailleurs, ce caractère est comperô à "empreinte que portent les monnaies, au signe corporel dont sont marqués les soldats, Cont. epist. Parmen., loc. cil., n. 29, P. L., t. xi.m, col. 71, ou les brebis, De bapt., I. VI, c. I, η. 1, ibid., col. 197, marque et signe distinctif d’honneur pour les fidèles, de condamnation pour les déserteurs. Cont. Crescon., 1. I, n. 35, P. L., t. xliii, col. 464. Cf. O. Laake, p. 35-57. 2° Dans leurs discours et dans leurs écrits, les Pères des IVe et v' siècles visaient surtout l’instruction des simples fidèles; c’est pourquoi leurs témoignages touchant le caractère sacramentel se rapportent surtout au baptême. Toutefois, lorsque, dans leurs œuvres, il est question du sigillum ou sceau baptismal, on doit entendre par là également le caractère imprimé par la confirmation. Les Pères regardaient en effet, à juste titre, la confirma­ tion comme un complément du baptême et la coutume d'alors, encore aujourd’hui suivie par les Grecs, était d’administrer le sacrement aussitôt après le baptême. D’ailleurs, là où les Pères parlent expressément de la confirmation, ils ne manquent pas de la mettre, quant au sigillum, sur le même rang que le baptême. Terlullien. De resurrect, carnis, c. vm, P. L., t. Il, col. 806; S. Ambroise, De myster., n. 42, P. L., t. x-vi, col. 402; S. Cyrille de Jérusalem, Cal. myst., ni, n. 6, P. G., t. xxxm, col. 1091; S. Grégoire de Nazianze, Or. in s. bapt., n. 4, P. G., t. xxxvi, col. 362. Quant à l’ordi­ nation, la transformation caractéristique qu’elle opère est exprimée au vif par saint Grégoire de Nysse. Or. in bapt., xi, P. G., t. xlvi, col. 582. Tout l’enseignement patristique de cette époque peut se ramener à trois points. Cf. Franzelin, De sacramen­ tis, th. xxil : 1. Les Pères affirment que le baptême imprime un caractère indélébile. S. Basile, In s. bapt., n. 4, P. G., t. xxxi, col. 431; S. Cyrille de Jérusalem, Procatech., n. 16,17, P. G., t. xxxm, col. 352, 366; S. Ambroise, loc. cit. — 2. Ils marquent la réalité et quelque chose des propriétés du caractère à l’aide des mêmes comparaisons dont saint Augustin devait se ser­ vir après eux. S. Basile, loc. cit.; S. Grégoire de Na­ zianze, loc. cit.; S. Chrysostome, In II Cor., I. III, n. 7, P. G., t. lxi, col. 418. — 3. Plus explicitement, ils indiquent la nature et le rôle du caractère. C’est une marque spirituelle, imprimée dans lame, S. Cyrille de Jérusalem, S. Grégoire de Nazianze, S. Grégoire de Nysse, loc. cit.; marque qui distingue aux yeux de Dieu et de ses anges ceux qui appartiennent à sa lamille, S. Cyrille de Jérusalem, Cat., i, n. 2, P. G., t. xxxm, col. 371 ; S. Basile, loc. cit., et qui fait reconnaître les déserteurs. S. Chrysostome, loc. cit. Elle distingue éga­ lement les fidèles entre eux. S. Grégoire de Nysse, loc. cit. Ainsi le sigillum est séparable de la grâce quoiqu’il aide à la conserver. S. Ambroise, De Spiritu Sancto, 1. I, P. L., t. xvi, col. 723; S. Basile, S. Gré­ goire de Nazianze, loc. cit. 11 est notamment une pro­ tection contre les démons; ainsi furent préservées de l'ange exterminateur les maisons dont les portes étaient marquées du sang de l'agneau. S. Basile, S. Grégoire de Nazianze, loc. cit. 3» Les rares monuments de l’ére des persécutions qui sont arrivés jusqu'à nous contiennent une doctrine moins développée, mais cependant identique. Le bap­ 1702 tême, y lisons-nous, est un sceau dont sont marqué les fidèles. Hermas, Sim., ix, 16, Funk. Patres apostolici, Tubingue, 1901, t. i, p. 608, 610; Il ad Cor., c. vu, vm. Funk, t. i, p. 172. Ce sceau ne peut être brisé, Const, apost., 1. III, c. xvi, P. G., t. i, col. 798; il est une force contre les tentations, Acta Theclæ, c. vm, un pré­ servatif de la grâce, Eusèbe, II. E., 1. 111, c. xxm, P. G., t. xx. col. 259, un gage de salut et d’immortalité. Id., Vit. Constantini, n. 63, ibid., col. 1214. Voir col. 205206, 242. Cf. S. Irénée, Cont. hær., v, 8, n. 1, P. G., t. vu, col. 1141 ; Théodote, dans les Excerpta, n. 86, P. G., t. ix, col. 697. On doit rapporter à celte époque la forme du sacrement de confirmation en usage chez les Grecs, car elle est de la plus haute antiquité. S. Cy­ rille de Jérusalem, Cat. myst., ni, 7, P. G., t. xxxm, col. 366. O. Laake, p. 24-35. La continuité de la tradition jusqu’à l'époque aposto­ lique est donc manifeste. Elle prend un nouveau relief si on la rapproche de la pratique qui a été en tout temps, sans contestation, en vigueur dans toute l’Église, de ne jamais réitérer le baptême, la conlirma'ion ni l’ordre après qu’ils avaient été validement conférés. En effet, si l’Église s’interdisait la réitération de ces sacrements, ce n’était pas simplement à cause d'une défense de droit divin, c’est parce qu'elle croyait que ces sacrements impriment dans l’âme une marque indélébile; l’argu­ mentation de saint Augustin n’a pas d'autre base. Il suit nécessairement de là que cette croyance de l’Église à un effet permanent des trois sacrements en question est aussi ancienne que la pratique à laquelle elle ser­ vait de support, c’est-à-dire qu’elle remonte aux apôtres dont la prédication a été la règle de la foi de l’Eglise. 4» De divers endroits des Épitres de saint Paul il semble résulter que les fidèles auraient été marqués par Dieu, lors de leur baptême, d'un signe spécial, dis­ tinct de la grâce quoiqu'en rapport étroit avec elle et enfin indélébile. Qui unxit nos Deus, écrit l’apôtre, II Cor., i, 21 ; cf. Eph., i, 13, et signavit nos et dedit pignus Spiritus in cordibus nostris. Ainsi, non seule­ ment Dieu nous a donné la grâce, unxit nos, mais en­ core et signavit nos, il nous a distingués par un signe particulier, signe qui nous a consacrés à lui par l'opération de son Esprit, signe de salut qui demeure perpétuellement : Nolite contristare Spiritum Dei in quo signati estis in diem redemptionis. Eph., iv, 30. Le catéchisme du concile de Trente, part. 11,29, cite l’Épitre aux Corinthiens en preuve du caractère sacramentel, et en effet, quand même on ne voudrait pas voir dans ces textes pris en eux-mêmes une démonstration rigou­ reuse, cf. Comely, In Epist. H ad Cor., Paris, 1892, p. 47, la doctrine du sigillum qui apparaît dès les temps apostoliques éclaire singulièrement les expressions dont saint Paul s’est servi et y lait voir clairement le germe de la doctrine qui s’est développée pendant les siècles suivants. O. Laake, p. 11-24. IL Nature. — 1» Ainsi, d’après la tradition des siècles chrétiens et le concile de Trente qui la résume, le caractère sacramentel est une marque imprimée dans l’âme : comme la grâce, il est un effet du sacre­ ment, mais il s’en différencie en ce qu’il est indélé­ bile. Le caractère est donc quelque chose de réel. Bien avant saint Thomas, Guillaume d’Auxerre enseignait cette doctrine; Durand de Saint-Pourçain est le seul théologien connu quis’en soit écarté. 11 soutienten effet, In IV Sent., 1. IV, dist. IV, q. i. que le caractère est une pure relation de raison et qu’il consiste simple­ ment en ce que celui qui reçoit le baptême, la confir­ mation ou l’ordre devient, d’ailleurs à perpétuité, mais uniquement en vertu de l'institution divine, le sujet ou le ministre d'actions sacrées, de la même façon que parmi les hommes, en vertu des institutions sociales, tel ou tel est chargé de telle fonction, sans que son âme en soit aucunement modifiée. Beaucoup de théolo- CARACTERE SACRAMENTEL ■2 1703 ιό giens postérieurs au concile de Trente tiennent que l'opinion de Durand est digne de censure, cf. Franzelin, De sacr. in gen., th. xm, 1 ; en tous cas, elle parait inconciliable avec le canon, Denzinger, n. 841, où le concile définit comme deux choses distinctes et que l'ordre imprime un caractère et que le prêtre une ibis ordonné ne peut plus redevenir laïc; dans le système de Durand, en effet, la première partie de cette défini­ tion en tant que distincte de la seconde, serait tout à fait inexplicable. On ne peut pas davantage faire con­ sister le caractère dans une relation réelle dont l'un des termes serait l'âme, car ou bien ce serait l’âme toute nue et il s'ensuivrait que le caractère est commun â tous les hommes, S. Thomas, Sum. theol., Ill’, q. i.xni, a. 2, ad 3°“;ou bien ce serait l’âme modifiée par le sacrement, ce qui semble avoir été l’opinion de Scot, Inl VSent., 1.1V,dist. XI, q. x, mais alors, pour parler un langageexacl.il faudra dire que le caractère est cons­ titué par cette modification réelle qui, survenant dans l'âme, l’établit dans de nouvelles relations avec Dieu. 2° En définissant que le caractère est imprimé dans l’âme, Denzinger, n. 734, l’Église indique assez qu’il est réel non à la manière des substances, mais d’une façon analogue à l'empreinte d'un sceau, c’est-à-dire qu'il faut y voir une sorte de perfection accidentelle qui communique à l’âme une ressemblance ou des proprié­ tés d’ordre surnaturel. O. Laake, p. 184-190; L. Farine, Del· sakramentale Charakter, Fribourg-en-Brisgau, 1904, p. 6-18. Jusque-là les théologiens sont d’accord; mais si on leur demande quelle est cette perfection, les uns répondent, avec saint Thomas, qu’elle est une sorte de puissance puisqu’elle confère le pouvoir d’exercer certains actes du culte divin; d'autres, tels saint Bonaventure, In 1 VSent.,\. IV, dist. VI ; Suarez.-De sacr., part. I, disp. XI ; Bellarmin, De sacr. in gen,, 1. II, c. xix, y voient une sorte d'habitus ou-de dispo­ sition, d’ornement de l’âme, qui n’est ordonné à aucun acte spécial; d’autres enfin avec de Lugo, De sacr. in gen., disp. VI, sect, ni, regardent le caractère comme une capacité ou réceptivité purement passive. Cette divergence de vues s'explique par la diversité des rela­ tions qui naissent du caractère; selon que l'on consi­ dère telle ou telle comme prédominante, on est conduit à assigner au caractère une nature différente. Ainsi, on ne saurait nier que tout au moins le caractère presbyt.'ral ou épiscopal signifie une véritable puissance, réelle et active, mais d'autre part, ce concept de puis­ sance ne répond pas complètement à l'idée de cachet, de ressemblance divine imprimé dans l’âme par le caractère. 3° Pour le même motif, les théologiens se sont égale­ ment partagés au sujet du siège du caractère. Cette qualité surnaturelle est-elle fixée directement sur la substance de lame, ou affecte-t-elle immédiatement l intelligence ou la volonté, ou ces deux faculfés à la fois? Saint Thomas, Sum. theol., III·, q. Lin, a. 4, ad 3“m, tient que le caractère est une qualité intellec­ tuelle, attendu que les actes du culte divin, qu’il donne le pouvoir d’exercer, sont des actes de foi extérieurs, donc des actes intellectuels. Scot, In IV Sent., 1. IV, dist. VI, le place dans la volonté; saint Bonaventure, in IV Sent., 1. IV, dist. VI, dans l’une des facultés; enfin, Bellarmin, Suarez, de Lugo le font résider dans la substance même de l’âme. Cette controverse a été naturellement négligée par les théologiens imbus de la philosophie cartésienne qui niait toute distinction entre l'âme et ses facultés. O. Laake, p. 190-194. III. Rôle et propriétés. — La métaphore tradi­ tionnelle de sigillum, signaculum, exprime parfaitement le rôle et les propriétés du caractère sacramentel. Le sceau imprime sa ressemblance là où il est apposé; les documents qui en sont revêtus prennent un carac­ tère officiel; il est un signe et aussi une garantie légale i, e 1704 de propriété pour les objets qui en sont marqués. D'une façon analogue le caractère sacramentel, disent les anciens scolastiques, est un signe configurât!! et consécratoire, distinctif et salutaire. Ces qualificatifs défi­ nissent les relations du caractère avec Dieu, avec l'Église et avec la grâce et il ne reste plus pour en donner une idée complète qu'à noter qu’il est indélébile. 1° Considéré par rapport à Dieu, le caractère est un cachet de ressemblance particulière avec Dieu et de consécration spéciale à son service. 1. Le nom seul de caractère implique l’idée d'une ressemblance imprimée dans l’âme, mais d'une res­ semblance avec qui? Avec Dieu, dit saint Thomas, Sum. theol-, III·, q. LXin, a. I, car Dieu imprime en nous son caractère. C'est pourquoi l’Église, dans l'ab­ soute qu’elle prononce sur chacun de ses défunts, repré­ sente à Dieu que ce fidèle insignitus est signaculo sanctæ Trinitatis. Or, ajoute saint Thomas, le Verbe de Dieu est la figure, le caractère, χαρακτήρ, du Père, Heb., i, 3; c’est donc très spécialement l’image de Jésus-Christ qui est imprimée dans l’âme. Tel est le sens de la définition magistrale rappelée par le même docteur : Character est distinctio (un signe distinctif) a charactere æterno (par le Verbe) impressa aniniæ rationali secundum imaginem consignans (consacrant) trinitatem creatam (l’âme, l’intelligence et la volonté) Trinitati creanti et recreanti (à la Trinité, auteur de la nature et de la grâce) et distinguens a non consi­ gnatis secundum statum fidei (et distinguant en dif­ férentes catégories ceux qui en sont marqués de ceux qui ne le sont pas). 2. Les Pères ont fréquemment comparé l’empreinte sacramentelle à l’effigie des monnaies, au signe de pro­ priété dont le maître marque ses brebis, au stigmate autrefois imprimé sur le corps des soldats. Le caractère est donc une sorte de livrée spirituelle (mais inhérente à l'àme), quicumque baptizali estis, Christum indui­ stis, Gal., m, 27, un signe de domesticité spéciale de l’àme vis-à-vis de Dieu, c’est-à-dire de consécration à son service : Vos estis Christi. 1 Cor., in, 23. Cette consé­ cration n’est donc pas purement nominale comme celle d'un temple ou d'un calice ou comme celle qu’entendait Durand, mais elle n'est pas nécessairement sanctifiante, puisque, selon le langage des Pères, elle demeure même chez les déserteurs. 3. Cette double idée d'une ressemblance avec Dieu et spécialement avec Jésus-Christ et d’une consécration perpétuelle résultant du caractère est réunie dans la théorie de saint Thomas qui regarde le caractère comme une participation à la puissance sacerdotale du Christ. Le caractère, dit-il, ibid., a. 3, investit l'homme du pouvoir d’être le sujet ou le ministre de certains actes du culte divin. Or, le culte chrétien tout entier, découle comme de sa source, du sacerdoce du Christ. Il est donc manifeste que le caractère du Christ, cujus sacer­ dotio configurantur fideles secundum characteres sacramentales qui nihil aliud sunt quam participationes sacerdotii Christi ab ipso Christo derivalœ. Voir col. 291. De là les conclusions suivantes:a. Le caractère sacra­ mentel, participation imparfaite du sacerdoce dont le Christ possède la plénitude, ne saurait exister en JésusChrist. S. Thomas, Sum. theol.,III·, q. I.xni,a.5. — b. Les fidèles marqués du caractère deviennent semblables au Fils de Dieu fait homme, car c'est en tant qu’homme-Dieu que Jésus-Christ est prêtre. — c. L’empreinte sacerdotale reçue ainsi par les fidèles leur confère le pouvoir d'être I-. s sujets ou les ministres, c’est-à-dire les instruments du pouvoir sacerdotal que Jésus-Christ, souverain prêtr-, exercera en eux et par eux. Ils deviennent donc à d-s degrés divers, selon le caractère reçu, comme des membres dans lesquels et par lesquels agit Jêsus-Cl.n-t chef invisible de l’Église. Cf. Eph., v. 12, IG; rv. 30. Cependant, quels sont les actes du culte auxquels se 1705 CARACTÈRE SACRAMENTEL rapporte ce pouvoir sacerdotal conféré par les trois sacrements qui impriment un caractère? Ce sont, dit saint Thomas, ibid., a. 6, quant au baptême, les actes nécessaires au salut personnel de l’homme; la confir­ mation rend apte à professer publiquement la foi, à titre officiel, militaire; enfin l'ordre constitue les ministres des sacrements et les chefs des fidèles. Cette conception d'une sorte de puissance sacerdotale conférée déjà par le baptême, d'une sorte de sacerdoce laïc à côté du sacerdoce proprement dit est en accord frappant avec le texte connu de saint Pierre. 1 Pet., n, 9. 4. Si ces trois sacrements et eux seuls impriment un caractère, c'est bien parce que Dieu l’a voulu ainsi; mais il est aisé de montrer l'harmonie de cette dispo­ sition divine. Le caractère revêt celui qui le reçoit de la ressemblance de .Jésus-Christ : or Jésus-Christ est roi ; il est le prophète, le révélateur de la loi nouvelle; il est le souverain prêtre. A ces trois titres essentiels correspondent trois caractères sacramentels ; ceux de sujets du royaume du Christ, de soldats chargés de com­ battre ouvertement pour sa foi, de ministres, de repré­ sentants de sa fonction sacerdotale. L’auteur de la défi­ nition scolastique citée plus haut se place à un point de vue légèrement différent, lorsqu’il attribue au carac­ tère la fonction de distinguer les fidèles secundum sta­ tum fidei. Saint Bonaventure, 1 VSent., 1.lV,dist.VI, p.i, q.I, l’explique ainsi : Character in bis solum sacramentis imprimitur quæ respiciunt statum fidei determinatum. Triplex est autem status fidei, scilicet genitæ, roboratæ et multiplicatæ... ideo tria tantum sacramenta impri­ munt characterem. La doctrine, ci-dessus exposée, de saint Thomas, qui voit dans les différents caractères autant de degrés de participation au sacerdoce du Christ, se rapproche sensiblement de celle de saint Bonaventure. L. Farine, Der sakramentale Charakter, p. 18-41, démontre que le triple caractère sacramentel configure le chrétien à Jésus-Christ, comme Dieu-homme dans le baptême, comme Dieu-roi dans la confirmation, et comme Dieu-prêtre dans l’ordination. 2° Considéré par rapport à la grâce que produit le sacrement, le caractère est un signe de cette grâce et dispose à la recevoir ou à la conserver. 1. Comment le caractère peut-il être le signe de la grâce alors qu’il est un effet du signe sensible sacra­ mentel qui seul a la vertu de signifier et de produire la grâce? Pour l'expliquer, les scolastiques du xm· siècle distinguent dans le sacrement trois choses : a) le signe sensible pris isolément, sacramentum tantum ; b) la grâce, res sacramenti, qui est signifiée et produite par le signe sensible, mais qui elle-même ne signifie aucun effet ultérieur du sacrement; c) un effet intermédiaire, res et sacramentum, tel que le caractère, qui est signifié et produit par le signe sensible et qui en même temps signifie la grâce. Cette théorie suppose d’abord que le caractère est distinct de la grâce et peut être produit sans elle; en second lieu, que le caractère est distinct d’elle là où il existe, ou tout au moins appelle l'existence de la grâce. Or ces deux points sont des mieux établis. 2. La distinction du caractère d’avec la grâce n’a pas été expressément définie par l’Église, mais elle est vir­ tuellement contenue dans le dogme de l’indélébilité du caractère : d’ailleurs, s’il est une propriété du caractère que les Pères aient mise en lumière, c’est celle de sa per­ sistance même chez les déserteurs de Dieu et de l’Église. En particulier, saint Augustin démontre longuement, comme on l’a vu, que le caractère baptismal peut être reçu sans la grâce de la régénération. Conséquemment : a) dans le baptême, par exemple, l’effet immédiat du sacrement est le caractère et non pas la grâce, puisque le caractère s’imprime toujours pourvu que le sacrement existe, tandis que la grace n’est jamais produite en l’absence du caractère.S. Bonaventure, In I V Sent., 1. IV.dist.VI, p. I, q. vi. — 6) Le caractèreétant indé- I 170G pendant des dispositions du sujet est le même chez tous. De Lugo, De sacr. in gen., disp. VI, sect. IV, n. 81. Ainsi on est baptisé ou on ne l’est pas, mais on ne peut pas l’être plus ou moins. S. Bonaventure, ibid., dist. XXIV, p. n. n. 1, q. ni. —c) Pour le même motif, alors que la grâce peut s'augmenter ou s'affaiblir, le caractère, une fois reçu, ne peut ni s'aviver, ni s’oblitérer. 3. L'indélébilité du caractère est la propriété qui le distingue le mieux de la grâce. Elle a été définie par l’Église en ce que l’homme garde, au moins jusqu’à la fin de sa vie, le signe imprimé dans son àme par les sacrements : toutefois, les théologiens s’accordent à reconnaître que le caractère persiste chez les élus et même chez les réprouvés pour la gloire des uns et pour la confusion des autres. S. Thomas, Sum. theol., Ill*, q. i.xiv, a. 5, ad 3“m. De là saint Thomas conclut que si une personne baptisée, confirmée, ou ayant reçu le sacrement de l'ordre, venait à ressusciter, ces sacrements ne devraient pas lui être de nouveau conférés. In Epist. ad lleb., c. xi, lect. vin. Si le caractère sacramentel est indélébile, c’est parce que Dieu l’a voulu tel, mais il est très convenable qu'il en soit ainsi. Dés lors, dit saint Thomas, loc. cit., a. 5, que le caractère est une participation au sacerdoce de Jésus-Christ, il doit être perpétuel comme ce sacerdoce. Sans doute, il dépend de l'homme de recevoir ou non le sacrement qui confère le caractère, mais s’il reçoit validement le sacrement, il n’est pas en son pouvoir d’en empêcher les effets et il ne peut plus se dépouiller de cette consécration qui fait de lui un instrument de JésusChrist souverain prêtre. 4. En quoi le caractère diffère-t-il de la grâce?D’après saint Bonaventure, In 1V Sent A. VI, dist. V,p. i, q. n, la ressemblance divine produite par le caractère serait! d’un degré inférieur à celle qui résulte de la grâce chez les bienheureux; on la trouve chez les justes à un degré suffisant pour le salut, degré qui exclut le mal du péché grave, mais non les misères de la vie présente; enfin, il est un degré de ressemblance bien imparfaite et in­ suffisante, mais qui néanmoins dispose à recevoir la grâce : c’est celle due au caractère. Saint Thomas préfère mettre en relief la fin à laquelle le caractère sacramen­ tel est ordonné. La grâce destine l’homme à la posses­ sion de la gloire, tandis que le caractère fait de l'homme le sujet ou le ministre de certains actes du culte divin. Ibid., a. 3. 5. Le caractère signifie la grâce en raison de la con­ nexité morale qu’il a avec elle, attendu, dit saint Thomas, que la grâce est nécessaire à l'homme pour qu’il puisse accomplir dignement les actes du culte divin-dont il devient,en vertu du caractère,le ministreou lesujet.Sum. theol., III»,q. LXHI,a.4,adl°m; In/TSent.,1. IV,dist. IV, q. i, a. 1, ad 5““. Ainsi : a) A ne considérer que la volonté de Dieu, le caractère ne devrait jamais être séparé de la grâce et, en effet, chez les enfants il n'existe jamais sans la grâce. Si parfois il en est autrement chez les adultes, c’est par leur faute et ils ont le devoir strict de le réparer. Ceci fait comprendre pourquoi avant l’hé­ résie des donatistes, les Pères ont habituellement con­ sidéré le caractère comme étant accompagné de la grâce, ce qui est effectivement son état normal. — b) Lorsque, faute des dispositions nécessaires chez le sujet du sacre­ ment, la grâce n’a pas suivi le caractère, si l’obstacle qu'elle a rencontré vient à disparaître, elle se produit comme si le sacrement venait d’être reçu; autrement dit, selon l'expression théologique, le sacrement revit. Saint Augustin l’enseigne formellement au sujet du bap­ tême : Cum hæreticus se correxerit,... non iterum baptizandus est, quia ipsa ei reconciliatione præstatur ut ad remissionem peccatorum ejus... jam incipiat prodesse sacramentum quod acceptum scienter in schismate prodesse non poterat. De bapt., 1. Ill, c. xiii, n. 18, P. L.,t. xliii, coi. 146. Très communément CARACTÈRE SACRAMENTEL 4707 atimise par la plupart des théologiens, cette doctrine a été étendue par eux à la confirmation et à l’ordre. En effet, ces sacrements ne pouvant pas être réitérés, s’ils ne pouvaient pas revivre, celui qui les aurait indigne­ ment reçus serait privé à jamais des grâces spéciales à ces sacrements, c'est-à-dire de secours indispensables pour accomplir dignement les actes auxquels ces sacre­ ments le destinent. A la vérité, ces grâces spéciales sont des grâces actuelles, mais pour y avoir droit, il faut que le sujet soit en étal de grâce habituelle. Tel est, d’après de ugo, De sacr. in gen., disp. VI, sect, iv, n. 81, l'ensei­ I. gnement commun. — c·) Ces grâces spéciales auxquelles le caractère donne droit sont déjà un puissant secours pour conserver la grâce sanctifiante, mais le caractère contribue encore à cet effet d’une autre manière. Les Pères enseignent que le caractère fait fuir les démons qui l’ont en horreur et appelle sur celui qui en est revêtu la protection des bons anges, qui voient en lui quelqu’un de leur famille. S. Cyrille de Jérusalem, Cat., t, n. 3, P. G., t. xxxiii, col. 374. 3» Si l’on envisage le caractère par rapport à l’Église, il est un signe qui distingue les fidèles, soit de ceux qui n’appartiennent pas à l'Église, soit entre eux, en les partageant en différentes classes. I. Il va de soi que Dieu n’a pas besoin du caractère pour reconnaître ceux qui lui appartiennent. Quant aux bons anges, nous savons par les Pères que le caractère sacra­ mentel est comme une lettre de recommandation et qu’il fait fuir les démons : néanmoins, saint Thomas enseigne que le caractère ne leur est pas nécessaire pour distinguer les fidèles. C’est donc seulement par rapport aux hommes que le caractère serait une marque distinc­ tive, mais comment cela se peut il, puisqu'il est invisible? Cette difficulté disparaît si l’on observe que les fidèles croient à l'existence du caractère chez ceux qui ont reçu le sacrement qui le confère. Par suite, dès que l’on a la preuve, facile à obtenir, qu’un tel a été baptisé, confirmé ou ordonné, on tient que ces sacrements ont imprimé en lui leur caractère et on l’admet dans l’Église aux actes pour lesquels ce caractère est requis. S. Thomas, In IV Sent., I. IV, dist. IV. q. f, a. 2. Sans doute il peut arriver, dans un cas particulier, que l’Eglise soit trompée, cf. lit. De presbytero non baptizato, 1. Ill Decr., mais celle erreur tout accidentelle n’infirme pas la possibilité de connaître en règle ordinaire, avec toute la certitude nécessaire, la validité du sacrement en cause. En ce sens, le caractère est bien, comme l'en­ seigne le décret aux Arméniens, Denzinger, n. 570, signum a celeris dislinclivum, et constitue, selon le sacrement d’où il dérive, les fidèles dans des classes véritablement distinctes. Le baptisé est séparé des infidèles, devient membre du corps du Christ et acquiert le droit aux sacrements; la confirmation le sépare des simples fidèles en le sacrant officiellement soldat du Christ; enfin, s’il reçoit l’ordre, il sera séparé du reste du peuple et appar­ tiendra à la hiérarchie sacrée. 2. Les considérations précédentes fixent la place du caractère dans la théologie de l’Eglise. — a) Si, avec les théologiens, on rapporte à l'âme de l'Eglise non seulement la grâce sanctifiante et les dons qui en sont inséparables, mais encore les dons gratuits, attendu qu’elle tient les uns et les autres de Jésus-Cbrist, son chef invisible, les caractères sacramentels devront être rangés dans cette dernière catégorie. Toutefois, ceux chez qui ils existent, sans être accompagnés de la grâce sanctifiante, ne sont unis à l’âme de l’Église que d’une façon imparfaite. — *■ D’autre part, la validité de tous les sacrements dépend du baptême et celle de tous les autres sacrements, le mariage excepté, suppose chez le ministre l’ordre presi··. f ral ou épiscopal. Or, les sacrements sont les moyens ordinaires par lesquels la vie surnaturelle est commu­ niquée aux fidèles : par conséquent, le caractère du bap- . nn.e et celui de l’ordre sont la condition normale de la DICT. DE THÉOL. CATIIOL. 1708 vie surnaturelle de l’Eglise. — c) Enfin ces mêmes carac­ tères du baptême et de l’ordre sont également essentiels pour l’existence du corps de l’Eglise et spécialement de la hiérarchie qui donne à ce corps son unité sociale. La perpétuité de l’Église est tout particulièrement intéressée à la permanence du caractère épiscopal, parce que, s’il venait à faire défaut, le remplacement des ministres sacrés deviendrait impossible. IV. Le qlasi-caractére. — La permanence des effets de l’extrême-onction et surtout du mariage a induit certains théologiens allemands, cf. Laake, Über den sakramentalen Charakter, p. 156-201, à considérer ces deux sacrements comme produisant quelque chose d’ana­ logue au caractère, ou quasi-caractère, en vertu duquel ils ne peuvent pas être réitérés à volonté et jouissent de la propriété de revivre dans les mêmes conditions que le baptême, la confirmation et l’ordre. Schweiz, Theologia dogmatica, 5e édit., Vienne, 1869, t. ni, p. 166 sq ; Oswald, Die dogmatische Lehre von den heiligen Sakramenten, 5’ édit., .Munster, 1894, p 104; Berlage, A'alolische Dogmatik, Munster, 1864, t. vu, p. 73. M. Farine, Der sakramenlale Charakter, p. 77-95, tout en reconnaissant que le sacrement de mariage n’imprime aucun caractère sacramentel et ne constitue pas les époux dans un état sacramentel particulier, trouve cependant dans ce sacrement une analogie sym­ bolique avec le caractère sacramentel, puisque le ma­ riage constitue principalement et immédiatement un état permanent, et signifie les grâces d'état auxquelles il donne droit. Cette assimilation des effets de l'extrême-onction et du mariage à ceux du caractère sacramentel est manifeste­ ment peu heureuse. Le caractère confère à ceux qui le reçoivent un certain pouvoir dans l'Eglise où il les cons|itue en tant que fidèles, secundum statum /idei, dans une classe distincte. Or ni l’extrême-onction ni le mariage ne confèrent au sujet aucun pouvoir dans l’Église, et s’il est vrai que le mariage établit les époux dans un nouvel état de vie et léur donne certains droits, ces droits et cet état ne modifient en rien le rang qu’ils occupaient aupa­ ravant dans la société des fidèles. Ainsi la dénomination de quasi-caractère ne repose sur aucune base solide. Sans doute l’extrême-onction ne peut être réitérée dans le cours de la même maladie, non plus que le mariage du vivant de l’autre conjoint, et de plus, ce der­ nier sacrement crée un lien indissoluble; aussi la révi­ viscence de ces deux sacrements est très vraisemblable, mais ces raisons ne suffisent point à faire conclure que ces sacrements laissent dans l’àme une impression plus ou moins durable, analogue au caractère. Si. dans cer­ taines limites, on ne peut pas les réitérer, c’est unique­ ment en vertu d’une défense divine qui résulte impli­ citement de la fin du sacrement d’extrême-onction el qui a été portée explicitement par Jésus-Christ pour le mariage. La réviviscence de ces sacrements ne serait pas un meilleur argument en faveur du quasi-caractère, puisque les théologiens qui l’admettent la déduisent uni­ quement de l’impossibilité relative de leur réitération. Guillaume d’Auxerre. Summa aurea, Paris, s. d.; S. Bonaven­ ture, In IV Sent.. 1. Vf. dist. VI, Quaracchi, 1889, t. IV, p. 1:6145; S. Thomas, In IV Sent., 1. IV, dist. IV, q. I, Paris, 1873, t. x, p. 86-96; Sum. theol., III*, q. 1-XHl; Scot, In IV Sent.. 1 IV, dist. VI, q. xxt, Paris. 1894, t. xvi. p. 615-654; tous les commentateurs du IV· livre des Sentences et de la III' partie de la Summe théolugique ; tous les théologiens qui ont traité des sacrements en générai, notamment Suarez, Vasquez, Tolet; de Lugo, De sacramentis in genere, disp. VI ; Bellarmin, De sacr. in genere. 1. H, c. xvn sq. : Franzelin, De sacramentis in ge­ nere. th. xn, xili; Gihr, Die heiligen Sakramente, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1902, t. t; Lorinser, De charactere sacramentali, 1844; O. Laake. Über den sakramentalen Charak­ ter, Munich, 1903; J. L. Farine, Der sacramentale Charakter. Ein dogmatische Studie, dans Strassburger theologische Stis· dien, Frib-en-B., 1904, t. VI, l’asc. 5. 11. MounExu. IL - 54 1709 CARAFA — CARAMUEL Ύ LOBKOVITZ 4.CARAFA Antoine, savant helléniste et pieux prélat, né à Naples en 1538, mort à Rome le 14 janvier 1591, eut pour précepteur Guillaume Sirlet. Neveu de Paul IV, il avait tout jeune été appelé à la cour pontilicale par son oncle et avait reçu les titres de carnérier et de cha­ noine de la basilique de Saint-Pierre. Disgracié bientôt avec tous les membres de sa famille et privé de son bé­ néfice, il se retira â Bologne. Rappelé à Rome au début du pontificat de saint Pie V et réintégré au chapitre de Saint-Pierre, il fut créé cardinal en 1568. Il eut succes­ sivement les titres de Sainte-Marie in Cosmedin, de Sainte-Marie in Via lata, de Saint-Eusébe et des SaintsJean-et-Paul. Il fut préfet de la S. C. du Concile et fut membre des congrégations spécialement chargées de la correction du missel, du bréviaire et de la Vulgate. Gré­ goire XIII le nomma bibliothécaire de la Vaticane, à qui il a légué 70 manuscrits grecs, et Sixte V, préfet de la S. C. des Évêques et Réguliers. Il prit une part considérable à la correction de la Vulgate. Voir Vulgate. Il prépara aussi l’édition de la Bible des Septante d’après le Vaticanus 1209, in-fol., Rome, 1586. Voir Septante (Version des). Il travailla avec le cardinal Sirlet à cor­ riger, d'après les manuscrits, le texte du commentaire d’Élie de Crète sur quelques discours de saint Grégoire de Nazianze. Il décida Ciaconius à éditer les œuvres de Jean Cassien; il fournit lui-même des notes et surveilla l'édition des Conférences, publiée à Rome, en 1588. P. L., t. xi.tx, col. 17; M. Petschenig, dans le Corpus script, ecel. latin, de Vienne. 1888, t. xvn. p. cv-cx. Il traduisit en latin le commentaire de Théodoret sur les Psaumes, une chaîne grecque sur le Pentateuque, et il lit traduire par le P. Comitolo la chaîne grecque sur Job. Il publia aussi la Catena explicationum veterum Patrum in omnia tam F. quam N. T. cantica, in-8», Padoue, 1565; Cologne, 1573. Il recueillit les décrétales des papes, dont l'édition fut terminée par Antoine d’Aquin : Epislolæ decretales summorum pontificum, 3 in-fol., Rome, 1591, voir col. 4244, et,avec le concours de Pierre Morin, beaucoup d’actes de conciles, Conci­ liorum collectio, i in-fol., Rome, 1608. Il laissa en ma­ nuscrit des notes apologétiques sur la vie de Paul IV, qui ont été publiées par Caraccioli, De vita Pauli i V, Cologne, 1612. et un commentaire perpétuel des canons du concile de Trente, qu’il a légué à Comitolo et qui est conservé à la bibliothèque Vaticane, lat. 6326.' Eggs, Purpura docta, I. V, § 16; Hurter. Nomenclator, t. i, p. 96-97: P. Batilful. La Vaticane de Paul lit à Paul V d'après des documents nouveaux, Paris, 1890, p, 63-94,131-139. E. Mangenot. 2. CARAFA Grégoire, théatin italien, né à Naples, supérieur général de son ordre en 164-4- et, en 1648, évéque de Cassano. Il mourut archevêque de Salerne en 1676. 11 a publié : 1» Disputationum theologicarum in Jam jjæ D. Thomæ Aquinatis aq. l usque ad xvtt inclu­ sive, Naples, 1628, t. t; 2° Opusculum philosophicum de concursu causæ priniæ eum secundis, Naples, 1634; 3° De monomachia seu duello, Rome, 1647. Le P. Silos dit à propos de ce dernier ouvrage : materiam ita ver­ savit ut plane exhauserit. Toppi, Bibliotheca neapolitana, Naples, 1678, p, 178; Silos, Historiarum clericorum regularium a congregatione condita, pars altera. Home, 1655, p. 17-4-175; Ughelli, Italia sacra, Venise, 1721, t. vm, coi. 354-355; Vezzosl, 1 scrittori dei chierici regolari detti tealini, Home, 1780, t. i, p. 219-221 ; Hurler, Nomenclator, t. II, coi. 283. A. Palmieri, CARAMUEL Y LOBKOVITZ Jean, né à Madrid, ]e 23 mai 1606. Encore enfant, il montra pour les ma­ thématiques des aptitudes extraordinaires. A douze ans, dit-on, il avait déjà composé et publié des tables astro­ nomiques. En une seule année, il parcourt le cycle des éludes de grammaire, de rhétorique et de poétique et se fait remarquer par son talent de versificateur. Après 1710 avoir étudié la philosophie à Alcala, sous la conduite du péripatéticien Benoit Sanchez, il entre au monastère de la Espina, situé dans le diocèse de Palentia et apparte­ nant à l'ordre de Cîteaux. Il y fait profession au bout d'un an, puis vient à Salamanque étudier la théologie, et retourne enfin à Alcala où il enseigne, pendant trois ans, la science sacrée aux religieux de son ordre. En­ voyé dans les Flandres, au monastère de Dunes, il s'adonne avec grand succès à la prédication; en 1638 il prend à Louvain le degré de docteur en théologie. P< u après, il est choisi pour abbé de Melrose, en Écosse, puis pour vicaire général de l’abbé de Cîteaux en ce qui concerne l'Angleterre, l’Irlande et l'Ecosse; nommé en­ suite à l’abbaye de Dissembourg, au diocèse de Mayence, il attire sur lui par ses travaux apostoliques et les suc­ cès prodigieux qu’il obtient, l’attention de l’évêque de Mayence, Anselme Casimir, dont il devient le sulî’ragant. Obligé de quitter le Palatinat, il est envoyé par le roi d'Espagne à la cour de l’empereur Ferdinand III qui lui donne les abbayes bénédictines de Montserrat et de Vienne; en même temps il devient le vicaire général du cardinal Ernest de Harrach, archevêque de Prague. Les Suédois ayant mis le siège devant cette ville. Caramuel lève une troupe d'ecclésiastiques et se distingue parson habileté et son courage dans le combat. La paix signée, il reprend en Bohême ses travaux apostoliqms et convertit un grand nombre d’hérétiques. Il était dé­ signé pour l’évêché de Kœnigsgratz, lorsque le pape Alexandre VII le manda à Rome en 1655; quelque temps après, il fut nommé à l’évêché de Campagna et Satriano, dans le royaume de Naples; il s'en démit en 1673 et, quelques mois plus tard, le roi d’Espagne lui donna l’évêché de Vigevano. Il mourut dans sa ville épiscopale et fut enterré dans sa cathédrale. Sur sa tombe, on lit cette courte inscription : Magnus Caramuel, episcopus Vigevani. De ses nombreux écrits, dont on trouvera la liste dans Niceron, Mémoires, t. xxix, p. 265 sq., nous citerons seulement ceux qui traitent des matières théologiques : 1» Theologia regu­ laris sanctorum Benedicti, Augustini, Francisci re­ gulas commentariis dilucidans, in-fol., Bruges, 1638; in-4», Francfort, 1644; Venise, 1651; in-fol., Lyon, 1665; 2» Motivum juris quod in. curia romana disceptatur de cardinalis Bichelii cislerciensis abbatis generalis erga universum ordinem auctoritate et potestate. Jtemque de quatuor primorum Patrum abbatum, de Firmitate, Pontiniaci, Clarie Vallis et Morimundi in suas filiationes jurisdictione, in-4», Anvers, 1638; 3» Bernardus Petrum Abælardum et Gilbertum Porretanum triumphans, in-4», Louvain, 1639, 1644; 4° Scholion elimatum ad regulam sancti Benedicti, libellum sancti Bernardi de praecepto et dispensatione eluci­ dans; in quo demonstratur sanctum hunc ductorem opiniones benignas semper fovisse, in-4», Louvain, 1641 ; Francfort, 1644; Venise, 1651; 5» Mathesis audax, ra­ tionalem, naturalem, supernaturalem, divinamque sapientiam arithmeticis, catoptricis, stalicis, dioptricis, astronomicis, musicis, chronicis et architectonicis fundamentis substruens exponensque, in-4", Louvain, 1642, 1644 ; 6° Theologia moralis ad prima eaque clarissima principia reducta, in-fol., Louvain, 1643; 7» Epistola ad Gassendum de Germanorum protestantium conversione, in-4», 1644 ; 8» Epistola ad eumdem de infallibi litate papæ, in-4», 1644; 9» Maria, liber de laudibus Virginis Matris, in-4», Prague, 1647; 10» Benedictus chrisliformis, sive sancti Benedicti vita iconibus in ære incisis, carminibus et conceptibus moralibus exornata, in-fol.. Prague, 1618; 11» Sancti Romani imperii pacis licihe demonstrata prodromus et syndromus, in-4», Francfort, 1648; 12» Sancti Bo­ rnant imperii pax medullitus discussa et ad binas hypotheses reducta, sub primam condemnata et d··suasa, sub secundam pia, licita et valida demonstrata, 1711 CARAMUEL Y LOBKOVITZ — CARBONNELLE in-4», Francfort, 1648; in-fol., Vienne, 1649; de cesdeux ouvrages, relatifs au traité de Westphalie, le second est une réponse à un livre paru sous le nom d’Ernestus ab Eusebiis et intitulé : Judicium theologicum super quae­ stione : an pax qualem desiderant protestantes sit se­ cundum se illicita ; 13° Encyclopaedia concionaloria, seu conceptus morales quibus aut Euangelia aut san­ ctorum virtutes celebrantur et elucidantur, in-4», Prague, 1649; 14» Theologia fundamentalis, in-4», Francfort, 1651; in-fol., Rome et Lyon, 1667; 15» Uierarchia ecclesiastica ; de summi pontificis, patriar­ charum, archiepiscoporum, episcoporum, abbatum, sacerdotum, diaconorum, hypodiaconorum, clerico­ rumque inferiorum ordinum, electione, promotione, necessitate et honestate, in-fol., Prague, 1632; 16° Theo­ logia rationalis, seu praecursor logicus, in-fol., Franc­ fort, 1654; I7» Cabalæ theologicae excidium, sive contra cabalislas qui ne unum quidem de Deo ver­ bum in sacris IJibliis contineri somniarunt, avec traduction en hébreu des trois premiers livres de la Summa contra gentes, due à Joseph Ciantes; 18" Apologema pro antiquissima et universalissima doctrina de probabilitate Contra novam, singularem improbabilemque Prosperi Eagnani opinationem, in-4», Lyon, 1663, mis à l'index par décret le 15 janvier I664; 19» Theologiainlenlionalis,in-fol.. Lyon, 1664; 20° Theo­ logia præterinlenlionalis, in-fol., Lyon, 1664 ; 21» Theo­ logiæ regularis tomus aller, varias epistolas exhibens, m quibus dilucidantur gravissimas circa eam difficul­ tates, in-fol., Lyon, 1665 ; 22» Haploles de restrictionibus mentalibus, in-4». Lyon. 1674; 23» Trimegislus theolo­ gicus, in-fol., Vigevano, 1679 ; 24» Logica moralis seu politica, in-fol., Vigevano, 1080. Les contemporains de Caramuel, ses adversaires euxmêmes admiraient l'extraordinaire souplesse de son esprit et letendue de ses connaissances. Mandé à Rome parce que la vigueur avec laquelle il avait, dans sa Theologia fundamentalis, exposé les objections des alliées et des libertins, rendait sa foi suspecte, il se disculpa sans peine et étonna le pape Alexandre Vll par l'habileté de ses réponses. L'auteur de l’ânlicaramuel, connu sous le nom d'Humanus Erdemann, écri­ vait de lui : ingenium habet ut octo, eloquentiam ut quinque, judicium ut duo. Malheureusement son' goût pour les affirmations singulières et paradoxales l'en­ traîne, en matière dogmatique, dans des spéculations plus que téméraires, et en morale à des solutions sin­ gulièrement relâchées. Dans sa Mathesis audax, il soutient que l'on peut résoudre, arec la règle et le com­ pas. les questions les plus difficiles de la théologie, même le problème de la grâce el de la liberté. En murale, au jugement de saint Liguori, il est incontestabiement le prince des laxistes. On lui attribue commun ment la 24” et la 25» des propositions condamnées par A · sandre VU ainsi que la 48» et la 49» de celles que r .· la Innocent XL Certaines de ses affirmations, prises »u pied de la lettre, laisseraient croire qu'il ne voit dans le probabilisme qu’un moyen commode d'échap­ per â l'obligation des lois; il attribue d’autre part â h probabilité purement extrinsèque une autorité exaç ι -e. Il a défendu très vivement l'opinion scotiste ■: après laquelle les préceptes de la seconde table ne sont que des lois positives, dépendant uniquement de la volonté de Dieu. Les doctrines exposées par Caramuel dans sa Theolo­ gi.-. fundamentalis ont été critiquées par un théologien espagnol, Louis Crespi de Rorja, évêque de Placencia, dans -. s Quæstiones seleclæ morales, in-4», Lyon, 1658, et J fendues par l'italien François Verde, dans les Po­ et.- - n-s seleclæ theologiæ fundamentales Caramuelis, îc fol.. Lyon, 1662. Voir Cardenas, col. 1713. 5 c-?r n. .Mémoires. Paris. 173';, t. xxtx: de Visch. Bibliotheca o&iptorum ordinis cisterciensis, Cologne, 1656 ; Antonio, Di- i 1712 blioth. Hispana nova, Madrid, 1783, t. il, p. 666-671 ; Werner, Geschichte lier kalholischen Théologie, Munich, 1889, p. 59sq.; Hurter, Nomenclator literarius. t. n. col. 589 sq. ; Dœllinger et Reusch, Geschichte der Moralstreitigkciten in der rbmischkatholischen Kirche, Nordlingen. 1889. t. 1. passim: Reusch, Der Index der verbotenen Bûcher, Bonn. 1865, t. u. p. 501502; Kirchenlexikon, t. Il, art. Caramuel. V. Oblet. CARBONE Louis, de Costacciaro, près de Pérouse, professa la théologie dans cette ville. Les renseigne­ ments biographiques nous manquent sur cet ecclésias­ tique dont les ouvrages forment une bibliothèque. Nous pouvons indiquer les suivants, qui ont trait â la théolo­ gie, omettant ceux qui regardent la rhétorique et l'élo­ quence, dont le nombre est aussi considérable. Sauf indication contraire, tous ces livres ont été imprimés à Venise : Introductio in sacram theologiam sex libris comprehensa, in-8», 1582, 1589; De pacificatione et dilectione inimicorum, injuriarumque remissione, cum appendice de amore et concordia fraterna, in-8», Florence, 1583; Venise, 1586; inséré dans la collection Tractatus universi juris, Venise, 1584, t. χιι. p. 249; on trouve aussi l'appendice imprimé à part aux mêmes lieux et dates. Ce traité fut traduit en italien par Léon Cernoti, chanoine du Saint-Sauveur de Venise : Trattato delT amore e concordia fraterna, in-8», 1592; l'ir justus vel de laudibus hominis Christiani centuria, in-8», 1585. Ce traité fut traduit en italien par le même Cernoti : L’umo giusto, o la centuria delle lodi dell’ umo chrisliano, in-4», 1594. 1599; Interior homo vel de suipsius cognitione, in-8», 1585; Compendium absolutissimum lolius Summæ theologicæ D. Thomæ, in-4», 1587; Cologne, 1608,1620; Eons vilæ el sapientiæ, vel ad veram sapientiam acquirendam hortatio, in-8», 1588, Orationis dominicae ampla expositio, in-8», 1590, 1610; Tractatus de omnium rerum restitutione, in quo de bonis animi, corporis el fortunes restituendis disputatur, in-8», 1592; Introductio ad catechismum sive doctrinam Christianam, in-8», 1596; De praeceptis Ecclesiae, opusculum utilissimum in quo plene el ad populum docendum Ecclesiae explicantur praecepta, in-4». 1596; Introductiones in logicam, in-8», 1597; Introductiones in universam philosophiam, in-8», 1599; Tractatus de legibus... in quo omnium divina­ rum humanarumque legum fundamenta, causai, pro­ prietates effectusque tradantur... atque quaestionum D. Thomæ de legibus el multorum titulorum utriusque juris commentarius, in-4», 1599, 1600; Summæ sum­ marum casuum conscientiae, sive theologiæ totius pra­ ctices in 3 Ionios distributae, in-4», 1606; Catalogus scho­ lasticorum theologorum seu interpretum Summæ D. Thomæ, in-4», Cologne, 1618. On a diverses fois con­ fondu cet auteur avec son homonyme Lodovico Carbone, littérateur de Ferrare, qui écrivait au xv» siècle, mais leurs œuvres sont tout à fait diverses. , L. Jacobilli, Bibliotheca Umbriæ, Foligno, 1658; Hurter. Nomenclator, t. 1, p. 50. P. Édouabd d’Alençon. CARBONNELLE Ignace, jésuite belge, naquit â Tournai, le l»r février 1829. Entré dans la Compagnie de Jésus, le 8 septembre 1844, il professa les mathéma­ tiques et la mécanique au collège Notre-Dame de la Paix à Namur, puis pendant deux ans la rhétorique à Tournai. En 1861, il partit pour les Indes-Orientales et enseigna les sciences au collège Saint-François-Xavier à Calcutta. 11 rentra en Belgique en 1868, et pendant quelque temps donna au collège de la Compagnie de Jésus à Louvain le cours d'astronomie et de mathéma­ tiques, en même temps qu'il collabora aux Éludes re­ ligieuses de Paris. Bien qu'il se soit principal· u,· nt adonné aux sciences physiques et mathématiques, le P. Carbonnelle était préparé, par de fortes études logiques, à aborder l'œuvre maîtresse de sa vie. < les questions relatives à la conciliation de la science et 1713 CARBONNELLE — CARDINALES (VERTUS) 1714 de la foi. En 1877, il fonda la Société scientifique de de la via y virtudes de la venerable Virgen Damiana Bruxelles, dont il fut jusqu’à sa mort, le 4 mars 1889, de las llagas, in-4», Séville, 1675; Rreve relacion de Je secrétaire général, et qui a pour devise cette propo­ la muerle, vida, y virtudes del venerable Cavallero sition du concile du Vatican : Nulla unquam inter , D.Miguel Manara Vicentelo de Leca, in-4», Séville, fidem el rationem vera dissensio esse potest. Consti­ 1679. tutio de fide catholica, c. tv. Le principal ouvrage Sotwel, Bibliotheca scriptorum Soc. Jesu, p. 431 ; Antonio, théologico-scientifique dit P. Carbonnelle parut, d’abord Bibliotheca Hispana nova, art. Joannes de Cardenas; de Bac­ dans la Revue des questions scientifiques, et ensuite ker et Sommervogel, Bibliothèque de la C1· de Jésus, t. n, col. 734sous le titre : Les con/in: de la science el de la philo­ 737; Hurler, Nomenclator, t. n. col. 595; Dœtlinger et Reuscli, sophie, 2 in-12, Paris, '1881. Citons encore, dans le Geschichte der Moralstreiligheiten, 1.1, p. 39-41. 46. même ordre d’idées : Les documents ecclesiastiques rela­ P. Bernard. tifs à l’unité substantielle de la nature humaine, in-8», CARDINALES (Vertus). — I. Étymologie. H. His­ Louvain, 1877 ; L'encyclique du 4 août 1879 et la science, torique. III. Définitions. in-8», Bruxelles, 1879; Une accusation d’hérésie, dans la I. Étymologie. — « Les vertus cardinales sont ainsi Revue des questions scientifiques, t. xtx, p. 168-188. nommées par analogie avec les gonds, cardines, sur lesquels s'appuie le mouvement des portes. » S. Thomas, C. Sommervogel, Bibliothèque de la C" de Jésus, t. u. In IV Sent., I. III. dist. XXXllI,q. It,a. 1,sol. 2*,Opera col. 725-728; Georges Lemoine, Le R. P. Carbonnelle, dans la Bevue des questions scientifiques, t. xxv, avril 1889. omnia, Parme, 1857, t. vu, p. 358. Cf. S. Bonaventure, .1. Van den Giieyn. ibid., Quaracchi, t. m, p. 721. Pour justifier cette éty­ CARDENAS (Jean de),jésuite espagnol, né à Séville mologie le docteur angélique analyse subtilement les en 1613, entra dès l’àge de quatorze ans dans la Com­ trois termes qui définissent la fonction des gonds : pagnie de Jésus ou il eut à remplir durant de longues servir d'appui, servir d'appui « une porte, servir d’appui années les charges de recteur et de provincial. Mais sa au mouvement d'une porte, et s'ingénie, non sans merveilleuse facilité pour l’étude et son extrême sou­ vraisemblance, à leur faire correspondre les aspects ou plesse d’esprit lui permirent de se consacrer, sans né­ propriétés des vertus cardinales. gliger en rien ses devoirs administratifs, à des travaux 1» « Par la porte on pénétre dans l’intérieur d’une intellectuels d’ordre varié, qui tous lui font grand maison : toute porte est en vue de ce mouvement ulté­ honneur et lui assurent, en particulier, un rang émi­ rieur. Les vertus théologiques, ayant pour objet la fin nent parmi les moralistes de son époque : il a été insultime, qu’elles atteignent efficacement, n'oflrent rien de critpar saint Alphonse au nombredesauteurs« classiques commun avec l’idée d’entrée, de porte, et c’est pourquoi in re morali ». Son principal ouvrage est un examen on ne les nomme point cardinales. Il en est de même des critique des opinions morales dont le cistercien Jean vertus intellectuelles qui ont trait à la vie contemplative, Caramuel s’était fait l’avocat souvent trop indulgent : laquelle n’est pas ordonnée à une vie ultérieure, mais Crisis theologica bipartita, sive disputationes selectie bien plutôt ordonne à soi la vie active. Les vertus ex morali theologia, in quibus pro votis illustrissimi morales, au contraire, sont des perfections de la vie D. D. Joannis Caramuelis, utque operi ejus interroga­ active, leurs actes ne visent pas directement la lin torio respondeatur, quamplurimte ejus opiniones el ultime, mais certains objets qui y conduisent. C'est argumentationes ad priefatam crisim vocantur, in-fol., pourquoi les vertus cardinales ne se rencontrent que Lyon, 1670. Pris à partie, de ce chef, par le dominicain parmi les vertus morales. » S. Thomas, loc. cil.; cf. De français Jacques de Saint-Dominique, Cardenas publia, virtutibus in communi, a. 12, ad 24“m, Opera, Parme, dans une troisième, partie de l'ouvrage réédité à Séville 1856, t. vin, p. 576 ; S. Bonaventure, loc. cil. en 1680, une défense du probabilisme modéré, ainsi 2» Si l’on objecte que les vertus théologiques sont elles qu'une méthode précise pour distinguer les opinions aussi un point d'appui pour la vie morale, saint Thomas probables des improbables. Après la mort de l'auteur répond en insistant sur une autre propriété des gonds : survenue à Séville le 6 juin 1684, une quatrième partie « Les vertus théologiques sont appelées fondement, contenant des notes et éclaircissements sur les 65 propo­ ancre, racine, toutes expressions qui désignent le point sitions condamnées par Innocent XI en 1679, fut ajoutée d'appui d'une chose à l'état statique; aussi conviennentcomme Opus postumum aux trois premières dans les elles aux vertus théologiques qui ont pour objet la fin, éditions de Venise de 1694, 1700 et 1710. Celte dernière dans laquelle on se repose; le gond au contraire désigne partie a été souvent réimprimée à part sous ce titre le point d'appui d une chose en mouvement : c’est pour­ définitif : Crisis theologica in qua plures selectæ diffi­ quoi on lui compare justement les vertus qui ont rapport cultates ex morali theologia ad Lydium veritatis aux moyens par lesquels on va à la fin. » Ibid., ad 2““. lapidem revocantur ex regula morum posita a 3» Si l’on objecte enfin que le véritable point d'appui de la vie morale est la raison, saint Thomas développe en S3. D. N. Innocentia XI P. M. in diplomate damnante sexaginla quinque propositiones, in-fol., Séville, 1687; l'expliquant le troisième aspect des gonds. « Les gonds Cologne, 1690; in-4», Venise, 1693, 1696, etc. L'œuvre sont le point d'appui immédiat du mouvement de la de Cardenas se distingue surtout par la clarté de porte. Ainsi faut-il que la vertu cardinale concerne ce qu’il y a de principal dans chacune des matières diverses l'exposition et la solidité des raisonnements; mais il donne trop d’ampleur à sa pensée et les digressions de la moralité, et non pas seulement en général, ce qui incessantes qui le ramènent aux prises à chaque ins­ est l'office de la raison. » Ibid., sol. 3», ad l“m. tant avec ses adversaires rigoristes, Tagnan, Mercœur, II. Historique. — L’origine de cette appellation des Baron et Gonet, rendent souvent la lecture pénible et vertus morales remonte, croyons-nous, à saint Ambroise. embarrassée. On lui reproche aussi, mais c’était le défaut Comparant les quatre béatitudes de saint Luc, VI, 21-22, de son époque, un contrôle trop peu sévère dans le choix aux huit béatitudes de saint Matthieu, v, 3-10, le saint des citations qu’il apporte à l’appui de ses principes. docteur dit : « Saint Luc a eu en vue les quatre vertus Cf. part. IV, diss. VI, p. 47. Ses autres productions sont cardinales; suint Matthieu nous donne à entendre un un traité dogmatique sur « l’infinie dignité de la mère nombre mystique. » Expos. Evang. sec. Luc., i. V. de Dieu » : Geminum sidus Mariani diadematis, sire n. 49, P. L., t. xv, col. 1649. Et un peu plus loin : duplex disputatio de infinita dignitate Matris Dei, « Nous savons qu'il y a quatre vertus cardinales, la tem­ atque de ejus gratia habituali infinita simpliciter, pérance, la justice, la prudence et la force. » Ibid., in-4», Séville, 1660; des opuscules ascétiques devenus n. 62, col. 1653. Le texte du De sacramentis, 1. Ill, c. n, fort rares, comme les Sept méditations sur Jésus cru­ P. L., t. xvi, col. 434, qui applique l’épithète cardinal cifié, Séville, 1678; des biographies pieuses : Historia aux dons du Saint-Esprit, n'est donc pas la source de 1715 CARDINALES (VERTUS) la présente appellation comme le tient le Vocabulaire philosophique publié par le Bulletin de la Société fran­ çaise de philosophie, 3' année, Paris, n. G, juin 1903, p. 158, mot Cardinal. Le Maître des Sentences, Pierre Lombard, attribuait la paternité de cetle qualification à saint .Jérôme: Ilæ virtutes cardinales vocantur, ut ait Hieronymus, Sent., 1. 11.1, dist. XXXIII, P. L., t. cxcn, col. 823. Cette attribution est inexacte : elle se réfère à un commentaire sur saint Marc faussement attribué à saint Jérome, ou il est dit : « Ces quatre vertus sont dites cardinales, parce que par la prudence nous obéissons : par la justice, nous agissons virilement: par la tempé­ rance, nous foulons aux pieds le serpent; par la force, nous méritons la grâce de Dieu. » Comment, in Evang. sec. Mare.., c. I, P. L., I. xxx, col. 59G. Saint Thomas d’Aquin ne suit pas le Maître des Sentences dans son erreur et rétablit l'origine ambrosienne de l’expression. Sum. theol., 1“ II”, q. LXt, a. 1. Elle devient courante chez tous les scolastiques qui la considèrent comme le nom théologique des quatre grandes vertus morales. Peut-être, à cause de cette origine théologique, convien­ drait-il de réserver la qualification de cardinales aux vertus morales infuses pour les distinguer des vertus morales naturelles reconnues par les philosophes païens. 111. Définitions. — Nous trouvons dans la tradition trois acceptions différentes du qualificatif cardinal appliqué aux quatre vertus morales. 1° Cardinal est synonyme de principal. — C’est cette acception très large que suit saint Thomas, Sum. theol., 1“ II”, q. LXI, a. 1. 11 y compare, sous le rapport de l’importance, les trois grandes divisions génériques de la vertu : vertu théologique, morale et intellectuelle. Mettant hors de cause les vertus théologiques comme •.tant plutôt surhumaines qu'humaines, ibid., ad 2“m, le saint docteur donne la priorité aux vertus morales sur i-s intellectuelles (la prudence exceptée, qui d’ailleurs r-t sur la frontière des deux groupes). Le motif de cette primauté est que les vertus morales réalisent par excel!■ nce ce qui fait la vertu, ne donnant pas seulement la : culté éloignée d’opérer le bien, mais l'exercice même et le bon usage de cette faculté, en raison de la rectifi­ cation antérieurement en exercice de l’intention volon­ taire qu elles supposent et de laquelle elles procèdent. premier sens du qualificatif cardinal est donc par un certain côté relatif. C’est, par comparaison avec les quatre vertus intellectuelles restantes, sagesse, science, habitus des premiers principes et art, que les vertus morales seraient dites cardinales ou principales, comme étant des vertus, virtutes (virtualitésagissantes), au sens pr 'cis et absolu du mot. Celte première acception ne tient pas compte de l’analogie du gond. Elle n’est d’ailleurs chez saint Thomas que générique et provisoire, la notion sp cilique n’étant livrée que dans les articles suivants. 2 Cardinal est synonyme de général. — Les vertus — -•finales représentent des conditions générales de la vie humaine qui doivent se retrouver dans tout acte de v ’u. Sum. theol., I» II”, q. t.xt, a. 4. Ces conditions sont le discernement ou prudence, la rectitude ou jus­ tice, la mesure ou tempérance, la fermeté ou force. I ■!., a. 1. Elles sont inséparables l’une de l'autre et en eloppent tout acte de vertu quel qu’il soit ; la fermeté, p r exemple, ne mérite pas le nom de vertu si elle n’est accompagnée de mesure, de rectitude et de discrétion. Ibid. N 'étant que des conditions générales de tout acte vertueux, les vertus cardinales ne constituent pas, selon cs’tte acception, des habitus spéciaux et distincts, sauf peut-être la prudence à raison de son rôle ordonnateur et prépondérant. Ibid., a. 2. Et donc un acte de vertu quelconque en tant qu’il comporte un discernement rationnel sera un acte de prudence; en tant que rectifié, un acte de justice ; en tant qu’il implique la modération àes passions, un acte de tempérance; en tant qu'il trahit la fermeté, un acte de force. Ibid. 1716 Cette acception ne doit pas être dédaignée, parce qu’elle a pour elle la plus grande partie de la tradition. El sic mulli loquuntur de istis virtutibus tum sani doctores quam etiam philosophi. Ibid. On la rencontre, en effet, chez Cicéron, Tusculanes, c. xtv; De of/iciis, 1. 1, c. xx.· chez S. Ambroise, In Lucam, 1. V, n. 49, P. L., t. XV. col. 1649: De officiis, I. I, c. xxxvi, P. L., t. xvi, col. 75 sq.; chez S. Augustin, qui ne regarde les vertus morales que comme des aspects de l'amour, prudentia est amor Dei sagaciter seligens, De moribus Ecclcsiæ, 1. I, c. xv, P. L., t. xxxn, col. 1322; chez S. Grégoire le Grand. Moral., 1. XXII, c. I, n. 2, P. L., t. lxxvi, col. 212. Saint Thomas, qui connaît et cite ces autorités, préférera cependant l’acception troisième. Si, en effet, cette notion de la vertu cardinale a l'avan­ tage de tenir compte de l’enveloppement réciproque des vertus morales — enveloppement dont témoigne, par exemple, ce fait que l’homme fort manquera de force dans certaines circonstances, s'il n’est pas en meme temps tempérant — elle n’en donne pas le pour quoi. Elle expose ce qui est plutôt qu'elle n'explique l’organisme psychologique sous-jacent. Elle permet une explication commode de la connexion des vertus, mais cette explication ne laisse pas d'étre superficielle. Pas plus que l’acception précédente elle ne répond à l'éty­ mologie du mot cardinal. 3“ La troisième acception ressortit à l'éthique aristo­ télicienne. — Saint Thomas la préfère â la précédente. Sum. theol., Ia II”, q. t.xt, a. 4. Son fondement est la psychologie des habitudes, car la vertu morale est une habitude bonne, qui donne de réaliser bien un bon. objet. Or, l’habitude doit sa détermination spécifique à ses actes, par la répétition desquels elle est engendrée, et les actes â leur tour se d. terminent par leur objet ou matière. C’est donc à l’importance pour la vie morale de l’objet ou de la matière d'une vertu que l'on doit recourir pour déterminer le rôle plus ou moins cardinal qu'elle exerce vis-à-vis des autres vertus. Deux critères sont utilisés à celle fin par saint Thomas : 1. Est d’une importance majeure, cardinale, c’est-à-dire telle que la vie morale roule sur elle comme une porte sur ses gonds, toute matière à vertu particu­ liérement dilicile. Ce critère se déduit du caractère essentiel de la vertu morale qui est de procurer effi­ cacement l’exercice des actes bons. 11 est évident que la pierre d’achoppement de cette efficacité sont les passions particulièrement difficiles à vaincre et que ces passions vaincues le reste va pour ainsi dire de soi : Sicut potissimum in illis quæ ad concupiscibilem pertinent sunt delectationes secundum laetum; unde temperantia, quæ est circa illas delectationes, est virtus principalis, eutrapelia quæ est circa delectationes quæ sunt in ludis est virtus secundaria. S. Thomas,In IV Sent.,l. Ill, dist. XXXIII. q. u. a. 1, soL l”, Opera, t. VII, p. 358. La vertu cardinale sera donc celle qui, dans une matière morale donnée, regarde le point critique, spéciale­ ment difficultueux de cette matière. Elle sert de type aux vertus secondaires qui abordent les aspects moins douloureux du même objet et n'ont plus qu’à reproduire en petit le schème de la manœuvre que les cardinales réalisent d’une manière totale et excellente. Leur inlluence est d’ordre formel en tant que causes exem­ plaires; et d’ordre préparatoire pour autant qu'une grave difficulté vaincue sur un terrain facilite d’autres victoires sur le même terrain. Sum. theol., 1’ II-’. q. LXt, a. 4, ad l1"". C’est vis-à-vis de leurs sœurs, les petites vertus morales, que ces vertus sont dites cardi­ nales. 2. Le second critère de l'importance d'un objet est le rôle directeur que cet objet, parce qu'il occupe un rang plus rapproché de la fin ultime, exerce vis-à-vis d’autr·: s objets qui constituent les moyens de l'atteindre, C·. et ainsi que l'art de la construction des navires est subar- 1717 CARDINALES (VERTUS) donné â l’art de la navigation, parce que ce dernier est la fin et le but du premier. I.a raison de cette influence est qu'en toutes choses il convient de considérer surtout la fin. Les arts et les vertus qui regardent les fins, en raison de l'empire qu’ils exercent sur les arts et les vertus qui regardent les moyens, sont donc comme le fondement, la base d’attache, disons le mot, les gonds, cardines, de ces derniers. Et quia actus moti fundatur super actione moventis, ideo actus virtutis secundariæ fundatur super actione principali, sicut fundatur super cardinem motus ostii; et ideo virtus principalis dicitur esse cardinalis. S. Thomas, In IV Sent., I. Ill, dist. XXXIII, q. il, a. 1, sol. 1·. A ce second titre, l'influence de la vertu cardinale participe de la causalité efficiente et de la causalité finale. C’est une influence directive du mouvement de la vie morale. A cette conclusion de saint Thomas fait écho saint Bonaventure qui attribue aux vertus cardinales la première piace dans la mise en branle et la direction des vertus spé­ ciales. Loc. cit., Quaracchi, t. m. p. 730. Celte troisième acception a l'avantage de présenter une conception organique et dynamique de la vertu cardinale qui s'harmonise aussi bien avec les données psychologiques les mieux établies qu'avec les exigences de l'étymologie. Elle n’est pas opposée à la première acception et dépasse la seconde en vérité psychologique et en profondeur. Elle laisse sans doute inexpliquée la question de la connexion des quatre grandes vertus morales, mais, en résolvant celle des vertus secondaires avec les vertus cardinales, elle simplifie les données du problème et prépare une solution de la relation bien plus profonde que la solution esquissée par la seconde acception. Car, du fait que les quatre vertus cardinales seront soudées entre elles par le lien de la prudence et antérieurement, dans l’ordre surnaturel, par le lien de la charité, toutes les vertus secondaires qui sont sous la direction de ces quatre grandes vertus se trouveront ordonnées en un seul tout organique et dynamique. Nous n’avons entendu parler ici que de ce qu’il y a de vrai­ ment spécifique dans la propriété des vertus morales exprimée par le mot cardinal. Pour les questions communes, qui se résolvent par la considération de la vertu morale comme telle, par exemple pour la distinction et les espèces des vertus cardi­ nales, leurs états, leurs rapports avec les vertus théologiques et intellectuelles, avec les passions, pour l'acquisition ou l'infusion des vertus cardinales ou morales, pour la théorie du juste milieu, voir Vertu morale. A. Gardeil. CARDINAUX. Les cardinaux sont les premiers dignitaires de l’Eglise, après le souverain pontife. Le cardinalat ne fait point partie de la hiérarchie de droit divin. Tel qu’il existe aujourd'hui, il est le résultat d’une évolution historique dont on peut indiquer les phases les plus caractéristiques. I» Origine et signification du nom. — Primitivement, un évêque, un prêtre ou un diacre s'appelait cardinalis quand il était, par ses fonctions, attaché de façon stable à une église quelconque. On disait, dans le même sens. incardinalus ou inlitulalus. Celte église était, par rapport à lui, le cardo, c'est-à-dire son point d’appui et d’attache, le centre de son activité. Tel est du moins le sentiment défendu par la plupart des grands canonistes modernes, par llinschius notamment, à la suite de Thomassin, Veins et nova disciplina, part. I, I. II, c. CXV, n. 3, et de Muratori. Quelques-uns, et parmi eux le savant Phillips, Kirchenrecht, t. vi, p. 43 sq., l’ont contesté, prétendant que le mot ne s’appliquait qu’au clergé des églises cathédrales ou épiscopales. Mais les textes que Phillips apporte ne remontent pas au delà du VIII· siècle et ne prouvent rien pour l'époque antérieure. Voici les plus marquants. Le pape Zacharie, dans une lettre de 748 à Pépin le Bref, parle d’un canon du con­ cile de Néocésarée, qu’il résume ainsi : De presbyteris agrorum, quam ubedienliam debeant exhibere episcopis CARDINAUX 1718 et presbyteris cardinalibus. P. L., t. i.xxxix. coi. 933; Jaffé, Degesta pontificum, n. 2277. Au siècle suivant, le diacre Jean, dans sa Vie de saint Grégoire le Grand, 1. III, n. 11. P. L., t. i-xxv, col. 135, écrit : Item cardi­ nales violenter in parochiis ordinatos forensibus in pristinum cardinem Gregorius revocabat. Dans un diplôme de Gauzelin de Padoue, qui porte la date de 978, nous lisons : Dum Dominus Adilbertus, Pataviensis Ecclesiæ episcopus, resideret in cathedra sui episcopii, in domo S. Mariæ matris ecclesiæ, convocata sacerdotum, lenitarum, reliquorumque caterva, tum ex cardine urbis ejusdem quamque ex singulis plebibus in synodali conventu. Ces citations et d’autres semblables établissent une distinction entre le clergé des campagnes, presbyteri agrorum, parochi forenses, plebani, et le clergé de la cité épiscopale, auquel ils restreignent l'ap­ pellation de presbyteri cardinales. Mais il n'y a pas trace d une pareille restriction avant 748. Que d’ailleurs un changement de ce genre se soit produit dans le langage canonique, c’est chose qui n’étonnera guère, si l’on pense que les ecclésiastiques de l’entourage de l’évêque, par suite de leur situation plus élevée, étaient moins sujets à déplacement. Les textes reproduits ci-dessus condamnent une autre erreur d’interprétation, celle qui identifie les anciens cardinaux avec les parochi. Les chanoines de la ville épiscopale sont appelés cardinales, et pourtant ils n'é­ taient point curés; en outre, on admet généralement que. sauf peut-être Borne et Alexandrie, les villes ne furent pas divisées en paroisses avant l’an 1000. Ajoutons, selon une judicieuse remarque d'Ilinschius, que, d'après l’ensemble des monuments, l’épithète de cardinalis implique dans ceux auxquels on la donnait, outre une situation stable, une certaine importance ou prédominance, dont l'idée semble être en connexion avec l’acception plus usuelle du mot; car cardinalis signifie aussi, et même habituellement, principal. Plus tard et peu à peu, les cardinaux devinrent l'apa­ nage spécial de l’Eglise romaine, de cette Eglise qui est pour toutes les autres et pour tout le clergé, ainsi que l'indiquait déjà Léon IX, le cardo par excellence, le fondement et le centre de l’unité ecclésiastique. C'est Pie V qui réserva expressément ce nom aux premiers conseillers du pape. 2° Origine et développement du cardinalat. — L'ori­ gine du collège des cardinaux se confond avec celle du presbyterium. Dès les débuts historiques de l’épiscopat, nous trouvons dans chaque diocèse une assemblé.! connue sous le nom de presbytère et formée de prêtres et de diacres dont la mission commune était d'assister l'évêque de leurs conseils et de le seconder dans la conduite de son troupeau. Saint Ignace d’Antioche fait mention de ce presbytère, auquel ks fidèles doivent respect et sou­ mission. Il enseigne aux Ephésiens, Funk, c. Il, 2, Patres apostolici, Tubingue, 1901, t. i, p. 214, « à pratiquer l’obéissance parfaite dans la subordination à l’évêque et au presbytère ; » il loue les Magnésiens, c. n, p. 232. « d’ètre soumis à l’évêque, comme à la bonté de Dieu et au presbytère comme à la loi du Christ; » il exhorte les Tralliens, c. in, 1, p. 244, à « révérer les presbytres comme le sénat de Dieu et le conseil des apôtres »; aux Philadeiphiens, c. vu, 1, p. 270, il rappelle l’obligation « d’obéir à l’évêque, au presbytère et aux diacres ». Dès lors donc il existait un conseil épiscopal, dans la compo­ sition duquel entraient des prêtres et des diacres. Plus que tout autre, l'évêque de Borne, à raison de la gravité de sa tâche et de sa responsabilité, avait besoin d'un corps choisi de conseillers et d'aides. De fait, le Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. I, p. 126, nous montre déjà autour du pape Evariste (de 99 à 107 envi­ ron) un groupe de sept diacres, évidemment ainsi cons­ titué en mémoire des sept diacres d'institution aposto­ lique. Saint Pierre aurait même ordonné sept diacres. 1719 CARDINAUX ibid., p. 118, pour assister l’évêque à la messe. Plus tard, les diacres furent chargés, dans Rome, du soin des pauvres, ceux-ci ressortissant à sept, diaconies ou régions qui furent créées par le pape Fabien. Liber pon­ tificalis, t. i, p. 148, et qui correspondirent dans la suite à autant d’églises déterminées. Le nombre de ces diacres a varié aux différentes époques. Restreint long­ temps à sept, il a d’abord été doublé, puis s’est élevé à 19, pour être enfin ramené à 14 par Sixte V. Le Liber pontificalis, ibid., p. 122, rapporte aussi que Clet, qui fut le second successeur de Pierre, aurait, du vivant même et sur l’ordre de celui-ci, ordonné vingt-cinq prêtres, à qui Evariste aurait distribué les églises paroissiales. Ibid., p. 126. Toujours est-il que, de bonne heure, le pape eut besoin de nombreux assistants et suppléants pour ses fonctions sacerdotales. Parmi les prêtres qu'il dut s’associer, les uns s’acquittaient de leur ministère dans l’église même et pour ainsi dire sous les yeux du pontife; aux autres étaient assignées diverses églises, qui prirent la dénomination de titres, tituli. Suivant l’auteur du Liber pontificalis, t. i, p. 164, le pape Marcel en aurait institué vingt-cinq. Cf. les notices d’Urbain et d’Ililaire, ibid., p. 143, 244. Cet historien ne connaît lui-même, au vi» siècle, que ce nombre, car, si d’autres avaient été cités entre le pontificat d’Hilaire et son temps, lui qui s'intéresse particulièrement aux titres paroissiaux les eût mentionnés. D’ailleurs, au concile du 1« mars 499, les prêtres romains signent avec l’indica­ tion des 25 titres auxquels ils étaient attachés. Ces titres se multiplièrent et acquirent de l’importance. Au xn» siè­ cle, il y en avait certainement vingt-huit. Voir Jean Dia­ cre, De ecclesia Lateranensi, P. L., t. cxctv, col. 1557, et Mallius, Acta sanctorum, junii t. vu, p. XLVI. On peut même remonter un siècle plus haut, car la Descriptio sanctuarii Lateranensis, de la lin du xi» siècle, conte­ nait déjà le passage de Jean Diacre sur les vingt-huit cardinaux-prélres. Cf. Duchesne, Liber pontificalis, 1.1, p. 165. Les titulaires en vinrent peu à peu à exercer sur les églises voisines'une sorte de juridiction épiscopale. Distribués en quatre catégories, ils dépendaient des quatre grandes églises patriarcales, par l’intermédiaire desquelles ils se rattachaient tous à la basilique de Latran, la mater et magistra omnium ecclesiarum, le i ardo tutius urbis et orbis. Comme les diacres dont il a été question, ils étaient dits cardinaux, cardinales. Ils sont devenus nos cardinaux-prêtres, tandis que les autres devenaient nos cardinaux-diacres. De la similitude d'origine et de ce que le nom de cardinal était commun au haut clergé romain et au haut clergé des autres villes épiscopales on aurait tort de conclure, comme l’a fait Muratori, qu'à ce nom répon­ daient, dans l'un et l’autre cas, des prérogatives iden­ tiques. L'appellation de pape se donnait jadis indistinc­ tement à tous les évêques et il n'est jamais venu à l’es­ prit d’aucun catholique de les mettre tous, pour cette raison, sur le même rang. Ainsi en va-t-il du nom de cardinal : il était primitivement générique et n’impli­ quait par lui-même nul rôle précis, nul degré uniforme de puissance; sa valeur exacte se déterminait suivant les circonstances. Les cardinaux d'un diocèse particulier autre que celui de Rome n’ont jamais pu recevoir de leur évêque et partager avec lui qu'un pouvoir renfermé dans les limites de ce diocèse; mais les dignitaires associés par le souverain pontife à l'administration des affaires qui lui incombent acquirent nécessairement un pouvoir et une influence s’étendant à l’Église entière. Cette situation se traduisit en fait dès le ni» siècle. Pendant la vacance du siège apostolique qui suivit la mort de saint Fabien et qui dura une année entière, nous voyons les prêtres et les diacres de Rome adresser a saint Cyprien des lettres fort importantes au sujet de la réconciliation des apostats ou tombés, Epist., xxx, xxxt, P. L., t. tv, col. 307-324; et ce document, selon 1720 le témoignage de saint Corneille, « fut envoyé dans tout l'univers et porté à la connaissance de tous les frères et de toutes les Églises. » L'illustre évêque de Carthage lui-même, dans sa réponse, témoigne beaucoup d’estime et de déférence pour le clergé romain, qu’il avait tenu au courant de ses difficultés et de ses actes, ibid., col. 313, 314, et dont il communique soigneuse­ ment les lettres à son clergé et à son peuple. Epist., xxxii, col. 324. D’ailleurs, le presbytère romain acquit avec le temps ce caractère tout particulier de réunir dans son sein des évêques à côté des prêtres de second rang et des diacres. C'étaient les sept évêques « surburbicaires », c’est-à-dire les évêques des sept diocèses les plus rap­ prochés de Rome : Ostie, Porto, Sainte-Rutine, Albano, Tusculum, Préneste et Sabine. Ils avaient dans leurs attributions d'accomplir certaines fonctions ou solennités épiscopales à la place et au nom du pontife suprême. Une ordonnance d'Etienne III, en 769. les suppose chargés à tour de rôle et par semaine du service divin dans la basilique de Latran. C’est d’Etienne III que le Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. I, p. 478, dit : Hic statuit ut omni die dominico a septem episcopis cardinalibus hebdomadariis, qui in ecclesia Salvatoris observant missarum solemnia, super altare b. Petri celebraretur et Gloria in excelsis Deo ediceretur. C’est la plus ancienne mention des cardinaux-évêques ou des évêques suburbicaires. Duchesne, op. cit., t. I, p. 484. Calixte II, en réunissant le diocèse de Sainte-Rutine à celui de Porto, réduisit à six les sièges suburbicaires et. par conséquent, les cardinaux-évêques. Ce nombre fut maintenu par Sixte-Quint, qui ramena, de plus, définitivement celui des cardinaux-diacres à quatorze et celui des cardinaux-prêtres à cinquante. Le collège entier comprend donc en droit, depuis lors, soixantedix membres; mais les cadres sont rarement pleins. L'inlluence et la considération exceptionnelles dont il jouit dans l’Eglise datent de plus haut, elles sont dues surtout au droit exclusif d'élire le pontife romain, droit qui fut attribué aux cardinaux par Nicolas II, en 1959. La série des titres ou églises cardinalices n'a pas été complètement fixée avant Clément VIII, dont les dispositions relatives à ce point furent confirmées par Paul V. 3° Création des cardinaux.. — Au pape seul il appar­ tient de créer de nouveaux cardinaux, après avoir de­ mandé, s'il le juge à propos, l'avis des autres. Son choix ne se peut porter légitimement que sur des sujets présentant en général les mêmes qualités et garanties qui sont requises pour l'épiscopat. C'est la règle for­ mulée par le concile de Trente, sess. XXIV, c. i, De reform : Ea omnia quœ de episcoporum praeficiendo­ rum vita, ælate, doctrina et cæteris qualitatibus cons­ tituta sunt, etiam in creatione cardinalium exigenda... Nihil magis Ecclesiæ Dei necessarium quam ut Roma­ nus pontifex sollicitudinem impendat ut lectissimos tantum sibi cardinales adsciscat. Sixte-Quint a décri té qu’on ne devrait appeler à cet honneur ni ceux qui seraient parents au premier ou au deuxième degré d'un cardinal vivant, ni ceux qui ne pourraient recevoir avant un an l’ordre sacré afférent à leur classe, n'ayant pas encore atteint soit leur vingt-deuxième, soit leur vingt-cinquième, soit leur trentième année. Pour con férer à ses élus leur haute dignité, le pape leur impo-e la barrette et le chapeau rouges, il leur met au doigt un anneau orne d'un saphir et il leur assigne un litre ou église. 11 leur ouvre aussi et leur referme la bouche, marquant, par cet acte symbolique, qu'il doit pouvoir compter absolument sur leurs conseils comme sur leur discrétion. Aucune de ces cérémonies n'est de l'essence de la promotion. Un cardinal, dès que sa nomination a été dûment proclamée, avant même la réception de n’importe quel insigne, possède tous les droits alla- 1721 CARDINAUX chés au cardinalat, et notamment celui de siéger dans un conclave. Il arrive qu’un cardinal est d'abord créé in petto; cela veut dire que le souverain pontife dé­ cide sa nomination et la publie même, mais en se réservan de faire connaître son nom ultérieurement. 11 en résulte que, quand il sera plus tard proclamé nom­ mément, le cardinal en question prendra rang parmi ses collègues, au point de vue de l'ancienneté, à comp­ ter du jour de sa première création. La mort du pape survenant avant la proclamation nominale rend toute création in petto absolument nulle. Bien que le pape seul crée les cardinaux, il le fait parfois à la demande et sur la présentation des princes ou des gouvernements. Ceci a lieu surtout pour les cardinaux de curie, qui représentent et ont charge de défendre auprès du saint-siège les intérêts de telle ou telle nation en particulier. Quatre pays spécialement peuvent, en vertu d'une ancienne coutume, obtenir un cardinal de curie : c'est l'Autriche, la France, l'Espagne et le Portugal. 4» Insignes et privilèges. — C’est au xin· siècle que les cardinaux commencèrent peu à peu à prendre le pas sur tous les autres dignitaires ecclésiastiques, même sur les archevêques, les primats et les patriarches. Cette préséance a été officiellement reconnue et ratifiée par Eugène III et par Léon X. Innocent IV assigna le cha­ peau rouge, comme marque distinctive, aux cardinaux pris dans le sein du clergé séculier, et Grégoire XIII généralisa la mesure. L'usage du manteau de pourpre est d'introduction postérieure, décrété, croit-on, par Paul II. Enfin, Urbain VIII. en 1630, voulut que les cardinaux fussent appelés Éminences ou Éminentissirnes Seigneurs. Dans la hiérarchie politique, ils sont sur le même rang et ils reçoivent les mêmes honneurs que les princes non souverains. Dans l'ordre des choses ecclé­ siastiques, nombreuses sont les prérogatives qui leur ont été octroyées. Lors même qu'ils ne seraient pas évêques, ils ont droit de séance et de vote dans les con­ ciles œcuméniques, et ils sont en outre appelés, depuis le XIIIe siècle, à émettre leur avis les premiers. Un car­ dinal-prêtre ou un cardinal-diacre peut toujours con­ férer la tonsure et les ordres mineurs à ses familiers, ainsi qu'aux personnes remplissant une fonction dans son église. Tous jouissent d'une inviolabilité à laquelle on ne saurait porter atteinte sans commettre un crime de lèse-majesté et encourir l'excommunication. Euxmêmes ne sont justiciables que du pape et n’encourent que les censures qui ont été décrétées ou comminées avec mention expresse d’eux. Ils participent à tous les privilèges des évêques. A remarquer enfin leur droit d'option, introduit par l'usage, mais formellement approuvé par Sixte-Quint et par Clément XIII. En vertu de ce droit, quand un titre cardinalice, soit évêché suburbicaire, soit titre presbytéral, soit diaconie, de­ vient vacant, le plus ancien des cardinaux résidant à Borne, sans distinction entre les trois classes, peut demander (optare) ce siège. La généralité de cette règle est sujette à une seule restriction : en cas de vacance du siège d’Ostie, auquel est annexée la dignité de doyen du sacré-collège, ce n’est pas l'ancienneté dans le car­ dinalat qui décide, mais l’ancienneté parmi les cardinauxévêques. 5° Composition et organisation du sacré-collège. — Les trois catégories ou classes de cardinaux : cardinauxévêques, cardinaux-prêtres et cardinaux-diacres, ne sont point fondées sur le pouvoir d'ordre, comme leurs noms pourraient le faire croire; elles dépendent uniquement du titre ecclésiastique assigné à chaque élu au moment de sa promotion. Leur ensemble constitue le sacrécollège, sorte de corps nçoral dont l'organisation inté­ rieure est assez analogue à celle d'un chapitre canonial. A sa tète se trouve un dogen, qui préside les assem­ 1722 blées collégiales et a qualité en général pour repré­ senter le collège. C'est régulièrement le cardinal-évêque le plus ancien et le titulaire du siège suburbicaire d'Ostie. En celte dernière qualité, il a l'honneur de don­ ner la consécration épiscopale à un pape élu qui ne serait pas encore évêque. Λ côté du cardinal doyen, il y a le cardinal camérier. Elu annuellement par scs collègues, il est chargé de l'administration et de la ré­ partition des revenus communs. 6° Devoirs et droits des cardinaux. — On peut résu­ mer les principaux droits et devoirs des cardinaux en disant qu’ils sont obligés d'assister le pape de leurs conseils et de lui prêter aide sous toute autre forme pour le gouvernement de l’Église. Aussi bien le droit canon statue qu’ils auront toujours libre accès auprès de lui. Pour la même raison, la plupart résident et sont tenus de résider à Home, les cardinaux-évêques étant dispensés de la résidence auprès de leurs églises. Font exception à cette règle les cardinaux qui sont évêques de diocèses étrangers à l’Italie ou situés en Italie, mais éloignés de la Ville éternelle. Si le pape peut demander, exiger même, en toute circonstance, l’avis des cardinaux, celui-ci ne saurait jamais le lier; lui seul reste juge des conditions dans lesquelles il doit le suivre. Dans l’intérêt et pour la sauvegarde de l'autorité suprême, il est défendu aux membres du sacré-collège de se réunir pour délibérer en commun ou pour célébrer ensemble une solennité religieuse, sans y avoir été autorisés par le chef de l’Église. A la mort d’un pape, c’est aux cardinaux exclusive­ ment qu'appartient le droit de choisir son successeur; ceux-là toutefois sont exclus du conclave, qui n’auraient pas encore reçu le diaconat. Pendant l'interrègne, le sacré-collège n’est pas investi de la juridiction ponti­ ficale, la primauté n’ayant pas été promise à un corps moral, mais seulement à Pierre et à ceux à qui son siège est dévolu après lui. Ecrire, comme M. Péries l'a fait récemment, que « l’Eglise est le dépositaire in­ violable du pouvoir des clefs entre le décès d'un pape et l'élection du suivant », que « le pouvoir du pape lui appartient », que la suprême autorité « retombe dans l’Église, qui en est le seul détenteur », que « l’Eglise catholique romaine, seule héritière légitime du pape délunt ou démissionnaire », l est aussi, par là même, « du pouvoir souverain, qui ne peut résider qu'en elle. » L'intervention du pape dans l’élection de son succes­ seur, p. 8, ‘28, 147, 157, c’est aller gravement à l'en­ contre des principes théologiques les mieux établis, c'est à tout le moins s’exprimer en des termes très inexacts. Ce qui est vrai de l’Église tout entière ne l'est pas moins des cardinaux, même réunis en conclave. Le sacrécollège ne peut donc rien innover dans la forme du gouvernement ecclésiastique, ni édicter des lois uni­ verselles, ni déroger aux saints canons, ni s’ingérer dans des allaires épineuses, ni conférer des bénéfices, ni modifier des décisions ou des mesures prises anté­ rieurement. Il doit se borner à parer aux dangers im­ minents qui menaceraient l'Eglise et à défendre, au be­ soin, le domaine temporel. Du reste, toute la sollicitude, toute l'activité de ses membres doivent être employées à hâter l’élection d'un nouveau pontife. Voilà pourquoi ceux d’entre eux qui sont chargés de fonctions per­ sonnelles non éteintes par la mort du pape, les évêques suburbicaires, par exemple, le cardinal-vicaire, le grand pénitencier, les préfets et membres de diverses congri'·gations, ou sont momentanément exemptés de ces obli­ gations particulières ou doivent y pourvoir par les sup­ pléants que le droit détermine. En temps ordinaire, c’est principalement dans les consistoires et les congrégations que les cardinaux prêtent leur concours habituel au souverain pontife. Les consistoires, c'est-à-dire les réunions générales des 1723 CARDINAUX — CARÊME cardinaux présents à Rome, se renouvelaient jadis deux ou trois fois par semaine, et l’on y traitait presque toutes les affaires importantes; ils sont devenus beaucoup plus rares et ne se tiennent qu’à des intervalles irréguliers. Ils sont publics ou secrets. Aux premiers assistent, outre les membres du sacré-collège, d'autres prélats et des représentants des princes séculiers; le pape pré­ side en personne. C’est dans ces assemblées très solen­ nelles qu’on promulgue, s’il y a lieu, les décisions prises en consistoire secret; elles ont aussi pour objet ou occasion, une canonisation, la réception d’un ambassa­ deur, le retour d’un légat a latere. Les cardinaux seuls sont admis aux autres consistoires, et en cas d'empêchement du pape, c’est le doyen du sacrécollège qui dirige les débats. On y discute la créa­ tion de nouveaux cardinaux, les nominations, con­ firmations, translations, renonciations et dépositions d’évêques, la désignation de coadjuteurs, la concession du pallium ou d’autres faveurs importantes, l’érection, la délimitation, l'union et la division des diocèses, les approbations d’ordres religieux, en un mot, toutes les causes qui intéressent grandement l’Église et qu’on appelle consistoriales. Les cardinaux n’ont que voix consultative; quel que soit du reste leur avis, ils ne peuvent en refuser la manifestation au Saint-Père. Mais les affaires ecclésiastiques sont trop nombreuses et trop variées, pour qu'il soit possible de les régler toutes dans des consistoires. On a senti depuis long­ temps la nécessité de diviser une tâche si ardue et si compliquée. Voilà pourquoi on a établi diverses con­ grégations à chacune desquelles on a assigné un dépar­ tement spécial. On en compte jusqu’à douze. Voir ConGBÉGATIONS romaines. Toutes, le Saint-Office excepté, sont présidées par un cardinal, et c’est aussi dans le sacré-collège que sont pris leurs membres proprement dits, j’entends ceux qui ont voix délibérative. 7» Utilité du cardinalat el de son apparat extérieur. — On comprend suffisamment, par ce qui précède, le rôle capital des cardinaux dans l’Eglise et l’utilité de leur institution. Ajoutez que la création des cardi­ naux choisis parmi le clergé des différentes nations établit des liens plus étroits entre elles et le centre de ia catholicité, el assure au pape un précieux et légi­ time moyen d'influence sur les gouvernements. Chacun de ceux-ci tient avec raison à être représenté au sein du sacré-collège par un ou plusieurs de ses sujets, et nous avons vu que, régulièrement, les grandes puis­ sances catholiques ont à Rome un cardinal chargé de leurs intérêts religieux. Les cardinaux sont les princes de l'Eglise, sa plus haute noblesse. Le rang qu’ils tiennent dans la hiérar­ chie ecclésiastique, immédiatementau-dessousdu pontife suprême, le respect de leur dignité dont l'éclat rejaillit sur le saint-siège, les relations nécessaires qu’ils ont ou peuvent avoir avec les princes séculiers, dont ils sont réputés les égaux, les mettent dans la nécessité de s’entourer d'un certain apparat; il ne leur est pas loisible de se départir d’un train convenable. On aurait tort de considérer comme un luxe superflu ce qui est exigé par les bienséances sociales et concourt en défi­ nitive au prestige de la religion. Depuis l'usurpation de Rome par l'Italie, les cardinaux romains paraissent beaucoup moins en public quauparavant ; force leur a été aussi de diminuer considérablement leur état; mais cette diminution, qui prive le saint-siège d'un relief aussi légitime qu’utile, n’est qu'un des maux nombreux que l'invasion a causés à l'Eglise de Dieu. Pour la partie historique, Thomassin. Vetus el nova disciplina, part. 1; Phillips, Kirchcnrecht. t. vi ; Hinschius, System des !: itholischen Kirchenrechts, Berlin, 1869, t. 1; Marligny. Dic­ tionnaire des antiquités chrétiennes, 2· édit., Paris, 1877, art. Titres, p. 758-760. — Pour la partie canonique, outre les ou­ vrages cités de Phillips el de Hinschius, Ferraris, Prompta bi­ 1724 bliotheca, art. Cardinales, Mont-Cassin. 1845. t. II. p. 193-237; Bouix, Tractatus de curia romana, Paris, 1859, p. 5-141 ; J. De­ voti, Institutiones canonicir. t. i; Wernz. Jus decretalium, Rome, 1899, I. u : Sagmiilter, Lehrbuch des katholischen Kir■ chenrechls, Fribourg-en-Brisgau, 1902. part. 11; Grimaldi, Les Congrégations romaines. Sienne, 18SK1; Bangen, Die rcemische Curie, Munster, 1854; Battandier. Annuaire pontifical catho­ lique. 1898, p. 48-53; 1899, p. 88-92; G. A. Bouvier, Notes on cardinals and their insignia, dans Month, mai 1904. Cf. U. Chevallier, Répertoire. Topo-bibliographie, col. 58t-583. J. Forget. CARÊME (Jeûne du). Vu l’étendue et la complexité du sujet, nous suivrons en l'exposant l'ordre chronolo­ gique, combiné, autant que possible, avec l’ordre lo­ gique. Nous distinguerons, dans les observances du jeûne antépascal, cinq époques : I. La première com­ prendra les trois premiers siècles, où l'on n'aperçoit pas trace du carême proprement dit. II. La seconde va du IVe au vu» siècle, pendant lesquels le jeûne quadragésimal n’a qu'une durée de trente-six jours. III. Le jeûne de quarante jours apparait au vit» siècle et va se répan­ dant jusqu'au IXe, époque où il triomphe à peu près partout. IV. Puis vient la période du moyen âge avec ses adoucissements aux rigueurs du carême primitif. V. Enfin arrivent les temps modernes, remarquables sur­ tout par le régime des dispenses qui devient général dans l'Église. Quant aux usages de l'Église grecque à partir du schisme, nous les laissons de côté; il y aura lieu de les exposer ailleurs. Voir Constantinople (Église de). L Première période: ι·μιι· siècles (jeune antépas­ cal). — Le plus ancien document connu touchant le jeûne préparatoire à la fête de Pâques provient de la Gaule; il date de la lin du tt” siècle et a pour auteur saint Irénée, évêque de Lyon. La controverse pascale, agitée entre le pape Victor et les évêques d'Asie, en fut l'occa­ sion. Saint Irénée fait observer que la question concer­ nait non seulement le jour de la célébration de la Pâque, mais encore le jeûne qui s'y rattachait. Sur ce dernier point les docteurs étaient aussi en désaccord. « Les uns pensaient qu'il fallait jeûner un jour, les autres deux, d’autres trois, d'autres enfin donnaient à leur jeûne une durée de quarante heures. » Eusèbe nous a transmis ce texte, U. E., v, 2, P. G., t. xx, col. 501. que Rufin, dans sa traduction, a dénaturé. Cf. ibid., col. 502, note 78. Le mot « quarante » lui a fait penser à un jeûne de quarante jours. C'est évidem­ ment la discipline de son temps qui lui a suggéré ce contre-sens. Il n'y a pas lieu d’en tenir compte. Voir sur ce point l'uitk, Pie Enlu'ickelung des Osterfatsens, dans Kirchengeschichtliehe Abhandlungen und Untersuchungen, Paderborn, t. 1, p. 243-218. Selon la remar­ que de Msr Duchesne, Origines du culte chrétien, 2e édit., p. 231, le jeûne dont parle saint Irénée, qu’il soit d'un jour ou plus, doit s’entendre d'un jeûne unique et ininterrompu. Les textes qui vont suivre justilieront celte interprétation. En combinant divers passages de Tertullien, De jeju­ niis, c. n, xiit-xv, P. L., t. n, col. 956, 971, 973, 974, nous pouvons déterminer l’usage africain du commen­ cement du IIIe siècle. Les monlanistes jeûnaient deux semaines par an, à la réserve du samedi et du dimanche, et Tertullien reproche aux catholiques, aux « psy­ chiques >>, comme il parle, de ne pas les imiter. Dans les deux semaines il faut sans nul doute comprendre la semaine de Pâques. Les catholiques jeûnaient d'un seul trait le vendredi et le samedi saints, en raison du commandement du Seigneur, à cause de la disparition de l’Époux : dies quibus ablatus est sponsus. C’est, l'on en croit Tertullien, le seul jeûne proprement im­ posé par l'Eglise. Cependant les « psychiques ■ obser­ vaient aussi des espèces de demi-jeûnes, les jours de station, c’est-à-dire le mercredi et le vendredi en g- néral, se contentant de pain et d’eau, au gré de chacun ; Citra illos dies quibus ablatus est sponsus, et statio- '1725 CARÊME 1726 •num semijejunia interponentes. De jejuniis, c. xm, cela est compté pour une semaine. » C. xxt, loc. cit., P. 1... t. Il, coi. 971. Il semble meme que le jeûne du p. 18. Cette fixation d’une semaine dérive apparemment vendredi se prolongeât jusqu’au samedi, par manière de la coutume juive mentionnée par l’Exode, xn. 8, et de « superposition », comme disaient les Grecs. C’est ce par le Deutéronome, xvi. 3, d'après laquelle les Hé­ que Terlullien appelle : continuare jejunium. De jeju­ breux, au temps de la Pâque, devaient se nourrir pen­ niis, c. xiv, Unit., col. 973. dant sept jours du « pain de l’aflliction ». Les premiers Quand Terlullien parle des psychiques, il vise ordi­ chrétiens, qui vécurent quelque temps sous le régime nairement les catholiques romains. De sa critique on des pratiques juives, tirent passer ce jeûne de sept jours peut donc inférer qu’au commencement du ni’ siècle, dans l’usage de l’Église. Mais comme le Christ avait Home observait des demi-jeûnes, semijejunia, les marqué que ses disciples ne devaient jeûner que pen­ jours de slalions, soit le mercredi et le vendredi en gé­ dant la disparition de l'Epoux : cum ablatus fuerit ab néral; les fervents « continuaient le jeûne » du ven­ illis sponsus jejunabunt, Lue., v, 35. il fallut faire dredi jusqu’au samedi. A plus forte raison jeûnait-on coïncider le jeûne avec les jours qui précédaient la ré­ sans interruption le vendredi et le samedi saints : dies surrection. Et l’école que représente la Didasealie quibus ablatus est sponsus. Nous ne saurions dire si trouva moyen de combiner une semaine de jeûne avec dés le n" siècle cet usage était déjà fixé et imposé comme le texte de saint Luc. Dans son système, qu’elle explique règle à Ions les lidèles de Rome. Saint Irénée, en nous longuement, c. xxi, les pharisiens songèrent dès le parlant des divergences qui existaient sur ce point dans lundi â faire mourir le Christ. Ce fut donc le commen­ les communautés chrétiennes au temps des papes Anicement de la disparition de l’Époux. D’ailleurs, comme cel, llygin, Télesphore et Sixte, dans Eusèbe, II. E., v, il est interdit de jeûner le dimanche. « car celui qui 21. P. G., t. xx. col. 501 ; cf. Duchesne, Liber pontifi­ s’afflige le jour du dimanche commet un péché, » Dicalis, t. I, p. 129. note 2, ne nous rapporte rien de pré­ dascalie, loc. cit., p. 25, les six jours de jeûne comp­ cis touchant la discipline de l’Eglise romaine à cette tèrent pour sept, c'est-à-dire pour une semaine. Le époque. Le constitutum par lequel le pape Télesphore jeûne ne comportait pas la même rigueur pour chaque aurait établi un jeûne de sept semaines avant Pâques jour. « Depuis le dixième (jour de la lune), qui est le est une fausse décrétale du vt« siècle. Liber pontifica­ lundi, vous jeûnerez, et vous ne mangerez que du pain, lis, édit. Duchesne, t. i, p. 129. du sel et de l’eau, à la neuvième heure, jusqu'au jeudi. On a allégué la X" homélie (LOrigène sur le Lévitique Le vendredi et le samedi vous jeûnerez complètement pour marquer l’usage d’Alexandrie en matière de jeûne et vous ne goûterez rien. » Ibid., p. 24. Par cette dis­ au début du ni" siècle : Habemus quadragesima dies tinction, la Didasealie elle-même semble reconnaître jejuniis consecratos. P. G., t. xn, coi. 528. Mais ce que la vraie disparition de l’Epoux ne compte absolu­ témoignage est sans valeur. L’homélie n’existe que dans ment qu’à partir du vendredi. Et cela donne la clef des­ le remaniement latin de Rulin, qui y introduisit, volon­ divergences que l’on observe dans les usages des tairement ou non. en parlant d’un carême de quarante églises. jours, une coutume qu’il avait sous les yeux, â la lin du Tel apparaît dans la variété de ses formes, au H" et au IV» siècle. Ce point est bien mis en lumière par Funk, m’ siècle, le jeûne préparatoire à la fêle de Pâques. op. cit., p. 252-254. On peut s’étonner que le Diction­ Ce n’est pas un jeûne quadragesimal. On l’appelle sim­ naire d’archéologie chrétienne et de liturgie, t. i, coi. plement le jeûne pascal, et il conservera celte dénomi­ 1183, invoque encore le prétendu témoignage d’Origène. nation chez les Pères grecs durant la période suivante. L’usage authentique d’Alexandrie est attesté par une lettre Nombre de critiques et non des moins considérables de son évêque saint Denys (γ vers 264), adressée à Basis se sont demandé si ce jeûne pascal n’était pas précédé, lide, où l’on voit que le jeûne pascal ne dépassait pas alors même dès les premiers siècles, d'un jeûne quadrage­ une semaine. Denys semble partir de cette idée que le simal. Cf. Thomassin, Traité des jeûnes de l’Eglise, jeûne de six jours doit être considéré comme une règle part. Ire, c. iv. S'appuyant sur l’autorité de quelques ancienne et générale. Mais il constate qu’il y a beaucoup Pères, notamment de saint .Jérome et de saint Léon, ils de diversité dans les observances. Même parmi ceux qui ont affirme que le carême était d’institution apostolique. jeûnent les six jours, tous ne le font pas d’un trait et Saint Jérôme, en effet, dans son Epist., XLî, c. ni, ad sans interruption ; il y en a qui ne jeûnent que deux Marcellam, P. L., t. xxn, col. 475. dit expressément : jours de suite, d’aulres trois, d’autres quatre: il y en a Nos unam quadragesimam secundum' traditionem même qui ne se soumettent pas tout un jour au jeûne apostolorum, toto orbe jejunamus; et saint Léon re­ strict et absolu. Enfin quelques-uns ne jeûnent ni peu commande aux fidèles de son temps : ut aposlolica insti­ ni beaucoup les quatre premiers jours et croient faire tutio quadraginta dierum jejuniis impleatur. Semi., quelque chose de magnifique en consacrant au jeûne VI, in Quadrages., c. II, P. L., t. t.tv, coi. 633. Mais (â un jeûne continu) le vendredi et le samedi saints. c’est le cas de rappeler la règle si sage posée par le P. G., t. x, col. 1277. On remarquera, dans le texte, le P. de Smedt, Revue des questions historiques, 1888, terme ύπερτίΟεσται, superponere, plusieurs fois employé t. π, p. 331 : « Je ne m'appuierai jamais sur les asser­ par l’auteur. C’est l’expression que Tertullien traduit par tions générales des Pères du iv« siècle et à plus forte continuare jejunium, pour signifier un jeûne ininter­ raison des temps postérieurs par rapport aux institu­ rompu. Le jeûne « continué » du vendredi et du samedi tions primitives. Les Pères sont des témoins autorisés saints a pour but de satisfaire au précepte du Sauveur de la tradition dogmatique pour le temps ou la contrée et de célébrer l’anniversaire des jours quibus ablatus où ils vivent, mais ils n’ont, comme tels, aucune auto­ est sponsus. Luc., v, 35; Marc., π, 20. C’est là, sans rité spéciale quant â la tradition historique, et j’ai rap­ contredit, le jeûne pascal primitif observé dans les porté ailleurs, Principes de lacritique historique, 1883, p. 232, des exemples frappants pour montrer qu’on ne églises issues de la genlilité. Saint Denys ne soupçonne pas que le jeûne de six jours a une autre origine, une peut avoir une aveugle confiance dans leurs affirma­ origine judaïsante. On en trouve l’explication et la jus­ tions même les plus péremptoires en matière d'érudi­ tion. » tification dans la Didasealie des apôtres. La Didasealie, qui date du ut" siècle (et vraisembla­ Que saint Léon et saint Jérôme se soient trompés sur blement de la seconde moitié, cf. Nau, Sur la date de l’origine du carême, c'est ce qui résulte clairement du la Didasealie, dans Le canoniste contemporain, t. xxv silence des Pères des (rois premiers siècles. Nous avons déjà fait observer que les témoignages empruntés au [1902], p. 257 sq.j, est un témoin de l’usage syrien. Elle ordonne de jeûner, « à partir du lundi (saint), six jours , pape Télesphore. à saint Irénée et à Origène sont des complètement jusqu’à la nuit qui suit le samedi, et l textes apocryphes. On en peut dire autant du texte du 1727 CARÊME 1728 pseudo-Ignacc. Ari Phil., P. G., t. v, col. 937. Or. en I p. 135. Diebus Paschæpræserlim ultimis, (nempe} feria dehors de ces témoignages il ne reste rien. Tertullien sexta et sabbato, die nocluque fiant tot orationes quot fait même clairement entendre que le jeûne quadragécantica, n. 18, p. 139. Jubeat episcopus proclamari ne simal n’existait pas de son temps, quand il reproche quis quidpiam gustet, donec sacrificium expletum aux psychiques de n'observer que le jeûne de Pâques fuerit (nuit de Pâques) et universum Ecclesiæ corpus et quelques autres demi-jeûnes pendant que les montanoram escam suscipiat, n. 20. p. 141. Si mulier prænistes jeûnaient plusieurs semaines. La Didasealie des gnans ægrolel et nequeat observare jejunium illis duo­ apôtres donne la même impression. On sait que les bus diebus, jejunet altera die, sumatque in prima Constitutions apostoliques sont un remaniement de cet panem et aquam. Ibid., p. 113. Ce dernier passage est ouvrage, vers la lin du tv» siècle. Or, pendant que les a comparer avec la Constitution apostolique égyptienne, Constitutions apostoliques mentionnent le carême, en can. 55. dans Achelis. p. 115-116. Le Testamentum in­ même temps que le jeûne de la semaine, la Didasealie, siste donc sur les deux derniers jours du jeûne pascal. qui traite si longuement du jeûne de la semaine sainte, Son texte n'est pas incompatible avec un jeûne moins ne fait pas la moindre allusion au jeûne quadragesi­ strict pour le reste de la semaine. Selon M'Jr Rahmani, mal. C'est donc sans aucun fondement historique op. cit., p. 204-205, l’auteur ne connaît pas de jeûne qu’on a attribué aux apôtres l'institution du carême. proprement quadragesimal ; les quarante jours de Pâques Les Canones Hippolyti, que nous lisonsdans Duchesne, dont il parle indiquent la durée de la préparation immé­ Origines du culte chrétien, 2e édit., p. 505-521, d’après diate des catéchumènes au baptême. Dans le système de l'édition d'Achelis, Texte und Vntersuchungen, t. VI, Funk, il importe peu que les quarante jours soient con­ fasc. 4, p. 38 sq. ; la Constitution apostolique égyp­ sacrés par le jeûne, parce que le carême élait en vigueur tienne, en copte, dont M. Achelis a donné une version à peu près partout aux environs de 400. En toute hypo­ allemande, op. cil.; le Testamentum D. N. J. C., que thèse, on n'aurait aucune preuve que le jeûne quadrage­ Mor Rahmani a publié récemment, Mayence, 1899, ne simal fût antérieur au tv· siècle, à plus forte raison qu'il modifient aucunement cette conclusion. L’âge de ces remontât aux apôtres. divers ouvrages et leur dépendance naturelle sont diffi­ H. Deuxième période (iv-vi« siècles). — On ne con­ ciles â déterminer. Voir là-dessus Achelis, op. cit., et naît pas de document qui mentionne le carême avant Realencyclopüdie, 3° édit.. 1896, t. i, p. 737; Duchesne, le ive siècle. Le 5e canon du concile de Nicée (325) re­ op. cil., p. 504; dom Morin, Revue bénédictine, 1900, commande aux évêques de tenir deux synodes par an p. 241; Mor Rahmani, op. cil.; Mur Batiffol, Canons pour régler le sort des excommuniés, et marque la date d'Hippolyte d'après des travaux récents, dans la Revue du premier avant la quarantaine, προ της τεβσαράζοστης. biblique, I. x ( 1001), p. 252; Le Testament du Seigneur, On n’indique pas en quoi consistent les exercices de ibid., t. ix (1900), p. 253; Funk, Das Testamentum cette période de l’année ecclésiastique. Ainsi que l'a unseres Hernn und die verivandten Sehnften, Mayence, observé Mor Duchesne, I;: quadragesime fut considérée 1901. Les critiques qui reportent les canones Hyppolyli « d'abord plutôt comme temps de préparation au bap­ au ni” siècle les considèrent comme interpolés ; M. Funk tême ou à l'absolution des pénitents, ou encore comme les fait descendre beaucoup plus bas, jusqu'au Ve siècle. saison de retraite, de récollection pour les fidèles vivant C’est encore â la même date que Funk fixe l'apparition dans le monde. Parmi les exercices de ces semaines du Testamentum D. N. .1. C., tandis que Mtr Rahmani sacrées, le jeûne avait naturellement une place impor­ le fait remonter jusqu'au m» siècle. Selon Funk, les tante. mais qui différait beaucoup d'un pays à l'autre ». Canons d’Hippolyte dépendraient de la Constitution Origines du culte chrétien, 2· édit., p. 232. apostolique égyptienne; d'après Achelis, ce serait la Le chiffre de « quarante » fut évidemment inspiré Constitution apostolique égyptienne qui serait dans la par le souvenir de la quarantaine du Sauveur dans le dépendance des Canones Hippolyti. En raison de telles désert. Mais deux questions se posèrent dès l’abord divergences, il est impossible de trouver dans les textes pour la pratique : 1° Comment combiner celte qua­ fournis par ces divers écrits un argument qui ruine la rantaine avec la semaine sainte, avec « le jeûne de conclusion d’autres ouvrages mieux datés. Le jeûne Pâques ». déjà existant? 2° En quoi devait consister le pascal n'y est d'ailleurs signalé qu’en termes peu expli­ jeûne quadragesimal? A ces questions les Églises chré­ cites : les Canones Hippolyti s'expriment ainsi : Diebus tiennes répondirent diversement. A Antioche et dans toutes les Églises qui subirent jejunii qui constituti sunt in canonibus, feria quarta el sexta et quadraginta... Can. 20, η. 154, Duchesne, son influence on ne comprit pas la semaine sainte dans la quarantaine; on les juxtaposa, on les coordonna p. 514. Hebdomas q ua J udæi Pascha ag u ntab om ni populosummo cum studio observetur,caveantque imprimis l'une â l’autre. Saint .lean Chrysoslome le donne à en­ ut illis diebus jejuni maneant ab omni cupiditate, tendre dans une de ses homélies sur la Genèse. « Voici, etc. Cibus autem qui tempore Πάσχα convenit ut dit-il, que nous sommes enlin arrivés â la lin de la panis eum solo sale el aqua. Can. 22, Duchesne, η. 195, sainte quarantaine et que nous avons achevé la naviga­ 197. Dans le système de Funk, le mot quadraginta tion du jeûne et que grâce à Dieu nous touchons au n'offre aucune difficulté; il a trait aux quarante jours port... Maintenant que nous sommes parvenus â la du carême, qui vers 400 était en pleine vigueur. Dans grande semaine il nous faut forcer plus que jamais la le système d'Achelis el de Duchesne, quadraginta course du jeûne. » Hornil., xxx, in Gen., 1, P. G., serait une interpolation. La semaine pascale dont il est t. lui. col. 273. Les Constitutions apostoliques, qui ici question marque en tout cas une relation étroite sont de la lin du tv* siècle et qui représentent les usages de la Syrie, marquent plus nettement encore la entre les Canones Hippolyti et la Didasealie des apôtres transformée en Constitutions apostoliques vers distinction des deux périodes : « Après le temps de l’Épiphanie il faut observer le jeûne du carême... Mais la lin du tv siècle. La Constitution apostolique égyp­ que ce jeûne soit célébré avant le jeûne de Pâques... tienne, can. 55, dans Achelis, p. 115-116, mentionne la Pâque et deux jours de jeûne. Il s'agit évidemment ici Ce jeune fini, commence la semaine sainte de Pâques, des deux premiers jours de la semaine sainte, où un pendant laquelle vous jeûnerez tous avec crainte et tremblement. » L. V, c. xm, P. G., t. t, col. 860 sq. jeûne strict était obligatoire. On peut supposer avec Funk, que cette mention n'excluait pas pour le reste Ce qui caractérise l'usage de l’Église d’Antioche et des Eglises d’Orient en général, ce n’est pas tant la dis­ de la semaine un jeûne moins sévère. Dans le Testamen­ tum D. N. J. C., le jeûne y est mentionné à plusieurs tinction établie entre le carême et la semaine de Pâques, que la durée de ces deux périodes. Sozomêne déclare reprises, mais d’une façon assez vague : Paschæ solatia que l’Église de Constantinople et les nations qui l'avoifiat media node, quæ sequitur sabbatum, 1. 11, η. 12, 1729 CARÊME sinent jusqu’à la Phénicie, observent sept semaines 11 cherche aussi un point d’appui à sa thèse dans l’histoire et croit trouver chez les Pères et les docteurs la preuve qu’anciennement on rompait le jeûne quadragesimal à none. Nous avons vu que ce n’était là qu’une exception. Ce qui est vrai, c’est que dans les petits jeûnes de l’année, les moines et les fidèles prenaient leur repas à trois heures de l'après-midi. C’est à ce petit jeûne que saint Fructueux faisait allusion quand il disait : Jejunamus, ait, recuso potum, nondum nona diem resignat hora, comme le rapporte Prudence. Peristephanon, vt, 5-55, P. L., t. i.x, coi. 415. Saint Bernard, nous l’avons vu, disait pareillement : Hactenus usque ad nonam jejunavimus soli. Serm., ill, in Quadrag., 1, loc. cit. La thèse d’Alexandre de Halés n’est donc pas bien fondée en principe. Mais le fait qu’il atteste n'en est pas moins exact; de son temps l'usage de rompre le jeûne quadra­ gesimal à trois heures de l’après-midi était devenu général dans l’Eglise. On ne s’arrêta pas là. Dès la fin du xiti® siècle, un célèbre docteur franciscain, Richard de Middleton, enseignait qu’on ne transgresse pas la loi du jeûne quand on prend son repas à l’heure de sexte, c’est-àdire à midi, parce que, dit-il, cet usage a déjà prévalu en plusieurs endroits, et que l'heure à laquelle on mange n’est pas aussi nécessaire à l’essence du jeûne que l'unité de repas. In 1 F Sent., 1. IV, dist. XV, a. 3, q. vu. Le xiv» siècle consacra par sa pratique et par son enseignement la doctrine de Richard de Middleton. On peut citer en témoignage le fameux docteur de l'ordre de saint Dominique, Durand de Saint-Pourçain, évêque de Meaux. 1) ne fait aucune difficulté d’assigner l’heure de midi pour les repas de carême ; « Telle est, dit-il, la pratique du pape, des cardinoux et même des religieux. » In I É Sent., 1. IV, dist. XV, q. ix, a. 7. Les plus graves auteurs du xv» siècle adoptèrent cet enseignement. C’est celui de saint Antonin, d’Etienne Pencher, évêque de Paris, du cardinal Cajétan, etc. Cf. Baillet, Vies des saints, t. iv. p. 7'1-72. Mais avec les scolastiques la logique ne perd jamais ses droits. Le chapitre Soient du décret de Gratien qui reproduit le capitulum 39 de Théodulphe d’Orléans, P. L., t. cv, col. 201, marquait qu’on ne pouvait être censé avoir jeûné si l’on mangeait avant d’avoir célébré l'office de vêpres : Nullatenus jejunare credendi sunt, si ante manducaverint quam vespertinum celebretur officium. Decretum, pari. III,disl. I. Durant le carême on célébrait la messe à none, c'est-à-dire à trois heures de l’après-midi, puis on chantait vêpres, et les aumônes distribuées aux pauvres, on se mettait à table. Cf. Gra­ tien, ibid.; Amalaire, De ecclesiasticis officiis, 1. I, c. vu, P. L., t. cv, col. 1003. Pour être en règle avec cette discipline, tout en avançant l’heure du repas, d’abord jusqu'à none, ensuite jusqu’à midi, on trouva tout simple d’avancer de même l’heure de la messe et l’heure des vêpres. C’est ainsi qu’on en vint à chanter vêpres avant midi. De tels changements ne furent pas du goût de tout le n onde. « Nous admirons aujourd’hui, disait Baillet au D1CT. DE THÉOL. CXTltOL. 1740 XVII» siècle, la plaisante délicatesse de ces siècles qui se faisaient conscience de manger avant l’office de vêpres et qui ne faisaient pas scrupule de commettre deux désordres en renversant toute l'économie de l’Église dans le dérangemenUe ses offices et en ruinant l’étendue du jeûne légitime. Jlais supposant le besoin qu’on aurait eu d’avancer le repas, nous ne voyons pas quel aurait été l'inconvénient de laisser au moins le service de l’Église à ses heures accoutumées qui sont marquées encore dans leurs hymmes, puisqu’elles ont été prescrites pour honorer les mystères qui s’y sont passés, et pour nous renouveler dans la prière et dans l’attention que nous devons avoir à Dieu, durant toute la journée. » Vies des saints^t. tv, p. 72. 2. La collation. — Avancer le repas quadragésimal d’abord à none, puis à sexte, c’était un affaiblissement de la discipline qui pouvait jusqu'à un certain point se justifier. Mais cette première concession aux exigences de l’estomac en entraîna une seconde. H était bien diffi­ cile de prolonger le jeûne d'un midi à l’autre sans au­ cun adoucissement. On commença par accorder la per­ mission de prendre vers le soir un peu de liquide pour étancher la soif provoquée par la fatigue. Celte coutume trouve sa plus ancienne attestation dans la Regula Ma­ gistri, qui est de la fin du vu» siècle. Les moines y sont autorisés à boire pendant l’été avant le soir, ante­ quam sera compleant, même quand ils ont mangé à none, à plus forte raison quand ils ont pris leur repas à sexte. L'abbé bénissait leur boisson, et ils devaient faire une petite prière avant de la prendre et après l’avoir prise. C. xxvii, P. L., t. cul, col. 1133. L'usage de cet adoucissement se répandit bien vite. Le concile d’Aix-laChapelle, de 817, déclare nettement qu'il est permis de boire ainsi, même pendant le carême, avant de lire complies. Can. 12, Hardouin, Concilia, t. iv, col. 1229. La boisson qu’autorisait la Regula Magistri était une espèce de piquette ou liquide acidulé, posca. On voit par les Statuta de Pierre le Vénérable que les clunistes usaient de vin au xn» siècle : co tempore quo post nonam ad potum fratres pergere solent. Statuta con­ gregat. Cluniaeensis, c. xxvn, P. L., t. ct.xxxix. coi. 1033. Pour les usages semblables d’autres monastères, notam­ ment de Saint-Gall, cf. P. L., t. cm, col. 1133-1131, note h. Au xm» siècle l’usage de boire entre les repas était général. Et saint Thomas déclare que l’Eglise l'autorise parce que la boisson n’est pas proprement une nourri­ ture, bien qu’elle nourrisse quelque peu, licet aliquo modo nutriat. Sum. tlieol., 11» Ilæ, q. CXLVtl, a. 6, ad 2“". Mais s’il est permis de prendre, en dehors du repas, quelque chose qui soit, si peu que ce fût, nutritif, pourquoi le liquide seul serait-il toléré? C’est ce que se deman­ dèrent les théologiens et peut-être aussi les fidèles. Aussi, dès le xm» siècle, ceux qui s’accordaient vers le soir un peu de liquide, un coup de vin, y ajoutaient-ils communément des friandises, des fruits confits, des conserves, electuaria. comme parle saint Thomas. Et le docteur angélique justifie cette pratique, comme il avait justifié l'usage du liquide: Electuaria. etiamsi aliquo modo nutriant, non tamen principaliter assu­ muntur ad nutrimentum sed ad digestionem cibo­ rum; unde non solvunt jejunium. Saint Thomas ne blâme que .l'abus des electuaria, parce qu’une grande quantité, prise en fraude de la loi, constituerait une vé­ ritable alimentation, une sorte de repas ; nisi forte ali­ quis in fraudem electuaria in magna quantitate assu­ mat per modum cibi. Jbid., q. cxlvii, a. 6. ad 3““. Au xiv» siècle, cet usage des conserves, formant un semblant de repas, mais non un repas véritable, était reçu par­ tout. Gerson, qui en parle dans ses Régies morales, t. p. 25, dit qu’il faut pour cela s'en tenir à la contum·· De comestionibus specierum (épices) et similibus < .isueludo teneatur. A la fin du moyen âge l’alimentation IL — 55 1741 CAREME du soir des jours de jeûne corn portait toutes sortes de fruits, d'herbes et de racines, assaisonnés à l’huile, au miel ou au sucre, quelques bouchées de pain et un peu de vin. Éviter de prendre un second repas, telle était seule­ ment la préoccupation des esprits et la formule de la loi du jeûne. Nous voyons naître ainsi ce qu’on est convenu d'ap­ peler la « collation ». Le nom aussi bien que la chose sont empruntés aux usages monastiques. Après ou même pendant la légère réfection qui se substitua insensible­ ment au rafraîchissement primitif, on lisait, dans les cloîtres, les conférences de Cassien, en latin colla­ tiones. De là le nom que cet adoucissement a pris et qu’il a gardé. On le trouve dans les statuts de la congré­ gation de Cluny dressés sous l’abbé Henri Ier, élu en 1308 : Statuimus quod hora potationis serotinæ quæ apud eos collatio nuncupatur, ad quam horam omnes convenire præcipimus. Marrier, Bibliotheca cluniacensis, p. 1582. Cf. Thomassin, Traité des jeûnes de l’Église, 1680, p. 317-319. 3. L'usage du liquide. — A l’origine tout liquide était interdit en dehors du repas, et toute liqueur fermentée, notamment le vin, était prohibée pendant le repas même. M. Funk, toutefois, pense que la défense d’user de vin au repas était de conseil et non de précepte. C’est ainsi qu'il interprète les textes de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Jérôme et de saint Basile, op. cil., p. 274-275. Quoi qu’il en soit, à l’époque que nous avons comprise dans la troisième période l’usage du vin apparaît clairement. Cf. concile de Tolède de 633, can. 1, Ilardouin, Concilia, t. ni, col. 583; Théodulphe d’Or­ léans, Capitula ad presbyteros, 40, loc. cit. L'abus seul en est condamné. 11 était naturel que cet adou­ cissement se propageât, surtout lorsqu’on eut avancé l'heure ou se rompait le jeûne. Les moines de Cluny permettaient le vin, sinon pur, au moins étendu d’eau, pour les poliones qui avaient lieu après none. Au xm' siècle on boit indifféremment à toute heure du jour, et l’on boitdu vin aussi bien que de l’eau. Saint Thomas, qui est un témoin de cette coutume, ne juge pas qu’elle soit blâmable. « L'Église, dit-il, n’interdit pas de boire; c'est pourquoi il est permis de boire plusieurs fois quand on jeûne, licet pluries jejunantibus bibere; on perdrait seulement le mérite de son jeûne si l'on buvait avec excès. » Sum. theol., 11*11», q. cxi.vn. a. 6, ad 2““. Ce principe fut admis par les docteurs catholiques. Et plus tard Benoît XIV pouvait écrire en toute vérité : « Les théologiens ont déclaré unanimement que le jeûne restait sauf et entier, même quand on aurait bu de l’eau et du vin à n’importe quelle heure du jour. » Institut, theologicæ, xv, n. 7. En cela l’avis unanime des théo­ logiens était manifestement en contradiction avec l’avis ou du moins le conseil unanime des Pères des premiers siècles. 4. L'usage du poisson. — La mention du poisson est assez rare dans les textes qui ont trait â l'abstinence quadragésimale. Socrate, H. E., v, 22, loc. cit., avait re­ marqué que plusieurs en mangeaient de son temps, parce qu'ils ne regardaient pas comme de la « chair » ce qui tirait de l’eau son origine. En Occident cette dis­ tinction parait avoir été acceptée de bonne heure. Ct. S. Grégoire le Grand, Dial., 1. I, c. i, P. L., t. txxvn, col. 153; Epist. ad Augustin, episcop. Cantuar., dans Gratien, Decretum, 6, dist. IV. Le IVe concile de To­ lède (633) dit que pendant le jeûne des calendes de janvier il faut se contenter de poisson et de légumes, aussi bien qu’en carême. Can. 1, Ilardouin, Concilia, t. m, col. 583. Nous avons vu que Théodulphe d’Orléans tolérait pareillement le poisson pendant le carême. Les reproches que les Grecs adressent aux Latins sur la violation du jeûne visent uniquement l’usage des œufs et des laitages. Les conciles et les évêques qui traitent la même question ne parlent jamais de poisson. Bref 1742 lorsque les scolastiques curent à examiner la pratique du jeûne quadragésimal, ils se trouvèrent en présence d'une coutume établie autorisant l'usage du poisson, esus piscium. Ils la justifièrent en prétendant que le poisson excitait moins dangereusement les passions de la chair, que la viande, les laitages et les œufs. Cf. S. Thomas, Sum. theol., Il» II», q. cxlvii, a. 8, ad 2·"°. 5. L'usage des œufs et des laitages. — Nous avons vu qu’au IXe siècle les Grecs avaient fait aux Latins un grief de ne pas pratiquer l’abstinence des œufs et des laitages. Ce n’était là qu’un abus local, qu’on essaya de réprimer dans la suite. En Germanie même, oû la coutume dénon­ cée était le plus enracinée, nous voyons le concile de Quedlimbourg de 1085 interdire le fromage et les œufs : Ne quis caseum et ova comedat in quadragesima. Can. 7, Hardouin, Concilia, t. via, col. 1615. Au Xlll" siè­ cle. l’abstinence des œufs et des laitages est signalée par saint Thomas d’Aquin comme une coutume générale de l’Eglise : communis fidelium consuetudo. Sum. theol., II» II», q. cxlvii, a. 8. Le moyen âge respecta cette discipline. Au xive siècle, par exemple, un concile d'Angers déclare que ceux qui, sans dispense spéciale, usent de lait et de beurre pendant le carême, se rendent coupables d'une faute grave, réservée pour l’absolution aux supérieurs. Concilium Andegavense, 1365, can. 22, Hardouin, t. vu, col. 1778. On trouverait aisément, dans les autres provinces, des décisions analogues. Mais une phrase du canon que nous venons de citer révèle une pratique qui commençait alors â se répandre, celle des dispenses : Nisi super/hoc privilegium habuerint. Ces dispenses s’accordèrent d'abord aux particuliers. Telle est par exemple la faveur que Grégoire XI accorda en 1376 au roi de France Charles V et à la reine son épouse. Cf. Thomassin, Traité des jeûnes de l’Eglise, p. 355-357. Vers la lin de la période, Borne devient plus large encore, et des diocèses ou même des provinces entières bénéfi­ cient des mêmes avantages. En l’an '1475 le légat du pape accorde pour cinq ans à l’Allemagne, à la Hongrie et à la Bohème, la permission d’user de beurre et de laitages. Rainaldi, Annales eccl., an. 1475, n. 17. Quelques années plus tard le diocèse de Rouen, sous le pontilicat de Robert de Croixmare, obtint d'innocent VU! une faveur semblable, rachetée par d’abondantes au­ mônes qui furent employées à la construction de la tour placée à l’angle sud-ouest du portail de la cathédrale. Le nom de Tour de beurre lui en est resté. Pommeraye, Histoire de l’église cathédrale de Rouen, 1686, p. 35. 6. Abstinence de viande. — L’usage de la viande demeure absolument interdit durant tout le moyen âge, sauf le cas de nécessité absolue ou de maladie grave. Le canon 9 du VIIIe concile de Tolède, inséré dans les fausses décrétales, frappe d’excommunication quicon­ que violerait cette défense. P.L., t. exxx, col. 513. Déjà Charlemagne, dans un capitulaire de 789, avait menacé d’un châtiment beaucoup plus terrible celui qui mangerait de la chair en mépris de la loi ; Si quis sanctum quadragesimale jejunium pro despectu christianitatis contem­ pserit et carnemcomederit morte morietur. Nous voulons croire qu’un pareil décret ne reçut jamais d’application. La tentative faite au xne siècle dans le diocèse d’Amiens, pour restreindre aux jours de jeûne l'interdiction de la viande (cf. Fie de saint Godefroy, 1. II, c. xu, citée par Eaillet, Vies des saints, t. iv, p. 6i, non encore publiée par les bollandistes), fut vite réprimée. On fit remarquer que le dimanche était soumis comme les autres jours â la loi de l'abstinence. Les esprits étaient tellement péné­ trés de la rigueur de cette observance, que l'évêque de Braga s’adressa à Rome pour savoir quelle pénitence il devait imposer à ses diocésains qui avaient été forcés de manger de la chair en carême à cause d’une famine pendant laquelle avait péri une partie de la population. '1743 CARÊME 4744 Le pape Innocent III répondit qu'il n'y avait pas lieu exempter du jeûne ceux qui mendient de porte en porte de sévir contre eux : in tali articulo illos non credimus et qui n’ont rien d’assuré, mais ils n’en exemptent pas puniendos ; mais il recommanda de prier Dieu avec eux ceux qui demeurent chez eux et ont ordinairement de alin qu’il ne leur imputât pas cette conduite, parce que quoi se nourrir. c'est le devoir des âmes pures de craindre d’avoir failli La question des ouvriers préoccupa particulièrement lors même qu'il n’y a pas de péché : ubi culpa minime Alexandre de Halès. Nous n’indiquerons pas tous les reperitw. Decretal., 1. Ill, c. Concilium, De jejunio, cas de conscience qu’il pose, loc. cit.; citons seulement tit. xlvi, tant était profonde en ces temps la crainte de quelques-unes de ses décisions. 11 déclare nettement : violer la loi de l’abstinence. 1» que les ouvriers doivent jeûner en travaillant, s'ils 3" Causes qui exemptent du jeûne. — Le jeûne s’imposa le peuvent sans un affaiblissement notable de leurs tou jours, en principe, à toute personne baptisée qui était I forces, qui les rende ensuite impropres au travail ; en état de l’observer. A l’origine ni les ouvriers, ni les vieil- I 2° qu’ils ne doivent pas travailler s’ils ont de quoi vivre lards, ni les enfants ne paraissent en avoir été exemptés. | et s’ils ne peuvent jeûner en travaillant; 3e qu'on ne L’auteur des fausses décrétales, à la suite du VIIIe peut louer des ouvriers dont on présume qu’ils ne concile de Tolède ((>53), indique les causes qui dispen­ pourront pas jeûner, à moins qu’on ne soit dans la né­ sent du jeune et de l'abstinence de viande : illi quos cessité de les louer faute d’en trouver d’autres. Saint aul ætas incurvât, aul languor extenuat, aut necessitas Thomas parait un peu plus large; il est d’avis que les arctat,can. 9, P. L., i. cxxx, coi. 513, c'est-à-dire, comme ouvriers sont dispensés du jeûne, si leur travail est né­ il s’exprime encore, la maladie, fragilitatis evidens cessaire et incompatible avec le jeûne; ils ne devraient languor, la vieillesse, ætalis impossibilitas, la nécessité, renoncer à leur travail que s’il pouvait être commodé­ inevitabilis necessitas. Durant tout le moyen âge ces ment différé ou retardé : St operis labor commode dif­ prescriptions furent prises à la lettre. Le cardinal Hum­ ferri possit aut diminui. Loc. cit., ad 3U“. Mais il ne bert, dans sa fameuse conférence avec les Grecs donne cette décision qu’avec une certaine réserve; pour (vers 1050), leur déclara qu'en Occident l’on jeûnait si plus desùretéilrecommande de s’adresser aux supérieurs exactement en carême qu’on n’en dispensait personne alin d'obtenir une dispense, à moins qu’on ne soit dans à moins d'une grave maladie, Bibliotheca Patrum, un pays où la coulume est établie, car le silence des t. iv b, p. 245. et qu’on y faisait même jeûner quelque­ pasteurs forme alors une sorte de consentement tacite. fois les enfants de dix ans : adeo ut interdum decennes Les mêmes principes s'appliquent aux voyageurs. Les pueros nobiscum faciamus jejunare. voyages pénibles n’exemptent du jeûne qu'autant qu'ils La règle du concile de Tolède en ce qui concerne sont nécessaires; si on peut y surseoir sans trop d’in­ « l’âge » et la « nécessité » était un peu vague ; les sco­ convénient, il faut le faire, car alors le jeûne demeure lastiques entreprirent de la préciser. obligatoire. Cf. Alexandre de Halès et saint Thomas, Quant â l'âge, dit Alexandre de Halès, Summa, IV*, loc. cit. q. xxvm, m. vi, a. 2, les sentiments sont partagés; les Cette discipline était appelée â régir toute la fin du moyen âge. 11 semble toutefois que le pape Eugene IV y uns fixent l’obligation du jeûne seulement â vingt et un ans accomplis, parce que la croissance se fait jusqu’à ait apporté quelque adoucissement vers 1440 en faveur cet âge; d’autres l'imposent à vingt ans, parce que c’est des ouvriers et des habitants de la campagne. On rap­ l'âge de la milice; d’autres descendent jusqu’à quinze porte qu’il aurait fait cette déclaration : Artifices labo­ ans, parce qu’il faut éteindre par le jeûne la flamme de riosas artes exercitantes, et rustici, sive divites sunt, l'impureté qui commence alors à s’allumer. Alexandre sive pauperes, non tenentur jejunare sub præcepto de Halés adopte lui-même l’âge de dix-huit ans, parce peccati mortalis. Sa décision est rapportée par nombre que c’est l’âge lixé par l’Église pour entrer en religion : de théologiens, notamment par saint Liguori, Theologia Tempus jejunio aptum est octodecim annorum. Hoc moralis, 1. IV, tr. VI, c. in. dist. II, n. 1042. est enim tempus ordinatum ab Ecclesia ad intrandum V. Cinquième période. Les temps modernes, régime religionem quod præveniri non potest secundum eccle­ DES ADOUCISSEMENTS ET DES DISPENSES. — A partir des siasticam institutionem. Et ideo hoc est tempus ad environs de l’an 1500, la loi du jeûne reçut des adou­ psenitenliam peragendam, et ad jejunandum. Saint cissements considérables. Et ce qui caractérise la nou­ Thomas, qui reprit la question un peu après, la trancha velle période, ce sont les dispenses, que nous avons différemment. Il lui sembla qu'on ne pouvait astreindre déjà vues employées vers la lin de l’époque précédente, les jeunes gens au jeûne avant qu’ils eussent achevé leur mais qui deviennent beaucoup plus nombreuses. Ces croissance, c’est-à-dire, selon lui, avant vingt et un ans : dispenses s'appliquent à tout, à la nature des mets ijuamdiu sunt in statu augmenti, quod est, ut in plu­ qui composent le repas quadragésimal, aussi bien qu’à ribus, usque ad finem tertii septennii, non tenentur la règle de l'unité absolue du repas. ad ecclesiastica jejunia observanda. Sum. theol., II* 1. MVI.TIPUCITÉ des repas. — Bien qu’en principe llr, q. cxi.vii, a. 4. H leur conseille seulement de l’unité du repas soit maintenue, en réalité la collation s'exercer pendant leur adolescence au jeûne selon leurs a fini par devenir un petit repas du soir. La Règle des forces. La théorie de saint Thomas fut suivie par les Théatins, part. II», c. m, confirmée par Clément VU, scolastiques et fait encore loi aujourd’hui. lui donne expressément ce nom : Serotina cernula. On a remarqué que les théologiens du moyen âge, qui Outre ces deux repas, l’usage a également prévalu de .-liaient cherché à établir un minimum d’âge pour l’obli­ prendre le matin, pendant le carême, une légère réfec­ gation du jeûne n'avaient pas essayé d’indiquer un tion, dont la matière est principalement liquide. Exa­ maximum après lequel on en fût exempté. C’est que la minons l’une après l’autre ces trois formes de l'alimen­ vieillesse, par elle-même, n’était pas à leurs yeux une tation quadragésimale. cause d’exemption. Pour qu'elle dispensât du jeûne, il 1° Le repas principal. — 1. Heure du repas. — Aux fallait qu’elle fût devenue une espèce de maladie de environs de l'an 1500, l’heure de midi est devenue '■ langueur », comme l’avait dit le concile de Tolède. l'heure régulière du repas du carême. Étienne Poncher, Que signifiait proprement la « nécessité » dont avait évêque de Paris, le donne à entendre dans ses ordon­ parlé le même concile : quos necessitas arctat? Les nances synodales. Synod. Parisiens., in-4“, Paris. 1514. scolastiques l’entendirent de l’affaiblissement corporel p. 243 : Sic semel in die refectionem corporis copiait ·. que pouvaient causer soit la pauvreté, soit les voyages, et si tempus congruum habueritis, ut sanctus Th· ret alii doctores nos instruunt, circa meridiem capia­ soit le travail. Quant aux pauvres. Alexandre de Halès, loc. cit., et tis. Saint Charles Borromée,évêque de Milan, s’exprime à peu près de même. Acta Ecclesiæ Mediolan., in-fol.. saint Thomas, loc. cit., ad 4““, sont d’accord pour Ί745 CARÊME 174G Milan, 1599, p. 812. Il peut paraître étrange qu’Étienne ' qu’il lit pour ses domestiques, leur permit en carême, Poncher attribue la fixation de cette heure à saint Tho- I vers le soir, une réfection composée d’une once et demie mas, qui indique au contraire pour la rupture du jeûne de pain et d’un verre de vin, s’ils en sentaient le be­ la neuvième heure, ou plus exactement : circa horam soin. Acta Eeelesiæ Mediolanensis, p. 812. Puis vinrent nonam. C’est que, d'après la manière de parler des an­ les casuistes. Baillet, Fies des saints, t. iv, p. 75-76, leur ciens, les heures se comptaient de trois à trois et non reproche d'avoir accordé trop libéralement les bouil­ d'une à une. Ainsi il n’y avait qu'une heure de sexte à lons aux herbes, les amandes et les potages, les petits none et une autre de none à vêpres, c'est-à-dire de midi poissons frits ou rôtis, le lait, le fromage, la pâtisserie. à trois heures, et de trois heures au soleil couchant. Le Mais sa plainte, aussi bien que celle de beaucoup langage influença sûrement les esprits dans le calcul d'autres partisans de la sévérité, demeura vaine. Au des heures pour la rupture du jeûne. En disant : circa XVIII· siècle il est admis communément que la collation horam nonam, saint Thomas donnait une certaine la­ peut comprendre huit onces de nourriture dans la­ titude et offrait le moyen de se rapprocher de l'heure quelle entrent les laitages, les petits poissons, ou même, de sexte, c’est-à-dire de midi. L’heure du repas se par équivalence, deux ou trois onces d’un gros pois­ trouva de la sorte peu à peu avancée. Et par les mots : son. Cf. S. Liguori, I. IV, tr. VI, c. ht, dub. I, n. 1024circa meridiem, l’évêque de Paris ne pensait pas trahir 1028. Les théologiens suivent encore cette doctrine. le moins du monde la pensée du docteur angélique. c. Composition du petit déjeuner du matin. — Saint Les casuistes vinrent ensuite. On fit pour le circa Thomas avait posé le principe que le liquide ne rompt meridiem ce qu’on avait fait pour le circa horam no­ pas le jeûne. De là à conclure qu’on pouvait boire à nam; on l’interpréta dans un sens large; on permit toute heure du jour et notamment le matin, il n’y avait d’avancer le repas entre onze heures et rçiidi. Cf. S. Liqu’un pas. Il fut vite franchi. Tous les docteurs s’accor­ guori, I. IV, tr. VI. c. nt, dub. 1, n. 1016. Cette décision dèrent là-dessus, nous dit Benoit XIV. Peu importait fut adoptée communément par les auteurs de théologie d’ailleurs le liquide. Le vin fut d’abord admis, puis le morale. café, puis le chocolat à l’eau pris en petite quantité Une question subsidiaire se pose naturellement ici. (une once et demie). Saint Liguori est témoin de cette Comme le repas principal est suivi, durant cette pé­ discipline, contre laquelle il ne trouve rien à redire. riode, d’une légère collation, on s’est demandé s’il était Loc. cit., n. 1017-1023. Enfin saint Thomas avait déclaré permis d’intervertir l’ordre de ces deux réfections, et que les electuaria ou conserves prises le soir en petite de prendre la collation le matin et le repas principal le quantité ne rompaient pas le jeûne. Les electuaria soir. Le cas était déjà posé au milieu du xyii· siècle, passèrent au petit déjeuner du matin. 11 ne restait plus comme en témoigne Pascal, Lettres provinciales, qu’à y ajouter quelques bouchées de pain. C’est ce qui Ie lettre. Les théologiens répondirent d’une façon favo­ fut fait. Et la Sacrée Pénitencerie, dans une décision rable. Billuarl et saint Liguori exigent seulement en date du 21 novembre 1843, a ratifié cet usage en in­ qu’on n’intervertisse pas l’ordre reçu sans motif et par diquant la quantité d'alimentation qu'il n’était pas caprice. Cf. S. Liguori, loc. cit., n. 1021·. Au xix'siècle, permis de dépasser. On peut prendre un petit morceau cette manière de combiner les repas était d’un usage de pain, du chocolat à l'eau plus ou moins épais (en­ commun. Et la Sacrée Pénitencerie, consultée là-des­ viron une demi-once) et du sucre, à la condition que sus, n’y trouva pas matière à blâme (19 janvier 1834). le tout n'excède pas deux onces. Si, au lieu de chocolat, 2. Composition du repas. — Cette question peut on boit du café, le morceau de pain peut s’élever à s’appliquer tant au repas principal qu’à la collation du deux onces. Sous ces réserves et dans cette mesure la soir et au petit déjeuner du malin. loi du jeûne est respectée. a. Composition du repas principal. — Étienne Pon­ Nous sommes loin du jeûne primitif. Celui-ci ne com­ cher nous donne à entendre que l’usage libre des portait qu'un repas, sans viande, sans œufs, sans lai­ laitages était devenu, grâce à des dispenses libérale­ tages, sans vin, et rien dans la journée, pas même un ment accordées, à peu près général de son temps. Il verre d’eau, ne venait en adoucir la rigueur. Aujour­ exhorte seulement ses diocésains à conformer leur d'hui le jeûne est compatible avec l'usage de la viande jeûne aux anciens canons, en s'abstenant de chair, de au repas principal, avec une collation dans laquelle en­ lait, de beurre, de fromage et d’œufs. Synod. Pari-· trent le beurre et les laitages, enfin avec un petit déjeu­ siens., p. 213. Le synode d’Anvers de 1610, tit. xm, ner au chocolat. c. vit, permet de mangerdu lait et du beurre en carême, il. causes qui exemptent du jeune. — Ce sont : sauf le mercredi des cendres et les quatre derniers 1“ l’âge; 2" l’impossibilité provenant de la maladie, de jours de la semaine sainte : donec aliter statuerimus. la pauvreté, de la fatigue et du travail; 3° la dispense. Une autorisation analogue fut donnée par le synode de 1» L'âge. — Les théologiens modernes ont été plus Malines de 1609, tit. xn, c. iv. Mais cette faveur devait hardis que les scolastiques dans la détermination de être compensée par des prières el des aumônes. l’âge qui exempte du jeûne. Ils ont remarqué avec raison L’usage des œufs et surtout de la viande demeura que la vieillesse est aussi une faiblesse, presque une plus longtemps incompatible avec le jeûne. Cependant maladie. Si donc les jeunes gens sont exemptés du on finit par accorder d’abord aux particuliers, puis peu jeûne par raison de santé jusqu'à vingt et un ans accom­ à peu à des diocèses entiers, la permission de faire plis, les vieillards en sont dispensés de même à partir gras pendant le carême, sans lever pour cela l’obliga­ de soixante ans. Saint Liguori témoigne de cette disci­ tion du jeûne proprement dit. La seule chose qui reste pline et l’approuve. Loc. cit., n. 1036. On se demandait interdite à ceux qui jouissent de cette permission, c’est déjà de son temps si les femmes, qui subissent généra­ de manger de la viande avec du poisson au même repas, lement plus tôt que les hommes les atteintes de la vieil­ même le dimanche, jour où ils ne jeûnent pas. Ainsi lesse, ne devraient pas être exemptes du jeûne dés l’a décidé Benoit XIV dans sa constitution : L'on ambi­ l’âge de cinquante ans. Saint Liguori est pour la néga­ gimus, du 30 mai 1741. Et la règle qu’il a posée est tive. Ibid., n. 1037. Mais de nos jours, nombre de théo­ encore suivie aujourd'hui. logiens penchent pour l'affirmative. Cf. Haine, Theologia b. Composition de la cœnula serotina ou collation. moralis, De præceptis Eeelesiæ, q. xvni. — La collation, qui vers la fin du moyen âge se compo­ 2“ La maladie, la pauvreté, la fatigue, le travail. — sait de conserves, de fruits, d’herbes et de racines, Le cas des malades et des pauvres resta ce qu’il était assaisonnés à l’huile, au miel et au sucre, prit davan­ au temps de saint Thomas. Authentique ou apocryphe, tage encore, dans la période moderne, le caractère d’un la décision du pape Eugène IV en faveur des ouvriers petit repas. Saint Charles Borromée, dans les règles fut reçue comme une autorité par les théologiens des 1747 CARÊME temps modernes. Saint Liguori l'invoque après Billuart, et lui donne ainsi une sorte de consécration. On en élargit même le sens dans la pratique. On mit sur le même pied que les travaux manuels, les travaux intel­ lectuels qui exigent une dépense considérable de forces physiques, telle la besogne des professeurs, des prédi­ cateurs, des garde-malades, voire des confesseurs acca­ blés par le nombre des pénitents. Classés sous le titre d’œuvres pies, pietas, ces labeurs pénibles furent con­ sidérés comme des motifs suffisants d’exemption du jeûne quadragesimal. Les théologiens invoquèrent à l’appui de ce sentiment saint Thomas qui enseigne que l’Eglise, en établissant le jeûne, ne pouvait avoir eu l'intention d’empêcher de faire des œuvres pies qui sont nécessaires ou simplement utiles : Quia non -ridetur fuisse intentio Ecclesiæ statuentis jejunia, ut per hæc impediret alias pias et magis necessarias causas. En cas de doute sur la nécessité ou l’utilité de ces œuvres, il y aurait lieu, dit encore saint Thomas, de consulter les supérieurs, à moins que la coutume ne tranche la question. Sum. theol., 11“ II», q. cxLvil, a. 4, ad 3“m. Cf. sur tout ceci, et, pour plus de détails, S. Liguori, loc. cit., n. 1041-1049, et tous les auteurs de théologie morale. 3» La dispense. — Le jeûne est d’institution ecclésias­ tique; l’Eglise peut donc en dispenser pour des raisons dont elle est seule juge. Les évêques peuvent accorder cette dispense à leurs diocésains et les curés à leurs paroissiens pour des cas particuliers. Les dispenses générales sont réservées au souverain pontife, chef de l’Eglise universelle. Cf. S. Eiguori, loc. cit., n. 1032. Les évêques peuvent-ils, dans certains cas extraordinaires, dispenser d'une façon générale tous leurs diocésains? Bien que Benoit XIV déclare, dans la constitution Pro­ dût, que le sentiment le plus commun est pour la néga­ tive, les théologiens donnent l'affirmative comme une opinion vraiment probable. Cf. Haine, loc. cit., q. xx. Du reste, cette question n'a guère d’application dans la pratique, car les évêques règlent ordinairement leurs dispenses de jeûne quadragésimal d’après des induits apostoliques. Pour montrer jusqu’où s’étendent aujourd'hui ces dispenses, nous mettrons sous les yeux du lecteur les dispositifs des mandements de carême de l’Êglise de Rome et de l’Êglise de Paris en 1904 : Induito sacro : « Sa Sainteté le pape Pie X accorde à tous les fidèles de la ville de Rome et de son district, ainsi qu’aux réguliers de l’un et de l'autre sexe, qui ne sont pas liés par un vœu spécial, l’usage de la viande, sauf les exceptions ci-après indiquées. Ceux qui sont obligés au jeûne ne pourront user de cette faveur que dans un seul repas; ils pourront faire usage de lard, de saindoux et de beurre comme assaisonnement à la col­ lation : nella piccola refezione della sera. L'usage de la viande et du poisson au même repas est interdit même le dimanche, jour où la loi du jeûne n’oblige pas. « Sont exceptés de cet induit, suivant la volonté du Saint-Père, le jour des Cendres (17 février), les trois jours des Quatre-Temps, les vigiles de saint .Joseph et de l’Annonciation (18 et 24 mars) et les trois derniers jours de la semaine sainte (31 mars, 1« et 2 avril). En cesdits jours on ne devra user que d’aliments maigres, cibi di stretto magro; sont par conséquent défen­ dus les assaisonnements de lard, de saindoux et de beurre. « Sont pareillement exceptés les vendredis et les sa­ medis qui ne sont pas compris dans le précédent para­ graphe; mais en ces jours-là on permet l’usage des œufs et de j laitages (ceux qui sont obligés au jeûne ne peuvent profiter de cette permission que dans un seul repas); on permet également l’usage du lard, du sain­ doux et du beurre comme assaisonnement même à la collation. 4748 « Quiconque, pour des raisons de santé, doit manger de la viande les jours défendus ci-dessus, devra se pour­ voir d’un certificat de médecin apostillé par son propre curé, et prendre garde, en usant de cette faveur spéciale, d’être une occasion de scandale pour le prochain. « Ceux qui sont obligés de manger dans les hôtelle­ ries ou en d'autres lieux publics iront où ils trouveront le moyen de remplir les obligations de leur conscience. Les hôteliers, loueurs (locandieri) et aubergistes sont obligés en conscience d’avoir sous la main les jours de jeûne des aliments maigres, afin que ceux qui voudront observer les lois quadragésimales trouvent chez eux de quoi manger, Valimento richiesto. » Dispositif du mandement de Paris. — Art. 5. « En vertu d'un induit du saint-siège, nous permettons l'usage de la viande les dimanche, lundi, mardi, jeudi'et samedi de chaque semaine, depuis le jeudi après les Cendres jusqu'au mardi de la semaine sainte inclusivement, à l’exception du samedi de la semaine des Quatre-Temps, 27 février. « Les personnes tenues au jeûne ne pourront user de cette permission qu'une fois chaque jour, au principal repas, excepté le dimanche. « Le mélange de la viande et du poisson au même repas est interdit pendant le carême, même les dimanches. Cette interdiction s’applique aux autres jours de jeûne de l’année, mais non aux jours d’abstinence où l'on ne jeûne pas. « Les personnes qui, à raison de leur âge, de leurs infirmités ou de leurs travaux, seront dispensées du jeûne, pourront faire gras plusieurs fois par jour. » Art. 6, « Nous permettons l’usage des œufs au repas principal pendant tout le carême, à l’exception du ven­ dredi saint. « Nous permettons aussi l’usage du lait et du beurre à la collation, excepté le vendredi saint. « Nous permettons aux ouvriers et aux familles peu aisées, l’usage de la graisse, au lieu du beurre, pour les assaisonnements, durant l’année et le carême, excepté le vendredi saint. » Art. 7. « Les personnes infirmes qui auraient besoin de dispenses plus étendues pourront s’adresser à leurs curés respectifs ou à leurs confesseurs, que nous auto­ risons spécialement à cet effet. Celles qui vivent dans les collèges, communautés ou hospices s’adresseront au premier aumônier, au supérieur ou au chapelain, éga­ lement investis du même pouvoir. » Art. 8. « Toutes personnes qui usent de la dispense de l’abstinence, doivent, selon leurs facultés, faire une au­ mône qu’elles remettront à MM. les curés. La condition de cette aumône est obligatoire. « Une autre aumône est due également par tous ceux qui profitent de l’autorisation de faire usage du lait et du beurre à la collation. Cette aumône est distincte de la première. » On pourrait trouver des exemples d’adoucissements plus considérables encore à la loi du jeûne dans certains diocèses. A Rouen, le dispositif contient l'article suivant (art. 9) : « Pendant le carême, le mercredi des Cendres les vendredis, (les Quatre-Temps,) les trois derniers jours de la semaine sainte exceptés, nous autorisons à user d’ali­ ments gras les professeurs et les élèves des maisons d’éducation, le personnel des hôpitaux et des maisons de charité, les familles pauvres, les ouvriers occupés à des travaux manuels, toutes les personnes qui exécutent des travaux pénibles, les voyageurs et toutes les personn-qui, pour des raisons légitimes, sout dispen-· - d. jeûne. » En vertu de la constitution Trans Oceanum promul­ guée par Léon XIU, le 6 juillet 1899, l’Amérique latine jouit pour le carême de privilèges tout à fait s; c: Msr Canappe, évêque de la Guadeloupe, dans - n □dement de 1904, les applique ainsi à son diocese ; 1749 CARÊME — CARLOSTADT Art. 4. — « 1° Les fidèles observeront le jeûne tous les mercredis de carême, mais sans être tenu à l'absti­ nence. 2° Ils feront jeûne et abstinence le jour des Cendres et tous les vendredis de carême, ainsi que le jeudi saint. 3° Aux jours de jeûne, ils pourront user, même à la collation, d'œufs et de laitage. 4° Néan­ moins, d'après la loi générale, il reste défendu de manger du poisson et de la viande au même repas, même le dimanche. Il n'y a d’exception que pour la morue. » La dispense, il y a lieu de le faire observer, est une exemption du jeûne qui ne va pas généralement sans une compensation, quelle qu’en soit la nature : morti­ fication, prière, aumône. Au xvn· et au xvm· siècle, l’Église de Paris, pour compenser les rigueurs du jeûne, dont les fidèles étaient dispensés, faisait des prières publiques. Le dimanche de la quinquagésime, toutes les paroisses auxquelles se joignaient les domi­ nicains, les franciscains, les carmes et les augustins, se rendaient en procession à Notre-Dame; ce même jour, le chapitre métropolitain, avec le clergé des quatre paroisses qui lui étaient soumises, allait faire une station dans la cour du Palais et chanter une antienne devant la relique de la vraie Croix exposée dans la Sainte-Chapelle. Mais c’est surtout par les aumônes que les « dispen­ sés ■' faisaient une compensation au jeûne quadragési­ mal. Saint Césaire d'Arles (-j· 542), dans un de ses ser­ mons, In Quadragesima, I, P. L., t. xxxtx, col. 2023, avait enseigné que si le jeûne est un moyen d’expier nos péchés, l’aumône, à défaut du jeûne, peut apaiser la justice de Dieu : Pro eo quod non potest quis jejunare, amplius debet erogare pauperibus, ut peccata, quæ non potest jejunando curare, possit eleemosynas dando redimere. Et nous ne parlons pas des aumônes que les Pères recommandent de faire en général pendant le carême. Voir sur ce point Thomassin, Traité des jeûnes de l’Église, part. I, c. xxvii; part. II, c. xxvi. Il s’agit plus particulièrement ici de l'aumône qui a le caractère de « rachat » de l’abstinence quadragésimale. Le plus ancien exemple que nous connaissons d’une compen­ sation de ce genre est tiré du canon 15 du concile de Seligenstadt, de 1022. Après avoir recommandé les observances du jeûne, le concile dit : Si quis illarum interdictarum octo rerum aliquam redimere voluerit, unum pauperem, prout facultas fuerit, eadem die re­ ficiat. Hardouin, Concilia, t. via, coi. 830. Lorsque les dispenses s’étendirent soit aux particuliers, soit à des diocèses entiers, l'obligation de l'aumône par manière decompensation ou d’équivalence du jeûne devint une règle à peu près générale. C’est grâce aux aumônes du carême, nous l’avons vu, que fut construite à Rouen la Tour de beurre. Et pour en venir à la discipline actuelle, les mandements épiscopaux ne manquent pas de rappeler chaque année que l’aumône est obligatoire pour tous ceux qui usentdela dispense qui leur est si libéralement octroyée. Voix· sur ce point les mandements de Paris, de Rouen, de la Guadeloupe, que nous avons cités. « Les fidèles qui profiteront de ces facultés très indul­ gentes offriront par compensation une aumône pécu­ niaire, obligatoire en conscience, » dit Ma·· Canappe. Les indigents seuls sont dispensés de cette aumône ; mais ils spnt tenus de la remplacer par des œuvres de piété, « par la récitation, chaque semaine, de cinq Pater et cinq Ave. » Cependant, il importe de le faire remar­ quer, Rome ne connaît pas cette sorte de compensa­ tion. Nous avons fait consulter à ce sujet le cardinal vicaire, et voici la réponse que son secrétaire, le cha­ noine Checchi, professeur de morale au collège de la Propagande, nous adressa le 22 avril 1904 : Romæ, tempore quadrtigesimali, nulla eleemosyna, nullum opus pænitentiœ imponitur illi qui indulti sacri dis. pensatione utitur. Htec est disciplina romana, licet 1750 aliis locis, v. g. in Gallia, ab ordinario imponatur eleemosyna facultatibus personarum proportionala. Nous avons sous les yeux quelques centaines de fiches con­ cernant te jeûne du carême. Il nous suffira d’indiquer ici, pour l’édification du lecteur, les principales par ordre chronologique. A. Ciacconius. De jejuniis et varia eorum apud antiquos observantia, in-4·, Rome, 1599; Et. Facundez, S. J., Informa­ tio pro opinione esus ovorum et lactiniorum «empore qua­ dragesimae, in-fol., 1630; .1. Daillé, De jejuniis et quadra­ gesima, in-12, Deventer, 1654; Noël Alexandre, Dissertatio de jejuniis montanistarum et catholicorum (contre Daillé), dans Hist, cedes., Feriare, 1758, t. m, p. 353; Combefls, Bibliotheca Patrum concionatoria (les t. n, ut sont consacres au carême), in-fol., Paris, 1662; .1. Launoy, De vero ciborum delectu in jejuniis Christianorum, in-8·. Paris. 1663: J. J. Homborg, De quadragesima veterum Christianorum et ritibus in ea quondam usitatis, in-4·, Helmstadt, 1677; Thomassin, Traité des jeûnes de l'Église, in-8·, Paris, 1693; Nicolas Andry, Traité des aliments du carême, 2 in-12, Paris, 1713; cf. Journal des savants, t. XLVtt, p. 427-446; t lui, p. 482; A. Baillet, Hist, du carême, dans Vies des sainte, in-fol., 1716, t. tv, p. 36-123; in-4·, 1739, t. tx. p. 37-130; .Michel Amatus, De piscium atque avium esus consuetudine in antepaschali jejunio, Naples, 1723, ouvrage condamné en 1737; j. G. Walch, De jejunio quadragesimali, in-4·, léna, 1727; dom Berthelet. O. S. B-, Traité de l’abstinence, in-4·, Rouen, 1731 ; C. J. Rumohr, De origine jejunii quadragesimalis, in-4·, Hafniæ, 1733; Id., Variates pontificiorum circa jejunium quadragésimale, in-4·, Hafniæ, 1735; dom Marlène. De antiquis Ecctesiæ ritibus. in-fol., Anvers, 1737, t. m, p. 162 sq. ; Daniel Concina, La disci­ plina antica e moderna della romana Chiesa interne al sacro quaresimale digiuno, espressa ne’ duc Brevi, Non ambigimus et In suprema, del regnante pontif. Benedetto XIV, illustrata con osservazioni storiche, critiche, teologiche, in-4·, Venise, 1742; dom J. de l isle, O. S. B., Histoire dogmatique et morale du jeûne, in-12, Paris, 1741 ; .1. B. Bec­ ker, De jejuniis veterum Christianorum, in-4·, Leucopetræ (Weissenfels), 1742; J. G. Ehrlich, De quadragesimae jejunio, in-4·, Leipzig, 1744; J. R. Riesling, De xerophagia apud judæos et primitivos Christianos usitata, in-4·, Leipzig, 1746; Benoit XIV, Institutiones ecclesiaslicx, η. 13-16, dans Opera. Prato, 1844, t. x; Mamachi, Del digiuno della quaresima, dans De’ costumi de primitivi Christiani, in-8·. Venise, 1757, t. u, p. 106-118; Gabriel Albaspinæus. De jejuniis et stationibus, dans Opera varia, in-4·, Naples, 1770, p. 30; Caspar Bertalazzone, H precetto del digiuno quadragésimale stabilito suit’ aposlolica traditione, Rome, 1790; J. Lour. Selvaggio, De jejunio quadragesimis, dans Antiquitatum Christianarum institutiones. I. H, part. H, c. vu, Venise, 1794, t. tv, p. 257 sq. ; A. Joseph Binterim, Die vorzùglichsten Denkioürdigkeiten der christ-catholischen Kirche, Mayence, 1829, t. v b, p. 1167; H. Liemke, Die Quadragesimalfaster der Kirche, in-8·, Munich, 1853; Paderborn. 1854; Linzenmayr, Entivicklung des kirchlichen Fastendisciplins bis zutn Concil von Nieüa, Munich, 1877 ; Robert Sinker, art. Lent, dans Dictionary of Christian antiquities, de Smith et Cheetham, t. u, p. 972-977 ; Krüll, au mot Fasten,dans Real-Encyclopadie derchristlicher Alterthümer, de Kraus, Fribourg-en-Brisgau, 1882, 1.1, p 480; Origine apostolique du carême; discipline gardée dans la suite des siècles, dans Analecta juris pontificii, t. xx, p. 215, 439; L. Duchesne, Origines du culte chrétien, 2· édit., Paris, p. 230 sq. ; Funk, Die Entwickelung der Osterfastens, dans Kirchengeschichtliche Abhundlungen und Unlersuchungen, in-8· ,t. I, p. 241-278: Nau, La didascalie des apôtres, traduite du syriaque, c. xxi et notes, dans Le canoniste con­ temporain, t. xxv (1902), p. 18; E. Vacandard. Les origines du carême, dans la Revue du clergé français, 15 mars 1904, p. 124 sq. E. Vacandard. CARLETTI Peregrino Maria, oratorien italien, né le 21 octobre 1757, mort le 24 décembre 1827, évêque de Montepulciano depuis 1801. On a de lui : Avertissements pastoraux, in-40, Sienne, 1807; Instruction sur l’usure et le prêt, 1814; Lettre sur la dévotion au Sacré-Cœur, 1814; Dissertation sur /’institution des évêques, 1815. Baraldi, Notice sur M" Carletti. A.Ingold. CARLOSTADT (Carlstadt, Carolstadt), réforma­ teur protestant, d’abord maître de Luther, puis son disciple, enfin son rival. Son vrai nom était AndréRodolphe Rodenstein, mais il est plus connu sous celui 1751 CARLOSTADT de Carlstadt, ville de Franconie où il naquit vers 1480, quelques années avant Luther. 11 lit ses études aux uni­ versités d’Erfurt (1499-1503) et de Cologne (1503-1504). Ayant subi avec succès l'épreuve du baccalauréat bi­ blique, il fut appelé en 1504 à la faculté de philosophie de la nouvelle université de Wittemberg, où il enseigna le thomisme, et s’y lit recevoir en 1510 docteur en théologie, devintensuite profeseur de théologie et archi­ diacre de l’église de Tous-les-Saints de cette ville. Au courant de plusieurs langues, doué d'un esprit mystique, hardi et passionné, il enseigna avec éclat la doctrine de saint Thomas, ce qui faisaitdire de lui par ses collègues : « Si nous avions plusieurs Carlstadt, nous en remon­ trerions à ceux de Paris. » Devenu doyen de la faculté, il conféra en 1512 à Luther le titre de licencié en théo­ logie et un peu plus tard celui de docteur. En 1515, il se rendit à Home et y prit le grade de docteur en l'un et l’autre droit. Devenu dès lors l’admirateur et l'ami de Luther, il adopta ses théories nouvelles sur la grâce et le libre arbitre. Aussi pour défendre ce soi-disant « augustinianisme », il rédigea 15 thèses qu’il envoya à la cour de l’électeur de Saxe. Luther les qualifie ainsi : < Ce ne sont pas là les paradoxes de Cicéron, mais ceux de notre Carlstadt, de saint Augustin lui-même, d'autant plus remarquables que saint Augustin et Jésus-Christ sont au-dessus de Cicéron. » Dans le même but, en 1519 à Leipzig, il soutint une discussion publique avec le docteur Eck, chancelier de l'université d’Ingolstadt; sans nier formellement la part de la volonté, il préten­ dait que les bonnes œuvres sont le fruit de la grâce. Commencé le 27 juin, ce colloque dura jusqu'au 3 juillet; le 14 et le 15 juillet, ils discutèrent encore sur la part de l'homme dans l’accomplissement du salut, et sur les obstacles au bien; les témoins s’accordent à dire que dans cette querelle, Carlostadt se montra d'une infério­ rité évidente. En 1520, il se lança dans la polémique contre l’Eglise catholique au sujet des indulgences, des Ecritures canoniques et de l’autorité du pape. Après un court séjour en 1521 â Copenhague, ou Christian il de Danemark l'avait appelé pour préparer l'établissement de la Réforme dans ce royaume, il revint à Wittemberg et s'y laissa séduire par la prédication des prophètes de Zwickau. Ces fanatiques, inspirés par Thomas Miinzer, se prétendaient illuminés par des révélations particu­ lières, et en fait, poussant jusqu’à ses conséquences les plus extrêmes l'idée luthérienne, voulaient abolir le culte, les sacrements, la société chrétienne même. Lu­ ther était alors à la Warlbourg; en son absence, Carlosladt, reconnaissant en ces enthousiastes le zèle mys­ tique qui l'inspirait lui-même, voulut accentuer le mouvement de la Réforme; comme eux, il se flatta de révélations particulières, adopta même le langage de Miinzer et vanta avec lui < le délassement et l’immobilité qui conduisent l’âme â la perfection ». Bientôt Wittemberg fut en proie aux plus graves désordres; grâce au fanatisme de Carlostadt, la messe d'abord célébrée en allemand fut supprimée, les images brisées, les sacre­ ments abolis; après avoir combattu le célibat des prêtres et les vœux monastiques, il quitta lui-même l’habit ecclésiastique et linit par se marier. Effrayé de ces réformes trop impatientes, Luther quitta sa retraite de la Warlbourg, pour les arrêter par son éloquence; il sentait que tout en voulant « délivrer les fidèles », une rénovation sociale ainsi tentée ne pou­ vait que nuire à sa propre réforme. Malgré son secret dépit, Carlostadt dut se confiner de nouveau dans son simple rôle de professeur et d’archi­ diacre; par crainte de Luther et de l’université, il n'osa publier le livre qu’il avait composé, mais au fond son fanatisme restait aussi ardent. En 1522, il correspond secrètement avec Mûnzer; en 1523, il expose dans diffé­ rents écrits « la voie par laquelle l’âme d'étape en étape, passant par les degrés successifs du dégrossissement, 1752 de l'ennui, de l'abandon, du néant, aboutit à la vie en Dieu et s'y repose »; il décrit les extases, les rêves où Dieu manifeste sa volonté et « l'inspiration dans laquelle il donne sa sagesse â l'âme passive, ignorante, désa­ busée de toute science et de toute sagesse humaine ». Et il revient sur celte idée : « Quand l’âme a des voies si intérieures pour s’unir à Dieu, à quoi peuvent lui servir les moyens extérieurs? Qu’est-ce que la cène et qu'est-ce que le baptême? Des cérémonies secondaires, assez indifférentes, sinon des obstacles au salut ou même des sources d'abus. » Et c'est ainsi que dans son mys­ ticisme outré, il rejette le baptême des enfants, et il devient l’adversaire de Luther, qui, tout en niant la transsubstantiation, enseigne la présence réelle du corps et du sang de Christ dans la cène. Selon Carlostadt, « il y a dans l’inspiration une présence plus constante; il n’y a point, ailleurs, de présence de Christ, la cène est' simplement pour les fidèles un gage de la rédemption. » Dans son exagération il va jusqu’à soutenir qu’il faut prendre à la lettre la parole de Jésus-Christ : ,< N’appe­ lez plus personne votre père ou votre maître; » il en­ seignait enfin à ses élèves qu’ils devaient mépriser les sciences, brûler leurs livres, ne s’attacher qu a la lec­ ture de la Bible et apprendre un métier. Aussi lui-méme, tout en restant professeur à l’université, allait-il, vêtu en paysan, cultiver un terrain qu’il avait acheté dans le village voisin de Segren, Pourtant, ces théories, il n’osait les prêcher ouvertement en présence de Luther, il le faisait en secret; mais à la fin de 1523, fatigué de dissi­ muler, il quitta Wittemberg pour Orlamunde; en effet, la paroisse de cette ville dépendait du chapitre de Wittemberg, et en sa qualité d’archidiacre, Carlostadt en était le titulaire naturel. Là, son éloquence enthousiaste amena aussi la popu­ lation à briser les images et les autels. Son idéal était l’Ancien Testament où Dieu avait ordonné de détruire des villes entières à cause de leur idolâtrie; aussi, dans son désir d’établir ici-bas « un règne de justice où Dieu manifesterait sa volonté », il aurait voulu abolir les lois civiles, et introduire dans son Église les prescriptions mosaïques du sabbat, « type du repos mystique de l’âme; » il recommanda même la polygamie comme institution divine. Au même moment, en Thuringe, Thomas Mûnzer, pasteur d’Allstâdl, prêchant la com­ munauté des biens et la transformation de la société, soulevait les paysans contre les nobles, les riches, les princes, et sapait toute autorité. De son côté Carlostadt avait établi une imprimerie à Iéna,et de là, loin des censures de l’université, il répan­ dait ses écrits. Luther la lit fermer et le conjura de revenir à Wittemberg; il y revint, s’y humilia même, puis retourna à Orlamunde où, malgré l’ordre de l’élec­ teur de Saxe qui lui retirait son bénéfice, le magistrat lui laissa sa paroisse. Pour en finir avec son fanatisme. Luther essaya de l’y poursuivre. Dans son voyage vers Orlamunde, il s’arrêta d’abord à léna, y prêcha contre l’illuminisme du pasteur Miinzer, dénonça l’esprit de sédition et de meurtre « qui n’a su que briser des ima­ ges, piller des églises, renverser des idoles de bois et de pierre et nous ravir le saint sacrement de l’autel ». Or, un de ses auditeurs était Carlostadt, il fut blessé au vif d’être ainsi assimilé aux rebelles, et sollicita une entrevue de Luther qui était à table. Un de ses amis. le prédicateur Rheinardt d’Iéna, a publié la relation de cette discussion, sous le titre de Acta lenensia. Carlosladl prétend qu’il réfutera Luther et renouvellera par écrit les opinions de Bérenger contre la présence réelle. Luther lui en donne le défi et tirant un florin d’or, le lui promet s’il ose écrire contre lui. L’autre accepta. Enfin le 25 août Luther arriva à Orlamunde; après a-.oir refusé de parler en présence de son adversaire, il essaya de se justifier d’avoir confondu avec les séditieux d’Allstâdt, les habitants de celte ville, mais ceux-ci excités 1753 CARLOSTADT — CARLOVITZ par Carlostadt l'obligèrent à repartir en toute hâte. Désormais la lutte fut ouverte entre les deux réforma­ teurs, Carlostadt écrivit même à l'électeur Frédéric de Saxe contre Luther, mais l’électeur lui répondit en le faisant expulser lui-même, fin d'octobre 1524. Ainsi « chassé par Luther, mais ni entendu ni vaincu », comme il l'affirme dans sa lettre aux habitants d'Orlamunde, Carlostadt commença à'errer en Europe, maudissant partout son rival, cause de toutes ses misères. Partout où il s’arrête, il prêche ou laisse quelque écrit contre « la double idolâtrie luthérienne du sacrement et des idoles », il s’y pose comme le suprême libérateur des âmes soumises aux servitudes papistes. Et de fait, mal­ gré les efforts de Luther, il recrute force adhérents, même parmi les savants et les théologiens. Après s’être fixé â Bothenbourg-sur-la-Tauber, il alla à Strasbourg où déjà la Réforme était établie par Bucer et Capiton; il y réunit des conciliabules secrets où il se donnait comme un martyr, avec sa femme et son enfant; fana­ tisés par lui, nombre d’habitants se passionnèrent contre l’idolâtrie des images et la cène. Effrayés, les pasteurs de la ville tirent interdire l'impression'de ses écrits, et implorèrent même l'appui de Luther qui y répondit à la fin de 1524 par un pamphlet « contre les prophètes célestes touchant les images et le sacrement ». Carlostadt alla ensuite à Heidelberg, à Zurich, à Bâle, puis revint à Rothenbourg. Là encore, excitée par son zèle iconoclaste, la populace brisa les images, saccagea les couvents et sembla ainsi agir de concert avec la révolte des paysans. Aussi après la victoire de la Ligue de Souabe, Rothenbourg fut sévèrement châtiée, et pour éviter la vengeance des princes, Carlostadt dut s’enfuir de nouveau, juin 1525. Chassé de partout, en proie au dénuement, il finit par recourir à Luther. Celui-ci con­ sentit à mettre une préface à l'écrit où Carlostadt se justifiait de l’accusation d'avoir soulevé la révolte des paysans; puis tout en se déclarant son adversaire irré­ conciliable dans la question de doctrine, Luther inter­ céda auprès du nouvel électeur de Saxe; le prince Jean laissa donc Carlostadt revenir dans ses États et lui assigna pour résidence son ancienne habitation de Segren. De retour en Saxe, le réformateur publia une déclaration dans laquelle, sans renoncer à sa doctrine sur la cène, il la soumettait au jugement de ses anciens amis et consentait à ce qu'elle fût considérée comme une opi­ nion discutable. Luther s'en déclara satisfait. H semblait que désormais Carlostadt renonçait à exer­ cer une influence dans la marche des idées nouvelles. Durant trois années, en effet, il vécut ainsi pauvrement dans cet humble village de Segren; en 1526, Luther venu au baptême d’un de ses fils écrit à ce sujet : « Qui eût pensé, l’an dernier, que ceux-là qui appelaient le baptême un bain pour les chiens, le demanderaient â leurs ennemis? Que Carlostadt soit sincère ou non, il faut s'en remettre à Dieu. » En fait, ce dernier n’était point converti; non seulement la pitié de son rival lui était à charge, bientôt son propre effacement lui fut in­ supportable; il recommença d’abord à publier des écrits où il reprenait ses anciennes doctrines; puis il essaya de se mettre en rapports avec l’hérétique Schwenkfeld, enfin il osa écrire au chancelier Brück des lettres d’accusation contre Luther. Leur vieille rivalité éclatait ainsi de nouveau, et pour se soustraire à la vengeance de son puissant adversaire, Carlostadt préféra recom­ mencer sa vie errante. Il s’enfuit secrètement de Saxe en 1528, puis finit par se fixer en Suisse où il fut d’abord diacre à l’hôpital de Zurich en 1530, puis pasteur à Allstâdt-sur-le-Rhin, enfin prédicateur à Saint-Pierre et pro­ fesseur de théologie à Bâle, en 1534. C’est là qu’il vécut obscurément, sansplus se mêler aux querelles religieuses ; il fut emporté par la peste en 1541. laissant dans l’Eu­ rope protestante la réputation d'un réformateur hardi et enthousiaste, mais d'un esprit plus savant qu’éclairé. 1754 Sa doctrine essentiellement mystique, et semblable en bien des points à celle des anabaptistes, semble avant tout inspirée par le zèle passionné de pousser jusqu'au bout l’idée même de la Réforme, commencée par Lu­ ther : pourquoi s’arrêter dans la destruction des abus du papisme, tels que le célibat, la messe, le culte des images, etc., si on constate leur inutilité? Mais Carlo­ stadt est surtout célèbre parce qu'il est le premier auteur de la querelle des sacramentaires : le premier, il osa professer publiquement les idées rationalistes sur le mystère de "eucharistie, doctrines que professèrent les anabaptistes, les calvinistes et les zwingliens ensuite : il les formule dans ses écrits : Sur l'abus antichrétien des éléments du pain et du vin dans la cène du Sei­ gneur, Strasbourg ou Bàle, 1524; Entretien sur l'abo­ minable abus du sacrement de ./.-C. ; interprétation des paroles : Ceci est mon corps, 1525; contre les an­ ciens et nouveaux papistes, etc. — Il combat surtout le dogme de la présence réelle: « Illusion dangereuse, qui invite les âmes simples à chercher le pardon de leurs péchés non dans la foi, mais dans un acte extérieur. Il ne suffit pas d’avoir Jésus-Christ dans son cœur pour être sauvé; si vous le cherchez dans le sacrement, ne rabaissez-vous pas sa croix et son vrai sacrifice? La sainte cène n'est pas même un signe du pardon, puisque saint Paul convie le chrétien à s'examiner d'abord. Bref, elle n'apporle rien qu’on n’ait déjà obtenu par la foi; qu’est-ce d'ailleurs que ce mystère de Jésus dans le pain et le vin? Jésus est au ciel à la droite de Dieu et il ne viendra ici-bas qu'au jour du jugement dernier. » Quant aux paroles de l’institution de la cène : « Prenez et mangez, ceci est mon corps, » par une exégèse in­ soutenable et ridicule, qui ne lit guère de partisans, il appliquait les premiers mots : « Prenez et mangez, »au pain que Jésus distribuait d'une main, et les derniers, à sa personne même qu’il pouvait montrer de son autre main ! Les très nombreux écrits de controverse do Carlostadt sont énumérés par Riederer, Abhandlungen ans der Kirchcn-Bücher-und Gelehrtengeschichle, 1769, p. 473 sq. ; Rotermund, Erneuertes Andenken der Manner, die filr und gegcn die Reformation Lulheri gearbeitet haben, Bremen, 1814, t. i; p. 70 sq. Voir Bossuet, Histoire des variations, I. II, n. 11. Moreri, Dictionnaire historique : Adamus, Vine germanorum theologorum, Francfort, 1705, p. 37 sq. ; J. F. Mayer, Disserta­ tio de Carolstadio, 1708; Diekboff, De Carolstadio Lutherans: doctrinre servo arbitrio contra Eckium defensore, Gôttingue, 1850; Jager. Andreas Rodenstein von Carlstadt, Stuttgart, 1856; Jansson, L’Allemagne et la Réforme, trad. Paris. Paris, 1889, t. n, passim; Félix Kuhn, Luther, sa vie, son œuvre, 3 in-8·, Paris, 1883; Kirchenlexikon, 2· édit., t. vit, col. 181-186; Realencyclopadie fur die protestantische Théologie und Eirche, 3’ édit., 1901, t. x, p. 73-80. L. Lœvenbruck. CARLOVITZ (Église de). — I. Immigrations serbes en Hongrie. IL L'Eglise serbe d’Autriche-Hongrie avant 1690. III. De 1690 à 1848. IV. De 1848 à nos jours. V. Organisation intérieure. VI. Statistiques. 1. Immigrations serbes en Hongrie. — Le patriarcat serbe de Carlovitz, qui n’est plus actuellement que la mé­ tropole religieuse des Serbes de Hongrie, a. dans le passé, joué un rôle prépondérant dans la constitution et l’orga­ nisation de l’Églice orthodoxe d'Autriche-Hongrie. De plus, son histoire se confond si bien avec celle de l'existence même de la nationalité serbe sur le sol de la monarchie austro-hongroise, qu’il est difficile de séparer de l'étude des origines et du développement de celte Église celle des vicissitudes politiques auxquelles s’est trouvé soumis, par la force même des événements, ce rameau serbe détaché du sol natal et transplanté en terre autrichienne. Il faut donc, avant d’aborder la question des origines de cette Église, expliquer la pré­ sence sur le sol de la monarchie austro-hongroise de ces populations, serbes de race et orthodoxes de religion, dont nous avons à étudier l’histoire religieuse et les 1755 CARLOVITZ essais successifs de groupement et d’organisation eccle­ siastique. Lors de la grande migration qui amena, des plaines situées au nord des Karpathes sur la rive droite du Danube inférieur et de la Save. une fraction importante du groupe slave, les tribus serbes et croates, invitées par Iléraclius â s'installer sur les confins nord de l'em­ pire pour les protéger, quelques groupes se détachèrent sans doute, en cours de route, de la masse des tribus en marche vers le sud et restèrent éparpillés du nord au sud, sur la vaste plaine hongroise. Il y eu eut aussi, vraisemblablement, qui, au lieu de se fixer sur la rive droite du Danube et de la Save, où on les avait d’abord confinés, allèrent chercher sur la rive gauche de ces deux fleuves plus d’espace et plus de liberté. On pourrait ainsi faire remonter jusqu’au vu» siècle l’existence des premiers groupements serbes, éparpillés au nord de la Croatie, en Slavonie, en Syrmie, en Batchkhie, dans le banal de Temesvar et plus haut, jusqu'au pied du versant méridional des Karpathes. Ces premières colo­ nies serbes, noyées, au x» siècle, sous le Ilot de l’invasion hongroise, ne durent pas disparaître complètement et restèrent, sans doute, comme des centres de ralliement, autour desquels vinrent se grouper, plus tard, les frac­ tions de population serbe que des émigrations succes­ sives déversèrent du xn» au xvin» siècle sur le sol hon­ grois. Radich, Die Verfassung des obersten Kirchenregimenls in der orthodox-kalholischen Kirche bei den ÿerbeninŒslerreicli-I'ngar», Versecz, 1877-1878, p. 1-2, A. Rambaud, L’empire grec au Xe siècle, Paris, 1870, p. 450 sq. Les premières migrations connues des populations serbes commencent à l'époque où le Croissant, à force d'étendre ses conquêtes, finit par rapprocher ses avantpostes des rives du Danube. La Hongrie menacée fait alors appel aux populations chrétiennes échelonnées le long de ses frontières du sud ; elle les invite à s'unir â elle pour repousser l'ennemi commun, et leur offre un abri et des terres sur son propre territoire. L'une des premières eut lieu sous Béla II. 1131-1141, dont la femme Hélène, fille d'un jupan serbe, installa un groupe de ses compatriotes dans l'ile danubienne de Tchépel, non loin de Budapest. Celle colonie serbe obtint, avec le temps, d'importants privilèges. L'empereur Sigismond concéda, en 1404 et en 1428, à la ville franche de Kovin, qui en faisait partie, de nouveaux territoires, et exempta ses magistrats de toute juridiction supérieure. Ce privilège, ainsi que celui de la franchise d'impôts accordé par Vladislas, lui fut confirmé, en 1458, par Mathias Corvin, et, dans la suite, par plusieurs de ses successeurs. Radich, op. cil., p. 6-7; Goloubinski, Kratkii oteherck istorii pravoslavnykh tserkvei bolgarskoï, serbskoï, i roumynskoî, Moscou, 1871, p. 645. La sanglante bataille de Kossovo (1389) avait porté à la Serbie le coup de grâce. Cependant, les Turcs lais­ sèrent encore une ombre de pouvoir au fils du héros s.rbe Lazare, tombé à Kossovo. Lorsqu'il mourut en 1427, sans héritier, la charge de despote passa dans Li famille des Brankovich. Le premier d’entre eux, Georges Ier, s’empressa de céder à Sigismond de Hon­ grie, Belgrade, Matchva et d'autres territoires serbes, contre des possessions en Hongrie, Solnock, Kulpin, Vilagosvar, Tokay, Munkacz, Debreczen, etc., et un palais à Ofen (Buda). Pour occuper ses nouvelles terres et les mettre en rapport, Georges y installa un certain nombre de familles serbes, dont l’émigration s’était faite à l'insu des Turcs, maîtres du pays. Plus tard, en 1439, lorsque son beau-fils, le sultan Mourad, lui eut enlevé Smédérévo, dont il avait fait sa résidence habituelle, Georges obtint encore plus d'une centaine de terres dans les comitats d’Arad et de Zarand, en échange de nouveaux territoires serbes abandonnés â la Hongrie. H finit par s'y réfugier lui-même, et y vécut du revenu de 1750 ses terres — revenu considérable pour l’époque — en. touré d’égards et d'honneurs. En 1446, à la mort de Vladislav, lorsqu'il fut question de désigner un régent pour gouverner durant la minorité de Ladislav le Pos­ thume, son nom figura même dans la liste des candidats éventuels à celte haute fonction. Soucieux de l’avenir de sa famille, il avait eu soin, lors des premières négocia­ tions avec Sigismond, en 1426, de faire stipuler que le ■ titre et la dignité de despote resteraient assurés à ses i descendants. Radich, op. cil., p. 7-9. Le troisième exode des Serbes vers la Hongrie se I produit à la suile de la complète incorporation de la Serbie à l’empire turc, qui eut lieu en 1459. En dépit ! de cette transformation, qui faisait de la Serbie une ' simple province turque, la charge de despote avait été i maintenue par le sultan et conférée à- Michel Abogovich. I C’était déposséder officiellement de ce titre la famille des Brankovich. Aussi, le second fils de Georges I", Étienne, s’était-il empressé, en 1460, de se faire recon­ naître à son tour, en vertu de l'accord conclu par son père avec Sigismond, comme despole des Serbes de Hongrie. H réussit, à l’exemple de son père, à entrainer i avec lui en Hongrie un groupe assez considérable de ses compatriotes, et reçut de Mathias Corvin, en récom­ pense de ce service rendu au royaume, la confirmation officielle de son titre de despote. L’ne tentative avortée de soulèvement en Serbie l'obligea à se réfugier en Albanie, auprès de Scanderbeg; â partir de Ί407, on I le rencontre en Italie, ou il mourut peu après. Radich, i ibid.; Engel, Geschichte des ungarischen Heichs und seiner h'ebenlânder, Halle, 1797-1804, t. ni, p. 444-450. Un de ses parents, Vuk, avait profité de son éloigne­ ment pour se faire décerner le titre de despote. Pour continuer la tradition inaugurée par ses prédécesseurs, I ce dernier conduisit, lui aussi, en Hongrie, un groupe nombreux de réfugiés serbes, qu’il installa dans la proI vince de Syrmie. Dans l’une des nombreuses incursions tentées, à cette époque, sur le territoire serbe, un de ses lieutenants, Paul Brankovich, ramena avec lui, du dis: trict de Kruchevaz, en Hongrie, plus de50000 Serbes, qui I reçurent des terres dans le comté de Témesvar. Vuk fut I auprès de Mathias Corvin persona grata, et son influence valut aux Serbes d'êlre exemptés par le synode royal de 1481 des dimes qu’ils avaient dû payer jusque-là au ; clergé latin de Hongrie. Celle exemption n’était, il est vrai, que provisoire, et ne devait devenir définitive que bien plus tard, sous son deuxième successeur. L’exode des Serbes vers la Hongrie et la Syrmie se poursuivit sous le despote Georges 11, fils du prédéces­ seur de Vuk, dont la résidence se trouvait fixée à Kupinick, en Syrmie. Ce second Georges Brankovich finit par abdiquer et par se retirer au monastère de Krouchedol, fondé par sa mère Angélina. H y revêtit, sous le nom de Maxime, l'habit monastique. Consacré hiéromoine par le métropolite Lévit de Sophia, il se rendit en Valachie, sur l'invitation du prince Radou le Grand (1494-1507), et y accepta la dignité de métropolitain d’Ougro-Valachie, avec résidence à Tergovist. H sut pro­ fiter de sa nouvelle situation pour étendre son influence et sa juridiction sur les réfugiés serbes établis en Syrmie. L’avènement de Michna Ier (1508-1510) et les tentatives de ce prince, ami des Turcs, pour le livrer enlre leurs mains, l'obligèrent à abandonner momentanément son siège. H le réoccupa, rappelé par Xiéga-Bessaraba ( '5131518), mais pour peu de temps, car il ne tarda pas a s choisir un successeur et à reprendre le chemin de h Syrmie pour aller finir ses jours, vers 1516. au monas­ tère de Krouchedol. C'est de cette époque que daterait la fondation de l'évêché de Syrmie, le premier évêché serbe en llongri ?. celui dont l’institution marque les débuts de TÊgh^e serbe d'Autriche-Hongrie, et prépare pour un avenir encore assez éloigné l'établissement de la métropole de ITS! CARLOVITZ Carlovitz. Goloubinski, op. cit., p. 607, en reporte la fondation entre 1496 et 1502, et l’attribue à ce même Maxime, aidé sans doute de son frère Jean Brankovich, son successeur dans la fonction de despote des Serbes de Hongrie. Cf. Miklosich, Monumenta serbica, Vienne, 1858, p. 541 ; Engel, loc. cit., p. 450-456. La dignité de despote serbe fut supprimée en 1528, à la mort de Jean Carnojévich, le terrible homme noir des chroniques hongroises, qui joua un si grand rôle dans la longue et sanglante rivalité de Ferdinand d'Autriche et de Zapolya de Transylvanie. Elle ne devait être réta­ blie qu’en 1689, et encore, pour bien peu de temps. Mais l’émigration serbe se poursuivit durant toute la durée du xvt· siècle, par groupes isolés, vers la Croatie surtout, la Hongrie proprement dite étant alors plus ou moins au pouvoirdes Turcs. Sous Rodolphe II, vers 1573, plusieurs milliers de familles serbes passèrent de Bosnie en Croatie, accompagnées du métropolite Gabriel et de 70 moines du couvent de Zermljà, près de Bihatch. Par des décrets enregistrés au Landtag de Bruck, en 1578, l’empereur Rodolphe II leur confia la garde des fron­ tières de l’empire et les répartit dans les généralités de Varazdin et de Karlstadt, qui n’étaient plus désignées à cette époque, dans les pièces de la chancellerie impé­ riale, que sous les noms de desertum primum et secun­ dum. De nombreux privilèges leur furent assurés; un diplôme de Ferdinand II, daté de 1630, les soustrait à la juridiction hongroise et leur reconnaît une certaine autonomie administrative et judiciaire. L'organisation militaire des Serbes de Croatie portait ombrage à la Hongrie, dont les magnats révoltés eurent plus d’une fois à lutter contre les régiments serbes, qui formaient le plus solide appoint des troupes impériales. Ils ten­ tèrent à plusieurs reprises de la faire disparaître, ce qui ne l'empêcha pas de subsister jusque dans la seconde moitié du xtxe siècle. C’est à cette émigration serbe en Croatie qu’il faut faire remonter la fondation de l’évêché serbe de Marlch, dont nous parlerons plus loin. En effet, les réfugiés serbes ne recevaient pas seule­ ment de l’Autriche des terres et des privilèges d'ordre purement politique. Celle-ci leur avait accordé, avec la liberté de conscience, le droit d’organiser une hiérar­ chie religieuse indépendante. Aussi, rencontrons-nous au XVIe et au xvn» siècle, en Croatie, en Syrmie et en Hongrie, des évêchés exclusivement serbes. Au début de la deuxième moitié du xvn« siècle, Sabbas Brankovich, l’un des membres de la hiérarchie serbe de Hongrie, passe en Transylvanie. Cette dernière province était alors à peu près autonome. Sous le gouvernement de Georges I" Rakoczy( 1633-1648), le calvinisme, soutenu par lui, avait gagné des recrues parmi les orthodoxes serbes et roumains. En 1656, le surintendant Georges Culaï, chargé des affaires ecclésiastiques de la princi­ pauté, soumet à l’approbation du prince le choix qu'il a fait de Sabbas Brankovich, comme évêque des Grecs, des Serbes et des Valaques de Transylvanie, ainsi que des territoires hongrois qui en dépendent. Ce Sabbas Brankovich, en quittant lénopol, en Hongrie, sa pre­ mière résidence, pour passer en Transylvanie, y avait amené avec lui son jeune frère Georges. En 1663, le prince transylvain Michel Apassy, qui avait pris le jeune homme en afl'ection, le nomma secrétaire de la légation transylvaine à Constantinople. Georges Brankovich s'y mit en rapport avec l’ambassadeur autrichien, et prit une part active aux négociations que le représentant de Léopold entama alors avec le patriarche d’Ipék, pour le gagner au projet, agité depuis longtemps, d’une émigration en masse des Serbes vers l’Autriche. Une tentative du même genre avait déjà échoué en 1606, avec le patriarche Jean. Repris vers 1660, le projet ne devait aboutir que 30 ans plus tard, avec le concours du pa­ triarche Arsène. H avait reçu dès 1663 l'approbation du patriarche Maxime, et même un commencement d'exé­ 1758 cution. En effet, à la suite d’un pèlerinage aux Lieux saints, Maxime, de passage à Constantinople, avait accepté de se rendre à Andrinople et d’y conférer se­ crètement. en présence de l'ambassadeur autrichien Kindsberg et de quelques notables serbes, les insignes de la dignité de despote serbe à Georges Brankovich. Ce ne fut que plus tard, en 1683, et en 1688, à la veille de l'émigration serbe, que Georges reçut de Léopold les diplômes qui lui assuraient la possession éventuelle de territoires en Herzégovine, en Syrmie el dans le district hongrois de lénopol. Maxime mourut en 1681 ; il eut pour successeur sur le trône patriarcal d'Ipek Arsène IIITchernoïévich. Les agents autrichiens reprirent avec ce der­ nier, mais à l'insu celte fois de Georges Brankovich. les négociations déjà entamées avec son prédécesseur. L'exode fut définitivement résolu, et, pour le préparer, Léopold lançait, le 6 avril 1690. un appel retentissant au peuple serbe, l'invitant à se lever en masse pour sa propre délivrance, et lui garantissant, en retour du con­ cours qu'il prêterait aux armes autrichiennes, la liberté religieuse et une organisation autonome, sous la direc­ tion d'un voïévode librement élu par lui. 40000 familles environ, patriarche et clergé en tête, réussirent â tromper la vigilance des Turcs et à passer sur le territoire autri­ chien. Radich, op. cit., p. 33-40. Pendant la campagne au cours de laquelle se produisit cet exode, le despote Georges s’était mis, avec une armée de 30000 Serbes, à la disposition de l’Autriche. Le gou­ vernement autrichien, craignant sans doute que l'ambi­ tion du despote, appuyée sur des forces aussi sérieuses, ne lui préparât pour l’avenir quelque déception, et désireux de prévenir ce danger, le lit arrêter et interner successivement à Orshova, à Hermannstadt, puis à Vienne, et enfin à Egger. Peu après ce coup de force, une députation conduite par l’évêque de lénopol, Isaïe Diakovich, allait porter à Vienne les protestations de la nation serbe. Le chancelier, qui était le cardinal Kollonich, représenta aux députés du peuple serbe que ce n'était pas lui, mais leur patriarche, qui avait désiré cette incarcération, et, dans la suite, à toutes les récla­ mations présentées en faveur du prisonnier, le gouver­ nement autrichien répondit en se retranchant derrière la raison d’Etat. 11 est permis de croire que l'un et l’autre de ces deux motifs avait influé, en cette circons­ tance, sur les déterminations prises. L'Autriche, en 1690, avait tout avantage à écarter un homme actif, ambitieux et capable de profiter des circonstances présentes pour jouer un rôle politique contraire à ses intérêts. De son côté, le patriarche Arsène n’était peut-être pas fâché de voir disparaître de la scène le seul personnage qui put lui disputer l'influence que lui assurait sur les Serbes émigrés son titre et sa dignité de patriarche. La poli­ tique de l'Autriche avait donc, semble-t-il, un complice dans l'ambitieux patriarche qui aspirait au rôle de chef, à la fois religieux et civil, de la nation serbe en Autriche. De fait, Arsène obtint pour lui et transmit à ses successeurs des pouvoirs quelque peu analogues à ceux dont jouissaient, au point de vue civil, les chefs religieux des communautés chrétiennes sous le régime turc. Ces pouvoirs, il est vrai, ne furent pas maintenus et disparurent dans le courant du xvni» siècle. L’entrée des Serbes sur le territoire de l'empire, en 1690, s’était faite, comme par le passé, sous forme de pacte garantissant aux Serbes émigrés certains droits, en échange de certains devoirs. Cet ensemble de droits et de devoirs, développés dans les diplômes impériaux du 21 août et du 11 décembre 1690, du 20 août 1691 et du 4 mars 1695, constituait la base de ce que la chan­ cellerie impériale appelait le jus privilégiais rascianum. Radich. op. cil., p. 45 sq. Les Serbes entraient, sous le nom de natio rasciana, comme élément distinct et autonome, relevant direc­ tement de la couronne, dans le groupement austro- 4759 CARLOVITZ 17G0 hongrois; ils jouiraient d’une large autonomie admi­ que ceux-ci retombèrent, à cette époque, sons la juri­ nistrative, sous la direction d'un voïévode librement élu diction du primat d'Ipek. L'évêché de Syrmie avait cessé par la nation, et de la plus complète liberté religieuse, d'exister en 1690, ou plutôt s’était fondu dans celui de sous la juridiction suprême d’un archevêque désigné Témesvar et lénopol, puisque, d’une part, il n'est pas mentionné dans le privilege impérial du 4 mars 1695 par le clergé et le peuple assemblés, et disposant des pouvoirs les plus étendus pour organiser l’Eglise serbe. constituant les nouveaux évêchés d'après le nombre, des Dans l’énumération des provinces soumises à la juri­ sièges anciens alors subsistants, et que, d’autre part, diction du primat serbe, se rencontre, en dehors de la l’évêque de Témesvar et lénopol joint à ses autres Hongrie et de la Croatie, dépendances de l'Autriche, titres celui d’archimandrite de Krouchedol. On croit toute une série de pays, Grèce, Rascie, Bulgarie, etc., I savoir le nom de l’un de ses titulaires. Joachim, qui se situés hors des limites de l’empire austro-hongrois, et trouvait vers 1667 en Russie, pour y recueillir des au­ sur lesquels son pouvoir n’aurait jamais à s’exercer. mônes. Encore l’appellation d'évêque serbo-slavon acco­ L'empereur s’engageait, de plus, à rétablir la nation lée à son nom et qui pourrait convenir aussi bien à serbe sur les terres qu’elle venait d'abandonner, dès que l'évéque de Pozéga, en Slavonie, laisserait-elle subsister la Serbie serait reconquise sur les Turcs. En attendant, des doutes sérieux sur son authenticité. il lui concéderait dans son empire un territoire distinct, 2» Evêché do Buda. — Son existence reste douteuse, où elle pourrait se grouper et s'organiser. En échange attendu qu'elle n'est appuyée que sur la mention, dans de ces privilèges, les Serbes s'engageaient à servir un évangéliaire serbe, à la date de 1552, d’un métro­ fidèlement l'empire et à défendre ses frontières contre polite de Buda, du nom de Mathieu. Or le mot serbe les Turcs. Radich, op. cil., p. 4548. Si les Serbes furent qui correspond au nom de Buda peut désigner égale­ fidèles au pacte conclu, et versèrent leur sang sai.-s ment la ville serbe de Budiml ou Budim. Nous ne le compter pour la maison d’Autriche, celle-ci de son côté mentionnons donc que pour mémoire. 3° Évêché de Szégédin el Bacs, en Hongrie. — La remplit, dans l’ensemble, les engagements qu’elle avait contractés à leur égard. L'autonomie politique et admi­ première mention que l'on rencontre de cet évêché re­ nistrative qu’elle leur avait laissé entrevoir ne pouvait monte à l'année 1579. La date de sa fondation reste in­ guère se concilier avec les exigences et les prétentions de connue. 4°Évêché de Varasdinou de Martch, en Croatie, dont la politique austro-hongroise; aussi fut-elle incomplè­ la juridiction s'étendit sur les comitats de Varasdin et tement réalisée, dès le début, et dans la suite, sacrifiée plus d’une fois à des intérêts plus pressants. La charge de Kreuz, avec résidence du titulaire au monastère de de voïévode, établie en principe, ne reçut jamais de Saint-Michel de Martch, près de Kreuz.. Grâce aux docu­ titulaire, et, jusqu'à nos jours, la nation rascienne a dû ments recueillis par le P. Nilles, Symbolæ adilluslranse résigner à subir le joug politique des Magyars. dam historiam Ecclesiæ orientalis in terris corona· S. Stephani, Inspruck, 1885, t. n, p. 730-748, son his­ L'Eglise serbe put, du moins, jouir pleinement des pri­ vilèges qui lui avaient été garantis par l’Autriche. toire reste moins inconnue que celle des précédents. L'histoire de son établissement et de son développement, Ce fut l’émigration, mentionnée plus haut, de plu­ qu'il nous reste à étudier, permettra d’en mesurer la sieurs milliers de familles serbes de Bosnie en Croatie, valeur et l’importance. vers 1573, qui fut l’occasion de son érection. Ces émi­ IL L’Église serbe d’Autricue-Hongrie avant 1690. — grants bosniaques avaient amené avec eux leur vieil évêque Gabriel et une troupe de moines. Entourés de L'histoire de cette période est encore à faire. Elle offre d'ailleurs de sérieuses difficultés à cause de la nature Croates catholiques, et touchés par la charité de ceux même de son objet. 11 existait bien des évêchés ortho­ qui les avaient accueillis, les nouveaux venus se laissè­ doxes serbes, en Croatie, en Syrmie, en Hongrie, rent facilement gagner par la propagande catholique. avant 1690, mais isolés, semble-t-il, sans lien, sans unité. A la mort de leur vieil évêque, un évêché de rite grecH n'existait pas d’Eglise serbe proprement dite; celle-ci uni fut érigé pour eux. 11 eut pour premier titulaire doit son origine au diplôme impérial du 20 août 1691, Siméon Vrétanja, l’un des moines émigrés, qui s'était qui lui donna une tête et un chef dans la personne du converti à l’union, et s’en était fait l’apôtre parmi ses patriarche transfuge et de ses successeurs, et groupa compatriotes. Consacré â Rome, en 1611, par Paul V, autour de lui les éléments épars de la nationalité et de le nouvel élu prit avec le titre d’évêque de Svidin celui I Église serbe en Autriche. L’histoire de cette Église d’archimandrite de Saint-Michel. avant 1690 tient donc tout entière dans les maigres Le premier de ces titres reste pour nous inexpliqué; et incomplets renseignements recueillis jusqu'ici sur on ne connaît pas, dans les provinces soumises à sa juri­ '. existence, l'origine et les transformations des évêchés diction, laquelle, aux termes mêmes de la lettre de con­ en question. firmation de Paul V, s’étendait sur les Rasciens unis de Le nombre en est fort incertain; les débuts précis de rite grec, en Croatie, en Slavonie, en Hongrie même h plupart d'entre eux restent inconnus; tout ce que l’on et en Carniole, de ville ou de localité importante portant sait de quelques-uns, c’est le nom de certains de leurs ce nom. Le second s’explique mieux. Siméon Vrétanja, titulaires. Goloubinski, Kratkii otcherk istorii, p. 606avec le concours sans doute de Pierre Doinitrovich, 614. en donne la liste suivante, que nous reproduisons d’origine serbe lui aussi, et qui devint évêque latin de avec quelques renseignements historiques sur chacun Zagreb (1613-1628), restaura la vieille église ruinée de Martch, dédiée à saint Michel, bâtit tout auprès un d'entre eux : monastère ou il installa les moines basiiiens, et y fixa 1» Evêché de Syrmie, dont le titulaire avait sa rési­ dence au monastère de Krouchedol. On a déjà vu plus sa propre résidence. Radich, op. cil., p. 28, prétend qu'après avoir été sacré à Rome, Siméon alla se faire t.,iut qu'il fut fondé, vers 1550, par Maxime Brankovich, successivement despote, moine, puis évêque d’Ougroreconsacrer à Ochrida par l’archevêque orthodoxe, et, de concert avec les moines de Martch el de Lepavina, Vjlachie. Quelle fut, au moment de sa fondation, sa situaabandonna dès lors l'union. Mais cette affirmation n’est tion vis-à-vis du patriarcat d’Ipek? Goloubinski.op. cil., pas prouvée et parait peu vraisemblable. Cf. Nilles. p. 607, admet comme plus vraisemblable son indépen­ op. cit., p. 743. Ses successeurs, il est vrai, se mon­ dance absolue, et pense qu’il avait été créé dans le but de servir de centre et de métropole aux groupements ecclé­ trèrent beaucoup moins attachés à l’union : sur cinq siastiques serbes éparpillésen terre autrichienne et hon­ d’entre eux, un seul, Basile, parait y être resté sincè­ groise. Mais les Turcs étant restés maîtres, pendant une rement fidèle. Après avoir fait profession de foi catho­ lique entre les mains du nonce pontifical â Vienne, bonne partie dn xvi" siècle, de 1521 à 1567. des territoires ils n'éprouvaient aucun scrupule à aller se faire con­ occupés par les réfugiés serbes, il est vraisemblable 47C1 CARLOVITZ sacrer, ou reconsacrer, par des prélats orthodoxes, à Ipek ou à Sophia. Markovich, op. cit., p. 411; Nilies, op. cil., p. 745. La nomination et la consécration du successeur de Vrétanja, mort en 1630, avaient, d’ailleurs, donné lieu à d’assez graves démêlés avec l'évêque latin de Zagreb. Celui-ci prétendait en effet traiter l’évêque grec-uni de Martch comme un simple coadjuteur du siège de Zagreb pour les catholiques du rite grec de ce diocèse. La lettre de Paul V, étendant la juridiction de ce prélat bien au delà des limites du diocèse latin de Zagreb, ne favorisait guère cette manière de voir. L'évêque latin finit cependant par avoir raison, et la profession de foi de Gabriel Mihakich, datée de 1663, contient en termes formels l'engagement pris par lui de reconnaître la pleine juridiction du titulaire latin de Zagreb. Line autre clause de cette même profession de foi laisse voir que le prédécesseur de Gabriel s’était arrogé le droit de désigner son successeur, après entente avec les moines et un certain nombre de dignitaires serbes. Le nouvel élu déclare celte nomination non ave­ nue pour lui, et s’engage à ne rien tenter de semblable, contrairement au droit de la couronne de Hongrie. Nilies, op. cil., parerga, p. 1035-1037; cf. p. 744-745. On comprend que ces démêlés et la subordination de l’évêque grec à l’évêque latin qui en fut le terme, n’aient guère favorisé la cause de l’union parmi les Serbes. Celte cause se trouvait déjà très compromise, lorsque, en 1671, Paul Zorchich, qui en était un partisan sincère et dévoué, fut désigné pour la relever. Il y travailla jusqu’à sa mort en 1685, avec le plus grand zèle, et en dépit de toutes les oppositions qu’il rencontra parmi les moines et jusque dans le peuple. Le monastère de Lepavina se révolta ouvertement contre lui; les moines qui l’occu­ paient s’enfuirent à Pakraz avec toutes les richesses du couvent et s’y firent musulmans. Markovich, op. cil., p. 415. Les successeurs de Paul Zorchich restèrent, comme lui, fidèles à Rome et dévoués â l’union. C’est à celte époque qu’eut lieu l’érection d’un second évêché grec-uni pour la Syrmie. Les Turcs étant maî­ tres de la Slavonie, toute communication avec Martch était supprimée pour les Serbes-unis de Syrmie. Comme remede à celte situation déplorable, le cardinal Kollonich, archevêque de Gran, proposa à l’empereur la création d'un siège épiscopal distinct pour les Serbesunis de Syrmie. Le premier titulaire en fut Longin Rajich (1688-1690); son titre officiel était comme pour son confrère de Croatie, celui de vicaire de l’évêque latin de Syrmie, et on fixa sa résidence au monastère d'Hopovo, dans la Fruschka Gora. Nous reviendrons, plus bas, sur les luttes que ces Églises serbes unies de Croatie et de Syrmie eurent à soutenir, à partir de 1690, contre l’Égliseserbe orthodoxe. Nilies, op. cil., p. 748 sq.; Markovich, op. cit., p. 416. 5° Évêché de lénopol et Témesvar. — La ville de lénopol ou lénov (en hongrois Boros lénô) paraît avoir été fondée au xv" siècle par des émigrants serbes. Au dire d’un historien serbe du xvil" siècle, Jouria Bran­ kovich, l’évêché serbe du même nom, qui comprenait, avec le centre de la Hongrie, le district méridional de Témesvar, aurait été créé dans la seconde moitié du xv," siècle par le fils d'un voïévode serbe de Témesvar, Moïse, en religion, Mathieu Brankovich, qui en serait le premier titulaire. Son fils, Sabbas Brankovich, en lui succédant, aurait constitué ce siège en métropole indépendante, tandis que son second successeur, encore un Brankovich, Longin, aurait dû, pour échapper aux Turcs, alors maîtres de cette partie de la Hongrie, se réfugier en Transylvanie, abandonnant ainsi son siège qui serait redevenu dès lors une simple éparchie rele­ vant d’Ipek. Goloubinski, op. cit., p. 610-611, tient ces renseignements pour suspects, du moins dans leur partie chronologique, qui fait coïncider la date de l’érection de ce siege en métropole autonome avec l'époque de l'oc­ 1762 cupation de cette portion de la Hongrie par les Turcs, et, par conséquent, de la sujétion probable de ce siège au patriarcat d Ipek, vers la fin du xvt» siècle. Quoi qu'il en soit, on rencontre en 1686, à Moscou, un prélat quê­ teur qui s'intitule Jean de lénov (lénopol), évêque du monastère de l'Annonciation. Il s’agit ici, très proba­ blement, du monastère de Krouchedol, ainsi dénommé; ce qui permettrait de conclure que l'ancien évêché serbe orthodoxe de Syrmie s’était fondu dans celui de lénopol et de Témesvar. Peut-être même pourrait-on supposer quelque rapport entre la disparition de ce siège serbe orthodoxe et l’érection en 1688 du siège serbe-uni de Syrmie signalé plus haut. 6» L’évêché. d’Arad, dans le sud-est de la Hongrie, aurait été fondé à peu près à la même date el par le même personnage que celui de lénopol. A la fin du xvil» siècle, il ne faisait plus qu'un avec ce dernier. 7» Celui de Pozcga, en Slavonie, existait déjà en 1594. On trouve encore, à la date de 1650, le nom d'un de ses titulaires, Basile, dans les archives du monastère d'Oharoviza, qui appartenait à cette éparchie. L’évêque serbe de Slavonie, Joachim, qui quête à Moscou en 1667, pourrait être son successeur, à moins qu'il ne faille voir en lui, comme nous l’avons déjà dit, un titulaire du siège de Syrmie. 8° De l'évêché de Verscez, en Hongrie, on ne sait rien de précis, sauf le nom de trois de ses titulaires. La Russie reçoit, en 1622, la visite de l’un d'entre eux, Antoine, et, en 1663, celle du métropolite Théodose. 9» Évêché d’Hopovo, en Syrmie. — Ce sont encore des documents russes qui signalent le passage en Russie, en 1641 et en 1648, de prélats serbes qui prennent le titre d'évêques du monastère de Saint-Nicolas ou de Saint-Michel d'Hopovo. En 1654, il n’est plus question d'évêque, mais seulement d'archimandrite d’Hopovo. A cette date, l’évêché était donc supprimé, et nous savons qu'à partir de 1688 le monastère d'Hopovo ser­ vait de résidence à l’évêque serbe-uni de Syrmie. Moines et fidèles avaient sans doute accepté l'union. Goloubinski, op. cit., p. 613; Nilies, op. cit., p. 749. 10» Goloubinski, op. cit., p. 614, mentionne encore les évêchés de Mohacs et Szigethvar, entre la Brave et le Danube, de Nagy-Varad (Gross-Vardein), au nord-est de la Hongrie, et de Karlstadt (Karlovitz) et Zrinopol. en Croatie. Ce dernier aurait été détaché, on ne sait quand, de l'éparchie mi-orthodoxe, mi-unie de Varasdin. La liste et les renseignements qui précèdent restent évidemment fort incomplets. Des évêchés mentionnés, trois ou quatre au plus ont des origines précises. Encore, deux d’entre eux sont-ils catholiques, et n’appartiennent à l’histoire de l’Église serbe orthodoxe d’Autriche que par les démêlés qui se sont produits autour d’eux. Quant aux autres, le début, la durée et le terme de leur existence sont également incertains. 11 est évident qu'ils n’ont pas tous coexisté simultanément, à une période donnée, et que plusieurs d’entre eux se sont succédé,ou même remplacés. Quelle était vers 1690 la situation de l’Église serbe d'Autriche, au point de vue de la répartition de ses différents groupements en évêchés organisés ? On a, pour essayer d’en juger, deux documents d'ori­ gine diverse et, pour ce qui concerne les renseigne­ ments, de contenu quelque peu divergent : le Syntagmation du patriarche de Jérusalem, Chrysanthe, rédigé entre 1699 et 1715, et le privilège impérial du 4 mars 1695. Le Sy’nlagmation énumère comme existants les sièges suivants : Buda, Karlovitz et Syrmie, Bacs, Enov ou lénopol, Gyula et Lipov, Pozéga, six en tout, dont un celui de Gyula et Lipov, inconnu par ailleurs. On peut ajouter à cette liste celui de Témesvar, cité comme rele­ vant d’Ipek. Χρυσάντου Συνταγμάτων, édit, de Venise. 1778, p. 95. Le diplôme du 4 mars 1695 contient les noms suivants : Témesvar et lénopol, Karlstadt et Zrino- 1703 CARLOVITZ po], Szégédin, Buda et Alba Regalensis, Mohacs et Szigethvar, Versecz, Gross-Vardein et Eger. Le total s'en élève à sept. Comparées, les deux listes n’offrent que deux éléments communs : les noms de Buda et d’Iénopol. Il est probable d’ailleurs qu’elles ne nous livrent ni l'une ni l’autre la situation véritable et l'état réel des évêchés serbes à la date de 1690. Celle du Syntagmation. bien qu’imprimée en 1715, se réfère peut-être à des documents bien antérieurs, ou, ce qui ne parait pas invraisemblable, pourrait être inexacte et fautive. Celle que renferme le diplôme impérial énumère les évêchés existants en 1695, après la réorganisation opérée par le patriarche Arsène. Or il est à croire que cette réorgani­ sation avait entraîné avec elle des changements, sup­ pressions, additions ou translations de sièges anciens sans que l’on puisse en préciser la nature ou l’étendue. 111. De 1690 A 1848. — L’émigration serbe de 1690 s'était faite sous la conduite du patriarche Arsène et du vice-voïévode Jean Monasterlija. Ce dernier, que les Serbes considéraient un peu comme le locum tenens du despote prisonnier, n'eut, en dépit des promesses rela­ tives à l'organisation de la nation serbe en groupe auto­ nome, au point de vue administratif et politique, aucun tôle important à jouer. Il ne fut même pas remplacé après sa mort, et la dignité de voïévode resta dès alors sup­ primée. D'ailleurs, dès 1691, Léopold avait, par son di­ plôme du 20 août, conféré pleins pouvoirs au patriarche, dans l'ordre civil comme dans le domaine religieux : ul omnes ab archiepiscopo, tanquam capite suo eccle­ siastico, tam in spiritualibus quam in sæcularibus de­ pendeant. Radich, op. cit., p. 50. En fait, à partir de 1729, en droit, depuis 1779, la juridiction civile du primat serbe fut bien réduite et même presque entière­ ment supprimée. Dans le domaine religieux et ecclésias­ tique, ses pouvoirs ne subirent pas dans la suite de restrictions sérieuses. Il put, dès le début, en user plei­ nement et même en abuser, comme nous allons le voir. A peine installé sur le sol hongrois, à Saint-André, localité située sur le Danube, un peu au-dessus de Buda, et ou, dès les premières migrations, les Serbes s'étaient établis en nombre, le patriarche Arsène se mit à l’œuvre et consacra une partie de ses forces et de son activité à la réorganisation de l’Église dont il était devenu le chef. Le surplus fut dépensé dans la lutte contre la propagande catholique. Cette dernière avait obtenu de sérieux succès auprès des Serbes émigrés, puisque, en 1690, la Croatie et la Syrmie possédaient chacune un évêché serbe-uni. Arsène, prolitant de l'étendue et de l'imprécision même des pouvoirs qui lui avaient été reconnus, prétendit posséder sur ces deux diocèses juri­ diction pleine et entière. Le diplôme impérial du 20 août 1691 s'exprimait ainsi : ... græci ritus ecclesiis et ejusdem professionis communitati præesse valeat el propria auctoritate ecclesiastica... in tola Græcia, Bascia, Bulgaria, Dalmatia, Bosnia, Jenopoliael Herzego­ vina, nec non in Ilungaria el Croatia, Mysia el Illy­ ria ... facultate disponendi gaudeat. Celui du 4 mars 1695 renouvelle ces pouvoirs et accorde le confirmatur impérial aux titulaires désignés pour occuper les sept sièges épiscopaux, alors établis. Radich, op. cit., p. 47, 48; Engel, op. cit., t. π, p. 198-199. Cette dernière pièce spécifiait, il est vrai, que les pouvoirs en question ne visaient que les Serbes émigrés en 1690, populos servianos de turcica servitute recenter vindicatos. Marko­ vich, op. cil., p. 418. Ceux qui constituaient le noyau principal des diocèses unis de Martch et d'Hopovo s'y trouvaient donc soustraits; mais Arsène ne l'entendit pas ainsi. Tant qu’il était resté sur son trône patriarcal il Ipek, il s'était montré assez disposé à une entente avec Rome, il avait même fait transmettre en 1688 au pape Innocent XI une lettre relative à cette grave question. Markovich, op. cit., p. 418, note 39. Lorsqu’il en fut descendu et qu’il eut trouvé en Autriche un refuge et 1764 une seconde patrie, il se déclara l’adversaire acharné de l’union. La crainte de voir l'Autriche s’en faire un ins­ trument pour dénationaliser les Serbes ne fut peut-être pas étrangère à ce soudain revirement. Quoi qu’il en soit du motif déterminant, Arsène commença par s’emparer des monastères de Syrmie, nombreux alors dans cette région où aujourd’hui encore on n’en compte pas moins de treize, disséminés sur la Fruska Gora ; il mit la main sur le district d’Essek et sur celui de Pakraz qui rele­ vaient alors du siège de Syrmie. Ce dernier avait pour titulaire, depuis 1690, un homme sincèrement attaché à l’union, Pierre Ljubibratich. Chassé d'Hopovo, sa rési­ dence officielle, par les manœuvres des orthodoxes, il se réfugia d'abord à Essek, puis à Pakraz, de là, sur les confins du banat, aux extrêmes limites de son diocèse, 11 s’adressait de tous côtés pour trouverappui et secours. Ses appels â la puissance civile et à 1 autorité religieuse ne paraissent pas avoir été entendus.et il mourut en 1705, sans avoir eu la consolation de rentrer à sa résidence d'Hopovo. On ne lui donna pas de successeur; la cause de l’union, peu ou point défendue, continua à décliner; la plupart des anciens convertis revinrent à l'orthodoxie; le petit nombre de ceux qui restèrent fidèles passa au rite latin. Nilles, op. cit., p. 751, 752. Le procès-verbal d’une enquête judiciaire datée du 12 janvier 1701, ibid., p. 751, note 1, nous livre, pris sur le vif, les procédés dont usait le peu scrupuleux patriarche pour arriver à ses fins : circulaires clandestines, réunions secrètes, troubles organisés; les moines étaient en la circons­ tance ses agents les plus dévoués et les plus actifs. H employa les mêmes manœuvres en Croatie pour venir à bout de l'évêque et des Serbes-unis du diocèse de Varasdin ; mais la défense y fut plus opiniâtre et plus heureuse. Une lettre du cardinal Kollonich, datée du 25 février 1699, vint lui rappeler qu’il ne pouvait pré­ tendre à exercer de juridiction que sur les orthodoxes émigrés avec lui de Serbie. Elle ajoutait que l’envoi de légats ou de visiteurs dans les différentes provinces de la Hongrie, de la Croatie et de la Slavonie était de sa part un abus de ses pouvoirs, et la création par lui de nouveaux évêques, une atteinteaux droits de l’empereur. Nilles, op. cit., p. 754. La lutte n’en continua pas moins sous ses successeurs. En 1713, nous voyons le métropolitain de Carlovitz travailler à la constitution de deux nouveaux évêchés, l’un à Séverin, dans la généralité de Varasdin, l’autre à Kostanica, sur les contins du banat. Plusieurs monas­ tères, notamment ceux de Lépavina et de Komogovin, étaient passés du côté des orthodoxes. Celui de Gomirjê fit de même en 1716. En 1727, le primat serbe prétend asseoir un de ses partisans sur le siège de Martch. Nou­ velles tentatives pour s'en emparer, en 1736. L’année suivante, à l’occasion de la fête patronale de l'église, le monastère de Saint-Nicolas est envahi et mis au pillage par les orthodoxes. Le siège de l'évêché passe, vers 1753, de Martch à Préséka. En 1777, Marie-Thérèse, après entente avec Rome, le fixe définitivement à Kreuz, el au­ torise son érection en évêché indépendant, car le titu­ laire de Martch n'avait été jusque-là qu’un simple coad­ juteur de l’évêque latin pour les Serbes-unis. Nilles, op. cit., p. 28-31. Tant qu'Arsène vécut, la situation canonique de l’Eglise serbe d’Autriche n’olfrit rien d’anormal. Elle était, de fait et de droit, autonome, ayant à sa tête un patriarche régulièrement élu, et auquel son exode de Serbie en Autriche n’avait rien enlevé des droits que lui conféraient son élection et sa consécration. Mais à sa mort (1706), il fallut songer à régulariser la situation. Les Turcs lui avaient donné comme successeur sur le trône d Ipek le grec Callinique. C’est avec ce dernier que s'engageront les négociations qui aboutirent, vers 1708, à la recon­ naissance officielle par le patriarcat d'Ipek, d'une mé­ tropole spéciale, et presque autonome, de fait, pour les 17G5 CARLOVITZ Serbes (l'Autriche. Le nouveau métropolitain avait le pouvoir de nommer et de consacrer les évêques, de prendre toutes les mesures qu’il jugerait nécessaires, sans recourir au patriarche d'Ipek. 11 resterait cepen­ dant, en droit, soumis à la juridiction de ce dernier, et, avant d’entrer en fonction, prêterait entre ses mains serment d’obéissance. Alilasch, Das Kirchenrecht der morgenlândischen Kirche, Zara, 1877, p. 282, 283. Dans un document du 23 avril 1710, nous voyons, en efl'et, le successeur d’Arsène prendre le titre d’exarque du trône patriarcal d’Ipek. Ibid., p. 283. note 2. L’Église serbe d’Autriche ne devait conquérir sa pleine autono­ mie que trente ans plus tard, sous Joannovich Schakabent. Le premier successeur d’Arsène, Isaïe Diakovich, était élu, le 24 mai 1707, par le congrès national composé des évêques, des représentants du clergé et du peuple, con­ formément au droit reconnu par le privilège impérial du 20 août 1691. Ce mode de désignation fut dés lors constamment en vigueur. On attribue à Isaïe le transfert à Krouchedol de la résidence patriarcale, établie d’abord à Saint-André. Goloubinski, op. cit., p. 617. Ce fut éga­ lement lui qui entama avec Ipek les négociations rela­ tives à la reconnaissance par ce patriarcat de l’Église serbe d’Autriche. Le titre olliciel des primats serbes était le titre d’archevêque, reconnu par l’Autriche dans le privilège du 20 août 1691, Badich, op. cit., p. 47, avec celui d'exarque du trône patriarcal, conféré par Ipek. Le titre de patriarche, conserve à Arsène, fut aussi ac­ cordé, un peu plus tard, mais personnellement, à Schakabent, un transfuge d’Ipek, lui aussi. Il ne devait être définitivement rétabli qu'en 1848. En 1724, Vincent Popovich (1713-1725) transféra du monastère de Krouchedol à Belgrade, reprise depuis 1707 sur les Turcs, le siège primatial. La paix de Passarovilz. (1718), en rendant aux Autrichiens le banat de Témesvar et la Syrmie, lui avait déjà permis de rétablir sur ces provinces, d’une manière effective, sa propre juridiction. Son successeur, Moïse Petrovich (1727-1730), se signala par la fondation à Belgrade d’un établissement d’instruction, dont il conlia la direction à un Russe de Moscou, Maxime Souvorof, et par l'obligation qu’il im­ posa à ses prêtres de porter désormais un costume spé­ cial, copié sur celui du clergé catholique. Goloubinski, op. cit., p. 618. Vincent .Ioannovich (1731-1737) s'occupa avec zèle de développer l’instruction parmi les Serbes. Il fonda, dans ce but, un gymnase à Karlovitz, avec le concours de professeurs russes mandés de Kiev, et des écoles dans d'autres localités. Par la paix de Passarovitz, la Turquie avait dû céder à l’Autriche une portion de la Bosnie et même de la Serbie. Ipek n’était plus très éloigné des frontières au­ trichiennes. Cette proximité, qui favorisait les relations entre Serbes turcs et Serbes autrichiens, permit à l’Au­ triche de nouer avec le patriarcat d’Ipek de nouvelles négociations. Coïncidant avec la guerre qui se termina par la paix de Belgrade (1739), elles aboutirent, en 1737, à un nouvel exode en masse des Serbes vers l’Autriche. Charles VI avait fait offrir au patriarche Arsène IV Scbakabent le siège primatial de l’Eglise serbe d’Autriche, vacant depuis le 6 juin 1737. L’exode se produisit trois mois après; mais les Turcs, ayant eu vent du projet, se mirent à la poursuite des fugitifs et en ramenèrent une bonne partie. Le patriarche, avec une portion de son clergé, réussit à gagner Belgrade, oû il arriva le 17 sep­ tembre. 11 s’y installa; en 1739, Belgrade, cédée aux Turcs, dut être évacuée par lui. La Hongrie lui offrit un asile. Par diplôme du 1er octobre 1741, Marie-Thérèse fixait définitivement à Carlovitz le siège métropolitain de l’Eglise serbe, et reconnaissait officiellement Arsène « pour le chef religieux du clergé et de la nation rascienne, dans son royaume et dans ses Etats héréditaires ». Markovich, op. cit., p. 420. Un reserit impérial du 17G6 24 avril 17-43 lui accordait aussi, à titre personnel, et en reconnaissance des services rendus, la dignité et le rang de patriarche. C’est à partir de celle époque que l’Eglise serbe d’Autriche devint complètement autonome et autocéphale, de fait du moins, sinon de droit. Son droit à l’indépendance ne lui fut pas d’ailleurs contesté. Quant au fait, il fut reconnu indirectement par le pa­ triarcat de Constantinople, le jour où celui-ci, dans un différend avec le patriarcat d’Antioche, choisit pour ar­ bitre, et cela à cause de sa qualité de hiérarque indépen­ dant, le métropolite de Carlovitz, Étienne Stratimirovich (1790-1836). Verein, op. cit., p. 365; Markovich, op. cil., p. 420. Enfin, un document approuvé par le patriarcat de Constantinople, la Τάξις των θρόνων τής ορθοδόξου ανατολικής εκκλησίας..., parue en 1855, rangeait l’Église serbe d’Autriche parmi les Églises autocéphales. Milasch, op. cit., p. 283, note 13. L’administration de Schakabent fut marquée par une réaction contre le mouvement en faveur du développe­ ment de l’instruction encouragé par ses prédécesseurs. 11 ferma le collège de Carlovitz et renvoya les professeurs russes, en oubliant de les payer; ce qui lui valut des réclamations de la part du gouvernement russe. Golou­ binski, op. cit., p. 619. Un de ses successeurs, Paul Nénadovich (1749-1768), s’empressa au reste de le rouvrir et d’en fonder un second à Neusalz. Jean Georgiévich (1769-1773) intervint à son tour dans la question scolaire pour désorganiser les écoles exis­ tantes et gaspiller le fonds scolaire amassé parson pré­ décesseur. Le congrès national qui l’avait élu s’était occupé aussi de la question des réformes ecclésiastiques, déjà soulevée dans de précédents congrès. Sur la base des résolutions volées par ce congrès, et modifiées par lui, le gouvernement autrichien fit paraître en 1770 les Constitutiones nationis illyricœ. Mais les protestations que souleva ce nouveau règlement, dès son apparition, en empêchèrent l’application. Il fut remanié en 1777; et comme les modifications introduites ne satisfaisaient pas encore l'opinion populaire serbe, il en parut en 1779 une troisième édition transformée, sous le titre de Rescriptum declaraloriiini.Ce dernier document, publié d’abord en latin et en allemand, puis en slave, dans le premier fascicule du Serbski Létopis (1856), et en serbe, en 1862, resta pendant près d'un siècle le code fondamental de l’Église serbe d’Autriche. Goloubinski, op. cit., p. 621 ; Verein, op. cil., p. 368-369. Moïse Poutnik (1780-1790) réclama et obtint en 1783 l’extension de sa juridiction sur les orthodoxes, en majo­ rité roumains, de Transylvanie et de Bukovine. Le congrès national de 1790, qui lui donna comme successeur Étienne Stratimirovich (1790-1837), protesta vivement contre l’oppression magyare et réclama en faveur des droits historiques de la nationalité serbe. Il envoya à l’empereur une députation chargée de lui pré­ senter une supplique qui contenait les points suivants : égalité de droits entre les évêques orthodoxes et les évê­ ques latins; organisation de la nation illyrienne en pro­ vince autonome comprenant la Syrmie, le comitat de Bacs, le banat de Témesvar, sous le gouvernement d’un archiduc; institution d’une chancellerie spéciale pour l’Illyrie. A ce prix, les Serbes offraient leur concours à l’empereur contre les Hongrois révoltés. Léopold II. heureux de cette diversion, fit bon accueil aux évêques porteurs de la supplique et promit de tenir compte de la requête. H lui donna même un commencement de réalisation en organisant la chancellerie illyrienne. La diète de Presbourg protesta contre cette prétendue at­ teinte à ses droits, et la chancellerie illyrienne disparut dès 1792. Cependant, la diète hongroise de 1791 avait sanctionné le droit des Serbes à une existence séparée et au libre exercice de leur religion. Badich, op. cit., p. 57-60; A. d'Avril. La Serbie chrétienne, dans la Hevue de l’ürient chrétien, Paris, 1896, 1.1, p. 340. S’ils durent 1767 CARLOVITZ se contenter d'espérances sur le premier point, les Serbes reçurent pleine satisfaction sur le dernier; car ils jouirent dés lors, au point de vue religieux et ecclé­ siastique. des mêmes droits que les catholiques, et virent disparaître les quelques légères traces qui subsistaient encore d’une inégalité de traitement en leur défaveur. Le congrès national de 1790 avait aussi sollicité et obtenu du gouvernement impérial la création à Carlovitz d’un séminaire de théologie pour 120 élèves, et l'ouverture dans chacun des sièges épiscopaux d'écoles ecclésias­ tiques préparatoires. Mais, comme l’entretien de ce séminaire et de ces écoles était, aux termes du reserit impérial, à la charge du métropolite et des évéques, ceuxci préférèrent ne pas donner suite au projet et laissèrent enfouie dans les archives l'autorisation impériale. C’est du moins l’accusation que porte contre eux l’auteur de l'article Narodni congressi publié en 1862 dans le Lëlopis, t. t, p. 81. Cependant, Carlovitz aurait vu s’ouvrir dès 1794, et, à sa suite, Versecz, Arad et Pakraz, de mo­ destes écoles ecclésiasliques. Goloubinski, op. cit., p. 622. IV. De 1818 Λ NOS jours. — La révolution de 1848 eut un profond retentissement en Autriche. De toutes parts, les nationalités s'y levèrent, pour marcher â la conquête de leur indépendance politique et même religieuse. Les Serbes ne furent point des derniers. Comme pour leurs frères de Croatie, c’était moins d’Autriche que de Hon­ grie que leur venait le danger d'une oppression. Aussi, en même temps que les Croates offraient au gouverne­ ment de Vienne leur concours contre celui de Pest. les Serbes envoyaient-ils des députés à Pest pour demander le respect des conventions conclues avec leurs ancêtres par Léopold I". On ne répondit à leurs requêtes que par des injures et des violences. Les représentants de la nation se réunirent alors à Carlovitz sous la présidence de l’archevêque Rajachich (1842-1861). Le congrès natio­ nal vota, le 3 mai, entre autres décisions, les résolutions suivantes : 1° les dignités de voïévode et de patriarche sont rétablies; 2° la nation serbe jouira désormais de son indépendance politique, sous l’autorité de la maison d'Autriche et de la couronne de Hongrie; 3° elle exprime le désir que la Syrmie, le banal de Témesvar, la Batchkie, etc., soient proclamés voïévodie serbe, conformé­ ment aux paeta conventa conclus avec Léopold Ι"; 4° le congrès reconnaît l’union politique de la voïévodie avec les royaumes de Croatie, Esclavonie et Dalmatie, tous placés sur le pied d'une liberté et d'une égalité parfaite; 5° le congrès supplie l’empereur-roi de proclamer et d’assurer dans les mêmes conditions, l’indépendance de la nation valaque en Transylvanie. A. d’Avril, op. cit., p. 342. Peu de temps après, les Serbes marchaient avec les Croates contre les Hongrois. L'empereur, pris entre la révolution hongroise triomphante et les revendications nationales des populations slaves, courut au plus pressé et. pour se conserver l'appui des régiments serbes et croates, fit quelques concessions et de nombreuses pro­ messes. Par un décret en date du 15 décembre 1848, il confirma à Chouplikatz, ex-officier français au service de l’Autriche, la dignité de voïévode qui lui avait été conférée par le congrès national, mais, quand l'élu mourut subitement quelques jours après, se garda bien de le remplacer. Rajachich fut autorisé, par le même décret, à porter désormais le titre de patriarche, qui resta acquis à ses successeurs. Toutefois le gouverne­ ment impérial se vengea de cette concession forcée en détachant du diocèse de Carlovitz les trois quarts de 11 circonscription pour les annexer au diocèse de Novi-ad iXeusatz), dont le titulaire. Platon Athanaskovich. un gouvernemental forcené, nommé sans le concours de la nation et du patriarche, fut considéré par l’une et par l'autre, jusqu’en 1856. comme un intrus. A. d’Avril, 7 . .it., p. 343; Radich. op. cit., p. 60-62; Markovich, 1768 op. cit., p. 420. La voïévodie serbe subsista de nom jus­ qu’en I860; mais, en fait, l'empereur, au lieu de nommer un voïévode, en prit lui-même le titre, et rattacha en 4849 les provinces qui la composaient au gouvernement de Zagreb (Agram). De 1851 à 1860. ce fut, chez les Serbes de la voïévodie, le triomphe de la centralisation allemande. Mais ces événements, d'ordre purement politique, n'eurent pas de répercussion dans le domaine religieux et ecclésiastique. Ils ne se rattachent à l'his­ toire de l’Église serbe que par la part prépondérante que prit le patriarche Rajachich â toutes les négociations dont ils furent le prétexte ou l’occasion. Les revers subis par l’Autriche dans la guerre d’Italie, en 1859, provo­ quèrent un nouveau réveil des aspirations nationales. Les Serbes y prirent leur part en adressant à l’empereur, par l'intermédiaire du patriarche, en juillet 1860, une pétition demandant que les évêchés de Bukovine, de Dalmatie et de Transylvanie soient complètement subor­ donnés au patriarcat de Carlovitz; que les évéques puis­ sent se réunir en synode, et qu'après la clôture du sy­ node un congrès national ecclésiastique soit autorisé; qu'une section spéciale, destinée à l’administration de l’Église grecque non-unie, soit constituée au ministère des cultes sur le modèle de celle qui existe pour l’Eglise évangélique; que le gouvernement autorise la construc­ tion à Vienne d'une église, d'un presbytère et d'une école pour le rite grec; qu'il décrète la création de deux universités, l'une pour les Serbes, l'autre pour les Rou­ mains; qu'il interdise légalement tout prosélytisme; qu’il exempte les couvents serbes de tout impôt; enfin, que le collège supérieur de Carlovitz et le collège secondaire de Neusatz soient reconnus comme d'utilité publique. A. d’Avril. op. cit., p. 348. La plupart de ces proposi­ tions furent agréées, en principe du moins, par l'empe­ reur. En mars 1861. les provinces qui composaient la voïévodie serbe se virent réincorporées dans le royaume de Hongrie. Le congrès national qui se réunit le 2 avril suivant, sous la présidence du vieux patriarche, et avec le concours des représentants des orthodoxes de Hongrie, d'Esdavonie. de Croatie, de Transylvanie et des Contins, émit des vœux et lança des projets pour la réorganisation de la voïévodie, mais sans aucun résultat. Celui de 1864. convoqué pour nommer un successeur à Rajachich, mort en 1860, refusa d’examiner la question des reven­ dications roumaines soulevée par les représentants rou­ mains. Depuis 1860, en effet, la Bukovine et la Transyl­ vanie réclamaient énergiquement leur autonomie reli­ gieuse. Un patrioteardent, l’évêque transylvain Schaguna, dirigeait le mouvement séparatiste. H obtint gain de cause devant le synode épiscopal de Carlovitz, et le 24 dé­ cembre 1864 (5 janvier 1865), l'empereur approuvait la décision du synode et érigeait Herruannstadt en métro­ pole indépendante des Roumains de Transylvanie. L’Eglise serbo-roumaine de Bukovine, elle, dut attendre neuf ans encore son autonomie. Verein, op. cit., p. 372; Radich. op. cil., p. 64. Le compromis austro-hongrois de 1867, en établissant le dualisme dans l'empire', eut pour résultat de morceler, politiquement et administra­ tivement. la nationalité serbe. L’Esclavonie unie à la Croatie forma avec elle le royaume tri-unitaire, à qui il manquait toutefois la Dalmatie, rattachée à la Cisleithanie, pour justifier son titre. Ce royaume tri-unilain tronqué constituait avec le royaume de Hongrie la Transleilhanie. La voïévodie proprement dite et le banal res­ taient incorporés à la Hongrie; de sorte que les Serins se trouvaient finalement partagés, au point de vue ci­ vil, en trois groupes distincts : Serbes cisleithans de Dalmatie et de Bukovine, Serbes transleithans du royaume tri-unitaire, Serbes transleithans de Hongrie. Ce partage entraîna avec lui. au point de vue religie n. une organisation nouvelle des groupements ecclésias­ tiques. La métropole roumaine d’Hermannstadt jouissait depuis I8C5 d'une complète autonomie. En 1873, lÉgfise 1709 CARLOVITZ 1770 de Btikovine, â laquelle on rattacha la Dalmatie, fut à i avec les maîtres magyares. Il revendique simplement une plus large autonomie nationale et religieuse. En son lour déclarée autonome, et Tchernovïtz, son centre, prenant possession de son siège, le nouvel élu déclara érigé en métropole indépendante. L’Église grecque orthodoxe d’Autriche, qui avait eu que désormais la politique serait bannie de l’église et de l’école. Il promit aussi de pratiquer une entente jusqu’en 1865 Carlovitz pour unique métropole, se trouva cordiale avec l'élément laïque. Assez bien accueilli au désormais scindée en trois groupes distincts, mais coor­ début, Mtn Brankovich se vit reprocher, dans la suite, donnés : le groupe serbe de Hongrie et de Croatie, le son altitude trop conciliante à l'égard du gouvernement groupe roumain de Transylvanie, le groupe serbo-rou­ hongrois. Cependant, il avait protesté énergiquement, main de Bukovine et de Dalmatie. Le patriarcat de Car­ en 1894, à la Chambre des magnats, contre les mesures lovitz sortait amoindri et mutilé de celle réorganisation. de magyarisalion. Vers la même époque, le synode épis­ A. d’Avril, op. cil., p. 355 364; Verein, op. cil., p. 371372; Théarvic, L’Église serbe orthodoxe de Hongrie, copal. dont il était président, avait été dissous pour dans les Échos d’Orient, t. v (1901-1902), p. 168-169. A n’avoir pas accepté les candidats présentés par le gou­ vernement à deux sièges épiscopaux vacants. A. d'Avril, la suite de ces événements, en juillet 1874, le congrès op. cil., p. 365-378; Lopoukhine, Isloria khrislianskoï national serbe fut convoqué à l'elfet de désigner un can­ Iserkvi ve xix viékié, Saint-Pétersbourg, 1901, p. 428didat pour le siège patriarcal, vacant depuis quatre ans. 431. L’évêque serbe de Bude. Stoïkovich, y réunit 65 suffra­ ges; mais le gouvernement autrichien, pour qui l’élu La situation ne parait pas s’être améliorée dans ces était trop ardent patriote serbe, récusa ce choix. Un nou­ dernières années. 11 existe actuellement deux partis : veau scrutin amena le nom d'ivaskovich, métropolitain celui du patriarche et du haut clergé, celui du peuple et d'Hermannsladt. Il fut agréé et démissionna pour venir du bas clergé. Le bas clergé se plaint d’être oublié et occuper son nouveau poste. En dehors de cette élection, même sacrifié. Les mesures disciplinaires prises contre le congrès s’occupa de réformes intérieures. H enleva lui par le patriarcat, et approuvées par le gouvernement au clergé l’administration exclusive des biens de l’Église hongrois (16 avril 1900), n'ont pas contribué, loin de là, et la direction de l'instruction publique, pour l’attribuer à calmer les esprits. Le congrès national, émanation du au congrès. Il se conféra également des droits sur l’orga­ peuple, se trouve également en lutte avec le pouvoir nisation des cures, des consistoires, du conseil métro­ ecclésiastique, pour la défense de ses droits, en parti­ politain, sur la fixation du nombre des diocèses et leur culier, de ceux relatifs au choix des évêques dans lequel délimitation, sur la fondation et la suppression des cou­ il intervient. Cf. dans le Hogoslovski Viestnik de l'Aca­ vents, sur la dotation des prêtres et des évêques, sur démie ecclésiastique de Moscou, juin 1901. l'article de l'organisation des paroisses. A cet elfet, il institua une Voskrésenski sur La vie ecclesiastigue des Slaves ortho­ commission mixte permanente, dont les membres doxes, p. 358-373. L'auteur y résume le Schématisme laïques seraient choisis par lui, et les membres ecclé­ ofliciel de 1900 et y donne les renseignements les plus complets sur la situation actuelle de l’Église de Carlosiastiques nommés par le patriarche. La présidence en reviendrait de droit au patriarche. Le congrès se décla­ vilz. Il y revient dans un article du n. de juillet-août 1902, rait en même temps incompétent dans les questions p. 556-566. purement ecclésiastiques, dogmatiques et liturgiques. Le congrès national, convoqué en 1897, avait été clos Ces mesures, votées en 1874, furent sanctionnées el ap­ par le gouvernement dès les premières séances. Il ne pliquées dès 1875. Le congrès national se composa, à fut autorisé à se réunir à nouveau qu'en juin 1902. Les partir de cette époque, de 50 membres laïques et de rapports avec le gouvernement hongrois étaient alors 25 ecclésiastiques; la commission permanente instituée moins tendus qu'en 1897, et tout se passa dans l’ordre. par lui comprenait cinq laïques sur neuf membres. Il Pour terminer ce court aperçu historique, nous don­ devait se réunir tous les trois ans, sous la présidence du nons la liste des évêques ou patriarches de l’Église serbe patriarche. d'Autriche depuis 1690 : En janvier 1882, le congrès fut appelé à donner un 1» Arsène Tchernoïévich, 1690-27 octobre 1706. successeur au patriarche défunt, Ivaskovich. Son choix 2° Isaïe Diakovich, 1708. se porta de nouveau sur l'évêque de Bude, Stoïkovich, 3° Sophrone Podgoritcbanine, 27 mai 1710-7 janvier déjà refusé en 1874 par le gouvernement. Il le fut une 1711. seconde fois. Zsirkovich, évêque de Carlstadt, ne fut pas 4° Vincent Popovich, 6 mai 1713-23 octobre 1725. agréé davantage, et le siège resta vacant. Ni l’un ni 5« Moïse Pétrovich, 7 février 1726-27 juillet 1730. l’autre des deux candidats n'avait obtenu l'unanimité 6° Vincent .Ioannovich. 22 mars 1731-6 juin 1737. des suffrages nécessaire pour rendre l'élection valable 7" Arsène Joannovich Schakabenl, 21 octobre 1741-7 fé­ indépendamment de toute confirmation gouvernemen­ vrier 1748. tale. Le gouvernement, s’appuyant sur de prétendus 8» Isaïe Antonovich, 27 août 1748-22 janvier 1749. droits, procéda alors à une nomination directe et lit 9» Paul Nénadovich, 20 juillet 1749-15 août 1768. tomber son choix sur Angiëlich, évêque de Bacs. Le 10° .Jean Georgiévich, 27 août 1769-23 mai 1773. candidat gouvernemental était très antipathique au parti 11° Vincent Joannovich Vidak, 5 juin 1774-18 février avancé, champion de l'idée de la Grande Serbie en face 1780. des prétentions croates et surtout magy ares. La lutte sur 12° Moïse Poutnik. 10 juin 1780-28 juin 1790. ce terrain à la fois national et religieux continuait en 13» r-tienne Stralimirovich, 29 octobre 1790 (1796?)ell'et aussi vive que par le passé. Serbes et Croates pa­ 23 septembre 1836. 14» Étienne Stankovich, Il novembre 1837-31 juillet rurent un moment s'unir contre l’oppresseur commun, le Magyar; c'était en 1886, à l’occasion d'une visite de 1841. l'archevêque croate d’Agram, Mor Slrossmayer, au 15» Joseph Rajachich, 11 septembre 1842-1“· décembre patriarche serbe de Carlovitz, et en '1888, à propos du 1861. cinquantenaire sacerdotal du prélat croate, que son 16» Samuel Machiriévich, 1864-1870. patriotisme et son dévouement à la cause slave ont rendu 17" Ivaskovich, 19 juillet 1874-11 mai 1881. Il se retira également cher aux Serbes et aux Croates. En 1890, le en 1879 et laissa la .conduite des affaires à un adminis­ congrès eut à élire un successeur au patriarche Angiétrateur, Germain Angiëlich, évêque de Bacs. lich, mort en 1883. Il choisit Mo' Brankovich, évêque de 18« Germain Angiëlich, janvier 1882-26 novembre 1888. Témesvar, qui appartient au parti national modéré. Ce 19" Georges Brankovich, 21 avril 1890. parti, tout en soutenant les intérêts de la religion et de La liste qui précède a été dressée d’après Golonbin«ki. la nationalité serbe, ne rejette pas toute idée d'entente op. cil., p. 616 624, et A. d'Avril, op. cil., p. 338. Leurs CARLOVITZ 1771 listes présentent pour quelques noms quelques légères différences relatives au mois ou au jour. La seule diver­ gence qui soit importante porte sur la date de l’élection de Stratimirovich, que l’un place en 1790, l’autre en 1796. V. Organisation intérieure. — En dehors des sources générales du droit ecclésiastique, l’Église grecque orien­ tale de Carlovitz possède, comme toute Église autonome, son droit spécial, qui a pour bases principales les élé­ ments suivants : 1» diplômes ou privilèges impériaux de 1690, de 1691, de 1695, confirmés à différentes reprises par les empereurs, en particulier, en 1715 par Charles VI, en 1743 par Marie-Thérèse; 2“ le Benignum rescriptum declaratorium illyricæ nationis du 16 juillet 1779, qui n'était qu’une édition remaniée du Regulamentum constitutionis nationis illyricæ du 27 septembre 1770, déjà modifié une première fois et publié le 2 janvier 1777, sous le titre de Regulament. Ce Rescriptum de­ claratorium, qui, saut’ les questions purement dogma­ tiques et liturgiques, embrassait toute l'organisation ecclésiastique, eut un complément dans le Systema con­ sistoriale, publié peu de temps après, le 5 avril 1782. Approuvée en 1792 par l’art. 10 de la loi hongroise, cette constitution fut de nouveau reconnue par l’art. 20 de la loi de 1848, qui confirma aux orthodoxes de rite grec le droit de régler leurs questions religieuses et scolaires par un congrès national composé de 25 ecclésiastiques et de 50 laïques. L'art. 9 de la loi hongroise de 1868 reconnut le fait de la séparation de l’Église de Carlovitz. et de celle d’Hermannstadt, en même temps que leur pleine autonomie. Cette même année, un reserit impérial du 10 août mo­ difiait, sur la base des décisions du synode de 1864 et du congrès de 1865, certains points de l’organisation intérieure de l’Église de Carlovitz. Le Benignum re­ scriptum declaratorium de Marie-Thérèse cessa dès lors d’être en vigueur. Deux décrets du 29 mai 1871 vinrent encore régler la question de l'organisation deséparchies et celle des élections au congrès national; enfin, un dé­ cret du 14 mai 1875 accorda la sanction impériale au Congress-statut élaboré par le congrès national de 1874, en remplacement du Systema consistoriale de 1782. Verein, op. cit., p. 367-370; Radich, op. cit., p. 44-68. Les principaux organes de l’administration centrale dans l’Église de Carlovitz sont, en dehors du patriarcat, le synode épiscopal et le congrès national. Il faut y ajouter comme organes auxiliaires : la commission permanente du congrès, l’officialité métropolitaine et le conseil na­ tional pour les églises et les écoles. Sans entrer dans le détail des attributions propres à ces différents organes, il convient cependant de déterminer leur rôle et leur composition. Le synode épiscopal comprenait jusqu’en 1864 deux catégories de membres : les membres ordinaires, re­ présentés par le primat de Carlovitz avec ses six suffragants directs; les membres extraordinaires, au nombre de trois : les métropolites d'Hermannstadt, de Bukovine et de Dalmatie. La première catégorie prenait seule part aux délibérations intéressant l’administration de la mé­ tropole de Carlovitz; la seconde catégorie intervenait dans l’examen des questions dogmatiques et spirituelles ; car il ne faut pas oublier qu’Hermannstadt, depuis 1783, Tchernovitz, depuis 1785, et Zara, depuis 1829, relevaient in dogmaticis et spiritualibus de Carlovitz. Ces trois Églises, ramenées à deux maintenant que la Dalmatie est rattachée, au point de vue ecclésiastique, à la Buko­ vine, ne sont plus sous la juridiction de Carlovitz; elles constituent avec ce patriarcat un système d’Églises coor­ données. Un synode général composé des représentants de ces différents groupes ecclésiastiques doit, en prin­ cipe, maintenir entre eux un reste d’unité; mais ce sy­ node, malgré les vœux exprimés par les intéressés, n'a pu encore se réunir. Le synode épiscopal du patriarcat de Carlovitz comD1CT. DE TIIÉOL. CATHOL. 1772 prend donc actuellement, comme uniques membres, le patriarche et ses six sufi’ragants. Il faut y ajouter un commissaire impérial dont la présence aux délibérations synodales a été imposée par le gouvernement, dès 1768, et maintenue en dépit des protestations du synode luimême et du congrès national de 1769. Toutefois, ce com­ missaire impérial n’assiste pas aux séances ou l'on traite de questions dogmatiques ou purement spirituelles; il est également exclu des délibérations relatives au choix des candidats épiscopaux. Les attributions du synode sont assez étendues; il eut longtemps dans son domaine toutes les questions intéressant le dogme, la religion, le culte, la discipline, l'organisation ecclésiastique et les affaires extérieures. Ces deux derniers points relèvent maintenant, et cela, depuis les statuts fixés par le con­ grès de 1875, du congrès national bien plus que du synode. La juridiction dans les causes judiciaires d’ordre religieux ou spirituel, qui de droit appartient au synode, est exercée en fait, depuis le système consistorial de 1872, par l’officialité métropolitaine, composée du métro­ politain et de deux évêques désignés à cet effet par le synode. Cependant, en 1875, le synode s’est réservé un certain nombre de causes. En dehors du droit de légi­ férer en matière canonique, il avait aussi celui de déter­ miner les matières à examiner et les questions à résoudre au congrès national. Son initiative législative est aujour­ d'hui bien réduite. Le choix des évêques, en dehors de l’élection du patriarche réservée au congrès national, lui a toujours appartenu, bien que ses droits sur ce point aient quelquefois reçu en pratique, de la part du gouvernement ou du primat de Carlovitz, de graves atteintes. C’est encore â lui qu’est réservé le choix des autres hauts dignitaires ecclésiastiques, mais sous bé­ néfice de l’approbation gouvernementale. Le congrès national ecclésiastique, institué par le pri­ vilège impérial du 20 août 1690, n’eut d'abord, en fait d’attributions, que l’élection du patriarche, avec droit de consultation vis-à-vis du gouvernement et de l’autorité religieuse pour les affaires nationales et ecclésiastiques. L’art. 3 de la loi de 1868 étendit considérablement ces attributions, et réserva au congrès l'examen et la solu­ tion de la plupart des questions intéressant la nation et l’Église, sauf celles d’ordre purement spirituel et dog­ matique. Ce congrès est actuellement un vrai parlement politico-religieux, où domine l’élément laïque représenté par 50 députés civils ou militaires contre 25 ecclésias­ tiques. Les évêques en sont membres de droit; le reste est désigné par les collèges électoraux, tous les trois ans; car, d’après le droit en vigueur, le congrès ne se réunit que tous les trois ans. Un commissaire impérial y est attaché. La présidence, qui lui appartint de droit jus­ qu’en 1875, est maintenant dévolue au patriarche-, et, en son absence, à un vice-président laïque élu par le con­ grès lui-même. Celui-ci a dans son ressort : la nomina­ tion du patriarche, sa dotation, l’organisation <}es cir­ conscriptions diocésaines, la composition des différents organes administratifs centraux ou diocésains, les ques­ tions scolaires, l’administration des biens des églises et des couvents, l’organisation des diocèses et des paroisses. Au patriarche appartiennent, en dehors de l’administra­ tion du siège métropolitain, la convocation et la présidence du synode et du congrès. Il est, devant le gouvernement, le chef de la nation, et pour le peuple son représentant auprès de l’empereur-roi et des autorités hongroises. A ce titre, il siège, de droit, depuis 1792, à la Chambre des Magnats et au Landtag de Croatie-Slavonie. Depuis la résolution impériale du 7 avril 1778, qui lui enleva toute juridiction au for civil, ses attributions sont d’ordre exclusivement religieux et ecclésiastique. Mais la nature même de ses fonctions lui assure toujours une grande influence dans les questions politiques et nationales. Le rôle joué par le patriarche Rajachich dans les événe­ ments de 1848 à 1861 en est un exemple frappanL II. - 56 1773 CARLOVITZ La commission permanente du congrès, composée de neuf membres, trois ecclésiastiques, dont un évêque, et cinq laïques, et présidée de droit par le patriarche, n'est définitivement organisée que depuis 1875. Elle se renou­ velle tous les trois ans, comme le congrès lui-même qui en détermine la composition. Son cercle d'attributions se trouve exactement défini par les termes mêmes du statut dressé par le congrès, et dont elle est chargée de réaliser les différents points, directement ou indirecte­ ment, en veillant à leur exécution. Elle a naturellement à répondre devant le congrès national de l’exécution du mandat qui lui est confié; elle tient chaque année, à Carlovitz, ses quatre réunions ordinaires. Préparer le programme du futur congrès et gérer les fonds et les biens des églises, des couvents et des écoles, tels sont les deux objets qui absorbent le meilleur de son activité. Le Metropoli tan-Appellotarium ou officialité métro­ politaine, fut créé, sur la demande du congrès national de 1769, par le Regulament de ΜΊΊ. Son rôle était d’exercer, dans le domaine ecclésiaslico-religieux, les fonctions judiciaires réservées jusque-là au seul métro­ politain. D’après le Systema consistoriale de 1782, il devait être ainsi composé : le métropolitain, en qualité de président, deux évêques choisis parmi les plus rap­ prochés de Carlovitz, deux archimandrites, deux archiprêtres, deux prêtres et un notaire. Le reserit impérial de 1868 le sectionna en deux ressorts, ou plutôt, établit â côté du tribunal ecclésiastique existant un bureau com­ posé du métropolitain, de deux assesseurs ecclésias­ tiques, dont un évêque, du directeur général des écoles serbes, du fiscal du consistoire éparchial, de deux mem­ bres honoraires laïques et d'un notaire, pour s'occuper des questions d'administration relatives aux églises et aux écoles. Modifiée à nouveau en 1879, la composition du tribunal métropolitain se ramène aujourd’hui aux éléments suivants : le métropolitain pour président, deux évêques, dont l'un est de droit le plus ancien en fonction, et l’autre désigné par le synode, trois assesseurs ecclé­ siastiques et trois laïques, élus parle congrès, un notaire et un fiscal. Il est aussi désigné actuellement sous le nom de conseil ecclésiastique métropolitain. Le conseil na­ tional pour les églises et les écoles a été créé en 1871 pour remplacer le bureau adjoint en 1868 au tribunal métropolitain, et supprimé peu après. Il a donc hérité de ses attributions; mais l’élément laïque y occupe la place prépondérante, car il comprend comme membres, en dehors du patriarche, qui en est le président de fait, sinon de droit, cinq laïques et un ecclésiastique, dési­ gnés par le congrès. L’organisation éparchiale est calquée sur l’organisation centrale. Elle comprend une assemblée éparchiale et des organes auxiliaires, tels que le consistoire spirituel, la commission administrative, la commission scolaire. L'assemblée éparchiale joue, dans le cercle restreint de l’éparchie, le rôle réservé dans l'ensemble de la mé­ tropole au congrès national. En dépit des réclamations de l’autorité ecclésiastique, qui voyait dans cette orga­ nisation une atteinte à ses droits, le projet définitif d’organisation éparchiale de 1879 conférait à cette assem­ blée pleins pouvoirs sur la constitution et l’administra­ tion de l’éparchie. C’était accorder à l'élément laïque une prépondérance marquée. En effet, aux termes mêmes de ce règlement, l'assemblée éparchiale est composée comme il suit : l’évêque pour président, un vice-prési­ dent élu par l’assemblée, les archiprêtres ou doyens comme membres de droit, et un certain nombre, varia­ ble pour chaque éparchie, de membres ecclésiastiques élus par le clergé paroissial, et de membres laïques désignés par les groupes paroissiaux, dans la proportion de deux tiers de membres laïques pour un tiers de mem­ bres ecclésiastiques. Depuis 1879, l’élément monastique •y possède aussi son représentant. Les attributions de cette assemblée, fort étendues en 1774 principe, se trouvent assez réduites en fait. Son influence sur les affaires de l’éparchie s’exerce principalement par la constitution des commissions éparchiales et l’exer­ cice du droit de consultation et de rapport devant le congrès national sur les questions intéressant l’organi­ sation et l'administration éparchiale. Le consistoire spirituel éparchial, établi par le Regu· lament de 1777, et réorganisé à différentes reprises, joue dans l’éparchie le rôle de conseil épiscopal et de tribunal de première instance pour les causes religieuses et canoniques. D’après le projet d’organisation éparchiale de 1879, le consistoire spirituel se compose des éléments suivants : l’évêque, en qualité de président, sept mem­ bres ordinaires, dont deux archiprêtres, deux prêtres et deux laïques. Ces membres sont désignés par l’assem­ blée éparchiale. Ils tiennent séance une fois par semaine. La compétence du consistoire s’étend sur toutes les questions concernant la foi, la liturgie, la discipline; il juge les causes matrimoniales, tranche les contesta­ tions entre membres du clergé sur les questions reli­ gieuses et canoniques, décide, après examen, de l’ad­ mission aux fonctions ecclésiastiques. La commission administrative, dont les membres sont nommés par l’assemblée éparchiale, et qui est composée de laïques et d'ecclésiastiques dans la proportion de deux tiers contre un, a dans son domaine les questions d’ordre purement administratif, soustraites, dès 187'1, à la compétence du consistoire. A la commission scolaire, qui comprend une forte majorité de membres laïques, reviennent les questions intéressant les écoles : inspection, choix des maîtres, gérance des fonds scolaires. L’organisation paroissiale repose sur les deux éléments suivants : l’assemblée paroissiale et la commission pa­ roissiale. L’assemblée paroissiale est constituée par les membres du clergé paroissial et par un certain nombre, variable de 30 à 120, suivant l'importance de la paroisse, de laïques élus à cet effet par la communauté. Elle se réunit tous les ans; les décisions administratives prises par elle sont révisables par la commission administrative éparchiale; ses choix dans la nomination du clergé pa­ roissial restent soumis à l’approbation du synode épis­ copal. La commission paroissiale n’est qu’une émanation de l’assemblée paroissiale. Elle peut comprendre de 8 à 24 membres, avec le curé comme président de droit. Elle partage avec celui-ci le soin de 1’administration paroissiale; églises, écoles, établissements de bienfai­ sance, fonds et biens de la communauté, tout relève d’elle; le clergé ne peut prendre aucune initiative sans son approbation. Dans la paroisse, comme dans l’éparchie et dans l’ensemble du patriarcat, l’élément laïque exerce, on le voit, une inlluence prépondérante; à tous les degrés de l’organisation ecclésiastique règne le sys­ tème électif, qui a pour conséquence la subordination plus ou moins complète du clergé aux fidèles. Cette si­ tuation, quelque peu anormale au point de vue cano­ nique, a provoqué à diverses reprises les protestations du haut clergé, en particulier, du synode épiscopal. Ces protestations n’ont d'ailleurs amené aucune modification essentielle dans le système : le peuple serbe tient à ses droits, ou à ce qu’il considère comme tel, et ne parait nullement disposé à s’en laisser dépouiller. VI. Statistiques. — Le nombre des éparchies serbes constituant actuellement le patriarcat de Carlovitz s’élève à sept, à savoir, par ordre alphabétique : Batch, Buda, Carlovitz, Carlstadt, Pakraz, Témesvar, Versecz. En com­ parant cette liste avec celle du diplôme du 4 mars 1695, qui nous livre les noms des éparchies constituées par Arsène avec l’autorisation impériale, nous constatons que le nombre n’en a pas varié, mais qu’il y a eu des modificatious dans la répartition et le groupement, au •1775 CARLOVITZ — CARMES (ORDRE DES) point de vue ecclésiastique, des centres occupés par la population serbe. Les évêchés de Gross-Vardein, Mohacs, Szégédin ont disparu pour faire place à ceux de Bacs, Carlovitz et Pakraz. Gross-Vardein était déjà supprimé en 1707, et les paroisses qui en dépendaient réparties entre Témesvar et Szégédin. Pakraz fut établi entre 1708 et 1710, et Mohacs rattaché en 1731 à Buda; la dis­ parition de Szégédin est probablement postérieure à 1815. Au point de vue géographique, les évêchés actuels sont ainsi répartis : quatre en Hongrie, Bacs, Buda, Témesvar, Versecz; dans la Syrmie, Carlovitz; en Sla­ vonie, Pakraz; en Croatie, Carlstadt. J’emprunte aux Échos d’Orient, t. v (1901-1902), p. 171, le tableau statistique suivant, établi sur la base des ren­ seignements officiels publiés, au début de l'année 1900, dans le Schematisme du patriarcat de Carlovitz. 1776 raz, une pour institutrices à Carlstadt; un grand gym­ nase de garçons à Carlovitz, un autre à Neusatz; une école supérieure de filles à Zombor, une seconde à Neu­ satz, une troisième à Pantchova. Le patriarcat possède une imprimerie serbe à Carlovitz. Échos d’Orient, t. v, p. 171-172. Pour l'histoire : Goloubinski, Kralhii otcherk istorii pravos· lavnykh tserkveï (Précis d'histoire des églises orthodoxes), Moscou, 1871, p. 604-647; Radich, Die Verfassung des obersten Kirchenregiments in der orthodox-catholischen Kirche bei den Serben in Œsterreich-Ungarn, Versecz, 1877,1878, p. 16-68 ; Id., Die orthodox-orientalischen Particular-Kirchen in den Landernder ungarischen Krone, Budapest, 1886, p. 11-44; Engel, Geschichte des ungarischen Reichs und seiner Nebenlünder, Halle, 1797-1804, t. n, p. 198-200; t. ni, p. 444-456; Markovich, GU Slavi edi papi,Zagreb, 1897,t.n,p.408-422; Lopoukhine,Istoria khristianskoï tserkvi ve xix viékié (Histoire de l'Église chré­ tienne au xix" siècle), Saint-Pétersbourg, 1901, t. n, p. 423-433 ; 99 DISTRICTS SECONDAIRES. ECCLESIASTIQUES. COMM U N A U T É S 61 45 127 145 103 80 75 20 65 60 646 551 4 3 23557 3082 29 289 55 000 10 768 26822 26 431 135 504 18584 173011 333 830 124 564 144000 133 375 64 725 433 265 636 1349 174 949 1062 848 Remarquons, à propos du tableau qui précède, qu’au point de vue administratif chaque éparchie est divisée en communautés ecclésiastiques auxquelles peuvent être annexés un ou plusieurs districts secondaires. Il existe une ou deux paroisses par communauté. Les paroisses elles-mêmes sont groupées en protopresbytérats ou archiprêtrés. Voici, de plus, diocèse par diocèse, le nom des 27 mo­ nastères du patriarcat : 1. Batch. — Bodjani, Kovili. 2. Buda..— Grabovaz. 3. Carlovitz. — Beschénovo, Béotchin, Schischatovaz, Divcha, Guergueteg, Kouvejdin, Krouchedol, MalayaRéméta, Phének, Privina Glava, Rakovaz,Staroé-Hopovo, Vélikaya-Réméta, Verdnik. 4. Carlstadt. — Gomirjé. 5. Pakraz. — Lépavina, Oharoviza, Pakra. 6. Témesvar. — Bezdin, Sviati-Guéorguii, Hodosch. 7. Versecz. — Mésics, Vojloviza, Zlaticza, Baziasch. Autrefois riches et puissants, ces couvents ont aujour­ d'hui beaucoup perdu de leur importance. Mal adminis­ trés, presque déserts, ils ne sont guère plus, à l’exception de Krouchedol, ancienne résidence des métropolites, que de vieux souvenirs du passé. En somme, la vie monas­ tique est en pleine décadence chez les Serbes de la Hongrie. Je ne possède pas de renseignements précis sur leurs écoles populaires. En fait d'établissements de haute in­ struction. je citerai les suivants : un séminaire de théo­ logie à Carlovitz; une école normale pour instituteurs et institutrices à Zombor, une pour instituteurs â Pak- INDIVIDUS. 38 10 55 37 25 53 47 FAMILLES. 712 56 24 94 99 69 47 44 CLERGÉ 32 82 46 140 144 103 103 97 INFÉRIEUR. 28 42 52 5 13 8 16 » 9 » 18 PRÊTRES. Totaux .. » PAROISSES. 65 63 155 143 132 80 74 ÉGLISES 4 2 4 8 6 4 4 SECONDAIRES- 2 1 14 1 3 3 4 CHAPELLES. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. ÉGLISES PROTOPRESBYTÉRATS. Bacs . . . Buda . . . Carlovitz . Carlstadt Pakraz . . Témesvar. Versecz. . ntocÉSES. PRINCIPALES. MONASTÈRES. STATISTIQUE DES DIOCÈSES SERBES DE HONGRIE A. d’Avril, La Serbie chrétienne, dans la Revue de l’Orient chrétien, 1896,1.1, p. 335-378; Nilles, Symbolæ ad illustrandam historiam Eeelesiæ orientalis in terris coronse S. Stephani, Inspruck, 1885, t. 11, p. 703-775; Voskrésenski, Iz tserkovnuï jisni pravoslavnykh slaviane (De la vie ecclésiastique chez les Slaves orthodoxes), dans le Bogoslovski Viestnik, Moscou, juin 1901, p. 358-373; juillet-août 1902, p. 556-566; Théarvic, L'Église serbe orthodoxe de Hongrie, dans les Échos d’Orient, Paris, t. V (1901-1902), p. 164-173. Pour l’organisation : Radich, Die Verfassung des obersten Kirchenregiments, p. 69-314; Id., Die Verfassung der orthodox-serbischen Particular-Kirche von Karlovitz, Prague, 1880; Id., Electio et consecratio episcoporum secundum canones orthodoxie Eeelesiæ el praxim orthodoxæ metropoleos Carlovicensis, Budapest, 1877; Vering, Lehrbuch des katholischen, orientalischen und protestanlischen Kirchenrechts, Fribourgen-Brisgau, 1893, p. 367-371; Milasch, Das Kirchenrecht der morgenlandischen Kirche, Zara, 1897, p. 137-142, 282-283, 303311, 325, 344, 359, 360-361 ; Silbernagl, Verfassung und gegenwartiger Bestand sdmmtlicher Kirchen des Orients, Landshut, 1865, p. 164; ϋαχβϊωάνχου, At iv Αΰ«τ?ι« «ρϋόδοξοι Έχχΐηιίβι, dans 1’ Έχχλησιχσ-,ιχή Άλή0η«, Constantinople, 1903, n. 32, p. 342-345; n. 33, p. 351-352. J. Bois. CARMES (Ordre des). — I. Origine. IL Les carmes en Orient. III. Antiquité de l’ordre. IV. Les carmes en Europe. V. Les réformes. VI. Les carmélites. La réforme de sainte Thérèse. VIL Études chez les carmes chaussés. VIII. Etudes chez les carmes déchaus­ sés. IX. Dévotions. X. Revues. XL État actuel. I. Origine. — L’origine de l’ordre des carmes — indé­ pendamment de la question de son antiquité — présente à l'historien des difficultés considérables. Des div-rs auteurs qui ont raconté les exploits des premiers croi­ 1777 CARMES (ORDRE DES) sés, pas un ne donne à entendre que le Carmel fut habité par des ermites au moment où l’armée chrétienne passa à ses pieds. Le silence des écrivains — Foucher seul fait exception, P. L., t. clv, col. 851; Guillaume de Tyr, ibid., t. ccn, col. 400 — parait même indiquer que personne alors ne songea à saint Élie, dont le nom pour­ tant est intimement lié à celui du Carmel. Ceci est d'autant plus étrange que le passage par Sarephta, quelques jours auparavant, avait très bien évoqué la mémoire de la veuve qui, jadis, donna l’hospitalité au prophète et dont la maison était transformée déjà alors en chapelle dédiée au saint. Plus tard, ce sanctuaire fut desservi par les carmes. De même, les nombreuses des­ criptions de la Terre-Sainte, antérieures au milieu du xn» siècle, gardent un silence absolu et significatif au sujet des carmes. Il est vrai que la tradition carmélitaine a placé les origines de l'ordre plus avant dans l'histoire; nous indiquerons plus loin, col. 1779, dans quel sens on pourrait l’accepter. La première notice historique que nous ayons sur la réunion des ermites du mont Carmel, se trouve dans le livre du moine grec Phocas. P. G., t. cxxxm ; Acta sancturum, t. π tnaii, p. i-vni, Phocas, après avoir donné quelques renseigne­ ments sur la sainte montagne, continue ainsi : « En cet endroit il y eut autrefois un grand édifice dont les ruines existent encore; le temps qui n'épargne rien et les invasions de l’ennemi l’ont presque entièrement dé­ vasté. Depuis peu de temps, un moine aux cheveux olancs, revêtu de la dignité sacerdotale et venu de Ca­ labre, fixa sa demeure à la suite d’une vision du prophète Élie, dans les masures de cet édifice; il y construisit un petit rempart avec une tour et une chapelle et réunit environ dix frères autour de lui; il y habite encore au­ jourd’hui. » Cet écrit fut composé en 1185, mais il faut reculer d’au moins trente années la date de ces événe­ ments, puisque nous savons par Benjamin de Tudèle (1163) que déjà de son temps il existait une chapelle près de la grotte de saint Élie. 11 est inutile de rappor­ ter les témoignages des écrivains de la fin du xn· et du xm· siècle. Citons toutefois Jacques de Vitry; voici ce qu’il dit de l'ordre naissant : « D’autres (ermites), à l'exemple et à l’imitation du prophète Élie, homme saint et solitaire, vivaient dans la retraite sur le mont Car­ mel, principalement dans cette portion de la montagne qui domine la ville de Porphyre appelée aujourd'hui Caïffa; ils habitaient de petites cellules dans les ro­ chers, auprès de la fontaine d’Élie et non loin du mo­ nastère de la bienheureuse Marguerite, tels que des abeilles du Seigneur, faisant un miel d’une douceur toute spirituelle. » Histoire des croisades, 1825, p. 89 sq. On a émis dernièrement l’opinion que, parmi les pre­ miers compagnons du fondateur, se trouvaient quelques moines clunistes. S’autorisant de la permission accordée par la règle de saint Benoit, ils seraient sortis de leur monastère situé au Thabor pour aller habiter « le jardin de palmiers » prés de Caïffa. Regesta regni hierol., édit. Reinhold Roehricht, Innsbruck, 4893, n. 484, 545. Quoi­ que nous n’ayons aucune preuve à l'appui de cette hypo­ thèse, elle ne manque cependant pas d’une certaine pro­ babilité. Conder, Palestine explor. fund, The latin king­ dom of Jerusalem, Londres, 1897, p. 197. La tradition carmélitaine donne au fondateur de la congrégation des ermites du mont Carmel le nom de Berthold; d’après elle, il était parent — frère ou plutôt cousin — d’Aymeric, patriarche d’Antioche. Ce dernier, il est vrai, était Limou­ sin, mais la contradiction qui résulte de ce que Berthold, selon Phocas, était venu de Calabre, est apparente plutôt que réelle. Quoique Aymeric comme patriarche d’An­ tioche n’eût rien à voir dans le patriarcat de Jérusalem duquel relevait le mont Carmel, il est parfaitement pos­ sible qu’il ait exercé quelque influence sur le régime de son parent; il parait fort naturel qu’il ait passé quelque temps chez lui en retournant à Antioche, après avoir 1778 joui de l’hospitalité du patriarche de Jérusalem. Il est également possible qu’il ait amené avec lui quelques ermites pour les établir au mont Néro près d’Antioche. Guillaume de Sandwich nous apprend que cet établisse­ ment monastique tomba en 1267. Chronica de multipli­ catione religionis carnielitarum, etc., dans Riboti, De institutione et processu ordinis prophetici, 1. IX, c. vin ; voir Daniel de la Vierge-Marie, Specul. carmel., t. i, p. 104. II. Les carmes en Orient. — La règle des carmes fut composée par le patriarche Albert de Jérusalem entre 1206 et 1214. Avant cette époque, les ermites paraissent avoir suivi celle de saint Augustin. Le plus ancien missel de l'ordre, datant de la seconde moitié du xn· siècle, porte au 4 septembre cette notice : Oct Set Augustini patris nri yponensis epi (ms. Bibi. nat. Paris, lat. 12056). La provenance carmélitaine de ce document, pour n’être pas absolument certaine, n'en reste pas moins fort probable. Cette règle, on le comprend facilement, ne s'adaptait pas au genre de vie des soli­ taires; aussi saint Brocard, le successeur de saint Ber­ thold, s'adressa-t-il au patriarche de Jérusalem pour obtenir sa décision sur certains doutes. Saint Albert répondit en lui donnant une règle complète plus appro­ priée aux besoins des ermites. En voici les principaux points : Les frères éliront un prieur auquel chacun promettra obéissance. Le prieur assignera à chaque frère une cellule qu’il ne changera pas sans permission; le prieur lui-méme occupera celle qui sera la plus proche de la porte d’entrée, afin de surveiller les affaires de la communauté et de recevoir les hôtes. On se tiendra en cellule jour et nuit occupé de prières et du travail des mains; on ne la quittera que dans la matinée pour se rendre à la chapelle construite au milieu de l’établisse­ ment, afin d’y entendre la messe quand cela pourra se pratiquer facilement, et le dimanche ou un autre jour, pour assister au chapitre des coulpes et pour traiter des affaires de la communauté. On prendra les repas en cellule, le prieur étant chargé de faire distribuer les vivres. Le jeûne durera depuis la fête de l’Exaltation de la sainte croix jusqu’à Pâques; l’abstinence sera perpé­ tuelle, à moins que l’infirmité ou la faiblesse ne dis­ pense. Ceux qui savent lire réciteront l'office approuvé de l’église (du Saint-Sépulcre); les autres diront un certain nombre de Pater noster. Le silence sera stricte­ ment gardé à partir de vêpres jusqu’à tierce du lende­ main. Sibert de Beka, Tractatus de consideratis super carnielitarum regulam, dans Riboti, Daniel de la ViergeMarie, Speculum, t. I, p. 83 sq. ; Monsignano, Bullar. carm., t. i, p. 2. La règle de saint Albert ne dit rien du gouvernement de l’ordre; évidemment il ne s’agissait au moment de sa composition, que de la seule colonie du mont Carmel; les ermites du mont Néro paraissent ne pas avoir vécu sous la juridiction du prieur du mont Carmel. Le patriarche Albert ayant été enlevé par le fer d’un assassin avant le concile de Latran, l’ordre ne fut approuvé que par le IIe concile de Lyon, op. cit., De relig. dont., in-6; pourtant avant cette date la règle avait été confirmée par Honorius III. Nous savons peu de choses sur le sort des carmes en Terre-Sainte. Il parait que Berthold, après la défaite des chrétiens en 1187, bâtit un monastère près de la fontaine d’Élie; il devait servir seulement comme mai­ son d’asile en cas de danger, car les ermites continuaient à occuper des grottes et des cellules isolées, ainsi que la règle le prescrit. Les Sarrasins épargnèrent les carmes, sans doute à cause de leùr vénération pour le prophète Élie; mais ils exigèrent qu’ils changeassent leur man­ teau tout blanc en un autre composé de sept pièces ver­ ticales, quatre blanches et trois noires. Les carmes reçurent de là les surnoms de fratres virgulati, barrait, de pica (de la pie); ce dernier se retrouve jusqu’au 1779 CARMES (ORDRE DES) xv’siècle, quoiqu’ils eussent repris le manteau primitif dés 1287. Leur titre officiel était : fratres eremitas sanctæ Mariæ de monte Carmelo, et, depuis leur émigration en Europe: fratres ordinis beatissimæ Virginis Mariæ de monte Carmelo; cette appellation fut même indulgenciée en 1379. Les carmes de Terre-Sainte ne se répandirent que lentement. Outre l'établissement du Carmel et la colo­ nie du mont Néro, nous rencontrons un couvent à Saint-Jean-d’Acre. Sandwich, c. VIII, qui subsista jusqu’en 1291, la chapelle de Sarephta, dont nous avons déjà parlé, un couvent à Tyr, détruit en 1289, un autre appelé Beaulieu, au pied du Liban, à trois lieues de Tripoli et qui tomba avec le précédent; il y eut aussi un hospice à Jérusalem ; il n’exista que peu de temps et fut abandonné en 1244; nous trouvons enfin deux colonies de carmes, l’une au désert de la Quarantaine, près de la fontaine de saint Elisée, l’autre à douze lieues à l’est du Carmel ; elles devaient être assez peuplées; les Sarrasins les dévastèrent toutes deux vers 1240. Les incursions des Sarrasins et l’impuissance des armées chrétiennes rendaient la position des carmes de plus en plus précaire; la sainte montagne fut aban­ donnée pendant quelque temps, mais les ermites y retournèrent plus tard. Ils songèrent cependant à se réfugier en Europe. En 1238, un premier essaim de carmes se dirigea vers Chypre; d'autres se fixèrent à Messine, d’autres encore aux Aygalades près de Marseille et à Valenciennes. En 1241, des chevaliers anglais de la suite de Richard de Cornouaille amenèrent quelques carmes en Angleterre, et en 1254, saint Louis se fit accompa­ gner à son retour en France par six carmes français. Un nouveau monastère fut construit au Carmel en 1263, JBullarium, t. i, p. 28, mais après la chute de SaintJean d’Acre, en 1291, les Sarrasins y mirent le feu et massacrèrent les ermites. Les moines moururent en chantant le Salve /iegina. On tenta vainement, au XV· siècle, de repeupler le Carmel ; et fut seulement en 1631 que les carmes (déchaussés) réussirent à y reprendre pied. III. Antiquité de l’ordre. — Quoique’nous ne puissions pas entrer dans tous les détails de cette cause célèbre, il est cependant indispensable d’en dire un mot. La fameuse querelle au sujet de l'antiquité de l'ordre des carmes, commencée au xm· siècle, prit au xvn· des pro­ portions vraiment inouïes. D’après la sainte Écriture, les prophètes Élie et Elisée furent successivement à la fête des « fils des prophètes », dont le genre de rie présageait obscurément les formes futures de la vie monastique. Saint Jérôme, Cassieù, et d’autres Pères n'hésitèrent pas à considérer ces deux prophètes comme les fondateurs et les modèles du monachisme. Or, tous ceux avaient eu des rapports avec le Carmel. L’on montre encore sur la montagne la fontaine et la grotte d’Élie, l’endroit où il se rencontra avec les prophètes de Baal. Técole des « fils des prophètes » el d’autres souvenirs du saint. Quant à saint Elisée, il y avait habité. Des in­ scriptions grecques témoignent que dès le iv· siècle, le Carmel était visité par des pèlerins chrétiens, et, long­ temps, des ruines prouvèrent qu’un édifice y avait autre­ fois existé. Voir col. 1777. Rien de plus légitime par conséquent, que la dévotion des carmes envers saint Élie et saint Élisée ; réunis sur le Carmel et cela sur l'ordre de saint Élie lui-même, ils avaient un titre spé­ cial à se considérer comme les successeurs, disons même comme les enfants spirituels des deux grands pro­ phètes. Si les carmes se fussent contentés de cette filia­ tion, nul n’y aurait trouvé à redire; ils voulurent aller plus loin. Ils revendiquèrent une succession ininter­ rompue entre eux et les prophètes; les esséniens et les thérapeutes, dont parlent Pline, Josèphe, Philon et Eu­ sèbe, furent considérés comme des carmes de l’ancienne alliance ; on chercha aussi à établir des relations entre 1780 le Carmel et les anachorètes de Syrie et de la Thébaïde sous la loi nouvelle. V. Harnischmacher, De essenorum apud judæos societate, Bonn, 1866 ; Lauer, Die Essaeer und ihr Verhâltniss zur Synagoge und Kirche, Vienne, 1869; Lucius, Der Essenismus in seinem Verhâltniss zum Judenthum, Strasbourg, 1881. On a même voulu voir dans le De vita contemplativa de Philon un traité chrétien. F. C. Conybeare, dans son édition grecquearménienne de cet ouvrage, Oxford, 1895, a renversé une fois pour toutes cette hypothèse insoutenable. Les pre­ miers germes de ces prétentions se trouvent dans le livre De institutione primorum monachorum, attribué à Jean XLIV, évêque de Jérusalem, mais composé, selon toute probabilité, au xm· siècle, Riboti, op. cit., 1. I, c. vu ; cf. Daniel de la Vierge-Marie, Speculum, t. i, p. 9-71, et dans l’épitre de saint Cyrille, prieur du Carmel, œuvre de la même époque. Ibid., 1. VIIl,p.72sq. Ces deux ouvrages furent édités pour la première fois en 1370, par Riboti, carme espagnol. Plus on va, plus les assertions des historiens deviennent hasardées. Ni­ colas Simonis, Bostius, Paléonydore au xv· siècle, Bap­ tiste Mantouan au xvi· siècle, Casanate, Lezana et Phi­ lippe de la Sainte-Trinité au xvn· se surpassèrent les uns les autres en hypothèses hardies, non sans subir quelques contradictions, jusqu’à ce que l’orage éclata lors des publications des bollandistes. L’apparition, en 1668, du m· volume de mars des Acta sanctorum mit le feu aux poudres. Le P. Papebroch y prétendait que saint Berlhold (29 mars) avait été le premier supé­ rieur de l'ordre et saint Cyrille (6 mars) le troisième. Les carmes relevèrent le gant. François de BonneEspérance, Historico-theologicum armamentarium, Anvers, 1669. Mais Papebroch, au 1er d’avril (1675), dans la vie de saint Albert de Jérusalem, répondit vic­ torieusement à leurs attaques. La lutte s’envenima et les adversaires publièrent les uns contre les autres une foule d’écrits; il faut dire que certains carmes ne res­ tèrent pas toujours dans les bornes de la modération, par exemple Sébastien de Saint-Paul, Exhibitio erro­ rum quos P. D. Papebrochius commisit, etc., Cologne, 1693. Voir la bibliographie. La querelle fut enfin portée au tribunal du souverain pontife. Le saint-siège, pour le bien de la paix, par un décret du 20 novembre 1698, imposa silence aux deux partis. La thèse du P. Pape­ broch, qui, en somme, était la vraie, est acceptée de nos jours, sinon unanimement, du moins généralement. La fête de saint Élisée fut établie dans l’ordre des carmes en 1399 ; celle de saint Élie, quoique ce saint ait eu une chapelle au mont Carmel au xn· siècle, ne re­ monte pas au delà de 1551 ; mais en quelques provinces on célébrait, dès la fin du xv· siècle, la fête de son enlè­ vement. Le chapitre général de 1564 institua un grand nombre de fêtes en l’honneur d’anciens anachorètes, tels que Hilarion, Spyridion, Sérapion, Euphrasie et Euphrosyne; encore de nos jours saint Cyrille d’Alexan­ drie figure au calendrier de l’ordre sous la désignation : ORDtxis KOsrni. Ce sont là des exagérations qu’une cri­ tique plus saine eût fait éviter. IV. Les carmes en Europe. — Sortis de la Palestine, les carmes s’établirent en Europe; ils s’y répandirent assez rapidement sans atteindre cependant la diffusion des dominicains et encore moins celle des franciscains. Grégoire IX les rangea au nombre des ordres mendiants (1229). Le premier chapitre général tenu en dehors de la Terre-Sainte, après avoir élu saint Simon Stock prieur général (voir Scapulaire), demanda au pape quelques corrections à la règle (1247). Depuis lors, les ermites du Carmel sont des cénobites possédant des couvents dans les grandes villes, tels que Londres. York. Bruxelles, Bordeaux, Gênes, etc. Ils s’établirent égale­ ment dans les villes d’université, Cambridge 12>9 . Oxford (1253), Paris (1259) et Bologne (1260). Chaque province avait certains couvents où les jeunes reli­ 1781 CARMES (ORDRE DES) gieux poursuivaient les études d'humanités, de philo­ sophie et de théologie. Le nombre des studia genera­ lia s’agrandit peu à peu et les étudiants les plus doués furent envoyés aux universités pour y prendre les grades académiques. En ce point il n’y eut pas de différence entre les carmes et les autres religieux; les difficultés suscitées par les autorités universitaires étaient partout les mêmes. Primitivement ceux qui revenaient de l’uni­ versité avec le titre de maître ou· de docteur jouissaient de grands privilèges; ils avaient siège et voix aux cha­ pitres généraux, et étaient dispensés de plusieurs obli­ gations monastiques, etc. Ces exemptions amenèrent peu à peu des abus funestes; les religieux briguaient en foule les distinctions académiques. Aussi, quand un chapitre général put dire : Sunt hodie plures quasi graduati quam fratres simplices, ces privilèges furent res­ treints par l’autorité compétente. Outre les gradués or­ dinaires on rencontre dès le xv» siècle des doctores bullati, c’est-à-dire des religieux, qui, sans avoir fait le cours réglementaire d’études, avaient obtenu le grade par privilège pontifical. Il convient de faire mention de la part qu’eut un carme, saint Pierre-Thomas, dans l’établissement de la faculté de théologie à l’université de Bologne (1364); Maturin Courtoys, carme français, procura le même bienfait à l’université de Bourges. Nombreux furent les carmes promus aux dignités ecclé­ siastiques, principalement en qualité de coadjuteurs de divers évêques; aucun d’eux cependant ne monta sur la chaire de saint Pierre, à moins qu’on ne compte comme un des leurs le pape Benoit XII, qui, avant dëtre abbé de Fondfroide, aurait été carme. Voir col. 653. L’ordre du Carmel s’est distingué surtout par ses efforts pour la répression du wicleffisme. Ce fut un carme, Jean Cunninghame, qui, le premier, attaqua l'hérésiarque; tous les professeurs anglais, pendant un demi-siècle, marchèrent sur ses traces. Une des assem­ blées royales décisives, celle de Stamford (28 mai 1392), fut tenue au couvent des carmes. L’honneur d’avoir combattu l’hérésie avec les armes les plus efficaces revient sans aucun doute à Thomas Netter de Walden (1431). D’autre part, un provincial anglais, Jean Milver­ ton, après avoir combattu par la plume l’évêque de Chichester, Reginald Pecock, soupçonné d’hérésie, tomba lui-même dans des erreurs sur la pauvreté évangélique, et fut condamné de ce chef à trois ans de prison au château Saint-Ange (1465-1468). Thomas de Connecte, Breton, fut brûlé à Rome en 1433 comme hérétique ; mais il y a lieu de croire que cette accusation était injuste; on dit que le pape finit par le regretter. Connecte était au plus un prédicateur fanatique, égaré par un zèle indiscret. Pendant les convulsions religieuses de l’Allemagne au xvi' siècle nous trouvons, parmi les protagonistes catho­ liques, le provincial Everard Billick (j-12 janvier 1557); si Cologne garda la foi, le mérite lui en revient en bonne partie. Il assista aux premières sessions du concile de Trente comme théologien de l’archevêque de Cologne. Voir col. 882-890. De même, mais avec moins de succès, Paul Heliæ, surnommé Vendekaabe (girouette), défendit avec intrépidité la religion catho­ lique en Danemark; la date et le genre de sa mort ne sont pas connus; tout porte à croire qu’il fut assassiné vers la fin de 1536. V. Les réformes. — La règle du Carmel, telle qu’elle sortit des mains de saint Albert, vise à la vie contem­ plative. D’autre part, les changements introduits par Innocent IV admettent une activité semblable à celle des dominicains. Ces deux tendances se sont souvent disputé le terrain dans l’ordre. Ainsi, les successeurs immédiats de saint Simon Stock, formés évidemment â la vie religieuse au mont Carmel, désapprouvaient déjà la trop grande activité; ils résignèrent leur charge et se retirèrent dans des couvents isolés, pour suivre leurs 1782 préférences. Ces conceptions différentes de l’esprit essen­ tiel de l’ordre donnaient sujet aux religieux de s’ac­ cuser les uns les autres de relâchement. Le siècle sui­ vant vit naître des abus plus graves et plus fondés. D’une part, les exemptions trop larges en fait de vie commune, accordées aux membres des universités, d’autre part, les calamités des temps, les guerres, la peste noire et le schisme d’Occident qui divisa l’ordre aussi bien que l’Êglise, toutes ces causes réunies batti­ rent en brèche l’observance régulière. Les projets de réforme qui se firent jour presque en même temps, Bullarium, t. i, p. 130, ne réussirent pas à secouer la torpeur générale, et, en 1431, à la demande d’un cha­ pitre, la règle, devenue trop austère pour la majorité des sujets, fut adoucie par Eugène IV. Cette mesure, qui semblait devoir décourager les fervents, ne servit qu’à rallumer leur ardeur. Immédiatement des supé­ rieurs zélés, tels que le bienheureux Jean Soreth (14511471), s’appliquèrent à introduire des réformes plus ou moins générales et à rétablir partout la vraie disci­ pline. On a dit que le B. Soreth mourut empoisonné; celte assertion ne repose que sur un soupçon mal fondé de son premier biographe; ni les auteurs contempo­ rains ni les actes officiels ne la justifient. Parallèlement à ces efforts, des réformes locales plus efficaces se pro­ duisirent un peu partout. La première prit naissance au couvent des Bois (silva ruai) près de Florence et s’étendit graduellement en Italie. Le couvent de Mantoue lui servait de centre et de maison-mère ; au xvi' siè­ cle elle comptait plus de 50 monastères. Depuis 1499, certains couvents français, entre autres ceux d’Albi, de Paris (sous le priorat de Louis de Lira), de Rouen et de Meaux, formaient la réforme d’Albi. Cette congrégation, d’abord, ne fut pas bien vue, parce qu’elle divisait l’ordre de nouveau. Elle fut cependant approuvée en 1513, prospéra pendant quelque temps, mais s’éteignit en 1584. Une troisième réforme, inaugurée en 1514, fut celle du mont des Oliviers, couvent situé à quelques lieues de Gènes; on y suivait la règle corrigée par Inno­ cent IV. Cette réforme ne s’étendit’pas au delà de ce couvent. La quatrième fut celle de sainte Thérèse, dont il sera question ci-après. Enfin, la cinquième et la der­ nière, appelée réforme de Touraine, prit naissance en 1604 à Rennes; perfectionnée par le P. Philippe Thi­ bault avec le concours des carmes déchaussés (Domi­ nique de Jésus), elle finit même par supplanter l’an­ cienne souche de l’ordre dans la presque totalité des provinces. On ne peut qu’applaudir au zèle qui suscita toutes ces œuvres; mais il faut avouer qu’elles se pour­ suivaient aux dépens de l’unité de l’ordre. VL Les carmélites. La réforme de sainte Thérèse. — Sous le généralat du bienheureux Jean Soreth, une communauté de béguines, à Gueldre, demanda la faveur d’être affiliée à l’ordre des carmes. Nicolas V y consentit. On leur donna sans aucun changement, avec le nom de carmélites, la règle et les constitutions des frères. Les nouvelles religieuses eurent presque aussitôt un modèle vivant de leur genre de vie propre, en la personne de la bienheureuse Françoise d’Amboise, duchesse de Bre­ tagne, qui s’était faite carmélite en 1467. Des commu­ nautés pareilles furent fondées dans les Pays-Bas, en France, en Italie et en Espagne, et vers la fin du xv' siè­ cle les couvents étaient déjà assez nombreux. Les carmélites n’étaient pas tenues à la pauvreté stricte; la clôture était celle des religieux, par conséquent nulle­ ment sévère. Sainte Thérèse, née en 1545 à Avila, entra au couvent de l’incarnation en 4535. Voir pour cette date : The life of S. Teresa, Londres, 4904, p. xi. Elle passa par de grandes souffrances tant intérieures qu’ex­ térieures, et fut élevée aux plus hauts degrés de la vie mystique. Ayant appris que la règle du Carmel à l’ori­ gine visait à la vie contemplative, et désireuse de rompre entièrement ses rapports avec le monde, elle établit, en 1783 CARMES (ORDRE DES) 1562, un petit couvent dans sa ville natale. Elle et ses compagnes y pratiquaient la plus grande perfection reli­ gieuse, surtout en matière de pauvreté et de mortifica­ tion. Le général, Jean-Baptiste Rossi (Rubeo), ayant fait la connaissance de la sainte à l’occasion d'une visite cano­ nique, l’encouragea et lui prescrivit de faire autant de fondations qu’elle pourrait, et même d’ériger aussi des couvents de religieux. L'œuvre de sainte Thérèse obtint un éclatant succès. Le nombre des religieux devint tel que le général craignit de voir se produire, grâce â cette réforme, une nouvelle division dans l’ordre. En même temps les intrigues des carmes espagnols préparèrent contre la fondatrice une furieuse tempête; elle ne tarda pas â se déchaîner; mais la courageuse sainte surmonta toutes les difficultés. A l’époque de sa mort (1582), la réforme thérésienne comptait dix-sept couvents de reli­ gieuses et quinze de religieux. Ceux-ci étaient constitués en province particulière ayant juridiction sur les cou­ vents des sœurs. En 1592, les carmes déchaussés se séparèrent définitivement des carmes de l'ancienne ob­ servance. Sainte Thérèse avait eu à cœur l’œuvre des missions autant que la vie contemplative; aussi, de son vivant et sur les instances du P. Gratien, les carmes avaient-ils entrepris l’évangélisation du Congo. Après sa mort, le P. Nicolas Doria, homme austère et énergique, mais d’un esprit étroit et anguleux, voir Grégoire de Saint-Joseph, Le P. Gratien et ses juges, Rome, 190'··. abandonna toute entreprise en dehors de la péninsule ibérique, à l’exception de la Nouvelle-Espagne, le Mexique. Par contre, il favorisa l’institution des déserts. Les déserts en France étaient situés à Viron près de Blaye (1641), à Garde-Chatel près de Louviers (1656), et à Tarasteix près de Tarbes (1859) ; en Belgique à Marlagne près de Namur (1619) et à Nethen prés de Lou­ vain (1687). Les plus fameux, au point de vue de leur situation pittoresque, étaient ceux de Bussaco près de Coïmbre (1628) et de Massalubrense près de Sorrento (1680). Malgré ses desseins de restreindre la réforme dans les bornes de l’Espagne, le P. Doria lui-même fut amené en 1584, sous le provincialat du P. Gratien, à contribuer à la fondation du couvent de Gênes, sa ville natale. Un autre couvent ayant été établi à Rome, Clément VIII sépara de la congrégation espagnole les carmes déchaussés résidant en Italie et les forma en congrégation particulière (1600). Elle prit le nom de Saint-Elie et reçut la faculté de se répandre dans le monde entier, l'Espagne exceptée. C’est alors que les carmes passèrent en Belgique, en France, en Pologne, en Allemagne et en Autriche, lisse lancèrent aussi dans les missions, évangélisèrent la Perse, les Indes, l’Armé­ nie, la Turquie, s’établirent même à Péking et pous­ sèrent jusque dans l’Amérique du Nord. Dans la pléiade de zélés missionnaires carmes déchaussés, il faut relever le nom du vénérable Père Joseph, comte de Sébastianis, évêque d'Iliérapolis, plus tard de Bisignano et de Cittadi-Castello en Italie, mort en odeur de sainteté en 1689. Les carmes eurent également des stations dans les pays protestants, tels que la Hollande et l’Angleterre. Les carmes déchaussés, notamment les vénérables Pères Pierre de la Mère de Dieu, Thomas de Jésus, et surtout Dominique de Jésus-Marie eurent une part principale dans l’institution et l’organisation de la S. C. de fa Propagande. Voir la constitution d’institution par Gré­ goire XV, 1622, de Martinis, Juris pontificii de Pro­ paganda fide, part. I, t. i, p. 1. Le Père Bernard de Saint-Joseph (1597-1663), évêque de Babylone, fonda le séminaire des missions étrangères à Paris. Les carmes déchaussés d'Espagne et de Portugal (congrégation natio­ nale depuis 1773), ayant été sécularisés quasi entière­ ment en 1836, Pie IX, par décret de 1875, réunit les deux congrégations en une seule. Il n’existe plus à présent que l'ordre des carmes déchaussés et celui des carmes chaussés, sans aucune subdivision. 1784 Les carmélites fondées par sainte Thérèse se répan­ dirent avec une rapidité prodigieuse dans tous les pays chrétiens et même au delà. Elles étaient établies en Ita­ lie avant que les supérieurs espagnols eussent circon­ scrit l’ordre naissant. En 1604, Mm“ Acarie (la bienheu­ reuse Marie de l’incarnation) sollicita leur établissement en France, et obtint un ordre du saint-siège pour for­ cer le général des carmes à passer par-dessus la déci­ sion du chapitre. M. de Bérulle, qui négocia l'affaire, fit valoir l'autorité de l’ambassadeur français, sans oser montrer le bref pontifical, â cause de plusieurs clauses contraires à ses vues. Le bref, en effet, soumettait les futures carmélites françaises à la juridiction des char­ treux, en attendant que les carmes déchaussés euxmêmes fussent établis en France; or, le P. de Bérulle espérait se servir des carmélites comme souche de l’ordre de Jésus et de Marie dont il avait conçu le projet. Ayant réussi dans ses desseins, de Bérulle mit en œuvre tout son pouvoir pour tenir à l’écart les carmes déchaussés, afin de mouler à sa guise l’esprit des car­ mélites. Quelques couvents seulement restèrent ou se rangèrent sous la juridiction de l’ordre. Les carmélites françaises ont toujours été un des plus beaux ornements de l’Église de France; une des gloires de l’ordre est Mm« Louise de France, tille de Louis XV, morte à SaintDenis en 1787. VIL Études chez les carmes chaussés. — Au mo­ ment ou les carmes firent leur apparition dans les uni­ versités du moyen âge, les grandes écoles théologiques, dominicaine et franciscaine, étaient déjà formées. C'est pourquoi les nouveaux venus n’ont guère exercé d’inlluence propre sur le mouvement scolastique. De tout temps ils se sont rangés de préférence du côté du tho­ misme; même, depuis le xvii· siècle, ils suivirent saint Thomas par principe, avec exclusion formelle de toute autre tendance contraire. Jean Baie, carme anglais, plus tard évêque anglican (f 1553), nous a laissé des catale gués (publiés seulement en partie) des ouvrages de tous les auteurs carmes connus de lui. Ce qui nous frappe tout d’abord dans ces listes, c'est l’extrême fécondité de l’ordre en matière théologique. La plus grande partie des traités énumérés sont des travaux académiques, des commentaires sur la sainte Ecriture, sur Aristote et le Maitre des Sentences, bref, des cours d’université. Citons d’abord Gérard de Bologne, général de l'ordre (12961318); il a laissé un commentaire sur les Sentences; tout en suivant saint Thomas de prés, il se réserve une certaine indépendance dans la question des universaux, penchant plutôt du côté de Duns Scot. Son successeur dans le généralat, Gui de Perpignan (1318-1320), plus tard évêque de Majorque et d’Elne (7 1342), est surtout connu pour son traité : Summa de hæresibus. Jean Baconthorpe, appelé plus communément Bacon (doctor resolutus), était de son temps le docteur de Paris le plus renommé; il était célèbre à cause de la subtilité de son esprit. Il a laissé un nombre incroyable de livres, dont plusieurs n’ont jamais été imprimés et sont maintenant perdus. Baconthorpe fut plus d’une fois provincial de son ordre en Angleterre. En 1337, il fut appelé à Rome (Avignon?) pour donner son avis dans certaines questions touchant le sacrement du mariage. Il mourut à Londres en 1346. Son système réalistique est tiré principalement des écrits d'Averroès. Le chapitre général de 1416 ayant constaté « que les docteurs de l’ordre (entre autres sans doute Baconthorpe) sont tombés en oubli, parce que les lecteurs négligent de les citer dans leurs cours :, commande â ceux-ci sous peine sévère : Qw,d dein­ ceps nostros rememorentur doclores, allegar i cos suis actibus. Un autre chapitre, de 1510, entreprit, aux frais de l’ordre, une nouvelle édition des œuvres Baconthorpe et des Commentaria in libros IV .<-■ ·. . liarum, de Michel de Bologne (7 1416), afin que les lec­ teurs pussent s’en servir dans leurs cours. 1785 CARMES (ORDRE DES) François de Bachone, né à Gérona en Espagne (doc­ tor sublimis) était lecteur à Paris; il fut ensuite procu­ reur général et provincial, et mourut en 1372. Son commentaire sur les Sentences est devenu assez célèbre. Nous avons déjà parlé de Thomas Waldensis, l’auteur du Doctrinale contre les hérétiques et du traité : De sacramentis et sacramentalibus. Citons aussi, à titre de curiosité, le célèbre astronome Nicolas de Lynne (7 vers 1390) et George Riplay (j· 1480), très versé dans les sciences occultes. Jean Consobrinus, empoisonné par les hérétiques à Lisbonne en 1472, est connu par un grand ouvrage sur la justice commutative, De justitia commutativa, arte campsoria et alearum ludo. Parmi les poètes, le bienheureux Baptiste Spagnoli, surnommé le Mantouan (f1516), prend la première place. Ses con­ temporains le comparent à Virgile, dont il imite l’élé­ gance et surpasse la fécondité. Après le concile de Trente, l’ancienne observance fournit un grand nombre d’hommes distingués. Pierre Ponet défendit avec éclat contre Cal­ vin le mystère de l’eucharistie (1565). En France, Anas­ tase Cochelet (f 1624) et Jacques Jacquet (t 1628) com­ battirent avec le plus grand succès, par la parole et par la plume, les disciples de l’hérésiarque de Genève. Pierre Cornejo de Pedrosa (ψ 1618), appelé par Paul V « un vrai docteur de l’Eglise », releva l’école baconienne; à sa suite, les auteurs carmes travaillèrent à mettre en honneur le nom, les œuvres et la doctrine du docteur résolu; tel, pour ne citer que le plus célèbre, Emmanuel Coutinho, docteur de Coïmbre (1760). Voir Hurter, No­ menclator, t. n, col. 1287. Nommons encore parmi les théologiens Jean-Baptiste Lezana (f 1659), François de Bonne-Espérance (7 1677), Raymond Lumbier (7 1664), André Lao (-J-1675). Philippe Hecquet, médecin fameux, puis carme, étudia la médecine dans les rapports avec la morale (I727). En fait d’exégèse, Thomas Beaux-Amis (f 1589) et Jean de Sylveira (7 1687) soutinrent bril­ lamment le bon renom de l’ordre. Louis Jacob (7 1670) et Cosme de Villiers (j- 1758) se distinguèrent en bi­ bliographie. Parmi les historiens il faut citer Théodore de Saint-René (j- 1728) avec sa Justification, de l’Eglise romaine sur la réordinalion des Anglais épiscopaux. Gabriel Pouillard (71823) était de son temps un archéo­ logue et numismate distingué. VIII. Études chez les carmes déchaussés. — La réforme de sainte Thérèse, pour empêcher le retour des abus résultant de la fréquentation des universités, dé­ fendit à ses religieux de suivre les cours. Dès lors le terrain cultivé par les savants de l'ordre se trouva forcément restreint. Les carmes déchaussés ont fourni cependant des ouvrages de première valeur; l'espace dont nous disposons nous permet seulement de nom­ mer les plus excellents. Citons d'abord, en philosophie, les productions du collège d’Alcala de llénarès (Complutenses). Le traité de logique parut en double, d’abord par Diégo de Jésus (-j- 1621 ), ensuite par Michel de la Sainte-Trinité (-j- 1661). Antoine de la Mère de Dieu (t 1641) écrivit tous les autres traités à l’exception de ceux De principio individuationis, De essentia et De cælo, qui ont pour auteur Jean de l'Annonciation (7 1701); celui-ci révisa en outre tout l’ouvrage et com­ posa le Artium cursus ad breviorem formam collectus (1669). Chaque question, avant d'être revêtue de l’imprimalur, était soumise à l'examen et à la discussion de tout le collège. Les savants religieux voulaient ga­ rantir l’unité de l’ouvrage et l’accord le plus parfait de leur enseignement, même dans les moindres choses, avec la doctrine de saint Thomas. Si l'on ne pouvait s’accorder, la question était décidée par vote. Aussi les Complutenses, de même que les Salmanticenses, qui leur font suite, représentent-ils bien moins les opinions des différents auteurs que la doctrine officielle de l’ordre. Le cours de théologie de Salamanque fut publié en 12 vol. (édit. Palmé, 20 vol., 1870-1883). Jamais saint 1786 i Thomas n’eut des commentateurs plus fidèles. Cet I ouvrage immense, dont la publication prit soixante et I onze ans, ne se contredit pas une seule fois. Les deux premiers volumes (Palmé, t. l-tv), contenant les traités De Deo, De Trinitate et De angelis, sont de la plume d'Antoine de la Mère de Dieu, le même qui eut une si grande part dans la composition du Cours de philoso­ phie d’Alcala. Le ut· et le iv« (t. v-vin), De ultimo fine et De virtutibus et peccatis, ont pour auteur Dominique de I Sainte-Thérèse (71654); le v· jusqu’au xi· (t. ix-xvin), De gratia, De virtutibus theologicis, De incarnatione, De sacramentis et De eucharistia, sont de Jean de l’Annonciation (f1701) ; le dernier, qui traite du sacre­ ment de pénitence, fut écrit en partie (Palmé, t. xix) par Antoine de Saint-Jean-Baptiste (f 1699), en partie (t. xx) par Alphonse des Anges (71724) et en partie par François de Sainte-Anne (j-1707). Paul de la Conception (7 1726) publia à l’usage des étudiants un abrégé de tout l’ouvrage. Le collège de Salamanque publia aussi un cours de théologie morale. Saint Alphonse trouve que les Salmanlicenses sont parfois un peu trop faciles; d’autres critiques leur ont reproché de ne pas toujours rapporter exactement les opinions des auteurs qu’ils citent. A part ces réserves, les Salmanticenses prennent place parmi les plus grands moralistes qui aient jamais existé et c’est â juste titre qu’ils sont en grand honneur à Rome. Le Ier volume traite des sacrements en général et en particulier; il est de François de Jésus-Marie (f 1677). La 4· édition de ce volume (Madrid, 1709) est corrigée conformément aux décrets d'Innocent XI et d’Alexan­ dre VII. Joseph de Jésus-Marie a laissé en manuscrit un supplément sur la bulla cruciata, qui fut publié par Antoine du Saint-Sacrement. Le 11· volume, par André de la Mère de Dieu (j- 1674), contient les traités De ordine, De matrimonio et De censuris. Le même au­ teur écrivit les deux volumes suivants, De justitia et De statu religioso, avec toutes les matières connexes. Le v· volume, composé par Sébastien de Saint-Joachim (f 1714), contient le traité De principio moralitalis et les préceptes de la première table; les autres comman­ dements et le traité De beneficiis ecclesiasticis forment le vi· et dernier volume, commencé par le même, et achevé par Alphonse des Anges, celui qui mit la der­ nière main au cours de théologie dogmatique. Il serait impossible d’énumérer ne fùt-ce que les principaux auteurs carmes déchaussés, qui ont cultivé la philosophie et la théologie. L’érudition et la solidité de leurs ouvrages ont toujours été reconnues par les juges les plus compétents. Citons, en philosophie, le P. Biaise de la Conception (7 1694); sa Metaphysica forme le v« volume de l’édition des Complutenses faite à Lyon (1651-1668). Citons encore la Summa philoso­ phise selon la méthode de saint Thomas du P. Philippe de la Sainte-Trinité (7 1671), ouvrage en 4 in-fol. ; non moins importante est la Summa theologica du même auteur, 5 in-fol. Les travaux du P. Charles de l'Assomp­ tion sur la Scientia media et la Prædeterniinalio phy­ sica sont restés célèbres. Contentons-nous de rappeler encore les nombreux traités de théologie et de philoso­ phie du P. Ferdinand de Jésus (7 1644), ainsi que les noms du P. Dominique delà Sainte-Trinité (-j- 1687), de Frédéric de Jésus(j-1788), d’Emmanuelde Jésus(-}-1719), et de Libère de Jésus (1713). Les traités classiques du P. Théodore du Saint-Esprit (-j- 1764), De indulgentiis et jubilæo, font autorité dans cette matière. Parmi les canonistes, bornons-nous à nommer Antoine du SaintEsprit (évêque d’Angola, f 1674), qui écrivit des traités très estimés sur le droit canon et les privilèges des re­ ligieux. De nos jours le P. Raphael de Saint-Joseph (f 1895) publia, entre autres ouvrages théologiques, un traité de grande valeur, De conscientia. Le P. Ange du Sacré-Cœur composa un Manuale juris communis re- 1787 CARMES (ORDRE DES) gularium, 2 vol., Gand, 1899. Dans les sciences exactes, le P. .Jérôme de l’Immaculée-Conception (Pierre Badani, 1847) tient le premier rang. Tenu en grande estime par Napoléon 1", il lut longtemps la lumière de l’université de Gènes ; il découvrit la résolution géné­ rale des équations algébriques, problème réputé inso­ luble. La plus importante contribution que le Carmel ait faite pour l’étude de l’Écriture sainte est comprise dans les 4 vol. de la Bibliotheca crilicæ sacræ et les 9 vol. de la Summa criticæ sacræ de Chérubin de Saint-Jo­ seph (j- 1716). Thaddée de Saint-Adam (Antoine Dereser, -j- 1828), docteur et professeur à l'université d’Hei­ delberg, gâta par son rationalisme ses vastes talents. Il vengea pourtant, d’une manière aussi savante que solide, la canonicité des livres deutérocanoniques. En histoire, les Réflexions sur les règles cl l’usage de la critique, du P. Honoré de Sainte-Marie ( f 1729), forment un ouvrage capital et de haute érudition. Il fut traduit en plusieurs langues. Le P. Honoré édita, de plus, contre les jansénistes et les pseudo-mystiques de son temps, des études auxquelles rien ne semble man­ quer. Le P. Alexandre de Saint-Jean de la Croix (j-1795) continua l'histoire de l’Eglise par Fleury. Le P. Paulin de Saint-Barthélemy (-j- 1806) a le mé­ rite d'avoir écrit la première grammaire sanscrite et d'avoir ouvert le chemin à la philologie comparée; de plus ses recherches en histoire orientale furent des plus fructueuses. D’autres missionnaires encore ont travaillé aux langues orientales, surtout en Perse. Citons le P. Célestin de Sainte-Lidwine (f 1672) et le P. Ange de Saint-Joseph (f 1697) ; les publications de ce dernier sont encore aujourd’hui tenues en grande es­ time. En Pologne, les carmes déchaussés se rendirent cé­ lèbres par leurs disputes publiques avec les hérétiques; ainsi, le P. Jean-Marie de Saint-Joseph, dans une as­ semblée des plus solennelles, convainquit d’erreur le socinien Jean Statorius (Statowski) et plusieurs de ses adhérents. Il refusa constamment le siège épiscopal de Lublin et mourut en 1635. En France, le P. Pierre Tho­ mas de Sainte-Barbe (f 1766) tourna ses efforts contre le gallicanisme; le P. Marc de Saint-François (-j- 1793), contre le jansénisme. Plus importante que tout cela est la part prise par l’ordre des carmes dans le domaine de la mystique. En mystique, le Carmel du moyen âge avait été presque stérile; mais à partir du xvi« siècle les carmes prirent décidément les devants. H suffit de nommer sainte Thé­ rèse et celui qui fut à la fois son disciple et son maître, saint Jean de la Croix, pour mettre en évidence les mé­ rites de l’ordre à ce sujet. Thérèse passa par toutes les phases de la vie mystique et fit l'expérience des phéno­ mènes surnaturels les plus relevés. Sur l’ordre de son confesseur, elle écrivit le récit de sa vie; ses traités sur l’oraison témoignent de sa science infuse. Saint Jean de la Croix, écrivant surle même sujet, éleva sa théologie mystique sur les bases solides de la psychologie thomiste. Il insiste surtout sur la nécessité du dénûment de l’âme; dé même que le bois avant de prendre feu doit être desséché, de même l’âtne avant d’être embrasée par l'amour divin doit passer par la mortification systéma­ tique de toutes ses facultés. Sainte Thérèse et saint Jean de la Croix sont restés les maîtres incontestés de la théologie mystique. La contemplation étant devenue une portion principale dans la vie des enfants spirituels de sainte Thérèse, il est naturel que le mysticisme ait été étudié par eux sous tous ses points de vue. De fait, il a été réduit en véritable système théologique, tou­ jours selon les principes de saint Thomas. La partie as­ cétique ne fut jamais exposée avec plus de lucidité que par le vénérable P. Jean de Jésus-Marie (-j- 1615); le vénérable P. Jérôme Gratien, le confesseur et le dis- I 1788 ciple fidèle de l'illustre réformatrice du Carme), consa­ cra aussi ses talents et sa plume à celte branche de la science sacrée; le P. Modeste de Saint-Amable (j-1684), dans ses traités sur l’art d’obéir et l'art de commander, décrivit, à la perfection, les devoirs des supérieurs et des sujets. La partie purement mystique a exercé les talents d’écrivains tels que le vénérable P. Thomas de Jésus (j-1627) ; ce savant et saint religieux réunissait en lui seul les deux aspects de la vie du Carmel : la con­ templation, comme auteur de plusieurs ouvrages d’une haute spiritualité et comme premier instituteur des « déserts »; Faction, comme propagateur des missions non seulement dans l'ordre, mais dans l’Église entière. Parmi les auteurs mystiques carmes déchaussés, il faut nommer encore le P. Philippe de la Sainte-Trinité, dont la Summa theologiæ mysticæ (rééditée en 1875), repré­ sente la doctrine de l'ordre en cette matière, Antoine du Saint-Esprit, évêque d’Angola (f 1674), avec son Di­ rectorium mysticum, Antoine de l’Annonciation (fl714)T enfin, Joseph du Saint-Esprit (f 1739), auteur d’un grand cours de théologie mystique en 3 volumes. Parmi les carmes de l’ancienne observance, sainte Marie-Magdeleine de Pazzi occupe la place occupée par sainte Thérèse dans la réforme ; citons aussi le P. Michel de Saint-Augustin (j-1684), et le frère convers Jean de Saint-Samson (f 1636), auteur de plusieurs ouvrages ascétiques et mystiques. Un autre frère convers, dé­ chaussé celui-ci, Laurent de la Résurrection (-j- 1690), mérite d’être cité; ses conversations et ses lettres, œuvre posthume, constituent un petit livre d'or. IX. Dévotions. — Il nous reste à ajouter un mot sur les dévotions principales des carmes. Consacré à la sainte Vierge, l’ordre du Carmel s’est toujours tait un devoir particulier de pratiquer et de propager la dévo­ tion envers sa céleste patronne. Totus marianus est, c’est le témoignage unanime des écrivains. Aussi, la sainte Vierge, sa personne, ses privilèges, son culte défraient-ils en grande partie la littérature carmélitaine; livres de dévotions, sermons, traités académiques, se trouvaient en grande abondance dans les bibliothèques du moyen âge; les siècles suivants n’ont pas été moins féconds. Le Carmel s’est fait un des défenseurs et un des propagateurs les plus zélés de la dévotion envers le pri­ vilège de l’immaculée Conception. Dès le commence­ ment du XIVe siècle, la fête de la Conception était célé­ brée parmi eux avec la plus grande splendeur, et la cour romaine avait l'habitude d’assister officiellement dans leurs églises aux solennités de la fête. La dévotion au scapulaire (voir ce mot) commença à se répandre dès le milieu du xive siècle et prit dès lors des proportions toujours croissantes. Elle fut entre les mains des carmes le moyen préféré d'accroître parmi les populations la vénération pour la Mère de Dieu. Les images miracu­ leuses de la sainte Vierge, vénérées dans les églises du Carmel, sont très nombreuses, nous ne mentionnerons que celle de Toulouse et celle de Naples. La sainte eu­ charistie a toujours été entourée au Carmel de la dévo­ tion la plus tendre; il suffit de rappeler les effusions admirables de sainte Thérèse envers le saint-sacrement. Les carmes semblent avoir inauguré dans l’Église la­ tine, la dévotion envers sainte Anne, mère de la sainte Vierge; on rencontre sa fête dans leur liturgie, dès 1315. Depuis la fin du xv· siècle, saint Joachim partage au Carmel les honneurs rendus â sa sainte épous··. La fête de saint Joseph apparaît pour la première f,-is dans les documents liturgiques de l'ordre, en 1480: ce­ pendant, il existe des marques de dévotion privée ou même locale envers ce saint, antérieures à cette épo­ que. Ce n'est pas le moindre mérite de sainte Th· t- et de sa réforme d'avoir répandu dans le monde entier le culte du patriarche de Nazareth. Une dévotion plus moderne, mais très populaire, est celle de l'Enfant-Jésus de Prague. Elle fut inaugurée en 1629. par le P. Cyrille 1789 CARMES (ORDRE DES) de la Mère de Dieu. A cette même époque, la vénérable Marguerite du Saint-Sacrement (morte à Beaune en 1648), fidèle en cela à l’exemple de sainte Thérèse et aux traditions de son ordre, propageait efficacement la dévotion envers la sainte enfance de Notre-Seigneur. X. Revues. — Ce genre de publications n’a jamais eu beaucoup de vogue parmi les carmes, la plupart de leurs revues n’ayant eu qu’une existence éphémère. Les An­ nales du Carmel, Sous la direction du P. Abel, carme déchaussé, furent publiées à Paris depuis le mois de janvier 1879 jusqu’en novembre 1884; les principaux objets rentrant dans le cadre étroit qu’on s’était tracé, étaient l’exécution des décrets de 1880 et le centenaire de sainte Thérèse. Elles sont continuées depuis le mois de mai 1889 sous le titre de Chroniques du Carmel, par­ les Pères de la province du Brabant. Les Slimmen vont Berge Karmel, inaugurées à Graz au mois d’octobre 1891 et plus tard transférées à Vienne en Autriche, ces­ sèrent en 1902 d’appartenir à l’ordre et changèrent de titre en 1904. Le centenaire de sainte Thérèse en 1882 occasionna la publication de VEstrella de Alba (18811883) ; celui de saint Jean de la Croix donna naissance â la revue San Juan de la Cruz (Ségovie, 1890-1896), à laquelle succéda en 1900 : El Monte Carmelo (Santan­ der et Burgos). Une autre revue du même nom :// Car­ melo se publie en italien à Milan depuis 1902. La même année a vu naître à Ypres les Missions du Carmel, qui paraissent à la fois en français et en flamand. Parmi les revues éteintes citons aussi Saint Joseph's Maga­ zine (Dublin, 1891-1893), et VÉcho de N.-D. de Laghel (1898Ί900) publié à propos du couronnement de la sta­ tue miraculeuse de ce lieu de pèlerinage. Les carmes chaussés publient la revue espagnole : El Escapulario, Ils avaient de plus la revue américaine : The Carmelite Review (Niagara, 1893-1904), avec une édition allemande : Rundschau vom Berge Karmel (Nia­ gara, 1897-1899). XL État actuel. — Les événements politiques, durant la Révolution française et depuis lors, se sont fait dou­ loureusement sentir au sein de l’ordre des carmes, aussi bien que dans les autres familles religieuses. Pour ne parler que de la réforme, la tourmente révolutionnaire détruisit complètement 17 provinces, renfermant en­ semble près de 200 couvents d’hommes; même les pro­ vinces qui réussirent à se maintenir ne restèrent pas indemnes; par suite un grand nombre de résidences en pays de mission furent forcément abandonnées, nom­ mément aux Indes, à Péking, en Perse, au Congo et au Mozambique, au Brésil et à la Louisiane. Actuellement les carmes de l’ancienne observance comptent 7 provinces avec environ 75 couvents; il y .a, en outre, une vingtaine de couvents de carmélites chaussées. Les carmes dé­ chaussés sont plus répandus. Ils se répartissent en 16 provinces et 4 semi-provinces. 4 couvents dépendent immédiatement des supérieurs généraux; de ce nombre est le couvent du mont Carmel; le général de l’ordre en est nominativement prieur. L’ordre entier compte 125 couvents. Les carmes déchaussés possèdent des missions florissantes aux Indes (Malabar), en Mésopotamie, en Syrie, en Perse. Les monastères de carmélites déchaus­ sées étaient avant les lois sur les associations en France, au nombre de 357. La patrie de sainte Thérèse en compte 94; la France seule en possédait 128. En ce mo­ ment, la plupart des communautés françaises se sont réfugiées â l'étranger. I. Sources générales. — Dictionnaire des ordres religieux, de Migne, t. i, p. 635-710; Bullarium carmelilanum, Rome, 1715, 1718, t. l-n, par Elisée Monsignano; Rome, 1768, t. ni-iv, par Joseph-Albert Ximenez; Philippe Riboti, Speculum carme­ litarum, édité par J. B. de Cathaneis, Venise, 1507; J. Falcone, Chronicon carmelitarum, Plaisance, 1545; Pietro-Luca di Brussela, Compendio historico carmelitano, Florence, 1595 ; Alphonse 1790 Boharquez, Chronicas dell’ orden del Monte Carmelo, Cordoue, 1597 ; Diego Decoria Maidonadu, Dilucidario y démonstration de las chronicas y antiguedad de la orden de la Madré de Dios del Carmen, Cordoue, 1598; Aubert Le Mire, Carmelitani ordinis origo, Anvers, 1610; J. de Carthagêne, De antiquitate ordinis B. Mariæ V. de M. C., Anvers, 1620 ; Jos. Andrés, Decor Carmeli, Cologne, 1669; Léon de Saint-Jean, Typus vestis religiosæ, Paris, 1625; Carmelus restitutus, Paris, 1634: Thomas d’Aquin de Saint-Joseph, De patriarcatu Eliæ, Paris, 1732; M. Munoz, Propugnaculum Elix, Rome, 1636; Dominique de Jésus, Spicilegium episcoporum ordinis carmelitarum, Paris, 1638; Daniel de la Vierge, Vinea Carmeli, Anvers, 1662; Speculum carmelitanum, 2 in-fol., Anvers, 1680, œuvre pos­ thume; il reproduit entre autres les traités suivants : Philippe Riboti, Libri X de institutione et progressu ordinis prophetici Eliani... ex operibus Joann is XLIV antistitis Hierosolymitani, S. Cyrilliconstantinopolitani, Gulielmide San vico (Sandwich), et Siberti de Beka; Jean le Gros, Viridarium; Jean de Hildes­ heim, Defensorium; Jean Baconthorpe, Compendium ; Ber­ nard Olerius, Informatio ; Thomas Bradley, Chronicon ; Baptiste Mantouan, Apologia; Jean de Vineta, Chronicon; Pierre Bruyne, Tabulare; Jean de Malines, Speculum historiale : Jean Paléonydore, Fasciculus tripartitus; Arnaud Bostius, Speculum historiale; De patronatu; De viris illustribus; Jean Trithème, De ortu et progressu; De viris illustribus ; Baudouin Leersius, Collectaneum exemplorum; François de Bonne-Espérance, Ilistorico-theologicum armamentarium ; Théodore Stratius, De indulgentiis confratrum scapularis ; et enfin les actes des saints de l’ordre avec des notices sur les prélats, les écrivains et les hommes remarquables; Pierre-Thomas Saracenus, Menologium carmelitarum, Bologne, 1627; Jean-Baptiste Lezana, Annales sacri prophetici et Eliani ordinis, 4 vol., Rome, 1645, 1650, 1653, 1656; un ν· vol. se trouve en manuscrit aux archives des carmes chaussés à Rome; le iv*,qui embrasse la période de 1140 à 1515, le seul, par conséquent, qui pourrait avoir une valeur historique, est gâté par le défaut de critique de l’auteur; l’histoire de l’ordre au moyen âge est encore à faire; unahrégédes Annales de Lezana, en flamand, par Pierre Wemmers, Anvers, 1666, est un ouvrage de nulle autorité; Louis de Sainte-Thèrèse, La suc­ cession du S. prophète Élie, Paris, 1662; Philippe de la SainteTrinité, Compendium historix carmelitarum, Lyon, 1656; Decor Carmeli, Lyon, 1665; Theologia carmelitana, Rome, 1665; Pierre-Thomas de Haitze d’Ache publia contre lui : Les moines empruntés, Rouen, 1696; de Vaux du Saint-Sacrement lui opposa sa Réponse pour les religieux carmes au livre intitulé : Les moines empruntés, Cologne, 1697; Augustin Biscaretus, Palmites vin ex Carmeli (en manuscrit chez les carmes chaussés à Rome); Paul de Tous les Saints, De ortu, progressu et viris illustribus, Cologne, 1643; Mathias de Saint-Jean: Histoire panégyrique de l’ordre des carmes, Paris. 1650, 1665; Engel­ bert de Saint-François, Series omnium capitulorum genera­ lium ab 1318 ad 1762, Rome, 1765; Jean-Baptiste de SaintAlexis, Storia del monte Carmelo, Turin, 1780; De statu antiquo et moderno S. montis Carmeli, Turin, 1772; Jean-Népomucène de Saint-Pierre (Hovenhaghel), Histoire de l’ordre de N. D. du M. Carmel sous ses neuf premiers généraux, Maestricht, 1798 (anonyme), excellent critique; Ferdinand de Sainte-Thérèse, Ménologe du Carmel, 3 vol., Lille, 1879 (pas toujours exact), Marc-Antoine Alegreus Casanatus, Paradisus carmelitici deco­ ris, Lyon, 1639 (apud nos nullo pretio est ejusque scriptio urliceti venus quam paradisi nomen meretur, L. Perez); condamné par la Sorbonne en 1642; cet ouvrage et quelques autres du même genre ont donné occasion à un voltairien de persifler les traditions carmélitaines dans l’ouvrage intitulé : Ordres monas­ tiques; histoire extraite de tous les auteurs, etc., 5 vol., Ber­ lin (Paris), 1751 ; le I” vol. s’occupe presque entièrement des carmes; nous n’aurions pas fait mention de cette œuvre bur­ lesque, si elle ne formait la base de l’article Carmelites dans VEncyclopedia Britannica jusque dans l’édition la plus récente; Alexis-Louis de Saint-Joseph, Histoire sommaire de l'ordre de N. -D. du Mont-Carmel, Carcassonne, 1855 ; Romanet de Cailland, Origine de l’ordre du Carmel, Limoges, 1894. II. Controverse sur l’antiquité de l’ordre. — Daniel de la Vierge cité plus haut. François de Bonne-Espérance, cité dans le texte ; Maximilien de Sainte-Marie, Harpocrates carmelitanus, Cologne, 1681 (l’auteur cité se défendit d’avoir écrit ce libelle; voir Janning, Apologia, p. 103); Valentin de Saint-Amand, Har­ pocrates jesuiticus; Prodromus carmelitanus; Heroica Car­ meli regula; Pomum discordix, les quatre ouvrages parurent à Cologne en 1682; Jacques de Saint-Antoine, Appendix ad con­ sultationes canonicas, Cologne. 1682; Henri de Saint-Ignace, Novus Ismaèl, Augsbourg, 1682 (sous le pseudonyme : Justus Camus); D. N., conseiller royal (nom fictif), Amyclæ jesuiticæ 1791 CARMES (ORDRE DES) — CAROLINS (LIVRES) sive Papebrochius scriptis carmelitarum convictus, Paris, 1683: Albert Zenner, O. P.. Synopsis authentica et curiosa errorum a Papebrochio commissorum, s. 1. n. d. : Hyacinthe de Saint-Charles, Réponse du sieur Antoine d'Herouval (nom supposé) à la lettre de M. N., conseiller royal (M. du Cange), Paris, 1683; Étienne de Saint Jean l’Évangéliste, Suada Harpo•cratis sive Papebrochius convictus, Hermopoli (Anvers), 1683 (anonyme); Id., Jesuiticum Nihil, auctore Petro Fischero Francone (pseudonyme), Salzbourg, 1684 ; ce libelle contient les quatre pamphlets précédents et de plus : Jesuitica ad epistolam in Suada contentam Responsio (supposé); Papale jesuiticum ; Non papale jesuiticum; Grégoire de Saint-Martin; Apologia, Douai, 1685; Christianus del Mare (pseudonyme de Christianus de Monte Carmelo); R. P. Papebrochius historicus conjectu­ ralis bombardizans, Salzbourg, 1688 (Papebroch attribue à tort ce factum à Sébastien de Saint-Paul); Debita Papebrochiana, Cologne, 1688; Marius de Saint-Jacques, Epistola in formatoria ad Societatem Jesu seu Hercules Commodianus, par J. L. M. H. (anonyme), Liège, 1688; D. Scoppa, De vera origine monastices, Noies, 1697 ; Sébastien de Saint-Paul, Libellus supplex Innocentio XI pro origine et antiquitate carmelitarum... exhibitus, Francfort (Salzbourg), 1683; Exhibitio errorum, cité dans l’article; Conrad Janning, S. J., Brevis instructio (réponse au Libellus supplex) ; Id., Epistola familiaris (réponse à ΓExhi­ bitio), 1693; Sébastien de Saint-Paul, Motivum juris pro libro : Exhibitio errorum, Anvers, 1693; Janning, Amica postulatio contra Motivum juris, 1693; Sébastien de Saint-Paul, Appendix ad Motivum juris, Anvers, 1694; Janning, Apologia pro Actis sanctorum, contient ses ouvrages précédents et en outre : Postscriptum ad præmissasepistolas, réponse à [ Appendix, Anvers, 1695 (voir les opuscules de Janning aux Acta sanctorum, t. i junii); D. Papebroch, Acta sanctorum, 1.I aprilis, p. 764-799; Com­ mentarius apologeticus, t. π maii, p. 709-846; Responsio ad Exhibitionem errorum P. Sebast. a S. Paulo, 3 vol., Anvers, 1696, 1697, 1698, etc. ; dom Pitra, Études sur la collection des Actes des saints, Paris, 1850, p. 94-99; H. Reusch, Der Index der verbotenen Bûcher, Bonn, 1885, t. il, p. 267-276. III. Les carmes en Europe. — H. H. Koch, Die Karmelitenklôster, d. niederdcutschen Provinz, Fribourg, 1889 (y voir la bibliographie); Jean Trissa, De magistris ordinis Carmi., dans Archiv fur Lilteratur, t. IV ; Ludwig Schmitt, S. J., Der Karmeliter Paulus Helise, Fribourg, 1893 ; Pierre-Thomas Burke, C. D., A medieval Hero (S. Pierre-Thomas), Dublin, 1901; Alois Postina, Der Karmelit Eberhard Billick, Fribourg, 1901 ; B. Zimmer­ man, Die englischen Karmelitenklôster; dans Stimmen vom Berge Karmel, 1901-1903. IV. Réformes. — Clément-Marie Fellini, Sacrum musæum congregationis Mantuanæ, Bologne, 1691 ; Jean-Marie Pensa, Teatrodegli uomini illustri della famiglia di Mantova, Mantoue, 1618; François Cherascus, Tesori della religione carmelitana; Jean-Baptiste Guarganti, Historia congregationis mantuanæ (en manuscrit); Léon de Saint-Jean, Delineatio observantiæ Rhedonensis, Paris, 1646; Liévin de Sainte-Scholastique, Vie du vén. P. Philippe Thibault, Paris, 1623, Mathias de Saint-Jean, L'esprit de la réforme des carmes en France, Bor­ deaux, 1666; Sernin de Saint-André, Vie du vén. Fr. Jean de Saint-Samson, Paris, 1881. V. Réforme de sainte Thérèse. — Nous omettons Ici la bibliographie sur sainte Thérèse elle-même. François de SainteMarie (et ses continuateurs), Reforma de los descalços, 6 vol., Madrid, 1644 sq. ; trois volumes ont également paru en italien : Riforma de Scalzi, Gènes, 1654 sq. ; trad, française par Gabriel de la Croix, 2 in-fol., Paris, 1665, 1666; nouvelle édit, par MarieRené de Jésus Crucifié, Lérins, 1896; Isidore de Saint-Joseph et Pierre de Saint-André, Historia generalis fratrum discale, congreg. S. Eliæ (congrégation d’Italie), Rome, 1668, 1671 ; la continuation n’a pas été publiée ; Louis de Sainte-Thérèse, Annales des carmes déchaussés de France, Paris, 1666 ; nouvelle édit, par Albert-Marie du Saint-Sauveur, Laval, 1891 ; Melchior de Sainte-Anne (et ses successeurs), Chronica de carmelitas descalços... do regno de Portugal, 3 vol., Lisbonne, 1657 sq. VI. Sur les déserts. — Cyprien de la Nativité, Description des déserts des carmes déchaussés, Paris, 1651, 1668; B. Zim­ merman, D. heil. Einsiedelein im Karmelitenorden, dans Stim­ men vom Berge Karmel, 1898-1900 (y voir la bibliographie). VU. Sur les missions. — Thomasde Jésus,Stimulusmissionum, Rome, 1610; De procuranda salute omnium gentium, Anvers, 1613, 1652; Jean de Jésus-Marie, Liber seu historia missionum, dsns Opera omnia, Florence, 1774, t. ill ; Philippe de la Sainte-Trinité, Itinerarium orientale, Lyon, 1649; édit, franç. par Pierre de Saint-André, Lyon, 1653; édit, italienne, Venise, 1667; Vincent-Marie de Sainte-Catherine, Viaggio aile Indie, Rome, 1672; Léandre de Sainte-Cécile, Viaggio alla 1792 Palestina, Rome, 1753; alla Persia, Rome, 1757; alla Mesopo­ tamia, Rome, 1757 ; Paulin de Saint-Barthélemy, Opera, Rome, 1790-1805; Vienne, 1799; Padoue, 1799; Euscbe de Tous les Saints, Historia missionum, 17:30; Eustache de Sainte-Marie, Istoria della vita... del ven. Λ/·' Giuseppe di Santa Maria de Sebastianis, Rome, 1719; Fribourg, 1852; Miilbauer, Ges­ chichte, Berthold-Ignace de Sainte-Anne, Histoire de l’éta­ blissement de la mission de Perse, Bruxelles, 1886 (y voir la bibliographie); James P. Rushe, Carmel in Ireland. Londres, 1897; B. Zimmerman, Carmel in England, Londres. 1899; Charles Warren Currier, Carmel in America, Baltimore, 1890 (sur les carmélites); Carmel in India (anonyme), Londres, 1895 (sur les carmélites); Henri de la Sainte-Famille, Histoire des missions des carmes déchaussés, dans les Missions du Car­ mel, 1902 sq. VIH. Sur les carmélites françaises. — M. Houssaye, M. de Bérulle et les carmélites de France, Paris, 1872; M. Gramidon. Notices historiques sur les origines, etc., Paris, 1873 M. Houssaye, Les carmélites de France et le cardinal de Bérulle, courte réponse à Γauteur des Notices historiques, Bruxelles, 1873; Berthold-Ignace de Sainte-Anne, Anne de Jésus et les constitutions des carmélites déchaussées, Bruxelles. 1874; ld., Vie de la mère Anne de Jésus, Malines, 1876, 1883; AlbertMarie du Saint-Sauveur, Les carmes déchaussés de France; une persécution qui ne désarme pas, Paris, 1886, 1889, 1890; la continuation n’a pas été publiée; Mémoire sur la fondation, le gouvernement et Vobservance des carmélites déchaussées, 2 vol., Reims, 1894 (par les soins des carmélites du premier monas­ tère de Paris) ; Chroniques de l'ordre des carmélites. Troves, 1846,1850,1856, 1861, 1865; Poitiers. 1887 (2 vol.). 1888,1889. IX. Études. — Pierre Lucius, Bibliotheca carmelitarum, Florence, 1593; Emmanuel Roman, Elucidation es y escriptores illustres de la orden del carmen, Madrid, 1624, 1628, 1630; Martial de Saint-Jean-Baptiste, Bibliotheca scriptorum utriusque congregationis (Joseph et Eliæ), Bordeaux, 1730 ; Cosme de Villiers de Saint-Étienne, Bibliotheca carmelitana, 2 in-fol., Orléans, 1752 (très consciencieux); Henri-Marie du Saint-Sacrement, Collectio scriptorum ord. carmel. excalc., 2 vol.. Savone, 1884 (incomplet et inexact); Hurter, Nomenclator literarius. 3in-8·, Inspruck, 1893; Roch-Alberl Faci, Catalogus auctorum qui de B. V. Maria de M. Carmelo... scripserunt, Saragosse, 1752; Index scriptorum qui Immaculatam Dei Genitricis Conceptio­ nem propugnarunt, Saragosse, 1752. X. Dévotions. — Nous omettons ici les auteurs qui ont traité de la sainte Vierge; ils trouveront place ailleurs. Albert-Marie du Saint-Sauveur, Saint Joseph et son culte dans l'ordre du Car­ mel, Rennes, s. d. ; Lucot, S. Joseph; le premier office com­ posé par les carmes. Paris, 1875; Léon de Saint-Joachim, Le culte de S. Joseph et l'ordre du Carmel, Gand, 1902 (en fran­ çais et en flamand; consultez cependant l’édition espagnole, corri­ gée par fauteur et traduite par Séraphin de Sainte-Thérèse, 1905). Sur la bibliographie elle-même du Carmel, voir G., de Smedt, Introductio generalis ad historiam ecclesiasticam critice tra­ ctandam, Gand, 1876. p. 369-372 ; Ul. Chevalier, Répertoire. To­ po-bibliographie, col. 585-588. B. Zimmerman. CAROLINS (Livres). —I. Histoire. II. Doctrines. I. Histoire. — 1° Authenticité des livres carolins. — En 1549 parut, a Paris, un livre intitulé : Opus illustris­ simi Caroli Magni... contra synodum quæ in partibus Græciæ pro adorandis imaginibus stolide sive arrogan­ ter gesta est. L’éditeur se désignait mystérieusement par ces mots : Eli. Phili. H disait faire sa publication d’après un manuscrit vetustum, in templo quodam majore augustissimo ac totius Galliæ antiquissimo repertum, P. L., t. xcvm (sauf avis contraire, toutes les citations de la Patrologie se réfèrent à ce volume), col. 992. Cet ouvrage, qui se compose de quatre livres, a reçu et gardé le titre de libri carolini. Les protestants, Flacius en tête, reçurent avec joie les livres carolins; ils les utilisèrent dans leurs attaques contre l’Église catholique. Tout autre fut l’accueil des catholiques. Ils les firent mettre à Vlndex des livres prohibés, d’où Rome les a enlevés lors de la derniere revision de Vlndex (1900). On soupçonna que l'éditeur était un protestant, et cette opinion fut lente â dispa­ raître, puisqu’on la retrouve encore dans Petau. Dc-t ■ «. theol., De incarnat., 1. XIII, c. xn, n. 7. édit. Fvurnials, Paris, 4867, t. vil, p. 241; en réalité, l’éditeur était Jean du Tillet (Tilius), prêtre, plus tard évêque d- 1793 CAROLINS (LIVRES) 1794 Saint-Brieuc, et ensuite de Meaux. Beaucoup refusèrent , reprehendisset et qusedam capitula, quæ reprehen­ d’admettre que Charlemagne fût l’auteur de ces livres : sioni patebant, prænolassel, eaque per Angilbertum les uns les attribuèrent au réformateur Carlstadt, d'autres abbatem eidem Adriano papte direxisset, ut illius à un ou à plusieurs hérétiques du temps de Charle­ judicio et auctoritate corrigerentur, ipse (le pape magne, dont Charlemagne aurait envoyé l’œuvre au Adrien) rursus per singula capitula... respondere quæ pape Adrien I", afin d’en obtenir la réfutation. Cf. Suvoluit, non tamen quæ decuit, conatus est. Enfin, nous rius, P. L., col. 966; Baronius, an. 794, n. 30, avons la lettre d’Adrien à Charlemagne, si durement édit. Theiner, Bar-le-Duc, 1868, t. xm, p. 264, et jugée par le synode de Paris, Jaffé-Wattenbach, Reg. P. L., col. 950-951 ; Bellarmin, De Ecclesia trium­ pont, rom., Leipzig, 1885, n. 2483, P. L., col. 1247phante, 1. II, c. xv, Controv., Paris, 1620, t. n, col. 796; 1292; le pape raconte, col. 1249, qu’il a reçu Angilbert, Suarez, De incarnat.,, disp. LIV, sect, ni, Lyon, 1614, envoyé par Charlemagne, et qu’Angilbert edidit nobis р. 803 (cf. Mansi, P. L., col. 968); Vasquez, In lllam capitulare adversum synodum quæ pro sacrarum Sum. theol., disp. CVI, c. v, Lyon, 1619, p. 696. Cette imaginum erectione in Nicæa acta est, et il ajoute : Unde opinion n’était pas admissible; elle s’évanouit peu à pro vestra melliflua regali dilectione per unumquodque peu. Petau, op. cil., n. 7-8, p. 242, estima que les livres capitulum responsum reddidimus. Le pape use de mé­ carotins avaient été écrits au nom de Charlemagne; nagements envers l’empereur, semblant ne voir dans Thomassin, Dogm. theol., De Verbi Dei incarnat.,1. XII, l’écrit qu’on lui a présenté qu’une rédaction due il ne с. xn, n. 16-17, y vit l’écho des idées de l’Église franque sait â quels écrivains et soumise au siège apostolique; au temps de Charlemagne. D’autres n'hésitèrent point mais il n’est pas difficile de lire entre ses lignes, et ce à regarder Charlemagne comme leur auteur, par qui finit de rendre sa pensée claire, c’est le passage ou, exemple Sirmond, dans Mansi, Concilia, Florence, 1767, se trouvant en présence d'un capitulum digne de louange t. xni, col. 905 (cf. Bossuet, Def. decl. cleri gallicani, et, par là, différent de ceux qui précèdent, il en attri­ part. Ill, 1. VII, c. ni, édit. Lâchât, Paris, 1879, t. xxn, bue l’honneur à Charlemagne, col. 1260 : Hoc sacrum p. 79-80); Maimbourg, Histoire de l’hérésie des icono­ et venerandum capitulum multum distat a totis supraclastes, 2' édit., Paris, 1675, t. Il, p. 32; Noël Alexandre, dictis capitulis, et idcirco eum agnovimus veslræ a Hist, eccles., Venise, 1778, t. vi, p. 110-111, et P. L., Deo servatæ orthodoxæque regalis excellentiae esse col. 975-979; Witasse, De incarnat., q. xi, a. 5, sect, v, proprium. Paris. 1719, t. n, p. 556-558. L’authenticité des livres Si tout le monde reconnaît aujourd’hui que les livres carolins s'imposa de plus en plus aux critiques. Il y a carolins sont authentiques, nul ne prétend que Charle­ eu, cependant, une dernière tentative pour la rendre magne les ait rédigés lui-même d’un bout à l’autre, et douteuse. Floss, De suspecta librorum carolinorum même on juge impossible qu'il l’ait fait, car il n’avait pas a Joanne Tilio editorum fide, Bonn, 1860, essaya de la science que ces livres attestent. Tout ce qu’on veut démontrer que J. du Tillet n’avait pas eu dans les dire, c’est que les livres carolins furent composés à sa mains un vieux codex, mais seulement un manuscrit demande, en son nom. « Nous ne nous attarderons pas. du XVIe siècle; il en conclut, non sans habileté, que le dit Hefele, op. cil., p. 697; trad. Delarc, Paris, 1870, texte de J. du Tillet était suspect. A quoi Reifferscheid t. v, col. 121, à examiner quel est celui des savants de répondit, Narratio de Vaticano librorum carolinorum la cour de Charlemagne qui a pu composer ces libri codice, programma, Breslau, 1873; cf. Revue des sciences carolini; bien des indices porteraient à croire que ce ecclésiastiques, Amiens, 1876, t. xxxiv, p. 370-371, fut Alcuin, surtout si l’on réfléchit aux rapports exis­ que la bibliothèque Vaticane possède, n. 7202, un manus­ tant entre Alcuin et Charlemagne. On est, en outre, crit des livres carolins du commencement du x· siècle, frappé de l’analogie qui existe entre un passage du com­ identique au manuscrit édité par .1. du Tillet. Ce dernier mentaire d’Alcuin sur S. Jean, iv, 5 sq., et un texte des n'a pas été retrouvé, pas plus qu’un autre manuscrit livres carolins, 1. IV, c. vi. Une très ancienne tradition dont Augustin Steuchi, préfet de la Vaticane, avait s’est aussi conservée en Angleterre, portant qu’Alcuin publié tout un chapitre (1. I, c. vi), dans son De falsa avait écrit contre le II' concile de Nicée. » Cf. Realencydonatione Constantini, 1. II, η. 60, Leipzig, 1545, en klopâdie, 3' édit., Leipzig, 1901, t. x, p. 90. Toutefois disant que c’était liber vetustissimus litteris longoces indices sont fragiles. Cf. l’éditeur d’Alcuin, Froben, bardicis scriptus, P. L., col. 1000; mais la bibliothèque Præfatio gener., c. xn, P. L., t. c, col. 13; Præfalio in de l’Arsenal, à Paris, renferme, n. 663, un autre manus­ opera supposita, t. ci, col. 1170-1172; H. Hurter, crit des livres carolins, qui remonte « du ix» au Nomenclator, 3' édit., Inspruck, 1903, t. I, col. 708, X' siècle ». II. Martin, Catalogue des manuscrits de la note. bibliothèque de l’Arsenal, Paris, 1885, t. i, p. 499-500. 2° Les livres carolins et les capitula envoyés ά « Maintenant, dit Hefele, ConciUengesehichte, FribourgRome. — Charlemagne a-t-il envoyé à Rome les livres en-Brisgau, 1877, t. m, p. 698, l’authenticité des livres carolins dans la forme ou nous les possédons actuelle­ carolins ne donne plus lieu à hésitation. » ment? En général la réponse à celte question a été Du reste, elle n’est pas établie uniquement par le affirmative. Hefele, op. cil., p. 713-715; trad., p. 138témoignage des manuscrits actuels et de ceux de Steuchi 140, a démontré qu'ils ont été présentés au pape Adrien et de J. du Tillet. Hincmar de Reims, Opuscul. LV dans une forme différente de celle qu’ils ont aujour­ capital. adversus Hincmarum Laudun., c. xx, P. L., d'hui. Les capitula envoyés à Rome n'étaient pas dans t. cxxvi, col. 360-361, dit du VII' concile œcuménique, le même ordre que les livres carolins actuels; ils indi­ II' de Nicée (787), et de sa condamnation (destructa) quaient la session du concile de Nicée où se trouvait la par le concile de Francfort (794) : De cujus destru­ proposition qu’ils blâmaient, ce que le texte actuel ne ctione non modicum volumen, quod in palatio adoles­ fait pas ; ils étaient au nombre de quatre-vingt-cinq, centulus legi, ab eodem imperatore (Charlemagne) Ro­ tandis que les libri carolini actuels en comptent cent mam est per quosdam episcopos missum; et du 1. IV vingt (ou cent vingt-un, si l’on admet l'authenticité de du non modicum volumen il cite un chapitre, le xxvm·, 1. IV, c. xxix, laquelle est douteuse), et, parmi ces que nous lisons dans les livres carolins. P. L., col. 1246quatre-vingt-cinq capitula, il y en avait deux qui ne 1247. Le synode de Paris (824), qui condamna, à son figurent pas dans nos livres actuels; le texte des capi­ tour, le culte des images, dit, dans sa lettre aux em­ tula cité par le pape est presque partout identique au pereurs Louis et Lothaire, P. L., col. 1300 : Eamdem titre des chapitres des livres carolins actuels, en telle porro synodum (le II' concile de Nicée) cum sanctæ sorte qu’il semble qu’Adrien n’a eu sous les yeux qu’un texte non pas tout à fait semblable, mais en grande par­ memorise genitor, vester (Charlemagne) coram se suis­ que perlegi fecisset, et multis in locis, ut dignum erat, I tie semblable aux titres actuels des livres carolins. Voir 1795 CAROLINS (LIVRES) dans Hefele, op. cit., p. 716-717; trad., p. 141-142, la liste des passages des livres carolins qui correspondent aux citations de la lettre du pape. Cette premiere question résolue, il s’en présente une seconde, qui est la suivante : la priorité appartient-elle aux livres Caroline actuels ou aux capitula qui furent envoyés à Adrien? Petau, op. cit., n. 8, p. 242, pense que les livres carolins auraient été composés trois ans après le concile de Nicée (donc en 790), comme il est dit dans la préface du 1. I, col. 1003; puis, le concile de Franc­ fort (794) en aurait recueilli les titres des chapitres, en modifiant leur ordre et parfois leur énoncé, et cet ex­ trait, ce capitulare, comme l’appelle Adrien l»r, col. 1219, aurait été envoyé à Rome. Dans sa 1" édition, trad., p. 140, Hefele avait été d’avis que les capitula transmis au pape furent antérieurs à nos livres carolins, et que ceux-ci ont été élaborés après coup, par ordre de Char­ lemagne, pour renforcer, par des preuves assorties, les capitula primitifs; dans la 2e édition, p. 713, il a aban­ donné cette manière de voir pour se ranger à celle de Petau. II. Doctrines. — 1° Culte des images. — Le pape Adrien fit traduire les actes du II» concile de Nicée et envoya un exemplaire de celte traduction à Charlemagne. Charlemagne avait alors à se plaindre des Grecs; ils appuyaient les résistances des princes lombards contre la domination des Francs en Italie, et un projet de ma­ riage entre Rothrude, fille de Charlemagne, et l’empe­ reur grec, Constantin VI, venait d’échouer. Il est per­ mis de croire que Charlemagne fut aise d’avoir une occasion d'humilier les Byzantins; par là s'expliquent, en particulier, des passages très vifs des livres carolins contre Constantin VI et sa mère l’impératrice Irène. Du reste, il y avait, dans l’Église franque, des tendances dé­ favorables au culte des images. Et, de plus, la traduc­ tion du concile de Nicée était très défectueuse; il en ré­ sulta une méprise grossière sur le fond même du débat. Le concile a nettement établi, sess. VII, Labbe et Cossart, Concilia, Paris, 1671, t. vu, col. 556; cf. DenzingerSlalil, Enchiridion, doc. xxx, 9« édit., Wurzbourg, p. 82, la ditTérence entre l'adoration véritable, άληΟιχήν λατρείαν, qui ne convient qu’à Dieu, et l’honneur, τιμή, l’adoration improprement dite, la vénération, τιμητικήν προσκύνησιν, que l'on donne aux images et qui ne s’arrêtent pas à elles, mais qui vont à ceux que les images représentent. Voir t. t, col. 437-438. Or, là ou le texte grec portait le mot προσκύνησις la traduction latine avait adoratio. Le mot adoratio, dans l’Ecriture, ne désigne pas toujours le culte de latrie; l’auteur des livres carolins le constate, 1. 1. c. ix, col. 1027-1029. Dans l’usage des théologiens, il a pu s’entendre du culte de dulie quand le contexte ne laissait pas de doute sur le sens véritable. Voir, par exemple, Suarez, De incarnat., disp. LIV, De usu et adoratione imaginum, p. 790 sq. Dans la traduction latine des actes du concile de Nicée, ce mot avait tout au plus une signification équivoque; l’auteur des livres carolins, qui interpréta, sur toute la ligne, le texte tra­ duit du concile dans le sens le plus défavorable, part de cette idée que le concile réclame pour les images l’ado­ ration proprement dite. Un autre passage de la traduc­ tion, qui ne pouvait que le confirmer dans son erreur, est celui qui fait dire à Constantin, évêque de Cons­ tantia, dans File de Chypre, et cela cæteris (episcopis) consentientibus : Suscipio et amplector honorabilité)· sanctas et venerandas imagines secundum servitium adorationis quod consubstantiali et vivificatrici Trini­ tati emitto, coi. 1148. Or, il y a dans l’original, Labbe et Cossart,op. cit., col. 188 : « J’accepte et je baise avec honneur les saintes et vénérables images; quant à l'adoration qui consiste dans la latrie, c’est-à-dire dans le service dû à Dieu, je la réserve à la seule supersub­ stantielle et vivifiante Trinité. » Le malentendu était donc aussi grave que possible; le concile de Nicée reluse aux 179G images l’adoration proprement dite, et les livres caro­ lins s’indignent de ce que le concile de Nicée la leur accorde. Mais tout le conflit tenait-il à un malentendu? Le con­ cile de Nicée déniait aux images le culte de latrie, mais déclarait légitime un culte inférieur, de simple vénération. Là-dessus les livres carolins s’accordent-ils avec lui? A se fier à certaines apparences on pourrait d’abord le croire. Dans la préface du 1. I, col. 1092-1005, nous lisons des paroles aussi dures contre le synode iconoclaste de Constantinople (en 754; les livres carolins, col. 1002, le placent à tort en Bithynie) que contre celui de Nicée incriminé à faux pour avoir prescrit l’adoration des images. Çà et là les livres carolins semblent ne blâmer que le culte de latrie décerné aux images, et admettre qu’on puisse leur rendre un certain culte. C’est ainsi qu’à l’objection tirée de ce fait que le pape Sylvestre porta des images à l’empereur Constan­ tin, ils répondent, 1. II, c. xni, col. 1078 :1° Le livre des Actes de saint Sylvestre, qui raconte ce fait, n'a pas de crédit; 2° si le pape a présenté des images à Constantin, ce n’était pas pour que celui-ci les « adorât » ; 3“ s’il avait ordonné à Constantin de les « adorer », ideo fortassis juberet ut eum qui visibilium cultor erat per visibilia ad invisibilia provocaret ; donc, conclut-on, il peut y avoir des circonstances, de l’aveu des livres carolins, ou le culte des images peut être utile. Noël Alexandre, P. L., col. 979-988; Witasse, op. cit., p. 531532, 558-568, ont essayé d’établir que les livres carolins ne sont pas absolument hostiles à tout culte envers les images. Petau, op. cit., c. xvi, n. 2-4, p. 262-264, pré­ fère (veri arbitror esse similius) l’opinion d'après la­ quelle ces livres excluent toute sorte de culte. Il est dif­ ficile de n’être pas de son avis. Les livres carolins pro­ testent que les images ne sont pas des idoles et ne veulent pas qu’on les détruise, mais en affirmant que leur utilité se réduit à orner les églises, à rappeler les souvenirs du passé, 1. I, præf., col. 1006 : imagines in ornamentis ecclesiarum et memoria rerum gestarum habentes, et solum Deum adorantes el ejus sanctis opportunam venerationem exhibentes, nec cum illis frangimus nec cum istis adoramus. A Dieu l 'adoration, aux saints la vénération, mais nullum penitus locum imaginum cultus et adoratio tenent, 1. II, c. xxi, coi. 1085, et encore, col. 1085-1086 : Sanctis... veneratio exhibenda est, imagines vero, omni sui cultura et ado­ ratione seclusa, utrum in basilicis propter memoriam rerum gestarum el ornamentum sint an etiam non sint, nullum fidei catholicae afferre poterunt praejudicium. Il importepeu d’en avoir ou de ne pas en avoir ; elles ne sont nécessaires à aucun titre. On ne doit, en aucune manière, les comparer à la croix du Christ ou à l'Ecriture sainte, aux vases sacrés, aux reliques des corps et des habits des saints; tous ces objets sont vénérés, conformément à une tradition ancienne, tandis que les images ne le sont pas. L. II, c. xxvm-xxx, col. 1096-1109; L III, c. xxiv, col. 1165-1166. On ne peut dire que l'honneur rendu aux images passe aux saints que les images représentent. L. II, c. xvt, col. 1146-1148; cf. J. Turmel, Histoire delà théologie positive, Paris, 1904, p. 480, 481. Il est insensé d’allumer des cierges et de brûler de l'encens devant les images. L. IV, c. m, col. 1187-1188. Si elles sont saintes, comme on le prétend, pourquoi les placer sur les chemins ou dans les places publiques, qui ne sont pas des lieux saints? L. IV, c. xxvi, col. 1243-1244. En outre, 1. IV, c. xxvn, col. 1244-1246, toutes les images ne sont pas belles; si la mesure de leur beauté est celle de leur sainteté et de leur efficacité, celles qui sont dépourvues de beauté ne sont pas saintes et efficaces, et ainsi leur sainteté ne vient pas d'un motif de religion, mais de l’habileté de l’artiste. Dira-t-on que l'honneur dû aux images est indépendant de leur valeur artis­ tique? Dans ce cas, il n'y a qu'à supprimer la justice, 1797 CAROLINS (LIVRES) qui veut qu’on accorde â chaque chose ce qui lui appar­ tient. 11 y a là un sophisme, ou plutôt une complète inintelligence de la doctrine combattue. Mais la pensée de l'auteur des livres carolins apparaît franche et bru­ tale; il condamne tout culle des images. 2° Points divers. — 1. Les livres carolins prennent éga­ lement parti contre les Grecs dans la question de la procession du Saint-Esprit. Non seulement ils disent que le Saint-Esprit procède ex Paire et Filio, dans la belle profession de foi du 1. II, c. I, col. 1113; mais en­ core ils insistent sur la nécessité de proclamer que le Saint-Esprit procède ex Patre et Filio, 1. II, c. vin, col. 1129, et ils affirment que telle est la foi de l’Êglise universelle, col. 1118. Dans leur ardeur de polémique contre les Grecs, ils blâment Tarasius, archevêque de Constantinople, d’avoir cnseignéque le Saint-Esprit pro­ cède ex Paire per Filium, 1. II, c. III, col. 1117-1121, Théodore de Jérusalem d’avoir dit que le Père n’a pas de principe et que le Fils ale Père pour principe,!. II, c. iv, col. 1121-112ÈJ, et de nouveau Tarasius d’avoir confessé que le Saint-Esprit est Patri et Filio contributum. L. II, c. v, col. 1123-1124. Le pape Adrien n’eut pas de peine à montrer l’orthodoxie de la formule qui fait procéder le Saint-Esprit ex Patre per Filium, et de celle de Théo­ dore de Jérusalem sur le Père principe du Fils et luimême sans, principe; quant à l’expression de Patri et Filio contribulas, appliquéeau Saint-Esprit, sans comp­ ter — ce que le pape ne remarque point — qu'elle avait été employée par Théodore de Jérusalem, non par Tarasius, elle pouvait se justifier, col. 1249-1254, 1275. 2. Ce que les livres carolins disent de l’eucharistie, 1. II, c. xxvn, col. 1093-1096, mérite d’être relevé. Ils accusent le concile de Nicée d’avoir mis sur le même rang les images et l’eucharistie, alors que ce concile avait fait juste le contraire. Labbe et Cossart, op. cit., col. 448-449; cf. llefele, op. cit., p. 703; trad., p. 126-127. En revanche ils parlent, en bons termes, de l’eucharis­ tie instituée par Notre-Seigneur ad commemorationem suæ passionis et nostræ salutis, col. 1093. Per illud peccata remittuntur, disent-ils encore, col. 1095; illud ducit per esum ad cæleslis regni introitum..., et cum sine illius perceptione nemo salvetur. Ils semblent pla­ cer la consécration dans les paroles de l’épiclèse : Ad horum consecrationem sacerdos infulatus, circumstan­ tis populi deprecationes suis precibus miscens, cum in­ terno rugitu memoriam faciat dominicse passionis, et ab inferis resurrectionis, necnon et in cælos gloriosis­ sima: ascensionis, et hæc perferri per manus angeli in sublime altare Dei el in conspectum majestatis de­ poscat, coi. 1093-1094, et coi. 1095 : cum... illud conse­ cretur a sacerdote divini nominis invocatione. 3. A. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, Leip­ zig, 1897, t. n, p. 238 sq., attribue les livres carolins et l’hostilité de Charlemagne pour le IIe concile de Nicée à une vive irritation résultant de ce que le pape aurait réuni le concile de Nicée sans en aviser Charles et se concerter avec lui. Cela est possible, mais très hypothé­ tique. « Dans la supposition de M. Hauck que Charle­ magne se serait senti non seulement blessé dans son amour-propre par l’initiative du pape, mais lésé dans ses droits de chef de l’Êglise franque, il est bien extra­ ordinaire que la polémique des libri carolini n'ait pas insisté sur les droits ecclésiastiques du roi. » H.-M. Hemmer, Revue d’histoire et de littérature religieuses, Pa­ ris, 1898, t. m, p. 366. Sans doute il en est question en passant, surtout dans ces membres de phrases sonores de la préface du 1. I, col. 1001-1002 : cujus (Ecclesiæ), quoniam in sinu regni gubernacula, Domino tribuente, suscepimus... ; nobis, quibus... ad regendum commissa est. Mais à la rigueur ces paroles peuvent s’entendre comme exprimant l’idée qu’avait de sa mission 1’ « évêque du dehors » qu'en fait Charlemagne ambitionnait d’être 1798 avant même d’être couronné empereur. Toutefois ce qui est étrange, c’est que l’auteur des livres carolins affecte d’ignorer que le pape s’est occupé du concile de Nicée, qu'il y a envoyé ses légats, qu’il l’a approuvé. Il en parle comme d’un synode qui, loin de mériter le titre d'œcuménique, n’est que l’œuvre misérable des évêques de deux ou trois provinces en désaccord avec l’Êglise universelle. Il y a plus, parmi les passages du II» con­ cile de Nicée que critiquent les livres carolins, un certain nombre sont empruntés à la lettre du pape Adrien à l’impératrice Irène, cf. le tableau des citations des actes du concile dans Hefele, p. 709-712; trad., p. 133-136; pas une fois l’auteur ne semble s’apercevoir qu'il attaque la parole du pape. Notons encore un mot assez vif à propos de l'usage de rappeler « la divine mémoire » des morts, I. I,c. m, col. 1015 : Sed hæc et his similia Romana potius ambitio quam apostolica ad­ misit traditio. Tout cela révèle un sentiment d'indépen­ dance vis-à-vis du saint-siège; c’est déjà un peu du gal­ licanisme. Cf. A. Harnack, Dehrbuch der Dogmengeschichle, 3» édit., Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. ni, p. 282-283. Du reste, Charlemagne s’exprime en termes magnifiques sur la primauté de l’Êglise de Rome en matière de foi, 1. I, c. VI,col. 1019-1022; il rappelle que son père, Pépin Je Bref, a voulu avoir la même liturgie que Rome, ut non esset dispar ordo psallendi quibus erat compar ardor credendi, coi. 1021, et que lui-même, à son tour, a introduit l’unité liturgique dans les pays qui ont été, par ses soins, convertis au christianisme. Cf. L. Duchesne, Origines du culte chrétien, 2» édit., Paris, 1898, p'. 96-99. 4. Les livres carolins contiennent plus d'une chose juste sur l’emploi de l’Êcriture et des Pères. Ils n’ad­ mettent pas que les Écritures pro suo cuique arbitrio proprio sensui accommodandae sint. L. I, c. v, coi. 1019. Seules ont de l’autorité les Écritures que l’Êglise de Rome reçoit comme canoniques. L. I, c. vi, col. 1020. Elles ne doivent pas être détournées de leur sens vé­ ritable, et c’est à tort qu’on allègue en faveur du culte des images des textes qui n’ont pas de rapport avec ce sujet. Cf. Turmel, Histoire de la théologie positive, р. 352. Il ne faut recevoir les dogmes que des docteurs qui ont été reçus par le saint-siège. L. I, c. vi, col. 1020. Leur texte doit être lu soigneusement, et on doit veiller à ne pas leur prêter ce qu’ils ne disent point. L. II, с. xiv-xx, col. 1078-1085. On ne peut se fier aux écrits dont les auteurs sont inconnus, 1. IV, c. xi, col. 1203, ni aux sornettes des livres apocryphes. L. III, c. xxx, col. 1179-1180. Voir encore les passages indiqués par H. Reuter, Geschichte der religiôsen Aufklârung im Mittelalter, Berlin, 1875, t. I, p. 266. Tout n’est pour­ tant pas irréprochable, dans les livres carolins, en ma­ tière de critique. Nous avons eu l’occasion de signaler des erreurs qu’ils ont commises, et l’on pourrait en allonger la liste. Cf. Hefele, op. cit., surtout p. 708-709; trad., p. 133. Reste à savoir, d’ailleurs, dans quelles limites l’auteur des livres carolins est personnellement responsable de ces erreurs ou digne d’éloge pour ce qu’il a de bon. C’est ce qu’apprendra l’étude des sources qu’il a utilisées. Le 17 juin 1904, dans une communica­ tion à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, D. Serruys a signalé une source inconnue jusqu’à pré­ sent, un ouvrage inédit de Nicéphore, patriarche de Constantinople, qui sera prochainement publié. Il y a retrouvé le texte original grec de certains témoi­ gnages invoqués par les livres carolins; ces témoignages seraient empruntés à des écrits de propagande ico­ noclaste qui furent composés à Constantinople, au vm» siècle, et qui, sans doute, furent envoyés en Occi­ dent par les Grecs, désireux de créer un dissentiment entre Rome et les Francs sur la question des images, ainsi qu’ils le tentèrent encore sous Louis le Débonnaire. Cf. Comptes rendus des séances de l’Académie des 1799 CAROLINS (LIVRES) — CARPOCRATE inscriptions et belles-lettres, Paris, mai-juin 1904, p. 360363. I. Éditions. — La première édition des livres carolins pa­ rut à Paris, par les soins de j. du TiHet, en 1549. Elle fut réim­ primée par M. Goldast, dans Imperialia decreta de cultu ima­ ginum in utroque imperio tam Orientis quam Occidentis promulgata, Francfort. 1608: c'est cette édition qui a passé, avec ses notes, dans P. L., t. xcvm, col. 999-1248. Une édition meilleure a été publiée par G. H. Heumann, Augusta concilii Nicæni II censura hoc est Caroli Magni de impio imaginum cultu lib. IV, Hanovre, 1731. Des fragments se trouvent dans P. Jaffé, Bibliotheca rerum germanicarum, Berlin, 1873, t. vi, p. 220-242. II. Travaux. — Noël Alexandre, Hist, eccles., Venise, 1778, t. vi, p. 108-118, et P. L., t. xevin, col. 971-988 ; J. von Hefele, Conciliengesehichte, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1877, t. m, p.694-717 ; trad. Delarc fl" édit.), Paris, 1870, t. v, p.H8-142;H. Reu­ ter. Geschichte der religiosen A ufklàrung im Mittelalter, Berlin, 1875, t. t, p. 10-13, 265-266; Hermes, dans Kirchenletricon, 2· édit, Fribourg-en-Brisgau, 1890, t. vu, p. 189-196; A. Hauck, Kirchengeschichle Deutschlands, Leipzig, 1897, t. il, p. 238-299, et dans Realencyklopàdie, 3· édit., Leipzig, 1901, t. x, p. 88-97; J.Turmel, Histoire de la théologie positive, Paris, 1904, p. 350353, 479-484. Voir, en outre, les travaux indiqués au cours de cet article, et ceux qui sont indiqués par A. Potthast, Bibliotheca hi­ storica medii sevi, 2· édit., Berlin, 1896. t. n, p. 740, et par Ul. Chevalier. Répertoire des sources historiques du moyen âge. Topo-bibliographie, col. 590,1489-1490. F. Vernet. CARON Raymond, frère mineur récollet, né dans Je comté de Westmead en Irlande, passa plusieurs années de sa vie religieuse à Salzbourg et à Louvain. Envoyé dans sa patrie, en qualité de commissaire général de son ordre, il prit rang parmi les catholiques qui se contentèrent d’une promesse provisoire du roi Charles Ier pour le maintien de la religion catholique en Irlande et des privilèges nationaux, pendant que les autres voulaient une assurance positive. Caron, mal vu pour cela de ses confrères, regagna le continent et ne revint en Irlande qu’aprés le rétablissement de Charles II. Il mourut à Dublin en 1665. 11 avait publié : Jloma triumphans septicollis, in-12, Anvers, 1655; Cologne, 1682, ou il emploie la méthode comparative pour établir la doctrine catholique; Apostolatus niissionariorum per universum mundum, cum obligatione pastorum quoad manutentiam Euangelii, regulis actionum humanarum et methodo conferendi cum haereticis ac infidelibus, in-12, Anvers, 1653; in-8°, Paris, 1659, condamné par la S. C. de l’index, donec corriga­ tur, le 22 novembre 1661 ; Controversiae generates fidei contra infideles omnes, judæos, mahomelanos, paga­ nos, cujuscunque sectae haereticos, quibus demonstratur nullos unquam haereticos fuisse, in-4», Paris, 1660; Loyalty asserted, and the late remonstrance or alle­ giance of the Irish clergy and layly, confirmed and proved by the authority of Scriptures, Fathers... and by the evidence of several theological reasons..., in-8», Londres, 1662, dont il existe une traduction latine ma­ nuscrite au Vatican, Bibi. Barberini : Fidelitas demon­ strata... Les théories gallicanes de cet opuscule furent plus largement développées par l’auteur dans la Remonstrantia Uybernorum contra Lovanienses ultramontanasque censuras de incommutabili regum imperio subditorumque fidelitate et obedientia indispensabili, una cum appendice de libertate gallicana et contra infallibilitatem romani pontificis, in-fol., Londres, 1665. Comme l’opuscule anglais, cet ouvrage est dédié à Charles II ; en tête se trouve une Ad ponti­ ficem maximum Alexandrum VU querimonia, repro­ duite dans l'édition de 1731 des Libertés de l’Église gallicane. Tabaraud, dans la Biographie universelle de Michaud, t. vi, p. 179; Hurter, Nomenclator, t. I, p. 503; t. n, col. 99. P. Édouard d’Alençon. CARP1NSKY Jean, théologien russe, mortàNovospassky en 1789. On a de lui un Compendium theologiae 1800 dogmatico-polemieæ, Leipzig, 1786; Moscou, 1790-1810. 11 traite de la sainte Écriture, de Dieu, de ses œuvres, de la providence divine, du Christ, de la grâce de Dieu, des bonnes œuvres, de l’Église, des sacrements et des lins dernières. Philarète, Aperçu sur la littérature ecclésiastique russe, Saint-Pétersbourg, 1884, p. 378. A. Palmieri. CARPOCRATE. — I. Vie. IL Doctrine. III. Disciples. I. Vie. — La vie de Carpocrate est peu connue; ce que l’on en sait se réduit aux détails suivants. Carpocrate, Καρποκράς ou Καρποκράτης, était d’Alexandrie comme son prédécesseur, le judéo-docéte Cérinthe, et comme ses contemporains Basilide et Valentin, deux chefs im­ portants du gnosticisme. Il vécut dans la première moi­ tié du π» siècle, sous le règne d’Hadrien. Marié à une femme de Tile de Céphalénie, nommée Alexandria, il en eut un fils, Épiphane, dont il se fit l'instituteur et auquel il enseigna l’ensemble des sciences et la philosophie platonicienne. Ce jeune homme mourut à 17 ans, après avoir étonné le monde par la précocité de son esprit et l'immoralité de sa conduite, laissant un ouvrage, ΙΙερϊ δικαιοσύνης, où il avait condensé tout ce qui peut légi­ timer la perversion des sens ; à sa mort, la patrie de sa mère lui éleva un temple et lui rendit les honneurs divins au chant des hymnes. Clément d’Alexandrie, Strom., m, 2, P. G., t. vin, col. 1106. Carpocrate survé­ cut à son fils. De tous les gnostiques, il fut le plus imbu des idées platoniciennes; il se prononça contre le ju­ daïsme par un antinomisme absolu, dont il voulut voir un exemplaire dans la personne de Jésus. Tertullien le traite de mage et de fornicateur. De anima, 35, P. L., t. n, col. 710. IL Doctrine. — Grâce aux renseignements fournis par saint Irénée, Clément d’Alexandrie, Tertullien et l’auteur des Philosophumena, on peut reconstituer, au moins en partie, la doctrine de Carpocrate et en mar­ quer le caractère gnostique et antijudaïque. 1° Théogonie et cosmologie. — Au premier rang des êtres, Carpocrate place un Dieu éternel, ineffable : c’est le Père ingenitus d'Irénée, Cont. hær., i, 25, n. 1, P. G., t. vu, col. 680; άγένητος des Philosophumena, VII, v, 32, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 385; la monade, prin­ cipe d’émanation d'abord pour les êtres spirituels et supérieurs, ensuite, mais â une longue distance, pour les anges et les vertus qui font le monde. Pseudo-Tertullien, Præscript., 48, P. L., t. n, col. 66; Philosophumena, loc. cit., p. 385; Épiphane, Hær., xxvn, 2, P. G., t. xli, col. 364. Selon toute vraisemblance, ces άγγελοι κοσμοποίοι étaient regardés par Carpocrate comme des tyrans qui, contrairement aux vues de Dieu, faisaient peser sur les hommes un joug intolérable ; d’où la né­ cessité d’une intervention divine pour secouer ce joug et émanciper les hommes, intervention confiée à Jésus. 2» Christologie. — Le rédempteur imaginé par Carpocrate porte le même nom que celui de l'Evangile, mais il n’a pas la même nature et ne joue pas le même rôle. D’après lui, en effet, Jésus n’est pas Dieu ; il n'est qu’un homme comme les autres, fils de Joseph et de Marie, mais d’une nature supérieure par la justice et l'intégrité de sa vie, Pseudo-Tertullien, Presser., 48, P. L., t. n, col. 66-67 ; Philosophumena, loc. cit., p. 385, possédant une âme ferme et pure qui se rappelle ce qu’elle a vu dans une vie antérieure. Il fut élevé selon la loi et les mœurs juives, mais il les méprisa et dut â ce mépris libérateur une vertu qui lui permettait de se soustraire à la tyrannie des anges démiurges. Philasophumena, loc. cit. De ce mépris du mosaisme il fit un instrument de salut pour les hommes. C'est toute la r— demption, selon Carpocrate, qui neparle ni des souffre ne·, s ni de la mort de Jésus. 3° Anthropologie. — L’homme est le composé d'une âme et d’un corps ; mais l’âme appartient à un monde -1801 CARPOCRATE supérieur où elle est née, et dont elle garde un souve­ nir plus ou moins net; elle n’est que de passage dans le corps, où elle est emprisonnée, on ne sait pour quel motif, mais d’où elle doit sortir, son épreuve achevée, pour réintégrer son centre d’origine. Or, pour se sous­ traire à la tyrannie des anges et rompre victorieusement les liens qui l’enchaînent, l'âme n’a qu’à imiter, qu’à éga­ ler l’âme de Jésus, en faisant revivre en elle le souvenir de son état primitif et en affichant comme Jésus pour la loi mosaïque le plus souverain mépris, son triomphe et sa grandeur se mesurant exactement à ce mépris. Philosophumena, Vil, v, 32, p. 386. C'est en cela que consiste la γνώσις μοναδική, la science libératrice, le salut, qui ne met aucune différence entre ce que l’on appelle le bien et le mal, le juste et l'injuste. Car, comme l’enseigne Épiphane, la justice n’est qu'une κοινωνία μετ’ ίσότητος, c’est-à-dire un droit égal pour chaque homme de participer à tous les biens, non seulement à la lumière du jour, mais encore et surtout au nécessaire exercice des rapports sexuels. Clément d’Alexandrie, Strom., ni, 2, P. G., t. vin, col. 1105-1108. En consé­ quence, sur la terre, l'âme, omnium facinorum debitrix, selon l’énergique expression de Tertullien, De anima, 35, P. L., t. n, col. 711, doit, pour faire œuvre de salut, violer toutes les lois, parce que les lois sont l’œuvre des anges démiurges. Son devoir consiste à satisfaire toutes ses passions, à jouir de tous les plaisirs, à épuiser toute la série des crimes possibles, faute de quoi elle est con­ damnée, après la mort, à être réincorporée plusieurs fois s'il le faut jusqu’à ce qu’elle ait pleinement rempli cette condition indispensable. C’est ainsi que Carpocrate entendait le donec exsolvat novissimum quadrantem de l’Évangile. S. Irénée, Cont. hær., t, 25, n. 4, P. G., t. vu, col. 682-683; Tertullien, De anima, 35, P. L., t. n, col. 710; Philosophumena, p. 387. Comme on le voit, la doctrine de Carpocrate emprunte à Platon la théorie de la préexistence des âmes et de la réminiscence; elle défigure complètement l’économie du dogme chrétien de la rédemption ; elle nie la divi­ nité de Jésus et aboutit à un antinomisme qui a pour point de départ une haine farouche pour tout ce qui touche à la loi de Moïse. De plus, elle y greffe la métem­ psycose avec un sens particulier; car ce n’est pas celle de Pythagore, qui condamnait l’âme, en punition de ses fautes, à passer par le corps de divers animaux, selon la nature ou le degré de sa culpabilité; c’est plutôt celle de Simon le Magicien, avec cette différence pourtant que Simon prétendait délivrer l’âme déchue d’Hélène, tandis que Carpocrate n'admettait pas de déchéance au sens ordinaire du mot, ou plutôt en faisait la condition absolue du salut. On se demande comment, pour légi­ timer une telle théorie de la métempsycose, on pouvait invoquer l’exemple d’Elie revivant dans saint JeanBaptiste. Tertullien, De anima, 35, P. L., t. n, col. 711. Toujours est-il que, dans un pareil système, l’âme devait un jour ou l’autre épuiser la série de ses épreuves, c'està-dire achever de parcourir le cycle des crimes, et fina­ lement retourner à son centre supérieur. Dans de sem­ blables conditions il ne pouvait y avoir ni damnés ni enfer; l’âme finirait par remonter au ciel, abandonnant le corps à la terre, le corps ne devant pas ressusciter. Pseudo-Tertullien, Præscr., 48, P. L., t. n, col. 67. 4° Morale. — Les conséquences d’une pareille doctrine se devinent aisément. Les œuvres ne servent de rien, observe saint Irénée; tout est indifférent; il n’y a ni bien ni mal. Cont. hær., 1,25, n. 5, P. G., t. vu, col. 683. Toute loi étant regardée comme l’œuvre des anges démiurges, et la haine de toute loi constituant essentiellement le salut, c’est l’immoralité érigée en système, l’instinct débridé, le vice consacré, la pratique du mal proclamée un acte de vertu, l'ordre social renversé en même temps que l’ordre moral. L’âme, par un mépris résolu de tout législateur et de toute législation, se libère d’une tyran­ 1802 nie, s’affranchit de toute religion positive et devient digne de Dieu, dont le but était uniquement de briser le pouvoir despotique des anges. A quoi bon dès lors le mariage et la continence ! On s’explique ainsi que l’on ait fait de la communauté des femmes un droit et une règle parmi les partisans de Carpocrate. Clément d'Alexandrie, Strom., m, 2, P. G., t. vin, col. 1112. En tout cas, c’est dans un sens d’une impudeur révoltante que Carpocrate et son fils interprétaient le παντι αίτουντι σε δίδου. Luc., vi, 30. Clément, Strom., m, 6, P. G., t. vin, col. 1157. III. Disciples. — A part Épiphane, on ne connaît pas d’autre personnage marquant parmi les partisans de Carpocrate. Ceux-ci, du reste, ne devaient guère se recruter que dans les bas-fonds de la société, surtout en Égypte et à Céphalénie. Rome, cependant, reçut, sous le pontificat d’Anicet, la visite d'une carpocratienne du nom de Marcellina, qui prêcha les abominations de la secte et fit de nombreuses victimes. S. Irénée, Cont. hær., i, 25, n. 6, P. G., t. vm, col. 685. Les sources ne disent pas si les carpocratiens pratiquaient l'ésotérisme et s’entouraient de mystère; mais il est très probable qu’ils durent imiter leurs contemporains et piquer la curiosité par l’attrait de l’inconnu. On sait du moins qu'ils faisaient usage de procédés magiques, d’incan­ tations, de philtres, de charmes el d’invocations aux esprits qui procurent les songes. S. Irénée, Cont. hær., i, 25, n. 3, P. G., t. vu, col. 682; Philosophumena, loc. cit., p. 386, 387; Eusèbe, JJ. E., 1V, 7, P. G., t. xx, col. 317. Les initiés se reconnaissaient à un signe distinctif qu’ils portaient à l’oreille droite. Ils se réunissaient devant des peintures ou des sculptures représentant ceux qu’ils appelaient les ancêtres de la gnose, les vrais émancipés, Pythagore, Platon, Aristote; ils prétendaient même pos­ séder un portrait de Jésus fait par Pilate. S. Irénée, Cont. hær., i, 25, n. 6, P. G., t. vu, col. 685; Philosophumena, loc. cit., p. 388. A un moment donné, pendant les réunions nocturnes, ils éteignaient les flambeaux, et se livraient à la débauche, ce qu’ils appelaient sacrilègement leur agape. Clément d’Alexandrie, Strom., m, 2, P. G., t. vin, col. 4112. L’ennemi du salut, dit saint Irénée, inventa cette doctrine pour diffamer le christianisme, exciter contre lui l'indignation des païens et arrêter les progrès de l’Évangile. Il est de fait qu'on reprocha aux chrétiens les ignobles excès, Eusèbe, H. E., tv, 7, P. G., t. xx, col. 320, trop réellement pratiqués par les carpocratiens, les adamites, les ophites et autres sectes aussi misérables. Les apologistes durent montrer l’invraisemblance de pareilles accusations, sans empêcher la rumeur publique de colporter ces calomnies, sans empêcher même certains esprits cultivés de s’en faire le trop complaisant écho. La secte carpocratienne ne paraît pas avoir longtemps survécu à ses fondateurs; dès le m® siècle, il n’en est plus question. Et quand, au commencement du IV·, Eusèbe en parle, c’est à titre de souvenir historique et comme d'une chose passée. Son succès éphémère s’explique beaucoup moins par l’originalité du système que par l’attrait de ses conséquences immorales. S. Irénée, Cont. hær., i, 25, P. G., t. vu, col. 680 sq. ; Philoso­ phumena, VII, rv, 32, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 385 sq. ; PseudoTertullien, Præscript., 48, P. L., t. Il, col. 66-67; Tertullien, De anima, 35, P. L., t. n, col. 710, 711; Clément d'Alexandrie, Strom., m, 2, P. G., t. vnt; col. 1104sq. ; Eusèbe, H. E., IV, 7, P. G., t. XX, col. 317 sq. ; S. Épiphane, Hier., xxvil, P. G., t. XLI, col. 364 sq. ; Philastrius, Hær., 35, P. L., t. xn, col. 1151 ; S. Au­ gustin, Hær., 7, P. L., t. xi.it, col. 27; Prædestinatus, 7, P. L., t. lui, col. 590; Tbéodoret, Hœret. fab., t, 5, P. G., t. Lxxxm, col. 349. D. Massuet, Dissertationes, diss. I, dans P. G., t. vu ; Tille— tnont, Mémoires, Paris, 1701-1709, t. II, p. 253 sq. ; Mosheim, De rebus Christianis ante Constant., Helmstadt, 1753, p. 363 sq.: Fuldner, De carpocratianis, Leipzig, 1824; Lipsius, Zur Quellenkritikder Epiphanias, Vienne, 1860; Smith et Wace. Dictionary of Christian Biography, Londres, 1877-1887; Kirchenlexikon, 2’ édit., Fribourg-en-Brisgau, 1880; Duchesne, Les origines CARPOGRATE — CARRIÈRE 1803 chrétiennes flith.), p. 159-161 ; Franck, Dictionnaire des sciences philosophiques. Paris, 1885; Amélincau, Essai sur le gnosti­ cisme, Paris, 1887, p. 153 sq. ; U. Chevalier, Répertoire des sources historiques. Bio-bibliographie, η άπα^ίβμησις Γ^αιχ<«7, dans Sathas, Μισαιωνιχή βιβλιοθήκη, Venise, 1872, t. Ill, p. 486; Gédéon, Xço~ vixà τής πατριαρχικής ’Αχαβημίας, Constantinople, 1883, p. 86-92; Zerlentis, Ίοιάννου τοΰ Καρυοφύλλου ‘Ερημιρίδις, Δελτίου τής ιστορικής χαι Ηχολογιχής <ταιρ<ίας, Athènes, 1890, t. Hl, p. 275-315; Dosithée de Jérusalem dans P. Kerameus, Άνάλ<χτα, t. i, p. 301-302; Pi­ chler, Geschichte des Protestantismus in der orientalischen Kirche im 17 Jahrhundert, Munich, 1862, p. 245; Paranica, ΙΙαρατηρήσιις τινίς εις την ιστορίαν τ«ν Κωνσταντινουκόλκος αατριαρχβίν κατά τά 1676,1675,1694, IhptoStxbv du sillogue grec, Constantinople, t. XI, p. 26-35; Mesolora, Συμβολική τής ορθοδόξου άνατολιχής Έχχλησίας, Athènes, 1893, παράρτημα du t. i, p. 148-150; Legrand, Biblio­ graphie hellénique du xvu* siècle, Paris, 1895, t. ni, p. 45-50; Grober, Grundriss der rumànischen Philologie, Strasbourg, 1898, t. n, p. 311 ; Bianu et Hodos, Bibliografla românescâ veche, Bucharest, 1902, p. 336-337 ; Lébédev, Istoria greco-vostotchnoi tzerkti pod vlasviu Turok, Saint-Pétersbourg, 1901, t. il, p. 683-687; le décret synodal des patriarches Callinicos et Dosithée contre Caryophylles est inséré dans l’ouvrage de Dosi­ thée contre Caryoph y lies, Jassi, 1694, p. 98-108, et dans les Opus­ cula de Renaudot, Paris, 1709, p. 189-194; il a été réédité comme inédit par Gédéon, Κανονιχαί διατάξεις, 1.1, p. 99-105 ; les vies de néomartyrs grecs dans Nicodème, Niov μαρτυρολογίου, Venise, 1799. con, Leipzig, A. Palmieri. 2. CARYOPHYLLES Jean Matthieu (en grec Καρυοφύλλης ou mémo Καρυόφιλος), théologien grec catholique du xvi«-xvn· siècle. Il naquit à la Canée dans file de Crète, vers l'an 1565-1566. Après avoir achevé ses études d'humanités dans son pays natal, il entra au collège grec de Saint-Athanase à Rome, ou il demeura durant 12 ou 14 années. Pendant 4 ans il fut diacre de la cour ponti­ ficale pour le rite grec, et le 14 juin 1595 il devint doc­ teur en théologie et en philosophie. Ordonné prêtre, en mars 1596, par le cardinal Santorio, il fut envoyé en qualité de vicaire et d’administrateur dans le diocèse de liissamos (Crête). Durant quatre années, il y déploya un zèle parfois excessif et eut des démêlés avec les dissi­ dents orthodoxes. Les Grecs s’en émurent et par l’entre­ mise du fameux théologien grec Mélétios Pigas, élu dans la suite au siège patriarcal d’Alexandrie, ils firent des instances auprès du Sénat vénitien pour que Caryophylles fût éloigné de file. De retour à Rome, il fut employé à la Bibliothèque vaticane et donna des leçons de grec au collège de Saint-Athanase. Son protecteur, le cardinal Louis Ludovisi, lui obtint le titré d’archevêque d'Iconiuin in partibus. Il mourut en 1635 et fut enseveli dans l’église du collège grec. Caryophylles fut un écrivain très fécond et un apologiste fougueux de l’Église romaine contre les théologiens grecs orthodoxes. M. Legrand donne la liste de ses ouvrages inédits dont plusieurs sont mentionnés par Allatius et Papadopouli-Comnêne. Nous citerons seulement parmi ses œuvres imprimées, celles qui ont trait à la théologie : 1° Άντίρρησις προς Νείλον τον Θεσσαλονίκην περί τής αρχής τοΰ Πάπα, Paris, 1626, réimprimé par Roccaberti, Bibliotheca maxima pontificia, Rome, 1698, t. xiv, p. 477-513; réfutation des plus importantes objections de Nil, archevêque de Thessalonique (xiv· siècle), De primatu papæ romani, édit, de Saumaise, Hanovre, 1608; 2° Nodes Tusculanæ et Ravennates, Rome, 1621, série d’épigrammes et de pièces latines ou grecques sur les mystères des fêtes liturgiques de l’année, des fériés du carême, et des dimanches de l'avent;3° ’Αποδοκιμασία καί κατάκρισις τής επ’ όνόματι Κυρίλλου Πατριάρχου Κωνσταντινουπόλεως έκδοθείσης όμολογίας τής πιστεως, είτουν απιστίας τών Καλβινιστών ή συνήτται και ή τών αναθεματισμών παρ ’αύτοϋ δή τοΰ Κυρίλλου πάλαι έκφωνηΟέντων άπόρριψις, Rome, 1631, réfutation de la fameuse confession orthodoxe de Cyrille Lucaris, le fauteur du protestantisme dans l’Eglise grecque du xvne siècle; Caryophylles publia aussi une traduction latine de cet ouvrage : Censura confessionis fidei seu potius perfidix calviniante quæ nomine Cyrilli 1814 patriarchæ Constantinopolitani edita circumfertur, Rome, 1631, et une traduction en grec moderne : Κατάκρισις τής όμολογίας τής πιστεως μάλιστα τής κακοπιστίας τών Καλβινιστών, όπου έτυπώΟηκεν εις όνομα Κυρίλλου Πατριάρχου Κωνσταντινουπόλεως, Rome, 1632; 4®Έλεγχος τής ψευδοχριστικνικής κατηχήσεως Ζαχαρίου τοΰ ΓεργανοΟ από την "Αρτην, Rome, 1631, dirigé contre la Χριστια­ νική κατήχησι; de Zacarias Gerganos, métropolite d'Arte, écrivain grec du commencement du xvne siècle; il se termine par une élégie sur les malheurs de la Grèce et les résultats désastreux du schisme; 5° Pila sancti Patris nostri Nili junioris scripta olim griece a contu­ bernali ejus discipulo nunc latinitate donata, interprete Joh. Matthæo Caryophyllo, archiepiscopo leoniensi, Rome, 1624 ; 6° Notse ad exercitationes Isaaci Casauboni inBaronium, insérées par le jésuite André Eudærnon Joannes dans la Refutatio exercitationum Isaaci Casauboni, Cologne, 1617, p. 125-135; 7» Collationes gravi contextus omnium librorum Novi Testamenti cum xxn codicibus antiquis manuscriptis ex bibliotheca Barberiniana, insérées dans la Catena græcorum Patrum in Evangelium secundum Marcum du jésuite Pierre Possin, Rome, 1673, p. 460-528 ; 8° Caryophylles traduisit du grec en latin les Actes du concile de Florence : '11 αγία καί οικουμενική έν Φλωρεντία Σύνοδος, 2 vol., Rome, s. d. (1629, d’après Zaviras p. 355); le t. il contient l’apologie du concile de Florence par Joseph, évêque de Méthone, dont la traduction latine de Caryophylles est reproduite par Labbe, Sacrosancta concilia, Paris, 1672, col. 734-824, et P. G., t. clx, col. 1109-1394. Caryophylles soutient contre Allatius que cet ouvrage n’est pas de Georges Scholarios, mais de Joseph de Méthone, P. G., t. eux, col. 1107; t. clx, col. 287. Ce même tome contient la traduction latine de la réponse de Grégoire protosyncelle (Mammas) à Marc d’Ëphèse, réimprimée par Labbe, loc. cil., col. 734-824, et des discours De pace, attribués à Georges Scholarios. Mansi, Concilia, t. xxxi, col. 10611120; P. G., t. clxx, col. 381-524. L’authenticité de ces discours est bien douteuse. P. G., ibid., col. 287. Caryo­ phylles donna aussi une traduction en grec vulgaire de la Defensio quinque capitum : ‘Ερμηνεία τών πέντε κεφαλαίων όπου περιέχει ή απόφασις τής αγίας και οικου­ μενικής συνόδου τής Φλωρεντίας, καμωμένη εύσεβώς παλαιόόεν, καί μεταγγλωττισμένη εις το ιδιωτικόν μίλημα δια κοινήν ωφέλειαν ή όποια ήτον έλληνικα τυπωμένη ψευδώς εις τ’ο όνομα Γενναδίου Πατριάρχου, Rome, 1628;9" Alla­ tius et Sommervogel attribuent à Caryophylles une ver­ sion en grec moderne du catéchisme de Bellarmin, et la Nouvelle biographie générale, nous ne savons pas d’après quelles données, la traduction syriaque du même ouvrage : Dottrina cristiana tradolta della lingua italiana nella siriaca, Rome, 1633. Caryophylles collabora aux commentaires de Michel Ghisleri sur Jérémie. Dic­ tionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, t. i, col. 1221. Allatius, Apes urbana, Rome, 1633, p. 162-163: Id., De Eccle­ siae occidentalis atque orientalis perpetua consensione, Co­ logne, 1618, col. 999; Nicius Erythraeus, Pinacoleca imaginum illustrium doctrinæ vel ingenii laude virorum. Cologne, 1645. p. 223-224; Fabricius, Bibliotheca grxea, t. xi, p. 446; Dosithée (patriarche), Τόμος Αγάπης,Jassy, 1669,p. 19; Moreri, Dictionnaire historique, Paris, 1740, t. n, p. 152; Rodota, Storia del ritogreco in Italia, Rome, 1773, t. Ill, p. 165-166; Jocher. Allgemeines Gelehrten-Lexicon, Leipzig, 1750,1.1, col. 1675 ; Nouvelle biographie universelle, Paris, 1853, t. vu, p. 228-229; Papadopoulo-Vrétcs, ΝιοιΧληχχη ο,ΛοΙογία. Athènes, 1854, t. I, p. 204-205; Pichler. Ges­ chichte der Protestantismus in der orientalischen Kirche im 17 Jahrhundert, Munich, 1862, p. 208; Liimmer, Scriptorum Græciæ orthodoxes bibliotheca selecta, Fribourg, 1864, p. x-xi ; Sathas, Νοοοκληνική ο,ΛοΛογίβ, Athènes, 1868. p. 264-265; Démétracopoulo, Προτβήνα·. «w διορβώσι,ς, Leipzig, 1871, p. 48-49; Legran-J. Bibliographie hellénique du xnr siècle, t. H, p. 389; t. in. p. 196-203. 226-227, 521-5'22; t. v, p.226-227; Hefele, Histoire dts conciles, Paris. 1876, t. xi, p. 429; Sommervogel. Bibliothè/u·. de la C'· de Jésus Bruxelles, 1890, t. I,col. 1198; Evanghëlides, 1815 CARYOPHYLLES — CAS DE CONSCIENCE Γ B ’ » Σχολά}u;, Athènes, 1896, p. 72-73 ; Lebedev, Istoriia greko-vostotchnoi tzerkvi pod vlasliu Turok, Serghiev Posad, 1901, t. II, p. 670; Hurter, Nomenclator, t. lit, col. 287, 447. Les écrits de Jean Matthieu Caryophylles en faveur de la primauté du pape eurent des contradicteurs en Grèce, tels que Maxime du Péloponèse, dont ΓΕγχιΐ}ίδιον κατά r.oZ σχίσματος-wv Παχιστων parut à Bucharest en 1690; Bianu et Hodos, Bibliografla românescà veche, Bucharest, 1900, p. 297-298 ; 1902, p. 336-337 ; Meyer, Die theologische Litteratur der griechischen Kirche, Leipzig, 1899, p. 103, et de Georges Corésios, Papadopoulo-Kérameus, Ί<;οσολομιτ«1) 3ι6λ·.ο»ή«>·„ Saint-Pétersbourg, 1899, t. iv, p. 46. A la biblio­ thèque Vallicellane de Rome on trouve un ouvrage inédit de Caryophyllcs contre le moine calabrais Barlaam Martini, Catalogo dei manoscritti greci esistenti nelle bibliotheche italiane, Mi­ lan, 1902, t. n, p. 203. A. Palmieri. CAS DE CONSCIENCE. — I. Notion théologique du cas de conscience et de sa solution. II. Principaux moyens de résoudre un cas de conscience. I. Notion théologique du cas de conscience et de sa solution. — Dans un sens très réel, quoique moins usité, tout fait particulier sur la licéité ou l'illicéité du­ quel la conscience individuelle de chacun prononce un jugement moral, peut être appelé un cas de conscience. Car tout jugement de la conscience, suivant l’analyse de saint Thomas, Quæst. disputatæ, De veritate, q. xvn, a. 2; Sum. theol., I* IIs, q. lxxvi, a. 1, est une déduc­ tion d’un syllogisme particulier, dont la majeure affirme un principe général appelé jugement universel de la syndérèse, et la mineure établit un fait particulier au­ quel le principe est appliqué. Au sens le plus ordinaire et au point de vue strictement théologique, on peut dé­ finir le cas de conscience, un fait concret réel ou fictif, individuel ou social, pour lequel on décide, conformé­ ment aux conclusions de la science théologique, l’exis­ tence ou l’inexistence de certaines obligations morales. 1° Le fait doit être concret et pour l’apprécier juste­ ment au point de vue moral on devra le considérer : 1. dans l’objet spécifique d’où il tire sa moralité pre­ mière et essentielle, moralité bonne si cet objet est conforme à la droite raison, moralité mauvaise s’il y a opposition entre l’objet et la droite raison, moralité spécifiquement indifférente si l’objet considéré en luiméme n'a aucune relation intrinsèque avec la règle de moralité. S. Thomas, Sum. theol., 1“ II®, q. xvm, a. 2,8. — 2. Dans ses circonstances objectives qui peuvent mo­ difier la moralité première ou même y ajouter une nou­ velle moralité, comme les circonstances de personnes, de moyens, de quantité, de lieu ou de durée. S. Tho­ mas, loc. cit., a. 3, 10, 11. Circonstances aussi de fré­ quence, d’habitude, de scandale, ou d'occasion prochaine desquelles peuvent résulter la multiplication des péchés ou de nouvelles espèces morales, ou encore des obliga­ tions spéciales dont le confesseur doit exiger l'accom­ plissement. Parfois même, circonstance d’obligation concomitante ou indirecte, provenant du concours acci­ dentel de divers préceptes, que telle particularité fait intervenir. Ainsi en soi l'entière absence de travail, pendant toute une existence humaine, n'est interdite par aucun précepte direct. Mais accidentellement elle peut facilement devenir un péché même grave, dans la mesure où elle constitue pour celui qui s’y adonne, un grave danger de commettre le péché, ou encore quand elle conduit à l’omission de stricts devoirs, comme cer­ taines obligations de charité. — 3. Dans ses circons­ tances subjectives d’advertance entière, imparfaite ou nulle, et de consentement plus ou moins libre ou entiè­ rement inexistant. Analyse toujours délicate puisqu’elle essaie de scruter les intimes secrets de la conscience, souvent très difficile dans sa complexité et en même temps souverainement importante à cause de l’inlluence prépondérante qu’elle peut avoir sur le verdict moral de licéité ou d'illicéité, de faute grave ou de faute vénielle. 2’ C'est un fait concret réel ou fictif. Le cas réel est un cas vraiment existant dans toute sa réalité indivi­ 1816 duelle, sur lequel on sollicite une appréciation morale destinée à régler la conduite avant l’action, ou à rassu­ rer la conscience et à éclairer autrui après l’événement. Le cas fictif peut être ou un cas réel dont on a omis par prudence quelques particularités, ou un cas absolument artificiel, méthodiquement combiné dans le but d’exer­ cer le jugement théologique sur l’application des con­ clusions de la théologie morale, particulièrement de celles qui présentent de graves difficultés, à cause de la compléxité des circonstances. Les décisions des Congré­ gations romaines répondent habituellement à des cas réels, tandis que les ouvrages de casuistique ne traitent que des cas au moins partiellement fictifs. 3° Le fait est individuel ou social. Individuel, s’il re­ lève uniquement de la morale individuelle, comme tout ce qui se rapporte aux devoirs individuels envers Dieu, envers soi-même et envers des individus considérés iso­ lément. Social, s’il relève de la morale sociale, comme tout ce qui concerne directement les obligations com­ munes des citoyens envers l’État, celles de l’État vis-àvis des sujets et même les droits réciproques des na­ tions et leur légitime défense. 4° C’est un fait pour lequel on décide conformément aux conclusions de la science théologique. — 1. 11 s’agit d’une décision vraiment théologique, pour laquelle la connaissance des principes généraux de la syndérèse, ou même la connaissance des conclusions immédiates de la loi naturelle et des principes révélés, ne saurait habituellement suffire. La connaissance des conclusions de la science morale naturelle et surnaturelle est requise, surtout dans les cas plus complexes où le conflit de plusieurs conclusions divergentes exige une connais­ sance plus complète et plus approfondie. — 2. Ce juge­ ment théologique peut être aidé, du moins dans sa for­ mation complète, par des décisions de l’Êglise ou des Congrégations romaines portant sur un cas particulier ou valables pour tous les cas similaires. — 3. Une décision vraiment théologique n’exclut point, surtout dans les solutions plus difficiles, le recours aux prin­ cipes réflexes qui peuvent fournir la certitude néces­ saire pour agir, ni l’emploi d’opinions n’ayant qu’une solide probabilité extrinsèque. A défaut d’autres moyens de se former une opinion plus directement scientifique, ceux-ci peuvent suffire. — 4. La décision pratique por­ tée par l’autorité ecclésiastique ou donnée par un con­ fesseur, un guide ou un conseiller suffisamment éclairé et prudent, loin d’être un obstacle au jugement indivi­ duel de la conscience, est, fréquemment du moins, son meilleur moyen de formation, soit que l’individu en pénétrant les motifs du jugement se l’assimile complète­ ment, soit qu’il se repose entièrement sur l’autorité direc­ trice ou sur la science prudente que possèdent ses chefs hiérarchiques ou les directeurs qu'il s’est choisis. Dans l’une et l’autre hypothèse, l’intermédiaire humain, ecclé­ siastique ou autre, ne faisant que déclarer la teneur d'une application de la règle divine, c’est vraiment cette règle di­ vine qui atteint l'individu et le lie ou l’oblige moralement. S. Thomas, Quæst. disputatæ, De veritate, q. xvn, a. 3.4. 5“ C’est un fait pour lequel on décide l'existence ou l’inexistence de certaines obligations morales. Donner justement l’une ou l’autre réponse, c’est résoudre un cas de conscience. Solution déclarative de la non-obli­ gation d’accomplir tel acte ou d’omettre telle chose, ou inversement solution déclarative de l’une ou l’autre obligation. La déclaration de non-obligation peut être restreinte par des conditions ou limites qu’exigent d'autres préceptes entrant indirectement en jeu dans la circonstance. D’ailleurs, cette déclaration ne suppose point nécessairement dans l’opinion opposée le manque absolu de probabilité spéculative. L’on peut simplement affirmer l’absence de toute loi certaine et moralement obligatoire, conséquemment la pleine liberté morale d’agir. Il est même possible que dans des questions re- 1817 CAS DE CONSCIENCE levant directement de la justice, l’on ne nie point d’autre part l'existence de quelque droit au moins probable, pou­ vant autoriser à réclamer devant les tribunaux, parfois même â se compenser. En toute hypothèse, le théolo­ gien moraliste, en déclarant l'obligation inexistante, s’abstient de tout jugement sur la question de perfec­ tion, qu'il laisse tout entière à l'ascétique. Quant à la déclaration d’obligation, puisqu’elle est portée au nom de la règle divine d'où la science morale l’a déduite, elle impose, au nom de celte même règle, l’obligation de tel acte ou de telle omission. De cette obligation peuvent fréquemment résulter, par voie de conséquence, d'impérieux devoirs, la restitution ou compensation satisfactoire, la rupture avec telle occasion prochaine, l'abandon de tel avantage même considérable. L’étendue de ces obligations directes, indirectes ou conséquentes, pouvant dépendre de l’accidentelle intervention de tel autre principe ou précepte, devra être prudemment déter­ minée pour chaque situation concrète. 11. Principaux moyens de résoudre un cas de conscience. — 1« Direction fournie par l'autorité des Écritures. — 1. La doctrine morale positivement en­ seignée dans l'Écriture, sur les devoirs imposés par la loi naturelle ou sur les commandements qui constituent la loi chrétienne, doit servir de règle pour tous les cas nécessairement soumis à l’autorité de cette doctrine. Ainsi d’après la doctrine évangélique sur l’indissolubi­ lité du mariage, Matth., xix, 3 sq., l'on conclura à l’absolue illicéité du divorce qui prétend rompre le lien matrimonial. — 2. L’approbation formelle, spécialement donnée par l'Écriture elle-même à tel acte particulier, permet de porter le même jugement sur un acte iden­ tique dans des conditions suffisamment similaires. Nous n’examinerons point ici ce qui, en regard de l'infail­ lible vérité de l'inspiration scripturaire, constitue une formelle et spéciale approbation donnée par l’écrivain sacré. Remarquons cependant que tout acte accompli par un personnage, d’ailleurs loué dans l’Ecriture, n’est point, par le fait même, approuvé si l’on n’est point positivement autorisé par le contexte à le considérer comme tel. S. Augustin, Contra mendacium, c. ix, n. 22, P. L., t. XL, col. 532. L’on doit aussi soigneuse­ ment distinguer entre une approbation positive, en­ traînant la licéité morale de l’acte, et une tolérance purement légale, qui n’est que l’absence de toute ré­ pression et dont on ne peut rien conclure en faveur de la légitimité morale. On sait que quelques théologiens ne revendiquent que cette tolérance légale pour la pra­ tique du divorce chez les Juifs. — 3. Inversement, du blâme positivement porté par le texte sacré centre cer­ tains actes, l'on peut conclure leur illégitimité dans des circonstances vraiment analogues, par exemple I Reg., χιπ, Ί3 sq.; xv, 11 sq., et beaucoup de blâmes portés par les prophètes dans l'accomplissement de leur minis­ tère comme dans Is., ni, ou par le divin Sauveur dans ses discours publics comme dans Matth., xxin; Luc., vi, 24 sq., ou par les apôtres dans leurs Épilres inspi­ rées, par exemple Jac., v, 1 sq. — 4. La réponse scrip­ turaire à quelques questions pratiques doit diriger dans la solution de cas analogues; ainsi Matth., xn, 2 sq.; Marc., n, 25 sq.; Luc., xiv,5, pour le repos sabbatique; Matth., xxn, 17 sq., pour l’accomplissement de ce qui est vraiment dû à César; Matth., xv, 2, relativement à la prescription traditionnelle de la purification des mains avant le repas; Matth., xix, 3, relativement au divorce quacumque ex causa; Rom., xm, sur l’obéissance due aux pouvoirs établis el les devoirs qu’elle comporte; Rom., xiv, xv ; I Cor., vm, sur la manducation des viandes offertes aux idoles; I Cor., vu, pour certaines questions relativesau mariage, au célibat et à la virginité. 2° Direction donnée par l’autorité doctrinale du souverain pontife. — Cette direction devra être de­ mandée : 1. Aux décisions du saint-siège condamnant 1818 de fausses solutions, laxistes ou rigoristes, téméraire­ ment données à des cas de conscience. Comme exemples de solutions laxistes ainsi réprouvées, nous citerons particuliérement la plupart des 45 propositions con­ damnées par Alexandre VU le 24 septembre 1665 et le 18 mars 1666, Denzinger, .Enchiridion, n. 972 sq.; voir t. i, col. 730 sq.; la plupart des 65 propositions con­ damnées par Innocent XI le 2 mars 1679, Denzinger, n. 1018 sq.; les 5 propositions relatives au duel con­ damnées par Benoit XIV, le 10 novembre 1753, Denzin­ ger, n. 1343 sq.; quelques propositions condamnées dans le Syllabus, notamment la proposition 62e qui contient un cas de conscience relevant à la fois de la morale el du droit international. — 2. Aux décisions positives du saint-siège, relatives à des questions immé­ diatement pratiques, comme l’usure, encyclique de Benoit XIV, Vix pervenit, du 1er novembre 1745, Den­ zinger, n. 1318 sq. ; la défense d’interroger sur le nom du complice, bref de Benoit XIV du 7 juillet 1745, Denzinger, n. 1323; le décret de Benoit XIV sur le baptême des enfants des juifs, dans sa lettre du 28 fé­ vrier 1747, Denzinger, 1333 sq.; voir col. 341 sq.; beaucoup d’instructions du saint-siège relatives aux mariages mixtes, pendant les deux derniers siècles. 3° Direction provenant des Congrégations romaines. — 1. Par la condamnation positive de telles pratiques ou de solutions erronées et de fausses interprétations d'une loi morale ou canonique; c’est le cas de nom­ breuses réponses du saint-office réprouvant telle pra­ tique superstitieuse, condamnant telle coopération comme intrinsèquement mauvaise du moins dans telle circonstance, ou rejetant telle interprétation d’empêche­ ments ecclésiastiques du mariage. —2. Par l’explication positive de la nature, de l’extension ou de l’applicaliou d'une loi morale ou simplement ecclésiastique dans diverses circonstances. On peut citer particulièrement en ce sens de nombreuses décisions, émanant principa­ lement du saint-office, et déterminant les devoirs strictement obligatoires dans les diverses questions de coopération avec les hérétiques ou avec les infidèles, de fréquentation des écoles proclamées neutres, de législa­ tion concernant le mariage qu’un chrétien avait anté­ rieurement contracté dans l'infidélité, ou les empêche­ ments matrimoniaux entre chrétiens. — 3. Parfois seulement par une décision simplement pratique ou purement permissive, donnant toute autorisation morale pour agir dans tous les cas similaires, mais sans aucune définition doctrinale qui termine toute controverse théorique. Telles sont particulièrement les réponses : inquietandi non suut, ou réponses similaires. — 4. Quelquefois même par une réponse particulière pour tel cas spécial, sans que l'on soit autorisé, par le fait même et nécessairement, à l’étendre aux cas similaires; telles sont particulièrement beaucoup de décisions de la Sacrée Pénitencerie. Bouquillon, Theologia moralis fundamentalis, 2· édit., Paris, 1890, p. 25. 4» L’autorité des Pères. — L’histoire de la casuistique (voir ce nom) fournira quelques indications sommaires sur la manière dont les Pères ont traité les principaux cas de conscience soumis à leur appréciation. Nous nous bornerons ici à ces trois observations : 1. Le con­ sentement moralement unanime des Pères sur des décisions pratiques données par eux comme strictement imposées par la loi chrétienne, telles que l’obligation de confesser sa foi ou celle de réparer le scandale de l’apostasie ou de garder strictement l’indissolubilité matrimoniale,'est, dans les matières morales, aussi bien que dans les questions dogmatiques, strictement obli­ gatoire pour tout catholique. Ordinairement d’ailleurs, les points sur lesquels cet accord se rencontre ainsi unanime, sont, d’autre part, suffisamment certains. — 2. Quand le consentement des Pères n'a point ce ca­ ractère d'unanimité, surtout quand les Pères, d'après 1819 1820 CAS DE CONSCIENCE — CASAL la teneur de leur exposition, parlent en leur nom per­ sonnel, leur autorité ne s'impose point nécessairement à notre acceptation. Elle n’a en réalité que la valeur inhérente aux arguments mêmes qu'ils emploient. Cette assertion est encore plus particulièrement vraie quand il s’agit de questions où se mêlait encore à celte époque beaucoup d’obscurité ou d'incertitude. — 3. Une opi­ nion des Pères, quelle qu’elle soit et de quelques suf­ frages qu'elle ait été revêtue, doit être complètement écartée, quand elle a été ultérieurement contredite par des déclarations positives de l’Église ou par des réponses formelles des Congrégations romaines. 5° L’autorité des théologiens moralistes. — Les re­ marques que nous venons de faire sur la casuistique des Pères, s’appliquent également à la casuistique théologique, qui prend à partir du xm« siècle un déve­ loppement considérable. Nous croyons même qu’elles doivent être appliquées à la casuistique probabiliste considérée dans ses articles principaux, telle qu’elle commence à se formuler vers la lin du xvt· siècle pour se systématiser plus complètement un peu plus tard. Si celte doctrine présente, dans son histoire, quelques divergences secondaires, ardemment discutées par des écoles rivales, elle contient aussi des conclusions com­ munément admises en ce qu’elles ont de nettement opposé aux systèmes rigoristes, conclusions d'ailleurs entrées dans la vie pratique des fidèles avec une tacite approbation de l’Église, toujours vigilante gardienne de l’intégrale vérité doctrinale, dogmatique ou morale. Lehmkuhl, Theologia moralis, t. i, n. Si sq. Quant aux points sur lesquels ce commun accord n'existe pas, il sera loisible de suivre les opinions que les règles théologiques du probabilisme modéré permettent de considérer comme suffisamment fondées, suivant la matière dont il s’agit dans l’espèce, et suivant la qua­ lité des théologiens sur l’autorité desquels cette proba­ bilité repose, pourvu qu’aucune décision postérieure des souverains pontifes ou des Congrégations romaines n’ait réprouvé ou infirmé ces opinions. 6« Rôle de la science morale dans la solution des cas de conscience. — Par science morale nous enten­ dons ici la connaissance raisonnée des conclusions de la théologie morale. — 1. Cette connaissance est néces­ saire pour apprécier dans son exacte vérité objective toute la moralité concrète de l’acte, surtout dans cer­ taines questions très délicates, comme le caractère de malice ou de non-malice intrinsèque de certaines coo­ pérations, le conllit de plusieurs préceptes positifs ou l'appréciation de certaines causes excusantes en face d'obligations graves ou de dangers sérieux, surtout quand le bien commun peut être mis en grave péril. — 2. Cette science est non moins nécessaire pour appré­ cier exactement les éléments subjectifs de l'imputabilité morale, la pleine connaissance et l'entière advertence, en regard des divers degrés d'ignorance et de bonne foi, ainsi que le plein et délibéré consentement, en re­ gard des obstacles intérieurs ou extérieurs qui peuvent l’empêcher ou le diminuer. — 3. Cette science est en­ core nécessaire pour la prudente application à chaque individu, surtout en face de l’obligation qui peut in­ comber au confesseur d'avertir ou d’instruire le péni­ tent encore dans une entière bonne foi. — 4. Il est donc évident que si la prudence naturelle du jugement »t l’expérience acquise peuvent aider considérablement dans l’application de la science morale, elles ne peuvent suffire sans elle, ni à plus forte raison prétendre se substituer â elle. On connaît les graves paroles de saint i Alphonse de Liguori sur la nécessité de la science mo­ rale pour décider les cas soumis au tribunal de la pé­ nitence. Theologia moralis, 1. VI, η. 628; Homo apostolicus, tr. XVI, n. 99 sq. ; Praxis confessorii, n. 17 sq. Bien que la notion théologique du cos de conscience et de sa solution ne soit point directement traitée par les théologiens | moralistes ni même par les casuistes, elle se déduit suffisamment de leur enseignement sur la conscience et sur les actes humains. Nous renvoyons donc à ta bibliographie de l'article Conscience. Cependant on peut particulièrement consultor : Zaccaria. De lo­ cis moralis theologiæ, en tête de la Theologia moratis de Lacroix, Paris, 1866, 1.1, p. 7 sq. ; liouquillon, Theologia mora­ lis fundamentalis, 2' édit.. Paris, 4890, p. 16 sq. ; Hogan, fondes du clergé, trad. Houdinhon. Paris, 1901, p. 268 sq., et les autres ouvrages indiqués â l’article Casuistique commo traitant de la nature, du rôle et de l’apologie générale de la casuistique. E. Dublanchy. CAS RÉSERVÉS. Voir Réserve. CASAJOANA Valentin, théologien dogmatique, né à Castellgah (Barcelone) le 29 décembre 1828, entra dans la Compagnie de Jésus le 8 novembre 1850. Il en­ seigna la philosophie à Salamanque, à Naples, à Veruela (Espagne), à l’université grégorienne de Rome, et mou­ rut à Barcelone le 28 mai 1889. Outre une édition du Compendium theologiæ moralis de Gury, enrichie de notes concernant le droit espagnol, Barcelone, 1882, on a de lui des Disquisitiones scholastico-dogmalicæ..., De religione revelata et de Ecclesia, Barcelone, 1888; De Deo, ibid., 1889; De sacramentis, ibid., 1890; ou­ vrages estimés pour la partie scolastique. De Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C" de Jésus, t. n, col. 794; Hurter, Nomenclator, t. m, col. 1222; Civiltà cattolica, 14' série, t. 1, p. 81 sq. P. Bernard. CASAL Gaspar, théologien portugais, né à Santarem en 1510. Il entra dans l’ordre de Saint-Augustin en 1526, et en 1542 obtint le diplôme de docteur en théo­ logie à l’université de Coïmbre. Pour ses vertus et son savoir, il fut nommé évêque de Funchal dans l’ile de Madère (1551). Il prit part au concile de Trente, et de retour en Portugal, il fut transféré d’abord au siège de Léiria, et ensuite à celui de Coïmbre. Sa mort eut lieu en 1584. On a de lui ; 1» Primus tornus operis quadri­ partita justitia nuncupati continens libros 1res, in qui­ bus omnium quotquot exstant theologorum conquisitis, excussis probeque digestis sententiis, orthodoxa dejusti­ ficatione nostra fides asseritur, et hæreticorum errores eliduntur, Venise, 1563,1565, 1668. Dans sa Bibliotheca Lusitana, Barbosa Machado ne tarit pas de louanges sur cel ouvrage: Quam recondi tæ theologiæsupellectilemI quam validissimorum argumentorum vim cui nemo non manus dederit, reperi. Divinum ipsum Augusti­ num hæreticorum flagellum, quin potius Dei Spiritum, quem et Paulus se habere fassus est, eruditissimo, sanctoque episcopo ad/uisse credas! 2° Axiomatum Christianorum libri tres ex diversis Scripturis et san­ ctis Patribus adversus hæreticos antiquos et modernos, Coïmbre, 1550; Venise, 1563; Lyon, 1593 ; 3° De sacrifi­ cio missæ, et sacrosanctæ eucharisties celebratione per Christum in cæna novissima libri tres in quibus tredecim his de rebus articuli in sacra œcumenica synodo Tridenlina propositi in examen revocantur, orthodoxa fides asseritur, et adversariorum errores eliduntur, Venise, 1563; Anvers, 1566; 4° De cæna et calice Domini libri 1res ad Pium IV pontificem maximum, Venise, 1563; 5» De justificatione humani generis, Venise, 1600. Barbosa Machado, Bibliotheca Lusitana, t. ii, p. 341 ; Elssius, Encomiast icon augustinianum, p. 230; Antoine de la Purifi­ cation, De viris illustribus antiquissimæ provinciæ lusitanæ ordinis eremitarum S. Augustini, Lisbonne, 1642, p. 28-31; I·’. Herrera. Alphabetum augustinianum, t. 1, p. 303; Gratia­ nus, Anastasis augustiniana, p. 76-77; Ossinger, Bibliotheca augustiniana, p. 212-213; Moreri, Dictionnaire hist·, ique. t. in. p. 281; Torelli, Secoli augustiniani. Bologne. 1678. t. v : p. 258; Lanteri, Postrema sæcula sex religionis augusto τ > i. t. n, p. 275-276; Id., Eremi sacræ aug istinianæ j ιι-s ci f-u. Rome, 1875, p. 182-184; Crusenii, Pars tertia monastici i stiniani, p. 699; Morat, Catalogo de escritores agustinos A;,iiioles, Portugueses y Americanos, dans La Ciu i -J le Dios, t. xuv, p. 372-376. A. Palmieri. 1821 CASARUBIOS CASARUBIOS (Antoine de), frère mineur de la régulière observance dans la province de Saint-Jacques en Espagne, surnommé le Compilateur, publia un Com­ pendium privilegiorum fratrum minorum necnon el aliorum mendicantium ordine alphabetico congestum, Valladolid, '1525; in-12, Venise, 1532; Paris, 1578, 1582, 1590. L’édition de 1578 avait été publiée par les soins du P. Cheflbntaines, général des mineurs de l’Observance. Peu après, le P. Jérôme de Sorbo, plus tard général des mineurs capucins, revit ce Compendium et le publia reformatum secundum decreta sacri cone. Tridentini ac summ. pontificum qui a Clemente Vll usque ad Clementem VIII fuere, et il y ajouta des Annotationes valde notabiles P. Antonii de Corduba, in-4», Naples, 1595; Brescia, 1599; Venise, 1603, 1609,1617; Cologne, 1619. Sbaralea, Supplementum et castigatio ad scriptores ord. minorum, Rome, 1806; Bernard de Bologne, Bibliotheca script, ord. capuccinorum, Venise, 1747; Apollinaire de Valence, Bi­ bliotheca f. m. capuccinorum prov. Neapolitans!, Naples, 1886. P. Édouard d’Alençon. CASATI Paul, né à Plaisance le 23 novembre 1617, entra dans la Compagnie de Jésus en 1634, et enseigna la physique, puis la théologie au collège romain. Possé­ dant à un degré remarquable les sciences naturelles, aussi bien que la science sacrée, il mérita d’être choisi, en 1651, pour aller à Stockholm éclairer les derniers doutes de la reine Christine et achever sa conversion au catholicisme. Il fut aussi recteur de l’université de Parme pendant plus de trente ans, et mourut dans cette ville le 22 décembre 1707. Outre des travaux relatifs à la physique, à la géométrie et à la mécanique, qui lui firent un nom honorable parmi les savants de son temps, on a de lui un traité sur les anges : De angelis disputatio theologica, in-4», Plaisance, 1703. Sotwel, Bibliotheca scriptorum Soc. Jesu, p. 647 ; Mémoires de Trévoux, août 1708, p. 1453-1460: Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, t. x, p. 296; Ranke, Die Rbmischen Papsle... im xvi und xvn"· Jahrhundert, Berlin, 1836, t. in, p. 463-466 ; De Backer et Sommervogel, Biblio­ thèque de la C" de Jésus, t. n, col. 799-808; addenda, p. ix; Hurter, Nomenclator, t. n, col. 659; J. Burnichon, La reine Christine, dans les Études, 1880, t. xlii, p. 847 sq. P. Bernard. 1. CASIMIR CASANI DE MARSALA apparte­ nait à la province des mineurs capucins de Palerme, où il remplit toutes les charges y compris celle de provincial à deux reprises différentes. Il se donna en­ suite tout entier à la composition des divers ouvrages qui suivent : Dissertationes myslico-scholasticæ adver­ sus pseudo-mysticos hujus ævi, seu contra molinosiosos larvatos, fuco purgationis passif» decipientes animas... ostenditur etiam Deum non permittere diemonem in­ cubum vi opprimere virum aut mulierem omnino renuentem..., in-4», Palerme, 1648; cet ouvrage fut imprimé par ordre de l’inquisition de Sicile, dont l’au­ teur était consulteur et qualificateur; Crisis myslicodogmatica adversus propositiones Michaelis Molinos ab Innocentia XI proscriptas, 2 in-4», ibid., 17511752; Tractatus de amore erga Deum, in quo impu­ gnantur propositiones archiep. Cameracensis D. Francisci de Fénelon Salignae, in-4», ibid., 1751 ; La via di mezzo nel cammino della perfezione, in-4», ibid., 1753; Il mese contemplativo delle perfezioni divine, in-4», ibid., 1756. Appendix ad Bibliothecam scriptorum capuccinorum, Rome, 1852; Hurter, Nomenclator, t. n, col. 1300. P. Édouard d’Alençon. 2. CASIMIR DE TOULOUSE, frère mineur capu­ cin de la province monastique de Toulouse, faillit être tué par les protestants dans une bagarre à Millau, alors qu’il était encore étudiant en théologie (1663). En 1666 on le trouve lecteur de philosophie à Narbonne, puis à Montpellier et à Perpignan, où il mourut â l’âge de 1822 CASNEDI I 40 ans en 1673 ou 1674. Le P. Casimir embrassa dans I son enseignement les idées nouvelles alors en philo­ sophie, que l’on trouve défendues dans son ouvrage : Atomi peripateticæ, sire tum veterum tum recentiorum atomistarum placita, ad neotericæ peripateticæ scholæ I methodum redacta, 6 in-12, Béziers, 1674. Ses théories I soulevèrent des controverses dans son ordre et même i au dehors, car les volumes n-vi furent condamnés par l’index, le 26 novembre 1680, donec corrigantur. 11 publia aussi la Vie du duc de Modène, capucin, ibid., 1674, et la Vie de sœur Jacquette Bachelier, 1669, plu­ sieurs fois rééditée. Bernard de Bologne, Bibliotheca scriptorum ordinis min. capuccinorum, Venise, 1747 ; Apollinaire de Valence, Biblio­ theca fr. min. capuccinorum provinciarum Occitaniæ et Aquitaniæ, Rome, 1894; Id., Toulouse chrétienne : Histoire des capucins, 3 in-12, passim ; Hurter, Nomenclator, t. n, col. 46, note 1. P. Édouard d’Alençon. CASIMIRI François Antoine, né â Brindisi, religieux conventuel de Saint-François, mourut dans les pre­ mières années du xvn· siècle à l’âge de cinquante ans. Après avoir enseigné la théologie en divers couvents de son ordre, notamment à Naples, il avait été placé à la tête de la province de Saint-Nicolas de Bari en 1607. Nous avons de lui : Scotus dilucidalus in secundo Sen­ tentiarum libro mirifico, brevi ac facili ordine in quo etiam omnes controversiæ inter D. Thomam et Scu­ tum... facillime explicantur, in-8», Naples, 1597, 1607. 11 laissait en manuscrit des Commentaria in IV Sen­ tentiarum librum, et un ouvrage italien : Selva topica di materie scolastiche applicabili agli Evangeli di Quaresima. Wadding, Scriptores ord. minorum, Rome, 1650; Sbaralea, Supplementum et castigatio ad scriptores ord. minorum, Rome, 1806; Franchini, Bibliosofta e memorie di scrittori con­ ventual!, Modène, 1693, p. 224; Hurter, Nomenclator, t. 1, p. 49. P. Édouard d’Alençon. CASNEDI Charles Antoine, né à Milan le 5 mars 1643, entra dans la Compagnie de Jésus le 30 juillet 1663. Il enseigna pendant quatorze ans la philosophie et la théologie à Milan, et exerça en même temps un ministère très fructueux dans les retraites. Il évangélisa ensuite l’ile de Corse; puis, en 1683, suivit en Espagne D. Thomas Henriquez de Cabrera, amiral de Castille, qui l’avait demandé pour confesseur. En 1705, il se ren­ dit à Lisbonne, où il y fit bâtir avec les libéralités de Cabrera le collège des missionnaires des Indes. Il mou­ rut à Badajoz, le 11 mai 1725. Ses ouvrages théologiques sont consacrés à la défense du probabilisme et à la ré­ futation du molinosisme : Crisis theologica, in qua selectiores et acriores hujus et elapsi sæculi controversiæ, subsecutura in elencho legendæ, discutiuntur. Tomus primus, in-fol., ex typographie Regia Deslandesiana (sic), 1712; Crisis theologica, in qua selecliores et acriores de probabilitate controversiæ... discutiuntur. Tomus secundus, ibid., 1712; Crisis theologicæ. Tomus tertius. Duplex Gordius conscientiæ nodus, unde in incertis certitudo conscientiæ, et an satis certitudo reflexa certæ probabilitatis, perfectissima Deiparæ, et angelorum praxi, et omnium scalarum calculo solutus. Quæstio novissima contra paucos neotericos. Accedit ad calcem digressio de sacramento pænitentiæ ad nor­ mam decretorum pontificiorum, ibid., 1712; Crisis theologicæ, in qua contra Michaelem de Molinos, et recentissime exortos, et damnatos cæco-myslicos, eucharistiae transubstantialos, sublimiora theologiæ mysticæ arcana, intermixta difficiliorum a pontificibus damnatarum expositione, necnon novis et curiosis praclicis digressionibus, non tentata hactenus scho­ lastica methodo tractantur. Tomus quartus, Lisbonne, 1719; Crisis theologicæ, in qua pleræque difficiliores ab Alexandro VII et VIII. ab Innocentia XI et nuper- 1823 CASNEDI rime a SS. D. N.papa Clemente XI damnatæ, insertis pluribus seque arduis ac novis quæslionibus, præcipue ad utrumque judiciale internum et externum forum spectantibus, discutiuntur. Tomus quintus, Lisbonne, 1713. Le P. Casnedi, par les doctrines qu'il défendait et par le succès même de ses écrits, excita l’animosité des jansénistes. Les Nouvelles ecclésiastiques, année 1756, p. 197, firent une censure amère de la Crisis theologica. Argelati, Bibliotheca scriptorum Mediolanensium, art. Casnedi; De Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C·· de Jésus, t. n, col. 810 sq. ; Hurter, Nomenclator, t. n, col. 1244 ; Réponse au livre intitulé: « Extraits des Assertions, » 3' partie, in-4·, 1765, p. lxxii-lxxiii. P. Bernard. CASSANDRE Georges, théologien belge, né en 1515 à Bruges ou dans l’ile de Gassandt, mort à Cologne le 3 février 1566. H était reçu en 1532 maitre ès arts à Louvain et devenait ensuite professeur de belles-lettres à Bruges. Connaissant la théologie, le droit, les langues anciennes, il s'appliqua tout d’abord à l’Ecriture sainte, puis aux controverses théologiques. Avec raison on lui a reproché de s’étre montré trop conciliant envers les hérétiques de son époque et d'avoir accordé une trop grande importance à leurs ouvrages. Il méconnaissait l'autorité du concile de Trente tout en reconnaissant celle des conciles de l'antiquité. Sa principale tentative de conciliation entre les protestants et les catholiques fut celle qu'il entreprit sur les désirs de l’empereur Ferdinand Ier et de son successeur Maximilien 11. Pour cette circonstance, ne pouvant prendre part aux confé­ rences, il composa un écrit : Consultatio de articulis religionis intra catholicos el protestantes controversis. Cet ouvrage, oil Cassandre accorde beaucoup trop aux protestants, n'était pas destiné par son auteur à être publié; il ne parut qu’après sa mort, in-4», Cologne, 1577. Grotius en donna une édition annotée en 1642. Parmi les autres écrits de G. Gassandre on remarque : De «iris illustribus in sacris Bibliis usque ad Begum historiam, in-8’, Cologne, 1550; Honorii Augustodunensis de prædestinatione et libero arbitrio dialogus, in-8°, Cologne, 1552; B. Vigilii martyris et episcopi Tridenlini opera, in-8’, Cologne, 1555; Hymni eccle­ siastici præsertim qui Ambrosiani dicuntur, in-4’, Cologne, 1556; Liturgica, de ritu et ordine dominicæ cænæ celebrandæ, in-8», Cologne, 1558; Ordo romanus de officio niissæ, in-8», Cologne, 1558; Acta colloquii Cassandri cum duobus anabaptislis, 1558, 1565; De officio pii ac publicæ tranquillitatis vere amantis viri in hoc religionis dissidio, ouvrage qui parut à Bâle en 1561 sans nom d'auteur et fut attaqué par Calvin qui le crut du jurisconsulte François Baudoin; Cassandre répliqua par : Defensio traditionum veleris Ecclesiæ et SS. Patrum adversum J. Calvini criminationes, in-4®, s. 1. (1562), sous le nom de Veranus Modestus Pacimontanus; De baptismo infantium testimonia veterum, de baptismo infantium doctrina catholica, de origine anabapliscæ seclœ, in-8’, Cologne, 1563; De sacra communione Christiani populi in utraque panis et vini specie consideratio, in-4’, Cologne, 1564. Les œuvres de G. Cassandre auxquelles ont été ajoutées 117 lettres ont été publiées à Paris, in-fol., 1616. Valère André, Bibliotheca belgica, in-8·, Louvain, 1643, p. 259; Dupin, Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du xvr siècle, in-8·, Paris, 1703, p. 147; Hurter, Nomenclator, t. n, col. 11. B. Heurtebize. 1. CASSIEN Jean. — I. Vie. II. Ouvrages. III. Doc­ trine. I. Vie. — Jean Cassien, le législateur et le peintre de la vie monastique dans le sud de la Gaule, naquit, pro­ bablement vers l’an 360, d'une famille pieuse et riche; sa patrie est incertaine et controversée; on le fait naître ordinairement, soit en Scylhie, Gennade, De scripto- CASSIEN 1824 ri b us eccl., c. lxi, P. L., t. lvih, col. 1094-1095 ; Tillemont, Mém. pour servir à l'hist. eccl. des six premiers siècles, Paris, 1709, t. xtv, p. 740; soit dans la Gaule méridionale, Noris, Historia pelagiana, I. II, c. i, Florence, 1673, p. 81; Wiggers, Augustinismus und Pelagianismus, Hambourg, 1833, t. n, p. 10; Paucker, Die Lalinilât des Joli. Cass., dans Bomanische Forschungen, Erlangen, 1886, t. n, p. 391; Petschenig, Cor­ pus script, eccl. Lat., Vienne, 1888, t. xvn, prolego­ mena, p. π sq.; Bardenhewer, Les Pères de l’Église, trad, franç., Paris, 1899, t. n, p. 465; Grützmacher, dans Bealencyclopüdie, 3’ édit., Leipzig, 1897, t. m, p. 746; et, d’une façon plus précise, en Provence, sur les côtes de la Méditerranée. Luc. Holstenius, Præf. ad regulas monachorum, c. in; Ampère, Hist, littéraire de la France, 2° édit., Paris, 1867, t. i, p. 422. De nos jours, A. Hoch, Theol. Quartalschrifl, 1900, p. 43-69, et S. Merkle, ibid., 19C0, p. 419-441, ont placé le berceau de Jean Cassien, celui-là en Syrie, celui-ci en Bulgarie, dans les plaines de la Dobroutschka. Bar­ denhewer, op. cit., 2’ édit, franç., Paris, 1904, t. n, p. 465, se rallie à celte dernière hypothèse. On ne sait pas au juste où Cassien avait étudié. Ce qu'il y a de sûr, c’est que son éducation fut très soignée et qu'il se familiarisa dès l'enfance avec l'antiquité classique; il se plaindra plus tard, Coll., xiv, 12, P. L., t. xi.ix, col. 976-979, qu'au milieu des veilles sacrées, parmi les mélodies des Psaumes, quand il veut élever son âme à Dieu dans la prière, les histoires des anciens héros et les récits des poètes lui reviennent en mémoire et hantent son imagination. Il se voua, jeune encore, à l’état monastique dans un cloître de Bethléhem, avec un certain Germain, son ami et son aîné de quelques années. Vers 385, le désir d’avancer dans la science de la perfection et dans la vertu les entraîna l’un et l’autre, comme saint Basile avant eux, dans les déserts de l'Égypte, véritable patrie du cénobitisme chrétien. Au moment du départ, leurs frères de Bethléhem, craignant pour les deux pèlerins les séductions de la Thébaïde, leur firent jurer solennel­ lement de revenir en Palestine le plus vite possible. Coll., xvti, 2, P. L., t. XLix, col. 1047. Cassien et Ger­ main ne laissèrent pas de s’enfoncer, sept années durant, de déserts en déserts, toujours accueillis avec cordialité par les solitaires, toujours attirés plus avant par la renommée de quelque saint personnage, de quelque couvent célèbre. Puis, après être allés à Bethléhem solliciter la prorogation de leur congé, ils s’empressèrent de retourner en Égypte, el y passèrent environ trois ans. Peut-être en furent-ils chassés par l’explosion de la querelle du patriarche d’Alexandrie, Théophile, et des moines anthropomorphites du désert de Scété. Coll., x, 2, P. L., t. xlix, col. 821-823. Au commencement du v® siècle, en 401, on trouve les deux amis à Constantinople, où Cassien se fait l'élève et s'imprègne de l’esprit de saint Chrysostome, qui l'ordonne diacre. En -405, après le second bannissement de son maitre, Cassien ira, au nom du clergé fidèle de Constantinople, à Rome, pour appeler la protection du pape saint Innocent Ier sur l’archevêque proscrit. C'est à Rome, ce semble, qu’il fut ordonné prêtre. Cassien, sa mission remplie, continua-t-il d’y résider, ou voulut-il revoir encore l’Orient? Impossible de le savoir. Quelles raisons, d’ordre politique ou d’ordre personnel, l’ont ensuite décidé à se fixer dans la Pro­ vence? Autre mystère. Toujours est-il que, vers 415. le nom de Germain disparait ’et que Cassien arrive a Marseille, pour n’en plus sortir. H y ouvrit d· ux monastères, l’un d'hommes, l’autre de femmes, qui furent tous les deux, au milieu des dévastations ·_;·■> Barbares, des asiles de paix et des foyers de ·. ,e intel­ lectuelle. Par ces deux fondations, qui n’ont pour: nt pas été les premières en Occident, comme par les 4825 CASSIEN 1826 ouvrages dont je vais parler, Cassien contribua puis- , qui n’avait sous les yeux qu’une méchaz'.a traduction des Institutions et d’une petite partie des Conférences, samment à la diffusion de l'institut monastique en Gaule et en Espagne. Il mourut vers 435. Saint Grégoire I ne laisse pas d’y trouver quelque chose de divin. Οείον. Cod., 197, P. G., t. cm, col. 661-664. Saint Thomas le Grand, dans sa lettre à l'abbesse Respecta de Mar­ d’Aquin, au XIIIe siècle, et l’hypercritique Scaliger, au seille, P. L., t. lxxii, col. 866, et, au xiv« siècle, le pape XVIs, se délasseront de leurs travaux dans la lecture des Urbain V, dans une bulle, Gallia christ., t. t, p. 118, Conférences. Les nombreux manuscrits de ces deux donnent à Cassien le nom de saint. Selon le cardinal ouvrages de Cassien el les vingt-neuf éditions succes­ Noris, Hist. pelag., t. il, p. 12, Urbain V fit aussi gra­ sives qu’ils ont eues de 1485 à 1667, témoignent assez du ver sur le vase d’argent qui contenait la tête du pieux cas que l’on en faisait. Voir Schœnemann, Bibliotheca et docte moine : Saint Cassien. De temps immémorial, historico-lilleraria Pair. Lat., t. n, p. 676-693. P. L., nombre d'Eglises ont honoré Cassien d’un culte. A t. XLix, col. 11-26. La littérature et l’art au moyen âge Marseille notamment on célèbre sa fête le 23 juillet, avec octave. L’Église grecque, de son côté, fait mémoire en ont gardé une forte empreinte. Ampère, op. cil., t. I, p. 433 sq. Toutefois le livre des Conférences, à de Cassien le 28 ou le 29 février. cause des erreurs qu’il contient, a été déclaré « apo­ 11. OUVRAGES. — Les deux principaux ouvrages de cryphe », c’est-â-dire suspect au point de vue de la foi, Cassien, composés tous les deux à la prière de saint dans le décret De recipiendis et non recipiendis libris, Castor, évêque d’Apt, Apta Julia, pour l’instruction et l'édification du monastère que ce prélat venait de fonder, attribué à saint Gélase et composé à Rome dans la se rattachent étroitement l'un à l’autre; en retraçant première moitié du VIe siècle. tour à tour les règles de la vie extérieure du moine et Cassien prit une troisième fois la plume en 430 ou celles de sa vie intérieure, de la vie contemplative qui 431, à la prière de l’archidiacre romain Léon, le futur est la plus sublime de toutes, ils forment ce qu’on saint Léon le Grand, pour combattre l’hérésie nestorienne. peut nommer un code complet du monachisme primitif. De là les sept livres De incarnatione Domini contra De ces deux ouvrages le premier, écrit entre 419 et Nestorium, P. L., t. l, col. 9-272. L’auteur y dénonce 420, a pour titre : De institutis ccenobiorum et de octo le pélagianisme comme la source de l’hérésie de Nesprincipalium viliorum remediis libri XII, P. L., torius, appuie sur l’Écriture le titre de la très sainte t. xlix, coi. 53-476. Les Institutions se composent de Vierge au nom de Mère de Dieu, Οεοτοχός, et fait voir deux parties : l’une, en quatre livres, contient les que le nestorianisme va droit au renversement du dogme de la Trinité, ou plutôt de toute la religion. préceptes de la vie monastique, appuyés, en général, d'exemples que Cassien emprunte aux souvenirs de Dans une péroraison chaleureuse, où Cassien épanche ses voyages et aux annales des couvents de la Palestine sa reconnaissance et sa vénération pour saint Chryet de l’Égypte; l’autre, toute morale, en huit livres, sostome, il adjure les habitants de Constantinople de traite des huit péchés capitaux dont les moines ont à ne pas trahir leur foi. Les boliandistes inclinent à se garder, savoir, 1. V, la gourmandise, 1. VI, l’impureté, croire que ces sept livres furent écrits d’abord en grec. I. VII, l’avarice, I. VIII, la colère, 1. IX, la tristesse, C'Epistola S. Castoris ad Cassianum, P. L., t. XLIX, I. X, l’ennui, acedia, 1. XI, la fausse gloire, cenodoxia, col. 53-54, est regardée aujourd’hui comme apocryphe. L XII, l'orgueil. Voir Capital [Péché), col. 1689-1690. M. Petschenig, op. cit., p. cxi sq. Le second ouvrage, Collationes xxiv, P. L., t. xi.ix, III. Doctrine. — Cassien, le pieux ascète, le grand col. 477-1328, est une suite et un supplément du théoricien de la vie monastique dans le sud de la premier; passant du dehors de la vie monastique à Gaule, l’adversaire décidé de Pélage aussi bien que de l’intime du dedans, il nous redit |es entretiens de Nestorius, n’a pas laissé, quoi qu’en aient dit ses apo­ l’auteur et de son ami Germain avec les solitaires logistes, anciens ou modernes, de toucher sur l’écueil d'Égypte. Il fut écrit et publié en trois livraisons succes­ du semipélagianisme; ce nom toutefois ne date que du sives, ayant chacune sa préface particulière, et qui moyen âge. Cassien a déposé les germes de son erreur parurent, la première, Coll., i-x, après la mort de saint dans ses Institutions et dans ses Conférences, notam­ Castor, survenue le 2 septembre 420, Acta sanct., t. vi ment dans la ni', la v', et plus encore la xm'; c’est là septembris, p. 249; la seconde, Coll., xi-xvn, en 426 ou que saint Prosper, dans son opuscule Adversus colla­ peu après; la troisième, Coll., xvin-xxiv, probablement torem, P. L., t. Ll, col. 213-276, les a dénoncés et com­ après 429. Mais, dans la première livraison, l’auteur battus. On tient même généralement Cassien pour le consigna les Collationes ou Conférences les plus récentes, père de l’hérésie semipélagienne. La droiture des inten­ c'est-à-dire ses impressions les plus fraîches. De sorte tions du prêtre de Marseille et son renom de sainteté que, selon l’ordre chronologique, les entretiens rap­ sont ici hors de cause. L’Église n’avait rien statué, et portés dans les Conférences i-x sont postérieurs à ceux saint Augustin, qui lui-même avait donné sur cet écueil des Conférences xi-xxiv. avant son élévation à l’épiscopat, traite les semipélagiens Grande a été de très bonne heure l’autorité de ces en frères abusés, non pas en ennemis. L’étal de la théo­ écrits de Cassien. Pour les Institutions, l’auteur avait logie au commencement du V' siècle sur les questions eu des devanciers, saint Basile, saint Jérôme, etc. de la grâce, le manque d’idées claires et précises tou­ Instit., præf., P. L., t. XLIX, col. 56-57. Mais les Con­ chant la distinction de l’ordre naturel et de l’ordre sur­ férences, qui demeurent son chef-d'œuvre, n'avaient naturel, le caractère propre et le rôle providentiel de pas de modèle dans la littérature chrétienne. Plus la grâce divine, la prédestination, etc., l’effervescence encore que les Institutions, elles ont excité l’admiration des esprits qui des derniers écrits de l’évêque d’Hippone des contemporains el exercé une puissante influence. évoquaient, faute peut-être d’éclaircissements, le Saint Benoît, Regula monastica, c. i.xxm, P. L., spectre du dualisme et du fatalisme manichéen, tout t. t.xvi, col. 930, prescrit dans les monastères la lecture explique la chute de Cassien dans l’erreur. La trempe des Conférences, et Cassiodore, tout attaché qu'il d’esprit et de caractère du prêtre de Marseille, son édu­ est dans la matière de la grâce à la doctrine de saint cation théologique et ses préventions personnelles ne l’y Augustin, recommande à’ses moines de consulter les prédisposaient d’ailleurs que trop. Le génie métaphy­ Institutions, De instit. divin, lit!., c. xxix, P. L., sique et, avec l’enchaînement rigoureux des idées, t. lxx, col. 1144, sauf, il est vrai, ce qui concerne le l’exactitude sévère du langage ne sont pas du tout le fait libre arbitre. Saint Eucher, un ami de Cassien, a fait de Cassien; c’est à la pratique des vertus qu’il attache des Institutions un abrégé qui nous est resté. P. L., le plus de prix; ce qui le préoccupe, c’est l’intérêt t. L, col. 867 sq. Un travail analogue de Victor Maltamoral. Il ne se pouvait guère que le peintre enthou­ rinus, évêque d’Afrique au v« siècle, a disparu. Photius, siaste de la vie religieuse ne courût pas le risque 1827 CASSIEN d’exagérer la puissance de la volonté humaine. Comme les auteurs mystiques et ascétiques des monastères de l’Égypte, les Macaire le Grand, les Nil, les Isidore de Péiuse, Cassien ne se défendra pas de relever le libre arbitre et d’en reconnaître, au moins quelquefois, l'initiative dans I’aflaire du salut. Saint Clirysostome, en face des gnostiques et des manichéens, avant que saint Augustin, le docteur de la grâce, n’eût approfondi cette difficile matière, s’était plu, avec tous les Pères grecs, à mettre en relief le rôle de la liberté. Or, tan­ dis que Cassien s'imprégne passionnément des pensées de saint Clirysostome, à tel point que ses apologistes, sans tenir assez compte des différences de-vues et de dates, font du maître le garant de l'orthodoxie de l’élève, pas un instant il ne se sent attirer et fasciner par le génie de saint Augustin. Lorsqu’il en appellera, dans sa polémique contre Nestorius, aux docteurs les plus éminents de l’Eglise, il ne citera saint Augustin qu’en dernière ligne et sans nul autre titre d'honneur que celui d’Hipponæ Regiensis oppidi sacerdos, Con­ tra Nestorium, I. VII, c. xxvn, P. L., t. L, col. 260; on dirait qu’il le cite un peu malgré lui, et seulement à cause du prestige du nom d’Augustin en Occident. La puissance irrésistible de la grâce et la prédestination absolue que saint Augustin énonça dans son écrit De correptione et gratia, P. L., t. xliv, col. 915-916, choquèrent et alarmèrent Cassien. Dans la théorie auguslinienne, le prêtre de Marseille crut voir un démenti à l’ancienne doctrine des Pères, en même temps qu’un acheminement au fatalisme et un danger pour toute vertu. Soucieux de ne pas resserrer l’action de la grâce et de ne pas empiéter sur la liberté, de ne pas sacrifier en un mot l’un ou l’autre des deux termes du problème, il voulut trouver un juste milieu entre les deux opinions contraires, entre Pelage et saint Augustin. En somme, faute de logique et de synthèse, il échoua. Cassien, d’abord, écarte le naturalisme de Pélage. Il ne nie point le péché originel, sauf toutefois, à l’exemple de saint Chrysostorne, In Rom.,N,i9, homil. x,2,3, P. G., t. i.x, col. 476-478, à le tenir pour une simple peine, non pour un péché ni même une dette héréditaire. Outre le secours extérieur d’en haut, outre les dons divins de l’intelligence et de la libre volonté, de l’Évangile et de la loi positive, du baptême au sens particulier de Pélage, etc., il admet une action immédiate, sinon peut-être sur­ naturelle, de Dieu, pour nous réconforter et opérer en nous le changement de nos mœurs, Inst., xn, 18; Coll., ni, 17; il admet une grâce intérieure, qui s’empare de l’homme, pénètre sa volonté comme son entendement, 1’éclaire et le soutient. Avec l’existence de cette grâce, Cassien en reconnaît aussi la nécessité; car, visiblement, notre volonté ne suffitpasà l'œuvre du salut; impossible, sans la coopération de la grâce, de résister aux révoltes des sens, d’obtenir le pardon de nos péchés, d’atteindre à la sainteté et à la béatitude. Coll., m, 2, 12, 16; xtn, 6. La grâce, d’ailleurs, ne nous est pas accordée nécessai­ rement en raison de nos mérites, ce qui serait enchaîner la puissance et la libéralité de Dieu. Cassien cependant ne va pas jusqu’au bout de ses idées. Le parti pris de sauver la liberté humaine soi-di­ sant menacée et l’esprit de réaction contre la théorie de saint Augustin l’aveuglent et l’égarent. Pour avoir mé­ connu le véritable caractère des prérogatives d’Adam in­ nocent et confondu entre eux ses deux états, l’un naturel, l’autre surnaturel, avec les deux buts correspondants de son activité, Cassien se persuade qu’après la chute le libre arbitre n’est pas incapable de tout bien dans l’ordre du salut, et que l’âme conserve toujours, quoique blessée, les « semences de vertu », que Dieu, en la créant, y a déposées. Coll., xm, 12. Le libre arbitre, au regard de la grâce, n’est donc pas une potentia obedienliæ passiva, mais une potentia activa. Du point de vue surnaturel, ou l’a dit avec justesse, pour saint Augustin l’homme en 1828 ce monde est mort, pour Pélage il est sain, pour Cassien il est malade, Par voie de conséquence, Cassien professe que la grâce, qui nous est indispensable pour arriver â la sainteté, ne nous est pas indispensable pour désirer la sainteté; qu'elle nous accompagne et nous escorte dans toutes les phases de notre perfectionnement moral, mais qu'elle n'enflamme que l’étincelle préexistante, qu'elle ne fé­ conde que le travail commencé. Ainsi, tandis que nos bonnes œuvres sont le fruit partiel de la grâce, nos aspirations, nos soupirs vers le bien n’émanent que de nous; tandis que la grâce fortifie notre foi, elle n’a rien à voir avec l'inilium fidei, avec le pius credulitatis affectus, qui est exclusivement notre alfaire. Coll., xm, 7-9. Il se peut donc que les bons sentiments qui naissent dans notre nature, que nos pieux désirs soient pour Dieu un motif d’accorder librement sa grâce; de sorte que souvent la grâce précède et qu’il advient aussi qu’elle suive un élan de notre cœur vers le bien. Coll., xm, I L Delà deux corollaires inévitables, qui rejettent Cassien, malgré qu’il en ait, en plein pélagianisme et impliquent tous les deux de sa part une contradiction : l’un, que Cassien après tout endosse une thèse contre laquelle i) s’était d’abord élevé et que Pélage avait désavouée luit même au concile de Diospolis, à savoir que la grâce esla récompense, le salaire des mérites de l’homme; l’autre, que Cassien, non seulement fait à notre volonté la meilleure part dans l'œuvre du salut, mais encore pose à la base de cette œuvre essentiellement et totalement sur­ naturelle un acte purement naturel, celui de la volonté libre. En aucun cas, du reste, non pas même dans la vocation de saint Matthieu et de saint Paul, Cassien ne veut entendre parler de l’irrésistibilité de la grâce; tenons pour indubitable que Dieu n’abolit jamais notre liberté. Cassien, enfin, se révolte contre l'idée augustinienne de la prédestination ante prævisa mérita ad gratiam et ad gloriam et de l’impeccabilité des élus. « On ne peut prétendre sans un énorme sacrilège, dit-il. Coll., xtn, 7, que Dieu ail voulu sauver, non tous les hommes, mais une partie des hommes. » Dieu veut sin­ cèrement le salut du genre humain tout entier; ceux-là seuls ne sont pas sauvés, qui ne le veulent point. Mais, en étendant à tous les hommes sans exception la volonté salvifique de Dieu, Cassien se donne le tort de nier l’amour, le regard spécial de Dieu pour les élus. De plus la prédestination, selon lui, ne peut s’appuyer que sur la prescience, non, comme le veut saint Augustin, sur la prévision de ce que Dieu lui-même fera, mais sur la prévision du concours conditionnel de l'homme à la grâce, c’est-à-dire, en définitive, sur la prévision de la foi naturelle de l’homme et des premiers mouvements de son cœur. Entre les diverses thèses de ce système incohérent et imprécis, quelques-unes sont orthodoxes, d'autres sont équivoques, et la plupart, plus ou moins attentatoires à la nécessité comme à la gratuité de la grâce, tombent, sans que le nom de l’auteur soit prononcé, sous les ana­ thèmes du II· concile d’Orange (529). Hefele, Hist, des cone., trad. Leclercq, 1908, t. n, p. 1093. On doit une édition des œuvres complètes de Cassien au béné­ dictin Gazet (Alardus Gazæus), Douai. 1616; Paris, 1682; Franc­ fort, 1722; Leipzig, 1733; Migne l'a reproduite, P. L., L xltx-l. L’édition la plus récente et la meilleure est celle de M. Pelscbenig, t. XIH-XVH du Corpus de Vienne. 1886-1888. Le P. H ■r a aussi édité les Collationes, Opuscula selecta SS. ΡΡ·. 2- s· -. Inspruck, 1887. t. ni. Sur le mauvais état du texte des ·.tiones. voir Kelïerscheid et Petschenig. Ueberdie teTikr.i ·■-.< Grundlagen im 2 H. cou Cassions Collationes, dans Su: i ■ der Wiener Akademie, t. cm. p. 491-519. L’abrégé des tuta se trouve en grec, P. G., t. xxvui, coL 849-ÎO6: n uve, édit, par K. Wotke, Vienne. 1898; et en latin. P.L.i. L. : SG894. Une traduction allemande des trois écrits de Cassiec ·:·· faite par A. Abt et K. Kolhund, dans Bibliotek der Ai .·■.· 2 vol., Kempten, 1879. U y a aussi des versions tanraîses 1829 CASSIEN — CASSIODORE ouvrages de Cassien, P. L., t. XLIX, col. 9-52 ; t. l, col. 311-372. Acta sanct., t. v julii, p. 458 sq. ; Tillemont, op. cit., t. xiv, p. 157 sq. ; Wiggers, De Joanne Cassiano... (progr.), Rostock, 1824, 1825; Id., Darstellung des Augustinismus und Pelagianismus, Hambourg, 1833, t. It, p. 8-183; Baehr, Gesch. der rœm Litter., Suppl., 1837, t. il, p. 362 sq. ; Lombard. Jean Cassien, sa vie, ses écrits, sa doctrine, Strasbourg, 1863; A. Ebert, Hist, générale de la litt. du moyen âge en Occident, trad, franç., Paris, 1883, t. 1, p. 369-375; Paucker, op. cit., t. n, p. 391-448; Bardenhewer, Les Pères de l’Église, 2· édit, franç., Paris, 1904, t. II, p. 465-468; Petschenig, Prolegomena, dans le Corpus, Vienne, 1888, t. xvn, p. i-cxvi ; A. Hoch, Lehre des Joh. Cassianus von Natur und Gnade, Fribourg-en-Brisgau, 1895; Fr. Worter, Beitrâge zur Dogmengeschichte des Semipelagianismus, Paderborn, 1898; L. Valentin, Saint Prosper d'Aquitaine, Paris, 1900, p. 306-319, 851-856; Hurter, Nomenclator, 3· édit., Inspruck, 1903, t. I, col. 394-395; KirchenleadIcon, t. It, col. 2021-2025; Realencyclopàdie, t. m, p. 746-749. P. Godet. 1830 mais, efféminée par l’ardeur de ses désirs, elle ne vient sur la terre que pour faire œuvre de génération et de corruption. Ibid. Aussi, conformément â cette vue, pré­ tendait-il que les tuniques de peau dont se revêtirent Adam et Eve après la chute n’étaient autre chose que le corps; interprétation repoussée par Clément d’Alexan­ drie. Strom., m, 14, P. G., t. vm, col. 1196. Réprouver ainsi tout rapport sexuel comme un crime, traiter le mariage et la procréation des enfants d’invention dia­ bolique, imposer la continence absolue comme le devoir par excellence et la seule source du salut, c’était dépasser de beaucoup l’Évangile et l’enseignement de l’Eglise; c’était placer les conseils évangéliques au même niveau que les préceptes et faire de l’héroïsme la règle ordi­ naire. De téls excès de rigorisme n'étaient pas sans danger et trop souvent ne servaient qu’à dissimuler l’immoralité de ceux qui les prônaient. 2. CASSIEN Jules, Κασσιανός, hérétique du il·siècle, Clément d'Alexandrie, Strom., ni, 13, P. G., t. vin, col. 1193; S. Jérôme, De vir. HL, 38, P. L., t. XXIII, col. 653; Harnack, inconnu en Occident, car ni saint Irénée, à Lyon, ni Geschichte der altchristlichen Litteratur, Leipzig, 1893, t i, saint Hippolyte ou l’auteur des Philosophumena, à p. 201 ; Leipzig, 1897, t. n, p. 535 ; Zahn, Geschichte des Neu­ Rome, ni Tertullien, à Carthage, ne le nomment testamentlichen Kanons, Leipzig, 1888-1892, t. n, p. 632 ; Smith et parmi les hérétiques de leur temps; mais signalé en Wace, Dictionary of Christian Biography, Londres, 1877-1887, Orient, non seulement comme le chef des docètes, τής art. Cassianus; Kirchenlexikon, t. n, col. 2025-2026; P. Batiffol, δοκήσεως έξάρχων, par Clément d’Alexandrie, Strom., m, La littérature grecque, Paris, 1897, p. 82-83; U. Chevalier, Ré­ pertoire des sources historiques. Bio-bibliographie, col. 460. 13, P. G., t. vin, col. 1192, mais encore comme le plus G. Bareille. violent doctrinaire de l’encratisme par le même Clément CASSIODORE. — I. Vie. II. Ouvrages. III. Influence. et par saint Jérôme qui l’appelle encratitarum vel I. Vie. — Magnus Aurelius Cassiodorius Senator acerrimus hæresiarches. In Gal., 1. III, c. VI, 8, P. L., naquit, probablement vers l'an 477, d’après Usener pas t. xxvi, col. 431. Il vécut vraisemblablement à Alexan­ avant l’année 481, à Squillace en Calabre, d’une vieille drie ou dans les environs; mais on ignore la date exacte et illustre famille, qui, depuis trois générations surtout, de sa mort comme celle de sa naissance. s’était fort distinguée dans la carrière politique, au ser­ Il partagea l’erreur docète du Juif alexandrin Cérinthe vice du pays. Cassiodore, ou, comme on l’appelait de au point de passer, à son époque, pour le chef du docé­ son temps, Senator, alliait dans sa personne de beaux tisme. Il regardait le corps de Jésus comme un pur fan­ talents et un noble caractère, la passion de la vie intel­ tôme, contrairement à l’enseignement si formel de saint Ignace d’Antioche et de saint Polycarpe de Stnyrne. En lectuelle et l'esprit de gouvernement, une rare habileté outre, il donna dans l'encratisme et composa pour sou­ de plume et de parole et une vaste érudition. De bonne tenir ses tendances d’ascétisme absolu des ’Εξηγητικά, heure le roi Théodoric, dont il avait composé le pané­ gyrique avant Ennodius de Pavie, lui témoigna une fa­ traité en plusieurs livres, Clément d’Alexandrie, Strom., l, 21, P. G., t. vin, col. 820, dont la Χρονογραφία, uti­ veur marquée. Cassiodore avait à peine vingt ans qu’il lisée par Clément, au dire d’Éusèbe, H. E., vi, 13, P. G., devenait questeur et, par là, secrétaire particulier du t. xx, col. 548, pourrait bien n’étre qu’une partie, S. Jé­ roi, je devrais dire, ministre de l’intérieur. Successi­ rôme, De vir. ill., 38, P. L., t. xxm, col. 653; il composa vement questeur, préfet du prétoire, patrice comme Clovis et Charlemagne, il exercera en 514 la charge de également un Περί έγκρατείας ou Περί εΰνουχίας, dont consul. Il continuait cependant ses fonctions et son Clément d’Alexandrie cite de courts passages. Strom., m, 13, P. G., t. vin, col. 1192. œuvre dans le cabinet du roi; sujet fidèle de la royau­ Ces ouvrages étant perdus, il est difficile de se faire té ostrogothe et fils dévoué de l’Église catholique, mé­ une idée de son exégèse ainsi que du fond de son sys­ diateur intelligent et courageux entre les conquérants tème; on ne peut que l’entrevoir. Certains passages de barbares et la population conquise, qu’il travaillait, selon saint Paul sur l’excellence de la virginité et d'autres sur la pensée du souverain, à rapprocher et à unir. C'est à lui qu’il faut attribuer la plus belle part dans le grand Γεύνουχία spirituelle durent lui fournir des arguments; règne de Théodoric. Après la mort de ce prince en 526, mais il les interprétait mal ou les exagérait dans un sens il conserva tout son crédit durant la régence de la opposé à celui de l’enseignement traditionnel. C’est ainsi reine Amalasonthe, mère du jeune Athalaric. Les rois que le texte : « Celui qui sème dans sa chair ne recueillera Théodat et Vitigès le recherchèrent ensuite ou le ména­ de sa chair que la corruption, » Gai., vi, 8, lui servait à gèrent à l’envi. « Le dernier homme d’État des Romains » condamner tout commerce charnel, y compris celui du ne laissait pas de s’intéresser en même temps aux ques­ mariage, comme une source de corruption réprouvée tions d’éducation, et, soucieux de conjurer les périls de par l’apôtre. S. Jérôme, In Gal., 1. III, c. vi, 8, P. L., cette rhétorique toute païenne qui causait une admi­ t. xxvi, col. 431. Son évangile était l’Evangile κατ’ ΑΙγυπration sans réserve à Ennodius, il entreprenait, avec τίους, véritable code d’ascétisme. Clément, Strom., ni, l'aide du pape saint Agapel, de fonder à Rome, par 13, P. G., t. vin, col. 1193. Dans cet évangile, en effet, souscription, des écoles chrétiennes où l'étude des on prêtait à Jésus ce langage : « Je suis venu pour sup­ lettres sacrées occuperait une place et couronnerait primer les œuvres de la femme. » On y trouvait des pro­ l'enseignement. Le malheur des temps ne lui permit positions dans le genre de celles-ci : « Le temps viendra pas d’exécuter son entreprise. ou le vêtement de honte, le corps, sera foulé aux pieds, » Vers 540, alors que nulle disgrâce ne le menaçait, le etoù« il n’y aura plus ni mâle ni femelle». Cf. Nestle, N. T. vieux ministre quitta la cour de Ravenne et, â plus de supplementum, Leipzig, 1896, p. 72 sq. C’est que, d’une soixante ans, alla s'enfermer dans le monastère de Vi­ part, il plaçait, avec certains gnostiques, le mal dans la viers, Vivarium, qu’il avait construit sur le domaine matière, et que, d'autre part, il croyait â la préexistence de ses pères, à l'extrémilé de la Calabre et aux bords du des âmes, pensée par trop platonicienne, comme la qua­ golfe de Squillace. Séjour ravissant, que Cassiodore a lifie Clément d’Alexandrie, πλατωνικώτερον, Strom., in, décrit avec amour, De instil, divin, litt., c. xxix, P. L., 13, P. G., t. vi|l, col. 1193, et qu’Origène devait embras­ t. lxx, col. 1144, et qu’il se plut à enrichir d’une imser. A ses yeux, l’âme est divine dans son principe; 4831 CASSIODORE mense bibliothèque. Ceux de ses disciples qui aspiraient à vivre en anachorètes, trouvaient sur les flancs du mont Castellum, au-dessus du monastère, des cellules isolées, pour y goûter le bonheur de la retraite absolue. Dans le cloître, sous la conduite et à l’exemple de l'abbé, qui n’était autre que Cassiodore, les cénobites se vouaient à l’étude des sciences et des lettres aussi bien qu'aux exercices de la vie religieuse. On ne sait trop quelle règle Cassiodore avait adoptée. On reconnaît tout au moins entre la règle de saint Benoit et celle qui était en vigueur à Viviers, une profonde analogie. Cassiodore, sans doute, fait du travail de l’esprit, et non du travail des mains, le premier, le plus rigoureux devoir de ses moines; le travail des champs et des jardins est le par­ tage de quiconque ne saurait étudier ou transcrire les manuscrits. Mais, à Viviers et dans les cloîtres béné­ dictins, même sollicitude affectueuse envers les voyageurs, les pauvres et les malades du voisinage; même préoccu­ pation du bien-être temporel et spirituel des paysans des terres monastiques; même culte pour la psalmodie nocturne et quasi perpétuelle, etc. Après avoir tout disposé et mis en branle, Cassiodore résigna son titre d’abbé et vécut, simple moine, à Vi­ viers. Il y mourut en odeur de sainteté, vers 570 (ou 575), à l'âge de quatre-vingt-treize ans. Le martyrologe romain n’a pourtant pas enregistré son nom. II. Ouvrages. — Avant et surtout pendant sa retraite à Viviers, Cassiodore a laissé nombre d'ouvrages, qui reflètent moins l'originalité du génie que le savoir ency­ clopédique de l’auteur, et qui, sans avoir tous survécu, témoignent de son zèle infatigable pour maintenir l’édu­ cation publique et la vie intellectuelle en Italie. On peut les distinguer en : 1° ouvrages profanes; 2« ouvrages religieux. 1° Ouvrages profanes. — Le premier en date des ouvrages de Cassiodore est une courte Chronique, Chronicon ab Adamo usque ad annum 519, P. L., t. lxix, col. 1214-1248, dédiée à Eutharic, le gendre de Théodoric et le mari d’Amalasonthe, consul en 519 pour l'Occident. On dirait, d’après le titre, une chronique universelle. En réalité, ce n’est qu’une liste des con­ suls de Rome, avec une préface qui rattache la liste à la création du monde. Cassiodore y met d’abord à profit des travaux antérieurs, notamment ceux d’Eusèbe, de saint Jérôme et de saint Prosper; mais, à partirde 496, il ne puise plus que dans ses souvenirs personnels. Tout respire le désir de réconcilier la race victorieuse et la race vaincue. Le même esprit animait un autre ouvrage bien plus étendu et plus important, De origine actibusque Ge­ tarum sive Gothorum. Cette histoire des Goths en XII livres, écrite sur les instances du roi Théodoric, entre 526 et 533, ne nous est pas parvenue. Nous n’en avons qu’un abrégé très imparfait par l’Alain Jornandès (551), P. L., t. lxix, col. 1251-1296, réédité par Momm­ sen, Monumenta Germanise. Auct. antiquiss., t. v, p. 53-138. Des panégyriques de Cassiodore en l’honneur « des rois et des reines des Goths », il ne nous reste que des fragments suspects. Par contre nous possédons, sous le titre de Variæ (epistolæ), le recueil, en XII livres, des ordonnances que Cassiodore avait rédigées, soit comme questeur ou magister officiorum, au nom de Théodoric et de ses successeurs, soit comme préfet du prétoire, en son propre nom. P. L., t. lxix, col. 591-880. Ce recueil, dont 1’intérêt historique saute aux yeux, contient envi­ ron quatre cents pièces. L'auteur le publia, entre 534 et 538, à la prière de ses amis. Les digressions aux­ quelles il s’y abandonne sur toute sorte de terrains, sur ceux de la politique, de la science, de l’art, voire des arts mécaniques, ne datent probablement, du moins en grand'’ partie, que de la publication du recueil. A quatre-vingt-treize ans. Cassiodore écrivait encore, 1832 sur la demande et pour les besoins des moines de Vi­ viers, un traité De orthographia, P. L., t. lxx, col. 12391270. Pure compilation, sans ordre systématique. M. Holder a retrouvé en 1877, dans la bibliothèque de Carlsruhe, un fragment important d'une page à peine, débris d'un opuscule de Cassiodore, aujourd’hui perdu et qui renfermait, avec une généalogie de l’auteur, le catalogue de ses œuvres et celles de ses amis. Voir Usener, Anecdolon Holderi, Bonn, 1877; cf. Boèce, col. 920. 2“ Ouvrages religieux. — L’opuscule De anima, P. L., t. lxx, col. 1279-1308, qui suivit de très près les Variæ, semble comme un pont jeté entre les deux phases de l'activité littéraire de Cassiodore. Le vieil homme d’État, devenu philosophe, sans cesser d’être un esprit pratique, y étudie la nature de l’âme, qu'il tient pour immaté­ rielle, puis les vertus de l’âme, son origine, son siège ici-bas et son immortel avenir. L’influence de saint Augustin et de Claudien Mainert est partout visible. En plus d’une page et spécialement vers la fin, Cassiodore laisse percer ses aspirations à la vie contemplative dans le silence du cloître. D. de Sainte-Marthe, La vie de Cassiodore, Paris, 1695, p. 354-361, a vengé son héros du soupçon d’avoir reculé au jour du dernier jugement la vision béatilique des élus et les souffrances de l’enfer. Les Institutiones divinarum et sæcularium lectionum ou litterarum, publiées en 544, furent le premier fruit de la retraite de Cassiodore à Viviers. L’auteur, imprégné de la lecture du traité de saint Augustin, De doctrina Christiana, P. L., t. xxxiv, col. 15-122, proclame l’union de la science sacrée et de la science profane, pour former un enseignement complet et véritablement chrétien. Faute de pouvoir appliquer ces idées à Rome, comme il l’avait rêvé, il voulait du moins, en les con­ signant par écrit, laisser dans une certaine mesure un maître et un guide aux moines de Viviers. L’ouvrage se compose de deux livres. Le l", P. L., t. lxx, col. 11051250, dont Richard Simon, Hist, critique du Vieux Testament, 1. III, c. x, Rotterdam, 1685, n’a pas con­ testé le mérite, nous offre une introduction à l’étude de la théologie, partant â celle de l’Écriture sainte sur laquelle la théologie repose, en même temps qu'un catalogue des ouvrages latins ou traduits en latin, né­ cessaires à l’acquisition de la science théologique. Le IIe livre, qui, dans la plupart des éditions, porte son titre spécial, De artibus ac disciplinis liberalium litterarum, P. L., t. lxix, col. 1149-1220, n’est qu'un résumé concis, pour l'éducation générale des moines peu lettrés, des sept arts libéraux, grammaire, rhéto­ rique, dialectique, arithmétique, musique, géométrie, astronomie. En écrivant ses Institutiones, Cassiodore avait déjà sur le métier son volumineux commentaire des Psaumes, Complexiones in Psalmos, P. L., t. lxx, col. 9-1056, qu'il ne termina que longtemps après. I) s'y est inspiré surtout des Enarrationes de saint Augustin, son maître préféré, non sans puiser aux autres sources que lui ou­ vrait son érudition. Il y explique toujours plusieurs ver­ sets à la fois; d'où le titre de l’ouvrage. La large place ré­ servée à l’exégèse allégorique, au sens mystique des nombres et aux figures de rhétorique dont les Psaumes fourmillent, fait l’originalité et l'intérêt de ce travail. Notker le Bègue, De interpret, div. Script., c. il, P. L., t. cxxxi, col. 995, y retrouve toute la sagesse du siècle et loue la douceur et la variété du style. Les Complexiones in Epistolas et Acta apostolorum et Apocalypsin, P. L., t. lxx, col. 1321-1418, datent aussi de Viviers. Malgré la mention que l’auteur en a faite dans la préface de son traité De orthograpi. ,·α. n. 6, cette explication courte et claire des Èpitres. lies Actes et de l’Apocalypse de saint Jean est restée inconnue du moyen âge. Scipion Maffei l'a retrouvée dans la bibliothèque du chapitre de Vérone et publiée pour la première fois à Florence, en 1721. Le commentaire 1833 GASSIODORE — CASTELL 1834 attribué à Cassiodore sur le Cantique des cantiques, i et de Sidoine Apollinaire, dans le programme des le­ çons du collège de Navarre. P. L., t. lxix, col. 436 sq., n'est pas de lui. Le Liber titulorum de divina Scriptura collectus, que Cassio­ Édition des œuvres complètes de Cassiodore par le mauristo dore appelle encore Memorialis, De orthographia, præf., .1. Garet, Rouen, 1679 ; 2 in-fol., Venise, 4727; Migne, P. L., P. L., t. LXX, col. 1241, devait être le recueil des som­ t. LXtx-LXX, l'a reproduite, en l'enrichissant des trouvailles de Sc. Maffei et du cardinal Mai. Th. Mommsen a publié à part le maires analytiques placés par lui en tête de chacun des Chronicon dans Abhandl. der philol.-hist. Classe der K. Sachs. livres, dans son édition de la Bible. Ges. der IVfss., Leipzig, 1861, t. m, p. 547-696, et dans Monum. Cassiodore n’a pris qu’une part secondaire à la cé­ Germ. hist. Auct. antiquiss.. Berlin, 1894, t. xt, p. 120-161 ; lèbre Historia ecclesiastica tripartita, en XII livres, les Varia-, dans Monum. Germ. hist. Auct. antiquiss·, Berlin, P. L., t. lxix, col. 879-1214. Jaloux de compléter et de 1894, t. xii. Le chapitre de la Rhétorique dans le II' livre des poursuivre la version et la continuation par Rufin de Institutiones a été réédité par C. Halm, Rhetores latini mi­ l'IIistoire d’Eusèbe, il avait chargé l’un de ses amis, nores, Leipzig, 1863, p. 493-504. Traube a édité les Cassiodori Épiphane, de traduire en latin Socrate, Sozomène et orationum rcliquiæ, dans Monumenta Germ. Auct. antiquiss., t xit, p. 459-484. Théodoret; après quoi, il fondit ensemble les trois textes Sur la vie de Cassiodore voir P. L., t. LXIX, col. 4'25-500; pré­ et en composa un seul ouvrage, laissant la parole tan­ face de Mommsen, dans les Monum. Germ. Auctor, antiquiss., tôt à l’un tantôt à l’autre des trois historiens, retouchant Berlin, 1894, t. XI, p.111-119; t. xn, p. V sq.; A. Olleris, Cassio­ et complétant, avec les deux autres récits, le récit pré­ dore conservateur des livres de l'antiquité latine, Paris, 1841; féré. La traductiond'Épiphane ne vaut pas grand’chose; P. P. M. Alberdingk Thijm. Jets over M. A. Cassiodorus Sena­ le travail de Cassiodore non plus, tant il est superficiel tor en zijne eeuw, Amsterdam, 1857 ; 2- édit., 1858; A. Thorbecke, Cassiodorus Senator (progr.), Heidelberg, 1867 ; A. Franz, et précipité ! L’Historia tripartita est bien moins une JL A. Cassiodorus Senator, Breslau, 1872; J. Ciampi, Cassio­ histoire qu’un centon historique, cento historiarum. dori net v e net vr secolo, Imola, 1876; Hodgkin, The letters Wattenbach, Deutschlands Geschichls-Quellen im Mitof Cassiodorius, being acondensed translation of the Varia», telalter, 6e édit., t. i, p. 65-72. Londres, 1886; G. Minasi, AL A. Cassiodoro Senatore, Naples, Il n’est pas sûr que l'opuscule De computo paschali, 1895 ; A. Ebert, Hist, générale de la litt. du moyen âge en Occi­ P. L., t. Lix, col. 1249, soit de Cassiodore. dent, trad, franç., Paris, 1883, t. I, p. 529-552; Bardenhewer, Les Plusieurs ouvrages de l’infatigable érudit se sont Pères de l’Êglise, 2- édit, franç., Paris, 1904, t. 111, p. 164-170; perdus, entre autres, une explication de l’Epitre aux Hurler, Nomenclator, 3* édit., Inspruck, 1903, t. I, col. 523-527; Kirchenlexikon, t. n, col. 2026-2030; Realencyclopâdie, t. ni, Domains, où naturellement le fervent disciple de p. 749-750. Pour une bibliographie plus développée, voir A. Potsaint Augustin battait en brèche le pélagianisme. III. Influence. — Cassiodore partage avec Boèce et thast. Bibl. hist, medii sevi, 2· édit., 1.1, p. 197 sq. Sur les com­ mentaires exégétiques et les Bibles de Cassiodore, voir Batiffol, avec saint Grégoire le Grand la gloire d'avoir sauvé du dans le Dictionnaire de la Bible, t. Il, col. 337-340; cf. t. i, naufrage les restes de la civilisation et de la littérature col. 482. gréco-romaines; on l’a proclamé, non sans raison, le P. Godet. héros et le restaurateur de la science au vi» siècle. Il CASSITO Louis Vincent, dominicain napolitain, né a donné, dans sa retraite de Viviers, l’un des premiers en 1765, mort le 1» mars 1823. Inslituliones theologiæ et des plus illustres modèles de l'alliance de la vie reli­ dogmalicæ, 4 in-8», Naples, 1816. gieuse avec la vie intellectuelle ; il a ouvert le chemin S. Gatti, Elogio di F. Luigi V. Cassito, Naples, 1822 ; Hur­ dans lequel les bénédictins, notamment, ont marché ter, Nomenclator, t. ni, col. 746. sur ses traces. Les bibliothèques et les écoles des P. Mandonnet. cloîtres, qui demeurèrent, au milieu des flots montants CASTANEDA (François de), théologien et orateur de la barbarie, les asiles de la science, sont les fruits de espagnol de l’ordre des augustins, né à Burgos au l'initiative de Cassiodore et comme un legs de l’abbaye xvm« siècle. En théologie, on a de lui : Tractatus de de Viviers à tout l’ordre monastique. purissima conceptione beatæ Virginis, Madrid, 1614. Au rayonnement de l'exemple du monastère de Viviers Elssius, Encomasticon augustinianum, p. 202; Jôcher, s’est joint, pour en augmenter et en prolonger la puis­ Allgemeines Gelehrten-Lexicon, t. 1, col. 1739; Antonio, Biblio­ sance, le rayonnement des écrits du fondateur. Ici et theca Hispana nova, t. i, p. 316; Ossinger, Bibliotheca augulà, même but et même succès. Le style des Varias, stiniana, p. 217; Moral, Catalogo de escritores agustinos Espasans ombre de monotonie et d'une élégance non exempte noles, Portugueses y Americanos, dans La Ciudad de Dios, de recherche, transportait d’admiration les contempo­ 1882, t. III, p. 454. rains; il servira de modèle, selon le désir de l’auteur, A. Palmieri. dans le haut moyen âge, à toutes les chancelleries. CASTELL Antoine, franciscain, né à Calatayud en Raban Maur, au ix“ siècle, empruntera presque littéra­ 1655, mort le 15 février 1713, lecteur au couvent de lement son traité De anima, P. L., t. ex, col. 1109-1120, Saragosse, était docteur de l’université de cette ville, à l’opuscule de Cassiodore sur le même sujet. Au-dessus examinateur synodal, gardien et provincial d’Aragon. Il a des Institutiones, les écoles du moyen âge ne mettront publié une exposition Super primum libium Senten­ rien ; les Institutiones seront le code de l’éducation tiarum... Petri Lombardi...; super secundum..., etc.; monastique et le programme de l’éducation intellec­ super librum quintum ad cujus calcem adjuncta est tuelle des peuples nouveaux ; l'un des ouvrages les expositio seu parergon de sacrosancto cecumenico ac plus importants de Raban Maur, le De clericorum in­ generali Tridentino concilio accuratissime locuple­ stitutione, P. L., t. cvn, col. 293-420, s’en inspirera tata..., 5 in-4", Saragosse, 1698-1703. Les volumes ne très largement. L’Historia tripartita sera aussi le prin­ parurent pas suivant leur ordre de numération; pressé cipal manuel d'histoire ecclésiastique au moyen âge; par les instances des lecteurs, le P. Castell publia les Frékulf y puisera, pour sa Chronique universelle, P. L., deux derniers avant le second. Réédité à Madrid en t. evr, col. 919-1258, à pleines mains, et, dans sa Vie de 1756, dit Hurter. H avait déjà donné un Atheneum sainte Hélène, le moine de Ilautvilliers, Alinann, ne se minoriticum novum et vetus, scholarum subtilis, serafera pas faute de la mettre à profit. Grandes furent éga­ phicæ et nominalium nonnullas exhibens quæstiones, lement la vogue et l’autorité des Complexiones in Psal­ in-4», Saragosse, 1697. Après sa mort parut : Francilomos; elles ont fourni à Remi d'Auxerre en particulier gium sacrum, opus anacrologicum historico-positivum, nombre de matériaux pour son commentaire des Christum Dominum et seraphicum P. N. S. FrancisPsaumes. Jean de Salisbury, au xiie siècle, recomman­ cum... exaltans, in-fol., ibid., 1613. dera l'étude de Cassiodore en même temps que celle des Diccionario enciclopedico hispano-americano, Barcelone. classiques païens·; et l’on verra, deux siècles après, les 1888, t. iv ; Hurler, Nomenclator, t. n, col. 652. écrits de Cassiodore figurer, avec ceux de saint l'ulgouce P. ÉDOb'AKü d'Aleuçin. 1835 183G CASTELLANA — CASTRO PALAO CASTELLANA (André do), ainsi désigné en reli­ gion du nom de son pays, dans les Pouilles, se nommait Scalimoli. Entré chez les mineurs conventuels, dans la province de Saint-Nicolas de Bari, il y remplit les fonc­ tions de provincial, et il fut en outre missionnaire avec la dignité du préfet apostolique en Transylvanie. 11 eut aussi la charge de visiteur dans la province de Lithua­ nie. En 1612 il avait achevé la composition d’un ouvrage intitulé : Missionarius aposlolicus a S. C. de Propa­ ganda fide instructus quomodo debeat inter hæreticos vivere, pravitates eorum convincere et in fide catholica proficere per Germaniam, Poloniam, Ungariam et per omnes partes ubi vigent blasphemies lutheranæ, in-8». Bologne, 1644. Ce livre, fruit de l'expérience de l’auteur, se rencontre rarement. Wadding, Scriptores ord. minorum, in-fol., Rome, 1650, p. 18; Franchini. Bildiosofla e memorie di sericiori conven­ tual!, Modène, 1693, p. 36; Sbaralea, Supplementum et casti­ gatio ad scriptores ordinis minorum, Rome, 1806; Hurter, Nomenclator literarius, 1.1, p. 412, note. P. Édouard d’Alençon. CASTELLINI Luc, né à Faenza où il entra dans l’ordre des frères prêcheurs; maître en théologie en 1611, et procureur général de l’ordre; il remplit à plu­ sieurs reprises les fonctions de vicaire général, et fut premier professeur de théologie à l’université romaine de la Sapience; évêque de Catanzaro, 7 novembre 1629, il mourut au mois de janvier 4631. — 1» De electione et confirmatione canonica prælatorum quorumcumque præsertim regularium tractatus, in-fol., Rome, 1625; 2“ Tractatus de certitudine gloria: sanctorum canonizatorum, in-fol., Home, 1628 ; 3° De inquisitione miracu­ lorum in sanctorum martyrum canonizatione, in-4», Rome, 1629 ; 4» De dilatione in longa annorum tem­ pora magni arduique negotii canonizalionis sanctorum elucidatorium theologicum, in-4», Naples, 1630. Quétif-Echard, Scriptores ordinis prsedicatorum, t. n, p. 471. P. Mandonnet. CASTILENTO (Jean-Marie a), frère mineurconventuel. originaire de Castilenti dans les Abruzzes et reli­ gieux de la province de cette région, dite de SaintBernardin, où il exerça la charge de lecteur et porta le titre de custode. Uurter le dit mort en 1653 et écrit qu’il publia seulement le premier volume de son ouvrage : Seraphica theologiæ moralis polyanthea, ordine alphabetico in singularum materiarum titulos digesta, quodlibelarum pro omnium fere casuum conscientise difficultatum decisione resolutiones, ex seraphici ordi­ nis doctorum viridariis decerptas complectens, in-fol., Venise, 1652. Nicolas Toppi, Biblioteca Napoletanu, Naples, 1678, p. 147; Hurter, Nomenclator, t. I, p. 436. P. Édouard d’Alençon. CASTILLO VELASCO (François de), religieux franciscain de l’observance, était originaire de Madrid et appartenait à la province monastique de Castille dont on le voit custode en 1638, date de l’approbation de l’ouvrage qui suit. 11 y est encore dit, et il prend le même titre sur le frontispice, qualificateur de la sacrée inquisition en Espagne et lecteur jubilaire d’Alcala. 11 publia : Subtilissimi Scoti doctorum super tertium Sententiarum librum, tomus i, De incarnatione Verbi divini, et præservatione Virginis Marite ab originali; tomus ll, De tribus virtutibus theologicis fidei, spei et charitalis, 2 in-fol., Anvers, 1641. Sbaralea lui attribue en outre : Cynosura salutis sive patrocinii B. V. Ma­ ria· obtinendi praxes optimæ, Ypres, 1644. Sbaralea. Supplementum et castigatio ad scriptores ordir.is mmorum, Home, 1866; Hurter, Nomenclator, t. I. p. 374. P. Édouard d’Alençon. 1. CASTRO (Alphonse de), qu'on trouve quelquefois nommé à tort François Alphonse (frater Alphonsus et non l'ranciscus Alphonsus), était originaire de Zamora niCT. DE TI1ÉOL. CATI1OL. dans la province de Léon en Espagne. Entré tout jeune chez les mineurs de la régulière observance dans la province de Saint-Jacques, il fut pendant trente ans lecteur à Salamanque; pendant quarante-trois ans il prêcha avec succès, même auprès de la cour; Phi­ lippe II le nomma conseiller royal après l'avoir conduit avec lui en divers voyages, notamment en Angleterre, quand il épousa Marie, fille d’Henri VIII. Le Père de Castro assista, comme théologien du cardinal Pacheco, aux premières sessions du concile de Trente et il rédi­ gea en particulier un extrait des conciles et des décré­ tales qui prouvent le péché originel. Archives du Vati­ can, Concil. Trident., t. t.xii, fol. 238 sq. Il avait été proposé pour le siège archiépiscopal de Compostelle, mais avant d’avoir été préconisé il mourut à Bruxelles, le 13 février 1558, âgé de 63 ans; il en avait passé 48 en religion. Ses ouvrages sont les suivants : Adversus omnes hæreses libri quatuordecim, in-fol., Paris, 1534, 1541, 1543, 1560, 1564; Cologne, 1539, 1540, 1543; Lyon, 1546, 1555; Venise, 1546, 1555; Anvers, ex tertia au­ ctoris recognitione, 1556, 1565,1568; De justa haeretico­ rum punitione libri tres, in-fol., Salamanque, 1547; Venise, 1549; Lyon, 1556; Anvers, 1568; De potestate legis pænalis libri duo, in-fol., Salamanque, 1550; Lyon, 1556; Anvers, 1568. Ces trois ouvages réunis parurent à Paris, 1571, in-fol. Le Père Alphonse avait publié auparavant 25 homiliæ in Ps. L, in-8», Sala­ manque, 1537, 1568, et 24 homiliæ in Ps. xxxi, ibid., 1540, 1568. Réunies aux trois ouvrages contre les héré­ tiques, elles furent rééditées par le P. François Fetiardent, cordelier : Opera omnia duobus tomis compre­ hensa: inter quæ 49 Homiliæ, quibus... Psalmos xxxi et L... eleganter copioseque explicavit. Accessit appen­ dix ad libros contra hæreses in 1res libros distributa, 2 in-fol., Paris, 1578. Le P. Feuardent, croyons-nous, avait donné l’édition de 1571 et il est l’auteur de cet appendice ou il traite des hérésies omises ou nouvelles. On attribue aussi au P. Alphonse des Commentaria in XII prophetas minores, Majenciæ (?), 1617, et une dissertation De validitate matrimonii Ilenrici VJ11 Angliæ regis et Catharinæ conjugis. Roccaberli, Bibliotheca pontificia maxima, Rome, 1698, t. it, a re­ produit le I. XII. De papa, du traité contre les hérésies; les c. xm-xvi du 1. I, De justa punitione : de impia sortilegarum, maleficarum et lamiarum hæresi, earumque punitione, se retrouvent dans le Malleus maleficarum, Lyon, 1669, t. n, p. 188-219; les c. vtvii du 1. III du même ouvrage sont dans la Collectio quorumdam gravium aut horum qui S. Scripturarum invulgarem linguam tractationem damnarunt, Paris, 1661. Il s’était occupé spécialement de cette question au concile de Trente. Enfin, on trouve dans un libelle protestant un programme de discussion entre Johannes Gottlieb Môllerus et Nicolas Richter, De Clementis Bornant 1 ad Corinthios epistola, Alphonsi a Castro testimonio de ignorantia paparum, etc., in-4», Ros­ tock, 1693, p. 10-19. On devine que c’est un abus de fragments extraits des livres du P. de Castro. Wadding, Scriptorcs ord. minorum, Rome, 1650; Sbaralea, Supplementum et castigatio adscript, ord. min., Rome, 1806; Hurter. Nomenclator, t. iv, col. 1184; Diccionario enciclopedico hispano-americano, Barcelone, 1888; Merkle, Concilii Tridenlini diariorum, Fribourg-en-Brisgau, 1901.1.1. P. Édouard· d’Alençon. 2. CASTRO (Louis de). Voir ChasteaU (Louis de . 3. CASTRO PALAO (Ferdinand de), théolockn moraliste, né à Léon en Espagne, en 1581. admis dan- la Compagnie de Jésus en 1597. II enseigna la philo- phie à Valladolid, puis la théologie morale à Compo-·· - ■·: à Salamanque, au milieu d'une affluence extraordinaire d’auditeurs, et tout en remplissant les fonctions de qua­ lificateur et de consulteur de la sacrée inquisition, il IL — 58 4837 CASTRO PALAO — CASUEL sut mener à bien la publication d’un cours complet de théologie morale : Λ. P. Fernandi Castro Palao... Operis moralis de virtutibus et vitiis contrariis, in varios tractatus de conscientia, de peccatis, de legibus, de fide, spe, chart late, etc.; Pars prima, in-fol., Lyon, 1631; Pars secunda. De virtute religionis el ei annexis, ibid., 1635; Pars tertia, ibid., 1639; Pars quarta. De sacramentis, ibid., 1647; Pars quinta. De matrimoniis et sponsalibus, ibid., 1647; Pars sexta. De censuris, ibid., 1647 ; Pars septima. De justitia et jure, Lyon, 1651; Venise, 1702, 1721. L’auteur, qui est probabiliste, fait preuve dans tout cet ouvrage d’une science profonde et d'une pondération qu’on ne saurait trop louer. Saint Alphonse le tenait en très haute estime et il est juste de le ranger au nombre des moralistes devenus classi­ ques. Castro Palao gouverna, vers la fin de sa vie, les collèges de Compostelle et de Medina, et mourut avec la réputation d'un saint, le 1er décembre 1653. On a également de lui : Manual del christiano de varias considerationes para el exercitio santo de la oration, in-4·, Valladolid, 1633. Sotwel, Bibliotheca scriptorum Soc. Jesu, p. 203; Antonio, Bibliotheca Hispana nova, Madrid, 1783-1788, t. i, p. 372; Do Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C·· de Jésus, t. u, col. 867 sq.; Uurter, Nomenclator, t. r, p. 364. P. Bernard. CASTRONOVO (Antoine de), religieux augustin, né en Sicile, dans la seconde moitié du xvt” siècle, mort l’an 1593. On a de lui : Liber adversus antiqua schismata, Rome, 15S2. Ossinger, Bibliotheca augustiniana, p. 221 ; Mongitore, Biblio­ theca sicula, Palermo, 1707, t. I, p. 59; Hurter, Nomenclator literarius, t. 1, p. 115. A. Palmieri. CASTROVOL (Pierro de),appelé aussi de Castrobel, nous dit lui-même sur le titre d’un de ses livres qu’il appartenait à l'ordre des frères mineurs, qu'il était maître en théologie et né à Mayorga, dans le royaume de Léon, en Espagne. Il était provincial des conventuels d'Aragon en 1489-1491. C’est tout ce que nous savons de lui. Ses ouvrages sont les suivants : Commentum seu scriptum super libros Yconomice secundum transla­ tionem Leonardi Aretini, in-fol., Pampelune, I486;... super libros Politicorum, ibid.;... super libros de celo et mundo, in-fol., Lérida, 1488;... in libros de genera­ tione el corruptione, ibid.;... in libros meleorum, ibid. ;... in libros de anima, ibid.; Tractatus super libros phisicorum, 1489;... super libros ethicorum, ibid. Copinger lui attribue un Tractatus formalilatum, in-4·, 1168. 11 publia en outre ; Tractatus vel si mavis expo­ sitio in simbolum Quicunque vult una cum textu... rursus Tholose revisus diligenter ftdelilerque exami­ natus, in-4“, Pampelune (1490). Sbaralea, Supplementum et castigatio ad scriptores ord. minorum, Rome, 1806; Hayn, Repertorium bibliographicum, Stuttgart, 1826, n. 4648-4656; B. J. Gallardo, Ensayo de una biblioteca espaûola, Madrid, 1866; Copinger, Supplement to Hain’s repertorium, Londres, 1898, η. 1480-1482. P. Édouard d'Alençon. CASTRUCCIUS Raphael, né à San-Cassiano, mort à Florence le 11 avril 1574. Il fit profession sous la règle de saint Benoît le 15 août 1524 et fut successive­ ment prieur du Mont-Cassin, de Sainte-Flore d’Arezzo et de Notre-Dame de Florence. En 1557, il fut nommé abbé titulaire de Saint-Julien d’Alepria. On a de lui : Il dcppio martirio di S. Cipriano, in-8·, Florence, 1567; Harmonia delVecchioe Novo Testamento,in-4·, Venise, 1570; Delia verita del corpo di Giesu Christo, in-fol., Venise, 1570; Molli sermoni, in-4·, Florence, 1572. Armellini, Biblioth. benedictino-casinensis. in-fol.. Assise, 1732, t. π, p. 164; Ziegelbauer, Hist, rei literaria ord. S. Bene­ dicti. t. iv, p. 58; [D. François,] Biblioth. générale des écrivains de l'ordre de S. Benoit, t. 1, p. 185. E. Heurtebize. 1838 CASUEL. — I. Définition. H. Historique. III. Régle­ mentation. IV. État présent du casuel en France, depuis la Révolution de 1789 et le concordat de 1801. V. Légitimité. I. Définition. — Le mot casuel, indiquant en général ce qui arrive indépendamment de la volonté et sans être soumis à l'inlluence du temps, signifie ce qui se produit accidentellement, par cas fortuit. Ici, dans l’espèce, il est opposé à traitement fixe, et désigne les honoraires que les paroissiens ou les fidèles donnent aux curés, desservants, vicaires ou chapelains, à l'occasion de cer­ taines fonctions de leur ministère, telles que baptêmes, mariages, relevailles, bénédictions diverses, enterre­ ments, etc. Ces rétributions s’appellent aussi droits d'êtole, jura stolæ, parce que le prêtre est revêtu de l’étole, quand il exerce les fonctions ainsi rétribuées. Le terme presbyterium a souvent aussi été employé dans ce sens. Cf. Lupus, Synodorum generalium ac provin­ cialium decreta et canones, scholiis, notis... illustrati, 12 in-fol., Venise, 1724-1729, t. v, p. 57, 58; Du Cange, Glossarium medice et in/imæ latinitatis, revu et édité par Henschel, 7 in-fol., Paris, 1850, v· Presbyterium, t. v, p. 433, coi. 3 et p. 434; Muratori, Antiquitates italicte... ab inclinatione Bomani imperii usque ad annum 1500, 6 in-fol., Milan, 1738-1743, t. i, p. 108. IL Historique. — L’usage du casuel remonte à la plus haute antiquité. La loi mosaïque contient à ce sujet de nombreuses prescriptions. Lev., π, 3, 10; vi, 16, 18; vn, 8, 9, 14,33; Num., xvni, 9, 15, 18, 28; Deut., xvm, 1, 3, 7, 8; xxiv, 4; Eccli., vn, 34, etc. Notre-Seigneur, en envoyant les apôtres prêcher la bonne nouvelle du royaume de Dieu, leur recommanda de ne porter ni or, ni argent, ni de quoi manger, parce que, ajouta-t-il, celui qui travaille mérite qu’on le nourrisse, dignus enim est operarius cibo suo. Matlh., x, 10; Luc., x. 7. Le divin Maître n’a pas dédaigné d’étre, même sous le rapport de cette dépendance à l’égard des fidèles, le modèle de ses prêtres. Pendant qu’il annonçait l’Évangile, en compagnie de ses disciples, il permit que de saintes femmes le suivissent pour fournir à la dépense et l’entretenir de leurs biens. Luc., vm, 3. Dans ses Épitres, saint Paul mentionne à diverses reprises l’usage du casuel, et en fait ressortir à la fois la nécessité et la légitimité, tant au point de vue du droit naturel que du droit divin. Si les ouvriers de l’Évangile vous prodiguent les biens spirituels, dit-il, ne devez-vous pas, de votre côté, les assister dans leurs besoins temporels? Rom., xv, 27. N'avons-nous pas, nous aussi, le droit de manger et de boire?... Quel est donc le soldat qui endure les fati­ gues de la guerre à ses propres dépens?... Qui plante une vigne et n’en goûte pas le fruit'?... Qui mène paître un troupeau et ne se nourrit pas de son lait? C’est écrit dans votre Loi : Celui qui laboure un champ, comme celui qui foule le grain, doit avoir part à la récolte... Pour nous, dans vos sillons, nous avons jeté une abon­ dante semence de biens célestes; est-ce exorbitant de recueillir une minime partie de vos moissons dïci-bas? Ignorez-vous donc que ceux qui travaillent dans le sanctuaire vivent des trésors du sanctuaire, et ceux qui servent à l’autel participent aux ollrandes dé-posées sur l’autel? De même, le Seigneur a ordonné que ceux qui annoncent l’Évangile vivent de l’Évangile. I Cor., ix, 4-14. Et ailleurs : Celui à qui l’on enseigne la parole divine doit faire part de tousses biens à celui qui l’en­ seigne. Communicat autem is qui catechizatur verbo, ei qui se calechizat, in omnibus bonis. Gal., VI, 6; 1 Tim., v, 18. Le droit et le devoir sont corrélatifs. S’il y a droit strict chez les ministres de l’Évangile, il y a devoir ri­ goureux pour ceux qui profitent de leur ministère. Les fidèles l'ont compris à toutes les époques de foi, et il a fallu les calomnies, les sophismes et les sarcasmes de l’impiété, pour obscurcir dans leur esprit la connaissance d'une vérité aussi manifeste. 1839 CASUEL Au commencement et pendant les siècles de persé­ cution, les chrétiens, quoique appauvris par les confisca­ tions et traqués de tous côtés par les tyrans, subvenaient spontanément à l’entretien de leurs prêtres. Cf. S. Cyprien, Epist., iv, ix; De eleemos., c. xv, P. L., t. tv, col. 111.120,613; conciled’Elvire, tenu en 305, c. xxvm, Labbe. Sacrosancta concilia, Paris, 1672, t. I, col. 598; Bail, Summa conciliorum omnium, 2 in-fol., Paris, 1672, t. n, p. 20; Thomassin, Ancienne et nouvelle dis­ cipline de l’Église touchant les bénéfices et les bénéfi­ ciers, 5 in-fol., Paris, 1679-1681, part. I, 1. III, c. n, ni, t. t, p. 332-337. Ils étaient tellement convaincus de leurs devoirs à ce sujet, que l’Église n’avait pas encore senti le besoin ■ n- voulons justifier ici que cette casuistique légitime Moral nach Graf Paul von Uœnsbrœch, Berlin. 1902, qui, suivant les principes rappelés précédemment, p. 44 sq.; Meyenberg, Die katholische Moral ->,s peut être considérée comme autorisée ou du moins Angeklagte, Stanz, 1901. p. 37 sq. D'ailleurs si l'on pré­ comme permise dans l’Église. Quant aux excès laxistes tend que l'art transforme tout ce qu’il touche et en ban­ nit tout danger, ou qu'une thèse morale autorise : uj commis par certains casuistes, nous les réprouvons aussi la peinture du mal et en écarte toute funeste inlluen < . vigoureusement que peuvent le faire les plus sévères comment peut-on blâmer la casuistique scientifique qui critiques, et nous les réprouvons avec plus de raison, a en sa faveur de si graves raisons et qui est daiiieurs parce que nous nous appuyons sur une base plus ferme. 1865 « CASUISTIQUE réservée aux seuls professionnels? Mausbach, op. cit., p. 46. 2° Quant à l’excessive condescendance de quelques casuistes, l’Église n'a point manqué de la réprouver formellement, lorsqu'elle s’est réellement produite. Nous citerons comme exemples la proposition 41· con­ damnée par Alexandre VII le 18 mars 1666, Denzinger, Enchiridion, n. '1012, voir t. i, col. 745, les propositions 51", 56», 60e, 61·, 62e, condamnées par Innocent XI le 2 mars 1679. Denzinger, n. 1068,1073, 1077-1079. 3« objection. — La casuistique, avec son but princi^ilernent pratique et utilitaire et son point de vue très spécial, a gravement nui à la véritable science théologique, souvent laissée à l'arrière-plan ou presque entiè­ rement négligée. C'est ainsi qu elle a été une des prin­ cipales causes de la décadence de la théologie morale. — Réponse. — En principe, la casuistique n'étant qu'une science d’application, suppose une sérieuse connaissance de la morale positive et de la morale spécula­ tive. Si la théologie morale n’est vraiment utile pour la pratique du ministère qu'avec le concours de la casuis­ tique, il est également impossible que l’on soit bon casuiste, si l’on ne possède suffisamment la morale spéculative. Lehmkuhl, loc. cit., p. 14 sq.; Meyenberg, loc. cit-, p. 36. En restreignant principalement son atten­ tion à la question concrète de l’existence ou de l'inexis­ tence d’une obligation grave dans telle occurrence, le casuiste ne fait que suivre le principe de la division du travail. A la théologie ascétique il laisse la prudente application des conseils de perfeclion. A la théologie spéculative il abandonne l’étude approfondie des vertus et les discussions théoriques sur les principes, pour ne retenir que les conclusions théologiques qu’il doit appliquer. Il laisse également à la philosophie morale les graves questions actuelles, apologétiques, écono­ miques ou sociales, dont l'étude est si nécessaire pour écarter les erreurs contemporaines et rétablir l'ordre chrétien dans la société. Le lecteur attentif qui se rappelle que la vraie casuistique n'est qu'une partie de la théologie morale et une science de pure application, saura la remettre dans son véritable cadre, sous la dépendance de la théologie morale et de la théologie dogmatique, et en étroite harmonie avec la théologie pastorale et avec l'ascétique, même avec la mystique, sans oublier ses relations nécessaires avec la philoso­ phie morale tenue au courant des graves problèmes contemporains. Quant à ceux qui sont engagés dans le ministère des âmes, s’ils ont la sagesse de suivre la direction qui leur est donnée, ils sauront prudemment s’aider de la casuistique sans négliger les autres sciences souverainement utiles pour le bien des âmes. En fait, une culture trop exclusive de la casuistique a-t-elle contribué à un réel appauvrissement de la théologie morale? Même en admettant un certain affaiblissement de la théologie morale, question que nous n’avons point à examiner ici, l'on ne pourrait démontrer que cet affaiblissement est, même partiellement, attribuable à la casuistique scientifique. Meyenberg, op. cit., p. 34 sq. ; Müller, op. cil., p. 9 sq. ; Lehmkuhl, op. cit., p. 18 sq. 4° objection. — La casuistique, même scientifique, est irréductiblement opposée à l’ascétique chrétienne et même à l’intégrité de l’esprit chrétien. Le but de toute casuistique scientifique est de limiter l’obligation de conscience, en lui opposant constamment le célèbre principe : Non est imponenda obligatio de qua certo non constat. Or, considérer la loi ou l'obligation de conscience comme une chose que l’on doit restreindre, et l’exemption de tout devoir impérieux comme un bien dont la liberté ne peut être dépossédée qu'à bon escient, n’est-ce point renoncer positivement à la perfection et même abdiquer l'esprit du christianisme qui est essen­ tiellement un esprit d’abnégation? n’est-ce point aussi dépouiller la loi nouvelle de son caractère spécifique [ 1 I , 1866 qui est d'étre une loi d’amour? - Réponse. — On ne peut affirmer que le but de toute casuistique scientifique est de limiter l’obligation de conscience ou de se prémunir, contre ses illégitimes envahissements. Son vrai et unique but est de déterminer l'existence ou l'inexistence d'une stricte obligation de conscience, conformément aux légitimes conclusions de la théologie morale. De cette détermination résulte, comme conséquence nécessaire, l'indication d’un minimum d'obligation dans telle cir­ constance, mais cette restriction de l'obligation n’est point le but premier ni le but principal que l’on se propose. D’ailleurs en déterminant ainsi, par voie de conséquence, le minimum d’obligation, l’on ne veut préjudicier en rien à ce qui est et reste de conseil. L’ascé­ tique reste donc hors de toute atteinte, ainsi que l'inté­ grité du véritable esprit chrétien. 5· objection. — La casuistique, même scientifique, est fatalement vouée à des subtilités et à des chicanes que l'on ne saurait concilier avec un caractère vraiment scientifique. — Réponse. — Ce qui a, pour le profane, apparence de subtilité et de chicane, n’est souvent, pour le connaisseur, que distinction légitime, d'où découlent des conséquences non moins autorisées. Souvent aussi, ce qui parait inutile procure le progrès de la science, en éprouvant la vérité d'assertions spéculatives. Lehmkuhl. loc. cit., p. 12. Si ce procédé, prudemment employé, est reconnu comme légitime quand il s'agit de casuistique juridique, de questions de droit criminel, ou de diffi­ cultés de médecine légale, pourquoi n'en serait-il point de même dans la casuistique théologique? F. Brunetiêre, Une apologie de la casuistique, dans la Revue des Deux Mondes, 1er janvier 1885. p. 205 sq. Toutefois nous ne pourrions donner notre approba­ tion à toutes les subtilités employées par des casuistes. Ainsi nous reconnaissons volontiers que plusieurs dis­ tinctions, encore acceptées par quelques auteurs dans la question de la restriction mentale, devraient être abandonnées, bien que nous admettions la thèse com­ mune de la licéité de la restriction mentale employée dans les limites et avec les conditions voulues. 6'· objection. — L’histoire de la casuistique, â ses diverses périodes, offre, dit-on, beaucoup de marques évidentes d’une doctrine très changeante que l’on s’est efforcé d’adapter successivement aux circonstances si diverses de temps et de milieu. — Réponse. — 1° Si les conclusions dogmatiques et morales sont vraiment immuables dans la mesure où elles sont strictement déduites des vérités révélées, il n’en est point de même de la discipline purement ecclésiastique qui est, de sa nature, très variable, puisqu’elle doit s'harmoniser avec les besoins si divergents d’époques et de pays très dissem­ blables. Pour cette raison, les applications de la casuis­ tique sur ces points purement disciplinaires, peuvent subir des variations considérables. — 2° D'ailleurs, les lois ecclésiastiques restant substantiellement identiques, il peut se faire que de notables changements d’habi­ tudes, de coutumes, de milieux, modifient leur applica­ tion concrète et individuelle ou empêchent le confesseur d’avertir le pénitent d’obligations qui l’atteignent indi­ viduellement. Ce dernier cas peut se rencontrer plus fréquemment dans des milieux plus dangereux et avec des pénitents moins bien disposés. — 3° Si les conclu­ sions morales vraiment certaines doivent toujours res­ ter immuables, leurs applications concrètes peuvent, avec un notable changement de circonstances, être apparemment dissemblables. Ainsi il est toujours vrai que l’usure considérée comme correspondant au prêt lui-même vi mutui est illicite, et que la perception d'un intérêt ne peut être permise que moyennant la réalisa­ tion de l'un ou de l'autre des litres extrinsèques ou de tous conjointement. Mais des circonstances peuvent se présenter qui modifient considérablement l’applica­ tion de ces titres extrinsèques. Dans les sociétés de CASUISTIQUE 1807 moyen âge, quand les transactions commerciales ou financières étaient rares, le damnum emergens et le lucrum cessans, dans le cas de prêt pécuniaire, pou­ vaient se présenter rarement en dehorsde circonstances très spéciales. Dans nos sociétés actuelles où il est devenu si habituel de recourir au capital pour toutes sortes d'entreprises et d'une manière parfaitement accessible même au plus modeste avoir, ces mêmes titres extrinsèques peuvent facilement exister d'une manière presque universelle. Lehrnkuhl, Theologia moralis, t. i, n. 1106. Ce n'est point la loi morale qui a changé, mais le milieu social où elle s'applique. Ce n'est point la doctrine de l’Église qui a évolué, mais les coutumes de la société civile dans laquelle l’Église vit. — I" S’il était uniquement question de conclusions sim­ plement probables ou considérées comme telles à une époque donnée, surtout dans des questions complexes jusque-là assez indécises, il peut arriver el de fait il arrive qu'une étude plus approfondie, ou quelque déci­ sion nouvelle de l'Eglise ou des Congrégations romaines, ou des arguments entièrement nouveaux, fournis par quelque auteur exceptionnel, mettent en pleine lumière l’erreur ou l’improbabilité d’une opinion jouissant jusque-là d'une certaine situation acquise. Chez les théo­ logiens les plus autorisés, meme chez saint Alphonse, se rencontrent quelques opinions de ce genre, dont la probabilité intrinsèque ou même extrinsèque ne peut plus être admise actuellement. Nul changement objectif n'est survenu dans la doctrine morale. Mais ce qui. dans l’incertitude de telle question, avait été, en toute bonne foi, considéré comme une interprétation ou une application probable de tel principe ou de telle conclu­ sion, a depuis lors évidemment perdu cette probabilité subjective, qui avait primitivement suffi pour la légiti­ mité morale de l’acte ainsi accompli. 11 ne s’ensuit point que la loi éternelle fidèlement reflétée et promul­ guée par la droite conscience ait alors cessé d’etre l'unique règle de tous nos actes. La conscience erronée, qui avait faussement considéré comme probable ce qui ne l'était point réellement, ne s’était aucunementsubstituée â la loi éternelle. En réalité c’était toujours à la loi éternelle que l’on adhérait premièrement et princi­ palement et que l'on percevait comme la règle de la moralité, bien qu'on la comprit mal ou qu'on se trom­ pât sur son application. S. Thomas, Quæst. disputatæ, De veritate, q. xvn, a. I. — 5" L’histoire de la théologie morale prouve l’existence d’un progrès partiel, le plus souvent très irrégulier et purement accidentel, dans la connaissance ou la démonstration tliéologique de con­ clusions d'abord implicitement ou virtuellement admises dans leurs principes immédiats ou dans des principes plus éloignés, puis explicitement déduites et mises en pleine lumière à l'occasion de quelque controverse ou polémique accidentelle, quelquefois par une défini­ tion ou déclaration de l’Église ou par quelque nouveau raisonnement fourni par des théologiens de marque. Ce travail de développement, malgré tous les obstacles qu’il rencontre, peut être facilement suivi dans l’histoire du probabilisme. Bouquillon, Theologia moralis funda­ mentalis, 2· édit., p. 548 sq. Comme la casuistique n’est qu'une science d'application de la théologie morale, son sort est inévitablement lié à celui de la théologie morale. Quand celle-ci perfectionne ses connaissances, celle-là doit conséquemment modifier la manière de présenter ses applications praliques, et quelquefois ses applications elles-mêmes. Celte variation progressive, ainsi entendue, n’a rien que de très légitime. 7* objection. — On reproche encore à la casuistique de procéder souvent avec beaucoup d'arbitraire, comme si elle avait reçu un pouvoir discrétionnaire de lier ou de délier les consciences, tandis qu’elle n'a qu’un pou­ voir d’interprétation et d'application, dans les strictes limites de la véritable science théologique. — Réponse. DICT. DE THÉOL. CATHOL. 1868 — Assurément la casuistique ne possède que le droit d’interpréter théologiquement les obligations morales dans les cas soumis à son appréciation. Mais parce que le jugement du théologien moraliste doit être un jugement concret portant sur tous les éléments objectifs et subjectifs d'un fait déterminé, et qu'il y a rarement deux cas concrets entièrement identiques, il arrive fré­ quemment que des appréciations sur des cas apparem­ ment semblables, sont rarement identiques. Il arrivera même souvent qu’elles présenteront des divergences assez surprenantes pour l’observateur inattentif, mais parfai­ tement justifiées pour celui qui se rend compte de la diversité objective et subjective des cas individuels. La même observation répond au reproche de relati­ visme souvent adressé à la théologie casuistique. 8‘ objection. — La casuistique même scientifique est de fait incapable de réaliser son but, à cause du conflit d'opinions dont elle a toujours été tourmentée. — Réponse. — 1» L’élément réellement incertain, dans les décisions de la théologie casuistique, n’a pas toute la prépondérance qu'on lui attribue. Il n’y a même qu’une part assez restreinte, surtout si l’on admet le probabi­ lisme modéré, pratiquement autorisé dans l’Eglise depuis plus de trois siècles. — 2» Le conllit d'opinions oppo­ sées, mais possédant une probabilité comparative sé­ rieuse et solidement motivée, ne présente point de grave inconvénient pratique, pourvu que le confesseur ait la prudence de ne point imposer contre le gré du pénitent, surtout en matière de restitution, une opi­ nion qui n’est, d’autre part, aucunement obligatoire. — 3» Même des opinions moins solidement probables et qui ne peuvent par elles-mêmes motiver une pru­ dente application des principes réflexes, peuvent, dans quelques circonstances spéciales, n'étre pas sans utilité pratique, surtout après le fait déjà accompli. Quand le pénitent qui vient de s’accuser a, en sa faveur, quelques raisons d’elles-mèmes incapables de l'excuser d’une obligation, mais cependant de quelque gravité, et quand simultanément il est difficile au confesseur d’avertir le pénitent de l’obligation existante ou que d'autres inconvénients assez graves se rencontrent, il peut être permis, du moins après l’événement, d’avoir recours à ces opinions. Car si chaque circonstance ou raison prise à part est strictement insuffisante, leur union simultanée peut ne point l'être. D’ailleurs, à supposer même que le concours de toutes ces circons­ tances ne pùl légitimer l'emploi de ces opinions, il se pourrait qu’il donnât réellement lieu à une telle per­ plexité de conscience que l’on ne pourrait pratiquement blâmer quelqu’un qui choisirait ce parti. Lehrnkuhl, Theologia moralis, t. t, n. 1148; t. n, n. 266, 826 sq., cite quelques exemples de ce genre. 9e objection. — A notre époque justement préoccupée de la lutte énergique contre l’individualisme sous toutes ses formes et dans toutes ses applications, on a souvent blâmé la casuistique de s’étre à peu près exclusivement et constamment cantonnée dans les applications de la seule morale privée, délaissant presque entièrement celles de la morale sociale, cependant très importantes pour le bien commun. On a même affirmé que la casuis­ tique, ayant pour unique but la détermination rigoureuse des obligations atteignant chaque conscience particu­ lière, est nécessairement individualiste. — Réponse. — 1° Revendiquant pour la casuistique scientifique, comme nous l’avons dit précédemment, le droit et le devoir de s'occuper des obligations de la morale sociale dans la mesure nécessaire ou utile au bien commun, nous ne voulons justifier ici que la casuistique fidele à ce devoir, au moins dans son minimum détendue. — 2° L'étend :·· de cette obligation peut varier suivant les époques et les milieux. Dans les sociétés qui acceptent la direct; .· l’Église catholique dans leur vie publique et dans toutes leurs institutions et qui se conforment habituellement IL - 59 1869 CASUISTIQUE à son enseignement sur les devoirs de l’État et sur ceux des sujets, il peut y avoir une moins urgente nécessité de rappeler des devoirs constamment présents à la conscience publique. Au contraire, dans des sociétés qui se proclament entièrement neutres vis-à-vis de Dieu et de son Eglise, même vis-à-vis de toute religion, et qui exaltent les droits exclusifs de l’État, sans lui recon­ naître presque aucun devoir, il y a une plus impérieuse nécessité d'insister sur ces mômes droits et devoirs, pour que ces vérités ne s'oblitèrent point dans la cons­ cience publique. Suivant les époques, les problèmes pratiques à résoudre et les dangers à conjurer peuvent aussi être bien différents. Λ l'heure actuelle où les prin­ cipes primordiaux de toute société sont radicalement niés ou considérablement obscurcis, la défense sociale impose des devoirs plus rigoureux et plus étendus. Ajoutons encore que dans une société où les institutions démocratiques continuent incessamment leur marche ascensionnelle, la défense et la direction sociale, ne pouvant être l’œuvre exclusive d'un chef d'Etat, ni d’une élite de conseillers on de ministres, s’imposent dans une certaine mesure à toute la masse, suivant les apti­ tudes et les possibilités, données ou laissées aux individus et aux groupements d'individus. Nous n’examinons point si ce régime social est pratiquement le meilleur. Nous prenons simplement le fait, et, ce fait supposé, nous affirmons qu'il est particulièrement nécessaire que, dans ces sociétés, la masse de laquelle dépend principalement le bien-être matériel et moral de la nation, soit plus éclairée sur ses devoirs et conséquem­ ment sur ses droits publics et sociaux. Si ces observa­ tions sont justes, comme nous le croyons, les casuisles qui ont écrit pour des sociétés où toutes les institutions publiques étaient encore étroitement liées avec le catho­ licisme, où d'ailleurs la masse populaire avait moins d'influence sur la direction publique et sociale, n’étaient point aussi rigoureusement tenus que ceux de notre époque, à insister sur des devoirs qui alors atteignaient beaucoup moins la plupart des individus. Dans nos sociétés actuelles, avec des institutions bien différentes, des problèmes entièrement nouveaux et de graves dan­ gers inconnus dans les siècles passés, les obligations peuvent être bien différentes. — 3° Il n’est pas toujours nécessaire que. tous les auteurs, s’occupant de casuis­ tique, insistent également sur toutes les applications de la morale sociale. On comprendra facilement que l'occa­ sion de parler de beaucoup d'applications de la morale sociale ne se présente guère aux casuistes qui écrivent presque exclusivement pour la direction pratique du confessionnal et qCi ne veulent traiter que les cas les plus habituels dans ce ministère, parfois même en glissant plus légèrement sur ceux où la monition du confesseur leur semble pratiquement impossible. — 4° En fait, la préoccupation des nombreuses applications de la morale sociale tient dans toute la casuistique et généralement chez tous les auteurs une place très considérable. Le lecteur attentif peut s’en rendre compte par un simple ressouvenir de toutes ces questions dethéologie morale où la considération du bien commun détermine principalement l’existence, la gravité et l'étendue d’une obligation particulière ou d’un droit, ou parfois aussi l'inexistence ou la cessation d’une obliga­ tion même grave. Ainsi la licéité de la coutume, inter­ prétant une loi ou en exonérant, se tire surtout de la souveraine importance du bien commun à laquelle le législateur est présumé consentir. De même la raison d'empêcher un mal public plus grave peut autoriser, moyennant certaines restrictions, la tolérance des libertés publiques. Dans la question de coopération à lïxécution de certaines lois, de la part de fonctionnaires, agents ou employés subalternes, la considération du bien commun sérieusement menacé par l’éloignement de tous les citoyens honnêtes, peut souvent autoriser, 1870 moyennant certaines conditions, à prêter un concours purement matériel. En matière de détermination secon­ daire du droit de propriété, c’est surtout à cause du bien commun que l'on est tenu d'obéir aux justes lois civiles, du moins après une décision judiciaire, particulièrement en ce qui concerne la prescription, les successions et autres moyens d'acquérir des biens. C’est la raison du bien public à sauvegarder ou à réparer, qui introduit si souvent en casuistique cette clause habituellement grave, secluso scandalo, ou qui détermine les rigueurs de la loi morale sur la réparation du scandale public; c'est elle encore qui rend les théologiens habituellement si réservés dans la question de la compensation occulte et si sévères pour la monition du confesseur dans les cas intéressant spécialement le bien de la société. Par contre, la défense du bien public peut autoriser et même obliger vis-à-vis du prochain à manifester des lautes graves ou à révéler des secrets même confiés et vis-à-vis de soi-même à exposer dangereusement sa propre vie. Ces exemples, que l’on pourrait multiplier indéfiniment, montrent chez les casuistes une très grave et très constante préoccupation du bien commun à sauvegarder, à défendre ou à réparer, préoccupation qui suppose l’estime de la morale sociale et la volonté d'en procurer l’accomplissement. — 5° En étudiant attentivement quelques-uns de nos meilleurs théologiens à la fois dogmatistes, moralistes et casuistes, comme Dominique Soto et Suarez, l'on trouvera amplement traitées et discutées toutes les plus graves questions de la morale sociale, du moins sous la forme et avec les problèmes qu'elles comportaient à cette époque. Des casuistes éminents comme Navarrus, Enchiridion sive manuale confessoriorum et pernitentium, c. xxv, De peccatis diversorum statuum et primum regum, Rome, 1588, p. 397 sq., traitent les principales obligations et applications sociales de leur temps et de leur milieu. — 6» Disons, en terminant cette courte justification, qu’à l’heure actuelle la casuistique doit plus particulièrement se tenir en garde contre toute tendance trop exclusive­ ment individualiste. Si elle veut répondre aux besoins actuels, elle doit, sans aucunement négliger le reste, insister en même temps sur toutes les obligations sociales de tous, afin d'aider, pour sa part, à refaire la conscience publique et à reconstituer une société plus morale et plus chrétienne. Cependant, tout en affirmant ce principe, qui nous parait être la doctrine de Léon XIII dans ses encycliques, nous ne voudrions point blâmer les théologiens qui préfèrent renvoyer la plupart de ces questions sociales à la philosophie morale, en réservant la casuistique, d'une manière presque exclusive, pour la préparation immédiate du ministère de la confession. Müller, op. cit., p. 9 sq. A mesure qu'augmente l’impor­ tance des études sociales, il peut être avantageux qu’elles deviennent l’objet d'une science spéciale. IV. Aperçu historique. — 1» Depuis les premiers siècles jusqu’au XIIIs. — Pendant toute cette période, l'on ne rencontre aucun ouvrage traitant exclusivement de cas de conscience ou d'applications immédiatement pratiques de la théologie morale. Cependant, bien que la casuistique n’existe pas encore comme science spé­ ciale, les écrits de cette époque contiennent déjà de nombreuses applications pratiques, suivant les occasions qui se présentent. — 1. A la fin du 1er siècle, la Do­ ctrina duodecim apostolorum, dans ses premiers cha­ pitres, rappelle sommai renient d'importantes applications de la morale chrétienne, telles que l'interdiction de toute pratique superstitieuse et de tous les procédés de la magie, c. u, lit, v; la condamnation de toute violation des droits du prochain dans sa vie ou dans ses biens, particulièrement la condamnation de l'infanticide, c. II. v; la réprobation de toute faute opposée à la charité, c. n, tu, v, ainsi que l’impureté, c. I, n, v; l’instante recommandation de l’aumône, c. I, iv, de la bienveil­ 1871 CASUISTIQUE 1872 logues datant de cette époque, nous citerons particu­ lance envers les esclaves, c. iv, et de l'amour des enne­ lièrement : Summa astesana, ouvrage anonyme, proba­ mis, c. t. Voir Funk, Patres apostolici, 2e édit., Tubingue, blement d’un franciscain se rattachant à la ville d’Asti 1901, t. t, p. 2-16. — 2. Vers le milieu du π· siècle, le par sa naissance ou sa profession religieuse, ouvrage Pasteur attribué à Hermas, dans sa seconde partie où traitant de cas de conscience et divisé en huit livres, les principaux devoirs chrétiens sont ramenés â douze commandements, peut être considéré comme une ébauche souvent réimprimé, Venise, 1463, 1478, 1480; Cologne, 1479; Lyon, 1519; Rome, 1728, 1730; voir 1.1, col. 2142; de théologie morale, contenant des applications pra­ tiques à certains cas particuliers, parmi lesquels l'au­ Summa pisana ou pisanella composée par Barthélemy de Santoconcordio ou de Pise, dominicain (-j-1347). sou­ mône, la médisance, le mensonge. Funk, op. cit., vent réimprimée, s. L, 1473, 1475; Paris, 1470; Venise, t. t, p. 468-518. — 3. Tertullien encore catholique 1479, 1481, 1483; Lyon, 1519; voir col. 435-436; Nicolas traite dans quelques opuscules de questions pratiques d’Osimo y ajouta, vers 1444, un supplément reproduit relatives au célibat, a la viduité et au mariage. Ad dans l’édition de Venise, 1481, 1484; Pupilla oculi, de uxorem libri duo, P. L., t. i, col. 1273 sq., ainsi que Jean de Burgo, chancelier de l’université de Cam­ des excès du luxe. De cultu feminarum libri duo, bridge (1-1386), ouvrage distribué en dix livres traitant P. L., t. t, col. 1303 sq. — 4. Clément d’Alexandrie, de l'administration des sept sacrements, des dix préceptes surtout au II' livre de son Pédagogue, décrit minu­ du décalogue et des autres obligations, Strasbourg, tieusement les détails pratiques de la vie chrétienne, 1516 ; Summa angelica, composée vers 1476 par le bien­ mais sans délimitation bien nette entre le précepte et heureux Ange Carlelti, mineur de la stricte observance, le conseil. — 5. Saint Cyprien, outre les deux cas ouvrage principalement basé sur la Summa pisana et célèbres dont il s’est particulièrement occupé, la récon­ ciliation des lapsi et la rebaptisation de ceux qui avaient reproduisant, en suivant l’ordre alphabétique, ce que les ouvrages antérieurs contenaient de plus utile, été baptisés par des hérétiques, traite incidemment ouvrage très souvent édité, Venise, 1487, 1488; voir t. i, dans ses opuscules De habitu virginum; De opere et col. 1272; Summa pacifica, composée par le bienheu­ eleemosynis; De mortalitate; De celo et livore; De reux Pacifique de Ceredano. mineur observantin (fl 482), bono patienliæ; De exhortatione martyrii, et dans publiée d’abord en italien, Milan, 1479, puis en latin, plusieurs de ses lettres, d’usages purement discipli­ naires ou de recommandations morales principalement Venise, 1501, 1513; Summa baptisliniana, postérieure­ ment dénommée Rosella casuum, de Baptiste de Sale, ascétiques, ou de vices et abus qu'il réprouve énergi­ mineur observantin, Pavie, 1489; Venise. 1495, 1498, quement. — 6. Chez les Pères du iv· siècle, particu­ 1499, 1548; Strasbourg, 1586; voir col. 378-379; Summa lièrement saint Basile, saint Jean Chrysostome et saint Grégoire de Nysse en Orient, et saint Ambroise en tabiena ou Summa summarum de casibus conscientiæ, Occident, se rencontrent de nombreuses applications de Jean Cagnazzo, dominicain (j-1521), Bologne, 1517, morales, relatives à la fuite du vice et à la pratique des 1520; Venise, 1580; voir col. 1302; Summa sylvestrina, de Sylvestre de Priero ou l'rierias. dominicain (j-1523), vertus chrétiennes et même de la perfection chrétienne, applications ou le précepte moral et le conseil de perfec­ traite par ordre alphabétique en 715 articles toutes les tion sont le plus souvent mêlés, sans que les limites questions de la théologie pratique, publiée en 1516; précises soient toujours nettement déterminées. — Strasbourg, 1518; Lyon, 1519, 1524, 1541 ; Venise, 1569, 7. La distinction théologique entre le précepte et le 1578, 1581; très souvent rééditée; Summa casuum conseil est clairement indiquée par saint Augustin, De conscientiæ, Aurea armilla, de Barthélemy Fumus, sancta virginitate, c. XIV, P. L., t. XL, col. 402; Epist., dominicain (·|· 1545), Venise, 1550, 1567, 1574, 1578; CLvn, n. 36 sq., P. L., t. xxxin, col. 691 sq. En même Anvers, 1576, 1591 ; Lyon, 1594; Peccatorum summula, temps, saint Augustin ne se borne point à des recom­ de Cajétan, Rome, 1525; Venise, 1525; Paris, 1526, mandations morales ou ascétiques. Ses deux opuscules, 1530. Voir col. 1322. — 3. Parmi les ouvrages de casuis­ De mendacio, P. L., t. XL, col. 487 sq. ; Contra mendevtique appartenant à cette période l'on doit encore ranger citnn, col. 517 sq., sont, en partie du moins, des essais les confessionalia substitués aux anciens livres péniten­ de théologie casuistique. — 8. Du VI' au xni' siècle | tiels dans la direction immédiate des confesseurs. Le les auteurs ecclésiastiques comme saint Grégoire le | premier ouvrage de ce genre est Summa confessionalis Grand, saint Isidore de Séville, saint Bède et saint Pierre ou Summula confessorum, de saint Antonin de Florence Damien, ne font guère que reproduire les applications (-j-1459), ouvrage souvent édité en latin et en italien, précédemment faites par les Pères en les adaptant à des Mayence, 1460; Rome, 1472; Venise. 1480; Paris, 1516; situations nouvelles. — 9. Cette courte esquisse des Lyon, 1502. Voir t. i, col. 1452-1453. Il fut suivi de beau­ essais de casuistique pendant toute cette période doit coup de manuels analogues parmi lesquels nous men­ être complétée par les nombreuses décisions des conciles tionnerons : Confessionale, de Barthélemy de Chaymis, traçant dans des cas particuliers la règle morale et par mineur observantin, ouvrage souvent réédité, Milan, l’étude des livres pénitentiels fixant la pénitence cano­ 1474, 1476, 1480, 1482; Venise, 1486; Mayence, 1478; nique et contenant en même temps une sorte de juge­ Confessionale de Jacques Cavicæus de Parme, Parme, ment implicite sur la gravité de Pacte ainsi censuré. 1509 ; Venise, 1529 ; Confessionale, de Godescale RoseVoir Pénitentiels. mondt, professeur de Louvain (-j-1526), Anvers, 1518, 2° Depuis le xtlP jusqu’à la seconde moitié du 1519, 1524, 1554; Manuale confessorum el pœnitentium, XVI· siècle. — 1. La casuistique proprement dite com­ d'Antoine Curara de Lisbonne, frère mineur, Tolède, mence avec la célèbre Somme de saint Raymond de 1554; Anvers, 1555; Salamanque, 1556,1572. Pennafort, Summa de pœnitentia et matrimonio, 3° Depuis la seconde moitié du xvr siècle jusqu'au publiée vers 1235, ouvrage à la fois canonique et moral, milieu du xvip siècle, la casuistique, grâce à un déve­ divisé en quatre livres traitant successivement des loppement très considérable de la théologie morale, péchés envers Dieu, des péchés envers le prochain, des s’enrichit de nombreux ouvrages, parmi lesquels nous devoirs et des droits des ecclésiastiques,enfin du mariage. mentionnerons les suivants : Enchiridion sire manuale — 2. A cette même époque et aux siècles suivants, cette confessariorum et pænitenlium, publié d’abord en Somme servit de base à de nombreux commentaires espagnol à Salamanque, 1557, puis augmenté en 15· 9, ou d’occasion à de nombreux écrits du même genre. enfin publié en latin à Rome, 1588, par Martin Parmi ces commentaires se distinguent surtout ceux de Aspicuelta, communément appelé Navarrus (ÿ 1586), Guillaume de Rennes, O. P., composés en 1250, édités ouvrage souvent édité, Wurzbourg, 1593; Paris. 1620, à Rome, 1603, et ceux de Jean de Fribourg (f l314), etc.; voir t. i, col. 2119; Summa casuum conscientiæ, en partie restés manuscrits. Parmi les ouvrages ana­ d'A. de Cordova, O. M., Saragosse, 1561; Tolède, 1575, 1873 CASUISTIQUE 1584; Brescia, 1599; Summula de casibus quos vocant conscientiæ, s. I. n. d., du barnabite Michelius (·;· 1572); Summa casuum conscientiæ absolutissima, du cardinal Tolet (fl596), Douai, 1633, souvent réimprimée; Sum­ mula casuum conscientiæ, de Sébastien Cattaneo, domi­ nicain (j-1609), Trente. 1592, 1600, 1603; Brescia, 1609; Suma de casos de concienda, d'Emmanuel Rodriguez, franciscain (f 1613), ouvrage publié en latin, Venise, 1616 ; Una suma de casos de concienda ό de los saeramentos, de Barthélemy de Ledesma, dominicain (-j-1601), Mexico, 1560; Salamanque, 1585; La somme des péchés et le remède d'iceux, comprenant tous les cas de cons­ cience et la résolution de doubles touchant les péchés, par le P. Benedicti. 0. M., Paris, 1586; revue par les docteurs de la faculté de théologie de Paris, in-fol., Paris. 1602; voir col. 601-602; Spéculum morale et praclicum ou Medulla casuum conscientiæ, de Michel de Funez, Jésuite, Constance, 1598; Cologne, 1610; Deci­ sionum aurearum casuum conscientiæ pars prima et pars secunda, publiées séparément et suivies d'un Appendix et d'Additamenta publiés aussi séparément, par.IacquesGraffius, bénédictin (γ 1620) ; Decisio casuum de Melchior Zambrano de Xérès, Séville, 1604; Cologne, 1606; Sunimæ summarum casuum conscientiæ, de L. Carbone, in-4», Venise, 1606; voir col. !712; Claris regia sacerdotum casuum conscientiæ, de Grégoire Sayer, bénédictin anglais. Venise, 1607, 1615; in-fol., Anvers, 1619; Summa casuum conscientiæ occurren­ tium in articulo mortis circa sacramenta, de Diego Alvarez, jésuite, Séville, 1604; voir t. i, col. 926; Opus ■morale in præcepta decalogi sive summa casuum con­ scientiæ, in-fol., Paris, 1615, par Thomas Sanchez; Dis­ ceptationes de difficilioribus materiis casuum et dubio­ rum occurrentium in conscientia; de pænitentia, de negotiatione, de bello publico et privato, de Paul Bian­ chi, dominicain, Venise, 1622, 1630; voir col. 813; De Christianis officiis et casibus conscientiæ, de Filliucci, jésuite (J- 1622), Lyon, 1622; Desponsa moralia, en sept livres, de Comitolo, jésuite (J-1626), Lyon, 1609; Crémone, 1611; Rouen, 1709; Pratieque dorée de la charge et office des curés, notamment les plus fréquens et prin­ cipaux cas et difficulté! de conscience, par Jean-Baptiste Bernardin Possevin, de Mantoue, augmentée des remar­ ques d'André Victorel, in-12, Toul, 1619 ; Speculum con­ fessoriorum et pænitenlium, de Barthélemy de SaintFauste, cistercien (j"l636); voir col. 436; Manual de los eonfesores, de Henri de Villalobos, franciscain (J-1627), Salamanque, 1625; Summa casuum conscientiæ, de Jean Baptiste Bizzozero, Milan, 1628; voir col. 903; Summula casuum, de Samuel de Lublin, dominicain, Cologne, 1631, 1635; Praxis fori pænitentialis ad directionem confessorii in usu sacri sui muneris, de Valere Reginaldus ou Reynauld, jésuite (-J-1623), in-fol., Lyon, 1616; 2 in-fol., Cologne, 1622 ; du même auteur, Compendiaria praxis difficiliorum casuum conscientiæ, Mayence, 1619; Douai, 1628; Directorium conscientiæ, de Jean de la Croix, dominicain, Madrid, 1624; Consultationes et res­ ponsa selecliora quæslionum moralium ac casuum conscientiæ, 2 in-4°, Bologne, 1632, 1634, du barnabite de Bonis (j-1634); Responsorum moralium libri sex, in-fol., Lyon, 1660, du cardinal Jean de Lugo, Opera, t. vu ; Resolutiones morales in quibus poliones casus conscientiæ frequentius in qualibet materia occurrentes juxta mentem Scoti et divi Thomæ examinantur et sol­ vuntur, d’Alexandre Rubeus de Lugo, conventuel. Bolo­ gne, 1653; Medulla theologiæ moralis, de Busenbaum; voir col. 1267; Summa quæslionum regularium seu de casibus conscientiæ ad personas regulares ulriusque sexus spectantibus, de Jean-Baptiste de Lezana, carme, Rome, 1634; Venise, 1646, 1654; Lyon. 1655, 1678; du même auteur, Consulta varia, Venise, 1651 ; Lyon, 1655, 1656; Directorii theologorum ac confessorum ad sum­ mam fere omnium casuum conscientiæ, partes tres, de 1874 Michel Zanardi, dominicain (f 1642), Crémone, 1612; Ve­ nise, 1614; Resolutiones morales, de Diana, clerc régulier (·)■ 1663), Lyon, 1629-1659; Venise,1652-1655; Rome, 1656, Anvers, 1660, ouvrage très diffus, successivement coor­ donné plus méthodiquement par Martin de Acolea, char­ treux, sous ce titre ; Antoninus Diana coordinates, Lyon, 1667 sq., puis résumé par nombre d'auteurs; Tractatus varii resolutionum moralium, de Thomas Hurtado, clerc régulier (-J-1659), Lyon, 1651 ; in-fol., Séville, 1659; du même auteur, Resolutiones orthodoxo-morales, scholaslicæ, historicæ...,Cologne, 1655, condamnées par l'index par décret du 10 juin 1659, donec corrigantur ; Sum­ mula casuum conscientiæ continens brevem et accu­ ratam explicationem praeceptorum decalogi, Lyon, 1653, par le P. Pierre de Saint-Joseph ; Notabiles resolu­ tiones variorum casuum et quæslionum praclicarum, de Pierre Marchant, franciscain (J· 1661), à la suite de son Tribunal sacramentale, 2’ édit., in-fol.. Anvers, 1655; Summa seu resolutiones praclicæ notabiliores casuum fere omnium, par Antoine Naidi, théatin (·[· 1645), Rome, 1635; Illustriorum disquisitionum moralium, par Vin­ cent Candido, dominicain (J-1654), 4 vol., Rome, 16371643; voir col. 1506; Decisiones casuum conscientiæ, de Charles Zambertus, jésuite (j- 1650), Bologne, 16341639; Arca vitalis seu inquisitiones theologicæ morales casuum conscientiæ, de Marc Vidal, théatin, Venise, 1650. ouvrage condamné par l'index pardécret du 23 sep­ tembre 1653. puis modifié et réédité sous le titre : Area salutaris, Venise, 1 (560, fut encore condamné par l’index, donec corrigatur, pardécret du 8 mars 1661. Sur Caslilento, 1652, voir col. 1835. 4° Du milieu du xvtp siècle jusqu’à la fin du XVltP. — Casos raros de la confesion, par Christophe Véga, jésuite -j-1672). Valence, 1656; les réflexions ajoutées à cet ouvrage par Antoine Heraudo furent condamnées par l’index par décret du 21 mai 1668 ; Le cours de théo­ logie morale, de R. Bonal; voir col. 956; Summa moralis alphabetice per casus digesta, de Gabriel de Saint-Vincent, carme (1671). Rome, 1668; Directorium confessoriorum in quo selecliores et praedicabiliores casus omnium sacramentorum el censurarum... expli­ cantur, in-fol., Lyon. 1668. par le P. Antoine du SaintEsprit; Casuum conscientiæ brevissima ac originalis expositio, par Ægidius de Cesari, conventuel, Venise, 1678; Medulla theologice pastoralis praclicæ, de Henri Heinlin. bénédictin, Bamberg, 1674; Cologne, 1707; Nu­ remberg, 1714; divers ouvrages de casuistique composés par Gobât, jésuite (-j-1679), sous les titres : Alphabetum communicantium casuistieum; .4Iphabelum sacrifican­ tium ; Alphabetum baptizantium et confirmantium, etc., furent tous réunis par lui (à l’exception de son Alpha­ betum quadruplex) dans un seul ouvrage : Experientiae theologiæ sive theologia experimenlalis, Munich, 1669; Constance, 1670; Examen y praclica de confesol-es y penitenles en todas las materias de la theologia moral, Valladolid, 1662, par Antoine de Escobar, jésuite (·{· 1669); Decisiones miscellanea: 500 dubiorum, Venise, 1650, par François Bordone. du tiers ordre régulier de SaintFrançois; Résolutions de plusieurs cas de conscience touchant la morale et la discipline de l’Eglise, 3 in-8°, Paris, 1690-1692; 3 in-4», Paris, 1694-1704; 3 in-80, Pa­ ris, 1705, par Jacques de Sainte-Beuve, professeur de Sorbonne (-j-1677), recueillies parson frère; Consulta­ tiones in re morali, Toulouse, 1682, par Thomas de Urrutigoyti, franciscain (-J-1682); Très centuriæ selecto­ rum casuum conscientiæ, Fribourg-en-Brisgau, 1665; Cologne, 1670, 1667, 1751, par Adam Burghaber, jésuite (j· 1687) ; Ventilabrum medico-lheologicum quo omnes casus tum medicos cum ægros aliosque concernentes eventilantur, Anvers, 1666, par Michel Boudewyns (f 1681); Responsa moralia ad quæsliones theologiæ selectas, Dijon, 1692, par Joseph Brunet, docteur de Sorbonne (t 1720); Decas ad moralem scientiam, Gènes, 1875 CASUISTIQUE 1693, par Bernard Bissus, bénédictin (f 1716) ; Théologie morale ou résolution des cas de conscience selon L’Écri­ ture sainte, les canons et les saints Pères, 8 in-12, Pa­ ris, 1670 sq., 1695, 1715, par François Genet, plus tard évéque de Vaison 1702), probabilioriste rigide, ouvrage souvent édité et traduit en latin, Venise, 1763, 1777; Bassano, 1769; Summa sancti Raymundi de Pennafort, Lyon, 1718, nouvelle édition par Vincent Laget, domini­ cain; Tractatus moralis in decalogi præcepla,... com­ plectens casus omnes obvios, 2' édit., in-12, Tournai, 1707, par le P. François Benno, récollet; Examen con­ fessoriorum... amplectens casus conscientiæ obvios..., in-12, Cologne, 1718, par le P. Grégoire Scboonaerts, ermite de Saint-Auguslin; Dictionnaire des eas de conscience, 2 in-fol., Paris, 1733, 1746, par de Lamet et Fromageau ; Decisiones sacramentales theologiae, cano­ nice: et legales, Venise, 1727, 1757; Ancône, 1740, par Jean Clericatus ou Chiericato, de l'Oratoire (-j-1717); Alphabetum morale seu theologia moralis casibus con­ scientiæ ordine alphabelico dilucidata, Trêves, 1739, par Brocard de Saint-Nicolas, carme; Inquisitor canonum sire expositio et resolutio conscient iæ casuum ex regulis canonicis deducta, Bennes, 1724-1726, par Alexandre de la Passion, carme (·[· 1731); voir t. i, col. 785; Fragmen­ torum theologicorum moralium seu casuum conscientise diversorum collectio, Sinagaglia, 1730; Venise, 1752, par Jean-Baptiste Bodalini, servite (γ 1730); Dictionnaire des cas de conscience, 2 in-fol., Paris, 1715, et Supplé­ ment- du dictionnaire deseas de conscience, Paris, 1719; 3 in-fol., Paris, 1724, 1730, 1736; Bale, 1741, par Jean Pontas (t 1728); édition abrégée et modifiée par Collet, Paris, 2 in-4», 1744, 1764, 4 in-12, 1768, 1770, et repro­ duite par Aligne, Paris, 1847-1858; trad, laline, Genève, 1731 ; Venise, 1758; Resolutiones practico-morales in decalogi præcepla et Ecclesiae sacramenta, Home, 1741, 1743, par Raphaël de Frascati, capucin; Decisiones pra­ ctical casuum conscientise selectorum, Augsbourg, 1734, 1739, 1747, 1749, par Bonaventure Leonardelli, jésuile; Consilia casuislica quadruplici conscientise dirigendae aptata, Olmutz, 1750, par Wenceslas Kraus, jésuite; Diclionarium casuum conscientiæ, Venise, 1733, édition laline abrégée et corrigée du dictionnaire de Pontas, par Amort, chanoine de Latran (j- 1775); Amort traduisit également, en l'adaptant à l’Allemagne, le Dictionnaire portatif de cas de conscience, publié à Avignon, 17.59; 2 édit.. 2 in-12, Lyon, 1759; 3· édit., ibid., 1761, par François Morenas, Augsbourg, 1759, 1784; voir t. I, col. 1116; Theologia moralis decalogalis et sacramentalis per modum conferentiarum casibus praclicis illu­ strata, 3 et 6 in-12, Augsbourg, 1741-1747, par Elbel, mineur récollet, ouvrage réédité à Paderborn, 1890-1892, par Bierbaum, franciscain; Conferentiæ theologicomorales seu casus conscientise de restitutione tum in genere tum etiam in specie, Augsbourg, 1744, par le même Benjamin Elbel; Résolution de cas de conscience sur la vertu de justice et d'équité, 3 in-12, s. L, 1741; Theologia moralis ex solidis probatorum auctorum principiis et veriorum casuum fictorum el factorum resolutionibus, 6' edit., 2 in-8», Wtirzbourg, 1769, par Edmond Voit, S. J., professeur â l'université de Würz­ bourg; Casus conscientiæ de mandato olim Em. S. R. E. cardinalis Prosperi Lambertini deinde SS. D. N. papæ Benedicti XI V propositi ac resoluti, opus confessario omnibus... perutile ac necessarium, 2· édit;, in-12, Augsbourg, 1763, avec un appendice; Cursus theologiæ moralis, avec des cas de conscience ajoutés à chaque traité. 6' édit., 4 in-8», Augsbourg, 1787, par 1;. Sasserath. Les Ad casus conscientiæ praeterito anno uti< CLXXXVt discussos compendiosae resolutiones, pu­ si i,es à Pistoie en 1787, ont été misesà l'index par décret du 31 mars 1788. 5» De la fin du xvn Ie siècle à l’époque actuelle. — Examen raisonné ou décisions théologiques sur les 1876 commandements de Dieu et de l’Église, sur les sacre­ ments el les péchés capitaux, ouvrage où l’on décide d’après les meilleurs théologiens ce qui est péché mortel ou véniel en celte matière, 2 in-8», Lyon, 1840; 7« édit., 1843; 1851 ; 2 in-12, 1858, par un ancien professeur de théologie de la Société de Saint-Sulpice (Jacques Va­ lentin) ; Examen raisonné ou décisions théologiques sur les devoirs el les péchés des diverses professions de la société, ouvrage où l’on décide ce qui est communé­ ment péché mortel ou véniel dans l’infraction des de­ voirs d’un chacun, ce qui y blesse la justice et obligea la restitution, 2 in-8», Lyon, 1841, 1842; nouv. édit, revue, 2 in-8», Bruxelles, 1842; Lyon et Paris, 1844, par le même ; Examen raisonné ou décisions théologiques sur les devoirs des prêtres, pasteurs et autres, concer­ nant leur conduite personnelle, où l’on décide ce qui est communément péché mortel ou véniel dans l’in­ fraction de ces devoirs, 2 in-8», Lyon, 1843. 1847, 1859; Casus conscientiæ in præcipuas quaestiones theologiæ moralis, 2 in-12, Le Puy, 1862, de Gury, jésuite (j-1866), ouvrage souvent édité; Casus conscientiae resoluti in missione Nankinensi, 2e édit., Zi-ka-wei, 1881, par le P. Aloisiiis Sica, S. J., qui a signé la préface; Id., Ap­ pendices ad casus conscientiæ resolutos in missione Nankinensi, Chang-Hai, 1879, 1884; Casus conscientiæ his præsertim temporibus accommodati propositi ac resoluti, pars prima de libéralisme : pars secunda, de consectariis liberalismi ; pars tertia pastoralis, par Paul Villada, jésuile, Paris, 1884; 3» édit., Bruxelles, 1895; Casus conscientiæ ex periodico « 71 boon pastore », ex­ cerpti in ordinem tractatuum theologiæ moralis, 2 in-12, Landæ Pompéja, 1887, dans la Piccola biblio­ theca dei curati di Campagna, de Alo» Angelo Bersani, t. χχιιι, χχιν; AL Matharan, S. J., Casus de matrimo­ nio fere quingenti, in-8°. Paris, Madrid. 1893; Casus conscientiæ, du P. Bucceroni, jésuite, 3’ édit., Prato, 1897 ; 4e édit., Rome. 1901; 5» édit., 2 in-80. 1903-1904; un Casus moralis, édité à Pise en 1886, a été condamné par le Saint-Office, le 15septembre 1886; Casus conscien­ tiæ propositi et soluti Romæ ad S. Apollinarem in ccetuS. Pauli, 8 fasc. réunis par F. Cadéne, Rome, 1891 1904; Casus conscientiæ, ouvrage posthume de Génicot, jésuite, Louvain, 1900; L'asus conscientiæ de l'e ardi, 7 fasc., Faenza, 1884sq.; du même auteur, De recidivis et occasionariis, 5· édit., 2 in-8», Faenza, 1897; Lehmkuhl, Casus conscientiæ ad usum confessoriorum, 2in-8», Fribourg-en-B., 1902; 2· édit.. 1903. Voir aussi les collections de J. Alberti, de Restagno el de J. Herlolotti. On sait d'ailleurs qu’en dehors dés ouvrages spéciaux de casuistique, on peut trouver beaucoup de questions traitées avec la méthode casuistique dans la plupart de nos théologiens moralistes, comme Suarez, de Lugo, les théologiens de Salamanque, saint Alphonse de Liguori. 6« Chez les protestants. — Au sein du protestantisme, â partir du xvi» siècle, la casuistique, en s’inspirant des nouvelles doctrines sur la justification, devait attacher peu d'importance aux distinctions et applications détaillées qu'avait employées la casuistique catholique. Elle devait également négliger la recherche d’une exacte délimitation entre le péché mortel et le péché véniel, pour se retran­ cher presque exclusivement dans une application un peu générale de l'esprit évangélique tel que I on se plaisait â le concevoir. De fait, celle application se lit suivant les préoccupations dogmatiques des auteurs. Chez quelquesuns se manifeste une tendance purilaine assez prononcée, comme chez Wiliam Perkins, professeur de Cambridge (f 1602), particuliérement dans ses Decisions of cases of conscience, ouvrage originairement publié en angi. puis traduit en latin et publié avec toutes ses œuvres. Opera theologica, Genève, 1624. Chez la plupart des auteurs à partir du xvn» siècle, l’absence de principes suffisamment fermes, ou l’indécision des crovances dogmatiques conduisit une étude presque exclusive a de 1877 CASUISTIQUE — CATÉCHÈSE la morale ou éthique naturelle. En même temps, par aversion pour le principe d’autorité et pour le catholi­ cisme, la casuistique protestante rejetait tout recours aux décisions ecclésiastiques ou au suffrage des théolo­ giens, dénonçait tout usage du probabilisme et réprouvait la casuistique catholique comme opposée à l’esprit évangélique. Observons aussi que le piétisme protestant, en soutenant la prédominance d’une religiosité senti­ mentale dans la question de la foi et dans toute la conduite chrétienne, ne fut point sans contribuer au discrédit de la casuistique au sein du protestantisme. Dollinger et Reusch, Geschichte der Moralstreitigkei ten, Nordlingen, 1889. t. 1, p. 25 sq. ; Sieffert, dans l’article Kasuistik de la Bealencycklopâdie fur proteslantische Théologie und Kirche, 3' édit., Leipzig, 1901, t. x, p. 119 sq. En dehors de quelques écrits de Luther, Calvin etMélanchthon.nous mentionnerons comme prin­ cipaux ouvrages de la casuistique protestante : Henri Alsted, Theologia casuum, Hanovre, 1G2I ; Summa ca­ suum, 1643; Amesius, De conscientia et ejus jure vel casibus libri quinque, Amsterdam, 1630; édit, alle­ mande, Nuremberg, 1654; Frédéric Balduin. Casus conscientise, 1628; Schmid. Collegium casuum cons­ cientise, 1634; Kesler, Theologia casuum conscientise, 1658; Hall, évêque anglican de Norwich, Resolutions and decisions of divers partical cases of conscience, 2’ édit-, 1650; Dannhauer, Thelogia conscientiaria, 1679; Osiander, Theologia casualis, 1680; Olearius, Introductio in theologiam moralem et casuislicam, 1694; Gotthold, Manuale casuisticum, 1797. Un théologien et professeur en droit canon, te P. Georges Pirot, S. J., pour répondre aux Lettres provinciales de Pascal, publia une Apologie pour les casuistes contre les calomnies des jan­ sénistes, Paris, 1657 ; Cologne, 1C58. Elle était maladroite et don­ nait gain de cause :ï Pascal. Aussi souleva-t-elle une tempête. Elle fut dénoncée par les curés de Paris et de Rouen, condamnée par plusieurs évêques, notamment par celui de Tulle, Lettre pastorale censurant l'Apologie pour les casuistes, in-4·, 1658, et celui de Lisieux, Censure de l’Apologie pour les casuistes, in-4·, 1659. La Sorbonne la censura, le 16 juillet, et l'inquisition romaine, le 21 août 1659. Cf. Reusch. Der Index, t. ti, p. 486. Pour l'apologie générale de la casuistique, outre les ouvrages spéciaux qui seront indiqués aux deux questions connexes du probabilisme et de la morale des jésuites, et les afllrmations générales ries théologiens moralistes sur l'étude de la théologie pratique, comme S. Alphonse, Theologia moralis, 1. VI, η. 628, l'on peut particulièrement consulter : Hogan, Études du clergé, trad.Boudinhon, Paris, 1901. p. 268 sq. ; Bninetière, Une apologie de la casuistique, dans la Revue des Deux Mondes du 1" janvier 1885, p. 200 sq. ; Linsenmann, Untersuchungen über die Lehre von Gesetz und Freiheit, dans Tübinger theologische Quartalschrift, 1871, p. 212 sq., apologie ou se mêlent quelques reproches; Lehmkuhl, Die katholische Moraltheologie und lias Studium derselben, dans Stimmen aus Maria Laach, 1901, p. 11 sq. ; Id., Die Moraltheologie und die Kritik ihrer Methode, ibid., p. 275 sq. ; Mausbach, Die kalholische Moral, ihre Methoden, Grundsatze und Aufgaben, 2* édit., Cologne, 1902; Id., Die ullramontan Moral nach Graf Paul von Hœnsbrœch, Berlin, 1902: Meyenberg, Die katholische Moral als Angeklagte, Stanz, 1901 ; Millier, 1st die katholische Moraltheologie reformbedürftigŸ Fulda, 1902; J. Haring, Die Casuistik in der Moral­ theologie, dans Linter theologisch pratische Quartalschrift, 1898, p. 596 sq. ; et l'art. Casuistik, dans le Kirchenlexikon, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1883, t. il, col. 2035-2044. Voir aussi -Reusch, Der Index der verbotenen Bûcher, Bonn, 1885, t. 11, p. 309-319. E. DüBLANCHY. CATAPHRYG1ENS. Voir Montanisme. CATÉCHÈSE. — 1. Pendant les deux premiers siècles. IL Du commencement du ni· siècle à la fin du v·. III. A partir du vi« siècle. I. Pendant les deux premiers siècles. — 1» Notion. — Le mot catéchèse, κατήχησις, vient du verbe κατηχέω qui signifie, proprement, retentir, faire retentir, et, au figuré, enseigner de vive voix, instruire oralement, la parole du maître servant d’écho à l’interrogation du disciple, et la réponse du disciple à la question du 1878 maître. C’est dans ce dernier sens que, seuls des écri­ vains du Nouveau Testament, saint Luc et saint Paul ont employé le verbe κατηχεΐν. D’après les Actes, xvnt, 25, en effet, Apollos était κατηχημένος την οδόν τον Κυ­ ρίου; saint Luc compose son Évangile pour rappeler à Théophile ce qu'il a déjà appris, περί ών κατηχήίίης. Luc., i, 4. Saint Paul parle dans Γέκκλησία pour instruire ίνα κατηχήσω, I Cor., xiv, 19, el veut que celui qui est instruit, ό κατηχούμενος, communique avec celui qui le catéchise, τώ κατηχοϋντι. Gal., vi, 6. De là, chez les Pères grecs, l’emploi du mot κατήχησις, et chez les Pères latins du mot catechesis, pour désigner soit l’action d'enseigner soit l'enseignement lui-même ou son objet. Mais avec l’organisation du catéchuménat, ce terme prend un sens plus précis et plus restreint ; il s’applique tout particulièrement à l'enseignement oral qui sert de préparation â la réception du baptême et qui, par suite, ne s'adresse qu’à des non initiés. Cf. Crocquet, Catecheses Christiana, Douai, 1574, p. 5; Witfelt, Theologia catechetica, Munster, 1656, p. 2; Gilbert, Christian# catecheseos historia, Leipzig, 1836, t. 1, p. 1 sq.; Zezschwitz, System der chrisll. Katechetik, Leipzig, 1863, t. i, p. 17 sq. 2° La catéchèse apostolique. — La marche à suivre dans l’évangélisation avait été nettement indiquée par Notre-Seigneur : Enseignez, avait-il dit; c’était le pre­ mier pas à faire. Quiconque ajoutait foi à la parole de l'apôtre recevait le baptême et devenait chrétien. Les apôtres prêchent d’abord, baptisent ensuite. Saint Léon le Grand a pu dire avec raison que c'est conformément à la prescription des apôtres que les élus sont préparés au baptême par un enseignement répété. Epist., xvi, 6, P. L., t. Liv, col. 702. Mais qu'enseignaient les apôtres ? Quel fut l’objet de la catéchèse apostolique ? Cet objet va­ riait forcément selon les auditeursauxquelsons’adressait. A l’égard des juifs, par exemple, tout le débat se bor­ nait à savoir si Jésus était vraiment le Messie annoncé, s’il était Dieu. C’est ce qui explique le discours prononcé par saint Pierre après la descente du Saint-Esprit : « Jésus de Nazareth a été un homme autorisé de Dieu par les merveilles, les prodiges et les miracles que Dieu lui a donné de faire parmi vous. Vous l’avez cru­ cifié. Mais Dieu l’a ressuscité selon la prophétie de David, quand il disait au Seigneur : « Vous ne laisserez « pas mon àme dans le tombeau ; vous ne permettrez pas t que votre saint voie la corruption. » Mes frères, qu'il me soit permis de vous dire hardiment de David qu’il est mort, qu’il a été enseveli et que son sépulcre est parmi nous jusqu’à ce jour... Dans sa connaissance de l’avenir, c’est de la résurrection du Christ qu’il a parlé, en disant qu'il n’a pas été laissé dans le tombeau et que sa chair n'a pas éprouvé la corruption. C’est ce Jésus que Dieu a ressuscité, nous en sommes tous témoins... David n’est pas monté au ciel... Que toute la maison d’Israël sache très certainement que Dieu a fait Seigneur et Messie ce Jésus que vous avez crucifié. » Act., n, 2236. La plupart des auditeurs demandant ce qu'ils avaient à faire, Pierre leur répondit : « Faites pénitence et soyez baptisés au nom de Jésus-Christ pour obtenir la rémission de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit. » Ibid. Auprès des Juifs de la diaspora, dans la synagogue desaflranchisde Rome, des Cyrénéens, des Alexandrins, des Ciliciens, des Asiates, saint Étienne va plus loin : il exalte Jésus au-dessus de Moïse; il déclare sa doctrine indépendante des rites et des pres­ criptions de la loi, ce qui est te congé donné à l'an­ cienne alliance. Devant ses juges, il s’écrie ; « Tètes dures, incirconcis de cœur et d’oreilles, vous résistez toujours à l’Esprit-Saint, vous aussi, tout comme vos pères. » Act., νι-νιι. Ces quelques indications suffisent déjà à caractériser la catéchèse apostolique auprès des juifs. Mais l’Épitre aux Hébreux est plus explicite. Son auteur distingue entre le lait qu'on ne donne qu'aux 1879 CATÉCHÈSE débutants et la nourriture solide qu’on réserve pour les plus avancés. Or, parmi les éléments constitutifs de cet enseignement préliminaire ou de cette catéchèse, il signale, comme fondement, la pénitence, puis la foi en Dieu, la doctrine du baptême, de l'imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel. Ileb.. v, 12; vt, 1-2. Tout autre est l’allure de la catéchèse apostolique adressée aux gentils; et cela se comprend, car les gen­ tils ne sont pas préparés comme les juifs; leur paganisme offre un premier obstacle à vaincre. 11 était donc néces­ saire de renverser tout d’abord cet obstacle avant de leur proposer d’embrasser la foi. Or voici comment saint Paul parla â l'aréopage d'Athènes. Prenant texte de cette inscription : Au Dieu inconnu, qu'il vient de lire, il annonce ce Dieu inconnu. « C’est lui, dit-il, qui a fait le monde et tout ce qu’il renferme, étant le Seigneur du ciel el de la terre. 11 n'habite pas des temples faits de mains d'homme, car il n'a besoin de rien, étant celui qui donne le souille, la vie et toute chose. Il a fait d'un seul sang toutes les nations, les obligeant à le chercher el à le trouver. C’est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons el que nous sommes. Comme l’ont dit quelques-uns de vos poètes, nous sommes de sa race. Étant donc de sa race, nous ne devons pas croire que la divinité ressemble à l’or, à l'argent, à la pierre, à un objet quelconque sculpté par l'art ou le génie de l'homme. Oubliant donc ces temps d’ignorance, Dieu ordonne maintenant aux hommes que tous, en tout lieu, fassent pénitence, parce qu'il a arrêté un jour où il doit juger en justice le monde par l'homme qu'il a destiné à cela et qu’il a autorisé auprès de tous en le ressuscitant d'entre les morts. » Act., xvn, 24-31. Comme on le voit, c’est en peu de mots l'affirmation de l’existence d’un seul Dieu, créateur du ciel, de la terre et de l’humanité, la condamnation du paganisme, puis, comme pour les juifs, la nécessité de faire pénitence, en vue du juge­ ment futur, auquel présidera celui qui est déjà ressus­ cité d'entre les morts. Ce discours, interrompu par les Athéniens, laisse entrevoir la conclusion qui était de croire en Jésus-Christ et de recevoir le baptême pour être sauvé. Le cadre s'est élargi; un élément nouveau et nécessaire, la condamnation du paganisme, s'est intro­ duit dans la catéchèse-et n'en disparaîtra plus. A. Secberg, Der Katechismus der Urchristenheil, Leipzig, 191.3, a essayé de restituer le catéchisme qui servait, au temps des apôtres, à l'instruction des caté­ chumènes. Selon lui, il contenail un enseignement mo­ ral et un enseignement dogmatique. L'indication de l'enseignement moral se trouve, 1 Cor., tv, 17, dans l'expression « les voies », que la Didaché désigne expli­ citement comme les deux voies de la vie et de la mort, de la lumière el des ténèbres. M. Seeberg les reconstruit en dressant, d’après les écrits apostoliques et postapos­ toliques, la liste des pêchés que les chrétiens devaient éviter, et celle des vertus qu'ils devaient pratiquer. Eph., v, 8-21 : Rom., xm, 12,13; I Thess., v, 4; I Joa., i, 6, 7. L'enseignement dogmatique comprenait le symbole de foi proposé par saint Paul. 1 Cor., XV, 1-5. Cependant, au sentiment de Seeberg, la formule n’était pas repro­ duite par l'apôtre dans son entier et il faut la complé­ ter par d'autres passages de ses Épitres. La même for­ mule de foi se retrouverait 1 Pet., ni, 18. 22; iv, 5. dans un état un peu différent. Elle est d'ailleurs supposée existante dans les Épitres pastorales, notamment I Tint., m. 16, par saint Luc dans son Évangile et dans les Actes, et dans l’Épitre aux Hébreux. Ce symbole pri­ mitif contenait une phrase sur Dieu créateur de toutes choses, une série d'affirmations sur le Fils de Dieu, qui ressemblaient, si même elles n'étaient pas identiques, aux articles correspondants du symbole actuel dit des apôtres. 11 ne parlait pas du Saint-Esprit et ne donnait pas à Jésus-Christ la dénomination de Κύριος. La caté- , 1880 dièse apostolique devait comprendre encore d'autres parties, à savoir des instructions sur le baptême, dont la forme n’exprimait pas la Irinité des personnes di­ vines, sur la communication de l’Esprit qui accompagnait le baptême, sur l’oraison dominicale et sur l’eucharistie. Ces instructions étaient déjà formulées d'une façon fixe et transmises textuellement, au moins dans une certaine mesure. Ces conclusions reposent en partie sur des considérations qui ne sont pas fondées, telles que, par exemple, la non-authenticité de la formule baptismale, Matth., xxviii, 19, el supposent des combinaisons de textes, qui sont fragiles et branlantes. 3° La Didaché. — La Didaché est un témoin de l’âge qui suivit immédiatement celui des apôtres el nousoffre, dans sa première partie, un modèle de catéchèse adressée à des catéchumènes avant la collation du bap­ tême sous la forme d une très courte instruction morale — on dirait un manuel — sur les Deux voies, la voie de la vie et la voie de la mort. La voie de la vie est celle qir'il faut suivre en pratiquant le double précepte évan­ gélique, l'amour de Dieu et du prochain, et ce principe d’ordre général : Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’il te fasse. La voie de la mort est celle qu’il faut éviter en ne commettait pas les péchés qui sont énumérés. Voir t. i, col. 1683-1Ü84; Doctrina duo­ decim apostolorum, édit. Funk, Tubingue, 1887, p. 321. Cette catéchèse, il est vrai, ne renferme explicite­ ment rien de ce qu’il faut croire; elle ne s'en tient exclusivement qu’aux préceptes de la vie morale. Mais il va de soi que ceux à qui elle est adressée ne sont pas sans avoir manifesté le désir de renoncer à la vie païenne pour faire profession de vie chrétienne, sur une connaissance, rudimentaire, si l’on veut, mais suffisante et déjà acquise de l’erreur du paganisme et de la vérité du christianisme. Et c’est pourquoi on ne leur indique que ce qu’ils ont à pratiquer pour recevoir le baptême, en y ajoutant les œuvres soit de pénitence telles que le jeune, soit de prière, en particulier l’action de grâce sur le ποτήριον et le κλάσμα, surtout la prière par excel­ lence ou oraison dominicale. 4» C'est tout ce qui reste comme catéchèse durant les deux premiers siècles. Il existe cependant d’autres œuvres qui, manifestement, reflètent la méthode et l’objet de l'enseignement donné aux païens de celle époque pour les engager à se faire chrétiens, telles, par exemple, que la première Apologie de saint Justin, à Rome, et l'Exhorlation aux Grecs de Clément, à Alexan­ drie. D’une part, en effet, malgré le désordre et l'irré­ gularité de son Apologie, saint Justin nous permet de distinguer ces points principaux de cet enseignement : condamnation de l’idolâtrie ou du paganisme; procla­ mation de l'unité de Dieu, de l’existence du Père, du Fils et du Saint-Esprit, du dogme de la création; preuve de la divinité de Jésus-Christ, Verbe de Dieu, fils unique de Dieu, incarné pour sauver tous les hommes, cru­ cifié, ressuscité et juge futur du genre humiin; récom­ pense éternelle des bons, châtiment éternel des méchants. On dirait déjà une notification du symbole. Et cette exposition dogmatique, si différente de la catéchèse des Deux voies, insiste même auprès des gentils sur la divinité de Jésus-Christ, prouvée par l’existence et la réalisation des prophéties. D’autre part, le Προτρεπτικό; de Clément d'Alexandrie est une invitation pressante adressée aux païens pour leur faire abandonner leurs erreurs et prêter l’oreille à l’enseignement salutaire du Verbe. Pourquoi l’abandon du paganisme? A raison de son absurdité et de ses ignominies. Pourquoi l'adhésion à l'enseignement du Christ? Parce que le Christ est le Verbe qui a eu pitié de nous dès le commencement et est venu nous délivrer; parce qu'il est le Dieu fait homme qui nous a envoyé le Paraclet pour nous exhor­ ter à la connaissance de la vérité; parce qu'il est la voie, la vérité, la vie, le salut. Conclusion : Expiez vos péchés issi CATECHESE par une sincère pénitence, lavez-les dans les eaux du baptême, attachez-vous à Jésus-Christ, embrassez sa doctrine, obéissez à ses lois pour avoir part à son héri­ tage; sinon, redoutez les châtiments qui ne doivent pas finir. C’était la méthode de Théophile d'Antioche dans ses trois livres à Autolycus. Ainsi donc, examen du paganisme pour le flétrir et le condamner, appel à l’histoire pour y montrer l’inter­ vention miséricordieuse de Dieu à l’égard de l’homme, évocation des souvenirs évangéliques pour signaler le rôle du Christ sauveur, considérations morales et ensei­ gnement dogmatique pour faire embrasser la foi et les pratiques chrétiennes, seul moyen de se sauver, d’obtenir la récompense ou d’éviter le châtiment de la vie future, tels sont en abrégé les points principaux qui forment la trame de la catéchèse primitive. II. Du COMMENCEMENT DU lit" SIÈCLE A LA FIN DU V». — Dès que le catéchuménat commence â fonctionner comme une institution régulière, la catéchèse continue à poursuivre par l’enseignement l’instruction religieuse et l’éducation morale de ceux auxquels elle s’adresse. Mais comme ceux-ci appartiennent à diverses catégories et ne se trouvent pas au même degré de préparation, les uns n’étant encore que de simples postulants, les autres des catéchumènes proprement dits, des compé­ tents ou des néophytes, le catéchiste est obligé de proportionner son enseignement â la situation et aux besoins immédiats de ses auditeurs. Il va de soi que celui qui vient d’etre â peine initié par le baptême sera instruit autrement que le compétent, que le compétent sera traité autrement que le catéchumène et le catéchu­ mène autrement que le simple postulant, qui frappe â la porte de l’Eglise pour la première fois. De là, dans les catéchèses de la période qui va du commencement du m® siècle à la fin du v·, diverses nuances qu’il im­ porte de saisir et de caractériser dans la mesure du possible. Voir Catéchuménat. 1° Catéchèse d'admission au catéchuménat. — Une catéchèse spéciale précédait l’admission au catéchuménat. Bien qu'aucune catéchèse de ce genre ne nous ait été conservée par les documents du ni· ou du tv· siècle, le fait de son existence ne saurait être révoqué en doute. D’autre pari, le but de la catéchèse étant de conduire à la foi, selon le mot de Clément d’Alexandrie, εις πίστιν περιάγει, Pædag., t, G, P. G., t. vin, col. 285, le but par­ ticulier de la catéchèse d’admission était de préparer les voies, de tracer la marche à suivre ainsi que la conduite à tenir, soit en indiquant les obstacles qu’il fallait écarter, soit en notifiant dans leur ensemble et d’une façon sommaire les principales vérités à croire et les devoirs à pratiquer. Saint Ambroise nous donne un renseignement pré­ cieux à ce sujet. Il écrit en effet qu'il faut agir à l’égard des païens comme saint Paul avait agi envers les mem­ bres de l’aréopage. De plus, il donne le programme à remplir : c’est d’abord d’enseigner qu’il n’y a qu’un seul Dieu, que ce Dieu est le maître de tout et que le devoir de l’homme est de l’aimer; c’est ensuite de condamner et de réprouver l’idolâtrie; c’est enfin de .montrer que Jésus-Christ a apporté le salut, par suite qu’il faut croire en lui, parce que l’histoire seule de ce qu'il a fait sur la terre jusqu’à sa résurrection est une preuve de sa divinité. In Luc., VI, 104-105, P. L., t. xv, col. 1096-1697. Si la réponse qu’il fit in modum cateehismi â Frigitil, reine des Marcomans. qui lui avait demandé ut scriptis ipsius qualiter credere deberet, nous était parvenue, nul doute que nous n’eussions là un exemple de ce genre de catéchèse. Vita Ambrosii, 36, P. L., t. xiv, col. 39. En revanche, nous pouvons tirer des renseignements non moins précieux soit de la Grande catéchèse de saint Grégoire de Nysse, P. G., t. xlv, col. 9 sq., soit du De catech Pandis rudibus de saint Augustin. P. L., t. XL, col. 309 sq. 4882 Saint Grégoire, il est vrai, malgré le titre de son discours, ne nous donne pas une catéchèse proprement dite ou une allocution à des païens, c’est plutôt une leçon à l’usage des catéchistes sur la manière de faire la catéchèse et plus spécialement de prouver par le rai­ sonnement les mystères de la foi à ceux qui ne défèrent pas à l’autorité de l’Eglise. En conséquence, il avertit les maîtres chrétiens de varier leurs procédés suivant les besoins de leurs catéchisés, de se mettre toujours au point de vue particulier de l’adversaire, de le suivre pas à pas et de profiter de ses concessions pour entraî­ ner son adhésion. C’est de manière différente, en effet, qu’on doit agir selon qu’on parle à un païen qui nie l’unité de Dieu, ou à un juif qui ne croit pas en JésusChrist, ou à un hérétique, qui, en attaquant la divinité de Notre-Seigneur, erre sur la trinité. Le procédé indiqué est celui d’un controversiste ou d’un apologiste en face des difficultés qu’on oppose aux dogmes chré­ tiens, beaucoup plus que celui d’un catéchiste; sans doute parce que les habitants de Nysse devaient avoir l’esprit raisonneur des Grecs et non la simplicité des hommes de bonne volonté. Quoi qu’il en soit, le ton a beau différer, l’objet de la catéchèse reste le même, c’est de signaler les principaux dogmes, tels que celui de la trinité, de l’incarnation et de la rédemption, les deux sacrements du baptême et de l’eucharistie, ainsi que la double sanction de la vie éternelle; et le but est identique, c’est d’amener à la foi les infidèles. Cf. J. 11. Strawley, The catechical oration of Gregory of Nyssa, in-8°, Cambridge, 1903. Saint Augustin est beaucoup plus explicite; grâce à lui nous connaissons la méthode et l’objet de la caté­ chèse dont nous parlons. Attitude â avoir, plan à suivre, matière à traiter, c’est toute une théorie de ce genre de catéchèse qu’il adresse à Deogratias, diacre de Carthage, avec deux exemples ou modèles à l’appui, l’un plus long, l’autre plus court, selon le temps dont on dispose. 1. S’agit-il d’un illettré, d’un rudis et indoctus'? — Il faut lui montrer tout d’abord, par un rapide exposé de l'histoire du monde, que tout ce que Dieu a fait il l’a fait par amour, afin de le porter à répondre à ces avances divines par l’amour d'un cœur pur, d’une conscience droite, d’une foi non feinte; car là est la fin du précepte et la plénitude de la loi : tel est le but à atteindre, qu’il importe de ne jamais perdre de vue et auquel il faut tout rapporter ut ille cui loqueris au­ diendo credat, credendo speret, sperando amet. De cat. rud., iv, 8, P. L., t. xi„ col. 316. Et pour mieux provoquer cet amour, parler de la sévérité de Dieu, car la crainte est toujours salutaire pour toucher le cœur des mortels. Mais avant d’entrer en matière, il faut bien connaître l’état d’âme de cet illettré, soit en se rensei­ gnant auprès de celui ou de ceux qui le présentent, soit en l’interrogeant lui-même sur les motifs de sa détermi­ nation : c’est l’exorde. S’il allègue un motif faux, partir de ce mensonge, non certes pour le lui reprocher, mais pour louer un sentiment en soi digne d’éloges, qu’il finira peut-être par éprouver réellement et par en être heureux. S’il allègue un motif étranger à la foi, le reprendre en douceur, le désabuser, en lui indiquant brièvement et avec gravité le vrai but de la doctrine chrétienne, pour l’amener à vouloir de gré ce qu’il ne voulait pas tout d’abord par erreur ou par dissimulation. S’il avoue, au contraire, céder à une inspiration, à un avertissement, ou à un sentiment de terreur qui vient de Dieu, excel­ lente entrée en matière que de montrer alors le grand soin que Dieu prend de nous. Faire voir ensuite l’inter­ vention de Dieu dans l’histoire, depuis les origines jus­ qu’aux temps actuels à travers les six âges du monde. l’Ancien Testament n’étant que la préparation et l’annonce prophétique du Nouveau et le Nouveau n’étant que la réalisation ou la révélation de l’Ancien : c’est la narratio. Enfin, comme conclusion, insister sur la 1883 CATÉCHÈSE résurrection future, sur le jugement dernier et sur la sanction éternelle du bien et du mal ; mettre en garde l'infirmité de cet illettré contre les scandales du dehors et du dedans; lui rappeler brièvement et convenable­ ment les préceptes de la vie chrétienne. Et si alors il accepte d’entrer dans la voie du salut, qu'il n’en rap­ porte qu’à Dieu tout le mérite, qu'il aime Dieu et son prochain à cause de Dieu, car Dieu qui l'a aimé ennemi le justifiera ami. 2. S’agit-il d’un homme possédant déjà quelques notions de la sainte Ecriture et des lettres chré­ tiennes 1 — Être très bref sur tout ce qui touche à l’Ecriture sainte ou aux lettres chrétiennes; n'avoir pas l'air d’apprendre à cet homme ce qu’il sait déjà, mais énumérer, comme s'il le savait, tout ce qu’on dit en pareil cas aux rudes et aux indocti, car cela fournit l'occasion de lui apprendre cequ'il ignore. Il n’est certes pas inutile de l'interroger, lui aussi, pour savoir à quels livres, à quels traités en particulier il attribue son désir de conversion. Si on les connaît, les louer; mais s'ils sont l'œuvre d'hérétiques, leur opposer l’autorité de l’Église universelle, en faisant remarquer que même les bons peuvent parfois se tromper ou donner lieu, quand ils sont mal compris, à ce que d'autres se trompent; car il en est qui se trompent dans l’interpré­ tation de l'Écriture. Par là, lui éviter toute présomp­ tion. Quant au reste, c’est-à-dire pour ce qui regarde les conclusions pratiques, en parler comme plus haut aux ignorants. 3. S’agit-il enfin d’esprits cultivés au point de vue littéraire, mais ignorants au point de vue de la foi? — Λ ceux-là, plus encore qu’aux illettrés, recommander la retenue et l’humilité pour les empêcher de mépriser ceux qui évitent pîus facilement les fautes de conduite que 1 incorrection du langage; leur apprendre surtout à s'instruire dans les Ecritures, à ne pas les considérer à un point de vue purement humain et comme des livres ordinaires, à adhérer plus au sens qu'aux termes, à l'esprit qu’à la lettre, à l’àme qu'au corps; à en écouter les explications vraies plus que celles qui sont directes, sans s’arrêter au langage incorrect ou barbare de celui qui les interprète, car à l'église on n’est pas au barreau. Quant au sacrement à recevoir, il suffit aux plus en­ tendus de comprendre ce qu’il signifie; vis-à-vis des plus lents, user d’explications et de comparaisons pour qu'ils ne méprisent pas ce qu’ils voient. Après la théorie, la pratique; après le conseil, l’exemple. Saint Augustin ajoute, en effet, le modèle suivant propre à agir sur l’esprit et la volonté d’un illettré, non de la campagne mais de la ville, qui avoue vouloir se faire chrétien en vue de la vie future. Exorde : C'est très bien, doit-on lui dire, et je vous félicite. Car le bonheur n’est qu'en Dieu et non dans les biens de la vie présente; ceux-ci sont faux et nous livrent à un Dieu qui juge et punit. La vraie félicité, même dans les épreuves d’icibas, est dans l’amour des préceptes de celui qui l'a pro­ mise, dans une bonne conscience. Se faire chrétien pour un motif intéressé ou d’ordre temporel, c’est courir à la réprobation ; on fait sans doute ainsi partie de l’Église, mais comme la paille fait partie de l'aire, d'où un coup de vent peut la chasser. Celui, au contraire, qui se fait chrétien en vue de l’éternelle félicité en Dieu, est dans la bonne voie; il est en garde contre la tentation, ne se laisse ni corrompre par la prospérité, ni abattre par l'adversité; il est modeste et tempérant dans l’abon­ dance, fort et prudent dans la tribulation. — Narratio: Résumé de l'histoire du monde, création, chute, répa­ ration future par l'incarnation du Verbe. Ce dernier mystère entrevu et cru d'avance a sauvé les saints, comme il nous sauvera nous-mêmes; le Verbe s’est in­ carné et nous a rachetés. 11 y a sur la terre deux cités, ou les bons sont mêlés aux méchants; mais elles seront révélées au j'our du jugement. Tout, dans les cinq âges 1884 précédents, a été une figure de ce qui s’est accompli dans le sixième, le nôtre, celui où Jésus est venu, où il est mort, où il est ressuscité, d’où il est monté au ciel pour nous envoyer le Saint-Esprit, celui où vivent dé­ sormais ceux qui mettent leur foi en Dieu, pratiquent la charité, comptent sur les récompenses éternelles, com­ posent actuellement l’Eglise, celui où l’Église vit dans les troubles et les épreuves. Or tout cela a été annoncé; nous le voyons accompli sous nos yeux; et cette réalisa­ tion du passé est un gage de l'accomplissement des événements futurs, tels que la résurrection, le juge­ ment et la vie éternelle. — Conclusion : Croire fer­ mement à ces choses, sans se laisser déconcerter; se tenir en garde contre les démons et leurs suppôts, qu’ils soient païens, juifs ou même chrétiens; s’attacher de préférence aux bons, sans mettre son espoir en eux, car il ne faut le mettre qu'en Dieu; et ce faisant, persé­ vérer dans la foi en dépit des tribulations; conserver l'humilité, car Dieu ne permet pas qu'on soit tenté audessus de ses forces. Ce qu'il y a de remarquable dans ce modèle de caté­ chèse, rédigé d’après la formule précitée, ce n’est pas seulement la manière dont saint Augustin envisage la suite des âges comme une sorte de philosophie religieuse de l'histoire, où éclatent, dans une série ininterrompue, les attentions de Dieu à l’égard de l'homme, et fait de la personne du Christ le point cen­ tral de l’histoire du monde, c’est encore l'habileté avec laquelle il y enseigne les articles du symbole, sans révé­ ler qu'ils fassent partie de la formule de foi, et y rat­ tache toute la morale chrétienne ; c’est surtout le but très précis qu’il poursuit d'inspirer la foi, l’espérance et la charité. Aussi n’hésite-t-il pas à revenir à plu­ sieurs reprises soit sur les récompenses promises aux fidèles, soit sur les châtiments réservés aux impies et aux mauvais chrétiens; moyen excellent d'inspirer par la crainte un commencement d’amour de Dieu. Et c’cst bien là le genre de la catéchèse, adressée pendant la période patristique à ceux qui demandaient à entrer dans le catéchuménat en vue de la future initiation chrétienne. 2° La catéchèse des catéchumènes. — Une fois admis au rang des catéchumènes, tant que durait le premier stage de sa probation, le futur baptisé devait apprendre à mieux connaître la doctrine et la pratique chrétiennes. Or l'homélie ordinaire ou l’instruction qui, au commen­ cement du service divin, servait d'explication au passage de l’Écriture sainte dont on venait de faire la lecturi·, était insuffisante à raison de la réserve et de la discré­ tion qui étaient inspirées par la loi du secret depuis l’institution du catéchuménat. Certains sujets, en effet, étaient de parti pris passes sous silence. Dans cet en­ seignement public on ne traitait que des questions géné­ rales de foi ou de morale, ou bien on se bornait à de simples allusions, à des explications sommaires, que saisissaient fort bien les initiés, mais qui restaient de pures énigmes pour les non-initiés. Les catéchumènes avaient donc besoin d’un supplément d'information. D’autre part, s'ils lisaient les livres de l'Ancien Testament, même les deutérocanoniques, Origêne, In Num., homil. xxvn, 1, P. G., t. xn, col. 780, ou cer­ tains ouvrages tels que la Didaché et le Pasteur d'Hermas, S. Athanase, Epist. lest., xxxix, P. G., t. Λνι, col. 1437. ils étaient certainement loin d'en saisir la portée ou d'en comprendre la doctrine : de là encore la nécessité d’un enseignement supplémentaire et spécial. Mais cet enseignement lui-même, confié à des didascales, docteurs ou catéchistes, laïques ou clercs, diacres ou prêtres, devait naturellement se proportionner aux besoins actuels des catéchumènes. Et comme ceux-ci n’étaient initiés que peu à peu, progressivement, selon le degré de leur probation, il s'ensuit que l’enseigne­ ment approprié qu'ils recevaient était forcément lui- 1885 CATÉCHÈSE même renfermé dans certaines limites. Son objet ne pouvait guère consister que dans un développement plus détaillé, plus accentué et plus complet de la pre­ mière catéchèse, telle que nous l’a fait connaître saint Augustin, ou de l’homélie telle qu’elle se pratiquait alors. Rien, il est vrai, n’était plus propre à y aider que l'explication de l’Ecriture. Le dogme, depuis celui de la création et de la chute jusqu’à celui de la résurrec­ tion et du jugement général, y avait sa place avec une mise en relief de la bonté et de la justice de Dieu, de l’incarnation du Verbe et de la rédemption ; mais sur­ tout la morale avec l’explication des divers préceptes du décalogue ou du double commandement de l’amour. Or si la catéchèse, adressée aux catéchumènes, était une instruction de nature à provoquer une adhésion plus ferme de l’esprit à la foi et à fixer la confiance en Dieu, elle était aussi une thérapeutique pour guérir les âmes de la folie du paganisme et des atteintes du péché, elle était essentiellement une formation morale de la vo­ lonté, un entrainement du cœur dans la pratique du bien, c’est-à-dire une éducation. Et à ce point de vue, par exemple pour faire mépriser l'idolâtrie ou la su­ perstition, pour inspirer soit le dégoût d’une morale facile et corrompue, soit l’amour d’une morale saine et austère, rien de mieux approprié que la lecture et l’explication du livre de la Sagesse. Celui de l'Ecclésiastique n’a-t-il pas pour but, selon la remarque de la préface de son auteur, d’apprendre â bien régler ses œuvres et à mettre sa vie en harmonie avec la loi de Dieu? Et où trouver, pour des âmes à peine détachées du paganisme ou en train de s’en détacher, des leçons plus touchantes et mieux appropriées de foi, de confiance en Dieu, des vertus morales, que celles qui se dégagent des livres de Tobie ou d’Esther? On comprend ce que la Bible et l’Évangile offraient de ressources pour une telle éducation. Resterait à illustrer par un exemple ce que nous venons de dire de cette catéchèse des catéchumènes; malheureusement il nous fait défaut : d’où l’impossibi­ lité d'en dessiner le cadre ou d’en montrer la trame, et la nécessité de recourir à l’hypothèse. Car, pour ce qui est de l’existence d’un tel enseignement pendant la pre­ mière période du catéchuménat, on ne saurait la mettre en doute. Les Constitutions apostoliques, vm, 32, P. G., t. 1, col. 1132, y font clairement allusion el aussi saint Augustin, quand il dit qu’il faut enseigner avec plus de diligence et d'insistance aux compétents ce qu’on leur a déjà inculqué auparavant : Quod autem fil per omne tempus, quo in Ecclesia salubriter consti­ tutum est ut ad nomen Christi accedentes catechume­ norum gradus accipiat, hoc /it multo diligentius et instantius his diebus, quibus competentes vocantur. De fide et oper., vi, 9, P. L., t. xl, coi. 203. Cf. Griiber, Des hl. Augustin Theorie der Katechetik, Salzbourg, 1820; Ratisbonne, 1870 ; Schoberl. Die Narratio des hl. A uguslin und die Kalechetiker der Neuzeit, Dingolfing, 1880. 3" La catéchèse des compétents. — Quand le caté­ chumène passait au rang des compétents, c’est-à-dire lorsqu’il était admis à se préparer d’une manière immédiate et prochaine à la réception du baptême, voir Catéchuménat, il devait recevoir son complément d’instruction religieuse. La catéchèse qui lui était desti­ née avait une importance particulière et s'entourait de quelque solennité. Elle traitait d’après les Constitutions apostoliques, vu, 39, P. G.,l. i. col. 1040, de la création, de la providence, de la trinitê, des lois de l’Eglise, du jugement, des fins dernières, et, d’après la Peregrina­ tio Silviæ, 46, édit. Geyer. Vienne, 1898, p. 97, qui est un témoin des usages de Jérusalem à la fin du tv·siècle, de la loi, de la foi et de la résurrection de la chair. Selon saint Augustin, ainsi que nous venons de le voir, elle avait le inètue objet que la catéchèse des catéchu­ 1886 mènes, celui d'indiquer aux compétents quelles doivent être la foi et la vie du chrétien, sauf à y insister davan­ tage et avec beaucoup plus de soin. Naturellement la synthèse fait place à l’analyse, des précisions sont apportées et l’enseignement devient plus explicite, à raison même de l'imminence de l'initiation baptismale. La Bible et son histoire, les principales vérités de la foi et les prescriptions de la morale continuent à être en­ seignées. Mais il importe de remarquer que la règle de foi ou le symbole y occupe une place à part. Le symbole, en effet, est alors notifié pour la première fois comme la règle imprescriptible et la formule sacrée de ce qu’il faut croire. Son texte est révélé; ses articles sont successivement détaillés et expliqués brièvement, un â un, de manière à être facilement compris et retenus sans surcharger la mémoire; car le symbole ne s’écri­ vait pas; force était de l’apprendre et de le réciter so­ lennellement, le moment venu, avant le baptême, et le redire, tout le reste de la vie, comme la formule par excellence de la prière. Or, durant le dernier stage du catéchuménat, cette double tradition du symbole et du Pater était l'objet d’un soin particulier et d’une cer­ taine solennité. D’autre part, le décalogue et son résumé, le double commandement de l'amour, dont l'ensemble a jusque-là fourni matière tant à l’instruction homêlitique qu’à l’enseignement catholique, sont détaillés et donnés dans leur formule scripturaire comme l’expres­ sion arrêtée de la volonté de Dieu et comme la règle immuable de la conduite des fidèles. Enfin, les sacre­ ments, qui font partie de l'initiation chrétienne, sont à leur tour l’objet d’une explication appropriée; car il importe de bien connaître leur nature, leur rôle, leurs effets, et de comprendre le symbolisme des diverses cérémonies qui les précèdent, les accompagnent et les suivent. Aussi, vu l’importance de cet enseignement catéchétique réservé aux compétents, n’est-ce pas celle fois un simple didascale ou un membre du clergé infé­ rieur qui en est chargé, mais l’évêque en personne, ou, à son défaut, un prêtre de choix. En effet, toutes les catéchèses in traditione symboli qui nous sont parve­ nues ont été prononcées par des évêques ou par des prêtres spécialement délégués. C'est ainsi, par exemple, que saint Cyrille à Jérusalem, saint Chrysostome à Antioche et saint Augustin à Hippone furent chargés, avant leur épiscopat, de l'instruction des compétents. Or rien ne saurait donner une idée plus précise et plus détaillée de ce genre d'instructions, de leur méthode, de leur nature, de leur sujet et de leur im­ portance que le recueil des catéchèses prononcées à Jérusalem en 348 par saint Cyrille et adressées aux φωτιζόμενοι, au nom de l'évêque Maxime. Ce recueil se compose d’une procatéchèse ou préface, de 18 catéchèses, adressées aux compétents pendant le carême, et de cinq autres dites mystagogiques, adressées aux nouveaux bap­ tisés, νεοφώτιστοι, la semaine après Pâques. La méthode suivie par saint Cyrille est celle d'une exposition popu­ laire, simple et claire, vivante et pressante, aussi appro­ priée que possible aux besoins intellectuels et moraux de ses auditeurs, par suite très pratique et très objec­ tive. Elle vise, en effet, à détacher d'abord les compé­ tents du péché par le repentir et la pénitence, à les bien préparer par l’ascèse à cette purification ou illumination par excellence qu’est le baptême, à les mettre en garde et à les armer contre les erreurs ambiantes des païens, juifs ou hérétiques, à leur formuler avec précision les vérités dogmatiques en les appuyant de preuves em­ pruntées à la raison ou tirées de (’Écriture sainte, à leur expliquer enfin le saisissant symbolisme des diverses pratiques préparatoires à l’initiation. La protocatéchèse sert d’introduction. Cyrille requiert de la part de ses auditeurs l'assiduité, l’attention, la bonne tenue pendant les réunions, le zèle et la discré­ tion vis-à-vis des non-initiés, païens, juifs ou simples 4887 CATÉCHÈSE 1888 sion des péchés, Église catholique, image de la céleste catéchumènes. L’enseignement qu'il va leur distribuer Jérusalem, et enfin vie éternelle qui est le fruit de la foi ne retentira pas seulement à leurs oreilles, il éclairera en Jésus-Christ, de la pratique des bonnes œuvres et de leur esprit par la révélation des vérités qu’ils ignorent la fidélité au décalogue, fait l’objet de la dix-huitième et l'explication des mystères qu'ils n’ont pas encore bien catéchèse, â la fin de laquelle saint Cyrille promet d’ex­ saisis. A la fois régulier et progressif, il ressemble à un pliquer après Pâques les cérémonies du baptême, de la édifice ou chaque pierre a sa place marquée et doit être chrismation et de l’eucharistie. Cat,, xvnr, col. 1017 sq. scellée pour faire corps avec ce qui l'entoure, sous peine 4" La catéchèse des néophytes. — Une fois initiés à la de compromettre la solidité de l'ensemble. Procat., P.G., vie chrétienne par la réception du baptême, de la con­ t. xx.xni, col. 332 sq. firmation et de l'eucharistie, les néophytes restaient Dans la première catéchèse, Cyrille revient sur le encore pendant huit jours sous la direction de leurs même sujet; il invite les compétents à se bien préparer au baptême, dont il signale les grands avantages, à maîtres avant d’être définitivement associés à la vie confesser leurs péchés et à se livrer à la lecture et â la ordinaire des chrétiens. Ils continuaient â recevoir quel­ méditation des Livres saints. Cal., 1, col. 309 sq. Dans ques instructions particulières. A Jérusalem, les cinq ca­ la seconde, il traite de l'énormité du péché, de ses téchèses mystagogiques représentent ce genre d’instruc­ graves conséquences, en montrant qu'il n’a sa source tion. Saint Cyrille y traite des cérémonies du baptême, que dans la volonté. Mais Dieu en a pitié et le remet Cal., xix, col. 1065 sq.; de Ponction faite avec l’huile par le baptême. Cat., n, col. 381 sq. Dignité, grandeur, exorcisée et du baptême, Cat., xx. col. 1077 sq.; de ligures, nécessité, effets merveilleux de ce sacrement, Ponction faite avec le saint chrême, Cat., xxt, col. 1088; c’est l’objet de la troisième catéchèse. Cal., lit, col. 425 sq. de l'eucharistie, Cat., xxn, col. 1097; de la liturgie La quatrième traite d'une manière générale de l’en­ eucharistique et de la participation au corps et au sang semble de la doctrine chrétienne. Saint Cyrille y intro­ de Jésus-Christ. Cal., xxiii, col. 1109 sq. Ces catéchèses, duit quelques considérations sur le composé humain, beaucoup plus courtes à cause des fêtes pascales, sur lame, image de Dieu, raisonnable, libre, immor­ passent sous silence bien des points que nous savons telle ; sur le corps, vêtement et instrument de J’àme; exister par ailleurs. La première ne dit rien de l'exor­ sur la continence et l’ascèse ; sur les livres qui com­ cisme, de l’imposition des mains, des prières d’avant et posent l’Ancien et le Nouveau Testament; sur les devoirs d'après le renoncement; la seconde, rien de la bénédic­ particuliers des compétents, le jeûne, la prière, les lec­ tion des fonts, de l’usage des vêtements blancs et du tures. Cat., lv, col. 453 sq. Dans la cinquième, à propos cierge des nouveaux baptisés; la troisième, rien de du premier mot du symbole, il est question de la foi, l'imposition des mains et de la formule de la chrisma­ base des autres vertus, caractéristique des fidèles, prin­ tion; la cinquième, rien de toute la liturgie qui précé­ cipe de la justification; suit la recommandation d'ap­ dait le baiser de paix et la consécration. Elles n’en ont prendre par cœur le symbole, dont le texte est donné, pas moins une importance de premier ordre au point de le répéter souvent, de le méditer et de le tenir de vue liturgique et dogmatique; et au point de vue de secret. Cat., v, col. 505 sq. Enfin, à partir de la sixième, l'instruction spéciale donnée à ceux qui viennent d'en­ commence l’explication détaillée du symbole. trer dans la vie chrétienne, elles représentent, comme Dieu : son existence, sa nature, son unité, contre les nous Pavons dit, la catéchèse adressée aux néophytes au païens et les manichéens, Cal., vt, col. 537 sq.; identifié lendemain de leur baptême jusqu’à la veille du diman­ avec le Dieu qu'adorent les juifs, mais père par nature che de Quasimodo, in albis depositis, où ils se confon­ et de toute éternité d'un fils unique, Jésus-Christ, Cal., daient désormais avec le reste des fidèles. La Peregri­ vit, col. 605 sq.; tout-puissant, mais supportant avec natio Silviæ note, en parlant de ces instructions, que patience les péchés des idolâtres, des hérétiques et des l'évêque y exposait tout ce qui se fait au baptême. mauvais chrétiens, Cat., vin, col. 625 sq. ; créateur du Peregrin., édit. Geyer, Vienne, 1898, p. 99; Duchesne, ciel et de la terre, se manifestant par l'ordre lumineux Origines du culte, 2» édit., Paris, 1898, p. 500. qui règne partout. Cal., IX, col. 637 sq. — Jésus-Christ : En Occident, on pratiquait de même cet usage nécessité de le reconnaître et de l'adorer comme fils de d’adresser quelques instructions complémentaires aux Dieu et Dieu lui-même. Il est notre Seigneur dès néophytes, au lendemain de leur baptême. A Milan, avant son incarnation. Son nom de Jésus signifie par exemple, saint Ambroise renvoyait après Pâques Sauveur et médecin; celui de Christ, onction. Cal., x, l’explication des mystères, parce que l’impression directe col. 660. Sa génération éternelle, en tant que Dieu; sa produite par la vue même de ces mystères semblait une naissance temporelle, en tant qu'homtne; égal et sem­ leçon préférable à celle d'une explication préparatoire, blable au Père; par lui, tout a été fait. Cal., xi, col. 692 sq. inopinantibus melius se ipsa lux mysteriorum infu­ — Incarnation : ses motifs, sa possibilité, sa réalité; derit quam si eam sermo aliquis prtecucurrisset, conception miraculeuse, vie réalisant toutes les prophé­ I)e myst., i, 2, P. L., t. xvi, coi. 389; cela n’empêchait ties relatives au Messie. Il est aussi essentiel au salut pas de donner ensuite une explication détaillée des de confesser son humanité que sa divinité. Cat., xn, divers rites. Le De mysteriis est, en effet, composé en col. 725 sq. — Rédemption : mort réelle de Jésus-Christ, partie d’instructions adressées comme à Jérusalem à de contre les docètes; rappel des circonstances prédites nouveaux baptisés et relatives au baptême, à la confir­ de cette mort, contre les juifs; vertu miraculeuse du mation et à l’eucharistie. En Afrique, au contraire, et signe de la croix. Cat., xm, col. 772sq. — Résurrection, particulièrement à Hippone, la plupart de ces explica­ également prédite et réalisée; ascension et séjour au tions précédaient la collation du baptême, au lieu de la ciel à la droite du Père : ces deux derniers points à suivre; mais la semaine après Pâques n'en était pas peine mentionnés, Cyrille en ayant parlé la veille dans moins réservée à des instructions ad infantes, ad neo­ une homélie. Cat., xiv, col. 825 sq. — Second avènement phytos, soit pour suppléer à l'insuffisance des enseigne­ de Jésus-Christ; jugement dernier; règne éternel du ments donnés sur la messe et la communion, soit sur Sauveur. Cat., xv, col. 869. — Saint-Esprit : Dieu tout pour engager à la persévérance les nouveaux chré­ comme le Père et le Eils, inspirateur des anciens pro­ tiens. Voir S. Augustin, Serm., CCLX, P. L., t. xxxvni, pretés, auteur de tous les biens de l'âme, sanctificateur, col. 1202; Serm., ccci.ni, P. L., t. xxxtx. col. 1560 sq.; consolateur, animant tous les saints du Nouveau Testa­ voir aussi la lin de l’article Catéchuménat. ment, apôtres, martyrs et vierges, et marquant tous les III. De la fin dü v« siècle aü ix«. — Après la chute fidèles du sceau baptismal. Cal., xvi-xvn, col. 917 sq.. | de l’empire romain d’Occident, l’Église grecque, mar­ 968 sq. — Le,reste du symbole, résurrection de la chair, chant de plus en plus â la remorque du pouvoir civil, dont on montre la possibilité et la convenance, rémis­ épuisa ses forces dans d'interminables querelles jusqu'au 1889 CATÉCHÈSE schisme final, pendant que l’Église latine reste aux prises avec les invasions. Mais déjà très puissante en Italie, dans l’Afrique du Nord, en Espagne, en Gaule, dans une partie de la Germanie et dans les Iles britan­ niques, l’Église de Rome assure sa prépondérance et reçoit dans son sein ces barbares, dont elle fait des peuples chrétiens. Or, dans ce milieu où les familles qui ont embrassé la foi forment la majorité de la popu­ lation, l’ancienne organisation du catéchuménat perd en partie sa raison d'être. Car le baptême des enfants tend de plus en plus à être la règle ordinaire, tandis que le baptême des adultes devient de plus en plus une excep­ tion. Sans doute, même pour le baptême des enfants, on pratique encore, durant le carême et jusqu'à la veille de Pâques, les cérémonies spéciales de la tradition du symbole et de l’oraison dominicale, à laquelle on ajoute celle des saints Evangiles et de la loi; le triple renonce­ ment au démon, à ses pompes et à ses œuvres, la triple affirmation de la foi ont toujours lieu. Mais ce sont les parrains et les marraines qui se substituent à leurs filleuls et jouent le rôle actif dans toutes ces cérémo­ nies. La catéchèse ancienne, préparatoire au baptême, doit être forcément remplacée par un enseignement postérieur au baptême. Dés qu’ils parviennent à l'âge de raison, les enfants baptisés doivent recevoir une ins­ truction chrétienne, de manière à connaître les vérités à croire et les devoirs à remplir pour mener une vie conforme au baptême qu'ils ont reçu. Cette instruction incombe tout d'abord aux parents et aux parrains comme une obligation étroite de leur parenté naturelle ou spi­ rituelle; mais, pour divers motifs, elle ne pouvait que laisser beaucoup à désirer et devait être en tout cas fort rudimentaire. Elle fut également conliée aux prêtres chargés du soin des paroisses. Mais qu'il fût donné par les parents et les parrains ou par les membres du clergé, cet enseignement élémentaire était destiné à remplacer la catéchèse du catéchuménat. Devant parti­ culièrement s'adresser à des enfants, il dut être mis à leur portée, être réduit à sa plus simple expression, de manière à être saisi et retenu. A la longue, après bien des tentatives et des essais, il aboutit â ce que nous appelons aujourd'hui le catéchisme. Voir Catéchisme. La catéchèse ne continua pas moins d'être pratiquée, exceptionnellement en pays chrétiens auprès des adultes encore étrangers à la foi, et régulièrement en pays païens, c'est-à-dire au centre, à l'est et au nord de l'Eu­ rope, partout où l’Église porta son activité apostolique. On constate, en effet, qu'en Afrique, en Espagne et en Gaule, on continue encore à traiter les catéchumènes et les compétents comme par le passé. Dans la province d’Afrique, saint Fulgence de Ruspe (-f- 533) dit aux com­ pétents que le démon a été frappé par eux de dix plaies. Or ces dix plaies rappellent dix pratiques déjà connues du catéchuménat, entre autres la traditio symboli. Semi., Lxxvtn, P. L., t. lxv, col. 950. Son correspon­ dant Ferrand, diacre de Carthage, lui écrit pour savoir ce qu'il faut penser du sort réservé à l'un des compé­ tents qu'il préparait au baptême et qui venait de mourir subitement; il a soin de constater que ce catéchumène avait été admis au nombre des compétents, aux appro­ ches de Pâques, qu’aprés l’inscription de son nom, il avait reçu l'instruction propre à son rang et la notilication des mystères de la vie chrétienne; qu'il était passé par les exorcismes et avait subi le scrutin solennel ; qu’il avait pris l’engagement de renoncer au démon; qu'il avait assisté à la tradition du symbole et de l'orai­ son dominicale et qu'il avait récité la formule de foi. Epist., 1, dont le texle est reproduit dans la réponse de saint Fulgence. Epist., XII, 1, 2, P. L., t. i.xv, col. 330. En Espagne, où les ariens sont nombreux, les évêques décident, au concile d'Agde de 506, que l'on doit ensei­ gner le symbol? aux compétents partout le même jour, C’est-à-dire, le huitième avant Pâques, can. 13, et qu'il 1890 faut obliger les juifs, qui veulent se convertir, â passer huit mois au rang des catéchumènes. Can. 34, Hardouin, t. H, col. 999, 1002. Plus tard, trois ans après la conver­ sion du roi des Suèves, Ariamir, en 563, au I" concile de Braga, ils rédigent une formule de symbole pour l'op­ poser au priscillianisme et veulent que I on continue à administrer le baptême conformément aux indications envoyées par le pape Vigile à Profuturus. Capit. 5, Hardouin, t. m, col. 351. En 572, IIe concile de Braga : on y trace la marche à suivre pendant le carême à l'égard des compétents, touchant les exorcismes et l’en­ seignement du symbole; les évêques sont invités à pousser leurs diocésains, pendant la visite pastorale, à abandonner les erreurs païennes et à éviter les fautes graves. Can. 1, ibid., col. 386. Après la conversion de Récarède, le concile de Tolède de 589 ordonne aux fidèles de chanter à la messe le symbole de Constanti­ nople. Capil. 2, ibid., col. 479. Au siècle suivant, le catéchumène, d'après saint Isidore, De offic., II, xxt, P. L., t. i.xxxin, col. 814, est celui qui rejette le culte des idoles et apprend à connaître qu’il n'y a qu'un seul Seigneur; quant au compétent, il est instruit sur ce qui regarde les sacrements, sur le symbole et la règle de foi et sur ce qui touche au baptême, à la chrismation et à l'imposition des mains. De offie., Π, xxit-xxvil, ibid., col. 812-824. Saint lldefonse, dans son De cognitione baptismi, suit d'abord la narratio de saint Augustin; il dislingue ensuite le compétent du catéchumène, De cognil. bapt., xxx, P. L., t. xevi, col. 124, et cite comme faisant partie de son instruction spéciale le symbole, l'oraison dominicale, les sacrements de baptême, de confirmation et d'eucharistie. De cognil. bapt., cxxxnCXLIt, ibid., col. 166-171. En Gaule, nous savons par Gennade, De eccles. dog., i.xxtv, P. L., t. Lviti, col. 997, ce qu’on enseignait aux futurs baptisés, à la fin du Ve siècle. Pour le VIe, saint Avit (-j-526) nous a laissé un petit poème en cinq chants, qui rappelle une partie de la narratio auguslinienne et qui traite de la créalion, du péché originel, du jugement de Dieu chassant Adam du paradis, du déluge et du passage de la mer Rouge, deux types du baptême. De mosaic# liisloriœ gestis libri quinque, P. L., t. LIX, col. 323-368. Saint Césairc(f542), lidèle écho de l'évêque d'Hippone, nous fait connaître les devoirs des parents à l'égard des enfants. Semi., vi,6. P. L., t. xxxix, col. 1751, des parrains vis-à-vis de leurs filleuls, Serm., CLXVllt, 3, ibid., col. 2071 ; il énumère les vices et les supersti­ tions de son temps qu'il faut abandonner pour devenir chrétien, Serm., cct.xv, 5, ibid., col. 2239, traite de l’obligation qui incombe au compétent. Semi., cci.xvit, ibid., col. 2242, des divers articles du symbole qui faisaient l'objet de la catéchèse préparatoire au baptême, Serm., ccxxxvii-ccxi.ill, ibid., col. 2183-2194; cf. Serm., CCXLIV-CCLI, sur la foi due au symbole, la trinité, l’in­ carnation, la rédemption et le jugement dernier. Après lui, saint Grégoire de Tours (-j- 593 ou 594) cite parfois quelque trait relatif à l’administration du baptême pen­ dant le VIe siècle dans son Historia Francorum, ill sq., P. L., t. LXXI, col. 241 sq. Examinons maintenant ce qui se passa en pays de missions. Les missions, commencées dès le v» siècle, amènent successivement la conversion de l'Irlande, de l’Écosse et de la Grande-Bretagne pendant le vt« siècle. Puis, sous les Mérovingiens d’abord, sous les Carlovingiens ensuite, des irlandais viennent se mêler aux Francs pour évangéliser les Pays-Bas des rives de l'Escaut à celles de la Meuse, toute l'ancienne Germanie romaine, l’Austrasie, l'Alémanie, la Thuringe et la Bavière. Enlin des missionnaires anglo-saxons entre­ prennent la conversion de la Saxe et de la Germanie, qui n’avaient pas connu le joug de Rome, et qui sont réduites par Charlemagne. Au ix« siècle, le christia­ nisme pénètre en Moravie et en Bohème, grâce aux saints 1891 CATECHESE Cyrille et Méthode, en Danemark avec saint Anschaire, et, à partir de la fin du X'siècle. en Suède et en Norvège, en Pologne, en Hongrie et en Russie. Sans dépasser ici inutilement le règne de Charlemagne, il faut recher­ cher la méthode suivie par saint Patrice (-j-460) chez, les Irlandais, par saint Colomban (-f- 573) chez les Pietés et les Scots, par saint Auguslinde Cantorbéry (7 608) chez les Anglo-saxons, par saint Amand et saint Éloi (·}·658) chez les Francs austrasiens, par saint Gall (-j- vers 627) chez les Alémans de la Suisse, par saint Kilian (vers 689) en Thuringe, par saint Rupert en Bavière, par saint Wil­ frid (f 700) et saint Willibrord (·[- vers 739) dans la Frise, el par saint Ronil'ace (-}-755) dans la Saxe et les pays environnants. Malheureusement il ne nous est resté aucune caté­ chèse de cette époque, sans doute parce que, prêchant en langue vulgaire, les missionnaires d’alors ne prirent pas soin de rédiger en latin les discours qu’ils adres­ saient aux païens et aux catéchumènes, comme ils le firent pour quelques homélies, adressées à des chrétiens, dans le but de les mettre entre les mains du clergé, à titre de modèle ou de manuel de prédication. Nous en sommes donc réduits aux conjectures. Cependant, ce qui rend ces conjectures très vraisemblables, c’est que ces missionnaires ont dù naturellement s’inspirer de l’ex­ périence déjà acquise ailleurs ainsi que des traditions introduites dans l’Eglise par le catéchuménat. Le milieu, il est vrai, différait, mais l’obstable à vaincre était tou­ jours le paganisme et ses superstitions. De ce côté la catéchèse ne pouvait procéder tout d'abord que par la démonstration de l’erreur païenne, sauf à ne pas trop heurter de front ces natures farouches et susceptibles. Des ménagements s’imposaient. Et si trop souvent, con­ trairement aux sages prescriptions de l’Église, la force brutale intervint pour obliger les peuples vaincus à accepter le joug de la foi, il était facile de prévoir com­ bien éphémères devaient être de pareilles conversions. Mieux valait incontestablement user d'une sage modé­ ration et ne recourir qu'aux procédés ordinaires de la persuasion évangélique, en appuyant l’enseignement donné sur l’autorité de l’exemple, la sainteté de la vie el l’efficacité du dévouement; et c’est ce à quoi ne manquèrent pas, en général, la plupart des mission­ naires. Mais ayant affaire à des caractères droits, à des natures généreuses et enthousiastes, ils se hâtèrent par­ fois d’admettre les catéchumènes au baptême sans une préparation intellectuelle suffisante pour des esprits aussi peu cultivés. La catéchèse préparatoire devait con­ tenir cependant le strict nécessaire des vérités à croire et des devoirs à pratiquer pour devenir chrétien; mais elle était si promptement oubliée que quelques-uns de ses éléments essentiels n'étaient plus connus après le baptême et que des ordres furent donnés en consé­ quence, à plusieurs reprises, pour enseigner, par exemple, aux nouveaux baptisés, l’objet du triple renon­ cement au démon, à ses pompes et à ses œuvres, et pour leur faire apprendre par cœur la formule du sym­ bole des apôtres et de l’oraison dominicale. Du reste, voici, d’après les documents contemporains, les quelques indications sommaires qui permettent de reconstituer à peu de chose près la catéchèse d’alors, et de constater que la plupart des éléments de la catéchèse apostolique et patristique s’y retrouvent. C’est, en ellet, en premier lieu, la condamnation de l’idolâtrie sous toutes ses formes, et l’on sait combien elle était profon­ dément enracinée dans ces races pietés, saxonnes, ger­ maniques. Saint Eloi énumère un grand nombre de superstitions, l’ila S. Eligii, II, xv, P. L., t. Lxxxvn, col. 524-550; et le concile de Leptines, 743, en compte une trentaine dans son Indiculus superstitionum et paganiarum, P. L., t. lxxxix, col. 810 sq.; llardouin, Jet. concil., t. ni. col. 922; Uefele, Histoire des con­ ciles, t. iv, p. 407. Cf. Ratramne, P. L., t. exxt, col. 1153. 1892 C'est ensuite la proclamation de l’existence d’un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre, envoyant son fils pour sauver les hommes, avec un abrégé de l’his­ toire religieuse du monde et de l’économie de la rédemption. C’est aussi le rôle du baptême, les renon­ cements et les engagements qui précèdent sa collation, la liste plus ou moins détaillée des fautes à éviter et des devoirs à remplir. Et c’est enfin la question des fins dernières, du jugement général et de la sanction des récompenses ou des peines éternelles. Saint Augustin, envoyé par saint Grégoire le Grand, prêche l’Évangile au roi anglo-saxon. Ethelbert, le convertit et le baptise avec une multitude des siens à Cantorbéry, le jour de Noël 597. comme saint Remi avait baptisé Clovis et ses Francs, à pareille fête, un siècle auparavant. Béde, Hist, eceles., 1, xxv, P. L., t. xcv, col. 55. Le pape, félicitant son missionnaire de ce que la nation des Angles, dégagée des ténèbres de l'erreur el éclairée des lumières de la foi, a embrassé le christianisme, laisse entendre quelle fut la méthode catéchétique de saint Augustin. Epist., 1. XI, epist. xxvu, P. L., t. I.XXVII. col. 1139. Quelques années plus tard, en 624, Boniface V écrit à Edwin, roi saxon du Northumberland encore païen, pour l’engager à embrasser la foi de sa femme Edelburge et à se faire chrétien. Sa lettre est un pro­ gramme de catéchèse. Inanité des idoles, importance de croire en un Dieu créateur, qui a envoyé son fils unique pour sauver le genre humain, nécessité d’embrasser l'Evangile et de renaître par le baptême, tels sont les principaux points qu’elle traite. Epist., ni, 7’. L., t. t.xxx, col. 438. Le roi rassemble ses chefs et ses prêtres; et le pontife des idoles, Coïf. constate franche­ ment l’inutilité du culte païen et affirme qu’il serait sage d’accepter une religion qui enseigne d’où nous venons el ou nous allons, Bède. Hist, eceles., 11, xm, P. L., t. xcv, col. 104. La question de l’origine el de la desti­ née humaine devait donc faire partie de la catéchèse adressée aux Anglo-Saxons. En 634, le roi Oswald, voulant convertir les provinces de son royaume restées idolâtres, s’adresse à des reli­ gieux scots. L'un de ceux-ci, Corman, avait rebuté les Angles par ses austérités. « Vous avez été trop sévère auprès de ces ignorants, lui fail remarquer un vieillard, Aedan; vous auriez dû, selon la discipline apostolique, commencer par leur offrir le lait d’une doctrine plus douce jusqu'à ce que, nourris peu à peu du Verbe divin, ils eussent été à même de comprendre un enseignement plus parfait et de s’élever à la pratique des commande­ ments du Seigneur. » Bède, Hist, eceles., Ill, v, P. L., t. xcv, col. 124. Ici, c'est la catéchèse apostolique qu’on invoque et dont on suppose l’emploi ordinaire. Saint Eloi, au rapport de saint Ouen, touchait si bien le cœur des barbares que, chaque année, â Pâques, il donnait le baptême à des foules de catéchumènes. Vila Eligii. II, vin, P. L., t. Lxxxvin, col. 513. Or, parait-il, il détachait peu à peu le peuple bercé de fables de ses croyances païennes et de ses pratiques superstitieuses, lui parlait du seul vrai Dieu, créateur, lui inspirait la crainte des châtiments futurs et lui montrait les récom­ penses éternelles, dont il n’avait pas jusqu’alors le soupçon. Vila, II, xv, ibid., col. 524-550. Il utilisait trop bien les œuvres de saint Césaire pour avoir ignoré celles de saint Augustin; son discours rappelle à la fois les Deux voies de la Didaché et la catéchèse du De eateehitandis rudibus. Saint Gall, dans un discours prononcé sur les bords du lac de Constance, semble également faire écho à la narratio de saint Augustin : c’est un résumé de l’his­ toire religieuse du monde depuis la chute jusqu’à la rédemption par la croix de .Jésus-Christ, traitant de la mission des apôtres, de la vocation des gentils et de la constitution divine de l’Eglise, arche du salut. Serin., 1893 CATÉCHÈSE P. L., t. lxxxvii, col. 13-26. Bien qu’adressé à des auditeurs, dont la plupart avaient reçu le baptême, ce discours rappelle la catéchèse d'introduction au eatéchuménat. A en juger par les quinze homélies qui nous restent et qui sont un manuel d’instruction religieuse à l’usage des commençants, voir col. 1005, saint Boniface devait in­ sister sur les obligations de la vie chrétienne, fautes à évi­ ter et devoirs à remplir, sur l’objet du triple renonce­ ment et des promesses baptismales. Homil., ni. xv,jP. L., t. lxxxix, col. 847, 870. Parmi les canons qu’on lui attri­ bue, le 27" spécifie que le prêtre qui baptise doit faire faire au catéchumène les renoncements et la profession de foi en langue vulgaire, afin qu’il sache à quoi il s'engage. Ibid., col. 822. Dans une lettre à son ancien évêque de Winchester, il demande des conseils pour mener à bien la conversion des Saxons et des Thuringiens. Daniel répond et, parmi les conseils que lui dicte sa vieille expérience, il indique celui d’écarter tout d’abord les superstitions de ses auditeurs. Epist., XIII, P. L., t. lxxxix, col. 703. La Didaché n’était pas inconnue à saint Boniface, car il s’en est servi non seulement pour rappeler aux fidèles les engagements pris au baptême, ainsi qu’en témoigne son homélie xv, Deabrenuntialione in baptismale, ibid., col. 870, mais aussi pour instruire les catéchumènes avant de les admettre au baptême. Et l’on peut en dire autant de saint Pirminius de Reiche­ nau, son contemporain, dont nous possédons un traité sous forme de discours, sorte de compendium catéchétique comprenant un abrégé d’histoire sainte, des con­ sidérations relatives au baptême, à Vabrenunlialio, à la redditio symboli, quelques points de morale et la liste des fautes à éviter. Scarapsus, P. L., t. lxxxix, col. 10291050; cf. Schlecht, Doctrina xti apostolorum, Fribourgen-Brisgau, 1901, p. 83. Du reste la doctrine morale des Deux voies de la Didaché avait sa place marquée dans la catéchèse des catéchumènes; son texte servait en réalité à cet enseignement. La preuve en est, note M. Ladeuze dans la Jlevue d'histoire ecclésiastique, Louvain, avril 1903, p. 263-264, dans les deux homiliaires de Melk et de Freissing, qui nous ont rendu la version latine des Deux voies. La Didaché y est conservée parmi les homélies sui· la foi, le symbole, etc., et, dans les deux manuscrits, elle fait suite à l'homélie xv, déjà citée, de saint Boniface. Lorsqu'il fut sacré évêque à Rome par Grégoire II, en 723, l’apôtre de la Germanie connaissait déjà, pour l’avoir pratiquée, la marche à suivre dans l’évangélisa­ tion des païens. Au besoin, la lettre du pape qu’il emportait et qui était adressée aux Saxons de vieille race encore païens la lui aurait rappelée. « Le royaume de Dieu est proche, écrivait Grégoire II, Epist., vu, P. L., t. lxxxix, col. 504-505; ne cherchez pas votre salut dans les vaines idoles fabriquées de mains d’homme, d’or, d'argent, de pierre ou de bois, et décorées par les païens du nom de divinités. Elevez vos regards et vos cœurs vers le Seigneur Dieu, créateur du ciel et de la terre. N’adorez que lui et vos fronts ne rougiront plus. Dépouillez le vieil homme pour revêtir le Christ nouveau. Déposez toute malice, colère, fureur et tout blasphème... L’évêque que je vous envoie vous délivrera-de l’esclavage et des fraudes du démon. Il vous arrachera au péril de la damnation éternelle pour vous introduire dans les joies du royaume du ciel. » A l'assemblée générale de ces redoutables Saxons, à Merklo sur le Weser, ou il eut le courage de se présen­ ter, saint Lebwin, disciple de saint Boniface, condense ainsi en quelques mots sa catéchèse : « Écoutez-moi, écoutez surtout celui qui parle par ma bouche. Je vous porte les ordres de celui à l'empire et au jugement du­ quel tout est soumis. Écoutez et sachez que le Seigneur, créateur du cielj de la terre et de la mer et de tout ce qu'ils contiennent, est le seul vrai Dieu. Vos idoles ni 1894 ne vivent, ni ne se meuvent, ni ne sentent, car elles sont l'œuvre des hommes; impuissantes à se défendre elles-mêmes, elles ne sauraient vous être d'aucun secours; c’est en vain que vous leur immolez des vic­ times. Le Dieu seul bon, seul juste, vous a pris en pitié. Il m’a envoyé vers vous pour que vous abandonniez vos erreurs et vous vous tourniez vers lui. C'est lui qui vous a créés et c’est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous sommes. Si donc vous le recon­ naissez fidèlement, si vous faites pénitence et recevez le baptême, si vous observez ses commandements, il vous conservera sur la terre et vous récompensera dans le ciel. Sinon, les peines futures.vous attendent. » Vila S. Lebwini, xn, P. L., t. cxxxn, col. 890. Rappelant et dépassant le discours de saint Paul à l'aréopage, saint Lebwin ajoute à la menace des châtiments de la vie future ceux de la vie présente, car il fait allusion, à la fin de son petit discours, à l’intervention possible et terrible du roi des Francs. On sait qu’en 811 Charlemagne envoya une lettre circulaire à tous les évêques de son vaste empire pour leur demander des renseignements précis sur le bap­ tême, tel qu’il était pratiqué dans leurs diocèses, sur ses rites et ses cérémonies. P. L., t. xcvin, col. 933; cf. Capitulaire de 811, n, 9, P. L., t. xcvti, col. 331332; édit. Boretius, Hanovre, 1883, t. I, p. 163. Or, de toutes les réponses qui durent lui être adressées quelques-unes seulement sont parvenues jusqu’à nous; voir en particulier l'épitre anonyme De ritibus baptis­ mi, P. L., t. XCVJII, col. 938-939, et la Desponsio ad capitula arehiepiscopis regni Francorum missa a Ca­ rdo magno, ibid., col. 939-940; I’Epistola de cæremoniis baptismi d’Amalaire, archevêque de Trêves, P. L., t. xctx, col. 892 sq. ; l'Epistola de baptismo, de Jessé d’Amiens, P. L., t. cv, col. 781; le Liber de sacramento baptismi de Leidrade, archevêque de Lyon, P. L., t. xctx, col. 853 sq. .Malheureusement aucune de ces réponses ne provient d’évêques missionnaires ou installés en pays de missions, ce qui aurait été une source précieuse de renseignements pour le sujet qui nous occupe. Magnus, évêque de Sens, dans la défini­ tion qu'il donne du catéchumène, nous apprend qu’on appelle audiens ou instructus celui qui reçoit un ensei­ gnement approprié, scilicet ut verum agnoscens Domi­ num relinquat errores varios idolorum et audiat ac discat, antequam ad sacrum accedat fontem, mystica sacramenta christianæ religionis et tunc discat /idem sanctæ Trinitatis et symbolum et cælera quæ Chri­ stiana lex docet, ce qui n’est autre chose que le thème général sur lequel roulait la catéchèse. Libellus de mysterio baptismatis, P. L., t. en, col. 981; Martêne.De antiquis Ecclesiæ ritibus, Rouen, 1700, t. i, p. 158. Jessé d'Amiens définit le compétent : Qui diligenter instru­ ctus de fide et attente de credulitate imbutus, post traditam sibi doctrinam christianitatis et mysterium symboli et traditionem orationis dominicæ, petit et rogat, etc. De bapt., P. L., t. cv, coi. 781. Déjà au siècle précédent, le concile de Cloveshow, en 747, avait indiqué l’objet propre de la catéchèse, et c’était d'enseigner le symbole aux catéchumènes ut intelligent quid credere, quid sperare debeant. Can. H, Ilardouin, Aci. concil., t. m, coi. 1955. Et, postérieure­ ment à la consultation de Charlemagne, un disciple d'Alcuin, Raban Maur, composa un De disciplina eccle­ siastica en trois livres, dont le premier traite des ordres sacrés, le second des divins sacrements, et le troisième du condiat chrétien, dans le but très précis d'indiquer la marche à suivre pour l’instruction des païens qui demandaient à recevoii· le baptême. Or le 1. Ier, P. L., t. exil, col. 1193 sq., n’est autre chose que la reproduction à peu près intégrale du Decalechizandis rudibus de saint Augustin; nouvelle preuve de l’influence de l'évêque d llippone sur ce point particulier. Le IIa 4895 CATÉCHÈSE — CATÉCHISME traite des rudiments de la foi, col. 12I8; de l'oraison dominicale, col. 1222-1224, et du symbole, col. 12241228; autant d’éléments que nous avons trouvés ailleurs et qui entraient, eux aussi, dans la trame de la caté­ chèse. Enfin le IIIe traite des vertus à pratiquer et des vices à éviter, ce qui nous ramène une fois de plus, par une amplification très détaillée, aux Deux voies de la Didaché. Ainsi donc, du v» au ix» siècle, la catéchèse prépara­ toire au baptême, fidèle à la tradition des premiers siècles, ne fait que continuer et reproduire ce que nous avons constaté, soit aux origines apostoliques, soit à l'époque de l'organisation systématique du catéchuménat. Cette enquête pourrait se poursuivre pour l'époque ultérieure; mais elle semble inutile, car elle amènerait à une constatation nouvelle de ce que nous venons de relever pour la période qui va du v» au ix» siècle. Il ne reste plus, dans ces conditions, qu'à se rendre compte de l’état, de la forme, de l'objet de l’instruction reli­ gieuse donnée aux nouveaux baptisés, en particulier aux enfants, en la suivant dans sa marche progressive jusqu’à son aboutissement final dans ce que nous appelons le catéchisme. Voir Catéchisme. A. Crocquet. Catecheses christianæ, Douai, 4574; Beinbolt, Dissertatio de catechesi veterum, Rostock, 1645; Witfelt, Theo­ logia cateehetica, Munster, 1656; Druffel, De catechumenis, dissertatio hislorico-sacra, Helmstadt, 1657 ; Stark, De catechizatione veterum, Wittenberg, 1688; Walther, Dissertatio de catechizatione veterum, Wittenberg, 1688; Wiliscb, Historia cateehetica, Altenbourg, 1718; Langemack, Historia cateehetica, 1729-1740; Walcb. De apostolorum institutione cateehetica, lena, 1744; Miller, De cateehetica veteris Ecclesiæ docendi genere, Helmstadt, 1751 : Zacharias, De methodo cateehetica veterum Christianorum. Gœttingue, 1765; Schmidt, Methodus catechizandi, Bamberg. 1769; à la fin de cet ouvrage, court résumé de l’histoire de la catéchèse ; Robinson, The history of Baptism, Londres, 1790; Griiber, Des hi. Augustin Theorie, des Katechetik, Salzbourg, 1830,1844; Ratisbonne, 1870; Gilbert, Christianæ catecheseos historia, Leipzig, 1836; Alexander, History of catechising, dans la Princeton Rev., 1849, t. xxi, y, 59 sq. ; Bordier, Le catèchumênat pendant les premiers siècles de l’Êglise, Paris, 1858; Mayer, Geschichte des Katechumenats und der Katechese, Kempten, 1868; A. Weiss, Die altkirschliche Piidagogik dargestellt in Katechumenat und Kalechese, Fribourg, 1869; Zerschwitz, System der kristlichen Katechetik, Leipzig, 1863-1870; 2" édit., 1872-1874; Schùberl, Do· Narratio des ht. Augustin und die Katechetiker der Neuz-’it, Dingolfing. 1880; Gobi, Geschichte der Katechese im Abendlande vom Verfalle des Katechumenats bis zum Ende des Mittelalters. Kempten, 1880; Probst, Katechese und Predigt, Breslau, 1884: Geschichte der katholischen Katechese, Breslau, 1886; dom Cabrol, Les églises de Jérusalem, la discipline et la liturgie au /v- siècle. Paris. 1895; Duchesne, Origines du culte chrétien, 2' édit., Paris, 1898; Hézard. Histoire du catéchisme, Paris, 1900; Kirchenlexikon, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, ISM, t. vu, col. 238-258: A. Seeberg, Der Katechismus der Urchristenheit. Leipzig. 1903; L·'. Chevalier, Répertoire. Topo­ bibliographie, t. 1, col. 615. G. Bareille. CATÉCHISME. Si la catéchèse comprend l'en­ seignement des vérités essentielles de la religion chré­ tienne adressé aux catéchumènes adultes avant le bap­ tême, voir col. 1877-1895, le catéchisme, dans la premier acception du mot, est l'instruction orale et familière des mêmes vérités, faite après le baptême aux enfants et aux adultes igi .rants. Mais le nom de catéchisme a passé du genre d instruction ou de l'exercice catéchétique au livre qui contient l'exposition élémentaire des vérités fondamentales du christianisme. Sous cet aspect, le ca­ téchisme est un manuel populaire, un résumé exact et sur de la doctrine chrétienne. 11 n'esl pas et il ne doit pas être un traité savant et scolastique de théologie; les opinions décole en sont exclues; on n’y parle que des vérités certaines du dogme et de la morale: les enfants et les lideles doivent y trouver tout ce qu'il est nécessdre de savoir pour être un chrétien suflisamment instruit, ou au tnoins ce qu'il faut croire et pratiquer 1896 pour ne pas manquer la recompense céleste par suite d'ignorance volontaire et coupable. La forme de ce livre, comme celle de tout enseignement élémentaire, doit être claire, précise, facile à comprendre et à retenir, car le catéchisme est destiné ordinairement à être appris de mémoire. Il est aussi le plus souvent rédigé par questions et par réponses, et il constitue une sorte de dialogue entre le maître et les disciples. Enfin, il est court et substantiel, parce qu’il est expliqué de vive voix et développé par le catéchiste. Les catéchismes, mis aux mains des enfants, présentent une grande variété, car on n'a pas suivi et on ne suit pas encore une marche uniforme dans l’enseignement élémentaire de la religion. Dans la diversité des plans et des méthodes une cependant est devenue prédominante; elle consiste à grouper les matières du catéchisme sous trois titres : les vérités à croire ou les articles du symbole, les pré­ ceptes à observer ou les commandements de Dieu et de l’Eglise, les moyens de se sanctifier ou la prière et les sacrements. Les catéchismes, destinés aux enfants et jeunes gens, dillêrent aussi en étendue proportionnée à la capacité intellectuelle des catéchisés, et on les dis­ tingue en moyens et petits. Les petits ou abrégés sont employés dans les catéchismes faits à l'église ou à l'école primaire; les moyens servent dans les collèges et les écoles secondaires. Aujourd’hui, chaque diocèse ou à peu prés, surtout en France, a son catéchisme particulier, qui est le seul manuel d’instruction reli­ gieuse officiellement autorisé par l'évêque. Quelques contrées toutefois ont adopté, au cours du xix· siècle, un catéchisme unique, et en 1870,1e concile du Vatican a discuté le projet d'un petit catéchisme pour l’Êglise universelle. Enfin, on a composé, à l’usage des caté­ chistes et des fidèles instruits, des catéchismes plus dé­ veloppés, que l’on nomme grands catéchismes, par com­ paraison avec les petits et les moyens. Les catéchistes y trouvent les explications qu'ils doivent donner de la lettre du petit catéchisme, el les fidèles un exposé de la foi, qui ravive dans leur mémoire et complète dans leur intelligence l'instruction élémentaire précédem­ ment reçue. Nous exposerons sommairement l'histoire de l’en­ seignement catéchétique et nous dresserons le catalogue des principaux manuels employés, au cours des siècles dans cet enseignement. — I. Au moyen âge. IL Au xv« siècle et au xvi· avant le protestantisme. III. Chez les protestants. IV. Chez les catholiques au xvi» siècle après 1517. V. Au xvn» siècle. VI. Au xvin» siècle. VIL Au xix» siècle. I. Au moyen age. — 1“ Forme de la catéchèse primi­ tive, du VIIe au xhi‘ siècle. — Quand le baptême cessa d’être administré aux adultes et fut généralement con­ féré aux enfants peu après leur naissance, ou lorsque des tribus entières se convertirent en masse et furent baptisées avant d’avoir reçu une instruction suffisante, il fallut enseigner les vérités chrétiennes aux enfants et aux adultes déjà baptisés. Le catéchisme succéda ainsi à la catéchèse primitive; mais les matières de l’instruc­ tion élémentaire des baptisés furent identiques à celles de l'enseignement donné aux catéchumènes. Ainsi, le jour de la consécration de Jean, évoque de Constance, saint Gai) (f 646), adressa à ses auditeurs baptisés une véritable catéchèse. Semi., P. L., t. l.xxxvh, col. 1326. A en juger par le résumé que saint Ouen, Vila Eligi i. 1. II, c. xv. ibid., col. 525-550, donne des prédications de saint Éloi, cet évêque exposait aux néophytes les sujets traités autrefois devant les catéchumènes. De même qu'on faisait à ceux-ci. pendant le carême, la tradition du symbole des apôtres et de l’oraison domi­ nicale, de même on constate qu'au vm» siècle ces deux textes devaient être appris par cœur en latin on en langue vulgaire par les catéchisés et expliqués par les prêtres catéchistes et par les missionnaires. Cet usage existait 1897 CATÉCHISME alors chez les Anglo-Saxons et chez les Germains. Bède, Epist., n, P. L·., t. xctv, col. 659, recommandait à Egbert, évêque d’York, puisque celui-ci ne pouvait parcourir lui-même chaque année tout son diocèse, d’établir dans tous les villages des prêtres, charges d’administrer aux fidèles les sacrements et de leur ex­ pliquer le symbole des apôtres et l'oraison dominicale, traduits en anglais. Les laïques, les clercs et les moines, qui ne comprenaient pas le latin, devaient réciter ces formules en leur langue. Le concile national, tenu à Cloveshow en 747, avait statué, can. 3, 10, que les évêques visiteraient tous les ans leur diocèse, et que les prêtres apprendraient par cœur le Credo, le Pater, les prières de la messe et des sacrements et les explique­ raient à leurs ouailles en langue vulgaire. Mansi, Con­ cil., t. xn, col. 390, 398. Le concile réuni en 787 â Calchut sous la présidence de Lambert, archevêque de Cantorbêry, et du roi Oll'a, renouvela une partie de ces prescriptions. Can. 3, ibid., col. 9i0. G. Hickes, Thésau­ rus linguarum septentrionalium, a édité une formule anglaise de l’oraison dominicale glosée, tirée d’un livre mis sous le nom du roi Canut. Les canons 25« et 26«, attribués à saint Boniface, ordonnent à tous les chré­ tiens et spécialement aux parrains de savoir par cœur le Pater et le Credo. P. L., t. i.xxxix. col. 822. Dans l’empire carolingien, le même programme fut imposé partout. Le concile de Francfort (794) exigeait, can. 33, que le symbole des apôtres et l’oraison domini­ cale fussent connus de tous. Mansi, t. xin, col. 908. Saint Paulin, patriarche d’Aquilée, au concile de Friuli (796), imposa aux prêtres l’obligation de savoir par cœur le symbole de Nicée et aux fidèles celle de retenir le symbole des apôtres et l'oraison dominicale. Concil. J'orojul., can. 12-15, P. L., I. xeix, col, 293-295. Char­ lemagne lui-même (it des règlements sur la prédication, l'instruction des catéchumènes et le catéchisme. Les prêtres devaient comprendre et prêcher aux fidèles l'oraison dominicale, Capit.de 789, n. 70; Borelius, Capi­ tularia, Hanovre, 1883, t. i, p. 59, aussi bien que le symbole. Capit, de 802, n. 5, ibid., p. 106. Tous les chrétiens devaient apprendre le Credo et le Pater. Capit, de 802, n. 14, 15, P. L., t. xcvn, col. 247; Boretius, t. t, p. 110; cf. p. 147. Ils étaient obligés de les réciter aux prêtres qui avaient eux-mêmes la charge de les enseigner aux fidèles, ibid., col. 767, dans la langue que ceux-ci comprenaient. Ibid., col. 770. Cependant, régulièrement le soin de les enseigner était laissé aux parents pour leurs enfanls et aux parrains et marraines pour leurs filleuls. Ibid., 15, col. 248. Charlemagne, ayant rencontré des chrétiens qui se présentaient pour être parrains et marraines, mais qui ne purent réciter ni le Credo ni le Pater, leur défendit de tenir des en­ fants sur les fonts, tant qu’ils n’auraient pas acquis la science requise. Epist., xv, ad Garibalduni, P. L., t. xcvm, col. 917-918. L’enseignement portait aussi sur les vices ou les pêchés, grands ou petits, à éviter. Capit., P. L., t. xcvn, col. 326. Théodulfe, évêque d'Orléans, dans son capitulaire 22, obligeait tous ses diocésains à savoir le Pater et le Credo. P. L., t. cv, col. 198. Les écoles, instituées alors, avaient pour but de donner aux enfants qui les fréquentaient l'instruc­ tion religieuse. Un contemporain a rédigé, sous forme d'interrogations et de réponses, ou de dialogue entre un maitreet son disciple, une leçon d’école qui, partant de la création, expose les principaux points de la doc­ trine chrétienne et se termine par l’explication du Credo et du Pater. Cette Disputatio puerorum per in­ terrogationes et responsiones a été même attribuée à Alcuin, mais à tort, semble-t-il. P. L., t. ci, col. 10971144. Le concile d'Arles (813) ordonne aux pères et aux parrains d’instruire dans la foi leurs fils et leurs filles. Can. 19, Mansi, t. χιν, col. 62. Celui de Mayence, réuni la même année, fait les mêmes injonctions et recom­ 1898 mande la fréquentation des écoles. Can. 45, 47. Mansi, ibid., col. 74. Le concile de Paris, réuni en 829 par Louis le Débonnaire, ordonnait d’instruire les enfants baptisés dés leur naissance et blâmait ceux qui négli­ geaient ce devoir. L. I, can. 6, Mansi, ibid., col. 541. Le concile d’Aix-la-Chapelle (836) déclare qu’il est né­ cessaire d’apprendre aux enfants l’oraison dominicale, le symbole et leurs devoirs, C. n, a. 5. Mansi, ibid., col. 681. Le manuel de Dhuoda â son fils, rédigé en 842, expose la foi et la morale chrétienne. P. L., t. cvi. col. 109-118. Ottfried, moine de Wissembourg, a composé au IXe siècle un catéchisme en langue ludesque, qui con­ tient l'explication de l’oraison dominicale, un catalogue des péchés mortels, le symbole des apôtres, le symbole dit de saint Athanase et le Gloria in excelsis. G. Eckard l'a publié, Incerti monachi Weissenburgensis cateche­ sis theotisca, in-12, Hanovre. 1713, p. 60-73. Il a édité aussi, p. 79-81, une traduction et une explication, en vieil allemand, de l'oraison dominicale et du symbole desapôtresquisontdeNolkerle Bègue (findu ix·siècle), p. 81-86, une autre de Kéron, moine de Saint-Gall, et en appendice, p. 201-202. une version saxonne très ancienne du décalogiie. On trouve encore dans le même ouvrage, p. 93-99, deux formulaires de confes­ sion, du tx« siècle, dans lesquels sont énumérés les pé­ chés â accuser..!. Schiller, Thesaurus antiquitatum teu­ tonicarum, Vlm, 1728, t. i.suppl.,a édité un catéchisme de l’amour de Dieu et du prochain, du ix«ou dux«siécle, un décalogue en anglais et en latin, de l’époque du roi Alfred (871), et un autre plus récent en vers anglais. Au Xe siècle, Hathier, évêque de Vérone, ordonnait encore aux prêtres de prêcher le Credo et le Pater. Synodica, 12, P. L., t. cxxxvt, col. 563. Les mêmes prescriptions étaient renouvelées par Burchard de Worms, Decret., 1. 11, c. lix-lxv, P. L.,t. cxl, col. 636637, par Béginon de Prüm, De ecclesiasticis disciplinis, 1. I, 201, 202, P. L·, t. cxxxn, col. 228-229, et par Yves de Chartres. Decret., part. VI. 152-161, P. L., t. cxi.t, col. -481-483. Le roi Edgard (-j-975) déclarait que chaque chrétien est tenu de donner à ses enfants des habitudes chrétiennes et de lui apprendre le Pater et le Credo. Can. 17, P. L., t. cxxxvm, col. 500. Thierry de Pader­ born donnait, au xi« siècle, une explication de l’oraison dominicale. P. L., t. cxi.vn, col. 333-340. Fulbert de Chartres (-j-1029) expose à Adéodat comment il faut instruire les commençants sur les principaux sacre­ ments. Epist., v, P. L., I. CXLI. col. 196-204. Bonizon de Plaisance (-j-1089) a publié un Libellus de sacra­ mentis, P. L., t. ci., col. 857-866. Le roi Canut le Grand (t 1036) ordonne encore aux parents d'apprendre â leurs enfants le Pater et le Credo, 21, P. L., t. eu, col. 1176. Brunon de Würzbourg (-]· 1045) a compilé plusieurs explications latines du Pater et du Credo et un commentaire du symbole Quicumque. Deux d’entre elles sont textuellement empruntées à la Disputatio puerorum du ix« siècle. P. L., t. CXUI, col. 557-568. Cf. .1. Baier, Der h. Bruno, Bischof von Würzburg, als Kaleehet, 1893. Eckard, op. cil., p. 86-90, a pu­ blié une paraphrase du symbole des apôtres en vieil allemand du xn» siècle, nommée Boxhorniana du nom de celui qui l’a découverte, et le Kry der allen Kitchen, explication du môme symbole, du commencement du XIIIe siècle. Abélard a rédigé une explication de l'orai­ son dominicale, du symbole des apôtres et du symbole de saint Athanase. P. L., t. ci.xxxvm, col. 611-632. Au début de son exposition du Credo, il indique son but. qui est d'expliquer ce que tout chrétien est obligé de croire et de savoir, c'est-à-dire, d’après le concile de Heims de 813, can. 2; cf. Mansi, t. xiv.col. 77, le Pater et le Credo. Ibid., col. 617-619. Quant au symbole de saint Athanase, il doit être expliqué aux adultes et à ceux qui ont l'âge de raison, parce qu'il sert, comme les autres 1899 CATÉCHISME formules, à leur instruction. Ibid., col. 632. Odon de Sully, évêque de Paris (t 1208) recommandait à ses prêtres d'inviter les fidèles à réciter le Paler, le Credo et l'.-lee, et il leur ordonna d'expliquer au prône le symbole des apôtres. Synod. Constit., préceptes com­ muns, 10, 32, P. L., t. ccxxtt, col. 64, 66. Joscelin, évêque de Soissons, a publié l’exposition du Pater et du Credo, qu'il avait coutume de faire de vive voix dans les paroisses de son diocèse. P. L., t. ct.xxxvi, col. 14791196. Tout chrétien devait savoir ces formules, qu'on pouvait apprendre et expliquer en n’importe quelle langue, pourvu que chacun croie fermement à leur contenu. Ibid., col. 1481. Or les explications de Joscelin contiennent des arguments et des phrases identiques à ceux des sermons d’Yves de Chartres. Serm., xxit, xxtti, P. L., t. CLXII, col. 599-607. L’évêque de Chartres exhortait les parrains et les pères à expliquer le sym­ bole des apôtres à leurs filleuls et à leurs fils. Ibid., col. 607. Les statuts du synode de Grau (1114) n'exi­ geaient que l’exposition du Credo et du Pater dans les petites églises de la Hongrie; mais dans les grandes, on expliquait les Épitres et les Evangiles. L'ensei­ gnement était le même en Pologne, d’après le synode de Gnesen de 1248. Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, t. vin, p. 414. Mais le concile de Trêves de 1227 avait ordonné aux prêtres d'instruire les fidèles sur les péchés mortels, les articles de la foi et les dix commandements. Can. 8, Mansi, t. xxm, col. 31-32. Les deux conciles de Béziers (1246), can. 7, et d'AIbi (1254), can. 17, 18, imposaient aux curés l'obligation d'expli­ quer, chaque dimanche, d'une manière claire et simple, les articles du symbole. Les enfants, à partir de sept ans, devaient être amenés à l'église par leurs parents, les jours de dimanches et de fêtes. On leur enseignait le Pater, l'Ave Maria et le Credo. Mansi, t. xxm, col. 693, 836, 837. 2° Nouvelles méthodes catéchétiques inaugurées au XIIe siècle. — Tandis que le programme carolingien, plus ou moins développé selon les pays, continuait à être suivi jusqu’au Xlll* siècle, deux nouvelles méthodes avaient été inaugurées au xti». Elles eurent toutes deux beaucoup de succès et elles exercèrent une grande in­ fluence sur l'enseignement catéchétique. — 1. L’Élucidaire. — La première de ces méthodes dérive de 1 ' Elucidarius d'Honorius, écolàtre d'Autun. Cet ou­ vrage est divisé en trois livres, dont le 1er comprend l'explication du symbole des apôtres; le sacrement d'eucharistie y est rattaché à l’Église; le 1. Il traite du mal moral et physique; le III», des fins dernières, et spécialement de l’état différent des bienheureux et des damnés. Le texle est disposé par demandes et par réponses. P. L., t. clxxii, col. 1109-1176. Cet ouvrage a été traduit en français, en allemand, en italien et en anglais; mais les traductions dilfèrent parfois de l’ori­ ginal latin. J.-C. Brunet, Manuel du libraire, 5° édit., Paris, 1864, t. lit, col. 1213-1215. La traduction fran­ çaise du Lucidaire dans le dialecte de Valenciennes est l'œuvre de Gilbert de Cambrai. La version italienne intitulée : Libro del maestro e dei discipulo chiamato Lucidario, Venise, 1508, a été faite par Manfredo de Monte Ferrato de Strevo. Sur les éditions de ces ver­ sions, voir Hain, Repertorium, n. 8815-8821; sur la traduction allemande, n. 8803-8814, et sur la version anglaise, n. 8822. Cf. Coppinger, Supplement, part. I, p. 263; part. II. n. 3041-3049. — 2. Le Septénaire. — La seconde méthode a été mise en vogue par Hugues de Saint-Victor, De quinque septenis seu septenariis, P. L., t. clxxv, col. 405-414. Cf. Allegorise in N. T., 1. II, c. m-vi, ibid., col. 774-777. Elie consiste à exposer le dogme et la morale en les rapportant à sept parties, tantôt opposées tantôt comparées à sept autres; les sept demandes du Pater sont rapprochées des sept béati­ tudes et des sept dons du Saint-Esprit; les sept vices DICT. DE THÉOlf. CAT11OL. 1900 on péchés capitaux sont opposés aux sept vertus prin­ cipales, aux sept œuvres de miséricorde, etc. Cf. B. Hauréau, Lesœuvres d’Hugues de Saint-Victor, Paris, 1886, p. 22-24. L'évêque de Soissons, Joscelin, Expositio de oratione dominica, P. L., t. Cl.xxxvi. col. 1496, la con­ naît, mais la laisse de côté : Nituntur quidam his sep­ tem petitionibus (du Pater) septem dona Spiritus Sancti et octo beatiludines applicare; sed, quoniam ad eruditionem simplicium non multum prodesse videntur, scienter præterivimus. Empruntée à saint Augustin, De sermone Domini in monte, 1. 11, c. x, xi, P. L., t. xxxtv, col. 1285-1286, cette méthode fut bientôt très répandue. Il n'y a pas un seul catéchisme du xm® siècle qui n'en fasse quelque application, et son influence a persévéré jusqu'à nos jours. On la trouve dans le traité De septem septenis de Jean de Salisbury, P. L., t. cxcix, col. 943-964, et dans celui d'Hugues d'Amiens, archevêque de Rouen. Super /ide catholica et oratione dominica, η. 10,23, P. L., t. CXCII, col. 1334, 1345-1346. Elle est appliquée par saint Thomas d’Aquin dans les cinq opuscules qui représentent les matières d’un catéchisme: Opusc. XVI, Expositio symboli apo­ stolorum; Opusc. vu, Expositio orationis dominicæ; Opusc. vili, Expositio salutationis angelicae; Opusc. iv, De decem praeceptis et lege amoris; Opusc. v, De ar­ ticulis fidei et Ecclesiæ sacramentis. Opera omnia, Paris, 1884, t. xxvn. Destinés à ses élèves, ils ont été très répandus au moyen Age. Cf. Werner, Der heilige Thomas von Aquino, Ratisbonne, 1858, 1.1, p. 123-158. Saint Edmond de Cantorbéry 1242) avait écrit pour son clergé des traités sur le décalogue, les sacrements et les pêchés capitaux. Son Speculum Ecclesiæ, c. vmxvtit, comprenait un exposé complet du Septénaire. Maxima bibliotheca Patrum, Lyon, 1677, t. xxv, p. 319-323. Cet ouvrage a été réédité par Kunz, Fünf Volks-und Kinderkalechismen aus déni Miltelaller, 2 vol., Lucerne, 1900, avec la Somme de frère Laurent, dont nous allons parler. Cette Somme est dite Sommele-Roi, parce qu’elle a été composée par ordre de Phi­ lippe 111 le Hardi par son confesseur, le dominicain Laurent. Elle est datée de 1279 dans plusieurs manus­ crits et elle comprend les dix commandements, les douze articles du symbole, les sept péchés capitaux, les sept demandes de « la sainçte patenostre », les sept dons du Saint-Esprit et les sept vertus. Cf. QuétifEchard, Scriplores ord. præd., t. i, p. 336 ; Histoire littéraire de la France, t. xix, p. 397 sq. La Somme-leRoi a été copiée très souvent et parfois sous des litres différents, tels que la Somme des vices et des vertus et Le miroir du monde. Ses manuscrits sont conservés dans beaucoup de bibliothèques, par exemple à Paris, bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. lat. 2898; biblio­ thèque de l’Arsenal, ms. fr. 459. Elle a été éditée en français en 1481, s. I., Hain, n. 9950, et par Vérard en 1495 sous le titre : La somme des vertus et des vices. Coppinger, Supplement, part. Il, n. 3513. On en a fait une traduction flamande, plusieurs fois éditée au xv siè­ cle. J.-C. Brunet, Manuel du libraire, t. v. col. 436-437; Hain, Repertorium, n. 9949-9952; Coppinger, part. I, p. 293; part. II, n. 3515. Une traduction anglaise a ■ té imprimée par Caxton, en 1484, sous le titre : The royal Book. Coppinger, part. II, n. 3514; J.-C. Brunet, Manu l du libraire, t. tv, col. 1432-1-433. Le Miroir du monde, qui ressemble à la Somme-le-Roi, quoiqu'il soit origi­ nal en plusieurs points, a été publié par Félix Chavannes, Lausanne, 1846, d'après un manuscrit du xtv siècle. Le Miroir de bien vivre n’est pour une bonne partie qu’un abrégé de la Somme-le-Roi. Bibliothèque Maza­ rine, ms. 966. Cf. G. Bertoni, Ricerche sulla Sommele-Roi di frère Laurent, dans Archiv fur Studien der neuesten Sprachen, 1904, p. 344-365. Le concile, tenu à Lambeth (Angleterre), en 1281. sous la présidence de Jean Peckham, ordonnait aux préties II. - 60 1901 CATÉCHISME d’expliquer aux fidèles, quatre fois par an, en une ou plusieurs fêtes et en langue vulgaire, les quatorze ar­ ticles de la foi, les dix commandements de Dieu, les deux préceptes évangéliques de l'amour de Dieu et du prochain, les sept œuvres de miséricorde, les sept pé­ chés capitaux, les sept vertus principales et les sept sa­ crements. Et pour qu'aucun prêtre ne put s'excuser sur son ignorance, le concile exposait sommairement ces matières de la prédication annuelle. Mansi, t. xxiv, col. 4I0-4I3. Un poème, latin, intitulé Florelus, parce qu'il contenait les Heurs de toutes les vertus, rentre dans la catégorie des catéchismes inspirés par le Sep­ ténaire. Attribué â saint Bernard et à Jean deGarlande, grammairien et poète du xi· siècle, il a fait partie de la collection : Auctores octo, Lyon, 1494, etc. ; cf. J.-C. Bru­ net, Manuel du libraire, t. I, col. 542-550; Ilain, n. 1917· 1919; Coppinger, part. I, p. 55; part. Π,η. 717-723, eta servi dans les écoles à apprendre aux enfants les élé­ ments de la doctrine chrétienne. 11 explique en vers les douze articles du symbole, les commandements, les péchés, les sept sacrements, les vertus et la manière de bien mourir. Ilain, n. 7182-7184; Coppinger, part. I, p. 217. Gerson l'a commenté : Summa admodum uti­ lis et fructuosa theologalis et canonica edita super Floretum, Lyon, 1494. Dupin n'a pas reproduit ce com­ mentaire dans les œuvres du chancelier. M. L’Ècuy, Essai sur la vie de Jean Gerson, Paris, 1832, t. n, p. 28(5-287. Le Florelus a été traduit en français : Le noble livre Floret. Coppinger, part. 11, n. 7185; cf. J.-C. Brunet, Manuel du libraire, t. Il, col. 1304; G. Bru­ net, La France littéraire au XV' siècle, Paris, 1865, p. 80; Hazard, Hist, du catéchisme, p. 152-154. La Summa rudium traite aussi des articles de la foi. Ilain, n. 1517015172. Un recueil manuscrit, que M. (lézard, p. 154, ap­ pelle Compilatio, était destiné ail instructionem mino­ rum quibus non vacat opusculorum variam plurali talem perscrutari de doctrinis catholicorum magistrorum. 11 contient une courte explication des articles de la foi, des dix commandements, des sept demandes du Pater, des sept sacrements, des sept vertus, des sept dons, des huit béatitudes, des sept vices tant de nature que de volonté et des excommunications. A Paris, Bibliothèque natio­ nale, ms. latin, 16412; bibliothèque Mazarine, ms. 983. Kunz a publié un Trallalo di dotlrina crisliana de la première moitié du xm· siècle, rédigé pour les petits enfants. Fünf Volks-und Kinderkatechismen aus dem Mittelalter, 2 vol., Lucerne, 1900. 11 a réédité aussi VInstruclio articulorum fidei, sacramentorum Ecclesiæ, præceplorum decalogi, virtutum et vilio­ rum, que l'archevêque de Tolède avait adressée à son clergé au synode diocésain de 1323. Elle comprend toutes les matières du Septénaire. Card. d’Aguirre, Col­ lectio maxima conciliorum Hispani#, 4 in-fol., s. 1. n. d., t. in, p. 570-571. 3“ Nouveaux catéchismes du xive siècle. — Ils se rat­ tachent encore à la méthode du Septénaire. Les deux principaux sont le Manipulus curatorum et le Doctrinal de sapience. Le premier, œuvre de Gui de Montrocher, est écrit pour les curés. Les deux premières parties traitent de théologie pastorale. La 111· partie expose, sous forme scolastique, les matières ordinaires de l’en­ seignement- catéchétique : le symbole des apôtres, l’oraison dominicale, les dix commandements de Dieu, les fêtes de l’Église, les œuvres de miséricorde et les dotes des bienheureux. Cet ouvrage a obtenu un grand succès et a eu de nombreuses éditions. Ilain, n. 81578213; Coppinger, part. I, p. 242-244; part. 11, n. 28242849. Il a été traduit en français. Ilain, n. 8214; Coppinger, part. 1, p. 244; part. Il, n. 2850. En 1395, Jean de Montagu, évêque de Chartres, le faisait copier pour l’usage de son diocèse. J.-C. Brunet, Manuel du libraire, t. m, col. 1855-1857. Le Doctrinal de sapience a été composé en 1388 par Gui de Roye, archevêque de Sens, . 1902 pour être lu au peuple par les curés. La table des matières indique des sujets variés, parmi lesquels on retrouve les douze articles de la foi chrétienne, les œuvres de miséricorde corporelle, les dix commande­ ments de Dieu, les péchés capitaux, la prière et les sacrements. Les explications du symbole et des com­ mandements sont tirées de la Somme-le-Boi. Un reli­ gieux de l'ordre de Cluny y ajouta, en 1389, un choix d'exemples et de citations des docteurs. Il a été traduit en anglais et imprimé par Caxton. Sur ces éditions, voir J.-C. Brunet, Manuel du libraire, I. IV, col. 14341433; G. Brunet, La France littéraire au .vv« siècle, p. 184; Ilain, n. 14012-14017; Coppinger, part. I. p. 414; part. 11, n. 5172-5181. Il était encore imprimé à Troyes, en 1622 et en 1743. Un concile provincial, tenu à Lavaur en 1368. ordonna à tous les curés d'instruire leurs paroissiens, les jours de dimanches et de fêtes, sur les articles de la foi, les préceptes du décalogue, les péchés capitaux et toul ce qui est nécessaire au salut. Pour faciliter l’observation de ce décret, il publia à la suite un abrégé de la doc­ trine chrétienne à l'usage des curés et des clercs. Cet abrégé explique le symbole des apôtres et les sacrements, les vertus et les vices, les dons et les béatitudes, et en­ fin les commandements de Dieu. Mansi, t. xxvi, col. 484493. 11 fut suivi dans tous les diocèses de la Gascogne et du Languedoc. En 1401, l’évêque de Dax l'adopta dans son synode, mais avec de notables additions. Degert. Constitutions synodales de Dax, Dax, 1888, p. 7682. Schiller, Thésaurus, etc., a édité encore un caté­ chisme allemand rimé du xiv· ou du xv« siècle, sur les commandements et les sacrements. Enfin, le docteur Nicolas Paulus a retrouvé un catéchisme par demandes et par réponses, du xiv» au xv· siècle, le Fundamen­ tum æternæ felicitatis, qui a été imprimé à Cologne en 1509, Ilain, n. 7396; il avait été signalé par Kocher. Bibliotheca theologiæ symbolicæel calecheticæ, part. II. léna, 1749, p. 146, mais on le croyait perdu. Ein verborengeglaubter Katechismus des ausgehenden Mitlelallers, dans le Katholik, octobre 1893, p. 382-384. Kunz l’a réédité. Fünf Volks-und Kinderkatechismen aus dem Miltelalter, 2 vol., Lucerne, 1900. 11. Au XV» SIÈCLE ET AU XVI» AVANT LE PROTESTAN­ TISME. — Les méthodes précédentes persévèrent, alors que d'autres catéchismes voient le jour et répandent de plus en plus parmi les fidèles l'instruction religieuse élémentaire. Nous grouperons les faits d'après les pays. — 1·En France. — Gerson (1363-1429) fut un véritable initiateur dans cette voie. Il avait compris qu'il fallait commencer la réforme de l’Église par l’instruction religieuse de la jeunesse et, étant chancelier de l'univer­ sité de Paris, il catéchisait lui-mème les enfants, dès 1409-1412, avant sa retraite à Lyon. 11 écrivit un traité De parvulis ad Christum trahendis, Opera, Anvers, 1706, t. lu, col. 277-291, pour justifier sa conduite et répondre aux calomnies de ses détracteurs. L’expérience lui avait fait sentir l'utilité d'un petit livre à mettre aux mains des enfants. Il s’en est expliqué, Epist., n, De reformatione theologiæ, Opera, t. I, col. 124: Jlem forte expediret..., fieret per facultatem vel de mandato ejus aliquis tractatus super punctis principalibus no­ stras religionis, et specialiter de præceplis, ad instru­ ctionem simplicium, quibus nullus sermo aut raro /it aut malefit. Dans sa lettre au précepteur de Charles VII. De considerationibus quas debet habere princeps, n. 6, Opera, t. m, col. 234-235, il avait réduit les principaux points de la religion chrétienne aux douze articles du symbole, aux dix commandements de Dieu, aux con­ seils évangéliques, à l'oraison dominicale, aux sept ver­ tus, aux sept dotes des bienheureux, aux sept dons, aux sept béatitudes et aux sept sacrements. Ces sujets lurent exposés par lui dans son Compendium theologiæ brcre et utile, Opera, t. 1, p. 238-422, et une sorte de petit cat j- 1903 CATÉCHISME chisme intitulé : L'A BC des simples gens, de très grande utilité et prou/it, ms. 1067 de la bibliothèque Mazarine, fol. 129-132. Gerson composa aussi, à l'usage des curés, son Opus tripartitum de præceplis decalogi, de confessione et de arte moriendi. Ôpera, t. i, col. 425450. Il y expliquait brièvement le Credo, les comman­ dements de Dieu, les péchés à accuser en confession et l'art de bien mourir. Sur les éditions de cet ouvrage, voir J.-C. Brunet. Manuel du libraire, t. n, col. 1557; Bain, n. 7651-7654; Coppinger, part. II, n. 2673-2680. Une traduction française a paru à Chambéry, en 1-483, Cop­ pinger, ibid,, n. 2681 ; et à Lyon en f 490. Hain, n. 7656. Retiré à Lyon, Gerson employa les dernières années de sa vie à catéchiser les enfants à l’église Saint-Paul. S'il n'eut pas d’imitateurs de son zèle, son activité catéchétique ne demeura pas toutelois stérile, car son Opus tripartitum, nous le verrons, lut adopté comme livre d’enseignement à la lin du XV siècle et au cours du xvt'. Mais auparavant d'autres catéchismes avaient été pu­ bliés en France. L'ordinaire des chrétiens avait été rédigé en 1464 « pour la consolation et la révocation des simples gens ». On y recommande la pratique des commandements et des œuvres de miséricorde, la ma­ nière de confesser les péchés et de s’en repentir par crainte de l’enfer, par espérance du paradis. G. Brunet, La France littéraire au xv· siècle, p. 151-152; Coppinger, part. II. n. 2522-2525; Hézard. Histoire du caté­ chisme, p. 167-168. L’art de mourir, attribué à Mat­ thieu de Cracovie, évéque de Worms, paraissait en français, in-4°, 1478. 11 contient les réponses, lirées de l'Ecriture, que le bon ange fait aux tentations suggérées aux hommes par le démon sur les sept péchés. J.-C. Bru­ net, Manuel du libraire, t. I, col. 501-508; Hain. n. 1838-1840; Coppinger, part. Il, n. 675. Le trésor des humains, 1482, traite de la manière d'instruire les enfants en la foi catholique. » 11 parle des lois chré­ tiennes, des divers états, de l’avènement de l’Antéchrist, des quinze signes du jugement et de la lin du monde, du bonheur des sauvés et des peines des damnés. Hézard, op. cil., p. 167. L’art de bien vivre el de bien mourir, 1492, comprend plusieurs traités: 1° L'art de bien vivre, qui expose brièvement le dogme, explique l'Ave Maria, le Paler, le Credo, les commandements, h-s sept vertus, les sept dons du Saint-Esprit, les sept œuvres de miséricorde, les sacrements, les huit béati­ tudes et les quatre conseils évangéliques; 2» un Mrs moriendi, analogue à celui dont il a déjà été question ; 3» a léguillon de crainte divine pour bien mourir; » 4» Advènement de l'Anlecrisl. Cf. Nisard. Histoire des livres populaires ou de la littérature de colportage, 2-édit., Paris, 1864, t. il, p. 322-329; G. Brunet, La France littéraire au XV‘ siècle, p. 15 ; J.-C. Brunet, Manuel du libraire, t. I, col. 509-512; Hézard, op. cit,, p. 168-169; Hain. n. 1847 ; Coppinger, part. 11. n. 680-682. H n’était qu'une traduction de ï'Mrs bene virendi et moriendi. Hain, n. 1843-1846; Coppinger, part. I, p. 52-53; part. 11, n. 678, 679. Sur un Livre de bien vivre, voir Hain, η. 10151. Le mirouer de bien vivre reproduit le Doctrinal de sapience de Guy de Roye. 11 est dit « ung traicté qui est moult profitable pour apprendre à bien mou­ rir ». Ms. 1067'de la bibliothèque Mazarine, fol. 91-118. Sur le Speculum artis bene moriendi, voir Hain, r. 14911-14914. Les chanoines de Saint-Victor de Paris avaient formé un recueil de documents caléchétiques. Bibliothèque nationale de Paris, fonds français, n. 25548. Il débute par un Speculum Christianorum divisé en quatre parties: ce qu'il faut faire et éviter, ce qu’il faut croire, le Septénaire, ce qu’il faut méditer, viennent ensuite l’Opzts tripartitum de Gerson et le Lucidaire d'Honorius d’Autun. On lirait de ces trois sources la doctrine chrétienne. La formation de la vie chrétienne se faisait au moyen du Jardin amoureux, 1904 de la Vie de saint Victor de Marseille et de VHistoire des trois morts et des trois vifs. Un modèle de con­ fession générale pour le jour de Pâques et un traité de Sénèque sur les vertus cardinales, traduit en fran­ çais par Courtecuisse, terminaient cetie petite en­ cyclopédie catéchétique. Hézard, p. 169-170. Citons encore La fleur des commandements de Dieu arec plusieurs exemples el autorités extraites tant des saintes Écritures que des docteurs et des anciens Pères, Rouen, 1496; Paris, 1499, etc. Hain, n. 7131 : Coppinger. part. II. n. 2522-2525; J.-C. Brunet. Manuel du libraire, t. n, col. 1287-1288; G. Brunet, La France littéraire au xv· siècle, p. 79-80; Le livre des bonnes mœurs, traité sur les vertus et les états, par frère Jacques Legrant.auguslin ;G. Brunet, La France littéraire,p. 109110, et le Livre des vertus. G. Brunet, op. cit., p. 114 ; Coppinger, part. II, n. 3624. Celte littérature s’enrichit encore de l'appoint consi­ dérable des catéchismes de colportage. La deuxieme et la troisième partie du Compost ou Kalendrier des bergiers, Paris, 1492, ajoutaient à des renseignements météorologiques et médicaux une somme des connais­ sances religieuses répandues dans le peuple au XVe siè­ cle. On y trouve « l’arbre des vices et miroirs des pécheurs », les « peines d’enfer pour les pécheurs », décrites par Lazare ressuscité, la « science salutaire » ou l’oraison, comprenant le Pater, l’Ave, le Credo, les dix commandements de Dieu et les cinq de l’Eglise, le « jardin des vertus », qui donne la définition des vertus et des conseils pour les pratiquer, et après deux chan­ sons. les « peines d'enfer pour ceux qui gardent les commandements du diable » et « l’eslite et fleurs des vertus », c'est-à-dire les vertus théologales. Des vignettes accompagnent ces leçons de morale. Cf. Hain, n. 55825589; Coppinger, part. I, p. 174-175; part. II, n. 17231725 ; G. Brunet, La France littéraire au XV’siècle, p. 52-53 ; J.-C. Brunet, Manuel du libraire, t. il, col. 202206; Ch. Nisard, Histoire des livres populaires, t. t. p. 90-99 ; Hézard, p. 162-165. On répandait aussi des mi­ roirs de titresdilférenls : Le mirouer de l'âme, imprimé vers 1498; J.-C. Brunet, Manuel du libraire, t. ni, col. 1748 ; G. Brunet, La France littéraire au x t · siècle, p. 140-141; Coppinger, part. II, n. 4068; le Speculum animæ peccatricis, Hain, n. 14899-14910; Coppinger, part. I, p. 444; part. II, n. 5560-5567; trad, franç., Cop­ pinger, part. II, n. 5568-5572 ; G. Brunet, La France lit­ téraire au XV' siècle, p. 141 ; J.-C. Brunet, Manuel du libraire, t. ni, col. 1751-1752; le Miroir de la rédem­ ption de l'humain lignage, dont le fond semble avoir été tiré du Speculum humante salvationis, poème latin, dont plusieurs manuscrits sont datés de 1324 et qui est le plus ancien monument de la xylographie jointe à la typographie. J.-C. Brunet, Manuel du libraire, t. v, col. 476-483. Sur les éditions latines, françaises et fla­ mandes, voir G. Brunet, La France littéraire au xv siècle, p. 141-142; Hain, n. 14922-14929; Coppinger, part. 1, p. 445; part. Il, n. 5580-5586. Ce Spéculum a été utilisé plus tard pour un livret de colportage: Le miroir du pécheur, composé par des capucins mission­ naires et imprimé encore au xix« siècle, in-12, Epinal. 1828. On y expose l’état malheureux d’une âme tombée dans le péché mortel et d’un damné, aussi bien que l’état heureux orné de la grâce sanctifiante et celui des bienheureux dans le ciel. Le tout est représenté par des ligures que Ch. Nisard, op. cit., t. II. p. 24-34. tenait d’un prix inestimable. Ces images, colportées dans les missions pendant près de trois siècles, sont attribuées a Michel Le Nobletzf 1577-1652), missionnaire breton ; elh-s sont généralement connues sous le nom d’images du Père Maunoir, jésuite, continuateur des travaux de Le Nobletz. Hézard, op. cit., p. 166. Les écrits catéchétiques de Gerson commencèrent â se répandre à la fin du xv» siècle. L'ABC des simples 1905 CATÉCHISME gens était inséré dans le Liber synodalis Ecclesiæ Lingonensis, du xve siècle. L’Opus tripartitum était si apprécié par les évêques français, que plusieurs l’adop­ tèrent pour l'instruction des prêtres et des fidèles de leurs diocèses. Par une ordonnance datée de Paris du 20 février 1507, François de Luxembourg, évêque du Mans, obligeait ses curés à posséder un exemplaire de cet ouvrage, qu’il avait fait imprimer en latin et en français sous le titre : L'instruction des curés pour instruire le pauvre peuple; il leur recommandait d’en lire le texte au prône et accordait des indulgences à tous ceux qui avaient ce livre, le lisaient ou en entendaient la lecture. Hézard, p. 156-157. Des éditions postérieures, dont nous parlerons plus loin, y ajoutèrent diverses pièces, dont la plus importante est le Liber Jesu Christi pro simplicibus. Ce livret était déjà imprimé dans le Ma­ nuale seu inslrucloriuni curatorum continens sacra­ menta Ecclesiæ et modum ea administrandi cum plu­ ribus aliis documentis, Lyon, 1505, fol. i.xxxi-lxxxiii,v, à l'usage des diocèses de Clermont et de Saint-Flour. Ibid., p. 340, 353-354. Ce Livre de Jésus, en français, pour les simples gens, contenait « la Patenostre », I Ave Maria, le Credo, ou les douze articles de la foi, les dix commandements de la loi et les cinq de l’Église. Le texte de ces formules était accompagné de courtes explications. Ibid., p. 158-160. 2° En Espagne. — Le concile, tenu à Tortose en 1429, indique les matières d une doctrine chrétienne et ordonne d’en publier un breve compendium. Ce ma­ nuel expliquerait le symbole, l'oraison dominicale, le décalogue, la gloire du ciel et les peines de l'enfer en six ou sept leçons et serait commenté au peuple le di­ manche. Can. 6, Mansi, t. xxviit, col. 1147-1148 ; llefele. Hist, des conciles, trad, franç., t. xi, p. 163. Le concile de Tolède (1473), can. 2, assignait à l’enseignement du catéchisme les dimanches entre la Septuagesime et la Passion. Tous les curés devaient avoir â cet usage un cahier contenant le symbole, le decalogue, les sacre­ ments el les différentes sorles de vices et de vertus. Mansi, t. xxxn, col. 385. Un carme, Jaunie Montantes, rédigea un Espeio de bien vivir et un Tralado de adjudar à bien mourir. Notons le Catéchisme pro Judæorum conversione ad. J.-C. fidem facile expedienda, s. I. n. d. (Séville, vers 1478), du cardinal Pierre Gonzalez de Mendoza. 3° En Allemagne. — Le premier catéchisme allemand qui ait été imprimé, en 1470, est le Chrislenspiegel, composé en bas-allemand par le frère Dederich (Thierry Kôlde), minime de Munster et célèbre prédicateur. 11 expose ce qu’il faut croire et ce qu’il faut faire pour bien vivre et bien mourir. Il fut très populaire et eut de nombreuses éditions : Cologne, 1480, 1501, 1508, 1514, 1589, 1598; Anvers, 1614; Cologne, 1708. Il a été réédité par Moufang, Katholische Kalechismen des sechszehnten Jahrhunderls in deulscker Sprache, Mayence, 1881. Cf. I. Janssen. L’Allemagne et taréforme, trad, franç., Paris, 1887, t. 1, p. 34-35. Cet historien signale encore, p. 37-40, deux autres catéchismes de celte époque : le Guide de l'âme, et la Consolation de l'âme (Seelenlrosl). Ce dernier a été imprimé, de 1474 à 1491, en plusieurs dialectes et en plusieurs endroits. Hain, n. 145S1-14583; Coppinger, part. II, n. 5334-5344. Une Tafel des christlichen Lebens, rédigée vers 1480, a été publiée par Wahlinann, Deutschlanàs katholische Kalechismen, Munster, 1894, p. 61 sq. Marc de Lindauwe a composé une explication du decalogue. Die zehn Gebole,etc.,Venise, 1483; Strasbourg, 1516,1520; cf. Hain, n. 7513; Coppinger, part. Il, n. 2648; elle a été réédi­ tée par Geficken. Der Bildércatechism us des i5 Jahrhun­ derls, Leipzig. 1875, 1.1, p. 42 sq. Henri de Langenstein, fondateur du gymnase de Vienne, a fait des traités sur l'oraison dominicale, le salutation angélique et le sym­ bole des apôtres. Nicolas d'inkelspuel a exposé toutes 1906 les parlies du Septénaire. Elles sont contenues aussi dans le Liber de eruditione Christi fidelium du domi­ nicain Jean Herolt. Hain. n. 8516-8522; Coppingcr, part. I, p. 253-254. Jean Nider, en faisant l'apologie des fourmis et de leurs mœurs, Eormiearius, enseignait au peuple la morale chrétienne. J.-C. Brunet. Manuel du li­ braire, t. m, col. 72-73; Hain, n. 11830-11833; Coppinger, part. I, p. 350-351. Il a aussi expliqué longuement les préceptes du décalogue : Præceplorium legis sire expositio decalogi. Hain, n. 11780-11796; Coppinger, part. I, p. 349; part. II. n. 4411-4415. Henri de Herpf, O. M., a composé un Speculum aureum deeem præceptorum Dei; ce sont des sermons. J.-C. Brunet, Ma­ nuel du libraire, t. n, col. 130 ; Hain, n. 8523-8526 ; Cop­ pinger, part. I. p. 254. Le chartreux hollandais, Gérard de Stredam. dans son Pastoral, a traité des sept sacre­ ments, des vertus et des vices et du décalogue. Coppinger. part. II, n. 5587, 5588, signale un Spiegel der Conscientien. On publiait d'autres miroirs encore: Spiegel der Tugenden, Hain, n. 14952: Spiegel der arme» sündigen Seelen, Hain. n. 14949, 14950; Spiegel des Menschen, Hain, 14952; Spiegel der Sitten, Hain, n. 14941: Spiegel des Sunders, Hain. n. 14945-14948,14951 ; Cop­ pinger, part. I. p. 446; part. II. n. 5590. N’oublions pas les nombreuses éditions de l'.-lrs moriendi, en latin. Hain, n. 1831-1835; Coppinger. part. II, n. 667-670; en allemand, Hain. n. 1836. 1837 ; Coppinger, part. II, n. 671674 ; en flamand, Hain, n. 1841,1842; Coppinger, part. H, n. 677 ; en italien, Coppinger, part. II, n. 676 ; cf. part. I, p. 52; sans parler des éditions françaises déjà citées. Pour l’explication de l'oraison dominicale, voir Falk, Der l'nterrichtdes Volkes in den kaleehelischen llauplslückenam Ende des Miltelalters. Die P lernoster-erklürurgen, 1482-1520, dans Hislorisch-politische Dialler fur das kalhol. Deutschland, Munich, 1892, p. 108, 553560.684-694. La partie la plus développée des catéchismes de cette époque était celle qui concernait le décalogue, les vices et les vertus. Pour préparer les fidèles à se bien confesser, on insistait sur les devoirs à remplir el sill­ ies fautes à éviter, l'examen de conscience roulant sur les péchés d'omission et decommission. Cf. J.Geficken, Der Bildercatechismus des 15 Jahrhunderls und die calechetischen llauptsti'uke in dieser Zeil bis auf Luther, Leipzig, 1855, t. i (les commandements de Dieu). 4" En Italie. — Un Libretto de la doctrina Christiana, usité en Italie à la lin du xv» siècle, offrait aux jeunes gens une explication des dix commandements, des douze articles de la foi, des sept sacrements et de toute la série du Septénaire. Savonarole (1495) a publié: Expositio orationis dominicæ, en latin et en italien, Hain n. 14444-14447; Coppinger, part. I, p. 429; part. Il, n. 5296-5298; Expositione sopra l'Ave Maria; Hain, n. 14448,14449; une explication du décalogue et une règle pour discerner les péchés mortels des véniels. Opuscula, in-24, Leyde, 1633. Le Lucidaire était im­ primé à Venise en 1408. Hézard, op. cil., p. 171-172. 5° En Angleterre. — Le Doctrinal de sapience était imprimé en 1489; le Manipule des curés en 1502: le Calendrier des bergiers en '1503; 1/lrl de bien vivre en 1505; le Spéculum chrisliani, en anglais el en latin. Londres, s. d., Hain, n. '141.14; Coppinger, part. L p. 444-445; part. 11, n. 5573-5575. 6° Catéchismes des humanistes. — Certains huma­ nistes recommandaient chaudement l’instruction des enfants. Cf. Jacques Wimpheling, De adolescentia, 1500; Erasme. Paraphrases in N. T., Berlin, 1777, p. xxvil ; Opera, Leyde, 1706, t. vu, préface non paginée. Erasme lui-même publia une sorte de catéchisme sous le titre: Chrislianihominis institutum, 1514. Opera, Leyde, 1704. t. v, col. 1357-1359. Jean Colet rédigea pour son école Saint-Paul un manuel de religion, qui traite de la f i et de la pénitence, de l’eucharistie el des lins dernières. 1907 CATÉCHISME 1908 Ce Catechyzon a été édité par .T. H. Lupton, .4 live of > für junge Christen, 1526; 15» .1. Bader. Gèsprâchbüchlein, qui est réellement le premier catéchisme de l’Église John Colet, Londres, '1887, p. 28G sq. Érasme l'a tra­ évangélique. Le t. xxt contient les essais de 1527 et de duit en vers hexamètres. Overall l’a traduit en anglais : 1528; 16’ Agricola, Chrislliche Kindersucht, rédigé pour A UC, with the catechism, 1640, et celte traduction, usitée l'école d’Eisleben en latin et en allemand; le texte latin à l’école Saint-Paul, a été réimprimée en 1687. Pierre estl’édition originale; 17°Capito, Kinderbericht, destiné Triton Athesinus avait écrit en allemand un ouvrage à l’enseignement organisé à Strasbourg dès 1527 et d'enseignement pareil à celui de Colet : Enchiridion, zwinglien; cf. A. Ernst et .I. Adam, Katechelische Ges­ 1513. Cf. Milleilungen der Gesellschaft für deutsche chichte des Elsasses bis zur Dévolution, Strasbourg, Erziehungs und Schulgeschichte, 1898, t. vin, p. 264 sq. 1897, p. 23-36; 18» catéchisme de Saint-Gall, remanie­ Ces catéchismes ont été reproduits, les deux premiers ment des Kinderfragen des frères bohèmes; 19« Pierre en entier et le dernier par extraits, par Cohrs, Monu­ Schultz, Katechismus, dont l'édition est meilleure que menta Germanise pædagogica, t. xxiii. III. Catéchismes protestants. — Quand la Réforme celle de Kawereau: 20° Sprüche de Mélanchthon; 21° Agricola. Hundertdreissig Fragstücke; c'est un protestante commença, l'instruction religieuse des en­ extrait de son précédent ouvrage en bas allemand; une fants préoccupait déjà les esprits, et il n’est pas vrai de édition en haut allemand, comptant 156questions, n'est dire que les protestants en ont eu l’initiative. Il est juste pas l'œuvre d'Agricola; 22° Gaspard Grâter. Kalechesis, de reconnaître leur zèle à répandre cette instruction et destinée à l'école d'IIeilbronn; 23° une refonte du Laienà multiplier les catéchismes. Mais ils avaient été devancés dans cette voie par d’autres hérétiques, dont ils furent büchlein, faite à Wittemberg en 1529. La plupart de ces les imitateurs. — 1» Catéchismes des vaudois et des textès avaient déjà été réédités. Le t. xxn reproduit les essais de 1528 et de 1529 : 24» de Wenzel Linck, un frères bohèmes. — Les vaudois avaient des Interroga­ tions memors, qui servirent de modèle aux Kinderfra­ prêche sur la cène, fait en 1528 pour la première com­ munion des enfants; 25° un fragment d’Étienne Roth gen des frères bohèmes. Luther connut ce dernier ca­ téchisme en 1523 et il en prit occasion de publier ses sur les trois premiers commandements de Dieu, et le premiers écrits catéchétiques. Le catéchisme des frères Katechismus rédigé par ordre de Bugenhagen pour la bohèmes, simplement traduit ou diversement remanié, ville de Brunswick; 26° Conrad Salm, prédicateur à Ulm, a servi â l’enseignement dans plusieurs communautés Christi. Unterweisung, de 1528 ou de 1529:27» J. Brentz, protestantes. Les textes se trouvent dans Kocher, CateFrageslücke des chrisllichen Glaubens, 1529 ; 28» Otto chelische der Waldenser, léna, 1768; G. von Zezschwitz, Braunfel, Catalogi virorum illustrium, etc., HedentmDie Katechismen der Waldenser und bômischer Bra­ chlein, 1527, en latin et en allemand, sept livres sur der, Erlangen, I863; .L Millier, Die deutschen Kateles hommes et les femmes de la Bible; Catechesis pue­ chismen der bômischer Brader, dans Monumenta rorum, 1529; comme l’auteur était maître d'école au Germanite pædagogica, Berlin. 1887, t. iv. Un premier couvent des carmes de Strasbourg, son catéchisme a été remaniement, fait à Magdebourg en 1524, a été traduit fait pour les écoles catholiques; 29» Hegendorfer, Paen suédois. Le texte est reproduit Monumenta Germaræneses, 1529 ; 30° un ouvrage antérieur du même écri­ vain, Christiana institutio, 1526; Morum et honestatis niæ pædagogica, t. xx, p. 3 sq. Un autre remaniement fait à Saint-Gall en 1527 est dans Monumenta Germa­ præcepla; et Tabula de la Brevis institutio de l’huma­ niste Jean Pinicianus; 32» Præcepla ac doctrina nite pxdagogiea, t. xxi, p. 203 sq. L’édition de 1608 et l'abrégé, faitde1600a 1615,ont été réimprimés à Prague D. N. J. C., choix desentences évangéliques fait peut-être .n 1878 et en 1895 par ordre du sixième synode géné­ par Pinicianus pour les écoles de latinité; 33» Unterricht ral de l’Église évangélique. Les textes sont reproduits des Glaubens du prédicateur delà cour, Gaspard Lœner. Le t. xxiii de la même collection contient les UndalierMonumenta Germanite pædagogica, t. iv, p. 211 sq., bare Katechismusversuche und zusammen/assende 296 sq. 2" Nombreux essais de catéchisme qui dans l’Église Darstellung de la publication de Cohrs. Les essais non évangélique ont précédé l’Enchiridion de Luther. — datés sont : 34» .1. Œcqlampade, Frag und Antwort in Luther, ayant organisé des catéchismes pour les enfants, Verhôrung der Kinder, dont la première édition datée demanda à quelques-uns de ses disciples de composer est de 1537; mais celle-ci a été précédée de plusieurs un manuel. Pour répondreau désirdu maître, beaucoup autres et l'ouvrage est de 1525 ou de 1526; il a été revu se mirent à l’œuvre et la plupart des essais tentés en et remanié plusieurs fois, par exemple par Mykonius en latin ou en allemand sont reproduits dans Monumenta 1544 et par Grynaus; 35» J. Toltz, IVie man junge Germanite pædagogica, Berlin. 1900-1902, t. xx-xxm, Christen in drei llauptslücken kurz unterweisen soil; par les soins de Cohrs et sous le titre : Die evange36» .1. Zwick, réformateur de Constance, explications du Pater noster et du Credo, dont la dernière est de iische Katechismusversuche vor Luther’s Enchiridion. 1529 ou 1530 ; 37» Funf Abendmahlsfragen de Luther; Le t. xx comprend les essais entrepris de 1522 à 1526 : elles ont été rédigées en 1523 peut-être pour les premiers I quelques parties d'un catéchisme; 2» la traduction allemande du catéchisme des frères bohèmes; 3« I’Enchi­ communiants; avec un formulaire de questionsde Juste ridion de Mélanchthon, en latin et en allemand, 1523; Menius (1525) et un autre par Briesmann, Speratus et i des Scholien du même auteur; 5° Euslasius Karmel, Poliander pour les premiers communiants de la Prusse Evangelisch Geselz, eine Synopsis der Bergpredigt für (1526); 38» Benoît Otho, extraits constituant un livre d.n hâusliehen Unterricht, 1524; 6° la revision du de lecture en latin, 2" édit, par Luc Otho, 1527, emprun­ catéchisme bohème, faite à Magdebourg; 7° J. Agricola, tés en partie à V Enchiridion de Mélanchthon; 39° Va­ λ'or-e Verfassung des Speeches Matlh., xvi, 13 sq., eine lentin Krautwald, deux lettres de 1526 et 1527, et trois dissertations non datées : Catechesis ; Canon generalis kleine Muslerkatechese, 1525; 8» une courte explication d-sdix commandements en latin et enallemand ; plus tard, super his quæspectant ad calechismum Christi; Inslielle devint la table catéchétique, imprimée à Strasbourg, tuliuncula sur les sacrements. Knoke, Der evangelische Katechismuslilteratur bis 1525, dans Halte was du hast s. d., et contenant en outre le Credo, le Pater et l'.4re Maria; 9» la table de Zurich, sur les commandements, de Sachsse, t. xxiv, p. 506-518. a complété la publica­ tion de Cohrs, en indiquant de nouvelles éditions d = pour la confession; 10° Valentin Ickelsamer, Ein ernstKinderfragen des frères bohèmes et l'ouvrage de Hans Îu7i und wunderlich Gesprech zwayer Kinder, 1525; Gerard Wagmeyster de Kylzingen, Schrift über den II Ilans Gerhart. Schône Frage und Antwort, dia­ rechten Glauben und seine Frucht, 1522. Sur toute cette logue, 1525; 12» la revision des Kinderfragendes frères : hêmes, faile â Wittemberg; 13° Dos Büchlein für die matière, lire les vues d’ensemble de Cohrs. Monumenta Germanise pædagogica, t. xxiii. Laicn und die Kinder, 1525; 14° J. Toltz, Ilandbüchlein 1909 CATECHISME 3° Catéchismes de Luther. — Luther se prépara luimême peu à peu à son œuvre catéchétique. Il expliqua d'alord dans ses sermons l'oraison dominicale et le décalogue; il publia ensuite de courtes expositions des commandements, du symbole el du Pater, et un petit livre de prières pour se préparer à la confession. Dans sa Deutsche Messe, 1525, il exprima ses idées sur l’en­ seignement catéchétique. En 1526. il adopta, comme livre olticiel d'instruction religieuse l’ouvrage paru l'année précédente à Wittemberg en haut et bas allemand, Eyn Bôkeschen vor de Leyen unde Kinder. Monumenta Germanise pædagogica, t. xx. p. 200 sq. En 1528. il prêcha encore sur les matières catéchétiques. En 1529, il mit en tableaux sa Kurze Auslegung der zehn Gebote, puis, dans une seconde série, la confession et les sacre­ ments de baptême et d'eucharistie. Ces tableaux, rédi­ gés en bas allemand, formèrent la première édition du petit catéchisme. Cf. Monckeberg, Die erste Aufgabe von Luthers kleinen Katechismus, 2« édit., Hambourg, 1868. Le grand catéchisme parut la même année en plusieurs éditions et en deux traductions latines. La troisième édition du petit catéchisme, publiée le 13 juin 1529, fut intitulée : Enchiridion. Elle fut rééditée du vivant de Luther eu 1531, 1535, 1536, 1537, 1539, 1542. Plusieurs de ces rééditions ont été réimprimées de nos jours. Il parut encore en 1529 â Wittemberg deux re­ maniements latins du petit catéchisme. Juste Jonas en lit une troisième traduction latine en 1539. Ce livre, tra­ duit en grec par J. Mylius, a été imprimé à Bâle, 1558, 1564,1572. Les catéchismes de Luther ont eu d'innom­ brables éditions; ils ont été adoptés pour l’enseignement religieux et ils sont aujourd'hui encore en usage, non seulement en Allemagne, mais aussi dans tous les pays de l'Europe et de l'Amérique qui ont des Eglises pro­ testantes. D'autres communions que la luthérienne les ont suivis et les suivent encore. On les a expliqués et commentés très souvent. Sur les éditions et les commentaires, voir Ilealencyclopadie fur protestautische Théologie und Kirche, 8' édit., Leipzig, 1901, t. x, p. 130-135, 139-162 (avec une riche bibliographie); Knoke, Ausgaben des Luthcrschen Enchiridion bis zu Luthers Tode und Neudruck der Wittenberger A usgabe, Stuttgart, 1903; O. Albrecht, Zur Bibliographie und Textkritik des kleinen Lutherischen Katechismus. dans Archiv fur Re/ormalionsgeschichte. Texte und Untersuch. de W. Friedens­ burg, Berlin, 1004. t. I, fasc. 3, p. 51-82; L. Emery, Introduction à l'étude de la théologie protestante, Lausanne, Paris, 1904, p. 666-667. 4° Autres catéchismes protestants du xvp siècle. — L’immense succès du catéchisme de Luther n’arrêta pas la publication de nouveaux livres d’enseignement, même parmi les luthériens. Les autres sectes eurent aussi les leurs. Signalons seulement les principaux : Bucer, Katechismen, Strasbourg, 1534, 1537; cf. A. Ernst et J. Adam, Kalechetische Geschichte des Elsasses, Stras­ bourg, 1897; la confession de Bohème de 1535 définis­ sait le catéchisme : catholica el orthodoxa Patrum do­ ctrina, et déclarait que le decalogue, la foi apostolique ou le symbole deNicée et l'oraison doininicaledevaient être enseignés aux enfants et constituaient les matières de la science suffisante au pieux chrétien, a. 2, Confessio fidei ac religionis,édit., 1558, p. 18-19; le catéchisme de Bucer remanié en 1545 dans le sens zwinglien, devint le catéchisme de Berne, traduit lui-même en français en 1552. revu encore en 1581 et longtemps employé; J. Other, Katechismus, Aarau, 1530; Léon Juda, Grosser Kalechismus, Zurich, 1531; Kleiner Katechismus, Zurich, 1535; le premier de ces catéchismes a été réédité en langue moderne par Grob, 1836; Megander (Caspar Grossmann), Kurze chrislliche Auslegung, Berne, 1536. Calvin, de son côté, publia deux catéchismes en français, l'un en 1537. l'autre en 1542; ils furent tous deux traduits en latin, 1538,1545. L un d'eux a été traduit en grecpar Henri 1910 Étienne. Voir col. 1383, 1390; cf. Rilliet et Dufour. Le catéchisme français de Calvin, Genève, 1878. Le calé chisme de Calvin a été discuté par Feuardent, Examen catechisnii calviniani, Paris, 1600 édit., plus complète, 1601. Bullinger, Summe chrisllicher Beligion, 1556; deux calvinistes. Ursinus et Olevian, publièrent en 1563 à Heidelberg le Katechismus Ileidelberger, qui fut ré­ pandu en Suisse, en Autriche et en Hollande; trad, fran­ çaise, 5' édit., Berne, 1753; cf. A. Wolters, Der Ileidel­ berger Catechismus in seiner ursprûnlichen Gestalt, nebst der Geschichte seiner Textes im Jahre 1563, Bonn, 1864; Niepmann. Der Ileidelberger Katechismus von 1563, Elberfeld, 1866; M. A. Goossen, Der Heidelbergsche Catechismus, Leyde, 1890; liealencyclopâdie fur protéstantische Théologie und Kirche,3“ édit., Leipzig, 1901, t. x, p. 164-173. En 1568, parut à Schaffhouse le caté­ chisme du doyen Ulmer. G. Peucer, gendre de Mélanchthon et professeur à Wittemberg. lit publier par la faculté de théologie de celte ville un nouveau catéchisme qui fut mis aux mains des étudiants des écoles latines et des gymnases et qui servit d'introduction aux études théologiques. Sa doctrine sur l'eucharistie souleva de violentes récriminations de la part des théologiens de Brunswick et d’Iéna. Cf. Klose, Der cryptocalvinistiche Catechismus, 1856. F. Fricke, Drei reformile Katechis­ men des 16 Jahrhunderts, dans Zeitschrift fur praktische Théologie, 1900, t. xxn, p. 304-313, a signalé les trois catéchismes suivants ; Ochino, Il catecismo, in-8°, Bâle, 1561 ; J. Bilsten, Catechesis, en 14 chapitres; G. Altenralh, Ubiquitislische Katechismus, 1596. Drusius pu­ blia un petit catéchisme en hébreu,en grec et en latin : â’în, hoc est, Catechesis sive prima institutio aut ru­ dimenta religionis christianæ, ebraice, grtece el latine explicata, Leyde, 1591. Socin avait publié : Christianæ religionis brevissima institutio per interrogationes el responsiones quam vulgo catechismum vocant, dans 'Ia Bibliotheca fratrum polonorum, t. i, p. 651 sq. Les sociniens eurent encore ; Catechesis el confessio fidei cretus per Poloniam congregati, Rackow, 1574. En Italie, Jean de Valdés composa probablement en italien, vers 1535, un catéchisme qui a été traduit en latin, en polo­ nais, en allemand, en anglais, en français et en espagnol. Une réédition en a été faite par Ed. Bôhmer, Inslruccion cristiana para los niiios, Bonn, 1883. Vermigli publia un Catecismo, ouvert) esposilione dei symbolo apostolico, Bâle, 1546. L’Eglise établie d'Angleterre eut son catéchisme introduit dans le Prayer book de 1549 à 1661 comme préparation â la confirmation. Voir I. t, col. 12891291. Elle s’en sert encore aujourd’hui : The catechism of the Church of England. J. Palmer en a donné une explication, The Church catechismus, qui est aussi en usage. Il est annoté par J. H. Blunt, The annotated book of common prayer, 2e édit., in-4», Londres, 1890, p. 431436. L'introduction qui précède, p. 428-130, nous apprend qu'on l a attribué â Alexandre Nowell, auteur d’un plus grand catéchisme en latin, 1570, réédité à Oxford en 1835 et 1844, qui y a collaboré. L’évêque de Rochester, Poynet, qui en 1552 a publié un catéchisme en latin et en anglais, et Goodrich, évêque d’Ely, ont participé à sa rédaction. Overall et d’autres y ont fait des additions. Plusieurs des premiers catéchismes protestants figuraient à l'index du concile de Trente. II. Reusch, Der Index der verbotenen Bûcher, Bonn, 1883, t. i, p. 126,139, 191, 240-241, 420, 522, 539. 5° Quelques catéchismes protestants des siècles sui­ vants. — M. Bâumlein, Züricher Katechismus, 1669, réédité à Zurich jusqu'en 1839, mais depuis lors officiel­ lement abandonné; il avait été commenté pour les pré­ dicateurs par Salomon Vôgelin, Praklische Erklàrung des Zuricherischen Catechismus, Zurich, 1816; Cate­ chesis Bacoviensis, seu liber soeinianorum primarius, 1609; trad, latine du texte polonais de 1605; trad, aile- 1911 CATÉCHISME mande en 1608; 2 in-8°, Francfort et Leipzig, 1739; Spener, Erklârung der christlichen Lehre, 1677 (pour les piétistes); réédité encore, Berlin, 1852; Tabulæ calecheticæ, Francfort-sur-le-Main, 1683; Dresdener Kreuz Katechismus, 168S; réédité par Langbein, Dresde, 1851. Robert Barclay composa en 1667 le catéchisme des quakers; lesocinien Balthasar Bekker. De vaste spysen 1er Volmaakten, 1670; l'antitrinitaire .lean Bidde lit deux catéchismes qui furent brûlés de la main du bour­ reau. De nouvelles méthodes furent inaugurées : Jean Laurent de Mosheim, Siltenlehre der heiligen Schrift, 1735; J. B. Basedow, Abhandlung vont Unlerricht der Kinder in der Religion, 1764; Grundriss der Religion. L'influence de Kant se fit sentir dans J. P. Miller. Answeisitng zur Katechisierkunfl; Onenlbehrliche Exempel :i<»i katechisieren ; J. C. Dolz, Kalechelische Unlerredungen ûber religiose Gegenstânde, Leipzig, 1795; G. F.Dinter, Kalechelische Jugendbelehrungen, Leipzig, 1805; Katechismus der christ lichen Lehre, 1790, employé dans les églises et dans les écoles du Brunswick. Au xixe siècle, la plupart des cantons suisses ont adopté de nouveaux catéchismes, plus ou moins inlluencés par le rationalisme, notamment le Züricher Katechismus de 1832; les pasteurs choisissent comme livre d'enseigne­ ment parmi de nombreux catéchismes particuliers Celui qui leur plait. Les congrégationalistes anglais em­ ploient le catéchisme de Palmer (·{· 1813), A catechism for protestant dissenters, et dans leurs écoles, celui de Stowell, remanié en 1892 par Fairbairn, .4 short cate­ chismus for use in congregational Sunday Schools, Londres. L’Église presbytérienne d’Angleterre et l’Église écossaise se servent du petit catéchisme de Westminster rédigé en 1647, sous le titre : The humble advice of the assembly of divines. Un catéchisme plus étendu, larger, parut sous le même titre, Londres, 1647. Tous deux ont été traduits en latin, Edimbourg, 1659. Les écoles du dimanche ont à leur usage divers catéchismes élémen­ taires. Un anglican Vernon Staley a rédigé un catéchisme particulier : The catechism of the catholic religion, Oxford. 1895. Le concile national de VEvangelical Free Church a fait rédiger par un comité, composé de mem­ bres de diverses sectes, un catéchisme commun : An evangelical Free Church catechism for use in home and school, Londres, 1898. Osterwald avait publié, en 1702, un grand catéchisme, dont il a extrait un petit catéchisme, Genève, 1734. Cf. L. Gonin, Les catéchismes de Calvin et d'Osterwald, élude historique et compa­ rative, Montauban, 1893. Le petit catéchisme d’Osterwald a été employé à Neuenbourg peu après son appa­ rition, et à Genève en 1788. Il a été retouché au début du XIXe siècle par Waadt, Abrégé de l'histoire sainte et du catéchisme, Genève, 1803. On en a fait une tra­ duction romanche. Les réformés français l’emploient dans son état primitif, ou sous la forme remaniée de 1803. Paul Rabaud a publié un Précis du catéchisme d'Oslervald, 2’ édit., Paris, 1856; reproduit par Montandon, Étude sommaire de la religion chrétienne, et Précis annoté du catéchisme d’Ostervald. Autres catéchismes protestants en français : J. Vernes, Catéchisme destiné particuliérement â l’usage des jeunes personnes qui s'instruisent pour participer à la sainte cène, in-8°, Genève, 1774; Boissard, Manuel des catéchumènes à l'usage de la jeunesse des communions évangéliques, Paris, 1822; Précis de la doctrine chrétienne, exposée par le texte de l’Ecrilure sainte, par les pasteurs de ΓÉglise évangélique de Paris, 3e édit., Paris,Strasbourg, 1827; A. de Stackelberg, Résumé delà doctrine chrétienne -angélique. Prières et méditations, Nancy, s. d.; R. Cuvier, Catéchisme des doctrines distinctives de Église évangélique protestante et de T Église cathoque romaine, Paris, s. d. (1845); trad, allemande, in-12, Strasbourg. 1848; Bugnoin, Catéchismede l’Église du Seigneur, 3’ édit., Saint-Denis, 1862; F. H. Hærter, 1912 Manuel de la doctrine chrétienne ou explication du catéchisme de Luther, trad, franç., par des pasteurs du Ban-de-la-Roche, 1864; 4" édit., 1885 : 6e édit., Paris, Rothau, 1900; Bonnefon, Nouveau catéchisme élémen­ taire, 14· édit., Alais, 1900; A. Decoppet, Catéchisme populaire, Paris, 1898, 1901 ; ce pasteur a publié en 1875 un catéchisme plus étendu; C. E. Babut, Cours de religion chrétienne, 6e édit., Paris, 1897; E. Nyegaard, Catéchisme à l’usage des Eglises évangéliques, 13e édit., Paris, 1900; N. Lamarche, Cours d’instruction religieuse, chrétienne, protestante, Paris, 1900; R. Holland, Court exposé de la religion chrétienne, Paris, 1886 ; Catéchisme de Montbéliard; Catéchisme biblique élémentaire, par un pasteur, Privas, 1897; Wilfrid Monod, Essai de caté­ chisme évangélique, Paris, 1902. L’Église libre d'Italie se sert deG. F. Meille, Il catéchisme ossia sunto della dottrina crisliana seconde la parola di Dio, 6e édit.. Flo­ rence, 1895. Les vaudois ont aussi des catéchismes mo­ dernes : Catéchisme della Chiesa evangelica waldese o manuale d'islruzione crisliana ad uso dei calecumeni di della Chiesa, Florence, 1866; Catechismo euangelico ossia sunto della dotlrina crisliana, Florence, 1895. Les protestants américains ont aussi des catéchismes nou­ veaux : Evangelical catechism,en allemand et en anglais; Ph. Schall". Christliche Katechismus, Philadelphie, 1862; Little Lamb’s catechism, Knowille. Les sectes améri­ caines ont chacune leur catéchisme. Voir t. i, col. 1078. Les mennonites allemands ont celui d’E. Weydemann, Katechismus zum Gebrauch der Taufgesinnter, 2· édit., Krefeld, 1878. Les mormonsseservent d’Elder, Catechism, for children, in-12, Salt Lake city, 1888. Les catéchismes protestants ont été l’objet de nombreuses études. Nous ne signalerons ici que les principaux ouvrages historiques : Langemack, Historia catechetica, 1729-1740: Ko­ cher, Catechetische Geschichte de?· Heformierten Kirchen, léna, 1756; B. Neumann, Der evang. Religionsunlerricht im Zeitalter der Reformation, Berlin, 1899. En dehors des Monu­ menta Germanize pædagogica.t. xx-xxui, d'anciens catéchismes protestants sont reproduits par .1. Hartmann, Aelleste katechetische Denkmale der evang. Kirche, Stuttgart, 1844; G. Koworeau, Zwei atteste Katechismen der lutherischen Reformation (ceux de Schultz et de Hegendorf), Halle, 1890; Bodemann, Kalechelische Denkmale der evang. luth. Kirche, Harbourg, 1861. Pour les plus récents travaux, on peut consulter le Theologischer Jahresberichl, Brunswick, 1881-1903, t. i, p. 289-292 t. n, p. 361-364: t. m, p. 332-334: t. tv, p. 324-326; t. v, p. 407415: t. vi, p. 407-413 ; t. vu, p. 399-406; t. vin, Praklische Théo­ logie, p. 4-10; t. IX, p. 449-457 ; t. x. p. 426-440; t. xi. p. 458-482; t. xn, p. 457-466; t. xm, p. 486-491 ; t. xtv, p. 490-499; t. xv. p. 479-495 ; t. xvi, p. 638-660; t. xvn, p. 677-704; t. xvm, p. 617642: t. XIX. p. 775-804; t. xx. p. 1117-1149; t. xxt, p. 1086-1123; t. xxn, p. 1243-1282. Aux catéchismes protestants rattachons ceux de quelques sectes indépendantes : Principes fondamentaux de la religion des théophilanthropes ou adorateurs de Dieu et amis des hommes, concernant texposition de leurs dogmes, de leur morale et de leurs pratiques religieuses, avec une instruction sur l'organisation et ta célébration du culte, in-18, Rouen, an VI, 1798; abbé Chatel, Catéchisme à l'usage de l’Église catholique, 1840; les vieux catholiques eurent leurs catéchismes propres : Kleiner katholischer Katechismus von der Unfehlbarkeit; ein Bùchlein von einem Vereine katholischer Geisttiche, condamné par le Saint-Ofllce, le 31 juillet 1872; Katholischer Katechismus herausgegeben im Auftrage der altkatholischen Synode, condamné aussi par le Saint-Office, le 6 dirembre 1876; un autre catéchisme vieux-catholique on français, intitulé ; Caté­ chisme catholique, Berne, 1876, a été l'objet d une pareille »-· udamnation, le 12 juillet 1877; un Premier catéchisme ou abrégé de la doctrine chrétienne pour ceux qui commencent est c. ntenu dans Liturgie de l’Église catholique gallicane, par H. 1>. yson, 6* édit., Paris, 1891. IV. Catéchismes catholiques du xvi· siècle après 1517. — Après l'apparition du protestantisme, les catho­ liques rivalisèrent de zèle avec les protestants pour l’enseignement élémentaire delà doctrinechrétienne. et les catéchismes catholiques se multiplièrent sous toutes les formes. La Compagnie de Jésus, qui fut instituée 1913 CATÉCHISME 1914 pour s’opposer aux progrès du protestantisme, obligea chrislenlicher, rainer Katechismus, etc., s. 1. n. d. (Aug­ ses membres à s’adonnera l’enseignement de la doctrine sbourg); les éditions de Dilingen, 1558, 1563, indiquent chrétienne. Saint Ignaceet saint François de Borgia caté­ le nom de l’auteur. Moufang, Katholische Katechismcn, p. 415-464. Les éditions postérieures contiennent le com­ chisaient les enfants à Rome, et saint François-Xavier mencement d'un autre catéchisme sur les commande­ commença par le catéchisme l’évangélisation de l’Inde. ments de l’Église, les péchés capitaux, les bonnes œuvres, i. A va NT le ça rÉcHis.itE romain. — I » En A llemagne. — Érasme avait composé en 1533 à Fribourg-en-Brisles vertus, les fruits du Saint-Esprit, les béatitudes, les gau son S.ymboiuni sive catechismus, qui comprend six conseils évangéliques et les fins dernières. Der klain catéchèses dialoguées, dont les cinq premières expli­ Katechismus sampt kurlzen Gebellein für die einfâlquent le symbole, et la sixième, les préceptes du deca­ ligen, Dilingen, 1558, dont l'auteur est inconnu, a une logue et l’oraison dominicale. Opéra omnia, Leyde, 1704, division pareille à pelle du catéchisme de Canisius. t. v, col. 1133-1196. Georges Wicelius(Witzel) lit paraître Moufang, op. cit., p. 466. Mathias Cremers, d’Aix-laen 1535 son Catechismus Ecclesiæ : Lere und Handlung Chapelle, avait rédigé un catéchisme intitulé : Christli­ cher Bericht, etc., Cologne, 1542. Frédéric Nausea de des heiligen Chrislenthunis, sous forme dialoguée, qui Weissenfeld, mort évéque de Vienne, a laissé un Cate­ eut de nombreuses éditions et fut traduit en saxon par chismus catholicus, in-fol., Cologne, 1543; in-8», Anvers, Lambert, abbé de Balven, en 1550. 11 rédigea à Berlin, 1557. Cf. Moufang, Die Mainzer Katechismen, p. 18 sq. en 1539, ses Quæstiones catechisticæ, lectu jucundæ simul et utiles, souvent imprimées, notamment à Le franciscain François Titelmann est l'auteur du Schatz der chrisllichen Lehre, Cologne, 1546 ; trad, latine, Mayence en 1511. En 1512, il édita à Mayence : Cate­ Anvers, 1557; Lyon, 1567. Stanislas Ilosius, évêque d’Erchismus. Instructio puerorum Ecclesiæ; ce petit caté­ chisme débute par des récits bibliques; il contient en­ meland et plus tard cardinal, publia une Confessio calhosuite une courte explication du symbole, de l’oraison licæ fidei Christiana, Cracovie, 1553; Anvers, 1559, etc. Jacques Schôpper est l’auteur de deux catéchismes : In­ dominicale, des commandements et des sacrements; stitutionis christianæ summa, Cologne, 1555; Catechis­ sa traduction allemande est reproduite par Moufang, mus brevis et catholicus in gratiam juventutis con­ Katholische Katechismen des iG Jahhrunderls in deulsscriptus, etc., Anvers, 1555; Cologne, 1560. Jules de Pflug, cher Sprache, Mayence, 1881. Wicelius avait publié un grand catéchisme : Catechisticum examen Christiani I évéque de Naumbourg, publia institutio christiani hominis, Cologne, 1562. Conrad Clingea laissé: Catechis­ pueri ad pedes catholici præsidis, Mayence, 1511, 1515, reproduit par Moufang, op. cit., p. 472-538. Enfin, en mus catholicus summam christianæ institutionis qua­ 1560, il édita : Newer und kurtzer Catechismus, christ­ tuor libris succinclim complectens, Cologne, 1562; Summa doctrinæ christianæ catholicæ, Cologne, 1570. liche und gewisse Unterrichtung der jungen Christen. Etienne Agricola a traduit en 1570 le catéchisme du carLe dominicain Jean Dietenberg est l’auteur du Calechis­ nius. Evangelischer Bericht und christliche Unterwei- ' dinal Gaspar Contarini, paru en 1542. Sa traduction est intitulée : Catechesis Oder kurtze Summa der Lehre sung der fürnehmlichsten Stuck des waren heyligen der heiligen chrisllichen Kirchen für die Kinder und chrisllichen Glaubens, Mayence, 1537, souvent réédité et Einfelligen, Augsbourg, dans Moufang, op. cit., p. 539encore par Moufang, p. 1-105. Cf. Moufang, Die Mainzer 558. Katechismen, Kirchheim, 1877, p. 22sq.; H. Wedewer, Le B. Canisius mériterait une étude spéciale en raison Johannes Dietenberger, Fribourg-en-Brisgau, 1888, de la méthode de catéchisme qu’il a inaugurée et de l’im­ p. 188 sq., 416. Jean Gropper fit successivement trois catéchismes. mense diffusion qu’ont eue ses catéchismes. Mais on a Un petit, intitulé : Capita institutionis ad pietatem ex raconté plus haut, col. 1513,1521, son activité personnelle S. Scripturis el orthodoxa catholicæ Ecclesiæ doctrina comme catéchiste, et on a parlé, col. 1524-1526, de ses et traditione excerpta, Cologne, 1516, était destiné à trois catéchismes, de sa méthode et de ses succès. Pour l'usage de son école de Saint-Géréon. Il le développa en la bibliographie, voir col. 1534. allemand sous ce titre : Ilauplartikell christlicher VnMartin Bialobrzesky publiait contre les erreurs du temps un Katechismus, Cracovie, 1567. Jean Nass, O. derrichtung zur Gotseligkeit, etc., Cologne, 1547, et dans Moufang, op. cit., p. 243-316. Son grand catéchisme a M., avait composé un Catechismus catholicus, Ingolstadt, ce titre : Institutio catholica, elementa christianæ pie­ 1567. 1598; A. Alostano, Catechismus instar dialogi inter tatis succincta brevitate complectens, etc., Cologne, 1550 ; pænitentem el catechistam, 1564. il était destiné aux ordinands et aux prêtres. Jean de Les évêques allemands, réunis au concile de Cologne, en Matliz, évéque de Meissen, publia Ein christliche Lere 1536, décidèrent de fournir aux curés, chargés d’expli­ quer le décalogue, le symbole, les sacrements et l’orai­ zu gründlichen und bestündigen Underricht des rechien Glaubens und eines Gottseligen Wandels, Mayence, 1541, son dominicale, quoddam enchiridion... in quo brevis­ sime h æc omnia secundum sanam et ecclesiasticam dans Moufang, op. cit., p. 135-242. Le catéchisme du doctrinam exponentur. Il y serait aussi question des dominicain Pierre de Soto : Khurlzer Begriff calholischer devoirs des divers états, du culte des saints et des reli­ Lehr, Augsbourg, 1549, dansMoufang, op. cit., p. 317-364, ques, des images et des cérémonies. Part. VI, c. xxi, n’est qu'un extrait de son grand catéchisme, De institu­ Mansi, t. xxxtt, col. 1254. La plupart des chapitres de la tione Christiani nominis, 1548. Sidonius Michel Helding, VIIe et la IX· parties concernent des points de doctrine qui devint évêque de Mersebourg, publia Brevis institu­ qui rentraient dans les matières de l’enseignement tio ad christianam pietatem, 1549; Paris, 1563; Anvers, religieux. Ibid., col. 1255 sq. L’archevêque Hermann, 1565; trad, allemande, Mayence, 1555, 1557, dans Mou­ qui présidait ce synode, avertit ses curés qu'il avait fait fang, op. cit., p. 364-414. Son grand Catechismus, paraître le manuel de la doctrine chrétienne qu’il leur Mayence, 1550; Cologne. 1562; Louvain. 1567, etc., comavait promis. H regrette que l’étendue de l'ouvrage ait prend84sermonscatéchétiques. Jean Wigand, Ex Sidonii dépassé ses prévisions : Enchiridion christianæ insti­ catéchisme majore... commonefactiones annotatæ, tutionis, in-8». Venise, 1565. très développé. Les fidèles Mersebourg, 1550; Confutatio catechismi larvati Sydodevaient être interrogés à Pâques sur les matières en­ nis episcopi, s. 1., 1549; en allemand, Magdebourg, 1550, seignées par leurs curés. Part. VII, can. 20, col. 1261. a réfuté Helding. Celui-ci doit être aussi l’auteur du Le synode d’Augsbourg. tenu à Dilingen en 1548 sous la catéchisme publié par ordre du concile provincial de présidence du cardinal Olton, ordonne aux curés d’enMayence (1549) : Institutio ad pietatem christianam secundum doctrinam catholicam, Mayence, 1549. Mou­ I seigner aux enfants et aux ignorants, certis temporibus, le symbole, le Pater, l'Are et le décalogue. Il recom­ fang, Die Mainzer Katechismen, p. 66 sq. Jean Fabri, mande le catéchisme de Pierre de Soto et exclut les calédominicain, a publié sous le voile de l'anonymat : Ain 4915 CATÉCHISME 19IG mont, de l'ordre de Fontevrault, Catechismus seu Chri­ chismes protestants. Can. 8, Mansi, t. xxxn, col. 1302, stiana expositio, 1537; Lyon, 1833; Pierre Boulanger de 1303. Parce que les protestants ont introduit des modi­ Troyes, Institutiones christianæ, in-8°, Paris, 1560; E. fications dans les formules les plus usitées, il oblige les Auger, S. J., Catéchisme et sommaire de la religion curés à lire chaque dimanche, à la fin du sermon, le chrétienne, Lyon, 1563; Paris, 1579; en grec et en latin, Pater, VAve Maria, le Credo et le décalogue, pour que, Paris, 1569,1573; voir 1.1, col. 2267 ; Ch. du Moulin, Caté­ grâce â cette répétition fréquente, le peuple les apprenne chisme ou sommaire de la doctrine chrétienne, Lyon, et les retienne par cœur. Can. 25, ibid., col. 1318-1319. 1563; Catechismus gallico-lalinus. Le catéchisme latin Le concile de Trêves (1549), à propos des sermons, recom­ françoys, c’est-à-dire le formulaire d’instruire les enmande d'expliquer simplement le symbole, le décalogue, fans en la chreslienlé, in-8°, s. 1. (Genève). 1561. les sacrements, les cérémonies de l’Eglise, l’oraison 3° Bans les Pays-Bas. — Guillaume Damase Lindanus dominicale, etc. Can. 4, ibid., col. 1443. Il fit paraître : publia en 1560 un catéchisme hollandais, qui fut traduit Christianæ institutionis liber, 1549. Cf. Hézard, Hist, en français par G. Hervet, Paris, 1561. François Sonnies, du catéchisme, p. 199-201. évêque d'Anvers, édita deux catéchismes: Christianæ in­ 2° En France. — Les évêques français publiaient des stitutionis formula, Anvers, 1561 ; Catechismus auctior, catéchismes à l'usage de leurs curés ou de leurs diocé­ Bois-le-Duc, 1570. Jean Hessels a donné une Explicatio sains. Guillaume Parvi, évêque de Senlis (1526-1537), symboli, decalogi, orationis dominicæ, salutationis publia deux traités : La formation de l’homme;Le viat angelicæ, Anvers, 1566. Augustin Hunnâus est l’auteur de salut où est compris l’explication du symbole, des d’un Catechismus catholicus, Anvers, 1567,1570. L’A B C commandements, du Pater et Ave Maria, instruction ou instruction chrétienne pour les petits enfants parais­ pour soy confesser avec des oraisons et plusieurs dévotes sait. in-12, Anvers, 1558. chansons, 2in-S°, Paris, 1538. J.-C. Brunet, Manuel du 4° En Espagne et en Portugal. —André Flores, De la libraire, t. iv, col. 393-391. L’évêque de Châlons-surdoctrina Christiana, Tolède, 1552; Philippe de Meneses, Marne faisait imprimer un Breve de fidei orthodoxes Lu: de la alma chrisliana contra la ceguerdad y igno­ rudimentis compendium in septem tractatus digestum randa de la fcy y ley de Dios y de la Iglesia, etc., Sala­ atque a sacra theologia Bhemensi facultate approba­ manque, 1556,1578; Medina, 1567 ; Pincia, 1590; Valence, tum..., ad communem plebanorum cælerorumque stu­ 1594; Barthélemy de Carranza, Calecismo, in-fol., Ve­ diosorum utilitatem, Reims, 1557; les sept traités por­ taient sur les sacrements, le décalogue, le symbole, les nise, 1556; Bruxelles, 1558, inscrit dans l'index romain et espagnol, voir Reusch, Der Index, t. i, p. 585, mais vertus et les dons, l'excommunication et les peines cano­ niques, le péché et la pénitence. Voir llézard, p. 328. Le enlevé de l'édition officielle de 1900, et discuté par Mel­ cardinal de Bourbon, archevêque de Sens, avait fait pu­ chior Cano; cf. Caballero, Vida del IF Melchior Cano, blier, en 1554, un catéchisme comprenant l’oraison domi­ in-8°, Madrid, 1871, voir col. 1515; Dominique de Solo, nicale, la salutation angélique, les deux symboles, les com­ Calecismo à doctrina chrisliana, Salamanque, 1563; il mandements de Dieu et de l’Église. Jean de Montluc, en existe une traduction française, 6° édit., Paris, I90I. évêque de Valence et de Die, publia pour l’instruction Jean de Saint-Thomas a publié en espagnol une Expli­ des fidèles des deux diocèses qu'il gouvernait des Instruc­ cation de la doctrine chrétienne, in-4°, Valence, 1565, tions chresliennes sur les commandements de la loy et que Quétif et Echard qualifient d'opus aureum. Laurent des saints sacrements, 2e édit., in-12, Lyon, 1561, et des Palmireno et Antoine Cordesio traduisirent en espagnol Familières explications des articles de la foy, plus un le catéchisme du P. Auger, Katecismo ô summa de la brief recueil des lieux de l'Escriture sainte servant à religion cristiana, Valence, 1565; Calari, 1569; Madrid, l'explication d'iceux articles, avecque le symbole de saint 1575, etc. L'archevêque Barthélemy des Martyrs donna Athanase, in-8», Lyon, 1561 ; ces instructions sous forme en portugais Calecismo ou doutrina chrisliana et praed homélies devaient être lues par les cures au prône du ticas spirituales, etc., Lisbonne, 1562, etc.; Marc Georges, dimanche. llézard, p. 462-463. Le 5 août 1561, la faculté De doclrinachrisliana ail puerorum rudiumque instru­ de théologie de Paris censura des extraits de ce dernier ctionem, Lisbonne, 1561 ; Louis de Grenade, Inlroduccion écrit et l'écrit lui-même ainsi que d'autres ouvrages de al symbolo de la fe, in-fol., Salamanque, 1582, etc. ; trad, l'évêque de Valence. Duplessis d'Argenlré, Collectio judi­ italienne, in-4°, Venise, 1586; le compendium, qui forme ciorum, t. n b, p. 296-301 ; Féret, La faculté de théologie la V» partie de cet ouvrage, a paru à part en italien ; de Paris et ses docteurs les plus célèbres. Époque mo­ L’epitome o vero compendio dell’ Introdutlione del symbolo della fede, Venise, 1587 ; trad, latine de l'ou­ derne, Paris, 1900, t. 1, p. 269-270. Eustache du Bellay, vrage entier par Gallucio, Venise, 1587; Cologne, 1589, évêque de Paris, adressait à ses curés dans le même 1602; trad, française par Sébastien Hardy, Rouen, 1638; dessein une Instructio catholica quam vulgo manuale par Simon Martin, minime, Paris, 1656 ;5e édit., 1665; ! ·.< <ιζ, Paris, 1562; c’est une explication des commande­ ments et une pré pa rations la communion pascale, llézard, 8' édit., 1686; par Girard, in-fol., Paris, 1686, 1688; p. 407-408. Charles Guillard d'Espichellière, évêque de 4 in-12, Paris, 1687; 4 in-8», Paris, 1711 ; 6 in-12, Lyon, 1825; trad, portugaise par .loachin de Macedo, lazariste, Chartres, publia une Forma popularis elementorum fidei 2 in-8°, Lisbonne, 1780-1782; Compendio de doctrina nostræ tradita in usum catechismi clero ac populo Carchrisliana, en portugais, vers 1560; Valence, 1644; An­ n 'tensi, in-12, Paris, 1565. Ce catéchisme procede par vers, 1651 ; trad, en castillan, Madrid, 1595; trad, latine demandes et par réponses. Hézard, p. 333-334. Nicolas par Gallucio dans Opera omnia, Cologne, 1628. t. i ; trad, de Thou, évêque du même diocèse, ordonnait à tous les française par Nicolas Bernard, célestin, sur la trad, latine curés, vicaires, maîtres d’écoles, d'hôpitaux et autres de Michel de Isselt, Paris, 1605; le petit catéchisme de d'avoir L’instruction des curés pour instruire le simple Louis de Grenade a été traduit en latin par Martin peuple, Paris, 1575, et de la lire souvent au peuple. Elle Binhart, dans Opera omnia, t. I ; en français par N. Co­ contenait « le lyvre triparty »de Gerson, un opuscule du lin, Paris, 1625; par Simon Martin, Paris, 1646,1654. Le meiue docteur sur les sacrements et sur la manière d'entendre les confessions, et Le livret Jésu. J.-C. Brunet, Tractatus de ratione calechizandi apud Indos est une M anuel du libraire, t. Il, col. 1557-1558; Hézard, p. 334traduction latine faite par Schott. Opera omnia, t. ι. 335. Le petit catéchisme de Canisius était officiellement 5°En Italie. — L’oratorien romain Crispoldia composé approuvé et publié en latin par l'évêque de Cambrai, un Interrogatorium puerorum sive dialogus, 1539. Le Parvus catechismus, in-80, Cambrai. 1561; trad, fran­ cardinal Contarini a publié en 1542 son Catechismus. çaise, Douai, 1582. Il avait été traduit déjà, in-12, Anvers, Operaomnia, Paris, 1571. On traduisiten italien le caté­ 1557; Limoges, 1584; Liège, 1588. De leur côté des parti- I chisme espagnol de l'évêque Marlin Perez d'Ayala. El culiers publiaient de nouveaux catéchismes : F. Cl. Vieux- 1 catechumeno ô çhrisliano instruido, Milan, 1552; Doc- 4917 CATÉCHISME 1918 Chacun d’eux devait exprimer la doctrine de l’Église trina Christiana por mode de dialogo, Milan, 1551; Léonard de Marinis, Catechismus pro cura animarum universelle et tenir spécialement compte des décrets du civitatis atque dioicesis Mantuanæ, Mantotie, 1555. concile de Trente. Après la clôture du concile, les tra­ 6» .1u Mexique. — Pierre de Cordoue, O. P., a com­ vaux furent poursuivis jusqu’en 1566. Troisdominicains, posé avec plusieurs de ses confrères un catéchisme François Fureiro, Léonard Marino, archevêque de Lan­ pour l'instruction des Indiens, Mexico, 1544. Il a suivi la cino, et Gilles Foscarini, évêque de Modene, avec Muzio méthode historique parce qu’elle aide à retenir lesinysCalini furent nommés par Pie IV. Les frères prêcheurs léres de la foi. J.-C. Brunet, Manuel du libraire, t. iv, eurent soin de faire abstraction des opinions prédomi­ col.463-404.Alphonse de Molina lit imprimer un Calecismo nantes dans leur ordre. Le premier travail était soumis major y minor, Mexico, 1546, qui eut de nombreuses à saint Charles Borromée, et la revision définitive confiée éditions de 1578 à 1601. D’autres doctrines chrétiennes fu­ au cardinal Sirlet. Saint Pie V fit mettre en belle lati­ rent publiées à Mexico en différents dialectes par Benoit nité par Jules Poggiani et Paul Manuce la rédaction Fernandez, 1550, par Marroquin, 1556, et par Pierre de faite en italien. Les deux textes furent imprimés parallèlement sous le titre : Catechismus ex decreto Feria, 1567. Ibid., t. n, col. 1’223, 1225; t. nt. col. I469sq. Le Manuale curatorum, traduit en castillan, avait aussi concilii Tridenlini ad parochos Pii V jussu editus, été imprimé à Mexico en 1544. Ibid., t. il, col. 1558. in-fol., Rome, 1566. Ce catéchisme n’est pas tin livre sym­ il. le CAiÉcntSME noMAlX. — Ce catéchisme doit son bolique ou une confession de foi s’imposant à tous les origine au concile de Trente. Dès le 13 avril 1516. on chrétiens; c'est un livre de doctrine, non sans doute un soumit à l’assemblée dans les congrégations particulières abrégé à l'usage des fidèles, ni un manuel destiné à l’en­ un projet de décret qui contenait cette décision : Pro seignement de la théologie, mais bien un exposé doc­ pueris aulem et adultis indoctis erudiendis, quibus lacte trinal capable de compléter l'instruction théologique des opus est, non'tsolido cibo, statuit s. synodus, a viris do­ prêtres et de leur faciliter la prédication et l'enseigne­ ctis lingua latina et vulgari edi calechismuni ex ipsa ment du catéchisme. 11 est divisé en quatre parties, qui sacra Scriptura a Patribus orthodoxis exceptum, ut résument la doctrine catholique et qui traitent successi­ illius pædagogia instituti a magistris suis, et memores vement du symbole, des sacrements, du décalogue et sint ehristianæ professionis quam fecerunt in baptismo, de la prière. Il a été approuvé par Pie V en 1566 et par et præparenturadstudiasacraruni litterarum. L'évêque Grégoire XIII en 1583. Léon XIII, Lettre encyclique au ou le curé devaient examiner une fois par mois et les clergé de France, du 8 septembre 1899, a recommandé maîtres et les élèves. A. Theiner, Acta genuina ss. . Elle avait été «.faicte à l'instance des surintendants de l'école dominicale de Mons en Haynaut » et elle a · :; imprimée en cette ville en 1587 à leurs frais. Des ré-, ditions en furent faites par l'auteur avec quelques addi­ tions, en 1601 et 1613. Tout en continuant â être em­ ployée dans les écoles dominicales et dans les écoles 1925 CATÉCHISME semaine de Mons et de Cambrai, elle a été adoptée pour les églises. Déjà au synode diocésain de 1604, l’arche­ vêque de Cambrai, Guillaume de Berghes, obligeait les curés à l'avoir et à la faire réciter chaque jour, en sui­ vant l’ordre des fêtes. Son successeur, François van der Burgh, la faisait rééditer en 1615. Une autre édition pa­ rut en 1652 par ordre de l’archevêque Gaspar Nemius. I.es réimpressions se sont multipliées, même en dehors des Pays-Bas; ainsi à Paris, 1628, et à Beauvais, 1632. Une édition, augmentée par D. P., parut, in-24, Paris. 1651. Celles qui servaient dans les écoles contenaient un alphabet, un syllabaire et les formules latines et fran­ çaises des prières du matin et du soir. Ces pièces étaient retranchées des exemplaires à l’usage des catéchismes faits dans les églises. Le titre variait, on conservait le titre primitif, ou bien on le remplaçait par celui-ci : Catéchisme ou sommaire de la doctrine chrétienne en trois parties. Dans le titre de l'édition de 1692, l’arche­ vêque de Cambrai désire que dorénavant ce catéchisme soit enseigné dans son diocèse. Les sulfragants l’adop­ tèrent aussi pour leurs églises. En 1726, Msr de SaintAlbin le lit revoir « pour la netteté du langage et l’exac­ titude des expressions », et il ordonna qu’il fut employé â l’exclusion de tout autre. Une version flamande, faite en 1626, fut retouchée d'après cette revision de 1726. Comme les imprimeurs y avaient ajouté de nouvelles formules d’actes, le même prélat en lit une édition en 1753, à laquelle toutes les suivantes devraient être conformes. Un essai de revision, commencé en 1764, ne fut pas terminé. Ce catéchisme fut employé à Cam­ brai jusqu’à la Révolution; il a été repris en Belgique en 1801 et en 1814. En 1843, Mv Labis fit reviser l’édition de 1753, et celte revision est encore aujourd'hui en usage dans le diocèse de Tournai. Cf. Msr Hautcœur, dans la Semaine religieuse de Cambrai, n. du 17 août 1889; llézard, op. cil., p. 190-192. 324-325; Mtr F. Hachez, Le catéchisme de 1585 de F. de Buisseret encore en usage de nos jours, dans le Bulletin de l’Aeadémie royale d’archéologie de Belgique, Anvers, 1904, p. 99105. V. Au xvtt» siècle. - t. BN FBAXCB. — Les renseigne­ ments abondent sur l'enseignement du catéchisme en France durant ce siècle. Les évêques de ce pays multi­ plient les manuels à l’usage de leurs diocésains. Ils les rédigent eux-mêmes ou les font rédiger spécialement à cette lin ou bien ils adoptent des ouvrages usités dans les écoles. Les catéchismes privés s'ajoutent aux caté­ chismes diocésains. — 1» Premiers catéchismes diocé­ sains. — Les uns étaient pour les curés, les autres pour les fidèles. Aussitôt après son sacre (1602), l'évêque de Genève, saint François de Sales, organisait le catéchisme ou la doctrine chrétienne à l’église Notre-Dame d’An­ necy, et lui-même se plaisait à catéchiser les enfants avec sa grâce accoutumée. On expliquait quelque partie du catéchisme de Bellarmin. C’est, d’ailleurs, ce caté­ chisme qu’il ordonna à ses prêtres d’enseigner; il leur adressa aussi une méthode pour bien accomplir cet exercice. Ch.-Aug. de Sales, Histoire du B. François de Sales, I. V, 5· édit., Paris, 1870, t. t, p. 342-343, 370-372; cf. Mtr Dupanloup, Méthode générale de catéchisme, 2e édit.. Paris, 1862, t. I, p. 391 397. Il établit aussi dans son diocèse une confrérie de la doctrine chrétienne. En 1602, le cardinal de .loyeuse, archevêque de Toulouse, faisait imprimer pour les curés de son diocèse un Ma­ nuel ou guide brefve et facile des curés et vicaires con­ tenant le formulaire de divers prônes... avec l'instruc­ tion des curés par Jean Gerson, ... plus l’instruction pour les confesseurs, Bordeaux, 1602. L’Instruction des curés, imprimée en 1601, est la traduction française de l’Opus tripartitum de Gerson, llézard, p. 449-451. Le même cardinal, devenu archevêque de Rouen, publiait en 1607 une Instruction... pour les curés de son diocèse, in-8°, Gaillon, 1607. Ibid., p. 433. Le concile provincial 1926 qui se tint à Narbonne, en 1609, ordonne aux curés de faire réciter les formules ordinaires des prières et du catéchisme à la messe du dimanche. Il constate avec satisfaction que les écoles de la doctrine chrétienne pour la jeunesse sont établies dans la ville et le diocèse de Narbonne depuis plusieurs années et y produisent des fruits. Il ordonne que, dans la soirée du dimanche, les parents et les enfants soient assemblés au son de la cloche et soient interrogés sur les rudiments de la foi suivant la forme du catéchisme. De leur côté, les maîtres d’école doivent donner une fois par semaine l’instruc­ tion religieuse à leurs élèves. Mansi, t. xxxtv, col. 1481. Un frère convers barnabite, Louis Bitost, qui. dés 1608. fut un catéchiste zélé au diocèse d’Oléron, traduisit du français en béarn un catéchisme dont le titre est en latin : Catechismus pro diœcesi Lascurensi. En 1618, Richelieu, évêque de Luçon, écrivait une Instruction du chrétien, qui eut plus de trente éditions. Poitiers. 1621 : Paris, 1626; Rouen. 1635; Paris, 1630, 1642, 1679. Elle comprend deux parties : l’une, pour le peuple, contient 28 leçons, destinées à être lues en chaire, l’autre, pour les curés, se trouve dans les notes marginales. Mtr Perraud. Lecardinalde Richelieu, évêque,théologien et pro­ tecteur des lettres, Paris, 1882, p. 27 ; G. Hanotaux, His­ toire du cardinal de Richelieu, 3e édit., Paris, 1899,1. i, p. 104, 108-110; L. Lacroix, Richelieu à Luçon, 2* édit., Paris, 1898, p. 310-315. Ce catéchisme, très clair et tout usuel, expliquant le Credo, les commandements, le Pater et l’Ave, a été traduit en basque, par Simon Pouvreau, in-8», Paris. 1656. llézard, p. 369-370, 485. La même année 1618, le Catéchisme et ample déclaration de la doctrine chrétienne, in-12, Toul, n’était que la traduction du petit catéchisme de Bellarmin. Le car­ dinal Louis de Lorraine, archevêque de Reims, lit dresser « pour les petits » un Sommaire de la doctrine chrétienne, in-24, Reims, 1621, qui « contient ce que les grands et les petits doivent savoir, faire et prier ». llézard, p. 425. La même année, parut à Bordeaux un Catéchisme et sommaire de la religion chrétienne se­ lon les décrets du concile de Trente, et à Langres (si­ non auparavant) le Catéchisme de Sébastien Zamet. Marcel, Les livres liturgiques imprimés du diocèse de Langres, Paris, 1892, p. 175, note 2. Un catéchisme est contenu dans le Rituale de Soissons, Reims. 1622. La Doctrine chrétienne du P. Ledesma fut imprimée à Sens, 1625, par ordre du vicaire général Antoine-Charles de Ris; réimprimée à Tours, 1720; elle avait été traduite en bas-breton en 1622. En 1629, paraissait à Rennes un Catéchisme ou abrégé de la foi et des vérités chré­ tiennes, dont une nouvelle édition fut faite sous le pon­ tificat de M. de Lavardin, 1678-1711. Une explication française du Credo, du Pater, des commandements et des sacrements était comprise dans le Sacerdotale, sen manuale Ecclesiæ Rothomagensis, in-4», Rouen, 1640. La première partie du Catéchisme de Comminges étail imprimée en français et en gascon. Toulouse, 1640. La doctrine chrétienne mise en vers pour être chantée sur divers airs, in-12, Toulouse, 1641, était rédigée en patois toulousain. En 1645, l’évêque de Boulogne publiait un Catéchisme dogmatique, et séparément un Catéchisme des fêles. Louis Abelly, évêque de Rodez, publiait son Institution chrétienne, in-32, Paris, 1645; in-18, 1682; et Alain de Solminhiac un ouvrage du même titre pour son diocèse de Cahors, Tulle, 1647. Isaac Habert, évêque de Vabres, éditait un Catéchisme abrégé de la doctrine et instruction chrétienne du saint concile de Trente, traduit en langue vulgaire, in-12, Toulouse, 1648. Un formulaire de diverses instructions paroissiales, dont les eu rés pouvaient se servir pour catéchiser leurs ouailles, se trouvait dans le Parochiale sive sacerdotale (quod manuale vocant) Ecclesiæ Rothomagensis, Rouen. 1651. M. de Ligny, évêque de Meaux, fit dresser pour l’instruc­ tion de la jeunesse le Catéchisme du diocèse, 1652. Le 1927 CATÉCHISME 1928 P. Maunoir, S. J., publia, par ordre de Msr de Cornouaille, i téchisme contenant les quatre parties de la doctrine en armorique : Le sacré collège de Jésus, divisé en cinq chrétienne avec quelques instructions pour les princi­ classes, Quimper-Corentin, 1659. Hézard, p. 485. pales fêles de l'année, in-32, Paris, 1687. Un membre 2° Les catéchismes des missions, des écoles et des pa­ de la communauté, Simon Cerné, originaire de Séez, publia sous le voile de l'anonyme, en 1662, un recueil roisses. — La première moitié du xvn» siècle vit éclore contenant la plupart des anciennes instructions, dispo­ en France une riche floraison d'œuvres de réformation sées dans un ordre meilleur, et plus de cinquante nou­ religieuse. Tous les chefs de ce grand mouvement de rénovation furent personnellement des catéchistes et velles instructions. Son Pedagogue des familles chré­ développèrent autour d’eux l'enseignement du catéchisme tiennes, réédité en 1671, et pour la 5' fois en 1684 (le et de l'instruction religieuse. Un homme de grande ini­ privilège de cette édition révèle le nom de l’auteur), est tiative, Adrien Bourdoise, à la veille de son sous-diaco­ divisé en quatre parties : I» ce qu’un chrétien doit nat, en 16I2, formait une communauté d’ecclésiastiques, croire et savoir; 2» les sacrements; 3“ les pratiques chrétiennes; 4» les péchés, les abus et les dérèglements qui offrit ses services à .M. Froget. curé de Saint-Nicolas à éviter. L’auteur affirme dans la préface que cette ma­ du Chardonnet à Paris. Le but de l'institution était de nière d’écrire des abrégés d'instruction et d’instruire s'occuper de la formation des ecclésiastiques et de pra­ ainsi les enfants et les personnes âgées était en usage tiquer dans la paroisse tous les actes du ministère. Les depuis 40 ans et avait produit de grandes bénédictions. prêtres de la communauté s’adonnèrent avec un zèle spécial aux catéchismes paroissiaux et à la préparation L'influence de Bourdoise se fit sentir au delà de la pa­ roisse Saint-Nicolas du Chardonnet. Dans toutes les des enfants à la première communion. Quand Bourdoise eut constaté que les résultats des catéchismes étaient missions qu’il prêchait, il faisait le catéchisme. Les peu notables, il ouvrit en 1622 une école, espérant faire ecclésiastiques, qui venaient se former dans son sémi­ naire, étaient appliqués aux catéchismes. Dans les com­ pénétrer la religion dans les familles par les enfants. Les prêtres de la communauté devaient s'appliquer par­ mencements, il les dispersait le dimanche dans les vil­ ticulièrement à l’instruction des jeunes garçons dans les lages voisins de Paris afin de les exercer à ce ministère; petites écoles, que Bourdoise appelait « les séminaires plus tard, il les employa à la paroisse, et il les renvoyait dans leurs diocèses, pleins de zèle et habitués à la mé­ des chrétiens ». Il confia plusieurs écoles de filles aux Filles de Sainte-Geneviève, fondées par Mlle du Blosset thode de Saint-Nicolas qu’ils propagèrent dans toute la France. Plusieurs évêques recommandèrent cette mé­ et .M"" de Miramion. l.a vie de M. Bourdoise premier prestre de la communauté de Saint-Nicolas du Chardon­ thode ou s’inspirèrent largement du catéchisme de Bour­ net, in-4». Paris, 1714. 11 fonda des écoles en dehors de doise dans la rédaction de leurs catéchismes diocésains, Paris, et son exemple fut imité en plusieurs villes, notam­ el le Catéchisme servant de disposition pour faire avec ment à Orléans et â Beauvais. 11 avait composé luifruit la première communion, suivi des catéchismes des même un catéchisme. Les rudiments de la foi en faveur fêtes, à l'usage des écoles, était encore réimprimé, Paris, des simples fidèles, qui n’a pas été imprimé. Sa méthode 1712; Amiens, 1789. Les cérémonies des premières com­ était claire, facile, agréable et insinuante. Il employait munions solennelles, telles qu’elles se font en France, ont les images pour mieux graver dans la mémoire les le­ été empruntées à la paroisse Saint-Nicolas du Chardon­ çons du catéchisme. Les réglements qu'il avait rédigés net. La vie du vénérable serviteur de Dieu, messire pour les catéchismes de la paroisse ont été publiés après Adrien Bourdoise, etc. (ms. 2152 de la bibliothèque sa mort : Règlements el matières des catéchismes gui Mazarine), 1. IV. c. vin, p. 971-989; Hézard, Hist, du se font en la paroisse de Saint-Nicolas du Chardonnet, catéchisme, p. 204-205, 256, 257, 409; Id., Histoire du Paris. 1665, 1668. Ces catéchismes avaient lieu le di­ catéchisme français, dans la Revue du clergé français, manche après les vêpres; les enfants y étaient répartis 1903, t. xxxiii, p. 496-498. en cinq classes; l’ordre des matières et la méthode sui­ Saint Vincent de Paul a travaillé à l’expansion du vie dill'éraient pour chacune de ces classes. Pendant plus catéchisme comme fondateur des prêtres de la Mission, de 4l> ans, cette méthode ne fut enseignée que de vive des dames et des tilles de la charité. Le but principal de voix. Dès 1622, on imprima des feuilles volantes, de 4 ou ce missionnaire zélé dans l’établissement de « la pauvre 8 pages, sur mauvais papier. Ces instructions traitent petite et chétive compagnie » fut de fonder, en 1624. une de sujets variés el ne sont pas toutes destinées aux en­ réunion de missionnaires qui se consacreraient à l'ins­ fants; quelques-unes s'adressent à des catégories spé­ truction, si négligée alors, du pauvre peuple â la cam­ ciales de personnes, par exemple aux femmes enceintes pagne. Dans leurs missions, les prêtres de Vincent de et aux « prestres decolez », qui ôtaient leur collet pour Paul devaient faire chaque jour deux catéchismes. A célébrer la sainte messe. La forme elle-même varie ; une heure après-midi avait lieu le petit catéchisme pour tantôt elles sont des expositions suivies, tantôt elles pro­ les enfants. Les missionnaires se tenaient au milieu de cedent par demandes et par réponses; dans ce cas, ce leurs auditeurs et leur expliquaient très familièrement sont de véritables leçons détachées d’un catéchisme. les mystères et les commandements. Le soir, du haut Un prêtre du séminaire Saint-Nicolas en a réuni 41 sous de la chaire, ils exposaient les mêmes matières, ainsique le titre : Recueil des abrégés contenant plusieurs ins­ les sacrements, le symbole, l’oraison dominicale et la tructions chrétiennes nécessaires à toute sorte de persalutation angélique, brièvement et familièrement, selon .« unes, Paris, s. d. Mais elles sont encore dans ce recueil la capacité des paysans. Ils interrogeaient alors les à l'état isolé, avec leur titre spécial et leur pagination enfants pendant un quart d'heure. C'était le grand caté­ propre, telles qu’elles avaient d'abord été distribuées chisme. A la fin de la mission, les enfants bien préparés séparément. D’autres publications catéchétiques ont été faisaient solennellement leur première communion. faites par les prêtres du séminaire Saint-Nicolas du Louis Abelly, Vie de S. Vincent de Paul, 1. IV, c. i, Chardonnet : Catéchisme contenant l’ordre des ma­ Lyon, 1836, t. tv. p. 339-341. Saint Vincent, ayant appris tures gui s'enseignent dans les cing classes différentes qu'un de ses prêtres avait remplacé le grand catéchisme gui se font à Saint-Nicolas du Chardonnet (avec les par des prédications, en fut fort contristé et il lui écrivit fetesi, in-32, Paris, 1657, 1664; Diverses instructions que cela ne se devait pas. « parce que le peuple a plus dressées en forme de catéchisme, in-12, Paris, 1659; besoin de catéchisme et qu'il en profite davantage. ■ Nouveau recueil d'abrégés contenant diverses matières Ibid. H reste deux manuscrits du Grand catéchisme de pour faire prônes, catéchismes et instructions popu­ la Mission, ou de Saint-Lazare : ms. 636 des archives lantes, etc., in-12, Paris, 1669.1686; Catéchisme servant de la congrégation; cf. A. Milon, Répertoire bibliogra­ de disposition pour faire avec fruit la première comphique de la congrégation de la Mission, Paris. 19·Ί3. r ■ nmn, divisé en trois parties, in-32, Paris, 1681; Ca­ p. 75; ms. français 9765 de la Bibliothèque nationale. 1909 CATÉCHISME H. Omont, Catalogue général des mss. français, Paris, 1895, p. 36. Ce dernier, qui est du xvni· siècle, suit le plan tracé par saint Vincent. L’instruclion préli­ minaire signale le catéchisme pour la jeunesse parmi les cinq choses à faire dans la mission, p. 4; mais les instructions du soir sont de véritables sermons sur les matières catéchétiques. C'est en 1617 que saint Vincent établit à Cliatillon, où il était curé, la première confrérie de charité pour le service des pauvres. Bientôt il mulliplia les confréries dans les campagnes. Or les dames qui en étaient mem­ bres instruisaient les pauvres qu'elles secouraient et fai­ saient l'école aux pelites lilies. En 1629, saint Vincent introduisit ces confréries à Paris et employa Louise de Marillac, veuve Le Gras, à la visite des confréries de cha­ rité de la province. Louise de Marillac faisait régulière­ ment l'école, ou plutôt le catéchisme, dans toutes les loca­ lités où elle allait. Elle avait rédigé pour son propre usage, « c’est-à-dire pour enseigner la créance aux pau­ vres et aux enfants dans ses visites de charité, » un petit catéchisme dont l’original, écrit de sa main, est conservé aux archives de la maison-mère des filles de la charité, et qui a été reproduit dans les Pensées de Louise de Ma­ rillac (lithog.), in-4°, s. 1. n. d. (Paris), p. 102-122. De forme toute familière, il est l’image el l’écho vivant de l’en­ tretien que M'M.e Gras avait d'ordinaire avec ses petites écolières des villages sur les choses de Dieu. Mflr Baunard, La vénérable Louise de .Marillac, Paris, 1898, p. 86. Louise de Marillac faisait plus que de catéchiser les filles de la campagne; elle leur préparait et leur envoyait des catéchistes. Les premières filles de la charité, dès 1633, se proposaient, avec le soin des pauvres et des malades, l'instruction religieuse des enfants, sur­ tout des petites filles. Elles s'instruisaient elles-mêmes et elles lisaient l'Evangile, « après avoir fail recorder les principaux points de la créance en forme de petit catéchisme. » Ordre de la journée des premières filles de la charité, I633, dans Pensées, p. 139; cf. Msr Baunard, op. cit., p. 139. Elles dirigèrent des écoles tant à Paris que dans les villages, mais pour les filles seule­ ment. pour les instruire de leurs créances et des moyens de vivre en bonnes chrétiennes et leur enseigner prin­ cipalement le catéchisme et la pratique des vertus. Elles devaient parler un langage simple et faire la lecture plutôt que le catéchisme, se bornant à expliquer fami­ lièrement le texte lu. ΜοΓ Baunard, p. 491-492. Elles avaient donc un livre de lecture ou mieux un manuel de catéchisme. Celles qui soignaient les enfants devaient rassembler, chaque jour à une heure, les plus grandes pour leur faire le catéchisme et leur apprendre à connaître leurs lettres. Règlement, dans Pensées, p. 196. Les dames de charité, elles aussi, catéchisèrent les malades à l’Ilôtel-Dieu de Paris, à partir de 1634, et pour leur faciliter cet exercice de charité, M. Vincent fit imprime.·· à leur usage un petit livret qui contenait les principaux points de l’instruction à donner aux malades. Mtir Baunard, p. 159-161. Ce livret est l’œuvre d’Adrien Gambart, ancien laza­ riste et alors aumônier des vistlandines de Paris. Son titre indique son but et sa méthode : Le bon partage des pauvres en la doctrine chrestienne et connaissance du salut, ou instructions familières pour les simples, distribuées par chaque semaine pour les douze mois de l'année en faveur des pauvres et de ceux qui ont zèle pour leur salut, in-2i, Paris, 1652. Le nom de l'auteur est révélé seulement par l'approbation, donnée par L. Bail, docteur de Sorbonne, le 1er octobre 1652, et le livre y est intitulé : Le petit catéchisme pour tous les mois de l’année, p. 206. La division adoptée répond au dessein de l’auteur. « En certains lieux, communautés, familles ou hospitaux, ces instruclions se font réglement toutes les semaines, » p. 4, et comme ce n’est pas tou­ jours par les mêmes personnes, on les a distribuées par 1930 semaine, en faisant correspondre les principaux sujets aux mystères et aux circonstances de l’année liturgique. La distribution des petits catéchismes pour tous les mois de l'année est précédée d'un abrégé de la doctrine chrétienne et d'une instruction sur l'importance et la nécessité de la doctrine chrétienne. Chaque leçon, rédi­ gée par interrogations et réponses, est suivie de l’indi­ cation des exemples à citer avec renvoi aux livres où ils sont rapportés. L’auteur donna lui-méme, en 1663, une 2' édition, augmentée d’une instruction pour la première communion. Après sa mort.survenue le18décembre 1668, ce livret fut réédité, in-18, Paris, 1673. avec des sup­ pléments dont les principaux sont indiqués dans la suite du titre : ensemble quelques avis et exercices par­ ticuliers pour la première communion et autres devoirs du chrétien, d’où les catéchistes, maistres et maislresses d’école peuvent tirer lumière pour l’instruc­ tion des enfants. L’auteur nous apprend que son livret a passé des mains des visiteurs des pauvres et des catéchistes de la campagne, auxquels il était primitive­ ment destiné, dans les écoles des pauvres de Paris et de la province. Il loue ces écoles charitables et indique aux maîtres et aux maîtresses une méthode concernant l’usage de son livre. Ses leçons sont suivies d’exemples, cités sans renvoi aux sources, et de réflexions en forme de discours direct. Enfin, le livret de Gambart fut publié dans un troisième état. Les éditeurs de ses œuvres firent précéder les interrogations de courtes instructions sur le même sujet et présentèrent le tout sous le titre; Instructions familières sur les principales vérités du christianisme pour chaque semaine de l’année, comme seconde partie du Missionnaire parois­ sial, 2 vol., 1674. On en fit à l'étranger plusieurs contre­ façons; la plus répandue en France parut. 8 in-12, Liège, 1677. Une traduction italienne par Constant Grasselli, de Florence, fut imprimée, in-40, Venise, 1723. L’abbé Migne a réédité Le missionnaire paroissial, dans sa collection des Orateurs sacrés, t. lxxxix; la seconde partie, qui comprend le catéchisme, se trouve col. 637-1264. Cf. Rosset. Notices bibliographiques sur les écrivains de la congrégation de la Mission, Angou­ lême, 1878, p. 263-268. Un émule de Bourdoise et de saint Vincent de Paul dans la catéchisation du peuple et spécialement des enfants est Jacques Olier, fondateur du séminaire el de la Compagnie de Saint-Sulpice. Dès 1636, il faisait luimême le catéchisme dans ses missions, qu'il terminait aussi par la première communion solennelle des enfants des paroisses, et il communiquait son zèle aux ecclésias­ tiques de l’Auvergne. Failion, Vie de M. Olier, 4· édit., Paris, 1873, t. 1, p. 184,185. Devenu curé de la paroisse Saint-Sulpice, il établit pour le dimanche, en 1642, divers catéchismes dans l'église paroissiale, et se fit luiméme catéchiste. Il organisa douze autres catéchismes dans le faubourg Saint-Germain. Deux séminaristes allaient dans chacun de ses groupements et rassem­ blaient les enfants au son de la clochette. D’autres catéchismes se faisaient encore dans les écoles par les soins des ecclésiastiques du séminaire. Des catéchismes spéciaux, dits de semaine, préparaient les enfants à la première communion et à la confirmation. Les autres curés de Paris imitèrent le zèle d’Olier et multiplièrent les catéchismes dans leurs paroisses. A Saint-Sulpice, il y eut, en outre, des catéchismes pour les laquais, les mendiants et les vieillards, et, à l'église, un autre pour les grandes personnes en langage plus relevé. Des feuilles imprimées, avec vignettes, étaient distribuet dans les familles. Faillon, op. cit., t. il, p. 54-55. En 1652, M. Olier ouvrit des écoles pour les enfants pauvres de la paroisse. Les maîtres étaient spécialement charg. d’instruire leurs élèves dans la piété, de leur fair apprendre le catéchisme et d'assister aux catéchismes publics qui avaient lieu, les jours de dimanches et de CATECHISME 1931 fêtes, en divers endroits de la paroisse. M. le curé y envoyait de fois à autre un ecclésiastique pour faire le catéchisme. Règlements pour ceux qui visiteront les petites écoles, dans Remarques historiques sur l’église et la paroisse de Saint-Sulpice, Pièces justificatives, III' et IV' parties (1*73), t. il, p. 414-415. Les écoles se multiplièrent, dirigées par des religieuses pour les petites filles. Ibid., p. 484-491. M. Olier fit composer par les prêtres de Saint-Sulpice Le catéchisme des enfants de la paroisse de S. Sulpice. Il le présenta au prieur de l’abbaye Saint-Germain des Prés qui l’approuva le 3 février 1652, au nom de Mor Henry de Bourt>on. évéque de Metz, et abbé de Saint-Germain. Re­ gistre de la juridiction spirituelle et quasi épiscopale ■ le l'abbaye, de 1610 à mars 1642, Archives nationales, LL 137, fol. 138 v. Ce catéchisme fut réimprimé en 1665 et il est reproduit dans Remarques historiques, -le., t. n, p. 497-515. L’avant-propos avertit qu’il n’est qu’un abrégé d’un plus grand et d’un plus étendu « qu’on explique les dimanches et fêtes dans l’église de la paroisse, aux personnes plus âgées et plus capables d’une plus forte instruction ». Il comprend vingt leçons et se termine par des prières pour les exercices ordi­ naires de la journée. Cf. Faillon, op. cit., t. n. p. 506507; L. Bertrand, Bibliothèque sulpicienne, Paris, 1900, t. I. p. 10. Après la mort de M. Olier, les séminaristes continuèrent à taire le catéchisme dans les faubourgs. L’institution se développa sous la direction des curés de la paroisse, qui étaient pour la plupart des catéchistes émérites. Elle eut des méthodes propres; comme les séminaristes y eurent toujours et y ont encore une part considérable, les catéchistes qui s’y formèrent répan­ dirent dans toute la France et même au dehors le zèle sulpicien et les formes spéciales des catéchismes de Saint-Sulpice. Manuel complet des catéchismes de Saint-Sulpice, Paris, 1812; Directoire des associées, Paris, 1830 ; Faillon. Histoire des catéchismes de SaintSulpice, Paris, 1831 ; ld., Méthode de Saint-Sulpice dans la direction des catéchismes, Paris et Lyon, 1832; revue par M. Icard, 1856, 1874; Icard, Traditions de Saint-Sulpice, Paris, 1886, p. 312-320. Un catéchiste de Saint-Sulpice, Charles Démia, étant rentré à Lyon, son diocèse d’origine, fut chargé, en 1664, de visiter les paroisses de la Bresse, du Bugey et de la bombe. Ayant constaté dans la jeunesse une profonde ignorance des vérités chrétiennes, pour y remédier, il se mit avec zèle à organiser des catéchismes et des écoles, be 1667 à 1672, il fonda à Lyon cinq écoles, dont les maîtres étaient des prêtres ou des ecclésiastiques dans les ordres sacrés. Le but principal de ces institutions était d’apprendre aux enfants la religion; la lecture et l’écriture ne venaient qu’au second rang. Démia groupa les maîtres d’école en communauté sous le nom de sémi­ naire de Saint-Charles (1672). En 1675, il s’occupa des écoles de tilles et établit une compagnie de dames, qui f rinèrent plus tard une communauté qui subsiste encore : ce sont les sœurs de Saint-Charles. Enfin, il avait constitué une confrérie de lilies qui, tous les dimanches 4e 1 année, enseignaient le catéchisme aux enfants de leur sexe. Faillon, Fie de M. Démia, Lyon, 1829. Or, :-.-ir faciliter aux maîtres et maîtresses leur mission. Cturles Démia composa, en 1666, le Catéchisme pour tes écoles du diocèse de Lyon. L’ouvrage suit un plan : liciilier. Il est divisé en autant detleçons que l’année a de s-maines, et ces leçons sont rattachées aux mystères que l’Eglise célèbre dans sa liturgie. On se servait aussi d’images représentant ces mystères. Le réglement des écoles de Lyon fut adopté et suivi dans plusieurs dioceses ou villes de France, et le catéchisme était encore usité en 1736, à Lyon et à Gap. Dans ce dernier diocèse, . fut maintenu jusqu’en 1850. Hézard, Hist. du caté­ chisme, p. 205-206, 245-246, 357-358, 373. Felix Vialart. évéque de Chàlons, avait, dès 1640, étaDICT. DE TI1ÉOL. CATIIOL. i i : I bli dans son diocèse des écoles pour,la jeunesse. 11 fit reviser le catéchisme diocésain et il prit lui-même part à ce travail. Dans le mandement qui le présente, il re­ commandait un traité qu’il avait fait dresser el publier : L’école chrétienne oit l'on apprend à devenir bon chré­ tien et à faire soft salut, in-12, Chàlons, 1660 ; 2* édit, augmentée, 1662. 1664. Les quatre premières parties sont pour les maîtres, la cinquième est pour les enfants qui se préparent à la première, communion. Viennent ensuite les éléments de la doctrine chrétienne pour les petits enfants. En 1675, il avait demandé des maîtres â Démia, qui lui envoya seulement les règlements de son école. Gouget, La vie demessire Félix Vialart de Herse, Cologne, 1738; Hézard, op. cit., p. 328. Après que, de toutes parts, avaient surgi des congré­ gations de religieuses, spécialement vouées à l’instruc­ tion des jeunes filles, un chanoine de Reims, JeanBaptiste de la Salle, donna des maîtres et des méthodes aux petites écoles de garçons. Dés 1679, il réunissait des maîtres, et en 1682, il fondait des écoles et bientôt après l’institut des frères des écoles chrétiennes. Or. en 1703, il publiait : Les devoirs d’un chrétien envers Dieu, et les moyens de pouvoir s'en bien acquitter, 3 vol. Cet ouvrage comprend trois parties. La seconde, contenue dans le t. il, constitue un catéchisme par demandes et par réponses à l’usage des élèves. Bien qu’il ait été beaucoup remanié dans les éditions succes­ sives qui en ont été faites, il est authentique et ne doit pas être confondu, comme on l’a fail.avecle catéchisme de l’évêque d’Agen, Claude Joly, publié sous un litre analogue. Le catéchisme de saint Jean-Baptiste de la Salle a servi à l’instruction chrétienne de nombreuses générations d’élèves des frères. J. Guiberl, Histoire de S. Jean-Baptiste de la Salle, Paris, 1900, p. -421-423. 691; L. Bertrand, Bibliothèquesulpicienne, Paris, 1900. t. m, p. 14. Il faut rattacher au même mouvement d’idées l’ou­ vrage de Henri Boudon, archidiacre d’Èvreux et fon­ dateur de séminaire : La science sacrée du catéchisme, ou l'obligation qu'un prêtre a de l'enseigner el les peuples de s'en faire instruire, in-12, Paris. 1649, 1749; Caen, 1825; reproduit par Mo' Dupanloup. Méthode générale de catéchisme, 2e édit., Paris. 1862, t. Il, p. 3-96. Les écrits catéchéliques de Jean Eudes, fonda­ teur des eudistes, étaient plus spécialement destinés aux missions : Diverses instructions pour prêcher el catéchiser populairement avec un catéchisme pour les missions, un abrégé des mystères, un exercice de la journée chrétienne, etc., in-12, Paris, 1649; Caen, 1650; Paris. 1667; Fie du chrétien ou catéchisme de la mission, Caen, 1655; Rouen, 1660; Caen, 1674. Signa­ lons encore A. Bavic. Le petit missionnaire dressé en forme de catéchisme, 5e édit., in-32, Toulouse, 1644; Le catéchisme des peuples, par un missionnaire (J. Blanc I. 9 in-12, Lyon, 1699-1701, et un Abrégé, in-16, 1698; École paroissiale, par un prêtre de Paris, in-8’, Paris, 1654. 3° Autres catéchismes diocésains. — Châlons-surMarne avait son catéchisme en 1660. Le grand caté­ chisme du diocèse de Langres, pour toutes sortes de personnes qui ont charge d’âmes, ou qui auront des­ sein de s’instruire des mystères de la religion catho­ lique et des principales cérémonies paroissiales, in-24, Dijon, 1664, œuvre de Gauthier, grand vivaire de Lan­ gres et prévôt de la Sainte-Chapelle de Dijon, contient en 60 entretiens la matière ordinaire avec l’explication des fêtes et la distribution des petits catéchismes pour tous les mois de l’année selon l’ordre liturgique. Hézard, p. 207, 362; Marcel, Les livres liturgiques imprim. s du diocèse de Langres, p. 188, note 2. En 1664. Har­ douin de Pérélixe, archevêque de Paris, faisait imprimer une Instruction de la doctrine chrétienne, rééditée en 1670, qui comprenait trois catéchismes, l’un pour les 11. - 61 1933 CATÉCHISME plus jeunes enfants, l’autre pour ceux qui se préparent à la première communion et le troisième pour les plus instruits. Ce catéchisme devait être lu et enseigné dans les églises, les collèges et les petites écoles. Les leçons sont rattachées aux vertus de foi, d’espérance, de cha­ rité et de justice. Le vray catéchisme de la doctrine chrétienne, imprimé par ordre de François de Gondy, Paris, 1687. suit la même division, llézard. p. 408-469. En 1666, Mor de Gondrin. archevêque de Sens, donnait à ses curés un Catéchisme ou instruction chrétienne, 3’ édit., in 12, Sens, 1670, dont un Abrégé parut en 1672. llézard, p. 439. Claude Joly, évêque d’Agen, a pu­ blié successivement : Doctrine des indulgences et du jubilé, dressée en forme de catéchisme, in-12, Agen, 1668, 1671; Paris, 1677; 1750, 1764; Paris, '1879; Les devoirs du chrétien, dressés en forme de catéchisme, in-18, Agen,s.d.(1672);12’édit, 1696; 14e édit., 1751, etc. ; Abrégé du catéchisme d'Agen dressé particulièrement pour ceux qui se disposent â la première communion, réimprimé en 1770 et modifié en 1843. Les devoirs du chrétien ont été adoptés par plusieurs diocèses de la Gascogne et du Languedoc, et en 1728, Mor de Caulet, évêque de Grenoble, les a joints au catéchisme diocé­ sain pour les enfants qui se préparent à la confirmation et à la première communion. Cazauran, Catéchismes de la province d'Auch, dans ΓAnnuaire du petit séminaire de Saint-Pé, 23° année (1897), in-8°. Bagnères, p. 303, 304; L. Bertrand, Bibliothèque sulpicienne, t. ni, p. 1315; llézard, p. 214,276-277. 360. Le diocèse de Besançon avait pour l’usage des curés et des maîtres d’écoles Le catéchisme, etc., fait d’après ceux de Lyon, Paris, Sens, Chàlons et Agen ; 4· édit., Grenoble. 1673. llézard, p. 308. M'Jr Malier, évêque de Troyes, publiait en 1672 un caté­ chisme en latin et en français. La traduction française, intitulée : Instruction chrétienne, était destinée aux élèves des collèges. Elle ressemble pour le fond et la forme au catéchisme de Bourdoise. llézard. p. 457. Le Catéchisme pour l’usage du diocèse de Paniiers, in-12, Toulouse, 1672, suit un ordre particulier. Ibid., p. 404. L’évêque d’Amiens donnait à son diocèse, en 1673, un ca­ téchisme particulier pour qu’il « soit la règle de la conduite uniforme des catéchistes »; réimprimé en 1685, On en fil sans doute un abrégé, car en 1699 un autre évêque, Henri Feydau de Brou, avait fait réduire en un par l’hébraïsant François Masclef les deux catéchismes dio­ césains; le grand avait été considérablement abrégé. Ce dernier fut adopté en 1703 et de nouveau en 1740, à Boulogne, llézard. p. 284-285, 315, 316. Le catéchisme, dit des trois Henri en raison du prénom identique des évêques de Luçon, d’Angers et de la Rochelle qui l’adop­ tèrent, est célèbre. L’imprimatur est du 20 décembre 1675 et la première édition est pour les trois diocèses ainsi que celles de 1677 et de 1679. Elles comprenaient trois catéchismes, un petit, un moyen et un grand. En 1684, une nouvelle édition du petitest substituée à la première. En 1693, une fusion est opérée entre le petit et le moyen, et cette édition mélangée est dès lors imposée par les trois évêques. Elle est la seule en usage à Luçon de 1693 à 1714. Elle cesse alors d’être employée ainsi qu’à La Rochelle en 1717 et à Angers en 1719. Ce catéchisme avait été attaqué : Réflexions sur quelques propositions qu’il contenait, Paris, 1678. Comme la doctrine était un peu infectée de jansénisme. Clément XI l’aurait jugé défavorablement, et ce jugement rapporté aux évêques par le P. Timothee de la Flèche, capucin, aurait fait cesser l’emploi du catéchisme collectif. L’abbé Faure le fit approuver à Reims au xvni» siècle par l’archevêque Le Tellier, et M»r de Verthamon, évêque de Luçon, le fit rééditer en 1756 pour son diocèse, en l’augmentant considérablement. On l’attribue à Dubos. llézard, p. 286287, 370-371. 426, 429-430. Le catéchisme de Coulances, imprimé en 1676 à Caen, fait aussi des emprunts à Bourdoise. Il contient des instructions pour la première I I [I .; | | 1934 communion et les principales fêtes de l’année. Il com­ prend trois catéchismes et devait être enseigné aux enfants par les curés, les vicaires et les maîtres d’école. H a été en usage jusqu’en 1827. llézard. p. 344-345. Le second fut accepté à Laon en 1698. Ibid., p. 364. Le 19 août 1676, les évêques de Périgueux et de Saintes approuvaient le même Formulaire d’instruction ou méthode facile pour instruire le peuple de la cam­ pagne. llézard, p. 413, 436. En 1677, l’évêque de Bazas faisait imprimer à Bordeaux un catéchisme avec le prône et les instructions synodales de son diocèse. llézard, p. 304. La même année, celui de Metz publiait une Ins­ truction chrétienne. Ibid., p. 385. M»r de Tassy, évêque de Chalon-sur-Saône (1677-1711). a inauguré une mé­ thode nouvelle. Son catéchisme, divisé en deux parties, expose successivement la doctrine et la vie chrétienne. La seconde, intitulée : Catéchisme des mystères, expose à l’ocasion des fêtes le dogme et la liturgie. Ibid., p. 246247, 331. Un Sommaire de la doctrine chrétienne pour instruire le simple peuple était rédigé en 1679 par ordre de Mur de Montchal, archevêque de Toulouse. Mais le premier catéchisme qui ait été dressé pour l’usage de ce diocèse l’a été en 1685 par Mur de Montpezat, par voie d’interrogation et de réponse. H a été en usage jusqu’en 1806. Ibid., p. 451. H faut placer dans une catégorie spéciale les catéchismes diocésains, rédigés par des directeurs de séminaire. Le premier en date est celui d’un sulpicien, M. de Lantages, qui a servi aux diocèces de Clermont et du Puy. Ces deux diocèses avaient un Abrégé de la doctrine chrétienne, in-4°, Clermont, 1666, destiné aux pauvres qui recevaient l’aumône dans l’institution de charité fondée par le maréchal de Bellefonds. L’abrégé du diocèse du Puy est plus développé et suit un ordre dilïérent. L’évêque de Clermont y fit joindre, en 1674, le Catéchisme de la foy et des mœurs chrétiennes, qui comprend les deux premières parties de l’œuvredeM. de Lantages. La troisième et la quatrième parties parurent au Puy en 1679, et les deux premières furent rééditées dans celte dernière ville en 1684. Réimpressions mo­ dernes : 2 in-12, Le Puy, 1845; in-8», Paris, 1851, 1853, 1855, 1869, 1887. Un Abrégé, fait par deux directeurs de séminaire, a paru, Paris, 1857. llézard, p. 210, 340341, 421-422; L. Bertrand, Bibliothèque sulpicienne, t. i. p, 97-99. Le Catéchisme de Clermont a été adopté en 1830 dans le diocèse de Moulins ; il y fut augmenté et modifié eu 1880. llézard, p. 392-393. Un autre sulpicien, M. de la Chétardye, rédigea pour le diocèse de Bourges trois Catéchismes ou abrégés de la doctrine chrétienne (petit, moyen, grand), in-12, Bourges, 1688, 1690 ; 2 in-12. 1693, 1694, 1699, 1703; le petit seul, 1707; 4 in-12, 1708; Paris, 1713; in-4° et 4 in-12, Lyon. 1736; 3 in-8°, Bourges. 1835; 2 in-8", Lyon. 1836; à la suite du Catéchisme tie l'empire, Lyon, 1844, t. n, p. 246-647. llézard. p.317-318; L. Bertrand, t. i, p. 182-186. M. de la Chétardye ne s’était pas proposé d’abord de composer un catéchisme complet : il faisait imprimer de lempsâ autre sur des feuilles sépa­ rées des instructions divisées en billets. H les réunit plus tard, en élaguant ce qui lui parut superflu. llézard. p. 210-211,319. Son catéchisme a servi au diocèse de Gap à partir de 1707. Ibid., p. 357. M. de la Noé-Ménard, direc­ teur du séminaire de Nantes, composa en 1689 le Caté­ chisme du diocèse de Nantes, 2“ édit., in-12, Nantes. 1723. Approuvé par l’évêque de Vannes, il fut adopt par Vincent-François des Marais, évêque de Saint-Malo (1702-1739), au diocèse d’Arras et méipe à Ferrare (Italie). Ibid., p. 210. 282, 292, 465. Mu'· je Suze, évêque de Viviers, avait fait imprimer en 1680 un catéchisme pour son diocèse. Mais comme il n’était ni assez méthodique ni assez clair, chaque catéchiste se croyait autorisé à en choisir ou à en com­ poser un autre à son gré. Pour remédier à cette situa­ tion, Ma' de Villeneuve lui fit donner en 1740 une nou- 1935 CATÉCHISME velle forme qui a été employée sans changement jusqu’en 1802. L’édition abrégée, reprise en '1802, est encore en usage avec lesadditionsfaitesen 1886. Hézard, p. 471-472. Msr de Forbin de Janson, évêque de Beauvais, voulant parer aux inconvénients de l’emploi simultané de divers catéchismes, lit imprimer en 1681 « un abrégé exact de la doctrine chrétienne qui fut une régie uni­ forme pour les instructions » dans son diocèse. llézard, p. 305. La même année, l’archevêque de Tours donnait un catéchisme expliquant, en quatre parties, la foi, l’es­ pérance, la charité et les sacrements, et en 1692 un abrégé pour l’hôpital général de sa ville épiscopale. Ibid., p. 153-454. L’année 1684 vit paraître trois caté­ chismes nouveaux. Celui de Mende, 2 in-12, était pour les chrétiens déjà instruits et complétait un catéchisme élémentaire dans la langue du pays pour les habitants de la montagne. Ibid., p. 384. Celui de Reims, en 36 le­ çons, est approuvé â l’exclusion de tout autre. Ibid., p. 425. Celui de Verdun était l’œuvre de Louis Habert et comprenait un grand catéchisme et un abrégé. Ibid., p. 466. Ms» Le Camus, évêque de Grenoble, fit lui-même un Catéchisme de la doctrine chrétienne avec l'expli­ cation des mystères, commandements, sacrements, prières et devoirs particuliers de chacun avec les cita­ tions aux marges, de l’Écriture sainte et des conciles, in-12, Lyon, 1685. A peu prés tous les sujets y sont traités en trois questions. Ibid., p. 359. En 1687, Mor de Pradel, évêque de Montpellier, publia un abrégé pour les enfants, puis une théologie développée, contenant les quatre parties de la doctrine chrétienne, pour les personnes instruites. Ibid,, p. 389. La même année, Bossuet promulguait le Catéchisme du diocèse de Meaux. Il se rendait aux demandes qui lui avaient été faites de tous côtés et notamment par Raveneau, curé de Saint-Jean-les-deux-Jumeaux, qui dès le 11 novembre 1682 déclarait à son évêque que le catéchisme en usage n’était « ni méthodique ni clair ». Il trouvait lui-même a reprendre à l’ancien, en particulier au sujet de l’al’rition où il voudrait « un commencement d’amour de Dieu ». En 1684, il travaillait déjà à son catéchisme et il recevait les essais de plusieurs de ses curés. H l’avait achevé en 1685, et l’impression était terminée au mois de janvier 1687. Extraits du recueil Haveneau sur .Bos­ suet, dans la lievue Bossuet, 1904, t. v, p. 245. 247-248, 252, 259, 267. Ce catéchisme en contenait trois : celui des commençants, un autre plus développé avec une partie historique, et le catéchisme des fêtes. En 1689, Bos­ suet y joignit des Prières ecclesiastiques. Voir col. 1083. Le cardinal de Bissy en lit une réduction, et le caté­ chisme de Bossuet fut usité à Meaux, sous l’une ou I autre de ses deux formes, jusqu’en 1822. L’évêque de Mâcon l’adopta en 1744, et son diocèse le conserva jus­ qu’en 1828. La réduction du cardinal de Bissy fut accep­ ta e à Châlons-sur-Marne en 1727. Hézard, p. 240-241, 329-330, 374-375, 381-383. En 1687 l’évêque de Troyes, BouthillierdeChavigny, publiait un abrégé qui ressem­ ble aux catéchismes de Bourdoise et de Mo’ de Brienne pour Coulances. En 1705, il en donnait trois d’après le plan de Bossuet, qui en furent employés jusqu’en 1804. Ibid., p. 458-459. En 1687 encore, Mo’ de Harlay, arche­ vêque de Paris, imposait un catéchisme diocésain, qui eut une grande fortune. Composé « par des personnes tws savantes » et presque exclusivement des paroles de l’Ecriture, des conciles et des Pères, il contenait deux catéchismes. Augmenté diversement par plusieurs arche­ vêques de Paris, il fut en usage jusqu’en 1846. L’édition de Morde Vin tiini)le( 1730) fut adoptée à Dijon par Mo’d’Apchon en 1781 et usitée jusqu’en 1804. Un de ces catéchis­ mes a été adopté dans le diocèse d’Alet. L’évêque d’Autun, en 1693, a donné à son diocèse un catéchisme, imité de celui de Paris et usité jusqu’à la Révolution. Le catéchismede Harlay fut enseigné à Versailles de 1802 à 1832. à Troyes de 1804 à 1828, dans la partie du diocèse de 1936 i! Cahors qui avait appartenu au diocèse de Vabres en 1814, et à Agde de 1822 à 1840. Hézard, p. 275, 295, 351, 409-411, 461. 467, 476. En 1691, Mor de Clermont-Ton­ nerre donnait au diocèse de Noyon un catéchisme qui était encore imprimé en 1827. Ibid., p. 400. François de Poudenc, évêque de Tarbes (1692-1716), avait fait un catéchisme qui fut épuisé et remplacé en 1726. Ibid., p. 446. En 1693, Autun et Lyon eurent leurs catéchismes diocésains. Celui d’Autun y persévéra jusqu'au con­ cordat; celui de Lyon fut abandonné au xvm» siècle et remplacé en 1730 par le catéchisme des écoles de Lyon. Ibid., p. 295-296, 373. En 1694, Séez reçut son Grand catéchisme. Ibid., p. 436. En 1695, Morde Tressan, évêque du Mans, disposait dans un plan particulier les matériaux du catéchisme parisien de Mor de Harlay. Il y joignait un abrégé en sept leçons. Ibid., p. 378-379. En 1696, les évêques de Soissons eide Béziers donnaient , un catéchisme à leurs diocésains, ibid., p. 311, 443; celui de Castres, en 1697, p. 327; ceux de Chartres, de Langres, de Nimes, Godet des Marais, Clermont-Ton­ nerre et Fléchier, en 1698 (grand et abrégé), p.335. 362. 399; Pierre de la Broue, à Mirepoix, en 1699, un grand pour les curés et un abrégé pour les enfants, p. 387. Mor Basan de Flamenville, évêque de Perpignan (16961721), donna aux siens trois catéchismes proportionnés à l’intelligence des enfants, p. 415. Le diocèse dé Lescar eut son catéchisme, Paris, 1699. 4° Catéchismes privés.— La sollicitude des évêques pour l’instruction religieuse n’entravait pas l’activité des simples prêtres, et à côté des catéchismes diocésains et officiels il y avait place pour les manuels d'enseigne ment particulier. Le P. Louis Richeome, S. J., rédigea pour le dauphin, fils de Henri IV et de Catherine de Médicis, un catéchisme, dit Catéchisme royal, et dialo­ gue entre le roy Henri IV et le dauphin, in-12, Lyon, 1607. La division répond aux vertus de foi. espérance, charité, aux sacrements, à la justice chrétienne et aux lins dernières. Un abrégé vient ensuite. Les réponses sont en vers, et des illustrations accompagnent le texte. Un autre Catéchisme royal, in-8», Paris, 1646, fut desti­ né à l'instruction du jeune Louis XIV. Il comprend 95 gravures sur acier, empruntées parle P Bonnefons. S. J., au P. Georges Mayr sur le texte de Canisius, i Augsbourg, 1613. Le texte versifié était l’œuvre du P. Le Blant. La bibliothèque de Saint-Pétersbourg possède ua manuscrit, que M. Zaluski a intitulé : Catéchisme ou briefve instruction du chreslien pour l'usage de Louis XIV, roi de France, 1645. Le grand dauphin eut aussi son catéchisme illustré : Le guide fidèle de la vraie gloire, présenté à Monseigneur le duc de Bourgogne, ins­ truisant ce jeune prince des choses qu’il doit croire, demander et pratiquer pour être roy pendan t les siècles, par le P. André Thomas Barenger. Hézard, p. 256-264. D’autres catéchismes privés étaient destinés soit aux 1 grandes personnes, soit aux enfants. Jean Chapeauville éditait : Catechismi romani elucidatio scholastica, Liège, 1600. Le P. Berlaymond, S. J., publiait le Para­ disus puerorum, in-8», Douai, 1618; Cologne, 1619; c’est un choix d’exemples propres à instruire les enfants. Le P. Guillaume Baile, S. J., composait un Catéchisme et abrégé des controverses de notre temps touchant la re­ ligion catholique, Troyes, 16(9. L’édition de Poitiers avait été tronquée et fut désavouée par son auteur. Hêzard, p. 313-314. On a traduit en latin ce catéchisme de controverse. Ch. Thuet. La pratique du catéchisme romain suivant le décret du concile de Trente, divisés en trois manières d’instruire fructueusement, la pre­ mière en forme de sermons, la deuxième par dialogues et la troisième en forme de méditations, in-4». Paris. 1625, 1630; le P. d'Outreman, S. J., Le pédagogue chrétien, 2e édit., Mons, 1625, 1628. 1629, etc.; Jacques Bayon, Institut, religionis christianæ I. IV (d'apres le catéchisme romain), in-4». Paris, 1626; M. Bourlun. 1937 CATECHISME 1933 Paris. 1696; Le symbole des apôtres expliqué par Instructions familières sur la religion chrétienne, /'Écriture sainte, Blois, 1696; Abelly, évéque de Godez. in-32, Paris, 11)33 ; 5e édit., 1650; Homélies sur la doc­ Les vériléz principales el les plus importantes de la foi trine chreslienne pour être lues et récitées à la messe cl de la justice chrétienne, in-12. Rouen, 1688; in-8·, parochiale du dimanche, etc., et propres aux chefs de Paris, 1696; Claude Fleury. Catéchisme historique con­ famille pour l’instruction de leurs domestiques el à tenant en abrégé l'histoire sainte. 2" édit., 2 in-12, Pa­ tous ceux qui n'ont pas commodité pour fréquenter ris, 1695; il a été très répandu et a été traduit même en les sermons caléchéliques, in-12, Paris, 1639; Ant. Pous­ tamoul à Pondichéry ; d’après Beusch, Der Index, t. il, sier, Le bon catholique, Lyon, 1635; J.-P. Camus, évêque р. 589, la traduction italienne de 1745 aurait été mise à de Belley, Enseignement caléehétique ou explication l'index, puis corrigée; Petit catéchisme à l’usage des de la doctrine chrétienne, in-8", Paris, 1612 ; A. Bonnecollèges des jésuites, in-32, Paris, 1698. Ions, S. .1., La science du chrétien (ce qu'il doit croire, n. rions DE FRANCE. — 1" Catéchismes des églises el faire, fuir), Paris, 1641 ; II" partie, histoire de Jésusdes écoles. — Le synode de Tournai en 1600 décide que Christ, de la sainte Vierge et de saint Joseph, Paris, dans les localités ou il n'y a pas d'écoles, le catéchisme 1646; Id., Abrégé de la doctrine chrétienne ou l'enfant doit avoir lieu le dimanche après les vêpres même s'il catéchisé, en 3 parties, in-12,1640,1648, 1653, 1666; Id., ne se présentait qu'un ou deux enfants. Les curés doi­ L'enfant catéchisé répondant à son père, Ie édit., in-32, vent lire au moins le catéchisme s'ils ne savent pas Paris, 1642; 16· édit., 1646; .1. Marcel, de la doctrine l’éxpliquer. Les baillis doivent obliger les parents à chrétienne à Aix, Le catéchisme chrétien, 1647 ; Petit envoyer leurs enfants, leurs domestiques et leurs ser­ catéchisme familier pour instruire les enfants aux fon­ vantes au catéchisme. Le régime des écoles doit être dements de la religion chrétienne, Vendôme, 1647; Ber­ conforme à celui qui a été réglé par le II· concile de chet, de Langres, Elementaria traditio Christianorum Cambrai. Tit.iv, c. vi-vitl; tit. xxi. Concilia Germania·, fidei (en grec et latin), Londres, 1648; S. Ammian Fanestre, ermite de Saint-Augustin, Institutio Christiana, 1769, t. vin, p. 478. 494. Le synode de Brixen en 1603 recommande l'instruction du jeune âge et ordonne Paris, 1650; Exercice d'un vrai chrétien avec un abrégé de faire le catéchisme à l’église et à l’école, au moins de tout ce qu’il doit croire, savoir et faire pour son certains dimanches. Il faut étudier par cœur et réciter salut éternel, Paris, 1648; Péan de Croullardière, Ex­ le petit catéchisme de Canisius. Les autres catéchismes plication familière du symbole et des commande­ ments... des sacrements et de l'oraison dominicale, ne doivent être employés que rarement et seulement Paris, 1652; Michel Leconte, hiéronymite, Catéchisme, pour instruire les adultes. On fait appel aux parents et Bouen, 1652 ; J. L., S. .L, Le bon pauvre qui instruit aux magistrats et on frappe d'amende les curés négli­ son enfant, Paris, 1653; Déclaration de la doctrine gents. Ibid., p. 556-557. Si les conciles de Cambrai (1604) chrétienne, Paris, 1654; Ch. Le Boy, O. M., Le roy des ! tit. m, c. v, ibid., p. 590, et de Prague (1605), n. 2, enfants du catéchisme, Paris, 1650; Instruction fami­ ibid., p. 677, se bornent à ordonner la tenue des caté­ lière en forme de catéchisme pour les fêles et solennités chismes le dimanche, même s'il y a peu d'auditeurs, ou paroissiales, 2° édit., in-12, Paris, 1656; Catéchisme l'établissement des confréries de la doctrine chrétienne contenant en abrégé les quatre parties de la doctrine et d’écoles séparées de tilles el de garçons, où I on en­ chrétienne el les fêtes privées, in-32, Paris. 1656; Co­ seignera le catéchisme d’après Canisius, le synode pro­ queret, Méthode facile pour instruire les pauvres et les vincial de Malines (1607), constatant que la diversité des simples personnes, Paris, 1657; P. Timothée Poujade, manuels crée des difficultés in discendo et docendo, récollet, Institution chrétienne, Limoges, 1661 ; 6e édit., ordonne de suivre partout la même et unique méthode in-12, Tulle, 1668; P. Guillery, Institution caléehétique qui sera bientôt éditée par ordre de ce concile. Tit. xi, des mystères de la foi, etc., in-12, Paris, 1667; Id., с. v, ibid., p. 781. En 1609, le synode d'Vpres ordonne Abrégé, etc., in-32, Paris, 1669; P. Campet, Pastor ca­ d’exposer en chaire la doctrine chrétienne chaque di­ tholicus, in-fol., Lyon, 1668; voir col. 1448; Barthélemy manche, ou au moins de catéchiser le peuple ou de lire Jehet, curé de Bures, Instruction familière el briefve le catéchisme, s'il n’y a pas sermon. Il recommande explication en forme de dialogue, sur les quatre parties d’instituer partout des écoles dominicales et paroissiales, de la doctrine chrétienne, colligée de divers catéchismes, dans lesquelles les maîtres enseigneront le catéchisme. in-8", Tout, 1667; Gilles de la Baume, Catéchisme de la Les écoles du dimanche sont pour les pauvres. Il faut confirmation, Nantes, 1668; François Pomey, S. J., Ca­ lire le catéchisme le dimanche â l'église el ne jamais téchisme théologique, in-18, Lyon, 1664, 1678; dans alléguer comme prétexte de dispense le petit nombre Aligne, Catéchismes, Paris, 1842.1. n, col. 155-266;N.Turdes auditeurs. Tit. n, c. i, v, vm; lit. m, c. i, vu, ix-xi. Jot, Le vray thrésor de lu doctrine chreslienne descou­ ibid., p. 803, 804, 809. Au synode de Constance, tenu la vert, 11" édit., Paris, 1653; 14· édit., in-4", Paris, 1664; même année, on décide que le catéchisme sera fait Lyon, 1673; en latin, in-4", Bruxelles, 1668; d’Ileauville, chaque dimanche en langue vulgaire, qu'on donnera Catéchisme en vers, dédié au dauphin, in-12, Lyon, 1669; aux enfants des récompenses, qu'un sermon sera fait Biom, 1693; Orléans, 1700;.!. Le Coreur, Les principaux de temps en temps à la messe pour les personnes qui ne devoirs du chrétien contenus dans l'explication : 1" du peuvent pas suivre les catéchismes. On récitera toujours symbole des apôtres; 2“ de l'oraison dominicale; 3” des au prône les formules communes. Les parents seront avertis d'avoir à veiller â l'assiduité de leurs enfants; commandements de Dieu el de l’Eglise; 4° des sacre­ ments, in-12, Lyon, 1683; Paris, 1689; la 3e édit, est inti­ les magistrats leront observer ces règlements et dénon­ tulée : La théologie du chrétien et ses principaux de­ ceront les négligents. Tit. xix. ibid., p. 881-882. L'évêque voirs, Paris, 1727 ; un abrégé pour les plus jeunes enfants d’Anvers, au synode de 1610, règle qu'on enseignera dans les écoles primaires après l'alphabet le petit catéchisme a été publié par ordre de l’évéque de Lectoure, Paris, épiscopal et le catéchisme provincial, et dans les écoles 1688, 1690; cf. llézard, p. 365-366; C. Goussin, Catéchisme historique eldogmalique à l'usage du diocèse d'Amiens, latines Canisius une fois par semaine. On fait lire et in-12, Paris, 1673, 1693; dom Gerberon. Catéchisme du répéter le texte. Le catéchisme a lieu le dimanche après jubilé et des indulgences, in-12, Paris, 1675; Simon, midi à l’église; il y faut un surveillant. Les maîtres Catéchisme des curés, selon le concile de Trente, 1683; d’écoles y conduisent leurs élèves. Si l'heure fixée n'est Explication de l'oraison dominicale, in-12, Paris, 1688; pas favorable, les réunions peuvent avoir lieu dans la Explication du symbole des apôtres, de l’oraison do­ matinée ou au moment le meilleur. Il faut acheter des catéchismes pour les donner aux pauvres. C. m-v, vm. minicale el du decalogue, 2 in-12, Châlons-sur-Marne, 1691 ; La vie de J.-C. en forme de catéchisme, Troyes, ibid., p. 984, 985. Florent Conry, archevêque de Tuam (1608-1629), rédigea un catéchisme irlandais. Le caté­ 1688; abbé de Fouicroy, Catéchisme dogmatique, in-12, 1939 CATÉCHISME 1940 que d’Ypres, en 1629, défend toute interruption dans les chisme, dit de Malines, fut rendu obligatoire dans le diocèse de Gand à partir du jour de Noël 1613, ainsi catéchismes hebdomadaires et ordonne aux doyens d'exa­ qu'un grand catéchisme rédigé en langue vulgaire pour miner les enfants â leurs visites. Les curés ne doivent les catéchistes, correspondant au précédent et intitulé : pas négliger les pauvres qui sont d'ordinaire les plus Den Schat van de Christelijcke Leeri-nghe. L’évéque re­ ignorants. Les écoles dominicales doiventétre instituées. commande très instamment aux curés de faire sérieuse­ On suivra la méthode uniforme lixée par le concile pro­ ment le catéchisme et supplie les magistrats de veiller vincial. Les filles seront séparées des garçons, et au à l'assiduité des enfants. Tit. x, c. ll-lv, ibid., 1771, prône on récitera les formules que tous doivent savoir. I. ix, p. 250. Le synode diocésain d'Augsbourg (1610) Art. 5-14. ibid., p. 494-495. Au synode de l’année suivante, exhorte les curés à faire le catéchisme chaque dimanche le même évêque revient avec insistance sur les écoles â vers une heure après midi. H constate, lui aussi, que la instituer séparément pour garçons et filles. Le premier diversité des manuels est nuisible, et il admet pour l’en­ livre à lire sera l'.-lBC ofl Beghinsel der Wysheydt. Les seignement du dogme et de la morale les seuls caté­ enfants apprendront par cœur le petit catéchisme, puis chismes de Canisius et de Bellarmin. Pour les explica­ le catéchisme de Malines. La veille du catéchisme, les tions il indique le catéchisme romain, le grand de maîtres feront réciter une leçon du petit catéchisme. Canisius, ceux de l'évêque de Mersebourg, de Nauséa, L'évêque ordonne aux enfants d'apporter leur manuel, de Pierre Michel, celui de Trêves avec la méthode qui entre dans les plus petits détails sur la bonne tenue des y est jointe et les Institutiones ehristianæ de F. Coster. réunions et la méthode d’enseignement, et parle d’un Il trace une méthode â suivre et ordonne aux maîtres et certamen catechistieum à organiser pour exciter l’émula­ aux directeurs d'hôpitaux ou d’autres associations tion. Il ordonne encore de prêcher sur les matières du d'amener au catéchisme leurs élèves et leurs pupilles. catéchisme et d’instruire les pauvres. Ibid., p. 528-532. Part. I, c. vil, ibid., p. 30-32. La même année, l’évêque L’évéque de Namur, en 1639, conseille aux curés de prê­ de Warmia ordonne d’enseigner chaque dimanche de cher le catéchisme plutôt que de faire des sermons et l’été, de Pâques â la fête de saint Michel, les initia fidei. ordonne de rappeler aux parents qu’ils doivent y envoyer Comme il n’existe dans son diocèse que deux ou trois leurs enfants. Tit. n, ibid., p. 573. Il demande de restau­ écoles, il exhorte â multiplier, à cause des protestants, les rer les écoles qui avaient été établies à Namur en 1604. leçons catéchistiques. Il indique la science requise pour On y enseignera, après l'alphabet, le catéchisme de Na­ pouvoir recevoir l’absolution, commande de répéter au mur, que les maîtres doivent expliquer. Tit. xxm, c. iv, prône les formules pour que les plus ignorants finissent ibid., p. 598. En 1641, l’évêque de Culm ordonne aux par les savoir, conseille de prêcher d’après le catéchisme curés de la campagne de réciter au prône les formules romain, impose la tenue du catéchisme à l'église et veut ordinaires et déclare qu’il faut refuser les sacrements à que les séminaristes y soient employés. Ibid., p. 96-98. ceux qui ne les sauraient pas. 11 dem nde de restaurer François Buisseret, fondateur de l’école dominicale de l’école de Culm, détruite dans la récente guerre de 1a Mons, devenu évêque de Namur, au synode diocésain Prusse. Ibid., p. 605, 613-614. réuni à Geldon en 1612, punit d’amende et de peines Si nous revenons dans les Pays-Bas espagnols, nous canoniques les curés qui négligent leur devoir d’ensei­ voyons l’évéque de Saint-Omer. Christophe de France, gner aux enfants la doctrine chrétienne. Ibid., p. 166. renouveler au synode de 1640 les statuts diocésains de L’évêque de Liège, au synode de 1618, ordonne aux 1583. Le catéchisme ne doit jamais être omis le diman­ curés de faire le catéchisme, les dimanches et fêtes, che. Il faut s'y accommoder â l'intelligence des enfants aux enfants et aux adultes. Il interdit les théâtres et les et n’y pas traiter de hautes questions. Il recommande jeux sur la place publique â l’heure du catéchisme, pro­ l'établissement d'écoles dominicales ou triviales, ordonne mulgue des indulgences à gagner en assistant aux caté­ de faire aux domestiques et aux servantes, après la pre­ chismes et pousse â ouvrir des écoles dans lesquelles mière messe, une instruction catéchétique. Le catéchisme on donnera chaque jour l’enseignement religieux. aux ignorants peut se faire hors de l’église et en parti­ Tit. iv, c. in. ibid., p. 291. En 1622, l’évéque de Trêves culier. On doit refuser l’aumône aux pauvres ignorants. publia une Halio et ordo tractandæ doctrinæ ehristianæ. Il faut surveiller l'enseignement religieux donné dans Les catéchismes doivent avoir lieu, dimanches et fêtes, les écoles dominicales et établir, dans les lieux impor­ sous peine d’amende, après midi ou â une heure conve­ tants, des écoles spéciales pour les filles. Tit. i, c. xiv, nable de la matinée. 11 faut réciter au prône, avant le xvm-xxv, ibid., 1775, t. x, p. 782-784. En 1643, l'évêque sermon, les formules que tout chrétien doit savoir par de Tournai ordonne de faire le catéchisme chaque di­ cœur, et il est nécessaire de créer des écoles. Ibid., manche après midi; on y suivra la méthode pratique, p. 331. L’évêque de Sion (Valais), au synode de 1626, ‘ditée en 1640, et on rappellera souvent aux parents impose le catéchisme les dimanches de l'avent et du leurs devoirs. Ibid., t. ix, p. 620-621. Celui de Gand, au carême et, en dehors de ces deux époques, une fois par synode de 1650, ordonne de faire le catéchisme à l'église mois. Il recommande d'avertir les parents dont le devoir I dans les écoles et même, au besoin, en particulier. On est de veiller à l'assiduité de leurs enfants, trace une I en donnera une leçon au moins le dimanche, et des quêtes spéciales seront faites pour payer les récompenses méthode et conseille l’emploi des récompenses pour atti­ rer les enfants. Dans les écoles privées de lilies et de distribuées aux enfants. Les magistrats sont invités à garçons, on apprendra à lire et à écrire en latin et en veiller â l'assiduité des enfants. On ne doit pas négliger l'instruction des mendiants. Tit. x, c. iv-vm, ibid., allemand ou en français. C. tv, § 4, 5, ibid., p. 375. En p. 712-713. L’évêque de Ruremonde, en 1652, ordonne 1628, l’évêque d’Osnabruck expose l’importance du ca­ téchisme et ordonne de le faire les dimanches et fêtes qu’à défaut de catéchisme on récite avant le sermon les ou au moins deux fois par mois en suivant la méthode formules que tous doivent savoir. Mais le catéchisme du catéchisme romain. Il veut que durant l'avent et le doit, en outre, avoir lieu, soit avant, soit après midi. Pour carême les sermons soient faits sur les matières du ca­ faire le traitement des catéchistes, on unira plusieurs bénéfices simples, et les magistrats interdiront les téchisme; il fait appel aux parents pour assurer l'assi­ publics pendant la tenue des catéchismes. Art. 21-23. duité des enfants, et demande aux magistrats d'interdire ibid., p. 783. Au synode de Tournai, en 1673, l’évéque les jeux publics à l’heure de l’exercice catéchistique. Le décide que le catéchisme français qu'il a récemment manuel imposé est le catéchisme allemand de Cologne. édité doit être enseigné : Abrégé de la doctrine cliresLes petites tilles doivent être instruites â l’église et â 1 école. Dans les écoles latines ou allemandes de garçons, tiennepour l'usage du diocèse de Tournay, in-32. Lille. 1675 (l'approbation est du 17 décembre 1672 . Il s- pro­ il faut faire apprendre le petit catéchisme de Canisius pose de le faire traduire bientôt en flamand. Les sacre­ en allemand ou en latin. C. v, ibid., p. 436-438. L'évé- 4941 CATECHISME ments seront refusés aux ignorants. Ibid., 1775, t. x, p. 45. Il rappelle cette ordonnance au synode de 1678. Ibid., p. 87. Celui d’Anvers, en 1680, recommande de ne pas omettre le catéchisme, d’y employer une méthode con­ venable, de récompenser les enfants et d’intéresser à l’œuvre les parents el les magistrats. Ibid., p. 98. En 1693, l’évéque de Bruges ordonne, pour chaque diman­ che, le sermon ou catechismus major à la messe, et le catéchisme ordinaire avant ou après les vêpres, même dans les simples chapelles. Le catéchisme de Malines est remis aux enfants et la doctrine du catéchisme romain est exposée aux adultes. Les ignorants seront privés des sacrements, et à la campagne, on récitera à la messe les formules en langue vulgaire d’après le catéchisme de Malines. Il recommande les écoles dominicales, sé­ parées pour les sexes. Tit. i, vi, ibid., p. 190-191, 192, 201. Si nous rentrons en Allemagne, nous voyons, en 1652, l’évéque de Munster ordonner en synode que, les jours de dimanches et de fêtes, on explique le catéchisme de Canisius, dont une édition avait été faite par son prédé­ cesseur. Ibid., t. ix, p. 790-791. En 1657, le même prélat écrivait une lettre pastorale pour recommander la tenue régulière des catéchismes et portait des peines cano­ niques contre les délinquants. Ibid., p. 838. En 1662, il décidait en synode que les leçons du catéchisme seraient données tous les dimanches, que les formules communes seraient récitées â la fin du sermon et que dans les écoles on enseignerait le petit catéchisme de Canisius et la manière de se confesser. Ibid., p. 897.La même année, l’évéque de Cologne prescrivait à son clergé de prêcher le catéchisme et de préférer ce genre d’instruction au sermon. La doctrine des sacrements devait être exposée conformément au catéchisme romain. 11 fallait suivre parloul. même dans les écoles, institutions si utiles, le petit catéchisme de Canisius en allemand, qui avait été approuvé, et en acheter des exemplaires pour les pau­ vres. Part. I, lit. n, c. tv, x; lit. ix. p. 933, 936, 1064. L’évéque de Munster, dans une lettre pastorale du 6 oc­ tobre 1663, insiste de nouveau sur la tenue régulière des catéchismes. Ibid., 1775, t. x. p. 6. Dans son synode du 13 octobre 1671, il revient encore sur le même sujet et sur le catéchisme des écoles. Ibid., p. 3536. Au synode du 26 mars 1675. il trace des règles très précises. 11 recommande, lui aussi, de remplacer le ser­ mon par le catéchisme à la messe. Mais le sermon prê­ ché par des religieux n’ernpêche pas la catéchèse du curé. Le catéchisme doit être fait tous les dimanches et fêtes. Aux fêtes il aura lieu dans les bourgs éloignés pour les paysans qui ne peuvent fréquenter les caté­ chismes ordinaires; les chapelains et les religieux doi­ vent aider et suppléer le curé dans ce ministère. Il oblige les fidèles à assister aux catéchismes el ordonne de garder les bestiaux à l’écurie les jours de dimanches, afin d’enlever un mauvais prétexte de s’absenter. Les maîtres d’école sont tenus d’assister aux catéchismes, durant lesquels les auberges sont fermées. Ibid., p. 5152. En 1678, l’évéque de Trêves, pour exciter l’émulation, ordonne de distribuer des récompenses aux enfants et d’instituer un certamen. 11 recommande d’employer une méthode idoine et invite à lire le catéchisme romain, le catéchisme diocésain, le Pédagogue chrétien, VÉcole du Christ de Cusanus. les Instructions d’Abelly, le Tra­ ctatus catecheticus du P. Philippe Scottville, S. J., et son traité de la confrérie de ia doctrine chrétienne. Ibid., p. 63. En 1687, l’évéque de Strasbourg déclare que les curés doivent avoir le catéchisme romain pour y puiser leur enseignement. Il l’a fait éditer et en ollre gratuitement un exemplaire à chaque paroisse. Ibid., p. 184. L’année suivante, celui de Paderborn traite de l’importance du catéchisme qu’il faut faire chaque dimanche selon la méthode du catéchisme romain. 11 faut poser de courtes questions en langue vulgaire. Les '1942 parents doivent veiller à l’inslruclion religieuse de leurs enfants, et les ignorants sont indignes des sacrements. Quoiqu’il recommande aux curés de suivre la même mé­ thode, il semble que les enfants n’ont pas de manuel. Les jeux publics sont interdits aux heures du catéchisme. Les maîtres d’écoles doivent faire apprendre par cœur à leurs élèves les formules essentielles el assister au caté­ chisme. Part. J, tit. iv, v. p. 128 129. En 1699, l’évêque de Metz ordonne de faire réciter les formules après le sermon. 11 renouvelle le statut de 1604 qui fixait à une heure la durée des catéchismes el obligeait de les faire même dans les chapelles. 11 recommande aux curés le catéchisme romain. Les statuts de 1633 imposaient l’éta­ blissement d’écoles dans toutes les paroisses el ordon­ naient d’y réciter les prières. Les jours de fêtes ou le samedi matin, les maîtres devaient faire réciter la leçon du catéchisme. On leur interdit la lecture des manuels hérétiques, Tit. xtv, xvm, ibid., p. 249, 256, 257. Un catéchisme irlandais avait été imprimé à Douai, 1652, 1663, 1680. Le concile provincial de Tarragone ( 1685) ordonnait d’enseigner le catéchisme en langue vulgaire. Can. 2, Collectio Lacensis, t. 1, col. 743. Les conciles de Bénévent (1693). tit. t, c. vt, el de Naples (1699), tit. t, c. n, recommandaient les confréries de la doctrine chrétienne, et ce dernier rappelait aux maîtres d’école le devoir,, imposé par le concile de Latran, d’en­ seigner une fois par semaine la doctrine chrétienne à leurs élèves; il rendait obligatoire le catéchisme de Bellarmin. Ibid., col. 25. 159-160. 2° Dans l’Amérique latine et les pays de mission. Antoine Araujo, S. .1., composa un catéchisme brésilien qui fut imprimé à Lisbonne, 1618, et traduit en d’autres langues. Le P. Hyacinthe Vetralla, capucin, traduisit en latin une Doctrina Christiana, Rome, 1650, qui est elle-même le catéchisme portugais rédigé pour les en­ fants par le P. .forges, S. .L, et traduit en congien sous la direction d’un autre jésuite, le P. Mathias Cardoso. Les quatre textes furent imprimés ensemble. Hézard, p. 188, 486. Charles Nacquart, lazariste, restent seul missionnaire à l’ile de Madagascar, se hâta de composer en 1649 un abrégé de la doctrine chrétienne en langue madécasse pour le laisser à ses successeurs. Mémoires de la congrégation de la Mission, t. tx, p. 118. H écri­ vait à saint Vincent de Paul, le 9 février 1650, d’en faire imprimer une centaine d’exemplaires seulement. C’est vraisemblablement l'instruction pour les nouveaux convertis à la foy (de l’ile de Madagascar), in-8», Paris, 1654. Étienne de Flacourt, commandant de Madagascar au nom de la Compagnie des Indes orientales, à son retour en France, lit imprimer en français et en mal­ gache un Petit, catéchisme avec les prières du matin el du soir que les missionnaires font et enseignent aux néophytes et aux catéchumènes (de l’ile), in-8", Paris, 1657. Dans une lettre à saint Vincent de Paul, il dit qu’il a mis en ordre ce petit catéchisme. Il paraîtrait, en effet, qu’il était encore l’œuvre du P. Nacquart et qu’il avait été perfectionné par les missionnaires ses successeurs. On cite une autre édition de 1665. Hézard. p. 482-484; Rosset. Notices bibliographiques sur les écrivains de la congrégation de la Mission, Angoulême. 1878, p. 192-193. Le P. Raymond Breton, sous-prieur des frères prêcheurs du couvent de Blainville, a com­ posé un Petit catéchisme ou sommaire des trois pre­ mières parties de la doctrine chrétienne, en caraïbe. Auxerre, 1664; c’est la traduction presque littérale de l’ancien catéchisme de Paris. Hézard, p. 484. 3" Catéchismes privés. — Jérôme de Ripalda. S. .1.. publia en 1616 un Catecismo avec les illustrations du P. Georges Mayr; rééditions, Guatemala, 1873; Madrid. 1890. Jean Laurent Gttadagnolo et Félix Astolfi rédigè­ rent : Tesoro della doctrina di Christo, en trois parties. Milan, 1628. Nicolas Cusanus, S. J., fit plusieurs écrits caléchéliques : Christliche Buchschul, in-16, 1627; in-8 , 1943 CATÉCHISME Lucerne, 1638. 1615; Cologne, 1656. etc.; Sapientia Christiana (en allemand). 1626: Dux vite (en allemand), 1642. Il avait donné une édition illustrée du catéchisme de Canisius. Caspar Aslete, S. J., avait publié en espa­ gnol une Doctrina Christiana, Pampelune, 1608, qui eut de nombreuses éditions et qui est encore en usage au­ jourd'hui en Espagne. César Franciolti avait composé en italien : L'enfant chrétien qui conduit à l’amour de Dieu et se dispose à la première communion, trad, française par D. L. R. F., Paris, 1643; Kerver, O. M., Catechismus super omnes articulos professionis fidei catholiete, Paris, 1638; .1. Andries. S. .1., Necessaria ad salutem scientia, in-16, Anvers, 1653, 1654, 1658; trad, française : Ce qu'il faut savoir pour être sauvé, avec illustrations, Anvers, 1654; il y avait aussi une édition flamande; llézard, p. 256-257; P. Wittfelt, Theologia cateehetica, in-12, Munich. 1( 56. Sur le catéchisme de Bellnrini. barnabite, voir col. 559 ; il a été réédité, 2 in-8», Paris, 1877, et il avait été traduit en français par N. Coulon, 2 in-12, Paris, 1661, 1669. Un autre barnahile. Pie Cassetta, a publié un grand catéchisme : Caleehismo catlolico in forma de dialogo, etc., Rome, 1663. Le capucin Marlin de Cochem lit paraître un catéchisme en 1666. Polch, Trésor cache au champ de l’Eglise, trad, française d'un ouvrage allemand, Cologne, 1664; il y en a aussi une version flamande; .1. Kedd, S. J., publia un catéchisme allemand, in-32, Cologne, 1650, ainsi que 11. Kratlman, O. P., Strasbourg. 1694. Une Catechesi, overo islruzione del christiano composta da varie distinzioni cavale dal catechismo romano,dal Bellarmino e da allri aulori, con alcune brevi note, a été mise à l'index. donec corrigatur, le 4 septembre 1685. VI. Au xvm» siècle. — t. ex France. — 1» Caté­ chismes diocésains. — Ils se multiplient et il n’y a pas une seule année du siècle qui n’en voie paraître quel­ qu'un. Les anciens sont réédités avec ou sans modifica­ tions : on les développe, s'ils sont abrégés; on les résume, s’ils sont étendus. Les nouveaux sont nombreux ; ils reflètent les doctrines du temps et de leurs auteurs : ils sont jansénistes ou antijansénistes et presque ious teintés de gallicanisme; quelques-uns sont restés célèbres. En 1700, Mur de Camilly, évêque de Strasbourg, en publie un (petit el grand), qu'il introduit à Tours en 1723, lorsqu'il change de siège, llézard, p. 445, 454. La même année, on en imprime â Châlons-sur-Marne un petit qui est adopté en 1709 par Mo1' de Noailles, con­ curremment avec l’Ecole chrétienne de Vialart. Ibid., p. 329. En 1701, M'Jr de Coislin en fait, pour le dio­ cèse de Metz, un nouveau qui augmenté en 1736 et tra­ duit en allemand, a été en usage jusqu’à la Révolution. Ibid., p. 385-386. Le petit diocèse de Saint-Pons a le sien, in-12, Béziers, 1702. Ibid., p. 419-420. La même année, Colbert, évêque de Montpellier, publiait les Instructions générales enformede catéchisme, avec deux catéchismes, moyen et petit, de l’oratorien François-Aimé Pouget, Paris. 1702, 1707; 3 in-12. Bruxelles, 1752; 6 in-8», Mimes, 1765; 5 in-12, Avignon, 1807;3 in-12, Paris, 1821. Elles ont été traduites par l'auteur lui-même en latin : Ir.-.titutiones catholicæ per modum catecheseos, 2 in­ fol., Venise, 1761 ; Augsbourg, 1764·; 12 in-8», Paris, 1857. Elles ont été mises à l'index par décret du 21 jan­ vier 1721, et leur traduction anglaise, Londres, 1713, par Silvestre Lewis Lloyd, par un autre décret du 15 janvier 1725. Les versions espagnoles, Madrid, 1713, portugaise, italienne, Venise, 1717, n'ont pas été condamnées. Cf. H. Reusch, Der Index, t. n, p. 762-763, 894, 1225. Une traduction polonaise a été faite par JakubowoMcy, laza­ riste. 4 vol., Varsovie, 1791. Cf. Dupin, Bibliothèque, t. xix, p. 360. Le catéchisme de Montpellier a été adopté en 1836 pour le diocèse de Saint-Pierre de la Martinique. Hézard, p. 478. En 1703, Henri de Thiard de Bissy, vou­ lant établir l'uniformité dans le diocèse de Tout, donna nn catéchisme, divisé en trois, « plus exact et mieux 1944 rédigé, » dit-il. mais très étendu, trop savant et trop abstrait, avec une méthode. En 1763, M»r Drouas en lit une nouvelle édition plus claire et plus courte. Elle a été employée jusqu'au concordat, et même postérieurement dans quelques parties du diocèse de Nancy. E. Martin. Histoire des diocèses de Ί oui, de Nancy et de Sainl-Dié, Nancy, 1901, t. n, p. 372-373. 523, 550; Hézard, p. 448449. A Bordeaux. Mi"·de Bezons publia en 1704 un grand catéchisme el un abrégé, qui a été en usage jusqu’en 1855. Transporté à Rouen par son auteur en 1720, il ne s'y maintint que jusqu'en 1730. Il fut imposé en 1767 au diocèse de Luçon. et en 1826 à celui de La Rochelle, ou il a été employé jusqu’en 1869; il se retrouve en partie dans celui de 1891. En 1827. l'évêque d'Angouléme le choisit aussi: Mur Sébaux l’a retouché en 1881 et on 1888. Hézard, p. 213-214, 288-289, 314, 371-372,434-435. Au synode diocésain de 1707, l’évêque de Besançon ordonnait aux curés de lire au prône les formules que tous les chrétiens doivent savoir. Le catéchisme devait être enseigné aux adultesignorants, même en dehors des jours fériés, et aux enfants à des jours fixés d'après le petit catéchisme récemment édité. Les dimanches et fêtes, ceux-ci devaient en étudier un chapitre. La négli­ gence des curés était punie d'amende et de suspense, et poussée à une certaine extrémité, elle devenait un cas réservé. L’évêque rappelait les parents â leur devoir et recommandait l’institution des confréries de la doctrine chrétienne. Tit. xxi, a. 2. 7-10. 15, Concilia Germa­ nite, t. x, p. 346-348. En 1707, paraissait au Puy un nouveau catéchisme. Hézard, p. 422. Évreux en recevait en 1708 un, dont l’abrégé fut publié en 1719 seulement. Ibid., p. 353. La même année, Cahors en avait un en français et en dialecte local; la versification y avait une large part. Ibid., p. 322. Limoges recevait le sien propre qui, après diverses retouches et additions, est encore enseigné. Ibid., p. 366-369. Au synode diocésain de 1610, l'évêque de Metz ordonnait de faire le catéchisme dans les paroisses et les annexes. Aux vêpres on devait expliquer le catéchisme de Canisius et les formules communes, surtout dans les localités ou se trouvaient des hérétiques. Tit. ix, a. I, 3, Concilia Germanite, t. vm, p. 960,961. En 1709, Grenoble avait un catéchisme destiné à confirmer dans la foi les nouveaux convertis, Hézard, p. 360; Senlis possède son premier qui resla en usage jusqu’en 1828, p. 438. et Orléans le sien, usité jusqu'en 1855, p. 402-403. En 1712, l’évêque de Marseille, M'jr de Belzunce, rétablit l’uniformité en publiant un Catéchisme ou instruction familière sur les principaux points de la religion chrétienne, qui est enseigné aujourd’hui encore dans le diocèse. Ibid., p. 380-381. La même année, Toulon a des Instructions familières, imitées de César de Bus. p. 449, et Valence son caté­ chisme qui fut employé jusqu’en 1806, p. 463. En 1713, Aix et Grasse sont pourvus, p. 278, 359. En 1714, un catéchisme particulier remplace à Luçon celui des trois Henri, p. 371. En 1716, ΜβΓ Languet dote le diocèse de Soissons d'un catéchisme, divisé en deux, directement opposé au jansénisme. Employé jusqu'en 1756 seulement, il lut repris en 1815 et, après avoir été revu en 1857 sur le catéchisme de Paris, il est encore en usage. L'auteur, transféré à Sens, y transporta, en 1731, son catéchisme qui y subit de vives contradictions de la part des curés et il n'y fut usité que jusqu’en 1753. M ,r Lan­ guet répondit avec succès à tous ses contradicteurs. Le retentissement du débat servit à la propagation de son œuvre. Mir de Forbin Janson l’adopta â Arles et Mor d'Anthelmy à Grasse (1733, 1736). Le Franc de Pompignan le choisit, en 1742, pour le diocèse du Puy. où, après avoir subi diverses retouches, il est encore employ·. et en 1777 pour l’archidiocèse de Vienne, ou il fut suivi jusqu’à la Révolution. Les évêques de Boulogne et de Riez s'en inspiraient largement de 1771 à 1773. Les évêques de Laon et de Fréjus(1779)l'avaient aussi adopté 1945 CATECHISME et dans ce dernier diocèse, il fut repris en 1832. Le catéchisme de Toulon avait emprunté la division et beaucoup de formules au catéchisme de Soissons. Hézard, p. 212-213. 291, 316, 356, 359, 364, 422-423, 429, 443-445, 449. En 1717, Quimper avait un catéchisme breton, et la Rochelle reçut un abrégé nouveau en trois parties, pour remplacer le catéchisme des trois Henri. Complété en '1768 et modifié en 1814, il fut enseigné Jusqu'en 1869. Ibid., p. 424, 430, 431. En 1718, Comminges et Pamiers ont lesleurs, usités l’un jusqu’en 1895 et l'autre jusqu'aujourd’hui. Ibid., p. 344, 404-406. Lisieux reçoit, en 1719, le sien, qui est très développé, opposé au jansénisme et a été suivi jusqu’en 1842. Ibid., p. 369. Angers reçoit officiellement une réédition abré­ gée du catéchisme privé, publié en 1697 par opposition au catéchisme des trois Henri. Elle est adoptée à Tours en 1781, reprise en 1804 et continuée avec des modifi­ cations jusqu’en 1884. Ibid., p. 286-287, 454-456. Mi>r de Caylus, en 1720, donna à Auxerre un abrégé exact, mais fort sec, qu'il modifia en 1725 et 1728 et qui fut imposé, à l'exclusion de tout autre, en 1755. Ibid., p. 297-299. En 1721, Mor de Tourouvre ordonne pour Rodez celui qui, après des améliorations faites en 1873, est encore en usage. Ibid., p. 431-433. Luçon reçut en 1723 un nouveau catéchisme qui remplaça celui de 1714 et qui fut bientôt supplanté par une réimpression augmentée du catéchisme des trois Henri. Ibid., p. 371. Cette diversité de manuels diocésains frappait les évêques de la province ecclésiastique d’Avignon qui, réunis en synode en 1725, adoptèrent, par mesure d’uniformité, pour toutes les Églises de la province, une méthode uniquê et un formulaire français, extrait du catéchisme romain. Cone. Avenionense, tit. vi, c. t, Collectio Lacencis, t. t, p. 484. Ce catéchisme édité en 1739 et en 1824, a été retouché en 1893 pour Avignon. Hézard, p. 300. L'exemple des évêques de la province d'Avignon ne fut pas imité, et les autres prélats français continuèrent à multiplier les catéchismes particuliers. Mor du Cambout, en 1726, en donne au diocèse de Tarbes un qui est fait en partie suivant la méthode des doctrinaires et qui, réduit en 1785, a été suivi jusqu’en 1884. Hézard, p. 446447. La même année, l’évêque de Boulogne en compose un nouveau,retouché en 1771 par M9r de Pressy et im­ primé encore en 1842. Hézard, p. 315-316. En 1727, Mar de Tencin reconnaissait l’utilité d’un catéchisme com­ mun pour la province ecclésiastique d’Embrun. Collectio Lacensis, t. I, p. 658. En 1727, Mende reçoit un caté­ chisme qui. revu en 1828, est encore enseigné. Hézard, p. 384-385. La même année, Oléron en a un qui est imprimé en français, en béarnais et en basque. Ibid., p. 401. En 1728, Blois en reçoit deux, dont le premier complété en 1788 et en 1820, a été maintenu jusqu’en 1843. Ibid., p. 342-343. Trégtv'eren a un la même année, p. 456. Mo1 de Tressan, qui ait fait imprimer, en 1627, un catéchisme pour les petits enfants, en publia, en 1730. un plus grand qui comprenait le catéchisme des fêtes; il a été modifié en 1769 et il a été enseigné dans le diocèse de Rouen jusqu’en 1888. Mais il a eu une grande expansion. H a passé en 1747 à Cahors où il a persévéré jusqu’aujourd’hui ; en 1750 à Bayeux où il a été employé jusqu’en 1858; en 1753 à Sens où il a été, après diverses retouches, conservé jusqu’en 1845; en 1761 à Oijon, où il a servi jusqu'en 1781, pour être repris en 1796, et en 1763 au Mans, ou il est resté sans chan­ gements jusqu’en 1838. Hézard. p. 211,301-302,322-323, 351, 379, 435-436, 440-442; Marcel, Les livres liturgiques imprimés du diocèse de Langres, p. 284. En 1731, l’évêque de Séez publie simultanément un grand catéchisme et son abrégé, un petit catéchisme et son abrégé. L’abrégé du grand a été repris en 1819 et a servi jusqu'en 1837, Hézard, p. 436-437. La même année, Mor d’Antin, pour régulariser l’enseignement dans le diocèse de Langres, compose des Instructions générales par demandes et par 1946 réponses sur la foi, l'espérance et la charité, les sacre­ ments, les devoirs du chrétien et sur plusieurs pratiques de piété. Elles comprennent trois catéchismes, dont le petit et le moyen sont pour les enfants. En 1734, Ma' de Montmorin yajouledes instructions pour la confirmation, et en 1782, Âhrde la Luzerne approuve l'œuvre de ses prédécesseurs qui, reprise en 1817 et modifiée en 1834 par Mer Parisis, continue à être en usage. Hézard, p. 362364; Marcel, p. 217, 229, 245, 252, 253. Mor Parisis a trans­ porté à Arras, en 1852, son catéchisme de Langres, qui est encore usité. Hézard, p. 293. En 1731 encore, l’évêque do Bayonne fait pour ses diocésains un catéchisme, repris en 1814 et maintenu jusqu'en 1823. Hézard, p. 302-203. Celui de Chalon-sur-Saône en publie, en 1732, un qui ne fut supprimé qu’en 1828. Ibid., p. 332, Celui d’Agdefait de même en 1733. Ibid., p. 275. En 1734, l'évêque d’Auxerre faisait imprimer un nouveau catéchisme qui souleva de vives réclamations et fut supprimé par le conseil du roi, le 18 décembre 1735. Ibid., p. 298-299. Massillon remplaçait à Clermont, en 1735, le catéchisme de Lantages par un nouveau, qui fut modifié en 1789, 1825, 1863 et 1888. Ibid., p. 342-343. En 1736, l’évêque de Die offrait à ses diocésains un petit catéchisme pré­ cédé de deux instructions, l'une sur la conduite du chré­ tien pendant la journée, et l'autre sur la nécessité et la manière d’assister au catéchisme. Ibid., p. 348. La même année, Mer Bonifier s’empressait de donner au diocèse de Dijon un nouveau catéchisme, œuvre du P. Devonce, jésuite. Le petit avait été publié dès 1773. Ils furent cri­ tiqués par deux curés, Léauté et Gaudrillet. L’évêque corrigea son petit catéchisme, qui fut supplanté en 1761 par le catéchisme de Rouen. Ibid., p. 350-351; Marcel. op. cil., p. 277-278. Mur de Brancas, archevêque d'Aix, publiait, en 1737, deux catéchismes, un petit et un grand, pour les enfants, et en 1738 un plus grand pour les maîtres. Tous trois sont antijansénistes. Ils furent employés jusqu’en 1806 et repris en 1814. Le petit, aug­ menté en 1835, fut officiellement imposé et se maintint sans changement jusqu’en 1890. Hézard, p. 278-280. En 1740, le diocèse de Dax a ses deux catéchismes conservés jusqu’aujourd'hui avec quelques modifications dans le diocèse d’Aire. Ibid., p. 346-347. En 1741, l’évêque d'Arras ajoute au petit catéchisme un second manuel pour les premiers communiants et un troisième plus développé encore. Ils coexistent avec trois autres catéchismes publiés en 1757 par un autre évêque du même diocèse. L’un de ces derniers est repris de 1814 à 1852. Ibid., p. 292-293. Audi a son premier catéchisme propre en 1743; retouché au point de vue de la forme, en 1765, il a élé repris an 1821 et suivi jusqu'en 1827. Ibid., p. 293-294. Le cardinal de Rohan qui, en 1725, avait donné à l'archidiocèse de Reims deux catéchismes, en publia en 1746 un plus étendu qui fut usité jusqu’en 1877. Ibid., p. 426-427. Miir de Saléon. archevêque de Vienne (1746-1750), publia un catéchisme dont Mflr d’Hugues, son successeur, lit un abrégé en 1767. Ils furent en usage jusqu’en 1777; et l’abrégé servit encore de 1825 à 1836. Ibid., p. 469-471. En 1747, l’évêque de Saini-Paul-trois-Chàtcaux établit l’uniformité dans l’ensei­ gnement religieux de son diocèse, en promulguant un cr’ichisme antijanséniste qui a été employé jusqu’à la F, .olution. Ibid., p. 413. En 1748, Aire a son catéchisme particulier, qui est repris en 1825, augmenté en 1850 et employé maintenant encore. Ibid., p. 277-278. La même année, le diocèse de Saint-Flour a deux catéchismes, dont le type est unique en son genre. L’auteur rapporte les vérités religieuses à l’ordre naturel, à la loi ancienne et à la loi évangélique. Massillon en fit l'éloge. Mor de Salamon le retoucha ·η 1821, et il n’a été remplacé qu'en 1847. Ibid., p. 354-355. En 1749, l’évêque de Béziers offrit à ses diocésains un petit et un grand catéchismes, dirigés contre le jansénisme, réimprimés en 1775 ou en 1784 et usités encore de 1815 à 1840. Ibid., p. 311-312. 1917 CATÉCHISME L'année suivante, celui de Montpellier impose aux écoles et aux paroisses un nouveau catéchisme, tiré en partie de celui de Pouget et réimprimé encore en 181 4. Ibid., p. 390-391. L'uniformité est établie à Périgueux, cette même année, par le moyen d’un catéchisme nouveau, précédé d’un directoire et complété par deux instruc­ tions sur la confirmation et la communion; il a été usité jusqu'au concordat. Ibid., p. 414. Vers cette époque, Vannes reçoit son premier catéchisme breton. Il a été plus tard traduit en français, et les deux textes ont été reproduitsjusqu'aiijoiird ’hui sans changements notables. Ibid., p. 465. En 1756, un nouveau catéchisme remplace à Soissons celui de Mor Languet ; il emprunte sa méthode au catéchisme de Montpellier. Ibid., p. 444. Sur trois catéchismes que contenait le manuel imprimé en 1757 par ordre de Mu1 de Bonneguize, évéque d’Arras, deux étaient originaux. Ce manuel, repris en 1814 avec un supplément, lut en usage jusqu’en 1852. Ibid., p. 292293. En 1761, parut â Nantes un Second catéchisme, pour les premiers communiants. Imprimé avec le pre­ mierpour les petits enfants en 1781 et en 1793, il est repris officiellement en 1815, complété en 1826 et en 1870 et enseigné actuellement encore. Ibid., p. 395-396. L’évêque de Saint-Malo publiaiten 1765 et 1776 trois catéchismes; le premier et le second, destinés aux enfants, ont été réimprimés en 1826. Ibid., p. 282-283. En 1765, le pre­ mier évêque de Saint-Claude donnait à son diocèse un solide catéchisme. En le. reprenant en 1824, Mo·· Cha­ înon le modifie et l'augmente; il reste employé sans grands changements jusqu’en 1889, époque à laquelle on en donne une édition modiliée et illustrée. Ibid., p. 337-310. lai même année 1765, Montauban reçoit son premier catéchisme, qui est autorisé par l'évêque de Cahorsen 1814, repris en 1822 et enseigné jusqu’aujour­ d'hui. Ibid., p. 387-389. En 1767, Miude Montazel donnait au diocèse de Lyon un nouveau catéchisme qui passe pour peu orthodoxe et qui a été l'objet de violentes attaques. Le cardinal Fesch l'a repris en 1814, mais après l'avoir corrigé,et il est encore en usage.après di­ vers remaniements. llézard. p. 373-374. En 1771, ce caté­ chisme fut l'objet d’une Critique, s. 1. n. d., que l’évéque réfuta dans un Mandement du 6 novembre 1772. Il fut traduit en italien par Ricci, évêque janséniste de Pistoie. En 1769, Gap a son catéchisme particulier qui contient, en quatre chapitres, « ce qu’il faut pratiquer, éviter, méditer et recevoir, » et qui fut employé conjoin­ tement avec le catéchisme des écoles de Lyon. Ibid., y. 357-358. I.a même année, Rennes en eut un nouveau, qui fut repris eu 1816 et conservé jusqu’en 1840. Ibid., p. 427-428. Le premier évéque de Chambéry (1779-1793) publia le catéchisme diocésain, qui fut repris en 1816 et corrigé en 1840 et en 1855. Ibid., p. 332-333. L’évêque de iaint-Dié, Msr de la Galaizière, conserva en 17781e ca­ téchisme de Toul ; mais une édition retouchée par le vicaire général, Gaudin de la Croze, en fut donnée en 1783. Une troisième édition, par l’abbé Gérard, curé de Rambervillers, parut en 1787, avec un Petit catéchisme, réimprimé en 1797 à Rambervillers et tiré en partie du catéchisme de Besançon. Ibid., p. 348; E. Martin, His­ toire des diocèses de Toul, de Nancy et de Saint-Dié, Nancy, 1903, t. ni. p. 26, 27. A Nancy, M»r de Fontanges nomme une commmission pour rédiger le catéchisme diocésain. Une première édition est publiée en 1785; elle est critiquée, soumise à une refonte, qui parut en 17.SÔ. Mur d’Osmond la reprend en 1814. M. Gridel la retouche en 1851; elle reçoit quelques additions après .·. concile et elle est en usage jusqu’en 1904. On a Tait une traduction allemande, suivie jusqu’en 1874 dans la ;■ ;-tie allemande du diocèse, llézard, p. 393-394; E. Mar­ tin. op. cit., p. 27, 306; Thiriet, L'abbé Gabriel Molleraut, Nancy, 1886, p. 31-33; Revue ecclésiastique de Nancy et de Sainl-Dié, 1841, p. 137-140; E. Mangenot, U;· Jacqucmin, évêque de Sainl-Dié, Nancy, 1892. En 1948 1785 aussi, Msr de Bourdeilles donnait au diocèse de Soissons un Abrégé de la doctrine chrétienne, qui suit un plan particulier. llézard, p. 444. 2° Catéchismes privés. — P. Grégoire de Lyon, Le nouveau catéchisme théologique, Lyon, 1704; Ducos, O. P., Le pasteur apostolique enseignant les fidèles, 2 in-12, Lyon, 1730; Leroux, lazariste. Prières et instruc­ tions chrétiennes dans lesquelles se trouve renfermé ce que la religion veut que nous croyions, que nous pratiquions et que nous demandions, in-12, Paris, 1730 (catéchisme des pauvres et des ignorants); Jacques de Guerville, Les vérités de la religion chrétienne, 2” édit., Caen, 1734; Chevassu, Catéchisme paroissial, in-12, Lyon, 1726; G. IL Bougeant, S. J.. Exposition de la d< ctrine chrétienne par demandes et par réponses, diiisée en trois catéchismes (historique, dogmatique, pra­ tique), in-4·, Paris, 1741; 2 in-8°, Paris, 1844; Pierre Collot. Explication des premières vérités de la religion, 2e édit., Paris, 1752; Rouen, 1782; Paris, 1827; Tours, 1834; dans Migne, Catéchismes, Paris, 1842, t. n, col. 603-722; Mésenguy, Exposition de la doctrine chré­ tienne, ou instruction sur les principales vérités de la religion, Utrecht, 1744; mise à l'index par décret du 28 juillet 1755 et condamnée par Clément XI11 dans un bref du 14 juin 1761 ; cf. Reusch, Der Index, t. n, p. 763765; P. Tranquille de Bayeux, capucin, Instruction théologique en forme de catéchisme sur les promesses faites à l’Eglise, etc., in-12, Utrecht, 1733 n’est pas par demandes); Catéchisme sur l’Eglise dans les lems de trouble suivant les principes expliquez dans l'instruc­ tion pastorale de M. l’évêque de Senez (Soanen), par questions, imprimé à la suite du précédent, il est attribué à Besoigne; P. Placide Olivier, tiercelin, Catéchisme évangélique, ou éclaircissements par demandes et par réponses,3 in-8”, Nancy, 1755; de Villiers, Explications littérales sur le catéchisme de Paris (celui de Harlay), in-12. Paris, 1768; Allclz, Les principes fondamentaux de la religion ou catéchisme de l'age mûr, in-18, Liège. 1768; Paris, 1802; dans Migne, Catéchismes, 1.1, col. 9191014; Catéchisme historique et dogmatique sur les contestations qui divisent maintenant l’Église,% in-12. La Haye, 1729, 1733; Nancy (Utrecht), 1736; cet ouvrage de Fourquevaux a été condamné par décret du SaintOffice, le 6 février 1732; sa suite par Louis Troya d’Assigny, prêtre de Grenoble, Catéchisme historique et dogmatique, 2 in-12, Utrecht, 1751, subit la même con­ damnation le 8 août 1753; cf. Reusch, Der Index, t. Il, p. 754; Meusy, Catéchisme historique, dogmatique et moral des principales fêtes, 4” édit., in-12, Besançon, 1788, dans Migne, Catéchismes, t. n, col. 405-604; abbé Charles F. Champion de Nilon, Catéchisme pratique, in-12, Paris et Orléans, 1783; Feller. Catéchismephiloso­ phique, 2 in-8”, Paris, 1777; 3 in-12, Lille, 1825; dans Migne, Catéchismes, t. I. col. 11-440; Conduite pour la première communion, Paris, 1781; R.-A. Sicard, Ca­ téchisme ou instruction chrétienne à l'usage des sourdsmuets, ili-8”, Paris, 1792; Mouchot, curé des Gémeaux. Principales vérités de la religion chrétienne tirées des catéchismes de différents diocèses, Dijon, 1792 ; PhilippeAlbert Caulier, lazariste, Catéchisme abrégé en la langue de Madagascar pour instruire sommairement ces peuples, les inviter et les disposer au baptême, in-12. Rome (1785). Le catéchisme janséniste de Pierre-Étienne Gourlin, Catéchisme et symbole résultant de la doctrine des PP. Hardouin et Berruyer, 2 in-12. Avignon. 1762, avait été condamné par le Saint-Office, le 19 juillet et le 13 août 1764. il. lions de France. — 1“ Catéchismes diocésains. — Le synode diocésain d'Eichstall de 1700 ordonne aux curés d’enseigner la doctrine chrétienne le dimanche et dresse une méthode. Les maîtres d’écoles sont tenus de faire étudier le vendredi un chapitre du catéchisme, différent selon les classes. Concilia Germanise, t. Σ, 1949 CATÉCHISME 1950 p. 268-270. De nouvelles ordonnances sont publiées au I pies, publia en Espagne: Doctrina· chrislianæ institutio historica, dogmatica, ethica, 2e édit., in-12, 1759. Dans même lieu en 1713. Ibid., p. 381. Le concile provincial les écoles de ce pays, on se servait du Caton chrisliano, d'Albano, réuni en 1703, recommande la tenue régulière des catéchismes. On doit expliquer le Pater, l’.ive, le Madrid, 1784, qui comprenait trois traités. Il est attribué Credo et les préceptes de Dieu et de l’Église. L'évêque se à Pierre Vives, mineur observantin, et semble être un proposait de faire traduire le catéchisme de Bellarmin dans abrégé de la Carlilla du siècle précédent. Hézard. p. 186 Manuel Correa Valente, lazariste portugais, publia une le dialecte du pays. Part. I, c. v, Collectio Laeensis, t. i. Instruceao da doulrina, in-80, Lisbonne, 1767. Spinola p. 291-292. Un concile tenu à Bahia (Brésil), l’année Doctrina Christiana, Gênes. 1703; le 'Catéchisme uni­ précédente, décida de faire rédiger une formule de caté­ versale, de .1. Simiolo, 3 in-12, Naples, 1776, dédié à la chisme qui expliquerait le Pater, l'Ave, le Credo, les reine des Deux-Siciles, a été traduit en français par sacrements, les commandements et l’acte de contrition. Gourlin, sous le titre : Institution et instruction chré­ Ibid., p. 849-850.855. Le synode de Rome, en 1725, impose tienne, Naples. 1780. Ce catéchisme, dit de Naples, a eu comme manuel le catéchisme de Bellarmin el ordonne de 12 éditions tant en Italie qu'en France; il a été mis à faire réciter à la messe du dimanche les prières ordi­ l’index le 20 janvier 1783. Reusch, Der Index, t. il, naires et l’acte de contrition pour que les ignorants en p. 976-977. Un abrégé a paru, 2’ édit., Naples, 1785. Voir fussent instruits. Tit. 1, c. iv, v, ibid., p. 31-7-348. F. Gusla, S. .1.. Sui calechismi moderni, Ferrare. 1788; Une instruction sur la manière de faire le catéchisme Foligno, 1793 (contre les catéchismes jansénistes d'Ita­ recommande aussi l’emploi du livre de Bellarmin. Ibid., lie). Le Calechismo esposto in forma di dialoghi sella p. 101-403. Le synode diocésain de Munster, tenu en 1726, communione dell’ augustissimo sacrifizio della messa conseille de prêcher par catéchèses, renouvelle les per uso de' parochi e de’ sacerdoti, 2 vol., 1770, du dostatuts portés le 17 mai 1624, désire que le catéchisme minicain Michel-Marie Nannaroni, a été mis â l’index entier soit expliqué chaque année dans les sermons et orpar décret du 18 août 1775, ainsi que VApologia del don ne de réciter après le sermon les formules communes. calechismo, du même auteur, 1771. Reusch, Der Index, Concilia Gernianiæ, t. x, p. 443-445. Le concile provin­ cial de Tarragone de 1738 recommande l’instruction reli­ t. n, p. 980. Le Calechismo per i faneiulli ad uso della gieuse des enfants et exige des certificats de science com­ città e diocesi di Motola, composé par le bénédictin Ildefonse Ortiz Cortes, a été mis à l’index, le 9 décem­ pétente pour la réception des sacrements de l'ordre et du bre 1793. Le même jour, on inscrivait au catalogue de mariage. Can. 3, Collectio Laeensis, t. i. p. 787-792. Le synode des deux diocèses de Culm et de Poméranie, en l’index : Esame dette riflessioni teologiche e criliche 1745, indique les sujets catéchétiques à exposer aux sopra moite censure fate al calechismo composto per ordine di Clemente VIH ed approvalo dalla congrega­ enfants et aux adultes. Les maîtres d'école doivent en­ seigner le catéchisme de Bellarmin etaccompagner leurs tione della riforma, 2 vol., Pavie. 1786, 1787, de J.-B. Guadagnini, condamné encore par le Saint-Office, le élèves aux réunions du dimanche â l’église. Concilia Gernianiæ, t. x, p. 512-514. L’évêque de Munster, au 14 janvier 1796; et aussi : Breve calechismo suite indul­ gente seconda la vera dollrina della Chiesa, 1787, de synode du 13 octobre 1750, ordonne de faire le catéchisme Nicolas Sciarelli, proposé par l’évêque Colle à ses curés aux enfants, tous les dimanches et fêtes sans exception, pour servir d’instruction à leurs ouailles, condamné de dans les bourgs éloignés aux grandes fêtes et aux bergers pendant l'hiver. Ibid., p. 583-584. Le 3 février 1768, nouveau le 6 septembre 1824. Reusch, Der Index, t. Il, l’évêque d’Ypres, dans une instruction pastorale, décide p. 965-966. 971. En Angleterre. Alban Butler publiait son catéchisme qu’à la campagne le catéchisme tiendra lieu de sermon; il recommande aux curés de suivre le catéchisme romain. en 1702. A catechism for those that are more advan­ Catéchiser est l’office propre des curés. On se servira ced in years and knowledge, 1724. était condamné par le Saint-Office le 29 décembre 1734. Le Catechism, or du catéchisme de Malines complété par l’évêque précé­ dent, et d’un nouveau catéchisme abrégé, imposé par abridgement of Christian doctrine, 1725. avait subi la même condamnation le 7 décembre précédent. Cf. décret du 16 décembre 1766. Λ la campagne, on récitera au prône les formules communes conformément aux Reusch, Der Index, t. Il, p. 415. Citons encore The Poor man’s catechism, de Mannock, 1752; trad, franç., in-12, anciens statuts. Dans les écoles paroissiales le catéchisme Langres et Nancy, 1860. Un catéchisme irlandais avait sera enseigné. On fera les écoles dominicales, même paru, in-8°, Rome, 1707. P. Donfevy en avait composé à l’église, s’il n’y a pas d'autre lieu convenable. Les un en anglais,et en irlandais, The catechism of Christian magistrats trouveront le moyen de les promouvoir. Art. doctrine, in-8°, Paris, 1742; Londres, 1819. Un autre 40. 42, 46,51-53, ibid., p. 612-619. Après 1761, le cardinal catéchisme irlandais, s. d., est signalé dans Bibliotheca Migazzi, archevêque de Vienne (Autriche), édita un caté­ chisme qui a du renom. Le catéchisme de Genève était Grenvilliana, part. II, p. 96. En Allemagne, on ne se contenta plus de Canisius; on édité pour la huitième fois à Annecy, 1788. Un Petit voulut réformer le catéchisme et on édita de nouveaux catéchisme à l'usage du diocèse de Genève, contenant manuels : J.-B. Kraus, O. S. B., Auslegungchristkathodeux abrégés (pour les petits enfants et pour les premiers liseher Lehr, 1733 (d’après Bossuet;;Siltenkatechismus, communiants), parut à Annecy en 1792; Genève, 1806. 1738 (d'après Erhard); Exposition de la doctrine chré­ Le 19 avril 1784, dans une lettre au vicaire aposto­ tienne etcalholigue, tirée de l’Ecriture, des conciles et lique du Sutchuen, la S. C. de la Propagande recom­ des saints Pères sous la forme de controverses, traduite mandait aux missionnaires le catéchisme romain. Colle­ du catéchisme allemand du P. Ileffel, S. J., in-12, Stras­ ctanea... ad usum operiarorum apost. societatis missio­ bourg, 1756. Le prieur Benoit Strauch composa un num ad exteros, in-4°, Paris, 1880, n. 132, p. 77. Le Bôm'isch-kalholiscl.er Katechismus fur die ersle, 24 mai 1787, Pie VI écrivit aux orientaux unis pour leur nveite und drille Klasse der Kinder in den Schulen, proposer le catéchisme arabe, édité et approuvé par la 1766, qui fut rendu obligatoire en Silésie par l'abbé Propagande. Juris pontificii de Propaganda fide, part. 1, Rome, 1891, t. iv, p. 318. Un Calechismus pro ïiarIgnace de Felbiger et qui fut imposé ensuite dans toute l'Autriche. Un Katechismus mit Fragen und Antieortei: manis, approuvé par la Propagande, avait été publié :um Gebrauch in den Kaiserlich-Kôniglichen Staaten avec sa traduction latine, Rome, 1786. Le catéchisme (Autriche),se répandit à partir de 1777; il était rédigé de Québec, en français, parut, Paris, 1702; Québec, d’après Canisius. Dans les autres contrées de l’Allemagne, 1782. Son abrégé en anglais : An abridgement of the on multipliait les abrégés de Canisius. Catholischer Quebec catechism, fut imprimé, Québec, 1817, et Le Haus-Catechismus, 6° édit., Strasbourg, 1781 (d’après petit catéchisme de Québec, Montréal, 1828. l’Écriture et les Pères); Licht in den Finsternissen, die 2° Catéchismes privés. —Donat Hoffmann, des écoles 1951 CATÉCHISME 1952 Wahrheit catholischer Lehr, Strasbourg, 1781 ; Jean nistre des cultes, d’accord avec Caprara, l'ordre de nommer Frédéric Batz, Lehrbuch derchristkalholischen Religion une commission d'ecclésiastiques français. Elle prendrait in Fragen und Antworlen, Bamberg, 1799, ouvrage pour base de son travail le catéchisme même de Bossuet, très répandu dans l’Allemagne du sud. quoiqu’il soit sans tenir compte des modifications faites par le cardi­ imprégné de l’esprit du temps, imprécis, incomplet et nal de Bissy. Portalis fit entrer l'abbé d’Astros, son inexact. Un meilleurcatéchisme allemand, rédigé suivant neveu, dans la commission. Les travaux préliminaires une méthode particulière, est connu en France sous le de celle-ci étaient à peu près terminés vers la fin de nom de Catéchisme de Constance. Il a été traduit en 1803. Mais alors Napoléon, consul à vie, pensait déjà, français par un prêtre exilé dans celte ville, sous ce semble-t-il, à se faire nommer empereur. Il différa donc litre : Entretiens familiers en forme de catéchisme, la publication du catéchisme, voulant se servir de et d'un curé de campagne avec la jeunesse, 4 in-12. Cons­ pelit livre pour assurer sa domination et faire consacrer tance, 1795; Lyon, 1803, 1819; 4° édit., Lyon. Paris, 1828. I religieusement et dogmatiquement son autorité souve­ Vincent Allegri, de Vienne, Catechesis orthodoxa, Augs­ raine. Quoi qu’il en soit, Portalis, dans une lettre du bourg, 1708. Au séminaire de Malines, on élabora, de 13 février 1806, proposait â l’empereur de substituer, 1785à 1794, une méthode catéchétique et trois catéchismes dans le projet de catéchisme, aux généralités sur la sou­ avec des explications. Tout ce travail fait partie des mission due aux puissances séculières, une leçon parti­ Conferentiæ ecclesiasticæ de officiis pastoris boni : Part. culière visant expressément Sa Majesté et ses successeurs. L /Je methodo catechizandi, in-12. Malines, 1785, t. 1; Une première rédaction présentait comme un dogme de part. II, De catechismis puerorum, petit catéchisme l’Eglise l’obligation de devoirs spéciaux envers le gou­ flamand, t. Il, p. 53-177; trad, franç., p. 178-305; Cate­ vernement de la France. Le chapitre nouveau qui la rem­ chismus provincial Mechliniensis, prteparaltoni puero­ plaça fut soumis à l’empereur, pesé, revu et remanié rum ad primam communionem adaptatus, 1186. t. lit, par lui. Le texte définitivement adopté énumérait, en p. 13-525; l'ytlegginge van den Mechelschen Catechis­ détail, les devoirs « envers Napoléon I", notre empe­ mus, 1793, 1794, t. iv, v. L’abbé Dedoyard publiait : reur », et aux motifs généraux ajoutait des motifs parti­ Développement du petit catéchisme ides diocèses de culiers et la sanction delà damnation éternelle. En outre, Cambrai, Liège et Namur), 2 in-8«, Maastricht, 1788, ces devoirs liaient les Français envers les successeurs 1789. Un extrait de cet ouvrage servit de Grand caté­ légitimes de l'empereur. Le cardinal Caprara, bien qu'ayant chisme pour faire suite au petit, in-12, Mons, 1788. I reçu de Rome l’ordre formel de s’opposer à la publica­ Une Compendiosa legis explanatio omnibus Christianis tion du catéchisme impérial, lut, discuta avec Portalis et scitu necessaria (en malabar) parut, in-8°, Rome, 1772. approuva le texte, même la leçon sur les devoirs à l'égard Une doctrine chrétienne en grec-moderne, à l’usage du gouvernement. La dépêche de Consalvi, cardinal des jésuites de Chio, fut imprimée, in-12, Zanchilfe, secrétaire d’Etat, signifiaitau légat, le ISseptembre 1805, 1754. Bigex, mort archevêque de Chambéry, a publié : les volontés de Pie VIL Bien que favorable à l’unifor­ Le missionnaire catholique, ou instructions familières mité de l'enseignement religieux, le pape ne voulait pas sur la religion, s. L, 1797; 3' édit.. Paris, 1798. enlever aux évêques la liberté de choisir eux-mêmes le VU. Au XIX' SIÈCLE. — 1. CATÉCHISMES DIOCÉSAINS. — catéchisme. Si le gouvernement français avait l'intention 1» En France. — La division ecclésiastique des diocèses d’en imposer un, ancien ou nouveau, le pape regardait fut complètement bouleversée par le concordat de 1801. cet acte comme une injure faite au corps entier de A la réorganisation du culte, la plupart des évêques se l’épiscopat qui seul a reçu de Jésus-Christ le pouvoir bornèrent à autoriser dans leurs diocèses les anciens d’enseigner. Il n’appartient pas au pouvoir séculier de catéchismes. Comme beaucoup de diocèses nouveaux choisir ni de présenter aux évêques le catéchisme qu'il étaient formés de parties de deux ou trois diocèses aura préféré, surtout si celui-ci est adapté â l’esprit du anciens, il en résulta que sous la même juridiction, temps, esprit d'irréligion, d'incrédulité, ou au moins divers catéchismes étaient simultanément enseignés. d’indifférence. Il fallait donc empêcher qu'un pareil ca­ 11 y eut cependant quelques essais faits en vue d’établir téchisme ne soit publié. Caprara tint la dépêche secrète 1 uniformité. Mur de la Tour du Pin Montauban substitua, et annonça à Portalis, le 13 février 1806, qu’il était au­ en 1804. aux anciens catéchismes du diocèse de Troyes, torisé à approuver le nouveau catéchisme. L’empereur 1- catéchisme de Paris, composé par de Harlay, en 1687. tenait à cette approbation, parce que les prêtres de la Bel­ Hézard, p. 459. M‘Jr Reymond, évêque de Dijon, fit gique avaient manifesté l'intention de ne pas enseigner imprimer, la même année, un Catéchisme provisoire, le nouveau catéchisme s’ils n’y étaient autorisés par le étendu à tout son diocèse. Hézard, p.351-352,363; Marcel. pape ou son représentant. Le clergé du Piémont et des États de Gênes, de Parme et de Plaisance était dans op. cit., p. 244, note 1. Mm de Cicé, archevêque d’Aix, proposa en 1806 un catéchisme nouveau, en laissant aux les mêmes dispositions. Le 30 du même mois, Caprara curés le choix du moment opportun pour en faire usage. donna, en effet, l’approbation canonique, el le 4 avril, Ib’zard, p. 279. ] un décret impérial rendait le catéchisme obligatoire L'uniformité dans l'enseignement du catéchisme fut dans toutes les Eglises de France. Le journal de l'em­ imposée par Napoléon, en 1806, à toutes les Eglises de pire annonça, le 5 mai, ces deux actes et la publication f empire français. L’article 39 de la loi organique du prochaine du nouveau catéchisme. Cette nouvelle causa 18 germinal an X (8 avril 1802) déclarait qu' « il n’y aura à Rome un profond étonnement. Consalvi ne voulait pas plus qu’une liturgie et un catéchisme pour toutes les croire à sa vérité et exigeait que le gouvernement prit Églises de France ». Afin d'écarter les difficultés qui l’avis du saint-siège. Caprara ne communiqua à personne pourraient venir de Rome, le premier consul avait d’abord cette seconde dépêche. Pie Vil, préoccupé par des affaires chargé un théologien italien, accompagnant le cardinal plus graves, ne démentit pas publiquement son légat; légat Caprara, de rédiger le nouveau catéchisme. Comme mais celui-ci fut dès lors considéré à Rome comme l’agent cet étranger n’était pas au courant des mœurs et des de l’empereurplutôtque comme le représentant du pape. habitudes et connaissait mal la langue, ·βοη ouvrage ne Cependant la publication du nouveau catéchisme était retardée par les oppositions qui se produisaient dans put être accepté â Paris. D’ailleurs, il semble bien l’empire. On savait son contenu. Le chapitre sur les qu'examiné à Rome, il fut déclaré contenir des inexac­ devoirs envers Napoléon était spécialement critiqué, au titudes et des défauts el avoir besoin de corrections. Un mot de l’abbé Érnery tira le premier consul d’embarmoins en particulier. Mmd’Aviau déclara publiquement que la mesure était un empiétement de l’État sur les droits ras : le supérieur de Saint-Sulpice aurait dit qu’en choi­ de l’Église. Ceux qui n’osaient pas attaquer ouvertement le sissant le catéchisme de Bossuet, on déclinerait toute chapitre relatifà l’empereur critiquèrent d’autres points, responsabilité. Bonaparte donna donc à Portalis, mi­ 1953 CATÉCHISME 1954 notamment la suppression de la réponse concernant la t Dès 1814, quelques diocèses eurent un catéchisme maxime : Hors de l’Église, pas de salut. Napoléon et Por­ nouveau. Ainsi, à Metz, Mo' JaulTreten substitua d'office talis étaient contrariés de cette opposition qui visait à faire à celui de l'empire un qui, modifié en 1849 et en 1889, échouer tout le projet. Le cardinal Fesch, revenant de est encore en usage. Il existe naturellement en deux Home, se préoccupa des reproches faits au nouveau ca­ langues, française et allemande. Hézard, p. 386-387. téchisme; il consulta plusieurs théologiens, entre autres Msr Bescherel composa un nouveau catéchisme qu’il l'abbé de Boulogro, qui rédigea quelques notes. Celles-ci imposa à tout le diocèse de Valence et qui subit des re­ furent présentées par le cardinal à son neveu qui, pour touches en 1820 el en 1846. Ibid., p. 463-465. A Cambrai, aboutir, consentit à remplir la lacune et à réintroduire Mo' Belmas s'inspira du catéchisme de Montazet. Son dans le catéchisme la réponse de Bossuet qui en avait été manuel, long et difficile à apprendre, fut simplifié et me enlevée. Le nouveau catéchisme fut mis en circulation difié en 1842 par Mo' Giraud. 11 a été traduit en angle dans la première quinzaine d'août 1806. Le décret impé­ en 1856. Ibid., p. 325-326. Avranches eut son catéchisme rial était publié en tête. Diverses attaques se produi­ propre, in-12, Caen, 1818; Avranches, 1824. Ibid., p. 301. sirent contre lui; on lui reprochait surtout de provenir L’unité est établie à Autun, en 1821, par un catéchisme, de l’autorité civile. On relevait les divergences, qu’il qui a été refondu en 1826 et en 1866. Ibid., p. 296-297. présentait avec le texte de Bossuet, dont il était donné Le catéchisme actuel d'Evreux date de 1824. Ibid., p. 353. comme un second exemplaire. On répandit à profusion En 1825, un nouveau catéchisme extrait des anciens est un pamphlet : Le véritable esprit du catéchisme publié imposé à Strasbourg par Mo' Tharin. Il a été traduit en par Buonaparte, œuvre d’un prêtre dissident de Bel­ allemand et il reste encore en usage. Ibid., p. 445-446. gique. En fait, il se bornait à critiquer la définition En 1832, l’évêque de Fréjus rend obligatoire son caté­ de l’Eglise, qui était cependant celle de Bossuet. Les chisme, tiré en grande partie de celui d’Arles. Une édi­ prêtres de Tournai adressèrent des observations au car­ tion rajeunie et augmentée a été donnée en 1855. Ibid., dinal légat. On leur fit une réponse que les évêques de p. 356-357. En 1828, l’évêque de Troyes, pour établir Belgique furent chargés de communiquera leur clergé. l'uniformité de l’enseignement, réduit à un seul caté­ A Namur, on repoussa néanmoins le nouveau catéchisme. chisme les deux anciens de Troyes et de Langres. Retou­ Le ministre des cultes écrivit à l’évêque d’agir avec sa­ ché et augmenté en 1864, il est encore employé. Ibid., gesse et lenteur et de ne pas recourir à la contrainte. Il p. 459-460, A peine nommé à l’évéçhé de Versailles, conseilla aux autres évêques de ne pas forcer les fidèles, Mur Borderies, qui, vicaire à Saint-Thomas d'Aquin à mais de les éclairer. Il surveillait l’impression dans Içs Paris, 1802-1819, avait été un catéchiste éminent, voir diocèses et il prit des mesures extraordinaires pour pré­ Mo' Dupanloup, La rie de .Vo' Borderies, évêque de venir les contrefaçons. Toutefois, on finit par laisser Versailles, Paris, 1905, p, 61-67, 89-185, travailla luiaux évêques une certaine liberté pour l’impression et la même, de 1828 à 1831, au catéchisme qui devait, en 1832, vente des exemplaires. Le plus grand nombre des évêques rendre l'enseignement religieux uniforme dans son dio­ applaudit et les opposants se résignèrent. Ainsi Mnr de cèse. Ibid., p. 390-391. 413-414. H est resté en usage à Belloy, archevêque de Paris, publia le catéchisme, Versailles jusqu'en 1868. M»r Gallard l’adopta, sauf de tout en déclarant, dans son mandement du 12 avril 18(16, légères modifications, en 1840, pour le diocèse de que ce n’est pas « aux empereurs, mais aux pontifes Meaux, où il fut enseigné jusqu'en 1872. Mo' Mellonqu’il appartient de prêcher les dogmes de l’Église de Jolly, à qui Ms' Gallard avait donné la consécration épis­ Dieu ». Cf. .1. Jauflret, Mémoires historiques sur les copale. le transporta en 1845 au diocèse de Sens qui l'a affaires ecclésiastiques de France, c. xvn, Paris, 1823, conservé jusqu’aujourd’hui, non sans additions et modi­ t. II. p. 158-171 ; comte d'Haussonville, L'Eglise romaine fications. D'autres catéchismes ont fait des emprunts â et le premier empire, 1800-1814, c. xxvt, Paris, 1868, celui de Mo' Borderies. Hézard, p. 214, 383, 442-443, 468. t. n, p. 255-295. Imprimé dans tous les diocèses, le caté­ De 1833 â 1843. Mo' de Cosnac avait fait subir à l'ancien chisme de l’empire fut traduit en flamand, en breton et catéchisme de Sens des remaniements continus et divers, en allemand. Quelques évêques réussirent, malgré la qui multipliaient les réformes. Ibid., p. 441-442. Pour surveillance des préfets, à y introduire des modifica­ établir l'uniformité dans un territoire qui appartenait tions. On en fit même, parait-il, des contrefaçons, dans autrefois à six diocèses, l’évêque de Grenoble, en 1836, lesquelles des erreurs s'étaient glissées. L'abrégé était imposa un petit catéchisme, un catéchisme moyen et un formé des demandes du grand, marquées d'un astérisque ; catéchisme des fêtes. En 1889, le petit fut fondu dans il a été publié à part dans plusieurs diocèses. Une Expli­ le moyen, et l’ensemble forma un manuel tout renouvelé cation du catéchisme à l’usage des Eglises de l’empire pour la forme. Ibid., p. 360-361. En 1838, Mo' Bouvier français, in-12etin-8°, Paris, 1807: in-12, 1808 ; 5« édit., composa pour Le Mans un catéchisme très ordonné et in-8·1, 1810,181I, et à la suite du Catéchisme de Bourges, assez étendu, qui a été notablement réduit en 1886. Il Lyon, 1836, 1844, 1852, parue sous le voile de l’anonyme, fut adopté en 1859 dans le diocèse de Laval, où il conti­ est l’œuvre du sulpicien La Sausse. Le P. Lambert, nue à être enseigné. Ibid., p. 364-365, 379-380. Voir O. P., en 111 la critique : La pureté du dogme et de la col. 1119. En 1840. l'archevêque de Chambéry donna à morale vengée contre les erreurs d'un anonyme, etc., ses diocésains une Doctrine chrétienne, pour les curés, in-80, Paris, 1808. Cf. L. Bertrand, Bibliothèque sulpi­ les maîtres et les parents, avec une nouvelle édition de cienne, Paris, 1900, t. Il, p. 84-85. Quand l'empire tomba, l'abrégé de 1816, qui a été corrigée elle-même en 1855. la plupart des évêques s’empressèrent d'abandonner le Ibid., p. 332-333. La même année, l'évêque de Montpel­ catéchisme que l’autorité de l'empereur leur avait im­ lier présentait un texte uniforme, presque entièrement posé et de reprendre les anciens manuels. L'évêque de emprunté au catéchisme de Mt>' d'Astros à Toulouse. Bayonne, M»r de la Vieux-Ville, prohiba le catéchisme Une rédaction plus simple et plus claire le remplaçait en impérial dans un mandement du 8 août 1814, en émet­ 1863. Ibid., p. 391-392. La même année 1840. Mo'de L· -tant publiquement le soupçon « que des copies informes quen imposait au diocèse de Rennes le texte uniforn ont altéré ce qui avait été soumis à l’autorisation du qui fut raccourci et rendu plus populaire en 1857. Ibid . légat du saint-siège, et que des articles étrangers à la p. 428-429. En 1843, l'évêque de Blois, pour répondr foi chrétienne y ont été ajoutés ». L’archevêque de Tou­ aux désirs des curés, publie un catéchisme plus com­ louse en lit, en 1814, une édition expurgée, qui fut tra­ plet, qui est encore en usage. Ibid., p. 313. En 1849. duite en toulousain en 1817 et employée jusqu'en 1822. En l'évêque de Luçon fit imprimer un nouveau catéchism 1835. le catéchisme de l'empire, refait en partie, revint qui se divise en quatre cours d'instructions proportione· ■ s à Toulouse avec Mi)' d'Astros, son auteur présumé, Ha­ à l'âge et au progrès des enfants. La doctrine se com­ zard, p. 303, 411, 452. plète de l’un à l’autre. Ibid., p. .372. La même année. t 1955 CATÉCHISME tin nouveau catéchisme, enseigné jusqu’aujourd'hui, remplaça à Marseille celui de Msr de Belzunce. Ibid., p. 381. En 1816, Paris avait reçu un catéchisme â ten­ dances traditionalistes, qui comprenait trois cours, un pelit catéchisme, un catéchisme à l’usage des paroisses et un grand catéchisme pour les collèges et les écoles du premier degré. Ibid., p. 412. Cependant la multiplicité sans cesse renaissante et la diversité des catéchismes français frappèrent les esprits, et dés 1849 il se dessina dans l'opinion française un mouvement vers l'unité. Le concile de Paris émit le vœu « de faire préparer et d'adopter un catéchisme, sui­ vant l'esprit et selon l’ordre des matières de celui du concile de Trente », au moins pour la province ecclé­ siastique qu'il représentait. Mais avant de travailler à la réalisation de leur pensée, les évêques chargèrent leur métropolitain, Mar Sibour, d’écrire à tous les arche­ vêques français pour leur demander de se concerter avec leurs sull'ragants au sujet d'un catéchisme unique pour toute la France. La lettre de l’archevêque de Paris, datée du 12 octobre 1849, se trouve dans la Collectio Lacensis, t. lv, p. 53-54. Les autres conciles provin­ ciaux, tenus en 1850 et 1851, se préoccupèrent aussi du catéchisme. Celui d'AIbi recommandait l'ordre du caté­ chisme romain. Decret, vu, n. 3, ibid., p. 414. Celui de Bordeaux recommande le catéchisme de Bellarmin ■ t propose de rééditer la traduction française imprimée à Lyon en 4839. Tit. 1, c. iv, n. 7, ibid., p. 557-558. Ce­ lui de Sens désire voir s’établir l'uniformité et émet le iæu qu'il n'y ait plus en France qu'un seul catéchisme juxta formam concilii Tridentini. Tit. tv, c. ni, ibid., p. 902. Celui de Bourges fait un aveu identique, lit. vt, decret. De catechizandis pueris, ibid., p. 1129. Celui d’Auch (1851) recommande la forme du concile de Trente. Art. 168, ibid., p. 1204. Une brochure ano­ nyme : De l’unité de catéchisme, Nancy, 1851, expose les inconvénients de la diversité des catéchismes et les avantages de l’unité de catéchisme. Elle est l’écho de la pensée des curés de la campagne à cette époque. Les vœux du concile de Paris ne furent pas stériles. 5br Sibour lit préparer, pendant deux années, par des théologiens, des curés et des catéchistes de son diocèse, un catéchisme nouveau, que plusieurs évêques de la province ecclésiastique examinèrent et corrigèrent. On s'est efforcé d’y joindre et d'y concilier l'autorité de la raison avec celle de la foi. 11 est encore en usage à Paris et a été imité en plusieurs endroits. A Orléans, en 1864, Mar Dupanloup lui empruntait son [dan et bon nombre de ses formules. A Meaux, en 1872, il a été re­ produit presque intégralement, sauf en deux leçons préliminaires et à quelques réponses près. Le grand ca­ téchisme de Reims, fait en 1877 par Mi)r Langénieux, est emprunté en majeure partie à celui de Mor Sibour. En 1878, le grand a été adopté à Versailles et en 48SO à Ajaccio. Le catéchisme d'Annecy, fait en 1887 par M·' Isoard, lui a emprunté· la division générale ainsi que t aucoup de formules, llézard, p. 214,291.383, 403-404, 412-413, 427, 469, 476. En 1857, Mor Saint-Marc fait un catéchisme nouveau pour Rennes. Ibid., p. 429. En 1858. Mt)r Didiot remaniait le catéchisme de Baveux. Ibid., p.302. En 1859,Morde Salinis modifiait l’ancien du diocèse d'Auch. Ibid., p. 295. Mor Sergent, évêque de Quimper, publiait en 1865 un abrégé de la foi en français, et en 1872 le même abrégé en breton, mais avec des explica­ tions. En 1879, Mor Nouvel donnait au même diocèse un nouveau catéchisme français, qui parut en breton en 1884 avec explications. Il ressemble au catéchisme île M'' Saint-Marc pour Rennes. Jbid.,p. 424-425. En 1869, La I: e/7oire,7k)po-biMto0rap/iie,t.i,col.615. E. MANGENOT. CATÉCHUMÉNAT. - I. Notion et histoire. IL Pré­ paration éloignée au baptême. III. Préparation prochaine. I. Notion et histoire. — Le catéchuménat est une institution chrétienne de la primitive Église ayant pour objet de préparer au baptême ceux qui le demandaient et en étaient jugés dignes. Cette pédagogie spéciale visait l’esprit et le cœur; elle était une instruction el une édu­ cation. Par des enseignements appropriés, par des pra­ tiques d’ascétisme et des cérémonies religieuses, elle acheminait les candidats vers l’initiation baptismale; et c’est l’ensemble de ces enseignements, de ces pratiques et de ces rites qui constitue le catéchuménat. L’existence et l’organisation systématique d’une telle institution s’expliquent par l’importance du rôle que devait jouer le baptême dans la vie des converti· et aussi par la nécessité de n’admettre au rang de fidele, que ceux qui s’en montraient dignes. Il n’est pas à dire pourtant qu’elle date de l’Évangile, ni qu’elle soit con­ temporaine des apôtres; mais elle a son point d’appui dans l’Évangile et parait à l’état embryonnaire dès l’âge apostolique. Dans la suite, à mesure que le christia­ nisme se développe, l’Eglise ne tardera pas, sous l’em­ pire des circonstances et de l’expérience acquise, à réglementer avec le plus grand soin les conditions d’admissibilité dans son sein, ainsi que la nature et l’objet des épreuves préparatoires à l’initiation baptis­ male. C’est alors que le catéchuménat fonctionnera régulièrement. Comme aussi, lorsque les circonstances auront complètement changé, cette organisation finira par tomber en désuétude pour ne plus laisser qu’un souvenir, dont la trace persistera dans la liturgie. Les apôtres avaient pour mission denseigner d’abor 1 de baptiser ensuite, c’est-à-dire qu’aucun converti n’a dû être baptisé sans avoir été préalablement instruit : telle était la marche à suivre; même en cas de nécessité, une instruction devait précéder la collation du baptême, remarque saint Augustin. De /ide el oper., vt, 9, P. L., t. XL, col. 202. Donc les apôtres prêchaient; parfois, après une seule prédication, ils conféraient le baptême; d’autres fois, leurs auditeurs réclamaient une plus longue préparation. Dans ce dernier cas, fixa-t-on quel­ ques règles? C’est ce que le Nouveau Testament ne nous apprend pas. Sans doute saint Paul fait allusion aux relations qui doivent exister entre catéchisés et caté­ chistes, quand il écrit : « Que celui qui est catéchisé sur le Verbe communique en tout avec celui qui le caté­ chise. » Gai., vt, 6. Apollos, tout instruit qu’il est, κατηχημένος, Act., xvm, 25, reçoit les leçons d’AquLa et de Priscille; et Luc, s’adressant à Théophile, lui écrit : « J’ai composé l’Évangile pour te faire connaître la vérité de ce que tu as appris, » r.tçù ών κατηχή&ης. Luc., I, 4. Mais ce triple témoignage ne dépose pas en faveur d’une organisation déjà réglée du catéchuménat. Tout au plus pourrait-on l’y voir à l’état rudimentaire. Bientôt, il est vrai, et dès la fin du I*· siècle, appa- 19G9 CATÉCHUMÉNAT paissent quelques-uns des éléments qui constitueront le catéchuménat. La Didachê et, à sa suite, le pseudoBarnabé signalent déjà comme préparation au baptême, d’une part, un enseignement très court et substantiel, celui des deux voies, sur l’ensemble des devoirs â rem­ plir et des fautes à éviter, et, d’autre part, la pratique du jeûne imposée tant à celui qui confère le baptême qu’à celui qui le reçoit. Dans la première moitié du il’ siècle, saint Justin écrit : « Tous ceux qui ont été convaincus et persuadés, par les enseignements que nous leur avons donnés, que la doctrine du Christ est la vraie, sont exhortés, conformément à cet enseigne­ ment, à prier et à jeûner pour obtenir le pardon de leurs péchés passés, et nous-mêmes prions et jeûnons avec eux. Ensuite, nous les conduisons dans un lieu où il y a de l’eau, et là nous les régénérons de la même manière que nous avons été régénérés nous-mêmes. » Apol., 1, 61, P. G., t. vi, col. 420. Dans le Pasteur, Her­ mas parle de ceux qui écoutent la parole et désirent recevoir le baptême. Vt»., m, 7, 3, Patres apostolici, édit. Funk, Tubingue, 1901, t. 1, p. 446. Dans un frag­ ment de saint Irénée, cité par Œcumenius, il est ques­ tion d’esclaves qui avaient pour maîtres des chrétiens catéchumènes. P. G., t. vu, col. 1236. Mais vers la fin du il' siècle et, selon toute apparence, après Marc-Aurèle, sous le règne de Commode, beaucoup de païens, profitant d’une accalmie due soit à l’indifférence de l’empereur, soit à la présence de chrétiens à la cour, sollicitèrent la grâce du baptême. Devant cette affluence, l’Église, plusieurs fois persécutée jusque là et pouvant l’être encore de nouveau, dut se préoccuper de n’ad­ mettre que ceux qui lui paraissaient offrir toutes les garanties d’une préparation suffisante et d’une persévé­ rance courageuse. En conséquence elle prit soin de contrôler d’abord les demandes avant de les agréer offi­ ciellement; elle dut ensuite soumettre les candidats à une épreuve, à une sorte de noviciat et d’entrainement avant de procéder effectivement à leur initiation chré­ tienne pour rendre celle-ci aussi efficace que possible : de là, très vraisemblablement, les premiers essais d’une organisation systématique du catéchuménat. Aucun do­ cument, il est vrai, ne signale l’acte officiel d’une telle réglementation. Mais, déjà à cette époque et au com­ mencement du ni' siècle, on rencontre, soit à Carthage, soit à Alexandrie, soit en Syrie, le mot de catéchumènes qui sert à désigner les aspirants au baptême. C’est la discipline du catéchuménat qui fait son apparition et qui va marquer, tant au point de vue de la prédication, qu’à celui du culte, une organisation caractéristique : d’une part, celle d’un enseignement privé, exclusive­ ment réservé aux futurs baptisés ; et d’autre part, celle d’un ensemble de pratiques liturgiques et ascétiques, auxquelles seront astreints les catéchumènes. C’est ainsi que, parmi les martyrs de Carthage en 202, Révocat, Félicité, Secundulus, Saturninus et Perpétue sont des catéchumènes qui ont pour catéchiste le chrétien Saturus. Allard, Histoire des persécutions pendant la première moitié du ni· siècle, Paris, 1894, p. 106. C’est ainsi que Tertullien emploie le mot de catéchumènes pour distinguer les candidats au baptême des autres fidèles et se plaint que les hérétiques, contrairement à l’usage ecclésiastique, ne les distinguent pas de même chez eux : Pariter adeunt, pariter audiunt, pariter orant... ante sunt perfecti catechumeni quam edocti. Præscript., xli, P. L., t. Ii, col. 56. L’Église admet ses candidats comme auditeurs, audientes, De pænit., VI, vu, P. L., t. I, col. 1239, 1240; elle les instruit à part, De bapt., i, P. L., t. i, col. 1197; elle exige qu’ils re­ noncent au démon, à ses pompes et à ses anges, De cor. mil., m, P. L., t. il, col. 79; De pænit., vi, P. L., t. 1, col. 1239; qu’ils se préparent au baptême par la prière, les jeûnes, les veilles, la confession de leurs péchés. De bapt., xx, P. L., t. I, col. 1222; cf. De 1970 sped., I, iv, col. 630, 635. Comme on le voit, c’est déjà le cadre du catéchuménat à Carthage. A Rome, cette institution pédagogique fonctionne déjà et commence à être réglementée. Les Canons d'Hippolyte, témoins de l’organisation disciplinaire et liturgique en vigueur au commencement du ni· siècle dans l’Eglise romaine comme dans celle d’Afrique, nous révèlent quelques-unes des dispositions relatives à l’admission, à la préparation et à l’initiation des caté­ chumènes. A Alexandrie, c’est une école spéciale qui, dès la fin du n« siècle, pourvoit à l’instruction des catéchumènes, τό τής κατηχησεως διδασκαλείο·?. Eusèbe, Η. E., VI, 3, P. G., t. xx, col. 528. Son directeurClément. successeur de Pantêne, nous parle des νεωστϊ κατηχούμενοι ou νεοκατηχητοί. Pædag., I, vi, 36, P. G., t. vm, col. 293. Puis Origène, distinguant lui aussi les κατηχούμενοι des πιστοί, In Jer., hornil. xvm, 8, P. G., t. xm, col. 480, nous apprend avec quel soin on éprouve ceux qui veulent entendre la parole, comment on les instruit à part des fidèles, sans les admettre au service divin. On reçoit, dit-il, ceux qui manifestent quelque progrès dans le désir de vivre honnêtement; les uns sont de simples débutants qui n’ont pas encore reçu le symbole de la purification; les autres sont ceux qui ont, selon leurs forces, donné la preuve qu’ils ont pour but arrêté de ne vouloir que ce qui plaît au chrétien et sont sou­ mis à des surveillants chargés d’examiner leur vie et leurs moeurs et de retarder, s’il y a lieu, leur admis­ sion définitive. Cont. Cels., Ill, li, P. G., t. xi, col. 480. Pour la Syrie, les Homélies et les Hecognitions clé­ mentines présentent plus de détails encore. On sait leur prétention à être l’écho de l’enseignement aposto­ lique; elles témoignent du moins en faveur de ce qui se pratiquait à la fin du II' siècle et au commencement du ni'. L’aspirant, y est-il dit, doit s’adresser à Zachée (c’est-à-dire à l’évêque) pour lui donner son nom et apprendre de lui les mystères du royaume des cieux; il doit jeûner fréquemment, s’appliquer en tout, et, au bout de trois mois, il pourra recevoir le baptême un jour de fête, Hecog., ni, 67, ou le dimanche. Ibid., x, 72, P. G., 1.1, col. 1311, 1454. La préparation immédiate dure peu, mais elle se fait par le jeûne, l’imposition quotidienne des mains. Hornil., ut, 73, P. G., t. Π, col. 157. En avançant, l’Église ne cesse de profiter de chaque période d’accalmie et de paix pour mieux organiser et régler sa vie intime ainsi que la préparation au bap­ tême. De 219 à 250 elle constitue son domaine temporel et étend son action. Les conversions continuent à se multiplier, le recrutement devient plus important. Malheureusement cette fois, les convertis, plus nombreux que solides, aboutissent pour la plupart, sous Dèce, à une apostasie formelle ou simulée. La question des lapsi réclame alors tous les soins. Les persécutions de Valérien etd’Aurélien passent; l’Église, tout en réparant ses brèches, continue à entourer plus étroitement en­ core le catéchuménat de précautions et de garanties. Mais au lendemain de la persécution de Dioclétien, dès que la victoire de Constantin et l’édit de Milan lui assu­ rent une pleine sécurité, elle complète définitivement l’organisation du catéchuménat. On peut constater dès lors, grâce aux nombreux témoignages patristiques, que le catéchuménat fonctionne comme une institution régu­ lière dans toute l’étendue de l’Église; et bien qu’aucun texte officiel ne nous révèle ni la date de sa création, ni l’ensemble des éléments précis qui le composent, ni les règles qui le régissent, on peut se faire une idée cependant de ce qu’il a été. Plusieurs dispositions con­ ciliaires, en effet, concernent les catéchumènes; on voit la prédication ordinaire ou l’homélie affecter une forme discrète; et des instructions particulières sont réservées aux compétents. La préparation au baptême s’entoure 1971 CATECHUMÉNAT d'une liturgie spéciale et de pratiques ascétiques appro­ priées. Cela dure près de deux siècles. Mais lorsque la chute de l'empire d'Occident donne lieu â un groupement nouveau des peuples dans l’Eu­ rope du centre et du sud ; lorsque, grâce au rôle prépondérant de l’Église, la foi s’impose à ces peuples, les conversions se multiplient au point que l’entrée en masse dans l'Église porta un coup au catéchuménat. L’examen des candidats devint difficile, sinon impos­ sible; les catéchèses préparatoires tendirent à dispa­ raître; et le catéchuménat se réduisit de plus en plus à ce qui constituait la préparation immédiate au baptême. Enfin l'habitude de conférer le baptême aux enfants, le baptême des adultes devenant l’exception, entraîna la disparition du catéchuménat. Et c’est la liturgie qui a concentré et conservé les cérémonies et les rites en usage pendant la préparation baptismale, comme il est facile de s’en convaincre par le Sacranienlaire gélasien, P. L., t. lxxiv, col. 1055 sq., le vit' Ordo romain de Mabillon, P. L., t. lxxviii, col. 993 sq., VEpistola de baptismo de Jessé d'Amiens, P. L., t. cv, col. 781 sq., et VEpistola de cæremoniis baptismi d'Amalric ou Amalaire de Trêves, P. L., t. xctx, col. 890 sq. C’est vers la fin du v» siècle ou au commencement du VI· qu’on peut placer la disparition du catéchuménat en pays chrétiens. Cf. Hinschius, System des kathol. Kirchenrechts, Berlin, 1888, t. tv, p. 26 sq. II. Préparation éloignée au baptême. Entrée dans LE CATÉCHUMÉNAT. — 1» Admission. — L’admission au catéchuménat, avons-nous dit, fut entourée de précau­ tions et de garanties. Quiconque, en efièt, désirait deve­ nir chrétien et se faire incorporer à l’Église, devait en manifester l’intention soit à l’évêque, soit à l’un de ses représentants et donner son nom. Comme une telle démarche pouvait être inspirée par une curiosité indis­ crète ou par tout autre motif intéressé ou suspect, elle demandait à être attentivement contrôlée, d’autant plus qu'elle impliquait l’engagement sérieux de rompre avec les habitudes de la vie païenne et de se plier aux pres­ criptions de la vie chrétienne. 11 convenait donc de ne pas admettre de simples curieux, capables ensuite de dévoiler les mystères ou de dénoncer les chrétiens; il importait également d’écarter ceux dont la fonction, la profession ou le métier étaient entachés d'idolâtrie, et ceux dont les mœurs ou la condition sociale pouvaient constituer un empêchement ou une incompatibilité ab­ solue avec la profession de la vie chrétienne. De là l'examen des motifs allégués, de la situation de chaque postulant, et les conditions exigées par l’Église avant d'agréer officiellement une demande. Illi qui ecclesiam frequentant, disent les Canons d’Hippolyte, eo concilio ut inter Christianos recipiantur, examinentur omni cum perseverantia el quam ob causam suum, cultum respuant, ne forte intrent illudendi causa. Can. 60, Achelis, Die Canones Hippolyti, Leipzig, 1891, p. 76. Les Constitutions apostoliques, beaucoup plus expli­ cites, ont un chapitre spécial sur le mode d’admission au catéchuménat. Celui qui aspire au baptême, y est-il dit, doit s’adresser au diacre qui le présente à l’évêque ou au prêtre pour être interrogé sur les motifs de sa détermination, sur sa condition sociale et ses mœurs, pour recevoir des conseils appropriés et, s’il y a lieu, pour être admis. Const, apost., VIII, xxxn, P. G., t. i, col. 1128-1132; cf. S. Augustin, De cat. rud., i, 1; v, 9, P. L., t. xi., col. 310, 316. Il doit avoir un répondant, ibid., d’un âge avancé, déjà chrétien et connu de l'Église, ajoute le Testamentum Domini Nostri Jesu Christi, édit. Rahmani, Mayence, 1899, p. 110. En conséquence les pécheurs publics et les adultères étaient invités à cesser leur vie de désordre; les prêtres païens, les gardiens de temples, les fabricants d'idoles, les de­ vins, les magiciens, les nécromanciens, les astrologues, les magistrats, les cochers, les lutteurs, les acteurs, etc., 1972 devaient tout d’abord abandonner leur métier. Canons d’Hippolyte, can. 65, 67, 71, 73, 76, p. 78-81; Constitu­ tions apost., loc. cit.; Testamentum, p. 113-117; cf. Concile d’Elvire, can. 44, 62, Hardouin, t. I.col. 256. Certains cas étaient plus délicats à trancher; par exemple, celui du maître d’école ou de l’esclave. Il fut décidé que le maître d’école pourrait à la rigueur con­ server sa profession, s’il n’avait pas d'autre moyen de gagner sa vie, Testamentum, p. 115; mais il devait prendre l'engagement de blâmer l'idolâtrie, dans son enseignement, de ne pas laisser ignorer à ses élèves que les dieux des gentils sont des démons et de leur faciliter l'acquisition de la foi. Canons d’Hippolyte, can. 69, 70, p. 80, 81. Quant à l’esclave, il devait être dû­ ment autorisé par son maître. Const, apost., VIII. xxxn. P. G., t. I, col. 1128; Teslamentum, p. 111. Si le postulant était marié, il devait conserver son con­ joint. S’il était célibataire, il pouvait contracter mariage, mais avec une chrétienne. Testamentum, p. 113. S’il avait une concubine, il était mis en demeure de la renvoyer ou de se l’unir par un lien légitime. La con­ cubine de condition libre devait ou rompre ses liens ou les faire consacrer par le mariage; si elle était l’esclave d'un infidèle, elle n’était admise que si elle ne s’était donnée qu’à cet infidèle et à la condition d’élever ses enfants, d’abandonner son maître ou de s’en faire épou­ ser légitimement. Const, apost., VIII, xxxn, P. G., t. i, col. 1132; Testamentum, p. 115. Si elle promettait, dit saint Augustin, nullum se alium cognituram, etiamsi ab illo, cui subdita est, dimittatur, merito dubitatur utrum ad percipiendum baptisma non de­ beat admitti. De fide et oper., xix, 35, P. L., t. xl, coi. 221. En traitant ainsi les esclaves, l’Église respec­ tait l’institution sociale de l’époque, mais cherchait à sauvegarder la liberté des enfants de Dieu. 2° Rites. — Une fois ces diverses questions tranchées et ces dispositions prises, la demande du postulant pou­ vait être officiellement agréée; mais elle ne l’était jamais sans quelques conseils de circonstance, Const, apost.,Ml, xxxtx, P. G., t. i, col. 1037; Testamentum, p. 111, ni sans quelque solennité. Divers rites, en effet, marquaient l'entrée dans le catéchuménat. Chez les Latins, à Rome en particulier, c’étaient l'exsufllation avec une formule d’exorcisme, l'imposition du signe de la croix sur le front et des mains sur la tète, l’introduction dans la bouche d’un peu de sel exor­ cisé. Le diacre Jean atteste l’usage de l’exsufilation et l'emploi du sel, Epist. ad Senarium, P. L., t. lix, col. 402; le Sacramentaire gélasien, 1,30, P. L., t. lxxiv, col. 1084, celui du signe de la croix et de l’imposition des mains. A Ravenne, saint Pierre Chrysologue signale l'ouverture des oreilles après l'imposition des mains et les exorcismes. Serm., Lit, P. L., t. lu, col. 347. En Gaule, i( est simplement question de l’imposition des mains. Sulpice Sévère raconte que saint Martin, entouré en plein champ d’un grand nombre de païens qui sol­ licitaient la grâce du baptême, leur imposa les mains et les fit catéchumènes, en faisant remarquer qu'il n’était pas déraisonnable in campo catechumenos fieri, ubi solerent martyres consecrari. Dial., II, tv, P. L., t. xx, coi. 204; cf. Concile d’Arles I, can. 6, Hardouin, t. ι, p. 204. En Espagne, le concile d’Elvire atteste ce même usage. Can. 39, Hardouin, t. t, col.254. Plus tard, saint Isidore et saint llildefonsesignalentcelui de l’exorcisme, de Ponction et du sel. Le premier dit : Exorcizamur, deinde sales accipiunt et unguntur, De offie., Il, xxi 2, P. L., t. Lxxxiti, col. 814; mais saint Hildefonse re­ marque que l’emploi du sel n’est pas général et le dé­ sapprouve. L’onction est ici placée à l’entrée même du catéchuménat, au moment où le païen est agréé comn. catéchumène; elle correspond à celle de la poitrine et des épaules qui se pratiquait à la fin du catéchuménat, le samedi saint, à Rouie, à Milan et ailleurs. 1973 CATÉCHUMÉNAT Dans l'Afrique proconsulaire, saint Augustin est un témoin de l’imposition des mains. Dans le modèle de catéchèse qu’il rédigea, à la prière de Deogratias, diacre de Carthage, le catéchiste annonce d’abord au postulant qu’il va être marqué du signe de la croix et, s’il accepte l'ensemble des vérités qu’il doit croire et des devoirs qu’il aura à remplir, solemniler signandus est et Ec­ clesiæ more tractandus. De cat. rud., xx, 34; xxvi, 50, P. L., t. XL, col. 335, 344. C’est une sorte d’affiliation : De domo magna sunt, In Joa., tr. XI, 4, P. L., t. xxxv, col. 4476; une espèce de conception, selon le pseudo-Augustin : Per crucis signum in utero malris Ecclesiæ concepti estis. De symb. ad catech.,!, 1, P. L., t. xi., col. 637. Signe de croix et imposition des mains sont deux rites sacrés qui sanctifient le catéchumène à leur manière, mais qui, sans le baptême, ne servent de rien pour la rémission des péchés ou l’entrée dans le royaume du ciel. De peccat, merit., 11, χχνι, 42, P. L., t. XLtv, col. 176. Dans ses Confessions, I, xi, saint Au­ gustin rappelle l’usage du sel ; à propos de l'aveugle-né, guéri par Noire-Seigneur avec un peu de salive et de terre, il fait allusion à une onction de ce genre pratiquée sur les catéchumènes : « Demandez à un homme : Es-tu chrétien? S’il répond affirmativement, dcmandezlui : Catéchumène ou fidèle? S’il répond : Catéchumène, c'est qu’il n'a reçu que l’onction et non le bain purifica­ teur. » In Joa., tr. XLIV, 2, P. L., t. xxxv, col. 1714. Voir dans Martène, De antiquis Ecclesiæ ritibus, Rouen, 1700, t. t, p. 37 sq., plusieurs ordines ad faciendum ckristianum ou catechumenum ou calecuminum ou caticuminum. Chez les Grecs, l’admission au catéchuménat ne com­ porte ni l’usage du sel ni celui de l’onction. Quant aux autres rites, l’imposition des mains et la prière sont signalées par Eusebe, Vila Const., IV, ι.χι, P. G., t. xx, col. 1213; le signe de la croix, par le diacre Marc qui ra­ conte, dans la vie de Porphyre, évêque de Gaza, que plusieurs personnes ayant demandé le signe du Christ, ce pontife les marqua du signe de la croix et les lit catéchumènes, Vila Porph., tv, 31, P. G., t. lxv, col. 1226; l’exorcisme et l’exsuftlation, par le premier concile deConstantinople, de 381. Can. 7. Or, tandis qu'en Occident tous ces rites étaient accomplis le même jour de l'admission dans une seule cérémonie, le concile de Constantinople indique trois jours consécutifs. Le premier jour, dit-il, nous les faisons chrétiens, le se­ cond jour, catéchumènes; le troisième jour, nous les exorcisons en leur soufflant trois fois sur le visage et les oreilles, et ainsi nous les catéchisons, prenant soin qu’ils fréquentent longtemps l'église pour y entendre les Ecritures, après quoi nous les baptisons. Concilium Constant. I, can. 7, Hardouin, t l, p. 812-813. 3» Droits et devoirs. — Dés qu'un infidèle était ainsi admis au catéchuménat, il n'était plus considéré comme un étranger, mais comme faisant partie de la commu­ nauté à un titre officiel. Il était désigné sous le nom de catéchumène ou d’auditeur, parfois même sous le terme générique de chrétien, qui s'appliquait indistinctement aux catéchumènes et aux fidèles, comme nous l'avons vu plus haut dans saint Augustin. L’imposition des mains fait un chrétien, dit le concile d’Elvire, can. 39, Har­ douin, t. t, p. 254, mais le chrétien n’est pas un fidèle. Jbid., can. 59, p. 255. Agrégé dès lors à l’Église, il acquiert certains droits et contracte certaines obliga­ tions : le droit d’avoir une place marquée dans les assemblées chrétiennes et d’être l’objet d’une prière et d’une imposition des mains solennelle avant la liturgie eucharistique; l’obligation de se faire instruire par des personnes chargées de ce soin et de se bien conduire pour mériter la grâce de l’initiation. Jusque-là il n’avait assisté aux réunions qu’en étranger toléré, en dehors de la place réservée aux fidèles et aux catéchumènes, parmi les païens et les juifs. Concil. Car- 1974 thag. IV, can. 84, Hardouin, t. I, p. 984. Il ne connais­ sait de la liturgie que le chant des psaumes, et de l'enseignement que la lecture de l’Écriture avec les explications homilétiques qui en étaient données; après quoi il était exclu. Désormais il prend place parmi les catéchumènes et il reste après le renvoi des infidèles, S. Augustin, Serin., cxxxn, 1, P. L., t. xxxvm, col. 734, pour être l’objet d'une cérémonie spéciale. Le diacre, en elfet, prie et demande aux fidèles de prier pour lui; puis l’évéque lui impose solennellement les mains et récite une prière appropriée, Concil. Laodic., can. 49, Hardouin, t. i, p. 784; S. Chrysostome, In II Cor., homil. n,5, P. G., t. lxi, col. 399; S. Célestin, Epist., xxi, c. xi, 12, P. L., t. L, col. 535; après quoi il est ren­ voyé, laissant réunis les compétents, les pénitents et les fidèles. Les Constitutions apostoliques sont très expli­ cites à ce sujet et distinguent nettement deux renvois de catéchumènes : le premier, celui dont nous venons de parler, et le second relatif aux compétents. Const, apost., VIII, vi, P. G., t. i, col.4077-1080. Le Testamen­ tum D. N. J. C. nous révèle en particulier que les ca­ téchumènes prient â part des fidèles, échangent entre eux le baiser de paix, d’homme à homme, de femme à femme, reçoivent l'imposition des mains de l’évéque et quittent la synaxe avant les lectures. Testamentum, p. 117. 119. Ce renvoi avant les lectures paraît singu­ lier. 11 semble cependant qu’en Gaule les catéchumènes n’aient été admis à l’audition de l’Evangile et de l’homé­ lie qu’au v® siècle, car le concile d’Orange de 441 pres­ crit qu’on leur lise l’Évangile. Can. 48, Hardouin, t. j, p. 1785. En Espagne, le concile de Valence de 524 or­ donna que la lecture de l’Évangile à la suite de celle de l’Épitre ainsi que l’homélie seraient publiques, parce que c’est à la fois une occasion pour les fidèles et les catéchumènes de s'instruire et pour les infidèles de se convertir, can. 1, Hardouin, t. n, p. 4067; même prescrip­ tion au concile de Lérida. Can. 4, ibid., p. 1065. L’usage général était d’admettre tout le monde jusqu’après l'homélie. Or l’homélie, étant donnée la forme discrète et voilée qu'elle prit, n’était comprise dans ses allusions que des seuls initiés; elle ne pouvait donc pas suffire à l'instruction désormais obligatoire du catéchumène. C'est pourquoi ce dernier devait s’adresser à son caté­ chiste pour avoir le supplément d’information néces­ saire à sa situation nouvelle dans l’Eglise; et ce supplé­ ment lui-même, fourni durant tout le temps de ce premier stage de probation dans des instructions catéchétiques privées, ne pouvait être que relatif et forcé­ ment tenu à la discrétion sur les points de doctrine, dont la notification était exclusivement réservée à la catéchèse des compétents, c’est-à-dire à l’époque où le catéchumène passait au second degré de sa probation, en vue de la préparation immédiate au baptême. D’autre part, le catéchumène, dûment averti au moment de son admission des principaux devoirs qu’il aurait à remplir, est désormais soumis à la surveillance de l’Eglise, soit de son catéchiste, soit de ses répondants. Car il a pris un engagement; il doit donc donner des gages de bonne volonté et d’application, accomplir cer­ taines œuvres de pénitence, s’abstenir des désordres et des habitudes de la vie païenne et s’exercer de mieux en mieux à la pratique de la vertu, de manière à fournir, le moment venu, la preuve qu’il s’est rendu digne de passer au second degré de sa probation et de se pré­ parer immédiatement au baptême. Origène, Cont. Cels., Ill, LI, P. G., t. xi, col. 988. On voit par là avec quel sérieux devait se conduire le catéchumène. 4’ Durée. — Ce premier stage de probation durait plus ou moins de temps selon les circonstances et la coutume des Églises. En Espagne, il durait deux ans, d’après le concile d’Elvire, can. 42, Hardouin, t. i, p. 254; en Orient, trois ans, d'après saint Grégoire de Nazianze, 1975 CATÉCHUMÉNAT Orat., XL, 28, P. G., t. xxvi, col. 400, les Constitutions apostoliques, VIII, xxxn, P. G., t. i, col. 1132, et le Testamentum D. N. J. C., p. 117. Mais il pouvait être abrégé, au gré de l’évêque, en cas de nécessité ou lorsque les dispositions du catéchumène étaient excep­ tionnelles, comme aussi il pouvait être prolongé, à titre d'épreuve ou de punition, pour cause d’insuffisance, d'inconduite ou de faute grave. C’est ainsi qu'en Espagne, le concile d’Elvire exige trois ans au lieu de deux pour le flamine, à cause des jeux inhérents à sa charge et qui étaient plus ou moins entachés d'idolâtrie; encore fallait-il qu’il n’eùt pas sacrifié, can. 4; cinq ans pour la femme qui épousait un homme séparé de sa femme légitime, can. 11 ; et pour le délateur, can. 73; il ren­ voie même jusqu’à la fin de la vie la catéchumène cou­ pable à la fois d'adultère et d’avortement. Can. 68. Ilar­ douin, t. t, p. 257. Le concile de Nicée, 325, condamne le catéchumène qui pèche à passer trois ans parmi les auditeurs avant d’étre admis avec les autres catéchu­ mènes. Can. 14, Hardouin, 1.1, col.330. Le concile de Néocésarée porte que si le catéchumène pénètre dans l’église et se range parmi ceux qui sont spécialement instruits, c’est-à-dire parmi les compétents ou φωτιζό­ μενοι et y est surpris en faute, il doit revenir parmi les simples άκροώμενοι; s'il pèche, il est renvoyé. Can. 5, Hardouin, t. t, col.283. On comprend que l’Église tint à la bonne conduite de ses affiliés, depuis leur admission, les entourât de sa vigilante protection et, le cas échéant, punit leurs fautes, en retardant leur baptême. Mais on comprend aussi que, selon les circonstances, cette pre­ mière probation ne devait pas trop se prolonger, sous peine de rebuter les bonnes volontés. Aussi vit-on l’Eglise en diminuer peu à peu la durée, la réduire notablement jusqu’à la confondre parfois avec la prépa­ ration immédiate au baptême. Par contre il arriva trop souvent que les convertis, uniquement satisfaits de leur admission au catéchuménat, remirent indéfiniment d'eux-mêmes leur initia­ tion baptismale, quelques-uns par timidité, à raison des graves responsabilités de la vie chrétienne, selon le sentiment exprimé par Tertullien dans son De baptismo, xvill, P. L., t. I, col. 1222, la plupart pour jouir, dans cet état indécis, de leur liberté et se réserver pour la fin de leur vie ce sacrement de la régénération totale. On sait que saint Martin, catéchumène à 10 ans, ne fut baptisé qu'à 22, Sulpice Sévère, Vita Martini, n. 2, P. L., t. xx, col. 161, et que saint Augustin, catéchu­ mène dès son bas âge, ne reçut le baptême qu'à 33 ans. D'ordinaire ce retard constituait un abus, contre lequel ne cessèrent de protesler les Pères du tv» et du Ve siècle. S. Basile, Homil., xm, 1, P. G., t. xxxi, col. 425; S. Grégoire de Nysse, Adversus eos qui differunt bap­ tisma, P. G., t. xlvi, col. 417 sq. ; S. Chysostome, Ad illuminandos, P. G., t. xlix, col. 223-249 ; S. Grégoire de Nazianze, Orat., XL, P. G., t. xxxvi, col. 359-425. 5° Passage à la classe des compétents. — Au terme de ce stage plus ou moins long, soumis au contrôle de l'autorité ecclésiastique, le catéchumène pouvait poser sa candidature à la prochaine initiation chrétienne. Bien qu'il appartint à l’Église par un titre officiel, il ne faisait pas encore pleinement partie de la communauté : il n'était qu’un novice en passe de devenir un candidat effectif. L’Église latine et grecque ne connaissait pas de stage intermédiaire. Et c’est à tort que Du Cange, Glossarium ; dom Marlène, De antiquis Ecclesiæ riti­ bus, t. t, p. 29-20; Duguet, Conférences ecclésiastiques, Cologne, 1742, t. i, p. 334, 335; Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, Paris, 1877, et d’autres encore, ont prétendu qu’il y avait plus de deux classes de catéchumènes; il n’en est rien. La différence des termes employés, qui a donné lieu à cette illusion, n'entraine pas nécessairement une différence de classes; c’est ce qu'a très bien établi Funk. Die Kalechumenats 1976 Klassen, dans Theologische Quartalschrift, 1883, p.41 sq. Et, comme le note Msr Duchesne, l’idée de la distinc­ tion des catéchumènes en trois ou quatre classes repose sur une mauvaise interprétation des anciens textes. Origines du culte, 2" édit., Paris, 1898, p. 282. Les décisions des conciles de Néocésarée, can. 5, et de Nicée, can. 14, Hardouin, 1.1, col.283, 330, n’ont trait qu'à de pures mesures disciplinaires, qui renvoient le délinquant parmi les simples auditeurs. Ces deux classes sont distinctement marquées par les Constitutions apostoliques, où les κατηχούμενοι ne se confondent pas du tout avec les φωτιζόμενοι. Nous avons déjà signalé plus haut la manière dont sont traités les catéchumènes proprement dits. Dés leur renvoi, on procède à des cérémonies au sujet des énergumènes ; et une fois ceux-ci sortis, le diacre procède vis-à-vis des φωτιζόμενοι ou compétents de la même manière que pour les catéchumènes ; mais il y a une prière nouvelle, et, de la part de l’évêque, une bénédiction à part, avec un nouveau renvoi. Const, apost., VIII, vn, vin, P. G., t. i, col. 1081-1084. Le passage de la première classe à la seconde se fai­ sait d’ordinaire quelques semaines avant Pâques. En vue du baptême prochain, le catéchumène sollicitait son admission parmi les compétents. Du reste, l'évêque avait soin d’adresser une invitation aux catéchumènes. S. Basile, Homil., xm, P. G., t. xxxt, col. 424. Le catéchumène donnait son nom. Baptizandi nomen suum dent, prescrit le IV" concile de Carthage. Can. 85, Har­ douin, t. t, col. 984. Ecce Pascha, dit saint Augustin, da nomen ad baptismum. Semi., cxxxn, 1, P. L., t. xxxvtii, col. 735; cf. S. Cyrille de Jérusalem, Proca­ téchèse, 1, 4, 13, P. G., t. xxxin, col. 333, 340, 353: Cal., in, 2, col. 428. Le candidat était alors soumis à un examen pour permettre de constater s’il remplissait les conditions prescrites. Peregrinatio Silviæ, 45, édit., Geyer, Vienne, 1898, p. 96 ; Testamentum D. N. J. C., p. 119; Canons d' Hippolyte, can. 102, p. 91. Si l'exa­ men était favorable, on inscrivait le nom du catéchu­ mène sur les registres de l’église. Cette immatricu­ lation se faisait, en général, pendant le carême, soit au début, soit au milieu, ainsi que nous l'apprennent saint Cyrille de Jérusalem, Procaléchise, 1, 4, 13; Cat., ni, 2, loc. cit. ; la Peregrinatio, 45, p. 96, pour Jérusalem ; le pape Sirice, Epist. ad Himer., i, 2, Hardouin, t. i, p. 847, 848, pour l’Église romaine; le IV" concile de Carthage, can. 84, Hardouin,1.1, col.984; saint Augustin. Semi., cxxxn, i, P. L., t. xxxvni, col. 735, pour la province d’Afrique, et le livre des Confessions, IX. vi, 14, pour Milan. H semble qu’une fois les listes closes on n’admettait plus personne; du moins le concile de Laodicée défend d'admettre quelqu’un après la seconde semaine de carême. Can. 45, Hardouin, t. I, col. 790. /4 partir de cette inscription officielle, le catéchumène était appelé electus ou competens, chez les Latins, φωτιζόμενος, βαπτιζόμενος, μέ>Λων φωτίζεσΟαι, φωτισόησόμενος, chez les Grecs. Const, apost., VIH, vn, vin. P. G., 1.1, col. 1081,1137 ; concile de Laodicée, can. 46. •48; et concile in Trullo ou Quinisexte, can. 78. Excep­ tionnellement, à Jérusalem, le φωτιζόμενος était aussi appelé πιστός, fidèle, S. Cyrille de Jérusalem, Procat , 1 ; Cat., xi, 9, P. G., t. xxxin, col. 332, 701. « Tu étais appelé catéchumène, dit saint Cyrille, Procat., 6, col. 344, maintenant tu es appelé fidèle; Cal., i, 4, col. 373; te voilà passé de l’ordre des catéchumènes à celui des fidèles. » Cat., v, 1; vi, 29, col. 505. 589. Donner son nom et se faire immatriculer, c'était pçendre l’engagement d'une préparation sérieuse e: se soumettre plus étroitement encore à toutes les prescrip­ tions préparatoires à l’initiation de la veille de Pâques. S. Cyrille de Jérusalem, Procat., 6. col. 345; S. Augus­ tin, De fide et operibus, xn, 18; xm, 19, P. L., t. xl, col. 209, 210. C’était aussi s’astreindre, sous la direction 1977 CATÉCHUMÉNAT du catéchiste, didascale ou docteur, à recevoir le complément d’instruction nécessaire et de formation morale. Canons d’Hippolyte, can. 61, 62, p. 76; Const, apost., VII, XL, P. G., t. i, col. 1041. D’ordinaire, ce temps de préparation immédiate au baptême, se confondant avec le carême, durait quarante jours. Peregrinatio, 46, p. 97 ; S. Jérôme, Cont. Joa. Hier., xm, P. L., t. xxm, col. 365 ; S. Augustin, Serm., ccx, 1, 2, P. L., t. xxxviti, col. 1018. C’était un temps de préparation intense, où il importait d'obtenir les meilleurs résultats au point de vue intellectuel et moral : temps de la palestre, comme dit saint Chrysostome, de l’exercice de la vertu, de l’école du courage. Ad ilium., i, 4, P. G., t. xlix, col. 228. Tout devait concourir à ce but important, la catéchèse, l’ascèse, la liturgie. Aussi, pendant ce dernier stage, le compétent était-il tenu, plus encore qu’auparavant, à éviter tout ce qui, par sa faute ou sa négligence, pouvait faire remettre à plus tard son initiation. Concile d'Elvire, can. 45, 68, 73; concile de Nicée I, can. 14, Hardouin, t. t,col 255, 257, 258, 330; et de Néocésarée, can. 5, ibid., p. 284. Natu­ rellement il assistait tout d’abord aux réunions ordinaires de la communauté jusqu’après la missa des infidèles, juifs, catéchumènes et énergumènes. A ce moment, il priait, sur l’invitation du diacre, pendant que les fidèles suppliaient Dieu de le rendre digne du baptême ; puis il inclinait la tête pour recevoir la bénédiction de l’évêque, qui prononçait sui· lui une prière appropriée, Const, apost., VIII, vu, vin, P. G., t. i, col. 1081 ; mais en outre, il avait des réunions spéciales, remplies, comme nous allons le voir, de cérémonies symboliques, de pratiques ascétiques, d’exorcismes et de catéchèses, qui avaient pour but sa purification et son instruction, et dont l’ensemble constituait la préparation immédiate au baptême; autant d’occasions destinées, dit Mor Du­ chesne, Origines, p. 287, à vérifier la préparation des candidats et à les présenter aux fidèles qui pouvaient, au besoin, protester contre l’admission des indignes. III. Préparation immédiate au baptême. — 1» Pré­ paration ascétique. — Tout au début du carême, l’élu ou compétent recevait notification des devoirs particu­ liers qui lui incombaient pendant ce dernier stage de probation. La Procatéchèse et les Catéchèses i et n de saint Cyrille de Jérusalem, ainsi que le Sermo ccxvi ad competentes de saint Augustin donnent une idée de ce genre d’instruction. Rompre avec les mauvaises habitudes de la vie païenne, avec le monde, le péché et le démon, tel était le but à atteindre depuis l’entrée dans le catéchuménat ; mais ce but s’impose maintenant de la façon la plus impérieuse; car c’est le moment ou jamais de faire place nette à la grâce baptismale. Or rien n’était mieux approprié à un tel but que la pratique de l’ascèse sous forme de prières plus fréquentes, de jeûnes, d’abstinences, de veilles, de mortifications et de bonnes œuvres. Tertullien résume ainsi l’usage de Carthage, à la fin du Π· siècle : Ingressuros baptismum, orationibus crebris, jejuniis et geniculationibus et per­ vigiliis orare oportet et cum confessione omnium retro delictorum. De bap., xx, P. L., t. i, coi. 1222. 1. Le jeûne. — Le jeûne est déjà signalé par la Didaehè, au Ier siècle, vu, 4, p. 22. Dans la première moitié du n· siècle, saint Justin nous apprend qu’on enseigne au catéchumène à prier, à jeûner, à demander à Dieu le pardon de ses péchés, et que les fidèles prient et jeûnent avec lui avant la collation du baptême. Apol., i, 61, P. G., t. vi, col. 420. Le jeûne précède toujours l’initiation baptismale, affirment les Constitutions apos­ toliques, VU, xxii, les Récognitions, vu, 34; x, 72, P. G., t. i, col. 1013, 1368, 1454, et les Homélies clé­ mentines, m, 73, P. G., t. n, col. 157. Les Canons d’Hip­ polyte signalent spécialement le jeûne du vendredi saint, veille de l'initiation. Can. 106, p. 92. Le Testamentum D. N. J. C.. p. 127, y joint celui du samedi saint. 1978 Sans être partout, au début, d’égale durée, le jeûne ne tarda pas à s’étendre de plus en plus, soit au temps de la passion, comme le rappelle saint Hilaire, In Matth., xv, 8, P. L., t. ix, col. 1006, soit â tout le temps de la préparation immédiate au baptême, c’est-à-dire à tout le carême. Sirice, Epist., I, II, P. L., t. xm, col. 848; S. Cyrille de Jérusalem, Procat., 4; Cat., Ill, 16, P. G., t. xxxiii, col. 341, 449; S. Grégoire de Nazianze, Orat., XL, 30, P. G., t. xxxvi, col. 401. L’abs­ tinence accompagnait le jeûne : Diu abstinentia vini et carnium... baptismum percipiant. Cone. Carlh. IV, can. 85, Hardouin, t. i, col. 984; S. Augustin, De fide et oper., vi, 9, P. L., t. XL, col. 202. 2. Pénitence. — Pour se soustraire à l’action du démon, le compétent devait multiplier les actes de mortification et de pénitence. C’était cette prima perni­ tentia, dont parle saint Augustin, celle qui engendre l’homme nouveau en attendant le baptême. Serm., cccli, π, 2; eccui, i, 2, P. L., t. xxxix, col. 1537, 1550. Le catéchumène marié devait, en particulier, s’abstenir pendant cette préparation de tout rapport conjugal et pra­ tiquer la continence ; c'est l’obligation qu’indiquent saint Augustin, De fide et oper., vi, 9, P. L., t. xl, col. 202, etsaint Césaire d'Arles, Serm., cclxvii, 3, P. L., t. xxxix, col. 2212. Avant tout, disait saint Cyrille de Jérusalem, se défaire de tout vice, de toute souillure, Procat., 4, purifier son vase, Cat., i, 5, dépouiller le vêtement ancien et revêtir la robe nuptiale, Procat., 3, s’abstenir du péché, mourir au péché. Procat., 5, 8, P. G., t. xxxiii, col. 341, 377, 336, 344, 348. Clément d’Alexan­ drie avait signalé la nécessité de s’exciter au repentir de ses fautes, Pædag., I, vi, P. G., t. vnt, col. 288; les Constitutions apostoliques, VII, XL, P. G., t. i, col. 1041, insistent sur l’obligation de se purifier en ce moment de toute perversité, de toute tache, de toute ride, d’imiter le laboureur qui arrache d’abord les mauvaises herbes avant de semer le bon grain. 3. Confession. — L’un des moyens indiqués pour arracher les péchés, c’était de les confesser, et on les confessait avant de recevoir le baptême. Tertullien n'est pas le seul à constater ce fait. De bapt., xx, P. L., t. i, col. 1222. Saint Grégoire de Nazianze en parle également. Orat., xl, 27, P. G., t. xxxvi, col. 397 ; cf. Testamentum, p. 117. C’est à l’évêque, disent les Canons d’Hippolyte, can. 103, p. 92, que devait se faire cette confession. Eusèbe raconte ainsi l'entrée dans le catéchuménat et le baptême de Constantin. Sentant sa fin venir, dit-il, Constantin fléchit les genoux, demande pardon à Dieu, confesse ses péchés dans le martyrium d’Hélénopolis et reçoit l’imposition des mains accompagnée de la prière. Se faisant ensuite transporter à Nicomédie et s'adressant aux évêques : α H est temps, dit-il, que je reçoive le signe qui confère l’immortalité, que je parti­ cipe au sceau qui sauve... Si Dieu permet que, dans la suite, je me mêle à son peuple et qu’admis dans l’église je prenne part avec tous à la prière, je promets de m’imposer pour vivre les lois dignes de Dieu. » Aussitôt les évêques procédèrent solennellement aux cérémonies divines et le rendirent participant des mystères sacrés. Vita Const., iv, 61, 62, P. G., t. xx, col. 1213-1217. Eusèbe ne spécifie pas à qui Constantin confessa ses péchés. Au sujet de ceux qui, après le renversement du temple de Sérapis, se convertirent, Socrate se contente de constater qu'ils reçurent le baptême après avoir confessé leurs péchés, sans spécifier davantage. H. E., v, 17, P. G., t. LXvn, col. 608. Là où se pratiquait cette confession prébaptismale, elle n'avait qu'un caractère purement ascétique et rien de sacramentel; de plus, elle était secrète, comme le font remarquer Tertullien, De bapt., xx, P. L., t. i, col. 1222, et saint Chrysostome, Ad ilium., homil. n, 4, P. G., t. xlix, col. 236; inparalyt., 3, P. G., t. xli, col. 52. Saint Cyrille de Jérusalem résume ainsi ces diverses 1979 CATÉCHUMÉNAT pratiques ascétiques, quand il adresse les recomman­ dations suivantes aux φωτιζόμενοι : « Préparez votre cœur pour participer aux mystères; priez plus souvent ; mettez votre âme à l’abri de la tentation, Procal., 16; dépouillez le vieil homme par la confession de vos pé­ chés passés, Cat., i, 2, car le temps des catéchèses est un temps de confession, Cat., i, 5, Ί2; il faut laver ses péchés par la pénitence et les confesser avec la certitude de les voir pardonnes. » P. G., t. xxxin, col. 361, 372, 376, 400. 11 consacre à ce dernier point toute sa seconde catéchèse. Cette préparation au grand pardon que devait conférer le baptême exigeait naturellement que le com­ pétent commençât par pardonner aux autres. Cat., i, 6. col. 377. La plupart de ces pratiques ascétiques prépa­ ratoires à l’initiation baptismale sont signalées par le pseudo-Augustin ; Omnia sacramenta quæ acta sont el aguntur in vobis per ministerium servorum Dei, exor­ cismis, orationibus, canticis spiritualibus, insuf/latio­ nibus, cilicio, inclinatione cervicum, humilitate pe­ dum, etc. De symbolo ad catech., tv, I, P. L., t. xl, coi. 660. Ces trois derniers usages marquent avec quels sentiments d'humilité devaient se préparer les compé­ tents. 2“ Préparation catéchélique. — L’un des buts prin­ cipaux de la préparation immédiate au baptême était l'instruction des candidats. Jusqu’à son admission au nombre des compétents, le catéchumène, malgré son assistance aux lectures et aux homélies, malgré le sup­ plément d’information qu’il puisait auprès de son caté­ chiste, restait encore trop étranger à ce qui constituait le fond intime et les détails précis de la doctrine et de la vie chrétienne. Sans doute, au moment de son entrée dans le catéchuménat, il avait été mis eu garde contre les dangers de la superstition, contre l’absurdité de la my thologie etcontre les erreurs de la philosophie païenne; il avait appris, en outre, quelques-uns des dogmes prin­ cipaux de la foi, tels que celui de l’unité de Dieu, du jugement dernier et de la résurrection générale; sans doute encore, la prédication homilétique, aidée des caté­ chèses auxquelles il assistait pendant la durée de son premier stage, lui rappelait ces principes de la foi ainsi que ceux de la morale évangélique; sans doute enfin, au moment même de son admission parmi les compé­ tents, il avait reçu des conseils plus précis; mais c’était insuffisant. Ne pouvant assister ni à la liturgie eucha­ ristique, ni à l’initiation solennelle, il ignorait la nature, le rôle et l’importance des sacrements. Rien n’est plus connu que la missa catechumenorum au moment de la célébration des mystères. Cf. Brightman, Liturgies eastern and western, 2 in-8», Oxford, 1896. D’autre part, l'organisation systématique du catéchuménat avait intro­ duit dans la prédication publique des habitudes de dis­ crétion qui ne laissaient rien deviner des points capitaux de la foi à quiconque n’était pas initié : de là, en par­ ticulier, l’ignorance ou se trouvait le catéchumène sur les dogmes de la trinité, de l’incarnation, de la rédemp­ tion, sur le symbole, l’oraison dominicale, etc. Au n' et même au ni· siècle, l'enseignement ésotérique n'existait pas encore dans l’Église; la discipline du secret était inconnue des catholiques. Saint Irénée la constate, au contraire, chez les hérétiques et la con­ damne. Cont. hær., I, iv, 3; xxiv, 6, P. G., t. vu, col. 484, 679. Tertullien la reproche, en particulier, aux valentiniens et la raille, zldv. Valent., 1, P. L., t. n, col. 5-43. C’est ce qui permettait à Origène d’écrire contre Celse : « Nous ne cachons pas la sainteté de notre prin­ cipe... Nous enseignons les premiers venus... Nous con­ fions les Évangiles et les écrits apostoliques à qui peut les entendre. » Cont. Cels., Ill, xv, P. G., t. xi, col. 940. C’est aussi ce qui avait permis à saint Justin de parler avec tant de liberté des mystères chrétiens, notamment de l’eucharistie, dans sa première Apologie. Mais, à partir du IV' siècle, il n’en fut plus de même; car alors, 1980 par une conséquence de l’organisation pédagogique du catéchuménat, l’enseignement public des Pères est plein de réticences voulues ou d’allusions voilées sur les sa­ crements et les dogmes. C'est la discipline du secret qui est en vigueur et à laquelle font allusion saint Cyrille de Jérusalem, Procat., 5; Cat., v, 12; vi, 29; xtx, 1, P. G., t. xxxiii, col. 341-343,351, 589, 1065; les Consti­ tutions apostoliques, II, lvii, P. G., 1.1, col. 733; la Pere­ grinatio Silviæ, 46, édit. Geyer, Vienne, 1898, p. 97. C’est pourquoi saint Épiphane reproche comme un scandale aux marcionites la pratique où ils sont de célé­ brer les saints mystères sous les yeux des catéchumènes. Hær., XLU, 3, P. G., t. xli, col. 700. Saint Grégoire de Nazianze, après avoir fait un abrégé de ce que le futur illuminé doit croire sur la trinité, l’incarnation et le reste du symbole, termine en disant : « Voilà ce que tu peux savoir en dehors du mystère, ce qu’il est permis de porter à l’oreille du profane. Quant au reste, grâce à la Trinité, tu l'apprendras dans l’intimité et tu le garderas devers loi comme tout ce qui est gardé sous le sceau du secret. » Oral., xl, 45, P. G., t. xxxvi, col. 424, 425. Saint Chrysostome, qui fait souvent allusion à cette discipline du secret, In Gen., homil. xxvn, 8, P. G., t. un, col. 251; Ad ilium., homil. i, 1, P. G., t. xlix, col. 224, s'exprime ainsi dans son commentaire sur l’Épitre aux Corinthiens ; « Je voudrais bien parler ouvertement, mais je n’ose, à cause des non-initiés. Ce sont eux qui nous rendent l’explication difficile, en nous mettant dans la nécessité d’employer des termes obscurs ou de leur exposer les mystères. Je parlerai néanmoins, autant qu’il me sera possible, en respectant les saintes obscurités. » In I Cor., homil. xl, 1, P. G., t. lxi, col. 347. Saint Augustin répète souvent dans ses sermons l'expression ; Norunt /ideles. A proposde ces paroles de l’Évangile de saint Jean, vi, 56 : Caro mea vere esca est, et sanguis meus vere polus est, il remarque que leur sens, compris des fidèles, échappe à l'intelligence des non-initiés, simples auditeurs ou catéchumènes. « Cela vous est voilé, dit-il à ces derniers; mais si vous le voulez, cela vous sera révélé. Accede ad professionem et solvisti quæslionem; voici Pâques, donnez votre nom pour le baptême. Si la fête ne vous sollicite pas, que la curiosité vous pousse, et alors vous comprendrez le sens de ces paroles. » Servi., cxxxn, 1, P. L., t. xxxvm. col. 734. Le pape Innocent I", dans sa lettre à l’évêque d’Eugubio du 49 mars 416, répond en termes voilés pour ne point paraître révéler des mystères; il s’en expli­ quera mieux de vive voix. Jaffé, Regesta, t. i, n. 311. On connaît le sentiment auquel obéit plus tard Sozoméne quand il se refuse à insérer dans son histoire le texte du symbole : c’est un texte réservé à la connaissance des seuls initiés, 11. E., 1, 20, P. G., t. lxvii, col. 920; scrupule que ne partagea pas son contemporain Socrate, H. E., I, 8, ibid., col. 68. Ce qui revient à dire que, déjà vers le milieu du v· siècle, cette discipline tombe en désuétude et ne va pas tarder à disparaître. Voir Arcane, t. i, col. 1738-1758. Quoi qu'il en soit, elle a été en vigueur pendant le rv· siècle et la première moitié du v', et c’est ce qui a donné à la catéchèse une impor­ tance singulière, justifiant pleinement la remarque de saint Cyrille de Jérusalem, quand il dit que la catéchèse n’est pas une homélie ordinaire. Procat., 11, P. G., t. xxxiii, col. 352. Le but de la catéchèse étant, en général, de conduire à la foi, d’après Clément d’Alexandrie, Pædag., I, vr, P. G., t. vin, col. 285, il fallait donc, au moment de la préparation immédiate au baptême, insister tout d'abord avec plus de précision sur les connaissances déjà acquises. Car c’est surtout à la veille de son initiation baptismale que le catéchumène doit connaître définiti­ vement quæ fides et qualis vita debeat esse Christiani. S. Augustin, De fide et oper., vi, 9. P. L.,t. xl. col. 202. Quod autem fit per omne tempus, quo in Ecclesia salu- 1981 CATÉCHUMÉNAT briter constitutum est ut ad nomen Christi accedentes catechumenorum gradus excipiat, hoc fit multo dili­ gentius et instantius his diebus, quibus competentes vocantur, cum ad percipiendum baptismum sua no­ mina jam dederunt. Ibid. Il fallait, de plus, suppléer â l'insuffisance de l'instruction religieuse déjà reçue, soit en dissipant les obscurités dont s'était enveloppée jusquelà la prédication ordinaire, soit en fournissant les der­ nières et les plus explicites explications, qui ne pou­ vaient trouver place dans les précédentes catéchèses du catéchuménat. C’est pourquoi saint Cyrille de Jérusalem pouvait dire, en 348, aux compétents de son temps, qu'il était chargé de catéchiser : « Tu t'appelais caté­ chumène et tu n’étais frappé que d’un son extérieur, entendant parler des mystères sans les comprendre et des Écritures sans en saisir le sens profond. Maintenant, c’est l'esprit qui va se faire entendre à l'intérieur de ton âme, et, en écoutant ce qui a été écrit sur les mys­ tères, tu vas comprendre ce que tu ignorais. » Procat., 6, P. G., t. xxxiii, col. 344. 11 fallait enfin révéler les points de doctrine spéciaux non encore connus et abso­ lument indispensables pour faire profession de foi chré­ tienne. Parfois encore, il est vrai, une instruction pouvait être consacrée, soit à l’ensemble des devoirs du compé­ tent: tels, plusieurs sermons de saint Augustin ad com­ petentes, la procatéchèse et la catéchèse I de saint Cyrille, les deux homélies de saint Clirysostome ad illu­ minandos ; soit à l’ensemble desvéritésqu'il fallaitcroire : telle, la catéchèse iv de saint Cyrille. Mais partout, tant en Orient qu’en Occident, on prenait un soin particulier de faire connaître la règle de foi, la prière de NotreSeigneur, les sacrements de l'initiation, choses tenues étroitement secrétes. De là. tout d’abord, ce que l’on appelait la traditio symboli, et qui consistait à notifier le symbole aux com­ pétents, à le leur détailler, à l’expliquer article par article, de manière non seulement à le faire comprendre, mais encore à le faire apprendre par cœur, car il ne s’écrivait pas et devait être récité solennellement à une cérémonie ultérieure. S. Cyrille de Jérusalem, Cat., iv, 12, P. G., t. xxxiii, col. 521 ; concile de Laodicée, can. 46; S. Augustin, Serm., .vi-i.ix, cxn-cxiv, P. L., t. xxxvni, col. 377-400,1058-1065; De fide et oper., n, 17, P. L., t. XL, col. 208. L'évêque, ou quelquefois son représentant, récitait le symbole, puis, le reprenant mot par mot, en donnait une explication brève d’un bout à l'autre, pour en faciliter l'intelligence et pour l’inculquer dans la mémoire des compétents. La date de cette tradilio symboli n’était pas la même partout. A Rome, aucun document contemporain n'indique le jour exact; d'après les documents postérieurs, c’était le mercredi de la quatrième semaine du carême. A Jérusalem, d'après la Peregrinatio Silviæ, 46. p. 97, c’était au commence­ ment de la sixième semaine, en réalité la troisième se­ maine avant Pâques, parce que, au temps de Silvie, le carême de Jérusalem durait huit semaines. Duchesne, Les origines, 2e édit., p. 316, note 2. A Milan, en Gaule et en Espagne, c'était huit joursavant Pâques, le dimanche des Rameaux. S. Ambroise, Epist., xx, 4, P. L., t. xvi, col. 995; concile d'Agde de 506, can. 13, Hardouin, t. n, p. 999; S. Isidore, De offie. eccles., i, 28, P. L., t. Lxxxin, col. 763; S. Hildefonse, De cognit. bapt., 34, P. L., t. xevi, col. '127. En Afrique, une quinzaine de jours avant le baptême, c’est-à-dire la veille du cin­ quième dimanche de carême, comme cela ressort des sermons lviii et L1X de saint Augustin. P. L., t. xxxvni, col. 394, 400. Ainsi initié à la connaissance du symbole, le catéchumène n'avait plus qu'à en fixer la formule dans sa mémoire, pour le réciter au jour de son baplêine, comme un témoignage de sa foi. et le redire ensuite tout le long de sa vie chrétienne, matin et soir. Serm., lviii, xi 13. 1982 On procédait de même pour la traditio du Pater. A Rome, cette prière était livrée au compétent dans la même cérémonie et après la traditio euangeliorum, celle-ci inconnue partout ailleurs, et la traditio sym­ boli. Le prêtre, clergé de cette traditio, commençait par une très courte exhortation générale, puis récitait phrase par phrase, demande par demande, le texte de l’oraison dominicale, et clôturait la cérémonie par une brève allocution. Duchesne, Les origines, p. 291. En Afrique, cette traditio du Pater avait lieu huit jours avant Pâques, après une première reddition du symbole. Ce n’est pas d'abord l’oraison dominicale, dit l’évêque d’IIippone, puis le symbole que vous avez reçus, mais, au contraire, le symbole d’abord, puis l’oraison dominicale. Serm., I.vi, i, 1. Tel est l’ordre : Ordo est ædificationis vestræ ut discatis prius quid credatis et postea quid petalis... Prius didicistis quod crederetis; hodie didicistis eum invocare in quem credidistis. Serm., lvii, i, 1, P. L., t. xxxvni. coi. 377, 386; cf. Ferrand, Epist. ad Fulgentium, P. L., t. lxv, coi. 397. Les Constitutions apostoliques signalent une redditio du Pater, VII, xliv, P. G., t. i, col. 1045, et la placent immédiatement après le baptême et Fonction. Cela sup­ pose une traditio, dont la date n'est pas fixée. Quant à saint Cyrille de Jérusalem, il n’explique mot à mol l’oraison dominicale que dans la semaineaprès Pâques, à l'occasion des cérémonies de la messe pascale, ce qui suppose que les compétents n’en avaient eu connaissance qu’à cette première messe, à laquelle ils avaient assisté, au sortir des fonts baptismaux. Cat., xxiii. Il sq., P. G., t. xxxm, col. 1117; cf. pseudo-Ambroise, De sacram., V, iv, P. L., t. xvi, col. 450. Restait enfin à faire connaître aux compétents la na­ ture, l’objet, le rôle, l'importance des sacrements qui constituaient leur initiation chrétienne : le baptême, la confirmation, l'eucharistie, le sacrifice de la messe. A Jérusalem, du moins, nous savons par saint Cyrille que la catéchèse ne roulait sur ces points importants qu’après Pâques. Car, dans sa dernière catéchèse, celle qui précède immédiatement la collation du baptême, Cat., xviii, 32, 33, P. G., t. xxxiii, col. 1053-1055, Cy­ rille ne fait qu’une simple allusion et promet de revenir plus amplement sur l’ensemble des cérémonies de l’ini­ tiation baptismale, et c’est à compléter cet enseignement qu’il consacre ses catéchèses mystagogiques, où il parle tour à tour et de la manière la plus intéressante au point de vue de l'histoire des sacrements, du baptême, de la confirmation, de l'eucharistie, de la liturgie eucha­ ristique. C’est, pour l’Orient, le seul exemple qui nous soit parvenu d’une telle explication. Dans l’Église latine, au contraire, beaucoup de sermons nous restent qui ont été adressés ad neophytos, ad infantes, c’est-à-dire aux nouveaux baptisés; preuve qu'en Occident on com­ plétait immédiatement après Pâques l'instruction des néophytes. C’est ainsi, en particulier, que saint Augus­ tin consacre son sermon ccxxvn au sacrement de l'eu­ charistie. Du reste, voici ce qu'il dit dans son sermon CCXXVin : Sermonem debemus hodie infantibus de sa­ cramento altaris. Tractavimus ad eos de sacramento symboli, quod credere debeant; tractavimus de sacra­ mento orationis dominicte, quomodo petant ;et de sacra­ mento fontis et baptismi. Omnia hæc et disputata au­ dierunt et tradita perceperunt. De sacramento autem altaris sacri, quod hodie viderunt nihil adhuc audierunt. Hodie illis de hac re sermo debetur. P. L., t. xxxvni, coi. 1102. On voit par là qu’en Afrique, l’explication de l'eucharistie suivait la collation du baptême, au lieu de la précéder. Et c’est sans nul doute après le baptême reçu que les néophytes apprenaient ce qui touche à la péni­ tence et aux autres sacrements. Saint Gaudentius, évê­ que de Brescia, sur dix sermons prononcés pendant les fêles pascales, a consacré le second au sacrement de l’eucharistie. Serm., n, P. L., t. xx, col. 853 sq. Ce qui, 1983 CATÉCIIUMÊNAT chez les Latins, répond le mieux aux catéchèses mystagogiques de saint Cyrille de Jérusalem, c’est le De my­ steriis de saint Ambroise et le De sacramentis du pseudoAmbroise, mais ce sont là deux traités et non des caté­ chèses. Vu l'importance de cette préparation catécliétique, l'évéque devait en assumer la charge. Mais ne pouvant pas toujours y vaquer personnellement, il en confiait le plus souvent le soin à une personne de choix, catéchiste, didascale, docteur, doctor audientium, comme l'ap­ pellent les Canons d’Hippolyte, can. 68, 92, 99, p. 80, 87, 89; saint Cyprien, Epist., xxiv, P. L., t. iv, col. 287, ou précepteur, selon le Testamentum D. N. J. C., p. 117, qui était ainsi chargé, pendant le premier stage du catéchuinéual, d’assurer l'instruction des caté­ chumènes. Ce personnage pouvait être un simple laïque, Const, apost., VIII, xxxn, P. G., t. 1, col. 1132; tel, Origéne, Eusébe, 11. E., vi, 3, P. G., t. xx, col. 528; ou un membre du clergé inférieur, tel le lecteur Optat, nommé par saint Cyprien, Epist., xxtv, P. L., t. tv, col. 287; ou un diacre, tels, à Carthage, Deogratias, Augustin, De cal. rud., I, i, P. L., t. XL, col. 310, et Ferrand, Epist., xi, 2, P. L., t. lxv, col. 378; ou un prêtre; Cyrille, à Jerusalem, Chrysostome, à Antioche, et Augustin, à Hip­ pone, avaient été chargés des catéchumènes avant de devenir évêques. Mais d'ordinaire, dans les grandes réu­ nions des compétents, lors de la traditio du symbole et du Pater, c’était l’évêque en personne qui prenait la parole. En effet, la plupart des sermons in traditione symboli, qui nous restent, ont été prononcés par des évêques. On comprend l'impression profonde qui devait pro­ duire dans l’àme des compétents la révélation de la regie de foi et de l'oraison dominicale. Cette préparation intellectuelle, comme l’appelle Tertullien, De bapt., xvm, P. L., t. i, col. 1221, réclamait non seulement l'assiduité, mais encore une attention soutenue et un effort de mémoire, puisque le compétent devait, le mo­ ment venu, réciter par cœur ces formules. Elle exigeait aussi une discrétion absolue vis-à-vis des non-initiés et même des simples catéchumènes. S. Cyrille de Jérusa­ lem, Cat., v, 12, P. G., t. xxxm, col. 521. 3° Liturgie prébaptismale. — La liturgie était inti­ mement liée à tous les actes de la préparation baptis­ male. Les rites et les cérémonies qui la composaient étaient inspirés par des raisons de symbolisme et de foi ; ils avaient pour but de soustraire le compétent à l'action du démon et de lui faire rompre tous les liens avec le péché. Mais il est difficile de préciser la date de leur introduction dans la liturgie. Chaque Eglise avait ses usages particuliers; les différences sont peu impor­ tantes. La pratique romaine, telle qu’elle nous est con­ nu..· par des documents postérieurs à la période patristique, remonte assez haut. Sur la pratique gallicane, outre le De mysteriis de saint Ambroise, le De sacracnentis et les sermons de Maxime de Turin, qui nous font connaître ce qui se passait dans la Itaute Italie, nous possédons, pour la Gaule, l'Exposilio brevis anti­ gua: liturgiæ gallicanæ de saint Germain de Paris, du ■. i·· siècle, P. L., t. i.xxn, col. 77-98, et, pour l’Espagne, le De officiis de saint Isidore, P. L., t. i.xxxm, et le De cognitione baptismi de saint Hildefonse, P. L., t. xcvi. tous deux de la fin du Vl· siècle et du commen­ cement du vil'. D’autre part, les Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem, les Constitutions apostoliques, la Peregrinatio Silviæ, le Testamentum D. N. J. C. et le pseudo-Denys nous révèlent les rites de l'initiation dans les Églises d’Orient. C’est au moyen de ces divers docu­ ments qu'on peut reconstituer la liturgie prébaptismale. M;r Duchesne, Les origines du culte chrétien, 2» édit., Paris, 1893. p. 281-328. Comme nous l'avons dit, le catéchumène était admis, à Rome, par l'exsuftlation, l'imposition eu signe de la 1984 croix sur le front et 1’introduction du sel dans la bouche; en Espagne, par un exorcisme, l’onction des oreilles et de la bouche et l'exsufflation. Une fois inscrit au nombre des compétents, l'élu était soumis, à chaque réunion, à des impositions de mains et à des exorcismes. Les Canons d’Hippolyte, can. 99, p. 90, les Constitu­ tions apostoliques, VU, xxxix, P. G., t. i, col. 1037, signalent l’imposition des mains; les exorcismes sont mentionnés par saint Cyrille de Jérusalem, Procat., 1, 5, P. G., t. xxxiii, col. 348, 376, la Peregrinatio, 46, p. 97, et saint Grégoire de Nazianze, Orat., XL, 27, P. G., t. xxxvi, col. 397, pour (Orient; pour l’Occident, par saint Optat, De schism, donat., ιν, 6, P. L., t. xi, col. 1037, saint Augustin, Epist., cxciv, 10, 46, P. L., t. xxxm, col. 390; De symb. ad calech., I, 2, P. L., t. XL, col. 628; De peccat, orig., xl, 45; Cont. Julian, pelag., i, 14, P. L., t. xliv, col. 408, 469. Or, d’après le Testamen­ tum D. N. J. C., p. 121, impositions des mains et exor­ cismes sont quotidiens. A Rome, ils se répètent même plusieurs fois dans une seule réunion. Les compétents réunis se plaçaient, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Un clerc passait dans leurs rangs, s’arrêtant devant chacun d'eux pour leur faire sur le front un signe de croix et leur imposer les mains; puis ils se prosternaient, priaient, se signaient euxmêmes; après quoi un autre clerc ou un prêtre leur renouvelait le signe de la croix et l’imposition des mains. A Rome et en Afrique, il est question de génuflexions et de cilices; à Jérusalem, au rapport de saint Cyrille, Procat., 9, P. G., t. xxxm, col. 349, d'un voile recou­ vrant la tète pendant ces exorcismes, qui étaient accom­ pagnés chaque fois d’exsufflations symboliques. Saint Augustin regardait l’exsufflation comme l’assaut indis­ pensable qu'il convenait de livrer au démon avant d'as­ surer sa complète défaite. De symb. ad cat., 1, 2, P. L., t. xl, col. 628. Quant aux exorcismes, fréquemment renouvelés en souvenir de ceux dont il est fait mention dans l’Évangile, ils devaient conjurer l’esprit du mal et briser ses chaînes. Exorcismes et impositions des mains se pratiquaient aux réunions ordinaires, avant la lecture et l’explication de l’Evangile, avant la missa; ils se pratiquaient également aux réunions spéciales consa­ crées aux compétents, ainsi que pendant les catéchèses, soit avant l’instruction, S. Cyrille de Jérusalem, Procal.. 9, 13, P. G., t. xxxm, col. 319, 353, soit après. S. Chry­ sostome, Ad ilium., homil. i, 2, P. G., t. xlix, col. 226. « Reçois les exorcismes avec joie, dit saint Cyrille; l'exsufflation et les exorcismes sont choses salutaires. L'or, mêlé à des matières étrangères, doit être purifié par le feu; ainsi ton âme doit être purifiée par les exorcismes. » « Nos devanciers, dit saint Chrysostome, ont décidé qu’après avoir reçu la doctrine sainte vous alliez pieds nus, sans autre habit qu’une seule tunique, écouter la voix des exorcistes. » Saint Augustin compare les jeûnes et les exorcismes de ce temps de préparation à l’action de la meule sur le grain. Sic vos ante jejunii humiliatione et exorcismi sacramento quasi moleba­ mini. Serm., ccxxvn, 1. Cœpislis moli jejuniis et exorcismis. Senn., ccxxtx, P. L., t. xxxvm, coi. 1100. Deux autres cérémonies marquaient la préparation baptismale : l'une, dont nous avons parlé, la traditio symboli; l'autre, la redditio symboli. 11 importait, en effet, de s'assurer que les compétents savaient par cœur la formule du symbole, avant de leur conférer le bap­ tême. En Afrique et à Jérusalem, on s’en assurait une première fois avant la fin du carême, et vraisemblal Ye­ meni en comité privé. Saint Augustin parle, en effet, d’une reddition du symbole faite huit jours avant Pâ­ ques, la veille ou le jour des Rameaux, avant la tradition de l’oraison dominicale. Serm., LVltl, 1, P. L., t. xxxvm. col. 393. La Peregrinatio Silviæ la place au commen­ cement de la semaine sainte. Quanta la reddition solen­ nelle du symbole, elle avait lieu, dans les usages galli- Ί985 CATÉCHUMÉNAT cans, le jeudi saint, ainsi que l’atteste saint Hildefonse, De cognit. bapt., 34, P. L., t. xcvi, col. 127; c’est aussi la date indiquée par le concile de Laodicée, can. 46, Hardouin, t. i, col. 790, pour une partie de l’Orient. A Rome et à Jérusalem, elle avait lieu la veille de Pâques, S. Cyrille, Cat., xvm, 21 ; xtx, 2, P. G., t. xxxm, col. 1041, 1068; S. Augustin, Sen»., lviii, 1, 13, P. L., t. xxxviii, col. 393, 400, après le triple renoncement à Satan. Au sujet du symbole baptismal, voir t. i, col. 1660-1684. Enfin, le grand jour de l’initiation est arrivé. Nous ne parlerons ici que de ce qui a été omis dans l’article Baptême d’après les Pères, col. 213-218. A Rome, dans un dernier scrutin, un prêtre pratique solennellement l'exorcisme et adjure une dernière fois Satan. Vient alors le rite de l'Effeta. Ambroise, De. myst., i, 3, et pseudo-Ambroise, De sacr., i, I, 2, P. L., t. xvt, col. 390, 418. Le prêtre, dit M9r Duchesne, Les engines, p. 292. touche avec le doigt trempé de salive le dessus des lèvres et les oreilles de chacun des élus. Ceux-ci se dépouillent alors de leurs vêtements et reçoivent au sommet de la poitrine et entre les deux épaules une onction d'huile exorcisée. On est arrivé au moment cri­ tique de la lutte avec Satan. Les compétents vont le renier solennellement pour s’attacher à Jésus-Christ. On leur délie les organes des sens, afin qu’ils puissent en­ tendre et parler; on leur fait réciter le symbole. D’après les Canons d'Hippolyte et le Testamentum D. N. J. C., c’est l’évêque et non le prêtre qui, à ce moment, avertit les compétents de plier les genoux, leur impose les mains et pratique le rite de l’exorcisme en priant Dieu de chasser de tous leurs membres l'esprit malin. Can. 108. A la fin de l’adjuration, il leur souffle sur le visage et marque d'un signe de croix leur poitrine, leur front, leurs oreilles et leurs lèvres. Can. 110; Testamen­ tum, p. 127. Puis il prie sur l’huile de l’exorcisme et sur celle de l’action de grâce et les confie chacune à un prêtre. Celui qui tient l’huile de l’exorcisme se place à gauche de l'évêque, et celui qui tient l’huile de l’eucharistie, à droite. Can. 116, 118, p. 95; Testa­ mentum, p. 127. Alors le compétent, tourné vers l’Occident, renonce à Satan; mais avant de s’attacher à Jésus-Christ, la face tournée vers l’Orient, il est oint par le prêtre qui a l’huile de l’exorcisme. Can. 120, p. 96; Testamentum, p. 127. Cette onction pré­ baptismale avec de l’huile exorcisée est signalée par saint Irénée, Cont. hær., I, xxi, 4, P. G., t. vu, col. 664; par le pseudo-Ambroise, De sacr., I, 2, 4, P. L., t. xvi, col. 419; par saint Basile, De Spir. Sanct., xxvn, 66, P. G., t. xxxii, col. 183; par les Constitutions aposto­ liques, VII, xxil, xi.ii, P. G., t. i, col. 1012, 1044; par le pseudo-Denys, Eccl. hier., n, 5, P. G., t. ni. col. 396. Elle est distincte de Ponction qui suit le baptême; en Orient, elle se fait sur tout le corps. S. Cyrille, Cal., xx, 3, P. G., t. xxxm, col. 1080; pseudo-Denys, loc. cit. Au sujet de cette onction prébaptismale, voir les Actes de saint Sébastien, xi, 36, dans les Acta sanctorum, t. n januarii, p. 635. Pour les cérémonies qui suivent et qui regardent la collation du baptême, voir col. 213-218. 4° Après l’initiation. — Le baptême reçu, le catéchu­ ménat semblait n’avoir plus sa raison d’être. A vrai dire, il durait encore quelques jours, jusqu’au dimanche après Pâques. Après leur initiation, les baptisés, neophyti ou infantes ou recenter illum inali, c’est le nom qu’on leur donnait chez les Latins, régénérés par lebain de la palingénésie et enfantés à la vie surnaturelle de la grâce, devaient porter pendant huit jours les vêlements blancs, dont ils avaient été revêtus au sortir de la piscine et qui symbolisaient la pureté de Pâme ou l’innocence recon­ quise. Ils étaient alors l’objet de la part de l’Église des attentions les plus délicates. Tout particulièrement ils achevaient leur instruction religieuse avant d’être défini­ tivement rangés parmi les autres fidèles. Reddendi estis 1986 populis, leur disait saint Augustin, miscendi estis plebi fidelium. Semi., cct.x, P. L., t. xxxvm, col. 1202; cf. Serm., cccliii, P. L., t. xxxtx, col. 1560. Pendant la semaine de Pâques, â chaque réunion chrétienne, l’évê­ que les interpellait, s’adressait directement â eux, leur prodiguait les conseils sur la pureté à conserver, sur la fidélité à garder envers le Christ et son Église. L’exem­ ple de saint Cyrille de Jérusalem montre aussi qu’on leur donnait une instruction détaillée sur les trois sa­ crements qu’ils venaient de recevoir et sur le sacrifice de la messe auquel ils assistaient désormais depuis le matin de Pâques. Le symbolisme des rites, des céré­ monies, des sacrements, était l’objet d'explications va­ riées. Ces nouveau-nés â la vie chrétienne faisaient partie désormais de l’Église, à titre de fidèles complète­ ment incorporés; ils étaient membres du corps mys­ tique du Christ. Voici comment, par exemple, saint Au­ gustin emprunte ses termes de comparaison à la matière du sacrifice pour les leur appliquer. Le pain est le modèle de l’unité : il se compose de plusieurs grains; mais ces grains, primitivement séparés, ont dù subir la trituration de la meule pour s’unir entre eux; l’eau ensuite a rendu leur union plus intime; et le feu, par la cuisson, en a fait du pain. De même pour les néo­ phytes. Le jeune et les exorcismes leur ont servi de meule, ensuite l'eau du baptême les a réduits ad for­ mam panis. Sed nondum est panis sine igne... Accedit ergo Spiritus Sanctus, post aquam ignis, et efficimini panis quod est corpus Christi. Serm., ccxxvn, 1,P. L., t. xxxvm, col. 1100. Et encore, au sermon ccxxtx : L'œpistis moli jejuniis et exorcismis. Postea ad aquam venistis et conspersi estis. Accedente fervore Spiritus Sancti cocti estis et panis dominicus facti estis. Le dimanche après Pâques, dont l’introït commence par ces mots : Quasi modo geniti infantes, est désigné dans la liturgie sous le nom de Dominica in albis de­ positis. C’était le jour où les nouveaux baptisés quit­ taient les vêtements blancs qu’ils portaient depuis leur baptême et prenaient rang désormais parmi les fidèles. On peut le considérer comme la fin du catéchuménat. A partir de ce moment les néophytes, leur stage de pré­ paration terminé, entrent dans la pratique ordinaire et régulière de la vie chrétienne. I. Sources. — La Didachê, édit. Funk, Tubingue, 1887 ; Ter­ tullien, De baptismo, P. L., 1.1. col. 1197 sq. ; Nicétas de Romatiana, Competentibus ad baptismum libelli seæ, le v· De symbolo, P. L., t. ut, col. 865sq.; S. Ambroise, De mysteriis; Pseudo-Ambroise, De sacramentis, P. L., t. xvi, col. 389 sq., 417 sq. ; S. Cyrille de Jérusalem, Catecheses, P. G., t. xxxm, col. 369 sq. ; S. Augustin, De catechizandis rudibus, P. L.,l. XL, col. 309 sq. ; Sermones ad competentes, lvi-lix, ccxn-ccxiv, in traditione et redditione symboli, P. L., t. xxxvin,col.377sq., 1058 sq., Canones Hippolyti, édit. Achelis, Leipzig, 1891; Te­ stamentum D. N. J. C., édit. Rahmani, Mayence, 1899; Consti­ tutions apostoliques, P. G., t. I, col. 556 sq. ; Peregrinatio Silviæ, édit. Geyer, Vienne, 1898; S. Isidore, De officiis, P. L., t. Lxxxut, col. 814 sq. ; S. Hildefonse, De cognitione baptismi, P. L., t. XCVI, cot. 111 sq. Voir plus haut. col. 218. IL Travaux. —Marlène, De antiquis Ecclesiæ ritibus, Rouen. 1700, 1.1, p. 29 sq. ; Visconti (Vicecomes), Observationes eccle­ siasticae de antiquis baptismi ritibus et cæremoniis, Milan. 1615 ; Chardon, Histoire des sacrements, Paris, 1745, t. i, dans le Cursus theologiæ de Migne. t. xx; Hofling, Das Sacrament der Taufe, Erlangen, 1846; 2* édit., 1859; Zezschwitz, System der christlich-kirchlichen Katechetik, Leipzig, 1863-1872 ; Mayer. Geschichte des Katechumenats und der katechese in den ersten sechs Jahrhunderten, Kempten, 1868; Weiss, Die altkirchliche Piidagogik, Fribourg-en-Brisgau, 1869; Probst, Lehre und Gebet in den ersten drei christlichen Jahrhunderten, Tubingue, 1871; Sacramenten und Sacramentalien, Tubingue. 1872; Katechese und Predigt vom Anfange des 4 bis Ende des 6 Jahrhunderts, Breslau, 1884; Geschichte der katholischen Katechese, Breslau, 1886; Schoberl, Lehrbuch der kath. KateI chetik, Kempten, 1890; Holtzmann, Die Katechese der allen Kirche, dans Theologische Abhandlungen, Fribourg-en-Brisgau, 1892, p. 61 sq.; Moe, Die Apostellehre und der Dekilog, Gutersloh. 1896: Sachsse, Evangelische Katechetik, die 4987 CATÉCHUMÉNAT — CATHARES Lehre von der kirchlichen Erziehung, Berlin, 1897 ; Achelis, Lehrbuch der prakt. Théologie, 2' édit., Leipzig. 1898; Wie­ gand, Die Stellung des apostolichen Symbols im kirchlichen Leben des Mittelalters, t, Symbol und Kutechumenat, Leipzig, 1899; Dale, The synod of Elvira, Londres, 1882 ; Corblet, His­ toire du sacrement de baptême, Paris. 1881 ; Duchesne, Les origines du culte chrétien, 2' édit., Paris, 1898; Ertnoni, L'his­ toire du baptême depuis l’édit de Milan (313) jusqu'au concile in Trullo (692), diins la Revue des questions historiques, 1898, L lxiv, p. 313-324. Voir l'article Katechumenat, dans Kirchenlexikon, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, t. vu, col. 317-333, et dans RealencyclopUdie, 3‘ édit., Leipzig, 1901, t. x, p. 173179. G. Bareille. CATHARES. — I. Origines. II. Histoire. III. Doc­ trines. IV. Littérature cathare et anticathare. I. Origines. — 1° Diverses sectes appelées cathares. — Le nom de cathares, du grec καθαρός, pur, a servi â désigner les membres de plusieurs sectes. Tillemont, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des six premiers siècles, Paris, 1694, t. il, p. 453, dit que des encratites prenaient le nom d’apotactiques, « et quelquefois, ce semble, aussi celui de cathares. » Le texte de saint Épiphane qu’il indique, Adv. hier., hær. I.xi, P. G., t. xi.i, col. 1040, ne permet pas de tirer cette con­ clusion ; Épiphane entend par cathares les novatiens. Cf. hær. lix, col. 1017-1038, et Anacephalæosis, P. G., t. xlii, col. 868. Une foule d’auteurs appellent cathares les novatiens. Voir le concile de Nicée, can. 8, Labbe et Cossart, Sacrosancta concilia, Paris, 1671, t. il, col. 3134, 42, 47; parmi les Grecs, Eusèbe, H. E., 1. VI, c. xlhi, P. G., t. xx, col. 616; S. Basile, Epist., classis II, epist. ci.xxxvm, P. G.,t. xxxii, col. 664, 668; S. Grégoire de Nazianze, Oral., xxn,n.12; xxv, n.8; xxxm, n. 16; xxxtx, n. 18, P. G., t. xxxv, col. 1145, 1208; t. xxxvi, col. 233, 356 (cf. Nicëtas d'Héraclée, Comment, in S. Gregorii Naz.orat. xxxtx, S. Gregorii Na:. opera, Paris, 1712, t. il, col. 1036); S. Jean Chrysostome, In epist. ad Ephes., homil. xiv, P. G., t. lxii, col. 102; t. lxhi, col. 491-494 icf. A. Puech, S. Jean Chrysostome, Paris, 1900, p. 132133) ; Théophile d’Alexandrie, Narratio de iis qui dicun­ tur cathari, P. G., t. lxv, col. 44; Théodoret, Hæretic. fabul. comp., 1. Ill, c. v, P. G., t. lxxxih, col. 408; Timothée de Constantinople, De receptione hæretic., P. G., t. i.xxxvi,col.37 ; Euloge d'Alexandrie, Contra Novalianos, 1. I, dans Photius, Bibliot., cod. 280, P. G., t. Civ, col. 325; parmi les Latins, S. Augustin, De agone christiano, c. xxxi, P. L., t. xl, col. 308; De hæresibus, hær. xxxvm, P. L., t. xlii. col. 32; S. Jérôme, De viris illustribus, c. LXX, P. L., t. xxm, col. 681, 682; S. Prosper d'Aquitaine, Chronic., P. L., t. li, col. 569; l'auteur du Prædeslinalus, 1. I, c. xxxvm, P. L., t. lui, col. 598-599; l’auteur des Consultationum Zacchæi Chri­ stiani et Apollonii philosophi, 1. II, c. xvn, P. L., t. xx, col. 1139; parmi les Syriens, Théodore bar Khouni, Livres des scholies, publiés par Pognon, Inscriptions mandaïtes des coupes de Khouabir. Appendice II, Paris, 1898, p. 123, 125,179,181 ; cf. Clermont-Ganneau, Recueild’archéologie orientale, Paris, 1900, t. iv, p. 46-47. Saint Isidore de Séville, Etymol., 1. VIII, c. v, P. L., t. lxxxii, col. 300, 301, parle séparément des cathares et des novatiens; mais, en réalité, il s'agit, dans l’un et l’autre passage, des mêmes hérétiques. Une branche de manichéens prit le nom de catharistes ou purificateurs. Cf. S. Augustin, De hæresibus, hær. xlvi, P. L., t. xlii, col. 36; l’auteur du Praedestinatus, 1. I, c. XLvn, P. L., t. lui, col. 603. Enfin, parmi les noms divers qui appartiennent à une seule et même secte dualiste du moyen âge, figure celui de cathares (ou catharistes, cf. Étienne de Bourbon, Anecdotes historiques, publiées par A. Lecoy de la Marche, Paris, 1877, p. 300, 301). Pour les autres noms, voir t. I, col. 677. Il ne semble pas avoir été en usage dans les commencements de la secte. Dans son traité Adversus 4988 simoniacos, 1. I, c. ι-m, P. L., t. cxliii, col. 1012-1014, qu’il écrivit vers le milieu du XIe siècle, le cardinal Humbert entendait par cathares les novatiens. Il y a plus, le premier ouvrage spécial écrit en France contre les catharesdumoyen âge,dans la seconde moitié du xil’siècle, par Eberhard de Béthune, Antihæresis, c. xxvi, dans M. de la Bigne, Biblioth. Patrum, 4e édit., Paris. 1624, t. iv a, col. 1175, 1177, ne signale d’autres cathares que les novatiens, tout en les dédoublant, à la suite de saint Isi­ dore de Séville. C’est en Allemagne que les membres de cette secte furent d’abord appelés cathares. Ecbert de Schônaugen, qui le premier se servit de cette appella­ tion, et qui écrivit dans la seconde moitié du xn· siècle, dit, Sermones contra cathares, serm.i, c. I,P. L., t.cxcv, col. 13 : H os nostra Germania cathares appellat. Elle devint très commune en Italie, et fut employée en France, mais plus rarement. Elle persista jusqu’à la fin de la secte sous sa forme primitive, ou sous les formes cazari, gazari. Dans la suite, les historiens qui se sont occupés decette secte ont adopté presque exclusivement le nom de cathares afin de désigner ses partisans de tous pays, exception faite pour les cathares du midi de la France communément dénommés albigeois. Nous ne traiterons, dans cet article, que des cathares du moyen âge. Pour les autres, voir Novatianisme et Manichéisme. 2· Filiation des cathares du moyen âge. — Que Manès ait d’abord étudié les dogmes des cathares novatiens, c’est ce qui est affirmé par Théodore bar Khouni, cf. ClermontGanneau, loc. cil., p. 47; mais ce n’est guère probable. Quoi qu’il en soit de cette filiation, il y a lieu de se demander si les cathares du moyen âge se rattachent au manichéisme. Presque tous les auteurs du moyen âge ont vu en eux les successeurs directs des anciens manichéens, sans s’expliquer beaucoup sur la manière dont ils dérivent d’eux; cette opinion a été adoptée par des historiens modernes, par exemple Baur, Das manichàische Religionssystem, Tubingue,1831, p. 402; Hahn, Geschichte der Kelzer im Mittelalter, Stuttgart, 1845, t. i, p. 146-147, note, qui ont pensé qu’entre le mani­ chéisme et le catharisme il n’y a que des différences ac­ cidentelles. Parmi ceux qui ont voulu montrer les liens historiques entre cathares et manichéens, les uns, par exemple Gieseler, Lehrbuch der Kirchengeschichte, 4· édit., Bonn, 1844, t. n a, p. 404, ont admis que le catha­ risme est sorti de germes manichéens conservés dans l'Europe occidentale, principalement en Italie; d’autres, tel Bossuet, Histoire des variations des Églises pro­ testantes, 1. XI, n. 13-20, 39-44, 56-58,132-139, Œuvres, édit. Lâchât, Paris, 1863, t. xiv, p. 465-468, 479-482, 487-489, 522-533, les font venir de manichéens établis en Bulgarie et se reliant à Manès par les pauliciens d'Ar­ ménie, quoiqu’ils se différencient en bien des choses du manichéisme primitif. D’autres encore ont assigné aux cathares des origines à la fois manichéennes et gnostiques. Dollinger, Beitrâge zur Sektengeschichte des Mittelalters, t. I, Geschichte der gnostich-manichüischen Sekten in frûheren Mittelalter, Munich, 1890. est de cet avis; il arrive au catharisme en partant des gnostiques et en passant par les manichéens, les pauliciens, les bogomiles, Pierre de Bruys, Henri, Éon de l’Étoile, Tanchelme. C. Douais, Les albigeois, Paris, 1879, t. I, ajoute à la série des ancêtres des cathares les priscillianistes. D’après P. Alpbandéry, Les idées morales chez les hétérodoxes latins au début du Xtll· siècle, Paris. 1903, p. 36, note, « toutes les probabilités semblent être en faveur d'une origine plutôt marcionite que propre­ ment manichéenne. » Pour Ch. Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois, Paris. 1849, t. I, p. iv-v, 1-2, 7-8; t. n, p. 252-270, le catharisme est indépendant des sectes dualistes antérieures, en particulier du manichéisme; c’est dans les pays slaves qu'il a pris naissance, peut-être dès le commencement 1989 CATHARES du x· siècle; de là, en suivant la route de l’ouest, il a passé en Dalmatie, en Italie, et en France, tout en se répandant dans la direction septentrionale et en péné­ trant, par la Hongrie et la Bohème, jusque dans l’Alle­ magne du nord; le bogomilisme ne fut pas, comme on l’a dit, le catharisme primitif, mais une de ses branches. Ch. Pfister, Éludes sur le règne de Robert le Pieux·, Paris, 1885, p. 326, rejette, avec Schmidt, la provenance manichéenne des cathares, mais n’est pas d'accord avec lui sur leur itinéraire. « C’est au nord de la France, dit-il, que l’hérésie se propage d'abord; c’est là que des documents certains nous la font découvrir en premier lieu ; du nord elle a gagné le midi de notre pays, puis l’Italie; enfin, seulement à une époque postérieure, on la trouve en Dalmatie. » Cf. sur ces diverses opinions, G. Steude, Veber den Ursprung der Kalharer, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, Gotha, 1882, t. v, p. 1-12. On le voit, les origines des cathares sont obscures. Ce qu'on peut dire avec certitude, c’est qu’entre le mani­ chéisme et le catharisme il y a des ressemblances et des différences telles qu’il est impossible d'affirmer ou de nier sans hésitation que l'un dérive nécessairement de l'autre. Le catharisme n’a du manichéisme ni sa métaphy­ sique complexe, ni sa mythologie astronomique, ni son vaste symbolisme païen, ni son culte de Manès. En revanche, à l’instar du manichéisme, il possède les dogmes fondamentaux du dualisme et de la malice de la matière, et, comme corollaires théologiques, la doctrine d’un Christ fictif et le rejet de l’Ancien Tes­ tament, comme conséquences morales, l’interdiction du mariage et l’abstinence de la chair animale. L’organi­ sation des deux sectes a des traits importants communs, surtout la distinction des élus el des simples fidèles. Les points de contact en matière de culte sont nombreux. D’une étude sur le consolamentuni cathare,.!. Guiraud, Revue des questions historiques, Paris, 1904, t. ι,χχν, p. 112, a cru pouvoir conclure qu'il y a, dans le catha­ risme, « non pas seulement une résurrection, mais la continuation ininterrompue à travers les siècles, avec ses rites, sa morale, sa théologie et sa philosophie, du mani­ chéisme lui-rnèine. » Dans l’état actuel de la science, « on peut donc considère!· que la question des origines du catharisme n'est pas résolue. » A. Rébelliau, Bossuet historien du protestantisme, Paris, 1891, p. 484, note; et. p. 475-483. Toutefois il semble que l'hypothèse qui fait du catharisme un manichéisme modifié en plusieurs de ses parties, après avoir paru discréditée à la suite des travaux de Schmidt; cf. P. Meyer, Revue critique, Paris, 1879, 2e série, t. vm, p. 81 ; C. Molinier, Revue historique, Paris, 1894, t. uv, p. 157, tend à reprendre du crédit. Cf. Rébelliau, op. cit., p. -483, note. Si les attaches du catharisme avec le manichéisme demeurent incertaines, il est, au contraire, maintenant établi que les cathares ne s’identifient point avec les vaudois. Longtemps on a cru qu’ils se confondirent. Dès avant le protestantisme, cette opinion fut acceptée. Les protestants la soutinrent en masse; ils virent dans les vaudois et les cathares les précurseurs de la Réforme, purs de ce manichéisme qui ne leur fut imputé que par calomnie, formant un seul et même corps d’Église, et remontant jusqu’à l’âge de Constantin, où un pré­ tendu Léon de Constanlinople, indigné de la prétendue donation de Constantin au pape, aurait protesté contre l’enrichissement de l’Église de Rome, infidèle à sa mission et à jamais dévoyée. De leur côté, les catho­ liques admirent que les vaudois ne furent pas distincts des cathares, quitte à attribuer à ceux-ci le dilhéisme manichéen et ses conséquences morales que les chroni­ queurs du moyen âge mettaient sur le compte de ceuxlà. Bossuet, qui avait d'abord adopté la manière de voir de ses contemporains, éprouva le besoin d’y regarder de près quand il composa l'Histoire des variations. 1990 L’étude des sources le conduisit à ces conclusions que l’antiquité des vaudois est une fable et que les vaudois furent très différents des cathares, car les auteurs catholiques du moyen âge n’accusent pas les vaudois, mais les cathares seuls, de dualisme. Cette thèse fut ma! accueillie des catholiques et des protestants, sur­ tout des protestants; elle n’obtint qu’un petit nombre d’adhésions complètes ou partielles, durant tout le xvin· siècle et la première moitié du xix«. Vers le milieu du xix· siècle, la question a été reprise presque simultanément en France, en Allemagne, en Angleterre. Les travaux qui lui furent alors consacrés et ceux qui les ont suivis ont confirmé les conclusions de Bossuet. Ce n’est pas à dire que l'antique opinion soit évanouie — les erreurs historiques ont la vie longue — mais il est devenu impossible de la prendre au sérieux. Tout ce qu'on doit accorder c’est que vaudois et cathares, comme le remarque F. Tocco, L'eresia net medio evo, Florence, 1884, p. 143, exercèrent une action efficace les uns sur les autres et eurent ensemble bien des analogies. Sur le fond même de leur système ils furent en désaccord, les cathares professant un dualisme que les vaudois rejetèrent. Ni ils ne formèrent une secte unique, ni ils ne constituèrent deux sectes diverses d’une même famille; entre eux il n’existe pas une filia­ tion proprement dite. C’est à tort, en particulier, qu’on a fait des vaudois les pères des cathares ou albigeois; les vaudois ne datent que de la fin du xn» siècle, et il n’y a plus que des ouvrages sans valeur, tels que Les vaudois, par Al. Bérard, Paris, 1902, pour admettre encore leurs lointaines origines. Voir un bon résumé de ce qui a été écrit sur cette question dans Rébelliau, op. cil., p. 232-252, 345-353, 380-419, 475-484, 530-533. II. Histoire. — 1° France el Espagne. — Quoi qu’il faille penser des textes qui affirment que les cathares de France reçurent leurs doctrines d’Italie, il est incon­ testable que les documents, qui ne se contentent pas d'affirmer leur existence mais qui nous les montrent à l’œuvre, permettent de les découvrir et d’assister à leur propagande d'abord dans la France centrale. Un concile se tint à Orléans, en 1022, qui jugea, en présence du roi Robert le Pieux, treize hérétiques de cette secte, tous clercs, dont dix étaient chanoines de la collégiale de Sainte-Croix et dont un autre avait été le confesseur de la reine Constance. Des trois principaux centres de propagande que 1» catharisme parait avoir eus, du com­ mencement du xi' siècle jusqu'au milieu du xm·, en Occident, à savoir le Milanais, le midi de la France et la Champagne, ce dernier ne fut pas le plus important; il fut cependant très actif. Une légende, recueillie par Albéric des Trois-Fontaines, racontait que le manichéen Fortunat, après avoir été forcé par saint Augustin de quitter Hippone, avait converti à ses croyances le fabu­ leux prince Widomar en Champagne. Le château de Montwimer, plus tard appelé Montaimé, dans le diocèse de Châlons-sur-Marne (et non Montélimar dans le Dau­ phiné, comme l’ont cru Martène et Durand, Veterum scriptorum amplissima collectio, Paris, 1724, t. I, col. 777), aurait tiré son nom de ce Widomar. Cf. Albé­ ric, Chronic., édit. Leibnitz, dans Accessiones histories, Leipzig, 1698, t. il, p. 569. Une lettre de l’Église de Liège au pape Lucius II (1144) témoigne qu'on croyait, au xn' siècle, que de là le catharisme s'était répandu per diversas terrarum parles. P. L., t. ci.xxix, col. 938. Le château de Montwimer fut peut-être le plus ancien foyer du catharisme en France, et sûrement le princi­ pal de la France du centre et du nord. De Montwimer l’hérésie rayonna un peu partout, spécialement dans la Flandre, la Picardie, la Bourgogne, le Nivernais. Par­ fois la secte rentrait dans le mystère; c’est ainsi que, pendant la seconde moitié du xi· siècle, la France sep­ tentrionale ne laisse apercevoir aucune trace des cathares. Mais brusquement elle réapparaissait au grand. 1991 CATHARES jour. Dans la deuxième moitié du xn· siècle, ses progrès furent considérables. Au xill· siècle, elle fut détruite; le supplice de cent quatre-vingt-trois cathares de la communauté de Montwimer (13 mai 1239) marqua la fin du catharisme dans ces contrées. Plus encore, et de beaucoup, que le centre et le nord de la France, le midi offrit un terrain propice au catharisme. Il se pro­ pagea d’abord dans l’Aquitaine; quoique le nom d'albigeois ait prévalu pour désigner ses adeptes, son principal foyer fut non pas Albi, mais Toulouse. Le catharisme se répandit assez vite dans tous les pays au sud de la Loire. Il bénéficia, sans se confondre avec lui, du mouvement pétrobrusien et henricien, et lui survé­ cut. La seconde moitié du xiî* siècle le vit atteindre son apogée. L’Église le réprima par les armes et par des condamnations doctrinales. Voir t. i, col. 680-636. Vers le milieu de la première moitié du xiv· siècle, l’histoire cesse de nous montrer des albigeois. C’est à tort, semble-t-il, qu'on a voulu leur rattacher les cagots. Voir col. 1302. On a lieu de croire que les popula­ tions anciennement attachées au catharisme se tour­ nèrent vers la sorcellerie. Cf. C. Molinier, Revue histo­ rique, Paris, 1904, t. i.x.xxv, p. 143. L’esprit de révolle qui avait animé les albigeois ne s'éteignit point avec eux. « C’est là la raison des rapides progrès que firent dès lors les vaudois dans le midi de la France; c’est aussi la raison de l’ardeur avec laquelle, au xvi· siècle, ces populations embrassèrent la Réforme; des commu­ nautés protestantes s’établirent dans presque toutes les localités où avaient existé des communautés cathares. » Schmidt, op. cit., t. I, p. 361. Sur tous ces faits, cf. Schmidt, op. cit., t. i, p. 24-50, 66-94, 188-367; Pfister, op. cit., p. 325-337; E. Vacandard, Les origines de l’hérésie albigeoise, dans la Rerue des questions historiques, Paris, 1894, t. i.v, p. 50-53, 65-83; Vie de saint Bernard, Paris, 1895, t. n, p. 202-204, 217-234. Du midi de la France le catharisme gagna l'Espagne; il ne pénétra que dans les contrées du nord, l'Aragon, la Catalogne, le Léon, la Navarre. Déjà vers 1159 il y avait des partisans. Ils furent le plus nombreux et se maintinrent le plus longtemps dans l'Aragon et dans la Catalogne. On entend parler d’eux pour la dernière fois en 1292. Cf. Schmidt, op. cit., t. I, p. 368-375. 2° Italie. — Nous avons vu que, s’il fallait en croire certains documents, le catharisme aurait envoyé des missionnaires de l’Italie en France, avant 1022. La première apparition publique de la secte dans l’Italie elle-même remonte aux années 1030 à 1040. L’arche­ vêque de Milan, Héribert, sévit contre des cathares découverts au château de Monteforte, près de Turin. Pendant tout le reste du xt° siècle, le catharisme ne donna pas signe de vie; il en fut de même pendant la première moitié du xtt" siècle. Mais l’hérésie cathare se propagea dans l’ombre. Vers 1150, elle reparut au grand jour avec une organisation et un développement qui supposent une diffusion secrète à la fois active et habile; vile comptait de nombreux partisans dans l’Italie sep­ tentrionale, dans la Marche d'Ancône, dans la Toscane, dans la Lombardie, dans les vallées des Alpes. Le peuple les appelait patarins, ce qui s’explique par leur condam­ nation du mariage. Un siècle auparavant, les membres de la Pataria de Milan ou patarins avaient, sous l’im­ pulsion d’Ariald, vivement combattu le mariage des prêtres. Il en résulta une sorte de confusion entre les arialdistes orthodoxes et les cathares, laquelle put être facilitée par la corruption du mot cathari en catharini, d'où patharini. Milan fut, de bonne heure, comme le chef-lieu de la secte; avec Montwimer et Toulouse, cette ville resta un des principaux centres du catha­ risme occidental. Du reste, beaucoup d’autres villes italiennes s’ouvrirent au catharisme. Un peu plus de vingt ans avant la naissance de Dante (1265), un tiers des familles illustres de Florence donnaient des gages 1992 à l’hérésie. Cf. F. Tocco, Quel che non c’è nella Divina Commedia, Bologne, 1899, p. 2. Vers 1190, un évêque cathare revenu au catholicisme, Bonacurse, disait, Mani­ festatio hæresis catharorum, P. L., t. cctv, col. 778 : « Ne voyons-nous pas les villes, les bourgs, les châteaux, remplis de ces faux prophètes? » Orvieto, Viterbe, Vérone, Ferrare, Modène, Prato, Rimini, Parme, Cré­ mone, Plaisance, eurent des communautés cathares; ils s’installèrent jusqu’à Rome; ils pénétrèrent dans la Calabre, la Pouille, le royaume de Naples, la Sicile, la Sardaigne. Innocent III travailla à les faire disparaître de l'Italie. Sur les cathares de Viterbe et d’Orvieto, cf. A. Luchaire, Innocent III, Rome et l’Italie, Paris, 1904, p. 84-101. Ses successeurs, en particulier Hono­ rius III, Grégoire IX, Innocent IV, continuèrent la répression. L’Église de Rome trouva un allié, très violent sinon convaincu, dans Frédéric IL Saint Fran­ çois d'Assise convertit un cathare d’Assise; saint Antoine de Padoue prêcha contre les erreurs des cathares en France et en Italie notamment à Rimini, sans avoir, semble-t-il, provoqué leur répression par les armes et le feu. Cf. A. Lepitre, Saint Antoine de Padoue, Paris, 1901, p. 62-63, 79-80. Un de leurs plus redou­ tables adversaires fut l'inquisiteur dominicain saint Pierre de Vérone, né de parents cathares, qui fut assassiné par eux. Nous rencontrons encore des cathares au commencement du xiv· siècle, et même saint Vin­ cent Ferrier en trouva, en 1403, dans la Lombardie et dans les vallées du Piémont. Cf. Schmidt, op. cil., t. i. p. 16-23, 59-66, 142-188. Le 3 août 1412, furent exécutés en effigie des cathares morts dans le Piémont, les der­ niers que l’on connaisse. Cf. G. Boflito, Eretici in Piemonte al tempo del qran scisma, Rome, 1897, p. 41-53. 3° Allemagne, Angleterre. — Les premiers cathares allemands dont l'histoire atteste l’existence furent arrêtes et pendus à Goslar (Basse-Saxe), en 1052. Suit une longue période durant laquelle il n’est plus ques­ tion des cathares. Au xn· siècle, une communauté im­ portante de ces hérétiques existait à Cologne; l'évêque cathare et beaucoup de frères furent arrêtés, en 1143. A l’occasion du procès qu'on entama contre eux, Evervin, prévôt de Steinfeld, pria saint Bernard de réfu­ ter les cathares, ce que celui-ci entreprit dans ses ser­ mons i.xv et lxvi sur le Cantique des cantiques. P. L., t. CLXxxni, col. 1088-1102. La lettre d’Evervin est dans P. L., t. CI.XXXH, col. 676-680. Cf. Vacandard, Revue des questions historiques, t. r.v, p. 52-66; Vie de saint Bernard, t. n, p. 204-217. Le catharisme eut moins de succès en Allemagne qu'en Italie et en France; il ne s’implanta solidement que sur les bords du Rhin, « cette terre classique des hérésies de l'Allemagne du moyen âge. » Schmidt, op. cit., 1.1, p. 94. H apparut, d'ailleurs, un peu partout, particulièrement en Bavière. La ré­ pression fut dirigée par le terrible Conrad deMarbourg. Cf. B. Kaltner, Konrad von Marburg und die Inquisi­ tion in Deutschland, Prague, 1882. Une trentaine de ca­ thares partirent, vers 1159, d’un lieu inconnu mais de nation et de langue allemandes, vers l'Angleterre. Le catharisme ne fit, dans cette contrée, que peu de pro­ sélytes. Cf. Schmidt, t. i, p. 52-54, 94-99, 375-379. 4° Pays orientaux et slaves. — L’opinion de Schmidt d’après laquelle le catharisme serait né parmi les Slaves, peut-être aux débuts du Xe siècle, peut-être dans un couvent gréco-slave de la Bulgarie, est, nous l'avons dit, loin de s’imposer. Il semble toutefois que les ori­ gines du catharisme sont dans la Bulgarie, et il est cer­ tain que les bogomiles furent des cathares. L'histoire du catharisme oriental se confond presque avec celle du bogomilisme. Voir col. 927-928. S’il n’est pas abso­ lument établi que le catharisme a commencé dans l’Europe orientale, il est. par contre, prouvé que les cathares étaient nombreux dans les pays orientaux 4993 CATHARES 4994 ainsi appelés du nom de la ville de Corise (aujourd'hui alors que, depuis longtemps, ils avaient disparu du Gœrtz), en Dalmatie, cf. Schmidt, op. cit., t. n, p. 285, reste de l’Europe; ce n’est que dans la seconde moitié ou du nom de Coreggio, ou, plus probablement, de du xv' siècle que la secte cessa d’y exister après s’élre celui de Concorezzo, dans la Lombardie, et ce furent en partie perdue dans le mahométisme. Cf. Schmidt, encore les bagnolais, voir col. 33-34, ainsi appelés de t. t, p. 7. 10-16, 56-59, 104-138; Dollinger, op. cit., l’une des villes de Bagnolo, en Italie. Les bagnolais se t. I, p. 242-252. différenciaient des concoréziens principalement en ce III. Doctrines. — La caractéristique essentielle du qu'ils affirmaient que les âmes ont été créées par Dieu catharisme est le dualisme. A la différence des sectes avant le monde et qu'elles ont péché avant que le qui se bornent à réclamer la réforme de l’Église, « le monde ne fût, tandis que les concoréziens soutenaient catharisme est la négation absolue du catholicisme; que les âmes viennent, par voie de traducianisme, d'un c’est un système ou plutôt une foi philosophique, » dit ange qui a:ait péché et que le démon mit dans le Alphandéry, op. cit., p. 34-35. « Loin d’être une philo­ corps du premier homme, son œuvre. Cf. Rainier Sac­ sophie chrétienne, le système cathare se rattache aux coni, col. 1773-1774. Les partisans du dualisme absolu spéculations métaphysiques et religieuses du paga­ se divisèrent aussi en deux groupes distincts. Le nisme... Quoique païen dans son essence, le catharisme premier était celui de l’évêque cathare de Vérone, Balaa voulu s’adapter le christianisme, » mais ce n’a été sinansa ou Belesmagra (cf. C. Molinier, dans les Annales qu'au prix de mille contradictions; il n’en a conservé de la faculté des lettres de Bordeaux, Bordeaux, 1883, « qu’une forme illusoire », et, en dépit de ses visées t. v, p. 228, note), lequel représentait l’esprit tradichrétiennes, il détruisait le christianisme « dans ses tionnaliste. Le second eut pour chef Jean de Lugio (ou doctrines essentielles et dans sa réalité historique ». de Bergame, ou même appelé, à tort, Jean de Lyon), Schmidt, op. cit., t. n, p. 169, 170. Cf. C. Molinier, fils (peut-être seulement spirituel) de Belesmagra; il Revue historique, t. liv, p. 159. Sur les doctrines du catharisme oriental, voir Bogomiles, col. 928-930; sur fit schisme vers 1230, et entraîna à sa suite presque tout l’élément jeune de la secte. Jean de Lugio essaya celles du catharisme occidental, voir Albigeois, t. t, de résoudre quelques-unes des difficultés que présente col. 678-680. Nous n’avons pas à y revenir. Deux points le dualisme. Son idée nouvelle c’est que, les deux prin­ restent à expliquer : 1° Divisions parmi les cathares. — Une scission cipes étant éternels, il y a opposition éternelle et essen­ éclata parmi les cathares des Églises slaves, vers le tielle entre eux, l’un limite l’autre, le Dieu mauvais a déposé en chacune des créatures du Dieu bon le génie milieu du xn· siècle. Jusqu’alors ils avaient professé le du mal, restreignant ainsi la liberté du Dieu bon, qui dualisme absolu, entraînant l'égalité parfaite des deux n’est plus la perfection infinie et ne peut plus donner principes. Le dualisme mitigé jouit à son tour d’une certaine faveur, et l’on compta trois systèmes, ou, la vie qu’à des créatures imparfaites. Sur les autres opinions de Jean de Lugio, cf. Rainier Sacconi, comme s’expriment les documents occidentaux, trois col. 4769-1773; Schmidt, op. cit., t. n, p. 52-56; Alphan­ ordres cathares; celui de Dugrutia (probablement du déry, op. cit., p. 94-96. nom des Dragoviciens, en Thrace, cf. L. Leger, dans la Entre ces diverses sectes cathares, du moins entre Revue des questions historiques, Paris, 4870, t. vin, albanais et concoréziens, la désunion allait jusqu’à se p. 493), fidèle au dualisme rigoureux; celui de Bulgarie, condamner mutuellement, au rapport de Rainier Sac­ qui opta pour le dualisme mitigé, admettant que seul le principe bon fut éternel et Dieu suprême, et que le coni, col. 1773, 1774. L’auteur du traité Supra stella, principe mauvais fut un esprit créé bon, mais devenu dans Dollinger, op. cit., t. Il, p. 53-54, dit que inter se valde discrepant quia unus alterum ad mortem con­ mauvais par un acte de son libre arbitre; celui d’Esclademnat, et qu’ils firent de longues mais infructueuses vonie, moins important, qui enseigna, avec le dualisme tentatives d’union. L’importance numérique appartint mitigé, quelques opinions spéciales sur la nature des âmes et sur celle de Jésus-Christ et de la Vierge. aux albanais; ils furent moins nombreux que les autres Une division analogue se produisit en Occident. en Italie; mais, en dehors de l'Italie, presque tous les Certes, il y eut une unité cathare. Le dominicain Rai­ cathares se rattachèrent au parti albanais. nier Sacconi, ancien ministre de la secte, qui nous 2» Valeur des doctrines cathares. — Sans parler du fait le mieux connaître les différences entre les cathares, point de vue théologique, le catharisme conduisait aux commence par dire que tous ont des opinions com­ pires conséquences morales et sociales, en particulier munes, et ramène à neuf ces opinions : affirmation que par sa condamnation du mariage et par ses idées sur la ce monde et ce qu’il renferme procèdent du démon, matière. « Quelque horreur que puissent nous inspirer rejet des sacrements tels qu’ils existent dans l’Église les moyens employés pour le combattre, dit IL C. Lea, catholique, condamnation du mariage, négation de la Histoire de l’inquisition au moyen âge, trad. S. Reirésurrection de la chair, défense d’user de la viande, nach, Paris, 4903, t. I, p. 420, quelque pitié que nous des œufs, du laitage, interdiction du serment, négation devions ressentir pour ceux qui moururent victimes de du droit que revendiquent les puissances temporelles de leurs convictions, nous reconnaissons sans hésiter que, punir les malfaiteurs ou les hérétiques, impossibilité dans ces circonstances, la cause de l’orthodoxie n’était du salut en dehors de leur Église, négation de l’exis­ autre que celle de la civilisation et du progrès... Si tence du purgatoire. Cf. Rainier Sacconi, Summa de cette croyance avait recruté une majorité de fidèles, elle calharis et leonislis, dans Marténe et Durand, Thesau­ aurait eu pour effet de ramener l’Europe à la sauvagerie rus novus anecdotorum, Paris, 1717, t. v, col. 4764des temps primitifs. » Cf. E. Dulaurier, dans Cabinet 1762. Mais sur d’autres opinions ils étaient en désaccord. historique, Paris, 4880, t. iv, p. 458; J. Guiraud, Saint Le dissentiment porta surlout sur l’idée qu’on se faisait Dominique, Paris, 4899, p. 44-48; La répression de du dualisme. Comme en Orient, les uns professèrent l'hérésie au moyen âge, dans La Quinzaine, Paris. le dualisme absolu; ce furent les albanais, voir t. i, 4899, t. xxx, p. 9-46; et, parmi les historiens plutôt hostiles à l’Église de Rome, Michelet, Histoire de col. 658-659, ou cathares de Desenzano, appelés albanais peut-être du nom de la ville d’Alba (Piémont), ou de France, nouv. édit., Paris, 4879, t. m, p. 46; Schmidt, l'une des localités appelées Albano, peut-être de celui op. cil., t. π, p. 470; Tocco, L'eresia nel medio evo, de la province d’Albanie qu’ils remplissaient encore au p. 126. 558; L. Tanon, Histoire des tribunaux de l’in­ xiv' siècle, cathares de Desenzano du nom de la petite quisition en France, Paris, 4893, p. 40; P. Sabatier. ville de Desenzano, au sud-ouest du lac de Garde, où | Vie de saint François d’Assise, Paris, 1894, p. 40; ils étaient en grand nombre. D’autres admirent le dua- I E. Comba, I nostri proteslanti, t.i, Avanti la Riforma, lisrne mitigé : ce furent les concoréziens (voir ce mot), J Florence, 4895, p. 297. On a voulu justifier les cathares CATHARES 1993 199G bénéfice du consolanientum par un manquement grave en établissant que l'accusation portée Contre eux de ruiner le mariage et la famille n’était pas fondée : aux obligations de la secte, par exemple en mangeant de la viande, en tuant une mouche, en communiquant « Nous rappellerons, dit C. Molinier, Revue historique, avec un homme du monde sans s’efforcer de le con­ Paris, 1881, t. xxv, p. 412, la parole significative d Étienne de Bourbon : V.vores electis eurum prohiben­ vertir; on pouvait être consolé de nouveau. Mais ce tur, auditoribus conceduntur, parole qui nous montre n’était pas seulement du consolé que dépendait la per­ sistance des effets du consolanientum, c’était encore du le mariage entendu dans l’Eglise cathare, en dépit de ministre; si celui-ci commettait un pêché mortel, la théorie, de la même façon que dans l’Êglise catho­ l'efficacité du consolanientum qu'il avait conféré était lique, permis aux fidèles et défendu aux prêtres. » Cf. Alphandéry, op. cil., p. 81. Ce rapprochement n’est détruite, au point que eliam salvati pro peccato conso­ pas valable. L’Église catholique admet que le fidèle qui latoris cadebant de cado, ainsi que le leur fait dire vit dans l'état de mariage peut se sauver comme le Pierre de Vaux-Cernay, Historia albigensium, c. Il, prêtre qui vit dans le célibat. Pour les cathares, les dans Recueil des historiens des Gaules el de la France, croyants (et les auditeurs, cf. Schmidt, t. H, p. 98; Paris, 1833, t. xix, p. 6. Bien plus, d’après un auteur Alphandéry, op. cil., p. 37), quelles que fussent leurs dont le témoignage est suspect, ils auraient admis que. v.-rtus, ne pouvaient se sauver tant qu'ils ne seraient que dans ce cas, l’àme du consolé était vouée à la damna­ croyants; les obligations imposées par le catharisme et tion. Cf. Le débat d’harn el de Sicart de Figueiras, le salut qui en résultait appartenaient en propre aux publié par P. Meyer, Nogent-le-Rotrou, 1880, v. 545parfaits. Aux hommes du monde, admis parmi les 551, p. 29; voir la note de l’éditeur, p. 48, note 2. croyants, il était permis « de vivre à leur gré, à la seule IV. Littérature cathare et axticatiiare. — 1» Litté­ condition de se faire imposer les mains à l'heure de la rature cathare. — 11 y eut, au moyen âge, un grand mort ». Schmidt, op. cil., t. I, p. 68. Si une mort subite nombre de livres dus à des hérétiques. Cl. un curieux récit d’Étienne de Bourbon, Anecdotes historiques, ou l'absence d'un parfait rendait impossible la réception du consolanientum, le salut était impossible immédia­ p. 275-277, sur le prince Robert d’Auvergne, qui avait, tement, d'après les dualistes rigoureux, et l'âme n'avait pendant quarante ans, réuni les livres de toutes les sectes qu'à émigrer dans un autre corps pour recommencer afin, expliqua-t-il, de pouvoir les utiliser dans ses dis­ son expiation, ou bien, selon les dualistes mitigés, elle cussions avec les albigeois voisins de ses terres. Le do­ était laissée sans retour entre les mains du principe minicain Moneta de Crémone, Adversus cathares et mauvais, et ainsi le salut était absolument impossible. | valdenses, édit. Ricchini, Rome, 1743, expose les doc­ Cl. Schmidt, t. n, p. 99. Dans l’une et l'autre explication, trines des cathares d'après leurs écrits, parle, en parti­ le consolanientum était requis pour être sauvé, et rece­ culier, p. 248, 347, 357. d'un Didier qui aurait composé voir le consolanientum c’était s’engager à suivre les quelque ouvrage, et emprunte à un Tétricus la liste des obligations de la morale cathare, c’était renoncer au arguments dont se servaient les cathares pour prouver mariage. que les âmes sont coéternelles à Dieu, p. 71. Rainier Sac­ Quand bien même le catharisme n’aurait pas abouti coni avait en sa possession un gros traité de Jean de logiquement à des conséquences antisociales, il serait Lugio, d'après lequel, à ce qu’il rapporte, col. 1773. il encore juste d’observer qu’il poursuivit « une perfection donna le sommaire des théories particulières de ce per­ idéale impossible », Schmidt, op. cit., t. il, p. 170, et, sonnage. Luc de Tuy, De altera vita fideique contro­ par là même, déprimante et contre nature. Le nombre versiis adversus albigensium errores, dans M. de la Bigne, Biblioth. Pat., Paris, 1624, t. iv b, coi. 692, men­ des parfaits, c’est-à-dire de ceux qui étaient dans des conditions normales de salut, ne pouvait être et ne fut tionne un traité de philosophie cathare, entremêlé de passages de l’Êcriture sainte, intitulé Perpendiculum qn insignifiant comparativement aux autres. Rainier Sacconi dit, col. 1767 : In loto mundo non sunt cathari scientiarum ; il attribue aux cathares diverses fraudes, celles notamment d’un certain Arnaud qui corrompait viriusque sexus numero quatuor millia, el dicta com­ les œuvres des saints Augustin, Jérôme, Isidore et Ber­ putatio pluries olim fada est inter eos. Ainsi une élite, une caste, environ 4000 personnes, avaient seules dégagé nard, et les vendait ensuite ou les donnait aux catho­ leur âme, en recevant le consolanientum, de l’influence liques, col. 706. Puis c’étaient des écrits de propagande du principe mauvais et se préparaient à retourner populaire, des schedulœ, que les cathares semaient le ·. rs le Dieu bon. Les croyants, c’est-à-dire l'immense long des chemins, et qui durent se composer de raille­ multitude, « se sentaient sous la perpétuelle menace de ries à l’adresse du catholicisme et de l'exposé de b damnation, en un état de péché mortel qui durait quelques-uns des enseignements de la secte. Cf. C. Mo­ toute leur vie. C’était assez, pour obscurcir toutes leurs linier, Annales de la faculté des lettres de Bordeaux, joies; une naissance, un mariage n'étaient pour eux t. v, p. 230-232. Tous ces écrits ont été perdus. Il nous que des époques de ce péché unique. » Alphandéry, reste des cathares un rituel et la traduction du Nouveau p. 40. Ils avaient la ressource d’être « consolés » à Testament en langue vulgaire. L. Clédat les a publiés sous I heure de la mort; mais, outre que les circonstances ce titre : Le Nouveau Testament tradi it au Λ7//· si· · le d ms lesquelles ils mouraient pouvaient les priver du en langue provençale, suivi d’un rituel cathare, Paris. consolanientum., ils étaient réduits si, ayant reçu le ■1888. Sur les versions de la Bible et sur les livres apo­ consolanientum, ils continuaient de vivre, à garder des cryphes reçus dans la secte, cf. Schmidt, op. cit., t. il, Commandements terribles ou à se soumettre à l'endura, p. 274-275; sur les écrits cathares, cf. Schmidt, op. cit., t. n, p. 1-2; C. Molinier, loc. cil., p. 226-234; C. Douais, s licide plus ou moins lent par la privation de toute nourriture, une des plus sauvages pratiques qui aient Documents pour servir à l'histoire de l’inquisition existé, « et qui n’était cependant que la conséquence dans le Languedoc, Paris, 1900, t. Il, p. 97-99, note. gique du système. » Alphandéry, op. cit.,p. 51. Quant l. 2» Littérature anlicathare. — Pour connaître les doc­ aux parfaits eux-mêmes, toute inquiétude relative au trines des cathares, nous sommes réduits aux témoi­ salut n’était pas bannie du fait qu'ils avaient reçu le gnages de leurs adversaires. Mais à ces témoignages ceo,solamentum. Si le parfait qui l’avait conféré était nous pouvons ajouter foi, sauf à les soumettre aux régit en état de péché mortel, ayant manqué à l’une de ses de la critique. Cf. Schmidt, op. cit., t. I, p. iv; t. il. obligations si nombreuses et en même temps si rigou­ p. 2-4; Rébelliau, op. cil., p. 390-392. L’accord qui règne reuses, le consolanientum était sans effet. Comme on sur les points essentiels entre des écrivains des divers pays, qui s’échelonnent du x· siècle finissant jusqu'au ne pouvait s’assurer des dispositions intérieures du ministre, on ne pouvait être sûr d’avoir été consolé XVe, ne serait pas explicable s’ils n’étaient pas dans le d’une manière efficace. Une fois consolé, on perdait le vrai. Les traités contre le catharisme qui nous sont DICT. DE THÉOL. CATROL. IL - 63 1997 CATHARES parvenus sont assez nombreux; les plus importants pa­ raissent être ceux de Rainier Sacconi, de Moneta et d’Alain.Exception faite pour un traité perdu du troubadour Pierre Raimond de Toulouse et pour Le débat d’izarn et de Sicarl de Figueiras, l’un et l’autre en langue pro­ vençale, tous ces écrits sont en latin. Ils pourraient être rangés en deux classes. Les uns s’adressent mani­ festement aux clercs et ont pour but de leur donner la connaissance de la doctrine de la secte et de les aider â la combattre; ce sont le traité de Sacconi et surtout celui de Moneta. Les autres, suivant toute apparence, ont été composés principalement pour l’usage des laïques instruits, qui, en quelques pages, avaient l’essentiel des affirmations cathares et des réponses à leur faire. Cf. Hahn, op. cit., t. i, p. 111-147; Schmidt, op. cit., t. Il, p. 212-251 ; C. Molinier, loc. cit., p. 254. I. Sources. — 1· Traités contre les cathares. — En France et en Espagne : Raoul Ardent, Sermo in dominie. VU i post Trini­ tatem (contre des cathares découverts dans l'Agenais, vers 1401), P. L., t. clv, col. 2010-2013; le traité d’Hugues d’Amiens, arche­ vêque de Rouen, Contra hæreticos sui temporis, P. L., t. cxcir, col. 1255-1298, souvent cité comme dirigé contre les cathares, est plutôt contre des hérétiques qui se rapprochent des pétrobrusiens et des henriciens, peut-être contre les partisans d’Éon de l’Étoile ; S. Bernard, In Cant., serm. lxv, lxvi, P. L.,t.ci.xxxiu,col. 10881102, prononcés en 1143; Êberhard ou Evrard de Béthune, se­ conde moitié du xn· siècle, Liber antihæresis, publié d’abord par Gretser sous le titre faux Contra waldenses, dans Trias scriptorum adversus waldenses (avec Bernard de Eontcaude et Ennengaude), Ingolstadt, 1614, puis, entre autres, par M. de la Bigne, Biblioth. Patrum, 4’ édit., Paris, 1624, t. IV a, col. 1073-1192; Bernard, abbé de Fontcaude (I^anguedoc), vers 1189-1191, Liber adversus waldensium sectam (titre faux), dans M. de la Bigne, loc. cit., col. 1195-1232, et P. L., t. cciv. col. 793-840; Ennengaude, peut-être l’abbé de Saint-Gilles de ce nom (1179-1195), Opusculum contra hæreticos qui dicunt et cre­ dunt mundum istum et omnia visibilia non esse a Deo facta sed a diabolo, dans M. de Ia Bigne, loc. cit.. coi. 1233-1262, et P. L., t. cciv, coi. 1235-1272; ce traité est publié une autre fois, sauf la finale, dans P. L., t. clxxviii, col. 1823-1846, en appen­ dice aux œuvres d’Abélard; Alain, non pas Alain de Lille, comme on le dit communément, cf. Schmidt, op. cit., t. n, p.233-235, mais plutôt peut-être Alain du Puy, fin du xil· siècle ou commencement du xnr, De fide catholica contra hæreticos sui temporis, P. L., t ccx, col. 305-430; Le débat d’izarn et de Sicarl de Figueiras, poème provençal publié, traduit et annoté par P. Meyer, Nogentle-Rotrou, 1880, écrit un peu après 1242; G. Molinier a publié, Annales delà faculté des lettres de Bordeaux, t. v, p. 237-239, les titres des chapitres d’un traité inédit contre les cathares, qu’il place dans la première moitié du xnr siècle et attribue à un auteur du Languedoc ou du nord de l’Espagne, ibid., p. 244-253; Étienne de Bourbon, dominicain et inquisiteur,exposa les erreurs des cathares et raconta divers faits les concernant, dans son Tractatus de diversis materiis prædicabilibus écrit avant 1261 ; cf. les Anecdotes his­ toriques qu’en a tirées A. Lecoy de la Marche, Paris, 1877, p. 2324, 36-37, 79, 97, 140-141, 148-150, 213-215, 241, 275-281, 286290, 296, 299-314. En outre, sans parler de quelques pièces peu importantes, cf. Schmidt, op. cit., t. n, p. 237, signalons Bernard Gui, Practica inquisitionis heretice pravitatis, part. V, c. i, édit. C. Douais, Paris, 1886, p. 237-244, et Gui Terrena, inquisi­ teur, évêque d’Elve de 1332 à 1342, Summa de hæresibus et earum confutationibus, Paris, 1528; Luc, évêque de Tuy en Galice (1239-1249), De altera vita fideique controversiis adver­ sus albigensium errores, publié d’abord par Mariana, Ingol­ stadt, 1613, puis, entre autres, par M. de la Bigne, Biblioth. Patrum, 4· édit., t. IV b, col. 575-714; Nicolas Eymeric, Directorium inquisitorum, part. II, q. xin, Rome, 1578, p. 203-205 (emprunts à Bernard Gui). — En Italie : Bonacurse voir plus haut, col. 953-954 ; Salve Burce, de Plaisance, vers 1235, Supra stella, dans I. von Dollinger, Beitrage zur Sektengeschichte des Mittelalters, Munich, 1890, t. n, p. 52-84; Grégoire, probablement Grégoire de Florence, évêque de Fano, vers 1240, Disputatio inter catholicum et paterinum hæreticum, dans Martène et Durand, Thesaurus novus anecdotorum, Paris, 1717, t. v, col. 1715-1758; Jean de Capellis, franciscain, à Milan, vers 1240, Summa contra hæreticos ; G. Molinier, Bapport sur une mission exécutée en Italie, Paris, 1888, p. 280-282, 289-290, en a publié la table et des extraits ; Rainier Sacconi, ancien cathare, inquisiteur dominicain, vers 1250, Summa de catharis et leonistis seu pauperibus de Lugduno, dans Marlène et Durand, loc. 1998 cit., col. 1761-1776; Monéta de Crémone, également inquisiteur dominicain, vers 1250, Adversus calharos et valdenses I. V, édit. Ricchini, Rome, 1743; G. de Bergame, xm· siècle, Contra calharos et passagios; fragments dans Muratori, Antiquitates italicæ medii ævi, Milan, 1741, t. v, col. 150-152, et dans C. M leur secte une origine apostolique, il rassembla les oracles des prophètes qui avaient promis au Messie l’ernpire du monde : Ps. n, 8; i.xxt, 8; xt.ix, 1 ; xcv, 1-3. De ichimale donalislarum, 1. II, n. 1, P. L., t. xi, col. 941916. Il conclut de ces textes que la véritable Eglise de­ vait être répandue dans le monde entier et qu’elle avait pour signalement l’universalité. Dans son livre: De unitate Ecclesiæ, vi-xvn, P. L., t. xliii, col. 398-423, saint Augustin démontre longue­ ment aux donatistes que l’Eglise devait être catholique de fait. 11 s’appuie tour à tour sur l’Ancien Testa­ ment et nommément sur la Loi. les Prophètes et les Psaumes; puis il invoque le Nouveau Testament, l’Evan­ gile et les Epitres apostoliques ; enfin, il montre la ca­ tholicité de fait commençant à s’établir du temps des apôtres. Rangés dans cet ordre, les principaux textes établissant que la catholicité de fait est une propriété de l’Église sont les suivants: a) In semine tuo benedicentur omnes gentes, disait Dieu à Abraham, Gen., xn, 3; xxn, 18, et cette pro­ messe fut répétée à Isaac, Gen., χχνι, 4, et à Jacob. Gen., xivm, 14. Or, d’après saint Paul, Gai., in, 16, le des­ cendant d’Abraham désigné par les mots in semine tuo, c’est le Christ en qui toutes les nations seront bénies parce qu’il comptera partout des fidèles héritiers de la •2004 foi d’Abraham, c’est-à-dire parce que son Église possé­ dera la catholicité de fait. Voir t. i, col. 110. Aussi saint Augustin, opposant aux donatistes le défaut de catholi­ cité de leur secte, leur montre que celte propriété, déjà acquise par l’Église de son temps, était la réalisation nécessaire de la promesse l'aile aux patriarches: Date mihi liane Ecclesiam, si apud vos est : ostendite vos communicare omnibus gentibus quas jam videmus in hoc semine benedici. Op. cil., c. vi, col. 400. b) En de nombreux endroits, cf. S. Augustin. op. cil., c. vil, col. 400 sq., Isaïe prédit une Eglise qui recevra dans son sein tous les peuples du monde. Telle est la prophétie du c. Il, 2 : Erit in novissimis diebus mons Domini, et domus Dei in vertice montium et elevabitur super colles et venient ad eum omnes gen­ tes. Cf. Midi., iv. 2. Or, disent les Pères, celle mon­ tagne, c’est l’Eglise. In monte sancto qui est Ecclesia, quæ per omnem orbem Romanum caput tulit sub loto cælo. Optai de Milève, De schism, donat., 1. HI. η. 2, P. L., t. XI, col. 996 sq. Domus Dei, in montium ca­ cuminibus sita Ecclesia. S. Basile, In Is., n. 66, P. (>., t. xxxi, coi. 231. Saint Augustin ajoute: Sunt montes in una parte -terrarum positi... Ille autem mons non sic, quia implevit universam faciem terra: et de illo dicitur: paratus in cacumine omnium montium. In Epist. .tua., tr. I, n. 13, P. L., t. xxxv, coi. 1988. Daniel, n, 35sq., interprétant le songe de Nabuchodonosor, fait la meme prophétie: Lapis qui percusserat statuam factus est mons magnus et implevit omnem terram, lloc est somnium; interpretationem quoque ejus dicemus co­ ram te, rex... In diebus regnorum illorum suscitabit Deus cæli regnum... comminuet autem et consumet universa regna hæc et ipsum stabit in selernum. Saint Augustin fait remarquer que cette pierre a été détachée du royaume des Juifs, lequel n’avait qu'une étendue limitée, tandis que regnum Christi universum orbem terrarum cernimus occupare. In .loa., tr. IX, n. 15, P. L., t. xxxv, coi. 1165. Enfin Dieu par son prophète Malacliie, I, 11, annonce que: Ab ortu solis usque ad occasum magnum est nomen meum in gentibus et in omni loco sacrificatur et offertur nomini meo oblatio munda, quia magnum est nomen meum in gentibus. Il est visible que ia catholicité prédite dans ces diffé­ rentes prophéties est la catholicité de fait et non pas seulement celle de droit. c) Parmi les Psaumes, il faut citer avec saint Augus­ tin, op. cit., c. vin, col. 405, Ps. n, 8, les paroles de Dieu au Messie : Filins meus es tu, ego hodie genui te. Postula a me et dabo tibi gentes hæreditatem tuam et possessionem tuam terminos terræ. Quis Christia­ nus, dit saint Augustin, unquam dubitavit hoc de Christo esse prædictiim, aut hanc hæreditatem aliam quam Ecclesiam esse intellexit '/ Ps. xxi, 28 : Reminiscentur et convertentur ad Dominum universi fines terræ. Quoniam Domini est regnum et ipse domina­ bitur gentium. Enfin Ps. lxxi, 8 : Et dominabitur a mari usque admare... Et adorabunt eum omnes reges: omnes gentes servient ei... Et benedicentur in ipso omnes tribus terræ, omnes gentes magnificabunt eum. Ibi etiam dicuntur hæc, écrit saint Augustin, ubi ag­ noscatur Ecclesia toto orbe diffusa omnibus etiam re­ gibus subjecta. d) D’autre part, dans le Nouveau Testament on lit cette prophétie de Jésus-Christ: Mulla ab Oriente et Occi­ dente venient el recumbent... in regno cæloruni. Matth., vin, U. Et en effet dans l'Apocalypse, vu, 9, saint Jean vit la multitude des élus venus de tous les points de l’univers : Vidi turbam magnam quam dinumerare nemo poterat ex omnibus gentibus et tribulus et populis et linguis. C’est que les apôtres, après avoir reçu leur mission, avaient été prêcher partout et Jésus-Christ avait coopéré à leur prédication : Illi autem profecti prædicaverunl ubique, Domino coopérante, seguentibussignis. 2005 CATHOLICITÉ Marc., χνι,20. Jésus-Christ leur avait dit, du reste: Acci­ pietis virtutem supervenientis Spiritus Sancti in vos et eritis mihi testes in Jerusalem et in omni Judaea et Sa­ maria el usque ad ultimum terræ. Act., I, 8. Saint Au­ gustin, op. cit.,c. xxi. col. 415, donne de ce texte ce re­ marquable commentaire : Quomodo cœptum sil ab Je­ rusalem et deinde processum in Judaeam el Samariam el inde in totam terram ubi adhuc crescit Ecclesia, donec usque in finem etiam reliquas gentes ubi adhuc non est, obtineat, Scripturis sanctis ostenditur : quis­ quis aliud- evangelizaverit, anathema sit. e) Ces différentes prédictions concernent visiblement une seule et même religion, fondée par Jésus-Christ, celle nommément qui offre le sacrilice sans tache ins- | tilué par lui, Malach.. loc. cit., et qui obéit au magistère et à l’autorité de gouvernement dont il a investi les apôtres et leurs successeurs. 3. La perpétuité de la diffusion de l’Église dans le monde résulte avec évidence : a) de ce que les prophé­ ties de (’Ancien Testament ne contiennent aucune res­ triction. Daniel dit même expressément du futur royau­ me du Christ : Ipsum stabit in ælernum. Ainsi saint Augustin s’adressant au donatisle Honorat, Epist., xtix, n. 3, P. L., t. xxxm, col. 190, lui demandait-il sur quoi il s’appuyait pour prétendre que l’héritage promis au Christ dans le monde entier lui avait été enlevé : Quærimus ergo ut nobis respondere non graveris quam causam forte noveris quam factum est ut Christus amitteret Iweredilatem suam per orbem ter­ rarum diffusam et subito in solis Afris nec ipsis omnibus remaneret. — b) Euntes docete omnes gentes... Et ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem sæculi. Matth., xxvm, 19, 20. En conséquence les apôtres praedicaverunt ubique, Domino coopérante, et sermonem confirmante. Mare., xvi, 20. Ainsi l’assis­ tance promise par Jésus Christ comprenait une spéciale coopération. Celle-ci ne pouvait donc manquer de pro­ duire le résultat voulu par Dieu, la catholicité de fait, aussi longtemps que durerait la coopération divine d oit la parole apostolique devait tirer son efficacité, c’est-à-dire jusqu’à la fin des siècles. 4. Les citations patristiques faites ci-dessus et celles apportées plus haut pour justifier la notion de catholi­ cité établissent pleinement d’après les Pères : a) que la diffusion effective de l’Eglise dans tout l'univers était un fait voulu par Dieu et prédit par lui dans les Écri­ tures; b) que cette diffusion universelle constitue un mode d'existence spéciale à l’Église de Jésus-Christ, à ce point que cette Eglise tire de là son surnom de ca­ tholique. Il s’agit donc d’une Église unique qui ne sau­ rait cesser d’être répandue partout sans cesser d'être elle-même. L’unanimité de la tradition est telle qu’on est en droit de tenir cette doctrine comme théologique­ ment certaine. 5. Diverses difficultés ont été soulevées, soit contre l’existence, soit contre la perpétuité de la catholicité de fait : a) L'universalité de la rédemption, a-ton dit, con­ siste en ce que la volonté salvifique el les grâces du Sau­ veur s’adressent à tous, car il est écrit que si tous sont appelés il y a peu d’élus. De même, et pour la même raison, la catholicité essentielle, fondamentale, apolo­ gétique, est dans la mission et dans la volonté efficace, réellement soutenue par la grâce divine, de prêcher l’Évangile à toute créature. Cf. Eglise, m.dans le Diction­ naire apologétique de la foi catholique. Cette compa­ raison est visiblement défectueuse. Tous les mem­ bres de l’Église ne seront pas sauvés; par conséquent le petit nombre des élus, s’il existe, n’empêche pas en soi que l’Église ne puisse avoir, en tous temps et en tout lieu, toute la diffusion que demande la catholicité de fait. Or Dieu a prédit qu’elle posséderait celle dif­ fusion universelle el les Pères ont eu principalement en vue ce fait de la diffusion, déjà, disent-ils, réalisée de leur 2006 temps, lorsqu'ils donnent à l’Église le nom de catholique. Quant à la libre coopération de l'homme, elle reste nécessaire et n’est nuliemenlentravée par l'infaillibilité de la catholicité de fait. Dieu, dit saint Augustin répon­ dant à pareille objection des donatistes, a prévu ce que les hommes feraient librement. Quasi vero nescie­ rit Spiritus Dei futuras hominum voluntates... Cur ergo non hoc potius prænunciavit quod de voluntatibus hominum sciebat esse futurum f De unitate Ecclesiae, c. ix, coi. 407. Cela n'empêche pas que Dieu ne mette la main à la réalisation de cette prophétie, non pas seu­ lement, comme le dit l’objection, en aidant de sa grâce la volonté de l’Église de prêcher partout l’Evan­ gile, mais encore en coopérant, Domina coopérante, à la prédication de l’Eglise. Il est aisé de comprendre que Dieu puisse donner à la parole de ses prédicateurs une efficacité qui produise le résultat voulu et que ce résultat n’exclue aucunement la nécessaire et très libre coopération de l'homme. En ellet, la catholicité de fait suppose simplement que dans le inonde entier il y aura visiblement des fidèles : elle ne les détermine pas in­ dividuellement. elle n'en fixe pas même le nombre ni la répartition entre les différentes régions. Quant â la perpétuité de la catholicité de fait, elle est simplement un corollaire de la prédiction de Jésus-Christ : Et porlæ inferi non prævalebunl adversus eam. Maith., xvt, 18. b) Pour montrer que l’Église ne devait pas toujours rester catholique, les donatistes interprétaient dans le sens d’une apostasie finale du monde les paroles de Jésus-Christ : Filius hominis veniens, putas, inveniet /idem in terra ? Luc., xvm, 8. — Saint Augustin répon­ dait, De unitate Ecclesiae, c. xv, P. L., t. Χ1.ΙΙΙ, col. 420 : Tanquam dubitans hoc Dominus dixit, Neque enim ail : Veniens Filius hominis non inveniet /idem in terra, sed : Putas inveniet fidem in terra? Cui utique cuncta scienti et prescienli de aliqua re dubi­ tare non convenit, sed illius dubitatio nostram dubita­ tionem figuravit propter multa scandala circa finem sæculi pullulantia, hoceral quandoque infirmitas huma­ na dictura. c) On sait qu’en 359 de nombreux évêques souscrivirent à la formule arienne de Bimini et de Séleucie. Saint Jérôme dit à ce sujet : Ingemuit totus orbis et arianum se esse miratus est. Cont. Luciferian., n. 19, P. L., t. χχιιι, col. 172. Il semble donc qu’à cette époque la catholicité ait fait naufrage. — On conclura différemment si l’on observe que saint Jérôme lui-même, dans l’ouvrage cité, prend à tâche de défendre les évêques en question de l’accusation d'hérésie. De plus, ces évêques ne for­ maient qu’une faible partie de la catholicité. Saint Au­ gustin, Contra Crescon., 1. Ill, c. m, n. 3, P. L., t. xi.iu, col. 497, dit en effet que l’erreur de Novat fut condamnée par plusieurs milliers d’évêques. Or, tant à Bimini qu'à Séleucie, ils n’étaient guère plus de cinq cents. Saint Athanase, faisant le recensement des Églises fidèles à la foi du concile de Nicée, déclare même que l’arianisme n’avait pour lui que quelques Églises d'Orient, paucis exceptis quæ Arii hæresim sequun­ tur. Ad Jovian, epist. de fide, n. 2, P. G., t. xxvi, col. 815. D’ailleurs, la catholicité exige seulement que l’Église ait dans son sein la majorité des évêques catho­ liques, et non celle de tous tes évêques d’ordre répan­ dus dans toutes les sectes hétérodoxes prises ensemble. Vacant, Le magistère ordinaire de l’Eglise et ses or­ ganes. Paris, 1887, p. 85-87. 2» L’ubiquité de l’Église s’entend au sens moral; elle est simultanée et non pas successive. — 1. L’Ecri­ ture et la tradilion formulent avec une netteté parfaite certaines restrictions à la catholicité qu’elles attribuent à l’Église. — a) L’Église ne peut exister que là ou l’Évangile a été prêché. Quo modo credent ei quem non audierunt? Quomodo autem audient sine praedicante? Rom , x, 14. Or l’Évangile n'aura été prêché partout que 2007 CATHOLICITÉ dans les derniers temps du monde. Prædicabilur hoc evangelium in universo orbe, in testimonium omnibus gentibus et tunc veniet consummatio. Mattii., χχιν, 14. C'est seulement quand les nations auront pu entrer dans l'Église que les .Juifs se convertiront, dit saint Paul, Boni., xi, 25: Cæcitas ex parte contigit in Israel donec plenitudo gentium intraret ; mais, d'après Osée, ni, 4,5, ce retour des Juifs n’aura lieu que tout à la fin du monde: Revertentur filii Israel et quærent Dominum Deum suunt... in novissimo dierum. — b) bailleurs, à toute époque, la parole évangélique rencontrera des réfractaires. Non omnes obediunt Evangelio. Rom., xi, 16. Jésus-Christ avait dit lui-méme : Qui non crediderit, condemnabitur. Marc., XVI, 16. Il y aura même de tout temps et partout des hommes qui persécuteront la vérité dans la personne de ses prédi­ cateurs. 7 radent vos in tribulationem el occident vos et eritis odio omnibus gentibus propter nomen meum. Matlh., xxiv, 9. La dernière persécution sera la plus terrible: Erit... tunc tribulatio magna qualis non fuit ab initio mundi usque modo, neque fiel. Maith., χχιν, 21. — c) Enfin, il y aura des défections parmi les fidèles, oportet hæreses esse, II Tim., iv, 3, et cela, jusqu'à la lin du monde: Spiritus manifeste dicit quia in novis­ simis diebus discedent quidam a fide. Il Tim., ιν, 1. 11 s'agit ici de la discessio contemporaine de l’Anté­ christ. II Thess., n, 3. — d) Plusieurs de ces textesonl été interprétés par saint Augustin dans une de ses lettres, Epist.,nc.ix,de fin.sæc., P. L., I. xxxilt, col. 923, où après avoir cité Rom., x, 14, 15, il continue ainsi : In quibus ergo gentibus nondum est Ecclesia, oportet ut omnes, qui ibi fuerint credant: omnes enim gentes promisses sunt, non omnes homines omnium gentium : in celeris non credit et credentes odit. Quomodo enim et illud implebitur: Eritis odio omnibus propter nomen meum nisi in omnibus gentibus sint et qui oderint et quos oderint. 2. La catholicité de l’Église signifie donc une uni­ versalité seulement morale, largement entendue. Ainsi elle n’embrasse point les régions ou l’Evangile n’aurait pas encore pénélré, régions encore inconnues ou mo­ mentanément inaccessibles ou obstinément fermées à l’Eglise par la malice des peuples. Là même où l’Évan­ gile a pénétré, la catholicité de fait n'exige point que l Église n'ait plus personne à convertir, ni même qu'elle y soit dominante, ni enfin, si quelque part elle a acquis cette prépondérance, qu'elle la conserve à jamais. Pour que l’Église possède la catholicité morale, il faut et il suffit que de son centre de propagation, c’est-à-dire de Jérusalem et de la Palestine, l'Evangile se soit répandu progressivement dans les différentes directions du monde, et qu’à sa suite il se soit fondé des Églises parti­ culières toutes unies entre elles par leur soumission à la même autorité de magistère et de gouvernement. Ici on '.erra des Églises à l'état naissant, ailleurs elles se­ ront florissantes, plus loin elles auront été décimées par l'hérésie ou par la persécution; il y aura même des r- gions d'où elles auront disparu et d’autres ou elles n auront pu encore se fonder; neanmoins, leur diffu­ sion aura une telle ampleur que son universalité sera manifeste et que l’on pourra dire que de ses mailles plus ou moins serrées, suivant les temps et suivant les lieux, le filet du pêcheur couvre tout l'univers. La grande majorité des théologiens s’accorde à reje­ ter l'hypothèse émise par Bellarmin d'une catholicité purement successive el soutient que, d'après l’Ecriture et les Pères, poui· être catholique, l'Eglise dojt être si­ multanément présente dans tout l'univers au sens mo­ ral large expliqué ci-dessus. En effet : aj Les prophéties de l'Ecriture ne peuvent s’entendre que d’une catholicité simultanée. L’héritage promis au Christ : Dabo libi gentes hœreditatem luam et possess.ouem luam terminos terrie, l’s. n, t>, embrasse néces- . 200S sairement à la fois l'univers entier. La petite pierre qui deviendra une grand.; mo itagne et remplira le monde entier jusqu'à latin des 'em s est dans Daniel la figure de l'Eglise; donc celle-ci sera présente sans disconti­ nuité, et en même temps partout. Enfin, si l'on observe que dans Malachie le sacerdoce catholique est opposé au sacerdoce lévilique, qui était limité à une nation, le texte : Ab ortu solis usque ad occasum... in omni loco sacrificatur oblatio munda, prend nécessairement la signification d une catholicité simultanée. — b) Il en est de même dans les Pères. Le nom de catholicité est pour eux synonyme de la diffusion visiblement univer­ selle de l’Église à l'époque où ils écrivent. Dans leurs ouvrages contre les hérétiques, ils reprochent constam­ ment à ceux-ci d’être une secte locale en rupture de l'unité de foi visible dans l'Église partout répandue; parfois même pour montrer qu'elle est réellement ubique diffusa. S. Optai de Milève, Coût. Parmen., 1. II. P. L., t. xi, col. 942 sq. Enfin, ils déclarent expressément que l'Église ne peut jamais être amoindrie au point de n’occuper qu'un coin du monde. Ainsi, saint Augustin, après avoir annoncé dans son livre, De unitate Ecclesiæ, que son but est de rechercher où est l'Église : Inter nos et donalistas quæstio est : ubi sit Ecclesia, c. Il, démontre qu'elle doit être à la fois partout répandue et conclut, c. xix, en invitant les donalistcs à prouver qu'elle pourrait être réduite à ne se trouver qu’en Afrique. Tale aliquid proferle vel unum quo apertis­ sime Africa declaretur, vel in reliquis sola derelicta, vel ad principium renovandi el implendi orbis sola servata. — c) Les raisons apportées par Bellarmin sont d'ailleurs insuffisantes. Il n’est pas nécessaire, dit-il, que l’Eglise, pour être catholique, existe en tous lieux du monde. Sans doute, mais cela ne contredit pas la nécessité d’une diffusion moralement et simultanément universelle. Le même théologien ajoute que, même ré­ duite à une senh· province, l'Eglise ne cesserait pas d’être catholique, pourvu que celte province eût mani­ festement gardé la foi de l'Eglise catholique des temps antérieurs; mais cette affirmation n'est pas exacte. La province en question serait en réalité toute l'Église ca­ tholique, et cela ne peut être, puisque la catholicité propre à l’Eglise consiste dans une diffusion universelle et perpétuelle de l'Eglise dans le monde. 3° La catholicité morale el simultanée est une note de la véritable Eglise. — 1. Parmi les propriétés qui appartiennent exclusivement à la véritable Eglise, plu­ sieurs sont naturellement visibles et fournissent dès lors une sorte de signalement qui permet de reconnaître cette Eglise partout où elle existe : c'est pourquoi on a donné à ces propriétés le nom de notes de l’Eglise. La catholicité est une de ces notes. En effet, le fait de l’ample diffusion d'une société religieuse dans le monde entier est de soi facile à constater : d'autre part, ce même fait est une propriété exclusive de l'Eglise fondée par Jésus-Christ. Ce dernier point seul est à établir. — a) Les textes souvent cités de l'Ecriture expriment clairement que l'héritage universel de Jésus-Christ, que la montagne qui doit couvrir toute la terre sont uniques dans leur genre et qu’aucun culte universel ne s'établira à côté de celui qui, de l’aurore au couchant, remplacera la religion parliculariste d'Israël. C’est pourquoi saint Augustin, In Epist. Joa., tr. 111, n. 7, P. L., t. xxxv, col. 2001, partant de ce principe qu'il n'y a pas deux héritages du Christ, disait aux donalistes : Tenemus Christi hæreditatem : illi eam non tenent : non . ..... manicant orbi terrarum. : non communicant universi­ tati redemptæ sanguine Domini. — b} La catholicité signifie la diffusion dans tout l'univers de l'Église une et indivisible fondée par Jésus-Christ, et non pas la dispersion de différentes Églises à travers le monde. Donc sans l'unité de foi et de gouvernement établie par Jésus Christ, point de vraie catholicité. Mais celte foi 20G9 CATHOLICITÉ dont la catholicité exprime l’unité universelle, c'est la foi prêchée par les apôtres; ce gouvernement auquel sont soumis tous les fidèles dans le monde entier, c’est celui des légitimes successeurs des apôtres. Donc en­ core, sans apostolicité, point de catholicité. Par consé­ quent, la catholicité est exclusivement propre à la vé­ ritable Église et la fait connaître au même litre que les deux notes qu’elle sous-entend. Le lien de ces trois choses : unité, catholicité, apostolicité, est mis en évi­ dence par les Pères les plus anciens, témoin saint Iré­ née, Cont. hær., tv, 33, n. 8, P. G., t. vit, col. 1077 : Agnitio vera est doctrina apostolorum et antiquus Ecclesiæ status in universo mundo el character corporis Christi secundum successiones episcoporum quibus illi eam quæ in unoquoque loco est Ecclesiam tradiderunt. Cf. Franzelin, Pe div. trad., th. vi, vin. —c) Rappelons enfin l’usage constant que les Pères dans leurs écrits contre les hérétiques ont fait de la catholicité comme d’un critérium de la vérité de l’Église qui possède cette note et de la fausseté des sectes d’où elle est absente. — d) On peut objecter que si la catholicité était une note de l’Église, elle aurait existé, ainsi que l’unité et l’apostolicité, dés le commencement de l’Église. Or il n’en est pas ainsi de la catholicité de fait. Il faut répondre que la catholicité n’est pas, comme l'unité et l’apostolicité, une note constitutive de l’Église : celle-ci pouvait exister une et apostolique avant d'avoir atteint sa taille normale, mesurée par la catholicité. De fait, JésusChrist avait voulu que l’Évangile fût annoncé d’abord à Jérusalem, en Judée et en Samarie, aux gentils dans le monde entier. Act., 1, 8. Néanmoins, l’Église accusa dès ses origines sa tendance à la catholicité. Lorsqu'au sortir du cénacle les apôtres parlèrent à chacun de leurs premiers auditeurs sa propre langue, cela présa­ geait, disent les Pères, que l’Église parlerait toutes les langues de l'univers. Cf. Ilurter. SS. Pair, opuscula selecta, t. xxvn, p. 187 sq. Saint Paul pouvait déjà dire que l’Évangile était prêché partout, Rom., I, 8; cf. I, 23, et saint Ignace martyr montrait aux fidèles de Smyrne les évêques répandus dans tout l'univers, episcopi per orbem sparsi. 2. Dès lors que la note de catholicité distingue la vé­ ritable Église des sectes hérétiques ou schismatiques, il ne pourra jamais arriver qu’aucune d’elles s’étende au point d’éclipser l’universalité de la véritable Eglise. Ou bien elle restera purement locale ou bien en s’étendant elle se divisera. Sarmenta ubi præcisu sunt ibi reman­ serunt, disait saint Augustin des hérésies de son temps. Serm., Xbvt, de cura pastor.,c. vm, n. I8, P. L., t. xxxvn, col. 280. Mais ne pourrait-il arriver que le nombre des adhérents d'une secte confinée en quelque partie du monde vienne à égaler ou à surpasser le nombre des catholiques? Suarez, De/ensio /idei, I. I, c. xvt, n. 8, dit très justement qu’il ne faut pas confondre le nombre des fidèles avec leur diffusion ; que celle-ci est l’élément essentiel de la catholicité. Il est donc possible, absolu­ ment parlant, conclut-il, que le nombre total des héré­ tiques, ou même celui des adhérents d’une seule secte, surpasse celui des catholiques. 3. On peut enfin se demander si la catholicité ne serait pas un motif de crédibilité· permettant de démon­ trer directement la divinité de l’Église? Il faut ré­ pondre affirmativement avec le concile du Vatican qui, Const, de fide, c. ni, Denzinger, η. lOi-2, met l’unité ca­ tholique, catholicam unitatem, au nombre des motifs de crédibilité. Jamais, en effet, autrement que par une intervention divine, le même credo n’aurait pu s'impo­ ser depuis tant de siècles, par la seule force de la con­ viction et malgré tant d’obstacles, dans le monde entier à des nations de civilisations si différentes et à des hommes de toute condition sociale. Comme on le voit, la catholicité de l’Église est intimement liée à deux autres motifs de crédibilité, l’admirable propagation et 2010 l’invincible stabilité de l’Église, double miracle d’ordre moral sans lequel la perpétuelle catholicité de l’Église ne saurait être expliquée. La validité de cette preuve n’est pas affaiblie par le fait que les infidèles sont beau­ coup plus nombreux que les enfants de l’Eglise. Ceuxci n’en forment pas moins une société considérable par le nombre et qui, par sa diffusion universelle, s’impose au monde entier. C’est ainsi, dit saint Auguslin, Cont. Faust., L XIII, c. xvt, P. L., t. xt.tr, col. 291, que dans une moisson, c’est le bon grain qui l’emporte, quoique la paille fasse plus de volume. Agnoscenda est paucitas illa quam Dominus præcipue commendat in. ingesti atque innumerabili multitudine toto orbe dif­ fusa ;quæ paucitas tanquam granorum incomparatione multitudinis palearum paucitas dicitur; per se au­ tem tantam massam frumenti facit ut omnes... incom­ parabili multitudine turgeret. 4» Seule, l’Église catholique romaine possède la vé­ ritable catholicité.—11 y a lieu d’examiner séparément les sectes protestantes, puis les Eglises schismatiques d’Orient et de Russie, enfin l’Eglise catholique romaine. 1. A leur tour les sectes protestantes peuvent être considérées soit collectivement soit isolément. — a) Prises collectivement, les sectes protestantes n’ont entre elles aucun lien d’unité, voir Unité, car le nom de protestantisme, qui semble les réunir, n’est qu’un nom de guerre et signifie simplement qu’elles rejettent la foi et l’autorité de l’Église romaine. En réalité elles forment autant d’Eglises distinctes par le nom qu’elles portent officiellement, par leurs symboles ou confes­ sions de foi, enfin par l’autorité suprême, généralement nationale, qu’elles reconnaissent en matière religieuse. Par conséquent, fussent-ils répandus dans tout l’univers, les protestanls ne formeraient pas une seule Église partout répandue. D’autre part, les conditions dans les­ quelles le protestantisme est né, s’est propagé et a vécu, ne sont point celles qui devaient, par la volonté de Jésus-Christ, préparer, accompagner et conserver la catholicité de fait. L’Eglise devait naître à Jérusalem, au sortir du cénacle; de là, elle se répandrait partout en convertissant les gentils et en se prolongeant ainsi dans l’espace et dans le temps, elle ne cesserait pas de rester la même. Au contraire, le protestantisme, né quinze siècles trop tard, a tout d’abord répudié la ca­ tholicité en se soumettant partout à l'autorité civile; ses progrès lui sont venus de la défection de populations jusque-là catholiques et non point de la conversion des gentils, œuvre dont il ne s’est que tardivement occupé; cf. Kirchenlexikon, art. Mission, t. vin, col. 1614 sq.; enfin, en s’étendant, le protestantisme s’est divisé en sectes indépendantes qui n’ont presque rien conservé de la doctrine qu’il enseignait au début. — b) Pour les mêmes motifs, aucune des sectes protestantes ne peut prétendre à la catholicité. L’anglicanisme est la seule qui puisse arrêter un instant l’attention en raison de son unité et de sa dillusion apparente. On comptait, en 1879, cf. Ragey, L'anglocatholicisme, p. xi.vn sq., dis­ séminés sur tous les points du globe, 277 évêques an­ glicans en communion avec le siège de Canterbury. Mais on s’aperçoit aussitôt que tous ces sièges épisco­ paux, à huit ou dix près, sont établis dans les pays de colonisation ou de domination anglaise. Leur ensendde peut bien former une Église anglaise, mais non une Église catholique, c’est-à-dire internationale. Ce carac­ tère de particularisme est nettement accusé dans l’ar­ ticle 27 de la Confession anglicane (1562), ou l’autorité religieuse suprême est dévolue au pouvoir royal. Cette autorité ne peut d'ailleurs s'exercer que dans le RoyaumeUni. Au dehors, les évêques anglicans, c’est-à-dire prés des deux tiers, ne sont unis à Cantorbéry que par les liens d’une commune sympathie et non par la soumis­ sion et l'obéissance. Entre eux aucun lien légal. Enfin, au point de vue de la foi, sans parler des divergences 2011 CATHOLICITÉ CATROU 2012 sectes réunies. Sa catholicité, tant absolue que relative, doctrinales qui existent entre la Haute, la Large et la est donc hors de doute. Cf. Werner, Orbis catholicus. Basse-Eglise, les anglicans sont divisés sur nombre de — c) Jésus-Christ a voulu que son Église devint catho­ points de la plus haute importance. Quelques-uns, même lique par la conversion des nations, et qu'elle le restât parmi les dignitaires de celte Église, rejettent la doc­ toujours. Or la catholicité de l’Église romaine présente trine de la trinilê, la divinité de Notre-Seigneur et la à un degré saisissant ce double caractère. Cette Eglise nécessité d'appartenir à une Eglise quelconque. L’unité fait donc totalement défaut à l’anglicanisme. C'est assez a converti toutes les nations ou elle a pu avoir accès, et elle continue cette œuvre capitale envers et contre tous dire l’inanité du rêve qu'il caresse d une union en corps avec l’Église catholique romaine, union dont la base les obstacles, tant est puissante la poussée interne qui la porte à faire pénétrer partout l’Évangile. Sans doute, serait la reconnaissance par Rome de ce principe, que l’Église anglicane est une porlion de l’Eglise de Jésus- ’ dans le cours des siècles, elle a subi de graves défec­ tions, celles par exemple, dues au schisme d’Orient ou Christ. Ce rêve a cependant le mérite de montrer que l'anglicanisme sent la nécessité d’une catholicité qui 1 de la grande hérésie protestante, mais sa catholicité n’a pas été éclipsée par ces douloureux événements. On lui fait manifestement défaut. 2. La plupart des observations précédentes s’ap­ constate, en effet, qu’aux époques ou ils se produisent, l’Église romaine réparait ailleurs ses pertes par de pliquent également à l’Eglise schismatique d’Orient, celle de Russie y comprise. — a) Cette Église manque nouveaux accroissements. Ainsi, dans le temps qui de l’unité et de la diffusion nécessaires, car elle est di­ s’écoula entre le commencement du schisme de Cons­ visée en différents patriarcats indépendants les uns des tantinople (xne siècle) et la défection totale de la Russie autres, et qui tous réunis n’ont point d’autorité au delà (vers le milieu du xv siècle: cf. Pierling, l.a Russie et des frontières de l'ancien empire des Turcs ou de celui le Saint-Siège, Paris. 1896). l’Eglise prenait pied et des Russes. Le schisme oriental, lui aussi, doit son s'établissait dans l’Allemagne septentrionale, la Nor­ existence à la défection d'Églises particulières qui se vège, la Finlande, la Lithuanie, la Transylvanie, pour ne sont mises ainsi en dehors de l’unité catholique : quant parler que de l’Europe; ainsi, au XVIe siècle, la conver­ sion des Indes occidentales et de l’Amérique espagnole â convertir, selon l'ordre du Christ, les nations infi­ dèles, ni les Grecs ni les Russes n'en ont.jamais eu, à dire venait équilibrer et au delà les pertes causées par le vrai, de souci. Cf. Kirchenlexi/ton, loc. cit., col. 1635 sq. protestantisme. Grâce à ces compensations providen­ Ils croient cependant à l’Église catholique, en ce sens tielles, l’Église romaine a toujours conservé, nonobs­ que l’Eglise n'est limitée à aucun temps, à aucun lieu, tant toutes les désertions, le glorieux surnom sous le­ a aucun peuple, ou encore que sa foi. qui, disent-ils, quel les siècles n'ont cessé de la désigner avec saint est aussi la leur, s'est répandue dans le inonde entier, Pacien : Christianus mihi nomen, catholicus cogno­ mais ils n’osent point avancer que leur Eglise possède men. en fait cette universelle .diffusion. Cf. Wilmers, De Bellarmin, De conciliis et Ecclesia. 1. IV, c. n : Suarez. De Ecclesia Christi, n. 342. — A plus forte raison, aucune fide, disp. III ; Defensio fidei, 1.1, c. xiv sq. ; Murray, Tract, de des parties du schisme oriental, ni l’Eglise grecque Ecclesia Christi; Mazzetla, De Ecclesia: Wilmers, De Ecclesia seule, ni l’Église russe, ne peuvent revendiquer la note Christi, Ratisbonno, 18i>7 ; Kirchenlexikon, art. Kirche; Dic­ de catholicité. Cependant ne pourrait-on pas dire qu’elles tionnaire apologétique de la loi catholique, art. Église, m ; J. sont une partie de l’Eglise universelle dont l’autre frac­ Tunnel, Histoire de la théologie positive depuis l’origine jus­ tion serait l’Eglise d’Occident? Cette hypothèse même qu’au concile de Trente, Paris, 1904, p. 163-166, 242. est insoutenable, puisque tous les liens d’union entre 11. Moubeaü. les Églises schismatiques d’Orient et l’Église occiden­ CATROU François, jésuite, né à Paris, le 28 dé­ tale sont brisés. Elles n’ont pas la foi de l’Eglise occi­ cembre 1659, entré dans la Compagnie de Jésus le dentale, puisqu’elles nient la primauté du pape et la 5 novembre 1677, se distingua comme littérateur et procession a Patre Filioque du Saint-Esprit; elles comme historien. Appliqué d’abord à l’enseignement, sont séparées de l’Église occidentale, puisqu’elles ne puis à la prédication, il renonça â la chaire, malgré ses reconnaissent pas dans le pape le chef suprême de succès, dégoûté, dit-on, de la somme de temps perdu à l’Église; elles ne peuvent donc faire avec les Occiden­ apprendre par cœur, et jugeant que sa mémoire faisait taux une seule Église qui soit catholique. Disons enfin tort à son esprit. Appliqué successivement aux c dlège que si l’Église devait résulter de cette fédération de de Rouen, Rennes, Bourges, Eu, Compiègne, La Flèche, Rome avec l’Orient schismatique, il faudrait en con­ Tours, Orléans, Paris, il fut enfin fixé dans la capitale. clure que l’Eglise a cessé d’exister par le fait de la En 1701 il y fonda le Journal de Trévoux qu'il devait rupture entre ces deux fractions de l’Église. diriger durant ses douze premières années. Il s’y acquit 3. L’Eglise dite catholique romaine possède manifes­ une réputation de bon critique. La composition de divers tement la note de catholicité. — a) Ce qui me retient ouvrages continua à occuper sa féconde activité jusqu’à dans l’Eglise, disait saint Augustin, Cont. epist. Mala lin de sa vie. Il mourut â Paris le 12 octobre 1737. nich. fundament., c. tv, n. 5, P. L., t. xui, col. 175, Ses principales publications sont une Histoire des c’est le nom de catholique que l’on donne à elle seule, anabaptistes, in-12, Paris, 1695,1705; in-4», 1706; in-12. a ce point que pas un hérétique, quand un étranger Amsterdam, 1699, 1700; VHistoire du fanatisme dans lui demande ou s’assemblent les catholiques, n’ose in­ la religion protestante depuis son origine, in-4". Paris. diquer son église ou sa maison de prière, et pourtant 1706; in-12,1733, 1738, 1740 ; ['Histoire des trembleurs, ils veulent tous qu’on les appelle catholiques. Il est in-12, 1733. Pour les deux premiers de ces ouvrages clair que ce fait, dont l'actualité est toujours frappante, l’auteur assure avoir emprunté ses renseignements aux est un aveu imposé par l’évidence même. — 6) En effet, œuvres de Fox, de Penn et de Keith, et consulté en outre l’Église romaine, dont l’unité est la plus étroite qui se sur les points douteux plusieurs savants anglais. H les puisse imaginer, est manifestement répandue dans tout composa plutôt en historien qu'en polémiste, ne voulant l'univers. Ses évêques et ses établissements de missions point, disait-il, tirer des faits rapportés « un préjugé se voient sur tous les points du monde; ses fidèles en faveur de la religion catholique contre la religion parlent toutes les langues du globe et appartiennent à protestante ». 11 avait même annoncé, mais ne tint pas toutes les nationalités qui se le partagent. Leur nombre sa promesse, qu’il donnerait ensuite au public I hist. ire des sectes fanatiques dans l’Église romaine. Cependant est d’ailleurs imposant : sous ce rapport, comme au point de vue géographique, aucune secte chrétienne ne il fait observer qu'à ses yeux, entre les protestants et peut se comparer à l’Église romaine. Il semble même les catholiques, il y a cette différence « que les maximes que cette Église surpasse numériquement toutes les des premiers ont pu donner occasion de renouveler le 2013 CATROU — CAUSE fanatisme, et que les règles de la foi établies par les seconds vont à l'anéantir. » Quant aux quakers, il dé­ montre que leur tremblement n’a rien de surnaturel· Fâcheusement impressionné par les excès des camisards, dans les Cévennes, il applaudit à la révocation de l'édit de Nantes. Journal de Trévoux, octobre 1702, p. 214. 230 ; Journal des sçavans, supplément, 1707, p. 125-133; Éloges historiques, du P, Catrou, dans le Journal de Trévoux, avril 17,.8, p. 651-664, et dans la Bibliothèque française, t. xxix, p. 31-34; Sommervogel, Bibliothèque de la C1' de Jésus, t. n, col. 882-889; t. ix, col. 14-15 ; une notice inédite. 11. Ciiérot. CATTANEO Sébastien, né â Milan d'une famille noble, entra, adolescent, au couvent des frères prêcheurs de Saint-Eustorge, dans sa ville natale. Le chapitre général de l'ordre de 1589 le confirma provincial de Hongrie. Devenu théologien de l’archevêquede Salzbourg, ce dernier le promut à l'évêché de Chiemsee, août 1589, afin de s'aider de ses services dans l'administration de son diocèse. Transféré, comme auxiliaire, à l’évêché de Vigevano, par Clément VIII, il mourut avant le titulaire, le 28 avril 1609. — 1" Enchiridion eorum quæ in con­ troversiam vocantur omnibus verte pietatis cultoribus perutile ac pernecessarium, in-8°, Ingolstadt, 1589; 2° Explicatio in catechismum romanum ex decreto concilii Tridentini et Pii V jussu editum, in-8°, Ingol­ stadt, 1590 ; 3° Summula casuum conscientiæ, in-8°, Trente,1592,1000,1603; in-16, Brixen. 1609:4° Tractatus de censuris, Grn/., 1588 ; Padoue. 1589 ; 5« Tractatus de examine ordinandorum, Graz, 1589. Quétif-Echard, Scriptores ordinis prædicatorum.t. n, p. 369. P. Mandonnet. CATUMSYRITUS Jean-Baptiste, théologien italogrec, né â Reggio. 11 fut élève au collège de SaintAthanase. où il obtint le diplôme de docteur en théologie. On a de lui deux ouvrages qui soulevèrent, à l’époque de leur publication, de vives polémiques : 1° Vera ulriusque Ecclesiæ sacramentorum concordia, Venise, 1632 ; 2° Vera ulriusque Ecclesiæ concordia circa pro­ cessionem Spiritus Sancti trac talus secundus, Venise, 4(533. Ce second volume comprend une série de traités théologiques. Les deux premiers, ayant chacun une pagi­ nation distincte, ont pour obiet la procession du SaintEsprit. Voici les titres des traités suivants : 1° Quœsliunculœ circa processionem Spiritus Sancti in qua gratis et falso accusatur hæreseos Ecclesia græca, seupatriarca Cyrillus Conslaulinopolilanus in orthodoxo sensu expli­ catus, p. 1-6; 2“ Quæsliunculæ circa conceptionem B. Virginis, p. 7-30 ; 3° De panoplia seu totali armatura hærelicorum omnium circa sacramenta, hoc est de adulteratis obtruncalisque octoginta quatuor canonibus apostolorum, qui nil aliud sunt nisi compendium apoehryphi adulterati que B. Clementis Romani in suis octo libris Constitutionum apostolicarum, gratis et falso defensarum a Francisco Turriano jesuila, p. 31-91; 4° Conclusiones theologiae contra hæreticaliter adulteratum doctorem Petrum Arcadium ejusquedefensures quotcumque, p. 91-100. Le but de Catum­ syritus est d’exposer la doctrine de l’Eglise grecque sur les sacrements, contra falsam atque erroneam mullo­ rum, ac gratis pro eorum libidine excogitatam concor­ diam. Ces mots contiennent une allusion directe au fameux ouvrage d'Arcudius : De concordia Ecclesiæ orientalis atque occidentalis in septem sacramentorum administratione, Paris, 1619. 1626. Voir t. i, col. 1772. Dès la publication de cet ouvrage, Catumsyritus présenta à l’ambassadeur d'Espagne une requête dans laquelle il accusait Arcudius d'hérésie et prétendait que son livre favorisait les erreurs des luthériens et des calvinistes. Arcudius, prétend-il, s’est plu à tromper les Latins. Ca­ tumsyritus prend la défense de plusieurs théologiens grecs orthodoxes, dont la doctrine, â son avis, a été 2014 sciemment altérée par Arcudius. Ses critiques parfois violentes visent en même temps Bellarmin, Suarez et d'autres jésuites. Moreri a porté sur Catumsyritus un jugement très sévère : « Il fait paraître plus d’emporte­ ment que de solidité : il traite son sujet avec une méthode trop scolastique et avec trop de subtilité : son livre est rempli d’égarements et d'absurdités : il a quelque chose de dur contre la cour de Rome et qui parait affecté. » Si dans la chaleur de la polémique, il dépasse la mesure, il ne mérite pas toutefois les reproches de Papadopoli-Comnène, qui l'appelle grand scélérat, men­ teur, ignorant. Scs traités témoignent en faveur de son érudition et de la connaissance qu’il a de la théologie scolastique. Goar reconnaît qu'il a attaqué non seule­ ment Arcudius, mais aussi plusieurs dogmes catholiques. Aussi, par un décret du9 mai 1636, la S. C. de l’indexa condamné tous les ouvrages de Catumsyritus qui ne sont pas corrigés par l’auteur et imprimes à Rome. Goar ajoute qu'on lui avait défendu de publier de nouveaux écrits. La nouvelle de cette condamnation répandue en Grèce fut accueillie avec satisfaction par les orthodoxes qui regardaient Catumsyritus comme un ennemi acharné de leur race et de leur rite. Georges Corcssius de Chio écrivait à ce sujet à Matthieu Caryophylles : Quod vero nuncias damnatum isthic librum inimici nostri, mihi mirum, cum sciam quanti nos Romæ habeamur, quamqueincuriose sit aula rerum nostrarum... Lamio igituraulæjustitiam. RodotaaccusoCatumsyritusd’avoir altéré l'euchologe grec, pour le rendre conforme au rituel latin. Il loue cependant sa soumission aux décrets de l'index. Legrand assure que le premier des ouvrages de Catumsyritus est d'une insigne rareté; le second est tout à fait inconnu. Legrand ne le mentionne pas. H s’en trouve deux exemplaires à la bibliothèque Barberini, annexée à la Vaticane. Allatius cite un ouvrage inédit de Matthieu Caryophylles contre Catumsyritus, et Legrand une réponse d'Arcudius à son adversaire. Voir t. I, col. 1173. Habert, Άρχι,ρβκ,χ·,-·. Liber pontificalis Ecclesiæ græcæ, Pa­ ris, 1676, p. 357-363, 385-393; Fabricius, Bibliotheca græca, t. x, p. 418; PapaE LA CAUSE FINALE. — La C3USC CXCmdéfense, le perfectionnement de l’individu et la propa- 2035 CAUSE cation de l'espèce. La finalité intérieure établit entre la nature de chaque être qui est immuable et l'activité qui jaillit d'elle, des rapports permanents et nécessaires qui prennent le nom de lois de la nature. Ces lois sont donc la manière uniforme et régulière suivant laquelle les êtres agissent conformément à leur nature et en vue de leur lin. Ce concept est essentiel pour démontrer la possibilité et le caractère exceptionnel du miracle. Si les lois de la nature n’existaient pas, le miracle se confondrait avec les événements ordinaires et perdrait, avec son côté insolite, sa valeur apologétique. Voir Miracle. V» Si l'on veut bien considérer que la fin est primum ;/. intentione, qu'elle est donc le point de départ de toute causalité, qu'elle en est aussi le point d'arrivée, ultimum in execulione; <\ue toute causalité s’enchaîne, on en déduira que la fin est principe d’ordre, qu’elle crée nécessairement un ordre, que partout où il y a fin, il y a ordre, que réciproquement partout où il y a ordre il y a fin. Je veux, par exemple, apprendre la science astronomique : c’est là un but conçu par l’esprit (cause exemplaire), voulu par la volonté (cause finale). Immé­ diatement parce que je veux acquérir cette science, je cherche dans mon esprit les moyens propres à y atteindre, je les trouve; c'est l'étude, l'observation des mouvements célestes avec les instruments, ce sont les leçons des maîtres; je décide de prendre tous ces moyens; puis je les mets en œuvre et petit à petit la lumière se fait en moi : un jour, je quitte les obser­ vatoires, je ferme les livres, je dis adieu aux maîtres, lere des moyens est close parce que je suis arrivé à mon but, je sais l'astronomie. Le but voulu, le but acquis encadrent les moyens, et ceux-ci sont sériés et dirigés vers l’acquisition du but final à la lumière du but préconçu et sous l’impulsion du but voulu. Il y a donc là un ensemble, une multiplicité des moyens commandés par l'unité du but et ordonnés par lui et vers lui. Or la multiplicité dans l'unité, c’est l'ordre, la fin créant la multiplicité des moyens dans l'unité de sa poursuite est donc principe d’ordre. Voir ORDRE. On doit ajouter qu'inversement l’ordre ne saurait s’expliquer sans une fin, c'est elle qui fait choisir la multiplicité des moyens, qui les subordonne et les coordonne, qui les dirige; ‘..ns un but les divers éléments de l'ordre seront inertes et pèle-méle. ."> l'ne des principales preuves de l'existence de Dieu est basée sur cette liaison essentielle entre l'ordre el la fin. elle consiste à démontrer qu’il y a un ordre dans le monde, que cet ordre suppose une intelligence et la volonté d'un but et que celle intelligence et celle volonté ne sont pas immanentes au monde, mais transcen­ dantes, et le dépassent, enfin quelles ne peuvent être que l'intelligence et la volonté divines. Voir Dieu, son £03G naire la même fin peut être obtenue plus ou moins parfaitement à l’aide de moyens divers; la nécessité de poursuivre une fin n’impose donc pas infailliblement l’emploi de tel ou tel moyen, c'est ce qui laisse une place à la liberté, voir Liberté, Déterminisme. Prêmotion, Predetermination, et ce qui explique la nature du péché mortel, du péché véniel et de l’imperfection, suivant le rapport des actes à la fin. Voir ces mots. 7° L’ordre qui révèle l'existence de la fin. en éclaire aussi les différences. Prenons l’ordre social d’un État : au sommet le gouvernement dont le but doit être d’amener, dans la paix, le bien-être matériel, intellectuel et moral de toute la nation. Le gouvernement est, dans l’Ètat, le premier agent du bien universel, et ce bien est son but propre, sa fin naturelle. Au-dessous du gouvernement, il y a, par division d'attributions ou par divisions territoriales, des agents secondaires dont la raison d’être et la fin sociale sont d'assurer dans leur ressort et dans la sphère de leurs attributions le bienêtre général. Et ainsi, à mesure que l'on descend dans la hiérarchie, on trouve des agents moins puissants, à attributions diminuées, dont les buts sont inférieurs, subordonnés au bien général, mais coordonnés aussi vers lui. Ces buts inférieurs sont en même temps des moyens vers le but supérieur, et un même bien est but pour l'agent inférieur, et, pour ses chefs, moyen vers le but universel de bien-être social. On comprend dès lors que la fin suprême de la société est universelle et médiate, les fins inférieures sont particulières et immédiates. 8° On distingue encore la fin réelle et la fin person­ nelle. Celle-là est le bien poursuivi, celle-ci la personne que l’on veut faire bénéficier de ce bien. La fin réelle de la société est le bien-être défini plus haut, tous les citoyens sont la fin personnelle que l'Etat doit faire jouir du bien-être. Un même moyen pouvant servir simultanément à conquérir plusieurs buts, ‘ceux-ci peuvent être visés en même temps par l'agent, celui qui est surtout visé s’appelle fin principale, celui qui est visé subsidiairement est fin secondaire, ou accessoire. Pour la moralité d'un acte, il faut que tous les buts poursuivis soient honnêtes. — Une fin peut encore être consciente ou inconsciente. L'archer lance sa flèche vers la cible, l'archer veut atteindre la cible, c’est un but voulu et conscient ; la flèche va vers la cible sans le savoir, c'est un but poursuivi inconsciemment. Cette distinction explique comment il peut y avoir dans le monde matériel et inconscient un ordre réel et voulu, pourvu que, dans le même monde, il y ait au-dessus des natures corporelles d'autres agents intelligents el volon­ taires qui dirigent les natures inférieures à la maniéré dont l'archer dirige la tlèche. — Tout instrument ou moyen est.de sa nature, ordonné à des résultats ou buts EXISTENCE. déterminés qui s’appellent fines operis. Ces résultats <>° On voit, par ce qui précède, que la fin suppose peuvent être utilisés par un agent intelligent en vue de des moyens, et que les moyens tendent à la fin. Dieu buts nouveaux qui se nomment fines operantis. — La peut réaliser immédiatement el ad nutum ses vouloirs. création de l’ordre surnaturel a ajouté aux fins el aux Il peut donc, à la rigueur, se passer de moyens, étant moyens de l'ordre naturel, une hiérarchie de tirs et de tout de suite, s'il le veut, arrivé au but; mais il ne le moyens qu’on appelle surnaturels. m pas toujours; alors il emploie des moyens dont D» La philosophie téléologique, c’est-à-dire la philo­ . évolution lente ou rapide marche avec ordre et sagesse sophie qui admet l’existence des fins dans le monde, a vers la fin préconçue et prédéterminée par lui. D'autres pour adversaire le mécanisme qui répudie les fins pour fois, la nature même des fins poursuivies par Dieu ne garder que les résultats. — 1. Il n’y a, pour les méca­ ■ xige l'emploi des moyens proportionnés. Si Dieu veut nistes. que des agents, des causes efficientes qui évoluent que nous jouissions en victorieux du bonheur céleste, 1 aveuglément, par la force spontanée de leur activité. il faut qu’il nous en donne d'abord les moyens. Les I Ainsi se produisent des effets qui n’ont été ni préconçus, m. eus sont donc la série des actes qui vont de la fin ni voulus, qui sont dus à l’impulsion naturelle des voulue à la fin conquise; leur conceplion découle de la êtres, qui se heurtent, se corrigent mutuellement et conception de la fin, leur réalisation précède et prépare sont arrivés à constituer le monde tel qu'il est. Il n’est i i réalisation de la fin. Ils sont donc bien in media, pas, selon eux, nécessaire de recourir à l’idée d’un mit rrn diaires, et le nom de « moyens » leur convient principe intelligent, libre ordonnateur de toutes choses, souverainement. La fin décide des moyens; la nature pour comprendre l'univers; celui-ci est suffisamment •Je la lin détermine la nature des moyens, mais d'ordi­ expliqué par le jeu des forces naturelles, par l'évolution 2037 CAUSE 2038 fatale des êtres, la sélection vitale et antres agents '10» Les causes se distinguent non seulement par leur découverts par le darwinisme, le transformisme, l’évo­ causalité, mais encore par leurs produits. Les causes lutionnisme. La théorie des causes finales n’est après matérielles el formelles constituent l’être des choses; tout que de l’anthropomorphisme pur. c’est-à-dire cette l’ordre de l’être est donc produit par la diversité et la erreur qui nous fait étendre au monde une vue simple­ hiérarchie des formes et de la matière. La cause effi­ ment interne. Nous constatons chez nous des buts et ciente amène à l’existence, elle fait arriver à l’être ce l’emploi de moyens pour les atteindre, et par un vrai qui n'était pas, elle cause le devenir. La cause exem­ sophisme nous attribuons à tous les êtres et à l’en­ plaire est un type conformément auquel les causes eflisemble de la nature un mode d'activité et des procédés I cientes engendrent leurs effets. Cette conformité pour­ qui nous sont exclusivement personnels. suivie par la volonté et réalisée par l’activité des agents 2. Le mécanisme est réfuté par le fait même de l’exis­ est la définition même du vrai. Donc la cause exem­ tence des causes finales démontrées plus haut. Il faut plaire est la source et le principe de l'ordre du vrai. La en outre noter à son endroit que c'est une erreur de fin est un bien conçu, désiré, voulu, poursuivi ; elle répand vouloir opposer, comme les mécanistes le font souvent, son caractère de bien sur les moyens. D'autre part, si les causes efficientes aux causes finales comme si elles [ la tin est toujours un bien, réel ou apparent, le bien est étaient inconciliables et comme si l’affirmation des unes 1 toujours une fin.-si l’on en croit la définition tradition­ devait fatalement entraîner la négation des autres. Les nelle : bonum est quod omnia appetunt. Donc la cause unes et les autres s'appellent au contraire et se com­ finale est la source et le principe de l’ordre du bien. plètent. Les causes finales exigent les causes efficientes Platon, Timée; La République; Aristote. Physique et Méta­ et celles-ci ont besoin d'être dirigées par celles-là. Quant physique: Lucrèce, De natura rerum; Cicéron. De natura à l'évolutionnisme, les uns voient en lui le système sau­ Deorum; Liber de causis, édit. Bardenbewer, et commentaire veur qui débarrasse la philosophie de la vieille illusion de saint Thomas sur ce livre; Sylvester .Maurus, Quæsttones téléologique. Haeckel, dans son Histoire (le la création, philosophiae, édit. Liberatore, Le Mans. 1875. t. U: Locke. trad, angi., t. I, p. 19, écrit : « Pour ce qui est du plan Essai sur l'entendement humain, 1. II. c. xxt. xxvt; Hume. Essais sur l'entendement, 7’ essai ; Maine de Biran, Nouvelles dans la nature dont on a tant parlé, je maintiens qu’il considérations sur les rapports du physique et du moral de n'a aucune existence réelle, sauf aux yeux de ceux qui l'homme, Paris. 1834; Kant, Celtique de la raison pure; Ana­ observent les phénomènes de la vie dans les animaux lytique transcendantale ; Bacon, De dignitate el augmentis et dans les plantes d’une manière très superficielle. » scientiarum. I. Ill, c. v; Partie philosophique des Lettres de Buchner. Force el matière, p. 218, triomphe de ce que Descartes, dans l'édition Garnier, Paris. 1835, t. 1 v, p. 260 : Leib­ « les investigations modernes et la philosophie naturelle nitz, Acta eruditorum, Leipzig, 1682; Joseph de Maistre, ont conquis une liberté suffisante, en se dégageant de Soirées de Saint-Pétersbourg, Paris, 1831 ; Examen de la phi­ losophie de Bacon. Paris, 1836; Malebranche, Recherche de la ces vides et superficielles conceptions d'un plan dans vérité, et Éclaircissements, Paris, édit. Garnier, s. d. : Bavaisson, la nature et en abandonnant ces théories puériles à ceux Essaisur la Métaphysique d’Aristote, Paris. 1837. 1846: £ssai qui sont incapables de se délivrer eux-mêmes de ces sur la philosophie en France au r/.r siècle, Paris, 1837; idées anthropomorphiques malheureusement encore en ffugonin, Ontologie, Paris. 1856; Herbert Spencer, Les pre­ faveur dans les écoles el dans l’Eglise, au détriment de miers principes, 1860-1862; Buchner, Nature et science, la vérité et de la science ». P. Zahm, L’évolution el le trad. Aug. Delondre, Paris, 1866 ; Vacherot. La métaphysique dogme, trad, de l'abbé Flageolet, part. II. c. vu, Paris, et la science, Paris. 1858; Caro. Le matérialisme et la science, 1868; L’idée de Dieu et ses nouveaux critiques. Paris. 1864; s. d., t. n, p. 253. Les autres voient au contraire dans ce Taine, Les philosophes français eu xi.v siècle. Paris. 1856; système le triomphe de la téléologie : « Le professeur De l'intelligence. Paris, 1870; Dictionnaire des sciences philo­ Huxley affirme que le plus remarquable service rendu sophiques de Franck, a. Cause, Causes finales, Causer occa­ par Darwin à la philosophie biologique est la réconci­ sionnelles, Hasard ; Liard. La science positive et la métaphy­ liation de la téléologie avec la morphologie, et l’explica­ sique, Paris. 1879; Lâche lier. Le fondement de l’induction, tion des faits de ces deux sciences, fournie par son sys­ 2' édit., Paris, 1896: J.-B. Jaugey, Dictionnaire apologétique tème... Donc l'évolution, loin d'affaiblir l’argument de de la foi catholique, a. Dieu ; Kleutgen, La philosophie scolas­ finalité, le renforce et le grandit; loin de bannir la té­ tique, trad. Sierp. Paris. 1870, t. m. IV; Paul Janet, Les causes finales, Paris, 1876; D' Frédault, Forme et matière, Paris, léologie de la science et de la théologie, elle l'explique et 1876; Dupont, Ontologie, Louvain, 1875; de Bonniot, Les mal­ la confirme de la plus admirable façon. En dépit de heurs de la philosophie, Paris. 1879; abbé de Broglie, Le toutes les tentatives faites pour confondre la· téléologie positivisme et la science expérimentale, 2 vol.. Paris, 1*80; de avec le panthéisme ou le matérialisme, ou pour mettre Régnon, La métaphysique des causes, Paris, 1886 ; abbé Farges, l’évolution au service de l’athéisme ou de l'agnosticisme, Matière et forme en présence des sciences modernes, Paris, nous possédons maintenant une téléologie plus haute, 1888; L'idée de Dieu d'après la raison et la science, Paris, plus profonde, plus compréhensive que jamais. Nous 1894; Domet de Verges, La constitution de Cêtre suivant la doctrine péripatéticienne, Paris. 1886; Saint-Georges Mivart. Le possédons une téléologie indissolublement liée aux en­ monde et la science, trad. J. Segond. Paris, s. d. : Zahm, seignements de la vérité révélée. » P. Zahm, op. cit., L'évolution et le dogme, trad. J. Flageolet. Paris, s. d. : P. Mielle. p. 259, 2G3. En réalité l'évolution a sans doute chez De substantiæ corporalis vi et ratione secundum Aristotelis quelques savants sincères affirmé davantage et fait res­ doctorumque scholasticorum sententiam, Langres, 1894; sortir la finalité universelle du monde, mais elle a aussi Tilmann Pesch, Institutiones philosophiæ naturalis, 2' édit., à coup sûr diminué le sens de la finalité particulière Fribourg-en-Brisgau, 1897; Institutiones logicales, Fribourgdes natures individuelles et des espèces. Huxley l'avoue en-Brisgau,1890;.!. Hontbeim, Institutiones theodiax, Fribourgen-Brisgau. 1893; Le Dantec. Le déterminisme biologique et la dans les lignes suivantes : « La téléologie qui suppose que personnalité consciente, Paris, 1897; J.-A. Chollet, De la noli· > l’œil, tel que nous le voyons dans l'homme ou dans les d'ordre, Parallélisme des trois ordres de Cétre, du vrai, d·· vertébrés les plus élevés, fut fait avec la structure exacte bien, Paris, s. d.; D. Mercier, Ontologie ou métaphysique qu'il présente dans le but de rendre l’animal qui en est générale, Louvain. Paris. 1902; Fonsegrive, La causalité effi doué capable de voir, a sans aucun doute reçu un coup dente, Paris, 1893: Sully Prndliomme et Charles Richet. Le mortel. Néanmoins, il est nécessaire de se rappeler qu’il problème des causes finales, 2* édit.. Paris. 1903 ; Les philosophes y a une téléologie plus large qui n’est nullement atteinte belges. Le traité De unitate formæ de Gilles de Lessines, texte inédit et étude par M. de Wulf, Louvain. 1901 ; de Wulf. Histoire par la doctrine évolutionniste, mais qui est au contraire de la philosophie médiévale, Louvain, Paris, Bruxelles, 1900; solidement basée sur le principe fondamental de l’évo­ Comptes rendus du Congrès scientifique international des lution. » Darwiniana, p. 110, cité par Zahm, op. cit., catholiques, Paris, 1888 : T.-J. OMahony, Des jugements p. 259. Entendue dans ce sens d’un évolutionnisme chré­ qu’on doit appeler synthétiques a priori; A. de Margerie, tien, la preuve de l'existence de Dieu revêt un aspect Le principe de causalité est-il une proposition analytique spécial. Voir Dieu, sox existence. ou une proposition synthétique a priori? E. Domet de 38 2039 nr es s; la i?e la notion de causalité; Congrès de Les preuves de Vexistence de Dieu dans l'apologétique contemporaine ; Congrès do 1894, à Bruxelles : R. P. J. Fuzier, Le caractère analytique du prin­ cipe de causalité ; Ignace Torregrossa. De constitutione cor­ porum relate ad originem et flnalitatem juxta veram ange­ lici Doctoris mentem; Congrès de 1897, à Fribourg : Th. Desdouils, Substance et causalité: Nie. Kaufmann, Die Me­ thode des mechanischen Monismus ; M1' Vinati. Studio critico intorno al principio di causa: Bibliothèque du Congrès inter­ national de philosophie, Paris, 1900. I. 1; H. Bergson. Notes sur les origines psychologiques de notre croyance à la loi de causalité; Th. H. Hodgson. Les conceptions de la cause et de la condition réelle. Voir aussi les manuels de philosophie, en métaphysique; et les traités tbéologiques De Deo uno, dans la ί­ ο 1 i 1 Verges. Fondements de 1891 : D' G. Monchamp, CAUSE — CAUSES MAJEURES 2040 la confusion dans le troupeau du Christ ; plutôt que de se demander si une mesure arbitraire d'un pape, dan­ gereuse pour l’Église, serait invalide, les théologiens préfèrent penser que Jésus-Christ écartera à jamais ce malheur : l’histoire leur donne raison. II. Historique. — Chaque catégorie de causes ma­ jeures exigerait une histoire, souvent fort longue; cer­ taines d’entre elles, comme les décisions de foi ou l'ins­ titution des évêques, etc., touchant très intimement a la constitution de l’Église, sont traitées dans différents articles de ce dictionnaire, voir Béatification, col. 521425, Canonisation, col. 16324634, Évêques, Infaillibi­ lité, Ordres religieux. Pape, etc.; d'autres intéressent partie relative aux preuves de l’existence de Dieu. plus exclusivement les canonistes. Nous nous conten­ A. Chollet. terons ici de résumer brièvement l'histoire des causes CAUSES MAJEURES. - I. Notion. 11. Historique. majeuresen général, en montrant comment elles s'intro­ ΠΙ. Législation actuelle. duisirent explicitement dans la législation ecclésiastique. I. Notion. — On appelle en droit canon causes ma­ Nous savons par de nombreux témoignages que les jeures les affaires du gouvernement ecclésiastique dont, appels spontanés à la décision du pape en matière de à cause de leur importance, le souverain pontife est seul dogme ou de discipline ont toujours eu lieu dans l’Église: à connaître. Elles sont doctrinales, disciplinaires ou cf. Hurter, SS. Pair, opusc., t. xvn, præf. ; dès le administratives. IIIe siècle ils deviennent fréquents : on connaît les rela­ L’existence des causes majeures est une conséquence tions entre Rome et l’Afrique au temps de saint Cyprien ; immédiate de la primauté du pontife romain, de sa ju- i au ive siècle, saint Jérôme trouve déjà le pontife romain ridiclion suprême, ordinaire et immédiate sur tous les accablé par le soin de répondre aux consultations que fidèles, comme de son magistère infaillible. Il résulte en lui adresse l’univers entier. Epist., exxm, ad Agereffet deces prérogatives que certaines affaires ne peuvent ruch., P. L., t. xxii, col. 1052. Y a-t-il eu dès l’origine être traitées que par lui, ou du moins, par son délégué ; des appels non pas spontanés, mais obligés, de par la par lui, si elles engagent le charisme tout personnel de nature même de la cause? il est assez difficile de le dire l’infaillibilité; par un délégué, si elles regardent le gou­ avec certitude, et on n’en sera pas étonné si l'on réflé­ vernement de l’Eglise universelle on les relations des chit que les décisions doctrinales imposées à toute Églises particulières soit entre elles, soit avec le saintl’Eglise, les seules causes qui n’admettent pas de délé­ siège; en fait, des causes qui regardent l’Eglise univer­ gation, ont été très peu nombreuses avant l’époque des selle, une seule est parfois traitée par délégation, la pré­ conciles œcuméniques. Mais voici que bientôt la cou­ sidence des conciles, qui n’est qu'un acte’préparatoire. tume, la tradition sont invoquées pourprésenter comme A ces causes, majeures de par leur essence même, dont obligatoires les recours au pape et l'on sait de quelle la réserve est de droit divin, le pape peut en ajouter j portée sont ces expressions dans la langue des Pères. d’autres, qui deviennent majeures en vertu d'un acte En 314, Je synode d’Arles communique à Sylvestre sa dé­ positif de sa volonté par lequel il les enlève à tous cision au sujet de la Pâque : Ut uno die el uno tempore autres juges : étant d'institution ecclésiastique, cellesper omnem orbem a nobis observetur et juxta consue­ ci peuvent varier quant au nombre ou à l’espèce. En­ tudinem litteras ad omnes tu dirigas. P. L., t. viu. core n’avons-nous à parler ici que des réserves prévues coi. 815. Vers 342, Jules répond aux prélats eusébiens par le droit, et non des causes que le pape peut acci­ ”11 αγνοείτε δτι τούτο ε(>ος ήν πρότερον γράφεσΟαι ήμιν, και dentellement évoquer à son tribunal, ou qui lui sont ούτως ενθεν όριζεσΟαι τά δίκαια ; Εϊ μεν ούν τι τοιοΰτον adressées par des particuliers en vertu du droit d’appel ήν ϋποπτευθέν εις τον επίσκοπον τον εκεί, εδει προς τήν ενταύθα reconnu à tout fidèle. Cavagnis, Inslit. juris publici έκκλησιαν γραφήναι. Epist. ad Antioch., 22. P. L., t. vm, ecclesiastici, part. I, 1. II, c. I, S 7. col. 906; cf. sur ce passage Socrate, II. E., I. II,c. xvn; Rattachées par une connexion logique étroite au dogme Sozomène, II. E., I. 111, c. x, P.G.,1. lxvii, col. 217 sq.. de la primauté, les causes majeures en ont subi le dé­ qui montrent comment ce texte était compris dans leur veloppement progressif. Celles même qu'impose le droit temps. divin n'ont pas toutes été dès l'origine explicitement Avec Innocent Ier, en 404, l'expression même de causes connues. Mais le droit exclusif pour le souverain pontife majeures entre dans la langue ecclésiastique ; Si vid'en connaître n'a jamais subi de modification; l'exer­ JOHES causæ in medium fuerint devolutæ, ad sedem cice seul de ce droit a varié, soit en s’affirmant davan­ apostolicam, sicut synodus statuit et beata consuetudo tage, soit en s’étendant à des objets plus nombreux, se­ exigit, post judicium episcopale, referantur. Epist., n, lon le besoin des circonstances. Aussi des objections ad Victric. Potomag., P. L., t. xx, coi. 473; cf. ibid.. Ia entassées par les gallicans de toute nuance contre les note de dom Constant. On s’accorde aujourd'hui â voir causes majeures, aucune ne résiste à la ruine de leur dans ce synode le concile de Sardique, dont les canons système et ne demande une réfutation spéciale : il n’y 3, 4 et 7 réglaient la procédure à suivre dans les appels a ni usurpation, ni croissance par absorption, ni jura au saint-siège. Ce sont ces mêmes canons qu’invoque adventitia, Schenckl, Inst. jur. can., t. I, § 226 : 1» pas le pape Zosimedans l'affaire du prêtre Apiarius pour em­ d'innovation dans la réserve de ces causes que nous pêcher les évêques d’Afrique de s’opposer aux appels. avons dit être majeures de leur nature : quelques-unes Les gallicans n'ont pas manqué de faire ressortir que ont apparu tard, mais la volonté explicite ou implicite les papes, en revendiquant cette prérogative, avaient soin des pontifes de respecter l’ordre de choses établi avant de s'appuyer sur les canons des conciles ou la pratiqu· de l’Église, sans mentionner leur droit divin. Mais il eux. suffisait à continuer la délégation aux juges infé­ n'y a rien là qui doive surprendre quiconque sait av<.? rieurs ; 2» pas de danger que la trop grande multiplication des réserves accidentelles n'entrave le bon gouverne, quelle modération les papes ont rappelé leurs droit- et ment de l’Église : le pouvoir du pape n’est pas illimité, combien doucement se sont resserrés les liens d'unnon seulement il ne peut rien changer à ce qui est unité qui, parfaite’dès l'origine, ne pouvait guère appa­ d'institution divine, par exemple, supprimer la juridic­ raître d’abord que dans la communion des esprits. tion épiscopale, mais, placé pour édifier et non pour Ce n'est plus de leur plein gré et pour une confirma­ détruire, il est tenu de par la lui naturelle à ne pas jeter tion nlus solennelle que les conciles provinciaux sou- 2041 CAUSES MAJEURES incitent leurs décrets au saint-siège; ils se montrent en le faisant anliquæ traditionis exempla servantes et ecclesiasticæ memores disciplinée. Innocent I", Epist., xxix. ad conc. Carlhag., P. L., t. xx, col. 583; cf. Epist., xxx, ad conc. Milev., col. 590. Les privilèges conci liés par les papes comportent des restrictions essentielles; tels ceux donnés par Zosime à l’évéque d’Arles : Ad cujus notitiam, si quid illic negotiorum emerserit, referri censemus, nisi magnitudo causes etiam nostrum requi­ rat examen. Zosime, Epist., I, adepisc. Gall., P. /.., I. xx. col. 645. Nous arrivons à Léon le Grand, et la vigueur avec laquelle il affirme son droit prouve bien que la réserve des causes majeures est dès lors parfaitement connue; sur le rôle qu’il joue par ses légats au concile de Chalcédoine, comme sur celui qu’avaient joué â Ephèse les légats de Céleslin, cf. Kneller, Papst und Kontil im erslen Jahrtausend, dans Zeitschrift fur hath. Theol., 1903, 1904. En 444, Léon annonce aux évéques d’Illyrie qu’il charge Anastase, évêque de Thessalonique, dejuger en son nom certaines causes majeures : Quidquid causarum, ut assolet, inter sacerdotes eve­ nerit, ejus cui vicem nostram commisimus, examini reservetur... Cui melropolitani episcopi consecrationem statuimus reservari, ut... ecclesiastica) disciplina: in omnibus ordo servetur. Mais le pape ne lui donne pas tous pouvoirs : Si quæ vero causas graviores vel appellationes emerserint, eas sub ipsius relatione ad nos mitti debere decrevimus, ut nostra secundum eccle­ siasticum morem sententia finiantur. Epist., v, adepisc. per Illyr. const., P. L., t. ι.ιν, col. 616; cf. Epist., vi, ad Anastas. ; Hilaire, Epist., vil-χι, P. L., t. lviu, col. 24sq.; Vigile,Epist. ad A uxanium Arelal.,P. L., t. lxix. col. 28; ad episc. Gall., col. 29; Grégoire le Grand, Epist., 1. II. epist. vu. ad Maxim, episc. Syrac., P. L., t. i.xxvn, col. 544, s’expriment aussi nettement. Tousces témoignages précèdent de beaucoup l’apparition des fausses décrétales; personne d'ailleurs ne conteste plus que le pseuilo-Isidore n’ait fait que consacrer l’ordre de choses établi de son temps. A l’époque même où il composait sa collection, nous saisissons sur le vif, dans ladiscussionenlre llincmaret Rolhalde, la transformation qui s’est opérée dans les esprits au sujet des causes majeures. Le pape Nicolas reproche à l’évéque de Reims d’avoir, au synode de Soissons, déposé Rolhalde malgré I appel à Rome interjeté par celui-ci; il invoque natu­ rellement les canpns de Sardique, puis il ajoule : Maxime cum juxta consuetudinem sanctæ hujus synodi, etiamsi nunquam reclamassel, nunquamque sedis aposlolicæ mentionem fecisset, a vobis qui causam ejus examinastis, memoria sancti Petri honorari debuerat atque ei perscribi, ut. si judicaret renovandum esse judicium, renovaretur et daret judices, Epist., xxxv, ad episc. syn. Silvaneet., P. L., t. cxix, col. 829; il y a bien extension du sens de Sardique, mais extension consacrée par la pratique, et désormais la connaissance des causes criminelles des évéques est enlevée aux con­ ciles provinciaux et aux métropolitains. Cf. Ilefele, Concilieugesch., I. X NI II. S 471. Bientôt les collections cano­ niques vont se succéder rapidement et l’essor dos études juridiques aidera puissamment la législation à se fixer. III. Législation actuelle. — z. causes doctrinales. — Pour les définitions dogmatiques, la condamnation di s erreurs, la canonisation des saints, l’approbation des ordres religieux, qu’on se reporte à l’objet de l'infailli­ bilité. En vertu de son magistère suprême, le pape seul a encore la mission : 1“ de faire et d’imposer les symboles et les professions solennelles de foi; 2» de prescrire des catéchismes à toute l’Eglise; 3“ de condamner pour toute l’Église des propositions ou des livres; 4° de pro­ mouvoir et de diriger les missions dans le monde entier. Enfin il s’est réservé le droit d’ériger canonique- · ment les universités. il. CAUSES DISCIPLINAMES. — 1° Le pape, avec ou sans 2042 i le concile, est dépositaire du pouvoir législatif pour l’Église universelle. Benoit XIV, De syn. diœc., 1. IX, c. t ; de lui seul relèvent les dérogations, dispenses ou privilèges atteignant le droit commun; à lui seul aussi il appartient de passer des concordats. — 2° .luge ' suprême et sans appel, au for interne comme au for externe, il se réserve l'absolution de certains péchés ou censures, bulle Apostolicæ sedis, voir t. i, col. 16121618; le jugement de certains procès : causes criminelles des évêques, conc. Trid., sess. XXIV, c. v, De reform., causesen matière d’annulation du matrimonium ratum, ou d'interprétation du privilegiumpaulinum.Benoit XIV, De syn. diœc., I. XIII, c. xxi. Enfin le pape évoque souvent à son tribunal, même en première instance, les causes matrimoniales des princes. — 3“ Les peines dont l’application est réservée au souverain pontife sont la déposition et l’excommunication des évéques, la dégra­ dation des clercs par procédure expéditive, Benoît XIV. De syn. diœc., L IX, c. vi, n. 11, et l’excommunication des souverains. lit. causes ADMINISTRATIVES. — 1“ En matière de liturgie, le pape s’est réservé la législation universelle du culte, rituel de l’administration des sacrements, rubriques générales de la messe et de l’office, institution des fêtes ou même inconnus Wadding, Scriptores ordinis minorum, Rome, 4650; Sbara­ jusque-là. Une seconde édition préparée par Cave et lea, Supplementum et castigatio ad script, ord. min.. Rome, conduite jusqu’en 1715 par le Dr H. Wharton parut en 1806; Prosper de Martigné. La scolastique et les traditions fran­ 2 in-fol., Oxford, 1740-1743; Bale, 1741-1745. Elle est enri­ ciscaines, Paris, 1888; Hurter, Nomenclator, t. i, p. 252; t. ιν, chie de prolégomènes et de notes de Cave, d’observations col. 365. P. Édouard d’Alençon. du savant archevêque Tenison et se termine par trois dissertations de l'auteur : sur les écrivains ecclésias­ CAVVADIAS Macaire, archimandrite, théologien tiques dont l’époque est ignorée; sur les livres litur­ grec du xvin® siècle, né à Céphalonie. On a de lui un giques des Grecs; sur l’arianisme d’Eusèbe de Césarée. ouvrage contre Voltaire : Μακαρίου πρεσουτέρου και αρ­ Cette troisième dissertation est dirigée contre l'arminien χιμανδρίτου, έπωνυμίαν δε Καοαδίου, του Κεφαληνος, λόγος J. Le Clerc qui reprochait à Cave de manquer de critique παραινετικός προς τούς ιδίους μαΟητάς, η κατά Ούολταίρου et d’avoir été pour Eusèbe de Césarée en particulier « un και τών οπαδών, Venise, 1802. panégyriste plus qu'un biographe ». Vrëtos, ΝιοίΛλτ,νιχή φιλολογία, Athènes, 4857, t. π, ρ. 123. 269; L’œuvre de Cave suppose un travail considérable. Sathas, Νιοιλληνιχη φιλολογία, Athènes, 1868, ρ. 615; Théodore Malheureusement si Cave a une érudition extraordinaire Athanasios, II »? ; των ίλληνιχων σχολών Ιν 'Ρουμανία χαι τιφϊ T?!; iriopour son temps, il n'a pas le sens cri tique au degré où αυτών έζι του τι Οφησχιυτιχου χαϊ ζολιτιχου ίδάτους, Athènes, 1898, cela lui eut été nécessaire. Il est crédule d’abord : catho­ ρ. 85. liques et protestants s’accordent à le lui reprocher; il A. Palmieri. pose d'excellentes règles de critique et il omet de les CAYET Pierre-Victor-Palma, né en 1525 à Montriappliquer; enfin, arrêté aux détails extérieurs, il ne pénètre chard en Touraine d’une famille catholique, honorable, pas la pensée qu’il interprète; à plus forte raison ne mais pauvre, ses études élémentaires terminées, vint à parvient-il pas à bien suivre le développement de la Paris où il suivit les leçons de Ramus el où il devint théologie patristique. Aussi eut-il à soutenir plus d'une maître ès arts et probablement même docteur en droit cano­ controverse soit avec le catholique Richard Simon, soit nique. Il passa à la Réforme avec Ramus et alla étudier avec l’arminien Le Clerc déjà cité. Cave partageait évi­ la théologie et l’hébreu à Genève. Il fréquenta aussi les demment les préjugés de l’Eglise anglicane contre l’Église universités d’Allemagne. Il fut ensuite nommé pasteur romaine et ses écrits sont à l'index en vertu d’un décret de Montreuil-Bonnin auprès de Poitiers. En 1562, il fut. du Saint-Ollice en date du 11 novembre 1693. à la cour de Jeanne d’Albret, sous-précepteur d’Henri de Navarre. En 1584, nous le trouvons ministre évangé­ Journal des savants, 17(15, 1712; Dictionnaire de Morert, lique de Catherine, sœur de Henri IV, qui l’amène à édit, de 1759: Nichols, History arid antiq. of Leicestershire, Paris en 1593. Ses fréquents entretiens avec du Perron t. π, 2, ρ. 773 sq. ; Life of Henry Wharton, dans la 1” édition le rendirent suspect et il fut déposé par le consistoire des Sermons de Wharton ; Dictionary of national biography, et en deux synodes sous prétexte de magie et de sciences t, IX, p. 341 sq. occultes. On l’accusait d’avoir publié un Remède aux C. Constantin. dissolutions publiques, à MM. du parlement, dans CAVELLUS Hugues (IVIac-Caughwell), de Down lequel la fornication et l’adultère étaient justifiés et les en Irlande, né vers 1575, était profès dans la province maisons de tolérance approuvées. Mais il déclara qu'il des mineurs de la stricte observance de Saint-Jacques n’était pas l’auleur, mais seulement le possesseur de cet en Espagne. Il avait étudié à Salamanque avant de écrit. On lui reprochait aussi d’avoir composé un Con­ professer la théologie au collège irlandais de Saintsilium pium de componendo religionis dissidio. II abjura Antoine de Padoue à Louvain. On le trouve à Paris en le protestantisme, le 9 novembre 1595, et rendit compte 1621. travaillant avec le général de son ordre, Bénigne de sa conversion dans un petit livre très rare, intitulé de Gènes, à la réforme du grand-couvent. Son supé­ Copte d'une lettre de maître P. V. Cayet, contenant rieur l’emmena à Rome et lui donna la chaire de théo­ les causes el les raisons de sa conversion à l’Église logie au couvent de l’Ara-Cæli. Urbain VIII venait de catholique, in-8», Paris, 1595, 1596. Les calvinistes mul­ le préconiser archevêque d'Armagh quand il mourut tiplièrent les réponses à cette lettre et publièrent un prématurément à l'àge de 55 ans, le 22 septembre 1626. Avertissement sur la déposition du sieur Cayet 00; Response à la déclaration d’un nommé Edmond de Heauval (jésuite apostat), in-8», Paris, 1600; Appendix ad chronologiani Gilberti Genebrardi, in-fol., Paris, 1600; Résolution faicte contre les ministres pour l’approbation du purgatoire et confirmer les prières qui se font pour les trépassez, in-8», Paris, 1601 ; Hélas du père Abraham de Saint-Loup (religieux apos­ tat), in-8», Paris, 1601. A cette époque, Cayet quitte l'abbaye de Saint-Martin des Champs pour habiter au collège de Navarre. Il y publia de nouveaux écrits, 6t même des poèmes et traduisit en 1601 deux ouvrages hébreux, ainsi que le traité de saint Hippolyte : De la venue de l’Anléchrist, in-8», Paris, 1602; Conférence avec Pierre du Moulin, 28 mai 1602 : Sommaire véri­ table des questions, 1602; Victoire de la vérité contre l'hérésie par la réfutation de toutes ses erreurs (contre du Moulin), in-8», 1603; Réfutation chrétienne de la misérable déclaration de Léonard Thévenot, in-8». 1603; Fournaise ardente et le four de réverbère pour évaporer les prétendues eaux de Siloé et pour corro­ borer le purgatoire contre les hérésies, erreurs, calom­ nies, faussetés et cavillations ineptes du prétendu mi­ nistre du Moulin, in-8», 1603; Approbation du saint sacrifice de la messe par syllogismes catholiques, in-8», 1603; Nouvelle histoire du Pérou, 1604; Chronologie septennaire, in-8», 1605, 1607, 1609, 1611, 1612; cet ouvrage fut condamné, le 31 juillet 1605. par la faculté de théologie, voir d'Argentré. Collectio judiciorum, l. n, p. 542-513, et par l'index, le 18 novembre 1605; 2048 l’auteur y soutenait, entre autres erreurs, que le pape, en matière de foi, n'avait pas une autorité supérieure à celle des évéques; il en publia une Défense, in-8», 1610; Histoire véritable comment l'âme de l’empereur Tra­ jan a été délivrée des tourments de l’enfer par les prières de S. Grégoire, trad, d'un ouvrage latin de Ciaconius, in-8», 1607; Chronologie novennaire, in-8», 1608. Cayet mourut au collège de Navarre en 1610, le 10 mars ou le 22 juillet, et il fut enterré à Saint-Vic­ tor. On a émis quelques soupçons défavorables sur ses dispositions religieuses au moment de sa mort. Discours funèbre sur la mort de feu M. Cahier, in-8·, Paris. 1610; Bayle, Dictionnaire historique et critique, Paris, 182“'. t. iv, p. 289-298 ; Leclerc, Lettre critique sur le Dictionnaire de Bayle, in-12, La Haye, 1732, p. 181 sq. ; Niceron. Mémoires, t. xxxv, p. 386-409; Rœss, Die Convertiten. t. m, p. 278 sq.; Biographie universelle, t. vu, p. 279-280; E. Haag. ï-α France protestante, Paris. 1852, t. m, p. 293-299; Kirclunlexikon, t. il. col. 2080-2081; Hurler, Nomenclator, t. I, p. 157; Féret. La faculté de théologie et ses principaux docteurs. Époque mo­ derne, Paris, 1901, t. u, p. 153-182. E. MANGEN'OT. CECCO (Stabili Francesco dit) d’Ascoli, astrologue, brûlé comme hérétique à Florence, en 1327. Les erreurs abondent dans les notices que lui consacrent la plupart des historiens. On le fait naître vers 1257; or, il semble qu’il faille le rajeunir considérablement. Cf. F. Bariola, Cecco d’Ascoli e I'Acerba, Florence, 1879. p. 5-6, 35-37. On a prétendu qu'il fut. à Avignon, le médecin du pape Jean XXII. Déjà ce fait avait été révoqué en doute par Marini, Archiatri pontifici, Rome, 1784, I. I, p. 56; cf. V. Le Clerc dans l'JJisloire littéraire de la France, Paris, 1862, t. xxtv, p. 560. F. Bariola, op. cit., p. 10. 15-16, a démontré que probablement Cecco n’alla jamais à la cour de Jean XXII et ne fut pas médecin. Sans relever les autres inexactitudes deses biographes, disons encore qu après sa mort la légende se donna libre car­ rière sur son nom et qu'elle lui lit, en particulier, une réputation de magicien très habile. Voici les principaux événements incontestables de sa vie. Cecco professa l'astrologie à Bologne, de 1322 à 1324. Accusé devant l'inquisiteur de cette ville, il fut condamné à ne plus enseigner l’astrologie à Bologne ni ailleurs. En 1327, nous le retrouvons à Florence, en qualité d'astrologue, auprès du duc Charles de Calabre. 11 comparait devant l'inquisiteur de la Toscane, le franciscain Accursio, et, condamné comme relaps, est livré au bras séculier qui le fait périr par le feu. le 15, ou le 16, ou le 20 septem­ bre. Cf. F. Bariola, op. cit., p. 22. note 1. Cecco avait écrit un commentaire latin sur le traité de la Sphère de John Holywood (Joannes de Sacrobosco), et un poème italien, L’Acerba, essai d’encyclopédie dénué de toute valeur littéraire et, sauf quelques détails intéressants, cf. F. Bariola, op. cil., p. 118-119, d'importance scien­ tifique, en dépit des aflirmations du trop fameux Libri. Histoire des sciences mathématiques en Italie, Paris. 1838, t. H, p. 191-200, 525-526. Sur les autres écrits de Cecco, cf. Bariola, op. cit., p. 56-60. Sur les doctrines qui valurent à Cecco d’Ascoli d' ' rangé parmi les hérétiques, la sentence de l'inquisit· ur de Bologne, le dominicain Lamberto del Cordoglio le Cingulo), n’est pas explicite; elle porte seulement que Cecco a mal parlé au sujet de la foi catholique, et qu'il sera privé de ses livres d’astrologie, de son grade de maître et du droit d’enseigner. La sentence inquisito­ riale de 1327 est, au contraire, bien précise. Comme le remarque H. C. Lea, A history of the Inquisitu >. of the middle ages, New-York, 1888. t. in, p. »39; trad. S. Reinach, Paris, 1902, t. m, p. 529, 1’astrol- _ e aboutissait à la négation du libre arbitre : « Le principe même de cette prétendue science était l’influence qu’exerçait sur le sort et le caractère des homme- ia position des signes zodiacaux et des astres à l'heure de la naissance; or, il n'était pas de dialectique assez in- - 2049 CECCO CEILLIER 2050 nieuse pour prouver que ce ne fût pas là, en pratique, ' le 12 mai 1705 entre les mains de son compatriote dom refuser à Dieu l’omnipotence et à l'homme la responsa­ Humbert Belhomme, abbé du monastère. Cinq ans bilité. » C’est précisément la négation de la liberté plus tard, il terminait ses études théologiques et sans humaine qui est reprochée à Cecco, comme une transition devenait lui-même professeur des jeunes conséquence inéluctable de ses doctrines. Surtout est religieux. Il enseigna de 1710 à 1716; devint, en 1716, incriminée l'application qu'il a faite de ses théories à doyen de Moyen-Moutier; en 1718, prieur de SaintJésus-Christ et â l'Antéchrist. L’horoscope de Jésus Jacques de Neufchàteau ; en 1724, coadjuteur de dom aurait établi la nécessité de sa naissance dans une étable, Charles de Vassimontau prieuré de Flavigny-sur-Moselle, de sa pauvreté, de sa profonde sagesse, de sa passion et el enfin prieur titulaire de Flavigny, à la mort de dom de sa mort sur la croix. Quant à l'Antéchrist, l'obser­ Vassimont. le 26 mai 1733. Il alliait à la science et â vation des astres démontrait qu'il naîtrait d une vierge, l’austérité de la vie bénédictine un esprit très positif et 2000 ans après le Christ, et qu’il viendrait, lui, « comme très entendu dans les questions d'ordre pratique. Aussi un vaillant soldat accompagné de nobles guerriers et le monastère de Flavigny connut sous son administration non comme un poltron accompagné de poltrons. » Un ses plus belles années de prospérité matérielle comme compatriote de Cecco, le jésuite Appiani, dans Bernini, de progrès religieux. Dom Ceillier mourut saintement, Storia di lutte le eresie, Rome, 1707, t. ni, p. 450 sq. ; dans sa 74' année, le 26 mai 1763. Il fut inhumé dans cf. Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des l'église de son monastère, où on peut voir encore son hommes illustres, Paris, 1734, t. xxx, p. 166-185; Mazzutombeau. chelli, GU scritlori d’Halia, Brescia, 1753, t. 1 b, p. 1151Le premier ouvrage de dom Ceillier fut préparé el 1156, et d'autres, à sa suite, ont soutenu l’orthodoxie du rédigé pendant qu’il enseignait la théologie à Moyenmalheureux astrologue; ses écrits, disent-ils, ne renfer­ Moutier, el publié en 1718 : Apologie de la morale des ment point les erreurs qu'on lui imputa, il crut à l’as­ Pères, contre les injustes accusations du sieur Jean trologie comme tous les hommes de son temps, et sa Barbeyrac, professeur en droit el en histoire « Lau­ mort doit être attribuée à la haine et à la jalousie que sanne, in-4», Paris, 1718. Voir Barbeyrac. L’auteur lui avaient attirées sa science et la fougue de son carac­ établit d'abord, dans une dissertation de 40 pages, l’au­ tère. Il est vrai que Cecco eut des ennemis puissants, torité des Pères de l’Eglise en général. 11 aborde ensuite que tous ses contemporains croyaient à l'astrologie, cf. l'apologie de chacun de ceux qui furent particulière­ Bariola, op. cil., p. 32-34, et que les erreurs qui lui ment attaqués par le professeur de Lausanne : Athénasont prêtées, dans la sentence de fraie Accursio, ne se gore, Clément d'Alexandrie, Terlullien, Origène, Lacretrouvent pas aisément dans ses œuvres (ces œuvres tance, saint Cyprien, saint Athanase, saint Cyrille de ont été souvent imprimées sans protestation del’Eglise); Jérusalem, saint Basile, saint Ambroise, saint Augustin, en particulier, on n’y rencontre point les affirmations, etc. En tout, 17 chapitres où il suit son adversaire graves entre toutes, sur Jésus-Christ. Mais il importe pas à pas, discutant toutes ses assertions, répondant à d'observer que Cecco fut jugé non seulement sur ses toutes ses attaques. écrits, mais encore sur ses paroles, et que, d'après la Le succès de ce premier ouvrage, où l’histoire s'alliait sentence, il confessa avoir tenu les propos qu’on don­ si naturellement à la théologie, engagea dom Ceillier à nait comme siens. Cf. G. Boflito, Perche fu condamiato entreprendre, dans le même ordre, une œuvre de longue al /uoco l’astrologo Cecco d’Ascoli? dans Studi e docu­ haleine qui s'étendrait à tous les auteurs sacrés el ecclé­ menti di storia e diritlo, Rome, 1899, t. xx. siastiques et à tous leurs ouvrages. Dupin avait publié en 1686 sa Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésias­ I. Sources. — Le commentaire de Cecco sur le traité de John tiques. Ceillier voulut faire « quelque chose de plus Holywood est inséré dans l'édition de ta Sphæra mundi, Venise, ample et de plus achevé ». Préface. Le 1" volume parut 1499. Sur les anciennes éditions de 1'Acerba, cf. Hain, Reperto­ en 1729, sous ce titre : Histoire générale des auteurs rium bibliographicum, Stuttgart, 1827, t. n, n. 4824-4832. et sacrés et ecclésiastiques, qui contient leur vie, le cata­ Coppinger, Supplement toHain’s, Repertorium, Ixmdres, 1895, logue, la critique, le jugement, la chronologie, l’analyse t. n, n. 4825-4831 ; t. u a, n. 1552-1553. La sentence inquisitoriale de Bologne est dans Tiraboschi, Storia della lelteratura italiana, el le dénombrement des différentes éditions de leurs Florence. 1804. t. va, p. 204. et dans Bariola, op. cit.,p. 10, note; ouvrages; ce qu’ils renferment de plus intéressant sur celle de Florence se lit, par fragments, dans Cantü. Les héré­ le dogme, sur la morale et sur la discipline de l’Eglise; tiques d’Italie, t. t. Les précurseurs de la Réforme, trad. Dil’histoire des conciles tant généraux que particuliers gard el Martin. Paris, 1869, p. 292-295, et dans Lea, op. cit., et les actes choisis des martyrs. Ce long titre nous t. m, p. 655-657 (non reproduite dans la traduction française), et, révèle le plan d'ensemble et la méthode du travail entre­ en entier, d’après un autre manuscrit, dans I. von Dollinger. pris. Le plan comprend : b> les auteurs sacrés, c'est-àBeitrüge zur Sektengèschichte des Mittelalters, Munich, 1890, t. Il, p. 585-597. dire les écrivains de ('Ancien et du Nouveau Testament; II. Travaux. — F. Palermo, Manoscritti palatini di Firenze, 2» les auteurs ecclésiastiques, c’est-à-dire tous ceux qui Florence, 1854. I. I, p. 1-271 ; P. Fanfani, Cecco d’Ascoli, racont écrit sur des questions touchant le dogme, la conto storico del secolo xiv, 2’ édit., Florence, 1870; Lea, morale, la discipline ou l’iiistoire de l’Eglise; 3° les op. cit., t. m. p. 441-144; trad. S. Beinach. t. lit, p. 532-536. Voir, décrets des conciles et les actes des martyrs, parce que en outre, les travaux indiqués au cours de cet article, surtout nous dit l’auteur dans sa préface, ces documents, l'article de Boftlto et l'opuscule de Bariola, et Ut. Chevalier, Ré­ comme les précédents, intéressent le dogme, la pertoire des sources historiques du moyen âge. Bio-biblio­ morale, etc. La méthode consiste à donner pour chaque graphie, 2' édit, col. 825. F. Vernet. écrivain son histoire, la liste de ses ouvrages, l’analyse CEILLIER (Dom Remi), bénédictin de la congréga­ des écrits qui nous restent, la critique des détails, le tion lorraine de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe, naquit jugement d'ensemble, enfin des citations choisies. Travail énorme qui fut mené assez promptement grâce à Bar-le-Duc, le 14 mai 1688, de Claude Ceillier, mar­ chand, et d'Anne Bertrand, arrière-nièce de Nicolas aux concours que dom Ceillier trouva chez ses con­ Psaume, évêque de Verdun (1548-1575). Dès ses pre­ frères. 23 in-4» se succédèrent de 1729 à 1763. Le mières années il montra du goût pour la piété et χχιιι» volume parut après la mort de l’auteur. L'ou­ l’étude. Ses parents le confièrent aux jésuites qui vrage n’est cependant pas achevé; il s’arrête au milieu du xm» siècle. Ut continuation, confiée à dom Aubry, dirigeaient alors à Bar-le-Duc une école florissante, le collège Gilles de Trêves. Remi Ceillier y fit ses huma­ I n'aboutit pas. Voir t. i, col. 2264. Une Table générale des matières, préparée par Rondel et Drouet, forma nités et sa rhétorique, puis entra comme novice au 2 vol., Paris, 1782. Sans parler de la réédition, com­ monastère bénédictin de Moyen-Moutier dans les Vosges. mencée par le P. Caillau, voir col. 1305, une nouvelle C'était en 1764 el il n’avait que 16 ans. Il fit profession 2051 CEILLIER — CELESTIN Ier (SAINT) édition revue par l’abbé Bauzon a été publiée en 17 in-4·, avec les 2 volumes de laides, Paris, 1860-1869. On a reproché au prieur de Flavigny des tendances jansénistes. Déjà à l’époque où paraissaient ses volumes, les Mémoires de Trévoux, souvent élogieux pourtant, faisaient des réserves sur sa doctrine toutes les fois qu’il était question de grâce et de libre arbitre. Voir par exemple Mémoires, novembre 1735, à propos d’un passage sur saint Hilaire, t. v, p. 122 sq. L’abbé Blanc s’est fait l’écho des accusateurs du siècle précédent. Introduction à l’élude de l’histoire ecclésiastique, in-8°, Paris, 1841, p. 206. 11 faut reconnaître que dom Ceillier vivait dans un milieu suspect de jansénisme, et qu’il fut en relations avec des appelants et jansénistes déclarés, comme Gouget, Duguet et Petitpied. Mais si nous le jugeons sur ce qu’il a écrit, il semble que l’accusation de jansénisme portée contre lui est une grande exagé­ ration, sinon une absolue injustice. Au reste le prieur de Flavigny tit hommage au pape Benoît XIV, le 1er jan­ vier 1751, des 17 volumes qu’il avait publiés jusque-là. Benoit XIV, dont personne ne peut contester la compé­ tence ni l'autorité en fait de doctrine, reçut très favo­ rablement l’ouvrage du bénédictin, et lui adressa un bref de félicitation en date du 4 septembre 1751. Un se­ cond bref suivit le xvtit· volume, le 4 juin 1753. Ces deux lettres fort élogieuses sont conservées, avec d'autres qui concernent le prieuré de Flavigny, aux archives de Meurthe-et-Moselle, H, 104, 107. Calmel, Bibliothèque lorraine, Nancy. 1751, col. 255-256: Michaud, Biographie universelle, 2' édit., Paris, s. d., t. vu, p. 303; abbé Guillaume. Notice sur te prieuré rie. Flavigny-surMoselle, Nancy, 1877 (extrait des Mémoires rte la Société d'ar­ chéologie lorraine)·. Kirchenle.rihon. t. il, col. 2089-2090; Hurler, Nomenclator, t. m, col. 1375; abbé Beugnet. Étude biogra­ phique et critique sur dom Semi Ceillier, Bar-le-Duc, 1891 u-xtrait des Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc, 2* série, t. x): Léon Germain. Du titre de prieur de Saint-Jacques porté par dom Ceillier, dans le Journal de la Société d'archéologie lorraine, 1896, p. 66. A. Beugnet. 1. CÉLESTIN l«r (SAINT). Sa biographie sera suivie d un bref commentaire des passages doctrinaux de sa lettre aux évêques de Gaule el des Capitula annexés au sujet du semipélagianisme. I. CÉLESTIN Ier (SAINT). BIOGRAPHIE. — Ce pape, successeur du pape Boniface I", a été élu en septem­ bre 422, et consacré probablement le 10 septembre 422. 11 mourut on juillet 432, probablement le 27 du mois. Humain de naissance et diacre de l’Eglise romaine, Célestin fut élu sans contestation el remplit avec vigueur eldignité les devoirs de sa charge. Des lettresaux évêques d'Hlyrie (.Jaffé, 366). de Viennoise et Narbonnaise (Jaffé, 369), de Calabre et d’Apulie (Jaffé, 371), contiennent des recommandations relatives au maintien de la discipline surtout en matière d’élections épiscopales. En Afrique, le cas du prêtre Apiarius, destitué parson évêque, mais rétabli dans ses droits par l’évéque de Rome, avait soulevé une opposition très vive des évêques a l’exercice du droit d'appel auprès du siège de Borne. La querelle durait depuis le pontificat du pape Zosime (417-418). Célestin intervint par son légat Faustinus en faveur d'Apiarius qu’il avait reçu à la communion; mais les évêques d’Afrique, réunis en concile à Carthage (424ou 425), n'acceptèrent point sa décision et ils deman­ dèrent au pape de ne plus recevoir de semblables appels comme contraires aux privilèges de l’Église d’Afrique, au bon ordre des églises, à la prompte el sûre expé­ dition des affaires par les soins des conciles provinciaux ou généraux de l’Afrique. Mansi, t. tv, col. 515. Célestin eut à intervenir dans toutes les grandes querelles dogmatiques de l’époque : invoqué par Cyrille d Alexandrie contre Nestorius, il tient un concile à Rome <430/ et écrit à Cyrille pour lui communiquer la sen­ 2052 tence d’excommunication portée contre Nestorius, s'il n'abjurait sa doctrine hérétique dans un délai de dix jours après avoir reçu la sentence (Jaffé, 372), à Nesto­ rius lui-même (Jaffé, 374), au peuple et au clergé de Constantinople (Jaffé, 375). Ses trois légats au concile d’Ephèse (431) agirent de concert avec Cyrille d'Alexan­ drie. Après le concile, le pape s’emploie auprès de Théodose II et de Maximien successeur de Nestorius pour pacifier l’Église d'Orient (Jaffé, 385-388). Une lettre, favorable à la doctrine augustinienne et envoyée aux évêques de Gaule, a rapport au semipélagia­ nisme (Jaffé, 381 ), Dans la Grande-Bretagne, les pélagiens avaient réussi à convertir les Brites à leur doctrine. Célestin leur envoya l’évêque d’Auxerre, saint Germain, pour les ramènera la vraie foi (429)et il donna mission à Palladius et à quatre missionnaires d’entreprendre la conversion de l'Irlande (431). Jaffé, Regesta pontificum romanorum, 2· édit.. 1885. t. t. p. 55 sq.; Duchesne, Liber pontificalis, 1892, t. I, p. 230; /*. /... t. LX, col. 417-558; H. Grisai·, Geschichte Roms und der l’iipMe im Mittelatter, Fribourg-en-Brisgau, 1901, p. 65, 150, 289 293. 403; Hefele, Conciliengeschichte, 2- edit., 1875, t. il. p. 159 sq. IL Hemmer. II. CÉLESTIN l·'. LETTRE CONTRE LES SEMIPÉLA- GIENS ET LES CAPITULA ANNEXÉS. — Ces deux do­ cuments d'un grand intérêt pour l’histoire de l'augusti­ nisme et en particulier pour une sage appréciation de l’autorité accordée par l'Eglise au docteur d’IIippone. ont été déjà signalés. Voir Augustin, t. i. col. 246’3 sq.. et Augustinisme, ibid., col. 2518. Il suffira donc d’; 'li­ ter ici les compléments indispensables. — 1. Dislim ; cessilé de la grâce dans tout acte vertueux ; le c. vu ou sont approuvés trois canons de Cartilage (318). — DICT. DE THEOL. CATUOL. 20G0 3» Enfin la liturgie, dont on proclame le droit régula­ teur de la foi, inspire le c. vm (prières pour toutes les classes d'hommes, conservées aujourd'hui dans l'office de Parasceve, cf. même argument chez S. Augustin, Epist., ccxvii, ad Vitalem, n. 2, 26, P. L., t. xxxm. col. 978, et surtout 988), el le c.ixsur les exorcismes du baptême : il faut reconnaître que ces deux chapitres, tout en confirmant l'impression générale sur la foi de l’Êglise à la nécessité de la grâce, ont une portée moins précise et moins décisive dans la controverse semipélagienne. 3° La doctrine de ce document a été analysée, t. t, col. 2518; elle est parfaitement résumée dans la con­ clusion qui réduit tout â celle profession de foi : ·.· A la grâce de Dieu doit être attribué absolument tout ce qu’il y a de bien en nous, la bonne volonté et aussi le bon désir, l'achèvement et aussi le commencement. , Ce n’est donc point l'existence du péché originel qui est ici en vue comme dans les discussions contre Pelage; ce n’est même pas directement la nécessité de la grâce pour le bien, quoique celle-ci ait dû être rappelée (c. i, n, iv). C’est proprement l'universalité de cette nécessité pour tout homme et pour tout acte bon sans exception. Les semipélagiens, tout en admettant que la grâce de Dieu est nécessaire, distinguaient d'abord entre les personnes : pour les uns, disait Cassien, la grâce pré­ vient la bonne volonté, par exemple dans la vocation de Matthieu et de Paul; chez d'autres, la grâce dépend de la bonne volonté précédente, et il citait Zachée et le bon larron. Cf. Prosper d’Aquitaine, Contra collât., c. v, n. 1, P. L.,t. Li, col. 225. Ils distinguaient ensuite entre tels ou tels actes et en particulier entre la réali­ sation des bons désirs qui requiert la grâce, et ces dé­ sirs ou les premiers commencements de toute vertu qui dépendent de notre liberté seule et même attirent la grâce. Voir col. 1828. Les Capitula affirment donc la nécessité pour tous les cas sans aucune exception. Tel est le sens de ces for­ mules si universelles ; neminem esse per semetipsmn bonum (c. il); quod nemo nisi per Christum libero bene utatur arbitrio (c. tv); même les justes ont besoin de la grâce pour persévérer (c. ni); aucunactebonn'échapi’e à l'inspiration divine (c. v); même Vinilium, la seule pensée, le seul désir du bien (c. vi), les exordia bonté voluntatis (c. vin) requièrent le don de Dieu. On peut donc conclure que Dieu prévient toujours l’homme, ab ipsius gratia hominis mérita præveniri (conclusion', ce qui est la clef de la gratuité de la grâce. Si l’on compare cette série de décisions avec les ca­ nons du conciled’Orange (Arausicanum II; Denzinger, n. 144 sq.) envoyés eux aussi de Home un siècle plus tard sur le même sujet, on s’aperçoit vile de l’identité de doctrine; seulement la discussion d'un siecle a eu pour résultat une plus grande précision, et aussi une plus grande habitude des formules augustiniennes qui souvent forment la substance de ces canons. Aux semi­ pélagiens qui soutiennent que par les saints désirs, les prières, les larmes on peut obtenir les grâces, nos Ca­ pitula répondent simplement : Tout vient de Dieu, le commencement comme la fin de l'œuvre. Mais les ca­ nons d'Orange ajoutent expressément : Ces désirs. ■ s prières, ces larmes sont précisément un don de Dieu, et n'ont pu naître qu’en vertu d'une grâce prévenante. Can. 3-6. Les Capitula parlent du commence,,,en! d·’ tout acte bon; les canons d'Orange montrent que le dé­ bat s'est spécifié et concentré sur l’intltum fîdei. Enfin pour rassurer les esprits effrayés par le prédestinatianisme, nos Capitula affirment la liberté de l'homme; les canons d'Orange précisent et rejettent la prédestina­ tion au mal. Denzinger, n. 170. La bibliographie afférente à ces documents a été indiquée : 1· en ce qui concerne ta letue de Célestin et les Capitula, a pro­ li. — 65 2061 CELESTIN Ier (SAINT) - CELESTIN V (SAINT) pos de la controverse sur l’autorité de saint Augustin, au v* siè­ cle. t. i. col. 2470 ; 2· pour la controverse semipélagienne, ibid., col. 2557. E. PORTAMÉ. 2. CÉLESTIN II, pape, successeur d’innocent II, élu le 25 septembre 1143, et mort le 8 mars 1144. Gui Castello, originaire de Tiferno en Toscane, élève de Pierre Abélard, et réputé pour sa science, fut élevé au cardinalat en 1128, avec le litre de Saint-Marc; il devint légat en France en 1140 et essuya des reproches de saint Bernard pour la faveur montrée à Arnaud de Brescia. Il fut élu pour ses capacités après la mort d'innocent II. mais sa mort au bout de six mois de règne ne lui permit pas de rien faire de considérable. Jaffé, Regesta pant. rom.. 2' édit-, 1888, t. ir. p. 1-7 : Duchesne, Liber pontificalis, 1892, t. n, p. 885; Wattericb, Vine pont, rom., 1862, t. il. p. 276. H. Hemmer. 3. CÉLESTIN III, pape, successeur de Clément III, élu le 30 mars 1191. mort le 8 janvier 1198. Hyacinthe Bobo, le premier pape de la famille Orsini, avait 85 ans d’âge et 47 de cardinalat, quand il hérita de la succession de Clément III. Il n’était que simple diacre au moment de son élection (30 mars) et reçut la prêtrise le 13 avril et l’épiscopat le 14 avril suivant (samedi saint et jour de Pâques). Dés le 15 avril, il couronnait l’em­ pereur Henri VI et l'impératrice Constance. Tout son pontifical devait se passer â lutter contre cet empereur pour l’empêcher de réunir les deux couronnes d’Alle­ magne et de Sicile et d'étouffer ainsi les possessions du saint-siège. La résistance de Naples, mieux que les objurgations du faibleCélestin, fit échouer l’entreprise du roi qui dut rentrer précipitamment en Allemagne. C’est lui qui porte la responsabilité principale de la des­ truction sauvage de Tusculum abandonné aux fureurs du peuple romain; mais le pape à qui le sénat de Rome rétrocéda les ruines de la ville parut s’associer par sa faiblesse peut-être plus que par complaisance à cet acte inhumain. La même longanimité empêcha le pape de frapper à t inps de l’excommunication les auteurs de l’arrestation de Richard Cœur de Lion, traîtreusement emprisonné à son retour de croisade (Jaffé, 17119, 17205), et quand il le fit ce fut avec des ménagements singuliers pour la personne de l’empereur. Cela n’empêcha pas un retour offensif de Henri VI vers l’Italie méridionale, après la mort du roi Tancréde (1191); il lit crever les yeux an j une Guillaume III, s’empara du royaume de Sicile au nom de Constance et établit son frère et d’autres princes allemands dans l'Italie centrale. Pour calmer le pontife il lit miroiter à ses yeux un projet de croisade qu’il méditait réellement en vue de battre les infidèles et de conquérir l’empire grec. Le projet ne fut jamais exé­ cuté. En revanche, les usurpations sur le sainl-siège en Italie continuèrent, de même que les cruautés commises en Sicile, et peut-être la rupture eût-elle enfin éclaté, si Henri ne fût mort subitement â Messine le 28 septem­ bre 1197. Le vieux Célestin s'éteignit peu après l'empereur le 8 janvier 4198. La faiblesse du pape avait encouragé d’autres résis­ tances : en Angleterre, son légat, l’évêque d’Ely, à qui Richard absent pour raison de croisade avait confié le royaume, avait du mal à se faire reconnaître de Jean sans Terre et des barons; le pape le soutint de son mieux (Jaffé, 16765), mais sans grand résultat. L’intérêt du pape pour la croisade se marque par de nombreuses lettres en faveur des Templiers, des Hospitaliers, par l’approbation donnée à l'ordre des Chevaliers allemands (1191); mais Célestin dut relever Philippe-Auguste de son vœu à son retourde la croisade. Dans les affaires matrimoniales qui i itéressaient plus directement la religion, le pape montra plus de vigueur : Alphonse IX de Léon dut renoncer à cpvuser une princesse portugaise, et Philippe-Auguste 2062 vit casser la sentence de divorce rendue par des évêques complaisants. Jaffé, 17241-17243. A la vérité, il ne tint aucun compte des décisions du pape et il épousa même Agnès de Méranie sans que le pape prit des mesures plus sévères. Célestin III canonisa saint Jean Gualbert (!·’ oc­ tobre 1193). JalTé, Regesta pontificum romanorum, 2· édit., 4888. t. n, p. 577 sq. ; Wattericb, Vine pontificum romanorum, t. il, p. 708; P. L., t. ccvi, coi. 867; Toche, Kaiser Heinrich VI, Leipzig, 1807 ; Geschichte tier Stadl Rom, par Reunion!, t. n, p. 462; par Gregorôvius, 4" édit., t. iv, p. 591 : Dœllinger, La papauté, trad, franç. par Giraud-Toulon. Paris, 1004; llefele, Conciliengeschichte, 2' édit, par Knœpfler, t. v, p. 755. 11. Hemmer. h. CÉLESTIN IV, pape, successeur de Grégoire IX, élu le 25 octobre 1241, mort le 10 novembre suivant. Godefroy, cardinal-évêque de Sabine, élu malgré son grand âge, en pleine lutte de la papauté contre Frédéric II, par un collège de cardinaux très divisé, mourut au bout de quinze jours de règne. H eut pour successeur Innocent IV mais seulement en 1243. Regesta pontificum romanorum, 1874, t. i, p. 940. H. Hemmer. 5. CÉLESTIN V (SAINT), pape, successeur de Nico­ las IV, élu le 5 juillet 1294, démissionnaire du siège apos­ tolique le 13 décembre de la même année. Fils d'un paysan des Abruzes, Pierre, dit Murrone, naquit vers 1215 (au plus tôt vers 1210). et passa presque toute sa vie dans les exercices ascétiques. 11 était entré chez les bénédictins et avait mené la vie érémitique sur le mont Majella et sur le mont Murrone d’où lui vint son surnom. Des relations mal éclaircies avec les spiri­ tuels valurent au pieux ermite un renom qui lui attira des disciples et lui permit de fonder un ordre particulier, approuvé, dit-on, par différents papes el notamment par Urbain IV en 1264 et par Grégoire X en 1274; mais Pierre de Murrone abandonna à un vicaire le soin de gouverner son ordre lorsqu'il devint un peu nombreux. Rien ne le désignait pour la tiare, el il fut plus surpris que personne de se voir offrir la papauté. Nicolas IV était mort depuis deux ans (1292) et les factions des cardinaux Orsini et Colonna ne parvenaient pas à s’entendre. Le conclave, réuni à Pérouse, mena­ çait de s’éterniser, quand Charles 11. roi de Naples, fit aboutir la candidature de Pierre de Murrone. Les dépu­ tés du conclave ne purent d'abord parler â l’élu qu’à travers la fenêtre grillée de sa cellule. On parvint à lui faire agréer l'élection en y montrant le doigt de Dieu. Célestin V convoqua les cardinaux à Aquila, où il fit modestement son entrée sur un âne, et fut enfin sacré le 29 août 1294. Son inexpérience le livra aussitôt aux politiques et aux intrigants. Le roi de Naples, Charles le Boiteux, le décida à demeurer à Naples dans un palais où l'humble pape se contenta d'une chambre toute monacale, et se mit en devoir de l'exploiter pour conquérir la Sicile. Il se fit donner un appui moral et financier pour la guerre (Potthast, 23985) et comme la vieillesse de Célestin était un danger pour son influence, il tenta de s'assurer un rôle prépondérant dans le prochain conclave en faisant remettre en vigueur la constitution de Grégoire X sur les élections pontificales et en faisant procéder à une fournée de cardinaux choisis parmi ses créatures. Les affaires spirituelles, en dépit des bonnes inten­ tions du pape, étaient aussi mal conduites que les poli­ tiques. Une nuée d'intrigants et d'exaltés, appartenai.t au parli des spirituels franciscains et à la postérité spirituelle de Joachim de Flore, s’empressèrent de se rendre auprès du pape qui les avait connus dans sa retraite et qui ne voyait de leurs menées que le zèle apparent pour la réforme de l’Eglise. Timide à l'égard des cardinaux qu’il tenait loin de ses conseils, le pape Potthast, 2063 CÉLESTIN V (SAINT) — CELESTINS se laissait arracher des permissions, des faveurs spiri­ tuelles, des décisions qui menacèrent bien vile l’Eglise d'une vraie anarchie. Tandis que l’ordre des ermites de Pierre de Murrone recevait avec le nom de » céleslins » une constitution indépendante et une sorte de primauté sur les bénédictins; tandis que les frères mineurs du courant « spirituel >> devenaient par la grâce du pape les σ pauvres ermites céleslins », d'autres esprits moins faciles à discipliner, notamment les « frères apostoliques», entamaient une campagne dangereuse de prédications. La simplicité du pape le rendait peu propre au rôle de réformateur que l’on pouvait attendre d’un moine : le (ils du roi de Naples, laïque âgé seulement de vingt et un ans, fut nommé par lui archevêque de Lyon. Potthasl, 23990. Clément V, dans la bulle de canonisation de Ce­ lestin, ledita as­ tiques, par Ant. Becquet, in-4·, Paris, 1726; La vie admirable de notre glorieux Père saint Pierre Célestin, par doin Aurélien, in-8·, Bar-!e-Duc, 1873. J. Besse. CÉLESTIUS Voir Pelage et Pélagianisme. CELESTRE Antoine, de Palermo, issu d’une fa­ mille noble, entrait chez les religieux du tiers-ordre régulier de Saint-François, le 13 octobre 1664, âgé de seize ans jour pour jour. Il étudia avec succès et professa la philosophie et la théologie dans les couvents de son ordre à Messine, Rome, Padoue et Milan; il gouverna les provinces de Rome et de Sicile et remplit la charge de procureur général de sa congrégation. Le P.Celestre mourut à Palermé le 19 mars 1706. Il publia : Chri­ stiana catholica religio contra gentiles, mahumetanos, hebræos el sectarios 23 propositionibus demonstrata, in-12, Rome, 1683; pendant quinze jours l'auteur sou­ tint publiquement ces propositions ; Tabula conciliorum generalium omnium quæ hucusque exstabant ad stu­ diosorum sacræ eruditionis commodum et memorise facilitatem, in-fol., Rome, 1684; cet ouvrage fut réé­ dité en 1700 par le P. Bonaventure de Saint-EIie de Palerme : Conciliorum œcumenicorum schema. Le P. Celeslre laissait en mourant un manuscrit prêt pour l'im­ pression : Sensus germanus omnium propositionum summis pontificibus damnatarum. Mnngitore, Bibliotheca sicula, Palermo, 1707, 1.1, p. 59 ; Sbaralea, Supplementum et castigatio ad scriptores ord. mino­ rum, Rome, 1806. P. Édouard d’Alençon. CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE. Telle que nous nous proposons de l’étudier, la pratique du célibat ecclésiastique embrasse deux périodes : la l" (du t" au IV’ siècle), où le célibat est en honneur sans être pro­ prement obligatoire, tant pour l’Église latine que pour l’Église grecque ; la 2e (du IVe au xlt» siècle), où il est soumis à des lois précises, beaucoup plus rigoureuses en Occident qu’en Orient : nous suivrons le développe­ ment de ces lois, en Orient jusqu’au concile Di Trou > (692), en Occident jusqu’au concile de Latran 1123 . I. La pratique du célibat, du i»r au iv° siècle. — Saint Paul a tracé, à plusieurs reprises, le portrait de l’évêque selon le cœur de Dieu. « L’évêque doit être, notamment, l'homme d'une seule femme, » δε; τον i-:c/.·.πον είναι μιας γυναίκας ανορα. II fait cette recomman­ dation à Timothée et à Tite. I Tira., ni, 3; Tit.. 1. 6. Mais les termes qu’il emploie ont été diversement inter­ prétés. Certains critiques ont fait porter l'aceeut de b 2009 CÉLIBAT ECCLESIASTIQUE 2070 xxxvii, ad episcop. Nucerinum, c. n, P. L., t. xx, phrase sur le premier mot : δει, dont compris que col. 604; S. Léon, Epist., xn, c. v, P. L., t. i.iv, col. 652. l'apôtre exigeait que toutévêque eût une femme. Ce sen­ Voir Bigamie (Irrégularité), col. 884. timent n’est pas seulement celui de quelques modernes; On donna même à l’interdiction de l’apôtre une saint Jean Chrysostome atteste que plusieurs l avaient extension qu’elle n'avait pas nécessairement, mais qui déjà de son temps : τινές δέ, ΐνα μιας γυναικός άνήρ fut suggérée aux exégètes par les prescriptions de ή, φασι τοΰτο ειρήσύαι. hi Epist. 1 nd Timoth., homil. x, l’Ancien Testament, Lev., xxi, 14 : fut considéré comme ί. P. (·'., t. i.xxn. col. 54. Mais une telle interprétation, bigame celui qui épousait une veuve; le 18’ canon apos­ si on la juge à la lumière de la parole du Sauveur sur tolique interdit de l’admettre aux ordres sacrés, Mansi, ceux qui se castraverunt propter regnum cæloruni, t. i, p. 52, et les papes Innocent I‘r et Léon le Grand Matth., xtx, 12, est sûrement inadmissible. 11 serait renouvellent la même défense. Léon, Epist., xn, c. v, également impossible de la concilier avec le souhait loc. cit. ; cf. Innocent, Epist., XXVH, loc. cil. que forme saint Paul quand il dit : Volo enim omnes Cependant la loi de la monogamie cléricale reçut en vos esse sicut meipsum, I Cor., vu, 7, ou avec les certains pays une interprétation beaucoup plus large. conseils qu’il donne quand il détermine les meilleures Théodore de Mopsueste, considérant que la polygamie dispositions de Pâme pour s’adonner au service de simultanée était un usage en vigueur chez les païens et Dieu : Volo vos sine sollicitudine esse : qui sine uxore même chez les Juifs, pensa que saint Paul se proposait est, sollicitus est quæ Domini sunt, quomodo placeat uniquement d'interdire cet abus aux chrétiens en la Deo, etc. I Cor., vu, 32-34. Bien que ce souhait et ces personne de ceux qui se destinaient aux ordres sacrés, conseils ne s’adressent pas spécialement à l’évêque, ils mais n’entendait pas pour cela faire de la polygamie suc­ s’appliquent à lui excellemment et plus qu’à tout autre. cessive un empêchement à l'épiscopat. Catena Grœco11 est donc invraisemblable que, dans les Epitres à rum Patrum in N. T., édit. Cramer, t. vu, p. 23-26. Timothée et à Tile, saint Paul ait fait, à celui qui re­ Théodoret partage ce sentiment, comme on le voit par présente éminemment le clergé, une obligation de se son commentaire de l’unius uxoris virum, P. G., t. lxxxii, marier. col. 805. En fait, on rencontre dans l’Église, non seule­ L’accent de la phrase porte non pas sur δει, mais sur ment au ni’ siècle, mais encore au 1V° et au v», un cer­ μιας, et le sens en est que l’évêque ou le prêtre ne doit tain nombre de prêtres ou même d’évêques qui ont été pas avoir été marié plus d'une fois, en d’autres termes plusieurs fois mariés. Ce n’est pas seulement Tertullien, qu’un bigame (il s’agit de bigamie successive) ne saurait De monogamia, c. xn, loc. cit., et Hippolyte, Philosoêtre élevé aux ordres sacrés. Telle est, du reste, l’inter­ prétation qui a toujours prévalu dans l’Église. Nous la phoumena, 1. IX, c. xn, P. G., t. xvi, col. 3385, qui l'at­ testent pour le malin plaisir de trouver les catholiques rencontrons déjà au commencement du ni’ siècle. Teren défaut. Théodoret le rapporte également en toute lullien y fait allusion, De exhortatione castitatis, c. xi, simplicité d’àme. Epist., c. x, P. G., t. xxxin, col. 1305. P. L., t. t, col. 936, où, s’élevant contre les secondes et les troisièmes noces, il glorifie, en passant, le prêtre Si l'on en croit l’auteur des Pliilosophoumena, 1. IX, c. xn, le pape Callisle (217-222) aurait admis aux ordres monogame : sacerdotem de monogamia ordinatum. majeurs, voire à l’épiscopat, des clercs mariés deux ou 11 se plait même à reconnaître que cette loi de la mono­ trois fois; il aurait même autorisé les prêtres veufs à se gamie était chez les catholiques l’honneur du sacerdoce, et pour en faire une loi générale applicable à tous les remarier : ΈπΙ τούτου ήρξαν-ο έπίσχοποι και πρεσδύτεροι κα’ι διάκονοι δίγαμοι και τρίγαμοι καΟιστασΟαι εις κλήρους· chrétiens, i) s’efforce d’établir que, selon la foi, tous les chrétiens sont prêtres. De monogamia, c. xn, P. L., t. n, Et δε τις εν κλήροι ώ'ν γαμοίη, μένειν τον τοιοΰτον έν τώ κληρω ώς μή ήμαρτηκότα. Mais ces prêtres ou ces évêques col. 947. Vers la fin du tv" siècle, les Constitutions bigames, comme on les appelait, formaient certaine­ apostoliques étendent jusqu'au clergé inférieur, « sousment une exception dansleclergé; d’après une règle qui diacres, chantres, lecteurs et portiers, » l’obligation de finit par être universellement admise, la bigamie, même renoncer à un second mariage. L. VI, c. xvn, P. G., t. i, successive, constituait un cmpèchemen taux ordres sacrés. col. 957. L’Église exige donc, avec saint Paul, que l’évêque Il est vrai que tous les docteurs catholiques n’étaient soit monogame. Va-t-elle plus loin et exige-t-elle qu’une pas d'accord sur ce qu’il fallait entendre par un second fois élevé à l’épiscopat, le pontife renonce à ses droits mariage chez les chrétiens. Le 17’ canon apostolique conjugaux? Ce serait assurément forcer le sens des (fin du IV’ siècle) n’exclut des ordres sacrés que celui mots unius uxoris virum, de prétendre que l’apôtre re­ qui s’est marié deux fois après son baptême. Mansi, commandait à l’évêque marié de ne pas user du ma­ Concil., t. t, coi. 52. Dans ce système un mariage riage. A supposer que le célibat fût une loi déjà posée contracté avant le baptême ne comptait pas, au regard par les douze, il serait bien étonnant que saint Paul de la prescription de saint Paul. Telle était, semble-t-il, n’eût pas trouvé d’autres expressions que celles dont la pratique générale en Orient. Et saint Jérôme luiil se sert, I Tim., ni, 2; Tit., i, 6, pour en parler et même s’étonne qu'on puisse interpréter autrement la surtout pour en intimer l'observation. Mais de celle pré­ recommandation faite à Timothée. « L'univers est plein, tendue loi, il n’existe de trace nulle part. Il convient dit-il, de clercs qui, ayant été mariés avant leur bap­ donc d’interprêter l'apôtre d'après lui-même; la mono­ tême et devenus veufs, ont après leur baptême épousé gamie qu’il recommande n'exclut pas le droit, pour une seconde femme, et je ne parle pas des prêtres et l’évêque marié, de cohabiter avec son épouse. des diacres, je parle des évêques : le nombre en est si De fait, l’antiquité chrétienne l’a ainsi compris. grand qu'il dépasse celui des Pères du concile de Nombre d'évêques, de prêtres et de diacres mariés Bimini » (environ trois cents). Epist., lix. ad Oceanum, usèrent du mariage, bien qu’un nombre apparemment n. 2, P. L., t. xxn. col. 654. Ailleurs, Apol. contra Jiuplus considérable s’aslTeignirent de bonne heure à la pnum, 1. I, saint Jérôme est plus réservé et dit simple­ ment : Istius modi sacerdotes in Ecclesia esse nonnul­ continence. Ce n’est pas en vain que le Christ avait dit en par­ los. En Occident, celte sorte de clercs bigames formaient lant de la continence : qui potest capere, capiat. Matth., sans doute une exception. L'élonnemenl qu’ils inspirent au correspondant de saint Jérôme le donne à entendre. ! xix, 12. Avant même que les moines el les cénobites eussent élevé cette vertu à la hauteur d’une institution En tout cas, les papes saint Innocent et saint Léon ne sociale, l’élite du clergé catholique avait eu à cœur de distinguent plus, dans l’application de la règle posée la pratiquer. Les écrivains des premiers siècles en par saint Paul, entre le mariage contracté avant et le font foi. mariage contracté après le baptême; ils excluent des Dès le début du 111" siècle, Tertullien signale à un saints ordres tous les bigames. S. Innocent. Epist., 207 J CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE 2072 veuf qui voulait se remarier, comme un spectacle l'Orient que pour l'Occident, quand il répond à Vigi­ lance, adversaire déclaré du célibat ecclésiastique : « Que capable de le détourner de son dessein, la beauté in­ comparable du célibat ecclésiastique. « Combien en deviendraient (dans votre système) les Églises d'Orienl? voyons-nous dans les ordres sacrés qui ont embrassé la que deviendraient les Eglises d'Égypte et de Rome, qui continence, qui ont préféré se marier à Dieu, qui ont n’acceptent des clercs que vierges ou continents, ou rétabli l'honneur de leur chair et, fils du temps, se qui exigent, quand elles ont affaire à des clercs mariés, sont sacrés pour l'éternité, mortifiant en eux la concu­ que ceux-ci renoncent â tout commerce avec leurs piscence du désir et tout ce qui est exclu du paradis. » épouses? » Adversus Vigilantium, c. il, P. L., t. xxhi, De eahorlalione castitatis, c. xm, P. L., t. n, col. 390. col. 341. Vers le même temps, Origêne tenait un langage à Après cela, il est bien difficile de méconnaître que la peu près semblable. Il fait remarquer que, dans le dé­ pratique du célibat ecclésiastique fut en honneur dans nombrement des vêtements sacerdotaux de l'ancienne les premiers siècles de 1ère chrétienne. .Mais on est loi, l'Exode ne s’accorde pas avec le Lévitique; pendant allé plus loin ; on a prétendu que les textes que nous ve­ que l'Exode en cite huit, le Lévitique n’en mentionne nons d'alléguer et d'autres encore témoignaient que que sept : les /emorijdta ou jambières manquent à sa celte pratique était l’effetd’une loi apostolique. Les textes liste. Le savant alexandrin s'étonne de cette divergence autorisent-ils une telle opinion? et en cherche la raison. Les femoralia, dit-il. figu­ Origène, dit-on, oppose la paternité spirituelle du sa­ raient la chasteté; s'ils manquent dans l’énumération du cerdoce catholique à la paternité corporelle du sacer­ Lévitique, c’est que les prêtres de l’Ancien Testament doce juif. C’est donc que, dans sa pensée, il n’était pas n'étaient pas tenus de pratiquer cette vertu perpé­ permis aux prêtres du Nouveau Testament de procréer tuellement, mais seulement pendant la durée de leur des enfants; une semblable interdiction suppose une service au Temple. Et il ajoute : « .le me garderai bien loi existante. Bickell, Zeitschrift fût halhol. Théologie, d'appliquer cette interprétation aux prêtres de la loi t. It, p. 44-46; t. ni, p. 794. Nous répondrons : Origene nouvelle. » In Levit., homil. vi, 6, P. G., t. xn. col. 474. ne mentionne pas cette loi ; son argumentation ne la Par là, ne donne-t-il pas clairement à entendre que les suppose pas nécessairement; elle se comprend aussi prêtres catholiques devaient observer non pas tempo­ bien si l'on admet tout simplement que le célibat était rairement, mais à perpétuité, la continence? Aussi, généralement observé de son temps et formait l'idéal du continuant son commentaire, il compare et oppose en sacerdoce chrétien. Son texte n’est donc pas de nature quelque sorte la paternité corporelle des prêtres de à trancher la question. l'ancienne loi à la paternité spirituelle des prêtres de la Tertullien, quoi qu'on en dise, n’est pas plus expli­ loi nouvelle : « Dans l’Église aussi, les prêtres peuvent cite. Quanti et quanlæin ecclesiasticis ordinibus de conavoir des enfants, mais à la manière de celui qui a dit : linenliacensentur? Le sens du mot quanti, qui peut si­ Mes enfants, je soutire pour vous les douleurs de l’en­ gnifier : « combien (parmi lesclercs) observent librement fantement jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous. » la continence, » ou : « combien sont nombreux les clercs, Une telle explication suppose (pie les prêtres catholi­ qui (tous) observent la continence ! » doit être déterminé, ques, s'ils n'étaient pas tenus, par une loi proprement assure-t-on, par le sens du mot q nantie qui l'avoisine. dite, d'observer la continence, la pratiquaient du moins Or celui-ci s’applique aux veuves, aux diaconesses et ordinairement. aux vierges, qui, toutes sans exception, étaient néces­ La même impression se dégage des textes patristiques sairement astreintes à la chasteté. C'est donc que, selon du tv' siècle. Eusèbe (t 340), examinant, au cours de sa Tertullien, le devoir de la continence s’imposait sembla­ h .monstration évangélique, les raisons pour lesquelles blement à tous les clercs : autrement, l'exemple qu'il la procréation des enfants est moins en honneur sous la proposait à son interlocuteur n’aurait pas été probant. loi nouvelle que dans l'Ancien Testament, fait observer Si quelques clercs usaient du mariage, il n'y avait pas de que la continence convient aux prêtres et â tous ceux raison pour qu’un laïque ne fil pas comme eux. Bickell, qui sont employés au service du Seigneur : Ιερωμέ­ ibid., t. n. p. 38-42. En bonne logique celte argumenta­ νους... άνέ/ειν λοιπόν σφά; αυτούς προσήκει τής γαμική; tion est irréfutable. Mais d'une façon oratoire (et l'on ύμιλίας. L. I, c. tx, P. G., t. χχιι, col. 81. C’est dans le sait que cette façon est toujours la sienne). Tertullien même sens que saint Cyrille de .Jérusalem écrit : « Celui pouvait proposer pour modèle â un veuf la majorité (évêque, prêtre ou diacre) qui veut servir comme il aussi bien que la totalité des clercs. L'exemple, sans être convient le Fils de Dieu s'abstient de toute femme : » aussi convaincant, n'en eût pas moins été persuasif. Et γαρ ό τώ υίώ καλώ; ΐερατεύων άπέχεται γυναικος. quand on prendrait son argumentation à la lettre, il Cal., xn, c. xxv, P. G., t. xxxm, col. 757. faudrait encore prouver que le clergé dont il parle ob­ Une lettre célébré de Synésius, ce philosophe néopla­ servait la continence en vertu d'une loi apostolique et tonicien devenu malgré lui évêque de Ptolémaïs, montre non en vertu d une coutume plus ou moins récente. 11 combien l'idée de la continence épiscopale était entrée serait bien étonnant que Tertullien, s'il eût connu une avant dans les mœurs. même en Orient, aux environs de pareille loi, n'en eût pas fait état. En somme, son lan­ l'an 100. « .le ne puis, dil-il, cacher à mon frère ce que gage se réduit à ceci : « Combien de clercs — soit la to­ je veux que tout le monde sache... Dieu, la loi et la talité. soit la majorité (plutôt la majorité) — vivent dans main sacrée de Théophile (évêque d’Alexandrie) m'ont le célibat! Pourquoi n’en feriez-vous pas autant? Et donné une épouse. Or, je déclare hautement que je n'en­ la question de l’origine du célibat ecclésiastique reste tends ni me séparer d'elle, ni avoir avec elle des entière. rapports clandestins, à la manière des adultères. La sépa­ On ne saurait non plus la trancher avec le texte ration serait impie; les rapports clandestins seraient d'Eusèbe. Demonsl. evang., I, 9. L’évêque de C-'sarée contraires à la règle du mariage, .le veux donc avoir entreprend d'expliquer pourquoi la loi nouvelle ne fa­ d'elle de nombreux enfants. » Epist., cv, P. G., t. lxvi, vorisait pas autant que l'ancienne la procréation des en­ col. 1485. Les critiques, cf. Koch, Synésius von Gyrene fants. Voici son raisonnement : « Les docteurs et les bei seiner Wahl und Weihe zum Bischof, dans llistoprédicateurs de la parole de Dieu observent nécessai­ risches Jahrbuch, 1902, p. 751 sq., estiment que Syné­ rement la continence, afin de s’adonner plus entière­ sius reçut l’épiscopal dans ces dispositions. Sa déclara­ ment à des œuvres supérieures : μάλιστα δ'ούν τούτοι; tion n en témoigne pas moins que, de son temps, les άναγκαίω; τανΰν διά την περϊ τα κρείττω σχολήν ή τών évêques mariés, en recevant les saints ordres, avaient γαμών άναχώρησι; σπουδάζεται. Ils forment une posté­ coutume de renoncer à leurs droits conjugaux. rité divine et spirituelle et ne se bornent pas à faire C'est ce qu'atteste également saint Jérôme, tant pour j l'éducation d’un ou deux enfants, mais s'occupent d'une 2073 CÉLIBAT ECCLESIASTIQUE multitude innombrable. » Il ajoute : « Les lois du Nou­ veau Testament n’interdisent pas la procréation des en­ fants : elles ordonnent plutôt quelque chose de sem­ blable à ce qui regardait les justes de l’ancienne loi, car, dit l'Écriture, il faut que l’évéque ait été l’homme d'une seule femme. Cependant il convient que ceux qui ont été sacrés et qui sont au service du Seigneur s’abs­ tiennent ensuite de tout service conjugal. Quant à ceux qui ne sont pas liés à ce service, l'Écriture leur accorde plus de latitude, et elle prêche à tous que le mariage est honorable. » P. G., t. xxn, col. SI. Eusèbe déclare donc que la continence convient aux évêques et aux prêtres; ίεοώμενους προσήκει. Il témoigne encore que le service dt Seigneur n’est guère compatible avec le souci de la famille. Soit! Mais d'une loi du célibat on cherche en vain ia trace dans son argumentation. S’il eût connu une règle pareille, il lui eût été facile de répondre à ses adversaires : « La loi ne regarde que le clergé supé­ rieur, mais les clercs inférieurs, à plus forte raison les fidèles, peuvent et doivent user du mariage et du lit immaculé. » Au contraire, il assure que l'Écriture prêche â tous la sainteté du mariage. Il n'entend donc pas qu'une loi positive rende le célibat obligatoire pour les clercs. La convenance seule les astreint à la continence : προσήκει. Saint Cyrille de Jérusalem n’enseigne pas une autre doctrine, quand, pour établir que le Sauveur du monde devait naître d'une vierge, il fait observer que le prêtre qui est au service du Seigneur, s'il veut bien remplir son office, doit s’abstenir de la femme; il ne parle pas d'une loi de la continence obligeant tous les prêtres, il parle de la pratique des prêtres soucieux de leur dignité : καλώς ίερατευων. Cat., xn, c. xxv, P. G., t.xxxiu,col. 757. Saint Jean Chrysostome, qu’on invoque comme témoin de la loi du célibat ecclésiastique, montre plutôt que cette loi lui est inconnue. A propos du texte de saint Paul à Timothée, il marque bien qu'on peut entendre les mots : unius uxoris virum, de celui qui n’a pas d'épouse, ou de celui qui, ayant une épouse, vit comme s'il n’en avait pas. Mais il fait observer que cette inter­ prétation n'est pas celle de tous les interprètes : τινέ; μέν ούν φασιν. In Epist. I ad Tim., homil. x, 1, P. G., t. i.xn, col. 549. Un peu avant, col. 547, il dit même que, d'après certains docteurs, l'apôtre exigeait que tout évêque eût une femme, et, sans approuver celte exégèse qui scandaliserait les modernes, il ne lui oppose aucun démenti fondé sur une loi ecclésiastique en vigueur. On objecte qu’il fitcondamner Antonin, évêque d’Éphèse, accusé d’avoir repris sa femme, qu’il avait d’abord ren­ voyée, et d’en avoir eu des enfants dans la suite. Pal­ ladius, Vila S. Joannis Chrysostomi, c. xin, P. G., t. XLvn, col. 48. Mais la culpabilité de cet Antonin est un cas de conscience tout particulier, qui n’a rien à voir avec la loi du célibat proprement dite. Lors même que les évêques auraient eu le droit de continuer le com­ merce conjugal après leur sacre, celui-ci ne pouvait plus en user sans faute, parce qu’il avait librement renoncé à le faire. Quand saint Jérôme oppose à Vigilance la pratique des Églises d'Orient et d’Occident, où les clercs sont vierges ou continents et, s’ils ont des épouses, cessent d’être maris : aut si uxores habuerint, mariti esse de­ sistunt, Advers. Vigilantium, c. n, P. L., t. xxtil, col. 341, il parle d’une coutume généralement suivie, il se garde bien d’invoquer une règle ecclésiastique, qui n’existait pas. Jérôme n'est donc pas, comme on l’a dit, un témoin delà loi du célibat. Peut-on invoquer avec plus déraison saint Epiphane? A entendre Bickell, Zeitschrift für kathol. Théologie, t. il, p. 47-49; t. m, p. 795sq., le té­ moignage de l’évêque de Salamine serait décisif et résume­ rait la pensée de l'antiquité chrétienne. Dans sa réfuta­ tion des montanistes, Epiphane s'exprime ainsi : « Le 2074 Dieu Verbe honore la monogamie et il prétend répandre les charismes du sacerdoce, comme en un parlait exem­ plaire, dans ceux qui après le mariage ont observe la continence ou dans ceux qui ont toujours gardé leur virginité. Et ses apôtres ont sagement et saintement for­ mulé cette règle ecclésiastique du sacerdoce : τον έκκλησιαστικ'ον κανόνα τής ιεροσύνης. » Hær., hier. XLVIll, c. IX, P. G., t. xli, col. 868. Ailleurs il complèle sa pensée : « La sainte Eglise respecte la dignité du sacerdoce à ce point qu'elle n’admet pas au diaconat, à la prêtrise, à l'épiscopat, ni même au sous-diaconat celui qui vil en­ core dans le mariage et engendre des enfants; elle n'y admet que celui qui marié s’abstient de sa femme, ou celui qui l’a perdue, surtout dans les pays où les canons ecclésiastiques sont exactement observés (?). A la vérité, en certains endroits, les prêtres, les diacres el les sousdiacres continuent à avoir des enfants. Je réponds que cela ne se fait pas selon la règle, mais à cause de la mollesse des hommes, parce qu’il est difficile de trou­ ver des clercs qui s'appliquent bien à leurs fonctions. Quant â l’Église qui est bien constituée et ordonnée par l'Esprit-Saint, elle a toujoursjugé plus décent que ceux qui se vouent au saint ministère n’en soient distraits, au­ tant que possible, par rien, et remplissent leurs fonc­ tions spirituelles avec une conscience tranquille et joyeuse. Je dis donc qu'il convient que le prêtre, le diacre ou l’évéque soit tout à Dieu dans ses fonctions et ses obligations, car si l’apôtre recommande même aux fidèles de vaquer à l'oraison de temps en temps, combien plus fait-il un devoir au prêtre de se libérer de tout ce qui peut le distraire ou le dissiper dans l'exercice de son ministère. » Hær., hær. i.tx, c. tv, col. 1024. Bickell trouve dans ces textes tout ce qu’exige sa thèse, non seulement la pratique, mais la loi du célibat, κανόνα, et une loi qui remonte aux apôtres, voire au Christ. Il est permis de penser qu'il y voit plus de choses qu’ils n'en contiennent en réalité. A supposer que saint Épi­ phane ait prétendu que la loi du célibat ecclésiastique remontait aux apôtres, il ne faudrait pas encore l’en croire sur parole. On sait assez et nous l'avons déjà remarqué à propos du jeûne quadragésimal, voir col. 1726, que les Pères reportent trop facilement aux temps apostoliques les institutions dont ils ne connais­ sent pas l’origine. Le témoignage de saint Epiphane n’aurait donc de valeur qu’autant qu'il serait appuyé par d’autres documents, Or, d'une part, ces documents font défaut, et, d’autre part, le texte de saint Epiphane est loin d’avoir la signification qu’on lui prèle. Quand il indique la monogamie comme règle ecclé­ siastique du sacerdoce, il ne fait que répéter la recom­ mandation de saint Paul. S’il affirme ailleurs que la sainte Église n’admet aux ordres sacrés, y compris le sous-diaconat, que les vierges ou ceux qui mariés re­ noncent à l'usage de leurs droits conjugaux, il a soin de marquer que cette règle n’est pas observée partout. Et les mots dont il se sert sont à retenir. Il ne dit pas comme traduit Bickell : « Le célibat est en vigueur sur­ tout dans les pays où les canons ecclésiastiques sont exactement observés, » mais : « surtout dans les pays où régnent de sévères canons ecclésiastiques : » μάλιστα οπού ακριβείς κανόνες ο! Εκκλησιαστικοί. A la vérité, il ajoute que, « si dans quelques endroits les prêtres, les diacres et les sous-diacres continuent d'avoir des enfants, cela n’est pas selon la règle, τούτο ού παρά τον κανόνα, mais bien plutôt par suite de la lâcheté des hommes. · Mais le mot κανών n'a pas ici le sens strict de « règle ou de « loi » ecclésiastique, il signifie simplement, comme le prouve le contexte, « l'idéal » que se propose l’Église. Bref, la doctrine de saint Epiphane se réduit à ceci : « Le célibat ecclésiastique est d'un usage géné­ ral au IV’ siècle; l’Église le recommande et l'impose au­ tant qu’elle peut; il répond à son idéal, cela est conve­ 2075 CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE 2076 nable, très convenable, πρέπον έστί. Mais cet idéal , la discipline durant les quatre premiers siècles. Et c'est sans doute ce que voulait dire l’évéque de Bulla regia. n’est pas réalisé partout. » Nulle part, l’évéque de Sa­ S’il entendait faire allusion à une loi apostolique du céli­ lamine ne laisse entendre que les clercs qui n'observent bat des prêtres, il lui eût été impossible de justifier son pas le célibat violent une règle apostolique. Cf. Funk, opinion par le moindre document historique. Cf. Funk, Côlibat und Priesterehe im chrisllichen Altertuni, Côlibat und Priesterehe, p. 141. p. 131-134. Non seulement rien n'appuie celte opinion, mais de A côté des textes assez spécieux de saint Epiphane, le nombreux textes la contredisent plutôt. Nous laisserons reste de ceux que Bickell allègue encore en faveur de de côté ceux dont le sens peut être plus ou moins dis­ sa thèse ont bien peu de portée. Je ne parle pas seule­ cutable, par exemple, le passage d'un poème où saint ment des canons de la Constitution apostolique égyp­ Grégoire de Nazianze donne à entendre que, lorsqu'il fut tienne, XVI, 2: Καλόν μεν είναι άγΰναιος, ε·. δέ μη, από engendré, son père était déjà évêque, Carmen de vita μιας γυναικός (remarquer le mot καλόν, qui exclut toute idée de règle positive), et de quelques expressions du sua, v. 512 sq. ; cf. Funk, op. cit., p. 142; l’hislo're du Syrien Aphraate, Zeitschrift fi'ir kalhol. Théologie, t. ni, prêtre Novat de Carthage qui par ses violences fit avor­ p. 797 (le texte allégué a trait à la vie monastique et ter sa femme, au dire de saint Cyprien, Epist., vu, ad non à la vie sacerdotale ; cf. Funk, Côlibat und Pries­ Cornelium, c. n, P. L., t. ni, col. 729; le droit que terehe, p. 137) ; ni saint Éphrem, ni le pape Sirice, ni revendique Synésius de cohabiter avec son épouse après les Pères du concile de Carthage de 390 n’ont davan­ son sacre, Epist.,cv, P. G., t. lxvi, col. 4485; l'allusion tage les sentiments que Bickell leur attribue. que saint Athanase fait aux évêques mariés et pères de Saint Éphrem, faisant l’éloge d’Abraham, évêque famille, dans sa lettre au moine Dracontius. Epist. ad d'Edesse, écrivait : « Quelque soin que le prêtre apporte Draconlium, c. ix, P. G., t. xxv, col. 533; cf. Funk, à sanctifier son esprit, à purifier sa langue, à se laver Côlibat und Priesterehe, p. 145. Il reste assez d'autres les mains et â tenir tout son corps net, il n’en apportera témoignages pour établir que, si la continence était ob­ jamais assez pour sa dignité; il doit être pur à toute servée par la plupart des clercs mariés, après leur élé­ heure, parce qu’il est comme un médiateur entre Dieu vation aux ordres majeurs, l’Église autorisait néanmoins et l'humanité. Loué soit celui qui purifie ainsi ses ser­ ceux qui ne se sentaient pas de vocation pour le célibat, viteurs. » Bickell, Carolina Nisibena, 1886, p. 112. Et la à user de leurs droits conjugaux. première strophe du poème suivant continue ainsi : Clément d'Alexandrie est un des plus anciens témoins ο Tu vérifies pleinement le sens de ton nom, Abraham, de cette liberté sacerdotale. Ayant l’occasion de com­ car tu es devenu le père d’une multitude; cependant tu menter les textes de saint Paul, I Cor., vu, 32 ; 1 Tim..v, n’as pas d’épouse, comme Abraham avait Sara ; mais ton 14, où l'apôtre exprime son désir que les jeunes filles se marient, il ajoute immédiatement : « Certes l’Église épouse, c’est ton troupeau. » Un peut admettre que la continence est comprise dans la vertu de pureté que admet fort bien l'homme d’une seule femme, qu’il soit recommande saint Éphrem; mais il ne s’ensuit pas prêtre, diacre ou laïque ; s’il use irréprochablement du quelle soit l'objet d'une loi apostolique. El si Abraham mariage, il sera sauvé en engendrant des enfants, n’a d’autre épouse que son troupeau, rien ne prouve να'ι μήν και τον τής μιας γυναικός άνδρα πάνυ αποδέχεται, qu’il personnifie tout l'épiscopat syrien de son temps, καν πρεββΰτερος η, καν διάκονος, καν λαϊκός, άνεπίληπτως encore moins celui du temps passé. γάμω χρώμ-νος, σωΟήσεται δέ διάτής τεκνογονίας. Strom., Nous verrons plus loin que le pape Sirice a rendu le I. Ill, c. xn, Ρ. G., t. vm, col. 1189. En vain Bickell a célibat des prêtres obligatoire. Bickell prétend que la entrepris de détourner cette phrase de son vrai sens, en décrétale qu’il adressa sur ce sujet et sur plusieurs au­ prétendant qu’elle n’accordait qu’aux laïques le droit de tres points de disciplineaux évêques d’Afrique.fait remon­ procréer des enfants. Zeitschrift für hàthol. Théologie, ter cette obligation aux apôtres. La décrétale renferme t. ni, p. 799. Le D' Funk a fort bien prouvé qu’une telle bien, en effet, les mots : apostolica et palrum institutio. interprétation était tendancieuse et condamnée tout à la P. L., t. xm, col. 1155. Mais ces termes généraux sont fois par le contexte et par la grammaire. Côlibat und en tète des neuf chapitres, et il n'y a aucun motif de les Priesterehe, p. 146-148. appliquer particuliérement au canon qui traite du céli­ Le canon 10· du concile d’Ancyre (314) éclaircirait, au besoin, la question en ce qui concerne le diaconat. bat. Si le pape avait eu connaissance d'une loi aposto­ lique en ces matières, il n'aurait pas manqué de la « Les diacres, y est-il dit, qui, lors de leur ordination, ont rappeler à Himère, évêque de Tarragone, P. L., t. xm, attesté qu’ils voulaient prendre femme parce qu'ils ne col. 1131, pour faire cesser le scandale donné par les pouvaient demeurer ainsi (dans le célibat), continueront, évêques espagnols qui vivaient encore dans le mariage, s'ils prennent femme plus tard, à exercer le ministère, malgré les prescriptions du concile d’Elvire. parce que ce leur aura été accordé par l’évéque. Au concile de Carthage en 390, Épigone, évêque de Mansi, t. n, col. 517. Si les Pères du concile autorisaient tous les diacres à se marieraprès leur ordination, â plus Bulla regia, déclare qu’il « convient que les évéques, les forte raison rcconnaissaient-ils à ceux qui étaient déj i prêtres et les diacres observent absolument la conti­ mariés avant de recevoir les ordres, le droit d’user du nence, afin qu’ils puissent obtenir simplement de Dieu mariage. ce qu’ils demandent. De la sorte, ajoutait-il, nous obser­ verons ce que les apôtres ont enseigné et ce qu’a observé ün peu plus tard, le concile de Gangres reconnaît le même droit aux prêtres ; il lance l’anathème contre celui l'antiquité elle-même ». Sa proposition fut acclamée qui prétendrait qu’il ne faut pas participer aux mystères par tous les Pères : placuit ut in omnibus pudicitia cu­ stodiatur, qui altari deserviunt. Mansi, I. ni, col. 692. avec un prêtre mariétsî τις διακρίνοιτο παρά πρεσ-ζ.τ: ·. ·. . Le concile prend donc des résolutions pour l’avenir, γεγαμηζότος ώς μή χρήναι, λειτουργά,σαντος αυτό-’, προσφοράς μεταλαμδάνειν, ανάθεμα έστω. Can. 4. Mansi, mais il ne se prononce pas sur l'apostolicité de la loi du t. n, col. 1101. Le prêtre dont il est ici question ne sau­ célibat, r.pigone est seul responsable de ce qu’il avance rait être celui dont l'unique tort serait d'avoir < l marie sur l'enseignement des apôtres et la pratique de l’anti­ avant de recevoir les ordres, mais bien un prêtre qui quité: quod apostoli docuerunt et ipsa servavit anti­ continue, après son ordination, de cohabiter avec son quitas. La doctrine des apôtres, autant qu’on la peut épouse. El l'on voit comment les Pères du concile pren­ connaître, consiste dans la recommandation de saint nent sa défense. Paul à Timothée et aux Corinthiens; c’est un éloge du Aux environs de l'an 400, les Constitutions aposto­ célibat qui n’exclut pas positivement l'usage des droits liques font tenir aux apôtres le langage suivant qui conjugaux : une interprétation plus sévère dans le sens de la continence absolue est l'effet du développement de témoigne de l'usage syrien de cette époque : « Voici ce 2077 CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE que nous ordonnons à l’évêque, au prêtre et au diacre monogames, soit que leurs épouses vivent encore, soit qu'elles soient mortes: il ne leur est pas permis, après leur ordinalion, de contracter mariage s'ils n'ont pas de femmes, ou, s'ils ont une femme, de cohabiter avec d’autres, mais ils doivent se contenter de celles qu'ils avaient lorsqu’ils sont venus à l'ordination : » έξείναιδε αύτοΐς μετά χειροτονίβν άγάμοις ούσ:ν, ετι έπϊ γάμον ερχεσΟαι, η γεγαμηκόσ’.ν, ένεραι; συμπλέκεσται, ά/.λ’ άρχεϊσΟα·., εΐ εχοντε; η/.βον επί τήν χειροτονίαν. L. VI, c. xvii, Ρ. G., t. 1, col. 957. Ce texte se passe de commentaire. Inter­ dire aux évêques, aux prêtres cl aux diacres de se marier après leur ordination, et leur faire observer, s’ils sont déjà mariés, qu'ils doivent se contenter de leurs femmes, c’est bien leur accorder le droit d’user du mariage. On ne s’étonnera plus alors que le 6” canon aposto­ lique défende à l’évêque et au prêtre d'éloigner sa femme sous prétexte de piété, προφάσει εύϊ.αβείας, et menace d’excommunication celui qui contreviendrait à cette défense. Mansi, t. i, col. 51. Bickell veut qu’il s’agisse ici d'une expulsion de l’épouse ou d’un refus de la sus­ tenter. L’auteur des Canons apostoliques aurait, dans cette hypothèse, bien mal rendu sa pensée. Le prétexte de piété ou de religion qu'il indique, marque nettement qu'il a en vue la séparation pour raison de continence absolue, et c'est cette conduite qu'il réprouve. Les canons d’Hippolyte réagissent pareillement contre les partisans de l'obligation du célibat des prêtres: « Que le prêtre dont l'épouse a enfanté reste en fonc­ tions, » disent-ils : presbyter cujus uxor peperit ne se­ gregetur. Can. 8, n. 55, dans Duchesne, Origines du culte chrétien, 2eédit., p. 508. Ce texte montre bien que le droit d'user du mariage était reconnu au haut clergé, aussi bien en Occident qu'én Orient. Certains récits de Socrate deviennent ainsi plus faciles à comprendre. L'auteur nous parle du célibat ecclé­ siastique en deux endroits de son Histoire. L. I, c. XI ; L V, c. xxii, P. G., t. lxvii, col. 101, 637 : « En Orient, dit-il, tous les prêtres illustres, voire les évêques, ne sont contraints par aucune loi à s’abstenir de leurs femmes, s'ils veulent user des droits que leur donne le mariage; un grand nombre d'entre eux, même durant leur épiscopat, ont des enfants de leur épouse légitime. Mais j’apprends qu'en Thessalie s'est introduite une autre coutume: là, si un clerc dort avec une femme qu'il avait épousée étant laïque, il est déposé de ses fonctions; l’auteur de celle loi ou plutôt de celle cou­ tume, esl un évêque de Trikka, Heliodore. On observe la même règle à Thessalonique, dans la Macédoine et dans i’IIellade. » On s’est demandé si Socrate était bien sûr de ce qu'il avançait. La lettre de Synésius tendrait plu­ tôt à établir que l'usage de l’Orient voulait que les évêques renonçassent à leurs droits conjugaux en recevant les ordres sacrés. Mais on a fait justement observer que la remarque de Sy nésius s’appliquait sur­ tout à l'Egypte. L’Orient proprement dit pouvait obéir à d’autres réglements disciplinaires, et Socrate était assez bien placé pour connaître les faits dont il rend témoignage. Ces faits sont d'ailleurs conformes aux principes qu’il expose ailleurs. Pendant une des sessions du concile de Nicée, rapporte-l-il, il vint à l’esprit de certains évêques d'introduire dans l’Église une loi nouvelle. On proposa d’interdire aux évêques, aux prêtres et aux diacres ma­ riés tout commerce conjugal après leur ordination. Mais un évêque de la Haute-Egypte, un vieillard vénérable, qui avait toujours, pour son compte, observé le célibat, s’éleva énergiquement contre une pareille prétention. Il montra combien il serait imprudent d’imposer le far­ deau de la conlinonce non seulement aux clercs euxxjjèmes, mais aussi à leurs épouses. Le commerce de l'homme avec sa femme légitime est aussi une sorte de chasteté, dit-il; c'est bien assez qu'on empêche, en vertu 2078 j d'une ancienne tradition de l’Église, les clercs non ma­ riés de prendre femme après leur ordination; qu'on ne ' sépare pas ceux qui ont été ordonnés déjà mariés, ou du moins qu'on leur laisse la liberté de vivre ou non dans la continence, selon la préférence de leur cœur. L’autorité de Paphnuce trancha la question, ajoute So­ crate. Il fut décidé que les clercs dans les ordres majeurs seraient libres, après leur ordination, d’exercer leurs droits conjugaux ou d'y renoncer, à leur choix. » L'authenticité de cet incident conciliaire a été révo­ quée en doute. Hickell estime qu'une telle anecdote est inconciliable avec ce que l'on sait de la pratique géné­ rale et obligatoire du célibat ecclésiastique dans l'anti­ quité chrétienne. Zeitschrift für kalhol. Théologie, t. il, p. 56-62. Mais nous savons à quoi nous en tenir sur la prétendue généralité et obligation de cette pratique. Les preuves qu'en donne Hickell sont sans valeur. Le texte de Socrate, reproduit par Sozomène, il. E., 1. I, c. xxm, P. G., t. lxvii, col. 925, et parGélase de Cyziqne. [list, concilii Nicæni, 1. II, 32, P. G., t. lxxxv, col. 1337, reste donc à juger en lui-même. Bickell l’attribue aux préjugés de l’auteur. La source où il puise son récit serait novatienne. On doit donc la tenir pour suspecte. L’ignorance où Socrate, simple laïque, était des matières de théologie, de liturgie et de droit canon, explique qu'il se soit laissé tromper dans une question de discipline un peu confuse. Nous répon­ drons que la valeur du témoignage de Socrate ne dépend pas de sa plus ou moins grande connaissance de la litur; gie, de la théologie ou du droit canon. A-t-il su de bonne source que Paphnuce avait empêché les Pères de Nicée de faire une loi sur le célibat ecclésiastique? Toute la question est là. La source est novatienne, dit-on, et donc impure. Pourquoi? On a prétendu que les novations avaient des idées plus larges que les catholiques sur les droits conjugaux du clergé. Bien de moins prouvé. Les novations entendaient, au contraire, imposer aux laïques la loi de la monogamie, que saint Paul avait tracée uni­ quement pour le sacerdoce. S’ils étaient plus sévères que l’Église en matière de morale laïque, pourquoi veut-on qu’ils aient été plus relâchés en matière de discipline sacerdotale? Les allégations de Bickell sont donc simple­ ment tendancieuses et mal fondées. A supposer que Socrate n'ait connu que par les novatiens la séance où fut traitée la question du célibat, l'historicité de l'inci­ dent n’en serait pas moins recevable. Cf. Funk, qui traite à fond ce point, Célibat und Prieslerehe, p. 150153. En somme, la chienne que l’on soulève contre le récit de Socrate provient d'un préjugé. On a cru qu’un débat conciliaire sur une question déjà tranchée par l’antiquité chrétienne, voire par les apôtres eux-mêmes, ne pouvait être qu'une légende à mettre au compte des hérétiques. Mais aujourd’hui que la discipline de l’Eglise primitive est mieux connue, l'anecdote dont Paphnuce est le héros, au lieu de paraître légendaire, offre au contraire tous les caractères de la vraisemblance; elle ne fait que confirmer ce (pie nous savons par ailleurs sur la pratique du célibat ecclésiastique au commencement du IVe siècle. IL La loi du célibat, nu iv« au xii" siècle. — A partir du tve siècle, la discipline du célibat ecclésias­ tique tend à prendre une forme fixe. Mais, dans la façon de l'établir. l’Église grecque se sépare nettement de l’Église latine. 1» En Orient. — L’Eglise grecque a la prétention de s'inspirer des Constitutions apostoliques et des Canons apostoliques, qu'elle modifie, du reste, pour les évêques, dans le sens de la sévérité. L'usage des Églises de la Thes­ salie, de la Macédoine el de I’IIellade, dont parle Socrate. I H. E., L V, c. xxii, P. G., t. lxvii, col. 637, et la lettre que nous avons rapportée de Synésius, P. G., t. i.xvi, col. 1485, témoignent que, même en Orient, l'épiscopal marié observait habituellement la continence. 2079 CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE Cette pratique passa insensiblement en loi générale. La législation de Justinien, différant à cet égard de celle de Théodose, Constitution de 420, Code théodosien, xvi, 2, c. xi.iv, tomba même dans l’excès. Sous prétexte que l'évêque doit être le père spirituel des fidèles el par conséquent n’élre pas retenu par l’affection de ses entants selon la chair, l’empereur décide «pie « celui qui aura des enfants ou des neveux ne pourra être ordonné évêque ». L. xi.ii, c. i, loi de 528. A plus forte raison le clerc marié élevé à l'épiscopat ne pourra-t-il entretenir un commerce charnel avec son épouse : les Novelles, VI, I : cxxm, I, supposent même que l’évêque est vierge ou n’est plus retenu par le lien conjugal. Quant aux clercs inférieurs mariés, il les autorise à user de leurs droits conjugaux, mais il rappelle que les prêtres, les diacres et les sous-diacres n'ont pas, suivant les canons, le droit de se marier après leur ordinalion, et ces canons, il les adopte, el leur donne une sanction civile, qui se surajoute à la sanction ecclésiastique. Non seulement le clerc coupable sera puni de la perte de sa dignité, sacerdotii amissione, mais le mariage qu’il aurait contracté sera nul, et les enfants issus de ce ma­ riage illégitimes, ne legitimos guident et proprios esse. L. xi.v, loi de 530. L’Église orientale régla à peu près dans le même sens que Justinien la discipline du célibat, au concile in Trullo ou Quinisexle de 692. L’évêque fut astreint â la continence absolue; s’il était marié, son épouse devait à partir de son ordination, quitter le domicile conjugal et vivre dans un monastère éloigné; l'évêque était seule­ ment tenu de subvenir aux frais de sa subsistance· Can. 48, Mansi, t. XI, col. 965. Les dispositions conci­ liaires qui regardent le clergé inférieur marquent une intention évidente d’hostilité contre la discipline intro­ duite depuis trois siècles dans l’Église latine. Il est interdit aux prêtres, aux diacres et sous-diacres de prendre femme après leur ordination, can. 6, ibid., col. 944; mais s’ils sont mariés avant d’enlrer dans les ordres, ils sont autorisés à user du mariage ; faire pro­ fession d'y renoncer comme le veut l’Église romaine, c’est aller contre les antiques canons : « Nous voulons que les mariages contractés légitimement par ceux qui sont dans les ordres demeurent fermes et stables...; nous défendons qu’on exige d'un prêtre, d'un diacre ou d’un sous-diacre, au moment de son ordination, qu’il renonce à user d'un commerce légitime avec son épouse; nous respectons ainsi les noces établies par Dieu et bénies par sa présence; nous nous conformons à la parole évangélique : Cue l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni, Matlh., xtx, 6, et à la doctrine de l'apôtre ; Etes-vous lié à une épouse, ne cherchez pas à rompre ce lien. I Cor., vu, 27. Si quelqu'un osait, en dépit des Canons apostoliques, priver un prêtre, un diacre ou un sous-diacre des droits qu’il a sur son épouse légitime, qu’il soit déposé. Semblablement, si quelque prêtre, diacre ou sous-diacre rejetait son épouse sous prétexte de piété, qu’on l'excommunie, et s’il persévère (dans sa faute). qu'on le dépose. » Can. 13, ibid., col. 948. Un retrouve là un écho des Constitutions et des Ca­ nons apostoliques ; c'est le dernier mot de la discipline ecclésiastique dans l’Église grecque. Ce régime est encore celui des orthodoxes. En pratique, cependant, les siècles y apportèrent une légère modification. Il est d’usage, sinon de règle écrite, que les fonctions pastorales ne soient confiées qu'à des prêtres mariés. Cf. Schaguna, Compendium des canonischen lleehls, 1868, §183. Cette pratique, que le cardinal Humbert constate déjà au xi- siècle, P. L., t. cxi.in, col. 1000, n. 34; voir à ce sujet la polémique soulevée par Nicétas, moine de Stu­ dium, ibid., col. 981-982, et la réponse du cardinal Humbert, ibid., col. 997-1000, fut officiellement consa­ crée au concile russe de 1274. Stralli, Geschichte der russischen Kirche, p. 260-202. 2080 Il importe cependant de remarquer que la plupart des Orientaux qui sont restés en communion avec l’Eglise romaine ont lini par accepter la discipline du célibat. Quelques-uns, comme les Maronites et les Arméniens par exemple, suivent toujours l’ancienne coutume grecque, que Rome tolère. 2» En Occident. — Le plus ancien témoin d’une loi concernant le célibat ecclésiastique est le canon 33" du concile d’Elvire, vers 300. La rédaction en est bizarre, mais le sens assez clair. Tous les évêques, prêtres et diacres, c’est-à-dire les clercs voues au ministère (de l'autel) doivent s’abstenir de tout commerce avec leurs épouses et renoncer à avoir des enfants; quiconque enfreindra celte règle sera déposé : Placuit in lotum prohibere episcopis, presbyteris et diaconibus vel omni­ bus clericis positis in ministerio abstinere se a conjugibus suis et non generare filios ; quicumque vero fece­ rit, ab honore clericatus exterminetur. Mansi, t. n, col. 11. Nous prenons les mots vel omnibus clericis positis in ministerio, dans un sens explicatif. Cf. Vacandard, Eludes de critique et d'histoire religieuse, 1905, p. 101, note 6. La même discipline était vraisemblablement déjà en vigueur à Rome, sans néanmoins qu’un texte écrit en fasse foi. Le concile romain de 386, tenu par Silice, montre quelle était à cet égard la pensée des papes. Il interdit formellement la cohabitation des prêtres et des diacres avec leurs femmes : quod sacerdotes el levit.r cum uxoribus suis non coeant. Jaffé-Lœvenfcld, Regesta romanor. pontificum, t. i, p. 41. Sirice entreprend même de faire prévaloir cette règle dans toute l'Eglise latine, et il invoque en faveur de son décret l'autorité de l’Ancien et du Nouveau Testament. Les prêtres de l’an­ cienne loi n’élaient-ils pas tenus à la continence pen­ dant la durée de leur service dans le temple’.’ L’apôtre ne déclare-t-il pas que ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu ? Les ministres qui servent chaque jour à l’autel doivent donc renoncer pour toujours aux œuvres de la chair. C’est en ces termes qu’il recom­ mande le célibat, dans sa lettre à Ilimère, évêque de Tarragone; les prêtres et les diacres qui contreviendront à celte loi seront punis selon le degré de leur culpabilité . s'ils ont péché par ignorance de la règle, on se bornera à les empêcher de s'élever aux ordres supérieurs; s’ils ont violé la loi sciemment, en invoquant l’exemple des prêtres de l'ancienne loi, ils seront dépouillés de leur dignité, en vertu de l'autorité du siège apostolique. C. vu, P. L., t. i.vi, col. 558-559. La sentence que portait Sirice devait avoir un carac­ tère universel. Ilimère fut chargé de la communiquer non seulement à son diocèse, mais encore à presque toute l’Espagne : Non solum eorum (in nationem epis­ coporum) qui in tua sunt dioecesi constituti,sed etiam ad universos Carthaginoises ac Rtelieos, Lusitanos atque Gallicos, etc. C. xvi, coi. 562. Le pape l’adressa en outre aux évêques d'Afrique, comme l’atteste le concile de Telepte (ou Zellei. en 3ê»i. Se déliait-il de l'accueil qu’allaient lui faire se- > fier· africains? Il prend, du moins, avec eux un ton insin e! et presque suppliant : « Que les prêtres et les lévites, dit-il, n’aient pas de commerce avec leurs femmes, nous le conseillons, parce que cela est digne, pudique et honnête... qu’on nous épargne cet opprobre, je vous en prie..., » qua de re hortor, moneo, rogo. Can. 9. P. L., t. i.vi, coi. 728. Vers la lin de sa lettre cependant, il parle avec le sentiment de son autorité et adres-e .' contrevenants la menace d’une excommunication. H i t.. col. 730. Quelques années plus tard le pape Innocent 1 ’ renouvelait ces avertissements dans les lettres qu’il adressait à Victrice de Rouen el à Exupére de Toulouse. Ad Victricium, can. 10; ad Exsuperium, can. 1, P. L., t. xvi, col. 523-524, 501. L’Afrique, l'Espagne, la Gaule s'engagèrent résolu­ 2084 CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE ment dans la voie que leur traçait l’Êglise romaine. Les conciles de Carthage de 390, can. 1 ; de 401, can. 3, défendirent — celui de 401 sous peine de déposition — aux prêtres et aux diacres mariés d’user de leurs droits conjugaux après leur ordination. Mansi, t. ni, col. 692693, 710. Les évêques de la Haute-Italie et de la Gaule, réunis en concile à Turin en 401 (417), paraissent avoir été moins sévères ; ils décidèrent seulement que 1 s clercs qui, élevés aux ordres majeurs, procréeraient encore des enfants, n’obtiendraient pas de dignité plus haute. Can. 8, ibid., t. m, col. 862. Sur la date de ce concile, cf. Bahut, Le concile de Turin, Paris, 1904, p. 1—26. C’est dans le même sens que le concile de To­ lède de l’an 400 adoucit les prescriptions du con­ cile d’Elvire et celles du pape Sirice. Can. 1, Mansi· t. ut, col. 998. Les docteurs les plus éminents de l’Êglise latine, saint Ambroise, De officiis, 1. I, c. l, P. L., t. xvt, col. 9798; saint Jérôme, Advers. Jovinianum, 1. I, c. x.xxiv, P. L., t. ΧΧΙΠ, col. 256; saint Augustin, De conjugiis adulterinis, I. Il, c. xxi, P. L., I. XL, col.486, prêtèrent aux généreux desseins de la papauté le concours de leur inlluence; ils enseignaient hautement que la vie conjugale est incompatible avec le ministère épiscopal, presbytéral ou lévitique. Ils combattirent les théories d'Ilelvidius, de Jovinien et de Vigilance, qui, favorisant les faiblesses de la chair, revendiquaient pour les évêques, les prêtres ou les diacres mariés, le droit absolu de cohabiter avec leurs épouses. Certains évêques, partisans de Vigilance, n’allaient ils pas jusqu’à ne vouloir ordonner que des diacres déjà liés par le ma­ riage? S. Jérôme. Advers. Vigilantium, c. u, P. J.., t. xxiii, col. 340. Toutes ces licences, dont les auteurs tombèrent d'ailleurs bien vite dans l'hérésie, furent hautement réprouvées par l’autorité ecclésiastique. Jusqu'au v· siècle, les sous-diacres n'étaient pas sou­ mis à la loi du célibat. Sur le sens du canon 33e du concile d’Elvire, cf. Vacandard, Éludes de critique et d'histoire religieuse, p. 101, note 6; p. 104, note 5. Le pape Sirice semble même les en exempter formellement. Epist. ad Rimer., c. tx, P. L., t. lvi, col. 560. Mais on s’avisa qu’ils étaient attachés, comme les diacres, au service de l’autel. Saint Léon les traite comme tels, et décide qu’après leur ordination ils devront renoncer à tout commerce conjugal : Nec subdiaconis quidem connubiuni carnale conceditur, ut et qui habent, sint tanquam non habentes (I Cor., vit, 29) el qui non habent permaneant singulares. Epist. ad Anastasium 7hessalonic., c. iv, P. L., t. liv, col. 672. Cf. S. Grégoire le Grand, Epist., 1. 1, epist. xliv, P. L., t. lx.xvii, col. 505-506. Saint Léon renouvelle, à l’égard des évêques, des préires el des diacres, les prescriptions de ses prédé­ cesseurs Sirice et Innocent. Ibid., et Epist. ad Rusti­ cum Narbonensem, c. m, P. Z,., t. liv, col. 1201. Les évêques des Gaules font de sincères efforts pour appli­ quer dans leurs diocèses, comme en témoignent le concile de Tours de 460, et les conciles d’Orange et d’Arles (seconde moitié du v» siècle). Le concile de Tours juge cependant à propos d’adoucir les pénalités édictées contre les violateurs du célibat ecclésiastique. Jusque-là les coupables étaient non seulement déposés, mais encore privés de la communion; désormais ils cesseront simplement d’exercer leurs fonctions, mais ils seront admis à la communion. Can. 2, Mansi, t. vu, col. 945. Le concile d’Arles, voulant prévenir toute in­ fraction à la loi, imagine de n’admettre aux ordres sa­ crés, notamment au sacerdoce, que des clercs qui s’en seront montrés dignes par « une conversion préalable », c'est-à-dire évidemment par la pralique anticipée de la continence. Can. 2, Mansi, t. vu, col. 879. Ces prescrip­ tions conciliaires sont favorablement accueillies par tout l'épiscopat des Gaules. Cf. Epist. Lupi el Euphro- 2082 nii ad Talasium Andegavensem, P. L.,t. Lvtn, col. 66. Le devoir ties évêques, des prêtres, des diacres et même en certains endroits des sous-diacres, était donc tout tracé. 11 restait à régler le sort de leurs épouses. L’autorité impériale voulut qu’elles fussent traitées avec égards; et l’autorité ecclésiastique se montra également pour elles pleine de ménagements. « Ces femmes qui, par leur manière de vivre, ont rendu leurs maris dignes du sacerdoce, ne doivent pas être délaissées, même par amour de la chasteté, » disait Honorius dans une loi de 420, Cad. theodos., c. xliv, xvt. Saint Paulin de Noie, Salvien de Marseille et quelques autres avaient donné l'exemple de la réserve que les ecclésiastiques mariés devaient avoir vis-à-vis de leurs épouses; ils vivaient avec elles comme des frères, et leur donnaient le nom de sœurs. Le pape saint Léon fit de cette pratique une règle générale. « Il ne faut pas, dit-il, que les ministres de l'autel renvoient leurs femmes; qu'ils vivent seule­ ment comme s'ils n'en avaient pas; que leur mariage charnel se transforme en union spirituelle; de la sorte l'amour conjugal sera sauvegardé et les œuvres nup­ tiales cesseront. » Epist. ad Rusticum Narbonnens., c. ni, P. L , t. liv, col. 1201. Ces régies posées par les papes et les conciles conti­ nueront de régir la discipline du célibat jusqu’au xtl“ siècle. Nous n’avons guère à noter que certaines divergences de détail dans la manière dont les Églises en conçurent l’application. En Espagne, les conciles de Girone (516), can. 6; d’ilerda (524), can. 15; de Tolède (597), can. 1, se bornent à reproduire les prescriptions traditionnelles. Mansi, t. vin, col. 549, 614; t. x, col. 477. La Gaule mérovingienne eut quelque peine à régler le sort des sous-diacres. Tantôt elle les range parmi les clercs des ordres majeurs, tantôt elle les comprend parmi les clercs inférieurs, et, selon l’un ou l'autre cas, elle les astreint à la loi du célibat ecclésiastique ou les en dis­ pense. Le concile d’Agde de 506, can. 39, défendait aux sous-diacres de contracter mariage ; un concile de lieu et date inconnus (peu après 614) limite cette interdic­ tion aux prêtres et aux diacres. Can. 12, Maassen, Concilia Aleroving., p. 195. Nombre de conciles du vte siècle interdisent même aux sous-diacres, mariés avant leur ordination, tout commerce conjugal : Ut nullus clericorum a subdiacono el supra, qui uxores in proposito suo adhibere inhibentur, propries, si forte jam habeat, misceatur uxori; concile d’Orléans de 538, can. 2, Maassen, p. 73; cf. concile de Tours de 567, can. 20 (19), ibid., p. 127; d’Auxerre de 583 603, can. 20, ibid., p. 181 ; le concile de Mâcon de 583 indique après les préires, les honoratiores clerici, sans doute les diacres et les sous-diacres. Can. 11, ibid., p. 158. Quel­ ques conciles seulement (ceux de Clermont de 535, eau. 13; d’Orléans de 541, can. 17; de Lyon de 581, can. I) omettent de se prononcer sur ce point. Ce der­ nier canon est d'autant plus remarquable qu’il in­ terdit aux clercs majeurs, ab ordine sancto antistitis usque ad subdiaconi gradum, de recevoir chez eux d’autres femmes que leurs mères, leurs tantes ou leurs sœurs; passant ensuile au célibat des clercs mariés, il ne l’impose plus qu’aux prêtres et aux diacres. Nous en concluons que les évêques de la Gaule mérovingienne éprouvèrent à certaines heures quelque hésitation à imposer aux sous-diacres les mêmes obligations qu’aux clercs des ordres majeurs. Ce sentiment se trouve tra­ duit dans le questionnaire que Pépin adressa en 747 au pape Zacharie. Le souverain pontife y répondit par un texte d’un concile africain que nous avons déjà cité : « Que les évêques, les prêtres, les diacres (mariés), s'abstiennent d’user de leurs droits conjugaux : quant aux autres clercs, qu'on ne les force pas à la continence, mais que chaque église suive à cet égard ses usages propres. » Jaffé, Regesta, n. 2277, P. L.. t. lxx.xix. 2083 CELIBAT ECCLÉSIASTIQUE col. 931. Il esl seulement interdit aux sous-diacres de prendre femme après leur ordination. Le droit de se marier n'est reconnu qu'aux lecteurs et aux chantres, c. xviii, ibid., col. 933; décision qui rappelle celle du concile de Vaison de 529 : Cum vero ad ælatem per­ fectam pervenerint {lectores)... potestas eis ducendi conjugium non negetur. Can. 1, Maassen, p. 56. La defense de contracter mariage après la réception des ordres majeurs ne parait pas avoir été violée pen­ dant la période mérovingienne. Le concile d'Orléans de 533, can. 8, Maassen, p. 62, suppose cependant le cas ou un diacre, réduit en captivité, aurait pris femme; il n’annule pas ce mariage illicite, mais suspend le cou­ pable de son oflice. Un grand nombre des évéques, des prêtres, des diacres et des sous-diacres étaient mariés. Ils se recru­ taient, en effet, soit parmi les laïques, soit surtout parmi les lecteurs et les autres clercs inférieurs, auxquels le droit canon accordait formellement la permission de prendre femme. Cf. concile de Vaison de 529, can. 1, Maassen, p. 56. Une fois dans les ordres majeurs, il leur fallait renoncer à tout commerce conjugal : leurs épouses devenaient pour eux des sœurs; ils pouvaient les garder prés d'eux, habiter dans la même maison; la chambre et le lit seuls devaient être séparés : lit sacer­ dotes, sive diaconi cum con jugibus suis non habeant commune ledum et cellulam. Concile d'Orléans de 541, can. 17. Cf. conciles de Tours, de 567, can. 20 (19); d'Auxerre de 585-603, can. 21, Maassen, Concilia nieroving., p. 91, 127, 181. Un seul concile mérovingien, le concile de Lyon de 583, can. 1, Maassen, p. 154, exige que les prêtres et les diacres cessent toute rela­ tion avec leurs épouses. Mais celte prescription, pure­ ment locale, fut bien vite périmée par l’usage contraire, qui était général dans la Gaule. Sous le nom de « prêtresses », de « diaconesses », de « sous-diaco­ nesses », les femmes des prêtres, des diacres et des sous-diacres demeuraient maîtresses au foyer; elles continuaient à faire le ménage et surveillaient la do­ mesticité, prés de laquelle elles prenaient le repos de la nuit. Concile de Tours de 567, can. 20 (19), Maassen, p. 127. Les épouses des évêques, tout en conservant leur titre de episcopissa, se tenaient généralement plus à l'écart de la maison épiscopale. Concile de Tours de 567, can. Il (13), Maassen, p. 125. Cf. Grégoire de Tours, Gloria confessorum, c. lxxvi, lxxvui; Hist. Francor., 1. I, c. xix; 1. IV, c. xxxvt. Les relations fréquentes que les clercs mariés entre­ tenaient ainsi avec leurs épouses constituaient pour leur chasteté un réel danger. Les chutes n'étaient pas rares, au moins dans les campagnes. La vertu des évêques • tait protégée par le voisinage des clercs qui cou­ chaient régulièrement dans la chambre épiscopale ou dans une chambre contiguë. Concile de Tours de 567, can. 13(12), Maassen, p. 125; Grégoire de Tours llist. Franc., 1. IV. c. xxxvt. Les conciles décidèrent pareil­ lement que les clercs dormiraient, â tour de rôle, dans la chambre de l’archiprétre. Les prêtres ou les diacres éloignés des grands centres étaient seuls soustraits à toute surveillance nocturne. Mais chaque infraction connue à la loi du célibat était frappée d'une peine ca­ nonique. Si l’archiprétre négligeait de dénoncer les coupables à son archidiacre, il tombait lui-même sous le coup des canons; une pénitence d’un mois au pain et à l'eau, ou même une excommunication d’un an, . tait son châtiment. Concile de Tours (567), can. 20(19); cl. concile d'Auxerre (585-603), can. 20, Maassen, p. 127128. 181. L'Angleterre et l'Irlande suivirent l'exemple du con­ tinent. Les Pénitentiels de Vinniaus et de Colomban, et surtout la lettre que celui-ci adressa à saint Gré­ goire le Grand, Ernst, ad Gregarium papam, c. tv, P. L., t. lxxx, col. 262 sq., en font foi. Sur ce point, 2084 cf. Funk, Zur Geschichte der altbrilisciien Kirche, dans Kirchengeschichtliche Abhandlungen, t. i (1897). p. 450-455. Le vin· siècle fut une période de crise pour la disci­ pline du célibat ecclésiastique. La moralité du clergé diffère, il est vrai, suivant les pays. En Gaule, sous le gouvernement de Charles Martel, elle est visiblement en décadence. Cf. S. Boniface, Epist., xi.i.x, ad papam Zachariam, P. L., t. LXXXIX, col. 745. En Espagne, le roi Witiza abroge tout simplement la loi du célibat, cf. J. Ferreras, Histoire générale d’Espagne, trad. d'Hermilly, 1742, t. il, p. 419, pensant peut-être couvrir ainsi ses propres déporlemenls. Les conciles eurent ensuite grand’peine à rétablir la sévérité des antiques canons. Sous le règne des Carolingiens, la discipline s'amé­ liore sensiblement. Dans ses Capitulaires. Charlemagne associe son autorité à celle de l’Église pour taire obser­ ver les règles traditionnelles. Les conciles rappellent que les prêtres, les diacres et les sous-diacres mariés doivent s’abstenir de tout commerce conjugal, sous peine de déposition. Concile de Worms de 868. can. 9. Mansi, t. xv, col. 871. On ne voit pas que la règle qui leur interdisait de contracter mariage après leur ordi­ nation ait été violée. On cite cependant, à Vienne, en Gaule, le cas d'un diacre qui avait pris femme en s'au­ torisant d'une dispense obtenue du pape Nicolas 1" (856-867). Le souverain pontife averti s'empressa de démentir cette fausse et scandaleuse allégation. Mansi, t. xv, col. 449. Lorsque vinrent les heures tristes de la décadence carolingienne, notamment en ce x· siècle qu'on a jus­ tement appelé « un siècle de 1er », la discipline ecclé­ siastique subit une éclipse générale, el la loi du célibat en particulier se ressentit gravement de l'abaissement moral du clergé. Non seulement les prêtres et les diacres mariés cohabitaient avec leurs épouses, mais ceux memes qui jusqu'à leur ordination étaient restés célibataires prenaient femme, malgré les canons, et vivaient ainsi dans une sorte de concubinage, selon l’expression du temps. Voir Du Cange, au mot Concu­ binage. Le pape Léon VII (936-939) nous apprend que ce mal sévissait en Germanie et juge « lamentable que des prêtres osent ainsi se marier publiquement -. Mansi, t. xvm. col. 379. André, abbé de Vallombreuse. atteste que la Lombardie offrait un spectacle semblable. « On voit, dit-il, des prêtres vagabonder avec des chiens ou des faucons; les autres tiennent des tavernes ou des banques; presque tous vivent avec leurs épouses ou des femmes moins respectables. » Vila sandi Arialdi, c. I, n. 7. dans Acta sand., t. vit junii, p. 252. Selon Bonizo, évêque de Sutri, le mal gagnait peu à peu toutes les provinces et atteignait même l’épiscopat. « Ce ne sont plus seulement les ministres du second ordre, les prêtres et les lévites, nous dit-il, mais encore les évéques eux-mêmes qui çà et là vivent dans le concu­ binage; et cela est devenu si commun que le déshon­ neur attaché à une telle conduite est en quelque sorte aboli. » Liber tertius ad amicum, P. L., t. cl, col. 813. La Gaule n'était guère plus respectueuse de la loi du célibat. En Normandie, par exemple, on vit plusieurs archevêques de Rouen se déshonorer par leur conduite scandaleuse. Robert (989-1037), fils de Richard I", s'autorisait de son litre de comte d'Evreux pour épou­ ser llerlève, dont il eut trois enfants. Orderic Vital, Hist, eccles., I. V, c. xn, P. L., t. CLXXxvm, col. 403. Cf Acta archiepiscoporum ilolomagensium, P. L., t. cxlvii, col. 277. Sous un tel pontife on devine quelle pouvait être la conduite du clergé inférieur. Mais ce n'était pas seulement les Eglises particulières qui avaient à souffrir de l'inobservation de la loi du célibat ecclésiastique. Rome même, la mère des Églises, était en proie au même désordre. C'est un pape qui le constate. Apres avoir noté que le commun des clercs, 2085 CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE 2086 a prêtres et diacres, s'abandonnant â une licence effré­ soumettre à la même discipline. D'après ces décrets, la née, prenaient femme comme les laïques et avaient des loi du célibat n’était pas absolument obligatoire pour les enfants auxquels ils léguaient leurs biens (les biens de sous-diacres et, ce qui est plus surprenant, les prêtres l’Église), » il fait observer que « quelques évêques, per­ ou diacres qui avaient contracté mariage avant le con­ cile de 1063 n’étaient pas tenus de renvoyer leurs dant toute honte, cohabitaient avec leurs épouses o; et il ajoute : « Cette horrible et exécrable coutume, pousse épouses : Sancitum est de villanis presbyteris atque ses racines surtout dans la Ville éternelle. » Victor III, diaconibus ut nullus abinde uxorem vel concubinam... Dialog., 1. Ill, P. L., t. cxlix, col. 1002-1003. duceret; qui vero a tempore concilii Rotomagensis Le mal devenu presque universel paraissait irrépa­ (tenu en 1063) duxerat, perderet, etc. Concile de Li­ rable. Mais Dieu suscita une série de grands papes qui sieux de 1064, can. 2, 3, publiés par Léopold Delisle, proportionnèrent les remèdes aux maux : ce sont no­ dans le Journal des savants, août 1901, p. 517. C’était là tamment Léon IX. Grégoire VII, Urbain II elCalixte IL sans doute une mesure de condescendance destinée à Léon IX, des le début de son pontificat au concile de ménager la transition entre le désordre ancien et l’ordre Rome de 1050, Bonizo, Ad amicum, dans Watterich, nouveau. Le concile tenu à Rouen en 1072, sous Jean Ponli/icum romanorum vilæ, t. i, p. 101, 103; Gré­ d'Avranches, rappelle ces prescriptions sans les modi­ goire VII en 1074, concile romain de 1074, can. 11-20, fier. Can. 13, dans Orderic Vital, Hist, eccles., I. IV, Mansi, t. xx, col. 724; et Urbain II en 1089, concile de c. xv, P. L., t. CLXXXVlll, col. 342. Le concile de Win­ chester de 1076, présidé par Lanl'ranc, Mansi, t. xx, Melfi, can. 12, Mansi, ibid., col. 724, s’élevèrent avec col. 459. et le concile de Gran en 1114, can. 31, 32, vigueur contre les violateurs du célibat. Ils ne se con­ tentèrent plus de suspendre les coupables de leurs Mansi, t. xxi, col. 105-106; Hefele, Hist. des conciles, trad. Delarc, t. vu, p. 128-129, adoptèrent les mêmes fonctions, ils invitèrent le peuple à déserter les églises mesures disciplinaires. ou les prêtres incontinents auraient l'audace d’exercer leur ministère pastoral. Décision de Léon IX, Bonizo. Mais la réforme rencontra en certains endroits une violente résistance. Tout motif était bon aux clercs ma­ Ad amicum, Watterich, t. I, p. 103; décision de Gré­ goire VII, ibid., p. 361. Cf. Mansi, t. xx. col. 494. Les riés pour justifier leur incontinence. Les uns en appe­ laient aux textes de l’Écriture sainte, à la conduite des épouses ou les concubines des clercs majeurs tombè­ rent elles-mêmes sous le coup de graves pénalités, si prêtres de l'ancienne loi, à l'autorisation du Sauveur elles s’obstinaient à demeurer dans la maison de leurs et des apôtres, cf. Lambertus Ilersfeldensis, Mon. Germ. complices : on reconnut aux seigneurs des terres sur Scriptores, t. v, p. 217; Watterich, op. cit., t. i, p. 363; lesquelles elles vivaient le droit de les réduire en ser­ d'autres alléguaient l'exemple du clergé grec, qui vivait vage. Concile de Meili, can. 12. Léon IX avait déjà dé­ canoniquement dans le mariage, concile de 1074, cidé in plenaria synodo (1049) ut romanorum presby­ can. 12, loc. cit., col. 415; les prêtres et les diacres ma­ terorum concubine ex lune et deinceps Lateranensi riés de la Lombardie prétendaient que leur état était un privilège de l’Église de saint Ambroise, laquelle palatio adjudicarentur aneillte. Bernoldi, Chronicon, dans Monum. Germanite. Scriptores, t. v, p. 426; P. Λ,., n’avait point à se régler sur l’Eglise romaine, Pierre t. cxi.ni, coi. 252. C’était là sans doute une mesure pas­ Damien, Opusc., v, P. L., t. cxi.v, col. 90; cf. Hefele, sagère. mais les papes crurent nécessaire de la prendre Hist, des conciles, t. VI, p. 371 ; d’autres enfin, et c’était pour montrer aux plus aveugles l’importance de la loi le plus grand nombre, invoquaient la faiblesse de la du célibat des prêtres. nature humaine et se plaignaient que les papes el les Grégoire Vil, qui faisait sentir à toute la chrétienté évéques voulussent les condamner à mener une vie la puissance de son bras, envoya des légats en Italie, en d’anges, ritu angelorum, Lambertus Ilersfeldensis, Mon. Germ. Scriplores, t. v, p. 217; Watterich, France et en Allemagne pour communiquer aux évêques les décisions de l’Eglise romaine et en presser l'exécu­ op. cit., t. I. p. 363: les membres du synode de Paris de 1074 déclarèrent sans détour, à la presque unani­ tion. Cf. Lambertus Ilersfeldensis, dans Mon. Germ. Scriptores, t. v, p. 217 ; Watterich, op. cit., t. i, p. 363. mité, que la loi du célibat était « insupportable et par Toutes les Églises ne se prêtèrent pas avec une égale conséquent déraisonnable î. Mansi, t. xx, col. 437. docilité à scs desseins. Quelques-unes cependant les Divers traités de Pierre Damien, notamment l’opuscule xvn, intitulé De cœlibalu sacerdotum, P. L., t. cxlv, accueillirent favorablement ou même les avaient pré­ venus en prenant l'initiative d'une réforme. Dès la lin col. 482 sq. : la curieuse polémique De cœlibalu sacer­ dotum, qui s’éleva en 1079 entre le prêtre Alboin et du Xe siècle, saint Dunstan, archevêque de Canterbury, Bernold de Constance, P. L., t. cxi.vni, col. 1079 sq.; avait essayé d'arrêter le torrent du mal. Vita S. Oswaldi, VApologia que Sigebert de Gembloux écrivit contre c. n, n. 7, dans Acta sanci., t. m februarii, p. 753. Le ceux qui attaquaient les messes célébrées par les prêtres concile tenu à Bourges en 1031 ordonnait, en vertu des mariés, cf. Bibliothèque de Fabricius, p. 114; Histoire canons, que les prêtres, les diacres et les sous-diacres rompissent toute relation avec leurs femmes ou leurs littéraire de la France, I. IX, p. 556, témoignent que les réformateurs avaient affaire à de nombreux et har­ concubines, et décidait que ceux qui refuseraient de le faire seraient dégradés et ne pourraient plus remplir dis adversaires. à l’église d'autre oflice que celui de lecteurs ou de chan­ Il fallait pourtant que le dernier mot restât au droit tres. Les sous-diacres eux-mêmes, qui en certains en­ canon. La papauté renouvela sans relâche, cf. les ca­ droits continuaient à être exemptés de la loi du célibat, nons 9, 10, 25, du concile de Clermont, présidé par devaient, s’ils étaient mariés, renvoyer leurs femmes : Urbain II en 1095, Mansi, t. xx, col. 817 sq. ; can. 5 du désormais ne seraient plus admis au sous-diaconat que concile de Reims présidé par Calixte 11 en 1119, ibid., les clercs qui s’engageraient à n’avoir ni femme ni I t. xxi, col. 236,ses censures contre les clercs coupables. 1 Et non seulement elle exigea que les prêtres, les diacres concubine. Can. 5, 6, Mansi, t. xtx, col. 503. et les sous-diacres mariés cessassent toute relation avec Les évéques de la province de Rouen prenaient, en 1063 et 1064, des mesures analogues, bien qu'un peu leurs concubines ou leurs femmes légitimes, mais elle moins sévères; ils interdirent aux prêtreset aux diacres finit par déclarer que les mariages contractés par les des campagnes de contracter mariage :en cas d’infrac­ sous-diacres et les clercs supérieurs après leur ordina­ tion à la loi, les coupables devaient renvoyer leurs tion seraient nuis désormais : contracta quoque matri­ femmes: défense à tout clerc canonique de prendre monia ab hujusmodi personis disjungi... judicamus. femme; les prêtres et les diacres qui se marieraient Cette décision est l’œuvre du pape Calixte II, au con­ après leur ordination devraient renvoyer leurs com­ cile de Latran de 1123. Can. 3,21, Mansi, t. xxi.col. 282. plices. On exhortait seulement les clercs inférieurs â se 286 Le texte n'est peut-être pas d'une parfaite clarté; 2087 CELIBAT ECCLESIASTIQUE — CELICOLES mais le sens n'en est pas douteux et ne le fut pour personne au xn® siècle. Il courut un dicton rimé, cité par Antonin et AugusteTheiner qui n'indiquent pas leur source, Die Einführung der erzwangenen Ehelosigkeit bel den christlichen Geisllichen, I. n. p. 179, note 2; cf. note I, qui fait voir que les contemporains de Ca­ lixte II ne s'y trompèrent pas : O bone Calixte. mundus totus perodit te. Quondam presbyteri poterant uxoribus uti. Hoc destruxisti, postquam tu papa fuisti. Avant Calixte le commerce conjugal était interdit aux prêtres; ce qui lui appartient en propre dans la réforme, c’est la déclaration de nullité du mariage con­ tracté par les clercs des ordres majeurs. La législation du célibat ecclésiastique est désormais fixée dans l'Eglise latine; elle ne changera plus au cours des âges. Le concile de La Iran de 1139, can. 7, Mansi, t. xx, col. 527; les synodes de Pise en 1135, can. \,ibid., L xxi. col. 489; de Reims en II48.can. 7, ibid., col. 715; la scolastique en la personne de saint Thomas, Sum. theol., 111% q. un, a. 3; le concile de Trente, sess. XXIV, can. 9, au nom de l’Eglise univer­ selle, ne feront que répéter le décret de Calixte IL Il restait â en assurer l'exécution. Pendant de longues années l'œuvre fut d’une difficulté inouïe. Au xnr siè­ cle. cependant, les prêtres qui vivaient dans le concu­ binage ne formaient plus qu’une exception. Pour voir le chemin parcouru par la réforme, il suffit de comparer la situation du clergé d’un diocèse donné, du diocèse de Rouen par exemple, à l’époque où Calixte II portait ses décrets et cent cinquante ans plus tard, sous l’épiscopat d’Eudes Rigaud. Cf. Orderic Vi.al. Dist. eccles., c. xm, xxin. P. L., t. ci.xxxviii, col. 887, 921: Eudes Rigaud, Regesirum. visitationum, édit. Bonnin, Rouen, 1852. Le progrès de la discipline suivit â peu près la même marche dans le reste de l’Eglise latine. Mais au xiv· et au xv” siècle, la loi du célibat subit une nouvelle dé­ cadence. Il fallut le grand effort tenté par le concile de Trente pour ramener le clergé à l’observation de la continence canonique. L'institution ou. si l'on ^eut. le fonctionnement régulier des séminaires, qui date de cette époque, y contribua puissamment. /> célibat ecclésiastique, dans Analecta juris pontificii, t IX (1867), p 671-725 ; Bickell. Der Colibat, eiae apostolische Anordnung, dans Zeitschrift für katholische Théologie, t. n (1878). p. ‘26-61: t. il! (1879), p. 792-799; F. Dugnani, Dissertazione sopra l’origine del clerical celibato, dans Calogera, Nuova raccoltacTopusculi, t. vm (1761). p.251-308 : J. G. F. Franz. De cœ'ibatu ecclesiastico, Leipzig, 1761 ; Friedberg. Colibat, dans Rcalencycklopadie für protestantische Théologie, t. iv (1898), p. 204-208; Funk, Colibat. dans Kraus, Realencyklopüdie der christlichen Alterthümer, t. i, p. 395-3)7; Colibat und Priesterche im christlichen A Iter turn. dans Kirchengeschichtliche Abhandlungen und Untersuchwigen, t. i (1897;, Pader­ born. p. 121-155; P. Gallades, Cœlibatus cleri catholici ratio­ nibus stabilitus ο.τ Decretalibus, I. HI. tit. ni, Heidelberg, 1763; Jacq. Gaudin. Recherches historiques sur le célibat ecclésias­ tique, Genève, 1781 ; Paris, 1790; G. G. Haas, Von neuestem CJibatsturm, dans Histor. polit. Blatter, t. lxxvii (1876), p. 681-701, 781-798; Jager, Le célibat ecclésiastique, dans Y Un i• isité catholique, t. xix (1845). p. 120-127, 180-196. 270-281: T. F. Klitsche, Geschichte des Cbtibats der katholischen Geistlichen, von den Zeiten der Apostel zum Gregor VH, Augst-iurg, *1830; Franz Laurin, Der Colibat der Geisllichen nach canonischen Redite, Vienne, 1880; cf. Distor, polit. Ulatter, t i.xxxvii (1881). p. 159-166 ; B. Jungmann, dans la Revue catho­ lique, t. lui (I882), p. 53-58; H. Ch. Lea, An historical sketch uf sacerdotal celibacy in the Christian Church, Philadelphie, 1867 ; 2* édit., Boston, 1885; Loning, An fange des Colibats, dans Geschichte des deutschen Kirchenrechts, Strasbourg, 1878, t. i, j . 174-185; t. n, p. 316-325; Gab. Maultrot. La discipline de l'Église sur le mariage des prêtres, Paris. 1790; Jean Morel, Le célibat des prêtres, dans la Revue de France, t. m (1872), p. 491-508; Morin. Histoire critique du célibat, àansles Mémoires de V Académie des inscriptions et belles-lettres, t. iv (1746), 2088 p. 308-325; t. v, p. 404428; M»' Pavy, Du célibat ecclésiastique, 2' édit., Paris, 1852; Aug. Roskovany, Cœlibatus et breviarium, duo gravissima clericorum officia e monumentis omnium Sf'Culorum demonstrata, accessit completa literature. 11 in-8·, Pestini et Nitrite. 1861-1881 ; Supplementum, 6 vol., 1881-1890; J. Fr. Schulte. Der CQlibatszwang, Bonn. 1876; Jean-Antoine et Augustin Theiner, Die Einführung der erzwangenen Ehclosigkeit bei den christlichen Geisllichen und Hire Folgen, 3' édit., 3 vol., Barmen.s.d. (1892 ou 1893): Vacandard. Les ori­ gines du célibat ecclésiastique, dans la Revue du clergé fran­ çais, 1" janvier 1905. t. xi.i, p. 252-289; et dans les Éludes de critique et d’histoire religieuse, Paris, 1905, p. 71-120; Fran. Ant. Zaccaria, Storia polemica del celibato sacro. Rome, 1774; trad, allemande par Joh. Christ. Dreysig. Bamberg-Wurzbourg, 1781. E. Vacandard. CÉLICOLES, Cæli cultores, Ούρανολά-ρσι, secte dont l’existence, au commencement du v· siècle, ne nous est attestée que par une loi d'Honorius, en 409. et une très courte allusion de saint Augustin. Coelicolarum no­ men, est-il dit dans le code théodosien. inauditum quodammodo novum crimen superstitionis vindicavit. Ilis nisi infra anni terminos ad Dei cultum veneratio­ nemque Christianam conversi fuerint, his legibus, qui­ bus prteeepimus hæreticos astringi,se quoque noverint adtinendos, Cod. the«d., XVI. Iit. vili. 19. Lyon. 16*5. t. v*, p. 212; Ia pénalité, à laquelle il esl fait allusion, se trouve, Cod. theod., ibid., tit. v, 43. 44, p. 164. 165. Théodose (379-395) et Honorius (395-123) veillaient avec un soin jaloux à empêcher tout retour ofl'ensif du paganisme ou du judaïsme contre le christianisme, et le réprimaient dés qu’il s’en manifestait quelqu'un. Qu’on se rappelle, entreautres, le scandale d’Antioche : des femmes chrétiennes fréquentant les synagogues et observant bs foies juives; des hommes baptisés portant de préférenceleurs différends auprès des tribunaux juifs ; scandale qui avait soulevé l’indignation de saint Jean Chrysostome et qui se renouvela dans d'autres contrées, en Oriente! en Occident. Qu'on se rappelle également leseflbrls du paga­ nisme expirant pour essayer déjouer un rôle religieux en face du christianisme. De là les nombreuses lois por­ tées contre les sectes qui, sous des apparences chré­ tiennes, fomentaient des erreurs dangereuses pour la foi. Or, relativement aux célicoles, la loi de409 les place sous un même titre avec les Juifs et les Samaritains, ce qui laisse entendre quelque attache juive de leur part: elle les accuse d'un crime nouveau de superstition, ce qui porterait à croire à quelque infiltration idolàtrique; enlin elle les met en demeure d’avoir à embrasser la foi chrétienne, sous peine de se voir appliquer les pénalités déjà portées contre les hérétiques. Ce ne sont donc pas, à proprement parler, des hérétiques, mais simplement des novateurs dangereux du commencement du v'siècle, dont la superstition est qualifiée crime. Malheureuse­ ment la loi d'Honorius ne spécifie pas la nature et l'ob­ jet de leur superstition. Le commentateur de la loi se contente d’affirmer, sans en apporter la moindre preuve, que les célicoles forçaient les chrétiens à pratiquer cer­ tains rites juifs, entachés de superstition; mais, quant à préciser quelle était cette superstition, il dit : aiucie inquiritur. Saint Augustin n’est pas plus explicite. Se rendant à Cirta pour le sacre de l’évéque de cette ville, il paspar Tubursicum, y confère avec l’évéque donatiste Fortunius, et, apprenant que le major des célicoles venait d’inventer un nouveau baptême, et attirait par ce sacri­ lège un grand nombre d’adhérents,’ il le convoque. Epist., xi.iv. c. vt. 13. P. L., t. xxxiu, col. ISO. Nous igno­ rons les suites de cette convocation. Nous savons. : moins, qu’il y avait des célicoles en Afrique, qu’ils étaient organisés, qu'ils avaient à leur tète un major, titre à rapprocher de celui de patriarche chez les Juifs de celte époque, et qu’ils pratiquaient un genre nouveau de baptême. Etait-ce. le baptême chrétien, auquel on ajoutait la circoncision? La pratique, déjà réprouvée 2089 CELICOLES par saint Paul contre les juda'isants, dut vraisemblable­ ment se continuer chez ceux qui tenaient, tout en accep­ tant le baptême chrétien, à y joindre les avantages péri­ més de la circoncision. Si tel était le cas des célicoles, on comprend que saint Augustin parle de sacrilège; mais son laconisme est regrettable. D'autre paî t, si les céli­ coles, à l'exemple des monothéistes juifs, avaient rejeté la trinité, ils auraient été sûrement traités d’hérétiques par l'évêque d'IIippone et condamnés comme tels par l'empereur Honorius. Le nom de célicoles indique simplement le culte du ciel. Serait-ce là leur véritable superstition et rappelle­ rait-elle la Ορζ·,σζείχ των αγγέλων, condamnée par saint Paul? Col., tt, 18. Dans ce cas, les célicoles se rappro­ cheraient des esséniens; imbus de quelques théories platoniciennes et pythagoriciennes, ils auraient cru que les astres, dans l'espace céleste, sont animés par des anges el leur servent de corps. Mais ce ne sont là que des hypothèses. En réalité, on ignore la doctrine vraie des célicoles. Seule, leur existence est attestée, au début du v· siècle, particuliérement dans l'Afrique proconsulaire. Quant à leur rôle et à leur inlluence, ils ont été à peu prés nuis: il n’en est pas resté de trace sensible dans l'histoire. Baronius, Annales, an. 408, n. 26: Bnssmann, Historia ctrlicolarum, Helmstadt, 1704 ; Schmidt, Historia cœlicolarum, 1704; Smith et Ware. Dictionary of Christian biography, Londres, 4877, t. i, p. 589; Kirchenlexilcon, Fribourg-en-Brisgau, 1x84, t. m, p. 594 ; Bealencyklopâdie. Leipzig, 1900, t. vin, p. 84 ; U. Chevalier, Bépertoire. Topo-bibliographie, t. i, p. 623. G. Pareille. CELLIUS Antoine, dominicain italien, de la province romaine, promu au grade de maître en théologie au cha­ pitre général de Rome (16-29). On a de lui : Sacri flores de gratia ex universa S. Thomæ theologia decerpti, in-4", Rome, 16’29. Scriptores ordinis prædicatorum, t. n, p. 459. R. Coulon. CELLOT Louis, jésuite, né à Paris en 1588, admis au noviciat de Nancy, en 1605. professeur d'humanités et de rhétorique durant 16 ans, puis d’Ecriture sainte pendant 7 ans, fut recteur des collèges de Rouen et de La Flèche, enfin provincial de France (1654-1658). Il mourut au collège de Clermont, à Paris, le 20 octobre 4658. Ses tragédies latines, auxquelles Rolrou lit des emprunts, lui ont valu une réputation qui n’est pas encore éteinte. Parmi ses Panégyriques, on remarque un discours intitulé : In sola Scripturae sacræ historia veritatem reperiri. Mais il est surtout connu par ses controverses théologiques. La querelle, soulevée au sujet des réguliers d'Irlande et d'Angleterre, durait depuis une douzaine d’années, lorsqu'elle fut ravivée par la publication de son grand ouvrage intitulé : De hierarchia el hierarchis, in-fol., Rouen, 1641. L'auteur y attaquait Petrus Aurelius (Saint-Cyran) et Rallier, qui, dans leur réfutation du P. John Floyd, avaient pris à partie la Compagnie de Jésus. Cellot, dans l'intention de défendre les privilèges des réguliers, avançait, fen thèse générale, que la hiérarchie ecclésiastique est divisée en trois classes : celle de la juridiction, celle de l’ordre et celle des dons, qui sont toutes soumises à l'évêque comme au souverain hiérarque. La classe des dons (charismata') est, suivant lui, la plus excellente et comprend à la fois les docteurs en théologie, les canonistes, avec ceux qui font profession des œuvres de charité. La hiérarchie d'ordre, ou de deuxième rang, se compose des évêques, des prêtres et des ministres. Celle de juridiction qui est la dernière, comprend le pape, les évêques, les archi­ diacres el antres ayant juridiction, y compris les curés. Les religieux, d'après Cellot, appartiennent à ces trois espèces de hiérarchies, ou directement, ou excellemment, ou par commission. La caractéristique de l'ouvrage est celte hiérarchie nouvelle, appelée par lui des dons, Quétif-Echard, CELSE 2090 imaginée en vue de mettre les religieux (præcise ut laies) dans la hiérarchie ecclésiastique, celle-ci étant prise dans sa stricte signification. Il soutenait également que certaines prérogatives étaient quasi essentielles et intrinsèques à leur état. Ces propositions et d'autres simplement étranges firent condamner l'ouvrage par l'Assemblée du clergé réunie à Mantes, le 12 avril 1641, comme contenant une doctrine nouvelle, téméraire, fausse, pernicieuse et séditieuse, tendant à diminuer l’autorité du saint-siège, à former schismes et divisions dans l’Église, soutenant les inférieurs contre les supé­ rieurs, à confondre la hiérarchie et l'ordre que notre sauveur a établis dans l’Église, renverser la discipline des anciens canons que l'auteur n'entend pas et mettre en mépris les nouveaux par des propositions erronées, absurdes et fausses. La Sorbonne à son tour fut sur le point (15 juin 1641) de censurer le traité qualifié déjà si durement par l’épiscopat français; mais Richelieu préféra ouvrir une conférence où le religieux incriminé, assisté de Irois de ses confrères, comparut devant huit docteurs présidés par l’évêque de Rennes, La MotbeHoudancourt. Cellot rétracta entièrement plusieurs de ses propositions, en adoucit d'autres, en expliqua d'autres encore ramenées par le contexte au sens catholique, invoqua même l'inconscience pour plusieurs qui lui avaient échappé. Cette déclaration signée de l'auteur fut renvoyée à Richelieu, qui imposa la paix dans ces conditions. L’ouvrage n'en fut pas moins rais à l'index, donec corrigatur, le 20 novembre 1611. Le P. Cellot s'était soumis; mais quelques années plus tard, il pré­ sentait sa défense au public, dans un moindre volume intitulé : Horarum subcesivarum liber singularis, in-8", Paris, 1648, dédié à son adversaire, le docteur Rallier, futur évêque de Cavaillon. La faculté de théo­ logie de Paris crut devoiralors mettre au jour le procèsverbal des conférences de 1641 conservé dans ses archives; et une petite guerre de libelles surgit autour de la reprise de l’aU'aire. De sérieux travaux sur l’histoire ecclésiastique occu­ pèrent les dernières années du P. Cellot. Il donna unHistoria Golleschalehi, in-fol., Paris, 1655, dirigée conlre les jansénistes. 11 y appelle Jansénius : sectæ tumultuantis auctor el princeps, et lui reconnaît un ancêtre dans le fameux moine d’Orbais dont il l'accude reproduire l'erreur prédestinalienne. 11 s'en prend aussi à Gilbert Mauguin, ce président de la cour des comptes qui venait, dans une publication importante, de réhabiliter la mémoire de Gotescalc à la suite des calvinistes Usserus et Vossius. L’Histoire du P. Cellot est « exacte et complète » au dire du P. Rapin, et éta­ blit « le véritable sentiment de Golhescalque sur la prédestination à la peine comme à la récompense Des mélanges inédits et un opuscule sur le libre arbitre ajoutés à cet ouvrage, attirèrent de nouveau la sévérité de l’index qui les condamna, par décret tardif du 3 avril 1731. On doit encore au P. Cellot la publication de divers opuscules d’Hincmar de Reims et les Actes du concile de Donzy. Papiers du P. Cellot, h la Bibliothèque nationale de Paris, nouveau fonds latin (ancien résidu Saint-Germain), 2 in-fol.. 13137-13138: Sommervogel, Bibliothèque de la G" de Jésus, t. r. col. 948-952; Bamy, Galerie illustrée de la C- de Jésus, t. il. p. 37: Archives des bollandistes â Bruxelles, dossier Van Aken. lettre de Rouen. « 31 may 1611, » sur l'affaire de la hiérarchie ··: la faculté de Paris; abbé Maynard. Les Provinciales et leu. réfutation, in-8", Paris, 1851, t. il. p. 451 ; Aubineau. Mémoir. du P. Bapin, t. I, p. 233-234; abbé Féret, La faculté de thé· logic de Paris et ses docteurs les plus célèbres. Époque mo­ derne, in-8·, Paris, 1904, t. lu, p. 164-166. II. ClIÉROT. CELSE. - I. Vie. IL Discours véritable. III. Appré­ ciation. I. Vie. — Celse, dont il est ici question, n'est autre que l'auteur du Λόγος άληΰζ,ς; il n'a rien à voir ni avec le 2091 CELSE Celse qui vivait du temps de Néron, Cont. Cels., i, 8, P. G., t. xi, col. 609, ni avec les deux personnages poli­ tiques de ce nom, dont parle Spartien, et qui vécurent au ii’siècle. Sa vie est peu connue; ceque l’on en sait est dû à quelques renseignements fournis par Origéne ainsi qu’à l’hypothèse justifiée, semble-t-il, de l'identification du Celse d’Origêne et du correspondant du satirique Lucien. On ignore la date de sa naissance et de sa mort. Ce que l’on peut affirmer, c’est qu’il a vécu au n® siècle. Ayant beaucoup voyagé, Celse s’est mis au courant du mouvement intellectuel de son époque, a séjourné â Rome et parait s’y être fixé. Il a partagé contre le christianisme les sentiments d’hostilité de la plupart de ses contemporains, qui appartiennent à la classe des lettrés et des philosophes. Au moment où Origéne, sur la prière de son ami Ambroise, entreprit la réfutation du Discours véritable, c’est-à-dire en 218, Eusèbe, II. E., vi, 36, P. G., t. xx, col. 596, Celse avait cessé de vivre depuis longtemps. Cont. Cels., præf., 4, P. G., t. xi, col. 618. Il est traité couramment de philo­ sophe épicurien, Cont. Cels., i, 8, 10, 21 ; n, 60; iv, 54, 75; v, 3, col. 669, 676, 696, 889, 1117, 1145, 1184; c’est un έπικουρίζων, IV, 75, col. 1145, qui ne se fait pas faute, le cas échéant, de parler comme un disciple de Platon. Cont. Cels., i, 8; IV, 54, col. 669, 1117. Il a composé un ouvrage contre la magie et les magiciens, Cont. Cels., I, 68, col. 788, des livres contre les chré­ tiens, iv, 36, col. 1085, et surtout le fameux pamphlet connu sous le nom de Λόγος αληθής, à la fin duquel il annonçait un nouveau traité, à titre de complément, dont on ne sait s’il fut réellement écrit. Cont. Cels., vm, 76, col. 1632. Tous ces ouvrages sont perdus. C’est à Celse, et sur sa prière, que Lucien, peu après la mort de Marc-Aurèle, vers 180 ou 181, dédia son Alexandre ou le faux prophète. Or Lucien loue les écrits de son ami contre les magiciens; et, bien qu’il ne traite pas son correspondant d’épicurien, la manière sympathique avec laquelle il lui parle d’Epicure permet de croire qu’il appartenait à l’école du célèbre philo­ sophe athénien, et qu’il y a lieu dès lors de l’identifier avec celui que réfute Origéne et de ne voir dans les deux Celse qu’un seul et même personnage. Celse doit sa renommée au Discours véritable, cet arsenal complet où se sont approvisionnés d’armes les plus diverses tous les ennemis du christianisme, depuis le ni· siècle jusqu’à nos jours. A quelle époque le com­ posa-t-il? Cette question de date a été diversement ré­ solue. D’une part, quelques critiques, comme Gratz, placent la composition de cet ouvrage sous le règne d’Hadrien; d’autres, tels que llagenbach, liasse, Tischendorf, Friedlander, dans les premières années du règne d’Antonin, à cause de l’allusion au culte d’Antinoüs, Cont. Cels., ut, 36, col. 965. qui, prétendent-ils, ne dura guère. Mais c’est oublier qu’Athénagore, Legal., 30, P. G., t. vi, col. 960, et Origéne, Cont. Cels., m, 36; vin, 9, col. 965, 1529, en parlent comme d’un culte toujours pratiqué; c’est surtout méconnaître d’autres indices révélateurs qui indiquent une époque ultérieure : le pouvoir partagé, les barbares menaçant les frontières de l’empire, le gnosticisme en pleine effervescence, les chrétiens en butte à une persécution générale. D’autre part, ceux qui, avec Volkmar, reportent la date de ce Discours aux environs de 240, ne tiennent pas compte de ce que dit Origéne de la mort déjà ancienne de l'auteur et obéissent en outre à une idée préconçue pour écarter un témoin gênant qui ruinerait, s’il était du IIs siècle, leur théorie sur le développement du chris'innisme et sur l’apparition tardive des Évangiles. En 240, en effet, l’ell'ervescence gnostique est tombée. Il est vrai qu’il y eut une persécution sous Maximin, en 235-237, mais elle ne visa que les membres du clergé, les chefs, évêques et docteurs, et n’eut pas le caractère d’universalité de celle dont parle Celse. 11 est vrai aussi DICT. DE TllËOL. CAT11OL. 2092 que, dans la première moitié du in° siècle, le pouvoir fut partagé à deux reprises, une fois entre Caracalla et Gela, en 211-212, et une seconde fois, en 238, entre Pupien et Balbin; mais on ne voit pas qu’à l’une ou à l’autre de ces deux dates, les barbares aient spécialement menacé l’empire et fait courir quelque danger à l’État. C’est plutôt entre les règnes de Marc-Aurèle et de Septime-Sévère, de 161 à 211, qu’il convient de placer la date de la composition du Discours véritable, et de préférence à la fin de l’été de 178, comme l’a proposé Tillemont, Hist, des empereurs, t. ni, p. 281; car, à ce moment-là, se vérifient tous les détails historiques signalés par Celse. I.e pouvoir se trouve partagé entre Marc-Aurèle et Commode; l’empire est directement menacé par les barbares sur l’Euphrate et le Danube; les calamités publiques, jointes aux maux de la guerre, font craindre pour la sécurité de l’État; les chrétiens, rendus responsables de tous les malheurs publics, sont à la merci d’une dénonciation anonyme ou d’une émeute populaire et persécutés par les représentants de l’autorité tant en Orient qu’en Occident. Le drame san­ glant de Lyon date d’un an à peine; la grande voix des apologistes Alhénagore, Méliton, Miltiade, Apollinaire, se fait entendre ou va prendre la défense du christia­ nisme. C’est à ce moment que Celse entre en lice avec son Discours; il y a 41 ans qu’Hadrien est mort; Celse est donc dans la force de l’àge ou au commencement de la vieillesse; il est en correspondance avec Lucien; il doit avoir connu à Rome le cynique Crescens, l’ennemi de saint Justin, et le philosophe Fronton, si peu sympa­ thique aux chrétiens; à son tour, il prend la plume pour combattre le christianisme, non en aveugle et en se faisant l’écho des calomnies populaires, mais en critique informé, au nom de l’histoire, de la philosophie, de la raison et de la science; il fera du moins entendre l’appel patriotique d’un homme d’Ètat en conviant les chrétiens à la défense de l’empire menacé, en face des tristesses du présent et des sombres présages de l’avenir. Autant qu’on en peut juger par le Discours véritable, Celse est un esprit cultivé, au courant des systèmes philosophiques en vogue ; il envisage le paganisme à la manière de la plupart des philosophes et des lettrés de son temps; il y voit une institution à conserver parce que c’est la religion des ancêtres, transmise par la tradition, sanctionnée par l’État. Sans doute certains de ses rites sont futiles, la plupart de ses fables sont absurdes; mais on pourrait, pensait-il, en donner une explication rationnelle et acceptable, en sauvegarder le fond, sauf à en abandonner la forme. Car, à ses yeux, toute manifestation religieuse a droit au respect par le seul fait qu’elle est celle de tout un peuple et qu’elle est conservée par le temps. Or les chrétiens pratiquent une religion absolument nouvelle, qui n’est pas celle d’un peuple déterminé, qui affiche la prétention de s’étendre au monde entier, sans distinction de fron­ tières, de langues ou de nationalité, et qui se pose en adversaire irréconciliable du paganisme sous toutes ses formes. Le christianisme s’est infiltré peu â peu dans l’empire et il compte un grand nombre d’adhérents, surtout dans les derniers rangs de la société. Des son apparilion.il a fait la concentration de la défiance et de la haine, soulevant à la fois les colères aveugles de la foule, les sarcasmes des lettrés, les représailles du pou­ voir; et il n’en continue pas moins, en dépit de l'opinion et des lois, à se propager chaque jour davantage : phé­ nomène singulier et problème inquiétant, bien faits pour fixer l’attention d’un penseur et d’un homme d’État. Celse va l’étudier, non point par amour désin­ téressé de la vérité ou par simple curiosité intellec­ tuelle et morale, mais dans le but précis de le com­ battre et de le ruiner. Il commence donc une enquête. Il prend la peine d’examiner les mœurs des chrétiens, Cont. Cels., i, 12, col. 677, d’interroger leurs livres II. - CG 2093 CELSE sacrés, Cani. Ceis., ti.74, col. 909; il puise aux sources. C’est ainsi qu’il lit l’Écriture sainte, en particulier, dans l’Ancien Testament, les livres de la Genèse et de l'Exode. Cont. Gels., tv, 36-48; vi, 60-61. col. 1084-110Î5, 1389-1391, surtout les prophètes, vu le rôle capital qu'il jouaient dans la controverse chrétienne avec les juifs, Cont. Gels., t, 34, 49, 57; n, 28. 29; vi. 36. 50. 55, 75: vu, 9. 18, 53, col. 725, 752-765, 848, 849, 1372, 1376, 4384, 1412. 1433; 1445, 1196; el. dans le Nouveau Tes­ tament, les écrits des apôtres, l'Evangile, -ô εύαγγε>tov. Caul. Cels., ii, 27, col. 848. Il y joint la lecture d'autres documents, tels que l’Æpitredu pseudo-Barnabé, Cant. Cels., 1, 62, 63. col. 777; la Dispute de Jason et de Papiscus, Cont. Gels., iv, 52, col. 1113; le livre d'IIénoch, Cont. Gels., v, 54, 55, col. 1265, 1269; le Dialogue céleste, Cont. Gels., vm, 15; les fragments sibyllins. Cont. Gels., vu, 53, 55, col. 1497, 1501. Il connaît les opinions des gnostiqueset les querelles doc­ trinales qui divisent les chrétiens; et muni de tous ces renseignements, il rédige le Discours veritable. II. Le ItiscotiBS véritable. — 1° Histoire de cet ou­ vrage. — Le Discours de Celse ne parait pas avoir pro­ duit sur ses contemporains et ses successeurs immé­ diats la moindre influence. Personne n’en parle; et sans l'heureuse trouvaille qu’en lit Ambroise et qu’il communiqua à son ami Origène pour en obtenir la ré­ futation, il est à croire qu’il aurait été condamné à l'ouldi et qu’il n’aurait pas servi à défrayer la guerre faite au christianisme dans les âges suivants. On ne le possède pas dans sa teneur intégrale; et ce n'est que grâce aux huit livres que lui a consacrés le docteur alexandrin, qu'on en connaît les passages principaux, qu’on peut se faire de son contenu une idée aussi exacte que possible. Voici pourquoi. C'est qu'Origène, après avoir commencé son κατά Κέλσου par une réfuta­ tion générale, se ravise avant la fin de son livre I" et se condamne à suivre pas à pas son adversaire, sans rien laisser d'important. Il prend soin de ne répondre aux difficultés qu’aprés les avoir transcrites dans leur texte même. Malheureusement il n'a pas reproduit tout le Discours; il en a négligé à dessein les passages insignifiants, ainsi qu'il a soin d’en prévenir; parfois même il se contente d’un rapide résumé pour n’en retenir que les points principaux. De telle sorte que la restitution du Discours véritable, telle que l'ont ingé­ nieusement tentée Keim et Aube, est forcément incom­ plète et ne peut donner qu'un texte tronqué, où la part conjecturale, bien que réduite aux idées servant de lien d’un passage à un autre, existe cependant. Du moins, les citations si nombreuses faites par Origène suflisent amplement à nous faire connaître le ton, la méthode, la nature et l'objet de ce Discours, de même que la ré­ futation en révèle la faiblesse, les injustices, les contra­ dictions et les erreurs. 2° Plan du Discours véritable. — Le véritable plan adopté par Celse nous échappe ; mais il se laisse deviner dans ses lignes principales. En elfet, au commence­ ment du III0 livre, Origène nous apprend que Celse, après un préambule, introduit un juif qui argumente d'abord contre Jésus, puis contre les juifs devenus chrétiens, après quoi Celse prend la parole en son nom et combat juifs et chrétiens tout ensemble. Le but de Celse est d’enlever au christianisme son point d'appui, sa base historique dans l'Ancien Testament ; c'est pour­ quoi il trouve piquant tout d'abord de faire attaquer le christianisme au nom du judaïsme : c’est la thèse juive contre la religion nouvelle. Et comme naturellement il suppose à celte thèse une valeur probante, il s’en prend alors directement au vainqueur du christia­ nisme. au judaïsme lui-même, ruinant par là. pense-t-il, la cause chrétienne jusque dans ses attaches et ses racines les pins profondes. Cela ne manque pas d'habi­ leté. Le terrain ainsi déblayé, il aborde l'examen du 2094 christianisme, de ses sources évangéliques, de ses dogmes principaux, de ses pratiques, de ses divisions. II parle tour à tour en philosophe, en historien, en critique, en serviteur des dieux, en politique, et multi­ plie les objections : objections contre la divinité de Jésus, contre la possibilité de l'incarnation et la réalité de la rédemption; objections contre la divinité du chris­ tianisme et les preuves qu’on en donne; objections contre la vie, les mœurs, les dissensions de la secte chrétienne; objections contre la doclrine théologique, morale, canonique el eschatologique ; le tout pour aboutir en fin de compte, non pas à une condamnation radicale et absolue, comme il y aurait lieu de s'­ attendre, mais à une sorte de compromis ou plutôt à un appel aux chrétiens en faveur de l’empire. Nous nous bornerons, dans une courte analyse, à signaler les points principaux de ce singulier plaidoyer. 1. Introduction. — Dès le début se révéle l’état d'âme de Celse. 11 prend le ton d'un honestior indigné ou irrité de voir des hommes nouveaux, sans patrie, sans tradition, sortir des bas fonds de la société, se poser en adversaires de toutes les institutions civiles et reli­ gieuses, se lier par serment pour violer les lois, sus­ pects à la foule, honnis par les esprits bien élevés, tra­ qués par la police, tenir des réunions clandestines, exercer en secret leur propagande parmi les enfants, les femmes, les esclaves et les gens de vil métier, imposant leur foi d'autorité, mais redoutant la science. 11 sait d’où ils viennent; il va dire ce qu’ils sont, ce qu'ils croient. 2. Le judaïsme contre le christianisme. — Les chré­ tiens sortent du judaïsme. Celse a très bien vu et com­ pris le lien intime qui unit, la filiation étroite qui rat­ tache le christianisme au judaïsme; et en même temps a saisi l’objet capita1 de la querelle qui les divise et les sépare. De là l'ii.traduction d'un juif faisant le procès des chrétiens à un point de vue juif, montrant que les chrétiens ne sont que des transfuges, ou mieux encore des schismatiques, des apostats qui ont abandonné la loi mosaïque, la foi traditionnelle. Celse ne se contente pas de rapporter celte escarmouche d'autant plus savou­ reuse qu'elle vient de frères aînés, bien placés par consé­ quent pour juger en connaissance de cause leurs frères séparés, il la reprendra à son compte dans la suite, sauf à y ajouter des arguments nouveaux. C'est pourquoi nous n’y insistons pas davantage pour le moment. 3. Attaque du judaïsme. — Celse cherche à avoir raison du judaïsme ; car le judaïsme vaincu, c'est ruiner du même coup l une des bases doctrinales et histori­ ques du christianisme. En conséquence, il travestit les faits de son histoire, rabaisse le caractère de son légis­ lateur, repousse ce qui fait l’objet de sa croyance et de ses espérances. Les Livres saints, dit-il, n'ont aucune certitude historique : cosmogonie, récits de la création, de la chute, du déluge, rôle des patriarches el le reste, tout cela ne forme qu'un tissu de rêveries ou d’absur­ dités. bonnes tout au plus à amuser des enfants, qu'on a beau essayer de rendre vraisemblables au moyen de l'allégorie, mais qui excitent plus encore la pitié que le rire. Le peuple juif vante mensongèrement son origine. Il n’a point pour ancêtres Abraham, Isaac et Jacob; il n'est qu'une troupe d'esclaves égyptiens révoltés et fugi­ tifs. Moïse, son législateur, n'a aucun droit à l’origina­ lité; il a tout emprunté aux sages de l'antiquité el il est de beaucoup leur inférieur : simple goéle qui a joué les juifs et dont les juifs ont été les dupes. Les juifs se prétendent monothéistes et la loi leur permet d'adorer le ciel et les anges. Cont. Cels., v, 7, col. 1189. Ils s’es­ timent les seuls amis el protégés de Dieu; c'est un acte d'orgueil monstrueux. En caressant le chimérique espoir que Dieu viendra du ciel les secourir, ils s'abu­ sent sur la nature divine et se heurtent à une impossi­ bilité métaphysique, car Dieu est immuable; il ne s'occupe que de l'ensemble de l'univers et non exclusi- 2095 CELSE vernent de l'homme. L’homme n'est pas au dessus de la hèle et bien des animaux remportent sur lui. Cont. Cels., tv, 69 sq., col. 1137 sq. Toutefois, concède Cclse, puis­ que les juifs ont formé depuis longtemps un corps de nation, ils sont libres de garder leur religion, nullement parce qu'elle est vraie, mais uniquement parce qu’elle est nationale et traditionnelle. Aux yeux d'un Romain, en effet, le seul fait de constituer un peuple assurait le privilège de l'autonomie religieuse. Mais Celse refuse aux juifs le droit de se croire au-dessus des autres et de mépriser ceux qui n'appartenaient pas à leur race. 4. Allayues contre Jésus. — Qu’est-ce que Jésus? Pour répondre à celte question, Celse n’aura garde d’ou­ blier les griefs des juifs et il ajoutera ceux d'un païen. Or, aux yeux des juifs, Jésus est un faiseur de tours, un charlatan, un goéte, d'origine suspecte, Cont. Cels., 1, 28, col. 713; il a fini une vie d’aventurier par une mort ignominieuse. Ni la vie, ni la mort d’un tel per­ sonnage ne sauraient être, comme le prétendent les chrétiens, celles d'un Dieu. Condamné au supplice, il n'a pas fait éclater sa vengeance, comme il l'aurait dû s'il était Dieu. Cont. Cels., n, 9, 16-21, 67-69, col. 808, 825-810, 901-905. Ses disciples, choisis parmi des scélé­ rats, l'ont livré, renié, abandonné. C'est, dit-on, le Fils de Dieu descendu sur la terre, le Verbe fait chair, le Messie promis. C'est ici que Celse exerce sa verve sar­ castique. L'incarnation d’un Dieu aurait dû, semble-t-il, être facilement admise par un esprit aussi au courant des fables de la mythologie qui montrent les rapports si fréquents des dieux avec les hommes. Mais non; Celse, oubliant que les objections qu'il oppose à l'incarnation peuvent se retourner avec plus de raison contre le polythéisme, s'inscrit en faux contre ce dogme. Mêlant deux questions distinctes, celle de l'essence de Dieu et celle de sa manifestation dans le temps et dans l'espace, il tire de la première la négation de la seconde. Dieu, dit-il, est immuable. Il ne peut sans déchoir ni changer ni se mouvoir. Car s'il laissait un instant le gouverne­ ment du monde, toute la machine se disloquerait. Et puis dans quel but viendrait-il? Ne sait-il pas tout ce qui se passe sur terre? Faut-il qu'il soit sur les lieux pour remédieraux désordres?Manque-t-il quelque chose â son bonheur? Voudrait-il faire preuve de sa toutepuissance? En tout cas, s'il est venu peur châtier les uns et pour sauver les autres, il a bien attendu; sa justice est par trop lente. Du reste, pourquoi serait-il descendu de préférence daus un coin obscur du monde, chez un misérable petit peuple? Est-ce que l’homme vaut la peine d'une pareille condescendance, lui qui est inférieur en tant de choses aux abeilles, aux oiseaux, aux fourmis? Cont. Cels., iv, 23-30, 74 sq., col. 1060-1073, 1144 sq. On comprend, devant de sem­ blables difficultés, combien Origêne avait beau jeu pour répondre. La saine philosophie n'a pas de peine à con­ cilier le dogme de la providence et de l’intervention divine avec l'immutabilité de Dieu. Et la théologie catho­ lique ouvre des horizons autrement larges; elle donne, en particulier, comme motifs de l'incarnation, des rai­ sons que la sagesse humaine ne peut approfondir qu'avec un sentiment ému d’admiration et de recon­ naissance pour la bonté infinie de Dieu. Celse, s’il eût connu ces raisons et s'il avait possédé assez de sincé­ rité et de droiture d’âme pour se départir de ses préju­ gés, aurait certainement tenu un autre langage. Peutêtre même qu'avec u.i maître tel qu’Origéne, aurait-il renouvelé l’exemple donné par saint Justin. Mais Celse est de son temps el, bien qu’il marque au premier rang de ceux qui ont le moins imparfaitement connu ! enseignement évangélique, il s'est arrêté à des diffi­ cultés de surface, dont il a fait des instruments de combat, parce que, avant tout, il tenait à combattre beaucoup moins qu’à s’éclairer. Si sur le témoignage d'une femme exaltée, γυνή πχρο·.στρος, Cont. Cels-, il 2096 39, col. 860-861. les chrétiens, comme il dit, appuient leur croyance à la résurrection de Jésus, Cont. Cels., n, 59, col. 889, ce n'est là qu'un incident. 11 touche, du moins, à la vraie question qui est celle de savoir si Jésus est Dieu. Là est le point capital de la controverse entre juifs et chrétiens, el là aussi Celse est appelé à se prononcer. Or les chrétiens apportent notamment deux preuves en faveur de la divinité de Jésus, l une qui est (’accomplissement des prophéties, l'autre qui est l’éclat des miracles. Ce sont ces deux preuves que Celse va chercher à éluder. 5. Contre la preuve de la divinité de Jésus, tirée de l’accomplissement des prophéties. — Les chrétiens disaient : Jésus est Dieu, parce qu'il a accompli toutes les prophéties relatives au Messie. Celse, qui connaît la réponse des juifs à cet argument péremptoire, la reproduit et l’aggrave par des considérations d'ordre philosophique et historique. Il constate cependant que l'argument tiré de l’accomplissement des prophéties est de beaucoup le plus fort, Ισχυροτάτην άποδείξ'.ν. Cont. Cels., n, 28, col. 848. 11 croit en avoir raison par celte triple proposition : les prophéties sont en soi une chose qui répugne. Elles ressemblent aux oracles du paga­ nisme et par suite n’ont pas plus de force probante. Elles ne s’appliquent pas à Jésus. Celse ne nie pas directement la possibilité du surna­ turel ; mais, en prétendant que la prophétie contrain­ drait nécessairement la libre volonté de celui qui en est l’objet, Cont. Cels., n, 20, col. 836, il en arrive par voie de conséquence à nier celte possibilité, à cause du libre arbitre : c’est la thèse rationaliste. De plus, en rapprochant les prophéties de la Bible des oracles du paganisme, et en les mettant bien au-dessous, il néglige la différence caractéristique qui distingue les prophéties de ces oracles, soit dans leurs agents ou organes, soit dans le mode de leur manifestation, soit surtout dans leur objet et leur but : c'est la thèse païenne. Enfin, en s’appropriant la thèse juive, il répète que les prophéties de l’Ancien Testament manquent de clarté et de préci­ sion et se refuse, tout comme les juifs, à les voir réali­ sées en Jésus. Cont. Cels., I, 52, col. 757. Or, philoso­ phiquement parlant, Celse a tort de nier la possibilité delà prophétie; car il réduit la connaissance de Dieu et met arbitrairement une limite à sa liberté. Maisce n'est qu’un leurre ou, du moins, une inconséquence, puis­ qu’il parle des oracles païens; c’est donc que Dieu peut faire des prophéties. Des lors le problème se réduit à une question de fait : oui ou non. y a-t-il dis prophé­ ties dans l’Ancien Testament? Celse, ne pouvant le nier, se borne comme les juifs à prétendre que ces pro­ phéties n’ont pas eu leur accomplissement en Jésus; autre question de fait, si admirablement tranchée par saint Justin dans son Dialogue arec Tryphon, el qu'Origène tranche à son tour en montrant que si telle ou telle prophétie a été accomplie par tel ou tel personnage de l’Ancien Testament, l'ensemble des prophéties, con­ cernant le Messie, n’ont eu leur pleine réalisation, en dépit des dénégations intéressées des juifs, que d: ns la personne de Jésus. 6. Contre la preuve de la divinité de Jésus, tirée d, ·miracles. — Les miracles de Jésus sont racontés par l’Évangile ; leur authenticité repose sur un témoignage historique. Que fait Celse? De même que. contr.· I < juifs, il avait refusé de reconnaître une valeur quelcon .■ au témoignage de la Bible, de même, contre les chré­ tiens, il nie l'autorité historique des livres du Nom- .,:; Testament. Il accuse les Évangiles d'être la tripli- ou quadruple rédaction d'un texte fait dans le but inté­ ressé de répondre à des difficultés ou à des objections. Cont. Cels., n, 27, col. 848. Cela posé, Celse reprend contre la preuve de la divinité de Jésus tirée des mi­ racles la même argumentation qu'il vient de faire utre les prophéties. Le miracle, dit-il, est en général 2097 CELSE contraire à la nature et à la raison : il est impossible. Quant aux faits miraculeux relatés dans l’Évangile, ou bien il en suspecte la réalité sous prétexte qu'ils ne sont pas suflisamment constatés ou que le témoignage sur lequel ils reposent ne mérite pas créance, ou bien il lesaccepte, mais sous bénéfice d'inventaire et en leur refusant toute valeur démonstrative, Com. Ceis., t, G, col. 668; ils rappellent trop les prestiges des magiciens ou les faits extraordinaires dont la mythologie est pleine, Cont. Cels., ni, 22-39, col. 914-972, et ne prouvent pas davantage. Cont. Cels., i, 38, 68; n, 48, col. 733, 788, 869. Jésus n’est qu'un thaumaturge au même titre que les autres; ses prestiges, il ne lésa opérés qu’au moyen de la magie. Cont. Cels., I, 6, 38, col. 668, 733. Les histo­ riens de ces miracles acceptent trop facilement des témoignages suspects; nous avons déjà signalé celui qui atteste la résurrection de Jésus; ils ne s’accordent pas entre eux et ils sont trop ignorants pour qu'on ajoute foi à leur parole; il n’appartenait qu’à la science grecque de juger l’Évangile et ses faits miraculeux. Cont. Cels., i, 2, 62, col. 656, 776. Ce sont des témoins à la fois dupes et fourbes. Cont. Cels., tt, 26, col. 845. Dupes et fourbes ! deux termes contradictoires et qui s’excluent, observe avec raison Origéne. Celse a beau nier la possibilité des miracles, il y croit puisqu'il rappelle ceux du paganisme. S'il dénie à ceux-ci toute valeur démonstrative, c’est pour la dénier à ceux-là. On sent trop un esprit prévenu; la comparai­ son qu’il fait des miracles de l’Évangile avec les pro­ diges de la mythologie est le fruit de celte prévention. Ici, comme pour les prophéties, Celse commet une erreur d'appréciation, trop intéressée pour être sincère. Mieux eût valu rejeter les miracles en bloc, puisque aussi bien il refusait de reconnaître aux récits évangé­ liques une valeur historique quelconque. Mais à vouloir les discuter, il devait y apporter plus de sincérité. Quant à réclamer le contrôle de la science grecque, per­ sonne ne songeait à l’en empêcher; l'histoire écrite était là ; mais, cette histoire, Celse n'a pas voulu l'admettre. On sait combien d'imitateurs il a eus dans la suite. 7. Contre les chrétiens. — Celse a promis de dire ce que sont les chrétiens; il en a déjà parlé au début de son Discours; il y revient et accumule les traits. Les disciples du Christ sortent d’un milieu juif; ce sont des apostats du judaïsme, qui ont abandonné Moïse pour suivre un autre juif, aussi charlatan que le premier. Qu’enseignent-ils? Rien de bien précis, car ils ne s’en­ tendent guère entre eux. 11 y a ceux de la grande Église, oi άπο μεγάλης εκκλησίας, Cont. Cels., v, 59, col. 1276; il y a ceux qui ont frauduleusement introduit des nou­ veautés dans les livres sibyllins, Cont. Cels., vu, 53, 56, col. 1497, 1501; il y a encore des simoniens, des marcelliens, des carpocratiens, des marcionites; et tous sont en désaccord complet les uns avec les autres. Ils pré­ tendent imposer la foi d'autorité, une foi aveugle, irra­ tionnelle, Cont. Cels., i, 9, col. 672; ils cherchent à agir sur les femmes et à s’emparer de l'instruction des enfants, Cont. Cels., ni, 55, col. 993; ils fuient la lumière, redoutent la science et les hommes de savoir. Aussi s’adressent-ils de préférence à des gens grossiers, ignorants, incapables d’une instruction sérieuse. Cont. Cels., m, 55; vi, 14, col. 993, 1309. Ils les troublent par des maléfices plutôt que par des raisons, frappent leur imagination par la terreur ou l’espérance. Singu­ liers docteurs qui font de la propagande parmi les faibles de l’esprit ou de l’âge et ne se recrutent que parmi des pécheurs! Et singulier Dieu que le leur, ami des déclassés, des pauvres, des misérables, des scélé­ rats, né d'une femme, comme si cela était possible, et envoyé sur la terre où il a été cruellement mis à mort! A vouloir un Dieu, ils n'avaient que l’embarras du choix parmi tant de personnages qui ont donné des 1 2098 I preuves de grandeur, d’héroïsme, de vertu. Ils n’ont ni I autels ni statues; ils accusent les démons de se cacher dans nos simulacres; ils répugnent à prendre part à nos solennités et à nos sacrifices, de peur de se faire les commensaux des démons, et ils honorent les anges! Ils ont une foi invincible et préfèrent la mort à l’apos­ tasie; mais cette foi courageuse se trouve également parmi les païens. Ils croient à une destinée future; mais c’est un emprunt aux mythes du Tartare et des Champs Elysées. Ils croient surtout à la résurrection des corps, ce qui est une chose impossible; mais ils ne font que défigurer la métempsycose. Leur Dieu n’a point protégé les juifs, comme ils s'en Dallaient, il ne protège pas davantage les chrétiens : c'est un impuissant ou un indifférent. Enfin les quelques vérités qu'ils possèdent ont été bien mieux formulées, entre autres par Platon, qui n’avait pas du moins leur suffisance et ne se donnait pas pour le porte-parole de Dieu. Cont. Cels., i, 4; vi. i, col. 661, 1289. 8. Conclusion. — Quelle pouvait être la conclusion d'n ne telle attaque, où le christianisme est condamné dans ses sources historiques, dans la personne de son fonda­ teur, dans Je recrutement et la propagande de ses par­ tisans, dans son enseignement sur la question des ori­ gines et des fins dernières? Pas d’autre, semble-t-il, que de déclarer la religion chrétienne hors la loi, puisqu'on la disait hors la nature et hors la raison. 11 n'en est pourtant pas ainsi. Celse ne se retranche pas derrière le principe, invoqué tout à l’heure en faveur des juifs, pour laisser au christianisme la liberté de sa foi et de son culte, à titre de religion nationale et tradi­ tionnelle; mais, par une inconséquence étrangement révélatrice, il parait oublier tout ce qu'il vient de dire et entre en pourparler avec lui. Le polémiste pose les armes et cède la parole à l’homme d’État; il abandonne le terrain religieux pour le terrain politique et cherche à négocier une entente. L’empire est massacré par les barbares! Que les chrétiens se montrent bons citoyens; qu’ils ne se tiennent pas à l’écart des fonctions civiles et du service militaire; qu'ils apportent un concours généreux à la défense de la cause commune! III. Appréciation. — Tel est le résumé du Discours véritable. Celse y a semé à pleines mains l'ironie, la raillerie, l'invective; il y a parlé au nom de l'histoire, de la critique, de la philosophie, de la science et de la politique; il y a tout attaqué dans le christianisme, ses origines bibliques, ses sources évangéliques, son fonda­ teur, ses part sans; en un mot il a plaidé à fond et par là il se met bien au-dessus de ses contemporains. Son œuvre ne manque pas d'ampleur : elle oll're tous les échantillons de la polémique que les âges suivants ne renouvelleront guère et ou l'on ne cessera de puiser; on croirait même y entendre parfois l’accusation qui, depuis le xvin» siècle jusqu’à nos jours, a défrayé la guerre contre le christianisme : écho des sentiments professés par les lettrés et les philosophes du n’ siècle, elle traduit encore la pensée intime de beaucoup de ceux qui, de nos jours, ne veulent pas de la religion du Christ; c'est dire son intérêt rétrospectif et actuel. Or, comme nous l’avons déjà remarqué, on n’a pas de preuve qu'à son apparition le Discours véritable ait produit quelque effet. Vers le milieu du ni» siècle, Origène éprouva une certaine répugnance â le réfuter, le silence lui paraissant plus convenable; s’il se résigne à écrire ses huit livres κατά Κέλσου, ce n'est point qu’il juge l’œuvre dangereuse pour les vrais croyants, mais simplement par égard pour les esprits indécis ou de foi vacillante afin de les mettre en garde contre les surprises de la calomnie. Sa réponse contient les éléments les plus précieux qui forment comme une petite somme théologique. On y trouve, en effet, l’esquisse de la thèse sur l’authenticité et la valeur historique des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, sur la 2099 CELSE — CENALIS (CÉNEAU) nature e* l’accomplissement des prophéties, sur la pos­ sibilité, la réalité el la valeur démonstrative des mira­ cles, sur l’excellence et l'efficacité de la morale chré­ tienne, sur la divinité de Jésus-Christ et de son Eglise; de sorte que l’historien des origines chrétiennes, le théologien, l'apologiste ont tout avantage à connaître l’attaque la plus complète qui ait été dirigée contre le christianisme au II· siècle et la réfutation dont elle fut l’objet au in·. Celse pèche par défaut de respect et de mesure et par excès de raillerie et d’invectives; Origéne l’appelle parfoisun bouffon, un insulteur de carrefour, βωμοϊ.όχο;. Cont. Cels., i, 39; ni, 22, col. 733, 944. Il pèche sur­ tout par une absence totale de convictions fermes en matière philosophique et religieuse. Selon les besoins de sa cause, il argumente tantôt avec Épicure, tantôt avec Platon, auquel il emprunte ce que l'on peut oppo­ ser de moins déraisonnable â l’enseignement chrétien. Cont. Cels., tv, 1-20, col. 1025 sq. On sent qu’il n'a en définitive, pour le maintien du culte établi, que des raisons d'ordre politique. Trop souvent ses attaques manquent de justice et de vérité; et faute parfois d’avoir de bons, arguments à faire valoir ou d’en con­ naître, il tombe dans des pauvretés. Cont. Cels., vi, 74, col. 1409. Les contradictions abondent sous sa plume; il traite les magiciens d'imposteurs et écrit contre la magie, mais au fond il y croit, Cont. Cels., i, G8; iv, 81, 82; vt, 38-41 ; vn, 3, 9; vin, 60, col. 788, 1153, 1156, 1333-1357, 1424,1434, 1608; et il l'invoque pour expli­ quer les miracles de Jésus-Christ, Cont. Cels., l, 68sq.; il, 46, col. 788; il traite de superstitions les principaux rites du paganisme, mais il défend les contes absurdes de la mythologie pour rabaisser le caractère des Livres saints, Cont. Cels., m, 26 sq. ; vin, 52-60, col. 952 sq., 1593 sq. ; il blâme l’emploi de l'allégorie dans l’inter­ prétation de l’Ecriture, mais il se hâte d'y recourir pour expliquer certaines crovances païennes, Cont. Cels., t, 17, 18; iv, 38, 48, 50,'51 ; vi, 29, col. 692, 693, 1088, 1105, 1109, 1111, 1337; il écarte du récit évangé­ lique tout ce qui le gène ou sert à prouver la divinité de Jésus-Christ, mais il se sert de l’Évangile pour com­ battre le christianisme. Cont. Cels., n, 34-37 ; vi, 75, col. 853-857, 1412. Bien qu'il connaisse la grande Église, l’expression est de lui, il met sur le même plan les sectes gnostiques qui sont en marge de l’Évangile et que réprouvent les chefs de l’orthodoxie. Cont. Cels., v, 59; vu, 53, 56 col. 1276, 1497, 1501. D’un côté il reproche aux chrétiens de dédaigner la culture de l'es­ prit et la science, et, de l'autre, il les accuse d’avoir emprunté leurs doctrines à la philosophie grecque.il ne prend pas garde que la plupart de ses attaques tombent à faux contre le christianisme et ne se justifient que trop quand on les retourne contre le paganisme, comme n'a pas manqué de le faire remarquer Origène. Enfin, au bout d'un si long effort, il semble convaincu de l'inefficacité de son œuvre et il promet un nouvel ouvrage pour enseigner comment doivent régler leur vie ceux qui veulent vivre selon les meilleurs principes. Au fond, ce n’est ni le railleur, ni l'érudit, ni le phi­ losophe, qui dominent en Celse, c’est le politique. En accordant que chacun doit suivre la religion de son pays, Cont. Cels., v, 25, 23; vm, 72, col. 1217, 1221, 1624, que l’autonomie religieuse appartient de droit à quiconque peut justifier d'un culte national et tradi­ tionnel, Cont. Cels., v, 25, col. 1217, il formule la poli­ tique romaine qui respectait les habitudes religieuses des pays conquis. Il ne comprend rien aux tendances universelles de l’Êglise, à sa catholicité, et y voit une impossibilité. Cont. Cels., vm, 72, col. 1624. Il en est resté au point de vue césarien, d'après lequel le prince, maître absolu de scs sujets, est stimffltii pontifex en même temps que imperator, ce qui réduit la religion â n'étre qu'une annexe du pouvoir civil, qu'un simple 2100 rouage administratif. Quant à son ton de souverain mépris pour une secte qu'il prétend si vite, il y a lieu de s’étonner qu'il ait dépensé tant d’efforts pour la com­ battre, et l’on n’est pas peu surpris de voir sa virulente polémique aboutir à une transaction, ou plutôt à un appel à son concours en faveur de l'État menacé. C'est une preuve que déjà, vers la fin du règne de MarcAurèle, l’Êglise n’est pas une quantité négligeable. Malgré les calomnies populaires, malgré le dédain des savants et les attaques des écrivains, malgré les abus de la force, l’Êglise vit, se propage, progresse, s'impose à 1’atlention des lettrés et des politiques; elle réclame sa place au nom de la liberté, et, mieux encore, au nom de la vérité qu’elle prétend posséder; cette place lui est encore refusée : elle finira par la conquérir, mais d’ores et déjà l’État doit compter avec l’Êglise. La source principale à consulter est Origène, Contra Celsum, 1. VIII, P. G., t. xi, col. 641-1632; une nouvelle édition a été publiée par P. Kœtschau, Origenes Werlte, Leipzig, 1899. t. r, p. 51-374; t. n, p. 1-293 (Die griechischen christlichen Schriftsteller der ersten drei Jahrhunderté). — Philippi. De Celsi, ad­ versarii Christianorum, philosophandi genere, Berlin, 1836; Jachniann, DeCelso philosopho, 1836 ; Bindem.'mn, Ueber Celsus und seine Schrift grgen den Christen, dans Zeitschrift fur die historische Théologie, 1842, fasc. 2, p. 58-146; Kellner, Hellenismusund Christenthuni, 1865:Th. Keim, Celsos' wahres Hurt, Zurich, 1873 ; B. Aubé, Histoire des persécutions. La polémique païenne à la fin du tr siècle, Paris, 1878. p. 158-425; !■'. Fabre, Celse et le Discours véritable, Genève, 1878; Freppel, Origcne. 2· édit., Paris, 1888, t. il, p. 244-412; E. Pélagaud, Celse et les premières luttes entre la philosophie antique et le christia­ nisme naissant, Paris, 1879; Funk, Die Zeit it s wahren U'orles von Celsus, dans Theolog. Quarlalschr., 1886, t. i.xviu, p. 302-315; F. Vigoureux, Ixs Livres saints et la critique ratio­ naliste, Paris, 1886, t. 1, p. 139-157 ; Heine, Ueber Celsus' ϋτ.1« ζ.όγο;, Berlin, 1888, p. 197-214; K. Neumann, Der romische Staat und die allgemcine Kitche, Leipzig, 1890, t. 1, p. 265; Botschau. Die Gliederung des ίλι-,Φζ; ϊ«γ·; des Celsus, dans lahrb. fiir protest. Théologie, 1892, t. xvm, p. 604-632; A. Harnack, Geschichte der attchristtichen Litleratur, Leipzig, 1893-1897, t. I, p. 377; Hort, Six lectures on the antenicene Fathers, Londres, 1895; Bardenhewer, Patrologie, 2· édit., Fribourg enBrisgau, 1901, p. 130-131 ; édit, franç., 1.1, p. 254-256,269; Franck, Dictionnaire des sciences philosophiques, Paris. 1885; Smith et Wace, Dictionary of Christian biography, Londres, 1877-1887; Kirchenlexikon, Fribourg-en-Brisgau, 1880: Peloux, Celse et sa polémique contre la divinité de Jésus-Christ, Montauban, 18-8; Patrick, The apology of Origen in reply to Celsus, Edimbourg et Londres. 1892 ; voir aussi les prolégomènes de l'édition de Kœtschau, Origenes Werke, t. 1, p. xxn-i.xxtv. On trouvera une bi­ bliographie plus développée dans Realencyclopiidie fur protest. Théologie und Kirche, 3· édit., Leipzig, 1897, t. m. p. 772-773. G. Bapeii.i.e. CENALIS (CÉNEAU) Robert, évêque d’Avranches, controversiste et historien, né à Paris en 1483, fut reçu docteur de Sorbonne (1513), nommé par François Ier évêque de Vence (1523), transféré à Riez (1530), enfin à Avranches (1532), mourut à Paris le 27 avril 1560; son tombeau, surmonté d une statue de bronze, se voyait, jusqu’à la Révolution, en l'église Saint-Paul. A son époque, les doctrines luthériennes et calvinistes commen­ çaient à se répandre en France, et Céneau se montra un de leurs adversaires les plus empressés, dans une s rie d'ouvrages de controverses, aux titres parfois bizarres, selon le goût de ce temps, au style prétentieux et dilftis. Pourtant leur réelle érudition lui valut une grande réputation. Il publia successivement ; Les statuts syno­ daux du diocèse déliiez ; Axioma catholicum (sur la pré­ sence réelle), 1534; Pro luendo sacro cœlibatu, 1545; L matrimonio mosaico per legem evangelicam refutato, 1544; De utriusgue gladii facultate usuque legitimo, 1546,1558 (en réponse à un ouvrage anglais refus s toute juridiction à l’Êglise, il y établit les droits dup jvoir spirituel et temporel); enfin,pour réfuter l'intérim de la diète d’Augsbourg(1548) : Antidotum ad postula'a de Intérim, 1548; contre les calvinistes : Traditio larve sycophan ticæ pétulant issimæque impietatis cal viniaeæ, 2101 CENALIS (CÉNEAU) — CENSURES DOCTRINALES 2102 probation des ordres religieux, enfin la canonisation des saints. Or il est bien évident que si l’Eglise a pour mission de conserver, de répandre, de défendre la doc­ trine, si elle est infaillible dans sa proposition, sa mis­ sion el son infaillibilité ne sont pas restreintes à l'exercice direct. Sa mission el son infaillibilité s'étendent, de toute nécessité, à conserver, à défendre et à proposer indirectement la vérité révélée par le jugement qu elle porte sur les opinions plus ou moins opposées aux prin­ cipes des croyancesou des mœurs. Prétendre le contraire, serait pratiquement supprimer la mission de l’Église, Gallia Christiana, t. I, col. 408 ; t. m, col. 1228 : t. tv, col. 497en la rendant illusoire et le plus souvent inapplicable; 499; Moreri. Dictionnaire historique, t. ut, p. 385; E. Dupin, ce serait aussi pousser à l’inutilité ou à l'inefficacité, Hist, des aut. eccl. du xvr sc., 1703, p. 105-108; Jucher, alors même qu’il est Je plus nécessaire, l’usage de l'in­ Gelehrtenle.TiCon ; Hurler, Nomenclator, t. tv. col. 1236 ; Fërel, faillibilité. La faculté de théol. de Paris, Époq. mod., 1901, t. n, p. 42-51. En fait. l’Église qui juge souverainement de sa com­ !.. LtEVENimtcK. pétence et de l’étendue de ses pouvoirs, les a toujours CÉNOBITES. Voir Anachorètes. ainsi expliqués; elle en a toujours usé en ce sens, de­ puis la prescription de saint Paul : « Gardez le dépôt CENS, contrat. Voir col. 1351-1362. de l’immuable vérité contre toutes les profanes nouveau­ tés de paroles et les erreurs qui portent faussement le 1. CENSURES DOCTRINALES. - I. Définition. II. Pouvoir de porter les censures doctrinales. III. Espè­ nom de science. » Gai., i, 6 sq.; I Tim., VI, 20. Toute ces diverses. IV. Classification des censures tliëologiques l'histoire des conciles, des hérésies et des schismes est là pour attester comment, combien fréquemment, avec ou doctrinales proprement dites. V. Caractère spécial quelle sûreté et fermeté, l’Eglise a porté ses censures des diverses censures. VI. .Modalités diverses des cen­ doctrinales. L’institution de l’index pour la censore des sures doctrinales. VII. Interprétation, valeur, usage. livres, tant de propositions censurées à travers les âges, I. Définition. — Le mol censure a une signification très étendue : mais, en quelque matière qu'il soit appli­ sont autant d'affirmations successives du droit de l’Eglise en ces matières. Et ces affirmations sont d’autant phis qué, il enveloppe toujours une idée de blâme, de critique irréfragables qu'en ces actes l’Egliseexige la soumission ou même de répression, c'est-à-dire l’idée d’un juge­ ment sur un objet donné. La censure théologique ou absolue de notre foi, si elle parle en vertu de son auto­ rité suprême et si elle entend user de son infaillibilité : doctrinale renferme, elle aussi, cet élément commun. dans le cas contraire, elle réclame toujours, non plus la Elle est un jugement, mais un jugement qui se précise soumission de foi, mais à tout le moins une adhésion immédiatement, un jugement en matière de doctrine théologique. C'est en ce sens que l'on parle, dans l’Église, religieuse, et toujours sincère, bien que proportionnée de la censure d'un livre, de la censure d’une thèse, aux différents degrés de l'autorité qui intervient. d’une opinion, d’une proposition. C’est une qualification Dans ces condilions, l'on voit que le pouvoir de pro­ noncer des censures doctrinales appartient, dans l’Église^ de blâme, de critique ou de répression infligée à un livre ou à une proposition, au regard de la doctrine. lout d’abord et souverainement au pape et avec lui aux Dans l’ordre judiciaire, en matière pénale, nous ren­ conciles œcuméniques; puis, d'une façon dérivée et controns des qualifications analogues. Le juge, ecclésias­ limitée, ce pouvoir descend aux Congrégations romai­ tique ou civil, saisi d’un fait incriminé, a la mission de nes, aux légats, aux conciles particuliers, aux évêques, le qualifier, c'est-à-dire qu’il doit en déterminer exacte­ aux prélats réguliers, en général à tous ceux qui ont ment la nature individuelle et le degré d'opposition à tel juridiction au for extérieur et dans les limites mêmes de ou tel texte de loi. De même, dans l’Église, si un livre, cette juridiction. si une proposition est incriminée, un jugement déclare 2“ D'un autre côté, l'on ne saurait méconnaître que son opposition et même en qualifie ou détermine le les particuliers peuvent, eux aussi, user de leur intelli­ degré, au regard des règles de la foi et des mœurs chré­ gence chrétienne pour apprécier el qualifier livres ou tiennes. La censure théologique ou doctrinale est l'ex­ propositions au regard de l’orthodoxie el des mœurs. pression de ce jugement. C’est la faculté el, jusqu’à un certain point, le devoir de II. Pouvoir de porter i.es censures doctrinales. chacun dans la conservation, la défense ou la propaga­ — La censure doctrinale étant l’expression d’une sen­ tion de la foi, telle qu’elle est connue à sa conscience tence au regard de la doctrine, il est clair qu’elle peut religieuse. C’est tout spécialement l’office des théolo­ ou doit être portée par quiconque a qualité et mission, giens qui sont mieux préparés, par leurs éludes techni­ dans l’Eglise, pour apprécier, dans leur application, les ques el leurs connaissances professionnelles, à poi 1er principes ou règles des croyances ou des mœurs. des sentences compétentes en matière doctrinale. Mais 1“ C'est, d'une part, l’autorité publique dans l’Eglise. évidemment ces jugements n’ont pas d’autre autorité que Qu’elle s’étende à porter des censures doctrinales, c’est celle de ces théologiens eux-mêmes, je veux dire l'auto­ la conséquence nécessaire de la mission de l’Eglise et de rité privée de leur savoir : elle est plus ou moins grande, son infaillibilité. Sa mission est de conserver, de ré­ suivant qu'il s'agit d’un jugement porté par une per­ pandre, de défendre Je dépôt de la doctrine révélée ; et, sonne en son nom individuel, ou par une école, une pour l'aider efficacement dans celte œuvre, son divin faculté, après délibération commune. Incontestablement fondateur lui a promis l'assistance constante de l'Espritcelte communauté de vues et de décision donne plus de Saint et conféré le privilège de l'infaillibilité. Il ne poids à l’appréciation émise, mais sans la faire sortir du saurait entrer dans notre cadre d'exposer ici la théolo­ domaine de l’autorité scientifique et privée. Les pontifes gie de l'infaillibilité et de son extension. Voir Infailli­ romains ont parfois expressément relevé cette mission bilité. Rappelons seulement que l’objet de l'infaillibilité et ce privilège des facultés de théologie dans leurs bulles doctrinale comprend tout le champ de la révélation prod’érection canonique. Il en est question parmi les pri­ prementdite, el. â cause d'elle, les conclusions théologi­ vilèges accordés par Sixle IV à l'université de Cologne, ques qui découlent diversement de la doctrine révélée, et en 1479, dans les lettres de félicitations adressées, en même certaines vérités d'ordre naturel ou philosophique 1523, par Adrien VI au recteur de celle même univer­ nécessairement liées à la foi : il comprend les faits dog­ sité. comme aussi dans la bulle Exsurge Domine de matiques, la discipline elle-même el spécialement l'ap­ Léon X, promulguée en 1521. 1556; Methodus quædam apologetica super compri­ menda hæreticorum ferocia, 1541. 1581; Opus quadripartitum super compescenda hæreticorum pehilenlia, 1557 ; et dans un autre ordre d'idées : Catalogus episco­ porum Abrtncensium ; De liquidorum leguminumque mensuris, 1532, 1535, 1547; Gallica historia, 1557, 1581 ; des dissertations diffuses sur lenoni, la venue des Gaulois, des Francs, des Bourguignons, des Normands; sans le moindre jugement critique, l’auteur y raconte la légende de Francus, de l’origine fabuleuse de Paris, etc. 2103 CENSURES DOCTRINALES D’ailleurs, en nos anciennes universités, les facultés île théologie ont ainsi, plus d’une fois et très utilement, censuré des doctrines. On rappelle souvent les célèbres sentences portées par les universités de Paris, de Louvain et de Cologne contre les erreurs de Luther, de Mare Antoine de Dominis et d’autres novateurs. Du Plessis d'Argentré, Collectio judiciorum de novis erroribus, t. 1, p. 358; t. ni, p. 82, 228. Parfois même, c’est sous la direction et avec l’approbation expresse de l’autorité ecclésiastique que de tels jugements étaient rendus en faculté. Denzinger rapporte une condamna­ tion de ce genre portée par l’évêque Étienne de Paris et la faculté de théologie. Enchiridion, n. 390-398. Toutefois, dans l'intérêt de la paix el pour le main­ tien nées. notogica propositionum damnatarum ab aim·' itis ·■ · ■ ■ : Joannem Wideffum ad annum ISil't : Scavini, The·: Parmi les censures, nous l’avons vu. il en est qui pré­ ratis universa, 18'édit., Milan. 1882,1. IV, p. 271-ib.lO; L. i sentent un caractère indéniable de relativité : je veux Theologia moralis, 10· édit., Fribourg-en-Brisgau, t. u. p. 72— parler des propositions condamnées à raison de leur 820; Appendix t : Series ehronologica propositionum ■■·:· ·formé ou de leurs effets. Sans aucun doute, à moins turum ab anno HIS contra Joaiitiein Wideffum ad aii . d’indication contraire, l’on doit toujours tenir scrupu­ 1S87 contra errores llosminianorum cum aliis quibusd-i leusement de telles assertions pour condamnées et par­ decretis Romanis ; Gaudeau, S. .I., Libellus fidei e.rlui ,·:· · . tant défendues. Mais, en même temps, il faut prendre creta dogmatica et alia documenta ad tractatum de fide ; ·■ :·.nentia. in-12, Paris. 1898. On trouvera aussi les documents, garde de n’en point tirer des conclusions exagérées, mais incomplets, scindés et répartis suivant les divisions de sa précipitées ou fausses, comme s’il n’y avait qu'à ren­ théologie morale, dans un excellent recueil de Bucceroni. En· ■·..verser ces assertions pour dégager sûrement la vérité. Il ridion morale complectens selecta decreta et definitim s ne faut pas oublier ici que la suppression d'un mot sanctœ sedis, œr.iniienicorinn conciliorum et sacraru o ·■■malheureux ou malséant peut rendre correcte une pro manarum Congregationum gure professoribus theologix ·■■·,position malsonnante. De même aussi un changement ralis et confessai iis magis usui esse possunt, 4· édit.. Home, dans les circonstances peut modifier, au point de le faire I 1210, 2113 CENSURES DOCTRINALES II. Travaux. — 1· Traités spéciaux sur la matière. — Jean Martinez de Ripalda, S. J.. Adversus Baium et baianos ad disputatio >es de ente supernaturali Appendix, proæmium. 9e édit., Paris, 1871, dans Opera omnia, t. v, p. 1-52; Jean Antoine Sessa, franciscain, do Palermo (Antonius Panormitanus), Scrutinium doctrinarum qualificandis assertionibus, thesibus atque libris conducentium, in-fol.. Rome, 1709; cet ouvrage, vraiment classique, a été, avec celui de Viva, largement mis à contribution par tous les théologiens postérieurs; Dominicus Viva, S. J., Damnatarum thesium theologica trutina, 3 tom. en 1 in-4·, Padoue, 1737; voir surtout en tète du t. i, la Quæstio prodroma : De falsitate thesium confixarum ; Charles du Plessis d’Argentré, Collectio judiciorum de novis erroribus, qui ab initio sæculi xn ad annum 1725 in Ecclesia proscripti sunt et notati. 3 in-fol., Paris, 1728; Id., Elementa theologica, avec, à partir de la 2' édition, un appendice excellent sur l’au­ torité do l’Église en matière de condamnations doctrinales : De auctoritate Ecclesiæ, in-4·, Paris, 1705; Claude-Louis Montagne (Montagnius), De censuris seu notis theologicis et de sensu propositionum, dans Migne, Theologiæ cursus completus, t. i, col. 1111-1222. 2· Traités de théologie générale, des sources ou lieux théolo­ giques, et tous ouvrages analogues, bien que sous des titres différents. Nombre d’auteurs s’occupent des censures, soit quand ils traitent de l’infaillib lité ou de l’autorité de l’Église en matière de condamnations doctrinales, soit quand ils envisagent les décrets de l Églisc Comme sources d’argumentation théologique. — Melchior Cane, De locis theologicis, I. XII tout entier, et prin­ cipalement le c. xi, in-4*, Paris, 1704; Honoré Tournely, Præle­ ctiones theologicæ de Ecclesia Christi, q. v, a. 5, Paris. 1727, p. 406-611 ; voir aussi la Continuatio prælectionuni theologi­ carum, Paris, 1705, t. VI, p. 681-774 : Appendix de propositio­ nibus ad moralem disciplinam spectantibus ab apostolica sede et clero Gallicano condemnatis ; Joseph Gautier, S. J., professeur à l’université de Cologne, Prodromus ad theologiam dogmatico-scholasticam ad usum præcipue candidatorum sacræ doctrinæ, diss. III, c. ι-m, dans Zacharias, Thesaurus theologicarum dissertationum, Venise, 1762, t. i, p. 46-109; Cardinal Gotti, O. P., Theologia scholastico-dugmatica,W\nA*, Bologne, 1727-1735,1.1; J. Kleutgen,S. J.. Die théologie der Vorzeit, t. i, n. 81 sq. ; C. Schrader, S. J., De theologia generatim, Poitiers, 1874, p. 115-136; Heinrich, Dogmatische Théologie, t. i, § 110; cardinal Franzelin, De divina traditione et Scrip­ tura, tbes. xn, schol. n, Rome, 1875, p. 157-163; M. J. Scbeeben, La dogmatique, t. i, § 30, trad. Bélet. 1.i, p. 301-310; II. Hurter, S. J., Theologiæ dogmaticæ compendium, 9' édit.. Innsbruck, 1896, t. t. η. 508 sq. ; Jules Didiot, Logique surnaturelle sub­ jective, théorème lvii, Lille, 1891, n. 377-390; Chr. Pc.-ch, S. J., Prælectiones dogmaticæ, part. II, sect, v, Scholion de valore dogmatico propositionum et de censuris doctrinalibus, Fribourg-en-Brisgau, 1903, t. i, p. 347-350; S. di Bartok», Les cri­ tères thèologiques, trad, franç., Paris, 1889, p. 155-192. 3· Les moralistes, au traité de la vertu de foi. Plusieurs trai­ tent des censures doctrinales, soit quand ils exposent l’objet de la foi, soit quand ils détaillent les péchés opposés à celle vertu théologique. Les auteurs de la dernière période scolastique ont presque toujours discuté la question dans leurs commentaires in //·· II·, q. xi, De hæresi. Voir par exemple Duriez, Schola­ stica commentaria, 4 in-fol.. Douai, 1615; Salmanticenses, Cursus theologicus. De fide, disp. IX. dub. IV, Paris, 1879, t. xi. p. 425440; Suarez, De flde, disp. XIX, sect, i, il ; Ferd. Castropalao, De flde, disp. Ill, part. I. dans Opera, Venise, 1690, t. 1, p. 268; cardinal de Lugo. De virtute fidei divinæ, disp. XX, sect. i-ill. in-fol., Venise, 1718, t. ni, p. 331-352; II. Kilber, S. J., dans Theologia Wirceburgensis. De flde theologica, ad calcem, Paris, 1880, t. vin, p. 198-199; J. Perrone, S. J., Prælectiones theologicæ de virtutibus fidei, spei et caritatis, De flde, c. ιχ, a. 2, prop. 3·, § 2. Ratisbonne, 1865, p. 178-190; Th. Bouquillon, De virtutibus theologicis, 1. I, η. 207-255, in-8‘, Bruges, 1878, ρ. 158-189; cardinal Mazzella, De virtutibus in fusis prælectiones scholœdico-dogmaticæ, disp. II, a. 10, § 1, 2, in-8·, Rome, 1879, p. 268-283. H. Quilliet. 2. CENSURES ECCLÉSIASTIQUES. - I. Défi­ nition. II. Division. III. Conditions prescrites par le droit pour qu’une censure soit légitime. IV. L’Église a-t-elle le pouvoir de porter des censures? V. Par qui l’Église excerce-t-elle ce pouvoir? VI. Contre qui les censures peuvent-elles être portées? VII. Des peines édictées par le droit contre les violateurs des censures. VIII. De l’absolution des censures. I. Définition. — Chez les anciens Domains, il y avait CENSURES ECCLÉSIASTIQUES 2114 un magistrat chargé de la surveillance et de la correc­ tion des mœurs publiques. A lui incombait aussi le soin d’écarter des honneurs ceux qui n’en étaient pas dignes. C’était le censeur. Son autorité s’étendait très loin, car il était constitué le gardien de la morale Son pouvoir était presque égal à celui des consuls, et son rôle était si important dans l’État, que souvent les empereurs eux-mêmes se proclamèrent censeurs. Le mot censure signifiait, à la fois, et la mission de ce magistrat, et ses sentences, et les peines correction­ nelles qu’il avait le droit et le devoir d’inlliger. Voir art. Censor, dans le Dictionnaire des antiquités grec­ ques el romaines de Daremberg et Saglio.t. i,p. 990-999. Dans les nations modernes, issues des ruines de l’em­ pire romain, cette institution survécut, plus ou moins modifiée, suivant les lieux et suivant les temps. Cf. Du Cange, Glossarium médias et infimæ latinitatis, revu et édité par Henschel, 7 in-fol., Paris, 1850, t. n, р. 273 sq. Elle existe encore, de nos jours, dans certains corps constitués de l’ordre judiciaire et administratif. Le collège des avocats, par exemple, la chambre des notaires, des avoués, des huissiers, les assemblées déli­ bérantes, etc., ont la faculté de prononcer des peines disciplinaires contre ceux de leurs membres qui manquent gravement à leurs obligations. Dans le langage de l’Église, le mot censure a deux acceptions fort différentes. Dans un sens plus large, il signifie une peine quelconque, un blâme, une correc­ tion, une condamnation même. Dans un sens plus restreint, il désigne certaines peines bien caractérisées et distinctes de toute autre. Le code des lois canoniques ne présente nulle part une définition expresse de la censure; mais il énumère simplement les peines comprises sous cette dénomina­ tion, et cela par une réponse oflicielle du pape Inno­ cent III, donnée en 1214 : Quærenli quid per censuram Ecclesiæ debeat intelligi, quum hujusmodi clausulam in nostris litteris apponimus, respondemus quod per eam non solum interdicti, sed suspensionis et excom­ municationis sententia valet intelligi. Decretal., I. V, tit. xl, De verborum significatione, c. xx. Pour formuler une définition complète de la censure, les théologiens et les canonistes ont dù en prendre les éléments dans divers textes du Corpus juris : Decretal., 1. I, tit. it, De constitutionibus, c. Xl, Ex litteris;}. II, tit. 1, De judiciis, c. I, Contumax; 1. II, tit. XII, De ex­ ceptionibus, in 6°, c. I, Pia consideratione ; et surtout 1. V, tit. xi. De sententia excommunicationis, in 6°, с. i, Cum medicinalis sii. De tous ces passages réunis et fondus ensemble, il résulte que la censure est une peine spirituelle et médici­ nale, relevant du for extérieur, et par laquelle l’Église prive un homme baptisé, pécheur et contumace, de l’usage de certains biens spirituels. Censura ecclesia­ stica est poena spiritualis et medicinalis, fori externi, qua homini baptizato, delinquenti et contumaci, per potestatem ecclesiasticam aufertur usus quorumdam bonorum spiritualium. A vecquelques variantes, mais, au fond, toujours la même, cette définition se retrouve dans tous les auteurs. Cf. Suarez, Opera omnia, 28in-4“, Paris, 1856-1878, De censuris, disp. I, sect, l, n. 5, t. xxm, p. 2; Salmanticenses, Cursus theologiæ moralis, G in­ fol., Lyon, 1679, tr. X, De censuris, c. i, p. 1, n. 2, t. n, p. 289; Schmalzgrueber, Jus ecclesiasticum uni­ versum, 5 in-fol., Venise, 1738, 1. V, tit. xxxix. De sen­ tentia excommunicationis, suspensionis el interdicti, η. I, t. v, p. 324; Reillenstuel, Jus canonicum univer­ sum, d in-fol., Venise, 1760-1776, I. V, tit. xxxtx, §1, n. 3, t. v, p. 309; Pichler. Jus canonicum secundum quinque Decretalium libros, 2 in-fol., Venise, 1758, 1. V, tit. xxxtx, § 1, n. 2, t. i, p. 662; Ferraris, Prompta bibliotheca canonica, moralis, theologica, etc., 10 in-4·, Venise, 1782. v· Censura, n. 1, t. n. p. 256; Layman, 2115 CENSURES ECCLÉSIASTIQUES Theologia moralis, 2 in-fol., Venise, 1719, 1. 1, tr. V, part. I, c. I, l. 1, p. 87; Lacroix, Theologia moralis, 2 in-fol., Venise, 1720, 1. VII, c. I, dub. 1, n. 1, t. 11, р. 468; S. Alphonse, Theologia moralis, 1. VU, c. i, dub. 1. η. I. t. vu, p. 4 44; d’Annibale, Summula theo­ logiæ moralis, 3 in-8», Rome, 1889-4892, part. 1, tr. VI, tit. n, c. I, a. I, t. 1, p. 312. Expliquons, en quelques mots, les termes de cette défi­ nition. 4° La censure est une peine, car elle suppose une faute. 2’ Elle est une peine spirituelle, soit parce qu'elle est portée par la puissance spirituelle pour l'utilité spi­ rituelle des chrétiens, soit parce qu’elle prive des biens spirituels. 3» La censure est une peine médicinale. Même quand l’Église punit, elle est mère. Ce qu’elle veut, avant tout, c’est l’amendement des coupables. Quand un de ses fils la contriste par ses égarements, elle ne néglige rien pour l'amener â résipiscence. D’abord, elle l’avertit, et l’exhorte; puis, elle le menace de le priver de certains biens, dont elle a la disposition et dont elle accorde, à son gré, la jouissance. Enfin, si la menace ne suffit pas pour l’arrêter dans le chemin de la perdition, elle exécute sa men ice, et prive de ces biens le délinquant, jusqu'à ce que, revenu à de meilleurs sentiments, il reconnaisse sa faute, la regrette et donne des signes non équivoques de conversion. 4» La censure ecclésiastique est une peine fulminée contre les contumaces. Elle n’est pas, en eilet, pure­ ment vindicative, c’est-à-dire destinée à punir les délits commis. Comme elle a pour but principal, soit de prévenir le mal, soit de corriger les coupables qui auraient le malheur de le commetire, et de les empêcher d’y persévérer, elle doit, en général, avant d’être infli­ gée, être précédée de monitions canoniques ou aver­ tissements officiels. C’est lorsque l’obstination dans le mal a été constatée par le mépris que fait Je coupable de ces multiples avertissements, que la censure est pro­ clamée. On voit par là que la censure est une peine essentiellement temporaire, car elle doit cesser dés que le coupable est revenu à de meilleurs sentiments. Les peines vindicatives, au contraire, peuvent être perpé­ tuelles de leur nature. Elles ne cessent point par suite de la correction du pêcheur; mais la censure ne serait pas médicinale, si elle était perpétuelle et sans espoir de rémission. Cf. S. Augustin, De correptione et gratia, с. xv, P. L.,t. XLtv, col. 944; S. Bonaventure, In 1I' Sent., dist. XVlII,a. 1, q. n, 7 in-fol., Lyon, 4668, t. v,p.249; Suarez, De censuris, disp. I, sect, i, n. 8, t. xxm, p. 3. Les monitions faites en vue de constater la contumace ne sont pas nécessaires, quand les censures sont infligées per modum pœnæ vindicative. Ceci arrive lorsque les censures sont prononcées contre ceux-mémes dont on n'espère plus la conversion. Elles sont alors des peines purement afflictives pour les pécheurs obstinés; mais elles restent médicinales pour l’ensemble de la communauté, en ce sens quelles sont un obstacle à la contagion du crime, soit en inspirant aux fidèles une crainte salutaire, soit en séparant les bons des méchants. Decretal., 1. 11, tit. xn, De exceptionibus, in 6°. c. l; S. Thomas, Sum. theol., I’ IIe, q. txxxvii, a. 8, ad 2“™; Salmanlicenses, tr. X, De censuris, c. i, p. i, n. 10, t. n, p. 290; Coninck, De sacramentis et censuris, 2 in-fol., Anvers, 1616, disp. XII, dub. i, n. 9. Dans ce cas, les monitions cano­ niques sont remplacées par la citation du délinquant. Cf. Reiffenstuel, Jus canonicum universum, 1. V, tit. xxxix, η. 13, 44, t. ν, ρ. 310; Suarez, De censuris, disp. XXV, sect. ι. n. 3, t. xxm b, p. 2; S. Alphonse, Theol. moral., I. VII, c. 1, dub. iv, n. 52, t. VII, p. 175. 5“ Seuls les fidèles peuvent être atteints par les cen­ sures, car ceux qui ne sont pas baptisés ne sont pas sujets de l’Église. Elle ne peut donc ni leur imposer ses lois, ni les traduire à son tribunal. 2110 > 6° Les censures privent les coupables des biens spiri­ 1 tuels dont l’Eglise a la disposition, et dont elle accorde j la jouissance. Ces biens sont : les prières et suffrages | publics, les indulgences, les sacrements, l’assistance à la messe, les fonctions sacrées, la juridiction spirituelle. Mais les censures ne sauraient enlever à l’homme les biens purement intérieurs, comme le caractère sacra­ mentel et la puissance d’ordre; ni les biens personnels et privés, comme la foi, la grâce, les vertus, le mérite. Les censures, en effet, sont du ressort du for extérieur, et sont une conséquence de la juridiction contentieuse, quoiqu’elles obligent en conscience, quand elles sont encourues. Cf. Schmalzgrueber, Jus ecclesiasticum universum, 1. V, tit. χχχιχ, η. 1, t. v, p. 324. Tout en étant du ressort du for externe, les censures sont néanmoins des peines spirituelles, puisqu’ellesatteignent directement l’âme, en la privant des biens spirituels et surnaturels. Les peines vindicatives, au contraire, peuvent être temporelles et même corporelles, comme, par exemple, la privation des bénéfices et des dignités, l’amende, l’exil, la prison, etc. Par tout ce qui précède, il est manifeste que les cen­ sures diffèrent de la déposition et de la dégradation, qui ne sont des peines ni médicinales, ni temporaires, mais vindicatives et perpétuelles, étant infligées pour des fautes passées, même pardonnées. Cf. Suarez, De censuris, disp. I, sect. 1, n. 4, I. xxm, p. 2. Les cen­ sures diffèrent également des irrégularités, qui peuvent être contractées sans aucune faute, et simplement par suite de quelque défaut physique du corps ou de l’âme; de sorte qu’elles ne sont pas précisément des peines, mais des empêchements canoniques, des déclarations d’incapacité, quoique, parfois, elles puissent être consi­ dérées aussi comme des peines, quand elles sont décré­ tées en punition de quelque délit. Cf. Suarez, De cen­ suris, disp. I, sect. 1, n. 3. t. xxm, p. 2; disp. XXV, sect, i, n. 3, t. xxm b, p. 2. La cessatio a divinis, allectant plus les lieux que les personnes, n'est pas une cen­ sure, mais un moyen employé par l’Église pour obtenir réparation d’une injure ou d'un dommage qu’on lui a faits. Cf. S. Alphonse, 1. VII, De censuris ecclesiasticis et irregularitati bus, c. I, dub. I, n. 4, t. vn, p. 145. Parmi les censures, celles qui, quoique médicinales, étant ordonnées principalement à la correction, sont néanmoins quelquefois imposées comme vindicatives, sont la suspense el l’interdit. On reconnaît qu'elles sont vindicatives et non plus médicinales, quand elles sont infligées uniquement pour des fautes passées, et qu’elles sont perpétuelles, ou pour un temps déterminé, par exemple pour plusieurs mois ou plusieurs années. Quant à l’excommunication, vu son extrême gravité, elle est toujours fulminée de telle manière qu’elle puisse, et même doive être retirée, dès que le pécheur est revenu à résipiscence. Elle est donc toujours une censure, et ja­ mais une peine vindicative. Cl. Suarez, De censors, disp. I, sect, r, n. 7, 8, t. xxm, p. 11 sq.; Schmalz­ grueber, Jus ecclesiasticum universum, 1. V, tit. χχχιχ. η. 5, t. v, ρ. 325. Lorsque, vu son mode d’emploi et le but que se pro­ pose celui qui l’inflige, une censure est devenue peine vindicative, elle n’est plus censure qu’au sens matériel du mot. Dans ce cas, celui qui la viole n'encourt pas l’irrégularité propter violatam censuram. Cf. Sua­ rez, De censuris, disp. XXV, sect, i, n. 2, 3, t. xxm b, P· 2. De là découle aussi une différence notable entre k-s actes juridiques par lesquels cessent les peines médici­ nales et les peines afflictives ou vindicatives. Les cen! sures sont enlevées par l'absolution, qui est un acte de justice, car celui qui est bien disposé a droit à ce que la peine médicinale, qui tendait à sa correction, ne lui soit plus imposée, quand son amendement s’est produit. Cf. Schmalzgrueber, 1. V, tit. χχχιχ, n. 107, t. v, p. 335; sin CENSURES ECCLESIASTIQUES Reiffenstuel, I. V, til. χχχιχ. n. 240, t. v, p. 330. Les peines vindicatives, au contraire, sont enlevées par la dispense, qui est une exemption gratuite de la loi, ou de la sentence, par laquelle le coupable a été frappé. Decretal., L I, tit. n, De constitutionibus, c. '11, Ea· litteris. Cf. Suarez. De censuris, disp. XXV. sect, i, n. 3; disp. XLI, sect, i, n. 4, t. xxin b, p. 2, 372; Bonacina, Theolog. moralis, 3 in-fol., Venise, 1710, De censuris, disp. I, q. t, p. I, n. 4, t. i, p. 338; Thesau­ rus, De pœnis ecclesiasticis, in-fol., Rome, 1675, part. I. c. xx ; d'Annibale, Summula theol. moralis, part. I, tr. VI, tit. 1, a. 3, t. i, p. 303-307. II. Division. — Les censures se divisent de diverses manières, suivant que l’on considère les biens dont elles privent, l'autorité dont elles émanent, la façon dont elles sont encourues et dont elles cessent, la con­ naissance que le public peut en avoir, et l’observation par le supérieur des formalités légales. I" Par rapport aux biens dont elles privent, les censures se divisent en excommunication, en suspense et en interdit. — 1. Vexcommunication, la plus grave de toutes les censures, prive de tous les biens spiri­ tuels et rejette hors de la société des fidèles celui qui en est frappé. Elle comprend donc éminemment sous elle les deux autres censures. Voir Excommunication. — 2. La suspense prive le clerc ou le prêtre de l'usage de la puis­ sance ecclésiastique : puissance d’ordre, ou puissance de juridiction. Celui qui est suspens ne peut plus lici­ tement exercer les fonctions sacrées ; mais il peut, comme les simples fidèles, recevoir les sacrements, si, par ailleurs, il y apporte les dispositions nécessaires. Voir Suspense. — 3. L'interdit prive de l'usage de certaines choses saintes, comme, par exemple, de quelques sa­ crements. de quelques oflices publics, de quelques céré­ monies solennelles, de la sépulture ecclésiastique, etc. Voir Interdit. Celle division est donnée par Inno­ cent Ill lui-même, dans son décret cité plus haut, et inséré dans le Corpus juris, Decreta!.. 1. V, lit. XL, De verborum significatione, c. 20, Quærenli. Cf. Suarez, De censuris, disp. I, sect, m, t. xxm, p. 9-12; Salmanticenses, Cursus theolog. moralis, tr. X, De censuris, c. i, p. n, n. 11-16, t. h, p. 296 sq. ; Schmalzgrueber, .lus ecclesiasticum universum, 1. V, tit. χχχιχ, § 1. η. 6-9, t. v, p. 325. 2° Par rapport à l'autorité dont elles émanent, les censures se divisent en censures portées par le droit, latæ a jure, et censures portées par un homme, c’està-dire par un juge, ou supérieur ecclésiastique : prélat, évêque, archevêque, etc., latæ ab homine. — 1. Les censures a jure se trouvent dans les canons de l’Église, dans les conslit niions apostoliques, dans les statuts provin­ ciaux ou synodaux. Elles sont de droit commun el con­ cernent l’Église universelle, si ellesont étéédictées parles conciles généraux ou par les papes; elles sont de droit spécial et ne concernent qu'une province, si elles sont décrétées par les ordinaires des lieux, pour leurs dio­ cèses respectifs, mais d'une façon stable et permanente, per modum legis veræ et statuti stabilis ac perpetui. Les censures a jure envisagent l’avenir, car elles sont toujours per modum legis. Elles n’ont donc pas d’effets rétroactifs, et ne sauraient être fulminées pour des fautes passées. En outre, comme toute loi, elles persévèrent, même après la mort de leur auteur, car elles sont pro­ mulguées au nom de la communauté, qui ne meurt pas. — 2. Les censures ab homine son) portées par les supé­ rieurs ecclésiastiques, suivant les circonstances, occur­ rentibus delictis; et non par un statut permanent ayant l'apparence d’une loi durable, mais par un précepte transitoire de sa nature et obligeant pour un laps de temps fixé. Ainsi un supérieur commandera ou défendra, danscertains cas, quelque chose; par exemple, il exigera, sous peine de censure, qu'une restitution ait lieu, avant tel jour précis. Les censures ab homine sont per modum 2118 , præcepti particularis, si elles se rapportent à un fait par­ ticulier, ouà un certain nombre de personnes seulement; et per modum præcepti generalis, si elles ne renferment aucune détermination de personnes ou de faits. En outre, elles peuvent être per modum sententiæ judi­ ciarité, lorsque, un crime ayant été commis et prouvé, le supérieur punit le coupable, en fulminant une censure contre lui. Les censures per modum præcepti, sive generalis, sive particularis, ne sont applicables évi­ demment qu'aux actions futures; tandis que les censures per modum sententiæ sont infligées pour des actions déjà accomplies. Toutes ces censures, étant ab homine, cessent par la mort ou la déposition de celui qui les a portées, car elles émanent de son autorité personnelle, et elles doivent nécessairement disparaître, quand sa juridiction prend tin. Si nous disons qu'elles cessent, ce n'est pas dans le sens que celui qui les a encourues en soit délivré par la mort ou la déposition du supérieur ecclésiastique; mais en ce sens qu'elles ne peuvent élre encourues de nouveau pour u.i acte qui serait postérieur â cette mort ou à cette déposilion. Cf. Suarez, De censu­ ris, disp. Ill, sect, ι, η. 2-10, t. xxm, p. 32-35; Salmanticenses, Cursus theolog. moralis, tr. X, De censuris, c. I, p. n, n. 16-17, t. il, p. 291 ; Schmalzgrueber, .lus ecclesia­ sticum universum, I. V, til. χχχιχ, § I, η. 9, t. v, p. 325; Layman, Theologia moralis, I. 1, tr. V, part. I, c. 11, n. 2, t. i, p. 88; Lacroix, Theologia moralis, 1. VII, c. I, dub. ii, n. 5, t. n, p. -468. — Les censures édictées par un évêque dans son synode diocésain sont considérées comme portées per modum statuti permanentis, et assi, miléesaux censures a jure, de sorte qu’elles persévèrent dans le diocèse, après la mort de l’évêque. Les autres qui sont fulminées en dehors du synode, sont rangées parmi les censures ab homine, qu’elles soient per modum præcepti ou per modum sententiæ. Elles cessent donc par la mort du prélat, que le précepte soit particulier ou général. Cf. S. Alphonse, Theologia moralis, 1. VII, c. i. dub. n, n. 6, t. vu, p. 146. 3° Par rapport à la façon dont elles sont encourues. les censures se divisent en censures latæ sententiæ et ferendæ sententiæ, selon que le supérieur a réglé que j le coupable en serait frappé ipso facto, par le fait meme I de la violation de la loi, ou seulement après la sentence du juge. Dans le premier cas, en effet, c'est la loi ellemême qui porte la sentence, sans qu’il soit besoin d'aucun intermédiaire entre elle et le délinquant ; dans le second cas, la loi ne porte pas elle-même la sentence, mais requiert l'intervention d'un tiers, en invitant le juge à la porter, ou en le lui ordonnant. — 1. La cen­ sure est latæsententiæ, si le texte se rapporte au passé ou au présent; par exemple, s'il y est dit ; « Nous avons excommunié; nous excommunions, suspendons, interdi­ sons, etc. ; » ou bien encore, s’il y a les expressions, ipso facto, ipso jure. — 2. La sentence est ferendæ sententiæ, si le texte se rapporte au futur, par exemple : « Nous déclarons que le coupable sera excommunie, sus­ pens, etc.; » ou s’il n'exprime que des menaces. — 3. Quand la phrase est à l’impératif, ou au subjonctif, par exemple : « Nous voulons que le coupable soit excommunié, suspens, etc., » comme les formules de ce genre peuvent s’appliquer indifféremment au présent et au futur, on doit, pour dissiper l’ambiguïté qu’elles laissent subsister, consulter le contexte, et voir si les termes employés ne peuvent s’entendre que du présent ou du futur, ou bien s'ils supposent, ou non, entre la loi et le délinquant, l'intervention d'un juge. Dans le premier cas, la censure est latæ sententiæ; dans le second cas, elle est simplement ferendæ sententiæ. Cf. Palmieri, Opus theologicum morale in liusenbaur,: medullam, 7 in-8“, Prato, 1894, tr. XI, De censuris e', irregulari talibus, c. I, dub. n, n. 13-17, t. vn, p. 7 sq. Lorsque, malgré l'emploi de ces moyens, le doute pers'.-.te, il faut alors se souvenir de la règle du droit : 7» 2119 CENSURES ECCLESIASTIQUES pœnis benignior est interpretatio facienda, Regula juris 49,in 6°, ou encore : In obscuris minimum est se­ quendum, Regula juris 30,in 6°, et conclure que la censure n’est pas lalæ sentenlite, mais seulement ferendte, de sorte qu’elle ne sera réellement encourue que lorsque le juge l’aura déclaré. Cf. Suarez, De censuris, disp. Ill, sect, in, η. 1-8, t. xxm, ρ. 41-43; ReilTenstuel. Jus canonicum universum, I. V, tit. xxxix, § 3, n. 78-84, t. v, p. 315; Layman, Theologia moralis, I. I, tr. V, part. I, c. n, n. 3, t. i, p. 88; Lacroix, Theologia mora­ lis, 1. VII, c. i, dub. i, n. 9, t. ll, p. 469; Benoit XIV, De synodo diœcesana, 2 in-4", Venise, 1775, I. X, c. 1, n. 5, t. i, p. 2; S. Alphonse, Theologia moralis, I. VII, c. i, dub. 11, n. 7-8; dub. iv, n. 54, t. vn, p. 147, 176. 4° J’ar rapport à la façon dont elles cessent, les cen­ sures se divisent en réservées et non réservées, selon que le supérieur, en les infligeant, s’en est réservé l’absolution, ou en a laissé le pouvoir aux confesseurs ordinaires. Les censures ab homine sont toujours supposées réservées, à moins qu’elles ne soienl portées par un précepte général. Les censures aujourd’hui en vigueur, depuis la bulle de Pie IX Apostolicæ sedis, se rangent, à ce point de vue, en quatre classes : 1. Nemini reservatæ ; tout confesseur peut en absoudre, à moins que la cause ne soit déférée au for extérieur; 2. réservées aux évêques et ordinaires des lieux; 3. réservées simpliciter au pape; 4. réservées speciali modo au souverain pontife, et parmi lesquelles il s’en trouve une qui est considérée comme réservée specia­ lissime. Voir t. i, col. 1613. 5° Par rapport à la connaissance que le public peut en aeoir, les censures se divisent en notoires et occultes. Une censure est notoire, lorsqu’elle est connue d’un nombre assez considérable de personnes, pour qu’il soit impossible de la tenir désormais cachée. Ce nombre n’est pas fixé par le droit, et varie suivant l’importance des localités. Cf. S. Alphonse, Theolog. moralis, 1. VI, c. m, dub. m, n. 1111, t. vu, p. 109; Suarez, De censu­ ris, disp. XLI, sect, n, n. 6, t. xxm b, p. 375. 6° Par rapport à l'observation par le supérieur des formalités légales, les censures se divisent en valides et invalides Par rapport, enfin, cl leur conformité à la justice, les censures se divisent en justes et injustes, suivant qu’elles sont, ou non, fondées sur des raisons suffisantes. 11 ne faut pas confondre une censure injuste avec une censure invalide, et réciproquement. Une censure très juste, c’est-à-dire très méritée par le coupable, peut être parfois invalide, par suite de l’oubli d’une forma­ lité essentielle. Ile même, une censure injuste, nullement méritée, peut être valide, in foro externo, si elle provient d’une autorité légitime, ayant observé toutes les condi­ tions ou formalités, prescrites par le droit. III. Conditions prescrites par le droit pour qu’üne CENSERE soit légitime. — Suivant les exigences du droit, pour qu’une censure soit légitime, elle ne peut être infli­ gée que pour une faute mortelle, externe, consommée, complète en son genre, et unie à la contumace. 1° l ue censure ne peut être infligée que pour une faute mortelle, car la censure étant de soi une peine très grave, le châtiment ne serait pas proportionné au délit, si on l’infligeait pour un péché véniel, à moins qu’il ne s’agisse de l’excommunication mineure, ou d’une légère suspense, d’un léger interdit personnel, et pour un temps très court. Dans ce cas, la loi de proportionnalité entre la peine et la faute étant sauvegardée, il n’y aurait plus d’injustice. Cf. Suarez, De censuris, disp. IV, sect, iv, n. 2, t. xxm, p. 98; disp. XXVIII, sect, tv, n. 6, t. xxm b, p. 55; Salmanticenses, Cursus theol. moral., tr. X. De censuris, c. i, p. x, n. 124-127; c. v, p. tv, n. 44, t. n, p. 310 sq., 407; Schmalzgrueber, Jus ecclesias/, univers., I. V, til. xxxix, § I, n. 57, t. v, p. 329; S. Alphonse, Theol. moral., I. VII,c. i, dub. iv. 2120 1 n. 30-31 ; c. in, dub. n, n. 321, t. vu. p. 164 sq.. 377. Une censure grave, ou légère mats de longue durée, ' infligée pour un péché véniel, non seulement serait i illicite, mais invalide. Nous trouvons cette règle formu­ lée dès la plus haute antiquité chrétienne, dans plusieurs conciles, entre autres dans le V* concile d’Orléans, en 519, c. II. Bail, Summa conciliorum omnium, 2 in-fol., Paris, 1672, t. Il, p. 209, et insérée dans le Décret de Gratien, caus. XI, q. m, c.,xi.li. Elle fut renouvelée par le concile de Trente, sess. XXV, De reformatione, c. m. Cf. Suarez, De censuris, disp. IV, sect, vi, n. 10, t. xxm, p. 111 ; de Lugo, Opera omnia, 7 in-fol., Lyon, 1652, De justitia et jure,disp. XVI, sect. Ill, Sj 2, η. 61, t. I, p. 405. De cette condition, il résulte une conséquence extrê­ mement importante en pratique. Tout ce qui atténue une faute, et de grave la rend légère, préserve de la cen­ sure, du moins au for de la conscience el devant Dieu ; par exemple·: la légèreté de la matière, l’imperfection de l’acte, l’ignorance, la crainte, une coopéra lion pure­ ment matérielle, donnée pour un grave motif, etc. Voir Crainte. Dans le doute, tout confesseur peut absoudre de la censure, serait-elle même réservée. Cf. Suarez, De censuris, disp. XL, sect, vi, n. 3, t. xxm b, p. 356; de Lugo, De pxnitenlia, disp. XX, sect, n, n. 18-20. t. v. p. 460 sq. ; Salmanticenses, Cursus theol. moral., tr. X, De censuris, c. i, p. xvi, n. 207-212. I. H, p. 327; Schmalzgrueber, 1. V, lit. χχχιχ,§ 1, n. 75. t. v, p. 332; Reilfeiislnel, Jus canonic, univers., 1. V. tit. xxxix. ÿ 1. n. 29-34, t. v, p.3ll ; S. Alphonse, Theol. moral., I. VI. , De pernitentia, c. il.dub. iv, n. 6f>0, t. vi. p. 84; L VII. ! c. i, dub. iv, n. 42, 67, 68, t. vit, p. 169, 184 sq. 2" Une censure ne peut être infligée que pour une faute mortelle externe, car, suivant l’axiome reçu. I Ecclesia non judicat de internis. Il est, du reste, plus ! conforme à la justice que, sous ce rapport aussi, se I montre la proportionnalité entre la faute et le châtiment. La censure est une peine externe, que l’Eglise prononce i en tant qu’elle juge in foro externo. Sans doute elle aurait le pouvoir de punir, par une censure latte sentenliiv, même les péchés internes de pensée, si elle le voulait; mais, en pratique, elle ne l’a jamais fait, et elle ne fulmine ses censures que pour les péchés qui, I non seulement sont gravesen eux-mêmes, mais jusque i dans leur manifestation au dehors, gravia etiam in ratione actus externi. Néanmoins, il faudrait bien se 1 garder de confondre un péché interne avec un péché occulte, dont seul le coupable aurait connaissance. Un péché interne est celui qui s’accomplit el se consomme dans l’intérieur de l’âme, par pensée, désir, complai­ sance, etc. Un péché externe occulte est celui qui, de quelque façon que ce soit, se manifeste an dehors, par parole, signe,‘action quelconque, n’y aurait-il d’autre témoin que le pécheur lui-même. Les péchésdece genre sont quelquefois frappés de censure latte, sententiæ; par exemple, l’hérésie énoncée de vive voix en petit comité, ou même sans témoins, car cette manifestation de l’hérésie, même dans ces conditions, est un péché externe grave, quoique occulte. Cf. Suarez. De ccusui is, disp. IV, sect, n, n. 9, t. xxm, p. 85; ReilTenstuel, Jus canonicum universum, 1. V, til. xxxix, § 1, η.8-12, t. v. p. 310. 3° Une censure ne peut être infligée que pour une fax te mortelle, externe et consommée dans son genre. — Le motif de celte restriction est fondé sur cette règle du droit : Odia restringi, favores convenit ampliari. Re­ gula juris, 15, in 0°. Si le législateur, par exemple, défend l’homicide sous peine de censure, celle-ci n’est encourue que lorsque l’homicide a eu son effet com­ plet, c’est-à-dire quand la victime est morte. Le cas serait différent, si le législateur défendait sous peine de censure même la tentative d’homicide. Alors, évi­ demment. la censure serait encourue par la simple ten­ tative elle-même. Cf. Suarez, De censuris, disp. XL1V. 2121 CENSURES ECCLÉSIASTIQUES 2122 sect. I, η. 3, l; xxm b, p. 426; Salmanticenses, Cursus Pour les censures ab homine, la monition est exigée theol. mor., tr. X, c. 1, p. x, n. 119-120. t. u, p. 309; Bo­ I par le droit, suivant cette déclaration faite par nacina, De censuris in communi, disp. I, q. i, p. m. n. 12, 1 Alexandre 111, dans le III» concile général de Latran, en I179. et insérée dans le code des lois ecclésiastiques : 18, t. i, p. 342 sq.; Lacroix, Theologia moi alis, I. VU, c. i, dub. iv, n. 51-56, t. n, p. 472 ; Schmalzgrueber, Jus Statuimus, ut nec prælali, nisi canonica commonitione ecclesiast. univers., I. V, lit. xxxix, §1, n. 64, t. v, p. 330; rut.EMisSA, suspensionis, rei excommunicationis senten­ de Logo, De pænitentia, disp. XVI, sect, ix, n. 453, tiam proferant in subjectos, nisi forte talis sit culpa, t. v, p. 384; S. Alphonse. Theol. moralis, 1. VII, c. I, quæ ipso genere — c’est-à-dire ipso facto — suspen­ dub. iv, n. 40, t. vu, p. 168. sionis, vel excommunicationis paniani inducant. L. II, 4» Une censure ne peut être infligée que si, outre les Iit. xxvm, De appellationibus et recusationibus, c. xxvi, conditions précédentes, il y a contumace. — La conluReprehensibilis. Donc toutes les fois qu’une censure ab mace est le refus obstiné d'obéir à une loi ou à un pré­ homine n'est pas latæ sententiæ ipso fado, la monilion cepte dûment promulgués et connus. La nécessité de canonique est indispensable. La raison en est que l'on celte dernière condition provient de ce que la censure ne peut considérer comme contumace celui qui n'est est une peine médicinale, et que son but principal est pas averti du précepte qui lui est fait, et de la peine d'obvier à l'obstination dans le mal. Pour ce motif, qui en découle. Cependant si le précepte était général, n’encourt point les censures, celui qui ignore la loi. sa promulgation dans l’église et devant l’assemblée des Ainsi l'a déclaré, en 1301, le pape Boniface VIII, décla­ fidèles, tiendrait lieu de monition canonique. Cf. Sua­ ration insérée depuis dans le code des lois canoniques. rez, De censuris, disp. Ill, sect, vin, n. 3, 4, t. xxm, Ligari nolumus ignorantes, modo tamen eorum igno­ p. 54; Bonacina. De censuris, disp. I, q. i, p. ix, n. Il, rantia crassa non fuerit aut supina. L. I, tit. n, De t. i, p. 352; Salman licenses, Cursus theol. moral., constitutionibus, in 6°, c. 2, Ut animarum. Les au­ tr. X, De censuris, c. i, p. vin, n. 96. t. n, teurs ont disserté beaucoup pour préciser ce qu’est cette p. 305; S. Alphonse, Theologia moralis, 1. VII, c. i, ignorance crassa aut supina qui préserve de la censure. dub. iv, n. 57, t. vu, p. 178. De celte longue discussion, qui, selon Layman, Theologia Le droit canon exige en outre que les monitions soient moralis, I. I, tr. II, c. iv, n. 5, I. I, p. 16-17, parait au nombre de trois, séparées par un intervalle de être une simple question de mots, videtur esse quæslio quelques jours; ou, du moins, si la monition est unique, de nomine, on doil-conclure que l'expression ignoran­ il doit y être exprimé qu’elle compte pour trois, suivant tia crassa aut supina signifie une ignorance vraiment la déclaration du pape Grégoire X, dans le II» concile inexcusable. Pour les détails, voir Ignorance. Cf. Sua­ œcuménique de Lyon, en 1274, insérée dans le Corpus rez, De censuris, disp. IV, sect, x, n. 3-12, t. xxm, juris, I. V, tit. xt, De sententia excommunicationis, p. 140-143; Sahnanticenses, Cursus theol. moral., tr. X, in 6°, c. ix, Constitutionem. Cette monition doit avoir De censuris, c. t, p. xv, n. 186-203, t. il, p. 323-326; lieu devant témoins. Cf. Suarez, De censuris, disp. III. Tamburini, Opera omnia, 2 in-fol., Venise, 1719, Ex­ sect, ix, n. 1-4; sect, xi, n. 2, t. xxm, p. 57 sq., 65; plicatio decalogi, 1. 11, c. 1, § 7, n. 22-27, t. i, p. 46; Salmanticenses, tr. X, c. I, p. vtll, n. 93-94, t. n, p. 304: Bo lacina, De censuris in communi, disp. I, q. n, p. i, Bonacina, De censuris, disp. I, q. i, p. ix, n. 5-7, t. i, n. 10-11, t. i, p. 358; Reiffenstuel, Jus canonicum uniр. 351 ; Lacroix, I. VII, c. i, dub. iv, n. 73, t. n, p. 474; ve sum, I. V, tit. χχχιχ, § 1, n. 29-35, t. v, p. 311; S. S. Alphonse, 1. Vil, c. i, dub. iv, n. 56, t. vu, p. 178. Alphonse, Theol. moral., 1. VII, c. I, dub. iv, n. 43-49, D’après Schmalzgrueber, Jus ecclesiastic, univers., t. vu, p. 169-173; Lehmkuhl, Theologia moralis, 1. V, tit. χχχιχ, § 1, n. 28, t. v, p. 327; ReiU'enstuel. 2 in-80, Fribourg-en-Brisgau, 1902, part. 11, 1. Il, tr. 1, Jus canonicum universum, 1. V, tit. χχχιχ, § 1, η. 25, sect. I, c. I. S 2, n. 865, t. Il, p. 621 sq. t. v, p. 311, et saint Alphonse, loc. cit., n. 56, la monilion La contumace ne pourrait être constatée, si la fulmi­ devrait être faite par écrit. Pour le démontrer, ils s’ap­ nation de la censure n'était précédée d'un ou de plu­ puient sur une déclaration du pape Innocent IV au sieurs avertissements adressés au coupable. De là les concile de Lyon, en 1245, et insérée dans le Corpus ju­ monitions canoniques exigées par le droit, suivant une ris, 1. V, tit. XI, De sententia excommunicationis, in 6», prescription du pape Innocent 111, dans le IVe concile с. 1, Cum medicinalis ; mais, c’est à tort, car ce pas­ général de Latran, en 1215, prescription insérée dans sage parle seulement de la sentence d'excommunication, le Corpus juris canonici, 1. V, tit. χχχιχ, De sententia el non de la monilion canonique qui doit la précéder : excommunicationis, c. '48, Sacro. Cependant, dans Quisquis gitur excommunicat, excommunicationem les censures a jure et latæ sententia:, les monitions in scriptis proferat, et causam excommunicationis ex­ ne sont pas nécessaires, car la loi connue est déjà par presse conscribat. Exemplum vero hujusmodi scrip­ elle-même un avertissement suffisamment clair. Pour tures teneatur excommunicato tradere intra mensem, le même motif, les monitions ne seraient pas néces­ si fuerit requisitus... Et heee eadem in suspensionis et saires pour les autres censures a jure, c'est-à-dire interdidi sententiis volumus observari. Cf. Suarez, même pour celles qui ne sont que ferendæ sententiæ, De censuris, disp. Ill, sect, xt, n. 1-2, l. xxm, p. 65; d'après plusieurs auteurs, entre autres Bonacina, De cen­ Sahnanticenses, Cursus theol. moralis, tr. X, De cen­ suris in communi, disp. I, q. 1, p. ix, n. 4,1.1, p. 350 sq. suris, c. i, p. vm, n. 95, t. u, p. 304. Mais Suarez est d’un avis contraire, De censuris, Quoique Ia monition canonique soit nécessaire de disp. Ill, sect, x, n. 20, t. xxm, p. 63, ainsi que Layman, nécessité grave de précepte, S. Alphonse, 1. VII, c. i, Theologia moralis, 1. I, tr. V, part. I, c. v, n. 6, t. I, dub. iv, n. 58, t. vu, p. 179. il n'en faudrait pas con­ p. 92, et les Sahnanticenses, Cursus theol. moral., tr. X, clure cependant que sans elle la censure serait inva­ De censuris, c. 1, p. vu, n. 91, t. n, p. 304. L’opinion lide, car, dans le Corpus juris, les censures ainsi por­ qui nie parait plus probable à saint Alphonse, Theol. tées sont appelées seulement injustes el non invalides. moral., 1. VII, c. I, dub. IV, n. 55, t. vu, p. 177, car, L. V, tit. xi, De sententia excommunicationis, in 6», dit-il, la loi est un avertissement suffisant, toutes les c. 5, Romana Ecclesia. Bien plus, dans un autre en­ fois qu’elle défend sous peine de censure, que celle-ci droit, 1. V. tit. χχχιχ, De sententia excommunicationis, soit latæ sententiæ, ou simplement ferendæ. La contu­ c. 48, Sacro, il est dit que, même dans ee cas, la mace est donc constatée par le refus d’obéissance à la sentence peut parfois être juste, en ce sens qu'elle n'est loi, et il ne reste plus qu'à citer le coupable pour lui pas contre la justice commutative, ni distributive, déclarer qu’il a encouru la censure, à moins que le quoiqu'elle soit contre les prescriptions légales en la matière. Cf. Suarez, De censuris, disp. Ill, sect. xn. crime ne soit tellement notoire que même celte citation paraisse inutile. n. 1-6, t. xxm, p. 67 sq. Sahnanticenses, tr. X, De cen- CENSURES ECCLÉSIASTIQUES 2123 suris, c. i, p. vin, n. 97 sq., t. n, p. 305; Bonacina, De censuris, disp. I, q. I, p. ix, n. 6, t. i, p. 351. Enfin, une censure ah homine n'est réellement en­ courue que lorsque la sentence est manifestée au cou­ pable, soit par écrit, en vertu du texte de loi cité plus haut, Decretal., 1. V, tit. xi, De sententia excommuni­ cationis, in 6’, c. 1. Cum medicinalis, soit de vive voix, ou par tout autre signe. Cf. Suarez, De censuris, disp. HI. sect. n. n. 1-5. t. xxm, p. 35 sq.; Salmanticenses. Cursus theol. moralis, tr. X, De censuris, c. I, p. vi. n. 61-79, t. n, p. 298-301. IV. L’Église a-t-elle le pouvoir de porter des censures? — La réponse à cette question ne saurait être douteuse. «m l’Église n’avait pas ce pouvoir, elle ne serait pas constitué, n société parfaite, car, dans toute société parfaite et complète en soi, il y a une autorité assez forte pour imposeï des peines, en vue de faire respecter ses lois. Or l’Église est une société parfaite, complète et indépendante. Voir Église. Ce pouvoir, du reste, lui a été clairement donné par son divin fondateur. l'lui a permis et même commandé de rejeter de son sein les enfants coupables, qui, après avoir péché, ne tiendraient aucun compte de ses aver­ tissements maternels, et s’obstineraient dans le mal. Cela ressort manifestement de ces paroles du Maître : Si Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et pu­ blicanus. Anien dico vobis, quæcumque ligaveritis super terram, erunt ligata et in cælo. Maith., xvni, 17-18. Dés la plus haute antiquité, on a entendu ces paroles du droit pour l’Église de porter des censures. Nous avons à ce sujet le témoignage de saint Jean Chrysostome : Μηδεις καταφρονείτω τών δεσμών τών έκκλησιαστικών ού γαρ άνθρωπός έστιν ύ δεσμών, άλλ’ό Χριστός ό την έξουσίαν ταύτην ήμϊν δεδωκώς. In Epist. ad Heb., c. II. homil. iv, n. 6, P. G., t. LXlll, col. 45. Ce passage, tra­ duit en latin, a été inséré dans le Corpus juris : Nemo contemnat vincula ecclesiastica : non enim homo est qui ligat, sed Christus qui nobis hanc potestatem dedit. Dé­ cret de Gratien, causa XI, q. ni, c. 31. Saint Augustin parle de même, et en termes encore plus énergiques : De verbis apostoli, serm. xcvm, P. L., t. xxxvm, col. 887 : Omnis Christianus qui a sacerdotibus excomm un icatur, Satanæ traditur. Quomodo? quia extra Ecclesiam dia­ bolus est, sicut in Ecclesia Christus est ; ac per hoc quasi diabolo traditur, qui ab ecclesiastica communione re­ movetur. Unde illos quos tunc apostolus Satanæ esse trad itospræd icat, excommunicates a se esse demonstrat. Décret de Gratien, causa XI, q. m, c. 32. Dans un au­ tre endroit, le même saint ajoute : Nihil sic debet formi­ dare Christianus, quam separari a corpore Christi. Si enim separatur a corpore Christi, non est membrum ejus. Si non est membrum ejus, non vegetatur spiritu ejus. Quisquis autem, inquit Apostolus, Rom., vm, 9, spiritum Christi non habet, hic non est ejus. In Joa., tr. XXVII, n. 6, P. L., t. xxxv, coi. 1618. Saint Pau) reconnaissait avoir cette puissance : Arma militiæ nostræ non carnalia sunt, sed potentia Deo ad destructionem munitionum, concilia destruentes et omnem altitudinem extollentem se adversus scientiam Dei... et in promptu habentes ulcisci omnem inobedientiam. II Cor., x, 4-6. Au c. xtn, 1 sq., il annonce que si les coupables, déjà avertis plusieurs fois, ne se corrigent pas, il ne les épargnera point : Ecce tertio venio ad vos... prædixi et prædico ut præsens, et nunc absens, iis qui ante peccaverunt, et cæteris omnibus, quoniam si venero iterum non parcam. Par ces paroles, il répond au reproche que quelques esprits mal inten­ tionnés lui avaient adressé, à savoir qu’il n’aurait pas le courage, quand il viendrait, d’être aussi sévère que, par ses lettres, il menaçait de l’être : Ut autem non existimer lanquam terrere vos per epistolas, quoniam quidem epistolæ, inquiunt, graves sunt et fortes, præDICT. DE THEOL. CAT110L. 2124 senlia autem corporis infirma et sermo contemptibilis, hoc cogitet qui hujusmodi est, quia quales sumus verbo per epistolas, absentes, tales et pressentes in facto. II Cor., x, 9-11. Et il ajoute qu'il leur donne ce dernier avertissement, pour ne pas avoir â agir durement à leur égard, en vertu de la puissance qu’il a reçue de Dieu : Ideo hæc absens scribo, ut non præsens durius agam,secundumpotestalemquam Dominusdedit mihi. II Cor., xm, 10. Que ce pouvoir fût vraiment coercitif, et pût s'exercer en inlligeant des peines, saint Paul l’avait exprimé très clairement dans sa précédente lettre, car il le compare à la verge dont on se sert pour châtier les grands cou­ pables : Quid vultis? la virga veniam ad vos, an in charitate et spiritu mansuetudinis? I Cor., rv, 21. Que saint Paul eût déjà la volonté très arrêtée d’user de cette puissance redoutable, il l’affirme très formellement : Omnino auditur inter vos fornicatio, et talis fornica­ tio qualis nec inter gentes, ita ut uxorem patris sui aliquis habeat... Et vos in/lati estis, el non magis lu­ ctum habuistis, ut tollatur de medio vestrum qui hoc opus fecit. Ego quidem, absens corpore, præsens au­ tem spiritu, jam judicavi ut præsens eum qui sic ope­ ratus est : In nomine Domini nostri Jesu Christi, congregatis vobis et meo spiritu, cum virtute Domini nostri Jesu Christi, tradere bujusmodi Sa tan.e .1 Cor., v, 1-5. Il explique en termes énergiques les motifs qui l’ont déterminé à prendre cette mesure terrible : Nescitis quia modicum fermentum totam massam corrumpit? Expurgate vetus fermentum. I Cor., v, 6, 7. Je vous l'ai déjà écrit, je vous le répète encore, n’ayez aucun rapport avec ceux qui commettent de pareils forfaits... Si is frater nominatur... cum hujusmodi nec cibum sumere. Auferte malum ex vobis ipsis. I Cor., v. 9, II. 13. La peine que saint Paul décrétait, était donc bien l’excommunication, en ce qu’elle a de plus absolu. Dans d’autres circonstances, saint Paul usa de ce redoutable pouvoir. Plusieurs fois, il retrancha de la communion des fidèles les pécheurs obstinés : Ex qui­ bus est Uymenæus et Alexander, quos tradidi Satax e, ut discant non blasphemare. I Tim., I, 20. De même, saint Pierre excommunia Simon le magicien, Aci., vm, 20-24, comme il est dit dans le 30« canon apostolique, où l’on se base sur l’exemple du prince des apôtres pour anathématiser ceux qui vendent ou achètent le spi­ rituel à prix d’argent. Bail, Summa concil iorum omnium, t. Il, p. 138. Fréquemment les saints Pères ont parlé de cette puissance que possède l'Église de porter des censures. Tertullien, Apolog., c. xxxix, P. L., t. i, col. 467 sq. ; S. Augustin, Retractat., I. II, c. xvn. P. L., t. xxxn. col. 637; De correptione et gratia, c. XV, P. L., t. xliv, col. 944, etc. Les papes en ont usé très souvent à travers les siècles; et, si l’on voulait indiquer combien de fois les assemblées de prélats se sont servies de ce glaive spirituel, il faudrait raconter presque toute l’nistoire de l’Église, et citer tous les conciles généraux ou provin­ ciaux qui se sont tenus depuis dix-neuf cents ans. Cf. Suarez, De censuris, disp. I, sect, n, n. 1-18, disp. Il, sect, t, n. 1-12, t. xxm, p. 4-9, 12-16. V. Par qui l’Église exerce-t-elle son pouvoir de porter des censures? — Elle l'exerce par les supérieurs ecclésiastiques dans les limites de leur juridiction in foro externo et contentioso. De jure ordinario possèdent ce pouvoir : 1» Le pape et les conciles généraux pour l’Église uni­ verselle. Cf. Bellarmin, Conlrov., 4 in-fol., Paris. 1613, De Romano pontifice, 1. I, c. xv. t. I, col. 561, 562. 2» Les légats, dans le territoire de leur légation. Decretal., 1. I, tit. xv, De officio legali, in 6°, c. Π, Legatos. Cf. Salmanticenses, Cursus theol. moral., tr. X, c. i, p. iv, n. 30, t. n, p. 293. ■ 3“ Les cardinaux, dans l'église de leur titre cardinalice- H. - 67 2125 CENSURES ECCLÉSIASTIQUES Decretal., 1. I, tit. χχχιιι, De majoritate el obedientia, c. 11, His quee. 4° Les archevêques dans leurs propres diocèses et dans ceux de leurs suffragants. mais, pour ceux-ci, seulement au temps de la visite canonique, ou lorsqu’une cause est déférée à leur tribunal. Decretal., 1. V, tit. xi. De sententia excommunicationis, in 6°, c. 7, Venerabili­ bus ; concile de Trente, sess. XXIV, De reform., c. Ht; Salmanticenses, Cursus theolog. moralis, c. t, p. tv, n. 29, t. n, p. 293. 5° Les conciles provinciaux, pour toute leur province. Decretal., I. V, tit. i, De accusationibus, inquisitioni­ bus et denunciationibus, c. 25, Sicut olim,; concile de Trente, sess. XXIV, De reform., c. n. 6'< Les évêques dans leurs diocèses respectifs, des qu'ils sont légitimement élus, et confirmés par le pape, même s'ils n'étaient pas encore consacrés. Decretal., L I, tit. vt. De electione et electi polestate, c. 15, Trans­ missum; concile de Trente, sess. VI, De reform., c. m; sess. XIV, De reform., c. iv. Cf. Suarez, De cen­ suris, disp. II, sect, n, n. 6-7, p. 17sq.; Salmanticenses, Cursus theolog. moralis, tr. X, De censuris, c. I, p. IV, n. 29, t. n, p. 293; S. Alphonse, Theolog. moral., 1. VII, c. i, dub. ni, n. 10, t. vu, p. 150; Lacroix, Theo­ log. moral., 1. VII, De censuris, c. i, dub. m, n. 23, t. n, p. 470. 7° Les vicaires généraux des évêques, car ils forment avec ceux-ci une même personne morale, et constituent le même tribunal. Decretal., I. II, tit. xv, De appella­ tionibus, in 6°, c. 3, Romana; Bonacina, Theolog. moralis, De censuris, disp. I, q. i, p. n, n. 5, t. i, p. 339. 8° Les chapitres des églises cathédrales, sede vacante, et avant l'élection du vicaire capitulaire, qui ensuite est seul à posséder ce pouvoir. Decretal., 1. 1, tit. χχχιιι, De maioritate et obedientia, c. 14, Cum olim; concile de Trente, sess. XXV, De reform., c. xvi; Salmanticenses, Cursus theol. moralis, tr. X, De censu­ ris, c. I, p. iv, n. 32, t. il, p. 293. 9» Les généraux, provinciaux et supérieurs locaux des ordres religieux, suivant leurs statuts. Decretal., 1. 1, tit. xxxiii. De majoritate el obedientia, c. x, Cum in ecclesiis. Cf. Suarez, De censuris, disp. II, sect. Il, n. 9, t. xxiii, p. 19; Salmanticenses, Cursus theolog. mora­ lis, tr. X, c. 1, p. iv, n. 31-38, t. n, p. 293; Bonacina, Theologia moralis. De censuris, disp. I, q. 1, p. Il, n. 5, t. i, p. 340; S. Alphonse, 7heolog. moralis, 1. VII, c. 1, dub. ni, n. 10, t. vu, p. 150. Les curés ne peuvent pas de jure ordinario porter des censures, car, privés de juridiction in foro externo el contentioso, ils n'ont que les pouvoirs nécessaires pour la bonne administration de leur paroisse. Cf. S. Thomas, In IV Sent., dist. XVIII, q. m, a. 3; Salmanticenses, Cursus theol. moralis, tr. X, De cen­ suris, c. I, p. iv, n. 35, t. n, p. 294; Schmalzgrueber, Jus ecclesiastic, univers., L V, tit. xxxtx, § 1, n. 10-20, t. v, p. 326. Les laïques et les femmes ne le pourraient pas, même par délégation, â moins peut-être que cette délégation ne vint du souverain pontife. Cf. Suarez, De censuris, disp. II, sect, ni, n. 12, t. xxm, p. 24. Ainsi les abbesses des monastères n'ont pas le droit, de leur propre autorité, de porter des censures. Elles peuvent simplement obtenir d'un supérieur ecclésias­ tique un décret imposant, sous peine de censure, l’obli­ gation d'obéir à leurs ordres. C’est ce que proclama le pape Honorius III, en 1220. par une décrétale insérée ensuite dans le Corpus juris canonici, 1. I. tit. χχχιιι, De majoritate et obedienlia, c. 12, Dilecta. Cf. Sal­ manticenses, Cursus theol. moral., tr. X, De censuris, c. I, p. v, n. 46-53, t. it, p. 296 sq.; Lacroix, Theol. moral., 1. VII, De censuris, c. I, dub. ill, n. 17, t. n, p. 469. L’incapacité des laïques est seulement de jure eccle­ 2126 siastico, de sorte que le pape pourrait déléguer un laïque, s’il le voulait. Cf. Salmanticenses, tr. X, c. i, p. v, n. 52, t. H, p. 297 ; Bonacina, Theolog. moralis, De censuris, disp. 1, q. i, p. u, n. 3-6, t. i, p. 339-340. Quant aux femmes, la question est controversée. Leur incapacité serait de droit divin, d’après les Salmanti­ censes, tr. X, De censuris, c. I, p. V, n. 48, t. It, p. 296, et saint Alphonse, Theol. moralis, I. Vil, c. t, dub. m, n. 12, t. vu, p. 151. Beaucoup d'autres auteurs pensent néanmoins que leur incapacité est seulement de droit ecclésiastique, et que, par suite, le souverain pontife, dans la plénitude de sa puissance, pourrait leur délé­ guer cette faculté. Cf. Suarez, De censuris, disp. II, sect, m, n. 5-7. t. xxm, p. 22; Layman, Theolog. moralis, 1. I, tr. V, part. I, c. Ill, n. 3, t. i, p. 89; Lacroix, Theolog. moralis, 1. VII, De censuris, c. I, dub. m, n. 19, t. Il, p. 470; Schmalzgrueber, Jus eccle­ siastic. univers., 1. V, tit. xxxtx, § 1, n. 16, t. v, p. 326; de Lugo, Responsa moralia, 1. VI, dub. vi, n. 9, t. vu, p. 235. VI. Contre qui les censures peuvent-elles être portées? — Elles ne le peuvent que contre ceux qui, ayant reçu le baptême, et ayant l'usage de la raison, dépendent du supérieur qui inflige ces censures. 1° Pour être sujet aux censures, il faut avoir reçu le baptême. — L'Église, en effet, n'a pas de juridiction spirituelle et directe sur ceux qui ne sont pas baptisés. Elle ne les a pas engendrés à Jésus-Christ par le baptême; ils ne sont pas ses fils, et, ni ses lois, ni ses sentences ne sont pour eux, suivant l'axiome bien connu : De iis qui foris sunt Ecclesia non judicat. Saint Paul avait déjà énoncé celte proposition, I Cor., v, 12; et le concile de Trente l’a exprimée ainsi : Cum Ecclesia in neminem judicium exerceat, qui non prius in ipsam, per baptismi januam, fuerit ingressus. Sess. XIV, c. il. Quant à ceux qui sont en dehors de l’Êglise, Dieu seul les jugera, suivant la parole de saint Paul : Eos qui foris sunt, Deus judicabit. I Cor., v, 13. D’ailleurs, comment les censures atteindraient-elles les infidèles, alors qu’elles ont pour sanction de priver des biens spirituels que les infidèles n'ont jamais possédés? Il est impossible d’enlever à quelqu'un ce qu’il n'a pas. Mais si les infidèles échappent aux censures ecclésias­ tiques, il n’en est pas de même des hérétiques, des schismatiques et des apostats. Ceux-là ont reçu le baptême. Leur perversité ou leurs crimes ne doivent pas les soustraire à la légitime autorité de l’Êglise : elle a donc toujours le droit de leur imposer ses lois, et de décréter contre eux, s'ils s’obstinent dans le mal, les peines canoniques qu’elle juge convenables. Cf. Suarez, De censuris, disp. V, sect. I, n. 23-26, t. xxm, p. 155 sq. ; Schmalzgrueber, Jus ecclesiasticum univers., 1. V, tit. xxxix, § 1, n. 37, t. v, p. 328. 2° Pour être sujet aux censures, il faut, en outre, avoir l’usage de la raison. — Les censures, en effet, étant des peines médicinales, supposent non seulement une faute commise, mais aussi la contumace, c’est-à-dire le mépris persévérant de la loi et l'obstination dans la désobéissance. Or, soit pour la faute, soit pour la contu­ mace, l'usage de la raison est indispensable. Dans sa maternelle bonté, l’Eglise exige même davantage. Les enfants qui ont dépassé l'âge de raison, mais ne sont pas encore arrivés à la puberté, sont, à cause de la légèreté inhérente à leur âge, l’objet d’une indulgence toute particulière de sa part. Elle ne veut pas qu’ils encourent les censures portées par des lois générales, à moins que, vu la gravité des cas, il ne soit fait d'eux une mention spéciale. Deux cas seulement de ce genre ont été visés par le droit commun : l'entrée dans un monastère de religieuses cloîtrées, et des violences exercées contre les clercs. Decretal., I. V, lit. xxxtx, De sententia excommunicationis, c. 60, Pueris; concile de Trente, sess. XXV, De reform., c. v. Cf. Suarez, De 2127 CENSURES ECCLÉSIASTIQUES censuris, disp. V, sect, i, n. 19; disp. XXXVI, sect, n, n. 7, t. χχιιι, p. 154; t. xxm b, p. 256; Salmanticenses, Cursus theolog. moral-, tr. X, De censuris, c. I, p. xm, n. 167, t. n, p. 319; Schmalzgrueber, Jus ecclesiastic, univers., 1. V, tit. χχχιχ, § 1, n. 38, t. v, p. 328; Lacroix. Theolog. moral., I. VII, c. I, dub. m, n. 42, t. n, p. 471 ; Bonacina, Theolog. moral., De censuris., disp. I, q. I, p. iv, n. 9, t. i, p. 344; S. Alphonse, Theolog. moral., 1. VH, De censuris, c. i, du b. ni, n. 14, t. vu, p. 154. 3° Pour être sujet aux censures, il faut, de plus, dépendre du supérieur qui inflige ces censures. — Ainsi, par exemple, un évêque n’a pas le droit d'en porter contre quelqu’un qui ne serait pas son diocésain. Decretal., 1. V, tit. xt, De sententia excommunicationis, in 6», c. 5. Homana. Cf. Salmanticenses, tr. X, c. i, р. xm, n. 460, t. n, p. 318; Layman, Theolog. moral., I. I, tr. V, part. I, c. iv, n, 5-8, t. i, p. 89-91; de Lugo, Responsa moral., 1. VI, dub. xxn, t. vu, p. 254. Un évêque ne pourrait pas davantage censurer les religieux exempts, excepté dans les cas pour lesquels le concile de Trente les a soumis â sa juridiction et dans lesquels il agit comme délégué du siège apostolique. Concile de Trente, sess. IV, decret. De edit, et usu sacror, libror.; sess. V, De reform., c. i, n; sess. VI, De reform., с. m; sess. Vil, De reform., c. xiv; sess. XXI, De reform., c. ix, § Indulgentias; sess. XXIII,De reform., c. xv ; sess. XXV, De regularibus, c. m-v, ix, xn-xiv, xvi, xxn. Le droit ancien avait accordé à certains ordres religieux ce privilège particulier que leurs membres, même quand ils seraient susceptibles d’être punis par l’évêque du lieu, ne pourraient l'être par des censures. L. V, tit. vu. De privilegiis, in 6°, c. 1, Volentes. Cf. Benoît XIV, De synodo diœcesana, 1. IX, c, xvi, n. 5, t. i, p. 291 ; Suarez, De religione, tr. VIII, 1. I, c. x, t. xvi, p. 53-50; Lacroix, 1. VII, c. i, dub. ni, n.30, t. n, p. 470; Schmalzgrueber, Jus ecclesiast. univers., 1. Ill, tit. xxxv, § 3, n. 61-62, t. ni, p. 382; 1. V, tit. xxxm. De privilegiis et excessibus privilegiatorum, S 7, n. 252-255, t. v, p. 264 sq. ; Ferraris, Prompta biblio­ theca canonica, moralis, theologica, etc., v° Regulares, a. 2, n. 1-143, t. vn, p. 526-549; S. Alphonse, Theolog. moralis, 1. VII, c. i, dub. ill, n. 26; c. ii, dub. iv, a. 3, n. 241-243, t. vn, p. 159, 314-318; Palmieri, (Jpus theologicum morale in Dusenbaum medullam, tr. XI, De censuris, c. i, dub. m, n. 46-104, t. vn, p. 20-52. 4» Les évêques et les cardinaux, à moins qu’ils ne soient spécialement mentionnés, n’encourent ni les suspenses, ni les interdits, portés par le droit commun. Decretal., 1. V, lit. xi, De sententia excommunicationis, in 6°, c. 4, Quia periculosum. Ce privilège ne s’étend pas à l’exemption de l’excommunication, car le texte du Corpus juris sur lequel celte doctrine est fondée ne parle que de la suspense et de l’interdit. Or, suivant une règle de droit qui trouve ici son application, quæ jure communi exorbitant, ne quaquam ad consequen­ tiam sunt trahenda. Regula juris 28, in 6°; cf. Suarez, De censuris, disp. V, sect, i, n. 30, t. xxnt, p. 157; Sal­ manticenses, Cursus theol. moralis, tr. X, De censuris, c. i, p. xm, n. 160, t. n, p. 318; Reilfenstuel, Jus canonic, univers., 1. V, tit. χχχιχ, § 1, η. 19, t. v, p. 310; S. Alphonse, Theolog. moral., I. VII, c. i, dub. m, n. 15, t. vn, p. 154. 5° Les empereurs, les rois el les reines, en vertu d’un privilège que la coutume a introduit et que le temps a consacré, ne peuvent être censurés par les simples évéques, quoiqu'ils leur soient néanmoins réellement soumis in spiritualibus. On s'habitua insensiblement à considérer la sentence d'excommunication ou d’interdit lancée contre les souverains, comme une de ces causes majeures, qui sont, vu leur gravité, réservées au pape. Cela n’empêche pas cependant que les souverains n’encourent, eux aussi, les censures latæ senlenliæ fixées par le droit commun. Cf. Schmalzgrueber, 1. V, 2128 tit. xxxix, § 1, n. 40, t. v, p. 328; Salmanticenses, tr. X, De censuris, c. i, p. xm, n. 160, t. n, p. 318; S. Alphonse, Theolog. moralis, 1. VII, c. I, dub. ni, n. 16, t. vu, p. 155. 6“ Les communautés, collèges et chapitres, en tant qu'ils constituent un corps moral, ne sauraient être excommuniés, et ce n'est que pris individuellement que leurs membres sont susceptibles de cette peine. Decre­ tal., 1. V, tit. xi, De sententia excommunicationis, in 6», c.5, Romana, § In universitatem. Cf. S. Thomas, Sum. theol., Ill’, q. xxn, a. 5, ad 2»™; Reilfenstuel, Jus canonic. univers., 1. V, tit. xxxix, §3, n. 88-94, t.v, р. 315 sq.; Suarez, De censuris, disp. V,sect. I, n. 29 sq., t. χχιιι,ρ. 157; Salmanticenses, Cursus theolog.moralis, tr. X, De censuris, c. I, p. xm, n. 169. t. II, p. 320. Mais la suspense et l'interdit, au contraire, peuvent être infligés à ces collèges et chapitres, même considérés dans leur ensemble, comme formant un tout. Decretal., 1. V, tit. xi, De sententia excommunicationis, in 6°, с. 17. Si civitas. Un chapitre de chanoines, par exem­ ple, déclaré suspens, n’aurait plus dès lors qualité pour accomplir un acte capitulaire quelconque, comme d’élire les dignitaires, de célébrer l’oflice en chœur, etc. On comprend par là que même les membres du cha­ pitre personnellement innocents, doivent s'abstenir de tout acte de ce genre, qu’ils ne peuvent faire, dans les circonstances normales, qu’en vertu d’un privilège ou d’une faculté qui leur vient du corps moral auquel ils appartiennent et dont ils font parlie. Si le corps moral perd ses privilèges, les membres en sont nécessaire­ ment privés, car le corps moral ne peut plus com­ muniquer à ses membres, ce qui lui est à lui-même enlevé. Dans cet état de choses, il n’y a évidemment aucune injustice de la part du législateur ou du supé­ rieur. La jouissance des autres biens spirituels auxquels les membres innocents ont droit, comme individus, leur est conservée. Rien ne les empêche donc de célé­ brer encore la messe en particulier, d’assister â l’oflice dans une autre église, où ils ne figurent pas comme titulaires. Cf. Schmalzgrueber, Jus ecclesiastic, univers., 1. V, tit. χχχιχ, § 1, n. 4447, t. v, p. 329. 7° Une même personne peut-elle être en même temps sous le coup de plusieurs censures? — Assurément, si elle a commis plusieurs péchés spécifiquement ou nu­ mériquement distincts, auxquels sont attachées autant de censures spécifiquement et numériquement dilf· rentes. Ainsi, un homme déjà excommunié, peut, pour d’autres fautes, être en outre interdit, et, s'il est prêtre, suspens. Mais peut-il encourir plusieurs fois la même censure, c’est-à-dire plusieurs fois l’excommunication, plusieurs fois la suspense ou l'interdit? A première vue, la réponse parait devoir être négative, car comment priver de nouveau quelqu’un de ce qui lui a été déjà enlevé? Cependant, si l’on réfléchit que la censure est plutôt la cause de la privation que la privation ellemême, on voit sans peine que le pécheur peut être privé des mêmes biens spirituels pour des motifs diffé­ rents, dont chacun, pris à part, serait suffisant pour justifier pleinement cette privation. Cette conclusion ressort de divers passages du droit, entre autres. Decretal., I. V, tit. χχχιχ, De sententia excommunica­ tionis, c. 27. Cum pro causa; Clementin., 1. V, tit. x, De sententia excommunicationis, c. 2, Gravis. On ; lit que si quelqu'un est lié par deux excommunications, il doit, en demandant l'absolution, faire connaître les deux fautes qui ont motivé cette double excommunica­ tion; sinon, il n’est absous que de l'excommunication correspondante à la faute avouée. Les censures se mul­ tiplient donc, dans la même espèce, en proportion des fautes commises et en punition desquelles le supérieur les a décrétées. Cf. S. Thomas, Sum. theol., III*, q. xxn. a. 5, ad 2“m ; Suarez, De censuris, disp. V, sect, n-nr, t. xxm, p. 157-165; Schmalzgrueber, Jus ecclesiastic- 2129 CENSURES ECCLÉSIASTIQUES univers., 1. V, tit. χχχιχ, § 1, n. 51-54, t. v, p. 329; Salmanticensés, Cursus theolog. moral., tr. X, c. i, p. xiv, n. 172-185, t. If, p. 320-323; Bonacina, Theolog. moral., De censuris, disp. I, q. I, p. v, n. 1-15, t. i, p. 346 sq.; S. Alphonse, Theolog. moral., 1. VII, c. i, dub. ni, n. 28, t. vu, p. 160; Palmieri, Opus theologicum morale in Busenbaum medullam, tr. XI, c. i, dnb. m, n. 106-117, t. vn. p. 53-58. VII. Des peines édictées par le droit contre les violateirs des censures. — Les censures imposent à ceux qui en sont frappés l’obligation grave, en con­ science, de s'abstenir des actes qu’elles défendent. On ne peut les violer sans pécher mortellement, et sans s'exposer, en outre, à des peines très graves, fixées par le droit ecclésiastique. Ces peines sont de deux espèces : latte sententiæ et ferendæsententiæ. I» Peine lata·, sententiæ contre les violateurs des censures. — Cette peine est l'irrégularité, c’est-à-dire un empêchement canonique d'étre promu aux ordres, ou de les exercer, si on les a déjà reçus. Voir Irrégu­ larité. Elle est encourue ipso facto, au for de la con­ science, sans qu'il soit besoin d'une sentence déclara­ toire, et toutes les fois que la violation, même secrète et occulte, de la censure, se fait par un acte de puis­ sance d’ordre. Cette doctrine ressort clairement de divers textes de droit : Décret de Gratien, part. II, causa XI, q. nt, can. 6, Si quis episcopus; Decretal., 1. V, tit. xxvii, De clerico excommunicato, deposito, vel interdicto ministrante, c. 9, Apostolicæ; 1. II, til. xiv, De sententia et re judicata, in 6°, c. 1, Cum asterni; 1. V, tit. xi, De sententia excommunicationis, suspensionis et interdicti, in 6°, c. I, Cum medicina­ lis; c. 20, 7s cui. Ainsi, encourent l'irrégularité ceux qui, étant excommuniés, suspens ou interdits, admi­ nistrent les sacrements, disent la messe, ou servent so­ lennellement à l’autel, comme par exemple un diacre qui chanterait l'évangile avec l’étole, ou un sous-diacre qui lirait à haute voix l'épitre en ayant le manipule; ceux qui donnent une des bénédictions solennelles ré­ servées au prêtre ou à l’évêque; tous ceux, enfin, qui accomplissent une fonction ecclésiastique, exigeant, de la part de celui qui la fait, la réception préalable de l'un des ordres majeurs. Par contre, n’encourent pas l’irrégularité: !. Ceux qui exercent même solennellement les ordres mineurs. Cf. Salmanticenses, Cursus theolog. moralis, tr. X, De censuris, c. vm, p. vi, n. 66, t. n, p. 458; Bonacina, Theolog. moralis, De censuris, disp. VII, q. ni, p. v, n. 1, t. i, p. 478; Layman, Theolog. moralis, 1. I, tr. V, part. V, c. m, n. 4, t. i, p. 129. — 2. Ceux qui exercent les ordres majeurs, mais sans solennité, comme, par exemple, un diacre qui servirait à l'autel sans l’étole, ou un sous-diacre sans le manipule, puisque les actes de ce genre peuvent être accomplis par de simples chantres. Cf. Salmanticenses, Cursus theolog. moralis, tr. X, De censuris, c. vm, p. vi, n. 68, t. n, p. 458. — 3. Ceux qui font seulement des actes de juridiction, comme, par exemple, assister à un mariage en qualité de curé, sans néanmoins donner la bénédiction nup­ tiale; prêcher la parole divine; accorder une dispense ou des indulgences; approuver les confesseurs; édicter des lois; ou même absoudre des censures, mais seule­ ment au for extérieur. Cf. Suarez, De censuris, disp. XI, sect, m, η. 11-26; disp. XII, sect, π, η. 4, t. xxm, p. 306, 325; disp. XLII, sect. v. n. 1-10, t. xxm b, p. 403-407; Salmanticenses, Cursus theolog. moral., tr. X, De censuris, c. vm, p. vi, n. 69, t. n, p. 458; Layman, Theolog. moral., 1. I, tr. V, part; V, c. ni, n. 4, t. i, p. 122; S. Alphonse, 1. VII, De censuris, c. v, dub. iv, n. 358, t. vu, p. 409. Si un clerc censuré reçoit les saints ordres, il n’est pas pour cela irrégulier, mais suspens ipso facto de l’exercice de l'ordre reçu dans ces conditions; car ce 2130 qui est défendu sous peine d’irrégularité par les canons, ce n’est pas précisément la réception des ordres, mais leur exercice. Or, les lois pénales doivent être inter­ prétées strictement. Decretal., 1. V, tit. xxx, De eo qui furtive ordines suscepit, c. Ί, Veniens. Cf. Suarez. De censuris, disp. XLII, sect, m, t. xxm b, p. 395-403. Cependant, si l’ordre reçu était celui de la prêtrise, pro­ bablement l’irrégularité serait encourue, attendu que le prêtre qui vient de recevoir l'ordination, est obligé de célébrer en même temps que l’évéque. Certains auteurs néanmoins pensent que, même dans ce cas, il n’y aurait pas d'irrégularité, car l’exercice du sacerdoce récem­ ment reçu paraît ici être plutôt une cérémonie consti­ tuant un tout moral avec l’ordination elle-même; mais, quoi qu’il en soit de cette controverse, il y aurait cer­ tainement faute grave. Cf. Suarez, De censuris et irre­ gularitatibus, disp. XLII, sect, in, η. 2. t. xxm b, p. 390; Benoit XIV, De synodo diœcesana, 1. XII, c. III, n. 6-7, t. il, p. 81; Layman, Theolog. moralis, 1. 1, tr. V, part. V, c. ni, n. 5, 1.i, p. 129; S. Alphonse, Theo­ log. moral., 1. VI, tr. V, c. il, dub. n, n. 799, t. vi, р. 318 sq. Si la censure qui est violée n’est que l'excommunica­ tion mineure, voir Excommunication, le coupable, quoiqu’il ait commis une faute, n’est pas pour cela irré­ gulier. Decretal., 1. V, tit. xxvn, De clerico excommuni­ cato, deposito, vel interdicto ministrante, c. 10, Si celebret. Cf. Suarez, De censuris et irregularitatibus, disp. XXIV, sect, n, n. 3-12, t. xxm, p. 665-667; Sal­ manticenses, Cursus theolog. moral,, tr. X, De censu· ris, c. vm, p. vi, n. 66, t. n, p. 458. 2“ Peines FERBNDÆ sententiæ contre les violateurs des censures. — Après avoir contracté l’irrégularité en violant par un acte de puissance d'ordre les censures encourues par lui. si un clerc, sans tenir compte de nouveaux avertissements,'persévère dans sa désobéis­ sance, et continue à exercer son ministère, malgré la défense qui lui en est faite, il s’expose à voir décréter contre lui la peine de la déposition. Decretal., 1. V, lit. xxvn, De clerico excommunicato, deposito, vel inter­ dicto ministrante, c. 3, Clerici; c. 4, Latores; c. 5, Illud Dominus; c. 6, Fraternitati. Voir Déposition. Cette peine est ferendæ sententiæ; mais le juge peut l'in­ fliger après une simple citation invitant le délinquant à s’expliquer. Pour le cas, où, vu l'obstination du coupable dans le mal, celte peine de la déposition ne suffirait pas, le droit canon en prévoit d’autres, comme l’exil, la pri­ son, etc. En outre, le pécheur incorrigible peut être abandonné par l’Église et livré au bras séculier. Decre­ tal., 1. V, tit. xxvn, De clerico excommunicato, depo­ sito, vel interdicto ministrante, c. 2, Si guis presby­ ter; c. 7, Postulastis, § Quiesivistis. Les peines précédentes, soit latæ, soit ferendæ sententiæ, ne sont encourues que si la violation de la censure est consommée avec toutes les conditions d’advertance, de volonté et de liberté nécessaires pour qu'une faute soit mortelle. Si la violation était purement matérielle, elle ne serait pas coupable, et n’entraînerait aucune peine canonique. De même, si la faute était simplement vénielle. Donc, ainsi que nous l’avons déjà remarqué pour les censures elles-mêmes, tout ce qui, dans la violation de la censure, atténue la faute, comme l’ignorance, l'inadvertance, la crainte, etc., excuse des peines attachées à cette violation. Decretal., 1. V, tit. xxvn, De clerico excommunicato... ministrante, с. 9, Apostolicæ. Dans ce chapitre du Corpus juris canonici, on trouve ces paroles adressées par le pape Grégoire IX aux chanoines de Prague, en 1232: Verum quia tempore suspensionis, ignari celebrastis divina, vos reddit ignorantia probabilis excusatos. Cæterum, si forte ignorantia crassa et supina, aut erronea fue­ rit, propter quod dispensationis gratia egeatis, etc. 2131 CENSURES ECCLÉSIASTIQUES 2132 L’ignorance excuse donc, pourvu qu’elle ne soit ni ■ chés mortels. Salmanticenses, Cursus theolog. moralis, crassa, ni supina, car alors il faut une dispense. Cf. tr. X, De censuris, c. 11, p. iv, n. 51, t. 11, p, 337; Salmanticenses, Cursus theolog. moral., tr. X, Ve cen­ Layman, Theolog. moralis, 1. I, tr. V, part. I. c. vn, suris, c. vin, p. vi, n. 70, t. n, p. 459. n. 3, t. 1, p. 96; Lacroix, Theolog. moralis, 1. Vil, c. 1, Dans le doute de l'existence d’une censure, la viola­ dub. v, n. 128, t. 11, p. 479; Bonacina. Theolog. mora­ tion probablement n’entrainerait pas l’irrégularité, et lis, De censuris, disp. I, q. ni, p. n, n. 6, t. 1, p. 363; l'absolution ne serait nécessaire ou conseillée que sim­ S. Alphonse, Theolog. moralis, 1. VII, De censuris, c. 1, plement ad cautelam. Cf. Suarez, De censuris, disp. XI. dub. v, n. 72, t. vn, p. 190. sect, ut, n. 7-10, t. xxm. p. 305 sq. Le cas différerait si Les censures a jure et latæ sententiæ, établies par le le doute portait spécialement sur la validité d’une cen­ souverain pontife et concernant l’Eglise entière, sont sure certainement infligée par une sentence condamnadivisées en diverses classes, suivant le plus ou moins toire. On devrait alors l'observer, sous peine d'irrégu­ de facilité accordée pour leur absolution. larité, car. suivant des axiomes bien connus : dans le 1. Les censures nemini réservâtes, dont tout confes­ doute standum est pro calore actus; et præsumptio seur peut absoudre au for de la conscience, et tout . stat pro superiore. Decretal., I. V, lit. xxxix, De sen­ évêque au for extérieur, quand elles sortent du for de tentia excommunicationis, c. 40, Per tuas; Clementin.. la conscience. Decretal., 1. V, tit. xxxix. De sententia 1. II. tit. xi. De sententia et re judicata, c. 2, § Igitur. excommunicationis, c. 29, Nuper. Cf. Suarez. De Cf. Ferraris, Prompta bibliotheca canonica, moralis, censuris, disp. VII, sect, ni, η. 2, t. xxiii. n. 203: Sal­ theologica, etc., v» Irregularitas, a. 4, η. 37. t. v, p. 97; manticenses, Cursus theolog. moralis, tr. X, De censu­ Schmalzgrueber. Jus ecclesiastic, univers., 1. V, tit. xxvn, ris, c. n, p. IV, n. 42, t. 11, p. 336. η. 37, t. v, p. 232. Même si on avait interjeté appel de 2. Les censures ordinario reservatae, dont les simples la sentence, la censure devrait être observée, sous peine confesseurs ne peuvent absoudre, à moins qu'ils n'en d’irrégularité, car cet appel n’a pas un effet suspensif, aient reçu le pouvoir de leur ordinaire. mais seulement dévolutif. Decretal., 1. 11, lit. xxvn, De 3. Les censures Jlomano pontifici ordinario modo sententia et re judicata, c. 40, Præterea; c. LUI, Pa­ reservalæ, dont les évêques ne peuvent absoudre, pour storalis; Schmalzgrueber, Jus ecclesiastic, univers., le for de la conscience, que si elles sont occultes, pri­ I. Il, lit. xxviii, De appellationibus, recusationibus el vilège qui leur a été octroyé par le concile de Trente, relationibus, §8, η. 109-110, t. π,ρ. 289; 1. V, tit. xxvn, sess. XXIV, De reform., c. vi, Liceat, et qui leur a été η. 13, t. v, p. 231. renouvelé par Pie IX, dans sa célèbre constitution En cas de nécessité, par exemple si un moribond le Apostolicæ sedis, du 12 octobre 1869. Voir aussi S. Al­ lui demandait, un prêtre censuré pourrait administrer phonse, Theolog. moralis, 1. VII, De censuris, c. 1, les sacrements sans devenir irrégulier. Concile de dub. v, n. 74-84, t. vu, p. 191-198. Trente, sess. XIV, De reform.,2. vu. Il le pourrait en­ 4. Les censures Jlomano pontifici speciali modo re­ core, pour éviter le scandale des fidèles, ou sa propre servatæ, dont le concile de Trente n'a pas donné aux diffamation, pourvu toutefois que la censure fût occulte évêques le pouvoir d’absoudre, et qui ne sont pas com­ et secrète. Cf. Reilfenstuel, Jus canonic, univers., 1. V, prises non plus dans les pouvoirs généraux concédés tit. xxvn. n. 12, t. v, p. 259. par privilège aux évêques d'absoudre des cas réservés Enlin.au même titre que les censures, les irrégulari­ au saint-siège, à moins qu’il n’en soit fait mention tés se multiplient dans le meme individu, en raison du spéciale dans les feuilles de concession. nombre de fautes commises et du nombre de censures 5. Dans la classe précédente, il y a quelques cas, peu violées. Cf. Bonacina, Theolog. moralis, De censuris, nombreux d’ailleurs, qui doivent être considérés comme disp. VII, q. ni, p. v, n. 10, t. 1, p. 479. réservés au souverain pontife specialissimo modo. Au­ VIII. De l’absolution des censures. — 1» Prin­ paravant, c’étaient les cas d'hérésie et d’apostasie. De cipes généraux. — Une censure ne disparait pas d’ellenos jours encore, même après la bulle Apostolicæ sedis, mème par l'amendement, ou la conversion du coupable, il est d'usage d'accorder des pouvoirs spéciaux et dis­ ni même par la mort de celui que l’a portée. Elle ne tincts pour absoudre de ces deux cas, même à ceux qui cesse que par une sentence d'absolution. Cela ressort ont déjà la faculté d’absoudre des cas réservés speciali d’un texte du Corpus juris canonici, Decretal., 1. V, modo. Cf. Rohling, Medulla lheologiæ moralis, in-8", tit. xxxix, De sententia excommunicationis, c. 20, Cum Saint-Louis, 1875, Facultates episcopis Americæ dari desideres, et d'une déclaration officielle du pape solitæ, form, π, η. 15, 16. En outre, doit être considé­ Alexandre VII, qui, le 18 mars 1666, a condamné cette rée comme réservée specialissimo modo, la 10’ censure proposition (la 44e de la série) : Quoad forum consciende la 1" série de la bulle Apostolicæ seclis, portée tiæ, reo correcto, ejusque contumacia cessante, cessant contre Absolventes complicem in peccato turpi. Le censuræ. Cf. Schmalzgrueber, Jus ecclesiastic, univers., pouvoir d'en absoudre n’est jamais donné, même dans 1. V, tit. xxxix, § 1, n. 108-110, t. v, p. 335; Reilfenles facultés, si larges pourtant, concédées en temps de stuel, Jus canonic, univers., 1. V, tit. xxxix, § 8, n. 240jubilé. Un décret de la S. C. du Saint-Office, du 27 juin 211, t. v, p. 330. 1866, a déclaré qu'il ne taut jamais le supposer compris Quand les censures sont ab homine et per sententiam parmi les pouvoirs donnés en général aux évêques. particularem, elles peuvent être enlevées seulement : Dans les pays de missions, quand, à cause de l'éloigne­ 1. par celui qui les a portées; 2. par son successeur; ment et des difficultés de communication, le saint3. par son supérieur, pourvu qu'il ait sur lui juridic­ siège accorde ce pouvoir aux préiets et vicaires aposto­ tion pleine et entière. Un archevêque, par exemple, par liques, c’est toujours pour un nombre de cas limités, et défaut de juridiction sur ses sutfragants, ne peut il fixe bien à quelles conditions l’absolution peut être absoudre des censures qu’ils ont portées eux-mêmes, prononcée. excepté dans le temps de la visite canonique, et si la En cas d'extrême nécessité, c’est-à-dire quand il y a cause est déférée à son tribunal. Decretal., I. II, tit. χχνι, péril de mort prochaine, tout confesseur, n’eut-il aucun De praescriptionibus, c. 16, Cum ex officiis; I. V, privilège, peut absoudre de toutes les censures réser­ tit. xi, De sententia excommunicationis, in 6«, c. 5, vées, quel que soit le mode de la réserve. Cette autori­ Jlomana; c. 6, Venerabi libus ; 4. par celui qui est sation, qui se trouvait déjà exprimée dans divers pas­ légitimement délégué. sages du droit ancien, par exemple : Decretal., 1. V, Les censures ab homine et per sententiam genera­ tit. xi, De sententia excommunicationis, in 6", 2. 22, lem, si elles ne sont pas réservées, peuvent être enlevées Eos qui, a fail l'objet d’une déclaration spéciale et très par tout confesseur qui a le pouvoir d'absoudre des péformelle du concile de Trente, sess. XIV. De pænilen- 2133 CENSURES ECCLÉSIASTIQUES lia, c. vu. Toutefois, si le malade revient à la santé, il doit, sous peine de retomber dans les mêmes censures, se présenter devant le supérieur légitime, pour en re­ cevoir la monition et la pénitence, du moins s'il s’agit de censures speciali modo réservées. Décret du SaintOfilce du 17 juin 1891. Cf. Palmieri, Opus theologicum morale in Busenbaum medullam, tr. XI, De censuris, c. t, dub. v, n. 218, t. vn, p. 105. 2» Ancienne pratique de l’Église pour l'absolution des censures réservées. — Les constitutions pontificales ont toujours défendu, sous des peines très graves, aux confesseurs non munis de pouvoirs spéciaux, d'absoudre des censures réservées, en dehors du cas d'extrême né­ cessité. Cependant, pour les pénitents qui ne pouvaient réellement pas se présenter au supérieur légitime, ou â son délégué, le droit ancien avait mitigé cette rigueur. Le sentiment commun fut, pendant très longtemps, que leur confesseur pouvait les absoudre, vu leur impossibi­ lité de se rendre personnellement à Rome. Cette doctrine était fondée sur divers passages du Corpus juris cano­ nici. Ces textes sont trop importants, pour que nous n'en rapportions pas ici quelques-uns. Ce fut d'abord une déclaration officielle du pape Clément III, en 1190 : Consultationi tuæ duximus res­ pondendum, quod mulieres, senes, et valetudinarii, seu membrorum destitutionibus impediti, licet ad aposlolicarn sedem non veniant, ab episcopis valeant fidelium communioni restitui. Alios autem sive pauperes, sive divites, sedi apostolicæ, vel legato ejus, necesse est præsenlari. Decretal., I. V, tit. χχχιχ, De sententia excommunicationis, c. 13, Ea noscitur. Une vingtaine d'années plus tard, en 1212, le pape Innocent III fut encore plus explicite. II admit l’excuse et l'impossibilité de se présenter, non seulement pour les femmes, les vieillards, les malades et les infirmes, mais encore pour tous ceux qui invoqueraient une cause juste, comme, par exemple, la pauvreté que Clément III n’avait pas acceptée : Verum, si difficile sit, EX ALIQUA justa causa, quod ad ipsum excommunicatoreni absol­ vendus accedat, concedimus indulgendo, ut a suo absol­ vatur episcopo, vel proprio sacerdote. Decretal., I. V, tit. χχχιχ, c. 29, Nuper a nobis. En 1298, le pape Bo­ niface VIII revint sur le même sujet, et donna â tout confesseur le pouvoir de relever de leurs censures ceux qui, propter impedimentum legitimum, ne pouvaient se présenter devant le pape, ou devant son délégué. Decretal., I. V, tit. xi, De sententia excommunicationis, in 6», c. 22, Eos qui. De ces textes du droit et de quelques autres semblables les théologiens avaient tiré les conclusions suivantes : 1. Ceux qui, pour un empêchement légitime, sont dans l’impossibilité de se présenter personnellement au sou­ verain pontife, soit parce qu'ils ne sont pas libres d’en­ treprendre ce voyage : comme les enfants, les femmes, les prisonniers, les religieux; soit parce qu’ils n’en ont ni les moyens pécuniaires, ni les forces physiques : comme les malades, les pauvres, les infirmes, etc., peuvent être absous par leur évêque, que la censure soit occulte ou publique; qu’elle soit réservée modo ordi­ nario ou modo speciali. Cette doctrine était formulée dans l’axiome que l'on citait dans les cas de ce genre : Casus papalis, superveniente impedimento adeundi papam, fit episcopalis. — 2. Ceux qui étaient dans l’impossibilité de se présenter même à leur évêque, pouvaient être absous par leur confesseur ordinaire. — 3. Si cependant l'affaire tombait dans le domaine du for externe, et qu’il n’y eut pas urgence, on devait écrire â l'évêque. Cf. S. Alphonse, Theolog. moralis, I. VII, De censuris, c. t. dub. v, n. 84-93, t. vn, p. 198-209. 3° Pratique actuelle de l’Église pour l’absolution des censures réservées. — De nos jours, vu la facilité des relations et les grandes améliorations introduites dans les services publics des postes, la cour romaine s'est 2134 totalement écartée de l’ancienne pratique, et en a même, à diverses reprises, condamné formellement l’usage. Voir le décret du Saint-Office du 23 juin 1886, complété par d’autres décrets de la même Congrégation, à la date du 30 mars 1892, du 2 avril de la même année et du 16 juin 1897. Ces nombreux décrets, fixant la nouvelle jurisprudence en ces matières, se résument en deux propositions : 1. Si le pénitent, pour obtenir l’absolution des censures réservées qu'il a encourues, est dans l'impossibilité de se rendre à Rome, il n’est pas, pour ce motif, autorisé à la recevoir de son confesseur. — 2. Dans les cas vrai­ ment urgents, pour lesquels l'absolution ne saurait être différée sans danger grave de scandale ou de diffama­ tion, super quo, dit le décret du 23 juin 1886, confesso­ riorum conscientia oneratur; ou encore, dans le cas, où sans qu’il y eût danger de scandale ou de diffamation, il serait trop dur pour le pénitent de rester sans l’absolu­ tion de ses péchés mortels, durant tout le temps néces­ saire pour que son confesseur, l’ayant demandé, ait obtenu de Rome le pouvoir de l’absoudre; alors, l'abso­ lution peut être donnée par le confesseur injunctis de jure injungendis, avec la clause que le pénitent retom­ bera dans les mêmes censures, si, infra mensem, il n’a pas écrit au saint-siège, ou ne lui a fait écrire par son confesseur, pour avouer sa faute et en recevoir la péni­ tence canonique. L’obligation imposée par cette clause est grave, comme celle d'accepter la pénitence qui sera infligée par le grand pénitencier. Il ne suffirait pas d’écrire à l’évéque, ou à son vicaire général, si l’évéque n’a pas reçu par privilège le pouvoir d’absoudre de ces cas réservés. Décret du Saint-Office, du 19 octobre 1900. Cf. Analecta eccles., t. tx, p. 54; Nouvelle revue théo­ logique, t. xxiv, p. 159, 166; Palmieri, Opus théologie, morale in Busenbaum medullam, tr. XI, De censuris, c. t, dub. v, n. 218; c. n, n. 443, t. vu, p. 106. 244 sq. 11 est un cas cependant où le recours au saint-siège n’est pas nécessaire, c’est lorsque ni le pénitent, ni le confesseur ne peuvent écrire à la S. Pênitencerie, et qu'il est trop dur pour le pénitent de s'adresser à un autre confesseur, afin de lui faire un nouvel aveu de ses fautes. 11 est permis alors au premier confesseur de donner l’absolution sans imposer l'obligation de recourir au saint-siège. Cette faveur néanmoins ne s'applique ja­ mais au cas de atlentalæ absolutionis complicis. Elle n’a pas lieu non plus, s'il y a simplement impossibilité pour le pénitent de revoir son confesseur, s’il peut écrire lui-même à Rome, ou si, par une lettre de son confesseur, il peut apprendre ce que la S. Pênitencerie a statué sur son compte. Décrets du Saint-Office, du 9 novembre 1898 et du 7 juin 1899. Cf. Analecta eccles., t. vu, p. 6, 339. Pour que cette impossibilité existe, il suffit, quoique le confesseur puisse écrire au saint-siège, que le pénitent ne puisse écrire au confesseur qui l’a absous; qu’il ne puisse, en outre, se représenter devant lui ; et qu'il lui répugne trop de s’adresser à un autre. Décrets du SaintOllice du 5 septembre 1900. Cf. A nalecta eccles., I. vin, p. 489; card. d’Annibale, Summula theologiæ moralis, part. I, tr. VI, De poenis et censuris, tit. n, c. i, a. 3, n. 349, t. t, p. 335 sq. Ces nouveaux .décrets promulgués pour l'absolution des censures réservées au souverain pontife, paraissent n’avoir rien changé pour les censures épiscopales. Il est difficile, en effet, de supposer que quelqu’un soit dans l’impossibilité perpétuelle de recourir à son évêque, même par lettre, de sorte que l’absolution des censures réservées à l’évêque, soit pour ce motif dévolue aux simples confesseurs. Un évêque, d’ailleurs, peut très bien décréter que, pour les cas qui lui sont réservés, les pénitents qui se trouvent dans l’impossibilité de venir en sa présence, lui écrivent, ou lui fassent écrire par leur confesseur. Cf. Lehmkuhl, Theologia moralis, 10e édit., 2 in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1902, part. Il, 2135 CENSURES ECCLÉSIASTIQUES — CÉRAMEUS 1. Π, tr. I. De censuris, sect, i, c. i, § 4, η. 880, t. π, p. 632; card. d'Annibale, Summula theologiæ moralis, part. I, tr. VI, tit. Il, c. I, a. 3, n. 349, note 40, t. I, p. 336. 4° Manière d'absoudre des censures. — La manière d'absoudre des censures in foro externo est indiquée dans le rituel romain ; De absolutione ab excommuni­ catione in foro exteriori; De modo absolvendi a suspen­ sione, vel ab interdicto, extra vel intra sacramentalem confessionem. Elle est renouvelée d’une prescription du pape Innocent III, faite en 1212, et insérée dans le Cor­ pus juris. Decretal., I. V, tit. χχχιχ, c. 28, A nobis. Cf. Bonacina, Theolog. moralis, tr. III, De censuris, disp. I, q. m, p. xi, n. 5, t. i, p. 375; Reiffenstuel, Jus canonic, univers., 1. V, tit. χχχιχ, § 8, n. 267, l. v, p. 332 sq. L'usage des sacrements étant rigoureusement interdit aux excommuniés, l'absolution de l'excommunication doit toujours précéder l'absolution des péchés. Quand il n’est pas démontré que le pénitent est lié par quelque excommunication, l'absolution des censures doit toujours cependant être donnée ad cautelam, comme il est pres­ crit par le rituel pour le sacrement de pénitence, afin d'écarter du pénitent tout empêchement, s’il en existait, de recevoir la grâce du sacrement. C’est pour cela que tout confesseur, avant de prononcer les paroles de la forme sacramentelle : Ego te absolvo apeccatis tuis, etc., doit dire la formule : Dominus noster Jesus Christus te absolvat, et ego, auctoritate ipsius, te absolvo ab omni vinculo excommunicationis, suspensionis, et interdicti, in quantum possum et tu indiges. Pour l'absolution des censures in foro interno, il suffit de celle formule ordinaire prescrite par le rituel avant toute absolution sacramentelle. Bien plus, pour la vali­ dité de cette absolution, aucune parole n'est requise; il suffit de manifester, de quelque façon que ce soit, la volonté d'absoudre. Cf. Schmalzgrueber. Jus ecclesia­ stic. univers., I. V, lit. χχχιχ, De sententia excommu­ nicationis, suspensionis et interdidi, § .1, η. 98, t. v, p. 334. C’est pourquoi on peut absoudre par lettre, malgré la distance, à moins que la faculté d'absoudre ne soit donnée que pour le tribunal de la pénitence, comme cela arrive dans les jubilés. Cf. Suarez. De cen­ suris, disp. VII, sect, ix, n. 2, 5, 6, t. xxtit, p. 245 sq.; Salmanticenses, Cursus theolog. moralis, tr. X, De censuris, c. n, p. n, n. 14-16, t. n, p. 231 ; Reiffenstuel, Jus canonic, univers., 1. V, tit. χχχιχ, § 8, n. 267, t. v, p. 332; S. Alphonse, Theolog. moralis, 1. VU, De cen­ suris, c. i, dub. vi, n. 116-118, t. vu, p. 221 sq. Puisque, pour l’absolution des censures, un simple signe de volonté suffit, à plus forte raison, dit Lehmkuhl, Theologia moralis, part. II, 1. II, tr. I, De censu­ ris, sect. 1, c. i, § 4, n. 876, t. n, p. 629, l’absolution par téléphone serait valide pour les censures, quoiqu’elle ne le fût pas pour les péchés, suivant une décision de la S. Pénitencerie du 1« juillet 1884. Quoique les péchés mortels, au tribunal de la péni­ tence. ne puissent être remis l’un sans l'autre, il n’en est pas ainsi des censures, dont l’absolution ne confère pas la grâce sanctifiante. Les censures, en effet, sont comme des chaînes dont l’une peut être brisée ou déliée sans que les autres le soient. Cf. Bonacina, Theolog. mo­ ralis, tr. III, De censuris, disp. I, q. ir, p. vi, n. 1-6, t. I, р. 370 sq.; S. Alphonse, Theolog. moralis, 1. VII. c. 1, dub. vi. n. 118. t. vu, p. 222; Palmieri, Opus théologie, morale in Husenbaum medullam, tr. XI, De censuris, с. I, dub. vi, n. 262. t. vu, p. 132. Enfin, il est absolument défendu d'absoudre des cen­ sures encourues un pécheur public, tant qu'il n’a pas réparé publiquement le scandale, ou les fautes qui ont motivé les censures dont il est frappé. Décret de la S. Pénitencerie du 5 juillet 1857. Cf. Reiffenstuel, Jus canonic, univers., 1. V, tit. χχχιχ, § 8, n. 269, t. v, 2136 p. 333; Schmalzgrueber, Jus ecclesiastic, univers., 1. V, tit. χχχιχ. § 1, n. 101, t. v, p. 334; Suarez, De censuris, disp. VII, sect, v, n. 41, t. xxm, p. 228; Layman, Theo­ log. moralis, 1. I, tr. V, part. I, c. vu, n. 7, t. 1, p. 97; Bonacina, Theolog, moralis, tr. III, De censuris, disp. I, q. m, p. ix, n. 1-10; p. xi, t. i, p. 373-375. La vaste matière des censures ecclésiastiques et toutes les questions qui s’y rattachent ont été traitées par un grand nombre d’auteurs, théologiens et canonistes. Nous indiquerons ici seule­ ment les plus importants, parmi les anciens et les modernes. Suarez, Opera omnia, 28 in-4·, Paris, 1856-1878, De censuris in communi, disp. Ï-VIJI, t. xxm, p. 1-250; Salmanticenses, Cursus theologiæ moralis, 6 in-fol., Lyon, 1670, tit. x. De cen­ suris, c. i-u, t. n, p. 288-346; Schmalzgrueber, Jus ecclesiasticunivers., 5 in-fol., Venise, 1738, 1. V, tit. χχχιχ, De sententia excommunicationis, suspensionis et interdicti, § 1, De censu­ ris in genere, η. 1-111, t. v, p. 324-335; Reiftenstuel, Jus cano­ nic. universum, 6 in-fol., Venise, 1760-1776, 1. V, tit. χχχιχ, § 1, n. 1-46; § 8, n. 226-270, t. v, p. 309-311, 329-333; Pichler, Jus canonicum secundum quinque Decretalium libros, 2 in-fol., Venise, 1758, i. V, tit. χχχιχ, £ 1, n. 2-15, t. i, p. 662-666; Fer­ raris, Prompta bibliotheca canonica, moralis, theologica, etc., 10 in-4·, Venise, 1782, v· Censura, t. n, p. 256-264; Bonacina. Theologia moralis, 3 in-fol., Venise, 1710, tr. III, De censuris, disp. I, De censuris in communi, t. i, p. 337-375; Layman, Theologia moralis, 2 in-fol., Venise, 1719, 1. I, tr. V, De eccl-s i asticis censuris, part. I, De censuris in communi, t. i, p. 8797; Lacroix, Theologia moralis, 2 in-fol., Venise, 1720, 1. VII, De censuris ecclesiasticis, c. i, De censuris in genere, t. n, р. 468-482; S. Alphonse, Theologia moralis, 9 in-8·. Malines. 1829, 1. VII, De censuris ecclesiasticis, c. i, De censuris in ge­ nere, n. 1-132, t. vn, p. 144-229; Stremler, Traité des peines ecclésiastiques, de rappel, et des Congrégations romaines, in-8·, Paris, 1860, part. I’·, sect, iv, Des censures en général, с. ι-xvi, p. 171-249; Cl. Marc, Institutiones morales alphonsianæ, 2 in-8·, Lyon, 1888, part. II, sect. m. tr. II, De censuris in genere, t. 1, p. 805-828; Kober, Der Kirchenbann, Tubingue, 1857; Linsenman, Lehrbuch der Moraltheidogie, Fribourg-enBrisgau. 1878; Rohling, Medulla theologiæ moralis, Saint-Louis, 1875; De Angelis, Prælectiones juris canonici ad methodum Decretalium Gregorii IX exaratæ, 4 in-8·, Rome, 1891, 1. V, tit. χχχιχ, § 1, t. iv, p. 359-379; Ballerini, Compendium th- ologiæ moralis, 2 in-8·, Rome, 1893, Tractatus de censuris, c. !, De censuris in genere, t n, p. 922-965; card, d’Annibale, Sum­ mula theologiæ moralis, 3 in-8·, Rome, 1889-1892, part. I, tr. VI, De pœnis et censuris, tit. π, De censuris, c. I, Communia de censuris, 1.1, p. 312-347 ; Lehmkuhl, Theologia moralis, 2 in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1902, part. II, 1. II. tr. I, De censu­ ris et pœnis similibus, sect i. Generalis censurarum expla­ natio, c. i-v, t. ii, p. 617-655; Palmieri, Opus theologicum mo­ rale in Busenbaum medullam, 7 in-8·. Prato, 1894, tr. XI. De censuris et irregularitatibus, c. i, De censuris in genere, t. vn, p. 1-165. T. Ortolan. CENTINI Maurice, docte religieux conventuel, ori­ ginaire d'Ascoli dans les Marches, enseignait la théologie à Ferrare en 1612. Créé en 1626 évêque de Massa Lubrense. siège aujourd’hui supprimé, il était transféré à Mileto le 12 mai 1631. Maurice Centini mourut à Palma près de Caserte au commencement de 1640. Étant évêque de Mileto, il publia : De incarnatione dominica disputa­ tiones theologicæ ad mentem Scoti, pet. in-fol.. Mes­ sine, 1637. Un de ses disciples, Modeste Gavazzi. écrit dahs son traité De ven. euchar. sacram., Rome. 1656. que Centini avait aussi publié des Disputationes de -acramentis in genere et in specie de baptismo et confir­ matione. Il laissa en outre des manuscrits sur les livres d'Aristote et des Sentences et publia divers ouvrages de poésie et des sermons. Franchini, iïibliosofîa e memorie di scrittori comvC" Modène, 1693, p. 453; Sbaralea, Supplementum et castrja.':o ad scriptores ordinis minorum, Rome. 1866; Hurter, Nomen­ clator, t. I, p. 259. P. Édouard d’Alençon. CÉRAMEUS Nicolas, docteur en médecine et théo­ logien grec, né à Janina. Il étudia en Italie, séjourna quelque temps â Venise, et se rendit â Constantinople en 1651. La même année, l’ex-patriarche de cette ville. 2137 CÉRAMEUS — CERDON Athanase Patellares, Crétois, à l’occasion de la fête des saints apôtres, prononça dans l’église patriarcale un dis­ cours contre la primauté du pape. Au nombre de ses auditeurs se trouvait un prêtre de Chypre, ancien élève du collège grec de Saint-Athanase, appelé lui aussi Atha­ nase ; c’est Athanase le rhéteur. Il prit la défense de la papauté dans un ouvrage intitulé : Άντιπατέλλαρος, Paris, 1655. Le patriarche Parthène III (1656-1657) chargea Nicolas Cérameus de répondre aux arguments d’Alhanase de Chypre, ce qu’il fit dans son Άντέγκλημα τών έγκαλοϋντων αδίκως κατά τής μιας καί μόνης άγιας καθολικής καί άποστολικής Οεονόμφου τής τοϋ Χρίστον ’Εκκλησίας, φιλοπονηβέν κατ’ έπιταγήν καί πρόσκλησιν τοϋ έλέω Οεοϋ χρηματίζοντας αρχιεπισκόπου Κωνσταντινου­ πόλεως νέας 'Ρώμης οικουμενικού πατριάρχου Παρθενίου, ετι δέ τής ΰπερτελεστάτης τών αρχιερέων, καί συλλειτουρ­ γών, αύτώ ίεράς Συνόδου, inséré par le patriarche Dosithée de Jérusalem dans le Τόμος Χαράς, lassy, 1705, p. 1-552. Le théologien grec accuse le prêtre Athanase d'avoir falsifié les textes et multiplié les sophismes pour diviniser le pape, ou conseiller son adoration (λα­ τρευτικός προσκυνήσαι). Il s’efforce de démontrer que tous les apôtres jouissaient de la même autorité, sans que Jésus-Christ attribuât à saint Pierre une certaine suprématie sur les autres. Sa réfutation de la doctrine catholique porte principalement sur les arguments tirés de l’Écriture sainte et de la liturgie. La dernière section du livre, qui est la plus longue, traite du pouvoir ecclé­ siastique. L’auteur répète souvent : « Nous ne sommes pas des pierrolâtres, mais des christolàtres, » οϋ γάρ έσμεν πετρολάτραι, άλλα χριστοί,άτραι. Il invective les Latins auxquels il adresse des injures assez grossières. Il enseigna de longues années au collège grec de lassy ou il mourut en 1672, selon Sathas, en 1670 d'après Dosithée et Mélétios. Les historiens de la littérature néo­ hellénique citent de lui plusieurs ouvrages inédits, en­ tre autres ses ’Αντιρρητικά τής αρχής τοϋ ΙΙάπα τής 'Ρώ­ μης εις 83 τμήματα. 2138 Naples, 1871-1873; Empiéta e stoltezze del secolo xtx, Naples, 1876; La Chiesa e i suoi diretli, Naples, 1876; Aneddoti di religione dedicati ai moderni neoteorici, Naples, 1876; Oimé! chi si salva? Naples, 1878; Gli Evangelici e le loro bolleghe, Naples, 1880; Il specchio del protestantisme, Naples, 1882; C’è l'inferno? Naples, 1882; Il libro del perché in fatto della religione, Naples. 1885; La confessione sacramentale, Naples, 1886. Civiltà cattolica, série vu, t. ix, p. 71, 590; série vni. t. ni, p. 592 sq. ; t. xi, p. 581 sq. ; série IX, t. iv, p. 78 sq. ; série x, t. m, p. 94 sq. ; de Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C“ de Jésus, t. n, col. 982-984; Hurter, Nomenclator, 1895, t. ni, col. 1221. IL DutoüQüET. CERDON. Hérétique de la première moitié du il» siècle; né en Syrie, où il dut connaître les doctrines de Simon le magicien et de ses disciples; venu à Rome sous le pontificat d’Hygin, vers la lin du régne d’Hadrien ou le commencement de celui d’Antonin. S. Irénée, Cont. hær., I, 27, 1; il, 4, 3, P. G., t. vu, col. 687, 856; S. Épiphane, Hær., xu, 1, P. G., t. xi.l, col. 692. Rome était alors le centre où accouraient de toutes parts les novateurs. Quel enseignement y appor­ tait Cerdon? Quel rôle précis y joua-t-il? Y fonda-t-il une secte à l’exemple de tant d’autres? On en est réduit aux conjectures. Saint Irénée nous le dépeint comme un esprit versatile, inquiet, hésitant, passant de la foi à l'erreur et de l’erreur à la foi, tantôt sollicitant par la pénitence sa rentrée dans l’Église, tantôt se faisant exclure de la communauté chrétienne par ses opinions hétérodoxes, puis réitérant sa pénitence, retombant dans l’hérésie et finalement excommunié pour toujours. Cont. hær., m, 4, 3, P. G., t. vu, col. 857. Mais ni Irénée, ni l’auteur des Philosophoumena, ni le pseudo-Tertullien n'affirment qu’il ait fondé une secte et lui ait donné son nom. H n’est question des cerdoniens que dans saint Épiphane, Hær., xli, P. G., t. xli, col. 692, dans le Prædestinatus, 23, P. L., t. lui, col. 594, et dans saint Augustin, Hær., 21, P. L., t. xlii, col. 29. Dosithée, Ίστοφία τιιρΐ τών tv Ίιφοσολΰμαις νιατφιαφχιυσάντων, Bu­ Ce que l'on peut certifier, c’est que Cerdon fut le charest, 1715, ρ. 1176-1177 ; Mélétios, Εκκλησιαστική 'Ιστορία, Vienne, 1784, t. ni, ρ. 472; Procope, 'Εαιτιτμημίνη άααφίθμησις w maître de Marcion. L’auteur de Philosophoumena l’ap­ λογίων Γραικών, dans Sathas, Μισαιανική Βιβλιοθήκη, Venise, 1872, pelle son διδάσκαλος, X, XI, 19, édit. Cruice, Paris, ρ. 487; Sathas, Νιοιλληνική φιλολογία, Athènes, 1868, ρ. 322-323; 1860, p. 501 ; Tertullien, son informator scandali, Adv. Démétrakopoulo, Προοίήκαι καίίιορθώσιι;. etc., Leipzig, 1871, ρ.52; Marc.,i,1,P.L., t. n, col. 249; Eusèbe, l'auteur de l’héré­ Id., 'Ορθόδοξος 'Ελλάς, ρ. 159; selon Démétrakopoulo, Cérameus sie marcionite. H. E., iv, 10, P. G., t. xx, col. 328. Mais mourut en 1663; Pékios, Πνιυματική άαοάιςτής τονρκοκρατονριίνης Ελ­ c’est tout. Nulle part il n’est dit qu'il ait composé quel­ λάδος, Constantinople, 1880, ρ. 90; Vretos, Νιοιλληνική φιλολογία, que ouvrage et rien ne prouve que ceux qui ont relaté Athènes, 1845,1.1, ρ. 31, S3, 206-207 ; Zavira, Νία Ελλάς, Athènes, 1872, ρ. 473-474; Papadopoulo-Kérameus, Ίιροσολομιτική Βιβλιοθήκη, certains points de sa doctrine aient puisé leurs rensei­ Saint-Pétersbourg, 1899. t. ιν. ρ. 305; Id., "Εκβισις καλαιογφαφιχών gnements à des sources différentes de celles que leur έριονών, Constantinople, 1886, ρ. 9; Athanasios, Πιρί τών ίλληνικών fournissait le marcionisme; de l’enseignement du dis­ σχολών ίνι Ρουμανία, Athènes. 1898, ρ. 64-65 ; Kyriacos, Geschichte ciple on a simplement inféré celui du maître, car le der orientalischen Kirchen, Leipzig, 1902, p. 147 ; Marini. Un véritable organisateur du système fut Marcion, esprit tentative di misione dette chiese orientali dissidenti da parte beaucoup plus puissant et plus original. On entrevoit di un prete bizantino net secolo xvn, dans Bessarione, 1898, cependant, que, subissant des influences diverses, t. IV, p. 405-412 ; 1899, t. V, p. 115-149. Cerdon allia le dualisme, le docétisme et l'anlinomisme A. Palmieri. pour aboutir enfin de compte â l'immoralité pratique. CERCIA Raphaël, théologien dogmatique et controD’après Irénée, il refusait de reconnaître le Père de versiste, né à Naples, le2 avril 1814, entra dans la Com­ Jésus-Christ dans le Dieu de la Loi et des Prophètes; pagnie de Jésus le 27 octobre 1827, enseigna la rhétorique celui-ci, il l’appelait le Dieu juste par opposition au à Sorrente, l’Écriture sainte et la théologie à Naples, Dieu bon, qui lui était supérieur. Cont. hær., I, 27, n. I, fut appelé en 1857 au Collège romain comme professeur P. G.,t. vu, col. 687. D’après les Philosophoumena, qui de théologie dogmaliqueet mourut à Naples le 2 juin 1886. parlent de la doctrine de Cerdon et de Marcion en géné­ Ses principales œuvres sont : 1° concernant le dogme : ral sans spécifier les différences qui pouvaient les dis­ Tractatus... de Ecclesia Christi, Naples, 1848; Tracta­ tinguer, il est question une première fois de deux prin­ tus... de Romano pontifice, Naples, 1850; Tractatus... cipes, dont le second porte le nom de Dieu mauvais, apparatum complectens ad doctrinam de gratia Christi, VII, m, 29, p. 376, et une autre fois de trois, le bon, le Naples, 1853; De sanctissima; Trinitatis mysterio tra­ juste et la matière, X, xi, 19, p. 501. Le Dieu mauvais ctatus dogmatico-scholaslicus, Naples, 1880; 2» sur et le Dieu juste ne forment qu’un seul et même per­ l'Écriture sainte : In Epistolam B. Pauli apostoli ad sonnage, qui est le démiurge. Avec la matière, ce dé­ Romanos commentarius analyticus, Naples, 1853 ; miurge a créé des êtres à son image, d'une manière 3“ autres : Manuale cattolico compreso in conferenze imparfaite et déraisonnable, οΰ καλώς άλλ’ άλόγως. Ibid., religiose, Naples, 1855; La parola della Biblia ed i veri ρ. 501. Le Dieu bon a dù intervenir; c’est pourquoi il a credenti, Naples, 1862; Del purgatorio e dei suffragi, envoyé le Christ sur la terre pour sauver les âmes. Mais Naples, 1864; Il monde vecchio el il monde nuovo. 2139 CERDON — CÉRÉMONIES ce Christ n’a eu de l'homme qu'une vaine apparence; il n’est pas né d’une vierge et n’a pas souffert : ceci rappelle le docétisme. Les âmes seules doivent ressus­ citer, non la chair. Le mariage est condamné comme une source de corruption. Le système aboutit à un cynisme efl'ronté, κυνικωτέρω βίω, ibid., p. 502, et cela en haine du créateur, ce qui est l’antinomisme. Λ ces traits généraux, l'auteur de l’hérésiologie, qui fait suite au traité des Prescriptions de Tertullien, ajoute les particularités suivantes : Cerdon rejetait tout l’Ancien Testament; dans le Nouveau Testament, il re­ poussait les Actes, l'Apocalypse, les Évangiles, à l'excep­ tion de celui de saint Luc, dont il n’admettait qu’une partie soigneusement expurgée. Parmi les Épitres, il n'est question ni de celle de saint Jude ou de saint Jacques, ni de celles de saint Pierre ou de saint Jean, mais seulement de celles de saint Paul, dont il accep­ tait les unes dans certaines de leurs parties, dont il rejetait les autres. Præscript., 51, P. L., t. n, col. 70. Tous ces détails, vrais pour Marcion, peuvent, selon toute vraisemblance, également convenir à Cerdon. Le Praedestinatus, témoin quelque peu suspect, signale comme adversaire de Cerdon un saint Apollonius, évéque de Corinthe, qui l’aurait condamné avec tout un synode d'Orient, Hoir., 23, P. L., t. lui, col. 594; l’histoire canonique de l'Église ne connaît ni ce concile, ni celte condamnation. S. Irénée, Cont. hær., I, 27 ; ni, 4. P. G., t. VH, col. 687, 856; Philosophoumena,VII.lit,29; X. xi. 19,édit. Cruice,Paris, 1860, p. 367, 501 ; P. G., t. xvi, col. 3323,3435; Tertullien, Adv. Marc., I, 2, P. L., t. n, col. 249; pseudo-Terlullien. Præscript.. 51, P. L., t. π, col. 70; S. Épiphane, Hær., xi.i, P. G-, t. xi.t, col. 692-696; S. Philastrius, Hær., 44, P. L., t. xn, col. 1160; S. Augustin, Hær., 21, P. L., t. xlii, col. 29; Prædestinatus, 23, P. L., t. Lin, col. 594; Théodoret, Hæret. fabul., I, 24, P. G., t. Lx.xxin, col. 373; Massuet, Dissertationes, diss. I, a. 3, P. G., t. vu, col. 151; Tillemont, Mémoires, Paris, 1701-1709. t. n, p. 274; Duchesne, Les origines chrétiennes (lith.), p. 167-168; Smith et VVuce, Dictionary of Christian Biography ; Kirchenlexikon, t. ni, col. 13-14 ; Franck, Dictionnaire des sciences philoso. phiques, Paris, 1885 ; U. Chevalier, Répertoire des sources his­ toriques. Bio-bibliographie, 2· édit., col. 838. G. Bareille. CÉRÉMONIES. -1. Définition et utilité en général. II. Raison d'élre et but spécial. 111. Origine, développe­ ments et changements. IV. Légitimité. V. Efficacité ex opere operato. VI. Symbolisme. VII. Influence sur : 1° l’architecture; 2» la vie d’oraison; 3° les habitudes religieuses; 4° la civilisation. 1. Définition et utilité en général. — Dans le sens large, toutes les cérémonies religieuses sont l’expression du culte divin. Elles traduisent en signes sensibles les actes d'intelligence et de volonté par lesquels l'homme proteste de sa foi en Dieu. L'adoration et la prière men­ tale ne suflisent pas; l’homme n'est pas seulement es­ prit, mais esprit destiné à ne former qu'un « tout natu­ rel » avec le corps et à vivre en société. A ce titre, il doit à Dieu un culte sensible et social. En fait, aucune religion ne s’est contentée d’un culte purement intérieur; les plus opposées aux cérémonies ont au moins admis la prière vocale et les gestes; c’est admettre en principe la légitimité des cérémonies les plus solennelles, puis­ qu’elles se réduisent toutes à des paroles accompagnées d’actes extérieurs. C’est ce que reconnaissent les 39 articles de l’Église anglicane. Après avoir affirmé que « chaque Église par­ ticulière a autorité pour ordonner, changer et abolir les cérémonies », ils ajoutent : « Si le service que nous devons à Dieu implique raisonnablement des actes exté­ rieurs du culte, ces actes extérieurs doivent être accom­ plis d'une manière déterminée, c’est-à-dire, il doit y avoir certaines formes extérieures, certaines cérémonies dans le culte que nous devons à Dieu, et Its sectes des quakersqui ont prétendu le nier ontprouvépar les bizarres 2140 cérémonies qui leur sont particulières que quelque chose de cela est nécessaire même pour cette sorte de christia­ nisme. Mais de même que cela est nécessaire, de même est-il avantageux d'observer des cérémonies religieuses dignes et ordonnées. » Le Cyclopedia of biblical, etc., de McClintock,art. Ceremony, New-York, 1891, fait aussi re­ marquer que, sans les cérémonies, la religion pourrait se conserver dans un petit nombre d'intelligences d'élite d'une grande puissance de réflexion, mais que, dans la masse du genre humain, toute trace en serait vite perdue. Dans le sens strict, cérémonie signifie tout ce qui a été ajouté au rite essentiel du sacrifice et des sacrements, c'est dans ce dernier sens que nous l'entendons. II. Raison d'ètre et büt spécial. — L’Église, en ins­ tituant les cérémonies, a continué l'œuvre divine de l’in­ carnation et des sacrements; elle a revêtu d'une forme sensible les réalités inaccessibles aux sens, ut dum · isibiliter Deum cognoscimus, per hunc in invisibilium amorem rapiamur. Préface de Noël. Le but des cérémonies de l’Église en général est le même que celui qui a été assigné par saint Thomas aux cérémonies du baptême : « 1° Exciter la dévotion des fidèles et leur respect pour le sacrement. Si, en effet, on se contentait d'une simple ablution sans aucune solen­ nité, certains en arriveraient facilement à penser que ce n’est qu'une ablution ordinaire; 2° Instruire les fidèles. Les simples qui ne s'instruisent pas avec des livres ont besoin de l'être par des signes sensibles comme les peintures et autres choses de ce genre et. ainsi, ce qui se pratique dans l’administration des sacrements, les instruit ou les excite à s’instruire en s’enquérant du sens des signes. C’est pourquoi, comme il leur importe de connaître, outre l'effet principal du sacrement, d’autres doctrines relatives au baptême, il convenait qu'elles fussent représentées par des signes sensibles 3» Entraver, par des prières et des bénédictions, la puissance du démon pour enlever les obstacles à l'effet du sacrement. » Sum. theol., 111», q. lxvi, a. 10. Apres le concile de Trente, sess. VII, eau. 13 ; sess. XXII, c. v. vu, vin, le catéchisme de ce concile expose la même doctrine. Part. II, De sacramentis, xvi. III. Origine, développements et changements. — Dés l’origine, l’Église a institué des cérémonies; elle les a peu à peu complétées au cours des siècles, tantôt en approuvantdescoutumes locales, diocésaines, nationales, tantôt en prenant elle-même l'initiative; elle lésa pré­ cisées de siècle en siècle et consignées dans ses livres liturgiques de plus en plus explicites et de plus en plus développés. Les décisions des Congrégations romaines, et en particulier de la S. C, des Rites, les interpretent et les moditient selon les circonstances. Dans l'état actuel de la discipline, l’Église romaine s'est réservé à peu près exclusivement le droit de les établir, de les compléter, de les modifier, de les préciser. Quelles qu’aient été les formes différentes suivant lesquelles l’Église a établi des cérémonies, elle l'a fait constamment en vertu du pouvoir que lui avait conf-ré son divin fondateur. Jésus-Christ, en effet, après avoir institué l’Église comme société religieuse, lui a laissé .e droit et le soin d’organiser le culte en esprit et en v· rite qu’il voulait faire rendre à son Père par l'humanité régénérée. Les théologiens discutent pour savoir dans quelle mesure Notre-Seigneur a déterminé lui-méme les rites essentiels des sacrements et la part qu'il a laissée à son Eglise dans cette détermination. Voir sa­ crements. Tous s'accordent à reconnaître que l'Église a déterminé elle-même les rites accessoires et les céré­ monies qui accompagnent les rites essentiels. Nous n’avons pas l’intention d’exposer ici l’histoire des cere­ monies ecclésiastiques. Rappelons seulement que. par égard pour l’institution divine de la Synagogue, par con­ descendance pour ses derniers fidèles, la transition entre les cérémonies de l'ancienne lui et celles de la 2141 CÉRÉMONIES nouvelle, s’est opérée avec ménagements. « Saint Au­ gustin, Epist., Lxxxn, n. 15, P. L., t. xxxm, col. 281282, distingue trois temps : l'un avant la passion, pendant lequel les cérémonies légales n'étaient ni mortelles, ni mortes; l’autre après la divulgation de l’Evangile, dans lequel elles étaient mortes et mortelles; un troisième temps tient le milieu entre les deux autres : depuis la passion jusqu’à la divulgation de i’Évangile. Pendant ce dernier temps, les cérémonies légales étaient mortes, n’ayant aucune force et, n’étant plus obligatoires pour personne, elles n’étaient cependant pas mortelles, parce que les Juifs convertis pouvaient encore licitement les pratiquer, à la condition toutefois qu’ils n’y missent pas b ur espérance en les croyant nécessaires au salut, comme si. sans elles, la foi au Christ eût été insuffisante pour la justification. Quant aux convertis de la gentilité, ils n’avaient point de raison de les pratiquer. Aussi, Paul circoncit-il Timothée dont la mère était juive, mais non Titequi appartenait à la race des gentils. Le Saint-Esprit ne voulut pas défendre immédiatement les cérémonies légales aux Juifs convertis, comme étaient détendus aux convertis d’entre les gentils les rites du paganisme, pour montrer quelle différence existe entre ces deux rites. Les rites païens, en effet, étaient toujours réprouvés comme absolument illicites et toujours défendus par Dieu ; tandis que les rites de l’ancienne loi cessaient, remplis qu’ils étaient par la passion du Christ, ayant été institués précisément pour figurer le Christ. » S. Thomas, Sum. theol., I» II*, q. cm, a. 4. Voir t. t, col. 129-133. IV. Légitimité. — De ce que le Christ n’a pas institué les cérémonies ajoutées aux rites essentiels des sacre­ ments, il ne s’ensuit pas qu’il les ait abandonnées à la libre détermination des fidèles et des particuliers. Ce serait vrai, s’il n’avait fondé que la religion, c'est-à-dire s’il s’était borné à prescrire des commandements, à révéler les dogmes, à instituer les rites essentiels des sacrements sans fonder une société visible, hiérarchique, ou il fût obligatoire d'entrer pour pratiquer la religion. Dans cette hypothèse, le choix des cérémonies eût pu être laissé à chaque fidèle, ou au moins aux Églises par­ ticulières formées et gouvernées indépendamment les unes des autres, sans promesse ni garantie d’indéfectibilité et d’infaillibilité. Mais, ce que les protestants ont raison de considérer comme théoriquement possible est pratiquement rendu déjà très improbable par le lait de l’institution, divine du culte hébraïque et démontré abso­ lument faux par le témoignage irrécusable des Écritures et de la tradition. Jésus-Christ n’a fondé qu’une seule Eglise, et il lui a donné un chef suprême dans la per­ sonne de saint Pierre et de ses successeurs. En consé­ quence c’est exclusivement à elle qu’appartient le droit souverain (dont dépendent les droits des Eglises parti­ culières) d’administrer les sacrements et de veiller à ce que les rites essentiels soient non seulement conservés intacts, mais encore encadrés de cérémonies et de prières qui instruisent les fidèles et leur inspirent le respect el la piété, qui imposent aux ministres sacrés le recueillement et une altitude conlorme à leur dignité. Elle l’a fait de diverses manières, ainsi que le prouve la diversité des liturgies. Mais il semble qu’elle man­ querait à son devoir si elle permettait à des Églises particulières d’abandonner tous les rites antiques et de se contenter, par exemple, des seules paroles de la con­ sécration pour célébrer le saint sacrifice, de l'imposi­ tion des mains, d'un ou deux autres rites et de quelques mots pour communiquer le pouvoir sacerdotal et épis­ copal, si elle n’astreignait pas ses prêtres à cette vie de prière qu’elle appelle si justement Vof/ice divin, si la maison du sacrifice, l’église, la table du sacrifice, l'autel, l’instrument du sacrifice, le calice, n’étaient pas l’objet de solennelles consécrations. La détermination des cérémonies saintes est, d’ailleurs, 2142 conforme au vœu de la nature. La société civile en­ toure d’imposantes formalités les arrêts judiciaires et les principaux contrats ; à combien plus forte raison, l’Église doit-elle entourer de solennelles cérémonies les saints mystères qui ont pour objet Dieu et les rap­ ports les plus intimes de l’homme avec Dieu. Aban­ données sans cérémonial précis à des ministres qui par­ fois manqueraient d'intelligence et de piété, les fonctions sacrées auraient pu s'accomplir trop à la hâte, sans préparation et sans attention, ou trainer en longueurs inutiles et rebutantes. En vertu du pouvoir qu’elle tient de son fondateur, l’Église a le droit d'instituer des cérémonies spéciales de bénédiction et de consécration, de composer, d’ap­ prouver, d'imposer des formules de prière, des offices en l’honneur des saints. Ainsi s’explique l’histoire des six livres liturgiques : missel, bréviaire, pontifical, rituel, cérémonial des évêques et martyrologe. Ainsi se justi­ fient les plus antiques bénédictions, telles que celles de l’eau jusqu’aux plus récentes, telles que celles des chemins de 1er et des télégraphes. Voir Bénédictions, col. 638, 639; Baptême, col. 181, 182. Dès que l’on reconnaît l’Église comme légat du Christ, tout ce qu'elle décide en fait de cérémonies apparaît l'exercice d'un droit sacré et souverain. C'est en vertu de ce même droit qu'elle proteste contre les abus et les interprétations superstitieuses, qu’elle relire des con­ cessions faites et qu'elle opère dans la liturgie des modifications et des suppressions. Entre les formes du culte telles que les dépeint-domCabrol, Le livre de la prière antique, et celles d'aujourd'hui quelle différence et tout ensemble quelle ressemblance ! C’est par l'usage l'gitime de son autorité que l’Église a surveillé, réglé el conduit tout. L’Église romaine admet comme légitimes des cérémoniesaulres que celles de sa liturgie propre; elle autorise les liturgies orientales, la liturgie mozarabe, arnbrosienne. Elle autorise aussi des additions à la liturgie romaine. Certains ordres religieux, certains diocèses pratiquent quelques cérémonies qui leur sont particulières. Ces pratiques sont légitimes, parce que le vicaire du Christ les approuve; elles cesseraient de l'être, malgré leur sainteté intrinsèque, s’il jugeait utile de les proscrire. Ces variétés des différents rites, ces variétés dans le même rite, bien qu’elles aient été parfois l’occasion de sérieuses difficultés, l’Église les autorise non seulement pour ne pas enlever à d'antiques chrétientés des tradi­ tions qui leur sont chères, mais encore pour conserver les anciens monuments de la foi. Ces Églises ont des rites qui remontent aux temps apostoliques; elles sont ainsi des témoins de l'antique foi et notamment de l’institution divine des sacrements, témoignage d’autant plus irrécusable qu'il s’est perpétué depuis les premiers siècles malgré de violentes antipathies de race, des pré­ jugés et des dissensions schismatiques. Mais il y aurait péril pour l’intégrité des rites les plus sacrés, à laisser les cérémonies sans contrôle, et à la libre détermination des Églises particulières. Ainsi, les rites essentiels du sacrement de l’ordre n’ont pas été conservés dans les cérémonies telles que les avaient ordonnées, changées et mutilées les novateurs anglais du XVI* siècle, tandis que les schismatiques de l’Orient, en respectant leurs cérémonies traditionnelles, ont conservé la validité de leurs ordinations. V. Efficacité ex opere operato. — 1° A l’exception des anglicans puséistes de la High Church, les protestants se scandalisent de ce que certains rites de la loi nou­ velle, à la différence de ceux de l'ancienne, produisent par eux-mêmes, ex opere operato, la vie divine de la grâce. Ce serait, d’après eux, superstition. La doctrine de l’Église ne scandalise que ceux qui la méconnaissent. Elle distingue, en effet, le rite essentiel des cérémonies qui y ont été ajoutées : Quie (arremoniœ) tametsi præ- 2143 CÉRÉMONIES lermitti sine peccato non possunt, nisi aliud facere ipsa necessitas cogat : tamen si quando omittantur, quoniam rei naturam non attingunt, nihil de vera sacramentorum ratione imminui credendum est. Catech. cone. Trident., part. Il, De sacramentis, χνι. Les cérémonies de l’Êglise, bénédictions, consécrations, ont sans doute une efficacité réelle, voir col. 637, mais, toutes saintes qu’elles sont, elles ne contiennent ni ne produisent par elles-mêmes la vie divine, la grâce habi­ tuelle ou sanctifiante; seules les cérémonies qui sont le rite essentiel la contiennent et la produisent par ellesmêmes, parce qu’elles sont l’instrument dont Dieu se sert pouragirsur l’âme et la sanctifier. De plus, celle sanctifi­ cation n’est jamais opérée indépendamment des disposi­ tions intérieures du sujet. Il est nécessaire, en effet, que le sujet ne mette pas obstacle à la réception de la grâce contenue dans le sacrement. L'expression ex opere ope­ rato et non ex opere operantis ne s’applique donc qu'à la production de la grâce par les rites essentiels des sacrements, et elle signifie seulement que ces rites, s’ils ont été intégralement accomplis par un ministre ayant l'intention de faire ce que fait l’Êglise, quelles que soient ses dispositions intérieures, produisent infailli­ blement la vie divine dans les âmes qui n’y font point obstacle. Jamais les théologiens catholiques n’ont enseigné que les sacrements matériellement reçus sans foi, sans prière, sans repentir, puissent être un moyen infail­ lible de salut. C’est toujours un péché grave, un sacri­ lège de les recevoir en état de péché mortel non rétracté. Voir Sacrements. A plus forte raison l’Êglise condamne-t-elle ceux qui prétendraient qu’elle peut instituer des cérémonies qui produiraient par elles-mêmes ex opere operato dans les âmes la grâce sanctifiante, la vie divine. Quant à attendre une faveur temporelle comme effet infaillible d'une cérémonie quelconque, fût-ce le saint sacrifice ou un sacrement, parce que les rites auraient été accomplis à telle heure, dans tel lieu, tel nombre déterminé de fois, c’est la superstition dite de culte superflu ; elle a été toujours réprouvée par tous les théologiens catholiques sans exception. 2° Nous laissons de côté la question de savoir si les cérémonies de l’Êglise obtiennent la grâce actuelle ex opere operato. Voir col. 637. Mais nous affirmons qu'elles sont par elles-mêmes efficaces pour paralyser et, dans certains cas, empêcher complètement l’action du démon. Le créateur peut seul directement agir sur les facultés spirituelles, intelligence et volonté, mais les bons et les mauvais anges exercent sur l'homme par le moyen des opérations sensitives, surtout de l’imagina­ tion, une grande influence, bien décrite dans les Exer­ cices spirituels de saint Ignace (règles du discernement des esprits pour la 1" et la 2» semaine). La puissance du démon est entravée par les cérémo­ nies de deux manières : 1. Quand elles sont un exorcisme proprement dit sous forme impérative, comme celles du baptême, insti­ tuées par l’Êglise pour préparer l’enfant à recevoir immédiatement et dans tout le cours de sa vie la pléni­ tude des effets du sacrement, elles opèrent dans le caté­ chumène ex opere operato ce qu elles signifient : elles le soustraient au pouvoir du démon un peu comme les formalités de l'émancipation accomplies par celui qui avait tout pouvoir, supprimaient les effets de l'esclavage ; voir col. 2058; aussi ne doivent-elles être faites qu’une fois et, sauf le cas de nécessité, immédiatement avant le baptême. L’Êglise veut qu’on les supplée le plus tôt possible si elles avaient été omises. S. Thomas, Sum. theol., III», q. t.xxt, a. 3. Voir Exorcismes. 2. Les prières, bénédictions et consécrations pro­ duisent aussi un effet ex opere operato (quamvis, dit Suarez, ministri sanctitas et meritum conferre aliquid 2144 possit), voir coi. 2057, soit en diminuant la puissance du démon dans un lieu (églises bénites et consacrées, maisons bénites), ou sur une personne, et en commu­ niquant à certains objets le pouvoir de l'éloigner et de paralyser sa puissance (eau bénite, cierges bénits), soit en appelant les bons anges pour lutter contre lui. Ce sont bien les effets qu'expriment les formules de la béné­ diction de l'eau, l’oraison de l'aspersion solennelle avant la messe du dimanche, celle de la bénédiction des appar­ tements avant l’administration des sacrements d'eucha­ ristie et d’extrême onction, les deux premières oraisons du rituel de l'extrême onction, les prières de la béné­ diction des Rameaux, etc. Ainsi s’expliquent les effets merveilleux souvent obte­ nus par les objets bénits et surtout l'eau bénite contre toutes les manifestations diaboliques. Rien que cette action ne soit pas infaillible, elle n'en est pas moins réelle, et produite ex opere operato. Cf. Suarez, De sa­ cramentis, q. lxv, a. 4, disp. XV, sect, iv, n. 10-14. VI. Symbolisme. — Pour concevoir une idée complète et pratique des cérémonies, il faut connaître non pas seulement ce qu'elles sont, mais encore ce qu'elles si­ gnifient. L’Église ordonne au prêtre de les expliquer pour instruire les fidèles. Le symbolisme des cérémonies, comme celui de l'art chrétien primitif, voir t. i, col. 1999, a été l’occa­ sion d’exagérations et d'erreurs. Le célèbre évêque de Mende, Guillaume Durand, National des divins offices, surcharge tellement l’esprit de multiples sens mystiques qu'il le fatigue et fait perdre de vue les grandes lignes de la liturgie. Dom de Vert, trésorier de Cluny au xvn» siècle, se tient à l'extrême opposé. Il veut bien permettre qu'on parle du sens spirituel et mystique des cérémonies, mais il s’évertue à prouver qu'elles ont été instituées dans un tout autre but. Citons quel­ ques exemples : « L’immersion du baptême prend son origine dans la coutume de laver les enfants au moment de leur naissance...; il y a quelque apparence que le linge dont on s’enveloppait pouu s’essuyer tourna bien­ tôt en vêtement blanc. » Explication simple, littérale et historique des cérémonies de l’Êglise, 1706, 1707. Dom de Vert fut réfuté par Longuet, qui devint plus tard évêque de Langres, Du véritable esprit de l’Eglise dans l'usage des cérémonies ou réfutation du traité de dom de Vert, etaussi par le P. Pierre Lebrun, de l'Oratoire, Explication de la messe. Les Pères ont attaché une grande importance au sym­ bolisme. Le discours prononcé à la consécration de la basilique de Tyr, reproduit par Eusébe de Césarôe, II. E., x, 4, P. G., t. xx, col. 848-880, en est une preuve manifeste. Cf. dom Guéranger, Institutions liturgiques, Paris, 1878, t. I, c. v. Saint Augustin proteste même contre ceux qui ne voudraient voir que des faits dans les miracles de Notre-Seigneur sans s’élever aux doctrines qu’ils symbolisent ■ « C'est ressembler à des ignorants qui ne sachant pas lire n’admirent que la beaut · d· s lettres d’un manuscrit. » Serm., xcvtll, n. 3, De Scrip­ turis, P. L., t. xxxvni, col. 592. On sait quelle p ce occupe le symbolisme dans les œuvres de saint Gr· goire le Grand, un des papes qui se sont le plus occupés Je la liturgie. Or, c’est précisément à l'époque des P r que les cérémonies de la messe romaine, ont pris ρ· â peu leur forme définitive. Comment croire qu · ..· aient été ordonnées par des pontifes qui se -n·. nt désintéressés de leur donner ou de leur conserii r ut signification mystique?Comment ne pas admettre, sinon dans tous les détails, du moins dans ■ n ensem: symbolisme qu'y reconnaissent les principaux liturr:-tes du moyen âge? A malaire, De ecclesiasticis officiis, P. L., t. cv. col. 985 sq.; Raban Maur, évêque de Fulda, cité par Honorius d'Autun. Gemma aniniæ, 1. I. c. lxxxv, p. L., t. Cl.xxn, col. 571-572; Hildebertde Tours. Liber de expositione missæ;Versus de mysterio missæ, P. L., 2145 CÉRÉMONIES t. ci.xxi, col. 1153-1196; Honorius d’Autun déjà cité, P. L., t. ci.xxn, col. 541-736; Innocent 111, le plus pro­ fond de tous, Desacro altaris mysterio, P. L., t. cc.xvn, col. 763-916. Témoin de traditions auxquelles il aime à se référer, il écrit : « Nous ne pouvons pas toujours donner la raison de tout ce qu’ont introduit les anciens dans les rites sacrés, je crois- cependant que dans ces rites sont cachés de profonds mystères. » L. VI, c. IX. Le concile de Trente ne se borne pas à faire sienne la pensée du grand pape du moyen âge, il exige que le sens mystique des cérémonies soit expliqué aux fidèles par les pasteurs. Après avoir déclaré qu’elles contiennent ma­ gnam populi fidelis eruditionem, il ajoute : Mandat sancta synodus pastoribus et singulis curam animarum gerentibus ut frequenter inter missarum celebrationem vel per se vel per alios ex iis quæ in missa leguntur ali­ quid exponant atque inter cælera sanctissimi hujus sacrificii mysterium aliquod declarent, diebus præsertim dominicis et festis. Sess. XXII, c. vni. Pour nier le symbolisme des cérémonies, il ne suffit pas de prétendre et de montrer que telle ou telle a des précédents et des origines dans les liturgies païennes. A ce compte, les mains jointes et la génuflexion ne se­ raient plus des signes de prière parce qu’elles l’étaient incontestablement dans les rites païens. Mais, pour avoir été mêlées au paganisme, certaines cérémonies n’ex­ priment pas nécessairement pour cela des erreurs païennes, étant ou le symbole naturel de vérités reli­ gieuses ou des restes de la tradition primitive. L’Église reconnaît et prend, où elle la trouve, la vérité dont elle est l’infaillible gardienne, et elle a en effet jugé avanta­ geux pour le plus grand bien des fidèles de consacrer, en les purifiant de toute erreur, certaines traditions. Les rites essentiels des sacrements, surtout ceux d’eu­ charistie, étant symboliques, il convenait, pour entrer dans l’esprit de leur divin fondateur que les cérémonies ecclésiastiques le fussent aussi. L’Église continue ainsi la même méthode d’enseignement, qui est du reste celle des paraboles: l’exemple précédant la leçon, un fait con­ cret et sensible éveillant l’attention pour mieux dispo­ ser l'esprit à connaître et à se rappeler quelque réalité invisible ou une vérité doctrinale. Méthode d’enseigne­ ment essentiellement populaire et apostolique, d’autant plus efficace qu’excitant davantage la curiosité par l'attrait du mystère, elle incline l’initié à faire montre de science en le révélants d’autres. Tels auditeurs qui ne prêteraient pas attention à l'exposé d’une doctrine reli­ gieuse, aimeront à entendre expliquer longuement com­ ment un ancien rite ou la mystérieuse disposition d’une église du moyen âge la symbolisent, n’en perdront plus le souvenir et, à l'occasion, trouveront plaisir à être, eux aussi, sous cette forme, professeurs de religion. Le symbolisme n’étant qu'une fin secondaire, subor­ donnée à la fin principale de l’institution du sacrifice et des sacrements, les cérémonies n’ont pas toutes néces­ sairement un but symbolique. La lin principale â atteindre a pu et dû plusieurs fois exclure une intention symbolique, ainsi la grande élévation de l'hostie et du calice immédiatement après la consécration s’est intro­ duite dans l’Église un peu avant le xm» siècle, non comme symbole d’une des circonstances de la passion, mais probablement comme acte de foi à la présence réelle et à la transsubstantiation pour protester contre les erreurs de Bérenger de Tours. Voir col. 740. Bien que toutes les cérémonies n’aient pas été instituées dans un but symbolique, il n’y a pas de doute que beaucoup d’entre elles n’aient une signification particu­ lière; pour d’autres, il y a plus ou moins grande proba­ bilité selon que la tradition est plus ou moins constante, l’explication plus ou moins plausible. Mais, de même que les grandes lignes et des détails d’architecture, né­ cessités inévitables de construction, telles que assises superposées, portes, fenêtres, colonnes, ont été inter- I 2146 prêtés comme des symboles par les Pères et les docteurs et par l’Église elle-même dans sa liturgie, notamment dans l’oflice de la Dédicace, de même des cérémonies qu’on ne peut prouver avoir été instituées pour une rai­ son de symbolisme, ont reçu postérieurement à leur institution des significations mystiques. Ce genre d'in­ terprétation peut être très utile, mais aux conditions suivantes aussi essentielles que souvent oubliées. Les sens mystiques des cérémonies doivent s’harmoniser entre eux et avec le symbolisme traditionnel pour for­ mer un tout suivi sans surcharges fatigantes, ni subti­ lités raffinées. Us doivent, de plus, être appropriés aux circonstances. 11 ne suffit pas de reproduire la doctrine des principaux liturgistesdu moyen âge, il faut la rendre accessible et profitable aux âmes, travail considérable et délicat qu’ils ont fait pour leur temps et que les pas­ teurs doivent entreprendre pour le nôtre comme le prescrit le concile de Trente. Les cérémonies sont dans la pensée de l’Eglise une somme illustrée dont le prêtre doit commenter le texte et expliquer les images comme on commente ta Somme de saint Thomas dans les cours de théologie. Par cela même qu’un commentaire convient parfaitement pour une époque, il n’est point absolument tout ce qu’il faut pour une autre. Les anciens commentateurs aident beaucoup à comprendre la pensée du maître, mais ils laissent à faire aux successeurs tout le travail d’assimilation personnelle et d’appropriation. L’harmonieuse unité des explications mystiques n’est pas ce qui préoccupe avant tout les grands liturgistes du moyen âge, elle est même parfois brisée et obscurcie par de multiples et longues considérations historiques, théologiques et morales. Ainsi Innocent III, ne voulant manquer aucune occasion d’instruire, ne craint pas d’interrompre l’explication des cérémonies pour consa­ crer 12 chapitres à l’oraison dominicale. La forme de l’enseignement était toujours subordonnée aux besoins spirituels et au goût des contemporains. Nous ajoutons deux remarques très importantes pour les esprits modernes facilement prévenus contre les idées des auteurs du moyen âge et rendus de jour en jour plus exigeants par la rigueur des méthodes scientifiques. 1° Il n’y a ni raffinement, ni contradiction à attribuer à une même cérémonie plusieurs significations mystiques, si elle en est véritablement le type ou si une des choses signifiées est le type et le complément de l’autre. Ainsi la communion du prêtre et des ministres sacrés symbo­ lise à la fois et la cène dont elle achève de compléter la représentation et le repas des disciples d’Emmaûs avec le Christ qu’ils reconnurent â la fraction du pain. 2° La nécessité de suivre l'ordre historique fait que souvent dans les cérémonies de la messe, particulièrement dans le canon, « les paroles signifient une chose et les signes en représentent une autre, les paroles se rapportant avant tout à la consécration de l’eucharistie et les signes (spécialement les signes de croix et leurs nombres mys­ tiques) â l’histoire des diverses circonstances de la pas­ sion. » Innocent III, I. V, e. n, xiv. En ellet, si le canon n’avait comme but que de représenter la passion, il devrait se terminer par l'immolation mystique, par la consécration qui rappelle en la renouvelant sous une forme non sanglante l’immolation du Calvaire. Mais la cène ayant précédé cette immolation, l’Église, conser­ vant l’ordre historique, représente seulement à la lin du canon le crucifiement et la mort du Christ par la petite élévation, immédiatement suivie du Pater et du mélange de la parcelle d’hostie au précieux sang, sym­ bole de la résurrection. Généralement, ce n’est point par les paroles qu’est marqué le symbolisme, mais par les gestes, l’attitude et les mouvements des ministres sacrés, par la place qu’ils occupent à l'autel et dans le sanctuaire, par leur silence ou l’élévation de la voix, en un mot par tout ce qui frappe les sens. Innocent III, 1. V, c. xv. Cela s’explique facilement. Les paroles du 2147 CÉRÉMONIES canon sont essentiellement destinées à la célébration du saint sacrifice, le symbolisme ne s’harmonise donc avec elles qu'accidentellement el par intervalles. Ainsi, même sans entendre les paroles, le peuple qui com­ prend le sens des cérémonies peut y suivre les princi­ pales circonstances de l'histoire de la rédemption. C’est cette histoire que symbolise aussi en la racontant le propre du temps de l’année liturgique depuis l’Avent, figure de l’Ancien Testament, jusqu’au dernier dimanche après la Pentecôte dont l’évangile annonce le suprême avènement du Christ. Elle est symboliste encore en sub­ stance par le rite essentiel du sacrifice et du sacrement d’eucharistie. « La forme visible du pain exprime les deux corps du Christ, le corps réel qu’elle exprime et qu'elle contient, le corps mystique qu’elle exprime sans le contenir. De même qu’un seul pain est formé de plu­ sieurs grains de froment et qu'un seul vin est produit par plusieurs grains de raisin, ainsi le corps mystique du Christ se compose de plusieurs membres. » Inno­ cent III, 1. IV, c. xxx. L’autel symbolise le Christ. S. Thomas d’Aquin, Sum. theol., IIIa, q. Lxxxm, a. 3, ad 2"">; a. 5, ad 2“"; dédicace de la basilique du Saint-Sauveur, 9 novembre, 4« leçon. Sur la croix, en effet, le Christ n’est pas seu­ lement victime et prêtre, mais aussi autel. Par là s’expliquent les cérémonies exceptionnellement longues de la consécration de l’autel, les ornements de l'autel, le respect dont il doit être entouré et les baisers que lui donne le célébrant. Ces exemples permettront de se faire quelque idée du symbolisme des cérémonies. VII. Influence des cérémonies. — Les cérémonies ont exercé et peuvent encore exercer une grande in­ fluence sur : I» l'architecture; 2° la vie d'oraison; 3° les habitudes religieuses des peuples; 4« la civilisation. 1» Sur l’architecture. — Depuis la renaissance du paganisme dans les lettres et dans les arts, les architectes ont trop souvent oublié que les édifices n’ont point comme première fin de réjouir les yeux de ceux qui les regardent, mais de répondre aux besoins de ceux qui les habitent. L’architecture civile comme l’architecture reli­ gieuse a glissé sur cette pente fatale qui aboutit à sacrifier le principal à l’accessoire. Taine le fait justement remar­ quer. Origines de la France contemporaine. Les consti­ tutions révolutionnaires comme les constitutions civiles et religieusesdes temps modernes ontété conçues a priori, d’après des principes abstraits de symétrie et d’égalité, sans tenir compte de la nature et des besoins des hommes; façades plus ou moins riches, toujours abso­ lument régulières, mais qui sont une perpétuelle cause de gêne pour ceux dont elles devraient protéger et faciliter la vie. Aussi, quand il est bien posé comme il doit l’être, l’art chrétien est un problème dont la théologie liturgique doit fournir les principales données. Elle ne fournit ce­ pendant pas toutes les données du problème, et cela pour deux raisons : la première, c’est que l'architecture en général etchaque style en particulier ont des lois qui sont comme leur grammaire et qu’il faut respecter sous peine de produire des laideurs et des monstruosi tés ; la seconde, que l’art est un langagequise refuse à exprimer certaines vérités très abstraites ou d’ordre trop spirituel. Il fau­ drait donc critiquer l’architecte qui ne demande au théo­ logien liturgiste ni pour quelles cérémonies et quel genre de fidèles une église est destinée, ni ce qu’il est désirable qu’elle symbolise, et aussi le théologien qui, sous prétexte de symbolismes, imposerait à l’architecte soit des formes étranges, comme un temple en forme de cœur, des proportions nuisibles à la solidité ou à l'aspect de solidité, soit l’expression raffinée de dogmes trop spirituels pour être représentés par des éléments matériels. Le théologien a de grandes facilités pour comprendre mieux que tout autre la langue de l'art chrétien, mais pour être bien parlée, elle exige de longues années d’études théoriques et pratiques qu'il a 2148 dû consacrer aux sciences sacrées. Il doit donc se défier beaucoup de lui-même, ne pas croire facilement être devenu artiste. Comprendre une langue ne suffit pas pour la bien parler, à plus forte raison pour l’écrire et composer de belles œuvres. Quand la paix fut donnée à l'Eglise, il fallut construire, pour contenir toute la foule des fidèles, des temples qui ne fussent pas trop indignes des cérémonies augustes de la liturgie, qui en inspirent le respectet en facilitent l'intelligence, comme les cérémonies elles-mêmes ins­ pirent le respect et facilitent l’intelligence des rites es­ sentiels du sacrifice et des sacrements. Aussi, quelle que soit la solution donnée au problème de l’origine des temples catholiques, on ne peut nier qu'ils ressem­ blèrent plu» aux basiliques profanes construites pour réunir très souvent des multitudes, qu'aux temples païens destinés seulement de loin en loin aux initiés. IL Marucchi, Les basiliques et églises de Home, Paris, Rome, 1902, p. 14-32. A. Baumstark a constaté comment le développement liturgique de la messe, préparation et mode de présentation des offrandes, avait amené la mo­ dification architecturale de la basilique primitive. Celle-ci, qui n’avait qu'un autel dans une seule abside, s’est transformée en église à triple abside pour satisfaire aux nécessités liturgiques. Oriens Christianus, Rome, 1903, t. ni, p. 229-233. Les efforts de l'art chrétien, ten­ tés d’abord timidement dans les catacombes, couvrirent la terre d’admirables monuments : basiliques latines, byzantines (Sainte-Sophie de Constantinople), lombardes (Saint-Ambroise de Milan), romano-byzantines (SaintFront de Périgueux, cathédrale d’Angoulême. Saintliilaire de Poitiers), romanes (Notre-Dame de Poitiers. Saint-Benoit-sur-Loire, Saint-Étienne de Caen, cathé­ drale de Cantorbéry, églises Saint-Géréon, des SaintsApôtres à Cologne), gothiques de tout style, depuis le style Plantagenet à voûtes domicales (Saint-Serge d’Angers, nef de Sainte-Radegonde et cathédrale de Poitiers), le style de l’Ile-de-France (Sainte-Chapelle, cathédrales de Paris, Chartres, Amiens, Le Mans), jusqu’au style Tudor (chapelle de Saint-George de Wind­ sor). Il suffisait d'être habile architecte pour bien cons­ truire un temple païen; mais pour être vraiment maître dans l’art de construire, de meubler et de décorer des églises, il faut connaître, outre les règles de l’architec­ ture, le missel, le rituel, le pontifical, le cérémonial des évêques et ce qu’ils supposent de théologie. Les édifices sacrés sont aux cérémonies ce que le vê­ tement est au corps; les cérémonies ne doivent donc pas avoir à s’y adapter; ils doivent au contraire être construits pour leur convenir. C’est à l’architecte de les prévoir toutes et dans toutes les circonstances de temps et de personnes ou elles doivent s’accomplir. Une cathédrale doit se reconnaître aux vastes dimen­ sions du chœur, pour y permettre les prostrations des ordinands, à la largeur et à la profondeur des transsepts (Chartres, Reims) pour que les sacres puissent être vus d’un plus grand nombre de fidèles. Les grandes églises paroissiales sont d’autant mieux appropriées à leur des­ tination que de la grande nef très spacieuse, on peut moins voir ce qui se passe dans les nefs latérales et l-.-s chapelles rayonnantes, car les fonctions les plus oppo­ sées du saint ministère doivent pouvoir s’y accompi.r simultanément : baptêmes, enterrements, mari -· s. catéchismes, confessions. Les églises qui ont été bâties dans les siècles de foi sont si bien adaptées aux cérémonies liturgiques, leur raison d'être, que AV. Pugin, l'illustre restaurateur de l'art médiéval en Angleterre au xix« siècle, se faisait fort de prouver par leur architecture même que les an­ tiques cathédrales n'avaient pu être construites que p -.r des catholiques pour les cérémonies de l'Eglise. L'accom­ plissement parlait de ces cérémonies était le premier idéal de l'architecte. Dans l'architecture, la décoration 2149 CÉRÉMONIES 2150 et l’ameublement des églises, tout ce qui cache, mutile, précédée de l'exercice de la vie sensitive et accompagnée supprime une cérémonie symbolique, ou une marque d'images, doit en ressentir toujours profondément l’in­ de respect, mutile ou supprime une explication illustrée fluence. Si l'intelligence et la volonté pouvaient ici-bas du Credo, diminue le respect et l'intelligence d’une se suffire à elles-mêmes, leur séparation absolue d'avec chose sacrée. l’imagination et les sens serait le moyen pariait de se L’art chrétien appartient donc â la théologie par le recueillir pour vivre en Dieu; cette indépendance étant lien étroit qui le rend tributaire des cérémonies litur­ impossible, il faut se faire un moyen de la vie des sens giques et du culte divin. Il convient d’autant moins de pour qu’elle ne devienne pas un obstacle. Or, les céré­ l'oublier qu’elles ont attiré et attirent encore à l’unité monies liturgiques, particulièrement celles qui sont de l’Église de nobles âmes, l’élite du peuple anglais. célébrées avec des chants, peuvent précisément se défi­ Cf. Thureau-Dangin, Le mouvement d’Oxford. nir: l’activité de tout l'homme, esprit et sens, en Dieu. 2° Sur la vie d'oraison. — La prière mentale, plus Elles sont donc de tous les moyens extérieurs le plus parfaite que la prière vocale, est nécessaire à la perfec­ puissant pour aider l’âme à s’élever jusqu’aux réalités tion chrétienne. Or, la liturgie et les cérémonies reli­ invisibles surnaturelles, étant un monde nouveau qui gieuses sont, au jugement de dom Guéranger, un des rappelle et symbolise les miséricordes et les promesses meilleurs moyens de se préparer à la prière mentale, du rédempteur comme la terre et le ciel racontent la gloire a Pour l’homme de contemplation, la prière liturgique du créateur. Bon gré, mal gré, l'imagination conserve est tantôt le principe, tantôt le résultat des visites du vivante, trop impérieusement souvent, la représentation Seigneur. » Année liturgique, préface générale, p. xtv. du monde où nous avons vécu, d'autant plus vivante Celte préparation est nécessaire, et même la seule pos­ que nous avons plus souvent vu le même spectacle, sible pour les enfants, pour les élèves dans les maisons entendu les mêmes paroles et les mêmes chants. C’est d’éducation et en général pour tous les chrétiens qui pourquoi 1 assistance régulière â la messe chantée les n’ont ni l’âge, ni le temps d'être formés à la prière men­ dimanches et fêtes prépare si bien les élèves dans tale par un enseignement didactique dans le recueille­ les maisons d'éducation, les fidèles dans les paroisses, ment et la solitude dé sérieuses retraites. Mais, même à suivre chaque jour avec piété les cérémonies de la pour les âmes plus favorisées, l'importance des céré­ messe basse. Pendant les retraites, c'est un tait d’expé­ monies et des prières liturgiques est si grande que rience, la psalmodie soit du grand office, soit du petit l'illustre auteur mystique, Alvarez de Paz, y consacre plus office de la sainte Vierge est un des bons moyens de de 10 chapitres dans son grand ouvrage, De inquisitione favoriser le recueillement. Les religieux eux-mêmes pacis sivestudio orationis, par exemple lèse, ιν-νιι suries dans le silence de leurs cellules sont d’autant moins heures canoniques. Non seulement saint Ignace les empêchés de se recueillir que leur imagination a été dès recommande expressément à celui qui vient d'achever l’enfance plus profondément imprégnée de religion par les Exercices spirituels, regulæ aliquot ut cum ortho­ les cérémonies liturgiques, et peut plus facilement aux doxa ecclesia sentiamus, mais pendant la retraite elleheures de lassitude et de tristesse revivre les consola­ même, il lui conseille d'habiter à proximité d’une église tions du passé par le souvenir des chants et des riles où il puisse aller facilement chaque jour à la messe, sacrés dont elles sont comme des notes harmoniques aux vêpres et même à matines, comme l’a ajouté au d’ordre moral. texte primitif, du vivant même de saint Ignace, le texte 3° Sur les habitudes religieuses. — On a remarqué des Exercices spirituels usité depuis plus de trois siècles. qu’il y a coïncidence entre la décadence de la piété et Il donne comme raison de ne pas chanter les offices celle de la part prise par les fidèles aux cérémonies dans les chapelles de son Institut, non pas leur peu religieuses. Quand les fidèles ne s’associent pas au culte, d’utilité pour la vie spirituelle, mais, outre les travaux et notamment pendant la célébration solennelle du saint les fréquents déplacements nécessités par les ministères sacrifice, il manque quelque chose â l’hommage social, apostoliques, la facilité d'allerlesentendreailleurs, quan­ et cet hommage devient d’autant plus incomplet, qu’à doquidem illis quos ad ea audienda devotio moverit moins de circonstances et de grâces exceptionnelles, les aliunde suppetet ut sibi ipsis satisfaciant. Constit., peuples qui, le dimanche, ne prennent pas une part part. VI, c. m, § 84. Il veillait avec le plus grand soin active aux offices liturgiques, sont plus exposés à à tout ce qui touche au culte divin et il imposa à ses l'ennui, à la dissipation et, par conséquent, à la tenta­ prêtres l’observation exacte, sans lenteur et sans hâte, de tion de ne plus revenir â l’église. Cette assistance active toutes les cérémonies de la messe romaine. Il faut lire aux offices publics a merveilleusement contribué à con­ le mémorial du bienheureux Pierre Lefèvre, que saint server intactes la foi, la langue, la nationalité des Cana­ Ignace recommandait entre tous comme un maître dans diens français émigrés aux États-Unis par centaines de l’art de former les âmes à la vie intérieure, pour com­ mille, et cela au milieu d’une société où des millions prendre â quel point la vie liturgique de l’Église l'aidait d’hommes arrivés catholiques ont fini par perdre tout à s'unir à Dieu, combien il tenait à s’en inspirer, témoin culte et toute croyance. Pour eux, l’église et, dans son vif désir d’obtenir l’esprit des prières solennelles du l'église, les cérémonies sont le grand lien social. Cf. jour du Seigneur : Venit milii in mentem speciale desi­ Hamon, Le Canadien français dans la Nouvelle-Angle­ derium, quod Dominus noster faceret me sentire illud terre, dans les Éludes religieuses, t. li, p. 101-104. Les Gloria in excelsis Deo dominicale et Kyrie eleison, dando offices publics et les cérémonies religieuses â l’église mihi spiritum convenientem diei dominicali, id est paroissiale sont un des moyens les plus efficaces pour ipsius Domini. Memoriale B. Petri Fabri, Paris, 1873, conserver l'esprit chrétien et les pratiques pieuses dans p. 87. Une des plus belles œuvres de saint François de les paroisses anciennes et pour les établir dans les pa­ Borgia, ses méditations, a pour objet les dimanches et roisses nouvelles. Dans les patronages et les collèges, fêtes de l'année liturgique, spécialement chaque évan­ les cérémonies liturgiques sont undes principaux moyens gile; la prière pour obtenir la grâce particulière de d'éducation chrétienne. 11 est d'autant plus nécessaire chaque méditation est l'oraison du iour. d’en user qu’on prévoit que plus tard la foi sera plus Cette influence des cérémonies religieuses sur la vie exposée, la fréquentation de l’église plus difficile et plus spirituelle est facile à comprendre. L’âme, ne formant rare. ici-bas qu'un seul être avec le corps, doit exprimer ses t” Sur la civilisât ion. — Les cérémonies ecclésiastiques actes intérieurs de religion par des cérémonies exté­ exercent aussi sur la foule une grande attraction. Elles rieures et tout ensemble y trouver un moyen de s’élever sont, les dimanches et les fêtes, un attrait pour les à la vie intérieure. Notre activité spirituelle dans l’état ] réunions pieuses, elles rendent plus facile la pratique d'union d'âme et du corps, ne pouvant pas ne pas être d’une religion qui parle aux sens; elles inspirent avec 2151 CÉRÉMONIES — CÉRINTHE ·· saint Paul, très au courant des menées judaïsantes qu'.l dévoile et flétrit énergiquement, traitant de faux apôtres et de faux frères ceux qui sèment l'erreur et jettent la division dans les communautés qu'il a fondées, ψευδα­ πόστολοι, II Cor., XI, 13, παρείσακτοι ψευδάδελφοι, Gal., it, 4, ne nomme jamais Cérinthe parmi les meneurs. Quant à saint Jean, qui connaît Cérinthe et sa doctrine, on sait simplement par la tradition qu’en composant son Évangile pour affirmer et démontrer la divinité de Jésus-Christ, il visait en particulier Cérinthe. S. Irénée, Cont. hær., m, 1 1, 1, P. G., t. vn, col. 880. Cérinthe se borna-t-il à un enseignement purement oral? Neconsigna-t-il pas dans quelque ouvrage les points principaux de son système? Nous n'avons aucun rensei­ gnement à ce sujet. A la suite des aloges, Caius de Rome l’accuse d’avoir composé une Apocalypse sous le nom d’un grand apôtre, dans laquelle il avait inséré maints prodiges, τερατολογίας. Eusèbe, Π. E., ut, 28, P. G., t. xx, col. 273. Voir t. i, col. 1469. Cependant quelques critiques ont pensé que Caius, au courant de l’enseigne­ ment traditionnel et sachant que l’Église de Rome re­ gardait l'Apocalypse comme un livre canonique dû a saint Jean, n’a pas mis ce livre sur le compte de Cérinthe. Selon eux, il parlerait plutôt d'un apocryphe, dont c'est ici l'unique mention; et c’est l’hypothèse que suggère Théodore! quand il nous représente Cérinthe. au sujet des révélations, ώς αντος τεϋεαμένος. Hæret. fab., 11, 3. P. G., t. i.xxxm, col. 389. II. Doctrine. — A tenir compte des renseignements qui sont fournis, d'abord par saint Irénée, les Philosophouniena et le pseudo-Tertuliien, ensuite par Eusél«, saint Épiphane, saint Philaslrius et saint Augustin, on constate que Cérinthe n'est qu’un écho des idées qui s’agitaient de son temps dans les milieux cultivés. On rêvait, en elfet, soit d’accommoder le judaïsme avec l'hellénisme platonicien, soit de combiner un.système religieux avec les anciennes données de la philosophie et l’enseignement nouveau de l’Évangile, en réservant une place spéciale à la gnose à côté ou au-dessus de la foi. Ôr le système de Cérinthe ressemble à un syncré­ tisme judéo-gnostique de mosaïsme défiguré, de philo­ sophie orientale et de christianisme travesti ; il n'est ni complètement gnostique, encore moins chrétien; il porte l'empreinte de ces influences diverses et parait a un moment où le judaïsme partiel est από μέρονς. 2153 CÉRINTHE S. Épiphane, Hær., xxvin, 1, P. G., t. xli, col. 377. D'autre part, la théorie gnostique qui voit dans la ma­ tière une source de péché, ou tout au moins une dégra­ dation de l’esprit, un abaissement de l'idée, avec la­ quelle Dieu ne saurait entrer en contact immédiat, se heurte à une pierre d’achoppement, l'incarnation du Verbe selon la doctrine chrétienne. Aussi, pour sauve­ garder ce principe de l'impossibilité de l'union de Dieu avec un corps matériel et pour le concilier en même temps avec les récits évangéliques qui parlent de la naissance et de la mort de Jésus-Christ, la gnose inventa-t-elle le docétisme. Et, sur ce point, Cérinthe est tributaire de la gnose. Voici son système. 1° Création. — Cérinthe prend pour point de départ l’existence de deux principes. 11 ne les appelle pas, comme on le fera peu après lui, le principe du bien et le principe du mal, mais, sous 1'inlluence de Philon, il les désigne sous le nom de principe actif et de principe passif, Dieu étant le premier et la matière le second. Il attribue l’existence du monde â un être supérieur au monde et distinct de lui, mais qui ne saurait être Dieu lui-méme, aussi éloigné que possible du premier prin­ cipe, tout en participant à sa nature, et aussi rappro­ ché que possible de la matière, tout en s’en distinguant ; factum esse mundum a virtute quadam valde sepa­ rata et distante ab ea principaliter quæ est super universa. S. Irénée, Cont. hær., loc. cit.; Philosophou­ mena, VU, v, 33, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 388. Quel est ce démiurge? On le nommera plus tard le Dieu de la Bible, le Jéhovah des juifs. Cérinthe ne va pas si loin : il n'admet pas l’identification de Jéhovah et du démiurge, comme nous l'apprennent saint Irénée, Cont. hær., t, 26, 1, P. G., t. vu, col. 684; le pseudo-Tertullien, Præscript., -48, P. L., t. n, col. 67 ; saint Augustin, liter., 8, P. L·., t. XLII, col. 27; le Prædestinatus, 8, P. L., t. Lin, col. 590. Ce n’est pas Jéhovah, ce sont les anges qui ont formé le monde, qui ont donné la Loi et inspiré les prophètes. S. Épiphane, Hær., xxvin, 1, P. G. t. xli, col. 377. Si le Dieu de la Bible est qualifié d’ange par le pseudo-Tertullien, loc. cit., c’est sans doute à titre de chef des δυνάμεις et des άγγελοι, dont Théodoret dit qu’ils ont organisé le monde dans ses détails. Ilæret. fab., n, 3, P. G., t. i.xxxin, col. 389. Les sources ne nous font pas connaître la manière dont Cérinthe expliquait l’origine et l’existence de ces anges démiurges ; elles ne disent pas davantage le motif de l'ignorance où ils étaient de l’existence du Dieu su­ prême, Philosophoumena, VIII, v, 33, p. 388, si cette ignorance était la suite d'une faute ou la simple consé­ quence de l’éloignement, où ils se trouvaient du premier principe, double explication qui trouvera sa place dans les systèmes gnostiques ultérieurs. 2° Christologie. — Cérinthe n’ignorant ni la répu­ gnance des gnostiques à mettre Dieu en contact avec la matière ni l’horreur du judaïsme populaire à concevoir que le Messie pût souffrir et mourir, a une christologie docète. Mais son docétisme n'est pas celui que combat saint Ignace dans ses Lettres, d’après lequel les phéno­ mènes relatifs à la naissance, à la vie et à la mort de Jésus-Christ n’étaient que des apparences sans réalité; ce n’est pas davantage le docétisme de Basilide qui substitue Simon de Cyrène à Jésus au moment de la crucifixion, ni celui de Valentin qui prête à Jésus un corps visible et capable de souffrir, mais d’essence im­ matérielle, qui n’a fait que passer par le corps de la Vierge sans lui rien emprunter. Cérinthe distingue dans le Sauveur deux personnages, Jésus et le Christ ; il accorde que Jésus, né de Joseph et de Marie comme le reste des hommes, Philosophoumena, VIII, v, 33, p. 388; Pseudo-Tertullien, Præscript., 48, P. L., t. n, col. 67, a souffert, qu’il est mort et qu'il est ressuscité, S. Irénée, Cont. hær., I, 26, 1, P. G., t. vu, col. 684; Philosophoumena, Vil, v,33, p. 389, ou, comme le disent 1 2154 saint Augustin, Hær., 8, P. L., t. XLtt, col. 27, ft l’au­ teur du Prædestinatus, 8, P. L., t. lui, col. 590, qu'il doit ressusciter; mais Jésus n’est pas Dieu. C’est un homme remarquable par sa justice et sa sagesse, Phi­ losophoumena, loc. cil., p. 388, qui, au moment de son baptême, a reçu, sous forme de colombe, le Christ en­ voyé par la Puissance suprême et a appris de lui la ré­ vélation de Dieu inconnu. S. Irénée, Cont. hær., i, 26, 1, P. G., t. vn, col. 684; Philosophoumena, v, 33, p.389. Mais cet hôte étranger, qui est impassible et ne peut ni souffrir ni mourir, il ne le conserve pas jusqu’à sa mort; au moment de la passion, en effet, le Christ abandonne Jésus et remonte au ciel; Jésus est seul à souffrir et à mourir. Philosophoumena, loc. cit., p. 389. Saint Épiphane manque ici de netteté; la distinction caractéristique, si bien marquée par l'auteur des Phi­ losophoumena, lui échappe. D’abord il appelle le Christ πνεύμα άγιον; puis tantôt il dit que c’est le Christ qui est né de Joseph et de Marie, Hær., xxvin, 1, P. G., t. xli, c l. 377; tantôt que c’est Jésus, ibid., col. 380; tantôt il affirme que c’est Jésus qui meurt et ressuscite, le Christ étant spirituel et impassible, ibid,, col. 380; tantôt que c’est le Christ qui meurt et ressuscitera à la résurrection générale. Ibid., 6, col. 384. C’est ainsi que Cérinthe essaya la conciliation impossible du dogme chrétien de la rédemption avec ses vues juives et gnos­ tiques. D’autres que lui tenteront cette même concilia­ tion avec un égal insuccès; au fond, c’est le christia­ nisme qui est sacrifié. 3° Eschatologie. — Cérinthe admettait la fin du monde; on ignore comment il l’expliquait. Mais entre la fin du monde et l’inauguration du règne de Dieu avec les élus dans le ciel, il plaçait un règne de mille ans que les hommes devaient passer dans les délices nuptiales et les sacrifices les plus joyeux. Ce chiliasme, il l’avait puisé à des sources juives, peut-être même dans le livre d’Hénoch; on sait que ce fut une erreur partagée par certains Pères de l’Eglise et que le millé­ narisme ne disparut que peu à peu. Et l’on s’explique pourquoi ni saint Irénée ni l’auteur des Philosophou­ mena ne songent à le reprocher à Cérinthe. C’est peutêtre Cérinthe qui acclimata l’erreur millénaire dans cette partie de l’Asie, où allaient paraître Papias d'Iliérapolis et les illuminés phrygiens; en tout cas il l'enseigna, comme le lui reprochent Caius, Eusèbe, H. E., m, 28, P. G., t. xx, col. 273, et comme le notent saint Augustin, Hær., 8, P. L., t. xlii, col. 27, et Théodoret, Ilæret. fab., n, 3, P. G., t. lxxxiii, col. 389. D’autre part, Cérinthe, en enseignant la résurrection de Jésus et la résurrection future des hommes, que les gnostiques devaient écarter, semble avoir voulu main­ tenir le dogme chrétien du symbole, la σαρκος άνάστασις; mais on ne voit pas quel rôle il réservait au corps après la résurrection, ni à quel titre il l'appelait à jouir des bienfaits du chiliasme. III. Disciples. — Tout en distinguant Dieu du Jého­ vah de la Bible et du législateur des Hébreux, Cérinthe n’en retenait pas moins comme une obligation la fidé­ lité à la loi et la pratique de la circoncision et du sab­ bat; il se rattachait au judaïsme légal. S. Épiphane, Hær., xxvin, 2, P. G., t. xli, col. 380; S. Augustin, Hær.,8, P. L., t. xlii, col. 27; Prædestinatus, 8, P.L.. t. Lin, col. 590; S. Jérôme, Epist., exil, 13, P. L.. t. xxn, col. 924. Philastrius prétend qu’il fut condamné par les apôtres et chassé de l’Église, Hær., 60, P. L., t. xn, col. 1152; l’auteur du Prædestinatus précise qu’il fut anathématisé par saint Paul en Galatie, que c’est de lui et de ses disciples qu’il est question dans l’Épître aux Galales, 8, P, L., t. lui, col. 590; mais ce n’est là qu’une interprétation, motivée sans doute par le langage de saint Epiphane. Cérinthe eut des disciples parmi les judaïsants'et les judéo-chrétiens; on les appelait cérinthiens ou mérin- CÉRINTHE — CERTITUDE 2155 thiens. S. Irénée, Cont. hter., m, Tl, 8, P. G., t. vu, col. 885; S. Épiphane, Hier., xxvill, 8, P. G., t. xi.i, col. 388. Avec le parti des nazaréens et des ébionites, les corinthiens consentirent bien â devenir chrétiens, mais à la condition de ne rien abandonner des pres­ criptions de la loi et de les imposer aux gentils. En conséquence, ils regardaient saint Paul comme un apostat, parce qu’il déclarait que la circoncision n'était plus nécessaire au salut et que la loi de grâce ou de liberté avait remplacé définitivement les prescriptions légales ; ils repoussaient ses Épitres et ne se servaient que d’un Évangile, l’Évangile selon les Hébreux, εϋαγγέλιον καθ’ 'Εβραίου;, Philastrius, liter., 36, P. L., t. xn, col. 1152, dont les tendances judéo-chrétiennes étaient nettement marquées, soit dans la rédaction grecque propre aux ébionites, soit dans la rédaction araméenne en usage chez les nazaréens. Les idées courantes dans ce milieu cérinlhien, ébionite et nazaréen ne lurent pas étrangères à la rédaction des apocryphes pseudo-clémentins qui, à la fin du it’ siècle ou au commencement du IIIe, formèrent toute une littérature, Heconnaissances, Homélies et Epitomes, œuvre de propagande et non d'histoire, véritable roman théologique servant de véhicule aux prétentions ébionites, au syncrétisme judéo-chrétien, dont l’école de Tubingue a cherché â exploiter les données, en leur prêtant un rôle impor­ tant dans les origines du christianisme, rôle incomplè­ tement justifié. En réalité, les partisans de Cérinlhe comme le parti ébionite ou nazaréen furent sans in­ fluence marquée. Cantonnés dans quelques centres fermés, ils luttèrent inutilement contre la direction décisive imprimée à l’Église par saint Paul; leurs protestations restèrent sans écho et leur trace se perd au milieu de tant d’autres sectes gnostiques qui pullulèrent au IIe siècle. Λ la lin du Ve siècle, Gennade signale les cérinthiens parmi ceux qui doivent recevoir le baptême catholique avant d'être admis dans l’Église. De eccles. dogm., 52, P. L., t. lui, col. 99i. Outre les ouvrages cités dans le corps de l’article, Tillemont, Mémoires, Paris, 1701-4709, t. Il, p. 54-60, 486-487 ; Kebritz, De platonisme in cerinthianismo redivivo, Halle, 1736: Paulus, HistoriaCerinthi, Iéna,1795 : Franck, Dictionnaire des sciences 1 hilosophiques, Paris, 8 S ; Duchesne, Les origines chré­ tiennes (tiUi.).p. 52-54; articles de la Realencylcloptidie, Leipzig, 1896, du liirch'-nle.Tilion, Frihourg-en-Brisgau, 1880, t. m, col. 19-23, du Dictionary of Christian biography, Londres. 1«77-1887; U. Chevalier, Répertoire des sciences historiques. Bio-bibliographie, col. 420, 2503 ; A. Harnack, Lehrbuch der Dogmengescliichte, 3' édit., t. i, p. 234 sq. ; Zahn, Geschichte des neutestamenltichen Kanons, t. i, p. 220-262; t. n, p. 973991, 1021-1022: J. Kunze, De historiæ gnosticismi fontibus novæ questiones crilicæ, Leipzig, 1894; .1. Tixeront, Histoire des dogmes, t. 1, La théologie anténicéenne, Paris, 1905, p. 173-175. G. Bareh.le. CERTITUDE. — I. Certitudes spontanées et certi­ tudes contrôlées. II. Scepticisme et dogmatisme. III. Le critérium de la certitude. Faut-il le chercher par le doute? IV. Qualités que doit réunir le critérium de la certitude. V. L’évidence est le critérium des vérités d'ordre idéal. VI. L’évidence est le critérium des véri­ tés d’ordre réel. VU. Variétés d’évidence et de certi­ tude. VIII. Certitude et volonté. IX. Définitions ecclé­ siastiques. X. La certitude et la foi. XL La certitude et l’espérance. XII. La certitude et la conscience. XIII. La certitude morale. I. Certitudes spontanées et certitudes contrôlées. — 1» Premier fait. — A peine notre intelligence estelle ouverte, que spontanément elle tend à connaître et à affirmer. Elle hésite peu à l’origine de sa vie, et traduit le plus souvent son activité par des affirmations catégoriques, des assentiments sûrs d’eux-mémes. De­ mandez à l’enfant s’il a de bons yeux, s’il est bien sûr que le disque qu'il aperçoit là-bas, rond et rouge, est dict. de tuéol. catuol. 2150 vraiment là-bas et réellement rond et rouge, comme il le parait. L'enfant, sans hésiter, vous répondra : « Mais certainement qu'il est ainsi, puisque je le vois. » A l'enfant qui, pour la première fois, voit ce phénomène, montrez un bâton plongé au préalable dans l'eau, et demandez-lui si ce bâton est droit, il vous répondra : « Certainement non, puisque je le vois brisé. » Nous avons tous des certitudes spontanées de cette sorte, qui jaillissent naturellement de la constatation immé­ diate et simple des choses. On invoque d’ordinaire, pour les affirmer, le sens commun, parce qu elles se trouvent sans eflort ni contrôle, sur les lèvres de tous. Ainsi ja­ dis, au nom du sens commun, pouvait-on affirmer que le soleil tournait autour de la terre. La raison de Cetle spontanéité d’assentiments et de ces certitudes presque instinctives est dans la nature de notre intelligence qui, étant faite pour le vrai, tend de tout son poids vers la possession la plus complète et la plus paisible du vrai qui est la certitude, et s’y installe volontiers aussitôt que quelque chose lui apparaît sans qu'elle voie aucune raison d’en douter. 2° Deuxième fait. — Or il arrive qu’avec la marche des découvertes scientifiques, avec l’aide de l’expérien·.. quotidienne de chacun ou de la réflexion, les affirma­ tions catégoriques de l'origine s’ébranlent ou se confir­ ment; ce que nous attestions comme certain ne nous semble plus tout à fait sûr, ou, au contraire, nous ap­ paraît comme tout à fait fondé, et ainsi, au premier état de certitudes spontanées, en succède un de doutes, de négations, ou de certitudes fortifiées et contrôlées. 3° Conclusion. — Il y avait donc, dans les affirma­ tions premières, ou bien des vices, des illogismes qui n’avaient pas apparu et dont la constatation a permis de douter ou de nier; ou bien des fondements réels d'abord ignorés et dont la découverte a renforcé la certitude primitive. Le nœud du problème de la certitude réside précisément entre le premier et le second état que nous venons de signaler. C’est dans le passage de l'un à l’autre que la certitude se justifie ou qu’elle tombe. II. Scepticisme et dogmatisme. — 1° Les sceptiques, ayant constaté que nous avançons primitivement des affirmations que force nous est d’abandonner ensuite, en ont conclu que toutes nos affirmations enlerment le même vice. Si elles ne nous apparaissent pas toutes maintenant comme contestables, cela viendra peu à peu avec les progrès de l’esprit humain. Dès lors, il est juste de s'en défier a priori, et de leur opposer un doute universel. Considérée dans son ensemble et dégagée de la multitude infinie des détails dans lesquels elle s'est trop souvent complue et égarée, l’argumentation scep­ tique peut se ramener à trois chefs principaux : 1. Elle récuse la connaissance directe ou intuitive de la réalité. L’intuition sensible (personne ne parlant plus de l'in­ tuition intellectuelle à l’époque où le scepticisme s’est constitué) est jugée par elle radicalement impuissante. — 2. Elle récuse la connaissance indirecte de la réalité, soit par le raisonnement proprement dit. soit par Im­ principe de causalité. S’attachant, non plus à ï'exp rience vulgaire, mais à la science telle que la d- tinis sent les philosophes, elle s'efforce de démontrer que cette science est impossible. —3. Enfin, se plaçant â un point de vue encore plus général, envisageant non plus l'expérience ou la science, mais l’idée même de la v — rite telle que le monde la conçoit, elle veut montrer que cette idée n’a pas d’objet. Par définition, la vérité serait ce qui s’impose à l’esprit; or, rien, ni en lait, ni en droit, ne s’impose à l’esprit. Brochard, Les scep­ tiques grecs, conclusion, Paris, 1887. p. 394. 2° Le dogmatisme, au contraire, prétend que si quelques-unes de nos affirmations premieres ont suc­ combé sous les coups de la réflexion et du contrôle scientifique, toutes ne sont pas dans ce cas et que pour d'autres, la contre-épreuve a pleinement justifie une IL - C3 2157 CERTITUDE adhésion totale et définitive, sans doute ou hésitation actuels, sans crainte d’erreur pour l'avenir. Et ici apparaît un caractère spécial de la certitude de second état : elle n'est plus seulement une adhésion ferme et sans hésitation, comme dans le premier état, mais elle ajoute à l'absence d'hésitation l'exclusion de toute crainte ultérieure. On est sûr, non plus pour l'heure, mais pour maintenant et pour toujours. Contre le scepticisme, le dogmatisme fait observer : 1. Que si les sens nous trompent parfois, il est illogique de conclure qu'ils nous trompent toujours; que leurs erreurs vien­ nent du défaut de méthode dans leur interprétation, et que d’un défaut de méthode antérieur, on ne peut con­ clure à la nécessité de l’erreur d’interprétalion. « Un long égarement ne prouve rien contre la possibilité de trouver le chemin. » Brochard, ibid. — 2. Que les actes de la raison, considérés en eux-mêmes, portent la marque de la vérité, et par conséquent valent pour pro­ voquer la certitude. Le raisonnement serait ineflicace s’il se réduisait à la seule application du principe d'identité, ou si le principe de causalité était inadmissible, mais ni le raisonnement ne se réduit à une simple succession de propositions identiques, ni le principe de causalité n'est contestable. — 3. Que la vérité, quand elle se ma­ nifeste sous le jour de l’évidence, s’impose réellement à l'esprit. — 4. Que la fameuse suspension de jugement pratiquée par les sceptiques est impossible. En effet, il faut vivre; or « vivre, c'est agir, c'est choisir, préférer, entre plusieurs actions possibles, celle qu’on juge la meilleure. Point d'action sans jugement ». Brochard, ibid., p. 411. 31· Le dogmatisme peut donc à bon droit rejeter l’at­ titude sceptique. Nous disons l'attitude, et non la thèse, parce que le vrai sceptique se garde d'affirmer qu'il faut douter de tout, ce qui serait une contradiction fla­ grante, mais il se tient pratiquement dans l'état persé­ vérant d'abstention de jugement et d'affirmation quel­ conque. Rejetant l'attitude sceptique, le dogmatisme affirme par là-même la possibilité d’arriver à des certi­ tudes valables et justifiées. Mais aussitôt se pose le pro­ blème de la justification de ces certitudes. Comment prouver qu’elles sont légitimes? A quel signe les dis­ tinguera-t-on des certitudes précipitées parmi les affir­ mations primordiales? En un mot, ou est le critérium? Comment le chercher? Quel est-il? 111. Le critérium de la certitude. Faut-il le cher­ cher par le doute? — Comment chercher le critérium de la certitude? Faut-il inaugurer cette recherche par le doute et par quel doute? le réel ou le méthodique? l'universel ou le limité? 1° Le doute, nous l'avons indiqué tout à l’heure, est la suspension du jugement, l’abstention de l’affirmation, εποχή. 11 est réel, quand sincèrement l’esprit prend cette attitude, parce qu'il n’en trouve pas d'autre légitime. Il est méthodique, quand l'esprit réellement ne doute pas, mais provisoirement fait comme s’il doutait. Ainsi doutait Descartes : « Je voulus supposer qu’il n’y avait aucune chose qui fut telle que nos sens nous la font imaginer...; je résolus de feindre que toutes choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. » Discours de la méthode, IV» partie. On voit la part prépondé­ rante de la volonté dans l’usage du doute méthodique. On veut s'abstenir provisoirement de tout jugement, bien qu’au fond l'esprit ait la persuasion qu'il va au vrai, et qu’il en possède même déjà une portion. Dans le doute réel, la volonté est paralysée, parce que l'esprit reste sans persuasion, sans jugement, sans direction. 2° Le doute universel et le doute limité ou partiel se comprennent d’eux-mêmes et n'ont pas besoin d'être expliqués. Le doute universel méthodique est impos­ sible et implique contradiction; car, en qualité d'uni­ versel, il douterait de tout; en qualité de méthodique, il 2158 enveloppe nécessairement quelque persuasion ou assu­ rance. C’est le doute de Descartes : « Je me résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient déjà entrées en l'esprit n’étaient non plus vraies que les illusions de mes sens, » dit-il à l’endroit cité plus haut. El ailleurs : « Je suis contraint d'avouer qu'il n’y a rien de tout ce que je croyais autrefois être véritable, dont je ne puisse en quelque façon douter; et cela, non point par inconsidération ou légèreté, mais par des raisons très fortes et mûrement considérées. » Première médi­ tation. Nous avons montré l'illogisme du doute réel universel ou scepticisme. C’est le doute d'Hermès qui « veut que le doute dont il prend la défense, soit étendu à toutes les connaissances sans exception. Nous devons être et rester indécis ou en suspens, non seulement sur la vérité de la religion chrétienne, l’immortalité de l'âme, l'existence el les attributs de Dieu, mais encore sur la réalité du monde extérieur, et même sur l’exis­ tence et les divers états de notre propre âme, tant que nous ne pouvons pas montrer qu’il y a nécessité abso­ lue pour la raison de se déterminer... Que, par ce doute, absolu selon son étendue, Hermès entende le doute réel, c’est ce qui ressort de ce qu'il raconte de luimême et exige de ses auditeurs ou lecteurs ». Kleutgen, La philosophie scolastique, trad, par le R. P. Constant Sierp, diss. Ill, c. t, S 1, n. 224, Paris, 1868, t. i, p. 433, 434. Par un bref du 26 septembre 1835, Grégoire XVI condamna Hermès, et l’un des principaux griefs était précisément le doute positif universel : utpote qui te­ nebrosam ad errorem omnigenum viam moliatur in dubio positivo lanquam basi omnis theologicæ inquisi­ tionis. Denzinger, Enchiridion, n. 1487. Cf. concile du Vatican, De fide calh., c. m, can. 6. — H ne reste que le doute partiel réel ou méthodique. Le doute réel portant sur les affirmations non prouvées est plus que légitime, il est obligatoire. Le doute méthodique portant sur des assertions déjà admises comme certaines, mais provi­ soirement remises en question et considérées comme incertaines, pour en chercher une démonstration, est légitime, pourvu qu'il ne soit pas universel et qu'il sup­ pose comme certains des principes de démonstration. Ce doute a été pratiqué de tout temps dans l’Eglise. On le trouve enseigné par saint Augustin, De libero arbitrio, 1. II, c. i, P. L., t. xxxii, col. 1241 ; cf. Kleutgen. op. cil., t. 1. p. 475 sq., et constamment employé par saint Thomas. Lorsque l’angélique docteur se demande, dans la Somme théologique : Utrum Deus sit, Dieu existe-t-il? il ne doute pas un seul instant de l'existence de Dieu, il veut pourtant agir pendant un certain temps comme s’il dou­ tait, et sa volonté commande à son esprit, non pas de refu­ ser son assentiment à l’existence de Dieu, et d’en dou­ ter positivement, mais de faire un moment abstraction des considérations qui le déterminent à admettre l’exis­ tence de Dieu, pour chercher des raisons nouvelles convaincantes ou la confirmation logique des raisons anciennes. L'Ange de l'école a fait plus que pratiquer le doute méthodique, il en a affirmé explicitement la né­ cessité. « Ceux qui veulent rechercher la vérité sans avoir d’abord considéré les doutes que soulève sa re­ cherche, sont pareils à des voyageurs qui ne savent ou ils vont. L'homme qui marche, marche vers un but; l'homme qui cherche la vérité n’a d’autre but que l'exclusion du doute. L'homme qui ne sait pas sa route n'arrivera jamais, sinon par hasard; l'homme qui cher che la vérité n’y arrivera pas, s’il n'a d'abord examiné ses doutes. » In III Melaph., lect. i. IV. Qualités que doit réunir le critérium de la certitude. — 1» Quand, après avoir émis des affirma­ tions primitives et spontanées, l’esprit commence à ré­ fléchir sur elles pour les vérifier, il doit donc mettre le point de départ de sa réflexion et de son conlrôle dans un doute partiel et méthodique, c’est-à-dire, puisque ce doute n'est que partiel et qu'il est voulu délibérément, 2159 CERTITUDE dans un état mixte composé de certitude et d'absten­ tion ou suspension de jugement. La certitude précède et porte dans la sphère idéale sur quelques principes immédiats ou axiomes, et, dans la sphère réelle, sur quelques faits immédiatement perçus ou aperçus par l'expérience externe ou la conscience. Le doute, c’està-dire l'abstention dejuger des autres principes ou faits et de leurs conséquences, suit logiquement. Mais on ne peut rester dans cet état, de sa nature, initial. La vie est là qui marche, l’action s’impose, il faut se décider pour ou contre une foule de jugements spéculatifs ou pratiques qui se pressent et sollicitent l'homme. Il im­ porte donc de trouver un signe auquel on reconnaîtra les jugements vrais et qui autorisera la certitude à leur sujet. Ce signe universel doit être intrinsèque, objectif et immédiat. 2» Il doit être intrinsèque, c’est-à-dire entrer dans la constitution intime de toute vérité el en faire partie. Supposez, en elfet, un critérium extrinsèque, c'est-àdire une autorité extérieure qui attesterait le vrai et devant laquelle la raison s’inclinerait. Dans cette hypo­ thèse, on ne sait pas la chose, on la croit, la science fait place à la foi. Or ce système, s'il est admissible pour quelques vérités qui dépassent la portée de noire expérience limitée ou de notre raison finie, ne peut pas suffire si on le généralise. Car cette autorité qui nous attestera toute vérité, par quoi sera-t-elle attestée à son tour? Si elle s’affirme elle-même et s’impose ainsi à notre foi, nous nous heurtons à une pétition de prin­ cipe; si elle se démontre autrement que par l'affirma­ tion et si elle se prouve par l’évidence, nous sortons du critérium extrinsèque et nous devons en admettre un intrinsèque. Il n'y a plus un seul critérium de la certitude. Si elle est attestée par une autre autorité, sur quoi s’appuiera celle-ci? Il faudra, ou procéder à l’infini, ce qui est impossible, ou aboutir à un critérium interne. La révélation divine, la tradition qui nous la transmet, la raison générale ou consentement universel du genre humain qui nous la traduit, ne peuvent donc être le critérium général de la certitude, et c'est à juste titre que la logique et. avec el.e, l’Êglise rejettent le fidéisme, le traditionalisme et la raison générale de Lamennais. Voir Fidéisme, Traditionalisme, Lamen­ nais. 3» Si le critérium doit être interné, il ne peut pas pour cela être subjectif, c'est-à-dire qu'il ne doit pas être cherché dans les conditions psychologiques de la connaissance ou du sujet pensant, mais au contraire appartenir à la constitution de l’objet connu, de la vé­ rité perçue. Le critérium doit être objectif. Nous n’avons pas à rappeler ici la thèse de philosophie qui distingue, dans la connaissance, deux laces, deux éléments divers : l'objet et le sujet, ce qui est connu et ce qui connaît, ce qui apparaît et ce qui perçoit. La distinction est courante en psychologie. Quand il s’agit de la certi­ tude et de son pourquoi, d’aucuns le cherchent dans le sujet. C'est le dogmatisme subjectiviste. « Toutes les théories subjeclivistes présentent ce caractère commun qu’elles placent le motif dernier de la certitude ou tout au moins d une partie des connaissances certaines dans une disposition affective du sujet pensant. Pour les uns, celte disposition s’appellera sentiment du de­ voir, impératif catégorique, pourd'autres une impulsion naturelle (le sens commun des Écossais) ou un senti­ ment spirituel (Geistesgefühl de Jacobi), pour d’autres, enfin, une croyance soit aveugle, irrésistible (Jouffroy), soit volontaire, libre (les nêo-crilicistes), une foi dictée par la nécessité de trouver un objet aux aspirations les plus nobles de noire nature et un fondement à l'ordre social (Balfour, Bruneliêre); mais chez les représen­ tants de toules ces écoles, il y a une préoccupation commune, à savoir, de chercher, non pas dans un mo­ tif d'évidence objective, mais dan» une disposition 2160 affective de l’âme, le dernier mot de la philosophie cri­ tique. » Mercier, Crilériologie générale, n. 82, Lou­ vain, Paris, 1899, p. 155. Or, d'une façon générale, on ne peut faire reposer la certitude qui est un étal d'ordre intellectuel sur un fondement d'ordre affectif; celui-ci est nécessairement une impulsion aveugle, un instinct; il ne peut être une raison; tiré du sujet, il ne saurait être une garantie de l’objet. Un exemple rendra tan­ gible cette vérité. D'instinct, la mère a besoin d'estimer son fils, de le juger innocent, noble et droit; s'il s’adonne au vice, la mère ne voudra pas se rendre aux indices, aux preuves souvent les plus catégoriques qui lui seront apportées ; fût-elle témoin elle-même des dé­ portements de ce fils indigne, elle cherchera à les excu­ ser, à les pallier longtemps avant de se rendre. On dit que l'amour maternel la rend aveugle. Ceci montre l'opposition entre le jugement d'instinct et celui qui est imposé par la réalité objective. Les certitudes d'instinct de la mère sont fort sujettes à caution. Ainsi toujours on pourrait douter des certitudes humaines, si leur unique source était dans une disposition affective de l’âme, comme le prétendent les partisans du critérium subjectif. 4» Enfin, on ne saurait douter que le critérium de la certitude doive être immédiat, c'est-à-dire valant par lui-même. En effet, il est, par définition, le signe qui rend toutes vérités certaines, il faut donc qu'il soit cer­ tain par lui-même et immédiatement, comme le prin­ cipe de toute lumière est lumière, de toute force est toute-puissance. Si en effet, ce qui rend toute vérité certaine, devait être lui-même certifié par autre chose, par quoi cette autre chose serait-elle rendue certaine à son tour? Donc, pour éviter le cercle vicieux, le proces­ sus in infinitum, ou la multiplication des critériums, il faut conclure que le critérium universel de la certi­ tude doit être immédiat. V. L’évidence est le critérium des vérités d’ordre idéal. — 1° Nous allons voir qu'un seul critérium ren­ ferme toujours toutes les conditions requises pour aider au contrôle de la vérité et fonder la certitude, et que ce critérium est l'évidence. Et d'abord, la certitude, comme le jugement dont elle est la qualité, peut porter sur deux catégories de vérités : celles d’ordre idéal et celles d’ordre réel. Les vérités ou jugements d'ordre idéal affirment l'union intime et nécessaire du sujet et de l’attribut, indépendamment de leur réalité physique, par exemple « l’être contingent exige une cause »; ce jugement affirme la relation de l'idée d'« être contin­ gent » avec l’idée de « cause »; les vérités ou jugements d’ordre réel affirment que, dans le monde extérieur, se trouve réalisé le contenu du sujet. Nous disons < le contenu du sujet », et cela suffit, parce que le jugem-ni d’ordre idéal ayant affirmé la connexion de l’attribut el du sujet, toute attestation de la réalité du sujet entraîne fatalement l’attestation de la réalité de l’attribut. Or. dans les deux ordres, l’évidence est le signe prédestiné et essentiel qui entraîne la certitude. 2° En effet, je suppose que mon esprit porte avec certitude un jugement de l’ordre idéal, par exemple « deux et deux font quatre ». — 1. Si je consulte ma conscience, elle me dira nettement que, quelle que soit ma part dans cette affirmation, je n'y suis pas exclusi­ vement actif, il y a de la passivité dans celte connais­ sance. Je ne dis pas que « deux et deux font quatre ·. parce que je suis ainsi construit intellectuellement, dis­ posé subjectivement et provisoirement, ou parce que je le veux, je sens que deux et deux font quatre indépen­ damment de moi. Cette vérité me domine, s'impose à moi au lieu de jaillir de moi; si je la prononce, c'est vaincu par elle et parce que je la vois; c'est son évi­ dence qui ravit mon assentiment. — 2. Si. au lieu de consulter ma conscience, je raisonne, mon raisonuement aboutit à la même conclusion. Soit la vérité 2161 CERTITUDE d'ordre idéal : « Les trois angles d'on triangle sont égaux à deux droits, » ou cette autre : « Tout être con­ tingent exige une cause. » Primitivement, ces proposi­ tions ne me disaient rien. Un jour, on a essayé de me les expliquer ; j'ai constaté que je commençais à y croire, finalement je les ai acceptées sans hésitation et avec certitude. Quel est le pourquoi de ces états succes­ sifs de mon esprit? Je suis resté le même fondamenta­ lement, la nature de mon esprit est demeurée iden­ tique; mais il y a eu objectivement quelque chose de changé. On m’a démontré, c’est-à-dire montré ces vérités, elles me sont apparues en pleine lumière, avec évidence et, à mesure que croissait la lumière, gran­ dissait aussi mon assentiment, jusqu’à ce que sa certi­ tude ait jailli de l'évidence entière. Mon assentiment ne tient donc pas à la seule activité du sujet, et même il n’est donné par celle-ci qu’en proportion avec la clarté de l’objet. — 3. Allons plus loin et tirons de la théorie même du doute, de Γέποχή des sceptiques, la preuve de notre thèse. Pourquoi les sceptiques, après avoir, comme tout le monde, eu leurs certitudes naturelles et spontanées, revenant ensuite sur elles, croient-ils de­ voir leur refuser leur consentement primitif, pour se tenir dans l’état de suspension de jugement ou de doute? Qu’y a-t-il de changé en eux, et dans leur nature intellectuelle? Rien. Mais ils veulent suspendre leur assentiment, parce qu’ils refusent à l’objet l'évidence suflisante. La vérité n’est pas assez, manifeste à leurs yeux pour qu’ils y adhèrent avec certitude. Du témoi­ gnage de la conscience, des preuves de la raison, el de l'aveu du scepticisme, l’évidence est donc le signe in­ trinsèque, objectif, universel, immédiat qui fonde la certitude; sans elle pas de certitude sage; dès qu’elle apparaît, la certitude est autorisée, elle devient même l’état nécessaire du jugement. VI. L’évidence est le critérium des vérités d’ordre réel. — Quant aux vérités d’ordre réel, on les admet également à cause de leur évidence. Elles passent par deux étapes. Une première, d'impression sensible et in­ dividuelle sur les sens. Nous n’avons pas, dans ce Dic­ tionnaire de théologie, à faire toute la théorie de l’ob­ jectivité de nos sensations, mais il est certain, et c’est le témoignage constant de la conscience, que notre certitude relative aux faits concrets est basée sur leur manifestation, sur l'évidence avec laquelle ils se mon­ trent à nos sens et les touchent. L’esprit intervient ensuite et, par l'abstraction, de ces faits concrets, con­ tingents et matériels, tire des notions immatérielles, nécessaires et universelles. On a invoqué l’immatéria­ lité, la nécessité, l'universalité de ces concepts pour creuser un fossé infranchissable entre eux et la réalité. Or, il y a loin d’y avoir irréductibilité entre les uns et les autres. « Les sensations, en effet, ne représentent pas seulement ce qui particularise les essences géné­ riques ou spécifiques, mais bien ces essences ellesmêmes avec, en plus, les traits qui les particularisent. Les caractères déterminateurs de l'individu renferment nécessairement quelque chose que ces caractères déter­ minent, un sujet déterminé, un principe actif défini, en d'autres mots, les sensations renferment l'objet des concepts d'être, de substance, d’action, et ainsi de suite. » Mercier, ibid., p. 328. D'autre part, l'abstraction ne supprime nullement l'identité entre l’objet de la sensa­ tion et l’objet de la connaissance intellectuelle. Taine le met bien en relief, quoiqu'il n'admette pas les mêmes conclusions que nous sur la nature des concepts : « L’abstraction est le pouvoir d isoler les éléments des faits et de les considérer à part... Ce sont ces compo­ sants que l’on cherche, lorsqu’on veut pénétrer dans l’intérieur d’un être. Ce sont eux que l’on désigne sous le nom de forces, causes, lois, essences, propriétés pri­ mitives. Il ne sont pas un nouveau fait ajouté aux pre­ miers; ils en sont une portion, un extrait: ils sont con­ 2162 tenus en eux. ils ne sont autre chose que les faits eux-mêmes. On ne passe pas, en les découvrant, d’une donnée à une donnée différente; mais de la même à la même, du tout à la partie, du composé aux compo­ sants. On ne fait que voir la même chose sous deux formes, d’abord entière, puis divisée ; on ne fait que traduire la même idée d’un langage en un autre, du langage sensible en langage abstrait, comme on traduit une courbe en équation, comme on exprime un cube par une fraction de son côté. » Taine, Le positivisme anglais, Paris, 1864, p. 114-118. Pour ces vérités d’ordre réel, c’est donc encore l’évidence qui est à la base de toute certitude. VIL Variétés d’évidence et de certitude. —Puisque l’évidence est le signe auquel se reconnaît la vérité vraie, il est manifeste qu'aux variétés d’évidence correspon­ dront des variétés pareilles de certitude. Quand l'évi­ dence ne sera pas entière, mais presque entière, ce qui s’appelle la grande probabilité, alors l’esprit donnera un assentiment presque complet qui s'appellera la cer­ titude morale. On verra à l’article Probabilité la nature de cette spéciale manifestation des choses, et de l'assentiment qui lui est donné. Nous dirons tout à l’heure le pourquoi de ce nom de certitude morale. — Quand l'évidence est la manifestation même et l’immé­ diate apparition de l'idée ou du fait affirmé, elle engen­ dre la certitude absolue et immédiate; quand elle réside seulement dans le lien qui rattache une proposition iné­ vidente en soi à des prémisses évidentes, ce qui arrive dans les raisonnements, où les conclusions ne sont admises que par leur connexion évidente avec des prin­ cipes certains, alors la certitude des propositions nou­ velles est médiale, puisqu’elle est obtenue moyennant l'évidence du lien entre ces propositions et les principes. Ces deux certitudes fondent la science. — Quand il est évident qu'un témoin évidemment instruit et véridique affirme une chose ou un fait, et qu'on accepte cette chose ou ce fait sur le témoignage évidemment existant et valable de cet homme, l’assentiment certain donné alors s'appelle la foi ou la croyance, et sa certitude est extrinsèque, parce qu'elle est basée sur l’évidence qui git, non dans la chose ou le fait non vus ou démontrés, maisdans l’autorité extérieure qui les affirme. Voir Foi. VIII. Certitude et volonté. — La certitude enveloppe d'ordinaire la coopération de la volonté. C’est un assen­ timent de l’esprit sans doute, mais où intervient la volonté, soit pour préparer, soit pour prescrire, soit pour accompagner ou approuver. 1» La raison de cette coopération de la volonté se trouve dans la nature même de la certitude. En effet, celle-ci est le repos de l’esprit dans la possession de la vérité. La vérité est apparue à l'esprit, celui-ci l'a per­ çue, et comme il a conscience de la détenir, il l'a contrôlée et l’a reconnue exacte ; il se repose alors dans la possession du vrai el de sa connaissance. Or la vé­ rité est le bien de l’esprit; la connaissance, c’est la possession de ce bien; la conscience de cette possession donne la joie et le repos ; et cette conscience, c’est la cer­ titude. Celle-ci est donc le repos dans le bien, ce qui justifie et fonde la compétence de la volonté, faculté du bien, lïn même objet, vrai et bien en même temps, peut donc simultanément provoquer'l'assentiment de l’esprit et le consentement de la volonté. C’est la distinc­ tion entre fassent iinent el le consentement. Cf. S. Thomas, In 111 Sent., dist. XXIII, q. il, a. 2. 2» Le mode de la coopération de la volonté dans l’assentiment de certitude est varié et multiple. Nous l’indiquons d’une façon sommaire. L'intelligence, dans sa marche vers la certitude, parcourt toute une succes­ sion d’étapes où elle n’est jamais seule : toujours la volonté l'accompagne pour l'exciter, la fixer, la diriger ou la détourner. — 1. Au commencement de tout travail intellectuel doit se placer le choix de l'objet. En effet, 21G3 CERTITUDE le champ de la vérité et de la certitude est illimité et de plus l’esprit peut s’attacher indifféremment à l'explora­ tion de n’importe quelle partie du champ de la vérité. Qu'est-ce donc qui déterminera la curiosité scientifique à s’attacher à un sujet plutôt qu'à un autre? Ce ne sera pas l’esprit, qui est indifférent de sa nature. Ce sera la volonté, laquelle, du reste, déterminera l’esprit selon les habitudes morales qu’elle a prises au cours de la vie, et orientera les investigations intellectuelles vers les régions qui sont présumées devoir être d’accord avec les dispositions de l'àme et ses tendances. — 2. Le sujet déterminé, l'intelligence devra s’appliquer à son élude. Elle le fera en se tournant vers lui, en se mettant en contact avec lui. De même qu’il ne suffit pas de vou­ loir voir un objet pour le percevoir, mais qu’il faut se mettre en sa présence, ou l’approcher des yeux, ainsi, qui veut connaître un objet doit se mettre par l'application de l’esprit en rapport avec lui. Or, cette application est œuvre de volonté. L’intelligence est un miroir qui réfléchit, mais c’est la volonté qui place l’objet devant le miroir ou le miroir en face de l’objet. — 3. Cette application permet la première appré­ hension de l’objet. La science demande plus que cela. Elle exige la persévérance dans l'examen, et l’exclusion des objets étrangers qui viendraient troubler le travail intellectuel. Cette persévérance et cette exclusion s’ob­ tiennent par l’attention qui s'attache à l'objet choisi, de préférence aux autres; et l’attention est œuvre d'in­ telligence et de volonté. La pensée, par elle seule, ne s’attacherait pas avec la force que suppose l'attention, si le vouloir n'intervenait. — 4. La science conquise, possé­ dée avec certitude, est un bien trop élevé, trop noble, pour ne pas attirer fortement l’àrne el exciter en elle la passion de la recherche et de la vérité. Il y a donc dans cette recherche plus que l'attention privilégiée accor­ dée à un objet de choix, il y a l'effort soulenu, le labeur opiniâtre et constant; l’effort est produit par l'intelli­ gence, certes, comme l’attention, mais sous l’inllux d’énergie que lui infuse la volonté. — 5. L’examen attentif, la recherche vigoureuse du vrai le fait décou­ vrir petit à petit. D’abord, dans une demi-clarté, appa­ raissent des raisons multiples et quelque peu indécises, des arguments variés et divergents : ce ne sont que des probabilités, c’est-à-dire des hypothèses provisoires et incertaines. Cependant, entre les diverses hypothèses possibles ou probables, à un moment donné, l’esprit en choisit une à l’exclusion des autres. Elle n'est pas convaincante, les raisons n'apparaissent pas avec l’évi­ dence qui force l’assentiment, et cependant celui-ci est donné. Ou en chercher la raison suffisante, si les probabilités objectives sont, elles, des raisons insuffi­ santes? Dans la volonté qui pèse de tout son poids sur l’esprit, et apporte le complément nécessaire à la déter­ mination du jugement. C’est donc la volonté qui donne à l'opinion ce qu’elle a de fixe, de déterminé et pour ainsi dire déjà de certain. C’est ce côté volontaire, et donc moral, qui a valu à la grande probabilité le nom de « certitude morale ». — 6. Avec le travail scienti­ fique, la lumière grandit, elle devient sur certains points éblouissante, et d'une évidence complète. L’esprit alors est obligé de se rendre, il faut qu’il donne son assen­ timent et qu’il prononce avec certitude les jugements que l’évidence impose. N’y aurait-il ici aucune place pour la volonté? Il y en a une encore. Car cette évi­ dence qui présente la vérité à l'esprit apporte en même temps à celui-ci sa perfection et son bien, et tout ce qui est bien est de la compétence de la volonté. Celle-ci donc, si elle est droite, consentira à ce que la pensée admet, elle ajoutera son suffrage. On a dit à bon droit qu'il faut aller au vrai de toute son âme. Il y faut donc aller avec son esprit, sa volonté et son cœur. La vérité qui ne fait qu'apparaltre aux yeux de l’intelligence reste une étrangère, elle n'entre pas dans son intimité, nous £16ί ne la vivons pas, elle ne vit pas en nous. Il y a une assimilation plus profonde que celle de la connaissance : elle se fait, en dépassant celle-ci, par l’acceptation et l'amour, dans le sein de la volonté et de la liberté, ji II faut que les vérités s’incorporent à nous et nous pénè­ trent longtemps, comme la teinture s'imbibe peu à peu dans la laine qu'on veut teindre. Il y a une pénétration lente de chaque jour, une intussusception de la vérité qui doit nous conduire dans toute la vie, qui lait que cette vérité devient à notre âme ce que la lumière du soleil est à nos yeux, qu’elle éclaire sans qu’ils la cherchent... Quand nous creusons dans la vérité pour la pénétrer, elle creuse aussi en nous pour entrer dans la substance de notre âme. Alors seulement elle devient pratique et nous est comme une partie de nous-mêmes. » Maine de Biran, Journal intime, 17 novembre 1820et octobre 1823. — 7. Si la vérité, au lieu de se montrer en elle-même, nous est seulement affirmée par l'autorité d'un témoin compétent et sùr, alors quelles que soient l’évidence des qualités de ce témoin et la clarté de ses affirmations, le vrai qui y est contenu ne nous apparaît pas dans sa réalité; il est caché. Le témoignage le voile tout en le révélant. L’assentiment de l'esprit n'est pas contraint, comme dans le cas précédent. Tous les raisonnements qu'on pourra faire aboutiront à montrer que le témoin est sûr, qu'il a parlé, que son attestation est croyable, qu’elle nous oblige; mais le jugement n’est pas pour cela imposé à l'esprit qui reste libre. Qui le détermi­ nera à s’abandonner, à dire : « Je crois? » La volonté. La volonté a donc une part essentielle et constitutive dans l’acte de foi, et c’est pour cela que celle-ci est une vertu. « Un objet révélé se présente à notre intelligence de la part de Dieu, souvent même de la part de l’Eglise qui le définit, l'interprète ou l’enseigne. Qu'il soit essentiellement mystérieux, ou qu’il soit naturellement connaissable avant que d’être affirmé par Dieu, nous disons qu’il ne saurait nécessiter, comme les vérités intuitivement ou démonstrativement évidentes, l’assen­ timent de notre esprit. Non, certes, qu'il ne soit pas ériclemment croyable, que l'autorité divine dont il est revêtu ne soit évidemment démontrée, que le devoir d'y adhérer ne nous soit évidemment imposé. Bien au contraire, nous admettons que les preuves de la crédi­ bilité, le motif de la croyance, l’obligation de la foi. sont tels dans le christianisme, que sous peine de révoquer témérairement en doute les bases mêmes de la certitude humaine, notre raison doit croire tout objet divinem* nt affirmé. Mais ce qu’elle doit faire, elle n’est pas toujours nécessitée à le faire; et comme nos autres facultés, elle n'est fatalement entraînée que vers son objet propre. Or, l’objet propre de l’intelligence humaine ici-bas est la vérité évidente, soit que son évidence apparaisse d'ellemême et que nous la percevions par intuition directe, soit qu’elle apparaisse à l’aide d'autres évidences et que nous ayons besoin de démonstration pour la discerner. Que l'intelligence dispose ou non de grâces surnatur. Iles dans ses rapports avec l’objet à connaître, son fonc­ tionnement reste essentiellement le même: elle in­ vinciblement attirée par lui s’il est évident; elle n· ! · -: pas s’il est seulement certain sans évidence. Lubjet révélé n’étant jamais évident comme tel, il ne saurait jamais nécessiter l’adhésion intellectuelle qu’il sollicite et â laquelle il a d’ailleurs un droit incontestable. ■ Didiot, Vertus théologales, n. 217, Paris, Lille, 1887, p. 162. — 8. Ce que nous venons de dire jette quelque lumière sur la part de la volonté et de la vie dans I ntiment de la certitude, et peut justifier, en ce qu'elie n'a pas de trop obscur, certains points de la « philosophie de faction ». Déjà les anciens avaient reconnu que nous obéissions souvent, dans nos jugements, aux in­ jonctions du cœur et de la passion, et nous en avons donné un exemple dans la mère qui ne veut pas se rendre à l'évidence sur l'indignité de son fils. Lessius, 21C5 CERTITUDE 2166 De. prudentia, c. I, dub. iv, Louvain, 1605, p. 6, dit : ' Denzinger, n. 1486; brefs de Pie IX à l'archevêque de Quisque judicat prout est a/feclus. Il y a une infiltration I Cologne, du 25 juillet 1847, du 15 juin 1857, Denzinger, de la volonté, de son inlluence, et par elle, de tout ce n. 1509; à l'évêque de Breslau du 30 mars 1857, Den­ qui agit sur elle, de la vie, de l'activité, des tendances zinger, n. 1513; du 30 avril 1860, à l’archevêque de Mu­ héréditaires ou acquises de chacun, des impressions du nich, du 11 décembre 1862, Denzinger. n. 1524, et du moment, des passions sourdes ou violentes, dans l’esprit 21 décembre 1863, Denzinger, n, 1531; soit au concile ou le jugement. Non pas que ceci atteigne la science du Vatican quand elle a affirmé « qu’il existe un double dans son degré; parlait; quelles que soient les disposi- 1 ordre de connaissance, distinct non seulement par le lions de l’homme, l’évidence objective reste et s’impose, principe, mais encore par l’objet : distinct en premier el c’est ce qui sauve la vérité el la science. Mais la certi­ lieu par le principe, parce que. dans l’un, nous connais­ tude, sans être atteinte dans sa nature, ni dans sa sons par la raison naturelle et, dans l’autre, par la foi valeur, sera diminuée dans son régne, parce que, lors­ divine; distinct ensuite par l’objet, parce que, en outre qu'elle deviendra gênante, on détournera le cours des des choses auxquelles la raison naturelle peut atteindre, préoccupations intellectuelles, on évoquera d’autres il est proposé à notre croyance des mystères cachés en objets, on suscitera des sophismes el la certitude cessera Dieu que nous ne pouvons connaître sans une révéla­ de s'affirmer pour un temps; elle reculera devant les tion divine ». De /ide cath., c. iv. lluctuations du caractère et les passions de l’âme. « Il S» Bien plus, la raison ne peut parcourir à elle toute y a îles cas où l'on ne verra ce qui est que si l’on est seule son domaine, de telle façon que sur tons les points disposé à vouloir que ce qui est soit. Il y a des assen­ ou elle est compétente, elle soit capable de trouver faci­ timents que l'on ne donnera que si l'on a la résolution lement, sans erreurs, des solutions fermes et certaines. sincère de donner aussi son consentement. L’évidence C’est même pour cela que la révélation surnaturelle morale ne subjugue pas de vive force. Elle laisse quelque fut d une souveraine opportunité et d'une morale né­ place à une résistance possible, tant que la volonté cessité. Cf. De fide cath., c. n. k. La certitude et la foi. — La révélation n’a pas n’est pas consentante. Comment admettre une chose morale comme telle, si I on s’obstine à la considérer seulement précisé et affermi les certitudes naturelles, d'une façon tout intellectuelle, et comment l’esprit la on lui doit encore de nouvelles certitudes, celles de la reconnailra-f-il en sa larme propre, qui est précisément foi et de l'espérance chrétienne. 11 est sûr que la foi la forme morale, si la bonne volonté manque? Les rai­ surnaturelle enveloppe la certitude et quecelte certitude sons les plus fortes, les plus convaincantes, les plus enferme quelque évidence. En elfet, il y a plusieurs éclairantes ne peuvent produire tout leur effet en ma­ étapes pour arriver à la foi. Il y a les étapes abordables tière d'ordre moral, si ce qui en nous est moral, à à la raison bien qu'elles soient déjà sanctiliées par la savoir la volonté, ne fait pas son office. Ici, on ne peut grâce, par cela même qu'elles conduisent à la foi et en voir assez, on ne peut savoir vraiment sans vouloir. » sont la préparation indispensable. Il y a les étapes Ollé-Laprune, La philosophie et le temps présent, c. xn, strictement surnaturelles. L'esprit humain doit d’abord Paris, 1891, p. 262. Saint Thomas n’avait-il pas écrit : se renseigner sur le témoin, sur Dieu; ici nous avons « Deux causes peuvent assurer la rectitude de notre juge­ évidence de démonstration et parfaite certitude sur ment. L'une est le parfait usage de notre raison; l’autre l’existence et la véracité divine; c’est le jugement théo­ une sympathie et comme un goût de nature pour les rique de crédibilité, jugement certain et évident. Vient réalités dont nous jugeons. Ainsi un homme qui s’est ensuite la démonstration relative au témoignage ;en fait, appliqué à l’étude de la morale peut juger de la chasteté Dieu a révélé telle chose, soit publiquement au genre humain par la voie des Écritures ou de la tradition par principes rationnels; mais celui qui a la vertu de conservées dans l'Église, soit d'une façon privée à chasteté en juge par une sympathie naturelle dont il a l'expérience. » Sum. theol., Il· II·', q. xlv, a. 2. moi-même. Ici, il y a évidence des preuves de la parole IX. Définitions ecclésiastiques. — L’Église s'est pro­ publique ou privée de Dieu, amenant à la conclusion noncée plus d'une fois sur le problème de la certitude. évidente et certaine du jugement pratique de crédibi­ I" Elle a affirmé la possibilité et la réalité de la certi­ lité. Tous les hommes (donc moi aussi) doivent croire tude rationnelle, contre les sceptiques et les traditiona­ telle vérité qui leur a été révélée par Dieu et transmise listes, et ceux-ci ont dù souscrire les propositions sui­ par l'Eglise. Je dois personnellement croire telle vérité vantes : « Le raisonnement peut prouver avec certitude qui m’a été directement communiquée par Dieu. Ici l'existence de Dieu, la spiritualité de l'âme, la liberté de intervient la volonté ordonnant de croire: et l'intelli­ l'homme. >> 2' proposition souscrite par Bonnetty, gence alors sans voir ce qu’elle croit, mai-, voyant évi­ Denzinger, Enchiridion, n. 1506; cf. la 1™ proposition demment qu'elle doit croire, donc dans l’inévidence de souscrite par Bautain, Denzinger, n. 1488. « La raison l'objet de sa foi, mais dans l'évidence des motifs, émet peut établir avec certitude l’authenticité de la révélation un acte certain et inébranlable de loi. Certitude supé­ faite par Moïse aux Juifs, et par Jésus-Christ aux chré­ rieure parce qu’elle est basée sur l'immutabilité, la tiens. » 6' proposition souscrite par Bautain, Denzinger, science, la sincérité divine, l'infaillibilité de l’Église et n. 1493. Voir col. 482-483,1022-1024. Le concile du Vatican accompagnée de la grâce. Voir Foi. jugea nécessaire de fixer ce point par une définition el de XL La certitude et l'espérance. — L’espérance, le protéger par un anathème : « La sainte Église noire elle aussi, laisse quelque place à la certitude. Non pas Méretientet enseigne que Dieu, principe et (in de toutes que tout soit certain dans les actes de celte vertu qui choses, peut être connu avec cerliludepur les lumières doit, au contraire, être mêlé de crainte et donc d'incer­ naturelles de la raison humaine, au moyen des choses titude. Deux éléments entrent dans le mécanisme de créées. Si quelqu’un dit que le Dieu un et véritable, l’espérance : Dieu et moi. J’espère être sauvé par la notre créateur et notre seigneur, ne peut, â l’aide des grâce de Dieu. Sous l'aspect divin, l'espérance emprunte choses créées, être connu avec certitude par les lumières les certitudes de la foi. Non certes que l'espérance, qui naturelles de la raison, qu’il soit anathème. » De fide appartient à la volonté, ait pour qualité propre la certi­ tude, qui est d’ordre intellectuel, mais parce qu’elle cath., c. il, et can. 1. 2° Mais si la raison humaine est capable de quelques s'appuie sur un assentiment certain de foi à des pro­ certitudes, elle ne peut, par ses propres forces, les messes infaillibles de Dieu. Sous l’aspect humain l'es­ pérance est incertaine, parce qu elle a pour objet notre acquérir toutes. C'est ce que l'Eglise a maintes fois coopération à la grâce, notre fidélité aux préceptes soutenu, soit dans ses condamnations portées contre divins et notre persévérance finale. Or ces faits sont Hermes, Gunther, Ballzer et Frohshammer, cf. bref toujours contingents et nul ne peut, sauf révélation Ad augendas, du 26 septembre 1835 de Grégoire XVI, 2167 CERTITUDE CÉSAIRE D’ARLES 21G8 spéciale de Dieu, en avoir la certitude avant qu’ils croyance, trad. G. Art, avec la préface de M. Bninetière, Paris, s. d. : les discours de M. Brunetière sur le Besoin de croire, soient réalisés. Voir Espérance. et sur les liaisons actuelles de croire. XII. La certitude et la conscience. — Enfin, passant A, Chollet. de l'ordre dogmatique à l’ordre moral, la théologie CERVANTES Gonzalve, théologien espagnol du exige que tout homme, pour produire un acte honnête, xvi" siècle. Jésuite d’abord, il sortit de la Compagnie, ail auparavant la certitude morale de la licéité de cet et s’affilia à la province d'Andalousie de l’ordre de acte, c'est-à-dire une assurance qui exclue toute crainte Saint-Augustin. On a de lui : 1° Jn librum Sapicntiæ prudente de mal faire. Il est manifeste, en effet, que si commentarii, et theoriae studiosis sacræ Scriptural et l’on posait un acte que l'on aurait des raisons plausi­ concionatoribus verbi divini perutiles; prima pars bles de suspecter, on accepterait par là d’une façon octo priora capita complectens, Séville. 1611; 2° I’areau moins implicite le mal qui pourrait y être contenu, cer de S. Augustin en favor de la conception puris­ et cette acceptation serait un péché. sima de la virgen Maria madré de Dios, sin pecado XIII. La certitude morale. — Nous sommes ainsi original, en dote insignes lugares y principias thec'ôamenés à la certitude morale. Celte dénomination re­ gicos tlel sanlo doctor, con respuestas a olros doze, ai couvre plusieurs étals d’âme; deux en particulier. On parecer encontrados en sus obras, Séville, 1618. entend souvent par certitude morale la grande proba­ bilité dont nous avons parlé plus haut et pour laquelle Moral, Catalogo de escritores agustinos Espaholes, Portunous avons renvoyé à l’art. Probabilité. On entend gueses y Americanos, dans La Ciudad de Diùs, 1898, t. xi.vi, aussi ce mot de la certitude relative aux choses de l'ordre p. 211-212; N. Antonio, Bibliotheca Hispana nova, 1.1. p 553; pratique, aux vérités qui concernent la conduite morale. Hurler, Nomenclator, t. ΙΠ, col. 185. A. Palmieri. La première certitude est appelée morale, pour atténuer CERVERA Pierre, trinitaire, né à Valence, et mort ce qu’il y a de trop absolu dans le mot « certitude », et à Messine en 1590. On a de lui : Observationes pieta s montrer qu’elle n’est pas pleinement basée sur l’évi­ ac veritatis sacrosanctae catholicae et apostolicæ Bumadence objective, et qu’elle puise toute la force de son næ Ecclesiæ quibus pravitatis et falsitalis nunc tem­ assurance sur la détermination de la volonté, venant poris hæreticœ dolus atque assiduum hæretic ■ ι.ηι compléter ce que les motifs ont d’insuffisant. La seconde venenum insanabile liquido detegitur ad modum certitude peut être une vraie certitude fondée sur l’évi­ brevis commentarii ut omnium manibiis deferri com­ dence complète. Elle n'en est pas moins dite « morale », mode valeat, Bruxelles, 1595. parce qu’elle concerne les mœurs; et cette appellation est légitime, soit à cause de son objet, soit à cause du Figueras Carpi, Chronicon ordinis sanctissimas Trinitatis, rôle spécial que la volonté joue auprès des affirmations Vérone, 1645, p. 251; Possevin, Apparatus sacer, Venise. de cette catégorie. En etfet, toute affirmation relative à 1606, t. ni, p. 45; Antonin de l’Assomption, Diccionario de es­ l'ordre pratique et moral traite du bien, lequel, étant 1 critores trinitarios de Espana y Portugal, Rome, 1898. L I. un objet de volonté, sollicite celle-ci, en sorte qu’il ne p. 150-151. peut guère y avoir d’affirmation d’ordre moral qui ne A. Palmieri. soit accompagnée d’un consentement de la volonté. ( 1. CÉSAIRE D’ARLES. - I. Vie. II. Œuvres : Ceci montre le, caractère particulier des preuves d’ordre 1“ Discours; 2° Traités; 3° Actes canoniques. Ill. Doc­ moral et les conditions qu’elles doivent réunir pour trine : 1» Trinité; 2» Incarnation; 3° le Saint-Esprit; créer la certitude. « Elles doivent faire voir la vérité, et 4» anges et démons; 5« la foi; 6" les symboles de faire vouloir que la vérité soit. » Ollé-Laprune, La cer­ Césaire; 7° le péché originel et la grâce actuelle; titude morale, c. vu, § 3, 3’ édit., Paris, 1898, p. 378. 8" la grâce sanctifiante et les péchés actuels; 9» suites Tandis que les preuves mathématiques ou physiques, et remèdes du péché actuel; 10° vertus et vices; par exemple, sont complètes par la seule démonstration, 11° les sacrements. IV. Conclusion. celles-ci, pour produire tout leur etfet, doivent joindre Dans tout cet article, il est renvoyé aux serinons à la démonstration la persuasion; elles doivent éclairer placés par les bénédictins dans l’appendice des sermons l’esprit, el ébranler la volonté. Si elles éclairent l’esprit de saint Augustin, dans leur édition, t. v b, P. L., t. xxxix. sans vaincre la volonté, celle-ci résistera, réagira sur la Les renvois sont faits d’après Migne et l’indication col. pensée, détournera l'attention, soulèvera des objections, sans tomaison s’applique à ce t. xxxix. empêchera l'assentiment, et la certitude créée par l’évi­ I. Vie. — Césaire est né en 470 ou 471, sur le terri­ dence fera place au doute imposé par la volonté. «C'est toire de Chalon-sur-Saône, probablement dans un do­ une suite de la nature des vérités morales que, la vo­ maine rural. Ses parents devaient appartenir à une lonté étant rebelle ou insouciante, l’esprit puisse échap­ bonne souche gallo-romaine, ainsi que le prouve toute per à leurs prises par quelque endroit. Il trouve tou­ son attitude : il s’oppose au peuple et lui parle comme jours des difficultés dont il profite, des obscurités dont n’en étant pas sorti. Nous ignorons si sa fortune patri­ il tire parti, des apparences de raisons contraires qu’il moniale était grande; en tout cas, ses parents dispo­ exploite. » Ollé-Laprune, ibid., p. 389. Ce rôle de la saient d’un certain nombre d’esclaves, Fila, 1,5. P. L . volonté qui, lorsqu’elle est entraînée, complète l'effet de t. lxvii, col. 1003, elles a/fectus pristini, dont il parle a la preuve et mène Time à l’action; lorsqu’elle est l’évêque de Chalon, ibid., col. 1003, semblent désigner rebelle, obscurcit la lumière de la preuve et en paralyse une vie assez large. A l’insu de ses parents, C -. :re l’elfet, est particulier à la certitude des choses pratiques, s’arrache à cette vie et va se jeter aux pieds de s nt la distingue et donc justifie le nom de « morale » qui Silveslre, évêque de Chalon (484-526), en le c»nj irat : lui a été donné. de l’admettre dans son clergé. Césaire avait dix-huit i et resta deux ans dans le clergé chalonnais. Enfin, il Kleutgen. Lu philosophie scolastique, trad, par le R. P. renonce à ses parentset à sa patrie et s’enfuit a Lerins. Constant Sierp, Paris, 1868; fl. de Cossoles, La certitude philo­ dont le monastère était alors dirigé par l’abbé Porcaire sophique. Paris, 1883: abbé de Broglie. Le positivisme et la (Porcarius). Au bout d’un certain temps, il fut choisi science expérimentale, 2 in-8·, Paris, 1881 : Vallet, La tète et le cœur, Paris, 1891 : Ollé-Laprune, Lu philosophie et le temps comme cellerier. La rigueur de ses jeûnes l’allaiblit si présent. Paris, 1894 ; ld.. La certitude morale, 3' édit., Paris, bien que l’abbé dut l’envoyer â Arles pour refaire sa 1898; Jules Payot, De la croyance, Paris, 1896; Victor Brocbard, santé et consulter les médecins. Les sceptiques grées, Paris, 1887 ; R. P, Schwalm, Le dog­ Il avait étudié à Lérins surtout les œuvres de saint matisme du cœur el celui de l’esprit. Paris. 1899; D. Mercier, Augustin et celles du prédécesseur de Porcair··. I . - e. Critériologie générale ou théorie générale de la certitude, devenu évêque de Riez en 460. 11 put suivre a Arles les Louvain, Paris, 1899 ; Albert Leclerc, Essai critique sur le leçons d’un rhéteur africain, Pumerius, et compléter sa droit d’affirmer, Paris, 1901; J. Balfour, Les bases de la 2169 CÉSAIRE D’ARLES formation littéraire qui parait avoir été jusque-là fort négligée. Mais il était déjà trop tard pour qu'il pût ac­ quérir la culture classique; elle lui a toujours man­ qué. Il ne dut apprendre à l’école de Pomére qu'à écrire facilement, à composer et à faire tomber les phrases suivant les règles du cursus. Il avait sans doute sur la culture convenable à un homme d’Église des idées déjà arrêtées et une répugnance raisonnée pour les exercices de virtuosité qui faisaient la joie d'un Ennodius. Voir le songe raconté, Vila, I, i, 9, P. L., t. lxvi, col. 1005. L’évêque d’Arles, Éone, découvrit que Césaire était son parent. Il demanda à l'abbé de Lérins de le lui céder et conféra à son nouveau clerc le diaconat, puis la prêtrise. Il lui conlia enfin la direction d'une abbaye située dans une île du Rhône. Césaire exerçait depuis plus de trois ans ces fonctions quand l’évêque d’Arles le désigna pour son successeur; peu de temps après, il recueillait l'héritage d’Eone (503). L’épiscopat de Césaire s’est exercé sous trois régimes politiques : le régime wisigothique sous Alarie II jus­ qu’en 507 ; le régime ostrogothique sous Theodoric, de 508 à 536; le régime franc, depuis 536. Les deux premiers étaient ariens. Catholique et d’origine burgonde, Césaire leur fut suspect et dut aller se justifier, à Bordeaux, en 505, à Ravenne, en 513. Mais il tourna ses deux voyages au profit des intérêts ecclésiastiques. En 506, il avait licence de réunir un grand concile, à Agile; en 513, comblé d’honneurs par Théodoric, il poussait jusqu’à Rome, obtenait immédiatement contre saint Avit une décrétale de Symmaque favorable à ses prétentions de métropolitain (6 novembre), et après son retour, la res­ tauration ou la confirmation de la primatie artésienne. Sur la primatie, voir L. Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. i, p. Ri sq. ; Bahut, Le concile de Turin, Paris, 1904. La primatie consistait surtout dans une surveillance générale des affaires ecclésiasti­ ques en Gaule et en Espagne, la convocation des conciles et le privilège de délivrer les lettres formées aux clercs ou évêques se rendant de ces pays auprès du pape. Voir la lettre de Symmaque et la supplique de Césaire, P. L., t. i.xii, col. 66, 65. En même temps, Théodoric rétablissait à Arles la pré­ fecture des Gaules, une institution qui avait déjà prêté à celle de la primatie un appui politique. Le préfet, Libère, fut pour Césaire un soutien énergique. Cette période de la vie du saint est le point culminant de sa carrière. 11 exerce sur toute la région, et par delà sur la Gaule, une inlluence prépondérante que précisent les décisions de cinq conciles successifs, Arles (524), Carpentras (527). Orange et Vaison (529), Marseille (533). Le concile d’Orange, sur lequel nous allons revenir, statua sur une question dogmatique. Les autres traitèrent de l’organisation et du gouvernement des Eglises et de la vie des clercs. Le concile de Marseille eut à juger d’un cas particu­ lier. Contumeliosus, évêque de Riez, y fut condamné pour fautes contre les mœurs. Mais il ne tint pas compte de la sentence. Césaire la lit confirmer par le pape Jean IL A son tour, Contumeliosus en appela au pape. Césaire voulut passer outre à l’appel. Le pape Agapit lui renvoya une dure leçon de droit canon. P. L., t. lxvi, col. 47. Presque aussitôt les Francs annexaient Arles au royaume de Childebert. La situation politique dont avait bénéficié la primatie était une fois de plus modifiée. Les temps mérovingiens commençaient. Mais l'influence de Césaire avait été trop profonde pour ne pas se pro­ longer et marquer de son empreinte la période suivante. De son vivant, Césaire n’assiste plus aux conciles tenus à Orléans (IIe, 533), en Auvergne (533), à Orléans encore, a deux reprises (111e, 538, et IV', 541). Mais sa législa­ tion y fut adoptée et promulguée à nouveau, surtout 2170 dans les trois derniers. Quand il mourut, le 27 août543, il laissait derrière lui une œuvre durable qui peut le faire considérer comme un des fondateurs de l’Église de France. IL Œuvres. — Cette œuvre de Césaire est principa­ lement canonique; nous n’avons pas à la décrire ici en détail. Cependant, quoique n’étant à aucun degré un auteur de profession, il a beaucoup écrit. On peut ré­ partir tout ce qui est sorti de sa plume en trois groupes : discours, opuscules, actes canoniques et lettres. 1° Discours. — Jusqu’à ces dernières années, il planait quelque incertitude sur l’authenticité des dis­ cours de Césaire. Les éditeurs successifs de saint Au­ gustin avaient attribué au maître une masse de ser­ mons qui ne lui appartenaient pas. Les bénédictins les ont séparés et en ont formé un appendice. P. L., t. χχχιχ, col. 1735-2354. Dans cet appendice, ils en ont indiqué un grand nombre comme appartenant à Césaire, voir la liste, P. L., t. lxvii, col. 1041; une autre liste est indiquée par les auteurs de VHisloire littéraire de la France, t. ni, p. 200 sq. Voici une liste un peu diffé­ rente, où je n’admets que des sermons où il est sûr que Césaire a mis la main : iv-vi, vin, x-xin, xv, xvn-xix, XXII, XXIV, XXVIII, XXXII, XXXV, XL-XI.II, XI.IV, XLV, LU, LUI, LVI, LVIII, I.XIII, LXVI-I.XIX, I.XXV-LXXV1II, LXXXIII(?), LXXXIX, XCI, CI, CIV, cv, cvn, CX-CX1I, CXV, CXVl, CXXIX, cxxx, cxL-cxi.n, cxlvi, cxLtx, ci.xvni (depuis le n. 3), ci.xxm, ccx (depuis le n. 4), ccxxiv, ccxxvni, ccxxix, CCXI.IV, CCXLIX, CCI., CCI.II, CCLIII, CCLVI-CCI.XVII, CCLXIXCCLXXIX, CCLXXXI-CCLXXXVI, CCI.XXXVIII, CCLXXXIX, CCXC1ICCXCVI, CCXCV1II, CCC1, CCCIII, CCCV, CCCVII-CCCIX, CCCX1II, cccxv. A cette liste, on devra joindre un certain nombre de sermons publiés ailleurs, sermons adressés aux moines, P. L., t. lxvii, col. 1069; homélies insérées au t. ni, de S. Augustin (homil. x, xi, P. L., t. xxxv, col. 2435); sermons publiés par M. Engelbrecht, dans l’édition viennoise de Fauste de Riez (notamment, en tout ou en partie, les sermons i, xi, xii, xv-xvn, xxiv, identique au sermon indiqué plus haut dans P. L., t. lxvii, xxv, xxix-xxxi); admonition aux évêques pu­ bliée par M. Malnory, Césaire, p. 294; et surlout les sermons inédits publiés par dom Morin. Revue bénédic­ tine, t, xm (1896), p. 97; t. xvi (1899), p. 241, 289, 337. Les sermons de Césaire sont écrits avec une grande simplicité et ont un caractère pratique très marqué. Le style est composé de formules qui reviennent à satiété et qui permettent de lui attribuer sans difficulté les pièces anonymes ou mises sous de faux noms (liste de ces expressions : Morin, Revue bénédictine, t. X (1893), p. 62; t. xvm (1901), p. 347; Mélanges de Cahrières, p. 117-121; Lejay, dans la Revue biblique (1895), t. iv, p. 593-605). Mais il emprunte fréquemment à d’autres auteurs le corps de ses développements, surtout à saint Augustin. Pour se rendre compte de ce procédé d’adap­ tation, on peut étudier les sermons de l’appendice xm (saint Ambroise), xxiv (Origène), Lin, cv, cxi (saint Au­ gustin), ou les sermons I et VI (saint Augustin), tirés par dom Morin de l’Homiliaire de Burchard de Würz­ bourg. Revue bénédictine, t. xni (1896), p. 97. 2° Traités. — On ne possède que deux opuscules dog­ matiques de Césaire : 1. Ün traité sur la Trinité : Epistula ou Collectio de mysterio sanctæ Trinitatis. Publié incomplètement par Mai, Nova Patrum bibliotheca, t. i, p. 410; complété, d’après un ms. de la Minerve, du ix' siècle, par dom Morin, dans les Mélanges de littérature et d’histoire religieuses, publiés à l’occasion du jubilé épiscopal de M‘Jr de Cabri ères, évêque de Montpellier (Paris, 1899), t. i, p. 109; la fin doit être cherchée dans Reifferscheid, Bibliotheca Patrum Halica, t. i, p. 174, note 5. 2. L'n traité sur la grâce, Quid domnus Cæsarius sen­ serit conlra eos qui dicunt quare aliis det Deus gratiam, 2171 CÉSAIRE D’ARLES 2172 aliis non det, découvert par dom Morin et publié en nisme, souvent réduit â une sorte de docétisme, et aussi le priscillianisme, qui supprimait l’âme humaine du 1896. Revue bénédictine, t. xm, p. 433. Christ. 3° Actes canoniques. — Il faut ranger dans cette caté­ gorie d’abord les décisions des conciles auxquels Césaire A la notion de la conception virginale, Césaire ajoute, a pris part : Agde, Arles, Carpentras, Orange, Vaison, après saint Ambroise et saint Augustin, celle de l'absence Marseille. Cf. Sirmond, Concilia Galliæ, t. i, p. 161 sq.; de péché dans Marie : Natum ex Maria virgine, quæ Bruns, Canones apostolorum et conciliorum, t. n, virgo ante partum et virgo post partum semper fuit p. I iôsq. ; Maassen, Concilia ævi merovingici, p. 35 sq., et absque contagione vel macula peccati perduravit. dans les Mon. Gernianiæ historica, Legum, sect, nt, Serm., ccxliv, 1, P. L., t. xxxix, coi. 2195. Les derniers Concilia, t. I : édition critique fondamentale qui n’a mots pourraient faire penser â l’exemption du péché malheureusement pas le concile d’Agde; le concile originel; cependant il serait un peu hasardeux de les presser, à défaut d’énoncés plus explicites. Les mani­ d'Orange se trouve aussi, P. L., t. LVtl, col. 1141. On doit aussi attribuer à Césaire les Statuta Ecclesiæ chéens rejetaient la conception virginale. Voir par antiqua, vulgairement IV· concile de Carthage. Les exemple le sermon suivant, ccxlv, 4, col. 2197, qui n'est Hallerini en ont restitué le texte intégral dans le t. ni, pas de Césaire. Il est possible que l'évéque d’Arles n’ait pas eu d’autre but que de répondre à ces hérétiques. de leur édition de saint Léon, P. L., t. LVI, col. 879; Maassen a démontré que ce recueil était gaulois et spé­ Outre la réalité de la passion, Césaire aflirme que le cialement arlésien, et M. Malnory l’a attribué avec cerChrist a bien souffert pour nous : pro nostris peccatis tilude à Césaire, p. 50 sq. Voir col. 1806-1807. passum, Serm., ccxi.iv, 2, col. 2195, pro salute nostra... Aux conciles, il faut rattacher la documentation qui per se ipse descendit el pro nobis flagella el opprobria les concerne, lettres et préliminaires : une lettre â Buri­ et reliquas quas legimus iniurias patienter excepit. cius, relative au concile d’Agde, P. L., t. i.vi. col. 866; Serm., xi.iv, 6, coi. 1834, etc. Il décrit longuement les nouvelle édition dans le Fauste d’Engelbrecht, p. 448, humiliations du Christ, reprenant dans saint Augustin 14; les Capitula sancti Augustini in urbe Roma trans­ cette idée du Dieu de pitié qui deviendra au moyen âge missa (première rédaction dans Labbe, Concilia, t. iv, une des sources les plus abondantes de la dévotion. p. 1676; deuxiémeaugmentée,dans Pilr.1,.4nalecta sacra, Serm., ccxliv, 2, col. 2195; ccxi.ix. 4, col. 2207. t. v, p. 161 sq.); enfin, les Capitula sanctorum Patrum, La descente aux enfers était entrée à peine depuis un publiés pour la première fois par dom Morin, Revue siècle dans certaines rédactions latines du symbole apos­ bénédictine, t. xxi ( 1904), p. 226. tolique. Elle a un relief spécial dans Césaire. Voir la Une dernière catégorie de documents est relative aux description dans un sermon publié par M. Engelbrecht deux monastères fondés par Césaire. Ce sont d’abord dans son édition de Fauste, p. 312, I. 12 sq.; cf. Serm., les deux règles, aux moines et aux religieuses; puis ccxliv, 1, col. 2195. Ce mystère ne s’est pas seulement diverses pièces, exhortationset lettres qui s’y rattachent, accompli au bénéfice des âmes des justes morts avant enlin le testament de Césaire, complément des disposi­ le Christ, mais pour nous arracher â la gueule du plus tions prises à l’égard des religieuses. Tous ces textes cruel dragon : Ad inferna descendit ut nos de fauci­ sont réunis, P. L., t. LXVII, col. 1099 sq., qu’il faut bus crudelissimi draconis eriperet. Serm., xliv, 6, cependant compléter par les bollandistes, Acta sancto­ coi. 1834. rum, t. t januarii (ancienne édit.), ou t. n (nouv. édit.). Césaire a trouvé dans saint Ambroise ou dans Origène Le testament a été défendu contre les attaques inconsi­ la tradition que la croix a été plantée dans le lieu où fut dérées de M. B. Krusch et publié â nouveau par dom enterré Adam et il reproduit l’étymologie qui parait Morin, Revue bénédictine, t. XVI (1899), p. 97. avoir été le point de départ de cette légende. Serm., vi, III. Doctrine. — La doctrine de Césaire n’olfre pas 5, col. 1751. d’originalité, si l’on en considère seulement le contenu. Parmi les œuvres attribuées au Fils, il faut mention­ ner la création de l’homme. C’est à lui que se rapporte Elle rellète les idées et les systèmes des devanciers et illi qui vos creavit. Serm., ccxliv, 3. col. 2195. Le des contemporains, Origène (connu par la traduction Christ dit, Serm., cc.xi.ix, 4, col. 2207 : Ego te, o homo, latine de Rulin), saint Ambroise, saint Augustin, Fauste, de limo manibus meis feci. Les Statuta appliquent au (surtout le De Spiritu Sancto), Fulgence de Ruspe et quelques autres. Mais le choix des sujets et leur mise Christ la qualification creatorem cæli el lerræ. Cette attribution pourrait bien viser les manichéens, qui oppo­ en œuvre ne sont pas sans offrir quelque intérêt. 1· Trinité. — C’est le sujet du traité mentionné plus saient au dieu bon le dieu mauvais de la création. La participation du Père et du Fils â la même œuvre sup­ haut. Les arguments fournis ne sont pas nouveaux, rai­ sonnements ou combinaisons de textes de l’Écriture. primait la possibilité de les opposer l'un à l’autre. 3° Le Saint-Esprit. — La doctrine du Saint-Esprit est, Césaire s’attache à prouver l'exactitude de la formule : vers le temps de Césaire, une des occupations des tlo oEt Deus et Dominus, pour les trois personnes. Il déve­ logiens gaulois : le traité De Spiritu Sancto, restitué â loppe un argument dont, il est très satisfait, puisqu’il le Fauste par M. Engelbrecht, est peu antérieur. Césaire reprend encore dans un sermon en le recommandant lui fait de notables emprunts dans trois sermons publi· s comme irrésistible : Deus Pater, si potuit filium, sibi par M. Engelbrecht (dans son édition de Fauste, p. 337, similem gignere et noluit, non est bonus; si voluit 1.15 sq.). 11 estasse/, curieux de voir l’un de ces sermons et non potuit, non est omnipotens. Certi estote, consacré tout entieraux dons extraordinaires (charisiœ s. fratres mei, quia huic sententiæ nullus unquam virtutes). Le prédicateur pratique, qui ici doit peu dearrianorum poterit respondere. Semi., xxxix, 1, chose à Fauste, dissuade les fidèles de la demande et de P. L., t. xxxix, coi. 1822. Il explique que le Christ est la pensée de ces merveilles et les tourne vers les vertus minor Patri par 1’incarnalion. Serm., CCLtv, coi. 2194, morales, dont un chrétien a l’obligation el la consto.' qu’il n’y a pas d’âge en Dieu, homélie publiée par Casoccasion. Les charismes dont il parle ne sont qu au pari, 19, que les formules Pater a quo omnia et Filius nombre de deux : l’expulsion des démons et la guérison per quem omnia sont équivalentes. des maladies. 2° Incarnation. — Les Statuta Ecclesiæ antiqua et 4° Anges et démons. — Les anges tiennent peu de une homélie publiée par Caspari, Kirchenhistorische place dans la prédication de Césaire. 11 ne distingue que Anecdota, t. i (Christiania, 1883), p. 213, insistent par­ des anges et des archanges. C’est un archange qui son­ ticuliérement sur la dualité de nature et l’unité de per­ sonne dans le Christ, sur la réalité de la chair du Christ, ( nera de la trompette au dernier jugement. Le diable était aussi un archange. Les Statuta définissent qu’il de son humanité, de ses souffrances. En même temps n'était pas mauvais par nature, condicione, mais qu il a que le nestorianisme, ces assertions visaient l’eulycbia- 2173 CÉSAIRE D’ARLES péché par orgueil : doctrine dirigée contre le mani­ chéisme. 5° La foi. — Il y a une foi orthodoxe, une foi droite, une loi intègre. Césaire insiste beaucoup sur ce point. Semi., xi.t, 3, col. 1827; i.vm. 5, col. 1855; cclxiv, 2, col. 2234; cccxv, 3, col. 2350. Cette foi esl en même temps catholique; l'épithête parait avoir eu dans la bouche de Césaire le même sens qu'orthodoxe. Serm., CCXLtv, I, col. 2194; cct.xxix, 4, col. 2275; cct.xxxtx, 3, col. 2292. C’est cette foi qu’il faut garder, tenere, avec fidélité el fermeté, fideliter et firmiter. Serm., xxn, 2. col. 1786. Les mots fidelis, fideliter, reviennent à satiété dans l’œuvre de Césaire et désignent le loyalisme du chrétien soumis. Voir dom Morin, Revue bénédictine, t. xvill (1901), p. 354, 360. Personne d'ailleurs ne peut être sauvé hors de cette foi et de l’Église qui la professe. Statuta; homélie publiée par Caspari. Le devoir pres­ sant de la foi est marqué par la répétition de credite... credite... dans diverses pièces, notamment dans le Serm., ccxt.iv, de l’appendice augustinien. Les sources de la foi sont l’Ecriture et les Pères. L’Écriture ne doit pas être entendue au sens littéral, car la lettre peut conduire au blasphème, comme on le voit par les objections des païens et des manichéens; mais tout dans l’Ancien Testament est figure du Nou­ veau. Servi., xin, I, col. 1765; xxvm, I, col. 1799; xl, 1. col. 1823; t.vtii, 1, col. 1854; cci.xxii, 5, col. 2254, etc. Les anciens Pères, les saints Pères, sancti Patres, an­ tiqui Patres, sont les véritables interprètes de l’Ecriture, Serm., χχχιν, I, col. 1811, el la source de la foi. Serm., xix, 4, col. 1779; χχχιχ, I, col. 1822; cxxix, 4, col. 2002; cci.xxii, 5, col. 2254. Cependant Césaire n’abuse pas des subtilités exégétiques. « L’exactitude et la sobriété de son esprit reprennent l’avantage par la manière dont il accommode ses emprunts à l'intelligence de ses audi­ teurs, laissant de côté les traits de symbolisme trop cherchés et trop éloignés, choisissant de préférence ceux qui ont les analogies les plus simples et les plus claires avec la chose symbolisée... Aussi, de tout ce qu'a pro­ duit l'exégèse gallicane, est-ce la part de Césaire qui est restée la plus intacte et qui a le plus captivé la postérité; ce qui... tient... à la structure facile, agréable et à la tendance pratique. » Malnory, Césaire, p. 175. Dans ses homélies sur l’Ancien Testament, Césaire demande aux Pères des explications allégoriques; dans les contro­ verses dogmatiques, il extrait de leurs œuvres les capi­ tula destinés â appuyer sa doctrine de la Trinité ou de la grâce; dans ses admonitions morales, il abrite ses exhortations derrière leurs décisions. Serm., ccxxix. 4, col. 2002. A l’Église orthodoxe s’opposent les hérétiques. Césaire énumère parfois les ariens, les photiniens, les donatistes, les manichéens. Serm., xix, 3, col. 1780. Mais ces énumérations sont de stylo et le plus souvent empruntées. Serm., tvnt, 4, col. 1855 : d’après Augustin. Il s’attaque directement, et comme à des adversaires qui comptent réellement pour lui, aux manichéens et aux ariens. Les manichéens, toujours qualifiés par lui d'immundissimi, attaquaient l’Ancien Testament et « blasphé­ maient » en exploitant contre le Dieu d'Israël les his­ toires sacrées entendues au sens littéral. Césaire leur répond et donne des récits bibliques une interprétation symbolique ou morale. Serm., xxn, 1, col. 1786; xxxiv, 1, col. 1811 ; xi.i, 1, col. 1826. Quand l’auteur d’où il tire ces développements, suivant sa coutume, se trouve avoir désigné d'autres hérétiques ou les païens, il remplace ces désignations par celle des manichéens. Serm., v, 7. col. 1749. Un autre point de la doctrine manichéenne qu’il contredit est Tinlluence des astres : le péché est le fait de l’homme, non des étoiles. Serm., cct.ni, 2, col. 2213. Nous avons vu que d'autres affirmations de Césaire, sur le Christ créateur, sur la nature du démon, peuvent avoir été dirigées contre les mêmes hérétiques. i [ I I 2174 Ils disaient aussi que l'homme ne péchait pas. mais que l'agent de ténèbres péchait dans l'homme. Serm., ccliii, 2,5, col. 2213, 2214. Enfin, les Statuta paraissent prendre des précautions contre une secte rigoriste qui condamnait et les secondes noces et le mariage lui-même, qui prescrivait certaines abstinences, refusait d’admettre les pénitents â la communion et niait que tous les péchés, le péché originel et les péchés actuels, étaient remis par le baptême. Cette secte obli­ geait-elle les adultes admis au baptême â une pénitence ultérieure? Nous ne savons. En tout cas, les autres traits conviennent au manichéisme. De tous ceux que nous avons rassemblés, quelques-uns peuvent aussi s’appli­ quer aux débris du priscillianisme. Ces sectes, qui me­ naient une vie obscure et persécutée, avaient une ten­ dance à se confondre et on pouvait aussi être tenté de les confondre. Les ariens sont les adversaires que l’évéque d'Arles combat dans ses expositions dogmatiques et dans son traité de la Trinité. Il les nomme quelquefois, mais presque toujours le mot fait partie d’un emprunt à un autre auteur. Il appelle d'ordinaire l’arianisme « l’autre religion », altera religio. C’est la religion des maîtres, Wisigoths ou Ostrogoths. Le début du traité sur la Tri­ nité décrit d’une manière vivante les colloques et les discussions que provoquait dans Arles la cohabitation des deux cultes. 6° Les symboles de Césaire. — Nous avons de l’évéque d'Arles plusieurs documents de teneur symbolique. La précision et la brièveté qui sont les lois du genre plai­ saient beaucoup à Césaire qui a toujours aimé les formules fixes et faciles à retenir. Son esprit pratique et ses obli­ gations de « précepteur religieux » devaient lui faire désirer un texte plus développé que le symbole aposto­ lique et moins spécial que les symboles conciliaires. Le premier document de cette espèce auquel il ait mis la main est le questionnaire des Statuta Ecclesiæ anti­ qua. En tête de cette compilation canonique, on déter­ mine les conditions que doit remplir l’évéque. On de­ vra lui faire subir un interrogatoire pour savoir s’il est in dogmatibus ecclesiasticis exercitatus. Nous avons là moins un Credo que son schéma. De plus, le but est de s’assurer de l'orthodoxie de l'élu. Tous les points de la doctrine chrétienne ne sont donc pas traités. Les prin­ cipaux paraissent répondre au nestorianisme, à l’eutychianisme, au manichéisme ou au priscillianisme. L'œuvre n’est pas cependant sans importance pour la dogmatique. Elle nous montre quelles étaient les préoc­ cupations en cette matière au début de l’épiscopat de Césaire ; elle nous fait connaître les formules qui avaient ses préférences ou celles qu’il acceptait de ses devanciers. [1] Qui episcopus ordinandus est. antea examinetur... [2] si in dogmatibus ecclesiasticis exercitatus el ante omnia si fidei docu­ menta verbis simplicibus asserat, id esl, Patrem et Filium et Spiritum Sanctum unum Deum esse confirmans, lotamque in Tri­ nitate deitatem coessenliatem et consubstantialem et coæternaiem et coomnipotentem praedicans; [3] si singulam quamque in Trinitate personam plenum Deum et totas 1res personas unum Deum; [4] si incarnationem divinam non in Patre neque in Spi­ ritu Sancto factam, sed in Filio tantum credat, ut qui erat in divi­ nitate Dei Patris Filius ipse fieret in homine hominis matris filius, Deus verus ex Patre et homo verus ex matre, carnem ex matris visceribus habens et animam humanam rationabilem, simul in eo ambae naturae, id est homo et deus, una persona unus Filius, unus Christus, unus Dominus, (5| creator omnium quæ sunt, et auctor et Dominus et rector cum Patre et Spiritu Sancto omnium creaturarum: (t>| qui passus est vera carnis pas­ sione, mortuus vera corporis sui m< rte, resurrexit vera carnis sute resurrectione et vera animæ resumptione in qua veniet judi­ care vivos et mortuos. [7| Quierendum est etiam ab eo si N vi et Veteris Testamenti, id est legis et prophetarum et apostolrum, unum eumdemque credat auctorem et Deum : [3] si diabolus non per condicionem, sed per arbitrium factus sit malus. [9] Qiuerendum etiam ah eo si credat hujus quam gestamus et non alte­ rius carnis resurrectionem; jlt)J si credat judicium futurum 2175 CÉSAIRE D’ARLES recepturos sin.-ulos prn his qua? in hac carne gesserunt vel pœnas vel gloriam ; 111] si nuptias non improbet, si secunda matrimonia non damnet; [12] si carnium perceptionem non culpet; [13] si pænitentibus reconciliatis communicet ; [14] si in baptismo omnia peccata, id est tam illud originale contractum quam illa quæ vo­ luntarie admissa sunt, dimittantur ; [15] si extra Ecclesiam ca­ tholicam nullus salvetur. Statuta Ecclesiæ antiqua. P. L., t. LVI, coi. 879-880. Un deuxième document quia d’assez nombreux points de contact avec les Statuta, est une homélie publiée d’après deux manuscrits de Paris par Caspari, Kirchen· hislorische Anecdota (Christiania, 1883), t. i, p. 213. Cette homélie comprend deux parties : dogmatique, morale. La deuxième est identique à la deuxième par­ tie (n. 2 sq.) du sermon CCXLIV de l’appendice. La pre­ mière n’a que quelques phrases communes avec le même sermon. On y est très préoccupé de la Trinité, de la réalité des souffrances du Christ, de la descente aux enfers, de la réalité et de la propriété des corps humains ressuscités, de la composition de la personne de Jésus-Christ en deux natures. 11 semble que, comme dans les Statuta, on songe au nestorianisme, à l’eutychianisme, au manichéisme. Mais la doctrine trinitaire est amplement développée, non seulement par des for­ mules précises, quelques-unes identiques aux articles du symbole dit de saint Athanase, mais aussi par une très longue comparaison des trois personnes divines à un cierge, flamme, lumière et chaleur. C’est la vieille comparaison du soleil, assez gauchement diversifiée. Littérairement, celte comparaison et toute cette amplifi­ cation ont pour effet de gâter complètement les propor­ tions de l’homélie. Mais elles sont la preuve que l’auteur a surtout en vue les ariens. Homélie publiée par Caspari. — [1] Rogo voset ammoneo,fr. car., quicumque vult salvus esse, fidem rectam catholicam firmi­ ter teneat inviolatamque conservet. [2] Quam si quis digne non habuerit, regnum Dei non possidebit. [3] Credite in Deum Pa­ trem omnipotentem, invisibilem, visibilium et invisibilium om­ nium rerum conditorem, hoc est, qui omnia creavit simul verbo potentiæ suæ. [4] Credite et in Jesum Christum, filium ejus uni­ cum, dominum nostrum, [5] conceptum de Spiritu Sancto, nutum ex Maria virgine, hoc est sine matre de Patre deus ante sæcula et homo de matre sine patre carnali in fine sæculorum, [6] cruci­ fixum sub Pontio Pilato præsidc et sepultum, [7] tertia die resur­ gentem ex mortuis, hoc est in vera sua carne quam accepit ex .Maria semper virgine. [8] Per veram resurrectionem resurrexit, postquam diabolum ligavit et animas sanctorum de inferno libe­ ravit. [9] Victor ascendit ad cælos. sedit in dexteram Dei Patris. [16] Inde credite venturum judicare vivos ac mortuos, hoc est sanctos et peccatores, aut mortuos de sepulcris et vivos quos dies judicii inveniet viventes. [11] Credite et in Spiritum Sanctum, Deum omnipotentem, unam habentem substantiam cum Patre et Filio. [I2] Sed tamen intimare debemus quod Pater deus est, et Filius deus est, et Spiritus Sanctus deus est, et non sunt tres dii, sed unus est Deus, sicut ignis et calor et flamma una res est. 113-15] (Suit le développement de la comparaison.) [16] Ha ergo. Patrem et Filium et Spiritum Sanctum unum Deum esse confitemur, non tres deos, sed unum, ut dixi, unius, inquam, omnipotenliæ, unius divinitatis, unius potestatis. [17] Et tamen Pater non est Filius, et Filius non est Pater, nec Spiritus San­ ctus aut Pater aut Filius, sed Patris et Filii et Spiritus Sancti una ælernitas, una substantia, una potestas inseparabilis. [18] Ecce duo vocabula dixi, ignem et lumen. (La comparaison est lon­ guement développée.) [19] Pater non senior de Filio secundum divinitatem, nec Filius junior est de Patre, sed una ætas, una substantia, una virtus, una majestas, una divinitas, una potentia Patiis et Filii et Spiritus Sancti. [20] Credite Ecclesiam catholi­ cam, hoc est universalem in universo mundo, ubi unus Deus in trinitate personarum et in unitate divinitatis colitur, unum bap­ tisma habetur, una fides servatur; [21] et qui non est in unitale Ecclesiæ, aut clericus aut laicus, aut masculus aut femina, aut ingenuus aut servus, partem in regno Dei non habebit. [22] Cre­ dite remissionem peccatorum aut per baptismum, si observatis legem ejus, hoc est abrenuntiationem diaboli et angelis ejus et pompis sæculi, aut per pænitentiam veram, id est commissa deflere et pænitonda non committere, aut per martyrium ubi sanguis pro baptismo computatur. [23] Credite communem om­ 2176 nium corporum resurrectionem post mortem... [24] Non in altera carne surgent. sed in ea ipsa quam habuerunt. [25] Sed tamen resurgent homines juvenes quasi xxx annorum, licet senes aut infantes transierint, et pulchriora corpora et tenuiora habebunt. [26] Ut peccatores æternas sustineant pœnas, et justi et sancti præmia cælestia in iisdem corporibus possideant. Ce défaut de proportion a-t-il inquiété l’auteur? En tout cas, il a repris son travail, en a un peu élagué la partie antiarienne et a fait une place plus grande au Saint-Esprit, qui avait été réduit jusque-là à la por­ tion congrue : il est vrai qu’il était simplement omis dans les Statuta. Cette nouvelle rédaction de l’homélie, avec un début légèrement différent et amputée de sa partie parénétique. a été retrouvée par M. Burn dans trois manuscrits (Oxford, Wolfenbüllel et Munich) « t publiée dans la Zeitschrift fur Kirchengeschichlc, LSÎ-i'. I. xix, p. 179. Enfin le sermon ccxt.iv parait nous présenter le d· rnier essai de Césaire. 11 contient la partie morale, qui dès le début s’est trouvée réussie et a échappé aux tâ­ tonnements. La partie dogmatique présente une ordon­ nance équilibrée et un mouvement oratoire qui nï-st pas sans énergie : Credite... credite... credite... Le thème fondamental est la nécessité de la foi; sur ce thème, se détachent les vérités diverses qu’il faut croire. Les formules trinitaires, la procession <’u Saint-Esprit, la descente aux enfers, la réalité de la chair du Christ, ont passé des deux essais précédents dans celui-ci. Il y ajoute l’affirmation de la pureté de Marie et l'article de la communion des saints. Ce dernier article fait partie de la finale, empruntée au symbole apostolique, où sont intervertis les deux articles suivants, résurrection de la chair, rémission des péchés. Incipit de fide catholica excarpsum. [1] Rogo et admoneo vos, fratres carissimi, ut quicumque vult salvus esse, fidem rectam et catholicam firmiter teneat inviola­ tamque conservet. [2] Ita ergo oportet unicuique observare ut credat Patrem, credat Filium, credat Spiritum Sanctum. f3J Deus Pater, Deus Filius, Deus et Spiritus Sanctus ; sed tamen n< n tres dii, sed unus Deus. [4] Qualis Pater, talis Filius, talis et Spiritus Sanctus. [5] Attamen credat unusquisque fidelis quod Filius æqualis est Patri secundum divinitatem, et minor est Patre se­ cundum humanitatem carnis quam de nostro assumpsit; [6] Spi­ ritus vero Sanctus ab utroque procedens. [7] Credite ergo, caris­ simi, in Deum Patrem omnipotentem : [8| credite et in Jesum Christum Filium ejus unicum Dominum nostrum. [9] Credite eum conceptum esse de Spiritu Sancto et natum ex Maria vir­ gine, quæ virgo ante partum et virgo post partum semper fuit, et absque contagione vel macula peccati perduravit. [10] Credite eum pro nostris peccatis passum sub Pontio Pilato, credite cru­ cifixum, credite mortuum et sepultum. [11] Credite eum ad in­ ferna descendisse, diabolum obligasse et animas sanctorum quæ sub custodia delinebantur liberasse secumque ad cælestem pa­ triam perduxisse. [12] Credite eum tertia die a mortuis res· : rexisse et nobis exemplum resurrectionis ostendisse. [13] Cred te cum in cælis cum carne quam de nostro assumpsit ascendisse. [14] Credite quod in dextera sedet Patris. [15] Credite quod · -r turus sil judicare vivos et mortuos. [16] Credite in Spiritum Sanctum, credite sanctam Ecclesiam catholicam, credite cornu unionem sanctorum, credite resurrectionem carnis, credite re­ missionem peccatorum, credite el vitam æternam. Serm., eexi r., P. L , t. xxxix, coi. 2194. On a considéré ces trois documents, les homélbpubliées par Gaspari el M. Burn, et le sermon ccxi comme les explications d’un symbole. H n’est pas dou­ teux que Césaire n’ait utilisé pour les rédiger les : mules symboliques connues de lui, au moins le bdle apostolique et peut-être le symbole de Nicée «dans les homélies de Caspari et de M. Burn : creatorem · rsibilium et invisibilium). L’état du symbole apostolique que supposent ces documents diffère un peu de l’un a l'autre, plutôt par le choix de Césaire que par la teneur de la formule elle-même; le texte parait intermédiaire entre la vieille rédaction et le texte reçu. Mais là se 2177 CÉSAIRE D’ARLES bornent..je crois, les rapports des œuvres de Césaireavec des formules définies. Le document de Caspari peut encore passer pour un commentaire, mais c’est surtout un développement de Credo. Celui de M. Burn a un peu moins l’aspect d’une explication. Le sermon ccxi.iv n'est plus qu'un précis sommaire sans explication. Les trois documents représentent les ébauches successives d’un résumé du christianisme. Le sermon CCXLIV est-il la dernière étape de Césaire en marche vers un symbole? Je ne le crois pas. Dom Morin, dans la Revue bénédictine, t. xvm (1901), p. 317 sq., a établi une série de concordances verbales entre le symbole dit de saint Athanase et les œuvres de Césaire. Jamais on n'a réuni pour une homélie ou un traité une telle quantité d’expressions caractéristiques appuyées sur un si grand nombre de références. De plus, il a montré le Quicumque conservé parmi les œuvres de Césaire dans des recueils d’origine arlésienne. Il semble qu’on ne puisse plus hésiter à mettre le nom de Césaire sur la célèbre profession de foi. « Le Qui­ cumque est une sorte de catéchisme élémentaire, destiné à mettre à la portée des esprits même les moins culti­ vés les formules dogmatiques élaborées à la suite des grandes hérésies des tv· et v· siècles touchant la Trinité el l'incarnation : le tout avec un certain accent pratique qui ne s’accuse pas au même degré dans la plupart des anciennes professions de foi. » Morin, ibid., p. 339. Ces caractères concordent bien avec les préoccupations et le but de Césaire. Si l'on compare enfin la doctrine du Quicumque et celle des autres documents, on sera frappé des rapports de sens et de forme qu’ils présen­ tent. Je considère le symbole de saint Athanase comme le fruit dernier des efforts que Césaire lit pour créer cette formule sobre et complète, précise et énergique, ébauchée dans des essais successifs. L'attribution à saint Athanase par Césaire lui-même est vraisemblable; dom Morin en a cité d’autres exemples et on peut renvoyer à une autre liste dressée par lui, Mélanges de Cabriéres, t. t, p. 116-117, d’attributions à saint Augustin. « Césaire, dit-il, avait l'habitude de mettre en tête de ses compilations le nom du Père, de l’écrivain ecclé­ siastique, dont les ouvrages authentiques ou supposés lui avaient fourni, ne fût-ce que quelques lignes, une sentence, quelques mots même. » Voir t. I, col. 21812186. 7« Le péché originel et la grâce actuelle. — Césaire adopte sur ce point toutes les idées de saint Augustin. Qu’il n’ait aucun doute sur la réalité du péché origi­ nel, c'est ce qu’on n’a pas besoin d’indiquer. A peine peut-on mentionner un texte où, peut-être, il exempte Marie de la faute originelle. Voir col. 2172. Mais cela même n’est pas sûr. Le péché du premier homme nous a expulsés du sé­ jour heureux du paradis et nous avons été jetés comme en exil. Semi., ccxxtv, 3, col. 2160. Mais le Christ est venu et a réparé l’œuvre d’Adam. Semi., xxxn, 1, col. 1803. Avant sa venue, les nations n’ont pas obtenu le don de la grâce, et, semblables aux vases vides que la veuve de l’Ecriture emprunte à ses voisins, elles n’avaient ni foi, ni charité, ni bonnes œuvres. Semi., xt.n, 2, col. 1828; opuscule publié par dom Morin, Re­ vue bénédictine, t. xm (1896), p. 435, 1. 25 sq. Après sa venue, ce fut le tour des Juifs d’être privés de la justice et de la grâce, tandis que les nations étaient favorisées. Opuscule cité. Aussi, le Christ, nouveau Samson, a-t-il subjugué plus d’hommes par sa mort que par sa vie. Sermon publié par dom Morin, Revue bénédictine, t. xvi (1899), p. 301-, 1. 104. Chacun de nous, dans l'état actuel, ne peut renaître que par l’eau et l’huile du baptême. Semi., xi.tt, 2. col. 1828. La nécessité du baptême est absolue. Les en­ fants qui meurent avant de le recevoir sont damnés. Opuscule sur la grâce, loc. cit., 1. 87 sq.; Serm., 2178 ' ccxcvnt, 2, col. 2316, tiré d’un sermon publié par Mai, Nora Patr< ni bibliotheca, t. I, p. 279. Cf. dom Morin, Revue bénédictine, t. xvi (1899), p. 257. Que l’on ne rejette pas la faute sur la négligence des parents : la faute des parents ne sauve pas les enfants; souvent l'enfant meurt quand on court le porter à l’église (opuscule, loc. cil.), ou les non-baptisés sont mis à mort dans un massacre ou un siège comme celui d’Arles. Serm., ccxcvm, 2, col. 2316. l’our Césaire, la grâce est un pur don gratuit, que n’a procédé aucun mérite de l’homme. La formule augustinienne, nullis præcedenlibus meritis, revient deux fois dans le court opuscule sur la grâce, 1. 22, 92, et se re­ trouve souvent dans les sermons xi.n, 8, col. 1830; xt.v, 2, col. 1835; xcm, 4, col. 1925; ccxxtx, 1, col. 2166, etc. La grâce du Christ est, en effet, appelée grâce parce qu’elle est gratuitement donnée, ideo gratia dicitur quia gratis dalur. Semi., xi.tv, 6, col. 1834. A aucun moment de l'œuvre du salut, l’homme ne peut se passer du concours de Dieu. Naaman voulait purifier sa lèpre aux fleuves de son pays : Hoc indicabat quod genus hu­ manum de libero arbitrio et de propriis meritis prtcsitmebat; sed propria merita sine gratia Christi lepram habere possunt, sanitatem habere non possunt. Semi., xi.tv, 4, col. 1833. Nos œuvres sont les bienfaits de Dieu. Serm., xct, 10, col. 1922. Nous devons le supplier pour que, de même qu'il nous a donné le commencement, il daigne nous accorder aussi l’achèvement : Domino supplicemus ut, quomodo dedit initium, etiam con­ summationem dare dignetur. Semi., cclxxxiv, 1, col. 2282. Le problème du salut et de la damnation est résolu de la même manière que dans saint Augustin. Si la mé­ chanceté des pécheurs les conduit à l’endurcissement, c’est que Dieu leur a soustrait sa grâce : Quid autem quod durit Deus: a Ego indurabo cor ejus, » nisi : Cum I ab illo ablata fuerit gratia mea obdurabit illuni ne­ quitia sua? Semi., xxti, 4, col. 1787. Si l’on demande pourquoi Dieu donne aux uns la grâce, la refuse aux autres, quare aliis det Deus gratiam, aliis non det (titre de l’opuscule sur la grâce), Césaire répond comme Augustin : Judicia Dei, quæ sunt inscrutabilia et im­ mensa, plerumque sunt occulta, nunquam tamen in­ justa. Opuscule, I. 112-114; Serin., XV, 3, col. 1771; xxn, 5, col. 1788; cclxxv, 1, col. 2262; sur Augustin, voir O. Rottmanner, Der Augustinismus, Munich, 1895, p. 18, n. 3. Et il oppose, comme saint Augustin, les textes connus : O altitudo! O homo, tu quis es qui respondeas Deo! Opuscule, ibid. Césaire est donc un augustinien de la stricte obser­ vance. Cela se voit surtout dans l’opuscule. On peut aussi comparer le sermon xxn de l'appendice avec Fauste, De gratia Dei, II, 1. Cependant, les nécessités de la prédication et les susceptibilités d'un auditoire populaire lui font admettre dans ce serinon, parallèle­ ment à la doctrine auguslinienne, une explication plus voisine du mode ordinaire de raisonner : le Pharaon est endurci par la soustraction de la grâce, mais aussi à cause de sa méchanceté. Dans Origène, modèle com­ mun de Fauste et de Césaire, il n’est question que de la i méchanceté de Pharaon. Il restait à faire passer la doctrine de la grâce dans ! le courant de l'enseignement ecclésiastique. Césaire s’y , appliqua et réclama pour cette œuvre le concours du pape. Il envoya d’abord à Rome une série de capitula, ' extraits des Pères, principalement de saint Augustin : ce sont les Capitula sancti Augustini in urbe Roma transmissa. Ils ont été publiés par Labbe et par Mansi, Concil., I. vm, col. 722-728. d’après des manuscrits de Saint-Maximin de Trêves et de Lucques. Ces capitula, au nombre de dix-neuf, avaient, sauf le dernier, la forme de canons. Rome supprima les deux premiers, sur la rectitude d'Adam avant le péché et sur l'ori­ 2179 CÉSAIRE D’ARLES gine de la mort, retint les huit qui suivaient, et remplaça les neuf autres par dix-sept sentences, tirées du Liber sententiarum de Prosper. C’est ce document, appelé par Césaire Capitula ab apostolica nobis sede transmissa, qu'en 529 il lit signer par ses sulïragants, par le préfet des Gaules, Libère, et par sept clarissimes. La réunion avait lieu à Orange, pour la dédicace d'une église construite par Libère. Au document ro­ main, Césaire avait ajouté un préambule historique et une longue finale dogmatique. Dans la finale réparait la formule déjà signalée : Nullis praecedentibus bonis meritis. Voir Orange (Candie d’). C’est un trait du caractère de Césaire de ne rien perdre de ce qu’il a une fois rédigé. Le protocole du concile ayant été confirmé par le pape Boniface II, dé­ crétale Per filium nostrum, P. L., t. i.xv, col. 31, il réunit le tout, mit en tête la lettre du pape, la fit suivre des actes et enfin y ajouta les Capitula sancti Augu­ stini in urbe Borna transmissa. Mais alors il ne put se tenir de les revoir et de les compléter. Il y ajouta sept articles empruntés au De ecclesiasticis dogmatibus, c. χιν-χχ, P. L., t. l.vm, col. 984 sq. Ce traité, qui est de Gennadius, passait alors pour l’œuvre de saint Au­ gustin. Enfin, deux autres articles étaient extraits de l’Enrichidion, c. xcvi et ci. De dix-neuf, les capitula passaient au chiffre de vingt-neuf; le vingt-neuvième parait être la suite du vingt-huitième (n. 19 dans la pre­ mière rédaction) : ni l’un ni l’autre n’ont la forme de canons, et cet article 29« est tiré de Gennadius, c. cxxvn, P. L., t. l.vm, col. 998, comme les autres addi­ tions. On peut se demander s’ils n’appartiennent pas tous deux à la seconde rédaction. Le texte des vingt-neuf capitula a été retrouvé dans un manuscrit de Namur et mal publié par Pitra, Analecta sacra, t. v, p. 161 sq. Césaire n'en est pas resté là. Les textes groupés en faveur du concile d'Orange provenaient de Prosper ou d'Augustin, l'attribution à Gennadius n'étant pas connue. Il importait de l’appuyer sur des auteurs plus anciens, étrangers aux controverses gallicanes. C’est ce que fit l’évêque d’Arles dans une nouvelle collection de Capitula sanctorum Patrum au nombre de dix-sept. Ils sont tirés du pape Innocent Ier, de saint Ambroise et de saint Jérôme. Mais les textes d'innocent et d'Ambroise sont tout simplement pris dans l’ouvrage de saint Augustin. Contra duas epistulas pelagianorum. On reconnaît la méthode de Césaire qui revient sans cesse pour rema­ nier, compléter, préciser, tout en gardant ses premiers essais. 11 n’a pas procédé autrement pour la grâce que pour le symbole. La dernière collection de Capitula fut ajoutée â la fin du recueil des actes d’Orange. Elle est annoncée dans une note initiale, conservée par la collection de SaintMaur (B. N., lat. 1451), et publiée par Maassen, Con­ cilia ævi merovingici, dans Monumenta Germanies, Legum, sect, ni, t. i, p. 45-4G. Il faut lire la dernière phrase : Continentur etiam in hoc codice sanctorum antiquorum (ms. : sacramenti quorum) patrum (ms. : utrum) sententia. Toute cetle histoire a été refaite par dom Morin, qui a publié les derniers capitula, d’après l’écriture supé­ rieure du ms. 16 de Vienne (vttiMX· siècle), dans la llevue bénédictine, t. xxi (1904), p. 226 sq. Nous pou­ vons mieux apprécier le rôle de Césaire. qui a été sur­ tout régulateur, administratif, législatif. Tandis que le pape simplifie son schéma, il trouve le moyen de le réintroduire dans le dossier et même de le refondre et d’y ajouter. Dans une appréciation des résultats, ce n'est plus Césaire qu’il faudra appeler l'homme des compro­ mis, un éclectique et un esprit de juste milieu. Ces qua­ lifications conviendront beaucoup mieux au pape. 8° La grâce sanctifiante et les péchés actuels. — Par le baptême, le chrétien est devenu le temple du SaintEsprit; par le péché, il détruit le temple de Dieu et fait 2180 une insulte â celui qui habite en lui. Serm., xlv, 3, col. 1835. Césaire distingue deux espèces de péchés : les péchés capilaux, capitalia, et les péchés menus, minuta. Les péchés capitaux sont les suivants : Sacrilegium, homi­ cidium, adulterium, falsum testimonium, furtum, ra­ pina, superbia, invidia, avaritia; et, si longo tempore teneatur, iracundia ; et ebrietas, si assidua sit. Serm., ctv, 2, coi. 1946; cf. ccxctv, 6, coi. 2305; ccxcv, 4, coi. 2308. Une autre liste ajoute : odium in corde reser­ vantes, malum pro malo reddentes, spectacula vel cruenta el furiosa vel turpia diligentes. Serm., clxxxui, coi. 1876; cf. xm, 5, coi. 1767. Nous avons deux listes de peccata minuta dans les sermons. Les voici : I. Quæ autem sint minuta peccata, licet omnibus nota sint, ta­ men. quia longum est ut omnia replicentur, opus est ut ex eis vel aliqua nominemus. Quoties aliquis aut in cibo aut in potu plus accipit quam necesse sit, ad minuta peccata noverit pertinere: quoties plus loquitur quam oportet aut plus tacet quam expedit : quoties pauperem importune petentem exasperat ; qui ties, cuin corpore sit sanus, aliis jejunantibus prandere voluerit; aut somno deditus tardius ad ecclesiam surgit (il s'agit de la vigile, par exemple pendant le carême; cf. Serm., x, 5, col. 1760; cxli, 5. col. 2022;; quoties excepto desiderio filiorum uxorem suam co­ gnoverit; quoties in carcere clausos et in vinculis positos tard is requisierit; quoties infirmos tardius visitaverit. Si discordes ad concordiam revocare neglexerit ; si plus aut proximum aut uxo­ rem aut lilium aut servum exasperaverit quam oportet; si amplius fuerit blanditus quam expedit; si cuicumque majori personte aut ex voluntate aut ex necessitate adulari voluerit; si pauperibus esurientibus cibum non dederit; aut nimium deliciosa aut sump­ tuosa sibi convivio praeparaverit ; si se in ecclesia aut extra ec­ clesiam fabulis otiosis, de quibus in die judicii ratio reddenda est. occupaverit; si dum incaute juramus et cum Ime per aliquam necessitatem implere non poterimus utique perjuramus. Et cum omni facilitate vel temeritate maledicimus;... et cum aliquid sus­ picamur temere, quod Limen plerumque non ita. ut credimus, comprobatur, sine ulla dubitatione delinquimus. Serm., ctv, 3. coi. 1946. II. Cogitemus ex quo sapere cœpimus quid pro juramentis, quid pro perjuriis, quid pro maledicUs, quid pro detractionibus, quid pro otiosis sermonibus, quid pro odio, quid pro ira, quid pro in­ vidia, quid pro conscientia mala, quid pro gula, quid pro somno­ lentia, quid pro sordidis cogitationibus, quid pro concupiscentia oculorum, quid pro voluptuosa delectatione aurium, quid pro exas­ peratione pauperum, quid pro eo quod aut tarde aut difficile Chri­ stum in carcere visitavimus, quod peregrinos negligenter excepi­ mus, quod secundum promissionem nostram in baptismo hospitibus pedes lavare negleximus, quod infirmos tardius quam oportuit visitavimus, quod discordes ad concordiam non toto et integro animo revocavimus, quod Ecclesia jejunante prandere voluimus; quod in ipsa ecclesia stantes, dum sanebe lectiones legerentur, otiosis fabulis occupati fuimus; quod aut psallendo aut orando aliquoties aliud quam oportuit cogitavimus; quod in conviviis non semper quæ sancta, sed aliquoties quæ sunt luxuriosa locuti su­ mus. Serm., cclvu, 2, cot. 2220. On pourrait dottier que cette seconde liste soit une liste de peccata minuta; mais elle est précédée et suit ie de phrases qui ne laissent aucun doute. Césaire admet­ tait donc des degrés dans les premiers pêchés énumén ·=. haine, colère, envie. On remarquera qu’il ne mentionne, comme pouvant comporter des atténuations, ni le vol. ni l’orgueil, ni l’avarice. Les péchés « menus » sont ceux que tous les chrétiens contractent, car personne ne peut s’y soustraire, ni saint Jean l’Evangéliste, ni le saint homme Job, ni aucun saint. Serm., lu, 1, col. 1844; xv, 4, col. 1771; civ, 3, col. 1947. Une question particulière, qui parait difficile à résou­ dre, est de savoir si, d’après Césaire, l'accumulation des péchés menus équivaut à un péché capital. 11 considère cetle accumulation comme dangereuse pour la persé vé­ rance. L’habitude du péché léger conduit au péché grave, soit par l’endurcissement, soit par le désespoir. Serm., xxn, 2, col. 1787; cclvii. 2, col.2220;cci.ix, I, col.2221. Plusieurs textes cependant semblent aller plus loin : 2181 CÉSAIRE D’ARLES Nnn solum majora, sed etiam minuta, si nimium plura sunt, mergunt. Semi., civ, I, col. 1946; cf. 4, col. 1947. Ailleurs il compare ces péchés à des taches ou à des déchirures : chacune est petite, mais, réunies, elles souillent complètement la tunique spirituelle et celui qui s’approche de l’eucharistie en cet état est sacrilège. Serm., ccxcil, 6. col. 2299-2300. Une autre question spéciale se pose à propos du devoir des époux. L'expression cognoscere uxorem excepto /iliorum desiderio revient souvent pour désigner une espèce de péché « menu ». Serm., cct.xxxvtll, 4, col. 2290, etc. La plupart du temps la mention est trop rapide pour qu'on [misse démêler le sens précis. D’après quelques textes, on voit que Césaire condamne non pas le désir de n’avoir pas d’enfants, mais la conduite exté­ rieure de certains époux. D'abord, il met à peu près sur le même rang les femmes qui prennent des boissons pour se faire avorter et celles qui en prennent pour se rendre stériles: quæ aut iam conceptos aut jam natos occidunt, vel certe unde non concipiant potiones sacri­ legas accipiendo damnant in se naturam quam Deus voluit esse fecundam. Sermon publié par dom Morin, Revue bénédictine, t. xm (1896), p. 202, 1. 70. Quod si adhuc infantulus qui possit occidi intra sinum ma­ terni corporis non invenitur, non minus est quod ipsa intra hominem natura damnatur. Autre sermon, ibid., p. 208, 1. 50. La faute en question est commise aussi quand on ne sait pas observer les temps : Cum enim cuncta animalia tempus suum custodiant et nullum genus animalium post conceptum misceri videamus, sine dubio amplius hoc homines ad Dei imaginem facti custodire deberent. Sermon publié par dom Morin. ibid., t. xvi (1899), p. 247, I. 97; cf. .Serm., ccxcn, 7, col. 2300. Un autre cas est mentionné dans une compa­ raison : Velim scire, ille qui uxore sua incontinenter utitur, si. quoties eam luxuria vietus agnoverit, toties suum agrum in uno anno araverit vel seruerit, qualem messem colligere possit, etc. Serm., ccxcu.3, coi. 2298. C’est le cas indiqué plus loin, qui aliquoties neeprægnantibus uxoribus parcunt. Ibid., Ί, col. 2300. D'ac­ cord avec le droit romain, Césaire proclame: Uxor non propter libidinem, sed propter /iliorum procreationem accipitur. Ibid., 3, col. 2298. 11 ne parait donc pas songei· à d’autres abstinences que celles de certaines époques; il ajoute, en se fondant sur l’ancienne loi, quoties /luxum sanguinis mulieres patiuntur, et il confirme cette interdiction sur une théorie physiolo­ gique de l'origine des lépreux, épileptiques et démo­ niaques. Ibid., Ί, col. 2300. D'une manière générale, il est très sévère pour les mouvements de la nature, même quand ils sont invo­ lontaires : llla inlusio quæ in somnis etiam nolentibus subripit, sine peccato esse non potest. Sermon publié par dom Morin. Revue bénédictine, t. xvi (1899), p. 247, 1. 89. La faute ainsi définie écarte de la communion et doit être expiée par la contrition, l'aumône, et, s'il est possible, le jeûne : Post pollutionem quæ nobis nolen­ tibus fieri solet, nobis communicare non licet, nisi prius præcedat compunctio et eleemosyna et, si infir­ mitas non prohibet, etiam jejunium. Serm., ccxcn, 5, coi. 2299. 11 n’est pas inutile de rapprocher de celte phrase la suivante : Mulieres, quando maritos acci­ piunt, per triginta dies intrare in ecclesiam non præsumant. Ibid. Ces observances, que la première rigidité du christia­ nisme et les souvenirs de l'ancienne Loi avaient intro­ duites et maintenues, recevaient une nouvelle force de la théorie du péché originel. L’acte du mariage était vicié en lui-même. Dans un des sermons que nous venons de citer, Césaire aggrave la pensée de saint Augustin : Fragilitas carnis compellit excedere modum peccati quod per luxuriam committitur. Sermon, dans la Revue bénédictine, t. xvt (1899), p. 247, I. 101 ; cf. S. Augustin, I 2182 Serm., eu, P. L.; t. xxxvnr, coi. 819. Ici ce n'est plus l'excès qui est peccatam, puisqu'il s’agit de l’excès du péché. Saint Augustin n'a pas celle phrase. Mais ailleurs la présence des manichéens oblige Césaire à tempérer son zèle. De même que, dans les Statuta, il a réprouvé ceux qui condamnent et mariage et secondes noces, il écarte toute malédiction des femmes enceintes : Quid enim mali fecit mulier quæ de proprio marito con­ cepit. Serm., i.x.xv, 3, coi. 1891. Ajoutons que le péché discuté ici est toujours qualifié de minutum, de parvum. Voir surtout Serm., xcn, 6, col. 2299. Outre les abstinences fondées sur la nature. Césaire en prescrit d'autres : plusieurs jours avant les fêtes, pendant tout le carême et usque ad /inem / aschæ, Serm., x, 5, col. 1760; cxvi, 3, col. 1976; cxli, 3, col. 2021; cxi.ii, 7. col. 2024; les violations de ces pres­ criptions sont assimilées aux autres abus du mariage au point de vue de l’appréciation de la faute. 9» Suites el remèdes des péchés. — Les péchés « capi­ taux » conduisent à la mort éternelle, Serm., civ, 8, col. 1919; cxvi, 1, col. 1975; ccxciv, G, col. 2305, etc.; personne n’y échappera, laïc ou évêque, clerc ou moine, nonne ou veuve. Serm., lxxvii, 4, col. 1826. Le seul remède à ces fautes est la pénitence, lacrimæ, rugitus et gemitus, Serm., civ, 7, col. 1948, pénitence secréte, Serm., ccxi.ix, 6, coi. 2208 = homil. xi de Durlach, dans le Fauste de M. Engelbrecht, p. 279, I. 7; Serm., CCLVin, 2, col. 2222; cccxi, 1, col. 2227, ou publique. Serm., cci.xi, 1, col. 2227. La pénitence est précédée d’un aveu : Confessionem quæramus puro corde et pænilenliam donatam a sacerdotibus. Serm., CCI.,2, col. 2209: cf. cc.i.vui, 1. col. 2222. La pénitence est elïicace et re­ met sûrement les pêchés. Serm., cci.vn. 4, col. 2221; CCLVin, 1, 2, col. 2222. Les péchés « menus » ne pourraient perdre l'âme que si on les accumulait. Voir col. 2180. Mais ils doivent être expiés, dans cette vie par des bonnes œuvres, ou dans l'autre par le purgatoire. A la tète des bonnes œuvres qui enlèvent les péchés «menus », Serm., xv,4, col. 1771, Césaire place l'aumône : Bonum est jejunare, sed melius est eleemosynam dare;... jejunium sine eleemosyna nullum bonum est. Serm., cxi.ll, 2, col. 2023. Puis vient le jeûne, niais Césaire le mentionne rarement sans ajouter qu'on doit le régler d'après sa santé. Ibid., 1, col. 2022. Enfin, il y a toutes les œuvres de miséricorde. Il en donne une énumération assez complète : Quoties infirmos visitamus; in carcere clausos et positos in vin­ culis requirimus, discordes ad concordiam revocamus, indicio in Ecclesia jejunio jejunamus, pedes hospitibus abluimus, ad vi­ gilias frequenter convenimus, eleemosynam ante ostium prietereuntibus pauperibus damus, inimicis nostris quoties petierint veniam indulgemus : istis operibus et his similibus minuta pec­ cata redimuntur cottidie. Serm., civ, 6, coi. 1948; c.. CCLVI, coi. 2219. Alix œuvres de miséricorde, s'ajoutent les tribulations de la vie chrétiennement supportées, mort des proches, perte des biens, séparation finale opérée par la mort. Serm., xv, 4, col. 1771 ; civ, 4, col. 1947. L’expiation des fautes légères a lieu après la mort dans le purgatoire. On trouve en etfet dans Césaire le mot et la description précise : Illo transitorio igne, de quo dixit apostolus (I Cor., HI, 15)..., non capitalia sed minuta peccata purgantur. Serm.,civ, 1, coi. 1946 Ille purgatorius ignis durior erit quam quicquid potest in hoc sæculo poenarum aut cogitari aut videri aut sentiri. Ibid., 5. col. 1948, Ce feu ne pourra ellacer les péchés graves, sed ælerna illum flamma sine, ullo re­ medio cruciabit. Ibid., 2, col. 1946. Ainsi l’enseignement des lins dernières est étroitement lié à la prédication morale dans Césaire. Que de fois n'a-l-il pas fait appel, sur la fin de ses exhortations, à 2183 CÉSAIRE D’ARLES 2184 l'image du dernier jugement, si bien que l’expression I deux versets de saint Jacques dans le sens d'un rit con­ cret; 2» l'union de l'eucharistie et de l'huile sainte dans axle tribunal Christi, empruntée à saint Paul, II Cor,, ce rit; 3“ l'application du rit à toute maladie, légère v, 10, est devenue une marque de son style dans les péro­ ou grave, puisque le malade est supposé aller lui-même raisons. Semi., Xlll. 5, col. 1767: lui, 3, col. 1816. etc. à l'église, puisque le rit est opposé à la médecine ma­ 10“ Vertus et vices. — Ce qui vient d’être dit nous ren­ gique en général; 4“ l’accomplissement du rit dans seigne sur les théories de Césaire en matière morale. l'église. Ce dernier point est aussi sûr que les précédents. Il suffit d’ajouter qu’on ne trouve pas en général chez Ce texte fait partie d'une série d’exhortations de Césaire lui de classification. Il décrit la charité, la justice, la à venir à l'église et â s’y tenir convenablement et qui miséricorde et la chasteté comme un quadrige spirituel débute par les mots : Omni die dominico ad ecclesiam qui nous enlève à la patrie céleste. Serin., ccLXXXvm, convenite. 1, col. 2288. Ailleurs, il mentionne castitatem, sobrie­ Dans les deux autres passages, en parlant de diverses tatem, disciplinam, caritatem. Sermon publié dans le superstitions, l'évêque vient à mentionner les pratiqui s Fauste de M. Engelbrecht, p. 339, I. 26. Dans une des mères qui cherchent à rendre la santé à leurs en­ homélie où il a mis la main, il énumère les octo vitia fants: Quantum rectius et salubrius erat ut ad ecclesiam de la tradition ascétique. Somilia sacra, publiée par currerent, corpus et sanguinem Christi acciperent, oleo Elmenhorst, dans son édition de Gennadius, Hambourg, benedicto et seet suos fideliter perungerent, et secundui· i 1614. Ces indications sont subordonnées au but du pré­ quod Jacobus apostolus dicit, nonsolum sanitatem coi­ dicateur et varient avec les auteurs qu’il décalque. Le porum, sed etiam remissionem acciperem peccatorum. plus souvent il oppose dans des listes plus ou moins Serm., cclxxix, 5, coi. 2273. Césaire cite ensuite saint longues les vices el les vertus. Semi., xvn, 3, col. 1776; Jacques. Ici, le malade n'est plus transportable. Mais les xxxiv, 3, col. 1812; ccxi.tv. 3, col. 2195, etc. parents doivent cependant aller à l’église, y recevoir Ordinairement, Césaire n’envisage les bonnes œuvres l'eucharistie, s’oindre eux-mêmes d’huile sacrée et en que par leur côté négatif, comme les moyens de rache­ frotter « les leurs ». Suos ne peut désignerque la famille ter les fautes légères ou comme l'opposé de vices etspécialement sans doute l'enfant malade.On r. marquera condamnables. Cependant il fait au chrétien une obli­ que si l’huile est bénite par les prêtres, ce sont les gation du progrès dans la vertu. Mourir dans la pureté fidèles qui se l'administrent eux-mêmes, comme nous le baptismale ne suffit pas; il ne suffit pas de s’abstenir des lautcs : Grave malum est si profectum non habue­ voyons faire à sainte Geneviève quelques années plus tôt (dans la Vie, §49, publiée par Kohler, Élude critique rit in operibus bonis.Semi., cCLxni, 3, col. 2232. 11“ Les sacrements. — Nous avons déjà parlé du bap­ sur le texte de la Vie latine de sainte Geneviève de Paris, Paris, 1881, dans la Bibliothèque de l'École des hautes tême et de la pénitence. Dans le baptême, Césaire com­ prend en général sous le même nom le baptême d'eau études, Sciences philologiques, fasc. 48, p. 44). et la chrismation : Omnes qui ad salutare baptismum Ce dernier détail est confirmé par un passage d'un consequendum Ecclesiæ offeruntur, el chrisma et oleum sermon que doin Morin a publié pour la première fois : benedictionis accipiunt, ut jam non vasa vacua, sed Sicut scriptum est (le texte de saint Jacques n’est pas Deo plena el templum Dei esse mereantur, Semi., xi.ti, cité), oleo benedicto a presbiteris deberent perunguere 2. coi. 1828: ce texte parait attribuer au baptême d’eau et omnem spem suam in Deo ponere : contrario faciunt, l’ablution des péchés, à la chrismation et aux onctions et dum salutem requirunt corporum, mortem inveniunt l'infusion du Saint-Esprit. Les autres détails que l'on animarum. Ilomiliaire de Burchard de Wurzbourç : pourrait relever sur le baptême et la pénitence concer­ sermon vt, publié par dom Morin, dans la Bevue béné­ nent l'histoire des rits ou de la discipline. dictine, t. Xlll (1896), p. 209. L’eucharistie est un sacrement que l’on ne peut rece­ Des deux premiers textes, il résulte que l'effet de voir si l'on a sur la conscience un des peccata capitalia. l’onction est double : la santé du corps et la rémission Les sermons cxv, cxvt, semblent prouver qu'on osait le des péchés. M. Puller, The anointing of the sick in faire du temps de Césaire ; l’évêque proteste avec la der­ Scripture and tradition, Londres, 1904, p. 69, s’est de­ nière énergie contre cet abus. L'usage était de ne com­ mandé si la remission des péchés était attribuée à la ré­ munier qu'aux grandes fêtes: il fallait s’y préparer. Serin., ception de l’eucharistie ou à l’onction, si les péchés x, 5, col. 1760; cxvt, 3, col. 1976; cxt.i, 3, col. 2021. remis étaient capitalia ou minuta; dans le cas où les Le corps du Christ contient la vie: In Christi corpore péchés capitalia seraient remis par l'onction, comment vita nostra consistit, Semi., CXV, 1, col. 1973; e’est Césaire peut-il supposer qu'on ira communier d'abord le pain des anges et une nourriture céleste. Serin., cxvt, dans cet état ? Il semble que Césaire suit les paroles de 2, col. 1976; cxt.i.x, 2, col. 2035; cci.xxxn, 2, col. 2279. saint Jacques d’une manière tout à fait stricte : la ι· En somme, l’eucharistie n’a pas un relief bien grand mission des péchés est attribuée par saint Jacques à dans ce qui nous reste de Césaire. 11 s’est approprié, l'onction, Césaire l’affirme ; de quels péchés? saint Jac­ dans un de ses recueils, une homélie sur le sujet écrite ques ne précise pas, Césaire non plus. Manifestement, en Gaule au v“ siècle. Morin, Ilevue bénédictine, t. xvt l’évêque d'Arles ne voulait pas en savoir plus long . ( 1899), p. 341. son auteur. Il a au contraire trois textes intéressants sur l’onction Les trois phrases citées placent Césaire troisiem· in­ des infirmes: Quoties aliqua infirmitas supervenerit, terprète des paroles de saint Jacques, après Cynii·· corpus el sanguinem Christi ille qui ægrotal accipiat; d’Alexandrie, De adorationein spiritu et veritate, 1. VI. P. G., t. LXVlil, col. 471, entre 412 et 426, et le pape el inde corpusculum (synonyme exact de corpus dans Césaire) suum ungat ; ut illud quod scriptum est im­ Innocent Ier, lettre à Decentius d'Eugubium, 19 mars 416. pleatur in eo fJac., v, 14-15): « Infirmatur aliquis... el Epist., xxv, 8, P. L., t. xx, col. 560. si in peccatis sil, dimittentur ei. » Videte, fratres, quia IV. CONCLUSION. — La théologie de Césaire n’est pas qui in infirmitate ad ecclesiam cucurrerit, et corporis originale. Elle procède de ses devanciers, souvent par simple transcription d'œuvres antérieures. Sur les ques­ sanitatem recipere et peccatorum indulgentiam mere­ bitur oblinere. Cum ergo duplicia bona possint in ec­ tions de la grâce, Césaire est un augustinien strict. Cependant son témoignage a un intérêt historique ou clesia inveniri, quare per praecantatores, etc. Serin., dogmatique pour quelques points : la réalité de la chair cci.xv, 3, col. 2238-2239. Césaire oppose l’action de l'eucharistie et de l'huile sainte aux sortilèges et aux et des souffrances du Christ, l’idée du Dieu de pitié, la pureté absolue de Marie, la descente aux enfers, la pro­ formules magiques; même opposition dans les autres passages. Dans ce premier texte, nous voyons très clai­ cession du Saint-Esprit, la valeur des deux Testaments, rement les points suivants : 1° une interprétation des la distinction et la classification des péchés, la nécessité ‘2185 CÉSAIRE D’ARLES — CESARE 2186 des œuvres, la liste des œuvres de miséricorde, les effets I ponsiones, P. G., t. xxxvm, col. 851-1190. attribuées à Césaire, sont sans doute d'un homonyme plus jeune. respectifs de la chrismation et du baptême, la pratique et les effets de l’onction des malades. L'œuvre de Césaire S. Grégoire de Nnzianze. Orat., vu, P. G., t. xxxv, col. 75; est surtout importante pour l'histoire de la morale. C’est Epist., xxv, XX. XXIX, P G., t. xxxvii.col. 45, 53, 63; S. Basile, aussi essentiellement une œuvre d’enseignement élé­ Epist., XXVI. XXXII, P. G., t. XXXII. col. 301. 315: Pholius, mentaire, et. comme l’évêque est par ailleurs très pré­ Biblioth., cod. 210, P. G., t. cm, col. 689; Gotland, P. G., occupé de discipline et de régies ecclésiastiques, il t. xxxvm, col. 847-852. éprouve plus que d’autres le besoin de codifier el de C. Vkbschaffel. fixer. De là la tendance à réduire les vérités et les pré­ CÉSALPINI André, célèbre naturaliste italien, égale­ ceptes en formules, l’effort pour constituer un précis ment versé dans les sciences expérimentales et dans la général du christianisme dans le cadre d’un symbole, philosophie d'Aristote, naquit vers 1519, à Arezzo, en le zèle à définir le système de la grâce. Pour atteindre Toscane, professa la médecine à Pise, avec un très grand ce but, Césaire, en homme pratique, sacrifie, s'il est éclat, et devint, dans la suile, premier médecin du pape nécessaire, ses préférences personnelles, saufà reprendre Clément VIII. La plupart de ses ouvrages ont trait aux ensuite par son enseignement ce qu’il a dû élaguer ou sciences naturelles. En philosophie, Césalpini se laissa atténuer. Mais il veut d'abord aboutir. Ces qualités lui aller à des subtilités métaphysiques et à des hardiesses ont assuré une grande influence. Il avait fait subir aux de langagequi le firent accuser d'irréligion. On lui prêta idées et aux œuvres de ses devanciers une ventilation, des opinions matérialistes, entachées d’athéisme, fort dont il a transmis le résidu à ses successeurs. Au début voisines, parait-il, du système de Spinoza. Samuel Par­ d'une époque de barbarie, il est devenu un maitre, un ker, archidiacre de Cantorbéry, se fit l'écho de ces accu­ de ceux qui ont donné à l’Eglise mérovingienne une sations redoutables. Disputatio de Deo et providentia doctrine, une prédication, une discipline et une divina. Nicolas Taurei, médecin de Montbéliard, renou­ culture. vela les mêmes attaques. Alpes cæsie, hoc est Andreæ Cæsalpini monstruosa et superba dogmata discussa Les deux ouvrages principaux sont: A. Malnory, Saint Césaire, et excussa, in-8°, Francfort, 1597. L'Inquisition,à laquelle évêque d'Arles, Paris, 1894: 103* fasc. de la Bibliothèque de ces écrivains avaient fait appel, ne condamna pas Césalpini ΓÉcole des hautes études, Sciences historiques et philologiques, œuvre pénétrante et sûre ; et C. F. Arnold, Cæsarius von Are· pour des opinions qu'elle regardait plutôt comme un jeu late und die gallische Kirche seiner Zeit, Leipzig, 1894, livre d’esprit que comine des conclusions mûrement arrêtées. développé, non sans digressions qui n'ont pas toutes une égale Clément VIII appela à Rome le savant naturaliste, lui importance. Les deux auteurs ont une critique judicieuse, M. Mal­ donna une chaire au collège de la Sapience et en fit son nory plus encore que M. Arnold. Ils n'ont pas complètement rendu premier médecin. Le traité oû Césalpini combat les inutile la notice de VHistoire littéraire de la France, t. ut, p. 190folies de la magie et de la sorcellerie, Dæmonum inve­ 234, 730-759. Depuis 1894, dom Morin est le seul auteur que l'on stigatio peripatetica, in qua explicatur locusHippoerat., doive citer sur Césaire, devenu son fief. Ses mémoires ont été in­ diqués à mesure, le plus important pour le théologien a pour si quid divinum in morbis habeatur, in-4°, Florence, titre: Le symbole d’Athanase et son premier témoin, Césaire 1580, fut composé, sui· la demande de l'archevêque de d'Arles, dans la Bevue bénédictine, t. XVIII (1901), p. 337-363. Pise, à propos d'un cas de possession diabolique. Apres Nous avons résumé notre étude sur Le rôle théologique de un résumé historique très substantiel sur les faits de Cesaire d’Arles, parue dans la Bevue d’histoire et de littéra­ cette nature, il conclut que la possession étant surnatu­ ture religieuses, t. X (1905), p. 145 sq. Cette étude, ne peut avoir qu'une valeur provisoire, en attendant l'édition que dom Mo­ relle, les secours de la médecine sont inefficaces et qu'il rin prépare. Cf. Bevue bénédictine, 1900, p. 26-44. faut recourir à ceux de l’Église. P. Lejay. Micliaud, Biographie universelle, 2* édit., t. vn, p. 354; 2. CÉSAIREde Nazianzo (Saint), frère cadet de saint Hœfer, Nouvelle biographie générale, t. IX, p. 435; Fuclis, An­ Grégoire le Théologien, naquit au bourg d'Arianze, vers dréas Crsalp., de ejus ingenio, Marbourg, 1798; Bayle, Diet, l'an 330, et fut élevé avec le plus grand soin dans la mai­ hist.; Boccone, Museo di piante rare, p. 125-132. son paternelle. Un goût prononcé pour les sciences le C. Toussaint. conduisit aux célèbres écoles d'Alexandrie, oû il étudia CESARE (Bonaventure-Amédée de), né à Castrola géométrie, l’astronomie, surtout la médecine, en vilari dans les Calabres, appartenait à l’ordre des mi­ laquelle il éclipsa bientôt tous ses rivaux. Il refusa neurs conventuels dans lequel il se rendit célèbre par d'abord un poste aussi avantageux qu’honorable qui lui son érudition. Docteur et maitre en théologie, il fut conétait offert à Constantinople, et retourna avec son frère sulteur de l'index et obtint'le titre honorifique de défidans sa patrie (360). Mais la ville impériale le revit bien­ niteur perpétuel dans sa famille religieuse. La liste com­ tôt en qualité de médecin de la cour, sous les règnes de plète deses ouvrages ne peut figurer ici ; voici seulement Constance (7 361) et de Julien l'Apostat (f 363), qui ceux qui ont trait à la théologie : Due dissertationi con­ s'efforça en vain de le ramener au paganisme. Sous Va­ tra l’ateismo, propando esservi Dio, e l'anima ragiolens, en octobre 368, comme il exerçait en Bithynie un nevole immortale, in-12 ; Ecclesia vindicata, sire hæreemploi considérable dans les finances, il échappa comme seologia, in qua omnes errores, hæresesque a mundi par miracle au terrible tremblement de terre qui rava­ primordio ad huc usque tempora historice, chronolo­ gea Nicée. Retiré vivant de dessous les ruines de sa mai­ gice, juxta optimas epochas, critice, dogmatice, refe­ son, se rendant aux instances de son frère et de saint Ba­ runtur et refutantur, 3 in-fol., Rome, 1736-1737; l'ou­ sile, il reçut le baptême et résolut de quitter le monde, vrage complètement préparé pour l’impression, devait lorsque, tombant malade, il mourut au bout de peu de former 8 vol.; De crilices, in re præserlim sacra, jours, en exprimant le désir d’avoir les pauvres pour recto pravoque usu, in-12, Naples, 1741 ; Letioni calehéritiers. 11 avait vécu dans le célibat. Jacques Godefroy, chistiche suite virtu teologali, corfèssione sagramentale dans ses notes sur le code théodosien, Lyon, 1665, e santissima communione, in-12; De Deipara: Virgi­ t. vi, p. 354, identifie Césaire le médecin avec un Césaire nis sanctissimis conceptus mysterio, in-12. Naples. mentionné dans ce code, x, 1, 8, qui fut préfet de Con­ 1751. Vers cette date, il tenait dans ses cartons un Ma­ stantinople en 365 et jeté en prison par Procope la nuale polemicum, in-fol., et des Animadversiones in même année. Ammien Marcellin, xxvt, 7 ; Sozomène, censuras D. Erasmi, Ludovici Vives, Joh. Phereponi 11. E., ix, 2, P. G., t. i.vii. col. 1597 sq. Bien que ce alias J. Clerici in opera S. Augustini. En 1753, il écri­ personnage paraisse dans la correspondance de saint vait toujours au témoignage de Zavarroni. Grégoire, comme destinataire de la lettre xxm, P. G., : Ange Zavarroni, Bibliotheca Calabra. Naples, 1753. t. xxxvii, col. 57, il est plus que douteux que ce soit son frère. Les Ιΐύστεις ou Dialogi 1V seu quæstiones et res- 1 P. Édouard d'Alençon. CÉSARIENNE (OPÉRATION) 2187 CÉSARIENNE (OPÉRATION). On appelle opé­ ration césarienne ou hystérotomie l’extraction d’un fœtus viable par voie d’incision abdominale du sein maternel. Elle se pratique sur la fin de la gestation, soit du vivant de la mère, pour la sauver ainsi que son entant dans des cas d'impossibilité de l’accouchement normal, soit après la mort de la mère pour amener son enfant au jour. De là deux sortes de circonstances à examiner séparément. — I. Opération césarienne vivente maire. II. Opération césarienne post mortem. 1. Opération césarienne vivente matre. — 1» Con­ ditions de licéité de l'opération césarienne et des opéra­ tions analogues. — 1. Même dans les cas où une mère en état de gestation courrait de ce fait un danger mortel et ne pourrait être sauvée que parla suppression de la gros­ sesse, les règles de la saine morale interdisent absolu­ ment toute intervention ou opération nécessairement lœticide, telle que la provocation de l’avortement, voir t. t, col. 2644-2652, l'embryotomie, voir ce mot, etc. (S. C. du Saint-Oflice, 31 mai 1884, 19 août 1889, 24 juil­ let 1895); mais il est légitime, en ces circonstances, de recourir à tous autres moyens médicaux ou chirurgicaux nécessaires pour sauver la mère, quand même ils pour­ raient entraîner accidentellement la mort du fœtus. Par conséquent, l'opération césarienne ainsi que les autres interventions chirurgicales (symphyséotomie, accouche­ ment prématuré artificiel) qui permettent de sauver à la fois la mère et le fœtus, sont licites, quand elles sont imposées par les circonstances. Les risques qu’elles comportent sont du reste bien diminués de nos jours, là du moins où elles sont faites par des praticiens exer­ cés, entourés de toutes les ressources de l’art; ainsi, d'après les statistiques, sur 100 cas, l’opération césa­ rienne sauverait environ 90 mères et autant d’enfants. Les résultats de la symphyséotomie sont les mêmes; quant à l'accouchement prématuré artificiel, il ne pré­ sente pas notablement plus de dangers pour la mère, mais il assure moins facilement la survie du fœtus, at­ tendu qu’il se pratique d’ordinaire beaucoup plus tût que les deux opérations précédentes. 2. Il n'est pas besoin de dire que l’extraction du fœtus ne peut jamais être tentée avant qu’il soit viable, car autrement elle équivaudrait à un véritable fœticide. Cette remarque serait sans objet en ce qui concerne l'opération césarienne si, dans le cas de grossesse extra­ utérine, une opération tout à fait analogue, la laparo­ tomie, n’était indiquée pour libérer la mère. Or, con­ sultée à ce sujet, Rome répondait, le 4 mai 1898: « En cas de nécessité urgente, on peut pratiquer la laparotomie pour extraire du sein maternel le fœtus ectopique, pourvu que l'on pourvoie autant que possible et par tous les moyens indiqués dans la circonstance, à la vie du fœtus et à celle de la mère. » Il résulte de là tout au moins que la laparotomie ne serait pas permise s’il n'existait aucune chance sérieuse que l’enfant puisse vivre en dehors de sa mère. La même doctrine trouve plus fréquemment son application dans les circonstances où le salut delà mère exige le recours à l'accouchement prématuré artificiel. Le décret romain précité dit, en effet, que l'accouchement prématuré artificiel n’est pas illicite en soi, pourvu qu’il soit justifié et qu’on le pra­ tique à une époque et d’une façon qui le rendent habi­ tuellement inofi'ensif pour la vie de la mère et pour celle de l’enfant. La justification requise consiste dans l’exis­ tence d’une véritable nécessité, et même d’une nécessité extrême s'il s’agissait d’intervenir à la limite de la via­ bilité du fœtus. Longtemps on a considéré comme non viables les fœtus âgés de moins de sept mois, mais de nos jours, grâce il est vrai à de particulières précau­ tions, on réussit à élever ceux qui ont dépassé le sixième mois. Toutefois, comme il vient d'être dit, à cette lati­ tude extrême, il faut que l’état de la mère réclame une intervention immédiate. nier. DE TI1ÉOL. catiiol. 2188 3. Une dernière question se pose au sujet de l'opération dite de Porro (ablation de l’utérus et de scs annexes) : Est-il permis de la faire comme complément d'une opération césarienne sans autre motif que celui d’éviter à la mère le retour de grossesses dangereuses ? La plu­ part des théologiens répondent négativement en s'ap­ puyant sur le principe énoncé par saint Thomas, Sum. theol., Il* II», q. LXV, a. 1, ad 2““, où il dit que l'on ne peut retrancher un membre à moins qu'il soit une cause de mort pour l'individu, comme, par exemple, dans le cas de gangrène. Il suit de là en effet que la muti­ lation en question est permise, non pas dans tous les cas d’opération césarienne, mais seulement quand elle con­ tribuera efficacement au salut de la mère en assurant mieux le succès de ladite opération, c’est-à-dire dans des circonstances spéciales dont l’appréciation est néces­ sairement laissée à la conscience du chirurgien. 2° Cas pratiques concernant l’opération césarienne. — 1. Le devoir du médecin est entièrement tracé par les considéralions précédentes. Le praticien s'abstiendra donc de toute opération fœticide et même, s'il a le choix du moment, il préférera retarder plutôt que de pré­ cipiter son intervention, pourvu que ce délai ne nuise en aucune façon à la mère. Au terme de la gestation, il n aura plus que le choix entre l'opération césarienne et la symphyséotomie; entre ces deux moyens d'action, qui s'équivalent, il lui est loisible, à ne considérer que le point de vue moral, d'adopter l'un ou l'autre. Enfin, surtout s’il est chrétien, il songera à baptiser ou à taire baptiser immédiatement tout fœtus dont la vie lui paraî­ tra être en danger. 2. De son côté, la mère a l’obligation grave et de se refuser à toute opération fœticide et de se prêter dans l'intérêt de sa propre conservation, de celle du fœtus et du salut éternel de celui-ci à toute opération conserva­ trice jugée nécessaire par le médecin. Le danger qui résulte pour elle de l’intervention chirurgicale lui crée naturellement le devoir de mettre ordre à sa conscience en recevant les sacrements. 3. Quelle ligne de conduite le prêtre suivra-t-il en sa qualité de confesseur de la mère, si elle accepte ou demande la suppression du fœtus? Très certainement, il devra présumer que la mère est de bonne foi ; par conséquent, il évitera de lui opposer une obligation rigou­ reuse, toutes les fois qu’il sera fondé à craindre de la trouver rebelle à cet avertissement, de peur de la mettre sans nécessité dans l'impossibilité d'être absoute. IL Opération césarienne post mortem. — 1° Le fœ­ tus ne meurt pas nécessairement en même temps que la mère; sa survivance pendant un temps plus ou moins long, mais toujours fort réduit, dépend surtout de la nature de la maladie de la mère, de l'époque plus ou moins avancée de la grossesse et des précautions prises aussitôt après le décès de la mère pour empêcher la mort d'achever son œuvre sur le fœtus. Dès lors, quand il y a probabilité de vie du fœtus, il y a, en soi. obli­ gation, au double point de vue de l’humanité et d- I i religion, de tenter de sauver l'enfant ou tout au moins de lui assurer le bienfait du baptême. Saint-Oflice, 15février 1760. Toutefois le médecin ne peutagirque du consentement, au moins présumé, delà famille: il insis­ tera donc auprès d’elle pour qu’il lui soit permis de pro­ céder sans délai à l’extraction de l'enfant. La crainte qui pourrait le retenir d’opérer avant que la mère soit réellement décédée n’est pas sérieuse: du reste, dans les cas douteux, il devrait attendre. Reste le défaut de constatation légale de la mort, mais de ce chef le méde­ cin qui aurait opéré dans ces conditions ne serait pas­ sible d’aucune poursuite. Si l’enfant mis au jour est en danger imminent de mort, les prescriptions indiquées ci-dessus relativement au baptême devront être suivies. 2° Une décision de Rome (43 décembre 1899) a défi­ nitivement déterminé le rôle à tenir par le prêtre dans IL — 69 2189 CÉSARIENNE (OPÉRATION) — CHALCÉDOINE la circonstance : engager les parents â faire pratiquer l'opération et s’abstenir pour tout le reste. Batlerini, Opus theologicum morale, t. 11. sect, v; Eschbach, Disputationes physiologico-theologicæ, disp. Il; Génicot, Theo­ logiæ moralis institutiones, t. i;Lehmkulil, Theologia moralis, t. 1 ; Berardi, Praæis confessoriorum, t. 1 ; Moureau et Lavrand, Le médecin chrétien, part. H. H. MoüHEAU. CHACON Alphonse (Ciacconius ou Ciaconii), d'ori­ gine espagnole, naquit vers 1542, prit l’habit dominicain au couvent de Saint-Thomas, à Séville. Régent des études, puis maître en théologie, de bonne heure Chacon s’adonna aux éludes historiques. Ses recherches l’ayant conduit à Rome. Grégoire XIII le prit en grande affec­ tion et le nomma pénitencier de Sainte-Marie-Majeure. Chacon employa utilement à des travaux d'érudition les loisirs que lui laissait sa charge. En 1591, il avait déjà composé 20 volumes. D’après certains auteurs dont les sources ne nous sont pas indiquées, il aurait été élu et sacré patriarche d’Alexandrie par Clément VIII, mais Fontana, Theatrum dominicanum, n’en parle pas. Cha­ con mourut à Rome, à l'àge de 59 ans, vers 1601. — Outre un certain nombre d'ouvrages d’érudition profane, il a laissé : 1° De Hieronymi cardinalilia dignitate quæstio, in-4». Rome, 1591; Venise, 1593; 2° De signis SS. Cru­ cis, guæ, diversis orbis regionibus, et nuper anno MDXCl in Gallia el Anglia divinitus ostensa sunt, et eorum explicatione tractatus, in-8», Rome, 1591 ; 3» De jejuniis et varia eorum apud antiquos observantia tractatus, in-4», Rome, 1599; 4° l'ouvrage par lequel Chacon est surtout connu : Vitæel res gestæ summorum pontificum fiomanorum et S. H. E. cardinalium ab initio nascen­ tis Ecclesiæ ad Clementem VIII, 2 in-fol., Rome, 1601; ad Urbanum VIH, 2 tom. in-fol., Rome, 1630; ad Cle­ mentem IX, 4 in-fol., Rome, 1677; ad Clementem XII (Guarnacci). 6 in-fol., Rome, 1751 ; 7 in-fol., Rome, 1787 ; 5» Bibliotheca libros el scriptores ferme cunctos ab initio mundi ad annum MDI.XXXIII ordine alphabelico complectens (jusqu'à la lettre EPI), in-fol., Paris, 1729; Amsterdam, 1744. Quéti-Echard. Scriptores ordinis prædicatorum, t. n, p. 314; A. Ciacconius, Bibliotheca, col. 97. R. Cout.ON. CHADUC Biaise, 61s du savant antiquaire français de même nom, naquit, en 1608, à Riom (Auvergne), en­ tra à lOratoire, le 28 janvier 1629, y professa, tour à tour, les belles-lettres, la philosophie, la théologie, et se livra ensuite, avec beaucoup de succès, au ministère de la prédication. Il a laissé, outre divers recueils de poé­ sie latine : Lettre d’un théologien à un sien ami sur l’usure, in-fol., 1672, où il soutient que le prêt à inté­ rêt n’est contraire qu’à la charité et qu’il n’est défendu de tirer l’intérêt de son capital qu’à l’égard des pauvres, et non à l’égard des riches et des commerçants. Un de ses confrères, le P. Thorentier, sous le pseudonyme de sieur du Tertre, ayant contesté ses doctrines : L'usure expliquée el condamnée par les saintes Ecritures, Chaduc lui répondit : Traité de la nature de l'usure, selon la loi de Dieu et la doctrine des saints Pères, in-16, Avignon, 1675. On a encore de lui un recueil de douze sermons : Dieu enfant, in-12, Lyon, 1682, d’autres ser­ mons pour l’octave du saint-sacrement et pour celle des morts, enfin un Panégyrique de saint Amable, patron de son pays natal. En général, ses discours sont assez bien écrits, mais ils manquent presque totalement d’onc­ tion. Il eut, pourtant, de la vogue dans les chaires de Paris, où il mourut le 18 janvier 1694. L. Batterel, Mémoires domestiques pour servir à l’histoire de l’Oratoire, sous le généralat du P. Senault, édit. Ingold et Bonnardet, Paris, 1904, p. 454-459. C. Toussaint. CHAIGNON Pierre, jésuite français, né à Saint- Pierre-la-Cour, aujourd’hui Saint-Pierre-sur-Ourhe 2190 (Mayenne), le8 octobre 1791, entra au noviciat le 14 août 1819, et mourut à Angers le 20 septembre 1883. Il con­ sacra sa longue vie au ministère des missions parois­ siales et des retraites, particuliérement des retraites sa­ cerdotales, dont il donna plus de 300 dans presque tous les diocèses de France. Il a reproduit la substance de sa prédication dans des ouvrages qui, au jugement de Msr Ereppel, sont « un monument remarquable d’élo­ quence et de piété, et assurent à leur auteur une place distinguée parmi les maîtres les plus éminents de la vie spirituelle ». Ses œuvres principales sont : Le prêtre d l’autel ou le saint sacri/ice de la messe dignement célébré, Angers, 1853; Nouveau cours de méditations sacerdotales, ou le prêtre sancti/ié par la pratique de l'oraison, 3 vol., ibid., 1858 ; 3’ édit., 5 vol., 1861. Ces deux ouvrages ont eu, du vivant même du P. Chaignon, Il éditions françaises et des traductions en plusieurs langues. L’auteur lui-même a adapté le second à l'usage de tous les fidèles et des religieux sous les titres de : La méditation ou le fidèle sanctifié par la pratique de l’oraison mentale, 2 ou 3 vol., ibid., 1863; Méditations religieuses ou la perfection de l'état religieux, fruit de la parfaite oraison, 4 in-12, ibid., 1869 ; 3 in-18, M·’ Freppef, Éloge du P. Chaignon, dans Œuvres pastorales VI, p. 13; Séjourné, S. J., Vie du P. Chaignon, Paris, 1888; Sommervogel, Bibliothèque de la C1· de Jésus, t. n, col. 1031 ; Hurler, Nomenclator, t. ni, col. 1491. H. Dutouquet. et oratoires, t. CHALCÉDOINE (Concile de). — I. Préliminaires. II. Histoire du concile. III.Texte. IV. Histoire. V. Expli­ cation du formulaire dogmatique de foi. I. PuÉi.iMiNAir.rs. — Ce concile, IV» œcuménique, tienl une place importante dans Thistoire de l’Église, aussi bien par le nombre des évêques qui y prirent part que par la gravité des questions qui y furent débattues. En portant contre le monophysisme une sentence de con­ damnation irrévocable, il compléta l’œuvre doctrinale du 111« concile œcuménique et fixa définitivement la doctrine et la terminologie catholique sur la question de la christologie. Sans entrer ici dans des développements qui trouveront leur place à l’article EuTYCHÈS, rappelons cependant comment la condamnation de Nestorius. loin de mettre un terme aux controverses cbristologiques, avait au contraire soulevé un nouveau débat el provoqué une nouvelle hérésie, celle d’Eutychès. La pensée chré­ tienne était, semble-t-il, fatalement condamnée à se débattre entre deux théories opposées et extrêmes, le dualisme personnel de Nestorius et le monophysisme d’Eutychès, avant d'arriver à la formule définitive qui devait exprimer les rapports réels établis par le mystère de l'incarnation entre la nature humaine du Christ etsa nature divine. Nestorius avait nié l'unité de personne en Jésus-Christ et soutenu que sa divinité et.son huma­ nité, conservant l'une et l’autre leur personnalité propre, ne s’étaient trouvées unies que par des liens moraux et purement accidentels. Eutychès, lui, exagéra cette unité personnelle et, par un excès contraire, la transforma en une unité de nature. L'un ayant distingué, jusqu’à les séparer, l'humanité et la divinité du Christ, l’autre les unit au point de les confondre. C’est alors que l’Eglise, qui était déjà intervenue au concile d’Éphèse (431) pour sauvegarder l’unité réelle el personnelle du Christ, éleva de nouveau la voix au concile de Chalcédoine, pour maintenir dans cette unité personnelle la distinction réelle des natures et définir solennellement que Jésus-Christ, fils de Dieu incarné, n’était qu’une seule personne en deux natures distincles. Cette défini­ tion mil un terme au débat, sans toutefois réconcilier pleinement avec l’Eglise les deux partis opposés, qui réussirent, on le sait, à se perpétuer en Orient, l'un dans les Églises monophysites d'Arménie, de Syrie et d’Égypte, l’autre dans l’Église nestorienne de Perse. Au fait de la convocation et de la tenue du concile de 2191 CHALCÈDOINE Chalcédoine se rattachent comme préliminaires un cer­ tain nombre d’autres faits el de documents dont il faut parler sommairement, sous peine de n’avoir qu’une idée insuffisante de la manière dont le débat fut engagé et la question résolue par les Pères de ce concile. Eutychés avait été, en 448, condamné une première fois et déposé de sa charge d’archimandrite par le synode έ/δημοϋσα de Constantinople, réuni sous la présidence de l’archevêque Flavien. Il protesta publiquement contre cette condamnation et, en mémo temps qu'il en appelait au saint-siège, Epist. Eulijch. ad Leon., xxi,P.L.,t. LIV, col. 714-718, il invoqua l’appui de la cour, où il avait un protecteur puissant dans la personne de l’eunuque Chrysaphius. Sollicité à la lois par Eutychés et par Théo­ dose 11 de casser la sentence de condamnation, le pape saint Léon différa son jugement jusqu’à la réception des actes synodaux expédiés par Flavien. Lorsqu’il les eut reçus et qu’il en eut pris connaissance il se hâta d'ap­ prouver la condamnation portée contre s l’erreur témé­ raire et insensée «d’Eutychès. Epist., xxvn, P. L., t. t.tv, col. 752. il annonçait en même temps une instruction dogmatique plus développée, qu’il expédia, en effet, le 13 juin 449, à l’adresse de Flavien. Epist., xxvm, col. 755-782. Pendant ce temps, Théodose H, circonvenu par Eutychês et par Dioscore, patriarche d’Alexandrie, qui avait pris fait et cause pour ce dernier, avait convoqué à Éphèse, pour le mois d’aoûl, un concile destiné à revi­ ser le procès d'Eutychès. Le pape y fut invité; et bien qu'il le jugeât, avec Flavien, inopportun, dangereux même dans les circonstances actuelles, il s’y fit repré­ senter par trois légats, parmi lesquels le diacre Hilaire. Le concile s’ouvrit le 8 août 449 et dégénéra bientôt, comme on le sait, sous la conduite de Dioscore d’Alexan­ drie et de Juvénal de Jérusalem, en un conciliabule ou les menaces et la violence même arrachèrent à prés de 135 évêques une sentence d’acquittement pour Eutychés et de condamnation pourFlavien. Voyant ses adversaires résolus â le condamner, Flavien en avait préalablement appelé à de nouveaux juges, Mansi, Concit., t. vi, p. 907; sans que l’on puisse toutefois décider quelle fut la portée de cet appel, et s’il s'adressait à un nouveau concile gé­ néral, ou au pape, ou aux deux à la fois. Hefele, Concihengeschiclite, Fribourg-en-Brisgau, 1856, t. n, p. 360. Quoi qu’il en soit, dans le trouble et la confusion qui suivirent ces tristes événements, les regards se tour­ nèrent de toutes parts vers Rome. C’est de là que devait, en effet, venir pour l’Orient ia lumière et le salut. Saint Léon commença par faire annuler, dans un con­ cile tenu à Rome sous sa présidence (6 octobre 449), tout ce qui avait été décidé à Éphèse. Epist., xlvi, P. L., t. t.tv, col. 838. Puis il écrivit à Théodose II pour l’en­ gager à désavouer ce conciliabule, qu'il qualifiait d'Ephesinum non judicium sed latrocinium, et à consentir à la réunion en Italie d'un nouveau concile. Epist., XLlIIxi.iv, P. L., t. t.tv, col. 821-832. Théodose 11 hésitait; le pape renouvelant ses instances, il affirma que touts’était passé régulièrement à Éphèse, Epist., lxh-lxiv, P. L., t. Liv, col. 875-878, et sollicita la reconnaissance d’Anatole, le nouvel élu que l'influence de Dioscore venait de faire élever sur le siège de Constantinople, en remplacement de Flavien déposé. Epist., lxix, col. 890892. Saint Léon exigea au préalable qu'Anatole souscri­ vit à la condamnation de Nestorius et d'Eutychès et donnât une approbation pleine et entière à sa lettre dogmatique. Puis, revenant sur le projet de concile en Italie, il déclarait qu’il n’en estimait maintenant la tenue nécessaire qu’au cas où les évêques dissidents se refu­ seraient à accepter son exposé dogmatique de la loi. Survinrent sur ces entrefaites (28 juillet 450) la mort de Théodose et l’élévation au trône de sa sœur Pulchérie et de Marcien. Les nouveaux maîtres de l’empire i.dent aussi sincèrement attachés à la foi orthodoxe 2192 que dévoués au saint-siège. Dans la lettre par laquelle il annonçait au pape son élévation au trône, Marcien lui déclara son dessein de réunir le concile projeté, mais en Orient. Epist., lxxvi, col. 904. Saint Léon, lui, pré­ férait remettre à plus lard la réalisation de ce projet. En novembre450, Anatole avait, dans un synodeà Cons­ tantinople, accepté la lettre du pape et condamné en présence de ses légats Nestorius et Eutychés. La lettre avait été envoyée aussi aux autres métropolitains d’Orient : tout annonçait qu’elle serait souscrite et qu’uu certain nombre d'évêques, jusque-là partisans d'Euty­ chès et de Dioscore,s’y rallieraient. Saint Léon, informé de ces symptômes d’apaisement, Epist., t.xxvti,col.905907, et persuadé qu'un nouveau débat sur ces questions irritantes serait plus dangereux qu'utile, conseilla de différer (juin 451). Epist., Lxxxii), col. 919-920. Mais la lettre du pape n’était pas encore parvenue à Constantinople que déjà l’ordre de convocation se trou­ vait lancé,et l’ouverture du concile fixée, pour le l*rseptembre, à Nicée en Bythinie. Mansi, t. vi, col. 551-553. Saint Léon, informé de ce qu'il considérait comme un fâcheux contre-temps, ne refusa pas cependant son assentiment au synode qui allait s’ouvrir, Epist.,LXtan, P. L., t. Liv, col. 930, et désigna, pour l’y représenter et y présider en son nom, des légats qu’il munit d ins­ tructions très' précises. Epist., lxxxviii, col. 927-930. Cf. Concit, chalc. acta, sess. I, Mansi, t. vi, col. 581 ; sess. XVI, t. vu, col. 443. C’étaient, outre l’évêque Lucentius et le prêtre Basile déjà envoyés en mission à Constantinople, Paschasinus, évêque de Lylibée. le prêtre Boniface et Julien, évêque de Cos. Toutefois ce dernier ne prit pas place au concile parmi les légats du pape, mais occupa son rang parmi les évêques. II. Histoire du concile. — Déjà les évêques se trou­ vaient, en assez grand nombre, réunis à Nicée et occu­ pés à préparer l'ouverture des sessions conciliaires, lorsque l'empereur, qui désirait, sinon être présent aux débats, du moins se tenir à proximité du lieu'où ils se poursuivraient, afin sans doute d’être en mesure d'in­ tervenir, le cas échéant, les invita à se transporter plus près de Constantinople^ Chalcédoine, sur la rived’Asie. Mansi, t. vi, col. 557. C’est là, dans l’église de la martyre Euphémie, que s’ouvrit, le 8 octobre 451. la plus impo­ sante réunion d’évêques que l’Orient eût jamais vue. Ils s’y trouvaient rassemblés au nombre de 600 environ. Les différents témoignages ne sont pas d'accord sur le chiffre exact. Les actes conciliaires ne nous livrent que des listes incomplètes, Mansi, t. VI, col. 565 sq. ; t. vil, col. 429 sq.; dans une lettre au pape le synode parle de 520 évêques présents, Epist., xcvni, P. L., t. liv, col. 952; saint Léon donne le chiffre approximatit de 600, Epist., en, col. 983; Tillemont, Mémoires, t. xv, p. 641, admet, tout compte fait, le chiffre de 630 mem­ bres présents, y compris les représentants des évêques empêchés de venir en personne. Presque tous les Pères du concile appartenaient à l’Église d’Orient; l’Occident n’y était guère représenté, en dehors des légats ponti­ ficaux, que par deux Africains, Aurélius d'Adrumete et Rusticianus. Cf. Hefele, Concit., t. u, p. -404. Un autre point sur lequel ne s’accordent guère non plus ni les exemplaires connus des actes synodaux, ni les témoignages des historiens, est celui relatif au nom­ bre exact et au partage des sessions conciliaires. Cer­ tains manuscrits ne renferment que les six premières sessions, les seules où l'on ait traité la question dogma­ tique; d’autres, incomplets eux aussi, groupent dans une VII’ session toutes les questions traitées et les o cisions prises dans les nombreuses sessions qui suivirent. Ct. Hefele, loc. cit., p. 393. Évagre, H. E., n, 18, P. G., t. LXXXVI, col. 2590, n’en énumère que quinze; il est manifestement incomplet. Le diacre romain Rusticus, dans sa collection officielle des actes synodaux, répartit les travaux des Pères entre 16 sessions différentes. C’est 2193 CHALCÉDOINE le partage communément adopté par les éditeurs des Actes. Cependant les Hallérini établissent qu’il y eut en réalité 21 sessions distinctes, à distribuer entre 14 jour­ nées; et Ilefele, loc. cit., p. 394, dresse un tableau de concordance entre ces différentes données. De ces mul­ tiples sessions, les six premières seules furent consa­ crées, en tout ou en partie, à la question dogmatique, la seule qui nous intéresse ici. On s’occupa uniquement dans les autres des accusations et des contestations diverses provoquées par les démêlés religieux des der­ nières années. C'est au cours de la XV· session que furent rédigés et souscrits les 30 canons qui portent le nom de ce concile. La XVI' et dernière, suivant l’ordre communément adopté, entendit la protestation des lé­ gats du pape contre le 28' de ces canons, celui qui re­ connaissait à l'archevêque de Constantinople une préé­ minence d'honneur et de dignité sur les autres sièges d’Orient. Les actes de ce concile, qui occupent dans Mansi une partie des t. vi, col. 539-1102, et vu, col. 1-627, compren­ nent, conformément au partage adopté par les auteurs de l’édition romaine de 1608, trois parties distinctes : 1°les documents qui concernent les négociations prélimi­ naires au concile, en particulier les lettres du pape et des empereurs Théodose et Marcien; 2" les protocoles même des sessions conciliaires, dans lesquels sont in­ sérés, à leur place respective, les différents documents lus ou mentionnés au cours de ces sessions; on y trouve, entre autres, les actes complets du synode ενδημούσα tenu en 448 sous la présidence de Flavien contre Eutychès, et ceux du brigandage d’Éphêse; 3° les pièces postérieures au concile, dont la plupart sont relatives à l’approbation par le pape des décisions conciliaires. Mansi a inséré parmi ces dernières le Code.· encyclicus ou collection, faite sur l’ordre de Léon, successeur de Marcien, des lettres adressées à cet empereur vers 458 par les synodes provinciaux, pour défendre le concile de Chalcédoine contre les attaques des inonophysites. Peut-on attribuer à l’ensemble des protocoles qui nous ont conservé le détail des discussions et des délibéra­ tions conciliaires la valeur d'une collection officielle proprement dite? Les avis sont partagés sur ce point. Les uns pensent que nous n'avons là que des comptes rendus privés dus à la plume des sténographes parti­ culiers attachés à la personne des évêques de l'assem­ blée. D'autres admettent qu'il y eut de ces actes une rédaction officielle, celle précisément que nous ont con­ servée les manuscrits, avec des divergences secondaires attribuables aux copistes et sensibles surtout dans le partage des sessions et la répartition de la matière entre elles. Ilefele qui se range à celte seconde opinion, Con­ cil., t. n, p. 396, l’appuie sur la concordance fondamen­ tale des différents textes transmis par les manuscrits et l’étaie de l'affirmation contenue dans la lettre synodale adressée au pape par le concile. Mansi, t. vi, col. 155. Il y est dit que l'on communique au pape, en vue d'une confirmation, πάσαν τών δύναμιν την πεπραγμένων. Cette collection était sans doute incomplète, puisque, en mars 453, saint Léon charge son nonce à Constantino­ ple, Julien de Cos. d’en constituer une complète et d’y joindre une traduction latine. Epist., cxiII,P. L., t. liv, col. 1028. Saint Léon avait revendiqué pour ses légats la pré­ séance dans le concile et la direction des débats. Epist., lxxxix-xcv, col. 930-944. C’est bien, en effet, comme présidents du concile au nom du pape que ceux-ci se posent; et ils sont reconnus comme tels Ils occupent parmi les évêques la place d'honneur; au cours des débats, ils insistent sur la nullité des décisions prises sans leur assentiment; le synode lui-même, dans sa lettre au pape, s’exprime en termes qui carac­ térisent bien leur rôle de représentants de l’autorité suprême, Epist., xcvni, P. L., t. liv, col. 952; enfin le I 219-4 i pape répondant au synode, qui avait sollicité de lui la confirmation des décisions prises, parle encore des lé­ gats, qui vice mea orientali synodo præsederunt. | Epist., cm, col. 988. Aucun concile d'Orient ne donna lieu, de part et d’autre, à une affirmation aussi nette de la primauté pontificale. A côté des légats pontificaux, nous voyons apparaître les commissaires impériaux qui jouent, eux aussi, un rôle prépondérant dans la direction des débats. Ils y in­ terviennent constamment; parfois même ils semblent effacer les représentants du pape et les laisser au second plan. Ce ne sont pas ceux-ci, mais les commissaires, qui déterminent l'ordre du jour de l’assemblée et règlent la marche des débats. Ils prennent part à la discussion, la dirigent même, s’abstenant au reste, lorsqu'il s'agit d'arrêter des décisions dogmatiques ou canoniques, et laissant toute liberté aux Pères du concile pour en dé­ libérer et en décider sous la présidence des légats. La présence el l'intervention de ces représentants de l'einpereurne furent pas sans exercer une très heureuse in­ fluence sur la marche des débats et sur la solution des questions pendantes; car ils surent ne pas abuser de leur situation et de l'autorité qu’elle leur conférait, et rester toujours parfaitement d’accord avec les repré­ sentants du pape. Après ces préliminaires nécessaires, il nous reste â étudier le contenu même des actes synodaux. Le plan de notre travail ne comportant que l’examen de la ques­ tion dogmatique, nous nous bornerons aux six pre­ mières sessions conciliaires, celles ou s'élabora la défi­ nition qui nous intéresse. C’est dans la V'session, qui se tint le 22 octobre, que les termes en furent définiti­ vement arrêtés. Mais il résulte des discussions qui la préparèrent que les Pères s’étaient d'abord refusés à rédiger un nouvel exposé de la foi chrétienne su:· l'incarnation. Ils estimaient suffisants les symboles de Nicée et de Constantinople, éclairés par les déclarations des conciles postérieurs et par les écrits ou les lettres des Pères et des docteurs. Revenant dans la suite sur leur première décision, ils donnèrent leur approbation à un projet de décret rédigé par une commission consti­ tuée au cours de la V' session. C’était moins un sy mbole précis et complet qu'un exposé assez développé, sous forme de discours, des croyances de l’Église sur la question controversée. III. Texte du formulaire dogmatique. — Voici la partie la plus importante de ce décret dogmatique. Cf. Mansi, t. vu, col. 107-118; Denzinger, Enchiridion, Wurzbourg, 1865, n. 134, p. 44-46. Τοΐς τε γάρ εις υίών δυάδα τδ τής οικονομίας διασπάν έπιχειροϋσι μυστήριον παρατάττεται, καί τούς παΟητήν τού μονογενούς λέγειν τολ­ μώντας την θεότητα, τού των ιερών άπωδεϊται συλλόγου, καί τοΐς έπι των δύο φύσεων τού Χριστού χράσιν ή σύγκυσιν έπινοοϋσιν άνΟίσταται’ καί τούς ουρανίου ή έτέρας τίνος ύπάρχειν ουσίας τήν έξ ημών ληφΟεισαν αύτώ τού δούλου μορφήν παραπαίοντα; έξελαύνει’ κα’ι τούς δύο μέν προ τη; ένώσεως φύσεις τού Κυρίου μυβεύοντας, μίαν δέ μετά τήν ενωσιν άναπλάττοντας, αναθεματίζει. ’Επόμενοι τοίνυν τοΐς άγίοις πατράσιν ενα και τον αύτόν άμολογεϊν υί’ον τον κύριον ημών Ίησοϋν Χριστόν συμφώνως άπαντες Il s'oppose (te synode) à ceux qui cherchent à diviser le mys­ tère de l'incarnation en une dualité de Fils, exclut de la par­ ticipation aux sacrés mystères ceux qui osent déclarer passible la divinité du Fils unique et contredit à ceux qui imaginent un mélange ou une contusion des deux natures dans le Christ; il rejette ceux qui dé­ raisonnent jusqu'à dire que la forme d'esclave que le Fils nous a empruntée est d'une nature céleste ou de toute autre nature que la nôtre; il anathématise ceux qui ont inventé cette fable qu'avant l'union il y avait deux natures dans le Seigneur, mais qu'après l’union il n’y en a plus qu'une seule. A la suite des saints Pères, nous enseignons tous à l'unanimité, un seul et 2195 έκδιδάσκομεν, τέλειον τον αύτδν έν Οεότητι καί τέλειον τον αύτδν έν άνθρωπότητι, Θεδν αληθώς και άνθρωπον αληθώς τον αύτδν, έκ ψυχής λογικής και σώματος, όμοούσιον τώ πατρί κατά την θεότητα κα'ι όμοούσιον τδν αυτόν ήμϊν κατά την ανθρω­ πότητα, κατά πάντα δμοιον ήμϊν, χωρίς αμαρτίας* πρδ αιώνων μεν έκ του πατρδς γεννηθέντα κατά την θεότητα, επ’ έσχάτων δέ τών ημερών τδν αύτδν δι* ημάς και διά την ήμετέραν σωτηρίαν έκ Μαρίας τής παρθένου τής Θεοτόκου κατά την ανθρω­ πότητα, ένα καί τδν αύτδν Χριστδν, υΐδν, κύριον, μονο­ γενή, εν δύο φύσεσιν [έκ δυο φύσεων] άσυγχύτως, άτρέπτως, αδιαίρετο);, αχωρίστως γνωριζόμενον* ούδαμου τής τών φύσεων διαφοράς άνηρημένης διά την ενωσιν, σωζομένης δε μάλλον τής ίδιότητος έκατέρας φύσεως, και εις έν πρόσωπον καί μίαν ύπόστασιν συντρεχούσης, ούκ εις δύο πρόσωπα μεριζόμενον ή διαιρόυμενον, άλλ* ένα καί τδν αύτδν υίδν και μονογενή, Θεδν λόγον κύριον Ίησούν Χριστδν, καθάπερ άνωθεν οί προφτται περί αυ­ τού, και αύτδς ήμάς ό κύριος ’Ιησούς Χριστδς έξεπαίδευσε και τδ τών πατέρων ήμϊν παραδέδωκε σύμβολον. Τού­ των τοίνυν μετά πάσης πάνταχόθεν ακρίβειας τε και έμμελείας παρ’ήμών διατυποθέντων, ώρισεν ή αγία καί οικουμενική σύνοδος, έτέραν πίστιν μηδένι έξεϊναι προφέρειν ή γούν συγγράφειν ή συντιθέναι ή φρονεΐν ή διδάσκειν ετέρους· Τούς δέ τολ­ μώντας ή συντιθέναι πίστιν έτέραν ή γούν προκομίζειν ή διδάσκειν ή παραδιδόναι έτερον σύμβολον τοϊς έθελοΰσιν έπιστρέφειν εις έπιγνωσιν αλήθειας έξ Ελληνισμού ή έξ ’Ιουδαϊσμού ή γουν έξ αίρέσεως οίασδηποτούν, τού­ τους, ει μέν ειεν έπίσκοποι ή κληρικοί, αλλοτρίους είναι τούς έπισκόπους τής επισκο­ πής, κα'ι τούς κληρικούς τού κλήρου : ει δέ μονάζοντες ή λαϊ/.οϊ ε*εν, άναθεματίζεσθαι αύτούς. CHALCÉDOINE même Fils, Notre - Seigneur Jésus-Christ, complet quant à sa divinité, complet aussi quant à son humanité, vrai Dieu et en même temps vrai homme, com­ posé d une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père par sa divinité, consub­ stantiel à nous par son huma­ nité, en tout semblable à nous, sauf pour ce qui est du péché ; engendré du Père, avant tous les siècles, quant â sa divinité ; quant à son humanité, né pour nous, dans les derniers temps, de Marie, la Vierge, et la Mère de Dieu; nous confessons un seul et même Christ Jésus, fils unique, que nous reconnaissons être en deux natures, sans qu'il y ait ni confusion, ni transfor­ mation, ni division, ni sépara­ tion entre elles : car la différence des deux natures n’est nulle­ ment supprimée par leur union ; tout au contraire, les attributs de chaque nature sont sauve­ gardés, et subsistent en une seule personne et en une seule hypostase; et nous confessons, non pas (un fils) partagé ou divisé en deux personnes, mais bien un seul et même fils, fils unique et Dieu Verbe, NotreSeigneur Jésus-Christ; tel qu’il a été prédit jadis par les pro­ phètes, tel que, lui-même, il s’est révélé à nous et tel que le symbole des Pères nous l’a fait connaître. Ces différents points de doctrine une lois déterminés et formulés avec toute l’atten­ tion et toute la précision pos­ sible, le saint el œcuménique synode déclare qu’il n'est loi­ sible à personne de proposer une autre croyance ou de l’en­ seigner aux autres. Quant à ceux qui oseraient soit consti­ tuer une autre doctrine, soit présenter, ou enseigner, ou livrer un autre symbole à ceux qui désirent revenir de l’hellé­ nisme, ou du judaïsme, ou de toute autre hérésie, â la con­ naissance de la vérité, s'ils sont évêques ou clercs, qu’ils soient exclus, les évêques de l’épisco­ pat, les clercs de la cléricature ; s’ils sont moines ou laïques, qu’ils soient anathème. IV. Histoire du formulaire. — Avant d’aborder l’explication du texte dogmatique en question, il importe de savoir comment, et à Ia suile de quelles circon­ stances, les Pères furent amenés, après s’y être d’abord refusés, à rédiger le formulaire dont il fait partie inté­ grante. Nous n’avons pour cela qu’à consulter les actes du concile. Déjà, vers la fin de la I J session, laquelle avait été 2196 consacrée presque tout entière à la revision du procès de Elavien et de ses partisans tranché d'une manière si inique au conciliabule d’Éphèse, les commissaires im­ périaux avaient invité les évêques à exposer, chacun par écrit, son sentiment sur le dogme en discussion. Ils avaient ajouté que l’on devait d'ailleurs s’en tenir aux règles de foi contenues dans les symboles de Nicée et de Constantinople, tout en s’inspirant des écrits des Pères qui avaient été lus et approuvés au concile d’Éphèse, en particulier des lettres de saint Cyrille, ainsi que de la récente lettre dogmatique du pape â Flavien. Mansi, t. vi, col. 935. La discussion qui venait de se dérouler à l’occasion de la lecture des actes syno­ daux du conciliabule d’Ephèse avait déjà pu, grâce aux révélations piquantes et aux remarques intéressantes qu’elle avait provoquées sur les théories d’Eulychès et sur les agissements de Dioscore, éclairer suffisamment les Pères du concile sur la gravité de la question et sur la portée des déclarations qui leur étaient demandées. Celte discussion avait permis, entre autres choses, de fixer certains points de la théorie monophysite d’Euly­ chès restés jusque-là obscurs pour beaucoup de·ses adversaires, peut-être même pour plusieurs de ses plus ardents partisans. A propos de la comparution d’Eutychès devant le conciliabule d’Éphèse et de la profession de foi écrite qu’il y avait remise à ses juges, Diogène de Cyzique fit observer que l’hérésiarque s’était bien gard ·. tout en reproduisant le symbole de Nicée, de le repro­ duire avec l’addition qu’y avaient introduite les Pères du concile de Constantinople : τδν σαρκοθέντα (Nicée·. έχ πνεύματος αγίου κα'ι Μαρίας τής παρθένου (Constantinople), Mansi, t. νι, col. 631, trahissant par cette omission sa négation de la consubstantialité du Verbe incarné avec Marie, et par conséquent, avec la nature humaine. Plus loin, à propos du passage dans lequel Eutychès anathe­ matise a Manès... et ceux qui disent que la chair de Jésus-Christ est descendue du ciel, » Eusèbe de Dorylée fit remarquer à son tour qu’Eutychès avait bien consenti à reconnaître que la chair du Christ ne venait pas du ciel, mais que, malgré les instances les plus pressantes, il n’avait jamais voulu dire d'où elle sortait, ni s’expli­ quer sur la manière dont, selon lui, l’incarnation avait eu lieu. ]bid., col. 634. Basile de Séleucie fit. lui aussi, une déclaration intéressante et qui avait le mérite de poser nettement la question. Accusé par Dioscore d’avoir varié dans ses opinions, il rappela les termes de la pro­ fession de foi qu’il avait formulée au synode de Con­ stantinople contre Eutychès : il adorait un seul Seigneur Jésus-Christ, qu’il reconnaissait êlre, après l’incar­ nation, en deux natures complètes, la nature humaine et la nature divine unies hypostatiquement (καθ’ύπόστασιν); et à Eutychès, qui admettait bien deux natures avant l’incarnation, mais ne voulait plus parler que d’une seule nature après l’incarnation, il reprochait d’introduire dans le Christ un mélange et une confusion des natures. Plus lard, à Éphèse, troublé par les me­ naces des partisans d’Eutychès, il avait eu la faibb -se d’atténuer cette première déclaration si franchement orthodoxe et de concéder aux monophysites que, s’ils acceptaient de parler avec saint Cyrille d’une «σαρκω­ μένη καί ένανθρωπήσασα φύσις, il se tiendrait pour satis­ fait. Mansi, t. vi, col. 634-639. Dans la IIe session (10 octobre), les Pères abordèrent directement la question dogmatique. Les commissa s impériaux leur avaient rappelé, dès le début, l’in. tion qu’ils leur avaient adressée la veille d’exprimer : ur sentiment sur le point de foi, objet de la controverse. Ils avaient ajouté qu’on ne leur demandait pas un i.·:□vel exposé de la foi (ϊκθεσις), mais une simple c · rmation des décisions conciliaires antérieures et d - dé­ clarations des Pères y relatives. Mansi, t. vî, col. 953. Cécropius de Sébastopolis fit alors observer que lu: et nombre de ses collègues avaient déjà souscrit a la 2197 CHALCÉDOINE règle de foi (τύπο;) donnée par l'archevêque de Rome sur la question eutycliienne. Les commissaires trou­ vèrent cela insuffisant et insistèrent pour que chacun des métropolitains supérieurs se réunit avec un ou deux des évêques de sa juridiction et, après avoir délibéré sur la foi, formulât le résultat de cette délibération. Ce serait, ajoutèrent-ils, le moyen de lever tous les doutes, en démasquant les dissidents, s'il s'en trouvait encore. I.es évêques se retranchèrent derrière les prescriptions du troisième concile œcuménique pour se refuser à constituer un nouvel exposé de la foi chrétienne, flo­ rentius de Sardes ajouta que l’on devait en tout cas, si une nouvelle formule de foi était nécessaire, la préparer à loisir; mais que, pour lui, il considérait la lettre du pape comme bien suffisante. Mansi, t. vi, col. 953. On donna alors lecture, sur la proposition de Cécropius de Sébastopolis, des documents qui pouvaient éclairer la foi des Pères : c'étaient le symbole de Nicée avec les anathèmes contre l'hérésie arienne, celui de Constanti­ nople auquel on adjoignit deux lettres de saint Cyrille, l'une adressée à Nestorius et qui avait été approuvée à Éphése, en 431, l’autre postérieure à ce concile et en­ voyée à .Jean d’Antioche, en 433, comme signe et gage de l’accord que l'on venait de conclure entre Orientaux (Antiochiens) et Égyptiens; on y ajouta enfin la lettre dogmatique de saint Léon à Elavien. Mansi, t. vi. col. 955-959. La lecture de cette dernière lettre souleva quelques remarques et provoqua même des réserves de la part des évêques d’Illyrie et de Palestine. Ils signa­ lèrent trois passages différents dans lesquels les expres­ sions employées par le pape leur paraissaient accentuer trop fortement la séparation entre l’élément humain et l’élément divin dans le Christ el favoriser par là même le nestorianisme. C’étaient, au c. 3 : El ad persol­ vendum conditionis nostra debitum, natura inviolabi­ lis natures est unita passibili; ut quod nostris reme­ diis congruebat, unus atque idem mediator Dei et hominum, homo Christus Jésus, et mori posset ex uno et mori non posset ex altero; au c. i : Agit enim utraque forma cum alterius communione, quod proprium est, Verbo scilicet operante quod Verbi est, et carne exequente quod carnis est. Unum horum coruscat mira­ culis, alius succumbit injuriis; et à la fin du même chapitre : Quamvis in Domino Jesu Christo Dei et hominis una persona sit; aliud tamen, est, unde in utroque communis est contumelia, aliud unde commu­ nis est gloria. De nostro enim illi est minor Patre humanitas, de Patre illi est sequatis cum Patre divi­ nitas. Mansi, t. vi, col. 971-974. On essaya de résoudre ces doutes et de lever ces scrupules en signalant aux évêques qui les manifes­ taient des passages de saint Cyrille analogues, quant au sens, quelquefois même identiques par l'expression. Néanmoins ils n’étaient pas encore pleinement rassurés et réclamèrent, par l’entremise d'Atticus de Nicopolis, en Épire, quelques jours de réflexion et d’examen. Ils demandèrent aussi qu’on leur remit, afin de l’étudier plus à loisir, une copie de la letlre de saint Cyrille à Nestorius à laquelle se trouvaient joints les douze anathématismes. D'autres évêques firent alors observer que si Ton devait délibérer sur la question dogmatique, il valait mieux que l’on en délibérât en commun. Entre des exigences contraires, les commissaires impériaux adoptèrent un moyen terme et décidèrent une suspen­ sion de séances pour une durée de cinq jours. Pendant ce temps, les membres du concile pourraient se réunir chez Anatole, archevêque de Constantinople, discuter en commun et ainsi s’éclairer mutuellement et dissiper les derniers scrupules de ceux qui hésitaient encore. Et comme à cette proposition beaucoup s’exclamaient disant qu'il ne subsistait plus pour eux aucun doute et qu'ils avaient déjà pleinement souscrit à la letlre du pape, les commissaires ajoutèrent qu’en ce cas, il n'était pas né­ 2198 cessaire que tous prissent part à ces réunions, qu'Anatole pourrait choisir parmi les évêques qui avaient adhéré à la lettre dogmatique ceux qui lui paraîtraient les plus aptes à éclairer et à convaincre les hésitants. Mansi, t. VI, col. 974-975. On se sépara là-dessus, non toutefois sans s’être pris assez vivement à partie, entre Orientaux et Egyptiens, à propos d'un projet d’amnistie en faveur des chefs et des inspirateurs du conciliabule d’Éphèse condamnés pré­ cédemment, au cours de la première session, et mena­ cés de déposition. Avant l'expiration du délai de cinq jours qui leur avait été imparti par les commissaires, les Pères tinrent, le 13 octobre, une IIe session générale où fut instruite à fond l’affaire de Dioscore, le principal meneur du parti monophysile. Les commissaires n’y assistèrent pas, soit qu’ils n'eussent pas été informés, soit qu'ils se fussent volontairement abstenus, afin de laisser aux Pères foule liberté de se prononcer. Mansi, t. vi. col. 975-1102. La IVe session s’ouvrit le 17 octobre, deux jours après la date primitivement fixée. On y lut d'abord quelques extraits des actes des deux premières sessions; puis les commissaires demandèrent aux Pères ce qu’ils avaient décidé entre eux touchant la foi. Le légat du pape, Paschasinus, prit la parole et déclara que le synode conser­ vait intacte la règle de foi tracée par le concile de Nicée, confirmée, après avoir été complétée sur cer­ tains points, par les Pèresdu concile de Constantinople; il approuve, ajouta-t-il, l’explication de ce symbole dé­ veloppée à Éphèse par saint Cyrille; enfin, comme le saint pape Léon, archevêque de toutes les Églises (πασών των εκκλησιών αρχιεπίσκοπος), a dans sa lettre contre Eutychès parfaitement exposé la vraie foi sur ce point, le saint synode y adhère pleinement, sans en rien retrancher et sans y rien ajouter. Mansi, t. vit, col. 7 sq. Des acclamations unanimes soulignèrent celte déclaration du légat pontifical. Les commissaires de­ mandèrent alors aux Pères de confirmer par un serment sur l’Évangile la déclaration qu’ils venaient d’approuver. Anatole prêta le premier le serment demandé; puis vinrent les légats du pape et, à leur suite, les autres membres de l’assemblée. Lorsque arriva le tour des Illyriens, l’un d'eux, Sozon de Philippes, se leva et lut au nom de ses confrères un factum rédigé à l'avance, dans lequel ils déclaraient tous leurs doutes résolus à la suite des explications qui leur avaient été données par les légats du pape et des anathèmes lancés par eux contre tous ceux qui diviseraient le Christ ou qui met­ traient en doute que les propriétés divines ne soient unies en lui άσυγχύτως και άτρέπτως καί άδιαιρέτως. Mansi, t. vn, col. 27-31. Ses dernières expressions mé­ ritent d’être remarquées, car elles figureront dans le formulaire dogmatique du concile. Ananie de Capitolias lut ensuite, au nom des évêques de Palestine, une déclaration analogue. Ibid., col. 34. Il ajouta seulement qu’il y aurait quelque utilité à ce que les légats du pape renouvelassent en public les déclarations faites par eux dans les réunions privées sur les points en question. Jbid., col. 31. On ne dit pas dans les actes quel fut le sort de cette motion. Cent soixante et un évêques expri­ mèrent ainsi leur avis et le confirmèrent par un ser­ ment; les autres, sur le désir des commissaires, et pour abréger, votèrent tous ensemble et par acclamation. On réintégra ensuite dans l’assemblée conciliaire, mais seulement après en avoir référé à l’empereur, les cinq évêques qui en avaient été exclus dès la Ir« session : Juvénal de Jérusalem, Thalassius de Césarée, Eusèbe d’Ancyre, Euslathe de Béryte et Basile de Séleucie. Us avaient reconnu leur erreur et souscrit à la leltre du pape. Quant à Dioscore, il resta définitivement exclu du concile et déposé de son siège patriarcal. Mansi, t. vu. col. 47. 2199 CHALCÉDOINE Il ne restait donc, en fait de dissidents, que Dioscore et son groupe d'évêques égyptiens. Ceux-ci, au nombre de treize, avaient remis la veille à l’empereur une pro­ fession de foi que celui-ci transmit à l'assemblée, pour qu'elle en prît connaissance et décidât de son orthodoxie. Les signataires de ce document déclaraient adhérer à la vraie foi et anathématiser Arius, Eunomius, les mani­ chéens et les nestoriens, ainsi que ceux qui soutiennent que la chair duChristest descendue du ciel et n'a pas été prise de la vierge Marie. Ces dernières paroles pou­ vaient être considérées à la rigueur comme visant Eulychés; mais le nom de l’hérésiarque ne s’y trouvant pas mentionné expressément, les Pères déclarèrent insuffi­ sante la profession de foi en question. Mansi, t. vu, col. 51. Là-dessus, les légats du pape exigèrent des Égyp­ tiens une réponse nette et précise sur les deux points suivants : adhéraient-ils sans restriction à la lettre du pape et consentaient-ils à anathématiser Eutychês? Ibid., col. 53. Le deuxième point ne souffrit pas difficulté; Hiéracus d'Aphneum prononça au nom de tous l'ana­ thème contre Eutychês. Quant au premier, il en alla autrement. Les dissidents prétendirent ne pouvoir se prononcer encore; il leur fallait, disaient-ils, réserver tonte décision sur ce point jusqu'à la nomination du nouveau patriarche d'Alexandrie, attendu qu’ils devaient en tout se conformer à l'avis de leur primat. Une déci­ sion prise sans ce dernier n'aurait aucune valeur et ne serait pas acceptée par le peuple. On eut beau insister, les presser de toutes les façons; on ne put venir à bout de leur obstination, et l'on décida finalement qu’ils ne quitteraient pas Constantinople avant la nomination de leur patriarche et la solution de la question. Mansi, t. vu, col. 54-62. Les Pères firent comparaître ensuite devant eux, Mansi, t. vn, col. 51 sq., un certain nombre de prêtres et d’archimandrites eutychiens qui avaient, eux aussi, mais avant l’ouverture du concile, fait parvenir à l’em­ pereur une supplique rédigée dans un sens nettement monophysite. Pressés de désavouer leurs erreurs, ils se retranchèrent derrière des formules vagues et d’une orthodoxie plus que douteuse. Parmi eux se trouvait le fameux Barsumas, l'un des agents les plus actifs du conciliabule d'Ephèse et du monophysisme parmi les moines de Syrie. Voir col. 434-435. L'un de leurs chefs, l'archimandrite Dorothée, tenta l’apologie d'Eulychès. Comme on voulait savoir de lui s’il admettait cette théorie de l'hérésiarque « que la chair du Christ n'est pas de même substance que la nôtre », il se contenta de réciter ce passage du symbole de Constantinople : σαρκωθέντα i/. τής παρθένου καί ένανθρωπησαντα et refusa de s’expli­ quer plus clairement. On remit à plus tard le prononcé du jugement sur son cas et sur celui de ses compagnons, mais finalement l’affaire en resta là. C'est dans la V'« session (22 octobre) que devait être définitivement tranchée la question restée jusqu’ici en suspens de l'opportunité d’une décision dogmatique. A plusieurs reprises, dans les sessions du 10 et du 17 octobre, les Pères avaient témoigné assez clairement ne pas vou­ loir en publier de nouvelle. Ils revinrent ensuite sur celte première résolution et se décidèrent finalement à constituer un nouvel exposé de la foi, au moins sur les points controversés; sans que l'on puisse savoir au reste quels motifs déterminèrent chez eux ce changement de résolution. Le 20 octobre, ils avaient tenu deux fois séance pour examiner l’affaire des archimandrites égyp­ tiens Carosus et Dorothée, ainsi que celle de Photius de Tyr. Les actes de cette double session ont été fondus par les compilateurs et les éditeurs avec ceux de la IVe, de sorte que la VIIe session est devenue pour ceux-ci la Ve. Cf. llefele, Concil., t. n, p. 394.11 est probable qu’au moment où se tint cette double session il était déjà décidé en principe que l’on rédigerait un nouveau for­ mulaire dogmatique. Nous y voyons, en effet, Euslathe 2200 de Béryte demander que l’on sursoie au jugement de son différend avec Photius de Tyr jusqu’après l'acceptation de ce formulaire. Mansi, t. vt, col. 859. De fait, dès le début de la session qui est dans les actes actuels la Ve, il est donné lecture aux Pères d’une formule de foi que l'on soumet à leur approbation. Les actes ne nous disent ni quand, ni par qui elle avait été rédigée. Léonce de Byzance, De sectis, act. tv, P. G., I. l.xxxvi, col. 1236, nous a heureusement conservé ce détail intéressant que le texte en avait été arrêté la veille, dimanche 21 octobre, par une commission réunie chez Anatole. Tillemonl pense, avec Baronius, qu’à en juger par l’ardeur qu'il apporta à la défendre, Anatole devait être le principal inspirateur de cette formule. Mémoires, t. xv, p. 677. Elle n’a pas été insérée dans les actes; il est donc malaisé d'en déterminer la valeur et la portée; mais les appréciations dont elle fut l'objet nous permettent de supposer que, tout en étant ortho­ doxe dans le fond, elle péchait par défaut de clarté ou de précision dans les termes. C'élait, vu la nature du débat, un défaut grave et de conséquence. A peine la lecture en fut-elle achevée que des objections et des protesta­ tions furent formulées par divers membres de l assem blêe. A Jean de Germanicie qui réclamait des modifica­ tions, Anatole fit observer que le texte en avait été unanimement approuvé la veille. Il ajouta qu'elle étau parfaitement orthodoxe et, en particulier, que l’ex­ pression de Θεοτόκος devait y trouver place. Mansi, t. vu, col. 99-102. Cette dernière remarque, renouvelée peu après, laisse supposer qu’il y avait quelque divergence de vue sur ce point, sans doute entre Égyptiens et Orienlaux. Les légats du pape intervinrent alors dans la discussion pour déclarer, eux aussi, que la formule en question leur semblait insuffisante. Il est donc vraisem­ blable qu’ils n’avaient pas pris part à la réunion prépa­ ratoire tenue la veille chez Anatole, ou, s'ils s’y étaient trouvés présents, qu'ils avaient préféré attendre, pour formuler leurs réserves, la séance générale où ils se croyaient sans doute plus assurés d’être écoutés et sou­ tenus. Ils allèrent jusqu'à menacer, si l’on ne s’en tenait pas à la lettre du pape, de réclamer leurs papiers et de reprendre la route de l’Occident, où l’on ne manquerait pas, disaient-ils, de tenir un nouveau concile. En deman­ dant que l’on s'en tint à la lettre du pape, les légats voulaient-ils exclure absolument toute nouvelle formule de foi, ou simplement obtenir que l'on ne s’écartât pas, dans la rédaction de celte formule, du sens et, si possible, des termes mêmes du document pontifical? Cette seconde alternative serait plutôt la vraie, puisqu'il semble résul­ ter de la discusion qui suivit que le désaccord portait sur une question de termes et d’expressions. Mansi, t. vn, col. 102-106. Les commissaires impériaux crurent mettra tout le monde d’accord en proposant de confier à une commission mixte, qui serait composée de repré­ sentants du patriarcat d’Antioche, au nombre de six. de représentants de l’exarchat d'Ephèse, des provinces d’Illyrie, de Thrace et de Pont, au nombre de trois pc ur chacune de ces subdivisions ecclésiastiques, et présidée par Anatole et les légats du pape, le soin de rédiger, séance tenante et en leur présence, une nouvelle for­ mule qui serait ensuite soumise à l’approbation des Pères. La majorité était d'avis de n’accepter aucune modification et de s’en tenir à la formule proposée. Elle traita même Jean de Germanicie de nestorien, p. ur avoir proposé certains changements. L’objet de tout ce pénible débat était une simple formule de trois mots à peine, mais pleine de sens et d’une importance capitale dans la question. Il s’agissait de savoir si l'on adopterait pour exprimer l'union des deux natures dans le Chris . la formule : έκ δύο φύσεων, ou si l'on dirait qu'il y a en lui deux natures : δύο φύσεις είναι. Cette dernière expres­ sion, déjà adoptée par Flavien pour combattre le mono­ physisme, Acta concil. L'onstanliaop., Mansi, t. vt, 2201 CHALCÉDOINE col. 734-738, 742-7-43, 743, avail '.'avantage d’exprimer clairement la persislance des deux natures dans le Christ apres l’union ; c’est celle que défendaient les légats. L’autre, bien que susceptible d’une interprétation orthodoxe, restait justement suspecte â cause des réserves et des sous-entendus qu’elle pouvait dissimuler. Dire que le Christ était de deux natures, Èx δύο φύσεων, n'impliquait pas nécessairement qu'il fût encore en deux natures, l'union une fois réalisée. La formule avait donc un arrière-goût monophysile très prononcé, et les plus acharnés partisans d’Eutychés, tels que Dioscore, pou­ vaient parfaitement l’admettre, sans compromettre en rien leur théorie. Ce dernier s’étant même vanté d’avoir fait condamner Flavien parce qu’il avait soutenu qu’il y avait deux natures dans le Christ : δύο φύσεις εΐπεν είναι, il importait aux Pères du concile de ne laisser subsister aucun doute sur leur pensée et d'exclure toute expres­ sion équivoque et dont les hérétiques pussent abuser. C'est ce que tirent remarquer avec beaucoup de bon sens et de loyauté les commissaires impériaux, inspirés peut-être par les légats du pape. Anatole, l'inspirateur et le défenseur de la formule incriminée, n’en avait-il pas remarqué le caractère louche et équivoque, ou bien dissimulait-il derrière elle une arrière-pensée qui eût été rien moins qu’orthodoxe? L’insistance avec laquelle il s’empressa de justifier Dioscore de tout soupçon d’hé­ térodoxie, en affirmant que, s'il avait été condamné, ce n’était point à cause d’erreurs sur la foi, mais pour avoir osé excommunier le pape et résister au concile, laisse planer quelque doute sur la pureté et la franchise de ses intentions. 11 semble avoir parfaitement saisi le caractère équivoque de la formule qu'il défendait et contre les commissaires impériaux et contre les légats du pape. Mansi, t. vit, col. 102-104. Les commissaires insistèrent et firent remarquer que le synode, ayant approuvé unanimement la lettre de Léon, ne pouvait moins faire que d'accepter la doctrine qui y était contenue. Mansi, t. vn. col. 104. Mais la ma­ jorité des évéques ne voulait pas entendre parler d'une autre formule que de celle d'Anatole. Il fallut pour vaincre leur obstination recourir à l’autorité de l’empe­ reur. Celui-ci, informé de l'incident, fit parvenir au synode un décret dont la teneur était la suivante : ou bien les Pères consentiraient à constituer la commission proposée par les commissaires et à lui confier la solution du différend, ou bien chaque métropolitain ferait en son nom et au nom de ses suffragants une déclaration de foi explicite et nette; au cas où l’une et l’autre de ces deux alternatives seraient rejetées, le concile serait dissous et il en serait convoqué un nouveau en Occident pour résoudre la question laissée en suspens. Mansi, t. vit, col. 105. Loin de céder, les opposants ne s’en montrèrent que plus obstinés. « Qui ne veut pas souscrire à la formule proposée, disaient les Illyriens, celui-là est nestorien, qu'il parle pour Rome, si cela lui plait. » Evidemment, pour eux, la formule de la lettre dogmatique in duabus naturis, avait l’inconvénient de trop faire ressortir la distinction des deux natures; en dépit des explications fournies par les légats du pape, elle restait â leurs yeux suspecte de nestorianisme. Mansi, t. vn. col. 106. Les commissaires, une dernière fois, posèrent la question en termesaussi précis que possible. « Dioscore, dirent-ils, ne veut pas reconnaître qu'il y a deux natures dans le Christ, το έκ δύο φύσεων δέχομαι, το δε δύο ού δέχομαι; tandis que Léon affirme qu’il y a dans le Christ deux natures unies entre elles, άσυγχύτως. άτρίπτως, άδιαιρέτως. Qui voulez-vous suivre, Léon ou Dioscore? » Tousde s’écrier : « Nous croyons comme Léon et non comme Dioscore. — Acceptez donc dans votre déclaration de foi, reprirent les commissaires, l’enseignement de Léon. » Mansi, t. vu, col. 406. Les actes, tronqués sans doute à cet endroit, ne nous disent pas quelle réponse la majo­ 2202 rité opposa à cette sommation. Il est peu vraisemblable que la discussion ait immédiatement pris lin et que l'assemblée se soit ralliée à l’unanimité, et sans résister plus longtemps, au projet de constituer une commission. C’est cependant ce qui finit par être accepté. La com­ mission, composée en tout de vingt-trois membres, se réunit immédiatement dans la chapelle de Sainte-Euphémie et n'en sortit qu’avec une nouvelle formule de foi, dont Aétius, diacre de l’Église de Constantinople, donna, séance tenante, lecture aux Pères assemblés. Elle fut accueillie par les acclamations unanimes du concile et remise aux commissaires pour être présentée à l'em­ pereur. Mansi, t. vu, col. 118. Il est probable que l’Allocutio adressée à l’empereur Marcien au nom du synode, Mansi, t. vu, col. 455, fut rédigée dans la même séance et transmise en même temps que le décret de foi. Comme elle porte presque exclusivement sur la lettre dogmatique de saint Léon, dont elle fait l’apologie et qu’elle défend de tout reproche d’innovation en matière de foi, on peut, semble-t-il, admettre avec Tillemont, Mémoires, t. xv, p. 713, qu’elle fut composée en entier par les seuls légats du pape. Cela est d’autant plus vraisemblable que le texte de cette allocution porte moins le cachet d'une traduction que celui d’une rédaction originale. Le 25 octobre, eut lieu, en présence de l’empereur et de l’impératrice, une séance solennelle dans laquelle, après une brève allocution de l’empereur, Aétius donna lecture du décret dogmatique. Puis tous les évêques présents y apposèrent leursignature; après quoi ils saluèrent l’empereur et l’impératrice des acclamations d’usage. Le concile avait terminé la partie dogmatique de sa tâche, il ne lui restait plus qu a régler des questions de discipline. V. Explication du décret dogmatique. — Le décret dogmatique auquel le concile de Chalcédoine a attaché son nom, Mansi, t. vu, col. 108-118, ne revêt point, comme ceux des deux premiers conciles œcuméniques, la forme d’un symbole court et précis; c'est plutôt un exposé assez développé de la foi chrétienne sur l'incarnation. Après un préambule d’une quinzaine de lignes sur les hérésies en général, les Pères mentionnent, pour les approuver, les trois premiers synodes œcumé­ niques; puis ils insèrent en entier comme règles inva­ riables de la foi, les symboles de Nicée et de Constan­ tinople. Mansi, t. vu, col. 110-112. Ils opposent ensuite aux hérésies de Nestorius et d’Eutychés, résumées en une formule courte mais très précise, les deux lettres de saint Cyrille déjà mentionnées, l'une à Nestorius, Epist., iv, P. G., t. l.xxvu, col. 43-50, l'autre à Jean d’Antioche, Epist., xxxix, col. 173-182, ainsi que la lettre dogma­ tique de saint Léon à Flavien, Epist., xxvm, P. L., I. i.iv, col. 755-782; enfin, ils donnent à leur tour un abrégé des croyances catholiques sur le mystère de l’incarnation, abrégé dirigé spécialement contre les erreurs de Nesto­ rius et d’Eutychés. Remarquons, en passant, que le concile ne fait aucune mention expresse de la célèbre lettre de saint Cyrille à Nestorius qui se termine par les XII anathématismes. Epist., xvn, P. G.,t. lxxvii,co1. 106122. Atticus de Nicopolis avait cependantattiré l’attention des Pères sur cette pièce importante de la controverse christoiogique. Mansi, t. vu, col. 973. Il avait demandé qu’on la communiquât aux membres de l’assemblée, soit comme règle de foi à l'égal des deux autres lettres, soit à titre de simple document. Nous ne voyons nulle part dans les actes du concile que l'on ait donné suite à cette proposition. Les Pères de Chalcédoine se conten­ tèrent d’englober cette lettre dans l’approbation générale qu’ils accordèrent aux décisions du concile d'Ephèse et, par suite, à la doctrine christoiogique de saint Cyrille. Ils ne jugèrent pas à propos de la mentionner expressé­ ment et de lui donner la consécration de leur autorité. C'est sans doute que cette lettre, avec les anathé- 2203 CHALCÉDOINE matismes qui lu terminent, étant dirigée contre l’hérésie de Nestorius, renfermait certaines expressions qu’ils ne trouvèrent pas conformes à celles qu’ils avaient cru devoir adopter contre l'erreur d’Eutychès. On aurait pu les accuser de favoriser le monophysisme tout en condamnant Eutychès, et le parti des Orientaux très puissant au concile ne l'eût pas toléré. Notons aussi que le concile laisse de côté, et à dessein, l’expression « d’une nature dans le Christ », en dépit de l'autorité de saint Cyrille qui avait cru pouvoir s’en servir sous cette forme : μία φύσις τοΰ Θεού Λόγου σεσαρκωμένη. Il la rejette, non évidemment pour condamner, même tacitement, ce saint docteur, mais pour éviter un terme qui eût pu prêter à équivoque. Pour expliquer, même brièvement, les termes princi­ paux de ce décret, force nous est de donner un rapide aperçu de la théorie monophysite d’Eutychès qui y est spécialement visée. Cette théorie portait sur trois points distincts. Eutychès niait, en premier lieu, que la chair du Christ eût été tirée de celle de la Vierge, et par conséquent qu’elle nous fût consubstantielle, όμοούσιος ήμΐν. C'est ce qu’avait soutenu l'hérésiarque devant les mandataires du synode venus pour l’interroger, à l’époque où Flavien instruisit son premier procès. Mansi, t. vi, col. 700. 11 leur avait déclaré en même temps admettre μίαν φύσιν του Θεού σαρκοΟέντος, et croire cependant que Jésus-Christ est τέλειος Θεό: et τέλειος άνθρωπος. Lorsque, après plusieurs sommations, il se décida à comparaître en personne devant le synode, dans la session du 22 no­ vembre, Mansi, t. vt, col. 732, ce fut pour y confirmer en ces termes sa première déclaration : έως σήμερον ουζ εΐπον τό σώμα τοΰ Κυρίου και Θεού ημών όμοούσιον ήμΐν. Ibid., col. 741. Flavien témoigne aussi dece point de la doctrine d’Eutychès dans sa lettre à saint Léon. Epist., xxii, P. L., t. Liv, col. 728. Si la chair du Christ n’était pas tirée de celle de la Vierge, d'oû venait-elle, d'après l'hérésiarque? Théodoret de Cyr, De hær., iv, 13, P. G., t. I.XXX11I, col. 437, et Anastase le Sinaïte, Όδήγος, c. v, P. G., t. i.xxxix, col. 99, affirment que pour lui la chair du Christ avait une origine céleste et n’avait fait que passer, comme â travers un canal, par le sein de la Vierge; c’est pourquoi, tout en étant une chair humaine, elle ne nous était pas consubstantielle. Ajoutons, pour être complet, qu’accusé sur ce point, Eutychès avait repoussé comme une calomnie l’imputation d’une pa­ reille doctrine. Synode du 13 avril 419, Mansi, t. vt, col. 778. Il est fort possible qu’après l'avoir lancée et soutenue, il y ait ensuite renoncé, laissant d'ailleurs mutilée et incomplète sa théorie sur l’origine de l’huma­ nité du Christ. Cf. Tillemont, Mémoires, t. xv, p. 488. Le point principal de l'hérésie d’Eutychès était la négation de la dualité de nature dans le Christ. Comme ou lui demandait s’il reconnaissait deux natures en Jésus-Christ, il répondit : ομολογώ έκ δύο φύσεων γεγενήσΟαι τον Κύριον ήμών προ τής ένώσεως, μετά δέ τήν ένωσιν μίαν φύσιν δμολογώ. Mansi, t. VI, col. 474. Ainsi donc, deux natures avant l’union, une seule nature après l’union, telle était la formule du dogme entychien. Son auteur prétendait s’en tenir sur ce point à la plus pure doctrine des Pères, en particulier de saint Athanase el de saint Cyrille; il visait évidemment, en parlant ainsi, la fameuse formule de saint Cyrille : μία φύσις τού Θεού Λόγου σεσαρκωμένη. Pressé de se rétracter, il refusa et fut condamné. Quelle était au juste la pensée d’Eutychès, lorsqu'il parlait de deux naturesavant l’union? Saint Léon dans sa lettreà Julien de Cos, Epist., xxv, P. ί,.,Ι. LIV, col. 808. cherche à s'expliquer et à expliquer à son correspondant la formule de l'hérésiarque, en attribuant à celui-ci l’opi­ nion origéniste de la préexistence des âmes. Eutychès, dit-il, aura cru peut-être que lame du Christ avait pré­ existé dans le ciel, avant d entrer en contact dans le sein de la Vierge avec la divinité du Verbe. Cette explication 220i est sans doute trop favorable et suppose dans le moine ignorant et têtu qu’était au fond Eutychès beaucoup plus de philosophie et de logique que n’en pouvait contenir son étroit cerveau. C’est du moins l’impression que laissent son système de défense et ses procédés d’argumentation en face de ses juges. 11 se contente d'affirmer, sans jamais rien justifier, ni surtout rien expliquer. Il n’avait pas évidemment de système arrêté sur ce point de sa théorie; et il est permis de voir avec Petau, De incarnat., 1, 14, Anvers, 1700, t. v, p. 35, dans son affirmation de deux natures avant l’union, moins une opinion raisonnée qu’une impasse où il fut poussé par l’ignorance et l'irréflexion. Il tenait essen­ tiellement, c’était le point fondamental de son système, à ce qu’il n'y eût dans le Christ qu’une seule nature formée par l’union de la divinité avec l’humanité. La formule : « une seule nature après l’union, » l’amena naturellement à cette autre formule : « deux natures avant l’union, » par laquelle il croyait traduire celte expression des Pères que le Christ est de deux natures, έκ δύο φύσεων. Il ne songeait même pas à compléter, par une hypothèse quelconque sur la préexistence à ï’union de l'humanité du Christ, la théorie hybride qui naissait de l’expression ainsi travestie des Pères. Les monophysites imaginèrent dans la suite de combler cette lacune, en distinguant entre l'incarnation σάρκωσιν et l’unition ένωσιν, qu’ils définissaient, celle-ci : τήν τών διεστώτων συνάφειαν, celle-là : τής σαρκδ; τήν ανάληψιν. Théodoret, Eranisles, dial. II, P. G., t. i.xxxin, col. 137. Dans l’incarnation, disaient-ils, il y a deux natures distinctes; survient en suite ï'unitio, qui les combine en une seule. Quant à tirer d’eux à quel moment se produisit cette unitio qui succéda à l'incarnation, il n'y fallait pas songer. Ce qu'il y avait de plus clair dans le système d'Eutychês, c’était en somme la théorie de l'unité de nature. 11 suffit de se reporter pour ce point aux actes des synodes et aux lettres de saint Léon précédemment cités. Flavien, dans sa lettre à saint Léon, Epist., xxvi, P. L., t. liv, col. 748. résume le fond du système dans cette claire formule : προ μεν τής ένανΟρωπήσεως τοΰ σωτήρος ήμών ’Ιησού Χριστού δύο φύσεις είναι, Οεότητος καί ανθρωπήσεως· μετά δέ τήν ένωσιν μίαν φύσιν γεγονέναι. Or ceci ne peut s'expliquer que de l’une ou de l’autre de ces trois manières : ou bien l'une des deux disparaît absorbée dans l'autre; ou bien toutes deux dispa­ raissent transformées en une troisième; ou bien toutes deux restent intactes, unies simplement en une troi­ sième. Quelle était de ces trois hypothèses celle à laquelle se rangeait Eutychès? Théodoret, Eranisles, dial. II, P. G., t. lxxxiii, col. 154, met sur les lèvres de son interlocuteur monophysite cette opinion que, dans l’union, la divinité aurait absorbé l’humanité comme la mer absorbe la goutte de miel versée dans son sein. Et rejetant, pour exprimer cette absorption, le terme de confusion, σύγχυσις, le monophysite la définit ainsi : ούκ άφανισμόν τής λειφθείσης φύσεως λέγομεν,άλλά την ε’ς ίΐεότητος ουσίαν μεταβολήν. Était-ce là la véritable pens· e d’Eutychès? Il est bien difficile de l’affirmer. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, l'hérésiarque n’avait pas sans doute d’opinion arrêtée. II retusait bien de caractériser l’union des deux natures par le terme de σύγχυσις, mais logiquement son système aboutissait à la théorie contenue dans cette expression. C’est ce que lui avait fait remarquer Basile de Séleucie au moment de sa condamnation. Mansi, t. vi, col. 745. Des théories explicatives de l’union d'après le système monophysite. celle qui compromettait le moins la réalité des deux natures, en admettant dans le Christ une rencontre de ces deux natures quelque peu analogue à celle dn corps et de l’âme dans l'homme, ne fut imaginée que plus tard et détendue surtout par les timothéens. En somme, Eutychès avait trois points à son actif : il niait 2205 CHALCÉDOINE la consubstantialité du Christ avec l’homme, et en arrivait par là logiquement à refuser à Marie, tout aussi bien que Nestorius, le titre de θεοτόκος ; il admet­ tait, quelle que fut la manière, l'absorption de l'hu­ manité dans la divinité; et il prétendait, d’accord en cela avec lui-même, ne plus pouvoir parler apres l'union que d'une seule nature. Celte théorie rappelait, par certains de ses éléments, celle d'Apollinaire el menait à peu près aux mêmes conséquences. Bien détonnant donc que le nom decet hérésiarque ait été,à plusieurs reprises au cours des débats conciliaires et jusque dans le décret dogmatique, rapproché de celui d’Eutychès. Reprenons avec ces données le texte de ces décrets, en nous rappelant d’ailleurs qu'il ne visait pas seule­ ment le monophysisme eutychien. et qu’il constituait plutôt un exposé général de la théorie orthodoxe de l'incarnation défigurée par les exagérations opposées des systèmes de Nestorius et d’Eutychès. Lool's. art. Christo­ logie, dans Bealencyklopüdie, t. tv, p. 51, assure que ce décret constitua comme une sorte de compromis entre la théorie alexandrine modérée de l'incarnation repré­ sentée par saint Cyrille, et la pure théorie occiden­ tale, incarnée dans la lettre dogmatique de saint Léon, avec, toutefois, une prépondérance marquée de celte dernière sur la théorie rivale. Et il prétend que c’est parce qu’il n’y avait dans cette formule qu’un compro­ mis, et non pas une solution nette et définitive de la question, que la controverse se prolongea si longtemps et avec tant d'acharnement. Cf. .1. Labourl, Le chris­ tianisme dans l’empire perse sous la dynastie sassanide (224-032), Paris, 4904, p. 257-261. 11 serait plus vrai de dire que le décret du concile de Chalcédoine assura le triomphe définitif de la vraie et authentique doctrine catholique de l’incarnation sur les systèmes qui l'altéraient ou la mutilaient, et coupa court, par la clarté et la précision irréprochable des termes avec les­ quels il la formula, aux interprétations individuelles et fantaisistes des textes de l’Ecriture et de la pensée, parfois obscure et hésitante, il faut l'avouer, des Pères sur ce point. Quant aux luttes et aux controverses qui s'ensuivirent, on sera tout aussi près de la vérité, sinon plus, en les mettant sur le compte de cet incurable esprit de parti et de nationalité qui fut toujours et qui reste encore le trait distinctif de l’Orient. Un examen quelque peu attentif du décret précité permet d’y retrouver, incorporés dans la trame du texte, un certain nombre de termes, d’expressions même, empruntés de toute pièce aux différents documents signalés plus haut. Relevons, en particulier, l’analogie frappante qui existe entre le passage : ένα, και τον αυτόν ομολογεί·/υΙόν... έζ Μαρίας τής παρθένου, et le passage sui­ vant de la profession de foi développée par saint Cyrille dans son Epist. ad orient., t.xxxvni, P. G., t. lxxvii, col. 176-177 : Tôv υιόν τού Θεού τόν μονογενή Θεόν τέλειον καί άνθρωπον τέλειον έκ ψυχή; λογικής και σώματος, προ αιώνων μέν έκ τού πατρός γεννήθεντα κατά την θεότητα,έπ’ έσχατων δέ τών ήμερων τόν αυτόν δϊ’ ημάς, ζα'ι δία τήν ήμετέραν σωτηρίαν έκ Μαρίας τής παρθένου κατά τήν ανθρω­ πότητα, όμοούσιον τώ πατρί τόν αυτόν κατά τήν θεότητα καί όμοούσιον ήμΐν κατά τήν ανθρωπότητα. Saint Léon, Epist. dogmat., c. iv, P. L., t. liv, col. 767, avait dit de même : Qui enim verus est Deus idem verus est homo. La formule : έκ ψυχής λογικής καί σώματος, est empruntée au 7“ anathématisme formulé par le pape saint Damase contre Macédonius et Apolli­ naire; elle avait sa raison d’étre contre Eutychès qui niait la consubstantialité du Christ avec la nature humaine; elle se trouve d’ailleurs complétée par cette autre formule : όμοούσιον τόν αυτόν ήμ’.ν κατά τήν αν­ θρωπότητα,qui vient s’ajouter à Γόμοούσιον τώ πατρί κατά τήν θεότητα du symbole de Constantinople. Le terme τής θεοτόζου, qui complète, d'accord avec la décision solennelle du concile d’Épbèse sur ce point, le γεννη- 2206 θέντα ...έκ Μαρίας, vise lout ensemble Eutychès et Nesto­ rius; le premier, en effet, en arrivait, tout aussi bien que le second, à dénier à Marie ce titre de Οεοτόκος, puisqu’il prétendait, nous l’avons dit plus haut, que la chair du Christ n’était pas consubstantielle à la nôtre, qu’elle n'était pas tirée de la chair de Marie, mais qu’elle venait du ciel, en passant comme à travers un canal par le sein de la Vierge. Nous avons également fait remarquer plus haut que l'introduction de ce terme όβθεοτόκος avait dû donner lieuà une discussion au cours de la Ve séance, sans que l'on puisse préciser le point débattu. La partie principale de ce décret, celle qui en constitue en quelque sorte le point central, est le passage suivant : ένα καί τόν αυτόν Χριστόν, υιόν, κύριον, μονογενή, έν δύο φύσεσι [έκ δύο φύσεων), άσυγχύτως, άτρέπτως, αδιαιρέτως, άχωρίστως γνωριζόμενου* ούδαμου τής τών φύσεων διαφοράς ανήρημένης διά τήν ενωσιν, σωζομένης δε μάλλον τής ΐδιότητος έκατέρας φύσεως, καί εις έν πρόσωπον καί μίαν ύπόστασιν συντρεχούσης. La dernière partie de ce passage n’est que la traduction littérale du texte de saint Léon, Epist. dogm., c. ni, col. 763 : Salva igitur proprietate ulriusque natures et substantia et in unam coeunte personam. Les termes de πρόσωπον et ά'ύπόστασις s’y trouvent accolés l'un à l'autre pour bien préciser sans doute la signification du second par le premier. On sait en effet qu’au cours des controverses trinitaires et christologiques ce terme de ύπόστασις fut souvent employé par les Pères dans le sens de nature et non pas de subsistance ou d'hyposlase. Placé ici après le terme πρόσωπον et expliqué par lui, il ne pouvait plus désormais se prêter aux équivoques eutychiennes et monophysites. Remarquons à ce propos que les Pères grecs avaient employé trois expressions différentes pour caractériser l'union des deux natures dans le Christ. Us avaient parlé tour à tour d’ê'/ωσις φυσική, ουσιώδης, ζατ’ύπόστασιν. La première, ένωσις φυσική ou κατά φύσιν, qui se rencontre assez fréquemment dans saint Cyrille el se trouve en particulier dans le 3e anathéma­ tisme, Epist., xvil, P. G., t. lxxvii, col. 120. pouvait facilement s’interpréter dans le sens monophysite d'une confusion des deux natures en une nature unique. Saint Cyrille dut même s'expliquer assez longuement sur ce point dans son Apologelicus produodecim capi­ tulis, P. G., t. t.xxvi, col. 328-332; interprétée dans le sens orthodoxe, elle signifiait simplement qu’il s’agissait d’une union entre deux natures réelles et distinctes. Le terme ουσιώδης exprime, par opposition à l’union pure­ ment accidentelle et morale de l'humanité et de la divi­ nité dans le système de Nestorius, les rapports intimes et essentiels qu'établit de substance à substance l’unité personnelle. Enfin, l’expression ΰ’ένωσις κατ’ύπόστασιν, assez fréquente aussi chez saint Cyrille, cf. Epist. ad Nestor., iv, P. G., t. lxxvii.coI. 46, et 2» anathématisme, col. 120, a sur les autres l'avantage d’une clarté et d'une précision plus grande, car elle fait ressortir l'unité de suppôt et de personne. Saint Athanase est au dire de Petau, De incarnat., m, 4, t. v, p. 121, l’un des premiers parmi les Pères, qui aient donné à ce terme ύπόστασις, le sens de suppôt ou hypostase; on l’employa plutôt jusque-là dans le sens de nature. Le concile d’Éphèse, en approuvant comme canonique la lettre susdite de saint Cyrille à Nestorius, consacra ce nouve; ; sens; le concile de Chalcédoine lit cette formule sieni ■ et l’introduisit dans son décret dogmatique, en lui don­ nant plus de netteté el de précision par l’adjoncti· n du terme πρόσωπον. bans la partie du décret citée pli.s haut, signalons encore les mots άσυγχύτως, άτρέπτω:, κδιαιρέτως, qui constituent la réponse au doute éimdans la IVe session par les évêques d’illyrieet de Pales­ tine à propos de trois passages différents de la lettre dogmatique de saint Léon, suspects à leurs yeux d? trop séparer l'une de l'autre la divinité et l'humanité du Christ. CHALCÉDOINE — CHALLONER 106 2207 sto­ len :ος, la re, -ais un 2nt me irs ini en ige ?ή, GCων .ον at ce de Enfin, mentionnons, pour en rappeler la solution, la question de l'authenticité de la formule : έν δύο φύσεσιν. On sait que le texte grec actuel porte : έζ δύο φύσεων, au lieu de : έν δύο φύσεσιν, tandis que l’ancienne version latine a conservé la formule : in duabus naturis. Or, d'après ce que nous avons exposé, en suivant le récit même des actes conciliaires, de la discussion qui s'éleva au cours de la V* session, entre les commissaires, les légats el Anatole au sujet de cette expression, il est bien évident que les Pères n’ont pu que se rallier à la for­ mule έν δύο φύσεσιν, défendue par les légats et par les commissaires contre la formule έζ δύο φύσεων, introduite dans le premier projet de décret et fortement soutenue par Anatole et par une partie de la majorité. S’en tenir à l'expression : έζ δύο φύσεων, c’était laisser subsister l'équivoque derrière laquelle les eutychiens dissimu­ laient leur erreur. Ceux-ci consentaient volontiersà dire que le Christ était de (leux natures, avant l'union bien entendu, pourvu qu'on ne les obligeât pas à admettre deux natures en lui, après l'union. La formule έν δύο φύσεσιν exprimait au contraire très nettement la per­ sistance et la distinction des deux natures dans l'union et après l’union. La rejeter, pour donner la préférence à l'autre, eût équivalu à une approbation tacite de la théorie monophysite. D’ailleurs la version έν δύο φύσεσιν a pour elle les témoins les plus anciens et les plus au­ torisés. Dans la Vie de saint Euthyme par Cyrille de Scythopolis, P. C., t. cxiv, coi. 650 (paraph, de Siméon Metaphr.), nous retrouvons, â propos d'une appréciation portée par le saint abbé sur le décret dogmatique de Chalcédoine, les termés en question : έν δύο φύσεσι γνορίζεσΟχι ομολογεί τον ένα Χριστόν. Sévère, qui occupa comme monophysite le siège patriarcal d’Antioche à partir de 513, reproche aux Pères de Chalcédoine d'avoir déclaré : έν δύο φύσεσιν αδιαίρετοι; γνορίζεσθαι τόν Χριστόν, Sententiæ Severi, Mansi, t. vn, col. 839; Evagre, citant en entier le décret du concile, donne la même formule, H. E., n, 4, P. G., t. lxxxvi, col. 2508; les sévériens, dans la conférence qu'ils eurent en 533 avec les orthodoxes, blâment les Pères de Chalcédoine de la préférence donnée par eux â la formule έν δύο φύσεσιν sur la formule de saint Cyrille et des anciens Pères : έζ δύο φύσεων. Mansi, t. VIII, coi. 892. Enfin, on pourrait apporter encore â l'appui de cette formule Léonce de Byzance, Desectis, act. ιν, 7. P. G., t. lxxxvi, col. 1227; le synode de Latran de 649, Mansi, t. x, col. 1046; le pape Agathon, Epist. ad Constant., il, dans les actes du VI’ concile, act. tv, Mansi, t. xi, col. 256. Aussi la plupart des historiens et des théolo­ giens se sont-ils rangés â lavis de Tillemont, Mémoires, t. xv,p.682, et de Petau.De incarnat., nt,5, t. ν,ρ.125, et ont-ils admis l'authenticité de la formule en question. Cf. Hefele, Conciliengesch., t. il, p. 451, n. 3. De toutes les remarques qui précèdent relatives an texte même du décret dogmatique de Chalcédoine, il ressort avec évidence que les Pères de ce concile, loin de vouloir innover soit dans la doctrine, soit même simplement dans l’expression de cette doctrine, s'appli­ quèrent à choisir parmi les formules consacrées par la tradition, les conciles et les Pères, celles qui leur pa­ raissaient exposer de la façon la plus nette et la plus précise la croyance traditionnelle de l’Eglise sur l’incar­ nation et sur le Christ. En affirmant l’union en une personne ou hypostase des deux natures, ils rejetaient le dualisme nestorien; ils condamnaient le monophysisme eutychien en déclarant que cette unité personnelle lais­ sait subsister dans le Christ la différence et la distinc­ tion des deux natures. '.<>· m i- ?n le es it et >s is •s Γ t. à t t t 22’ >8 1883, L ni, p. 17-24; Evagrius Scolasticus, Historia ec L· saisi.. P. G., t. lxxxvi, col. 165 sq. ; TiUeinunt, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. xv, Pulchérie, p. 171 sq. ; Léon 1··, p. 414 sq. ; Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, t. x (1861), p. 681-704; Petau, Theologia dogmat., Anvers, 1700, De incarnatione, 1. Ill, c. v, p. 120-135; Hefele, Conciliengeschichte, Fribourg-en-Brisgau. 1856, t. U, p. 392-545; Loofs, art. Eittychés, Realencyklopiidie, 3· édit., Leipzig, 1898, t. v, p. 635-647 ; art. Christologie, t. iv, p. 16-56; A. Largent, Le brigandage d'Éphtse et le concile de Chalcé­ doine, dans ses Etudes d'histoire ecclésiastique, Paris, 1892, p. 141-217. Cf. Ul. Chevalier, Répertoire. Topo-bibliographie, col. 635. J. Bois. CHALDÉENS (CHRÉTIENS). Voir Nestorianisme. CHALKIAS Jean, théologien grec, né à Moschopolis en 1667. En 1679 il entra au collège grec de Sain t-Athanase, et en 1692 il y obtint le diplôme de docteur en philoso­ phie et en théologie. On a de lui : Conclusiones theolo­ gian, Rome, 1692. Legrand, Bibliographie hellénique 1895, t. ni, p. 10; 1903, t. V, p. 451-454. du xvn· siècle, Paris, A. Palmieri. CHALLONER Richard (1691-1781), naquit le 29 sep­ tembre 1691. à Lewes dans le Sussex, de parents pro­ testants; mais sa mère, domestique dans une noble famille catholique de AVarkworlh, s’étant convertie au catholicisme, l'enfant suivit son exemple et abjura a treize ans le protestantisme; le chapelain de Warkworlh, Jean Gother, célèbre controversiste, frappé de ses talents, l’envoya au collège anglais de Donai (1704). Après de brillantes études, il devint professeur de philosophie, puis de théologie au même collège, et prit son doctorat à l'université de Douai en 1727. En 1730, il fut appelé à la mission d'Angleterre, et se fit vite une réputation de savant et d'apôtre dans la ville de Londres. Le vicaire apostolique du district Sud de l’Angleterre, Benjamin Petre, le choisit pour coadjuteur et le consacra en 1741 évêque de Debra; en 1758 le coadjuteur succédait à son vieux maitre au premier poste de la mission anglaise. Bien que les passions sectaires se fussent radoucies et que les magistrats anglais fermassent alors volontiers les yeux sur les infractions aux lois qui prohibaient la profession du catholicisme, ces lois subsistaient toujours; et tout dénonciateur qui parvenait à faire saisir un prê­ tre catholique dans l’exercice de son ministère recevait une prime de 100 livres (2 500 francs). Un misérable, du nom de Payne, s'acharna contre le vicaire apostolique, et contre son coadjuteur le Dr Talbot; il parvint à s'in­ troduire dans les assemblées catholiques que présidaient les prélats, et leur intenta ensuite un procès pour exer­ cice du culte prohibé; sans la largeur d’esprit des ma­ gistrats qui se refusèrent à seconder le dénonciateur, Challoner aurait connu de longues années de prison, comme il arriva à un de ses prêtres trahi par le même Payne; il dut au moins fréquemment se cacher et chan­ ger de logis. Cette existence agitée n’empêcha pas l’évêque de se livrer à l’apostolat le plus actif; en outre de ses fonctions épiscopales, et de ses prédications un 20 600 catholiques que Londres comptait alors, il r· i nissait presque chaque semaine quelques-uns de ses prêtres pour traiter avec eux quelque question d'ascé­ tisme ou de théologie; étranges conférences, qui se tenaient d’ordinaire dans la salle d'un cabaret, chaque auditeur ayant devant lui une chope de bière el fumant sa pipe pour donner le change à la police en cas de perquisition. Barnard, Life of H. Challoner, p. 17, OS­ AO; Flanagan, History of the Church in England, t. n, p. 366; Cooper, dans le Dictionary of national biogra­ Acta concil. Chalcedon., Mansi, t. vi, col. 5294102; t. vn, phy. col. 1-868; S. Léon, Epist., P. L., t. liv, col. 154sq.; Récits de Challoner eut la joie de voir de meilleurs jours se Dioscore eæilé à Gangres sur le concile de Chalcédoine, pu­ lever pour sou Église. A l'époque de la guerre d’Am·■bliés en copte et en fiançais, par E. Révillaud, dans la Revue ■ ryptologique, Paris, 1880, t. 1, p. 187-891 ; 18s2, L U, p. 21-25; i rique, le gouvernement, voulant s’assurer le loyalisme 2209 CHALLONER de ses sujets catholiques, et spécialement de l’Irlande ou un débarquement français était à craindre, prit l'ini­ tiative de mesures destinées â adoucirles vieilles loisde persécution. Lord North fit rédiger en 1778 une for­ mule de serment d’allégeance que les catholiques ôtaient invités à signer; ceux qui donneraient leur si­ gnature seraient libérés des mesures les plus vexatoires prises contre leurs ancêtres. Cette formule fut soumise à l’approbation des vicaires apostoliques; elle contenait expressément la doctrine du 1« article de la Déclaration française de 1682. Après avoir promis fidélité à la maison de Hanovre, et renoncé à toute attache aux Stuarts, les catholiques devaient ajouter: « Je déclare que je ne vois pas un article de foi dans cette opinion que les princes excommuniés par le pape ou par un concile, ou par une autorité romaine quelconque, peuvent être déposés ou assassinés par leurs sujets ou quelque personne que ce soit; que je rejette et abjure cette opinion ; je déclare aussi que je ne crois pas que Je pape ou tout autre prince étranger ait directement ou indirectement une juridiction, pouvoir, supériorité ou prééminence sur ce royaume, dans l’ordre temporel ou civil. » Flanagan, t. n, p. 493. On le voit, cette for­ mule différait considérablement de celle que Borne avait jadis condamnée lorsque le roi Jacques 1« avait voulu l’imposer à ses sujets catholiques. Voir BellarHIN,coI.570. Elle contredisait cependant la doctrine alors presque universellement admise par les théologiens ro­ mains sur le pouvoir indirect du pape en matière tem­ porelle. Challoner observa judicieusement que le pape n’approuverait pas le texte du gouvernement anglais si on le lui soumettait; mais que la loi une fois votée, il tolérerait sans doute le nouveau serment d'allégeance, comme il tolérait en France l’enseignement des mêmes doctrines. Les autres vicaires apostoliques opinèrent dans le même sens; et le relief bill, qui rendait aux catholiques nombre de leurs droits de citoyens, pré­ senté par sir George Saville, passa sans difficulté. On ne pouvait prévoir â quels excès cette mesure de tolérance allait bientôt porter les passions protestantes. John Wesley, le fondateur du méthodisme, après avoir publié de violents écrits contre le relief bill, fonda « l'Association protestante » pour le maintien des an­ ciennes mesures prises contre les catholiques. Après une campagne de presse, et de nombreux meetings destinés à exciter le peuple de Londres, une immense manifestation, comprenant de 70 000 à 100000 hommes, alla, le 2 juin 1780, porter au parlement une pétition demandant le retrait du relief bill. La foule, en se retirant, pilla et brûla les chapelles des ambassadeurs de Sardaigne et de Bavière, ainsi que de nombreuses maisons ou églises catholiques; huit jours durant, la canaille fut maîtresse de la ville; et ce n’est qu’après le massacre de 500 à 700 émeutiers que les troupes réta­ blirent l'ordre. Quelques jours plus tard (20 juin 1780), les Communes repoussaient noblement la pétition que l'émeute avait prétendu leur imposer. Barnard, Life, p. 218 sq. Le vicaire apostolique de Londres avait couru de grands dangers pendant ces jours de trouble et avait dû se cacher dans une maison amie;ces angoisses etsurtoul la ruine de tant d’œuvres auxquelles il avait con­ sacré sa vie portèrent au vieillard un coup dont il ne put se relever; le 12 janvier 1781, à la suite de deux attaques de paralysie, il alla recevoir sa récompense. Au milieu de ses travaux apostoliques, Challoner trouva le temps de composer ou de traduire de nom­ breux ouvrages d'histoire, de piété ej de controverse; ses œuvres sont encore aujourd’hui fort goûtées des catholiques de langue anglaise. L’n bon juge, le cardinal Wiseman, les apprécie en ces termes : « Un catholique anglais ne peut parler du vénérable docte et saint Dr Challoner que dans les termes d’une profonde admi­ 2210 ration et d'un sincère respect. A lui seul il nous a gra­ tifiés d'une bibliothèque d'ouvrages de religion dont la privation nous serait un grand vide. Le catéchisme dans lequel nous apprenons les premiers rudiments de notre foi. les livres qui nous ont initiés à l’histoire sainte ou à la controverse, le livre de prières qui nous est le plus familier, les méditations qui sont l’aliment quotidien de nos familles et de nos communautés, beaucoup de nos ouvrages de controverse les plus solides et les plus clairs, les charmants souvenirs de nos pères dans la foi, les missionnaires, le martyrologe de notre ancienne Église, et bien d'autres ouvrages encore sont dus à ce grand et saint homme... Et il les a publiés à une époque où de telles publications ne pouvaient se faire sans risque et sans danger... Notre seule surprise et notre regret est que les catholiques de ce pays n'aient pas encore pensé à exprimer leur reconnaissance envers lui par un monument consacré à honorer sa mémoire. » Essays on various subjects, 1.1, p. 425, 426. Nous n'avons à nous occuper ici que de ses ouvrages de théologie et de controverse. Les principaux furent : .4 profession of the catholic faith extracted out of the council of Trent by pope Pius 1 V, 1732; a eu de nom­ breuses éditions; souvent réimprimé sous ce titre : The grounds of the catholic doctrine; A short history of the first beginning and progress of the protestant re­ ligion, 1734; The touchstone of the new religion, 1734; The unerring authority of the catholic Church in matters of faith, 1735; The catholic Christian instructed in the sacraments, sacrifices and ceremo­ nies of the Church, 1737. Ce dernier ouvrage est une réponse au docteur Conyers Middleton, de Cambridge, qui, dans des lettres de Rome, avait représenté les prin­ cipales pratiques du culte catholique comme une résur­ rection de l'antique paganisme; la riposte de Challoner raillait doucement « les pratiques de la religion établie, qui admet dans ses sanctuaires des lions et des licornes (allusion aux armes royales), emblèmes bien autrement païens que les crucifix et les images des églises catho­ liques ». Elle eut tellement de succès que Middleton furieux se vengea en dénonçant son adversaire aux tri­ bunaux; Challoner dut s’exiler un an sur le continent pour laisser passer l'orage. Flanagan, t. n, p. 365. — Λ letter to a friend, concerning the infallibility of the Church of Christ, Londres, 1743; A Caveat against the methodists, 1760. Une des œuvres qui ont rendu le nom de Challoner populaire parmi les catholiques anglais est sa revision de leur traduction de la Bible, composée au xvt· siècle, et connue sous le nom de Bible de Reims (Nouveau Testa­ ment) et de Douai (Ancien Testament). L’évêque de De­ bra publia en 1749 le Nouveau Testament; puis, en 1750, l’Ancien Testament, avec une édition nouvelle et corri­ gée du Nouveau paru l’année précédente. De nombreuses éditions, toujours améliorées, de cette version, se suc­ cédèrent du vivant même de l’auteur; c’est d’elle que se servent encore aujourd’hui les catholiques de langue anglaise. Cotton, Rhemes and Doway, p. vin, 47 sq.. 315 sq. Malgré les améliorations successives qui lui ont été apportées,elle est loin de la perfection.» Challoner. dit le cardinal Wiseman, réussit à supprimer beaucoup de latinismes trop apparents que lesanciens traducteurs avaient conservés; mais il affaiblit considérablement le style en détruisant les inversions, aussi conformes au génie de notre langue qu'à celui de l’original, et en in­ sérant des gloses inutiles. » Essays, t. i, p. 75. Les ouvrages historiques les plus connus de Challo­ ner sont : Memoirs of missionary priests and other catholics from Ï577 to 1684, Londres, 1741 sq.; Bri­ tannia sancta (vies des saints anglais, écossais et irlan­ dais, depuis les premiers temps du christianisme jus­ qu’à la réforme), Londres, 4745. On doit encore à l’évêque de Debra une traduction anglaise de l'imita- 2211 CHALLONER — CHALMERS 2212 /ion (1737), «les Confessions de saint Augustin (1740), el I élèves. L’enseignement n'absorbait pns tout son zèle; de l’introduction à la vie dévote (1762). plus que jamais il se consacra au relèvement des classes pauvres, et de 1821 à 1841 de fréquentes conférences, On trouvera la liste completo et les dates d'apparition des données pai· lui dans les grandes villes d’Écosse et d’An­ ouvrages de Challoner, dans Gillow, Bibliographical dictionary gleterre, et des ouvrages nombreux sur des questions of the english catholics, Londres, t. t, p. 417 sq. ; Barnard. Life d’économie politique attirèrent sur ce grave problème of B. Chatloner, Londres, 1784 ; Buller, Historical memoirs of english catholics, Londres, tr°2, t. IV, p. 432; Cotton, Rhemes l’attention du grand public. Chalmers insistait sur la né­ and Doumy, Oxford, 1855, p. vm, 47 sq., 315 sq. ; Flanagan, cessité de multiplier les paroisses dans les cités indus­ History of the Church in England, Londres, 1857 sq., t. it, trielles d'Ecosse, oii trop souvent les quartiers pauvres p. 184 sq., 364 sq. ; Maziere Brady, Annals ofcatholic hierarchy étaient dépourvus de tout secours religieux. Le mouve­ in England and Scotland, Londres, 1883, p. 164 sq.; Milnor, ment lancé par lui, et connu sous le nom de Church Funeral discourse on the death of... B. Chailoner, Londres, extension, aboutit à faire élever dans l'espace de sept 1781 ; Id., Life of B. Chailoner (en tète de l’édition de Grounds années (1834-1841) 205 églises nouvelles, pour l’érection of the old religion), Londres, 1798; Wiseman, Essays on va­ desquelles 306000 livres sterling (7650000 francs) furent rious subjects, Londres, 1853, I. 1. p. 75 sq., 425 sq. ; articles de Wandinger. dans le Kirchenlevihon ; de Cooper, dans le Dictio­ fournies par des contributions volontaires. Hanna, Me­ nary of national biography. moirs of the life and writings of Thomas Chalmers, J. DE I.A Sf.RVIÈRE. t. tv. p. 32 sq. ■1. CHALMERS Guillaume, oratorien. né à Aberdeen Chalmers prit position, dans la lutte des partis qui en Écosse, mort en 1678, plus connu sous le nom de divisaient l’Église établie en Ecosse, parmi les « évan­ Camerarius. Auteur de Selectæ disputationes philoso­ géliques » ou presbytériens qui voulaient conserver in­ phicis, in-fol., Paris, 1630; Ad universam Aristotelis tactes la doctrine et les pratiques de leurs ancêtres; leurs logicam introductio, 2’ édit., in-8", Angers, 1632; Anti­ principaux adversaires étaient les « modérés, » disposés quitatis de novitate victoria sive justa defensio præà des concessions qu'ils croyaient nécessaires â la paix molionis physicæ, in-4", Fastemburg, 1634; Dissertatio de l’Eglise, cl voyant sans trop de peine les empiéte­ theologica de electione angelorum et hominum ad glo­ ments toujours pins fréquents du pouvoir civil dans le riam et de exclusione eorumdem ab eadem, in-12, domaine ecclésiastique. En bon « évangélique ». Chal­ Bennes, 1641, et de quelques dissertations de théologie mers fut l'adversaire résolu de l’Eglise catholique en qui morale, sur l'absolution d’un malade privé de connais­ il voyait, comme ses ancêtres du xvi» siècle, « l’Eglise sance, la distinction des péchés mortels ou véniels, apostate, la tyrannie de l’Antéchrist, le legs des plus 1 observation de la loi divine, la perfection des bonnes sombres époques du moyen âge; » il s’opposa aussi de œuvres et l’attrition. II a aussi édité quelques petits toutes ses forces aux premières tentatives des puséystes opuscules inédits des Pères sous ce titre : Sanctorum dont il fut le témoin. Il n’en eut que plus de mérite à Patrum Augustini, l'ulgentii el Anselmi monimenta, se déclarer franchement, et à faire campagne, en faveur in-12, Paris, 1634, et un abrégé de l'histoire de l’Eglise de l’émancipation des catholiques. Dans un grand mee­ de son pays : Scotianæ Ecclesiæ infantia, virilis ælas, ting, tenu à Edimbourg en mars 1829, il développa har­ senectus, in-4", Paris, 1643. diment cette thèse que l’intolérance du protestantism n’avait été funeste qu’à lui-même. « La persécution des I,. Batterel, Mémoires domestiques pour servir à l'histoire catholiques, disait-il, a donné à notre parti un air odieux de (Oratoire, Paris, 1902, p. 261-270. de tyrannie, au leur, l’apparence d'une généreuse et ma­ A. Ixgoi.d. gnanime résistance à l’oppression... Laissez-nous ré­ 2. CHALMERS Thomas, ministre presbytérien écos­ pandre librement la Bible, et donnez aux catholiques sais (1780-1847), naquit le 17 mars 1780 à Anstruther, l'émancipation; la diffusion de la Bible sera l’arme puis­ dans le Eife, et fit ses études à l’université de Saintsante avec laquelle nous renverserons la tyrannie de André. En 1805 il fut nommé ministre à Kilmany dans l'Antéchrist, et relèverons sur ses ruines les splendeurs le Eife el se donna tout entier au relèvement physique du christianisme primitif. » Ilanna, t. ni, p. 235 sq. et moral «le la population pauvre dont il était chargé. En L’ancienne constitution de l’Église presbytérienne 1810, une longue maladie, et les sérieuses études qu’il itut faire pour préparer l’article Christianity pour la écossaise donnait aux chefs de famille de chaque paroisse le droit d’accepter ou de refuser, après empiète faite sur Edinburgh Encyclopaedia lui lirent abandonner le ratio­ sa valeur, le ministre que leur présentait la couronne, nalisme pour embrasser dans toute leur rigueur les doc­ trines presbytériennes. En 1815, le conseil municipal ou le propriétaire ayant droit de patronal sur la paroisse. A la suite d'un acte de la reine Anne réorganisant le pa­ de Glasgow, frappé des résultats obtenus par lui à Kil­ many, l’appela à l’administration de la paroisse de Tron, tronat en 1712, cet usage avait peu à peu disparu, et la coutume s’était introduite qu’un ecclésiastique, présenté puis à celle de Saint-Jean (1819). Chalmers fit des mer­ pour une paroisse par un patron, pouvait être installé veilles dans la population pauvre; en même temps ses dans cette paroisse malgré le vote contraire des parois­ éloquentes prédications le mettaient en vue; deux séries siens; les plus graves désordres résultaient de cet abus, surtout de sermons lirent sa célébrité, les Astronomical et on avait vu plus d’une fois des ministres indignes, sermons (1816) sur l’accord de la Bible avec les plus ré­ repoussés par la population, se faire installer par la po­ centes découvei tes aslronomiqués, el les conférences On lice en vertu d’arrêts rendus par des tribunaux civils. the application of Christianity to the commercial and Ilanna, t. m, p. 342 sq. ordinary affairs of life, destinées à prouver au monde En 1833. Chalmers se décida à proposer la réforme du commerçant de Glasgow que la pratique intégrale du droit de patronat à l’assemblée générale de l’Eglise éta­ christianisme s’allie fort bien avec la vie d'affaires la blie qui se réunissait chaque année â Edimbourg au plus active (1820). En 1823, Chalmers, déjà célèbre, fut mois de mai. Malgré son éloquence, une faible majorité élu à la chaire de philosophie morale de l'université de se déclara contre sa motion. L'année suivante, un de Saint-André; en 1828 il passa à celle de théologie dans ses amis, lord Moncreiff, reprit sa proposition, et cette l'université d’Edimbourg, qu’il occupa jusqu’en 1843. fois l'assemblée vota, par une majorité de quarante-six Ces vingt années d’enseignement, pendant lesquelles voix, un acte devenu célèbre sous le nom de Veto Chalmers se montra vulgarisateur éloquent et maître act, qui faisait droit aux réclamations de Chalmers. profondément dé v. aé plutôt que penseur original, lui « Attendu, disait le préambule, que c’est une loi fonda­ acquirent une immense influence sur le clergé presby­ mentale de notre Église, que nul pasteur ne peut être térien d’Écosse; il se vantait à la lin de sa vie de pou­ introduit dans une paroisse contrairement à la volonté voir voyager à travers tout le pays en trouvant chaque du peuple, n un droit de récusation du candidat pré­ soir la plus amicale réception chez un de ses anciens 2-213 CHALMERS — CHAMPEILS 2214 Au milieu des préoccupations que lui causait la fonda­ sente par le patron était concédé aux paroissiens. Hanna. I tion de l’Église libre, Chalmers n'abandonnait pas un t. ni, p. 360 sq. projet qui lui tenait au cœur depuis longtemps, une Malheureusement plusieurs ministres, ainsi repoussés vaste fédération de toutes les Églises protestantes sous par le vote de la majorité des chefs de famille, en appe­ le nom d’ « Alliance évangélique ». Dans un meeting lèrent à l’autorité civile; et dans plusieurs procès reten­ tenu à Édimbourg le 13 juillet 1843, il exposa nettement tissants qui se plaidèrent de 1835 à 1838, la Court of « qu’aucune forme particulière de gouvernement ecclé­ session le plus haut tribunal d'Ecosse, leur donna siastique n'étant d'institution divine, l’adoption de telle raison, déclarant illégal le Veto ad. L’assemblée gé­ ou telle de ces formes ne saurait être obligatoire univer­ nérale du clergé écossais réunie en 1838 en appela à la sellement ». Le 1« octobre 1845, dans un mémoire en­ Chambre des iords; après une discussion de deux jours voyé au congrès réuni à Liverpool pour la fondation de (2 et 3 mai 1839), la Chambre des lords confirma la Γ « Alliance évangélique », il revenait sur cette pensée sentence des juges écossais. L’assemblée de 1839 envoya que les diverses sectes évangéliques pouvaient faire à Londres une commission, dont Chalmers faisait partie, abstraction de leurs divergences doctrinales, et travail­ pour éclairer les principaux membres du parlement et ler de concert à un double but « une grande association obtenir une nouvelle décision plus favorable au Veto antipapiste contre le catholicisme et le puséysme; un ad. Ils ne purent rien gagner, et les sentences des grand mouvement d’apostolat dans l’intérieur des tribunaux civils mettant en possession des paroisses Églises protestantes... Tous s'uniront pour la cause sa­ des ministres que les paroissiens repoussaient se multi­ crée de la liberté religieuse, du christianisme fondé sur plièrent. Hanna, t. iv. p. 126 sq. Devant cet avilissement de l’Église établie, Chalmers l'Ecriture, des droits du jugement privé ». Enfin, les se décida à rompre avec elle; en novembre 1812, il prit diverses sectes joindront leurs efforts pour procurer une l’initiative d’une réunion des principaux ministres du large diffusion de la Bible, et des secours de toute espèce parti « évangélique ». 450 répondirent à son appel, et aux familles pauvres parmi lesquelles la charité catho­ décidèrent que si justice leur était refusée par le parle­ lique fait de trop nombreuses recrues. Hanna, t. tv, ment, ils se retireraient de l’Eglise établie; un mémoire p. 378 sq. Sur les destinées de ('Alliance évangélique contenant les motifs de cette décision fut par eux adressé après la mort de Chalmers, et sur son état actuel, voir à sir Robert Peel, chef du cabinet britannique. Le Alliance évangélique, 1.1, col. 890 892. 8 mars 1813, un nouveau vote du parlement ayant re­ Chalmers fut trouvé mort dans son lit le 31 mai 1847; poussé les demandes du parti « évangélique », Chal­ ses funérailles, célébrées à Édimbourg le 4 juin, furent mers et les siens se décidèrent à en finir. Au mois de un véritable triomphe. Actuellement la majeure partie mai de cette même année, l’assemblée générale du du petit peuple en Écosse appartient à l’Eglise libre clergé d’Écosse se réunissait à Édimbourg. Dès le début fondée par lui, tandis que l’Église établie a conservé la de la première séance, le président Welsh déclara que plupart des familles de la noblesse et de la riche bour­ devant les injustices faites â l’Église presbytérienne pat­ geoisie. ie parlement britannique, il ne croyait plus pouvoir Chalmers fut un auteur très fécond; une première faire partie de l’assemblée. Après quoi il quitta la salle; édition de ses œuvres complètes parut à Glasgow, de Chalmers le suivit le premier; plus de quatre cents mi­ 1836 à 1810, en 24 in-12, sous ce titre : Thomas Chal­ nistres sortirent après eux, et se rendirent dans une mers’s original works. Les œuvres posthumes furent salle que Chalmers avait retenue en prévision des évé­ éditées par le Dr Hanna, son gendre et son biographe, nements. Là ils formèrent une nouvelle assemblée dont sous ce titre : Thomas Chalmers's posthumous works, Chalmers fut élu président; ils rédigèrent un « Acte de 9 in-8°, Londres, 1848-1849; ces œuvres comprennent de séparation » de l’Église établie, el leur démission de tous nombreux discours et des écrits de circonstance sur des les offices et bénéfices qu’ils tenaient d’elle; 470 mi­ matières théologiques, philosophiques ou économiques. nistres les signèrent. Ils déclaraient en même temps Les principaux ont été rassemblés sous les titres sui­ vouloir former « l’Église libre d’Écosse », Free Church vants : Natural theology, 2 vol.; Evidences of Chris­ of Scotland, absolument indépendante de l'État. Tout tianity, 2 vol.; Moral and mental philosophy ; Chris­ était à créer pour cette Eglise nouvelle, églises, presby­ tian and economic polity, 3 vol.; Political economy, tères, écoles, fonds pour l’entretien du clergé. La géné­ 2 vol.; Lectures on Epistle to the Romans, 4 vol.; Ins­ rosité du peuple écossais, qui avait acclamé les ministres titutes of theology, 2 vol. dissidents, pourvut à tout. Dés cette première session do l’assemblée générale de l’Église libre 687 associations Dodds, Thomas Chalmers; a biographical study, Édimbourg, se formèrent, dont 239 étaient prêtes à assurer de suite 1870; Fraser, Thomas Chalmers, Londres, 1881; Hanna, Me­ moirs of the life and writings of Thomas Chalmers, 4 in-8·, les besoins du culte. 17000 livres sterling (425000 francs) Londres et Édimbourg, 1849-1852; articles par Hundhausen dans étaient souscrites pour l’entretien des ministres, le Kirchenlexikon, par Blaikie, dans le Dictionary of national 104776 livres (2619400 francs) pour la construction des biography. églises. Hanna, t. iv, p. 366 sq. .1. DE LA SERVIÉRE. Chalmers, pendant l’année 1843, parcourut toute CHAMPEAUX (de). Voir Guillaume de Champeauxl’Ecosse, excitant partout un immense enthousiasme. Partout les populations abandonnaient l’Église établie CHAMPEILS Léonard, né à Limoges en 1590, ent: et se ralliaient aux ministres dissidents. A la fin de sa dans la Compagnie de Jésus en 1609. H enseigna première année d'existence, l’Église libre avait construit philosophie et la théologie morale et mourut à Bordeau 500 églises; 32000 livres (800000 francs) lui étaient le 12 avril 1669. On a de lui : Les vérité: catholiqu. assurées pour ses œuvres de bienfaisance; plus de déclarées ét prouvées selon la vraye idée qu’enont <:■·■ 300000 livres (7500000 francs) pour la construction des les SS. Pères et les docteurs qui ont écrit durant i nouvelles églises; 68 700 livres (environ 1 720000 francs) cinq premiers siècles de l’Église chrestienne, et qu· pour l’entretien du clergé, qui comprenait alors ont formée du vray sens de la pure parole de Dieu, in-S 600 membres. Un tiers de la population écossaise avait Paris, 1633 ; 2· édit., notablement augmentée, Paripassé à l’Eglise libre. Hanna, t. tv, p. 370 sq. 1664. En même temps qu’il s’était séparé de l’Église établie, Chalmers avait renoncé à sa chaire de théologie à l’uni­ Sotwel, Bibliotheca scriptorum Soc. Jesu, p. 548: De Ba ­ versité d’Edimbourg. En 1847, il devint recteur du collège ker et Sommervogel, Bibliothèque de la C1· de Jesus, t. u. théologique de l’Église libre fondé en cette ville, et qui col. 1052-1053; Hurler, Nomenclator, t. n. col. 57. H. Dutouqltt. compta dès la première annéc9professeurs et 340 étudiants. 2215 CHANTELOU — CHARDON DE LUGNY CHANTELOU Claude, bénédictin, né à Vion, dio­ cese acluel du Mans, mort à Saint-Germain des Prés le 28 novembre 1664. 11 fut d'abord religieux de l’ordre de Fontevrault qu'il abandonna pour entrer dans la con­ grégation de Saint-Maur. Il lit profession à Saint-Louis de Toulouse le 7 février 1610. En 1651 le chapitre géné­ ral ayant ordonné d’envoyer à Saint-Germain des Prés deux religieux « de bonnes mœurs et capables pour travailler à l'histoire de la congrégation et des monas­ tères », dom Chantelou reçut l'ordre de se rendre à la célèbre abbaye ou il demeura jusqu'à sa mort. Voici les ouvrages publiés par ce savant religieux : Bibliotheca Patrum ascelica, seu selecta veterum Patrum de christianaet religiosa perfectione opuscula,5 in-4», 1661-1661; collection qui a pour but de réunir tout ce que les Pères ont écrit de plus important sur la perfection de la vie religieuse; Sancti Bernardi abbatis Clarævallensis Parænelicon,pars prima sermones de tempore et de san­ ctis complectens, necnon et vitam S. Malachite episcopi Connerthensis, in-4», Paris, 1662; dom .Mabillon fut chargé de continuer l’œuvre de dom Chantelou et quelques années plus tard, en 1669, donna son édition des œuvres de saint Bernard; Sancti Basilii Cæsareæ Cappadociæ arehiepiscopi Regularum fusius disputatarum liber, in-8», Paris, 1664; Carte géographique de la France bénédictine, publiée en 1726 sous le nom du Fr. Le Chevalier. Dom Chantelou travailla en outre à une édi­ tion du Bréviaire monastique pour l'usage de la con­ grégation de Saint-Maur et â l’impression de la Règle de saint Benoit avec les constitutions ou déclarations en usage dans les monastères réformés : Regula sancti Benedicti eum declaralionibuscongregationis S. Mauri, in-8, s. 1., 1663; Règles communes et particulières pour la congrégation de Saint-Maur, in-8», s. L, 1663. Dom Luc d’Achery trouva en dom Claude Chante­ lou un précieux auxiliaire pour la publication de son Veterum aliquot scriptorum spicilegium, dont le pre­ mier volume parut à Paris en 1655; et Mabillon nous apprend qu'il l’eut comme collaborateur dans la prépa­ ration des Acta sanctorum ord. S. Benedicti. Parmi les travaux demeurés inédits de dom Chantelou se trou­ vait une Histoire de Monlmajour, publiée à Marseille en 1878 et complétée par M. F. Marin de Caraurais; M. Nobilleaua publié de lui les Analyses du car'ulaire tourangeau de Marmoulier, in-8», Tours, 1879. Bibliothèque hist, et critique des auteurs de la congrégation de Saint-Maur, in-12, La Haye, 1726, p. 58&>; dom Tassin. Hist, littéraire de la congrégation de SaintMaur, in-4·, Paris, 1770, p. 62; Ziegelbauer, Historia rei literariæ ord. S. Benedicti, in-fol., Augsbourg, 1754, t. iv, p. 92, l'û, 685. 690; [D. François,] Bibliothèque générale des écri­ vains de l’ordre de Saint-Benoit, in-4·, Bouillon, 1777,1.1, p. 193; Hauréau, Hist, littéraire du Maine, 10 in-12, Le Mans, 18701x77, t. m. p. 5; Ch. de Lama, Biblioth. des écrivains de la congrégation de Saint-Maur, in-12, Paris, 1882, p. 43; Vanol, Nécrotoge des religieux décédés à l'abbaye de Saint-Germain . 5. Ordre de dignité parmi les autres vertus. — a) Parmi les vertus théologales qui ont elles-mêmes pré­ séance sur toutes les autres vertus, S. Thomas, Sum. theol., 1» II», q. i.xvi, a. 3, le premier rang appartient de droit à celle qui unit plus immédiatement à Dieu lui-même considéré dans sa perfection intime. Ce qui est en cette vie l’exclusif privilège de la charité. Tandis que la foi perçoit Dieu non point dans sa propre vie, mais seulement dans les manifestations qu'il daigne nous en faire, tandis que l’espérance recherche surtout son propre bonheur par la possession de Dieu son bien suprême, la charité considère Dieu comme le bien en lui-même infini et s’unit ainsi à lui. D’où saint Thomas conclut avec raison qu'en celte vie du moins, l’amour que nous avons pour Dieu est incomparablement plus noble que la connaissance que nous en avons. Car notre charité l'a pour terme immédiat, tandis que notre con­ naissance en cette vie ne perçoit que des manifestations naturelles ou surnaturelles de ses divins attributs. I* II», q. i.xvi, a. 6; 11» II», q. xxm, a. 6. b) A celte objection que la bienfaisance ou la miséri­ corde envers tous les nécessiteux l'emporte, au point de vue social, sur la charité envers Dieu, l’on peut ré­ pondre avec saint Thomas : Misericordia non est maxima nisi ille qui habet sit maximus qui nullum supra se habeat sed omnes sub se;ei enim qui supra se aliquem habet, majus est et melius conjungi superiori quam supplere defectum inferioris, el ideo quantum ad hominem qui habet Deum superiorem, caritas per quam Deo unitur est potior quam misericordia per quam de/ectus proximo)uni supplet; sed inter omnes virtutes quæ ad proximum perlinent, potissima est mi­ sericordia, sicut etiam est poliaris actus : nani sup­ plere defectum alterius in quantum ejusmodi est supe­ rioris et melioris. Sum. theol., Π* II», q. xxx, a. 4. D'ailleurs la charité envers Dieu n’est-elle point habi­ tuellement le meilleur principe et le plus efficace sou­ tien de la bienfaisante miséricorde à l’égard du prochain? et la charité surnaturelle envers le prochain n’est-elle point une seule et même vertu avec la charité envers Dieu? 3° Genèse, augmentation, perte ou diminution de la vertu de charité. — 1. Genèse. — a) Si quelques théo­ logiens ont admis, tout en l’expliquant d'une manière assez divergente, que les vertus de foi et d'espérance peuvent, du moins à l’état imparfait et incomplet, exis­ ter parfois avant la possession de la grâce sanctiliante, Suarez, De gratia, 1. VIII, c. xxvm; Schiûini, Tracta­ 222S tus de virtutibus infusis, Fribourg-en-Brisgau. 1901·, p. 36 sq., contrairement à la doctrine de saint Thomas, Sum. theol., 1» 11», q. ex, a. 4; cf. q. lxh, a. 4; III*, q. i.xxxv, a. 6, il n’est personne qui ait jamais affirmé l'existence séparée de la vertu de charité antérieurement à la justification. Outre cet argument général qu'il est de la nature de la vertu surnaturelle d'accompagner la grâce sanctifiante comme les puissances ou propriétés accompagnent l'essence, une raison toute spéciale exige que la vertu de charité soit une résultante de la grâce sanctifiante. La vertu de charité suppose l'amitié avec Dieu, S.Thomas, Sum. theol., 11*11’·, q. xxm. a. 1,et cette amitié n'existe que par la grâce sanctiliante. I* II», q. <;x, a. I, 2. —6) La genèse de la grâce sanctiliante et de la vertu de charité chez les adultes peut être bien dilférenle. suivant que l’acte de charité parfaite existe ou non comme disposition immédiatement préparatoire et qu · la grâce est produite par la réception d’un sacrement ou en dehors de cette réception. — a. Dans le cas d ■ préexistence de l’acte de charité, la grâce sanctifiante c t la vertu de charité, produites en dehors du sacrement par l’action immédiate de Dieu, ont une intensité pro­ portionnée â celle de cette même charité actuelle. — b. Dans la production sacramentelle, â l'intensité répon­ dant à la disposition de charité se joint toute l’intensité de la production sacramentelle, toujours proportionnée aux dispositions actuellement existantes, dans une me­ sure que nous ne pouvons très exactement déterminer. — c. Enfin, dans l’hypothèse de production sacramentelle avec la simple attrition efficace comme disposition préa­ lable, il n’y a que l'intensité de grâce et de vertu de charité provenant de la causalité sacramentelle, inten­ sité toujours proportionnée aux dispositions actuelles, dans une mesure qui ne nous est point exactement connue. Il est d'ailleurs évident que la vertu de charité ainsi produite dans l’âme n’y détruit point les répu­ gnances ou les obstacles à la charité actuelle, bien que cette infusion de la vertu soit accompagnée de secours divins qui aident à produire parfaitement l'acte de cha­ rité. S. Thomas, Sum. theol., I* II», q. t.xv, a. 3. ad 2"™; Quæst. disp., De virtutibus in communi, a. 10, ad 14-16“™; De virtutibus cardinalibus, a. 2. ad 2'"“. 2. Augmentation. — a) Possibilité indéfinie de celte augmentation pendant toute la durée delà vie d'épreuve. — L’augmentation de la vertu de charité allant de pair avec celle de la grâce sanctiliante dont elle procède, la question se résout pratiquement en celle de la perfecti­ bilité indéfinie de la grâce sanctifiante. — a. C'est une doctrine théologiquement certaine que toute grâce sanc­ tifiante est indéfiniment perfectible pendant toute la durée de la vie d’épreuve. Conclusion nécessairement déduite de la nature même de la grâce sanctiliante. participation toujours finie à la vie divine, par con­ séquent toujours susceptible de recevoir une plus parfaite communication divine. Conclusion applicable même à la grâce possédée par la sainte humanité de Jésus-Christ, bien que de fait cette grâce atteignit toute la plénitude de perfection qui convenait à l'HommeDieu, rédempteur de toute l'humanité. S. Thomas, Sum. theol., Ill·, q. VU, a. 12, ad 2um; a.9,ad 3“m; q. x. a. 4, ad 3"“; Quæst. disp., De veritate, q. xxix, a. 3, ad 3“™; De potentia, q. I, a. 2, ad 4“™. D’ailleurs l'erreur des béghards affirmant la possibilité d'un état où l’âme en cette vie ne soit plus apte à augmenter en grâce, a été condamnée par le concile de Vienne. Voir Béghards, col. 532. — b. Cette conclusion s’ap­ plique spécialement â la vertu de charité. Union affective avec Dieu, produite par une faculté finie et avec une intensité nécessairement limitée, toute charité créée reste toujours incapable d’atteindre un maximum in­ tensif absolu au delà duquel toute perfection ultérieure soit désormais impossible. S. Thomas, Sum. theol., Il* II», q. xxiv, a. 4, 7. 2229 CHARITÉ fc) Le fait de cette augmentation. — C’est l’enseigne­ ment formel du concile de Trente, sess. VI, c. x : Hoc vécu justiliæ incrementum petit sancta Ecclesia cum oral : Da nobis Domine fidei spei et caritatis augmen­ tum. Enseignement basé sur ces deux asserlions du même concile, sess. VI, c. vu, que la grâce sanctifiante nous est communiquée secundam propriam cujusque dispositionem et cooperationem et que cette même grâce sanctifiante est. accompagnée des vertus de foi, d’espérance et de charité, unde in ipsa justificatione cum remissione peccatorum hæc omnia simul infusa accipit homo per Jesum Christum cui inseritur, fidem spem et caritatem. Nous n'avons point à exposer ici les bases scripturaires et patristiques sur lesquelles s'appuient ces deux assertions. c) Causes el conditions de cette augmentation.— a. La cause efficiente principale de l'augmentation comme de la production de la vertu decharitéest Dieu lui-même. Car, à la différence des habitudes acquises, les vertus surnaturelles ne peuvent avoir que Dieu lui-même comme cause principale. S. Thomas, Sum. theol., 1“ 1 I*, q. l.xil. a. I ; q. LXHI, a. 3. Celle conclusion théologique, vraie pour toutes les vertus infuses, s'applique, spéciale­ ment à la vertu de charité. II» II*, q. xxiv, a. 2. Quant au mode d’opération divine, observons qu’en dehors de l’action sacramentelle, la causalité divine s’exerce tou­ jours immédiatement dans l’âme, à condition d’y ren­ contrer les dispositions nécessaires. Dans l’hypothèse de production sacramentelle, cette même, causalité divine agit par l'intermédiaire du sacrement qui, sous la nouvelle loi, est une vraie cause instrumentale de la grâce sanctifiante et de toutes les vertus infuses con­ comitantes. S. Thomas, Sum. theol., Ili», q. LX1, a. 1, 4; 1» 11», q. exil.a. 1, ad 2“">; Quæst. disp., De veritate, q. xxvii, a. 4, ad 2um. b. De quelque manière que s’exerce la causalité divine, elle exige, dans l'économie actuelle du plan divin, une libre coopération dont le but est de réaliser les disposi­ tions préparatoires à la réception ou à l'augmentation de la grâce sanctifiante ou de la vertu de charité. Le concile de Trente, sess. VI, c. VI, vu, l’enseigne formel­ lement pour la préparation â la justification. Cette con­ clusion doit aussi être admise pour ce qui concerne les dispositions immédiates à l'augmentation de la grâce sanctifiante, conséquemment â celle des vertus infuses, particulièrement de la charité. Car le raisonnement de saint Thomas, Sum. theol., 1» 11“’, q. CXIH, a. 3, wide el hominem ad justitiam morel secundum conditionem naluræ humanæ, homo autem secundum propriam naturam habet quod sil liberi arbitrii et ideo in eo qui habet usum liberi arbitrii, non fit motio a Deo ad justitiam absque motu liberi arbitrii, s’applique à l'augmentation de la grâce sanctifiante aussi bien qu'à sa première réception, puisque, dans l'un et l’autre cas, Dieu est la cause efficiente principale. c. Quant aux dispositions préalablement requises dans l'hypothèse de l'augmentation extrasacramentelle de la vertu de charité, nous examinerons les deux questions suivantes : question. L'acte de charité parfaite est-il toujours, en dehors de la question de mérite, une condition ou disposition nécessaire pour celle augmen­ tation'? — D'après l'enseignement commun des théo­ logiens, l'acte de charité étant de fail généralement indispensable pour la première réception extrasacra­ mentelle de la grâce sanctifiante, la même conclusion vaut également pour l'augmentation extrasacramenlelle, l'augmentation n'étant réellement qu'une production nouvelle provenant de la causalité divine avec une nou­ velle intensité particulière, qui s'ajoute â l'ancienne. Celle loi de l'augmentation extrasacramentelle de la grâce sanctifiante et des vertus concomitantes pro­ vient-elle uniquement de la volonté positive de Dieu, Ou est-elle immédiatement basée sur la nature des dis­ 2230 positions préparatoires à la réception et à l'augmenta­ tion extrasacramenlelle de la grâce sanctifiante et des vertus infuses? La réponse à cette question dépend de l'opinion que l’on adopte relativement à la nature des dispositions à la justification. Si l’on admet avec saint Thomas, Sum, theol., Ia 11», q. exil, a. 2, que la grâce sanctifiante, comme toute forme naturelle, doit être reçue dans un sujet dûment préparé' par des dispositions préalables exigeant un complément ou terme normal, on devra conclure que ces dispositions, d’après leur nature même, doivent être suivies de cette grâce qui est comme leur aboutissement normal, qu'il s'agisse de sa première réception ou de son augmentation. 2’ question. Est-il strictement requis que cet acte de charité soit d’une intensité supérieure à celle de la grâce sanctifiante déjà possédée? — Question très dé­ battue sur laquelle les théologiens se partagent en deux groupes, suivant qu'ils admettent ou non, la nécessité d’un parallélisme entre l'augmentation des vertus natu­ rellement acquises et celle des vertus surnaturelles ou infuses. i" groupe d’opinions, unies dans la commune affir­ mation de ce parallélisme, mais divergentes dans les déductions qu’elles en tirent. — a. Le principe général est ainsi formulé par saint Thomas : Augmentum cari­ tatis simile est augmento qualitatum naturalium licet origo ejus differat ab origine illarum, lu I Seul., dist. XVII, q. II, a. 2; Sum. theol., Ila 11*, q. xxiv, a. 6, ad 2““'. Conclusion évidemment déduite de la néces­ saire harmonie entre l'ordre surnaturel et l’ordre naturel, basée elle-même sur l'infinie sagesse divine incapable de se contredire dans le gouvernement de ces deux ordres dont elle est également le premier au­ teur et la souveraine providence. Sum. theol., 1» 11*, q. ex, a. 4. Conformément â celte nécessaire harmonie entre les deux ordres, l'homme doit, dans l'un comme dans l’autre, se diriger lui-méme vers sa tin, S. Tho­ mas, Sum. theol., 1“ 11*, q. I, a. 2, avec l’assistance di­ vine qui lui est particulièrement nécessaire. la Il»,q.ciX, a. 5; Contra gent., 1. Ill, c. cxr.vit. D'après cette même harmonie, l'homme ne peut dans l'ordre surnaturel agir d'une manière conforme à sa nature, s’il n'y possède un principe permanent de vie et des puissances ou facultés connaturelles; principe de vie qui est la grâce sancti­ fiante, facultés qui ne sont autres que les vertus infuses. S. Thomas, Sum. theol., 1»1<»', q. ex, a. 2-4; Quæst.disp., De virtutibus in communi, a. 10. Conformément à la loi d’hannonie qui règne entre les deux ordres, ces vertus infuses doivent garder avec les vertus simplement na­ turelles, un parallélisme assez, étroit, autant que le per­ met la divine conslilulion de l’ordre surnaturel. Cette divine constitution ne s’oppose au parallélisme que sur un point caractéristique qui découle du mode de pro­ duction des vertus surnaturelles. Provenant immédia­ tement non des efforts de notre propre activité, mais de l’action divine elle-même, elles ne supposent point en nous cette ferme habitude qui résulte de la réplition de nos actes et qui nous porte à accomplir tel acte promptement, constamment et avec joie. S. Thomas. Quæst. disp., De virtutibus in communi, a. 1, ad 13““; a. 9, ad 13üm. Elles donnent seulement la puissance sur­ naturelle d’agir, puissance accompagnée cependant de quelque inclination vers l'objet et de l’assurance que i·.secours divin ne fera point défaut. S. Thomas, Quæs disp.. De virtutibus in communi, a. 10, ad 14-16“ : De virtutibus cardinalibus, a. 2, ad 2“m. Pourvu que cette différence caractéristique soit strictement main­ tenue, rien ne s’oppose à ce que pour tout le reste parallélisme règne entre le mode d'augmentation d, s vertus naturelles et celui de la charité. S. Thomas, lu . cil. — β. A ce principe théologiques’ajoute une loi psy­ chologique. Une habitude n'augmente en intensité q te quand les actes produits sont d'une intensité supérieure ο !S e !S It e e s r .t a τ I 2231 CHARITÉ à celle de l’habitude déjà possédée. Les actes d'une inten­ sité simplement égale ne peuvent que disposer d’une manière plus ou moins immédiate à l’augmentation de l'habitude, tandis que les actes d'une intensité inférieure prédisposent plutôt à sa diminution. S. Thomas, Sum. theol., I» II®, q. LU, a. 3; 11» II®, q. xxiv, a. 6. — γ. De ces deux prémisses l’on conclut que l'augmentation de la vertu de charité n’a lieu que dans l'hypothèse où les actes de charité sont d'une intensité supérieure à celle de la charité déjà possédée. S. Thomas, Sum. theol., Il® 11®, q. xxiv, a. 6. — J. Une question reste cependant indécise. L’intensité de l'augmentation est-elle propor­ tionnée à toute l'intensité de l'acte plus fervent de cha­ rité ou seulement à son excédent sur l'intensité de la vertu de charité? Si l'on admet psychologiquement que l'augmentation de la vertu requiert une disposition phy­ sique nouvelle, l'on conclura que, dans le cas présent, la vertu de charité n’est augmentée que proportionnel­ lement à l'excédent indiqué. Car seul il cause ctuellement une disposition physique nouvelle. Salmanticenses, Cursus theologicus, tr. X1X, De carilute theologica, disp. V, n. 26. — ε. Unanime jusqu’ici, cette école se divise sur un pointsecondaire. Si les actes plus fervents de charité disposent seuls à l’augmentation immédiate de la vertu de charité, comment reste-t-il vrai que tout acte de charité, dé quelque intensité qu’il soit, est stric­ tement méritoire, suivant l’enseignement commun des théologiens et l'aflirmalion formelle du concile de Trente, sess. VI, c. xvi? — ~. Bannez, In //■"" J/», q. xxiv, a. 6. Venise, 1662, col. SOI sq., et plusieurs autres théologiens ne voient plus d’autre ressource que celle de limiter le mérite des actus remissi, c’est-à-dire des actes de cha­ rité qui n'ont pas une intensité supérieure. Dès lors ces actes ne peuvent réellement mériter la récompense es­ sentielle qui est la vision béatilique ou ils ne la méritent que conjointement avec les actes plus fervents et sans dépasser leur mérite global. Aux actus remissi corres­ pond en propre la seule augmentation de ia joie acci­ dentelle, adjointe à la délectation béatilique ou l'augmen­ tation de l'auréole déjà méritée. Système logiquement inconciliable avec la doctrine théologique certaine sur la capacité de strict mérite surnaturel appartenant à tousces actes.— η. Le meilleur essai de conciliation tenté par les théologiens de cette école se ramène aux points suivants: Le droit moral à l'augmentation de la vertu de charité est immédiatement acquis par les actus re­ missi conformément à l'aflirmalion du concile de Trente. Sess. VI, c. xvi. Mais l'augmentation physique n’est produite qu’au moment on l’âme y est immédiatement disposée par un acte plus fervent. Quant au moment où s'accomplit celte augmentation, ce ne peut jamais être une époque de la vie terrestre, car pendant toute sa durée, l'entière capacité d’augmentation physique sera toujours épuisée par les actes les plus fervents. 11 ne peut donc rester que le temps du séjour de l’àme en purgatoire, ou le premier moment de la possession du bonheur céleste. Que l’àme, dès le premier moment de son séjour en purgatoire, soit unie à Dieu par un fer­ vent acte de charité auquel rien ne saurait désormais s’opposer, c’est une vérité communément admise par les théologiens. C’est également par cet acte que l’on obtient l'immédiate et entière rémission de toute la coulpe des péchés véniels encore existants au moment de la mort. S. Thomas, Qutesl. disp., De malo, q. vu, a. 11. Dès lors que cet acte de charité surpasse en intensité l'augmentation encore irréalisée, rien ne s'oppose à ce qu'il en détermine l'accomplissement. L’opposition ne peut provenirde l’impuissance de mériter en purgatoire, puisqu'il ne s’agit point de nouveau mérite, mais seule­ ment d’une condition nécessaire pour la pleine réalisa­ tion d'un mérite précédemment acquis. L’opposition ne peut non plus provenir de la nécessité de maintenir une parfaite équation entre les actes fervents et l'augmen­ 2232 tation physique, puisque les actes de charité en purga­ toire n'ont plus aucune capacité méritoire. Salmanti­ censes, Cursus theologicus, De caritate, disp. V, n. 207 sq. Si l'âme ne traversait point l’épreuve du purgatoire, l’acte de charité béatifique au premier moment de la bienheureuse vision pourrait déterminer la possession immédiate de toute l'augmentation jusque-là irréalisée. Car la charité béatilique, bien qu’elle résulte de la vision béatilique. la précède comme disposition immédiate et a ainsi sur elle priorité de nature. Cette partielle prio­ rité de nature suffit pour que cet acte de charité puisse au premier instant déterminer la pleine possession de tout l’arriéré d'augmentation physique. Salmanticenses, toc. cit. Observons cependant que quelques théologiens de cette école, comme Gotli, Theologia dogmatieo-scholaslica, Venise. 1750, t. il, p. 523. n’admettent point que l’augmentation physique ne s’accomplit qu’en purga­ toire ou au ciel. Ils estiment que Dieu, par un efiet spé­ cial de sa miséricorde, ne manquera point aux derniers moments de l'existence, de disposer l’âme â cette aug­ mentation par un acte plus fervent et qu’à son défaut la récompense sera cependant proportionnée au mérite global. Mentionnons aussi deux explications ajoutées par les théologiens de Salamanque., loc. cit., disp. V, n. 25, 29, 42 sq., que les actus remissi sont toujours une prépa­ ration physique éloignée à l'effective augmentation de la charité, et même que dans certains cas où Vactus rem issus acquiert par sa continuité, par sa multiplication ou par quelque autre circonstance une valeur toute spéciale, il peut causer l'immédiate augmentation physique. 2‘ groupe d'opinions, unies dans la commune néga­ tion des principes philosophiques et théologiquesde l'opi­ nion précédente, mais assez divergentes, dans leursexplicationsposilives.Suarez, De gratia, 1. IX, c. m ; Mazzella, De virtutibus infusis, 3e édit., Home, 1884, p. 89 sq.; Pesch. Prælectiones dogmaticæ, Fribourg-en-Brisgau, 1898, t. vin, p.29. — a. Plutôt préoccupés d’écarter le sys­ tème précédent que d'en élaborer un. surtout au pointde vue philosophique, ces théologiens s'efforcent de prouver que rien ne démontre la stricte nécessité d’imposer à l'aug­ mentation des vertussurnaturellesles lois psychologiques de l'augmentation des vertus naturelles acquises, lois sur lesquelles ils ont d'ailleurs des idées très divergentes. En même temps, ils soutiennent que la doctrine du concile de Trente sur le mérite exige la réelle collation de ces mérites, c'est-à-dire l'augmentation physique de la grâce, dès que les conditions exigées pour le mérite ont été réalisées. — β. L’argument négatif s’appuie principalement sur des opinions philosophiques diver­ gentes relativement à l'augmentation des habitudes et sur un tout autre concept du rôle des dispositions pré­ paratoires à la réception de la grâce sanctifiante, dispo­ sitions auxquelles on n'attribue qu'une simple relation de haute convenance avec la grâce sanctifiante. Nous n'avons point à montrer ici le côté faible de ces argu­ ments, —y. Quant à la preuve positive que l'on voudrait dé­ duire du concilede Trente, elle reste sans valeur réelle. Car il n’est point douteux que le concile de Trente, sur­ tout préoccupé de défendre le dogme catholique contre les lunestes théories protestantes, n’a eu aucune inten­ tion de se prononcer sur une controverse purement théologique et d’ailleurs assez secondaire. Les paroles mêmes du concile, sess. VI, c. xvi, n’affirment que l'ac­ quisition du droit moral, dès que toutes les conditions du mérite ont été réalisées. Car il y est surtout question du mérite de la vie éternelle, certainement acquis moyennant la condition finale si tamen in gratia deces­ serit, mérite qui ne peut s’entendre que du droit moral à la récompense été nelle et qui reste en dehors de toute controverse. Conclusion. — Au point de vue théologique, la pre­ mière opinion, si l'on en écarte le système de Bannez. 22,?: CHARITÉ nous parait mieux fondée, parce qu’elle maintient dans toute son intégrité le principe du parallélisme entre les deux ordres naturel et surnaturel, en tout ce que n’ex­ cepte point nécessairement la divine constitution de l’ordre surnaturel. Au point de vue philosophique, nous préférons aussi l’enseignement de la première opinion. Il a d'ailleurs tout l’avantage d'un système puissamment coordonné, auquel il est difficile de porter atteirfte sans s’exposer à de graves inconvénients dans beaucoup de questions connexes. d) Dans l’hypothèse de l’augmentation sacramentelle de la vertu de charité. — a. Quand le sujet apporte à la réception du sacrement la parfaite disposition de l’acte de charité, il reçoit, outre l’augmentation extra­ sacramentelle toujours équivalente à l’intensité de l’acte de charité, une augmentation sacramentelle non pas nécessairement équivalente, mais toujours pro­ portionnée aux dispositions actuelles. Salmanticenses, Cursus -theologicus, tr. XIX, De caritate theologica, disp. V, n. 27 ; Billuart, De caritate, diss. Il, a. 3, obj. 2·. — b. Si le sujet n’apporte à la réception du sacrement que des dispositions imparfaites, bien que suffisantes, l’augmentation sacramentelle n’étant empêchée par aucun obstacle complet, vient s’ajouter à la grâce déjà possédée. Mais cette augmentation est nécessairement restreinte, dans une mesure qu'il est impossible de déterminer avec quelque certitude. Sal­ manticenses, loc. cit., tr. XXII, De sacramentis in com­ muni, disp. IV, n. 129. Quant à la nature intime de l’augmentation de la grâce sanctifiante, elle est diverse­ ment expliquée suivant les opinions philosophiques et l’enseignement théologique sur l’accroissement des ha­ bitudes et celui des vertus infuses. Voir Vertu. 3. Perte ou diminution de la vertu de la charité. — a) Perte directe de la vertu de charité. — Comme toutes les vertus infuses, el pour une raison encore plus spé­ ciale, la charité se perd toujours par le péché mortel nécessairement inconciliable avec cet étal d'amitié di­ vine qu’est la charité. S. Thomas, Sum. theol., Il· II', q. xxiv, a. 12. — b) Diminution de la vertu de charité. — La vertu de charité ayant pourcause efficiente prin­ cipale non l'activité naturelle de la volonté, mais l’action même de Dieu, ne peut subir en soi de diminution directe que par l'action divine elle-mèine. Cette action divine, toujours réglée par l’infinie justice, ne pourrait ainsi diminuer la vertu de charité qu'en juste punition d’une faute de soi inconciliable avec la charité ou méri­ tant rigoureusement sa perte totale. Ce qui n’a lieu que pour le péché mortel. La faute vénielle, de soi conci­ liable avec l’état de grâce et avec la parfaite charité, ne mérite comme châtiment proportionné, ni la privation de la charité, juste peine du péché mortel, ni même la diminution de la charité, puisque le péché véniel ne lui est aucunement opposé. S. Thomas, Sum. theol., Il* II", q. xxiv, a. 10; Quæst, disp., De malo, q. vu, a. 2. Toutefois le péché véniel ou la simple cessation de tout acte positif de charité peut plus ou moins prochai­ nement disposer l'âme juste à la perte de la grâce sanc­ tifiante et de la vertu de charité. Par ces négligences répétées, les coupables inclinations de la volonté aug­ mentent progressivement et en même temps se forti­ fient les répugnances à la pratique strictement obliga­ toire de la vertu. S. Thomas, Sum. theol., I* 11", q. i.xxxvin, a. 3; Quæst. disp., De malo, q. vu, a. 3. Notons cependant avec saint Thomas, Quæst. disp., De malo, q. vu, a. 3, que le péché mortel peut n'étre point précédé de cette prédisposition résultant de fautes vé­ nielles, tel fut le péché qui perdit Adam et sa postérité, et que même avec cette prédisposition l'on peut, par la charité toujours subsistante, se défendre encore victo­ rieusement contre la faute mortelle. III. Acte de charité parfaite envers Dieu. — Bien que l’amour de charité ne soit pas nécessairement la 2234 charité parfaite, celle-ci doit seule nous occuper ici, à cause des prérogatives spéciales qui lui sont attachées. I. définition. — C’est l’acte par lequel on aime Dieu principalement pour lui-même de manière à exclure toute affection au péché mortel ou toute volonté de le commettre. Il y a donc simultanément perfection du motif et perfection de l’efficacité. Double perfection susceptible de divers degrés dont il importe de déter­ miner le degré minimum strictement suffisant pour l’appellation théologique de charité parfaite. — 1° Il n'est point requis que tout motif autre que l’infinie perfection divine soit positivement exclu. Il suffit que cette infinie perfection soit le motif finalement prédominant auquel peuvent encore s’adjoindre, d’une manière subordonnée, des motifs secondaires comme l’espérance, la reconnais­ sance ou la crainte salutaire. Il n’importe même point que l’on n’arrive que progressivement â ce motif fina­ lement prédominant, en s’y disposant, sous l'action de la grâce, par des actes moins parfaits, comme l’espérance ou la reconnaisance provenant des dons reçus ou espérés de Dieu. — 2° Il n’est point requis, il n'est même point possible que l’on écarte tout amour de soi. Il suffit que cet amour n’ait pas d'autre fin dernière que Dieu lui-même, dont on veut observer tous les comman­ dements el dont on espère jouir pendant toute l'éter­ nité. Se souhaiter et se vouloir la possession du bien infini que l’on aime pour lui-même et par-dessus tout n’est en réalité qu'un acte de charité. Si l'amour de soi ne va point jusqu'à cette perfection, il ne s’oppose cependant point à la charité parfaite, dès lors que Dieu est toujours voulu comme fin dernière et qu'il est aimé principalement à cause de son infinie perfection. — 3*11 suffit que l’acte de charité parfaite écarte efficacement et en vertu du motif de la charité toute affection au péché mortel ou toute volonté de le commettre. Car c’est le seul obstacle qui soit en opposition formelle avec l’amitié de Dieu que suppose la charité efficace. Ni le péché véniel que le repentir n'a pas encore effacé, ni l’habitude du péché véniel, ni même l'all'ection à l’habitude du péché véniel ne sont par eux-mémes un obstacle à la permanence du strict minimum de cha­ rité parfaite. Car le péché véniel ne contredit point la fin dernière à laquelle on reste encore uni et que l’on peut ainsi aimer à cause de son infinie perfection. S. Thomas, Sum. theol., II· II", q. xxtv, a. 10, 12; q. xt.iv,a. 4, ad 2“m; q. clxxxiv, a. 2; Quæst. disp., De caritate,a. 10, ad Cependant il n'est point douteux que l'habitude du péché véniel, surtout quand il est pleinement délibéré et consenti, fortifie les inclinations dangereuses et augmente le risque de perdre la charité par le péché mortel, bien que l’on garde toujours la puissance de résister au mal. S. Thomas, Sum. theol., 1» II", q. lxxxviii, a. 3; Quæst. disp., De malo, q. vu. a. 3. — 4° L'acte de charité parfaite, dès lors qu'il remplit les conditions que nous venons de rappeler, n’exige aucun degré déterminé d'intensité. L'ne telle nécessité, si elle existait, devrait résulter de l'économie providentielle dans l’ordre surnaturel ou d’une lui divine toute spéciale. Or le plan actuel de la provi­ dence dans l’ordre surnaturel n'exige des adultes que la disposition strictement correspondante à l’état de grâce, c’est-à-dire l’amour de Dieu pour lui-même et par­ dessus toutes choses, assez puissant pour qu’on ne préfère â Dieu aucun objet créé. Est autem de ratione caritatis ut Deus super omnia diligatur et ut nullum creatum ei præferatur in amore. S. Thomas, Quæst. disp., De caritate, a. 10, ad 4um; Sum. theol., II· II". q. xxiv, a. 8. Quant à une loi divine spéciale, exigeant tel degré intensif, rien n’en démontre l'existence. II. DEGRÉS DE LA CHARITÉ PARFAITS EN CETTE VIE. — 1° Saint Thomas. Sum. theol.. 11“ II", q. xxtv, a. 9, s’appuyant sur saint Augustin, In Epist. Joa. ad Par­ thos, tr. V, c. m, n. 4, P. L., t. xxxv, col. 2014: cum 2235 CHARITÉ 223G fuerit nata, nutritur; cum fuerit nutrita, roboratur ; mas. Sum. t/moL, II» II*, q. CT.xxxrv. a. 3; Cont. gmt., cum fuerit roborata, perficitur, énumère trois degrés 1. III, c. cxxx; Opusculum, xvn, c. VI. — 4° A plus forte de charité parfaite. — a) La charité commune écartant raison la charité peut-elle être très parfaite en dehors des simplement ce qui est contraire à la divine dilection, états mystiques. C'est cependant un fait bien attesté que ita scilicet quod nihil cogitet vel velit quod divinæ di­ les âmes qui profitent sagement de ces divines faveurs en lectioni sit contrarium et hæc perfectio est communis retirent le plus souvent un considérable accroissement omnibus caritatem habentibus. Sum. theol., IIa II*, de charité. — 5“ Si parfaite que soit la charité possédée q. xxiv. a. 8; q. Ci.xxxiv, a. 3, ad 3“m. Cette charité est en celte vie, elle ne peut jamais être un continuel état encore appelée caritas incipientium, parce que son effort d'union avec Dieu. Ce privilège n’appartient qu’à la vie principal est de s'éloigner du péché grave et de résister bienheureuse. S. Thomas, Sum. theol., II» II*, q. xxtv, aux inclinations qui y entraînent. Π» II*, q. xxiv, a. 9. a. 8; Quæst. disp., De caritate, a. 10. — 6" La perfec­ — b) La charité des proficientes qui s’efforcent de tion de la charité, si intense qu'elle puisse être, ne réaliser ce qui est agréable à Dieu, sans cependant comporte jamais, ne peut même jamais comporter un éviter tout ce qui lui déplaît ou sans tourner constam­ amour divin absolument désintéressé, entièrement ment vers lui toute l’énergie de leurs affections. — exempt de tout amour de soi, si légitime qu'il fût. c) La charité des perfecti qui s’efforcent de garder en Nous l’avons prouvé précédemmenten exposant la nature tout une union intime avec Dieu en évitant tout ce qui du motif de la charité. lui déplaît et en accomplissant tout ce qui lui est plus III. CEtlF.SE DE l.’ACTE DE CHARITÉ PARFAITE. — agréable. S. Thomas, Sum. theol., II» 11*, q. xxtv, a. 8, 1» C’est une vérité de foi qu'aucun acte de charité sur­ 9; q. ci.xxxni, a. 4; q. ci.xxxtv, a. 3. naturelle ne peut être produit sans le secours d’une 2° Le degré de perfection intensive de la charité ne grâce absolument surnaturelle. Il conc. Arausicanum, va pas nécessairement de pair avec la perfection de la can. 25, Denzinger, Enchiridion, n. 168. — 2° Celte connaissance. Ces deux perfections sont d'ordre diffé­ grâce absolument nécessaire est-elle toujours une grâce rent. Tandis que la perfection de l’amour consiste simplement actuelle, même pour l'acte de charité par­ dans l'union affective avec le bien présent ou espéré, faite immédiatement antérieur â la justification ? estla perfection de la connaissance est une parfaite équa­ elle, dans ce dernier cas, la grâce sanctifiante à la fois tion entre la vérité objective et la perception. S. Tho­ principe de vie surnaturelle dans lame justifiée et mas, Sum. theol., 1» 11*, q. xxvn, a. 2, ad 2"m ; Π» II*, cause dispositive à la justification'? Question librement q. xxvi, a. 7; Quæst. disp., De caritate, a. 4, ad 4“m. discutée par les théologiens et dépendante de cette Ces deux perfections n’ayant aucune connexion néces­ controverse plus générale : les dispositions immédiates saire, peuvent n’étre point, proportionnées. Ainsi dans â la grâce sanctifiante proviennent-elles d’une grâce la divine ténèbre ou Dieu est connu par la foi surtout actuelle simplement surnaturelle ou de la grâce sanc­ sous son attribut d'incompréhensibilité et d’une manière tifiante simultanément forme accidentelle et cause dis­ indistincte, la connaissance est très imparfaite relati­ positive à la réception de cette même forme? Voir vement aux attributs qui restent presque tous invi­ Grâce. — 3» L'acte de charité parfaite peut être immé­ sibles. L’amour envers Dieu est cependant très intense. diatement produit sans avoir été précédé de disposi­ Mais si la charité peut en perfection surpasser la tions préparatoires plus ou moins éloignées. Témoin connaissance, elle ne peut jamais se produire sans de subites conversions miraculeuses du ment constatées. quelque connaissance. Les expressions apparemment i C’est d’ailleurs ce qui résulte du lait communément divergentes de certains auteurs mystiques signifient seu­ admis de la sanclilicalion des anges et de la sancti­ lement que la contemplation mystique peut n’étre accom­ fication d’Adam au premier moment de leur existence. pagnée d’aucun acte discursif ou d'aucun raisonnement. Il est cependant dans l'ordre habituel que l’acte de Thomas de Vallgornera, Mystica theologia divi Thomæ, charité parfaite soit précédé de l’amour imparfait immé­ η. 1127 sq., 1131 sq., Turin, 1891, t. II, p. 205sq.,209 sq. ; diatement antérieur à l’acte d’espérance. D’où résulte Bossuet, Mystici in tuto, part. 1, a. 1, c. I. η. I sq., Paris, dans l’ordre surnaturel l’importance de ces disposi­ 1836, t. x, p. 401 sq.; Massoulié, Traité de la véri­ tions préparatoires. S. Thomas, Sum. theol., Il» 11*. table oraison d’après tes principes de saint Thomas, q. xvn, a. 8. Paris, 1901, t. t, p. 55 sq.; Meynard, Traité de la vie IV. EFFETS DE L'ACTE DE CHARITÉ PARFAITE EX intérieure, Paris, 1899, t. Il, p. 27 sq. ; Poulain, Des DEHORS DE L’ACTION SACRAMENTELLE. — I" Justification grâces d’oraison, 3' édit., Paris, 1901, p. 112 sq. Il est extrasacramentelle immédiatement produite dans d'ailleurs très vrai qu’une intense charité envers Dieu, l'dme. — 1. Fait de l'infaillible connexion entre l’acte par les intimes jouissances qu'elle procure, augmente de charité parfaite et la justification. — a] Principe la connaissance expérimentale du divin et dispose en général. — C’est une vérité certaine que la grâce sanc­ même temps l ame à recevoir de nouvelles lumières. tifiante est toujours infailliblement produite dans l’âme, Nous ne nous arrêterons point à réfuter ce préjugé que toutes les fois que lame apporte comme disposition un la science est par elle-même un obstacle à la vraie dé­ acte de charité parfaite renfermant la volonté d’accom­ votion. Elle n’est un obstacle que si elle se confie enplir tout ce qui est exigé par Dieu pour la justification. ‘tièrement en elle-même. Quand elle reste parfaitement — a. C'est une déduction certaine de tous ces textes de soumise à Dieu, elle aide plutôt la dévotion. Scientia l'Écriture qui identifient pratiquement la charité ac­ et quidquid aliud ad magnitudinem perlinet, occasio tuelle avec l'intégral pardon immêdiatemen* accordé est quod homo confidat de seipso, el ideo non tota­ par Dieu au pêcheur. Prov., vin, 17; x, 12; Joa., xiv, liter se Deo tradat; et inde est quod hujusmodi 21, 23; Luc., vu, 47; I Pet., iv, 8; I Joa., in, 14sq.; quandoque occasionaliter devotionem impediunt : el in iv. 7, ou qui identifient la parfaite contrition ou conver­ sion avec l’entière rémission des péchés. Ezech., xvin, simplicibus el mulieribus devotio abundat elationem comprimendo; si tamen scientiam et quamcumque 21 sq.; xx.xni, Il sq. ; Zach., i, 3. Celte charité telle qu’elle est décrite, ne peut être qu'un amour d’amitié aliam perfectionem homo perfecte Deo subdat, ex hoc envers Dieu et cette entière conversion ne peut être ipso devotio augetur. S. Thomas, Sum. theol., II» 11*, réalisée qu’à la même condition. Cet amour d'amitié q. lxxxii, a. 3, ad 3"·». 3° La pratique de la parfaite charité n'est point né­ I auquel la rémission des péchés ou la justification est infailliblement attribuée n’étant autre que la charité cessairement liée à l’observance des conseils évangé­ parfaite, c’est donc elle qui assure toujours la posses­ liques. S. Thomas, Sum. theol., II» II*, q. lxxxiv, a. 4. sion de la grâce sanctifiante. C'est ce qui résulte de Celle-ci cependant aide habituellement à mieux réaliser la charité et à la maintenir plus efficacement. S. Tho­ 1 l'identification absolument affirmée entre l'une et l'autre, 2237 CHARITÉ 2238 sans réserve ni restriction. — b. Tonte la tradition ' tion indirecte du concile de Trente n exigeant dans la contrition aucune intensité pour la pleine justification attribue le même effet à la parfaite pénitence, conver­ de l’âme, sess. XIV, c. tv. l’opinion d'Adrien fut encore sion ou charité, ce qui en réalité se ramène à la charité partiellement soutenue parHerlit-f- 1766), De theologicis d'où seulement procède l’entière conversion ou péni­ disciplinis, 1. XXXIV. part. 1, c. v, et par Gazz.aniga tence. Nous indiquerons seulement les principaux passages des Pères avec les textes de l'Écriture sur (j· 1799). Prœlecliones lheologieæ, t. ix, disp. VI, c. v, lesquels ils appuient leur enseignement. Terlullien, n. 134, 141. Nonobstant l'enseignement du concile de De pænitentia, c. tv, P. L., I. i, col. 1233 sq.. cite Trente, Bains, s'appuyant sur sa fausse notion de la Ezech., xvm, 21, 23; xxxm. Il; S. Cyprien, De lapsis, justice, proposit. 42 , 69, Benzinger, Enchiridion, η. 922, 919, et sur un concept exagéré de la nécessité* <. xxxvi, P. L., t. iv, col. 493 sq., cite Ezech.. xxxm. des sacrements de baptême et de pénitence, avait sou­ Il; Joël, il, 13; Is., xxx, 15, suivant la traduction des tenu que la charité parfaite soi! dans les catéchumènes, Septante; Origène, In Lev., hornil. il, n. 4. P. G., soit dans les fidèles repentants peut exister sans la ré­ t. xn, col. 418, s’appuie sur Luc., vu, 47; I Pet., iv. 8; S. Pacien, Epist., m, ad Sympronianum, n. 8, mission des péchés. Proposit. 31-33, 70, 71, Denzinger, 16, P. L., t. xiil, col. 1068, 1074, cite Is., xxx, 15, n. 911 sq., 950 sq. Estius (f 1613) avait affirmé une d'après les Septante; Is., tv, 7; Joel, II, 12 sq. ; S. Am­ erreur presque identique â celle de Baius en disant broise, Epist., lxvii, P. L., t. xvi, col. 1250 sq., cite que la contrition ou la charité parfaite, même avec la Luc., xxm, 53; S. Jean Chrysostome, In 11 Tim., volonté de recevoir le sacrement de baptême ou de péni­ hornil. vn, n. 3. P. G., t. lxii, col. 610, d'après Rom., tence, ne justifie effecti venient que dans le cas d’extrême xm, 10; S. Augustin, In Epist. Joa. ad Parthos, tr. V. nécessité ou à l’article de la mort quand le recours au n. 7, P. L., t. xxxiv, col. 2016, invoque I Joa., m, 9; prêtre est impossible, on quand le sacrement ne peut De trinitate, 1. XV, c. cxvin, P. L., t. xi.u, col. 1082 sq., être demandé ou reçu sans grave scandale ou sans dan­ d’après Rom., v, 5; S. Grégoire le Grand. lu E range lia, ger de pécher. In IV Sent., dist. XVII, part. IL Ces hornil. xxxm, P. L., t. lxxvi, col. 1241 sq., cite Luc., affirmations de Baius et même celles d’Estius contre­ vu, 47. Les auteurs subséquents jusqu'à Hugues de disent l'enseignement catholique, d’après le concile de Saint-Victor reproduisent ces mômes affirmations des Trente, sess. XIV. c. iv, et d’après les propositions Pères des six premiers siècles. Hugues de Saint-Victor condamnées dans Baius. Bellarmin, De pænitentia, 1. IV, (■j· 1'141), De sacramentis, 1. II, part. XIV, c. vm, P. L., c. xm sq. ; Vasquez, In 111·™, t. Il, disp. CL11, c. I, n. 3; t.clxxvi,co1. 564sq.,cite Ps. xxxt, 5;Is., lviii, 9; Ezech., Sylvius, In supplent. Sum. theol., q. v, a. 1, concl. 2; xvm, 21. Cependant Hugues, tout en admettant que la Suarez, De pænitentia, disp. IV, sect, vu, n. 1; Lugo, contrition obtient toujours la rémission de Vobduratio De pænitentia, disp. V, sect, vm, n. 98 sq.; Salmanti­ mentis correspondant à la tache du péché, nie que son censes, Cursus theologicus, De pænitentia, disp. VII, effet s’étende à toute la rémission du debitum futures n. 65; Billot, De Ecclesiæ sacramentis, Rome, 1895, damnationis que produit seule l’absolution sacramen­ t. n, p. 120 sq. telle. Loc. cit. Pierre Lombard, I V Sent., dist. XVII, b) Application particulière à l'efficacité de la contri­ P. L., t. cxcii, col. 880 sq., admet intégralement l’effi­ tion ou de la charité parfaite en face de la nécessité cacité de la contrition qu'il base sur Ps. xxxi, 5; L, 19, du sacrement de baptême. — Le principe général que mais il n'attribue à l'absolution sacramentelle qu'un nous venons de prouver nousconduit à celle conclusion. rôle purement déclaratif. Voir 1.1, col. 173 sq. Plusieurs Dès lors que la contrition ou la charité parfaite, accom­ pagnée de la volonté de recevoir le baptême, existe réel­ auteurs de la fin du xn· siècle el du commencement du xm· suivent partiellement les idées de Hugues ou de lement dans un catéchumène adulte, son âme est aussi­ Pierre Lombard sur le rôle de l’absolution, sans mettre tôt justifiée même avant la réception du sacrement. Con­ en question le principe de l’efficacité de la contrition. séquemment si cet adulte, sans aucune faute de sa part, Voir t. I, col. 174 sq. Saint Thomas maintient dans est de fait privé du sacrement ou dans l’impossibilité toute son intégrité l’efficacité de la contrition, Sum. de le recevoir, il obtiendra néanmoins la récompense theot., Suppl., q. v, et celle de la charité parfaite, éternelle à cause de la grâce sanctifiante qu'il possède. Sum. theol., 11’ 11“·, q. xxiv, a. 12, ad 5»“, pour l'entière Car Dieu, voulant le salut de tous les hommes et leur rémission des péchés. Ce qu'il concilie avec l'efficacité donnant la possibilité de remplir les. conditions néces­ du sacrement, par cette observation que la contrition saires au salut, ne peut exiger un accomplissement abso­ doit comprendre quelque volonté de recevoir le sacre­ lument impossible dans l'occurrence. Il accepte la bonne ment et qu'en ce sens l’effet n’est produit que d'une volonté comme suffisante, dès lors qu’elle est accompa­ manière dépendante du sacrement. Coni. genl., I. IV, gnée de la foi et de la contrition ou de la charité parfaite, deux dispositions toujours absolument nécessaires dans c. Lxxn. Voir t. i, col. 177 sq. Cette doctrine de l’efficacité de toute contrition ou de toute charité les adultes, à tel point qu’elles ne peuvent jamais être parfaite fut communément suivie par les théologiens suppléées. Celte conséquence, admise d’une maniéré subséquents jusqu'au xvi· siècle. A partir de cette générale par les Pères des premiers siècles pour ce qui concerne le salut des hérétiques ou des infidèles, est époque quelques théologiens la restreignirent con­ sidérablement. Suivant Adrien, Quæst. in IV Sent., aussi formellement appliquée au cas du baptême par præsertim circa sacramenta, q. il; Quæst. quodlibetisaint Ambroise et saint Augustin. Saint Ambroise. De obitu Valentiniani consolatio, η. 51, P. L., t. xvi, cæ, q. v, a. 3, la contrition parfaite et par conséquent lu charité elle-même, ne cause la justification que si elle col. 1374, s’appuie sur Sap., iv, 7. Saint Augustin, De baptismo contra donalistas, I. IV, c. xxn, xxv, P. L., est produite avec le maximum d’intensité actuellement possible. Adrien s’appuie principalement sur ces textes t. xt.ui, col. 173 sq., 176, affirme que l'actuelle réception de l'Écriture qui exigent que l'on se convertisse à Dieu du baptême peut être suffisamment suppléée de deux manières, par le martyre et par la foi et la conversion de tout cœur, Dent., iv, 29; Is., ι.χνι, 2; Joël. Il, 12, ou du cœur. L’efficacité de celte suppléance est prouvée par qu'on l'aime de tout son cœur et de toutes ses forces. Rom., x, 10. Une seule condition est exigée, c'est que Deut., vi, 5; Matth., xxn, 37: Marc., xn, 30; Luc., x, le baptême ne puisse réellement être reçu, si forte ad 27. Les théologiens contemporains combattirent com­ celebrandum mysterium baptismi in angustiis tem­ munément cette opinion. Melchior Cano, Detectiones de porum succurri non potest, ou encore, cum ministerium pænitentia, part. Ill, Opéra, Venise, 1759, p. 410 sq.; baptismi non contemptus religionis sed articulus neces­ Dominique Soto, In IV Sent., dist. XVII, q. n, a. 4, sitatis excludit. Incidemment, le saint docteur s'efforce Douai. 1613. p. 414 sq.; Vega, De jusli/icatione, 1. XIII, de montrer que ccs modes de suppléance du baptême C. xxjv, Cologne, '1572, p. 553 sq. Malgré la désapprobu- 2239 CHARITÉ 2240 se sont réalisés dans le bienheureux larron. Pour la bien conforme â celle du De baptismo, loc. cit., où réalisation du martyre il s’appuie sur l'assertion de saint saint Augustin disait à propos du larron repentant : Cyprien, Epist.., lxxiii, n. 22, P. L., t. ni, col. 1124 sq., Quod etiam atque etiam considerans invenio non tan­ à laquelle il ne parait cependant point donner pleine tum passionem pronomine Christi id quod ex baptismo créance : Baptismi sane viceni aliquando implere pas­ deerat posse supplere,sed etiam fidem conversionemque sionem de latrone illo cui non baptizato dictum est : cordis, si forte ad celebrandum mysterium baptismi Hodie mecum eris in paradiso, Luc., xxin, 43, non leve in angustiis temporum succurri non potest. Explication documentum idem beatus Cyprianus assumit. Celte nullement rétractée dans la suite. Car dans ses Ri trac­ raison ne pouvant le.convaincre entièrement, il cherche tations, 1. II, c. xviii, P. L., t. xxxii, col. 638, Augustin, dans ce bienheureux larron l'accomplissement du second révisant cet endroit du De baptismo, ne lait que cette mode de suppléance, per fidem conversionenique cor­ seule remarque : Non satis idoneum posui illius latro­ dis, qui lui parait dans la circonstance le principal nis exemplum qui utrum non fuerit baptizatus incer­ moyen de salut : Neque enim latro ille pro nomine tum est. Sur quoi Hugues de Saint-Victor, De sacra­ Christi crucifixus est, sed pro meritis facinorum suo­ mentis, 1. II, part. VI, c. vu, P. L., t. clxxvi, col. 454, rum : nec quia credidit passus est, sed dum patitur remarque justement : In hoc loco exemplum tantum credidit. Mais quelle que soit à cette époque la pensée quod ad probationem senlentiæ adduxerat correxit, d'Augustin sur le cas du bon larron, sa doctrine sur la ipsam sententiam non reprobavit. Pierre Lombard raisonne de même : Retractavit quidem exemplum, suppléance du baptême per fidem conversionemque cor­ sed non sententiam, Seni., I. IV.dist. IV, n. 4. P. L., dis dans le cas de nécessité en reste essentiellement indépendante, avec sa base scripturaire, Rom., x, 10 : t. CXCll, coi. 848, ainsi que saint Bernard, Tractatus de Corde creditur ad justitiam, ore autem confessio fit ad baptismo, c, n, P. L., t. ci.xxxn, coi. 1036. D’ailleurs, salutem. Aussi quand Augustin modifie plus tard (419si la parole citée du De anima avait un sens aussi exclu­ 420) ses explications relativement à ce larron pénitent, sif, comment pourrait-on la concilier avec ce passage presque contemporain dans lequel Augustin affirme que De anima et ejus origine, 1. I, c. tx, P. L., t. xliv, le centurion Corneille avait été déjà sanctifié avant de col. 480 sq. ; Qutest. in Heptateuchum, 1. Ill, c. lxxxiv, recevoir Je baptême : Nec superflua judicata est visi­ P. L., I. xxxiv, col. 713; Retract., 1. 11, c. xvm, P. L., t. xx.xil, col. 638, sa doctrine sur la suppléance du bap­ bilis sanctificatio quam invisibilis jam processerat. tême n’en souffre aucune atteinte. 11 ne fait que changer Quæst. in Heptateuchum, 1. III, c. lxxxiv, P. L., t. xxxtv. coi. 713. Pour toutes ces raisons nous ne pouvons ad­ sa position relativement à ce cas particulier, surtout en n'y affirmant plus aussi absolument l'absence du bap­ mettre d une manière absolue avec M. Turmel, Histoire tême : Cum dicerem vicem baptismi posse habere pas­ de la théologie positive, Paris, 1904, p. 125, qu’en 419 sionem, non satis idoneum posui illius latronis exem­ dans le De anima, le saint docteur ne parla plus que du martyre comme supplément au baptême. Le texte plum qui utrum non fuerit baptizatus incertum est, presque identique de saint Fulgence, De veritate prae­ Retract., loc. cil., ou même en admettant plutôt le fait du baptême, cani sil incertum magisque illum baptidestinationis, 1. Ill, c. xix, n. 29, P. L., t. i.xv, col. 667 : Sed manifestum est omnem qui non fuerit aut ... zatum fuisse credendum sit. Retract., 1. Il, c. LV, η. 3, nomine Christo sanctificato latice, aul pro Christi P. L., t. xxxii, col. 653. Quant à l'assertion d’Augustin, nemo fil membrum nomine et ejus Ecclesia proprio sanguine baptizatus, ignis æterni combustione damnandum, s'applique im­ Christi nisi aut baptismate in Christo aut morte pro médiatement aux seuls enfants qui meurent sans avoir Christo, De anima et ejus origine, loc. cil., elle ne con­ été régénérés par l’eau du baptême, ou sans la grâce tredit pas nécessairement l’affirmation si formelle du De baptismo qui n'est nullement rétractée ni ici ni du martyre. C’est ce qu’indique tout le contexte de ce passage où Fulgence traite directement le problème ailleurs. Aussi bien, d'après tout le contexte, Augustin se de l’origine de l’âme humaine. De ce que les enfants préoccupe principalement de défendre contre les pélanon régénérés par le baptême ou par le martyre sont giens la nécessité absolue du baptême pour les enfants. C’est le point de départ de son argumentation au com­ éternellement damnés, il conclut que l’âme elle-même a été souillée par le péché originel, ce qui lui parait mencement du c. tx; c’en est aussi la conclusion à la lin du même chapitre. Pour ces entants, la parole reste se concilier difficilement avec la création immédiate de l’âme par Dieu. L’affirmation de Gennade, De eccle­ strictemedt vraie : dans l’ordre actuel aucun ne peut obtenir le salut éternel nisi aul baptismale in Christo siasticis dogmatibus, c. xli, P. L., t. xlii, col. 1220 : Baptizatis tantum iter esse salutis credamus. Nullam aut morte pro Christo, il est vrai qu'Augustin applique catechumenum quamvis in bonis operibus defunctum, cette conclusion au cas du larron pénitent et qu’il s’ef­ vitam telernam habere credamus, excepto martyrio force d'expliquer comment, d’après cette doctrine, son ubi tota baptismi sacramenta complentur, parait signi­ salut a pu être obtenu. C’est une preuve décisive que la conclusion est universelle, pour les adultes comme pour fier que seuls le baptême effeclit et le martyre assurent les enfants. Mais toute universelle qu elle est, elle ne l’immédiate possession du salut, parce que seuls iis effacent ou éteignent entièrement tous les péchés : il;i s’entend point dans le même sens strict dans l’une et peccalaomniadimi/luntur,inisto exstinguuntur. Rai on l’autre hypothèse. Car finalement le salut de ce pénitent, s’il n’a vrai­ Maur (f 856), De universo, 1. IV, c. x, P. L., t. en, ment point été baptisé, est principalement attribué à ses col. 102, ne fait que reproduire littéralement le texte de Gennade, auquel il laisse ainsi son sens originel. Au excellentes dispositions de foi, d’espérance et de charité xn· siècle, Hugues de Saint-Victor, De sacramentis, envers Jésus mourant, dispositions qui autorisent à 1. II, part. VI, c. vu, P. L., t. clxxvi, et saint Ber­ considérer sa mort comme équivalente au martyre : nard, Tractatus de baptismo, c. n, n. 7, mentionnent l'auto namque pondere appensum est, laniumque va­ une erreur niant la suffisance du baptême chez les luit apud eum qui novit hæc appendere, quod confessus est Dominum crucifixum, quantum si fuisset pro Do­ adultes même en cas de nécessité. Celte erreur ne [· ·.: mino crucifixus. Et un peu plus loin : Sed etiam no­ être que celle d’Abélard, formulée dans sa Theologia Christiana, 1. II, P. L., t. ci.xxvni, col. 1205. ou il con­ strum quis non consideret, quanta fide, quanta spe, sidère la suffisance du baptême de désir dans les cat. quanta caritate mortem pro Christo vivente suscipere potuit, qui vilani in morienle quæsivil. Il ne s’agit J chumènes comme opposée à l’Evangile et à la tradition : Cum hoc non solum Evangelio verum et san· tit ducto­ point du martyre véritable, mais seulement d’une sorte ribus adversari penitus videatur. Saint Bernard, loc. d’équivalence au martyre, provenant surtout des par­ cil., réfute cette erreur en s'appuyant sur l’enseignement faites dispositions actuellement réalisées. Explication 2241 CHARITÉ 2242 Ecclesiæ fide et Christi nominis confessione persevera­ de saint Ambroise et de saint Augustin, sur l’affirmation verit, ab originali peccato solutum, et cæleslis palriæ de Jésus-Christ, Marc., xvt, 16, qui promet le salut pour gaudium esse adeptum adierimus incunctanter. Puis l’éternité â qui croira et sera baptisé, et refuse le salut après avoir cité les témoignages d’Augustin et d'Am­ seulement à qui persiste dans le refus de croire : A’ibroise, Innocent conclut : Sopitis igitur quaestionibus mirum innuens solani interdum fidem sufficere ad doctorum, Patrum sententiam teneas, et in ecclesia salutem, et sine ipsa sufficere nihil. D’ailleurs comment tua juges preces hostiasque Deo offerri jubeas pro pres­ Dieu pourrait-il condamnera l’éternelle réprobation une bytero memorato. âme qui lui est unie par la charité? Damnabit fidelem Pierre Lombard avait particulièrement insisté sur les suum Deus ? damnabit, inquam, hominem pro se etiam preuves patristiques. Saint Thomas, Sum. theol., Ilf», paratum niorif L’équité ne demande-t-elle point que q. I.XVI, a. 2; q. LXVIII, a. 2; Quodlibetuni, vî, q. m, l'on tienne compte de la bonne volonté, quand son a. 4, ne fait qu'indiquer l’autorité de l'Écriture, Prov., accomplissement n'est empêché que par une absolue xv, 27; Act., xv, 9, l'autorité d’Ambroise et celle d'Au­ nécessité? Quid planius quod voluntas pro facto repu­ gustin, De baptismo contra donatistas, 1. IV, c. xxli; tetur, ubi facium excludit necessitas? Si l’incontestable Quasi. in Heptateuchum, 1. Ill, c. i.xxxiv. Il expose efficacité du martyre ne provient que de la parfaite con­ surtout l’argument théologique. Dans une âme déjà unie fession de la foi, ajoute le saint docteur, non video cur à lui parla foi et la charité effective, Dieu accepte comme non ipsa æque et sine martyrio apud Deum tantumsuflisants pour le salut le désir et la disposition de la déni possit, cui et sine martyrii probamento procul volonté, quand l’accomplissement de ce qu’il exige pour dubio innotescit. De ces autorités et de ces raisonne­ ments, Bernard conclut : Sic sola fides el mentis ad le salut est d’une réelle impossibilité. Cette raison est particulièrement décisive lorsqu’il s'agit uniquement de Deum conversio sine effusione sanguinis et sine perfu­ l'effet de sacrements auxquels la puissance divine ne sione aquie, salutem sine dubio operatur volenti sed non peut être nécessairement enchaînée, puisqu’elle les a valenti, prohibente mortis articulo, baptizari. Hugues librement établis. Sum. theol., IIIa, q. LXVIII, a. 2. de Saint-Victor, qui avait consulté Bernard sur cette Le texte Joa., Ill, 5, doit être interprété en ce sens que grave question, reproduit son enseignement. Comme Bernard, il s'appuie sur l’autorité d'Augustin. Quant au celui qui désire la régénération du baptême est vraiment régénéré dans son cœur, ce qui suffit pour Dieu à qui texte, Joa., ni, 5, sur l’absolue nécessité du baptême tous les cœurs sont ouverts. Loc. cit., ad lum. La parole pour le salut, il est expliqué par Joa., xi, 26, Qui credit de Gennade, alors faussement attribuée à Augustin, si­ in me non morietur in ælemuni, qui en tempère la rigueur. Comme Bernard, Hugues signale la diversité gnifie que le baptême effectif et le martyre produisent d’expressions dans l’antithèse évangélique, Marc., xvi, seuls l’entière rémission de toute la peine, tandis que le baptême de désir laisse, au moins habituellement, 16, et il en conclut que seul est réprouvé le refus de croire, mais non l’impossibilité de recevoir le baptême, quelque peine encore inexpiée. Loc. cil., ad 2um; llla, pour qui en a la volonté. De sacramentis, I. Il, part. VI, q. LXix, a. 4, ad 2““. Toutefois le sacrement de baptême reste nécessaire pour le salut, en ce sens que s’il ne peut c. vu, P. L., t, CLXXVi, col. 453 sq. L’auteur de la Sum­ être administré, la volonté même implicite de le rece­ ma sententiarum, qui parait être de l’école de Hugues, voir peut suflire. Sum. theol., 111«, q. LX1X, a. 4, ad 2"™, tout en empruntant beaucoup à celle d'Abélard, voir t. i, col. 54 sq., reproduit ici la doctrine et les argu­ 3“". Ce baptême de désir est d’ailleurs indifféremment ments de Hugues. Tr. V, c. v, P. L., t. ci.xxvi, col. 131. appelé baptismus pænitentiæ, IlIa, q. lxvi, a, 11, ou H dit plus formellement que Hugues : Si tune moribaptismus flaminis. Loc. cit., a. 12. Du XIII· au xvi« siècle, les théologiens scolastiques, rentur cum fidem el caritatem habeant, certum est eos dans leurs commentaires sur le 1. IV des Sentences, re­ non damnari, hi caritate enim nullus damnatur. Loc. produisent cet enseignement de saint Thomas, particu­ cil., coi. 132. A la même époque, Gratien, Decret., lièrement saint Bonaventure. In IV Sent., 1. IV, dist. part. Ill, De consecratione, dist. IV, c. xxxiv, Baptismi IV, part. Il, a. 1, q. I ; Duns Scot, q. vî; Durand, q. vm; vicem, P. L., t. i.xxxvn, coi. 1805 sq., enregistre les Thomas de Strasbourg, a. 4; Denys le chartreux, q. vî ; passages du De baptismo où saint Augustin exprime la Gabriel Biel, q. n, a. 1, concl. 8; Dominique Soto, suffisance du baptême de désir per fidem conversio­ dist. V, a. 2. Enseignement indirectement approuvé par nemque cordis. Pierre Lombard, Sent., I. IV, dist. IV, n. 4, P. L., t. cxcii, col. 847 sq., dit formellement : le concile de Trente dans cette déclaration formelle ne Nec tantum passio viceni baptismi implet, sed etiam comportant aucune distinction entre désir explicite et fides et contritio ubi necessitas excludit sacramentum, implicite : Quæ quidem translatio post Evangelium sicut aperte docet Augustinus. Les bases scripturaires promulgatum sine lavacro regenerationis aut ejus voto sont celles d’Augustin, surtout Rom., x, 10; les autorités fieri non potest sicut scriptum : Nisi quis renatus fue­ patristiques, Ambroise et Augustin. Pierre Lombard jus­ rit ex aqua et Spiritu Sancio, non potest introire in tifie ce dernier contre le reproche de changement de doc­ regnum Dei. Sess. VI, c. iv. trine, en s’appuyant sur Detract., 1. 11, c. xvm, où n’est Cependant au xvi« siècle, Melchior Cano (j-15C0) émet rétracté que l’exemple du larron pénitent. L'enseigne- | l’opinion que le baptême de désir suffit pour le salut dans la seule hypothèse où ce désir explicite est basé ment de Hugues, de Bernard et de Pierre Lombard, com­ munément suivi par les théologiens, dirige le pape Inno- I sur une loi également explicite en Jésus-Christ et en son baptême. Releclio de pænitentia, part. V, concl. 3, cent III dans deux réponses doctrinales postérieurement Opera, Venise, 1759, p. 431. Cano appuie son assertion insérées dans les décrétales de Grégoire IX. La pre­ sur Marc., xvi. 16, entendu en ce sens que la foi, né­ mière réponse, donnée à l’évêque de Metz, concerne cessaire au salut, est l’adhésion à cette prédication de un juif qui, à l'article de la mort et n'ayant autour la nécessité de la foi et du baptême. Interprétation qu’il de lui que des juifs, s’était lui-méme plongé dans dit confirmée par l’autorité des Pères, particulièrement l’eau en prononçant les paroles de la forme. Innocent par saint Augustin. Celte nécessité d’un désir explicite, répond que ce baptême ne peut être valide, parce que la Cano ne l’affirme absolument que pour l’obtention du parole du Christ, Matth.. xxvin, 19, exige une distinction salut. H n’est point aussi formel sur sa nécessité pour d<· personne entre le ministre et le sujet. Cependant, si la simple justification, conformément à ce qu’il avait talis continuo decessisset, ad patriam protinus evolassel enseigné sur la suffisance de la foi implicite en la doc­ propter sacramenti fidem et non propter fidei sacra­ trine de Jésus-Christ pour obtenir la justification. Rementum. La deuxième réponse, adressée à l'évêque de leclio de sacramentis, part. Il, op. cit., p. 378 sq. Les Crémone, concerne un prêtre qui venait de mourir sans avoir été validement baptisé, quia in sancta malris I théologiens contemporains, en même temps qu'ils sont 2243 CHARITÉ unanimes à défendre la suffisance du baptême de désir en cas de nécessité, Vega, De justificatione, 1. V, c. xtv; Bellarmin, De baptismo, 1. VI, c. vi ; Vasquez, In /77»”, disp. CLII. c. i; Suarez, De sacramentis, disp. XXVII, sect. it, n. 2 sq. ; Sylvius, In III™, q. LXVt, a. 41, q. 1. soutiennent communément la suffi­ sance du désir implicite, en se basant sur ce que la nécessité d’un désir formellement explicite n'est impé­ rieusement exigée ni par la nature de la justification dans l’ordre actuel ni par un spécial commandement divin. En même temps les bases théologiques de Cano sont jugées inadmissibles. Sa distinction entre les dis­ positions suffisantes pour la justification et celles qui sont strictement requises pour le salut contredit l’in­ time corrélation entre la grâce et la gloire affirmée par le concile de Trente. L’assertion de Cano sur la néces­ sité de la foi explicite et surtout l'application qu’il en fait à la foi explicite au baptême, loin d’être démon­ trées, doivent être jugées inadmissibles. Vasquez, In ///»■", disp. CLII, c. tt: Suarez, loc. cit., n. 9 sq. ; Salmanticenses, Cursus theologicus, De peenitentia, disp. IV, n. 14. Néanmoins, Estius. In IV Sent., dist. IV, p. xvu, Venise, 1748, t. v, p. 142, reprenant et exagérant encore l’opinion de Cano, conclut de l’absolue nécessité du baptême qu’on doit toujours le désirer expressément quand on ne le peut recevoir actuellement, sed ita ne­ cessarium est ut cum haberi potest omnino suscipi debeat sub periculo æternæ salutis, et cum haberi non potest, debeat expresse desiderari et voto suscipi, id quod non oportet de. sacramentis aliis. Conclusion que rien n’autorise ni dans les textes scripturaires, ni dans la tradition, ni dans les définitions de l’Eglise. Aussi cette opinion reste entièrement isolée, et à partir du xvne siècle rien ne rompt plus l’harmonie du consente­ ment théologique sur la suffisance éventuelle du bap­ tême de désir, bien que quelques théologiens comme Conet, De baptismo, disp. Ill, a. 1, n. 28, soutiennent encore comme plus probable que le désir explicite est toujours nécessaire, pour la justification comme pour le salut. Si ces théologiens ne visaient que le cas normal des fidèles suffisamment instruits et actuellement atten­ tifs à l’obligation qui leur incombe, leur manière de s'exprimer serait très exacte. Mais s’ils veulent appli­ quer ce principe même aux non-catholiques invincible­ ment privés du secours de la révélation chrétienne intégrale ou même invinciblement inaltentifs j la stricte obligation actuelle, leur opinion doit être écartée, comme le serait une interprétation analogue de la nécessité d'appartenir à l’Église catholique. Car c’est une vérité certaine que Dieu ne requiert indispensa­ blement pour le salut que les dispositions ou conditions strictement nécessaires d’après la constitution de l’ordre surnaturel, telles que la foi el la charité. Ce qui est exigé par la seule volonté libre de Dieu comme moyen normal pour l’acquisition et la conservation de la foi et de la charité, comme l’adhésion actuelle à l’Église ca­ tholique et la réception de certains sacrements, ne peut être indispensablement requis pour le salut que dans la seule mesure ou il est moralement possible pour tel individu. C’est une nécessaire conséquence de la volonté divine de sauver tous les hommes. Car Dieu n'ayant établi ces moyens que pour faciliter aux adultes l’acquisition du salut, ne peut les requérir nécessaire­ ment quand par la faute d’autrui ou quelque inéluc­ table nécessité leur emploi reste impossible. En cette occurrence, Djeu accepte la seule réalisation possible, c'est-à-dire la volonté expresse ou seulement implicite d’accomplir ce qui est demandé. Volonté expresse ou explicite pour qui connail l'institution divine et prête une suffisante attention à sa stricte obligation. Volonté simplement implicite dans le cas d'invincible ignorance du commandement divin ou d’absolue inadvertance â 2244 son impérieuse nécessité. Volonté implicite toujours suffisamment contenue dans la pleine adhésion à ce que l'on sait ou à ce que l’on saurait être positivement exigé par Dieu. Ainsi la nécessité de salut reste intacte dans la mesure actuellement réalisable, sans qu’aucun grave inconvénient en résulte pour l'individu. En appliquant ces principes au sacrement de baptême dans la mesure où il est nécessaire pour le salut, conc. de Trente, sess. VI, c. tv ; sess. VII, De baptismo, can. 7. l'on conclura que la volonté explicite de recevoir < sacrement n'est point toujours absolument requis? chez l’adulte et que la volonté implicitement contenue dans toute vraie contrition ou charité parfaite peut par­ fois suffire. Chez les infidèles négatifs qui parviennent au salut ce doit être la condition habituelle; et l’on peut leur assimiler les hérétiques qui ignorent invinci­ blement la divine institution du baptême. c) Application particulière à l'efficacité de la ■·■ »Irition ou de la charité parfaite en face de la m 11"', tr. VIII, De merito justi, q. n, dub. 4, Venise, 1750, t. n, p. 401 sq. b. Les arguments théologiques communément invo­ qués sont l'interprétation des textes scripturaires et patristiqueset l'analyse du concept théologique de l'acte méritoire. Les textes scripturaires et patristiques ne peuvent s'entendre uniquement de la nécessité de la charité habituelle ou du simple état de grâce. Sinon, tout acte moralement bon accompli en cet état devrait assurer la possession du mérite surnaturel. D’ailleurs plusieurs textes requièrent explicitement que l’acte couronné par le mérite soit vraiment accompli pour Dieu. Ce qui suppose une intention agissant au moins virtuellement sur l'acte lui-même et le dirigeant positi­ vement vers Dieu comme lin dernière. Or Dieu n’est réellement voulu pour lui-méme comme lin dernière que par l’acte de charité parfaite. Par eux-mêmes les actes des autres vertus tendent principalement â notre propre bien quoique dans les limites permises, comme l'acte d’espérance, ou à quelque autre bien aimé ou recherché suivant l'ordre divinement établi, comme les actes des vertus morales. Ce qui ne suffit point pour sauvegarder pleinement le sens du texte scripturaire propter Deum. L’analyse théologique de l’acte méritoire conduit â la même conclusion. Principalement fondé sur l’ordre providentiel, le pouvoir de mériter doit en même temps résider dans l’acte lui-même, par une véritable proportion intime avec la divine récom­ pense qui doit être son couronnement. S. Thomas, Sum. theol., I· II”, q. cxtv, a. 1, 3. Pour que se réalise cette intime proportion, l’acte doit procéder d’une vo­ lonté conforme à la volonté divine et voulant le même bien auquel Dieu dirige tous les mérites. Ce que réalise seul l’acte de charité parfaite, par lequel on aime le souverain bien pour lui-même et par-dessus tout. S. Tho­ mas, loc. cit., a. 4. c. Ces principes théologiques conduisent aux conclu­ sions suivantes. — a. Tout en maintenant à l'acte de charité parfaite l'exclusifprivilège d'assurer la possession du strict mérite surnaturel, l’on doit attribuer aux actes produits par les autres vertus sous l’influence de la charité, un mérite propre et intrinsèque, distinct de celui que possède l’acte élicite ou immanent de charité. A une double activité de la charité doit correspondre une double perfection morale, conséquemment nn dou­ ble mérite. Cette double activité est réelle. L’une a pour terme l’acte immanent par lequel la volonté s’unit allectivement â Dieu aimé pour lui-méme et par-dessus tout. La seconde activité, dont le but est de diriger vers le bien infini les autres actes de la volonté ou ceux des autres puissances, communique à ces mêmes actes une nouvelle perfection ou qualité morale, à laquelle doit, suivant l’ordre providentiel, correspondre un nouveau mérite proportionnel. Mérite foncièrement attribuable à la charité immanente qui en est la source première. Cependant mérite immédiatement dù â la charité dérivée ou participée, inhérente à l'acte lui-méme, comme qua­ lité morale surajoutée el vraiment devenue sienne.Ainsi tout acte de vertu accompli sous l’influence de la charité suppose trois mérites distincts : un premier mérite sur­ 2248 naturel strict, provenant de l’acte immanent de charité; un second mérite également strict, provenant de la nouvelle qualité morale que donne à l’acte de vertu l'intime participation de charité; un troisième mérite donnant à ceux qui obtiennent la gloire céleste un droit proportionnel à une augmentation de récompense acci­ dentelle. Saint Thomas reconnaît explicitement le pre­ mier et le troisième mérite. Sum. theol., 1» II”, q. cxtv, a. 4; Quæst. disp., De potentia, q. vt, a. 9. Il affirme implicitement le second en attribuant aux actes ver­ tueux commandés par la charité un mérite propre dù à l’influence de la charité. Et ideo meritum vitæ æternæ primo pertinet ad caritatem, ad alias autem virtutes secundario, secundum quod earum actus a caritate imperantur. I* II”, q. extv, a. 4 ; II* II”, q. CXXIV, a. 2, ad 2“”; Salmanticenses, Cursus theologicus, tr. XIX. De caritate theologica, disp. IV, n. 22 sq. — fi. Tout en affirmant que l'acte de charité parfaite est immédia­ tement ou médiatement l’unique cause du strict mérite surnaturel, l'on ne nie point que la perlèction morale objective d'un acte particulier ne doive entrer en ligne de compte. Autre est la perfection objective du martyre ou d’un acte héroïque longtemps continué, autre celle d’un acte en lui-méme de minime importance, bien qu'accompli avecune charité très intense. La charité peut sans doute croître en intensité à raison des obstacles à surmonter ou de la simple continuité d’un pénible ellorL Mais même sans accroissement intensif, l’acte de cha­ rité peut recevoir une nouvelle perfection morale, pro­ venant de l'objet ou des circonstances, et à raison même de cette spéciale perfection à laquelle il communique sa propre dignité, mériter un accroissement de récom­ pense. Dans l’une et l'autre hypothèse l'on doit affirmer avec saint Thomas : Opus aliquod potest esse laborio­ sum el difficile ex magnitudine operis el sic magnitudo laboris pertinet ad augmentum meriti el sic caritas non diminuit laborem, imo facit aggredi opera maxima. Sum. theol., I’ II”, q. extv, a. 4, ad 2”“; Salmanticenses, loc. cit., tr. XVI, disp. IV, n. 27 sq. — γ. L’influence de la charité sur l’acte qu'elle rend méritoire doit être suffisamment agissante pour donner â l’acte lui-même une intime proportion avec la récom­ pense surnaturelle. A celle fin, une intention purement habituelle ne peut suffire quand elle n'est que le résul­ tat de la possession de la grâce sanctifiante ou d'une intention non révoquée, mais entièrement ineffective’. D'autre part, une intention immédiatement actuelle ne peut être requise, car elle n’est point toujours en notre pouvoir, el elle n’est point toujours nécessaire pour l’eflèctive production d’un acte. Il suffit donc que la charité une fois produite par la volonté continue son influence virtuelle sur la direction de l’acte. La durée de cette influence est assez variable dans les cas parti­ culiers, suivant l'intensité de l’acte initial, suivant la gé­ nérosité des dispositions habituelles, la force des obs­ tacles contraires, et la nature des secours divins. Il est même possible que l’influence de la charité ne s’exerce point sur l’acte entier dans toutes ses circonstances et dans toute sa durée. Pratiquement, une âme soucieuse d’accroilre sa récompense éternelle devra fréquemment renouveler et perfectionner cette intention de charité dans toute sa vie habituelle. 2’ opinion attribuant le pouvoir de me'riter ά tout acte surnaturel accompli en étal de grâce. — a) Elle prend sa base scripturaire principale dans les textes qui attribuent la récompense éternelle à des actes autres que la charité, comme l'humilité, Matth., xvill, 4, la pauvreté volontaire, Matth.. xtx, 29, et les bonnes œuvres les plus variées. Matth., xxv, 35 sq. Textes qui doivent être cependant entendus en ce sens que ces actes sont nécessairement surnaturels au moins dans leur motif, car un acte purement naturel n’aurait point avec l'éter­ nelle récompense cette proportion qu’exige la notion 2249 CHARITÉ théologique du mérite. Quant aux textes qui requièrent la charité pour toute acquisition de mérite, ils ne signifient que la simple nécessité de l’état de grâce. — b) Comme base patristique, l'on cite les témoignages des Pères qui attribuent à toutes les bonnes œuvres sans distinction le pouvoir de mériter la récompense éternelle. Suarez, De gratia, 1. XII, c. vin, n. 12. Comme confirmation de cette tradition patristique, l’on invoque le concile de Trente, sess. VI, c. xvi. can. 32, déclarant que les bonnes œuvres des justes, sans aucune mention de l’im­ périeuse nécessité de la charité, méritent véritablement une augmentation de grâce, la vie éternelle et l’augmen­ tation de la gloire. — c) L’argumentation théologique est surtout défensive. L’impérieuse nécessité d’une inlluence au moins virtuelle de l'acte de charité n’est démontrée, ni par le caractère surnaturel du mérite, ni par la volonté positive de Dieu. Le caractère surnaturel du mérite est absolument maintenu par la proportion toujours subsistante entre un acte surnaturel au moins dans son motif et la récompense éternelle, puisque la grâce et la gloire sont de même, ordre, celle-ci n’étant que le plein épanouissement de celle-là. Quant à la volonté divine, en un point si important, elle devrait être bien évidente pour s’imposer obligatoirement. Or une telle évidence n’existe point. Les témoignages scrip­ turaires ou patristiques ne démontrent que la nécessité de la grâce sanctifiante ou d'une intention simplement surnaturelle. Suarez, De gratia, 1. XII. c. VIH, n. 9 sq.; Philippe de la Sainte-Trinité, Disputationes theologicæ, Lyon, 1653, t. n, p. 566 sq.; Mazzella, De virtutibus in­ fusis, 3e édit., Rome, 1884·, p. 760 sq. 5e opinion attribuant le mérite surnaturel à tout acte moralement bon accompli par l’âme juste, sans que cet acte subisse l'influence d’un acte antérieur de charité ni de quelque intention surnaturelle. — a) Parmi les défenseurs de cette opinion l’on ne doit point ranger les théologiens qui étendent chez toute âme juste l’inlluence de l'acte initial de charité à toutes les actions subséquentes pourvu qu’elles soient moralement bonnes, tant que l'acte initial n’est point rétracté par le péché mortel. Salmanticenses, Cursus theologicus, tr. XVI, De merito, disp. IV. n. 66 sq. Il n'y a chez ces théologiens qu’une application divergente du principe de l’influence virtuelle de l’acte initial de charité. — b) Au jugement de Vasquez, In D™ 11“, disp. CC.XVII, n. 9sq., tout acte moralement bon produit par une âme juste, indépendamment de toute inlluence d’un acte de charité ou d’une intention surnaturelle, est effecti­ vement méritoire. Vasquez s’appuie principalement sur des arguments négatifs : graves inconvénients de la nécessité de la charité virtuelle et position illogique de l’opinion intermédiaire exigeant une intention surna­ turelle sans la charité. Vasquez ajoute que de tels actes dans une âme ornée de la grâce sanctiliante tendent par eux-mêmes vers la récompense éternelle à laquelle cette âme a un droit strict. — c) Celte opinion est presque unanimement rejetée par les théologiens de toute nuance. Suarez, De gratia, 1. XII, c. x, n. 15; Sylvius, In Dm IIX, q. cxiv, a. 4, q. n; Gonet. tr. IX, disp. II. a. 6, n. 136 sq.; Salmanticenses, Cursus theo­ logicus, tr. XVI, disp. IV, n. 74. Conclusion. — a) Le débat porte uniquement sur la nature de la charité requise pour le mérite : vertu de charité accompagnant toujours la grâce sanctifiante, ou acte de charité agissant au moins virtuellement sur l’acte méritoire. — b) A ce point de vue très restreint, les preuves purement scripturaires, patristiques ou con­ ciliaires n’ont aucune valeur démonstrative immédiate ni d’un côté ni de l’autre. Par eux-mêmes les textes scripturaires légitiment seulement ces deux conclu­ sions : la charité, sans aucune spécification ultérieure, est nécessaire pour tout vrai mérite surnaturel; et ce mérite suppose toujours l’intention d’agir pour Dieu, 2250 évidemment au point de vue surnaturel, mais sans autre détermination du mode d’intention. De même, ces deux seules conclusions se dégagent immédiate­ ment des textes patristiques antérieurs au xtt« siècle où la question strictement théologique se pose pour la pre­ mière fois. Quant au concile de Trente, le simple silence sur la nécessité de la charité virtuelle, sess. VI. c. xvt, can. 32, n’est point une preuve que le con­ cile rejette une opinion alors soutenue par toute une école théologique. Le concile a seulement voulu opposer aux erreurs protestantes la doctrine catholique sur le mérite, particulièrement sur les points directement attaques. Aucune raison n’exigeant une intervention de l’Êglise dans cette question d’école, le concile la laissa dans l’état où elle se trouvait antérieurement. Aucune parole conciliaire ne doit donc être nécessairement interprétée dans un sens défavorable à la nécessité de la charité virtuelle. C'est ce qui résulte particuliérement aussi du choix de l'expression : guie in Deo sunt facta, sess. VI, c. xvt, acceptée par les deux écoles pour si­ gnifier l’intention simplement surnaturelle ou l’inten­ tion dictée par la charité parfaite. — c) Les arguments fondés sur l’analyse théologique du mérite, sans être absolument démonstratifs, produisent une forte pré­ somption de vérité en faveur de la première opinion. Pour que l’acte méritoire ait une intime proportion avec la récompense surnaturelle, il doit être accompli pour Dieu lui-même, puisque c'est sa parlaite possession qui constitue le bonheur des élus. Mais l’acte n'est vérita­ blement et pleinement pour Dieu lui-méme que s’il est fait par amour pour Dieu aimé à cause de son infinie perfection et par-dessus toutes choses. Quant à la durée de l’influence virtuelle d’un acte de charité, elle devra se déterminer d'après les lois psychologiques, suivant l'intensité de l'acte primitif el suivant les obstacles qui peuvent se rencontrer dans sa conservation et dans son application. En même temps les arguments précités conduisent à une présomption contraire vis-à-vis de la seconde opinion, qui a peut-être aussi l'inconvénient de paraître rechercher un intermédiaire peu logique entre la nécessité de la charité virtuelle et la suffisance de la simple vertu de charité. Si celle-ci suffit, pour­ quoi est-il nécessaire que tout acte accompli par l’âme juste soit fait avec une intention surnaturelle? et si l’intention surnaturelle est toujours requise, pourquoi est-elle limitée à ce qui est inférieur à la charité? — d) Après cet examen des arguments strictement théolo­ giques, revenons, par la méthode de régression, à l’étude des textes scripturaires et patristiques. Si ces arguments conduisent à ces deux conclusions que la charité simplement habituelle ne suffit point pour le mérite et qu'une certaine orientation virtuelle vers Dieu est absolument requise, ne sera-t-on point auto­ risé à admettre conséquemment que les principes posés par l’Ecriture et par la tradition devaient logi­ quement amener à soutenir la nécessité de la charité virtuelle? — e) La pratique de la vie chrétienne ne court aucun danger d’être troublée par le choix de la première opinion. Dès lors que le choix est entre une intention surnaturelle positivement persévérante ou une inlluence virtuelle d'un acte de charité, y a-t-il beau­ coup plus de difficulté à admettre que cette positive direction d’intention s’accomplisse par l'acte de charité, acte pour ainsi dire normal dans une âme justifiée qui d’ailleurs peut seule mériter pour le ciel? 4’ Valeur impétratoire de l’acte de charité parfaite. — Puisque tout acte surnaturel, dans la mesure où ii contient explicitement ou implicitement une prière bien faite, peut nous obtenir de Dieu les secours nécessaire au salut, Bouquillon. Theologia moralis lundamei,talis, 2e édit., Paris, 1890, p. 577, tout acte de charitpossède pour les mêmes raisons et avec plus d'abon­ dance, la même efficacité impétratoire, proportionnel- CHARITÉ 2251 lernent â sa perfection intensive. Cette efficacité impétratoire peut, comme celle de toute prière, S. Thomas. Sum. theol., 11“ 11«, q. t.xxxin, a. 7, s’exercer pour le profil du suppliant et pour le profit de ceux pour les­ quels il intercède. 5° Autres effets de l’acte de charité parfaite surtout dans les âmes habituellement soucieuses d'écarter tout ce qui peut déplaire à Dieu, et attentives à pratiquer généreusement ce qui lui est plus agréable. — I. Une lumière spirituelle spéciale résultant â la fois d’une plus inlimeexpérience des choses divineset d une plus abon­ dante communication des dons d'intelligence, de science et de conseil. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II’’, q. vin. a. 5; q. ix, a. 5; q. xlv, a. 4; q lu, a. 1 ; Opuscula se­ lecta, opusc. IV, Paris, 1881. t. I, p. 250 sq. — 2. Une force spirituelle spéciale, même dans les difficultés et les épreuves, que l'on accepte comme venant d’une volonté paternelle que l’on aime et à laquelle on est entièrement et filialement soumis. S. Thomas, Opuscu­ lum, iv, loc. cit. — 3. Une grande joie spirituelle pro­ venant de la tranquille possession initiale du seul vrai bonheur en cette vie, possession qui est aussi le gage du parfait et définitif bonheur pendant toute l’éternité. S. Thomas, Sum. theol., II» llæ, q. xxvill, a. 1. En cette vie, cette joie ne peut être sans quelque mélange de tristesse, puisqu’en nous et autour de nous la partici­ pation initiale du bonheur divin reste inévitablement imparfaite et incomplète. S. Thomas, loc. cit., a. 2. Aussi quelque abondante que puisse être celte joie sur­ tout dans certaines faveurs divines toutes spéciales, elle reste toujours en deçà de notre désir final qui ne sera pleinement satisfait que par la définitive possession de la vision béatilique. S. Thomas, loc. cit., a. 3. Deces joies ineffables, saint Thomas, Opuscula selecta, opusc. iv, t. i, p. 251, dit avec raison : Nullus vere gaudium habet nisi existent in caritate. — 4. Une profonde pai.c spirituelle provenant de la parfaite subordination de tous les désirs à la volonté divine aimée par-dessus tout et à laquelle on est parfaitement uni, S. Thomas, Sum. theol., Il» 11«, q. xxtx, a. I. 3, tandis que l’âme agitée par d'ardents désirs de bonheur temporel non possédé est comparée par f Ecriture â une mer bouil­ lonnante, incapable de repos. Is., i.vn, 20; S. Thomas, Opuscula selecta, opusc. tv, t. i, p. 251. V. XÉCESSITÉ DE l’ACTB DE CHAIUTÉ PADFAITB. — 1" Nécessité de salut. — 1. L’acte de charité parfaite ne peut être directement requis ni pour la justification ni pour le salut, quand l'ârne, suffisamment disposée par l'attrilion efficace, est actuellement justifiée par le sa­ crement de baptême ou de pénitence, ou même par l'extrême-onction. L'ârne ainsi justifiée possède, par le fait même, un droit certain à la gloire éternelle. — 2. En dehors de la réception actuelle de ces sacrements principalement destinés à justifier l’âme, l’ordre pro­ videntiel actuel n’admet qu’un seul moyen de justifica­ tion et de salut, la contrition ou la charité parfaite, toujours suffisante pour la rémission des péchés, pourvu qu'elle soit accompagnée de l’implicite volonté de rece­ voir le sacrement. Dans cette hypothèse, l'acte de con­ trition ou de charité étant le seul moyen de salut, est strictement nécessaire pour celte même lin. — 3. Cette nécessité de salut, simplement accidentelle pour les fidèles placés dans les conditions normales, s'impose habituellement aux non-catholiques et infidèles privés du secours des sacrements ignorés on absents. Le salut leur est cependant toujours accessible, car la provi­ dence ne peut jamais manquer à l'homme en ce qui est strictement nécessaire au salut. D'ailleurs, la difficulté principale en cette matière est la production de l'acte de foi surnaturelle absolument indispensable. Dés lorsque celte foi existe, fâme peut, avec l'aide de grâces spéciales qui sont pour elle dans l'ordre ordinaire de la provi­ dence, produire un acte de contrition ou de charité DICT. DE TIIÉOL. CXTIIOL. 2252 parfaite, correspondant à la connaissance surnaturelle dqjâ possédée. 2“ Précepte divin. — 1. Existence el nature de ce précepte. — a) Bases scripturaires et traditionnelles. — L’Ancien et le Nouveau Testament, Deut., vi, 5; x, 12; Matth., xxn, 37; Marc., xn, 30; Luc., x, 27. men­ tionnent le précepte divin obligeant tous les hommes à aimer Dieu de tout leur esprit, de tout leur co;ur, de toute leur âme et de toute leur force. La tradition chré­ tienne reproduit le même enseignement. S. Jean Chry­ sostome, In Matth., homil. t.x.xi, n. 1. P. G., t. i.vm, col. 661; S. Augustin. In Joa. Etang., tr. XVII, c. v. n. 8, P. L., t. xxxv, col. 1531 sq.; Epist., i.iv, c. xxi. n. 38, P. t. xxxin, col. 222 sq.; S. Thomas, Sum. theol., 11“ 11«, q. xi.iv, a. 1, 4, 5; S. Bonaventure, P. IV Sent., I. Ill, dist. XXVII, a. 2, q. vi, 1887, t. ni, p. 613 sq.; Catéchisme du concile de Trente, part. III. c. v, η. I. — b) Déductions théologiques. — De l’ex; <·■ scripturaire el traditionnel de ce précepte l'on doit - or­ dure : — a. Que c’est un précepte positif, distinct du pré­ cepte simplement négatif interdisant incessamment tout péché mortel toujours contraire â l'amitié divine. I ce précepte positif découle le devoir d’aimer Dieu intéi i. urement avec toutes les forces de notre volonté- et de lui soumettre extérieurement toute notre activité. S.Thomas. Sum. theol., II» 11«, q. xi.iv, a. 1,4,5.— b. Que c’est un précepte spécial, distinct de l'ensemble des précep! divins, bien qu’il doive en assurer l’observance et que ces préceptes eux-mêmes soient principalement destin à écarter les obstacles â la charité et â maintenir son influence. S. Thomas, loc. cit., a. 1, ad 3“m. — c. En soi ■ précepte ne requiert strictement el sous peine de pé.-hé mortel qu’une seule chose, c’est que Dieu aimé pour luimême soit habituellement la fin dernière absolument préférée, que l’on ne contredise jamais par le péché mortel. Le péché véniel n’est donc point une stricte vio­ lation de ce précepte. S. Thomas, loc. cit., a. 4, ail 2 a. 6, ad 2"1”; Quæst. disp., De caritate, a. 10, ad 4“ . 5,ln>. Pour la même raison, aucune intensité n’est requise dans les actes par lesquels s’accomplit ce précepte. Sua­ rez, De caritate, disp. V, sect, n, n. 2. — d. Le précepte divin de la charité ne pouvant être ramené à aucun des préceptes formels du décalogue, est, comme les pré­ ceptes divins de la foi et de l’espérance, ce que saint Thomas appelle præambulum ad legem, un précepte fondamental nécessairement présupposé par toute loi divine. Sum. theol., Il» II®, q. xvi. a. I ; q. xxn. a. 1; q. xliv, a. 1, ad 3“"'; Cont. gent.,\. 111, c. cxvsq.; Navarrus, Enchiridion, c. xl. n. 6, Rome, 1590, 1.1, p. 82 -q . Salmanticenses, Cursus theologiæ moralis, tr. XXL c. l. n. 10. — e. De cette nature spéciale du précepte divin de la charité résulte sa principale raison d’être. 11 est indispensable pour assurer un suffisant et persévérant accomplissement de toutes les obligations imposé, - a l’homme par les commandements divins. Celui qui ne se laisserait jamais diriger par le motif de la charité, se trouverait souvent trop faible en face de l’ensemble ■: préceptes divins. Lehrnkuhl. Theologia moralis, t. i. n. 322 sq. D’ailleurs comment l'acte de charité, moyen normal de salut, en dehors de la réception actuelle des sacrements, pourrait-il n'être point l’objet de quel·;· précepte divin, en vue de cette éventualité d'une n’alisation toujours possible pour chaque individu? 2. Objet de ce précepte. — a) Il exige un acte de cha­ rité surnaturelle correspondant â la foi indispensa pour le salut et proportionnée â l’éternelle récompense. C’est une conséquence de toute l'économie providenti· .· de l'ordre surnaturel. Si quelques théologiens emploient un langage apparemment dilléretit, leurs divergences, plus nominales que réelles, proviennent surtout de leur concept de la foi strictement suffisante au salut. — b t précepte exige directement quelque acte de charité for­ melle envers Dieu ou au moins de charité équivalemm- nt II. - 71 2253 CHARITÉ contenue dans l'accomplissement des commandements divins. Lehmkuhl, Theologia moralis, t. i, n. 321. — c) Indirectement il suppose la volonté efficace d’éviter toute faute contraire à l'amitié divine et celle d'accomplir tous les commandements divins, volonté qui ne requiert point toujours nécessairement la charité parfaite, mais qui ne saurait être constamment efficace si elle n'est sou­ tenue par cette charité. Lehmkuhl. loc. cit., n. 322. — d) Puisque l'acte de charité· est tout d'abord un acte de la volonté, c’est cet acte qui est l’objet principal du précepte. Ses manifestations extérieures obligatoires sont prescr'tes indirectement par d’autres commandements sans l'observation desquels la charité n’existerait plus. 3. Ce précepte est-il strictement obligatoire à quelques moments déterminés de la vie? — a) Ce que nous avons dit de la nature de ce précepte prouve sa stricte obliga­ tion directe du moins à quelques moments déterminés de la vie humaine, dans la mesure ou l'acte de charité est de fait nécessaire au salut ou moralement indispen­ sable pour l'observance des autres lois divines. Aussi deux propositions, niant toute obligation de produire l'acte de charité pendant toute la durée de la vie humaine, ont été formellement condamnées : proposition 1M con­ damnée par Alexandre Vil le 24 septembre 1665 : Homo nullo unquam vita· suie tempore tenetur elicere actum fidei,spei et caritatis ex vi praeceptorum divinorum ad eas virtutes pertinentium, Denzinger, Enchiridion, n. 972; et proposition lre condamnée comme hérétique par Alexandre VIII le 24 août 1690 : Bonitas objectiva consistit in convenientia objecti cum natura rationali, formalis vero in conformilale actus cum regula morum. Ad hoc sufficit ut actus moralis tendat in finem ulti­ mum interpretative, hinc humo non tenetur amare neque in principio neque in decursu vitee sute mortalis. Denzinger, n. 1156. Sur le sens de ces deux propositions, voir I. i, col. 731 sq., 749. — b) L'on admet communé­ ment que ce précepte oblige strictement à l’article de la mort, à cause de la souveraine importance de ce moyen pour l’obtention du salut à ce moment de lutte suprême et décisive. Cependant au jugement de quelques graves théologiens, Azor, Institutiones morales, 1. IX, c. iv, Cologne, 1613, p. 583; Lugo, De pænitentia, disp. Vil, sect, xm, n. 276. il ne parait point que l'obligation soit aussi indiscutable quand l'acte de charité a été fréquem­ ment produit pendant la vie et qu'aucun obstacle spécial n'existe à ce moment ou quand l'on s’est pleinement réconcilié avec Dieu quelques jours avant le suprême danger. Le devoir de produire alors un acte de charité est encore plus incertain quand l'âme est déjà justifiée sa- I cramentellement, grâce à une suffisante disposition d'attrition efficace. Si l’âme est de fait détachée du péché et si par l’omission de l'acte de charité, elle ne s’expose point à violer quelque autre grave précepte, la nécessité de l'acte de charité ne parait point évidente. Lugo, loc. cit.; Salmanticenses, Cursus theologiæ moralis, De sa­ cramento pænitenhæ, c. t, n. 43. Pratiquement il est à propos d’exciter le moribond à la contrition et à la cha­ rité parfaite, en en suggérant les motifs. D'ailleurs la charité étant nécessaire seulement de nécessité de pré­ cepte, la bonne foi peut être admise dans le moribond, surtout quand il y aurait un notable inconvénient â l'avertir expressément. c) L’acte de charité est-il également obligatoire au premier instant moral de l'usage de la raison ou au premieréveil delà conscience morale? — a. Précisons l’objet de la controverse. L'exact moment auquel s'éveille la conscience morale de l'enfant ne peut se déterminer d'une manière absolue ni rigoureuse. Il peut y avoir une certaine évolution progressive depuis la première idée du bien et du mal moral jusqu'au moment où la con­ science morale est suffisamment formée pour porter la responsabilité de fautes graves. D'ailleurs il est néces­ 2254 saire que l’on ait en même temps une certaine connais­ sance de Dieu auteur de la loi morale et suprême juge des consciences, connaissance dont le développement suffisant ne peut s’accomplir sans quelque progrès suc­ cessif. L’on doit aussi tenir compte de circonstances anormales dans le développement de la conscience mo­ rale, chez des sujets moins doués ou moins favorisés sous le rapport de l’éducation familiale ou de l'influence du milieu. Le retard dans le développement de la con­ science morale peut être particulièrement sensible chez les peuples ou le niveau religieux et moral a subi depuis longtemps une forte dépression. Voir t. i, col. 1012 sq. Observons d’ailleurs que la conscience morale, dès qu’elle existe, n'est point nécessairement formée sur tous les points auxquels elle doit s’appliquer pratiquement. Il lui reste encore à s'instruire en beaucoup de choses par la réflexion personnelle, par l'éducation ou par une sage consultation. Nous ne parlons actuellement que du premier éveil de la conscience morale portant au moins obligation d'accomplir certains actes comme bons el commandés et d’éviter certains actes comme mauvais et défendus. Quel que soit le moment précis auquel se produit cet éveil de la conscience morale, et quelle que soit en ceci l'évolution progressive de la raison, cette question se pose : Y a-t-il â ce moment obliga­ tion d’orienter positivement vers le bien ou vers Dieu toute sa vie morale, ou suffit-il que la volonté, en em­ brassant tel bien commandé ou en repoussant tel mal défendu, adhère implicitement à toute la loi morale? Saint Thomas, Sum. theol., I» II», q. lxxxix. a. 6. en­ seigne l'obligation positive d'orienter alors sa vie morale vers le bien véritable ou vers la lin dernière, c’est-à-dire au moins implicitement vers Dieu. Mais aucun texte du saint docteur n'affirme expressément que la volonté d'observer la loi morale doit nécessairement porter sur toute la durée de la vie. Il ne parait donc point que l'on contredise la pensée de saint Thomas en présumant, jusqu'à preuve contraire, que la volonté d’accomplir toute la loi morale est suffisamment renfermée dans celle de pratiquer actuellement tel bien commandé, lit il nous semble que c’est toute la pensée de Vasquez, In U3; disp. CXLIX, c. 11, n. 6, ainsi que de Suarez dans ce passage : Puer veniens ad usum rationis non tenetur slatim in primo usu rationis Deum in se ipso diligere, sed in his quæ ipsi occurrunt bene moraliler se gerere, et hoc ipso virtualité!· censetur converti ad Deum. De bonitate et malitia humanorum actuum, disp. VI, sect, i, n. 12. 11 nous reste à examiner si cette orienta­ tion morale vers Dieu doit nécessairement se faire à ce moment par l’acte de charité surnaturelle. b. Opinion admettant la stricte obligation de l’acte de charité surnaturelle; mais de telle manière que l'ignorance invincible excuse de toute faute. — a. L'exis­ tence du strict précepte divin est fondée non point sur des preuves spéciales, on reconnaît qu'aucune ne pour­ rait être donnée comme démonstrative, mais uniquement sur le rôle de la charité surnaturelle vis-à-vis de l'accom­ plissement des autres préceptes surnaturels. Raison théologique également valable pour les actes de foi. d’espérance et de charité, et qui peut être ainsi formulée Pour que la volonté puisse se diriger constamment · facilement vers sa fin derniere surnaturelle déjà connu par la foi, il est nécessaire qu'elle soit prêalablemi : unie à cette fin d'une manière suffisamment efficace pou triompher sans difficulté de tous les obstacles. Ce qu ne peut être bien réalisé que par l’acte de charité, sur­ tout dans l’état de faiblesse actuelle provenant de la déchéance originelle. C’est en ce sens que saint Thorn Sum. theol., Û“ II», q. xvr, a. 1 ; q. xxii, a. I ; q. xliv. a. I, ad 3“m, et avec lui beaucoup de théologiens, Sal­ manticenses, Cursus theologiæmoralis,tv. XXI,c. I. n. I' appellent les préceptes divins de foi, d'espérance et dcharité præambula ad legem, ou préceptes fondamen­ 2255 CHARITÉ taux nécessairement présupposés par toute loi divine et dont l'accomplissement doit normalement précéder celui des autres commandements. — β. L’excuse provenant de l’invincible ignorance de ce précepte n’est qu'une application générale du principe relatif à la bonne foi en matière non nécessaire pour le salut et exigée seule­ ment par un précepte divin positif. Voir 1.1, col. 1013 sq.; S. Thomas, .Sum. theol., 1“ il·0, q. i.xxxtx. a. 6; Quæst. disp., De malo, q. v, a. 2. ad 8U"· ; q. vu, a. 10, ad 8um; De veritate, q. xxiv, a. 12, ad 2““ ; q. XXVIII, a. 3, ad 4“m ; Ca.jélan, In 7am II*, q. lxxxix, a. 6; Bannez, In II*, q. x, dub. II. Venise, 1602, col. 479 sq.; Gonet, De vitiis et peccatis, disp. IX. a. 7, n. 174 sq.; Salmanticenses, Cursus theologicus, tr. XIII, disp. XX, n. 2 sq.; Gotti, In l‘m II*, tr. IV, q. m, dub. v, Venise, 1750, t. il, p. 175 sq. c. Opinion contraire à l’obligation de la charité sur­ naturelle. — a. Elle rejette unanimement l’existence d’un précepte spécial en s’appuyant sur ces deux raisons : absence de preuves positives, et fréquente impossibilité d’accomplir ce précepte à cause de l’invincible ignorance de la foi surnaturelle ou de celte obligation spéciale. — β. Unanime dans ses négations, celle opinion présente des divergences dans la manière d’expliquer l’amour divin implicitement contenu dans la volonté d’adhérer au bien moral que l’on connaît. Vasquez, In /«·» il*, disp. CXLIX, c. n, n. 3 sq. ; Suarez. De bonitate et ma­ litia humanorum. actuum, disp. VI, sect, ι, η. 12; Syl­ vius, In II*, q. lxxxix, a. 6; Azor, Institutionum moralium, 1. IV, c. x, q. vt; 1. IX, c. tv, Cologne, 1613, p. 193 sq., 583. d. Conclusion. — L’opinion affirmative ainsi appuyée et limitée nous parait théoriquement mieux fondée, sur­ tout au point de vue de l’économie générale de l’ordre surnaturel. Quant aux difficultés pratiques, elles sont écartées par l’excuse toujours admise en faveur de l’igno­ rance invincible portant sur la foi surnaturelle ou sur l’existence de ce précepte spécial. d) En dehors de ces deux époques extrêmes de la vie physique ou morale de l'individu, le précepte divin de la charité oblige-t-il directement au moins quelquefois pendant la vie? et dans cette hypothèse, avec quelle fré­ quence et dans quelles circonstances oblige-t-il? — a. Do­ cuments ecclésiastiques consistant dans deux proposi­ tions condamnées par Innocent XI le 2 mars 1679, propo­ sition 5’: An peccet mortaliter qui actum dilectionis se­ mel tantum in vita eliceret, condemnare non audemus; proposition 6« : Probabile est ne singulis quidem rigorose quinquenniis per se obligare præceptum caritatis erga Deum. Denzinger, Enchiridion, n. 1022 sq. Il est donc certain que le précepte divin de la charité oblige plusieurs fois pendant la vie et au minimum tous les cinq ans. — b. Déductions théologiques. — En se fondant sur le rôle si efficace et si nécessaire de la charité dans l'accomplissement des autres préceptes, l'on admet com­ munément que, même pour l’àme unie à Dieu par la grâce sanctifiante, l’acte de charité est obligatoire assez souvent pendant la vie, sans qu'il paraisse possible de déterminer prudemment des époques fixes. Suarez. De caritate, disp. V, sect, ill, η. 4; Sylvius, In 11‘* 1Ί*, q. xi.iv, a. 6, quær. 3; Layman, Theologia moralis, Lyon, 1664, t. I, p. 214; Lacroix, Theologia moralis, Paris, 1866, t. 1, p. 509; Viva, Damnatæ theses, Pavie, 1769, p. 11 ; Sporer, Theologia moralis, Venise, 1731, t. I. p. 143; Perrone, Prælecliones theologicæ de virtu­ tibus fidei, spei et caritatis, Halisbonne, 1865, p. 391; Lehmkuhl, Theologia moralis, t. i, n. 322. Des essais de détermination plus précise ont cepen­ dant été tentés. Les théologiens de Salamanque. Cursus theologiæ moralis, tr. XXI, c. vi, n. 12, assimilant le précepte de la charité à ceux de la pénitence et de l’eu­ charistie, affirment son obligation directe au moins une lois dans l’année. Saint Alphonse, Theologia moralis, 2256 1. II. η. 8. préfère l’opinion qui assigne comme minimum d’obligation, semel in mense, opinion principalement appuyée sur la diliiculté d’observer les préceptes divins sans le secours fréquent d'actes de charité. Cette raison ne pouvant suffire par elle-même, pour une si précise détermination de l'obligation directe de la charité, ne doit-on point considérer l'appréciation de saint Alphonse comme une règle ou direction pratique, fondée plutôt sur la fréquente obligation indirecte du précepte de la charité? Ne serait-ce point également le sens de celte affirmation hésitante de Scot que le précepte divin du sabbat et le précepte ecclésiastique de l'assistance à la messe ont peut-être déterminé le temps auquel l’acte de charité divine est obligatoire? In 1 V Sent., 1. Ill, dist. XXVII, Venise, 1690, t. m, p. 281. e) Conclusion pratique. — a. Puisque toute bonne œuvre faite pour Dieu est un accomplissement suffisant du devoir de la charité, S. Alphonse. Theologia moralis, I. II, η. 8, le confesseur ne devra point inquiéter en celte matière les fidèles qui luttent habituellement contre le péché mortel et qui sont principalement guidés par l'amour filial envers Dieu. — b. Ceux qui vivent presque habituellement dans l'état du péché et qui n'ont d'autre disposition que l’attrition, peuvent facilement faillir au strict devoir de la charité. Mais comme l'exacte assigna­ tion de la faute reste difficile, le confesseur devra plutôt s'employer â exhorter le pénitent à de sérieux efforts pour exciter en lui cette disposition de charité. Berardi, Praxis confessoriorum, 3» édit., Faenza, 1898, t. I, n. 195. f) En dehors des cas d’obligation directe, l’acte de charité peut être indirectement imposé par la nécessité d'administrer ou de recevoir en état de grâce tel sacre­ ment ou par l'impossibilité d'échapper autrement à un grave péril spirituel. Cette obligation n'étant qu'indi­ recte, son omission ne constitue point une faute spé­ ciale. 11 y a simple violation du précepte direct ainsi enfreint. Le confesseur n’aura donc point à interroger directement sur celle omission. Suarez, De caritate, disp. V, sect. Ill, η. 3; Salmanticenses, Cursus theolo­ giæ moralis, tr. XXI, c. vi, n. 13, 15; Perrone, op. cit., p. 256; Lehmkuhl, Theologia moralis, t. i, n. 322. g) Dans l'instruction des fidèles et dans la direction des âmes l’on devra fréquemment insister sur la souve­ raine importance pratique de l'acte de charité, en mon­ trant en même temps comment son fréquent exercice peut se concilier avec toutes les occupations légitimes. S. François de Sales, Traité de l’amour de Dieu, 1. X, XII. IV. Acte de charité envers le prochain. — i. sa nature spécifique. — 1» Définition. — C'est l'acte par lequel on aime le prochain par amour pour Dieu surnaturellement aimé. — 1. Cet acte considéré en luiméme n’a rien qui le différencie de l’amour ou de l’amitié naturelle envers nos semblables. Amour prove­ nant de la volonté, il consiste dans l'union affective avec l'objet aimé. Acte de bienveillante amitié, il ne se pro­ pose que le bien de l’objet aimé. Mais si le cadre mate­ riei de l'acte est le même, son motif est d'un ordre dif­ férent. — 2. Ce motif qui constitue la caractéristique de l'acte de charité surnaturelle envers le prochain, n'est autre que le motif de la charité envers Dieu, uni ou voulant s’unir à tous nos frères par une divine ami­ tié. Aimant Dieu pour lui-même et à cause de sou infinie perfection, l’on aime conséquemment ceux que Dieu aime et auxquels il communique ou veut effectivement communiquer par la gloire du ciel ou par la grâce sanctifiante une intime participation à sa propre vie, S. Thomas, Sum. theol., II1 II··', q. xxm, a. 5; Quæst. disp., De caritate, a. 4, c'est-à-dire tous les hommes sans exception, quelles que puissent être leurs imper­ fections et même leur dégradation physique ou morale. — 3. Ce motif de la charité surnaturelle n écarte point 2257 CHARITÉ 2258 nécessairement tout mobile naturel en soi légitime. par le mobile supérieur de la charité. — 2. Daps ses S. Thomas. Qurest. disp., De capitale, a. 8, ad 7“m. Il effets, elle doit être agissante, dans la mesure exigée suffit que l'affection naturelle soit maîtrisée par le mo­ par les besoins du prochain et permises par les res­ bile surnaturel et finalement dirigée vers le bien surna­ sources de son bienfaiteur. — 3. Dans son objet, elle turel et éternel de la personne aimée. De même, rien doit être universelle en ce qui concerne l'affection et n’exige que toute répugnance naturelle cesse entière­ ses marques communes, et toujours ordonnée dans ment, pourvu qu'elle soit strictement subordonnée au , son action suivant les droits respectifs des personnes et commandement de la charité. S. Thomas, loc. cil., a. 4, la nature de leurs besoins. — l. Ces qualités essen­ ad 12uro. —4. A l'acte de charité ainsi constitué par une tielles de la charité la distinguent spécifiquement de union affective fondée sur l’amour divin, se rattachent toute affection simplement naturelle, si légitime, si pure el si relevée qu elle puisse être. Éminemment supé­ plusieurs effets intérieurs, la joie, la paix et la miséri­ corde et plusieurs effets extérieurs, la bienfaisance, rieure à toute affection naturelle, la charité possède l'aumône et la correction fraternelle. S. Thomas. Sum. encore une efficacité incomparablement plus grande. theol., Il’ II®, q. xxvm sq. Dans les actes les plus difficiles à la nature, ou la seule 2“ Effets intérieurs et extérieurs. — 1. La joie du raison et les motifs purement humains échouent habi­ bien possédé par le prochain ou de celui que l’on tuellement, la charité est seule assez puissante pour espère pour lui, joie à laquelle peut se joindre quelque dominer d’invincibles répugnances et soutenir la géné­ rosité de la volonté. Suarez, De caritate, disp. V, tristesse provenant de répugnances, d'obstacles ou d'im­ perfections existant encore dans le prochain. Il* II’, sect, iv, n. 4. Même en ce qui est plus accessible aux q. xxvm, a. 2. — 2. La paix résultant de l’union de vo­ forces naturelles, la charité assure habituellement un dévouement plus généreux et plus persévérant. C’est ce lontés substantiellement identiques dans leur commune orientation vers le bien infini parfaitement aimé, malgré qu'atteste la merveilleuse histoire de la charité dans de légers dissentiments sur des points de moindre im­ l’Eglise catholique. — 5. A plus forte raison la charité portance. 11» II»’, q. xxix, a. 3. — 3. La miséricorde surnaturelle possédant toutes ces qualités surpasse-t-elle consistant dans le déplaisir du mal d'autrui et dans la en dignité morale et en efficacité réelle la simple soli­ tendance à l’écarter, plutôt que dans l’impression sen­ darité sociale, séparée de toute base religieuse ou mo­ sible qui resterait stérile, si elle n’était suivie de cette rale et appuyée seulement sur une sorte d’esthétique volonté agissante. II’ II®, q. xxx, a. 3. — 4. La bien­ sociale ou sur une naturelle sympathie pour les souf­ faisance par laquelle on procure le bien du prochain, frances d’autrui. Sans méconnaître les généreuses mais par amitié surnaturelle pour lui. Il’ II®, q. xxxi, a. I. incomplètes aspirations qui s’abritent peut-être assez — 5. L’aumône qui secourt le prochain dans son indi­ fréquemment sous ce terme peu chrétien, sans mécon­ gence spirituelle et surtout corporelle. Voir t. I, naître les restes inconscients de christianisme social col. 2561 sq.; II’ II®, q. xxxn. — 6. La correction fra­ qui peuvent inspirer ses adeptes, nous devons affirmer ternelle faite au prochain par charité pour remédier au que la solidarité sociale, sécularisée et systématique­ mal moral dont il souffre. 11“ II®, q. XXXIII, a. 1. Voir ment opposée à la charité chrétienne, ne peut efficace­ ce mot. ment procurer le vrai bien ni des individus, ni des 3° Objet. — I. Tout homme étant aimé par Dieu dans nations, puisqu'elle va à l’encontre de leur vraie fin l'ordre naturel et dans l'ordre surnaturel, doit être dernière et qu’elle ne possède en elle-même ni base aussi aimé par toute âme qu’une vraie amitié unit à sérieuse ni solide sanction. D’ailleurs, quel état de ser­ Dieu. Ce motif universel de charité surnaturelle persé­ vices sociaux peut-elle opposer à la longue liste d'in­ vérant toujours malgré la dégradation physique ou mo­ comparables bienfaits dus à la charité catholique? rale la plus rebutante et malgré les plus pénibles II. précepte divin. — L’existence du précepte de la offenses, personne ne peut jamais être exclu du droit charité envers le prochain est une nécessaire consé­ universel à la charité surnaturelle, bien qu’une certaine quence du précepte de la charité envers Dieu. Quant à graduation puisse et doive même élre admise dans les l’étendue du précepte, distinction doit être faite entre actes positifs strictement commandés. S. Thomas, l’acte intérieur et les œuvres extérieures de charité. Sum. theol., II’II®, q. xxv, a. I, 6, 8, 9. — 2. L’homme I" Quant à l'acte intérieur de charité, joie intime tout entier doit élre l'objet de cette charité surnaturelle, du bien du prochain ou volonté sincère de le lui procu­ rer, son obligation doit se déterminer pratiquement affective, bienfaisante ou miséricordieuse. — a) Aimant le prochain jusqu’à lui vouloir efficacement tout son d'après ces deux principes : 1. A l’égard de tous les vrai bien même secondaire, l'on doit y comprendre les hommes, cet acte est obligatoire dans la mesure néces­ biens corporels dans la mesure où ils servent à la fin saire pour la vérité ou le maintien de la charité effective envers Dieu ou pour la résistance positive à toute sug­ spirituelle ou même surnaturelle. — b) Une vraie gestion de haine ou de vengeance contre quelqu’un. — compassion surnaturelle envers le prochain suppose l’efficace volonté d'écarter, suivant nos propres res­ 2. A l’égard de tel individu en particulier, ce même sources, tous les maux dont il souffre, maux corporels acte intérieur et surnaturel est requis autant qu'il est et maux spirituels. C’est le rôle de l’aumône tant cor­ indispensable pour le fidèle accomplissement des œuvres extérieures ou d'autres devoirs de charité strictement porelle que spirituelle, destinée à soulager toutes les commandés. Suarez, De caritate, disp. V, sect, iv, n. 4; misères qui affligent le prochain, et toujours orientée Salmanticenses, Cursus theologiæ moralis, tr. XXI, vers la suprême fin surnaturelle, à laquelle l'on veut c. vi, n. 16 sq.; Viva, Damnatas theses, Pavie, 1709, finalement diriger ceux que l’on secourt si charitable­ part. 11, p. 29 sq.; Lehmkuhl, Theologia moralis, t. I. ment. Jugée à ce point de vue supérieur qui est le vrai, n. 594 sq. Deux propositions niant expressément toute la charité chrétienne, même dans les plus humbles obligation de l'acte intérieur de charité à l’égard du services matériels, reste toujours digne d'elle-méme et prochain furent condamnées par Innocent XI le 2 mars en même temps assure de nombreux mérites pour le 1679 : 10. Non tenemur proximum diligere actu in­ ciel. S. Thomas, Sum. theol., II’ II®, q. xxxn, a. i. terno el formali. II. Prtecepto proximum diligendi C'est ce que l’Eglise catholique a toujours compris et satisfacere possumus per solos actus externos. Denzin­ pratiqué dans toutes ses merveilleuses institutions de ger, Enchiridion, n. 1027 sq. Toutefois, si l’on voulait charité pour toutes les infirmités humaines. simplement affirmer que cette obligation est suffisam­ 4° Qualités essentielles résultant de la nature même ment remplie par le fait que l’on aime Dieu surnaturellede l’acte de charité surnaturelle. — 1. Dans son motif, ment el que l’on observe les devoirs de charité extérieure elle doit être surnaturelle, sans cependant exclure envers le prochain, l’orthodoxie ne serait nullement l'élément simplement naturel, pourvu qu’il soit dominé 2259 CHARITÉ 2260 être en sûreté de conscience si habituellement l’on re­ atteinte. Et c’est tout ce qu'ont voulu dire quelques théo­ logiens. Viva, loc. cil., p. 29. fusait tout concours au soulagement des misères spiri­ 2° Quant aux a-urres extérieures de charité, ou de­ tuelles communes. — 6) Dans la prédication et dans la voirs positifs d'assistance spirituelle ou temporelle à direction des âmes comme dans les instructions spéciales l’égard du prochain, leur obligation s’impose propor­ pour les œuvres catholiques, l’on fera mieux d'exhorter tionnellement à la gravité de l'indigence du prochain fortement à la pratique du zèle que de déterminer sa et aux ressources du bienfaiteur. Nous ne parlerons stricte obligation. — c) Cette pratique de la charité ici que de l'assistance spirituelle. Voir Aumône, t. i, spirituelle sera plus effective, si elle résulte d’une col. 2561 sq. — 1. Dans le cas d'indigence spirituelle commune union généreusement et constamment main­ n’affectant que quelques individus ou même un seul. — tenue, sous la direction de l’autorité ecclésiastique ou a) Quand cette nécessité est telle que le prochain ne avec son approbation. Le devoir de l'union et de la peut vraiment s’y soustraire par ses propres efforts et soumission, déjà imposé par l'obéissance, est encore que l’on a d’ailleurs la certitude de pouvoir l’assister impérieusement exigé par la charité commune. — effectivement, l’on est tenu de le faire, au prix des plus d) Pour rendre l’action catholique plus fructueuse, il graves inconvénients, même de sa propre vie, dés lors peut être nécessaire que les catholiques s'efforcent, là qu’aucun autre ne peut effectivement donner son con­ ou aucune interdiction ne le leur défend, de pénétrer cours. Exception doit cependant être faite quand l’in­ dans toutes les sphères d'activité sociale pour y faire tervention charitable causerait un dommage public bien rayonner, dans la mesure de leurs forces, l'influence plus considérable. Pour les adultes jouissant de l'usage de la vérité catholique. Ces principes, souvent exprimés de la raison, ce cas de nécessité spirituelle extrême ou par Léon Xlll dans ses encycliques et plusieurs fois déjà renouvelés par Pie X, doivent diriger les catho­ quasi extrême ne parait point réalisable. Car l’adulte possédant les secours surnaturels nécessaires pour le liques dans leurs œuvres communes pour la rénovation salut, d'après l’axiome théologique : Facienti quod in se chrétienne de la société. est, Deus non denegat gratiam, n’est jamais dans la 3° Conclusions relatives à l'amour des ennemis indi­ stricte impossibilité d'atteindre son salut. Seuls, les viduels qui se sont rendus coupables de quelque offense enfants auxquels le salut est inaccessible sans le bap­ envers nous. — 1. Quant à l'acte interne de charité. — tême, peuvent se trouver dans cette extrême indigence. a) Toute volonté positivement contraire est toujours Dans ce cas le principe précité s'applique dans toute sa strictement interdite comme intrinsèquement mauvaise. force. — h) Quand le prochain peut absolument se sous­ Nous disons volonté et non sentiment, car le sentiment traire à sa grave situation, quoique avec difficulté, il y d’antipathie ou d'opposition, quelque intense qu'il soit, a obligation stricte de le secourir, pourvu qu’on le ne peut être une faute morale, sans l’adhésion de la puisse sans notable inconvénient, que l'on soit morale­ volonté. Il peut cependant constituer un danger plus ment assuré du succès et que nul autre ne puisse elfec- ί ou moins grave d'entraînement de la volonté. — b) L'af­ tivement prêter secours. Ce cas de nécessité spirituelle j fection positive est requise dans la stride mesure où grave peut se présenter fréquemment à l'article de la elle est indispensable pour écarter la haine volontaire mort pour tous ceux auxquels l’acte de contrition par­ ou pour assurer l'accomplissement de devoirs extérieurs faite, toujours nécessaire en dehors du sacrement de imposés par la charité commune ou même par quelque pénitence, reste bien difficile. Dans le cours de la vie, nécessité spéciale. cette même nécessité se rencontre facilement chez les 2. Quant aux manifestations ou œuvres extérieures âmes dépourvues des biens spirituels et en même temps de la charité. —a) L'omission des signes ou devoirs de très peu favorisées relativement aux moyens de les la charité commune comme les salutations et relations acquérir. Mais la réalisation des conditions indiquées jusque-là habituelles ou les secours et bons offices habi­ peut être assez rare, pour ceux qu’aucune obligation de tuels est une faute mortelle, quand elle provient d'une justice ou de charge spéciale n'astreint à secourir telles haine gravement coupable, cause un scandale considé­ personnes déterminées. — c) Quand le prochain pour­ rable, constitue un danger prochain de faute mortelle, rait, sans sérieuse difficulté, remédier lui-même à son ou viole un grave précepte positif. Sinon, elle peut n’être indigence spirituelle, le devoir de l'aider ne peut impo­ qu’une faute vénielle. Elle peut même être exempte de ser que quelque léger sacrifice, et ce devoir lui-même toute faute, si elle provient de quelque motif légitime, ne peut exister pour tous les cas individuels. —2. Dans comme une plus efficace correction du coupable, ou une le cas de nécessité spirituelle atteignant toute une so­ juste expression du chagrin injustement causé. — b) En ciété ou une partie notable d'une société, le devoir de dehors de ces marques communes ou habituelles de cha­ l'assistance est beaucoup plus rigoureux et impose plus rité, l’on n'est ordinairement tenu à rien de spécial, à d'efforts et de sacrifices de la part de ceux qui peuvent moins d’un scandale grave ou d’un tort considérable la fournir. C'est une conséquence du fait même de causé à autrui. l’existence sociale de l'homme. Pour que la société 3. Quant au pardonel à la réconciliation. — ai Une atteigne les fins que s’est proposées le créateur, il est demande formelle de pardon, adressée à l’offensé, n’est nécessaire que tous concourent au bien général dans la point toujours strictement obligatoire, notamment quand mesure de leurs forces, surtout quand ce bien est par­ elle n’a plus de raison d'etre ou qu’elle présenterait de ticuliérement menacé par quelque obstacle ou péril graves inconvénients à cause du rang ou de la position universel. — 3. D’après ces principes l’on déterminera de l'offenseur. Même quand l'obligation en est rigou­ l’étendue des devoirs de l’assistance spirituelle : devoir reusement imposée, le confesseur devra souvent appli­ de correction fraternelle, voir ce mot, devoir d'apostolat quer en toute prudence les principes relatifs a la qui peut incomber au prêtre n’ayant point charge non-monition des pénitents de bonne foi pour lesquels d ûmes et devoir semblable pour les simples fidèles. Ce aucune espérance d’amendement n’est permise. En dernier seul doit nous occuper ici. — a) Une grave l’absence de demande formelle, tout acte considéré nécessité commune mettant en péril les biens spirituels comme équivalent peut sullire. — b) A la demande de de tous, la foi catholique, la liberté et les droits de l'ollenseur doit répondre la concession de pardon gé­ l’Êglise ou l’éducation chrétienne, impose à tous les néreusement consentie par l’offensé. Cependant, pour fidèles, suivant la gravité du danger et suivant la capa­ une offense exceptionnellement grave, un temporaire cité et les ressources de chacun, des efforts et des sa­ ajournement de pardon, sans refus positif, pourrait crifices proportionnés. Jusqu'où s’étend cette obligation n’être point une faute grave. — c) En dehors de toute dans telle situation donnée, il n'est point aisé de le demande de l’ollenseur. il peut être parfois nécessaire préciser. Mais il est incontestable que l'un ne pourrait d’offrir soi-même le pardon, quand on le peut sans in- 2261 CHARITÉ 2262 par-dessus tout. Car le bien du prochain, étant en soi convenient et que d’autre part c'est le seul moyen digne d'amour, est détesté seulement à cause de sa con­ efficace de gagner cette âme ou d'empêcher le scandale. tra riétéavec le bien personnel. S. Thomas, Sum. theol., 11“ — . Bo­ de se réfugier à Rome, où il s’éleva, par la plume, contre naventure, In IVSent., 1. IV, dist. XLI. a. 1, q. in,Quaracchi, 1885, la déclaration de l’assemblée du clergé de 1682. Son t. II, p. 946, 1. Ill, dist. XXVII-XXXII, Quaracchi, 1887, t. m, p. 588 sq. ; 1. IV, dist. IV, part. II, a. 1, q. I, Quaracchi. principal ouvrage, en ce genre, a pour titre : De liber­ 1889, t. iv, p.106 sq. ; dist. XVII, part. I, a. 1, q. iv, dub. i; a. 2, tatibus Ecclesiæ gallicanæ, 3 in-4», Rome, 1684, 1720, q. iv, p. 432, 434; Duns Scot, In IV Sent., 1. II, dist. XLI ; 1. Ill, livre savant, écrit avec pureté. On ajouta, dans la der­ dist. XXVII-XXXII; I. IV, dist. IV, q. vi; dist. XVII; Durand nière édition, divers opuscules du même auteur : Pri­ de Saint-Pourçain, In IV Sent, 1. Ill, dist. XXVII-XXXI; matus jurisdictionis Romanorum pontificum assertus, 1. IV, dist. IV, q. vm ; dist. XVII, q. ix; les autres com­ contre la dissertation latine de Dupin; Du concile géné­ mentateurs des Sentences, particulièrement Capreolus, In IV ral, pour la justification de ce qui est dit dans celui Sent., I. II. dist. XL; I. Ill, dist. XXVII-XXXI;Tnomas de Stras­ bourg, In IV Sent., 1. 11, dist. XLI; 1. Ill, dist. XXVII-XXXI; des libertés gallicanes. Charles avait aussi composé un 1. IV, dist. IV, a. 4: dist. XVII; Denys le chartreux, In IV Traité de la puissance de l'Église, contre Maimbourg, Sent.. I. Ill, dist. XXVII-XXXII ; 1. IV, dist. IV, q. vi. ; dist. XVII, et un Discours latin contre la nomination des évêques. q. v; Gabriel Biel, In IV Sent.,\. Ill, dist. XXVII-XXXII : I. IV, D’abord partisan de Fénelon, dans l’affaire du quiétisme, dist. IV, q. n. a. 1, concl. 8; dist. XVII, q. i; Dominique Soto, il se rangea, plus tard, au parti de Bossuet. Né à SuyIn IVSent., 1. IV, dist. V. a. 2 ; dist. XIV, q. i.a.5 : les commenta­ maurin, ou, suivant d’autres, à Couserans, diocèse de teurs do la Somme théologique, particuliérement Cajétan et Comminges, vers 1630, il mourutà Rome, le 7avril 1698. Bannez, loc. cit. : Cano, Helectio de pænitentia, part. V, concl. 3, Opera, Venise, 1759, p. 431 ; Vega, De justificatione, Dictionnaire historique, Paris. 1821, t. vî, p. 335; Feller, 1. V, c. xiv, Cologne, 1572,p. 66 sq.; Bcüarmin, De baptismo, Biographie universelle, Paris. 1833, t. ni, p. 333; Hœfer, Nou­ 1. VI, c. vi ; De justificatione, I. V. c. xv; Azur, Institutionum velle biographie générale, t. ix, p. 742; Kirchentexikon, t. ni, moralium, I. IX, c. iv, Cologne, 1613, p. 583 sq ; Sylvius. In col. 80. C. Toussaint. 2267 CHARLES BORROMÉE (SAINT) I. CHARLES BORROMÉE (Saint). - I. Vie. II. Œuvres et doctrine. I. Vie. — Né au château d'Arona (sur le lac Majeur), le 2 octobre 1538, Charles Borromée reçut tout jeune la tonsure, obtint, à douze ans, un bénéfice â Arona, fit ses études â Pavie (1554-1559), où il eut pour maître le célèbre canoniste François Alciato. Son oncle maternel, le cardinal Jean-Ange de Médicis (d'une autre famille que les Médicis de Florence), devenu pape, le 26 décembre 1559, sous le nom de Pie IV, le manda auprès de lui et le nomma coup sur coup protonotaire apostolique, référendaire de la signature papale, cardinal, archevêque de Milan. C’est un des rares cas où l’Eglise ait eu à se féliciter du népotisme d’un de ses chefs. Charles s’acquitta excellemment des devoirs que lui imposaient ces dignités et les plus hautes charges de l'administra­ tion qui vinrent bientôt s’y joindre. En 1562, son frère, le comte Frédéric, étant mort, les membres de sa famille, y compris Pie IV, le pressèrent de rentrer dans le monde et de se marier; Charles coupa court à ces instancesen se faisant secrètement ordonner prêtre, il eut un rôle considérable dans le gouvernement de l’Église durant le pontificat de Pie IV. En particulier, la reprise du concile de Trente, interrompu une seconde fois, et son issue heureuse (1560-1563) furent, pour une part impor­ tante, son œuvre; il était en correspondance continuelle avec les légats du saint-siège et les guidait, par des instructions sages et précises, â travers les difficultés de tout genre qui se présentaient à eux. Le concile lini, Charles devint membre de la commission instituée pour en assurer l'observation et éclaircir les doutes qui pourraient s’élever sur le sens de ses décrets; il dirigea les travaux de la commission chargée de rédiger le fameux catéchisme romain, terminé en 1564 et publié officiellement par Pie V en 1566. Voir col. 1917-4918. Le concile de Trente avait prescrit la résidence aux évêques : après de longs et inutiles efforts pour obte­ nir de son oncle la permission de quitter Home et de s'installer à Milan, il fut autorisé à visiter son dio­ cèse. Il entra â Milan le 23 septembre 1565 et. dès le 15 octobre suivant, lint un premier concile provincial. I(appelé â Rome pour assister Pie IV mourant, il eut la plus grande influence sur l’élection du successeur de Pie IV, saint Pie V (8 janvier 1566). Cf. L. Ranke. His­ toire de la papauté pendant les xvi· et xvit’ siècles, trad. .1. B. Haiber, Paris, 1838, t. n, p. 149-150. Pie V, non sans quelque résistance, consentit à le laisser retour­ ner à Milan et s’y fixer (5 avril 1566). (In a dit que saint Charles fut, « avec la différence des temps, l’Hildebrand du xvt· siècle. » (Brugère,] Tableau de l'histoire et de la littérature de l’Eglise, p. 803. Incontestablement il entreprit et réalisa comme pas un la réforme du clergé et du peuple chrétien telle que l'avait voulue le concile de Trente. Six conciles provinciaux (en 1565, 1569, 1573, 1576, 1579, 1582), et onze synodes diocésains, réunis par lui et dont il fut l'àme, s’appliquèrent à cette œuvre. Le principal moyen employé pour restaurer la discipline et relever le sacer­ doce, le plus efficace, fut sans doute l’institution des séminaires; il en établit trois à Milan et trois dans le reste de son diocèse, ceux-ci équivalant à nos petits séminaires et ceux-là, l’un d eux surtout, aux grands séminaires d'aujourd’hui. En outre, il érigea le collège helvétique de Milan, qui devait fournir à la portion de la Suisse catholique appartenant au diocèse de Milan des prêtres vertueux et instruits, capables de s'opposer à la propagation du protestantisme. Sur le rôle de saint Charles dans la conservation du catholicisme en Suisse, cf. J.-.I. Berthier, Lettres de J.-F. Bonomio, nonce apostolique en Suisse, à Pierre Schnewbij, prévôt de Saint-Nicolas de Fribourg, el à d’autres personnages (1579-1586). Fribourg, 1894; Analecta bollaniliana, Bruxelles, 1895, t. xtv, p. 344. Il fonda une congréga­ 22fô tion de prêtres séculiers. les oblats de Saint-Ambroise, appelés plus tard oblats de Saint-Ambroise et de SaintCharles, qui s'engageaient par vœu à s'offrir à l'arche­ vêque et à se rendre partout où le demanderaient les besoins du diocèse. C’est à eux qu’il confia les sémi­ naires et collèges qu'il avait d’abord mis sous la direc­ tion des jésuites. Sur les accusations contre les jésuites qui se lisent dans Quesnel, Histoire des religieux de la Compagnie de Jésus, Soleure, 1740, t. ni, p. 40 sq., et qui sont encore reproduites par le pasteur E.-1I. Vollet. dans la Grande encyclopédie, Paris, t. vu, p. 445. cf. .1. Crétineau-.Ioly, Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus, Bruxelles, 1846. t. I. p. 489-499. Il institua une société des écoles de la doctrine chrétienne qui comptait, à sa mort, cinq mille trois cent quatre-vingt-dix-neuf membres et tenait, dans la ville et le diocèse de Milan, sept cent quarante écoles. La réforme du clergé tant régulier que séculier et les efforts de Charles Borromée pour améliorer les mœurs du peuple lui valurent des calomnies et des résistances tenaces, notamment de la part du gouverneur de Milan Requesenz (1571-1589), du chapitre de Sainte-Marie de la Scala et de 1’ordre des humiliés. Un religieux de cet ordre, gagné à prix d’argent, résolut d’assassiner l’archevêque et, dans ce but, lui tira un coup d'arque­ buse (27 octobre 1569); heureusement la balle ne fit qu’effleurer la peau de Charles. A la suite de ce crime, l’ordre des humiliés fut aboli par le pape (1570), et l’opposition diminua et devint circonspecte. Exigeant vis-à-vis des autres, Charles Borromée fut sévère envers lui-même. D’une austérité de vie effrayante, il n’eut guère la bonne grâce et le sourire d’un François de Sales, soit que son tempérament s’y prêtât peu, soit que les maux à guérir réclamassent avant tout des remèdes énergiques; mais de toutes les vertus qu'il demandait il donna héroïquement l'exemple. La peste qui ravagea Milan en 1569-4570 et, mieux encore, celle qui sévit en 1576, ont montré ce qu’il peut y avoir de dévouement dans un cœur d’homme et rendu immortelle sa mémoire. Charles mourut le samedi 3 novembre 1584, à la troi­ sième heure de la nuit. 11 fut canonisé, par Paul V, le 1er novembre 1610. Voir la bulle de canonisation dans L. Cherubini, Magnum bullarium romanum a Cle­ mente Vlll usque ad Gregarium XV, Lyon, 1673. t. ni, p. 253-257. Sur la diminution du culte de saint Ambroise après la canonisation de saint Charles, voir la répons·:· que fait à Marc-Antoine dé Dominis Benoit XIV. He servorum Hei beati/icalione el beatorum canonization- . 1. 1, c. xm, η. 15, Opera omnia, Bassano, 1767, t. 1, p. 37. II. Œuvres et doctrine. — Charles Borromée fut. toute sa vie, très studieux parmi les occupations les plus absorbantes. Cf. G.-P. Giussano, Vita di san Carlo Borromeo, Brescia, 1612, p. 437-438. A Rome, il créa une aca­ démie de savants, ecclésiastiques et laïques, dont les membres se réunissaient, le soir, chez lui, au Vatican, et présentaient des dissertations qui roulèrent d'abord sur des sujets littéraires, puis surdes matières théologiques on les discutait avec une belle ardeur. De ces libres entretiens Charles tira le fond d'un recueil intitule : Noctes vaticanæ seu sermones habiti in academia Rome in palatio Vaticano instituta. Nous avons de saint Charles des homélies et des lettres. Mais ce qui mérite principalement d'attirer notre attention, c'est l'ensemble des actes de son administration pastorale. 11 en avait publié un volume sous le, titre à’Acta Ecclesiæ Mediolanensis ; un second volume parut apres sa mort. Cette collection se compose de six parties : 1 I < conciles provinciaux, édit, de Lyon, 1683, t. i, p. 1-2' i. 2" les synodes diocésains, p. 265-342; 3° Edicta rar-i. ordinationes el decreta, p. 343-389 : à remarquer l’edictum de hærelicis, p. 343-344; celui qui défend l'emploi des exemplaires de la Bible et des livres ue 2269 CHARLES BORROMÉE (SAIiXT) controverse en langue vulgaire, p. 345: les statuts pour les libraires et les imprimeurs, p. 346-348; les deux édits sur le premier dimanche de carême et sur l'obser­ vation du carême, p. 358-362; 4° des instructions diverses, p. 390-708, notamment sur la prédication, p. 390-407; le sacramental (rituel) ambrosien, p. 407-466; les deux livres d'Instructionum fabricæ et supellectilis eccle­ siastical, ρ. 466-535; des instructions sur la confirmation, p. 599-600; sur la communion, p. 600-612, et la célébra­ tion de la messe, p. 612-644; pour les confesseurs, p. 644-668 ; 5° Institutiones et- regulœ diversi generis, t. n, p. 711-878 : ce sont les régies pour le gouverne­ ment spirituel et temporel de la maison archiépiscopale, p. 711-724: les régies des oblats de Saint-Ambroise, p. 724-740; celles de la société des écoles de la doctrine chrétienne, p. 741-809; celles qui furent dressées pour les religieuses, p. 843-858; celles qui concernent le séminaire, p. 859-878 ; 6° tableaux divers, p. 879-905, entre autres, p. 892-898, celui des censures et des cas réservés, que termine la liste des cas réservés par saint Charles; 7» lettres pastorales, p. 906-1249 : à noter les lettres sur le premier dimanche du carême, p. 928-930; sur le jubilé (deux lettres suivies d’instructions), p. 930951 ; sur les indulgences de la visite de sept églises oblenuesà l'instar de celles de Home, p. 951-965; sur la peste, suivies d'un long et important Memoriale qui avait pour but de dégager et de rappeler les leçons que donnait la cessation du fléau, p. 966-4220; quatre dis­ cours prononcés au XI’ synode diocésain, p. 1229-1249; 8° diverses formules, p. 1250-1340, sur toutes les matières qui peuvent se présenter dans l'administra­ tion ecclésiastique, telles que celle des lettres par lesquelles on envoie au pape le concile provincial, p. 1284-1285. On pourrail lirer des œuvres de saint Charles un cours presque complet de théologie pastorale. Bornons-nous à relever quelques passages qui entrent dans le cadre de ce dictionnaire. — 1° Saint Charles eut sa part dans la correction du bréviaire romain décrétée par le concile de Trente. Cf. S. Bâumer, Histoire du bréviaire, trad. R. Biron. Paris, 1905, t. il, p. 145, 160-163, 168. Il le fit adopter au IIe concile provincial de Milan pour la por­ tion de son diocèse qui ne suivait pas le rit ambrosien: mais, conformément à la constitution de saint Pie V sur le bréviaire, il interdit le bréviaire de Quignonez et or­ donna la conservation du rit ambrosien partout où il avait été en usage. Comme tous ses contemporains, saint Charles croyait que ce rit avait saint Ambroise pour au­ teur. Cf. Ambrosien (Rit), t. i, col. 957. et Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, t. i, col. 13731374. Les Acta Eeelesiæ Mediolanensis nous renseignent sur les mesures adoptées par saint Charles pour fixer et coordonner ce rit et sur les changements qui furent in­ troduits. Cf. P. Le Brun, Explication de la messe, Pa­ ris, 1726, t. n, p. 190-194; S. Bâumer, op. cit., t. n, p. 220, 228-230. — 2° On avait adopté à Milan la coutume, dis­ parue ailleurs depuis longtemps, voir col. 1734-1735, de commencer le carême le premier lundi du carême; saint Charles ramena le caput jejunii, non au mercredi des cendres, mais au premier dimanche du carême, s’ap­ puyant sur l'ancien usage de son Eglise qu'il faisait re­ monter à saint Ambroise. Cf. Acta Eeelesiæ Mediola­ nensis, t. il, p. 928-930; t. I, p. 306, 358-362; Benoit XIV, De synodo diœcesana, 1. XI, c. i, n. 3-6, Opera omnia, Bassano, 1767. t. XII, p. 20-22. Cette mesure ne visait que la partie du diocèse qui suivait le rit ambrosien ; le reste du diocèse inaugurait le carême le mercredi des cendres. Acta, t. I, p. 12. — 3» Les prêtres qui suivent le rit am­ brosien ne doivent pas célébrer la messe les vendredis de carême, t. I, p. 280. —4° Saint Alphonse de Liguori, 1. VI, tr. Ill, De eucharistia, n. 300-301, cite saint Charles à l'appui de sa thèse : communiter dicunt doctores, regu­ lariter loquendo, pueros non obligari ad communio­ 2270 nem ante nonum tel decimum annum. On a dit que le passage cité par saint Alphonse concerne les enfants en retard pour la première communion, et soutenu que saint Charles n'admet pas que l'enfant soit privé de l’eu­ charistie par défaut d'âge dès lors que sa préparation est suffisante. E. Sibeud, La loi d'âge divine et cano­ nique pour la première communion, Romans, 1893, p. 65-71; cf. p. 72-73. En réalité, le texte allégué par Si­ beud sur les enfants en retard, et qui se lit dans les instructions pour l'administration de l'eucharistie, t. I, p. 601, n'est pas celui que cite saint Alphonse: ce der­ nier se trouve dans les actes du IX’ synode diocésain, t. I, p. 326. et porte que les curés doivent convoquer, tous les mois, les enfants qui ont atteint neuf ans et qui sont initiés, à l'école, à la doctrine chrétienne, et leur apprendre, à l’église, à bien se confesser : quant à ceux qui auront atteint dix ans, le curé les fera venir au com­ mencement de la semaine de la septuagesime, les for­ mera à la connaissance et au cnlle de l’eucharistie. Saint Charles ajoute, après avoir demandé qu'on enseigne, à l’école, la nécessité de se préparer à la communion : quand on informe sur la communion des enfants, le curé doit s’enquérir, et cela aussi auprès des parents, de leur piété, de leurs bonnes dispositions et de leur usage de la raison. Bans le sacramental (ou rituel) ambrosien. t. I, p. 424, il dit qu’on refusera la communion aux enfants qui, propter ætatis imbecillitatem, nondum hujus sa­ cramenti cognitionem el gustum habent, et qu’à ceux qui sont plus grands, grandiusculis, on ne l’accordera qu'après les avoir examinés et instruits de ri el ratione hujus tanti sacramenti ; un peu plus loin. t. I, p. 428, à propos de la communion pascale, il ordonne aux cu­ rés de rappeler fréquemment et d’expliquer, pendant le carême, la célèbre constitution Omnis ulriusque sexus du IV· concile de Latran, et d'aller, dans les familles, inscrire les noms de ceux qui, ayant acquis par leur âge l'usage de la raison, ont le devoir de communier à Pâques. Dans le sacramental encore, t. I. p. 420, il règle qu'on appellera à la confirmation les enfants qui ont atteint huit ans et même ceux qui, plus jeunes, auront l’usage de la raison et le goût de la piété; cf. le concile provincial de 1565. t. i, p. 8, et celui de 1579, t. i. p. 179, ainsi que Benoit XIV, De synodo diœcesana, 1. VU. c. x, n. 3, 7, Opera omnia, Bassano, 1767, t. xi. p. 135; à la suite de la confirmation ces enfants recevront l’eucha­ ristie. — 5° Selon la remarque de Benoit XIV. De syno­ do diœcesana, 1. XI, c. Xlll, n. 4, Opera omnia, t. xn, р. 55, nul n’accusera saint Charles d'avoir été trop indul­ gent. Les théologiens rigoristes en matière d'absolution se réclament volontiers de son autorité. Voir, par exemple, Concilia, Traité du délai de l’absolution, trad, française, Rome, 1756, p. 64-68, et les Instructions sur les fonctions duministère pastoral, par Mif l’évêque de Toul, 1772, réimprimées, après avoir été retouchées, sous le titre suivant : Méthode pour la direction des âmes dans le tribunal de la pénitence, par un prêtre du diocèse de Besançon [Pochard], 2· édit.. Besançon, 1811, t. I, p. 14-15, et passim, surtout p. 220 sq. Dans ce dernier ouvrage, la pensée de saint Charles a été déna­ turée, en partie parce que l’auteur, au lieu de suivre Je texte original, qui est italien, s'est lié à la traduction la­ tine) qui n’est pas toujours fidèle. Cf. T. Gousset. Jus­ tification de la théologie morale du B. Alphonse-Marie de Ligorio, Besançon, 1832, p. 284-303. et dans Gaume. Manuel des confesseurs, 11« édit., Paris, 1881. p. xxxivxlvi; Théologie morale, 4« édit., Paris, 1846, t. i, p. 373377. Sur l'usage que saint Alphonse de Liguori fait de l'autorité de saint Charles dans la question de l'absolu­ tion des récidivistes, cf. Vindicte Alphonsianæ, Rome, 1873, p. 697-701; A. Ballerini, Opus theologicum mo­ rale, 2“ édit., Prato, 1893, t. v. p. 132, 149-151. — 6’ Dans ses Maximes et réflexions sur la comédie, с. xxxv, Œuvres, édit. Lâchât, Paris, 1879, t. xxvn, 2271 CHARLES BORROMÉE (SAINT) — CHARLES DE L’ASSOMPTION р. 77-78, Bossuet n'a pas de peine â démontrer que « saint Charles, qu’on allègue comme un de ceux dont la charitable condescendance entra pour un peu de temps dans le dessein de corriger la comédie, en perdit bien­ tôt l’espérance » et condamna « ces malheureux diver­ tissements ». Cf. Benoit XIV, De synodo diœcesana, 1. XI, c. I. n. 3, 7, 9, Opera omnia, t. xn, p. 20, 22-23. — 7» Pallavicini, Histoire du concile de Trente, I. XIX, с. xv, n. 3, Irad. française, édit. Migne, Paris, 1845, t. in, col. 128-129, donne le résumé de plusieurs lettres écrites, en 1563, par saint Charles, au nom de Pie IV, aux légats du pape au concile de Trente. Bossuet, Gallia orthodoxa, xiv, et Defensio decl. cleri gallicani, appen­ dix, I. I, c. Il, Œuvres, édit. Lâchât, Paris, 1879, t. xxi, p. 23-24; t. xxn, p. 466-470, y a vu une preuve de la su­ périorité du concile sur le pape. La vérité est qu'en présence des difficultés toujours renaissantes au sujet de l'institution des évêques et de l’autorité du souverain pontife, Pie IV, tout en déclarant qu’aucun fidèle ne pouvait contester au pape, l'autorité suprême, disait que, si l'on trouvait à la definition même de son droit des difficultés insurmonlablcs, il consentirait, plutôt que d’exposer l’Église aux funestes conséquences d'une rup­ ture, à ce qu'on ne parlât ni de son autorité ni de celle des évêques, et qu'alors on ne définirait que ce qui se­ rait admis du consentement unanime des Pères du con­ cile. Cf. I-I.-M. Prat], Histoire du concile de Trente, Paris, 1851, t. n, p. 1-75; Baguenault de Puchesse, Histoire du concile de Trente, Paris, 1870, p. 156-159. Dans sa deuxième lettre pastorale sur le jubilé, t. n, р. 937, saint Charles exalte les faveurs accordées par Dieu à Borne, dove ha collocata immobilmente la catedra di san Pietro, l’infallibilità della fede calolica. Cf. t. i, p. 49, 64, 88, 163, 239, 260; t. n, p. 1284-1285; Be­ noît XIV, De synododiœcesana, 1. IX, c. vm, n. 9; I. XII, с. vm, n. 10-12, Opera omnia, t. xi, p.197;t. xn, p. 77. — 8° Saint Charles s’occupa très activement de la défense de la foi catholique. Λ ce point de vue il importe de si­ gnaler, dans les Acta, t. i, p. 2-3, les décrets sur la dé­ fense de la foi; p. J69-170, sur l'inquisition; p. 343-345, sur les hérétiques; p. 47-48, 168, sur les Juifs; p. 35, 168-169, 320, sur les bohémiens (cingari); p. 345, 346, sur l’usage de la Bible et des livres de controverse en langue vulgaire; p. 346-347, cf. la table des matières au mot Index, sur l'index des livres prohibés : à la liste des livres catalogués dans l’index du concile de Trente, saint Charles ajouta quelques livres qui. plus tard, figu­ rèrent en partie dans l'appendice à l'index du concile de Trente donné par Clément VIII. — 9° Entre autres défenses adressées aux prédicateurs par saint Charles se trouve, t. i. p. 4, 399, celle d'annoncer le temps de la venue de l'Antéchrist. I. Œuvres. — Les Acta Ecclesiæ Mediolanensis furent pu­ bliés à Milan. 2 in-fol., 1599. Parmi les diverses réimpressions, citons celle de Lyon, 2 in-fol., 1683, qui donne la traduction latine des parties écrites en italien : celle de Paris, in-fol., 1643, non complète, où l'on a groupé ensemble tous les textes se rapportant aux mômes sujets. Dans les G-îuvres complètes de saint Charles publiées par J.-A. Sassi (Saxius), 5 in-fol., Milan. 1747 ; 2' édit., 2 in-fol., Augsbourg, 1758, se trouvent les Noctes vaticanæ, des homélies, des lettres. Il y a eu des éditions multiples de plusieurs écrits de saint Charles; les Avvertimenti per li con/essori, en particulier, ont été fréquemment imprimés soit dans le texte ita­ lien, par exemplo à Rome, en 1700, par ordre du pape Inno­ cent XII. soit dans la traduction française, par exemple à Paris, 1657, aux frais de l'assemblée générale du clergé de France; à Aix. en 1659, etc. Sur une traduction française des homélies, cf. L'ami du clergé, Langres, 1896, t. xvm, p. 956. Des leilres ont été traduites par Pineault. Paris. 1762. Dans son Histoire du concile de Trente, à partir du 1. XV, Pallavicini cite souvent des lettres de saint Charles. Lin très grand nombre de lettres iné­ dites sont conservées â l’Ambrosienne de Milan. II. Vie. — 1· Sources. — Trois contemporains de saint Charles ont raconté sa vie : Augustin Valerio (Valerius), évêque de Vé­ rone, son ami. Vita Cai uti Dmrumxi, Rome, 1586; Charles Bas- 2272 capé (a basilica Petri), supérieur des barnabites do Milan, plus tard évêque de Novare, De vita et rebus gestis Caroli cardina­ lis S. Praxedis archiepiscopi Mediolani, Ingolstadt. 1592: Brescia. 1602, et. sans nom d'auteur, à la fin des Acta Ecclesiæ Mediolanensis, Paris. 1643: Irad. franç. par Antoine Caillot. Pa­ ris, 1825; G.-P. Ginssano, oblat de Saint-Ambroise, secrétaire et commensal du saint. Vita di san Carlo Borromeo. Rome. 1610: Brescia, 1612; trad, latine par B. Rossi (Rubetis) avec des notes précieuses par Oltrocchi, oblat de Saint-Ambroise. Milan, 1750; trad, franç. par l'oratorien Nie. de Sonlfour, Paris. 1615 : par l'oratorien E. Cloysaut. Lyon, 1685; nouv. édit., 2 vol., Avignon. 1824; trad, allemande par Klitsche, Augsbourg, 1836. Voir encore les textes publiés par Rinaldi fRaynaldus). Annules eccles., an. 1560, n. 92, 9'i,95; an. 1565, n. 21, 22, 24, 26, 28; Lettres. anecdotes et mémoires historiques du nonce Visconti, ministre secret de Pie IV, publiés en italien el en français par Aymon. 2 vol., Ams­ terdam, 1719: S. Steinlierz, Nuntiaturberichle ans Deutschland nebstergànzenden Actenstücken. Ziueite Abtheilung,l5C0-15~e. t. I, Die Nuntien llosius und Delfino, 1560-75M, Vienne. 1897 (correspondance de Charles Borromée et des nonces) ; Arist. Sala. Documenti circa la vita e le opere di san Carlo Borromeo, 3 vol., Milan, 1857-1861. 2· Travaux. — Citons, parmi les Vies de saint Charles, celles d'Ant. Godeau, Paris, 1663 (cf. du même, Eloges des evesques. Paris, 1665, p. 627-646) : nouv. édit, par Sépber, 2 vol., Paris, 1748; do Touron, 3 vol., Paris. 1761; de Sailer (en allemand*, Augs­ bourg, 1823; de J. de Chennevières, Paris, 1849; de P. R. Dieringer, Der heil. Borromüus und die Kirchcnverbesserung seiner Z vit, Cologne, 1816: d'Ant. Sala. Biografla di San Ce !·. Borromeo, Milan. 1858; de Ch. Sylvain. Histoire de ui;t Charles Borromée, cardinal-archevêque de Milan, d’apc. s ■;·: correspondance et des documents inédits, 3 vol.. Lille. 1885. (superficiel). Outre les travaux cités au cours de cet article, voir encore Alp. Chacon (Ciaconius). Vilte et res gestæ pontificum romanorum et S. B. E. cardinalium, Rome, 1667. t. in. col. 891-904; B. Rossi (Rubeus), De origine et progressu cor·/ tgationis oblatorum SS. Ambrosii et Caroli, Milan, 1739; G. t arpelletti. Le Chiese d’Italia, Venise. 1851, t. xi, p. 273-279; Scl.arlT. dans Kirchenlexikon. 1" édit., trad. I. Goschler, Paris, 1861. t. ni, p. 232-243 : 2* édit-, Fribourg-en-Brisgau, 1891, t. vu, col. 1464160; Benrath, dans Bealencyklopddie. 3’ édit., Leipzig, 1897, t. ni, p. 333-336; C. Camenisch, Carlo Borromeo und die Gegenreformation im Velllin, Coire, 1901; et les travaux ré­ cents signalés et appréciés dans les Analecta bollandiana, Bruxelles, 1891. t. x, p. 66; 1894, t. xm, p. 75, 414; 1895, l. xiv, p. 344-346; 1897, t. xvi, p. 112, 208; 1898, t. xvn, p. 262; 1W. t. XIX, p. 76-78, 469; 1901, t. xx, p. 119. 356; 1902. t xxi. p. 23I ; 1903, t. XXII, p. 120-121 ; 1904, t. xxiii, p. 516-517; 1905, t. XXIV, p. 161-163. F. Vernet. 2. CHARLES D’ABBEVILLE était religieux prédi­ cateur capucin, ainsi que nous lisons dans le privilège du roi pour l’impression de son livre, publié sans le nom de l'auteur: Le saint mariage ou inslructionschrestiennes qui aprennenl aux personnes mariées ά vivre saintement et heureusement dans cet état, in-12, Pa­ ris, 1659, 1665. Le P. Charles remplit avec prudence divers offices dans sa province, il fut en particulier plusieurs fois dêliniteur. Bernard de Bologne, Venise, 1747. Bibliotheca scriptorum o. m. capucci­ norum, P. Édouard d’Alençon. 3. CHARLES DE L'ASSOMPTION, religieux carme, se nommait Charles de Bryas; il était le fils de Jacques de Bryas, gouverneur de Marienbourg. et le frère de Jacques-Théodore de Bryas. évêque de SaimOmer (1672-1675) et archevêque de Cambrai (1675-169?. Né à Saint-Ghislain en 1625, il se destinait à la carri· re des armes; mais la mort presque subite du marquis île Molenghien, son oncle, le fil entrer chez les carmes. Il prononça ses vœux à Douai en 1654 et fut ordonné prêtre en 1659. Ses études terminées, il demanda au général de l’ordre l’autorisation d'aller travailler aux missions d·· la Perse. Les supérieurs de la province le retinrent. I! en­ seigna longtemps la théologie à Douai, fut prieur du cou­ vent de cette ville, définiteur et deux fois provincial. 11 mourut à Douai. le 23 février 1686. Il publia ses premiers ouvrages sous le pseudonyme de Germanus Philaktl · < Eupistinus : 1· Auctoritas contra prædelccnânatiuncm 2273 CHARLES DE L’ASSOMPTION CHARTREUX 227-4 physicam pro scientia media cum brevi historia com­ peccatorum omnium pænilentium et impænitentium plectente ortum, pugnus el palmas ejusdem scientiæ redemptore, adversus rigoristas homines a sacro tri­ mediæ, inter acres viginti annorum impugnationes bunali retrahentes, in-12, Liège, 1683: il en a paru aussi feliciter propugnalœ, Douai, 1669: 2» Scientia media une traduction française; Explication donnée à ad examen revocata, 1670: 3» Thomislarum triumphus, Ms' l'évêque de Tournai... pour lui rendre raison de id est, SS. Augustini et Thomæ, gemini Ecclesiæ solis, sa doctrine de l’usage de l'absolution des pécheurs summa concordia circa scientiam mediam, naturam I d'habitude contre la pratique des rigoristes qui repuram aut duplicem Dei amorem, libertatem, contri­ 1 tirent les pécheurs de la confession, in-4"; Lettre d'ap­ tionem et probabilitatem, in-4», Douai. 1670,1.1;2» edit, pellation du P. Charles de T Assomption à Ms' Tillust. augmentée, 1672; ce premier volume fut attaqué en 1670, et révérend, évêque d’Arras, in-4»; Défense de la pra­ par le dominicain Jérôme Henneguier, sous le nom de tique commune de l’Eglise, présentée au roy contre Philalethes Consentanus: le t. n parut. Douai, 1673; le la nouveauté des rigoristes sur l'usage de l'absolution, t. ni est une riposte au jésuite Fourmestraux, Douai. in-4», Cambrai, 1684. 1674. Les deux premiers volumes avaienl été déférés à Martial de Saint-Jean-Baptiste. Bibliotheca scriptorum la S. C. de l'index, mais ils ne furent pas condamnés. utriusque congregationis et sexus carmelitarum discalcea­ Voir Géry (Quesnel), Apologie historique des deux cen­ torum, in-4·, Bordeaux, 1730, p. 66-71 ; Daniel de la Viergesures de Louvain, p. 340. L'auteur en fut prévenu par Marie, Spéculum carmelitarum, Anvers. 1680, t. H, p. 1128; Cosme de Villiers, Bibliotheca carmelitarum, Orléans, 1752, une lettre du cardinal Bona, du 19 mai 1673. Epist., t. 1, col. 311-312, 556-558; Paquot, Mémoires pour servir à xxx, Lucques, 1759, t. i. Il la fit imprimer; elle fut l. l'histoire littéraire des Pays-Bas, in-fol., t. i, p. 133; Biogra­ inscrite à l'index sous les titres : Epistola sub nomine phie nationale publiée pur l'Académie royale de Belgique, Em. D. Joann is S. B. E. card. Bona, approbans Bruxelles, 1872, t. ni, coi. 138-140; Reusch, Der Index, Bonn, doctrinam Germani Philalethis Eupistini; ou Libellus 1885, t. n, p. 520-521 ; Dollinger et Reusch, Geschichte der Mocontra card. Bona sic inscriptus, etc. L’auteur publia ralstreitigkeilen in der riimisch-katholischen Kirche, Nord­ encore : Thomislarum triumphus in perpetuum fir­ lingen, 1889, t. 1. p. 66, 92; Hurter, Nomenclator, t. 11, col. 318 sq. E. Mangenot. matus, adversus injustam recentis molinislæ defensio­ 4. CHARLES VERRI DE CRÉMONE, capucin de nem, etc., in-4». Douai, 1674; 4° De libertate et con­ la province de Milan, avait été quelque temps mission­ tritione... tutissima et inconcussa dogmata, in-12, naire en Afrique. Dans sa province religieuse, il ensei­ Douai, 1671. Sous son nom et son pseudonyme, le gna la théologie morale et remplit quelque temps le P. Charles de l’Assomption édita : funiculus triplex, charitable oflice d'assister les condamnés à mort. Il a quo necessitas angelici luminis D. Thomte ad veram. laissé comme preuve de son zèle et de sa science les S. Augustini intelligenliam insolubiliter stringitur deux ouvrages suivants : Bicordi per essercilar il cari­ adversus Baium, Molinam el Jansenium, in-4», Cam­ tative offlcio d’aiutar à chrislianamente morire quei brai, 1675; c’était la continuation de l'ouvrage précé­ meschini che sono dalla giustilia condannali a morte, dent. Étant provincial, il publia sans approbation ni con Taggiunla d'alcuni dubbij spettanti allo stalo e salpermission : Pentalogus diaphoricus, sive quinque vezza di· délit giuslitiali doptï la loro morte, in-4", Mi­ differentiarum rationes ex quibus verum judicatur de lan, 1672; Opusculorum moralium pars prima in qua dilatione absolutionis ad mentem gemini Ecclesiæsolis continentur tractatus omnes de actionibus humanis SS. Augustini et Thomæ, oblatus ad examen SS. papæ eorumque causis et principiis, additis in fine, quæ est Innocenta XI, in-8», 1678. Cet ouvrage fui condamné secunda pars, nonnullis disceptationibus de modo el au feu par le général de l’ordre, Emmanuel de Jésus, facultate ministrandi sacramentum pænitenliæ..., par décision du 3 janvier 1679, et inscrit à l’index, 2 in-4», Crémone, 1670. donec corrigatur, par décret du 5 septembre 1684. L’au­ teur y enseignait qu’un pénitent, qui accusait chaque Bernard de Bologne. Bibliotheca scriptorum o. m. capuccisemaine les mêmes péchés, devait être absous. Il n’exi­ norum, Venise. 1747; Ariel, Cremona literate, Crémone, 1741, geait vraisemblablement pas toutes les conditions re­ t. ni, p. 34; Hurter, Nomenclator, t. n, coi. 283. P. Édouard d'Alençon. quises pour le ferme propos et les efforts nécessaires pour éviter la rechute, car il était considéré comme un CHARLIER Jean. Voir Gerson. moraliste trop large. Il a été réfuté par le carme Henri de Saint-Ignace, Theologia sanctorum, p. 25; Elhicæ CHARTREUX. - I. Fondateur. IL Règle. III. His­ toire de l’ordre. IV. Etudes et travaux théologiques des amoris, 1. V, c. xm, xi.n, xci, xcvn. t. ni ; par Haverchartreux. mans, Examen libelli P. Caroli ab Assumptione... cui titulus Pentalogus, in-8», Cologne, 1679, et par un théo­ I. Fondateur. — 1» Fie. — « Maitre » Bruno, comme logien de Mayence, Examen Pentalogi, in-8», Cologne, le nomment les anciens documents, naquit à Cologne, 4688. L'évêque de Tournai, Gilbert de Choyseul, publia vers 1032, de la noble famille d’Hartenfaust. Il grandit aussi contre ce livre des Eclaircissements. Le carme dans une atmosphère de foi vive et de piété, où tout se y répliqua : La vérité opprimée parlant à Tillust. et réunissait pour le préserver des atteintes du ma) et lui conserver le trésor de l’innocence. De la famille, il passa révérend, seigneur évêque de Tournai par la plume du P. Charles de l'Assomption, in-8», 1680. L’évêque, ayant à l’école cléricale tenue par les chanoines de Saint-Cuadressé une Lettre aux pasteurs el confesseurs de son nibert. Ses progrès dans l’étude et dans la piété furent tellement remarquables, que l’archevêque de Cologne diocèse, reçut une réponse sous forme de Lettres d'un théologien flamand à Tillust. évêque de Tournai, engagea ses parents à l’envoyer à l’école célèbre de in-8», Liège, 1681. Le débat portait sur le délai de l'abReims. Ainsi Bruno, vers l'âge de quinze ans, vint en solution, la confession informe et la fréquente commu­ France et s'attacha à l’Eglise de Reims, ce qui lui valut nion. L’évêque fit une Seconde lettre pastorale, qui plus tard les surnoms de Bruno Gallicus et Bruno De­ était accompagnée de la censure de vingt et un docteurs, mensis. Il se lit remarquer par son application à l’élude, 1681. Arnauld écrivit aussi : Observation d’un professeur ses aptitudes pour l'acquisition des diverses branches de philosophie sur les lettres d’un théologien flamand, du savoir humain, et surtout par sa vie édiliante. Vers 1680. Le carme continua la polémique : Elucidatio circa 1050, il alla à Paris approfondir la philosophie, étudier usum absolutionis consuetudinariorum et recidivorum l'hébreu, l'Ecriture sainte et la théologie. Il prit les secundum doctrinam S. Thomæ cum tribus regulis pro grades académiques de maitre eide docteur en philoso­ frequenti communione, in-8». Liège, 1682; et en fran­ phie et en théologie, revint dans sa patrie vers 1055 et çais : Éclaircissement touchant l’usage de Tabsolution, y reçut le titre avec le bénéfice de chanoine de Saintetc., ibid,, 1682; I'indiciorum postulatio a Jesu Christo, Cunibert. L'illustre archevêque de Cologne, saint Aunon, 2275 CHARTREUX 2276 le promut aux ordres sacrés. Une fois prêtre, Bruno se t ment de 1000, le nouveau pontife appela son ancien maître auprès de lui. Bruno laissa à Landuin, le plus livra à l'apostolat de la prédication et acquit du renom âgé de ses compagnons, la charge de le remplacer pen­ par l’étendue de son zèle et par les succès de son élo­ dant son absence. Plusieurs solitaires le suivirent à quence. Cependant l’Église de Reims avait besoin d’un Rome et les autres se dispersèrent momentanément, écolâtre, et l'archevêque Gervais demanda Bruno, dont probablement dans d'autres monastères. le savoir et la venu lui étaient connus. Bruno accepta Urbain II assigna à Bruno un appartement dans son la charge qui lui était olferte, et fut agrégé au chapitre palais et l'entoura d’honneurs. Il concéda à ses compa­ de la métropole. Les succès du nouvel écolâtre furent gnons l'église de Saint-Cyriaque, bâtie sur l’emplacement retentissants. L’école de Reims acquit une plus grande des anciens Thermes de Dioclétien. Mais bientôt Bruno célébrité, et des pays les plus éloignés la jeunesse accou­ leur persuada de renlrer en France et retourner dans rait aux leçons d'un maître justement estimé. Le B. Ur­ les montagnes du Dauphiné. Urbain II leur donna deux bain H, saint Hugues, évéque de Grenoble, le cardinal brefs; l'un adressé à Seguin, abbé de la Chaise-Dieu, en Rangier, archevêque de Reggio, en Calabre, et beaucoup Auvergne, lui ordonnait de rendre aux compagnons de d’autres prélats et abbés y furent les élèves de Bruno. maître Bruno le désert de Chartreuse, et l’autre enjoi­ Gervais mourut le 4 juillet 1007, el eut pour succes­ gnait à l’archevêque de Lyon et à l’évêque de Grenoble seur Manassès de Gournay, prélat simoniaque. Au début de faire exécuter cet ordre. Le 17 septembre 1090, Sé­ de son administration, le nouvel archevêque montra debonnes dispositions pour le maintien de la discipline guin remit les solitaires en possession du désert de Chartreuse. ecclésiastique et la correction des mœurs dans son dio­ Vers la même époque, Bruno refusa l’archevêché d·’ cèse. En 1075, il nomma Bruno son chancelier. Vers la fin de 1070, Bruno, avec les principaux membres du Reggio, en Calabre, auquel il avait été nommé. S.-n clergé rémois, dénonça au saint-siège le vice de l’éléva­ attrait pour la vie solitaire ne diminuait pas. H finit par obtenir d'Urbain II l’autorisation defender en Italie un tion de l'archevêque. Après bien des péripéties, Manassès ermitage. Il existe un bref du pape qui. de Bénévent. fut condamné au concile de Lyon et déposé le 27 décem­ bre 1082. Ses diocésains le chassèrent de Reims, et il ordonna à Bruno de venir sans délai assister au concil·· qu’il devait tenir dans cette ville. Bruno s’y trouva a la alla se joindre aux partisans de Henri IV et de l’anti­ fin de mars 1091. Mais d'où venait-il? Nous croyons pape Guibert. Le clergé et le peuple désiraient beau­ coup Bruno pour archevêque, mais lui aspirait déjà à qu’il venait de la Pouille, où il cherchait un lieu soli­ la vie monastique. La déposition du prélat simoniaque taire, ou peut-être de la Calabre. Quoi qu’il en soit, le lui permit de rentrer dans ses biens et de reprendre pape lui concéda de nouveau l'église de Saint-Cyriaque. ses fonctions d’écolâtre; il y renonça bientôt et ne s’oc­ Néanmoins Bruno continua,à rechercher un lieu plus cupa plus que de prières et d’austérités. Une mission solitaire. H le trouva à l'extrémité de la Calabre, au dio­ que le légat du pape lui confia auprès du roi Philippe I«r, cèse de Squillace, en un Heu boisé appelé La Tour. Le l'obligea d’aller à Paris, on son ami Geoffroy, évéque du comte Roger, averti par une lettre de son oncle Roger, diocèse, le pria de donner des leçons de théologie à son duc de la Pouille et suzerain de la Calabre, accueillit clergé. C’est pendant qu'il enseignait dans la capitale de favorablement Bruno et ses six nouveaux compagnons. la Erance, en 1082, que les historiens chartreux placent L'évêque de Squillace céda à Bruno et à sa commu­ l'épouvantable déclaration du docteur damné, qui lit nauté, à perpétuité, ses droits juridictionnels sur le prendre à Bruno et à six de ses amis la définitive réso­ territoire de La Tour. Urbain II y ajouta son approba­ lution de s’éloigner complètement du monde et servir tion et le privilège de l’exemption du monastère (10921. Dieu dans un ermitage. C’est peut-être dans cette occasion que. â la prière du Bruno rentra à Reims, se démit de ses bénéfices et de comte Roger, il donna à Bruno et à son ermitage le ses charges, distribua aux pauvres ses biens. H se mit à doigt de saint Étienne, premier martyr, que les char­ Molesme sous la conduite «le saint Robert, le futur fon­ treux de la Calabre possèdent encore. En 1093. le comte dateur de l'ordre de Cileaux. Il y revêtit l’habit béné­ Roger fut affilié à la communauté; il le déclare dans dictin, et y mena la vie conventuelle. Mais son attrait le une charte, ou il appelle les ermites « ses seigneurs, portait invinciblement vers la vie solitaire. Un essai de ses pères et ses confrères ». L’église du monastère fut ce genre d’observance était inauguré vers cette époque à solennellement consacrée le 15 août 1094. Peu après le Sèche-Fontaine par deux disciples de saint Robert. comte Roger invita Bruno à venir à Mileto baptis- r Bruno se joignit à eux, mais leur solitude n’était pas son fils, qui reçut le nom de son père et devint plus assez, profonde pour lui. il chercha ailleurs un désert lard le premier roi des Deux-Siciles. plus inaccessible. H partit de Molesme avec ses six Bruno assista au concile de Troja en 1093, et â celui compagnons de Paris, qui y étaient venus le rejoindre, de Plaisance en 1095. C’est vers celte époque qu’il et se dirigea vers Grenoble, dont saint Hugues, son an­ écrivit sa belle et louchante lettre à son ami Raoul Le cien disciple, était évêque. Ce saint prélat avait vu en Verd. Il reçut la visite de saint Hugues, évêque de songe sept étoiles tomber à ses pieds, se relever, le Grenoble, et celle de Landuin, prieur de la commu­ conduire à travers les montagnes et les déserts dans nauté de Chartreuse. Ce dernier venait le consulter sur un lieu sauvage appelé Chartreuse, ou le Seigneur se les observances érémitiques et sur les moyens de con­ construisait un temple pour les recevoir. Hugues com­ solider l'œuvre commencée. Bruno lui remit pour les prit la signification de ce songe, lorsqu’on lui annonça frères de Chartreuse une lettre pleine de tendres ex­ que sept voyageurs demandaient à l’entretenir. Vers la pressions, d'encouragements et d’avis salutaires. Lan­ fête de saint Jean-Baptiste de l’année 1084, il conduisit duin, s’en retournant, fut arrêté par les séides de l’anti­ Bruno et ses compagnons dans le désert de Chartreuse pape Guibert. H refusa de le reconnaître comme chef et leur fit construire provisoirement des cabanes de «le l’Eglise. Enfermé en prison, il y demeura jusqu’au planches. H défendit aux femmes d’entrer dans leur dé­ jour ou Guibert,sentant sa fin approcher, remit en liberte sert, et aux hommes d’y pénétrer avec des armes et les nombreux clercs qu’il tenait prisonniers (1100). des troupeaux, ou d’y aller pour la chasse et la pêche. Dans une charte du 2 août 1099, le comte Roger ra­ Il céda aux nouveaux religieux la propriété du désert, conte que Bruno lui apparut en songe le29 juillet 1098. les visitait souvent et ne cessa jamais de les assister pendant qu’il faisait le siège de Capoue. Aux mois de dans leurs besoins. juin et de septembre 1098, Urbain II expédia deux bulles Cependant Bruno ne devait pas demeurer longtemps en faveur de Bruno et de son ermitage de Calabre. Deux dans l’ermitage de Chartreuse. Le 12 mars 1088, Ur­ ans après, le comte Roger étant tombé gravement malade bain II, son disciple, était élu pape. Vers le commence- | à Mileto fut assisté par Bruno et le B. Lanuin <21 juin 2277 CHARTREUX 227S 1101). Pascal II, se trouvant â Mileto le 27 juillet de i de Die i. Une commission de quatre prieurs chartreux, délégués parle chapitre général de 1514, fut présentée la même année, remit à Bruno, qui était venu lui à Léon X, le 19 juillet de la même année, par le cardi­ rendre hommage, une bulle confirmant toutes les nal protecteur de l’ordre, et au nom du général et de possessions et tous les privilèges concédés aux ermites tous les membres de la famille cartusienne supplia le de La Tour, c’est-à-dire à la chartreuse de Calabre, pape d’accorder à Bruno les honneurs du culte public. par le comte Roger et Urbain il. Rentré dans Séance tenante et par un oracle de vive voix, le pape per­ son monastère, Bruno eut le pressentiment de sa fin mit aux chartreux de faire mémoire tous les jours, dans prochaine. Son œuvre était approuvée par deux papes, l’office, du B. Bruno. A cette date, l’ordre comp­ le nombre de ses disciples s’était accru. Bientôt ses tait plus de deux cents maisons. Cependant le culte de forces s’affaiblirent et il dut s'aliter. Avant de recevoir saint Bruno était particulier à son institut monas­ les derniers sacrements, il convoqua ses frères, leur tique el ne s’étendait pas à l’Église universelle. En 1622, raconta sa vie et fit publiquement profession de foi. 11 à la prière du procureur général des chartreux, la S. mourut le dimanche 6 octobre 1101. C. des Rites décréta que l’office et la messe de saint Ses funérailles furent solennelles, son corps fut en­ Bruno prendraient place dans la liturgie romaine sous terré dans le cimetière delà communauté, dans un tom­ le rite semi-double, et que les fidèles pouvaient faire sa beau de pierre. Une source miraculeuse ne tarda pas à fête le 6 octobre. Ce décret fut solennellement confirmé jaillir auprès et un grand nombre de malades y recou­ par Grégoire XV, le 17 février de l’année suivante. Sous vrèrent la santé. En 1122, après la mort du B. Lanuin, Clément X, et à l’instance de la reine d’Espagne, la maître Lambert, deuxième successeui· de Bruno en même S. C. des Biles déclara que, s’il plaisait à Sa Calabre, exhuma ses restes, les plaça avec le corps du Sainteté, on pouvait élever la fête de saint Bruno au rite B. Lanuin, dans une urne et les enterra dans l’église double et la rendre obligatoire dans toute l’Eglise. Le de Sainte-Marie du Désert, derrière le maître-autel. Ils pape donna son consentement le 14 mars 1674. y furent découverts en 1502 et authentiquement re­ Én 1740, une statue de saint Bruno fut placée dans la connus en 1514. Suivant l’usage de l’époque, les chartreux de Calabre basilique vaticane avec celles des autres fondateurs chargèrent un de leurs frères convers d’aller notifier d’ordres. En 1882, le chapitre général décida que l’ordre aux Eglises et aux monastères, avec lesquels ils avaient ferait construire, à ses frais, une chapelle dédiée à son association de prières, le décès de Bruno, et de de­ fondateur dans la basilique de Montmartre à Paris. mander leurs suffrages pour son âme. Le frère em­ 2° Œuvres. — Saint Bruno tient un rang distingué portait un rouleau de parchemin sur lequel le B. parmi les écrivains ecclésiastiques du xi· siècle. Ses Lanuin, au nom de sa communauté, avait écrit le récit œuvres certaines sont : Expositio in Psalterium, in-fol., des derniers moments de leur père et fondateur, et Paris, 1509, P. L., t. ci.ll; in-4’, Montreuil-sur-Mer, priait toutes les congrégations et personnes religieuses, 1891 ; In omnes S. Pauli apostoli Epistolas, in-4’, Pa­ qui feraient des suffrages pour lui, d’inscrire leurs ris, 1509, P. L.,t. cuti; in-4’, Montreuil-sur-Mer, 1892; noms sur le rouleau. Quant à celles qui accorderaient Sermones, brûlés dans un des divers incendies de la au défunt une inscription dans leur obituaire et un Grande-Chartreuse, mais qui sont notés, dit dom Le anniversaire, la communauté de Calabre les priait d’en Couteulx, dans un répertoire des manuscrits de ce mo­ faire mention sur le rouleau, afin qu’elle pût leur payer nastère, rédigé au xv· siècle. Migne. P. L., t. ci.ni, a sa dette de reconnaissance. Le voyage du frère convers publié le Sermo de contemptu divitiarum comme étant calabrais dura un an et demi ou deux ans. Peut-être de saint Bruno. 11 aurait pu y ajouter les autres ser­ même ne fut-il pas l’unique rolliger envoyé par le B. mons que les bollandistes attribuent à saint Bruno Lanuin, puisque parmi les cent soixante-dix-huit titres chartreux, puisque Pierre Diacre ne les énumère pas funèbres de saint Bruno, que nous connaissons aujour­ parmi les œuvres de saint Bruno bénédictin. Deux d’hui, il manque les inscriptions de l’Église romaine lettres de saint Bruno adressées, l’une à Raoul Le Verd et de la plus grande partie des Eglises et des monas­ et l'autre aux frères de Chartreuse, sont dans les Acta tères d’Italie. Quoi qu’il en soit, le frère rapporta les sanctorum, au 6 octobre, et dans la plupart des vies de adhésions, exprimées en prose et en vers, de beaucoup saint Bruno. De la lettre à Raoul Le Verd il ressort que de cathédrales, collégiales, abbayes et monastères d'Ita­ le saint entretenait avec lui un commerce épistolaire,et lie, de France, de Belgique et d’Angleterre. Les cha­ il est possible qu’un jour on vienne à découvrir quel­ noines de l’église de Troja (aujourd’hui Tropea), en Ca­ ques-unes des lettres échangées entre eux. Notons, pour labre, admirèrent l'ample moisson qu’avait faite le les chercheurs de documents inédits, le titre suivant rolliger. ·. · ans Kuln. Eine Monographie, in-8·, Munster, 1899; M. Gorse, S. Bruno, fondateur de Tordre des chartreux. Son action son œuvre, in-8·, Paris, 1902. Les futurs biographes de saint Bruno consulteront encore avec profit : 1· les deux premiers vol. de la Storia critico-cronol·,gt diplomatica del patriarca san Brunone e dei suo ordine car­ tusiano, Naples, 1773-1775, ainsi que les t. ix et x delà m· ·· ? histoire dans lesquels le chartreux calabrais dom Benoît Tromby (f!788) raconte la découverte des reliques de saint Brun· ·, la res­ titution de la maison de Calabre à l’ordre des chartreux. Faut rîsaliondu culte public à saint Bruno, etc.; 2· l’ouvrage du m-'me religieux: Risposta d'un anonimo certosino... alla scrittura per lo Regio Fisco data fuori dalSig. Cavalière D. Francesco Vargas Macisucca, in-4·, Naples, 1766 ; 3· les commentaire? d<=s bollandistes qui précèdent les trois vies de saint Bruno, Acta sanctorum, au 6 octobre. On y trouve souvent cité comme > vrage d’un anonyme chartreux les Annales de dom Charles Le Couteulx (f 176»), non selon le texte imprimé â Montreuil-surMer, en 1887-1891, mais selon une rédaction plus ancienne, demi une partie seulement avait été publiée par dom Innocent LMasson, in-fol., LaCorrerie, 1687. Ce volume ne fut pas livré au public, ni même à l’ordre; aujourd'hui, il en reste deux exem­ plaires à la bibliothèque de Grenoble. 11 contient la vie de saint Bruno et les annales de l’ordre jusqu’en 1117. Les chartreux de Paris communiquèrent aux bollandistes les 48 premières pages imprimées de la vie de saint Bruno et la copie manuscrite de la suite; 4· Annales ordinis cartusiensis de dom Le Couteulx, 8 in-4°, Montreuil-sur-Mer. 1887-1891. Sur la controverse de la résurrection du docteur damné à Pa­ ris, on peut consulter, en outre de la plupart des ouvrages pré­ 2281 CHARTREUX Defensa romani breviarii correctio circa historiam sancti Brunonis seu de vera causa secessus sancti Brunonis in eremum, in-8·, Paris, 16'i6, 1648, 1662, cédents. Jean de Launoy. 1672; Strasbourg, 1656. 1670; in-4·, Francfort, 1720. Cette dis­ sertation, mise à l'index le 8 mars 1689, se trouve aussi dans le t. iv des Œuvres de Launoy publiées en 1731; Antemurale ad­ versus arietes fortium ingeniorum quatientes histuriæ S. Benedicti veritatem, du P. Théophile Raynaud, jésuite, où il soutient incidemment la vérité de la résurrection susdite. Avi­ gnon, 1643, et Opera, t. vm ; Hercules Commodianus, Joannes Launoyus repulsus pro breviario romano ab Honorato Leo­ nardo, in-8·, Aix, 1646; Hercules Commodianus... pro bre­ viario romano, pro stigmatibus S. Frandsci, pro transla­ tione Œdis Lauretanæ, in-8·, Aix, 1656, du P. Théophile Raynaud; son Hercules se trouve dans let. xvm de ses Œuvres. Le R. P. de Backer ajoute la diatribe suivante : Epistola in· formatoria ad Societatem Jesu super erroribus Papebrockianis, siue Hercules Commodianus Joannes Launoyus Constantiens, repulsus a B. P. Thecphilo Raynaudo, ejusd. Soc. redivivus in P. Daniele Papebrockio, item jesuita : com­ menta proprio titulo Actorum sanctorum revulgante per J. L. M. H., in-8·, Liège, 1687 ; le P. Janning indique une autre édition de Liège, 1688; Causa conversionis sancti Brunonis carthusiani patriarchae. Epistola Andréas Du Saussay, in-8·, Cologne (Paris), 1645 ; De causa conversionis... cum responsione Nihusii Bertholdi, 4644-1ÇM5, juxta exemplar Colonise edi­ tum, in-8-, sans autre indication; Paris, 1646; Traité des causes de la conversion de saint Bruno... extrait d'une Êpitre d'An­ dré du Saussay, évéque de Tout, et de la Réponse de Berth. Nihusius imprimée à Cologne, in-4·, Paris, 1656. Ce Traité se Irouve aussi panni les opuscules de Henri Audigier; R. P. Jo. Columbi dissertatio de cartusianorum initiis, seu quod Bruno adactus fuerit in eremum vocibus hominis redivivi Parisiis, qui sc accusatum, judicatum, damnatum, excla­ mabat, imprimée parmi les opuscules de l’auteur, in-fol., Lyon, 1664, 1674, et séparément, Lyon (?), 1668; Jo. Columbi... dissertatio... ad editionem Lugdunensem a. 16Ήι recusa, in-12, Francfort-sur-le-Main, 1748, avec une dédicace du chartreux Mi­ chel Môrckens; c’est plutôt une apologie de la dissertation du P. Columbi avec la relation historique de la controverse; dom Be­ noit Tromby a réimprimé la dissertation du P. Columbi dans sa Storia, t. i. Un autre jésuite, le P. Joseph Cassant, a publié une dissertation en faveur de la réalité de ce fait. Voir sa vie de Denys Rickel, in-8·, Madrid, 1738. Le chanoine de Bologne, HerculeMarie Zanotti, a aussi composé une dissertation dans le même sens. Voir sa vie de saint Bruno, et dom Benoit Tromby, Storia, t. I. Nous signalons deux études manuscrites, qui probablement n’ont pas été connues par les auteurs précédents : 1· Dissertation sur ta retraite de saint Bruno, ms. du xvm’ siècle de la biblio­ thèque de l’Arsenal, à Paris, n. 334, B. F.; 2· Discurso critico- historico de los verdaderos motivas que pudo tener san Bruno para retirarse al decierlo y fundar la religion cartusiense, que fundo (par Paul Ignace de Daimases y Ros), ms. du xvirxviii· siècle, in-4·, de la bibliothèque publique de Païenne, 2 Aq. D. 38. La controverse des Sermons attribués à saint Bruno est aussi ancienne que la 1'· édition de ses (Eu v res complètes, faite à Pa­ ris, en 1524, par Josse Badius. Nous croyons que ce ne fut pas sans raison que dom Pierre Cousturier (Sutor), savant chartreux de Paris, auteur des deux livres. De vita cartusiana, Paris. 1522, après avoir énuméré les commentaires de saint Bruno sur les Psaumes et sur les Épitres de saint Paul et ses Leltres ad diver­ sos, ajoute : Alia autem ejus scripta necdum ad notitiam no­ stram pervenerunt, il ne connaissait donc pas les manuscrits d’après lesquels, deux ans après, on attribua au fondateur des chartreux les sermons qui étaient presque tous de son homonyme saint Bruno, bénédictin, évêque de Segni. Tromby, dom Le Couteulx et les bollandistes professent à ce sujet des opinions différentes. Nous suivons le sentiment des bollandistes. Tromby, Storia, t. Il, p. 243, note, reproduit les arguments d’un chartreux napolitain, dom Janvier De Simone (f 1689), pour attribuer ces sermons à saint Bruno chartreux. Tromby et d’autres auteurs ont partagé le même avis. Dom Martin Cianci, prieur ae la char­ treuse de Naples (f 1804), fit imprimer dans cette ville, en 1788. une lettre in-12 en faveur du même sentiment. Dom Maur Mar­ chese, bénédictin du Mont-Cassin, publia, en 1649, à Rome, une dissertation sur la vie et les œuvres de saint Bruno d’Asti, dans laquelle il revendique pour cet illustre prélat les sermons publiés sous le nom du fondateur de la Chartreuse. Cette dissertation fut réimprimée en tète des Œuvres complètes de saint Bruno d’Asti, publiées à Venise, en 1651, par le R. P. abbé dom Louis Squadroni. Les auteurs de (Histoire littéraire de la France et dom Ceillier ont adopté l’opinion de leurs confrères italiens. | 2282 Bruno Bruni, des Écoles pies, nouvel éditeur des Œuvres do saint Bruno d’Asti, 2 in-fol., Rome, 1789-1791, mit fin à la con­ troverse et attribua définitivement à saint Bruno d’Asti la ma­ jeure partie des sermons discutés. P. L., t. clxiv. ci.xv. Au xvii' et au xvm* siècle, la chartreuse de Calabre, où mou­ rut saint Bruno, eut à soutenir des procès retentissants au sujet de ses droits spirituels et temporels, ecclésiastiques et civils. Les parties litigieuses publièrent des études fort intéressantes pour attaquer ou pour défendre les chartes du comte Roger en faveur de saint Bruno, les privilèges de la communauté chartreuse et la légitimité de ses fiefs. Parmi les nombreuses dissertations im­ primées à cette occasion, le recueil suivant intéresse l’histoire de saint Bruno : Baccolta di alcuni documenti de quali si trova fatto uso in varj tempi di giudizio e fuori a favore de’ Bev. Padri della Certosa di S. Stefano del Bosco, in-8·, s. I. n. d., mais imprimée à Naples, vers 1758. Voir encore G. Voilier, Sigillographie de (ordre des char­ treux et numismatique de S. Bruno, in-8·, Montrcuil-sur-Mor, 1891. II. Règle. — 1° Textes et documents. — Saint Bruno n’écrivit pas de règle, parce qu’il n’avait pas l’intention de fonder un nouvel ordre monastique. Mais les « ob­ servances régulières que nous suivons aujourd’hui », comme s’exprime le chapitre général de 1497, ont été établies par lui, au moins quant à leur substance et certainement selon son esprit. Le caractère spécial de l’ordre des chartreux est qu’il a tiré parti des règles et constitutions des instituts monastiques fondés avant le xi· siècle, sans s’assujettir â aucun d’entre eux. Les char­ treux ne sont, ni des basiliens, ni des augustins, ni des bénédictins; mais leurs statuts contiennent des obser­ vances usitées dans ces grands ordres ainsi que dans toutes les anciennes congrégations du moyen âge. Le vénérable dom Guigues, quatrième successeur de saint Bruno dans le priorat de Chartreuse, et rédacteur des Coutumes de ce monastère, l’avoue : Consuetudines domus noslræ scriptas memorise mandare curavimus. .4 quo negotio rationabilibus, ul putamus, de causis diu dissimulavimus, videlicet quia vel in epistolis B. Hieronymi, vel in regula B. Benedicti seu in exie­ ris scripturis authenticis, omnia pene quæ hic reli­ giose agere consuerimus contineri credebamus. Les observances des ermites de Chartreuse, établies et ré­ glées par saint Bruno, furent confirmées par lui dans les entretiens qu’il eut en Calabre avec son ami el suc­ cesseur, le vénérable Landuin, qui était allé le consul­ ter afin d’assurer l’avenir de leur famille religieuse. « Da’près l’expérience déjà faite, les Coutumes des chartreux furent alors sanctionnées, sans être encore rédigées sous forme de règle. » Vie de saint Bruno, Montreuil-sur-Mer, 1898, p. 436. C’est en 1127, à la prière de saint Hugues, évéque de Grenoble, et de plu­ sieurs supérieurs des ermitages déjà établis sur le mo­ dèle de celui de Chartreuse, que le vénérable dom Gui­ gnes mit par écrit les observances de son monastère; il les appela Coutumes, pour montrer qu’il relatait sim­ plement les usages pratiqués dès le commencement, et qu’il n’avait pas l’intention de les imposer aux commu­ nautés des autres ermitages. D’après dom Le Couteulx. le travail de dom Guigues fut contrôlé, en 1136, par les prieurs de Portes, de Durbon et de Meyriat. Ces trois personnages assistèrent aussi, en 1142, au premier cha­ pitre général tenu en Chartreuse, sous saint Anthelme, et, avec les autres prieurs présents, rédigèrent la pre­ mière ordonnance, dont voici la teneur : Primum Haque capitulorum hanc habet continentiam, ut divinum Ecclesiæ officium prorsus per omnes domos uno ritu celebretur, et. omnes consuetudines carthusiensis do­ mus, quæ ad ipsam religionem perlinent, unimode habeaPtur. Cette acceptation solennelle et unanime des observances de Chartreuse eut pour conséquence natu­ relle que, depuis cette époque, il y eut autant de char­ treuses que d’ermitages bâtis selon la forme du monas­ tère dauphinois, soumis au chapitre général el gardant la mème observance. Et pour qu’il n’y eût pas de con­ 2283 CHARTREUX 2284 fusion dans la désignation des monastères, le couvent une bulle : Ea propter... ad exemplar prædecessorum de Chartreuse fut appelé la Grande-Chartreuse. C’est nostrorum felicis memorise Urbani, Paschalis, Calixti donc à juste litre que l’institut fondé par saint Bruno et Honorii, romanorum pontificum, laudantes et appro­ porte le nom d’ordre des chartreux, et que ses mem­ bantes sanctas constitutiones vestras el consuetudines bres sont appelés chartreux. pro his omnibus, qui sequi debent eas et observare, Les Coutumes du vénérable dom Guigues sont réu­ ex nunc et usque ad finem mundi pressenti decreto nies sous soixante-dix-neuf titres ou chapitres, et se ter­ statuimus, etc. Cependant l’uniformité des observances minent par un magnifique éloge de la vie solitaire. dans les différents ermitages ne constituait pas, par elleElles peuvent se diviser en trois parties : la liturgie, même, l’ordre des chartreux. Selon la jurisprudence le gouvernement des moines ou religieux de chœur, et ecclésiastique du xn* siècle, chaque ermitage cartusien celui des frères convers. La liturgie ou l'œuvre de Dieu, dépendait de l'évêque diocésain. Dans l’intérêt des nou­ selon la remarque de dom Guéranger, Institutions litur­ veaux monastères vivant sous une même règle, il conve­ giques, 2· édit., t. t, p. 101, faisant la principale occu­ nait de former une seule congrégation gouvernée par un pation des moines, leur manière de célébrer l’office supérieur général, et ayant, à des époques fixes, un cha­ divin doit être l’objet de règlements liturgiques spé­ pitre général, dans lequel les représentants du corps ciaux, qui, tout en demeurant en rapport avec les usages entier pussent délibérer sur les affaires les plus im­ généraux de l’Église, représentent d’une manière parti­ portantes. Ce besoin fut senti à cette époque. Mais la culière les mœurs du cloître. Le bréviaire cartusien, tout difficulté d'obtenir le consentement des évêques respec­ en conservant sa physionomie propre, s’accorde en tifs, et l’avalanche de neige et de terre qui, le 30 janvier beaucoup de points avec la liturgie bénédictine. 11 fut 1132, détruisit le cloître de Chartreuse, mirent obstacle approuvé par un bref de Sixte V, le 17 mars 1587. I à la réalisation de ce vœu du vivant de dom Guigues et de Quant au missel, il est à peu près conforme à l’ancien dom Hugues, son successeur immédiat Saint Anthelme, missel de Grenoble, pour les prières et les cérémonies prieur de Chartreuse de 1139 à 1151, consentit à une du saint sacrifice. L’Eglise de Lyon a fourni aussi aux première réunion de prieurs, pourvu que chacun portât chartreux un certain nombre d’observances liturgiques l’acte d’abandon que son évêque ferait du pouvoir de d’une haute antiquité. Lorsque dom Innocent Le Masson juridiction sur le monastère inhérent à sa charge et le sollicita du saint-siège une approbation, in forma spe­ consentement de sa communauté. Ce premier chapitre cifica, des statuts, la S. C. des cardinaux spécialement général se tint en Chartreuse, le 18 octobre 1142. La délégués par Innocent XI à cet effet, renvoya à la S. C. des maison de Calabre garda son autonomie, et on ne sait Rites l’examen des bibles, du missel et du bréviaire. même pas si elle fut invitée à s’unir avec les ermitages Le cardinal Colloredo fut chargé de cet examen. Le d’outre-monts. Sur onze monastères fondés jusqu’en 9 novembre 1687, il donna par écrit son avis sur les 1140 selon le modèle de Chartreuse, cinq prieurs seu­ livres liturgiques des chartreux, el avant d’indiquer les lement assistèrent à cette assemblée. L’année suivante, corrections qu’il proposait, il disait : Adhibita diuturna un second chapitre fut réuni, mais nous ignorons si diligentia declaro, quod mens (mea) est ut retentis les prieurs absents l’année précédente y intervinrent. exteris, quæ venerandæ innituntur antiquitati ae Quoi qu’il en soit, c’est sous le généralat du successeur conformia etiam prisco Ecclesiæ romanæ usui per­ de saint Anthelme. dom Basile, que tous les prieurs spexi, cum nova fiet editio breviarii anno 1643 et purent remplir les conditions imposées pour se sou­ missalis anno 1619 impressorum corrigantur. Le 22 du mettre à l’autorité du chapitre général et s'incorporer à même mois, la S. C. des Rites approuva le vœu du l’ordre. En 1163, eut lieu, à l’ermitage de Chartreuse, cardinal Colloredo et permit de l’imprimer. Un autre la troisième assemblée, et l'on décida que le chapitre décret de la même S. C., en date du 14 mars 1864, cer­ se réunirait chaque année, et que toutes les maisons de tifie que les corrections proposées en 1687 ont été exac­ l’ordre se soumettraient à ses décisions. Par une bulle tement faites dans les éditions du bréviaire en 1757 du 17 avril 1164, Alexandre III, sur le témoignage des et du missel en 1771. Des Coutumes du vénérable évêques intéressés et à la prière de dom Basile, con­ dom Guigues, il ne ressort pas d’une manière évidente firma les décrets du chapitre général. Le pape renou­ que saint Bruno ait introduit le chant noté dans les vela cette approbation, en 1177, et conféra audit chapitre offices. La Méthode de plain-chant selon le rite et les la faculté d’instituer et de destituer les prieurs. A cette usages cartusiens, publiée par ordre du chapitre gé­ époque, l’ordre était gouverné par le successeur de néral, Avignon, 1868, p. 55, note a, dit à ce sujet : dom Basile, dom Guigues, appelé l’Ange. « Dans un voyage que fit, en 1850, à la Grande-Char­ L’établissement du chapitre général a maintenu l’iden­ treuse, le R. P. Lambillolte, ce savant auteur avoua que tité des observances dans toutes les maisons de l’ordre nulle part le chant grégorien ne lui avait paru aussi et leur union avec la Grande-Chartreuse, berceau et bien conservé' que dans les livres des chartreux; opi­ centre de la famille cartusienne. En 1259, le chapitre nion qu’il a aussi émise dans ses ouvrages. L’on peut général décréta que l’on réunirait en un seul corps les donc dire qu’il en est de notre chant comme de nos Coutumes de dom Guigues Ier et les ordonnances faites cérémonies, lesquelles ne diffèrent de celles générale­ par les chapitres généraux. Dom Riffier, prieur de ment suivies aujourd’hui, que parce qu’elles n’ont point Chartreuse depuis deux ans, se chargea de cette rédac­ changé, ce dont on peut se convaincre, en particulier, tion et compila les Anciens statuts en les divisant en pour nos cérémonies de la sainte messe, par la lecture trois parties : office divin, gouvernement des moines, de l'ouvrage du P. Lebrun sur cette matière. » Dans la gouvernement des convers, des rendus et des moniales. même Méthode, p. 257, on a reproduit le texte de la ré­ Dans le premier chapitre général présidé par dom vélation de sainte Brigitte. « Léchant de vos religieuses, Guillaume Raynaud, élu, en 1367, prieur de Chartreuse, dit Noire-Seigneur à la sainte, ne doit être ni traînant, le définitoire décréta de faire un nouveau recueil des ni saccadé, ni manquer d’ensemble; qu’il soit digne, ordonnances publiées depuis l’an 1259 suivant le plan et grave, uniforme et plein d’humilité. Vos sœurs doivent l’esprit des Anciens statuts de dom Riffier. C’était un imiter le chant des chartreux, qui respire beaucoup plus, grand service â rendre aux religieux, qui pouvaient la suavité de l’âme, l’humilité et la dévotion qu’une cer­ ainsi comparer facilement les deux textes et voir d un taine ostentation. » coup d’œil ce qu'il fallait retenir et ce qu’il fallait modi­ Dom Guigues vit établir dans les ermitages fondés fier ou retrancher. Dom Guillaume fit lui-même ce tra­ â l’instar de celui de Chartreuse ses Coutumes et le vail et l’intitula : Statuts nouveaux, pour les distinguer saint-siège approuver le genre de vie des enfants de saint des Anciens statuts. Bruno. En effet, en 1133, Innocent II lui écrivait dans Dom François Dupuy, général de 1503 à 1521, se proDICT. DE THÉOL. CATHOL. II. - 72 2285 CHARTREUX posa aussi de faciliter aux membres de l’ordre la connais­ sance de leurs devoirs, et rédigea la Troisième compi­ lation des statuts approuvée par les chapitres généraux de 1507, 1508 et 1509. Ainsi les Coutumes du vénérable dom Guigues faisaient toujours la base de la législation cartusienne, et les actes des chapitres généraux, réunis en trois recueils correspondant entre eux par le plan et la division des matières, complétaient le code cartusien. En 1510, dom François Dupuy fit imprimer à Bâle, in-folio, les Coutumes susdites el les trois recueils des statuts. La célébration du concile de Trente terminé en 1563, et la bulle de Paul IV prescrivant à tous les fidèles l’observance de ses décrets, à partir des calendes de mai 1564, obligèrent le chapitre général des chartreux à conformer les statuts de l’ordre avec la nouvelle disci­ pline ecclésiastique. L’affaire était de la plus haute im­ portance, et les difficultés de l’entreprise s’augmentaient par les terribles épreuves auxquelles furent soumises à cette époque la Grande-Chartreuse et beaucoup de mai­ sons d'Allemagne, de France, de Belgique et des PaysBas par les guerres de religion. Néanmoins, dom Bernard Carasse, général de l’ordre, confia à deux religieux émi­ nents par leur vertu et leur doctrine le soin de revoir tous les statuts, de les fondre en un seul corps et de les mettre d’accord avec les décrets du concile. Dom JeanMichel de Vesly, qui mourut général de l’ordre en 1600, fut chargé de rédiger la première partie du nouveau code cartusien, et dom Millesius Le Jars, autrefois rec­ teur de l’Académie de Paris (f 1590), s’occupa de la deuxième partie, qui concerne spécialement les moines, et de la troisième, qui regarde les frères lais et les mo­ niales. Au chapitre général de 1571, on présenta au défi­ nitoire une copie de la nouvelle rédaction. On trouvera dans l’ouvrage intitulé : La Grande-Chartreuse par un chartreux, 5e édit., Lyon, 1891, p. 113-116, le résumé des circonstances qui retardèrent, pendant près de onze années, l’approbation définitive de cette œuvre impor­ tante. Finalement, avec l’assentiment de Grégoire XIII, l’ordre fit imprimer la Nouvelle collection de ses statuts, 2 in-8», portant ces titres respectifs : Ordinarium cartusiense, continens novæ collectionis statutorum ejusdem ordinis pariem primam, in qua de his tractantur quæ ad uniformem modum ac ordinem divina celebrandi officia cum eisdem cœremoniis in toto ordine cartusiensi faciunt, Paris, 1582; in-16, Lyon, 1641; in-18, Grenoble, 1869; Nova collectio statutorum ordinis cartusiensis, ea quæ in antiquis et novis statutis ac tertia compilatione dispersa et confusa habebantur comple­ ctens, Paris, 1582. L’introduction et la conclusion de ce dernier volume sont de dom Bernard Carasse. En 1681, dom Innocent Le Masson, général de l’ordre, avec l’approbation de Rome et du chapitre général, fit imprimer à la Correrie de la Grande-Chartreuse la 2» édition de la Nouvelle collection des statuts, en deux formats, petit in-4» et in-8». Cette édition reproduisait celle de 1582 avec ces trois différences : 1° en marge de certains passages plus obscurs, le général avait ajouté des notes pour les éclaircir; 2» les ordonnances du chapitre général concernant tout l’ordre publiées depuis 1582 se trouvaient intercalées dans le texte, ou à la fin de chaque chapitre; 3» on avait adouci quelques expressions du chapitre De reprehensione, mais ce •changement ne regardait pas l'observance. Cette édition répondait à plusieurs vœux exprimés par le saint-siège, et elle fut reçue avec applaudissement dans toutes les provinces de l’ordre. Cependant, quelques religieux d’Espagne firent des réclamations contre les notes mar­ ginales et contre une ordonnance du chapitre général de 1679. L’affaire aurait pu être réglée par les supérieurs de l’ordre ; mais la cour d’Espagne â Madrid et son am­ bassadeur à Rome, en raison de la rivalité qui animait alors les Espagnols contre les Français, s'emparèrent 228G du litige et suscitèrent à l’ordre une des plus terribles épreuves qu’il ait traversées. Dom Le Masson soumit l'affaire au pape et triompha de la politique espagnole. Innocent XI accueillit son recours et nomma une Con­ grégation spéciale de cardinaux pour l’examen des sta­ tuts, en vue de les approuver spécialement. Cet examen dura six années et les deux parties en litige furent admises à présenter leurs mémoires contradictoires. Finalement, le 27 mars 1688, Innocent Xi, par sa bulle Injunctum Nobis, approuva l’édition publiée en 1681 â la Correrie et corrigée en quelques endroits de moindre importance par la Congrégation spéciale qu’il avait constituée à cet effet. Dans cette bulle, le pape loua le zèle de dom Inno­ cent Le Masson et répéta solennellement l’éloge de l’ordre : Cartusia nunquam reformata, quia nun­ quam deformata, en ces termes : Innocentius prior cartusiæ... ac definitores capituli generalis... animo revolventes ineffabilem divinæ bonitatis altitudinem, qua factum est, ut idem ordo...singulari plane praero­ gativa ad hoc usque septimum a fundatione sua sieculum in suo primævo instituto absque ulla reforma­ tionis necessitate perseveraverit. Un chartreux italien, dom Pierre Bandini (-j-1797), rapporte que le même pape dit que si on lui présentait les preuves qu’un chartreux fut mort avec la réputation d'avoir toujours observé sa règle, il n’hésiterait pas à le canoniser. Cf. Dinbani, Vita del beato Pietro Petroni, Senese, in-4», Venise, 1762, p. 115. Dès que dom Innocent Le Masson eut communication de la bulle Injunctum Nobis, et de la liste des corrections à faire dans l’édition de 1681. il fit imprimer des car­ tons pour les coller sur le texte primitif, et en même temps, il voulut qu’une édition exacte parût à Rome à la typographie de la chambre apostolique, sous le titre suivant : Nova collectio statutorum... a S.Sede apostolica examinata, atque in forma specifica confirmata, 3» édit., in-8», Rome, 1688. Les éditions suivantes sont conformes à cette édition romaine, in-8», La Correrie, 1736; Montreuil-sur-Mer,1879. La bulle Injunct urn Nobis, avec le texte des statuts, se trouve aussi dans le bullaire d’Innocent XI, Rome, 1734, t. vin, p. 448-518. Dom Inno­ cent Le Masson fit traduire en langue vulgaire la III» par­ tie des statuts, qui concerne les frères convers et les donnés. Il y eut des éditions française, italienne, espa­ gnole, etc. Il publia aussi les Statuts des moniales char­ treuses tirez des statuts de l'ordre et de quelques or­ donnances des chapitres généraux, in-8», La Correrie. 1690. Pendant que la Congrégation spéciale nommée par Innocent XI examinait les statuts, le célèbre abbé de Rancé, dont la ferveur, selon le cardinal Bona, ressem­ blait à de la fureur, publia un livre dans lequel il pré­ tendait que l’ordre des chartreux était déchu de sa ferveur primitive. L’ouvrage parut en 1683, et, grâce aux jansé­ nistes amis de l’auteur, il eut une grande vogue. Des raisons particulières obligèrent dom Le Masson à pré­ munir ses religieux français contre les assertions du critique. En 1689, il raconta en un volume, qui n’était pas destiné au public, toute la lutte qu’il dut soutenir pour la défense de l'ordre : Explications de quelques endroits des anciens statuts de l'ordre des chartreux, avec des e'claircissemens donnez sur le sujet d'un libelle qui a été composé contre l'ordre, et qui s’est divulgué secreltement, in-4», La Correrie, s. d. Le volume, qui n’avait d’abord que 122 pages, fut complété pour répondre à plu­ sieurs points de doctrine exposés par l’abbé de Ranc<. Celui-ci en eut connaissance et il essaya de justifier ses assertions. Dans un autre travail, publié d’abord en 1687, sous le titre de t. 1" des Annales de l’ordre, et ensuite, en 1703, sous celui de Disciplina ordinis cartusiensi s. dom Le Masson fit une réfutation indirecte, mais plus ample et plus calme des mêmes assertions du critique, sans que son nom fût jamais exprimé. Cette polémique a excité le zèle des biographes de l’abbé célèbre; mais 2287 CHARTREUX le général des chartreux a eu aussi ses apologistes, par exemple un rédacteur des Mémoires de Trévoux, de jan­ vier 1704, et dom Piolin, bénédictin de Solesmes, 1888. 2» Organisation de l’ordre. — L’ordre des chartreux, depuis l’institution stable du chapitre général et l'appro­ bation in forma specifica de ses statuts par Innocent XI, est ainsi organisé : Le chapitre général est l’autorité suprême de la religion cartusienne. I) s'assemble, chaque année, â la Grande-Chartreuse, sous la prési­ dence du prieur de ce monastère, qui, de droit et tou­ jours, est généra! de l'ordre, chef du définitoire et des électeurs du définitoire. Avec le prieur de Chartreuse, il y a huit défîniteurs élus, chaque année, par six élec­ teurs. Un définiteur ne peut remplir cette charge deux années de suite. La tenue du chapitre général dure quelques jours â peine, mais son autorité est univer­ selle. Le définitoire peut reprendre, condamner et même déposer le supérieur général. Tous les prieurs peuvent assister au chapitre général, et tous, à l’exemple du prieur de Chartreuse, demandent, prosternés, la miséricorde, c’est-à-dire l’absolution de leur charge. Les prieurs absents remplissent ce devoir par une lettre. Pendant l’année, le prieur de Chartreuse a l’autorité et les pouvoirs du chapitre général. Il peut faire des ordonnances, instituer et destituer les prieurs et les autres officiers, déléguer des commissaires pour la visite des maisons et changer un religieux d'une chartreuse à une autre. Le général est assisté par dom scribe, qui est son secrétaire, son aide et son conseil, dans le gou­ vernement de l’ordre. A Rome, il y a un procureur gé­ néral, qui représente l’ordre et traite avec les Congré­ gations romaines. Chaque année, le définitoire désigne les visiteurs et les convisiteurs de chaque province. La visite des maisons soumises à leur inspection a lieu tous les deux ans. Leurs propres maisons reçoivent la visite tous les quatre ans. La Grande-Chartreuse, maisonmère, est visitée tous les six ans par des commissaires nommés spécialement par le définitoire. Un visiteur ne fait pas la visite de la maison de son convisiteur, ni de celle où il a fait sa profession. Une maison est régulière lorsqu’elle a un prieur, douze moines ou religieux de chœur au moins, et un nombre relatif de frères convers et de frères donnés. Dans chaque maison, il y a trois officiers principaux, le P. vicaire, le P. procureur et le P. sacristain. Si la maison a le noviciat du cloître, un religieux en est chargé avec le titre de P. maître. Le noviciat des frères est souvent confié au P. procureur. Dans les maisons plus fréquentées par les étrangers, il y a un P. coadjuteur, dont les attributions sont réglées par le prieur. Les obédiences, c'est-à-dire les emplois des frères, sont l’objet principal de la sollicitude du P. pro­ cureur, qui est aussi l’économe du monastère. Chez les chartreux on devient prieur d'une maison : 1“ par élection faite par les profès du couvent, qui y ré­ sident au moment de la vacance; 2" par institution du chapitre général; 3° par institution du général de l’ordre faite pendant l’année. La communauté d’une maison ne peut élire son prieur que dans un de ces trois cas : 1» après la mort de son prieur; 2» après l’absolution ou déposition du prieur faite dans la visite, ou par les commissaires délégués à cet eifet; 3° après l’abdication spontanée du prieur. Autrefois, le chapitre général après avoir fait miséricorde à un prieur, concédait souvent à la communauté le pouvoir d’élire son succes­ seur. La Grande-Chartreuse a le droit d’élire prieur,. tout prieur de n’importe quelle maison de l’ordre. Un prieur d’une chartreuse est inéligible dans toutes les autres maisons, excepté dans celle où il a fait profes­ sion. L’élection se lait au scrutin secret, après trois jours de jeûnes et de prières, à l'issue d’une messe solennelle du Saint-Esprit, chantée en présence de 2288 toute la communauté. Deux confirmateurs président à l’élection au nom de l’ordre. Pour être électeur, il faut être profès et résident de la maison, avoir fait les vœux solennels, et avoir reçu au moins le sous-diaconat. Une communauté ne peut procéder à l’élection de son prieur, que lorsqu’elle possède au moins quatre profès ayant fait leurs premiers vœux dans la maison. Les moniales chartreuses, admises dans l'ordre vers 1145, reçoivent du chapitre général un supérieur spiri­ tuel avec le titre de vicaire, qui a toujours avec lui un autre religieux de chœur, appelé coadjuteur, et un ou deux frères pour le service. Les communautés des mo­ niales ont pour dignitaires la prieure, la sous-prieure. j la cellérière et la maîtresse des novices. La prieurpeut être élue par la communauté ou instituée par le chapitre générale! le Père général.Tous les ans. la prieure envoie au chapitre général la demande de sa miséri­ corde. Dans le gouvernement de la maison, la prieure est souvent obligée de consulter le P. vicaire. Les inoI niales chartreuses de chœur reçoivent la consécration des vierges par l’évêque diocésain, suivant l’ancienne coutume et le rite de l’Église. Elles admettent des sœurs converses, des sœurs données et des sœurs lourières. Dès son origine, l'ordre des chartreux n’usait jamais I d’aliments gras par coutume qui, au chapitre général I de 1254, devint une loi stricte, même pour les malades. L’ordre des chartreux est un ordre contemplatif, et par­ tant nécessairement solitaire. Les statuts cartusiens imposent aux religieux la solitude qui les éloigne du monde, et le silence qui les sépare, en quelque sorte, de leurs confrères. Les pratiques de piété et de pénitence, prescrites par la règle, la méditation, la lecture spiri­ tuelle, l’office canonial chanté de jour et denuit, la messe solennelle, sont les principaux moyens de sanctification communs aux chartreux et à tous les religieux qui mè­ nent la vie contemplative. 11 n’exagéra donc pas le pape Innocent II, lorsqu'il dit que la religion des chartreux est une religion angélique : angelica religio.' Ce qui distingue les chartreux des autres ordres contemplatifs, c’est le juste partage entre les exercices de la vie érémitique et ceux de la vie cénobitique. Ce mélange des deux genres de vie des anciens Pères du désert carac­ térise le dessein principal de saint Bruno et donne la preuve de sa sagesse pratique. « Dans notre ordre, dit le pieux Lansperge, vous avez les deux vies érémitique et cénobitique, et l’une et l’autre tellement tempérée par le Saint-Esprit que tout cequi, dans l'une où dansl’autre, aurait pu vous être un danger, n’existe plus, et que l’on a seulement conservé et augmenté tout ce qui sert à votre avancement spirituel et votre perfection. » Enchi­ ridion, c. xi.tx. Le chartreux est cénobite au chœur, au chapitre, au réfectoire, en récréation. En dehors de ces réunions, il est ermite, et, selon la remarque de dom Guigues, dans les Coutumes de Chartreuse, c. lxxx. sa vie est modelée sur celle de Jésus-Christ au désert. La vie en cellule est le devoir capital du chartreux. « 11 doit veiller, dit le statut, avec toute diligence et sollicitude à ne point se créer des nécessités, en dehors des obser­ vances réglées et communes, de sortir de cellule, mais plutôt de la considérer comme étant aussi nécessaire à son salut et à sa vie (intérieure), que l'eau est nécessaire aux poissons et la bergerie aux brebis. Plus il demeure en cellule, plus il l’aimera, pourvu qu’il s’y occupe avec ordre et utilité à la lecture, à l’écriture, à la psalmodie, • à la prière, à la méditation, à la contemplation, au tra­ vail ; tandis que s’il en sort souvent, et par légèreté, elle lui deviendra bientôt insupportable! » Part. Il, c. xrv, n. 1. La diversité de ces exercices délasse l’esprit, entre­ tient la santé du corps, fait aimer la solitude et facilite singulièrement la reprise des occupations spirituelles, objet principal de la vie d’un religieux. Nous parlerons spécialement plus loin de l’étude des chartreux. Quant au travail manuel, nous dirons avec M. l’abbé Lefebvre: 2289 CHARTREUX 2290 « L’enfant de saint Bruno est, selon ses goûts et ses sert de Sainte-Marie de la Tour, résidence habituelle de aptitudes, tourneur, menuisier, sculpteur; ou bien en­ saint Bruno, « maître de l’ermitage, » et de ses succes­ core, il cultive les fleurs de son parterre, enchaîne des seurs. Après la mort de saint Bruno, le monastère de grains de chapelet, fend ou scie du bois, et ainsi se rend Saint-Étienne devint une communauté exclusive de cé­ utile, tout en se récréant. Aux jours de fête, ce travail nobites. Mais alors dut disparaître le petit couvent ou doit être plus modéré. » la » celle » de Saint-Jacques de Montauro, situé à proxi­ Outre les jeûnes ecclésiastiques communs à tous les mité de la mer Ionienne, établi aussi du vivant de saint fidèles, les chartreux ont des jeûnes particuliers, qu’ils Bruno par le B. Lanuin, avec l’approbation de Pascal IL C’était, pour ainsi dire, un lieu d'épreuve, où l'on exa­ appellent jeûnes d’ordre ou fixés par la règle. Les jours de jeûne, ils ne font qu’un seul repas; cependant, le minait si les postulants devaient rejoindre les ermites soir, ils peuvent prendre, avec du vin, un morceau de de Sainte-Marie, ou les cénobites de Saint-Étienne. pain de trois à quatre onces. Les jeûnes d’ordre com­ Quoi qu’il en soit, la chartreuse de Calabre, à l’exception mencent le 14 septembre et se poursuivent sans inter­ d'une colonie de religieux envoyés â Casottes (Piémont), ruption jusqu’au carême. En dehors de ce temps, il y a en 1171, pour y fonder une nouvelle maison indépen­ jeûne d’ordre aussi une fois par semaine, le jour de dante, ne se propagea pas, et finit par se soumettre à l'abstinence, qui le plus souvent est le vendredi, et dans l'ordre de Citeaux vers 1193. L’expansion de la religion quelques autres jours de l'année. Cette abstinence con­ carlusienne dérive donc tout entière de l'ermitage de siste à manger du pain et de l’eau avec un peu de sel. Chartreuse. Depuis l'an 1115, ou fut fondé l'ermitage de Il faut une dispense spéciale du prieur pour en être Portes, dans le Bugey, à l’instar de celui de Chartreuse, exempté. Tous les vendredis de l’année, sans exception, selon la liste chronologique publiée par M. Vallier, il y a abstinence d’œufs et de laitage. dans la Sigillographie de l’ordre des chartreux, jusqu’à Les chartreux prennent leur repas ensemble, au réfec­ 1200, il y eut trente-sept fondations, dont deux étaient toire commun, le dimanche, les jours de fêtes avec cha­ de moniales, Prébayon en 1145 et Bertaud en 1188. Dans pitre, durant les octaves de Noël, de Pâques et de la le siècle suivant, 1201-1300, surgirent trente-quatre Pentecôte, les jours d’enterrement et le jour d’installation maisons, dont douze étiient pour les moniales. Au d’un nouveau prieur. Au réfectoire, le silence est de ri­ XIVe siècle, cent dix fondations vinrent agrandir la fa­ gueur, et pendant tout le repas, un religieux fait une mille religieusedes chartreux; trois d’entre elles étaient lecture fixée par le P. vicaire, dans l’Écriture sainte, les j des couvents de moniales. Quarante-cinq noms de char­ homélies des Pères de l'Église, ou les sermons des an­ treuses nouvelles, fondées au xv» siècle, allongent la ciens chartreux. liste des maisons de l’ordre. En 1503 et 1507, il y eut Le dimanche et les jours de fêtes de chapitre, en quatre fondations, mais deux d’une existence éphémère, dehors du carême, il y a, entre none et vêpres, un col­ et une autre fut transférée, en 1511, à Grenade (Espagne). loque ou récréation commune, et, chaque semaine, les Le total des chartreuses fondées depuis 1115 jusqu’à religieux sortent en « spaciment », c’est-à-dire en pro­ 1507 monte à 230, dont 17 étaient des maisons de mo­ menade sous la conduite du P. vicaire, et restent en niales. Cependant le catalogue officiel publié en 1510 ne semble environ trois heures et demie. donne que 191 chartreuses divisées en dix-sept pro­ L’habit des chartreux se compose d’une tunique ou vinces. La suppression de 40 chartreuses environ doit robe longue en laineblanche, retenue à la taille par une être attribuée à une de ces trois causes : 1° plusieurs ceinture de cuir blanc, à laquelle, du côté gauche, pend des maisons supprimées étaient transférées dans des un chapelet de six dizaines. Sur la robe, ils portent une endroits plus solitaires, plus salubres et plus convena­ cuculle ou scapulaire de même couleur, aussi en laine, bles au genre de vie des chartreux; 2° quelquefois la et cousu sous un capuchon, qui couvre leur tête pen­ dotation était insuffisante pour entretenir une commu­ dant la psalmodie et leurs tournées dans le cloître. nauté de treize moines, de plusieurs convers et des do­ Leurs tunicelles ou chemises, leurs bas, chaussons et mestiques nécessaires; 3° dans d'autres cas, l’esprit petites calottes sont également en laine, ainsi que les d’indiscipline et d’opiniâtre rébellion au chapitre géné­ draps de lit. Des chaussures en cuir complètent leur ral déterminait l’ordre à retrancher du corps les mem­ costume. En voyage, les moines ou religieux de chœur bres récalcitrants. Cette dure nécessité est avérée pour portent une chape et un chapeau noir, les frères con­ quelques maisons de moniales. Ainsi, en 1510, l’ordre fers ont une chape et un chapeau châtain, et les frères possédait sept monastères de religieuses; mais celui de donnés n’ajoutent rien à leur habit ordinaire. Bertaud, incendié en 1448, n’existait plus que nomina­ Guillaume de Saint-Thierry, au xtt' siècle, écrivant lement, puisque la communauté s’était réfugiée dans les propriétés de la chartreuse de Durbon (unita domui aux Pères de la chartreuse du Mont-Dieu, fit cet éloge Durbonis), où elle demeura jusqu’au commencementdu de leur genre de vie : Altissinia est professio vestra, XVII' siècle, époque à laquelle le chapitre général la fit cælos transit, par angelis est, angelicæ similis puri­ incorporer à la chartreuse de Prémol. En 1495, le même tati. Aliorum est Deo servire, vestrum, adhaerere. Alio­ chapitre dut se montrer sévère envers les moniales de rum est Deum credere,scire, amare, revereri; vestrum Poleteins, et en 1605, l’ordre supprima le couvent et est sapere, intelligere, cognoscere, frui. transféra ses professes à la maison de Salette. Depuis 111. Histoire de l’ordre. — Nous avons vu précé­ cette époque, le chapitre général refusa toute nouvelle demment l’origine de l’ordre des chartreux en résumant fondation de chartreuses de moniales, même celle que la vie de son fondateur; nous avons exposé aussi la lui proposa Anne d’Autriche, reine de France, et jus­ formation successive de sa règle et son organisation. Il qu’à la grande Révolution l’ordre conserva seulement nous reste â le considérer dans son ensemble, à travers cinq de ces monastères : Prémol, Salette et Gosnay, en les huit siècles et plus de son existence. Nous-nous France, Mélan, dans la Savoie, et Bruges, en Belgique. bornerons à signaler sa propagation en Europe, les ap­ probations qu’il a reçues de l’Église, les hommes illus­ En 1513, Léon X publia la bulle de restitution de la tres sortis de ses rangs, les faveurs que les rois, les maison de Calabre aux chartreux. La reprise de posses­ sion eut lieu le 27 février 1514. Le protestantisme, le princes et les grands lui ont accordées, et les épreuves schisme d’Angleterre et les guerres de religion n’arrêtè­ auxquelles il a été soumis dans les persécutions géné­ rent pas seulement l’élan des généreux fondateurs et rales des ordres religieux. bienfaiteurs des monastères, ils firent encore disparaître, 1° Propagation de', "ordre. — En Calabre, saint Bruno par l’usurpation légale et violente des biens, par le pil­ consentit à l’érection d’un monastère régulier, dédié à saint Étienne et dirigé par le B. Lanuin avec le titre lage, l’incendie et la destruction des bâtiments, un grand nombre de maisons. L’opuscule du chanoine Aubert Le de prieur. Cette maison fut construite à l’entrée du dé­ 2291 CHARTREUX 2292 Mire, publié à Cologne, en 1609, sous le titre : Origines de faire construire l’église de Sainte-Marie-des-Anges; cartusianorum monasteriorum per orbem universum, saint Pie V étendit à l'ordre les privilèges accordés aux donne les noms de deux cents chartreuses, même de ordres mendiants; Sixte V approuva le bréviaire; Gré­ celles qui n’existaient plus. Trente ans plus tard, en goire XIV, en 1591, confirma les privilèges des char­ 1639, dom Gérard Eloy publia un autre catalogue des treux; il étendit le culte de saint Bruno à toute l’Église chartreuses, qu'il annexa à ses commentaires de la vie (1623) et renouvela le droit de jouir de tous les privi­ de saint Bruno par Surius, mais il n’en compte que lèges des religieux mendiants (1623); Clément X éleva le 223, tandis que la liste plus exacte de M. Vallier nous rang de l'office de saint Bruno et le rendit obligatoire dans toute l’Église; Innocent XI accorda la faculté d'ab­ présente257 maisons jusqu’à 1633 inclusivement. D’après cette liste, depuis 1511 jusqu'à 1667, il y eut trente-trois soudre des cas réservés de la bulle In cama Domini et fondations nouvelles, et l’ordre était partagé en seize les autres cas réservés au pape, approuva les statuts in provinces. Sous le généralat de dom Innocent Le Mas­ forma specifica et ratifia l'approbation de la liturgie cartusienne donnée par la S. C. des Rites; Innocent XII son, les maisons de la province de France, qui en 1510 étaient déjà dix-sept, étant trop nombreuses, furent di­ renouvela, en 1698, la bulle de Jules II promulguée visées en deux provinces : Frances ur-Seine et Francepour sauvegarder l'unité de l'ordre; Clément XI, ancien sur-Loire. La première comprenait dix chartreuses, la cardinal protecteur des chartreux, leur donna pour seconde neuf. Au moment de la Révolution, il y avait protecteur le cardinal Albani, son neveu, et fulmina une dans les sept provinces de France soixante-huit maisons. excommunication lalæ sentenliæ contre quiconque ose­ Selon M. Taine, à cette époque, l’ordre comptait 1 444 re­ rait manger de la viande dans l’enclos de leurs monastères ligieux français. En 1776. par ordre du gouvernement (1712); Benoit XIII, en 1727, confirma tous les privilèges espagnol, on fit le recensement des chartreux d’Espagne, accordés à l’ordre; Clément XII, en 1737, exempta les et l’on trouva, dans 15 maisons, 299 Pères et 122 frères, chartreux de la visite de l’évêque respectif, lorsque dans donc au total : 421 chartreux. La maison de Burgos les granges dépendantes des monastères on érigerait ne figure pas dans ce recensement. Un siècle auparavant, des oratoires; Benoit XIV autorisa le culte du B. Nico­ dom Le Masson écrivait : « Actuellement, on compte las Albergati et, à cette occasion, déclara solennellement environ 2500 religieux, 1300 convers ou donnés et 170 sa grande estime pour l'ordre des chartreux; en 1741, religieuses, ce qui donnerait une moyenne de douze Pères il avait agréé la dédicace de la vie de saint Bruno com­ au plus et de huit à neuf frères dans chaque couvent. posée par le chanoine Zanotti ; Pie VI gémit de la sup­ Λ Paris, Villeneuve-près-d'Avignon, Naples, Pavie et pression arbitraire des chartreuses ordonnée par Jo­ dans cinq ou six autres de nos maisons, il y a une seph II et n’accorda qu’à contre-cœur celle des maisons quarantaine de Pères; dans la plupart une douzaine or­ de Fribourg, de Mayence et de la Valsainte; Pie Vil fit dinairement, et un certain nombre n’en ont que huit, rétablir les chartreuses de Rome et de Trisulti, dans les neuf ou dix. » Annales ord. cart., t. t, p. 93. États pontificaux, et applaudit au retour des religieux Le xvin· siècle, léger et incrédule, ne comprit ni la de la Grande-Chartreuse; Léon XII, après avoir lu le Di­ grandeur de la vie contemplative ni son utilité pour la rectoire des novices, s’écria : « Donnez-moi un char­ société. Aussi fut-il le siècle de la destruction de presque treux qui a l’esprit de ce petit livre; et je le canoniserai tous les monastères. L’ordre, sauvé miraculeusement de sans demander d'autres preuves de sa sainteté; » Gré­ la tourmente révolutionnaire, a repris au xix» siècle une goire XVI, Pie IX et Léon XIII ont favorisé l'ordre et nouvelle vie. En 1900, les chartreux étaient environ sept applaudi à son extension durant le xix* siècle. cents religieux, et dans les trois monastères de moniales 3° Hommes illustres sortis de l’ordre des chartreux. — L’Église a autorisé le culte du B. Lanuin (-j-1121), de on comptait une centaine de religieuses. La France possé­ dai tonze chartreuses, dont cinq avec noviciat ; l’Italie avait I saint Ayrald, évêque (j- 1146), du B. Jean d’Espagne deux maisons rachetées par l’ordre, dont une avec novi­ (-j-1160), de saint Anthelme, évêque (-j-1178), du B. Guilciat, et trois autres chartreuses appartenant au fisc, mais ' laume Fenoglio, frère convers (7 vers 1200), du B. Odon confiées à la garde des religieux; la catholique Espagne (7 1200), de saint Hugues, évêque (j- 1200), de saint Artolérait l’existence de deux maisons; l’Angleterre, la thaud, évéque (j-1206), de saint Etienne, évêque (7 1208|. Suisse, l’Allemagne et l'Autriche avaient chacune une de la B“ Béatrix (j-1290) (?), de sainte Roseline (j-1329 . colonie de chartreux. du B. Nicolas Albergati, cardinal et évêque (■{■ 1443), des 2’ Approbations de l’ordre par les souverains ponti­ dix-huit religieux anglais morts pour la primauté du fes. — Nous avons déjà rapporté que le B. Urbain II pape sous Henri VIII. Le nombre de chartreux morts s’intéressa au rétablissement de l’ermitage de Chartreuse, en odeur de sainteté est très grand. Cependant l’ordre à l’érection d’un petit monastère à Rome, et donna plu­ s’est toujours montré difficile pour demander au saintsieurs bulles en faveur de la maison de Calabre. Tous siège l'autorisation de les honorer d'un culte public. Se­ ses successeurs ont favorisé les enfants de saint Bruno. lon la juste remarque de dom Pierre Dorland, répétée Le recueil de bulles imprimé à Bâle, en 1510, sous le par Benoît XIV, il aime plutôt faire des saints que ma­ titre : Privilegia ordinis cartusiensis et multiplex con­ nifester au monde la sainteté de ses membres. firmatio ejusdem, n’est pas le bullaire complet de Plusieurs chartreux reçurent la pourpre romaine : l’ordre. Il ne renferme que 133 bulles d’un caractère dom Bernard, profès de la Grande-Chartreuse (7 vers général, et les archives du Vatican en conservent un 1137), dom Jourdain, profès du Mont-Dieu (-j-1154). dom très grand nombre d’autres concernant tant l’ordre en­ Guillaume, évéque démissionnaire de Modène, proies de tier que les maisons particulières. Presque toutes débu­ la Grande-Chartreuse (j-1251), le B. Nicolas Albergati tent par un éloge de la vie cartusienne. Nicolas V, qui (j- 1443), dom Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu (-j-1653). Pendant le grand schisme, Benoit XIII donna connaissait de bien prés les enfants de saint Bruno, le 25 juin 1154, en tête d’une bulle promulguée en le chapeau cardinalice à dom Dominique Bonafede, en 1415, qui, plus tard, s’étant soumis à Martin V, renonça faveur de la chartreuse de Mayence, loua solennelle­ ment l'ordre entier. Pie II, dans une bulle du mois à sa dignité. La pourpre fut refusée par les généraux dom Jean Birelle (1361), dom Élizaire de Grimaurd de d'août 1460, manifesta son affection particulière pour les chartreux. Grisac (f 1367), dom Guillaume Raynaud (·}· 1402) et dom Dans les temps modernes, Léon X restitua à l'ordre François Maresme (j· 1463). Nicolas V voulait introduire la chartreuse de Calabre et autorisa le culte de saint dans le sacré-collège son directeur dom Nicolas de CorBruno; Pie IV donna aux chartreux de Rome la permis­ tone, prieur de la chartreuse de Florence (t 1-459). qui sion de quitter le monastère de Sainte-Croix-de-Jérusane voulut jamais y consentir. Après la mort de saint Pie V, on trouva dans ses papiers la liste des ecclésias­ lem pour se fixer aux Thermes de Dioclétien, où il venait 2293 CHARTREUX tiques et des religieux qu’il se proposait de créer cardi­ naux; dom Laurent Surins, chartreux, et son ancien condisciple, le B. Pierre Canisius, jésuite, y étaient ins­ crits. Les généraux de l’ordre, dom Guillaume Raynaud et dom Antoine de Montgeffond, refusèrent le titre et la dignité d'abbé, que les papes Urbain V et Benoit XIII voulaient accorder au prieur de la Grande-Chartreuse à perpétuité. Deux chartreux ont dignement porté le titre de pa­ triarches : dom Antoine Suriano (γ 1508), patriarche de Venise, et dom Antoine de Saint-Joseph de Castro (•j- 1814), patriarche de Lisbonne. A la f.n du xvn· siècle (1681), Morozzo comptait soixante-six archevêques et évêques chartreux. On peut ajouter à ce nombre Alexandre de Montecatini, archevêque d’Avignon (-j-1688), Raymond Rubi, évêque de Catane (·{· 1729), le patriarche de Lisbonne mentionné plus haut et Léon Niccolaï, évêque de Pistoie et Prato (f 1857). Dom Jean Rode, chartreux de Trêves (f 1439), fut élu abbé de Saint-Martin de la même ville par ordre de Marlin V, et prit l’ini­ tiative de la réforme des bénédictins d’Allemagne, dite de Bursfeld, qui finit par réunir plus de 140 monastères. Dom Léonard Bonafede, chartreux de Florence, fut abbé commendataire de l’abbaye bénédictine de Saint-Tliiébaul, en Toscane, hospitalier du grand hôpital de SainteMarie-Nouvelle de Florence, commandeur de l'hôpital du Saint-Esprit de Saxe, à Rome, ensuite évêque de Vesta, dans le royaume de Naples, et puis de Cortone (1529). Il avait été parrain de Catherine de Médicis, reine de France. Grégoire XIII, en 1583, fit commandeur de l’hôpital du Saint-Esprit de Saxe, à Rome, le chartreux dom Jean-Baptiste Ruino (-j- 1589). Depuis le xn· siècle jusqu’en 1845, le saint-siège a confié à des chartreux des légations, des missions importantes et des visites apos­ toliques des autres ordres religieux. 4° Faveurs des rois, des princes et des grands envers les chartreux. — Nous avons déjà signalé les faveurs accordées par les papes. Chaque province de l’ordre pourrait publier son bullaire aussi bien que le livre d’or de ses bienfaiteûrs. Parmi les fondateurs de char'reuses nous pouvons mentionner Innocent III, Jean XXII, Innocent VI, Grégoire XI, Clément VII (Robert de Ge­ nève), Sixte IV et Pie IV. Plusieurs cardinaux, beaucoup d’évêques et autres dignitaires ecclésiastiques ont fondé ou favorisé, par des secours pécuniaires, la fondation de maisons cartusiennes. Deux empereurs d’Allemagne, les dauphins de Vienne, les comtes et ducs de Savoie, les ducs de Bourgogne, de Bavière, de Bretagne, et souvent leurs épouses et leurs parentes, les rois d'Aragon, de Castille, d'Angleterre, d’Écosse, de Hongrie, et surtout de France sont inscrits sur la liste des fondateurs. Sou­ vent des comtes, des ducs, des nobles, voire même des bourgeois, entreprenaient la coûteuse érection d'une chartreuse. Quelques maisons seulement (à peine sept ou huit), jusqu’au milieu du xvn· siècle, purent en fonder d'autres. Des personnes pieuses fondaient un chartreux, c’est-à-dire donnaient les fonds nécessaires pour bâtir une cellule au cloître, et le religieux, qui l’habitait, de­ vait prier pour ses fondateurs. Les noms ou les armoi­ ries des bienfaiteurs étaient gravés sur une pierre à l'en­ trée de la cellule ou peints sur verre et placés dans une des fenêtres. La tenue régulière du chapitre général et l’exacte observance de ses dispositions exigeaient des revenus relativement considérables; des bienfaiteurs y pour­ vurent. Alphonse, roi d'Aragon, en 1185, et saint Louis, roi de France, en 1237, sont les premiers de la longue liste de ceux qui donnèrent des fonds pour le chapitre général. En 1719, le régent accorda à tout chartreux, français et étranger, se rendant au chapitre, ou montant en chartreuse à d’autres époques pour affaire de l’ordre, le privilège de passer, en tout lieu, sans avoir à payer aucune redevance, ainsi que le droit de soustraire à 2294 toutes visites les sacs de voyage, malles et valises. Les personnes qui accompagnaient les chartreux jouissaient du même privilège. Cette concession était la suite de beaucoup d’autres faveurs accordées par les rois de France à l'ordre des chartreux. Saint Louis oflrit à la Grande-Chartreuse une des épines de la sainte couronne une relique insigne de la vraie croix et de magni­ fiques tentures en velours rouge qui disparurent en 1791 après avoir été arrachées aux flammes de huit incendies. En 1370, Charles V fonda à la Grande-Chartreuse la cha­ pelle dite d’abord royale, et ensuite de Saint-Louis. On y célébrait tous les jours une messe pour le roi, la reine, le dauphin et le peuple français. Louis XIII dé­ pensa 30000 livres pour la restauration de cette chapelle, et Louis XIV la fit refaire après l’incendie de 1676. Déjà en 1663, « pour obliger davantage lesdits religieux à conti­ nuer leurs prières pour notre prospérité et bien de notre Étal, » comme il s’exprimait dans ses lettres patentes, le grand roi renouvela tous les privilèges et concessions accordés à l’ordre par ses prédécesseurs. Les princesses de la maison de France, qui devenaient reines de pays étrangers, favorisaient les chartreux. Au xvn· siècle, Christine de Bourbon, fille de Henri FV et veuve de Victor-Amédée, fonda la chartreuse de Collegno, prés de Turin, et Marie-Louise d’Orléans, femme de Charles H, roi d’Espagne, appelée dans l’ordre « notre mère prieure », fit vœu, avec le roi son époux, de promouvoir l’exacte observance des statuts dans les maisons d’Espagne afin d'attirer les bénédictions du ciel sur la famille royale. 5° Épreuves de l'ordre des chartreux dans les persé­ cutions générales des ordres religieux. — Un ordre re­ ligieux, qui compte plus de huit siècles d'existence, a nécessairement subi bien des épreuves. Au Ier siècle de l’ordre, les chartreux eurent à souffrir à cause des schismes causés par les antipapes. Le premier martyr, le vénérable Landuin, péril victime de son attachement et de son obéissance au légitime pasteur de l’Église. Pendant le grand schisme d’Occident, deux chartreux italiens, délégués de Boniface IX auprès du roi de France, furent faits prisonniers par Clément VU (Robert de Genève), et ne furent remis en liberté que par l'in­ tervention de l'université de Paris et de Charles VL Au xv· siècle, les chartreux de Bohême furent mas­ sacrés par les hussites, mais le xvt· siècle est le siècle des martyrs chartreux. En Styrie et en Autriche, les hérétiques (1521) et les Turcs (1529) font les premières victimes. En Angleterre, Henri VIII fit mourir de diverses manières dix-huit fils de saint Bruno. En Hollande, à Ruremonde, et en France, les protestants, luthériens, huguenots ou gueux, détruisirent les monastères et mas­ sacrèrent les religieux. Au xvn· siècle, le sang cartusien fut aussi versé dans la Dordogne, en France, par les huguenots, et dans la Styrie par les musulmans. Le xvill· siècle fut fécond en dissensions, en scissions et en ruines. D’abord, l’ordre dut sévir avec énergie contre un certain nombre de religieux de la province de France-sur-Seine imbus des doctrines jansénistes et rebelles aux bulles des papes et aux lois de l’Etat. Plu­ sieurs s’évadèrent de leurs monastères, sortirent de France et se réfugièrent â Utrecht, en Hollande, où ils prétendaient vivre en communauté régulière en atten­ dant les décisions du futur concile, auquel ils avaient fait appel. Le général s'efforça de les faire rentrer sous l’obéissance de l’Église et de l’ordre; quelques-uns, re­ vinrent au devoir, mais la plupart, circonvenus par la secte, demeurèrent dans l’apostasie. Une autre épreuve vint affliger l’ordre dans la seconde moitié du xvm·siècle. Les parlements français, animés de l’esprit gallican et janséniste, voulurent réformer les ordres religieux, sans mandat du saint-siège, et firent instituer une commis­ sion à cet effet. Le chapitre général de 1772 prit une résolution qui, tout en préservant les chartreuses de 2295 CHARTREUX France de la visite de la commission, ne put cependant pas préserver l’ordre de plusieurs dispositions, prises par le roi, mais contraires aux saints canons. Il adressa une supplique â Louis XV, le priant de confirmer de son autorité les statuts approuvés, en 1088, par Innocent XI. Le roi, « de l’avis de son conseil, » confirma et autorisa l'observance des statuts, mais avec ces restrictions : 1° Qu'il ne serait infligé aucune peine aux religieux qui auraient des causes légitimes de se pourvoir dans les tribunaux ordinaires; 2° que les moniales ne pourraient faire profession qu’à dix-huit ans accomplis; 3° que les statuts ne seraient envoyés dans les autres maisons qu’avec une copie des lettres patentes et l’arrêt du par­ lement; 4» qu’on ne notifierait les statuts aux religieux qu’avec ledit arrêt. Vers la même époque, un esprit schismatique se ré­ pandit parmi toutes les nations catholiques. Chacune voulait avoir son Église propre, ses ordres religieux par­ ticuliers, gouvernés par des supérieurs du même pays, absolument indépendants de toute autorité étrangère. Après bien des tracasseries et des débats, les deux pro­ vinces d’Espagne furent érigées en congrégation auto­ nome par Pie VI (1784). La cour de Naples publia, le 1er septembre 1788, un décret qui réunissait en un seul corps les chartreuses napolitaines, leur défendant toute dépendance et toute communication avec le général et le chapitre de l’ordre. Ce décret n’avait aucune appro­ bation du saint-siège, parce qu’à cette époque, les rela­ tions diplomatiques entre Rome et Naples étaient inter­ rompues. Il n’y a aucune preuve que, dans la suite, le pape l’ait explicitement confirmé. La serénissime répu­ blique de Venise et l’empereur Joseph II supprimèrent les chartreuses de leurs Etats. Ailleurs, on s’adressa au pape et, sous le prétexte d’avoir des fonds pour établir des collèges et propager l’instruction publique, on obtint la fermeture des maisons cartusiennes et l’aliénation de leurs biens. En Toscane, le grand-duc supprima, en 1783, la chartreuse de Maggiani, et en 1788, celle de Pontiniani. Les autres chartreuses de ce petit État furent soumises aux lois vexatoires dites lêopoldines. Au dé­ but de la Révolution, le chapitre général n’avait plus d’autorité que sur les 68 maisons de France, qui comp­ taient 1144 religieux, sur les deux chartreuses du Por­ tugal, sur celles de la Savoie et du Piémont, ainsi que celles des divers cantons de la Suisse et des États pon­ tificaux. Les décrets de [’Assemblée nationale détrui­ sirent les monastères de France, et les armées françaises parcourant l’Europe achevèrent la ruine presque totale de l’ordre. Au jour de la dispersion, on comptait à la Grande-Chartreuse (et dans ses succursales de Currière et Chalais) 34 Pères. Pendant la tourmente révolutionnaire beaucoup de chartreux furent emprisonnés pour la foi, plusieurs montèrent à l’échafaud, ainsi que la Mère prieure des moniales de Gosnay, Françoise-Marie Briois, décapitée à Arras le 27 juin 1794; beaucoup d’autres périrent de souffrances et de misère dans les prisons ou sur les pontons; quelques autres furent déportés. Dans la Grande vie des saints de Collin de Plancy et de l'abbé Daras, on a inséré, les noms de 29 chartreux au marty­ rologe de la Révolution française. Mais il y a erreur au sujet de dom Pierre Capelle, chartreux de Vaudaire, condamné à mort par le tribunal de Périgueux. Ce re­ ligieux ne fut pas exécuté, et rentra à la Grande-Char­ treuse, où il était sacristain en 1822. M. l’abbé Lefebvre a reproduit cette erreur. Sa liste des chartreux martyrs et confesseurs de la foi à cette époque contient 50 noms parmi lesquels figurent deux frères et la vén. Mère Briois. Durant les premières années du xtx' siècle, Napoléon et les rois créés par lui supprimèrent presque toutes les maisons de l'ordre. La Restauralion favorisa les char­ treux. Louis XVIII, sans restituer à l’ordre la propriété 229G du monastère de Chartreuse, permit néanmoins au R. P. vicaire général d’y demeurer avec sa communauté (27 avril 1816). La rentrée des solitaires eut lieu le 8 juillet aux acclamations des populations voisines. Dans la foule enthousiaste, il y avait un enfant de Saint-Pierre d'Entremont, nommé Châtel, qui, 87 ans après, le 29 avril 1903, assista à l’expulsion des religieux de la Grande-Chartreuse. A la fin de l’année 1816, la nou­ velle communauté de Chartreuse comptait seize reli­ gieux de chœur, dont plusieurs avaient confessé leur foi devant les tribunaux, dans les prisons et sur les pon­ tons. Bientôt, la Grande-Chartreuse, ayant trouvé des ressources inespérées, put admettre gratuitement des postulants el, après les avoir formés, les envoya succes­ sivement dans les chartreuses quelle rachetait à mesure que s’accroissait le nombre des sujets. Elle fournit aux maisons nouvelles les supérieurs, en même temps que l’argent nécessaire pour leur constitution régulière. Il en résulta l’unité d’esprit qui règne dans les maisons de diverses nations. Les concordats conclus entre le saint-siège et les princes italiens permirent le rétablis­ sement de deux maisons dans le royaume des Deux-Siciles avec la subordination au chapitre général de Char­ treuse, ainsi que de deux autres en Toscane. Pie VU rétablit la chartreuse de Trisulti, et lui confia l’admi­ nistration de celle de Rome. Sous Léon XII. Trisulti fut aussi chargé de l'ancienne abbaye de Fossanova, ou mourut saint Thomas d’Aquin, et pendant quelques années il y eut une petite communauté. Après 1830. Charles-Albert rappela les chartreux à Collegno, toléra l'établissement de quelques religieux dans l’ancien cou­ vent bénédictin de Saint-Julien d’Albaro, près de Gènes (1841-1842), et autorisa le rachat de la chartreuse du Reposoir, dans la Savoie (1844), par la Grande-Chartreuse. En 1843, l’empereur d'Autriche confia à l’ordre la cé­ lèbre chartreuse de Pavie. Tandis que l’ordre progres­ sait en France et en Italie, la Révolution triomphante supprimait les maisons du Portugal (1835) qui avaient toujours été soumises au R. P. général. En la même année le gouvernement espagnol dispersait la congréga­ tion cartusienne et s’emparait de ses biens. Les maisons qui existaient encore en Suisse furent aussi supprimées (1847). En 1854, le Piémont ferma la chartreuse de Col­ legno (Turin) et celle du Reposoir, en Savoie. Les succès de la maison de Savoie en Italie aboutirent à la loi de suppression de tous les couvents du nouveau royaume (4866), loi qui, en 1873, fut étendue aux maisons reli­ gieuses des États pontificaux. Le Kullurkampf allemand ferma, en 1873, la chartreuse de Ilaïn, près de Düssel­ dorf, dans la Prusse rhénane. Celte maison n'avait que quatre années d’existence. Cependant, la Grande-Char­ treuse se dilatait en France et envoyait des colonies â Mougères, ancien couvent de dominicains, près de Caux (Hérault), en 1825. Dix ans plus tard, elle rachetait les chartreuses de Bosserville, près de Nancy, et de Valbonne, dans le Gard. En 1843, on put entreprendre la restauration de la chartreuse de Montrieux (Var); puis on acquit Portes (Ain), en 1855, et Vaudaire, en 1858. Les moniales chartreuses possédaient à cette époque les maisons de Beauregard (Isère) et de la Bastide SaintPierre (Tarn-et-Garonne). Sous le généralat de dom Charles-Marie Saisson (1863-1877), l’ordre racheta les anciennes maisons du Reposoir (Haute-Savoie), de Sélignac (Ain), de Notre-Dame-des-Prês (Pas-de-Calais et de Glandier (Corrèze). Les moniales eurent une autre maison à Nolre-Dame-du-Gard, dans la Somme, et l . n commença à établir des monastères à l’étranger. Ainsi, aux frais de la Grande-Chartreuse, on racheta la Valsainte (Suisse) et Montealegre (Espagne) et on fit l'ac­ quisition de Parkminster (Angleterre, et de Bain Alle­ magne). Le général dom Anselme-Marie Bruniaux eut la joie de recevoir la chartreuse de Miraflorès. près de Burgos, offerte à 1’ordre par l'archevêque de cette ville CHARTREUX et par les derniers religieux de l’ancienne congrégation espagnole (1880). Les maisons d’Italie, confisquées par le gouvernement, ne pouvant plus recevoir de sujets, le même général racheta la chartreuse de Vedana, près de Belluno, et y établit un noviciat selon l’observance de Chartreuse (1882). Le 11 avril 1887, les chartreux de Ca­ labre firent un contrat d’échange avec la commune de Serra-San-Bruno, et rentrèrent ainsi en possession de l’ancienne maison des Saints-Étienne-et-Bruno, où se conservent les reliq-ues du fondateur et de son compa­ gnon, le B. Lanuin. En 1890, les chartreux allemands furent autorisés à rentrer dans la chartreuse de Hain fermée pendant le Kullurkampf. En 1900, l’ordre était partagé en trois provinces et comptait environ 700 reli­ gieux et une centaine de moniales. Maintenant la France, qui, pendant des siècles, a donné le plus grand nombre d'enfants à saint Bruno, a fermé pour la seconde fois les couvents, et a obligé les chartreux à vivre en exil. En vertu de loi du 1er juil­ let 1901, dix chartreuses, dont quatre avec noviciat, dis­ parurent. Mais de nouvelles maisons surgirent à l’étran­ ger. Sans parler des maisons dites de refuge, où les communautés chassées durent se fixer jusqu’au jour où elles pourront s’établir régulièrement dans de véritables chartreuses, l’ordre possède aujourd’hui en Italie trois maisons régulières : La Farneta, près de Lucques, avec noviciat, résidence provisoire du T. R. P. général, Ve­ dana, prés de Belluno, aussi avec noviciat, Serra-SanBruno, en Calabre. Il y a, en Italie, trois chartreuses déclarées « monuments nationaux », où le gouvernement permet à un certain nombre de religieux de demeurer à titre de gardiens; ce sont les chartreuses de Florence, de Pise et de Trisulti (province de Rome). Deux anciens couvents du Piémont sont habités par des moniales sorties de France. 11 y a trois chartreuses en Espagne, une en Angleterre, deux en Belgique, une en Allemagne, une autre en Autriche et une dernière dans le canton de Fribourg en Suisse, où l’ordre, en 1903 et 1904, avec le consentement du Saint-Siège, a tenu son chapitre général. Statuta ordinis cartusiensis a domno Guigone priore Cartusix edita; au feuillet‘251 : Privilegia ordinis cartusiensis et multiplex confirmatio ejusdem, in-fol., Bâte, 1510. C’est le recueil de tous les statuts de l’ordre des chartreux, depuis les Coutumes de dom Guigues I*r jusqu’à la troisième compilation de dom François Dupuy. Les feuillets 185a-‘250a contiennent le répertoire des statuts par ordre alphabétique. Les Privilegia sont le bullaire de l’ordre, mais fort incomplet. Cette partie manque dans plusieurs exemplaires. — Annales ordinis car­ tusiensis tribus tomis distributi. Tomus primus complectens ea quæ ad institutionem, disciplinam et observantias ordinis spectant, in-fol., La Correrie, 1687. L’auteur est dom Innocent Le Masson, qui, en 1703, fit imprimer plusieurs cartons, un ap­ pendice et un nouveau titre pdur mettre au service du public cet ouvrage important, sous ce titre : Disciplina ordinis car­ tusiensis in tres libros distributa, in-fol., Paris, 1703. Une nou­ velle édition, enrichie d’une préface explicative, a été imprimée, en 1894, in-fol., à la chartreuse de Notre-Dame-des-Prés, à Neuville-sur-Monlreuil. — D. Nicolas Molin, Historia cartu­ 2298 D. Francesco Vargas Macciucca... colla quale si asserisce falsi quel diplomi della medesima (certosa), che si difendono, e mostrano veri colla Storia critica e diplomatica, in-4·, Naples, 1766. — Storia critico-cronologica diplomatica del patriarca S. Brunone e dei suo ordine cartusiano... compilata dal P. D. Benedetto Tromby, 10 in-fol., Naples, 1773-1779. — D. Petri Dorlandi, Diestensis cartusiæ prioris doctissimi, Chronicon cartusiense... ante annos quidem cen­ tum ab auctore conscriptum, nunc autem primo e latebris erutum, ac selectarum quarumdam adjectione notarum illustratum, publicoque bono promulgatum, studio F. Theo­ dori Petræi, cartusiæ Coloniensis alumni, in-8·, Cologne, 1608; trad, franç. par e Maistre Adrien Driscart, pasteur de Notre-Dame en Tournay », in-8", Tournai, 1644. — Opusculum Arnoldi Bostii, carmelitæ Gandensis, de praecipuis aliquot cartusianæ famitiæ Patribus... e tenebris erutum studio ac labore F. Theodori Petrei, cartusiæ Coloniensis alumni, in-8·, Cologne, 1609. — Bibliotheca cartusiana sive illustrium sacri cartusiensis ordinis scriptorum catalogus, auctore F. Theodoro Petrejo... Accesserunt origines omnium per orbem cartusiarum quas eruendo publicavit Rever. D. Aubertus Mirxus, in-8·, Cologne, 1609. — Appendix Bibliotheca cartusianæ, in-8·, Cologne, 1609, 15 pages. — Dom StanislasMarie Autore, Bibliotheca cartusiano-mariana seu breves notitix scriptorum sacri ordinis cartusiensis, qui de beatissima Deipara Virgine Maria tractatus et libellos, hymnos aut ser­ mones conscripserunt, in-8·, Montreuil-sur-Mer, 1898, tiré à 100 exemplaires non mis dans le commerce. — Bibliotheca carthusiana. 1084-1884, in-8·, Munich, 1884, 90 pages, 1372 nu­ méros, frontispice gravé; c’est le 40· catalogue de la librairie de M. Louis Rosenthal, de Munich, fort intéressant pour la biblio­ graphie des chartreux. — Dom Jean Hagen de Indagine, char­ treux d'Erfurt (f 1475), De perfectione et exercitiis sacri cartusiensis ordinis libri duo, in-12, Cologne, 1606, 1608 (?), 1609; Lyon, 1643. — Le Vén. Denys de Leewis, de Ryckel (7 1471), De praeconio sive laude ordinis carthusiensis, libet' unus, in-fol., Cologne, 1532, Opera minora, t. n; Cologne, 1559, Opuscula insigniora. Ce livre paraîtra prochainement dans la nouvelle édition des œuvres complètes du Vén. Denys, où l’on trouvera aussi les autres opuscules composés pour la formation des novices. — Dom Pierre Cousturier (Sutor), chartreux de Paris (-f 1537), De vita cartusiana libri duo, in-4u, Paris, 1522; in-8·, Louvain, 1572; Cologne, 1609. — The hill of perfection in-4·, Londres, 1497; Mons perfectionis ad cartusianos, auctore Joanne Alcoch, episcopo Londinensi, in-4·, 1501. — M. Claude Réméré, docteur en théologie, Cartusianus sive iter ad sapientiam, in-8·, Vermand, 1626. — Dom Innocent Le Masson, général de l’ordre (f 1703), Directoire des novices chartreux de l'un et de l'autre sexe, 1660; cette première édition existait encore en 1785; in-12, 1676, s. 1.; 1687, 1760 (pour les religieux du cloître seulement), in-18, Avignon, 1867, 1874; Édition spéciale aux moniales du même ordre, in-18, Avignon, 1869; trad, latine par dom Innocent lui-méme, petit in-8· et in-16 (Lyon), 1676, annexé aux éditions des statuts, 1681, 1688, 1736; Directorium, in-16, Montreuil-sur-Mer. Ce Direc­ toire, arrangé à l’usage des frères lais par l’auteur lui-mème, se trouve annexé à toutes les traductions de leurs statuts. — Spi­ ritus cartusiensis a Reverendo in Christo Patre Domino Innocentio Le Masson... in annalibus ordinis dilucidat us, nunc vero ad commodiorem alumnorum usum per extra­ ctum in hanc formam a quodam Buxianæ cartusiæ professo digestus, et cum licentia superiorum in lucem datus, in-12, Ottoburæ, 1754. — Idea de un verdadero cartujo, in-8·, Va­ lence, 1775. — Idea veri cartusiani, 1792, imprimé aussi en un religieux de la chartreuse de Ved<.na (Belluno), in-16, Lecco, 1002. — D. Benoit Tromby, profès de la chartreuse de Calabre (7 1788), Risposta d'un anonimo certosino... alla Espagne, patrie de l’auteur anonyme, qui fut prieur de plusieurs maisons. — Idée d’un véritable chartreux, in-24, édition faite en Espagne avec l’imprimatur de l’inquisiteur général Mabil. Il y a une autre traduction française, Nancy, 1853; une traduc­ tion portugaise et une autre italienne, Naples, 1856. — Exposé du genre de vie des chartreux, in-18, Avignon, 1873. — Brevi cenni sui genere di vita dei cerlosini, in-16, Belluno, 1886. — Le chartreux, origines, esprit, vie intime, in-16, Currière (Isère), 1896, 1898; Tournai, 1903; traduit en italien. Au sujet de l’abstinence perpétuelle de la viande pratiquée dans l’ordre des chartreux on trouve des dissertations apologé­ tiques dans les œuvres du médecin Arnaud de Villeneuve, du cardinal Pierre d’Ailly, de Gerson, de dom Pierre Cousturier (Sutor) dans son ouvrage De vita cartusiana, du P. Théophile Raynaud, etc.— Ægidii Car 1er ii decani Cameracensis, Epistola super non esu carnium a cartusiensibus, se trouve dans ses œuvres ms. conservées à Paris, à la bibliothèque Mazarine, n. 1337. — Dom Innocent Casanova, chartreux napolitain (f 1727», scrittura per lo regio fisco data fuori dal sig. cavalière Apologetica pro semper laudabili, inviolabiliterque servata a siana ab origine ordinis usque ad tempus auctoris anno 1368 defuncti. Tomus iaS. P. N. Brunone usque ad R. P Aymonem, in-4·, Tournai, 1903. La suite paraîtra prochainement. — Annales ordini» cartusiensis ab anno 1084 ad annum 1429, auctore D. Carolo Le Couteulx, cartusiano, nunc primum a monachis ejusdem ordinis in lucem editi, 8 in-4·, Montreuilsur-Mer, 1887-1891. — Ephemerides ordinis cartusiensis, auctore D. Leone Le Vasseur, cartusiano, nunc primum a monachis ejusdem ordinis in lucem editx, 5 in-4·, Montreuilsur-Mer, 1890-1893. — Dom Victor-Marie Doreau, Les Éphérrérides de l’ordre des chartreux, 4 in-8·, Montreuil-sur-Mer, 1897-1900. — Le P. Ragey, mariste, Les chartreux peints par leurs « Éphémérides », in-8·, Lyon, 1901 ; trad, italienne par 2299 CHARTREUX carnibus abstinentia carthusianorum perpetua, in-12, Venise, 1686. Dom Cyprien-Marie Boutrais (f 1900), La Grande-Chartreuse par un chartreux, in-12, Grenoble, 1881, 1882, 1884, 1887, 1801,1892, 1896; trad, anglaise, Londres, 1893. — Les derniers jours de la Grande-Chartreuse, Journal de l’un des religieux expulsés, suivi du procès-verbal authentique de l'expulsion dressé par MM. Pichat, député, et Urbain Poncet, avocat, in-18, Pignerol, 1903 ; 2* édit., 1903; trad, italienne illustrée, in18, Pinerolo, 1904; trad, allemande, 1904. — M»r Dominique Taccone-Gallucci, Memorie storiche della certosa de’ Santi Ste­ fano e Brunone in Calabria, in-8·, Naples, 1885, dans les Monografie di storia calabra ecclesiastica, du même prélat, in-8·, Reggio-Calabria, 1900. — Camille Tutini, prêtre de Naples, Pros­ pectus historiés ordinis cartusiani. Additum est breve chronicon monasterii S. Stephani de Nemore ejusdem ordinis necnon series carthusiarum per orbem, in-8·, Viterbe. s. d. (vers 1636). Ce Prospectus est pour ainsi dire la table chrono­ logique de la grande histoire de l’ordre que l’abbé Tutini avait préparée, mais qu’il ne put pas livrer au public. Cet ouvrage se. trouve aujourd’hui à la Biblioteca di S. Angelo a Nido, à Naples. — Dom Bernard Pellicciono, chartreux italien (f 1645), Arbor virorum illustrium scriptorum et generalium ordinis cartusiensis, Bologne, 1664. — Charles-Joseph Morotius, Thea­ trum chronologicum sacri cartusiensis ordinis, lectori exhi­ bens ordinis ejusdem primordia et consuetudines, priores Magnse Cartusiæ ord. gen., cardinalium purpuras, episcopo­ rum infulas, scriptorum Athemeum, piorum fastos, singu­ larum denique per orbem cartustarum erectiones..., in-4·, Turin, 1681. — Joseph de Bonis. De præclaris cartusiensis instituti monumentis commentarius totius ordinis historiæ describendæ facile accommodatus, in-12, Bologne. 1791. — C. Boccella, Delle certose e dei certamini. La certosa di Pisa. Quella di Lucca, in-12, Lucques, 1842. — Luigi Biraghi, Che fanno i certosini nelta certosa di Pavia? in-8·, Milan, 1853. — Abbé F.-A. Lefebvre, Saint Bruno et l'ordre des chartreux, 2 in-8·, Paris, 1883. — Albert Hyrvoix, L'ordre des chartreux, in-8·, Paris, 1885. — G. C. Williamson, The books of the Car­ thusians, in-4·, Edimbourg, 1896. Culte de la Vierge Marie dans l’ordre : S. Maria protectrix carthusianorum, Anvers, vers 1580 : ce sont quinze gravures ln-4· de Gaspar Huberti, dessinées par F. Donck. — La certosa immacolata e sempre costante nel glorificare il mistero dell' immacolata Concezione di Maria, madré di Dio, per selle secoli. Opera del P. Giuseppe de Luciis d. C. di Gesù dedicata a tutte le certose del mondo, Napoli, 1698. Ouvrage ms. conservé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de Naples; codex ms. de papier, petit in-fol., 267 feuillets, n. xi a. 48. — Nederland en Maria de Kartuizers, art. du R. P. Boomars, rédemptoriste, pu­ bliés dans le De Volks Missionaris, décembre 1896 et janvierfévrier 1897. Voir aussi le t. n du Congrès Marial de Lyon, 1900, p. 385 sq. Ouvrages sur les chartreuses d’Angleterre : Monasticon anglicanum, in-fol., Londres, 1645, p. 949-977 : Cænobia cartusiana de ordine cartusiensi. Le même ouvrage reparut, 3 in-fol., Londres, 1682 ; 8 in-fol., 1817-1830,1846. 11 y a un abrégé, in-fol., 1693, 1718. — Dom Maurice Chauncy, chartreux de Londres diffère notablement de cette maîtrise des délectations de bliosofia e memorie di scrittori conventuali, Nodène, 1693, l'acte nutritif qu’est la simple abstinence. Celles-ci se p. 403; Sbaralea, Supplementum et castigatio ad scriptores règlent assez facilement, tandis que celles-là, par leur ord. minorum, Rome, 1806; Migne, Dictionnaire de bibliogra­ particulière véhémence et par l’obscurcissement qu'elles phie, t. ni. P. Édouard d’Alençon. projettent sur la raison, opposent une plus forte r dis­ CHASTEL Marie-Ange, néà Corseul (Côtes-du-Nord), tance. S. Thomas, Sum. theol., 11« 11«, q. eu, a. 3. le 12 février 1801, entra dans la Compagnie de Jésus le 2“ Subdivisions principales. — 1. Chasteté parfaite. 17 novembre 1827, el mourut à Paris, le 4 février 1861. — Ce qui la constitue au point de vue moral, c'est la ferme volonté de s’abstenir perpétuellement de toute Il prit une part assez marquante aux controverses du milieu du xix« siècle, sur l'origine et la valeur des con­ délectation charnelle, même permise dans l'état du ma­ naissances humaines, et défendit les droits de la raison, riage. S. Thomas, ibid., q. eut, a. 3. Cette vertu monile d’après la vraie tradition catholique, contre les exagéra­ n’est aucunement atteinte par la perte involontaire de tions des traditionalistes. Voici les titres de ses princi­ l’intégrité matérielle. S. Thomas, ibid., q. cut, a. 1, pales publications sur ce sujet : Les rationalistes et les ad 3“m. Cette permanente volonté est-elle suffisamment traditionalistes, ou les écoles philosophiques depuis garantie par une ferme et inébranlable résolution ou vingt ans, Paris, 1850; De l’autorité et du respect exige-t-elle l’appui d’un vœu? Bien que le vœu assure qui lui est dû, Paris, 1851 ; L’Église et les systèmes de une plus parfaite stabilité, rien ne démontre son absolue philosophie moderne, Paris, 1852: De l’origine des nécessité même en cette délicate matière. S. Thomas, ibid., q. eut, a. 3; Dominique Soto, In IV Sent., connaissances humaines d’après l’Ecriture sainte, ou 1. IV, dist. XLIX, q. v,· a. 2, concl. 2, Douai, 1613, p. 947; les révélalionistes contraires à la révélation interpré­ Salmanticenses, Cursus theologiæ moralis, tr. XXXI, tée par la tradition, Paris, 1852; De la valeur de la n. 54 sq. ; Lessius, De justitia et jure, celerisque vir­ raison humaine, ou ce que peut la raison par elle tutibus cardinalibus, I. IV, c. n, dub. XIV, η. 101, Paris, seule, Paris, 1854. 1606, p. 666. Cependant cette ferme et inébranlable vo­ De Backer-SommervogeL Bibliothèque de la C" de Jésus, lonté n’étant ordinairement exprimée que par un vœu, t. n, col. 1089-1091. J. Brucker. l’on peut dire pratiquement : virginitas secundum quod CHASTETÉ. - I. Vertu. II. Conseil. III. Vœu. est virtus importat propositum voto firmatum integri­ I. Vertu. — 1“ Définition. — Considérée comme vertu tatis perpetuo colendæ. S. Thomas, ibid., q. cui, a. 3, spéciale, la chasteté incline à s’abstenir de toute délecta­ ad 4«”. tion charnelle volontaire, même permise dans l’état du ma­ Cette chasteté parfaite s’identifie avec la vertu morale riage ou du moins à en régler l’usage selon les préceptes de virginité, si celle-ci n’est que la ferme et perpétuelle divins. — 1. Ce n’est donc qu’une subdivision de la vertu volonté de s’abstenir de toute délectation charnelle même de tempérance dont l’objet général est de régler confor­ permise dans l’état du mariage, volonté d’ail leurs toujours mément à la raison les délectations des sens, principale­ subsistante malgré la perte involontaire de l'intégrité ment celles du toucher. S. Thomas, Sum. theol., Il" 11«, matérielle : In virginitate est sicut formale el comple­ q. exu, a. 1-4. — 2. La délectation charnelle, sur tivum propositum, perpetuo abstinendi a delectatione laquelle s'exerce la vertu de chasteté, est spécifique­ venerea. S. Thomas, ibid., q. cui, a. 3. Unde virginitas ment caractérisée par son terme final, l’acte conjugal, en secundum quod est virtus nunquam amittitur nisi per dehors duquel elle reste toujours rigoureusement inter- ! peccatum. Loc. cit., ad 4»™. dite. Défendue en sa pleine consommation, elle l'est en­ La vertu morale de virginité ou de chasteté parfaite core dans son stage initial, comme tout danger grave se distingue de l’état de virginité et de la virginité ma­ d'entraînement au péché. La simple délectation sensible tériellement intègre. L’état de virginité est la condition peut aussi tomber sous la même interdiction, si par la fixe d'une personne irrévocablement engagée vis-à-vis fragilité individuelle ou la tyrannie de l’habitude elle de Dieu à s’abstenir perpétuellement des délectations devient, d’une façon coupable, cause d’une délectation charnelles permises dans le mariage. Pratiquement, le charnelle suffisamment voulue et consentie. Lehmkuhl, vœu de chasteté parfaite est la seule expression de cet Theologia moralis, t. 1, n. 861 sq.; Génicot, Theologiæ irrévocable engagement et constitue seul l’état de conti­ moralis institutiones, t. 1, n. 389. Pleinement involon­ nence parfaite ou de virginité. S. Thomas, ibid., taire, la délectation charnelle ne peut détruire la vertu q. ci.xxxvi, a. 4. La virginité matériellement intègre ou morale qui relève uniquement de la volonté. S. Augus­ virginité matérielle consiste dans la permanence de l'in­ tin, De continentia, c. n, P. L., t. xi., col. 352; Pierre tégrité organique ou dans le fait constant de l’absence Lombard,Sent., 1. IV, dist. XXXIII, n. 5; S. Thomas, de toute délectation charnelle. S. Thomas, ibid., q. cui, Sum. theol., IIs 11«, q. Cl.l, a. 1, ad 2um. — 3. Cette vertu a. 3. Cette intégrité se perd irrévocablement même en peut s’appuyer sur un motif purement rationnel, tel que dehors de toute faute; elle ne peut être rétablie par le le commandement de la loi naturelle, le respect de la seul repentir. S. Thomas, loc. cit., ad 3om. Cependant dignité humaine et les multiples avantages résultant les privilèges spéciaux promis à la virginité, comme l'au­ d'une intègre et persévérante fidélité. Vertu purement réole, voir t. i, col. 2571 sq., ne sont point refusés â qui naturelle dans son motif, mais cependant très précieuse perd seulement l'intégrité matérielle sans perdre la vertu. si elle a été acquise par une lutte généreuse où se sont S. Thomas, Sum. theol., Suppl., q. xevi, a. 5, ad 4·”. 2321 CHASTETÉ 2. La chasteté imparfaite ne possède point cette double caractéristique de totale et perpétuelle abstinence des délectations charnelles qu'autorise le mariage. Une dans cette note générique, elle se diversifie suivant l’état de vie ou elle est pratiquée. Antérieure au mariage, elle s’abstient de tout ce qui est défendu, mais sans renon­ cer à l’espérance ou à la possibilité du mariage. Dans l’état du mariage, elle règle, suivant la loi morale, l’usage de ce qui est permis. Postérieure à l’état du ma­ riage, elle évite, dans l’état de viduité, tout ce qui y est défendu. Ce ne sont point trois espèces particulières d’une même vertu; ce ne sont que trois états différents où se pratique une même vertu commune. Salmanti­ censes, Cursus theologiæ moralis, tr. XXVI, c. I, n. 42 sq. 3° Vertus complémentaires ou connexes. — 1. La pudeur. — Considérée comme complément de la chas­ teté, cette vertu a principalement pour objet la discré­ tion, la réserve et la retenue dans l’usage du mariage et dans tout ce qui en exprime, en suggère ou en rappelle l’idée. Ainsi elle assure l’intégral respect de la chasteté dans toute la conduite extérieure. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II®, q. eu, a. 4. — 2. L’abstinence. — Spécifi­ quement distincte de la chasteté parson objetimmédiat, la juste modération des délectations de la fonction nutritive a cependant avec la chasteté une étroite aflinité. S. Tho­ mas, ibid., q. eu, a. 3, ad 3um. Elle écarte les périls que peut susciter l'intempérance et elle fortifie la maîtrise de l’àme sur les sens, d’où résulte une plus grande éner­ gie spirituelle pour le maintien de la chasteté : avan­ tages fréquemment loués par les Pères et par les auteurs ascétiques. Voir t. I, col. 261 sq. 11. Conseil de chasteté. — i. soit existence et sa NATURE. — 1“ Enseignement du Nouveau Testament. — 1. Enseignement évangélique. — Non omnes capiunt verbum istud, sed quibus datum est. Sunt enim eunu­ chi qui de matris utero sic nati sunt, el sunt eunuchi qui facti sunt ab hominibus ; et sunt eunuchi qui seipsos castraverunt propter regnum cælorum. Qui potest capere capiat. Matth., xix, 11 sq. — a) Ce célibat dont parle Jésus est un état de vie permanent. C’est ce qu’in­ dique la similitude établie entre ceux qui sont perpé­ tuellement exclus du mariage par la nature ou par la cruauté des hommes et ceux qui s’en excluent volontai­ rement propter regnum cælorum. L’un et l’autre état sont également permanents, bien que les motifs soient très différents. D’ailleurs, s’il ne s’agissait que d’un état transitoire, comment Jésus pourrait-il attribuer à une faveur divine toute spéciale, quibus datum est, ce qui échoit nécessairement pendant une période plus ou moins longue à presque toute l’humanité? — b) Ce céli­ bat permanent doit être embrassé volontairement et pour des motifs surnaturels. Son caractère entièrement vo­ lontaire résulte de l’antithèse manifeste entre les eu­ nuques involontaires de naissance ou d’institution humaine et les eunuques qui sont tels par leur propre choix, ÿ. 12. Le caractère surnaturel est explicitement marqué par les expressions : propter regnum cælorum, jt. 12, et quibus datum est, y. 11. Si la grâce céleste est nécessaire pour comprendre et goûter pratiquement les avantages du célibat, c’est parce qu’on les apprécie au point de vue surnaturel, comme l'indique l’unique mo­ tif assigné par Jésus, la récompense surnaturelle du ciel. Conclusion d’ailleurs marquée par l’antithèse évidente entre le motif si naturel proposé par les apôtres au ÿ. 10 et celui que substitue Jésus. — c) Le secours de la grâce divine est en même temps assuré à quiconque veut gar­ der ce célibat par motif surnaturel. Car, bien que ce secours soit indispensable, ού πάντε; χωροϋσιν τον λόγον, άλλ’ οίς δέδοται, tous sont invités â cet heureux état, 6 δυνάμενος χωρείν χωρείτω. — d) Cet état volontaire­ ment et surnaturellement embrassé est loué par Jésus Comme plus parfait, puisqu’il est attribué à une favem· 2322 divine toute spéciale, indice d’un bien plus parfait. 2. Enseignement de saint Paul. — Devirgiuibus autem præeeptum Domini non habeo : consilium autem do, tanquam misericordiam consecutus a Domino ul sim fidelis. 1 Cor., vil, 25 sq. — a) Saint Paul parle du céli­ bat pour l’un et l’autre sexe, comme l’indiquent les ver­ sets 28, 32, 33, dont la signification est universelle. — b) La principale raison sur laquelle saint Paul appuie sa recommandation du célibat, c’est qu’il donne à la vie humaine une réelle beauté, προς το εύσχημον, avec la facilité d'être assidu au service de Dieu sans être dis­ trait par d’autres affections ou soucis, καί ενπάρεδρον τώ Κυρίω άπερισπάστως, y. 35. Cette conclusion se déduit rigoureusement des versets 32-34, dans lesquels l'apôtre insiste sur le secours très spécial que donne le célibat à l’àme désireuse de sa perfection au service de Dieu : éloignement des affections terrestres et des soucis ma­ tériels qui habituellement troublent ou divisent le cœur de l’époux et de l’épouse, et orientation vers Dieu et vers son service de toute l’énergie des affections et de l'acti­ vité. — c) Cette raison surnaturelle, sur laquelle s’appuie principalement la conclusion de saint Paul, est précédée de deux autres raisons plus brièvement indiquées : la courte durée absolue ou relative des biens de ce monde, ÿ. 29 sq., el les tribulations inhérentes à l’état conjugal, y. 26, 28. Bien que le terme καιρό; au y. 29, <5 καιρό; συνεσταλμένος έστιν, puisse par lui-même signifier indif­ féremment la durée particulière d’une vie humaine ou l'universelle durée de toutes les choses créées et que rien dans le contexte ne suggère nécessairement l’idée de la fin prochaine du monde, R. Comely, Commenta­ rius in S. Pauli priorem epistolam ad Corinthios, Pa­ ris, 1890, t. I, p. 204 sq., l’on ne peut prouver que toute pensée de la prochaine parousie est ici absolument écartée par saint Paul, quoiqu’elle le soit en plusieurs passages d'autres lettres. 1 Thess., v, 1 sq. ; II Thess., Il, 2 sq. En admettant que saint Paul mentionne la pro­ chaine parousie parmi les raisons de pratiquer le céli­ bat, l'on doit encore convenir que cette raison n'est point celle sur laquelle saint Paul s’appuie principale­ ment ou exclusivement, comme le prétend A. Sabatier, L’apôtre Paul, 3° édit., Paris, 1896, p. 160-161. Car la conclusion finale du ÿ. 35 : Porro hoc ad utilitatem vestram dico non tit laqueum vobis injiciam, sed ad quid honestum est et quod facultatem præbeat sine impedimento Dominum obsecrandi, est immédiate­ ment fondée sur la facilité que donne le célibat de s’adonner au service de Dieu sans empêchement et sans partage, y. 32 sq. La même remarque s'applique à la considération de l’apôtre sur les tribulations inhérentes à l’état du mariage : tribulationem tamen carnis habe­ bunt hujusmodi, ÿ. 28. Celte considération ou l'apôtre fait allusion aux pénibles obligations imposées par le mariage, aux multiples douleurs, inquiétudes et embar­ ras qu’il peut causer, peut avoir une réelle utilité bien exposée par plusieurs Pères. S. Chrysostome, De virgi­ nitate, c. xxvm, lvi sq., P. G., t. xlviii, col. 552 sq., 577 sq.; S. Grégoire de Nysse, De virginitate, c. ni, P. G., t. xlvi, col. 326 sq.; S. Augustin, De sancta vir­ ginitate, c. xvi, P. L., t. xl, col. 403 sq. Saint Paul, tout en mentionnant cette raison, ne la donne point comme l’appui principal de sa doctrine sur l’excellence de la virginité. — d) L'apôtre recommande ainsi la vir­ ginité, non en son propre nom, mais avec l'intime per­ suasion qu'il parle selon l'inspiration divine qui doit lui mériter créance auprès de tous : De virginibus autei . præeeptum Domini non habeo, consilium autem d . tanquam misericordiam consecutus a Domino ut sim fidelis, jt. 25; Beatius autem erit si sic permanser : secundum meum consilium, puto autem quod et ego Spiritum Dei habeam, ÿ. 40. — e) D’où l'on peut con­ clure que l’expression consilium, γυώμην, ÿ. 25. de·:: réellement s'entendre au sens théologique de conseil c . 2323 CHASTETÉ perfection, suivant la définition donnée par saint Augus­ tin, De sancta virginitate, c. xtv, P. L., t, XL, col. 402; Epist., clvii, n. 39, P. L., t. xxxm, col. 692, et par saint Thomas, Sum. theol., I» II®, q. cvm, a. 4. Ce sens est d’ailleurs fondé sur Matth., xix, 12, comme nous l’avons montré précédemment. 2° Enseignement île la tradition chrétienne. — I. Dans les quatre premiers siècles jusqu’à saint Augus­ tin. — a) Le simple fait de l'existence de nombreux ascètes observant dès cette époque la continence par­ faite pour parvenir à une plus intime union avec Dieu, voir Ascétisme, t. t, col. 2074, ne peut s’expliquer que par l’existence du conseil divin de chasteté parfaite, surtout si on rapproche ce fait de Matth., xix, 12, et de I Cor., vu, 25 sq., et si l’on tient compte des difficultés extrêmes que devait rencontrer dans le monde presque entièrement païen une pratique si opposée aux mœurs du paganisme. — &) L’existence du conseil évangélique de chasteté parfaite, affirmée dans les premiers siècles de l'ère chrétienne par l’institution des ascètes, est expressément enseignée par les Pères depuis la fin du H» siècle. Tertullien, Ad uxorem, I. I. c. m, P. L., t. 1, col. 1279, d’après I Cor., vu, 34; S. Cyprien, De habitu virginum, c. xxm, P. L., t. iv, col. 463, suivant Luc., xx, 35, 36; S. Ambroise, De virginibus, 1. 1, c. v sq.. P. L., t. xvi, col. 195 sq., selon i Cor., vu, 32 sq.; De viduis, c. i, xiii sq., P. L., t. xvi, col. 235, 257 , 259, d’après I Cor., vu, 34, 39, 40; Matth., xix, 11 sq.; I Cor., vu, 7, 25 sq.; De virginitate, c. vil, col. 273, suivant Matth., xix, 12; S. Chrysostome, De virginitate, c. IX, P. G., t. XLVUl, col. 539; De non iterando conjugio, η. I, 3, col. 611, 614, d'après I Cor., vu, 35; S. Grégoire de Nysse, De virginitate, c. n, P. G., t. xlvi, col. 324; S. Jérôme, Epist., xxit, n. 19; cxxm, n. 5, P. L., t. xxil, col. 405 sq., 1047 sq., suivant I Cor., vu, 39; Adversus Jovinianum, 1. I, n. 9, 12 sq., P. L., t. xxm, col. 222, 227 sq., d’après 1 Cor., vu, 8 sq.; Matth., xix. 12; I Cor., vu, 25 sq.; S. Augustin, De sancta virgini­ tate, c. xiv, P. L., t. xi„ col. 402 sq., selon I Cor., vit, 25sq. ; De èotw viduitatis, c. Il sq., XIX, col. 431 sq.,445, suivant I Cor., vu, 8, 34. Quant à la notion théologique de la différence entre le précepte divin et le simple conseil évangélique, esquissée d'abord par saint Ambroise, De viduis, c. xn, P. L., t. xvi, col. 256, elle est explicite­ ment formulée par saint Augustin, De sancta virgini­ tate, c. xtv. P. L., t. xi., col. 402; Epist., ci.vn, n. 39, P. L., t. xxxm, col. 692. En même temps que les Peres affirment le conseil évangélique de chasteté parfaite en l’appuyant sur l’enseignement de Jésus-Christ el de saint Paul, ils ajoutent parfois et d'une manière plutôt secon­ daire des raisons humaines qui doivent recommander et faire aimer cet heureux état : les pénibles obligations imposées par le mariage, les vives et fréquentes douleurs qui résultent des blessures faites aux affections fami­ liales, les inquiétudes presque constantes, et de nom­ breux embarras de tout genre. S. Chrysostome, De vir­ ginitate, c. xxviii, lvi sq., P. G., t. XLvm. col. 552 sq., 577 sq. ; S. Grégoire de Nysse, De virginitate, c. ni, P. G., t. xlvi, col. 326 sq. ; S. Augustin, De sancta vir­ ginitate, c. xvi, P. L., t. XL, col. 403 sq. 11 est d’ailleurs incontestable que ces Pères, en recommandant la pra­ tique du conseil de chasteté parfaite, ne déprécient aucunement le mariage. S. Chrysostome, De virgini­ tate, c. IX, xxv sq., P. G., t. xi.vm, col. 539 sq., 550sq.; S. Augustin, De sancta virginitate, c. xvm sq., P. L., t. XL, col. 404 sq. ; De bono viduitatis, c. m sq., col. 432 sq. Cette doctrine énoncée par les Pères comme la doctrine enseignée par Jésus-Christ et préchée par saint Paul est postivemenl affirmée par le pape saint Sirice en 389 ou 31)0 dans une lettre à l’Eglise de.Milan ou il réprouve les erreurs de Jovinien particulièrement sur la question de continence et de la virginité : Nos sane nuptiarum vola non aspernanter accipimus, qui­ 2324 bus velamine intersumus, sed virgines quas nuptiæ creant, Deo devotas majore honori /icentia honoramus. Facto igitur presbyterio constitit doetrinæ noslræ id est ehristianæ legi esse contrariam eorum sententiam. P. L., t. xvi, coi. 1123. ^.Depuis saint Augustin jusqu’à saint Thomas, cette doctrine des Pères est simplement reproduite pat les auteurs ecclésiastiques. Gennade de Marseille, De eccle­ siasticis dogmatibus, c. lxiv, lxviii, P. L., t. lviii, col. 996; S. Fulgence de Ruspe, Epist., m, c. vi sq., P. L., t. lxv, col. 328 sq., d'après Matth., XIX, 12; Is., lvi, 4, 5; Apoc., xiv, 4; S. Isidore de Séville, Sent., 1. Ill, c. XL, P. L., t. LXXXIII, col. 643 sq., d’après Is., lvi, 4, 5; De ecclesiasticis officiis, I. Il, c. xvn, η. 4 sq., col. 805 sq., d'après Matth., xix, 12; I Cor., vu, 25 sq.; Is., lvi, 4, 5; Pierre Lombard,Sent., L IV, dist. XXXIII, n. 4, P. L., t. cxcil, col. 926, et insérée dans le Décret de Gratien, part. II, caus. xxxm, q. v. 9, P. L., t. ci.xxxvn, col. 1371 sq., 1467. 3. Au xiii» siècle, saint Thomas en même temps qu’il s’appuie principalement sur Matth., xix, 12; I Cor., vu, 25 sq., Sum. theol., 11“ 11“·', q. ci.n, a. 4; Cont. gent., 1. III, c. CXXXVl, indique les convenances surnaturelles de l’état de virginité et son intime relation avec l’état de perfection. Les convenances sont déduites de ces trois considérations : le bien divin l’emporte sur le bien humain, le bien de l’âme est préférable à celui du corps, le bien de la vie contemplative est supérieur à celui de la vie active. Triple supériorité évidemment réalisée par l’étal de virginité où l'on poursuit principalement le bien de l’âme par la contemplation paisible et ininter­ rompue des choses divines, tandis que l’état du mariage principalement adonné à la recherche des biens du corps et â la vie active apporte plutôt des obstacles à la vie contemplative. Donc l'état de virginité, dans la me­ sure où il favorise ces biens supérieurs, est de soi pré­ férable à l'état du mariage ou la recherche de ces biens rencontre beaucoup d’obstacles. Mais celte supériorité de l'état n’entraine point nécessairement la supériorité de sainteté ou de perfection personnelle vis-à-vis de tous ceux qui vivent dans l’état inférieur. Sum. theol., 11“ II», q. ci.il, a. 4, ad 2“m; q. CLXXXIV, a. 4. D’où il résulte encore que l'état de virginité est une partie intégrante de tout état de perfection à acquérir, puisqu’il est stric­ tement nécessaire pour écarter efficacement et habituel­ lement les obstacles à la perfection, tels qu'ils résultent communément de l’état du mariage. Sum. theol., II» II", q. CLXXXVl, a. 4. En même temps saint Thomas réfute les principales objections contre la possibilité ou la supériorité de l'état de virginité ou de continence par­ faite. Cont. genl., 1. III, c. cxxxvi. Cet enseignement est communément reproduit dans toute cette période par les théologiens scolastiques ou ascétiques. Denys le char­ treux, In IV Sent., LIV, dist. XXXIII, q. ni ; S. Anton in de Florence, Summa theologica, part. Ill, tit. n, c. i. Vé­ rone, 1740, t. m, p. 134 sq.; Dominique Soto, In IV Sent., I. IV, dist. XXX, q. Il;dist. XLIX, q. v, a.2; Cajé­ tan, In 1/“··, q. ci.n. a. 4. 4. Au xvi» siècle, Luther proclame les vœux monastiques contraires à son principe fondamental de la justification par la seule confiance aux mérites de Jésus-Christ. Re­ nifle, Luther und Luthertum, 2“ édit., Mayence, 1904, p. 76 sq. Il combat particulièrement le vœu de chasteté dont il affirme que l’objet est irréalisable, parce que la concupiscence de la chair est irrésistible, op. cit., p. 90 sq., et que la prière ne peut assurer une aide suffisante. Op. cil., p. 103 sq. Luther soutient donc que Jésus-Christ n’a nullement conseillé la virginité ou le célibat et qu'il en a plutôt détourné. Op. cil., p. 80sq. Ces affirmations luthériennes communément adoptées par les réforma­ teurs du xvi» siècle furent formellement condamnées par le concile de Trente, sess. XXIV, can. 10, et solide­ ment réfutées par les théologiens catholiques. Canisius, 2325 CHASTETÉ De Maria Deipara Virgine, 1. Π, c. xn, Ingolstadt, 1583, t. n, p. 200 sq.; Bellarmin, De monachis, 1. H, c. xxnsq. ; Sylvius, In llam II*, q. Ci.n, a. 4; Suarez, De religione, part. 11, tr. Vil, 1. IX. c. I, n. 11 sq.; Sal­ manticenses, Cursus theologiæ moralis, tr. XXVI, c. I, n. 62 sq.; Gotti, Vera Ecclesia Christi, a. 5, η. 16 sq., Venise, 1750, p. 252 sq.; Perrone, Prælecliones theolo­ gicis, tr. De online, c. v, n. 189 sq. ; Pesch, Prælectiones théologie», Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. vn, р. 390 sq.; Billot, De Ecclesiæ sacramentis, 3' édit., Rome, 1901, t. n, p. 360 sq.; Monsabré, Exposition du dogme catholique, carême de 1887, 6e conférence. Bans leur démonstration positive ces théologiens s’appuient principalement sur Matth., χιχ, 12; 1 Cor., vn, 25 sq., et sur l’autorité des Pères interprétant ces textes. Leur démonstration apologétique repose sur les raisons de convenance développées par saint Thomas, Sum. theol., 11“ II®, q. Ctll, a. 4; Cont. gent., 1. III, с. cxxxvi, et sur les réponses suivantes aux principales objections protestantes ou rationalistes ; a) La pratique du conseil évangélique de chasteté parfaite est surnaturellement possible avec le secours de la grâce divine tou­ jours assurée à ceux qui embrassent cet état avec une prudente certitude de l’appel divin. Affirmer avec Luther l'impossibilité de la lutte contre l’inclination ou l'impul­ sion physique, c’est supprimer toute liberté, même en face de devoirs indiscutables; c’est nier l’obligation de la fidélité conjugale et légitimer en cette matière tout ce que la loi naturelle réprouve. C'est en même temps contredire un fait historique très évident dans son en­ semble : le régne constant de la continence parfaite dans une élite de la société chrétienne et son rayonne­ ment de sainteté et de dévouement à travers le monde. Il est d’ailleurs certain que l’excitation sensuelle ne vient point de la sensation d'un besoin non satisfait, mais de causes occasionnelles qu'une prudente et sévère vigilance peut le plus souvent écarter ou qu'une forte volonté aidée surtout par le secours divin, peut toujours suffisamment combattre. Debreyne-Ferrand, La théolo­ gie morale el les sciences médicales, 6” édit., Paris, 1886, p. 375 sq.; Surbled, La morale dans ses rap­ ports avec la médecine et l’hygiène, c. v, Paris, 1891, p. 22 sq.; Eschbach, Disputationes physiologico-theologicæ, 2' édit., Rome, 1901, p. 482 sq. L’on doit toutefois reconnaître que l’état de continence n’est point à con­ seiller à certains tempéraments à fortes propensions érotiques, d’où résulte un danger habituel d’entraine­ ment. Eschbach, op. cit., p. 484; Gasparri, Tractatus canonicus de sacra ordinatione, n. 576, Paris, 1893, t. i, p. 375 sq. — 6) La bienfaisante efficacité de la par­ faite continence pour le vrai bien individuel de ses adeptes est évidente pour qui admet la supériorité de l’âme sur le corps, de l’intelligence sur les sens, de la grandeur morale et de la sainteté sur tous les avantages matériels. Pour qui ne voudrait point s’élever au-dessus du bien-être corporel, la bienfaisante efficacité de la continence est encore incontestable. Loin de favoriser les perturbations du système nerveux ou d’atl'aiblir les forces physiques, laconlinence a une salutaire inlluence sur la santé et la vigueur du corps tandis que les excès vénériens leur sont 1res funestes. Debreyne-Ferrand, op. cit., p. 70 sq. ; Surbled, op. cil., p. 25 sq. ; Eschbach, op. cil., p. 480 sq. — c) Les avantages sociaux que pro­ cure une élite morale librement vouée à la continence parfaite sont incontestables. Ses constants exemples de vertu et son généreux apostolat qu'aucune préoccupation humaine ne distrait, sont un puissant moyen de relève­ ment moral pour les sociétés. Son dévouement inces­ sant à la diminution et au soulagement des misères intellectuelles, morales et matérielles de l’humanité, dévouement inspiré par une charité non partagée et servi par toutes les énergies disponibles, réalise inces­ samment dans toute la société un bien considérable : 2326 c’est ce qu’atteste manifestement toute l’histoire du catholicisme. Contre un tel ensemble de faits, quelques défaillances isolées, si lamentables qu’elles soient, ne peuvent fournir aucune preuve valable. — d) S’il est vrai que l’accroissement numérique des individus est un facteur important bien que secondaire du bonheur ma­ tériel d’un peuple, le maintien et même le progrès de ce facteur économique n’ont rien â redouter de cette élite morale des continents volontaires. En perfection­ nant le niveau moral, ils écartent les principales causes morales de l’infécondité volontaire. En soulageant effi­ cacement les misères sociales de toute nature, ils dimi­ nuent les principaux obstacles accidentels à l'accroisse­ ment numérique et à la valeur effective des membres de la société. C’est le témoignage de l’histoire. En même temps que les apologistes justifiaient contre les ennemis de l’Église le conseil évangélique de la chasteté parfaite, les théologiens moralistes et ascétiques déterminaient avec soin les conditions sans lesquelles il ne peut être prudemment suivi, conditions que nous devons indiquer d’après leur enseignement. tr. sa pratique. —1° Conditions antécédentes. — 1. La prudence exige que l’on ne s’engage point dans l’élat de parfaite et perpétuelle chasteté sans une garantie suf­ fisante d’entière fidélité. Ce devoir de prudence résulte de l’obligation toujours rigoureuse de ne point s’exposer témérairement à un grave danger de péché, qui, dans la circonstance, serait moralement certain. La garantie devra être d’autant plus sérieuse que plus grande sera la difficulté d’obtenir une dispense ou une commuta­ tion du vœu par lequel on s'engage en cet état. Celle garantie, toujours laissée à la prudente appréciation du confesseur, se fondera sur une fidélité assez constante dans la vertu toujours conservée ou généreusement re­ couvrée. Même pour la chasteté parfaite en dehors de l'état ecclésiastique ou de la vie religieuse, cette pru­ dence doit être observée. Avant de permettre définitive­ ment l’engagement irrévocable, le confesseur agira sa­ gement en n'autorisant pendant quelque temps qu'un vœu temporaire renouvelable à des échéances plus ou moins rapprochées. Lehmkuhl, Theologia moralis, t. i, n. 480. —2. Un appel de Dieu est-il nécessaire? Puisque la divine providence dirige toutes les vies humaines avec toutes leurs circonstances vers la gloire du ciel et distri­ bue à cette lin les aptitudes individuelles et les grâces nécessaires, y compris celles que requièrent certains états privilégiés, l'on doit rigoureusement conclure que la possession d’aptitudes spéciales est un effet particu­ lier de la providence et un indice habituel, normal, régulier, d'un appel divin au moins permissif à tel état de vie. Conclusion certainement applicable à l’état de chas­ teté parfaite, suivant la parole évangélique : quibus da­ tum est ; qui potest capere capiat. Cet appel divin, en l'absence de toute manifestation surnaturelle stricte­ ment preceptive, reste par lui-même simplement per­ missif. Cependant il devient impératif, quand son inexé­ cution expose à de graves dangers pour l’éternité en privant de moyens spéciaux de salut ou en suscitant de périlleuses occasions. S. Alphonse de Liguori, Theolo­ gia moralis, 1. IV, η. 78. 2° Dispositions concomitantes. — Le conseil évangé­ lique de chasteté parfaite n’étant qu'un moyen de tendre plus efficacement et plus sûrement à la perfection, S. Thomas, Sum. theol., Il® II®, q. clxxxiv, a. 3, 4, l'on ne doit jamais perdre de vue ce but final. 11 serait donc déraisonnable de placer toute la réalisation de la perfection dans le simple fait de l’état de chasteté par­ faite, ou de croire que cet état dispense des conditions essentielles ou habituelles de toute perfection. Il y a plutôt devoir très impérieux de pratiquer l'humilité et la vigilance, à cause de la perfection spéciale â laquelle on aspire et des obligations nouvelles librement assu­ mées. Epilres sur la virginité, attribuées à S. Clé­ 2327 CHASTETÉ ment. Patres apostolici, edit. Funk, Tubingue, 1901, t. n, p. t sq.; S. Cyprien, De habitu virginum,c. n sq., р. L., t. iv, col. 442 sq.; S. Ambroise, De virgini­ bus, 1. II, III, P. L., t. xvi, col. 207 sq. ; De viduis, с. n sq., col. 257 sq.; De virginitate, c. xvi sq., col. 291 sq.; De institutione virginis et sanclæ Mariæ virginitate perpetua, c. χιν sq.. col. 326 sq.; Exhortatio virginitatis, c. ix sq., col. 1153 sq. ; S. Augustin, De sancta virginitate, c. xxxi sq.. P. L., t. XL, col. 412 sq. ; Serm., cccliv, c. v sq., P. L., t. χχχιχ, col. 1565 sq. ; S. Jérome, Epist., xxii, n. 3 sq., P. L., t. xxn.col.395sq. ; CXVll, n. 7 sq., Col. 957 sq.; CXXVll, n.3 sq., col. 1097 sq.; cxxx, η. 1 sq., col. 1107 sq.; LIV, n. 7 sq., col. 553 sq.; lx.xix. n. 6 sq., col. 728 sq. Parmi les devoirs recom­ mandés aux vierges ou aux veuves qui demeurent en l’état de viduité, le soulagement des misères temporelles et spirituelles du prochain mérite une mention toute spéciale. Leur affranchissement de tout lien terrestre doit faciliter leur dévouement généreux et constant. S. Cyprien, De habitu virginum, c. XI, P. L., t. IV, col. 449; Testamentum D. N. J. C., édit. Rahmani, Mayence, 1899, p. 95-97, 101, 107. 111. Vœu oh chasteté. — /. objet- — 1° L’objet de la promesse faite à Dieu par le vœu de chasteté est la pratique intégrale et perpétuelle de la chasteté parfaite ou sa pratique temporaire, ou encore la fidélité à la chasteté nécessaire dans l'état de vie où l'on est actuel­ lement engagé. En toute circonstance, l'objet directe­ ment atteint par le vœu n'est point seulement l’acte extérieur; ce sont aussi les actes purement intérieurs, affections, désirs ou complaisances de la volonté dans la mesure ou ces actes sont opposés à la vertu de chas­ teté à laquelle on s’oblige intégralement par le vœu. Cf. Vasquez, JnZ«“>//®,disp.CXII,c.n; Lugo, Depænitentia, disp. XVI, sect, vi, n. 386; Salmanticenses, Cursus theo­ logice moralis, tr.XXVI, c. iv, n. 13; Lehmkuhl, Theolo­ gia moralis, t. i, n. 385. — 2° Ainsi le vœu de chasteté se différencie du vœu de ne point s'engager dans l’état du mariage, votum non nubendi, et du vœu strict de virginité ou vœu de garder l’intégrité matérielle de la virginité, toujours irrévocablement perdue par le pri­ mum opus carnale consummatum. Gasparri, Tracta­ tus canonicus de matrimonio, n. 437, 2« édit., Paris, 1900, t. I. p. 286 sq. Mais comme l'intention parti­ culière de l’individu, dans l’expression du vœu de gar­ der le célibat ou la virginité, se porte fréquemment ou môme habituellement jusqu’à la chasteté parfaite, l’on devra examiner le motif particulier et les circonstances concrètes du vœu pour déterminer sa nature spécifique. Gasparri, loc. cit-, p. 288 sq. il. espèces ou subdivisions. — Suivant son objet, le vœu de chasteté peut être ou le vœu perpétuel de chasteté parfaite, ou le vœu temporaire de chasteté, ou simplement le vœu de chasteté conjugale. Quant aux espèces particulières provenant de la manière dont le vœu est émis, vœu religieux ou privé, vœu solennel ou simple, absolu ou conditionnel, explicite ou implicite, elles se comprennent suffisamment d’après les prin­ cipes généraux. Voir Vœu. ill. conditions d’obligation. — i» Connaissance suf­ fisante de l’obligation contractée.. — 1. Tout contrat de promesse, exigeant de celui qui s’engage un véritable consentement à l’obligation contractée, suppose néces­ sairement quelque connaissance de l’objet, de la nature el de l’obligation de la promesse. Toute erreur substan­ tielle sur ce point empêcherait la formation même du contrat. Le vœu de chasteté, étant une promesse libre­ ment faite à Dieu, obéit à cette loi fondamentale. Toute ignorance ou erreur substantielle portant sur la nature du vœu, sur son objet, sur son obligation, s'oppose abso­ lument à l'existence ou à la validité du vœu. Mais l'ab­ sence de prévision de certaines particularités acciden­ telles, comme la fréquence et la gravité des tentations 2328 ou la difficulté de la lutte, ne peut empêcher un vrai consentement à l'objet substantiel du vœu. — 2. En principe, dès lors que le vœu a été émis, on doit, jus­ qu'à preuve du contraire, le présumer régulièrement fait nu point de vue ce la connaissance. Cependant avant que soit atteint l’àge de sept ans. communément accepté comme point de départ des obligations ecclésiastiques ou canoniques, l’existence certaine de la connaissance suffisante devrait être strictement prouvée. S. Alphonse de Liguori, Theologia moralis, I. Ill, η. 196; Lehmkuhl, Theologia moralis, t. i, n. 430. 2° Les graves obligations personnelles imposées par le vœu de chasteté ne pouvant provenir que d'une vo­ lonté entièrement personnelle et suffisamment libre, le vœu des parents offrant à Dieu leurs enfants pour l'état religieux ou pour les ordres sacrés, ne peut, en matière de chasteté, imposer aucune obligation personnelle, en dehors de l'acceptation formelle des enfants, quand ils ont la libre disposition d’eux-mêmes. Quels obstacles, d'après le droit naturel ou d’après le droit ecclésias­ tique, empêchent cette libre disposition de soi-même, on le déduira sans peine des conditions absolument requises pour la validité du vœu considéré d'une manière géné­ rale et pour la validité de la profession religieuse. tv. effets. — 1° Quant à la nature de la faute com­ mise dans la violation de ce vœu. — I. Outre la faute directement commise contre la vertu de chasteté, il y a sacrilège quand le vœu. par sa propre nature ou par l’acceptation de l’Église, donne à la personne un véri­ table titre de consécration au service de Dieu. Cette consécration effective au service de Dieu résulte certai­ nement du vœu solennel ou simple de chasteté prononcé dans une congrégation religieuse approuvée par l’Église. — 2. Pour les clercs obligés à la continence, la faute commise est toujours un sacrilège, s’il est vrai que cette continence leur est imposée par un vœu tacite résultant du simple acquiescement à l’ordination avec la condi­ tion déterminée par l’Église. S. Thomas, Sum. theol., 11» II®, q. LXXXVIII, a. 11. C’est l’enseignement le plus autorisé parmi les théologiens, bien qu’il ne soit pas strictement démontré. Dans l’hypothèse d’une obligation provenant simplement de la loi ecclésiastique enjoignant aux clercs le célibat, il serait encore vrai qu’une double faute serait commise, l’une contre la vertu de chasteté, l’antre contre la loi de l’Église, Sanchez, De sancto ma­ trimonii sacramento, 1. VII, disp. XXVII, n. 9 sq., An­ vers, 1626, t. n, p. 103 sq., bien qu’il y ait difficulté à expliquer comment les actes purement internes seraient atteints par la prohibition de l’Église. — 3. Quant au vœu entièrement privé, que l’Eglise n’approuve ni for­ mellement ni tacitement, c’est un point assez discutable s'il donne effectivement à l’individu cette consécration au service divin dont la violation constitue le péché spécifique de sacrilège. Voir Sacrilège. Mais en l’ab­ sence de sacrilège spécifique absolument démontré, il y aurait toujours quelque péché d'irréligion provenant de l’outrage à la majesté divine, nécessairement existant dans toute infidélité coupable à une promesse faite a Dieu. Lehmkuhl, Theologia moralis, t. i, n. 455. 2° Quant au mariage à contracter ou déjà contracté. — 1. Quant au mariage à contracter. — a) Le vœu religieux solennel de chasteté, approuvé comme tel par l’Eglise, est un empêchement perpétuel à la validité de ce mariage, en vertu de la détermination ou de la constitution formelle de l’Eglise. Conci le de Trente, sess. XXIV. c. ix. Voir Empêchements de mariage. — b) Le vœu simple de chasteté émis en religion ne constitue point par lui-même, en dehors de privilèges spéciaux comme ceux dont jouit la Compagnie de Jésus, un empêche­ ment dirimant. Il rend seulement illicite le mariage ainsi contracté et a pour conséquence d’interdire le droit actif à l'usage du mariage. — 2. Le mariage déjà contracté et non consommé par l'opus carnale perfe- 2329 CHASTETÉ cluni peut, suivant l’enseignement de l’Église, concile de Trente, sess. XXIV, can. 6, être entièrement dissous par la profession religieuse solennelle, comprenant né­ cessairement le vœu solennel de chasteté; effet qui ne résulte jamais du vœu simple, religieux ou privé, dans quelque condition qu’il soit émis. 3° Le vœu perpétuel de chasteté parfaite, même privé et non accompagné d'autre vœu. place celui qui l’a émis dans un état intermédiaire de perfection, du moins au sens restreint d’une perpétuelle obligation à un conseil de perfection et aux moyens nécessaires pour sa réali­ sation. 2330 nastère. Innocent III affirme l’incompatibilité absolue entre la règle monastique et l'exercice du droit de propriété, incompatibilité telle qu’elle échappe à toute dispense même pontificale : Nec æslimet abbas quod super habenda proprietate possit eum aliquo monacho dispensare, quia abdicatio proprietatis sicut et custodia castitatis adeo est annexa regules monachal! ut contra eam nec summus pontifex possit licentiam indulgere. L’impossibilité d'accorder une dispense en matière de chasteté monastique est incidemment affirmée dans le même sens, sans aucune allusion à l'hypothèsedu moine cessant d'être moine par la dispense de ses vœux. De V. ANNULATION ET DISPENSE DU VŒU DE CHASTETÉ. — l'absence d’une telle hypothèse, comme de l'absence de 1“ Annulation.— 1. L’autorité paternelle ou maternelle, toute dispense pontificale en cette matière à cette époque pouvant annuler tout vœu fait par les enfants avant et aux siècles suivants, l'on ne peut déduire aucune l’àge de puberté ou non ratifié après cette époque, conclusion positive. L’autorité de saint Thomas s’appuie peut s'exercer sur le vœu de chasteté émis dans ces uniquement sur la décision juridique qu'il rapporte : sed conditions. Annulation toujours valide même quand elle quia decretalis inducta expresse dicit quod nec summ us se produit sans cause légitime, bien qu’en ce dernier cas pontifex potest contra custodiam castitatis monacho elle entraîne toujours avec elle quelque faute vénielle. licentiam dare, ideo aliter videtur dicendum. Reflétant Ce pouvoir annulatoire, tout en répondant à une cer­ simplement le sens attribué â la décision juridique, cette taine exigence naturelle, n’est positivement déterminé réponsen'a parelle-même aucune valeur positive. Del’auque par l'autorité de l'Eglise approuvant tacitement sur torité juridique, saint Thomas donne, il est vrai, une rai­ ce point l’enseignement unanime des théologiens. — son de convenance, mais sans la faire réellement sienne 2. Le mari peut-il, en vertu de l’autorité que le droit comme le montre la forme dubitative, aliter videtur di­ naturel lui confère sur son épouse, annuler directement cendum. Cette explication de la pensée de saint Thomas, le νσ-u de chasteté émis par elle pendant le mariage? donnée par Cajétan dans son commentaire sur ce passage Beaucoup de théologiens l'affirment en s’appuyant prin­ et approuvée par Gotli, Theologia scolaslico-dogmatica, cipalement sur une certaine approbation de l'Eglise tr. XIII, De matrimonio, η. vm, dub. m, n. 17, Venise, facilement présumable quand il s'agit d'une doctrine 1750, t. m, p. 585, nous parait être la seule vraie. Quant commune parmi les théologiens. S. Alphonse, Theologia à l'absolue irrévocabilité que l’on attribue à toute pro­ moralis, I. Ill, n. 234; Lehrnkuhl, Theologia moralis, fession solennelle, elle provient d'une fausse définition t. t, n. 462. D’autres théologiens n'admettent dans le des vœux solennels. De quelque manière que l’on ex­ mari comme dans l’épouse que le droit d’annuler indi­ plique la nature intime de la profession solennelle, l’on doit au moins reconnaître que la détermination immé­ rectement les vœux dont l'accomplissement s’opposerait diate de la solennité avec tous ses effets canoniques à l’exercice de ses droits. Génicot, Theologia moralis, procède de la législation de l’Église. A. Vermeersch, t. i, n. 325. Cette annulation directe ou indirecte peutelle se faire même quand les deux époux ont mutuelle­ De religiosis institutis el personis, Bruges, 1902, t. n, р. 12 sq. Dès lors rien ne ^’oppose à ce que l’Église, ment consenti à l'émission du vœu les liant tous deux? Saint Alphonse, Theologia moralis, I. Ill, η. 2,39, ne voit toujours maîtresse de sa législation, la modifie ou en aucune raison convaincante pour nier en ce cas le accorde dispense, sans aller à l’encontre d'aucune déter­ pouvoir annulatoire vis-à-vis de l’autre partie; cepen­ mination du droit divin. dant il n’ose se prononcer en faveur de cette solution, b) Le pouvoir de dispenser du vœu de chasteté est parce qu'elle contredit l'opinion commune. Néanmoins, ainsi réglé par l’Eglise dans ses concessions habituelles Ballerini-Palmieri, Opus theologicum morale, 2e édit., de juridiction ou de délégation de cette matière : a. Tout Prato, 1892, t. n, p. 501 sq., soutient le légitime exer­ vœu perpétuel de chasteté parfaite, privé ou religieux, cice du pouvoir annulatoire même en ce cas; son opi­ simple ou solennel, dès lors qu'il est absolu el n'est nion n'est point désapprouvée par Lehrnkuhl, 1.1, n. 463, entaché d'aucun défaut essentiel, est toujours réservé ni par Génicot, t. i, n. 326. au pape. Il n’est jamais compris dans les pouvoirs con­ 2° Pouvoir et conditions de dispense. — 1. Pouvoir cédés, à moins que le contraire ne soit expressément de dispenser. — a) L’Église ayant reçu de Jésus-Christ stipulé. Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 2083 sq., le pouvoir de dispenser, avec une juste raison et sans Rome, 1893, p. 819 sq.; .1. Putzer, Commentarium in lésion des droits stricts d'un tiers, tous les vœux de facultates aposlolieas, n. 107 sq., 5“ édit., New-York, quelque nature qu’ils soient, possède également et dans 1898, p. 161 sq. — b. Après le mariage validement mais la même mesure le droit de dispenser du vœu de chas­ illégitimement conclu malgré le vœu privé ou le vœu teté, vœu religieux ou privé, solennel ou simple. Conclu­ simple de chasteté perpétuelle, dispense peut être sion évidemment confirmée par la pratique de l'Église, concédée par l’évêque ou, en vertu d'un privilège spé­ même pour le vœu solennel de chasteté, du moins dans cial, par les réguliers, sous la réserve que la dispense les derniers siècles. soit limitée â ce qu’exige le mariage actuel. Lehrnkuhl, Cependant un grand nombre de théologiens ont, dans op. cit., t. i, n. 748; Putzer, op. cil-, p. 164 sq. — les siècles passés, soutenu l'opinion contraire, en s’ap­ с. La réserve affectant le vœu perpétuel de chasteté par­ puyant principalement sur une décrétale d'Innocent III, faite ne s’applique ni au vœu temporaire de chasteté, sur l'autorité de saint Thomas, Sum. theol., IIa II®, ni au vœu de chasteté conjugale, ni au votum non nu­ q. t.xxxvin, a. 11, et sur la nature spéciale du vœu so­ bendi. lennel considéré cumme étant de soi toujours absolu­ 2. Conditions de dispense. — La dispense ne peut ment irrévocable et inaccessible à toute dispense. Cette êlre validement concédée que pour une raison grave, opinion désormais écartée par le fait incontestable de toujours indispensable au pouvoir ecclésiastique dispen­ dispenses concédées par le saint-siège ne repose sur sant en matière de droit divin. Cette cause doit être aucune preuve convaincante. La décrétale d'Innocent III, encore plus grave quand le bien public de la société Decret. Gregarii IX, 1. Ill, tit. xxxv, c. vi, ne concerne chrétienne est grandement intéressé, comme pour le que le moine toujours lié par ses vœux et continuant â vœu annexé à la réception des ordres sacrés. En dehors de ce vœu dont l’Église dispense très rarement, les vivre en moine. En face d’abus relatifs au droit de pro­ priété personnelle pour des moines vivant dans le mo­ causes ordinaires de dispense pour le vœu de chasteté 2331 CHASTETÉ CHATEAUBRIAND sont : le danger de transgresser ce vœu ou une grande difficulté de '.’accomplir, l’insistance et l'intensité des scrupules, quelque manque de délibération ou de li­ berté dans l’émission du vœu, un grave intérêt public ou même un grave intérêt particulier auquel on est strictement tenu de pourvoir el que l'on ne peut pro­ curer autrement. Salmanticenses, Cursus theologia: moralis, tr. XVII. c. ni, n. 121 sq.; S. Alphonse de Liguori, Theologia moralis, 1. I 11. η.252 sq. ; Lehmkuhl, Theologia moralis, t. I, η. 475; Putzer, op. cit., p. 163. Même dans le cas de dispense proprement dite, l’auto­ rité ecclésiastique impose habituellement en cette ma­ tière quelque compensation spirituelle, consistant prin­ cipalement dans la fréquentation des sacrements, faite un nombre de fois déterminé, dans des mortifications et des prières fixées. Lehmkuhl, op. cil., t. i, n. 480; Putzer, op. cit., p. 163. Quant au mode de dispense et à l'interprétation des pouvoirs de dispense, I on doit suivre les principes généraux. Voir Dispense. Outre les auteurs cités dans l'article et les ouvrages généraux sur cette matière, on peut particulièrement consulter : Épîtres sur la virginité, attribuées à S. Clément I", Patres apostolici, édit. Funk, Tubingue, 4001, t. n, p. 1 sq. ; Tertullien, Ad uxorem, I. I. P. L., t. I, col. 1274 sq.: S. Cypricn, De habitu virginum, P. L., t. iv, col. 441 sq. ; S. Ambroise, De virginibus, P. L., 1. xvi, col. 187 sq. ; De viduis, col. 234 sq. ; De virginitate, col. 265 sq. ; De institutione virginis et S. Mariæ virginitate perpetua, col. 305 sq. ; Exhortatio virginitatis, col. 335 sq. ; S. Chrysostome, De virginitate, P. G., t. xlvhi, col. 533 sq. ; Ad viduam juniorem libri duo, col. 599 sq. ; Homilia de conti­ nentia, P. G., t. lvi, col. 291 sq. ; S. Grégoire deNysse, De vir­ ginitate, P. G.. t. xi.vi, col. 317 sq.; S. Jérôme, Epist., xxn, i.iv, i.xxix, n. 6 sq., cxvii, exxm, cxxvn. exxx, P. L., t. xxn, col. 394 sq., 550 sq., 728 sq., 953 sq., 1046 sq.. 1087 sq-, 1107 sq. ; Adversus Jovinianum libri duo, P. L., t. xxm, col. 211 sq. ; S. Augustin, De continentia, P. !.., t. xi., col. 349sq.; De bono conjugali, col. 373 sq. ; De sancta virginitate, col. 397 sq. ; De bono viduitatis, col. 431 sq. ; Serm., CCCI.IV, P. L., t. XXXIX, col. 1563 sq. ; S. Pierre Damien, Opusculum, xi.vn. De castitate et mediis eam tuendi, P. L., t. cxi.v, col. 710 sq.; Pierre Lom­ bard, Sent., 1. IV, dist. ΧΧΧΙΙΙ, n. 4 sq., P. L., t. cxcn, col. 926, et ses commentateurs, particulièrement Denys le Chartreux, dist. ΧΧΧΙΙΙ, q. in; S. Thomas, Sum. theol., II· II·, q. cli, ci.ii; Cont.gent.,l. 111, c. cxxxvi; S. Bonaventure, In iV Sent., 1. IV, dist. ΧΧΧΙΙΙ, a. 2, 1889, t. IV, p. 753 sq.; S. Antonin de Florence, Summa theologica, part. Ill, tit. u, De statu conti­ nentium, Vérone, 1740, t. III, col. 133 sq. ; Dominique Soto, In I VSent., l.lV.dist.XXX, q. 11; dist. XLIX, q. v. a. 2; Cajétan, in II·· 11·, q. eu, ci.n ; Canisius, De Maria Deipara virgine, 1. Il, c. xii, Ingolstadt, 1583, t. 11, p. 200sq.; Bellarmiu, De monachis, 1. Il, c. xxn sq. ; Sylvius, In II·· 11·, q. eu, cul ; Lossius, De justitia et jure ceterisque virtutibus cardinalibus, 1. IV, c. n, n. 92 sq., Paris, 1606, p. 665 sq. ; Suarez, De religione, tr. VII, 1. IX, Devoto castitatis; Salmanticenses, Cursus theologiæ mo­ ralis, tr. XXVI, c. i, n. 37 sq; Eschbach, Disputationes physiologico-theologicæ. 2’ édit., Borne, 1901, p. 487 sq. ; Kirchenlexi­ kon, 2· édit., t. Vll, col. 419 sq. E. DüBLaNCIIY. CHATEAUBRIAND (François-René, vicomte de), homme d'Etat et écrivain français, né à Saint-Malo le 4 septembre 1768, mort à Paris le 4 juillet 1848. — I. Vie et rôle. 11. Œuvres apologétiques et inlluence religieuse. 1. Vie et rôle. — Dixième et dernier enfant d’une famille noble de Bretagne, il vit jusqu'à dix-huit ans soit à Saint Malo et au château de Combourg, où se dé­ veloppent, auprès d’un père morose et d’une sœur à l’imagination maladive, sa mélancolie et sa sensibilité naturelles, soit aux collèges de Dol, de Rennes et de Dinan.ou il fait mal ses humanités. Destiné à la marine, il déclare vouloir être préire et finalement, en 1786, accepte un brevet de sous-lieutenant au régiment de Na­ varre alors à Cambrai. Mais presque immédiatement on le trouve à Paris où il est en congé jusqu'en 1790. Il y voit le monde littéraire d’alors, Parny. Chamfott, Ginguené, etc., tous représentants de l'esprit du xvm· siècle. Λ ce contact, ses convictions religieuses s’émoussent et il est pris d'ainbilion littéraire : il complète ses études 2332 en lisant les anciens, Montesquieu, Bernardin de SaintPierre, Bossuet, Voltaire, Rousseau surtout, et il publie dans l'Almanach des Muses de 1790, p. 205, une idylle intitulée : L’amour de la campagne. Il sort définitive­ ment de l'armée en 1790 à la suite des événements, et le 8 avril 1791 s’embarque à Saint-Malo pour aller dé­ couvrir un passage aux Indes par le .Nord-Ouest de l'Amérique. H n'arrive à Baltimore que le 10 juillet. Eclairé sur place, il renonce à son projet et se contente de faire dans la région Est des Etats-Unis un voyage sur l’itinéraire duquel on a discuté. Cf. Berlrin, dans le Correspondant du 10 juillet 1900. Mais un journal lui fait connaître la fuite du roi à Varennes, les humiliations de la royauté, les plans de l’émigration, cl immédiatement « l'honneur » le ramène en France pour émigrer. Parti de Philadelphie le 10 décembre 1791. il arrive au Havre le 2 janvier 1792. Il n'émigre cependant qu'en juillet. Dans l'intervalle, en mars, par besoin d'argent. il épouse, devant un prêtre insermenté, une hêriln re, M11· de Lavigne, qui gagnera son estime, mais ne fixera pas son cœur. Il commence la campagne de France avec l'armée des princes, mais bless? au siege «le Thionville, malade, il abandonne cette armée et. apres de dramatiques incidents, atteint Londres en mai 1793. Il y passe huit ans. Au début, dans la «''tresse, il consacre ses journées à des traductions rétribuées. La nuit.il tra­ vaille à un grand ouvrage et il entasse ses rêves, ses reflexions, ses idées, dans le « Manuscrit de Londres > d'où il devait tirer les Natchez, sorte de poème en prose à prétentions épiques qu’il ne devait publier qu'avec la première édition de ses Œuvres complètes en 1826, t. xix, xx. Le pamphlétaire de l’émigration, Peltier, lui assure enfin un gain régulier et le t. Ier de son ouvrage, imprimé à Londres en 1796, est mis en vente dans les premiers mois de 1797, sous ce titre : Essai historique et moral sur les révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs rapports arec la Révolution française. Dédiéά tous les partis, in-8», sans nom d au­ teur et avec cette épigraphe : Experti invicem sumus, ego ac fortuna. Tacite. Ce livre n'eut aucun succès à Paris; à Londres, il n'en eut qu’auprès de l’émigration et ce fut un succès de scandale, en raison de son scepti­ cisme politique et de pages antichrétiennes. Mais des 1798, Chateaubriand se convertissait devant les leçons des choses et la mort de sa mère, 31 mai 1798, hâtée par l'impiété de VEssai. Cf., sur la conversion de Chateaubriand, sa Lettre à Fontanes, du 3Ί octobre IVJl), et sur sa sincérité religieuse le reste de sa vie, Sainte-Beuve, qui la nie, Chateaubriand et son groupe littéraire, t. l,et Bertrin.qui la démontre, La sincérité religieuse de Chateaubriand, Paris, 1899. Dès 1799. laissant de côté les Natchez, il préparait dans un but de réparation, le Génie du christianisme. En 1860, il tirait à Londres les premières feuilles de ce nouvel ouvrage, lorsque, pour le revoir et l’achever, il se décida à r· ntrer en France, sur les conseils de Fontanes. Chateau­ briand s’était lié avec lui à Paris et surtout à Londres, où Fontanes avait fui après le 18 fructidor, pour avoir collaboré au journal modéré Le mémorial. Funt.it> -s avait été rappelé en 1798 et il était influent d-piii- le 18 brumaire. En mai I860, Chateaubriand, muni d'un passeport prussien au nom de « Lassagne, habitant de Neuchâtel, en Suisse », arrivait à Paris. Ici commence sa vie littéraire. Tandis que Fontanes annonce son livre, lui. pour se faire connaître, écrit dans le Mercure, journal de son ami, le 1er nivôse an IX (22 décembre 1800). une Lettre à M. de Fontanes sur la deuxième édition de l’ouvrage de M™de Staël — il s'agit de la Littérature — et il signe : « L'auteur du Génie du christianisme. · Puis il tâte l’opinion en lançant un épisode qui constituait le LVI de la III’ partie du Génie du christianisme, Ataia ou les amours de deux sauvages dans le désert, in-18, 2333 CHATEAUBRIAND Paris, 1801. Ce roman chrétien placé dans le Nouveau Monde eut un succès prodigieux. Onze éditions, toutes corrigées, se succédèrent ; la douzième et définitive parut en 1805. Chateaubriand fut célèbre et même populaire. Sa manière et ses idées ne provoquèrent de critiques que de la part « de la queue de Voltaire », entre autres de M.-J. Chénier, Tableau de la littérature, et de l’abbé Morellet, Observations critiques sur le roman intitulé Atala, in-18, Paris, 1801. Cf. Mémoires d'outre-tombe, année 1801. 11 est reçu chez Lucien Bonaparte, chez M"1' Récamier, et il est comme le chef d’un « groupe litté­ raire ». qui comprend Fontanes, Ballanche, Joubert. Bonald. Bertin du Journal des Débats, etc., et qui se réunit chez M"‘-de Beaumont. C’est, dans ce milieu et sous les yeux de Mm« de Beaumont,:! Savigny-sur-Orge (Seine-elOise) qu’il revoit son livre. Il le refond en entier. Enfin, le Génie du christianisme est mis en vente, 5 in-8», le 5' volume se composant exclusivement de notes et éclaircissements, le 24 germinal an X (14 avril 1802). L'ou­ vrage fut annoncé par Fontanes au Mercure, le 25 ger­ minal, en un long article reproduit au Moniteur, le 28, jour de la promulgation du concordat. Le succès fut plus grand encore que pour Atala. Trois éditions paru­ rent coup sur coup. En même temps, Chateaubriand — il avait repris son nom — devenait bien en cour, et Bonaparte, dont la politique était servie par cet ou­ vrage et que louent les préfaces de la 1" et de la 2e édi­ tions. le nommait premier secrétaire d’ambassade à Rome, auprès du cardinal Fesch (1803). Mais Chateau­ briand ne pouvait relever d'un autre : dès la fin de l’année il était en conllit de pouvoirs avec le cardinal, et il était nommé ministre de France dans le Valais. Il allait rejoindre son poste lorsque, le 21 mars 1804, il entendit crier dans les rues de Paris l'exécution du duc d'Enghien. Immédiatement il démissionna, prétextant la santé de M'»« de Chateaubriand. Il se trouvait rejeté à l'opposition royaliste et à la vie litté­ raire. En 1806, préparant un poème épique en prose, Les martyrs, dont il avait le plan dans le manuscrit de Londres et qui devait prouver sa théorie du merveilleux chrétien (Génie du christianisme, II" partie, 1. IV), il voulut voir le pays où se déroulait la scène. Parti de Trieste le Ier août 1806, il visita la Grèce, ('Archipel, Constantinople, Jérusalem, Alexandrie et Carthage. Par l’Espagne, il était de retour à Paris le 8 juin 1807. 11 y publiait aussitôt René ou les effets des passions, in-12, étude psychologique extraite de la 111« partie du Génie du christianisme, dont elle constituait le I. IV, comme démonstration du L III ou des passions. Au même mo­ ment. le 4 juillet 1807, rendant compte dans le Mer­ cure, devenu sa propriété, du t. i«r du Voyage pittoresque et historique de l’Espagne, d’Alexandre de Laborde, 4 in-fol., 1807-1818. il attirait sur lui les foudres de Napo­ léon qui, de Tilsitt, lui enlevait le privilège du Mercure. Réfugié dans la petite maison de la Vallée-aux-Loups, près de Sceaux, il commençait ses Mémoires et achevait trois ouvrages, fruits de son voyage en Orient : 1« Les martyrs ou le triomphe de la religion chrétienne, 2 in-8», 1809, très attaqués alors, mais défendus par G”’ (Guizot) dans le Publiciste; 2» Itinéraire de Paris à Jérusalem, 3in-8»,1811, d’une réelle exactitude, malgré la Critique d'un médecin italien résidant en Grèce, Aramiolti. Padoue. 1817. résumée dans les Annales en­ cyclopédiques de Milan, 1817, t. 1; 3» Les aventures du dernier des Abencérages, qui ne devaient paraître que dans les Œuvres complètes, édit, de 1826. t. xvi. Le 20 février 1811, la 2» classe de 1 Institut : Langue et lit­ térature françaises, qui n'avait pas proposé le Génie du christianisme pour un des prix d cennaux établis par le décret d’Aix-la-Chapelle. 24 fructidor an XII (10'sep­ tembre 1804), appelait, sur un mot de Napoléon. Cha­ teaubriand au fauteuil de M.-.l. Chénier, mort le 10 jan­ vier. Son Discours de réception, qui louait la liberté, 2334 déchaîna un orage. L’empereur refusa de laisser pro­ noncer tel ce discours, et Chateaubriand dut le modi­ fier. Il ne fut point reçu et dut s’éloigner de Paris, sur l’invitation du préfet de police. Il alla vivre à Dieppe. Sa vie littéraire est finie pour un temps : jusqu’en 1830, il se mêlera activement à la politique. Le seul événement littéraire de cette période sera la publication de ses Œuvres complètes,3'i in-8», 1826-1831. En revanche, les écrits politiques se multiplient. Le 5 avril 1814 paraissait la brochure : De Buonaparte et des Bourbons et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes pour le bonheur de la France et celui de l’Europe, in-8». Paris, dont il exagère l'effet en attribuant ce mol à Louis XVIII, « qu’elle servit plus à la monarchie qu’une armée de 100000 hommes. » Sous la première Restauration il pu­ blia ses Ré/lejcimis politiques sur quelques écrits du jour el sur les intérêts de tousles Français, in-8». 1814. Pendant les Cent Jours, ministre de l’intérieur par intérim, à la cour de Gand, il présenta au roi un Rap­ port sur l’étal de la France au 12 mai 1815. Pendant la deuxième Restauration jusqu'en 1824, il figura parmi les chefs de la droite royaliste el des ultras. Mais tandis que ses amis voudraient restaurer le passé, lui regarde vers l’avenir. Pair de France, ministre d'État, il lance à propos du conllit entre la Chambre introuvable et le ministère Richelieu, la brochure : De la monarchie selon la charte, in-8», Paris, 1816, où il affirme la responsabi­ lité ministérielle et à la suite de laquelle il est privé de son titre de ministre d'État. Jusqu'en 1820, il continue son opposition aux ministères modérés en des Discours très étudiés, à la Chambre haute. En 1818, il fonde le Conservateur avec Bona kl et Lamennais pour combattre la Minerve, organe des libéraux. Conservateur et Mi­ nerve disparaissent en 1820, quand est rétablie la cen­ sure. Après l'attentat de Louvel, il publie des Mémoires sur le duc de Berry, sa vie et sa mort, in-8» et in-18, Paris, 1820. La droite, puis les ultras arrivant alors an pouvoir, Chateaubriand est quelques mois ambassadeur à Berlin, 1821, puis à Londres, 1822. Villèle le fit adjoindre au ministre des affaires étrangères, Montmo­ rency, auprès du congrès de Vérone. Chateaubriand y fut même un moment le seul représentant de la France. Avides pour les Bourbons de gloire militaire, Montmo­ rency et lui engagèrent la France dans une intervention armée en Espagne, malgré Villèle, qui. le 25 décembre, appelait néanmoins Chateaubriand à succéder à Montmo­ rency aux affaires étrangères. De tout cela, Chateaubriand lit un livre, Le congrès de Vérone, 2 in-8», Paris, 1838. Mais le 2 juin 1824, il était « congédié comme un domestique » par Villèle, avec qui il ne pouvait s’entendre, se jugeant supérieur. Il mène dès lors contre la droite et les ultras, presque continuellement au pouvoir jusqu’en 1830, dans les rangs des modérés tout proche des libéraux, une opposition qui, pour se dire ministérielle, n'en fut pas moins funeste à la monarchie. Il entraîne avec lui le Journal des Débats, de son ami Bertin. Il combat par­ ticulièrement pour la liberté de la presse. De 1824 à 1830, il ne désarme que le temps du ministère Martignac (2 janvier 1828-9 août 1829). Il accepte alors l’am­ bassade de Rome, près de Léon XII. H ne rejoint son poste qu’en septembre 1828, voit la mort de Léon XII, le conclave, l'avènement de Pie VIII, mais le 18 août I829 adresse sa démission au nouveau ministre Polignac et rentre dans l'opposition. Après la révolution de juillet, il met son point d'honneur à défendre la dynastie tombée, soutient devant la Chambre des pairs les droits du duc de Bordeaux, 7 août 1830, renonce à la pairie, 10 août, refuse de servir la nouvelle monarchie, s’en explique dans la brochure : De la restauration de la mo­ narchie élective, in-8», 1831, et proteste contre la pro­ position Bande et Briqueville dans cette autre bro­ chure : De la nouvelle proposition du bannissement de Charles X el de sa famille, in-8», 1831. Aussi fut-il l'un 2335 CHATEAUBRIAND des hommes de confiance de la duchesse de Berry. Assez mêlé à sa tentative en France pour être détenu quinze jours comme coupable de complot, il écrivit, quand la duchesse fut enfermée â Blaye, un Mémoire sur la cap­ tivité de M™» la duchesse de Berry, in-8", 1833, dont une phrase : « Madame, votre fils est mon roi, » l'amena sur les bancs de la cour d’assises. Pour la duchesse encore il remplit deux missions â Prague auprès de Charles X, du comte de Chambord et de sa sœur, en mai et en septembre 1833. Malgré cela, ses relations sont à gauche : il est lié et jusqu’à la lin avec Béranger. Lamennais et Armand Carrel ; il est en bons termes avec la duchesse de Saint-Leu et le futur Napoléon 111. 11 eût accepté, semble-t-il, la république et la démocratie. Sa vie politique était finie. La vieillesse venait : il s’ar­ rangea une attitude de vieillard désabusé. Poursuivi par des embarras d’argent, qu’il avait d’ailleurs toujours connus, il dut beaucoup travailler. Il fut soutenu par l’amitié de M·"» Récamier qui, à l’Abbaye-aux-Bois, sut l’entourer d’une cour d'admirateurs. De ce moment datent des ouvrages d’une valeur inégale : 1° Les études el discours historiques sur la chute de l’Empire ro­ main, la naissance et les progrès du christianisme et l’invasion des barbares (inachevé), 4 in-8’, Paris, 1831 ; 2» un Essai sur la littérature anglaise, 2 in-8", 1836, et la Traduction du Paradis perdu, 2 in-8", 1836; 3° Le congrès de Vérone, 2 in-8", 1838 ; 4° La vie de Bancé, in-8", 1844; 5» Moïse, tragédie, 1834. De 1836 à 1839 il présida à la publication d'une nouvelle édition ds ses Œuvres complètes, 36 in-8", avec un Essai sur la vie et les ouvrages de Chateaubriand, rédigé par lui-méme. Le 16 novembre 1841, il terminait à Paris ses Mémoires d’oulre-lonibe, qu’il avait commencés le 4 octobre 1811 à la Vallée-aux-Loups. Ils n’étaient plus sa propriété. En juin 1836, devant sa détresse financière, ses amis les lui avaient fait vendre, pour ne paraître qu’après sa mort, à une société d’admirateurs de son talent, contre 250000 francs immédiatement versés et une rente de 12000. En 1844, Émile de Girardin acheta de cette société, malgré les protestations de Chateau­ briand, le droit de publier les Mémoires dans son jour­ nal J,a presse, avant la mise en vente du livre. La presse en commença la publication en feuilleton, le 21 octobre 1848, pour ne la terminer que le 3 juillet 1850. Les 12 in-8" ne parurent qu’à mesure de 1849 à 1850; l’elfet fut manqué. Chateaubriand était mort le 4 juillet 1848, à Paris, 112, rue du Bac, assisté de l’abbé Deguerry, de son neveu Louis de Chateaubriand et de M·· Récamier. Le 16 juillet, il était enseveli dans le tombeau qu’il s'était assuré, au rocher du Grand-Bé, près de sa ville natale, Saint-Malo. IL Œuvres apologétiques et influence religieuse. — C’est dans la période presque exclusivement littéraire de la vie de Chateaubriand (1797-1814), qu'il faut étu­ dier ces œuvres et cette influence. Son premier ouvrage, lassai sur les révolutions, 1797, avait une tendance anti-chrétienne. Il s’y proposait d'éclairer les événe­ ments de son temps en répondant à ces questions : 1’ Quelles sont les révolutions arrivées autrefois dans les gouvernements des hommes? Quel était alors l’état de la société etquelle a été l'influence de ces révolutions sur l’âge où elles éclatèrent et les siècles qui suivirent? 2" Parmi ces révolutions, en est-il quelques-unes qui par l’esprit, les mœurs et les lumières du temps puissent se comparer à la révolution actuelle de la France? etc. L. 1, part. I, Introduction. Celte immense enquête, il la borna aux révolutions grecques. 11 ne peut ainsi ré­ pondre à toutes les questions qu'il a posées; il lire du moins cette conclusion générale à la Rousseau, qui pour n’être pas d'un disciple de Condorcet et d'un ami de la doctrine du progrès, est loin d’ètre d’un chrétien : L'homme s'agite sans résultat; « il ne fait que se répéter 2330 sans cesse; il circule dans un cercle, dont il tâche vai­ nement de sortir » et les révolutions sont un effort vain comme le reste. S’il veut le bonheur qu'il revienne â la vie du sauvage. Chemin faisant, Ire partie, c. xxxiv-lv, il étudie l'histoire du christianisme et il en prédit la mort: « De même que le polythéisme a succombé sous les coups des sophistes grecs, le christianisme ébranlé pat­ ies vices de la cour de Rome, la renaissance des lettres et la réformai ion, a reçu de la secte philosophique le coup fatal. » Il se pose même la question : « Quelle re­ ligion remplacera le christianisme? » Il ne ménage point le clergé et tel chapitre sur « le clergé des Açores » est pleinement dans le genre de Diderot. Converti, il entreprend une apologie du christianisme ou plutôt de sa forme légitime, le catholicisme; mais cette apologie, il la conçoit d'une façon toute personnelle. Il s'en explique dans son Introduction au Génie du christianisme : il veut détruire les erreurs et ies pré­ jugés de son siècle relativement au christianisme, et reconquérir l'opinion à la religion. Voltaire el les encyclopédistes, dit-il, recommençant Julien l'Apostaî. avaient mis l'incrédulité à la mode. Ilsavaient fait croire « que le christianisme était un culte né de la barbarie, absurde dans ses dogmes, ridicule dans ses cérémonii -. ennemi des arts et des lettres, de la raison et de la beauté, un culte qui n’avait fait que verser le sang, enchaîner les hommes et retarder le bonheur et les lumières du genre humain ». En face de cet étal d’esprit, quelle était la tâche évidente de l’apologiste?Était-ce d'argumenter d’écrire un ouvrage de théologie? Non. Il fallait se sou­ venir de cette pensée de Pascal : « A ceux qui ont de la répugnance pour la religion, il faut commencer par leur montrer qu’elle n'est point contraire à la raison; ensuite qu'elle est vénérable et en donner respect; après, la ren­ dre aimable et faire souhaiter qu'elle fût vraie... ; » il fallait donc« envisager la religion sous son côté humain », prouver « que de toutes les religions qui ont jamais existé, la religion chrétienne est la plus poétique, la plus humaine, la plus favorable à la liberté, aux arts et aux lettres; que le monde moderne lui doit tout..., qu'il n’y a point de honte à croire avec Newton et Bossuet, Pascal et Racine » ; en un mot, « ne pas prouver que le christianisme est excellent parce qu’il vient de Dieu, mais qu’il vient de Dieu parce qu’il est excellent. » La méthode elle-même s’imposait : « Il fallait appeler tous les enchantements de l’imagination et tous les intérêts du cœur au secours de cette même religion contre laquelle on les avait armés. » Chateaubriand cherchera donc à émouvoir et il procédera surtout par tableaux. Son dessein s'indiquait bien dans les deux titres qu'il donna primitivement au Génie du christianisme : 1» De la religion chrétienne par rapport à la morale et aux beaux-arts ; 2’ Des beautés poétiques et morales de la religion chrétienne et de sa supériorité sur les autres cultes de la terre. 11 s’indique bien encore dans l'épi­ graphe du livre, une parole de Montesquieu : < Chose admirable 1 la religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. » « Quatre parties divisées chacune en six livres compo­ sent cet ouvrage, » dit Chateaubriand, dans l'introduc­ tion. En réalité, la III· partie n'a jamais compris, et la II» ne comprit à partir de 1807 que cinq livres, par suite de la publication d Atala et de Bené. La 1™ partie traite des dogmes et de la doctrine. Il y parle des mystères et il les montre « les plus beaux possibles, archétype de l'homme et du monde »; des sacrements, et il y trouve « la connaissance de l'homme civil et moral, et des ta­ bleaux pleins de poésie » ; du partage des vices et des vertus, ou la sagesse de la religion l’emporte sur celle des hommes; du décalogue, qui dans l’universalité de ses lois, sa simplicité pleine de justice, sa majesté. 1'emporte sur les lois humaines les plus connues, lois 2337 CHATEAUBRIAND du second Zoroastre, lois indiennes, lois égyptiennes, lois de Minos, etc. C’est au même point de vue, mais avec moins de bonheur, qu’il étudie ensuite quelques vérités des Écritures, la chute de l'homme, par exemple. Il termine par une démonstration de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’àme, ou il n’apporte que « les raisons poétiques et les raisons de sentiment, c’est-à-dire les merveilles de la nature et les évidences morales » et d’où il déduit que « les châtiments et les récompenses que le christianisme dénonce ou promet dans une autre vie s’accordent avec la raison et la na­ ture de l’âme » et aussi que « l’athéisme n’est bon à personne ». La II· et la 111«partie renferment la poétique du christianisme ou les rapports de cette religion avec la poésie (IIe partie), les beaux-arts et la littérature en général : philosophie, histoire, éloquence (IIIe partie). Ce sont les parties les plus personnelles du livre; elles traitent de choses nouvelles, simplement entrevues dans la fameuse querelle des anciens el des modernes. Le christianisme n’avait pas droit de cité en France dans le domaine poétique, Chateaubriand le lui donne de vive force. Sa thèse sur les rapports du christianisme et de la poésie est celle-ci : Le christianisme a une puis­ sance d’inspiration que n’a pas connue l’antiquité. Il a renouvelé le fonds moral de l’homme, donné de la na­ ture, de Dieu, du monde surnaturel une idée bien plus haute. Il y a là une matière immense à exploiter et combien riche! Les faits le prouvent. « L’épopée est la première des compositions poétiques »et le christianisme a produit la Divine comédie, la Jérusalem délivrée elle Paradis perdu. Voltaire a voulu se passer de lui dans la Jlenriade et i) a prouvé que « des mœurs graves et une pensée pieuse sont encore plus nécessaires dans le commerce des muses qu'un beau génie». Que l’on com­ pare les caractères et les passions tels que les dévelop­ pent les anciens dans leurs plus incontestables chefsd’œuvre et les modernes, parlant en chrétiens parfois à leur insu : « Les caractères paraîtront plus beaux et les passions plus énergiques sous la religion chrétienne, » sans parler· de cette passion religieuse et de ce vague des passions, que le christianisme a révélés au monde. « La mythologie rapetissait la nature... ; Je christianisme rend au désert et ses tableaux el ses solitudes. » Le merveilleux chrétien est plus ample et plus varié que le merveilleux de la fable. Enfin, pour tout résumer, « les anciens fondent leur poésie sur Homère et les chré­ tiens sur la Bible; el les beautés de la Bible surpassent les beautés d’Homère. » Sur les beaux-arts l’influence du christianisme n’a pas été moindre : la musique n’a grandi que dans les temps modernes; le christianisme offre à la peinture et à la sculpture des sources supé­ rieures; quant à l'architecture chrétienne, elle a son expression superbe dans les cathédrales gothiques. Le christianisme a renouvelé l’histoire et l’éloquence. En philosophie, et par ce mot Chateaubriand entend « l’étude de toute espèce de sciences », « i) ne s’oppose à aucune vérité naturelle. S’il a quelquefois combattu les sciences, il a suivi l’esprit de son siècle et l’opinion des plus grands législateurs de l’antiquité. » La IV· par­ tie parle du culte, c’est-â-dire des cérémonies de l’Église, de ses ministres, et des services rendus à la société par le clergé et la religion chrétienne en général. Chateau­ briand montre d’abord que, loin d’être ridicule, le culte chrétien unit « la pompe et la majesté aux intentions morales, aux prières touchantes ou sublimes ». Puis il consacre de belles pages au rôle du christianisme dans le monde, au clergé et à ses œuvres à travers les siècles ; derrière Jésus-Christ, prêtres séculiers et moines, mis­ sionnaires et chevaliers ont été les bienfaiteurs de l'hu­ manité et ses héros. « Partout la civilisation a marché sur les pas de l’Évangile. » Le christianisme a amené « comme un débordement de la charité sur les miséra­ I bles », répandu les lumières de l’instruction, enseigné II £338 même à nos pères « l’art de se nourrir » et « fertilisé l’Europe sauvage ». Beaucoupde villages sont nés autour des monastères et c’est à des évêques et à des moines que nos vieilles cités doivent les plus beaux de leurs monuments. Enfin, comme l’a dit Montesquieu. « nous devons au christianisme un certain droit politique, et dans la guerre un certain droit des gens, que la nature humaine ne saurait trop reconnaître. » « Ajoutons, con­ tinue Chateaubriand, un bienfait qui devrait être écrit en lettres d’or dans les annales de la philosophie : l'aboli­ tion de l'esclavage. » Arrivé là, il se demande : « Que serait devenu le monde sans le christianisme? « et il répond : « Dans toutes les hypothèses imaginables, on trouve toujours que l’Evangile a prévenu la destruc­ tion de la société... Jésus-Christ peut donc en toute vé­ rité être appelé dans le sens matériel le sauveur du monde, comme il l’est dans le sens spirituel. » Ces considérations dont quelques-unes sont faibles ne constituent pas une démonstration de la vérité du chris­ tianisme, bien que Chateaubriand essaie de poser une conclusion de cet ordre : « Le christianisme est parlait, dit-il ;les hommes sont imparfaits. Or, une conséquence parfaite ne peut sortir d'un principe imparfait. Le chris­ tianisme n’est donc pas venu de l’homme..., il ne peut être venu que de Dieu. » IV· partie, 1. VI, c. xm. H de­ meure acquis néanmoins que l’on peut être un croyant sans être « un imbécile ou un fourbe », que « le vol­ tairianisme est le contraire de la vérité de l'histoire », enfin que le christianisme esl un tout complet qui a non seulement ses dogmes, sa morale, mais sa poésie, ses arts, etc. Auprès des contemporains, le Génie du chris­ tianisme eut une extraordinaire fortune. Chateaubriand exagère lorsqu’il écrit dans la préface de 1828, destinée à remplacer les préfaces composées en l’honneur de Bonaparte : « Ce fut, pour ainsi dire, au milieu des débris de nos temples que je publiai le Génie du chris­ tianisme... Les fidèles se crurent sauvés... La persécu­ tion avait pris fin et les temples se rouvraient partout. » Mais la bourgeoisie et plus encore la société cultivée restaient antireligieuses. Dans ce milieu le livre eut un grand succès : « Il fut aussi de mode d’être chrétien qu’il avait été de ne l’être pas. » Cf. Mémoires d'outre­ tombe, années de ma vie 1802 et 1803, t. π. H y eut des réfractaires; parmi ces derniers tenants du xvin· siècle figure Ginguené, qui publia dans la Décade une série d’articles réunis ensuite sous ce titre : Coup d’œil rapidesurle Géniedu christianisme, ouquelques pages sur les 5 volumes in-8° publiés sous ce litre par F. R. de Chateaubriand, in-8°, Paris, 1802. Ce succès d’opportunité n’était pas dû seulement à ce que l'au­ teur parlait magnifiquement un langage fait pour son siècle, mais encore à l’extraordinaire concours voulu par Bonaparte de l’apparition du Génie du christianisme et de la promulgation du concordat. La grande œuvre apologétique de Chateaubriand est entourée de quelques autres, moins importantes, qui l’illustrent en quelque sorte : Atala, 1801: René, 1807; Les martyrs, 1809. Mais René eut une influence funeste. « Si René n’existait pas, je ne l’écrirais plus, » disait Chateaubriand en 1837. Cette étude « du vague des pas­ sions » tua le goût de l’action et le sens du réel dans un grand nombre d’âmes. Parmi les éditions des Œuvres complètes de Chateaubriand, il faut citer les éditions publiées par l’auteur, 3t in-8*. Paris, 18261831: 36 in-8·, Paris. 1836-1839; ceile-ci ne comprend encore ni le Congrès de Vérone, ni la Vie de Hand, ni les Mémoires d’outre-tombe ; et l'édition Garnier. 12 in-8·. Paris, 1859-1861. M.-J. Chénier, Tableau de la littérature française de 1Z89 à 1808, dans Œuvres complètes, 8 in-8·, Paris, 1823-1826; Essai sur la vie et les ouvrages de Chateaubriand, œuvre de l’auteur. Œuvres complètes, Paris. 1836, t. i ; les Préfaces de Chateau­ briand. dans la même édition de ses Œuvres; les Mémoire d'outre-tombe. avec introduction, notesetappendicede M.E. Biré, Paris, 1898 ; M·· de Chateaubriand, Mémoires inédits (mutilés el 2339 CHATEAUBRIAND inachevés), publiés par l’abbé Pailhès, dans la Revue catholique de Bordeaux, 1885 ; Un dernier amour de René. Correspon­ dance de Chateaubriand avec la marquise de. Vichet, Paris. 1903; cf. Jules Lèche, Notes sur M— de Vichet, dans le Journal des Débats du ‘24 juillet 1903; Lettres de Chateaubriand à Sainte-Beuve, édit. L. Thomas (extrait du Mercure de France), Paris, 1904; Sainte-Beuve. Portraits contemporains. 1834.1844, t. i ; Chateaubriand et son groupe littéraire, cours professé à Liège en 1849, 2 in-18 et in-8·, Paris, 1861; Causeries du lundi, 1850, t. i; 1850, 1851, t. n; 1854, t. x; Nouveaux lundis, 1862, t. tu ; A. Vinet. Études sur la littérature française au x/x· siècle, 2 in-8·, Bàle, 1849; Nettement, Histoire de la littérature fran­ çaise sous la Restauration, Paris, 1853, t. i; Villemain, Cha­ teaubriand. sa vie, ses ouvrages et son influence, Paris, 1858; de Marcellus, Chateaubriand et son temps, Paris, 1859; L. de Loménie, Esquisses biographiques et littéraires, art. de 1849, 1861,1862; P. de Raynal, Les correspondants de Joubert, Paris, 1883; de Lescure, Chateaubriand, Paris, 1892, dans la Collec­ tion des grands écrivains français; A. Bardoux, Chateaubriandt Paris, 1893, dans la Collection des classiques populaires ; M"’ de Beaumont, Paris, 1886; E. Faguet, x/x* siècle, Paris, 1887; G. Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, Paris, 1896; de Vogué, Le centenaire du Journal des débats, Paris, 1889; Bertrin, La sincérité religieuse de Chateaubriand, Paris. 1899 ; E. Biré, Les dernières années de Chateaubriand, 1830-1848, in-8·, Paris, 1902; in-18, Paris. 1905; .Victor Giraud, Chateau­ briand. Études littéraires, Paris. 1904; et en général les histoires de la Restauration et de la littérature française au xix· siècle. C. Constantin. CHATEL Ferdinand-François, fondateur de l’Église catholique française. — I. Vie et écrits. II. Doctrine, constitution et. culte. III. Démembrements de son Église. I. Vie et écrits. — L’abbé Chatel naquit à Gannat (Allier), le 9 janvier 1795, d'une famille pauvre. Ses pa­ rents lui firent apprendre le métier de tailleur; mais un ecclésiastique de la paroisse, frappé de la piété que manifestait ce jeune homme en assistant à la messe, lui lit obtenir une bourse au collège de Clermont-Ferrand. Ses humanités achevées, Chatel entra au grand sémi­ naire de cette ville, dirigé par les suipiciens. Ordonné prêtre en 1818, il fut d'abord vicaire de la cathédrale de Moulins, puis en 1821 curé de Monétay-sur-Loire. Malgré le conseil du vicaire général de Moulins, il fré­ quenta les libéraux et les constitutionnels de la paroisse; mais, au bout de six mois, il devint aumônier du 20 ré­ giment de ligne. En 1823, il eut la même qualité au 2· des grenadiers à cheval de la garde royale, en garni­ son à Versailles. De cette époque à 1830, il prêcha dans diverses églises de Paris. Quelques-uns de ses sermons, dans lesquels il exposait les idées du libéralisme poli­ tique, lui attirèrent des avertissements de l'archevêque de Paris. Il écrivit dans le même sens quelques articles dans VÉcho de la religion. Ses idées de tolérance, de libéralisme et de respect de la constitution s’accen­ tuèrent de plus en plus. Le 31 mai 1830, parut le pre­ mier numéro d’un journal religieux, politique et litté­ raire qu’il avait fondé sous le titre : Le réformateur ou l’écho de la religion et du siècle. La couverture jaune représentait un prêtre et un laïque s’abordant, le prêtre par cette affirmation : « Je suis prêtre, mais tolérant, » et le laïque par cette réponse : « Je vous cherchais. » Les rédacteurs voulaient relever le christianisme ren­ fermé dans la loi divine et combattre le christianisme prê­ ché par l’ultramontanisme. Deux autres numéros furent publiés en juin et en août. Le dernier contenait un ar­ ticle sur « l’éducation des séminaires inutile dans plu­ sieurs de ses parties et dangereuse dans quelques autres ». Les idées principales de l’abbé Chatel sont exposées dans cette publication : il voulait que la religion fût in­ dépendante des gouvernements; il attaquait la hiérar­ chie ecclésiastique et les pratiques chrétiennes telles que le jeûne et l'abstinence. En politique, il était napo­ léonien et déclarait antisocial l'esprit de la Restauration. 11 vantait enfin les philanthropes. Survint la révolution de Juillet. L’article ôde la charte accordait la liberté religieuse. L’abbé Chatel en profita CHATEL 2340 pour réaliser ses projets de réforme. Resté sans emploi par la suppression de l’aumônerie militaire, il adressa au ministre, au mois d’octobre, une pétition contre le des­ potisme épiscopal, puis il lança dans les journaux, le 23 novembre, ce manifeste : « Un très grand nombre de prêtres patriotes, réunis à Paris, ont l’honneur de pré­ venir leurs concitoyens qu'ils sont à la disposition des autorités des différentes communes qui manquent de curés. La conduite antinationale et despotique des évêques a déterminé cette société d’ecclésiastiques,amis de leur pays et jaloux de marcher avec les institutions constitutionnelles, à rompre avec leurs chefs et à n’écou­ ter que la voix de leur conscience el les intérêts des peuples qui les appellent. On les a mis dans la cruelle alternative d’opter entre l'obéissance aux lois de leur pays et l'obéissance passive, aveugle, fanatique, à un pouvoir éminemment ennemi de leur patrie. Ils n’ont point hésité; ils ont rompu d'une manière éclatante avec des évêques en hostilité ouverte avec la France en­ tière. » Ces ecclésiastiques n’étant pas mus par l’appât du gain, s’engageaient â remplir gratuitement toutes les fonc­ tions religieuses et à ne pas mêler de choses étrangères à leur ministère tout spirituel. On pouvait s’adresser à l'abbé Chatel, rue des Sept-Voyes, n. 19, auprès du Panthéon. Des affiches avaient déjà offert aux Parisiens les s rvices religieux gratuits des associés. Ceux-ci étaient en fort petit nombre. L’un d'eux, installé à Bourg-la-Reine, ne put y demeurer; la population refusa son ministère. Deux autres, établis à Selles-en-Hermois et à Pancourt (diocèse d’Orléans), furent expulsés par ordre du préfet du Loiret. L'accès de l’église de Lanne-Corbin, au dio­ cèse de Tarbes, fut interdit au prêtre que Chatel y avait envoyé. Bien que le ministre des cultes ait adressé aux préfets, le 3 février 1831, une circulaire refusant les presbytères et les églises aux chalellistes, la cour de Pau autorisa ce dernier à se servir de l’église paroissiale. Cependant, le dimanche 23 janvier 1831, l’abbé Cha­ tel avait fondé, â Paris, l’église catholique française. Il dit la messe en langue vulgaire dans un salon du 2« étage, rue de la Sourdière. n. 23; il se servit d’un missel romain, traduit en français, et prononça un ser­ mon d’ouverture qui fut imprimé. Les curieux y aflluèrent. Un des dimanches suivants, la première com­ munion fut distribuée à six enfants, à qui Chatel avait fait une seule fois le catéchisme. Le schisme recruta deux prêtres récemment ordonnés par Poulard, l’ancien évêque constitutionnel de Saône-et-Loire. Afin d'accroître son crédit, Chatel voulut devenir évêque. Après le 14 février, il s’adressa successivement à trois prélats constitutionnels, Grégoire, de Pradt et Poulard, qui re­ fusèrent de le sacrer. Rebuté de ce côté, il s’aboucha avec le grand-maître de l'ordre des templiers. BernardRaymond Fabré-Palaprat, dit de Spoléte, docteur en médecine, était un ancien prêtre du diocèse de Cahors. qui prétendait avoir reçu l’épiscopat des mains de Mauviel, évêque de Saint-Domingue, etqui se disait patriarche etsouverain pontife des chrétiens catholiques-primitifs ou de la religion johannite. Le 4 mai 1831, Chatel et ses as­ sociés, Auzou et Blachère, furent admis dans les rangs de la milice du Temple et signèrent un acte d'adhésion à l’Église primitive. Chatel fut élevé à l’honneur de l'épis­ copat par le patriarche et la cour apostolique et sacré par le bailly Jean de Jutland, quai de l'Ècole, n. 6. L’ordre lui fournit les insignes épiscopaux et lui conféra le titre de primat des Gaules. Le nouveau primat ins­ talla provisoirement sa cathédrale dans un bazar de la rue de Cléry. Le 2 juillet, il alla célébrer la messe a Clichy-la-Garenne et, sur l'appel d'une population sans curé, il prit possession de l’église paroissiale. Dans son discours, il prétendit avoir été sacré par un évêque ca­ tholique romain, qui occupait alors un siège épiscopal en France, qui devait bientôt se déclarer publiquement en laveur de la réforme, mais dont il taisait le nom par 2341 CHATEL prudence. Le 15 juillet, Louis Blaehère se rétractait dans une lettre envoyée à l’archevêque de Paris. Chatel installa définitivement à Clichy l’abbé Auzou, qui se disait élu curé par le peuple. Il publia alors la pre­ mière Profession de foi de l’Église catholique fran­ çaise, dans laquelle il gardait encore la foi catholique des trois symboles des apôtres, de Nicéeet de saint Atha­ nase, et ne réclamait que la réforme du clergé français. Trois prêtres interdits se joignirent à lui, el des pa­ roisses du Loiret lui demandèrent des curés. Lui-même ordonna deux prêtres, Laverdet et Plumet, tandis qu'un de ses premiers adhérents l’abandonnait. Par ses actes et ses paroles, Chatel se séparait de plus en plus des templiers. Le4 octobre, l'ordre rompit avec lui. Il lui reprochait de prétendre appartenir encore à l’Église romaine et de se dire évêque catholique, alors qu'il avait reçu la consécration épiscopale de la seule Église johannite. Il n’avait pas été sacré par Fabré-Palaprat, mais par le bailly Jean de Jutland. Celui-ci, qui n'a jamais reçu ni eu la volonté de recevoir l’épiscopat romain, n’a pu lui transmettre que les pouvoirs dont il était muni dans l’Église primitive. D’ailleurs, il l’a or­ donné selon le rite et la foi de la religion johannite. Chatel n’est donc pas évêque catholique, et comme il avait trompé l'ordre des templiers, son consécrateur, après avoir vainement tenté de le ramener à résipis­ cence. prononça contre lui l'interdit des fonctions jo­ hannites et supprima la primatie coadjutoriale des Gaules. La sentence est publiée en appendice, dans le Lévilikon ou exposé des principes fondamentaux de la doctrine des chrétiens catholiques-primitifs, in-8", Paris, 1831, p. 297-304. Cf. M'", Histoire d'une grande imposture, ou Chatel n’est pas évêque, in-4", Paris, s. d. Les partisans de Chatel, qui le quittèrent, avouèrent que leur ancien chef n’avait été sacré que par Machaud ou le bailly de Jutland, simple évêque des templiers. Il est donc avéré que le fondateur de l’Eglise catholique française n’avait pas le caractère épiscopal ni le pou­ voir d’ordonner des prêtres. Les finances de la nouvelle Église n’étaient pas pros­ pères, et après le 16 octobre, le local de la rue de Cléry fut fermé et le mobilier du culte saisi, parce que le loyer n’était pas payé. Chatel loua dans l’hôtel du Thillet, rue du Faubourg-Saint-Martin, n. 59, les écuries des pompes funèbres. Il lança un nouveau prospectus dans lequel il fit ressortir la gratuité de son culte. En inaugurant son nouveau lieu de culte, il déclara reconnue par les fidèles la primatie, que les templiers lui avaient enlevée, lut la constitution de son Église et prononça un discours contre le célibat des prêtres. Le dimanche 11 décembre, il lut le passage du bref pontifical du 27 juillet, dans lequel Grégoire XVI se plaignait paternellement de ses entre­ prises schismatiques, et il insulta le pape. Il envoya Reb. prêtre interdit, à Villefavard, dans la Haute-Vienne, et l’abbé Auzou, successivement à Sarcelles et à Boulogne. IJ s’unit à une association pour l'instruction gi-atuite du peuple et lui prêta son local. 11 fit des services solennels pour attirer la foule. Il publia alors une nouvelle Pro­ fession de foi, suivie bientôt des Conséquences et déve­ loppements de la profession de foi, 1832. 11 y abandon­ nait les dogmes chrétiens et professait le rationalisme et le déisme. Au mois d'avril 1832, Auzou et Lavardet font schisme. Chatel ordonne des prêtres, reçoit un nou­ vel adepte, attaque les dogmes catholiques dans ses dis­ cours, dispense le sacrement de confirmation et approuve l’Eucologe, composé par Saint-Estève. Il envoie à Ermont (diocèse de Versailles) un prêtre qui ne peut y demeurer, organise une cérémonie pour la prospérité de l’industrie et un service pour les comédiens. Deux prêtres se joignent à lui. Au mois de janvier 1833, il fonde Le catholique français ou la religion de la rai­ son. Cette revue paraît tous les dimanches jusqu’au mois d'août et n’a que 30 numéros. Son programme est signé 2342 par onze prêtres ou postulants. Chatel affirmait que sa réforme avait été adoptée par 57 paroisses de 29 dépar­ tements ; mais la liste était grossie à plaisir, et le nombre des prêtres adhérents n'atteignit jamais simultanément le chiffre total de 20. Chatel publiait ses discours sur l'unité de Dieu, contre les excommunications, sur les spectacles, sur le mariage des prêtres, sur les abus de la confession. Il avait fait paraître aussi : La persua­ sion, ou conversion d’un catholique romain à la reli­ gion du Christ, trois dialogues, in-8", Paris. 1832,1833. Le 21 mars '1833, un nouveau centre de culte français fut inauguré â Paris, rue Saint-Honoré, n. 359. Des avocats signèrent la consultation de Franque, qui tendait à prouver le droit des chatellistes à occuper les presby­ tères et les églises dans les communes qui les deman­ daient. La première édition du Catéchisme à l’usage de l'Eglise catholique française parut, in-8", Paris, 1833. Le bazar Saint-Honoré fut bientôt fermé par suite du désaccord de Chatel avec l’administrateur temporel Du­ four. Le 18 juillet, Journiac se rétractait publiquement. Janin tournait Chatel en ridicule dans le Journal des Débats. La situation financière de l’Eglise française était des plus précaires. Chatel n’avait plus avec lui que trois ou quatre prêtres. A cette époque, il prétendait avoir été sacré par Msr Salamon, évêque d’Ortosia, qui avait été affilié à l'ordre des templiers. Il publia le tableau de ses établissements et l’almanach de son clergé. Il s'éta­ blit à Nantes. Au mois d’octobre 1834, il fonda Le réfor­ mateur, journal religieux consacré au développement de la doctrine de l'Eglise française et du christianisme unitaire. Le neuvième numéro, juillet 1835, portait ce nouveau titre: L’Eglise française. La revue vécu (jusqu’au mois de janvier 1837 et eut au total sous ces deux litres 27 numéros. Une nouvelle Profession de foi avait été signée le l»r février 1834, et une seconde édition de l’Eucologe avait paru la même année. Le 7 février 1835, Chatel chercha à établir une église au faubourg du Temple. Il loua un hangar de la rue Saint-Maur. 11 plaça sur la porte celte inscription : Eglise française Montyon, ouverte le 24 juin 1835. Dans le cours de la même année, il patrona une institu­ tion de jeunes demoiselles, rue Albouy, n. 20. En 1836, il entreprit de construire une église, rue de (’Orangerie, auprès de Saint-Médard. La police ne permit pas la pose solennelle de la première pierre. On exigeait l'autorisa­ tion de l’évêque diocésain. L’église fut achevée, mais l’ou­ verture n’en fut pas autorisée. En province, les préfets ou les maires interdisaient le culte français. Le conseil de l’instruction publique n’admit pas Pillol, prêtre de l'Église française, comme instituteur primaire du Pec. Pillol, qui avait passé à Montrouge, fut condamné à six mois de prison. Chatel luttait péniblement contre toutes les difficultés qui lui étaient suscitées. Il publia, à partir de 1836, des lettres pastorales pour Pâques et l’Almanach de l'Eglise catholique française. La discorde régnait à l’église Montyon et Calland se retirait écœuré, en 1837. Le ministre de l'intérieur refusait d'autoriser Jleurtault à Boulogne. Le Rousseau, chef de l'église de Nantes, était sacré évéque et envoyé à Bruxelles, où il inaugu­ rait le culte français, le 1« octobre 1837. Une seconde édition du Catéchisme était donnée, in-16, 1837. Cha­ tel publiait une brochure : Le triomphe de la civilisa­ tion. Le jour du vendredi saint 1838, il fit un service pour Jésus-Christ; il n’avait plus avec lui que des lévites. 11 imprimait ses discours : en 1837, sur le déisme ou la véritable religion, la nécessité d’une religion, l’excel­ lence de la loi naturelle, la vocation de la femme, l'amour de la patrie; en 1838, sur l’éducation du jour et l'éduca­ tion antisociale des séminaires, et en 1839, sur le céli­ bat des prêtres. Le vide se faisait de plus en plus autour de lui. Le 15 décembre 1838. le National de l'Ouest, journal révolutionnaire de Nantes, qui l’avait soutenu jusqu’alors, rompit avec lui. H lui reprochait de s’éloi- 2213 CHATEL gner de la « route nationale », et de verser dans le fou­ riérisme el le saint-simonisme. Chatel avait publié : Le code de l’humanité, ou l'humanité ramenée à la con­ naissance du vrai Dieu el au véritable socialisme, in-8', Paris, 1838. Ce code, divisé par chapitres et par versets, était destiné à faire l’éducation pratique des peuples. Il préconisait la réhabilitation de la matière, l’égalité de la lemme et la liberté matrimoniale. Chatel se livrait aussi à la politique, et la police détendit l’affichage de sa lettre pastorale de 1839. Dans une note du Constitu­ tionnel, il prétendit qu’il y avait eu, cette année, 3000 communions pascales dans son église. Une troi­ sième édition de VEucologe parut en 1839, et du Caté­ chisme en 1840. En 1841, Chatel cherchait à réveiller l'attention publique par ses discours imprimés sur le culte des grands hommes, l'immortalité, les enseigne­ ments des hommes el les enseignements de Dieu, l’apos­ tasie et par un Eloge de Napoléon. Au mois de septembre 1841 et 1842, il organisa une fête de la lemme. Au mois de novembre, il parla sur la philanthropie à la Loge des hospitaliers de Jérusalem. Ses discours trop libres sui­ le féminisme et l’émancipation des femmes furent signa­ lés au gouvernement. Le 28 novembre 1842, son église du faubourg Saint-Martin fut fermée par l’arrêt du préfet de police. Chatel était prévenu d’outrages contre la mo­ rale publique. Ce fut en vain qu'il adressa un Appel aux catholiques français, et à la Chambre des députés. Dans le courant de janvier 1843, les préfets de la HauteMarne, de la Loire-Inférieure et de la Haute-Vienne firent fermer les trois dernières succursales qu’avait l’Eglise française en province. Chatel toutefois n’abandonna pas ses fidèles. Obéré de dettes, il confia son Eglise à un conseil d’administra­ tion, sorte de fabrique, qui devait, au moyen de cotisa­ tions, lui fournir les fonds nécessaires pour vivre et pourvoir aux frais du culte. Il eut à soutenir deux pro­ cès qu’il perdit, fut emprisonné, puis s’exila à Mons en Belgique. Il revint bientôt à Paris et publia une lettre pastorale pour Pâques 1843. Cependant, il s’était brouillé avec son conseil d’administration, sous prétexte que celui-ci lui refusait les vivres. Le 10 février 1843, le conseil adressa aux fidèles une circulaire leur annon­ çant qu’entre lui et Chatel la rupture était complète; il rendait compte des sommes versées à son ancien chef el prévenait que le culte serait continué par M. Bandelier et les lévites. C’était un nouveau schisme. De son côté, Chatel cherchait â gagner des fidèles; il se tourna de plus en plus du côté des saint-siinoniens. Il publia encore une lettre pastorale pour Pâques de 1845. En 18Î6, il était malade el malheureux et, pour lui venir en aide, Mège faisait imprimer et mettait en vente trois discours sur l’hypocrisie, la cène et la charité. Chatel était devenu marchand de denrées coloniales; mais son commerce d’épicerie était peu florissant. La révolution de 1848 le fit reparaître sur la scène publique. Dans les derniers jours de février, il placarda sur les murs de Paris une proclamation. H devint ora­ teur des clubs; il y parlait en faveur du divorce et il fréquentait les réunions socialistes. H tenta de rouvrir son Église, dont le siège provisoire fut établi à son do­ micile, rue de Fleurus, n. 5. Une brochure intitulée : Loi du culte selon l’Eglise française el la loi sociale nouvelle par le citoyen Chatel, in-8», Paris, 1848, nous fait connaître, dans un style bizarre, ses nouvelles idées. La loi sociale veut que le culte, qui est un sentiment inhérent â la nature humaine, soit raisonnable. Ce culte doit être rendu à Dieu et à l’homme, en qui on honore le génie. H convient à l’homme, individu, ci­ toyen et humanité, et règle les cérémonies relatives à la naissance, â la puberté, à la virilité et à la mort. Chatel admet pour chaque individu un état antécédent, une préexistence, relativement â laquelle la vie actuelle est une chute. Le baptême du nouveau-né est sa consé­ 23 ii cration au Grand-Être. A l'âge de puberté correspond l’enseignement du catéchisme, qui se résume dans la liberté, l’égalité et la fraternité. L'acte symbolique de celte époque de la vie est la première cène ou la com­ munion. L'homme parvenu à l'état de virilité se marie; le mariage est nécessaire, et la femme mariée est l'égale de son mari. Le culte aux détunls a une triple base : la triple croyance à l’éternité de l’être humain ou de sa triple existence dans une vie passée, dans la vie présente et dans la vie à venir. Les devoirs envers Dieu sont l’adoration, l'action de grâces et la croyance au bonheur. La nature de l’homme est une dans une triple virtualité : instinct, sentiment, connaissance. Rien ne se perd pour l’éternité. Ces ■ èveries panthêistiques n’eurent pas grand succès. Chatel cependant au­ rait réuni autour de lui un semblant d’Eglise, qui aurait été formellement interdit par la police en 1850. Réduit dès lors à la pauvreté, Chatel donnait, passage Dau­ phine, où il habitait, des consultations de magnétisme, et aussi des leçons de grammaire à quelques enfants. Dans sa dernière maladie, il fut recueilli par une femme charitable, chez qui il mourut, le 13 février 1857, rue du Four-Saint-Germain, sans s’être réconcilié avec l’Église. Par clause testamentaire, il avait refusé l’assis­ tance du clergé à son enterrement. 11 fut donc inhumé civilement au cimetière Montparnasse. Il était oublié, el il y eut peu de monde â ses funérailles. Ce réformateur sans grandes vues religieuses et sans culture intellec­ tuelle n’exerça pas une profonde influence, il ne réussit pas à établir en France le catholicisme libéral qu’il avait rêvé. Agitateur de surface, il aboutit seulement â fonder un de ces petits cultes, qui n'attirent que des oisifs et des âmes blasées et n’ont qu’une vogue passa­ gère. 11 était parti du simple libéralisme religieux et politique et il finit par le communisme et le socialisme. Joly, Le socialisme chrétien, Paris, 1892, p. 197-199 IL Doctrine, constitution et culte. — 1» Doctrine. — Chatel et ses premiers adeptes ne voulaient tout d’abord qu’introduire une réforme dans le catholicisme et modifier la discipline. Ils gardaient les dogmes. Mais Chatel versa bientôt dans le pur rationalisme et le déisme. Dans sa Profession de foi de 1832, il posait ces trois principes : « 1« La raison de chacun doit être la règle fondamentale de ses croyances. 2» On doit suivre sa propre conviction, lors même qu'elle se trouve en opposition avec les croyances générales; si on se trompe en agissant de la sorte, la faute n’est que matérielle. 3“ Se conduire d’après des croyances qu’on regarde comme absurdes, lors même que ces croyances seraient universelles, c’est au moins faiblesse. » II rejetait donc l’infaillibilité de l’Église, par cette raison que les opi­ nions des hommes sont toujours variables et incertaines. Dans les Conséquences et développements de la pro­ fession de foi, il rejetait aussi tous les dogmes des Églises, qui étaient contraires â la raison. Par suite, il n’admettait plus ni trinité, ni incarnation, ni rédemp­ tion, ni virginité de Marie. Il ne croyait qu’en un seul Dieu et il fondait le christianisme unitaire. Quant â Jésus-Christ, il n’était pas Dieu, mais seulement un homme extraordinaire. Il était le fils du tout-puissant d’une manière plus excellente que les autres hommes; il était le sauveur du monde, parce qu'il avait dissipé des ténèbres et répandu des lumières dans le monde. Sa mission et ses doctrines étaient divines, et l’Église française lui rendait un culte de dulie. Le symbole de cette Église comprenait douze articles. Les cinq pre­ miers concernaient Dieu et ses attributs métaphysiques et moraux. Le 6e disait que la religion naturelle est a seule vraie, bonne et utile; le 7e, que Jésus-Christ est un modèle de vertu et qu'il méritait d’étre honoré comme un homme prodigieux ; le 8e, qu’on peut faire son salut dans toutes les religions; le 9». que le fond de la morale était dans ces paroles : « Faites aux autres 2345 CHATEL ce que vous voudriez qu’on vous fit à vous-mêmes. — Rendez à César ce qui est à César; » le 10% que les fautes ne sont expiées que par les bonnes œuvres et non par les macérations et les abstinences; le 11·, que la confession auriculaire n’est pas de précepte divin ni obligatoire, mais qu’elle doit être faite librement, de conliance, comme à un médecin spirituel; le 12', que la prière, les vœux et les adorations ne sont adressés qu’au grand Dieu, vivant, éternel et immuable. L’Église française conservait tous les sacrements, comme des choses sacrées, saintes et respectables. L’eucharistie n’était que la commémoration de la sainte cène; elle était encore un sacrifice, mais seulement à la manière des sacrifices des religions judaïque et païennes, hormis les victimes humaines. L’Église française admettait le mariage des prêtres. A ses yeux, le mariage contracté devant l'officier civil était valide; contracté devant l’Église seulement, il était invalide. Enfin, aucun pou­ voir, spirituel ou temporel, ne pouvait créer des em­ pêchements à l'union matrimoniale. Le pouvoir tempo­ rel émane du peuple; il ne peut se mêler des choses de la religion ni exiger une profession de foi de tel culte. Les rapports des deux puissances se résument en deux mots : protection de la part de l'Etat, soumission et indépendance de l’Eglise, soumission dans les choses civiles et indépendance en matières religieuses. 2° Constitution. — L’Eglise française était régie par des pasteurs légitimes élus par le peuple et le clergé. Sa hiérarchie comprenait un primat, des évêques coad­ juteurs, des prêtres (vicaires généraux, curés de diverses catégories), des diacres, des sous-diacres, des minorés et des tonsurés. Les prêtres remplissaient gratuitement leur ministère. H y aurait autant d'évêques que de dépar­ tements français. En fait, le primat ne sacra qu'un seul évêque coadjuteur, Le Rousseau, établi â Nantes. Le clergé français ne portait aucun costume distinctif, en dehors de ses fonctions religieuses. Le costume religieux était réglé dans les plus petits détails. 3· Culte. — Il comprenait la célébration des diman­ ches et des fêtes, la communion pascale et l’administra­ tion des sacrements. Celle;ci se faisait en langue vulgaire ainsi que la célébration de la messe. L'Eucologe réglait le culte français. Il débutait par la bénédiction de l’eau et du sel. Le canon de la messe était invariable, mais l'ordinaire variait selon les temps et les fêtes. Le propre du temps comptait seize messes s’échelonnant de l’Avent au temps après la Pentecôte. Il comprenait la fête de Noël, qui était l'ouverture de l'année chrétienne, celles de la cène (jeudi saint), de la passion (vendredi saint), de Pâques qui célébrait la résurrection spirituelle, et de la patrie. Il y avait ensuite des messes spéciales pour chacune des saisons, pour l'Éternel, la dédicace d'un temple, la femme (commémoraison des femmes célè­ bres), les mariages, la première communion, la confir­ mation, l’action de grâces, pour implorer les grâces du Seigneur, pour les malades et les affligés, et pour les morts. Il y en avait une aussi pour l’anniversaire des amis de l'humanité (saint Vincent de Paul, Fénelon, Liancourt, L’Épée, Hoche, Rousseau, Voltaire, Belzunce, Franklin, Montyon, Ganganelli, Desaix, Molière); et une spéciale pour Napoléon, que Chatel regardait comme le Messie du xix· siècle. Les prières ressem­ blaient â celles de la messe catholique; mais les leçons n’étaient pas tirées des Ecritures. Les chœurs des fidèles étaient en vers français. L'Eucologe contenait encore des hymnes en vers français, des prières et des vêpres, dans lesquelles les psaumes de David était remplacéspar des poésies françaises sans valeur poétique. Sur le maî­ tre-autel du faubourg Saint-Martin, la statue de la Rai­ son, sous les trails d’une femme, soutenait celle de la Religion qui tenait la croix â la main; â leurs pieds, un lion puissant symbolisait la force. Sur les côtés, on avait inscrit : Gloire, Patrie. Les statues de Fénelon et 2346 de saint Vincent de Paul ornaient les murs. Des basses et un piano servaient d'orgue et soutenaient le chant des chœurs. Le drapeau tricolore flottait au-dessus de la porte d’entrée. En résumé, l’abbé Chatel enseignait le rationalisme vulgaire, teinté de panthéisme. Sur Dieu, Jésus-Christ, la Bible, l'immortalité de l'âme, il n’avait plus rien de chrétien. En morale, il ne reconnaissait que la loi natu­ relle. Sa hiérarchie, son culte étaient calqués sur la hiérarchie et le culte catholiques. Il avait emprunté quelques particularités à la Constitution civile du clergé etâla religion des théophilanthropes. Son système sans originalité propre ni largeur de vuesn’eut pas d'influence, et son culte excita quelque temps la curiosité d'un pu­ blic restreint. III. Démembrements de l’Église française. — Chatel manquait de la vigueur intellectuelle et de la valeur morale nécessaires pour s'attacher définitivement ses adhérents, esprits flottants, hommes sans caractère, re­ crutés de tous côtés et dans des milieux peu recomman­ dables. Ses doctrines, elles aussi, étaient trop variables pour satisfaire ceux qui ne suivaient pas l’évolution de sa pensée. Aussi, il se produisit bien vite dans l’Eglise française des schismes, qui provoquèrent des polé­ miques grossières et entravèrent le recrutement et l’in­ fluence de la nouvelle religion. 1» L’Église constitutionnelle de France. — Ce schisme morl-néaeu pour auteur le soi-disant abbé Roch. C’était un sous-diacre du diocèse de Bourges, nommé JeanRoch Mérigot, né le 12 septembre 1791. à Saint-Amand (Cher). En 1820, il avait publié un Discours sur les mis­ sions. Après avoir mené une vie misérable, il s'affilia aux lempliers en 1831 et fut ordonné diacre et prêtre de la religion johannite. Il était docteur de la loi, mais il quitta bientôt l’ordre de Saint-Jean et se fit réordonner prêtre sous condition par l’évêque constitutionnel Pou­ lard. 11 s’adjoignit à Chatel, puis à l’abbé Auzou, et passa chez les saint-simoniens. A la fin du mois de septembre 1832, il ouvrit avec Brunet et Plumet l’Eglise constitu­ tionnelle de France, place de la Sorbonne, n.2. et publia, le 8 octobre, une Profession de foi, in-80, Paris, 1834. Il y annonçait une seconde promulgation de l’Évangile dont il se proclamait l’apôtre. 11 professait le simple philosophisme. S’il conservait encore les dogmes et les sacrements de l’Église chrétienne, c’était dans un sens qui n’était plus chrétien. Son Église serait organisée conformément à la Constitution civile de 1790. Il y eut deux ou trois réunions ; elles furent si tumultueuses, que la police fit fermer l’église au mois d’octobre. L’abbé Roch chercha à se convertir et, le 22 mai 1833, il fit demander à l’archevêque de Paris dispense de ses vœux. Sur la sollicitation du P. Humbert, franciscain, il écri­ vit, pour la somme de 500 francs, les Scènes historiques des prétendus réformateurs Chatel, Auzou, Fabré-Palaprat et lloch, in-16, Paris, 1834, dans lesquelles il ne ménageait pas sa personne. Mais, peu après, l’apôtre Roch publiait son Abjuration de la foi catholique, apos­ tolique et romaine, in-8°, 1834, rédigée en vers et adres­ sée aux évêques. H voulait s’attirer des secours pécuniai­ res qui ne lui vinrent pas. Malade, il entra à l’hôpital de la Charité, ou il mourut le 29 janvier 1835, sans s’être réconcilié. Voir Ami de la religion, 1834, t. lxxxi, p. 389-390; 1835, t. i.xxxm, p. 436-438. 2» L'Église française catholique et apostolique. — Fondée quelques mois plus tôt que la précédente, elle a duré plus longtemps. Son fondateur, Louis-Napoléon Auzou, était né à Versailles le 1" janvier 1806 et avait fait ses éludes au séminaire de sa ville natale. 11 avail reçu tous les ordres le même jour des mains de Poular : en 1831, et s’était joint à Chatel, qui l’installa à Clichy. Il se disait élu par le peuple. Cependant, nous le trou­ vons aux mois d’octobre et de novembre 1831, àSarcelles. ou il célébrait le culte dans l’orangerie du baron de CHATEL 2347 Montfleuri, puis â Boulogne. Le 19 février 1&32, il prêcha à Paris un discours sur les usurpations sacer­ dotales, et le 6 mai, â Clichy, un autre discours sur les mandements des évêques au sujet du choléra. Ces deux discours furent imprimés. Le 18 mars 1832, la mu­ nicipalité de Clichy l'avait installé au presbytère el lui avait rendu l’usage de l’église paroissiale. Au mois d’août suivant, il se brouillait avecChatel au sujetdu ré­ tablissement du tarif. Le 11, Chatel écrivit à Auzou une lettre qui suscita, de la part de son destinataire, des Ob­ servations, imprimées le 19. Laverdet, un jeune libraire de Clichy, que Chatel avait ordonné prêtre bien qu’i| n’eût pas fait d’études, se joignit à Auzou et, le 9 août 1832, ils ouvrirent ensemble au boulevard Bonne-Nou­ velle, prés de la porte Saint-Denis, rue Basse, n. 20, à Paris, une chapelle succursale de Clichy, dans laquelle le culte était absolument gratuit. Auzou publia à cette occasion une Notice historique sur l’Église française de Clichy, Paris, 1832. Le 23 aoûl, il prononça lOnzison funèbre de Napoléon II, ducde Reichstadt, in-8°, Clichy, 1832, au service organisé pour ce prince, et le 6 décem­ bre, il adressa au primat une lettre de séparation défi­ nitive, Dès le Ie· janvier 1833, il commença la publica­ tion du journal de son Eglise : Le bon pasteur, qui eut au total 17 numéros et cessa de paraître le 21 avril suivant. Le 15 janvier, il publiait encore la Profession de foi de l’Eglise française catholique et apostolique de Clichy, in-8», Clichy, 1833. Il s’étaitséparé de Chatel, dés que celui-ci avait renié publiquement la foi chrétienne et versé dans le philo­ sophisme. Ensemble, ils avaient voulu conserver les dogmes du catholicisme, professé par la majorité des français, et ils avaient tenté une réforme que le pape refusait de faire. Mais Chatel avait donné à cette réforme une funeste direction. Il avait nié les dogmes, même celui de la divinité de Jésus-Christ; il n’était donc plus chrétien que de nom. Auzou restait catholique, aposto­ lique, non romain toutefois, mais français. 11 réformait le catholicisme, sans le changer. A la base de sa doctrine, il plaçait le principe : la voix du peuple est la voix de Dieu. Il admettait aussi l'égalité des membres du clergé et ne voulait parodier ni la papauté ni l’épiscopat. Les prêtres, dés qu’ils sont au nombre de trois, ont le pou­ voir de conférer le sacerdoce et la confirmation. Les curés sont élus par leurs paroissiens. Les prêtres, étant citoyens, ne sont plus astreints au célibat et n’ont plus de rapports avec le pouvoir tyrannique des rois abso­ lus. Il n’y a plus de droit divin. Les excommunications, interdits, censures, refus de sacrements, étant des usur­ pations sacerdotales, sont supprimés ainsi que les in­ dulgences, les jeunes et les abstinences obligatoires. Aucun péché ne peut être reconnu mortel. 11 n'y a d'autres empêchements de mariage que ceux qui sont établis par la loi civile. Le culte, excercé gratuitement et sans ornements brodés, écartera toute superstition. L'eucologe et le catéchisme qu’Auzou annonçait ne furent pas publiés. La profession de foi se terminait par un appel aux ecclésiastiques patriotes et consciencieux qui gémissaient tout bas de la conduite antinationale et intolérante du haut clergé. Cependant, le 9 janvier 1833, Auzou reçut l’ordre d'évacuer le presbytère de Clichy. Ses partisans oppo­ sèrent résistance à la police. La troupe dut intervenir, et après trois jours de trouble, plusieurs personnes fu­ rent arrêtées et incarcérées. Le culte catholique fut officiellement rétabli dans la paroisse et, seule, la mi­ nime partie des habitants resta fidèle à Auzou. Celui-ci reçut, le 11 mars, l’ordre de ne pas exercer son culte à l’extérieur. Il recruta quelques prêtres interdits et continua son ministère tant à Clichy, dans un local particulier, qu’à sa succursale de Paris. La police n'au­ torisa pas un service qu’il avait annoncé pour les vic­ times de juin. Un peu plus tard, elle lui fit un procès DICT. DE TIIÊOL. cathol. 2348 pour exercice du culte extérieur. Son journal ne put se soutenir, et ses ouailles l'abandonnaient de plus en plus. Il transporta sa succursale au n. 10 du boulevard Saint-Denis, il y prononça un Discours sur les plaisirs populaires, les bals et les spectacles, in-8», Paris, 1834, et l’Oraison funèbre de l’empereur Napoléon, in-8», Paris, 1834. Lejeune, un de ses adhérents, fut condamné par le tribunal de Troyes pour usurpation des fonctions sacerdotales, et, le 8 janvier 1836, la cour de Paris con­ firma le jugement. Auzou lui-même dut restituer à la fabrique catholique de Clichy les ornements el les livres d'église dont il s'était emparé. Dans ce procès, Berryer plaida que la fabrique française de Clichy n’avait pas d'existence légale. Au cours de 1836, Auzou publia trois brochures : Réfutation de M. l'archevêque de Paris sur l’obéissance ; Réponse à M. l'archevêque de Paris sur sa religion de l’autorité; Lettre pastorale de M. l’abbé Auzou pour le temps de l’avent 1836: et en 1837 : Lettre pastorale pour le temps de carême 1831 ; Conférence sur les jésuites. Il administrait aussi le sa­ crement de la confirmation. Son Eglise touchaità sa fin. Le 12 mars 1837, Laverdet. son associé, était condamn·'· à 50 francs d’amende par le tribunal de Mantes, et la chapelle de Senneville, ouverte en 1835, était fermée. Malgré le soutien donné par le Constitutionnel, le ju­ gement était confirmé en appel, el par la Cour de cassa­ tion le 22 juillet 1837. Les tribunaux décidèrent que le culte d’Auzou. n'ayant pas été autorisé par le gouverne­ ment, ne pouvait être permis. Les églises où on le cé­ lébrait furent donc fermées. Le curé interdit de Lèves (diocèse de Chartres), qui s’élait associé à lui en lS-2. mourait le 26 août 1837. Auzou lui-méme était poursii: . i en justice pour escroquerie et détournement el. au un s de mai 1838, condamné par défaut à six mois de prison. Au mois d'août 1839, il adressa à l’évêque de Versailles sa rétractation solennelle et se soumit publiquement a l'archevêque de Paris. Il s’enferma dans une maison de retraite. Voir Ami de la religion, 1839, t. cit. p. 404406, 423, 486. Nommé peu après directeur d'un bureau de poste en Saône-et-Loire, il fut obligé de quitter cet emploi et entra dans une administration particulière. L’Église française d’Auzou ne disparut pas cependant en 1839; elle fut maintenue par Laverdet. Le 10 sep­ tembre, il publia une lettre Aux fidèles de l’Eglise évangélique française pour protester contre la rétracta­ tion de l'abbé Auzou. Il prétend que celte rétractation ne fut pas spontanée, mais le résultat de la faim. Pour lui, il continuera à prêcher les enseignements pure­ ment évangéliques, à son domicile, rue du Caire, n. 24. Il publia, en ellet, une Lettre pastorale pour l'aient de 1839; une autre Lettre pastorale pour la Pâque de 1840 et la publication de la profession de foi; et cette Profession de foi, Paris, 1840. Les fidèles l'avaient offi­ ciellement élu pour remplacer Auzou avec le titre de premier pasteur de l’Église évangélique. Le 17 mars 1841, il adressa un mémoire au garde des sceaux. 11 ne put toutefois rentrer à Clichy. Ses partisans de cette paroisse appelèrent en 1842 un ministre protestant. Considérée comme une continuation de l’Église d’Auzou, cette com­ munauté protestante fut condamnée comme association illicite. Le 22 avril 1843, Lavardet demandait la Lib··. té religieuse, aux députés des départements. Le 15 no­ vembre 1846. il publiait encore une Lettre pastorale pour l avent de 1846. Le 19 mai 1862. il lit transférer les restes de Chatel au cimetière de Clichy; il mourut, le 10 décembre suivant. 3» L’Église chrétienne française. — Ce fut l’Église continuée par le conseil d'administration de l’Eglise française après sa rupture avec Chatel en 1843. Elle eut pour ministre l’abbé J.-B. Bandelier, un des derniers prêtres associés à Chatel. Il s’était joint à lui en 1838, et avait publié un Discours sur la mission du prêtre chré­ tien selon l’Eglise française, Paris. 1839. Il avait rédige IL — 74 £349 CHATEL aussi pendant deux années La religion naturelle, revue des doctrines el des progrès de l’Eglise catholique française, 2 in-8», Paris, 1844-1843. Avec trois lévites, il représentait le clergé de l’Église française et il adressa aux catholiques français une Lettre pastorale pour la Pâque de 1843. Le I0 décembre I843, le conseil ecclé­ siastique et les ministres envoyaient aux fidèles la Profession de foi de l’Eglise chrétienne française, Paris, 1843. Ils y enseignaient le pur déisme. En mo­ rale, ils acceptaient l'abrégé exprimé par Jésus-Christ dans l'amour de Dieu et des hommes. Leur culte était à la fois dogmatique et symbolique : dogmatique, parce qu'il était l’enseignement en commun de la religion ; symbolique, parce qu'il conservait les sept sacrements et leurs symboles. Les devoirs de l'homme envers Dieu se réduisaient à l'adoration et à la reconnaissance; ceux qu'il avait à remplir envers lui-méme étaient la science et l’hygiène. L’Eglise nouvelle était chrétienne, en ce qu’elle acceptait les principes énoncés dans l'Evangile, et française, en ce que son culte se faisait en français et en ce qu elle ne reconnaissait que la loi et le gou­ vernement de la France. Les Lettres pastorales pour la Pâque sont envoyées en 1844, 1845 et 1846 par le con­ seil ecclésiastique; celle de 1848 est de l'abbé Bandelier. Une constitution avait été établie, le 25 février 1844, sur une base démocratique : le conseil el le clergé étaient élus par les fidèles, qui payaient une cotisation pour le culte. Dans les premiers temps, l’Eglise chrétienne fran­ çaise n'avait pas de temple. Ses membres tenaient leurs réunions au domicile de l'un d'eux, soit à Paris, soit dans la banlieue. Bientôt elle acquit un modeste local, qui lui servit de chapelle, rue du Faubourg-Saint-Martin, n. 135. Elle fut persécutée pendant six ans, bien que ses réunions fussent tolérées par la police. Le 5 mai 4848, on plaça sur la façade un tableau qui indiquait ses titres. Le pasteur Bandolier publiait, le 31 décembre 4849 : Le vrai christianisme et le vieux catholicisme en présence de la démocratie française. Trois person­ nages : le pasteur Bandelier, un anonyme qui signait Verax et l'abbé Christian, directeur du Vrai catholique, s’étaient mis d’accord sur un symbole religieux. Ils voulaient ramener les sociétés modernes au temple du vrai Dieu par la fusion du catholicisme et du protes­ tantisme, à l’exclusion de Rome. L'unité de Dieu, en­ seignée par Moïse, condamnait le système trinitaire. La fraternité universelle, avec la communion poursyrnbole, était l'essence du Nouveau Testament qu'ils conservaient. L’Eglise chrétienne universelle n’aurait que deux sa­ crements, le baptême et la cène, et la langue nationale serait la langue officielle du service divin. Ce projet d’union est le dernier acte de l’Eglise chrétienne primi­ tive que nous connaissons. A partir de 1850, on n’entend plus parler de l’Église française et de ses démembrements. Elle avait végété vingt ans sans avoir exercé une influence bien perni­ cieuse dans la société française, puisqu'elle n’a jamais réuni qu’un petit nombre d’adeptes. Les notices sur Chatel sont ou bien des panégyriques ou bien des pamphlets : Jules Janin, L'abbé Chatet et son Église, dans Paris ou le livre desCent-el-un, Paris, 1832. p. 159-193; Notice sur l'abbé Chatel et sur sa réforme, par un ecclésiastique pro­ testant du Doubs, Montbéliard, 1833; L’abbé Chatel et sa ré­ forme, nouvelle notice, par le même, in-12. Montbéliard, 1833; Notice sur l’abbé Chatel et sur l’Église catholique française, Quelques observations sur l’Eglise catho­ lique française et sur M. Chatel, son fondateur, in-8·. Paris, 1834; Scènes historiques des prétendus réformateurs Chatel, Auzou, Fabré-Palapra et Hoch (par l'abbé Roch lui-même), in-18, Paris, 1834; Eugène de Mirecourt, L’abbé Chatel, dans Les contemporains, n. 138, 3' édit., in-32, Paris, 1871, p. 39-55. On peut consulter les journaux du temps, surtout l’Ami de la religion, 1831-1843, t. lxvi-cxvi (à l’aide des tables); 1857, in-fol., [Paris. 1834;] t. ctxxv, p. 410-411. Les articles des dictionnaires et des ency­ clopédies sont incomplets et inexacts; il n’y a à consulter que ceux du Kirchenleæikon, 2· édit., 1884, t. m, col. 108-110, et de CHAURAND 2350 la Realencyctoplidie fur protestantische Théologie und Kirche, 3' édit., 1897, t. ut, p. 794-796. Les ouvrages de la secte, cités au cours de l’article, renseignent plus exactement sur l’histoire et la doctrine de l’Église française. Le plus grand nombre sont réunis à la Bibliothèque nationale et on trouvera 124 numéros groupés dans le Catalogue de l’histoire de France, in-4·, Paris, 1x58, t. v, p. 782-787. Voir encore Catalogue général des livres imprimés de la bibliothèque nationale, Auteurs, pour Auzou, 1900, t. v, col. 715-710 ; pour Bandelier. 1901, t. vu, col. 4-5. E. Mangenot. CHAT1ZEL DE LA NÉRONNIÈRE Pierre-Joseph théologien français, né à Laval, en 1733, mort â Angers, en 1817. Il fut successivement vicaire de la Trinité de Laval, puis curé de Saclaine (Maine-et-Loire). La pro­ vince du Maine l’envoya aux États généraux de 1789. Son Traité du pouvoir des évêques sur les empêchements de mariage, in-12. Paris, 1789, fut combattu par Maultrol. On lui attribue les deux lettres anonymes suivantes : Lettre de M..., curé du diocèse d’Angers, au P. Vialar, évêque intrus du département de la Mayenne, in-8°, 1791; Lettre adressée au T. S. P. Pie VI, évêque de Rome et souverain pontife de l’Eglise universelle, par le clergé catholique des diocèses du Mans et d'Angers, in-8», Londres, s. d. Celle lettre avait auparavant été insérée dans le Journal ecclésiastique de Barruel, juin 1792. Hœfer. Nouvelle biographie générale, Paris, 1854, t. x, col. 113; Desportes, Bibliographie du Maine. C. Toussaint. CHATZINZARIENS ou CHAZINZARIENS, héré­ tiques arméniens du vu» siècle, ainsi dénommés, dit Nicéphore Calliste. 11. E., 1. XVIII, c. liv,P. G., t. cxlvii, col. 441 sq., du mot arménien Chalch, Χάτζου;, qui signifie croix. On les appelle également slavroldlres, parce que, de tontes les images, ils n’auraient adoré et vénéré que la croix; ils seraient donc une secte d’icolioclastes. Le même historien grec prétend que, à la diltérence de leurs compatriotes, ils reconnaissaient deux natures en Jésus-Christ comme les orthodoxes, mais qu’ils s’écartaient de- ces derniers en ce qu’ils semblaient affirmer deux personnes en Notre-Seigneur, dont l une aurait souffert sur la croix au moment de la passion, tandis que l’autre se tenait à l’écart et contem­ plait ses souffrances. Ils prétendaient tenir cette impiété de saint Grégoire l’illuminateur, l’apôlre de l’Arménie, alors qu’ils en seraient réellement redevables à un cer­ tain Sergius. Nicéphore Calliste leur reproche encore d'autres particularités liturgiques, à propos desquelles sa haine native de grec l'a certainement induit en erreur, comme l’usage exclusif du pain azyme à la messe, le non-mélange de l'eau avec le vin et surtout le fameux άρτζιόούριον, ou aralchavoratz, jeûne hebdo­ madaire qui s’observe une semaine avant l’ouverture du grand carême, en mémoire du jeûne des Ninivites. Voir Arménie, t. t,col. 1963. A ce propos, Nicéphore Calliste raconte une légende qui a cours chez les Grecs pour expliquer l’institution de ce jeune et qui n’a d’autre but que de jeter le ridicule et le discrédit sur une pra­ tique parfaitement admissible. S. Vaii.hé. CHAURAND Honoré, né à Valensoie (Basses-Alpes), le 16 février 1615, entra dans la Compagnie de Jésus le 29 septembre 1636. Il exerça, durant cinquante ans, un apostolat très fructueux dans plus de quatre-vingt-dix dio­ cèses. infatigable aux travaux du ministère sacré, son zèle lui lit encore entreprendre une longue et difficile cam­ pagne contre la mendicité. Grâce aux largesses des po­ pulations remuées par ses prédications, et avec l’appui de l’autorité royale, il ne fonda pas moins decent vingt-six maisons de charité, où les vagabonds étaient renfermés, instruits et habituésau travail, et d’où les autres pauvres recevaient des secours à domicile. Les heureux effets de ces établissements pour la suppression de la men­ dicité el pour l’assistance rationnelle, et le rare talent 2351 CIIAURAND — CHEFFONTAINES que montrait le P. Chaurand â les organiser, faisaient que les évêques et les gouverneurs et intendants de provinces recherchaient à l’envi ses services. Le pape Innocent XII lui-méme l’appela à Rome, afin d'établir un hospice de ce genre dans le palais de Latran, et il le reçut plus de cinquante fois en audience pour s'en­ tretenir avec lui de ce sujet. L’organisation de cette œuvre par le P. Chaurand à Avignon et dans le ComtatVenaissin a été racontée en détail par le P. deCamaret, dans Ptochotrophiorum in Avenionensi urbe totoque. Venascino comitatu excell. D. abbatis Nicolini, Aven, prolegati, cura institutorum brevis narratio latina, Avignon, 1684; traduit en français et publié par le P. Carayon, dans ses Documents inédits sur la Compa­ gnie de Jésus, Paris. 1874-1886, t. xxm, p. 309-439; cf. M. Chossat, S. .1., Les jésuites à Avignon, Avignon, 1896, p. 462-470. Le P. Honoré Chaurand mourut, chargé d'ans et de mérites, dans la maison du noviciat d'Avi­ gnon, le 18 novembre 1697. En dehors de quelques extraits de ses discours de mission relatifs au protestan­ tisme. qui ont été recueillis el publiés par des auditeurs, sous le titre de Passages de controverse, il n'a paru sous le nom du P. Chaurand que de petits ouvrages qu'il distribuait dans ses missions, tels que : Avis trèsimporlans pour les confesseurs et pour les pénilens, touchant le sacrement de pénitence, in-16; Accusation correcte du vrai pénitent, où l'on enseigne la manière qu'il faut éviter, el celle qu’il faut· suivre en déclarant ses péchés au sacrement de la confession, réimprimé, in-12. Troyes, 1724; Épinal. Ajouter: Copie d'une lettre du P. Honoré Chaurand de la Compagnie de Jésus, écrite de Vennes (Vannes, Morbihan), le premier jour de février de l'an 1689, au R. Père Galien de la même Compagnie, provincial en la province de Lyon, tou­ chant la maison des retraites establies à Vennes, pu­ bliée dans les Documents du P. Carayon, t. xxm. De Backer-Sommervogel, Bibliothèque de la C' de Jésus, t. n, col. 1101-1102; Annales du college royal Bourbon d’Aix, publiées par l’abbé E. Méchin. Marseille, 1890-1893, t. n, p. 123127; Ch. Joret, Le P. Guevarre et les bureaux de charité au xrir siècle, Toulouse, 1889 (le P. Guevarre fut l'élève et l'auxi­ liaire du P. Chaurand). J. Brucker. CHAVASSE Balthasar, théologien moraliste et po­ lémiste, né en 1551 aux Échelles (Savoie), entra dans la Compagnie de Jésus en 1580. A peine âgé de vingt et un ans, il enseigna la philosophie à l’université de Pontà Mousson, puis, de 1595 â 1600, la théologie morale. Dans la vue, paraît-il, de publier plus facilement un ouvrage Des caractères de la vraie religion, il demanda et obtint, peu après 1603, de passer parmi les jésuites de Bavière. Il employa le reste de ses années principa­ lement à Porrentruy (Suisse), dans le ministère de la prédication et la composition des œuvres de controverse. Il mourut dans cette ville le 20septembre 1634. On a de lui : De notis certissimis vcræ religionis libri quatuor, in quibus quoad easdem tam Mahumelani, quam Europæi novatores in comparationem cum catholicis adducuntur, in-4», Ingolstadt, 1611 ; Professio verte et orthodoxae /idei, additis commentariis in quibus plana accurataque ejusdem profertur ratio, et euangelicis res­ pondetur illam impugnantibus, in-4», Ingolstadt, 1613; Antidote de la con fession de foy des Eglises prétendues réformées de France, in-12, Lyon, 1616; De vera perfectaque prudenlia seu de perfecto virtutum usu, 2 in-8», Ingolstadt, 1620. Sotwel, Bibliotheca scriptorum Soc. Jesu, p. 99; L'université de Ponl-ù-Mousson, histoire extraite des manuscrits du P. Nie. Abram, publiée par le P. Carayon, Paris, 1870, p. 159, 331-333; De Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C" de Jésus, t. u, col. 1105-111:6; Hurler, Nomenclator, t. i, p. 283. H, Dutouquet. CHAVES (Thomas de), dominicain espagnol, lit pro­ fession â Salamanque, le 2 février 1524. Il fréquenta les 2352 leçons de François de Victoria, puis professa la théolo­ gie â Salamanque. Il se montra toujours très fidèle disciple de Victoria, et mourut à Salamanque vers 1565. On a de lui : Summa sacramentorum Ecclesiæ ex doctrina R. P. F. Francisai a Victoria ordinis paedi­ catorum primarii calked ratici apud Salmanticenses, avant 1546. Cet ouvrage fut revu et approuvé par Victo­ ria lui-même. Chaves en publia une autre édition aug­ mentée, comme le titre l’indique ; accesserunt multæ quæsliones ex sanctorum conciliorum decretis praeser­ tim Tridenlini et aliorum quæ antea desiderabantur, in-8’’. Valladolid, 1565; Salamanque, 1575; in-12, Venise, 1571. 1579. 1580; Anvers, 1586, 1594, 1610; Tours, 1629; trad, ital., in-4», Venise, 1575; in-8», 1580. Quétif-Echard, Scriptores ordinis praedicatorum, t. n. p. 192. R. Coulon. CHEFFONTAINES (Christophe de), en breton Penfentenyou, en latin a Capite fontium, était le second (ils de Jean de Penfentenyou, seigneur de Kaermoruz et autres lieux, et d’Amette de Costquid, dame de Kaervegnes, qui habitaient prés de Saint-Pol-de-Léon. Jeune encore, il entra chez les frères mineurs de l’ob­ servance, au couvent de Cuburien près Morlaix, l'ne fois promu au sacerdoce, il devint bien vite prédicateur célèbre, et dans la dédicace d’un de ses livres, il rappelle le carême qu’il prêchait en 1571 à Saint-Eustache â Pa­ ris. La prédication à celte époque devenait comme né­ cessairement une occasion de controverse avec les protestants. Pour les combattre, le P. Christophe ne reculait pas devant les nouveautés et même les témé­ rités, et l'on dit que dés lors sa doctrine avait paru suspecte. Néanmoins, après avoir rempli divérses charges dans sa province religieuse de Bretagne, il fut élu ministre général de son ordre par le chapitre réuni à Rome en 1571. Suivant la bulle Pastoralis officii pu­ bliée cette même année par saint Pie V, il gouverna pendant huit ans, consacrés en grande partie à la visite des couvents de son ordre en différents pays. Il semble­ rait que sa nationalité lui aurait attiré quelques diffi­ cultés dans son administration; on raconte qu’il aurait voulu convoquer le chapitre général à Paris, mais que par crainte de voir un autre Français lui succéder, on fit en sorte que la réunion eût lieu à Rome. Dès avant l’expiration de sa charge, il était question de l’élever à l’épiscopat, ce qui arriva en 1578. Chefl’ontaines fut créé archevêque de Césarée et donné pour auxiliaire au cardinal de Pellevé, archevêque de Sens. Comme on le verra par la liste de ses ouvrages, l'évêque de Césarée continuait à écrire; on rapporte que pendant de longues années, il passait chaque jour onze heures au travail; mais la nouveauté de ses opinions le lit appeler â Rome en 1586, pour y demeurer à la disposition du SaintOffice. Trois de ses livres furent alors absolument condamnés et les autres interdits donec expurgentur. C'est de là sans doute que provient l’obscurité qui en­ toure ses dernières années. Ghellonlaines mourut à Rome, le 26 mai 1595, âgé de 63 ans, au couvent de Saint-Pierre in Monlorio, où aucun monument ne con­ serve sa mémoire. Il semblerait que les bibliographes aient embrouillé à dessein l’indication des ouvrages du P. Christophe. On trouve dans ses écrits des qualités peu communes, la facilité du style jointe à l’érudition et une vigueur d’argumentation appuyée sur une science profonde ; mal­ heureusement il tomba ou du moins côtoya de trop prés l’erreur en voulant la combattre. La plupart de ses livres, rédigés en français, furent traduits par lui-méme en latin ; Chreslienne confutation du poincl d'honneur sur lequel la noblesse fonde aujourd’huy ses querelles el monomackies, déduicte en un traité de quatre cha­ pitres et outre ce en trois dialogues ensuivants, in-8», Paris, 1568, 1571, 1579, 1586; en latin : Confutatio puncti quem vocant honoris..., in-8», Cologne, 1585; 2353 CDEFFONTAINES — CHEMNITZ Defence de la foi de nos ancestres, contenant quinze chapitres où sont déclarez les stratagèmes et ruses des hérétiques de nostre temps, in-8’, Paris, 1570; en latin : Fidei majorum nostrorum defensio qua haereticorum sæculi nostri astus et stratagemmala deteguntur, in-8’, Anvers, 1575; Venise, 1581 ; De/Jenee de la foi de nos ancestres où la présence réelle du corps de N.-S. est prouvée par plus de 350 raisons, in-8’, Paris, 1571, 1586; en latin : Defensionis fidei majorum nostrorum liber II, in quo veritas corporis Christi in eucharisliæ Sacramento plusquam 350 rationibus demonstratur et probatur, in-8’, Rome, 1576. Ce volume ne contient la traduction que de la première action: le livre était di­ visé en dix actions et l’auteur promettait la suite pour plus tard; elle parut à Cologne en 1587. in-fol., sous un titre presque identique; toutefois cette traduction ne donne que huit actions; Defensio perpetuæ virginita­ tis 13. V. Mariæ ac S. Joseph! ejus sponsi, in-8’, Lyon, vers 1575 et 1578; Hierapistes dialogi forma conscrip­ tus, sive propugnator libri perpetuæ virginitatis, Anvers, 1575, dans lequel il explique pourquoi il s’est écarté de l’opinion commune en expliquant certains passages de l’Écriture, dans la Defensio virginitatis, et justifie certaines expressions dont il a fait usage dans ce livre; Réponse familière à une épitre contre le libéral arbitre et le mérite des bonnes oeuvres par laquelle on donne une couverture d’accord fort aisée el amiable pour vider tous les différents et controverses qui sont entre les chrétiens touchant les dites matières, in-8’, Paris, 1571 ; en latin : De libero arbitrio et meritis bonorum ope­ rum assertio catholica, in-8’, Anvers, 1575; Rome, 1576; Compendium privilegiorum fratrum minorum et religiosarum sub eorum cura viventium nec non el aliorum fratrum mendicantium, in-8’, Paris, 1578, réédition complétée du livre de Casarubios; Apologie de la confrérie des pénitens érigée el instituée en la ville de Paris par Henri III, in-8’, Paris, 1583. Les trois ouvrages de Cheflbntaines absolument condamnés et insérés dans l’Appendix à l’index Tridentinus sont les suivants : Novæ illustraiionis christianæ fidei adversus impios, libertinos, atheos, epicureos et omne genus infideles... epitome. Adjectx sunt duæ de B. E. conciones quibus per quas nolas verse religionis a falsæ professoribus dignosci queant..., in-8», .Paris, 1583; Varii tractatus et disputationes de necessaria correctione theologiæ scholaslicæ, in-8», Paris, 1586; De missæ Christi ordine et ritu. L'auteur enseignait que les paroles de la consécration : Hoc est corpus meum, ne suflisent pas seules à opérer la transsubstan­ tiation. 11 avait déjà ébauché cette doctrine en chaire et dans un traité : De la vertu des paroles par lesquelles se fait la consécration, in-8», Paris, 1585. On lui attri­ bue aussi une Dissertatio de prophetia Jacob : Non aufeietur..., in-8», Lyon, 1578; Disputatio de eo quad est utile et necessarium..., Paris, 1586. 1587. Aujourd'hui, tous ces ouvrages ont été effacés de l'index. Moreri, Dictionnaire historique, Paris. 1744. t. in; Wadding, Scriptores ord. minorum, Rome, 1650; Sbaralea, Supplemen­ tum et correctio ad scriptores ord. minorum, Rome, 1800; Micbaud, Biographie universelle ; Hurter, Nomenclator, t. i, p. 61, et Add., p. x. P. Édouard d’Alençon. CHEMINAIS DE MONTAIGU Timoléon, né â Paris le 3 janvier 1652, entra dans la Compagnie de Jésus le 25 septembre 1667 et mourut à Paris le 15 sep­ tembre 1689. II fournit une courte, mais brillante carrière comme prédicateur. Il avait le don de toucher les cœurs par une sorte d’onction particulière, que secondait bien la douceur de son débit. Mais il est loin d’avoir la richesse de doctrine et l’éloquente logi­ que de son contemporain et confrère Bourdaloue. Les sermons du P. Cheminais n'ont été publiés qu’après sa mort et par les soins du P. Bretonneau, le même qui 2354 publia aussi les sermons du P. Giroust et ensuite ceux de Bourdaloue. Il n’en parut d'abord que 2 in-12. Paris, 1690; un 3» suivit en 1692; deux autres volumes furent ajoutés en 1729. Ces cinq volumes ont été plusieurs fois réimprimés. L’abbé Aligne les a reproduits dans ses Orateurs sacrés, Montrouge, 1845. t. xn. Il a été fait de ces sermons des traductions, complètes ou partielles, en allemand, en hollandais, en italien. On a encore : Sentiments de piété par le P. Cheminais, Paris, 1691, publication également due au P. Bretonneau et dont il y a aussi plusieurs rééditions, ainsi que des traductions allemandes, flamandes et italiennes. De plus, le P. Bre­ tonneau a inséré dans l’Avertissement du t. IV des Ser­ mons, édité en 1729, des extraits d’un écrit composé par le P. Cheminais, sur« une nouvelle manière de prêcher » qu’il aurait voulu voir introduite dans la chaire : les ora­ teurs chrétiens devaient donner davantage « au pathé­ tique », et « non seulement persuader, mais toucher », etc. De Backer-Sommervoget. Bibliothèque de la C" de Jésus, t. ti, col. 1107-1111 ; Notice sur le P. Cheminais dans l'Averltssement du t. i de ses Sermons publiés par le P. Bretonneau. Voir aussi l’article sur un recueil manuscrit des Sermons de Che­ minais, dans la Revue Bourdaloue, n. 2,1" avril 1902, p. 120-127. j I «RUCKER CHEMNITZ (CHEMNITZIUS, KEMNITZ) Mar­ tin, célèbre théologien luthérien, né le 9 novembre 1522 â Treuenbritzen dans la Marche de Brandebourg, mort à Brunswick le 8 avril 1586. — I. Vie. IL Écrits. I. Vie. — Fils d’un pauvre drapier, il vécut d'abord dans la misère, mais grâce à un parent de Magdebourg, devint étudiant dans cette ville (1539-1542), ensuite à Francfort-sur-l’Oder, enfin dès 1545 à Wittemberg. Il y apprit les langues, les mathématiques, l’astronomie. Après la guerre de Smalkaldc, 1547, il vint à Kœnigsberg, dont la nouvelle université avait comme recteur son cousin Georges Sabinus (Schüler), gendre de Mélanchthon. Il y publia ses Prædicliones aslrologicæ et fut reçu docteur; en même temps, il dirigeait les études de jeunes nobles polonais. En 1549, il suivit Sabinus à Wittemberg et y entra en rapport suivis avec Mélanchthon. dont il étudia avec soin les Loci communes;l’année suivante le duc Albert de Prusse, qui appréciait fort sa science astronomique, le nomma son bibliothécaire â Kœnigsberg. Grâce â cette situation, il se perfectionna dans l’étude du dogme et de la patrislique. Luther était mort depuis 1546 et sa doctrine sur la justification était alors attaquée par Osiander; Chem­ nitz trouva que celui-ci se rapprochait trop du catho­ licisme, et se signala bientôt parmi ses adversaires. Mais le parti des osiandristes prévalut d’abord, et Chemnitz dut quitter la ville (1553); toutefois le duc, qui lui res­ tait favorable, le pourvut d’une pension. De retour à Wittemberg, il y rentra en relations plus étroites encore avec Mélanchthon, et l’accompagna en 1554 au convent de Nauinbourg. Enfin, il fut appelé à Brunswick comme coadjuteur du surintendant Joachim Morlin et nommé prédicateur à Saint-Gilles; il se maria en 1555 avec Anna Jeger. L’an 1567, il succéda à Morlin comme surintendant de Brunswick. C’est là qu'il vécut désormais et composa la plupart de sesécrits théologiques, qui lui valurent bientôt dans toute l'Allemagne protes­ tante la réputation d’un profond théologien; de toute part on sollicitait de lui des avis, des consultations dog­ matiques; il dut assister à de nombreux colloques, afin d’établir des « concordes » entre les réformés; ainsi il mérita la faveur des princes luthériens, Frédéric II de Danemark, Louis du Palatinat, Auguste de Saxe, Jules de Brunswick. En somme, il eut un rôle prépondérant dans les affaires religieuses et même politiques de l’Al­ lemagne et contribua plus que tout autre à l’organisa­ tion et à l’affermissement de la Réforme en ce pays. Ainsi, en 1566, il fut rappelé à Kœnigsberg pour réfu­ ter définitivement la doctrine d'Osiander, et de concert 2355 CHEMNITZ avec son collègue .1. Môrlin, il y publia un nouveau formulaire dogmatique, condamnation explicite des idées osiandristes, conforme presque en tous points â la doc­ trine luthérienne de la confession d’Augsbourg et aux articles de Smalkalde; il est connu sous le titre de Cor­ pus doclrinx Prutenicuni, 1567. Le duc Albert de Prusse lui donna sa sanction solennelle et le rendit obligatoire pour ses Étals. Henri, duc de Brunswick, mourut en 1568; Jules, son fils et successeur, ardent luthérien, chargea Chemnitz, devenu surintendant, et Jacques Andrea, chancelier de Tubingue, de rédiger pour son duché un formulaire de la doctrine réformée. La nouvelleordonnance,composée au convent de Wolfenbultel (1568), parut sous le titre de Corpus doclrinæ, Brunswick, 1569; Chemnitz en publia un résumé : Brevis et simplex forma, etc., et plus tard : Enchiridion, que les pasteurs et les instituteurs durent signer sous peine d’exil; là encore, il s’était efforcé de satisfaire tous les esprits sur les cinq articles au sujet desquels ils s’entendaient le moins : la justification, les bonnes œuvres, les cérémonies, le libre arbitre et la cène. Pourtant, il semble que Chemnitz désespérait d’aboutir dans cette conciliation, car il écrit à Môr­ lin : « On s’apprête à faire cesser les querelles par la violence et par le poing, on écartélera les llaciniens, puis leurs partisans, après quoi l'ordre et la paix régne­ ront sur terre! » En effet, les réformés allemands se divisaient de plus en plus; Chemnitz et Andrea se re­ mettent à l’œuvre; ils composent,en 1574, une formule de concorde approuvée par le convent de théologiens wurtembergeois convoqués à Maulbronn (formule de Maulbronn), réapprouvée ensuite au colloque de Torgau, réuni en 1576 par l’électeur de Saxe, et auquel assistèrentChemnitz, Andrea, Kôrner, Musculus, Chytræus.etc. Au dire de Chemnitz, cette concorde nouvelle ou Livre de Torgau écarte toute trace de l'esprit de Mélanchthon; pourtant Andrea disait alors de Chemnitz qu’il serait bon qu'il quittât la Saxe, parce qu’il était « faux et déloyal et ferait revenir le règne des llaciniens » ; de son côté Chemnitz disait que pour arriver à la paix et à l'union, il faudrait éloigner Andrea. De fait, le Livre de Torgau n’eut pas plus de succès que les concordes précédentes, et, afin de le reviser, l’électeur Auguste réunit en 1577 le synode de Bergen, près de Magdebpurg. Chemnitz, Andrea, Chytrteus, etc., y modifièrent surtout les articles du libre arbitre et du péché originel : au fond, la nouvelle concorde ou Livre de Bergen sou­ tient très strictement la doctrine luthérienne, repousse toute innovation inspirée du cryptocalvinisme de Mélanchthon, rejette absolument le synergisme, nie toute disposition de l'homme à la grâce ou au salut, limite la prédestination aux seuls élus. Ce fut la dernière concorde inspirée par Chemnitz : signée par les ministres de Souabe et de Basse-Saxe, elle fut encore discutée; enfin,elle fut publiée en 1580, réu­ nie à la confession d’Augsbourg, aux articles de .Smal­ kalde et aux catéchismes de Luther de 1529. Le tout fut appelé formula: concordiæ : ainsi, grâce à Chemnitz, la doctrine luthérienne parut solidement établie aussi bien dans la foi du peuple que dans l’enseignement officiel des Etals de l’Allemagne du Nord. Epuisé par tant de travaux, Chemnitz résigna, le 5 avril 1584, sa charge de surintendant de Brunswick; la même année, il composa encore, pour le landgrave de Ilesse-Cassel, un rapport sur le calendrier grégorien; malgré son origine romaine, il concluait à son accep­ tation, Deux ans après, il mourait, laissant à ses héri­ tiers de grands biens, que ses ennemis lui ont parfois reprochés. 11. ÉCRITS. — Les écrits de Chemnitz, réputés parmi les œuvres théologiques les plus considérablesdutemps, peuvent être classés en trois catégories : 1° Écrits en faveur des idées luthériennes, surtout , J | ■ | I 2350 sur la cène; ils soutiennent la présence réelle, contre les sacramentaires. Tels sont : Repetitio sanæ doctri­ nes de vera præsenlia corporis el sanguinis in coma. Additus est tractatus complectens doctrinam de com­ municatione idiomatum, Leipzig, 1561, ouvrage tra­ duit ensuite en allemand par le predicant J. Zanger; De duabus naturis in Christo, de hypostatica earum unione, de communicatione idiomatum et de aliis quæstionibus independentibus, etc., léna, 1570, 1578. Ce qui fait l’originalité de l’opinion de Chemnitz sur la cène, c’est ce qu’il appelle mullivolipræsenlia Christi; en effet, tout en soutenant l’enseignement de Luther sur l'ubiquité, il croit à une présence relative, en tous lieux, de la nature glorieuse et transfigurée du Christ, dépendant de la volonté très libre de l’Homme-Dieu. Adesse possit et adsit, ubicumque, quandocumque et quomodocumque vult. 2» Écrits contre l’Église catholique et surtout contre les jésuites. — Jean Monheim avait publié à Dussel­ dorf, sous le titre de Doctrina cælestis, un catéchisme que les jésuites de Cologne réfutèrent par une Cen­ sura de præcipuis doclrinæ cælestis capitibus, 1560. Chemnitz y répondit par une très vive critique de leur théologie : Theologiæ jesuitaruni præcipua ca­ pita ex quadam ipsorum censura, quæ Coloniæ, anno 1560 edita est, adnolata, Leipzig, 1562; in-8», La Rochelle, 1589; trad, allemande par Zanger. Le même ouvrage fut publié en 1623 sous ce titre : Theolo­ giæ jesuitaruni brevis ac nervosa descriptio et de­ lineatio ex præcipuis capitibus censuræ ipsorum quæ anno 1560 Coloniæ édita est, adnotata, in quo origo et arcana jesuitaruni aperiuntur. Chemnitz y dit, entre autres choses, que « si l’ordre des jésuites s’élail borné à fonder le collège de Rome et n’avait rien fait d’autre, il mériterait pour cela d’etre regardé comme le plus dangereux ennemi du luthéranisme ». — « Les scélé­ rats qui se font appeler jésuites, par une présomption singulière et criminelle, ne font aucun cas de la sainte Écriture, qui est l’unique règle donnée par le Christ. Dans l’ardeur avec laquelle les jésuites défendent « l’idolâtrie de la messe », il flaire « l’odeur de l’excré­ ment du diable; ils savent le bon revenu que la messe leur procure; ils trouvent avantage de vendre leurs prières pour les vivants et les morts; ils aiment le dogme du purgatoire qui garnit si bien leur garde-man­ ger et leur cellier ». Canisius y répondit, puis Jean Aller, professeur à Ingolstadt, par un mémoire en alle­ mand sur la Compagnie de Jésus contre Chemnitz et Zanger (I563). Le théologien portugais Andrada (voirt. I, col. 1179) le réfuta aussi dans Explicationum orthodoxa­ rum de controversis religionis capitibus libri decem, et De Societatis Jesus origine libellus contra Kenimtii cujusdam petulantem audaciam, in-4». Cologne. 15<5. Comme il y développait la doctrine catholique du con­ cile de Trente, Chemnitz y répondit par son Exaioen concilii Tridenlini quadripartitum ; la 1« partie parut à Francfort en 1563, la IV» en 1573; il mit donc huit an­ nées à publier ces 4 in-fol. (traduits en allemand, en 1576 par Georges Nigrinus, pasteur à Giessen, réédites en 1599 à Francfort, traduits de nouveau par Georg. Johannes à Francfort, 1707, et encore en 1862). Chacune des parties est précédée d’une épitre dédicatoire à un prince allemand; en tête de la I™ est une pièce de vers : Narratio de synodo nicena versibus exposita, autore Malhia Bergio Brunsvicensi. C'est un vrai cours de théologie à l'usage des Églises luthériennes; il fut tellement apprécié, qu’il mit son auteur au premier rang parmi les théologiens protestants du xvt» siècle. A grands renforts d'arguments puisés dans l'exégèse, l'histoire et le dogme, il s'efforce de combattre chacun des décrets du concile de Trente. Outre les réfutations qu'en firent Bellarmin. Grégoire de Valence, Ravensteiu, professeur à Louvain, il faut 2357 CHEMNITZ - citer celle d’Andrada qui mourut en 1577 avant sa pu­ blication, parue à Lisbonne sous le titre : Defensio Tridentinæ fidei quinque libris comprehensae adversus calumnias haereticorum el præserlim Martini Chem­ nitii, Lisbonne, 1578; Cologne. 1580; Ingolstadt, 1597. Chemnitz reconnaît lui-même l'éloquence et l'érudition de cette réplique. .1. Vanini publia aussi : Apologia concilii Tridentini contra Chemnitium ; Martin Gart­ ner écrivit : Cheninilius reformatus circa eucharistiam, 1666. 3“ Écrits de Chemnitz parus après sa mort, et d’une grande notoriété parmi les protestants: Loci theologici, in quibus Philippi Melanchlhonis loci communes re­ rum theologicarum perspicue explicantur, et quasi integrum doctrinae ehristianæ corpus Ecclesiæ Dei sincere proponitur, Francfort, 1591. Bien qu'on y trouve une étude approfondie de l'histoire des dogmes, c’est une œuvre inachevée, au dire de Chemnitz lui-même. 11 résume sa théorie ainsi : De usu et utilitate locorum theologorum semper cogitandum est, Filium Dei non eam ob causam prodiisse ex arcana sede æterni Patris et revelasse doctrinam cælestem, ut seminaria sparge­ ret disputationum quibus ostendandi ingenii causa lu­ deretur, sed potius ut homines de vera Dei agnitione el omnibus iis, quæ ad aeternam salutem consequen­ dam necessaria sunt, erudirentur. Ideoque praecipua cura esse debet in singulis locis : quomodo et qua ra­ tione doctrina tradita accommodanda et referenda sit ad usum in seriis exercitiis pænitentiæ, fidei, obedientiæ et invocationis. Dans l’édition de 1623 se trouve aussi une Oratio de lectione Patrum seu doctorum Ecclesiæ. Après sa mort, parut encore son Harmonia evangelica, Francfort, 1593. Chemnitz n’est l'auleurque des 51 premiers chapitres; son ouvrage fut continué par Jean Gerhard et par Polycarpe Lyser. D’autres opuscules et des recueils de lettres furent également publiés. Chemnitz ne fut pas un novateur brillant comme Luther; il se montra en somme peu original, plutôt conservateur; pourtant il avait une immense érudition. A cette époque de trouilles religieux si intenses, il pa­ rait comme un réformateur modéré, il confessa même parfois qu’il y avait du bien dans le catholicisme. Bien que disciple et ami de Mélanchthon, il fut en général l’adversaire de son cryptocalvinisme; souvent il com­ battit son Corpus doctrina· Philippicum, et demeura un des théologiens les plus attachés à la stricte doclrine de Luther. Néanmoins, il tenta toujours de concilier les doctrines nouvelles, surtout dans le but d’unir les ré­ formés de la Basse-Allemagne, et il y réussit en partie. Les protestants le regardent donc avec raison comme un des principaux fondateurs du luthéranisme. On disait de lui : Si Marlinus (Chemnitz) non fuisset, Marlinus (Luther) vix stetisset. C'est donc à juste titre qu'on le surnomma : l’autre Martin, aller Marlinus (Lutherus). J. Rehtmeyer, Der berühmten Stadt Braunschweig Kirchenhistoric, part. ΠΙ, 1710, p. 273 sq. ; Epistolæ Chemnitii ad M. Hitterum, Franctort, 1712; Gasmer, Oratio de vita, studiis et obitu M. Chemnitii, 1588; Ed. Preuss, Examen concilii Tridentini per M. Chemnitium scriptum, Berlin. 1861, appen­ dix : Vita M. Chemnitii, p. 925-958 ; Lentz, Dr. Marlin Kemnilz, Gotha, 1866; Hachfeld, Martin Chemnitz >iach seinem Leben und Wirken, Leipzig, 1867 ; Th. Presset, Martin Chemnitz, Elberfeld, 1862, dans Leben und ausgewiihlle Schriflen der Vo­ ter und Begrilnder der luth. Kirche; Kirchenlexilcon, t. m, col. 115-118; Bealencyclopadie, t. Ill, p. 796-804; R. Mumm, Die Polemik des Martin Chemnitz gegen das Konztl von Trient, Leipzig. 1905. L. Lœvenbrvck. CHERBURY Édouard Herbert, premier lord, déiste anglais (d583-1648), naquit à Eyton on Severn, près de Wroxeter, le 9 mars 1'583 (v. s. 1582), d’une ancienne fa­ mille dont il a longuement décrit les gloires dans son autobiographie. Après de bonnes études à Oxford, il fut marié à seize aus à une de ses cousiues et mena pen­ CHERBURY 2358 dant plusieurs années une vie studieuse et retirée dans son château de Montgomery. En 1608 ou 1609, il alla passer de longs mois en France où ses duels et ses ga­ lanteries le mirent à la mode; il fut alors présenté â Henri IV et à la reine Marguerite. En 1610,on le trouve comme volontaire au siège de Juliers; à son retour après des aventures nombreuses, il fut, à l’en croire, l’objet des attentions de la reine Anne de Danemark, femme de Jacques I". En 1619, le roi Jacques l’envoya à Paris comme ambassadeur; son ambassade fut d'abord calme et il jouissait sans souci de la vie de Paris, lorsque, ayant voulu empêcher Louis XIII de faire la guerre à ses sujets protestants, le connétable de Luynes se plaignit de lui à Jacques Ier, qui le rappela. Luynes étant mort en 1622, Herbert, qui n’avait pas reçu de rempla­ çant. regagna son poste. Les plaisirs de Paris, qu'il goû­ tait fort, ne nuisaient pas à ses études; c’est pendant son ambassade,en 1624, qu’il lit paraîtreà Paris, en latin, son traité De veritate; l’ouvrage eut une seconde édition parisienne en 1636, et une traduction française en 1639, avant d’avoir paru à Londres (1645 et 1649). En avril 1624, Jacques Ier le rappela de Paris, sans donner de motif; il semble qu’alors encore un trop grand zèle à servir les intérêts des protestants, surtout de l’électeur Palatin, gendre de Jacques Ier, ait mécon­ tenté Louis XIII, qui demanda le rappel de l’ambassa­ deur. Lorsqu'il fut rentré en Angleterre, Jacques le fit pair d'Irlande en érigeant pour lui en pairie sa terre de Castle Island; mais le roi, se croyant quitte par là en­ vers son ambassadeur, ne lui lit même pas payer ses ap­ pointements dus depuis plusieurs années, et le diplo­ mate philosophe, qui avait mené grande vie à Paris, fut jusqu'à la mort harcelé par ses créanciers. Le 7 mai 1629, Charles I" le lit pair d’Angleterre et baron de Cherbury; trois ans plus tard, il entrait au conseil des guerres. Toujours quémandeur et besogneux, Cherbury com­ posa, pour s’assurer la faveur du roi et de son toutpuissant favori Buckingham, une apologie de la désas­ treuse expédition de celui-ci à Pile de Rhé (1630 ; il eut même le triste courage d’écrire dans le même but une vie d'Henri VIII qui n’est qu’un plat panégy rique. Dans son désir de se créer des appuis, il alla jusqu'à offrir à Pranzani, l'envoyé pontifical à la cour de Charles 1er, de soumettre à la censure romaine son De veritate. Lorsque se produisit la rupture entre Charles Ier et son parlement, Cherbury s’efforça de garder une pru­ dente neutralité Pendant les années 1641 et 1642, il se tint retiré dans son château de Montgomery, unique­ ment occupé d’étude; c'est alors qu’il composa les ap­ pendices de son traité De veritate, en même temps que son autobiographie, qu’il conduisit jusqu'à la fin de son ambassade en France, et un livre sur l’éducation. En 1644, il refusa de paraître au parlement convoqué par Charles I·' à Oxford, et ouvrit à Middleton, qui com­ mandait dans son comté les troupes du parlement de Londres, les portes du château de Montgomery. A la suite de cet acte de trahison envers son souverain, il obtint du parlement de Londres, que sa maison de ville et sa bibliothèque ne fussent pas confisquées; il reçut même une pension de vingt livres par semaine et diver­ ses charges qu'il n’eut pas le temps d’exercer. Les der­ nières années de sa vie se passèrent à Londres; il mit alors la dernière main à son De religione gentilium, qui parut en 1615, et à son histoire d'Henri VIII que, par une dernière palinodie, il voulut dédier à ce même Charles Ier qu’il avait trahi. En 1647, il fit un dernier voyage à Paris, où il rendit visite à Gassendi. Le 2 août 1648, il mourut dans sa maison de Queen street à Lon­ dres ; peu d’instants avant sa mort il fit appeler Usher, primat d’Irlande, son ami, et lui demanda la commu­ nion, déclarant « qu’elle pouvait lui faire du bien et ne lui ferait pas de mal ». Usher ne trouva pas ces disposi­ tions suffisantes et refusa le sacrement. 2359 CHERBURY — CHÉRUBIN DE MAURIENNE Les théories philosophiques de Cherbury sont expo­ sées dans son De veritate, prout distinguitur a revela­ tione, a verisimili, a possibili et a falso. Cf. Sidney Lee, j he autobiography, p. xxxvm sq. La vérité existe; elle est permanente et universelle, l’esprit humain est capable de la percevoir. Cel esprit peut être considéré comme composé d’une inimité de « facultés » correspondant chacune à quelque objet. Lorsque cet objet vient en contact avec la faculté corres­ pondante, cette faculté entre en activité, se conforme immédiatement à l’objet, et cette harmonieuse confor­ mité de la faculté connaissante avec son objet, intelle­ ctus cognocenlis cum re cognita congruentia, est « la vé­ rité du concept », p. 9-47. Toutes ces facultés mentales peuvent être divisées en quatre groupes auxquels Cherbury donne les noms de « instinct naturel, sens interne, sens externe, raisonne­ ment (discursus) ». De l'instinct naturel dérivent en l’homme ces premiers principes, ces notions commu­ nes, notitiæ communes,gui existent en toute âme saine; ces notions ne sont pas le produit de l’expérience ou de l’observation; elles ne sont pas acquises; elles nous viennent directement de Dieu, qui les a déposées dans l’âme humaine lors de sa création, p. 47-126. Les trois autres classes de facultés sont soumises à la direction de cet instinct naturel; le sens interne dis­ tingue le bien du mal; le sens externe perçoit les objets extérieurs; le raisonnement, ou faculté raisonnante, compare et groupe les notions acquises par les autres facultés. C’est la plus trompeuse de nos puissances; Cherbury la rend responsable de presque toutes nos er­ reurs, p. 126 sq. Cf. Rémusat, Lord Herbert de Cher­ bury, c. n, m. Descartes, dans une lettre au P. Mersenne, appréciait ainsi le système : « Il (lord Herbert) veut qu’il y ait en nous autant de facultés qu’il y a de diver­ sités à connaître, ce que je ne puis entendre autrement que comme si, à cause que la cire peut recevoir une infinité de ligures, on disait qu elle a en soi une infinité de facultés pour les recevoir; ce qui est vrai en ce senslà. Mais je ne vois point qu’on puisse tirer aucune uti­ lité de cette manière de parler; et il me semble plutôt qu’elle peut nuire, en donnant sujet aux ignorants d'ima­ giner autant de diverses petites entités dans notre âme. » Rémusat, op. cil., p. 232. Le De causis errorum parut en 1615, comme appen­ dice au De veritate. Il est destiné à le compléter, en énumérant les principales causes d’erreurs qui arrêtent notre esprit dans sa recherche de la vérité; elles sont divisées d’après les quatre facultés principales que re­ connaît l’auteur. Le Religio laid, publié la même année, contient les principales idées religieuses de Cherbury. L'homme est naturellement religieux; cette religion, débarrassée de ses caractères accidentels, et réduite à ses vérités essen­ tielles, consiste en cinq principes qui n’ont jamais été pour les hommes causes de divisions et de guerres : existence d’un Dieu providence; obligation de ï’honorer par un culte ; la piété et la vertu sont le culte le plus digne de lui; les fautes doivent être expiées par le repentir; certitude d’une justice divine qui, après la vie, récompensera chacun selon ses œuvres, p. 31. Ces principes dérivent de l'instinct naturel ; il n’est pas raisonnable d’en admettre d’autres ; tousles dogmes des diverses Églises, qu elles prétendent révélés de Dieu, sont l’œuvre des prêtres qui les ont créés pour assurer par la crainte ou l’espoir leur influence sur les foules, p. 9 sq. Cherbury insiste sur cette influence pernicieuse du sacerdoce dans une conclusion violente intitulée : Ad sacerdotes de religione laid. Il observe d'ailleurs que la religion chrétienne est supérieure aux autres, parce qu’elle peut, plus facilement qu’elles, se ramener aux cinq vérités essentielles, et qu’elle les a mieux con­ servées dans les masses; mais elle fait injure â la pro- 2300 1 vidence en prétendant jouir d’une révélation exclusive de Dieu. Le De religione gentilium a pour but de montrer, sous toutes les erreurs des païens, la persévérance des cinq principes dans lesquels seuls consiste pour Cher­ bury la religion naturelle; il le prouve en examinant successivement le culte rendu aux astres, aux éléments, aux héros divinisés. Les ouvrages historiques de Cherbury ne parurent qu’après sa mort (1649 et 1656). Son autobiographie fut éditée par Horace Walpole au xvin· siècle (17641. On conserve encore manuscrit un mémoire adressé par lui à Charles 1" pour établir la suprématie royale sur l’Église. I. Œuvres. — Les traitée De veritate : De causis errorum ; De religione laid, et quelques pièces de vers lutins furent édités ensemble à Londres en 1656. Le De religione gentilium fut réé­ dité aAmsterdam en 17(10. — Parmi les attaques faites contre ces ouvrages on peut signaler : Musteus, Examen Cherburianismi, sive de luminis natura1 insufficientia ad salutem, contra E. Herberlum de Cherbury, léna, 1675; C. Kortholt, De tribus impostoribus (Cherbury. Hobbes et Spinoza), Keil. 1680. II. Travaux. — H. Walpole, The life of Edward, tord Her­ bert of Cherbury, Strawberry, 1764; Guttler, Herbert Cr··.·. bury, Munich, 1897; Rémusat, Lord Herbert de Cherbury, sa vie et ses œuvres, Paris, 1874; Sidney Lee, The autobiography of Edward, lord Herbert of Cherbury, Londres, 1886 (la vie .le Cherbury est continuée par l’éditeur, de 1624, époque à laquelle s’arrête l'autobiographie, jusqu’en 1648); Vigoureux. Les Lu res saints et la critique rationaliste, Paris, 1886, t. il. p. 4-7; art de Sidney Lee dons le Dictionary of national biography, L : les articles Theism de Γ Encyclopaedia britannica, et Dei.-ι. us du Kirchenleœikon et de la Realencyklopâdie fur prot. Theol., on trouvera de lionnes indications sur les rapports des théories de Cherbury avec celles des déistes anglais du xvin· siècle qui le lirent oublier. J. DE LA SERVIÈRE. CHERCHEURS. Secte religieuse hollandaise, qui admet la vérité de la religion de Jésus-Christ, mais pré­ tend en même temps que celte religion n’est professée dans sa pureté par aucune Église, par aucune commu­ nauté du christianisme; ses membres ne se rattachent donc à aucune communion, mais ils se bornent â cher­ cher dans les Écritures afin d’y découvrir la religion authentique de Jésus-Christ. Cettesectese répandit aussi en Angleterre. Stoup, Traité delà religion des Hollandais ; Glaire. Encyclo­ pédie catholique, Paris, 1854, t. VH, p. 155; Ch. Saint-Laurent. Dictionnaire encyclopédique, Paris, 1845, p. 265. V. Ermoni. CHÉRUBIN DE MAURIENNE, capucin, dans le monde Alexandre Fournier, naquit à Saint-Jean-deMaurienne, le 24 mars 1566. Le 7 septembre 1583. il entrait au noviciat des capucins de la province de Gênes. On dit qu’il fut dans la suite reçu docteur â Avignon; le fait est que sa science était profonde et Dieu l avait préparé pour la mission a laquelle il le destinait. Le P. Chérubin fui en effet le premier des collaborateurs de saint François de Sales pour la conversion du C .,biais. Il n’avait point la douceur du saint, mais sa Se­ mence, que l’on a exagérée, était tout apostolique et ve­ nait d’un zèle ardent. 11 avait projeté l’établissement de la Sainte-Maison de Thonon qui devait être college, sé­ minaire, université, école d’arts et de métiers, refn.-e pour les nouveaux convertis. Le projet était trop vaste pour être réalisable, et le P. Chérubin n’en vit qu’un faible commencement d’exécution, malgré tous ses efforts auprès de la cour de Rome et celle des ducs de Savoie. Parmi ses travaux apostoliques dans le Chablais et le Valais, nous rappellerons les Quaranle-lleures célébrées i à Annemasse en 1597, à Thonon en 1598, le jubilé ol>tenu par son zèle pour la ville de Thonon en 1602. qui furent une occasion de conversions nombreuses. Le I P. Chérubin mourut à Turin, au couvent des capucins 1 du Monte, le 20 juillet 1610, à l’âge de 44 ans. Le duc 2361 CHÉRUBIN DE MAURIENNE — CHEVALLIER de Savoie avait voulu aller le visiter pendant sa maladie, et deux ans après, saint François de Sales passant par Turin, voulut aller dire la messe à l'autel le plus proche du tombeau de celui qui avait toujours été son ami et son dévoué collaborateur. Il n'existe pas d'œuvres proprement dites du P. Ché­ rubin. Denys de Gènes, dans la Bibliotheca scriptorum ord. min. capuccinorum, dit avoir vu : Acta disputa­ tionis habitæ cum quodam ministro hæretico circa divinissimum eucharisti/e sacramentum, 1593, s. I. Les Acta collationis inter B. Patrem Cherubinum capuccinum condonantem Thononii prope Genevam et D. Hermannum Lignaridum publicum in eadem civitate Genevæ theologiæ professorem, existent aux archives du Vatican. Nonciature de Savoie, t. xxxvtn, fol. 154-168. Sur cette conférence qui eut lieu les 13 et 14 mars 1598, on peut consulter la Lettre du seigneur d'Avully, baron de Saint-Michel, à M. de Charanson, maître auditeur de la Chambre des comptes de Savoie, qui fait partie du petit volume intitulé : La conférence accordée entre les prédicateurs catholiques de l’ordre des capuccins et les ministres de Genève... Ensemble les theses qui ont esté affigées audit Genève, qui seront mises à la fin dudit livre, in-8°, Paris, 1598. On a voulu attribuer au P. Chérubin quelques-unes de ces thèses, qui sont plus vraisemblablement de saint François de Sales. Sur la conférence de Thonon, restée inachevée par suite de la fuite des ministres de Genève, il faut encore citer la Besponse d’flermann Lignaridus contre le P. Chérubin, qui est mentionnée par saint François de Sales. Voir aussi La volontaire conversion de Pierre Petit, cy devant ministre de Genève à nostre saincte foy et religion catholique, apostolique et ro­ maine, et celle du duché de Chablais et lieux circonvoisins par la diligence et continuation de la confé­ rence tenue à Thonon entre les PP. cappuccins el les ministres dudit Genève..., in-8'·, Paris, 1599. Du P. Ché­ rubin sans conteste sont deux placards affichés aussi à Genève : Extraie! premier des /ruicls qu’on peut cueil­ lir de la dispute faicte entre ν χυροδ *Ανδρονίκου τοϋ Πβό,αιολόγου κυρ·? Νιχηζόρψ Χοΰμνψ τω let τοϋ Κανιχλιίου, dans Boissonade, Anecdota græca, Paris, 1829, t. i, p. 282-292; les œuvres do caractère religieux sont dans la même collection, t. v, p. 183-350 ; les lettres dans les Anecdota nova, Paris, 1844, p. 1190; P. G., t. GXL, col. 1397-1526. A. Palmieri. CHRÊME (SAINT). Le chrême est un mélange d'huile et de baume consacré par l’évéque et destiné à des onctions liturgiques, spécialement dans l’adminis­ tration des trois sacrements qui impriment un carac­ tère. Avec l'huile des catéchumènes el l’huile des in­ firmes, il constitue les « saintes huiles ». Voir Huiles saintes. Les diverses questions d'ordre théologique concernant le saint chrême peuvent se ramener à cinq chefs prin­ cipaux : I. Origineset histoire. 11. Éléments constitutifs. III. Consécration. IV. Symbolisme. V. Usages. I. Origines et histoire. — Dans son acception pri­ mitive et profane, le mot χρίσμα, d'où provient par l’intermédiaire du latin chrisma le mot chrême, signi­ fiait toute matière pouvant servir à oindre : lard, on­ guent, huile ou essence parfumée. Il n’est pas rare que ce terme, dans la littérature ecclésiastique des premiers siècles, retienne encore quelque chose de cette signifi­ cation extensive. Saint Justin l’applique indistinctement à toute espèce d’huile sanctifiée, de myrrhe et d’on­ guents, Dial, cum Tryph., P. G., t. vi, col. 681; saint Augustin à l’huile dont étaient oints les rois, De civit. Dei, xvii, 10, P. L., t. xli, col. 543; Innocent Ier à l’huile des moribonds. Epist., xxv, ad Decent., n. 8, P. L., t. xx, col. 559; Denzinger, Enchiridion, n. 461. Dans l’oraison qui accompagne la bénédiction de l’huile des infirmes, le mot chrisma est encore employé par les Sacramentaires gélasien et grégorien. P. L., t. lxxiv, col. 1100; t. Lxxviii, col. 83. Toutefois, sous les désigna­ tions variées de ελαιον, χρίσμα, μύρον, oleum, unguen­ tum, chrisma, l’existence d’une huile spécialement ré­ 2396 servée à des rites consécratoires, notamment à l'onction des néophytes et des conlirmands, se trouve attestée dans l’Eglise, à défaut de textes scripturaires, par un ensemble de documents patristiques, canoniques et liturgiques très nets dont la série se rattache d’assez près à la tradition apostolique et qui invoquent parfois directement cette tradition. Déjà au n» siècle, Théophile d’Antioche fait mention de « l’huile de Dieu » employée à oindre les fidèles et aussi ancienne que le nom même de chrétien. Ημείς τούτου εΐνεκεν καλούμεΟα Χριστιανοί ότι χρίομεΟα ελαιον Θεοϋ. Ad Aulol., I, 12, Ρ. G., t. vi, col. 1041. D’autre part un texte important de saint Irénée, Cont. hær., I, 21, 3. P. G., t. vu, col. 664, constate que les Valenti­ niens et les gnostiques se servaient pour les onctions postbaplismales d’un onguent balsamique, τώ δπώ τώ από βαλσάμου. Comme le fail se trouve simplement con­ signé, sans correctif aucun, dans un ouvrage destiné précisément à relever les erreurs commises par ces hé­ rétiques dans l’administration des sacrements, on est en droit de conjecturer que ce fait, loin de constituer une innovation condamnable, n’olfre rien que de con­ forme aux usages catholiques, d’où il émane. Voir sur ce passage la note de Feuardent, ibid., col. 1489 sq. Au m' siècle, Clément d’Alexandrie, Strom., n. 9, P. G., t. vin, col. 980, reproduisant un passage d’Hermas, Sim., lx, 16, Opera Pair, apost., édit. Funk, t. i, p. 532, laisse percer une discrète allusion à la σφραγίς du baptême. Toutefois, bien que ce terme dé­ signe habituellement chez les Grecs l’onction cruciale imprimée au front du néophyte avec l’huile sainte, cf. Arcudius, De concordia Ecclesiæ occid. et orient., il 8, Paris, 1672, p. 88 sq. ; Assémani, Codex lilurg. Eccles, universæ, Rome, 1749, t. n, p. xxxvn, l’allusion semble trop indécise pour que l’on puisse, comme l'a fait Heimbucher, en déduire des conclusions rigoureuses touchant le rite sacramentel de la confirmation. Heim­ bucher, Die heilige Firmung, Augsbourg, 1889, p. 32. Comparer avec le texte de saint Clément celui de saint Cyrille de Jérusalem, Cat., ni, de bapt., P. G.,A. xxxtn, col. 432, et spécialement l’expression την δι’ ΰδατος σφραγίδα. Mais Origène,7n Epist. ad Rom., y, 3, P. G., t. xiv, col. 1038, mentionne explicitement le chrême visible, chrisma visibile, suivant la traduction de Rufin, et il en appelle sur ce point à la tradition fondamentale de l’Église : secundum typum Ecclesiis traditum,omnes baptizali sumus in aquis istis visibilibus et in chris­ mate visibili. Dans l’Église latine les témoignages sont des plus précis. Tertullien parle à plusieurs reprises de l’huile dont le Christ oint ses fidèles, oleum quo suos ungit, Adv. Marcion., 1, 14, P. L., t. n, coi. 262, et il est clair, d'après le contexte et ce que nous savons des théories de Marcion, que Tertullien rapporte à Jésus Christ lui-même l’institution de cette onction chrismale. C’est l’appellation qu’il lui donne dans son traité De baptismo, Ί, P. L., t. i, col. 1206 : Christus dicitur a chrismate, quod est unctio, et il décrit nettement, au même endroit, les effets spirituels que produit en nous cette onction, héritage lointain des rites mosaïques, de pristina disciplina. Voir aussi De resur., 8, P. L., t. n, col. 806. Saint Cyprien, dans la lettre synodale ou il communique aux évéques de Numidie les actes du Ve concile tenu à Carthage en 255, applique également l’appellation de chrême à l’onction postbaptismale. Epist., Lxx, ad Januar., 2, P. L., t. ni, col. 1040; édit. Hartel, t. n, p. 768. Et vraisemblablement cette onction chrismale est représentée encore par le signaculum do­ minicum, qui constitue, dans la lettre à Jubaianus. le parachèvement du chrétien. Epist., Lxxm, ad Jubaian., P. L., t. ni, col. 1110. La même expression se retrouve dans la lettre du pape Corneille à Fabius d'Antioche rapportée par Eusèbe, il. E., VI, 43, P. G., t. xx, 2397 CHRÊME (SAINT) col. 624; elle deviendra plus tard d’un usage courant pour désigner Fonction faite avec le chrême au front des confirmands. Cf. Ambroise, De myster., vn, 42, P. L., t. xvi, col. 402; Prudence, Psychomach., P. L., t. lx, col. 50; Paulin de Noie, Epist. ad Delphin., x, 3, P. L., t. lxi, col. 189; Léon le Grand, Serm. in nativil. Dom., iv, 6, P. L., t. uv, col. 207; Théodoret, In Cantic., i, 1, P. G., t. lxxxi, col. 60; Ilæret. fabul. comp., m, 5, P. G., t. i.xxxiii, col. 407, où il convient de souligner l’expression : το πανάγιον χρίσμα. Le iv’ siècle est riche en documents ecclésiastiques qui exaltent particulièrement la vertu du chrême. Optat de Milève, De schism, danat., vu, 3, P. L., t. xi, col. 1089, déclare que l'huile chrismale doit au nom du Christ, en même temps que son nom, la suavité de ses salutaires effets. Saint Pacien de Barcelone, Ad Sympron., I, 6, P. L., t. xm, col. 1057, en fait remonter aux apôtres l'institution, totumque id ex apostolis jure defluit. Le chrême est appelé l’onguent du Saint-Esprit, Spiritus Sancti unguenta, ibid., n, 7, P. L., t. xm, col. 1062; la confirmation reçoit dès lors le nom de sacrement du chrême, chrismatis sacramentum. Serm. de bapt., 6, P. L., t. xm, col. 1093. Saint Ambroise, De myster., vi, 22, P. L., 1. xvi, col. 398, salue dans le chrême l’huile de la grâce, celle qui fait les rois et les prêtres. Saint Cyrille de Jérusalem célèbre éloquemment à plusieurs reprises le chrême mystique, τό μυστικόν χρίσμα. Ce n’est pas une huile vulgaire, mais bien un don du Christ, Χριστού χάρισμα, empreint d'une énergie divine, analogue en quelque manière au pain eucharis­ tique et qui nous vaut, avec notre titre de chrétiens, la force de rester dignes de ce nom. Cal. myst., m, 21, P. G., t. xxxiii, col. 1092. Par lui, nous devenons des christs. Ibid., col. 1088. Saint Basile invoque expressé­ ment l'origine apostolique du saint chrême, discrète­ ment manifestée, à défaut de textes formels, par le témoignage de la liturgie traditionnelle. De Spir. Sanct., Ί,Ί,Ρ. G., t. xxxii, col. 188. La vénération de l’Église pour le chrême est attestée par les documents conciliaires de l’époque : le concile de Laodicée, tenu vers 370, emploie les expressions de saint chrême, τώ άγίω χρίσματι, chrême supracéleste, χρίσματι έπουρανίω. Can. 7, 8, Mansi, Concil., t. it, col. 556. Les Pères du II’ concile œcuménique de Con­ stantinople, en 381, se servent d’une expression ana­ logue, τώ άγίω μύρω. Can. 7, Mansi, t. m, col. 564; cf. Goar, Euchologion sive rituale Grœcorum, η. 31, Paris, 1647, p. 368. Voir aussi les II’ et III’ conciles de Car­ thage, en 390 et 398, can. 3, et le concile de Tolède en 398, can. 20, Mansi, t. ni, col. 693, 869,1002. La doctrine traditionnelle de l’Église est dès lors in­ dubitablement fixée, et vainement les théologiens pro­ testants de la première heure ont essayé d’infirmer ces textes d'une si lumineuse précision, soit en révoquant en doute leur authenticité, soit en leur attribuant un sens purement métaphorique. Cf. Chemnitz, Examen concilii Tridentini, Francfort, 1578, part. II, p. 65; Daillé, De duobus Latinorum ex unctione sacramentis, 1. Π, 21, 2-4, Genève, 1659, p. 247, 278 sq. Au reste les documents du v’ siècle et des âges sui­ vants confirment ces données d’une manière éclatante. Après le poète Prudence qui mentionne comme une institution commune à toute la chrétienté le chrême éternel, chrisma perenne, Psychomach., P. L., t. lx, col. 50; Cathem., vi, ante somnum, P. L., t. ux, col. 554, un témoignage décisif du pape Innocent Ier rappelle que l’usage du chrême est dans la tradition de l’Église. Epist., xxv, ad Decent., ni, 6, P. L., t. xx, col. 554. Lorsque Calvin écrivait ces mots à l’adresse des catholiques : « D’où prennent-ils l'huile qu’ils ap­ pellent de salut? Qui les a enseignez de chercher salut en l’huile et lui attribuer puissance de conforter spiri­ tuellement? » Institution chrétienne iv, 19, 7, Genève, 2398 1562, p. 914, ignorait-il que telle était la formelle doc­ trine de saint Augustin et ses textuelles paroles? Pour lui, le chrême est l’huile du Christ, l’huile du salut, oleum Christi, oleum salutaris, Serm., çclxvi, in vigil. Pentec., 1, 7, P. L., t. xxxvni, coi. 1225,1229; c’est une huile symbolique, figurative du Saint-Esprit, Enarrat, in Ps. XLtv, 19, P. L., t. xxxvi, col. 505; l’huile qui sacre les chrétiens, Serm. de cataclysmo, 1, P. L., t. XL, col. 693; dès lors la confirmation est le sacrement du chrême, sacramentum chrismatis. Con­ tra litter. Petii., n, 104, 239, P. L., t. xliii, col. 342; In Epist. Jo., tr. Ill, 12, P. L., t. xxxv, col. 2004. Saint Léon le Grand célèbre aussi le chrême du salut destiné â fournir le sceau de l’éternité, accepistis chrisma salu­ tis et signaculum vitæ æternæ. Serm., iv, in nativit. Dom., 6, P. L., t. Liv, col. 207. Le chrême est appelé encore par Maxime de Turin l’huile de la sanctification, chrismate, id est oleo sanctificationis. Tract., Ill, de bapl., P. L., t. LVii, col. 778. Salvien de Marseille le déclare inséparable des constitutions ecclésiastiques : c’est le chrême de l’Église, chrisma ecclesiasticum, et il nous vient de Dieu au même titre que l’Évangile et le· baptême. De gubernat. Dei, ni, 2, P.L., t. lui, col. 58. Outre le pseudo-Ambroise, De sacramentis, ni, 2, P.L., t. xvi, col. -454, voiraussi Jean Diacre, Epist. ad Senar., 6, P. L., t. lix, col. 403. En Orient, même unanimité dans les affirmations de la doctrine et les louanges de la piété. Théodoret voit dans le chrême un sceau royal, l’emblème de la grâce. In Cantic., i, P. G., t. lxxxi, col. 60. Les Constitutions apostoliques l’appellent l’huile sainte, la force des con­ fesseurs. Conslit. apost., m, 16, 17, P. G., t. i, col. 797, 800. Dans les Canons d’Hippolyte, dans les Canons des Egyptiens et dans le Testament de N.-S., il reçoit le nom de chrême de l’eucharistie, chrisma ευχαριστίας. Die Canones Hippolyti, can. 134, dans Achelis, Die âltesten Quellen des orientalischen Eirchenrechts, Leip­ zig, 1891, p. 98; Rahmani, Testamentum D. N. J. Christi, Mayence, 1899, p. 128; Die Ægyptische Kirchenordnung, dans Achelis, op. cit., p. 99. Par l’interprélation symbolique dont il relève la liturgie sacramen­ telle du saint chrême, ή Οειοτάτη τού μύρου τελετουργία le pseudo-Denys clôt poétiquement le cycle de ces con­ sidérations déjà très empreintes de mysticisme et s’élève aux plus hautes contemplations sur ce merveilleux ins­ trument des divines opérations, τού θείου μύρου. De eccles. hier., IV, 10; v, 1, P. G., t. Ill, col. 4SI, 500. Il serait superflu de citer tous les témoignages qui reproduisent ultérieurement ces données ou qui les commentent. Les uns se contentent de mentionner le fait de l’institution du chrême ou de rappeler succinc­ tement la doctrine ou les prescriptions de l’Eglise. Ainsi S. Avit de Vienne, Epist., xli, ad Clodovæum, P. L., t. Ltx, col. 258; Primasius d’Adrumète, In Epist. Il ad Cor., 1, P. L., t. lxviii, col. 557; S. Grégoire de Tours, Hist. Franc., il, 31, P. L., t. lxxi, col. 227; De glor. martyr., i, 41, col. 742; S. Isidore de Séville. Etymol., vi, 19, 50, P. L., t. i.xx.xn, col. 256; S. Bède le Vênénérable. In Lucie Evang., VI, 22; Supra Act. apost., 8, P. L., t. xcii, col. 602, 961 ; Leidrade de Lyon, De sancto bapt., 7, P. L., t. xeix, col. 863; Jessé d’Amiens, Epist. de bapt., P. L., t. cv, col. 790, 791; Amalaire de Trêves, Epist. de cærem. bapt., P. L., t. xeix, col. 898; Paschase Radbert, De corp, et sang. Dom., 3, P. L., t. exx, col. 1275; Bertrand de Corbie, Contra Græcor. oppos., rv, 7, P. L., t. exxt, col. 334; Théodulphe d’Or­ léans, De ordine bapt., 17, P. L., t. cv, col. 235; les épitres pseudo-isidoriennes, Epist. Fabiani ad omnes episc., P. L., t. exxx, col. 155; S. Pierre Damien, Serm., i, de dedicat, eccl-, P. L., t. cxliv, col. 898. D’autres s’appliquent surtout à mettre en relief les symboles mystiques. Tels S. Isidore de Séville, De offic. eccles., n, 26, P. L., t. i.xxxiii, col. 823 sq.; S. Eloi» 2399 CHRÊME (SAINT) Homil., vin, in die cœnæ Dom., P. L., t. lxxxvii, col. 623; S. Bède le Vénérable, In Cantic., n, P. L., t. xci, col. 1097; Raban Maur, De instit. cleric., I, 28, P. L., t. evil, col. 313 sq.; De universo, vi, 11, P. L., t. cxi, col. 135; Rupert, De div. offie., v, 16, P. L., t. clxx, col. 140. L’allégorie a parfois la part un peu large dans ces considérations ou la fantaisie pouvait être si aisément amenée à jouer son rôle, comme on peut le voir par le commentaire d’Apponius sur le Cantique des cantiques, où le beurre symbolise le saint chrême et pour d’étranges raisons. In Cantica canticorum, Rome, 1843, p. 12. Mais ces superfétations, d'ailleurs assez, rares, n’enlèvent rien à la valeur des attestations portant sur la foi ou sur les institutions ecclésiastiques. Celles-ci se trouvent consignées en formules rigides dans les décisions conciliaires du temps : II' concile de Sé­ ville, en 619, can. 7, Mansi, t. x, col. 559; IV' concile de Tolède, en 633, can. 57, Mansi, col. 633: concile de Meaux, en 845, can. -46, Mansi, t. xiv, col. 830; concile de Rouen, en 1072, can. 7, Mansi, t. xx, col. 37. Il con­ vient d’indiquer aussi, pour être complet, dans la légis­ lation civile, les Capitulaires de 769, cap. i, 3; de 799, cap. 3; de 813, cap. i, 17, dans Baluze, Capitularia regum Francorum, Paris, 1780, col. 192, 327, 504. Enfin les éclaircissements les plus circonstanciés sont fournis par les ouvrages liturgiques, par les Sacramentaires gélasien et grégorien, Sacram, gelas., i, -40, P. L., t. lxxiv, col. 1099; Liber sacramentorum, P. L., t. 1.XXVIII, col. 82; par VOrdo rom anus X, P. L., t. lxxviii, col. 1009 sq.; par l'auteur du livre De divinis officiis. De sabb. sancto vigil. Paschæ, 19, P. L., t. ci, col. 1218. Voir aussi dans les Acta vetera attribués à Jean de Rouen, la Benedictio chrismatis, P. L., t. cxlvii, col. 127 sq. Les scolastiques se conlentèrent de recueillir dans ces textes épars l'essentiel de la doctrine, sans chercher aucunement à l'enrichir d’une idée nouvelle : ils s'ins­ pirent principalement des enseignements d’Isidore de Séville et de Bède le Vénérable. Rupert, De div. offie., v, 16, P. L., t. clxx, col. 140 sq.; Honorius d’Autun, Gemma aurea, ni, 80, P. L., t. ci.xxii, col. 663 sq.; Arnaud de Bonneval, De card, operibus Christi, νπι, Ρ. L., t. ci.xxxix. col. 1653 sq. Ces données sont réduites en formules plus concises encore par Hugues de SaintVictor, De sacram., n, 7, 1; 15, 1, P. L., t. clxxvi, col. 459, 577; Pierre Lombard, Sent., 1. IV, dist. VII, XXIII. Anvers, 1757, p. 453, 512; Bandini, Sent., 1. IV, dist. XXII, P. L., t. cxcn, col. 1102. Peu à peu s’était posée distinctement la question de l'institution divine du saint chrême. Burchard de Worms et avec lui les anciens canonistes n’avaient pas hésité à attribuer à cette institution une origine purement ecclé­ siastique. Vitasse, De confirmatione, part. I, q. n, a. 3, dans le Cursus theologiæ de Migne, t. xxi, col. 768. Les premiers scolastiques n’osaient se prononcer ou se prononçaient timidement pour l’institution divine. Hugues de Saint-Victor, De sacram., n, 7, 1, P. L., t. clxxvi, col. 459; Die Sentenzen Bolands, édit. Gietl, Fribourg-en-Brisgau, 1891, p. 213. Mais au siècle sui­ vant, les opinions sont catégoriquement formulées. Alexandre de Halès fait remonter au concile de Meaux, tenu en 845, l’origine du chrême, en vertu d’une inspi­ ration de l’Esprit-Saint. Spiritus Sancti instinctu in concilio Meldensi. Summa, part. IV, q. ix, m. I, Cologne, 1622, p. 198. D'autres, cités par Jean Bacon, se pronon­ çaient plutôt pour le concile d’Orléans. Commentum super IV librum Sententiarum, dist. VII, q. I, ad 1"“, Paris, 1485, fol. 79. Saint Bonaventure, sans préciser davantage, admet également dans ses commentaires l’institution du chrême par l’Église. institutum est igi­ tur hoc elementum, Spiritu Sancto dictante, ab ipsis Ecclesiæ rectoribus. In IV Sent., dist. VII, a. I. q. it, Quaracclii, 1889, t. iv, p. 166. Mais dans le Brevilo- 2400 quium, part. VI, sect, m, ibid., t. v, p. 268, i! revient sur cette assertion pour l’atténuer en déclarant que le Christ a tout au moins insinué cette pratique, insi­ nuando et initiando. La doctrine de saint Thomas sur l'institution des sa­ crements et sur le rôle sacramentel du chrême dans la confirmation ne pouvait se concilier avec cette théorie. Aussi est-il expressément enseigné dans la Somme, III’, q. lxxii, a. 4, ad lum, que l’emploi liturgique du chrême a été imposé par le Christ aux apôtres, bien que les écrits du Nouveau Testament ne mentionnent pas cette institution. Scot, In 1V Sent., dist. VII, q. t, n. 2. Lyon. 1639, p. 392, se range à cette doctrine, qui dès lors fut suivie par la plupart des théologiens soit thomistes soit scotistes. Le Catéchisme du Concile de Trente, De confirm. sacram., 6, Tournai, 1890, p. 161, reproduit les mêmes déclarations, et il invoque à l’appui l'autorité des Pères et en premier lieu du pape Fabien qui rap­ porte au Christ lui-même l’institution du saint chrême A postolos chrismatis confectionem a Dont ino accepisse... testatus est. Suarez, De confirm., disp. XXXIII. sect, i, n. 6 sq., édit. Vivês, t. xx, p.635sq., ajoute que cette doc­ trine est de foi, en vertu de la croyance universelle et constante de l’Église attestée par les Pères des premiers siècles, et par les définitions du concile de Florence et du concile de Trente. Mais il est avéré aujourd'hui que les textes invoqués de saint Denys l’Aréopagite, du pape Fabien, de saint Cyprien, Serm. de unctione chrismat is, de saint Grégoire le Grand, In Cantic., 1. sont apocry­ phes et d’une époque relativement récente. Le concile de Trente, en attribuant une vertu salutaire au chrême sacré de la confirmation, sacro confirmationis chris­ mati, n’a rien défini touchant son origine, et le décret d’Eugène IV pro Armenis, Denzinger, Enchiridion, n. 392, laisse intacte la question dogmatique de l'insti­ tution divine du saint chrême. On peut la discuter en­ core. Même si le concile de Florence avait défini que l’huile chrismale est la matière du sacrement de confir­ mation, on ne pourrait encore inférer de là que l'insti­ tution du chrême par le Christ lui-même soit une doc­ trine de foi. Quoi qu’il en soit, on n’arrive pas à prouver que le pape Eugène IV ait eu l’intention de définir une question jusque-là discutée dans l’Ecole, comme le prouvent suffisamment les discussions théologiques sou­ levées aussitôt par ce décret. Cf. Vitasse, Tract, de confirmatione, part. I, q. n, a. 2, dans le Cursus theol. de Migne, t. xxi, col. 767. Cependant la doctrine qui fait remonter jusqu'aux apôtres et au Christ lui-même l’institution du cnréme a pour elle les plus graves autorités, et la longue série des textes signalés plus haut se résume en quelque sorte dans ces deux canons, aux formules diverses, des con­ ciles de Mayence, en 1549, el de Bourges, en 15S4. Hoc sacramentum... sub ipsis temporibus apostolorum ex eorumdem traditione adhibita chrismatis uncti ue cœpisse conferri. 1" concile de Mayence. I, can. 18. dans Labbe, Sacros, conc., t. xiv, p. 676. Nemo dicat chris­ matis confectionem ab alio quam a Christo institutam esse. Concile de Bourges, xx, can. 2, ibid., t. xv, p. 1088. La plupart des théologiens modernes admettent que l’institution du saint chrême a pour auteur le Christ lui-même, mais sans faire de cette question une question de foi. Nepefny, Das Sacrament der Firmung, Breslau, 1847, p. 27 sq. ; Janssens, La confirmation, Lille. 1888. p. 101; Heimbucher, Die heilige Firmung, Augsbourg. 1889, p. 61 sq.; l’esch, Prælecliones dogmalicæ, Fri­ bourg-en-Brisgau, 1896, t. vi, p. 210. La doctrine protestante de la justification par la foi et de l’inutilité des pratiques extérieures ne pouvait se concilier avec les données traditionnelles de l’Église catholique attestant la vertu surnaturelle de l'huile chrismale. En 1520, Luther révoque en doute l’efficacité des saintes huiles. Von der Babylonischen gefenknus» 2401 CHRÊME (SAINT) der Kirchen, s. d. s. 1., von der Firmung; von dem Sacrament der lelzten Œlung, part. III. Bientôt les luthériens ne voient plus dans le saint chrême qu’un produit abominable de la superstition romaine, et dans la consécration du jeudi-saint qu’une incantation ridi­ cule. Chemnitz a résumé tous leurs griefs dans sa disser­ tation sur le sacrement de confirmation. Examen con­ cilii J'ridentini, Francfort, 1578, p. 57-70. Avec une violence de langage plus accentuée, les calvinistes renou­ velèrent les mêmes attaques. « Langue sacrilège, écrit Calvin, oses-tu opposer au sacrement de Christ, de la graisse infecte seulement de la puanteur de ton haleine et charmée par quelque murmure de parole? » Institu­ tion de la religion chrestienne, iv, 9, 5, Genève, 1562, p. 916. Jean Daillé mit son érudition au service de ces polémiques ardentes dans un ouvrage dont les calvinistes français se font grand honneur : De duobus Latinorum ex unctione sacramentis confirmatione et extrema, ut vocant,unctione disputatio, Genève, 1659. Il se réclame des albigeois et des vaudois qui rejetaient comme une institution purement humaine les onctions d’huile et de chrême. Mais il est difficile de contrôler ces assertions, d’ailleurs vraisemblables. Contre tous ces hérétiques, le concile de Trente a formulé cette condamnation : Si quis dixerit injuriosos esse Spiritui Sancio eos, qui sacro confirmationis chrismati virtutem aliquam tri­ buant, anathema sil. De confirmatione, can. 3, Den­ zinger, Enchiridion, n. 754. II. Éléments constitutifs. — 1° Huile. — L’huile constitue la substance fondamentale du saint chrême, et par là il faut entendre, suivant l’acception propre et obvie du mot ελαιον, oleum, l'huile d’olives à l’exclusion de toute autre, de même que pour le baptême et l’eu­ charistie on ne peut employer validement que de l’eau naturelle et du pain de froment. La tradition de l’Église n’a jamais varié sur ce point. L’emploi de l’huile d’olives dans le culte religieux et pour les consécrations liturgiques remonte à la plus haute antiquité. Jacob consacre ainsi la pierre sur la­ quelle il avait vu en songe l’échelle mystérieuse : il y répand l’huile de l’olivier. Gen., xxvm, 18. Dans la litur­ gie mosaïque, l’huile sainte qui servait à fonction du grand-prêtre et de tous les élus du sacerdoce, était con­ stituée par de l’huile d'olives très pure et différents aro­ mates, Exod., xxv, 6; elle portait le nom d’huile de fonction, Sèmèn hammiShâh, et ne pouvait servir aux usages profanes. Exod., xxx, 30; Lev., vm, 12. Le sou­ venir de l’huile versée sur la tête d’Aaron au jour de son sacerdoce, Exod., xxix, 7, est invoqué glorieusement dans le Ps. cxxxm (Vulgate, cxxxn), 2, comme terme de comparaison, et les Pères de l’Église, à propos du saint chrême, y font des allusions fréquentes. Cf. Ter­ tullien, De bapl., Ί, P. L., t. i, col. 1206; S. Ambroise, De mysteriis, vî, 29, P. L., t. xvt, col. 398; S. Augus­ tin, Contra Ulter. Petii., π, 104, 239, P. L., t. Xl.ni, col. 342. C’était aussi d'une huile sacrée que l’on oignait la tète des rois à la cérémonie du sacre, I Rcg., x, 1 ; xxi, 1, 13; il est vraisemblable qu’elle ne différait pas essentiellement, par ses composants, de l’huile de Fonc­ tion. Sacchus, Sacrorum elæochrismatonmyrolhecium, Rome, 1625, t. m, p. 575. Conformément à cette tradition l’Église a toujours et exclusivement employé l’huile d’olives dans la confec­ tion du saint chrême, comme en témoignent les plus anciens documenls. Théophile d’Antioche, Ad Autolyc., I, 12, P. G., t. vî, col. 1041; Tertullien, Adv. Marcion., i, 14, P. L., t. n, col. 262; Cyprien, Epist., I.xx, ad Januar., 2, P. L., t. m, col. 1040; Optat de Milève, De schism, donat., vn, 3, P. L., t. xi, 1089 sq. ; S. Cyrille de Jérusalem, Cat. mystag., m, P. G., t. xxxm, col. 1089; S. Basile. De Spir. Sancto, 27, P. G., t. xxxn, col. 188; Constitutions apostoliques, m, 16, P. G., t. i, col. 797. On fait ressortir l'analogie qui existe entre les propriétés 2402 de l’huile d’olives et les dons du Saint-Esprit dont le chrême est l’emblème. Bède le Vénérable explique avec précision que nulle autre espèce d’huile, pas plus l’huile de noix que l’huile d’amandes, ne pourrait servir à la confection du chrême, parce que seule l’huile d’olives est proprement de l’huile; c’est aussi l’huile communément employée et celle qui exprime le mieux les propriétés del’ÉspritSaint. In Cantic., Il, P. L., t. xci, col. 1097. L’auteur du De div. offie., De sabb. sancto vig. Paschæ, P. L., t. ci, col. 1205, ajoute que l’on doit veiller à ce que cette huile soit très pure, ex oleo mundissimo. Lorsque les partisans de Photius rédigèrent leurs dix chefs d’accu­ sation contre l'Église romaine, le cinquième grief re­ prochait aux Latins de se servir de l’eau de rivière pour la confection du saint chrême. Au nom de tous les évêques de Gaule, Bertrand de Corbie réfute vivement cette calomnie et atteste que les Latins emploient à cet effet le jus de l’olive, olivæ liquore, comme les Grecs eux-mêmes et toutes les Églises du Christ. Contra Græcor. oppos., iv, 7, P. L., t. cxxi, col. 334. Dans sa lettre à llincmar de Reims et à tous les évêques des Gaules, le pape Nicolas 1er avait protesté déjà contre une pareille imputation. Epist., cm, ad Hincmar., P. L., t. exix, col. 1155. D’autre part, le pape Grégoire VII, ayant appris que les Arméniens se permettaient de remplacer l’huile par le beurre, signale aussitôt, pour le condamner, ce grave abus. Begislrum, vu, 1, P. L., t. cxLvm, col. 571 sq. Au reste, la pratique des Eglises orientales n’a pas varié sur ce point, si ce n’est peut-être dans l’Église armé­ nienne. La nouvelle qui avait ému Grégoire VU était sans doute controuvée. Toutefois, dans la conférence qu’il eut en 1170 avec Nersès, patriarche général des Arméniens, le moine grec Theorianos s’élonne que celui-ci ait osé autoriser officiellement l’emploi de l’huile de sésame pour remplacer l’huile d’olives dans la confec­ tion du saint chrême. De cette irrégularité pardonnable et légère, qui n’entache point à ses yeux la validité de la bénédiction chrismale, Nersès s’excuse doucement en alléguant une ancienne coutume et la rareté de l’huile d’olives dans ces régions montagneuses. Theorianos, Disputatio I, P. G., t. cxxxm, col. 192. Mais ce fait est isolé, et les Syriens comme les Grecs ont souvent re­ proché aux Arméniens, comme un sacrilège, cette inno­ vation qui relève plutôt de l’ignorance. Denzinger, Bitus Orientalium, Wurzbourg, 1863, t. i, p. 53. En Occi­ dent, aucun théologien n’a jamais contesté que l’huile d’olives fût indispensable à la validité du chrême et aucune pratique contraire n’a motivé les déclarations officielles de l’Eglise à ce sujet. Cependant, même avec les réserves qu’il convient d’apporter touchant l’emploi liturgique du baume, et que nous allons signaler, celte nécessité se déduit aisément des paroles d’Innocent III, c. Cum venisset, De sacra unctione, Decret., 1. I, tit. xv, c. 1, § 2, et du décret d’Eugène IV pro Arnienis qui détermine la confection du chrême : Chrisma con­ fectum ex oleo el balsamo. Denzinger, Enchiridion, η. 592. 2» Baume. — On ne voit pas, par les documents sacrés, que le baume ait joué, comme l’huile, un rôle important dans la liturgie mosaïque, et son emploi dans le culte chrétien parait constituer plutôt une inno­ vation que l’héritage antique d’une tradition vénérée. Les Orientaux ont pourtant connu de tout temps cette substance résineuse et odorante qu’on extrait par inci­ sion de certains arbres, tels que le lentisque, le baumier de Galaad, et autres végétaux aromatiques; ils s’en servaient dans différentes mixtures pour la toilette et aussi comme médicaments. Le baume de Judée à qui les Grecs réservaient le nom particulier de όπο8ά).σαμο;, était le plus célèbre : on le demandait surtout aux cul­ tures de Jéricho et d’Ergaddi. Josèphe, Ant. jud., IX, i. 2403 CHRÊME (SAINT) 2; XIV, iv, 1, édit. Didot. t. I, p. 333, 529. Mais il est remarquable que le mol ne se rencontre pas dans la Bible, si ce n’est dans la Vulgate, Eccli., xxiv, 20. ou le terme générique ασπάλαθος désignant toute espèce d'aro­ mates, est rendu par balsamum. Il est probable, toute­ fois, que le mot befâmi, Cant., v, 4, signifie le baume, proprement dit. Voir Baume, dans le Dictionnaire de la Bible, de M. Vigouroux, t. I, col. 1517. Quoi qu’il en soit, l’huile de l'onction, qui est devenue en quelque sorte notre chrême liturgique, suivant la remarque de saint Ambroise, De myster., vt, 9, P. L., t. xvi, col. 398. ne contenait comme parfums que des aromates différents du baume : la myrrhe franche, le cinnamome, le roseau aromatique et la casse. Exod., xxv, 6; xxx, 23-24. Le Nouveau Testament mentionne l’huile employée par les apôtres, Jac., v, 14, mais il n’est nulle part question du baume. Les plus anciens textes des Pères se rapportant au saint chrême ne signalent également que l'huile, sans la moindre allusion à l’usage du baume. S. Théophile d’Antioche, Ad Autol., i, 12, P. G., t. vi, col. 1041 ; Tertullien, Adv. Marcion., i, 14, P. L., t. n, col. 262; S. Cyprien, Epist., lxx, ad Januar., 2, P. L., t. m, col. 1040; édit. Martel, t. n, p. 768; S. Augustin, De bapt., v, 20, 27, P. L., t. xi.m, col. 190; Serm. de catacl., i, 1, P. L., t. XL, col. 693; Enarr. in Ps. xuv, n. 19, P. L., t. xxxvi, col. 505; Serm.., ccxxvi, ad in­ fantes, P. L., t. xxxvm, col. 1100. Dans son traité contre Parménien, saint Optat parait plutôt exclure la présence du baume dans le chrême. Il déclare en effet que l’huile avant d’être consacrée est telle qu’elle sort du pressoir, absolument simple, et que toute sa suavité lui vient du nom de Jésus-Christ. Oleum antequam a nobis confi­ ciatur tale est quale natum est : confectum, suavitatem ex nomine Christi accipere potest... Oleum enim sim­ plex est. De schism, donat.,Π, Ί,Ρ. L., t. xi, coi. 1089 sq. Le P. Morin a cru reconnaître au contraire dans ce passage une allusion à l’arôme balsamique et à une mix­ ture faite par l’évêque. Opera posthuma, p. 33 sq. Mais le mot suavitas s’applique naturellement aux propriétés de l’huile; il est pris d'ailleurs dans un sens spirituel. Le mot confectum n’indique pas nécessairement par lui-même un mélange opéré; il s’entend très bien ici d’une simple consécration. Si l’on excepte les indications conjecturales que peut fournir le texte cité plus haut de saint Irênée, Cont. hær., 1, 21, 23, P. G., t. vu, col. 664, les premiers documents qui attestent l’emploi du baume dans la confection du chrême remontent, pour l’Église latine, au vi» siècle seulement. Saint Grégoire de Tours, De glor. mart., i, 41, P. L., t. lxxi, col. 742, parle de Ponction chrismale comme d'une onction balsamique chez un martyr du temps de Dioclétien, ablutus et balsamo uncius. Mais ce trait est emprunté au poème de Prudence, Apotheosis, v. 487, P. L., t. lix, col. 963, dont le texte porte sim­ plement ces mots : lotus et unctus, l’interprétation de saint Grégoire est toutefois une preuve que l’emploi du baume dans le chrême passait déjà pour un usage ancien au vi' siècle. Un texte peu connu d’Arator, De Act. apost., P. L., t. lxviii, col. 90, en fournirait au besoin une nouvelle attestation : Divinus commendat odor, cum desuper unctos Abluit interius Christi de nomine chrisma. Et l’on voit en effet par les actes du III» concile de Braga, en 572, que l’Eglise commençait à réglemen­ ter cet usage. Comme le baume était rare à cette époque et d’un prix élevé, les évêques avaient coutume d’exi­ ger de chaque paroisse un triens par manière de rétri­ bution pour le baume employé à la confection du saint chrême. Le 4» canon du concile prohibe désormais cette pratique mercantile. Mansi, t. ix, col. 839. Les premiers livres liturgiques formuleront bientôt les pres­ criptions relatives à la consécration du chrême. Sans 2404 parler du texte prétendu de saint Grégoire le Grand, In Cantic., i, 34, P. L., t. lxxix, col. 493 ; Balsamum cum oleo pontificali benedictione chrisma efficitur, texte qui fait défaut dans quelques manuscrits et qui appartiendrait d'ailleurs à un ouvrage vraisemblable­ ment apocryphe, les Sacramentaires gélasien et gré­ gorien signalent l’adjonction du baume à l'huile du chrême. Le premier ne fait qu’une allusion â la vertu du chrême destiné à combattre la corruption de la nature et à embaumer de son odeur les temples de Jésus-Christ, mais l'allusion est transparente. Sacram, gelas., i, 40, P. L., t. lxxiv, col. 1099. Le Sacramen­ taire grégorien est très explicite : l'évêque doit prendre du baume et le mêler à l’huile, accepto balsamo et commiscitato cum oleo. Liber sacr., De bened, chrism., P. L., t. lxxviii, col. 82. Il est à remarquer que le saint chrême, dans les deux Sacramentaires, se distingue de l’huile des infirmes. L’Ordo romain distingue l'huile des exorcisés, l’huile des infirmes et le chrême ou le baume a été mélangé. Ordo rom. X, P. L., t. lxxviii, col. 1009 sq. La liturgie du saint chrême est dès lors fixée dans l’Église latine. Amalaire de Metz mentionne le mélange d’huile et de baume comme une pratique communément observée, De eccl. offie., i, 12, P. L.. t. cv, col. 1011, et Bertrand de Corbie atteste que tel est l'usage de l’Église universelle. Contra Graecor. oppos., iv, 7, P. L., t. cxxi, col. 334. Voir aussi Théodulphe d’Orléans, Capitulare, P. L., t. cv, col. 221; l’auteur du De divin, offic., De sancto bapt., Ί, P. L., t. xeix. col. 863; Rupert, De divin, offic., v, 16, P. L., t. clxx. col. 140. Enfin, Hugues de Saint-Victor fournit la formule traditionnelle que tous les scolastiques reproduiront : Chrisma ex oleo et balsamo conficitur. De sacram., n, 7, P. L., t. clxxvi, col. 453. En même temps que la chose, le terme lui-même élait fixé. Bien que l'oraison consignée dans le Sacramentaire gélasien pour la béné­ diction de l’huile des infirmes emploie à ce propos le mot chrisma, l’usage ne tarde point à prévaloir de ré­ server au mélange d’huile et de baume le nom de chrême, à l’exclusion des autres saintes huiles. Comme le remarque le vieux maître Bandini, à une huile plus sainte il fallait un nom plus saint, et c’est parce qu’il exprime mieux cette surabondance de la grâce, que le mot chrême a perdu sa signification générique pour revêtir un sens absolument particulier. Privilegio enim abundanlioris gratia generale nomen sibi vindicat proprium. 1V Sent., dist. XXII, P. L., t. cxcil, col. 1102. Les Églises orientales, si 1’on excepte les nestoriens, emploient également le baume dans la confection du saint chrême, en même temps qu’une fouie d'autres parfums. Denzinger, Rilus Oriental., p. 51 sq. Les eucologes mentionnent environ quarante espèces d’aro­ mates : canelle, essences de Heurs, ambre, bois d'aloès. clous de girolle, noix muscades, spica nardi, roses rouges d’Irak, sans compter quantité d'herbes inconnue s « dont le nom ne se rencontre même pas dans les lexiques». Benedicti XIV bullarium, Rome, 1751. t. :·. p. 169. Voir le rituel byzantin dans Goar, Euchologi’im. p. 638 sq. Des traités complets réglaient tous les dt Lails de la confection du χρίσμα et la préparation, qui durait presque tout le temps du carême, était faite avec un grand cérémonial d'oraisons par les prêtres, comme jadis dans les monastères la confection du pain et du vin d’autel. Janssens, La confirmation, p. 105; Kraus, Real-Encycl., t. I, p. 213. Ce composé porte le nom de μύρον et l’Église romaine lui reconnaît encore toutes les vertus du saint chrême, pourvu que la quantité d'huile mêlée de baume reste prépondérante. Benoit XIV, Constit. Ex quo primum, dans le Bullaire, loc. cit., p. 169. L'antiquité de cette huile odoriférante est attestée par des documents décisifs. Le II* concile œcumé­ nique de Constantinople, en 381 la mentionne en ter­ 2405 CHRÊME (SAINT) 2406 mes formels et avec vénération, τώ άγ:ώ μύρω. Can. 7, dion, n. 592, Suarez considère comme un point de doc­ trine définitivement acquis la nécessité d’aromatiser de dans Mansi, t. ni, col. 564. Saint Cyrille de Jérusalem, baume l’huile du saint chrême, et il allègue comme que Chemnitz appelle pour cetle raison « le principal preuve la tradition et la pratique constante de l’Église. patron du chrême papal », Examen concil. Trident., De confirmatione, disp. XXXIII, sect. I, n. 8, 10, Paris, part. Il, p. 65, a consacré au μύρον une de ses plus re­ 1866, t. xx, p. 635 sq. Cette opinion est soutenue égale­ marquables institutions catéchétiques. Cat. mystag., in, ment par Beyer, Tract, de sacram, confirm., Anvers, P. G., t. xxm, col. 1089 sq. Les Constitutions apostoli­ 1658, p. 49 sq., et par Morin, Opera posthuma, Pa­ ques lui donnent indifféremment le nom d'huile sainte ris, 1703, p. 35. Estius, tout en admettant l’institution ou d’onguent aromatique, τώ άγίω έλαίω, τώ μύρω. divine de ce mélange symbolique, car les deux ques­ Const, apost., ni, 46, P. G., t. i, col. 797. Pour Théo­ tions sont distinctes, n’ose se prononcer sur son ca­ dore!, le μύρον est pénétré de l’Esprit, τού πνευματικού ractère d’absolue nécessité au point de vue de la vali­ μύρου ; il confère par son empreinle un caractère royal. dité du saint chrême. In IV Sent., dist. VII, § 8, Paris, In Cant., r, 1, P. G., t. lxxxi, col. 60. Les plus an­ 1696, t. iv, p. 81 sq. Mais des textes traditionnels précé­ ciens eucologes renferment l’office de l’onguent sacré, demment cités il est impossible de conclure avec une ’Ακολουθία τού άγιου μύρου. Goar, Euchologium, p. 618. certitude suffisante à l’origine apostolique de cet usage Voir aussi le pseudo-Justin, Quæst., cxxxvi, ad orthod., et de cette tradition. Quant au terme unguentum que P. G., t. vi, col. 1389; surtout le pseudo-Denys, qui l’on trouve dans des documents plus anciens, S. Patransmet de précieux renseignements liturgiques sur la cien, Epist., n, ad Sympron., 7, P. L., t. xiii, col. 1062; composition symbolique du chrême oriental, ή τού S. Ambroise, De myster., vt, 29, P. L., t. xvi, col. 398; μύρου συμβολική σύνθεσις. De cedes, hier., iv, 4, P. G., Prudence, Psychomachia, P. L., t. i.x, col. 50, il désigne t. m, col. 480. Cf. l’article du P. Stiglmayr, Die Lchre von den Sacramenten nach Ps. Dionysius, dans la simplement, de même que chrisma, la matière de l’onc­ tion, et rien dans les textes allégués n’autorise à Zeitschrift fur katholische Théologie, 1898, t. xxn, l’appliquer restrictivement à l’huile chrismale. Voir p. 282-291. Le baume dont on se servait dans les deux Églises l’oraison qui accompagne la bénédiction de l’huile des infirmes dans le Sacramentaire gélasien, P. L., t. ι,χχιν, était le baume de Judée ou de Galaad, qui abondait col. 1099, et dans le Sacramentaire grégorien, P. L., autrefois en Palestine, et aussi en Egypte près du Caire, mais qu’on ne retrouve plus guère aujourd’hui que dans t. Lxxvm, col. 83. D’autre part, le décret d’Eugène IV n’offre nullement les apparences d’une définition dog­ l’Arabie heureuse, aux environs de Médine et de la matique et, sur ce point particulier de la nécessité du Mecque. Béde le Vénérable signale expressément cette baume pour la confection du chrême, l’opinion commune coutume de n’employer dans la confection du chrême des théologiens commença précisément, après et malgré que le baume d’Engaddi. In Cant., il, P. L., t. xci, le décret pontifical, à se prononcer contre cette néces­ col. 1097. C’était le baume par excellence, le seul com­ sité, ainsi qu’en fait foi un texte important de Valentia, munément désigné sous le nom de balsamum. L’auteur du De divin, officiis remarque à son tour que l’Église ne Comment, theol., disp. V, q. 1, p. n, Venise, 1608, t. iv, p. 1623. Est aillent hæc sententia jam tam illustrium se sert que d’un baume de choix, ex optimo balsamo. et tam mullorum doctorum, ut jure quidem illa se­ De sabb. sand, vigil. Pasch., 19, P. L., t. ci, col. 1205. L’emploi de ce baume devait être coûteux, cunda contraria vix nunc communis dici possit. Dans la constitution Ex quo primum, du 1er mars 1756, puisque pendant plusieurs siècles les conciles ont dû Benoît XIV déclare à son tour que les anciennes contro­ renouveler la défense imposée aux évêques d’exiger des verses scolastiques touchant le saint chrême ne sont prêtres ou des fidèles une rétribution qui leur permit découvrir les frais de l’achat annuel de baume; mais point dirimées et que chacun peut suivre à son gré sur ces matières l’opinion qui lui plait. Benedicti XIV les fidèles sont invités à venir d'eux-mêmes en aide aux bullarium, Rome, 1751, t. iv, p. 169. évêques. Cf. III' concile de Braga, can. 4; II’ de L’opinion qui considère le baume comme un élément Chalon, can. 16; de Meaux, can. 45, dans Mansi, non essentiel à la constitution du saint chrême est t. ix, col. 839; t. xiv, col. 97, 829. De plus, comme généralement admise aujourd’hui. Elle a trouvé dans le cette substance était rare, il devenait difficile par­ savant continuateur de Vitasse son plus solide défenseur. fois de renouveler la provision paschale. Telle est du Tract, de confirm., part. I, q. n, a. 3, § 12, dans le moins la raison alléguée dans la lettre du pseudoFabien par certains évêques grecs pour s’excuser de ne Cursus theol. de Migne, t. xxt-xxn, p. 855. Cf. Kraus, Real-Encycl., t. I, p. 211; Schanz, Die Lehre von den point procéder chaque année, à la consécration du saint heiligen Sacramenten, Fribourg-en-Brisgau, 1893, chrême. Epist. ad omnes episc., P. L., t. exxx, col. 154. p. 301 sq. ; Janssens, La confirmation, p. 104. Mais il Aussi, au xvi' siècle, lorsque Monardès de Séville, à la suite des découvertes faites par les Espagnols dans les est hors de doute que le mélange du baume est requis Indes orientales, eut importé en Europe le baume des i en vertu d’un précepte grave et que l’omission de cette Indes ou du Pérou, produit du Mirospermum perni- I pratique rendrait douteuse la validité de la consécration ferum, les papes Paul IV et Pie V autorisèrent au même du chrême. Cf. Lehmkuhl, Theol. mor., Fribourg-enBrisgau, 1896, t. il, p. 68; Pesch, Prælect. dogm., Fri­ titre que le baume de Judée, dans la confection du bourg-en-Brisgau, 4896, t. vi, p. 211. chrême, l’emploi de l’aromate nouveau. Une once de ce III. Consécration. — 1° Ministre. — Dans les Églises baume se vendait à Rome jusqu’à cent ducats. Pellicia, orientales comme dans l’Église latine le privilège de De Christian. Eccl. polilia, Bassano, 1782, t. i, p. 43; consacrer le saint chrême appartient aux évêques. Chez Kraus, Real-Encycl., t. i, p. 213. les Grecs, le patriarche de Constantinople s’était avec le Vu sa rareté, son prix dispendieux et la difficulté temps réservé ce droit, que se sont approprié ensuite les d’acquérir cette substance pure de toute altération, les patriarches des Églises dissidentes. Cf. Arcudius, De théologiens se sont demandé de bonne heure si le baume concordia Ecclesiæ occidentalis et orientalis in sacra­ était un composant essentiel du saint chrême. Les an­ ciens scolastiques répondaient affirmativement. Alexan­ mentorum administrations, n, 11, Paris, 1622, p. 82. C’est de tout temps que la consécration du chrême a dre de llalès, Summa, 1II“, q. ix, m. i, Cologne, 1622, été regardée comme une fonction incombant aux seuls p. 199; S. Bonaventure, In I V Sent., dist. VII, a.l,q. n, évêques. En 390, le II· concile de Carthage décrète, dans Quaracchi, 1889, t. iv, p. 166 sq.; S. Thomas, Stwi. le 3' canon, que la confection du chrême, la consécra­ theol., III», q. lxxii, a. 2, ad 4““. Après le décret tion des vierges et la réconciliation publique des péni­ d’Eugène IV pro Armenis, qui définit le saint chrême tents sont interdites aux simples prêtres. Mansi, t. ni, un mélange d’huile et de baume, Denzinger, Enchiri­ 2407 CHRÊME (SAINT) col. 693 II fallut renouveler cette décision, en 398, au ΠΙ' concile de Carthage, can. 3. Mansi, t. m, col. 869. En Espagne, à la môme date, le I" concile de Tolède cons­ tate que certains prêtres se permettaient de consacrer le saint chrême, à l’encontre de l'usage presque universel de l’Êglise, et leur défend d’entreprendre ainsi sur le droit épiscopal. Can. 20, Mansi, t. in, col. 1002. Inno­ cent I", dans sa lettre à Decentius, rappelle que le chrême employé par les prêtres dans l’onction postbap­ tismale doit être bénit par l'évêque. Denzinger, Enchi­ ridio», n. 60. Mais les abus continuèrent à s’aggraver. Montan, qui présida en qualité d’archevêque de Tolède le II» concile tenu en cette ville, l’an 535, s'indigne de la présomption inouïe de ces prêtres qui consacrent le chrême, entreprise abominable qui ne s’était jamais vue depuis le commencement de la foi catholique. Epist., I, 2, P. L., t. i.xv, col. 52. A ces condamnations, le III» concile de Braga, en 572, dut ajouter une peine sévère, la déposition ecclé­ siastique. Can. 4, Mansi, t. ix, col. 839. Cette censure lut renouvelée par différents conciles, spécialement contre les chorévêques, au concile de Meaux, en 845, et sanctionnée par plusieurs capitulaires de Charlemagne. Mansi, t. xiv, col. 829; Baluze, Capital. reg. Franco)·., Paris, 1780, t. i, col. 327. En 868, le concile de Worms insiste longuement sur cette violation des droits ponti­ ficaux. Hæc omnia illicita esse presbyteris cognoscun­ tur, quia pontificatus apicem non habent; quæ tamen omnia episcopis auctoritate canonum concedantur. Can. 8, Mansi, t. xv, coi. 871. Dès le début, la liturgie n'était pas moins formelle. D’après les Constitutions apostoliques, vu, 42, P. G., t. i, col. 1044, la consécra­ tion du chrême est réservée à Γάρχιέρενς. Le Sacramentaire gélasien, i, 40, P. L., t. lxxiv, col. 1099, le Sacramentaire grégorien, Liber sacram., P. L., t. lxxviii, col. 82, VOrdo romanus X, P. L., t. lxxviii, col. 1009, ne connaissent d’autre consécrateur du chrême que l'évêque. Cf. Amalaire de Metz, De eccles. offic., i, 12, P. L., t. cv, col. 1011; Raban Maur, De cleric, instil., I, 28, P. L., t. cvit, col. 313; Rupert, De divin, offic., v, 16, P. L., t. clxx, col. 140. Même dans le cas où l’administration du sacrement de confirmation serait permise à un simple prêtre, les prescriptions canoniques spécifient que le chrême employé à cet usage aura été consacré préalablement par l’évêque. Innocent I", Epist., xxv, ad Decent., in, 6, P. L., t. xx, col. 554; Innocent III, c. Cum venisset, De sacra tmcl., dans l’instruclio pro simplici sacerdote sacramentum confirma­ tionis administrante, reproduite en appendice dans le Rituel romain. Le décret d’Eugène pro Armenis pres­ crit que le chrême soit bénit par l’évêque. Chrisma con­ fectum ex oleo et balsamo ab episcopo benedictum. Denzinger, Enchiridion, n. 592. Cf. Bingham, Origines sive antiquitates ecclesiaslicæ, Halle, 1727, t. iv, p. 356362. Mais, par délégation, et comme ministre extraordi­ naire, un simple prêtre pourrait-il opérer validement cette consécration? Saint Thomas, Sum. theol., III·, q. LXXH, a. 3, ad 3"m, semble réserver exclusivement au Christ ou à l’évêque représentant du Christ dans l’Êglise le pouvoir de conférer au saint chrême cette consécra­ tion spéciale qui en fait l’instrument de la grâce. Suarez adopte cette opinion comme plus probable, en raison des textes conciliaires qui réservent ce droit à l’évêque, comme une prérogative inhérente à la dignité épiscopale. De confirm., disp. ΧΧΧΙΙΙ, sect, Il, n. 14, édit. Vives, t. xx, p. 645. De même Arcudius, De concordia Ecclesiæ occidentalis et orientalis, n, 14, Paris, 1626, p. 91 ; Beyer, Tract, de sacram, confirm., 2, Anvers, 1658, p. 70. Ce­ pendant l’opinion contraire était déjà soutenue par Scot, In IVSent., LIV,dist. VII, q.i,1639, p. 361. Chrisma santificatum specialiter ab episcopo, vel ab alio cui talis sanctificatio poterit committi, Holtzclau, De sa­ 2408 cram. confirm., n. 164, dans la Theologia dogmatica dite de Wurzbourg, Paris, 1889, p. 255. Les textes des conciles cités plus haut n’ont rien en effet d’absolument exclu­ sif : ils réservent le droit des évêques, sans le déclarer incommunicable. Le I" concile de Tolède, en 398, cons­ tate que de simples prêtres s’étaient permis de consacrer le saint chrême; il se contente de déclarer que désor­ mais les seuls évêques pourront exercer ce ministère. Placuit ex hac die nullum nisi episcopum chrisma facere. Can. 20, Mansi, t. m, coi. 1002. D'autre part, l'administration du sacrement de confirmation revient aussi de droit divin aux évêques en vertu de leur charge; mais un simple prêtre peut être délégué pour cet office. Dès lors, s'il lui est donné par induit d’admi­ nistrer le sacrement lui-même, pourquoi ne pourrait-il être investi du pouvoir de procéder â une cérémonie préparatoire, de bénir l’huile de l'onction, simple ma­ tière du sacrement? Une telle dispense ne serait pas d’ailleurs, semble-t-il, inouïe dans l’Êglise. Le diacre ro­ main Jean, dans sa lettre à Senarius, rapporte que l'autorisation de consacrer le chrême a été concédée par plusieurs papes à des prêtresafricains. Epist.ad Senar., 8, P. L., t. i.xxv, col.404. Cf. Mabillon, Musæum italic., Pa­ ris, 1724, t. i, p. 73. D’après Wadding, le pape Eugène IV concéda également à Fabien de Bachia, lors de son départ pour les Indes, en 1444, la faculté d'administrer le sacrement de confirmation et de consacrer le saint chrême. Annales ord. fr. minor., Rome, 1734, t. xi, p. 209. Benoit XIV relate aussi ces faits, sans se porter garant de leur authenticité; mais il est clair qu’il en admet la donnée comme vraisemblable et que la possi­ bilité d’une dispense ne lui parait nullement inaccep­ table. De synod, diœces., vu, 8, Louvain, 1763, p. 70 sq. Toutefois une simpe délégation épiscopale ne serait pas suffisante, du moins aujourd’hui; la plupart des théolo­ giens estiment que le souverain pontife s’est réservé le droit de déléguer â la consécration du chrême non moins qu’à l’administration du sacrement de confirma­ tion. Théologie de Wurzbourg, loc. cil., p. 256. Mais rien n’autorise à penser que le pape ne puisse se dessai­ sir de ce droit. Cf. Vitasse, loc. cit., col. 873. 2» Rite. — Il était naturel que l'huile chrismale affectée aux usages liturgiques les plus saints et desti­ née à devenir l’instrument de la grâce, reçiit une béné­ diction spéciale. Dès l'origine, elle revêt un caractère sacré et porte dans les canons des conciles, comme on l’a vu, le nom de saint chrême. Tertullien dit expres­ sément que c’est une huile bénite, benedicta unctione, De bapt., 7, P. L., t. I, col. 1206, et saint Cyprien ajoute qu’elle était sanctifiée sur l’autel, oleo in altari sancti­ ficato. Epist., lxx, ad Januar., 2, P. L., t. tu, col. 1041 ; édit. Hartel, t. n, p. 768. A cette bénédiction présidait la prière, suivant le témoignage de saint Basile, εύλογοΰμεν... το ελαιον τής χρίσεως, et cette consécration a pour elle l’autorité de la tradition apostolique. De Spir. Sancto, 27, P. G., t. xxxn, col. 188. Saint Cyrille de Jérusalem met en relief le caractère de cette prière consécratoire : c’était une invocation qui faisait descendre sur l’huile mystique l’Esprit Saint, μετ’ ίπίχλησιν τοΰ άγιου Πνεύματος. Cat. myst., Ill, P. G., t. ΧΧΧΙΙΙ, col. 1092. Saint Optai de Milève, De schism, donat., 7, P. L., t. xi, col. 1089, et après lui les Constitutions aposto­ liques, vu, 42, P. G., t. I, col. 1044, nous apprennent que cette invocation se fait au nom du Christ. Enfin saint Augustin a complété ce détail en spécifiant que le signe de la croix était requis dans celte consécration. Quod signum nisi adhibeatur... sive oleo quo chris­ male unguntur... nihil eorum rite perficitur. Tract, in Joa., 118, P. L., t. xxxv, coi. 1950. Toutes les don­ nées liturgiques essentielles sont déjà rassemblées. Mais la solennité de la bénédiction chrismale ne tarda pas à revêtir une importance exceptionnelle, surtout dans l’Êglise orientale. Théodore Anagnostes, Rist. 2409 CHRÊME (SAINT) 2410 ecci.. il, 48, P. G., t. lxxxvi, col. 208, fait ressortir que I de Rouen, dans le 2' canon, interdit cette bizarre pra­ la consécration du chrême avait lieu dans l'église devant tique, en 1072. Mansi, t. xx, col. 36. D’autres, pour deo tout le peuple assemblé. Ti> μυστήριον [μύρον] έν τή motifs d’intérêt très divers, préféraient recourir à έζχλησΐά επί παντός τού λαοϋ άγιάζεσΟαι. Le contexte l’évêque du diocèse voisin pour le renouvellement de exige évidemment μύρον et la Chronique de George l’huile chrismale. Le concile de Worms, can. 60, dé­ Ilamartolus, qui reproduit ce texte, porte μύρον. Xpovtyôv créta que les prêtres de chaque diocèse ne pouvaient σύντομον, tv, 212, P. G., t. ex, col. 761. Cf. Nicéphore s’adresser dans ce but qu’à leur évéque respectif. Mansi, Callixte, Hist, eccl., xv, 28, P. G., t. cxlvii, col. 84; t. xv, col. 879. Voir le 5· canon du concile de Vaison, Stiglmayr, Die Lehre von den Sacramenten nach Ps. en 442, dans Mansi, t. vi, col. 453. Mais on renouvela Dionysius, dans la Zeitschrift für katholische Théologie, en divers lieux la prohibition déjà faite aux évêques de 1898, t. xxn, p. 285. A la fin du v» siècle, la cérémonie rien accepter de personne, ni argent ni présent, pour était des plus imposantes, comme en témoigne la des­ les frais de la cérémonie. Can. 26 du II· concile de cription esquissée par le pseudo-Denys. Après que s’est Châlon, en 813; can. 45 du concile de Meaux, en 845, déroulée la procession magnifique avec les encensements Mansi, t. xix, col. 99, 829. La cérémonie consécratoire et le chant des Psaumes, quand le peuple s’est édifié devait avoir lieu pendant la seconde des trois messes aux enseignements de la parole divine, le pontife reçoit qu’on avait coutume alors de célébrer le jeudi-saint. De l’huile chrismale et la dépose sur l’autel divin, recou­ là le nom donné à celle messe de Missa chrismatis, où verte « de douze ailes sacrées », c’est-à-dire de douze l’on bénissait également l’huile des infirmes et l’huile voiles symbolisant les ailes des Séraphins. Puis, tandis des catéchumènes. Cf. Sacrament, gelas., P. L., que l’assistance, d’une voix saintement recueillie, chante t. lxxiv, col. 1099; Amalaire, De eccles. offie., i, 12, le cantique inspiré aux prophètes par le souffle divin, P. L., t. cv, col. 1011. « l’AUeluia, l’évêque parachève sur l’onguent mystique Le cérémonial actuel de la bénédiction du chrême a la supplication consécratoire. De eccles. hier., iv, 2, gardé toute la majesté de l’antique consécration. Le P. G., t. m, col. 473. pontife doit être entouré de douze prêtres, de sept diacres, de sept sous-diacres et d’autant de ministres A mesure que la fête de la consécration chrismale inférieurs : l’Église témoigne ainsi de sa vénération gagnait en importance et en solennité, le jour où elle avait lieu tendait à devenir un des jours les plus saints pour le symbole de l’Esprit sanctificateur, et cette pra­ de l’année et dès lors il devint l’objet des prescriptions tique est ancienne, puisque le concile de Rouen, en liturgiques. Au début, la liberté des évêques était en­ 1072, en rappelait l’observation. Can. 1, Mansi, t. xx, tière : suivant les circonstances et les besoins de leur col. 36. L’huile et le baume sont apportés en procession diocèse, ils renouvelaient le saint chrême. Omni tem­ solennelle, le baume dans une coupe, l’huile dans une pore liceat episcopis chrisma conficere, dit le 5e des ampoule, que le diacre entoure avec le bras gauche anciens canons de l’Église d’Orient. Martin de Braga, après l’avoir enveloppée d’un voile blanc, mais sans re­ De consecrat., dist. IV, c. exxiv. Le 1er concile de couvrir la partie supérieure. Alors commence la consé­ Tolède, tenu en 400, laisse encore aux évêques, par le cration proprement dite, inaugurée par des supplica­ 20' canon, toute latitude à ce sujet; mais il prescrit aux tions publiques et comprenant essentiellement : 1. la prêtres de chaque paroisse d’envoyer des diacres ou des bénédiction du baume, opérée par le moyen du signe sous-diacres à l’évêque avant la fête de Pâques, afin de de la croix; 2. après que l’évêque et à sa suite les douze se procurer en temps opportun le chrême bénit par prêtres ont procédé à une triple insufflation sur l’am­ l’évêque. Mansi, t. ni, col. 1002. Vu l’importance des poule, la bénédiction de l’huile chrismale, qui se fait cérémonies baptismales de Pâques, il est naturel de par mode d’exorcisme, avec les oraisons appropriées et penser qu’une consécration spéciale et plus solennelle le signe de la croix; 3. le mélange du baume el de de l’huile destinée au baptême avait lieu aux approches l’huile, accompagné de ces paroles : Hæc commixtio de celte fêle. Ce fut sans doute dans le courant du liquorum fiat omnibus ex ea perunctis propitiatio et v' siècle que s’introduisit la coutume de fixer au jeudicustodia salutis in sæcula sæculorum, Catalano, Ponti­ saint celte consécration. Chardon, Histoire du sacre­ ficale romanum, Paris, 1851, t. i, p. 120; 4. lorsque ment de confirmation, 2, dans le Cursus theol. de l’ampoule a été débarrassée du voile et de la housse Migne, t. xix-xx, p. 173; Kraus, Beal-Encycl., t. i, blanche dont elle était entourée, l’acte de vénération p. 212. Tous les anciens rituels et sacramentaires in­ rendu au saint chrême par l’évêque et tous les prêtres, diquent la même dale. Sacrament, gélas., i, 40, P. L., dans la cérémonie de la triple génuflexion avec l’invo­ t. lxxiv, col. 1099; Liber sacram., De benedictione cation : /Ire sanctum chrisma. Cf. Bernard, La béné­ chrismatis in cœna Domini, P. L., t. Lxxvm, col. 82. diction des saintes huiles à la messe pontificale du jeudi-saint, Paris, 1900, p. 70 sq. La consécration du L’Ordo romain atteste que cette coutume était univer­ selle dans l’Église, au vnt' siècle. J/ac die in tolo orbe chrême se place entre la bénédiction de l’huile des in­ sacrum chrisma conficitur. Ordo romanus X, P. L., firmes et celle de l’huile des catéchumènes : elle a lieu, t. lxxviii, col. 1009. L’usage s’établit ensuite de n’avoir comme celle-ci, immédiatement après la communion pas d’autre consécration annuelle. Zacharie, Epist., xm, du saint sang. L’huile des infirmes est bénite un peu ad Bonifacium, P. L., t. lxxxix,co1. 951. Le concile de avant le Pater. Dans l’Église d’Orient, où les patriarches se sont Meaux, en 845, renouvelle cetle prescription dans le canon -46'. Mansi, t. xiv, col. 830. La cérémonie devait réservé le droit de consacrer le chrême et se font assis­ ter de leurs suffragants, la cérémonie est plus solen­ avoir lieu tous les ans, car chaque année les prêtres des paroisses étaient tenus de renouveler le chrême et nelle encore. Voir les détails dans le rituel byzantin de brûler l’ancien dans leurs églises. Pseudo-Fabien, édité par Goar, Euchologium, p. 637 sq. Pour le titre de la bénédiction chrismale chez les nestoriens, les coptes Epist. ad omnes episc., 2, 1, P. L., t. exxx, col. 155; et les syriens, voir Denzinger, Bitus Oriental., t. i, can. 2 du concile de Rouen en 1072, Mansi, t. xx, p. 54-59, 248-266, 361-363. col. 36. Et ce renouvellement devait être intégral. Cer­ Le chrême une fois consacré doit être conservé avec tains archidiacres, pendant la vacance du siège épisco­ le plus grand soin, à l’abri des mains profanes, dans pal, au lieu de demander à l’évêque voisin toute la pro­ des vases spécialement destinés à cet usage et qui vision de chrême nécessaire pour l’année aux besoins portent le nom de chrismatoires. Les prescriptions à du diocèse, avaient trouvé expédient de se procurer une ce sujet sont nombreuses et anciennes. Capitulaires, i, quantité minime de chrême nouvellement bénit et de 17, édit. Baluze, col. 504. Voir aussi le c. xxvn du con­ la répandre sur l’huile ordinaire qu’ils estimaient con­ cile de Mayence, en 813, et le canon 10 du concile de sacrée suffisamment par ce simple mélange. Le concile 2412 CHREME (SAINT) 2411 Rouen, en 1072, Mansi, t. xiv, col. 72; t. xx, col. 37. Saint Optat de Miléve mentionne déjà l’ampoule du chrême, ampullam chrismatis. De schism, donatist., n, 19, P. L., t. xi, col. 972. IV. Symbolisme. — Le symbole est par excellence le langage religieux de l'Eglise dans la liturgie de ses sa­ crements. Mais de toutes les choses saintes qui sont à son usage, aucune assurément n’offre un plus riche ensemble de mystiques emblèmes que l’huile chrismale consacrée avec un déploiement si imposant de rites si­ gnificatifs et destiné à rappeler aux fidèles, en servant à les leur conférer, les souveraines prérogatives du Christ et les dons mystérieux de l’Esprit-Saint. Dès l’origine, l'Église s’attache à faire ressortir ce mysti­ cisme profond, très simple dans ses données premières, mais qui deviendra bientôt, sous l’inlluence du pseudoDenys, une science complexe et opulente. Au début, l'huile chrismale semble n'avoir été envi­ sagée symboliquement que dans ses rapports avec le Christ, dont elle rappelle le nom. S. Théophile d’An­ tioche, Ad Autel., I, 12, P. G., t. vi, col. 104. Comme l’explique â son tour saint Optat de Milève, c'est la vertu du Christ qui réside en elle et qui lui infuse, avec son exquise suavité, ce mystique pouvoir d’amol­ lir l'épiderme de la conscience durci par le péché, quæ cutem conscientiæ molliat, exclusa duritia peccato­ rum, de pacifier la vie et d'être la lumière pure de la vraie intelligence. De schism, donat., ni, 7, P. L., t. xi, col. 1090 sq. Mais dans la doctrine de saint Pacien, le chrême est devenu « l’onguent du Saint-Esprit » et l'onction chrismale signifie, grâce à l’union des deux symboles, la rénovation dans le Christ par l’Esprit. Ad Symphron., n, 7; ni, 6, P. L., t. xm, col. 1062, 1093. Saint Ambroise émet une pensée analogue, De myster., vi, 29; vit. 42, P. L., t. xvi, col. 398, 402. et saint Cyrille de Jérusalem développe longuement cette même doctrine dans sa m· instruction catéchétique. Le chrême constitue la mystérieuse image de celui par qui fut oint le Christ, c’est-à-dire de l’Esprit. Calech. niyst., m, P. G., t xxxtii, col. 1089, 1092. Pour saint Augus­ tin, c’est parce que l’huile peut devenir flamme qu’elle est le signe sacré de l’Esprit, feu divin de nos âmes. Oleum... ignis nostri, Spiritus 'Sancti est sacramen­ tum. Sertn., ccxxvn, ad infantes, P. L., t. xxxvm, coi. 1100. Mais elle estaussi le signe visible de la grâce, qui fait de nous des rois et des prêtres, les membres du Christ par la vertu de l’Esprit. De Trin., xv, 26. P. L., t. xlii, col. 1093. Avec le pseudo-Denys, le symbolisme du chrême prend des développements imprévus, dont les premiers scolastiques, habiles à séparer l'or du clinquant, l'idée chrétienne de l’expression néo-plato­ nicienne, feront largement leur profit. Pour lui, le mélange aromatique qui constitue le chrème et qui ré­ pand, sans l'épuiser, son embaumante odeur, est l'em­ blème de la divine bonté dans ses communications inelfablement douces avec nous, l'image sensible de Jésus, source merveilleuse et secrète d’où émanent, pour ceux qui savent s’unir à lui, les parfums puri­ fiants et vivifiants de la divinité. Eceles. hier., iv, 4, P. G., t. m, col. 480. A la lumière de ce principe, ré­ sumé succinct de toute la doctrine, les moindres détails de la liturgie du chrême trouvent ingénieusement leur mystique explication, que seuls pourront percevoir les initiés, les familiers de l’Esprit. Ainsi les rites de la consécration chrismale ne sont visibles qu’à ceux qui entourent le consécrateur. Mais l’explication de ces énigmes sacrées, tepûv αινιγμάτων, donne-t-elle toujours le sens qui a présidé à l’institution même de ces rites? Rien n’autorise à le croire, car certains rapproche­ ments sont d’un esprit plutôt subtil et raffiné qui va chercher bien loin le pourquoi des choses simples, par exemple, pour l’encensement de l’autel par l’évêque, col. 476, pour l'explication des douze ailes sacrées qui PICT. DE TIIÉOL. CATUO1.. recouvrent le μύρον, col. 480. Mais l’ensemble des con­ clusions garde sa valeur el le principe lui-même ne peut être contesté. Au reste, la pensée fondamentale du pseudo-Denys se rencontre expressément dans la théo­ logie de saint Cyrille d’Alexandrie, qui reconnaît le θυμίαμα σύνθετον, Exod., xxx, 7, comme la préfigura­ tion du Christ. De adorat, in Spir., 9, P. G., t. lxvih, col. 621. Sans attacher aux aspects poétiques du sujet une fa­ veur aussi marquée, Rupert a formulé avec une préci­ sion plus sûre d’elle-même le sens anagogique de tous, ces rites et les symboles essentiels de l’huile chrismale. Le chrême est le signe du Saint-Esprit dont il contient la vertu, l’emblème aimable de sa grâce. L’huile pro­ vient de l’olivier, et cet arbre n’est-il pas au service de la paix et de la lumière? Quæ arbor pacis et lucis mi­ nistra est. Le baume découle du plus odoriférant des arbres. Autant de symboles de l’Esprit-Saint et de son action en nous. Tous les rites de la consécration du chrême viennent préciser et nuancer richement ce mystérieux emblème. La bénédiction chrismale est fixée au jeudi-saint, en mémoire de l'immolation de l’agneau dont le sangapposé sur les portes des Hébreux préservait de l’extermination, comme le signe de la croix empreint avec l'huile sur les fronts sauve le chrétien des attaques de l’ennemi. C’est dans le sanc­ tuaire des églises que s'opère cette consécration, dans le lieu où l’on donne la paix. Les douze prêtres qui entourent le consécrateur rappellent les douze apôtres, choisis par Jésus-Christ comme témoins en ce jour qui fut celui de son testament, celui où il légua à son Église l’héritage du salut, l’Esprit-Saint. L’ampoule qui contient le chrême symbolise le Christ, né de la Vierge Marie et renfermant en lui la plénitude du Saint-Esprit. L'ampoule n’est point tout à fait recouverte, car la di­ vinité du Christ apparaissait à demi voilée. Dès que l’huile chrismale est bénite, les voiles sont rejetés et l’ampoule est offerte à la vénération des prêtres, pour rappeler la manifestation du Christ à ses apôtres après sa résurrection. Mais il n’a voulu se manifester qu’aux apôtres. Voilà pourquoi l'ampoule chrismale est recouverte de ses voiles avant d'être exposée à la vénération des fidèles : elle symbolise alors le Christ qui reçoit,invisibledans le ciel, l'adoration di s peuples. De divin. offic., v, 16-18, P. L., t. clxx, col. 140 sq. Cf. Honorius d'Aulun, Gemma animæ, nr. 80, P. L., t. CLXXit, col. 663 sq. Les scolastiques ne retiennent de ces considérations que le symbolisme de l’huile chrismale, le seul qui soit rentré directement dans le cadre des questions pro­ prement théologiques. Le pape Innocent 111 en av.iit fourni la formule en quelques mots : Per oleum nitor conscientiæ designatur, per balsamum odor bonæ famæ exprimitur. C. Cum venisset, De sacra unctione, De­ cret., L I, tit. xv, c. 1,§ 2. Cf. Hugues de Saint-Victor. De sacramentis, n, 15, 1. P. L., t. clxxvi, col. 577. Saint Thomas et saint Bonaventure développent en termes définitifs ce double symbole, qui indique dans le chrétien la plénitude des dons de la grâce pour soi et pour les autres. Non seulement le chrétien doit possé­ der en lui la vertu de l’Esprit qui l’éclaire par la foi, mais il doit la faire resplendir au dehors par les actes de la plus suave charité. S. Thomas, Sum. theol., Ill*, q. lxxii, a. 2; S. Bonaventure, In IV Sent., dist. VII, a. 1, q. Il, Quaracchi, t. iv, col. 167. V. Usages. — Le chrême est proprement l’huile consécratoire :on l’emploie en forme d’onction dans toutes les cérémonies qui ont pour but d’affecter officiellement les personnes ou les choses au service ou au culte di­ vins. Dans l’Ancien Testament, l'huile de 1 onction ser­ vait à sacrer les prêtres, et peut-être aussi, en vertu d'un symbolisme profond, les rois, mandataires de Dieu. Cf. Scacchus, Sacrorum eiæochrismaton myrothecium, II. — 76 2413 CHRÊME (SAINT) — CHRÉTIENS 2414 1898, t. xxn, p. 282-291; Bernard, La bénédiction des saintes Home, 1625, t. ni, p. 575 sq. Le tabernacle, l’autel, la huiles à la messe pontificale du jeudi-saint, Paris, 1900; mer d’airain, tous les objets immédiatement réservés par Duchesne, Origines du culte chrétien, 3' édit-, Paris, 1903, l'onction sainte au culte de Jéhovah, étaient oints de p. 305-325. l’huile parfumée. Euod., xl, 9-11 ; Lev., vm, 2, 10-12. P. Bernard. bans la liturgie chrétienne, le chrême fut employé à des 1. CHRÉTIENS ou CHRISTIANS. Secte baptiste usages analogues : dans la cérémonie du baptême, pour anglaise fondée par Alexandre Campbell, d’où le nom de la bénédiction de l’eau baptismale et pour l’onction faite campbellites ou baptisles campbellites donné encore à la sur la tête du nouveau baptisé, voir Baptême, col. 215; secte. Campbell naquit en 1788 dans le comté d'Antrim dans l'administration du sacrement de confirmation, pour (Irlande), d une famille écossaise; il mourut en 1866. Il oindre le front du confirmé, voir Confirmation; pour descendait par sa mère de huguenots français. En 1808 il l’onction de la tète et des mains prescrite à l’ordination parût pour aller rejoindre son père aux Etats-Unis. Mais des évêques, voir Ordination; pour la consécration des le vaisseau ayant fait naufrage sur les côtes de l'Ecosse, églises, des autels, de la patène et du calice et pour la le départ fut ajourné. Comme Campbell avait, pendant bénédiction des cloches. L’évêque de Lyon Leidrade four­ le naufrage, fait vœu de se consacrerai! ministère évan­ nit l'explication mystique de ces usages. Non solum al­ gélique, il se rendit à Glasgow pour y étudier la théolo­ tare. verum etiam omnia vasa oleo consecrantur, quia gie et surtout l'histoire ecclésiastique. En 1809 il alla omnia membra Ecclesiæ per chrisma Christiani effi­ rejoindre son père en Amérique, après s'être séparé de ciuntur. De sancto baptismo, Ί, P. L., t. xcix, coi. 863. la secte des anli-burghers, dont il avait été ministre. Les conciles et le pouvoir civil ont maintes fois rap­ Son père créa un mouvement qui tendait à supprimer pelé, en édictant des peines sévères contre les trans­ toutes divisions entre chrétiens. A. Campbell fut adjoint gresseurs, que le saint chrême ne pouvait servir qu’à à celte œuvre, pour laquelle on avait constitué une so­ ces usages liturgiques et qu’il fallait éviter de le donner ciété : Christian Association of Washington. En 1810, aux malades en guise de remède ou pour détourner les cette société publia une déclaration où elle aflirmait malélices. Baluze, Capitularia regum Francorum, I, 17, que son but était de faire disparaître tous les rites et Paris, 1780. col. 504; can. 10 du concile de Rouen, en doctrines qui séparaient les chrétiens, pour effectuer une 1072, Mansi, t. xx, col. 37. Un autre abus consistait à communion se distinguant par la soumission aux Écri­ boire le saint chrême, lorsqu’on était sous le coup d'une tures, par la foi el l'obéissance à Jésus-Christ. A cette poursuite judiciaire, ou à se frotter le corps avec l’huile I fin on fonda l’Eglise de Brush Run. A. Campbell obtint chrismale. La superstition populaire imaginait que la permission d'y prêcher, et y fut ordonné en 1812. cette pratique, fortement enracinée dans les mœurs, Comme condition à l’union des diverses fractions, il avait le magique pouvoir de soustraire l’accusé à l’action demanda avec ses partisans la suppression de toute dé­ de la justice. Baluze, Capitularia, n, 10. col. 471; nomination autre que le nom primitif de disciples du c. xxvn du concile de Mayence, en 813, Mansi, t. xiv, Christ ou chrétiens; comme règle unique, il proposait col. 72. A la lin du xi® siècle, cet usage n’était pas en­ la foi et la discipline, la Bible et spécialement le Nou­ core entièrement aboli, bien que les prêtres coupables veau Testament; pour les usages, le retour pur et simple d'avoir livré l’huile chrismale dans ce but criminel fus­ aux coutumes primitives. sent condamnés â avoir la main coupée. Dans le recueil Ce retour aux anciens usages impliquait tout natu­ de Burchard de Worms, on voit que l'un des articles rellement l'administration du baptême par immersion. sur lesquels le confesseur avait à interroger les péni­ Aussi Campbell se fit-il rebaptiser suivant cette forme, tents était celui-ci : Avez-vous bu le chrême pour vous avec son père, sa mère, sa femme, et trois de ses parti­ soustraire au jugement de Dieu? Bibisti chrisma ad sans; ils s'adjoignirent eu même.temps à la Bedstone subvertendum Dei judicium? Decretum, xtx, 5, V.L.· Baptist Association, mais en stipulant qu'ils continue­ t. cxl, col. 973. raient à ne croire et à n'enseigner que ce qu’ils trouve­ raient dans la Bible. En 1817. A. Campbell ne comptait Pseudo-Den ys, Ecclesiastica hierarchia, rv, 4, P. G., t. in. qu'environ 150 adhérents. En 1823, il commença la pu­ col. 472-498; Isiil· re de Séville, De officiis ecclesiasticis, Π, blication d'un journal mensuel, le Christian Baptist, 26, P. L., t. LXXXIIl, col. 823; Rupert, De divinis officiis, v, qu'il remplaça en 1830 par le ilillenial Harbinger, 16, P. L., t. clxx, col. 139-142; Honorius d’Autun. Gemma qu'il rédigea jusqu'en 1863. Sa secte linit enlin par se animas, ni, 80. P. L., t. clxxii, col. 663 sq.; Hugues de SaintVictor, De sacramentis, u, 15, P. L., t. clxxvi, col. 577 ; Ar­ séparer des baptistes purs. Voilà pourquoi, en 1830, les naud de Bonueval, De cardinalibus operibus Christi, 8, P. L., campbellites constituèrent une Eglise distincte, qui, à t.ctxxxix, col. 1653-1656; S. Thomas. Sum. theol., lll’.q. t.xxu, cause de l’habileté de son directeur et la simplicité de a. 2 ; S. Bonaventure, In IV Sent., I. IV, dist. VII, a. 1, q. n ; Breson principe, prit un prodigieux développement. D’après viloquium, vt, 8, Quaracchi, t. IV, col. 167sq.; t. v, col. 272 sq.; les rapports de 1880, voici quelle était à ce moment la Suarez, De sacramento confirmationis, disp. XXXIII, sect. 1. η. situation de la secte : en Amérique, 592016membres, ce Pans, 1866, t. xx. p. 632-645; Scacchus, Sacrorum elxochrisqui suppose plus de 2000000 d'adhérents. Dans chacune maton myrothecium, Rome, 1625, t. ill, p. 575-578; Goar, Euchologium sive rituale Græcorum, Paris. 1647, p. 6I8-643; de ces dernières années, l’augmentation avait été de Beyer, Tractatus de sacramento confirmationis, Anvers, 1658, 40000 membres. 5175 lieux de culte étaient desservis par p.49sq. ; Arcudius. De concordiaEcclesiæ occidentalis et orien­ 3787 ministres. Dans les colonies anglaises de l'Améri­ talis in septem sacramentorum administrations, Paris, 1672, que, 5000 membres, dans la Grande-Bretagne etd’Irlande, p. 70-82; Jacques de Sainte-Beuve, Tractatus de sacramento 4000, dans l’Australie et la Nouvelle-Zélande, 3000. La confirmationis et unctionis extremes, Paris, 1686, p. 100-150; secte a des missions en Angleterre, Irlande, France, Morin, Opera posthuma, Paris, 1703, p. 1(10-150; Baillet, his­ Danemark, Norvège, Turquie. Elle a deux universités toire des fêtes mobiles, Paris, 1707, p. 434-440; Vitasse. Tra­ ctatus de confirmatione, part. I, q. m, 3, a. 3, dans le Cursus et vingt collèges; douze journaux hebdomadaires, six theologicus de Migne, t. xxi-xxn. coi. 851-880; Bingham, Ori­ mensuels, un trimestriel; huit magazines hebdomadai­ gines sive antiquitates ecclesiasticae, Halle. 1727, t. iv, p. 356res pour les écoles du dimanche, quatre mensuels. Pour 362: Orsi, Dissertatio de chrismate confectorio, Milan, 1733; son organisation intérieure, elle a adopté le système Assémani, Codex liturgicus Ecclesiæ universes, Rome, 1749, congTégalionalisle; elle célèbre la cène tous les diman­ p. 100-150; Weitz, Das Sacrament der Fhmung, Breslau,1847 ; ches et administre le baptême par immersion. Le prin­ Benzinger, Hitus Orientalium ecclesiarum. Wurzbourg, 1863, cipal ouvrage d'A. Campbell est le Christian system. t. i, p. 54-59; Nepefny, Die Firmung, Ratisbonne, 1869, p. 4858; Janssens, La confirmation, Lille, 1888,p. 100-120: HeimhuRobert Richardson, Memoirs of Alexander Campbell em­ cher, Die heilige Firmung, Augsbourg, 1889, p. 88-107 ; Stiglbracing a view of origin, progress, and principles of the reli­ mayr, Die Lehre von den sacram enten und der Kirche nacli gious reformation which he advocated, 2 in-8·, Philadelphie Ps. Dionysius, dans Zeitschrift fur katholische Théologie, 2415 CHRÉTIENS — CHRISTIANISME RATIONNEL 1868; Jeter, Catnpbellism examined; Grande encyclopédie, t. vin, p. 1117-1418; A religious encyclopadia de Schaft, Édim­ bourg. 1883, t. i, p. 377, 6Vi-6i5; Kirchenlexikon, t. m, col. 228-229. V. Ermoni. 2. CHRÉTIENS DE SAINT-JEAN. Voir MaxdêENS. 2416 a donc dû établir pour l’homme, dés la première heure, une loi parfaite et immuable. Il doit à sa justice de la faire connaître à tous également: une doctrine ne vient pas de Dieu qui ne peut être connue de tous. Dés lors, la raison qui est accordée à tous sans exception, qui est la lumière éclairant tout homme, n’est-elle pas la source authentique de la vérité religieuse? n’en est-elle pas la CHRISMANN Philippe Néri, né à Hindelang en mesure et le juge comme de la vérité philosophique et Allgaü en 1751 et entré chez les récollets de Eüssen en scientifique? S'il en est ainsi, l’inconcevable, le mys­ 1770, puisqu'on 1783 il était âgé de 32 ans et habitait au tère, pas plus que le contradictoire, ne saurait être vérité couvent depuis treize ans. Il était alors lecteur ou pro­ religieuse, et, somme toute la révélation est inutile : fesseur de théologie. En 1792, il était encore professeur « Tout ce qu’elle enseigne de véritable, la raison avait de théologie et d'histoire ecclésiastique, mais au couvent qualité pour le découvrir et le reste ne compte pas. » d’Augsbourg, et le 23 mai de cette année, il présidait En fait, disent-ils encore — car ils ont un aussi profond dans l’église du couvent du Saint-Sépulcre de cetle ville mépris du judaïsme que Voltaire — quelle invraisem­ la soutenance, faite par son disciple, le P. Antoine blance à faire d’une obscure tribu à demi barbare, Welscher, de thèses extraites de son livre : Regula fidei perdue dans un coin de l’Orient. la gardienne des secrets calhulicæ et collectio dogmatum credendorum, Campide Dieu! Comment confondre le code de prescriptions donæ, 1792. Ces thèses sont publiées en appendice dans frivoles, de dogmes ridicules, qui constituent le judaïsme, cette première édilion. En 1801, Chrismann était noté avec la loi éternelle de Dieu? Cette loi n’est-elle pas lector emeritus el ancien gardien du Czuvent d’Augs­ plus proche de la religion de Confucius? bourg, et il venait d’étre récemment nommé déliniteur C’est à la lumière de ces principes qu’il faut inter­ de la province de la Haute-Allemagne ou de Strasbourg, préter les Écritures. Ce qu’elles apportent au inonde ne à laquelle il appartenait depuis sa profession religieuse. peut être inconcevable sous peine de n’étre pas la vérité. 11 était renommé comme prédicateur. On ignore la date Aucune de leurs affirmations historiques ne saurait de sa mort. Sa Regula fidei a été reproduite par Aligne, même être admise sans preuves rationnelles et sans Theologiæ cursus completus, Paris, 1841, t. Vl, col. 877une évidente consistance. Les prophéties ne sauraient 1070. Philippe-Jacques Spindler en publia une 2« édi­ donc être prises dans le sens littéral ; ce ne sont que des tion, in-8», Augsbourg, 1844, et avec un nouveau titre allégories. Allégories aussi les miracles, ou s’ils sont seulement, ibid., 1846, et Wurzbourg, 1854. Visant les plus, nous ne pourrons jamais en avoir la preuve expé­ rationalistes de son temps. Chrismann tendait à réduire rimentale. D’ailleurs que prouveraient-ils? Toutes les au minimum le recueil des dogmes à croire. H a trop religions en offrent; le seul moyen de distinguer les restreint en particulier l’objet de l'infaillibilité de vrais miracles des faux, c’est de juger la valeur intrin­ l’Église. Très chaudement recommandée par Dollinger, sèque de la doctrine. Le témoignage sur lequel repose sa Regula fidei fut condamnée par le Saint-Office, le la révélation ne saurait donner certitude que si les 20 janvier 1869, et mise à l’index. Seule, l'édition de vérités révélées» portent le caractère irrécusable d'une Wurzbourg, 1854. était visée par la condamnation. sagesse divine et d’une saine raison ». Theotogiie cursus completus, t. VI, col. 877 ; Hurler. Nomen­ Le credo des déistes anglais est nécessairement court. clator, t. in, cob 249 ; Parlhéuius Minges, Geschichte der FranEn général ils acceptent comme rationnellement évi­ sisitaner m Bayern, Munich, 1896, p.270; Allgemeiue deutscke dentes ou démontrées l’existence de Dieu, l’immortalité Biographie, Leipzig, 1903, t. xi.vii. p. 480; Il. tteusch. Der In­ de laine, la vie future, mais sans la possibilité de peines dex der verbotenen Bûcher, Bonn. 1885, -L n, p. 1000; Scbeeben, dans Der Kalholik, 1869, t. I, p. 265 sq. éternelles. La morale et le culte sont plus simplifiés E. Mangenot. encore. « Obéir à la nature, tel est l'unique précepte CHRIST. Voir JÉSfS-CiitUST. de la religion, le résumé du culte universel...Celui > La loi naturelle contient donc toute mo­ ment des croyances religieuses; leur but n’est pas non rale. Il n'y a non plus d’autre culte que de lui obéir : plus, comme de quelques-uns à cette époque, de con­ la religion se ramène à «une constante volonté de nous cilier simplement la raison et la foi : leurs croyances rendre agréables à Dieu en agissant selon la lin de la religieuses ne se fondent que sur la raison; ils ne nient création ». Le formalisme des sacerdoces et l'ascétisme pas cependant d'une façon absolue la révélation; sont antireligieux. peut-être même leur dessein n'est-il pas d'abolir le Ces doctrines furent soutenues pour la première fois en christianisme tout entier, mais ils nient la possibilité Angleterre par Herbert de Cherbury (1581-1648), dans un d'une révélation dont l'objet dépasserait la raison et livre intitulé : De verilate, Paris,4624. Voir col. 2357 sq. partant l’utilité fondamentale île toute révélation; ils Elles reparaissent en 1680 dans deux ouvrages de Blount déclarent impossibles prophéties et miracles, et rejettent (1654-1693) : Les deux premiers livres de Philoslrate ainsi les preuves extrinsèques que le christianisme et concernant la vie d'Apollonius de Tyanes; Grande est la Diane d’Éphése. Sans les partager vraiment. Locke la révélation donnent de leur divine origine. Ils n’accep­ tent donc comme vérités que les données de la religion (1632-1704) achève de les réveiller dans son ouvrage : Le naturelle et comme preuve que la rationalité intrinsèque. christianisme raisonnable, Londres, 1695. A ce moment d’ailleurs tout conspire en leur faveur. La révolution C’est le christianisme sans le surnaturel. Entre la révélation de mystères — au sens où la reli­ de 4686 atteint derrière les Stuarts l’anglicanisme avec gion entend ce dernier mol — révélation nécessaire­ ses dogmes révélés, nombreux et très précis; de Hol­ ment limitée â un nombre restreint de privilégiés, et lande derrière Guillaume III arrivent plus que jamais l'immutabilité, la perfection ou la justice de Dieu, di­ l'arminianisme et lesocianisme, mais aussi les négations sent les déistes anglais, il y a contradiction. Dieu est irrévérencieuses du Dictionnaire de Bayle (1695-1697), parlait et immuable; la nature aussi est immuable. Dieu voir col. -488-491 ; et ces affirmations du Tractatus lheolo- ?,417 CHRISTIANISME 'RATIONNEL gico-politicus de Spinoza : « Il faut lire les Livres saints avec la même indépendance d’esprit que s'il s’agissait des épopées de l’antiquité, » et : « La révélation est pour un peuple et pour un temps, el elle esl subordon­ née à la raison qui est la révélation permanente et pro­ fonde de l’essence divine. >; C’est aussi le moment des premiers essais d’une étude comparée des religions qui concluait à leur similitude, ainsi le : De legibus 11ebræorum ritualibus et earum rationibus libri 1res, La Haye. 1686, de Spencer. Enfin les doctrines des déistes profitent du « sensualisme » de Locke et de l'évolution scientifique déterminée par Newton. Elles se dévelop­ pent donc pleinement dans le Christianisme sans mys­ tères, Londres, 1696, de Toland (1670-1722), dans le Christianisme aussi ancien que le monde ou l’Évangile reproduisant la religion de nature, Londres, 1730, de Tindal (1657-1733), dans le Discours sur la liberte de penser, Londres, 1713, et le Discours sur les fondements et les raisons de la religion chrétienne, Londres. 1724, de Collins (1677-1729), enfin dans le Discours sur les miracles, Londres, 1727-1729, de Woolston (1669-1731). Le mouvement se continue, mais avec moins de force, dans la Lettre sur Dome ou la religion des Romains d’aujourd’hui dérivant du culte de leurs ancêtres païens, Londres, 1729, de Middleton (1682-1750), dans le Véri­ table Évangile de Jésus-Christ, Londres, 1738, deChubbs (1679-1747), dans Le moraliste ou dialogue entre Philalèthes, déiste chrétien, et Theophane, juif chrétien, Londres. 1737-1739, de Morgan (1743). Il aboutit en An­ gleterre au déisme de Dolinghrocke, voir col. 947-919, et en France au déisme de Voltaire qui doit beaucoup aux déistes anglais, spécialement à Tindal. Les déistes n'exposèrent pas leurs idées sans s’attirer quelques per­ sécutions et surtout sans provoquer d’ardentes polé­ miques. Mais leurs adversaires, Clarke, Waterland, Browne, Conybeare, Leland, William Law, etc., comme plus tard les adversaires français de Voltaire et des encyclopédistes, ne surent pas leur répondre. Ils leur opposèrent trop souvent de hautes et lourdes considéra­ tions agnostiques et manquèrent leur but. La controverse n’aboutit qu'à répandre l'athéisme, à préparer le scepti­ cisme de Hume et par contre-coup le mouvement métho­ diste de Wesley. •I. Leland. A view of the principal deistical writers in Eng­ land, 2 vol.. 1754; trad, allemande, Hanovre, 1755; Cabaraud. Histoire du philosophisme anglais, 2 in-8·, Paris, 1806; Leschler, Geschichte des englischen Deismus, Stuttgart, 1841 ; Ch. de Rémusat, L'Angleterre au srni' siècle. Études el por­ traits. 2 in-8·, Paris. 1856; Philosophie religieuse. De la théo­ logie naturelle en France et en A ngleterre, in-12, Paris. 1864; Leslie Stephen. History of english thought in the eighteenth century, Londres, 1876; Sayous. Les déistes anglais et te chris­ tianisme, Paris, 1882; F. Vigoureux, Les Livres saints et la critique rationaliste, in-8·, Paris, 1886, t. n. p. 1-176; Nour­ risson, Philosophies de la nature. Paris. 1887; L. Carrau, La philosophie religieuse en Angleterre depuis Locke jusqu’à nos jours, in-8·, Paris, 1888; Kirchentexikon, t. m, col. 1472-1478; Realencyclopüdie für protestanlische Théologie und Kirche, 1898. t. IV, p. 532-550. C. Constantin. CHRISTOLYTES. Ceux qui divisent ou scindent le Christ, tel est le nom d’une secte, dont l’existence n'est attestée que par saint .lean Damascene, Hær., xcm, P. G., t. xciv, col. 757, et par Constantin Copronyme, dans un texte cité par Nicéphore de Constantinople (j- 826), Antirrhetica, i, 34, P. G., t. c, col. 288, mais dont le rôle n'a pas laissé de trace sensible dans l’his­ toire. Inconnue de saint Epiphane au IV· siècle, de Théodoret au v·, de Léonce de Byzance au vî·, de Timo­ thée de Constantinople et de Sophronius de Jérusalem dans la première moitié du vu·, elle est donc postérieure â 650 et antérieure à 750 environ. Constantin Copronyme la traite d’hérésie abominable, sans fournir d’ailleurs le moindre renseignement sur les chefs qu’elle eut ou le 2418 CHRISTOPHE rôle qu’elle joua; et saint Jean Damascene est aussi peu explicite. 11 nous apprend néanmoins que les chris­ tolytes prétendaient que Jésus-Christ ressuscité n’était pas monté au ciel dans l'intégrité de sa double nature : il aurait laissé sur la terre sa nature humaine et n’au­ rait réintégré le séjour du Père céleste qu’avec sa seule divinité. C’était là scinder le Christ,d’où le nom qui est donné à ces sectaires, et réduire l’incarnation du Verbe à une simple union passagère de la nature divine avec la nature humaine dans la personne du Fils de Dieu jus­ qu'au jour de l’ascension exclusivement. Au sens étymologique du mot, on peut regarder comme des christolytes les eutychiens du milieu du v° siècle, qui, d’après Théodoret, Dial., n, P. G., t. lxxxiii, col. 164-165, prétendaient que Notre-Seigneur n’est monté aux cieux qu’en laissanl ici-bas son humanité. Dans le même sens, le trithéiste Étienne Gobar. de la fin du vt· siècle ou du commencement du vu·, esl un christolyte; car, selon Photius, Biblioth., cod. 232, P. G., t. cm, col. 1096, il enseignait qu’aprés sa résur­ rection le corps de Jésus-Christ esl céleste, intangible, et que le Fils de Dieu ne pourra venir juger les hommes qu’avec la seule divinité. Smith et Wace, Dictionary of Christian biography, Londres, 1877. t. i, p. 495; U. Chevalier, Répertoire. Topo-bibliographie, p. 707. G. Bap.eii.le. 1. CHRISTOPHE, pape, successeur de Léon V en 903, mort en prison en 901. Léon V avait succédé à Benoit IV mort vers la fin de juillet 903. Après deux mois de règne, un prêtre du nom de Christophe renversa Léon et le fit jeter en prison. Vers le commencement de l'année suivante, le pape Serge III. rival malheureux de Jean IX en 898, pul ren­ trer à Rome, et emprisonner Christophe qui ne tarda guère à être assassiné ainsi que Léon V. Jaffé, Regesta ponlif. rom., 1.1,p. 443; Herim., Aug. chron. à l’année 904; Duemniler, Auxilius und Vulgarius, Leipzig, 1866, p. 60,135; Duchesne, Les premiers temps de PÉtat pon­ tifical, dans la Revue d’hist. et de lilt, relig., 1896, 1.1, p. 490. H. Hemmer. 2. CHRISTOPHE, patria rche d’Alexandrie, selon Eutychius, P. G.. t. CXl, col. 1128, succéda à Eustathios vers l'an 805. Bien qu’il fût frappé de paralysie, il gou­ verna pendant 32 ans son Église, avec l’aide d'un coadju­ teur. En 830, avec les patriarches Job d'Antioche (813843) et Basile de Jérusalem, il souscrivit la fameuse lettre à l'empereur Théophile VIII (829-842) contre les iconoclastes. Cette lettre, qui se trouve insérée dans les œuvres de saint Jean Damascene (édit, de Lequien), dut être composée de commun accord par les trois patriarches. On possède de Christophe une exhortation spirituelle sur la vie humaine en forme de parabole. Il y décrit la lutte de l’àme chrétienne contre l’esprit du mal, symbolisé dans un serpent qui, par la négligence et l’avarice du maître de la maison où il pénètre, finit par tuer ses domestiques, son fils, sa femme, et le mordre lui-même. La lettre à Théophile se trouve P. G., t. xcv, col. 343-385; l’exhortation P. G., t. c, col. 1216-1232. Constantin Porphyrogénète, Narratio de imagine Edessena, P. G., t. cxru, col. 441: Combéfis, Manipulus rerum Constantinopolitanarum, Paris, 1664, p. 110-145; Lequien, Oriens Christianus, t. n, col. 465-466; Fabricius, Bibliotheca græca, t. xt, p. 594: Cotelier, Ecclesiæ græcæ monumenta. Paris. 1681. p. 669; Oudin. Commentarius de scriptoribus Ecclesiæ antiquis. Leipzig, 1722. col. 67-68; Cave, Scriptorum eccle­ siasticorum historia litteraria, Cologne, 1720, p. 446; Schwarzlr.se, Der Rdderstreit. ein Kampf der griechischen Kirche um ihre Eigenart und um ihre Freiheit, Gotha, 1890, p. 109-112; Krumbacber.Geschichteder byzantinischen Litteratur.Munich. 1S97. p. 166; Malviecvsky, Olcherk istorii Aleksandriiskoi tzerkoi so vremeni ktialkidonskago sobora. khristianskœ Tchtenia, 1856, t. i, p. 246-247 ; Nealy. A history of the holy eastern Church. The Patriarchate of Alexandria. Londres, 1847, t. Il, p. 138-146. A. PALMIERI. 2419 CHRISTOPHE 3. CHRISTOPHE Angélos, théologien grec, né dans le Péloponnèse. Les persécutions des Turcs le forcèrent â s’expatrier. 11 se réfugia en Angleterre et enseigna aux universités de Cambridge et d’Oxford (1608-1612). Papadopoli l'accuse d’avoir embrassé le calvinisme. Selon Schelstrate, præcipuaguædamdogmata cum hærelicis controversa vel verbis ambiguis exponit, vel silentio prælerit. Voici les titres de ses ouvrages: 1° Ιϊόνησις Χριστοφόρου τον Αγγέλου Έλληνος τοϋ πολλών πληγών, καί μαστίγων γευσαμένου αδίκως παρά τών Τούρκων διά την εις Χριστόν πίστιν, Oxford, 1617, récit des ennuis qu’il eut à subir de la part des Turcs; 2’ Έγχειρίδιον περί τής καταστάσεως τών σήμερον ευρισκομένων Ελλή­ νων, Cambridge, 1612; en latin. Status et ritus Eccle­ siæ græcæ, Francfort, 1655, 1720;3° Περί τής αποστασίας τής Εκκλησίας, καί περί τον ανθρώπου τής αμαρτίας δηλαδή τον ’Αντίχριστου, καί περί τών αριθμών τον Δανιήλ, καί τής άποκαλύψεως, ονς ούδείς όρθώς μεθερμήνευσεν έξ ον προεφητενθησαν, Londres, 1621. Papadopoli, Promotiones mystagogicæ, Padoue. 1697, p. 384. 397, 405; Heineccius, Abbilduug der alten und neuen griechischen Kirche, Leipzig, 1711, 1.1, p. 288: Wood, Athenæ Oxonienses, Londres. 1721. t. I, p. 618; Schelstrate, Acta Orientalis Ecclesiæ contra LutherHiœresim, Rome, 1739, p. 105; Fabricius. Bibliotheca græca, t. Xl, p. 593-594; Sathas, Νι.ιλλτ,νιχή ειλ.λ.γία, Athènes, 1868, p. 294 ; Zaviras, Νέα 'Ελλά;, Athènes. 1872, p. 163164; G. Mazarachis, Μχ,τ,.:ά,χμ Κριτότονδος, Le Caire. 1884, p. 34; Démètrakopoulo, n;..6six«i ««1 ίιο^βώα,ις, etc., Leipzig, 1871, p. 41 ; Legrand, Bibliographie hellénique du xvin· siècle, Pa­ ris, 1894, t. 1, p. 111, 112-118,133 ; t. n, p. 35-41,182-183; Lebe­ dev, Istoriia grekovoslotchnoi tzerkvi pod vlastiu Turok, Serghiev Posad, 1896, t. I, p. 65-66. A. Palmieri. CHRISTO-SACRUM. C’est le nom que prit une société religieuse fondée en 1797, à Delfl (Hollande), par un ancien maire de cette ville, Onder de Wyingaart Canzius. Le but était la réunion de diverses confessions en une seule communauté; comme base commune, on proposait la foi en la divinité du Christ et en sa mort rédemptrice. Reconnue officiellement en 1802, cette secte jouit quelque temps de la liberté, mais elle fut bientôt attaquée par les autres réformistes français de l’Église wallonne, parmi lesquels elle avait pris nais­ sance, et elle ne fit plus de progrès. Elle n’eut jamais plus de trois mille adhérents ; elle arriva à peine à célé­ brer son vingt-cinquième anniversaire; elle disparut en 1838. Het genootschap Christo sacrum binnen Delft. Lcyde, 1801 (c’est une apologie de la société) ; H. Grégoire, Histoire des sec­ tes religieuses, Paris, 1828, t. v, p. 331; Grande encyclopédie, t. xi, p. 28j ; Kirchenlexikon, t. ni, col. 238-239. V. Ermoni. CHRYSANTHOS Notaras, patriarche de Jérusalem, théologien grec du xvn»-xvui« siècle. 11 naquit dans le Péloponnèse, peut-être à Arakhov, village de l’éparchie de Calavryta. Il fit ses premières études à Constantinople, et s'appliqua à la philosophie sous la direction de Sébastos Chyménites. Son oncle, Dosithée, le célèbre patriarche de Jérusalem, l’envoya à l'université de Padoue. Ses études achevées, il visita plusieurs régions d’Europe, en y nouant des relations avec les savants les plus célèbres. A Paris, il connut Lequien et lui fournit beaucoup de renseignements pour son Oriens Christianus, t. ni, col. 526. A son retour en Orient, il fut accueilli en triomphe à Bucharest et à Constanti­ nople, et le 5 avril 1702, il fut consacré métropolite de Césarée en Palestine. Le 6 février 1707. à la mort de Dosithée, il monta sur le siège patriarcal de Jérusalem, qu’il occupa jusqu’au jour de sa mort, arrivée à Cons­ tantinople, le 7 février 1731. Les historiens orthodoxes l’exaltent comme un défenseur courageux de l’ortho­ doxie contre les méfaits des Latins en Palestine. 11 adressa même à ce sujet une lettre au pape Innocent XIII (1721-1724) ou l'on remarque cependant un style respec­ CHRYSOLORAS 2420. tueux et beaucoup d’égards â l’adresse de la papauté. Plusieurs ouvrages théologiques du patriarche Chry­ santhes, en particulier sur la confession, restent encore inédits. Parmi ses ouvrages imprimes, on peut consulter : 1» Περί ίερωσύνης λόγος Εγκωμιαστικό;, Bucharest, 1702; 2» Ιστορία περί τών έν Ίεροσολύμοις πατριαρχευσάντων, Bucharest, 1715; cet épais volume (1240 pages) est une compilation indigeste du patriarche Dosithée; il a été revu, corrigé et augmenté par Chrysanthes; κοσμηθεισα καί έν τάξει άρίστη τεβεϊσα; 3» ΙΙερι τών όφφικίων κληρικάτων καί άρχοντικίων τής τοΰ Χρίστου άγίας Εκκλησίας, και τής σημασίας αύτών, διαιρέσεώς τε καί τάξεως τής πάλαι καί νΟν, καί Ετέρων τινών πάνυ αναγκαίων τοΐς έγκαταλεγομένοις τώ κλήρω, Tirgovista, 1715; λ enise, 1778; 4° 'Ιστορία καί περιγραφή τής Άγίας Γής και τής άγίας πόλεως 'Ιερουσαλήμ, ί enise, 1 /28; 5° ΙΙερι τής κατ έξοχήν υπεροχής τής άγίας πόλεως 'Ιερουσαλήμ και του αγίου και ζωοδόχου Τάφου τοϋ Κυρίου, Bucharest, 1/28; 6° Άντίρρησις εις τά όσα κακώς, ψευδώς και άναρμόστως λέγονται εις τό ΙΙοοσκυνητάριον τοϋ άγιου όρους Σινί, \enise, 1732 ; 7° Όμιλίαι όλίγαι έκ τών πολλών εύρεθείσαι, Venise, 1734. Lequien, Oriens Christianus, t. m, coi. 525-528: Fabricius, Bibliotheca græca, t. VIII, p. 331 ; t. XI, p. 540-541. 595; t. XIII, p. 479-481; Vretos, Νιοιλλχ,.ιχΐ*, ο,λ«λ«γία, Athènes, 1854, L I, p. 254; Constantios I (patriarche), IIté xS* μιτά «Àw»,, ί« ι-.τ χλή,,ν χ«ΐ ταιδιια Suyxçayxi ιλάσσονι;, Constanti­ nople. 1866, ρ. 155: Sathas, Ν,,ιλληνιχή ,ίλ.λ«γΐ«, Athènes, 1868, ρ. 431-435; Démétrakopouto, Ό,ί.ί.ξ»; Ελλά;, Leipzig, 1871, ρ. 171-172; Zaviras, Νέα ’Ελλάς, Athènes, 1872, ρ. 547-550; Daponte, ’Ιστ.ριχό; χατάλογβ; λνδρΰ,ν ίτισήρω,, dans Sathas, Μ,σ«ιω·,.χή βιδλιοίήχη, Venise, 1872, t. in, ρ. 95-98 : on y lit le texte de la lettre de Chrysanthe au pape Innocent XIII. p. 95-97 ; Procope, Έτιτιτμη^ίνη άτά,ίήιησι; là, λογίω, Γ,ibid., p. 4*J5496: Rangabé, Histoire littéraire de la Grèce moderne, Paris. 1877, t. I, p. 40. 72; Papadopoulo-Kérameus. Άνάλιηα α,.«λν?~ τ·.χί; σταχν.λ,ρα;, Saint-Pétersbourg, 1894, t. n, p. 310-348; Μχϊίμον T.0 Σνμαίον, Ot èrA Τή; ιχτηΐ οίχβυμκνιχΐμ .uvô.QV xxxfiâfjx, τίμ 'Ιιίσνσαλήμ èypt; It'.j; 1810, dans les ’Λνάλιχτα de Papado­ poulo-Kérameus, Saint-Pétersbourg, 1897, t. m, p. 73-74: la lettre sur le traité de Zoernikav. Saint-Pétersbourg. 1897, t. tv. p. 7276; Lebedev, Istoria greko-vostotchnoi tzerkvi pod vlastiu Tu­ rok, Serghiev Posad, 1896, t. I, p. 58: ΊΙΈχχλ<;«ί« ..,». χ«τά τού; τίσσχοχ; τιλιοταίοο; «ΐ«*«;♦ Athènes, 1900, ρ. 93-96: Épistolaire grec ou recueil des lettres adressées à Chrysante Noturas, patriarche de Jérusalem, par les princes de Valachie et de Moldavie, Paris, 1888; Erbiceanu. Biblingrafia gr· i. Biserica orthodoxa romànà, 1902. n. 12, p. 1208-1210; Bore, Student's history of the greek Church, Londres. 1902. p. 3S3354; Kyriakos. Geschichle der orientalischen Kirchen. trad. Rausch, Leipzig, 1902, p. 149; Meyer, Bealencyclopiidie fn protrstantische Théologie und Kirche, Leipzig, 1898. t. iv. p. 98; Cvrille Alhanasiades. Βιος Xpuvû/ûou τοϋ dans ’Exx? rr ΤΠΧ7, •À/.v/Mta, t. iv, p. 9-11, 21-23, 53-55, 69-72.81-84.161-163.178-181 ; N. Kapterev, dans Pravoslavnii paletinskii Cbomik, Sa ntPélersbourg, 1895, fasc. 43, p. 374-417; Chr. Loparev. dans les Troudi du 8’ congrès archéologique, Moscou. 1895. p 2 *-27. A. Palmieri. 1. CHRYSOLORAS Démétrius, théologien l- c du xiv«-xv° siècle, né à Thessalonique. L’empereur ’Ma­ nuel Π Paléologue (1391-1425) le reçut dans son inti­ mité, et eut souvent recours â ses conseils. Les l < nn-s relations de Démétrius avec le basileus sont attestées par une centaine de lettres et billets qu’il lui écrivit et qui sont encore inédits. Syropoulo le dit très versé dans les sciences philosophiques et astronomiques. Démétrius prit part aux querelles théologiques de son temps entre Grecs et Latins, et combattit le latinisme de Démétrius Cydonius. Une anecdote rapportée par Syropoulo témoigne de son hostilité contre l’Église romaine. Durant un diner â la cour, Manuel II lui demanda s’il pouvait connaître l’avenir, et révéler un événement futur. Démétrius ré­ pondit: a En étudiant les mouvements des corps célestes, j’ai appris que le septième Paléologue conclura l’union avec les Latins, et cela sera la cause de beaucoup de maux pour la chrétienté, » p. 52. L’empereur lui ayant demandé s’il visait Jean VIII (j- 1391), fils d’Andro- 2421 CHRYSOLORAS nie III Paléologue (1328-1311), il répondit qu'il parlait de son propre (ils. Jean VIII Paléologue (1425-1418). Creyghton. p. 10. Celle anecdote, relatée aussi par Démétrakopoulo, a peut-être été inventée par l’imagi­ nation fertile du fantaisiste historien du concile de Florence. La date de la mort de Démétrius est incon­ nue. Presque tous ses écrits, lettres, sermons, traités ou dialogues contre les Latins sont inédits et dispersés dans les codices de plusieurs bibliothèques. Un érudit grec du xvm· siècle, Césaire Daponlès, dans le codex 251 du monastère de Xéropotamos. au mont Athos, a dressé la liste des ouvrages de Démétrius Chrysoloras, contenus dans un codex de la bibliothèque du Sau­ veur dans l’ile de Scopélos. Cette bibliothèque n’existe plus aujourd'hui et le codex examiné par Dapontès, bien qu’en très mauvais état, était un des rarissimes manuscrits où les écrits de Démétrius étaient réunis. La liste suivante est faite d'après JL Lambros et les codices les plus importants: 1° Λόγο; ει; τήν γέννησιν τού Χρίστον, ού ή άαχή ’ Αστρο:; μέν ούρανοις; 2° Λόγο; ε:; τήν θείαν μεταμόρφωση/· ον ή άρχή "Ακούε ούρανέ; 3° Λόγο; εις τήν θείαν ταφήν, ον ή άρχή Μέγα; ει Κύριε; 4° Λόγο; εϊ; τήν αγίαν Άνάστασιν τον Σωτήρο; ήμών ’Ιησού Χριστού, ον ή άρχή Χρίστο; έζ νεκρών; 5° Λόγο; εϊ; τήν κοίμησιν τής ύπεραγία; Θεοτόκου, ον ή άρχή Σολο­ μών έκεΐνος ό μέγα;; 6° Λόγο; εΐ; τον Ευαγγελισμόν τή; ύπεραγία; Δεσποίνη; ήμών Θεοτόκον, ού ή άρχή Ό μέν εξαίσιο;; 7° Λόγο; ει; τον μέγαν Δημήτριον και ει; τα μόρα οΰ ή άρχή Δημήτριο;, τό γλυκύ πράγμα; 8° Άπόδειξι; εΐ; τό θαύμα τή; Θεοτόκου, τό γενόμενον έν Κωνσταντινουγεόλει ήμερα τρίτη ότι άληθέ; έστιν, ον ή άρχή ΙΙαρθένω κόρρ. Les cinq premiers sermons sont mentionnés dans la liste de Dapontès, Lambros, Catalogue of the greek manuscripts on mount Athos, Cambridge, 1895, t. t, n. 2585, p. 220; Id., Die Vl’erAe des Demetrios Chrysoloras, dans Byzantinische Zeitschrift, 1894, t. m, p. 599-601 ; les trois autres se trouvent dans le codex XXXI, plut, x (xv· siècle), de la bibliothèque Laurentienne de Florence. Bandini, Catalogus codicum manuscriptorum bibliothecae mediceæ Laurenlianæ, Flo­ rence, 1764, t. n, p. 495. Le codex 161 (I. 111. 4), de l’Escurial (xv· siècle) contient aussi les sermons de De­ mi trius Chrysoloras. Miller, Catalogue des manuscrits grecs de la bibliothèque de l’Escurial, Paris, 1848, p. 134. Dans ce codex, le sermon qui porte le titre sui­ vant: Προσφώνημα εΐ; τήν ύπεραγίαν Θεοτόκον εύχαριστήριον. d'après le P. Barvoetius est presque identique au sermon de Jean le géomètre sur la dormition de la sainte Vierge, P. G., t. LVI, col. 805-810 ; Miller, p.525; 9° Διάλογο; ότι ού δίκαιόν έστιν όρθοδόξοι; ετέρων ορθο­ δόξων κατηγορεί·?, ού ή άρχή Λυσία;. Τί όέ το κατηγορεΐν ; 10° Λόγο; συνοπτικό; άφ' ών έποίησεν ό άγιώτατο; Νείλο; άρχιεπίσκοπο; Θεσσαλονίκη;, ον καί τα; λύσει; και τά; τών εναντίων ενστάσεις και τούς συλλογισμού; αντοϊ; σχήμασιν άποδεικνΰν έν συντόμω κατά συλλογισμόν έκαστον, Codex seldenianus 41 (xtv· siècle), Coxe, Catalogi co­ dicum manuscriptorum bibliothecas Bodleianae, Ox­ ford, 1853, part. I, col. 604-605; codex 243 (xni' siècle), de la bibliothèque synodale de Moscou, fol. 95-111 ; co­ dex 254, fol. 118-160, Vladimir, Sislemalitcheskoe opisanie rukopisei Moskovskoi sinodalnoi biblioteki, Moscou, 1894, p. 323, 348; 11° Διάλογο; άναιρετικό; τού λόγου ον έγραψε Δημήτριο; ό Κυδώνη; κατά τον μακαρίου Θεσσαλονίκη; κυρίου Νείλου τού Καβάσιλα; les interlocu­ teurs du dialogue sont saint Thomas d’Aquin. Cydonius, Nil et Chrysoloras ; le dialogue roule sur les anges et la procession du Saint-Esprit, Codex Laurenlianus, xn, pint, v (xv· siècle), Bandini, op. cil., p. 32; Codex Pa­ risians, 1284, Omont. Inventaire sommairedes manus­ crits grecs de la Bibliothèque nationale, Paris, 1886, t. i, p. 286; Codex Nanianus 305 (xvi« siècle), Græci codices manuscript apud Nanios patricios venetos asservati, Bologne, 1784, p. 514; 12° Τοϋ Χρυσολωρά 2422 κυρού Δημητρίου πρό; τινα ’Αντώνιον Διάσζουλιν (sic), άπορονντα, ώ; επειδή τό ον τού μή οντο; κρεϊττον, πώς ό Κύριο; εέρηκε περί τού ’Ιούδα, ότι καλόν ήν αύτώ, ει ονκ έγεννήθη, ον ή άρχή Άπορούντο; ώ;, Codex Vindobonensis ι.χχχνιιι, Lambecius, Bibliotheca cæsarea vindobonensis, 1. VIL Vienne, 1781, col. 339-340. La version latine de ce dialogue a été publiée par Georges Tromba Lascaris, Legrand, Bibliographie hellénique du xv;//· siècle, t. m. p. 145, sous ce tilre: Disputatio philo­ sophica et theologica habita coram Emmanuele 11 Palæologo imperatore, Florence, 1618, p. 9 ; Disputatio habita coram Emmanuele II Palæologo imperatore, in qua primum Demetrius Chrysoloras respondet An­ tonio cuidam Asculano dubitanti; cum ens sit melius non ente, quomodo de Jiula dixerit Dominus; Melius esset ei si natus non fuisset, Legrand, op. cit., t. i, p. 132; 13° Canisius a publié une lettre d'un Démétrius de Thessalonique à Barlaam : Epistola sapientissimi et doctissimi viri Demetrii Thessalonicensis ad dominum Barlaamum episcopum Geracensem ; in qua ponens omnia dubia sua de processione Spiritus Sancti petit ab eo doceri, quibus modis adductus sit credere Spi­ ritum Sanctum ex Filio procedere, Lectiones anliquœ, édit. Basnage, Amsterdam, 1725, l. tv, p. 378-388; ré­ ponse de Barlaam, ibid., p. 388-392; Cave et Oudin at­ tribuent cetle lettre à DémétriosChrysoloras; Migne l'a publiée sous le nom de Démétrius Cydonius, P. G., t. ci.i, col. 1283-1301; 14° le Codex Laudianus 13 (xvi· siècle), d'Oxford, mentionne ces deux écrits: Δημητρίου τον Χρυσουλουρά (sic) I Διάλογο;, Λατίνο; γραικό; λέγατο; ή περί Πνεύματος, ον ή άρχή Λατίνος, Τεθέασι τήν έπιστολήν; 2° ’Ανασκευή εΐ; τήν πεμφθεΐσαν αύτώ επιστολήν παρά τών πρέσβεων τού Πάπα, ον ή άρχή Ό ΙΙατήρ καί ό Κ’ίό; μία εισ'ιν άρχή τον άγιου Πνεύματος, Coxe, op. cit., col. 557 ; ils sont cependant mentionnes dans la liste des ouvrages de Barlaam, P. G., t. CI.l, col. 1251 ; 15° le Codex parisinus 1318, Omont, op. cit., t. i, p. 269, et le codex 329 d'Iviron, Lambros, n. 4449, t. n, p. 84-86, contiennent d'autres écrits de Démétrius Chrysoloras dont le rôle littéraire n'a pas été jusqu’ici étudié. Quelques extraits de ses œuvres de polémique sont cités par Allalius, Johannes Henricus Hotlingerus fraudis et imposturae manifestae convictus, Rome, 1661, p. 49-50, 331, 473. Pour la biographie de Chrysoloras il serait utile d'étudier scs lettres liés courtes à Manuel II Paléologue, codex 395 ottobonien, Eéron et Battaglini, Codices manuscripti gneci otloboniam, Rome, 1893, p. 208; codex Baroccianus 125, Coxe, t. 1, p. 605; codex parisinus 1191, Omont. t. i. p. 258. Une lettre de Marcel Chrysoloras â Démétrius est insérée. P. G., t. ci.vi. col. 57-60. Oudin, Commentarius de scriptoribus ecclesiasticis, Leipz'g, 1722, t. ni. col. 2304-2305; Cave, Scriptorum ecclesiasticorum historia litteraria, Oxford, 1743, t. n, p. 129-130; Allatius. De Ecclesiæ occidentalis atque orientalis perpetua consensione. Cologne. 1648, coi. 801-862; Syropoulo, Vera historia unionis non verte inter Græcos et Latinos. La Haye, 16i®, p. 52; Crcygbtoii, Notre, etc., ibid., p. 10 ; Fabricius, Bibliotheca grtrea, édit. Harles. t. xr, p. 412-413; Nouvelle biographie universelle, Paris. 1854. t. ix. col. 482; Werner, Geschichte der apologetischen und polen ischen Lilteratur, Schaffhausen, 1864, t. ni. p. 50 ; Démétrakopoulo, ’Ομόδοξος *Ελ>.4ς, Leipzig, 1872 : Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Lilteratur, 2· édit., p. 110. A. Palmieri. 2. CHRYSOLORAS Manuel, célèbre humaniste du xtv'-xv· siècle. Son nom appartient plus à l'histoire littéraire qu’à la théologie. Chrysoloras naquit à Cons­ tantinople vers le milieu du xtv· siècle. Son érudition et son éloquence répandirent sa renommée et lui atti­ rèrent de nombreux disciples. L’empereur Manuel II Paléologue (1391-1425) l’envoya en Italie pour y solliciter contre les Turcs les secours des princes chrétiens de l’Oecident. Resté en Italie, il ouvrit une école de gram­ maire et de littérature grecques à Florence. Quelques années plus tard, il se fixa à Paris, et en 1468 il rentra 2423 CHRYSOLORAS — CHYPRE (ÉGLISE DE) à Byzance porteur d’une lettre du pape, concernant l'union des Églises. De retour en Italie, Clirysoloras vécut à la courdu pape .lean XXIII qui, en 1413, l’envoya avec les cardinaux Antoine de Chalantet François Zabarella à l’empereur Sigismond pour fixer avec lui la date et le lieu de convocation du concile œcuménicpie. On arrêta le choix sur Constance. Clirysoloras s’y rendit à la suite de Jean XXIII, mais peu de jours après son ar­ rivée dans cette ville il mourut, le 15 avril 1410. Il a défendu l’enseignement latin du Filioque dans ses Κεφάλαια ότι έζ τού 1’ίοΰ το άγιον εκπορεύεται Ιΐνεΰμα. Hody. De byzantinarum rerum scriptoribus græcis, Leipzig, 1677, p. 626*634; Mélétios, Έχχλησιασηχή Ιστορία, Athènes, 1784, p. 217; Benieri, ’leroçtxat μιλίται, ό Έλλην Πάπας Άλίςα·/δ^·>ς E’, τδ Βυζάντιον χα'ι ή »ν Βασιλιία σύνοδος, Athènes, 1881. ρ. 116-117; Lammer, Bibliotheca græca selecta orthodoxa. Fribourg, 1864, t. i. sect, ιιι-ν, p. xi-xiv ; Voigt, Die Wiederbelebung des classischen Alterlhums, Berlin, 1893, t. i, p. 222-232; Sabbadini, L'ultimo vententlio della vitadi Manuele Crisolora, G tor­ nate storico della Liguria, 1890, p. 91-116; Legrand, Biblio­ graphie hellénique du χν-χνι· siècle, Paris, 1885, t. i. p. xtxxxx ; Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Litteratur, Munich, 1897, p. 113. A. Palmieri. CHYCHAS Nathanaël, théologien grec, du xvi«- xvii® siècle. A Rome, il embrassa le catholicisme, mais à Venise sous l’intluence du métropolite Gabriel Sévéros, il rentra dans l’Église orthodoxe. Dans celle ville,il ensei­ gna â l’école grecque (1614-1617), et y exerça le mi­ nistère de la prédication. Il mourut à Corfou. On a de lui un ouvrage contre la primauté du pape: Έγχειρίδιον περί τού πρωτείου τού ΙΙάπα, édité par l’archi­ mandrite Démélrakopoulo, Leipzig, 1869; traduit en arabe par Théodore Sarrouph. Jérusalem, 1869, el dis­ tribué gratuitement par le patriarche Cyrille aux ortho­ doxes de Syrie et de la Palestine. La bibliothèque du metochion du Saint-Sépulcre à Constantinople possède, du même auteur, deux autres volumes inédits de polé­ mique contre les Latins: 1° Κεφάλαια τών Λατίνων μέ τα οποία λογιάζουσι να άποδείξωσι πώς το Πνεύμα το άγιον έκπορεύεται και έκ τού Υίού, κα'ι προς ταύτα λύσεις τών Γραικών, με τάς όποιας άναιρούσι τα οσα οί Λατίνοι λέγουσιν έν προτάσεσι και άποκρίσεσι δέκα καί οκτώ ; 2° ’Αποκρίσεις εις τρεις απορίας τάς όποίας έπρόοαλαν ζητούντες τάς λύσεις των. La bibliothèque d’h iron possède la copie d’un discours funèbre de Nathanaël sur Gabriel de Philadelphie. Sathas, Ν<ο«λληνιχή φιλολογία, Athènes, 1866. p. 231 ; Démétrakopoulo, ‘Ομόδοξος ’Ελλάς, Leipzig, 1871, p. 142; Véloudes, Ελ­ λήνων ôfe-ιδόςων άποιχία έν Βινιτία, Venise, 1893, p. 110 : Legrand. Bibliographie hellénique du xvn· siècle, Paris, 1894, t. n, p. 348; Meyer, Die theologische Littéralur der griechischen Kirche im sechzehnten Jahrhundert, Leipzig, 1899, p. 100-103; l’auteur y résume le traité contre la primauté du pape ; Papadopoulo-Kérameus, Ίι^οσολυμιτίχή ?ι6λιο0ήχη, Saint-Pétersbourg, 1899, t. iv, p. 97-98. Un religieux conventuel, Gilles de Cesaro, réfute Chychas : ‘Αχολογίαι ççà Αίγιδίου το5 ex Καισάρου <ίς τδ Κατα Λατίνων Ναθαναήλ Χύχα το3 ’Αθηναίου, Venise, 1678. Legrand, Biblio­ graphie hellénique du xvir siècle, t m, p. 348-351 ; S. Lambros, Catalogue of the greek Mes. on mount Athos, Cambridge, 1895-1900, t. U, p. 204, n. 4808. A. Palmieri. CHYLAS Jean (Χειλβς), métropolite d’Éphése, théo­ logien grec du xm' siècle. Son nom se trouve mêlé aux luttes Ihéologiques de son temps. 11 fut un des adversaires les plus remuants de Grégoire de Chypre, patriarche de Constantinople (1283-1289), lorsque celui-ci publia contre Jean Beccos le Τόμος τής πίστεως, Pachymeres, P. G., t. cxLill, col. 129-130; Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Li.tlera.lur, p. 98. Il travailla aussi à étouffer le schisme des arséniates, qui éclata à Cons­ tantinople sous le régne de l’empereur Michel Paléologue (1259-1282). Lebedev, Essai d'histoire de l’Église byzantine depuis la fin du XI* siècle jusqu’au milieu du jîv« siècle, Moscou, 1892, p. 335-336. Au synode tenu à Constantinople pour ramener la paix, il prononça un discours contre le schisme, où il soutint qu’il n’est pas permis de troubler la chrétienté pour des questions futiles. P. G., t. cxi.m, col. 142-145, 328-329; Grégoras, P. G., t. cxlvih, col. 325-328. On ne peut le considérer comme un partisan des Latins puisqu’il approuvait Andronic II (1282-1328) d’être revenu aux dogmes des an­ cêtres, c’est-à-dire à l’Église byzantine séparée de Rome. La date de sa mort n’est pas connue. On a de lui : I» Λόγος συντεθείς iz διαφόρων ζανόνων άποστολιζών τε ζα'ι συνο­ δικών... άποδειζνύς ότι όρΟοδοξούσης τής έζζκησίας, άκόγως ταΰτης διίστανται οί νΰν ταΰτης αποσχιζόμενοι. Ce discours est contenu dans le cod. Vat. Ottob. 225, Féron et Battaglini. Codicesnianuscripligræci ottoboniani bibliolhecæ valicanæ, Borne, 1893, p. 130-131, et en abrégé dans le codex 213. Ibid., p. 125. Le cardinal Mai en a donné un résumé et des extraits dans le Spicilegium romanum, Rome, 1841, t. vi, p. xvi-xxn. Migne a réédité un extrait du traité sur la procession du Saint-Esprit, publié par Allatius, De Ecclesiæ occidentalis atque orientalis per­ petua consensione, col. 513-515; P. G-, t. cxxxv, col. 505508. Oudin, Commentarius de scriptoribus ecclesiasticis, Leipzig, 1722. t. ut. coi. 561-565; Cave, Historia litteraria, Oxford, 1743. t. tt. p. 329; Lambecius. Bibliotheca cæsarea, Vienne. 1778. t. v, p. 473: Lequien, Oriens Christianus, L i, col. 689-6’··: Fabricius, Bibliotheca græca, t. XI, p. 655 ; Krumbacher, tieschichte der byzantinischen Lilteratur, Munich, 1897, p. 99. A. Palmieri. CHYPRE (ÉGLISE DE). - I. L’Église grecque. IL L’Église latine. III. Les confessions orthodoxes. L’île de Chypre, située dans la partie la plus orien­ tale de la Méditerranée, s'étend d'une part de 34° 33' à 35° 43’ de latitude nord, et de l'autre de 29° 55’ à 32° 17’ de longitude est. Elle allecte la forme d’un triangle, dont les trois sommets sont le cap Binaretum à l’est, le cap Acamas à l’ouest, et le cap Curias au sud. Sa lar­ geur varie entre 105 et 12 kilomètres : sa plus grande longueur est de 220 kilomètres. Sa superficie est évaluée à 9282 kilomètres carrés. Elle est célèbre par la ri­ chesse et la fertilité de son sol, et les grands souvenirs historiques qui s’attachent à son nom. 11 n’entre pas dans noire but de rechercher l'origine de ses diverses dénominations, ni de retracer son histoire sous la do­ mination phénicienne, persane, grecque et romaine. D’après Joséphe, elle doit son nom à Kittim, petit-fils de Japliet : ΧέΟιμος δε ΧέΟιμα τήν νήσον εσχε (Κύπρος αυτή νΰν -καλείται). Ant.jud,, I. VI, 1. Opera, édit. Didot. Paris, 1865, p. 15. Les Grecs y établirent neuf royaumes. Diodore, xvi, 42, édil. Didot, Paris, 1878, p. 95; Pline, Hist, nat., y, 35, édit. Teubner, Leipzig, 1870, p. 2!O211. Au temps de Strabon, elle était bordée de villes 11 rissantes, telles que Lapéthos, Soli, Cérynia, Arsine· . Karpasia, Salamine, Kitium, Amathus, Paphos, etc. Clo­ dius les réduisit en province romaine en l'an 59 a . ' l'ère chrétienne. Ses anciennes villes sont aujourd'hui des villages misérables, ou un amas de ruines. Depuis ! convention du 4 juin 1878, elle a été soustraite à la do­ mination immédiate de la Sublime-Porte, et placée sous l’administration britannique. Le recensement de 1901 lui donne 237022 habitants, dont 183 239 orthodoxes, et 51 309 Mahometans. Les centres principaux de file sont Nicosie, Larnaca, Limassol. Meursius, Creta, Cyprus, Rhodus sive de nobilissimarum ha­ rum insularum rebus et antiquitatibus commentarii, Ams­ terdam. 1675, t. 11. p. 1-97 ; Engel, Kypros, 2 in-8·, Berlin. 1841 : Danville, Mémoire sur la géographie de l'ile de Chypre, dans les Mémoires de l’Aeadémie des inscriptions et beUes-letir,.*, t. XXXII ; Lacroix, Iles de la Grèce, Paris,1853, p. 1-37; <>·nola, Cyprus, its ancient cities, tombs and temples. Londres. 1877 ; Mis. de Sassenay. Chypre, dans la Revue de géographie, 1878, t. in, p. 337-364; Sakellarios, T4 Κι/ζ?·.«χ«, ήτνι ps«;ça='«, ϊσν,οία χ«ί γλί,σσα τ7ς >ή«ον K.nçs-j «si «S» άφχ«ιντ«ΤΜ> Athènes, 1891, t. 1, p. 1-225; Deschamps, Au pays 2425 d'Aphrodite, Paris. 1897; Dictionnaire de jgouroui, Paris, 1897, 1.11, col. 1165-1171. CHYPRE (ÉGLISE DE) la Bible de Μ. VI- I. L'Église grecque. — Nous adoptons la division de Hackett. History of the orthodox Church of Cyprus, p. 2. L’histoire de l’Êglise grecque de Chypre comprend trois périodes. La première (45-1191) est la période de sa fondation, de son développement et de ses luîtes pour le maintien de son autonomie religieuse. La se­ conde (1191-1571) coïncide avec la domination latine dans l’ile, et la troisième (1571-1878) avec la domination ottomane. 1. PREMERE période (45-1191). — 1° Depuis l’intro­ duction du christianisme jusqu’au concile d'Ephèse (43d). — Saint Paul et saint Barnabé ont introduit le christianisme dans l’ile. Barnabé était natif de Chypre. 11 était issu d’une famille juive de la tribu de Lévi. Act., iv, 36. A Jérusalem, il y avait quelques Juifs de Chypre, Act., xi, 20, qui, après le martyre de saint Étienne, annoncèrent Jésus-Christ aux Grecs à Antioche. Quelques-uns de ces fidèles dispersés se rendirent à Chypre. Act., xi, 19. Paul et Barnabé, obéissant aux ins­ pirations du Saint-Esprit, xm, 4, quiltèrent Antioche et s’embarquèrent pour Chypre. Arrivés à Salamine, avec Jean’ Marc, cousin de Barnabé, Col., iv, 10, ils annoncèrent aux Juifs la doctrine du Christ. Ils parcou­ rurent l’ile entière jusqu’à Paphos, où ils aveuglèrent le mage Barjésus et convertirent le proconsul Sergius Paulus. Act., xm, 5-12. L'ne tradition ajoute que le proconsul renversa le temple de Vénus. Jauna, His­ toire générale des roïaumes de Chypre, etc., 1.1, p. 48. Mais le P. Étienne Lusignan raconte que, dans son second voyage, saint Barnabé obtint parses prières que ce temple fameux fût détruit de fond en comble. Chorografflaet breve historia universale dell’ isola di Cipro, p. 6. Ces deux légendes ne méritent aucune croyance. Reinhard, Vollstândige Geschichte des KOnigreiches Cypern, t. i, p. 71-72. Elles sont du reste en contra­ diction avec les témoignages de Suétone, Titus, v, édit. Teubner, p. 237, et de Tacite, Hist., il, 2, édit. Teub­ ner, p. 52. Le premier voyage des deux apôlres à Chypre eut lieu en 44, selon Tillemont, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique, t. i, p. 663, ou en 45, d’après l'opinion plus commune. Hackett, p. 2; Arsène, Lielopis tcerkovnykh sobylii, Saint-Pétersbourg, 1900, p. 14. Reinhard fait remonter ce voyage au règne de Caligula (37-41). Six ans plus tard, en 51, Barnabé, sé­ paré de Paul et accompagné de Marc, revint à Chypre. Act., xv, 39. A ces renseignements fournis par le Nouveau Testa­ ment sur la première évangélisation de l’ile de Chypre la légende a ajouté de nombreux détails dans deux ou­ vrages du V»-VI« siècle. Le premier, Περίοδοι καί μαρ­ τύριο·; τοΰ αγίου Αποστόλου Βαρνάβα, Acta sanctorum, t. n junii, p. 431-135; Tischendorf, Acta apostolorum apocrypha, Leipzig, 1851, p. 64-74: M. Bonnet, Acta apostolorum apocrypha, Leipzig, 1903, fasc. 3, p. 292302, se donne comme l’œuvre de Jean Marc. Baronius, Annales ecclesiastici, an. 51, Lucques, 1738, p. 370-372, et Tillemont, op. cit., t. i, p. 412, ne lui reconnaissent aucune valeur historique. Papebrock loue la précision de ses données géographiques et ne découvre dans son récit qu’une seule erreur, concernant l’incinération du corps de saint Barnabé. Acta sanct., loc. cil., p. 430. H est vraisemblable que cet écrit a été composé à l'aide d'anciens documents écrits et d’après la tradition orale de l’Êglise de Chypre. Philippes, Ειδήσεις ιστορικά!, etc., p. 4-5. L'auteur était un Cypriote, bien au courant de la topographie de l’ile. Quelques-unes de ses donr.ées sont en contradiction avec les Actes des apôtres. Braunsberger fixe la date de sa composition à la seconde moitié du v’siècle, et l'attribue à un hérétique qui, pour répandre plus facilement ses erreurs, se couvrait de 242G l’autorité de Jean Marc. Der Apostel Barnabas, sein Leben, und der ihm beigelegte Brief, Mayence, 1876, p. 4-5. Selon les Περίοδοι, après la conversion de Ser­ gius Paulus, les deux apôtres se rendirent au cap Krommyon, aujourd’hui Cormachilis, et baptisèrent deux prêtres idolâtres, Ariston et Timon. Ils allèrent ensuite au village de Lampadistos, ou ils trouvèrent un Juif de Tamassos, nommé Héracléon. Saint Paul lui conféra le baptême, changea son nom en celui d’Héraclidès, et le consacra évéque de Chypre. Acta sancto­ rum, p. 128. Durant son second voyage, saint Barnabé, après un court séjour à Korasion, où l’avaient poussé les vents contraires, descendit au cap de Krommyon. il rendit la santé à Timon, malade de la fièvre, par le simple contact de l’Évangile de saint Matthieu A Palaipaphos (Kouklia) il convertit le prêtre idolâtre Rhodon. A Néapaphos, Barjésus le reconnut, et excita contre lui ses coreligionnaires. A Kurium on célébrait une orgie au moment ou l'apôtre arrivait. H demanda à Dieu le châtiment des coupables, qui furent écrasés par un roc énorme détaché de la montagne. Dans un ilôt, situé en face de Salamine, il rencontra Héraclïdès, et lui suggéra des moyens pour agrandir le champ de son apostolat. A Salamine, il se mit à prêcher â la syna­ gogue. Sa prédication touchait les Juifs qui se pressaient pour l’écouter. Mais Barjésus, qui à Paphos cl à Arnathusavait excité contre lui la colère du peuple, souleva les Juifs de Salamine. Ils s’emparèrent delui, le traînèrent hors de la ville, l’étranglèrent et jetèrent son cadavre sur un bûcher. Ses ossements furent réduits en cendres. Marc, Rhodon et Timon réussirent à sous­ traire quelques reliques aux profanations des Juifs, et les transportèrent en Egypte. D’autres détails sur la fondation de l’Êglise de Chypre sont contenus dans le panégyrique de saint Barnabé par Alexandre, moine de Salamine, gardien de l’église élevée sur le tombeau du saint : ’Εγκώμιου είς Βαρνάβαν τον Απόστολον, προτραπέννο: ύπό τοΰ πρεσουτέρου και κλειδού/ου τού σεβασμιόυ αυτού ναοΰ,ένω ίστορήται και άτοπος τής άποκαλύψεως τών αυτού λειψάνων. Acta sanctorum, loc. cit., p. 436-453, texte grec; la version latine se trouve, P. G., t. Lxxxvn, col. 4087-4106. Selon la re­ marque de Glykas, P. G., t. CLvni, col. 473, ce moine est plus panégyriste qu'historien. Son œuvre parait assez moderne, dit Tillemont, t. i, p. 412, et en plusieurs endroits elle contredit les Actes des apôtres. Elle re­ monte, d'après Braunsberger, p. 11-13, au milieu du vi» siècle. Cf. Bardenhewer, Palrologie, Fribourg-enBrisgau, 1901, p. 486. Alexandre appelle saint Barnabé le plus bel ornement .de l’Êglise de Chypre. Acta san­ ctorum, loc. cil., p. 433. Son récit ne diffère pas beau­ coup de celui du pseudo-Marc. Il contient cependant des détails nouveaux sur la mort et la sépulture de l’apôtre. Sachant les embûches que lui tendaient les Juils, saint Barnabé réunit ses disciples et les en­ gagea â rester inébranlables dans la foi et à ne point craindre la mort. Il se rendit ensuite à la synagogue, où les Juifs, s’étant emparés de lui, le jetèrent dans une chambre étroite et sans lumière. A la nuit tom­ bante, ils lui firent subir divers supplices et le lapi­ dèrent. Son cadavre fut placé sur un bûcher, mais les flammes ne purent l’atteindre. A la faveur des ténèbres, Jean Marc le déposa dans une caverne à cinq stades de distance de la ville. Ces récits semblent avoir été composés dans le but intéressé de prouver l’aulocéphalie de l’Eglise de Chypre contre les prétentions des patriarches d’An­ tioche. D’après Mo» Duchesne, le panégyrique du moine Alexandre représente la forme définitive de la légende cypriote. Aussi bien que le récit du pseudo-Marc, il est postérieur à la découverte du tombeau de l’apôtre en 488. Saint Barnabé, Rome, 1892, p. 34. Les martyrologes et les ménologes grecs citent au <Μ2Ί CHYPRE (EGLISE DE) nombre des saints et des martyrs des premiers siècles du christianisme ies noms de plusieurs Cypriotes. Jean Marc, appelé le Juste à cause de ses vertus, Delehaye, Synaxarium Ecclesiæ Constantirtopolilanœ, Bruxelles, 1902, p. 761, mourut évêque d’Apollonias en Bithynie, Minei Tchely na russkom iazykie, Moscou, 1902, t. n, p. 630, apres avoir subi le martyre, d'après quelques ménologes grecs, σύν λίθοις κρεμασβείς. Delehaye, p. 753. Ariston, évêque de Chypre, disciple de Notre-Seigneur, d’après Eusèbe, H. E., m, 39, P. G., t. xx, col. 297, mourut martyr à Salamine. Acta sanctorum, t. lit februarii, p. 283. Héraclidès, premier évêque de Tamassos, aurait reçu la consécration épiscopale des mains de l'apôtre saint Paul. Sa résidence aurait été le premier évêché et le centre du christianisme cypriote. Il cons­ truisit des églises, opéra beaucoup de miracles, et res­ suscita plusieurs morts. Il subit le martyre à Sala­ mine. Acta sanctorum, t. v septembris, p. 467-468; Lequien, Oriens Christianus, t. n, col. 1059; Hackett, p. 377-378. Aristoboulos, frère de saint Barnabe, est mis au nombre des soixante-dix disciples de Notre-Seigneur. Il aurait suivi saint Paul dans ses pérégrinations et, consacré évêque de la Bretagne (Βρεταννία = Angleterre), il y aurait enduré de nombreuses souffrances. Acta san­ ctorum, t. n martii, p. 374-376; Maltzev, Menologion der orthodox-kalholischen Kirche desMorgenlandes, Berlin, 1901, t. π, p. 69. Mnason, disciple de saint Paul, et mentionné Act., xxi, 16, aurait été aussi un des soixantedix disciples de Notre-Seigneur, et serait mort martyr de la foi. Adà sanctorum, t. ni julii, p. 248-249; Hackett, p. 379-380. Épaphras, disciple de saint Pau) et compagnon de sa captivité, Col., v, 12; Philetn., 23, est dit évêque d’Acla Argivorum (Άδριακός), ville nommée Ardrince par les Latins, Edriargi par les Grecs, selon Lusignan, op. cil., p. 23. Mais, selon d’autres documents, il fut évêque de Colosses, ou de Colophone en Lydie, ou de Paphos. Acta sanctorum, t. iv julii, p. 581-582; Delehaye, p. 290, 787; Hackett, p. 376-377. Tychicos aurait été consacré, par Héraclidès, évêque de Neapolis dans Elle de Chypre. Ada sanctorum, t. m aprilis, p. 613. Philagrius, disciple de saint Pierre et évêque de Soli, serait mort martyr. Acta sanctorum, t. 11 februarii, p. 277 ; Delehaye, p. 454. Lazare, d’après une tradition, serait devenu évêque de Kitium, où l’on montre encore aujourd'hui son tombeau. En 890, l'empereur Léon le Sage trouva ses reliques à Kitium et les emporta â Constantinople. Delehaye, p. 146-148; Gédéon, Βυζαντινήν έορτολόγιον, Ιίεριοδιχον du syllogue grec de Constantinople, 1896, t. xxvi, p. 273. Tile, dis­ ciple de saint Paul, né à Paphos, aurait été martyrisé dans sa ville natale. Lusignan, p. 24. Sergius Paulus, le proconsul romain converti par saint Paul, serait mort évêque de Narbonne d'après une tradition. Acta sancto­ rum, t. ni martii, p. 371. Nicanor de Chypre, un des sept premiers diacres de Jérusalem, aurait subi le mar­ tyre. Acta sanctorum, t. 1 januarii, p. 601. Cf. Raceolta di cinque discorsi, inlilolaliCorone, p. 11.53. La liste des premiers saints cypriotes a été dressée par Lusignan, p. 23-29, et par Hackett, p. 370-472; Strambaldi, Chro­ nique, p. 11-17; Machéras, Chronique de Chypre, éditSathas, Bibliotheca græca medii ævi, p. 67-72. Les premiers adversaires du christianisme à Chypre furent les Juifs, assez puissants dans File. Cet obstacle disparut, lorsque ies Juifs (115) se révoltèrent contre la domination romaine, et essayèrent de se venger du mépris et des persécutions des Romains. La révolte éclata en Égypte, en Mésopotamie, dans la Cyrénaïque. Les Juifs de Chypre y prirent part et, sous la conduite d’Artémon, massacrèrent 240000 de leurs concitoyens. Les Romains ne tardèrent pas à étouffer l’insurrection. Eusèbe, H. E., iv, 2, 6, P. G., t. xx, col. 304-307, 310316; Cyprien. op. cit., p. 95; Sakellarios, t. I, p. 389v9O. Les légiods romaines tuèrent les Juifs cvnrioles. On 2428 défendit, sous .peine de mort, aux Juifs étrangers d'abor­ der dans File. De nouveaux prédicateurs vinrent des côtes de la Syrie à Chypre. Les chrétientés éprouvées se réorgani­ sèrent. et beaucoup de Cypriotes confirmèrent la foi dans leur sang. Chypre donna à l’Église des confesseurs et des martyrs. Mais les renseignements sur l'histoire politique et religieuse de File au il» et au m« siècle sont rares. Ce n'est qu’au IVe siècle que recommence l’histoire de l’Eglise. Un chroniqueur du xiv'-xv» siècle, Léonce Machéras, dont l’ouvrage est rédigé sur d'an­ ciennes chroniques et des documents d’archives, Krumbacher,Geschichte der byzantinischen Litterplur, p.900, raconte la visite de sainte Hélène en 327 à File éprouvée par une longue et désastreuse sécheresse. La plupart des habitants s’étaient enfuis d'un pays ou depuis de longues années l'herbe ne poussait plus. Hélène descen­ dit au village de Marion, et pleurant sur le sort de File frappée de la malédiction de Dieu, bâtit des églises à Vassilopotami et Togni et leur laissa des fragments de la vraie croix. Έξήγησις της γλυκείας χώρας Κύπρου: Sathas, Μεσαιωνική βιβλιοθήκη, t. il, p. 55-56; Arnadi. Chronique, ρ. 78-79; Philippes, p.'8-9; Strambaldi. Chronique, p. 2-3. Deux évêques de Chypre, Cyrille de Paphos et Géiase de Salamine, assistèrent au concil· de Nicée (325). Ils ont signé les décrets du con· ; ■·. Mansi, Concil., t. Il, col. 696. Spiridion, le fameux évêque et thaumaturge de Trimithus, Rufin, P. L., t. xxi, col. 471-472; Lusignan, Raccolla, p. 47; Chorogra;a. p..24, prit part aux débats du concile, bien que son nem ne ligure pas dans la liste des souscripteurs. Au 1V' siècle, le. personnage le plus important de l’Eglise de Chypre est sans conteste saint Epiphane, archevêque de Sa ·.mine (Constantia). H fut mêlé aux grands événements religieux de son époque. Il prit â cœur la tâche de pur­ ger File de Chypre des hérésies qui la ravageaient. Plusieurs sectes y avaient des adhérents. Les Valentiniens y étaient nombreux, et plusieurs fois leur évêque A< ? engagea des disputes avec saint Epiphane. Les sabelliens. les nicolaïtes, les basilidiens,les carpocratiens etd'autres hérétiques y avaient des représentants. Saint Épiph me les combattit avec ardeur, et eut même recours à l’empe­ reur Théodose I” pour obtenir l’aide du pouvoir cnil. Il dut assister au il» concile général (381), avec quatre autres évêques cypriotes, Jules de Paphos. Thopomp· = de Trimythus, Tychon de Tamassos. et Mnemonics de Kitium Son nom ne figure pas, il est vrai, dans la liste des signatures, mais'cette omission n’est pas une pr-uve de son absence. Epiphane lutta particulièrement · · ntre l’origénisme. H réunit à Salamine un synode .399 ou 401), qui condamna les ouvrages d’Origène. Hefei··, (.■ r,ciliengeschichle, t. n, p. 77; Mansi, t. m, col. 1019-102' ; Sozomène, H. E., vin, 14. P. G., t. i.xvn, col. 1552; Socrate, H. E., vi, ibid., col. 693. 2“ Les luttes pour l'autonomie ecclesiastique. — L’histoire de l’autocéphalie île l’Église cypriote n'offre que des ténèbres, au dire de Hackett, p. 13. Au point de vue administratif, Chypre faisait partie du diocvse cr.il d Orient, divisé en 15 provinces. Notitia ir;· ■■ édit. Seeck, Berlin, 1896, p. 5-6. La métropole du ; cèse était Antioche, et le gouverneur de Chypre dé­ pendait du préfet de cette ville, comte d'Orient. !.. clergé d’Antioche voulut tirer prolit de la dépend.)n administrative de Chypre, et soumettre File â sa juri­ diction immédiate. Mais les Cypriotes, s’appuyant sur leurs traditions locales, ne cédèrent pas aux préten­ tions d'Antioche. Le patriarche Alexandre I" 1413-418· écrivit au pape Innocent 1·' (401-417), pour se plain­ dre des Cypriotes, qui. pendant les troubles suscités par les ariens dans le patriarcat d’Antioche, et durant le schisme d'Eustalhe, S. Épiphane. Adv. hær., P. G., t. XLit, col. 456-457, s’étaient soustraits à la juridiction du siège patriarcal. Il leur reprochait d'avoir violé les 2429 CHYPRE (ÉGLISE DE) 2430 canons du concile de Nicée et voulait les faire rentrer 1 phèse n’étaient pas bien disposés â l’égard de Jean d'An­ tioche qui retardait à dessein son arrivée à Éphèse, et sous son obéissance. Innocent 1" prêta l'oreille aux n'acceptaient pas sur plusieurs points la théologie de saint plaintes d'Alexandre, et écrivit aux Cypriotes pour les Cyrille d'Alexandrie. Funk, Histoire de ΓEglise, Paris, engager à reconnaître leur chef ecclésiastique. Mais ceux-ci, ou bien ne crurent pas devoir céder â l'autorité 1902, t. I, p. 228-229. Rhéginus en profita pour reven­ diquer les droits de son Eglise. A la VIIe séance il sou­ du pontife romain, ou bien réussirent à le convaincre de la justice de leur cause. Tillemont, Mémoires pour ser­ mit aux Pères du concile un mémoire contre les agisse­ vir à l'histoire ecclésiastique, t. xtv, p. 445; Vailhé, ments du patriarcat d'Antioche. Il se plaignait des mau­ L'ancien patriarcat d’Antioche, dans les Échos d’Orient, vais traitements que le clergé de cette ville avait fait subir 1898-1899, t. n, p. 221 ; Morin, E.rercitalionum eccle­ à Troïle, son prédécesseur, et à l’évêque Théodore. U affirmait que les tentatives de l’Église d’Antioche contre siasticarum libri duo, Paris, 1626, p. 24-38; Mansi, l’autonomie de l’Église de Chypre étaient contraires I. n, col. 672; Hefele, t. i, col. 407. Le 6e canon du concile de Nicée établissait qu’on devait conserver à aux décisions du concile de Nicée. Mansi, t. tv, col. 1465. l’Eglise d’Antioche et aux autres éparchies les droits Rhéginus joignit à cette supplique les deux lettres qu'elles avaient auparavant. ’Ομοίως ôi και κατά την envoyées par Flavius Denys à Théodore et au clergé de Chy pre. Ces pièces devaient servir à convaincre les ’Αντιόχειαν, και έν ταϊς άλλαις έπαρχίαις, τά πρεσβεία σώζεσθαι ταΐς έκκλησίαις. Mansi, t. U, col. 36. Le droit Pères du concile de la politique tortueuse suivie par le du patriarche consistait à sacrer les métropolites. Sa patriarche d'Antioche dans le but de satisfaire son am­ juridiction s’exercait non sur une seule province, bition. Le concile écouta avec attention la lecture de mais sur toutes les contrées faisant partie du dio­ ces documents. Plusieurs membres, objectèrent le cèse d’Antioche. Cela résulte de la lettre d'innocent Ier 6“ canon de Nicée, et demandèrent si l’archevêque de à Alexandre Ier : Super diœcesim suant prædictam Constantia avait jamais été nommé par le patriarche. ecclesiam non super aliquam provinciam recognosci­ Zénon répondit que tous ses prédécesseurs avaient été mus constitutum. P. L., t. xx, coi. 547-548. Celte ville sacrés par les évêques de l’ile, et non par le patriarche était donc bien, comme le disait saint Jérôme, la métro­ d'Antioche. Mansi, t. tv, col, 1468. Le concile reconnut pole de tout l’Orient. Epist. ad Pammachium, lxi, que les prétentions des évêques cypriotes étaient fon­ dées, et il décida que l’Église de Chypre continuerait contra Johannem IIierosolymilanum, P. L., t. xxn, col. 427. S’il en était ainsi, l’ile de Chypre devait aussi à jouir de son indépendance pleine et entière, et du lui être soumise. Mais le 6· canon de Nicée, tout droit de liberté dans la nomination et le sacre de ses en proclamant qu'il fallait sauvegarder les droits des évêques. Mansi, t. tv, col. 1469. Cependant, les Pères patriarches d'Antioche, ajoutait que la même règle de ajoutaient que la concession faite aux Cypriotes était conduite devait être appliquée aux autres éparchies. subordonnée â la vérité des faits qu'ils avaient rappor­ Les Cypriotes interprétaient cette addition en leur fa­ tés. Si l’ancienne coutume leur était contraire, leurs veur. Depuis l’âge apostolique, leur Ile avait joui de privilèges cesseraient d'exister. Le compte rendu des l'autocéphalie : donc les prétentions d'Antioche n’étaient débats qui eurent lieu au concile à ce sujet nous a pas fondées. Les patriarches d’Antioche pouvaient citer été conservé dans la seule version latine. Ce texte du en leur faveur le 37“ canon arabique de Nicée, Mansi, canon, dit M. Sathas, n’était pas décisif, διεξεδικεϊτο ετι ύπο t. n, col. 964, qui établit clairement la suprématie τοϋ ’Αντιόχειας. Si le patriarche d'Antioche pouvait prouver dans la suite la juridiction de son Église sur d’Antioche sur l’Eglise de Chypre, dont le métropolite l’ile de Chypre antérieurement à saint Épiphane, il ren­ devait être nommé par le patriarche. Toutefois, pendant l'hiver, en raison de la difficulté d’aborder à Antioche, trerait en possession de tous ses droits. Vailhé, p. 222; Morin, p. 37-38; Sathas, Μεσαιωνική βιβλιοθήκη, Venise, les treize évêques de l’ile pouvaient procéder à la nomi­ nation de leur métropolite. Mais ce canon est postérieur 1873, t. n, p. ιε'-κ’. au 111“ concile œcuménique, comme l’a démontré Pierre Le patriarcat d’Antioche ne renonça pas toutefois â de Marca, De concordia sacerdotii et imperii, I. II,c. tx. ses prétentions. La querelle fut rouverte après un Naples, 1771, t. 1, p. 240-241, et ne peut être invoqué demi-siècle par le patriarche monophysite, Pierre Je pour résoudre la question en faveur d’Antioche, d'autant Foulon. L’empereur Zénon (474-491) était tout prêt à plus que les canons arabiques n’onf pas été portés par le soutenir le patriarche hérétique. L’Église de Chypre concile de Nicée. Hefele, t. t, p. 365-368. aurait dû nécessairement avoir le dessous. Mais un évé­ A l’ouverture du IIIe concile œcuménique, tenu à nement prodigieux, à ce que racontent les historiens, Éphèse (431), la question de l’autonomie de l’Église de la délivra de ce danger. Anthelme, archevêque de Sala­ Chypre fut de nouveau posée. A la convocation du con­ mine, à la suite d’une vision, connut l'endroit où avait cile, Troile, archevêque de Constantia (Salamine), ve­ été inhumé saint Rarnabé. Il s’y rendit avec son clergé nait de mourir. Le patriarche Jean Ier (423-440) crut bon et son troupeau, et sous un caroubier, dans un lieu de profiter de cette occasion pour réaliser ses desseins appelé τόπος τής υγείας, découvrit le corps du saint, ambitieux sur l’Eglise de Chypre. Il exposa ses vues à qui sur sa poitrine tenait une copie de l’Evangile de Flavius Denys, comte d’Orient. Celui-ci les accueillit saint Matthieu écrit de sa propre main. Anthelme se favorablement et écrivit au gouverneur de Chypre, hâta de transporter â Constantinople ces précieuses Théodore, lui enjoignant d'empêcher par tous les reliques, et les offrit à l'empereur Zénon. Duchesne, moyens en son pouvoir l’élection d’un nouvel arche­ Saint Barnabé, p. 18. Celui-ci les reçut avec vénéra­ vêque. Cette élection devait être différée jusqu’à ce que tion, et déposa l’Evangile du saint dans la chapelle de Saint-Étienne au palais impérial. 11 manda le patriarche )e concile d’Ephèse eût tranché le différend qui venait de surgir entre les deux Églises. Si l’archevêque était Aeacius (471-489) et le chargea d'examiner le litige entre les deux Églises. En présence du patriarche et du nommé avant que Théodore eût reçu la missive d'An­ tioche, le nouvel élu devrait se rendre aussitôt au con­ synode, Anthelme revendiqua les origines apostoliques cile. Une lettre de la même teneur était expédiée au de son Église et son autonomie séculaire. La découverte clergé de File. Les Cypriotes ne tinrent pas compte de des reliques de saint Barnabé était la meilleure preuve de ces ordres. Peut-être les lettres de Flavius Denys arri­ la vérité de ses assertions. Les représentants et les par­ vèrent-elles trop tard. Quoi qu’il en soit, les Cypriotes tisans du patriarcat d’Antioche ne purent rien objecter nommèrent Rhéginus au siège vacant. Le nouvel arche­ contre les raisons données par Anthelme. Dés lors, la cause vêque se rendit à Éphèse avec trois de ses sutfragants, des Cypriotes était gagnée. L’empereur Zénon accorda à l’Église de Chypre l’autocéphalie; l'archevêque de Cons­ Saprikios, évêque de Paphos, Zenon, évêque de Kurium, et Evagrius, évêque de Soli. Les Pères du concile d’Étantia fut investi du pouvoir de sacrer ses sutfragants 2431 CHYPRE (ÉGLISE DE) 2432 et de tenir des synodes. A ces privilèges, Zenon ajouta chrême pour la consécration des évêques. Cette cou­ des marques d'honneur qui devaient contribuer à tume persista jusqu'à l’an I860. Les massacres de Da­ rehausser le prestige de la métropole de Chypre. L’ar­ mas l'interrompirent brusquement. En 1864, Macaire, chevêque était autorisé à porter des vêtements de soie archevêque de Chypre, demanda le saint chrême à la et de pourpre, et un sceptre au lieu de crosse, à signer Grande Église de Constantinople, et cela se pratique son nom avec le cinabre en lettres rouges et à prendre encore aujourd'hui. Philippes, p. 29. 3° Du concile d’Éphèse (431) jusqu’à la conquête le titre de Béatitude : Μακαριώτης. Les historiens byzan­ tins qui racontent cet événement, datent de cette latine (1191). — Durant le long cours de sept siècles, époque l'autonomie de l’Église cypriote, et son indé­ l'histoire de l’Église de Chypre n'olïre pas d’événements pendance à l’égard d’Antioche. Théodore le Lecteur, importants. Les Cypriotes eurent à subir des calamités P. G., t. lxxxvi, col. 184; Cédrénus, Hist. comp., sans nombre, exposés qu’ils furent pendant trois siècles P. G., t. cxxi, col. 673 ; Joël, Chron., P. G., t. cxxxtx, aux invasions des Arabes, forcés à plusieurs reprises col. 264. Nicéphore Calliste dit clairement que l’Eglise de quitter leur pays dévasté par les bandes musul­ de Chypre était d’abord soumise à celle d’Antioche, manes. Toutefois leur Eglise n'était pas morte. Scs η και ύπέκειτο πρότερον, et que son indépendance Coïn­ représentants intervinrent toujours dans les grandes assemblées de la chrétienté. Au brigandage d’Éphèse cide avec la découverte du corps de saint Barnabé. Hist, eccl., P. G., t. cxlvii, col. 199. Cependant les (449) on remarque la présence d'Olympius, archevêque de Constantia. Mansi, t. vt, col. 609. Parmi les membr. s canonistes grecs, Balsaæon, Zonaras, Aristéne, parais­ sent ignorer cette ancienne sujétion de Chypre au pa­ du concile de Chalcédoine, on voit Epiphane de Soli, triarcat d’Antioche. Epaphrodite de Tamassos, et Sotèr de Theodosia":.. En 688, l'empereur Justinien II Rhinotmétos rompit Mansi, t. vi, col. 568, 577. Dans la querelle monotli la paix qu'il avait conclue avec Abd-al-Melek, calife de lite, Serge, archevêque de Constantia, combattit éner­ Damas. N’étant pas à même d’assurer la sécurité de ses giquement l’hérésie nouvelle, et dans un synode par­ ticulier, condamna l’ecthèse d’Héraclius. Le décret..n.sujets de Chypre, il eut la malencontreuse idée de les forcer à quitter leur île et à s’établir sur les bords de thémisant les hérétiques fut envoyé par Serge au pape l’Ilellespont. Cette mesure aboutit à un désastre. Beau­ Théodore 1er (642-649), accompagné d’une lettre ou il exaltait la primauté romaine. Hackett, p. 35; Mansi, coup de fuyards, en traversant la mer, furent surpris t. x, col. 913-916. Les iconoclastes rencontrèrent i a par la tempête et périrent engloutis dans les Ilots. Les survivants, en butte à mille privations età l’inclémence champion intrépide de l’orthodoxie dans la personne de Georges, archevêque de Constantia, que le soi-dis.,i t du climat, moururent en grand nombre décimés par concile œcuménique de 754 frappa d’anathème avec.- . i.t les fièvres. Théophane, Chron., P. G., t. cvm, Germain de Constantinople et saint Jean Damascene. col. 741. Cet exil forcé dura sept ans, au dire de Lequien, Oriens Christianus, t. Il, col. 1051. Georges Porphyrogénète, De adm. imp., P. G., t. i.xin, col. 365. L’archevêque Jean de Constantia se rendit à Constan­ ne se borna pas à combattre les iconoclastes de vive tinople avec une partie de son troupeau. L’empereur voix. On lui attribue une Νουθεσία γέροντος περί τών leur assigna une localité près de Cyzique, à laquelle il άγιων εικόνων, conservée dans le codex 197 de la biblio­ donna, au dire de certains historiens, le nom de Nouthèque synodale de Moscou. Vladimir, Sistenialilches'<■sans aucune intervention de l’évêque latin. Si l’un des eûtes. Urbain IV insistait de nouveau auprès du roi de plaideurs était Latin, l’instruction du procès appartenait Chypre, se plaignant que l’archevêque ne fût plus rien de droit à l’évêque latin, sauf appel à l’archevêque de dans sa métropole. H n’était plus qu'un simple pr· tre. Nicosie et au Saint-Siège. Une fois par an, l’évêque Mas-Latrie, t. t, p. 394 ; t. ni, p. 655; Raynaldi, an. 126t. grec, suivi de son clergé et de ses higoumènes, était n. 66, t. ni, p. 153-154. tenu de prendre part au synode convoqué par l’évêque Forts de l’appui du gouvernement, les Grecs de latin. En tournée pastorale, l’évêque latin devait rece­ Chypre défendirent avec plus d’ardeur les privilèges voir des Grecs les mêmes marques de déférence et de leur Eglise. En '1313, à Nicosie, le légat du pape. les mêmes honneurs que les évêques latins étaient te­ Pierre de Pleine-Cliassaigne, archevêque de Rodez, fail­ nus de rendre à leur archevêque en semblable occur­ lit être écharpé par la populace. Raynaldi, an. I3i 9. rence. On détermina les redevances pécuniaires aux­ n. 33-34, t. IV. p. 479-480. Au mois d’octobre 1326. quelles étaient tenus les évêques grecs à l’endroit de .Jean XXII exhortait, mais en vain. Raimond, patriarche l’archevêque latin, lorsque celui-ci faisait la visite gé­ de Jérusalem, à extirper l’hérésie de file. Raynaldi. nérale de l’ile. On décida enlin que les dîmes, dans toute an. 1326, n. 28, t. v, p. 330-331. En 1359-1360. le carme l’étendue de l’ile, appartiendraient aux Latins, el que per­ français saint Pierre Thomas, légat du Saint-Siège en sonne n’avait le droit de protester contre cette mesure. Orient pour y traiter l’union des Eglises avec Jean PaDes dispositions particulières furent prises à l’égard de léologue, Raynaldi, an. 1359. n. 16-17, t. vn. p. 44-45. se Germain, qui jouissait d’une excellente réputation à la rendait à Chypre et convoquait les évêques grecs à l’église cour de Rome. Le souverain pontife le confirma jus­ de Sainte-Sophie de Nicosie. Il lit fermer les portes de qu’à la mort dans sa charge de métropolitain. Il le l’église et voulut les convertir, de gré ou de force, les nomma archevêque de Soli, le laissant libre d’opter entre chroniqueurs se contredisentsur ce point, à la foi catho­ celte ville ou Nicosie, ou les Grecs avaient l’église de lique. Le peuple apprit, selon l’expression du chroni­ Saint-Barnabe. Germain prêta serment comme évêque queur grec Machéras, que le légat cherchait â méta­ de Soli. Ce serment ne le privait pas des prérogatives morphoser les Grecs en Latins : il y eut une émeute. La inhérentes à sa dignité ; il gardait le droit d’installer les foule entoura l’église, et mit le feu à la porte d’entrée. 2441 CHYPRE (ÉGLISE DE) La police intervint, et délivra les évêques grecs. Le car­ dinal Thomas se plaignit auprès du roi ; il regardait l'offense faite à sa personne comme étant faite à la chaire de Pierre. Le roi promit de châtier les coupables, mais s'empressa aussi de l’éloigner de l’ile. Mâcheras, p. 5657; Cyprien, p. 158-159. Malgré les efforts des évêques latins, l'influence grecque grandissait à Chypre. Dans une lettre d’Urbain V (29 niai 1368) à l’archevêque Ray­ mond de la Pradèle. le pape se plaint que la noblesse, suivant l’exemple des Grecs, célèbre les mariages et les baptêmes dans les maisons particulières et non dans les églises. Les églises grecques, ajoute-t-il, sont fréquen­ tées par beaucoup de femmes latines qui y écoutent des sermons dangereux pour leur foi. Mas-Latrie, t. m, p. 757-758. Il engageait l'archevêque à ne pas tolérer ces abus. La communion in divinis devait être tolérée dans l’ile parce que la constitution de l’archevêque Philippe, datée de Nicosie (1350). défendait aux prêtres grecs d’administrer les sacrements aux Latins et viceversa, nisi in cas» necessitatis evidentis. Mansi, t. χχνι, col. 380. En 1405, la Grande-Eglise de Constantinople traita avec les Cypriotes pour les rattacher plus étroitement à l’orthodoxie. Les patriarcats grecs considéraient les fidèles de Chypre comme des apostats, en raison du ser­ ment de fidélité qu’ils avaient prêté à l’Église latine, bien que leur liturgie ne contint aucune mention du pape. Joseph Bryennios fut chargé de régler les con­ ditions de cette union. Il séjourna dans l’ile quelque temps et dut se convaincre qu’il ne fallait pas espérer le prompt retour des Cypriotes à l’unité orthodoxe. Sept ans après, les évêques de Chypre écrivirent de nouveau à Constantinople pour réclamer l’union avec la GrandeÉglise. L'avis de Bryennios fut encore une fois défavo­ rable. Il déclara qu’en recevant dans l’orthodoxie les Cypriotes habitués aux usages latins, on risquait d’en­ trer en communion avec l’Eglise latine. Philippes, p. 63. Le concile de Florence ne produisit pas de bons résultats pour la pacification religieuse de l’ile. Les Latins soupçonnaient â bon droit la sincérité de la soumission des Grecs et ils les tenaient à l’écart. Les Grecs se plaignirent à Eugène IV de ce que les Latins, malgré le décret du concile, fuyaient leur société, et refusaient de les admettre aux mariages, aux funérailles, aux processions et aux autres solennités. Raynaldi, an. 1441, n. 6, t. tx, p. 370. Les Latins cependant avaient de bonnes raisons d’agir de la sorte. En ell’et, les Grecs prétendaient qu’à la suite du concile de Florence l’Église latine avait dû accepter les doctrines de l’Eglise grecque, et que les canons de ce concile étaient contraires à la foi. L’orthodoxie cypriote était alors soutenue par la reine Hélène Paléologue, fille de Théodore, despote du Péloponnèse, et depuis 1441, femme de Jean II, roi de Chypre. La reine dominait le caractère faible de son mari, et gouvernait â sa guise le royaume. Elle en pro­ fita pour délivrer de ses entraves l’Église orthodoxe cypriote, étendre dans l’ile l’iniluence de l’hellénisme, et y protéger la religion des Grecs. Bustron,.p. 459. Elle disposa même à son gré du siège métropolitain de Nicosie, et nomma à ce poste, occupé par les Latins depuis l’installation des Lusignans, une de ses créatures, le fils de sa nourrice, un Grec de naissance. N'ayant pu réussir, elle commença une rude persécution contre l’archevêque Galésio de Montolif, qui dut se réfugier à Rhodes (1442). Le saint-siège s’alarma de l’iniluence grandissante de l’Église orthodoxe dans File de Chypre. Nicolas V chargea André, archevêque de Nicosie et son légat en Orient, de travailler avec plus de zèle à la con­ version des Grecs, en exigeant, s’il le fallait, l’aide du bras séculier. Cette lettre, datée du 3aoùt 1447, était un appel à l’énergie des prélats latins contre les Grecs. Raynaldi, an. 1447, n. 27, t. IX, p. 513-514; Mas-Latrie, Histoire des archevêques latins, p. 288. 2442 En 1489, File tomba sous la domination vénitienne. Les Grecs n’en furent pas plus heureux. En général, les Vénitiens n’ont pas laissé de bons souvenirs dans leurs possessions du Levant. Les Grecs leur reprochent l’in­ tolérance religieuse et politique. A Chypre, les Vénitiens fermèrent les écoles grecques, et soumirent les indigènes à un système de vexations qui en força une grande par­ tie à émigrer en Asie-Mineure. L’Église orthodoxe, dont le prestige n’avait eu qu’un relèvement éphémère sous la reine Hélène Paléologue (7 1458), retomba dans l’état lamentable où elle était auparavant. Les Grecs, fatigués de la domination latine, tournaient leurs regards vers les Turcs, dont les flottes et les armées chassaient les Vénitiens de leurs fiefs d’Orient. Après une lutte épique, qui rendit célèbre le nom de Marc-Antoine Bragadino, Ni­ cosie et Famagouste tombèrent aux mainsdesTurcs(157l). Lusignan, p. 105. Les Grecs poussèrent des cris de joie. Ce fut avec des sentiments d’allégresse qu’ils assis­ tèrent à ce changement de domination. Philippes, p. 69. Leur orthodoxie, sous le joug des Latins, était devenue suspecte. Les Turcs leur permettraient de suivre leurs usages en pleine liberté. Leur méprise fut amère. Us ne tardèrent pas à se convaincre que l'intransigeance latine valait mieux que le fanatisme musulman. Les Turcs victorieux noyèrent les Grecs et les Latins dans une mare de sang, et à plusieurs reprises l’orthodoxie cypriote eut â regretter la joie que lui causa la défaite des Latins. III. L'ÉGLISE CYPRIOTE SOUS LE JOUG MUSULMAN. — La conquête musulmane réduisit les Cypriotes à la dernière extrémité. Leui- Église eut bien de la peine à se relever des ruines amoncelées par les janissaires de l'Islam. Les évêques, la plupart des higoumènes et des dignitaires ecclésiastiques avaient été mis à mort; les monastères rasés ou transformés en écuries; les églises profanées et changées en mosquées. Cyprien, p. 300; Lusignan, p. 80. L’ile de Chypre fut annexée à l’empire des Osmanlis comme le septième pachalik d’Asie. Soumis définitivement au joug de l’Islam, les Cypriotes songèrent à réorganiser les épaves de leur Église. Ils envoyèrent une mission au grand-vizir Meh­ med pacha, le suppliant de leur permettre de rétablir dans l’ile les anciens évêchés, et d’avoir recours, dans ce but, au patriarche de Constantinople. Leur requête fut accueillie favorablement. On leur permit d’avoir des évêques et de racheter les monastères confisqués par les Turcs. Sakellarios, t. 1, p. 560. L'Eglise grecque fut alors organisée surde nouvelles bases. Toutefois on ne rétablit pas les quatorze sièges épiscopaux qui existaient avant la domination latine. L'archevêque fixa sa rési­ dence à Leucosie; l’évéque de Paphos s’établit à Klêma, celui de Limassol dans cette ville, et celui de Carpasie à Ammokhostos. Dans la suite, ce dernier évêché fut supprimé et enclavé dans les limites de l’archevêché de Nicosie. A sa place on rétablit l’ancienne éparchie de Cérines. Les trois évêques prirent le titre de métropo­ lite. Ils furent placés sous la juridiction de l’archevêque comme ses suffragants. Les débuts de l’Église cypriote sous la domination ottomane ne furent pas heureux, au témoignage des historiens grecs. Les Cypriotes respiraient à peine, qu’un moine arabe, natif de Syrie, offrit 3000 sequins d’or au grand-vizir Mehmed en échange de l’archevêché de Chypre. Ce honteux marché fut conclu, et le patriarche de Constantinople consacra le moine simoniaque. Avec une escorte de deux janissaires, le nouveau pasteur se rendit au milieu de son troupeau épuisé, et, selon l’ex­ pression de Cyprien. pressura ses ouailles pour retrou­ ver les 3 000 sequins d’or que lui avait coûtés sa crosse, et, s'il était possible, en tirer le double. Les Cypriotes, outrés de ce procédé, envoyèrent une députation à Cons­ tantinople et proposèrent un autre candidat au siège de Leucosie. Ce candidat arrivait trop tard. Il avait été CHYPRE (EGLISE DE) 2443 prévenu par un autre moine ami du patriarche, qui l'emporta dans cette course aux honneurs. 11 dut bor­ ner son ambition à l'évêché de Paphos, après avoir dépensé plusieurs centaines de sequins d’or, empruntés à ses amis ou à des usuriers. L’higouméne du monas­ tère de Koutzoventi fut élevé au siège de Limassol, tan­ dis qu’un moine crétois, curé (εφημέριος) de l’église de Saint-Siméon. obtenait celui d’Ammokhoslos. Ces évé­ nements se produisirent en 1572. L'histoire de l’Église cypriote depuis la conquête ottomane jusqu’à la guerre de l’indépendance grecque est une suite presque ininterrompue de querelles inté­ rieures et de luttes d’ambition. En 1592, éclata un différend entre les évêques et la communauté grecque au sujet de la nomination du nouvel archevêque. Léonce Enstratios, higouméne du monastère de SaintJean de Pipé à Leucosie, y prit une part très active. Sathas, Νεοελληνική φιλολογία, Athènes, 1867, p. 182. On l'accusa d'avoir sur l'eucharistie et sur la processiou du Saint-Esprit des sentiments contraires à ceux des théologiens orthodoxes et favorables aux Latins. Mélé­ tios Pighas, patriarche d'Alexandrie, interrogé à ce sujet, recommanda aux Cypriotes de tenir aux croyances de leurs ancêtres, el de ne point adhérer à des nouvautés dangereuses. Philippes, p. 77-78. En ’598, l'archevêque de Leucosie, Athanase, fut accusé auprès du patriarche Mélétios Pighas de plusieurs méfaits. Si nous en croyons les plaintes de ses ouailles, il avait détruit les vieux antimensia, voir t. 1, col. 1389-1391, pour en faire de nouveaux et retirer de l'argent de leur vente; il avait brisé le trône de Germain, patriarche de Jéru­ salem, conservé à Chypre, pour s'emparer des reliques qui y étaient enfermées; il avait violé les canons ortho­ doxes relatifs aux mariages prohibés par l’Église grec­ que. Hypsilanli, p. 119. Mélétios Pighas, qui était alors à Constantinople en qualité de vicaire du patriarche œcu­ ménique (1597-1599), Gédéon, Πατριαρχικοί Πίνακες, Constantinople, 1890, p. 540-511, demanda des informa­ tions à Athanase lui-même; il atlendit en vain la ré­ ponse. Sur de nouvelles instances des Cypriotes, il envoya dans l'ile des délégués y faire une enquête. Les accusations portées contre l’archevêque étaient fondées. Il fut déposé. Mathieu 11 (1599-1602), patriarche de Cons­ tantinople, renouvela cette sentence de déposition par une lettre synodale datée du mois de juin 1000. Gédéon, p. 542; Sathas, Μεσαιωνική βιβλιοθήκη, t· III, p. 549; Philippes, p.80-83. A cette occasion, Joachim, patriarche d'Antioche, revendiqua ses droits de suprématie sur l’Église de Chypre. A l'appui de ses prétentions, il cita un canon du concile de Nicée (le canon arabique) qui lui réservait la consécration de l’archevêque de Chypre. Mélétios Pighas pritla défense de l’autocéphalie cypriote et fit observer que le canon invoqué était inconnu dans l’Église orthodoxe, et que des documents apocry­ phes n'étaient pas de nature à afiermir ses prétendus droits. Philippes, p. 81-85. Au siège archiépiscopal de Chypre, laissé vacant par la déposition d’Alhanase, fut appelé Benjamin (1602), dont l’élection fut confirmée par Mathieu II et Néophyte II (1602-1603). Vers le milieu du xvn· siècle, le patriarche de Cons­ tantinople, Joannikios, d’accord avec son synode, pro­ mulgua une lettre patriarcale qui fixait les relations de dépendance des évêques cypriotes vis-à-vis de leur archevêque. Par ignorance ou par ambition, les évêques des éparchies de Chypre s'étaient arrogé le droit de jouir, dans les limites de l'archevêché, des prérogatives et des honneurs dont l'archevêque jouissait dans les diocèses de ses sulfragants. La constitution de Joanni­ kios est en vigueur encore de nos jours. Philippes, p. 87-93. En 1668, l’archevêque Nicéphore réunit un synode de prêtres et de moines et condamna les erreurs des protestants. Les décrets du synode, selon Philippes, lurent recueillis par le hiéromoine llilarion Cigalas, anDlCT. DK THÉOL. CATIIOL. 2444 cien élève du collège grec de Rome, Sathas, Νεοελλη­ νική φιλολογία, p. 391). 301, traduits en latin, et publiés dans la Perpétuité de la foi, 1. XII, édit. Migne. t. i, col. 1221-1224. Lequien, Oriens c/iristianus, t. n, col. 1056; Hackett, p. 661-674. En 1674, llilarion Ciga­ las, qui, après le synode de Leucosie, avait travaillé de concert avec Nectaries, patriarche de Jérusalem (j-1676), à la rédaction du fameux ouvrage Περί τής αρχής τοΰ Πάπα, Jassy, 1682, fut élevé au siège archiépiscopal de Chypre, Philippes, p. 96, et mourut à Constanti­ nople en 1682. 11 n'y eut pas d’événements marquants sous ses successeurs Jacques Ier (1679-1689), Germain II (1690-1705), Jacques II (1710). Sylvestre (1718-1731) se rendit à Constantinople avec ses sulfragants pour implorer la clémence du sultan en faveur de ses ouailles accablées de lourds impôts, et éprouvées par la famine. Philothée (1734-1759) montra beaucoup de zèle pour la discipline et pour les écoles. 11 eut beau­ coup à souffrir de la part de son troupeau et des Turcs. Philippes, p. 103-104. Païsios (1759-1766). Chrysanthos (1767-1810) et Cyprien (1810-1821) furent expo­ sés aux plus odieuses vexations. Les gouverneurs turcs avaient appauvri file par leur rapacité. Le nombre d-s chrétiens était allô toujours en diminuant. Les ar ; vêques essayaient bien d'obtenir de la Sublime Porte une diminution d’impôts, mais leurs tentatives échoua: nt devant le système fiscal de la bureaucratie et du Cyrille de Kitium à prendre part aux séances du synode, ’Εκκλησιαστική Αλήθεια, 1902, n. 46, p. 197 ; mais il s’en abstint, laissant son compétiteur s’arranger avec ses amis. ’Εκκλησιαστική Αλήθεια, 1902, n. 51, p. 555. Le désordre et le trouble durèrent toute l’année 1903, malgré de nouvelles missives du patriarche. ’Εκκλησιαστική Άλήβεια. 1903, n. 33, p. 350. Il en fut de même en 1904. Le patriarche Joachim a dû laisser l’ile à elle-même. En février 1904, des délégués des deux partis se réunirent sans succès. Les uns vou­ laient que les patriarcats grecs vinssent en aide à l’Église cypriote en envoyant trois évêques comme simples spec­ tateurs et conseillers ; les autres préféraient que ces envoyés eussent pleins pouvoirs pour accomplir leur mission. ’Εκκλησιαστική ’Αλήθεια, 1904, n. 12,p. 125-126. Le patriarche Joachim opposa alors un refus catégo­ rique à toute demande d’intervention. Εκκλησιαστική ’Αλήθεια, 1904, n. 37, p. 434. En 1905, la pacification religieuse de l’ile est loin d’être réalisée. A en croire les correspondants de la presse orthodoxe russe, le gou­ vernement anglais, par politique, entretient la discorde, Tzerkvnyi Viestnik, 1905, n. 1, col. 17. Les divisions des orthodoxes ne servent qu’au progrès de la propa­ gande protestante. Tzerkvnyi Viestnik, 1904, n. 27, col. 862; Tzerkovnjia Viedomosti, 1904, n. 1, p. 21; n. 45, p. 1826-1827. Ces événements prouvent une fois de plus la nécessité d’un chef suprême, juge en dernier ressort des conflits qui éclatent au sein des Églises par­ ticulières. IL L'Église latine. — 1« Hiérarchie. — Célestin III organisa l’Église latine de Chypre. Le clergé latin y avait déjà des représentants, bien qu’il n’y constituât pas auparavant une hiérarchie proprement dite. Hackett, 2450 p. 467. Un chapitre de chanoines était établi à Nicosie, comme il ressort de la bulle de Célestin III du 3 janvier 1197. Histoire de Chypre, t. m, p. 605-606. Plusieurs chapelles y étaient desservies par des prêtres, venus de la Syrie à la suite de Guy de Lusignan. Chorograf/ia, p. 31 ; Loredano, Historié de' re’ Lusignani, p. 33. Une de ces chapelles avait été attribuée par Amaury de Lusignan à la communauté dite du Templum Domini. Histoire de Chypre, t. in, p. 598-599. Mais en présence du clergé grec toujours hostile, toujours aux aguets pour secouer le joug des Latins, et aussi en vue de renforcer la domination latine dans l’ile, il fallait organiser la hiérarchie latine. Dans le courant de l'année 1195, Amaury chargea l’archidiacre de Laodicée de se rendre à Rome et d’obtenir de Célestin III que l'Eglise latine eût dans l’ile une existence légale. Par une bulle du 20 février 1196, le pape accéda à ces désirs et chargea l’archidiacre de Laodicée et Alain, chancelier du roi et archidiacre de Lydda, de régler tout ce qui concernait rétablissement de la nouvelle Église latine, ses dota­ tions, ses revenus. P. L., t. ccvi, coi. 1147-1148. Le siège archiépiscopal latin fut fixé à Nicosie, la ville la plus importante du nouveau royaume cypriote, et à sa juri­ diction furent soumis les trois évêques suffragants de Paphos, Limassol et Famagouste. L’archidiocése latin renfermait les anciennes éparchies grecques de Leucosie, Thrimythus, Kitium, Lapithos, Cérines, Chytri, Soli et Tamassos; le diocèse de Paphos, les éparchies de Paphos et d’Arsinoé ; celui de Limassol les éparchies de Curium et d’Amathus; celui de Famagouste les éparchies de Salamine et de Carpasie. Le Quien. Oriens Christia­ nus, t. ut, col. 1229-1232, donne une liste de plusieurs évêques de Cérines entre les années 1301-1535. Mais aucun document ne parle de ce siège latin, et Lequien, suivant la juste remarque de Mas-Latrie, a confondu Cérinesavec la Cyrénaïque dont on cite plusieurs évêques in partibus, ou avec le nom d'un autre siège épiscopal. Histoire des archevêques latins, p. 207-208; Hackett, p. 587-588. Le premier archevêque de l’ile fut Alain. Le chapitre métropolitain procéda à son élection dans le courant de l’année 1196, et cette élection fut approuvée par le pape. Histoire des archevêques, p. 208-209. Par une bulle du 13 décembre 1196, Célestin III confirma le? privilèges et les possessions de l’archevêque. Celuici t jt comme dotation de son siège les villages d'Ornithi et d’Aphandia, et le droit de lever des dimes dans dixsept localités. Le pape lui accordait le privilège de por­ ter le pallium aux grandes fêtes de l’année liturgique. P. L., t. ccvi, col. 1189-1191. Il y ajouta plusieurs dis­ positions concernant les biens de l’Église : les clercs ne pourront céder leurs bénéfices sans le consentement du métropolitain, ni les transmettre en héritage. Par une lettre du 3 janvier 1197, et en réponse à la demande du chapitre de Nicosie, le pape envoya le pallium à Alain. P. L., t. ccxvi,"col. 1194-1195. Nous n’avons pas d’autres renseignements sur le premier archevêque de Chypre, dont le nom ne figure pas dans T Oriens Christia­ nus. Il ne vivait plus en 1205. Histoire des archevêques, p. 209. A cette époque, Innocent III confirmait l’élection faite par l’archevêque de Nicosie défunt, bonæ memorise, du trésorier de l’église de Limassol. Histoire de Chypre, t. π, p. 33-34; P. L., t. ccxiv, col. 756. La nomination du second archevêque de Nicosie doit être placée dans les premiers mois de 1206. On ne connaît pas au juste le nom de ce titulaire. Lequien l'appelle Durand. Oriens Christianus, t. Ill, col. 1201. Mais la nomination de celui-ci doit être retardée jusqu’à 1211. Mas-Latrie suppose qu'il s’appelait Thierry ou Terry; ce nom est mentionné dans un obituaire de Notre-Dame de Paris : Terriens, Nichossiensis archiepiscopus, Guérard, Cartulaire de l'église Notre-Dame de Paris, Paris, 1850, t. iv, p. 87, et par la seule initiale dans une lettre de Grégoire IX du 9 avril 1232. Histoire de Chypre, t. ui, p. 623-633. 2451 CHYPRE (ÉGLISE DE) 2452 Sons le gouvernement de Thierry, Thomas Morosini, les revenus de ses biens, Histoire de Chypre, t. tu, premier patriarche latin de Constantinople, brigua pour p. 612, et le clergé à son tour promettait de laisser les obtenir que la province ecclésiastique de Chypre fût chevaliers dans la libre jouissance des possessions qui soumise â la juridiction de son siège. P. L., t. ccxv, autrefois avaient appartenu aux monastères et aux églises col. 966. Ses tentatives n’aboutirent pas. L’Église de grecques. Ces dispositions parurent à la noblesse une Chypre, même sous la domination latine, continua à charge trop lourde pour elle. La reine Alix de Cham­ jouir de l’autocéphalie qu’elle possédait depuis des pagne et les barons latins de Chypre en appelèrent au siècles. Cependant innocent Ill ordonna à l’archevêque saint-siège. Mais Gérold, patriarche de Jérusalem et b oat de Nicosie de se rendre à Rome ou d’y envoyer des délé­ apostolique, n’écouta pas ces plaintes, et rappela à la gués pour trancher le dill’érend qui venait de surgir noblesse l’observance de ses engagements. Histoire de entre lui et le patriarche tie Constantinople. Histoire de Chypre, t. m, p. 631. Les Regesta des souverains pontifes Chypre, t. il, p. 35-36. En 1210-1211, les chanoines de contiennent plusieurs pièces adressées à Eustorge. Elles Nicosie nommèrent au siège archiépiscopal un certain témoignent du zèle du Saint-Siège à augmenter la prospé­ Durand; ce choix ne fut pas agréé par le saint-siège. rité matérielle de l’Eglise latine de Chypre, à y déraciner Les chanoines s’étaient permis de présenter au jeune les abus et à y maintenir la discipline. Honorius 111 lui roi Hugues 1« de Lusignan deux candidats et de s'en recommande de ne pas multiplier les chapelles sans tenir à celui qu'il préférait. Des accusations ayant été nécessité, Pressulti, Regesta Honorii papæ 111, Rome. portées contre le nouvel élu, Innocent 111 chargea Albert, 1S95, t. t, η. 6737, d’obliger les Syriens, les jacobit·.- t patriarche de .Jérusalem, d’examiner l’all'aiie, et si l'élu les nestoriens établis dans l’ile à obéir aux é··.·.'· ·· . pouvait répondre à ces accusations, de le consacrer et de latins, ibid., n. 3750; Histoire de Chypre, t. ni. p. 6 is­ lui conférer le pallium. Potthast, Regesta ponti/icuni ti 19; il l’autorise â exercer ses fonctions d’évéque n romanorum, t. i, n. 4350; P. L., t. ccxvi, col. 424. Le dehors des limites de son archidiocèse, ibid., I. il, n. 3; patriarche de Jérusalem reconnut que les accusations il engage les évêques cypriotes à augmenter le nombre portées contre Durand étaient fausses, mais il refusa de des desservants de leur église, Pressulti, n. 4783; Pc nconfirmer sa nomination, parce que les chanoines de meats nouveaux, p. 345, et Eustorge accrut le cler. Nicosie avaient appelé le roi à se prononcer sur les deux de la cathédrale de Sainte-Sophie et ses ressources. candidats. Innocent III approuva pleinement celte déci­ Histoire des archevêques, p. 220. D’autres pièces de Gré­ sion. Dans trois lettres des 13 et 15 janvier, adressées goire IX et d'Innocent IV attestent le zèle d’Eustorge, au roi de Chypre, au chapitre de Nicosie el au patriarche qui mérita de la part du Saint-Siège une plus glande de Jérusalem, Potthast, t. i. n. 4646, 4649, 4650, il indépendance à l'égard des légats romains dans file. insiste sur la nécessité de procéder à une nouvelle élec­ Cependant son administration donna prise aux critiques tion, la première étant entachée d’un vice radical. Le du cardinal Eudes de Chàteauroiix, qui, au mois de pape revendique avec fermeté les droits de l’Eglise, et mars 1248, visita l’Eglise de Chypre et signala l'oubli la pleine indépendance du pouvoir ecclésiastique dans complet des décisions du concile de Latran de 1215 le choix deses pasteurs. Il reproche au roi d’empiéter relatives à l'instruction des fidèles. « L'ignorance, crisur les droits de l’Église, P. L., t. CCXVI, col. 733, et vail le cardinal, est la source de toutes les erreurs. » ordonne aux chanoines de nommer un nouveau titulaire. Mansi, t. xxvt, col. 338. Le légat donna ordre ti ■ : iir Le patriarche de Jérusalem, l’archevêque de Césarée et une école de grammaire et une école de tli·’·.·! ogie à l'évêque de Saint-Jean d’Acre sont chargés de confirmer Nicosie, et des écoles pour les enfants dans les vil­ ou de réformer ce choix. P. L., loc. cit., col. 734. On lages les plus importants des diocèses latins. H trouva ne connaît pas l’issue du conllit. Probablement l’élec­ que le nombre des chanoines était trop restreint et tion de Durand fut définitivement annulée. Histoire des peu en rapport avec les revenus considérables dont archevêques, p. 2I3. Les chanoines de Nicosie durent l’église cathédrale était pourvue, et décida qu'il fallut nommer à sa place le patriarche Albert, dont le nom ne en élever le nombrejusqu'à douze. Il recommanda enfin ligure pas non plus dans l'Oriens christianus. Il est de multiplier les paroisses. Eustorge mourut le 28 avril mentionné par les deux chroniqueurs de Chypre, Amadi, 1250, selon Amadi, Chronique, p. 200. Histoire de Chronique, p. 27, et Florio Bustron, p. 82, qui lui attri­ Chypre, t. 1, p. 355. Il eut pour successeur Hugues de Fagiano, ou de Pise, doyen du chapitre métropolitain buent la pose de la première pierre de la cathédrale de Sainte-Sophie à Nicosie. D’après ce dernier, il eut de Rouen, qui se rendit a Chypre vers l’an 1248. · t y comme successeur Eustorgede Montaigu, né d une riche revêtit l'habit des chanoines réguliers de Saint-Augus­ famille de chevaliers d’Auvergne. Pendant les longues tin au monastère de Lapaïs. La consécration du u u - l années de son gouvernement (1217-1250), Eustorge laissa évêque eut lieu le 9 avril 1251. Une lettre d’Innoc-ut ill, d'innombrables souvenirs dans l’histoire des royaumes du 22 décembre 1251, l'autorise à porter le pallium. -1 lui donne le titre d’archevêque. Histoire des arche ' ; · î, d’Orient. Histoire des archevêques, p. 214. L’Eglise de Chypre lui fut redevable en grande partie de sa pros­ p. 232. Il se distingua par son zèle, recommand < sou­ périté. Nous n’avons pas à faire ressortir son rôle et vent aux clercs de fréquenter les offices, se monts ■ très ferme dans la défense des droits de son Église jiilre son action politiques. Mas-Latrie juge ainsi son action religieuse : « Il se montra sévère défenseur des droits les empiétements de la maison royale et de la noblesse. de l’Eglise contre les grands et les petits, les laïques I■ et les documents du cartulaire de Sainte-Sophie té­ el les clercs, et en même temps administrateur géné­ moignent de ses vertus et de l'austérité de ses mtrnrs. reux et dévoué. Il régla avec’la royauté et la noblesse I| Peut-être, au jugement de Mas-Latrie, lui eût-il f. éu un esprit moins absolu el plus disposé aux ménageait nts sur des bases équitables la question des dîmes et des anciennes terres ecclésiastiques : il favorisa le déve­ que nécessitait la transition dans le domaine religieux loppement du clergé régulier, il accrut les domaines de de la vieille suprématie grecque â la suprématie latine. l’église métropolitaine, il augmenta le nombre de ses Revue historique, 1877. t. v. p. 68. Apres sa retraite et sa clercs et la splendeur du culte; il construisit un arche­ mort en Toscane, Memorieislorichedipiû iiornin. vêché et termina l’église de Sainte-Sophie qu’Albert tri pisani, Pise, 1792, p. 91-116, le siège archiépiscopal de Nicosie fut occupé par Bertrand, selon la chronologie de avait commencée. » Histoire des archevêques, p. 215. Les deux conventions de Limassol (1220) et de FaMas-Latrie, et ensuite par Raphaël, qui, dans un synode provincial tenu à Nicosie, donna les règles pour l’admi­ magouste (1222) réglaient les relations entre les barons et le clergé au sujet des dimes, et subordonnaient nistration des sacrements, lorsque les Latins ne pro­ le clergé grec à l’Église latine. Par ces conventions la fessaient pas la même doctrine que les Grecs. S > noblesse s’obligeait à payer à l’Église la dîme de tous Jean d’Ancône, franciscain (1288), le patriarche de JC- 2453 CHYPRE (ÉGLISE DE) 2454 rusaient essaya de dépouiller l’Église de Chypre de ses p. 742; Louis Perez Fabrice (1471), qui fut nn des ad­ versaires les plus résolus de la politique vénitienne à prérogatives et de ses ressources, et ses tentatives Chypre; Benoit Soranzo (1484), contre lequel la répu­ allaient être couronnées de succès, grâce à la faiblesse blique de Venise exerça les plus odieuses tracasseries; et à la bonté de l'archevêque, si le pape Urbain IV, par Philippe Mocénigo, le dernier archevêque, élu à cette sa bulle du 26 avril 1291, n’eût pas empêché ses usur­ dignité par Pie IV à la lin de l'an 1559. Il travailla à ré­ pations. Mas-Latrie, Documents nouveaux servant de veiller le sentiment religieux chez ses ouailles; il prit preuve à /.’Histoire de l’ile de Chypre, p. 349. En part au concile de Trente, vint en aide à Venise dans 1295, sans que les documents nous en révèlent les mo­ la formidable guerre qui lui coûta la perte de Chypre, tifs, .lean d'Ancône fut transféré au siège de Torres en et après la reddition de Famagouste (1571), il se rendit Sardaigne. Ughelli, J talia sacra, 2e édit., t. i, col. 779. à Rome, y composa un ouvrage sur la perfection chré­ Gérard de Langres, qui lui succéda en 1274, prit fait et tienne, et mourut en 1586. cause pour Philippe le Bel, et résista à Boniface VIII qui Au xvie siècle, le Saint-Siège avait accordé aux Véni­ lui avait donné l'ordre de rentrer dans son diocèse. Pour tiens ce qu'il n'avait pas voulu octroyer à la maison de cet acle de désobéissance, pour sa conduite à l’égard du Lusignan. Par concession de Pie IV (1559-1565) la répu­ roi de France qu’il poussait â une rébellion ouverte blique de Venise eut le droit de patronage sur l’arche­ contre le pape, il fui privé de l’administration spiri­ vêché de Nicosie. Elle présentait quatre candidats à ce tuelle et temporelle de son diocèse. Raynaldi, an. 1303, siège et le pape se réservait le choix déliuitii du titu­ n. 37, t. iv, p. 354. L’évêque de Limassol, pendant la longue absence de Gérard, gouverna l'Église de Nicosie. laire. Reinhard, t. il, p. 126-127. Les archevêques latins de Chypre, dont Mas-Latrie Sa mort eut lieu en 1315, d'après une note du marty­ nous a laissé une histoire très documentée, montrèrent rologe de Saint-Lazare. Gallia Christiana, Paris, 1728, ordinairement beaucoup de zèle pour la discipline et t. tv, col. 650. Clément V, en 1312, avait appelé au siège pour la défense des droits de l'Église. En face des de Nicosie le dominicain Jean del Conte, qui ne prit Grecs, ils tenaient à avoir un clergé distingué par ses possession qu’en 1319. Atnadi, Chronique, p. 400. L’ile mœurs et sa doctrine, et les synodes tenus à plusieurs traversait alors une période de prospérité; mais le luxe reprises dans l’ile visaient à conserver celte supériorité régnait dans le clergé. Le zélé dominicain travailla à du clergé latin. 11 est regrettable que les circonstances rétablir la discipline ecclésiastique, défendit aux clercs politiques aient souvent empêché les archevêques de de s’occuper de commerce, et sanctionna d’autres dis­ résider dans l’ile, ou d'y rester continuellement. Outre positions très utiles au développement de la vie chré­ les archevêques qui,comme Hugues de Fagiano, Gérard tienne parmi ses ouailles. Histoire des archevêques, de Langres, Jean del Conte, etc., quittèrent leur diocèse p. 257. Sa générosité est attestée par les chroniqueurs ou en restèrent longtemps absents, il y eut plusieurs cypriotes. 11 dépensa des sommes considérables pour archevêques commendataires qui ne connurent le siege l’embellissement de sa cathédrale. Sa charité envers les de Nicosie que par ses revenus, très considérables, pauvres était inépuisable, et, en 1330, à la suite d'une Conrad Caraccioli (1402), Étienne de Carrare (1406), terrible inondation, Strambaldi, p. 27, il ouvrit sa Hugues II de Lusignan. Isidore de Kiev, Antoine Tunelo maison et les greniers de l’archevêché aux affamés et (1464), Jean-François Brusato. L’absence du chef eccle­ aux victimes de ce désastre. Amadi, p. 405-406. Sa géné­ siastique, ainsi que le constata l'archevêque Aldobranrosité rayonna même au dehors de l’ile et les églises dini des Ursins en 1502, exerçait une inlluence funeste de la Toscane eurent part à ses largesses. Histoire des sur la discipline et les mœurs du clergé. Histoire des archevêques, p. 261. archevêques, p. 316. Le dominicain Félix Fabri se plai­ Son successeur, le cardinal Eliede Nabinaux, nommé gnait amèrement à la fin du XVe siècle de la négligence par Jean XXII le 16 novembre 1332, s’appliqua dans sa des évêques à résider dans l’ile et à accomplir leur tournée pastorale à.déraciner les abus qui s’étaient ministère. Erogatorium in Terram Sanciam, t. ni, glissés dans l’ile et qui persistaient malgré les efforts et p. 242. Il déplorait qu’on achetât l’épiscopat, et il les décrets de ses prédécesseurs. Dans ses constitutions n’épargnait pas ses lazzi à certain évêque cypriote il se plaint que ces décrets restent lettre morte, et que l’ambition et l’amour des richesses se rencontrent' juvenis, imberbis, fcemineam habens faciem el mores parmi ses prêtres. Mansi, t. xxvt, col. 371. Philippe 1er de per omnia muliebres. Ibid., p. 243. Ajoutons que bon nombre des titulaires appartenaient Chambarlhac (1344), savant prélat, originaire du Péri­ à la noblesse et se trouvaient mêlés à des questions po­ gord, obtint de Clément VI des prérogatives extraordi­ litiques, qui les éloignaient parfois de l’accomplisse­ naires, entre autres celle de se rendre à Rome toutes ment des devoirs de leur charge. Ceux qui y laissèrent les fois qu'il l'aurait jugé opportun. Histoire des arche­ un souvenir inoubliable de vertu el de zèle appartiennent vêques, p. 270. Citons parmi ses successeurs Raymond de La Pradèle (1366), à qui le B. Urbain V écrivit pour ; d’ordinaire aux ordres religieux. Citons le B. Hugues de Fagiano, Jean d’Ancône, Jean del Conte, Élie de lui recommander de défendre aux Latins la fréquenta­ tion des églises grecques; Hugues de Lusignan, troi­ Nabinaux, Guillaume Gonême. La liste des archevêques latins de Chypre, d’après sième fds du roi Jacques Ier et d'Héloïse de Brunswick, Mas-Latrie, contient 34 noms dans l’intervalle de près de nommé cardinal en 1426; Galésio de Montolif (1442), qui eut à subir l'hostilité constante de la reine de quatre siècles (1196-1571). Celle de Lequien 30 seulement. Chypre, Hélène Palêologue, et vécut pendant quelques Oriens Christianus, t. m, col. 1201-1216. Cette différence années en dehors de son diocèse, Jauna, t. n, p. 947; provient de ce que Lequien ignorait des documents André de Rhodes (1447), célèbre dominicain qui joua découverts dans la suite, surtout le cartulaire de Sainteun rôle si glorieux au concile de Florence, et tut chargé Sophie, qui est une des sources les plus importantes par Nicolas V de défendre aux Grecs de Rhodes et de de l’histoire de l’Église latine de Chypre. La liste des Chypre de répandre le faux bruit que les Latins avaient évêques de Paphos dans I Oriens Christianus, t. m, été obligés de reconnaître l’excellence et la pureté de col. 1217-1220, comprend 15 noms depuis 1298 jusqu'à leur doctrine, Raynaldi, an. 1441, n. 6, t. vt, p. 370; le 1570 (31 chez Hackett); celle de Famagouste, siège cardinal Isidore de Kiev, archevêque commendalaire, mentionné par Innocent 111 dans une lettreau patriarche qui ne mit pas le pied dans son diocèse; Guillaume de Jérusalem du 17 mai 1211. Raynaldi.an. 1211, n. 25. Gonême, de l'ordre de Saint-Augustin, qui. au milieu t. i, p. 314, 23 noms entre les années 1211-1570; Ori s des plus grandes contrariétés, ne se départit jamais de christianus, t. m, col. 1219-1224 (42 jusqu’à 1588, d’apres son humilité et contribua puissamment à répandre et à Hackett); l’évêché de Famagouste, dans le même inter­ affermir dans File les religieux de son ordre, Loredano, valle^ noms, ibid., col. 1223-1230 (42 d’après Hackett). 2455 CHYPRE (ÉGLISE DE) 2» Les luttes des êvêqttes. — Dès ses origines, la hié­ rarchie latine de Chypre se trouva en d saccord avec la maison royale de Lusignan et la noblesse cypriote. Les causes de cet antagonisme étaient à la fois reli­ gieuses et civiles. Tout d’abord, les rois de Chypre tenaient pour des raisons politiques à ne point mécon­ tenter leurs sujets grecs et à ne point froisser leurs sen­ timents religieux. Les évéques latins, obéissant aux conseils d’un zèle parfois imprudent, ne voulaient pas acquiescer aux mesures de prudence des rois de Chypre et leur reprochaient le mépris systématique des intérêts les plus graves de l’Église. Depuis les premiers jours de la domination latine jusqu'au xtv· siècle, la lutte entre Grecs et Lalins n’eut presque pas de trêve, et la puis­ sance laïque prit la défense des intérêts religieux de la population indigène, comme pour lui faire oublier sa sujétion politique. Histoire des archevêques, p. 208. La hiérarchie latine n'avait pas à se défendre seule­ ment contre les Grecs. Il lui fallut résister longtemps aux empiétements des légats du Sainl-Siege et des pa­ triarches de Jérusalem. Cette résistance explique les nombreux documents où les papes confirment les pri­ vilèges de l'archevêque de Nicosie, et défendent aux légats de prononcer contre celui-ci la sentence d'excom­ munication, sans qu'il en soit informé au préalable. Ainsi l’archevêque Èustorge porta plainte contre le car­ dinal Eudes de Chàteauroux qui s'était permis de blâmer sévèrement son administration. Documents nouveaux, p. 345. Le patriarche de Jérusalem intervint souvent dans les affaires de l’Église cypriote. Il était appelé à répri­ mer les abus, à couronner les rois, à visiter les églises de Chypre. Le patriarche Guillaume 11 en 1267 accom­ plit ces deux dernières fonctions. L., t. CCI, col. 1050; Popov, LalinskaiaJerusalimsltaia Patriarkhiia, SaintPetersbourg, 1903. t. Il, p. 59-60. Quelques-uns pous­ sèrent loin leurs prétentions. Raoul de Grandville (1291), exploitant la faiblesse ou la grande bonté d’âme de Jean d’Ancône, archevêque de Nicosie, exerça dans l’ile des droits exorbitants, qui exigèrent à la fin l'intervention de Nicolas IV. Le pape lui reproche de moissonner dans le champ d’autrui, de mépriser la juridiction de l'arche­ vêque. d'accomplir les fonctions épiscopales dans le diocèse de ce dernier, de le dépouiller de ses préroga­ tives et de ses biens, et de lui extorquer de fortes sommes d'argent. Documents nouveaux, p. 34-9-351. 11 l’engage à respecter les droits du siège de Nicosie. Dans ces luttes les archevêques se réclamaient de Tantocéphalie de leur Église, qu’ils avaient héritée des Grecs. En 1481, l'archevêque Victor Marcello écrivait à Sixte IV : Nec invenitur unquani quod patriarchalus Hierosolymitani jurisdictio Cypri archiepiscopum sub­ ditum habuit. Documents nouveaux, p. 506. Les pa­ triarches de Jérusalem, lorsqu'ils évacuèrent définitive­ ment la Terre-Sainte, et devinrent des simples titulaires, résidaient parfois à Chypre dans une maison contiguë au couvent de Saint-Dominique de Nicosie, à l’intérieur de la citadelle. Lusignan, Corona terza, p. 157. Leur in­ gérence diminua au fur et à mesure que le patriarcat latin de Jérusalem devint un titre simplement honori­ fique. Plusieurs de ces patriarches furent appelés au siège de Nicosie : le légat Pierre de Pleine-Chassaigne, qui gouverna le diocèse durant l’absence de Jean del Conte (1309-1315), Popov, t. il, p. 64. le cardinal Elie de Nabinaux, p. 65, le cardinal Hugues de Lusignan, p. 66. Une autre source de conflits qui durèrent jusqu’à la tin de la domination latine, fut la question des revenus et des biens de l’Église. Le roi Guy de Lusignan avait distribué des fiefs, des biens et des franchises â tous ceux qui se rendaient dans l’ile avec l’intention de s’y établir. Il se forma ainsi un noyau de noblesse, qui gardait l’esprit et les principes de la féodalité française 2iôü d’où elle était sortie. Histoire de Chypre, t. I, p. 45. La hiérarchie latine, après la suppression des évêchés grecs et leur réduction à quatre, hérita des biens des évêchés supprimés et des monastères grecs. A ces res­ sources déjà considérables par elles-mêmes, s'ajoutaient les dimes que les chevaliers de Chypre s’étaieutobligés à payer. Mais les évêques latins n’étaient point satis­ faits et ils réclamaient dans leur totalité les biens pos­ sédés par la noblesse, et ayant autrefois appartenu à l’Église grecque, même avant la création d’une hiérar­ chie latine. « Cette prétention, dit Mas-Latrie, était exagérée et inadmissible. » Histoire de Chypre, t. i, p. 205. Par la convention de Limassol de 1221), la no­ blesse s’obligea à payer régulièrement la dime, mais ces promesses ne furent pas tenues, et il s'ensuivit des tiraillements fréquents entre les clercs et les laïques dans l’ile de Chypre. A plusieurs reprises les papes furent obligés de rappeler aux Lusignans et aux che­ valiers cypriotes leurs engagements. Honorius III écrivit en 1224 et 1225 à la reine et à la noblesse, 1rs engageant à ne point violer les conventions de 1220 et de 1222. Par une lettre du 4 août 1228, Grégoire IX se plaignit que les chevaliers, occasionem frivolam men­ dicantes, u'observaient pas les articles signés par eux: il revint à la charge dans une lettre adressée à Gérold, patriarche de Jérusalem, déclarant de nouveau que les raisons apportées contre les revendications de la liiéi rchie latine sont frivoles; en 1232, à la suite d’un a: l-itrage conclu par les archevêques de Césaree et de Nazareth des évêques de Chypre et dans le conllit de la noblesse cypriote, il répète que les chevaliers teneamur irre/ragabiliter observare les conventions précédentes; en 1237, le même pape Grégoire IX se plaint aussi a la reine et au roi de Chypre de leur négligence à payer exactement les dîmes, sans tenir compte des excommu­ nications lancées à plusieurs reprises contre les cou­ pables. Pressulti, Regesta Honorii papse 111, n. 4998, t. n, p. 249; n. 5361, p. 315; Potthast.n. 8250: Hist ire de Chypre, t. ni, p. 631, 633-636, 641-642. Cependant ces exhortations du saint-siège restaient toujours sans effet, et les plaintes des évêques n’amenaient pas â rési­ piscence les récalcitrants. A la mort de Grégoire IX, l’archevêque Eustorge s'adressa à Innocent IV pour obtenir que justice fût faite. Il conjurait le souverain pontife d’écrire directement au roi. parce que les che­ valiers ne reculaient pas devant les menaces d’excom­ munication. Histoire des archevêques, p. 225. lingues de Fagiano agit avec plus de vigueur, mais toujours inutilement. Alexandre IV l’engagea à procéder même par voie d’excommunication contre ceux qui ne vou­ laient pas se soumettre au payement de la dime, et il écrivit à la reine de Chypre, l’exhortant à respecter les droits de l’Église. Histoire des archevêques, p. 235. i es plaintes des évêques latins devinrent plus pressantes, lorsque, après la prise de Saint-Jean d’Acre par les Arabes (1291), le roi Henri II établit un impôt extraor­ dinaire sur tous les habitants du royaume afin de pourvoir à la défense de file. Jean d'Ancône, malgré son caractère pacifique, qui parfois touchait à la fai­ blesse, se crut en devoir de protester contre une n esure qui frappait les ecclésiastiques plus lourdeimnt que les laïques, Histoire des archevêques, p. 249. et plus lard Boniface VIIIajoutait ses protestations à celles de l'archevêque de Nicosie. Raynaldi, an. 1299. n. 37. t. iv. p. 277. Jean del Conte, dans sa constitution du 17 juin 1321, menace d’excommunication les usurpa­ teurs des biens de l’Église. Clément VI. sur les ins­ tances de Philippe I" de Chambarlhac. recommande au roi de Chypre (16 juillet 1345) d’obliger les che­ valiers à payer exactement les dîmes. Histoire de Chypre, t. ni, p. 738-732. Dans la suite, la rigueur des évêques cypriotes se ralentit sur ce point, et la cause doit en être attribuée aux fréquentes vacances lu 2457 CHYPRE (EGLISE DE) 2458 siège archiépiscopal et à l’absence réitérée de ses titu­ I il travailla à la rédaction d’un credo auquel pussent laires. souscrire toutes les confessions religieuses de l’ile. Mansi, t. xxvt, col. 372-376. Dans ses décrets il insisle 3° Les synodes. — Au milieu de ces luttes mes­ quines d'argent, la vitalité de l'Église latine de Chypre sur la nécessité de réclamer le payement intégral de fa se manifeste dans les synodes réunis souvent pour dime, de réunir deux fois par an dans chaque diocèse régler les questions de discipline et trancher les diffé­ le synode, et d’éloigner les clercs de s’immiscer dans rends avec les Grecs. D'après les Constitutiones Eccle­ les affaires d’argent et d’héritage. L'archevêque Phi­ sia: Eicosiensis, les évêques latins de l’ile étaient tenus lippe I" de Chambarlhac, dans plusieurs décrets pro­ mulgués en 1350, 1353, 1354, prescrit les règles à suivre de se réunir une ou deux fois pour traiter les questions relatives à la discipline ecclésiastique. Mansi, t. xxvi, dans les mariages mixtes, et règle plusieurs points de col. 311. Hugues de Fagiano, en 1253, promulgua deux liturgie et de discipline. Mansi, t. xxvt, col. 380-382. statuts disciplinaires, insérés dans les Constitutions qui Après une longue période de décadence, le dernier dérivent en grande partie de lui : le premier rappelle aux évêque de Nicosie, Philippe Mocénigo, rétablit la splen­ deur du culte et l’observance des lois de l’Église dans laïques l’obéissance et le respect dus au clergé; le second exhorte le clergé régulier à ne point faire une ' son diocèse. Un rapport de Sagrédo au sénat de Venise âpre concurrence au clergé séculier, et à modérer fait le plus bel éloge de l’activité pastorale de Mocénigo et de ses réformes : « Le chant est réorganisé : les saints son zèle de sorte que l’église cathédrale de Nicosie ne offices sont célébrés convenablement à toutes les fêles : soit pas désertée au profit des églises monastiques. Mansi, t. xxvt, col. 318-319. Un décret du 10 janvier 1255 chaque jour il y a matines, une grand’messe, et le soir oblige les clercs, in virtute obedienliæ, à fréquenter vêpres et complies... L’Eglise de Nicosie a été mise sur assidûment les offices divins. Mansi, t. xxvt, col. 322. un aussi bon pied que possible par le nouvel arche­ Un autre décret du pieux archevêque frappé d’excom­ vêque, et le service divin s’y fait régulièrement. » His­ toire de Chypre, t. ni, p. 542-543. Lorsqu’elle disparut munication les usuriers, et ceux qui les soutiennent, sous le cimeterre musulman. l’Église de Chypre reve­ et condamne l’usure qui s'insinuait dans la population nait aux beaux temps de sa régularité et de sa vie reli­ de Chypre comme un cancer. Mansi, t. xxvt, col. 319321. L’archevêque Raphaël, entre 1270 et 1280, tint gieuse. 4» Saints. — Le P. Étienne de Lusignan constate un synode provincial où il rédigea la fameuse consti­ tution à l’égard de l’administration des sacrements par avec orgueil que son île natale a toujours été très les prélats grecs. Mansi, t. xxvt, col. 322-335. Le cardinal féconde au point de vue surnaturel. A son dire, dans Eudes de Châteauroux, légat du saint-siège, avait con­ près de cent villages, on honore les restes de trois ou tribué à la législation de l’Eglise de Chypre par ses quatre saints; l’ile entière possède ceux de 315 saints. décrets (ordinationes seu institutiones) relatifs aux 11 donne une liste de 107 saints cypriotes de nais­ écoles et aux paroisses. Mansi, t. xxvt, col. 337-342. Au sance, ou ayant vécu et fini leurs jours à Chypre. mois de septembre 1298, l’archevêque Gérard de Langres Chorograffia, p. 27-28: Description de toute l’isle, et les évêques de Paphos et de Limassol tinrent un sy­ p. 64. Cependant, peu de noms figurent dans la liste des node provincial dans cette dernière ville, et y promul­ saints latins ou cypriotes qui se trouvent mêlés â l’his­ toire de l'Église latine de Chypre. Appartiennent à la guèrent plusieurs canons disciplinaires sur les sacre­ ments, les dimes, la sépulture ecclésiastique, etc. légende, sainte Aphra, fille d’un roi de Chypre, d’après Mansi, t. xxvt, col. 347-356. En 1313, Pierre de PleineLusignan, Corona quarta, p. 32-33, et émigrée en Alle­ Chassaigne, évêque de Rodez et légat apostolique en magne, ou elle devint la patronne d’Augsbourg, Hac­ Orient, présida le synode provincial de Nicosie, ou l’on kett, p. 431; et sainle Limbanie (xin° siècle), dont prit des mesures pour soustraire ledergé à sa lamentable l'office tout imprégné du parfum et de la simplicité des ignorance. Le légat ordonna que tous les clercs addis­ légendes médiévales, se trouve â la fois dans les bré­ cant expedite legere qui nesciunt et cantare, nec non viaires des bénédictins et des augustins. Acta sancto­ grammatica: facultatem : ut sciant et intelligent sal­ rum, t. n septembris, p. 784-800. Les Grecs de Chypre tem ad litteram grosso modo ilia quæ dicunt in eccle­ vénèrent aussi 300 ermites allemands et français qui, sia el audiunt, ad differentiam laicorum, ne sacer­ fuyant les persécutions des Arabes, se seraient éta­ dos fiat ut populus, sculptas imaginis idiota. Mansi, blis dans l’ile, et y auraient donné l'exemple des plus t. xxvt, col. 357. A Jean del Conte on doit plusieurs belles vertus. Mais il y a beaucoup d’éléments légen­ constitutions disciplinaires qui attestent un grand relâ­ daires dans ce groupe extraordinaire de saints, dont chement de mœurs dans le clergé de l’ile. Les cha­ on ne sait pas au juste l’époque de son établissement noines et les détenteurs de bénéfices ecclésiastiques dans l’ile. Selon Lusignan, ils y vinrent à la fin du ne se préoccupaient pas de satisfaire à l’obligation xni· siècle, après la perte de Ptolémaïde par les du chœur, de porter l’habit ecclésiastique, de célé­ croisés. Description de toute l’isle, p. 63. Sathas fixe brer toutes les messes dont ils recevaient les honoraires. cette date entre les années 690-697. Vies des saints alle­ mands de l'Église de Chypre, dans les Archives de Mansi, t. xxvt, col. 363-365; constitution de 1320. Une constitution donnée l’année suivante, défend aux l’Orienl latin, 1884, t. n, p. 407. D’après Léonce Maclercs et aux laïques sous peine d’excommunication chéras, ils se retirèrent dans des grottes, et vécurent d’entrer dans les monastères de religieuses. La consti­ deux ou trois ensemble, ayant à leur service un domes­ tution de 1323 frappe d’excommunication les faux té­ tique qui leur apportait la nourriture. Chronique de moins, Mansi, t. xxvt, col. 369; celles de 1324 et de 1325 Chypre, t. n, p. 21. Le plus célèbre fut un chevalier déterminent plusieurs points de discipline à l’égard franc, Jean de Montfort, que le P. Fabri appelle Alle­ du clergé régulier et séculier, et revendiquent les mand, nobilis cujusdam Teutonici, Evagatorium, t. ni, droits de l’Église de Nicosie. Mansi, t. xxvt, col. 369-371. p. 235, â moins qu’on ne veuille expliquer cette épithète Le cardinal Elie deNabinaux promulgua aussi plusieurs dans le sens de membre de l’ordre tectonique. Son décisions synodales pour le clergé de l’ile. Dans une de corps, conservé intact, était l’objet d’une grande véné­ ses constitutions dont on n’a pas conservé la date, il se ration de la part des Cypriotes et des étrangers. Il plaint de l’oubli des décrets de ses prédécesseurs, dont reposait dans un superbe tombeau dans l'église des il affirme potius membranas occupasse, quam in aliquo ermites de Saint-Auguslin, d'après le P. Fabri. Mais les frudum salutiferum attulisse. Mansi, t. xxvt, coi. 371. autres chroniqueurs, Machéras et Lusignan, affirment Dans un autre synode provincial auquel intervinrent que ces reliques étaient vénérées dans l’église de ses suffragants, les évêques grecs, les délégués des Sainte-Marie de Beaulieu (Πιάλεβε, selon Machéras), nestoriens et des jacobiles, des religieux et des clercs, ayant appartenu d’abord aux cisterciens et ensuite 2459 CHYPRE (ÉGLISE DE) 2460 aux franciscains de l’observance. L’église de l’abbaye I Hackett, p. 594. On y admirait les tombeaux de beau­ coup de rois de la maison de Lusignan, Hugues II, prit même avec le temps la dénomination d’église de Hugues IV, Pierre Ier, Pierre II, Jacques Ier, Janus et Saint-Jean de Montfort. Chronique de Chypre, p. 69; Jean II, Hélène Paléologue, que les dominicains s'étaient Corona quinta, p. 52; Description de toute l’isle, obstinés à enterrer dans leur église, bien qu’elle eût, p. 63. On possède les offices de plusieurs dn ces saints avant sa mort, demandé d’être inhumée au monastère allemands de Chypre, tels que celui de saint Thérapon, grec de Saint-Georges de Mancana. Un grand nombre publié par .Michel, archevêque de Chypre (qui ne figure de prélats et les représentants les plus illustres de la pas dans la liste des archevêques), ’Ακολουθία τού noblesse de Jérusalem, de la Syrie et de Chypre repo­ άγιου ιερομάρτυρα; Θεράποντος τοϋ θαυματουργού, Venise, saient aussi â côté des tombes royales. Le monastère 4801, et ceux d’Auxentios, Constantin, Kendéas et Anas­ perdit en grande partie ses richesses, lorsque la reine tase, publiés par Chrysanthe de Chypre, Venise, 1779. Charlotte, dans sa lutte contre le prétendant au trône Sathas, p. 418-426; Acta sanctorum, t. v maii, p. 273. Jacques, son frère naturel, demanda aux dominicains On cite aussi dans la liste des saints cypriotes le de mettre à sa disposition leurs trésors. Chorograf/ia, légat Pierre Thomas, carme, dont la biographie, écrite p. 33. Ceux-ci les lui sacrifièrent de bon gré; mais la par Philippe de Mézières, a paru dans les Acta sancto­ reine Charlotte, évincée par son rival, ne put tenir la rum au 29 janvier. 11 mourut à Famagouste le 6 jan­ promesse qu'elle avait faite de doubler les rentes du vier 1366 et fut enseveli dans l'église de son ordre. monastère, aussitôt qu’elle aurait reconquis son trône. Slrambaldi, p. 69; Machéras, p. 131 ; Acta sanctorum, Le manque de ressources réduisit à 10 les religieux qui t. ni januarii, p. 605-638. Hugues de Fagiano porte le autrefois l’habitaient au nombre de 80. Chorograf/ia, titre de bienheureux, Acta sanctorum, t. iv augusti, p. 15. A la fin du xv» siècle, d'après la relation du P. Fa­ p. ni, et le dominicain Pierre de la Palu, dont le nom bri,sa situation financière était désespérée. Erogatorium, est mentionné par les bollandistes.’t. ni inaii, p. lxixt. m, p. 235. lxx, est vénéré aussi comme bienheureux dans l'ordre dominicain. Les franciscains attribuent à saint François lui-même la fondation de la mission de Chypre. H y aurait abordé Ce nombre exigu de saints paraît justifier les re­ en allant en Egypte, et ses fils l'auraient suivi en 11.-'·. proches des mœurs relâchées du clergé latin qui re­ Marcel lino da Civezza,Storia dette missioni fram. sr in.·, viennent souvent dans les documents officiels et dans t. i, p. 57. Ils possédaient â Nicosie un couvent, don; ia les récils des chroniqueurs et des historiens de Chypre. fondation remonte au xm» siècle. Wadding, Amm'es Hackett, p. 510-520. minorum,t. v, p. 290. Ce couvent n'avait pas un grand 5» Le monachisme latin. — D’après Lusignan et nombre de sujets. Les franciscains y exerçaient ·.: l'archimandrite Cyprien, les premiers religieux latins l'hospitalité à l’égard des pèlerins. Epitome annnliu qui s'établirent dans Tile partirent de Jérusalem à la minorum, t. i. p. 814. Le P. Fabri, op.cit.t. m, f· iô. suite de Guy de Lusignan. Chorograf/ia,p.ÿ2,; 'Ιστορία, nous en a laissé une description. Leur église - tait, p. 86. Leur nombre s'accrut lorsque les Arabes s’empa­ comme celle des dominicains, un mausolée royal, ùn rèrent de Saint-Jean d’Acre, en 1291. On y trouve des y avait déposé les restes mortels d’Isabelle, veuve maisons d’auguslins, de bénédictins, de carmes, de chartreux, de cisterciens, de chanoines réguliers, de d'Hugues III. de Jean de Coïmbre, prince d'Antioche, dominicains, de franciscains et de prémontrés. Ces con­ premier époux de la reine Charlotte de Lusignan. Strambaldi, p. 27; Machéras, p. 84. Nicosie avait aussi venis étaient presque tous concentrés dans la capitale. Seuls les prémontrés et les ordres mendiants possédaient monastères de franciscaines, l’un dédié à sainte Claire des couvents en dehors de Nicosie. Les dominicains d'Assise, Chorograf/ia, p. 61, connu chez les chroni­ queurs grecs sous le nom de την αγίαν Φωτειντ.. - t étaient établis à Nicosie, Famagouste, Limassol et Vavla; l’autre dans la localité de La Cava, à une lieue environ les franciscains à Nicosie, Famagouste, Limassol et des murs de la ville. Lusignan, p. 19. Hackett, p. 600, Paphos; les carmes à Nicosie,Famagouste,Limassol, et suppose que le premier de ces monastères offrit un asile prés du village d’Apélémidia; les augustins à Nicosie, aux héroïques religieuses qui. à la prise de Saint-Jean Famagouste et Limassol; les prémontrés à Nicosie el à Paphos. Lusignan, Chorogrâ/ /ia, p. 32-33; Cyprien, d'Acre, se défigurèrent par d'horribles mutilations au visage, afin d'échapper aux outrages des Sarrasins. p. 87-88. Le monastère des cisterciens eut plusieurs dénomi­ Les premiers à résider dans Tile, s’il faut en croire nations : Sainte-Marie de Beaulieu. Notre-Dame d-.s Lusignan, furent les carmes émigrés de Jérusalem après Champs, et Saint-.Iean-de-Montfort, Histoire de L7q/pr»·, la chute de la ville sainte au pouvoir des Sarrasins. Chorograf/ia, p. 32; Loredano, p. 19. C’est pourquoi t. m, p. 651, cette dernière à cause d’une chapelle qui contenait les reliques du saint. Lusignan. Coro/ια.ρ ils curent la préséance sur les autres ordres religieux Aprèsledéparl descisterciens, sous le règne de Jacqu. - 11, fixés à Chypre. Hackett, p. 591. Ils possédaient la main le couvent fut cédé aux franciscains de l'observanc.. droite de saint Luc, Bustron, p. 35; Histoire de Chy­ Lusignan, Chorograf/ia, p. 33. Au xm· siècle, les — pre, t. m. p.504, et à la fin du xv° siècle, leur monas­ terciennes avaient deux monastères, l’un dédi- â sainte tère de Nicosie jouissait d'une rente annuelle de 200 du­ Marie-Madeleine; l’autre, dont on ne sait pas le nom, cats, tirée de deux villages. Le monastère s’appelait avait été fondé par la comtesse Alice Ibelin. Itocumer.tf Sainte-Marie du Mont-Carmel, Amadi, p. 248; il est nouveaux, p. 343-344. mentionné et décrit par le carme français Nicolas Le Les bénédictins avaient des couvents â Nicosie ο i lluen. Voyage à Jérusalem, Lyon, 1488. dans les alentours. Les documents mentionnent ceux de Les dominicains eurent à Chypre une grande influence Sainte-Marie de Dragonaria, Documents non et des richesses considérables. La fondation de leur p. 355; de Saint-Jean l’Evangéliste de Bibi, qui passè­ couvent de Nicosie remonte à l'an 1226; la générosité rent dans la suite aux mains des orthodoxes. Dr· -ument· de la comtesse Alice Ibelin et du roi Henry I» leur nouveaux, p. 356;de Stavrovouni.à l'endroit ou. dapres fournit les moyens d’élever l’église des Saints-Pierre-etla légende, sainte Hélène aurait bâti une église le mo­ Paul. et un superbe monastère que les Vénitiens, pour nastère appartenait à ses origines aux orthodoxes i. His­ défendre la ville, furent obligés de détruire de fond en toire de Chypre, t. m, p. 294, note 504; Lusignan.p.33; comble en 1567. Deux écrivains dominicains, le P. Fé­ Hackett, p. 604-605. Aux bénédictines appartenaient les lix Fabri, Erogatorium in Terram Sanctam, t. ut. monastères de Notre-Dame-de Sur (c’est ai nsi que l’appelie p. 234-235, et le P. Étienne de Lusignan, Chorograf/ia, Amadi, p. 28, 276), et de Sainte-Anne, Chorograf/ia, p. 15, décrivent la magnificence de ce beau couvent, p. 15, détruit par les Vénitiens en 1567. dont l’église a été appelée le Saint-Denis de Chypre. 2461 CHYPRE (EGLISE DE) 2462 Le couvent des grands-augustins, fondé au xm0 siè­ miens temps ils rendirent beaucoup de services, et la cle, Crusenitis, Pars tertia monastici augusliniani, splendeurde leurs églises en est la meilleure preuve. Leur Valladolid, 1890, t. i, p. 300, contenait, au dire du P. l’a­ activité débordante excita la jalousie du clergé séculier. bri, t. ni, p. 236, les restes mortels de saint .lean de Dans la suite, ils se relâchèrent à tel point que le Montfort. Ce renseignement ne parait pas conforme à P. Fabri, qui visita Chypre en 1485, en fut scandalisé, la vérité; presque tous les historiens placent ce tombeau et ne put s'abstenir dans son Evagatorium,t. ni, p. 242, dans l’église des cisterciens. de stigmatiser leur conduite : Praires de ordinibus Les prémontrés étaient établis à Nicosie et à Paphos, mendicantium gui paupertatem professam abomi­ mais leur résidence principale était au nord de Cérines, nantur, castitate non afficiuntur, obedientia oneran­ près du village de Kazaphani. Cette résidence est con­ tur, et qui observantiam suæ regulæ detestantur, el nue sous plusieurs noms : abbaye de la Paix (de Laferre habitum despectum monachalem verecundantur. paiis), Lusignan, p. 5i.de Bella Paese,abbaye Blanche, Il les accuse d'ambition et d'avarice et leur reproche Histoire de Chypre, t. ni, p. 513, à cause de la couleur d’acheter l’épiscopat pour se livrer plus aisément aux de l’habit monastique des prémontrés. L’édifice, dont moeurs molles de la vie orientale. Ibid., p. 243. Il laisse les ruines témoignent de sa grandeur et de la pureté de entendre à plusieurs reprises que la charité l'oblige à son architecture gothique, avait été restauré par Hu­ garder le silence sur les moeurs corrompues de ses gues Ill (1267-1284). Les religieux jouissaient d’une confrères et des autres religieux. Ibid., p. 235. D’après grande renommée de sainteté et de vertu, el ils comp­ lui. la décadence morale du clergé latin était due à tèrent dans leurs rangs Hayton, baron de Gorbigos, de l'absence continuelle des archevêques ou des visiteurs, la famille royale d'Arménie,qui prit leur habilen I305. chargés de corriger leurs sujets, et de déraciner les Ils eurent plusieurs fois des discussions avec les arche­ abus introduits dans les monastères, et au mauvais vêques de Nicosie, qu’ils ne voulaient pas reconnaî­ exemple donné par le clergé grec. H s’ensuivait que tre comme leurs chefs hiérarchiques. Histoire de Chy­ les schismatiques grecs et arméniens perdaient toute pre, t. lit, p. 633. Au xvi» siècle l’abbaye était en pleine vénération à l’égard de l’Eglise romaine, et les Sarra­ décadence. Les monirs étaient si relâchées parmi les sins eux-mêmes en étaient mal impressionnés. Ibid., religieux,que presque tous les frères,d’après le rapport p. 242. Bien plus douloureuse était cependant la condi­ de Bernard Sagrédo au sénat de Venise en 1562, étaient tion du clergé séculier, même à une époque où l'obser­ mariés et pires encore. Histoire de Chypre, t. ni, vance llorissait dans les monastères. Dans les constitu­ p. 543. tions d'Hugues de Fagiano, on lit des décrets aux titres Les templiers avaient des maisons à Limassol et à Pa­ suivants : Ut clerici abstineant a crapula; Ut non co­ phos, étaient très puissants dans l’ile, et mal disposés à habitent cum mulieribus ; Ut non eanl ad moniales l’égard des Lusignans. Amadi, p. 261; Bustron, p. 149. sine licentia; De poma clericorum de nocte euntium. Après la dissolution de l'ordre en 1312, les templiers Mansi, t. xxvi, col. 311. Heureusement, tantôt le zèle de Chypre subirent le sort de leurs confrères de France. de quelques évêques, tantôt la vigilance des souverains Loredano, p. 246-248. Ils étaient au nombre de 118. pontifes,extirpaient des abus,et par d'utiles dispositions Amadi, p. 286: Bustron, p. 167. Plusieurs périrent dans rappelaient le clergé â l’observance des lois canoniques des oubliettes ou prisons souterraines aux alentours de et à la sainteté de la vie sacerdotale. Cérines. Leur chef, frère llaume de Séliers, mourut de 6« Les maronites catholiques. — Les maronites, au même, après cinq ans de captivité, et fut enterré dans dire de Lusignan, formaient dans l’ile, après les Grecs, l’église de Saint-Antoine, près de Cérines. Le 7 novem­ la communauté la plus nombreuse. Chorograffia, p. 34. bre Γ3Ι3, le légat du pape, le cardinal Pierre de la Leur émigration dans l’ile doit être placée au vm" siècle. Pleine-Chassaigne, dans la cathédrale de Nicosie, en Cyrilli, Les maronites de Chypre, dans La Terre-Sainte, présence des évêques, du clergé et de la noblesse, donna 1899, t. xvi, p. 68. Ils y affluèrent en grand nombre à lecture de la lettre de Clément V, qui dépossédait de la suite du roi Guy de Lusignan, qui leur accorda leurs biens les templiers et les attribuait aux hospita­ beaucoup de privilèges et leur distribua des fiefs. Sous liers de Saint-Jean. De la sorte les hospitaliers, qui le roi Henri I«r de Lusignan, ils occupaient dans l’ile s’étaient fixés â Chypre sous le régne d'Amaury (1194une soixantaine de villages (1224). Leur nombre a été 1205), eurent une cinquantaine de villages et de fiefs, évidemment exagéré par ceux qui le portentà 800 COO, dont ils jouirent jusqu'à la lin de la domination latine. Cyrilli, p. 69, ou à 180 000. Hackett, p. 528. En 1572, Sous Henry II, les hospitaliers s’établirent à Limassol, il ne leur restait que 33 villages. Leur évêque résidait et de concert avec les templiers fortifièrent la ville. A dans le monastère de Dali, district de Carpasie. Cyprien, plusieurs reprises ils jouèrent un rôle important dans p. 64. Leur cathédrale était â Nicosie. En 1596, le les affaires politiques du royaume. Hackett, p. 631-638. nombre des villages habités par eux était réduit à 19. Les rois de Chypre se montrèrent bienveillants à leur Le jésuite Dandini fut chargé par Clément VII d'aller égard, et enrichirent de biens et de faveurs leurs rési­ les visiter et de faire un rapport sur leur état. Dans sa dences de Limassol et de Nicosie. Le grand comman­ relation, il nomme les villages où résident les maro­ deur de l’ordre avait fixé son siège au lief de Colossi. A nites, et expose les conditions désastreuses de leur Limassol on trouvait aussi au xiil’-xiv» siècle les hospi­ communauté. Ils étaient établis à Métoschi, Fludi, Santa Marina, Osomatos, Gambili, Carpascia, Corinacbiti, Tritaliers dits de Saint-Thomas Becket, Histoire de Chypre, t. il, p. 81-82, et les chevaliers teutoniques. Ibid.,p. 213; mitia, Casapisani, Vonô, Cibo, leri près de Kliilri, Documents nouveaux, p. 357-363. Les premiers étaient Cruscida, Césalauriso, Sotto (Κάτω) Kruscida. Altalu, Cleipirio, Piscopia, Gastria (nous suivons l’orthographe aussi établis à Nicosie. Hackett, p. 649. du P. Dandini, p. 23). L’église qu’ils possédaient à Ni­ Les ordres religieux donnèrent beaucoup d'évêques à cosie était très pauvre. Dans les autres résidences ils la hiérarchie latine de Chypre. Nous avons cité plusieurs avaient une, deux, et même parfois trois églises, avec archevêques latins de Nicosie, sortis des rangs des deux et trois prêtres, jusqu'à huit â Métochi, p. 23. Un moines. Dans la liste des évêques de Paphos, on évéque les gouvernait ordinairement. Au passage de remarque deux dominicains, trois franciscains, un Dandini, il n'y en avait pas. Bien des malheurs acca­ hospitalier de Saint-Jean et un augustin; dans celle blèrent ce petit troupeau. Les Turcs et les Grecs cher­ des évêques de Limassol, neuf dominicains, trois fran­ chaient à les ruiner. Pour se soustraire aux persécu­ ciscains. un carme; dans celle des évêques de Fama­ tions, beaucoup de maronites se réfugièrent en Syrie, gouste, six franciscains et trois dominicains. En ce qui concerne le zèle et les mœurs des religieux latins . d’autres apostasièrenl, préférant le croissant des Turcs â établis à Chypre, il est hors de doute que dans les pre- 1 la croix des Grecs. A la fin du xvn· siècle, ils n'avaient 2163 CHYPRE (ÉGLISE DE) plus que dix paroisses. Les centres les plus importants se trouvaient dans les villages de Sainte-Marina, Cormakili et Asomatos. Les archives des franciscains de Nicosie contiennent les listes des villages administrés par des curés latins de 1690 à 1759. Cette intervention du clergé latin prouve que les maronites manquaient de prêtres de leur rite. Ces relations avec le clergé latin et leurs sympathies pour la domination latine les rendaient suspects au gouvernement turc. Cyrilli, p. 90-91. Le 1’. Dandini demanda qu'on leur envoyât un évêque et des objets du culte en raison de leur pauvreté, p. 25, 107, 131-132. Ces demandes furent accueillies fa­ vorablement. En 1598, le patriarche maronite consacra évêque le prêtre Moïse Anaisi d'Acura, et lixa sa rési­ dence à Nicosie. En 1662, la maison de Savoie octroya aux évêques maronites de Chypre une pension de 200 écus d'or par an. En 1668, l'historien Etienne Aldoensi, devenu plus tard patriarche des maronites, visita Chypre, dont il avait été consacré évêque. Monté au trône patriarcal, il nomma évêque un certain Luc, natif de Chypre (1670). A la mort de celui-ci, le siège maronite de l’ile resta vacant, personne n’ayant voulu l'occuper. Les évêques qui lui succédèrent s’établirent au Mont-Liban. Depuis cette époque jusqu’à 1848 la communauté maronite fut abandonnée à elle-même et privée de secours spirituels. Certains villages passèrent entièrement à l'islam, comme ceux de Kitréa et de Saint-Romain. Cyrilli, p. 91. Les évêques grecs se mon­ trèrent acharnés à poursuivre ces maronites, dont le sang coula. Pendant cette longue vacance, l’autorité épiscopale resta au protopapas de Cormakiti. Histoire de Chypre, t. i, p. 111. Le synode du Mont-Liban de 1736, ayant réduit le nombre des diocèses, réunit Chy­ pre au Mont-Liban sous le rapport de la juridiction ecclésiastique, et détermina ainsi les limites du diocèse cypriote : Hujus jurisdictio complectitur universa in­ sulte illius castella, ac prælerea in Chosroena regione habet Bacasfaiani, Belh-Schebabam earumque villas, nec non villas Chosroenæ usque ad pontem Beryti. Col­ lectio Lacensis, 1876, t. n, p. 454. Le diocèse de Chypre était rangé le sixième parmi les évêchés de celle Église. En 1845, le patriarche maronite, par l’entremise de son procureur à Constantinople, Elias eflendi Hava, et du consul français à Chypre, M. Toread, obtint de la Su­ blime Porte que les maronites fussent soustraits à l’oppression du clergé grec, et autorisés à se constituer en Eglise indépendante des grecs orthodoxes et soumise à la juridiction de l’évêque maronite de Chypre. En 1848, Msr Jajah fit la première visite pastorale de l’ile; il en fit d’aulres en 1867, 1878 et 1879. Son successeur Joseph Zogbi se rendit deux fois à Chypre, et après sa mort, Mor Nemallah Selouan, préconisé en 1892 évêque maronite de l’ile, visita son troupeau l’année qui suivit sa consécration (1893). Le recensement de 1891 donne le chiffre de 1131 maronites, groupés surtout dans le district de Cérines. Ils possèdent quatre monastères, Saint-Elie, près de Sainte-Marina, et Sainte-Marie de Nicosie, Sainte-Marie de Marghi, près de Myrlou, et Saint-Romain â Vouna. Hackett, p. 528. La relation de Mur Cyrilli, publiée par La Terre-Sainte, porte à 3000 le nombre des maronites cypriotes, dispersés un peu partout. On en rencontre à Nicosie, à Larnaca, à Fa­ magouste, à Limassol, à Baflb (Paphos). D’après cette relation, les églises maronites sont pauvres, et il fau­ drait des écoles pour relever ie niveau intellectuel et religieux de la population. Celle-ci parle grec, mais son clergé a conservé l’usage de la liturgie syriaque. Le dùecesis cyprensis maronite, qui comprend les fidèles de Chypre et une partie du Mont-Liban, compte 30 000 âmes. Werner, Orbis terrarum catholicus, Frihourg-en-Brisgau, 1890, p. 159-160; Histoire de Chypre, t. i, p. 111; Cyprien, p. 587-588. 7° Les Latins depuis l’occupation ottomane jus­ 2464 qu’aujourd'hui. — Les hordes musulmanes, s’établis­ sant d’abord à Nicosie, ensuite à Famagouste, s’achar­ nèrent contre les églises latines et les catholiques latins de l’ile. Elles leur firent une guerre sans merci; la dé­ fense héroïque de l’ile par Marc-Antoine Bragadino les avait exaspérées. A Nicosie la célèbre cathédrale go­ thique de Sainte-Sophie, où étaient couronnés les rois Lusignans, fut convertie en mosquée; les autres églises latines de la capitale subirent le même sort, et on épargna quelques églises grecques pour les donner aux orthodoxes. A Famagouste, le parjure Moustapha dé­ fendit absolument aux Latins d’avoir des églises, des monastères et des biens. Ceux qui voulaient pratiquer leur culte étaient obligés de fréquenter les églises grecques. La cathédrale de Saint-Nicolas de Fama­ gouste fut changée en mosquée, les autres églises en écuries ou en magasins. Philippes, p. 68-69. Les Grecs ne furent pas étrangers à cette sévérité des Turcs contre l’Eglise latine. Ils se rappelaient l’ancienne servitude, et il leur était donné de prendre revanche sur leurs persécuteurs d'antan.La plupart des prêtres et des reli­ gieux latins furent massacrés par les Turcs, dautres emmenés en esclavage, d’autres échappèrent ou s·.· : fugièrent dans des endroits montagneux et d s rts. Deux évêques périrent dans la tourmente: celui d·.· 1 phos, Contarini, d'illustre famille vénitienne. Lu?:rn n. Histoire générale, p. 16; Oriens Christianus, t. in, col. 1220; et le frère Séraphim, dominicain, évêque de Limassol, « mort plein de louange et de gloire. > His­ toire générale, p. 20; Oriens Christianus, t. ni,col.1230. L’Église latine disparut tout à fait. < L’an mil cinq eus septante, dit Lusignan, p. 90, que le Turc subjugua l’isle, tout le clergé latin fut extirpé et chassé, et il n y a en Chypre aucun Latin. » Ceux qui purent échapper à la jalouse surveillance des vainqueurs, ou parvinrent à ne point quitter l’ile, furent obligés de dissimuler leur religion. Ibid., p. 289. Cependant les franciscains ne tardèrent pas à retourner à leur poste de combat. Ils s’établirent à Larnaca, en 1572, et y desservirent l’église de Saint-Lazare, ayant d'abord appartenu aux Francs et dans la suite aux Grecs. Ils remplissaient les fonctions religieuses pour les commerçants latins, qui en très petit nombre résidaient dans l’ile, et pour les pèlerins et marchands qui y abordaient de passage. En 1593, le P. François de Spello érigea un couvent et une église, rebâtie en 1842-1848 par le frère Séraphim de Roccascalegna, qui en traça les plans. En 1596 le couvent de Larnaca reçut la visite du P. Dandini qui y séjourna, p. 220, et en 1598 celle de von Ivolowik, qui dans son Itinerarium, p. 96, fait le plus bel éloge des vertus et du zèle de ces intrépides missionnaires. Leurs res­ sources provenaient de la générosité des march mus francs et des offrandes des pèlerins. Tout bateau véni­ tien qui abordait à Larnaca leur laissait un sequin d’or. Ils desservaient l’église et le cimetière. · t don­ naient l’hospitalité aux pèlerins. Ibid., p. 95-96. A Nicosie, â la fin du XVI» siècle, il y avait une setiïe chapelle latine desservie par un prêtre séculier que les marchands francs entouraient de soins et devénér-.-vu. Dandini, p. 23. En 1636, sous Urbain VIII (1623-1634), le P. JeanBaptiste de Todi, franciscain de l’observance. vi,;ia L’ile de Chypre. Il y trouva que les maronites cat t.aliques, si nombreux autrefois, avaient embrass- i’i-lamisme en grand nombre et d'autres étaient relourn--s à leurs anciennes erreurs. Orbis seraphicus, Quartcchi, 1886, t. I, p. 637. Il demanda à demeurer dans l’ile et travailla à Nicosie à ramener les maronites au catholicisme. Il fonda pour eux une église et une rési­ dence au hameau de Marghi. Dans la suite il fut nommé évêque de Paphos. A Nicosie, il avait lixésa résidence dans l’ancien hospice franciscain de la Sainte-Croix, et comme l'église de cet hospice tombait en ruines, il se rendit â 2465 CHYPRE (ÉGLISE DE) Venise, et ayant obtenu les secours nécessaires il la restaura entièrement. En 1667, la custodie de TerreSainte réclama l’hospice comme lui appartenant. Elle avait besoin d'un collège où ses jeunes missionnaires pussent apprendre le grec. La S. C. de la Propagande adhéra à ses désirs, et obligea les franciscains de l'ob­ servance à quitter le monastère. Ceux-ci se bâtirent une chapelle â proximité de l’église de Sainte-Croix et y exercèrent leur ministère. Mais leur mission subit une rapide décadence et elle n’existait plus â la lin du xvn' siècle, bans la courte période de son exislence, elle avait restauré le catholicisme dans l’ile, en y faisant beaucoup de conversions parmi les maronites, les Ar­ méniens, les Turcs eux-mêmes. Le nombre des catho­ liques des divers rites s'éleva à 2600. Les observanlins catéchisaient les enfants catholiques, et avaient ouvert une école pour les instruire, bans l’évêché de Paphos, au P. Jean-Baptiste de Todi avait succédé en 1667 le P. Arsène de Menaggio, et en 1669 le P. Leonard) Paoli de Camajore. Orbis seraphicus, t, i, p. 642-661. Au point de vue religieux, les catholiques latins de Chypre étaient soumis à la juridiction du vicariat pa­ triarcal apostolique de Constantinople. En 1762, la Syrie, la Palestine et l'ile de Chypre furent détachées du vicariat de Constantinople pour former le vicariat apostolique d’Alep, dont les titulaires étaient aussi dé­ légués du Saint-Siège pour les catholiques du rite orien­ tal. En 1848, la Palestine et l’ile de Chypre formèrent le patriarcat latin de Jérusalem. Jusqu’alors les francis­ cains étaient la seule autorité ecclésiastique de l’ile. Mor Valerga, premier patriarche latin de Jérusalem, n’y trouva qu’un seul prêtre séculier. La mission fut alors organisée sur des bases nouvelles. On y envoya des missionnaires et des religieuses, et on ouvrit des écoles. Werner, Atlas des missions catholiques, Fribourg-en-Brisgau, 1886, p. 28-24. En 1830, M«r Brunoni, devenu plus tard vicaire patriar­ cal de Constantinople, se rendit à Chypre pour y réunir les catholiques dispersés et y relever leurs églises. En '1843, au cours d’un voyage en Europe, il exposa l’état de sa mission â la Propagande, et la nécessité d’y appeler des sœurs pour l’enseignement du catéchisme et les besoins spirituels des familles catholiques, bans ce but il s’adressa à la fondatrice el supérieure des sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, et sur ses instances, quatre sœurs de la nouvelle congrégation débarquèrent à Lar­ naca le 2 décembre 1844 et, reçues en triomphe, y ou­ vrirent une école en janvier 1845. Malgré l’hostilité des Grecs, l'école eut bientôt une centaine d’élèves. En 1816, on posa la première pierre d’une maison, où les sœurs abritèrent leurs enfants. Plusieurs d’entre elles, ter­ rassées parles fièvres, payèrent de leur vie leur dévoue­ ment à l'apostolat catholique. En 1853, les sœurs de Saint-Joseph organisèrent aussi un hôpital, et la sœur Sophie Cbambon s’y distingua tellement dans l'exercice d’une charité héroïque, qu'elle fut appelée le saint Vin­ cent de Pau) de l'ile, et honorée d'un monument après sa mort. Emilie de Vialar, fondatrice de la congréga­ tion des sosurs de Saint-Joseph de l’Apparition, Mar­ seille, 1901, p. 382-387. En 1905, la maison des sœurs de Saint-Joseph à Larnaca comptait 11 sœurs, 57 élèves payantes et 50 gratuites. Les sœurs tiennent aussi un dispensaire et soignent les malades. A côté de leur église paroissiale, les franciscains de la Custodie ont élevé un couvent (1852-1862), habité par 8 religieux, qui y font du ministère et y dirigent une école paroissiale. La Cus­ todie y envoie ceux deses missionnaires qui désirent ap­ prendre le grec. La paroisse compte actuellement 160 ca­ tholiques de rite latin, et 60 catholiques appartenant aux divers rites orientaux. L’école paroissiale est fréquentée par 62 élèves, et les sœurs de Saint-Joseph y dirigent un orphelinat, dont les frais d'entretien sont couverts par la Custodie. La paroisse de Larnaca, dédiée à Notre- 246G Dame-des-Graces, a une succursale â proximité du port; l'église dédiée à saint Joseph a été bâtie en 1882. Status descriptionis almæ seraphicæ Custodite et missionis Terree. Sanclæ anno Domini itcntti, Jérusalem, 1903, p. 79-80. En 1877, Msr Bracco, patriarche latin de Jéru­ salem, appela les sœurs de Saint-Joseph à Nicosie. Cellesci, au nombre de quatre, avant de rejoindre leur poste, durent s'arrêter quelque temps à Limassol, pour no point exciter le fanatisme musulman. Le 17 novembre de la même année, elles ouvrirent une école à Nicosie, et les meilleures familles de la capitale s’empressèrent d’y envoyer leurs enfants. En 1888-1889, elles bâtirent une maison scolaire, et à l’enseignement ajoutèrent le soin des malades. Emilie de Vialar, p. 547. En 1905, la maison comptait 5 sœurs, 20 élèves payantes et 22 gra­ tuites. Les franciscains ont dans la même ville une pa­ roisse de 300 catholiques latins et de 30 catholiques orientaux. L’église, dédiée à la Sainte-Croix et bâtie en 1641, a été restaurée et agrandie en 1900-1902. Quatre religieux (le P. gardien est toujours un Espagnol) se consacrent au ministère et à l’enseignement. L'école pa­ roissiale compte 40 élèves, el celle des sœurs 42. La maison des sœurs de Limassol a été fondée en 1884. Elle contenait, en 1905. 5 sœurs qui instruisaient 49 élè­ ves payantes et 30 gratuites. Les sœurs ont aussi un dispensaire. L’église paroissiale dédiée â sainte Cathe­ rine d'Alexandrie a été élevée en 1879. La paroisse compte 490 catholiques latins el l(X) catholiques orien­ taux; l’école paroissiale est fréquentée par 35 élèves, el la mission est confiée aux soins de quatre religieux franciscains. Status descriptionis, p. 81-83: Hessariune, 2'série, 7e année, t. iv, p. 302; Orbis terrarum catho­ licus, p. 141-143; Missiones calholicæ, Rome, 1901, p. 166-167; Die katholische Kirche unserer Zeil und Hire Diener, Munich, 1902, t. in, p. 221. Les Anglais mon­ trent beaucoup de déférence à l’égard du clergé latin de l’ile, ce qui parfois ne manque pas d’exciter la ja­ lousie des Grecs qui rêvent l’union avec le royaume hellénique et la domination absolue de l’orthodoxie dans l’ile. 111. Les confessions· orthodoxes. — En dehors des Grecs et des Latins, il y avait â Nicosie, et dans quelques autres villes de l'ile, des communautés arméniennes, maronites, coptes, jacobites et nesloriennes. Florio Bustron, Chronique de l'ile de Chypre, p. 27. Lusignan lui aussi atteste la présence dans l'ile de ces chrétientés orthodoxes ou hérétiques, et à la lisle de Buslron, il ajoute les Indiens (Abyssins) et les /veri (Géorgiens). Chorograf/ia, p. 15. Ces représentants des diverses con­ fessions orientales étaient des émigrés de la Palestine et de la Syrie, venus à la suite de Guy de Lusignan, dont la politique de tolérance leur avait assuré le libre exercice de leur culte dans plusieurs localités de l’ile. Lusignan atteste que chacune de ccs communautés était soumise à la juridiction de son évêque, dépendant à son lour de la juridiction du patriarche de sa nation. Ibid., p. 34. Dès la fondation de l’Église laline les papes essayèrent de ramener au bercail ces brebis égarées. Dans une lettre adressée à l'archevêque de Césarée et â l’évêque de SaintJean d'Acre, Honorius III engage ces prélats â travailler à la conversion des syriens, jacobites et nesloriens de Chypre, qui nec ecclesie romane, nec prædiclis archiepiscopo, prælatis, nec ecclesiis obediunt latinorum, sed tamquam acephali evagantes, suis seclis antiquis, et erroribus innituntur. Histoire de Chypre, t. ni, p, 618619. Urbain IV se plaint vivement à Hugues d’Antioche des vexations que les Syriens font subir â ceux de leurs prêtres qui se soumettent â l’autorité du saint-siège, et réclame des mesures énergiques pour les obliger à leur devoir. Histoire de Chypre, t. ni, p. 655-657. Jean XXII, en 1226, recommande.â Raymond, patriarche de Jéru­ salem, d’extirper de l'ile les jacobites et les nestoriens, quorum secla nequissima olim in conciliis generalibus 2467 CHYPRE (ÉGLISE DE) reprobata extitit et damnata. Raynaldi, an. 132?, n. 28-29, t. v, p. 330-331. En 1338, l'archevêque Élie de Nabinaux s'occupa avec beaucoup de zèle de la con­ version de ces dissidents, ce qui lui valut la bienveil­ lance et les éloges de Benoit XII. Raynaldi. an. 1338, n. 72, t. VI. p. 148. Des efforts plus décisifs furent faits après le concile de Florence ; les chaldéens et les maro­ nites suivirent l'exemple des arméniens qui s’étaient réunis â l’Église romaine, mais celte union n’était pas sincère. Raynaldi, an. 1445. n. 20, t. ix, p. 465-467. Nicolas V se plaint à l’archevêque de Nicosie de l’in­ constance des chaldéens qui étaient retombés dans leurs erreurs. Raynaldi, an. 1450, n. 14, t. tx, p. 554-555. Une bulle de 1472 établit que les évêques grecs, arméniens, Jacobites et nestoriens ne peuvent exercer leur juridic­ tion que dans les villes de leur résidence. A quelques ex­ ceptions près, les dissidents de ces confessions orientales, durant la domination latine, gardèrent leurs croyances et leur animosité contre le clergé latin. Iiackett, p. 530532. Les Syriens apparaissent dans l’ile de Chypre bien avant les Latins. Histoire de Chypre, t. i. p. 103. Crou­ pes surtout à Nicosie et à Famagousle, ils dépendent, au point de vue civil, d’un magistrat laïque de leur na­ tion appelé rets. Au point de vue religieux, ils sont en­ globés dans l'orthodoxie grecque dont ils adoptent les croyances, les riles et l'hostilité contre l’Eglise latine. Histoire de Chypre, t. ni, p. 642. Les géorgiens, en très petit nombre, possédaient un monastère près d'Alamino, dans le dislrict de Mazoto. Iiackett, p. 523; Cyprien. p. 91 ; Lusignan, Histoire générale, etc., p. 75. Les Grecs orthodoxes se les assimilèrent, et leur inspirèrent la haine de la suprématie romaine. Histoire de Chypre, t. i. p. 112. L’émigration des Arméniens dans l’ile re­ monte â une période antérieure à la domination latine. Leur nombre s'accrut lorsque le sultan d’Égypte en 1322 s'empara de leur contrée natale. Hugues 11 leur donna l'hospitalité dans ses domaines el des secours en argent. Ils avaient des colonies à Nicosie, à Paphos, à Famagouste et dans tes villages de Plalani, Kornokipos el Spatharico. Lusignan, Histoire générale, p. 72. A Nico­ sie, ils étaient soumis à la juridiction d'un évêque nommé par le catholicos de Sis, Hackett, p. 524; His­ toire de Chypre, t. I, p. 105-106; ils eurent quelque temps un siège épiscopal à Famagouste. Chorograflia, p. 34. Le Quien mentionne seulement deux évêques de la communauté arménienne de l'ile : Nicolas, qui assista au synode de Sis de 1397, et Julien, ce dernier,domini­ cain. Cyprien, p. 91. D'après Lusignan, il travailla avec zèle à la conversion de ses compatriotes, et après la prise de Nicosie par les Turcs (1570), il fut transféré au siège de Bova en Calabre. Oriens Christianas, t. i, col. 1429. D'après le recensement de 1891, il y avait dans l’ile 269 Arméniens, dispersés à Nicosie, à Larnaca et à Saint-Merkourios. Iiackett, p. 524. Ils possèdent le mo­ nastère de Saint-Macarios (Saint-Merkourios, district de Cérines), Cyprien, p. 91. et l’église de Saint-Georges, à Nicosie. Ils entretiennent à leurs frais une école. Les jacobilei, soumis au siège patriarcal d’Antioche, étaient déjà dans l’ile à l’époque de la domination byzan­ tine. La bulle d’Honorius III (20 janvier 1222) atteste qu’ils avaient un évêché. Histoire de Chypre, t. m, p. 618-617. Le Quien donne, d’après Assémani, la liste de 8 prélats jacobiles qui auraient exercé leur juridiction à Chypre : le premier, Proclus, serait mort en 708. et le dernier Isaac, aurait vécu après l'occupation musulmane, en 1583. Oriens Christianus, t. il, col. 1421-1422. D’après Lusignan, ils avaient recours à l’évêque copte, lorsqu'ils n’en avaient pas de leur nation. Histoire générale, p. 74. Les coptes établis à Nicosie dépendaient du patriarche du Caire. Un de leurs monastères, dit de Saint-Macaire, auprès du village arménien de Plalani. abritait des moines très attachés à 1 observance des règles sévères 20 du monachisme byzantin. Chorograffia, p. 34. Hackett, p. 526, suppose que le monastère des coptes est iden­ tique à celui du même nom, que les Arméniens pos­ sèdent aujourd'hui. Leur église était dédiée à saint Antoine. Lusignan, Description, p. 31. Lusignan les appelle les hérétiques les plus obstinés et opiniâtres de File. Les Abyssins, fixés à Nicosie, obéissaient à un évêque envoyé par le patriarche ou métropolite d’Abyssinie, pratiquaient la circoncision, et recevaient le baptême au /ronl avec un fer chaud. Lusignan, Histoire gé­ nérale, p. 74; Histoire de Chypre, t. I, p. 113; Iiackett, p. 526; Lusignan, p. 34. Les nestoriens ou chaldéens, existant à Nicosie seule­ ment, Histoire générale, p. 75, étaient placés sous la juridiction du métropolite chaldéen de Tharsous, qui dé­ pendait lui-même du patriarche nestorien de Bagdad ou Mossoul. Iiackett, p. 529; Histoire de Chypre, t. i. p. 112. Les représentants de ces confessions orientales étaient obliges de prendre part aux processions solen­ nelles des Latins, à la Fête-Dieu et à la fête de saint Marc. Chorograflia, p. 35. A ces cultes dissidents, il faut ajouter une secte spéciale, dite Linobambaci (de deux mots grecs, signifiant lin et coton). L’origine de cette curieuse dénomination est due à ce que leurs croyances les placent entre les chr··:.· ns et les musulmans. Ils dérivent des maronites catholiq s qui après la conquête de l'ile par les Turcs eurent a .bir les pires avanies de la part des évêques grecs or:· >doxes. Les prêtres maronites furent accusés auprès -.e la Sublime Porte de travailler à rétablir la domina u n vénitienne, et d'ourdir des complots contre la Turqni··. Beaucoup furent condamnés à l’exil, à la prison ou à la mort, et on força les autres à renoncer à leur foi et à se soumettre à la hiérarchie grecque. Cette , ution eut pour résultat de jeter une partie considérable de cette population chrétienne dans l'islamisme. Ma < ces apostats par désespoir ne répudièrent pas tout à fait la religion chrétienne. Ils gardèrent quelques croyam es et quelques rites, par exemple, le baptême et la c. nlirmation qu'ils administrent a leurs enfants après la < >rconcision musulmane. Us portent deux noms, l'un chré­ tien et l'autre musulman. Leur noyau principal se trouve dans le village de Louroujina, district de Nicos:·». Hackett, p. 535. Une correspondance intéressante du Bessarione, 2“ série, 7« année, t. IV. p. 300, en porte le nombre à 10C00; mais ce chiffre nous parait exagéré. Sous la domination anglaise, les Linobambaci se montrent disposés à revenir à la foi de leurs ancêtres. Malgré la guerre ouverte du clergé grec orthodoxe, on franciscain de Terre-Sainte, le Pere Celestin de N mzio de Casalnuovo, pendant 33 années d'apostolat â Lima-sol. s’adonna à la conversion des Linobanibaci. Dix ’.io ., s, Auo Civida, Kato Civida, Polemidia, Amathunta. Μ ,ιιηοgna, Stavrocomi, Saint-Georges, Marona. Pano-Αιehimandrita, Monagri, lui demandèrent of. ci·Hem, :.: de fonder des écoles au milieu d eux. Le P. C. lestiu ou deux écoles. Mais le clergé grec excita le fanatisme t polaire conlre ces malheureux paysans, qui sont in- . :tés lorsqu'ils descendent à Limassol pour y vendre leurs produits. Le cimetière latin fut profané; les arbr s furent coupés dans les terres de ces paysans et euxmêmes, épouvantés, renoncèrent à leurs projets. Le nombre des conversions ne dépassa pas la centaine. Ce petit noyau de convertis est groupé à Limassol et donne de belles espérances pour le retour au catholicisme de leurs coreligionnaires. Bessarione, loc. cit.,p. 301-3Û2. Les Cy priotes, à l'exemple de leurs ancêtres, professent une grande antipathie à l'égard des Juifs, et ils n'ou­ blient pas la recommandation exagérée de l’archiman­ drite Cyprien, p. 95, qui les engageait à ne jamais per­ mettre ri ce peuple infidèle et ennemi de souiller par sa présence le sol de Chypre. En 1332, l’archevêque 2469 CHYPRE (ÉGLISE DE) Jean del Conte obligea les Juifs â se couvrir d’un béret jaune comme signe distinctif. Amadi. p. 406. Ils avaient amassé de grandes richesses à Nicosie et à Famagouste. En 1374, les Génois leur imposèrent une contribution de 100 000 ducats. Dans cette dernière ville, au dire de Lusignan, ils étaient 2000. Le gouvernement de Venise les obligea â se prosterner dans les rues de Famagouste devant le saint-sacrement. Histoire générale, p. 76. Le recensement de 1891 porte leur nombre à 127. Us ré­ sident en grande majorité dans le district de Larnaca. Leur nombre s’accroît d'année en année. Le gouverne­ ment anglais favorise la colonisation juive dans l’ile. Plusieurs familles juives, arrivées en 1904· à Chypre, ont été installées dans des propriétés achetées par des Israélites. Les Cypriotes ont protesté bruyamment, et le sylloge Zenon a voté un ordre du jour dans lequel il regardait l’établissement des Juifs en Chypre comme une source de rivalités et de haines nationales. Il est probable que les juifs ne seront pas arrêtés par les protestations et pénétreront de plus en plus dans l’ile. Messager d'Athènes, 1904, p. 321. La bibliographie de l’Église de Chypre est très abondante. Nuns ne citerons que les ouvrages spéciaux, non pas selon l’ordre chronologique des auteurs, mais selon l’ordre chronologique des ouvrages imprimés. I. Ouvrages de bibliographie. — Reinhard, Vollstandige Geschichte des lùmigreichs Cypem, Erlangen, 1766, p. i-xx ; Oberhummer, Bericht fiber Géographie von Griechenland Jahresberichl iiber die Fortschritte der classischen Alterthumwissenschaft, t. lxiv, p. 347-446; t. i.xix, p. 251-286: t. lxxvh, p. 29-96; Claude Délavai Cobham, An attempt al a bibliography of Cyprus, 4’ édit., Nicosie, 1900; la 1" édition parut en 1886; la 2* en 1889; la 3' en 1894; la 4* donne les titres de près de 7, έν τοις ύπερουρανίοις. Apol., II. 1 ; lo ­ cum Tryph., 56, ibid., col. 441, 612; Otto, ibid., t. i p. 196; t. I b, p. 198. Talien parle aussi d’un ciel s au delà du ciel visible, ou règne sans succession un jour qui n’a point de déclin, où resplendit une lumière inac­ cessible aux hommes d’ici-bas. Il s’appuie sur l’an: r.:·· des prophètes pour émettre cette doctrine et pour affir­ mer que l’esprit recevra un jour le revêtement c· i·-s:■·. qui fera disparaître toutes les apparences de notre n rtalité, τό ούράνιον έπένδυμα τής Ονητόνητος. Orat, adi or­ sus Griecos, 20, P. G., t. VI, col. 852. Il est assez difficile de concilier entre elles les id· incidemment émises par saint Théophile d'Antioche sur le paradis terrestre, sur le paradis des élus et sur le ci- I. Ad Autol., n, 24, 26, 36, P. G., t. vi, coL 1089, 1·<><■ .·. animæ, c. xxm, ibid., col. 806. Saint Hilaire de Poi­ tiers insiste également sur les propriétés nouvelles ac­ quises dans la gloire céleste par notre nature corpo­ relle. Tract, in Ps. cxxxvtrr, n. 22, P. L., t. ix. col. 804; édit, Ilarlel dans le Corpus scriptorum e< . esiasticorum, Vienne, 1891, t. xxn, p. 759. Le ciel est Ir­ royaume du bonheur, où luira un jour éternel ; le Christ lui-mèine viendra nous introduire dans ce royaume for­ tuné. Custodiet introitum Dominus, in æternum i... d et beatum regnum introducens. Tract, in Ps. < xx, n. 16, ibid., col. 660; édit. Bartel, p. 569-570. Mais il convient de remarquer que, pour saint Hilaire, l'entrée dans la gloire éternelle devait être différée jusqu'à la fin des temps et que le royaume de Dieu, ouvert aux hommes seulement après la résurrection, est distinct dans sa pensée du royaume du Christ où sont accu il.: s les âmes après la mort. Tract, in Ps. cxxxvm, n. 22; in Ps. Il, n. 49, ibid., col. 804, 290; édit. Ilart-1. p. 759, 74. A remarquer aussi le curieux passage. évi­ demment motivé par les préoccupations populaires, ou le saint évêque condescend à expliquer assez au long ce que sera la température du ciel, beata temperies,, t r· pond à ceux qui interprétaient dans un sens littéral le verset du Ps. cxx · Per diem sol nonuret te neque :·.·<α per noclem. Tract, in Ps. cxx, n. 16, ibid., col. 660; édit. Hartel, p. 569-570. Voir l’introduction de dom Coustant aux œuvres de saint Hilaire, c. vi, P. L-, t. ix, p. La pensée saillante de saint Ambroise, dans sa doc­ trine sur le ciel, est assurément celle de l'union my s­ tique des élus. A maintes reprises le ciel est décrit comme le lieu du repos, ad requiem supernam, De obitu Theodosii oratio, n. 30, P. L., t. xvi. col. 1396; de la lumière éternelle, n. 32, ibid.; de la gloire impé­ rissable. Epist., xxn, de bono mortis, c. x, n. 47, P. L., t. xiv, col. 561. Mais toutes ces considérations <· daires n’offrent jamais le relief d’expression et 1 ins stance émue que met le saint docteur à dépeindre . s rapports des élus entre eux et avec Dieu, le charme de leur commerce, la douce et sympathique charité qui unit. Ce n’est plus seulement l'union avec Dieu, c est l’adhésion â la divinité. In inlelligibili secret.· t :·.< intentus atque adhærens Deo. De obitu Theodos.: ■■·■·.tio, n. 29, P. L., t. xvi, coi. 1394; cf. Epist., xxu. de bono mortis, c. xi, n. 48, P. L., t. xiv, coi. 562. La ie de vivre avec le Christ pour n’en être jamais séparé n’est pas exprimée moins vivement. De obitu Tl.·· ■ su. n. 31, P. L., t. xvi, col. 1396; Expositio Evangelii se­ cundum Lucam, c. x, n. 12. P. L., t. xv, col. 1487. Une idée nouvelle se dégage dans le traité De virgini­ bus, L II, c. n, n. 16-17, P. L., t. xvi, col. 211, c'est l’allégresse commune aux bienheureux et la grâce accueillante de Marie lorsqu'une âme monte de la terre au ciel. O quantis illa (Maria) virginibus occurret.’ Cette pensée se retrouve en plusieurs autres passages. Gratien vient lui-même à la rencontre de son frère Va­ lentinien pour l'introduire dans le séjour de la félicité, in propriam mansionem; un cortège spécial d’âmes saintes les accompagne; les anges et tous les élus 2485 CIEL prennent part à leur joie. De obitu Valentiniani conso­ latio, η. 71, 77, P. L,, t. xvi, col. 1379, 1381. Ce sera un bonheur tout particulier de converser ainsi avec les saints du ciel dans la paix profonde. Dona requies... cælestibus consortiis requiescere sanctorum. De obitu Theodosii oratio, n. 29, 32, P. L., t. xvi, coi. 1395-1396. Cf. De institutione virginis, c. xvn, n. 113, ibid., col. 333. Saint Jérôme insiste également sur cette pensée do­ minante. Blésilla s’adressant à sa mère lui confie sa joie de trouver dans le ciel une autre mère, Marie. Ilabeo pro te Mariant matrem Domini. La compagnie des saints, de ceux mêmes qu’elle n’avait jamais connus, lui est infiniment plus douce que toutes les amitiés de la terre. 0 quanto melior est iste comitatus! Epist., χχχιχ, ad Paulam super obitu Bleesillæ filiæ, n. 6, P. L., t. xxn, col. 472. Avec les chœurs des anges, les liens ne sont ni moins intimes ni moins bienfaisants. Epist., xxm, ad Marcellam de exitu Lem, P. L., t. xxn, col. 426. Une des jouissances les plus vives sera d’être avec le Christ, de suivre Jésus, Jesum quem nunc Bltt’silla sequitur. Epist., χχχιχ, ad Paulam, n. 2, P. L., t. xxn, col. 466; Comment, in Ecclesiaslen, P. L., t. xxin, col. 1086. Le Sauveur sera notre chef dans les cieux. Comment, in Epist. ad Ephesios, c. IV, n. 8, P. L., t. xxx, col. 832, et les élus éprouveront les effets de l’intimité divine. Comment, in Epist. 11 ad Co­ rinthios, c. v, n. 6, P. L., t. xxx, col. 784. Le ciel est pour les bienheureux la vraie patrie; mais l’union affec­ tueuse persiste après la mort entre les saints du ciel et leurs amis de la terre. Comment, in Epist. II ad Cor., c. v, n. 6, P. L., t. xxx, col. 78-4; Epist., χχχιχ ail Paulam, n. 7, P. L., t. xxn, col. 473. Toutes les questions agitées de son temps sur la na­ ture de cette existence ultra-terrestre et sur la condi­ tion des élus dans le ciel, saint Augustin les a reprises et discutées, sans réussir toujours à les résoudre. Fré­ quemment sa pensée est flottante et il est juste de reconnaître qu’elle a varié au cours des ans Que le ciel soit le séjour commun et la récompense des saints, le lieu de la vision béatilique, du don personnel de Dieu et des jouissances infinies qui en découlent, aucun Père de l’Église ne l’a plus souvent redit, ni avec un relief plus saisissant. Tu, Domine, quem potat ille. Nebridius, Confess., 1. IX, c. m, n. 6, P. L., t. xxxn, col. 765; cf. Serm., cccxxix, n. 1-2, P. L., t. xxxvin, col. 1455; Enarrat, in Ps. cxtx, n. 6, P. L., t. xxxvil, col. 1602. Le Christ est vu également par les saints sous l’aspect béatifiant de sa divinité, secundum beati­ ficam præsenliam suæ divinitatis. Epist., cl.xiv, n. 8, P. L., t. xxxm, col. 712. Mais si tous les saints jouissent ainsi de la vue de Dieu, et se trouvent auprès du Père et avec le Christ, Serm., cccxxxi, n. 1, P. L., t. xxxvin, col. 1459; De civit. Dei, L XX, c. ix, n. 2, P. L.,t. xli, col. 674, il est à remarquer que cette jouissance est donnée comme incomplète avant la résurrection et que le ciel, dans la pensée de saint Augustin, est pour ainsi dire partagé en régions distinctes, en habitacles divers. Les saints ne sont pas encore là où ils seront après la parousie : Nondum eris ubi erunt sancti quibus dici­ tur : Venite, benedicti, Enarrat, in Ps. xxxvi, n. 10, P. L., t. xxxvi, coi. 361 ; ils monteront alors au som­ met des cieux, in illud summum ctelum. De Genesi ad litteram, 1. XII, c. xxxv, P. L., t. xxxiv, col. 483. Ce séjour béatifique, distinct toutefois du ciel des anges, Serm., xxvi, n. 5; Enchiridion, c. LX1II, P. L., t. XL, col. 261, n’est autre que le paradisou le sein d’Abraham. In Joa., tr. XCI; Epist., ci.xxxvn, ad Dardanum, n. 7; Serm., cclxxx, n. 5, P. L., t. xxxv, col. I860; t. xxxm, col. 835; t. xxxvin, col. 1283. Au reste, la pensée du grand docteur revêt toujours sur ce point une iorme dubitative : c’est une question, qui pour lui reste pendante, de savoir si oui ou non les saints sont déjà en possession du royaume éternel. Retiact., 1. I, 2486 c. xiv, n. 2, P. L., t. xxxn, col. 606. Il avoue ne pou­ voir déterminer en quoi consiste le sein d’Abraham. Confes., I. IX, c. m, n. 6, L., t. xxxn, col. 765. D’autre part, si le paradis est dislinct du ciel, où pour­ rait-on imaginer qu'il soit? Enarrat, in Ps. xxx, serm. ni, n. 8, P. L., t. xxxvi, col. 252. Aussi émet-il parfois l’avis que ces diverses dénominations pourraient bien n’exprimer qu'une seule et même chose, le com­ mun séjour de tous les bienheureux. Si tamen non aliquid unum est diversis nominibus appellatum, ubi sunt animte beatorum. De Genesi ad litteram, I. XII, c. xxxrv, n. 65, P. L., t. xxxiv, coi. 483. Dans le même traité, saint Augustin déclare que ce séjour multiple ou unique des élus ressemble à un lieu matériel, luca similia corporalibus, I. XII, c. xxxn, n. 60, ibid., col. 480; mais quand il s'agit de satisfaire la curiosité pressante de ses auditeurs qui demandent où est le lieu de la vision béatifique, où est le ciel, il se contenle de répondre avec ce tour d'esprit heureux qui est souvent chez lui l’expédient du génie : « Vous voudriez bien savoir où se trouve ce séjour tranquille où l’on voit Dieu face à face : Dieu lui-inème après cette vie sera le lieu de nos âmes. » Qui sinus est in facie Dei a me expectalis audire. Ipse (Deus) post hanc vitam sit locus noster. Enarrat, in Ps. xxx, serm. in, n. 8, P. L., t. xxxvi, coi. 252. On remarque aussi sa préoccupa­ tion d’écarter de l’esprit des lidèles toute conception réaliste touchant l’au-delà. Regnum, cælorum, regnum sempiternum,societatem cum angelis, æternam vitam, ubi nullus oritur, nullus moritur, hoc percipite. Serm., xvm, c. iv, n. 2, P. L., t. xxvm, coi. 130. Cf. Une m-ière inedite attribuée à saint A uguslin, dans la Revue bénédictine, 1904, t. xxi, p. 132. Il serait superflu :.u point de vue théologique de poursuivre dans le détail les développements de la doctrine catholique du ciel ou des hypothèses plus ou moins acceptables qu’elle a suscitées. Nous nous bor­ nerons à quelques indications sommaires. Honorât, évêque de Cirta, dans les consolations qu’il adresse à un chrétien exilé pour sa foi, met surfont en lumière l’honneur insigne que nous vaudra l’amitié des plus grands saints du ciel. Epistola consolatoria ad Arca­ dium, P. L., t. t, col. 568. Sulpice Sévère, Dial., n, 13, P. L., t. xx, col. 210, avait exprimé déjà en termes d’une simplicité charmante cette pensée gracieuse. Ct. S. Paulin de Noie, Poema XVIII, De sancto Felice natalilium carmen VI, v. 139-155, P. L., t. lxi, col. 494-495; édit. Il rte), dans le Corpus scriptorum ecclesiasticorum, Vienne, 1894, t. xxx, p. 103-104; Isidore de Péluse, Epist., 1. II, epist. cli; 1. V, epist. ccCxcvi, P. L., t. lxxviii, col. 604, 1564. Cassien s'attache à démontrer que le royaume du ciel est le royaume de la vie et qu’il y a place encore dans cette surabondance d’activité vitale, pour les sentiments humains dont nous garderons là-haut le meilleur et le plus doux. Collât., 1. 1, c. xiv, P. L., t. xi.i.x, col. 5:10503; édit. Petschenig, dans le Corpus script, eccles. latin., Vienne, t. xm, p. 22-24. Saint Pierre Clirysologue se représente les martyrs resplendissants des lumières de la gloire future, Serm., clx.xiv, in D. Felicitatem martyrem, P. L., t. lu, col. 565, et dans les harmonies des cieux faisant éclater surtout ce splendide privilège de la béatitude, la charité. Serm., xxn, de terrenorum cura despicienda, ibid., col. 262-263. Cf. Serm., cxxix, in D. Cyprianum martyrem, ibid., col. 555; Serm., exix, de vero cursu pro corona gloriæ, ibid., col. 526. Le rhéteur Julien Pomère consacre un traité spécial à la vie du ciel, qu’il appelle la vie contemplative, d’un nom qui caractérise à ses yeux le bonheur essentiel des élus et qui se retrouvera dans la plupart des écrits mystiques du moyen âge. Cf. De vita contemplativa, 1. ϊ, c. i, η. 1-2; c. νι, n. 2, P. L., t. i.ix, col. 419, 424. Chez les écrivains ecclésiastiques des siècles suivants, 2487 CIEL il suffit de citer saint Avit de Vienne, qui célèbre sou­ vent la gloire et la paix du royaume céleste, la commu­ nauté de vie avec les anges. Homil., 1. VII, sermo in ordinatione episcopi, édit. Peiper, dans les Monumenta Germanies historica auctorum antiquorum, Berlin, 1883, l. vi, p. 117; Homil., 1. XXV, dicta in basilica sanctorum Acaunensium, ibid.,p. 146; Epist. ad Gundobadum, ibid., p. 33; Homil., 1. VII, sermo die Ί Bogationum, ibid., p. 115. Saint Pierre apparaît comme le portier du ciel, ille cælorum janitor Petrus. Homil., I. VII, sermo in ordin. episc., ibid., p. 124. Le Christ, par son union sublime à la substance céleste, quia cel­ situdini substantiae cælestis immixtus cæli dominus factus est. Contra arianos, c. xvn, ibid., p. 7. Cf. S. Ful­ gence, De fide ad Petrum, c. xliii, P. L., t. xl, col. 777 ; Primasius d'Adrumète, Comment, in Epist. ad lleb., lx, 8; xi, 39, P. I.., t. i.xvm, coi. 740, 744. Grégoire de Tours indique la prééminence de Marie dans le ciel et son rôle maternel â l’égard des élus qu’elle accueille dans les cieux. Miracula sancti Martini, 1. 1, c. v, P. L., t. Lxxt, col. 919. Pour Cassiodore, les élus sont réunis dans le sein d’Abraham, ou ils attendent l’entrée dans le royaume; mais ils jouiront un jour de toutes les récompenses pro­ mises dans les cieux. De anima, c. vu ; In Ps. cl, c. xvn ; In Ps. xxiv, c. xn, P. L., t. lxx, col. 1301, 713, 180. Fortunat chante la joie spéciale qu’éprouvent les vierges d’être réunies dans le ciel à Marie, leur reine. Miscella­ nea, 1. IV, c. xxvi ; I. VIII, c. vt, vu, P. L., t. Lxxxvin, col. 175, 267, 282. Saint Grégoire le Grand insiste sur les jouissances intellectuelles delà vue de Dieu, Dial., 1. IV, c. xxin, P. L., t. lxxvii, col. 376, sans négliger le détail ordinaire des biens qui découlent de la vision béatifique. Moral., I. XII, c. ix, xxi, xml, P. L., t. lxxv, col. 666, 992, 999, 1038; Dial., 1. IV, c. xxv, xxvin, xxix, t. lxxvii, col. 357, 365, 666. Cf. Isidore de Séville, Sent., 1. Ill, c. lxii, n. 7-10, P. L., t. l.xx.xii, col. 737-738; De fide catholica contra Judœos, I. 1, c. i.viii, P. L., t. Lxxxiii, col. 495-496; S. Julien de Tolède, Prognoslicon, 1. Il, c. lit, xn, xxx, P.L., t. xcvi, col. 476, 480, 495. Du vu0 au xu· siècle, reparaissent sans changement appréciable les enseignements de saint Ambroise, de saint Augustin et de saint Grégoire le Grand. Saint Bède reprend à son compte les idées de saint Basile sur la constitution du ciel ; mais il en fait l’objet d’une création proprement dite, qui a coïncidé avec la création des anges. Hexaemeron, 1. I, c. i, P. L., t. xci, col. 14. Il s’étend longuement ailleurs sur les sublimes jouissances de la vision béatifique et sur les merveilleuses harmo­ nies des cieux. Homilia, x\, in vigilia Pentecostes, P. L., t. xciv, col. 192-194; Exposit. in l“m Epist. Joa., c. m, n. 5, P. L., t. xcm, col. 109. Voir aussi Alcuin, Epist., exin, ad Paulinum patriarcham, P. L., t. c, col. 342343; Haymon d’Halberstadt, Expositio in Apoc., vi, 10, P.L., t. cxvn.col. 1030; Candide de Fulda, Epist., Num Christus corporeis oculis Deum videre potuerit, n. 7, P. L., t. CVI, coi. 106; Raban Maur, De clericorum in­ stitutione, I. II, c. xl, P. L., t.cvn, coi. 353-354. D'après lui, Élie aurait été enlevé dans le ciel atmosphérique; le ciel des anges, ou Dieu révèle les abîmes de sa divinité, est au-dessus du firmament, dont il n’est point distinct. 11 est vraisemblable que ce sont deux parties d'un même tout. L’assemblée des élus constitue le royaume des cieux. De universo, 1. IX, c. III, P. L., t. c.xi, col. 263-265. Voir S. Pierre Damien, Opusc., L, Insti­ tutio monialis, c. xv, P. L., t. cxi.v, col. 7-48. L’autorité de saint Augustin a fait hésiter saint Bernard sur la question du délai de la béatitude. In festo omnium sanctorum, serin, iv, n. 2, P. L., t. Cl.xxxtll, col. 472. Mais la pensée du ciel est dominante dans ses écrits, complaisamment exprimée parfois en descriptions qui ne négligent aucun détail. De diversis, serm. xlii, n. 5, 2488 7, ibid., col. 663-665. 11 aime à mettre en vive lumière non seulement les splendeurs de la divine gloire, Serm., xxi, de excellentia divinæ visionis, ibid., col. 940-944; mais surtout l'union douce et forte qui des saints ne fait qu'une âme, In vigilia SS. Petri et Pauli apostolorum, ibid., col. 406, et la vie angélique qui sera l’apanage des élus du ciel. Serm., xxvn, de ornatu sponsæ et qualiter anima sancta in cælum dicatur, P. L., t. clxxxiu, col. 912. b) Église grecque. — Les problèmes spéculatifs et les recherches curieuses sur l’au-delà semblent préoccuper moins vivement les Grecs que les Latins, et nous n’avons guère à enregistrer chez eux que l’enseignement correct de la doctrine reçue, à le prendre toutefois dans ses grandes lignes, en dehors de la question du délai de la récompense et de celle aussi de l’universalité du salut, questions secondaires au point de vue qui nous occupe. Eusèbe de Césarée montre l’âme de Constantin réunie à Dieu, αύτώ Θεώ σονοΟσαν, revêtue des splendeurs de la lumière et fixant son regard vers les voûtes du ciel, προς αύταϊς ούρανίαις άψίσιν. Devita Constantini, P. G., t. xx, col. 912-913. Ces derniers mots, s’ils ont un sens précis, impliqueraient une distinction, et dès lors une succession de séjours dans le ciel. Telle est aussi, à n'en pas douter, l’opinion de saint Alhanase, lorsqu'il ensei­ gne que le Christ, par sa mort, nous a introduits de nouveau dans le paradis et tracé le chemin du ciel, είσοδον έν τώ παραδεισω, άνοδόν τε εις ούρανούς όπου πρόδρομος είσήλ.Οεν ύπέρ ήμών. Expositio fidei, n. 1. Ρ. G., t. xxvt, col. 201. Mais lr. voie est libre et nous rejoindrons le Sauveur. De incarnatione Dei Verbi contra arianos, c. ni, P. G., t. xxvi, col. 989; Epist. henrlast., c. v, n. 3, ibid., col. 1380. Alhanase fait sur­ tout ressortir l'union des âmes saintes dans le Christ avec qui nous ne formons qu’un seul corps mystique. Ile incarn. Dei terbi, c. v, ibid., col. 992. Un autre pas­ sage cité par saint.lean Damascène, De his qui in /idi dormierunt, 31, P. G., t. xcv, col. 277, nous dépeint l’assemblée des justes dans l’attente de la gloire finale qui suivra la résurrection : en étroite communion de pensée et de sentiments, tous se réjouissent de leur bonheur et du bonheur de tous, άλλήλοις ψυχιχώς σσνεϊναι καί συνευφραινέσΟαι. La distinction du ciel et du paradis ne se retrouve pas dans saint Basile, qui emploie indilléreinrnent Ils deux dénominations. Homil., xix, in quadraginta mar­ tyres, P. G., t. xxxt, col. 524. Les élus sont avec les anges et leur âme est portée au ciel par les anges. Homil., xvni, in Gordium martyrem,8, ibid., col. 505; cf. S. Cyrille de Jérusalem, Cal., ut, de baptismo, 5, P.G.,l. ΧΧΧΙΠ, col 433; Cal., XIV, de Christi resurre­ ctione, 26, ibid., col. 860; mais les anges voient la divi­ nité, tandis que les bienheureux ne contempleront Dieu face à face qu’après la résurrection, έπεισαν γεν-,,μείια ulot τής άναστάσεως, τότε καθαζιω6ησόμεθα της ■ προς πρόσωπον γνώσεως. Homil. in Ps. XXXIII, η. 10. ibid., col. 377. Cans cette brillante demeure qu est le ciel, τήν ύπερονράνιον χώραν, τήν περιφανή και λαμπρα . Homil., I, in Ps. χιν, n. Ί, ibid., col. 253, les élus sVp nouiront comme des Heurs. Homil. in Ps. xxvm, col. 288; cf. Homil. in Ps. xliv, n. 9, col. 408. Les saints seront entre eux et avec Dieu comme des amis, et cette intime affection constitue l’une des caractéristiques de la sainteté, μόνοι φίλοι Θεού και άλλήλοις άγιοι. Ηο> ■ in Ps. xliv, n. 2, col. 391. Saint Basile est le premier qui se soit occupé, au point de vue physique, de l'origine et de la constitution du ciel empyrée : à ce litre il a exercé une influence prépondérante sur la théologie spé­ culative du moyen âge. Pour lui, le ciel est beaucoup plus ancien que le monde visible; il est même éternel, sans relation avec le temps. Mais il échappe à toute defi­ nition : impossible d'en donner une idée même appro­ ximative. On peut dire que c'était un lieu ou quelque 2489 CIEL 2490 chose d’analogue, propre à recevoir les natures angé­ δρασιν την γνώσιν λέγων την σαφεστάτην καί άπηρτισμενην. liques. Ήν τις πρεσβυτέρα τής τοϋ κόσμου γενέσεως κατάHomil., XXX1V, in Epist. 1 ad Cor., n. 2, P. G., t. i.xt, στασις ταϊς ύπερκοσμίοις δυνάμεσι πρέπουσα, ή ϋπέρχρονος, col. 288; cf. Homil., x, in Epist. Ilad Cor.,n. 2, P. G., ή αιώνια ή άι'διος. Ilomil., i, in Hexaemeron, n. 5, P. G., t. i.xt, col. 469. Et non seulement Dieu sera le révélateur t. xxix, col. 13. Dieu avait créé dans ce lieu une lumière de sa propre essence et de sa beauté, mais ce rayonne­ spirituelle, faite pour la félicité de ceux qui s’attachent ment des divines splendeurs deviendra pour les élus au Seigneur, φως νοητόν πρέπον τή μακαριδττ,τιτών φιλούνune parure de gloire incomparable. Tout sera joie, bonté, των τον Κύριον, et il l'avait peuplé de natures intelli­ paix, amour. L’harmonie qui régnera dans les cœurs et gentes et invisibles, d'une légion d'anges et d’archanges qui réglera foules les activités sera plus parfaite et plus qui en étaient l’ornement. D’autre part, il faut recon­ douce que celle de la cithare. Suivant les affinités par­ naître que ce ciel supérieur est distinct du firmament, ticulières s'établiront les groupements divers des élus, puisqu’il a été créé avant toutes choses. δήμοι διάφοροι. Mais tout l'éclat du ciel lui viendra de la La difference provient de leur nature et de leur des­ présence du divin roi. In beatum Philogonium ho­ tination, le firmament étant d'essence moins subtile que m'd., vi, P. G., t. XLVHI, col. 749; cf. Ad Theodorum le ciel, στερεωτέρας ρύσεως, et son rôle physique se re­ lapsum, I. I, c. xi, P. G., t. xi.vm, col. 292. Mêmes liant beaucoup plus étroitement au mouvement général conceptions et mêmes certitudes chez saint Cyrille de l’univers. Χρείαν έίαίρετον τώ παντί παρεχόμενος. d'Alexandrie. La récompense est assurée. Adversus anD'ailleurs, l’Écriture nous enseigne la pluralité des cieux thropom orphis tas, c. xvi, P. G., t. lxxvi, col. 1105 : et il n’y a rien là qui puisse heurter la raison de* philo­ nous irons dans la cité d'en haut, nous mêler aux sophes. L'agencement, qu’ils ont imaginé, des sept orbes chœurs des anges, τοΐς τών άγίων αγγέλων συναυλιζεσΟαι où se meuvent les planètes, est-il plus simple à conce­ χόροι,·. Expositio in Joannis Evangelium, xi, col. 532. voir? Ibid., n. 4, col. 59-60. Au milieu de ces ineffables délices, la jouissance la plus Sans se soucier d’atteindre à ces considérations plutôt haute est d'être avec le Christ et de contempler sa gloire, métaphysiques, saint Cyrille de Jérusalem se contente n. 12, ibid., col. 568. Cf. Théodoret, Comment, in Epist. de signaler la grandeur de la récompense. Cat., xvin, ad Heb., c. xi, n. 39-40, P. G., t. lxxxii, col. 769; Hæde carnis resurrectione, n. 4, P. G., t. xxxm, col. 1021, rel. fabul. compendium, 1. V, c. xx. P. G., t. lxxxiii, et la parfaite sécurité dont les élus jouiront dans le ciel, col. 567. Cat., xxm, mystagogica, v, col. 1121. Toutefois les pre­ Sans modifier dans leur fond ces doctrines, les écri­ miers versets de la Genèse l’induisent à penser que le vains postérieurs, du vi· au xi« siècle, s’ingénient à ciel, demeure des anges, est constitué par la matière dégager çà et là certains détails qui répondent mieux aqueuse, αγγέλων ένδιαίτημα ό ουρανός, άλλ' έξ ύδάτων aux aspirations populaires ou à l’orientation propre de ουρανοί* C’est que l’eau surpasse en beauté tous les élé­ leur esprit. C’est ainsi que l'idée néoplatonicienne d'achè­ ments : par elle nous est conférée la grâce du baptême; vement, de perfection idéale exerce une influence mar­ de même elle contribue â la gloire du ciel. Cat., m, de quée sur l’enseignement eschatologique du pseudobaptismo, n. 5, col. 433. 11 faut admettre aussi la plu­ Denys. Notre bonheur, comme notre gloire, sera de ralité des cieux; le troisième ciel, où saint Paul a été mener au ciel une existence tout angélique, qui fera enlevé, s’identifie avec le paradis. Cat., xiv, de resur­ sortir de leurs limites naturelles nos facultés, άγγελοειrectione, n. 26, col. 860. δής, παντελής ζωή, πράγμα τή παλανότητι παρά φύσιν, Les aspects poétiques du ciel trouvent en Cappadoce mais pour nous ύπέρ φύσιν. De divinis nominibus, I. VI, d’éloquents interprètes. Saint Grégoire de Nazianze c. fl, P. G., t. m, col. 852. Notre vie deviendra sembla­ exalte en traits brillants les splendeurs de la gloire et ble à celle du Christ, χριστοειδης, elle sera divinisée, de la béatitude célestes. Oral., vil, in laudem Cæsarii θεοειδής, et prendra quelque chose de l'immutabilité fratris, 17, 21, P. G., t. xxxv, col. 776, 785. Mourir, même de Dieu, άτρεπτος κατά τήν θειαν ζωήν, άγήρως c’est aller à son Seigneur et s’unir aux chœurs des τελείωσις, De cælesti hierarchia, c. vu, col. 553-554, anges. Oral., vil, in laudem sororis suæ Gorgoniæ, 23, 560; elle brillera de toutes les splendeurs célestes, φωτισ­ col. 816-817. Là, dans les délices du royaume éternel, τική, φανοτική, col. 560-561. Cf. Stiglmayr, Die Eschato­ nous jouirons parfaitement de la trinité des personnes logie des Pseudo-Dionysius, dans Zeitschrift fürkalhodivines. Urat., xxiv, in laudent sancti Cypriani, 19, lisc.he Théologie, Inspruck, 1898, t. xxm, p. 2-4. Pour col. 1192. Le ciel est le séjour de la beauté : nous la André de Césarée, les justes attendent dans le sein contemplerons, nous la posséderons. Oral., vu, in d'Abraham l’heure de la récompense; mais rien ne peut laudem Cæsarii fratris, 21, col. 782. L'intelligence ne faire soupçonner le radieux éclat du bonheur des élus peut saisir la grandeur des biens qui nous attendent, dans la céleste Jérusalem. Comment, in Apec., c. xvn, jusqu’à devenir les fils de la divinité, divinité nousP. G., t. cvi, col. 272, 596. Dans l'éloge funèbre de l’archimandrite Eutychius, le prêtre Eustrate développe mêmes, υίόν γενέσθαι θεού, θεόν αυτόν. Ibid., 23, col. 785. Le ciel sera une fête perpétuelle, Orat., xxiv, surtout la pensée de la vue de Dieu au ciel, dans la in laudem sancti Cypriani, n. 19, col. 1192, et notre trinité des personnes. Encomium S. Eutychii, c. x, n. 91, P. G., t. i.xxxvi, col. 2378. Le panégyrique des grand bonheur sera de contempler la trinité des per­ sonnes divines. Oral., xliii, in laudem Basilii magni, martyrs composé par le diacre Constantin et lu partiel­ P. G., t. XXXVI,col. 605; cf. Orat., xxxix, theologica, ni, lement au 11° concile œcuménique de Nicée, en 787, n. 20, col. 102. La beauté du ciel devient aussi le thème s'attache surtout à faire ressortir la bienheureuse fami­ liarité qui unit tous les élus dans la communauté d'un préféré de saint Grégoire de Nysse. Tract, in Psalmos, c. vn, P. G., t. xi.iv, col. 453-456. Quels délices surtout même bonheur et d’une même gloire, dont la source est de contempler Dieu, la lumière éternelle, et de s’asseoir Dieu, έκ τοϋ τής νοητής πηγής απαυγάσματος. Laudatio omnium martyrum, η. 36,40, Ρ. G., t. i.xxxvm, col.520, à la table des anges! Orat, in funere Pulcherite, P. G., 525. André de Jérusalem souligne une joie spéciale des t. xlvi, col. 870; cf. Vita atque encomium S. Ephrœm, élus, celle de se trouver plus intimement présent, au­ col. 848-849. Saint Jean Chrysostome ajoute à ces accents la note affectueuse et ardente de son âme : il trouve ! tant qu’il est possible de l’être, au regard même de Dieu. Θεόν οσον εφικτόν όρων καί δρώμενος, Orat., XVIII, Ρ. G., bien douce la mort qui réunit les âmes saintes au Christ, t. xciv, col. 1206; Orat., χνι, col. 1170; cf. S. Jean Daπρός τον Χριστόν παραπέμπει. Homil. de sanctis martyri­ mascène, De fide orlhod., 1. Ill, c. xxix; I. IV,c. xxvn, bus Bernice et Prosdoce, n. 3, P. G., t. i., coi. 633. Le P. G., t. xciv, col. 1102, 1219; Naucratius, Encyclira bonheur le plus intense sera de voir Dieu, Homil., xxxn, de obitu S. Theodori Studilæ, P. G., t. xeix, col. 1833. in Epist.adRom.,n.3. P.G., t. lx, col. 679, c’est-à-dire Nicétas de Byzance se réprésente sainte Thècle comme do le connaître jusqu'à l'évidence et dans la perfection, 2491 CIEL déifiée, près de la reine du ciel et à la droite du roi, jouissant par la claire vision et sans limites de l'unique beauté désirable. Orat., xvi, in laudem S. Theclæ, P. G., t. cv, col. 332. c) Église syrienne. — Par l'abondance et la variété de scs descriptions, par le tour de sentiment profondément religieux qui pénétre partout l’exposé de la doctrine, la littérature syriaque mérite, dans l’étude des questions eschatologiques, une attention particulière. Conséquem­ ment à sa théorie du sommeil des âmes, Aphraate dif­ fère l’entrée dans la gloire pour les élus jusqu’au jour de la résurrection et du jugement universel, où les bons seront définitivement séparés des méchants. Déni., vin, de resurrectione mortuorum, 22, dans Graflin, Patrologia syi-iaca, Paris, 1894-, t. i, p. 402. Mais alors le ciel nous accueillera dans toute la magnificence de ses gloires. C’est le séjour de la lumière, de la vie et de la grâce. Pour vêtement, nous aurons l’éclat de celte splen­ deur; pour nourriture, la divinité. L’air de ces régions sublimes sera infiniment doux et léger, comme il con­ vient â des corps glorieusement ressuscités; de luimême il émettra des rayons éclatants, splendides et charmants â voir. Sur les arbres merveilleux plantés par le Seigneur, un éternel printemps sèmera les Heurs, épanouira les fruits, sous un feuillage â jamais verdoyant. Cette demeure glorieuse est immense, sans démarcations d’aucune sorte, et ses habitants distingueront tout aussi bien les lointains objets que les plus proches. Dem., xxil, De morte el novissimis temporibus, '12, p. 10142 Ί015. Mais tout ce qu’on peut dire du ciel n'en suggérera jamais l'idée : il est mieux de l'appeler simplement l'habitation de Dieu, le siège de la vie, le lieu de toutes les perfections, la patrie des saints, la demeure de notre inconfusible espoir, n. 13, col. 1019. Saint Éphrem recule aussi jusqu'à la résurrection l’ad­ mission des saints dans le royaume du Père. En atten­ dant, les âmes sont au ciel, non point dans la partie suprême de la gloire, mais dans l’Ëden, dans le paradis. In secundum adventum Domini nostri Jesu Christi, dans les Opera, Rome, 1732, t. i, p. 167; Carmina Nisibæna, carm. lxxhi, édit. Bickell, Leipzig, 1866, p. 222223. 11 est difficile toutefois de déterminer exactement ce qui différencie ce séjour paradisiaque du ciel de l'éter­ nelle gloire, s'il est vrai, comme l’a soutenu Bickell, Carm. Nisib., prolegomena, p. 24, que la jouissance immédiate de la vue de Dieu soit impliquée par saint Éphrem dans sa conception du paradis. Il n’y a pas lieu de discuter ici les textes invoqués par Bickell à l’appui de son opinion et reproduits généralement par les théo­ logiens pour disculper le saint docteur de toute déviation doctrinale dans la question concernant le délai de la vi­ sion béatilique. Voir Intuitive (Vision). Il suffit, au point de vue qui est le nôtre, que le ciel comprenne un jour le privilège souverain de la vision divine, ut aliquando obtingat tuo poliri aspectu. Necrosima, can. 65, dans Opera, Rome, 1746, t. vi, p. 333. Λ la fin des temps, les justes seront introduits par le Christ au­ près du Père. In secundum adventum Domini nostri Jesu Christi, ibid., t. I, p. 171. Mais déjà ils sont avec le Christ dont la vue les réjouit, Necrosima, can. 25, col. 273, mêlés aux chœurs des anges qui ont porté leur âme « dans le royaume d’Éden », au séjour de la lu­ mière, can. 35, 83, p. 239, 291, 357. Une ineffable cha­ rité unit entre eux les saints. Ceux qui régnent déjà dans le ciel, viennent avec le Christ accueillir les nou­ veaux élus à leur entrée au paradis et les attendre, can. 10, p. 239; le père des croyants ouvre lui-même les portes du paradis. Can. 35, p. 291, trad. Bickell, Carni. Nisib., proleg., p. 25. Lésâmes font l’ornement du ciel : comme autant de perles radieuses, elles sont enchâssées toutes dans la couronne de Jésus-Christ. Can. 7, p. 234. Déjà les élus jouissent de la félicité suprême; ils rece­ vront encore les illuminations de la céleste clarté. Can. 2492 35, p. 225, 292; Parænesis, xxxv, i.xtii, p. 487. 532; In secundum adveniunt Domini, 1.1, p. 167-169. 2» Hagiographie. — L’Église primitive nous offre dans ses martyrs des témoins spécialement accrédités de sa croyance au ciel. La vénération avec laquelle étaient recueillies leurs dernières paroles et conservés leurs Actes ou Passions, trouve, en effet, sa parfaite et na­ turelle justification dans l’autorité que conféraient à leur témoignage la confession solennelle de leur foi et l'expression devant la mortde leur invincible espérance. Les Actes du martyre de saint Polycarpe, écrits au lendemain de sa mort (23 février 155), nous montrent le saint vieillard, les yeux levés vers le ciel, άναβλέψας είς τον ούρανον, et priant Je Dieu des anges de le recevoir au nombre de ses martyrs. Martyrium Polycarpi, c. xiv, η. I, Funk, Patres apostolici, Tubingue, t. I, p. 298. Du ciel descend une voix qui l'encourage. ; νή έξ ούρανον, c. ix, η. 1, ibid., p. 290. Nous voyons aussi que les martyrs de Smyrne s’animaient dans leurs tour­ ments à cette même pensée des biens ineffables que leur réservait Dieu dans l'au-delà, c. il, n. 3, ibid., p. 284. La relation du martyre de saint Ignace est plus explicite encore. Par sa mort le saint voulait prendre en quelque sorte possession du ciel, ώ; ούρανον μ: · :~Ι.αμοάνεσΟαι. Acta martyrii, c. IV, η. 1, ibid., p. 158. Cf. Allard, Histoire des persécutions pendant les de j· premiers siècles, Paris, 1885, t. I, p. 116. 179. I ; r saint Polycarpe de l’aider à vaincre les fauves, afin q lui soit donné de quitter plus tôt ce monde et de . raitre devant le visage du Christ, ίνα ...έμφανισύ’- τώ προσώπω τού Χριστού, c. ill, η. 2, ibid., p. 258. Sa hide est grande d’aller vers son Seigneur, σπονόή -so: K-ptov, c. iv, n. 2, ibid., p. 260; tvx φ&άστ, προ; ôv τγατ-τ·· Κύριον, c. v, n. 4, ibid., p. 260. Après sa mort un chré­ tien le voit en songe aux côtés du Seigneur, πχρεττ- -x τώ Κυρίω, c. VII, n. 2, ibid., p. 264. En termes d’une haute fermeté, saint Justin manifeste son espérai: d’aller recevoir au ciel la récompense de son marbre. On lui demande s'il s’imagine aller au ciel. Ce n -t pas une imagination, répond-il; je le sais et j'en suis convaincu. » Ονχ υπονοώ, άλλ' έπίσταμαι xx: πεπίτεοφίρημαι. Acta martyrii Justini et sociorum, η. 5, d.ms Otto, Corpus apologctarum Christianorum sæcuh se­ cundi, léna, 4879, t. n a, p. 276. Les martyrs de Lyon expriment bien haut leur désir d’aller au plus tôt vers le Christ, ϊσπευδον προς Χριστ-,ν; ils méritent de recevoir la couronne de l'immortalité, τον τής αφθαρσίας στέφανον. Epist. Ecclesiarum Vien­ nensis et Lugdunensis de martyrio S. Pothini episcopi, dans Eusèbr, H. E., 1. V, c. 1, P. G., t. xx. coi. 409. 424. Blandine laisse éclater sa joie de pouvoir bientôt prendre part au repas nuptial, ώς εί; νυμφιχον ΐείπνον ζεχληιιένη. Ibid., col. 429. Même assurance et mên -s espérances chez les martyrs de Scilli. Cittinus. de·,.i.t ses juges, invoque fièrement le Dieu qui est au Secunda reprend : « Et moi aussi je crois en mon Dieu et je veux être en lui, » el volo in ipso esse. Acta pro­ consularia martyrum Scillitanorum, c. il. ni. dans Ruinart, Acta primorum martyrum selecta et sincera, Paris, 1689, p. 77-78. Speratus et ses autres compagn ns rendent grâces à Dieu qui doit ce même jour les rece­ voir dans son ciel, qui dignatur nos hodie >■ : ■< accipere in cælis, c. in, ibid., p. 78. Sainte Fé-iieité montre à ses fils le ciel ou les attend le Christ av··.· . s saints. Videte, /ilii, cælum et sursum adspicite.i'n vos expeclal Christus cum sanctis suis. Passio sanctæ Feli­ citatis et septem /iliorum ejus·, c. II, ibid., p. 21. Le rapporteur ajoute que les saints martyrs se sont envolés dans les cieux ou ils sont devenus les amis du Christ, /id præmia in cælis percipienda convolarunt... Christi amici facti sunt in regno calorum, c. iv, ibid., p. 23. L’idée en quelque sorte populaire du ciel est nettement exposée dans la célèbre vision de Satur,qui rappelle par 2493 CIEL bien des traits les descriptions imagées des apocryphes. Dans les hauteurs du ciel, du côté de l’Orient, le saint aperçoit un immense espace semblable à un jardin fleuri et embaumé. Les anges viennent le recevoir et le conduisent dans un temple dont les murailles paraissent construites de pure lumière. Au centre, sur un trône irradié de splendeurs, était assis le roi du monde, vieil­ lard doux et bénissant, qui accueillit avec une bonté toute gracieuse ses élus et leur donna place parmi les chœurs des saints, au royaume de la béatitude el de la charité. Franchi de Cavalieri, La Passio SS. Perpetuæ et Felicitatis, n. 11, dans Ilômische Quarlalschrifl für chrisll. Alterlumskunde und für Kirchengeschichte, Rome, 1896, p. 126-132; cf. Pillet, Les martyrs d'Afri­ que, Lille, 1885, p. 274-281. Sur le texte έςέλτον-ες τον πρώτον κόσμον du manuscrit de Jérusalem publié à Londres par Harris et Gilford, cf. Duchesne, En quelle langue ont été écrits les Actes des saintes Perpétue et Félicité, Paris, 1891, p. 12-13. Voir aussi la note d’IIolstenius, sur la vision de sainte Perpétue, dans Acta pri­ mer. martyr., de Ruinart, édil. d’Amsterdam, 1713, p. 94, 107. Il est évident, d'après tous ces témoignages, que les premiers martyrs considéraient le ciel comme un séjour ultra-terrestre et le lieu de la récompense. Cette pensée est d’ailleurs exprimée directement dans la Passion des saints Monlan et Lucius. Un de leurs frères, Victor, favorisé d'une vision divine, interroge le Seigneur sur la vie future et demande où est.le paradis. « Il est hors du monde, répond le Seigneur. Cui ille ait : Extra mundum esl. — Je voudrais le voir. — Mais où sera ta foi? » Passio SS. Montani, Lucii et aliorum martyrum afvicanorum, c. vn, dans Ruinart, ibid., p. 237. Le ca­ ractère dogmatique du sujet, dans ces quelques mots, est nettement mis en lumière. De plus, tous les traits distinctifs généralement attribués par la tradition ca­ tholique au séjour des bienheureux se trouvent repro­ duits, sous des formes qui trahissent leur commune origine, dans ces antiques docutnenls. Le ciel est avant tout le lieu où les élus seront réunis à Dieu et au Christ. « Qu’importe le genre de mort, répond Épipode à ses juges, pourvu que l’àme monte au ciel auprès de celui qui l'a créée! » Dummodo anima cælis invecta ad suum revertatur auctorem. Alexandre fait une réponse ana­ logue. Passio SS. Epipodii et Alexandri, c. vî, ix, ibid., p. 65-66. Les saints Montan et Lucius n’ont qu’un désir, celui d’aller au Christ dans le royaume. Quæ ad Christum et ad regnum ducant faciamus. Passio SS. Montani et Lucii, c. xt, ibid., p. 237. Des saints Fruc­ tuose, Augure et Euloge, il est dit dans leurs Actes qu'ils ont mérité une belle habitation dans les cieux et qu'ils se tiennent à la droite du Christ. Meruerunt di­ gnam habitationem in cælis, ad dexteram Christi stantes. Aeta SS. martyrum Fructuosi episcopi, Au­ gurii el Eulogii diaconorum, c. vn, ibid., p. 223. C’est la conviction de sainte Symphorose que son mari Getulius et son frère Amatius, martyrs de leur foi, vivent au milieu des anges avec le Sauveur, inter angelos, cum æterno rege. Passio sanctæ Symphorosæ et septem /ilio­ rum ejus, c. I, ibid., p. 19. Le ciel est la patrie com­ mune, édifiée avec les mérites des saints, patria sem­ piterna, quæ meritis est constructa sanctorum. Passio SS. Epipodii et Alexandri, c. 1, ibid., p. 62; Eusèbe, De martyribus Palestinæ, c. xt, P. G., t. xx, coi. 1504. Il est représenté comme le séjour de la gloire. Passio sanctæ Symphorosæ, c. i, dans Ruinart, ibid., p. 19. C’est un royaume où les martyrs portent la couronne. Passio SS. Pionii et sociorum ejus, c. xxn, ibid., p. 137; Acta SS. martyr. Fructuosi episc., Augurii et Eulogii, c. v, ibid., p. 223; Eusèbe, Acta passionis S. Pamphili el sociorum, P. G., t. xx, col. 1456. L’expression : mar­ tyrio coronatus est la formule consacrée dans le Liber pontificalis, pour désigner le martyre. Duchesne, Le 2494 Liber pontificalis, Paris, 1886, p. 118,122.126. En même temps, le ciel apparaît comme le lieu du repos et de la paix. Suscepit autem Dominus martyres suos in pace. Acta SS. mart. Fructuosi episc., etc., c. vn, Ruinart, ibid., p.123. Il est aussi le lieu de la lumière. Festinavit ad lucem, est-il dit du martyr Pionius. Passio SS. Pio­ nii et soc. ejus mart., c. xxn, ibid., p. 137. Au ciel, plus encore que sur la terre, se trouve la vie, la vraie vie, et c’est à cette pensée que recourt la mère de Symphorien pour exhorter, du haut des remparts d'Autun, son vaillant fils au martyr. Hodie, nate, ad supernam vitam felici commutatione migrabis. Acta sancti Syniphoriani martyris, c. vn, ibid., p. 72. Enfin à l'idée du ciel s'attache étroitement l’idée de béatitude, Acta SS. mart. Fructuosi, etc., c. ni, ibid., p. 266, et ce qui fait la valeur de tous ces biens, c’est qu’ils sont éternels. Symphorose met une particulière insistance â relever, devant Hadrien, ce caractère d'infinie duçée. Gloriam sempiternam (possident) ; cum æterno rege vita æterna fruuulur in cælis. Passio sanctæ Symphorosæ, etc., c. t, ibid., p. 19; cf. Passio S. Heliconidis, n. 20, Acta sanctorum, t. vî maii, p. 743. Les mêmes données se remarquent plus tard dans les martyrologes qui ont remplacé les Actes des martyrs, dont ils sont en quelque sorte le résumé et dont, parfois, ils reproduisent textuellement les paroles. Dans le mar­ tyrologe dit du Vénérable Bède, comme dans les recueils similaires d'Usuard, P. L., t. cxxtn, col. 599 sq., ou de saint Adon, P. L., t. exxm, col. 201 sq., il serait inté­ ressant de relever le choix varié de clausules ou d'ex­ pressions qui servent à caractériser, à des litres divers, l’entrée des saints au ciel. Saint Dizier est allé vers le Seigneur, migravit ad Dominum. S. Bède, Marlyrologium,P. L., t. xciv, col. 923. Sainte Pélagie est par­ venue heureusement à la vie éternelle, ad vitam æternam feliciter migravit. Ibid., col. 1074. D’autres, comme les martyrs Martien et Satyrien, exhalent en présence des anges leur sainte âme qui arrive au royaume des cieux. Ibid., col. 1075. L’àme de saint Paul, premier ermite, a été portée par les anges dans le ciel, parmi les chœurs des apôtres et des prophètes. Ibid., col. 807. Les saints Fructuose, Augure et Euloge montent au ciel, portant des couronnes. Jbid., col. 819. Le Ménologe grec, publié au x» siècle par ordre de l’empereur Basile Porphyrogénète, reproduit avec la même fidélité les traditionnels enseignements et jusqu'aux expressions des premiers âges. Saint Isoïs le Grand monte vers le Dieu qu'il désirait posséder, προς Θεόν, ôv έπεΟύμησε, χαίρων έξεδήμησεν. Menolog., part. Ill, julius, P. G., t. cxvii, col. 525. Saint Cyrille d'Alexandrie se rend vers le Christ pour recevoir la vie éternelle, προ; Κύριον έξεδήμησεν, απολαβών την αιώνιον ζωήν. Ibid., Col. 265. L’âme du saint martyr Aristion, évêque d'Alexandrie, va se réjouir dans le ciel avec les saints, άνελβοϋσα έν ονρανοϊς μετά τών άγιων ευφραίνεται. Ibid.,col. 28. Saint Porphyre reçoit la félicité éternelle, την αΙώνιον άπόλανσιν. Ibid., col. 52; cf. De sancto Cyriaco abbate vita, c. i, n. 1, 2, Acta sanctorum, t. vm septembris, p. 147; Jean, diacre de Constantinople, Vita sancti Josephi hymnographi, c. XL, P. G., t. xcvt, col. 1238. Quelle que soit la diversité des Églises, l’hagiographie primitive ne laisse pas de reproduire partout, avec une surprenante unanimité, cette conception fondamentale du ciel. Même pour les détails, si l’expression parfois se modifie et se nuance conformément au génie des langues ou des races, l'idée reste bien universellement la même, et l’on ne peut méconnaître l'origine commune, le fond identique de ces divers enseignements. Les Actes des martyrs de l’Église copte sont remplis de la pensée du ciel. Jésus-Christ, « le bon Sauveur, » vient consoler lui-même ses fidèles témoins et leur donner l’assurance que« leur maison est bâtie » dans la Jérusalem céleste, dans la cité de tous les justes. Martyre de saint Eusèbe, 2495 CIEL publié par Hyvernat, Les Actes des martyrs de l'Égypte, Rome, 1886-1887, p. 10. Raphaël emporte l’âme du saint dans les cieux, au séjour de la gloire. Ibid., p. 38. Le ciel est la région de la lumière, Martyre de saint Apater el d’iraï sa sœur, ibid., p. 103, la demeure de Jésus et des saints anges. Martyre de saint Macaire d'An­ tioche, ibid., p. 54. Dans les fragments qui nous sont parvenus des Vies de Pakhôme et Théodore, nous voyons saint Pakhôme demander à Dieu qu’il déchire, à l’heure de sa mort, le manuscrit de ses péchés, qu’il lui donne, en échange des biens de la terre, les biens célestes, le centuple promis dans la Jérusalem céleste, et qu’il inscrive son nom au livre de vie, afin qu’il se réjouisse avec tous les saints. Amélineau, Monuments pour servir à l’histoire de l'Egypte chrétienne aux IV» et v« siècles, dans les Mémoires publiés par les membres de la mission archéologique française au Caire, Paris, 1888, t. iv, p. 607-608. De saint Abraham, il est dit : « Certes, ses services sont dans les cieux près de ses pères et de celui qu'il a aimé, le Christ. » Fragments de la Vie d'Abraham, ibid., p. 753. Saint Schnoudi voit venir à sa rencontre le Christ avec les anges ets’entr’ouvrir les portes des cieux. Vie arabe de Schnoudi, ibid., p. 474. La Vie copte de Schnoudi ajoute ces pa­ roles : « La paix soit avec toi, ô Schnoudi, le compagnon de Dieu et le bien-aimé du Christ, ô toi qui as reçu la couronne de lumière. » Ibid., p. 90-91. Le ciel est aussi représenté comme le lieu du repos « dans le sein de nos anciens pères Abraham, Isaac et Jacob » et comme le paradis de la joie. Panégyrique de saint Macaire de Tkôon, ibid., p. 162. L’ensemble de ces données se retrouve sous des termes analogues dans la littérature syriaque. Aux martyrs, le ciel réserve la vie et les gloires du triomphe. Certamen plurimorum martyrum et Azadis regis eunuchi, dans Assémani, Acta SS. martyrum orientalium et occiden­ talium, Rome, 1748, t. i, p. 49-50. Devant le préfet qui l’interroge, la vierge Tharba répond que son frère jouit déjà de la vie éternelle dans le royaume des cieux et qu’elle partagera bientôt avec lui le souverain repos. Martyrium SS. Tharbæ virginis ejusque sororis, ibid., p. 56; cf. Martyrium SS. Narselis episcopi et Josephi, ibid,, p. 99. Ailleurs une bonne chrétienne encourage les confesseurs de la foi et leur représente qu’ils ne tarderont pas â être réunis à Dieu et aux saints du ciel. Acta SS. martyrum viginli, ibid., p. 108; Martyrium SS. Theclæ, Mariæ, Marthæ, Mariæ el Annæ virginum, ibid., p. 127. Le saint évêque Barbarascemini fait entendre au roi Sapor que les chrétiens égorgés par son ordre pos­ sèdent le souverain bonheur : ils sont au paradis, dans un lieu de délices, en compagnie des saints. Ce sont eux les vrais rois. Martyrium SS. Barbascemini, Seleuciæ et Ctesiphontis episcopi et xvt sociorum, ibid., p. 117. 3» Épigraphie. — Sur toutes les pierres sépulcrales des catacombes et des premiers cimetières chrétiens est inscrit le dogme de la vie future et des récompenses cé­ lestes. 11 est naturel qu’après avoir été la grande inspi­ ratrice de leur vie, cette pensée ait encore suivi les fidèles jusque dans la tombe, comme le résumé heureux de toutes leurs aspirations et la suprême consolation de leurs proches. Et non seulement ce bref et expressif langage des inscriptions funéraires reproduit partout l'affirmation dogmatique du ciel; mais il est remarquable que dès les premiers jours il l’interprète dans tous les détails avec cette richesse d’aperçus qui caractérise, à l’encontre du nihilisme ou de la survie fantomatique des païens, la croyance chrétienne à l’au-delà. Les inscriptions chrétiennes de l'époque la plus re­ culée sont très simples et se bornent aux données essentielles, attestant que le défunt est réuni à Dieu, au Christ, et qu’il vit dans la paix, ou formulant un vœu analogue. In Deo. In X°. In pace. EN IPHNE. Au ni' siècle, les formules succédèrent aux acclamations. 2496 Une inscription de la voie Lavicane, la plus ancienne dont on ait pu fixer la date, et qui remonte à l’année 217, représente le ciel comme le séjour des âmes saintes auprès de Dieu, Receptus ad Deum. De Rossi, Inscrip­ tiones christianæ urbis Romæ, Rome, 1861, t. I, n. 5, p. 9. Sur un sarcophage des cryptes vaticanes, se lit la même pensée : lit ad Deum. Ibid., n. 141, p. 180. De même, sur une inscription du musée de Latran : Accepta apud Deum. Ibid., n. 677, p. 293. La réunion avec le Christ est mentionnée fréquemment, d'abord dans une formule du cimetière de Calixte, de l’année 268 ou 269 : Benemerenli in X°, ibid., n. 10, p. 16; puis dans une inscription grecque du cimetière de Domitille : ZHCAIC EN Χω, et dans plusieurs inscrip­ tions du cimetière de Sainte-Agnès : X' gaudet in aula, ou du musée du Latran : Scimus teinX". Ibid., n. 317, p. 141; Marucchi, Éléments d’archéologie chrétienne, Paris, 1889, t. i, p. 188. Le défunt est accueilli par les anges, accersitus ab angelis, sur utie inscription de la voie Appienne de l’année 310. De Rossi, op. cit., n. 31. p. 31. Il vit au milieu des saints, dans la so-iété des saints, dans la demeure des saints, l iftas inter sanctis: inscription du cimetière de Calixte, année 268 ou 279; Spiritus sociatus sanctis : marbre du musée de Latran; Intra limina sanctorum : au musée Borghèse; Σήσαις μετά τών άνίων : inscription du cimetière de Calépode. Ibid., n. lOi p. 16; n. 159, p. 88; n. 319, p. 142; n. 402, p. 176. Maintes fois, dans le langage épigraphique, le ciel apparaît comme le lieu du rafraîchissement, refrige­ rium. Cette expression, qui a donné lieu à des inter­ prétations fort diverses, est rendue saisissable par l'al­ lusion au purgatoire qu’elle implique et dont les Actes de sainte Perpétue fournissent vraisemblablement l’explication. La sainte aperçoit en songe son jeune frère Dinocrate, mort depuis quelques jours, essayant vainement de s’approcher d’une fontaine pour étancher sa soif. Devinant qu’il se trouve en un lieu de souf­ france, elle intercède pour lui et le voit bientôt, éblouissant de lumière, atteindre la source et se dé­ saltérer. Vidi... Dinocralem refrigerantem. Passi: SS. martyrum Perpetuæ et Felicitatis, c. n, n. 3-4, P. L., t. ni,col. 35-37. Le mot refrigerium n’exclut pas pour autant l'idée de réconfort. Les agapes servaient ainsi à réconforter les miséreux. Inopes quosque refri­ gerio isto juvamus. Tertullien, Apolog., c. xxxix, P. L., t. 1, coi. 475. Elles étaient aussi un soutien physique pour les martyrs dans leur cachot. C’est en ce sens complexe qu’il faut entendre les inscriptions qui sou­ haitent au défunt le « lieu du rafraîchissement ·. In refrigerium : cimetière de Saint-Hermès. Marucchi, op. cit., p. 193. Privata dulcis in refrigerio. Refrigera cum spiritu sancta. Martigny, Dictionnaire des anti­ quités chrétiennes, Paris, 1899, p. 690-691 ; ci. De Rossi, Bullettinodi archeologia cristiana, Rome. 18t>3, p. 2-3. In refrigerio anima tua, Viclorine. Secun m, esto in refrigerio. Kraus, Real Encyclopédie der · .. - .. Alterthûmer, Fribourg-en-Brisgau, 1886, t. n, coi. ti*». Bono ispiri lo Mariani Deus refrigeret : inscription Philippeville (Afrique). Corpus inscripl. latin., t. vi i. p. 819; cf. Le Blanl, Inscriptions chrétiennes de a Gaule, antérieures au Vin· siècle, Paris, 1865, t. n. p. 305; Wolter, Die rômischen Katakomben und i Bedeutung fur kathol. Lehre von der Kirche, Franc­ fort, 1866, p. 27. Comme dans les Actes des martyrs ou les écrits des Pères, le ciel est encore dans les formules épigraphiques un lieu de lumière et de splendeurs. Splendore cum lumine claro : inscription de l’année 363, au musée de Latran. De Rossi, Inscriptiones, t. 1, n. 159, p. 88. ht Christum credens premia lucis habet : même époque. Kaufmann, Die sepulcralen Jenseilsdenkméler der Anlike und Urchristenlums, Mayence, 1900, p. 65. liu- 2497 CIEL dormit Severianus cujus spiritus in luce Domini sus­ ceptus est : inscription de l'année 397. Kaufmann, ibid., p. (56. Dans la célébré inscription de Pectorius, le Christ est la lumière des trépassés, φώς το βανοντών. Le Blant, op. cit., t. i, p. 8; cf. Kraus, op. cit., 1.1, p. 524; Wilpert, Ein Cyclus christologischer Gemâlde aus der Kalakombe der heilig. Petrus und Marcellinus, Fribourg-enBrisgau, 1891, p. 17. Une inscription funéraire égyptienne qui date de 344 et qui provient sans doute d’Antinoë, exprime cette supplication : « Vous, Dieu des esprits et de toute chair, vous qui avez aboli la mort, foulé l'enfer et donné la vie au monde, faites reposer mon âme dans le sein d'Abraham, d’Isaac et de Jacob, dans le lieu de la lumière, dans le lieu du rafraîchissement, έν τοπώ φωτεινω, έν τοπώ άναψύχεως, où il n'y a ni douleur, ni chagrin, ni soupir. » Bulletin de l'institut égyptien d’Alexandrie, 1875, n. 13, p. 101-105; cf. Du­ mont, Mélanges d’archéologie el d’épigraphie, Paris, 1892, p. 582-584. Séjour de paix aussi : Felix sanctæ fidei, vocatus iit in pace: inscription de l'année 369, trouvée dans le sa­ crarium de la basilique du Vatican. De Rossi, Inscrip­ tiones, t. i, n. 211, p. 108. Æterna in requie felicitatis pausam habebis : inscription de la villa Albani, datée de 380. Jbid., n. 288, p. 133. In aurea cælistis quieta.-musée du Vatican. Ibid., n. 425, p. 185. In pace et in refrige­ rium : inscription du cimetière de Saint-Hermès. Marucchi, op. cit., t. i, p. 193. IPHNI COI EN OUPANCO. Kraus, op. cit., t. n, col. 302; cf. De Rossi, Bullellino, 1886, p. 129. Plusieurs des inscriptions précédemment citées ex­ priment l'idée de béatitude. D’autres relèvent le carac­ tère d'éternel séjour inclus dans la conception religieuse du ciel, ilæc domus æterna in qua requiescent. De Rossi, Inscriptiones, t. i, n. 351, p. 155. Æterna tibi lux, Ί imothea, in X°. Kraus, op. cit., t. il, p. 302. Æterna domus in qua nunc ipsa secura quiescis : inscription de l’an 363. Kaufmann, op. cit., p. 65. Une inscription du IVe siècle, De Rossi, Inscriptiones, 1.1, n. 317, p. 141, développe poétiquement une pensée analogue : Per eximios paradisi regnat odores Tempore continuo vernant ubi gramina rivis. Enfin l’idée de l’étroite charité qui unit les élus et qui les accueille à leur entrée dans les cieux se trouve si­ gnalée dans plusieurs inscriptions. Quæ recepta cælo meruit occurrere X” : inscription trouvée dans un hypogée de la basilique de Sainte-Praxède. De Rossi, Inscriptiones, 1.1, n. 745, p. 325. Certains marbres épi­ graphiques font allusion au chœur des vierges recevant une jeune fille au ciel. Le Blant, Inscriptions chré­ tiennes de la Gaule, antérieures au vin· siècle, Paris, 1865, t. n, p. 539. Que le ciel ainsi caractérisé sous ses multiples aspects soit représenté dans l’épigraphie chrétienne, comme un séjour ultra-terrestre, à peine est-il besoin de le faire remarquer. L’âme des justes est au ciel, dans les hau­ teurs du ciel, au delà des astres. Qui gaudet in astris: inscription de l’an 381, du cimetière de Sainte-Agnès sur la voie Nomentane. De Rossi, Inscriptiones, t. i, n. 303, p. 137. Membra dedit terris ut redderet astris vitam cælo natus : inscription datée de 386. De Rossi, ibid., n. 361, p. 159. Une autre inscription versifiée dé­ couverte au couvent de Saint-Paul sur la voie d’Ostie,et qui remonte à l’année 385 ou 392, exprime, en la ren­ forçant encore, la même pensée : Non tamen hæc tristes habitat post limina sedes Proxima sed Christo sidera celsa tenet. De Rossi, ibid., η. 566, p. 240; Kraus, op. cit., t. I, col. 652; cf. Wilpert, Die goltgeweihten Jungfrauen in den ersten Jahrhunderlen der Kirche, Fribourg-en-Bris­ gau, 1892, p. 48-49; Leclercq, Mélanges d’épigraphie 2498 chrétienne, dans la Revue béne’dictine, 1905, p. 437-457. 4° Iconographie. — Au sobre langage des inscriptions on opposerait vainement la richesse des moyens d’ex­ pression propres aux arts plastiques pour attribuer à l'iconographie un avantage marqué, au point de vue strictement dogmatique de la question du ciel, sur l’épigraphie chrétienne. Dans les sculptures des sarco­ phages et dans les fresques des catacombes, dans les verres â fond d'or et dans les mosaïques, la foi au séjour des élus se retrouve, symbolisée de mille façons ingé­ nieuses ou naïves, simples ou grandioses ; mais on ne peut relever un seul trait nouveau, un seul caractère inédit qui vienne se surajouter aux données théologiques déjà recueillies et contribuer pour une part originale au développement de l’idée traditionnelle. Il faut en con­ clure que la doctrine de l’Église sur le ciel était fixée dès le 11' siècle immuablement et qu’elle était partout transmise sous des formes en quelque sorte hiératiques, destinées à contenir la fantaisie de l’tirliste et à rendre saisissable à tous l’expression de la même et absolue vérité. Les monuments iconographiques n'en consti­ tuent pas moins une source d'informations précieuses, quiofl'reà l'histoire du dogme une confirmation authen­ tique, en même temps qu’une interprétation particu­ lièrement attachante de la croyance primitive. Le vol de la colombe est l’emblème le plus fréquem­ ment usité pour figurer l’entrée de l’àme innocente au ciel. Parfois ce symbole est accompagné des mots : Spiritus tuus, ou encore : In pace. Marucchi, op. cit., t. i, p. 163, 276. L’orante entourée de colombes est une image de lame en possession du séjour divin. Kaufmann, op. cit., p. 108-123. Il est évident que le ciel était conçu comme un séjour ultra-terrestre. On retrouve souvent la représentation du ciel étoilé, comme dans le célèbre hypogée des Acilii, qui en offre un bel exemple, et cette manière de figurer le ciel s’est conservée jusqu’au iv« siècle. D’autres monuments comme le sarcophage de Junius Bassus ou le tombeau du Vatican reproduit par Bottari, Sculture e pillure sacre eslralte da cimileri di Roma, Rome, 1737, t. i, pl. xv, xxxm. repré­ sentent le ciel sous la forme d'une draperie flottante tenue par un vieillard ou par une main de femme. Audessus apparaît Jésus au milieu des docteurs, emblème de la sagesse incréée. C’est la traduction directe de la parole des prophètes ou du psalmiste : Il a étendu les cieux comme un voile, comme un pavillon. Ps. cm, 3. L’image du paradis, du jardin de délices, avec ses arbres ornés d'un feuillage toujours vert et de Heurs toujours fraîches, exprime la pensée de l'infini bonheur toujours renouvelé. Le fond des coupes offre souvent cet emblème, que l’on voit également sur plusieurs mosaïques des basiliques romaines. Sur les peintures murales des catacombes, comme dans un cubiculum des cryptes de Lucine ou au cimetière de Saint-Calixte, les fidèles sont représentés à l’ombre de ces beaux arbres, au milieu de ces fleurs, soit au naturel, soit sous la figure embléma­ tique de la colombe ou d’un autre oiseau. Partout l’as­ pect de la joie, l’épanouissement de la félicité. De Rossi, Borna sotlerranea, Rome, 1864, t. i, p. 323, tav. xn; Rome, 1877, t. m, tav. ι-m. Ces oiseaux symbolisent en même temps l’éternité. Tantôt c’est le phénix, avec l’idée qu’il évoquait du perpétuel rajeunissement, tantôt et plus anciennement, le paon, dont la chair était re­ gardée par les anciens comme incorruptible. On en trouve un exemple remarquable sur une fresque du cimetière de' Cinque Santi. Le paon tient parfois la cou­ ronne. Kraus, op. cil., t. n, col. 622-624, 615-616; De Rossi, Rom. sollerr., t. 11, tav. xxvm; Garrucci, Storia dell' arte crisliana nei primi otto secoli, Rome, 1873-1881, t. n, p. 35, tav. xxx; p. 98, tav. lxxxviii, civ; Bottari, op. cit., t. I, p. 52, tav. xv. L’image du Bon Pasteur avec ses brebis rend à sou­ hait le caractère intime des liens qui unissent les élus 2499 CIEL à Jésus-Christ. Kaufmann, op. cit., p. 124-140; Garrucci, op. cit., t. Il, tav. xxi. Le Christ apparaît aussi environné de ses anges, et il en est de même de Marie, la reine des cieux. Cf. Stuhlfaulh, Die Engel in der altchristlichen Kunst, Fribourg-en-Brisgau, 1897, dans Arr.hæologische Studien zum chrisllichen Altertum und Mittelalter de J. Ficher, fasc. 3, p. 203 sq. Sous le symbole de la vigne se dégage l’idée de la terre promise, de la patrie céleste, comme sous la ligure d'une maison dont l'entrée est en vedette se traduit la pensée de la commune demeure des saints. Sur une fresque du cimetière de Cy riaque se dessine la silhouette d'un martyr qui soulève doucement le rideau de la porte. Un fragment d’inscription au musée de Latran laisse entrevoir dans l'intérieur un profil de colonnes. Maruc­ chi, op. cit., 1.1, p. 307-308. Ce séjour apparaît nettement comme le lieu du rafraîchissement, suivant le sens con­ sacré de ce mot et sous l’image du festin qui exprime ordinairement cette idée. Aux saints martyrs deNumidie, Jacques, .Marien el leurs compagnons, apparaît Agapius assis à un joyeux festin. « Réjouissez-vous grandement, leur dit un jeune martyr de la veille, couronné de roses et tenant la palme : demain vous serez avec nous les con­ vives du festin. » Passio SS. Jacobi, Mariani et aliorum plurimorum martyrum in Numidia, c. xt,dans Ruinart, op. cit., p. 230. Sur les parois des cryptes et des cham­ bres sépulcrales des catacombes romaines, ce sujet est maintes fois reproduit par les fresques. Aringhi, Borna subterranea narissima, Rome, 1651, t. i, p. 77. 83. On trouve aussi le vase comme symbole simplifié du rafraî­ chissement de l’âme au paradis. Il rappelle ainsi les accla­ mations si souvent répétées par les inscriptions : In re­ frigerio. Deus refrigeret. Marucchi, op. cil., t. 1, p. 163, 276. Il était plus difficile â la peinture de représenter le ciel comme le séjour de la lumière. Des lampes ardentes traduisent parfois cette idée. Sur une mosaïque décou­ verte â Tabarca et décrite par le P. Delattre, une chré­ tienne nommée Cresconia est conduite par des colombes vers un jardin céleste ou des torches allumées brillent parmi les arbustes et les fleurs. Cette représentation s’inspire évidemment de la vision de Satur. Bulle tin des antiquités africaines, 1885, t. ni, p. 7-10. Le ciel, demeure de la paix, est figuré par la colombe au repos sur une branche lleurie et tenant dans son bec le rameau d’olivier. Le monogramme du Christ l'accompagne fré­ quemment. Parfois c'est une figure extatique qui appa­ raît à côté de la légende : in pace. Martigny, op. cit., p. 188; Kraus, op. cit., t. n, col. 820. La gloire est ma­ nifestée à son tour dans les riches vêtements et les parures précieuses, colliers, bracelets, anneaux, dont sont ornés les saints, surtout les vierges admises aux noces de l’agneau. Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri de SS. martyri ed antichi Christiani di Borna, Rome, 1720, p. 194, tav. lu. Enfin la charité qui unit les bienheureux et la commune joie qui accueille au ciel les élus se trouvent gracieusement exprimées dans un arcosolium découvert au cimetière de Cyriaque, dans une fresque du cimetière de Domilille et sur d’autres monuments iconographiques. Une orante apparaît debout entre deux personnages qui l’accueillent avec une bonté I souriante et qui écartent devant elle une élégante ten­ j ture pour l'introduire au séjour de l’éternelle gloire. Martigny, op. cit., p. 575; De Rossi, Bulleltino di arch, I crist., 1863, p. 76; Garrucci, op. cil., t. il, p. 147, tav. clxxx. 5° Liturgie. — Dans le langage religieux de l’Église, fixé dans ses livres de prières, reparaissent avec plus de précision encore les mêmes données traditionnelles, celte fois comme l'expression authentique et officielle de la croyance catholique. 1. Liturgie romaine. — Les expressions consacrées par le Missel ou le Rituel romains, dans leur rédaction actuelle, pour désigner le ciel et les différents biens qui 2500 s’y rattachent, sont très voisines, quand elles ne les reproduisent pas exactement, de celles qui figurent dans les plus anciens documents de la liturgie latine, dans le Missel gothique comme dans les sacramentaires grégo­ rien, gélasien ou léonien, attestant par là que non seu­ lement les doctrines étaient fixées dès la première heure, mais les formules mêmes qui les expriment. L'Eglise demande qu'il soit donné aux fidèles de parve­ nir au royaume des cieux, dans la demeure céleste, in cælesti regno, in cælesti sede. Missale romanum, Ora­ tiones pro defuncto episcopo, pro defuncto sacerdote, à la messe des morts. Cæleslia regna conscendere. Missale golhicum, collecte de la Missa prima die san­ ctum Paschæ. Muratori, Lilurgia romana relus, Venise. 1718, t. π, col. 595. In cælesti sede. Sacramentarium leonianum, Oratio super defunctos, dans Muratori, ibid., col. 454. In cælo vivere. Sacramentarium Gela­ sianum, lxiii, Oral, et preces in lAscensa Domini, Mu­ ratori, ibid., col. 588. Il faut remarquer toutefois que, sous cette désignation directe, la mention du ciel est relativement rare dans les textes liturgiques primitifs. Mais on ne peut se méprendre sur la pensée. Le ciel est décrit comme le séjour de l’éternelle béatitude, in ælerna beatiludine, ad perpeluæ bealiludinis con.-.rtium, des joies futures qui font tressaillir, in sede glo­ riosa semper exsultet. Missalerom., Orat, pro defuncto sacerdote à la messe des défunts; Breviarium rom., Officium defunctorum, oraison de vêpres. Futura gau­ dia comprehendant; ad summa bona pervenire; in sede gloriosa semper exsultet. Sacram, leon., ibid., col. 293, 298,454. Ad societatem cæleslium gaudiorum. Sacram, gelas., xvui, ibid., coi. 582. Dans une prière liturgique composée à l’époque des persécutions et pu­ bliée par Bone en 1850, il est lait mention des joies de la béatitude. Defunctorum fidelium animæ quæ heatitudinem gaudent. Marucchi, op. cit., t. i, p. 196. Au canon de la messe, le Memento des morts désigne le ciel comme le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix, in loco refrigerii, lucis et pacis, et l'orai­ son de la messe des défunts, in anniversario die, ac­ centue et précise cette pensée en iinplorant pour les trépassés le lieu du rafraîchissement, la félicité du repos et la clarté de la lumière. Le Memento des défunts fait défaut dans quelques anciens exemplaires du canon, par exemple dans lesacramentaire gélasien. Cette lacune s’explique assez naturellement par ce fait que les dip­ tyques des morts, auxquels cette formule servait de cadre, se lisaient sur un texte à part, rouleau spécial ou tablettes. Duchesne, Origines du culte chrétien, Paris. 1898, p. 174. Le Missale golhicum, à la messe domini­ cale, Post nomina, Muratori, ibid., t. it, col. 646, repro­ duit les mêmes expressions, que l’on retrouve fréquem­ ment dans d’autres prières. Locum lucidum, locum refrigerii et quietis. Sacram, gelas., xli. Oratio post obitum hominis, Muratori, ibid., t. 1. coi. 742. Quiens ac lucis æternæ beatitudinem. Sacramentarium Gregorianum, ibid., t. II, coi. 214. L'Église semble insister avec prédilection sur la vie affective qui est celle des élus et qui constitue l'une des grandes joies du ciel. Da nobis in ælerna beatitudme de eorum societate gaudere. Missale rom., oraison du commun des martyrs. Cum omnibus sanctis luis ad perpeluæ beatiludinis consortium pervenire concédas. Ibid., oraison de la messe des morts. Perpetua son rum tuorum societate lætetur. Sacram, leon., Com­ memoratio sancti Silvestri, Muratori, op. cit., t. 1. coi. 454; cf. Sacram, gregor., Orat, in agenda morio rum, ibid., t. n, coi. 214. Les prières liturgiques n'omet­ tent pas d'attirer l’attention sur le bonheur spécial qu'au­ ront les saints à retrouver leurs parents et leurs proches. Meque eos in æternæ claritatis gaudio fac videre. Meque cum illis felicitati sanctorum conjunge. Missale rom., à Ia messe des défunts, oraison et secréte pro patre et 2501 CIEL matre sacerdotis. Les anges contribuent aussi, par leur société, à la joie des bienheureux et l’Église demande qu’ils viennent chercher eux-mémes l’âme du défunt et qu'ils la conduisent â la porte du paradis. Jubeas eam a sanctis angelis suscipi et ad patriam paradisi perduci. Missale rom., Oratio in die obiti s seu depositionis de­ fundi. L’offertoire de Ia messe des morts exprime une pensée analogue. Cf. Sacrani. gelas., xct, Oratio post obitum hominis, Mura tori, op. cit., t. i, coi. 748. Le bonheur d’élre réuni à Jésus-Christ eide jouir de la claire vue de Dieu est mentionné fréquemment, comme la sub­ stance même de la béatitude céleste. Il est naturel que eetle pensée se manifeste plus spécialement dans les prières avant la communion. Et a te nunquam sepa­ rari permittas. Missale rom. Le Missale gothicum représente le Christ entouré de toutes les phalanges des élus, Christus stipatus agminibus. Missa prima die sanctum Paschie, Muratori, op. cil., t. n, col. 598. Celle union mystique entre le chef et les membres dans la gloire du ciel est bien mise en relief par le sacramentaire léonien. Da...illuc subsequi tuorum membra fidelium quo caput nostrum principiumque praecessit. Preces in Ascensa Domini, n. 5, ibid., t. I, coi. 315. La nature de celte commune jouissance et des liens qui rattachent entre eux les élus et les élus au Christ et à Dieu apparaît avec une remarquable netteté dans le saciamenlaire gélasien. Inter gaudentes gaudeat, inter apostolos Christum sequi studeat et inter angelos et archangelos claritatem Dei pervideat. XCI, Oratio post obitum hominis, ibid.,col. 748. 2. Liturgie gallicane. — Les prières liturgiques du sacramentaire gallican se rapprochent beaucoup des formules romaines, dans leurs fréquentes evocations du ciel. Elles implorent pour les fidèles les récompenses de la gloire, præmia in gloria, l’admission dans l’as­ semblée des élus, in electorum tuorum grege jubeas numerari, Sacramenlarium galUcanum, Missa De­ mensis coltidiana, au canon, Mabillon, Musteum italicum, Paris, 1687,1.1, p. 280; Missa in sanci, martyr., ibid., p. 345. Les saints tressailleront de joie dans les cieux et leur société sera un bonheur sans lin. Cælesli sede gloriosa semper exsultet, el perpetua sanctorum societate lætetur. Missa sacerdotis defuncti, ibid., p. 384. Le Memento des morts reproduit le texte ro­ main : locum refrigerii, lucis et pacis ut indulgeas deprecamur. Ibid., p. 28I. Dans Ia messe pour le jour de l’Ascension de Notre-Seigneur, il est demandé que nous suivions Jésus-Christ là où nous savons qu’il règne, à la droite de son Père. Ut etiam nos te se­ quentes illuc tendamus fide, ubi scimus ad Dei Patris dexteram te regnare. Missa in Ascensione Domini, ibid., p. 336; cf. Missa in natale Petri et Pauli, ibid., p. 343. Une belle prière en usage dans l’ancienne liturgie mozarabique pour la recommandation de l’âme résume en un tableau concis presque tous les caractères qui, dans la pensée de l’Église, conviennent au séjour des bienheureux. « Recevez-)e, Seigneur, dans le repos de l’éternité et donnez-lui la grâce de vous voir et le royaume éternel, c’est-à-dire la Jérusalem céleste... Qu’il vienne avec les bénis à la droite de Dieu le Père et qu’il possède la vie éternelle au milieu de ceux qui la possèdent et qu’il reçoive sa place parmi les pha­ langes des bienheureux. » Dom Férotin, Le Liber ordi­ num en usage dans l'Eglise uàsigothique et mozarabe d'Espagne du v« au XP siècle, Monumenta Ecclesiæ lilurgica de dom Cabrol et dom Leclercq, t. v, Liturgia mozarabica vetus, Paris, 1904, col. 111. Une réminis­ cence des liturgies orientales se retrouve à l'office des morts dans l’oraison qui implore pour l’âme du défunt les verdoyantes prairies du paradis. Dura paradisi vernantia mereatur ingredi lætus. Ibid., χι.νπ, Ordo super sepulcrum quando clamore proclamatur, p. 149. 2502 Au Memento des trépassés, le prêtre supplie le Sei­ gneur d'admettre les âmes des défunts dans le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix, in locum refrigerii, lucis el pacis. Ibid., col. 241. Sur la liturgie ambrosienne et les prières où il est fait mention du ciel, on peut consulter le canon du missel actuel dans Daniel, Codex liturgicus Ecclesiæ universalis in epitomen redactus, Leipzig, 1847, t. i, p. 123. La plupart des textes anciens sont encore inédits. Le canon de la Missa canonica, dans le premier en date des sacramentaires ambrosiens, a été publié par Magistretti. La liturgia ambrosiana, Milan, 1899, t. I, p. 194. Voir Ambrosien (Rit), t. i, col. 954-957. 3. Liturgie syrienne. — Malgré la divergence des rits, il est facile de recueillir les mêmes aperçus dans la liturgie syriaque de saint Jacques et dans les diverses transformations qu'elle a subies. A la messe, le prêtre formule la prière que l’Eglise soit placée au ciel, à la droite de celui qui a envoyé le Christ sur terre. Litur­ gia S. Jacobi, Oratio ante osculum pacis, Renaudot, Liturgiarum orientalium collectio, Paris, 1715, t. 11. p. 29. Le ciel est le vrai séjour de la béatitude et de la joie. Liturgia S. Chrysoslomi, ibid., p. 250. Il est dé­ crit comme le lieu du repos, de la lumière et de la paix. Lit. S. Jac., Oratio pro mortuis, p. 43. Dans la liturgie de saint Clirysostome, au Memento des morts, le prêtre prononce cette prière : « Seigneur, donne-leur le repos dans les demeures célestes, dans le paradis des délices, dans les tabernacles de la lumière, dans le lieu du repos. » Le peuple répond : « Donne-leur le repos. » La réunion avec les saints et la jouissance en commnn de tous les biens du ciel est mentionnée en termes par­ ticulièrement significatifs : « Que nous vivions ensemble avec ces bienheureux élus : avec eux et au milieu d’eux que nous rendions gloire et louange à Ion nom. » Lit. S. Chrysos., p. 250. La liturgie syriaque de saint Marc formule la même prière. En même temps, elle évoque la suprême jouissance de se trouver au ciel avec le Christ, en présence de la divinité. Lit. S. Marci, au Memento des défunts, ibid., p. 181. Le ciel est vraiment le lieu qui réunit tous les anges et les saints au Christ et à Dieu. « Nous supplions le Seigneur notre Dieu qui a rappelé auprès de lui lésâmes... de nous faire parve­ nir au ciel, dans son royaume. Dieu, rends-nous dignes de la joie répandue dans le sein d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, où resplendit la lumière de ta face. » Lit. S. Jac., Commemoratio fidelium defunctorum, ibid., p. 37-38. Dans la liturgie de saint Cbrysostome, le ciel est également désigné comme le lieu de la vision béatifique pour l'assemblée des anges et des élus, dans l’éclat de la gloire qui rayonne du Christ-Roi. Lit. S. Chrys., ibid., p. 250-251. En raison de sa provenance orientale, il est naturel que la liturgie byzantine reproduise à son tour ces données d'ailleurs communes à toutes les liturgies. L'oflice des morts, tel qu’il nous est transmis par l’eucologe, énumère avec toute la précision désirable, dans les hymnes et les oraisons, les différents caractères du séjour des bienheureux. L'Eglise demande que le défunt soit admis par Dieu dans le lieu où sont réunis les justes, εις χώραν ευσεβών. Officium exeqiiiarnm, n. 13, Goar, Euchologium sive rituale Graecorum, Paris, 1647, p. 543. Elle prie le Seigneur de lui accorder le royaume des cieux, την βασιλείαν των ουρανών, n. 6, p. 527, de lui ouvrir la porte du paradis, Ουράν παραδείσου, n. 9, p. 528, de l’admettre dans le séjour des vivants, έν χωρά ζωντων, n. 15, p. 533, où brille la lumière de la vie, δπου co φώς τζς ζωής, n. 19,-p. 537. Le ciel est en outre le lieu du repos dans la société des saints, μετά τών άγιων άνάπαυσον τήν ψυχήν τού δούλου σου. Les élus seront réu­ nis au Christ et verront briller sa gloire, λαμπράς καί θείας τυχεΐν ελλάμψεως τής σής, Χριστέ, η. 14, ρ. 532. C'est aussi par la Vierge que l’on parvient au paradis, 9,503 - CIEL aux fêtes nuptiales du ciel, èv ούρανίοις Οαλάμοις, η. 6, p. 527. Sur les prières liturgiques pour les défunts dans la messe d’Antioche et la pensée de l’union des âmes saintes dans l’éternité bienheureuse, voir Probst, Die anliochenische Messe nach den Schriflen des heilig. Joannes Chrysostomus, dans Zeitschrift für kalholische Théologie, Inspruck, 1883, t. vu, p. 294-296. 4. Liturgie alexandrine. — Les prières du canon de la messe sont toutes pénétrées de la pensée du ciel et des espérances de l'au-delà. Dans la liturgie de saint Basile au Jfemenlo des vivants comme à l’oraison de la fraction du pain, le prêtre demande que les lidèles aient leur place inscrite au royaume des cieux, dans le chœur de tous les saints, μετά πάντων χόρου τών άγίων σου εν τή βασιλεία τών ουρανών. Lit. S. Basilii, Oratio ad fractionem, Renaudot, Lit. orient, coll., t. i, p. 72. Voir aussi les prières post diptycha, ibid., p. 73. Le Memento des morts ajoute à la mention ordinaire du repos dans le sein d'Abraham, la réunion dans la gloire de l’assemblée des saints, dans le lieu de la verdure, parmi les eaux du rafraîchissement, au paradis des délices. Σύναψαν εις τόπον χλόης έπ'ι ΰδατος άναπαύσεως έν παραδείσιο τρυφής... έν τή λαμπρότητι τών άγίων σου. Ibid., ρ. 72-73. Le caractère populaire et symbolique de ces expressions trouverait ailleurs son correctif, s’il en était besoin : en maints passages est émise la pensée que les biens célestes sont au-dessus de toute conception et échappent dès lors aux lois ordinaires du langage humain. Lil. S. Basilii, ibid., p. 84. La liturgie grecque de saint Marc élève également les esprits au delà de toute idée terrestre. Lit. divi Marci, ibid., p. 150; cf. Swainson, The greek Liturgies, Cambridge, 1884, p. 42. Ces biens sont d'un autre ordre que les biens de ce monde, άντί τών έπιγείων τα ουράνια, Liturgy of Alexandria, dans Swainson, op. cit., p. 42 : ils sont divins, célestes, éternels. Voir Oratio ad fractionem, όπως Sv ζαιήμεΐς μετά πάντων άγίων μέτοχοι τών αιωνίων σου αγαθών. Lit. S. Basilii, Renaudot, ibid., p. 75. La liturgie copte est d'accord avec toutes les autres dans sa manière expressive de figurer à l’esprit des fidèles la gloire et le bonheur du séjour céleste. Sur ce point la liturgie copte de saint Basile au canon de la messe, comme en général dans toutes les oraisons, reproduit exactement la teneur de la liturgie grecque alexandrine. Lit. S. Basilii, ibid., p. 18 sq.; cf. Lit. S. Cyrilli, Post diptycha, ibid., p. 42. L’eucologe copte à l’usage des orthodoxes, publié par G. Labib, d’après les versions de quinze anciens manus­ crits, contient les mêmes prières. 11 suffit de mentionner le Memento des défunts, en raison de son caractère antique : « Qu’ils soient avec tout le chœur des saints. Daigne, Seigneur, accorder le repos à leurs âmes dans le sein de nos vénérables pères, Abraham, Isaac et Jacob. Nourris-les dans le lieu de la verdure, dans le paradis de la joie, dans la céleste Jérusalem. » La pré­ lace complète et précise le sens de cette prière en éle­ vant le cœur et la pensée vers le ciel ou les anges ado­ rent la majesté du Très-Haut, « avec les séraphins aux six ailes et les chérubins couverts d’yeux. » Labib, Kitâb el-hûlâgi el-mokaddas, Le Caire, 1903, p. 317, 362-363, 380. Voir aussi la Messe de saint Cyrille, ibid., p. 607-608. III. Spéculations scolastiques. — La question du ciel se ramené surtout pour les théologiens du moyen âge à l'étude de la vision intuitive et de la condition des corps ressuscités. L’existence d'un séjour destiné à réunir les élus dans la jouissance commune de la divi­ nité ne faisait doute pour personne : aussi ne faut-il point demander aux scolastiques la démonstration d’un fait accepté de tous et qui ressortait d’ailleurs avec évi­ dence de l’ensemble même de leurdoctrine. Cf. Hugues de Saint-Victor, De sacramentis, I. 1, part. V, c. ijl.II. 2504 part. XVIII, c. xvt, xx, P. L., t. clxxvi, col. 613, 617; Pierre Lombard, Sent., 1. IV, dist. XLIX, n. I, P. L., t. cxcn, col. 957; S. Bonaventure, In IV Sent., 1. IV, dist. XLV, a. 1, q. n, Opera, Quaracchi, 1889, t. iv, col. 910-943; Albert le Grand, In IV Sent., 1. IV, dist. XLIV, a. 45, Opera, Paris, 1890, t. xxx, col. 603604; Compendium lheologiæ veritatis, 1. VII, c. xxm, ibid., t. xxxiv, col. 253; S. Thomas, Sum. theol., Suppl., q. lxix, a. 3; Biel, in 1 V Sent., 1. IV, dist. XLV, q. i, m. iv, Brescia, 1754, t. il, p. 518 519. Mais au fait lui-même, ainsi posé et hors de conteste, divers problèmes se rattachaient dans l’ordre purement spéculatif de la pensée, problèmes qui paraissent à première vue échapper à toute solution, mais qui n'en sollicitaient pas moins vivement la curiosité partout en éveil d'une époque où l’effort intellectuel ne coûtait point et ou l’on se plaisait, par désir sincère de tout connaître et de tout mesurer plus que par jeu d'esprit, à aborder intrépidement l’étude des plus abstraites et des plus audacieuses questions : Où est liêciel '? Quels peuvent être sa nature, ses propriétés, ses rapports avec l’ensemble de l’univers? Les réponses positives fournies par les scolastiques à ces interrogations d'une métaphysique trop éthérée n’offrent rien qui puisse intéresser grave­ ment la théologie proprement dite. Au reste, les grands théologiens du moyen âge ne se sont nullement mépris sur la valeur de leurs conclusions : eux-mêmes ont toujours pris soin, on ne doit pas l’oublier, d'en signa­ ler et d’en faire ressortir le caractère hypothétique et conjectural. Toutefois, pour l'historien des dogmes ou de la pensée théologique, cet effort même mérite attention et considération : autour de chaque question apparaît la mise en œuvre de toute la métaphysique de l’Ecole et de toutes les données scientifiques d'une époque et il n’est pas sans intérêt de suivre dans ses lignes sommaires la marche continue de celte évolution. 1» Où est le ciel? — C'est dans la pensée de saint Basile que se pose pour la première fois cette question. Homil., i, in Hexaemeron, n. 5, P. G., t. xxix, col. 13. La réponse ne pouvait être fort précise : elle se borne â déclarer que le ciel est distinct du firmament et qu'il se trouve en dehors du monde, mais non pas sans rela­ tion avec lui. Voir col. 2488. Saint Bède, Hexaemeron, 1. I, c. I, P. L., t. xci, col. 14, reproduisit, non sans la développer, cette théorie qui ne tarda point à prendre consistance dans les esprits. Coelum et terram creavit tanquam duplicem domum, interjecto firmamento. Comment, in Pentateuch., n, P. L., t. xci, col. 192. S’appuvant directement sur ces autorités et sur celle de la Glose, Pierre Lombard, dans son traité des anges, exposa ses vues sur le ciel empyrée, qu’il place, lui aussi, au delà du firmament, supra firmamentum. H explique ainsi le texte de saint Luc, x, 18 : Videbam Salanam sicut fulgur de cælo cadentem. Sent., 1. I' dist. II, n. 6, P. L., t. cxcn, col. 656. Voir Bandini. Sent., 1. IL dist. Il, P. L., t. cxcn, col. 1031, et avant même le Maître des Sentences, Bandinelli, qui avait aflirmé déjà au sujet de la création et du séjour des anges, l’existence du ciel empyrée, situé par delà le ciel atmosphérique. Giell, Die Senlenten Bolands, Eribourgen-Brisgau, 1891, p. 88, 104. Alexandre de Halés prend soin également de citer ses sources et, à propos du texte de Bède, surgit dans son esprit une difficulté nouvelle, qui exercera plus tard la sagacité de ses disciples ou de leurs adversaires : .-In recte dicitur a Beda cælum empyreum repletum esse sanctis angelis? H répond que les anges ne remplis­ saient pas matériellement le ciel empyrée dont ils étaient l’ornement et que tout devait concourir dans ce suprême séjour à l’harmonie des desseins de Dieu, l'niversæ theologiœ Summa, part. 11, q. xtx, m. ni, a. 2, Cologne, 1622, p. 63. Saint Bonaventure s’excuse en quelque sorte de traiter ces sortes de questions, alors que les 2505 CIEL saints docteurs ont eu si peu à nous dire, et les philo­ sophes moins encore, sur ce sujet qui échappe à l’obser­ vation sensible. Quamvis sancti parum, loquantur de hoc cælo, quia latet sensus nostros, et philosophi adhuc minus. In IV Sent., 1. Il, dist. II, part. II, a. 1, q. i, Opera, Quaracchi, 1889, t. n, p. 71. Comme les autres docteurs, il admet que le ciel empyrée est situé au delà du ciel sidéral et qu’il enveloppe et contient tout l’uni­ vers. Ibid., q. n. p. 74. Môme doctrine dans Albert le Grand, qui ne manque pas d’alléguer le témoignage, tel quel, de saint Augustin, de saint Béde et de Waiafrid Strabon. Ut dicunt sancti Augustinus el Beda el Stra­ bus. Summa theologiæ, part. I, tr. XV1I1, q. lxxiii, m. il, a. I, ad 3““, Paris, 1894, p. 727; Compendium theol. verit., 1. II, c. iv, ibid., t. xxxiv, p. 43. Saint Thomas, tout en disposant cette théorie dans une sorte de perspective fuyante et vaporeuse qui met bien en saillie son caractère, l'admit sans difficulté dans son enseignement, mais à titre d'hypothèse et non sans laisser sur elle l’empreinte de son génie. 11 reconnaît d'abord que l’existence du ciel empyrée repose exclusivement sur l'autorité de Bède et de Strabon, à laquelle il apporte un nouvel appoint, le té­ moignage de saint Basile. Cælum empyreum non in­ venitur positum nisi per auctoritates Strabi et Bedæ, et iterum per auctoritatem Basilii. Sum. theol., I·, q. I.xi, a. 4. Encore remarque-t-il bien que ces témoi­ gnages sont discordants. Tous trois s’accordent à ad­ mettre que le ciel empyrée est le séjour des élus; mais les raisons qu’ils invoquent à l’appui de cette opinion sont loin d'être identiques. Cette raison, qui est toute de convenance, saint Thomas croit pouvoir la trouver dans sa vaste et belle conception de la linalité du monde et de l’unité des êtres. Du moment que Dieu avait des­ tiné les saints à une double gloire, spirituelle et corpo­ relle, il était dans l'ordre des choses qu'un séjour spé­ cial et particulièrement glorieux leur fût réservé. D’ail­ leurs, l’ensemble des créatures matérielles et spirituelles constitue un seul et même univers. Les anges ont pour mission de présider, en vertu de leur nature immaté­ rielle, au mouvement de toute la nature corporelle : il convenait dès lors qu’ils fussent placés dans le lieu su­ prême qui domine tous les mondes et qui réunira ainsi tous les élus. Sum. theol., I·, q. lxi, a. 4; q. lxvi, a. 3. De ces pensées s’inspireront tous les docteurs des âges suivants. Cf. Richard de Middletown, Super IV Sent., 1. II, dist. II, a. 3, q. 1. Brescia, 1591, t. Il, p. 43; Duns Scot, In IV Sent., 1. II, dist. XIV, q. I, Anvers, 1620.1, it, p. 191 ; Durand de Saint-Pourçain, InIVSent., 1. II, dist. I, q. I, n. 3, Lyon, 1569, p. 112; Biel, In IV Sent., 1. II, dist. XIV, Brescia, 1574, p. 91; Suarez, De opere sex dierum, 1. I, c. tv, Paris, 1856, p. 21-27. Tous admettent l’existence du ciel empyrée, mais en faisant observer presque tous qu’il s’agit seulement d’une hypo­ thèse acceptable. Durand déclare catégoriquement que sur cette question notre science n’a pour garantie que le témoignage extrinsèque, et non celui des choses et de la raison. Ibid., q. Il, n. 3, p. 114 sq. Cajétan reje­ tait même, au nom de l'Écriture et de la tradition, l'exis­ tence du ciel empyrée. Empyreum siquidem cælum, a posterioribus traditum, nullibi invenitur in Scriptu­ ris. Comment, in II ad Cor., c. xm, Paris, 1532, p. 113. De très rares esprits se livrèrent, sans la réserve com­ mandée, à des spéculations dont ils ne mesuraient pas scientifiquement la valeur. Le nom de Pierre d’Ailly est mêlé â ces aventures. Sur l'accord de l’astronomie et de la théologie, il écrivit un opuscule où figure la repré­ sentation graphique du ciel au commencement du monde. Concordia aslronomiæ cum theologia, ver­ bum xx : Figura cæli tempore principii mundi, Augs­ bourg, 1490, p. c, 4. Aux professeurs de théologie, il recommande vivement, pour l’honneur et le profit de la république, chrétienne, l’étude de semblables ques­ 2506 tions. A’ec decens existimamus esse vel utile poli oie chrisliane theologicæ scientist professores ea quæ in didis tractatibus scripta sunt penitus ignorare. Capi­ tulum XL, ibid., ad calcem. Mais, sous celle forme affir­ mative, ces excès spéculatifs constituent l’exception et il convient de reconnaître que les professeurs de théo­ logie, même décadents, suivirent avec beaucoup de modération les conseils plutôt tumultueux et décon­ certants de Pierre d’Ailly. 2° Nature du ciel empyrée. — L’hypothèse étant admise d’un lieu spécial réunissant tous les élus, il fallait bien admettre que ce lieu est matériel ou cor­ porel. Malgré la fine remarque, et profonde aussi, de saint Augustin que Dieu est le lieu des esprits, il serait contradictoire d’affirmer, du moins en vertu des données scolastiques, que le ciel est un lieu spirituel, et, par ailleurs, il serait étrange de considérer le non-être, ce que les anciens appelaient le vide, comme habitable. C’est en ce sens que les théologiens xlu moyen âge enseignaient que le ciel empyrée ne peut être qu'un corps. Cælum empyreum est corpus, dit Alexandre ·men., I, xi, 17; Cont. litt. Pelii., I, χχιν. 26; II. lxiv. 444; Cont. Crescon., III, xi.ix, 54, P. L., t. xliii. cul. 46. 257, 306, 526. Mais, d’une part, saint Augus: n ac leur clergé de s'être servi des circoncellions. £, ■ xnv, c. iv, 9; lxxxvih, c. i, 6; cv,c. n,3, P. L., t.xxxm, col. 178, 305, 307,397. 422; In Ps x, 5, P. L., t. xxxvt. col. 134; Cont. Cresfon., IV, li, 61. P. L., t. mu, col. 581; el, d'autre part, il lui reproche de rendre aux 2517 CIRCONCELLIONS cadavres de ces suicidés des honneurs sacrilèges, Cont. litter. Petii., I, χχιν, 26, P. L., t. xliii, col. 257; de cé­ lébrer l'anniversaire de leur mort au milieu d'un grand concours de peuple, Cont. epist. Parmen., III, vi, 29, P. L., t. xliii, col. 106, et de les honorer comme des martyrs, Epist., lxxxviu, 8, P. L., t. xxxm, col. 307; Cont. Gaud., I, xxvm, 32, P. L., t. xliii, col. 725; faux martyrs, quia martyrem non facit pœna sed causa, Epist., cciv, 4, P. L., t. xxxm, col. 940, en faveur desquels on invoquait bien à tort l'exemple de Razias du livre des Machabées. Il Mach., xiv, 41. Epist., cciv, 6-8, P. L., t. xxxm, col. 941; Cont. Gaud., I, xxvm, 32; xxxi, 36-40, P. L., t. xliii, col. 725, 728-731. Ces mots de saint Augustin peignent les circoncellions : Quis nescit hoc genus hominum in horrendis facinori­ bus inquietum, ab utilibus operibus otiosum, crudelis­ simum in mortibus alienis,vilissimum insuis..., uni­ verso mundo pene, famosissimum Africani erroris opprobrium? Coni. Gaud., I, xxvm, 32, P. L., t. xliii, coi. 725. On voit par ces quelques détails combien peu les cir­ concellions étaient fondés à se vanter d’être les fidèles observateurs de la continence et de l’ascétisme. Aussi a-t-on eu tort de prétendre qu’ils furent les fondateurs de la vie cénobitique dans l'Afrique proconsulaire et les provinces voisines ou, du moins, qu’ils servirent d’intermédiaires entre les ermites primitifs et les moines. Car si, d’une part, on ne peut affirmer avec Voiler, Der Ursprung des Mônchtums, Tubingue, 1900, qu’ils n’eurent aucune tendance religieuse, qu’ils ne furent que des paysans aigris, désespérés, ou des bri­ gands tempérés par des idées chrétiennes, on ne peut pas accorder, d'autre part, qu’ils soient nés d’une réaction contre le monachisme. Vers 350, la vie m< nautique ne semble pas s’être déjà implantée dans l’Afriaue nroconsulaire, en Numidie ou en Mauritanie. Tout porte à croire, au contraire, que l’introduction du monachisme dans l’Afrique proconsulaire el dans les provinces voisines est due au converti de Milan, à saint Augustin, qui, à son retour à Thagaste, s’installa avec quelques amis pour pratiquer en commun ce qu’ils avaient vu à Milan et à Rome, et qui, une fois devenu évêque d’IIippone, propagea autour de lui la vie monas­ tique. Cf. dom Leclercq, L’Afrique chrétienne, t. n, p. 70 sq. Voir t. 1, col. 2275. Ce que l’on peut affirmer, c’est que les donalisles n’hésitèrent pas à vanter les circoncellions et à les placer bien au-dessus des moines catholiques : étrange manière, en vérité, de faire la concurrence à l’Église, et prétention ridicule d’opposer de tels brigands aux véritables ascètes de la vie mo­ nastique. Saint Augustin se contenta d’en sourire. In Ps. cxxxn, 3, P. L., t. xxxvii, col. 1730. Ce qu’il y a de certain, c’est que les circoncellionsnesont pas nés d’une réaction contre le monachisme, car ils ont pré­ cédé son apparition en Afrique, et que, loin d’être les modèles de la vie monastique, ils n’en furent qu’une triste parodie. Voir la Revue d'histoire ecclésiastique, Louvain, 1902, p. 85-86. S. Optat, De schismate donatistarum, ni, 4, 9, P. L., t. xi, col. 1003 sq.; S. Augustin, Hær., 69, P. L., t. xi.ll, col. 43; et passages cités dans l'article ; Valois, De schismate donatistarum, dans son édition de ÏHistoire ecclésiastique d’Eusèbe ; Dietz, Dissert, histor. de circumcellionibus. Leipzig, 4690; Tillemont, Mémoires, Paris, 1701-4709, t. VI, p. 88-98, 187-192; Noris, Hi­ storia donatistarum, édit. Ballerini, Vérone, 1729; Hefele, Hist, des conciles, trad. Leclercq. 1.1, p. 838 sq. ; les diverses histoires desdonatistes, en particulier Ribbeck, Donatusund Augustinus, Elberfeld, 1857, p. 113-156; U. Chevalier, Bépertoire. Topo-bi­ bliographie,p.Üdl.Thummei, Zur Beurteilung des Donatismus, Halle, 1893; Von Nathusius, Zur Charakteristik der Cirkumcellionen, Greifswald, 1900; Volter, Der Ursprung des Mônchtums, Tubingue, 1900 ; Pallu de Lessert. Fastes des provinces afri­ caines, Paris, 190I, t. u, p. 240 sq. ; dont Leclercq. L'Afrique chrétienne, 2 in-12, Paris, 1904; Martroye, Une tentative de 2518 révolution sociale en Afrique, dans la Revue des questions historiques, octobre 1904, p. 353-416 ; janvier 1905, p. 5-53. G. Pareille. 2. CIRCONCELLIONS, hérétiques du xm· siècle. Ils nous sont connus seulement par les Annales S laden­ ses d’Albert, abbé de Sainte-Marie de Stade. Ils commen­ cèrent leurs prédications,en 1248, à Schwâbisch-HalRHall en Souabe), in Ilallis Suevorum, comme on lit dans l’édi­ tion des Monum. Germanise historica. Scriplores, Ha­ novre, 1859, t. xvi, p. 371 (corriger le texte donné par Raynaldi, Annal, ecclesiast., an. 1248, n. 15 : in ballis Suevorum). Voici le fond de leurs enseignements. Le pape est hérétique; hérétiques aussi et simoniaques les évêques, les prélats inférieurs, les prêtres. Ce sont des séducteurs; plongés dans les vices et les péchés, ils n’ont pas le pouvoir d’absoudre et de célébrer la messe. Ni pape, ni évêque, ni personne au monde, n’a le droit de lancer un interdit; là où un interdit a été porté, il est légitime d’entendre la messe et de recevoir les sa­ crements. Les dominicains, les frères mineurs, per­ vertissent l’Église par leurs fausses prédications; eux et les cisterciens, et tous les autres religieux, vivent mal. Nous seuls et nos compagnons, disaient-ils, vivons bien et prêchons la vérité. L’indulgence que nous vous don­ nons à la fin de nos discours n’est pas feinte ou com­ posée par le pape et les évêques, mais elle est de solo Deo et ordine nostro. Un de ces prédicateurs ajouta : « Priez pour l’empereur Frédéric et son fils Conrad, qui sont justes et parfaits. Quant au pape, il ne peut lier ni absoudre, car il ne mène pas une vie apostoli­ que. » L’annaliste raconte que Conrad protégea ces hé­ rétiques et, par là, crut bien servir la cause de son père. Mais c’est le contraire qui advint; les prédicateurs ca­ tholiques combattirent ces affirmations et réussirent à détacher de Conrad un nombre de ses partisans assez considérable pour qu’il dût s’enfuir